BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
324
N° 467 JUILLET-AOUT 1977
BULLETIN
du
MUSEUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : Prs J. Dorst, C. Lévi et R. Laffittb.
Conseillers scientifiques : Dr M.-L. Bauchot et Dr N. Halle.
Rédacteur : M me P. Dupérier.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle , revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 1 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les aiticles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
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toire naturelle, 38, rue Geofîroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
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BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL DTIISTOUIE NATURELLE
3 e série, n° 467, juillet-août 1977, Zoologie 324
Note au sujet de Conus magellanicus Hwass
in Bruguière
par Jean-Jacques Van Mol *
Résumé. — Une diagnose est proposée pour Conus magellanicus d’après une série de spécimens
récemment collectés à la Guadeloupe. Conus lubeckianus Bernardi est considéré comme syno¬
nyme.
Abstract. — A diagnosis is proposed for Conus magellanicus based on a sérié of specimens
collected around Guadeloupe Island. Conus lubeckianus Bernardi is held to be a synonym.
Une série de sept spécimens de Conus récoltés récemment à la Guadeloupe permet
une mise au point sur l’identité de Conus magellanicus. En effet, les caractères particuliers
et même anormaux du spécimen-type et la quasi-absence de spécimens pouvant être attri¬
bués à cette espèce ont jusqu’ici rendu impossible l’identification correcte de celle-ci.
Conus magellanicus Hwass in Bruguière
Diagnose : Forme générale conique à côtés très légèrement convexes, apex peu saillant.
Test épais. Epaule nettement couronnée de tubercules hémisphériques réguliers. Rampe suturale
dépourvue de sillons spiraux, sculpture pratiquement réduite aux stries d’accroissement. Couleur
jaune ou orange à zones spirales blanches à l’épaule et au milieu du dernier tour, lignes interrompues
et flammules brunes très variables.
Description
Coquille (fig. 1 et 2)
Spire basse à apex saillant. Sommet de couleur rose (l’apex de tous les spécimens dispo¬
nibles est fortement corrodé). L’épaule est régulièrement ornée de tubercules hémisphériques.
Suture profonde. Rampe suturale légèrement concave ; la sculpture consiste en stries de
croissance bien marquées sur lesquelles se superposent, d’une façon très irrégulière, de
faibles sillons spiraux peu nombreux et souvent interrompus.
Dernier tour : épaule nettement couronnée de tubercules régulièrement espacés. La
* Laboratoire de Zoologie Systématique. Université Libre de Bruxelles, 50 av. F.-D. Roosevelt, 1050
BRUXELLES (Belgique).
467, 1
726
JEAN-JACQUES VAN MOL
IG. 1. —
Fig. 2. -
Conus magellanicus Hwass
— Conus lubeckianus Bernardi
in Bruguière,
, Guadeloupe.
Guadeloupe, réc. Pointier (hauteur réelle, 25 mm).
Holotypc MNHN Paris, (hauteur réelle, 20, 5mm).
Dimensions
(en mm)
Hauteur Diamètre
Hauteur
Nb. de
Localité
MAX.
SPIRE
TOURS
26
15
—
—
« détroit de Magellan » holotype (MHN
Genève).
25
15
2,5
10
Port-Louis (Guadeloupe), rée. Pointier,
1974.
23,5
13
2
8 +
Guadeloupe, id.
20,5
12
2,5
8
Guadeloupe, holotype de Conus lubec¬
kianus (MNHN Paris).
18,5
10,5
3,5
8 +
Port-Louis (Guadeloupe), réc. Pointier,
1973.
18,5
11
2,5
8 +
Guadeloupe, réc. Delplanque, 1974.
16
9,5
3,5
8
Guadeloupe, paratype de Conus lubec¬
kianus (MNHN Paris)
CONUS MAGELLANICUS HWASS IN BRUGUIÈRE
727
sculpture consiste, en plus des habituelles côtes spirales à la partie inférieure du dernier
tour, en une série de fines côtes spirales plus ou moins effacées qui remontent jusqu’à l’épaule.
Encoche anale peu profonde. Ouverture étroite, légèrement plus large à la base.
Coloration : variable. Dernier tour jaune ou orange. Deux zones spirales blanches
plus ou moins marquées, une au milieu du tour et une à l’épaule, sur lesquelles se superpo¬
sent des rangées spirales de traits ou de points bruns. Ce dernier motif pouvant même débor¬
der sur toute la hauteur du dernier tour. Ces flammules longitudinales blanches ou brunes
peuvent s’y ajouter.
L’épaule est en outre marquée de courtes linéoles verticales. La spire est blanche,
l’apex en est rose ; des flammules transversales sur les derniers tours. Ouverture teintée de
la couleur externe dominante.
Radula (fig. 3)
La dent présente sur la columelle une série de barbillons renforcés sur leur bord
interne par des épaississements aux contours crénelés. Ces barbillons, comptés sur 10 dents,
sont au nombre de : m = 28,2, s = 1,23 (n = 10). Longueur totale : 0,98 mm pour une
coquille de 23,5 mm de hauteur.
Fig. 3. — Conus magellanicus Hwass in Bruguière, dent de la radula.
Discussion
L’identité de Conus magellanicus nécessite cependant quelques commentaires. Il a été
provisoirement reconnu comme valide par Kohn (1968). L’holotype, conservé au Muséum
d’Histoire naturelle de Genève ( op. cit. : fig. 63 et 64), pose en effet de sérieuses difficultés
d’identification.
Ce spécimen est profondément déformé par une croissance anormale qui a résulté d’un
accident survenu au cours de la vie de l’individu. La spire est aberrante : après le cinquième
tour apparent, l’épaule est brutalement décalée vers le bas suite à une cassure importante
de la coquille. La rampe suturale montre ensuite un aspect tout à fait inhabituel pour un
cône : elle se présente sous la forme d’un bourrelet spiral très convexe ; la suture, onduleuse
par suite de la présence de tubercules à l’épaule, est très profondément canaliculée. Ce bourre¬
let est incisé par un (deux par places) sillon spiral. Le dernier tour présente un profil légè¬
rement convexe, une série de tubercules effacés sur l’épaule ; la rampe suturale est limitée,
sur son bord externe, par un sillon spiral bien marqué. La couleur est orange clair avec deux
728
JEAN-JACQUES VAN MOL
rangées spirales de taches blanches confluentes, une au milieu du tour, l’autre à l’épaule.
Les caractères de la spire, qui fournit habituellement chez les Conidae certains des
caractères spécifiques les plus constants, sont ici inutilisables par suite d’une croissance
anormale et d’un polissage excessif des premiers tours.
Plusieurs auteurs ont cependant fait remarquer les similitudes de cette espèce avec
d’autres espèces bien connues de l’Atlantique occidental. Kiener (1847) et Kohn (1968)
font tous deux remarquer les ressemblances entre cette espèce et Conus daucus Hwass in
Bruguière. Par ailleurs, Abbott (1958) la considère comme synonyme de Conus cardinalis
Hwass in Bruguière. Ces deux opinions contradictoires de spécialistes reconnus illustrent
bien toute l’ambiguïté du spécimen-type.
La série d’exemplaires dont il est question ici correspond bien au spécimen-type,
mis à part certains caractères de la spire considérés ici comme aberrants. En effet, si la
silhouette générale du dernier tour rappelle celle de Conus daucus, la présence de tubercules
à. l’épaule exclut immédiatement une telle identité. Il s’en distingue en outre par la radula
qui est très différente.
Cette espèce ne peut être confondue avec Conus cardinalis comme le suggère Abbott
(1958). En effet, celle-ci présente un dernier tour nettement plus convexe sous l’épaule,
et un profil plus ventru.
Conus magellanicus peut par conséquent être considéré comme valide.
Conus lubeckianus Bernardi me paraît devoir être considéré comme synonyme. En
effet, l’holotype et le paratype, conservés dans les collections du Journal de Conchyliologie
au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, présentent une assez nette correspondance
de caractères avec les échantillons dont il est question ici et le type de Conus magellanicus.
Il faut en outre signaler que les types de Bernardi ont également subi un polissage assez
sévère suivant une pratique courante au siècle dernier. De plus, le bord libre du péristome
a été fortement remanié à la lime. Leur coloration semble avoir été altérée par une longue
exposition à la lumière, elle est brun lilas et blanche et totalement dépourvue de marques
foncées.
Remarques
Au point de vue purement pratique pour l’identification, Conus magellanicus ressemble
très fortement à Conus daucus Hwass et à Conus juliae Clench par l’allure générale, et à
certains exemplaires de ce dernier par la coloration. Il s’en distingue cependant immédiate¬
ment par la couronne de tubercules à l’épaule. En outre les caractères de la radula sont
sensiblement différents (Van Mol, sous presse). Cette espèce est loin d’être abondante.
J’ai constaté l’existence d’un spécimen dans un lot des collections du British Muséum (mélangé
avec Conus daucus et C. ermineus, sans localité précise), et d’un exemplaire dans la collec¬
tion Dautzenberg à l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique à Bruxelles.
La localité « Détroit de Magellan » attribué à l'holotype est manifestement erronée.
Les Conidae, famille à distribution géographique essentiellement tropicale, ne dépassent
pas la latitude du Rio de la Plata en Argentine. Cette espèce semble confinée aux petites
Antilles.
CONUS MAGELLANICUS HWASS IN BRUGUIÈRE
729
Remerciements
Que M. G. Richard de l’École Pratique des Hautes Études de Paris trouve ici l’expression
de mes plus vifs remerciements pour la communication des spécimens dont il est question ici.
Plusieurs des spécimens ont été récoltés par M. Pointier, de l’ÉPHÉ, ou par M. Delplanque,
de P INRA, à la Guadeloupe, que je remercie également. Je dois également témoigner de ma gra¬
titude à MM. E. Fischer-Piette et H. Chevallier du Muséum de Paris pour l’examen du type
de Conus lubeckianus et M. E. Rinder du Muséum de Genève pour l’amabilité de son accueil au
cours de mon séjour à Genève.
RÉFÉRENCES RIBLIOGRAPHIQUES
Abbott, R. T., 1958. — The marine Mollusks of Grand Cayman Island. Monogr. Acad. nal. Sci.
Philad., 11 : 1-138,
Bernardi, A. C., 1861. — J. Conch., Paris, 9 : 169, pl. Yl, fig. 7-8.
Bruguière, J. G., 1792. — Encyclopédie méthodique ; Histoire Naturelle des Vers. T. 1 : 633,
Conus n° 31, pl. 322, fig. 3.
Kiener, L. C., 1847. — Species Général et Iconographie des Coquilles vivantes. 2 — Paris.
Kohn, A. J., 1968. — Type specimens and identity of the described species of Conus. IV. The
species described by Hwass, Bruguière and Olivi in 1792. J. Linn. Soc. (Zool) : 4 : 431-
503.
Manuscrit déposé le 20 octobre 1976.
Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 467, juillet-août 1977,
Zoologie 324 : 725-729
Achevé d’imprimer le 15 décembre 1977.
IMPRIMERIE NATIONALE
7 564 003 5
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qués devront être préparés de façon à pouvoir être clichés comme une figure.
Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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