BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
11 1111111 i 111 1111 1111 I 111 I i I 1111111
PUBLICATION BIMESTRIELLE
N° 315
JUILLET-AOUT 1975
i
zoologie
222
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : Prs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d'Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His¬
toire naturelle, 38, rue Geolîroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
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36, rue Geolîroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
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Zoologie : France, 340 F ; Étranger, 374 F.
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Botanique : France, 70 F ; Étranger, 77 F.
Écologie générale : France, 60 F ; Étranger, 66 F.
Sciences physico-chimiques : France, 20 F ; Étranger, 22 F.
International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 315, juillet-août 1975, Zoologie 222
Les Cigales des savanes centrafricaines.
Systématique, notes biologiques et biogéographiques
par Michel Boulard *
Résumé. — Faisant suite à un premier article consacré aux espèces des forêts denses humides
(M. Boulard, 1972c) et le complétant, ce travail traite des Cigales étudiées ou récoltées par l’auteur
au cours de plusieurs missions effectuées à titre personnel, dans les savanes du centre et du nord
de la République Centrafricaine. Il donne la description de trois espèces nouvelles ( Platypleura
crampeli, Afzeliada balachotvskyi et Trismarcha heimi), des précisions sur des espèces peu ou mal
connues, fait connaître les genitalia imaginaux ainsi que les habitus larvaires et apporte les pre¬
mières données bio-écologiques sur la plupart de ces Cigales savanicoles dont la répartition géo¬
graphique est également abordée.
Une clé des genres et des espèces de Cigales ombrophiles (objet du premier article) comme
xérophiles (étudiées ici), susceptibles d’être rencontrées en République Centrafricaine, termine
ce travail.
Abstract. —- Following a first part on the humide forest’s Cicadas (M. Boulard, 1972c),
this article deals with savanna and woodland spccies studed or collected by the author in Central
African Republic. Three new species are described (P. crampeli, A. balachowskyi, T. heimi),
précisions on the other species, ail previously very little known, génital morphology and larval
habitus are given, as far as possible. At the sanie time, the author adduces some first biological
notes and natural documents about most of these Cicadas of which the geographical distribution
is reviewed also. Finallv, this work includes a dichotomie kev of the 43 species of Cicadas now
recorded from Central African humid forests and savanna woodlands.
Après avoir dressé un premier inventaire de la faune cicadéenne des grandes forêts
humides de la République Centrafricaine tout en apportant de nombreuses données, nou¬
velles pour la pulpart, sur la morphologie et la bionomie des espèces citées (M. Boulard,
1972c), nous avons tenté de réaliser un travail similaire concernant les espèces vivant
dans la zone des savanes. Le projet était ambitieux en regard des possibilités restreintes
d’investigation qui nous étaient offertes : d’une part, le champ d’action est immense, les
savanes couvrant plus des neuf dixièmes du pays et, d’autre part, nous étions fixés à Bou-
koko en zone forestière tropophile par des problèmes d’entomologie agricole. Aussi ce n’est
qu’à la faveur de déplacements personnels, souvent fort coûteux, que nous avons pu appro¬
cher les Cigales savanicoles. Nous avons donc été contraints de limiter nos ambitions :
1) pour l’exploration homotérologique, aux savanes du centre et du nord plus facilement
accessibles pendant la saison sèche, en n’effectuant que de simples sondages au cours de
* Laboratoire d'Entomologie de l’École Pratique des Hautes Études, 45, rue de Bufjon, 75005 Paris.
315, 1
870
MICHEL BOULARD
Fig. 1. — Situation de la République centrafricaine et divisions chorologiques (d’après Th. Monod, 1957).
s-n, domaine sénégalo-nilotique ; 0, bloc occidental du domaine guinéen ; p n et p s, sous-domaines atlan-
tico-congolais périphériques Nord et Sud ; c, bloc central du domaine guinéen ; a-z, domaine angolo-
zambésien.
randonnées limitées dans le temps ; 2) pour les observations bionomiques suivies, aux espè¬
ces se rencontrant déjà en relative abondance dans les savanes les plus proches de Boukoko-
La Maboké, c’est-à-dire celles, postforestières 1 , de la région de Boda.
La zone des savanes en République Centrafricaine, limites et généralités
Donner les limites de la zone des savanes en République Centrafricaine (RCA), l’ex-
Oubangui-Chari de l’AEF, revient presque à donner les limites administratives du pays
puisque les forêts humides n’existent plus qu’au sud des départements de la Haute Sangha,
de la Lobaye et de la Basse Ivotto. Hormis cette dernière partie, enclave relique déjà très
attaquée, on peut dire en effet que les savanes régnent sur toute l’étendue de la RCA, au
nord d’une ligne qui, d’abord, longe la rive droite du M’Bomou-Oubangui depuis son origine
jusqu’à Bimbo (donc la plus grande part de la frontière sud) puis, de là, rejoint plus ou
1. Terme ici adopté pour tenir compte de l’état actuel de ces savanes plus ou moins arborées qui résul-
tent de la dégradation anthropique de la forêt dense tropophile.
faGordil *
■Tiroungoulou
Ndéllé
Bangor^ 1
Bamingui j/ S
iBouca
Bozoum
•Dekoa
Carnot
^erberati
GambouIaN
Komassa^ Bambiot
Biguéne*
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES 871
moins directement la frontière camerounaise, un peu en dessous de Gamboula (fig. 2).
On trouvera dans le livre magistral de R. Sillans, « Les Savanes de l’Afrique cen¬
trale » (1958), de très précieux renseignements ainsi qu’une iconographie importante con¬
cernant la géographie, la climatologie et la végétation de cette partie d’Afrique où les Cigales,
objet du présent article, ont été rencontrées. Aussi, ne me bornerai-je ici qu’à rappeler les
quelques très grandes lignes immédiatement nécessaires pour la compréhension du contexte
écologique des espèces traitées.
Les savanes en question s’étendent sur la quasi-totalité du vaste plateau centrafri¬
cain qui sépare les cuvettes congolaise et tchadienne. Le relief y est discret sinon nul, l’alti¬
tude ne variant qu’entre 600 et 850 m avec, cependant, les hauteurs un peu plus importantes
que constituent, à l’est et à l’ouest, les massifs frontaliers du Fertit et du Yadé. Par endroits
et notamment dans la région centrale des Mbrés, de très gros rochers granito-gneissiques
ou kagas 1 , aux formes arrondies et aux flancs lisses, pouvant atteindre jusqu’à 100 m
de haut, bouleversent de façon inattendue, mais très agréable pour le voyageur, les vastes
étendues pénéplanées.
Un réseau hydrographique important, relativement dense, entaille, rarement profon¬
dément, le plateau et alimente au nord l’Aoukalé-Aouk puis le Chari et vers le sud le M’Bou-
Fig. 2. — Les grandes zones phytogéographiques ; principales localités et cours d’eau.
(Carte exécutée par M. G. Hodebert, dessinateur au laboratoire d’Entomologie.)
1. Nom donné par les Banda qui constituent la principale ethnie peuplant le centre de la RCA.
_____ limites actuelles des forets denses humides.
# w zone des savanes (arborées. arbustives ; fô-
rets claires , forets sèches denses).
- limites des savanes post - forestières.
HIMHIVI bambousaies.
P arcs nationaux: bamingui - bangoran (b b).
h, v t? | saint floris (s f) et andré félix (a f).
..._ limite nord du domaine soudano-oubanguien.
872
MICHEL BOULARD
mou puis l’Oubangui tout en permettant l’irradiation de la forêt humide en belles et riches
galeries.
En raison de la grande uniformité du relief, ce sont donc les différences climatiques,
température et répartition des pluies, et parfois à un degré non moindre les conditions
édaphiques qui jouent le rôle déterminant dans la physionomie de la végétation.
Il règne sur l’ensemble du pays un régime à deux saisons principales bien marquées :
sèche et pluvieuse. La première, généralement plus courte, s’installe de novembre à avril
avec évidemment des variations dans les dates d’apparition, la durée, et des décalages rela¬
tifs qui sont fonction essentiellement de la latitude ; elle peut être absolue ou comporter
jusqu’à une dizaine de jours de pluies. Pour la seconde, les précipitations sont régulières
ou bien entrecoupées de petites périodes de sécheresse plus ou moins longues, entières ou
fragmentées. La température suit également la latitude et l’alternance des saisons avec
comme valeurs extrêmes enregistrées : 15°C (moyenne des minima en saison pluvieuse
à Boukoko, forêt tropophile) et 37°C (moyenne des maxima pendant la sécheresse à Bouca,
savane arbustive). La RCA jouit ainsi d’un climat tropical mais sur lequel le régime équa¬
torial se fait encore largement sentir, si bien qu’à peu près tous les types de savanes s’y
rencontrent. Aubréville (1949) et Sillans (1958) ont divisé le territoire en cinq aires
climatiques que l’on peut énumérer, du sud au nord, et caractériser très succinctement
comme suit, en ne s’attachant à donner comme exemples que les districts que nous avons
visités :
1 — Sous climat congolais septentrional : forêts ombrophiles du triangle de Bayanga
et ombro-tropophile de Nola.
2 — Sous climat oubanguien : hygrométrie élevée à fluctuations faibles (60-78 %
en moyenne), 3 mois de sécheresse. Forêts ombro-tropophiles puis savanes postforestières
avec abondance de Terminalia, Smilax et Imperata ; Burkea, Lopliira, Daniella olivieri
et Loudetia en peuplements notables ; galeries forestières larges et denses (savanes de Bokoma-
M’Bouma, régions de Boda, de Berbérati).
3 — Sous climat soudano-oubanguien : hygrométrie encore élevée, pluviométrie
identique ou presque à celle de Faire précédente (1 300-1 600 mm de moyenne annuelle)
mais quatre mois de saison sèche. Savanes arborées avec comme essences principales :
Burkea africana et Lophira alata dans l'ouest à substrat sableux (savanes de Bayama-
Gadzi entre Boda et Carnot) ; Terminalia laxiflora, Grewia mollis et Combretum hypopili-
num dans le centre à substrat granito-gneisso-schisteux (savanes de Laye et Fort-sibut).
4 — Sous climat soudano-guinéen : fluctuations hygrométriques très fortes (de la
saturation à moins de 20 %), sécheresse sur 5 à 6 mois ; tapis herbacé continu avec prédo¬
minance des savanes forestières à Isoberlinia et Monotes et des savanes arbustives à Com-
brétacées, principalement ; présence de la bambousaie à Oxytenanthera abyssinica (région
de Fort Crampel, forêts claires du parc du Bamingui-Bangoran, environs de Ndéllé, bam¬
bousaie de Matakil, domaine de la Safarafric et parc de Saint Floris).
5 — Sous climat sahélo-soudanien, cité pour mémoire ; détermine les savanes à épi¬
neux et n’intéresse que le triangle nord de Birao où nous ne sommes pas allés.
S’agissant de la faune cicadéenne et de sa répartition, on ne peut faire état de cinq
zones aussi nettement séparées, mais de trois seulement que l’on pourra assimiler à des
aérotypes généraux. La première, s’identifiant avec Faire du sous-climat congolais septen-
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES
873
trional, n’a pas (ou très peu) de rapport avec les deux autres qui, au contraire, présentent
entre elles une délimitation diffuse. S’il y a, en effet, existence d’une réelle barrière bio¬
écologique entre les espèces propres aux forêts denses humides et celles des savanes même
très boisées, on ne peut distinguer pour l’ensemble de ces dernières que deux aires de répar¬
tition dont, assez curieusement, la bambousaie Ndéllé-Ouadda paraît matérialiser la limite
commune ; mais une « limite en pointillé » car, si certaines espèces, comme Strumosella
truncaticeps (Sign.), n’ont été rencontrées effectivement qu’à partir de cette ligne de Bam¬
bous, d’autres, telle loba limbaticollis (Stâl), se retrouvent en abondance et très largement
de part et d’autre.
Des sondages que nous avons pu effectuer, il ressort que les Cigales savanicoles de
l’ouest, du centre et du nord de la RCA comptent, au minimum, un nombre d’espèces
moitié moindre que leurs consœurs ombrophiles, dont d’ailleurs trois ont été reprises dans
les galeries forestières denses. Seize espèces différentes, propres aux savanes et que l’on peut
donc qualifier de xérophiles, ont été recensées ; quatre étaient inconnues et l’une a fait
l’objet récemment d’une publication particulière (M. Boulard, 1974c). Ces seize espèces
intéressent dix genres qui se répartissent inégalement dans les deux familles principales
des Cicadidae et des Tibicinidae : sept pour la première et trois pour la seconde.
Dans l’étude qui suit, on trouvera : la description de trois espèces nouvelles ainsi
que d’une variété, des précisions ou même des redescriptions complètes concernant les
autres espèces dont la plupart se trouvaient insuffisamment définies et pour la reconnais¬
sance desquelles le recours aux types m’a été souvent nécessaire 1 , les premières données
sur les genitalia imaginaux et les habitus larvaires comme sur la bionomie, enfin, les répar¬
titions géographiques telles que j’ai pu les établir non seulement grâce à mes chasses per¬
sonnelles, mais aussi en consultant diverses collections françaises ou étrangères 2 . Excep¬
tion faite de celles ayant déjà paru dans certains de mes travaux antérieurs, les espèces
mentionnées sont figurées ailes étalées, et quelques-unes sont accompagnées de documents
relatifs à leur bionomie. On trouvera également des addenda ou corrigenda concernant
la première partie et des précisions sur l’organe copulateur des Platypleures.
Une clé des genres et des espèces de Cigales susceptibles d’être rencontrées en RCA,
ombrophile comme xérophile, termine ce travail qu’une bibliographie commune aux deux
parties achève de compléter.
Nota : Les dimensions des espèces et les échelles des schémas sont exprimées en millimètres.
La nomenclature intéressant les divers aspects de la savane centrafricaine et adoptée ici est celle
très précise de R. Sillans (1958) à une exception près toutefois (voir note infrapaginale 1). Pour
les répartitions géographiques, nous avons utilisé la terminologie chorologique de Th. Monod
(1957) et de G. Bernardi (1967). La plupart des plantes citées ont été déterminées par comparai¬
son avec l’herbier du R. P. Charles Tisserant (herbier maintenant conservé au Muséum), sou¬
vent sur indication préalable de noms vernaculaires ; maintes vérifications ont été effectuées par
1. Comme cela me fut tout aussi indispensable lors de l’étude des espèces forestières ombrophiles.
Aussi m’est-il particulièrement agréable de remercier ici M me U. Gôlrner-Scheiding (Berlin), M. M. Basi-
lewsky et G. Schmitz (Tervuren), W. J. Knight (Londres), et H. Synave (Bruxelles).
2. Celles des Musées déjà cités ou qui m’ont été envoyées par mes collègues R. Roy (Sénégal), M. Conda-
min, Y. et D. Gillon, Cl. Girard (Côte d’ivoire), J. P. Grillot (Congo), J. Léger (Haute-Volta), Th. Med-
ier (Nigéria) et E. D. L. Matega (Ouganda) auxquels j’exprime ma vive reconnaissance.
874
MICHEL BOULARD
mon camarade F. Badré, du Laboratoire de Phanérogamie et alors en poste à la station expérimen¬
tale de La Maboké, que j’ai plaisir à remercier de nouveau. Enfin, nombreuses furent les chasses
organisées avec P. Téocchi, « vieux » camarade naturaliste doublé d’un mécanicien hors ligne
qui voudra bien retrouver ici l’expression de ma vive amitié.
Les schémas et les photographies sont de l’auteur.
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES
875
I. CICADIDAE
Platypleurinae, Platypleurini
1. Genre PLATYPLEURA (Amyot et Audinet-Serville, 1843) Boulard, 1972
(Espèce-type : P. stridula Linné)
Platypleura adouma Distant, 1904
Cette Cigale, que nous avons rencontrée surtout dans les forêts ombrophiles et tropo-
philes, pénètre dans la zone des savanes à la faveur des galeries forestières prolongeant
immédiatement le domaine sylvicole humide : 3 Ç ont, de ce fait, été capturées au piège
lumineux dans la galerie forestière de la Loamé un peu au sud de Boda (le 13. IV. 1969,
M. B. rec.).
P. adouma présentant de nombreux caractères communs ou très voisins avec l’espèce
suivante, il est indispensable d’étudier ici les génitalia mâles. Mais je dois faire remarquer
que cette étude comprend une part d’appréciation personnelle et qu’elle n’est pas toujours
aisée à réaliser. Tout d’abord, il peut subsister un léger doute quant à la reconnaissance
d’une P. adouma $ : Distant, en effet, a basé sa description originale (1904a : 668, fîg. 2)
sur deux femelles étiquetées « Congo » sans autre précision de localité... les petites Platy-
pleures des deux sexes que j’ai prises dans les forêts humides centrafricaines possèdent
un habitus identique ou fort voisin de celui du type de Distant ; selon toute vraisemblance,
il s’agit de la même espèce, forestière par conséquent, et il reste à décrire les pièces génitales
mâles. D’autre part et comme je l’ai déjà mentionné, les urites génitaux ne montrent pas
toujours des différences suffisamment significatives entre les diverses Platypleures ; il est
souvent nécessaire d’examiner l’organe copulateur et, là, réside une difficulté importante.
L’examen de cet organe au repos, l’édéage totalement rétracté dans une tliéca (ou phallo-
some) souvent très sclérifiée, tel qu’il se présente en général chez les exemplaires secs de
collections (et souvent même après passage à l’eau acétique bouillante), n’offre guère de
caractères systématiques précis et peut, parfois, induire en erreur. La nécessité d’un examen
de l’édéage dans ses moindres détails, pouvant seul permettre d’affirmer la distinction
entre P. adouma et les espèces voisines, m’a conduit à utiliser des mâles tués in copula ou
peu après, puis conservés en alcool. Chez ces mâles, l’édéage est resté en intumescence
quasi totale, complètement hors du phallosome. Ses différentes parties, alors bien visibles,
montrent la présence d’une cornu véritable et non d’un simple spiculé (contra M. Bou¬
lard, 1972a : 1166).
Segments génitaux
Hypandrium, ou plaque sous-génitale, subquadrangulaire, à peine échancré au milieu
de son bord postérieur et totalement ourlé de bistre ; une ligne médiane de même couleur
876
MICHEL BOULAHD
séparant deux plages ellipsoïdes beiges. Urite IX se prolongeant par un éperon caudaloïde
en large triangle ; processus pygophoriens à peine visibles de profil. Urite X produisant
des lobes antérieurs arrondis, caractérisés à l’apex par une quinzaine de forts chètes implan¬
tés principalement sur la face interne. Lobes postérieurs larges et courts, non jointifs et
terminés par des crochets relativement forts, bifurquant vers l’extérieur, chacun portant
2 à 3 chètes (fig. 3).
Organe copulateur
L'édéage du $ adouma étudié comprend (fig. 4) : une endothèque, double tube mem¬
braneux (en) s’ouvrant par un large gonopore (go), une vésica (v) émanant en position
latérale droite de la paroi externe de l’endothèque et se présentant sous la forme d’une
corne molle mais turgescente et courbée vers l’avant, une cornu (eu) conique couverte
de fines spinules orientées vers l’apex. Un note enfin la présence sur la face supérieure de
la vésica, à la base du coude, d’une petite plage de minuscules cornuti (ci). Une structure
comparable se retrouve chez d’autres Platypleures (sensu stricto) pour lesquelles j’ai pu
observer l’édéage dévaginé ; mais je n’ai pu m’assurer qu’il en est réellement de même
chez P. stridula, l’espèce-type du genre, n’ayant pas à ma disposition de matériel frais
ou fixé.
Platypleura crampeli n. sp.
Cette Platypleure nouvelle réunit des caractères présentés les uns par l'espèce ombro-
phile voisine P. adouma D. (longueur souvent très grande du rostre ; morphologie globale
des genitalia), les autres par l’espèce sud-africaine P. divisa Germar (double fascie prono-
tale très marquée, faible contraste des coloris homélytraux, topographie picturale des ailes
postérieures) ; sa taille est à peu de chose près celle des deux Platypleures voisines (fig. 5
et 6).
Elle est dédiée à la mémoire de Paul Crampel tombé dans une embuscade le 9 avril
1891 près de Ndéllé, au cours d’une mission d’exploration dans le nord du territoire.
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES
877
Description
Tête fondamentalement vert ocré, à peine moins large que le mésonotum à la base.
Yeux assez saillants, brun sombre ; ocelles rubis, l’antérieur étant plus gros que les deux
autres. Deux bandes noires symétriques, partant chacune de l’un des angles postéro-exter-
nes du vertex, soulignent les yeux jusqu’au niveau des arcades antennaires où elles s’inflé¬
chissent pour se rejoindre sur le triangle ocellaire qu’elles colorent en entier. Postclypéus
brun, sa partie dorsale occupée par une tache vert clair (ou jaune) en arc de cercle dont la
corde serait la suture épistomale, et son apex par deux macules circulaires de teinte iden¬
tique. Antéclypéus brunâtre, de même que les joues, et recouvert comme elles d’une pubes¬
cence grise. Rostre vert ocré mais bistre à la pointe, en général extrêmement long, atteignant
souvent la plaque antégénitale (ou sternite VII) pour le mâle et dépassant d’un peu l’ovi-
Fig. 5-8. — Platypleura crampeli n. sp. : 5, paratype cj en vue dorsale ; 6, prise de nourriture par une femelle,
les pattes antérieures décramponnées pour mieux positionner le long rostre et enfoncer les stylets ;
7, holotype (J, segment génital X en vue postérieure ; 8, apex de l'organe copulateur.
878
MICHEL BOULARD
valvula chez la femelle, l’article distal étant deux fois plus grand que le basal. Arcades
antennaires jaune-vert, scapes et pédicelles bistre, les premiers couronnés d’ocre ; fouets
beiges, annelés subterminalement de brun.
Thorax : aire pronotale interne traversée par deux bandes noires parasagittales et
parallèles mais s’anastomosant à l’avant puis à l’arrière. Sillons endophragmiques noirs
également, une fascie de même couleur et en forme de virgule entre le milieu des antérieurs
et la base des postérieurs. Aire externe assez étroite, sa longueur étant à peine le quart de
l’aire interne ; paranota courts et arrondis. Mésonotum présentant la maculature habituelle
avec en plus cependant un demi-anneau noir à la partie subterminale de chacune des bran¬
ches scutomales de l’élévation cruciforme. Opercules courts, larges, en demi-cercles presque
jointifs.
Ailes : coloris faiblement contrastés sur les homélytres ; une tache rectangulaire blan¬
che au milieu de la première cellule ulnaire et aire apicale entièrement colorée de brun plus
ou moins intense disposé en barbule de plume le long des nervures ; en général, une rangée
de points bistre subapicaux. Ailes métathoraciques oere-jaune bordé d’une grande fascie
marron ayant un peu la forme d’un point d’interrogation : les deux dernières cellules ter¬
minales sont colorées, de même que l'apex de toutes les autres et le limbus, excepté sa
moitié cubitale externe. Vannus entièrement ocre-jaune, le centre quelquefois embruni.
Pattes : toutes brun clair, plus sombre à bistre sur les tibias antérieurs et l’extrémité
des tarses. Carène fémorale accentuée vers l’apex par deux dents triangulaires noires.
Abdomen : tergites bistre sauf au niveau du triangle interalaire et, chez le mâle, des
cymbacalyptes ocre ; le huitième recouvert d’une pruinosité cireuse très blanche. Sternite
brun clair, une fine bande bistre médio-longitudinale.
Genitalia mâles : hypandrium entièrement ocre-vert, le bord postérieur à peine échan-
cré. Urite IX se prolongeant en un large éperon caudaloïde ; processus pygophoriens encore
visible de profil. Urite X avec des lobes très semblables à ceux de P. adouma mais l’apex
des antérieurs garni seulement d’une dizaine de chètes espacés ; lobes postérieurs se rejoi¬
gnant avant de bifurquer (fig. 7).
L’organe copulateur de l’holotype se présente comme l’indique la figure 8. L’endo-
thèque apparaît plus grêle, de même que la vésica qui ici la prolonge et se termine par une
cornu moins importante que chez adouma, mais pareillement spinulée. Une petite plage
de cornuti, plus allongée, se remarque du côté droit sur la base de la vésica.
Dimensions des spécimens-types : longueur totale : 34,5 ; longueur du corps G '■ 22, $ : 23,5 ;
envergure £ : 66, $ : 68,5 ; largeur de la tête : 9 ; distance entre les bords extrêmes des paranota :
11,5 ; largeur du mésonotum à la base : 9.
Matériel-type : Holotype G et paratype Ç : Fort Crampel, 23. II 1.1969 ; allotype Ç : Laye,
29.IV.1967 ; deux paratypes $ et un paratype Ç : Dekoa-Fort Crampel, 22.III.1969; paratype
cj : Bouar, 2.1.1970 ; M. B. réc. ; Muséum national d’Histoire Naturelle (Entomologie), Paris.
Notes biologiques
L’espèce se rencontre dans les savanes de lisière et postforestières mais elle y paraît
rare et semble plus commune dans les étendues boisées du nord. Deux plantes-hôtes ont
été relevées : Terminalia glaucescens (Combrétacées) et Elaeis guineensis (Palmacées).
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES
879
La longueur insolite du rostre, qui caractérise nombre d'individus et particulièrement
les femelles, oblige ces Platypleures à certaines acrobaties pour se nourrir : au moment des
prises de sève en effet, elles doivent se grandir au maximum sur les pattes moyennes et
postérieures, allant même jusqu’à décramponner les antérieures, de façon à éloigner autant
que possible la tête de la branchette nutricière et à pouvoir amener l’apex du rostre dans
la position convenable à l’insinuation des stylets buccaux. C’est ce que montre la photo¬
graphie (fig. 6) d’une femelle rapportée vivante de Laye et mise en élevage à Boulcoko.
2. Genre IOBA Distant, 1904
(Espèce-type I. leopnrdina Dist.)
Genre réunissant de grandes Cigales au corps massif et principalement caractérisées
par la largeur de la tête, plus importante que celle du mésonotum et par les fortes dimen¬
sions des expansions paranotales dont les pointes dépassent le milieu de la cellule basale
des homélytres étalés.
Représenté en RCA par une seule espèce.
loba limbaticollis (Stâl, 1863)
Oxypleura limbala Walker, 1958a : 2.
Platypleura limbaticollis Stâl, 1863c : 571.
loba limbaticollis, Distant 1906 j : 4.
L’une des plus grandes Cigales et probablement la plus répandue dans les savanes
postforestières et arborées, les forêts sèches du Centrafrique, au moins de février à avril.
Les premières descriptions de cette Cigale, qu’elles soient dues à Walker ou à Stâl, étant
trop générales ou sommaires, ont souvent conduit à la confondre avec /. horizontalis Karsch,
d’Angola et du Zaïre, et avec /. leopardina Distant d’Afrique orientale (cf. Villiers, 1952).
Aussi apparaît-il nécessaire de lui donner une diagnose précise faisant connaître les couleurs
de l’Insecte vivant et la morphologie des pièces génitales et Ç. J’ajouterai la première
description de la larve au dernier stade.
Habitus des adultes
(Fig. 17 et 18)
Tête, vue de dessus, en cône ohtus mais tronqué au sommet et à base nettement plus
large que le mésonotum ; fondamentalement vert-jaune marbré de noir. Yeux vert clair
moucheté de brun, peu saillants, ellipsoïdaux. Ocelles à reflets rougeâtres, le frontal légè¬
rement plus gros que les deux autres. Postclypéus rouge avec un large sillon médian noir ;
antéclypéus et joues bistre, recouverts d’une pilosité dense et argentée ; rostre à trois seg¬
ments visibles : le premier court et vert, le deuxième légèrement plus long, vert-jaune,
et le troisième, encore plus long, bistre, portant l’apex au niveau des trochanters postérieurs.
Antennes presque noires sauf leur quart apical jaune.
Thorax : pronotum de grandes dimensions, vert avec de courts poils dorés ; aire interne
880
MICHEL EOULARD
deux fois plus longue que la tête, profondément sillonnée par les replis endophragmiques
et présentant deux petits points noirs sur son bord postérieur, de part et d’autre du plan
sagittal. Aire externe aussi longue que la tête, striée très superficiellement dans le sens
transversal et conduisant à des paranota extrêmement développés, en triangles aigus,
verts quoique largement ourlés de noir. Mésonotum rouge sombre barré médio-longitudi-
nalement de noir, recouvert d’une fine pubescence dorée chez les exemplaires venant de
muer. Cette pubescence disparaît assez rapidement de la surface bombée du mésonotum,
ne persistant plus qu’entre les branches de l’élévation cruciforme.
Homélytres étroits, mi-opaques, mi-enfumés. L’aire anténodale presque entièrement
colorée, d’abord de bistre jusqu’à une ligne allant de l’angle interne de la cellule radiale
à la moitié du clavus, puis de vert opalescent, couleur se limitant un peu avant le pli nodal
et laissant le tiers externe de la cellule radiale transparent. Nervules bordées de part et
d’autre de bistre, deux rangées de taches punctiformes et de même couleur sur toutes les
nervures apicales, la première exceptée. Macules brunes plus ou moins denses sur les angles
des première et deuxième aréoles ulnaires. Aire apicale et limbus totalement translucides.
Nervation brun rougeâtre.
Ailes postérieures presque entièrement colorées, brun très sombre sur l’aire basale,
plus clair sur l'aire apicale (où les cellules, la sixième surtout, peuvent n’être que seulement
ocrées en leur centre) et la partie costale du limbus ; le reste de celui-ci, hyalin.
Pattes rougeâtres ; les fémurs antérieurs peu renflés, leur carène noire, armée de trois
épines : une proximale et deux distales, l’avant-dernière triangulaire.
Opercules se chevauchant largement, le droit sur le gauche généralement.
Abdomen cerclé alternativement de noir et de vert, protège-timbales ou cymbacalytes
bien développés et fermant complètement les chambres sonores cymbaliques.
Génitalia femelles : les voies génitales ectodermiques (fig. 9) présentent une confor¬
mation générale fort voisine de celles de I . leopardina (cf. M. Boulard, 1965). Huitième
sternite (s) encore parfaitement identifiable, incurvé, invaginé et séparant les voies d’accou¬
plement (va) et de ponte (vp) ; carrefour génital (cg) important, à paroi tourmentée avec
plateau oviductal (plo) en position latérale droite ; oviducte commun un peu plus long
que chez l’espèce-type, notamment dans sa portion distale (t2), ampoule séminale (As)
en place habituelle à la suite de la portion proximale (tl) de l’oviducte commun (ici non
intumescente ce qui indique que la femelle disséquée n’avait pas été fécondée) ; pera sper-
madelens ou poche à excédent de sperme, globuleuse (Ps). Yestibulum large et profond,
ovivalvula très faiblement échancrée, deux fascies brunâtres longeant de part et d’autre
la bande médiane verte. Tarière particulièrement robuste, longue et lancéolée, présentant
des serratules à 19 denticules (fig. 10).
Génitalia mâles : bord postérieur de la plaque sous-génitale bifestonné. Urite IX ou
pygophore relativement très allongé, avec un éperon caudaloïde assez prononcé ; processus
pygophoriens rudimentaires, non visibles de profil (fig. 11). Urite X composant un uncus
courbe à deux digitations moins longues et divergeant plus tôt que chez I. leopardina ;
l’apex extrême de ces digitations un peu plus sclérifié que l’ensemble (fig. 12). Édéage long
et tubulaire, apparemment dépourvu de spiculé.
Dimensions, prises à titre indicatif sur un $ : longueur du corps : 31 ; longueur totale, ailes
au repos : 47,5 ; envergure : 93 ; largeur de la tête, yeux compris : 13,5 ; distance entre les pointes
paranotales : 22 ; largeur du mésonotum à la base : 11,2.
0
2
droit ; 10, serratule
te X) en vue posté-
882
MICHEL BOULARD
Habitus de la larve au dernier stade
Immature : grosse larve de couleur crème, y compris les yeux, annelée d’ocre-rouge
au niveau du bord postérieur de chacun des tergites. Antennes à neuf articles, les deux
derniers minuscules. Stigmacalyptes de grandes dimensions (comparables à ceux de Muansa
et des Ugada), sternites et pleures méso- et méta-thoraciques recouverts d’un épais tomen-
tum cireux.
Fig. 13-16. — loba limbaticollis (Stâl), larve pré-imaginale : principales caractéristiques des pattes. 13,
patte fouisseuse droite ; 14, scie fémorale ; 15 et 16, crampons tibiaux des pattes intermédiaires et
postérieures.
Pattes fouisseuses puissantes et très velues (fîg. 13), scie fémorale à cinq dents prin¬
cipales coniques ou subconiques et une dent apicale large et plate (fig. 14). Croc DI forte¬
ment prononcé et pointu, mais croc D2 court et mousse ; espace D1-D2 occupé par une
corbeille de chètes très nombreux et serrés. Pioche tibiale à deux pics inégaux, lame tibiale
très courte.
Pattes intermédiaires, ou pattes béquilles, armées de cinq crampons tibiaux (fig. 15) ;
les pattes postérieures en présentant sept ou huit : deux ou trois petits s’intercalant entre
les cinq plus gros (fig. 16).
Fig. 17-21. — Sur la bionomie de loba limbaticollis (Stâl) : 17, habitus de l’insecte et topographie de ses
ailes ; 18, deux imagos se nourrissant sur le tronc d’un Combretum (M’Bouma, février 1969) ; 19, atti¬
tude du mâle en train de chanter (bambousaie de Matakil, mars 1968) ; 20, mise à jour d’une larve
préimaginale (lt, logette terminale sèche avec : r, racine nutricière, pe, puits d’émergence) ; 21, logette
terminale remplie de liquide (cas paraissant exceptionnel, voir tabl. I (en haut à gauche, base du puits
d’émergence) (M’Bouma, février 1970).
884
MICHEL BOULARD
Nymphoïde : larve brun clair mêlé de vert, yeux d’abord roses puis rouge de plus en
plus sombre jusqu’à noir, au fur et à mesure que se prépare la métamorphose.
Notes biologiques
En RCA, l’habitat de loba limbaticollis commence dès la lisière nord de la forêt dense
humide. L’espèce est abondante et nous l’avons rencontrée souvent en grand nombre
dans toutes les savanes visitées y compris celles du parc national de Saint Floris et il est
fort probable qu’elle existe plus haut encore, tant que le climat permet les savanes arbus-
tives ou les savanes-parcs.
Dans les savanes postforestières, bien arborées, de Bokoma-M’Bouma et de Bayama-
Gadzi, les premiers adultes font leur apparition fin janvier, soit deux mois environ après
le début de la saison sèche et les populations se maintiennent jusqu’en juin, c’est-à-dire
un bon mois avant l’arrivée des pluies. Ils se tiennent, toujours tête en haut, sur les troncs
(fig. 18), les branches ou les rameaux, jamais sur les feuilles. Ce sont des Cigales très agiles
et au vol rapide, particularité que l’on peut mettre en relation avec l’étroitesse de leurs
ailes bien que celles-ci ne soient pas plus longues que d’ordinaire. Les mâles font entendre
une stridulation fort puissante, à fréquence rapide et à strophes extrêmement longues
dépassant souvent la demi-heure ; c’est une sorte de sifflement égal en hauteur comme
en intensité pendant pratiquement toute la durée de la strophe, ne diminuant que d’un
peu vers la fin, pour s’arrêter ou quelquefois reprendre. Pour émettre cette stridulation,
l’Insecte adopte une posture particulière : les ailes étant abaissées sur les côtés, l’abdomen
alors dégagé, est allongé et relevé dans ses premiers segments puis courbé en arc de cercle,
l’apex vers le substrat (fig. 19). On entend les mâles «siffler» ainsi de 8h 30-9 h du matin par
beau temps, jusqu’au soir où ils cessent brusquement et, de façon assez étonnante, tous
ensemble, peu après l’installation complète de la nuit (Bokoma-M’Bouma, février 1969-1970 ;
Baminguin-Bangoran, fin mars 1969). Un accouplement en angle aigu observé sur Hymeno-
cardia acida a duré 52 minutes (Laye, 28.II 1.1969, fin de matinée).
Très polyphage, loba limbaticollis a été rencontrée sur une vingtaine d’arbres ou arbus¬
tes autres que l’Euphorbiacée précédente et sur le Bambou d’Abyssinie ; il semble bien que
la sève de la plupart des essences croissant en savanes convienne à son alimentation; cepen¬
dant elle a été remarquée plus fréquemment sur Daniella olivieri (Rolfe), Albizzia ealaensis
De Wild. et A. zygia Mcb., Erythrina abyssinica Lam., Burkea africana Hook., Bauhinia
thonningii Schum. et Isoberlinia doka Graib et Stapf (Légumineuses) ; Lophira alata Banks
(Ochnacées) ; Anogeissus leiocarpus Guill. et Perr., Terrninalia laxiflora Engler, T. glau-
cescens Planch., T. macroptera Guill. et Perr. et Combretum sp. (Combretacées) ; Hyme-
nocardia acida Tül. et Bridelia ferruginea Bth. (Euphorbiacées) ; Annona senegalensis
Pers. (Annonacées) ; Lannea sp. (Anacardiacée) ; Sarcocephalus esculentus Afz (Rubiacée) ;
Grewia mollis Juss. (Tiliacée) ; Oxytenanthera abyssinica Munro (Graminée).
En janvier et février 1970, nous avons pu nous rendre à plusieurs reprises dans la grande
savane arborée de la région de Boda, précisément entre les villages Bokoma et M’Bouma où
loba limbaticollis se rencontre en grand nombre pendant la saison sèche. Des larves ont été
trouvées sous des arbres divers là aussi, ce qui indique que, comme les adultes, les larves
sont douées d’une polychylotrophie élevée, et le plus souvent sur ou aux flancs de termi-
Tableau I. — Élevage des larves de loba limbaticollis (Stâl).
Cages
Dates de récolte
savane de
M'Bouma
Traces de
« p ré ouver¬
ture »
Profon¬
deur
(en cm)
État du fond du terrier
Phase du dernier stade
4
21.1.1970
oui
50
humide
a
nymphoïde
5 a
3.II.
non
25
boueux
a
—
5 b
3.II.
—
26
boueux
a
—•
6
21.1.
—
52
presque boueux
a
immature
8
17.11.
—
40
humide
a
nymphoïde
9
21.1.
oui
44
sec
9
10
21.1.
50
très légèrement humide
?
immature
13
3. II.
non
25
presque boueux
?
nymphoïde
14
21.1.
oui
40
humide
c?
nymphoïde (phot.)
21
2.II.
non
23
boueux
9
immature
23
21.1.
—
légèrement humide
9
immature
24
21.1.
oui
65
presque boueux
a
nymphoïde
25
21.1.
—
60
humide
a
nymphoïde
27
3.II.
non
42
légèrement humide
9
nymphoïde
28
3.II.
—
51
sec
a
—
29
3. II.
oui
28
remplie de liquide
9
(phot.
30 a
11 . 11 .
non
20
boueux
a
_
30 b
11 . 11 .
—
40
—
a
—
31
3. II.
_
25
humide
9
—
co
CO
in
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES
Tableau I ( suite ).
Cages
Couleur des yeux
Plantes immédiates
date
Mue imaginale
durée
4
5 a
5 b
6
8
brun foncé
bistre
brun
crème
rouge clair
Bridelia ferruginea
Albizia sp.
Daniella olivieri
Bridelia ferruginea
Erythrina sp.
Albizia sp.
3.11.1970
13.11.
5.111.
1.111.
1 h 25
1 h 32 (phot.)
9
10
rouge très clair
blanchâtre
Bridelia ferruginea
morte le 18.11.
8.III.70, ailes mal développées.
13
brun
Annona arenaria
22.11. thorax bien ouvert mais n’a
pu sortir sa tête — morte le 23.
14
rouge très clair
Bridelia ferruginea
21
blanc
Annona arenaria
« Pokagamba »
15.III.
1 h 25
23
blanc
Lophira alata
Bridelia ferruginea
18. III.
24
25
brun
brun
Hymenocardia acida
Ficus sp.
Hymenocardia acida
16. III.
morte le 6.III.
1 h 30
27
28
29
brun sombre
bistre
rose
Albizia sp.
Annona arenaria
16.11.70
12.11.
10.III.
1 h 38
1 h 37
30 a
30 b
bistre
brun
Lophira alata
Bridelia ferruginea
Albizia sp.
26.11.
28.11.
1 h 18 (phot.)
31
brun sombre
Annona arenaria
Bridelia ferruginea
13. III.
1 h 40
886 MICHEL BOULARD
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES
887
tières relativement importantes ou d’autres plus petites respectivement appelées « Nzélé »
et « Balo » par les gens de Bokoma. Les terriers se trouvaient entre 23 et 65 cm de profondeur
(fig. 20) ; la plupart avaient leur fond humide ou boueux, deux ont été trouvés entièrement
secs et un autre, tout proche de l’un des précédents et mis à jour en même temps, se termi¬
nait par une logette horizontale remplie de liquide et dans laquelle la larve se tenait (fig. 21).
Toutes les larves rencontrées étaient au dernier stade et beaucoup entrées dans leur phase
nymphoïde, préimaginale (cf. tabl. I). Vers la fin de cette phase ultime dont la durée peut
varier entre six, huit ou même neuf semaines, au moins en élevage, l’Insecte élimine pro¬
gressivement les derniers centimètres de sol qui le séparent de la surface. Il lui arrive par¬
fois de percer celle-ci avant d’être totalement prêt à se métamorphoser ; il rebouche alors
l’ouverture prématurée avec de la boue rapportée du fond et laisse ainsi sur le terrain de
petites traces circidaires... dont nous avons tiré bénéfices. Ce fait n’a pas été vérifié dans
les élevages, les larves nymphoïdes observées ayant tou jours quitté leur terrier peu après
la première ouverture.
Les sorties définitives ont eu lieu entre 16 h 15 et 18 h 30 mais les métamorphoses
se sont effectuées dans les toutes premières heures de la nuit selon un processus invariable
et des durées assez égales. Après que l’Insecte se soit solidement cramponné à un support
aérien, tronc, branchette ou feuille, un temps de latence plus ou moins élevé s’écoule, pen¬
dant lequel on n’observe que de rares mouvements des pattes antérieures « pour nettoyer »
les antennes ou le dessus de la tête et des contractions thoraciques sous la peau larvaire,
jusqu’à la rupture de la ligne ecdysiale mésonotale. La loba naissante a une couleur géné¬
rale ocre-vert mais ses yeux sont étonnamment noirs et brillants. Le processus complet
de la mue imaginale proprement dite, c’est-à-dire de la fente du thorax au repliement des
ailes dans leur position normale de repos, en toit au-dessus de l’abdomen (position stégop-
tère), s’est déroulé en 1 h 18 mn pour la plus rapide et 1 h 40 mn pour la plus longue. Cepen¬
dant la livrée propre à l’espèce ne sera atteinte qu’environ 2 à 3 h plus tard et le reste de
la nuit est mis à profit pour achever le séchage, le durcissement et la pigmentation de la
cuticule, l’éclaircissement des yeux. L’envol, enfin, n’aura lieu qu’au début des heures,
chaudes de la matinée suivante. Le tableau II donne la chronologie des principaux instants
de la mue imaginale d’une loba limbaticollis femelle dont la larve fut déterrée à l’état nym¬
phoïde et mise en élevage (cage 5b) selon la méthode que j’avais déjà utilisée pour l’espèce
française Cidada orni L. On pourra en comparer le déroulement avec celui de la métamor¬
phose d’un mâle (cage 30a) (fig. 22-30) ; les différences observées dans les intervalles de
temps séparant les principales étapes sont strictement individuelles et sans rapport avec
les sexes.
Tableau IL
5.111.1970
17 h 20 : ouverture totale du terrier ;
18 h 30 : l’Insecte sort et se met en quête d’un support vertical ;
18 h 42 : il s’immobilise au sommet d’un rameau sec et cassé qu’on avait piqué dans le sol de la
cage ;
19 h 08 : ouverture du thorax le long de la ligne ecdysiale ;
19 h 17 : mouvements pour dégager la tête ; ■
19 h 21 : yeux entièrement visibles, très noirs ;
20 h 42
21 h 11
6^ 30
Fig. 22-30.
— Principales étapes de
(cage 30a, La
la métamorphose d’une loba limbalicollis mâle
Maboké 26-27.11.1970).
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES
889
19 h
19 h
19 h
19 h
19 h
19 h
20 h
20 h
20 h
20 h
20 h
22 h
9 h
29 : tête totalement dégagée ;
34 : thorax et ailes également ;
35 : pattes antérieures complètement sorties ;
39 : pattes intermédiaires complètement sorties ;
41 : pattes postérieures complètement sorties ;
46 : corps totalement renversé, suspendu par l’apex de l’abdomen ;
02 : la Cigale se redresse lentement et réussit à s’agripper à l’exuvie ;
04 : l’abdomen est dégagé, il s’agit d’une femelle ; accélération du dépliement des ailes ;
23 : ailes droites entièrement étendues ;
30 : ailes gauches entièrement étendues ; l’Insecte, qui ne se tient plus qu’avec les pattes
antérieures, garde ses quatre ailes écartées ;
40 : la jeune loba s’est accomplie, elles rabat ses ailes en toit et s’agriffe à l’exuvie avec ses
six pattes ;
35 : la pigmentation spécifique est pratiquement achevée, les yeux sont devenus vert clair
moucheté de brun.
6.III.1970
52 : envol.
Les imagos obtenus d’élevage mis à part, nous avons limité notre collection à une
centaine d’exemplaires « sauvages » au sujet desquels je crois intéressant de rapporter une
méthode particulière de capture. Les adultes n’étant pas attirés par la lumière du piège,
même quand les lampes (une IIPR 125 Phillips et une Mazda Mixa 250) ne se trouvaient
qu’à quelques pas d’eux, la collection a donc été constituée d’abord par chasse routinière,
au filet, puis en utilisant le système mis au point par les Boffis. Les Boffis constituent un
très petit groupe ethnique habitant les savanes du Centre-Est dont celle de Boda ; ils con¬
somment les I. limbaticollis 1 ■— que, comme les Issongos, ils appellent « Bézé » (nom général
donné à toute Cigale) — grillées ou en sauces ; pour les capturer, ils se servent d’une perche
longue de 5 à 6 m, se terminant par un scion à l’extrémité duquel ils collent une boulette
de graisse. Une Cigale étant repérée, le chasseur s’en approche lentement, jusqu’à la toucher
avec la graisse, de préférence sur les ailes ou le thorax : l’Insecte alors englué est incapable
de prendre vol et tombe au sol. Cette méthode astucieuse et très efficace (il est rare que
l’on manque le but, les loba n’étant nullement effrayées par l’approche du scion) présente
cependant l’inconvénient, grave pour des spécimens destinés aux collections, de souiller
irrémédiablement les ailes et le dessus du corps.
Répartition géographique
Domaine sénégalo-nilotique de la Dorsale guinéenne aux Montagnes éthiopiennes, à
l’exclusion peut-être de la zone à épineux. En RCA, nombreux exemplaires et $, larves
et exuvies récoltés dans les savanes de M’Bouma-Bokoma, de Bayama-Gadzi, de Laye
(entre Bangui et Damara), de la Réserve du Koukourou, du Parc national du Bamingui-
Bangoran, de la région de Ndéllé et du Parc national de Saint Floris, dans la bambousaie
de Matakil-Toulou ; janvier à mai, 1967-1970, M. B. réc. La collection du Muséum comprend
en outre une $ : région du Bahr-el-Ghazal, 1912, Dr R. Gaillard réc.
1. De même que les Ugada ni grofasciata Dist. étudiées plus loin.
890
MICHEL BOULARD
3. Genre AFZELIADA Boulard, 1972
(Espèce-type : A. afzelii (Stâl))
Afzeliada balachowskyi n. sp.
Belle afzeliade de taille moyenne, voisine de A. hyaloptera Stâl et de A. hyalina Dist.
de l’Ouest africain, de A. duplex Dlab. et de A. circurnscripta Jac. d’Afrique sud-centrale
et orientale. Elle est dédiée respectueusement au Pr A. S. Balachowsky, Membre de l’Ins¬
titut, qui a bien voulu m’accueillir dans son laboratoire lors de mon retour de RCA.
Description
Couleurs dominantes : vert et brun ; corps saupoudré d’une pubescence grise à reflets
dorés ; ailes transparentes dans leur plus grande partie (fig. 31 et 32).
Tête en pyramide de faible hauteur et à base un peu plus large que le mésonotum.
Yeux légèrement saillants, verts, marbrés de bistre ; ocelles rubis. Teinte fondamentale
vert ocré ; deux larges fascies noires transversales allant d’œil à œil : l'une au niveau des
ocelles, l’autre au niveau des antennes et en encadrant une troisième, triangulaire, occupant
le frons clypéal et débordant d’un peu de chaque côté sur le dessus de la tête, mais sans
jamais atteindre les yeux. Arcades antennaires cupuliformes ; scape, pédicelle et fouet
totalement noirs. Postclypéus bistre avec une macule apicale jaunâtre puis ocre sur la plus
grande surface ventrale, sillon médian et partie distale noirs. Antéclypéus ocre bordé de
noir. Joues tapissées d’un duvet blanc cireux ménageant une large plage noir intense au
niveau de la suture clypéale. Rostre jaune-vert, bistre à l’apex, relativement court, dépas¬
sant à peine les hanches métathoraciques.
Thorax : aire interne du pronotum bordée latéralement d’un fin liseré noir, valant
en longueur près de trois fois l’aire marginale ; sillons endophragmiques profonds et noirs,
un trait de même couleur reliant presque le milieu de chaque sillon antérieur à la base du
sillon postérieur correspondant. Une fascie médio-longitudinale noire ayant l'aspect d’un
champignon à volve dont le chapeau se trouve près du bord antérieur, et dont le pied vient
s’implanter dans la tache transversale de teinte égale et située à la limite des deux aires
pronotales. Paranota bien prononcés, en triangle isocèle rectangle, ourlés de noir sur les
côtés et légèrement velus. Mésonotum présentant la topographie picturale propre au genre :
deux grandes taches triangulaires latérales, deux macules bordant en feston le pronotum
de part et d’autre de la fascie losangique médio-longitudinale et deux points à l’extrémité
interne des branches antérieures de l’élévation cruciforme. Opercules verts, non ou juste
jointifs (fig. 35).
Homélytres presque totalement hyalins, excepté la cellule basale, le clavus et une étroite
fascie oblique costo-anale : près des deux tiers de la première et le second bistre fondamen¬
talement mais revêtus d’une fine pubescence argentée, la troisième d’un brun plus ou moins
soutenu, obsolète parfois et interrompue par le passage des nervures (fig. 31). Souvent
Fig. 31-36. —Afzeliada balachowskyi n. :
(Bokoma, mars 1969) ; 33, terminal
relative du rostre ; 36, serratule gai
892
MICHEL BOULARD
présence d’une tache diffuse, légère, à l’apex de l’aréole radiale et traces des points anté-
apicaux propres au genre. Nervation d'abord jaune-vert puis brune.
Ailes postérieures entièrement transparentes y compris le champ anal pourtant fai¬
blement enfumé. Nervures radiale et médiane : marron ; cubitale : jaune-vert ; anales :
bistre.
Pattes vertes (ocrées chez les spécimens secs), cette couleur mêlée de brun diffus. Fémurs
antérieurs robustes possédant deux pointes vestigiales sur leur carène ventrale. Tibias
plus sombres à l’apex de même que les tarses.
Abdomen foncièrement vert mais cerclé de noir ou de bistre au niveau de chacun des
urites. Cymbacalyptes des mâles verts ; une bande transversale ocre subbordante.
L’habitus de la femelle est identique à celui des mâles.
Genitalia mâles : proches de ceux de A. circurnscripta Jac. Plaque sous-génitale bistre
bordée de vert, très légèrement festonnée à l’arrière. Urite IX ou pygophore noir, apex
caudaloïde peu prononcé, lobes pygophoriens non visibles de profil (fig. 33). Urite X formant
un uncus courbe et spatulé, bien sclérifié sur sa face dorsale, membraneux sur sa face ven¬
trale, une légère échancrure médiane festonnant la limite distale (fig. 34). Phallus à théca
peu indurée, terminé par un édéage à paroi molle très renflée avec des bourrelets trans¬
versaux et parallèles dans sa partie apico-ventrale ; aucun spiculé ni cornu visibles.
Dimensions respectives de l’holotype G et de l’allotype Ç : longueur du corps : 20,2 et 21,5 ;
longueur totale, ailes normalement repliées au repos : 36 et 36 ; envergure : 70 et 70,5 ; largeur
de la tête : 8,7 et 8,5 ; espace entre les pointes paranotales : 11,5 et 10,5 ; largeur du mésonotum
à la base : 8,5 et 8.
Matériel-types : Holotype allotype Ç, 10 paratypes 10 paratypes $ : Muséum national
d’Histoire naturelle de Paris (Entomologie) ; 1 paratype g et 1 paratype Ç : British Muséum,
Natural History (Entomology).
Répartition géographique et notes biologiques
Afzeliada balachowskyi n. sp. n’a été rencontrée que dans la région de Bokoma-M’Bouma,
en lisière de la galerie forestière de la rivière Loamé où les adultes ne semblent présents
qu’en février et mars. Nombreux exemplaires capturés ou observés sur Hymenocardia
acida et Bridelia ferruginea (Euphorbiacées), Annona senegalensis (Annonacées), Albizzia
sp. et Daniella olivieri (Légumineuses), les Combrétacées Anogeissus leiocarpus et Combre-
tum sp. Un mâle sur Lophira alata (Ochnacée), un autre sur Afzelia africana (L. Césalpi-
niée), une femelle sur Clitandra malosa (Apocynacées).
4. Genre ATTENUELLA Boulard, 1972
Attenuella tigrina (Palisot de Beauvois, 1813, Cicada)
A. attenuata (Distant, 1905â) ; Boulard, 1972 : 1171.
Ugada tigrina (P. de B.) ; Distant, 1906/ : 22.
Cette Cigale, rapportée pour la première fois du « Royaume d’Oware » situé dans le
delta du « Djelaba » ou Niger, a été décrite très sommairement mais figurée par Palisot
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES
893
de Beauvois en 1813 qui la nomma « Cicada ligrina » ou Cigale tigrée (p. 133, pl. XX,
fig. 6). Simplement citée par StÂl (1866a : 262) puis Karsch (1890& : 106), elle n’a pas
été reconnue par Distant : d’une part celui-ci la redécrivit sous le nom de Platypleura
attenuata (1905 h : 554), d’autre part il classa inexplicablement le taxon tigrina dans son
genre Ugada (1906y : 22). Le type de Palisot de Beauvois est malheureusement perdu ;
cependant, et grâce en grande partie au dessin que l’auteur en a laissé, mes recherches
m’ont conduit à conclure que les taxa tigrina et attenuata désignent la même espèce. Enfin,
cette Cigale tigrée présentant un ensemble de caractères particuliers qu’on a jugé propres
à définir le genre Attenuella (M. Boulard, 1972a : 1171), il convient maintenant de l’appe¬
ler Attenuella tigrina (P. de B.) et de lui donner un néotype.
Habitus
Couleur fondamentale vert jaunâtre (ocre chez les exemplaires desséchés), maculée
et annelée de brun foncé respectivement sur l’avant-corps (tête -f- thorax) et l’abdomen.
Paranota très développés, longs et larges, pointus, dont les côtés antérieur (convexe) et
postérieur (faiblement concave) se coupent à angle droit. Homélytres transparents sur toute
leur surface, excepté la cellule basale bistre intense et le clavus marron velouté, coriacé.
Un rectangle noirâtre occupe le bord costal, au niveau de l’aréole radiale ; des taches punc¬
tiformes ou peu allongées sur les nervures apicales et transverses. Ailes hyalines, légèrement
enfumées tout le long du pli vannai. Opercules des mâles relativement très éloignés l’un
de l’autre, rostre rejoignant l’abdomen.
Genitalia $ et Ç in M. Boulard, 1972a : 1172-1173.
Dimensions du néotype (Lamto, Côte d’ivoire, 13.III.1964, M. B. réc) : longueur du corps :
18.5 ; longueur totale, ailes au repos : 35 ; envergure : 66,5 ; largeur de la tête, yeux compris :
7.5 ; distance entre les pointes paranotales : 12 ; largeur du mésonotum à la base : 7,5.
Espèce apparemment très peu fréquente en RCA : trois exemplaires récoltés : 2
23 mars 1967, au nord de Bangui (Km 11, route de Damara) sur Combrétacée ; 1 Ç, 31
mars 1969, parc national de Baminguin-Bangora, au piège lumineux ; M. B. réc.
Répartition géographique
Jusqu’à présent cette espèce, qu’elle ait été nommée tigrina ou attenuata, n’était con¬
nue que du Nigeria. En réalité elle existe au Sénégal, en Guinée, en Côte d’ivoire et jusqu’en
RCA donc, mais où il semble qu’elle atteigne la limite est de son extension. Je dois signaler
ici que cette cigale qui, en RCA, n’a été capturée qu’en savanes arborées ou boisées, se
rencontre aussi dans les forêts denses humides de Côte d’ivoire (Lamto : M. B., Cl. Girard ;
Ziéla : M. Lamotte et coll. ; forêt primaire de Taï : M. Condamin) et au Nigeria (Royaume
d’Oware : Palisot de Beauvois ; Ile Ife, Igbetti : Th. Medler).
894
MICHEL BOULARD
5. Genre STRUMOSELLA Boulard, 1972
[Espèce-type : S. strurnosa (Fabricius)]
Genre riche en RCA des trois espèces qui lui sont connues.
Strumosella strurnosa (Fabricius, 1803)
L’une des premières Cigales d’Afrique tropicale décrite. Très commune dans les savanes
à Lophira alata, Terminalia et Albizzia. Mais S. strurnosa suce aussi la sève des Cassias
indigènes ou importés et c’est elle surtout que les Banguissois entendent striduler sur les
C. siamea de la ville, en mars et avril.
Espèce au corps particulièrement trapu, vert et brun, aux ailes hyalines dans leur plus
grande partie : seuls la base des tegmina et le tiers proximal des postérieures sont opacifiés
respectivement d’ocre velouté et de bistre mat ; nervules soulignées de brun, légères macu¬
les beiges sur les nervures apicales ; limbus alaire très étroit. Paranota importants, anguleux
et ourlés de noir (fig. 37). Chez les mâles, cymbacalyptes très développés, verts avec une
grande tache oblongue, bistre, sur leur moitié antéro-interne ; opercules longs et larges
mais non jointifs, le rostre au repos occupant l'espace inter-operculaire sans en outrepasser
la mi-hauteur.
Genitalia <$ et $ in M. Boulard, 1972a : 1180-1182.
Dimensions indicatives prises sur un mâle : longueur du corps : 20,5 ; longueur totale, ailes
au repos : 36 ; envergure : 70 ; largeur de la tète, yeux compris : 9 ; distance entre les pointes para-
notales : 12,5 ; largeur du mésonotum à la base : 9.
Nombreux exemplaires et $ : savanes arborées de M’Bouma-Bokoma, Bombalé,
Bangui, Kpokpolo ; mars-avril 1968-1970 ; M. B. réc.
Répartition géographique
Moitié sud du Domaine sénégalo-nilotique, probablement dans sa totalité mais nous
ne possédons aucune donnée concernant le Soudan et l’Abyssinie.
Habitus larvaire
Antennes à neuf articles, soies clypéales portefaix assez courtes ; stigmacalyptes très
prononcés, une rangée médio-transversale de poils cireux sur la plupart des sternites.
Pattes fouisseuses particulièrement puissantes : fémurs très enflés et tibias épais (fig.
38). Scie fémorale à huit denticules distincts, la dent antérieure plate et d’ordinaire simple¬
ment festonnée étant ici nettement divisée en trois parties. Croc DI très court et arrondi
au sommet, la dent accessoire à peine individualisée ; croc D2 présentant la conformation
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES
895
Fig. 37 - 38 . — Strumosella strumosa (Fabr.) : 37 , mâle en vue dorsale.
38 , patte fouisseuse droite de la larve au dernier stade.
habituelle mais plus ramassée, deux fortes soies implantées sur la face postérieure de sa
base ; espace DI-D2 court, arqué et occupé par quatre robustes chètes. Pioche tibiale trapue,
lame longue et relativement ondulée, surtout dans sa partie proximale.
Pattes béquilles et postérieures ayant chacune quatre crampons tibiaux, l’externe
environ une fois et demie plus développé que le plus gros des autres.
Strumosella limpida (Karsch, 1.890)
La plus petite espèce du genre. Elle fréquente les mêmes biotopes que la précédente
où cependant elle semble bien moins abondante. De la fin mars au début mai.
Cette Strumoselle a été confondue depuis Kirby (1892 : 96) avec l’espèce contracta
décrite par Walker en .1850. Si les deux Cigales présentent effectivement un aspect géné¬
ral fort voisin, notamment pour ce qui est de la topographie des coloris homélytraux et
alaires, il s’agit en fait de deux espèces bien distinctes que des études approfondies ont
même obligé à classer dans deux genres différents : Strumosella limpida et Afzeliada con¬
tracta. D’autre part, et contrairement à ce que j’ai d’abord pensé en me référant à des exem¬
plaires alors mal déterminés (M. B., 1972a : 1182), elle se distingue aussi de P. ladona
Dist., laquelle prend maintenant place dans le genre Afzeliada.
896
MICHEL BOULARD
Fig. 39-42. — Strumosella limpida (Kars.) : 39, habitus du mâle et topographie des ailes ; 40, prise de nour¬
riture sur Bridelia ferruginea (Laye 1.IV.1967) ; 41, voies génitales ectodermiques Ç vues de profil
droit (va, voie d’accouplement ; Vp, voie de ponte) ; 42, deuxième segment génital £ en vue posté¬
rieure.
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES
897
L’habitus est très voisin de celui de l’espèce-type mais, outre la taille nettement infé¬
rieure, les principales différences tiennent dans les paranota à la fois moins étendus et plus
aigus, le clavus dont la moitié distale est hyaline, les opercules des mâles qui le plus souvent
se chevauchent ou, parfois, sont simplement juxtaposés, et le rostre plus court (fig. 39 et
40).
Genitalia femelles : les voies génitales ectodermiques présentent la conformation
générale propre au genre mais avec de nombreuses dispositions spécifiques ainsi que l’indi¬
quent la figure 41. Conduits d’accouplement et de ponte indépendants totalement sur toute
leur longueur, se dressant parallèles entre eux et perpendiculaires au plancher du corps ;
carrefour génital subhorizontal avec un bourrelet entourant d’abord le plateau oviductal
central et légèrement déprimé, puis s’hypertrophiant vers l’arrière en un conduit péral
énorme et contourné, aux parois épaisses et boursouflées, pour déboucher dans une vaste
poche réniforme coiffant l’ensemble des voies. Oviducte commun très court et ampoule
séminale volumineuse. Glande spermathécale relativement grosse. Ovivalvula étroite,
très faiblement échancrée vers l’arrière.
Genitalia mâles : hypandrium légèrement festonné ; urite IX : caudaloïde peu marqué,
processus pygophoriens à peine visibles de profil. Urite X très voisin de S. strumosa mais
lobes antérieurs peu développés et lobes postérieurs formant le tube uncal plus courts (fig.
42).
Dimensions indicatives prises chez un mâle : longueur du corps : 17,5 ; longueur totale, ailes
au repos : 30 ; envergure : 55,5 ; largeur de la tête, yeux compris : 7,8 ; distance entre les pointes
paranotales : 9,5 ; largeur du mésonotum : 7,9.
Répartition géographique
Etant donné la confusion qui a longtemps présidé dans la détermination de cette espèce,
il est difficile de tenir compte, avec toute la rigueur souhaitable, des indications antérieures.
S. limpida a été décrite à l’origine sur un exemplaire provenant de Guinée et il est possible
qu’elle couvre, en partie du moins, la moitié sud du domaine sénégalo-nilotique, mais je
ne l’ai pas retrouvé dans les collections provenant du Sénégal, de Côte d’ivoire et du Nigé-
ria. En RCA : savanes arborées de Laye et de M’Rouma, mars-avril 1967-1969, M. R. réc.
Strumosella truncaticeps (Signoret, 1884)
Espèce la plus grande du genre ; sa morphologie générale la rapproche davantage de
la Strumoselle précédente que de l’espèce-type mais non sa couleur ; elle est caractérisée
par la teinte fondamentale marron foncé de son corps, plus ou moins masquée d’une fine
pubescence grisâtre. Tegmina et ailes transparentes, hormis leur partie basale où s’étale
une bande brune ayant en gros la largeur de la cellule de base homélytrale que, d’ailleurs,
elle englobe tout en étant plus dense, bistre, sur sa surface ; tiers distal du clavus hyalin ;
bord costal des tegmina armé de nombreuses petites épines ; nervation d’abord jaunâtre
sur l’aire anténodale puis devenant plus sombre vers l’extrémité. Nervure ambiante des
ailes postérieures très colorée, limbus étroit. Moitié dorsale des cymbalalyptes chez les mâles
898
MICHEL BOULARD
Fig. 43-47. —• Strumosella truncaticeps (Sign.) : 43, habitus du cf ; 44, voies génitales ectodermiques Ç vues
de profil droit ; 45, terminalia $ vus de profil gauche ; 46, deuxième segment génital c? en vue arrière ;
47, apex de l’organe copulateur rf.
bistre, moitié ventrale beige (fig. 43). Opercules non jointifs, larges et ocrés, le rostre arri¬
vant au niveau de leur bord postérieur.
Genitalia femelles : voies génitales ectodermiques d’accouplement et de ponte totale¬
ment séparées et nettement plus éloignées l’une de l’autre que chez les deux espèces précé¬
dentes. Carrefour génital avec plateau oviductal central déprimé en entonnoir et conduit
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES
899
péral émanant de la partie postérieure gauche ; démesuré, ce dernier est dirigé d’abord
vers le bas en une partie courte à parois très épaisses et lisses, puis vers le haut en une partie
longue à parois très fines et plissées. Oviducte commun à portion proximale plus importante
que d’ordinaire ; ampoule séminale globuleuse (fig. 44).
Genitalia mâles : plaque sous-génitale non festonnée sur son bord postérieur, une ligne
médio-longitudinale bistre. Urite IX : éperon caudaloïde peu prononcé, à base très large ;
processus pygophoriens peu visibles de profil (fig. 45). Urite X très semblable à celui des
deux autres espèces, le tube uncal un peu plus étroit. Théca du phallus fortement scléri-
fiée ; l’édéage, dévaginé autant que possible, présentant la disposition particulière montrée
figure 46. Subterminalement, à la face postérieure de l’endothèque, naît un diverticule
charnu terminé par un cône garni de spinules qui me paraît l’homologue d’une conjonctiva ;
prolongeant l’édéage au-delà du gonopore, une languette, également charnue et terminée
elle aussi par une pointe pluri-spinulée, semble être la vésica. A l’intérieur de Fendosome
et juste au niveau de la conjonctiva se trouve une pièce très sclérifiée, conique mais mousse
à l’apex, lisse, qui correspond peut-être à la cornu (fig. 47).
Dimensions prises chez un mâle ; longueur du corps : 25,5 ; longueur totale, ailes au repos :
37 ; envergure : 73 ; largeur de la tête : 10 ; distance entre les pointes paranotales : 11,8 ; largeur
du mésonotum à la base : 9,6.
Notes biologiques et répartition géographique
En République Centrafricaine, je n’ai eu l’occasion de rencontrer Strumosella trun-
caticeps que dans les bambousaies du Nord, traversées par la piste Ndellé-Tiroungoulou,
et principalement dans celle proche des chutes de Matakil. Les Oxytenanthera abyssinica
constituent de grandes touffes assez denses auxquelles se mêlent quelques arbres, des Com-
brétacées principalement. Lors de notre rapide passage, en mars 1969, nous n’avons observé
des S. truncaticeps que sur les cannes, qu’elles suçaient et où les mâles stridulaient en adop¬
tant la posture ailes abaissées déjà décrite pour les loba. Cependant, il ne semble pas que
l’espèce soit inféodée aux grandes Graminées, mais qu’elle soit polychylotrophe elle aussi,
comme paraît l’attester la capture d’une femelle en avril 1970 par piégeage lumineux près
de la rivière Vakaga où nous étions très loin des Bambous, ainsi que diverses données que
j’ai pu recueillir sur S. truncaticeps dans d’autres pays.
S’agissant de la place géographique occupée par cette Strumoselle, on ne possédait
jusqu’ici que deux indications : Metemma (poste frontière entre le Soudan et l’Ethiopie)
d’où provient le type décrit par Signoret, et le Nigéria, mentionné par Distant sans autre
précision. En fait, l’aire de répartition de S. truncaticeps est immense et couvre la moitié
nord du domaine Sénégalo-nilotique : je l’ai retrouvé dans les collections réalisées au Séné¬
gal par l’IFAN, en Côte d’ivoire par l’ORSTOM et l’École Normale de Paris, et en Haute-
Volta par mon camarade J. Léger qui l’a capturée dans la région de Kamboinsé sur Karité,
Combretum et dans les plantations A'Eucalyptus albans.
900
MICHEL BOULARD
6. Genre SOUDANIELLA Boulard, 1972
(Espèce-type : S. laticeps Karsch)
Soudaniella melania (Distant, 1904)
De taille moyenne pour une Cigale, S. melania est cependant la plus grande des deux
espèces de ce genre existant en République Centrafricaine. La figure 52 montre l’habitus
propre à la forme nominative décrite par Distant à partir d’un exemplaire femelle origi¬
naire du Nigéria.
Genitalia femelles : voie d’accouplement large et allongée, à paroi parcourue de nom¬
breux bourrelets longitudinaux, remontant très haut sur la gauche du carrefour génital
asymétrique et menant par un conduit péral contourné à une vaste pera spermadelens
réniforme. Plateau oviductal exigu, sur la droite du carrefour génital et donnant accès
49, voies génitales ectodermiques ? vues de face ; 50, serratule droite de la tarière en vue ventrale.
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES
901
dans la voie de ponte relativement longue et de large diamètre (fig. 49). Autres caractères
comme chez l’espèce-type (ci. M. Boularü, 1972a : 1173). Serralules de la tarière trapues
(fig. 50).
Genitalia mâles : hypandrium très légèrement festonné à l’arrière. Urite IX : éperon
caudaloïde peu prononcé, processus pygophoriens rudimentaires assez peu visibles de profil.
Urite X : lobes antérieurs très développés, un peu comme chez S. laticeps mais plus larges
et moins digitiformes. Lobes postérieurs composant un uncus tubulaire relativement allongé,
d’abord conique puis cylindrique (fig. 48). Phallus : théca sclérotisée presque jusqu’à l’extré¬
mité phallotrémique où deux petites plages membraneuses latéro-dorsales et en triangle
allongé y délimitent une sorte de dure languette spatulée (fig. 48). Deux pointes copulatri-
ces (spiculé et cornu ?) visibles par transparence.
Fig. 51-53. — Soudaniella melania (I)isl.) : 51, silhouettes caractéristiques lors de la prise de nourriture (en
haut) et pendant le chant (en lias) (Bamingui, avril 1909) ; 52, habitus de la forme typique ; 53, habi¬
tus de, la variété fuscala n. var.
315, 3
902
MICHEL BOULARD
Notes biologiques et répartition géographique
Hôte des savanes arborées du nord du territoire où elle cohabite avec loba limbaticollis
et Trismarcha heimi n. sp. Les mâles stridulent, les ailes écartées, rabaissées sur les côtés,
l’abdomen bien dégagé, relevé dans sa plus grande partie antérieure mais les derniers urites
dirigés vers le support (fig. 51, en bas). Espèce polychylotrophe qui a été plus souvent
notée sur Terminalia laxiflora et macroptera, Combretum sp., Grewia mollis (Tiliacée),
Isoberlinia sp., Uapaca somon (Euphorbiacées) et Tetrapleura andongensis (Mimosée).
La larve reste inconnue.
S. melania se rencontre de la Haute-Volta à l’est du domaine sénégalo-nilotique. Nom¬
breux exemplaires récoltés en RCA de mars à mai : Miaméré, Bamingui, Bangoran, Kum-
bala-Gounda, parc national Saint Floris ; M. B. réc. Un mâle rapporté du parc national
tcbadien de Zakouma par IL Gillet, mai 1968.
Soudaniella melania, variété fuscala
(Fig. 53)
n. var.
A Bamingui, en mars 1969, puis sur les rives de la Gounda, en avril 1970, nous avons
pris, avec des 5. melania d’habitus typique, trois mâles et quatre femelles qui s’en distin¬
guent par leurs homélytres aux coloris peu contrastés et surtout par les ailes postérieures
dont le bistre occupe presque toute la surface alaire à l’exception d’une tache blanchâtre
médio-costale rappelant celle de l’espèce occidentale S. laticeps. Autres caractères comme
pour la forme nominative.
Dimensions de l’holotype : longueur totale : 34 ; longueur du corps : 22 ; envergure : 66 ;
largeur de la tète : 9,75 ; distance entre les bords externes des paranota : 11,5 ; largeur du méso-
notum à la base : 8,5.
Matériel-type : holotype G et allotype $, 2 paratypes G et 3 paratypes $, Bamingui 29.III.1969,
bords de la Gounda 9.IV.1970, M. B. réc., Muséum national d’ifistoire naturelle (Entomologie),
Paris.
Soudaniella cortustusa Boulard, 1974
Plus petite que la précédente. Espèce extrêmement intéressante qui a développé une
adaptation mélanique en relation fort probable avec l’existence des feux de brousse (cf.
M. Boulard, 1974). Elle constitue non pas le premier, comme je l’ai cru tout d’abord,
mais le second cas de mélanisme chez les Cigales : un exemplaire femelle noir de l’espèce
sud-américaine Quesada gigas Oliv. a été signalé en 1940 par B. A. Torres ( Notas Mus.
La Plata, 5 : 133). En fait, il s’agit de deux phénomènes très différents, au moins dans leur
ampleur : le mélanisme de S. cortustusa intéresse des populations entières, dans des régions
soumises périodiquement aux feux et traduit une adaptation ; celui de Q. gigas n’est apparu
que comme une variation phénotypique isolée à l’intérieur d’une population d’habitus
normal, il exprime seulement une possibilité chromatique.
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES
903
7. Genre UGaDA Distant, 1904
[Espèce-type : U. limbata (Fabricius)]
Genre réunissant de grandes ou très grandes Platypleurines caractérisées par la tête
nettement plus étroite que le mésonotum, la possession de paranota le plus souvent très
développés, à base large, et toujours anguleux, et l’étroitesse de la membrane costale des
homélytres dont le bord n’est jamais plus arqué que la nervure. Le genre Ugada est riche
en RCA de sept formes ombrophiles et des trois espèces savanicoles suivantes.
Ugada atratula Distant, 1919
(Fig. 87)
Grande espèce de teinte générale brune, mêlée de vert, notamment au niveau de la
tête et du prothorax. Homélytres presque entièrement colorés, ne présentant que de larges
plages hyalines sur la première cellule ulnaire et sur chacune des aréoles terminales. Ailes
postérieures bistre, intense sur l’aire basale moins soutenu dans l’aire apicale et le champ
anal. Limbus incolore, excepté sa partie cubitale occupée par une macule brune, allongée
et de contour diffus. Nervation brun violet pour les tegmina, rouge pour les ailes postérieures.
Opercules des mâles se chevauchant, rostre arrivant au milieu du chevauchement.
Genitalia mâles : Hypandrium faiblement déprimé et festonné. Urite IX relativement
grand et terminé par un éperon caudaloïde extrêmement prononcé et pointu (comme chez
les femelles), lobes latéro-ventraux ou processus pygophoriens rudimentaires encore visibles
de profil. Urite X composant un uncus double, en fer à cheval dont chaque arc est terminé
par un fort crochet bifide. Phallus à théca très sclérifiée et normalement dirigée vers le
haut. (Figures in M. Rotjlard, 1975, Bull. Inst. fond. Afr. noire, sous presse.)
Dimensions indicatives : longueur du corps : 34,5 ; longueur totale : 54 ; envergure : 101 ;
largeur de la tête, yeux compris : 12 ; distance entre les pointes paranotales : 19,5 : largeur du
mésonotum à la base : 13.
Répartition géographique actuellement connue et plantes-hôtes
Forêts-galeries et forêts claires du centre et de l’est du domaine sénégalo-nilotique.
Décrite à l’origine sur un exemplaire mâle provenant précisément de Centr ifrique, U.
atratula a été retrouvée à Lave et à Fort-Sibut en avril 1968 sur Combrétacées, à Kapou
(10 knis au sud de Bangui, sur la route de M’Baïki) en mai 1969 sur Afzelia africana (Césal-
pinée) et Albizzia gummifera (Mimosée), M. B. réc. Dans nos collections nationales figure
en outre un mâle pris par le Dr Gaudiche en 1924, au cours de la « Mission de délimitation
Ouadai-Darfur ». Larve inconnue.
904
MICHEL LOU AI :>
Ugada nigrofasciata Distant, 1919
U. oswaldebneri Schmidt, 1920.
Très grande et belle espèce de teinte générale brun mauve, aux paranota immenses
et dont le pronotum s’orne d’une faseie transverse noire chevauchant la limite entre les
aires interne et externe (fig. 54).
Fig. 54. — Ugada nigrofasciata nigrofasciata (Dist.).
Deux sous-espèces à vicariance écologique semblent devoir être distinguées, très diffi¬
ciles à séparer à partir d’exemplaires secs de collection mais aisément reconnaissables chez
les spécimens ' ivants :
— U. nigrofasciata nigrofasciata Dist. (comb. nov.) : grande, caractérisée par la couleur
rouge vif de ses yeux composés, particulièrement éclatante chez les mâles, et propre
aux savanes arborées ou boisées ;
— U. nigrofasciata sylvicola (Boul. 1972) un peu plus petite en général, ayant les yeux
brun-grenat d’intensité égale pour les deux sexes et très commune en forêts ombro-
et tropophiles.
Toutes deux possèdent un fin feutrage doré recouvrant la cellule basale et le premier
cinquième du clavus, et présentent une morphologie génitale identique.
Genitalia femelles : Pores génitaux totalement séparés par soudure des lames latérales
906
MICHEL BOULARD
du huitième stérilité ; celui-ci encore reconnaissable et très sclérifié forme la plus grande
partie de la voie de ponte. Carrefour génital à paroi finement boursouflée et dorsalement
déprimée pour recevoir l’oviducte commun ; ce dernier relativement court surtout dans
sa portion t2 dont la longueur ne dépasse guère celle de la portion tl. Conduit péral émanant
dorso-postérieurement du carrefour génital, long et à paroi fortement plissée. Glande
spermathécale, impaire, peu développée ; glandes paires filamenteuses paraissant plus
épaisses que d’ordinaire (fig. 55). Ovivalvula festonnée de part et d’autre de l’échancrure
médiane, celle-ci peu profonde.
Genitalia mâles : Hypandrium à bord postérieur trapézoïdal, non médianement échan-
cré. Urite IX relativement moins fort que chez l’espèce précédente avec un éperon cauda-
loïde plus court et rabattu sur le bloc anal ; processus pygophoriens encore juste visibles
de profil. Urite X, très différent de celui de U. atratula, il s’apparente davantage à celui
des U. stalina Bull., limbimacula K. et giovanninae Boul. par sa forme en fer à cheval large,
épais et bossué, arrondi aux extrémités (fig. 56 et 57). Phallus à théca orientée finalement
vers le bas.
Dimensions d’un mâle pris dans la savane de Gadzi le 15.11.1968 : longueur du corps : 37,5 ;
longueur totale, ailes au repos : 60 ; largeur de la tête : 12,5 ; distance entre les pointes paranotales :
23,5 ; largeur de la base du mésonotum : 13,5.
Habitus de la larve au dernier stade
Une très grosse larve femelle, brunâtre, mise à jour dans un terrier sec au pied d’un
Sigygium guineense (Myrtacée) de la savane de Bokoma le 19.111.1969, a pu être élevée
jusqu’à la mue imaginale (9.IV.1969). Elle peut se décrire comme suit :
Antennes de neuf articles, soies clypéales portefaix nombreuses mais courtes. Pattes
fouisseuses velues, armées d’une pioche tibiale épaulée d’un pic accessoire en spatule, non
situé dans le prolongement de la lame. Scie fémorale à sept dents : six coniques ou subco¬
niques et une, la plus distale, plate et festonnée. Croc DI long et robuste, flanqué en son
milieu interne d’une forte dent accessoire ; croc 1)2 peu prononcé et largement séparé de
la scie (fig. 58 et 59). Pattes intermédiaires ou pattes béquilles possédant une demi-couronne
de cinq crampons tibiaux, l’externe hypertrophié, l’interne rudimentaire (fig. 60). Cinq
crampons tibiaux également aux pattes arrières mais de tailles relatives et dans une dis¬
position différente, montrée figure 61. Comme chez toutes les larves d’Ugada examinées
jusqu’ici, la face dorsale ou postérieure de la troisième paire de tibias possède sur sa partie
subterminale une longue plage blanchâtre bordée de jaune dont la présence reste énigma¬
tique. Stigmacalyptes normalement développés et tomentum cireux assez épais ; absence
de soies tergales sur le thorax comme l’abdomen.
Répartition géographique et plantes-hôtes
Domaine sénégalo-nilotique, du Cameroun au Soudan oriental. La description originale
de Distant est basée sur deux exemplaires, mâle et femelle, provenant des environs de
Bouar. Autres localités centrafricaines : Zémio (Haut M’Bomou), une $, 1917, Cap. Lebouc
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES
907
réc. ; M’Bouma, Boda, Gadzi, Bébé, Kapou, Laye, Fort-Sibut et rives de la Kumbala,
nombreux exemplaires des deux sexes, de mars à mai en 1967-1970, M. B. réc.
Très polyphage elle aussi, U. nigrofasciata nigrofasciata a été observée sur de nombreuses
essences, notamment diverses Combrétacées, les Euphorbiacées Hymenocardia acida et
Bridelia sp., les Légumineuses Césalpiniées Burkea cifricana et Daniella olivieri, l’Ochnacée
Lophira alata, la Rubiacée Sarcocephalus velulinus , les Roniers et les Manguiers.
Ugada nigeriana (Distant, 1913)
Cette espèce, que je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer, existe cependant en RCA
où elle a été capturée à deux reprises : à Fort Crampel (un mâle très abîmé dont l’étiquette
ne porte pas d’autres indications) et dans l’Est par le Dr Gaudiche en 1924, au cours de
la « Mission de délimitation Ouadai-Darfour » (une femelle parfaitement conservée).
D’habitus voisin de U. limbalis, elle s’en distingue par ses ailes relativement plus
courtes et par la maculature de ces dernières qui se présente beaucoup plus contrastée,
comme d’ailleurs celle de la tête et du thorax.
Les segments génitaux mâle montrent une conformation proche de celle de U. stalina
Butler, de U. poensis Boul. et de l’espèce précédente. Eperon caudaloïde trapu, pointe
mousse ; lobes pygophoriens visibles de profil ; urite X produisant deux digitations se ter-
mi n ant si m p 1 eme nt.
L’habitat de U. nigeriana semble s’étendre à la plus grande partie du domaine séné-
galo-nilotique à l’exception peut-être de l’extrême Ouest.
Dimensions indicatives prises sur un mâle : longueur totale : 47 ; longueur du corps : 30 ;
largeur de la tête : 10 ; distance entre les pointes paranotales : 15,5 ; largeur du mésonotum : 12.
908
MICHEL BOULARD
II. TIBIC1NIDAE
Famille représentée par les deux tribus des Taphurini et des Prasiini.
A. — TAPUURIÜl
8. Genre TRISMARCAH Karsch, 1891
(Espèce-type : T. umbrosa K.)
Trismarcha consobrina (Distant, 1920)
(Fig. 62-64)
Lernuriana consobrina Iiist.
Espèce de petite taille entièrement de couleur rousse (ocrée chez le mâle, plus sombre
chez la femelle) et aux quatre ailes hyalines. Elle a été décrite à l’origine dans le genre
Lernuriana créé par Distant (1905 e : 32) et que cet auteur distinguait du genre Trismar¬
cha K. à la plus ou moins grande obliquité de la nervure transverse qui sert de base à la
deuxième cellule apicale des tegmina. En fait, et au moins pour les espèces africaines consi¬
dérées comme étant des Trismarcha ou celles ayant été décrites sous le taxon Lernuriana
(consobrina Dist., flavocostata Dist. et sirius Dist.), ce caractère s’avère très dilïicile à appré¬
cier : l’obliquité relative de la nervure apparaissant fort variable chez les individus d’une
même population ou encore d’un sexe à l'autre ; ce qui lui ôte toute valeur systématique.
Comme, d’autre part, les trois dernières espèces citées présentent les caractères macrosco¬
piques et génitaux propres au genre Trismarcha, il est donc justifié de les ranger sous ce
taxon.
Genitalia femelles : Les voies ectodermiques (fig. 63) présentent une conformation
générale identique à celle du même tractus chez T. ferruginosa ou d’autres espèces du genre
(cf. M. Boulard, 1965c, 19664, 19724). Les voies d’accouplement et de ponte sont entiè¬
rement séparées sur toute leur longueur, le carrefour génital est bordé d’un gros bourrelet
circulaire et l’oviducte commun vient déboucher sur un plateau oviductal central enfonce
en entonnoir. Conduit péral très court donnant dans une poche globuleuse, ovoïde.
Genitalia mâles : Hypandrium en cuillère, festonné médianement. Urite IX se termi¬
nant par un apex caudaloïde bien marqué et présentant, de profil, des processus pygopho-
riens médians et antérieurs visibles. Urite X formant un uncus double et crochu particu¬
lièrement sclérifié à ses extrémités. Phallus court et épais ; la théca très robuste, sclérifiée
jusqu’à son apex où se trouve, du côté droit, un spiculé trapu (très nettement plus court
910
MICHEL BOULARD
que chez T. ferruginosa Ivars.) (fig. 66 et 67). L’édéage, dévaginé autant que possible, porte
à sa base une vésica volumineuse et hérissée ; pore génital béant, d’un large diamètre (fig. 64
et 65).
Dimensions indicatives prises chez un mâle : longueur du corps : 15 ; longueur totale : 24 ;
envergure : 46 ; largeur de la tête : 4,5 ; largeur du mésonotum : 4,25.
Fig. 66-67. — Edéage de Trismarcha ferruginosa Kars. V'u du côté droit, puis du gauche.
Larves inconnues.
RÉ PARTITION GÉOGRAPHIQUE
Capturée uniquement au piège lumineux dans les savanes arborées de M’Bounta,
Laye, Dékoa et Fort-Sibut, de mars à mai, M. 15. rée., 1967-1970. Cette espèce doit exister
aussi fort probablement dans l’est de la RCA, le type étant originaire de l’Ouganda.
Trismarcha lobayensis Boulard, 1972 /j
Espèce propre aux grandes forêts ombrophiles et tropophiles mais dont l’habitat se
prolonge d’un peu dans la zone des savanes à la faveur des forêts-galeries épaisses. Kapou,
Lobé, galerie de la Mpoko près de Bangui, galerie de la Loarné près de M’Bouma-Bokoma,
mars à mai 1967-1970, M. B. réc. au piège lumineux ; une femelle prise sur Afziela afri¬
cana.
Trismarcha heimi n. sp.
Jolie petite Cigale au corps grenat parsemé d’une fine pilosité dorée et dont l’habitus
global évoque T. flavocostata (Dist.) d’Afrique orientale, laquelle est près de deux fois plus
grande et possède des yeux encore plus saillants. Elle e-t dédiée avec respect au Pr. R. Mf.im,
fondateur de la Station expérimentale de La Maboké, qui a bien voulu mettre un véhicule
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES
911
de son laboratoire à ma disposition pour me rendre dans le nord de la RCA et, notamment,
dans les savanes comprises entre les rivières Kumbala et Vakaga où la Trismarcha nouvelle
a été rencontrée.
Mâle (fig. 68)
Tête : vertex, apex et antéclypéus noirs, le reste grenat, un peu plus clair sur le post-
clypéus et au niveau des arcades antennaires. Joues tapissées de longs poils argentés. Rostre
court, atteignant le niveau des trochanters intermédiaires ; premier article jaune-vert,
le deuxième, bistre.
Thorax : pronotum rouge sombre, une large fascie noire médio-longitudinale s’étalant
aux extrémités, rejoint les bords antérieurs et postérieur ; aire marginale très étroite, para-
nota juste écartés au niveau des insertions homélytrales. Mésonotum grenat presque bistre,
les deux incisions arquées du scutum bordées d’ocre vers l’extérieur ; élévation cruciforme
noirâtre. Opercules en palettes subrectangulaires noires, excepté leur base beige (fig. 70),
non jointifs et laissant largement voir, du côté interne, les miroirs.
Ailes : les deux paires presque entièrement hyalines ; bord costal des tegmina vert-
jaune, nervation brun rougeâtre plus clair sur l’aire apicale. Ailes postérieures caractérisées
par une grosse tache circulaire bistre légèrement diaphane et à contour diffus reposant
pour moitié d’une part sur le champ anal et d’autre part sur le jugum (fig. 68). Angle anal
noir, nervation brune moins sombre sur l’aire basale, la nervure ambiante bien colorée.
Pattes : velues ; brun-rouge sur les hanches devenant plus sombre sur les fémurs, les
tibias et les tarses des deux premières paires. Fémurs antérieurs très forts, leur carène
ventrale ornée de quatre épines de taile et d’allure très différentes (fig. 71).
Abdomen : rougeâtre, plus foncé sur le triangle dorsal interhomélytral et sur une large
bande médio-sternale, plus clair au niveau des latérotergites II et III ; ceux-ci très larges.
L’examen de l’habitus général tel qu’il vient d’être décrit et les figures ci-contre suffi¬
sent à la diagnose de cette nouvelle espèce sans qu’il soit nécessaire de disséquer les geni-
talia du seul mâle que je possède actuellement et dont je fais l’holotype.
Femelle (fig. 69)
Très semblable au mâle mais légèrement plus grande, plus claire aussi avec des ailes
relativement plus développées. La distinction principale porte sur la tache jugo-anale des
ailes postérieures ici peu marquée ou même absente (on observe la même différence entre
les sexes chez T. flavocostata). Ovivalvula très échancrée, serratules de la tarière courte et
trapue à denticulation peu profonde, surtout dans la partie proximale (fig. 72).
Larve inconnue.
Dimensions de l’holotype $ et de l’allotype Ç, respectivement : longueur du corps : 13,5 et
16,5 ; longueur totale, ailes repliées au repos : 21 et 23,8 ; envergure : 39,5 et 43,5 ; largeur de la
tête : 5,3 et 5,5 ; largeur du pronotum : 4,7 et 5,2 ; largeur du mésonotum : 4,2 et 4,7.
Matériel : holotype allotype Ç, 1 paratype Ç : savane arborée de La Koumbala-Gounda,
le 26.III.1969, au piège lumineux; 1 paratype $ : savane mi-arborée, mi-arbustive proche de la
rivière Vakaga, sur la piste Tiroungoulou, le 11.IV.1970 à la lumière ; M. B. réc.
912
MICHEL BOULARD
Fig. 68-72. — Trismarcha heimi a. sp. : 68, h dotype $ ; 69, allotype Ç ; 70, opercule gauche du
71, patte antérieure gauche ; 72, serraitulc droite de la tarière en vue ventrale.
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES
913
9. Genre PANKA Distant, 1905
(Espèce-type : P. simulala D.)
Panka lunguncus Boulard, 1970
Espèce ombropliile qui pénètre quelque peu dans la zone des savane à la faveur des
forêts-galeries denses : Un mâle et deux femelles pris au piège lumineux dans la galerie
forestière de la Lessé près de liokorna, le 9.X.1970. Larves des deux derniers stades déterrées
au pied des légumineuses Césalpiniées Erythrophleum guineense et Danielta nlivieri à des
profondeurs comprises entre 15 et 50 cm.
11. PRASIINI
10. Genre LACETAS Karsch. 1890
(Espèce-type : L. annulicornis K.)
L’un des deux genres africains de la tribu (l’autre étant le genre Iruana Distant, pro¬
pre à l’Afrique orientale), le genre Lacetas réunit d’étranges petites Cigales phyllomorphes
dont les ailes antérieures, tegminisées, larges et couleur de feuiIle, possèdent neuf cellules
apicales. Représenté en RCA par l’espèce-type,
Nota : La détermination rigoureuse de cette espèce et, par suite, sa répartition géographique
ne sont pas aisées à établir. F. Schumacher, en 1912, a subdivisé le genre Lacetas en deux sous-
genres et le taxon annulicornis K. en trois coupes, deux spécifiques et une sous-spécifique, basées
essentiellement sur la forme de la tête et l’entlure plus ou moins prononcée du postclypéus vu de
dessus.
Chez mes Lacetas centrafricaines tout comme d’ailleurs parmi celles que j’ai récoltées à Lamto
en Cote d’ivoire, j’observe, à l’intérieur de mêmes populations, des variations individuelles très
voisines de celles indiquées comme critères taxinomiques par Schumacher ; aussi apparaît-il
fort dillieile d’appliquer les taxa de cet auteur dont je n’ai pas encore eu la possibilité d’examiner
les types. Comme les Lacetas en question (centrafricaines ou ivoiriennes) sont généralement iden¬
tiques ou fort voisines, je m’en tiens ici au seul taxon spécifique de Karsch.
Lacetas annulicornis, Karsch 1890
Habitus
Corps entièrement vert hormis les yeux orange, piqués d'une tache punctiforme brun
sombre. Tête toute inscrite dans un cône étroit à la base et dont la plus grande partie api¬
cale est occupée par le postclypéus (fig. 82 et 83) ; rostre très court maintenu presque per-
73-81. —Lacetas annulicornis Kars. : 73, terminalia çj de profil gauche ; 74, urite X en vue dorsale* ; 75,
apex de l’organe copulateur en vue ventrale ; 76, profil droit des voies génitales ectodermiques $ ; 11 r
serratule gauche, vue ventrale ; 78, vue ventrale de la base des genitalia Ç montrant la séparation totale
des pores génitaux, copulaporus et oviporus ; 80 et 81, aspects de pattes fouisseuses des deux derniers
stades larvaires.
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES
915
pendiculaire à l’antéclypéus ; antennes annelées de vert et de brun. Homélytres coriaces
et vert uniforme tant sur les aréoles que sur les nervures, celles-ci légèrement plus claires ;
ailes postérieures fines et diaphanes, totalement incolores. Cymbales des mâles très bombées,
présentant neuf côtes rigoureusement parallèles.
Genitalia femelles : ovivalvula très profondément et largement échancrée. Pores géni¬
taux et voies d’accouplement et de ponte séparés par soudure cuticulaire entre les bords
internes des gonopodes (fîg. 78). Carrefour génital cerclé d’épais bourrelets avec, au centre,
le plateau oviductal légèrement déprimé. Oviducte commun fort court, à section large ;
ampoule séminale volumineuse, assez allongée. Conduit péral également très court et épais,
pera spermadelens ovoïde. Glande spermathécale réduite ; par contre, glandes filamenteuses
hypertrophiées (fîg. 76). Tarière peu lancéolée, serratules fines à neuf sculptures principales
( fi g- 77 )y
Genitalia mâles : hypandrium large et long, en cuillère, au bord postérieur arrondi.
Urite IX se terminant en un large apex caudaloïde dépourvu d’éperon ; lobes pygophoriens
latéraux particulièrement bien développés, très visibles de profil. Urite X petit, cruci¬
forme, avec ventralement des lobes de soutien assez faibles et produisant deux petites
boules vers l’arrière. Théca du phallus longue, fortement sclérifîée et terminée en une palette
subrectangulaire dont la face dorsale très dure produit en son centre une sorte d’excrois¬
sance en quille de bateau (fig. 73). La face ventrale, molle, vient à la suite d’une plage mem¬
braneuse triangulaire et bordée de spinules sur ses côtés latéraux ; elle présente une petite
crête médio-longitudinale qui s’élève juste avant le pore génital entièrement situé sur cette
face ventrale (fig. 75).
Dimensions indicatives d’un $ et d’une Ç : longueur du corps : 13,5 et 15 ; longueur totale,
ailes au repos : 20 et 23,5 ; envergure : 37 et 47 ; largeurs de la tête : 2,8 et 2,9 ; du pronotum :
4,6 et 5 ; du mésonotum : 3,8 et 4.
Habitus larvaires
A Vavant-dernier stade : larve blanche, très ventrue, à tète fort proéminente et aux
ptérothèques juste distinctes (fig. 84 et 85). Six à sept chètes répartis sur chaque capsule
ocidaire, sept articles antennaires, stigmacalyptes à peine formés : simples bourrelets ter-
gaux plantés de soies. Pattes fouilleuses conformées comme l’indique la figure 80 ; scie
fémorale composée de quatre dents, fa dernière large, plate et festonnée ; deux chètes-
corbeille seulement. Pattes intermédiaires postérieures à trois et quatre petits crampons
tibiaux portant tous une soie vigoureuse sur leur face inférieure ; prétarse rudimentaire.
Deux rangées transversales de chètes dressés sur chacun des tergites, quelques autres sur
les sternites.
Au dernier stade : larve ochracée (fig. 86). Fourreaux alaires relativement longs et
présentant, de manière très distincte, le dessin de la nervation imaginale. Antennes de huit
articles, postclypéus conique, capsules oculaires dégagées : les chètes, au nombre d’une
dizaine, repoussés en une petite collerette postérieure. Pattes fouisseuses de conformation
générale identique (fig. 81) à celles du stade précédent mais munies de cinq chètes-corbeille ;
quatre et cinq crampons tibiaux aux pattes moyennes et postérieures, prétarse bien déve¬
loppé avec deux griffes de tailles égales. Sternites totalement dépourvus de cire.
Fig. 82-86. — Sur la bionomie de Lacetas annulicornis Kars. : 82, l’habitus phyllomorphe ; 83
nourriture sous une feuille de Bridelia ; 84 et 85, aspect de la larve à l’avant-dernier stade ;
pré-imaginale au fond de sa logette (savane de M’Bouma, mars 1968).
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES
917
Répartition en RCA et notes biologiques
Espèce propre aux savanes arborées et boisées, forêts sèches ; nous l’avons capturée,
le plus souvent grâce au piège lumineux, à Rokoma-M’Rouma, Fort-Sibut, Fort-Crampel
et entre la Kumbala et la Vakaga.
Les adultes volent très mal, leurs battements d’ailes sont peu rapides, lourds, et cette
caractéristique peut être mise en relation avec la tenue cryptique particulière dont ils sont
dotés. Contrairement à ce qui s’observe chez toutes les Cigales précédentes, le corps est
très peu large, presque comprimé latéralement, surtout au niveau de l’abdomen, et les ailes
antérieures, légèrement plus grandes que d’ordinaire, sont maintenues en un toit à base
étroite et aux pentes proches de la verticale ; leur couleur homochrome au feuillage, avec
une nervation bien apparente, achève alors de conférer un aspect phyllomorphe à ces Lace-
tas (fig. 82). En raison de cette manière d’être semblable à une feuille, de cette « analosché-
mie » 1 , qui n’est pas sans rappeler le port de certaines Sauterelles Phanéroptérines et Pseu-
dophyllines, les Lacetas passent tout à fait inaperçues dans les frondaisons où elles se tiennent
te, par simple chasse à vue, il nous a été extrêmement difficile de les trouver. Quelques
exemplaires cependant furent observés sur Bridelia ferruginea (Euphorbiacées), Lophira
alata (Ochnacées) et Combretu/n sp. (Combrétacées).
Des larves, appartenant aux deux derniers stades, ont pu être déterrées aux pieds
d’un Azobé et d’un Crossopteryx febrifuga, petit arbre de la famille des Rubiacées et que
les Rofïis appellent « Kassa ». Ces larves occupaient de petites logettes allongées, sises à
des profondeurs comprises entre 24 et 40 cm (fig. 84 et 86). La seule métamorphose notée
s’est accomplie la nuit.
ESQUISSE D’UNE SYNTHÈSE BIOGÉOGRAPHIQUE
Grâce au matériel dont on dispose maintenant, il est devenu possible d’étudier la bio¬
géographie des Cigales de la République Centrafricaine dont la répartition est indiquée,
encore qu’avec approximation, dans le tableau III.
De par sa position géographique et climatique, sa flore de transition entre la forêt
dense humide et la savane soudanienne, le vaste plateau centrafricain est un territoire où
viennent se côtoyer des espèces de l’Ouest et du Centre, mais dont la faune cicadéenne,
comme beaucoup d’autres, n’a guère de rapports avec celle de l’Afrique orientale. En revan¬
che, ce territoire semble bien être, aussi, un foyer de dispersion pour des espèces que je
qualifierai d’oubanguiennes.
On y rencontre des formes typiquement occidentales ( Attenuella tigrina, Ugada limbata,
U. grandicollis, Trismarcha umbrosa...), des espèces essentiellement centro-guinéennes
1. Terme récemment proposé (M. B., Bull. Mus. nain. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 109, Zool. 83 : 148)
pour indiquer que le corps d’un animal reproduit et la couleur et la forme du substrat ou d’une partie du
s ubstrat où il a l’habitude de vivre (syn. : « homotypie »).
315 , 4
918
MICHEL BOULARD
Tableau
III. —
Esquisse
biogéographique 1
Dom
AINE
Domaine atlantico-
CONGOLAIS
Domainf
Espèces
Sénégalo-
NILOTIQUE
Sous-Dom périphériques
Bloc guinéen
ANCOLO-
Ouest
central
N Ouest N central Sud
occid
centr
ZAMBÉSIEN
Platypleura adouma
+ +
4-
p
rnakaga
crampeli n. sp.
"T
Ugada limbata
+ + h +
+
|
atratula
+ gai.
+ gai.
giovanninae
“1“
+
grandicollis
+ +
4-
+
limbalis
+ ? + h +
+
4-
limbimacula
nigeriana
_L
+
1
“1
+
nigrofasciata nigrofas.
+
+
sylvicola
+
parva
+
Sadaka radiata
? + gai. +
?
+
virescens
+
+
Afzeliada balachowskyi n. sp.
+ gai-
bernardii
4-
ericina
-f-
christinetta
+
+
loba limbatlcollis
+
+
+
Atenuella tigrina
+
+
+ +
+
Muansa clypealis
Soudaniella melania
+
+
+
+
+
cortustusa
+
+
Strumosella strumosa
+
+
+
lirnpida
+ ?
+
+
truncaticeps
+
+
Trismarcha umbrosa
+ h +
4-
+
angolensis
+
4-
atrata
4-
excludens
4-
? +
ferruginosa
+ h +
+
+
lobayensis
+
+
consobrina
+
4
heimi n. sp.
+
Ilylora differata
4-
mondziana
4-
Panka africana
4-
4-
lunguncus
4-
minimuncus
4-
parvula
+
Musoda flavida
+
gigantea
+
Lacetas annulicornis
+
+
—li : dans les lambeaux de forêts humides.
+gai. : dans les galeries forestières, principalement.
1. Pour les limites des domaines, voir fig. 1.
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES
919
(U. giovanninae, U. limbimacula, T. atrata, T. angolensis, Musoda flavida...) et une espèce
typiquement soudanienne ( Strumosella truncaticeps). Parmi les espèces oubanguiennes,
un certain nombre, particulièrement abondantes en RCA, occupent un habitat déjà vaste :
loba limbaticollis, Soudaniella rnelania, Strumosella strumosa et surtout Ugada limbalis et
Lacetas annulicornis, qui se retrouvent au nord comme au sud du bloc congolais. A l’opposé,
et au stade actuel des prospections, quelques espèces paraissent propres au plateau centra¬
fricain : Trismarcha heimi, Platypleura crampeli, Soudaniella cortustusa et Afzeliada bala-
chowskyi pour la zone des savanes, Hylora mondziana, U gada parva et Panka pa roula dans
la zone ombropbile. Enfin, dans ce groupe des espèces oubanguiennes, une place parti¬
culière doit être faite à U gada nigrofasciata, espèce fort intéressante en ce qu’elle s’est
scindée en deux sous-espèces écologiques : l’une savanicole et l’autre sylvicole.
Liste synonym'iqde des Cigales centrafricaines
Platypleura
1. — adouma Distant, 1904a.
2. — crampeli n. sp.
3. — makaga Distant, 1904a.
Ugada
4. — atratula Distant, 19196.
5. — giovanninae Boulard, 1972c [U. limbata (Fabr.), Dlabola, 1962, erreur ; U. stalina
Butler, Boulard, 1969e, 1971e, erreurs].
6. — grandicollis (Germar, 1930, Cicada) = Platypleura cameroni Butler, 1874a (erreur)
Distant B (erreur) = P. confusa Karsch, 1890 b.
7. — limbalis (Karsch, 18906, Platypleura) (U. limbimacula Kars., Dlabola, 1962, erreur).
8. — limbata (Fabricius, 1775, Tettigonia), = C. armata Olivier, 1790 = C. africana Palisot
de Beauvois, 1813.
9. — limbimacula (Karsch, 1893a, Platypleura ), = U. hahnei Schmidt, 19196 (17. nutti
Dist., Boulard, 1969e, erreur).
10. —• nigeriana (Distant, 1913d, Pycna).
11. —■ nigrofasciata nigrofasciata (Distant, 19196), comb. nov. = U. oswaldebneri Schmidt,
1920.
11'. — nigrofasciata sylvicola (Boulard, 1972).
12. — parva Boulard, 1972c.
Muansa
13. — clypealis (Karsch, 18906, Platypleura).
loba
14. — limbaticollis (Stâl, 1863c, Platypleura) (7, leopardina Dist., Villiers, 1952, erreur).
Soudaniella
15. — cortustusa Boulard, 1974a.
16. — rnelania (Distant, 1904c, Platypleura).
16'. — rnelania var. fuscala n. var.
315 , 5
920
MICHEL BOULABD
Sadaka
17. — radiata (Karsch, 18906, Platypleura).
18. — virescens (Karsch, 19806, Platypleura ).
Afzeliada
19. — balachowskyi n. sp.
20. — bernardii (Boulard, 1971a, Platypleura) [Platypleura (Poecilopsaltria) rutherfordi
Distant., Dlabola, 1967, erreur].
21. — christinetta Boulard, 1972c [P. rutherfordina Boul., 1971e, nom. nud.).
22. — ericina Boulard, 1972c [P. rutherfordi Dist., Boulard, 1971e, erreur).
Attenuella
23. — tigrina (Palisot de Beauvois, 1813, Cicada) — P. attenuata Distant, 19056 = A.
attenuata (Dist.) Boulard, 1972a.
Strumosella
24. — limpida (Karsch, 18906) [O. contracta Walker, 1850, Kirby, 1892a, Oxypleura hasalis
Sign. Distant, 1906/, erreurs].
25. — strumosa (Fabricius, 1803, Tettigonia ) [P. afzelli Stâl, 1854 6, O. contracta Walker,
1850, in Stâl, 1866a, erreurs],
26. — truncaticeps (Signoret, 1884a, Oxypleura).
Trismarcha
27. — angolensis Distant, 1905e.
28. — atrata Distant, 1905e.
29. — consobrina (Distant, 1920c, Lemuriana).
30. — excludens (Walker, 18586, Cicada) = T. sericosa Karsch, 18916.
31. — ferruginosa Karsch, 18916 = T. fuliginosa Karsch, 1893a.
32. — heimi n. sp.
33. — lobayensis Boulard, 1972.
34. — umbrosa Karsch, 18916.
Panka
35. — africana Distant, 1905e.
36. — lunguncus Boulard, 1970.
37. — minimuncus Boulard, 1970.
38. — parvula Boulard, 1972c.
Hylora
39. — differata (Dlabola, 1960, Panka) = H. centralensis Boulard, 1971e, 1972c.
40. — mondziana Boulard, 1972c.
Musoda
41. — flavida Karsch, 18906.
42. — gigantea Distant, 1914a.
Lacetas
43. —- annulicornis Karsch, 18906.
Fig. 87-88. — Ugada atratula Dist. (Cicadidae) et Trismarcha excludens (Walk.) (Tibicinidae) mâles,
montrant les diverses parties du corps dont l’examen est demandé par la clé.
an, angle anal de l’aile postérieure ; b, cellule ou aréole basale ; cb, cymbale ou timbale; cc, cymbacalypte
ou protège-timbale ; cl, clavus ; e, aire pronotale externe ; i, aire pronotale interne ; 1 b, limbus ; ln,
ligne nodale ; m, mésonotum ; p, paranotum ; Ug, urites génitaux. 1 à 8, cellules apicales ou terminales ;
I à V, cellules ulnaires de l’aile antérieure ou homélytre ; 1 à 6, cellules apicales de l’aile postérieure.
922
MICHEL BOULARD
Clé des genres et des espèces
Dans cette clé, je me suis efforcé d’utiliser des caractères macroscopiques tout de suite obser¬
vables, au plus à la loupe, et en suivant la terminologie remise en mémoire à l’aide des figures 87
et 88. Cependant pour certains genres, les espèces ne peuvent être déterminées sûrement qu’en
recourant aux formations génitales ; dans la plupart des cas, celles-ci sont examinées après le pas¬
sage classique à l’eau acétique bouillante.
1. Homélytres entièrement opaques et verts, ayant 9 cellules apicales, parfois 10 ; ailes posté¬
rieures minces et diaphanes. Lacetas annulicornis Karseh
— Homélytres ^ opaques ou bien totalement hyalins, ayant 8 cellules apicales ; ailes postérieu¬
res diversement colorées ou bien transparentes. 2
2. Paranota Ai longs et étalés perpendiculairement au plan sagittal du corps ; les 4 ailes ou hya¬
lines ou colorées plus ou moins ; chez les cymbacalyptes présents. 3
— Paranota ^ courts et rabattus contre le corps ; les 4 ailes entièrement hyalines. Chez les
cymbacalyptes absents. 27
3. Ailes postérieures ayant généralement 5 cellules apicales 1 . 4
— Ailes postérieures ayant généralement 6 cellules apicales. 5
4. Paranota très développés, aigus, atteignant le tiers proximal de l’aréole basale des homélytres
étalés ; partie antérieure de la tête très légèrement bombée. Attenuella tigrina (P. de B.)
— Paranota peu développés, non aigus, atteignant au plus l’angle interne de l’aréole basale des
homélytres étalés ; tête conique. Afzeliada (11)
5. Largeur de la tête inférieure ou au plus égale à celle du mésonotum. 6
— Largeur de la tête supérieure à celle du mésonotum. 7
6. Largeur de la tête atteignant presque celle du mésonotum ; paranota modestes et arrondis,
les 4 ailes très colorées. Platypleura (14)
— Largeur de la tête n’atteignant que les 4/5 environ de celle du mésonotum ; paranota impor¬
tants et anguleux. Ugada (16)
7. Tête conique, non tronquée ; paranota faibles, non aigus. Sadaka (23)
— Tête bombée ou plate, parfois conique mais tronquée ; paranota importants, le plus souvent
aigus. 8
8. Homélytres et ailes postérieures ayant au plus leur tiers basal coloré. . . .
— — Homélytres ayant plus de leur moitié basale colorée ou l’étant entièrement.
9. Paranota très courts, obtus, n’atteignant pas l’aréole basale des homélytres étalés.
Soudaniella (26)
— Paranota très longs, atteignant ou dépassant le tiers proximal de l’aréole basale. 10
10. Paranota arrivant au milieu de l’aréole basale ; les ailes postérieures entièrement colorées
sauf le limbus. loba limbaticollis (Stâl)
— Paranota n’arrivant pas au milieu de l’aréole basale ; les ailes ailes postérieures avec une large
fascie hyaline antéapicale. Muansa clypealis (Kars.)
11. ( Afzeliada ). Maculature de la nervation apicale des homélytres : — très fortement teintée
ou au moins bien marquée. 12
— très faiblement teintée ou invisible. 13
12. Longueur du corps comprise entre 19 et 22,5 mm, aires ulnaire et apicale des homélytres den¬
sément enfumées. A. bernardii (Boul.)
Corps compris entre 17 et 19 mm, aires ulnaire et apicale des homélytres peu ou pas enfumées
.4. christinetta Boul.
Strumosella (24)
. 9
1. 11 peut arriver que certains individus présentent 5 cellules apicales d'un côté et fi de l’autre, ou
même, mais plus rarement, en comptent 6 sur les deux ailes. L’examen d’un grand nombre de Cigales me
conduit à estimer que ce sont des cas tératologiques
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES
923
13.
14.
15.
16
17.
18.
19.
20 .
21 .
Longueur du corps comprise entre 20 et 24 mm ; homélytres relativement larges, fascie anté-
nodale colorée toujours présente et deux fois plus importante que la bande hyaline qui la sépare
de l’aréole basale. A. ericina Boul.
Corps compris entre 18 et 21 mm : homélytres relativement étroits, fascie antédonale colorée,
parfois obsolète, environ de moitié moins large que la bande hyaline la séparant de l’aréole
basale. .4. balachowskyi n. sp.
(Platypleura). Longueur totale comprise entre 42 et 45 mm, rostre court n’atteignant pas le
troisième sternite (phallus bifide). P. tnakaga Dist.
Longueur totale comprise entre 31 et 36 mm rostre long dépassant largement le troisième ster¬
nite (phallus simple). 15
Maculature des homélytres le plus souvent très contrastée ; présence d’une tache blanchâtre
sur les trois dernières cellules apicales ; $ : lobes antérieurs de l’urite X garnis d’une quinzaine
de chètes sur leur face interne, vésiea et cornu excentrées (lig. 3 et 4). . . . P. adouma Dist.
Maculature des homélytres généralement peu ou non contrastée ; le plus souvent absence
de tache blanche sur les trois dernières cellules apicales ; $ : lobes antérieurs de l’urite X avec
au plus 10-12 chètes répartis sur tout l’apex, vésiea et cornu subaxiales (fîg. 7 et 8).
P. crampeli n. sp.
(U gada ). Paranota particulièrement développés atteignant le milieu de l’aréole basale ; une
fascie transversale noire soulignant tout le bord postérieur de faire pronotale interne.
U. nigrofasciata Dist.
Ne présentant pas les caractères précédents. 17
Sur les homélytres, faire opaque ne dépasse pas les deux tiers de la deuxième cellule ulnaire. .
18
Sur les homélytres, faire opaque englobe toute la deuxième cellule ulnaire. 19
Homélytres mauve à reflets dorés, macules transverses et macules apicales indépendantes ;
ailes postérieures grenat avec nervation rouge, partie apicale du limbus entièrement hyaline. .
U. grandicollis (Germ.)
Homélytres brun-vert mordoré, macules transverses et macules apicales coalescentes pour
la plupart ; ailes postérieures rouge brique puis bistre, partie apicale du limbus jaune puis
hyaline. U. giovanninae Boul.
Homélytres vert clair à reflets argentés et pour lesquels les plages hyalines occupent au moins
les trois quarts de la moitié apicale ; ailes postérieures noires avec une tache anale blanche. .
U. limbata (Fabr.)
Ne présentant pas les caractères précédents. 20
Longueur totale L' 54 mm. 21
Longueur totale sf 51 mm. 22
Mésonotum vert, maculature des homélytres dense et très contrastée ; ailes postérieures d’abord
rouge brique puis bistre, cette dernière teinte débordant sur le limbus. U. limbimacula (Kars.)
Mésonotum brun, maculature des homélytres peu contrastée, ailes postérieures entièrement
brun sombre excepté le limbus. U. atratula Dist.
22. Taille petite ; homélytres relativement étroits, plages hyalines de faire apicale au plus égales
en surface aux plages colorées. U. parva Boul.
—- Taille moyenne ; ne présentant pas les caractères précédents. 22 bis
22 bis. Rapport de la longueur de f homélytre sur la longueur du corps # 1,23 ; maculature tho¬
racique et homélytrale fortement contrastée (savanes). U. nigeriana (Dist.)
Rapport l.h./l.c. # 1,45; maculature faiblement contrastée (forêts humides).
U. limbalis (Kars.)
23 ( Sadaka ). Tégument uniformément vert vif (ou ocre sur des exemplaires secs), angles para-
notaux rouges, ourlés de noir, les quatre ailes transparentes entièrement.
Sa. virescens (Kars.)
— Tégument panaché de brun et de vert, angles paranotaux verts, bordés de noir, aire apicale
des ailes hachurée de brun. Sa. radiata (Kars.)
924
MICHEL BOULARD
24 ( Strumosella ). Longueur totale ^ 31 mm. St. limpida (Kars.)
— Longueur totale ^ 34 mm. 25
25. Tète et thorax brun rougeâtre, sombre (pouvant être masqué par une fine pubescence grise) ;
aréole basale bistre, pas de macules sur les nervures apicales. ... St. truncatice.ps (Sign.)
— Tête et thorax vert (ou ocre), régulièrement tacheté de bistre ; aréole basale jaune-vert ou
ocre, des macules sur les nervures apicales. St. strumosa (Fabr.)
26 ( Soudatiiella ). Longueur totale Js 30 mm ; uncus tubulaire long. So. melania (Dist.)
— Longueur totale ^ 28 mm; uncus tubulaire court. So. cortustusa Boul-
27 (2). Teinte uniforme, brune ou bistre, souvent avec pubescence dorée ; les quatre ailes entiè¬
rement hyalines excepté parfois l’aréole basale. Tris marcha (28)
— Teinte fondamentale verte (ou ocre) uniforme ou panachée de brun ^ sombre. 35
28 ( Trismarcha ). Longueur totale supérieure à 40 mm. T. umhrosa Kars.
— Longueur totale inférieure nettement à 40 mm. 29
29. Longueur totale avoisinant 35 mm. 30
— Longueur totale avoisinant 30 mm. 32
30. Pronotum grenat, le reste du corps et les nervures alaires bistre, presque noirs.
T. atrata Dist.
— Pronotum acajou clair comme le reste du corps. 31
31. Abdomen aussi large ou presque que le mésonotum ; cymbales très grandes, à 11 côtes paral¬
lèles. T. excludens Walk.
— Abdomen plus large que le mésonotum ; cymbales de taille ordinaire, à 6 côtes parallèles. .
T. angolensis Dist.
32. Longueur totale proche de 30 mm, cymbales à 12 côtes très serrées ; (urite X à lobes sclériiiés
à l’apex et pointus, théca portant une courte pointe trapue). T. lohayensis Boul.
— Longueur totale nettement inférieure à 30 mm ; cymbales ayant moins de 12 côtes. 33
33. Longueur totale inférieure à 22 mm ; yeux particulièrement saillants ; teinte brun très foncé ;
chez le £ surtout : une tache circulaire bistre sur le lobe jugo-anal des ailes postérieures. . . .
T. heimi n. sp.
— Longueur totale supérieure à 24 mm ; yeux saillants nettement ou peu ; teinte brun moyen,
ailes postérieures sans tache. 34
34. Yeux saillants; pointe de la théca très développée, en forte épine (forêts denses).
T. ferruginosa Kars.
— Yeux à peine saillants ; pointe de la théca réduite à un spiculé court et trapu (savanes). . . .
T. consohrina (Dist.)
35. (27) Longueur totale supérieure à 30 mm ; tête conique, sa largeur nettement inférieure à
celle du mésonotum. Musoda (36)
— Longueur totale inférieure à 28 mm ; tête non conique, sa largeur égale ou supérieure à celle
du mésonotum. 37
36 (Musoda). Longueur totale inférieure à 34 mm ; $ brune ou brun vert, entièrement vert
clair. M. flavida Kars.
— Longueur totale supérieure à 44 mm ; $ et Ç homochromes, vert panaché de brun.
M. gigantea Dist.
37. Longueur totale comprise entre 15 et 21 mm ; ailes postérieures ayant 5 cellules apicales ;
lobes uncaux soudés. Panka (38)
— Longueur totale comprise entre 21 et 28 mm, ailes postérieures ayant 6 cellules apicales ; lobes
uncaux non soudés. Hylora (41)
38 (Panka). Longueur totale avoisinant 15 mm ; Urite X sans uncus et lobes médians distincts
P. parvula Boul.
— Longueur totale avoisinant 19 mm ; urite X pourvus d’un uncus et de lobes médians bien
distincts. 39
39. Uncus long, lobes médians terminés en palettes. P. lunguncus Boul.
— Uncus court ou très court, lobes médians non terminés en palettes. 40
LES CIGALES DES SAVANES CENTRAFRICAINES
925
40. Uncus court, légèrement dilaté à son extrémité inférieure ; lobes médians simplement digité,
les spiculés copulateurs semblables entre eux. P. africana Dist.
— Uncus très court, non dilaté ; lobes médians à peine prononcés, arrondis ; spiculés copulateurs
très inégaux. P. minimuncus Boul.
41 ( Hylora ). Urite IX ou pygophore présentant des processus antérieurs courts et pointus et
des processus postérieurs très élargis ; édéage muni d’un périandre sclérifié important et symé¬
trique. H. differata (Dlab.)
— Urite IX présentant des processus antérieurs juste lobés et des processus postérieurs digités
particulièrement longs et courbes; édéage dépourvu de périandre sclérifié.
If. mondziana Boul.
926
MICHEL BOULARD
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Manuscrit déposé le 6 novembre 1974.
Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 315, juillet-août 1975,
Zoologie 222 : 869-928.
Achevé d’imprimer le 31 octobre 1975
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Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
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« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
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Les dessins et cartes doivent être faits sur bristol blanc ou calque, à l’encre de chine.
Envoyer les originaux. Les photographies seront le plus nettes possible, sur papier brillant,
et normalement contrastées. L’emplacement des figures sera indiqué dans la marge et les
légendes seront regroupées à la fin du texte, sur un feuillet séparé.
Un auteur ne pourra publier plus de 100 pages imprimées par an dans le Bulletin,
en une ou plusieurs fois.
Une seule épreuve sera envoyée à l’auteur qui devra la retourner dans les quatre jours
au Secrétariat, avec son manuscrit. Les « corrections d’auteurs » (modifications ou addi¬
tions de texte) trop nombreuses, et non justifiées par une information de dernière heure,
pourront être facturées aux auteurs.
Ceux-ci recevront gratuitement 50 exemplaires imprimés de leur travail. Ils pourront
obtenir à leur frais des fascicules supplémentaires en s’adressant à la Bibliothèque cen¬
trale du Muséum : 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris.