BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
N 16 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1971
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75-Paris, 5 e
Directeur : P r M. Vachon.
Comité directeur : P rs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : M me D. Grmek-Guinot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Ecologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His¬
toire naturelle, 38, rue Geoiïroy-Saint-Ililaire, 75-Paris, 5 e (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum
36, rue Geofïroy-Saint-Hilaire, 75-Paris, 5 e (C.C.P., Paris 17591-12 —
Crédit Lyonnais, agence Y-425) ;
— pour tout ce qui concerne la rédaction, au Secrétariat du Bulletin, 61, rue
de Buffon, 75-Paris, 5 e .
En 1971, deux sections sont représentées :
Zoologie (prix de l’abonnement : France, 96 F ; Étranger, 110 F).
Sciences de la Terre (prix de l’abonnement : France, 24 F ; Étranger, 27 F).
En 1972, paraîtront également les sections suivantes : Botanique, Sciences
de l’Homme, Sciences physico-chimiques.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 16, septembre-octobre 1971, Zoologie 16
Recherches mammalogiques en Guinée forestière
par Jean Roche *
Résumé. — Une collection de Mammifères de Guinée forestière (République de Guinée) a
été rassemblée dans la région de Sérédou. A côté d’une forte proportion de représentants du milieu
forestier, figurent quelques espèces d’origine savanicole. Le matériel ainsi réuni est étudié par
groupes zoologiques, avec des discussions concernant la systématique, la répartition géographique,
éventuellement l’écologie et les rapports avec l’homme, des différentes espèces.
Abstract. — A collection of Mammals from the forested part of the Republic of Guinea lias
been made in the région of Seredou. Next to a large proportion of forest animais stand a few
sa vanna species. This material is studied by zoological groups and discussions conccrn syste-
matic, geographical distribution and eventually the ecological aspect and the relations with man,
of the different species.
Le sud de la République de Guinée (ex-Guinée française), dans sa partie avancée que
limitent les frontières du Libéria et de la Côte-d’Ivoire, constitue l’un des quatre grands
ensembles naturels que l’on a coutume de distinguer dans ce territoire. Cette région dite
« Guinée forestière », par opposition au reste du pays occupé par des forets claires ou des
savanes plus ou moins arborées, à l’exception de la persistance de quelques îlots encore
bien boisés en direction du nord-ouest (Routa Djalon), est même largement recouverte,
notamment au voisinage des confins libériens, par la grande forêt hygrophile. C’est pour¬
quoi l’extrême sud de la Guinée, en dépit de sa position marginale qui lui vaut la pénétra¬
tion de quelques éléments d’origine savanicole, se rattache très étroitement, du point de
vue biogéographique, au bloc forestier d’Afrique occidentale qui s’étend de la Sierra Leone
au Ghana (« bloc forestier guinéen »). Nous y retrouvons aussi les caractères climatiques
inhérents à un tel milieu, à savoir une température élevée toute l’année (27°-28°C), une impor¬
tante moyenne annuelle des précipitations (2 700 mm pour 117 jours de pluie) et une humi¬
dité atmosphérique atteignant fréquemment la saturation. La saison sèche est peu mar¬
quée, avec un minimum pluviométrique au cours des mois de novembre, décembre et jan¬
vier. C'est, en outre, une région montagneuse de 500 à 1 000 m d’altitude en général, où
culminent cependant deux hauts sommets de l’Afrique occidentale : les monts Nimba
(1 850 m) et les monts Ziama (1 300 m).
Avec l’aide du Gouvernement guinéen et le concours des autorités locales, que nous
ne saurions assez remercier, nous avons bénéficié trois mois durant (octobre, novembre
et décembre 1950) des avantages mis à notre disposition par la Station agricole et indus-
* Laboratoire de Zoologie (Mammifères et Oiseaux) du Muséum national d’Histoire naturelle, 55, rue
de Buffon, 75-Paris, 5 e .
16 , 1
738
JEAN ROCHE
trielle de Sérédou. Au cours de ce séjour 1 , nous nous sommes consacré, parallèlement
à des recherches ornithologiques dont les résultats ont été publiés 2 , à l’étude des Mammi¬
fères de cette contrée, en particulier des Rongeurs sur lesquels nous avons plus spéciale¬
ment porté notre attention. Nous avons pu ainsi réunir, après adjonction d’un petit lot
de spécimens obtenus par un autochtone (P. Kolié) avant ou lors de notre arrivée, une
importante collection. Cette dernière sera complétée par les collectes antérieures (1957 et
1958), substantielles elles aussi, de 11. Pujol et de E. de Gayf., effectuées précisément aux
abords de la même localité. C’est donc l’étude de tout ce matériel, avec addition des obser¬
vations écologiques que nous avons rassemblées, qui fera l’objet du présent travail.
-
Fig. 1. — Station de Sérédou. La zone cultivée dans son cadre de montagnes verdoyantes.
La Station de Sérédou est installée au cœur du pays Toma, sur la route reliant N’Zéré-
koré à Macenta et à 35 km environ de ce dernier centre. Bien que située à la lisière sep¬
tentrionale du bloc forestier guinéen proprement dit, tout indique sur place que nous sommes
en région typiquement forestière. La Station elle-même repose dans une dépression (alti¬
tude 540 m) en grande partie occupée par des plantations et des cultures vivrières, que
1. Effectué en compagnie et avec la précieuse collaboration de R. Pujol, entomologiste au Muséum.
2. J. Berlioz et J. Roche. Étude d’une collection d’Oiseaux de Guinée. Bull. Mus. Hist. nat., Paris ,
2^ sér., 32, 1960 : 272-283.
RECHERCHES MAMMALOGIQUES EN GUINÉE FORESTIÈRE
739
cerne au nord, mais surtout au sud et à l’ouest, l’importante chaîne du Ziarna. Ces mon¬
tagnes, d’une altitude allant de 600 à 1 300 m, sont presque entièrement recouvertes par
une foret primaire absolument intacte, dont la transformation en Réserve (Réserve fores¬
tière) laissait espérer une heureuse conservation. Malheureusement, selon de récentes nou¬
velles, pareil avenir ne semble nullement assuré.
Nos récoltes proviennent pour une large part des environs immédiats de la Station,
aussi bien de la zone cultivée que de la forêt de moyenne altitude. Toutefois, grâce à une
piste de 15 km reliant Sérédou à la Station de montagne dite du « Poste 5 », où prospèrent,
entre autres, les plus vastes plantations de Quinquinas d’Afrique occidentale, nous avons
aussi prospecté la forêt jusqu’à une altitude voisine de 1 100 m. Comme nous le verrons
plus loin, la plupart des échantillons que nous avons rapportés appartiennent à des espèces
inféodées au milieu forestier, ce qui correspond parfaitement à l’ambiance et à la situation
géographique du lieu. Cependant, quelques espèces abondamment distribuées dans les
régions plus découvertes et voisines du nord sont également venues s’installer ici, à la
faveur de la déforestation liée à l’extension des cultures.
H. Heim de Balsac et M. Lamotte (1958), puis V. Aellen (1963) ont publié une
intéressante étude des Rongeurs, Insectivores et Chiroptères des monts Nimba, à laquelle
nous nous référerons fréquemment puisqu’il s’agit d’un massif qui, situé à cheval sur la
Guinée, le Libéria et la Côte-d’Ivoire, présente beaucoup de points communs avec la région
où nous avons séjourné. De même, les travaux de H. IIeim de Balsac et de V. Aellen
(1958 ; 1965 ; 1967) et celui de LL Raidi (1961) sur les Mammifères de Côte-d'Ivoire nous
fourniront des éléments de comparaison utiles. Notre publication s’en sera donc grande¬
ment inspirée, en même temps qu’elle leur servira peut-être de complément. Enfin, la paru¬
tion de l’ouvrage de 1). R. Rosevear sur les Rongeurs de l’Afrique occidentale, venant
après celui de 1965 consacré aux Chiroptères de la même région, nous oblige en dernière
heure à confronter nos conclusions respectives, d’ailleurs concordantes dans la plupart
des cas.
Le matériel ainsi rassemblé, qu’il soit de 1957, 1958 ou de 1959, et dont l’importance
numérique est indiquée en tête des paragraphes consacrés à chacune des espèces, figure
actuellement dans les collections du Muséum national d’Histoire naturelle à Paris. On
trouvera ci-dessous, pour la bonne compréhension de cette étude, la liste et la signification
des abréviations utilisées au cours de notre publication dans les tableaux rassemblant,
pour la plupart des espèces, les mensurations et le poids des animaux retenus. A ce sujet,
nous tenons à préciser :
— que les jeunes ont été systématiquement éliminés ;
— que certains individus pourtant adultes ou subadultes, mais non mesurés et pesés sur
le terrain, n’ont pu en conséquence être mentionnés ;
— que, lorsque nous possédions une série d’exemplaires appartenant à la même espèce, et
à plus forte raison un important lot de spécimens, ce qui est surtout le cas pour certains Ron¬
geurs, nous avons sélectionné un petit nombre d’individus représentatifs de la marge de varia¬
tion, en taille et en poids, entre les stades adulte (ad.) et subadulte (subad.) les plus avancés.
740
JEAN ROCHE
Mensurations du corps (en millimètres) :
TC = longueur de la tête et du corps ;
Q = longueur de la queue, avec poils terminaux (incomplète quand le chiffre est suivi du
signe +) ;
P = longueur du pied :
O = longueur de l’oreille ;
HG = hauteur au garrot (Ongulés) ;
AB = longueur de l’avant-bras (Chiroptères).
Mensurations du crâne (en millimètres) :
LT = longueur totale (maximale) ;
B/. = largeur bizygomatique ;
LM = largeur maximale de la boîte crânienne (Insectivores) ;
M = longueur de la rangée molaire supérieure mesurée aux bords alvéolaires (Ilyracoïdes,
Ongulés, Rongeurs) ;
LM = longueur de la rangée dentaire supérieure I-M 3 mesurée aux bords alvéolaires (Insec¬
tivores) ;
CM = longueur de la rangée dentaire supérieure C-M s mesurée aux bords alvéolaires (Pri¬
mates. Chiroptères, Carnivores).
Poids de l’animal en ciiair (en grammes) : Pds.
PRIMATES
Galagidae
Galago (Galagoides) d. demidovi G. Fischer
7 exemplaires comprenant 2 adultes, 2 subadultes et 3 jeunes
TC
Q
P
O
LT
BZ
CM
Pds
1959-941
-3 ad.
. 27-111-1958
145
175
48
23
30,8
22,5
11,5
1959-942
(î » ' * • '
. 10-11-1958
145
150
50
27
38,1
22
12,7
1959-940
3 subad. .
. 15-1-1958
120
170
47
23
11,8
55
Ce petit Galago purement forestier est assez commun dans la région de Sérédou, si
l’on en juge par la fréquence de ses captures et surtout de ses cris nocturnes caractéris¬
tiques. La sous-espèce typique, remarquable par la vivacité de la couleur jaune des parties
inférieures du pelage, serait propre aux zones forestières allant du sud du Sénégal à l’em¬
bouchure du fleuve Niger.
CoLOBIDAE
Colobus (Colobus) p. polykomos (Zimmermann)
2 exemplaires adultes
O LT 15Z CM
33 113,4 79 35,4
1970-450 $
29-XI-1959
TC
Q
975
P
190
RECHERCHES MAMMALOGIQUES EN GUINÉE FORESTIÈRE
741
Les Colobes, on le sait, sont des Singes inféodés au milieu forestier. La sous-espèce
typique de ce Colobe noir et blanc, caractérisée par la couleur gris argenté du tour de la
face et du camail, se rencontre dans les parties boisées situées à l’ouest de la Sassandra.
A l’est de cette limite, sur une étroite bande comprise entre les fleuves Sassandra et Ban-
dama, lui succède la forme C. p. dollmani Schwarz qui, contrairement à l’opinion avancée
par Rode, semble parfaitement distincte.
Colobus (Piliocolobus) b. badius (Kerr)
2 exemplaires adultes ou subadultes (sans crânes)
TC Q P O
1961-412 ?. 12-111-1958 600 701 85 30
Ces deux Colobes bais, recueillis à Sérédou, appartiennent à la sous-espèce typique
dont l'aire de répartition englobe la zone de grande lorêt située à l’ouest de la Bandama.
Une autre sous-espèce, C. b. temmincki (Kuhl), de coloration beaucoup plus claire, la rem¬
place dans les quelques îlots encore bien boisés disséminés entre la Sierra Leone et le sud
du Sénégal (Casamance).
Cercopithecidae
Cercopithecus mona campbelli Waterhouse
J exemplaire adulte
TC Q P O LT BZ CM Pds
1961-414 S . 17-1-1958 500 600 145 37 109,1 69,5 30,1 5 000
La Mone de Campbell est distribuée dans toute la partie du bloc forestier guinéen située
à l’ouest de la Sassandra, ainsi que dans les vestiges forestiers qui le prolongent jusqu’au
bas Sénégal. A partir de la rive gauche de la Sassandra commence le domaine d’habitat
d’une sous-espèce distincte, C. m. lowei Thomas, qui se différencie par sa coloration plus
foncée, en particulier de la croupe et de la face externe des membres postérieurs.
Cercopithecus petaurista buttikoferi Jentink
2 exemplaires comprenant l adulte et 1 jeune
TC Q PO LT BZ CM
1970-454 <? ad. 13-XI-1959 550 745 138 30 107,6 63 28,5
La distribution géographique de cette sous-espèce de Cercopithèque blanc-nez est tout
à fait comparable à celle de la Mone de Campbell. De la même façon, à l’est de la Sassandra,
elle cède la place à une forme, la nominale en l’occurence, très semblablement colorée, mais
reconnaissable par la prolongation jusqu’à la nuque de la bande noire frontale.
742
JEAN ROCHE
Cercopithecus d. diana (Linné)
3 exemplaires comprenant 2 adultes et 1 jeune
TC
Q
P
O
LT
BZ
CM
Pds
1970-452
$ ad. .
13-XI-1959
540
700
140
30
105,7
62
31,6
_
1961-413
$ » •
20-1-1958
505
770
150
30
107,8
62,4
30,8
5 450
La femelle du 20-1-1958 portait un embryon.
L’aire d’habitat du Cercopithèque diane est strictement restreinte au bloc forestier
guinéen. La Sassandra sert une fois de plus de frontière entre les deux sous-espèces qui se
partagent ce domaine, à savoir C. d. diana (Linné) à l’ouest et C. d. roloway (Schreber)
à l’est. La sous-espèce typique est caractérisée par la brièveté de la barbe et l’intensité
de la coloration (rouge acajou) de la face interne des cuisses.
Cercocebus torquatus atys (Audebert)
2 exemplaires subadultes (M 3 juste apparentes)
TC Q P O LT HZ
1970-455 $. 28-XI-1959 530 585 150 30 120,6 75,5
1970-456 $. 19-XÏ-1959 510 530 144 30 120,9 75
Les Cercocèbes sont aussi des Singes forestiers par excellence. Cette espèce si' pré¬
sente encore, de part et d’autre de la Sassandra, sous deux formes différentes : C. t. atys
(Audebert) à l’ouest, de coloration générale gris fumé ; C. t. lunulatus (Temminek) à l’est,
au pelage ventral blanc.
»
Colobes, Cercopithèques et Cercocèbes paient souvent un lourd tribut à l’alimenta¬
tion des populations locales, comme cela est généralement constaté en région forestière.
Le caractère encore très embryonnaire de l’élevage, par suite des maladies (peste bovine,
piroplasmoses) qui disséminent le bétail domestique, et la profusion des armes à feu, heu¬
reusement compensée par un ravitaillement en cartouches parfois problématique, expliquent
la chasse intensive dont ils sont continuellement victimes. Cette situation était particulière¬
ment vraie à Sérédou à l’époque de notre séjour (1959). Le seul troupeau de bovins installé
ici (environ une vingtaine de têtes), malgré les soins dont il était l’objet, faisait plutôt
figure de troupeau expérimental tant il paraissait disproportionné par rapport aux besoins
en viande de la population. Aussi, avec la modernisation de la chasse, résultant de l’intro¬
duction d’un assez grand nombre de fusils au temps de l’occupation française, il va de
soi que la faune sauvage forestière de cette région a été sérieusement malmenée. Les Singes
ont particulièrement souffert et tout le monde s’accorde à reconnaître à l’heure actuelle
leur raréfaction extrême, pour ne pas dire leur absence complète aux abords des villages
et de leurs voies d’accès. Ils sc sont adaptés à cette nouvelle situation en devenant très
méfiants et en se retirant profondément en forêt qui, grâce à son extension et à sa bonne
conservation, leur offre encore de vastes et nombreux refuges.
RECHERCHES MAMMALOGIQUES EN GUINEE FORESTIÈRE
743
INSECTIVORES
Contrairement, aux autres Mammifères, cédés au Muséum national d’Histoire natu¬
relle et cités dans la présente note, la collection d’insectivores recueillie par R. Pujol et
E. de Gaye dans la région de Sérédou a été directement remise à MM. H. Heim de Balsac
et M. Lamotte, et mention en est faite dans leur publication de 1958 sur les monts Nimba.
A notre tour, durant nos trois mois de séjour en 1959, nous avons pu rassembler, avec le
concours de la population, un certain nombre de spécimens dont il sera question ici.
Les problèmes posés par la reconnaissance des différentes espèces de Musaraignes
sont bien connus des mammalogistes. Il s’agit d’une famille homogène et groupant un
grand nombre d’espèces, souvent dilliciles à différencier, parmi lesquelles seuls quelques
spécialistes ont la possibilité de s’y retrouver. Cette situation était heureusement com¬
pensée, dans le cas présent, par les travaux détaillés de H. Heim de Balsac et de V. Aellen
sur les Mammifères Insectivores des monts Nimba, les Soricidés de basse Côte-d’Ivoire et
de l’Ouest africain, dont nous nous sommes grandement inspiré. Le premier de ces auteurs
a bien voulu d'ailleurs superviser nos déterminations, leur apportant ainsi la caution de
sa grande compétence.
Tenrecidae
Micropotamogale lamottei Heim de Balsac
I exemplaire immature
TC Q P O LT LM
1970-514 Ç. I-XI-1959 115 92 20 7 29,7 13,6
L’existence de cet animal n’est connue que depuis 1954, à la suite de la capture d’un
spécimen dans les monts Nimba. Deux exemplaires supplémentaires ont été collectés depuis,
dans le même massif, par la mission Lamotte. Enfin, R. Pujol a eu la bonne fortune, au
cours de patientes recherches entreprises en 1957 et 1958 dans le sud de la Guinée, de retrouver
cette espèce à Sérédou, d’où il a fait parvenir deux échantillons. Il s’avérait ainsi que Micro-
pot amo gale lamottei était inféodé au biotope forestier et on pouvait raisonnablement penser
que des collectes futures révéleraient sa présence dans les régions voisines densément
boisées. C’est pourquoi, la découverte postérieure par Kuhn (1964) de trois exemplaires,
dont deux adultes, dans la forêt, libérienne (district de Saniquellie) n’a pas été une complète
surprise.
Le matériel guinéen jusque-là rassemblé ne comprenait que des individus immatures
et notre spécimen, soit maintenant le sixième en provenance de ce territoire, n’y fait, pas
exception. Les deux dernières vraies molaires ne sont pas apparentes, si bien que la den¬
ture correspond au stade 3 défini dans le travail de Guth, Heim de Balsac et Lamotte.
II a été pris au piège durant la nuit, dans une zone marécageuse située à la limite d’une
rizière inondée et de la grande forêt, ce qui confirme les moeurs aquatiques de cet animal.
En dépit de deux mois de piégeage intensif, en particulier dans ce secteur, c’est le seul
exemplaire que nous ayons eu la chance d’obtenir.
744
JEAN ROCHE
SoiîICIDAE
Sylvisorex m.
megalura
( Jentink)
2 exemplaires
adultes
TC
Q
P
0
LT
LM
IM
1970-478 ? <? .
. VIII à
X-1959
62
81
14
6
18,8
8
7,5
1970-479 2 .
. VIII à
X-1959
60
87
13
7
7,4
Ces deux exemplaires ont été capturés par les autochtones dans les plantations du
Poste 5. La femelle présentait trois paires de mamelles inguinales.
Il s'agit d’une espèce assez bien caractérisée, à la fois par sa coloration bicolore (pelage
dorsal généralement brun foncé, pelage ventral blanchâtre) et par la longueur de sa queue
qui excède toujours nettement celle de la tète et du corps. La sous-espèce typique, sans
doute propre à l’ouest de l’Afrique, se fail remarquer par la teinte plus sombre des parties
supérieures.
Pour la Guinée, en dehors de quinze autres spécimens recueillis par R. Pujoi. à Sérédou,
Heim df. Balsac cite des captures de Boula, du Cercle de N’Zérékoré, des monts Nimba
et même de la zone jouxtant la frontière méridionale de la Guinée portugaise (Boké). L’es¬
pèce était encore connue du Libéria et du Ghana, en ce qui concerne l’Afrique occidentale,
pour ne réapparaître ensuite qu’à partir du Cameroun méridional. 11 y avait donc tout lieu
de croire, en présence d’une distribution géographique aussi étrange, que des recherches
futures permettraient de combler tôt ou tard les vides que l’on pouvait relever dans l’aire
de répartition de ce Soricidé. C’est maintenant chose partiellement faite. En effet, IIeim
de Balsac (1!)68) vient de signaler la collecte d’exemplaires en Côte-d’Ivoire et plus pré¬
cisément à Lamto, dans la région de Toumodi.
Les Musaraignes appartenant au genre Sylvisorex passent pour des animaux carac¬
téristiques du biotope forestier. S. megalura présente cependant l’originalité de pénétrer lar¬
gement en savane préforestière, comme l’atteste sa capture en dehors des régions densé¬
ment boisées de l’Ouest africain.
Crocidura flavescens ( = ('. occidentalis) spurelli Thomas
7 exemplaires adultes
TC
Q
P
O
LT
LM
IM
Pds
1970-481 rj.
4-X11-1959
130
79
20
7
30,6
12,5
12,7
44
1970-484 — ....
23-X-1959
128
79
21
11
30
11,8
13
39
1970-482 G.
10-XII-1959
121
72
21
9
31
12,1
12,9
39
1970-480 (J.
19-XI-1959
115
79
20
10
31,2
12,3
13,1
52
1970-486 — ... .
30-X-1959
106
70
19
10
29,4
11,2
12,8
1970-483 2 .
— VIII à X-1959
95
64
20
8
-
12,2
Toutes ces Musaraignes proviennent de la zone cultivée. Trois nous ont été apportées
par les autochtones, les quatre autres ont été prises dans des pièges à rats. La femelle
présentait deux paires de mamelles inguinales.
RECHERCHES MAMMALOGIQUES EN GUINÉE FORESTIÈRE
745
Les divisions subspécifiques de cette grande Crocidure, jusque-là mal établies, ont
été récemment étudiées par Heim de Bai.sac et Barloy (1966) dans une révision générale
consacrée à cette espèce. Leurs conclusions relatives à la systématique des populations
d’Afrique occidentale confirment l’opinion émise antérieurement (1958) par le premier de
ces deux auteurs, dans un travail en collaboration avec Aelj.en sur les Soricidés de basse
Côte-d’Ivoire. 11 ressort de cette mise au point que tous les animaux de cette espèce habitant
l’ensemble du bloc forestier guinéen doivent appartenir à une seule et même forme : C. f.
spurrelli.
Le très vaste domaine de distribution de cette espèce, dans lequel elle manifeste des
tendances antbropophiles bien marquées, intéresse avant tout des régions forestières.
Néanmoins, elle témoigne d’une certaine plasticité vis-à-vis de ce milieu d’élection en
s’avançant assez loin en zones de savane. Heim de Bai.sac mentionne, pour la région qui
nous concerne, treize spécimens récoltés par II. Pujol à Sérédou, ainsi que des matériaux
en provenance de Boola, du Cercle de N’Zérékoré et des monts Nimba.
Crocidura poensis (Fraser)
6 exemplaires comprenant 4 adultes et 2 jeunes
TC
Q
P
O
LT
LM
IM
Pds
1970-487 3 ad. .
— VIII à X-1959
89
64
16
7
_
_
10,7
__
1970-488 ? ,, .
14-XI-1959
88
54
16
11
24,5
10,4
10,4
18
1970-490 — » .
23-X-1959
87
66
17
8
24,6
10,1
10,4
1970-489 ? >, .
— VIII à X-1959
78
53
15
6
24,4
10
10,1
Ces Musaraignes, à l’exception d’une seule prise dans un piège à rats, nous ont été
fournies par les autochtones. Elles proviennent toutes de la zone cultivée. Deux femelles,
dont une jeune, présentaient une formule mammaire composée de trois paires de mamelles
inguinales.
Cette espèce de moyenne taille, de coloration foncée à la fois dessus et dessous, semble
assez largement répandue dans les régions forestières de l’Ouest africain. Toutefois, elle
transgresse ces limites en pénétrant profondément en savane guinéenne, puisque sa pré¬
sence est signalée dans le Fouta Djalon et même jusqu’en Gambie, vraisemblablement
dans les îlots boisés qui subsistent encore. Heim de Balsac fait mention de 31 spécimens
rassemblés par R. Pujol à Sérédou, ainsi que des captures de Boola. du Cercle de N’Zérékoré
et des monts Nimba. Selon cet auteur, dans une publication en collaboration avec Aellen,
la population de Guinée et de Gambie diffère de celle établie à partir de la Côte-d’Ivoire
et peut-être du Libéria. Elle pourrait porter l’appellation subspécifique de schweitzeri
Peters, alors que la seconde doit appartenir à la sous-espèce pamela Dollman.
i r», 2
746
JEAN ROCHE
Crocidura theresae Heim de Balsac
21 exemplaires comprenant 19 adultes et 2 jeunes
TC
Q
P
O
LT
LM
IM
Pds
1970-494 <J
ad
. 10-XI-1959
86
56
15
8
22,3
9,5
9,1
14
1970-485 <?
))
. 10-XI-1959
85
55
18
7
22,9
10
9,2
17
1970-503 Ç
»
. 10-X1-1959
84
52
16
8
22
9,4
8,7
12
1970-507 —
))
. 28-X-1959
79
54
15
7
9
8,5
9
1970-498 ?
))
. 25-XI-1959
75
46
14
6
21,4
9
8,5
8
1970-502 $
))
. 25-XI-1959
74
53
14
8
22,8
9,5
8,9
16
1970-499 ? (J
))
. 26-XI-1959
71
48
14
6
21,7
9,2
8,7
11
1970-504 $
))
. — VIII à X-1959
65
54
14
5
23
9,3
8,8
Toutes <
ces
Musaraignes ont été capturées en zone cultivée
par
les autochtones, en
par-
ticulier lors
de
défrichements, à l’exception d’
une se
ule
qui a
pénétré un
soir
dans notre
maison. Trois des femelles collectées présentaient une formule mammaire composée de
trois paires de mammelles inguinales.
Cette espèce, si elle vient d’être officiellement nommée par Heim de Balsac (1968),
fut toutefois reconnue dès 1958 par le même auteur dans son étude sur les Mammifères
1 nsectivores des monts Nimba. Elle était alors, sous l’appellation provisoire de Crocidura
afî. foxi, distinguée des autres espèces de Soricidés recueillies dans la région. Comme nous
le voyons, et les 25 spécimens réunis antérieurement à Sérédou par R. Pujol le prouvent,
cette Crocidure semble l’élément de la famille le plus abondamment représenté ici. Des
captures souvent nombreuses sont également citées par Heim de Balsac du sud de la
Guinée (Cercles de Beyla et de N’Zérékoré, monts Nimba) et de Côte-d’Ivoire (Dabou,
Lamto). En outre, sa présence est signalée de la Sierra Leone au Ghana, mais en des lieux
également proches de la lisière du bloc forestier lui-même. Etant donné, par ailleurs,
une large diffusion dans les zones périphériques plus découvertes, Heim de Balzac a
donc été amené à penser qu’il s’agirait plutôt d’une espèce de savane, infiltrée dans le
milieu forestier à la faveur de l’extension des cultures.
CHIROPTÈRES
Grâce à l’ouvrage de Rosevear, « The Bats of West Africa », nous avons pu assez
aisément déterminer, malgré nos connaissances très limitées sur ce groupe si particulier,
les quinze spécimens de notre petite collection. Nous dénombrons au total six espèces, dont
une se fait remarquer par sa forte représentation. Une comparaison de notre matériel avec
celui rassemblé dans les monts Nimba, et étudié par Aellen en 1963, montre immédiate¬
ment, comme on pouvait s’y attendre, une étroite analogie entre les populations de ces
deux régions.
RECHERCHES MAMMALOGIQUES EN GUINEE FORESTIÈRE
747
Pteropidae
Rousettus aegyptius occidentalis Eisentraut
1 exemplaire adulte
TC
Q
AB
0
LT
BZ
CM
Pds
1970-463 $ .
.... 18-NII-1959
130
20
97
22
43,7
26
16,3
130
Cette espèce à vaste distribution géographique ne semble que modérément représentée
dans les collections de la plupart des musées. La forme occidentalis est propre aux régions
qui s’étendent du Sénégal au Gabon. Cette Roussette est citée par Aellen des monts
Nimba.
Nycteridae
Nycteris h. hispida (Schreber)
2 exemplaires adultes
TC
Q
AB
O
LT
BZ
CM
Pds
1970-464 $ .
. 28-XI-1959
46
44
39
20
17,5
10,5
5,5
7,5
1970-465 ?.
. 20-XII-1959
45
46
41
20
17,9
10,6
5,5
Cette espèce, la plus communément collectée du genre, est abondante dans les zones
boisées, aussi bien en forêt claire qu’en forêt hygrophile où elle atteindrait même son maxi¬
mum de densité. La forme nominale se rencontre dans l’ouest et le centre de l’Afrique.
Ces deux spécimens ont été obtenus de nuit dans une maison, où les représentants de cette
espèce passent pour pénétrer fréquemment. Mention est faite par Aellen de la capture
de deux exemplaires dans les monts Nimba.
Hipposideridae
Hipposideros caffer guineensis K. Andersen
9 exemplaires adultes
TC
Q
AB
O
LT
BZ
CM
Pds
1970-474 ?
¥ .
.... 20-XI-1959
57
31
52
17
20,6
11,6
7
_
1970-466
<?.
. ... 21-XI-1959
55
35
53
15
18,8
9,7
5,6
10
1970-472
d.
3-XI-1959
53
37
55
14
19,5
10,1
6,2
1970-467
¥ .
. .. . 29-XI-1959
52
35
52
15
19
9,9
6,2
10
1970-468
â .
.... 30-XI-1959
52
32
53
15
18,9
10
6,1
10
1970-469
s .
. ... 3-XII-1959
48
37
54
15
18,7
10
6,1
11
Voici une espèce à la fois très largement distribuée et très souvent collectée en Afrique.
Aussi figure-t-elle en nombre parmi notre matériel. Aellen signale à son tour la capture
748
JEAN ROCHE
d’une série d’exemplaires dans les monts Nimba. Tous nos spécimens avaient pénétré de
nuit dans une maison, ce qui laisse à penser qu’il s’agit d’un visiteur fréquent des habita¬
tions humaines. Rappelons que cette espèce offre la particularité de se présenter sous
deux phases de coloration, l’une rousse, l’autre brune. C’est à cette dernière qu’appar¬
tiennent tous nos échantillons. La forme guineensis est propre au domaine forestier s’éten¬
dant du Libéria au Gabon.
Hipposideros marisae V. Aellen
1 exemplaire adulte
TC Q
AB
0 LT
BZ
CM
1970-476 <?.
. 6-XI-1959 42 15
38
15
8
4,7
Cette espèce
a été décrite par Aellen en 1954, à partir
d’un
exemplaire
en prove-
nance de Duékoué (Côte-d’Ivoire). Puis la collecte de quatre autres spécimens dans les
monts Nimba est signalée en 1963 par le même auteur. Bien que de dimensions encore
moindres que celles du type et des quelques autres pièces connues, notre unique échantillon,
capturé de nuit dans une maison, se rapporte incontestablement à cette espèce, en parti¬
culier par sa faible taille, par sa coloration et surtout par le dessin de sa feuille nasale.
Vespertilionidae
Eptesicus t. tenuipinnis (Peters)
1 exemplaire adulte
TC Q
AB
0
LT
BZ
CM
1970-475 <?.
. 3-XII-1959
35 27
28
8
12,1
3,8
Cette petite espèce aisément reconnaissable, par suite du contraste marqué entre la
coloration blanche des ailes et celle brun foncé du pelage dorsal, est assez fortement atta¬
chée au milieu forestier. Sa présence en Guinée proprement dite a été signalée pour la
première fois par Aellen dans son travail sur les monts Nimba. La forme nominale serait
propre aux régions de l’Ouest africain.
Notre exemplaire a été trouvé dans une case par un autochtone.
Pipistrellus nanulus Thomas
1 exemplaire adulte. Région de Balouma, à environ 25 km au nord-ouest de Macenta.
TC Q AB O LT BZ CM Pds
1970-477 $. 8-XI-1959 51 30 32 9 14 — 4,9 8
Les caractères différentiels de cette espèce sont si bien indiqués sur le tragus et l’an-
titragus de notre spécimen que sa détermination ne saurait faire de doute. 11 ne semble
RECHERCHES MAMMALOGIQUES EN GUINÉE FORESTIÈRE
749
pas que celte Chauve-Souris, par ailleurs mal connue, ait été capturée aussi loin vers
l’ouest, c’est-à-dire jusque dans le bloc forestier guinéen lui-même.
Cet exemplaire s’est assommé en pénétrant dans notre Land-Rover au cours d’une
de nos tournées nocturnes.
PHOLIDOTES
Manidae
Manis (Phataginus) tricuspis Rafinesque
1 exemplaire adulte ou subadulte (crâne seul)
Espèce de Pangolin répandue dans tout le domaine forestier de l’ouest et du centre
de l’Afrique.
CARNIVORES
VI VE R RIDAE
Genetta pardina (= G. mandata ) I. Geoffroy
3 exemplaires comprenant 2 adultes et 1 adulte ou subadulte (sans crâne)
TC Q P O LT BZ CM
1959-937 ad. 21-XI1-1957 500 400 80 40 90,3 48,5 32,8
Nous nous sommes rendu compte, en consultant la littérature, des incertitudes et des
contradictions qui subsistent sur la nature et l’emploi des critères de reconnaissance des
différentes espèces de Genetles. Le problème est particulièrement vrai en ce qui concerne
les Genetles de l’Ouest africain un peu arbitrairement rangées sous les appellations spéci¬
fiques de mandata et de tigrina. Les caractères de coloration de l’une sont parfois attribués
à l’autre et réciproquement. Cette dernière espèce constitue, à vrai dire, un ensemble plu¬
tôt hétérogène et donc mal défini, pour lequel l’absence de caractères distinctifs précis est
en grande partie responsable d’une telle situation.
Parmi les quatre spécimens que nous avons rapportés de Sérédou, trois se font remar¬
quer par la teinte très foncée et presque uniforme des taches du pelage, qui sont ainsi de
couleur identique à la raie dorsale noire et tranchent nettement sur le fond clair de la robe.
La coloration des membres antérieurs et postérieurs est également très sombre et la queue
possède une longue extrémité entièrement noirâtre. De telles particularités semblent pré¬
cisément caractériser l’espèce maculata à laquelle nous rattachons nos trois spécimens.
Cette dénomination spécifique, selon le récent travail de Coetzee (1967), doit désormais
être remplacée par celle prioritaire de pardina.
750
JEAN ROCHE
Genetta pardina est apparemment une espèce inféodée aux régions forestières de l’ouest
allant de la Sierra Leone au Nigeria.
Genetta tigrina (Schreber)
1 exemplaire adulte ou subadulte (sans crâne)
Ce spécimen se différencie immédiatement des trois autres par la teinte franchement
roussâtre des taches du pelage, qui met ainsi en évidence la raie dorsale noire. Des anneaux
clairs sont visibles sur toute la longueur de la queue ; en revanche la coloration des membres
antérieurs et postérieurs est également sombre. Nous pensons, pour des raisons de facilité
avant tout, qu’il s’agit de Genetta tigrina et nous déterminons notre exemplaire comme tel.
Car, comme nous l’avons évoqué précédemment, les auteurs ont trop tendance, sous cette
appellation sans doute commode, à rassembler des Genettes fort différemment colorées.
Rahm signale la capture d’exemplaires des deux espèces dans la région d’Adiopo-
doumé. Le spécimen à taches noires appartient selon lui à l’espèce tigrina. Malheureuse¬
ment, il ne donne pas la description de ce qu’il considère comme « Genetta pardina macu-
lata ». Ajoutons que dans la collection du Muséum de Paris figurent trois peaux collectées
par Rode dans les environs de Kindia (République de Guinée) et qui présentent une colo¬
ration de type tigrina : les taches sont entièrement roussâtres chez l’une, au contraire
bordées de noir chez les deux autres. Comme on ignore tout de la marge de variation de
la teinte de la robe et que les crânes sont trop souvent absents de la collection, il n’est
pas dans nos possibilités pour l’instant d’élucider ce problème.
Genetta tigrina est représentée par une foule de races géographiques dans son vaste
domaine de distribution qui englobe avant tout des régions de savane boisée. Néanmoins, elle
pénètre plus ou moins profondément en région forestière. C’est le cas, par exemple, d’ani¬
maux signalés du Ghana, du Nigeria et du Gabon sous l’appellation subspécifique de fieldiana.
Nandinia b. binotata (Reinwardt)
1 exemplaire adulte
TC
Q
P
O
LT
BZ
CM
Pds
1959-939 $. 4-11-1958
450
515
73
35
92,2
49,4
33,6
2 000
Viverridé typiquement forestier. La sous-espèce nominale est commune aux blocs
forestiers guinéen et congolais.
Atilax paludinosus pluto (Temminck)
1 exemplaire adulte
TC Q P O LT BZ CM Pds
1961-415 <?. 26-1-1958 465 320 90 30 — 61,3 36,1 3 150
La coloration de ce spécimen est entièrement brun foncé. Seuls les jeunes ou les imma¬
tures présenteraient un pelage tiqueté. Cette sous-espèce serait propre au bloc forestier
guinéen.
RECHERCHES MAMMALOGIQUES EN GUINEE FORESTIÈRE
751
HYRACOÏDES
Procaviidae
Procavia capensis (Pallas)
1 exemplaire adulte
TC P 0 LT B Z M Pds
1970-443 $. 11-1958 550 74 35 100,4 57,2 41,4 3 460
La présence de Damans de rochers (genre Procavia ) dans la région de Sérédou est
plutôt étonnante, si l’on songe que nous sommes en zone forestière. On serait plus en droit
d’attendre qu’un tel milieu soit occupé par des Damans d’arbres (genre Dendrohyrax) qui
sont, comme on sait, des Damans forestiers par excellence. Or, selon nos observations et
les renseignements recueillis, leur existence ici n’a pas encore été décelée. Rahm (1961) a
eu la même surprise de découvrir des Damans de rochers en pleine forêt de Côte-d’Ivoire,
dans la région de Duékoué, par ailleurs établis dans des habitats plus classiques de savane
boisée, comme par exemple à Séguéla et à Mankono. Les Damans du genre Procavia sont
également représentés dans les monts Nimba (Lamotte, 1942), de même que dans le Cercle
de Guékédou (Guinée) suivant les informations qui nous ont été communiquées. Enfin,
le matériel du British Muséum, à Londres, comprend deux spécimens collectés dans le
domaine forestier de la Sierra Leone (Sainaia et Makeni). L’examen d’une carte de végé¬
tation de l’Ouest africain et le pointage de ces localités, que nous avons volontairement
énumérées, montrent cependant, malgré l’impression qui prévaut sur le terrain, que tous
ces gîtes à Procavia sont plus ou moins situés à la périphérie du hloc forestier proprement
dit. Ils représentent eu quelque sorte, dans cette partie de l’Afrique, les points de péné¬
tration les plus avancés de ces animaux en direction de la grande forêt. C’est ainsi que les
Damans de rochers sont complètement absents du territoire libérien, de même que de la
plus grande partie des zones forestières de la Sierra Leone et de la Côte-d’ ivoire.
La division par Hahn (1934) du genre Procavia en quatre espèces, telle qu’elle est
encore acceptée par la plupart des auteurs, ne nous paraît nullement justifiée. Nous préfé¬
rons, à la suite de l’opinion émise par Ellerman et Morrison-Scott (1951), mais par souci
d’objectivité avant tout, considérer le genre comme monospécifique. C’est pourquoi, nous
accordons la dénomination spécifique de capensis à notre Daman de Guinée. Il s’avère en
revanche que ces animaux présentent un assez grand nombre de races géographiques dans
leur vaste domaine de distribution. Les Procavia des régions boisées d’Afrique occidentale,
c’est-à-dire ceux rangés jusqu’à présent sous les appellations subspécifiques de kerstingi,
goslingi et oweni, possèdent des caractères communs qui les différencient dans une cer¬
taine mesure, en dépit d’une marge de variation peut-être en partie individuelle, des Pro¬
cavia établis dans les régions septentrionales découvertes : coloration générale plus sombre
et plus intensément ocrée, grande taille. Notre exemplaire de Sérédou se singularise par la
teinte uniformément brun-noir de tout le pelage, à tel point qu’on pourrait penser, comme
752
JEAN BOCHE
Fig. 2. — Monts Ziama. Escarpement rocheux en forêt primaire, abritant dans ses fissures une colonie
de Procavia.
Les Damans installés dans la région de Sérédou élisent domicile dans des rochers et
vivent en communauté, comme tous les Procavia. On les rencontre dans les escarpements
fissurés des collines qui entourent la Station, ainsi que des îlots rocheux situés en pleine
forêt primaire. C’est à l’un de ces derniers, émergeant d’une vaste clairière forestière, que
nous nous sommes rendu pour examiner de plus près l’emplacement d’une colonie. Les feuilles
d’un arbuste de lisière du genre Hibiscus (H. sterculiifolius ou quinquelobus ), manifeste¬
ment très broutées sur place, figureraient parmi la nourriture favorite de ces animaux,
selon les autochtones qui nous accompagnaient.
L’exemplaire dont il est question ici a été, assez curieusement, trouvé seul dans les
plantations de Sérédou et envoyé vivant à la Ménagerie du Muséum de Paris, en février 1958,
par R. Pujol. Il s’agissait d’une femelle. Cette dernière a cohabité durant l’année 1960, et
très exactement jusqu’au 19 août, avec des Procavia en provenance du Tibesti. Elle est
morte le 7 mars 1961 en mettant au monde deux jeunes, qui ont été également trouvés
RECHERCHES MAMMALOGIQUES EN GUINÉE FORESTIÈRE
753
sans vie. Ces faits datés nous ont permis d’établir une durée de gestation minimale de
196 jours, et de réfuter ou de valider par la même occasion les chiffres avancés par certains
auteurs (Roche, 1962).
ARTIODACTYLES
Bovidae
Cephalophus (Cephalophus) d. dorsalis Gray
2 exemplaires comprenant J adulte et peut-être 1 subadulte (sans crâne)
TC Q O H G LT BZ M
1970-457 ? ad. 8-XII-1959 850 170 70 480 182 85,4 54,8
Cette femelle portait un embryon.
La sous-espèce typique du Céphalophe à bande dorsale noire est propre au bloc fores¬
tier guinéen. Les deux peaux que nous avons rapportées, d’origine géographique commune,
diffèrent sensiblement l’une de l’autre par leur coloration. La robe de la femelle adulte est
d’un roux châtain brillant, avec la raie dorsale noire bien délimitée et la face externe des
membres foncée, ce qui correspond parfaitement à la coloration classique de cet animal.
Le second spécimen, représenté par une peau achetée sans indication d’âge (crâne absent),
ni de sexe, est de coloration générale plus brunâtre. En outre, la teinte foncée de la face
externe des membres antérieurs se prolonge jusqu’à la raie dorsale noire qui est elle-même
très diffuse à la hauteur des épaules. Une telle variation est signalée par Sclater et Tho¬
mas (The book of Antelopes, vol. I : 156) et nous l’avons aussi observée sur des peaux du
British Muséum, à Londres, en provenance du Ghana. Nous pensons qu’elle est en corré¬
lation directe avec l’âge, la coloration plus brunâtre et la bande cruciale disparaissant sans
doute chez les animaux complètement adultes.
Cephalophus (Cephalophus) niger Gray
1 exemplaire subadulte (crâne seul)
LT BZ M
1970-459 S . 21-X-1959 188,5 80,1 55
Le Céphalophe noir est un hôte des régions forestières allant du Libéria à l’embou¬
chure du fleuve Niger. Il ne présente aucune variation justifiant une division subspécifique.
Cephalophus (Philantomba) maxwelli (Hamilton-Smith)
1 exemplaire adulte ou suhadulte (sans crâne)
La distribution géographique du Céphalophe de Maxwell intéresse à la fois, comme
pour l’espèce précédente, le bloc forestier guinéen et les zones densément boisées situées
sur la rive droite du Niger, mais s’étend plus loin vers le nord. Selon Dekeyser, les trois
sous-espèces décrites par Hinton de la Sierra Leone et du Libéria, à savoir danei, lowei
et liberiensis, sont de validité douteuse.
16, 3
754
JEAN ROCHE
Neotragus pygmaeus (Linné)
1 exemplaire adulte ou subadulte (sans crâne)
Cette Antilope pygmée, strictement forestière, ne comporte pas de formes distinctes.
Son aire de répartition paraît limitée, jusqu’à plus ample informé, au bloc forestier guinéen.
Tragulidae
Hyemoschus a. aquaticus (Ogilby)
2 exemplaires comprenant 1 adulte et 1 adulte ou subadulte (sans crâne)
TC Q P O HG LT BZ M Pds
1961-471 $ ad. 28-1-1958 750 130 177 70 320 149,7 64,4 52,2 15 000
Cette femelle portait un embryon et présentait deux paires de mamelles.
Le Chevrotain aquatique passe pour un hôte des forêts marécageuses. Le domaine
d’habitat de la sous-espèce typique comprend à la fois la totalité du bloc forestier guinéen
et les régions forestières du bas Niger, jusqu’à la Cross River semble-t-il.
¥ ¥
Comme pour les Singes, et pour la même raison, tous ces petits Ongulés sont forte¬
ment pourchassés par les populations établies ici. Néanmoins, les moyens de capture
diffèrent généralement et laissent espérer que la destruction n’est pas trop massive. En
effet, puisqu’il s’agit d’animaux essentiellement nocturnes, la chasse est surtout pratiquée
à l’aide de pièges de toutes sortes, fonctionnant isolément ou en collectivité. Une telle
méthode, bien que donnant de temps à autre d’excellents résultats, évite sans doute les
hécatombes imputables à l’emploi exagéré des armes à feu. Aussi, vu l’étendue et l'homo¬
généité de la forêt dans cette région, et la localisation des zones de piégeage, il est permis
de penser que le cheptel de ces petits animaux, tout au moins à distance des lieux habités,
est encore très satisfaisant.
RONGEURS
Comme nous l’avons déjà signalé, nous nous sommes plus particulièrement consacré
sur le terrain à la collecte systématique des Rongeurs, en nous efforçant également d’obtenir
le maximum d’information à leur sujet. Un piégeage intensif et suivi durant nos trois mois
de séjour, avec l’aide de quelques autochtones, nous a permis de capturer un grand nombre
de spécimens dont certains ont été gardés provisoirement en captivité pour être à la fois
observés et photographiés. Ils sont à l’origine d’un article illustré paru dans la revue Science
et Nature (Roche, 1962). Les récoltes antérieures de R. Pujoi. et de E. de Gave complètent
RECHERCHES MAMMALOGIQUES EN GUINÉE FORESTIÈRE
755
fort heureusement notre collection, qui donne ainsi un aperçu assez complet des espèces
représentées dans cette région. Il va sans dire que c’est en zone cultivée que nous nous
sommes procuré la plus grande partie de ces animaux, où certains abondent tant ils y
trouvent des conditions avantageuses de pourvoir à leur alimentation. Parmi eux figurent
des espèces bien connues pour leur anthropophilie ou largement répandues dans les zones
plus découvertes du nord. Enfin, des recherches entreprises dans la grande forêt environ¬
nante nous ont permis de constater que d’autres espèces sont attachées au milieu sylvi-
cole, partiellement ou d’une manière presque exclusive.
Cultures et plantations sont parfois malmenées par certains de ces Rongeurs, dont
il est souvent dillicile de préciser la part exacte de responsabilité. Ainsi, dans les rizières,
si le rôle véritablement malfaisant des Aulacodes est incontestable, celui d’une espèce de
Muridés ( Oenomys hypoxanthus) reste encore à définir. De même, Ecureuils (en particulier
Heliosciurus garnbianus), Loirs ( Graphiurus ) et Hylomyscus sont accusés, mais à partir
d’observations trop fragmentaires, d’être les auteurs respectifs des dégâts constatés sur les
régimes de Palmier à huile, sur les follicules de Colatier et les cabosses de Cacaoyer. Dans
cette région où la viande de boucherie est rare, et par suite de la méfiance grandissante
des Mammifères sauvages trop chassés, la plupart de ces Rongeurs sont recherchés et con¬
sommés par la population. Ils constituent ainsi une source alimentaire non négligeable,
qui compense quelque peu les méfaits dont ils sont parfois responsables dans l’économie
humaine.
Thryonomyidae
Thryonomys swinderianus (Temminck)
1 jeune exemplaire (crâne seul)
Il est admis que deux formes sont représentées en Afrique occidentale, l’une dans les
savanes s’étendant de la Gambie au Nigeria (sous-espèce typique), l’autre dans les zones
forestières allant du Ghana au Congo (T. .s. raplorum Thomas). Cette dernière se ferait
remarquer par des « gouttières » intertemporales moins accusées. Un tel caractère de diffé¬
renciation, pour autant qu'il soit valable, est sans doute d’une utilisation délicate puisque
Aellen et Rahm se contredisent formellement sur la dénomination subspécifique de spé¬
cimens en provenance de la même localité (Yapo, basse Côte-d’Ivoire). Selon le premier
de ces deux auteurs, après une étude comparative approfondie, c’est la sous-espèce typique
qui serait présente dans cette région. Rosevear lui-même, dans son récent travail sur les
Rongeurs de l’Ouest africain, émet un sérieux doute sur la valeur de cette division subspé¬
cifique.
L’Aulacode, improprement nommé « Agouti » par les Européens d’Afrique, semble affec¬
tionner les lieux marécageux. Il est redouté à juste titre par les Africains, par suite de ses
incursions nocturnes dévastatrices dans les rizières. Il bouleverse tout sur son passage,
en laissant des pistes très nettes, et coupe les tiges à dix centimètres environ du sol
pour s’en repaître. Pièges et palissades sont les seuls moyens de défense à la disposition des
autochtones.
756
JEAN ROCHE
SciURID AE
Protoxerus stangeri temmincki (Anderson)
3 exemplaires comprenant 2 adultes et 1 jeune
TC
Q
P
O
LT
BZ
M
Pds
1970-517 $ ad. ...
. 25-XI-1959
305
394
70
23
71,8
11,4
700
1959-718 ? ,, ...
. 21-XII-1957
300
315
(35
23
67,7
40,3
10,6
Les deux femelles présentaient une formule mammaire composée de quatre paires de
mamelles (1 paire axillaire, 2 paires abdominales, l paire inguinale).
L’Ecureuil de Stanger est une espèce strictement propre à la grande forêt. Comme le
suggère Dekeyser (Amtmann, puis Rosevear viennent de lui donner raison), nous ne
pouvons que rattacher nos spécimens, ainsi que ceux signalés du Libéria et de Côte-d’Ivoire,
à la sous-espèce temmincki décrite du Ghana.
Heliosciurus gambianus punctatus (Temminck)
11 exemplaires comprenant 10 adultes et 1 jeune
TC
Q
P
O
LT
BZ
M
Pds
1970-520
3
ad.
. 22-XI-1959
182
230
46
13
43,4
25
7,8
163
1970-519
3
»
. 27-X-1959
180
270
46
16
—•
7,8
140
1970-521
3
»
. 25-XI-1959
165
275
46
13
42,2
23,5
7,5
120
1970-523
9
»
. 27-XI-1959
165
240
42
11
42,8
24,6
7,9
100
1970-522
?
»
. 23-XII-1959
155
250
44
8
41,4
23,4
7,4
119
1970-524
9
»
. 21-X-1959
153
255
42
11
42,7
23,6
7,5
Les
trois
femelles présentaient
une
formule
mammaire
composée
de trois
paires
de
mamelles (1 paire axillaire, 2 paires abdomino-inguinales).
Une situation systématique des plus incohérentes régnait jusque-là au sein de cette
espèce, par suite de la réunion, sous la même appellation de gambianus , d’animaux sans
parenté spécifique. En effet, des différences de mensurations incontestables et de nom¬
breux cas de cohabitation permettent de penser que la plupart de ces Écureuils dits « aux
bras rouges » appartiennent à une espèce distincte ( rufobrachium ). C'est, à Rosevear (1963)
que revient le mérite d’une telle séparation conforme à la réalité et que nous-même, lors
de notre retour de Guinée, commencions déjà à juger nécessaire.
En dépit de cette scission, le nombre de formes rangées par Rosevear dans l’espèce
gambianus reste encore très élevé. En ce qui concerne l’Afrique occidentale, on en signale
trois en région de savane, décrites respectivement de Gambie, du Sénégal et de moyenne
Côte-d’Ivoire : H. g. gambianus (Ogilby), II. g. senescens Thomas et H. g. savannius Thomas.
Les deux premières sont très semblables entre elles par leur coloration claire et mériteraient
peut-être, ainsi que le pense Rosevear (1969), d’être mises en synonymie ; la troisième
est plus intensément pigmentée. Une quatrième forme, H. g. punctatus (Temminck), de
coloration également plus foncée sur les faces dorsale et ventrale, se rencontre du sud de
RECHERCHES MAMMALOGIQUES EN GUINEE FORESTIÈRE
757
la Guinée au Ghana, c’est-à-dire dans le bloc forestier guinéen lui-même. Il s’agit donc
d’une forme forestière ou tout au moins préforestière.
Nos spécimens en provenance de Sérédou appartiennent justement à cette sous-espèce.
Comparés à une série d’exemplaires rapportée de Gagnoa (Côte-d’Ivoire) par nos collègues
P. Pfeffer et R. Chauvancy, dans laquelle il existe d’ailleurs une certaine marge de
variation, la coloration de leur pelage dorsal et de leur queue est dans l’ensemble plus
roussâtre, caractère qui semble précisément différencier punctatus de savannius. Nous les
avons tous collectés en forêt, le plus souvent à proximité des plantations où ils n’hésitent
pas à pénétrer. Comme nous avons pu le constater en captivité, il s’agit d’un Ecureuil
extrêmement agile et rapide, très friand de noix de palme.
Heliosciurus rufobrachium maculatus (Temminck)
5 exemplaires adultes
TC
Q
P
O
LT
BZ
M
Pds
1970-525 $ ....
. . . 22-XI-1959
256
305
60
15
55,9
32,5
10,7
388
1970-529 $ .
. . . ll-XII-1959
235
305
60
12
55,3
31,4
10,4
340
1970-527 Ç .
2-XII-1959
220
305
60
14
54,8
29,8
10,4
1970-528 $ ....
. . . 14-XI1-1959
210
285
56
9
54,3
30,7
10,2
1970-526 $ ....
6-XII-1959
198
310
60
10
54,7
32
10,7
L’une des femelles présentait trois paires de mamelles (1 paire axillaire, 2 paires abdo-
mino-inguinales).
Comme nous l’avons mentionné, les diverses formes désormais rattachées à cette espèce
étaient considérées par les récents auteurs, jusqu’à la révision de Rosevear (1963), comme
de simples variations géographiques d 'Heliosciurus gambianus (cf. Ellerman, 1940). Déjà,
à la suite de nos captures de Sérédou en 1959, nous avions eu l’attention attirée par l’ab¬
surdité d’une telle conception. Car, outre leur coloration et leur taille totalement différentes,
ces deux Ecureuils cohabitaient dans le sud de la Guinée, ce qui s’accordait mal avec la
classification acceptée. En se fondant principalement sur des moyennes de mensurations,
Rosevear vient de faire la part des sous-espèces qui revient à chacun de ces Heliosciurus.
De plus, mention est faite de leur coexistence sur quatre autres territoires, à savoir en
Guinée portugaise, en Sierra Leone, en Côte-d’Ivoire et au Ghana.
11. rufobrachium est un Écureuil de taille généralement beaucoup plus grande que le
précédent. Nos exemplaires ont les parties inférieures teintées de roux, en particulier la
face interne des membres antérieurs et postérieurs, ce qui n’est nullement le cas chez les
spécimens d’H. gambianus de même provenance. Ils correspondent parfaitement, par leur
coloration et leurs dimensions, à une série d’échantillons collectée à Gagnoa (Côte-d’Ivoire)
par P. Pfeffer et R. Chauvancy. Leur détermination subspécifique posait quelques pro¬
blèmes, car pas moins de cinq sous-espèces sont signalées d’Afrique occidentale, sans que
nous sachions le plus souvent, faute de matériel, quel crédit accorder à chacune d’entre
elles. Selon Rosevear, les Écureuils aux bras rouges présents du Ghana au Libéria appar¬
tiendraient à la sous-espèce maculatus , qui est d’ailleurs la plus anciennement décrite des
cinq. Celle-ci serait remplacée par H. r. isabellinus (Gray) du Togo à l’est du Nigeria,
H. r. h ardyi Thomas en moyenne Côte-d’Ivoire, H. r. leonensis Thomas en Sierra Leone
758
JEAN ROCHE
et II. r. caurinus Thomas en Guinée portugaise, ces deux dernières formes présentant toute¬
fois beaucoup de parenté entre elles et par ailleurs une étonnante variation individuelle.
Nous possédons, dans la collection du Muséum de Paris, quelques exemplaires en prove¬
nance du Togo et de Guinée portugaise qui se différencient de nos spécimens de Sérédou
par la moindre intensité de leur pigmentation, à la fois dessus et dessous, en particulier
de la zone rougeâtre des membres. Cette constatation confirme la ressemblance notée par
Rosevear entre isabellinus et caurinus.
II. rufobrachium est un Ecureuil typique des régions forestières. Sa présence en pays
de savane est sans doute liée à la persistance d’ilots encore bien boisés. Nos spécimens
ont été capturés eu forêt proprement dite, parfois à la limite de la zone cultivée, dans la
strate plutôt basse de la végétation.
Funisciurus pyrrhopus leucostigma (Temminck)
(= F. I. leucostigma)
1 exemplaire adulte
LT HZ M
1959-717 ?. 19-11-1958 51,4 28,3 8,8
Cet unique spécimen a été collecté par R. Pujoi. en 1958. En dépit d’une prospection
attentive durant nos trois mois de séjour en 1959, nous n’avons jamais eu l’occasion de
capturer ou d’observer cette espèce, ce qui laisse à penser qu’elle n’abonde pas dans la
région.
11 s’agit d’un Écureuil encore caractéristique de la grande forêt africaine. Néanmoins,
en Afrique occidentale, il se rencontrerait jusque dans les havres de verdure qui se main¬
tiennent dans les régions septentrionales plus découvertes. C’est ainsi que le Muséum de
Paris possède quatre exemplaires en provenance du Fouta Djalon, qui semblent référables
à tous égards, malgré leur mauvaise préparation et leur ancienneté, à cette espèce. Tout
au plus peut-on y noter une légère atténuation de la coloration rousse des flancs et des
membres, de même qu’une moindre indication de la bande latérale claire. Ce matériel
nous conduit à rappeler le problème de Funisciurus mandigo, décrit par Thomas en 1903
de Gambie, et précisément remarquable par ces deux derniers caractères, mais poussés à
l’extrême. Tandis qu’ÂMTMANN considère mandigo comme une forme de pyrrhopus , Rose¬
vear l’incorpore au contraire dans une espèce apparemment peu différenciée et encore mal
définie : Funisciurus anerythrus (Thomas).
La mise en synonymie récente par Rosevear (1964) des espèces leucostigma et pyr¬
rhopus est certainement conforme à la réalité. Il est même possible qu’une seule sous-espèce,
F. p. leucostigma , habite la totalité du bloc forestier guinéen proprement dit. En effet,
on peut avoir quelque doute (cf. Dekeyseb, Amtmann et Rosevear) sur la validité de
la prétendue forme F. p. niveatus Thomas décrite de Béoumi, en Côte-d’Ivoire. En tout cas,
notre exemplaire est absolument identique à une importante série de spécimens rapportée
des environs de Gagnoa (Côte-d’Ivoire) par P. Pff.ffer et R. Chauvancy. Pareil scep¬
ticisme s’applique également à l’égard de la forme F. p. leonis Thomas signalée de la Sierra
Leone (cf. Amtmann).
RECHERCHES MAMMALOGIQUES EN GUINÉE FORESTIÈRE
759
Aethosciurus poensis (A. Smith)
8 exemplaires comprenant 7 adultes et 1 jeune
TC
Q
P
O
LT
BZ
M
Pris
1959-729 d
ad. .. .
. . 16-11-1958
170
168
37
14
41,1
23,2
7,2
1970-531 Ç
» ...
. . 18-XII-1959
155
210
36
10
39,5
22,5
7,1
126
1961-514 ?
» ...
.. — IX-1958
150
210
38
12
40,7
22,3
7,1
1970-530 ?
» ...
. . 18-XII-1959
145
205
37
10
39,8
22,6
7,4
L’une des femelles présentait trois paires de mamelles (1 paire axillaire, 2 paires abdo-
mino-inguinales).
Amtman.n, dans un travail préliminaire consacré à la classification des Sciuridés, vient
d’incorporer cette espèce dans le genre Paraxerus. Rappelons que cet Ecureuil, qui fournit
un bon exemple des changements successifs apportés par les systématiciens, a été primi¬
tivement séparé sous l’appellation générique d’Aethosciurus. Ellerman (1940), tout en lui
conservant une place particulière en tant que sous-genre, le considère alors comme une
espèce d ’Heliosciurus : Heliosciurus ( Aethosciurus ) poensis. Pour notre part, peu convaincu
pour l’instant du bien-fondé de l’un ou l’autre de ces rattachements, nous préférons, à l’ins¬
tar de Rosevear (1969), conserver le nom générique d’origine attribué à cet Écureuil.
A une telle position systématique plutôt controversée s’oppose, par contre, une sim¬
plification extrême des différentes sous-espèces jusque-là plus ou moins acceptées. Selon
Rosevear (1963), qui s'est, spécialement penché sur ce problème, aucune ne saurait être
reconnue.
A. poensis est un Écureuil intimement lié à la grande forêt et commun aux blocs fores¬
tiers guinéen et congolais.
Xerus (Suxerus) erythropus maestus (Thomas)
5 exemplaires comprenant 2 adultes, 1 subadulte et 2 jeunes
TC
Q
P
O
LT
BZ
.VI
Pds
1959-909 9 ad.
26-II1-1958
290
215
68
19
_ _ _
1959-724 9 » .
15-1-1958
270
175
67
20
12,9
674
1970-533 d subad. ..
21-X-1959
220
270
67
10
64,1
33,8
13
Cel Ecureuil terrestre, improprement nommé « Rat palmiste » par les Européens
d’Afrique, puisqu’il s’agit à la fois d’un Écureuil vrai et d’un animal qui ne semble grimper
aux arbres que tout à fait exceptionnellement, est un hôte classique des savanes de l’Ouest
africain. Sa présence en région forestière, d’ailleurs limitée aux zones habitées et déforestées,
est sans aucun doute liée à l’extension des cultures. Il ne fréquente pas la forêt dense. C’est
un Ecureuil de nature relativement calme et familière en captivité, grand amateur de noix
de palme.
On accepte généralement la succession de trois formes en Afrique occidentale, caracté¬
risées par l’intensité différente de la coloration du pelage dorsal qui fonce du nord au sud,
suivant les zones de végétation : X. e. chadensis Thomas en zone sahélienne, A. e. erythro¬
pus (E. Geoffroy) en zone soudanienne, X. e. maestus (Thomas) en zone préforestière et
même forestière. Après examen des collections du Muséum de Paris, il est incontestable
760
JEAN ROCHE
que la forme la plus septentrionale (X. e. chadensis), représentée par des spécimens en pro¬
venance de Fort Lamy, de Maradi, de Tombouctou et de Richard Toll, se singularise par
la teinte remarquablement claire des parties supérieures. Ces dernières passent franchement
au roussâtre chez des exemplaires collectés dans la région de Dakar et dans le Fouta Djalon.
Enfin, les animaux rapportés de Sérédou manifestent le plus souvent une tendance à la
mélanisation de toute la face dorsale du pelage, pigmentation qui distingue précisément
la forme la plus forestière décrite de la Sierra Leone (.Y. e. mciestus). Toutefois, l’existence
de colorations intermédiaires entre celles typiques de ces deux dernières formes, sans compter
une certaine marge de variation individuelle, contraste grandement avec la nette diffé¬
renciation de la forme claire des régions découvertes du nord. Cette situation a conduit
Amtmann, dans son travail de révision sur la famille des Sciuridés, à rejeter la validité
de la forme maestus (= erythropus). Ce point de vue, bien qu’acceptable si l’on envisage
le problème dans son ensemble, ne reflète pourtant pas très exactement la réalité.
Signalons pour terminer que Rosevear (1969), contrairement à ce qui était le plus
souvent admis, considère que les zones sahélienne et soudanienne sont respectivement les
domaines d’habitat des formes erythropus (= chadensis) et leucoumbrinus.
Anomaluridae
Anomalurus d. derbianus (Gray)
(= A. fraseri derbianus)
2 exemplaires adultes
LT
BZ
M
1970-515 o.
. 6-IX-1959
58
36,8
13
1959-716 —.
. 21-XI1-1958
57,4
38,2
11,4
Une telle incohérence régnait à l’intérieur de cette espèce qu’il nous semblait impos¬
sible dans le cas présent, faute de pièces comparatives, d’accorder une dénomination subspé-
cifîque valable à nos deux spécimens. En effet, si l’on consulte l’ouvrage classique d’ELLER-
man (1940), on trouve rangés dans la même sous-espèce, la nominale en l’occurence [fraseri),
des exemplaires en provenance de la Sierra Leone, de Fernando Po, du Gabon et du Congo,
par suite de la mise en synonymie des formes derbianus, fraseri, beldeni et chrysophaenus.
Or cet auteur accepte en même temps l’existence, et donc la cohabitation, d’autres sous-
espèces dans les mêmes régions ou dans leur voisinage, outre celles déjà propres aux terri¬
toires intermédiaires (Ghana, Nigeria, Cameroun). A vrai dire, en présence d’une situation
aussi confuse, une véritable révision d’ensemble s’imposait. Car, ainsi que le fait très jus¬
tement remarquer Dekeyser, il paraît difficilement admissible, entre autres, que les ani¬
maux de la Sierra Leone soient subspécifiquement assimilables à ceux de Fernando Po,
si l’on reconnaît conjointement la validité d’une forme particulière au Ghana [A. f. impe-
rator Dollman).
Nous nous sommes donc reporté à la description originale de cette dernière, et force
nous a été d’admettre qu’elle ne saurait en aucun cas s’appliquer à nos échantillons. En
effet, nos deux exemplaires, contrairement à ceux du Ghana et de Fernando Po, ont le
RECHERCHES MAMMALOGIQUES EN GUINÉE FORESTIÈRE
761
pelage dorsal entièrement d’un gris plus ou moins argenté, sans la moindre addition de
teinte roussàtre si fréquente chez cette espèce. Par contre, grande a été notre surprise de
constater que la pigmentation d,1. derbianus (Gray), telle qu’on peut l’imaginer d'après
la diagnose originale, pourrait correspondre à celle de nos spécimens. Ainsi serait régularisée
une situation biogéographique pour le moins étonnante dans le travail d’ELLERMAN. La
parution de l’ouvrage de Rosevear vient de confirmer le bien-fondé de notre hypothèse,
en l’absence d’un matériel comparatif approprié à notre disposition. Nous souscrivons
entièrement au point de vue de cet auteur en reconnaissant la validité d’une forme parti¬
culière, parfaitement différenciée, pour les animaux habitant l’extrémité occidentale du
bloc forestier guinéen : A. d. derbianus. De plus, comme le souligne ce dernier, l’appella¬
tion spécifique de derbianus doit désormais remplacer celle de fraseri admise jusque-là,
en application des règles de nomenclature (cf. Ellerman, Morrison-Scott et Hayman,
1953).
Anomalurops beecrofti argenteus (Schwann)
1 exemplaire adulte
LT BZ M
1970-516 ?. 12-VI11-1959 55,8 33,2 11,2
Quand on examine le cas de cette espèce, il est assez curieux d’y retrouver une situa¬
tion intérieure tout aussi troublante et comparable à celle que nous évoquions précédem¬
ment.
Selon Ellerman (1940), qui considère Anomalurus laniger Temminck et Anomalurus
fulgens Gray comme synonymes d’Anomalurops b. beecrofti, des animaux de régions aussi
éloignées que le Ghana et le Gabon appartiendraient à la sous-espèce nominale, elle-même
décrite de Fernando Po. Mais surtout, mention est faite sur les territoires situés dans l’in¬
tervalle, puisque la distribution est continue, de deux autres sous-espèces : A. b. argenteus
(Schwann) au Nigeria, A. b. citrinus (Thomas) dans le sud du Cameroun. On conviendra,
en présence d’une telle aberration systématique et biogéographique, que nous ayons quelque
doute sur la valeur de cette classification. La mise au point de Rosevear vient heureuse¬
ment de clarifier cette situation confuse et de nous permettre en conséquence d’attribuer une
détermination subspécifique valable à notre spécimen. En dehors de la sous-espèce typique,
propre à Fernando Po, tous les animaux occupant l’immense domaine forestier qui s’étend
de la Sierra Leone au Cameroun appartiennent à la sous-espèce argenteus.
Ajoutons que Dekeyser et Villiers ont décrit en 1951 une forme particulière ( A. b.
hervoï) des îlots forestiers de Casamance, où l’espèce se trouve sans doute à sa limite septen¬
trionale de distribution. A cet égard, nous tenons à préciser qu’un exemplaire (sans crâne)
d’Anomalure de Beecroft figurant dans les collections du Muséum de Paris, en provenance
d’une région intermédiaire (Timbo, dans le Fouta Djalon), est tout à fait semblable par sa
coloration et apparemment par sa taille à notre échantillon de Sérédou. Pareille remarque
peut s’appliquer à deux autres spécimens originaires du Rio Cacine (Guinée portugaise),
que nous avons eu l’occasion d’examiner au Musée de Gènes.
762
JEAN ROCHE
Gliridae
Graphiurus (Claviglis) spurrelli Dollman
25 exemplaires de tous les âges
TC
Q
P
O
LT
BZ
M
19711-540
<?
ad.
. . . . 22-XI-1959
101
65+
18
13
25,8
14,7
3,1
1959-734
9
)) .
.... 27-XII-1957
90
100
16
12
25,8
3
1970-541
9
» .
.... — X-1959
88
94
16
10
25,9
14,6
2,9
1970-534
O
)) .
... . — X-1959
83
92
17
9
25,1
14,1
2,9
1959-732
)) .
. ... -11-1958
80
95
17
11
25
14,6
2,9
1970-537
<?
subad.
.... — X-1959
74
60+
15
10
25
12,6
2,5
L’une des femelles présentait quatre paires de mamelles (2 paires pectoro-axillaires,
2 paires abdomino-inguinales).
Ce petit Loir, si l’on en juge par les récoltes de R. Pujoi. et de E. de Gaye (14 spé¬
cimens) et le matériel que nous avons rassemblé en 1.959 (11 spécimens), est abondant dans
la région de Sérédou. 11 passe même pour le plus commun Gliridé dans toutes les régions
forestières d’Afrique occidentale, de la Guinée portugaise jusqu’à la Cross River, qui
semblent correspondre à son véritable domaine de distribution. En ce qui concerne la Répu¬
blique' de Guinée, il est plus précisément connu de Sérédou, de Boola, de Gouécké et des
monts Nimba. Il élit généralement domicile dans des cavités arboricoles, mais n’hésite
pas à s’installer le cas échéant dans les habitations.
Certains auteurs (Heim de Balsac et Lamotte, Eisentraut, Aellen, Rosevear)
l’ont rattaché à l’espèce G. rnurinus (Desmarest), tandis que Pettek (1967) considère cette
dernière comme propre à l’Afrique du Sud.
Graphiurus (Claviglis) h. hueti Rochebrune
1 exemplaire subadulte
TC Q P O LT BZ M
1970-545 9. l-XII-1959 108 65+ 27 18 33 18,7 4,8
Cette espèce, aisément reconnaissable par sa plus grande taille, est généralement
considérée, à juste titre, comme hautement représentative du milieu forestier. Or, il est
curieux de constater qu’elle est primitivement connue d’une région qui ne saurait être
qualifiée de verdoyante, puisque le type, décrit par Rochebrune, proviendrait des envi¬
rons de Saint-Louis, au Sénégal. Une telle contradiction a tout naturellement conduit
Dekeyser et Aellen, d’autant plus qu’il existe des précédents, à émettre quelque réserve
sur l’origine exacte du spécimen type, qui pourrait être plus méridionale que ne l’a cru
son descripteur.
Par suite de la mise en synonymie de G. nagtglasi Jentink par Aellen, d’ailleurs
parfaitement justifiée, le bloc forestier guinéen serait le domaine d’habitat de la sous-
espèce nominale dont la présence est assurée au Libéria, dans l’extrême sud de la Répu-
RECHERCHES MAMMALOGIQUES EN GUINÉE FORESTIÈRE
763
blique de Guinée (Sérédou, monts Nimba), en Côte-d’Ivoire (Bingerville, Adiopodoumé,
Lamto, et deux exemplaires de Danané figurant dans les collections du Muséum de Paris)
et au Ghana. Une autre sous-espèce, G. h. argenteus (G. M. Allen), caractérisée par des
dimensions moyennes plus grandes, bien que de coloration apparemment semblable, la
remplacerait dans les forêts de l’Afrique centrale (Cameroun, Gabon, République Centra¬
fricaine). Incontestablement, tout au moins en nous basant sur le matériel à notre dispo¬
sition, les spécimens en provenance de Bingerville ou de Danané, pourtant adultes, com¬
parés à d’autres du sud de la République Centrafricaine, présentent une assez nette diffé¬
rence de taille visible à la fois sur la peau et le crâne. C’est ce qui ressort également des
mesures publiées par Aellen et Petter. Toutefois, le Muséum de Paris possède un exem¬
plaire collecté dans les monts Nimba par la mission Lamotte, et qui est un géant parmi les
représentants de cette espèce dont nous disposons. Mais surtout, l’acquisition récente (1965)
par notre établissement de trois spécimens capturés par M lle Duc en forêt togolaise (Palimé)
vient jeter un sérieux doute sur la valeur d’une telle séparation subspécifique, tant ces
trois échantillons d’une localité quelque peu intermédiaire, apparemment adultes, sont à
la fois référables par leurs dimensions à l’une ou l’autre des deux sous-espèces. On convien¬
dra, en consultant le tableau ci-dessous, qu’il existe une ample marge de variation, proba¬
blement imputable à l’âge plus ou moins avancé, dans la taille d’animaux adultes d’ori¬
gine géographique commune. Parallèlement, la coloration des parties dorsales passe du
gris au roussâtre.
Guinée (monts Nimba).
. $
ad.
1967-1418
TC
160
Q
102 +
LT
38
BZ
Côte-d’Ivoire (Danané) .
. ?
»
1951-382
35,4
18,8
)) )) .
. c?
»
1951-383
35,7
19,5
» (Bingerville).
. .
»
1964-203
125
125
35,4
19,4
Togo (Palimé).
. $
»
1965-690
110
125
33,2
18,7
)) )) .
. ?
»
1966-88
140
125
36,9
22,2
)) » .
. c?
»
1965-689
145
55+ 38,7
21,7
République Centrafricaine (Boukoko).
. 9
»
1970-111
140
160
37,6
21,8
)) ))
. 9
»
1963-136
145
160
37,3
22,6
Aellen (1965) a eu raison de minimiser, comme le prouve notre matériel, l’importance
de la différence de taille généralement invoquée entre les deux sous-espèces. Nous pensons
que l’apport de nouveaux documents justifiera un tel point de vue, si tant est que soit
confirmée cette tendance à la réduction propre à la population du bloc forestier guinéen.
G. hueti n’est représenté dans les collections que par un très petit nombre de spécimens, car
l’espèce ne paraît nulle part abondante.
Cricetid AE
Cricetomys e. emini Wroughton
3 exemplaires comprenant 1 adulte, 1 subadulte et 1 adulte ou subadulte (sans crâne)
TC Q P O LT JiZ M P.Is
1959-736 $ ad. 24-XII-1957 — — — — 72,7 — 10,5 —
1959-908 ? subad. 10-VH-1958 270 340 80 38 65,8 30,8 11,1 650
764
JEAN ROCHE
Ce Rat géant bien connu se rencontre à la fois, dans sa vaste aire de répartition, en
forêt proprement dite et en région de savane. Le genre étant considéré comme monospé-
cifique (Ellerman, 1941), mais comportant en revanche de très nombreuses sous-espèces,
eu égard à la variété des biotopes occupés, on pouvait logiquement en déduire qu’il s’agis¬
sait d’un Rongeur véritablement dépourvu de signification écologique. Il n’en est rien.
L’étude très approfondie de Genest-Villard (1967) vient de révéler l’existence, au sein
de cette foule de formes décrites, de deux espèces distinctes dont la raison d’être, avant
tout basée sur des caractères de morphologie externe, de pelage et des indices craniomé-
triques, est aussi justifiée par la biogéographie et l’éthologie. L’une d’elles, C. emini
Wroughton, qui peut être immédiatement différenciée par son allure plus svelte, en par¬
ticulier de la tête, son pelage lisse et le contraste généralement marqué entre la colora¬
tion des faces dorsale et ventrale, habite exclusivement la grande forêt, aussi bien en Afrique
occidentale qu’en Afrique centrale. La sous-espèce typique est distribuée sur la presque
totalité de ce territoire, et ce n’est qu’à la lisière orientale, dans la région du Kivu, que
l’on peut distinguer une population particulière : C. e. kwuensis Lonnberg. La seconde
espèce, C. gambianus Waterhouse, rassemble tous les animaux répartis dans les zones de
savane périphériques.
Nos trois exemplaires appartiennent précisément à l’espèce forestière. D’après les
autochtones, ce Rat pénètre dans les cases pour piller les réserves entreposées (noix de cola,
noix de palme...) ou voler différents petits objets ; dans la nature, il creuse sous terre des
galeries de plusieurs mètres, dont il obstrue l’entrée avec des pierres afin de se protéger
des serpents.
Dendromus melanotis A. Smith
4 exemplaires comprenant 3 adultes et 1 suhadulte
TC
Q
P
0
LT
HZ
M
1960-685 d
ad.
. 10-IX-1958
65
95
16
12
21,1
11
3
1959-931 $
» .
. — 11-1958
65
90
18
12
21,6
11,1
3,1
1961-472 —
» .
..1958
60
98
17
11
21,4
11
3,2
1959-932 —
subad.
. — 11-1958
55
82
17
11
19,2
9,8
3,1
Le genre Dendromus comprend des Souris parfaitement adaptées, grâce à la confor¬
mation de leur pied et surtout à leur longue queue préhensile, à la vie dans les arbustes
ou dans les hautes herbes qui semblent correspondre en fait à leur biotope de prédilec¬
tion. Ces petits animaux grimpeurs, parmi lesquels on rencontre aussi bien des types sava-
nieoles que forestiers, sont très largement répandus en Afrique au sud du Sahara. Le nombre
d’espèces décrites est réellement impressionnant. Toutefois, les auteurs actuels s’accordent
à n’en reconnaître que trois, suivant en cela la révision de Bohmann qui reste pour l’ins¬
tant, faute de mieux, la clef de voûte de la classification.
La présence de Dendromus dans le bloc forestier guinéen est restée inconnue jusqu’en
1929, date à laquelle Ingoldby signale la capture, en Gold Coast, d’un spécimen qui sera
rattaché plus tard, par Bohmann, à l’espèce mystacalis. Puis, en 1958, Heim de Ralsac
et Lamotte y mentionnent à leur tour, pour la première fois, l’existence de D. melanotis,
à la suite de la collecte d’une série de dix exemplaires dans les monts Nimba. Nos échan-
RECHERCHES MAMMALOGIQUES EN GUINÉE FORESTIÈRE
765
tillons, à la fois par la coloration fortement roussâtre des parties supérieures du pelage et
par la très faillie indication de la bande dorsale foncée, sont en tous points comparables
aux leurs. Enfin, cette espèce vient d’être retrouvée en Côte-d’Ivoire, dans les régions de
Man et de Lamto (IIeim de Balsac et Bellier, 1967). On remarquera que tous ees points
de capture sont plutôt situés à l’orée du bloc forestier proprement dit.
Gerbillidae
Tatera kempi Wroughton
2 exemplaires adultes
TC
q
P
0
LT
BZ
P
Pds
1970-546
■3.
.... 23-X-1959
180
158
39
21
40,6
20,1
6,6
119
1970-547
$.
.... 29-X-1959
156
174
37
19
40,8
20,5
6,8
127
Nous avons noté quatre paires de mamelles chez la femelle (2 paires pectorales, 2 paires
inguinales).
La révision de Davis consacrée au genre Tatera paraissait avoir quelque peu clarifié
une situation systématique pour le moins embrouillée. Dans un premier temps (1966), cet
auteur considère tous les Tatera de l’Ouest africain appartenant au groupe afra , c’est-à-
dire ceux qui ont été décrits sous les appellations spécifiques de kempi , giffardi, gambiana,
hopkinsoni et welmanni, comme de simples formes de Tatera valida, elles-mêmes subspéci-
fiquement proches les unes des autres (« subspecies group »). Puis dans un nouveau travail
(1968), ce spécialiste accepte la mise en synonymie de ces cinq formes, tout en reconnais¬
sant qu’il existe une marge de variation dans la coloration suivant l’origine géographique
des individus. Ceci étant dit, après avoir examiné à notre tour le matériel dont nous dispo¬
sons, nous pensons qu’une telle simplification, bien que partiellement justifiée, manque
cependant de réalisme. Car nous avons aussi constaté que la teinte du pelage dorsal, sen¬
siblement plus claire chez les spécimens en provenance de zones découvertes, tendait au
contraire très nettement à s’assombrir chez les animaux collectés en régions boisées. Cette
différence mériterait quand même d’être traduite dans la nomenclature. Pour Rosevear
(1969), kempi (comprenant giffardi et gambiana ), hopkinsoni et welmanni représentent trois
dénominations spécifiques valables. Enfin, dans un article qui vient de paraître (1970),
Mattiiey et Petter apportent une précision capitale permettant de séparer T. valida
des formes d’Afrique occidentale. En conséquence, ces deux auteurs rejettent catégori¬
quement l'interprétation de Davis et considèrent T. kempi comme une espèce distincte.
T. kempi se fait remarquer par la pigmentation foncée des parties supérieures du
pelage, y compris le dessus de la queue. Il s’agit précisément d’une espèce largement répan¬
due en savane arborée, et qui s’infiltre même assez fréquemment en région forestière. La carte
de distribution qu’en donne Rosevear (1953) pour le Nigeria est particulièrement évoca¬
trice de son biotope de prédilection. L’existence de ce Rongeur en milieu forestier peut
naturellement surprendre, surtout si l’on songe qu’il appartient à une famille assez repré¬
sentative des zones arides. Cependant, son absence de la forêt hygrophile, de même que
son inféodation aux cultures, à Sérédou comme dans toutes les autres localités forestières,
semble-t-il, en disent assez long sur son origine. On note aussi, en regardant de plus près,
766
JEAN ROCHE
que ses points de capture avancés, que ce soit en Sierra Leone (Freetown), en République
de Guinée (Sérédou, monts Nimba), en Côte-d’Ivoire (Lamto), au Ghana (Ejura, Kumasi),
au Togo (Palimé), au Nigeria (Aguleri, Ibadan, Umahia...) ou au Cameroun (Yaoundé),
sont plutôt situés à la périphérie du bloc forestier lui-même. Bref, voici un bel exemple
de pénétration en région forestière, à la faveur des défrichements engendrés par T extension
des cultures, d’une espèce avant tout savanicole.
L’aire de répartition géographique de cette espèce était connue depuis la Guinée jus¬
qu'au Cameroun. 11 convient maintenant d’ajouter le sud de la République Centrafricaine
(régions de M’Baïki et de Fort-Sibut), d’où nous possédons des exemplaires qui lui sont
référables.
Muridae
Grammomys buntingi (Thomas)
8 exemplaires comprenant 7 adultes et 1 jeune
TC
Q
P
O
LT
BZ
M Pds
1970-549 (J
ad
. 28-X-1959
118
170
25
15
28,9
■--
4,3
1970-550 ?
»
. 24-X-1959
103
185
24
14
4.2
1970-548 T
»
. 14-XI T-1959
100
166
23
15
27,9
13,9
4,3 35
1970-541 $
»
. 5-XII-1959
90
155
24
15
28,9
13,8
4,2 37
Les de
ux
femelles mentionnées
ci-dessus présentaient
une
formule
mammaire
composée
de deux paires de mamelles inguinales.
La collecte de ce Rongeur à queue démesurée est doublement intéressante, puisque
nous pouvons ajouter une nouvelle localité de capture aux rares déjà connues et que nous
sommes à même de confirmer son comportement arboricole. En effet, bien que la distri¬
bution de G. buntingi reste toujours officiellement restreinte à l’ouest du bloc forestier
guinéen, on ne le connaissait jusque-là que par quelques spécimens en provenance de la
Sierra Leone, du Libéria et par une série d’exemplaires recueillis dans les monts Nimba.
En dépit de recherches mammalogiques récentes très poussées dans les secteurs voisins de
Côte-d’Ivoire, sa présence n’y a pas été décelée. Toutefois, Rosevear (1969) le cite de
Béoumi, sur ce dernier territoire. De même son absence, tout au moins apparente, des
zones densément boisées du Ghana, du Nigeria et du Cameroun semble vraiment inexpli¬
cable, si l’on songe que des représentants de ce Muridé originaires des environs de Bangui,
et dont la découverte remonte à 1962 (de Beaufort), ne se distinguent en rien de nos
échantillons de Sérédou.
Le domaine d’habitat du genre Grammomys intéresse avant tout les régions plus décou¬
vertes environnantes, de l’Afrique occidentale à l’Afrique du Sud, d’où un assez grand
nombre de formes ont été décrites. Ces dernières ont été un peu arbitrairement rapportées
à plusieurs espèces, elles-mêmes mal définies et donc de validité plutôt douteuse. C’est ainsi
que les différentes formes qui se remplacent géographiquement du bassin du Niger au Kenya
ont été rangées dans une unique espèce (G. macmillani ) par Braestrup, à laquelle G. bun¬
tingi a même été incorporée. Dans un tel contexte d’incertitude, on comprendra parfaite¬
ment qu’il n’est pas possible, sans reconsidérer entièrement le problème, de plaider pour
RECHERCHES MAMMALOGIQUES EN GUINÉE FORESTIÈRE
767
ou contre le rattachement des Gramniomys forestiers de l’Ouest africain. Cependant, on peut
se demander par avance comment leur isolement géographique, pourtant non démenti,
est compatible avec l’existence de spécimens semblables dans la région de Bangui.
I n Rongeur arboricole très voisin (Thamnomys rutilans), dont la présence dans les
monts Nimba a été signalée en 1958 par Heim de Balsac et Lamotte, cohabite avec
G. buntingi. Après comparaison avec des Thamnomys du Togo, nous avons été frappé par
l’étrange ressemblance externe de ces deux Muridés, à tel point que l’un (G. buntingi)
pourrait très bien passer pour une réduction de l’autre. Seuls des caractères cranio-den-
taires permettent à coup sûr de les distinguer. Ajoutons que les auteurs (Heim df. Balsac
et Aellen) ont de plus en plus tendance à minimiser les différences qui existent entre les
genres Thamnomys et Grammomys. Ils préconisent une séparation à un niveau moins
élevé.
Parmi les huit exemplaires rapportés de Sérédou, nous connaissons les conditions
exactes de collecte des quatre spécimens provenant de notre campagne de 1959. Deux
d’entre eux ont été capturés dans des pièges à rats installés à terre, au sein d’une planta¬
tion de Palmiers à huile. Les deux autres ont été surpris sur des branches, d’un arbre de
la lisière forestière d’une part, d’un arbuste ( Rauwolfia) poussant en bordure de la zone
cultivée d’autre part. L’un de ces deux derniers a même été tué à proximité de son nid
en forme de boule, qui était fixé à 1,50 m environ du sol et constitué de brins végétaux
grossiers. Il s’avère ainsi, pour répondre à la question soulevée par Heim df, Balsac et
Lamotte, que le comportement arboricole de ce Rongeur ne saurait faire de doute, comme
le laisse d’ailleurs supposer sa morphologie externe.
Oenomys hypoxanthus ornatus Thomas
28 exemplaires de tous les âges
TC
Q
P
O
LT
BZ
M
Pds
1970-552
O
ad.
.... 22-XII-1959
153
184
32
18
36,4
16,8
7,1
96
1959-1660?
» .
.... 23-111-1958
145
185
33
16
34,3
16,8
6,6
103
1960-641
T
» .
.... 24-111-1958
140
185
34
18
36,8
17,3
6,7
101
1970-555
$
» .
.... 9-XI-1959
131
186
36
16
34,7
7,2
80
1970-558
?
subad.
.... 12-XI-1959
120
178
34
15
34,6
16,8
6,8
55
L’une des femelles présentait trois paires de mamelles (1 paire pectorale, 2 paires ingui¬
nales).
Le nom de « Rat à museau roux » convient si parfaitement à cette belle espèce qu’elle
ne saurait être confondue, à l’aide de ce seul caractère, avec aucune autre. La coloration
de ce Rongeur fortement attaché aux zones sylvatiques, aussi bien de l’ouest que du centre
de l’Afrique, varie quelque peu de part et d’autre de son aire de répartition, ce qui per¬
met de reconnaître deux races géographiques distinctes. C’est ainsi que les animaux du bloc
forestier guinéen, remarquables par l’intensité de la teinte rousse du museau, de la croupe
et surtout des flancs, ont été subspécifiquement séparés sous l’appellation d’O. h. ornatus.
Inversement, la sous-espèce typique, propre au bloc forestier congolais, est moins brillam¬
ment colorée. La distribution de ce Rongeur dans son domaine forestier occidental semble
768
JEAN ROCHE
très irrégulière, si l’on se fonde sur les relations des auteurs et le matériel en notre pos¬
session. Signalé du Ghana, bien représenté dans l’extrême sud de la République de Guinée
et sans doute au Libéria, nous n’avons pas encore connaissance de sa capture dans les régions
pourtant bien prospectées de Côte-d Ivoire, compte tenu de l’appartenance presque entière¬
ment guinéenne des monts Nimba.
La plus grande partie de notre récolte d 'Oenomys provient de la zone cultivée, d’ail¬
leurs peu étendue à Sérédou et jouxtant directement la grande forêt hygrophile. Malgré
un piégeage intensif et suivi, rares ont été les exemplaires que nous nous sommes ainsi
procurés, comparativement à ceux de certaines autres espèces de Muridés. Ce sont les autoch¬
tones, en particulier lors de défrichements, qui nous ont permis de constituer la presque
totalité de notre collection. Nous avons eu la certitude, à deux reprises, que des spécimens
ont été tués sur des branches, au voisinage de leur nid sphérique installé à faible hauteur
(1,50 à 2 m) et constitué de fibres végétales assez grossières. Ce Rongeur affectionne aussi
les rizières, où il est fréquemment capturé, et sans doute n’est-il pas étranger aux dégâts
qui y sont constatés. R. Pujoi. y a découvert un nid, à 60 cm environ du sol, façonné à
l’aide de chaumes de riz. Il s’agit donc d’une espèce à tendance arboricole assez marquée
et un tel comportement n’est contesté par personne. Nous avons pu nous rendre compte,
par la captivité, que ce Rongeur extrêmement vif et agile sait admirablement se servir
de sa queue pour progresser sur les branches que nous avions mises à sa disposition.
Dasymys incomtus rufulus Miller
138 exemplaires de tous les âges
TC
Q
p
O
LT
J5Z
M
P.ls
1970-565
d ad.
7-XI-1958
170
153
34
21
36,8
17,1
7,3
121
1970-566
<? » .
3-XI-1958
160
150
33
20
35
17,8
6,8
112
1970-563
d » .
18-XI-1959
158
163
35
18
37
19,3
7
131
1970-568
d » .
13-XI-1959
147
153
35
19
36,2
18,3
6,9
87
1970-573
? » .
30-X-1959
136
140
30
18
34,6
18,4
7,2
69
1960-638
$ subad.
— 111-1958
125
130
30
17
34,1
17,4
6,7
La
formule mammaire,
d’après les fen
îelles
examinées,
est
composée d’une
paire
de
mamelles pectorales et de deux paires de mamelles inguinales.
Voici un des Muridés très communément représentés dans la région et notre récolte
massive de spécimens le prouve. Tous, sans exception, ont été capturés en zone cultivée
proprement dite, qu elle soit de plaine ou de montagne, notamment aux abords des rizières
qui semblent exercer un attrait particulier sur ce Rongeur. L’installation de pièges dans un
bas-fond marécageux proche de la grande forêt, entièrement consacré à la riziculture, nous
a fourni un fort pourcentage de ces animaux au cours de notre séjour de 1959. Rappelons
que ce Rongeur, dont l’aspect extérieur ressemble à celui de notre Rat d’eau, est sans
aucun doute attaché, ainsi que se plaisent à le mentionner beaucoup d’auteurs, aux bio¬
topes plus ou moins détrempés.
D. i. rufulus est considéré comme une forme propre aux régions boisées de tout l’Ouest
africain. Mais l’espèce elle-même s’avance assez loin vers le nord en savane guinéenne,
puisque des animaux, subspécifiquement séparés sous la dénomination de D. i. foxi Thomas,
ont été collectés dans le centre du Nigeria. A notre tour, nous possédons un exemplaire
RECHERCHES MAMMALOGIQUES EN GUINÉE FORESTIÈRE
769
du Cercle de Bobo-Dioulasso (Haute-Volta) que nous serions bien en peine de différencier,
à tous égards, de nos spécimens de Sérédou.
Cette espèce s’est toujours montrée de nature relativement calme et sociable en cap¬
tivité.
Lemniscomys s. striatus (Linné)
46 exemplaires de tous les âges
TC
Q
P
O
LT
HZ
M
Pds
1970-586
c?
ad.
. 22-X-1959
124
137
27
17
30,7
15
5
57
1970-585
<?
» .
. 26-XI-1959
122
68+
26
15
31,4
15,1
5,1
55
1970-589
$
» .
. 3-XI-1959
117
118
26
18
29
13,6
5
45
1970-588
c?
» .
. U-X1-1958
110
120
25
16
27,6
5
38
1959-1650 $
» .
. 24- T11-1958
100
120
27
15
27,7
13,5
5,1
39
1959-797
9
subad.
. — 1-1958
95
105
25
14
26,6
13,2
5
La formule mammaire des femelles, d’après nos observations, est composée de quatre
paires de mamelles (2 paires pectorales, 2 paires inguinales).
Cette espèce de Rat rayé est assez fréquente en zone cultivée, parmi les plantations
et les rizières d’où tous nos spécimens semblent provenir. Un nid en forme de boule abri¬
tant six petits, façonné à l’aide de fine paille ou de brins végétaux séchés, nous a été apporté
par un autochtone qui l’aurait découvert accroché à de grandes herbes, à 50 cm environ
de hauteur. Ce témoignage, ainsi que la capture dans les monts Nimba de jeunes installés
« dans des troncs excavés de Bananiers » (Heim df. Balsac et Lamotte) laissent donc penser
que ce Rongeur est partiellement arboricole. De son côté, Raiim signale la collecte de jeunes
dans un nid en foin, mais installé à même le sol cette fois-ci.
La sous-espèce typique se rencontre dans les zones forestières et préforestières de
l’Ouest africain. On la connaît de la Sierra Leone, du sud de la République de Guinée (Séré¬
dou, Boola, Gouécké, Nimba), de Côte-d’Ivoire (Adiopodoumé, Lamto, Bingerville,
Gagnoa...) et c’est à elle que nous devons rattacher des spécimens en provenance de Palimé
(Togo) appartenant aux collections du Muséum de Paris. Deux autres sous-espèces la rem¬
placeraient à partir des domaines forestier et savanicole du Nigeria.
Hybomys trivirgatus (Temminck)
5 exemplaires comprenant 4 adultes et 1 subadulte
TC
Q
P
O
LT
BZ
M
1970-597
$ ad.
.. . 2-XI-1959
120
101
30
16
34,9
16,2
5
1959-1655
<? » .
... — XII-1957
110
100
30
16
33,8
16,3
5,6
1959-907
9 » .
... —XII-1957
105
85
28
15,3
5,3
1970-598
$ subad.
... 26-X-1959
98
75+
30
15
31,2
14,7
4,9
Cette petite série d’exemplaires recueillie à Sérédou mérite un intérêt particulier, car
elle permet de réfuter et d’expliquer à la fois une erreur classiquement admise, même par
les plus récents auteurs. Les deux spécimens collectés en 1959 sont si typiques, par suite
de la présence de trois bandes foncées assez nettes sur le pelage dorsal, que leur apparte-
770
JEAN ROCHE
nance à l’espèce trivirgatus ne fait aucun doute. Par contre, trois autres exemplaires obtenus
par R. Pujo l en 1957, et chez qui seule la bande médiane foncée est indiquée, paraissent plu¬
tôt référables à l’espèce univittatus, comme d’ailleurs on l’a cru lors de leur détermination.
De plus, nous possédons deux peaux de Côte-d’Ivoire réellement intermédiaires à cet égard,
puisque les bandes latérales foncées sont à peine marquées. Quand on examine ces diverses
pièces entre elles, on est frappé de constater que, si les bandes dorsales varient en nombre,
môme dans une localité commune, et en intensité, la coloration du reste du pelage et la
morphologie du crâne demeurent en revanche inchangées. En outre, une comparaison de
ce matériel avec des Hybomys à une bande d’Afrique centrale (H. univittatus) laisse immé¬
diatement apparaître les différences fondamentales suivantes : tous les animaux d’Afrique
occidentale ont le pelage ventral nettement teinté de roussâtre, la bande foncée du milieu
du dos se prolonge loin sur la tète et le profil de la moitié antérieure du crâne est plutôt
rectiligne, tandis que ceux du Centre africain ont le pelage ventral le plus souvent grisâtre,
la bande dorsale foncée s’arrête au niveau des épaules et le profil de la moitié antérieure
du crâne est fortement convexe.
Ces remarques préliminaires nous amènent précisément à statuer sur le cas d’un Hybo¬
mys de l’Ouest africain décrit par Miller sous le nom d’ Arvicanthis planifrons et que les
mammalogistes actuels, en dépit de son appellation spécifique primitive pourtant si évo¬
catrice, considèrent toujours comme une forme d’//. univittatus. Or il ressort clairement
de la diagnose originale, en se fondant aussi bien sur les caractères de coloration que
sur ceux du crâne, qu’il s’agit tout simplement d 'H. trivirgatus et que la plupart des auteurs
se sont laissés abuser par l’existence d’une seule bande dorsale. Ellerman (1941), faute
d’avoir pu examiner les crânes, accepte encore la validité de la forme planifrons, suivant
en cela Allen (1939), mais il manifeste néanmoins quelque réserve quant à son rattache¬
ment à l’espèce univittatus. Le plus troublant dans cette histoire est la mention faite par
Heim de Balsac et Lamotte dans leur travail sur les monts Nimba, pièces en mains, de
la présence des deux espèces dans le sud de la République de Guinée. Là aussi il est raison¬
nable de penser, jusqu’à preuve du contraire, que ces auteurs ont surestimé l’importance
de la striation des parties supérieures du pelage et que leurs II. univittatus sont en réalité
des H. trivirgatus atypiques, c’est-à-dire à bande dorsale unique. Nous en sommes d’au¬
tant plus convaincu que, dans une note récente sur les Rongeurs de Lamto (Côte-d’Ivoire),
Heim de Balsac et Bellier admettent une variation de un à trois du nombre des bandes
dorsales chez les Hybomys d’Afrique occidentale, sans modification de leurs caractères cra-
nio-dentaires. Enfin, nous sommes heureux de constater, la rédaction de notre manuscrit
étant terminée au moment où paraît l’ouvrage de Rosevear, que les conclusions de cet
auteur rejoignent les nôtres sur le problème de fond. Par contre, nous sommes très réservé
sur le maintien de planifrons en tant que « forme écologique » de trivirgatus.
Les Hybomys sont des Muridés terrestres propres aux zones densément boisées. H. tri¬
virgatus habite exclusivement les régions forestières d’Afrique occidentale, jusqu’au delta
du Niger, où il s’avère qu’il y est le seul représentant du genre. Les animaux cités du Libéria,
du sud de la République de Guinée (Boola, Sérédou, monts Nimba), de Côte-d’Ivoire et
du Ghana doivent être rattachés à la forme typique, tandis qu’lNGOLDBY a cru bon de
décrire une forme particulière (H. t. pearceï) du sud-ouest du Nigeria. Cette dernière venant
d’être invalidée par Rosevear, on peut logiquement en déduire qu 'H. trivirgatus est une
espèce sans variation géographique d’un bout à l’autre de son domaine de distribution.
RECHERCHES MAMMALOGIQUES EN GUINÉE FORESTIÈRE
771
Rattus (Rattus) rattus (Linné)
9 exemplaires comprenant 8 adultes et 1 jeune
TC
Q
P
O
LT
BZ
M
1959-788 T ad.
. — XII-1957
170
200
35
21
39,8
19,6
6,4
1959-784 (J » .
. — NII-1957
160
190
33
21
18,4
6,1
1970-600 2 » .
. 23-X-1959
150
183
31
21
40,2
19,3
6,3
1970-599 5 1 » .
. 23-X-1959
137
170
35
18
37,2
18,1
6,4
1961-457 $ » .
. — XII-1957
130
190
35
21
39,8
19
6,7
L’une des femelles présentait cinq paires de mamelles (2 paires pectorales, 3 paires
abdomino-inguinales).
L’implantation du Hat noir en région forestière, où il colonise progressivement les
centres habités, semble intimement liée au développement des voies et des moyens de
communication résultant de la mise en exploitation du pays. Tous nos exemplaires ont
été capturés dans les habitations proprement dites, maisons ou cases, notamment aux
abords des réserves de grains.
Notre série montre que cette espèce se présente ici sous deux types de coloration, à
savoir :
— pelage dorsal brun foncé, pelage ventral gris souris (six spécimens) ;
— pelage dorsal brun fauve, pelage ventral beige et contrastant avec les parties supérieures
(deux spécimens').
Rattus (Stochomys) d. defua (Miller)
(,Stochomys = Dephomys )
8 exemplaires adultes
TC
Q
P
O
LT
BZ
M
Pds
1970-601
â .
.... l-XI-1959
136
193
27
17
35
16,3
5,7
57
1970-602
3 .
.... 30-X-1959
131
192
27
16
34,2
17,2
5,8
68
1970-603
?.
2-XI-1959
127
210
27
20
36,3
16,9
5,7
1960-704
9.
.... -11-1958
120
195
26
18
35,2
16,9
5,8
1970-604
9.
9-XI-1959
109
185
27
16
34
16,3
5,7
48
L’une des femelles présentait deux paires de mamelles inguinales.
Les zones sylvatiques de l’Ouest africain sont le domaine d’habitat de ce Rongeur,
dont le comportement arboricole et peut-être la faible densité expliquent sans doute la
rareté de ses captures. L’espèce est maintenant connue avec certitude de la Sierra Leone,
du Libéria, du sud de la République de Guinée (Sérédou, monts Nimba), du Ghana et, grâce
aux recherches entreprises par Heim de Balsac, Aellen et Bellier dans les régions d’Adio-
podoumé et de Lamto, de basse Côte-d’Ivoire. Il s’agit donc d’un Muridé typiquement
représentatif du bloc forestier guinéen proprement dit. Dans leur récent travail consacré
aux Rongeurs de Lamto, Heim oe Balsac et Bellier ont estimé, en se fondant sur des
772
JEAN ROCHE
différences dentaires, que la population orientale de l’espèce, c’est-à-dire celle qui occupe
les territoires de la Côte-d’Ivoire et du Ghana, devait être subspécifiquement séparée sous
l’appellation de R. cl. eburnea. En outre, contrairement à Ellehman qui conserve une place
subgénérique spéciale ( Dephomys ) à ce llongeur, une comparaison à la fois basée sur la
denture, la morphologie externe et le pelage les a conduits à la mise en synonymie des sous-
genres Stochomys et Dephomys.
Les quatre spécimens provenant de notre séjour de 1959 nous ont été apportés par les
autochtones. L’un d’eux a été tué au lance-pierres sur un arbuste où son nid était paraît-il
installé. Parmi les quatre autres échantillons rassemblés par R. Pujol en 1958, deux se
font remarquer par la teinte très nettement roussâtre des parties supérieures, ce qui laisse¬
rait penser qu’il existe une certaine marge de variation dans la coloration du pelage dorsal.
C’est également le lieu de noter ici, vu leur cohabitation dans le bloc forestier guinéen,
l’étrange ressemblance externe entre Rattus defua et Grammomys buntingi, eu égard à leur
queue démesurée et à leur coloration dorsale très semblable. Toutefois, la plus grande taille
de R. defua et surtout la teinte cendrée de la base des poils de la face inférieure du corps,
alors que ces derniers sont entièrement blancs chez G. buntingi, permettent une distinc¬
tion aisée.
Rattus (Praomys) tullbergi (Thomas)
125 exemplaires de tous les âges
TC
Q
P
O
LT
BZ
M
Pds
1959-753 <J ad.
. — 11-1958
140
163
28
20
35,9
16,3
5,2
_
1970-606 $ » .
. 26-X-1959
134
163
27
18
36,2
16,4
5,4
66
1970-607 c? ».
. 26-XI-1959
130
155
27
19
35,3
16,4
5,1
61
1970-624 Ç » .
. 25-XI-1959
126
158
26
18
15,9
5,1
53
1970-609 (J » .
. 26-X-1959
117
140
26
19
34,1
15,7
5,2
47
1961-504 (J subad. . .
. 31-1-1958
110
125
25
17
31,3
15,2
5
Toutes les femelles examinées présentaient une formule mammaire composée de
trois paires de mamelles (1 paire pectorale, 2 paires inguinales).
Cette importante collecte et la fréquence des captures laissent évidemment deviner
l’abondance de cette espèce dans la région où nous avons séjourné. La presque totalité de
nos spécimens provient de la zone cultivée. Toutefois, nous avons eu l’occasion de piéger
avec succès quelques exemplaires en forêt proprement dite. Les animaux gardés en capti¬
vité se sont toujours montrés de mœurs douces et sociables.
La systématique des Rats appartenant au sous-genre Praomys a déjà fait couler beau¬
coup d’encre, mais il semble que la situation se soit singulièrement éclaircie grâce au récent
travail de Petter (1965). Dans une étude approfondie spécialement consacrée à ce Ron¬
geur, cet auteur, après examen de collections en provenance de Guinée et de Côte-d’Ivoire,
arrive à la conclusion, entre autres, que tous les Praomys du bloc forestier occidental
sont référables à l’espèce tullbergi. Une telle interprétation contredit donc l’existence,
admise antérieurement par Heim de Balsac et Lamotte (1958), de deux espèces dis¬
tinctes (P. morio et P. jacksoni) dans les monts Nimba. La variation dans la taille ou dans
la coloration que nous avons relevée sur notre matériel est uniquement imputable, selon
nous, à l’âge plus ou moins avancé des individus. C’est ainsi que les jeunes exemplaires
RECHERCHES MAMMALOGIQUES EN GUINÉE FORESTIERE
773
ont les parties supérieures nettement plus foncées que celles des adultes. Nous ajouterons,
à titre de curiosité, qu’un de nos spécimens adultes se fait remarquer par un albinisme
partiel du pelage dorsal.
R. tullbergi est un Rongeur apparemment bien représenté dans toutes les régions
forestières de l’Ouest africain. Nul doute, cependant, que l’espèce s’avance assez loin vers
le nord en savane guinéenne, comme l’atteste la présence, dans les collections du Muséum
de Paris, d’un lot d’échantillons capturés dans des galeries forestières du Cercle de Bobo-
Dioulasso ( Haute-Volta).
Rattus (Hylomyscus) simus (Allen et Coolidge)
9 exemplaires comprenant 5 adultes, 2 subadultes et 2 jeunes
TC
Q
P
O
LT
BZ
M
1959-926
d ad.
.... — XII-1957
90
135
19
15
24,1
12,2
3,8
1959-927
$ » .
.... — 11-1958
83
110
18
14
22,6
11,4
3,5
1960-678
d » .
.... 10-IX-1958
80
115
18
15
23,6
12,7
3,6
1959-929
? subad.
.... — 11-1958
70
103
18
14
22,2
11,5
3,6
R. Pu jol a noté, chez l'une des femelles capturées, quatre paires de mamelles (2 paires
pectorales, 2 paires inguinales). Les jeunes se font remarquer par la coloration plus sombre
du pelage dorsal.
Les fructueuses recherches effectuées par Brosset, Dubost et Heim de Balsac (1965)
sur les Mammifères du Gabon et par Heim de Balsac et Aellen (1965) sur les Muridés
de basse Côte-d’Ivoire, ont révélé l’existence de trois nouveaux types spécifiques de Rats
appartenant au genre ou au sous-genre, suivant les auteurs, Hylomyscus. Ces récentes
découvertes, qui permettent pratiquement de doubler le nombre des espèces connues d’un
même groupe de Rongeurs, sont révélatrices de l’état encore fragmentaire dans lequel se
trouve l’inventaire des Micromammifères africains.
Heim de Balsac et Aellen n’admettent la présence que de deux espèces d'Hylomys¬
cus dans le bloc forestier occidental, tandis que Roseveaii accepte l’existence d’une
troisième, H. Stella, tout au moins au Ghana. L’une des deux, H. baeri Heim de Balsac et
Aellen, vient seulement d’être décrite à partir d’une paire d’exemplaires provenant d’Adio-
podoumé (Côte-d’Ivoire). L’autre espèce, H. simus, qui ressemble étonnamment par son
aspect extérieur à un Praomys tullbergi en miniature, paraît plus abondante et assez lar¬
gement distribuée, bien que le nombre de points de collecte, voire de spécimens réunis,
soit resté pendant longtemps relativement réduit. Sa capture est maintenant assurée,
d’après la littérature et le matériel que nous possédons au Muséum de Paris, du Libéria,
du sud de la République de Guinée (Sérédou, Gouécké, monts Nimba), de Côte-d’Ivoire
(Adiopodoumé, Bingerville, Lamto), du Ghana (district d'Oda) et du Togo (Palimé), sans
parler de son extension au hloc forestier congolais. Il s’agit donc, à l’instar des autres espèces
d’ Hylomyscus, d’un Muridé intimement lié au milieu sylvicole.
Le comportement arboricole de ce petit Rongeur explique sans doute sa faible repré¬
sentation dans les collections jusqu’à ces dernières années. Les observations faites et sur¬
tout l’importance numérique du matériel rassemblé au Nimba et à Lamto, grâce à une
prospection attentive des trous d’arbres, semblent le montrer. Selon des informations
774
JEAN ROCHE
recueillies par Pujol en Côte-d’Ivoire, cet Hylomyscus s’attaquerait volontiers aux cabosses
de Cacaoyer.
Rattus (Mastomys) erythroleucus (Temminck)
196 exemplaires de tous les âges
TC
q
P
O
LT
BZ
M
Pds
1970-658 <? ad.
7-XI-1958
155
130
25
20
34
--
5,6
90
1970-650 <J » .
27-XI-1959
148
142
28
18
34,6
17,2
5,5
127
1970-661 ? » ....
28-X-1959
136
112
24
18
32,3
16,8
5,6
73
1970-664 $ » .
3-XI-1959
130
122
26
18
32,3
16,2
5,4
69
1970-646 c? » .
6-XI-1959
123
102
24
17
32,4
5
69
1970-645 t? subad. .
17-XI-1959
115
106
25
18
29,4
13,8
5
55
La formule mammaire des femelles examinées était généralement composée de dix
paires de mamelles. Toutefois, l’une d’elles présentait le nombre restreint de huit paires
et une autre le chiffre élevé de vingt-trois mamelles (11 d’un côté, 12 de l’autre). Nous
avons noté, lors de la dissection de deux femelles gravides, treize embryons chez l’une et
douze chez l’autre.
Ce Muridé, en dépit du nombre substantiel de spécimens collectés, pose encore des
problèmes d'ordre systématique si ardus qu’il est bien difficile, même pour le mammalo-
giste le plus averti, de s’y reconnaître pour l’instant. Or, l’ironie du sort veut qu’il soit à la
fois le plus commun et le plus largement répandu des Rats africains. Cependant, grâce
aux recherches entreprises par Petter (1957) et aux travaux cytogénétiques réalisés par
Matthey (1965), des précisions capitales ont été apportées et il semble que l’on s’ache¬
mine peu à peu vers une solution satisfaisante. Les trois espèces actuellement reconnues
par Matthey se rencontreraient précisément en Afrique occidentale, suivant leur biotope
préférentiel : M. natalensis serait surtout un hôte des régions sahélienne et soudanienne,
tandis que les deux autres espèces affectionneraient les zones plus boisées du sud. L’une
de ces deux dernières, à laquelle nous référons nos exemplaires, doit porter l’appellation
spécifique d ’erythroleucus. L’autre, par contre, resterait innomée (Petter, 1967).
Notre matériel comprend des Rats d’assez grande taille pour des Mastomys , à queue
généralement plus courte que la longueur de la tête et du corps chez les adultes, mais aussi
de dimension égale ou même légèrement supérieure chez les jeunes et les immatures. La
coloration du pelage ventral est dans l’ensemble d’un gris argenté, parfois plus blanchâtre
ou légèrement teinté de chamois. Les jeunes ont le pelage dorsal plus sombre, c’est-à-dire
moins fauve que celui des adultes.
Le chiffre spectaculaire de Mastomys capturés à Sérédou, qui dépasse et de loin celui
d’autres espèces de Muridés pourtant communes ici, montre à quel point ce Rongeur pul¬
lule lorsqu’il bénéficie de conditions environnantes souhaitables. Nul doute, dans le cas
présent, que ce haut degré de prolifération résulte directement du développement des cul¬
tures. On peut même penser que l’implantation de ces dernières est à l’origine de son intro¬
duction, puis de sa colonisation, car cette espèce, si répandue en zone déforestée, est com¬
plètement absente de la grande forêt hygrophile. Ajoutons encore qu’il s’agit d’un Rat à
tendance anthropophile marquée, qui n’hésite pas à pénétrer dans les habitations.
RECHERCHES MAMMALOGIQUES EN GUINÉE FORESTIERE 775
Les exemplaires que nous avons tenus en captivité se sont toujours montrés de nature
agitée et agressive.
Malacomys edwardsi Rochebrune
8 exemplaires comprenant 5 adultes, 1 subadulte et 2 jeunes
TC
Q
P
O
LT
BZ
M
1959-1645
$ ad.
... — XII-1957
140
160
35
28
40,6
16,3
5,4
1959-1647
<? » .
... — XII-1957
135
175
36
26
38,7
15,6
5,3
1959-1646
(? » .
. . . 24-XII-1957
130
160
35
24
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15,9
5,2
1970-682
$ subad.
l-XI-1959
120
182
35
25
37,5
14,7
5,5
La coloration du pelage dorsal est plus foncée chez les deux jeunes.
Ce Rongeur parfaitement différencié, à la fois par ses grandes oreilles, sa longue queue,
l’allongement remarquable du massif facial et surtout du pied, est un hôte des lieux les plus
humides de la grande forêt, c’est-à-dire des zones marécageuses et du bord des cours d’eau.
M. edwardsi, de moindres dimensions que M. longipes Milne-Edwards, mais aux fentes
incisives plus développées, est une espèce propre aux régions forestières de l’Afrique occi¬
dentale. Elle est connue du Libéria au Nigeria, par la République de Guinée (Sérédou,
monts Nimba), la Côte-d’Ivoire et le Ghana. Les spécimens sont généralement collectés en
petit nombre dans ce domaine de distribution.
La plupart des spécialistes, en dépit d’une prise de position parfois tout à fait opposée
(Ellerman, 1941 et 1953), en sont venus à considérer le genre Malacomys comme monospé¬
cifique. Cependant, la capture toute récente en Côte-d’Ivoire de trois exemplaires de grande
taille nommés M. longipes giganteus par Rellier et Gautun (1968), de même que celle
plus antérieure de trois autres spécimens au Ghana, subspécifiquement séparés sous l’ap¬
pellation de M. longipes cansdalei par Ansell (1958), relancent à nouveau très sérieuse¬
ment le problème de la dualité spécifique au sein du genre Malacomys. Il est, en effet, diffi¬
cile d’admettre que deux formes apparemment bien différenciées cohabitent dans le même
biotope sur l’un et l’autre de ces territoires, ce qui est particulièrement le cas pour la forêt
du Ranco (Abidjan), en Côte-d’Ivoire. C’est pourquoi nous préférons reconnaître, à l’instar
de Rellier et Gautun, puis de Rosevear, deux espèces distinctes.
Mus (Leggada) minutoides musculoides Temminck
21 exemplaires de tous les âges
TC
Q
P
O
LT
BZ
M
Pds
1970-686 ?
ad.
.. 28-X-1959
65
56
14
19,2
9,3
3,1
11
1959-918 ?
» .
.. — 11-1958
63
52
13
10
19,2
9,7
3,1
1970-685 <?
» .
.. 8-XI1-1959
60
51
13
8
18,6
9,4
3
6
1961-469 (J
» .
.. — 111-1958
55
45
13
9
18,1
9
3
1960-680 ?
subad.
.. 24-VI-1958
50
45
13
8
17,8
8,9
3
—■
Cette petite espèce à vaste distribution géographique est très largement représentée
dans les régions boisées d’Afrique occidentale, notamment en milieu forestier proprement
776
JEAN ROCHE
dit, mais aussi dans la zone de savane périphérique. Il s’agit également d’une Leggada
à tendance anthropophile assez marquée.
Heim de Balsac cite sa capture dans les monts Nimba et à Gouécké, pour la région
qui nous intéresse.
Mus (Leggada) setulosus Peters
17 exemplaires de tous les âges
TC
Q
P
0
LT
BZ
M
Pds
1959-916
3 ad .
. — XII-1957
85
55
17
12
23,2
11,1
3,5
_
1959-912
$ » .
. 15-11-1958
78
54
15
11
22,8
3,5
17
1970-690
$ » .
. 21-XI f-1959
73
55
16
15
21,9
11,2
3,3
17
1970-689
3 subad.
9-XI-1959
64
53
16
9
20,3
10,2
3,3
11
Heim de Balsac
a parfaitement
mis en
évidence,
dans
son travail
sur les
Ron
geurs
des monts Nimba, les caractères différentiels et les raisons d’ordre géographique qui plaident
en faveur de la reconnaissance de cette espèce. Extérieurement, cette dernière peut être
distinguée de la précédente par ses dimensions supérieures, ainsi que par la coloration plus
grise, donc moins rousse, du pelage dorsal et surtout des flancs. En outre, les nombreux
cas de cohabitation signalés, par exemple en République de Guinée (Sérédou, monts Nimba)
et en Côte-d’Ivoire (Adiopodoumé, Dabou, Man, Lamto), sont des arguments de poids qui
viennent à l’appui d’une telle thèse.
Cette Leggada paraît assez étroitement inféodée au milieu forestier.
Lophuromys s. sikapusi (Temminck)
79 exemplaires de tous les âges
TC
Q
P
O
LT
BZ
M
Pds
1970-705
?
ad.
. 11-X1-1958
145
70
22
18
30,3
14,4
5
81
1970-693
3
» .
. 23-X-1959
135
70
24
16
31,8
15,7
5,3
67
1970-694
3
» .....
. 17-XI-1959
131
69
24
15
30,7
15,4
5
71
1970-714
2
» .
. 28-XI-1959
121
37+
23
16
31,3
14,7
5
59
1970-695
3
» .
. 28-XI-1959
111
73
21
15
30,5
15,3
4,9
56
1970-709
?
subad. . .
. 30-X-1959
104
68
23
15
29,9
14,3
5
48
La formule mammaire des femelles examinées était composée de trois paires de
mamelles (2 paires pectorales, 1 paire inguinale).
Ce Muridé terrestre aux formes lourdes et à queue relativement courte, qui se fait
encore remarquer par la rudesse de son pelage et la coloration plus ou moins rougeâtre
des parties inférieures du corps, est omniprésent dans les régions forestières de l’Ouest afri¬
cain où l’espèce semble même plus abondante que partout ailleurs en Afrique. Nul doute
qu’il déborde aussi largement en zone préforestière, comme l’attestent certaines captures.
C’est ainsi qu’en République de Guinée, en dehors de sa collecte à Sérédou ou dans les
monts Nimba, sa présence est également connue des Cercles de N’Zérékoré (Gouécké) et
de Beyla (Boola). Les animaux d’Afrique occidentale, caractérisés par la teinte intensé¬
ment rougeâtre du pelage ventral, appartiennent à la forme typique. Toutefois, cet aspect
RECHERCHES MAMMALOGIQUES EN GUINÉE FORESTIÈRE
777
particulier de la coloration, que l’on peut effectivement constater en série, n’est malheu¬
reusement plus vrai dans des cas isolés. Car la marge de variation est plutôt grande, même
dans une localité unique. C’est ainsi que quelques exemplaires de Sérédou sont à cet égard
tout à fait semblables à des spécimens d’Afrique centrale à ventre fauve (L. s. nudicaudus
lleller). Heim de Balsac et Aelle.n ont observé de pareils cas en Côte-d’Ivoire.
La presque totalité de notre récolte provient de la zone cultivée. Cependant, quelques
exemplaires ont été piégés avec succès à la lisière de la grande forêt. C’est un Rongeur de
nature indolente et aimable en captivité.
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RECHERCHES MAMMALOGIQUES EN GUINÉE FORESTIÈRE
781
LISTE SYSTÉMATIQUE DES MAMMIFÈRES ÉTUDIÉS
Primates
Galago (Galagoides) demidovi . 740
Colobus (Colobus) polykomos . 740
Colobus (Piliocolobus) badius . 741
Cercopithecus mona . 741
Cercopithecus petaurista . 741
Cercopithecus diana . 742
Cercocebus torquatus . 742
Insectivores
Micropotamogale lamottei . 743
Sylvisorex megalura . 744
Crocidura flavescens . 744
Crocidura poensis . 745
Crocidura theresae . 746
Chiroptères
Rousettus aegyptius . 747
Nycteris hispida . 747
llipposideros cafjer . 747
Hipposideros marisae . 748
Eptesicus tenuipinnis . 748
Pipistrellus nanulus . 748
Pholidotes
Manis (Phataginus) tricuspis . 749
Carnivores
Genetta pardina . 749
Genetta dgrina . 750
Nandinia binotata . 750
Atilax paludmosus . 750
Hyracoïdes
Procavia capensis . 751
Artiodactyles
Cephalophus (Cephalophus) dorsalis . 753
Cephalophus (Cephalophus) niger . 753
Cephalophus (Philantomba) maxwelli. . . . 753
Neotragus pygmaeus . 754
Hyemoschus aquaticus . 754
Rongeurs
Thryonomys swinderianus . 755
Protoxerus stangeri . 756
Heliosciurus gambianus . 756
Heliosciurus rufobrachium . 757
Funisciurus pyrrhopus . 758
Aethosciurus poensis . 759
Xerus (Euxerus) erythropus . 759
Anomalurus derbianus . 760
Anomalurops beecrofti . 761
Graphiurus (Claoiglis) spurrelli . 762
Graphiurus (Claviglis) hueti . 762
Cricetomys emini . 763
Dendromus melanotis . 764
Tatera kempi . 765
Grammomys buntingi . 766
Oenomys liypoxanthus . 767
Dasymys incomtus . 768
Lemniscomys striatus . 769
Hybomys trioirgatus . 769
Rattus (Rattus) rattus . 771
Rattus (Stochomys) defua . 771
Rattus (Praomys) tullbergi . 772
Rattus (Hylomyscus) simus . 773
Rattus (Mastomys) erythroleucus . 774
Malacomys edwardsi . 775
Mus (Leggada) minutoides . 775
Mus (Leggada) setulosus . 776
Lophuromys sikapusi . 776
Manuscrit déposé le 3 décembre 1970.
Achevé d’imprimer le 30 juin 1972.
IMPRIMERIE NATIONALE
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Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. IIureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris. 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
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