BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
302
N- 432 JANVIER-FÉVRIER 1977
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : Prs J. Dorst, C. Lévi et R. Laffitte.
Conseillers scientifiques : Dr M.-L. Bauchot et Dr N. Halle.
Rédacteur : M me P. Dupérier.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 1 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His¬
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum,
36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
Crédit Lyonnais, agence Y-425) ;
— pour tout ce qui concerne la rédaction, au Secrétariat du Bulletin, 57, rue
Cuvier, 75005 Paris.
Abonnements pour l’année 1977
Abonnement général : France, 530 F ; Étranger, 580 F.
Zoologie : France, 410 F ; Étranger, 450 F.
Sciences de la Terre : France, 110 F ; Étranger, 120 F.
Botanique : France, 80 F ; Étranger, 90 F.
Écologie générale : France, 70 F ; Étranger, 80 F.
Sciences physico-chimiques : France, 25 F ; Étranger, 30 F.
International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’IIISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 432, janvier-février 1977, Zoologie 302
Ceratomysis ericula n. sp. (Crustacea Mysidacea),
récoltée au large des îles Kerguelen
par Michel Ledoyer *
Résumé. — Une nouvelle espèce appartenant au genre Ceratomysis ( C . ericula n. sp.) est
décrite des îles Kerguelen. Proche de C. spinosa Faxon et de C. egregia Hansen, elle s’en différencie
essentiellement par son armature épineuse médio-dorsale.
Abstract. — A new species belonging to the genus Ceratomysis (C. ericula n. sp.) is described
from Kerguelen islands. Related to C. spinosa Faxon and C. egregia Hansen, it is characteiized
by its medio-dorsal spines.
Le genre Ceratomysis a été créé par Faxon (1893) qui a trouvé un spécimen (Ç) dans
les collections de 1’ « Albatross », provenant de 782 fathoms au large de l’île Coiha (Panama) :
82° W-8° N environ.
En 1910, Hansen décrit une nouvelle espèce du genre à partir de deux spécimens
des collections du Siboga (un mâle, station 45, 794 m, 7°24' S-118°15'2 E ; une femelle imma¬
ture, station 88, 1 301 m, 0°34'6 S-119°8'5 E) provenant du détroit de Macassar.
Le matériel procuré par la mission « Marion Dufresne » 3 (1974) ne comptait que trois
espèces de Mysidacés dont l’une, représentée par un unique individu en très mauvais état,
n’est pas identifiable ; une autre espèce était capturée par 585 m et était représentée par
8 spécimens. Ceux-ci appartiennent au genre Ceratomysis qui, à ce jour, n’était signalé
que de régions équatoriales et Nord-Pacifique (Tattersall, 1951 — Birstein et Tshindo-
nova, 1958). Enfin l’espèce Gnathophausia gigas Willemoes-Suhm a été capturée dans
trois prélèvements (prélèvement 36, station 12 : 1 spécimen ; prélèvement 41, station 13 :
1 spécimen ; prélèvement 49, station 16 : 1 spécimen).
Ceratomysis ericula n. sp.
(Fig. 1 et 2)
Matériel : Mission « Marion Dufresne » 3 : station 17, prélèvement 50, 585 m, 14-IV-1974,
47°24'9 S — 66°04' E (N.W. Kerguelen). 5 (J, 2 $ ovigères, 1 $ juvénile à oostégites peu dévelop¬
pées, épines sous-abdominales présentes, pléopodes Ç.
* Station Marine d'Endoume, rue de la Batlerie-des-Lions, 13007 Marseille.
432 , 1
CERATOMYSIS ERICULA N. SP.
255
Description de la femelle
llolotype : femelle ovigère de 24 mm du bord frontal du céphalothorax à la base du
telson. La femelle possède 7 paires d’oostégites.
L’espèce est aveugle et très épineuse. Le céphalothorax ne recouvre pas les deux der¬
niers segments thoraciques. Le maxillipède (péréiopode 1) est dépourvu d’exopodite alors
que les pattes 1 à 7 (péréiopodes 2 à 8) en portent. Le pédoncule de l’antennule a un article
distal armé d’une forte dent. Le pédoncule antennaire présente un grand éperon latéral ;
l’écaille antennaire ne possède pas d’articulation ni de dent latérale ; elle est ornée de soies
sur toute sa périphérie ; de plus, le bord externe porte 7 à 8 longues épines. Le palpe man-
dibulaire est très robuste, les deux articles distaux sont bordés de longues soies rigides.
Maxillule et maxille sont normaux. Le maxillipède dépourvu d’exopode porte au niveau
de l’article méral un grand lobe interne. La patte 1 a des articles basal, ischial et méral
réduits ; l’endite de l’article méral, très développé, est aussi long que le carpe, il est ovalaire
et bordé de grosses soies rigides ; le dactyle spatulé est lui-même bordé de grandes soies.
Les pattes 2 à 4 sont de longueur légèrement croissante, elles ont un aspect microchéli-
forme : en réalité, le dactyle réduit est opposé à deux grosses épines ; le carpe et le propode
sont subégaux ; le premier porte de longues épines sur son bord externe. Les pattes 5 à 7
ont un dactyle grêle, un propode triarticulé, un peu plus court que le carpe qui est armé
d’épines latéro-externes.
Les pléopodes 1 à 5 sont de longueur croissante, les pléopodes 1 et 2 sont uniramés,
les pléopodes 3 à 5 ont un petit exopodite : j’ai noté, chez la femelle holotype, que, d’un
côté, les pléopodes 3 et 4 portaient un petit exopodite alors que, de l’autre côté, ils en étaient
dépourvus ; chez la femelle immature, les pléopodes 4 ont un exopodite, par contre les
pléopodes 3 en paraissent dépourvus.
Le telson est très long et dépasse les uropodes ; dorsalement, près de son insertion,
il est armé de 2 dents latérales et il est orné sur la totalité de ses bords de très nombreuses
épines dissymétriques : de grandes épines alternent avec des groupes d’épines plus réduites.
Il m’a été impossible de dénombrer précisément cette armature, de nombreuses épines
étant tombées ou étant cassées chez tous les spécimens. Les uropodes ont des rames égales.
La rame interne est dépourvue de statocyste mais totalement bordée de soies. La rame
externe biarticulée est soyeuse sur toute sa périphérie ; de plus, le bord externe porte 8
longues épines.
L’aspect le plus remarquable de l’espèce réside dans la structure épineuse de son cépha¬
lothorax et de son abdomen ( ericula : petit hérisson).
Les dents ornant le céphalothorax et l’abdomen sont aiguës (chez la femelle holotype,
elles étaient en majorité cassées ou émoussées à leur extrémité : cf. fig. 1). Le bord frontal
du céphalothorax est droit ; il domine les pédoncules oculaires qui sont transformés en
stylets. De part et d’autre de ces derniers on observe un petit processus écailleux, plus ou
moins fusionné avec Je premier article du pédoncule antennulaire. L’angle antéro-latéral
du céphalothorax porte un fort éperon, le bord latéral est encoché (orifice de la chambre
branchiale). Médio-dorsalement, le céphalothorax est armé, dans sa région frontale, de
trois grandes dents auxquelles fait suite une légère dépression bordée latéralement de deux
CERATOMYSIS ERICULA N. SP.
257
grandes épines. A l’extrémité postérieure du céphalothorax et toujours médio-dorsalement,
on observe une forte protubérance ; de sa base partent, en diagonale, deux fines carènes
qui aboutissent à la base de quatre dents médio-latérales. En avant du sillon céphalique
se trouvent deux dents : l’une latérale, l’autre médio-latérale. En arrière du sillon il y a
six grosses protubérances latérales (chez la femelle, le mâle et la femelle juvénile). Entre
ces épines et celles qui bordent la dépression dorsale, on observe des groupes de dents plus
réduites dont la disposition est assez mal définie. Les deux thoracomères libres portent
une épine médio-dorsale et une épine latérale ; de plus le dernier segment thoracique est
armé d’une épine médio-latérale.
Les segments abdominaux 1 à 6 ont une formule médio-dorsale respective : 1 -f- (2)
— (2) — (2) — (2) — (2) — 1. Le signe (2) indique des dents bifides. La formule médio-
latérale est :2 — 1 — 1 — 1 — 1 — 1. La formule latérale est : 2 — 2 —-2 — 2 — 1 — 1.
Dans ce dernier cas, pour les segments 1 à 4, la dent latérale antérieure est orientée vers
le bord dorsal, la dent latérale postérieure l’est vers l’extrémité postérieure. Les épines
postérieures des segments (dorsales, médio-latérales et latérales) sont reliées entre elles
par une légère carène.
Description du mâle
A quelques détails près, il est identique à la femelle. Le flagelle de l’antennule est
très dilaté. Les épines bifides médio-dorsales sont plus jointives et plus aiguës. Les seg¬
ments 1 à 5 de l’abdomen présentent un fort éperon sternal (ce dernier existe aussi chez
la femelle juvénile). Enfin, les pléopodes 1 à 5 sont biramés. Le sympodite est dilaté. Le
pléopode 1 a un endopodite réduit ; les pléopodes 2 à 4 ont des rames subégales multiarti-
culées ; le pléopode 5 possède un endopodite semblable à celui de la femelle, il est plus long
que l’exopodite multiarticulé.
