BULLETIN
y
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
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PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
N° 283 JANVIER-FÉVRIER 1975
193
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : Prs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
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toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
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International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 283, janvier-février 1975, Zoologie 193
SOMMAIRE
Ch. Bayssade-Dufouh et C. Maillard. — Chétotaxie de Labratrema lamirandi (Car¬
rère, 1937) Maillard, 1975, Bucephaloidea. Observations sur Cercaria plumosa
Sinitzin, 1911, Fellodistomatoidea. Comparaison avec Cercaria sp. Bayssade-
Dufour, 1974, Brachylaimoidea. Discussion sur le sous-ordre des Brachylaimata
La Rue, 1957 (Trematoda). 39
C. Maillard. — Labratrema lamirandi (Carrère, 1937) (Trematoda, Bucephalidae)
parasite de Dicentrarchus labrax (L., 1758). Création du genre Labratrema. Cycle
évolutif. 69
283, 1
Chétotaxie de Labratrema lamirandi
(Carrère, 1937) Maillard, 1975, Bucephaloidea.
Observations sur Cercaria plumosa Sinitzin, 1911, Fellodistomatoidea.
Comparaison avec Cercaria sp. Bayssade-Dufour, 1974,
Brachylaimoidea.
Discussion sur le sous-ordre des Brachylaimata La Rue, 1957
(Tréma toda)
par Christiane Bayssade-Dufour et Claude Maillard *
Résumé. — Trois superfamilles : les Brachylaimoidea, les Fellodistomatoidea et les Buce-
phaloidea constituent le sous-ordre des Brachylaimata La Rue, 1957 (Strigeatoida). Nous connais¬
sons la chétotaxie d’un représentant de chacune de ces trois superfamilles, c’est-à-dire de Cercaria sp.
(Brachylaimoidea) (voir Ch. Bayssade-Dufour, 1974), de Cercaria plumosa (Fellodistomatoidea)
et de Labratrema lamirandi (Bucephaloidea). Ces trois chétotaxies sont très différentes les unes
des autres et, de plus, seule celle de Labratrema lamirandi a des analogies avec les chétotaxies d’autres
Strigeatoida. Seuls les Bucéphales appartiendraient aux Strigeatoida ; les Brachylaimoides et
les Fellodistomatoides devraient être rattachés à d’autres ordres.
Outre l’étude chétotaxique et l’analyse systématique, il est ici donné une redescription de la
morphologie de Cercaria plumosa Sinitzin, 1911.
Abstract. — Chaetotaxy of Labratrema lamirandi (Carrère, 1937) Maillard, 1975, Bucepha¬
loidea. Observations on Cercaria plumosa Sinitzin, 1911, Fellodistomatoidea. Comparison with
Cercaria sp. Bayssade-Dufour, 1974, Brachylaimoidea. Discussion on the validity of the suborder
Brachylaimata La Rue, 1957 (Trematoda).
The superfamilies Brachylaimoidea, Fellodistomatoidea and Bucephaloidea compose the
suborder Brachylaimata La Rue, 1957 (Strigeatoida). The chaetotaxy of one représentant of
each of these superfamilies is known, i. e. Cercaria sp. (Brachylaimoidea) (see Ch. Bayssade-
Dufour, 1974), Cercaria plumosa (Fellodistomatoidea) and Labratrema lamirandi (Bucephaloidea).
These three chaetotaxies differ largely from one another, and even more, among them, onlv Labra¬
trema lamirandi displays chaetotaxic similarities with other Strigeatoida. Thus, only the Buce¬
phaloidea should be included into the Strigeatoida ; the Brachylaimoidea and the Fellodistoma¬
toidea should be transferred to different orders.
In addition to this chaetotaxic and systematic analysis, a redescription of Cercaria plumosa
Sinitzin, 1911, morphology is given.
L’ordre des Strigeatoida (La Rue, 1926) La Rue, 1957, est constitué de quatre sous-
ordres : les Brachylaimata, les Azygiata, les Cyclocoelata et les Strigeata. Le sous-ordre
* Ch. Bayssade-Dufour, Laboratoire de Zoologie (Vers) associé au CNRS, Muséum national d’Histoire
naturelle, 43, rue Cuvier, 75 231 Paris Cédex 05.
C. Maillard, Laboratoire de Parasitologie comparée (Pr L. Euzet), U.S.T.L., place Eugène Bataillon,
F 34060 Montpellier Cédex.
283 . 2
40
CHRISTIANE BAYSSADE-DUFOUR ET CLAUDE MAILLARD
des Brachylaimata comprend trois superfamilles : les Brachylaimoidea, les Bucephaloidea
et les Fellodistomatoidea. Nous connaissons la chétotaxie d’une cercaire appartenant à
chacune de ces trois superfamilles, c’est-à-dire la chétotaxie de la cercaire de Brachylaimoi¬
dea, Cercaria sp. Bayssade-Dufour, 1974, déjà publiée, la chétotaxie de la cercaire de Buce¬
phaloidea, Labratrema lamirandi (Carrère, 1937) Maillard, 1975, et celle de la cercaire de
Fellodistomatoidea, Cercaria plumosa Sinitzin, 1911, que nous décrivons ici. La morpho¬
logie de Labratrema lamirandi récemment décrite n’est pas rappelée ; en revanche, nous
donnons une nouvelle description de Cercaria plumosa qui complète celle de Sinitzin, 1911.
1. RAPPEL DE LA CHÉTOTAXIE DE Cercaria sp. Bayssade-Dufour, 1974,
BRACHYLAIMOIDEA
(Fig. 1)
Cette cercaire, hôte d’un Hélix aspersa d’Authon (Loir-et-Cher) a une chétotaxie carac¬
térisée par la présence de trois papilles C,V dans l’entonnoir buccal, l’absence de papilles
corporelles dorsales et ventrales, la présence d’un acétabulum à trois cycles portant 6 S,,
9 S„, 4 S m et la présence de deux papilles latéro-ventrales sur la queue.
IL CHÉTOTAXIE DE Labratrema lamirandi
(Carrère, 1937) Maillard, 1975, BUCEPHALOIDEA
(Fig. 2-8)
1. Papilles buccales
C, = 6 à 7 papilles bordant la bouche
C„ = 1 C„V + 5 à 7 C„L + 1 C„D
C,„ = 1 C,„V + 3 C,„L
C, v = 1 C IV V + 1 C IV L
2. Papilles du stylet
St = 23 papilles réparties en 17 ventrales et 5 dorsales.
3. Papilles corporelles
A,
A„
A,„
1 ou 2 A V, 1 A,L, 1 A,D
1 Aj.V, 1 A„L, 1 A„D
1 A ni V, 1 A m L, 1 A m D
M =
1 ML, 1 MD
SOUS-ORDRE DES BRACHYLAIMATA
41
P, = I P,V, 1 P,L , 1 P,D
P„ = l Pi,D, 1 P„L, 1 P,,D
P,„ = 1 P„,D
Nous n’avons pas vu de papilles acétabulaires.
4. Papilles caudales
a — Papilles du bulbe caudal
Les papilles sont disposées selon des hémicycles concentriques.
U,V = 2 papilles U,D = 5 papilles
U„V = 8 »
U m V = 6 »
U IV V = 10 »
U v V = 4 »
b — Papilles des bras
La partie proximale du bras est élargie, elle porte quatre rangs de papilles : deux rangs
de papilles doubles, deux rangs de papilles simples ; la partie mince du bras porte trois
rangs de papilles doubles ou simples.
III. MORPHOLOGIE
ET CHÉTOTAXIE DE Cercaria plumosa Sinitzin, 1911,
F E LLODISTOM ATOID E A
(Fig. 9-13)
1. Morphologie
Cercaria plumosa, parasite de Syndosmya alba (syn. = Abra alba Wood), fut décou¬
verte en mer Noire par Sinitzin, en 1911, et ne semble pas avoir été revue depuis lors.
Nous avons retrouvé cette cercaire, hôte A'Abra ovata Philippi, 1836, dans les étangs
côtiers et sur le littoral méditerranéen du Languedoc. Nous en donnons une nouvelle des¬
cription qui complète celle de Sinitzin.
Cercaria plumosa Sinitzin, 1911
Hôtes : Syndosmya alba (syn. = Abra alba Wood), Abra ovata Philippi.
Ha bitat : gonade.
Localité : Méditerranée (littoral et étangs côtiers du golfe du Lion).
Deschiption
Cercaria plumosa prend naissance dans des sporocystes blanchâtres de 3 500 p. de long
sur 400 p. de large. C’est une cercaire de grande taille (fig. 9 A). Le corps, de forme ovoïde,
42
CHRISTIANE BAYSSADE-DUFOUR ET CLAUDE MAILLARD
mesure 300 p. de longueur sur 200 fx de largeur en moyenne, alors que la queue, de type
trichocerque, a de 250 à 450 p. de long selon l’état de contraction. Le tégument du corps
est entièrement recouvert par de petites épines. La ventouse orale, subapicale, est sphé¬
rique et mesure de 50 à 70 (x de diamètre. L’acétabulum, de taille sensiblement égale, est
situé au centre de la face ventrale du corps.
Le tube digestif débute au fond de la ventouse orale. Il se continue, après un court
prépharynx, par un très gros pharynx (30 [X de long sur 20 p de large), suivi par un long
œsophage (45 à 55 jx).
Les branches digestives, séparées en avant de l’acétabulum, se dirigent vers la partie
postérieure où elles se terminent en arrière de la ventouse ventrale, au niveau du quart
postérieur du corps.
Les glandes de pénétration sont au nombre de 12 à 15 paires, réparties de part et d’autre
du plan médian. Leurs canaux viennent déboucher séparément sur la lèvre dorsale de la
ventouse orale.
Le système excréteur est de type mésostomé : il comprend, de chaque côté, quatre
paires de protonéphridies que l'on peut schématiser par la formule :
2 [(2 + 2) + (2 + 2)] = 16.
La vessie, à paroi mince, est en forme de V, dont les deux branches débutent en avant
de la ventouse ventrale, après les glandes de pénétration.
Les organes génitaux sont déjà partiellement visibles chez cette cercaire.
En arrière de l’acétabulum, on aperçoit les vitelloductes transverses puis l’ovaire
sphérique, placé sur l’axe du corps.
Les testicules latéraux sont situés dans le quart postérieur du corps, à l’extrémité des
branches digestives.
La queue, finement annelée, est ornée latéralement de 24 à 26 paires de palettes pou¬
vant s’ouvrir ou se replier en éventail, perpendiculairement à l'axe du corps. Chacune de
ces palettes, qui mesure de 100 à 150 [X de longueur, est composée de 22 à 28 rayons réunis
par une fine membrane (fig. 9 B). Ces rayons ne sont pas rectilignes mais sont déformés par
des corpuscules plus ou mains allongés.
A l’intérieur de la queue, on peut observer deux rangées de grosses vacuoles contenant
des granules de pigment jaune orangé.
Après leur sortie du Mollusque, ces cercaires nagent activement. Elles présentent un
phototropisme fortement positif ; en effet, on ne trouve ces larves que sous la surface de
l’eau des récipients contenant les Mollusques parasités. Des essais d’infestation de diffé¬
rents Crustacés : Amphipodes (Gammaridae, Corophiidae), Isopodes ( Idotea ), Décapodes
(Leander), se sont révélés négatifs.
Discussion
A cause de son anatomie, et, surtout, de la morphologie des palettes natatoires, cette
cercaire se rapproche de Cercaria plumosa Sinitzin. En effet, seul le nombre des rayons est
légèrement différent : 18 à 22 pour la cercaire de la mer Noire et 22 à 28 pour la cercaire
méditerranéenne.
Cette cercaire présente de grandes affinités avec Cercaria pectinata Chilton, 1905,
SOUS-ORDRE DES BRACHYLAIMATA
43
dont Palombi en 1932 a démontré qu’elle était la forme larvaire de Bacciger baccigee
(Rudolphi, 1819) Nicoll, 1914.
Nous pensons pouvoir rapporter cette cercaire à un genre de la sous-famille des Bacci-
gerinae. D’autres recherches pour connaître son cycle sont actuellement en cours.
2. Chétotaxie
Cercaria plurnosa porte cinq cycles de papilles buccales, cinq cycles de papilles anté-
acétahulaires et quatre cycles de papilles postacétabulaires.
a — Région céphalique
Papilles de la bouche
C, =1 C,V dans l’entonnoir buccal, 1 C,L, 1,D
C„ = C„1 à C,,4
Cm = 1 C ni l, 1 Cj,j2, 2 C„,3
C IV = 1 C lv l, 5 C 1V 2, 1 C IV 3
C v =2 C v l, 2 ou 3 C v 2, 4 C v 3, 2 C v 4
Papilles du stylet
St = environ
17 Stl,
4 + 4 StD, 6 StDL
b — Corps
A, = 1
ou
2
A,V,
3 à
4 A,L , 3
ou 4 A,D
A„ = 1
+
1
A„V,
3 à
4 A„L, 3
à 4 A„D
Am =
1
A ni V,
3 à
4 A,„L, 2
à 3 A,„D
A, v
1
A IV V,
3 à
5 A IV L,
2 A, V D
V 1
+
4
A v V,
2 à
3 A"L,
1 A V D
M = 1
+
4
M v ,
11 à
16 ML
2 MD
P, = 1
+
5
P.V ,
6 à
8 P,L,
P„ =
1
P..V,
4 P„L,
2 P„D
P,„ = 1
à
6
P...V,
6 P m L,
2 Pj„D
P.v = 1
à
2
P.vV
c —- Acétabulum
S, = 11 papilles
S„ = 8 papilles
d — Queue
U = 10 paires de papilles dorsales distribuées régulièrement tout au long de la queue.
44
CHRISTIANE BAYSSADE-DUFOUR ET CLAUDE MAILLARD
IV. ANALYSE DES RÉSULTATS
(Fig. 1-20)
Nous ne connaissons pas d’autres chétotaxies de Brachvlaimata, obtenues par impré¬
gnation aux sels d’argent et montrant la totalité des sensilles, mais deux auteurs, Krull,
1935 a, b, et Ulmer, 1951, ont dessiné quelques sensilles visibles sur la cercaire vivante de
Brachylaemus viryiniana (Brachylaimidae, Brachylaiminae), Postharmostomum helicis
(Brachylaimidae, Brachylaiminae) et Panopistus pricei (Brachylaimidae, Panopistinae).
Bien que ces auteurs n’aient pu voir toutes les papilles, nous pouvons toutefois comparer
ces trois cercaires (reproduites sur les figures 14 à 16) à Cercaria sp., Brachylaimoidea
(reproduite fig. 1). Quelques similitudes sont relevées : Postharmostomum, Panopistus et
Cercaria sp. ont six papilles S, ; Brachylaemus, Panopistus et Cercaria sp. ont neuf papilles
S„ ; Brachylaemus et Cercaria sp. ont quatre papilles S„, ; Brachylaemus, Postharmosto¬
mum, Panopistus et Cercaria sp. ont 1 A,L, 1 A„L, 1 A m L, 1 ML, 1 P ln L. Quelques diffé¬
rences existent : Brachylaemus est la seule des quatre cercaires à montrer une papille A,V
et une papille A„V ; Panopistus est la seule à montrer une papille P,„V. L’ensemble paraît
très homogène et il semble que la spécialisation de ces cercaires, c’est-à-dire leur adaptation
à une vie libre terrestre, se traduise par une disparition progressive de leurs papilles corpo¬
relles dorsales et ventrales. Mais la ehétotaxie de ces Brachylaimoidea est sans ressemblance
avec celle des Strigeata décrites par J. Richard, 1971, que nous reproduisons sur les figures
17 à 20. La disposition des papilles céphaliques, corporelles, acétabulaires ou caudales
est totalement différente. A partir de ces données, il n’est pas possible de conclure à une
parenté entre les Strigeata et les Brachylaimoidea.
Une conclusion similaire s’impose pour la cercaire de Fellodistomatoidea Cercaria
plumosa. Les terminaisons de son système sensoriel sont très différentes de celles des Stri¬
geata.
Nous ne pouvons donc pas conclure à une parenté entre les Fellodistomatoidea et les
Strigeata. Par ailleurs, la ehétotaxie de Cercaria plumosa ne ressemble ni à celle de Cer¬
caria sp., Brachylaimoidea, ni à celle de Lahratrema lamirandi, Bucephaloidea. Les carac¬
tères chétotaxiques s’opposent donc à l’idée d’une parenté entre les Brachylaimoidea, les
Fellodistomatoidea et les Bucephaloidea.
La disposition des papilles caudales de Lahratrema lamirandi diffère de celle des Stri-
géides et des Schistosomes. Les Strigéides ont huit alignements de papilles sur le tronc
caudal, et deux sur les furcas ; les Schistosomes ont quatre alignements de papilles sur le
tronc caudal et un ou deux sur les furcas. Lahratrema a cinq hémicycles concentriques de
papilles ventrales et un de papilles dorsales sur le bulbe, quatre alignements sur la partie
proximale des bras et trois sur la partie distale. Par contre, la disposition des papilles cor¬
porelles de Lahratrema lamirandi est peu différente de celle qui s’observe chez les Strigéides
et les Schistosomes réunis dans le sous-ordre des Strigeata. Dans les trois cas, les papilles
peu nombreuses sont régulièrement réparties selon six axes longitudinaux mais nous ne
savons pas si cette disposition traduit un caractère primitif commun à ces trois groupes
ou une réelle parenté entre eux.
SOUS-ORDRE DES RRACHYLAIMATA
45
Les conclusions qui découlent de cette étude chétotaxique ne confirment donc pas
la classification de La Rue, 1957. Nous avons cherché à connaître la raison de ces diver¬
gences, au premier abord surprenantes, puisque sa systématique, comme la nôtre, repose
sur l’étude d’un caractère larvaire et se trouve donc moins sujette aux phénomènes de
convergence qu’une classification basée sur la morphologie des adultes.
Nous avons alors constaté que La Rue admet dans les Rrachylaimidae un Trématode
dont Allison, 1943, décrit le cycle, qu'il nomme Leucochloridiomorpha constantiae et qu’il
place aussi dans les Brachylaimidae. Or, ce Trématode a un miracidium, une furcocercaire
et un adulte notoirement différents des miracidiuins, cercaires microcerques et adultes
des autres Brachylaimidae.
Le miracidium de Leucochloridiomorpha constantiae porte en effet six touffes ciliées,
tandis que celui de Postharmostomum helicis en a deux. La cercaire de Leucochloridiomorpha
constantiae a deux groupes de deux flammes AÔbratiles par hémicorps, celles de Panopistus
pricei, Postharmostomum helicis, Brachylaemus virginiana, Dollfusinus frontalis, Pseudo-
leucochloridium sp. Jourdane, 1970, ont des groupes plus nombreux et chacun compte
4 à 5 cellules flammes. L’adulte de Leucochloridiomorpha constantiae enfin a deux testicules
symétriques, un ovaire prétesticulaire et des boucles utérines extracæcales, les adultes des
autres Brachylaemidae ont des testicules en tandem ou obliques, un ovaire intertesticulaire
et des boucles utérines intracæcales.
Allison constate ces différences mais il admet que Leucochloridiomorpha constantiae
est un Brachylaimidae ancestral, primitif, proche des Strigéides, tandis que les Braehy-
laemidae terrestres sont des formes dégénérées. La systématique de La Rue concernant
les Brachylaimoidea ne repose donc que sur une hypothèse hasardeuse d’AuLisoN que
la chétotaxie ne confirme nullement.
La raison pour laquelle La Rue place les Fellodistomatoidea dans les Strigeotoida
paraît, elle aussi, très fragile. Contrairement à la démarche qu’il suit pour d’autres groupes,
qu’il classe après une description minutieuse de leur appareil excréteur, cet auteur groupe
hâtivement les Fellodistomatidae dans les Strigeatoida parce que cette famille possède
quelques furcocercaires : « The order Strigeatoida as conceived here, includes ail families
of the Digenea which hâve fork-tailed cercariae... » « ... The position of the Family Fello¬
distomatidae in the order Strigeatoida has been firmly established by the studies of Cablf.
(1953, 1954 h, 1954 c, 1956). He showed that the Fellodistomatidae hâve cercariae with
forked-tails, simple tails or without tails. » Or, Dollfus remarque en 1964 : « Il y a des tri-
chocerques dans plusieurs familles très éloignées entre elles, de même pour les leptocerques,
les anoures, les furcocerques et les microcerques. Le caractère trichocerque ou leptocerque,
ou anoure, ou furcocerque ou microcerque n’est pas suffisant pour l’attribution d’une cer¬
caire à une famille : il faut connaître d’autres caractères en particulier la forme et l’extension
de la vessie excrétrice et celles de l’intestin. » Le caractère chétotaxique qui s’ajoute aux
caractères stipulés par Dollfus s’oppose nettement à l’appartenance des Fellodisto¬
matoidea aux Strigeatoida.
CONCLUSION
Les chétotaxies de Cercaria sp., Brachylaimoidea, de Lahratrema lamirandi, Bucepha-
loidea, et de Cercaria plumosa, Fellodistomatoidea, apportent des données précises mais
46
CHRISTIANE BAYSSADE-DUFOUR ET CLAUDE MAILLARD
très fragmentaires : elles ne confirment pas la validité du sous-ordre des Brachylaimata
La Rue, elles apportent des arguments pour séparer les Brachylaimoidea et les Fellodisto-
matoidea des Strigeatoida et pour séparer les Brachylaimoidea des Fellodistomatoidea,
mais elles ne permettent pas de rattacher ces superfamilles à des unités taxinomiques supé¬
rieures. Elles ne constituent donc qu’un préliminaire à une révision systématique des Bra¬
chylaimoidea et des Fellodistomatoidea. Il n’en va pas exactement de même pour les Buce-
phaloidea. En effet la chétotaxie de Labratrema lamirandi ne contredit pas la position que
La Rue leur accordait en 1926, près des Strigeata, dans le sous-ordre des Bucephalata,
mais elle demeure insuffisante pour confirmer une telle position systématique.
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natn. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 283, Zool. 193 : 69-80.
Palombi, A., 1932. — Bacciger bacciger (Rud.) Nicoll, 1914 forma adulta di Cercaria pectinata
Huet, 1891. Bail. Soc. Nat. Napoli, 4 (1) : 1-11.
SOUS-ORDRE DES BRACHYLAIMATA
47
Richard, J., 1971. — La chétotaxie des cercaires. Valeur systématique et phylétique. Mém. Mus.
natn. Hist. nat., Paris, n. sér., A, Zool., 67, 179 p.
Ulmer, M. J., 1951. — Postharmosomum helicis (Leidy, 1847), Robinson 1949, (Trematoda), its
life history and a révision of the subfamily Brachylaeminae. Trans. Am. microsc. Soc.,
70 : 189-238.
Manuscrit déposé le 22 janvier 1974.
48
CLAUDE MAILLARD
UV
(JO
SOUS-ORDRE DES BRACHYLAIMATA
49
50 n
Fig. 2. —■ Papilles céphaliques de Labratrema lamirancli. A, C, D, papilles céphaliques, ventrales et latérales ;
B, E, papilles céphaliques, dorsales et latérales ; F, papilles céphaliques buccales.
u v7
55
SOUS-ORDRE DES BRACHYLAIMATA
57
Fig. 10. — Papilles corporelles ventrales et latérales de Cercaria plumosa.
62
SOUS-ORDRE DES BRACHYLAIMATA
65
Fig. 18. — A, papilles sensorielles de Schistosoma mansoni, en vue latérale, d’après J. Richard, 1971 ;
B, papilles ventrales de la queue de Schistosoma mansoni, d’après J. Richard, 1971 ; C, papilles dor¬
sales de la queue de Schistosoma mansoni, d’après J. Richard, 1971.
CHRISTIANE BAYSSADE-DUFOUR ET CLAUDE MAILLARD
Fig. 19. — Diplostomum ( r l\) coni/erum, Diplostomatidae,
d’après J. Richard, 1971 ; A, papilles ventrales; B, papilles dorsales.
Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 283, janv.-févr. 1975,
Zoologie 193 : 39-68.
Achevé d'imprimer le 19 juillet 1974.
Labratrema lamirandi (Carrère, 1937) (Trematoda, Bucephalidae)
parasite de Dicentrarchus labrax (L., 1758).
Création du genre Labratrema. Cycle évolutif
par Claude Maillard *
Résumé. — La création du nouveau genre Labratrema (Bucephalidae), avec pour espèce-
type L. lamirandi (Carrère, 1937), est proposée. Le cycle évolutif est réalisé expérimentalement :
la cercaire prend naissance dans Cardium glaucum ; la métacercaire est enkystée dans le foie de
petits Téléostéens dont elle a ingéré des cellules hépatiques ; l’adulte est parasite de l’intestin
de Dicentrarchus labrax.
Abstract. — A new genus Labratrema (Bucephalidae) is established and includes L. lami¬
randi (Carrère, 1937) as type-species. The life-cycle has been experimentaly completed and occurs
as follows : The cercaria originates from Cardium glaucum ; the metacercaria is encysted into the
liver of smaller Teleosteans where it ingests hepatic cells. The adult form is parasite in the intes¬
tine of Dicentrarchus labrax.
Dolichoenterum lamirandi fut découvert, en Camargue, par Carrère en 1937, enkysté
au stade de métacercaire dans le foie d 'Atherina mochon C. et V., 1835, et d’ Atherina hepse-
tus L., 1758. Le parasite adulte fut obtenu expérimentalement dans le Loup Dicentrarchus
labrax (L., 1758) par le même auteur.
En 1964, Rebecq retrouve ce parasite chez les Atherines de l’étang de Yaccarès et
dans l’intestin de Dicentrarchus labrax. Il donne une brève description de ce Digène ainsi
qu’une figure.
Dans les étangs côtiers du Languedoc, nous retrouvons fréquemment ce parasite
dans les mêmes hôtes, c’est-à-dire l’adulte chez le Loup et la métacercaire chez les Athe¬
rines, ainsi que dans le foie de quelques autres petits Téléostéens.
L’étude anatomique, au moyen de coupes histologiques sériées, nous a permis de
constater que la position des organes n’est pas exactement celle qu’ont décrite Carrère
et Rebecq.
En outre, nous avons pu découvrir la cercaire de ce Trématode et réaliser expérimen¬
talement le cycle évolutif. Il se déroule de la manière suivante :
—- l’adulte, parasite du Loup, Dicentrarchus labrax, pond des œufs qui sont rejetés
dans l’eau avec les fèces du Poisson ;
—• le miracidium pénètre dans un Lamellibranche : Cardium glaucum Bruguière,
1789 ;
•— dans la gonade du Mollusque, il donne un sporocyste qui croît en se ramifiant ;
* Laboratoire de Parasitologie comparée (Pr L. Euzet), U.S.T.L., place E. Bataillon, F 34060 Mont¬
pellier Cédex.
70
CLAUDE MAILLARD
— la cercaire gastérostome quitte le bivalve, nage quelque temps, puis pénètre dans
de petits Téléostéens et s’enkyste dans leur foie ;
— Dicentrarchus labrax s’infeste en mangeant ces Poissons parasités.
Labratrema lamirandi (Carrère, 1937)
Syn. : Dolichoenterum lamirandi, Carrère, 1937.
ADULTE
Hôte : Dicentrarchus labrax (L., 1758).
Habitat : Intestin.
Localités : Étangs côtiers du Languedoc (Méditerranée).
Matériel étudié : 18 animaux montés « in toto » ; 7 débités en coupes sériées transversales ;
2 débités en coupes sériées longitudinales.
Néotype déposé au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris sous le n° 219 P-Ti 196.
Description
Mensurations 1 : Longueur du corps : 1,10 mm (0,84-1,54 mm) ; largeur du corps : 0,80 mm
(0,64-1,17 mm) ; longueur du rhynchus : 0,150 mm (0,090-0,250 mm) ; largeur du rhynchus :
0,250 mm (0,140-0,480 mm) ; diamètre du pharynx : 0,070 mm (0,050-0,130 mm) ; diamètre du
testicule ventral : 0,196 mm (0,120-0,280 mm) ; diamètre du testicule dorsal : 0,200 mm (0,130-
0,340 mm) ; longueur de la poche du cirre : 0,290 mm (0,120-0,250 mm) ; longueur des œufs :
0,023 mm (0,022-0,024 mm) ; largeur des œufs : 0,014 mm (0,013-0,014 mm).
Labratrema lamirandi (Carrère, 1937) (fig. 1 A) est un parasite globuleux, piriforme,
de couleur blanchâtre mais coloré en jaune par les œufs contenus dans l’utérus.
Les téguments sont recouverts d’écailles, plus denses à la partie antérieure du corps
qu’à la partie postérieure.
Le rhynchus, placé à l’apex du corps, est un organe massif divisé par des cloisons
tadiaires en sept compartiments, disposés en éventail autour d’une cavité centrale. Chaque
rompartiment, rempli de cellules glandulaires, est muni à sa partie supérieure d’une pro-
eubérance bilobée, évaginable. A la base de chaque protubérance aboutissent, en outre,
les canaux de très nombreuses glandes qui occupent toute la région antérieure de l’animal.
La cavité centrale du rhynchus débouche au milieu de sa face ventrale par une ouver¬
ture circulaire et semble avoir la possibilité de s’évaginer en doigt de gant. Le rhynchus
est rattaché à la partie postérieure du corps par de longs muscles longitudinaux, disposés
sur l’axe du corps.
L’appareil génital mâle est formé par deux testicules globuleux de tailles sensiblement
égales. Ils sont disposés dans le plan de symétrie du corps, l’un dorsalement, l’autre ventra-
1. Ces mensurations ont été prises sur 18 individus montés entre lame et lamelle. La valeur donnée
pour chaque organe est la moyenne des mesures obtenues ; la plus petite valeur et la plus grande se trouvent
entre parenthèses.
CRÉATION DU GENRE LABRATREMA
71
Fig.
1- — Labratrema lamirandi (Carrère, 1937) : A, vue ventrale ; B, schéma de l’anima] en vue ventrale ;
C, schéma de l’animal en vue latérale droite.
C.D. : cæcum digestif ; G.V. : glandes vitelligènes ; O.C. : organe copulateur ; Ov. : ovaire ; T. :
testicule ; V. : vessie.
72
CLAUDE MAILLARD
Iement, au niveau du tiers postérieur de l’animal (fig. 1 et 2). Les canaux déférents
débouchent au sommet de l’organe copulateur. Cet organe, placé sur l’axe du corps
et de forme cylindrique, débute entre les testicules. Il contient, à sa partie antérieure,
une vésicule séminale, suivie d’un canal éjaculateur légèrement sinueux, entouré par des
glandes prostatiques fortement éosinophiles (fig. 2, A). L’ensemble débouche dans un
atrium génital qui se continue par un canal à paroi musculaire. Ce canal débouche posté¬
rieurement par un pore subterminal.
Fig. 2. — Labralrema lamirandi (Carrère, 1937) : A, coupe longitudinale.
C.L). : Cæcum digestif ; M. : muscles ; O.C. : organe copulateur ; Pli. : pharynx ; Rh. : rhynchus ;
T.D. : testicule dorsal ; T.V. : testicule ventral ; Ut. : utérus ; Vit. T. : vitelloducte transverse ; V :
vessie.
B, coupe transversale.
F.D. : face dorsale ; F.V. : face ventrale ; G.V. : glandes vitellogènes ; O.C. : organe copulateur ;
Ov. : ovaire ; T.D. : testicule dorsal ; T.V. : testicule ventral ; Ut. : utérus ; V. : vessie ; V.i. : vitelloducte
impair.
L’appareil génital femelle comprend un ovaire sphérique, situé à droite du corps à
un niveau légèrement antérieur à celui des testicules. Sa taille est aussi un peu plus réduite
que celle de ces organes. Sur la face gauche de l’ovaire, part un oviducte qui s’élargit bientôt
en un petit réceptacle séminal. Il donne ensuite, dorsalement, le canal de Laurer, reçoit
le vitelloducte impair et se renfle en un ootype à la base duquel débouchent les glandes
de Mehlis. Le canal de Laurer se dirige vers la face dorsale et après quelques circonvolu¬
tions débouche dorsalement au niveau de la masse droite des glandes vitellogènes.
Les glandes vitellogènes, groupées en deux groupes de 12 à 17 follicules, sont situées,
latéro-dorsalement, au niveau des testicules qu’elles dépassent légèrement vers l’arrière
(fig. 1). Les vitelloductes transverses forment un arc de cercle médio-dorsal entre les
CRÉATION DU GENRE LABRATREMA
73
testicules et le cæcum digestif. Ils sont de longueur inégale, le vitelloducte transverse gauche
étant beaucoup plus long que le droit. En effet, le vitelloducte impair, formé au point d’union
de ces deux conduits, est situé très à droite du plan médian longitudinal, à côté de l’ovaire.
Faisant suite à l’ootype, l’utérus descend légèrement sous l’ovaire, puis, toujours à
droite, remonte dorsalement, décrit de nombreuses boucles derrière le cæcum digestif et
redescend sur le côté gauche en occupant tout l’espace laissé libre par les organes. L’utérus
aboutit sur le côté gauche de l’atrium génital.
Les œufs sont operculés et de couleur jaune paille.
La vessie, à paroi mince, est comprise entre le cæcum digestif, les testicules et l’ovaire.
Elle est comprimée ventralement par l’organe copulateur et débouche à l’extrémité pos¬
térieure par un pore excréteur entouré par un fort sphincter.
Discussion
Ce Trématode du Loup, Dicentrarchus labrax, est identique morphologiquement au
parasite décrit par Carrère, en 1937, sous le nom de Dolichoenterum lamirandi.
Cependant, nos exemplaires présentent un certain nombre de différences avec la des¬
cription de Carrère, ainsi qu’avec celle, plus détaillée, donnée par Rebecq en 1964.
Les individus que nous avons étudiés sont tout d’abord d’une taille moyenne nette¬
ment plus élevée que ceux observés par Rebecq. Seules les dimensions des œufs et du
pharynx correspondent. Toutefois, même chez nos spécimens, la taille peut varier dans
de fortes proportions. Il est donc possible que cet auteur n’ait eu à sa disposition que de
jeunes individus.
Les autres différences sont d’ordre anatomique. Carrère et Rebecq décrivent un
animal dont l’ovaire, médian, est situé entre les testicules latéraux et les glandes vitello-
gènes placées en avant des testicules. Le pharynx est latéro-ventral et le cæcum digestif
dirigé postérieurement. La place et l’importance de ce cæcum digestif confirment l’hypo¬
thèse selon laquelle les parasites observés par Carrère et Rebecq étaient de jeunes indi¬
vidus. En effet, le cæcum, réduit chez l’adulte, occupe un volume beaucoup plus important
chez la métacercaire.
Dans la description, nous avons souligné que ce parasite était, si Ton fait abstraction
de la région céphalique, pratiquement sphérique. Seuls, le pharynx et la bouche permettent
de localiser la face ventrale. Carrère et Rebecq ont placé cette bouche plus ou moins
latéralement et ils ont donc décrit un animal en vue latéro-ventrale.
L’anatomie exacte de ce Trématode sphérique est difficile à observer sur des individus
montés « in toto » car l’aplatissement entre lame et lamelle provoque le déplacement des
organes les uns par rapport aux autres. Seules les coupes histologiques sériées permettent
de préciser l’anatomie.
Malgré toutes ces différences et à cause de la grande ressemblance morphologique entre
les parasites récoltés par Carrère et par Rf.becq et celui que nous rencontrons chez les
Loups des étangs côtiers du Languedoc, y compris la Camargue, nous pensons qu’il s’agit
d’une seule et même espèce. Cependant, ainsi que l’avait supposé Yamaguti en 1970, le
Trématode, tel que nous venons de le décrire, ne peut être placé dans aucun genre connu
de Rucephalidae. En effet, aucun ne présente des glandes vitellogènes postérieures à l’ovaire
et aux testicules, ceux-ci étant situés au même niveau, en arrière du tube digestif.
74
CLAUDE MAILLARD
Nous proposons donc la création d’un nouveau genre, Labratrema, avec pour diagnose
générique :
Labratrema n. g. ■— Corps épineux, sphérique ou piriforme. Rhvnchus massif pourvu
de 7 protubérances évaginables entourant une cavité s’ouvrant ventralement. Pharynx
et cæcums digestifs situés au tiers antérieur. Ovaire à droite du corps, deux testicules sur
le plan de symétrie, l’un dorsal et l’autre ventral. Ovaire et testicules au niveau du tiers
postérieur. Glandes vitellogènes latéro-dorsales au même niveau ou légèrement en arrière
par rapport aux testicules et à l’ovaire. Canal de Laurer présent. Utérus effectuant des
boucles dorsales par rapport à l’ovaire et au cæcum digestif puis redescendant sur le côté
gauche du corps. Organe copulateur et vessie, axiaux, dans le tiers postérieur du corps.
Parasites de Poissons marins.
Espèce-type : Labratrema lamirandi (Carrère, 1937), parasite de Dicentrarchus labrax
(L., 1758).
STADES LARVAIRES
1. Sporocyste
Le sporocyste, de couleur blanchâtre, est parasite de la gonade de Cardium glaucum
Bruguière, 1789. Il est très ramifié et présente des renflements et des étranglements.
2. Cercaire (fig. 3 A)
La cercaire, de type gastérostome, est de grande taille. Elle mesure de 200 à 350 p
de longueur sur 80 à 100 p de largeur suivant l’état de constrietion. La queue, postérieure,
est formée d’une base centrale de 90 p sur 40 p et de bras latéraux très extensibles. La
base, creuse, est contractile. Sa contraction provoque, par turgescence, l’extension des
bras. La base centrale et les bras sont munis à leur partie postérieure de cellules sécrétant
une substance collante qui facilite la fixation de la cercaire au deuxième hôte intermédiaire.
Ces cellules, groupées en masse sur la base, sont alignées sur deux rangées le long de la face
inférieure des bras.
Les téguments de la cercaire ont un aspect réticulé et ne sont garnis d’épines qu’au
niveau de l’organe céphalique. Cet organe, piriforme, est rempli par de grosses cellules
glandulaires. L’apex présente une concavité dont la lèvre ventrale est profondément échan-
crée. L’organe présente, en outre, une petite fossette au milieu de sa face ventrale.
L’appareil digestif débute à la bouche, située ventralement au centre du corps. Le
pharynx, sphérique, mesure de 20 à 40 p de diamètre. L’œsophage, qui lui fait suite, débouche
dans le cæcum digestif. Ce cæcum a la forme d’une poche de 100 p de longueur, présentant
de nombreuses constrictions latérales.
L’appareil excréteur est de type mésostome. Il comprend, de chaque côté, trois groupes
antérieurs et trois groupes postérieurs de six protonéphridies. Le tronc collecteur commun
se forme au niveau de la bouche et aboutit dans la vessie postérieure. Le système excré¬
teur peut être représenté par la formule :
2 [(6 + 6 + 6) + (6 + 6 + 6)] = 72.
CREATION DU GENRE LABRATREMA
Fig. 3. — Labratrerna lamirandi (Carrère, 1937) : A, cercaire en vue ventrale ;
B, métacercaire trois jours après l’enkystement ; C, métacercaire vingt jours après renkystement,
76
CLAUDE MAILLARD
Cependant, si cette formule est la règle générale, on observe parfois une ou deux protoné-
phridies surnuméraires dans quelques groupes. La vessie, à paroi mince, sacciforme, mesure
environ 50 p. de longueur.
Lacaze-Duthiers, en 1854, a décrit sous le nom de Bucephalus haimeanus des stades
larvaires découverts chez l’huître Oslrea edulis L., 1757, aux Baléares et dans Cardium
rusticum Brugières, 1789 (= Cardium glaucurn), à Sète.
Nous n’avons jamais retrouvé à Sète de cercaires gastérostomes chez Oslrea edulis
alors que Cardium glaucurn était infesté. Il semble donc que le Bucephalidae parasite de
l’huître et celui du Cardium sont deux espèces distinctes, puisque, d’après tous les cycles
connus dans cette famille, il paraît y avoir une spécificité parasitaire au niveau du Mollusque,
premier hôte intermédiaire.
Bucephalus haimeanus représente donc deux espèces.
Nous pensons que ce nom doit être réservé au parasite de l’huître, observé par Lacaze-
Dutiuf.hs aux Baléares, puisqu’il est le premier cité dans le texte original de cet auteur.
Le parasite de Cardium glaucurn est donc sans dénomination.
Après Lacaze-Duthiers, de nombreux auteurs ont retrouvé le parasite de Cardium
et l’ont nommé, à tort, Bucephalus haimeanus Lacaze-Duthiers, 1854, et Bucephalopsis
haimeanus (Lacaze-Duthiers, 1854) Nicoll, 1914. Cependant, l’absence de détails anato¬
miques, en particulier concernant l’appareil excréteur de la cercaire, ne permet pas une
comparaison avec les stades larvaires que nous récoltons dans Cardium glaucurn.
Après être sortie du Lamellibranche, cette cercaire flotte, la queue dirigée vers le
haut et la tète en bas. Ses bras sont étirés soit verticalement au-dessus d’elle, soit hori¬
zontalement. Elle peut aussi reposer sur le fond et envoyer ses bras dans toutes les direc¬
tions. Dès qu’un petit Téléostéen tel qu’un Atherinidae, un Gobiidae ou un jeune Mugi-
lidae entre en contact avec ses bras, cette cercaire s’y fixe.
Nous avons pu observer, en laboratoire, le processus de pénétration et d’enkystement
de cette cercaire. La presque totalité des cercaires s’accrochent par leurs filaments aux
nageoires pectorales, pelviennes et caudale, qui, à cause des remous créés par leurs batte¬
ments, favorisent la rencontre avec les cercaires. Elles perdent leur queue et pénétrent
entre les 2 feuillets épidermiques de la membrane des nageoires. Elles vont s’enkyster
dans la musculature et surtout dans le foie des Poissons, deuxièmes hôtes intermédiaires.
Ce sont celles qui pénètrent dans les nageoires pelviennes et pectorales qui atteignent le
foie. Leur pénétration à travers les téguments est rapide (15 à 20 inn), mais le chemine¬
ment vers le foie et l'enkystement demandent plusieurs heures.
Alors qu’expérimentalement nous avons observé l’enkystement de ces cercaires dans
la musculature caudale du Poisson hôte, nous n’avons jamais rencontré de métacercaires
de Lahratrerna larniranii dans la musculature des Poissons infestés naturellement et dont
le foie était pourtant parasité. Il semble que seules les cercaires qui ont atteint le foie du
Poisson deuxième hôte intermédiaire peuvent survivre.
Ce fait peut s’expliquer par le comportement de la cercaire avant son enkystement.
En général les cercaires, qui donnent des métacercaires enkystées dans les tissus d’un hôte
intermédiaire, écartent les cellules ou les fibres de ces tissus pour confectionner une loge
dans laquelle elles s’enkystent. Au contraire, la cercaire de Lahratrerna lamirandi creuse,
en ingérant les tissus hépatiques, une loge dans laquelle elle va s’enkyster.
Chez les cercaires ayant pu atteindre le foie du Poisson et se nourrir à ses dépens,
CRÉATION DU GENRE LABRATREMA
77
le cæcum digestif est entièrement rempli de cellules hépatiques et de cellules sanguines.
Il est fortement distendu ; ses constrictions ont disparu et il occupe la presque totalité
du corps métacercarien (fîg. 7).
Les cercaires qui ont pénétré par la nageoire caudale et qui se trouvent dans la mus¬
culature rencontrent beaucoup plus de difficultés pour se nourrir et leur cæcum est prati¬
quement vide. N’ayant pu se constituer des réserves avant leur enkystement, elles seront
ans doute éliminées à brève échéance, ce qui explique pourquoi nous ne trouvons d’infes¬
tation naturelle qu’au niveau du foie.
En plus de son rôle habituel de vecteur, le 2 e hôte intermédiaire joue donc, ici, un rôle
trophique pour la métacercaire.
3. Métacercaire (fig. 3, B et C)
La métacercaire est contenue dans un kyste ovoïde, à paroi mince, de 400 p de longueur
et de 250 p de largeur. L’organe céphalique se transforme ; son bord antérieur se découpe
en 7 lobes. Sa fossette ventrale va donner la cavité centrale du rhynchus. Le nombre
des protonéphridies augmente.
Dans le cæcum digestif, la digestion des cellules hépatiques et sanguines les dégrade
en les transformant en globules réfringents. Plus la métacercaire est âgée, plus le cæcum
est rétracté et vidé de son contenu (fig. 8). Par contre, la vessie se dilate et se remplit de
fins granules. Les organes génitaux (testicules, ovaire et organe copulateur) apparaissent.
Ils ont la disposition observée chez l’adulte. Au bout d’une vingtaine de jours, cette méta¬
cercaire est infestante.
RÉSULTATS EXPÉRIMENTAUX
Si la morphologie et l’anatomie de la métacercaire, ainsi que les résultats des infesta¬
tions expérimentales de Carrère ne laissent aucun doute sur les rapports entre la méta¬
cercaire et le Trématode adulte, parasite du tube digestif du Loup, Dicentrarchus labrax,
la cercaire était jusqu’à maintenant inconnue.
Dans les étangs côtiers du Languedoc, nous avons pu distinguer plusieurs types de
biocénoses grâce à leur faune malacologique. Certaines biocénoses sont très riches en Mol¬
lusques, Gastéropodes et Lamellibranches ; d’autres ne renferment comme Lamellibranches
que Cardium glaucum Bruguière, 1789, et Abra ovatci Philippi, 1836 ; d’autres enfin ne
contiennent qu’une seule espèce de bivalve, Abra ovata.
Dans ces dernières biocénoses, les petits Téléostéens tels que Gobius microps Kroyer
sont toujours dépourvus de métacercaires de Labratrema lamirandi. Par contre, dans les
biocénoses à Cardium glaucum, ces Poissons sont presque tous parasités par cette méta¬
cercaire.
Or, dans Cardium glaucum nous avons rencontré une cercaire gastérostome et nous
avons pensé qu’il pouvait s’agir de la cercaire de Labratrema lamirandi. Nous avons donc
procédé, au laboratoire, à un certain nombre d’infestations expérimentales pour vérifier
les différentes phases du cycle.
78
CLAUDE MAILLARD
1. Passage du 1 er hôte intermédiaire au 2 e hôte intermédiaire
Le 2 juin 1972, un Cardium glaucum, émettant des cercaires de Bucephalidae, est mis
en présence de deux Pomatoschistus rnicrops vierges, pêchés dans un étang ne servant pas
d’épidémiotope naturel à Labratrema lamirandi. Trois jours plus tard, ces deux Gobies
montrent, à la dissection, un foie entièrement envahi par des métacercaires de ce Digène.
La même expérience est reprise le 5 juin 1972, avec, cette fois, cinq Pomatoschistus
rnicrops. Ces Gobies meurent dans les huit jours qui suivent l’infestation. A la dissection,
on peut remarquer que leur foie a presque totalement disparu et est remplacé par une masse
compacte de métacercaires de Labratrema lamirandi.
Le 17 avril 1973 nous effectuons une série d’expériences pour rechercher le mode de
pénétration des cercaires jusqu’au foie.
Trois petits Liza ramada, capturés dans le port de Sète et indemnes de L. lamirandi,
sont infestés uniquement par voie buccale afin de vérifier si la cercaire, pour atteindre le
foie, ne devait pas être avalée par le Poisson et transiter par l’appareil digestif. Pour cela,
à l’aide d’une pipette placée dans la bouche, nous avons introduit un grand nombre de
cercaires dans l’estomac des Poissons.
La dissection pratiquée trois jours après montre que leur foie est indemne.
Six très jeunes Liza ramada, du même lot, sont mis en présence de Cardium glaucum
qui émettent des cercaires de Bucephalidae. Ces Poissons sont sacrifiés à intervalles régu¬
liers pour observer la progression et la localisation des cercaires. Ce sont les résultats de
cette expérience que nous avons décrits précédemment.
Enfin, des foies de jeunes Liza ramada sont placés directement en présence de cer¬
caires. Celles-ci s’enkystent normalement dans ces organes isolés. Ces cercaires semblent
bien être attirées par le foie des Poissons et une période de cheminement à travers les muscles
des nageoires n’est donc pas nécessaire.
Le 18 avril 1973, six jeunes Muges sont placés dans un aquarium contenant des Car¬
dium glaucum infestés naturellement. Ces Muges ont servi après contrôle pratiqué sur la
moitié du lot, à infester un Loup, afin de poursuivre le déroulement expérimental du cycle.
2. Passage du 2 e hôte intermédiaire à l’hôte définitif
Cette phase du cycle ayant déjà été réussie par Carrère nous ne l’avons réalisée expé¬
rimentalement qu’une seule fois.
Le 10 mai 1973, les petits Muges de l’expérience précédente, c’est-à-dire mis en pré¬
sence de cercaires de L. lamirandi, sont donnés en pâture à un Loup indemne de parasite b
Le 4 juin, quinze L. lamirandi adultes sont retrouvés dans le tube digestif de ce Loup.
3. Passage de l’hôte définitif au 1 er hôte intermédiaire
Aucune des expériences tentées pour réaliser ce passage, au laboratoire, n’a abouti.
Des essais d’infestation de Cardium glaucum non parasités à l'aide d’œufs de L. lami¬
randi obtenus par dilacération des Trématodes, ont été tentés de nombreuses fois, en fai-
1. Ce Loup provient des élevages expérimentaux de M. G. Barnabe, Assistant à la station de Biolo¬
gie marine et lagunaire de Sète, que nous remercions vivement.
CRÉATION DU GENRE LABRATREMA
79
sant varier certaines conditions expérimentales (nature du fond, salinité). Tous se sont révé¬
lés négatifs.
D’autres expériences sont en cours pour résoudre ce problème. Ainsi, un Loup parasité
expérimentalement par L. lamirandi a été placé dans un aquarium contenant des Cardium
glaucum. Les œufs du parasite sont donc mis en même temps que les fèces du Loup, leur
transit dans le tube digestif de l’hôte étant peut-être nécessaire à leur éclosion.
CONCLUSION
Le cycle de Labratrema lamirandi (Carrère, 1937) est un cycle qui ressemble aux cycles
déjà connus de Bucephalidae. Cependant, l’infestation du deuxième hôte intermédiaire
présente quelques particularités intéressantes.
La cercaire de ce parasite ingère les tissus hépatiques du Poisson, hôte intermédiaire,
avant de s’enkyster. Cette nourriture emmagasinée est indispensable puisque les cercaires
qui pénètrent par la nageoire caudale donnent des métacercaires dépourvues de réserves
qui seront éliminées.
Le deuxième hôte intermédiaire n’a donc pas ici uniquement un rôle de vecteur, il
joue aussi un rôle trophique dans le déroulement du cycle.
La réduction progressive du cæcum digestif chez la métacercaire et l’adulte est aussi
un phénomène important. En fait, le cæcum a une taille identique chez la cercaire et chez
l’adulte. Son remplissage au stade de métacercaire le dilate fortement, mais la digestion
le ramène à ses proportions initiales.
Il semble donc que le tube digestif de ce Trématode ne soit pas fonctionnel. La nutri¬
tion doit se faire à travers les téguments, peut-être à l’aide des nombreuses glandes situées
à l’avant du parasite, ayant sans doute un rôle salivaire.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Carrère, P., 1937. — Quelques métacercaires d ’Atherina mochon C. V. Développement expéri¬
mental d’un Gastérostomide. C. r. hebd. Séanc. Acad. Sci., Paris, 264 : 1086-1087.
Lacazf.-Duthiers, F. J. H., 1854. — Mémoire sur le Bucéphale Haime ( Bucephalus haimeanus)
helminthe parasite des huîtres et des bucardes. Annls Sci. nat., Paris, 1 (5) : 294-302.
Nicoll, W., 1914. — The trematode parasite of fishes from the english channel. J. mar. bitl. Ass.
U. K., 10 (3) : 466-505.
Rebecq, J., 1964. — Recherches systématiques, biologiques et écologiques sur les formes larvaires
de quelques Trématodes de Camargue. Thèse, Aix-Marseille, 222 p.
Yamagdti, S., 1970. — Synopsis of Digenetic Trematodes of Vertebrates. Keigaku publishing,
Tokyo, 1074 p.
Manuscrit déposé le 12 juillet 1973.
IMPRIMERIE
Achevé d*imprimer le 19 juillet 1975.
NATIONALE
5 564 001 5
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et d’espèces soulignés d’un trait).
Il convient de numéroter les tableaux et de leur donner un titre ; les tableaux
compliqués devront être préparés de façon à pouvoir être clichés comme une figure.
Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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