BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
341
N° 4M NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1977
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : Prs J. Dorst, C. Lévi et R. Laffitte.
Conseillers scientifiques : Dr M.-L. Bauchot et Dr N. Halle.
Rédacteur : M me P. Dupérier.
Le Bulletin du Muséum, national d'Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 1 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His-
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum,
36. rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
Crédit Lyonnais, agence Y-425) ;
— pour tout ce qui concerne la rédaction, au Secrétariat du Bulletin, 57, rue
Cuvier, 75005 Paris.
Abonnements pour l’année 1977
Abonnement général : France, 530 F ; Étranger, 580 F.
Zoologie : France, 410 F ; Étranger, 450 F.
Sciences de la Terre : France, 110 F ; Étranger, 120 F.
Botanique : France, 80 F ; Étranger, 90 F.
Écologie générale : France, 70 F ; Étranger, 80 F.
Sciences physico-chimiques : France, 25 F ; Étranger, 30 F.
International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 492, novembre-décembre 1977, Zoologie 341
Bryozoaires du banc de la Conception (nord des Canaries)
Campagne Cineca ï du « Jean Charcot »
par Jean-Georges Harmelin *
Résumé. — Analyse de la faune bryozoologique d’un fond de sable du banc de la Conception
(— 200 m, nord des Canaries). Les 19 espèces rencontrées comprennent de nombreuses espèces
rares. La comparaison avec du matériel méditerranéen met en évidence dans celui-ci une espèce
nouvelle, Setosella cavernicola n. sp., localisée dans les grottes obscures, ainsi que l’originalité pro¬
bable d’une espèce atlantique de Setosellina, affine de l’espèce méditerranéenne S. capriensis.
Abstract. — A small collection of Bryozoa associated witli sandy substrata of the Conception
Seamount (— 200 m, north ofî Canaries) comprises 19 species. Most of them are rare. Comparison
with mediterranean material reveals a new mediterranean species, Setosella cavernicola n. sp.,
inhabiting obscure caves, and the probable originality of an atlantic species of Setosellina, related
to the mediterranean species, S. capriensis.
11 est assez rare et paradoxal de pouvoir disposer d’une collection d’organismes ben-
thiques d’un grand intérêt grâce au prélèvement d’un filet à plancton. La collection de
Bryozoaires étudiée ici provient de la rencontre accidentelle d’un filet à larves planctoniques
traîné à — 200 m avec le banc de la Conception situé au nord des Canaries (31°24'5 N,
10°38'4 W, CINECA, st. 10 FL 4, 26.1.71).
Le fond sédimentaire a été écrémé par le filet et le volume de sédiment récolté fut faible
(environ 150 cm 3 ). Malgré cela le nombre de Polychètes, Crustacés, Brachiopodes, Mollus¬
ques et Bryozoaires trouvés dans ce prélèvement était important. Les colonies de Bryo¬
zoaires sont de petite taille et ont été triées sous la loupe binoculaire. Un certain nombre
d’entre elles sont libres avec une forme en disque ( Heliodoma implicata ), en coupe ( Ascosia
pandora), scorpioïde ( Setosella folini), en bâtonnet ( Cleidochasma strangulatum, Euginoma
ver rnifor rnis). D’autres sont érigées et détachées de leur substrat tandis que certaines encroû¬
tent de petits graviers, des fragments de coquilles, des tests de Ptéropodes, avec parfois
une croissance unisériée.
Outre sa variété étonnante (19 espèces) eu égard aux circonstances et à la taille du
prélèvement, cette collection présente un intérêt systématique certain. La moitié des espèces
n’avaient pas été revues depuis leur première description, ou n’avaient été que très rarement
signalées ; d’autres présentent des problèmes d’identification non résolus ou en cours. La
comparaison d’une des espèces de cette collection, Setosella vulnerata, avec une forme
voisine habitant les grottes obscures méditerranéennes a permis de montrer que celle-ci
appartenait à une espèce nouvelle : Setosella cavernicola n. sp.
* Station marine d’Endoume et Centre d’Océanographie, rue de la Balterie-des-lions, 13007 Marseille.
492 . 1
1058
JEAN-GEORGES IIARMELIN
Cette collection présente également un intérêt d’ordre écologique. En effet, la profon¬
deur de récolte de 200 m semble anormalement faible pour beaucoup d’espèces rencontrées,
qui pouvaient être considérées, d’après la littérature, comme plus franchement bathyales.
Cette particularité a vraisemblablement deux explications complémentaires : d’une part,
la petite faune bryozoologique des fonds sédimentaires non littoraux est en fait peu connue ;
d’autre part, la proximité immédiate de grands fonds autour du banc de la Conception a
entraîné un phénomène de débordement de la faune profonde vers les fonds moins impor¬
tants.
Liste des espèces rencontrées
Tous les spécimens étudiés sont déposés au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris.
Cyclostomata
Crisia sp.
Anguisia verrucosa Jullien, 1882
? Tubulipora sp.
lcLmidronea sp.
Tervia cf. superba Jullien, 1882
Cheilostomata
Setosellina cf. capriensis Waters, 1926
Heliodoma implicata Calvet, 1906.
Setosella vulnerata (Busk, 1860)
Setosella folini Jullien, 1882
Euginoma eburnea (Calvet, 1906)
Bugulella sp.
Cleidochasma strangulatum (Calvet, 1906)
Hippoporina polygonia (Jullien, 1882)
? Cheilonella sp.
Ascosia pandora Jullien, 1882
Gemellipora eburnea Smitt, 1873
? Palmicellaria sp.
Celleporina lucida (Hinks, 1880)
Crisia sp.
Un petit fragment non identifiable.
Anguisia verrucosa Jullien, 1882
(Fig. 1, 2 ; pl. 1, 1, 3)
Anguisia verrucosa Jullien, 1882 : 497, pl. 13, fig. 1-2.
Un spécimen érigé, fertile, peut, semble-t-il, être attribué à cette espèce qui n’a jamais
été resignalée depuis sa création et dont les types ont disparu.
De plus, ce spécimen érigé peut être rattaché à plusieurs colonies encroûtantes stoma-
toporiennes provenant du même prélèvement.
BRYOZOAIRES DU BANC DE LA CONCEPTION
1059
Description de la colonie érigée
Ce fragment de colonie présente une base unisériée sur la longueur de deux zoïdes. Le
zoarium devient ensuite bi- puis trisérié à son sommet. Cette partie comprend cinq auto¬
zoïdes et un gonozoïde situé au sommet de la branche, qui ne semble pas destinée à croître
ultérieurement. Ce gonozoïde est très simple et consiste en une base tubulaire, similaire à
celle d’un autozoïde, puis en un renflement modéré pourvu de nombreux pseudopores.
L’ooéciostome est un tube court, de diamètre inférieur (110 qui) à celui des autozoïdes,
situé au sommet du renflement gonozoïdal et dirigé vers le haut. Les autozoïdes ont une
surface irrégulière, bosselée, en particulier au niveau des pseudopores, avec des rides de
croissance. Leur diamètre, à mi-hauteur du péristome, est égal à 165,0 pm (N = 7, Cv =
1,8). Le bourgeonnement des zoïdes unisériés du pédoncule basal se fait au niveau de la
courbure du zoïde antérieur, avec un angle très fort et le diamètre des zoïdes fils est tout
de suite constant. Ceci correspond à un bourgeonnement péristomial (Harmelin, 1974,
1976) qui apparaît dans certaines situations topographiques (espace à franchir) chez les
espèces suffisamment, primitives pour n’avoir pas une morphologie zoariale strictement
fixée et trop complexe. Ce spécimen présente les caractéristiques de bourgeonnement
décrites et figurées par Jullien. L’aspect de surface des tubes et la forme du gonozoïde
et de son ooéciostome sont également très ressemblants et les mensurations tirées de la figure
de Jullien sont très voisines.
Description des colonies encroûtantes
Cinq spécimens stomatoporiformes enrobent de petits graviers. Ces colonies sont
unisériées et se propagent avec des ramifications dichotomiques. Les autozoïdes ont le même
aspect rugueux que ceux de la colonie érigée et leur diamètre est identique : 164,3 pm (N =
31, Cv = 4,2). La plus grande colonie présente deux ramifications qui commencent à s’éri¬
ger après être devenues bisériées. Le disque primaire de l’ancestrule est relativement grand
(310 pm). L’ancestrule bourgeonne un zoïde impair à partir duquel est produite la première
dichotomie. Les branches de celle-ci font entre elles un angle de 180°.
Cette espèce, longtemps énigmatique, peut donc être considérée comme un « Stoma-
topora » au sens large, susceptible de produire une branche dressée à base uni- ou bisériée,
destinée à porter le gonozoïde et ainsi à le surélever. Ce caractère est dans la logique des
adaptations au milieu sédimentaire profond. L’aptitude de Anguisia verrucosa à produire
des portions de colonies bisériées la place à un niveau d’évolution supérieur à celui de Stoma-
topora gingrina Jullien, 1882, dont le gonozoïde est bourgeonné et porté latéralement par
un péristome (Harmelin, 1974). Anguisia apparaît très proche du genre Entalophoroecia
Harmelin, 1976, et on peut noter de nombreux points de similitude avec l’espèce la plus
grêle et la plus simple, E. gracilis Harmelin, 1976, en particulier dans ses écomorphoses
régressées qui se manifestent lorsque les conditons écologiques sont peu favorables.
492 , 2
1060
JEAN-GEORGES HARMELIN
Fig. 1-4. — 1, Anguisia verrucosa , partie distale ovicellée de la colonie érigée. (Gz = gonozoïde) ; 2, Anguisia
verrucosa, partie proximale de la même colonie ; 3-4, Idmidronea sp., gonozoïde en vue frontale et
« dorsale » (Ooec. = ooéciostome).
? Tubulipora sp.
Treize jeunes colonies sont fixées sur des graviers ou des débris divers. Elles sont dressées,
étroites, non ramifiées. Les tubes ouvrent sur une seule face par séries alternantes de deux
ou trois. Le peu d’éléments fournis par ces spécimens ne permet pas un classement géné¬
rique certain.
Idmidronea sp.
(Fig. 3, 4; pl. II, 2)
Cette espèce n’est représentée que par une branche érigée, brisée à sa base. Ce rameau
est étroit, de diamètre constant, de contour sinueux. Il est fertile. Les autozoïdes s’ouvrent
sur une face de la branche et les péristomes sont distribués par séries de deux, alternantes
de part et d’autre de la ligne médiane. Les péristomes sont courts, le tube interne de chaque
série étant le plus long ; leur diamètre est faible (110-125 fj.m). La partie immergée des auto¬
zoïdes (endozones) est très longue. La dorsale de la branche est simple, sans renforts de
kénozoïdes. Le gonozoïde est globuleux et correspond à l’inflation de l’extrémité du tube
interne d’une série située vers le sommet, de la branche. Ce gonozoïde est ainsi surélevé par
BRYOZOAIRES DU BANC DE LA CONCEPTION
1061
rapport à la surface de la branche et s’appuie contre le deuxième tube de la série. L’ooécio-
stome est situé au sommet du gonozoïde. C’est un petit tube recourbé à son extrémité et
s’ouvrant sans évasement.
Par la structure de son zoarium et du gonozoïde, ce spécimen se place indubitablement
dans les Tubuliporidae. La forme de l’ooéciostome évoque d’une manière frappante celle
des ooéciostomes de Idmulronea. La position particulière de ce gonozoïde, résultant du ren¬
flement de l’extrémité d’un péristome et porté par celui-ci, indique soit un caractère très
primitif, soit, plutôt, une manifestation individuelle, locale, de régression vers un type
ancestral. Des gonozoïdes semblables ont été observés chez Idmulronea atlantica, sur des
colonies de Méditerranée qui comportaient également des gonozoïdes normaux. Le même
phénomène a été noté chez des Microecia suborbicularis atlantiques. L’absence de kéno-
zoïdes dorsaux, typiques du genre Idmidronea , sur cette portion de colonie n’implique pas
leur absence au point d’érection de la branche. La cassure des branches chez les Idmidronea
se fait de préférence au-dessus de la limite d’extension des kénozoïdes dorsaux. Les caracté¬
ristiques zoariales de ce spécimen évoquent Idmonea flexuosa Pourtalès, 1867.