Caractères distinctifs de C. ericula
Comparativement à C. spinosa Faxon et à C. egregia Hansen, C. ericula se différencie :
— par le propode des pattes 5 à 7 qui est triarticulé. Faxon écrit qu’il est indistinc¬
tement segmenté ; Hansen figure un propode simple.
— par le maxillipède. Chez C. egregia le maxillipède ne possède pas d’endite développé
au niveau de l’article méral (cf. Hansen, 1910, pl. 1, 5c). Chez C. spinosa Faxon parle
toutefois de l’existence d’un lobe, mais il indique que l’exopodite de l’uropode est simple.
— par l’article distal du pédoncule de l’antennule armé d’une forte dent.
— enfin, par la formule épineuse médio-dorsale qui est très différente ; C. ericula
est beaucoup plus armée que C. spinosa et C. egregia.
Thoracomères
Pléonites
Telson
6
7
1
2
3
4
5
6
C.
spinosa
?
1
1
1
(2)
1
1
1
1
1
armé
c.
egregia
c? &
?
1
1
1
(2)
(2)
1
1
1
1
inerme
c.
ericula
$ &
?
1
1
1
(2)
(2)
(2)
(2)
(2)
1
armé
Le signe (2) indique des dents bifides.
258
MICHEL LEDOYER
Dépôt du matériel
La femelle holotype, en partie disséquée, un mâle et la femelle juvénile paratvpes
sont conservés par l’auteur. Une femelle et trois mâles paratvpes ont été déposés au
Muséum national d’Histoire naturelle de Paris (My 340) et un mâle paratype au British
Muséum (Natural History n° 1975-473 : 1).
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Birstein, J. A., et J. G. Tshindonoya, 1958. — Die Tiefsee — Mysiden des Nord-Westlichen
Teiles des Stillen Ozeans. Trudy Inst. Okeanol., 27 : 258-355.
Faxon, W., 1895. — Reports on an exploration ofï the West coasts of Mexico, Central and South
America, and ofî Galapagos Islands, in charge of Alexander Agassiz, bv the U.S. Fish Com¬
mission steamer « Albatross » during 1891, Lieut.-Commander Z. L. Tanner, U.S.N., com-
manding. XV. The stalk-eyed Crustacea. Mem. Mus. comp. Zool. Ilarv., 18 : 1-292, 56 pl.,
1 carte.
Hansen, H. J., 1910. — The Schizopoda of the Siboga Expédition. Siboga Exped., 21 (Mon. 37) r
1-123, 16 pl.
Tattersall, W. M., 1951. — A review of the Mysidacea of the U. S. National Muséum. Bull. U.S.
nain. Mus., 201 : 1-292.
Manuscrit déposé le 4 mars 1976.
Bull. Alus. natn. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 432, janv.-févr. 1977,
Zoologie 302 : 253-258.
Achevé d’imprimer le 30 avril 1977.
IMPRIMERIE NATIONALE
7 564 001 5
Recommandations aux auteurs
Les articles à publier doivent être adressés directement au Secrétariat du Bulletin du
Muséum national d’Histoire naturelle, 57, rue Cuvier, 75005 Paris. Ils seront accompa¬
gnés d’un résumé en une ou plusieurs langues. L’adresse du Laboratoire dans lequel le
travail a été effectué figurera sur la première page, en note infrapaginale.
Le texte doit être dactylographié à double interligne, avec une marge suffisante, recto
seulement. Pas de mots en majuscules, pas de soulignages (à l’exception des noms de genres
et d’espèces soulignés d’un trait).
Il convient de numéroter les tableaux et de leur donner un titre ; les tableaux compli¬
qués devront être préparés de façon à pouvoir être clichés comme une figure.
Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. —• Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
Les dessins et cartes doivent être faits sur bristol blanc ou calque, à l’encre de chine.
Envoyer les originaux. Les photographies seront le plus nettes possible, sur papier brillant,
et normalement contrastées. L’emplacement des figures sera indiqué dans la marge et les
légendes seront regroupées à la fin du texte, sur un feuillet séparé.
Un auteur ne pourra publier plus de 100 pages imprimées par an dans le Bulletin,
en une ou plusieurs fois.
Une seule épreuve sera envoyée à l’auteur qui devra la retourner dans les quatre jours
au Secrétariat, avec son manuscrit. Les « corrections d’auteurs » (modifications ou addi¬
tions de texte) trop nombreuses, et non justifiées par une information de dernière heure,
pourront être facturées aux auteurs.
Ceux-ci recevront gratuitement 50 exemplaires imprimés de leur travail. Ils pourront
obtenir à leur frais des fascicules supplémentaires en s’adressant à la Bibliothèque cen¬
trale du Muséum : 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris.