BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
188
N» 266 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1974
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
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Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
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A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
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générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
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BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 266, novembre-décembre 1974, Zoologie 188
Le statut générique de quelques Batraciens malgaches
par Jean Guibé *
Résumé. —- L’étude de certains Rhacophoridés malgaches aboutit à une modification de
leur statut générique. Rhacophorus pulcher Blgr et R. liber Peracca deviennent des Gephyroman-
tis, le second étant synonyme du premier. R. bicalcaratus O. Boettger est également un Gephy-
romantis. R. depressiceps Blgr et R. rnocquardi Blgr sont incorporés dans le genre Mantidactylus ,
le dernier est synonyme du premier, il en est de même pour R. tornieri E. Ahl. R. ( Philautus) made-
cassus Millot et Guibé devient un M antidactylus.
Abstract. — Study of some malagasian Rhacophorids lead to modifications of their generic
status. Rhacophorus pulcher Blgr and R. liber Peracca are Gephyromands, the latter is synonym
with the first. R. bicalcaratus O. Boettger is also Gephy romands. R. depressiceps Blgr et R.
rnocquardi Blgr are M antidactylus, the latter is synonym with the former, just as R. tornieri E. Ahl.
R. ( Philautus) madecassus Millot et Guibé is also M antidactylus.
Les différences permettant une discrimination entre les trois principaux genres de
Rhacophoridés malgaches, M antidactylus, Gephyromantis et Rhacophorus, ont été jusqu’alors
peu accusées et surtout basées sur des caractères externes d’appréciation souvent délicate.
L’examen de nombreux exemplaires appartenant à des espèces distinctes m’a permis de
mettre en évidence certains caractères particuliers propres à chacun de ces genres. Il m’est
alors apparu que le statut générique de certaines espèces devait être révisé.
En 1920, Methüen a créé le genre Gephyromantis pour une espèce très voisine de
M antidactylus, dont elle diffère essentiellement par une union étroite des métatarsiens
externes. En 1930, Angel note, pour une espèce qu’il attribue au genre Gephyromantis,
que cette union peut n’ètre que partielle et qu’elle est souvent associée à une grande réduc¬
tion de la palmure. En 1945, j’ai moi-même souligné la bifurcation ou l’échancrure, à leur
base, des styles osseux omosternal et sternal chez les diverses espèces attribuées à ce genre.
Grâce à l’obligeance de Miss A. G. C. Granbison, du British Muséum, j’ai pu examiner
des syntypes de Rhacophorus pulcher Blgr et constater que non seulement les métatar¬
siens externes étaient étroitement unis (fig. 1, A), mais encore que d’autres caractères
correspondaient à ceux qu’une étude des diverses espèces du genre m’ont permis de consi¬
dérer comme propres à Gephyromantis. C’est ainsi que la colonne vertébrale, de type pro-
cœle, non imbriquée, est constituée de vertèbres larges et courtes, portant de courtes dia-
pophvses nettement moins longues que la largeur de la vertèbre (fig. 2). Le style osseux
du métasternum est largement bifurqué à sa base, la branche médiane et les branches
* Laboratoire de Zoologie (Reptiles A Poissons). Muséum national d'Histoire naturelle, 25, rue Cuvier,
75005 Paris.
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JEAN GUIBÉ
A B C
Fig. 1. — Pied de : A, Gephyromantis pulcher (Blgr) ; B, G. liber (Peracca) ;
C, G. bicalcaratus (Boettger).
latérales sont sensiblement égales (fîg. 3, A). L’hyoïde est pourvu d'un processus alaire,
mais les processus postéro-latéraux font défaut (fîg. 3, B). Enfin, chez les mâles il existe
un empâtement glandulaire fémoral oblong. Dans sa description, Boulenger note la colo¬
ration verte du squelette, caractère que j’ai eu l’occasion d’observer à diverses reprises
chez des Gephyromantis.
Pour ces raisons R. pulcher Blgr doit être incorporé dans le genre Gephyromantis.
En 1893, Peracca a décrit R. liber dont j’ai pu examiner plusieurs syntypes donnés
les uns par Peracca lui-même au British Muséum (2 individus) ou au Muséum de Paris
(1 individu). De même que pour R. pulcher, ces spécimens sont caractérisés par l’union des
métatarsiens externes (fig. 1, B). Les caractéristiques de la colonne vertébrale, de la cein¬
ture scapulaire et de l’hyoïde conduisent à incorporer l’espèce dans le genre Gephyromantis
mais aussi à la considérer comme synonyme de celle de Boulenger.
Ainsi Rhacophorus liber Peracca = Gephyromantis pulcher (Blgr).
Pour les mêmes caractéristiques (métatarsiens externes unis, omosternum largement
bifurqué, sternum échancré, empâtement glandulaire fémoral) je range R. bicalcaratus
Boettger dans le genre Gephyromantis (fig. 1, C). Il est curieux de constater que Boettger
rapprochait R. bicalcaratus de pulcher ; par contre Ahl (1934) écrit à son sujet « latérale
Metatarsalia fast vôllig durch Schwimmhaut getrennt ». Il n’est fait aucunement mention
STATUT GENERIQUE DES BATRACIENS MALGACHES
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Fig. 2 et 3. — Gepliyromantis pulcher (B]gr) : 2, vue dorsale de la colonne vertébrale ; 3 A, ceinture
scapulaire ; 3 B, hyoïde.
de cette disposition dans la diagnose originale et l’examen d’un syntype m’a montré, au
contraire, une union étroite des métatarsiens externes.
Boulenger a rapporté au genre Rhacophorus deux espèces : depressiceps et mocquardi.
L’étude des types m’a montré une colonne vertébrale de type diplasiocœle, type jamais
observé chez les Rhacophores malgaches. En outre, les vertèbres sont pourvues, au moins
les antérieures, d’une apophyse épineuse et de longues diapophyses, plus longues que la
largeur de la vertèbre. La ceinture scapulaire est caractérisée par un style omosternal lar¬
gement bifurqué alors que le style sternal est court et échancré à sa base. Enfin, la face pos¬
téro-inférieure des cuisses des mâles porte une formation glandulaire individualisée chez
depressiceps. Tous ces caractères sont propres à Mantidactylus auquel doivent être rappor¬
tés R. depressiceps et R. mocquardi.
C’est à tort qu’en 1947 j’ai placé R. depressiceps dans la synonymie de R. difficilis
Boettger. Par contre, l’étude des deux espèces de Boulenger m’a conduit à considérer
mocquardi comme synonyme de depressiceps. Il n’existe aucune différence essentielle entre
elles et Boulenger n’a-t-il pas écrit au sujet de la première : « Allied with depressiceps Blgr,
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JEAN GUIBÉ
with which it agréés in the shape of the head and the disposition of the vomerine teeth,
but distingued by much short digits ».
Rhacophorus tornieri E. Ahl, dont j’ai pu examiner le type grâce à l’obligeance du
D r G. Peters du Musée de Berlin, doit, à mon avis, être incorporé dans le genre Manti-
dactylus et la synonymie de M. depressiceps (Blgr).
Fig. 4. — Mantydaclylus madecassus (Millot & Guibé).
Vues dorsale et ventrale de la colonne vertébrale.
Rhacophorus ( Philautus) madecassus Millot et Guibé a été décrit à partir d’individus
provenant du massif de l’Andringitra ; c’est en raison de l’absence de dents vomériennes
que cette espèce avait été incorporée dans le sous-genre Philautus. Ayant reçu récemment
du même massif montagneux plusieurs exemplaires de cette espèce, une étude plus atten¬
tive m’a amené à la conclusion qu’il s’agissait en fait d’un Mantidactylus dépourvu de
dents vomériennes. En effet, la colonne vertébrale est de type diplasiocœle, non imbriquée,
et formée de vertèbres larges et courtes dont l’arc neural présente des ébauches nettes
d’apophyses épineuses sur les éléments antérieurs (fig. 4). Le nasal est en large plaque, la
STATUT GÉNÉRIQUE DES BATRACIENS MALGACHES
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C P) B
U
Fig. 5. — Mantidactylus madecassus (Millot & Guibé).
A, ceinture scapulaire ; B, carpe ; C, tarse.
ceinture scapulaire possède un style omosternal largement bifurqué et un style sternal
court ; le carpe est à 6 os et le tarse à 2 os (fig. 5).
Dans ces conditions R. ( Philautus ) madecassus devient Mantidactylus madecassus
(Millot & Guibé).
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Ahl, E., 1928. — Zool. Anz., 75 : 316.
— - 1934. — Das Tierreich. lief. 55 — Anura. Polypedatidae.
Angel, F., 1930. — Bull. Soc. Zool. Fr., 55 : 548.
Boettger, O., 1892. — Kat. Batr. Mus. Senckenb. : 14.
— 1913. — In : Voeltzkow Reise O-Afr., 3 : 320.
Boulenger, G. A., 1882. — Cat. Bat. Sal. Brit. Mus., éd. 2 : 467.
— 1895. — Ann. Mag. nat. Hist., 15 : 450.
— 1896. — Idem, 15, 17: 402.
Guibé, J., 1954. — Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 17, (5) : 383.
— 1947. — Idem, 2 e sér., 19 (6) : 439.
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JEAN GUIBÉ
Methden, P. A., 1920. — Proc. Zool. Soc. Lond. : 351.
Millot, J., et J. Guibé, 1950. — Mém. Inst. Sci. Madagascar, sér. A, 4 (1) : 203.
Peracca, M. G., 1893. — Boll. Musei Zool. Anat. comp. R. Univ. Torino, 8 (156) : 14.
Manuscrit déposé le 3 octobre 1973.
Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 266, nov.-déc. 1974,
Zoologie 188 : 1761-1766.
Achevé d’imprimer le 30 avril 1975.
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Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxinomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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