BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
N° 53
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
MA! - JUIN 1972
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : P r M. Vachon.
Comité directeur : P rs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr. M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr. N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre —- Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His¬
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum
36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
Crédit Lyonnais, agence Y-425) ;
-— pour tout ce qui concerne la rédaction, au Secrétariat du Bulletin, 57, rue
Cuvier, 75005 Paris.
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Zoologie : France, 200 F ; Étranger, 220 F.
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Sciences de l’Homme : France, 45 F ; Étranger, 50 F.
Botanique : France, 40 F ; Étranger, 44 F.
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BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 53, mai-juin 1972, Zoologie 39
État commenté des captures de Latimeria chalumnae Smith
(Poisson, Crossoptérygien, Cœlacanthidé)
effectuées jusqu’au mois d’octobre 1971
par J. Millot, J. Anthony et D. Robineau *
Résumé. — Sur les soixante-huit spécimens de Latimeria actuellement connus, le premier
a été capturé, vraisemblablement égaré, en 1938 à East London, en Afrique du Sud, et tous les
autres, à partir de 1952, dans deux îles de l’Archipel des Comores, la Grande Comore et Anjouan, à
raison de trois ou quatre exemplaires par an. Leur taille varie de 0,85 m à 1,80 m, leur poids de 10
à 95 kg. Les très jeunes spécimens ont toujours échappé aux pêcheurs. Les chiffres maximaux
sont atteints chez les femelles. La pêche, dont les conditions sont décrites, apparaît particulière¬
ment favorable pendant les trois premiers mois de l’année.
Abstract. — Among the sixty eight specimens of Latimeria presently known, the first, pre-
sumably astray, was captured in 1938 near East London (South Africa) and ail the others in the
costal waters of two islands of the Comore Archipelago, Grande Comore and Anjouan, at the rate
of three or four eacli year. The size is between 0,85 m and 1,80 m ; the weight between 10 and
95 kg. No very young specimen has been yet caught. Females are bigger than males. The
three first months of the year are the most favourable for the fishing of Latimeria, whose condi¬
tions are described.
Depuis le 22 décembre 1938, date de la sensationnelle découverte d’un genre vivant
de Cœlacanthe, une soixantaine de prises, se rapportant toutes à la même espèce, ont été
enregistrées. Il nous a paru opportun d’en dresser un état complet et d’en tirer quelques
enseignements, à la fois sur les caractéristiques des spécimens et sur les conditions dans
lesquelles ils ont été capturés. Les inform,ations que nous avons rassemblées ont d’abord
été recueillies par l’Institut de Recherche scientifique de Madagascar, puis par le Labora¬
toire d’Anatomie comparée du Muséum, auprès des autorités françaises des Comores. Le
Haut Commissariat de la République aux Comores et la Direction de l’Agriculture, de
l’Elevage et des Eaux et Forêts de l’Archipel nous ont ainsi considérablement aidés à
mettre sur pied et à tenir à jour la statistique que nous présentons. Qu’ils soient ici vive¬
ment remerciés de nous avoir aimablement accordé leur indispensable collaboration.
Le premier exemplaire, Cl, identifié par le Professeur J. L. R. Smith, de Grahamstown,
et dénommé par lui Latimeria chalumnae, avait été pris au chalut dans les eaux sud-afri¬
caines, à faible profondeur, au voisinage d’East London, en regard de l’embouchure de la
rivière Chalumna 1 . Tous les autres ont été pêchés par les piroguiers des Comores, et tou-
* Laboratoire d’Anatomie comparée du Muséum national d’Histoire naturelle, 55, rue de Buffon,
75005 Paris.
1. Il avait été confié par le capitaine Goosen à Miss Couhtenay Latimer, Conservateur du Musée
d’East London, qui mit le Professeur Smith au courant de la capture.
53, 1
534
J. MILLOT, J. ANTHONY ET D. ROBINEAU
jours de la même façon. Les pêcheurs utilisent une ligne de coton tressé, de 2 à 3 mm de
diamètre, noircie et tannée à l’aide d’extraits végétaux 1 qui lui donnent en plus une cer¬
taine rigidité. Une cordelette plus fine, reliée à la ligne par une boucle, sert d’avançon.
Elle porte un hameçon de grande taille, primitivement fabriqué par le forgeron du village,
mais remplacé depuis des années par les modèles courants du commerce, à palette ou à
anneau. La ligne est lestée par une pierre fixée sommairement à l’avançon. Lorsque la pierre
touche le fond, ou plus exactement la pente volcanique, le pêcheur la libère d’un mouve¬
ment brusque. Il laisse alors dériver sa pirogue, en même temps que sa ligne.
46 39
Fig. 1. — Anjouan, lieux de capture des Cœlacanthes.
Chaque spécimen est indiqué par son numéro d’ordre.
Le second Cœlacanthe, C2, a été pris à Anjouan, le 20 décembre 1952. C2 serait sans
doute demeuré inconnu du monde scientifique sans rheureuse intervention du Directeur
de l’Ecole primaire élémentaire de Domoni, M. Affane Mohamed, devenu depuis lors
Ministre des Affaires culturelles. M. Affane Mohamed, pressentant qu’il devait s’agir du
fameux Poisson dont le Pr. Smith avait fait afficher la photographie un peu partout dans
1. Cf . J. Millot, 1954.
CAPTURES DE LATIMERIA CHALUMNAE SMITH
535
les ports et les bâtiments administratifs de l’océan Indien, avait incité le pêcheur à le
transporter à Mutsamudu, capitale de l’île ; il s’y rendait lui-même pour gagner Dzaoudzi,
à Mayotte, et y participer à une manifestation sportive. Le capitaine Eric Hunt attendait
M. Affane Mohamed afin de l’embarquer sur son bateau. Il avait eu l’occasion de rencon¬
trer le Pr. Smith et sa femme à Zanzibar peu de temps auparavant. Parfaitement au cou¬
rant des caractères extérieurs de Latimeria, il sut le reconnaître et préAÛnt aussitôt le Pro¬
fesseur ; celui-ci vint immédiatement le prendre, le Dr Malan, Premier Ministre d’Afrique
du Sud, ayant mis un avion militaire à sa disposition.
A la suite de cet événement, qui fit grand bruit dans les milieux scientifiques, et dont
les péripéties furent diversement rapportées par les témoins, la pêche au Cœlacanthe fut
organisée méthodiquement sous l’impulsion du Pr J. Millot, fondateur de l’Institut de
Recherche scientifique de Madagascar (IRSM), et de ses collaborateurs, notamment R. Pau-
lian et P. Fourmanoir. Les piroguiers comoriens furent équipés en matériel moderne, et
encouragés à rechercher de nouveaux spécimens. Dès l’année suivante, le « troisième Cœ¬
lacanthe » arrivait par avion à Paris ; après avoir été exposé quelques semaines à la curio¬
sité du public et des journalistes dans une Galerie du Muséum national d’Histoire natu¬
relle, il gagnait le Laboratoire d’Anatomie comparée de cet établissement, où était immé¬
diatement entrepris un « Traité d’Anatomie de Latimeria chalumnae », par le Pr J. Millot
et l’un de ses assistants d’alors, le Dr J. Anthony — auxquels devaient s’adjoindre par
la suite MM. D. Robineau et M. Lemire — sans attendre les captures suivantes. En réalité
celles-ci s’échelonnèrent assez régulièrement et vinrent enrichir les collections du Labora¬
toire au rythme de deux ou trois par an. De nombreuses demandes de prélèvements éma¬
nant d’Autriche, de Suède, de Relgique, d’URSS, d’Italie, de Suisse, de Grande-Bretagne,
de Hollande, des Etats-Unis, de Pologne parvinrent au Laboratoire et furent honorées dès
l’instant où le matériel parut assez abondant pour assurer la préparation du Traité, c’est-
à-dire à partir de janvier 1957. Très peu d’études, d’ailleurs, ont été publiées sur ces pré¬
lèvements (Vialli, 1957, 1963 ; Haslewood, 1957 ; Bernhauser, 1961 ; Mathews, 1962 ;
Nieuwenhuys, 1965). Après 1961, le Muséum de Paris ayant cessé d’acquérir les spécimens,
les Latimeria se sont dispersés à travers le monde. Actuellement (octobre 1971), le bilan glo¬
bal de la pêche s’élève à 68 Latimeria. Ils sont présentés dans les tableaux suivants, avec leur
numéro d’ordre, la date et les circonstances de leur capture, quelques-unes de leurs carac¬
téristiques (longueur totale, poids, sexe) et finalement leur destination. Bien souvent, les
renseignements sont incomplets. L’identification du sexe nécessite, pour être indiscutable,
la découverte des glandes génitales par une large ouverture abdominale, intervention que
l’Administration des Comores et aussi les Musées, désireux d’exposer un Latimeria intact,
ont parfois hésité à pratiquer. Deux indications, d’ailleurs, ne peuvent rester qu’incertaines
de toute façon, et visent simplement à donner un ordre de grandeur. Il est évident que
la distance de la pirogue à la côte est évaluée approximativement. De même, la colonne
« profondeur » n’indique pas à quelle distance de la surface un spécimen a mordu, ni la pro¬
fondeur de la mer, mais la longueur de la ligne, et encore celle-ci a-t-elle été appréciée par
le pêcheur au nombre de brasses, traduit en mètres ensuite, et non pas véritablement
mesurée L II s’en dégage malgré tout un ensemble d’indications utiles comme nous allons
le voir.
1. Il faut reconnaître, toutefois, que certains pêcheurs savent évaluer avec une précision suffisante
la longueur de ligne qu’ils ont utilisée (cf. J. Millot, 1954 : 5).
53 , 2
CAPTURES DE LATIMERIA CHALUMNAE SMITH
537
I. — Commentaires sur la date des captures
Les diverses périodes de l’année se révèlent inégalement favorables à la pêche au
Cœlacanthe (fîg. 3). Les meilleurs résultats sont obtenus au cours des deux ou des trois pre¬
miers mois de l’année, bien qu’ils correspondent aux conditions climatiques les plus pénibles
(saison des pluies, de la chaleur étouffante, des cyclones). Cette période est également celle
où se pratique la pêche au Ruvet (Ruvettus pretiosus), avec les mêmes appâts que pour la
pêche au Cœlacanthe, et sensiblement à la même profondeur.
Comme le Ruvet, Latimeria ne mord que la nuit, et rarement aux premières heures
de la nuit pourrait-on croire d'après les éléments de notre statistique, si l’on oubliait que les
piroguiers les consacrent à se procurer les appâts nécessaires.
Fig. 3. — Période la plus favorable pour la pêche. Statistique portant sur 63 individus sur les 67 pêchés
aux Comores. En abscisses : mois de l’année ; en ordonnées : nombre de prises. Près de 45 % des spé¬
cimens ont été pêchés en janvier, février, mars.
IL —- Commentaires sur le lieu des captures
Les Cœlacanthes proviennent seulement — pour l'instant tout au moins — des eaux
côtières de deux îles de l’Archipel, Anjouan et la Grande Comore (fîg. 1 et 2). Ces dernières
sont pourvues de pentes littorales abruptes, parfois de l’ordre de 50 %, permettant la pêche
en profondeur à proximité des côtes. Les deux autres îles, Mayotte et Mohéli, entourées
de très faibles fonds, ne se prêtent guère à ce genre de pêche ; les pirogues ne peuvent
s’aventurer sans danger dans les zones lointaines des grands fonds.
La Grande Comore s’inscrit confortablement en tête du palmarès des captures, avec
43 spécimens sur 67 Cœlacanthes comoriens. Cela tient sans doute à deux caractères corré¬
latifs : la longueur bien plus importante de ses côtes, et le nombre bien plus élevé des piro¬
guiers. Sur les 43 spécimens, quarante-deux proviennent de la côte ouest, où se
succèdent toute une série de villages de pêcheurs. Et s’il fallait préciser davantage une zone
538
J. MILLOT, J. ANTHONY ET D. ROBINEAU
préférentielle, on pourrait la faire aller d’Itsandra ou de Vanamboini, au nord, à l’extré¬
mité méridionale de l’île. A elle seule, elle représente 35 prises en 19 ans. Cependant, à la
pointe sud et sur la côte est, on a relevé jusqu’à présent deux points de réussite.
A Anjouan également, la plupart des spécimens d’origine connue, soit 11 sur 14, ont
été fournis par la côte ouest, de loin la plus peuplée aussi, et surtout des environs de
Mutsamudu ; toutefois, deux spécimens venaient de la côte est, un autre de la côte sud,
le dernier de la pointe nord.
En consultant les cartes on constate qu’en dehors des zones préférentielles, on a capturé
des Cœlacanthes en regard de nombreux endroits habités. Cela ne conduit-il pas à penser
que le biotope de Latimeria s’étendrait à tout le pourtour des deux îles, hypothèse assez
réconfortante quand on s’interroge sur la préservation d’un animal si précieux ?
Fig. 4. — Profondeur (en abscisses) à laquelle sont pêchés les Cœlacanthes.
En ordonnées : nombre de prises.
III. — Distance de la côte et profondeur
Comme nous l’avons dit ci-dessus, les pentes littorales de la Grande Comore et d’An-
jouan sont très fortes. Aussi n’est-on pas étonné que les piroguiers évaluent le plus sou¬
vent à 1 000 m maximum leur distance à la côte. Il paraît exceptionnel qu’ils s’éloignent
à 3 000 m comme pense l'avoir fait, en face de Moroni, Youssouf Abdou, le pêcheur de
C 64. A l’inverse, on peut prendre un Cœlacanthe à quelques centaines de mètres du rivage.
Presque tous les spécimens ont été pris, à proximité du fond semble-t-il, entre 100 et
400 m de la surface (fig. 4). On n’a cependant aucune preuve que l’habitat normal de l es-
CAPTURES DE LATIMERIA CHALUMNAE SMITH
539
pèce se restreigne à ces limites. En effet, c’est souvent en recherchant le Ruvet, qui vit à
ces profondeurs, que les Comoriens ont eu l’heureuse surprise de ramener un Cœlacanthe.
D’autre part, la pêche se pratiquant uniquement la nuit, on ignore s’il existe une varia¬
tion nycthémérale de la profondeur de l’habitat. Il n’apparaît pas, à travers nos chiffres,
de variation saisonnière à ce propos. Nous ne sommes pas en mesure, non plus, d’étaver
l’hypothèse, autrefois avancée, que les femelles vivraient volontiers à une profondeur plus
grande que les mâles ; nous avons trop peu de données pour prendre position, un nombre
appréciable de spécimens destinés à des Musées ayant été conservés intacts, sans vérifi¬
cation du sexe.
IV. — Appât
En règle générale, l’appât est le Roudi, Promethicthys prometheus, Poisson téléostéen
d’une trentaine de centimètres de long, pêché aux mêmes profondeurs que Latimeria. Les
pêcheurs le recherchent au début de la nuit, en garnissant l’hameçon d’un morceau de n’im¬
porte quel poisson, et s’en servent immédiatement pour tenter de capturer Latimeria.
Récemment, d’autres appâts ont été utilisés avec succès, en particulier : Octopus
(C 33) ; Cypsilurus bahiensis (C 44) ; Rastrelliger neglectus, ou Hanalé (C 57 et C 65) ; Txjlo-
surus choram ou M’Tsoumboui (C 58) ; Djadgé (C 61) ; Lutjanus sp. (Idazi).
V. — Dimorphisme sexuel et reproduction
Parmi les exemplaires dont le sexe est connu, on compte un peu plus de mâles (25)
que de femelles (20). Celles-ci sont notablement plus grandes que les mâles. Leur longueur
totale est généralement comprise entre 130 et 170 cm alors que celle des mâles se situe en
général entre 120 et 140 cm (fig. 5a et 5b).
Fig. 5. — Longueur totale des spécimens mâles (fig. 5 a) et femelles (fig. 5 b).
540
J. MILLOT, J. ANTHONY ET D. ROBINEAU
La maturité sexuelle est atteinte vers 150 cm chez les femelles, 120 cm chez les mâles :
la période de reproduction pourrait se situer en février-mars, les rares femelles ovigères
pêchées l’ayant été durant cette période.
VI. — Conclusion
Le bilan de 19 années, soit 67 spécimens comoriens (fîg. 6), fait ressortir une moyenne
de 3 à 4 par an (3,5) dont 2 à 3 pour la Grande Comore, et 1 pour Anjouan. Ainsi se véri¬
fient, à peu de choses près, les prévisions émises en 1954, à la suite d’une double enquête
menée sur les lieux par P. Fourmanoir et par J. Millot : « Les prises dans les eaux como¬
riennes ne doivent pas raisonnablement être estimées à plus d’un Cœlacanthe par an à
Anjouan, d’un ou deux à la Grande Comore » (J. Millot, le Troisième Cœlacanthe : 8).
Selon toute probabilité, le rythme des captures ne variera guère tant que la pêche au Cœ¬
lacanthe conservera son caractère artisanal, condition qui se maintiendra sans doute dans
l’avenir, en raison de l’impossibilité d’effectuer des opérations de chalutage le long des
pentes volcaniques des deux îles. Si l’on tient compte du nombre des points certainement
fréquentés par Latimeria, soit 23 au minimum (on ignore malheureusement la provenance
exacte de 13 spécimens) ; si l’on note, en outre, que les sujets jeunes échappent constamment
aux pêcheurs puisque la plus petite taille enregistrée jusqu’à présent atteignait 85 cm,
on se croit donc autorisé à un optimisme relatif sur la survie de l’espèce.
Fig. 6. — Nombre de prises par année (Grande Comore -f- Anjouan).
Bilan des captures de Latimeria chalumnae Smith
Date
de la
capture
Renseignements
sur la capture
Caractéristiques
N°
d’ordre
Nom du pêcheur
Lieu
Distance
de la côte
Profondeur
Appât
Poids
en kg
Longueur
totale
en cm
Sexe
Destination
i
22-XII-38
Capitaine Goosen
East London
(Afrique du Sud)
imprécise
entre 3 600
et 10 000 m
imprécise
entre 72
et 100 m
(Smith : 1939)
capturé
au chalut
57,5
140
?
East London Muséum
(Afrique du Sud)
(Miss CoURTENAY-
Latimer)
2
20-XII-52
Ahmed Hussein
Bourou et Soha
Anjouan :
Domoni
800 m
160 m
37 P
± 135
<?
Rhodes University, Ins-
titute of Ichthyo-
logy, Grahamstown
(Afrique du Sud) (Pr
J. L. B. Smith)
3
24-IX-53
(23 h)
Houmadi
Hassani
Anjouan :
Mutsamudu
800 m
200 m
Prome-
Ihichthys
prometheus
(Roudi)
39,5
129
S
Institut de Recherche
scientifique de Ma¬
dagascar puis Mu¬
séum national d’His¬
toire naturelle (La¬
boratoire d’Anato¬
mie comparée),
Paris (France)
4
29-1-54
(1 h)
Madi M’ze
1 Grande Comore :
Iconi
600 m P
390 m
P. prometheus
19,5
109
?
ORSTOM, Tananarive
(Madagascar)
5
29-1-54
(minuit)
Grande Comore :
Mandzissani
280 m
34
127
<?
Muséum national
d’Histoire naturelle
(Laboratoire d’Ana-
tomie comparée),
Paris (France)
6
11-11-54
Grande Comore :
Itsandra
150 m
33
126
c?
idem
7
5-IX-54
(minuit)
Anjouan
700 m
160 m
30
120
<?
idem
Date
de la
capture
Renseignements
sur la capture
Caractéristiques
No
d’ordre
Nom du pêcheur '
Lieu
Distance
de la côte
Profondeur
Appât
Poids
en kg
Longueur
totale
en cm
Sexe
Destination
8
12-XI-54
(20 h)
Zema MonAMED et
Madi Bacari
Anjouan
1 000 m
255 m
41
142
$
idem
9
12-III-55
(20 h)
Anjouan
1 500 m
300 m
78,5
166
?
idem
10
18-III-55
(2 h)
Grande Comore :
M’Bambani
500 m
250 m
26
131
$
idem
il
15-IV-55
(4 h)
Mahada
Grande Comore :
Iconi
600 m
300 m
P. prometheus
22,5
122
<?
idem
12
3 ou 4-
V-56
(minuit)
Grande Comore :
Itsoundzou
300 m
200 m
60
154
$
idem
13
9-V-56
ou
27-Y-56
(3 h)
Grande Comore :
Vanamboini
150 m
± 150 m
39
134
s
idem
14
27-XII-57
(1 h)
Grande Comore
200 m
200 m
25
110
?
Britisb Muséum of Na-
tural llistory,
London (G. B.)
14 bis
P-II-58
Grande Comore :
Bangoi
Air Comores, Moroni
(Comores) (M. Le
Bret)
15
3-IX-58
Grande Comore :
Salimani
:
35
135
?
Muséum national
d’Histoire naturelle
(Laboratoire d’Ana-
tomie comparée),
Paris (France)
16
19-XI-58
Grande Comore :
Iconi
■
!
:
36
135
?
!
?
Renseignements sur la capture
N°
'ordre
Date
de la Nom du pêcheur
capture
Lieu
Distance
de la côte
Profondeur
17
30-X-59
Grande Comore :
M’Bambani
180 m
18
1-1-60
Grande Comore :
Itsandra
600 m
19
21-11-60
Grande Comore :
Itsandra
600 m
20
19-VI-60
(22 h)
Grande Comore :
Itsoundzou
1 000 m
300 m
21
23-VI-60
Grande Comore :
entre
Iconi et Moroni
700 m
250 m
22
20-VII-60
Grande Comore :
entre
Iconi et Moroni
1 000 m
250 m
23
8-IV-61
Grande Comore :
Mindralou
250 m
24
4-VIII-61
Grande Comore
25
10-X-61
Anjouan
26
8-1-62
Anjouan :
Mutsamudu
Caractéristiques
Poids
en kg
Longueur
totale
en cm
Sexe
Destination
35
132
3
Muséum national
d’Histoire naturelle
(Laboratoire d’Ana-
tomie comparée),
Paris (France)
95
180
?
idem
40
145
$
idem
31
130
<?
idem
33 à
35
130 ou
125
3
Zoological Muséum,
Copenhague (Dane¬
mark)
64
140 ou
145
$
Muséum national
d’Histoire naturelle
(Laboratoire d’Ana-
tomie comparée),
Paris (France)
33
135
3
idem
38
132
<?
idem
34,5
130
3
idem
?
American Muséum of
Natural History,
New York (USA)
(Pr B. Schaeffer)
Date
de la
capture
!
Renseignements
sur la capture
Caractéristiques
N°
d’ordre
Nom du pêcheur
Lieu
Distance
de la côte
Profondeur Appât
Poids
en kg
Longueur
totale
en cm
Sexe
Destination
27
28-11-62
Zema Mohamed
Anjouan :
Mutsamudu
30
124
?
Muséum national
d’Histoire naturelle
(Laboratoire d’Ana-
tomie comparée),
Paris (France)
28
15-III-62
Moindjie Soilihi 1
Grande Comore :
entre Domoni
et N’Tsaoueni
200 m P. prometheus
45
142
$
idem
29
?-?-62
?
30
21-ÏX-63
Anjouan
45
± 135
?
British Muséum of Na-
tural History, Lon¬
don (G. B.)
31
?-?-63
114
?
Institut de Paléonto¬
logie, Pavie (Italie)
32
?-?-63
108
?
Muséum d’Histoire na¬
turelle, Besançon
(France)
32 bis
?-?-63
?
Musée de Cambridge
(G. B.)
33
ll-XII-64
Ahmed Hussein
Anjouan :
Mutsamudu
1 000 m
environ
150 m Octopus sp.
35,5
137
(î
University of Califor¬
nia, Los Angeles
(USA) (Pr M. S.
Gordon)
34
1-1-65
(minuit)
Grande Comore :
Itsandra
43
147
?
Musée océanogra¬
phique de l’Odet,
Quimper (France)
(M. Bolloré)
35
20-1-65
Zema Mohamed
î
Anjouan :
Mutsamudu
150
?
Faculté des Sciences,
Tananarive (Mada¬
gascar)
Date
de la
capture
Renseignements
sur la capture
Caractéristiques
N°
(l’ordro
Nom du pêcheur
Lieu
Distance
de la côte
Profondeur
Appât
Poids
en kg
Longueur
totale
en cm
Sexe
Destination
36
21-1-65
(23 li 30)
Houmadi
Mderemane
Anjouan :
Mutsamudu
139
?
Faculté des Sciences,
Paris (France) (Pr
Duvii.lers)
37
21-111-65
(2 h)
Youssouf Ali
Grande Comore :
Bouni (canton
de M’Béni)
300 m
31
131
p
Australian Muséum,
Sydney (Australie)
(Pr Talbot)
38
P-IV-65
Grande Comore :
côte ouest
25
123
p
I). K. Calwell Muséum,
Los Angeles (I SA)
(Pr A pplegatk)
39
12-V1-65
Anjouan :
Ji mi lime
280 m
55
152
?
Swedisli Muséum of
Natural History,
Stockholm (Suède)
40
l-VIII-65
Grande Comore :
Chindini
(Pointe sud)
100 in
75
162
p
Muséum d’Histoire na¬
turelle, Leiden (Hol¬
lande) (Dr Wiebes)
41
18-VIII-65
Grande Comore :
Djomani
25
124
3
Harvard University,
Muséum of Compa¬
rative Z o o 1 o g y,
Cambridge (USA)
42
9-II-66
(23 h)
Hassani M’zima
Grande Comorc :
Hahaïa
300 m
160
?
Staatliches Muséum
für Naturkunde,
Stuttgart (RFA)
43
25-11-66
(22 h)
Anjouan :
Mutsamudu
quelques
centaines
de mètres
350 m
P. prometheus
124
?
Muséum d’Histoire na¬
turelle de Genève
(Suisse) (Dr. V. Ael-
len)
44
14-III-66
Ali M’voura
Grande Comore
Iconi
quelques
centaines
de mètres
150 à
200 m
Cypsilurus
bahiensis
15,87
107
3
Yale l’niversity, New
Haven (CSA) (Pr
K. S. Thomson)
45
18-IX-66
Grande Comore :
Djomani
73,9
165
?
Institut Royal des
Sciences naturelles,
Bruxelles (Belgique)
Date
de la
capture
Renseignements
sur la capture
Caractéristiques
•• • ~ ■ *-
No
d’ordre
Nom du pêcheur
Lieu
Distance
de la côte
Profondeur
Appât
_
Poids
en kg
Longueur
totale
en cm
Sexe
Destination
46
20-XI-66
(minuit)
Anjouan :
Joumbi
400 m
250 m
65
155
?
Yomiuri-land Aqua¬
rium, Tokyo (Japon)
47
12-11-67
Zema Houmadi
Anjouan :
Mutsamudu
450 m
300 m
P.
prometheus
65
145
?
Muséum d’ Histoire na¬
turelle, La Rochelle
(France) (Dr R. Du-
guy)
48
17-11-67
Grande Comore :
Singani
45
118
3
Senckenberg Muséum,
Frankfurt (RFA)
(Dr Klausewitz)
49
1-III-67
S AID MEHEZI
Grande Comore :
Iconi (lieu dit
Halamani)
450 m
300 m
P.
prometheus
73
165
?
University of Birmin¬
gham (U.S. A.) puis
Smithsonian Institu¬
tion, Washington
D.C. (USA) (Dr
Weitzman)
50
13-V1-67
Soili ii i Foumou
Grande Comore :
Salimani
(Hambou)
200 m
150 m
id.
30,8
130
?
Muséum zoologique,
Strasbourg (France)
(Dr Gouin)
51
25-VIII-67
(1 h)
Hamidi
Oissoule et Ali
M’sa Ali
Grande Comore :
Iconi (lieu dit
Chezani)
300 m
250 m
id.
15,1
107
?
Fied Muséum of Na-
tural History, Chi¬
cago (USA)
52
21-1-68
Ciieikn Aiimed
Affondi
Anjouan :
Mutsamudu
160 m
id.
50
150
$
idem
53
26-1X-68
M’Saidie Madi
Abd.
Grande Comore :
M’Bambani
(Hambou)
1 000 m
150 m
id.
33,8
132
3
Muséum d’ Histoire
naturelle, Nantes
(France) (M me Bau¬
douin-Baudin)
54
31-X-68
Ali M’Daiioma
Grande Comore :
Iconi
1 000 m
200 m
id.
13
100
3
Haut Commissariat,
Moroni (Comores)
55
16-11-69
Zema Mohamed
Anjouan :
Mutsamudu
200 m
id.
42
133
$
National Muséum of
Canada, Ottawa (Ca¬
nada)
56
13-111-69
Tadjiri Himidi
Grande Comore :
j Dzahadjou
1 000 m
150 m
id.
31,5
138
3
Musée de la pêche,
Concarneau (France)
No
d’ordre
Date
de la
capture
Renseignements
sur la capture
Caractéristiques
Nom du pêcheur
Lieu
Distance
de la côte
Profondeur
Appât
Poids
en kg
Longueur
totale
en cm
Sexe
Destination
57
24-111-69
Aboudou Hamedi
Grande Comore :
Yanamboini
1 000 m
200 m
Rastrelliger
neglectus
(Hanalé)
32
137
c?
Royal Scottish Mu¬
séum, Edinburgh
(G. B.) (Pr Miles)
58
15-VIII-69
(22 1])
Nahouza
M’Dahoma
Grande Comore :
entre Moroni
et Itsandra
1 000 m
200 m
Tylosurus
chorarn
(M’TsoumbouiJ
25
124
<?
Musée de la Réunion,
La Réunion (France)
(Dr D. Moreau)
59
1-1-70
(22 h)
OuSSOUFA
M’Latamou
Grande Comore :
Itsoundzou
1 000 m
300 m
P. prometheus
26
122
c?
California Academy of
Sciences (Steinhart
Aquarium) San
Francisco (USA)
60
23-VII-70
(22 h)
Abdou
Moiramboini et
Issa Mkoufound
Grande Comore :
Mindralou
(près
de Dembeni)
500 m
180 à
200 ni
id.
28,5
120
<$
Faculté des Sciences
(Laboratoire de Chi¬
mie biologique), Pa¬
ris (France) (Pr
Acher)
61
20-XI-70
M’Saidie Soilihi
Grande Comore :
M’Bainbani
(Hambou)
800 m
70 m
Djadgé ?
73
160
$
Muséum national
d’Histoire naturelle
(Laboratoire d’Ana-
tomie comparée),
Paris (France)
62
27-11-71
(nuit du
26 au 27)
Abdou Charif
Anjouan :
Hassimpao
1000 m
300 m
77
160
?
Public Aquarium,
Vancouver (Canada)
(Dr Murray New¬
man)
63
5-III-71
(3 h)
Mohamed
SoiLIH
Grande Comore :
Itsandra
1 500 m
100 m
Lutjanus sp.
(Hazi)
38
133
?
Hôtel-Dieu, Lyon
(France)
(Pr Robert)
64
3-IV-71
Youssouf Abdou
Grande Comore :
Moroni
3 000 m
250 m
P. prometheus
10
85
P
The Royal Society,
London (G. B.)
65
28-VI-71
Mlaraha Adame
Grande Comore :
Vanamboini
2 000 m
250 m
Rastrelliger
neglectus
(Hanalé)
30
133
?
American Muséum of
Natural History,
New York (USA)
66 1
16-IX-71
Msaidie Mohamadi
1
Grande Comore :
M’Bambani
2 000 m
100 m
P. prometheus
65
164
c? (?)
Institut d’Océanogra-
phie Shirshov, Mos¬
cou (URSS) ( Pr
A. Monin)
1. Le numéro 66 se rapporte en réalité au 68 e spécimen de la série, les spécimens 14 bis et 32 bis ayant été omis pendant plusieurs années.
548
J. MILLOT, J. ANTHONY ET D. ROBINEAU
AUTEURS CITÉS
Affane, M., 1965. — Capture du deuxième Cœlacanthe identifié le 22 décembre 1952 à Domoni
(Anjouan). Texte dactylographié, 5 p.
Bernhauser, A., 1961. — Zur Knochen und Zahnhistologie von Latimeria chalumnae Smith und
einiger Fossilformen. Sitz. Osterr. Akad. IfTss. Math.-naturw-Kl, 1, 170, 3 (4) : 119-137.
Fourmanoir, P., 1954. — Ichthyologie et pêche aux Comores. Mém. Inst. Sci. Madagascar, sér. A,
9 : 187-239.
Haslewood, G. A. D., 1957. — Bile salts of a Coelacanth, Latimeria chalumnae, Smith. Biochem.
J.. 66 ( 2 ) : 22 .
Millot, J., 1954. — Le troisième Cœlacanthe. Le Naturaliste Malgache, premier suppl., 26 p.,
50 pl.
Nieuwenhuys, R., 1965. — The forebrain of the Crossopterygian Latimeria chalumnae Smith.
./. Morph., 117 (1) : 1-24.
Smith, J. L. B., 1939. — A living coelacanthid fish from South Africa. Trans. Roy. Soc. South
Afr., 28 (1) : 1-106.
1955. — Old fourlegs, the story of the Coelacanth, Longman et Green, London. (A la
poursuite du Cœlacanthe, trad. franç. par D. Meunier, Plon, Paris, 1960, 325 p.).
Vialli, M., 1957. — La quantita di acido desossiribonucleico per nucles negli eritrociti di Lati¬
meria. R. C. Inst. Lomhardo Sci. et., 91 : 680-686.
— 1962-1963. — Presenza di cellule enterocromafîini in Latimeria chalumnae. Mon. Zool.
ltal., 70-71 : 313-319.
Manuscrit déposé le 2 décembre 1971.
P.S. — Après la mise en pages du présent travail, le sexe des spécimens suivants a pu être
précisé : C 63 et C 65 sont des mâles ; C 64 est une femelle.
Bull. Mus. Ilist. nat., Paris, 3 e sér., n° 53 mai-juin 1972,
Zoologie 39 : 533-548.
Achevé d'imprimer le 30 décembre 1972.
IMPRIMERIE NATIONALE
2 564 002 5
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compliqués devront être préparés de façon à pouvoir être clichés comme une figure.
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Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Bureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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