Tervia cf. superba Jullien, 1882
(Fig. 5, 6)
Tervia superba Jullien, 1882 : 500, pl. 17, fig. 74-75.
Quatre fragments de branches grêles. Un des rameaux est ovicellé.
Les autozoïdes s’ouvrent sur une seule face et sont distribués selon des séries alter¬
nantes de deux, plus rarement trois. Les tubes internes sont les plus courts. Les tubes les
plus externes s’ouvrent très latéralement. La calcification est plutôt faible. Les pseudopores
sont obliques, ce qui leur donne un aspect frontal filé, en particulier au niveau du gonozoïde.
Ce dernier est situé sur la face « dorsale » à l’extrémité de la branche. C’est une vésicule
renflée, assez courte, dont la partie proximale tubulaire est visible et comparable à celle d’un
autozoïde. L’ooéciostome est un tube court terminal qui s’ouvre en direction distale au niveau
de la zone de croissance de la branche.
Cette identification est hypothétique. Elle est essentiellement guidée par l’aspect
très grêle des branches, le nombre réduit de tubes par série. Le gonozoïde n’a malheureu¬
sement pas été décrit par Jullien. Les spinules internes en crampons ou pédonculés typi¬
ques (Harmelin, 1976) de Tervia irregularis (Meneghini, 1844) n’ont pas été observés sur
ces spécimens. Ils ont pourtant été vus sur des spécimens profonds atlantiques de cette
dernière espèce. Tervia irregularis se distingue également de la présente forme par son
ooéciostome qui consiste en deux lèvres lamellaires. Tervia superba avait été supposée
(Harmelin, 1976) être la forme profonde de T. irregularis. La confirmation à partir d’un
matériel plus abondant des différences exposées ici, forme de l’ooéciostome et absence de
spinules internes, permettrait de confirmer l’individualité spécifique de T. superba, qui a
été récolté au sud du golfe de Gascogne par 896 m.
1062
JEAN-GEORGES HARMELIN
Fig. 5-9. — 5, Tervia cf. superba , partie distale fertile en vue frontale et « dorsale » (Ooec. = ooéciostome) ;
7-8, Didymozoum eburnea , jeune colonie bisériée, noter la base pourvue de fins tubules ; 9, Didymozoum
eburnea, portion trisériée ovicellée.
Setosellina cf. capriensis (Waters, 1926)
(Fig. 12 ; pl. 1, 5)
Cupularia capriensis Waters, 1926 : 432, pl. 18, fîg. 8-9.
Setosellina capriensis ; Cook, 1965 : 182, pl. 1, fig. 5-6 ; Prenant & Bobin, 1966 : 301.
Cupuladria capriensis ; Marcus & Marcus, 1962 : 288.
Setosellina roulei Calvet ; Waters, 1925 : 350, pl. 21, fig. 4 ; Gautier, 1962 : 69.
Cette espèce est particulièrement abondante dans ce prélèvement puisque 34 colonies
ont été obtenues. Ces colonies encroûtaient des petits graviers et des débris de coquilles
en ne débordant que rarement de ces minuscules substrats. Elles se caractérisent par une
quasi-absence de cryptocyste qui, lorsqu’il est présent, n’est représenté que par une rangée
de petits granules. Les vibraculaires sont du type roulei capriensis, c’est-à-dire dans l’axe
médian de l’autozoïde sous-jacent. Les ovicelles sont plus larges que longues et présentent
une grande fenêtre ovalaire en son centre.
Setosellina capriensis est très voisine de S. roulei Calvet, 1906. Selon Cook (1965),
leurs différences portent essentiellement sur la taille, les autozoïdes de S. capriensis étant
plus grands que ceux de S. roulei. Il y a également de grandes différences dans leur distri¬
bution bathymétrique : S. roulei est franchement bathyale tandis que S. capriensis ne dépasse
pas 150 m de profondeur selon les données de la littérature.
BRYOZOAIRES DU BANC DE LA CONCEPTION
1063
Chez les spécimens CINECA I, les mensurations de la longueur et de la largeur de l’opésie
(48 mesures sur 6 colonies) donnent les moyennes suivantes : L. Op. = 297,7 p.m (Cv. =
9,1) et 1. Op. = 202,7 pm (Cv = 10,0). Ces valeurs se situent dans les normes indiquées par
Cook pour S. capriensis. Cependant, il faut noter la réduction extrême du cryptocyste sur
ces spécimens, alors qu’il y a une bande de cryptocyste bien distincte (fîg. 11) sur des colo¬
nies méditerranéennes sélénariiformes (Marseille, Cassidaigne, 140-170 m) qui peuvent
être attribuées à cette espèce en raison de leur taille zoéciale. Les spécimens CINECA I
se différencient de S. goesi (Silén, 1942) par la position du vibraculaire qui, chez cette der¬
nière espèce, est décalé sur le côté latéro-distal de la zoécie-mère. S. goesi n’était connue que
du golfe du Mexique, mais elle a été récemment signalée aux Açores par d’Hondt (1975)
à grande profondeur (2 100 m).
Les précédentes signalisations de S. capriensis se situaient toutes (Cook, 1975 : 184)
en Méditerranée.
Fig. 10-12. — 10, lleliodoma implicata, l’autozoïde de droite est ovicellé ; 11, Setosellina capriensis, (Ov =
ovicelle. Marseille, st. 71-13, 140-170 m) ; 12, Setosellina et. capriensis, spécimen CINECA I.
Heliodoma implicata Calvet, 1906
(Fig. 10 ; pl. I, 4)
lleliodoma implicata Calvet, 1906 : 396, pl. 26, fig. 7-10 ; Silén, 1942 : 1, fig. 1, pl. 1, fig. 1-2 ; Pre¬
nant & Bobin, 1966 : 302, fig. 100.
Ce matériel comprend neuf colonies libres très typiques, qui avaient pour centre un
petit gravier. Certaines d’entre elles étaient ovicellées. L’ovicelle (fig. 10) est moyennement
renflée, de grande taille, avec une fenêtre ovale assez grande à son extrémité médio-distale.
