BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
262
N° 374 MARS-AVRIL 1976
BULLETIN
du
MUSEUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : Prs J. Dorst, C. Lévi et R. Laffitte.
Rédacteur général : Dr M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr N. H allé.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les axticles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His-
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum,
36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
Crédit Lyonnais, agence Y-425) ;
— pour tout ce qui concerne la rédaction, au Secrétariat du Bulletin, 57, rue
Cuvier, 75005 Paris.
Abonnements pour l’année 1976
Abonnement général : France, 530 F ; Étranger, 580 F.
Zoologie : France, 410 F ; Étranger, 450 F.
Sciences de la Terre : France, 110 F ; Étranger, 120 F.
Botanique : France, 80 F ; Étranger, 90 F.
Écologie générale : France, 70 F ; Étranger, 80 F.
Sciences physico-chimiques : France, 25 F ; Étranger, 30 F.
International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 374, mars-avril 1976, Zoologie 262
Contribution à une révision générale des Ophichthidae
(Pisces, Anguilliformi)
1. Le genre Herpetoichthys Kaup, 1856
par Jacques Blache et Marie-Louise Bauchot *
Abstract. — The Ophichthid eel genus Herpetoichthys Kaup, 1856, is resurrected and the
genus Pogonophis Myers and Wade, 1941, is considered as a junior synonym ; Herpetoichthys orna-
tissimus Kaup, 1856, and Pogonophis fossatus Myers and Wade, 1941, are shown to be synonyms
of Herpetoichthys regius (Rich., 1844).
En 1974, notre collègue C. L. Brownell, de l’Institut des Pêches du Maroc, faisait
parvenir à l’un de nous, en l’accompagnant des excellents dessins reproduits dans cette
publication, un intéressant spécimen d’Ophichthidae figurant dans les collections de cet
Institut et provenant des côtes de Mauritanie.
Les caractéristiques morphologiques de l’animal — sa livrée, sa denture, la présence
d’un appendice digité en forme de barbillon à la lèvre supérieure — s’avéraient identiques
à celles décrites avec précision par Myers et Wade en 1941 pour Pogonophis fossatus,
nouveau genre et nouvelle espèce de la côte pacifique de l’Amérique centrale, « distinguished
front other généra of Ophichthyids by the narial barbels... » (Myers et Wade, 1941 : 79).
Il semblait donc que l’exemplaire provenant des collections de l’Institut des Pêches du Maroc
puisse être rangé dans le genre Pogonophis.
Cependant, Kaup avait créé en 1856 le genre Herpetoichthys en mentionnant, entre
autres, cette caractéristique : « Between the two (nostrils), on the border of the upper lip,
there is a small cutaneous tag » (Kaup, 1856 : 7). Kaup rangeait au sein de ce genre trois
espèces dont deux nouvelles : II. ornatissimus, dont Phototype a été retrouvé dans les collec¬
tions du Muséum de Paris, et enregistré sous le numéro MNHN B. 2757 (Malabar, côte
occidentale sud de l’Inde) ; H. regius (Shaw in Richardson, 1844) dont l’holotype se trouve
dans les collections du British Muséum, sans numéro ni indication d’origine ; II. sulcatus
dont l’holotype a été retrouvé dans les collections du Muséum de Paris et enregistré sous le
numéro MNHN B. 2758 (aucune indication d’origine dans la publication de Kaup, mais
l’étiquette du spécimen indique : Bahia, Brésil, don du Musée de Genève).
* J. Blache, ORSTOM, 24 rue Bayard, 75008 Paris. M.-L. Bauchot, Muséum national d’Histoire
naturelle, Laboratoire de Zoologie (Reptiles et Poissons), 57, rue Cuvier, 75005 Paris.
Travail réalisé dans les Laboratoires de Dynamique des Populations aquatiques et de Zoologie (Reptiles
et Poissons) du Muséum.
374, 1
442
JACQUES BLACHE ET MARIE-LOUISE BAUCHOT
H. ornatissimus est indiqué par Jordan, 1919, comme orthotype du genre Herpe-
toichthys, c’est-à-dire « type by original désignation ». En fait, Kaup n’a pas désigné d’espèce-
type du genre mais cette espèce étant la première citée dans le genre Herpetoichthys, nous
pouvons la considérer comme espèce-type.
Bôhlke et Robins (1959 : 4) introduisent Herpetoichthys sulcatus Kaup, 1856, dans
la synonymie d’ Ophichthus ophis (Linné, 1758), ce que nous pouvons confirmer après l’exa¬
men du type retrouvé de l’espèce de Kaup. Les caractéristiques de cet exemplaire (MNIIN
B. 2758) sont les suivantes : longueur totale = 810 mm (Kaup : 32 inches = 812, 8tnm) ;
longueur postanale = 480 mm (Kaup : 19 inches = 482,6 mm) ; 165 vertèbres dont 81
abdominales ; livrée à base de grandes taches brunes oblongues alternant sur le dos et les
flancs ; denture également caractéristique, avec une demi-couronne de dents prémaxillaires,
une seule file de dents vomériennes, deux rangées de dents aux mâchoires (Kaup n’a pas
remarqué la rangée interne de dents mandibulaires très petites).
Mais Ophichthus ophis, y compris l’holotype à'Herpetoichthys sulcatus, ne présente pas
de « barbillon narial » réel. Les individus relativement jeunes présentent bien un tubercule
à peine proéminent, mais il n’a rien de commun avec le véritable barbillon qui s’observe,
même aux plus grandes tailles, chez Herpetoichthys regius et H. ornatissimus. Nous ne voyons
donc pas pourquoi Kaup, après avoir donné la présence de ce barbillon comme une des
caractéristiques essentielles du genre Herpetoichthys, a indu dans ce genre l’espèce sulcatus
dont l’holotype ne présente qu’un très petit tubercule à la lèvre supérieure entre les deux
narines.
Si nous considérons que le genre Herpetoichthys Kaup, 1856, est défini par la présence,
à toutes les tailles, d’un barbillon labial internasal bien développé, associé à une denture
caninoïde bisériée au maxillaire, unisériée à la mandibule, accompagnée d’une demi-couronne
simple de dents prémaxillaires et de dents vomériennes unies ou bisériées, associé également
à la présence de nageoires pectorales moyennement développées, il peut être considéré
comme valide et Pogonophis Myers et Wade, 1941, en devient synonyme. L’espèce H. sul¬
catus doit en être retirée et elle est bien synonyme d’Ophichthus ophis.
Restent les trois espèces H. regius (Shaw in Rich., 1844), H. ornatissimus Kaup, 1856,
et H. fossatus (Myers et Wade, 1941). Pour confirmer ou infirmer leur validité, nous avons
examiné 8 exemplaires, de longueur totale 108 à 880 mm, parmi lesquels les holotvpes de
ces trois taxons.
a (fig. 1 et 2) : 880 mm de longueur totale, holotype d’Ophisurus regius Shaw in Richard¬
son, 1844, provenant des collections du British Muséum (pas de numéro d’enregistrement, aucune
indication de provenance). Il s’agit, sans conteste, de l’exemplaire examiné par Shaw ; nous avons,
en effet, relevé les mensurations suivantes : longueur totale = 880 mm (Shaw : 35 inches =
889 mm) ; distance préanale = 470 mm (Shaw : 18,5 inches = 470 mm) ; longueur tête = 105 mm
(Shaw : 4 inches = 102 mm) ; longueur fente buccale = 42 mm (Shaw : 1,7 inches = 43 mm) ;
de plus, tous les autres caractères concordent avec la description originale, sauf la coloration,
encore discernable pour Shaw, totalement disparue maintenant.
b, c, d : respectivement 827, 702 et 108 mm de longueur totale, provenant de l’île Ste Hélène,
enregistrés dans la collection du British Muséum sous les numéros 1867.10.8.44-45 et 1869.3.18.7
(J. C. Melliss), exemplaires cités par Guntheii (1870 : 67) sous le nom d ’Ophichthys regius. Les
figures 3 et 4 ont été exécutées d’après l’exemplaire de 827 mm.
e (fig. 5 et 6) : 529 mm de longueur totale, holotype d'Herpetoichthys ornatissimus Kaup,
1856, enregistré dans les collections du Muséum de Paris, sous le numéro B.2757, provenant de
OPHICHTHIDAE. 1. LE GENRE HERPETOICHTHYS
447
la côte occidentale sud de l’Inde (Malabar, Dussumier). Il s’agit bien de l’exemplaire décrit par
Kaup car nos mensurations concordent bien avec celles de cet auteur : longueur totale = 529 mm
(Kadp : 20,88 inches = 530 mm) ; longueur tète = 66 mm (Kaup : 2,56 inches = 65 mm) ; dis¬
tance postanale = 241 mm (Kaup : 9,46 inches = 240 mm) ; longueur pectorale = 15 mm (Kaup :
0,63 inches = 16 mm). Tous les autres caractères sont conformes à la description de Kaup.
f : 326mm de longueur totale, provenant de Mauritanie, dans les collections de l’Institut
des Pêches du Maroc à Casablanca (l’étiquette originale porte : « Pisodonophis semicinctus (Richard¬
son), Mauritanie », sans autre indication ni numéro d’enregistrement). Cet exemplaire a été enre¬
gistré dans les collections du Muséum de Paris sous le numéro 1974-95. Il correspond bien à la
description d’Ophisurus regius. Il est représenté sur les ligures 7 et 8 dues à la plume de C. L. Bhow-
NELL.
g, h : respectivement 108 mm de longueur totale (holotype) et portion antérieure du corps
d’un individu plus âgé (un des deux paratypes) de Pogonophis fossatus Myers et Wade, 1941, pro¬
venant des collections de la Stanford University (SU 36548) et transférés sous le numéro LACM
21563 dans les collections du Los Angeles County Muséum ; récoltés par 5° 33'50" N et 86° 58'46" W,
sur fonds de 75-85 m, soit sur les côtes de 1’ « Isla del Coco » (Costa Rica, Pacifique oriental). La
ligure 9 représentant cette espèce est reprise de l’article original.
Fig. 9. — Vue générale de l’holotype, tète et mâchoires d’un paratype de
Pogonophis fossatus Myers et Wade, 1941 (d’après Myers et Wade).
448
JACQUES BLACHE ET MARIE-LOUISE BAUCHOT
L’examen approfondi de tous ces exemplaires a montré qu’ils appartenaient à une
seule et même espèce dont nous redonnons la description détaillée en regroupant les obser¬
vations effectuées sur chacun des exemplaires énumérés ci-dessus.
Corps allongé, serpentiforme, à peine comprimé, sauf dans la région caudale.
Tète en ogive longue, profd dorsal à peu près régulièrement convexe ; museau moyen,
assez émoussé, non proéminent, la mandibule légèrement plus longue ; espace interorbi¬
taire presque plan ; fente buccale grande, horizontale, la commissure nettement en arrière
du niveau du bord postérieur de l’œil dont elle est séparée par une distance à peu près égale
à celle comprise entre l’extrémité du museau et le centre pupillaire ; fente branchiale peu
élevée, crescentiforme ; isthme large.
Narine antérieure débouchant en un tuhe de taille moyenne, non évasé, plus ou moins
obliquement dirigé vers l’avant, pourvu d’une petite duplicature interne au bord inférieur
et inséré dans une fossette un peu en arrière de l’extrémité du museau. Narine postérieure
s’ouvrant dans la lèvre en un pore ou une fente ovale, à la marge postérieure d’un impor¬
tant repli de cette lèvre, juste en avant du niveau du bord orbitaire antérieur ; ce repli
labial, totalement invisible de l’extérieur, présente de nombreuses plicatures transversales
parallèles et porte un appendice digité, en forme de barbillon, d’une longueur à peu près
égale — ou légèrement supérieure chez les individus jeunes — au diamètre pupillaire.
Les lèvres, tant inférieure que supérieure, présentent des villosités nombreuses, petites
et nettes.
Le réseau des pores céphaliques comprend quatre pores supraorbitaires (le premier
très proche du pore ethmoïdien, le dernier au-dessus de l’œil), un pore ethmoïdien, six pores
infraorbitaires (dont deux sur la branche postorbitaire), un pore médian sur la commissure
supraorbitaire, sept pores préoperculomandibulaires (cinq d’entre eux sur la branche mandi-
bulaire proprement dite), un pore médian et un pore latéral de chaque côté (trois en tout)
sur la commissure supratemporale. Ce schéma paraît absolument constant.
La ligne latérale comporte 74 (holotype d’ Herpetoichthijs ornatissimus et exemplaire
de l’Institut des Pêches du Maroc), 77 (holotype d’ Ophisurus regius et exemplaire de 827 mm
provenant de Ste Hélène), 78 (exemplaire de 702 mm provenant de Ste Hélène) pores en
avant du niveau de l’anus, dont 10 (holotype A’Ophisurus regius et les deux exemplaires
de Ste Hélène), 11 (exemplaire de l’Institut des Pêches du Maroc), 12 (holotype d ’Herpe-
toichthys ornatissimus) en position céphalique, en avant du niveau du bord supérieur de
la fente branchiale ; on compte 140 pores en tout sur l’exemplaire de l’Institut des Pêches
du Maroc.
La denture est formée de dents aiguës, caniniform.es, légèrement récurvées, à hase
ronde, souvent dépressibles lorsqu’elles sont en voie de remplacement. Les dents prémaxil¬
laires, petites, sont au nombre de six à neuf et bordent intérieurement la lèvre, au bout
du museau, entre les deux tubes nasaux (chez l’holotype d’ Herpetoichthys ornatissimus,
seules subsistent les trois dents latérales du côté gauche, mais les assises des trois manquantes
sont visibles). Immédiatement en arrière du demi-cercle des dents prémaxillaires, les dents
vomériennes forment une longue file, unisériée en arrière, plus ou moins grossièrement
bisériée en avant où elle commence par deux ou trois dents contiguës ; les dents sont de
taille décroissante de l’avant vers l’arrière et leur file paraît s’allonger vers l'arrière avec
l’âge ; chez les plus grands exemplaires, elle s’interrompt au même niveau que les dents
maxillaires ; celles-ci sont ordonnées en une rangée externe de dents, débutant juste en arrière
OPHICHTHIDAE. 1. LE GENRE HERPETOICHTHYS
449
du pore nasal postérieur, et une rangée interne de dents plus grandes, commençant juste en
arrière des dents prémaxillaires ; les dents mandibulaires, de taille croissante en direction
de la symphyse, sont unisériées. La langue, entièrement adhérente, est peu visible. La voûte
du palais est couverte d’un réseau de crêtes basses tapissées de minuscules papilles.
Nageoires dorsale et anale bien développées et assez élevées, mais plus ou moins éclip¬
sées dans un sillon dermique ; l’origine de la dorsale est située à un peu plus d’un diamètre
orbitaire en arrière du niveau de l’apex de la pectorale, ce qui correspond sur radiographie,
au niveau de la 17 e -20 e vertèbre. La nageoire pectorale, relativement réduite, est soutenue
par 14-16 rayons ; l’insertion de son rayon supérieur est un peu au-dessus du niveau du bord
supérieur de la fente branchiale, cependant que celle de son rayon inférieur correspond à
peu près à la mi-hauteur de la fente branchiale.
L’extrémité caudale du corps est nettement indurée et dépourvue de toute trace de
nageoire verticale. Sur radiographies ont été relevés, hypuraux compris, les nombres verté¬
braux suivants (les nombres entre crochets concernent les vertèbres abdominales) : 154 [80]
(exemplaire de l’Institut des Pêches du Maroc) ; 159 [78] (exemplaire de 108 mm prove¬
nant de Ste Hélène) ; 160 [80] (exemplaire de 702 mm provenant de Ste Hélène) ; 160 [82]
(holotype d’Ophisurus regius) ; 162 [81] (exemplaire de 827 mm provenant de Ste Hélène) ;
163 [84] (holotype d 'Herpetoichthys ornatissimus ) ; 167 [80] (holotype de Pogonophis fos-
satus ).
L’holotype d 'Ophisurus regius paraît entièrement décoloré, peut-être par suite d’une
exposition trop prolongée à la lumière au cours d’un très long séjour en liquide conserva¬
teur ; au contraire, l’holotype à'Herpetoichthys ornatissimus et les deux grands exemplaires
provenant de l’île de Ste Hélène présentent la même livrée très contrastée et très caractéris¬
tique : la coloration de fond est jaune pâle ; sur le corps apparaissent de grosses taches
brunes oblongues ou quadrangulaires, formant une succession d’ensellures dorsales n’affec¬
tant pas la zone ventrale ; ces grosses taches régulièrement et largement espacées sont cernées
d’une couronne de petites taches brunes et séparées par d’autres taches brunes irréguliè¬
rement disposées, ces dernières affectant la zone ventrale du corps où elles sont à la fois
beaucoup plus espacées et beaucoup plus effacées. Sur la tête, les taches se résolvent pro¬
gressivement en un semis de petites maculatures irrégulières, très denses et nettement plus
pigmentées sur le dessus de la tête, le museau et les lèvres ; un renforcement de leur pigmen¬
tation et une sorte de coalescence des taches sur le dessus de la tête un peu en avant des
pores supratemporaux fait apparaître entre elles une sorte de chevron clair pourvu d’une
branche antérieure de chaque côté ; en avant de l’œil, le même renforcement de la pigmen¬
tation délimite une sorte de vermiculation claire. Le jeune exemplaire provenant de l’Ins¬
titut des Pêches du Maroc présente le même type de coloration, avec en particulier la même
série de taches oblongues dorso-latérales, mais les taches intercalaires sont peu nombreuses
et plus effacées et sur la tête la pigmentation est encore peu marquée ; la pectorale est inco¬
lore alors que chez les exemplaires de plus grande taille elle porte quelques maculatures
sur sa moitié supérieure ; la dorsale présente déjà les taches foncées correspondant aux
grandes taches dorso-latérales alors qu’à toutes les tailles l’anale paraît non pigmentée.
Le très jeune exemplaire de 108 mm, provenant de Ste Hélène, ne possède encore que la
succession caractéristique des grandes taches dorso-latérales et quelques taches céphaliques
éparses, exactement le type de coloration présenté par l’holotype de Pogonophis fossatus,
juvénile de taille comparable.
450
JACQUES BLACHE ET MARIE-LOUISE BAUCHOT
Les rapports métriques présentés par les exemplaires que nous avons examinés sont
consignés dans le tableau suivant. Ils montrent bien, de la même manière que les caractères
morphologiques, que nous avons affaire à une seule et même espèce.
Rapport des différentes mensurations en % de la longueur préanale,
DE LA LONGUEUR DE LA TETE, DE LA LONGUEUR TOTALE.
B E
A
1
2
C
D
1
2
En % de la longueur préanale :
hauteur du corps
7,4
6,9
6,2
6,7
5,9
longueur de la tête
22,3
23,3
22,0
21,2
22,9
distance prédorsale
30,8
30,0
28,9
27,3
30,2
longueur du tronc
77,7
76,7
78,0
78,8
77,1
En % de la longueur totale :
hauteur du corps
4,0
3,7
3,4
3,4
3,2
longueur de la tête
11,9
12,7
12,1
10,7
12,5
13,9
distance prédorsale
16,5
16,3
15,9
13,8
16,4
18,5
distance préanale
53,4
54,4
55,1
50,6
54,4
48,1
longueur du tronc
41,5
41,7
43,0
39,9
42,0
34,2
En % de la longueur de la tête :
hauteur du corps
33,3
29,5
28,2
31,4
25,8
longueur du museau
13,3
14,3
12,9
13,7
13,6
20,0
18,5
diamètre orbitaire
7,6
6,7
7,1
7,1
9,1
12,0
12,6
distance interorbitaire
7,6
8,6
10,6
10,0
6,1
16,7
longueur de la fente buccale
40,0
40,0
44,7
44,3
40,9
40,0
48,1
hauteur de la fente branchiale
11,4
11,4
11,8
13,1
9,1
16,7
largeur de l’isthme
14,3
15,2
16,5
17,1
12,1
12,2
longueur de la pectorale
16,2
15,2
17,6
19,7
22,7
13,7
distance prédorsale
128,6
128,6
131,8
128,6
131,8
138,1
Longueur totale de l’exemplaire (en mm)
880
827
702
326
529
108
A : holotype d’Ophisurus regius ; B : autres exemplaires de Sainte Hélène : 1 = 827 mm ; 2 = 702 mm ;
C : exemplaire de l’Institut des pêches du Maroc; D : holotype d ’Herpetoichthys ornatissimus ; E : Pogo-
nophis fussalus : 1, holotype ; 2, paratype (partie antérieure du corps seulement), (d’après Myers
et Wade pour l’holotype).
Nous envisagerons maintenant le cas d’une espèce dont certains caractères mentionnés
dans la description originale feraient penser au genre Herpetoichthys : Ophichthys ascensionis
Studer, 1889 (p. 48, pi. 19, fig. 2), décrit sur un exemplaire de 300 mm de longueur totale,
capturé par dragage sur fonds de 110 m, dans l’est de l'île Ascension, le 19.VIII. 1874. La
description et la figuration sont en fait fort peu satisfaisantes ; la livrée pourrait présenter
certaines analogies avec celle des exemplaires cités ci-dessus (« Weiss mit einer Reihe von
OPHICHTHIDAE. 1. LE GENRE HERPETOICHTHYS
451
18 grossen roth-braunen rhombischen Flecken über dem Rücken, an der Seite eben solche
Flecken zwischen je zwei Rückenflecken... ») ; d’autre part la phrase : « Ein kleiner Tantakel
unter der Schnauzenspitze » (détail bien marqué sur le dessin) peut faire penser au barbillon
labial internasal caractéristique de nos exemplaires, mais peut être aussi interprétée comme
une confusion avec le tube nasal antérieur. Studer signale : « Nasenloch in der Mitte zwischen
Auge und Schnauzenspitze » ; il s’agit vraisemblablement du 2 e ou du 3 e pore du canal
supraorbitaire. Studer ne mentionne pas la présence de nageoires pectorales et ne figure
qu’un vague bourgeon ou repli au voisinage de la fente branchiale qui paraît en position
très ventrale et très rapprochée de sa symétrique, particularité notée par l’auteur « Die
niedere Rückenflosse beginnt hinter der gemeinsamen Kiemenôfïnung ».
Il paraît difficile de préciser la position taxinomique de cette espèce sans réexamen
de l’holotype ; malheureusement, celui-ci n’a pu être retrouvé ni à Berne, ni à Francfort,
ni à Berlin (P. Lüps, W. Klausewitz, C. Karrer in litt.). Nous pensons qu’il s’agit plus
vraisemblablement d’une espèce d’Ophichthidae dépourvue de nageoires pectorales, à
fentes branchiales infères et subcontiguës, à narines antérieures tubulaires à la face inférieure
d’un museau aigu mais peu proéminent, à livrée très contrastée, à denture unisériée aux
mâchoires ; n’était l’origine de la nageoire dorsale que Studer signale en arrière du niveau
de la fente branchiale (voir plus haut) et figure à la verticale de ce niveau, nous serions tentés
d’assimiler cet exemplaire à une espèce du genre Callechelys.
En définitive, nous ne pensons pas qu’ Ophichthys ascensionis Studer, 1889, puisse
être rangée dans le genre Herpetoichthys.
En résumé, les caractères distinctifs du genre Herpetoichthys sont les suivants :
Dorsale et anale présentes ; origine de la dorsale nettement en arrière de l’extrémité distale
de la pectorale qui est courte et dont la longueur de base est inférieure à la hauteur de la fente
branchiale.
Tête moyenne, en ogive, à profil dorsal nettement déprimé, à museau relativement court.
Présence d’un barbillon labial —- très développé chez les jeunes — entre le tube nasal anté¬
rieur et la valvule nasale postérieure.
Dents pointues, assez longues, récurvées ; dents maxillaires bisériées, mandibulaires unisé-
riées, prémaxillaires en demi-cercle bordant la lèvre, vomériennes grossièrement bisériées en avant,
unisériées en arrière.
La taxionomie s’établit ainsi :
Genre Herpetoichthys Kaup, 1856
syn. : Pogonophis Myers et Wade, 1941.
Unique espèce connue : Herpetoichthys regius (Richardson, 1844) (Indopacifique, Atlantique
oriental et central)
syn. : Herpetoichthys ornatissimus Kaup, 1856 (espèce-type du genre Herpetoichthys)
Pogonophis fossatus Myers et Wade, 1941 (espèce-type du genre Pogonophis).
Remerciements
Nous adressons nos remerciements aux personnalités suivantes : Dr P. J. P. Whitf.head,
British Muséum (Natural History) ; Dr P. Lues, Naturhistorisches Muséum, Bern ; Dr C. Kar-
452
JACQUES BLACHE ET MARIE-LOUISE BAUCHOT
her, Zoologisches Muséum der Humboldt Universitat Berlin ; Dr W. Klausewitz, Senckenberg
Muséum, Frankfurt a. Main ; Dr R. J. Lavenberg, Natural History Muséum, Los Angeles County ;
Dr P. M. Sonoda, California Academy of Sciences, San Francisco.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Bohlke, J. E., and C. R. Robins, 1959. — The characters and synonymy of the western atlantic
snake eel, Ophichthus ophis (Linnaeus). Notul. Nat., 320 : 1-9, 2 fig.
Gunther, A., 1870. —■ Catalogue of the fishes in the British Muséum, London. 8 : i-xxv + 1-
549.
Kaup, J. J., 1856. — Catalogue of apodal fish in the collection of the British Muséum, London :
i-viii + 1-163, 35 pl.
Myers, G. S., and C. B. Wade, 1941. — Four new généra and ten new species of eels from the
Pacific coast of Tropical America. Allan Hancock Pacif. Exped., 9 : 65-111, pl. 7-16.
Richardson, J., 1844. — Iclithyology. In : J. Richardson and J. E. Gray, The zoology of the
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Rosenblatt, R. H., and J. E. McCosker, 1970. —- A key to the généra of the Ophichthid eels,
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Studer, Th., 1889. — Die Forschungsreise SMS « Gazelle » in den Jahren 1874 bis 1876 unter...
herausgegeben von... III. Theil : Zoologie und Géologie, Berlin : vi-322 p., 18 fig., 33 pl.
Manuscrit déposé le 12 septembre 1975.
Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 374, mars-avril 1976,
Zoologie 262 : 441-452.
Achevé d’imprimer le 30 juillet 1976.
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qués devront être préparés de façon à pouvoir être clichés comme une figure.
Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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