BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
328
N» 471 JUILLET-AOUT «77
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : Prs J. Dorst, C. Lévi et R. Laffitte.
Conseillers scientifiques : Dr M.-L. Bauchot et Dr N. Hallé.
Rédacteur : M me P. Dupérier.
Le Bulletin du Muséum national d?Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 1 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
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toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
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International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 471, juillet-août 1977, Zoologie 328
Xiphinemella fitulae n. sp.
(Nematoda, Leptonchidae)
par Michel Luc *
Résumé. — L’auteur décrit Xiphinemella fitulae n. sp. rencontré dans la rhizosphère de canne
à sucre à Brickaville (Madagascar). Cette espèce se différencie des cinq espèces décrites par la com¬
binaison d’un stylet long (plus de 70 p.m) et d’un corps de taille moyenne (1,1 — 1,6 mm). L’espèce
la plus proche est X. utahnemacea Siddiqi et Husain, 1968, mais les deux espèces diffèrent par la
structure de la région labiale.
Les espèces déjà connues ont été décrites sur un nombre faible d’individus ; par contre X. fitulae
n. sp. est décrit sur vingt femelles et sept juvéniles de stade IV. La relative abondance du matériel
a permis d’apporter des informations supplémentaires sur certaines structures : région labiale,
cuticule et appareil génital femelle principalement. Aucun mâle n’a été observé.
Abstract. — The author gives the description of Xiphinemella fitulae n. sp. recorded near
roots of sugar cane at Brickaville (Madagascar). This new species differs from the fîve known
species by the combination of a long stylet (more than 70 (im) and of a medium sized body (1,1 —
1,6 mm). The closest species is X. utahnemacea Siddiqi and Husain, 1968, but the two species
differ by the structure of the labial région.
The species previously known were described on a very low number of specimens, whereas
X. fitulae n. sp. is described on twenty females and seven fourth-stage juvéniles. This relatively
abundant material permitted to give additional information on some structures : labial région,
cuticle and female génital tractus. No males were found.
Le genre Xiphinemella Loos, 1950 (syn. : Taprobanus Loos, 1949 nec Distant, 1911
Botalium Heyns, 1963) ne comportait que quelques espèces (cinq) décrites sur un nombre
très faible d’individus, voire sur un spécimen unique (cf. tabl. I), et dont une seule, X. utah¬
nemacea Siddiqi et Husain, 1968, a été retrouvée depuis sa description, en petit nombre
en ce cas également (deux femelles et un mâle). De ce fait ce genre était relativement mal
connu ; en particulier les variations intraspécifiques n’avaient pu être précisées et un cer¬
tain nombre de structures anatomiques (région labiale, cuticule, tractus génital femelle)
demeuraient mal ou non définies.
La description donnée ci-dessous de Xiphinemella fitulae n. sp., fondée sur l’observa¬
tion de vingt femelles et de sept juvéniles de stade IV a permis d’apporter des précisions
supplémentaires concernant les différents points en cause.
* Nématologiste de l’ORSTOM ; Laboratoire de Zoologie (Vers) associé au CNRS, Muséum national
d’Histoire naturelle, 43, rue Cuvier, 75231 Paris Cedex 05.
471 . 1
790
MICHEL LUC
Tableau I. — Données biométriques concernant les six espèces du genre Xiphinemella
(les chiffres entre
crochets
ont été cal
culés !
sur les figures
originales).
X. ornatum
(Sri-Lanka)
X. es se ri
(Floride)
X. eversa
(Afr. du
Sud)
X. utahnemacea
(Inde)
X. caudata
(Côte
d’ivoire)
X. fitulae n
sp. (Mada¬
gascar)
n
4
?
1
i **
2 ***
î
20
L
(mm)
a
1,94-2,32
2,4-3,5
1,37
1,62
1,6-1,8
1,2
1,36
1,14-1,63
30,9
b
36-42
40-43
34
40
32-34
32
25,1-34,3
5,5
longueur
7,9-8,3
11,4-14
5,5
7,4
6-6,8
6,8
4,3-7,0
22,5
queue (pm)
c
23-28
[25,5]
21 *
[21]
[26,5]
[37]
18-25
61
c’
79-85
93-130
63
80
62,7-66
33
47,5-77,6
0,8
V
[0,8]
[0,8]
0,8 *
0,66
[0,8]
1,6
0,7-0,9
53,4
Od. style
48-53
42-47
56
50,
48,5-50,3
60
50,5-55,8
46,5
(fj.ni)
Od. pliore
p
55-60
22 *
30
34-35
33
43-49
33
(pm)
L. totale
?
?
19 *
22
28
26
30-35
79,5
stylet (pm)
Distance
82-92
72-75
41 *
52
62-63
59
73-83
41
av. guide du
stylet (pm)
[49]
[40]
17 *
25
[31]
25
38-43
* Mesures prises par Heyns sur liolotype (comm. pers.) ; ** liolotype ; *** Khan, 1975.
Le genre Xiphinemella, qui apparaît pan-tropical (cf. tabl. I), est supposé être phyto-
parasite, la structure de son stylet se rapprochant de celle observée dans les genres Xiphi-
nema et Longidorus, parasites bien connus des plantes, mais aucune preuve de ce para¬
sitisme n’a encore été apportée.
Xiphinemella fitulae n.
(Fig. 1, A -L)
sp.
Femelles
Dimensions : voir tableau I.
Holotype : L = 1,38 mm ; a = 28,2 ; b = 6,9 ; longueur de la queue = 22 (im ; c = 62,7 ;
c’ = 0,8 ; V = 55,8 ; odontostyle = 45 pm ; odontophore = 32 pm ; longueur totale du stylet =
77 pm ; distance de l’avant au guide du stylet = 38 pm.
XIPHINEMELLA FITULAE N. SP.
791
Description
Habitus (sur animaux tués lentement à la chaleur puis iixés) courbé ventralement,
cette courbure surtout prononcée sur la partie postérieure à la vulve. Corps relativement
massif, très peu effilé à l’avant (à partir de la jonction œsophago-intestinale seulement),
encore moins à l'arrière.
Cuticule composée de deux feuillets d’épaisseur à peu près identique ; feuillet externe
lisse, sans caractères particuliers ; feuillet interne présentant, sur toute la longueur du corps,
des plissures transversales assez régulières simulant une annélation, mais très atténuée,
sans qu’aucune « ligne transversale » ne sépare les « anneaux » ; de ce fait ces plissures ne sont
visibles qu’en vue latérale. Les deux feuillets ne sont confondus qu’en quatre points du
corps : à l’avant (au niveau de l’incisure séparant les lèvres du reste du corps), au niveau
de la vulve, à celui de l’anus et à l’extrémité de la queue ; les deux feuillets sont de plus
réunis par de fines trabécules disposées en lignes longitudinales, très irrégulières et variables
d’un individu à l’autre ; ce sont probablement ces trabécules qui ont été prises, chez d’autres
espèces, pour une ponctuation cutieulaire ; elles apparaissent en effet comme des points
réfringents en vue de face ; au niveau de ces lignes de trabécules les deux feuillets sont assez
proches l’un de l’autre, les trabécules étant courtes (fig. 1, I) ; entre ces lignes par contre les
feuillets se séparent plus largement ; ce phénomène confère donc au feuillet interne un aspect
plissé longitudinalement, ces plis étant en fait vagues et irréguliers ; ils ont déjà été signalés
chez d’autres espèces ( X. ornatum en particulier).
Pores et glandes latéro-subventraux et latéro-subdorsaux assez espacés, de répartition
très variable suivant les individus. Corde latérale large, 13-14 prn ou environ 1/3 du diamètre
au milieu du corps.
Région labiale très en relief composée d’un disque labial bombé vers l’avant séparé des
lèvres ballonnées, distinctes les unes des autres et séparées du reste du corps par une incisure
très nette. En vue apicale on peut distinguer sur le disque labial la trace de six secteurs
correspondant aux six lèvres, au niveau de l’incisure entre disque labial et lèvres une scléro-
tisation composée de six branches fines partant de la paroi sclérotisée du stoma, à cet
endroit en forme d’hexagone ; les six lèvres contiennent chacune deux fines structures en
forme de parenthèse interprétées comme une très faible sclérotisation ; au niveau de l’inci-
sure entre lèvres et reste du corps se trouve l’ouverture des amphides, très large, couvrant
presque le diamètre à ce niveau. En vue latérale on observe que l’ouverture amphidienne
est suivie d’une coupe amphidienne ; les filets nerveux sont difficiles à percevoir mais
les sensillae sont visibles, à environ 35-40 p.m de l’avant. La paroi stomatique, faiblement
sclérotisée, hexagonale en coupe de l’avant aux lèvres puis circulaire, se prolonge loin en
arrière ; elle est très probablement reliée au guide du stylet qui apparaît comme un anneau
simple.
Stylet composé de deux parties : l’odontostyle est très fin, le plus souvent légèrement
courbé, à ouverture apicale dorsale ; l’odontophore, plus épais, est moins nettement visible ;
sa base est élargie en trois ailettes assez peu développées. Il est à noter que la base de l’odon-
tophore est entourée par une sorte de capsule qui ne semble pas faire partie du stylet lui-
même et que les muscles protracteurs entourant le stylet s’attachent, à leur partie pos¬
térieure, non au stylet lui-même mais à la portion très légèrement élargie de l’œsophage se
situant à une certaine distance de la base du stylet.
Fig. 1. — Xiphineniella fitulae n. sp. : A, femelle, partie antérieure, vue latérale ; B, femelle, vue apicale,
à la surface du disque labial ; C, femelle, vue apicale au niveau de l’incisure entre le disque labial et les
lèvres ; D, femelle, vue apicale, au niveau des lèvres ; E, femelle, vue apicale, au niveau de l’incisure
entre lèvres et corps (ouverture des amphides) ; F, femelle, partie avant, vue latérale ; G, femelle, branche
postérieure du tractus génital ; H, juvénile, stade IV, partie antérieure ; I, femelle, cuticule vue en coupe,
montrant de haut en bas le feuillet externe, les trabécules, le feuillet interne ; J, K, femelle, queue, vue
latérale ; L, juvénile stade IV, queue, vue latérale.
XIPHINEMELLA FITULAE N. SP.
793
Anneau nerveux large, situé à 20-30 p.m en arrière de la base du stylet. Hémizonide
et hémizonion non observés.
Œsophage composé d’une partie antérieure étroite et d’un bulbe postérieur cylindrique
mesurant 57 — 62 X 15 — 20 p.m ; « cardia » conique. Intestin sans caractères particu¬
liers.
Vulve à la moitié du corps ou très peu postérieurement ; fente vaginale perpendicu¬
laire au grand axe du corps ou légèrement dirigée vers l’arrière, profonde (environ la moitié
du diamètre du corps). Vagin très fortement sclérotisé : la cuticule se poursuit à l’intérieur
en une structure globulaire, entourée en partie par le sphincter, puis en une expansion en
forme de dôme. Deux branches génitales relativement courtes, de développement et de
structure identiques ; utérus trapu, composé de cellules pseudoquadricolumellaires ; pas
de poche utérienne marquée ni de différenciation utérienne particulière ; sphincter allongé ;
oviducte composé de deux parties : une poche elle-même en deux parts, celle au contact
du sphincter composée de cellules denses rappellant l’utérus, la partie suivante étant à paroi
mince, finement plissée ; cette poche est suivie d’un conduit cylindrique à paroi mince,
finement striée transversalement et s’évasant au niveau de l’ovaire ; ovaire relativement
trapu, sans caractère particulier. Aucun spermatozoïde observé à l'intérieur du tractus
génital.
Queue courte, arrondie ; cuticule non épaissie terminalement, mais un « pont » existe,
situé à l’extrémité et légèrement dorsalement, qui relie les deux feuillets cuticulaires. Deux
paires de pores caudaux.
Males : inconnus.
Juvéniles stade IV
Dimensions (n = 7) : L = 0,82 — 1,09 mm (0,96) ; a = 22,8 — 29,4 (26,3) ; b = 3,6 — 5,0
(4,5) ; longueur de la queue = 17 — 22 (im (19,5) ; c = 45,6 — 54,7 (49,3) ; c’ = 0,7 — 0,8 (0,8) ;
odontostyle = 39 — 42 ixm (40) ; odontophore = 27 — 30 [im (29) ; longueur totale du stylet =
67 — 71 qm (69) ; stylet de remplacement = 47 — 49 (im (47,5) ; distance de l’avant au guide du
stylet = 34 — 37 jxm (35).
Description
Les juvéniles de stade IV ont le même aspect général que les femelles, notamment en
ce qui concerne la région labiale et la queue ; le corps est toutefois moins courbé. Le stylet
de remplacement, toujours légèrement courbé, est inclus dans la paroi œsophagienne.
La queue, arrondie, comporte deux paires de papilles caudales et on y observe le même
« pont » terminal entre les deux feuillets cuticulaires.
Holotype : femelle, lame 2970, déposée au Laboratoire de Zoologie (Vers), Muséum
national d’Uistoire naturelle, Paris.
794
MICHEL LUC
Paratypes : 10 femelles et 5 juvéniles déposés au même lieu ; 2 femelles déposées dans
chacun des laboratoires de nématologie suivants : Rothamsted Experimental Station,
Harpenden, Herts, Angleterre; Plantenziektenkundige Dienst, Wageningen, Pays-Bas;
USDA Nematode Collection, Beltsville, Md, USA ; California Universitv, Riverside,
Cal., USA.
Localité-type : Voisinage de racines de canne à sucre ( Saccharum officinarum L.),
Brickaville, Madagascar ( rec . & leg. : G. de Guiran).
Diagnose : Xiphinemella fitulae n. sp. se différencie aisément des cinq espèces déjà
décrites (cf. tabl. I) par la combinaison unique de deux caractères biométriques : la longueur
réduite du corps (moins de 1,9 mm) qui le sépare immédiatement de À’, ornatum (Loos,
1949) Loos, 1950, et X. esseri Chitwood, 1957, et le stylet assez long (plus de 70 pm) qui le
sépare des trois autres espèces : X. eversa (Heyns, 1963) Siddiqi, 1966, X. utahnemacea et
X. caudata Andrussy, 1970. L’espèce la plus proche de X. fitulae n. sp. est À. utahnemacea,
bien que cette dernière espèce ait un corps légèrement plus long (1,6-1,8 mm contre 1,1-
1,6 mm) et un stylet quelque peu plus court (52-63 jim contre 73-83 p.m) mais l’aspect de
la région labiale est très différent : chez AT. utahnemacea, si les lèvres sont également très
en relief et séparées du corps par une constriction nette, le disque labial est moins bien indi¬
vidualisé et seul un léger épavdement le sépare lui-même des lèvres.
Remerciements
L’auteur remercie très vivement le Dr J. Heyns qui lui a fait parvenir des données numé¬
riques inédites concernant A', eversa, le Dr R. P. Esser qui lui a adressé une lame de A. esseri et
M. B. Souchaud qui a effectué les montages de X. fitulae n. sp.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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Univ. Scient, hdpest. Rolando Eôtvôs, Sect. Biol., 12 : 243-254.
Chitwood, B. G., 1957. — A new species of Xiphinemella Loos, 1950 (Nematoda) from Florida.
Proc, helminth Soc. Wash., 24 : 53-56.
Heyns, J., 1963. — Five new species of Leptonchidae (Nematoda : Dorylaimoidea) from South
Africa. Proc, helminth. Soc. Wash., 30 : 7-15.
Khan, S. H., 1975. — Nematoda fauna of India. Medd. Fac. Landbouw. Rijksuniv. Gent., 40 :
521-524.
Loos, C. A., 1949. — Notes on free-living and plant parasitic nematodes of Ceylon. N° 6. ,/. zool.
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— 1950. — Xiphinemella nom. nov. A change for Taprobanus Loos, 1949. J. zool. Soc. India,
2 : 149.
XIPHINEMELLA FITULAE N. SP.
795
diqi, M. R., et Z. Husain, 1968. — Observations on the genus Xiphinemella Loos, 1950, with
description of X. utahnemacea n. sp. and Tylencholaimellus modulus n. sp. (Nematoda :
Leptonchidae) from India. Bull. Ent. Loyola Coll., 9 : 20-24.
Manuscrit déposé le 13 décembre 1976.
Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 471, juillet-août 1977,
Zoologie 328 : 789-795
Achevé d’imprimer le 15 décembre 1977.
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Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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