BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
290
N» 413 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1976
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
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A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
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BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 413, septembre-octobre 1976, Zoologie 290
Contribution à l’étude des spermatophores
de quatre espèces de Collemboles
par Nicole Poinsot-Balaguer *
Résumé. — Les spermatophores de quatre espèces de Collemboles sont décrits. Ils ont des
formes comparables : un pédicelle qui pénètre dans une gouttelette spermatique soutenue par
deux ramifications filiformes.
Abstract. — The spermatophores of four Collembola species are described. They hâve the
same form : a stalk which projects through the sperm droplet maintained by two thread like
branches.
Les spermatophores observés sont ceux de Isotomurus palustris palustris (Muller),
Isotoma viridis (Bourlet), Hypogastrura tulbergi (Schaeffer), Caprainea echinatus (Stach).
Isotomurus palustris palustris
Poinsot dans sa thèse (1971) avait décrit brièvement le spermatophore de cette espèce :
« un pédoncule collé au substrat par sa base élargie, et dont l’extrémité distale s’enfonce
dans une gouttelette spermatique soutenue par deux branches ».
L’observation de ce spermatophore a été réalisée grâce à des élevages de l’espèce
récoltée au bord de mares temporaires en Camargue.
Les spermatophores sont déposés par le mâle dans la cellule d’élevage, régulièrement
espacés de trois millimètres environ ; certains sont implantés sur la paroi de verre, perpen¬
diculairement au substrat. J’en ai observé en moyenne neuf dans chaque élevage.
Pour déposer le spermatophore, le mâle abaisse d’abord son abdomen vers le substrat
puis le relève fortement en arc de cercle. Cette attitude ne permet pas cependant de dire
s’il pose en premier la tige ou la goutte spermatique. Il saute ensuite dans un autre coin
de la cellule, ce qui fait que l’on trouve les spermatophores soit groupés, soit disséminés.
Les spermatophores ont été montés sur le vivant, d’après la méthode indiquée par
Juberthie-Jupeau (1963), dans le liquide de Ringer et fixé au polyvinyl lactophénol.
Un spermatophore (pl. I, 1) comprend :
— Un pédicelle de section ronde dont la longueur varie de 90 à 110 p et dont le dia¬
mètre est de 8 p. Il est solidement fixé au substrat par sa base élargie (il est en effet dilli-
* Laboratoire de Biologie animale — Ecologie, Centre de St Jérôme, Rue H. Poincaré, 13397 Marseille
Cedex 4.
413, 1
T" <71 ce
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NICOLE POINSOT-BALAGUER
PLANCHE I
. — Spermatophore d 'Isotomurus palustris palustris juste après son émission (vu en coupe optique).
. — Pédicelle du spermatophore d 'Isotoma viridis récolté en Provence.
. — Spermatophore d ' Hypogastrura tullbergi.
cile de détacher le pédicelle du support). Les photographies 1 et 2 (pl. II) le montrent
implanté sur une fibre de papier buvard. La partie distale pénètre profondément à l’inté¬
rieur de la tête du spermatophore. Le pédicelle porte deux ramifications filiformes dont
le départ se situe en dessous de l’insertion de la tête, leurs extrémités distales soutenant
PLANCHE II
1 et 2. — Spermatophore d'isotomurus palustris palustris.
3. — Gouttelette spermatique d’isotomurus palustris palustris.
4. — Spermatophore d’ Hypogastrura tullbergi.
la tête. La plupart du temps les branches se cassent, ne laissant cpie deux crochets courts 1
(voir pl. Il, 3).
— Une tête ressemblant (à la binoculaire) à une gouttelette hyaline. Au microscope,
elle se présente sous la forme d’une sphère de 50 à 60 p de diamètre, dont le pôle opposé
à l’insertion du pédicelle est nettement renflé, formant une sorte de hernie.
Morphologie interne de la tête du spermatophore
L’enveloppe de la tête du spermatophore, épaisse et granuleuse, s’amincit brusque-
1. La fragilité des deux ramifications explique sans doute que Schaller ne les ait pas observées,
et qu'elles ne figurent pas sur ses photographies.
1238
NICOLE POINSOT-BALAGUER
ment sur les bords de la hernie. Dans la concavité, elle garde la même structure mais elle
est quatre fois moins épaisse que dans le reste de la capsule.
Le jour de l’émission, les spermatozoïdes remplissent toute la capsule, hernie comprise ;
ils forment une masse compacte agitée de mouvements désordonnés. Deux jours après,
les spermatozoïdes s’accumulent dans la hernie, quelques-uns restant dans la sphère, de
part et d’autre de la masse formée par les premiers. On peut observer les spermatozoïdes
et leur flagelle dont la longueur est de 60 p. environ. Quatre jours après l’émission, le sperma-
tophore s’ouvre au moindre contact, libérant les spermatozoïdes. Cette libération s’accom¬
pagne d’une diminution de volume de la sphère très nette, visible même à la binoculaire.
Les photographies montrent la tète du spermatophore après le départ des spermatozoïdes.
La forme générale n’a pas changé, on distingue toujours la paroi très épaisse de la capsule,
tandis que celle beaucoup plus fine de la hernie s’est déchirée. Les spermatozoïdes libérés
ont tendance à rester agglutinés sur l’enveloppe externe.
Au sujet de la tête du spermatophore, Hale (1965) a émis des doutes sur la déchirure
seulement mécanique de l’enveloppe ; il a en effet noté sa résistance dans l’eau et le lacto-
phénol. La figure 1 (pl. I) et les photos 1 et 2 (pl. II) laisseraient supposer la présence d’une
membrane entourant la tête du spermatophore. Les dernières observations de Dallai
(1975) montrent, cependant, qu’il ne semble pas y avoir de membrane externe mais « conden¬
sation d’un matériel granuleux, de la même consistance que celui trouvé autour des sperma¬
tozoïdes, mais plus électroniquement dense ».
Le spermatophore d’ Isotomurus palustris palustris ressemble à celui d ’Orchesella oillosa
tel que le décrit Mayeii (1975). La tête du spermatophore A'Orchesella, d’après la pho¬
tographie donnée par Sciialler (1953), est cependant moins globuleuse, la « hernie » est
plus allongée, plus étroite. Les pédicelles des deux espèces portent deux ramifications
distales très fines.
Isotoma viridis
Betsch-Pinot (1974) décrit ainsi le spermatophore de cette espèce : « La gouttelette
spermatique est traversée par l’extrémité distale du pédoncule qui se termine par un cro¬
chet englobé dans le dôme apical de la gouttelette ».
J’ai, quant à moi, observé des spermatophores déposés par les mâles de cette espèce
récoltée en Provence. Le pédicelle porte comme celui du spermatophore à’Isotomurus
palustris deux ramifications très fines qui semblent soutenir la gouttelette spermatique
(pl. I, 2).
Les observations, dans les deux cas, ne peuvent être mises en doute. Il s’agit de deux
formes de spermatophores différentes se rapportant à la même espèce si l’on se réfère à
la diagnose de Gisin (1960). Une étude comparative détaillée de la morphologie de deux
exemplaires provenant de chaque région, parisienne et provençale, ne montre des diffé¬
rences que sur la couleur : violette uniformément répartie sur les spécimens du Midi, verte
avec les ocelles et une tache médiane à l’arrière de la tête bleues chez les spécimens du Parc
de Brunoy ; et sur la forme des macrochètes : fortement spinulées chez les exemplaires pro¬
vençaux, lisses (ou très légèrement spinulés, mais on ne peut l’observer qu’à l’immersion) chez
ceux de Brunoy. Les premiers individus correspondraient à la « variété » riparia Nicolet,
les deuxièmes à la « variété » violacea Lie Pettersen.
SPERMATOPHORES DE COLLEMBOLES
1239
Hypogastrura tullbergi
Le mâle a un comportement identique à celui d’/. palustris posant 7 à 9 spermato-
phores dans la cellule d’élevage.
Le pédicelle mesure 170 p. environ, il est élargi à la base permettant une implantation
solide sur le substrat. En dessous de la tête spermatique, j’ai observé dans un cas trois
ramifications très fines (pl. I, 3), dans un autre, quatre ramifications. L’apex de la tige
s’enfonce dans la gouttelette spermatique, s’amincissant à son extrémité. La surface du
pédicelle semble fibreuse (pl. II, 4).
La tête spermatique est arrondie. Les spermatozoïdes occupent tout le volume. Leur
sortie s’effectue par une déchirure de la membrane qui est extrêmement mince.
Caprainea echinatus
Le spermatophore de cette espèce est comme celui des précédentes espèces formé
d’un pédicelle mesurant en moyenne 200 p de long, élargi à sa base et dont la surface a
un aspect fibreux surtout dans sa partie proximale, plus lisse vers l’apex. Le pédicelle
porte juste en dessous de l’insertion de la tête spermatique deux ramifications ; il s’amincit
lorsqu’il pénètre dans la tête spermatique où il se termine en crochet.
Discussion
Si la morphologie du spermatophore d ’Isotoma viridis reste à revoir, on constate que
les trois autres espèces de Collemboles, appartenant à des types morphologiques différents,
présentent des spermatophores semblables. La formation d’une « hernie » dans la goutte¬
lette spermatique ne peut être considérée comme un caractère différentiel. En effet, dès
son dépôt par le mâle, à cause des phénomènes de tension superficielle, les spermatozoïdes
s’accumulent vers le haut de la gouttelette amenant une déformation de la sphère, défor¬
mation qui aboutira à une rupture lors du transfert des spermatozoïdes à l’intérieur des
voies génitales de la femelle.
Conclusion
Les spermatophores décrits ici, à quelques détails près, sont donc du type pédicellé,
forme qui semble générale aux groupes des Entomobryomorpha et Symphypleona comme
l’a constaté Betsch-Pinot (1974).
1240
NICOLE POINSOT-BALAGUER
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Manuscrit déposé le 16 février 1976.
Bull. Mus. nain. Ilist. nat., Paris, 3 e sér., n° 413, sept.-oct. 1976,
Zoologie 290 : 1235-1240.
Achevé d’imprimer le 28 février 1977.
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Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Iiist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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