Elle est très semblable à celle de Setosellina cf. capriensis (fig. 12). Comme chez Setosellina,
1064
JEAN-GEORGES HARMELIN
l’orifice des zoïdes ovicellés est élargi. Ainsi que le font remarquer Harmer (1926 : 264)
et Silén (1942 : 3), les genres Heliodoma Calvet, 1906, et Setosellina Calvet, 1906, sont très
proches ; la principale justification de cette séparation étant que dans le genre Heliodoma
la spirale zoïdale ne se divise pas, ce qui n’est peut-être pas un argument suffisant.
H. implicala était connue par un petit nombre de spécimens récoltés aux îles du Cap Vert,
aux Canaries et aux Açores à des profondeurs comprises entre 300 et 3 700 m.
Setosella vulnerata (Busk, 1860)
(Fig. 13-15; pl. I, 6)
Setosella vulnerata (Busk, 1860) ; Hincks, 1880 : 181, pl. 21, fig. 7 ; Juli.ikn, 1882 : 524, pl. 18,
fig. 66 ; Calvet, 1906 : 394 ; Waters, 1925 : 349, pl. 21, fig. 2 ; Silén, 1942 : 6, fig. 4, pl. 2,
fig. 8-9 ; Lagaaij, 1963, pl. 2, fig. 7 ; d’Hondt, 1974 : 38.
non Harmelin 1969 : 798.
Cette espèce était abondamment représentée (30 colonies) dans ce prélèvement. Les
colonies encroûtent des fragments de coquilles ou des graviers. Les jeunes colonies montrent
bien la croissance en double spirale dextrogyre (fig. 13) à partir de l’ancestrule décrite par
Silén (1942). Le cryptocyste de l’ancestrule est plus ou moins développé. La structure
de l’ovicelle (fig. 14) correspond bien à la description qu’en fait Silén. Elle est ainsi assez
peu différente de celles des Setosellina ou Heliodoma. L’orifice ovicellé est nettement plus
large que l’orifice non ovicellé et il présente deux échancrures aux coins latéro-proximaux.
Les opésiules sont deux fentes pourvues de denticules du côté interne.
S. vulnerata a une distribution batbymétrique large (Lagaaij, 1963) puisqu’elle a été
récoltée entre 30 et 3 700 m. Sa distribution géographique est également assez vaste : elle
s’étend depuis les îles Shetland et la Norvège jusqu’au golfe d’Aden en comprenant l’Atlan¬
tique Nord-Oriental, le golfe du Mexique et la Méditerranée.
La signalisation de S. vulnerata dans les grottes sous-marines obscures de la région
marseillaise (Harmelin, 1969) est impropre car il s’agit en fait d'une espèce différente
(fig. 16, 17 ; pl. 1, 7), nettement plus petite, présentant une frontale peu granuleuse et des
opésiules arrondies. Ces opésiules peuvent être dédoublées (fig. 16) sur certains spécimens.
Le zoarium est petit, encroûtant. Cette espèce pour laquelle je propose le nom de Setosella
cavernicola n. sp., habite les parties obscures de la grande grotte des Trémies (— 6 m),
près de Cassis (Bouches-du-Rhône).
Setosella folini Jullien, 1882
(Fig. 18 ; pl. 1, 8)
Setosella folini Jullien, 1882 : 523, pl. 17, fig. 63-65 ; Calvet, 1906 : 394 ; Prenant & Bobin, 1966 :
359, fig. 117, V-VII.
Une belle colonie et le fragment d’une autre.
Les caractéristiques zoéciales de cette espèce sont très proches de celles de S. vulnerata.
Cependant l’hypothèse d’une identité spécifique entre ces deux taxons, émise par d’Hondt
BRYOZOAIRES DU BANC DE LA CONCEPTION
1065
Fig. 13-18. — 13, Setosella vulnerata, jeune colonie sur un gravier (A = ancestrule — noter la double spirale
de bourgeonnement) ; 14-15, Setosella vulnerata, autozoïde ovicellé et partie distale d’un autozoïde
non ovicellé ; 16, Setosella cavernicola n. sp., autozoîdes à deux paires d’opésiules (Cassis, grotte des
Trémies, 6 m) ; 17, Setosella cavernicola n. sp., autozoïdeo vicellé (Cassis, grotte des Trémies, — 6 m);
18, Setosella jolini, détail d’une colonie scorpioïde.
(1974), semble difficile à retenir. Selon cet auteur, la colonie scorpioïde de S. folini pourrait
provenir du détachement du bord libre d une colonie encroûtante de S. vulnerata. Or chez
cette dernière espèce, il y a rapidement intervention de bourgeonnements du côté gauche
des zoïdes, en plus de ceux émis du côté droit qui produisent les deux spirales primaires
dextrogyres. Chez S. folini, il n’y a bourgeonnement d’autozoïdes que du côté droit. Il
est vrai, toutefois, que l’ancestrule de S. folini n’a pas encore été vue. Cette espèce n’était
connue que par cinq spécimens récoltés par le « Travailleur » en des stations comprises entre
555 m (Marseille) et 3 700 m (Canaries).
Euginoma vermiformis Jullien, 1882
(PI. II, 6)
Euginoma . vermiformis Jullien, 1882 : 520, pl. 17, fig. 58-59 ; Calvet, 1906 ; 402, pl. 27, fig. 3 ;
Prenant & Bobin, 1966 : 387, fig. 126 ; d’Hondt, 1975 : 564, fig. 25.
1066
JEAN-GEORGES HARMELIN
Deux petits spécimens cassés à leur base. Leur zoarium est constitué par quatre séries
zoéciales parallèles alternantes ; il est arqué et les orifices s’ouvrent sur la face concave
et sur les flancs. Ces deux colonies présentent à leur base, du côté concave, un tabule chiti-
neux de fort diamètre. Une telle structure a été décrite par Schopf (1976) chez Euginoma
et aurait pour rôle de surélever le zoarium parallèlement au substrat sédimentaire.
La structure de ces spécimens paraît identique à celle décrite par Jullien pour E. ver-
tniformis. Cependant, les six stations connues de récolte (Jullien, 1882 ; Calvet, 1906 ;
d’Hondt, 1975) se situent entre 1 094 et 3 700 m, donc nettement plus profondément que la
présente station.
Le genre Euginoma Jullien, 1882, ne comprend que deux espèces décrites, E. vermi-
formis et E. caçalieri Lagaaij, 1965, mais selon Schopf (1976), il existerait 11 autres espèces
du même genre en Atlantique à des profondeurs comprises entre 200 et 6 000 m.
Didymozoum eburnea (Calvet, 1906)
(Fig. 7-9 ; pl. I, 10)
Bugula eburnea Calvet, 1906a : 3 ; Calvet, 19066 : 380, pl. 26, fig. 1 ; Prenant & Bobin, 1966 :
519, fig. 175-1.
Deux petites colonies non ramifiées mais comportant la partie basale et comprenant
chacune 13 autozoïdes ; trois fragments distaux avec deux ovicelles et deux ramifications,
le plus grand comprenant 23 autozoïdes.
Le zoarium est dressé, unilamellaire, bi- ou trisérié, peu calcifié. Les zoécies alternent
sur les portions bisériées, tandis que sur les portions trisériées, les zoïdes de la file médiane
alternent avec les zoïdes des deux séries latérales, qui sont eux-mêmes à la même hauteur.
Dans le cas d’une ramification sur une branche bisériée (pl. I, 10), les deux zoïdes impliqués
dans cette bifurcation engendrent chacun une branche bisériée. Le même processus se pro¬
duit sur les branches trisériées à partir des deux zoïdes latéraux, tandis que le zoïde médian
ne bourgeonne pas et que son extrémité est légèrement infléchie vers une des branches.
La base des colonies est étroite, cylindrique, unisériée, composée de zoïdes modifiés et ren¬
forcés d’épaississements longitudinaux opaques internes. Cette base émet des tubules laté¬
raux très minces, en grand nombre, qui agglutinent des grains de sable et ancrent ainsi la
colonie (fig. 7). Les épaississements longitudinaux opaques sont également présents dans les
autozoïdes des portions bisériées des jeunes colonies ; ils sont situés dans les deux parois
latérales. A partir d’une certaine hauteur, ces renforcements sont moins marqués. Les auto¬
zoïdes ont leur maximum de largeur à leur extrémité distale. La largeur de leur extrémité
proximale augmente de la hase de la colonie à son sommet. L’opésie occupe toute la surface
frontale. L’orifice est très terminal. 11 n’y a pas de cryptocyste visible. L’opercule présente
un épaississement périphérique peu marqué. Il n’y a pas d’aviculaires. Le zoïde ovicellé
est légèrement plus court que les autres et il est plus large, en particulier au niveau de l’ori¬
fice. L’ovicelle (fig. 9) est de grande taille, renflée, arrondie, striée radialement. Elle est
recouverte par la membrane frontale du zoïde susjacent.
Mensurations : largeur du bord proximal de l’orifice : 205-215 p.m. Longueur/largeur de
l’ovicelle : 530/460, 510/460 p.m.
BRYOZOAIRES DU BANC DE LA CONCEPTION
1067
Ces spécimens semblent bien correspondre à la Bugula eburnea dont une seule colonie
avait été draguée au nord-ouest du Maroc à 636 m.
La forme et la disposition des autozoïdes du fragment étudié par Calvet sont identiques,
mais le sclérite operculaire semble plus épais.
Des points de similitude peuvent être notés avec Kinestoskias sileni d’Hondt, 1975,
espèce sans aviculaires provenant de la zone bathyale des Açores, dont les zoïdes ovicellés
sont bien plus courts et l’ovicelle deux fois plus grande que dans le cas présent.
Cette espèce a été rangée dans le genre Didymozoum Harmer, 1923, qui n’avait jamais
été signalée en Atlantique. Harmer (1926 : 407) place ce genre dans les Farciminariidae.
Les caractéristiques zoariales et zoéciales de ce genre, en particulier le mode de ramification,
l’opésie, l’orifice terminal, l’ovicelle endozoéciale, sont, présentes chez cette espèce. Les
portions trisériées ovicellées de D. eburnea évoquent D. triserialis (Philipps, 1899 ; cf. Harmer
1926 : 407), mais les tailles relatives des zoïdes ovicellés et non ovicellés sont différentes.
Bugulella sp.
(PL I, 9)
Un petit fragment de colonie comportant trois autozoïdes. Cette espèce est actuelle¬
ment étudiée par P. J. Hayward qui dispose d’un matériel abondant récolté par la « Tha-
lassa ». Elle peut être rangée dans le genre Bugulella Yerrill, 1879 (cf. Maturo & Schopf,
1968) qui est synonyme du genre Erymophora Hastings, 1943 (cf. Prenant & Bobin, 1966).
Cleidochasma strangulatum (Calvet, 1906)
(Fig. 25; pl. II, 1, 4, 7)
Myriozoum strangulatum Calvet, 1906 : 427, pl. 26, fig. 11-12.
Un petit spécimen de 2,75 mm de long, un grand de 8 mm de long pour 0,85 mm de
diamètre et un autre mort. Ces colonies sont libres, en bâtonnet légèrement arqué, la plus
grande étant pourvue d’étranglements. La disposition des zoécies détermine une symétrie
bilatérale dans le zoarium : sur la ligne médiane de la face convexe, les zoécies s’opposent
des deux flancs de la colonie par leur extrémité distale. La croissance se fait par une extrémité
du zoarium et trois zoïdes sont bourgeonnés en même temps et symétriquement autour de
l’axe de la colonie. Les zoécies sont à contours polygonaux, leur frontale est fortement
bombée et mamillée. Les zoécies sont ainsi nettement séparées par des sillons profonds.
Il y a quelques rares pores marginaux peu visibles. L’orifice est non terminal, sans épines,
de forme typique du genre. L’opercule présente un sclérite périphérique. Il y a en général
deux aviculaires, l’un étant latéro-distal à l’orifice, l’autre étant frontal et latéral. Ils sont
plus larges que longs, la mandibule et la membrane frontale étant de même taille et de
même forme arrondie. Ils possèdent une barre transversale complète. Il n’y a parfois qu’un
aviculaire proximal. Sur la ligne médiane de la face convexe du zoarium, il y a de place en
place, au point de jonction de trois ou quatre zoécies adjacentes, un espace arrondi de taille
égale ou inférieure à un orifice. Sur le plus petit spécimen, un tube court d’apparence membra-
1068
JEAN-GEORGES HARMELIN
neuse sortait par un de ces espaces. Sur la face concave, plusieurs zoïdes sont non fonction¬
nels et ne possèdent pas d’orifices. Les ovicelles n’ont pas été observées.
Malgré des différences dans la forme des aviculaires, ces spécimens semblent corres
pondre très bien au Myriozoum strangulation décrit par Calvet (1906) et récolté dans la
même zone géographique mais plus profondément (636, 2 230, 3 700 m). La forme triangu-
Fig. 19-25. — 19-20, Ascosia pandora, autozoïde et ovicelle ; 21, Ascosia pandora, jeune colonie à 5 auto-
zoïdes (noter la couronne d’organes de communication et la chevelure basale de rhizoïdes) ; 22, Hippo-
porina polygonia, autozoïde ; 23-24, ? Cheilonella sp., deux autozoïdes et une ovicelle ; 25, Cleido-
chasma strangulation, autozoïde.
laire des aviculaires des spécimens examinés par Calvet résulte peut-être de leur habitat
plus profond. Les différentes caractéristiques zoéciales de cette espèce entrent dans les
limites du genre Cleidochasma Harmer, 1957, tel qu’il a été défini par son auteur et par Cook
(1964). On peut néanmoins évoquer une certaine ressemblance avec Fedora edwardsi Jullien,
1882, dont la forme zoariale ainsi que celles des aviculaires et de l’orifice ne sont pas très
différentes. Cette espèce possède des chambres spéciales s’ouvrant au-dessus de chaque
zoécie, que Jullien avait pris pour des orifices ovicelliens. Cette interprétation a été contre¬
dite par Silén (1947) pour qui cette structure est une constante générique de nature hété-
rozoïdale. Ces chambres rappellent évidemment les espaces interzoéciaux de C. strangulation.
BRYOZOAIRES DU BANC DE LA CONCEPTION
1069
Le tube membraneux qui sort par un de ces espaces a certainement un rôle dans la susten¬
tation de la colonie sur le substrat sédimentaire de la manière décrite par Schopf (1976)
pour Euginoma.
Hipporina polygonia (Jullien, 1882)
(Fig. 22)
Lepralia polygonia Jullien, 1882 : 513, pl. 15, fig. 38 ; Calvet, 1906 : 410.
Dakaria polygonia d’Hondt, 1973 : 379, pl. 1, fig. 5-6 ; 1975 : 557.
Un petit fragment de colonie peut être attribué à cette espèce atlantique connue du
nord de l’Espagne aux Açores à des profondeurs allant de 420 à 1 068 m. Ses caractéris¬
tiques paraissent justifier son classement dans le genre Hippoporina Neviani, 1895, tel qu’il
est défini par Cook (1964 : 4), bien que cet auteur signale que fovicelle n’est pas close par
l’opercule alors que d’Hondt (1973) décrit pour Dakaria polygonia le fait contraire. En fait,
les deux positions de l’opercule, fermant uniquement l’orifice autozoïdal ou fermant l’ori¬
fice commun de l’ovicelle et de l’autozoïde parental, ont été observées sur un spécimen du
golfe de Gascogne de Hippoporina pertusa (Esper).
« Cheilonella » sp.
(Fig. 23, 24 ; pl. II, 5, 8)
Cinq petites colonies comprenant 3 à 16 zoïdes encroûtent des graviers et des fragments
de coquilles. Elles sont unisériées par bourgeonnement latérodistal d’un ou deux zoïdes
symétriques. Les zoïdes ont un contour ovalaire avec souvent une extrémité proximale
plus étroite. Ils sont relativement courts et leur frontale est entouré d’un péristome bas et
légèrement évasé. L’orifice primaire est bien visible l'rontalement. L’anter est semi-circulaire
et le poster est échancré par un sinus arrondi et large. Un sclérite forme un arc arrondi
entre les deux coins du sinus. L’ovicelle est libre, assez haute et étroite par rapport à la
largeur de l’autozoïde. Elle n’est pas close par l’opercule et sa frontale est lisse et non perforée.
L’ancestrule est identique aux zoïdes suivants mais sa taille est légèrement inférieure.
L’augmentation de la taille zoïdale se fait progressivement sur deux à trois zoïdes.
Mensurations
Longueur autozoïde
largeur autozoïde
Longueur orifice
largeur orifice
L/l ovicelle
L/l ancestrule
x = 799,2 [xm (N = 26, Cv = 13,0)
x = 535,4 |xm (N = 26, Cv = 14,7)
x = 131,9 jim (N = 19, Cv = 8,3)
x = 158,4 (xm IN = 19, Cv = 7,9)
315/295
630/480, 630/435, 675/480, 675/480
Le mode de croissance de cette espèce, ainsi que la forme des zoïdes évoquent Lageni-
pora edwardsi Jullien, 1882. Cependant plusieurs spécimens de ce « Lagenipora » ont pu être
étudiés (« Thalassa » Y. 433, S golfe de Gascogne, 600-620 m) et, malgré une ressemblance
superficielle, il ne peut s’agir de la même espèce ni du même genre. Par contre cette compa-
1070
JEAN-GEORGES HARMELIN
raison a montré qu'il y avait identité générique entre L. edwardsi et Phoceana columnaris
Jullien, 1903. Ces deux espèces présentent la même ovicelle, le même orifice primaire, le
même péristome et la même frontale. Pourtant L. edwardsi est unisérié encroûtant tandis
que P. columnaris est érigé.
On peut également citer une certaine ressemblance avec Cheilonella gigas Koschinsky,
1885 (cf. Canu & Bassler, 1929 : 408), fossile de l’Eocène, qui présente la même structure
zoariale et la même forme zoéciale. Mais son péristome est pourvu d’un denticule proximal
et l’orifice primaire et l’ovicelle ne sont pas connus.
La forme de l’orifice et la structure de la paroi frontale pourraient également évoquer
l’espèce encroûtante Cribella nova Jullien, 1903, dont le genre, également décrit par Jullien,
est préoccupé et serait, selon Harmer (1957 : 1021), synonyme de Dakaria Jullien, 1903,
bien que ce dernier genre ne possède pas d’ovicelles. L’examen du spécimen-type de Cribella
nova n’a pas confirmé l’impression de ressemblance fournie par la figure de Jullien, de
plus cette espèce possède un aviculaire oral ovalaire situé entre l’orifice primaire et l’orifice
secondaire, caractère qui n’avait pas été signalé par Jullien.
Cette espèce est laissée provisoirement dans le genre Cheilonella Koschinsky. La struc¬
ture de l’ovicelle, non close par l’opercule et non perforée, est révélatrice des affinités géné¬
riques de cette espèce, alors que le mode de croissance unisériée n’est qu’un caractère spéci¬
fique et peut-être même qu’une écomorphose.
Ascosia pandora Jullien, 1882
(Fig. 19-21 ; pl. II, 2, 3)
Ascosia pandora. Jullien, 1882 : 505, pl. 13, fig. 13-14.
Le matériel étudié comprenait trois colonies libres de cette espèce qui n’avait jamais
été revue depuis sa création. La description de Jullien est très précise et ne requiert pas
de commentaires. La plus jeune colonie, qui ne comprenait que cinq zoïdes semblables,
avait sa base prolongée par une chevelure de filaments chitineux qui ont vraisemblable¬
ment un rôle d’ancrage de la colonie dans le sédiment. Les deux autres colonies, plus grandes,
n’avaient pas de tels dispositifs d’ancrage, mais leur développement leur autorisait une
assise plus stable.
Cette espèce avait été récoltée par Jullien à 2 018 m au nord-ouest de l’Espagne. Le
genre Ascosia Jullien, 1882, est unispécifique et il est rangé par Canu et Bassler dans les
Mamilloporidae.
Mensurations
Longueur de l’orifice des zoïdes non ovicellés : x = 200,0 pm, Cv = 7,2 (20 mesures sur 2 colonies)
Largeur de l’orifice non ovicellé : x = 126,5 pm, Cv = 6,3 (N = 20/2 col.)
Longueur de l’orifice ovicellé : x = 177 pm (N = 3)
Largeur de l’orifice ovicellé : x = 173 pm (N = 3)
BRYOZOAIRES DU BANC DE LA CONCEPTION
1071
Gemellipora eburnea Smitt, 1873
Geniellipora eburnea Smitt, 1873 : 35, 75, pi. 7, fig. 152-156, pi. 9, fig. 177a, 178 ; H armer, 1957 :
994, pl. 69, fig. 28, 29 ; d’Hondt, 1975 : 559, 560.
Le matériel de C1NECA comprenait un fragment de cette espèce connue de divers
points de l’Atlantique et du Pacifique à des profondeurs allant de 50 à 3 300 m.
? Palmicellaria sp.
Un petit spécimen érigé en mauvais état.
Celleporina lucida (Hincks, 1880)
Celleporina lucida (Jlincks) ; Cook, 1968 : 220 (Synonymie).
Huit petites colonies.
Remerciements
Je remercie vivement Joël Le Lampion qui a eu l’heureuse idée de mettre de côté ce prélève
ment accidentel et qui a attiré mon attention sur la présence de Bryozoaires.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Cane, F., et R. S. Bassler, 1929. — Bryozoa of the Philippine région. Smithson, Instn, U.S. nul.
Mus., Bull., 100 (9) : 1-685, pl. 1-94.
Calvet, L., 1906a. - Note préliminaire sur les Bryozoaires recueillis par les expéditions du Tra¬
vailleur (1881-1882) et du Talisman (1883). Bull. Mus. nain. Hist. nat., Paris, 3 : 154-166.
— 19066. — Bryozoaires. Exp. scient, du « Travailleur » et du « Talisman » pendant les années
1880-81-82-83. Id., 8 : 355-495, pl. 26-30.
Cook, P. L. ,1964. — Polyzoa from West Africa. Notes on the généra Hippoporina Neviani, Hippo-
porella Canu, Cleidochasma Harmer, et IIippoporidra Canu and Bassler (Cheilostomata,
Ascophora). Bull. Br. Mus. nat. Hist., Zoology, 12 (1) : 1-35, 3 pl.
1965. — Notes on the Cupuladriidae (Polyzoa, Abasca). Bull. Br. Mus. nat. Hist., Zoologv,
13 (5) : 153-187, pl. 1-3.
— 1968. - Bryozoa (Polyzoa) from the coasts of Tropical West Alrica. Atlantide Hep., n° 10,
Danish Science Press, Ltd., Copenhagen 1968 : 115-262, pl. 8-11.
d’Hondt, J.-L., 1973. — Bryozoaires de la campagne de la « Thalassa » (3-12 août 1967). Bull.
Mus. nain. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 120, Zool., 92 : 365-386.
— 1974. — Bryozoaires récoltés par la Thalassa dans le golfe de Gascogne (campagnes de 1968
à 1972). Cali. Biol, mar., 15 : 27-50.
<X> 00 ■<] as C» 4> CO hS
1072
JEAN-GEORGES HARMELIN
— 1975. — Bryozoaires Cténostomes et Cheilostomes (Cribrimorphes et Escharellidae exceptés)
provenant des dragages de la campagne océanographique Biaçores du « Jean-Charcot ».
Bull. Mus. nain. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 299, Zool. 209 : 553-600, 28 fig.
Gautier, Y. V., 1962. — Recherches écologiques sur les Bryozoaires Chilostomes en Méditerranée
occidentale. Thèse Marseille. Red. Trav. Stn. mar. Endoume, 38 (Bull. 24) : 1-434, 91 fig.
Harmelin, J.-G., 1969. — Bryozoaires des grottes sous-marines obscures de la région marseillaise.
Faunistique et écologie. Téthys, 1 (3) : 793-806.
— 1974. — A propos d’une forme stomatoporienne typique, Stomatopora gingrinci Jullien,
1882 (Bryozoaires Cyclostomes), et de son gonozoïde. J. nat. Ilist., 8 : 1-9.
— 1976. — Le sous-ordre des Tubuliporina (Bryozoaires Cyclostomes) en Méditerranée. Éco¬
logie et systématique. Mèm. Inst, océanogr., 10 : 326 p., 50 fig., 38 pl.
Harmf.r, S. F., 1926. — The Polyzoa of the Siboga Expédition. Part. I I. — Cheilostomata Anasca.
Siboga Exped., 28b : 181-501, pl. 13-34.
11157. — The Polyzoa of the Siboga Expédition. Part IV. — Cheilostomata Aseophora.
Siboga Exped., 28d : 641-1147, pl. 42-74.
Hi.vcks, T., 1880. — A history of the british marine Polyzoa. London, 1: 1-CXLI, 1-601 ; 2, pl. 1-83.
Jui.lien, J., 1882. — Dragages du « Travailleur » — Bryozoaires espèces draguées dans l’Océan
Atlantique en 1881. Bull. Soc. zool. Fr., 7 : 497-529, pl. 13-17.
Juli.ikn, J., et L. Calvet, 1903. — Bryozoaires provenant des campagnes de 1’ « Hirondelle »
(1886-1888). Résuit. Camp, scient. Albert I (Prince de Monaco), 23 : 1-188, pl. 1-18.
Lagaaij, R., 1963. — New additions to the Bryozoan Fauna of the Gulf of Mexico. Pubis Inst,
mar. Sci. Texas, 9 : 162-236, 8 pl., 4 t.-fig.
Matuho, F. J. S., et T. J. M. Schopf, 1968. — Ectoproct and Entoproct type material : reexamina-
tion of species from New England and Bermuda named by R. E. Yerrill, J. W. lfawson and
E. Desor. Postilla, 120 : 1-95, 16 fig.
Prenant, M., et G. Bobin, 1966. — Bryozoaires. IL Chilostomes Anasca. Faune Fr., 68 : 647 p.,
210 fig.
Schopf, T. J. M., 1976. — Environmental versus genetic causes of morphologie variabi'itv in
bryozoan colonies from the deep sea. Paleobiology, 2 (2) : 156-165.
Sii.f.n, L., 1942. — On spiral growth of the Zoaria of certain Bryozoa. Ark. Zool., 34A (2) : 1-22,
pl. 1-5.
— 1947. — Conescharellidae (Bryozoa Gymnolaenata) collected hy Prof. Dr. Sixten Bock’s
Expédition to Japan and the Bonin Islands, 1914. Ark. Zool., 39A (9) : 61 p., 5 pl.
Smitt, F. A., 1873. — Floridan Bryozoa, collected by Count L. F. de Pourtalès. Part IL K. svenska
VetenskAkad. Handl., 11 (4) : 1-84, pl. 1-13.
Watisrs, A. W., 1926, -— Ancestrulae of the Cheilostomatous Bryozoa, part 5, Cupularia etc. Ann.
Mag. nat. Ilist., 18 (9) : 424-433.
Manuscrit déposé le 15 mars 1977.
Planche I
1. — Anguisia verrucosa. Branche érigée fertile.
. — Idmidronea sp. Extrémité de la branche montrant le gonozoïde en bout de péristome.
— Anguisia verrucosa. Colonie encroûtante stomatoporiforme. A = ancestrale.
— Heliodoma implicata. Colonie fixée sur un grain de sable.
— Setosellina cf. capriensis. Petite colonie fixée sur un gravier.
— Setosella vulnerala. Les deux zoïdes du haut sont ovicellés.
— Setosella cavernicola n. sp. Zoïdes ovicellés. Méditerranée, grotte des Trémies, 6 ni.
— Setosella folini. Colonie libre.
. — Bugulella sp.
10. — Didymozoum eburnea. Bifurcation sur une branche bisériée.
. f
T «v*
Æ “ — ir
£ & A *
J? ~ V''
\ t
3
PLANCHE I
vt 10 C£> GO
1074
JEAN-GEORGES HARMELIN
Planche II
1. — Cleidochasma strangulatum. Vue générale du plus grand spécimen.
-3. — Ascosia pandora. Vues supérieure et inférieure d’une colonie.
— Cleidochasma strangulatum. Jeune spécimen. Noter, en haut, la zone de bourgeonnement distale.
— ? Cheilonella sp. Colonie ovicellée.
— Euginoma vermiformis. Noter le tube membraneux (flèche) à la base de la colonie.
— Cleidochasma strangulatum. Extrémité du grand spécimen.
. — ? Cheilonella sp. Zoïde ovicellé.
PLANCHE II
Bull. Mus. natn. llist. nat., Paris, 3 e sér., n° 492, nov-déc. 1977,
Zoologie 341 : 1057-1076.
Achevé d’imprimer le 28 avril 1978.
IMPRIMERIE NATIONALE
7 564 004 5
Recommandations aux auteurs
Les articles à publier doivent être adressés directement au Secrétariat du Bulletin du
Muséum national d'Histoire naturelle, 57, rue Cuvier, 75005 Paris. Ils seront accompa¬
gnés d’un résumé en une ou plusieurs langues. L’adresse du Laboratoire dans lequel le
travail a été effectué figurera sur la première page, en note infrapaginale.
Le texte doit être dactylographié à double interligne, avec une marge suffisante, recto
seulement. Pas de mots en majuscules, pas de soulignages (à l’exception des noms de genres
et d’espèces soulignés d’un trait).
Il convient de numéroter les tableaux et de leur donner un titre ; les tableaux compli¬
qués devront être préparés de façon à pouvoir être clichés comme une figure.
Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
Batjciiot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
Les dessins et cartes doivent être faits sur bristol blanc ou calque, à l’encre de chine.
Envoyer les originaux. Les photographies seront le plus nettes possible, sur papier brillant,
et normalement contrastées. L’emplacement des figures sera indiqué dans la marge et les
légendes seront regroupées à la fin du texte, sur un feuillet séparé.
Un auteur ne pourra publier plus de 100 pages imprimées par an dans le Bulletin,
en une ou plusieurs fois.
Une seule épreuve sera envoyée à l’auteur qui devra la retourner dans les quatre jours
au Secrétariat, avec son manuscrit. Les « corrections d’auteurs » (modifications ou addi¬
tions de texte) trop nombreuses, et non justifiées par une information de dernière heure,
pourront être facturées aux auteurs.
Ceux-ci recevront gratuitement 50 exemplaires imprimés de leur travail. Ils pourront
obtenir à leur frais des fascicules supplémentaires en s’adressant à la Bibliothèque cen¬
trale du Muséum : 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris.