BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
N 333 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1975
I 11 111 I I 111!I I l I I I 1111II 111111
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : Prs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His-
toire naturelle, 38, rue Geofiroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum
36, rue Geofîroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
Crédit Lyonnais, agence Y-425) ;
— pour tout ce qui concerne la rédaction, au Secrétariat du Bulletin, 57, rue
Cuvier, 75005 Paris.
Abonnements pour l’année 1975
Abonnement général : France, 440 F ; Étranger, 484 F.
Zoologie : France, 340 F ; Étranger, 374 F.
Sciences de i.a Terre : France, 90 F ; Étranger, 99 F.
Botanique : France, 70 F ; Étranger, 77 F.
Écologie générale : France, 60 F ; Étranger, 66 F.
Sciences physico-chimiques : France, 20 F ; Étranger, 22 F.
International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 333, novembre-décembre 1975, Zoologie 235
SOMMAIRE
J.-M. D EM AN GE et J.-P. M auriès. — Données de morphologie, tératologie, développe¬
ment postembryonnaire, faunistique et écologie des Myriapodes Diplopodes nui¬
sibles aux cultures du Sénégal.
J.-P. Mauriès. — Spirostreptides (Myriapoda-Diplopoda) de Guyane française.
Description de deux genres nouveaux. Compléments aux diagnoses des types
d’espèces sud-américaines.
1243
1257
333, 1
Données de morphologie, tératologie,
développement postembryonnaire, faunistique et écologie
tles Myriapodes Diplopodes nuisibles aux cultures du Sénégal
par Jean-Marie Démangé et Jean-Paul Mauriès *
Résumé. - Deux missions successives au Sénégal permettent de décrire une espèce nouvelle
pour la Science et d’apporter des précisions morphologiques et systématiques sur plusieurs formes.
Parmi les espèces récoltées, cinq sont nouvelles pour le Sénégal et un sous-ordre encore inconnu
de cette région d’Afrique est signalé.
Un tableau du développement postembryonnaire est proposé pour la plupart des Myriapodes
Iulomorphes récoltés.
Termitières et racines de végétaux sont les refuges principaux choisis par les Diplopodes en
fin de saison des pluies pour y passer la saison sèche. Dans les sols meubles, les populations suivent,
pendant cette période, la couche humide dans son mouvement de descente verticale.
Un cas tératologique original de dédoublement de l’appareil répugnatoire est rapporté.
Abstract. — Several stays in Sénégal enabled the authors to describe a new species and to
give additional data on the morphology and systematics of several species. Five species of those
collected in Sénégal are new ones, a suborder still unknown for this african région is mention-
ed.
A table of the postembryonic development of most of the collected Myriapoda Iulomorph
is given.
At the end of the rainy season, the Diplopoda shetter in termitaries and végétal roots to
pass through the dry season. In the loose soils, the populations use to follow, during this sea¬
son, the vertical downward movement of the wet layer.
A teratological case (splitting of the repugnatorial organs) is reported.
Depuis quelques années, les Myriapodes Diplopodes posent de graves problèmes dans
la région du Sine-Saloum, par suite des dégâts importants qu’ils occasionnent aux cultures
notamment à celles du coton et de l’arachide. Eu effet, ils surgissent en masse énorme
à la surface du sol au début de la saison des pluies et restent en activité pendant toute
cette période.
Des missions, soutenues et financées en 1972 (octobre-novembre) et 1973 (juillet)
par l’Institut de Recherche pour les Huiles et Oléagineux (IRHO) et le Fonds européen
de Développement (FED), nous ont permis d’explorer la région et de récolter un abondant
matériel dans le but d'étudier le phénomène au cours de deux périodes critiques : la fin
de la saison des pluies (octobre-novembre 1972) d’une part, le début de la saison des pluies
(juillet 1973) d’autre part.
Nous tenons à remercier vivement de leur concours ces deux Organismes et à dire
combien nous avons été sensibles à l’accueil amical des responsables IRIIO de Paris, de
* Laboratoire de Zoologie (Arthropodes), Muséum national d’Histoire naturelle , 61, rue Bufjon, 75005
Paris.
333, 2
1244
JEAN-MARIE DEMANGE ET JEAN-PAUL MAURIÈS
Dakar, de lvaloack et de Darou, plus particulièrement MM. Gillier, Bockelee-Morvan,
Schilling et Dimanche. Nous avons spécialement apprécié la compétence du personnel
de Darou et l’accueil chaleureux de son directeur M. Crinquette.
La masse des documents accumulés est importante tant du point de vue écologique
que biologique et systématique. La présente note est préliminaire ; elle rend compte plus
spécialement de la faune de la région dont la connaissance est fondamentale pour la conti¬
nuation des études en cours.
Quatorze espèces de Diplopodes ont été reconnues parmi lesquelles une espèce nouvelle
pour la Science ( Peridontopyge kaolackensis) et plusieurs encore inconnues de la région du
Sine-Saloum et même du Sénégal.
L’étude du développement postembryonnaire des Spirostreptidae, effectuée sur plu¬
sieurs centaines d’individus, apporte des données encore incomplètes mais déjà impor¬
tantes et inédites sur la quasi-totalité des espèces reconnues.
Les données écologiques, fruit de l’observation sur le terrain, sont originales et nous
paraissent fondamentales. Elles seront brièvement exposées ici et développées ultérieure¬
ment.
I. ÉTUDE SYSTÉMATIQUE,
REMARQUES MORPHOLOGIQUES ET CHOROLOGIQUES,
DESCRIPTION DE PERIDONTOPYGE KAOLACKENSIS NOV. SP.
La bibliographie concernant les Diplopodes de l’ensemble Sénégal-Gambie est très
restreinte.
La première contribution est due à Brôlemann, 1905, qui détermina cinq espèces,
toutes nouvelles, parmi les Spirostreptides récoltés près de Palémé par les membres de la
mission du chemin de fer Thiès-Kayes :
— Spirostreptus lugubris sudanicus (pour nous : Graphidostreptus tumuliporus Karsch),
— Spirostreptus contortus (pour nous : Ophistreptus contortus),
— Odontopyge conani (pour nous : Peridontopyge conani),
— Odontopyge falemica, décrit sur la femelle et selon Pierrard, 1972, synonyme de
Peridontopyge guineae Silv.,
— Odontopyge dilatata, décrit sur la femelle et pas encore retrouvé.
Attems, en 1927, décrit Peridontopyge rubescens sur un mâle récolté à Dakar. Jeekel,
en 1965, décrit de Kanefia, en Gambie, Sphenodesmus occidentalis. Pierrard, en 1972,
donne de nouvelles stations sénégalaises pour P. conani et P. rubescens et signale pour la
première fois l’existence dans ce pays de Peridontopyge spinosissirna Silv. et P. pervittata
Silv. Démangé, en 1973, signale, dans la forêt de Bandia (Sénégal occidental), outre cinq
espèces déjà connues du Sénégal, cinq autres espèces nouvelles pour ce pays :
— trois Spirostreptides : Ophistreptus digitulatus occiduus Brôl. (Dahomey), Urotro-
pis perpunctata Silv. (Guinée Bissao), Haplothysanus chapellei Dem. (Tchad) ;
— et les premiers Polydesmides signalés au Sénégal : Ilabrodesmus duboscqui Brôl.
(Mali), Streptogonopus aff. aethiopicus Jeekel (Afrique orientale).
Dans la présente note, outre la description d’une espèce nouvelle pour la Science,
MYRIAPODES DIPLOPODES DU SENEGAL
1245
sont signalées huit espèces déjà connues du Sénégal et de Gambie ainsi que quatre espèces
nouvelles pour le Sénégal.
La liste des espèces actuellement répertoriées pour le Sénégal et la Gambie comprend
donc dix-sept noms ; si l’on élimine les deux Odontopyges énigmatiques de Brôlemann,
il reste quinze espèces bien définies. Parmi elles, une seule a une répartition très étendue
(Graphidostreptus tumuliporus ) sur la quasi-totalité du continent africain ; trois autres ont
une répartition assez vaste sur la partie nord-équatoriale occidentale de l’Afrique ( Péri -
dontopyge spinosissima et P. trauni, Haplothysanus chapellei) ; la répartition de la plupart
des autres est plus restreinte et limitée à la partie la plus occidentale du continent. Signalons
la présence d’une espèce connue seulement jusqu’ici d’Érythrée ( Streptogonus afî. aethiopicus
Jeekel) et la découverte au Sénégal, pour la première fois, du sous-ordre des Stemmiu-
loidea.
STEMM IULO IDE A
Stemmiulidae
Diopsiulus sp.
Darou, chasse à vue dans une jachère de quatre ans, au pied d’un arbre sur termitière,
19.X.1972 (J.M.D. et J.P.M.).
11 n’est pas possible, en l’absence de mâle, de donner une détermination au niveau
spécifique. Il s’agit d’ailleurs très probablement d’une espèce nouvelle. Ses caractères de
coloration et sa morphologie externe la rapprochent de D. lalens Silv.
Les espèces les plus proches géographiquement sont D. feae Silv. et D. latens Silv.
de Guinée Bissao.
SPIROSTR EPTOIDEA
Spirostreptidae
Graphidostreptus tumuliporus (Karsch, 1881)
Cette espèce a été trouvée partout dans la région de Darou et à chacune de nos missions.
Sa grande taille, sa coloration presque noire et surtout son abondance en tous lieux (taillis,
termitières, champs cultivés, sur les arbres, etc.) attirent l’attention. Les accouplements
ont été observés très fréquemment pendant la saison des pluies. De nombreux individus
ont été récoltés en vue d’étudier les stades du développement.
L’un de nous (Mauriès) effectue actuellement une révision de toutes les formes déter¬
minées dans le passé comme Graphidostreptus (ou Archispirostreptus) tumuliporus Karsch,
lugubris Brôl., lugubris sudanicus Brôl., etc. Il semble bien que toutes doivent être regroupées
1246
JEAN-MARIE DEMANGE ET JEAN-PAUL MAURIÈS
en une seule espèce. Il est encore trop tôt pour définir des sous-espèces, les variations obser¬
vées, extrêmement nombreuses, ne paraissant pas avoir de corrélation avec la situation
géographique (exception faite, peut-être, pour les populations d’Israël). Ilappelons que
notre Graphidostreptus tumuliporus Karsch, alias lugubris Brôl., lugubris sudanicus Brôl,
dodsoni Pocock, smithi Pocock, etc. occupe une grande aire de répartition qui couvre presque
tout le continent africain (exception faite de l’Afrique du Nord et de l’Afrique du Sud) et
déborde sur le Moyen-Orient : en Israël et au Yemen.
Urotropis perpunctata Silvestri, 1907
Darou, août 1974, 1 G 1 ? (Rossion) ; octobre 1974, 3 (Gillon coll.).
Cette espèce, connue seulement jusqu’à ce jour de Guinée Bissao (Silvestri, 1907),
est très rare dans la région ou du moins n’apparaît qu’à certaines époques et pendant un laps
de temps très court car nous ne l’avons jamais trouvée pendant nos missions de 1972 (octo¬
bre-novembre) et 1973 (juillet).
Odontopvgidae
Peridontopyge conani (Brôlemann, 1909)
Cette espèce, déjà connue du Sénégal (Biiolemann, 1905) (Pierrard, 1972), du Mali
(Pierrard, 1972) et de Guinée Bissao (Cari., 1940), est très commune dans la région de
Darou.
Peridontopyge pervittata Silvestri, 1907
Déjà connue du Sénégal (Pif.rraru, 1972) et de Guinée Bissao (Silvestri, 1907),
cette espèce paraît être très rare dans la région de Darou ; nous n’avons recueilli qu’un
seul mâle au pied d’un « Dimb » le 16 juillet 1973.
Peridontopyge rubescens Atteins, 1927
Connue du Sénégal (Attems, 1927 ; Démangé, 1973 ; Pierrard, 1972) et de Guinée
Bissao (Carl, 1940) cette espèce est très commune dans la région de Darou.
Nous en avons également récolté une femelle en Casamanee (novembre 1972).
Peridontopyge spinosissima Silvestri, 1897
Assez commune dans la région de Darou, cette espèce est répandue du Tchad au Séné¬
gal (Pierrard, 1972).
Il nous a paru utile de figurer ici (fig. I) le complexe tibiotarsal du télopodite d’un
MYRIAPODES DIPLOPODES DU SÉNÉGAL
1247
mâle de Darou. En effet, comme le soupçonnait déjà Brôlemann (1926), la morphologie
de ce complexe est variable. Les variations ne semblent pas être géographiques (Pierrard,
1972). La découpure externe a son sommet plus ou moins accusé et en lame subrectangulaire
ou bien elle est complètement tronquée, ce qui donne au processus un aspect en tête d’oiseau
du fait de son appendice épineux dirigé vers l’avant. C’est cette morphologie, en particu¬
lier, que l’on rencontre chez les individus du Dahomey. Chez les formes du sud du Mali
et de Darou, le sommet rectangulaire de la découpure externe du complexe est élevé mais le
processus épineux, toujours dirigé vers l’avant, est épais chez les individus maliens tandis
qu’il apparaît mince et flexueux chez ceux de Darou. Le complexe interne, développé vers
la base du membre, est largement bifide, volumineux chez les formes du Dahomey, discret
et uniramé chez les individus maliens, bien développé en une pointe en forme de faux,
portant une dent à l’arête supérieure chez les spécimens de Darou.
Peridontopyge trauni Silvestri, 1907
Darou, date non précisée, 1 <$ récolté par Y. Gillon.
Encore inconnue du Sénégal, cette espèce est déjà connue de Guinée Bissao (Silvestri,
1907), du Tchad (Démangé, 1957) et du Mali (Pierrard, 1972).
Peridontopyge kaolackensis nov. sp.
Darou, £ holotype, 73/1 anneaux, 4 à 4,5 mm de diamètre.
Couleur, dans l'alcool, brun-rouge à fauve, annelé de brun-rouge à fauve foncé.
Morphologie de la tète de type classique ; antennes longues et élancées atteignant
le bord du IV e anneau environ ; articles allongés.
Collum sans particularités ; lobes latéraux anguleux, en angle droit, étroitement bordés ;
4 gros replis sur la surface, à peine anguleux, les plus internes presque droits.
Diplosegments avec pores répugnatoires débutant au V e , touchant la suture peu
déviée à son niveau ; surface ponctuée-striolée. Pattes avec soles sur les deux avant-der¬
niers articles, présentes de la 3 e paire à quelques avant-dernières.
Dernier anneau densément ponctué, sans prolongement en appendice ni carène longi¬
tudinale ; valves anales volumineuses et aplaties ; pointes dorsales classiques.
Gonopodes à coxoïdes classiques, fortement écartés l’un de l’autre. Sommet développé
en lames translucides, arrondies, raccordées l’une à l’autre sans solution de continuité (fig. 3).
Bord interne du feuillet coxal interne armé d’une formation épineuse en crochet souligné
par une bosse au bord supérieur (fig. 4). Bord externe du feuillet coxal externe prolongé
par un appendice en crochet recourbé vers le haut.
Télopodite typique du genre (fig. 2 et 5). Pas de talon au rameau séminal ; processus
de la courbure de ce rameau triangulaire tronqué. Line épine au bord inférieur du membre,
développée dans le sens de celui-ci et armée, face orale, d’une petite pointe courte. Complexe
tibiotarsal simple, en continuité avec le bord, développé en un feuillet lamellaire allongé
et recourbé en crochet pointu vers l’extrémité distale ; une épaisse lame tordue située à
1248
JEAN-MARIE DEMANGE ET JEAN-PAUL MAURIÈS
Fig. 1. — Peridontopyge spinosissima, détail du complexe tibiotarsal.
Fig. 2 à 5. — Peridontopyge kaolackensis nov. sp. : 2, extrémité du télopodite ; 3, sommet du coxoïde
du gonopode, face orale ; 4, crochet coxal interne du gonopc.de ; 5, épine tibiotarsale de l’arête infé¬
rieure.
Fig. 6. — Gonopode de Sphenodesmus occidentalis de Darou.
Fig. 7. — 50 à 54 derniers anneaux d’une larve à 10 RO (54 -f T) de Haplothysanus chapellei.
Cas tératologique de dédoublement des organes répugnatoires.
la base du complexe et développée transversalement à sa surface. Extrémité du tibiotarse
creusée en cuiller, lamellaire, à surface couverte de cannelures transversales ; un large feuillet
transversal de grande surface.
Cette nouvelle espèce présente quelques affinités morphologiques avec P. rubolineatus
Dem. du Togo mais reste néanmoins assez éloignée de cette dernière espèce. Elles appar¬
tiennent toutes deux à un petit groupe de formes rassemblées autour de P. spinosissima
chez lesquelles une grande lamelle translucide se développe transversalement et subdista-
lement sur la face inférieure du tibiotarse du télopodite.
Le processus tibiotarsal de kaolackensis présente, à sa base, une formation particulière
MYRIAPODES DIPLOPODES DU SÉNÉGAL
1249
comme chez rubolineatus mais ce processus lui-même est beaucoup plus étroit et rubaneux
chez la nouvelle espèce.
Les coxoïdes sont totalement différents chez les deux espèces ; les différenciations
distales paraissent originales chez kaolackensis.
La nouvelle espèce n’a jamais été trouvée jusqu’ici, en dehors des mois d’octobre-
novembre, aussi bien au cours de la mission de 1972 que lors des récoltes effectuées en 1973
pendant la saison des pluies. Chez les exemplaires de 1973 le nombre des anneaux est un
peu plus élevé que chez l’holotype : 75/1 au lieu de 73/1.
