BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
I I I I I ! 111111111 II 1111111 ! 1111 ! 1111 ! 1111
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
228
N" 321 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1975
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vaciion.
Comité directeur : Prs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His¬
toire naturelle, 38, rue Geofîroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
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36, rue Geofïroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
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International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 321, septembre-octobre 1975, Zoologie 228
Contribution à la connaissance des Blenniidae
de Méditerranée :
sur la validité de Blennius ponticus Slastenenko, 1934
par Jacques Sardou *
Résumé. — Différents travaux sur Blennius zvonimin, B. ponticus et B. incognitus sont
analysés dans l'ordre chronologique de leur parution, à partir de 1892, ceci afin de connaître la
validité de chacune de ces trois espèces. Il ressort de cette étude que B. ponticus est une espèce
valable, différente de B. zvonimiri et que B. incognitus est identique à B. ponticus et ne doit être
considérée que comme un synonyme plus récent.
Abstract. — Several works on Blennius zvonimin , B. ponticus et B. incognitus are analysed
in the chronological order of their publication, since 1892, in order to know the validity of each
one of these species. It results of this study that B. ponticus is a valid species, different from
B. zvonimiri, and B. incognitus is identical with B. ponticus and must be considered only as a
junior synonym.
Dans une note présentée au XXIII e Congrès Assemblée plénière de la CIESM (Athè¬
nes, nov. 1972) et parue dans la Revue des Travaux de l’ISTPM (37 (2) : 207-213) nous
donnions la liste des Blennius de la région de Villefranche-sur-Mer. Parmi ces Blennius
nous citions Blennius zvonimiri et Blennius ponticus en spécifiant : « nous parlons ici de
Blennius ponticus Slastenenko, 1934, et non de B. incognitus Bath., 1968, car nous consi¬
dérons cette dernière espèce comme synonyme de la première. »
Ce point de vue ne paraît pas partagé par tous les auteurs puisque certains (Ciiarous-
set, 1969; Ben-Tuvia, 1971 ; Zander, 1972 et 1973) citent B. incognitus au lieu de B.
ponticus. Il ne nous semble donc pas inutile de tracer tout d’abord un bref historique et
ensuite d’analyser le plus rapidement possible les principaux travaux traitant de ces Blen¬
nius, afin d’expliquer notre position.
Historique
1892 : Kolombatovic découvre une nouvelle espèce de Blennie sur les côtes de Dalmatie,
Blennius zvonimiri.
1934 : Slastenenko, dans son travail sur les Blennies de la mer Noire, crée une nouvelle
espèce, Blennius ponticus.
* Station zoologique, 06230 Villefranche-sur-Mer.
321, 1
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JACQUES SARDOU
1958 : Svetovidov étudie les collections de l’Institut de Zoologie de l’Académie des Scien¬
ces d’URSS (à Léningrad) où l’holotype de B. ponticus Slastenenko, 1934, est conservé ;
il établit avec certitude l’identité de ce Poisson avec B. zvonimiri Kolombatovic, 1892.
1964 : Banarescu, dans sa Faune de Roumanie, cite B. zvonimiri ponticus Slastenenko,
1929 {sic).
1964 : Svetovidov indique B. zvonimiri parmi les Poissons de la mer Noire ; il ne men¬
tionne pas B. ponticus.
1965 : Slastenenko défend l’espèce qu’il avait créée en 1934, la compare à B. zvonimiri
et insiste sur le fait que B. ponticus et B. zvonimiri sont bien deux espèces différentes.
1968 : Batii donne une nouvelle description de B. zvonimiri Kolombatovic, crée une nou¬
velle espèce, B. incognitus, et indique que le B. ponticus de Slastenenko pourrait
être considéré, ainsi que l’avait fait Banarescu (1964), comme une sous-espèce de
B. zvonimiri Kolombatovic.
1971 : Svetovidov compare l’holotype de B. ponticus Slastenenko à B. incognitus Bath,
1968, et trouve les deux Poissons identiques. Rappelons ici qu’il avait trouvé aupara¬
vant (Svetovidov, 1958) B. ponticus identique à B. zvonimiri.
1973 : Bath mentionne B. ponticus Slastenenko comme synonyme de B. zvonimiri Kolom¬
batovic et maintient son espèce créée en 1968, B. incognitus.
Ainsi on constate qu’il règne une grande confusion au sujet des trois espèces citées
et l’on est en droit de se poser quelques questions sur leur validité.
Faisons aussi remarquer que de nombreux auteurs ont mentionné par erreur ces mêmes
Poissons sous d’autres noms dont le plus fréquemment rencontré est Blennius inaequalis.
Nous allons donc passer en revue les travaux précédemment cités et concernant les
trois espèces B. zvonimiri, B. ponticus et B. incognitus : nous essaierons de voir quelles
sont les caractéristiques de ces Poissons et de trouver d’où peuvent provenir les confusions.
Analyse critique des travaux se rapportant
a B. zvonimiri, B. ponticus et B. incognitus
Kolombatovic (1892), dans la diagnose de sa nouvelle espèce, B. zvonimiri, indique :
« tentacule supraorbitaire généralement un peu plus long que le diamètre de l’œil, gros, palmé
et en forme d’aile avec des lobes décroissant d’avant en arrière, en nombre variable, de 4 à 7. Les
quatre narines portent des appendices, les inférieures un tube plus ou moins haut ramifié en 2 ou
3 appendices coniques à leurs extrémités ; les supérieures ont des tentacules semblables à ceux
des inférieures et même parfois plus importants. De chaque côté, un peu en arrière des narines
supérieures, on a un appendice assez long, simple ou bifide, et un autre semblable tout de suite
en arrière des yeux sur l’occiput. »
Kolombatovic insiste sur le fait que Blennius zvonimiri se distingue de toutes les
autres espèces de Blennius qu’il connaît par le fait que les narines postérieures sont munies
de tentacules habituellement plus visibles que ceux des narines antérieures.
Nous pouvons reprocher à l’auteur de n’avoir pas indiqué où était déposé son exem¬
plaire-type (celui-ci n’a jamais été retrouvé) ni sur combien d’individus était basée sa
description. Cependant, cette dernière nous paraît très satisfaisante et correspond bien
VALIDITÉ DE BLENNIUS PONTICUS SLASTENENKO, 1934
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aux Blennius zvonimiri que nous avons observés, ou au moins à une partie d’entre eux car
il y a une grande variabilité dans la forme et le nombre de ces appendices céphaliques ;
il est donc très difficile de les ramener à un type unique, mais nous avons trouvé dans notre
collection des Poissons correspondant exactement à celui décrit par Kolombatovic.
Nous retiendrons essentiellement de cette diagnose d’une part la présence d’appendices
cutanés aux narines antérieures et postérieures ainsi qu’entre ces dernières et l’œil et sur
l’occiput, d’autre part, et accessoirement, la forme du tentacule supraorbitaire ; nous
verrons plus loin toute l’importance de ces caractères ; les autres critères ne nous semblent
pas primordiaux. La figure que Kolombatovic donne de son B. zvonimiri (fig. 1) ne permet
malheureusement pas d’apercevoir tous les détails de la tête ; cependant l’appendice de
la narine supérieure est bien visible ainsi qu’un tentacule assez long situé entre cette der¬
nière et le tentacule supraoculaire.
Slastenenko (1934), en décrivant Blennius ponticus n. sp., donne une bonne figure
(fig. 2) qui, à notre avis, permet une identification certaine ; elle montre en même temps
la différence qui existe entre les deux espèces B. zvonimiri et B. ponticus. Nous n’allons pas
redonner ici la description complète faite par Slastenenko mais seulement noter les points
essentiels, ceux qui peuvent expliquer les erreurs, et les caractères spécifiques qui permet¬
tent de différencier les espèces.
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JACQUES SARDOU
Slastenenko écrit :
« Les tentacules supraorbitaires sont fortement développés, compliqués, avec des rames sup¬
plémentaires à leur base et peuvent même quelquefois atteindre la nageoire dorsale. 11 peut même
y avoir en outre de petits appendices cutanés le long de l’orbite en avant ou en arrière des tentacules
supraorbitaires. »
Nous attirons I attention sur cette dernière observation, nous verrons pourquoi lorsque
nous analyserons le texte de Batu (1968). Slastenenko écrit encore : « En dessus de chaque
narine se trouve un petit tentacule. » Le reste de la description ne présente pas beaucoup
d intérêt pour la discussion qui suivra. Il est regrettable que Slastenenko n’ait pas, en
1934, comme il l’a fait en 1965, comparé son B. ponticus au B. zvonimiri de Kolomba-
tovic, ni indiqué non plus sur combien d’exemplaires était basée sa description. Il faut
noter que ce dernier auteur n’est pas cité dans la bibliographie de Slastenenko qui ignorait
peut-être l’existence de Blennius zvonimiri.
Le premier, Svetovidov (1958) compare à B. zvonimiri le type de B. ponticus conservé
dans les collections de l’Institut de Zoologie de l’Académie des Sciences de l’URSS, à Lénin¬
grad, ainsi que les autres exemplaires de Slastenenko, et il conclut : « ... ce qui permet
d’établir avec certitude son identité avec Blennius zvonimiri Kolombatovic. » Ceci est sa
première opinion sur B. ponticus car il y en aura plus tard, nous le verrons, une autre diffé¬
rente.
Svetovidov parle de la structure originale des tentacules mais ne donne pas la des¬
cription de l’holotype. La légende de la figure 3 (comprenant les figures 3-1, 3-2, 3-3 et 3-4)
indique : Blennius zvonimiri. Eu 3-1 il reproduit le dessin original donné par Slastenenko
en 1934 et donne comme indication : « Féodocie, 13-8-1923, longueur 64 mm (type B. pon¬
ticus) » ; en 3-2, reproduction du dessin original de B. zvonimiri Kolombatovic, 1892 ; en
3-3 nous pouvons voir la partie antérieure d’un Blennius provenant du golfe de Féodocie
(long. 35,5 mm), et en 3-4 celle d’un Poisson de la baie de Sébastopol (long. 40 mm). L’auteur
groupe donc, sous le même nom de Blennius zvonimiri, les dessins originaux de B. ponticus
et de B. zvonimiri. Il décrit ensuite B. zvonimiri :
« La structure caractéristique des tentacules supraoculaires ne se distingue pas de celle décrite
par .Kolombatovic, mais le plus souvent les appendices digités de la partie basale ne partent pas
de la base même mais de la partie inférieure du bord postérieur. »
Nous lisons encore :
« il n’y a pas de lobe près de l’extrémité postérieure de la narine supérieure chez tous les exemplai¬
res étudiés mais seulement chez un nombre restreint... »
et plus loin :
« on rencontre des exemplaires avec une, deux ou plusieurs excroissances disposées non seulement
devant les yeux mais encore derrière eux, sur la nuque ; certaines d’entre elles, situées derrière
la narine postérieure, sont parfois ramifiées en 2 ou 3 parties. Quelquefois elles ont l’aspect de
petits tubercules de peau. Le nombre et la position de ces excroissances de peau sont extrêmement
variables. »
Nous pouvons nous rendre compte que les descriptions faites par Svetovidov se rap¬
portent à la fois à B. ponticus et à B. zvonimiri et que cet auteur, en 1958, étudiait manifeste¬
ment un mélange des deux espèces (nous ne savons pas combien d’individus), les B. pon¬
ticus étant sans doute les exemplaires qui ne possédaient pas de lobe près de l'extrémité
VALIDITÉ DE BLENNIUS PONTICUS SLASTENENKO, 1934
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postérieure de la narine supérieure, ni d’excroissance en avant des yeux ou sur la nuque,
tandis que les B. zvonimiri étaient au contraire ceux qui possédaient de tels lobes et excrois¬
sances.
Mais le fait important est que, en 1958, Svetovidov considérait B. ponticus comme
identique à B. zvonimiri.
Nous avons signalé, dans l’historique, que Banarescu (1964) n'indiquait pour la Faune
de Roumanie ni B. ponticus, ni B. zvonimiri, mais Blennius zvonimiri ponticus Slastenenko,
1929. L’auteur reproduit la figure originale de B. ponticus Slastenenko, 1934 (et non 1929
comme il l’indique par erreur). Il ne semble pas qu’il ait lui-même étudié des exemplaires
de ces Poissons mais plutôt qu’il se soit servi du travail de Svetovidov (1958). Ce dernier
donne, la même année (1964), une liste des Blennius de la mer Noire dans laquelle n’est
mentionnée que l’espèce B. zvonimiri Kolombatovic. Ce travail ne nous apporte rien de
nouveau car les figures sont celles que Svetovidov a déjà données en 1958, sans aucune
modification, et la description correspond toujours au mélange B. zvonimiri-B. ponti¬
cus.
En continuant l’analyse des travaux dans l'ordre chronologique, nous trouvons celui
de Slastenenko (1965) qui, trente et un ans après, défend la validité de l’espèce qu'il avait
découverte en 1934. Pour cela il compare B. ponticus à B. zvonimiri et, le premier, attire
l’attention des lecteurs sur les différences existant entre ces deux espèces (forme du ten¬
tacule supraoculaire, narines antérieures et postérieures, nageoire dorsale, profil antérieur
de la tête, nombre de dents, coloration et taille des individus).
Nous laisserons de côté les différences concernant la nageoire dorsale, le nombre de
dents, la coloration et la taille ; elles ne nous semblent pas très convaincantes. Par contre
les caractères cités en premier nous paraissent de la plus grande importance, et c’est sur
eux d'ailleurs que nous avons insisté dans l’analyse des travaux précédents.
En résumé, Slastenenko indique que le tentacule supraorbitaire de B. ponticus est
un long filament avec 2 à 7 appendices se détachant perpendiculairement de l’arrière de
la partie inférieure du tentacule lui-même, tandis que celui de B. zvonimiri est formé de
plusieurs filaments (typiquement 5) s’élevant d’une base commune, plus ou moins égaux
chez les femelles, ou de tailles différentes chez les mâles. Ils peuvent être indépendants
ou réunis à leur base. En ce qui concerne la narine antérieure, chez B. ponticus, elle est
surmontée d’un tube souple formant dorsalement un tentacule simple ou bifide s’effilant
à son extrémité ; chez B. zvonimiri elle présente un tube souple élevé avec antérieurement
un large lambeau et postérieurement un tentacule court et large, ne s’amincissant géné¬
ralement pas et se divisant à son extrémité en 3-4 filaments. Quant à l’ouverture nasale
postérieure, dans la première espèce elle ne possède pas de lobe ou, chez de jeunes spéci¬
mens, en avant et en arrière, un ou deux courts lambeaux de peau, et un ou plusieurs bou¬
tons de chaque côté en avant et en arrière des yeux. Chez B. zvonimiri la narine postérieure
possède antérieurement un large lobe ; en arrière se trouve une crête charnue, fl est regret¬
table, pour une meilleure compréhension, que l’auteur n’ait pas indiqué les dimensions
des di vers appendices cités (lobes, tentacules, boutons) en prenant par exemple le diamètre
de l’œil comme référence ; car il est bien évident qu’une simple aspérité (bouton, verrue,
saillie) de peau sur l’orbite, mesurant moins de 1 / 10 e du diamètre de l’œil, n’a pas la même
valeur qu’un filament ou tentacule mesurant le tiers ou la moitié de ce même diamètre.
De là peut découler la confusion entre ces deux espèces ; en effet, d’une façon générale,
1054
JACQUES SARDOU
tandis que nous avons observé des filaments ou lambeaux de peau de taille importante
(1/3 ou 1/2 du diamètre de l’oeil) chez B. zvonimiri, à la narine postérieure, entre cette der¬
nière et l’œil et sur la nuque, au contraire, chez B. poriticus, les appendices étaient toujours
très petits ou absents.
Jusqu’à présent nous n’avons eu affaire qu’aux espèces B. zvonimiri et B. ponticus.
Mais, en 1968, Batii étudie trois B. zvonimiri conservés au Musée national de Zagreb et
pris par Kolombatovic lui-même le 8-4-1905, ainsi qu’une importante collection de Blen¬
nius de Méditerranée qu’il divise en deux groupes, l’un correspondant à l’espèce B. zvonimiri,
et l’autre, différent, pour lequel il crée une espèce nouvelle, Blennius incognitus. L’auteur
donne une description très détaillée de B. zvonimiri et distingue deux types d’individus
d’après la forme et la disposition des tentacules et excroissances de peau de la tête. Chez
le premier type il ne trouve pas d’excroissance entre le tentacule nasal postérieur et le
tentacule supraorbitaire, de même qu’en arrière de ce dernier. Le bord de l’orbite est lisse
et dépourvu d’aspérité. Ce type de B. zvonimiri nous surprend assez ; il ressemble en effet
beaucoup à B. ponticus ! En ce qui concerne le deuxième type, Batu indique plusieurs
excroissances de peau de formes variées entre le tentacule nasal antérieur et le supraorbi¬
taire, plusieurs appendices également tout de suite en arrière de ce dernier. Le bord de
l’orbite est lisse comme dans le premier cas. Parfois un ou deux courts filaments devant
la nageoire dorsale. Nous considérons que ce type correspond davantage que le premier
à la description de Kolombatovic et à ce que nous avons observé sur notre matériel.
Dans la deuxième partie de son travail Batii décrit Blennius incognitus n. sp. Pour
cette espèce aussi l'auteur distingue deux types d’après les tentacules de la région cépha¬
lique.
Pour le type I Batii indique un tentacule supraorbitaire plus petit que le diamètre
des yeux et penné 2 à 9 fois, ainsi qu’une narine antérieure en forme de tube muni à son
bord postérieur de 1 à 6 fins tentacules. L’ouverture nasale postérieure possède à son bord
antérieur un lobe de peau et à son bord postérieur de petites excroissances de peau, sortes
de tentacules. Chez certains exemplaires Bath trouve, en arrière de la narine postérieure,
un lobe de peau dirigé vers les côtés et, dans la région du bord orbital, I ou 2 petits épais¬
sissements de la peau qui font saillie.
Pour le type 2 I auteur allemand décrit un tentacule supraorbital plus grand que le
diamètre des yeux, penné 2 à 12 fois, et une narine antérieure en forme de tuyau muni
à son bord postérieur de 2 à 8 petits tentacules. Quant à la narine postérieure elle possède
à son bord antérieur un lobule de peau mais pas de tentacule. Chez la moitié des exem¬
plaires étudiés il a trouvé, en arrière de la narine postérieure, un lobule de peau dirigé
vers les côtés ou vers l’arrière et, entre ce lobule et le tentacule supraorbital, 2 à 4 petits
épaississements en forme de bosse qui font saillie sur les côtés du bord orbital. Mais il n’y
a pas de larges expansions entre la deuxième narine et le tentacule oculaire. Chez un petit
nombre d’exemplaires ce chercheur a observé, en arrière de ce dernier et de chaque côté,
I ou 2 tentacules fins et courts (nous n’avons jamais rien vu de semblable chez les B. pon¬
ticus que nous avons étudiés).
Que penser de cette ou plutôt de ces deux descriptions ? Tout d’abord il nous semble
qu’elles sont fort proches. En effet, narine antérieure et tentacule supraorbitaire sont
identiques dans les deux cas, à très peu de chose près ; dans les deux types également la
narine postérieure possède, d’après Batii, un lobule de peau à son bord antérieur. Chez
VALIDITÉ DE BLENNIUS PONTICUS SLASTENENKO, 1934
1055
certains individus du premier type, comme du second d’ailleurs, on trouve, en arrière de
cette narine, un lobule dirigé vers le côté ou vers la queue, et un certain nombre de petites
aspérités sur le bord de l’orbite ; la seule différence que nous avons notée est la présence
de petites excroissances de peau en forme de tentacules à la narine postérieure de certains
Fig. 3. — Blennius incognitus <J, type SMF 9295, d’après Bath, 1968 (fig. 10).
Fig. 4. — Blennius incognitus <J, d’après une photographie de Bath, 1968 (fig. 13).
individus. Nous nous demandons s’il était alors bien utile de classer ces Poissons en deux
types distincts au demeurant non homogènes ! Il y a, en fait, de simples variantes mineures
autour d’un même type qui correspond parfaitement à Blennius ponticus Slastenenko
(la description originale correspond mieux au type 2 de Bath). On peut constater égale¬
ment la ressemblance frappante qui existe entre, d’une part, le dessin original de B. pon¬
ticus de Slastenenko (fig. 2) et, d’autre part, celui de B. incognitus de Bath (fig. 3) et
surtout la photographie de ce Blennius (fig. 4). Il faut noter ici que Bath semblait ignorer
en 1968 les travaux de Slastenenko, 1965, et de Svetovidov, 1958 et 1964. Signalons
ici également que nous avons trouvé dans une étude de Charousset (1969) deux figures
(fig. 2 et 10 de Cuarousset) de Blennius incognitus Bath, 1968, d’après lesquelles il ne
nous semble pas possible de reconnaître ni Blennius incognitus Bath, ni Blennius ponticus
Slastenenko.
Slastenenko, en 1965, avait apporté, nous l’avons vu précédemment, quelques
précisions sur son espèce en la comparant à B. zvonimiri, et dans ce complément de descrip¬
tion nous trouvons à la fois les deux types de B. incognitus indiqués par Bath. Slastenenko
1056
JACQUES SARDOU
avait, en effet, signalé que la narine postérieure n’avait pas de lambeau de peau ou, au con¬
traire, possédait, en avant et en arrière, un ou deux courts lambeaux de peau ; de plus
il y avait, en avant et en arrière des yeux, un ou plusieurs appendices simples, ou boutons,
de chaque côté.
Il ne peut donc y avoir aucun doute sur la similitude des deux espèces.
Slastenenko, à qui nous avions demandé où se trouvait l’holotype de B. ponticus,
nous avait indiqué qu’il était déposé à l’Institut de Zoologie de Léningrad sous le n° 30647.
Il ne nous a malheureusement pas été possible d’en obtenir le prêt, mais Svetovidov qui,
en 1958, avait conclu à l’identité entre B. ponticus et B. zvonimiri , reprend le problème
et donne une description précise de cet holotype pour finalement reconnaître qu’il cor-
tiG. 5. — Tentacule supra-oculaire de l'holotvpe de Blennius ponticus Slastenenko, d’après Svetovidov,
1971.
Fig. 6-7. — Blennius ponticus : 6, partie antérieure du corps d’un exemplaire à appendices céphaliques
peu développés ; 7, partie antérieure du corps d’un exemplaire à appendices céphaliques très déve¬
loppés.
VALIDITÉ DE BLENNIUS PONTICUS SLASTENENKO, 1934
1057
respond au B. incognitus, ainsi d’ailleurs qu’un certain nombre de spécimens portant la
signature de Slastenenko. En revanche, Svetovidov trouve dans ce matériel quelques
individus qu’il rattache à B. zvonimiri et ajoute :
« ainsi, B. ponticus, comme B. zvonimiri , a été décrit d’après un matériel mélangé se rapportant
à deux espèces ; la grande majorité des exemplaires se rapportent à la première, et quelques-uns
seulement à la seconde. »
Svetovidov signale que Slastenenko parle de petits appendices de peau qui peuvent
se trouver le long de l’orbite en avant et en arrière des tentacules supraorbitaires de B.
ponticus ; l’auteur russe ajoute que cela est propre aux exemplaires de B. zvonimiri étudiés.
Ceci n’est pas, à notre avis, un argument. Tout d’abord il faut, lorsque l’on parle de ces
appendices, savoir que ce sont en réalité de simples aspérités, sortes de verrues ou boutons,
Fig. 8-9. — Blennius zvonimiri : 8, partie antérieure du corps d’un individu à appendices céphaliques peu
développés ; 9, partie antérieure du corps d’un individu à appendices céphaliques très développés.
1058
JACQUES SARDOU
et non des tentacules. Slastenenko (1965) a Lien observé ces boutons chez certains indi¬
vidus ; Bath les a également signalés chez certains B. incognitus et nous en avons trouvé
aussi chez des exemplaires de B. ponticus de notre collection. Il n’y a donc rien d’étonnant
de ce côté-là. Les figures 6 et 7 montrent deux Blennius ponticus qui nous semblent illustrer
les variantes dont il a été question précédemment. De même, les figures 8 et 9 représentent
deux Blennius zvonimiri assez différents quant à l’importance de leurs appendices cépha¬
liques.
Discussion
11 ressort de l’analyse des travaux qui vient d’être faite qu’une première espèce, Blen¬
nius zvonimiri, a été découverte et décrite par Kolombatovic en 1892. L liolotype n a
pas été retrouvé mais les caractères indiqués sont suffisants pour la détermination ; la
validité de cette espèce n’a d’ailleurs jamais été contestée.
Slastenenko a créé B. ponticus en 1934. Nous pensons personnellement que les carac¬
tères spécifiques et la figure donnés sont également suffisants pour distinguer cette espèce
de la précédente et voisine, B. zoo ni mi ri. Bath a créé B. incognitus en 1968 et la diagnose
ainsi cpie les figures données nous montrent clairement que nous avons affaire à B. ponticus.
Nous avons essayé, dans le long paragraphe précédent, de rechercher et de faire ressortir
toutes les phrases qui, en des termes différents et souvent imprécis quant à leur impor¬
tance (taille des appendices notamment), aboutissent en fin de compte à une similitude
des descriptions pour B. ponticus et B. incognitus, ou, au contraire, celles qui montrent
les différences entre B. ponticus-incognitus et B. zvonimiri.
Svetovidov (1958 et 1964) a identifié B. ponticus à B. zvonimiri , puis (1971) à B.
incognitus. Svetovidov et Bath prétendent que Slastenenko a créé son espèce en étu¬
diant un mélange d’exemplaires de B. zvonimiri et de l’autre espèce décrite plus tard par
Bath sous le nom de B. incognitus. De toutes façons, le Code International de Nomencla¬
ture Zoologique est précis sur ce point (article 17-2) : « un nom est ou demeure utilisable
même si, dans le cas d’un nom du groupe-espèce, l’on constate cjue la description originale
se rapporte soit à plus d’une unité taxonomique, soit à des parLies d’animaux. » Donc,
même dans le cas d’un mélange, Blennius ponticus reste utilisable.
De plus, un fait est certain : l’holotype de B. ponticus existe et il est identique au
B. incognitus de Bath. Ceci est capital. 11 y a donc synonymie.
L’article 18 (a) du Code indique : « un nom du groupe-genre ou du groupe-espèce une
fois établi, ne peut être rejeté par la suite, même par son auteur, pour cause d’impropriété. »
L’article 23 (Loi de priorité) de ce même Code stipule : « Le nom valide d’un taxon
est le plus ancien nom utilisable qui lui a été appliqué. » Cette loi donne donc à B. pon¬
ticus Slastenenko, 1934, la priorité, et cela nous semble tout à fait normal, sur B. inco¬
gnitus Bath, 1968 ; cette dernière espèce devient un synonyme plus récent.
Nous pensons que les confusions sont dues principalement à un manque de précision
des auteurs en ce qui concerne la taille des appendices céphaliques.
VALIDITÉ DE BLENNIUS PONTICUS SLASTENENKO, 1934
1059
Conclusion
Blennius ponticus Slastenenko, 1934, est une espèce valide et Blennius incognitus
Bath, 1968, n’est qu’un synonyme plus récent. Blennius zvonimiri Kolombatovic, 1892,
est une espèce valide, voisine de B. ponticus.
Dans un prochain travail nous nous proposons d’étudier en détail une collection de
ces deux espèces afin de faire ressortir le maximum de caractères de distinction.
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Achevé cTimprimer le 31 octobre 1975.
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« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
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