BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
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PUBLICATION BIMESTRIELLE
mi
N° 304
MAI-JUIN 1975
zoologie
214
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : Prs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle , revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His¬
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum
36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
Crédit Lyonnais, agence Y-425) ;
— pour tout ce qui concerne la rédaction, au Secrétariat du Bulletin, 57, rue
Cuvier, 75005 Paris.
Abonnements pour l’année 1975
Abonnement général : France, 440 F ; Étranger, 484 F.
Zoologie : France, 340 F ; Étranger, 374 F.
Sciences de la Terre : France, 90 F ; Étranger, 99 F.
Botanique : France, 70 F ; Étranger, 77 F.
Éco logie générale : France, 60 F ; Étranger, 66 F.
Sciences physico-chimiques : France, 20 F ; Étranger, 22 F.
International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 304, mai-juin 1975, Zoologie 214
SOMMAIRE
Crosnier. — Sur quelques Portunidae, Grapsidae et Ocypodidae (Crustacea
Decapoda Brachyura) de Madagascar ou des îles avoisinantes, nouveaux, rares
ou non encore signalés. 711
Sur les Caphyra (Crustacea Decapoda Portunidae) de l’océan Indien occidental
et de la mer Rouge. 713
304 , 1
Sur quelques Portunidae, Grapsidae et Ocypodidae
(Crustaeea Decapoda Brachyura)
de Madagascar ou des îles avoisinantes, nouveaux, rares
ou non encore signalés
par Alain Crosnier *
Résumé. — Sept espèces sont mentionnées dans cette note. Trois d’entre elles, Thalamita
macrospinifera Rathbun, Euchirograpsus americanus A. Milne Edwards, Macrophthalmus telesco-
picus (Owen), n’avaient jamais été signalées à Madagascar ou dans les îles avoisinantes. Une autre,
Thalamita pseudospinifera , est nouvelle pour la Science. Thalamita macrospinifera Rathbun et
Thalamita woodmasoni Alcock, sur lesquelles on n’avait jusqu’à présent que des renseignements
assez succincts, sont redécrites et figurées en détail et les Thalamita voisines sont passées en revue.
Abstract. — Seven species are mentioned in this paper. Three of them, Thalamita macrospi¬
nifera Rathbun, Euchirograpsus americanus A. Milne Edwards, Macrophthalmus telescopicus
(Owen), had never been mentioned in Madagascar, nor in the neighbouring islands. Another
one, Thalamita pseudospinifera, is new. Knowledge about Thalamita macrospinifera and Tha¬
lamita woodmasoni was very poor up to now ; these species are fully described again in this paper,
and the Thalamita close to them are reviewed.
Cette note, basée sur du matériel récolté par les océanographes et les géologues de la
Mission ORSTOM de Nosy-Bé (Madagascar), fait suite aux deux ouvrages que nous avons
publiés dans la Faune de Madagascar (Crosnier, 1962, 1965) et à la note parue dans ce
même Bulletin (Crosnier et Tiiomassin, 1975).
Sept espèces sont mentionnées ici. Trois d’entre elles n’étaient pas connues de la région
considérée. Une autre, Thalamita pseudospinifera, est nouvelle pour la Science. Deux autres,
Thalamita macrospinifera Rathbun et Thalamita woodmasoni Alcock, sur lesquelles on
n’avait que des renseignements assez succincts, sont redécrites et figurées en détail et les
Thalamita voisines sont passées en revue.
Les mensurations correspondent, pour la longueur de la carapace, à la distance sépa¬
rant l’extrémité du front (ou des dents frontales les plus saillantes) au milieu du bord posté¬
rieur de la carapace, et pour la largeur, à la distance séparant les extrémités des dents
antéro-latérales les plus saillantes.
Les dessins ont été exécutés par M. Opic, de l'Office de la Recherche Scientifique et Technique
Outre-Mer. Nous sommes heureux de pouvoir le remercier vivement ici.
Nous avons également beaucoup de gratitude envers F. A. Chace de l’U.S. National Muséum
* Mission ORSTOM de Nosy-bé (Madagascar), Laboratoire de Zoologie (Arthropodes)_ du Muséum
national d’Histoire naturelle, et Laboratoire de Carcinologie et d’Océanograpliie biologique à l'École Pratique
des Hautes Etudes, 61 rue de Bufjun, 75005 Paris.
712
ALAIN CROSNIER
à Washington, J. Forest et D. Guinot du Muséum national d’Histoire naturelle à Paris, R. George
du Western Australian Muséum, C. B. Goodhart de l’University Muséum of Zoology à Cambridge,
A. L. Rice et R. W. Ingle du British Muséum à Londres, R. Serène anciennement expert de
l’UNESCO pour les Sciences de la Mer, W. Stephenson de l’Université du Queensland à Brisbane,
K. K. Tiwari du Zoological Survey of India à Calcutta, et Torben Wolff de F Université têts
Zoologiske Muséum à Copenhague, qui nous ont apporté leur aide, soit en nous recevant dans
leur laboratoire, soit en répondant à nos demandes de renseignements, soit en nous expédiant
des spécimens.
PoRTUNIDAE
Thalamita macrospinifera Rathbun, 1911
(Fig. 1 a, 2 a-e, 3 a-b, 4 a-b)
Thalamita exetastica macrospinifera Rathbun, 1911 : 209.
Thalamita macrospinifera, Stephenson et Hudson, 1957 : 317. — Stephenson, 19726 : 17,
49.
Matériel examiné. — Madagascar, 12°26' S — 48°16' E, flanc du Banc Intermé¬
diaire, dragage, 200 m environ, oct. 1971, G. Casellato coll. : 1 17,5 X 26,6 mm.
Description
La carapace, couverte de poils courts et assez clairsemés, est ornée des lignes transver¬
sales de granules suivantes :
— deux, côte à côte, assez mal définies et peu marquées, sur la région frontale,
— une, bien marquée, sur chaque région protogastrique,
— une, bien marquée, nettement interrompue en son milieu, sur la région mésogas¬
trique,
— une, bien marquée, joignant les dernières dents antéro-latérales, interrompue au
niveau des sillons cervicaux et, faiblement, en son milieu,
— deux, l’une sous l’autre, très courtes et très faiblement marquées, sur chaque région
mésobranchiale.
Aucune trace de ligne de granules n’existe sur la région cardiaque. Le rapport largeur/
longueur de la carapace est égal à 1,52.
Le front est découpé en 6 lobes. Les médians, qui se situent dans un plan légèrement
inférieur à celui des autres lobes et qui s’avancent un peu au-delà des autres, sont quadran-
gulaires avec des angles latéraux arrondis ; leur largeur est égale aux 8/11 de celle des sub¬
médians. Ceux-ci sont légèrement dissymétriques, leur bord antérieur étant un peu incliné
vers l'intérieur. Les lobes frontaux externes sont étroits, triangulaires, à extrémité arrondie.
Les lobes orbitaires internes, dissymétriques, sont également triangulaires. Leur
sommet est arrondi, leur bord interne très légèrement convexe, leur bord externe nettement
concave.
Les orbites présentent les 2 fissures habituelles.
Les bords antéro-latéraux de la carapace sont découpés chacun en 5 dents. La première
SUR QUELQUES PORTUNIDAE, GRAPSIDAE ET OCYPODIDAE
713
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Fig. 1 a. — Thalainila macrospini/era Rathbun. <$ 17,5 x 26,6 mm, 12°26' S — / i8°16' E, 200 m, dragage,
oct. 1971 : carapace.
Fig. 1 b. — Thalamita pseudospinifera sp. nov. <J holotype 8,7 X 12,7 mm, îles Glorieuses, 30 m, dragage,
janv. 1973 : carapace.
714
ALAIN CROSNIER
porte sur son bord externe, aux deux cinquièmes de sa longueur environ, un denticule.
Par ordre de taille décroissante, ces dents se classent dans l’ordre 2-1-3-5-4. La dent 4 est
beaucoup plus petite que les trois premières et plus petite que la cinquième. Cette dernière,
très aiguë, est celle qui est la plus saillante vers l’extérieur.
L’article basal des antennes porte une crête bien marquée, ornée d’une dizaine de
tubercules plus ou moins dentiformes. Sur le reste de l’article, quelques gros tubercules
disposés de façon plus ou moins éparse s’observent également.
Les chélipèdes présentent l’ornementation suivante : le mérus porte 3 fortes épines
sur son bord antérieur supérieur, aucune sur son bord postérieur ; sa face supérieure est
ornée de granules disposés sans ordre ; sa face inférieure esl lisse à l’exception de son bord
antérieur qui porte de petits granules. Le carpe est armé d’une très forte épine sur son bord
interne ; une côte granuleuse part de l’extrémité de cette épine et, légèrement sinueuse,
s’étend sur toute la longueur de la face supérieure ; deux côtes s’étendent également sur la
face externe, l’inférieure se termine sur le bord antérieur de cette face par une petite épine,
la supérieure porte 2 fortes épines, l’une située vers son deuxième tiers, l’autre distale ;
ces deux côtes se rejoignent vers l’arrière. La partie du carpe comprise entre la côte de la
face supérieure et la côte supérieure de la face externe porte de gros granules, disposés
sans ordre mais assez serrés. Le propode a sa face supérieure granuleuse et armée de 4 épines
disposées plus ou moins côte à côte par paire ; sa face externe a quelques granules sur sa
partie supérieure, un tubercule allongé vers l’arrière et faiblement marqué à mi-hauteur
environ de sa partie antérieure, une côte plus ou moins parallèle au bord inférieur s’estom¬
pant vers l’arrière et s’étendant vers l’avant sur le doigt fixe, où elle se borde d’un sillon ;
une épine acérée existe en outre à la partie supérieure de l’articulation avec le carpe ; le
doigt fixe, outre la côte déjà mentionnée, est orné d’un sillon sur sa face externe, près de
la base des dents, et d’un sillon sur sa face interne, à mi-hauteur ; le reste du propode est
lisse, à l’exception d’un tubercule très peu marqué situé à mi-hauteur environ de la partie
antérieure de la face interne. Le doigt mobile est nettement cannelé longitudinalement,
5 sillons de longueurs inégales le sculptent.
Les cinquièmes péréiopodes ont un mérus qui est 2,6 — 2,7 fois plus long que large ;
le bord postérieur de leur propode porte une douzaine de denticules, de taille croissante
au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la base de l’article.
L’abdomen a un sixième segment 1,8 fois plus large que long, à bord antérieur forte¬
ment concave, à bords latéraux très légèrement divergents à leur base puis fortement
convergents.
Le pléopode 1 $ est représenté sur les figures 2 d et 3 a-b.
Discussion
Rathbun a décrit cette espèce d’après un mâle mesurant 10,2 X 14,3 mm, récolté
aux îles Amirantes, à 71 m de profondeur, et déposé à l’U.S. National Muséum, et un jeune
spécimen mesurant 6,3 X 8,6 mm, récolté à l’île Providence, à 91 m de profondeur, et
déposé au Zoological Muséum de l’Université de Cambridge. La description de Rathbun
est très succincte. Nous la reproduisons ci-après :
SUR QUELQUES PORTUNIDAE, GRAPSIDAE ET OCYPODIDAE
715
« Combines the characters of T. exetastica spinifera Borradaile and T. exetastica macrodonta
Borradaile, that is :
1. There are spines along the hinder edge of the propodite of the last leg.
2. The last side-tooth is nearly as large as the third and projects somewhat more than the
rest. Fourth tooth rudimentary.
3. The médian frontal lobes are only a tri fie narrower than the submedian (as 8 : 9).
In N° 1 it resembles spinifera, in N° 2 it resembles macrodonta, in N° 3 it is typical exetastica.
Our subspecies resembles Bobradaile’s specimens in having the granulation of the cheliped
more dominant than the squamiform markings. »
Comme on le voit, il était difficile, d’après cette description, de savoir si notre spéci¬
men appartenait bien à cette espèce car chez lui :
— la dent 4 peut difficilement être qualifiée de rudimentaire,
— le rapport des largeurs des lobes frontaux médians et submédians est 8/11 (et non
8/9).
D’autre part, si nous utilisions la clé d’identification de Stephenson (19726 : 17),
nous devions nommer notre spécimen T. macropus Montgomery ce qui, pour des raisons
que nous exposerons plus loin, n’était pas satisfaisant.
Le Dr Ch ace, que nous avons mis une nouvelle fois à contribution, a bien voulu compa¬
rer notre spécimen au mâle syntype et nous a écrit : « Except for the much larger size of
your specimen, 1 could find no significant différences between the two ». Le Dr Stephen¬
son, qui était alors de passage à Washington, a également examiné les deux spécimens et
a été d’accord avec le Dr Chace. Leur conclusion a été que « if the two specimens belong
to different species or subspecies, evidence in support of that belief would bave to be obtai-
ned from much larger sériés than the two specimens compared ».
Il semble donc raisonnable, dans ces conditions, d’admettre que notre spécimen appar¬
tient bien à l’espèce de Rathbun.
Nous avons pu, par ailleurs, examiner au Zoological Muséum de Cambridge le jeune
syntype (fig. 4 a-b) récolté à l’île Providence, il diffère de notre spécimen par ses lobes
frontaux moins développés, moins quadrangulaires, et les cinquièmes dents antéro-latérales
de sa carapace moins saillantes et dirigées plus vers l’avant. Par ces caractères, il s’apparente
à Thalamita pseudospinifera que nous décrivons dans les pages qui suivent. Toutefois les
épines de ses pinces et les lignes transversales de granules de sa carapace sont bien conformes
à celles de l’espèce de Rathbun et il faut vraisemblablement admettre que les différences
relevées, relatives à la forme du front et des dents antéro-latérales de la carapace, sont
des caractères de jeunesse. Quoiqu’il en soit, d est évidemment préférable de choisir, comme
lectotype de T. macrospinifera, le mâle syntype déposé à l’U.S. Muséum.
Thalamita pseudospinifera sp. nov.
(Fig. 1 b, 2 f-i, 3 c-d)
Matériel examiné. — Iles Glorieuses, dragage, 30 m, janv. 1973, C. Jouannic coll. :
1 çj 8,7 X 12,7 mm, 1 Ç 6,9 X 8,6 mm.
Types. — Le mâle a été choisi comme liolotype, la femelle est le paratype.
2 a-e. — Thalamita macros pi ni fera Rathbun. £ 17,5 X 26,6 mm, 12°26'S — 48°16 / 1% 200 m, dra
gage, janv. 1971 : a, pinces (face externe) ; b, cinquième péréiopode droit (soies non représentées)
c, abdomen ; d, pléopode 1 gauche, face abdominale et extrémité vue de profil ; e, article basal anten
naire gauche.
2 f-i. -— Thalamita pseudospinijera sp. nov. (J holotype 8,7 X 12,7 mm, îles Glorieuses, 30 m, dra
gage, janv. 1973 ; f, pinces (face externe) ; g, cinquième péréiopode droit (soies non représentées)
li, abdomen ; i, pléopode 1 gauche, face abdominale.
SUR QUELQUES PORTUNIDAE, GRAPSIDAE ET OCYPODIDAE
717
Cette espèce est très proche de T. macros pi ni fer a Rathbun que nous venons de décrire
et de T. spinifera Borradaile. Compte tenu des dessins que nous en publions, il nous semble
peu utile d’en donner une description complète et préférable d’énumérer les principaux
caractères qui la sépare des deux autres espèces citées.
Thalarnita pseudospinifera se distingue de T. macrospinifera par :
la forme de la carapace dont le maximum de largeur n’est plus au niveau des cin¬
quièmes dents, mais au niveau des Iroisièmes (fig. 1 b et 1 a) ;
— la présence de lignes transversales cardiaques bien marquées (au lieu d’être absen¬
tes) ;
— les lobes frontaux médians et submédians moins quadrangulaires et dont le rapport
des largeurs (submédians/médians) est égal à 1,5 (au lieu de 1,4). 11 faut toutefois remarquer
à ce sujet que le front du petit syntype de T. macros pinifer a, comme nous l’avons déjà
noté, se rapproche, par la forme de ses lobes (mais non par leurs largeurs relatives), de
T. pseudospinifera ;
- la présence, sur la face supérieure des pinces, de 3 épines seulement, celle existant
chez T. macrospinifera, à l’angle antéro-externe de cette face, étant ici transformée en un
gros tubercule ; la forme plus massive de la grande pince ; la lace externe de la petite pince
plus granuleuse (fig. 2 f et 2 a) ;
— le mérus des cinquièmes péréiopodes moins allongé (L/l égal à 2,3 — 2,4 au lieu de
2,6 — 2,7, mais la différence des tailles des spécimens comparés intervient peut-être) : le
Q. 5 m - m
Fig. 3 a-b. — Thalarnita mccrospini/era Rathbun. $ 17,5 X 26,6 mm, 12°26' S — 48°16 / E, 200 m, dra¬
gage, oct. 1971 : a, extrémité du pléopode 1 gauche, face sternale ; b, extrémité du pléopode 1 gauche,
face abdominale.
Fig. 3 c-d. — Thalarnita pseudospinifera sp. nov. c? holotype 8,7 X 12,7 mm, îles Glorieuses, 30 m, dra¬
gage, janv. 1973 : c, extrémité du pléopode 1 gauche, face sternale ; d, extrémité du pléopode 1 gauche,
face abdominale.
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ALAIN CROSNIER
bord postérieur du propode de ces mêmes péréiopodes armé de 5 à 8 denticules (au lieu
d’une douzaine) ;
— l’abdomen mâle dont les bords latéraux sont plus régulièrement convexes ;
— le pléopode 1 mâle dont la forme est plus trapue et qui porte des soies dont la dis¬
position et les longueurs relatives sont bien différentes (fig. 2 i, 3 c-d et 2 d, 3 a-b).
Thalamita pseudos pini fer a se distingue de T. spinifera par :
— la forme de la carapace dont la partie postérieure est proportionnellement nette¬
ment moins large (fig. 1 b et 5 a) ;
— les lobes frontaux médians plus quadrangulaires et dont le bord antérieur est moins
incliné vers l’extérieur ;
— les quatrièmes dents antéro-latérales de la carapace nettement plus petites, les
cinquièmes un peu plus grandes ;
— la face externe des pinces avec une seule côte (au lieu de trois). On notera aussi
que, chez T. spinifera, cette face est souvent beaucoup plus granuleuse, surtout chez les
grands spécimens ;
le mérus des cinquièmes péréiopodes plus allongé et plus grêle (le rapport L/l de
cet article est égal à 2,3 — 2,4, au lieu de 1,9 — 2,0 chez T. spinifera, cf. fig. 2 g et 6 c) ;
— l’abdomen mâle proportionnellement plus large (1/L voisin de 1,7 au lieu de 1,4),
à bords latéraux plus régulièrement arrondis (fig. 2 h et 6 b) ;
le pléopode 1 mâle à extrémité moins recourbée et portant, sur son bord externe,
des soies plus nombreuses, implantées différemment et sur une plus grande longueur (fig.
2 i, 3 c-d et 6 a).
Considérations sur les espèces du genre Thalamita dont le front est découpé en 6 lobes
et dont la première dent des bords antéro-latéraux de la carapace
porte, près de sa base, un denticule accessoire
Compte tenu des difficultés que nous avons rencontrées à identifier les Thalamita que
nous avons décrites ci-dessus, il nous semble utile de passer rapidement en revue les diffé¬
rentes espèces de ce genre qui se caractérisent par un front découpé en 6 lobes et la première
dent des bords antéro-latéraux de la carapace ayant, près de sa base, un denticule acces¬
soire.
Ces espèces, outre celles dont nous venons de traiter, sont au nombre de 5 : T. carinata
Zarenkov, T. exetastica Alcock, T. macrodonta Borradaile, T. macropus Montgomery et
T. spinifera Borradaile.
1 — Thalamita carinata Zarenkov, 1970
Thalamita carinata Zarenkov, 1970 : 28, fig. 2.2.
Cette espèce n’est connue, semble-t-il, que par le type, un mâle mesurant 10,3 mm de
longueur et récolté à Java, à une profondeur non mentionnée.
SUR QUELQUES PORTUNIDAE, GRAPSIDAE ET OCYPODIDAE
719
D’après la description et les dessins de Zarenkov, les principaux caractères distinctifs
de cette espèce sont :
— une carapace dont le maximum de largeur se situe, très nettement, au niveau des
cinquièmes dents antéro-latérales ;
— des quatrièmes dents antéro-latérales presque aussi grandes que les cinquièmes,
qui sont elles-mêmes bien développées ;
— l’absence de lignes transversales de granules sur la carapace, en arrière des lignes
épibranchiales ;
— des pinces qui ne portent que 3 épines sur leur face supérieure (1 sur le bord externe,
2 sur le bord interne) 1 , et qui ont 2 côtes sur leur face externe ;
le bord postérieur du propode des cinquièmes péréiopodes denticulé ;
- un abdomen mâle dont le sixième segment est relativement peu large (1/L = 1,30}
et a des bords latéraux à peine convexes et régulièrement convergents ;
— un pléopode I mâle à peine recourbé à son extrémité, s’amincissant régulièrement
et portant des nombreuses soies (25 longues sur le bord externe, 16 plus courtes sur le bord
interne) implantées sur son tiers distal (Zarenkov, 1970, fig. 2.2, pl. 1).
2 — Thalamita exetastica Alcock, 1899
Thalamita exetastica Alcock, 1899 : 86. — Alcock et Anderson, 1900, pl. 47, fig. 2, 2a. — Borra-
daile, 1902 : 203. — Sakai, 1935 : 76, fig. 9, 10 a, 10c . — Sakai, 1939 : 417, fig. 12. —
Stephenson et Hldson, 1957 : 317. — Sakai, 1965 : 126, pl. 64, fig. 3. —- Stephenson,
1972& : 17-47.
Cette espèce est connue de l’Inde (côtes de Malabar), des îles Maldives (Suvadiva)
et du Japon. D’après la littérature, elle a été récoltée entre 30 et 80 m de profondeur.
D’après les descriptions et dessins publiés, ses principaux caractères distinctifs sont :
— une carapace dont le maximum de largeur se situe au niveau des troisièmes dents
antéro-latérales ;
- des quatrièmes et cinquièmes dents antéro-latérales petites et sensiblement de
même taille ;
la présence de lignes transversales de granules mésobrancbiales et cardiaques ;
— des chélipèdes portant de nombreuses marques squamiformes et dont les pinces
n’ont que 3 épines sur leur face supérieure ;
le bord postérieur du propode des cinquièmes péréiopodes lisse ;
— un pléopode 1 mâle en forme de pied peu marqué, portant une douzaine de soies
assez espacées sur son bord externe et 2 très courtes, à peine visibles, sur son bord interne
(Sakai, 1935, fig. 10 a).
On notera que la forme de l’abdomen mâle de cette espèce n’a jamais été décrite, autant
que nous le sachions.
1. Lorsque nous indiquons le nombre des épines se trouvant sur la lace supérieure de la pince, nous ne
comptons pas celle existant près de l’articulation avec le carpe.
720
ALAIN CROSNIER
3 — Thalamita macrodonta Borradaile, 1902
(Fig. 4 c-f)
Thalamita exetastica var. macrodonta Borradaile, 1902 : 203.
Thalamita macrodonta , Stephenson et Hudson, 1957 : 317. — Stephenson, 19726 : 17, 49.
Cette espèce n’est connue que des îles Maldives (Suvadiva et Kolumadulu), où elle
a été récoltée par 62 et 64 m de profondeur.
Borradaile l’a considérée comme une variété de T. exetastica Alcock et n’en a donné
que la description extrêmement succincte que nous reproduisons ci-après :
« lias no spines on hinder edge of last propodite, but dilTers from type in that :
(I) The last side-tooth is nearly as large as the third and projects somewhat more than the
rest. Fourth tooth rudimentary.
(II) The médian frontal lohcs are distinctlv narrower than the submedian. About 1/2 in
the Kolumadulu specimen, and 2/3 in the Suvadiva specimen. »
Nous avons pu examiner au Zoological Muséum de l’Université de Cambridge, grâce
au Dr Gooditart, les deux syntypes de cette espèce.
Ce sont deux mâles très jeunes dont les pléopodes ne sont pas encore développés. Le
plus grand, récolté à Suvadiva, mesure 6,5 X 8,9 mm. Le contour de son front et du bord
antéro-latéral gauche de sa carapace est représenté sur la figure 4 c, l’extrémité de son abdo¬
men sur la figure 4 d. Ce spécimen a le bord postérieur du propode des cinquièmes péréio-
podes lisse. Sa carapace ne possède pas de crête granuleuse sur la région cardiaque ; deux
crêtes peu visibles, placées l’une derrière l’autre, se devinent sur chaque région mésobran¬
chiale. Ses pinces possèdent 4 épines sur leur face supérieure, comme chez T. macrospini-
fera.
Le second syntype, récolté à Kolumadulu, ne mesure que 4,8 X 6,4 mm et il est dilh-
cile d’affirmer qu’il appartient, avec certitude, à la même espèce que le premier, son front
étant de forme assez différente et la première dent des bords antéro-latéraux de sa carapace
ne portant aucun denticule près de la base de son bord externe et étant nettement plus
grande que toutes les autres (fig. 4 e).
Chez ce spécimen, de même que chez l'aulre syntype, le bord postérieur du propode
est lisse. Par tous les caractères que nous venons d’énoncer, ce spécimen, remarquons-le,
s’apparente à Thalamita sexlobata Mieis.
Thalamita macrodonta est donc une espèce dont le statut demande à être précisé. Si
l'on se base uniquement sur le plus grand des syntypes, ses principaux caractères distinc¬
tifs seraient :
- une carapace dont le maximum de largeur se situe au niveau des cinquièmes dents
antéro-latérales ;
—- des quatrièmes dents antéro-latérales beaucoup plus petites que les cinquièmes,
elles-mêmes bien développées ;
— la présence de lignes transversales de granules mésobranchiales peu visibles;
— des pinces dont la face supérieure porte 4 épines ;
SUR QUELQUES PORTUNIDAE, GRAPSIDAE ET OCYPODIDAE
721
Fig. 4 a-b. — Thalamita macrospinijera Ralhbun. <$ juvénile syntype b,3 X 9,6 ram, île Providence,
91 m : a, contour partiel de la carapace ; b, extrémité de l’abdomen.
Fig. 4 c-f. — Thalatnita rnacrodonta Borradailc. c-d : (J juvénile syntype 6,5 X 8,9 mm, Suvadiva Atoll,
62 m : c, contour partiel de la carapace ; d, extrémité de l’abdomen. — e-f : juvénile syntype 4,8 X
6,4 mm, Kolumadulu Atoll, 64 m : e, contour partiel de la carapace ; f, extrémité de l’abdomen.
Fig. 4 g-h. — Thalamita macropus Montgomery, <$ holotype 11,2 X 16,5 mm, East Wallaby Island :
g, carapace ; li, pléopode 1 droit, face abdominale.
— le bord postérieur du propode des cinquièmes péréiopodes lisse ;
— un abdomen mâle dont le sixième segment est large (1/L = 1,8), et a des bords
latéraux presque droits et légèrement convergents (fig. 4 d).
4 — Thalamita macropus Montgomery, 1931
(Fig. 4 g-h)
Thalamita macropus Montgomery, 1931 : 431, pl. 24, fig. 4 ; pl. 28, fig. 2, 2 a. — Stephenson et
Hudson, 1957 : 343, fig. 2 J, 3 J ; pl. 4, fig. 1 ; pl. 7, fig. J ; pl. 10, fig. H. — Stephenson,
1961 : 122. — Stephenson et Rees, 1968 : 295. — Stephenson et Cook, 1970 : 332. — Ste¬
phenson, 19726, : 17,49.
722
ALAIN CROSNIER
Cette espèce n’est connue que d’Australie, où elle a été récoltée entre 7 et environ 100 m
de profondeur.
Décrite par Montgomery, elle a été redécrite en détail par Stephenson et Hudson
(1957). Les descriptions de ces auteurs ne concordant pas toujours (notamment en ce qui
concerne les tailles des dents antérodatérales, le nombre des lignes transversales de granules
mésobranchiales, la spinulation du bord postérieur du propode des cinquièmes péréiopodes),
nous avons revu le type de l’espèce qui est déposé au British Muséum.
Ce type, qui mesure 11,2 X 16,5 mm, est bien, sans aucun doute possible, l’exemplaire
dont la photographie a été publiée par Montgomery.
C’est un mâle et non une femelle comme l’a écrit Montgomery. La description de cet
auteur comporte d’ailleurs plusieurs inexactitudes. C’est ainsi que la quatrième dent antéro¬
latérale des bords latéraux de la carapace est un peu plus petite que toutes les autres (et
non aussi grande que n’importe laquelle des trois premières), que le bord postérieur du
propode des cinquièmes péréiopodes n’est pas lisse mais porte 5 ou 6 denticules, qu’il y
a 2 crêtes mésobranchiales (et non une).
La description de l’espèce donnée par Stephenson et Hudson est, en revanche, satis¬
faisante. Nous publions ici des dessins de la carapace et du pléopode 1 du type.
Les principaux caractères distinctifs de cette espèce sont :
— une carapace dont le maximum de largeur se situe, très nettement, au niveau des
cinquièmes dents antéro-latérales ;
— des quatrièmes dents antéro-latérales bien développées et presque aussi grandes
que les cinquièmes 1 ;
— la présence de lignes transversales mésobranchiales et cardiaques ;
— des pinces dont la face supérieure porte 4 épines ;
— le bord postérieur du propode des cinquièmes péréiopodes denticulé ;
— un abdomen mâle dont le sixième segment est peu large (1/L = 1,35) et a des bords
latéraux faiblement convergents ;
— un pléopode 1 mâle en forme de pied peu marqué, portant de 20 à 30 soies assez
régulièrement espacées sur le tiers distal environ de son bord externe et d’assez nombreuses
spinules sur tout son bord interne (fig. 4 h et Stephenson et Hudson, 1957, fig. 2 J, 3 J).
5 — Thalamita spinifera Borradaile, 1902
(Fig. 5 a, 6 a-c)
Thalamita exetastica var. spinifera Borradaile, 1902 : 202.
Thalamita spinifera, Rathbun, 1906 : 874. — Edmondson, 1951 : 221, fig. 24 a. — Edmondson,
1954 : 269, fig. 41, 42 a. — Stephenson et Hudson, 1957 : 317, 320. — Crosnier, 1962 :
125, fig. 210-211, 214-215 ; pl. 11, fig. 1. — Stephenson et Rees, 1967a : 93, fig. 34. —
Stephenson et Rees, 19676 : 21. — Zarenkov, 1969 : 40. — Stephenson, 1972a : 151. —
Stephenson, 19726 : 17, 51.
1. On notera toutefois que Stephenson et Hudson (1957 : 344) ont observé que, chez les petits spéci¬
mens, la quatrième dent peut être très petite.
SUR QUELQUES PORTUNIDAE, GRAPSIDAE ET OCYPODIDAE
723
Fig. 5 a. — Thalamita spinifera Borradaile. 8,7 X 12,5 mm, Nosy-Bé, Madagascar : carapace.
Fig. 5 b. — Thalamita sp., juvénile 6,4 X 9,4 mm, Sainte-Luce, Madagascar, flaque dans rochers
battus, 7-3-73 : carapace.
724
ALAIN CROSNIER
Cette espèce est connue de Madagascar, des îles Maldives, de la Malaisie, de l’Indonésie,
des Philippines et des Hawaï. Nous l’avons également récoltée aux Comores (Mayotte).
Elle a été trouvée entre 22 et 100 m de profondeur environ. Rathbun la mentionne même
jusqu’à 420 m. Elle atteint une assez grande taille : l’un de nos spécimens, un mâle récolté
à 90-130 m de profondeur, mesure 20,8 X 29,1 mm.
Les principaux caractères distinctifs de cette espèce sont :
— une carapace dont le maximum de largeur se situe au niveau des troisièmes dents
antéro-latérales (en fait Ja largeur de la carapace esl pratiquement la même au niveau des
dents 3, 4 et 5, cf. fig. 5 a) ;
- des quatrièmes et cinquièmes dents antéro-latérales modérément développées et
presque de même taille ;
— des lignes transversales de granules mésobranchiales el cardiaques ;
— des chélipèdes dont les pinces n’ont que 3 épines sur leur face supérieure et sont
très granuleuses chez les grands spécimens (mais beaucoup moins chez les petits) ;
— le bord postérieur du propode des cinquièmes péréiopodes denticulé (fig. 6 c) ;
— un abdomen mâle dont le sixième segment est peu large (1/L = 1,35 à 1,40) et a
des bords latéraux faiblement divergents puis fortement convergents (fig. 6 b) ;
— un pléopode 1 mâle en forme de pied peu marqué, et portant de 15 à 30 soies assez
longues et assez régulièrement réparties sur le tiers distal environ de son bord externe
(fig. 6 a).
On peut noter également que, chez cette espèce, les lobes frontaux submédians recou¬
vrent assez largement les médians.
Comme on peut le voir d’après les pages qui précèdent, la systématique du groupe
d’espèces que nous considérons ici est loin d’être entièrement claire. Certaines espèces sont
étonnamment proches.
C’est le cas, en particulier, de T. exetastica Alcock et T. spinifera Borradaile. La première
ne semble différer de la seconde que par des marques squamiformes nombreuses sur les
chélipèdes (au lieu de granules épars et surtout de nombreuses surfaces lisses) et le bord
postérieur du propode des cinquièmes péréiopodes lisse (au lieu d’être denticulé). Thala-
mita exetastica n’a, depuis sa description, été signalée à nouveau que par trois auteurs :
Borradaile, Laurie et Sa k ai. Le premier a mentionné que ses spécimens différaient du
type par l’ornementation des chélipèdes qui étaient presque entièrement dépourvus de
marques squamiformes, celles-ci étant remplacées par des granules ou des surfaces lisses
(comme dans le cas de T. spinifera). Il en a été de même de Laurie qui a même signalé,
chez un de ses exemplaires, 1 ou 2 denticules sur le bord postérieur du propode des cinquièmes
péréiopodes. Au British Muséum, nous avons pu examiner une petite femelle de la collec¬
tion faite par Herdman à Ceylan, femelle déterminée T. exetastica très probablement par
Laurie et qui est en fait une T. spinifera. Sakai, quant à lui, donne peu de renseignements
sur ses spécimens. Un réexamen général des individus identifiés à l’une ou l’autre de ees
espèces est donc souhaitable. Il faudrait surtout pouvoir réexaminer le type d’ALCocx,
s’il existe encore (cf. p. 732).
On peut de même constater que le plus grand syntype de T. macrodonta Borradaile
ne diffère du petit syntype de T. macrospinifera que par le bord postérieur du propode
SUR QUELQUES PORTUNIDAE, GRAPSIDAE ET OCYPODIDAE
725
Fig, 6 a-c. — Thalamita spinifera Borradaile. d 8,7 X 12,5 mm, Nosy-Bé, Madagascar : a, pléopode 1
gauche, face abdominale; b, abdomen; c, cinquième péréiopode droit (soies non représentées).
Fig. 6 d-f. — Thalamita sp., d juvénile 6,4 x 9,4 mm, Sainte-Luce, Madagascar, flaque dans rochers
battus, 7-3-73 : d, pléopode 1 gauche, face abdominale ; e, abdomen ; f, cinquième péréiopode droit
(soies non représentées).
des cinquièmes péréiopodes, lisse dans le cas du premier, denticulé dans le cas du second.
Ce groupe d’espèces réserve donc certainement encore bien des surprises. C’est ainsi que
nous avons récolté sur la côte est de Madagascar, aux îles Sainte-Luce, dans une mare de
304 , 2
726
ALAIN CROSNIEK
la zone intertidale, un jeune mâle appartenant à ce groupe et que nous ne pouvons identifier
(fig. 5 b, 6 d-f).
Ce spécimen se caractérise par un maximum de largeur de la carapace situé très nette¬
ment au niveau des cinquièmes dents antéro-latérales, une dent accessoire à la base de la
première dent antéro-latérale relativement grande, une quatrième dent antéro-latérale
plus petite que toutes les autres mais assez bien développée, un front dont les lobes submé¬
dians recouvrent largement les médians comme chez T. spinifera, la présence de 2 lignes
transversales de granules sur chaque région mésobranchiale et d’une longue ligne interrom¬
pue en son milieu sur la région cardiaque, des chélipèdes dont les pinces ont 4 épines sur
leur face supérieure, 3 côtes sur leur face externe, des granules épars sur leur face supé¬
rieure et la moitié supérieure de leur face externe, le reste étant lisse, des cinquièmes péréio-
podes dont le bord postérieur du propode porte 5 ou 6 denticules. L’abdomen et le pléopode
1, ce dernier non encore développé, sont représentés sur les figures 6 e et 6 d.
La partie de la clé d’identification de Stephenson (19726 : 17, 19 (2) à 22 (20) inclus),
consacrée à ce groupe d’espèces, n’est pas satisfaisante. Cet auteur a en effet utilisé comme
caractère, entre autres, les largeurs relatives des lobes frontaux médians et submédians
et considère qu’à l’exception de T. macropus , ces largeurs sont égales chez toutes les autres
espèces du groupe. Ceci n’est pas exact, les lobes frontaux médians paraissent être, en fait,
toujours plus étroits que les submédians et ce chez toutes les espèces du groupe, à l’excep¬
tion de T. spinifera dont certains spécimens peuvent avoir des lobes frontaux médians
et submédians de même largeur.
Divers caractères et leurs variations n’étant pas toujours bien précisés, il s’avère très
difficile dans la pratique d’établir une clé satisfaisante, surtout si l’on veut qu’elle puisse
être valable aussi bien pour les mâles que pour les femelles. C’est donc sans nous faire beau¬
coup d’illusion que nous proposons la clé de remplacement suivante :
19 (2) Maximum de largeur de la carapace très nettement au niveau des cinquièmes dents
antéro-latérales qui sont de beaucoup les plus saillantes. 20
19 (2) Maximum de largeur de la carapace au niveau des troisièmes dents antéro-latérales
qui ne sont, le plus souvent, qu’à peine plus saillantes que les cinquièmes (chez cer¬
tains spécimens, les dents 3 et 5 peuvent même être aussi saillantes). 22
20 (19) Bord postérieur du propode des cinquièmes péréiopodes lisse. macrodonta
20 (19) Bord postérieur du propode des cinquièmes péréiopodes denticulé. 21
21 (20) Pas de lignes transversales de granules sur la carapace en arrière des lignes épibran-
ehiales . carinata
21 (20) Des lignes transversales de granules mésobranchiales mais pas de lignes cardiaques.
. macros p itiifera
21 (20) Des lignes transversales de granules mésobranchiales et cardiaques. macropus
22 (19) Quatrièmes dents antéro-latérales de même taille que les cinquièmes (parfois un peu
plus grandes) . 22 bis
22 (19) Quatrièmes dents antéro-latérales nettement plus petites que les cinquièmes.
. pseudospinifera
22 bis (22) Bord postérieur du propode des cinquièmes péréiopodes lisse. exetastica
22 bis (22) Bord postérieur du propode des cinquièmes péréiopodes denticulé. spinifera
SUR QUELQUES PORTUNIDAE, GRAPSIDAE ET OCYPODIDAE
727
Thalamita woodmasoni Alcock, 1899
(Fig. 7 a-c, 8 a-d)
Thalamita Wood-Masoni Alcock, 1899 : 90. — Alcock et Anderson, 1900, pl. 48, lig. 1, 1 a.
Thalamita woodmasoni, Stephenson, 19726 : 52 (en partie).
? Thalamita wood-masoni, Laurie, 1906 : 421. — Barnard, 1950 : 177, fig. 33 d-f.
? Thalamita woodmasoni, Balss, 1934 : 504 (en partie). — Stephenson, 1972a : 152. — Ste¬
phenson, 19726 : 52 (en partie). — Heath, 1973 : 17, fig. 7, 12 g.
? Thalamita cf. wood-masoni, Crosnier, 1962 : 121, fig. 205-206.
Matériel examiné. — Inde, Paumban (détroit de Palk), 3-2-1899 : 1 $ 9,4 X 13,7 min
(lectotype). — Ceylan : 1 Ç 5,4 X 8,0 mm (déterminée T. woodmasoni par Laurie, 1906). —
Afrique du Sud, Delagoa Bay, 1912 : 1 £ 12,6 X 19,0 mm (déterminé T. woodmasoni par
Barnard, 1950 ; S.A.M. A 8321). — Ile Maurice : 1 Ç 7,6 X 11,0 mm, 2 <$ juvéniles 4,8 X
5,8 et 3,7 X 5,2 mm (déterminés T. woodmasoni par Balss, 1934). — Kenya, Mombasa,
4°05’ S — 39°41’ E, récif, zone intertidale, 22-3-1951, « Galathea », st. 255 : 1 $ 10,0 X
14.7 mm, 1 Ç 7,8 X 11,0 mm (déterminés T. woodmasoni par Stephenson, 1972a). — Mada¬
gascar, Fort-Dauphin, A. Crosnier coll. : 2 $ (déterminées T. cf. woodmasoni par Cros¬
nier, 1962). — Madagascar, Nosy-Bé, herbiers, coraux, 5 m, A. Crosnier coll. : 1 2 12,7 X
17.8 mm. — Madagascar, Fort-Dauphin, A. Crosnier coll. : 1 <$ 6,4 X 9,2 mm.
Description du lectotype
La carapace, assez convexe, est couverte de nombreuses stries transversales qui sont
plus longues sur la région centrale qu’ailleurs. Outre ces stries, on observe les lignes trans¬
versales de granules suivantes :
deux, courtes, côte à côte, peu marquées, sur la région frontale ;
— une, modérément marquée, plus longue que les précédentes, sur chaque région
protogastrique ;
— une très nette, à peine interrompue en son milieu, s’étendant largement sur les
régions mésogastriques ;
— une très nette, ininterrompue, joignant les quatrièmes dents antéro-latérales ;
— une très nette, ininterrompue, s’étendant sur les régions cardiaque et branchiales
et couvrant les trois quarts de la largeur de la carapace à sa hauteur.
Des soies assez longues mais relativement clairsemées sont implantées le long de ces
lignes et de ces stries, ainsi que çà et là.
Le rapport largeur/longueur de la carapace est égal à 1,46.
Le front est découpé en 4 lobes. Les médians sont 2,4 fois plus larges que les latéraux ;
ils sont séparés par une incision ressoudée sur la plus grande partie de sa longueur ; leur
bord antérieur est très peu incliné, sa sinuosité est à peine marquée. Les lobes latéraux
sont séparés des médians par une incision assez profonde ; ils sont dissymétriques, leur
bord externe étant nettement plus long que leur bord interne.
Les lobes orbitaires internes recouvrent partiellement les lobes frontaux latéraux et
sont un peu plus larges que ceux-ci. Leur bord antérieur est légèrement sinueux.
728
ALAIN CROSNIER
c
Fig. 7 a-c. — Thalamita woodmasoni. Alcoek. Lectotype 9,4 X 13,7 mm, Paumban, détroit de Palk,
Inde, 1889 : a, carapace ; b, pinces (face externe) ; c, cinquième péréiopode droit (soies non représentées).
Les bords antéro-latéraux de la carapace sont découpés chacun en 4 dents. Quelques
granules cachés par des soies existent entre les deuxième et troisième dents d’une part,
entre les troisième et quatrième d’autre part b La première dent est de beaucoup la plus
grande, la deuxième et la troisième sont subégales, la quatrième est la plus acérée. C’est,
très nettement, au niveau des extrémités des quatrièmes dents que se trouve le maximum
de largeur de la carapace.
L’article basal des antennes est aussi large que l’orbite et porte une légère crête ornée
d’une quinzaine de petits granules.
1. Dans sa description, Ai.cock (1899 : 90) écrit : « Antero-lateral borders nearly straight, eut into
5 sharp teeth, of which the 4th is rudimentary and is visible only when the carapace is denuded of its close
pile ».
8 a-d. — Thalamita woodmasoni Alcock. Lectotype 9,4 X 13,7 mm, Paumban, détroit de Palk,
Inde, 1889 : a, pléopode 1 gauche, face abdominale ; b, extrémité du pléopode 1 gauche, face sternale ;
c, abdomen ; d, front.
8 e-1. — ? Thalamita woodmasoni Alcock. e-h : <J 10,0 X 14,7 mm, « Galathea », st. 255, 4°05 / S —
39°41 / E, Kenya, zone intertidale, 22-3-51 : e, pléopode 1 gauche, face abdominale ; f, extrémité du
pléopode 1 gauche, face sternale ; g, abdomen ; h, front. — i-k : çj 6,4 X 9,2 mm, Fort-Dauphin, Mada¬
gascar : i, pléopode 1 gauche, face abdominale ; j, extrémité du pléopode 1 gauche, face sternale ; k,
abdomen. — 1 : <$ 12,6 X 19,0 mm, Delagoa Bay, Afrique du Sud, S.A.M. A 8321, 1912 : abdomen.
730
ALAIN CROSNIER
Les chélipèdes sont pubescents. Le mérus porte 3 fortes dents et quelques denticules
plus ou moins développés sur son bord antérieur ; la partie visible de sa face supérieure est
couverte de marques squamiformes nettes ; son bord postérieur n’a ni dent, ni épine ; sa
face inférieure ne présente quelques marques squamiformes que le long de son bord posté¬
rieur, antérieurement sa limite avec la face antérieure est marquée par une rangée de petits
granules dentiformes. Le carpe, granuleux, est armé d’une forte épine à l’extrémité de son
bord interne, cette épine se prolonge vers l'arrière, sur la face supérieure, par une côte
granuleuse ; sa face externe porte 3 petites épines, deux d’entre elles (la supérieure et l’infé¬
rieure) se prolongent en arrière chacune par une côte ; ces deux côtes se rejoignent à leur
extrémité postérieure. Les pinces portent 5 épines, toutes acérées ; leur face externe est
ornée de 2 côtes granuleuses qui se prolongent sur le doigt fixe ; leur face interne porte
également une côte, située à mi-hauteur environ, et qui se prolonge, elle aussi, sur le doigt
fixe ; les pinces sont granuleuses, les granules composant des marques squamiformes, peu
visibles toutefois, sur la face inférieure, et sur la partie inférieure des faces externe et interne ;
les doigts de la petite pince sont presque aussi longs que la paume, ceux de la grande nette¬
ment plus courts (fig. 7 b).
Les cinquièmes péréiopodes ont un mérus qui est 2,3 fois plus long que large et qui
porte, sur son bord postérieur, une petite épine distale et une forte épine subdistale. Le
propode droit porte 6 épines sur son bord postérieur, le gauche 8. Le dactyle se termine
par une pointe très effilée.
L’abdomen mâle a un sixième segment qui est 1,4 fois plus large que long et dont les
bords latéraux, d’abord concaves et légèrement divergents, convergent ensuite fortement
vers l’avant (fig. 8 c).
Le pléopode 1 mâle est représenté sur les figures 8 a et 8 b. Sa partie subdistale n’est
presque pas renflée et porte de nombreuses soies, son extrémité s’effile nettement.
Discussion
En 1899, Alcock (p. 90-91) a décrit Thalamita woodmasoni et sa variété taprobanica.
Alcock et Anderson (1900, pl. 48, fig. 1, 1 a et 2, 2 a) ont, par la suite, publié des dessins
de ces deux formes.
D’après Alcock, la variété taprobanica se différencie de la forme-type par :
— des lobes frontaux séparés par des incisions plus profondes ;
— des chélipèdes dont l’ornementation est très estompée : les marques squamiformes
et les côtes y sont peu marquées, tandis que les épines (en particulier celles de la face externe
du carpe et de la face supérieure de la pince) sont peu développées et mousses. En outre,
les doigts sont, par rapport à l’espèce-type, proportionnellement plus courts.
D’après les figures d’ALcocK et Anderson, deux autres différences existeraient :
— la ligne transversale mésogastrique s’étendrait jusqu’aux bases des premières dents
antéro-latérales (alors que, chez la forme-type, elle ne couvrirait qu’un peu plus de la moi¬
tié de la largeur de la carapace à ce niveau) ;
— une ligne transversale continue s’étendrait sur les régions cardiaque et mésobran¬
chiales (au lieu seulement d’une courte ligne sur chaque région mésobranchiale chez la
forme-type).
SUR QUELQUES PORTUNIDAE, GRAPSIDAE ET OCYPODIDAE
731
L’espèce a été décrite d’après deux spécimens, tous deux mâles semble-t-il, l’un pro¬
venant des îles Andamans, l’autre de Paumban, dans le détroit de Palk qui sépare l’Inde
de Ceylan. Ce dernier exemplaire, appartenant au Musée de Copenhague, avait été envoyé
à Alcock par H. J. Hansen.
La variété a été décrite d’après un seul spécimen, dont le sexe est inconnu, provenant
de Ceylan.
Ces deux formes n’ont été, semble-t-il, que rarement retrouvées par la suite.
En 1906, Laurie (p. 421) mentionnait T. woodmasoni à Ceylan d’après un jeune spé¬
cimen femelle n’ayant aucune trace de quatrième dent antéro-latérale.
En 1934, Balss (p. 504 et 505) signalait T. woodmasoni à l’île Maurice et T. woodmasoni
taprobanica à Madagascar, dans la région de Nosy-Bé.
En 1950, Barnard (p. 177, fig. 33 d-f) mettait en synonymie la variété et la forme-
type et rattachait à T. woodmasoni , avec un léger doute, une femelle ovigère et un mâle.
Il publiait des dessins de la carapace, de l’abdomen et du pléopode 1 mâles. Barnard
remarquait que ses spécimens ont la surface de leur carapace couverte de petites stries trans¬
versales très caractéristiques, ce qu’AtcocK n’a pas signalé ; il remarquait également que
I Ornementation bien marquée des chélipèdes de ses spécimens correspond à celle décrite
par Alcock pour la forme-type, tandis que leur ligne transversale cardio-branchiale, longue
et ininterrompue, correspond à celle décrite pour la variété.
En 1962, sous le nom de T. ci. woodmasoni, nous décrivions (Crosnier : 121, fig. 205,
206) deux femelles qui nous semblaient appartenir à la même forme que celle décrite par
Barnard.
Plus tard, Stephenson (1972a : 152) identifiait à la forme-type de l’espèce deux spé¬
cimens récoltés à Mombasa, au Kenya. Après avoir rappelé, comme nous l’avons fait nous-
même plus haut, les caractères distinctifs de T. woodmasoni et T. taprobanica 1 , tels qu’ils
ressortent des descriptions d’AncocK et des dessins d’ALCocK et Anderson, cet auteur
indiquait que ses spécimens possèdent une ligne transversale cardio-branchiale continue
et qu’ils ont de nombreuses petites stries transversales sur leur carapace. Stephenson,
sans toutefois fournir de preuve à cette assertion, déclarait que la présence de ces stries
était un caractère distinctif supplémentaire séparant T. woodmasoni et T. taprobanica.
II ajoutait que de telles stries n’existaient pas chez les spécimens rattachés à T. woodmasoni
par Barnard et Crosnier, ce qui est erroné 2 et, à la suite vraisemblablement de cette
erreur, estimait (Stephenson, 19726 : 52) que les spécimens de Barnard et les nôtres
ne pouvaient être rattachés qu’avec doute à T. woodmasoni.
Enfin, en 1973, Heath (p. 17, fig. 7, 12 g) identifiait à T. woodmasoni des spécimens
récoltés à Dar-es-Salam, en Tanzanie. Il en représentait la carapace et le pléopode.
Les choses en étaient là lorsque nous récoltions un spécimen mâle appartenant, sans
1. Stephenson considère la forme décrite par Alcock sous le nom de T. woodmasoni var. taprobanica
comme étant une espèce valable, T. taprobanica.
2. Stephenson (1972a : 152) a en effet écrit, à propos des spécimens qu’il rattache à T. woodmasoni :
« They possess transverse striae on the surface of the carapace resembling those in T. corrugata Stephenson
and Rees. This does not apply to the material of IIarnard or Crosnier ». Or Barnard (1950 : 177) a écrit à
propos des spécimens qu’il a identifiés T. woodmasoni : « Carapace rather sparsely setosc, t lie setae arising
from numerous tiny transverse squamae which cover the whole upper surface ». Sur sa figure 33 d, ces stries
sont d’ailleurs clairement figurées. Quant à nous (Crosnier, 1962 : 121), nous avons écrit « carapace cou¬
verte de très nombreuses petites stries transversales ». D’autre part nous avons représenté partiellement
ces stries sur notre figure 205.
732
ALAIN CROSNIER
aucun doute, à l’espèce que nous avions décrite en 1962 sous le nom de T. cf. t voodmasoni.
Nous étions amené à faire, à son sujet, la mise au point que nous venons d’exposer et qui
nous laissait un sentiment d’insatisfaction, trop d’imprécisions subsistant. Il nous semblait
que le meilleur moyen d’éclaircir la question était encore le réexamen des types d’ALCocK
qui devaient se trouver au Zoological Survey of India d’une part, et à l’Universitetets
Zoologiske Muséum de Copenhague d’autre part. Le Dr K. K. Tiwari, que nous interro¬
gions, nous répondait malheureusement à ce sujet : « I am sorry the types of Thalamita
woodmasoni and T. woodmasoni taprobanica are no longer extant in our collections. In 1943,
when this institute was temporarily transfered to Banaras as a war mesure, our collections
sulîered severe damage on aecount of floods in the Varuna Rivers, and manv valuable
specimens were lost. »
Nous écrivions alors au Dr Torben Wolff, à Copenhague, afin de savoir si le second
syntype de T. woodmasoni se trouvait encore dans les collections de l’Universitetets Zoo¬
logiske Muséum. Le Dr Wolff nous répondait allirmativement et nous envoyait ce syntype,
ainsi que les deux spécimens identifiés T. woodmasoni par Stepiienson (1972« : 152).
Du fait de la disparition du syntype déposé au Zoological Survey of India, celui du
Muséum de Copenhague est le seul qui subsiste ; nous le désignons comme lectotype. C’est
lui que nous avons décrit et figuré dans les pages précédentes.
L’examen des spécimens reçus de Copenhague montrait tout d’abord que les T. wood-
masoni de Stephenson, en provenance, rappelons-le, du Kenya, étaient identiques à celles
récoltées à Madagascar et que nous avions identifiées T. cf. woodmasoni. L’examen du lecto¬
type, en revanche, compliquait plutôt les choses, car il diffère des spécimens de Stephenson
et des nôtres par :
- son pléopode plus grêle et dont la partie distale n’est pas renflée en massue et est
plus allongée (fig. 8 a-b d’une part, 8e f et 8 i-j d’autre part) ;
son abdomen dont le sixième segment a des bords latéraux au contour beaucoup
moins régulier (fig. 8 c d’une part, 8 g et 8 k d’autre part) ;
— ses pinces qui portent de très légères marques squamiformes sur leur face inférieure
(alors que cette face est pratiquement lisse chez les spécimens de Stephenson).
Ces différences ne peuvent être dues à une disparité des tailles, puisque le lectotype
et le mâle de Stephenson ont pratiquement les mêmes mesures L
Dans ces conditions, il nous paraissait indispensable d’obtenir du matériel supplémen¬
taire. Grâce à M me Guinot du Muséum de Paris, au Dr Ingle du British Muséum, et au
Dr Kensley du South African Muséum, nous obtenions en prêt tous les spécimens nous
manquant, cités dans la première partie de notre discussion, à l’exception de la femelle
mentionnée par Barnard et du spécimen de Heath. Leur examen permit les observa¬
tions suivantes :
— Le spécimen de Latrie en provenance de Ceylan (1 Ç 5,4 X 8,0 mm) a une
ligne transversale cardio-branchiale irrégulière et entrecoupée, des lobes frontaux médians
horizontaux et légèrement sinueux, des chélipèdes dont la face inférieure est entièrement
1. On pourrait aussi penser que la forme des fronts diffère (fig'. 8 d et 8 h). Ceci n’est pas certain car
les spécimens du Kenya et de Madagascar, de tailles diverses, montrent que les lobes frontaux médians
sont d’autant plus inclinés que l’animal est plus grand ; chez les petits spécimens le front est identique à
celui du lectotype. Il est donc fort possible que, compte tenu des variations individuelles, deux spécimens
de même taille puissent avoir des fronts un peu différents, tout en appartenant à la même espèce.
SUR QUELQUES PORTUNIDAE, GRAPSIDAE ET OCYPODID^JE
733
couverte de marques squamiformes très en relief et des cinquièmes péréiopodes dont le
mérus est très allongé (L/l voisin de 3). Ce spécimen ne présente, eu outre, aucune trace
de quatrième dent antéro-latérale. La surface de sa carapace est couverte de très nombreuses
petites stries. Sans pouvoir en être certain puisqu’il s’agit d’une femelle, nous sommes
tenté de rattacher ce spécimen à T. cooperi Borradaile, bien qu’il ne présente pas nettement
les corrugations caractéristiques de cette espèce.
— Les spécimens de Balss en provenance de l’île Maurice sont au nombre de 5. Deux
d’entre eux sont des Thalamita gloriensis Crosnier. Les trois autres (1 Ç 7,6 X 11,0 mm,
2 juvéniles 4,8 X 5,8 mm et 3,7 X 5,2 mm) ont une carapace dont les lignes transversales
de granules sont identiques à celles du lectotype de T. woodmasoni, mais dont les stries sont
difficilement discernables (surtout chez les jeunes mâles) ; une quatrième dent antéro¬
latérale est présente sous la forme d’un granule, bien marqué chez les femelles, difficilement
discernable chez les jeunes mâles ; la face inférieure des pinces est pratiquement lisse ;
les cinquièmes péréiopodes ont un mérus peu allongé (L/l = 2,5) ; l’abdomen des mâles
a une forme identique à celle observée chez les T. cf. woodmasoni de Madagascar et du Kenya
(fig. 8 k et 8 h) ; le pléopode du plus grand des mâles, le seul observable, encore peu dévelop¬
pé, est du type de ceux qui ont été représentés par Stephenson et Bees (1961, fig. 2 A)
pour T. corrugata (= T. cooperi) et par nous (Crosnier, 1962, fig. 200) pour T. demani,
mais avec beaucoup moins de soies. A quelle espèce ces spécimens doivent-ils être ratta¬
chés ? Malgré l’aspect du pléopode (dû au fait, pensons-nous, qu’il appartient à un très
jeune mâle), il nous semble qu’il faille les rattacher à la forme que nous avons appelée
T. cf. woodmasoni.
— Les spécimens de Balss en provenance de la région de Nosy-Bé à Madagascar (une
quinzaine de spécimens), déterminés T. woodmasoni subsp. taprobanica, comme nous l’avons
déjà signalé (Crosnier, 1962 : 121), sont des Thalamita bouvieri Nobili. Balss n’ayant
pas indiqué le nombre des spécimens qu’il a examinés, il est toutefois possible qu’il en ait
vu d’autres que ceux que nous avons eus en prêt, se rapportant effectivement au groupe
woodmasoni.
— Le mâle mentionné par Barnard est d’assez grande taille (12,6 X 19,0 mm). Il
semble strictement identique (y compris le pléopode) aux spécimens de Stephenson en
provenance du Kenya, à l’exception de son abdomen (fig. 8 1) qui a une forme très proche
de celui du lectotype de T. woodmasoni.
— Les deux femelles en provenance de la région de Fort-Dauphin, citées dans notre
travail de 1962, sont identiques aux spécimens de Stephenson en provenance du Kenya
comme nous l’avons déjà signalé. Ceci est corroboré par l’examen de 2 spécimens supplé¬
mentaires 1 , dont un mâle (fig. 8i-k).
Mentionnons enfin que, d’après le dessin du pléopode publié, les spécimens de LIeath
(1973) doivent être identiques à ceux de Stephenson.
Que peut-on conclure ? Tant que nous n’avions pas examiné le spécimen de Barnard,
il nous semblait évident que les spécimens de Stephenson et les nôtres appartenaient à
une espèce autre que T. woodmasoni, se distinguant essentiellement par la forme de l’abdo-
1. Madagascar, Nosy-Bé, herbiers et coraux, a m, A. Crosnier coll. : 1 Ç 12,7 X 17,8 mm. Madagascar,
Fort-Dauphin : 1 6,4 X 9,2 mm.
734
ALAIN CROSNIER
men mâle et du pléopode mâle 1 . Le spécimen de Barnaiid, dont l’abdomen est identique
à celui du lectotype de T. woodmasoni, alors que son pléopode est semblable à ceux des
spécimens en provenance du Kenya et de Madagascar, remet cette distinction en question
et nous avouons être incapable, en l’état actuel, de savoir si nous avons affaire à une seule
ou à deux espèces.
A la lumière des observations que nous avons pu faire, il se confirme que certaines des
Thalamita du groupe woodmasoni demandent un réexamen.
Ce groupe comprend : T. woodmasoni Alcock, 1899, T. taprobanica Alcock, 1899, T.
cooperi Borradaile, 1902 (= T. corrugata Stephenson et Rees, 1961), T. demani Nobili, 1905,
(= T. trilineata Stephenson et Hudson, 1957), T. sankarankuttyi Crosnier et Thomassin,
1975, et aussi T. invicta Thalwitz, 1891.
Les espèces de ce groupe qui semblent bien caractérisées sont :
T. woodmasoni dont nous avons maintenant la description du lectotype.
T. cooperi (= T. corrugata) qui se distingue par des lobes frontaux médians à bord
antérieur pratiquement horizontal et légèrement sinueux, quatre dents antéro-latérales
sans granules entre elles, une ligne transversale cardio-branchiale irrégulière et plus ou moins
interrompue suivant les spécimens, de nombreuses stries plus ou moins vermiculées sur la
carapace, des chélipèdes portant des marques squamiformes bien en relief, le mérus des
cinquièmes péréiopodes allongé (L/l voisin de 3), un sixième segment abdominal à bords
latéraux sans changement de pente brusque, un pléopode dont l’extrémité est allongée
et à peine renflée (cf. Crosnier et Thomassin, 1975, fîg. 8 d).
T. sankarankuttyi qui se singularise par son pléopode 1 très différent de ceux des
autres espèces du groupe connus (cf. Sankarankutty, 1961 : 122, fig. 1 B).
T. taprobanica, T. invicta et T. demani paraissent par contre beaucoup plus difficiles
à caractériser. Des deux premières espèces, on ne possède plus aucun spécimen, les types,
les seuls spécimens connus, ayant disparu semble-t-il. Les descriptions dont on dispose
sont d’autre part bien succinctes et surtout ne mentionnent pas les caractéristiques de
l’abdomen et du premier pléopode mâle qui sont essentielles.
T. demani, avec laquelle T. trilineata a été mise en synonymie (Stephenson et Rees,
1967a : 74), pose un véritable problème. Cette espèce se caractériserait par la présence de cinp
dents antéro-latérales, une ligne cardio-branchiale continue et très régulière, des cinquièmes
péréiopodes dont le mérus est très allongé (L/l voisin de 3), un pléopode mâle très voisin
de celui de T. cooperi. La forme de son abdomen est mal connue ; en effet nous avons repré¬
senté pour cette espèce (Crosnier, 1962, fig. 209) un abdomen dont le sixième segment
abdominal est très large ; il en est de même, à un degré moindre, de Stephenson et Hud¬
son (1957, pl. 8, fig. S) ; en revanche, Stephenson (1961, pl. 4, fig. L) a montré un abdomen
tout à fait semblable à celui que nous avons figuré pour T. woodmasoni.
Le type de T. demani se trouve au Muséum national d’IIistoire naturelle à Paris.
C’est malheureusement une femelle. Stephenson et Rees (1967a : 66) ont déjà mentionné
la grande similitude existant entre cette espèce et T. cooperi (= T. corrugata) ; ils citent,
comme caractères distinctifs séparant les 2 espèces, les dispositions des soies des pléopodes
(très voisines cependant), le tracé de la ligne cardio-branchiale (régulier et continu chez
1. La présence ou l’absence de marques squamiformes sur les chélipèdes nous paraît assez peu signi¬
ficative, car on observe un peu tous les degrés entre des marques squamiformes bien visibles et des surfaces
pratiquement lisses.
SUR QUELQUES PORTUNIDAE, GRAPSIDAE ET OCYPODIDAE
735
T. demani, irrégulier et discontinu chez T. cooperi), le rapport des largeurs des lobes fron¬
taux médians et latéraux (égal à 5 dans le cas de T. cooperi, au lieu de 3 dans le cas de T.
demani). Ce dernier caractère ne nous paraît pas exact : chez les 2 espèces le rapport est
voisin de 3 ; ceci s’observe d’ailleurs sur les dessins du type de T. corrugata (= T. cooperi)
publiés par Stephenson et Rees (1961, fig. 1 A, 1 F) ; on notera par ailleurs que ce rapport
semble diminuer avec l’augmentation de taille des spécimens. Devant tant d’incertitudes
il faudrait donc maintenant pouvoir réexaminer l’ensemble des spécimens rattachés à T.
demani par les divers auteurs afin de préciser leurs identités et le statut de l’espèce de Nobili.
Grapsidae
Euchirograpsus americanus A. Milne Edwards, 1880
(Fig. 9 a-g)
Euchirograpsus americanus, A. Milne Edwards et Bouvier, 1894 : 46, pl. 4, fig. 10-14. — Rathbun,
1918 : 282, fig. 144, pl. 74. — Garth, 1946 : 511, pl. 85, fig. 5-6. — Capart, 1951 : 184, fig. 72.
— Monod, 1956 : 434, fig. 592 bis. — Nunes-Ruivo, 1961 : 29. — Cerame-Vivas, Williams
et Gray, 1963 : 157. — Zariquiey Alvarez, 1968 : 430.
Matériel examiné. — Madagascar, 15°21,7' S — 46°12,6' E, chalutage, 90-130 m,
8-11-72, A. Crosnier coll. : 1 <$ 9,3 X 9,5 mm. — Madagascar, 23°36,3' S — 43°32,5' E,
chalutage, 250 m, 28-2-73, A. Crosnier coll. : 4 9,2 X 9,4 à 11,5 X 11,6 mm. — Madagascar,
25°13,1 ' S — 47°17,8' E, chalutage, 105-115 m, 3-3-73, A. Crosnier coll. : 4 9,2 X 9,4
à 11,7 X 12,0 mm ; 5 Ç 9,1 X 9,2 à 11,2 X 11,6 mm.
La longueur des péréiopodes paraît assez variable chez cette espèce. C’est ainsi que,
chez nos spécimens, les troisièmes peuvent être de 2,2 à 2,5 fois plus longs que la carapace.
Cette variabilité s’observe aussi si l’on compare la photographie de Rathbun (1918, pl. 74)
et le dessin d’A. Milne Edwards et Bouvier (1894, pl. 4, fig. 11).
Nous mentionnerons également qu’A. Milne Edwards et Bouvier (1894 : 46 et pl. 4,
fig. 13) affirment que, chez E. americanus, les doigts des pinces sont en contact sur toute
leur longueur. Ceci n’est exact que chez les femelles ; chez les mâles, les doigts laissent entre
eux un net espace (fig. 9 c).
Euchirograpsus americanus n’était connu jusqu’à présent que de l’Atlantique occiden¬
tal (du cap Hatteras aux Barbades et à la Colombie), de l’Atlantique oriental (du Portugal
à l’Angola) et, dans le Pacifique, des îles Galapagos. Il a été récolté entre 20 et 318 m L
Ptychognathus polleni de Man, 1895
(Fig. 9 h-1)
Ptychognathus polleni, Crosnier, 1965 : 38.
Matériel examiné. — Madagascar, baie d’Ampasindava (près de Nosy-Bé), 2 à
15 m, chalutage, 24-4-65, R. Plante coll. : 1 $ 9,6 X 10,5 mm.
1. Nunes-Ruivo (1961) le mentionne entre 300-350 m.
5 mm
j
Fig. 9 a-g. — Euchirograpsus americanus A. Milne Edwards, a-f : (J 11,7 X 12,0 mm, 25°13,1 / S — 47°17,8 /
E, 105-115 m, chalutage, 3-3-73 : a, carapace; b, profil du bord antéro-latéral gauche montrant la
disposition des dents ; c, pince gauche (face externe) ; d, abdomen ; e, pléopode 1 gauche, face abdo¬
minale ; f, extrémité du pléopode 1 gauche, faces abdominale et sternale (soies non représentées). —
g : $ 9,1 X 9,2 mm, Ibid, bord latéral gauche de la carapace.
Fig. 9 h-1. — Ptychognathus polleni de Man, <J 9,6 X 10,5 mm, baie d’Ampasindava, Madagascar, 2-15 m,
chalutage, 22-4-65 : h, carapace ; i, cinquième péréiopode droit (soies non représentées) ; j, pléopode 1
gauche, face abdominale ; k, extrémité du pléopode 1 gauche, faces abdominale et sternale (soies non
représentées) ; 1, troisième maxillipède droit.
SUR QUELQUES PORTUNIDAE, GRAPSIDAE ET OCYPOPXDAE
737
Cet exemplaire est topotypique. Il correspond bien à la description que nous avons
donnée de l’espèce, en 1965, d’après le type.
La longueur de la carapace est égale à la distance séparant les extrémités des dents
orbitaires externes. On notera que, dans sa clé de détermination des mâles du genre Ptycho-
gnathus, de Man (1905 : 543-544) a interverti par erreur, au n° 9 de cette clé, les deux groupes
de caractères permettant de différencier P. polleni de P. affinis de Man.
Cette espèce n’est toujours connue que de la baie d’Ampasindava, sur la côte nord-
ouest de Madagascar, près de Nosy-Bé.
Ocypodidae
Macrophthalmus milloti Crosnier, 1965
Macrophthalmus milloti Crosnier, 1965 : 124, ûg. 217-220, 222-223 ; pl. 11, fig. 4.
Macrophthalmus ( Macrophthalmus) milloti, Serène, 1973 112, pl. 4, fig. A-C.
Matériel examiné. — Madagascar, Nosy-Bé, zone intertidale, sable vaseux, 24-8-72,
A. Crosnier coll. : 6 5,4 X 8,8 à 9,1 X 16,6 mm ; 3 Ç 6,7 X 11,6 à 9,9 X 16,7 mm ; 1 $
ov. 9,6 X 16,5 mm. — Tanzanie, Dar-es-Salam, zone intertidale, G. Hartnoll coll. : 1 ^
7,8 X 13,5 ; 1 $ 9,0 X 15,9 mm.
Serène (1973) a fait une mise au point très documentée sur cette espèce et montré
qu’elle était connue actuellement, en dehors de Madagascar, des îles Andamans, de Singa¬
pour et peut-être d’Australie. Nous ajoutons à ces pays la Tanzanie. Très peu de rensei¬
gnements existent sur la répartition bathymétrique de cette espèce, qui semble confinée
à la zone intertidale.
Macrophthalmus telescopicus (Owen, 1839)
(Fig. lOa-f)
Macrophthalmus telescopicus, Serène, 1973 : 109, fig. 2 c-e ; pl. 3, fig. A-B ; pl. 4, fig. D.
Matériel examiné. — Iles Comores, Grande Comore, Trou du Prophète, 1 m, sablons
coralliens, 13-10-69, B. Plante coll. : 1 15,7 X 25,4 mm. — Iles Comores, Mayotte, baie
de Boéni, 55 m, dragage, sable vaseux, 21-1-70, B. Plante coll. : 1 $ 9,6 X 16,0 mm. —
Iles Comores, Mayotte, 26 m, dragage, sable coquillier, 29-1-70, R. Plante coll. : 1 Ç ov.
7,9 X 13,0 mm.
Le rapport longueur/largeur de la carapace de ces trois spécimens est égal respecti¬
vement à 0,61, 0,60, 0,60; le rapport longueur du pédoncule oculaire/longueur de l’orbite
à 2,18, 1,64 et 1,74 ; le rapport longueur/hauteur de la pince à 2,29 et 2,22 dans le cas des
deux mâles.
D’après Serène (1973), les valeurs du premier rapport cité devraient permettre de
rattacher nos spécimens à verreauxi, par contre celles des deux suivants impliqueraient
738
ALAIN CROSNIER
qu’il s’agiI, de telescopicus. Celte dernière identification est corroborée par la forme et l’orne¬
mentation des ehélipèdes et du pléopode 1 mâles qui sont celles décrites par Serène pour
l’espèce d’OwEN.
On notera toutefois que, chez nos spécimens, l’orientation et la forme de la première
dent des bords latéraux de la carapace correspondent mal à celles qui semblent admises
pour telescopicus. Ces dents sont en effet dirigées latéralement (et non antéro-latéralement) ;
elles sont d’autre part relativement courtes (fig. 10 b, lOe-f).
Malgré ces différences, c’est sans grande hésitation que nous rattachons nos spécimens
à l’espèce d’OwEN 1 qui voit ainsi sa distribution géographique très modifiée puisque.
Fie. 10. — Macro phthalmus telescopicus (Owen). a-d : q 15,7 X 25,4 mm, Trou du Prophète, Grande
Comore : a, carapace ; b, dents antéro-latérales gauches ; c, pince (face externe) ; d, extrémité du pléo¬
pode 1 gauche. — e : (J 9,6 x 16,0 mm, baie de Boéni, Mayotte, îles Comores, 55 ni, dragage, sable
vaseux, 21-1-70 : dents antéro-latérales gauches. — f: Ç ov. 7,9 x 13,0 mm, Mayotte, îles Comores,
26 m, dragage, sable coquillier, 29-1-70 : dents antéro-latérales gauches.
1. Le Dr Serène a bien voulu examiner nos spécimens et nous a écrit : « L’identification de vos telesco¬
picus ne laisse aucun doute... Il s’agit bien de la même espèce que le telescopicus de ma note. »
SUR QUELQUES PORTUNIDAE, GRAPSIDAE ET OCYPOPIDAE
739
d’après Serène (1973), l’espèce n’était connue jusqu’à présent, avec certitude, que du Paci¬
fique central (Hawaï et probablement Australie). On notera aussi que nos spécimens ont
été récoltés à des profondeurs comprises entre 1 et 55 m.
Nous mentionnerons pour terminer que, dans son travail de 1973, Serène (p. 107
et 115) signale M. verreauxi à Madagascar en se basant sur notre publication de 1965.
11 y a là une confusion. En 1965, nous n’avons disposé que d’un seul spécimen de Macropli-
thalmus à longs pédoncules oculaires, celui qui avait été déterminé M. telescopicus par
Balss dans sa note parue en 1934. Nous avons alors reconnu que ce spécimen avait été mal
identifié par cet auteur et qu’il appartenait à une espèce nouvelle que nous avons nommée
M. milloti. Tous les autres spécimens que nous avons mentionnés ou figurés dans notre
travail d’alors étaient ceux des collections du Muséum de Paris et provenaient de localités
indo-pacifiques autres que Madagascar.
Macrophthalmus parvimanus Guérin, 1834
Macrophthalmus consobrinus, Crosnier, 1965 : 129, fig. 232-234, 237-238.
Macrophthalmus parvimanus, Barnes, 1970 : 211, fig. 2.
Dans notre travail de 1965, nous avions identifié à M. consobrinus Nobili plusieurs
spécimens de Macrophthalmus récoltés à Tüléar, et ceci après les avoir comparés au type
de l’espèce de Nobili qui se trouve au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris.
Barnes (1970 : 214) a eu l’occasion de réexaminer certains de ces spécimens et a reconnu
qu’ils devaient être nommés M. parvimanus Guérin. Cet auteur n’a malheureusement pas
réexaminé le type de M. consobrinus, ce qui s’impose si l’on veut que le statut de cette
espèce soit maintenant clairement défini.
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304 , 3
Sur les Caphyra (Crustacea Decapoda Portunidae)
de l’océan Indien occidental et de la mer Rouge
par Alain Crosnier *
Résumé. — Passant en revue les Caphyra de l’océan Indien occidental et de la mer Rouge,
l'auteur est amené à mettre en synonymie C. carinata Stephenson et Campbell avec C. alata Rich-
ters d’une part, C. octodentata Balss et C. suvaensis Edmondson avec C. laevis (A. Milne Edwards)
d’autre part. 11 pense, par ailleurs, que C. monticellii Nobili est peut-être synonyme de C. polita
(Heller) et C. natatrix Zehntner de C. laevis (A. Milne Edwards). Les holotypes de C. alata Rich-
ters, C. tricostata Richters, C. tridens Richters et C. hemisphaerica Rathbun sont figurés, ainsi que
des spécimens de C. polita (Heller) qui sont peut-être des syntypes de cette espèce. Au total 9
espèces sont connues avec certitude dans la région considérée. La coloration sur le vivant de trois
d’entre elles ( C. rotundifrons, C. fulva et C. laevis ) est figurée.
Abstract. — Reviewing the Caphyra of the Western Indian Océan and the Red Sea, the
author lias been led to put in synonymy C. carinata Stephenson and Campbell with C. alata Rich¬
ters, C. octodentata Balss and C. suvaensis Edmondson with C. laevis (A. Milne Edwards). More-
over he thinks that C. monticellii Nobili may be synonymous with C. polita (Heller) and C. nata¬
trix Zehntner with C. laevis (A. Milne Edwards). The holotypes of C. alata Richters, C. tricostata
Richters, C. tridens Richters and C. hemisphaerica Rathbun are represented, as well as spécimens
of C. polita (Heller) that may be syntypes of this species. On the whole, in the studied area 9
species are known. Coloration on living of C. rotundifrons, C. fulva. and C. laevis is represented
in this paper.
D’après Stephenson (19726), le genre Caphyra compterait 19 espèces dans T Indo-
Ouest-Pacifique, dont 8 ont été signalées dans l’océan Indien occidental et 2 dans la mer
Rouge. Nous donnons ci-après les noms de ces 10 dernières espèces, suivis, entre paren¬
thèses, des lieux où, toujours d’après Stephenson, elles ont été récoltées : C. alata Rich¬
ters (île Maurice, Madagascar), C. carinata Stephenson et Rees (Madagascar), C. hemis¬
phaerica Rathbun (Seychelles : Coetivy), C. laevis (A. Milne Edwards) (Madagascar, Indo¬
nésie, Australie, îles Fidji), C. monticellii Nobili (mer Rouge, golfe d’Aden), C. octodentata
Balss 1 (Madagascar), C. polita (Heller) (mer Rouge), C. rotundifrons (A. Milne Edwards)
(Tanzanie, Madagascar, île Maurice, Australie, îles Mariannes, Fidji et Samoa), C. tricostata
Richters (île Maurice), C. unidentata Lenz (Madagascar, Australie et îles Fidji).
Lhi réexamen de la littérature montre qu’il faut ajouter à cette liste C. tridens Rich¬
ters, connue de l’île Maurice, et indiquer que C. alata a également été trouvée en mer Rouge.
On peut aussi rappeler que, d’après Klunzinger (1913), le Cancer tridentatus de Fors-
* Mission ORSTOM de Nosy-bé (Madagascar), Laboratoire de Zoologie (Arthropodes) du Muséum
national d'Histoire naturelle , et Laboratoire de Carcinologie et T Océanographie biologique à l'Ecole Pratique
des Hautes Etudes, 61 rue de Bufjon, 75005 Paris.
1. Non C. octodentata Haswell, 1882, qui est synonyme de C. laevis (A. Milne Edwards) d’après Ste-
i’iiknson (19726).
744
ALAIN CROSNIER
kâl, commun semble-t-il en mer Rouge, serait une Caphyra et peut-être même la C. tridens
de Ricuters.
Récemment, ayant voulu identifier deux Caphyra récoltées à Madagascar, nous nous
sommes aperçu que, malgré les excellents travaux de Stephenson et de ses collaborateurs,
nous nous heurtions à bien des difficultés. Ayant cherché à les résoudre, nous avons été
amené à faire diverses observations dont certaines nous paraissent mériter d'être exposées
ci-après.
Nous tenons à remercier ici toutes les personnes qui nous ont aidé, soit en nous communi¬
quant des spécimens, soit en les observant pour nous : le Dr Chace de l’U.S. National Muséum,
le Dr Devaney du Bernice P. Bishop Muséum à Ilonolulu, le Pr Forest et M me Guinot du Muséum
national d’Histoire naturelle à Paris, le Dr Gruber du Naturhistorisches Muséum à Vienne, le
Dr Hartwich du Zoologisches Muséum à Berlin, le Dr Ingle du British Muséum, le Dr Kens-
ley du South African Muséum, le Dr Ohm du Zoologisches Muséum à Kiel et le Dr Türkay du
Natur-Museum und Forschungs-Institut à Francfort-sur-le-Main.
Les dessins qui illustrent cette note ont été exécutés par MM. Gaillard du Muséum national
d’Histoire naturelle à Paris et Opic de l’Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer.
Nous sommes heureux de pouvoir les remercier vivement ici.
Caphyra alata Richters, 1880
(Fig. \)
Caphyra alata Richters, 1880 : 154, pl. 16, fig. 25-26. — Lenz, 1910 : 553, fig. 1. — Nobii.i, 1901
12.— Stephenson et Campbell, 1960 : 97. - - Crosnier, 1962 : 32. — Stephenson, 1972/)
7, 25.
Caphira alata, Klvnzinger, 1913 : 371.
Caphyra, rotundifrons , Barnard, 1957 : 2, lig. 1 (en partie, spécimen A seulement).
Caphyra yookadai, Crosnier, 1962 : 31, fig. 40-43 (non C. yookadai Sakai, 1933 : 141, fig. 2, pl. 13,
fi g- 3.)
Caphyra carinata Stephenson et Rees, 1968 : 291 (à propos de C. yookadai). — Stephenson,
19726 : 7, 25.
Matériel examiné. — lie Maurice, Fouquets : I Ç ov. holotype 6,9 X 8,9 mm (n° Cr.
1401 du Zoologisches Muséum à Kiel). —Madagascar, Tamatave, récif, 1904, Voeltzkow coll. :
1 $ 8,6 X 10,8 mm (n° 14.000 du Zoologisches Muséum à Rerlin, déterminée C. alata par
Lenz, 1910). — Madagascar, 1904, Voeltzkow coll. : 1 $ 6,9 X 8,4 mm (n° 14.001 du Zoolo-
gisches Muséum à Berlin, déterminé C. alata par Lenz, 1910). — Madagascar : 1 Ç ov. 7,1 X
9,0 mm (déterminée C. yookadai par Crosnier, 1962). — Afrique du Sud, Durban, sur un
Alcyonaire, dans une flaque rocheuse, déc. 1955 : 1 2 6,6 X 8,2 mm (South African Muséum,
A 10.869, déterminée C. rotundifrons par Barnard, 1957).
Dans notre trav ail de 1962, nous avons rattaché à Caphyra yookadai Sakai une femelle
appartenant au genre Caphyra, tout eu mentionnant qu’elle nous paraissait très proche
de C. alata Richters. Stephenson et Rees (1968) ont montré que cette détermination était
erronée et ont estimé que le spécimen en question appartenait à une espèce nouvelle qu’ils
ont appelée C. carinata pour rappeler les nombreuses carènes ornant les chélipèdes.
Depuis, grâce à l’obligeance du Dr Ohm, nous avons pu examiner le type de C. alata,
qui est conservé au Zoologisches Muséum de Kiel sous le numéro Cr. 1401. En outre, par
CAPHYRA DE L’OCÉAN INDIEN OCCIDENTAI, ET DE LA MER ROUGE
745
Fig. 1. — Caphyra alala Kichters.
a-b : § uv. holotype 6,9 X 8,9 mm, île Maurice, bouquets : a, carapace ; b, pince droite,
c-e : $ 6,9 X 8,4 mm, Madagascar, Tamatave, récif, 1904 : c, carapace ; d, abdomen ; e, pléopode 1 gauche.
ï : 9 6,6 X 8,2 mm, Afrique du Sud, Durban, sur un Alcyonaire, dans une flaque rocheuse, déc. 1955 : moitié
antérieure de la carapace.
l’intermédiaire du Dr Hartwicii du Zoologisches Muséum de Berlin, nous avons reçu en
prêt deux des spécimens récoltés par Voeltzkow à Tamatave et identifiés C. alala par
Lenz dans son travail de 1910 : une femelle et un mâle mesurant respectivement 8,6 X 10,8
et 6,9 X 8,4 mm et conservés sous les numéros 14.000 et 14.001. Enfin, le Dr Kensj.ey
du South African Muséum nous a envoyé le spécimen appelé « A » par Barnard (1957)
746
ALAIN CROSNIER
et identifié par cet auteur C. rotundifrons. Un examen attentif nous a montré que tous
ces spécimens et celui que nous avions identifié C. yookadai étaient identiques.
La méprise partielle de Stephenson et Rees nous est en fait imputable. Le spécimen,
examiné en 1962 et déterminé C. yookadai, s’apprêtait à muer lorsqu’il a été capturé. Mou
et assez érodé, il a subi en outre une rétraction sous l’effet de l’alcool qui a eu pour effet,
en particulier dans le cas des chélipèdes, d’augmenter les reliefs. Les dessins publiés étaient
d’autre part assez médiocres (nous ne disposions pas alors de dessinateur). Nous donnons
donc ici de nouveaux dessins de cette espèce.
Il convient de noter que, sur la face externe de la pince, il n’y a pas de véritables carènes
mais seulement des côtes dont le relief est très variable suivant les spécimens ; chez l’unique
mâle que nous avons examiné, ces côtes sont même pratiquement invisibles. La côte supé¬
rieure de la face externe de la pince est souvent interrompue, mais dans des proportions
très variables suivant les spécimens ; d’autre part, chez deux des femelles que nous avons
examinées, une courte côte verticale la relie à la côte inférieure (fig. 1 b).
La ligne transversale mésogastrique de la carapace a un tracé assez régulier chez l’uni¬
que mâle que nous avons observé (fig. 1 c) ; il n’en est pas de même chez les femelles où la
régularité du tracé est très variable et où des lignes transversales annexes accompagnent
souvent la principale (fig. 1 a, 1 f).
On notera également que, chez cette espèce, la forme du front est très variable (fig. I a,
1 c, 1 f). C’est un caractère qui semble commun à la majorité des Caphyra, sinon à toutes.
Caphyra alata a une répartition géographique connue limitée, puisqu’elle ne s’étend
qu’à l’île Maurice, Madagascar, l’Afrique du Sud (Durban) et la mer Rouge. D’après Klun-
zinger (1913), cette espèce vit au milieu d’Alcyonaires.
Caphyra tricostata Richters, 1880
(Fig- 2)
Caphyra tricostata Richters, 1880 : 154, pl. 16, fig. 27-28. — Nobili, 1901 : 12. — Stephenson
et Campbell, 1960 : 97. — Stephenson, 1972& : 7, 26.
Matériel examiné. — Ile Maurice, Fouquets : 1 $ holotype 2,4 X 4,0 mm (n° Cr.
1402 du Zoologisches Muséum à Kiel).
Cette espèce n’est toujours connue que par le type qui, malgré sa petite taille, est une
femelle adulte. Sa carapace se caractérise par ses 3 lignes transversales très en relief dont
l’épibranchiale présente, en son milieu, une pointe. A l’exception de ces lignes, la carapace
est lisse.
Le propode des chélipèdes est lisse et n’a, comme ornementation, qu’une côte, sans dent
ni épine, le long du bord interne de sa face supérieure ; le carpe présente l’esquisse de 3
côtes.
Tous les autres péréiopodes du type sont détachés et il n’en subsiste que 4. Il est dilli-
cile de savoir desquels il s’agit.
CAPHYRA DE L’oCÉAN INDIEN OCCIDENTAL ET DE LA MER ROUGE
747
Fig. 2. — Caphyra Iricoslata Richters, $ liolotype 2,4 x 4,0 mm,
île Maurice, Fouquets : a, carapace ; b, pince droite.
Caphyra tridens Richters, 1880
(Fig. 3 a-n)
Caphyra rotundifrons var. tridens Richters, 1880 : 154, pl. 16, fîg. 23-24. — Nobili, 1901 : 11. —
Nobili, 1907 : 386.
Caphyra tridens, Ward, 1942 : 51.
Caphyra rotundifrons, Barnard, 1957 : 2 (en partie seulement, spécimen B ou C).
Matériel examiné. — Ile Maurice, Fouquets : 1 liolotype 5,0 X 6,7 mm (n° Cr
1403 du Zoologisches Muséum à Kiel). — Iles Tuamotu, Téoné Kura 1 , 25-4-1904, G. Seu-
rat col!. : 1 Ç 4,3 X 5,5 mm. — Iles Tuamotu, Rikitéa, 1905, G. Seurat coll. : 1 $ 6,7 X
1. Téoné Kura est la pointe sud de la baie de Rikitéa, dans l’île Mangareva.
CAPHYRA DE L’oCÉAN INDIEN OCCIDENTAL ET DE LA MEK ROUGE
749
9,0 mm ; 1 Ç 4,2 X 5,5 mm ; 3 Ç ov. 5,9 X 7,5 à 7,4 X 9,3 mm. — Afrique du Sud : i $
5,5 X 7,1 mm (University of Cape Town, Ecological Survey, 25-10-55, NA 187 A, conservée
au South African Muséum et déterminée C. rotundifrons par Barnahd, 1957).
Description
La carapace, plus large que longue (L/l égal à 0,74 chez les mâles, compris entre 0,76
et 0,79 chez les femelles), est lisse à l’exception de sa partie antérieure et du voisinage de
ses hords latéraux qui sont légèrement granuleux. L’ne ligne transversale en relief, très
largement interrompue en son milieu, joint les dernières dents latérales en passant par
les régions épibranchiales.
Le dessus de la carapace est Irès hombé, surtout chez les femelles.
Le front est partagé en 2 lobes par une encoche large, peu profonde, et arrondie. Chaque
lobe est légèrement sinueux, sa sinuosité pouvant varier quelque peu d’un spécimen à l’autre
(fig. 3 a, 3 i-k).
Les lobes orbitaires internes, bien séparés du front, sont étroits et triangulaires.
Les bords antéro-latéraux de la carapace sont découpés chacun en 3 dents (y compris
la dent orbitaire externe). Les deux premières sont grandes et de tailles très voisines, ruais
alors que la dent 1 est habituellement aiguë (les dents 1 du type ne sont pas caractéristiques
à ce point de vue), la dent 2 a son extrémité arrondie. La dent 3 est très petite. Chez un
spécimen (le mâle provenant de Rikitéa) l’un des bords de la carapace porte 4 dents à la
suite de la subdivision de la dent 2 (lig. 3 a) ; chez un autre spécimen (la femelle d’Afrique
du Sud) la dent 3 a disparu d’un côté et est très peu marquée de l’autre (lig. 3j).
Les bords postéro-latéraux de la carapace ne convergent d’abord que très faiblement
vers l’arrière, puis assez fortement.
L'article basal des antennes est un peu plus long que large et présente un lobe antéro-
externe.
Les chélipèdes ont un ischion et un mérus sans dents ni épines dont le bord antérieur
supérieur, à un fort grossissement, se montre légèrement serrulé. Le carpe présente, sur
sa face supérieure, près de l’angle antéro-interne, une dent bien développée, modérément
aiguë ; il porte en outre 4 carènes : la plus saillante s’étend sur la moitié de sa longueur
environ et borde, du côté externe, sa face supérieure ; 2 autres, longitudinales, beaucoup
moins marquées, se trouvent sur la face externe et ont tendance, vers l’arrière, à se rejoindre
I ’iG. .3 a-n. — Caphyra tridens Richters.
a-f : (J 6,7 X 9,0 mm, îles Tuamotu, Rikitéa, 1905 : a, carapace ; b, extrémité de l’abdomen ; c, pléopode 1
gaucho, l'ace abdominale ; d, pléopode 1 gauche, extrémité ; e, pléopode 1 gauche, coupe A-B ; f, pro-
pode cl dactyle du cinquième péréiopode gauche, face inférieure.
g-i : Ç ov. 6,0 X 7,5 mm, îles Tuamotu, Rikitéa, 1905 : g, carapace vue de profil ; h, carapace vue de face ;
i, carapace vue de dessus.
] : $ 5,5 X 7,1 mm, Afrique du Sud, 25-10-1955 : moitié antérieure de la carapace.
k-n : c? hololype 5,0 X 0,7 mm, île Maurice, Fouquets : k, carapace ; 1, pince droite ; m, extrémité de l’abdo¬
men ; n, extrémité du pléopode 1 gauche, vues des 2 faces.
Fig. 3 o. — Caphyra rotundi/rons A. Milne Edwards, $ ov. 13,0 X 17,2 mm, Madagascar, Nosy-Bé, 14-
9-1973 : carapace et coloration sur le vivant.
Fig. 3 p. — Caphyra alcyoniophila Monod, $ syntype ?, Viêt-Nam : front et bord latéral gauche de la
carapace.
750
ALAIN CROSNIER
pour former un U ; enfin une quatrième, courte, part de la dent antéro-interne de la face
supérieure et se recourbe rapidement, prenant ainsi une direction perpendiculaire à celle
de la première carène qu’elle rejoint ou non suivant les spécimens ; chez la femelle d’Afrique
du Sud, la quatrième carène ne se recourbe pas et rejoint la première carène très en arrière.
Le propode porte, sur sa face supérieure, 2 fortes carènes en lame de couteau ; une petite
côte peu marquée, parfois absente, s’observe également au liers supérieur de la face externe.
Le doigt mobile a son bord supérieur également caréné en lame de couteau. On notera
toutefois que, chez le grand mâle en provenance de Rikitéa, les carènes des chélipèdes sont
moins développées que chez les autres spécimens que nous avons examinés.
Les cinquièmes péréiopodes sont orientés d’arrière en avant. Le propode est environ
2,5 fois plus long que large (2,7 fois chez le grand mâle de Rikitéa). Le dactyle est en forme
de griffe (fig. 3 f).
L’abdomen et le pléopode 1 du type sont représentés sur les figures 3 m-n, ceux du
mâle en provenance de Rikitéa sur les figures 3 b-e.
Discussion
Les spécimens en provenance des îles Tuamotu sont ceux qui ont été cités par Nobili
dans son travail de 1907 (p. 386). C’est par erreur que cet auteur a mentionné que le spéci¬
men en provenance de Téone Ixura était un mâle.
La femelle d’Afrique du Sud fait certainement partie des 3 femelles déterminées C.
rolundifrons par Barnard en 1957 (p. 2) et ceci malgré la différence des dates de récoltes
(l’étiquette porte 25/10/55, tandis que Barnard cite « déc. 55 »). Elle doit donc provenir
de Durban.
Il n’est pas absolument certain que tous les spécimens que nous avons rattachés à C.
tridens appartiennent à une seule et même espèce. On note en effet, entre certains, plusieurs
petites différences que nous avons signalées au cours de la description que nous venons de
donner ou qui ressortent des dessins publiés ; les plus embarrassantes concernent les abdo¬
mens et surtout les pléopodes 1 des deux mâles examinés (le type et l’un des spécimens
des Tuamotu) (fig. 3 m-n d’une part, 3 b-e d’autre part). D'un examen attentif, il ressort
que le pléopode du type ne montre aucune trace de la gouttière assez caractéristique qui
existe à l’extrémité de celui du mâle des Tuamotu. Les différences observées peuvent-elles
être dues aux tailles assez différentes des deux mâles ? C’est possible mais non certain et
il faudra de nouvelles récoltes pour trancher la question.
Il est inattendu que C-. tridens ait été mise en synonymie avec C. rotundifrons (A. Milne
Edwards) par tant d’auteurs (Doflein, Barnard, Stephenson et coll.). Cette espèce est
pourtant bien distincte de celle d’A. Milne Edwards qui en diffère au premier coup d’œil,
entre autres, par le nombre et la forme des dents antéro-latérales de la carapace (4 dents
toutes bien développées et très aiguës), la forme du propode et du dactyle des cinquièmes
péréiopodes (le propode n’est que 1,5 fois environ plus long que large, h; dactyle est une
griffe très étroite sur toute sa longueur), la présence de fortes dents sur le bord antérieur
supérieur du mérus des chélipèdes, le front au contour plus régulier. Caphyra rotundifrons
est très commune à Nosy-Bé, dans la zone intertidale et un peu au-dessous. Elle vit au milieu
des touffes d’une algue verte du genre Chlorodesmis. Pratiquement chaque touffe en renferme
CAPHYRA DE L’OCÉAN INDIEN OCCIDENTAL ET DE LA MER ROUGE
751
un ou deux couples. La coloration de l’animal est très mimétique : sur un fond jaune ver¬
dâtre se trouvent des taches irrégulières vert olive (fig. 3 o) ; les œufs sont jaune vif, parfois
légèrement orangés.
Si Caphyra tridens est bien distincte de C. rotundifrons, elle semble, en revanche, pro¬
che de C. curtipes Stephenson et Rees (1968 : 287, pi. 43 A, fig. 1 A-D), qui n’est connue
actuellement que par le type, un mâle dont la carapace mesure 11 mm de largeur. Les deux
espèces présentent des similitudes frappantes : même forme de la caparace, des dents antéro¬
latérales et du front, ornementation semblable des chélipèdes (les carènes étant toutefois
moins marquées chez C. curtipes), forme et proportions du propode et du dactyle des cin¬
quièmes péréiopodes très voisines. Caphyra curtipes se distinguerait surtout par :
— la présence de 4 dents antéro-latérales de chaque côté de la carapace (au lieu de 3,
mais rappelons-le, l'un de nos exemplaires en a 4 d’un côté),
— la présence d’une ligne transversale mésogastrique sur la carapace.
Stephenson et Rees (1968 : 289) ont d’autre part mentionné la parenté existant
entre C. curtipes et C. alcyoniophila Monod. Dans les collections du Muséum national d’His-
toire naturelle se trouve un flacon étiqueté « Caphyra alcyoniophila types » qui contient 5
spécimens de Caphyra récoltés par M. Krempf au Viêt-Nam, sur la côte d’Annam. Quatre
d’entre eux sont des C. unidentata Lenz, le cinquième doit être une C. alcyoniophila, mais
n’est pas le mâle représenté par Monod (1928, fig. 1), tout au plus s’agit-il d’un syntype.
Les dents antéro-latérales de ce spécimen (fig. 3 p) sont un peu différentes de celles figurées
par Monod ; en particulier, comme chez C. curtipes, c’est la dent 3 qui est la plus grande
(et non la dent 1) ; le contour du front est très régulier ; la pince est ornée de 2 carènes
saillantes sur sa face supérieure.
Rappelons enfin que Klunzinger (1913 : 276) a attiré l’attention sur le fait que le
Cancer tridentatus de ForskIl (1775 : 90) est une Caphyra qui est peut-être C. tridens (auquel
cas celle-ci devrait s’appeler C. tridentata). Nous n’avons pas personnellement d’opinion
précise sur la question.
Si tous les spécimens mentionnés ci-dessus dans le « matériel examiné » appartiennent
bien à une même espèce, la répartition géographique connue de C. tridens serait : Afrique
du Sud (Durban), île Maurice, îles Tuamotu et, éventuellement, Suez (si le Cancer triden¬
tatus de Forskâl est synonyme de C. tridens).
Caphyra polita (Heller, 1861)
(Fig. 4)
Camptonyx politus Heller, 1861 : 359, pl. 3, lig. 26-28 ; pl. 4, fig. 29-32.
Caphyra polita, Paulson, 1875 : 67 (en partie ?). — Nobili, 1901 : 12. — Nobili, 1906 : 189. —
Gordon, 1941 : 123, fig. 1 b, 3 c. — Stephenson et Campbell, 1960 : 97. — Stephenson,
19726 : 7, 26.
Caphyra Monticellii, Nobili, 1906 : 188.
Caphyra monticelli, Laurie, 1915 : 437, pl. 45, fig. 1, 1 a.
? Caphyra Monticellii Nobili, 1901 : 10. — Klunzinger, 1913 : 371.
? Caphira polita, Klunzinger, 1913 : 370.
? Caphyra monticellii, Stephenson et Campbell, 1960 : 97. — Stephenson, 19726 : 7, 26.
Matériel examiné. — Mer Rouge : 5 $ ov. 4,9 X 5,8, 5,1 X (abîmée), 5,9 X 7,0,
6,3 X 7,2 et 7,4 X 8,8 (Naturhistorisches Muséum de Vienne, n° 2551, syntypes ?). —
752
ALAIN CROSNIER
Fig. 4. — Caphyra poli ta (Heller).
a-f : Ç ov. 5,9 X 7,0 mm, syntype ?, mer Rouge : a, carapace vue de profil : b, carapace vue de face ; c,
carapace vue de dessus ; d, pince droite, face externe et coupe ; e, carpe, propode el dactyle du cinquième
péréiopode ; f, mérus du chélipcde droit vu de dessous.
g-i : £ 6,1 X 7,3 mm, golfe de Tadjourah, 1905 : g, abdomen ; h, pléopode 1 gauche, face abdominale ;
i, extrémité du pléopode 1 gauche.
j : 2 ov. 9,1 X 10,7 mm, golfe de Tadjourah, 1905 : mérus du chélipède droit vu de dessous.
k : 3,5 X 4,3 mm, Madagascar, Nosy-13é, zone intertidale, au milieu d’une colonie de Heteroxenia fnsrescens ,
nov. 1973 : moitié antérieure de la carapace.
I : {J 6,3 X 8,1 mm, Madagascar, Nosy-Bé, zone intertidale, au milieu d'une colonie de Heteroxenia fnscescens ,
nov. 1973 : moitié antérieure de la carapace.
Golfe d’Aden (golfe de Tadjourah), 1905, Faurot coll. : 1 ^6,1 X 7,3 mm. 1 $9.1 X 10,7 nun
(collections du Muséum national d’Hisloire naturelle à Paris, déterminés C. monticellii
par Nobili, 1906). — Mer Rouge (Soudan), sta. VIII E, Miss Herdman coll. : 1 sp. 5,9 X
5,7 mm (British Muséum, n° 1934 : 1 : 17 : 24, déterminé C. monticellii par Laubie, 1915). —
Mer Rouge, R. Gurney coll. : 1 $ 4,8 X 5,6 mm, 2 $ 6,0 X 7,1 et 6,9 X (abîmée) mm (Bri¬
tish Muséum, n° 1938 : 1 : 28 : 8-10, déterminés C. polita par Gordon, 1941). —Madagascar,
CAPHYRA DE L’OCÉAN INDIEN OCCIDENTAL ET DE LA MER ROUGE
753
Nosy-Bé, zone intertidale, au milieu d’une colonie de Heteroxenia fuscescens 1 , nov. 1973,
A. Crosnier coll. : 2 3,5 X 4,3 et 3,8 X 4,6 mm, 2 Ç 5,9 X 7,2 et 6,3 X 8,1 mm.
Description
La carapace, plus large que longue (rapport longueur/largeur compris entre 0,83 et
0,85 chez les mâles, 0,82 et 0,87 chez les femelles), est lisse à l’exception de sa partie anté¬
rieure et du voisinage de ses bords latéraux qui portent des granules serrés mais minuscules.
Deux lignes transversales en relief s’observent : la première s’étend sur la région méso-
gastrique ; droite ou légèrement concave vers l’avant, elle est peu marquée et couvre un
peu plus du tiers de la largeur de la carapace à son niveau ; elle est interrompue ou non
en son milieu : la seconde joint les dernières dents antéro-latérales : surtout marquée sur
les régions épibranchiales, elle s’estompe et même disparaît en son milieu et à la hauteur
des sillons cervicaux.
Le dessus de la carapace est très bombé transversalement (fig. 4 b) et longitudinale¬
ment (fig. 4 a).
Le front est découpé en 6 lobes arrondis, plus ou moins développés suivant les spéci¬
mens. Les lobes submédians sont les plus larges, les latéraux les plus étroits. L’encoche
médiane est la plus profonde. Les lobes orbitaires, bien séparés dn front, sont étroits, à
extrémité arrondie.
Les bords orbitaires supérieurs ont 2 fissures.
Les bords antéro-latéraux de la carapace sont découpés, chacun, en 4 dents dont les
trois premières ont leur bord externe régulièrement convexe (ceci n’est toutefois pas tou¬
jours la règle dans le cas de la dent l dont le bord externe est parfois légèrement sinueux).
Les tailles relatives des trois premières dents sont assez variables suivant les spécimens :
le plus souvent les deux premières sont subégales tandis que la troisième est légèrement
plus petite, mais parfois les trois dents sont subégales, parfois c’est la seconde qui est la
plus grande, parfois la troisième. Il convient toutefois de noter que la première paraît être
toujours soit subégale, soit plus petite que la seconde. La quatrième est plus petite que toutes
les autres. Toutes ces dents sont relativement acérées.
Les chélipèdes ont un ischion dont le bord antérieur supérieur porte 4 ou 5 denticules,
tandis que son bord antérieur inférieur est armé de 0 à 3 (habituellement 2) fortes épines.
Le bord antérieur supérieur du mérus porte quelques denticules suivis de 2 ou plus souvent
3 fortes dents de taille croissante, entre lesquelles s’intercale fréquemment un denticule,
et dont la dernière est subdistale ; le bord antérieur inférieur est orné de 3 à 8 épines répar¬
ties sur sa moitié ou ses deux tiers basaux environ ; il porte en outre, à son extrémité, une
petite épine, parfois érodée chez les grands spécimens. Le carpe a une forte dent aiguë à
l’angle antéro-interne de sa face supérieure ; une courte carène, peu marquée, prolonge vers
l’arrière et légèrement en diagonale cette dent. Le propode est orné le long du bord interne
de sa face supérieure d’une haute carène en lame de couteau interrompue, un peu avant son
milieu, par une forte épine ; le rapport de la distance séparant la base de la carène de la
1. Les Alcyonaires cités dans cette note ont été déterminés par M me Tixier-Durivault que nous
sommes heureux de remercier ici.
754
ALAIN CROSNIER
base du bord antérieur de l’épine à la longueur totale de la carène est compris entre 0,39
et 0,47 ; un tubercule existe à la jonction avec le carpe.
Les cinquièmes péréiopodes sont orientés d'arrière en avant. Le propode est environ
2,9 fois plus long que large. Le dactyle est en forme de griffe allongée (fig. 4 e).
L’abdomen et le pléopode 1 mâles sont représentés sur les figures 4 g et 4 h-i.
Discussion
Heller (1861, fig. 32) ayant représenté le pléopode 1 mâle de son espèce et ce pléo¬
pode ayant une forme très particulière, l’exactitude de nos identifications ne fait, pensons-
nous, aucun doute.
Les spécimens provenant du Naturhistorisches Muséum, à Vienne, que nous avons
examinés, sont dans un flacon étiqueté « Camptonyx politus Heller, Mare Rubrum ». A l’inté¬
rieur du (lacon se trouve un morceau de bristol rouge, tandis qu’une autre étiquette porte
la mention « Type ? ». S’agit-il bien des types de Heller ? On peut en douter puisqu’il
s’agit de 5 femelles ovigères alors que, d’après son texte, Heller semble avoir basé sa des¬
cription sur une femelle et un mâle (ce dernier, en tous cas, a bien existé puisque Heller
a dessiné son pléopode 1). Heller a donné les dimensions de ses spécimens en les expri¬
mant vraisemblablement en lignes. La femelle-type mesurerait alors environ 8 X 9 mm;
ce sont des dimensions voisines de celles de la plus grande des femelles que nous avons
examinées, qui pourrait donc être l’un des types. Il est difficile toutefois, nous semble-t-il,
d’aller beaucoup au-delà dans les déductions et aucune certitude ne peut être acquise.
Les spécimens rattachés par Paulson (1875 : 67) à C. polita n’appartiennent peut-être
pas tous à cette espèce, compte tenu des variations mentionnées par cet auteur. Il faudrait
pouvoir les réexaminer.
Les spécimens récoltés par Faurot dans le golfe de Tadjourah sont ceux que Nobili
(1906 : 188) a identifiés C. monticellii. Ceci amène à se poser la question de la validité
de cette dernière espèce décrite d’après une seule femelle (Nobili, 1901 : 10), et ce d’autant
que son auteur (Nobili, 1906 : 189) reconnaît n’avoir pas vu de C. polita à titre de compa¬
raison.
En lisant la description de C. monticellii, on constate qu’elle peut s’appliquer presque
intégralement à C. polita. Les seuls points qui ne concordent pas sont relatifs à :
— la carapace « tutto ricoperto di minuti granuli rotondi »; chez C. polita, ces granules
manquent sur toute la partie médiane de la carapace, en arrière de la ligne transversale
mésogastrique ;
— la présence d’un « tubercolo spiniforme » sur le propode des chélipèdes, à l’endroit
de l’articulation avec le carpe ; ce tubercule existe, bien développé, chez C. polita mais
n’est en aucune façon spiniforme ;
— la présence d’une « cresta assai sviluppata, e traccia di un’altra » sur la face externe
des pinces. Aucune crête ni trace de crête n’existent chez C. polita.
Ces différences semblent assez nettes, mais il est par ailleurs troublant de constater
que Nobili, en 1906, a rapporté à son espèce des spécimens qui sont en fait des C. polita.
Seul l’examen du type permettrait de trancher la question avec certitude. Celui-ci devrait
se trouver à l’Istituto e Museo de Zoologia dell'Universita, à Naples. Malheureusement
CAPHYRA DE L’OCÉAN INDIEN OCCIDENTAL ET DE LA MER ROUGE 755
il ne nous a pas été possible d’obtenir une réponse de ce Musée. Dans ces conditions, nous
rattachons C. monticellii à C. polita avec un point d’interrogation.
Nous mentionnerons aussi que nous nous sommes demandé si C. monticellii ne pouvait
pas être synonyme de C. fulva Stepbenson et Campbell, espèce dont nous traitons dans les
pages qui suivent et qui est très proche de C. polita. Nous n’avons pas retenu cette idée,
la description de l’espèce de Nobili s’appliquant beaucoup moins bien à C. fulva qu’à C.
polita.
Une autre question qui peut se poser est de savoir si les spécimens identifiés C. polita
par Klunzinger (1913) appartiennent bien à l’espèce de Helleb. En effet, Klunzinger
mentionne, dans sa description, que le bord supérieur des pinces porte « zwei vorspringen-
den Zàhnen ». Faut-il admettre que cet auteur désigne ainsi, d’une part l’épine qui inter¬
rompt la crête du bord supérieur de la pince un peu avant son milieu, et d’autre part l’extré¬
mité de cette crête qui est un peu en surplomb et pourrait ainsi être qualifiée de dent (fig.
4 d) ? C’est possible, mais il faudrait réexaminer les spécimens de cet auteur pour être cer¬
tain de leur identité. 11 en est de même pour les spécimens rattachés à C. monticellii par
ce même auteur. La description qu’il en donne est si succincte qu’il est difficile d’en tirer
des conclusions sûres.
Le spécimen identifié C. monticellii par Laurie (1915) se trouve au British Muséum.
Malheureusement seuls subsistent la carapace et un péréiopode. Dans ces conditions son
identification n’est pas aisée. Son examen et la description qui en est donnée par Laurie
montrent toutefois qu’il ne peut s’agir de C. monticellii, mais soit de C. polita, soit de C.
fulva. Il est difficile de trancher entre ces deux espèces, les dents antéro-latérales et le front
de la carapace étant peu caractéristiques chez ce spécimen ; nous pensons toutefois qu’il
s’agit d’une C. polita, opinion qui est renforcée par l’examen du dessin des chélipèdes publié
par Laurie où l’épine de la face supérieure des pinces a une position caractérisant l’espèce
de Heller.
Caphyra polita n’avait, jusqu’à présent, été signalée qu’en mer Rouge. Elle est main¬
tenant également connue du golfe de Tadjourah et de Madagascar. Nous l’avons récoltée
au milieu d’Alcyonaires du genre Heteroxenia.
Caphyra fulva Stephenson et Campbell, 1960
(Fig. 5 a-k)
Caphyra fulva Stephenson et Campbell, 1960 : 104, fig. 1 J, 2 L, 3 I ; pl. 4, fig. 2 ; pl. 5 L. — Ste¬
phenson, 1972a : 130. — Stephenson, 19726 : 7, 25.
Matériel examiné. — Soulou 1 , Montano et Rey coll. : 1 $ ov. 5,6 X 6,3 mm (Muséum
national d’Histoire naturelle à Paris, n° 314-1880). — Madagascar, Tuléar, en association
avec l’Alcyonaire Xenia umbellifera, fév. 1968, Hippeau coll. : 1 £ 3,6 X 4,2 mm ; 2 Ç ov.
8,0 X 9,4 et 10,4 X 12,4 mm. — Madagascar, Nosy-Bé, zone intertidale, au milieu de
colonies de Heteroxenia fuscescens, août 1973, A. Crosnier coll. : 8 3,9 X 4,9 à 7,3 X 8,8 mm ;
8 Ç dont 2 ov. 3,4 X 4,0 à 8,1 X 9,7 mm.
1. Archipel situé entre Bornéo et Mindanao.
2
Fig.
g-j ^
Fig.
5 a-k. — Caphyra fulva Stephenson et Campbell : a-f : $ ov. 8,0 X 9,4 mni, Madagascar, Tuléar,
en association avec l’Alcyonaire Xenia umbellijera, i'év. 1968 : a, carapace vue de profil ; b, carapace
vue de face ; c, carapace vue de dessus ; d, pince droite, face externe et coupe ; e, carpe, propode et
dactyle du cinquième péréiopode ; f, mérus du chélipède droit vu de dessous,
c? 3,6 X 4,2 mm, Madagascar, Tuléar, en association avec l’Alcyonaire Xenia umbellifera, fév. 1968:
carapace ; 11 , abdomen ; i, pléopode 1 gauche, face abdominale ; j, extrémité du pléopode 1 gauche.
4,5 X 5,6 mm, Madagascar, Nosy-Bé, zone intertidale, au milieu de colonies de Heteroxenia fuscescens,
,„mt 1973
carapace et coloration sur le vivant.
5 1. — Caphyra laeins (A. Milne Edwards) : $ 4,2 X 5,8 mm, Madagascar, Nosy-Bé, zone intertidale.
au milieu de colonies de Heteroxenia fuscescens, août 1973 : carapace et coloration sur le vivant.
CAPHYRA DF, L’oCÉAN INDIEN OCCIDENTAL ET DE LA MER ROUGE
757
Cette espèce est proche (le Caphyra polita, tant par la forme générale de sa carapace
que par l’ornementation de ses chélipèdes. Elle s’en distingue toutefois par :
- la granulation moins étendue de la carapace. Alors que chez C. polita, cette granu¬
lation couvre toute la partie antérieure de la carapace en avant de la ligne mésogastrique
et s’étend largement au voisinage des bords latéraux, chez C. fuU’a elle ne s’étend pas, au
voisinage des bords latéraux, en arrière des dents.
- la forme du front. Comme chez beaucoup d’espèces de Caphyra, le front, chez
C. fulva, a un contour très variable ; souvent très peu découpé (fig. 5 g, 5 k), il peut parfois
présenter 4 lobes bien distincts (fig. 5 c), mais jamais 6 comme chez C. polita.
la taille et la forme des dents antéro-latérales de la carapace. Ces dents, au nombre
de 4 (y compris la dent orbitaire externe), sont de taille décroissante de la première à la
quatrième. Autrement dit, c’est la première qui est toujours la plus grande (alors que chez
C. polita, elle est soit subégale à la seconde, soit plus petite). D’autre part, le bord externe
de la première dent est toujours sinueux (alors que chez C. polita ,, il est le plus souvent régu¬
lièrement convexe).
l’ornementation des chélipèdes. Si l’ornementation générale est identique à celle
que l’on trouve chez C. polita, elle en diffère dans le détail par la position de l’épine qui
interrompt la carène en lame de couteau du propode. Cette épine est, en effet, située plus
vers l’arrière ; le rapport de la distance séparant la base de la carène de la hase du bord
antérieur de l’épine à la longueur totale de la carène est compris entre 0,30 et 0,37 (au
lieu de 0,39 à 0,47 dans le cas de C. polita). On notera également que, chez les femelles de
C. fulva d’assez grande taille que nous avons examinées, les dents et épines des chélipèdes,
en particulier celles du mérus, sont très érodées.
— le rapport L/l du propode des cinquièmes péréiopodes voisin de 2,2-2,3 (au lieu
de 2,9 chez C. polita).
- le pléopode 1 $ (fig. 5 i-j) très différent de celui de C. polita (fig. 4 h-i).
Cette espèce est très commune dans la région de Nosy-Bé, à Madagascar. Elle a tou¬
jours été trouvée au milieu de touffes d’Alcyonaires du genre Heleroxenia. Sa coloration
(fig. 5 k) est très mimétique : sur un fond blanc rosé se détachent des bandes longitudinales
rose saumoné pâle ; çà et là s’observent de très petites taches dont la couleur varie du brun
au rouge vif (notamment sur les péréiopodes) ; l’œil est crème rosé dans sa partie distale,
brun-rouge dans sa partie basale.
Caphyra fulva n’était connue jusqu’à présent que des îles Kei (Indonésie), de l’Austra¬
lie et des Philippines. Nous la signalons à l’archipel de Soulou et à Madagascar.
Caphyra hemisphaerica Rathbun, 1911
(Fig. 6)
Caphyra hemisphaerica Rathbun, 1911 : 204, pl. 15, fig. 9. — Stephenson et Campbell, 1960 :
96. — Stephenson, 19726 : 7, 25.
Par sa carapace très bombée, par la présence d’épines sur les bords antérieurs de l’ischion
et du mérus des chélipèdes, cette espèce, qui n’est connue que par le mâle-type qui mesure
304, 4
758
ALAIN CROSNIER
Fig. 6. — Caphyra hemisphaeriça Rathbun, (J holotype 3,5 X 3,7mm, Seychelles, Coetivy, 10m : a,
carapace ; b, pléopode 1 gauche, lace abdominale ; c, extrémité du pléopode 1 gauche. Tous ces dessins
ont été exécutés par le Dr Ciiace.
3,5 X 3,7 mm et est mutilé *, semble très proche de C. polita Heller et C. fulva Stephenson
et Campbell.
Elle s’en différencie toutefois, au moins, par :
— sa forme plus hémisphérique. Le Dr Chace, qui a bien voulu examiner le type de
Rathbun à notre intention et en a fait les dessins que nous publions, nous a, entre autres,
signalé que la carapace était régulièrement convexe et qu’en particulier les régions frontale
et latérales n’étaient pas concaves comme c’est le cas chez C. fulva et, à un degré bien
moindre, chez C. polita.
— l’absence d’épine sur la face supérieure du propode des chélipèdes, caractère net et
facile à observer.
— la forme très particulière du pléopode 1 (fig. 6 b-c).
Le front serait également différent, étant presque droit avec une très faible encoche
en son milieu. La forme du front est toutefois un caractère si variable chez beaucoup de
Caphyra qu’elle ne saurait être considérée comme un caractère distinctif sûr (certains spéci¬
mens de C. fulva ont d’ailleurs, eux aussi, un front pratiquement droit (fig. 5 g).
Quant aux cinquièmes péréiopodes, souvent caractéristiques, ils semblent manquer
chez le type. En tous cas leur forme n’est pas connue.
Cette espèce n’a jusqu’à maintenant été récoltée qu’à Coetivy, aux Seychelles, par 10 m
de profondeur.
1. Lorsque Ratiibun a examiné ce spécimen, qui est déposé à l’U. S. National Muséum (n° 41.077),
il possédait encore un chélipède et deux autres péréiopodes. Le chélipède a disparu depuis (Chace, in litt ).
CAPHYRA DE L OCEAN INDIEN OCCIDENTAL ET DE LA MER ROUGE
759
Caphyra laevis (A. Milne Edwards, 1869)
(Fig. 5 1)
Goniosoma laeve A. Milne Edwards, 1869 : 152.
Caphyra laevis, Stephenson et Campbell, 1960 : 97, fig. 1 G, 2 I, 3 D-G, 3 J ; pl. 3, fig. 3 ; pl. 5 I.
— Crosnier, 1962 : 32, fig. 43 bis a-b. — IIees et Stephenson, 1966 : 30. — Stephenson
et Rees, 1968 : 290. — McNeill, 1968 : 56. — Stephenson, 1972a : 131. — Stephenson,
19726 : 7, 25.
Caphyra oetodentata Haswell, 1882a : 753. — Ealss, 1934 : 506.
Caphyra semigranosa de Man, 1887 : 337.
Caphyra suvaensis Edmondson, 1935 : 22, fig. 6.
? Caphyra natatrix Zehntner, 1894 : 162, pl. 7, fig. 10. — Stephenson et Campbell, 1960 : 96. —
Türkay, 1971 : 122, pl. 1, fig. 1 ; pl. 2, fig. 3-4.
Matériel examiné. — Madagascar, Nosy-Bé, zone intertidale, au milieu de colonies
de Heteroxenia fuscescens, août 1973, A. Crosnier coll. : nbx spéc.
Nous n’avons donné ci-dessus qu’une bibliographie restreinte. Le lecteur trouvera
de nombreuses références supplémentaires dans Stephenson et Campbell (1960).
Probablement parce qu’elle est commune et a, par suite, été récoltée fréquemment,
probablement aussi parce qu’elle a des caractères (forme du front, nombre de dents antéro¬
latérales de la carapace, granulation de la carapace, etc.) relativement variables, cette
espèce a été décrite sous plusieurs noms. C’est ainsi que C. semigranosa de Man, puis C.
oetodentata Haswell ont été mises en synonymie avec elle. Ces synonymies ont été suggé¬
rées, établies ou confirmées par Leene (1938), Gordon (1941), Stephenson et Campbell
( 1960) pour la première espèce citée, par Stephenson et Campbell (I960) puis Rees et
Stephenson (1966) pour la seconde.
Tout en établissant la synonymie de C. oetodentata Haswell et C. laevis , Stephenson
et Campbell ont attiré l’attention sur le spécimen que Balss, dans son travail de 1934
sur des crabes de Madagascar, avait rattaché à l’espèce d’HASWELL. Se basant sur le fait
que la C. oetodentata de Balss a été trouvée dans une Pinna nigra C alors que C. laevis
semble vivre uniquement en commensalisme avec des Alcyonaires, ces auteurs ont conclu
que le spécimen de Balss devait être réexaminé avec soin car, d’après son habitat, il ris¬
quait fort d’appartenir à une espèce autre que C. laevis.
Le spécimen de Balss semble avoir disparu. En tous cas il ne se trouve ni au Muséum
national d’Histoire naturelle, à Paris, où est entreposée une grande partie de la collection
récoltée à Madagascar et étudiée par l’auteur allemand, ni au Zoologiscbe Stadtssammlung
de Munich où travaillait Balss lorsqu’il a rédigé son travail de 1934. Dans ces conditions,
on en demeure réduit à des hypothèses. Les faits suivants peuvent toutefois être relevés :
— Le travail de Balss, publié en 1934, paraît avoir été rédigé rapidement. Il ne men¬
tionne d’ailleurs, pour une raison que nous ignorons, qu’une partie du matériel en prove¬
nance de Madagascar étudié par Balss et déposé au Muséum de Paris. Ce matériel est par
1. Balss indique en effet que sa Caphyra a été capturée, en même temps que la crevette Conchodytes
tridaenae, dans une Pinna nigra. Cette dernière doit en fait être nommée Atrina vexillum (Born). Quant à
la crevette, compte tenu de l’Iiôte, il doit plutôt s’agir de Conchodytes biunguiculatus (Paulson).
760
ALAIN CROSNIER
ailleurs fréquemment mal identifié. Le chapitre relatif au genre Caphyra est particulière¬
ment peu satisfaisant. Balss y émet des considérations assez obscures, comme l’ont remar¬
qué Stephenson et Campbell (1960 : 106), sur l'origine des Caphyra. Par ailleurs, à propos
du spécimen qu'il rattache à C. octodentata, Balss écrit : « N’ayant pu avoir la description
originale d’IlASWELL, je ne puis que me rapporter à la description de 1882 avec laquelle
notre exemplaire concorde pleinement ; une seule différence : l’épine de l’articulation carpe-
propodite, qui, selon Haswell, fait partie du propodite, se trouve, chez notre exemplaire
sur le carpe, comme chez Charybdis typique. Le dactyle du dernier péréiopode est lancéolé,
semblable à la figuration de Zehntner, 1894, pl. 7, fig. 10». L’affirmation relative à l’empla¬
cement de l’épine de l’articulation carpe-propode des chélipèdes est surprenante et doit
être une erreur, cette épine se trouvant sur le propode chez les Charybdis et vraisembla¬
blement aussi, par suite, chez la Caphyra de Balss.
- M me Hippeau, de la Station Marine d’Endoume, a étudié les Crustacés Décapodes
commensaux des Pinnidae dans la région de Tuléar, d’où provient la Caphyra déterminée
par Balss. M me LIippeau a examiné plusieurs centaines de Pinnidae ; elle n’y a jamais
trouvé de Caphyra, mais en a récolté sur des Alcyonaires du genre Xenia ou Heteroxenia
eux-mêmes parfois fixés sur des Pinna ou des Atrina. Il est donc très vraisemblable que
c’est également ce qui a dû se passer dans le cas du spécimen étudié par Balss. Les Caphyra
récoltées par M me Hippeau sont des C. laevis (A. Milne Edwards) et des C. fulva Stephenson
et Campbell. Cette dernière espèce n’ayant que 4 dents antéro-latérales, on peut se demander
si la C. octodentata de Balss, qui n’aurait elle aussi que 4 dents, ne serait pas une C. fulva.
Ceci semble toutefois à exclure car Balss mentionne que son spécimen a « une carapace
plate et le dactyle du cinquième péréiopode lancéolé et très emplumé », caractères qui ne
correspondent pas à ceux de C. fulva, chez laquelle la carapace est au contraire très bombée
et le dactyle des cinquièmes péréiopodes a la forme d’une griffe. Les caractères cités par
Balss correspondent, en revanche, très bien à ceux de C. laevis et il nous semble que c’est
finalement à cette espèce qu’il convient de rattacher le spécimen de Balss, sans hésitation
véritable. Le lait que Balss se réfère à la description d'fl.vswELL qui ne mentionne que
4 dents antéro-latérales (au lieu de 5 chez C. laevis) est certes embarrassant, mais cela s’expli¬
que si l’on admet que Balss et Haswell n’ont pas compté l’angle orbitaire externe h
Cette hypothèse semble plus plausible que d’admettre que ces deux auteurs ont examiné
chacun une Caphyra laevis n’ayant que 4 dents sur chacun des bords antéro-latéraux de
sa carapace ; un tel spécimen a bien été observé par Rees et Stephenson (1966), mais
cela semble tout à fait exceptionnel.
Une autre espèce qui est, peut-être, à mettre en synonymie avec C. laevis est C. nata-
trix Zehntner. Ayant reçu l’excellent travail de Türkay (1971) sur les Portunidae du Muséum
d’Histoire naturelle de Genève, où sont publiées des photos du type de l’espèce de Zehnt¬
ner, nous avons été frappé par la grande similitude paraissant exister entre cette espèce
et C. laevis. Cela nous a paru d’autant plus étonnant, à première vue, que dans leurs clés
d’identification Stephenson et Campbell (1960) puis Stephenson (1972Ù) séparent l’espèce
de Zehntner et C. archeri Walker de toutes les autres par la position de leurs cinquièmes
péréiopodes « not turned back dorsally over the carapace ».
1. On notera à l’appui de cette thèse que Haswell (18826 : 78) a agi ainsi en décrivant Neptunus
tomentosus [= Portunus pubescens (Dana)].
CAPHYRA DE L OCEAN INDIEN OCCIDENTAL ET DE LA MER ROUGE
761
En fait, si l’on examine avec soin l’articulation des cinquièmes péréiopodes de C.
laevis, on voit qu’elle semble permettre des mouvements beaucoup plus larges que chez
les autres espèces du genre 1 , et que si la position normale de ces péréiopodes semble être
identique à celle que l’on observe habituellement chez les Caphyra (péréiopodes retournés
sur le dos de la carapace), ils peuvent également prendre une position devant permettre la
nage (ce qui expliquerait peut-être la forme lancéolée, et non en griffe, du dactyle de C.
laevis).
Le Dr Türkay a bien voulu comparer aux deux types de C. natatrix, un spécimen de
C. laevis que nous lui avons envoyé. 11 en a conclu :
- que la position des cinquièmes péréiopodes était identique chez les trois spécimens ;
— que la forme des fronts différait. Le spécimen de C. laevis que nous avons adressé
au Dr Türkay a un front à 6 lobes tout à fait typique de l’espèce, semblable à celui que nous
avons représenté sur la figure 5 1. Le lectotype de C. natatrix a un front assez différent
(fig. 7), mais qui se rapproche tout de même beaucoup de celui figuré par Stephenson
et Campbell (1960, fig. 3 E), dans le cadre des variations du front de C. laevis relevées
par ces auteurs. De notre côté, nous avons, nous aussi, observé chez C. laevis des fronts
proches de celui du type de l’espèce de Zehntner. Nous mentionnerons également que,
chez le paralectotype de C. natatrix, d’après le Dr Türkay, les lobes frontaux médians
sont proportionnellement un peu plus larges que chez le lectotype et l’échancrure séparant
les lobes médians et submédians un peu moins développée.
Fig. 7. — Caphyra natatrix Zehntner, Ç lectotype 9 X 11 mm, Amboina : front (d’après une photo).
— que la face supérieure des pinces différait. Alors que chez C. laevis il existe habituelle¬
ment une carène bien développée se prolongeant au-delà de l’épine de la face supérieure
de la pince jusqu’à l’extrémité distale de cette face, chez C. natatrix cette carène est très
peu développée. Mais il faut remarquer que pour ce caractère également nous avons observé
des variations relativement importantes chez C. laevis, certains spécimens ayant une carène
distale peu développée.
Que faut-il en conclure ? N’ayant pas examiné nous-même les types de C. natatrix,
nous sommes évidemment embarrassé. Il nous semble toutefois qu’il y a de très fortes chan¬
ces pour que les deux espèces soient identiques.
Quant à C. suvaensis Edmondson, connue seulement par le type, un mâle mesurant
6x8 mm capturé aux îles Fidji, elle doit, à notre avis, être mise en synonymie avec C.
laevis. Grâce au Dr Devaney nous avons pu examiner les pléopodes du type de cette espèce :
ils sont strictement identiques à ceux de C. laevis. Dan? ces conditions l’espèce iTEdmond-
1. A l’exception, probablement, de C. archeri Walker dont l’appartenance au genre Caphyra est d’ail¬
leurs mise en doute par Balss (1934 : 506), et qui, d’après Seuène et Romimoiitarto (1963 : 12), n’est
très vraisemblablement autre que l’Eumedoninae fthabdonotus pictus A. Milne Edwards.
762
ALAIN CROSNIER
son différerait surtout de celle d’A. Milne Edwards par la forme du front ; mais si l’on
compare le front de C. suvaensis, tel qu’il est représenté par Edmondson (dont le dessin
est exact d’après le Dr Devaney), avec celui figuré par Stephenson et Campbell (1960,
fig. 3 F) dans le cadre des variations de la forme du front chez C. laevis, on ne peut s’empê¬
cher d’être frappé par la grande similitude de forme qui apparaît et qui semble exclure
une différenciation spécifique basée essentiellement sur ce caractère.
Caphyra laevis est très commune dans la région de Nosy-Bé, à Madagascar. On la trouve
dans la zone intertidale au milieu des touffes d’Alcyonaires du genre Heteroxenia en compa¬
gnie de C. polita Heller et surtout de C. fulva Stephenson et Campbell. Sa coloration est très
mimétique (fig. 5 1) : sur un fond crème rose pâle se détachent des bandes longitudinales
rose saumoné pâle ; sur les régions branchiales, 2 grandes taches plus ou moins ovales,
également rose saumoné pâle, s’observent ; çà et là existent des petits points pigmentés
dont la couleur varie du brun au rouge vif ; la partie distale des yeux est crème rosé, la
partie basale brun-rouge. Caphyra laevis a été trouvée à Madagascar, en Indonésie, en
Australie, en Nouvelle-Calédonie et aux îles Fidji.
Caphyra unidentata Lenz, 1910
Caphyra unidentata Lenz, 1910 : 555, fig. 2-4. — Stephenson et Campbell, 1960 : 97. — Crosnier,
1962 : 28, fig. 33-38. — Stephenson et Rees, 1968 : 290. — Stephenson, 1972fc : 7, 26.
Caphyra rotundifrons, Barnard, 1957 : 2 (en partie seulement, spécimen B ou C), ? fig. (en par¬
tie).
Matériel examiné. — Afrique du Sud : 1 $ ov. abîmée, largeur 9,1 mm (University
of Cape Town — Ecological Survey, 25-10-55, NA 187 A, conservée au South African
Muséum et déterminée C. rotundifrons par Barnard, 1957).
Ce spécimen fait certainement partie des 3 femelles déterminées C. rotundifrons par
Barnard en 1957, et ceci malgré la différence des dates de récoltes (l’étiquette porte 25-10-
55, tandis que Barnard cite « déc. 55 »). Elle doit donc avoir été récoltée à Durban l . Il
est vraisemblable que la carapace entière représentée sur la figure 1 de Barnard est celle
de ce spécimen.
Nous avons par ailleurs mentionné, à propos de C. alcyoniophila Monod (ef. p. 743),
que nous avions examiné des C. unidentata en provenance de la côte d’Annam, au Viêt-
Nam. Actuellement cette espèce est donc connue de l’Afrique du Sud, de Madagascar,
du Viêt-Nam, de l’Australie et des îles Fidji.
1. On peut remarquer au sujet des 3 femelles identifiées C. rolundijrons par Barnard en 1957, qu'aucune
n’appartient à cette espèce. Comme nous l’avons indiqué au cours de cette note, l'une est une C. alata,
une autre une C. tridens et la troisième une C. unidental i. Ces 3 femelles proviennent, semble-t-il, de la
même flaque mais non forcément du même hôte puisque Barnard a écrit, à leur sujet : « taken amongst
Alcyonarians in a rock-pool ».
CAPHYRA DE L’OCÉAN INDIEN OCCIDENTAL ET DE LA MER ROUGE
763
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Achevé d’imprimer le 15 octobre 1975.
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Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. IIukeau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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