BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
1111111 II 11 ! 11111111111111111111111
PUBLICATION BIMESTRIELLE
N° 307
MAI-JUIN 1975
zoologie
217
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : Prs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Ecologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’ His¬
toire naturelle, 38, rue Geofïroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
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36, rue Geolïroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
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Cuvier, 75005 Paris.
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Zoologie : France, 340 F ; Étranger, 374 F.
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Écologie générale : France, 60 F ; Étranger, 66 F.
Sciences physico-chimiques : France, 20 F ; Étranger, 22 F.
International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 307, mai-juin 1975, Zoologie 217
SOMMAIRE
.1. Blache. — Description et révision de la position systématique d'Ophichlhys
dromicus Gthr., 1870 (Pisces, Anguilliformi, Ophichthidae). 799
— Sur la présence dans le sud de l’océan Indien de Meadia abyssale (Kamohara,
1938) (Pisces, Anguilliformi, Dyssommidae). 805
307, 1
Description et révision de la position systématique
(VOphichthys dromicus Gthr., 1870
(Pisces, Anguilliformi, Ophiclithidae)
par Jacques Blache *
Abstract. - The holotype of Ophichthys dromicus Gthr., 1870, is redescribed and figured
for the first time ; this species appears to be a junior synonym of Muraena maculosa Cuv., 1817,
and referable to the genus Myrichthys Gir., 1859. His géographie location remains uncertain,
but probably from the afriean coasts of Red Sea.
Description
(Fig. 1 et 2)
Corps très allongé, serpentiforme, à peine comprimé, sauf en arrière du niveau de l’anus.
En % de la distance préanale : hauteur du corps : 3,2 ; longueur de la tête : 13,2 ;
distance prédorsale : 7,5 ; longueur du tronc : 86,8.
En % de la longueur totale : hauteur du corps : 1,4 ; longueur de la tête : 5,6 ; dis¬
tance prédorsale : 3,2 ; distance préanale : 42,6 ; longueur du tronc : 36,9.
En % de la longueur de la tête : hauteur du corps : 24,4 ; longueur du museau : 19,7 ;
diamètre oculaire : 5,6 ; distance interoculaire : 11,5 ; longueur de la fente buccale : 28,7 ;
hauteur de la fente branchiale : 7,9 ; largeur de l’isthme : 13,3 ; longueur de la pectorale :
15,4 ; distance prédorsale : 56,4.
Fig. 1. — Ophichthys dromicus Gthr., 1870 : tète de l’holotype.
* ORSTOM , 24, rue Bayard, 75008 Paris.
Travail réalisé au Laboratoire de Dynamique des Populations aquatiques, Muséum national d’Histoire
naturelle, Paris.
J 1 cm
otype.
OPHICHTHYS DROMICUS GTHR,
801
Tête en ogive longue, profil dorsal convexe en avant du niveau du fiord postérieur de
l'œil ; museau court, émoussé, légèrement proéminent ; œil ovale, moyen, sans bord lilire ;
espace interorfiitaire nettement convexe ; fente buccale grande, oblique, la commissure
en arrière du niveau du bord postérieur de l'œil, dont elle est séparée par un espace équiva¬
lant au diamètre pupillaire ; fente branchiale peu élevée, crescentiforme, légèrement oblique ;
isthme moyen. Narine antérieure débouchant en un tube court, non évasé, pourvu d’une
petite digitation au bord interne, un peu en arrière de l’extrémité du museau, dans une
fossette près du bord inférieur de celui-ci ; narine postérieure s’ouvrant en une large fente
dans la lèvre inférieure, protégée par un repli de celle-ci, au niveau du bord antérieur de
l’œil ; les lèvres ne présentent pas de sillon labial ni de villosités.
Réseau de pores céphaliques comprenant quatre pores supraorbitaires (le dernier sur
la tangente élevée au bord postérieur de l’œil), un pore sur la commissure ethmoïdienne,
six pores infraorbitaires (dont deux sur la branche verticale postorbitaire), un pore médian
sur la commissure supraorbitaire, sept pores préoperculo-mandibulaires, un pore médian
sur la commissure supratemporale, un peu en avant de l’origine de la nageoire dorsale.
La ligne latérale comporte 75 pores en avant du niveau de l’anus, dont neuf en posi¬
tion céphalique, en avant du niveau du bord supérieur de la fente branchiale.
Dentition formée de dents obtuses, de taille moyenne ou petite, à base ronde ; les robus¬
tes dents intermaxillaires, au nombre de six, formant une sorte de croissant aux pointes
dirigées vers l’arrière, sont pratiquement en continuité avec les dents voméro-ptérygoï-
diennes, plus petites, disposées en deux longues files, ne confluant que tout à fait postérieure¬
ment ; les dents maxillaires et mandibulaires sont bisériées, plus grosses dans la zone médiane,
de taille décroissant légèrement vers l’avant et vers l’arrière ; la file interne mandibulaire
est composée de dents plus faibles que celles de la file externe ; la langue, entièrement adhé¬
rente, reste néanmoins bien visible.
Nageoires dorsale et anale bien développées et assez élevées ; l’origine de la première
se trouve sur la tête, au-dessus du 2 e pore latéral, donc bien en avant du niveau du bord
supérieur de la fente branchiale : sur radiographie, ce niveau correspond à la troisième
vertèbre, soit à une distance équivalant à une longueur préorbitaire du supraoccipital ;
nageoire pectorale réduite, mais avec treize rayons faibles, à base large, de développement
identique à la hauteur de la fente branchiale ; extrémité caudale nue, faiblement indu¬
rée.
Sur radiographie, 192 vertèbres ont été dénombrées, hypuraux compris, dont 81 abdo¬
minales.
La livrée de l’animal est très contrastée, même après un long séjour dans les liquides
conservateurs ; sur une coloration de fond jaunâtre apparaissent de grandes taches oblon-
gues chocolat, assez nettement délimitées, celles des flancs alternant avec les taches dor¬
sales impaires qui s’étendent quelque peu sur la partie basale de la nageoire dorsale ; sur
la zone ventrale du corps, les taches sont beaucoup plus petites et plus dispersées.
Cette description a été effectuée d’après l’holotype de 730 mm de longueur totale,
provenant des collections du « British Muséum (Natural History) ».
802
JACQUES BLACHE
Discussion
Günther (1870 : 80) juxtapose sa description originale d’ Ophichthys dromicus à celle
(Y Ophichthys semicinctus (Rich., 1844), classée dans le genre Pisodonophis. Fowler (1936 :
297) précise la pensée de Günther en reproduisant la description originale sous le binôme
Pisodonophis dromicus (Gthr., 1870), et suggère une identité possible entre P. dromicus
et P. semicinctus. Dans une note récente, Blaciie et Saldanha (1972 : 143) proposent le
classement éventuel de l’espèce au sein du genre Myrichthys, sans cependant prendre défi¬
nitivement position.
L’examen détaillé de l’holotype permet de confirmer l’appartenance de l'espèce au
genre Myrichthys dont les caractères essentiels sont : l’origine de la nageoire dorsale bien
en avant du niveau de la fente branchiale, la dentition de type émoussé, submolariforme,
la nageoire pectorale réduite, à base de longueur identique à la hauteur de la fente bran¬
chiale.
Tant par les proportions du corps que par les caractéristiques de la dentition et de la
livrée, Myrichthys dromicus (Gthr., 1870) se montre très semblable à la forme indopaci¬
fique citée par les auteurs sous la dénomination de Myrichthys maculosus (Cuv., 1817).
Nous avons retrouvé dans les collections du Muséum de Paris lholotype de l’espèce de
Cuvier, où il est enregistré maintenant sous le n° B.2730. L’exemplaire est en fort mauvais
état, mais présente, visible encore par endroits, la livrée caractéristique : de grandes taches
oblongues, foncées, alternant, sur un fond nettement plus clair ; la longueur totale était
de 260 mm, mais l’exemplaire s’est brisé en trois morceaux au cours de la prise de vue radio¬
graphique ; sur la radiographie, on distingue très nettement la dentition molariforme et
l’origine de la nageoire dorsale au-dessus de la 3 e vertèbre, un peu en arrière du niveau
de l’occiput ; on compte, d’autre part, 197 vertèbres, hypuraux compris. L’espèce de Cuvier
est donc référable au genre Myrichthys et doit être désignée comme Myrichthys maculosus
(Cuvier, 1817). Appartiennent à cette espèce les exemplaires indopacifiques caractérisés
par 192-197 vertèbres et une longueur céphalique importante ; les exemplaires indopaci¬
fiques de livrée identique, mais caractérisés par une tête nettement plus courte et par
172-178 vertèbres appartiennent à une autre espèce, plus fréquente d’ailleurs, qui pour¬
rait être Myrichthys tigrinus (Rüppell, 1826) ; nous nous proposons de revenir sur cette
question dans une note ultérieure traitant également du cas de Myrichthys tigrinus Girard,
1859.
L’origine géographique de l holotype n’est pas claire ; Günther, à la fin de la diagnose
originale, indique : « West Africa » ; par contre, l’étiquette accompagnant l'exemplaire,
dans les collections du British Muséum mentionne « N. Africa » ! Myrichthys maculosus
est une espèce fréquente dans l’aire indopacifique, de la mer Rouge à l’Océanie, de l’archi¬
pel indonésien à Madagascar, mais elle n’a jamais été signalée en dehors de cette aire. Il
semble donc que Ton puisse interpréter la localisation indiquée sur l’étiquette comme :
côtes du nord de l’Afrique bordant la mer Rouge, et considérer l’indication de Günther
comme une erreur, peut-être de transcription : « West Africa » au lieu de « East Africa ».
Nous remerçions les D rs P.J.P. Whitehead, A. Wheeler (British Muséum), J.E. Mc Cosker
(Scripps Institution) pour leur aide, ainsi que M.M. Noble et M lle J. Abel pour l’exécution des
radiographies.
OPHICHTHYS DROMICUS GTHR,
803
RÉFÉRENCES R1RLIOGRAPHIQUES
Blache, J., et L. Saldanha, 1972. — Contribution à la connaissance des Poissons Anguilliformes
de la côte occidentale d’Afrique. 12 e note, les genres Pisodonophis, Ophichthus, Brachyso-
mophis et Ophisurus. Bull. Inst. fond. Afr. noire, A. 34 il) : 127-159.
Cuvier, G., 1817. — Le règne animal..., 4 vol. Paris. Poissons, 2 : 104-351.
Fowler, H. W., 1936. — The marine fishes of West Africa, based on the collection of the American
Muséum Congo expédition 1909-1915. Bull. Am. Mus. nat. Hist., 70 (1) : vu + 606.
Girard, C. F., 1859 (1860). — Ichthyological notices. Proc. Acad. nat. Sci. Philad. : 56-68.
Günther, A., 1870. — Catalogue of the fishes in the Rritish Muséum. 8, Catalogue of the Physos-
tomi... London : xxv -f- 549.
Lacepède, R., 1800. — Histoire naturelle des Poissons. Paris, II : lxiv 632.
Rüppell, E., 1828. — Atlas zu der Reise im nordlichen Afrika von E. Rüppell. Zoologie 4, Fische
des rothen Meeres : 141 -j- 3.
Manuscrit déposé le 17 octobre 1974.
| "
Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 307, mai-juin 1975,
Zoologie 217 : 799-803.
Achevé d’imprimer le 15 octobre 1975.
Sur la présence clans le sud de l’océan Indien
de Meadia abyssale (Kamoliara, 1938)
(Pisces, Anguilliformi, Dysommidae)
par Jacques Blache *
Abstract. — This species, known only from the type, destroyed in a war-caused tire in 1945,
is described here from a specimen dredged on the continental slope of " ile de la Réunion ” in the
soutli Indian Océan ; the typieal specimen had been eaught in japanese waters. It is suggested
to maintain Meadia Bôhlke, 1951, as a valuable genus.
Description
(Fig. 1 à 3)
1 ex. de 427 mm de long, tôt., provenant de l'île de la Réunion (Port des Galets, fonds
de 650 m, novembre 1973 ; Guézé et Plessis coll.), déposé dans les collections du Muséum
de Paris sous le n° 1975-5.
Corps moyennement allongé, assez élevé, nettement comprimé, surtout dans la zone
caudale.
En % de la distance préanale : hauteur du corps : 35,0 ; longueur de la tête : 68,7 ;
distance prédorsale : 75,0 ; longueur du tronc : 31,2.
En % de la longueur totale : hauteur du corps : 6,6 ; longueur de la tête : 12,9 ; dis¬
tance prédorsale : 14,0; distance préanale : 18,7 ; longueur du tronc : 5,8.
En % de la longueur de la tête : hauteur du corps : 50,9 ; longueur du museau : 30,0 ;
diamètre oculaire : 12,7 ; distance interoculaire : 12,7 ; longueur de la fente buccale : 40,0;
hauteur de la fente branchiale : 7,6 ; largeur de l’isthme : 16,4 ; longueur de la pectorale :
26,4; distance prédorsale : 109,1.
Tète en ogive longue, profil dorsal présentant une nette concavité en avant du niveau
du bord postérieur de l’œil ; museau long, émoussé, légèrement proéminent, couvert, ainsi
que les lèvres, de très nettes villosités qui sont également présentes, mais beaucoup plus
dispersées, sur les côtés et le dessus de la tête, en avant de l’œil ; espace interorbitaire large
et convexe : fente buccale grande, horizontale, la commissure un peu en avant du niveau
du bord postérieur de l'œil ; fente branchiale peu élevée, droite, su b verticale, isthme large.
* ORSTOM , 24 , me Bayard, 75008 Paris.
Travail réalisé au Laboratoire de Dynamique des Populations aquatiques, Muséum national d’Histoire
naturelle, Paris.
806
JACQUES BLACHE
Fig. \. —- Meadia abyssale Kam., 1938 : vue générale de la partie antérieure du corps
(les villosités céphaliques n’ont pas été représentées).
I— ■ 0.5 mm
Fig. 2. — Meadia abyssale Kam., 1938 : détail du museau, montrant la disposition des villosités
et des pores céphaliques.
Narine antérieure débouchant en un tube légèrement évasé, dirigé vers l’avant, inséré
dans une fossette située sur le côté du museau, assez en arrière de l’extrémité de celui-ci,
puisque pratiquement au niveau de la première dent voméro-ptérygoïdienne ; la fossette
nasale, assez grande, est dépourvue de papilles, le tube nasal est de dimension égale à la
moitié de la hauteur de la fente branchiale ; la narine postérieure s’ouvre en un pore ovale,
largement ouvert, cerné d’une membrane crénelée, en avant de l’œil, un peu en dessous
du niveau du centre pupillaire ; l’œil est ovale, assez grand, son grand diamètre sensible¬
ment égal à la moitié de la longueur de la nageoire pectorale ; les lèvres sont densément
villeuses ; l’extrémité de la mandibule est, comme l’extrémité du museau, couverte de fortes
villosités, très serrées.
Les pores céphaliques sont cernés d’un léger rebord, devenant plus élevé en se rappro¬
chant de l’extrémité du museau et de la mandibule ; à ce niveau, ils s’ouvrent à l'extrémité
8i
dentitioii.
808
JACQUES BLACHE
d'un véritable tube évasé, de longueur identique à celle des villosités qui l’entourent ; il
y a sept pores en série infraorbitaire ; l’antérieur à l’extrémité du museau, le second et le
troisième aux niveaux inférieur et supérieur de l’insertion du tube nasal, le quatrième
au-dessus de la lèvre, à mi-distance entre les deux narines, le cinquième en dessous et un
peu en arrière de la narine postérieure, le sixième en dessous de l’œil un peu en arrière
du niveau du centre pupillaire et le septième en arrière de l’œil, au niveau de son bord
inférieur ; il n’y a que deux pores supraorbitaires, le second au-dessus des 2 e et 3 e pores
infraorbitaires, le premier à mi-distance entre celui-là et le 1 er infraorbitaire ; les pores
préoperculo-mandibulaires sont au nombre de sept ; il n’y a aucun pore sur les commis¬
sures supraorbitaire et supratemporale. La ligne latérale comporte 145 pores au total,
dont seulement 15 en avant du niveau de l’anus et 3 en avant du bord supérieur de la fente
branchiale ; la distance préanale est, en effet, très réduite, la distance séparant l’anus du
niveau de la fente branchiale étant un peu inférieure à deux fois la longueur de la nageoire
pectorale.
Dentition formée de dents caniniformes, mais à pointe émoussée, récurvées, à base
ronde, toutes fixées très lâchement et facilement caduques ; les dents prémaxillaires, de
tailles irrégulières, forment un groupement arrondi, suivi immédiatement vers l’arrière
par une double file irrégulière de fortes dents voméro-ptérygoïdiennes suivies elles-mêmes
par de petites dents ptérygoïdiennes irrégulièrement disposées ; les dents maxillaires, lon¬
gues et grêles, sont grossièrement bisériées en avant, unisériées en arrière ; les dents mandi-
bulaires sont ordonnées en une file interne de fortes dents et une file externe, plus courte,
de dents plus faibles ; aux deux files, les dents décroissent légèrement de taille de l’avant
vers l’arrière. La langue est entièrement adhérente et peu visible ; la voûte du palais pré¬
sente, en arrière, une double série de plicatures concentriques. Tout l’ensemble est envahi
par un abondant mucus coagulé, qu’il convient de dégager avec précaution pour ne pas
détacher les dents de leur assise ligamentaire très faible.
Nageoires dorsale et anale bien développées et assez élevées, mais plus ou moins éclip¬
sées dans un sillon dermique ; l’origine de la dorsale s’observe un peu en arrière du niveau
du bord supérieur de la fente branchiale, ce qui correspond, sur radiographie, au niveau
de la 9 e vertèbre ; la nageoire pectorale comporte 16 rayons, dont le médian se trouve
inséré pratiquement au niveau du bord supérieur de la fente branchiale ; les nageoires
dorsale et anale confluent postérieurement avec une caudale normalement développée,
mais régénérée après mutilation. Sur radiographie, l’exemplaire apparaît, en effet, mutilé
au niveau de la 157° vertèbre, suivie par un massif de régénération caudal ; il semble que
cette mutilation ait affecté de 5 à 8 vertèbres et que le nombre réel de vertèbres, hypuraux
inclus, puisse être compris entre 164 et 167.
La coloration générale est gris brunâtre, plus claire ventralement ; les nageoires impai¬
res sont noirâtres à la base, avec un large liseré distal très clair ; l’extrémité caudale de
l’anale est d’un noir soutenu, le liseré distal clair de cette nageoire est très amenuisé et de
gros mélanophores apparaissent sur le corps dans la zone tout à fait caudale ; les pores
latéraux sont cernés d’une étroite zone dépigmentée ; les villosités céphaliques apparais¬
sent sombres à la base, plus claires distalement. Le peritoneum est noir.
Mensurations (en mm) : long. tôt. = 427 ; haut. max. = 28 ; long, tronc = 25 ; dist.
prédors. = 60 ; dist. préan. = 80 ; long, tête = 55 ; long. mus. = 16,5 ; diam. orbit. = 7 ;
MEADIA ABYSSALE DANS l’oCÉAN INDIEN
809
dist. interorbit. = 7; long, fente bucc. = 22; haut, fente branch. = 4,2; larg. isthme =9;
long. pect. = 14,5.
Discussion
La description originale de Dysornma abyssale porte sur un spécimen de 650 mm de
longueur totale malheureusement détruit au cours de la seconde guerre mondiale (Kamo-
hara, 1958 : 1) ; dans cette description, l’auteur donne quelques précisions morphologiques
qu’il est intéressant de comparer avec celles relevées sur notre exemplaire :
Réunion
Japoi
Long, postan./Long, préan.
4,34
4,8
Long. tôt./Long, tête
7,76
9,0
Long. tête/Long. tronc
2,20
1,8
Long. mus./Diam. orbit.
2,36
2,8
Interorbit./Diam. orbit.
1,00
1,8
Les différences observées ne s’écartent pas des limites de variabilité individuelles, et
peuvent s’expliquer, d’autre part, par la longueur totale de notre exemplaire, réduite quel¬
que peu par la mutilation subie.
Quant à la dentition, l’auteur la décrit dans ces termes : « maxillary with a band of
villiform teeth on posterior two-thirds ; several canines on anterior part of upper jaw ;
a single canine on voilier ; about twelve canines on anterior part of palatines, nearly in two
longitudinal rows, followed by about thirteen smaller ones in a sériés. A band of villiform
teeth on eitber side of lower jaw, each with several canines anteriorlv ».
Compte tenu des différentes terminologies utilisées pour désigner les zones osseuses
dentifères, et, compte tenu également des différences de taille entre les deux exemplaires,
la description de Kamohara s’accorde bien à la nôtre, en particulier en ce qui concerne la
double rangée de dents voméro-ptérygoïdiennes, suivies d’autres dents plus petites, la
présence des canines doublant antérieurement les dents villiformes aux mâchoires.
La position de l’origine de la nageoire dorsale, celle de la fente branchiale, celle de
l’anus sont identiques chez les deux exemplaires ; on notera également la présence de nom¬
breuses papilles sur le museau et la mâchoire inférieure. Nous nous estimons donc en mesure
de rapporter notre exemplaire à Dysornma abyssale Kamohara, 1938.
J. Bôhlke (1951 : 6), dans une courte note, crée le genre Meadia pour désigner l’espèce
de Kamohara, particulièrement en raison de sa dentition très caractéristique ; mais
C. H. Robins et C. R. Robins (1970 : 314) contestent cette position : « The dentition of
the roof of the mouth and upper jaw described by Bôhlke (1951, 6, quoting from Kamo¬
hara 1938) and by Kamohara (1952 : 20-21), remain unfathomable in that this dentition
can not be fitted to the boue structure of any dysommid. Clearly something is incorrect
but, without material, the true nature of the dentition remains uncertain. On the basis
of other aspects of the description we place Meadia in the synonvmy of Dysornma but accept
abyssale as a distinct species ».
Dans le genre Dysornma, chaque dent prémaxillaire ou vomérienne est constituée par
la fusion plus ou moins incomplète de deux dents et les dents prémaxillaires sont séparées
810
JACQUES BLACHE
des vomériennes par un espace important ; cet espace n’existe pas chez notre exemplaire
qui présente des dents vomériennes nettement séparées, sans trace d’une constitution
double.
Pour ces raisons, nous sommes persuadé du bien fondé de la distinction générique
proposée par J. Bôhlke et proposons le maintien du genre Meadia.
Nous remercions vivement le Dr P. H. J. Castle de l’Université de Wellington (Nouvelle-
Zélande) pour ses utiles suggestions, M lle Abel pour l’exécution des radiographies, MM. Guézé
et Plessis qui nous ont procuré l’exemplaire décrit ci-dessus.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Bôhlke, J. E., 1949. — Eels of the genus Dysomma, with additions to the synonymy and varia¬
tion in Dysomma anguillare Baril. Proc. Calif. zool. Club, 1 (7) : 33-39.
— 1951. — Meadia, a new genus for the West Pacific dysommid eel, Dysomma abyssale Kamo-
hara. Stanford ichthyol. Bull., 4 (1) : 6.
Kamohara, T., 1952. & Revised description of the offshore bottom fishes of Prov. Tosa, Shikoku,
Japan. Rep. Kochi Univ. nat. Sci., 3 : 1-122, 100 fig.
— 1958. — A catalogue of fishes of Kochi Préfecture (Prov. Tosa), Japan. Rep. Usa mar.
biol. Stn, 8 (2) : 1-76.
Robins, C. IL, and C. R. Robins, 1970. — The eel family Dysommidae (including the Dysommi-
nidae and Nettodaridae), its osteology and composition, including a new genus and species.
Proc. Acad. nat. Sci. Philad., 122 (6) : 293-335, 10 llg.
Manuscrit déposé le 22 janvier 1975.
Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 307, mai-juin 1975,
Zoologie 217 : 805-810.
Achevé d’imprimer le 15 octobre 1975.
IMPRIMERIE NATIONALE
5 564 002 5
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Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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au Secrétariat, avec son manuscrit. Les « corrections d’auteurs » (modifications ou addi¬
tions de texte) trop nombreuses, et non justifiées par une information de dernière heure,
pourront être facturées aux auteurs.
Ceux-ci recevront gratuitement 50 exemplaires imprimés de leur travail. Ils pourront
obtenir à leur frais des fascicules supplémentaires en s’adressant à la Bibliothèque cen¬
trale du Muséum : 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris.