BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
11 ! 11111 ! 1111 ! I ! 11111 ! 1111111111111
PUBLICATION BIMESTRIELLE
N° 136
MAI-JUIN 1973
zoologie
100
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : P r M. Vaciion.
Comité directeur : P rs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dokst.
Rédacteur général : Dr. M.-L. Bauciiot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr. N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Idistoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
À partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Ecologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His-
toire naturelle, 38, rue Geoîfroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
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Cuvier, 75005 Paris.
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Sciences physico-chimiques : France, 15 F ; Étranger, 16 F.
International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 136, mai-juin 1973, Zoologie 100
SOMMAIRE
A.-G. Chabaud. — Nouveaux Nématodes Metastrongyloidea parasites d’insectivores
du Népal. 751
M.-C. Durette-Desset. — Nouveaux Nématodes Trichostrongyloidea parasites
d’insectivores Soricidés du Népal : description de Suncinema murini n. gen.,
n. sp., forme relique montrant les liens qui unissent les Molineinae et certains
Héligmosomes. 759
136, 1
Nouveaux Nématodes Metastrongyloidea parasites
d’insectivores du Népal
par Alain G. Chabaud *
Résumé. — Description de deux nouveaux Paracrenosoma du Népal : P. abei n. sp., parasite
de différents Soricidae et P. ohbayashii n. sp., parasite de Soriculus nigrescens. P. yumi n. sp.
(= P. skrjabini sensu Yun et Kontrimavichus, 1963) est créé pour l’espèce de l’Altaï.
Le genre Paracrenosoma, qui comprend ainsi 4 espèces, paraît constituer une lignée évolutive
qui s’adapte au parasitisme dans le parenchyme pulmonaire. Il fait transition entre les Skrjabingy-
linae (Métastrongylides primitifs proches des Trichostrongyloidea) et les Metastrongyloidea vrais
et, plus précisément, le genre Stefanskostrongylus, Angiostrongylide caractéristique des Insectivores.
Abstract. — Two new Paracrenosoma from Népal are described : P. abei n. sp., parasite
of several species of Soricidae and P. ohbayashii n. sp., parasite of Soriculus nigrescens. P. yumi
n. sp. (= P. skrjabini sensu Yun and Kontrimavichus, 1963) is created for the Altay’s species.
The genus Paracrenosoma which now embraces 4 species forms apparently an evolutionary
line adapted to the parasitism of the lung’s parenchyma. It is intermediate between the Skrja-
bingylinae (primitive Métastrongylides closely related to the Trichostrongyloidea) and the true
Metastrongyloidea and more precisely the genus Stefanskostrongylus, Angiostrongylidae typical
of Insectivora.
Une importante collection de Nématodes parasites de Mammifères du Népal a été
recueillie par le Pr Masasiii Ohbayashi (Département de Parasitologie de la Faculté
de Médecine Vétérinaire de l’Université d’IIokkaido) et par le Pr Hisashi Abe de l’Insti¬
tut de Zoologie appliquée de la Faculté d’Agriculture à la même Université.
Cette collection, qui nous a été très généreusement communiquée, contient deux espèces
nouvelles de Métastrongylides qui seront décrits ci-dessous.
Paracrenosoma abei n. sp.
Matériel type : 1 holotype, 1 Ç allotype,
1 (J, 1 $ (fragm.) paratypes (279 HA).
Hôte : Soriculus leucops (Horsfield).
Localisation : poumons.
Origine géographique : Gorapani, nord-ouest de Pokhara.
Autre matériel : 2 $ dans les poumons de Chimarrogale platycephala (Gray) (312 HA), capturé
à Kuinibisoma, nord de Katmandou, le 6 juin 1968.
1 cJ (fragm.), 1 Ç (fragm.) dans les poumons de Sorex nigrescens (Gray) (302 HA), capturé
également à Kuinibisoma.
* Laboratoire de Zoologie (Vers), associé au CNRS, Muséum national d'Histoire naturelle, 57, rue
Cuvier, 75005 Paris.
136 , 2
752
ALAIN G. CHABAUD
Description
Corps dépourvu de gaine tégumentaire et n’ayant pas les crénelures ou les épines mar¬
quant le bord postérieur des interstries qui caractérisent les Crénosomes. Cependant, par¬
ticulièrement chez la femelle, l’extrémité antérieure du corps est marquée de stries trans-
Fig. 1. — t J aracrenosoma abei n. sp.
A, extrémité antérieure, $, vue latérale ; 15, extrémité postérieure, Ç, vue latérale ; C, extrémité postérieure,
o, vue latérale ; D, id., vue ventrale ; E, spiculé ; F, larve.
A, B : échelle = 100 pu ; C, D, E, F : échelle = 50 p.
NOUVEAUX NÉMATODES METASTRONGYLOIDEA
753
versales relativement profondes et très espacées (lig. 1, A) et l’aspect général est celui que
pourrait avoir un Crénosome dépourvu d’ornementations cuticulaircs. Ces crénelures
vestigiales apparaissent également sur l’extrémité postérieure du mâle où elles déterminent
de petites brides cuticulaircs, régulièrement espacées sur les axes latéro- ventraux. Elles
simulent alors une série de paires de papilles précloacales 1 .
Œsophage court et claviforme. Anneau nerveux, deirides et pore excréteur un peu en
avant de la partie moyenne de l’œsophage. Glandes osmo-excrétrices très grandes.
Femelle : Vulve postéquatoriale. Ovéjecteur de type « Trichostrongylide ». Amphi-
delphie. Queue très fine (lig. 1, B). Œufs contenant des larves mûres dans toute la partie
terminale de l’appareil génital. Larves avec l’encoche caudale dorsale caractéristique des
Métastrongylides à peine marquée (fig. 1, F).
Mâle : Bourse caudale petite, avec côtes fines et relativement longues. Dorsale très
longue avec côtes 8 naissant à sa partie moyenne. Les papilles 9 et 10 bien distinctes sur
l’exemplaire figuré (lig. 1, D) peuvent être fusionnées.
Principales dirnensions
Ç : corps long de 9,2 mm, large de 180 p, ; œsophage long de 230 p ; anneau nerveux,
deirides, pore excréteur respectivement à 100 p, 115 p et 120 p de l'apex ; vulve à 4,75 mm
de la tête ; queue longue de 150 p.
rj : corps long de 2,35 mm, large de 35 p ; œsophage long de 155 p, glandes excrétri¬
ces de 550 p ; anneau nerveux, deirides, pore excréteur respectivement à 53 p, 58 p et 65 p
de l’apex: spiculés longs de 110 p ; gubernaeulum de 20 p ; bourse caudale haute de 80 p,
large de 68 p.
Larve : corps long de 230 p, large de 10 p : pharynx : 8 p : œsophage : 95 p ; pore excré¬
teur à 60 p de l’apex; ébauche génitale à 145 p de l’extrémité antérieure; queue : 28 p.
Discussion
L’espèce est très proche de Paracrenosoma skrjabini (Pologentsev, 1935) Yun et Ivon-
trimavichus, 1963.
P. skrjabini, décrit par Pologentsev dans la région de la Volga moyenne, chez
Sorex araneus L., fut retrouvé par Soltys (1953) chez Sorex minutas L. en Pologne.
Yun et Kontrimaviciius (1963) ont identifié à la même espèce un Nématode parasite
de Sorex araneus, S. caeculiens et Sorex sp. de la région Altaï et ont créé à cette occasion
le genre Paracrenosoma, pour séparer cette espèce des Crénosomes à cuticule ornée.
Nous pensons que les spécimens de l’Altaï appartiennent à une espèce différente de
celle de Russie occidentale et de Pologne. En effet, chez les premiers, les côtes 4 de la bourse
caudale naissent séparément du tronc des côtes 5-6 ; par ailleurs, bien que les auteurs signalent
un épaississement dans le manche du spiculé qui pourrait correspondre à un aiguillon,
1. Il est peu douteux que les « papilles cloacales » décrites comme une des caractéritisques du genre
Sobolevingylus Romanov, 1952, soient de même nature.
754
ALAIN G. CHABAUD
celui-ci n’apparaît pas sur la figure, alors qu’il est très distinct chez les spécimens de Polo-
gentsev et de Soltys. L’aspect de la bourse caudale enfin, plus longue que large, rapproche
les spécimens de l’Altaï de ceux du Népal, mais non de ceux des régions plus occidentales.
Nous proposons donc, pour les spécimens de l’Altaï, le nom de Paracrenosoma yuni
n. sp. (= P. skrjabini sensu Yun et Kontrimavichus, 1963).
Les spécimens du Népal sont proches de P. yuni, mais s’en distinguent aisément,
ainsi que de P. skrjabini, par la côte 4 presque complètement fusionnée avec le tronc commun
aux côtes 5 et 6, et par la queue de la femelle, beaucoup plus grêle. Nous la considérons
comme nouvelle et la dédions au Professeur Abe sous le nom de Paracrenosoma abei n. sp.
Paracrenosoma ohbayashii n. sp.
Matériel type : 2 3 Ç (287 HA).
Hôte : Soriculus nigrescens Ç (Gray).
Localisation : poumons.
Origine géographique : Chitare, nord-ouest de Pokhara, 11 mai 1968.
Autre matériel chez S. nigrescens :
1 (f, 2 Ç (fragm.) ; Ulleri, nord-ouest de Pokhara (277 HA).
1 Ç (fragm.) ; Chitare, nord-ouest de Pokhara, 11 mai 1968 (253 11A).
Description
Corps trapu, recouvert d’une gaine tégumentaire. Cuticule sans stries transversales
profondes. Bouche petite, circulaire. 6 papilles labiales internes sur un relief cuticulaire
formant un cercle d’environ 20 p de diamètre ; 4 papilles céphaliques et 2 amphides sur un
relief octogonal arrondi d’environ 40 p de diamètre. La gaine tégumentaire se détache
de la cuticule en arrière de ce relief (fig. 2, A).
Œsophage court, presque cylindrique. Pore excréteur et anneau nerveux déportés en
avant à proximité de la bouche (fig. 2, B, C). Glandes osmo-excrétriees très développées.
Femelle : Vulve postéquatoriale. Ovéjecteur de type « Trichostrongylide » (lig. 2, G).
Amphidelphie avec ovaire antérieur envahissant la région œsophagienne. Œufs contenant
des larves mûres et parfois quelques larves libres dans l’ovéjecteur. Queue courte, recourbée
dorsalement (fig. 2, D). Larves avec encoche caudale dorsale bien marquée (fig. 2, K).
Mâle : Bourse caudale très petite ; les côtes ont une distribution comparable à celle
de l’espèce précédente, mais sont très courtes (fig. 2, E, F). Pointe des spiculés légèrement
divisée (fig. 2, I).
Principales dimensions
Ç : longueur : 2,5 mm ; largeur : 200 p ; œsophage : 220 p ; pore excréteur et anneau
nerveux respectivement à 25 p et 70 p de l’apex ; vulve : 1,28 mm de l’extrémité antérieure ;
queue : 130 p.
Fig. 2. — Paracrenosoma ohbayashii n. sp.
A, extrémité céphalique, Ç, vue apicale ; B, extrémité antérieure, £, vue latérale ; C, extrémité antérieure, <J, vue
latérale ; D, extrémité postérieure, $, vue latérale ; E, id., vue ventrale ; F, id., autre spécimen ; G, ovéjec-
teur ; H, un spiculé et gubernaculum, vue latérale ; I, pointe des spiculés, vue ventrale ; J, larve ; K, id., détail
pointe caudale.
A, E, F, H, I, J : échelle = 50 p ; B, C, D, G : échelle = 100 p.
136 , 3
756
ALAIN G. CHABAUD
$ : longueur : 2,2 mm ; largeur : 110 p, ; œsophage : 200 p. ; pore excréteur et anneau
nerveux respectivement à 35 p et 160 p de l’apex. Bourse caudale haute de 33 p, large de
40 p ; spiculés : 70 p ; gubernaculum : 15 p.
Larve : longueur : 220 p ; largeur : 12 p ; pharynx : 7 p ; œsophage : 90 p ; pore excré¬
teur à 55 p de l’apex ; queue : 23 p.
Discussion
L’espèce reste assez proche des trois autres Paracrenosoma connus, et particulièrement
de P. abei, mais le corps est plus trapu, la bourse caudale très réduite et la cuticule pourvue
d’une gaine tégumentaire bien marquée.
Nous dédions l’espèce au Professeur M. Ohbayashi sous le nom de Paracrenosoma
ohbayashii n. sp.
CONCLUSION
Le genre Paracrenosoma compte ainsi quatre espèces, toutes parasites de Soricidae :
— P. skrjabini (Pologentsev, 1935), espèce type, trouvée en Russie occidentale et
en Pologne, qui a une bourse caudale plus large que haute et un crochet bien marqué sur
le manche des spiculés ;
— P. yuni n. sp. (= P. skrjabini sensu Yun et Kontrimavichus, 1963), de l’Altaï, qui
a une bourse caudale plus haute que large et un crochet peu marqué sur la tête des spiculés ;
— P. abei n. sp. du Népal, qui diffère des deux espèces précédentes par le tronc commun
aux côtes 4, 5 et 6, et par la queue de la femelle, très grêle.
— P. ohbayashii n. sp., également du Népal, qui diffère des trois espèces précédentes
par la réduction de la bourse caudale et la présence d’une gaine tégumentaire.
Dougherty (1945, 1947) a insisté sur les affinités étroites des Skrjabingylinae (sous-
famille à laquelle appartient le genre Crenosoma ) avec les Trichostrongyloidea intestinaux,
pour les opposer aux Métastrongylides vrais, plus adaptés à la vie pulmonaire (Angiostron-
gylides, etc...).
P. ohbayashii constitue une espèce très intéressante du fait que, tout en restant proche
des autres espèces, elle prend des caractères très typiques d’un Métastrongylide vrai :
gaine tégumentaire, réduction de la bourse caudale, encoche très marquée sur la queue
de la larve.
Il pourrait donc exister dans le groupe Crénosome une lignée évoluant par hypertro¬
phie de l’appareil de fixation constitué par l’élaboration d’épines sur le bord postérieur des
interstries, lignée constituant le genre Crenosoma sensu stricto, et une lignée évoluant
vers une vie plus tissulaire (c’est-à-dire passant des bronches au parenchyme pulmonaire)
de type Angiostrongylinae (genre Paracrenosoma ). A ce point de vue, il faut remarquer
qu’un mâle de Paracrenosoma pourrait être aisément confondu avec un mâle de Stefanskos-
trongylus Drozdz, 1970, qui est précisément le genre d’Angiostrongylide caractéristique des
Insectivores (et des Lémuriens).
On peut donc concevoir, dans cette petite lignée, un passage direct Trichostrongy-
loïde — Métastrongvloïde, ce qui impliquerait le polyphylétisme des Metastrongyloidea.
NOUVEAUX NÉMATODES METASTRONGYLOIDEA
757
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Dougherty, E. C., 1945. — A review of the genus Crenosoma Molin, 1861 (Nematoda : Tricho-
strongylidae) ; its history. taxonomy, adult morphology, and distribution. Proc. Helm.
Soc. Wash., 12 (2) : 44-62.
— 1947. — A list of the Trichostrongylid lungworms (Phylum Nematoda) and a key to the
six généra. Parasit., 39 (3-4) : 218-221.
P ologentsev, P. A., 1935. — On the nematode fauna of the Shrew-Mouse Sorex araneus L. J.
Parasit., 21 (2) : 95-98.
Soltys, A., 1953. — Helminthofauna of Soricidae in the Bialowieza National Park. Acta Parasit.
Polon., 1 (16) : 353-402 (en polonais, résumé en anglais et en russe).
Yün, L., et V. L. Kontrimavichus, 1963. — La position systématique de Crenosoma skrjabini
Pologentsev, 1935, de Sorex spp. Trudi gel’mint. Lab., 13 : 52-55 (en russe).
Manuscrit déposé le 9 août 1972.
Pull. Alus. nain. Hist. nat., Paris , 3 e sér., n° 136, mai-juin 1973,
Zoologie 100 : 751-757.
Achevé d’imprimer le 31 janvier 1974.
Nouveaux Nématodes Trichostrongyloidea parasites
d’insectivores Soricidés du Népal ;
description de Suncinema murini n. gen., n. sp.,
forme relique montrant les liens
qui unissent les Molineinae et certains Héligmosomes
par Marie-Claude Durette-Desset *
Résumé. — 1. Description de trois nouvelles espèces du genre Longistriata Sehulz, 1926 : L.
ohbayashii n. sp., L. nepalensis n. sp. et L. surici n. sp., parasites d’insectivores Soricidés du Népal.
Ces espèces ne diffèrent pas profondément de celles décrites chez les Insectivores holarctiques,
en particulier, le synlophe reste le même.
2. Description de Suncinema murini n. gen. n. sp., parasite de Suncus murinus au Népal. Ce
Triehostrongyle de la sous-famille des Molineinae est caractérisé par son synlophe constitué par
trois arêtes ventrales. Ses grandes affinités avec les genres Citellinerna Hall, 1916 (Triehostrongyle),
Viannaia Travassos, 1914 (Héligmosome) et Longistriata (Héligmosome) nous ont conduite à
le considérer comme le représentant actuel de formes ancestrales ayant donné naissance à trois
des lignées d’Heligmosomidae dont les trois genres précités sont les représentants les plus primitifs.
La famille des Heligmosomidae peut alors être divisée en deux grands groupes : le premier
est constitué par la lignée Heligmonella et nous ne connaissons pas l’ancêtre didelphe ; le deuxième
est constitué par les six petites lignées : Impalaia, Moennigia, Vexillata, Viannaia, Longistriata
et Citellinerna (Ileligmosomum) et les ancêtres en sont tous des Molineinae.
Abstract. —- New Nématodes Trichostrongyloidea parasites of Insectivora Soricidae [rom
Népal ; description of Suncinema murini n. gen. n. sp., a relict form illustrating the linkage between
the Molineinae sub-family and sonie Heligmosomidae.
1. Description of three new speeies of the genus Longistriata Sehulz, 1926 : L. ohbayashii
n. sp., L. nepalensis n. sp. et L. sunci n. sp., parasites of Insectivora Soricidae from Népal. These
speeies are not extremely different from those parasitic found in holarctic Insectivora since thev
hâve the sanie synlophe.
2. Suncinema murini n. gen. n. sp., a parasite of Suncus murinus from Népal is described.
Belonging to the sub-familv Molineinae, this Trichostrongylid’s main charaeter is exhibited bv
its synlophe which is made of three ventral cuticular ridges.
Its close relationship to the généra Citellinema Hall, 1916 (Trichostrongylidae), Viannaia
Travassos, 1914 (Heligmosomidae) and Longistriata (Heligmosomidae) allows to consider it as
the living représentative of relict forms from which three different lineages of Heligmosomidae are
dérivâted and represented by the three above mentioned généra which are considered as the most
primitive forms.
On aceount of this, the family Heligmosomidae ean be divided into two important groups :
the first une includes the Heligmonella line of which the didelphic ancestral form is unknown ;
the second group includes six Dues of lesser importance : Impalaia, Moennigia. Vexillata, Viannaia ,
Longistriata and Citellinema (Heligmosomum) which ail dérivé from a common ancestral stock :
the Molineinae.
* Laboratoire de Zoologie (Vers), associé au ('NHS, Muséum national d'Histoire naturelle, 57, rue
Cuvier, 75005 Paris.
760
MARIE-CLAUDE DURETTE-DESSET
Introduction
Les Nématodes Trichostrongyloidea décrits chez les Insectivores sont rangés jusqu'à
présent dans quatre genres. Le genre Molineus Cameron, 1923 (Trichostrongvlidae), a une
répartition mondiale mais se rencontre uniquement chez les Insectivores « archaïques »
(cf. Chabaud et coll., 1967). Les genres Longistriata Schulz, 1926, et Tricholinstowia Tra-
vassos, 1937 (Heligmosomidae), ne sont connus jusqu’à présent que chez les Insectivores
« récents » : Soricoidea, de la zone holarctique. Enfin le genre Moguranema Yamaguti, 1941,
est connu chez un Mogera du Japon.
L’envoi d’une importante collection de Nématodes parasites de Mammifères origi¬
naires du Népal, que nous devons à l’obligeance de M. Ohbayashi et H. Abe x , nous a
permis d’étudier les Trichostrongyloidea et de décrire trois nouvelles espèces de Longis¬
triata, ainsi qu’un genre nouveau appartenant à la famille des Trichostrongvlidae. Ce genre
est particulièrement intéressant, car il apparaît comme le représentant actuel de Trichostron-
gylides ayant été à l’origine de trois lignées d’Heligmosomidae : les Viannaia Travassos,
1914, Longistriata et Citellinema Hall, 1916.
I. DESCRIPTION DES ESPÈCES DU GENRE LONGISTRIATA
Longistriata ohbayashii n. sp.
Matériel type : 5 G, 5 Ç (grands spécimens) (271 HA).
Hôte : Soriculus nigrescens Ç (Gray).
Localisation : intestin grêle.
Origine géographique : Chatrapati, Katmandu.
Autre matériel chez S. nigrescens :
1 $ (grand spécimen), 1 1 Ç (petits spécimens), Khurumsan (284 HA).
5 (J, 5 $ (petits spécimens), est de Dunche (269 HA).
1 c? (petit spécimen) Kuinibisona, Nord de Katmandu.
2 |J, 7 ? (grands spécimens), 1 $ (petit spécimen) Khurumsan (294 HA).
Description
Nématodes enroulés de façon senestre le long de la ligne ventrale. Femelles complète¬
ment enroulées sur 9 tours de spires, mâles sur les deux tiers antérieurs du corps seulement.
Pore excréteur et deirides au même niveau. Ces dernières en forme de bouton arrondi.
1. Nous exprimons notre vive reconnaissance au Pr Masashi Ohbayashi du Département de Parasi¬
tologie de la Faculté de Médecine Vétérinaire de l’Université d’Hokkaido à Sapporo, ainsi qu’au Pr Hisa-
shi Abe de l’Institut de Zoologie appliquée de la Faculté d’Agriculture à la même Université.
762
MARIE-CLAUDE DURETTE-DESSET
Synlophe
Chez les 2 sexes, le corps est parcouru longitudinalement par 8 arêtes cuticulaires.
Les 4 dorsales naissent régulièrement étagées sur la ligne latérale gauche depuis le bord
postérieur de la vésicule céphalique jusqu’à 100 [ j. en arrière ; 3 ventrales naissent sur le
bord postérieur de la vésicule céphalique et la 4 e sur la ligne latérale gauche, face à la 2 e
dorsale, à 20 p. en arrière de la vésicule céphalique (fig. 1, A).
Les 4 arêtes ventrales sont plus grandes que les dorsales. Il n’v a pas de gradient de
taille bien marqué (fig. I, B).
Mâle
Corps long de 2,0 mm, large de 35 p. Vésicule céphalique haute de 10 p sur 25 p de large.
Anneau nerveux, pore excréteur, deirides situés respectivement à 135 p, 180 p et 175 p
de l’apex. Œsophage long de 360 p.
Spiculés égaux, longs de 185 p, fins et à pointe aiguë. Cône génital légèrement chiti-
noïde, haut de 13 p avec bord proximal concave et pointe distale ornée de 2 petits tuber¬
cules. Papille impaire (zéro) et papilles 7 bien marquées.
Bourse caudale figurée en 1, F.
Femelle
Corps long de 4,6 mm, large de 50 p. Vésicule céphalique haute de 52 p, sur 30 p de
large. Anneau nerveux, pore excréteur, deirides situés respectivement à 150 p, 190 p et
200 p de l’apex. Œsophage long de 360 p.
La vulve s’ouvre à 50 p de la pointe caudale. Vagin long de 23 p, vestibule de 15 p,
sphincter de 15 p, trompe de 85 p. L’utérus, long de 530 p, contient 12 oeufs de 62 p X 26 p.
L’ovaire remonte jusqu’à 850 p en arrière de la tête.
Extrémité postérieure arrondie, mais munie d’un petit mucron caudal aigu long de
10 p. Anus à 20 p de cette pointe.
Variations
Chez certains Soriculus, nous avons trouvé des spécimens nettement plus petits que
les précédents.
Nous donnons ici les principales mensurations d’un mâle et d’une femelle (284 11 A)
dessinés sur la figure 2 :
Mâle : longueur, 1,60 mm. Spiculés : 210 p (fig. 2, E).
Femelle : longueur, 1,75 mm. Vulve à 40 p du mucron caudal. Vestibule, sphincter
et trompe longs respectivement de 40 p, 17 p et 50 p. Utérus long de 165 p contenant
3 œufs de 50 p X 30 p (fig. 2, B).
Exceptés les mensurations plus petiles et le petit nombre d’œufs, nous n’avons pas
trouvé de différences notables entre les grands et les petits spécimens. En particulier, le
synlophe est pratiquement le même (fig. 1, C et 2, Cl ainsi que la disposition des côtes bur-
sales et la présence d’un mucron caudal chez la femelle.
Nous préférons donc placer dans la même espèce les grands et les petits spécimens.
NOUVEAUX NÉMATODES TRICHOSTRONGYLOIDEA
763
Discussion
Nous plaçons cette espèce comme les deux suivantes dans le genre Longistriata Schulz,
1926, car elles présentent le synlophe caractéristique de ce genre (cf. Durette-Desset, 1971).
Les spécimens du Soriculus sont à rapprocher des Longistriata dont la côte dorsale
est de taille moyenne et les côtes 8 longues. Parmi ceux-ci, l’espèce la plus proche est L.
neomi Lyubarskaya, 1962, parasite de Neomys fodiens en URSS ; mais chez les spécimens
du Népal, les spiculés sont 2 fois plus courts pour une longueur comparable, et les côtes
ventrales nettement plus développées. Nous séparons donc ce matériel et nous le nommons
Longistriata ohbayashii n. sp. en le dédiant au Pr M. Ohbayashi.
Fig. 2. — Longistriata ohbayashii n. sp. — A, Ç, extrémité antérieure, vue latérale droite ; B, Ç, extré¬
mité postérieure, vue latérale droite ; C, Ç, coupe transversale au milieu du corps ; D, q, ict . ; E, o,
bourse caudale, vue ventrale.
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MARIE-CLAUDE DURETTE-DESSET
Longistriata nepalensis n. sp.
Matériel : 1 <J, 1 fragment antérieur de 7 $ (291 HA).
Hôte : Soriculus leucops $ (Horsfield).
Localisation : intestin grêle.
Origine géographique : Gorapani, nord-ouest de Pokhara.
Description
Nématodes enroulés le long de la ligne ventrale. L’enroulement est très serré dans la
partie antérieure, la partie postérieure est déroulée. Vésicule céphalique haute de 35 p
chez Je mâle, 45 p chez la femelle, dilatée dans sa partie antérieure (fig. 3, D). Pore excré¬
teur et deirides situés à peu près au même niveau. Ces dernières, très discrètes, sont arron¬
dies.
Synlophe
Le corps est parcouru, dans les deux sexes, par 8 arêtes longitudinales cuticulaires
(fig. 3, A). Six de ces arêtes naissent sur la ligne latérale gauche, les deux autres derrière
la vésicule céphalique (fig. 3, D). Aux 2/3 du corps, sur une hauteur d’environ 800 p, les
arêtes se dirigent vers la ligne latérale droite et disparaissent. Au même niveau 12 nouvelles
arêtes naissent sur la ligne latérale gauche. L’espace entre la naissance ou la disparition
de deux arêtes est variable ; il va de 180 p (le plus grand espace) à 20 p (le plus petit). Ces
arêtes disparaissent à leur tour, soit sur la ligne latérale droite, soit sur le ventre ou le dos,
à environ 500 p en avant de la pointe caudale.
M âle
Corps long de 2,7 mm, large de 50 p dans sa partie moyenne. Anneau nerveux, pore
excréteur et deirides situés respectivement à 147 p, 230 p et 235 p de l’apex. Œsophage
long de 240 p (œsophage musculaire : 125 p, œsophage glandulaire : 115 p).
Le testicule débute à 620 p en arrière de l’apex. Spiculés subégaux, à extrémité pointue,
longs de 320 p.
Bourse caudale subsymétrique, plus large (235 p) que haute (70 p). Côtes 4 plus courtes
que les 5. Côtes 8, très longues, naissant à la racine de la côte dorsale. Cette dernière est
divisée en 2 rameaux, à la moitié de sa hauteur.
Cône génital peu saillant, mais portant sur sa lèvre postérieure deux grosses papilles
arrondies avec une petite pointe interne (fig. 3, G).
Femelle (holotype)
Corps long de 2,8 mm, large de 45 p dans sa première moitié. Dans la seconde moitié,
la largeur du corps augmente pour atteindre 110 p au niveau de l’utérus (fig. 3, B, C).
Anneau nerveux, pore excréteur et deirides situés respectivement à 155 p, 250 p et
766
MARIE-CLAUDE DURETTE-DESSET
255 [x de l’apex. Œsophage long de 280 p (œsophage musculaire : 140 p, œsophage glandu¬
laire : 140 p) (fig. 3, D).
La vulve s’ouvre à 75 p de l’extrémité caudale. Vagin, vestibule et sphincter longs
respectivement de 22 p, 35 p, 32 p. La trompe forme une boucle et mesure 90 p. Utérus
long de 195 p, contenant 4 œufs non embryonnés, hauts de 68 p X 30 p de large (fig 3, E).
L’ovaire débute à 590 p en arrière de l’apex.
L’anus est subterminal (à 15 p de la pointe caudale) et la queue est réduite à un appen¬
dice haut de 11 p (fig. 3, F).
Discussion
Ces spécimens sont très proches de l’espèce précédente, en particulier par la dispo¬
sition des côtes bursales, une côte dorsale de taille moyenne profondément divisée et des
côtes 8 longues.
Ils s’en distinguent cependant aisément. Chez la femelle, la largeur du corps augmente
considérablement dans la partie postérieure ; chez le mâle, les côtes 4 sont nettement plus
courtes que les 5 et la côte dorsale est plus profondément divisée ; enfin, chez les deux sexes,
il y a disparition et néoformation d’arêtes cuticulaires dans la partie postérieure du corps.
Nous séparons donc les spécimens du Soriculus que nous nommons Longistriata nepa-
lensis n. sp.
Longistriata sunci n. sp.
Matériel type : 1 <J, 1 $ (285 HA).
Hôte : Suncus murinus Ç (L.).
Localisation : intestin grêle.
Origine géographique : Biratanti, nord-ouest de Pokhara.
Autre matériel : 5 Ç (272 HA).
Hôte : Suncus murinus $.
Localisation : intestin grêle.
Origine géographique : Swingket, nord-ouest de Pokhara.
Description
Nématodes enroulés de façon senestre le long de la ligne ventrale, sur les 2/3 antérieurs
du corps. La partie postérieure est déroulée. Vésicule céphalique allongée, haute de 60-65 p.
sur 26-28 p de large. En vue apicale, l’ouverture buccale, arrondie, est indentée sur tout
son pourtour. Il existe six petites lèvres bilobées. Les papilles du cycle externe sont doubles
(fig. 4, E). Pore excréteur et deirides situés au même niveau, en avant de la fin de l’œso¬
phage. Ces dernières sont petites et arrondies (fig. 4, C).
Si/nlophe
Le corps est parcouru chez les deux sexes par 8 arêtes cuticulaires qui débutent pour
la plupart sur le bord postérieur de la vésicule céphalique (fig. 4, A, B). Elles disparaissent
768
MARIE-CLAUDE DURETTE-DESSET
à environ 110 p. en avant de la bourse caudale chez le mâle, à 190 p. en avant de la queue
chez la femelle.
En coupe transversale, la pointe des arêtes est dirigée de droite à gauche pour les 2
faces. Les arêtes sont subégales sauf l’arête ventrale droite qui est légèrement plus déve¬
loppée que les autres arêtes (fig. 4, D).
Chez la femelle, dans la partie postérieure du corps, la cuticule est fortement dilatée
sur une hauteur d’environ 180 p, surtout sur les faces ventrale et dorsale (voir fig. 4, F).
Mâle
Corps long de 1,8 mm, large de 55 p dans sa partie moyenne. Anneau nerveux, pore
excréteur et deirides situés respectivement à 155 p, 205 p et 205 p de l’apex. Œsophage
long de 243 p (œsophage musculaire : 115 p, glandulaire : 128 p).
Spiculés légèrement inégaux, longs de 300 p pour le spiculé gauche et 320 p pour le
spiculé droit, à extrémité pointue.
Bourse caudale légèrement asymétrique avec un lobe gauche plus développé. Côte
dorsale fortement développée, se divisant, aux 2/3 de sa hauteur, en 2 rameaux trifides.
Côtes 8 naissant au 1/3 de la côte dorsale et longues. Côtes 4 plus longues que les côtes 5
(fig. 4, G).
Cône génital chitinisé, de forme triangulaire (fig. 4, G). Les papilles postérieures n’ont
pas été vues.
Femelle
Corps long de 3,2 mm, large de 70 p dans sa partie moyenne.
Anneau nerveux, pore excréteur et deirides situés respectivement à 160 p, 240 p et
240 p de l’apex. Œsophage long de 320 p (œsophage musculaire : 132 p, œsophage glandu¬
laire : 188 p) (fig. 4, A).
La vulve s’ouvre à 58 p de l’extrémité caudale. Les mensurations sont les suivantes :
vagin, 16 p ; vestibule, 72 p ; sphincter, 17 p ; trompe, 72 p. L’utérus, long de 350 p, con¬
tient 18 œufs non embryonnés, hauts de 55 p sur 32 p de large.
Queue arrondie, longue de 22 p (fig. 4, F).
Discussion
Contrairement aux deux espèces précédentes, nos spécimens possèdent une côte dor¬
sale bien développée. Ce caractère se retrouve chez quelques espèces de Longistriata. Parmi
celles-ci, L. baeri Vaucher et Durette-Desset, 1972, est l’espèce la plus proche car, dans
les deux cas, l’asymétrie de la bourse caudale est peu marquée. Les Nématodes du Népal
s’en distinguent cependant par la forme très particulière de la capsule buccale, par un fort
développement des côtes 3 et 4 qui sont plus longues que les 5, enfin par la présence d’une
forte dilatation cuticulaire dans la partie postérieure du corps de la femelle.
Nous considérons donc l’espèce comme nouvelle et la nommons Longistriata sunci
n. sp.
NOUVEAUX NÉMATODES TRICHOSTRONGYLOIDEA
769
Conclusion
Dans un précédent travail fait en collaboration avec Claude Vaucher (1972), nous
avons tenté une classification évolutive des espèces du genre Longistriata, cette évolution
étant essentiellement basée sur deux caractères : le synlophe et la réduction de la côte
dorsale.
D’après cette classification nous pouvons ranger L. sunci dans la première catégorie
et la considérer comme proche de L. baeri qui paraît l’espèce la moins évoluée du groupe.
Par contre, L. ohbayashii et L. nepalensis pourraient être placées dans la troisième caté¬
gorie, parmi les espèces dont le lobe dorsal reste normal. Dans cette catégorie, cependant,
on s’attend à trouver un gradient de taille des arêtes de droite à gauche, alors qu’ici le
gradient n’est pas nettement marqué.
Les trois espèces parasites de Suncus et Soriculus de la région orientale ne s’éloignent
donc pas très profondément des espèces parasites de Sore.x de la région holarctique. L’une
d’entre elles rentre aisément dans les lignées précédentes, les deux autres présentent une
légère dissociation entre l’évolution du synlophe et celle des bourses caudales.
Dans son ensemble, la totalité de ces formes, qui présentent une grande diversité dans
l’évolution des bourses caudales, reste remarquablement stable en ce qui concerne le syn¬
lophe.
IL DESCRIPTION DE SUNCINEMA MURIN1 N. GEN., N. SP.
Matériel type : 1 T (316 HA).
Hôte : Suncus murinus $.
Localisation : intestin grêle.
Origine géographique : Adhabar, Terai,
Autre matériel : 2 Ç, 1 çj en mauvais état (268 HA).
Hôte : Suncus murinus
Localisation : intestin grêle.
Origine géographique : Tatopani, nord-ouest de Pokhara,
Description
Nématodes enroulés de façon senestre le long de la ligne ventrale. Chez le mâle, la
partie postérieure du corps est déroulée.
Vésicule céphalique très allongée. Porc excréteur et deirides situés en arrière de l’oeso¬
phage. Les deirides sont bien marquées et en forme de coupole (fig. 5, E). Glandes excré¬
trices très visibles mais relativement courtes (650 p chez le mâle).
Synlophe
Chez les deux sexes, le corps est parcouru longitudinalement par 3 arctes cuticulaires
ventrales qui naissent en arrière de la vésicule céphalique à différents niveaux (fig. 5, D).
770
MARIE-CLAUDE DURETTE-DESSET
Elles disparaissent à environ 225 p en avant de la bourse caudale chez le mâle, et au niveau
de la vulve chez la femelle.
Mâle (holotype)
Corps long de 1,95 mm, large de 50 p dans sa partie moyenne. Vésicule céphalique
haute de 68 p sur 23 p de large. Anneau nerveux, pore excréteur et deirides situés respecti¬
vement à 120 p, 220 p et 230 p de l’apex. Œsophage long de 210 p.
Spiculés subégaux, longs de 142 p. Leur partie proximale (60 p) est dilatée, tandis
que leur partie distale est fine (fig. 5, I). Le cône génital est peu marqué, mais la papille
zéro et les papilles 7 sont nettement visibles (fig. 5, H). Le testicule débute à 560 p en arrière
de l’apex. Bourse caudale asymétrique avec un lobe droit plus développé. Côte dorsale
très courte, profondément divisée en 2 rameaux bifides à leur extrémité. Côtes 9 naissant
à la racine de la côte dorsale et très longues. Autres côtes figurées en 5, H.
Femelle
La partie postérieure de ce spécimen étant abîmée, la longueur mesurée du corps de
l’animal s’arrête à 180 p en arrière de la vulve et est de 3,3 mm. Sur l’autre spécimen, où
la partie postérieure du corps est complète, la distance vulve-queue est de 470 p.
Corps large de 80 p dans sa partie moyenne. Vésicule céphalique haute de 85 p sur 25 p
de large. Anneau nerveux, pore excréteur et deirides situés respectivement à 120 p, 230 p
et 240 p de l’apex.
Appareil génital didelphe. Les deux branches de l’ovéjecteur sont à peu près de même
longueur, mais l’antérieure est coudée au niveau de la trompe et située sur la face latérale
droite, tandis que la postérieure, rectiligne, est située sur la face latérale gauche.
Les mensurations sont les suivantes : vagin impair, 36 p ; branche antérieure de l’ové-
jecteur, 125 p (vestibule, 42 p ; sphincter, 22 p x 24 p ; trompe, 62 p X 24 p) ; branche
postérieure de l’ovéjecteur, 140 p (vestibule, 42 p ; sphincter, 22 p X 20 p ; trompe, 80 p X
16 p). La longueur des 2 utérus n’a pas été vue. L’utérus antérieur contient 9 œufs, non
embryonnés, hauts de 50 p X 35 p et l’utérus postérieur un seul œuf (fig. 5, F).
L’ovaire antérieur débute à 500 p en arrière de la tête et le postérieur à 1,93 mm.
Chez le second spécimen, la vulve s’ouvre à 470 p de l’extrémité caudale. La queue
est longue de 55 p et se termine par une pointe arrondie de 12 p (fig. 5, G).
Discussion
1. Diagnose du genre
Nos spécimens possèdent les principaux caractères des Trichostrongylidae. Parmi ces
derniers, selon la nomenclature de Chabaud (1959) qui utilise cinq caractères évolutifs
mais non le synlophe, le genre le plus proche paraît être Citellinema Hall, 1916. Ce genre
est parasite de Sciuridés holarctiques 1 . Malgré de réelles affinités — absence de capsule
buccale, présence d’une pointe caudale chez la femelle, spiculés courts mais simples, nais-
1. A notre avis, les deux espèces décrites par Gubanov N. M. et Fedohov K. P. chez Lemnus et Micro-
tus sont vraisemblablement des Heligrnosomoides et non des Citellinema.
5. — Suncinema rnurini n. sp. — A, <J, extrémité antérieure, vue latérale droite ; B, (J, vue apicale ;
C, Ç, coupe transversale au milieu du corps ; D, $, naissance des arêtes cuticulaires, extrémité anté¬
rieure, vue latérale gauche ; E, Ç, détail du pore excréteur et des deirides, vue ventrale ; F, Ç, région
des ovéjecteurs, vue latérale gauche (pour simplifier le dessin, seuls les ovéjecteurs et la partie distale
des utérus sont figurés) ; G, Ç, extrémité postérieure, vue latérale droite ; H, (J, bourse caudale, vue
ventrale ; I, spiculé disséqué.
A, B, C, E, F, G, H, I, éch. = 50 p. ; D, éch. = 100 jjl.
772
MARIE-CLAUDE DURETTE-DESSET
sauce des côtes 8 à la racine de la côte dorsale, réduction de cette dernière — les différences
entre les deux formes restent importantes : les spécimens du Suncus ont une bourse caudale
subsymétrique ; bien que réduite, la côte 9 est encore bien marquée par rapport aux lobes
latéraux et profondément divisée ; les côtes 8 sont presque aussi longues que les (1 et surtout
le synlophe est totalement différent.
Ce synlophe évoque immédiatement avec ses trois arêtes ventrales, celui du genre
Viannaia, mais ce dernier, parasite de Marsupiaux néotropicaux, appartient aux Héligmo-
somidés.
Dans son travail, Chabaud a été amené à placer le genre Citellinema dans la sous-
famille des Nematodirinae uniquement parce que la côte dorsale de la bourse caudale était
très atrophiée. En fait, l’auteur a cherché — pour simplifier la systématique du groupe —
à regrouper les espèces présentant un degré d’évolution comparable et a été amené à pra¬
tiquer des coupures horizontales séparant les espèces les moins évoluées des plus évoluées.
Ces coupures systématiques ne rendent pas toujours compte de la phylogénie d’un groupe
donné. C’est pourquoi, en 1967, en collaboration avec Bain et Puylaert, Chabaud a tenté
une nouvelle étude des Molineinae considérés comme un phylum bien individualisé.
Nous nous apercevons alors que les principaux caractères du genre Citellinema et du
genre proche Citellinoides Dikmans, 1939, répondent parfaitement aux critères donnés
par Chabaud el coll., pour définir la sous-famille des Molineinae, ces deux genres appa¬
raissant comme parmi les plus évolués des genres de la sous-famille.
Les spécimens du Suncus étant proches du genre Citellinema, mais s’en distinguant,
comme nous l’avons vu plus haut, nous proposons de les ranger dans un nouveau genre :
Suncineina dont nous donnons la définition suivante :
Trichostrongylidae, Molineinae avec synlophe constitué par trois arêtes ventrales dont la
pointe est dirigée de la droite vers la gauche. Bourse caudale du mâle subsymétrique avec des
lobes latéraux bien développés ; côte dorsale courte et profondément divisée ; côtes 8 relativement
longues, naissant à la racine de la côte dorsale. Spiculés simples, de taille moyenne, à extrémité
proximale fortement élargie. Queue de la femelle présentant une pointe à son extrémité.
Parasite d’insectivore.
Espèce type unique : Suncineina rnurini n. gen., n. sp., parasite de Suncus murinus au Népal.
2. Intérêt phylétique de ce genre
Nous avons vu plus haut que le genre Suncineina offrait de grandes affinités avec lu¬
ge lire Citellinema et possédait le même synlophe que le genre Viannaia.
Pourtant, si nous ne connaissions ni le synlophe, ni le caractère didelphe de l’espèce,
nous n’aurions pas eu d'hésitation à classer Suncineina dans le genre Longistriata : la bourse
caudale ne s’éloigne pas tellement de celle de L. thomasi Desportes et Chabaud, 1961, par
exemple, et nous savons que tous les Trichostrongylides d’insectivores appartiennent,
soit au genre Molineus, soit au genre Longistriata.
Le synlophe constitue un autre argument important pour rapprocher notre espèce
du genre Longistriata. Nous avons, en effet, admis précédemment (cf. Durette-Desset,
1971) que l’étape évolutive qui succède à celle des trois arêtes ventrales (genre Viannaia)
est constituée par des formes ayant quatre ou cinq arêtes dorsales symétriques des arêtes
ventrales, et des faces latérales inermes (genre Viannella Travassos, 1918).
Le synlophe du genre Longistriata est précisément du type Viannella (formes primi-
NOUVEAUX NEMATODES TRICHOSTRONGYLOIDEA
773
tives) et il devient tout à fait logique d’admettre comme ancêtre au genre Longistriata
une forme ayant trois arêtes ventrales.
En conclusion, l’analyse du genre Suncinema nécessite un rapprochement avec trois
genres de Trichostrongyloidea apparemment très éloignés les uns des autres : Citellinema,
Viannaia et Longistriata.
En recherchant l’origine des Héligmosomes (cf. Durette-Desset, 1971), nous avons
été amenée à séparer deux grands groupes, l’un pour le genre Heligmonella et scs dérivés
(fig. 96, p. 112) dont nous ne connaissons par l’ancêtre didelphe, l’autre (schématisé fig. 95,
p. 111) où nous individualisons six petites lignées. Pour trois d’entre elles, les ancêtres
supposés sont les genres Molineus, Maciela Travassos, 1935, et Travassostrongylus Orlofï,
1933, qui, d’après Ciiabaud et coll., 1967, sont tous les trois des Molineinés.
Les trois autres lignées, où l’ancêtre reste indéterminé, sont les lignées Viannaia,
Longistriata et Citellinema. Ce sont précisément les trois genres qui ont dû être cités ci-
dessus, étant donné leurs affinités avec le nouveau genre Suncinema.
Une coïncidence aussi précise ne peut être fortuite et il faut admettre que les rela¬
tions entre ces trois genres sont plus étroites que nous le pensions jusqu’à maintenant.
Il devient logique d’admettre des ancêtres de type Molineinae pour l’ensemble des
six lignées ; le genre Suncinema pourrait être interprété comme le représentant actuel
de formes ancestrales pouvant avoir été à l’origine des trois lignées Viannaia, Longistriata
et Heligmosomum (cette dernière dérivant directement du genre Citellinema comme il est
admis par tous Jes auteurs).
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Achevé d’imprimer le 31 janvier 1974.
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Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Bureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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