BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
186
N° 264 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1974
I
I I I I I I
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : Prs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie -— Botanique —
Sciences de la Terre ■— Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
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toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
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International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 264, novembre-décembre 1974, Zoologie 186
Les rapports anatomiques du membre pelvien vestigial
chez les Squamates serpentiformes
II. Scelotes brevipes et Scelotes inornatus
(Scincidae, Sauria) 1
par J.-P. Gasc et Sabine Renous *
Résumé. — La comparaison de ces deux formes, proches dans la classification, permet de
montrer le détail des transformations corrélatives à la réduction du membre. Ainsi la disparition
du zeugopode et la simplification du fémur s’accompagnent de la perte des muscles reliant la cein¬
ture au membre. Elles n’ont par contre aucune influence sur des éléments qui définissent un cadre
structural. 11 se dégage donc, pour la région pelvi-cloacale des Sauriens, un plan général d’organi¬
sation indépendant du degré de développement des membres. Parmi ces repères anatomiques
fixes citons notamment les insertions du muscle ischio-caudal sur la tubérosité ischiatique et du
muscle oblique externe sur le processus pectiné, ainsi que la lame aponévrotique ischio-commis-
surale.
Introduction
La réduction des membres caractérise un grand nombre de Squamates, et plus parti¬
culièrement certaines familles, telle que les Scincidés. A l’intérieur d’un même genre, les
différentes espèces peuvent constituer une série morphologique donnant tous les degrés
de cette réduction. Une telle série a été étudiée chez Scelotes par Essex (1927). Nous exa¬
minerons ici deux espèces de ce genre dans le cadre d’un travail plus général portant sur la
région pelvienne et ses transformations chez les Squamates serpentiformes (Gasc, 1965-
1966). Elles diffèrent extérieurement par la présence d’un membre postérieur styliforme
chez l’une (Scelotes brevipes) et son absence chez l’autre (Scelotes inornatus inornatus).
Deux travaux ont été précédemment consacrés à l’étude embryologique et anatomique
de cette région (Raynaud, Gasc, Renous, 1973 ; Vasse, Gasc, Renous, 1974).
1. Ce travail a été effectué dans le cadre du programme de l’Équipe de recherche ER 121 du Centre
National de la Recherche Scientifique, associé à l’Institut Pasteur.
* Laboratoire d’Anatomie comparée, Muséum national d’Histoire naturelle, 55, rue Bufjon, 75005 Paris.
264, 1
1702
J.-P. GASC ET SABINE RENOUS
Morphologie externe
Ces animaux, d’allure serpentiforme, se trouvent dans les sols meubles ou sablonneux,
fréquentés par les Termites, les Fourmis ; on y rencontre également Leptotyphlops scutifrons L
Leur longueur totale, de 130 à 160 mm pour un diamètre de 5 mm au point maximum,
est à peu près identique chez les femelles des deux espèces, alors qu’elle n’atteint que 80 mm
pour 4 mm de diamètre chez les mâles de Sc. brevipes. Le dimorphisme sexuel est en effet
plus prononcé dans cette espèce. Cependant, quelle que soit la longueur totale, celle de la
queue intacte y participe pour la moitié, proportion rarement atteinte chez les Scincidés
serpentiformes.
Les écailles, disposées en 20 rangées 1 2 autour du corps, présentent la forme cyclo¬
hexagonale de celles des Scincidés africains. La teinte générale du corps, relativement
semblable dans les deux espèces, montre toutefois les différences suivantes : la plage non
pigmentée située sous la mandibule de Sc. brevipes s’étend jusqu’à la région pectorale chez
Sc. inorncitus ; le pigment concentré au niveau de chaque écaille donne une teinte plus
claire à la face ventrale de Sc. inornatus ; chez Sc. brevipes, la diffusion plus large du pigment
dans l’écaille lui confère un aspect uniformément argenté ; la condensation croissante du
pigment sombre du ventre vers le dos chez Sc. inornatus fait mieux apparaître le fond
cuivré dorsal (estompé par contre chez Sc. brevipes) ; enfin les mâles de Sc. brevipes montrent,
à la face inférieure de la queue, une teinte bleutée de plus en plus intense vers l’arrière.
Le niveau de la ceinture pectorale est indiqué extérieurement par un net renflement
du corps, suivi par un léger sillon latéral d’environ 6 mm de longueur. Chez Sc. inornatus,
des dépressions latérales s’étendant sur environ 3 mm, juste en avant du niveau de la
fente anale, marquent l’emplacement de la ceinture pelvienne. Chez Sc. brevipes, ces dépres¬
sions sont occupées par les appendices styliformes. Une paupière mobile inférieure protège
les yeux et seul Sc. brevipes possède un petit orifice auditif externe.
Ostéologie
La région présacrée compte 50 à 52 vertèbres chez Sc. brevipes et 54 à 56 chez Sc. i.
inornatus , soit plus du double du chiffre moyen des Scincidés à membres développés. Une
vertèbre portant des côtes libres précède le sacrum, constitué de deux courtes vertèbres
ankylosées ; il n’existe donc pas de région lombaire. Les côtes sacrées entrent en contact
par leur extrémité distale élargie et reçoivent l ilion. Malgré une légère échancrure des
extrémités de la première côte caudale, plus prononcée chez Sc. inornatus, il n’y a pas de
différenciation morphologique en lymphapophyse. Il faut, en effet, remarquer que les cœurs
lymphatiques sont situés beaucoup plus en arrière que chez les Anguimorphes ; ils sont logés
entre la première et la cinquième caudale (entre C 4 et C 5 chez inornatus, entre C 4 et C.,
chez brevipes 3 ). Ceci expliquerait l’absence de région vertébrale « cloacale » chez les Scin-
1. Ce matériel a été récolté au Natal par J.-P. Gasc lors d’une mission CNRS en 1971.
2. La sous-espèce Sc. inornatus mossambicus (Peters, 1882), plus nordique, se distingue en particulier
par le nombre de 18 rangées d’écailles seulement.
3. Les vertèbres caudales sont plus généralement symbolisées par la lettre Q.
MEMBRE PELVIEN CHEZ LES SQUAMATES SERPENTIFORMES
1703
A B
Fig. 1. — Représentation schématique des ceintures et des membres pelviens : A, Scelotes brevipes ; B,
Scelotes inornatus inornalus.
Liste des abréviations des figures 1 à 7.
abd.l.q., m. abducteur latéral de la queue ; a.h., arc liémal ; ap.p., apophyse pectinée ; ap.t., apophyse
transverse ; c., côte ; Cj, C 2 , C 3 , C 5 , C 6 , vertèbres caudales ; cd.L, m. caudo-fémoral ; d.abd., m. droit
abdominal ; ep.d.ep., ms. épineux et demi-épineux ; f., fémur ; f.cl,, fente cloacale ; f.p.d.abd., faisceau
profond du m. droit abdominal ; fl.cr., m. fléchisseur crural ; g.h., gaine de l’hémipénis ; il., ilion ; il.f.,
m. ilio-fémoral ; il.fb., m. ilio-fibulaire ; il.te., m. ilio-costal du tronc ; is., ischion ; is.cd., m. ischio-
caudal sur la tubérosité ischienne ; l.ap.is.c., lame aponévrotique ischio-commissurale ; o.cl., ouver¬
ture cloacale ; obi.cl., m. oblique du cloaque ; obl.ext., m. oblique externe (faisceau 1, 2, 3) ; p., pubis ;
p.is.f.ext., m. pubo-ischio-fémoral externe ; p.is.f.int., m. pubo-ischio-fémoral interne (faisceaux 1
et 2) ; p.t., m. pubo-tibial ; pr.l.p.cl., m. protracteur de la lèvre postérieure du cloaque ; R.C., région
vertébrale caudale ; R.S., région vertébrale sacrée ; R. T., région vertébrale du tronc ; Sj, S 2 , vertèbres
sacrées ; s.ap.p., sangle aponévrotique profonde ; t.art., tète articulaire ; t.cd.ch, m. transverse caudal
du cloaque ; t.cd.f., tendon du m. caudo-fémoral ; t.cr.cl., m. transverse cramai du cloaque ; t.is.cd.,
tendon du m. ischio-caudal ; t.t.cd.ch, tendon du m. transverse caudal du cloaque ; t.v.c., m. trans¬
verse ventral de la ceinture ; tr., trochanter ; z., zeugopode (tibia -f- péroné).
comorphes serpentiformes (Gasc, 1967). La première hémapophyse, en position interver¬
tébrale, est portée en arrière de C 2 chez 5c. brevipes, et de C 3 chez 5c. inornatus. La queue
étant fragile, de nombreux exemplaires montrent un appendice régénéré. La fissure auto-
tomique partage les vertèbres caudales en deux portions inégales, une petite en avant,
et une grande en arrière qui porte les pleurapophyses pointées cranialement selon un type
fréquent chez les Scincidés (Hoffstetter et Gasc, 1969 : 270). La première apparaît sur C 3
chez 5c. brevipes et C 6 chez Sc. inornatus. La morphologie vertébrale caractéristique de la
queue (hémapophyse, fissure autotomique) semble rejetée un peu plus postérieurement
dans l’espèce où la réduction appendiculaire est plus marquée (5c. i. inornatus).
La ceinture pelvienne est très semblable dans les deux cas : ilion bien développé, en
forme de baguette faiblement recourbée dorsalement en direction caudale, sans épine crâ¬
niale ; ischion et pubis parallèles et ne formant pas de symphyse véritable avec leurs symé¬
triques sur la ligne médio-ventrale. Toutefois les reliefs sont plus prononcés chez 5c. brevipes ,
264, 2
1704
J.-P. GASC ET SABINE RENOUS
en particulier le processus pectiné du pubis, extrêmement saillant (fig. 1, A), et il existe
une cavité acétabulaire.
Le fémur est, par contre, très différent. Chez 5c. brevipes on reconnaît un fémur de
Lézards à membres développés, par sa position orientée vers l’arrière en dehors et ventrale-
ment, par son extrémité proximale avec tête articulaire et trochanter bien dessiné et sa
poulie condylienne distale. Toutefois sa longueur ne représente que les deux tiers de celle
de l’ilion, alors qu’elle le dépasse chez Scincus scincus par exemple. Chez Sc. inornatus,
le fémur a la forme d’une petite lame appliquée contre la ceinture entre la tubérosité ischia-
tique et la base de l’ilion ; malgré une extrémité proximale élargie et l’ébauche d’un trochan¬
ter, il n’est pas engagé dans une cavité articulaire ; son orientation transversale en direc¬
tion dorsale est aberrante.
Le zeugopode est représenté chez Sc. brevipes seulement par deux petits éléments
(tibia et péroné) soudés entre eux.
Myologie
Muscles de l’axe vertébral
Ces muscles sont divisés en deux masses reflétant la séparation ancienne créée par le
septum horizontal. En raison de la disparition de ce dernier dans le tronc des Reptiles,
on doit se référer à l’innervation. La masse dorsale ou épisomatique est innervée par les
rameaux dorsaux des nerfs rachidiens, alors que la masse ventrale ou hyposomatique reçoit
les rameaux ventraux. Dans la musculature épisomatique, les muscles épineux (m. spinalis)
et demi-épineux (m. semispinalis) fusionnent cranialement et s’attachent aux neurépines
par un tendon chez les deux espèces étudiées. Le système de l’iliocostal du tronc, dont les
faisceaux non segmentés franchissent six intervalles, ne montre pas de relais sur l’ilion ;
il passe donc insensiblement dans la base de la queue. Rappelons que le développement
de la lame iliaque en direction dorsale chez les Amniotes est corrélative de la division de
l’épisome en trois systèmes ; le plus latéral, s’insérant sur la surface iliaque externe, cons¬
titue l’iliocostal. L’absence de cette attache chez Scelotes pourrait donc s’interpréter comme
un effet de la réduction dorsale de l’ilion. Le faisceau le plus antérieur de l’iliocostal de la
queue se fixe plus ventralement. Dans la musculature hyposomatique, les faisceaux de
l’oblique externe, nés sur les trois dernières côtes libres, gagnent les éléments ventraux
de la ceinture. L’un d’entre eux rejoint le processus pectiné. L’insertion postérieure du
muscle droit abdominal superficiel s’effectue sur l’extrémité ventrale de l’ischion, tandis
que les faisceaux profonds (m. rectus internus ), dorsaux par rapport au pubis et à l’ischion,
se fondent vers l’arrière dans une lame aponévrotique qui constitue une sangle ventrale
profonde en avant de la lèvre antérieure du cloaque. Le muscle abducteur latéral de la queue
(m. abductor caudae lateralis, Nishi, 1919) naît sur la face ventrale des pleurapophyses
et d’une partie du centrum vertébral des 12 premières caudales environ ; il atteint vers
l’avant, le bord postérieur de l’ilion chez Sc. brevipes et le niveau articulaire de la seconde
côte sacrée avec l’ilion chez Sc. inornatus. Les fibres de l’ischiocaudal (m. ischiocaudalis)
issues des faces latérales de 5 arcs hémaux successifs (de l’arc hémal en arrière de C s à l’arc
en arrière de C 9 ), constituent une masse volumineuse appliquée contre son symétrique,
prolongée au niveau de la fente anale par un fort tendon inséré sur la tubérosité ischiatique.
MEMBRE PELVIEN CHEZ LES SQUAMATES SERPENTIFORMES
1705
Muscles du cloaque
Le périnée se définissant comme la région comprise entre la voies urogénitale et anale,
on ne peut utiliser ce terme chez les Reptiles puisque ces voies s’ouvrent dans un cloaque.
C’est pourquoi nous désignerons sous le nom de transverse ventral de la ceinture (m. trans¬
versus ventralis pelvis) le muscle qui est appelé couramment transverse du périnée (m.
transversus perinei, Fürbringer, Gadow, Hoffmann, Nishi). Ce muscle constitue une
sangle transversale superficielle, étendue de la pointe antérieure du pubis jusqu’à la com¬
missure de la fente cloacale. Dorsalement, il s’attache sur un système aponévrotique reliant
la commissure cloacale à l’ischion (lame ischio-commissurale).
Chez Sc. brevipes, le muscle oblique du cloaque naît dans la région de la commissure
cloacale et gagne obliquement vers l’avant le tiers ventral de l’ischion.
Deux muscles transversaux impairs et indépendants bordent les lèvres de l’ouverture
cloacale ; ils ne constituent pas un véritable sphincter. Le faisceau cranial, muscle trans¬
verse cranial du cloaque (m. transversus cloacae cranialis), réunit les deux commissures.
Le faisceau caudal, muscle transverse caudal du cloaque (m. transversus cloacae caudalis —
obliquus ani, Nishi) dépasse vers l’avant les commissures et s’attache sur l’ilion par un
tendon chez Sc. brevipes et par des fibres charnues dans l’autre espèce.
Les deux muscles protracteurs de la lèvre postérieure s’affrontent ventralement sur
la ligne médiane entre le muscle précédent et l’ischio-caudal, puis gagnent latéralement
chacune des commissures.
Fig. 4. — Région pelvi-cloacale de Scelotes brevipes , plan superficiel.
MEMBRE PELVIEN CHEZ LES SQUAMATES SERPENTIFORMES
1707
Le muscle grand rétracteur de la gaine des organes d’accouplement, très court chez
les femelles, unit un arc hémal (entre C 7 et C 8 chez Sc. inornatus, entre C 8 et C 9 chez Sc.
brevipes ) à l'extrémité postérieure de la gaine L
Muscles du membre
Le muscle caudo-féinoral naît par trois chefs de la hase de la queue. Chez Sc. inornatus
les deux premiers proviennent des trois premières vertèbres caudales et des cinq premières
chez Sc. brevipes (fig. 5). Ils se terminent sur un carrefour aponévrotique servant d’attache
au transverse ventral de la ceinture. Le dernier chef, issu des quatre premiers arcs hémaux,
se poursuit vers l’avant par un long tendon qui gagne le fémur par sa face médiale dans
la région moyenne de la diaphyse.
is.cd cd.f gJi pr.i.p.cl t.cd.cl tcd.f t.cr.d fi er z f t.v.c
Fig. 5. — Région pelvi-cloacale de Scelotes brevipes, plan profond.
Chez Sc. brevipes seulement, il existe un fléchisseur crural ( m. flexor cruris), inséré
sur le carrefour aponévrotique cité plus haut et se fixant sur la face ventrale du tiers distal
du fémur (fig. 7).
Le pubo-tibial ( pubo-tibialis ) (fig. 4) en forme de cône, se détache, par des fibres char¬
nues, du bord postérieur de la région moyenne du pubis pour s’accoler au fémur par un
fin tendon et atteindre distalement le reste du tibia.
1. Les muscles liés aux hémipénis sont présents chez les femelles.
1708
J.-P. GASC ET SABINE RENOUS
Deux muscles représentent les pubo-ischio-fémoraux (fig. 6). Un premier naît latéra¬
lement dans la gouttière pectinée et gagne la diaphyse fémorale. Il correspond à la partie
antérieure du pubo-ischio-fémoral externe (m. pubo-ischio-femoralis externus ) des Lézards
à membres bien développés b Un second présente deux origines médiales sur les moitiés
ventrale du pubis et dorsale de l’ischion. Leurs fibres enveloppent dorsalement l’apophyse
pectinée et convergent vers l’arrière, avec le muscle précédent, sur la diaphyse du fémur.
Il correspond à deux des trois chefs du pubo-ischio-fémoral interne ( m. pubo-ischio-femoralis
internus ) des Lézards à membres bien développés h Chez Sc. inornatus, l’ensemble des
muscles pubo-ischio-fémoraux est encore plus réduit ; il n’y a plus de relation avec l’apo¬
physe pectinée et un seul faisceau, le plus dorsal, unit le pubis au fémur. La partie externe
n’est plus représentée que par quelques fibres insérées sur le trochanter fémoral et venant
se perdre vers l’avant en direction de l’oblique externe. Chez Sc. brevipes , le fémur est encore
relié dorsalement à l’ilion par deux muscles superposés. Le plus dorsal, probablement un
ilio-fibulaire (ni. ilio-fibularis), gagne l’extrémité distale du fémur, tandis que l’autre, plus
court (un ilio-fémoral), atteint la région proximale de la diaphyse.
1. Une note est en préparation sur la comparaison entre la région pelvienne de l’Orvet et du Lézard
vert.
MEMBRE PELVIEN CHEZ LES SQUAMATES SERPENTIFORMES
1709
Discussion
Cette comparaison s’inscrit dans une série morphologique dont nous nous proposons
de poursuivre l’étude. Le travail précédent (Gasc, 1965-1966) portait sur des formes éloi¬
gnées dans la classification (Orvet et Python) ; nous avions ainsi mis en évidence, au-delà
des modalités différentes dans l’acquisition de la forme apode, l’existence de transforma¬
tions homologues. Dans le présent travail, au contraire, les termes de comparaison sont
relativement semblables. Ceci nous permet de concentrer notre attention sur un détail,
le degré de développement du membre, et de montrer les transformations corrélatives.
La région présacrée comprend un nombre supérieur de vertèbres dans l’espèce où la
réduction est la plus prononcée. Ceci confirme les observations des auteurs (Sewertzoff,
1931 ; Gasc, 1967). Le sacrum est constitué de deux vertèbres ankylosées, selon la règle
chez les Lacertiliens, et, malgré l’allongement du corps, il n’y a pas de lymphapophyses
en arrière. Ce dernier caractère, très fréquent chez les Scincidés (Gasc, 1967), pourrait s’expli¬
quer par la position nettement caudale des cœurs lymphatiques.
Fig. 7. — Représentation schématique des rapports du muscle caudo-fémoral
avec les pièces squelettiques et le système ligamentaire ischio-commissural.
A, Lacerta viridis ; B, Scelotes brevipes ; C, Scelotes inornatus inornatus ; D, Acontias meleagris.
Les flèches indiquent le sens de réduction du membre. 1, 2, 3, 4, chefs du m. caudo fémoral.
1710
J.-P. GASC ET SABINE RENOUS
Les trois pièces de la ceinture sont bien développées mais subissent une réduction
dans le sens ventro-dorsal ce qui entraîne l'absence d’une véritable symphyse ischio-pubienne.
En outre, l’ilion ne montre ni épine craniale ni lame iliaque. Chez Sc. brevipes , on peut noter
une accentuation plus marquée des reliefs, en particulier le processus pectiné et une cavité
acétabulaire bien formée. Si le fémur existe dans les deux espèces, par contre il a une forme
et une orientation très différentes. Chez Sc. inornatus le zeugopode n’apparaît pas. Ces
points nous paraissent être les plus importants à mettre en relation directe avec l’anatomie
de chacune de ces espèces. Ainsi, certaines particularités de la myologie sont corrélatives
des transformations du squelette.
A la réduction dorsale de l’ilion, répond le passage sans relais des derniers faisceaux
de l’ilio-costal du tronc dans la queue. A l’effacement du processus pectiné chez Sc. inorna¬
tus, peut correspondre l’extrême réduction du muscle pubo-ischio fémoral. Dans cette
espèce, également, la disparition du zeugopode et la simplification du fémur s’accompagnent
de l’absence des muscles reliant la ceinture au membre. Toutefois, dans ces deux espèces,
nous retrouvons un certain nombre de repères anatomiques fixes qui constituent les élé¬
ments de base d’un ensemble structural laissé intact par les phénomènes de réduction.
Parmi ceux-ci, nous retiendrons l’insertion de l’ischio-caudal sur la tubérosité ischienne,
l’attache d’un faisceau de l’oblique externe sur le processus pectiné et la lame aponévro-
tique ischio-commissurale. Notons que ce dispositif aponévrotique, prolongeant le sque¬
lette de la ceinture pelvienne, paraît identique chez un Anguidé comme l’Orvet, et chez
les Scincidés. A partir de cette armature aponévrotique, nous retrouvons les mêmes rapports
entre le transverse ventral de la ceinture et le caudo-fémoral. L’absence de fémur n’a pas
d’influence sur ces rapports. La seule différence observée, lorsqu'il est présent, réside dans
le prolongement du tendon long du chef postérieur du caudo-fémoral jusqu’à cet os. Pour
confirmer cette observation, il nous a fallu sortir du genre Scelotes, car même chez Sc. areni-
cola, un rudiment de fémur subsiste, de même chez Sc. anguineci (voir les figures Essex,
1927). Par contre, Acontias meleagris, complètement dépourvu de fémur, possède une cein¬
ture pelvienne reliée d’une façon lâche à la dernière côte libre ; il n’y a donc pas, à propre¬
ment parler, de sacrum (Gasc, 1967). Or, le caudo-fémoral subsiste dans toute son intégrité,
composé de ses trois parties, la plus postérieure s’attachant par un fin tendon dans la région
de la commissure cloacale. Ainsi paraît justifiée la classification de Wettstein (1932)
qui plaçait le caudo-fémoral dans le groupe des muscles secondairement annexés au membre.
L’examen de l’ensemble de la région pelvi-cloacale met en évidence, avec la réduction crois¬
sante du fémur, la disparition du pubo-ischio-fémoral et une plus grande extension du
muscle transverse ventral de la ceinture. Ce balancement, déjà visible en comparant les
deux espèces de Scelotes étudiées, se confirme chez Acontias meleagris qui, sur ce point,
est comparable à Anguis fragilis.
Conclusion
L’étude comparative de la région pelvi-cloacale chez Sc. brevipes et Sc. i. inornatus
met en évidence l’existence d’un plan d’organisation qui échappe au processus de réduction.
A côté des éléments structuraux fixes sur lesquels repose ce plan, d’autres éléments subissent
des modifications coordonnées. L’effacement du membre introduit des perturbations de
MEMBRE PELVIEN CHEZ LES SQUAMATES SERPENTIFORMES
1711
deux types essentiels, soit la disparition complète des muscles, soit le glissement de leurs
insertions. Il semble que les premiers correspondent à la musculature intrinsèque du membre
et les seconds à la musculature extrinsèque. De plus, au cours de cette disparition, le muscle
transverse ventral de la ceinture paraît s’étendre sur le territoire normalement occupé
par le pubo-ischio-fémoral.
Les Sauriens montrent une tendance marquée à l’acquisition d’un type d’organisme
serpentiforme, correspondant à un mode de locomotion particulier et à une expansion dans
des milieux nouveaux. Cette adaptation à la vie rampante s’est effectuée de façon indé¬
pendante et, par conséquent, selon des modalités différentes dans les diverses lignées. Tou¬
tefois, dans une région donnée, volontairement isolée du contexte général, telle que la région
pelvi-cloacale, les transformations observées obéissent aux mêmes corrélations dans des
familles aussi éloignées dans la classification que les Anguidés et les Scincidés.
RÉFÉRENCES RIBLIUGRAPHIQUES
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Manuscrit déposé le 10 octobre 1973.
Bull. Mus. nain. Ilist. nat., Paris, 3 e sér., n° 264, nov.-déc. 1974,
Zoologie 186 : 1701-1712.
Achevé d’imprimer le 30 avril 1975.
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Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
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