Haplothysanus chapellei Démangé, 1957
Cette espèce n’était, jusqu’à présent, connue que du Tchad, de Haute-Volta (subsp.
voltaensis Mauriès, 1969) et de la forêt de Bandia (Sénégal occidental) (Démangé, 1973).
Elle est assez fréquente dans la région de Darou et pullule dans certains prélèvements
effectués en juillet 1973.
Il existe deux formes, distinctes par leur taille et leur coloration, que l’on trouve coexis¬
tantes dans la même station : une grande forme foncée et une petite forme claire.
Syndesmogenus mimeuri Brôlemann, 1924
L’espèce, signalée seulement jusqu’à ce jour du Mali occidental (Brôlemann, 1924),
est assez fréquente à Darou.
POLYDESMOIDEA
Strongylosomidae
Habrodesmus duboscqui Brôlemann, 1920
Cette espèce, jamais très abondante, a été rencontrée plusieurs fois dans la région
de Darou. Déjà connue du Sénégal occidental (Démangé, 1973), elle a été décrite sur du
matériel de Guinée (Brôlemann, 1920).
Streptogonopus aff. aethiopicus Jeekel, 1956
Darou, chasse à vue, 19.VII.1973 (coll. J.M.D.) 4 3 Ç, 4 j ; en surface, date ? VII.1973
(coll. J.M.D.), 4 (J, 4 $, 1 j ; au pied des arachides en train de lever, 11.VII.73 (coll. J.M.D.),
1 (î.
Sous cette dénomination, nous groupons ici les animaux auxquels Démangé fait
allusion (1973 : 544-545) dans sa note sur le Sénégal occidental. La détermination précise
de cette espèce et la synonymie Habrodesmus-Streptogonopus ne sont toujours pas établies.
1250
JEAN-MARIE DEMANGE ET JEAN-PAUL MAURIÈS
Gomphodesmidae
Sphaenodesmus occidentalis Jeekel, 1965
Nous rattachons à cette espèce, connue seulement de Gambie, un mâle et une jeune
femelle recueillis aux abords de la station de l’IRHO de Darou le 17. VII.1973 par l’un
de nous (J.M.D.) au lieu-dit « Bois de Boulogne ».
En raison de quelques différences observées, nous publions ici une figure des gonopodes
du mâle de Darou (fig. 6) ; on remarquera, par comparaison avec la figure de Jeekel,
des différences surtout dans la forme et le développement des deux cornes proximales du
« fémur » ; à noter également l'absence de lobe au niveau du coude préapical du tibiotarse ;
le mâle de Darou diffère également de celui de Gambie par un moindre développement
de la languette médiodorsale du lobe sternal des P.6. Il mesure 45 mm de long pour 8,3 mm
de large.
Dans son travail de 1965, Jeekel donne des indications précieuses sur la répartition
des Gomphodesmidae et, ce qui nous intéresse ici, il souligne l’isolement géographique,
à l’extrême ouest du continent africain, de Sphenodesmus occidentalis ; il se pourrait
qu’ « Astrodesmus » macrotrichus Attems, 1901, de Guinée Bissao, connu seulement par la
femelle, se rattache à cette même espèce.
Nota. — La découverte d’un mâle, identique par ses gonopodes au type de Gambie,
en Basse Casamance (en forêt, le 23.VIII. 1974, coll. Bouchet), pourrait venir à l’appui
de l’affirmation ci-dessus.
II. UN CAS TÉRATOLOGIQUE ORIGINAL
DE DÉDOUBLEMENT DES GLANDES RÉPUGNATOIRES
Les anomalies des appareils glandulaires des Diplopodes ne sont pas rares dès que Ton
considère l’extrémité postérieure du corps. Ce sont exclusivement des disparitions des pores
répugnatoires et des glandes sur certains segments et généralement d’un seul côté. Les
anneaux terminaux sont les derniers apparus pour un stade donné et l’absence des pores
et des glandes ne peut surprendre si Ton connaît le mode particulier de développement
de ces anneaux.
Après plusieurs phases successives de développement interne, apparaît un anneau
externe incomplètement formé, apode et sans trace de pores. Ce n’est qu’à la mue suivante
qu’apparaîtront appendices et glandes mais il est fréquent de trouver néanmoins ces anneaux
dépourvus d’appareil glandulaire par suite, probablement, de processus de croissance plus
ou moins retardés. Le phénomène est plus répandu chez les larves que chez les adultes.
Dans la région antérieure du corps on connaît des cas de disparition ou d’asymétrie.
MYRIAPODES DIPLOPODES DU SENEGAL
1251
Ce sont généralement des Iules ( s.l .) qui présentent ces anomalies ; cependant, quelques
cas ont été signalés chez les Polydesmides.
Bien différent est le cas tératologique relaté ici et, à notre connaissance, le seul connu.
Il s’agit d’un dédoublement de l’appareil glandulaire du côté gauche d’une larve, à 10
rangées d’ocelles (10 RO) de 54 -f- T anneaux, d’ Haplothysanus chapellei Dem., petite forme
claire (fig. 7).
Les anneaux 50 et 54 possèdent deux glandes et deux pores ; l’anneau 51 une glande
et deux pores et l’anneau 52 porte un seul pore mais la glande paraît plus volumineuse
et plus allongée vers le bas comme si elle était double mais dépourvue du canal et du pore
supplémentaire correspondants.
On ne peut donner d’explication valable à ce dédoublement mais seulement signaler
le fait. Il est pourtant une certitude : le phénomène a son siège dans la zone embryonnaire
de croissance où se forment les nouveaux segments.
III. DÉVELOPPEMENT POSTEM B R YO N N AI RE
DE QUELQUES ESPÈCES DE SPIROSTREPTIDES ET D’ODONTOPYGIDES
Il est assez difïicile de connaître, d’une manière précise, le développement des Diplo-
podes Iuliformes sans en entreprendre l’élevage. Cependant, la connaissance précise de la
faune de la région explorée d’une part, des traits morphologiques des différentes espèces
d’autre part, jointe à la grande abondance du matériel recueilli et étudié permettent de
tenter plus qu’une esquisse du développement segmentaire de la plupart des espèces ren¬
contrées. Des espèces rares, comme Urotropis perpunctata, Peridontopyge pervittata, P.
trauni par exemple, ne peuvent être désignées que par des lettres sous leur forme larvaire
car nous sommes encore dans l’impossibilité de les différencier spécifiquement ; il n’en
sera naturellement pas question dans cette note.
Bien entendu, des récoltes nouvelles et des élevages suivis sont nécessaires pour com¬
pléter les données publiées ici.
Pour certaines espèces, le tableau de croissance segmentaire, ci-après, est presque
complet, pour d’autres il présente des lacunes. Pour toutes, les premiers stades sont inconnus
car ils s’effectuent très probablement dans des oothèques, comme c’est le cas chez les Spiro-
bolides (Démangé et Gasc, p. 165) et sont, de ce fait, soustraits à l’observation.
Les élevages, actuellement en cours, ont pour but de combler ces lacunes car dans
le tableau il ne nous a pas été possible de numéroter les stades et par conséquent d’en con¬
naître le nombre définitif ; on ignore, en effet, s’il existe ou non un ou plusieurs stades aveu¬
gles au début du développement. Il ne sera donc indiqué que le nombre de rangées d’ocelles
(x RO). Le réveil sexuel apparent est indiqué dans la mesure du possible et il semble qu’il
existe un décalage de stade à l’apparition des gonopodes chez certaines espèces comme
Syndesmogenus et Peridontopyge par exemple.
L’étude du développement des gonopodes sera publiée ultérieurement.
On a tenté d’analyser pour une espèce, Graphidostreptus tumuliporus (tableau I), les
descendances segmentaires et l’on constate l’origine multiple d’une même formule segmen-
333, 3
1252
JEAN-MARIE DEMANGE ET JEAN-PAUL MAURIÈS
taire comme c’est le cas chez les lulomorphes d’Europe (travaux de Sahli) et chez les
Spiroboles (Démangé, 1972 ; Démangé et Gasc, 1972).
Les tableaux 1 et II représentent une synthèse des documents rassemblés mais il
est évident que l’étude en détail des formules rencontrées à chaque stade, jointe à celle
des traits morphologiques, permettent de reconnaître la plupart des espèces de la région de
Darou sans qu’il soit nécessaire de faire appel aux caractéristiques systématiques clas¬
siques des mâles par leurs gonopodes.
Tableau I. — Descendances segmentaires rencontrées à Darou au cours du développement postem¬
bryonnaire de G. tumuliporus Karsch. Le premier chiffre indique le nombre des anneaux
pédifères, le second le nombre des anneaux apodes ; T = telson ; RO = rangées d’ocelles.
12 RO
ADULTE
53+T
58+T
IV. REMARQUES ÉCOLOGIQUES ET ÉTHOLOGIQUES
Dès l’apparition des premières pluies, un nombre très important de Myriapodes Diplo-
podes se rencontrent à la surface du sol. Ils sont très actifs et se déplacent constamment
d’un point à un autre et toute la journée, au soleil ou à l’ombre.
Toutes les espèces citées plus haut sont présentes à la surface du sol, adultes et stades
immatures mélangés, mais pas toutes en même temps. C’est ainsi que des espèces ne sont
MYRIAPODES DIPLOPODES DU SÉNÉGAL
1253
rencontrées qu'en début de saison des pluies, leur absence est totale à la fin de cette saison
et au début de la saison sèche. Ce sont généralement des Polydesmoïdes, mais signalons
que la nouvelle espèce, Peridontopyge kaolackensis, recueillie en nombre très réduit et seu¬
lement à l’état de cadavre en surface en début de saison sèche (fin octobre-début novembre
1972) n’a été retrouvée, en 1973, qu’à la même époque ; kaolackensis semble donc n’appa¬
raître que pendant un laps de temps très court et très précis. L’espèce est totalement absente
des masses de Diplopodes en mouvement pendant les pluies. Il en est de même d’ Urotropis
perpunctata dont l’apparition semble se situer en août-septembre.
Au cours de la journée, si l’humidité relative diminue, l’activité se ralentit de même,
les déplacements vont jusqu’à cesser, les Myriapodes recherchant des abris : mottes de
terre, branchages, ombre des arbres et des buissons. Il arrive que les animaux, trop nom¬
breux, se groupent dans la même tache d’ombre en formant plusieurs couches.
L’activité sexuelle est très intense ; les mâles recherchent très activement les femelles ;
les accouplements s’effectuent en tous lieux, aussi bien sur les arbres que sur le sol, à l’ombre
ou au soleil et cela même aux heures les plus chaudes.
En fin de saison des pluies, vers octobre-novembre, le nombre des individus actifs
à la surface du sol diminue sensiblement et de nombreux cadavres de mâles se rencontrent
un peu partout. Les survivants (les femelles et les immatures) recherchent des abris et se
concentrent dans des gîtes pour passer la saison sèche. On peut distinuer trois types de
refuges abritant des populations de Diplopodes plus ou moins abondantes : les termitières,
les racines des vieilles souches ombragées par des rejets, le pied des arbres.
Il semble qu’il y ait une préférence pour les deux premiers. Dans les termitières, les
grands individus ( Graphidostreplus tumuliporus, Peridontopyge rubescens) ont tendance
à coloniser les parties supérieures et le niveau du sol mais toujours à une faible profondeur ;
tandis que les petites espèces et Jes stades immatures des grandes et des petites formes
s’enfoncent plus profondément. Chaque individu, lorsque le sol n’est pas trop meuble,
façonne avec la boue une logette dans laquelle il s’enferme, qu'il rebouche généralement
et où il s’immobilise en s’enroulant. Il est évident que ces logettes de boue séchée très résis¬
tante constituent des abris solides où les conditions d’hygrométrie favorables sont con¬
servées et permettent à l’animal de résister à la longue période de sécheresse.
Les individus les plus petits (adultes de petites espèces et immatures de grandes espèces)
choisissent le sol le plus meuble et occupent les fissures au contact des racines des buissons
et d’une façon générale en pleine terre. Dans ce milieu, il n’a pu être décelé aucune forme
de loge particulière. C’est que, au cours de la saison sèche, ces Diplopodes effectuent, en
même temps que la couche humide du sol, une migration verticale descendante ; la couche
active où ils sont récoltés est, en effet, située entre 30 et 60 cm immédiatement après la
saison des pluies et descend à 80-100 cm pendant la saison sèche.
Par contre, aucune migration verticale n’est perceptible dans les termitières ; les
populations restent inactives à fleur de terre (5-15 cm) dans leurs logettes, pendant toute
la saison sèche. Une étude est en cours pour déterminer l’existence de comportements
différents suivant les espèces et les stades de développement.
Pour terminer, ajoutons quelques remarques effectuées sur le terrain pendant la période
d’activité en surface :
— Il semble que la direction générale des déplacements, au moins le matin, ne s’éloi¬
gne guère d’un plan perpendiculaire à la direction des rayons solaires.
1254
JEAN-MARIE DEMANGE ET JEAN-PAUL MAURIES
Tableau II. — Récapitulation de quelques caractères morphologiques distinctifs et synthèse du
développement segmentaire postembryonnaire des principales espèces de Darou. Le réveil
sexuel apparent est symbolisé par les signes $ et Ç ; les formules segmentaires sont les limites
rencontrées jusqu’ici : numérateur = nombre des anneaux pédifères, dénominateur = anneaux
apodes ; T = telson ; RO = rangées d’ocelles.
Rangées
d’ocelles
Pore sur le VI e anneau : généralement nninlirc. réduit de
sillons foliaires et 3 r 3 soies sur les valves anales
Lobe eollairc
étroit, anguleux,
saillant
11. cita pelle i
petite forme
claire
Lobe étroit en
angle droit
If. chapellei
grande forme
sombre
I .obe large, val
ves anguleuses
S. mhneuri
gracile, bande
dorsale claire
2 RO
3 RO
4 RO
5 RO £ ?
G RO 1
7 RO
8 RO
9 RO
10 RO
11 RO
12 RO
13 RO
14 RO
15 RO
49-50
3-4 -f T
49- 54
1-2 + T
_52-54
"7-0 'T
50- 54
T
52-55
f
57- 59
2-3 + T
58- 00
i +~
58- G2
T
59- 61
T
60- G1
23-25
"4
28- 31
"59; T
29- 34
5-7 -j- T
34-41
' 5-7 f T
44-51
3-1 i T
48-51
2-4-6 4 - T
54
"”2 +“T"
5G-58
T
55-57
T
Pore sur le V e anneau ; nombre élevé de sillons collaires et 2 4 2
soies sur les valves ou 0 j- 0.
.s pinosissi-
a
P. a (T connut
P. co tut ni
P. rubescens
33-35
(î -f T
34-38-42
43-47
0-7 + T
58
60-63
62
2-3 -f T
3 -f '1’
114-70
62-65
65-66
05-67
1-3 + T
1-4 -b T
1-2 -f- T
J -2 + T
65-70
62-66
65-68
61-66
1-0 -b T
1- 2 -b T
f-o — T
1-3 4 - T
67-70
64-69
64-69
1-0 -4- T
T
2-0 - T
71-75
65-09
64-65-70
69-71
64-69
66-71
71-72
67-68
67
T
T
MYRIAPODES DIPLOPODES DU SENEGAL
1255
— Si tous les individus de toutes les espèces pullulent sur le sol, seuls les Graphidos-
treptus tumuliporus se rencontrent souvent en nombre sur les arbres, arbustes et buissons,
en général assez haut, agrippés aux troncs et aux branchages et fréquemment serrés les
uns contre les autres.
—- Les Peridontopyge, qui constituent l’essentiel de la masse vivante, présentent un
comportement de défense très spécial ; au moindre dérangement, au lieu de s’enrouler en
spirale comme les autres Iuliformes, ils s’animent de mouvements rapides et vigoureux
pour s’échapper ; ils se tortillent et sautillent parfois si vigoureusement qu’ils peuvent
bondir en l’air.
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1256
JEAN-MARIE DEMANGE ET JEAN-PAUL MAURIÈS
SlLVESTR
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Manuscrit déposé le 14 février 1975.
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Zoologie 235 : 1243-1256
Achevé d’imprimer le 27 février 1976.
Spiros trep tides (Myriapoda- Diplopoda)
de Guyane française.
Description de deux genres nouveaux.
Compléments aux diagnoses des types d’espèces sud-américaines
par Jean-Paul Mauriès *
Résumé. — Sur les onze espèces de Spirostreptinae étudiées ici, sept seulement existent
en Guyane française, dont deux appartenant à deux genres nouveaux : Urostreptus travassosi
Schubart (nouvelle pour la Guyane), Demangeptus pseudoflavicornis n. g., n. sp., Plusioporus
oyapockanus (Atteins), Dicyclostreptus auberti n. g., n. sp., Orthoporus punctatissimus Silv., Ortho-
porus lomonti Brôl., Heteropyge cayennophilus (Silv.).
Une espèce est certainement citée par erreur de Guyane : Orthoporus poculifer Silv.
Les gonopodes des types de trois autres espèces décrites par F. Silvestri sont figurés : Urostrep¬
tus borellii (Silv.), Orthoporus diaporoides Silv. (type du genre Orthoporus ), Alloporus americanus
Silv. (type du genre Diaporus).
Abstract. — Among the eleven species of Spirostreptinae studied by the author, seven species
hâve been collected from french Guiana ; two of them belong to new généra : Urostreptus travas-
sosi Schubart (new for Guiana), Demangeptus pseudoflavicornis n. g., n. sp., Plusioporus oyapocka¬
nus (Attems), Dicyclostreptus auberti n. g., n. sp., Orthoporus punctatissimus Silv., Orthoporus
lomonti Brol., Heteropyge cayennophilus (Silv.).
Orthoporus poculifer Silv. is surely an african species, erroneously mentioned from Cayenne.
In this paper, the gonopods of the types of the three other species, described by Silvestri,
are shown : Urostreptus borellii (Silv.), Orthoporus diaporoides Silv. (type of genus Orthoporus),
Alloporus americanus Silv. (type of genus Diaporus).
A la suite de récoltes récentes effectuées par des chercheurs du Muséum national d’His-
toire naturelle de Paris en Guyane française, notamment par J.-P. Gasc en juillet 1970,
J. L. Àlbaret en mars-avril 1971, J.-P. Gasc et CI. Sastre de juillet à septembre 1972
et enfin J. Lescure en 1973, il est opportun de faire le point des connaissances en ce qui
concerne les Diplopodes et plus spécialement les Spirostreptides récoltés sur ce territoire.
La présente note a pour objet : de faire connaître le résultat des récoltes effectuées au
cours des missions énumérées ci-dessus et les résultats de récoltes plus anciennes et non
encore étudiées (celles de Geay en 1902, de Benoist en 1914 et surtout d’AuBERT de la
Rüe en 1948-49); de compléter les diagnoses originales des espèces de Guyane décrites
par F. Silvestri, 1897 ; de faire état d’observations effectuées sur les types de quelques
espèces de territoires voisins 1 ; d’apporter quelques compléments à la connaissance de
certains genres.
* Laboratoire de Zoologie (Arthropodes), Muséum national d’Histoire naturelle, 61, rue de Bufjon, 75005
Paris, Frame.
1 . Ces types nous ont été obligeamment communiqués par MM. Gunnar Hallin (Stockholm), J. Coo-
remans (Bruxelles), et M. Moritz (Berlin) que nous remercions bien vivement ici.
1258
JEAN-PAUL MAURIÈS
On trouvera dans C. A. W. Jeekel, 1963, une liste des Diplopodes récoltés dans les
trois Guyanes et la région brésilienne d’Amapa. Rappelons seulement que les Spirostrep-
tides de Guyane française signalés jusqu’à ce jour sont :
Iulus palmiger Gervais, 1847
Iulus leprieuri Lucas, 1849 1
Orihoporus poculifer Silvestri, 1897
» punctatissimus Silvestri, 1897
» cayennophilus Silvestri, 1897
Scaphiostreptus oyapockanus Attems, 1914
Orihoporus lomonti Brôlemann, 1932.
Les quatre dernières ont seules été retrouvées dans le matériel étudié ici.
A cette liste, nous ajoutons aujourd’hui deux espèces nouvelles, appartenant chacune
à un genre nouveau, et une espèce nouvelle pour la Guyane :
Urostreptus travassosi (Schubart, 1957) (Brésil)
Demangeptus pseudoflavicornis n. g., n. sp.
Dicyclostreptus auberti n. g., n. sp.
A l'exception de Iulus leprieuri et de Urostreptus travassosi , nous avons pu examiner
les types de toutes les espèces précédemment citées, soit en tout six espèces provenant des
collections de Paris et de Bruxelles. De plus, nous avons été amené à revoir les types ou
paratypes de :
Spirostreptus flavicornis Porat, 1876, du Surinam,
Archispirostreplus borellii Silvestri, 1895, d’Argentine,
Spirostreptus plananus Karsch, 1881, de Guiana,
Spirostreptus meracus Karsch, 1881, de Guyane britannique,
qui appartiennent aux collections de Stockholm, Portici et Berlin.
Parmi ces types, ceux de 1. palmiger, S. flavicornis, S. plananus et S. meracus, repré¬
sentés par des femelles ou des immatures, ne nous ont été d’aucune utilité.
Ainsi, la liste des espèces étudiées ci-après 2 comprend donc onze noms qui se répar¬
tissent à l’intérieur de six genres appartenant tous aux Spirostreptinae. L’ordre de la liste
s’inspire des divisions données par J.-M. Démangé, 1970, dans son essai de classification
des Spirostreptinae, basé essentiellement sur la morphologie du télopodite des gonopodes
du mâle :
I. Télopodite en flagelle simple : Urostreptus Silvestri, 1898 [ borellii (Silvestri, 1895) — travassosi
(Schubart, 1957)].
II. Télopodite en flagelle court pourvu de différenciations : Demangeptus n. g. ( pseudoflavicornis
n. sp.).
III. Télopodite en bandelette : Plusioporus Silvestri, 1895 [ oyapockanus (Attems, 1914)].
IV. Télopodite en bandelette très allongée : Dicyclostreptus n. g. (auberti n sp.).
V. Télopodite en bonnet simple : Orihoporus Silvestri, 1897 [ diaporoides Silvestri, 1897 — ameri-
canus (Silvestri, 1895) — punctatissimus Silvestri, 1897 — lomonti Brôlemann, 1932 — pocu¬
lifer Silvestri, 1897].
VI. Télopodite en bonnet bi- ou trilobé : lleteropyge Silvestri, 1898 f cayennophilus (Silvestri, 1897)].
1. Le type de cette espèce, qui devrait se trouver au Muséum de Paris, semble être perdu.
2. Le matériel déposé au Laboratoire de Zoologie (Arthropodes) du Muséum national d'Histoire natu¬
relle de Paris est suivi de l’abréviation (M.N.H.N. Paris).
SFIROSTREPTIDES DE GUYANE FRANÇAISE
1259
Si l’on note que sur ces onze espèces, trois sont étrangères à la Guyane française ( borellii ,
diaporoides et arnericanus) et que Orthoporus poculifer est, comme nous le verrons, très
probablement citée par erreur de Cayenne, il ne reste que sept espèces de Spirostreptides
répertoriées avec certitude de ce territoire, ce qui, étant donné sa situation en zone tropicale,
est certainement en dessous de la réalité.
UROSTREPTUS Silvestri, 1898
Les caractères et les limites de ce genre sont maintenant connus de façon satisfaisante
depuis les notes de R. L. Hoffman, 1968 et 1974. Rappelons qu’il a pour synonymes (ou
sous-genres) : Stenostreptus Cari, 1917 ; Orthogoneptus Chamberlin, 1941 ; Perizonopus
Verhoeff, 1941 ; Alogostreptus Attems, 1950; Exospermastix Verhoefï, 1951.
La liste des espèces (voir R. L. Hoffman, 1968 et 1974) comprend : camerani Silv.
(type du genre), compressicauda (Silv.), carvalhoi (Schubart), ? caudifer (Chamberlin),
cultratus (Humbert & Saussure), hassleri (Cari), mineri. (Chamberlin), rnundurucensis (Schu¬
bart), paxillatus Hoffman, tampiitauensis (Schubart), travassosi (Schubart), robustus (Ver-
hoefT).
Urostreptus borellii (Silvestri, 1895)
Syn. : Archispirostreptus borellii Silvestri, 1895.
Nous figurons (fig. 1 et 2) les gonopodes d’un mâle de Formosa (Argentina), station
citée par F. Silvestri, 1902. Les échantillons de Tucuman qui ont servi à la description
originale de l’espèce n’ont pas encore été retrouvés. Il y a cependant de fortes chances
pour que les individus de Formosa et ceux de Tucuman appartiennent à la même espèce.
S’il en est ainsi, borellii s’ajoute à la liste des espèces du genre Urostreptus et se place au
voisinage de hassleri (Cari) ; cette opinion va dans le même sens que celle de R. L. Hoff¬
man, 1974, qui, ayant revu le type de hassleri, considère les deux espèces comme synonymes.
Urostreptus travassosi (Schubart, 1957)
Loc. : Guyane française, juillet 1970, coll. J.-P. Gasc, 1 $ (M.N.H.N. Paris).
Nous rattachons ce mâle à l’espèce brésilienne en raison de la conformation des gono¬
podes (fig. 3-4), qui est identique. Notons cependant que le mâle guyanais est beaucoup
plus grand (longueur 160 mm ; diamètre 10 mm) et que le nombre d’anneaux est plus
important (62/1). Les autres caractères (striation du lobe collaire et pygidium notamment)
sont ceux du type.
DEMANGEPTUS n. g. 1
Diagnose : Spirostreptidae Spirostreptinae dont les télopodites des gonopodes du mâle se rap¬
portent au groupe des « genres à télopodites flagelliformes pourvus de différenciations tibio-
1. Genre bien cordialement dédié à M. J.-M. Démangé, Sous-Directeur au Muséum national d'IIis-
toire naturelle.
1260
JEAN-PAUL MAURIÈS
Fig. i-'i. — Genre Uroslreptus Silvestri, 1898 : 1, Urostreptus borcllii (Silvestri, 1895), (J de Formosa
(Argentine), gonopode gauche, vue male ; 2, le même, vue caudale; 3, Uroslreptus travassosi $ de
Guyane, coxoïde du gonopode gauche, vue caudale ; 4, le même, vue orale.
tarsales en appendice » x , mais s’en distinguent par le très faible développement du télopodite
lui-même et de ses appendices 1 2 : l’un, proximal par rapport au sinus de la rainure, est un petit
lobe, l’autre, plus distal, est une simple gibbosité.
Type : lJemcingeptus pseudoflavicornis n. sp. 3 .
1. Genres Tibiozus, Pseudolibiozus, Cladodeptus et Jeekeloslreplus.
2. Ce qui le rapproche des Gymnostreplus.
3. Appelée ainsi en raison de ressemblances avec Spircstreplus flauicornis Porat, 1876, du Surinam.
SPIROSTREPTIDES DE GUYANE FRANÇAISE
1261
Demangeptus pseudoflavicornis n. sp.
Loc. : Guyane française, environs de Cayenne, coll. R. Benoist, 1914, 1 holotype (M.N.H.N.
Paris).
Caractères morphologiques externes
Longueur 50 mm ; diamètre 3,3 mm ; 55/1 anneaux.
Coloration (après 50 ans de séjour dans l’alcool !) : annelures rousses (métazonites)
et brunes (prozonites) ; tête, pattes et pygidium brun-roux.
Tète (fig. 5) lisse, yeux de 30 ocelles sur un champ triangulaire pigmenté ; capsule
céphalique bombée, surtout entre les yeux ; antennes courtes (longueur 3 mm) et à articles
aplatis.
Collum (fig. 5) sans particularités aux lobes qui sont parcourus par 4-5 stries longitu¬
dinales.
Anneaux moyens : métazonites et surtout prozonites lisses et brillants ; métazonites
très finement et très faiblement chagrinés et striolés ; sillon zonital bien marqué. Pore
répugnatoire (présent dès le 5 e anneau) bien écarté en arrière du sillon zonital (au tiers
antérieur de la longueur du métazonite). Au-dessous du pore, les métazonites montrent
une quinzaine de stries longitudinales, les plus ventrales étant les plus serrées.
Pygidium très court, en angle obtus ; valves anales lisses et glabres, à bords épais
et évasés.
Pattes très courtes : 1,5 mm de long pour les postérieures, 2 mm pour celles de la moitié
antérieure du corps ; uncus court et émoussé.
Caractères sexuels $ (goponodes, fig. 6-10)
Télopodites (fig. 8-10) remarquables par leur simplicité. Le sinus de la rainure séminale
(fig. 9, r), assez difficile à localiser, se situe un peu distalement par rapport à la grande cour¬
bure, à peu près au niveau d’un petit lobe (m) qui apparaît comme une simple découpure.
Plus distalement, le membre s’épaissit et émet sur le côté une apophyse gibbeuse épaisse
(n), au-delà de laquelle le télopodite reprend son aspect flagelliforme.
Coxoïde remarquable par son gonocœle largement ouvert du côté antérieur interne
et par le fait que le feuillet interne (i), assez bas, ne parvient qu’à mi-hauteur environ du
coxoïde. Le feuillet externe est par contre plus développé et plus différencié : sa partie la
plus visible antérieurement (e) est séparée d’une palette distale postérieure (K) par une
profonde rigole où prend place la grande courbure du télopodite. A noter que, sur la face
postérieure de sa partie distale interne, (e) émet un repli formant une sorte de cornet (k).
PLUSIOPORUS Silvestri, 1895
Une bonne mise au point sur ce genre, tant en ce qui concerne la diagnose que le con¬
tenu spécifique, a été donnée par R. L. Hoffman, 1955. Les synonymes sont : Alloporus
Brôlemann, 1902, Nesostreptus Attems, 1927, Alloporus (Hessonoporus ) Attems, 1950,
Epistreptus (Dicranostreptus ) Attems, 1950.
1262
JEAN-PAUL MAURIÈS
Fig. 5-10. —Deniangeptus pseudoftavicornis n. g., n. sp., (J holotype : 5, tête et colJum, vue latérale ; 0,
Idoc gonopodial, vue caudale ; 7, le même, vue orale (en noir, partie profonde du gonocœle) ; 8, télo-
podite isolé, face interne ; 9, le même, face externe ; 10, le même, face antérieure.
Quant à la liste des espèces (voir R. L. Hoffman, 1955, et R. L. Hoffman
A L. S. Knight, 1970), elle comprend : salvadorii Silv. (type du genre) ; setiger Brol. (? =
brasilianus Atteins) ; oyapokanus Atteins ; novarae Atteins (? = rnaranguapensis Schu¬
bart) ; nigricollis Schubart ; carinulatus Attems ; araraquarensis, pandeirus, recifensis,
sicki Schubart ; unciger Schubart, auxquelles il faut ajouter minor Schubart, 1958, et les-
taceus Schubart, 1969. II y a sans doute d’autres espèces à rajouter à cette liste, notant-
SPIROSTREPTIDES DE GUYANE FRANÇAISE
1263
ment celles actuellement disséminées dans les genres Trichogonostreplus Cari, 1918, Pteno-
gonoslreptus Sehubart, 1945, et même peut-être Oreastreptus Hoffman, 1956.
Nota. - Le genre Pemptoporus a pour type augur Silvestri qu’il faudrait revoir pour savoir
s’il se rattache à Plusioporus (comme le suggère Démangé, 1970) ou à Isoporostreptus (comme le
pense Hoffman, 1953). Il est en effet difficile, au seul examen des dessins de Silvestri, de savoir
si le rameau séminal est du type « en bonnet » comme chez les Orthoporus et Isoporostreptus ou du
type n en bandelette » comme chez Mardonius et Plusioporus.
Plusioporus oyapockanus (Atteins, 1914)
Loi:. : Guyane française, environs de Cayenne, coll. J.-L. Albaret, décembre 1971, 3 15 2
(M.N.H.N. Paris).
Nous donnons (fig. 11-13) des figures de gonopodes qui montrent les petites différences
existant entre nos individus et ceux de la vallée de l’Oyapock figurés par Attems en 1914.
A noter surtout le faible développement de l’épine rétroarquée marginale externe, qui se
trouve sur la face orale de la partie distale du coxoïde.
Notons encore les mensurations et le nombre d’anneaux des individus récoltés par
Albaret, qui ne s’écartent guère des chiffres relevés par C. Attems, 1914 :
longueur 45 mm; diamètre 3,5 mm; nombre d’anneaux 52/2 — 53/2 — 54/2.
ÇÇ longueur 45 mm ; diamètre, 3,8 mm ; nombre d’anneaux 52/2 (2) — 53/2 (2) — 55/2.
Pic. 11-13. — Plusioporus oyapockanus (Attems, 1914), de Cayenne : 11, gonopodc droit, vue orale ; 12,
le même avec les P.9 en place, vue caudale ; 13, extrémité du télopodite montrant la différenciation
partielle en lamelle.
1264
JEAN-PAUL MAURIÈS
DICYCLOSTREPTUS n. g.
Diagnose : Spirostreptidae Spirostreptinae dont les télopodites des gonopodes du mâle se rat¬
tachent au groupe des « genres à télopodites en bandelette » 1 , mais s’en distinguent notable¬
ment par un allongement considérable de cette pièce qui se présente comme un très long
ruban subissant un double enroulement en spirale 2 .
Type : Dicyclostreptus auberti n. sp.
Dicyclostreptus auberti n. sp.
Loc. : Guyane française, Camoni (vallée de l’Oyapock), 18-XII-1948, coll. Aubert de la Rüe, 1 $
(M.N.H.N. Paris).
Caractères morphologiques externes
Longueur 75 mm ; diamètre 4 mm ; 52/1 anneaux.
Coloration brun roussâtre ; bord postérieur des métazonites brun foncé ; tète, antennes
et pattes blanc jaunâtre ; pygidium brun-roux.
Capsule céphalique régulièrement bombée ; yeux grands (48 ocelles), inscrits dans des
champs piriformes noirs ; antennes courtes (longueur 5 mm) à articles claviformes, 1,8
fois plus larges distalement que basalement, peu aplatis ; articles 3, 4, 5, 6 et 7 sensiblement
égaux (chacun mesure 0,9 mm) ; l’article 2 est plus long (1,4 mm).
Angle des lobes collaires (fig. 14) faisant saillie en avant et ventralement en un lobe
en angle droit très émoussé parcouru par trois sillons.
Prozonites parcourus par une dizaine de stries circulaires ponctuées. Sillon zonital
bien marqué, souligné par un étranglement ; partie antérieure du métazonite marquée
de courtes stries longitudinales nombreuses tout autour de l’anneau ; surface du métazo¬
nite très densément et finement ponctuée et striolée longitudinalement. Pore répugnatoire
dans le milieu de la longueur du métazonite ; quinze stries ventrales au métazonite.
Pygidium à telson court en angle obtus émoussé ; valve sous-anale à bord arrondi ;
valves anales caractérisées par la présence d’une large rigole paramarginale.
Pattes assez longues (3,8 mm de long) ; uncus aigu.
Caractères sexuels $ (gonopodes, fig. 15-18)
Coxoïde à profil en massue étranglée côté externe en son milieu ; gonocœle en étroite
fente située du côté antérieur interne, restant rectiligne jusqu’au quart distal du coxoïde,
puis prenant un trajet oblique vers l’extérieur ; là, le feuillet externe et le feuillet interne
se différencient distalement chacun en un lobe, étroit pour l’interne (i), en languette (e)
pour l’externe.
Télopodite en ruban, remarquable par son allongement inhabituel ; au-delà de la grande
courbure (g.c.) on note l’existence de deux enroulements : le premier est formé par deux
tours d’hélice serrée et affecte une partie du ruban encore assez large à ce niveau et ornée
1. Genres Mardonius , Streptolus, Characlopygus, Plusioporus.
2. D’où son nom.
SPIROSTREPTIDES DE GUYANE FRANÇAISE
126 Ô
I'ig. 14-18. — Dicyclostreptus auberti n. g., n. sp., $ holotype : 14, lobe latéral gauche du collum ; 15, gono-
pode droit, vue caudale ; 16, le même, vue orale ; 17, partie distale du télopodite, en vue latérale ;
18, deux aspects de l’extrémité du télopodite.
d’ailleurs d’une découpure dentiforme (d). Le deuxième enroulement affecte le membre
dès sa sortie de la première hélice ; il consiste en un grand cercle à la sortie duquel le télo¬
podite s’amincit en un rameau presque droit, curieusement orné à son extrémité par deux
petites formations en balancier (b).
1266
JEAN-PAUL MAURIES
ORTHOPORUS Silvestri, 1897
Notre conception du genre est comparable à celle de J. M. Démangé, 1970, qui consi¬
dère Diaporus Silvestri, 1897, Scaphiostreptus Brôlemann, 1902, Andineptus Chamberlin,
1941, Minasgonus, Trinidadius, Torynopus Verhoeff, 1941, Minigonus Verhoeff, 1943, et
Chamberlineptus Causey, 1954, comme synonymes (ou au mieux comme sous-genres) d ’Ortho-
porus.
Il est facile de se convaincre de la synonymie des six derniers nommés (dans la liste
ci-dessus) en se reportant aux figures originales des auteurs ; pour la synonymie de Sca-
phiostreptus, on se reportera à J.-P. Mauriès, 1969 (figure du type de Sc. fuscipes Porat).
Quant à la synonymie de Diaporus et Orthoporus, elle n’est pas évidente ; nous ne
nous prononçons pas ici, mais nous apportons au lecteur des éléments propres à résoudre
ce problème : nous publions de nouvelles figures des gonopodes des espèces-types des deux
genres, retrouvés dans la collection F. Silvestri : Orthoporus diaporoides et Alloporus
americanus.
Il n’est pas possible actuellement de dresser une liste exacte des espèces du genre
Orthoporus, comme il nous est impossible d établir des coupes subgénériques ; il est aupara¬
vant absolument nécessaire, pour cela, d examiner nn grand nombre de types d’espèces
sud-américaines.
Fig. 19-20. — Holotypes des espèces-types de Orthoporus Silv. et Diaporus Silv. : 19, Orthoporus diaporoides
Silvestri, 1897, holotype de Caiza, gonopode droit, vue orale ; 20, Alloporus americanus Silvestri,
1895, (J holotype de S. Ignacio, gonopode droit, vue orale.
1267
SPIKOSTREPTIDES DE GUYANE FRANÇAISE
Orthoporus diaporoides Silvestri, 1897
Nous donnons (fig. 19) un dessin du gonopode d’un mâle « cotypus » de Caiza (Bolivie),
qui est l’une des deux localités citées dans la description originale. On remarquera le faillie
développement de la dent fémorale (df).
Orthoporus americanus (Silvestri, 1895)
Nous donnons (fig. 20) une illustration d’un gonopode d’un mâle « cotvpi » de Alloporus
americanus Silvestri, 1895, collecté en 1883 par G. Bove à S. Ignacio (Misiones, Argentine),
l’une des deux localités citées dans la description originale. A noter l’ahsenee de dent fémo¬
rale au télopodite.
Orthoporus punctatissimus Silvestri, 1897
Les gonopodes manquent dans le matériel-type conservé au Muséum de Bruxelles.
Il est pourtant évident à nos yeux que les Orthoporus récoltés par Gasc et Sastre à Ante-
cinne Pata appartiennent à la même espèce. Nous en donnons ci-après les caractères.
Loc.: Guyane française, Antecume Pata, 8-\ 11-1972, coll. Gasc et Sastre, 5^3? (M.N.H.N.
Paris),
Surinam, Corneliskondre, 8-YI1-1973, coll. J. Lesccre, 1 <§ (M.N.H.N. Paris).
Caractères morphologiques externes
Silhouette cylindrique régulière. Coloration uniforme brune à l’exception de la tète,
des premiers anneaux et des pattes, qui sont roux clair et, sur chaque anneau, d’une très
étroite bande circulaire brune plus foncée située en arrière du pore.
Mensurations (en mm) et nombre d'anneaux
g
Antecume Pata
<?<?<?
O
Surinam
o
Antecume
o o
-T -t-
Pata
0
Longueur
75
68
65
85
?
65
80
78
Diamètre
6
«o j5
5
6
6,5
4,8
()
6
6,5
Anneaux 1
55/1
54/1
55/1
57/1
')
56/1
57/1
56/1
Capsule céphalique lisse, régulièrement bombée ; yeux dans un champ piriforme (47
ocelles chez le mâle disséqué) fortement pigmenté. Antennes courtes, à articles claviformes
non aplatis, les articles 4, 5 et 6 aussi larges (distalement) que longs (1 mm environ).
1. Le nombre d’anneaux (44) donné par Silvestri, 1897, et repris par Hoffman & Knight, 1970,
ne peut être pris en considération (exempta /racla).
1268
JEAN-PAUL MAURIÈS
Collum (fig. 24) à lobes latéraux faisant saillie en avant et ventralement chez le mâle.
Anneaux moyens : prozonites à 5-8 stries circulaires ponctuées ; sillon zonital peu
marqué, fin, faisant légèrement saillie dans le prozonite au niveau du pore ; celui-ci se situe
au quart de la longueur du métazonite dans les anneaux antérieurs, puis dans le tiers anté¬
rieur sur les autres anneaux ; métazonites très finement striolés et ponctués (ponctuations
très nombreuses et serrées) ; les stries longitudinales (environ 8-10) sont situées très ven¬
tralement.
Pygidium à surface ponctuée et striolée comme les métazonites ; telson court, en angle
obtus émoussé ; valve sous-anale à bord postérieur en angle très ouvert (140°) ; valves
anales à surface plus ponctuée que striolée et glabre, largement rebordée.
Pattes courtes (4 mm), à uncus long et aigu.
Fig. 21-24. — Orthoparus punctatissimus Silvestri, 1897, d’Antecume Pata : 21, gonopode gauche, vue
orale ; 22, le même, vue latérale ; 23, le même, vue caudale ; 24, lobe gauche du collum.
1269
SPIROSTREPTIDES DE GUYANE FRANÇAISE
Caractères sexuels £ (gonopodes, iig. 21-23)
Les gonopodes sont tout à fait semblables à ceux des espèces voisines : bujfalus (Schu-
bart, 1960), etholax Chamberlin, 1923, et cluniculus Humbert et Saussure, 1870, dont les
mensurations et le nombre d’anneaux sont rappelés dans un tableau par Hoffman &
Knight (1970 : 10). Ces espèces, et peut-être d’autres encore, se caractérisent par l’absence
de corne ou de dent coxolatérales et par la présence d’une dent fémorale (df) normalement
développée au télopodite.
Orthoporus lomonti Brôlemann, 1932
Cette grande espèce paraît être très commune en Guyane, d’où elle a été ramenée par
presque tous les collecteurs.
Afin de contribuer à définir les limites de variabilité de l’espèce, nous donnons trois
figures de gonopodes montrant trois aspects différents de la corne coxolatérale (fig. 25-27)
des gonopodes du mâle. Nous donnons ci-après les mensurations et nombre d’anneaux pour
tous les individus que nous avons eu sous les yeux, aussi bien ceux du matériel étudié par
II. W. Brôlemann, 1932, que ceux du matériel resté encore non étudié ; tous ces échantil¬
lons sont déposés au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris.
Fig. 25-27. — Orthoporus lomonti Brôlemann, 1932, gonopodes gauches, vues oiales : 25, <J de Maloury ;
26, d de Sautero ; 27, de l’Oyapock.
1270
JEAN-PAUL MAURIÈS
Localité
Sexe
Longueur
(cm)
Diamètre
(mm)
N B
d’anneaux
Lazaret de Larivot
(J holotype
16,3
8,7
62/1
3 paratvpe
16
9
58/1
3 paratype
16,5
9,5
59/1
Ç paratype
17
11,5
59/1
Ç paratype
18
10,5
61/1
-—-
Ç j. paratype
11
7,5
61/1
Ile de Cayenne, Sautero, mars 1971,
coll. J.-L. Albaret
3
17
9,5
61/1
?
16
9,5
63/1
?
16
9
62/1
Ile de Cavenne, Matourv, mars 1971,
coll. J.-L. Albaret
fragments de £
$ et immatures
Oyapock, 1 -XI 1-1948, coll. Aubert
DE LA Rüe
?
15
11
64/1
Oyapock, Yanioué, Haut Camopi, fé-
vrier 1949, coll. Aubert de la Rüe
3
17
10
63/1
3
18,5
10
64/1
Haut-Oyapock, Trois-Sauts, janvier
1973, coll. J. Lescure
3
16
9
61/1
?
19
11
61/1
?
16
8,5
62/1
$
19
11
63/1
$
19,5
12
65/1
?
20
12
62/1
Orthoporus poculifer Silvestri, 1897
Nous avons examiné le mâle type de « Cayenne » déposé à Bruxelles, échantillon auquel
il manque les derniers anneaux. Les caractères de morphologie externe donnés par F. Sil-
vesthi sont satisfaisants mais la figuration des gonopodes est maintenant trop ancienne,
c’est pourquoi nous en donnons une nouvelle (fig. 29-31).
Remarquons la position d’appui du « bonnet » télopodial sur la paracoxoïde : elle est
tout à fait particulière et se distingue de celle des Orthoporus en ceci : le bonnet repose,
en pince, sur sa concavité et non sur sa convexité. Ce caractère, joint au fait que le « bon¬
net » lui-même est constitué différemment de ce que l’on observe chez les Orthoporus, nous
conduit à penser que cette espèce appartient à un genre ou à un sous-genre distinct, à créer.
Il est encore un fait remarquable, c’est que cette espèce a manifestement pour syno¬
nymes :
— Scaphiostreptus diphialophorus Atteins, 1914, d’Afrique du Sud, non retrouvé dans
le matériel étudié par Attems, 1928.
— Gymnostreptus ( Orthoporus) conchophor longicornis Attems, 1935, du Congo ex¬
belge. Cette sous-espèce se rattache à une espèce décrite par Chamberlin, 1927, du Congo
ex-belge également.
SPIROSTREPTIDES DE GUYANE FRANÇAISE
1271
l'io, 28-31. — Orllioporus poculi/er Silvestri, 1897, ) holotype : 28, lobe droit du collum ; 29, gonopode
gauche, vue orale ; 30, le même, vue caudale ; 31, partie distale du télopodite, vue externe.
Orllioporus poculifer n’ayant jamais été retrouvée en Guyane, il semble qu’elle soit
en fait propre à l’Afrique sud-équatoriale et ait été située à Cayenne à la suite d’une erreur
d’étiquetage.
HETEROPYGE Silvestri, 1897
Une excellente mise au point sur ce genre a été publiée par 11. L. Hoffman, 1960.
Nous sommes entièrement d’accord avec la liste des synonymes, qui comprend Odontopyge
Silvestri, 1895, Orthoporus Schubart, 1947, et Helicosolenus Attems, 1950.
1272
JEAN-PAUL MAURIES
Quant à la liste des espèces donnée par notre collègue, nous n’y ajouterons qu’un
complément ; en effet, nous avons pu revoir les types de Archispirostreptus cayennophilus
Silvestri, 1897 ; cette espèce se rattache manifestement au genre Heteropyge et a pour syno¬
nyme Orthoporus brasiliensis Schuhart, 1947. De ce fait, le nombre d’espèces reste, à notre
connaissance, limité à six unités : paraguayensis (Silvestri, 1895), type du genre, araguayen-
sis (Schubart, 1947), bidens (Schubart, 1945), cayennophilus (Silvestri, 1897) = brasiliensis
(Schuhart, 1947), lineolatus (Atteins, 1950), solitarius (Attems, 1950).
La synonymie de lineolatus et de paraguayensis exige la révision du type (du Rio Apa)
de cette dernière pour être établie avec certitude (R. L. Hoffman, 1960).
Heteropyge cayennophilus (Silvestri, 189/)
Syn. : Archispirostreptus cayennophilus Silvestri, 1897.
Orthoporus brasiliensis Schubart, 1947.
Le matériel-type, déposé à Bruxelles, comprend plusieurs fragments de mâles, 5 femelles
et un jeune, provenant de « Cayenna » ; seule une femelle est complète et a pu être mesurée
(cf. tableau).
En ce qui concerne les caractères morphologiques externes, on peut se reporter à la
description originale, mais aussi et surtout à la description de Orthoporus brasiliensis Schu¬
bart qui est manifestement synonyme.
Notons, cependant, que l’angle antérieur ventral du stipe mandihulaire est un lobe
arrondi chez le mâle, une petite dent chez la femelle. Les lobes du collum sont à bord sim¬
ple, subcarrés, et portent chacun une longue strie et deux petites. Aux anneaux moyens,
le sillon zonital est bien marqué ; prozonites et métazonites sont striolés longitudinalement ;
les pores sont situés un peu en avant du tiers de la longueur du métazonite : on compte
une quinzaine de stries longitudinales ventrales aux métazonites. Valves anales à marge
redressée et caractérisées par la présence, à l’angle dorsal, d’une pointe émoussée.
L’espèce a été retrouvée dans les localités suivantes :
— Guyane française, Morne Cépérou, coll. Geay, 1.902, 1 (J 2 $ (M.N.H.N. Paris).
— Guyane française, St Jean du Maroni, coll. R. Benoist, 1914, 1 $ 1 Ç (M.N.H.N. Paris).
Les gonopodes des mâles de ces deux localités ont l’angle distal du feuillet interne du
coxoïde plus allongé en pointe que chez le mâle type.
Le tableau ci-dessous donne les mensurations (en mm) et le nombre d’anneaux des
échantillons complets que nous avons eu sous les yeux ainsi que les chiffres donnés par
Schubart, 1947, pour les brasiliensis de Aurà.
Cayenne Morne Cépérou St-Jean. Aurà ( brasiliensis )
$ paratype d ? 2 S ? 5 d 5 2
Longueur
36
32
36
39
30
31
27-32
30-35
Diamètre
2,5
2,3
2,6
2,8
2,1
2,4
1,9-2,3
2,3-2,8
Nombre d’an¬
neaux/apo¬
des
49/1
50/1
51/1
52/1
50/1
51/1
47-51/1
47-52/1
SPIROSTREPTIDES DE GUYANE FRANÇAISE
1273
Fig. 32-35. — Heteropyge cayennophilus (Silvestri, 1897), (J holotvpe : 32, gonopode gauche, vue orale
d’un cj « cotypi » de Archispirostreptus cayennophilus de Cayenne ; 33, le même, vue caudale ; 34, télo-
podite isolé, vue externe ; 35, le même, vue interne.
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IMPRIMERIE NATIONALE
5 564 004 5
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Le texte doit être dactylographié à double interligne, avec une marge suffisante, recto
seulement. Pas de mots en majuscules, pas de soulignages (à l’exception des noms de genres
et d’espèces soulignés d’un trait).
Il convient de numéroter les tableaux et de leur donner un titre ; les tableaux
compliqués devront être préparés de façon à pouvoir être clichés comme une figure.
Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
* auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
Les dessins et cartes doivent être faits sur bristol blanc ou calque, à l’encre de chine.
Envoyer les originaux. Les photographies seront le plus nettes possible, sur papier brillant,
et normalement contrastées. L’emplacement des figures sera indiqué dans la marge et les
légendes seront regroupées à la fin du texte, sur un feuillet séparé.
Un auteur ne pourra publier plus de 100 pages imprimées par an dans le Bulletin,
en une ou plusieurs fois.
Une seule épreuve sera envoyée à l’auteur qui devra la retourner dans les quatre jours
au Secrétariat, avec son manuscrit. Les « corrections d’auteurs » (modifications ou addi¬
tions de texte) trop nombreuses, et non justifiées par une information de dernière heure,
pourront être facturées aux auteurs.
Ceux-ci recevront gratuitement 50 exemplaires imprimés de leur travail. Ils pourront,
obtenir à leur frais des fascicules supplémentaires en s’adressant à la Bibliothèque cen¬
trale du Muséum : 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris.