BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
N 0 3
I II 11111111 II ! 111111111111111111111
PUBLICATION BIMESTRIELLE
MARS-AVRIL 1971
zoologie
Cl
3
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75-Paris, 5 e
Directeur : P r M. Vachon.
Comité directeur : P rs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : M me D. Grmek-Guinot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Le Bulletin du Muséum national d'Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la 1 re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Ferre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Ecologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
- pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His-
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75-Paris, 5 e (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum
36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75-Paris, 5 e (C.C.P., Paris 17591-12 —
Crédit Lyonnais, agence Y-425) ;
— pour tout ce qui concerne la rédaction, au Secrétariat du Bulletin, 61 rue
de Buffon, 75-Paris, 5 e .
En 1971, deux sections sont représentées :
Zoologie (prix de l’abonnement : France, 96 F ; Étranger, 110 F).
Sciences de la Terre (prix de l’abonnement : France, 24 F ; Étranger, 27 F).
En 1972, paraîtront également les sections suivantes : Botanique, Sciences
de l’Homme, Sciences physico-chimiques.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 3, mars-avril 1971, Zoologie 3
Étude des Réniérides de Méditerranée 1 * 3
(Démosponges Haplosclérides)
Par Jean-Michel Griessinger *
Résumé. — Cette révision systématique a porté sur quarante-deux espèces de Réniérides
méditerranéennes, dont treize sont nouvelles. Basée sur l’étude des éléments squelettiques, elle
a permis de démontrer leur valeur et plus particulièrement celle des caractères ectosomiques, pour
une utilisation taxonomique.
Dans un premier chapitre, tous les caractères susceptibles d’être utilisés en systématique ont
été étudiés ; on a insisté sur les différents types de charpente choanosomique, sur la production
de spongine, sur l’anatomie et le réseau ectosomique, sur la forme, sur la répartition écologique,
seuls caractères ayant vraiment un intérêt pratique.
Le second chapitre est consacré à la systématique de l’ordre des Haplosclérides ; elle s’appuie
sur les caractères de la charpente choanosomique. On distingue la famille des Haliclonidae à char¬
pente bien organisée (oxes petits à variation de taille réduite, densité spiculaire faible, rôle de la
spongine important) et celle des Renieridae à charpente plus désordonnée (plus grande variation
de la taille des oxes, forte densité spiculaire, rôle de la spongine réduit). Chez la première apparais¬
sent les fibres de spongine à spiculation faible, chez la seconde, les fibres multispiculées à spongine
généralement réduite ; ces deux formations, dont le rôle dans la charpente est identique (soutien,
renforcement) marquent les résultats d’une même adaptation à partir de charpentes à mailles
plus ou moins régulières, à spongine réduite. Les caractères génériques ont été mis en évidence
grâce à l’ectosome.
Le troisième chapitre correspond à l’étude systématique des différentes espèces.
Summary. — This work is a taxonomie révision of 42 species of mediterranean Porifera of
the Reniera group, including the diagnosis of 13 new species. The work rests primarly on the
study of the skeletal structures, and gives the opportunity to prove their value, especially for
the taxonomie use of ectosomic characters.
The first chapter is a survey of ail the characters which may be of interest in systematic.
Emphasis is laid on the different kinds of choanosomic network, the amount of spongin, the ana-
tomy and ectosomic network, and the shape, and the ecological distribution, which are the only
character to be of pratical use.
The second chapter is a taxonomie study of the order Haplosclerida, which is based upon
the characters of the choanosomic network. The family Haliclonidae has a very regular network
(small oxea, with a reduced range of their size variation, only a few spiculés, and a great amount
of spongin) ; the network of the family Renieridae is more irregular (greater range of size variation
of the oxea, numerous spiculés, small amount of spongin). In the family Haliclonidae spongin
fibers with a weak spiculation are présent, while only fîbers with numerous spicides and little
spongin occur in the family Renieridae. These two structures, which play the same part in the
two families (support, strengthening), are the resuit of the same adaptative évolution, starting
1. Mémoire présenté à la Faculté des Sciences de l’Université d’Aix-Marseille, en vue de l’obtention
du grade de Docteur en Océanographie (Doctorat de spécialité —- 3 e cycle) le 1 er juillet 1969.
* Centre océanologique de Bretagne, 29 N-Brest.
3, 1
98
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
from networks with more or less regular meshes and little spongin. The generic characters hâve
been extracted from the study of the ectosomic network.
The third chapter is a taxonomie study of the different species.
SOMMAIRE
Résumé. 97
Summary. 97
Introduction. 99
Matériel et technique. 101
Chapitre I. — Les différents caractères utilisables en systématique. 102
I. Les spiculés. 102
IL La charpente choanosomique. 103
III. La quantité de spongine. 104
IV. L’ectosome. 107
A. Le squelette ectosomique. 107
B. L’anatomie superficielle. 108
C. Rapports charpente choanosomique — système aquifère périphérique. . . . 109
V. La forme. 109
VI. La couleur. 110
VIL La consistance. 110
VIII. La cytologie. 111
IX. La période de reproduction. 111
X. Les larves. 112
XI. La répartition. 114
Résumé. 116
Chapitre IL — Historique et systématique. 117
I. Famille des Renieridae. 118
A. Le genre Reniera Nardo. 118
1. a) Reniera du type R. arenata . 119
b) Reniera du type R. fulva . 120
2. Reniera du type R. aquaeductus . 120
B. Le genre Pellina Schmidt. 120
C. Le genre Rhizoniera n. g. 120
D. Le genre Dendroxea n. g. 121
IL Famille des Haliclonidae. 121
A. Le genre Haliclona Grant. 122
B. Le genre Chalinula Schmidt. 122
C. Le genre Adocia Gray. 123
D. Le genre Callyspongia Duchas. et Michel. 123
E. Le genre Siphonochalina Schmidt. 123
RÉNIÉRIDES DE MEDITERRANEE
99
III. Essais systématiques basés sur les caractères squelettiques. 124
IV. Clé dichotomique des genres. 125
Chapitre III. — Inventaire des réniérides de Méditerranée. 126
I. Famille des Renieridae. 126
A. Reniera Nardo. 126
B. Pellina Schmidt. 147
C. Rhizoniera n. g. 152
D. Dendroxea n. g. 152
II. Famille des Haliclonidae. 153
A. Iialiclona Grant. 153
B. Adocia Gray. 158
C. Chalinula Schmidt. 163
D. Callyspongia Duchas. et Michel. 164
E. Siphonochalina Schmidt. 166
Bibliographie . 171
Index . 175
Liste des abréviations
M.N.H.N. : Muséum national d’IIistoire naturelle
S.M.E. : Station marine d’Endoume
P.C. : Biocœnose précoralligène
C. : Biocœnose coralligène
G.S.O. : Biocœnose des grottes semi-obscures
G.O. : Biocœnose des grottes obscures
D. C. : Biocœnose du détritique côtier
V.T.C. : Biocœnose des vases terrigènes côtières
D.L. : Biocœnose du détritique du large
R.L. : Biocœnose de la roche du large
C.P. : Biocœnose des coraux profonds
Introduction
Parmi les Démosponges, l’ordre des Haplosclérides, très important par le nombre des
espèces, est celui dont la systématique est la plus confuse du fait de la simplification de la
spiculation : ces éponges n’ont qu’une seule catégorie de mégasclères, essentiellement des
oxes, et accessoirement des microsclères (sigma, toxes, raphides) ; aussi la classification
ne peut s’appuyer que sur un très petit nombre de caractères fournis essentiellement par
la charpente ; or les différences squelettiques qui existent n’ont jamais été véritablement
analysées, surtout dans les ouvrages anciens, bases de nos connaissances et fondement de la
nomenclature actuelle. Ainsi certains auteurs, tel que von Lendenff.ld (1888) dans la famille
des Chabnidae, ont abouti à une multiplicité des genres et des espèces, alors que d’autres,
tombant dans l’excès inverse, ont réuni sous un nom générique ou spécifique unique une
grande quantité d’éponges : par exemple, Burton (1926 b) a vu, dans les nombreuses Iso-
dictya de Bowerbank (1864) référables aux genres Reniera et Haliclona, autant de syno¬
nymie de R. cinerea (Johnston), espèce qui n’est pas actuellement déterminable, car ses
100
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
caractères spécifiques n’ont jamais été analysés avec précision. D’autre part, certains
auteurs ont systématiquement retrouvé des espèces insuffisamment décrites (les signalisa¬
tions de R. cinerea, R. aquaeductus, R. rosea, R. permollis, ... ne se comptent plus), alors
que d’autres, rebutés par cette confusion, ont évité de l’aggraver par des déterminations
hypothétiques en gardant leur matériel non utilisé (Hentschel, 1912 ; Stephens, 1912,
1921 ; etc.). Il apparaît donc nécessaire de reprendre la systématique de ce groupe sur des
bases classiques meilleures, plus complètes, ou sur des bases nouvelles.
Pour résoudre le problème de la systématique des Spongiaires, différents critères ont
été utilisés :
— les éléments squelettiques, mis à l’honneur dans les travaux de Schmidt et de Bower-
bank, qui seuls présentent un intérêt pratique ;
— les données embryologiques, dont les premières applications systématiques correspondent
aux travaux de Maas (1892-1893), de Topsent (1911) ; elles ont été étendues à l’ensemble des
Démosponges par Lévi (1956) ;
— les données histologiques et cytologiques, par Simpson (1968) dans la systématique des
Clathriidae ;
— les méthodes biochimiques, par Bergmann et son école (1950-1951) et récemment par
Bergquist (1968) dans l’étude des acides aminés libres de nombreuses espèces de Démosponges.
Dans ce travail limité aux espèces méditerranéennes les plus courantes (les petites
espèces encroûtantes, très nombreuses dans les grottes et le Coralligène, n’ont pas été
étudiées), l’étude suffisamment précise de la charpente a servi de base à la classification ;
ses caractères sont assez constants pour pouvoir être utilisables ; l’hypothèse de Burton
(1926 b) relative à l’antagonisme de deux facteurs, l’un responsable de la formation des
spiculés, l’autre de la spongine, dont le résultat dépendrait des conditions ambiantes, n’a
jamais pu être confirmée et semble inadmissible.
On admet ainsi chez les Haplosclérides deux familles : celle des Haliclonidae et celle
des Renieridae ; la première est caractérisée par une charpente bien organisée, la seconde
par une charpente moins organisée ; il semble que les Gelliidae (qui n’ont pas été étudiés
dans ce travail) doivent aussi être classés en fonction de leur type de charpente et non plus
distingués par la possession de microsclères (Burton, 1932-1934).
Les caractères génériques ont été mis en évidence au niveau de l’ectosome, dans son
anatomie et dans son squelette, les caractères spécifiques généralement par des critères
tels que la forme, la couleur, la consistance, l’histologie, etc., ou par des études précises
de la surface quand les caractères précédents étaient insuffisants.
Une telle étude des éléments squelettiques pose des problèmes morphogénétiques
complexes, communs à l’ensemble des Spongiaires ; ainsi celui de la croissance a été plusieurs
fois envisagé. En outre, la révision systématique des espèces méditerranéennes dépasse
le cadre d’une faune locale, surtout en ce qui concerne la nomenclature où la nécessité
d’une connaissance personnelle étendue à l’ensemble des espèces décrites, basée sur des
études de collections, est, plus que dans n’importe quel autre groupe, particulièrement
ressentie.
Les principaux auteurs qui, en Méditerranée, ont soit décrit des espèces nouvelles soit
signalé des espèces de la Manche sont : Schmidt en Adriatique et sur les côtes d’Algérie (1862,
RÉNIÉRIDES DE MÉDITERRANÉE
101
1864, 1866, 1868), Ferrer Hernandez en Méditerranée occidentale (1916), Babic en Adria¬
tique (1923), Topsent (notamment, 1892, 1893,1925,1943) et, récemment, Sara et son école
en mer Ligure (1958), dans la région de Naples (1958, 1960, 1961, 1962), en Adriatique (Tre-
miti, 1961; région des Pouilles, 1963,1964), Boury-Esnault (Spongiaires de la région
de Banyuls, 1968), Vacelet (espèces de la roche du large, 1969). En tout, une soixan¬
taine d’espèces ont été signalées ; dans ce travail une quarantaine d’espèces ont été étudiées,
dont un tiers de nouvelles.
Par rapport aux données anciennes les signalisations récentes, outre une détermina¬
tion plus complète, précisent la distribution écologique à laquelle on porte maintenant
un plus grand intérêt. Les techniques de récolte se sont améliorées : l’utilisation du sca¬
phandre autonome a permis dans notre étude la mise en évidence, par l’observation directe,
de la constance des caractères dans les populations d’une même espèce.
Matériel et technique
Cette étude, essentiellement comparative, a nécessité un matériel abondant dont la
plus grande partie a été récoltée en plongée, en dragage, en chalutage dans la région marseil¬
laise et dans l’Adriatique pendant l’été 1968.
Ce matériel obtenu vivant a été complété par celui des collections de la S.M.E. (ras¬
semblées par Vacelet), du Laboratoire Arago de Banyuls-sur-Mer (rassemblées par Top¬
sent), de la Station Biologique de Sète, de celle de Roscofï et surtout de la collection de
Topsent du M.N.H.N. avec ses préparations ; celle de Sciimidt conservée au Muséum
d’Histoire naturelle de Strasbourg n’a pas été étudiée.
J’ai, d’autre part, utilisé le matériel de la campagne de la « Calypso » de 1958 en mer
d’Alboran et aux Baléares, quelques éponges de la Costa Brava chalutées dans la région
de Blanes, celles récoltées par M lle Boury-Esnault au cours de ses nombreuses plongées
dans la région de Banyuls, toutes celles ramassées par les plongeurs de la S.M.E. qui n’ont
jamais manqué de me les ramener.
Cette révision a été limitée aux grandes espèces, les petites formes encroûtantes abon¬
dantes dans les G.S.O. n’ayant pas été étudiées.
Les charpentes et l’anatomie ont été étudiées sur des coupes faites à main levée ;
mais la plupart des Réniérides sont difficiles à couper car elles sont trop molles ; les meil¬
leures coupes sont effectuées quand l’éponge est mise à sécher quelques minutes sur du
papier filtre ; les plus fines réalisées de cette manière (100 à 200 p.) permettent, après déshy¬
dratation à l’alcool butylique et montage au baume, d’observer des structures suffisamment
éclaircies. Les coupes tangentielles à la surface doivent être de plusieurs épaisseurs : les
plus fines permettent d’étudier l’exopinacoderme, le réseau superficiel, les plus épaisses
la distribution des aires ostiolifères et la structure des vestibules et des canaux inhalants.
Par coloration des tissus à la fuschine acide, les ostioles apparaissent très nettement.
La meilleure interprétation des coupes se fait à la loupe binoculaire, ainsi que l’étude
macroscopique de la surface de l’éponge qui a été au préalable débarrassée des corps étran¬
gers, des grains de sable par le jet d’une pissette.
Les cellules sphéruleuses ont été étudiées sur le vivant par coloration vitale au rouge
neutre ou après fixation à l’acide osmique.
CHAPITRE I
LES DIFFÉRENTS CARACTÈRES UTILISARLES
EN SYSTÉMATIQUE
I. Les spiculés
Ils n’ont pas une forme et une taille suffisamment stables entre individus d’une même
espèce et chez un même individu pour représenter, seuls, un critère systématique. Cepen¬
dant, pour une espèce, on peut définir une forme typique, particulièrement pour les pointes
ainsi qu’une taille moyenne qui varie de 75 à 250 p. environ.
A. La forme
La courbure d’un oxe n’apporte aucune indication, sauf dans la mesure où un certain
nombre sont flexueux (chez Chalinula limbata, Reniera valliculata). Les pointes présentent
plus d’intérêt : dans le cas général la pointe est symétrique par rapport à l’axe du spiculé
(symétrie de révolution) ; elle est asymétrique quand, chez un oxe présentant une certaine
courbure, la partie concave se termine en biseau. Elles peuvent être longues ou brèves,
effilées, acérées, émoussées, mucronées (fig. 2, a).
R. Les dimensions
Pour tous les individus étudiés, 50 spiculés ont été mesurés : longueur et épaisseur ;
leurs valeurs minimum et maximum ont été données, la valeur moyenne a été calculée,
toujours suivie de l’intervalle de confiance calculé au seuil de 95 % ; cet élément donne
le degré de variation des moyennes : plus ce degré de dispersion est grand plus la dispersion
des spiculés autour de la moyenne aura des chances d’être grande. Le coefficient de variation
a été calculé pour des populations de spiculés très différentes par la taille et par leur modalité
d’assemblage (tableau I).
Tableau I. Comparaison des coefficients de variation
Espèces
Charpente
Nombre de
spiculés
mesurés
Longueur
moyenne
(en p)
Coefficient
de
variation
Ii. mediterranea
réseau très régulier
150
90
8
Adocia varia
réseau régulier
500
110
8
Reniera sarai
réseau confus
700
150
9
Reniera fulva
réseau dense et confus
350
245
11
RÉNIÉRIDES DE MEDITERRANEE
103
Cet indice de dispersion relative montre des valeurs voisines, ce qui reflète une varia¬
bilité comparable de la taille des spiculés quelque soit le type de charpente. Par contre, et
ceci devrait être confirmé par des études statistiques, il semble qu’il y ait corrélation entre
la taille des spiculés et le type de charpente : les petits spiculés correspondent à des char¬
pentes mieux organisées.
Influence de la température de l’eau sur la taille des spiculés
Hentschel (1929), Hartman (1958) l’ont mis en évidence ; Hartman a étudié des popula¬
tions d’/7. oculala au nord et au sud du cap Code ; il a montré l’augmentation de la taille des oxes
dans les eaux les plus froides.
En Méditerranée certaines variations ont été constatées entre les espèces de la région de Mar¬
seille, celles de l’Adriatique, celles de la région de Banyuls. Mais les données de température et le
nombre de spiculés mesurés sont insuffisants pour aboutir à une conclusion valable.
Problème de la quantité de silice
La dimension des oxes chez chaque individu tend vers un maximum pour la longueur et l’épais¬
seur conjointement ; des rapports inverses entre ces deux mensurations n’ont pas été notés ; ceci
ne confirme pas l’hypothèse formulée par Lévi (1957 : 211) chez R. cratera d’une quantité de silice
constante pour chaque spiculé.
En conclusion, une étude précise de la forme, particulièrement des pointes, peut cons¬
tituer un indice pour la détermination. La valeur moyenne de la longueur doit être encadrée
par le degré de variation. La simple observation d’une préparation de spiculés permet,
subjectivement, de prévoir le type de charpente qui s’y rapporte : de petits spiculés réguliers
entre eux correspondent à des charpentes d’Haliclonidae, des oxes présentant une certaine
variabilité à des charpentes de Renieridae.
IL La charpente choanosomique
On distingue trois types principaux :
1° Le premier est formé de mailles plus ou moins régulières ou d’alignements de spiculés
dans une direction privilégiée ; ces lignes, qui n’ont pas plus de quatre à cinq spiculés de front,
sont réunies par des oxes transverses ; d’une façon générale la quantité de spongine est faible, la
densité spiculaire importante, le réseau confus, les oxes de taille assez variable.
Les mailles sont soit parfaitement régulières, isodictyales à côté unispiculé (fig. 1, a : H. medi-
terranea, H. elegans , ...), soit totalement inorganisées (squelette choanosomique de Pellina semi-
tubulosa, P. fistulosa).
Quand le réseau est formé de lignes principales et de spiculés transverses, sa description pré¬
cise est difficile car ni le degré de spiculation, ni la quantité de spongine assemblant les oxes entre
eux, ni l’écartement des lignes primaires ne sont suffisamment constants au sein d’un même indi¬
vidu. On qualifiera une ligne principale de paucispiculée (uni, bi, tri,...) (fig. 1, b et c) ou de plurispi-
culée ; les spiculés transverses ont soit une direction privilégiée perpendiculaire aux lignes primaires
(fig. 1, b et c), soit une distribution quelconque sans aucune orientation précise (fig. 1, d).
2° Dans le second type, la spongine acquiert un développement important autour des ali¬
gnements de spiculés ; ainsi il se forme des fibres qui peuvent être épaisses. Dans une telle char¬
pente la densité spiculaire est faible, le réseau régulier : il est constitué de fibres principales ou
primaires et de fibres secondaires perpendiculaires (fig. 1, e et f) ; le degré de spiculation à l’inté¬
rieur de ces fibres est très variable : le plus faible correspond aux formes les plus évoluées (fig. 1, g),
celles qui sont voisines des Dictyocératides.
104
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
Dans ce cas également, la description précise est difficile car les caractères (épaisseur des fibres,
écartement, degré de spiculation) ne sont pas absolument constants et varient chez une même
espèce dans une certaine limite (des variations semblables à celles observées par Burton, 1926 a,
n’ont jamais été vues, et semblent excessives) ; des indications sur l’orientation des fibres, la lar¬
geur de la maille, la production de spongine sont utiles.
3° Le troisième type est caractérisé par la présence de fibres multispiculées ; elles diffèrent des
fibres précédentes par la très forte densité de spiculés qui les constituent, ainsi que par la quantité
de spongine qui est faible : elle ne forme pas une gaine débordante ; leur épaisseur varie de 20 à
300 [X. Dans un tel squelette on doit étudier la charpente fibreuse (réseau primaire), le réseau
interstitiel (réseau secondaire), ainsi que leurs rapports :
-— la charpente fibreuse : chez Calyx nicaeensis les fibres forment un feutrage, elles se croisent
et s’enchevêtrent ; chez d’autres espèces elles s’orientent en faisceaux ( Rhizoniera rhizophora ) ;
elles ont des allures arborescentes ( Pachychalina rustica, fig. 1, j ; Dendroxea lenis, fig. 2, j t ) ; elles
constituent des mailles plus ou moins régulières (Rhizochalina ; Petrosia, fig. 1, k ; IIaliclonissa) ;
-—• le réseau secondaire : il peut ne pas exister, les nouveaux spiculés s’assemblent pour former
la fibre ( Dendroxea lenis) ; lorsqu’il existe il est soit à mailles isodictyales ( Calyx nicaeensis , fig. 1, h),
soit en lignes principales et spiculés transverses ( Rhizoniera rhizophora, fig. 1, i), soit totalement
inorganisé ( Pachychalina ), les spiculés étant distribués sans ordre dans les mailles du réseau pri¬
maire ;
— rapports charpente fibreuse — réseau secondaire : les spiculés qui participent à la formation
des fibres ne sont pas élaborés dans les fibres elles-mêmes, ils y seront adjoints. Chez Calyx nicaeensis
les deux réseaux sont bien distincts : les spiculés du réseau secondaire s’appuient sur les fibres
auxquelles ils s’unissent par un lien de spongine ; chez Rhizoniera rhizophora la séparation est nette
dans la partie inférieure du corps de l’éponge, mais dans la partie supérieure, là où les fibres s’amin¬
cissent, leurs extrémités doivent participer à l’organisation du réseau secondaire.
III. La quantité de spongine
Burton (1926 a) a posé le problème de sa variation ; il a critiqué la valeur des genres
définis à partir de ce caractère, en comparant des espèces différentes ou des individus d’une
même espèce. La valeur exacte de la production de spongine et sa variation au sein d’un
individu n’ont pas été suffisamment analysées ; il existe, en effet, deux modes de produc¬
tion :
-— dans le premier, la spongine est élaborée régulièrement dans tout l’individu ; ceci se mani¬
feste par une quantité énorme dans les parties les plus anciennes de la charpente, alors qu’elle est
très réduite dans les zones de croissance ;
■— dans le second, une quantité de spongine donnée est élaborée après la mise en place des
spiculés dans la charpente, sans qu’il y ait un apport ultérieur conséquent.
Le premier mode de production, chez Haliclona oculata (fig. 1, 1), est illustré par la
présence dans les fibres anciennes, en plus des spiculés adultes tels qu’on les observe quand
Fig. 1, a, e, f, g, 1. — Charpentes d’Haliclonidae.
a, réseau à mailles isodictyales à côté unispiculé ; e, fibres primaires et fibres transverses unispiculées ;
f, fibres primaires et fibres transverses plurispiculées ; g, fibres à spongine développée et à spiculation
réduite ; 1, charpente d 'Haliclona oculata : : réseau de la zone de croissance ; 1 2 : réseau dans les par¬
ties âgées.
Fig. 1, b, c, d, h, i, k. — Charpentes de Renieridae.
b et c, charpentes de Reniera à lignes principales paucispiculées et spiculés transverses perpendiculaires;
d, charpente de Reniera à lignes principales plurispiculées et spiculés transverses désordonnés ; h, réseau
de Calyx nicaeensis ; i, réseau de Rhizoniera rhizophora ; k, réseau de Petrosia dura.
Fig. 1, j. — Réseau de Pachychalina rustica.
106
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
ils sont mis en place dans les zones de croissance, d’oxes très minces ; ils y ont été enchâs¬
sés avant d’atteindre leur taille définitive et ils ont eu leur croissance stoppée. Une telle
production a été observée chez tous les individus des côtes de la Manche que j’ai étudiés.
Cet axe de spongine semble avoir un rôle analogue au squelette axial des Axinellides dres¬
sées ; la question est de savoir :
— si ce caractère a une valeur générique (production continue de spongine pendant la vie
de l’éponge, les parties les plus anciennes étant les plus cornées) ;
— s’il est uniquement spécifique (présence d’un squelette axial fibreux en rapport étroit
avec la forme dressée qui est constante chez cette espèce) ;
— s’il est simplement le résultat d’une adaptation morphologique à certaines conditions
hydrodynamiques.
Des études comparatives doivent être faites chez de nombreux individus d ’Haliclona
oculata, ainsi que chez des espèces voisines de forme semblable ; en effet, la comparaison
n’est pas valable avec une espèce comme H. mediterranea : bien qu’elle possède un réseau
squelettique de même type et qu’elle atteigne parfois des dimensions importantes, la forme
en tubes dressés ne pose pas les mêmes problèmes d’armature de sa charpente qu’une forme
arborescente à insertion sur le substrat très réduite.
H. oculata n’a jamais été trouvée en Méditerranée ; des Haliclonides de forme semblable
n’y ont pas été décrites. Topsent (1928) signale une telle variation de la spongine au sein
d’un exemplaire de Chalinula montagui (Fleming).
Le second mode de production est le plus courant : toutes les parties de la charpente
ont une quantité de spongine à peu près égale. Le problème de sa valeur systématique se
pose : est-elle pour chaque espèce suffisamment constante pour être un caractère utilisable
ou bien, au contraire, est-elle trop sujette à variation d’un individu à un autre et ne donne-
t-elle donc aucune indication précise ?
— Dans la charpente du premier type (cf. p. 103) la spongine est très réduite ; cette
absence est en relation avec la grande densité de spiculés du réseau qui est d’autant plus
confus ; le critère « quantité de spongine » n’a ici qu’un intérêt très relatif.
— Dans la charpente du second type la spongine prend une part importante à sa
formation ; elle caractérise les espèces qui, à partir des Haliclona dont la maille isodictyale
à côté unispiculé semble constituer le point de départ, aboutissent, par une orientation
des spiculés dans une direction donnée, une augmentation de la quantité de spongine,
puis une réduction corrélative du nombre des spiculés à l’intérieur des fibres, au groupe
des Dictyocératides ; de telles espèces forment un groupe homogène ; l’évolution y est très
progressive et ses différents stades ne peuvent avoir de limites précises, si on ne tient compte
du seul critère « charpente choanosomique » ; cependant ils existent, et il est abusif de dire
(Burton, 1926 a) qu’une telle variation est possible au sein d’une même espèce. Je n’ai
jamais observé de telles différences chez des individus de provenances très diverses en Médi¬
terranée.
En conclusion, si le critère « quantité de spongine » n’est pas à lui seul une indication
systématique suffisante, il n’est pas à négliger dans l’étude des différents caractères aboutis¬
sant à la détermination des espèces.
RÉNIÉRIDES DE MEDITERRANEE
107
IV. L’ectosome
Chez ces éponges, l’ectosome, c’est-à-dire le territoire périphérique dépourvu de
chambres choanocytaires, acquiert différentes valeurs en fonction de l’anatomie (présence
ou absence de vestibules) et du squelette (véritable cortex, réseau superficiel particulier
ou absence de spécialisation superficielle). Dans la croissance de l’éponge le problème de
leurs rapports se pose directement.
A. Le squelette ectosomique
Il peut être individualisé et acquérir la valeur d’un cortex dans certains genres : Rhi-
zochalina, Petrosia. Mais, dans la plupart des cas, il est difficile à mettre en évidence et à
interpréter ; il est souvent réduit à un réseau superficiel en un seul plan.
1° Il n’y a pas de squelette superficiel particulier : le réseau choanosomique atteint
la surface et s’arrête sans qu’il y ait de différence dans l’orientation et dans le nombre de
spiculés (fig. 2, b) ; c’est ce qu’on observe chez les Reniera du type R. arenata (pl. II, fig. 2)
et chez les Haliclona par exemple ; chez les Reniera du type R. aquaeductusla présence des
vastes vestibules contribue à mettre la partie superficielle de la charpente en évidence :
c’est un pseudocortex, car sa maille est identique à celle du réseau profond (fig. 2, c ; pl. II,
fig. 1).
2° Il y a un squelette superficiel particulier : il s’agit soit d’une spécialisation du réseau
profond au niveau de la surface, soit d’un réseau qui semble indépendant.
a. Spécialisation superficielle du réseau profond : réseau de type « voûte ».
Chez les Reniera du type R. fulva, les vestibules sont couverts par une voûte constituée
d’un plan réticulé de spiculés (fig. 2, d) ; elle sous-tend l’exopinacoderme dont les ostioles
s’ouvrent dans les mailles de ce réseau ; ses spiculés sont mis en place à partir des lignes
principales de la charpente qui constituent les piliers de soutènement de cette voûte ; une
étroite dépendance existe entre les spiculés superficiels et les derniers de la charpente ;
le passage des uns aux autres peut consister en un changement d’orientation brusque
(R. fulva : pl. II, fig. 3) ou progressif (R. mucosa : pl. I, fig. 5) : il se forme alors des arches
de soutien qui, dans les cas extrêmes, relient les lignes primaires entre elles de part et d’autre
des espaces aquifères (R. omissa). Les espèces possédant un tel réseau superficiel sont essen¬
tiellement des éponges en lame qui présentent souvent deux faces distinctes, l’une inha¬
lante, l’autre exhalante ; une telle formation n’affecte que la face inhalante où sont loca¬
lisés les vestibules.
b. Réseau superficiel « indépendant » : réseau de type « enveloppe ».
L’éponge en est totalement enveloppée. C’est ce qui se passe chez les Pellina et les
Ad.ocia.
— Chez les Pellina (fig. 2, e) ce réseau peut avoir une certaine épaisseur, mais il est toujours
fragile et détachable, car il recouvre de vastes espaces aquifères et un hiatus, parfois important
(P. semitubulosa), existe entre lui et le réseau profond ; chez certaines espèces son individualité
est soulignée lors de la formation de fistules ou de membranes périosculaires (P. magna) dont la
charpente est constituée par ce réseau particulier.
108
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
— Chez les Adocia (fig. 2, f) ce squelette a un seul plan de spiculés, mais le réseau est générale¬
ment à mailles serrées ; ceci le rend indéformable et des problèmes de croissance en épaisseur se
posent ; les Adocia ont une charpente formée de lignes principales très nettes et très bien orientées ;
au moment de la croissance ces lignes crèvent le réseau superficiel et se construisent au-dessus
(fig. 2, f 2 , f 3 , f 4 ) ; à la fin de cette crise de croissance un nouveau réseau superficiel se forme, alors
que l’ancien est toujours à sa place ; de telles couches successives s’observent dans des coupes
transversales (pl. II, fig. 4).
B. L’anatomie superficielle
Elle est caractérisée par l’absence de chambres choanocytaires et par la présence,
chez certaines espèces, d’espaces aquifères inhalants très développés, les vestibules : ce
sont soit des cavités sous le réseau superficiel, soit de vastes canaux qui, de la surface,
s’enfoncent à l’intérieur de l’éponge ; dans les cas extrêmes, ces espaces constituent une
véritable lacune sous-dermique (pl. I, fig. 6), dont la valeur ne peut être négligée, quand
on imagine ses fonctions réelles dans l’hydrodynamisme intrinsèque de l’éponge, indis¬
sociable de celui du milieu ambiant. L’exopinacoderme, criblé d’ostioles, recouvre l’entrée
de ces espaces ; les ostioles se répartissent alors en aires ostiolifères, dont la distribution
et la structure ont un intérêt systématique essentiel dans certains groupes (chez les Reniera
du type R. arenata : pl. I, fig. 1-4).
1° Il n’y a pas de vestibules développés : par exemple chez les Haliclona l’exopina-
coderme n’est pas apparent ; c’est une très fine membrane qui se déchire facilement et où
les ostioles, très petits, sont distribués d’une façon quelconque ; chez de telles espèces, l’étude
de la surface ne présente aucun intérêt systématique.
2° Il y a des vestibules développés : nous avons vu la valeur systématique du squelette
superficiel qui les recouvre quand il existe ; lorsqu’il n’y a pas de formation squelettique
particulière, l’exopinacoderme est posé à la surface comme un voile et ses contacts avec
les tissus sous-jacents sont plus ou moins nombreux en fonction de la densité des vesti¬
bules ; il peut être alors détachable.
a. L’exopinacoderme recouvrant de vastes lacunes sous-dermiques est sous-tendu
par les extrémités des lignes principales de la charpente à la manière d’un chapiteau : il
apparaît comme une membrane uniformément criblée (chez R. sarai, Ch. fertilis, Den-
droxea lenis).
h. L’exopmacoderme, en contact étroit avec les dernières mailles de la charpente,
n’apparaît libre de toute attache qu’au niveau des canaux aquifères ; ces aires ostiolifères
ainsi délimitées sont soit indivises (R. implexa : pl. I, fig. 2 ; R. arenata : pl. I, fig. 1), soit
divisées en zones ostiolifères secondaires par un cloisonnement qui affecte l’entrée des
canaux (R. mamillata : pl. I, fig. 3 ; R. viscosa ; R. indistincta ; ...).
Dans cette étude de la surface il est intéressant de poser le problème de l’adaptation
morphologique à son niveau, par exemple sous l’influence de l’envasement. De quelles
façons peut réagir l’éponge pour se protéger d’une pluie continue de vase qui risque de
boucher ses orifices aquifères ? Outre la possibilité d’émettre des papilles, c’est au niveau
de la surface même que doit se faire l’adaptation. L’hispidation par sa présence ou son
absence pourrait agir de différentes façons pour fixer ou au contraire limiter le dépôt de
vase ; par leur développement les vestibules pourraient jouer le rôle d’un véritable volant
RÉNIÉRIDES DE MÉDITERRANÉE
109
hydrologique. A ce propos, j’ai observé chez R. sarai que les vestibules étaient particulière¬
ment développés dans les dépressions de la surface, alors qu’ils étaient très limités dans les
parties convexes ; ce fait peut dépendre de phénomènes de tension, mais il est certainement
aussi en rapport avec les risques de colmatage de ces parties concaves.
De telles variations sont infimes et n’affectent en rien la valeur systématique des
caractères anatomiques qui est réelle.
C. Rapports charpente choanosomique —• système aquifère périphérique
Ce problème se pose quand on veut comprendre l’organisation de l’éponge pendant
la croissance.
Chez les espèces où les canaux aquifères inhalants s’enfoncent à partir de la surface
à l’intérieur du choanosome, on peut penser que la charpente s’organise en quelque sorte
autour de ces espaces et qu’au cours de la croissance ces canaux s’allongent : c’est ce qu’on
observe chez les Reniera du type R. arenata ou R. fulva (où le réseau superficiel de type
« voûte » qui recouvre l’entrée des vestibules n’affecte pas la croissance en épaisseur).
Chez les Reniera du type R. aquaeductus (R. perlucida, R. crcissa, ...), chez lesquelles
les vestibules sont localisés à la périphérie, c’est-à-dire dans la zone de croissance, au fur
et à mesure que l’éponge s’accroît les vestibules se « déplacent » ou plutôt se reforment pour
toujours rester superficiels ; la charpente, identique du sein du choanosome à la surface,
semble se constituer « indépendamment » de ces espaces périphériques.
V. La forme
Après l’étude des éléments structuraux du squelette, celle de la forme s’impose, car
on peut se demander si à un type de réseau correspond une forme donnée ou si, au contraire,
la forme, indépendante du type de charpente, est commandée par d’autres facteurs, mis à
part des conditions écologiques particulières (hydrodynamisme, envasement, espace vital, ...).
Exemple 1 : réalisation de la forme « en cheminée » à oscule apical et atrium axial.
Une telle forme est très courante chez les Haplosclérides ; elle est réalisée chez des
espèces possédant des types de charpente et de réseau superficiel totalement différents :
chez H. mediterranea où le réseau est à mailles isodictyales sans direction privilégiée mar¬
quée, sans squelette superficiel différencié ; chez les Siphonochalina à charpente en fibres
principales bien orientées et à réseau superficiel différencié.
Dans ce dernier cas, la croissance de tels tubes est fonction du module de croissance
que constitue la fibre primaire ; cette ligne n’est pas continue de la base au sommet : elle
se forme à un certain niveau dans la paroi de l’atrium ; elle a d’abord une croissance presque
verticale, parallèle à l’axe de l’atrium ; elle s’incurve ensuite rapidement pour devenir à
son extrémité perpendiculaire à la surface latérale du tube. C’est cette ligne qui constitue
le module de croissance : sa longueur constante ainsi que sa courbure, qui a toujours lieu
dans une partie homologue des différentes fibres, donnent au tube un diamètre constant
(fîg. 2, g). Les nouvelles fibres se forment à l’apex de ces cheminées, là où la surface externe
et la paroi de l’atrium se rencontrent pour former l’oscule ; c’est dans cette zone de crois¬
sance qu’elles se mettent progressivement en place à partir des premiers spiculés transverses
(les plus internes), qui unissent la nouvelle fibre à la précédente.
110
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
Exemple 2 : réalisation de la forme chez les espèces possédant un squelette superficiel
particulier bien individualisé.
Une telle formation ectosomique peut-elle entraver la croissance de l’éponge dans
certaine direction et agir ainsi directement sur la forme, qui serait la même pour toutes les
espèces possédant un tel ectosome ou, au contraire, ces espèces voisines peuvent-elles acqué¬
rir n’importe quelle forme ?
a. Les Adocia : le réseau superficiel bien individualisé entrave la croissance en épais¬
seur ; celle-ci est discontinue, elle a lieu par périodes : la surface de l’éponge typiquement
lisse devient fortement hispide par la poussée des lignes primaires ; il se forme un nouveau
réseau superficiel semblable au précédent qui reste en place. Toutes les espèces étudiées de ce
groupe (A. simulons, A. varia, A. reptans, A. laevis, ... ) sont soit revêtantes de faible épais¬
seur, soit rameuses : elles ont tendance à accroître leur volume et leur surface plus en s’éten¬
dant et en se développant suivant certains axes précis qu’en devenant massives. 11 semble
donc dans ce cas précis que le squelette superficiel influence en partie la croissance, donc la
réalisation de la forme.
b. Les Rhizochalina (= Phloeodictyon) : ces éponges ont un cortex très développé,
constitué d’une couche continue de spongine, véritable cuticule, renforcée par des oxes
distribués sans ordre. Deux espèces étudiées, l’une des côtes du Brésil, l’autre de Madagas¬
car ont une forme totalement différente : la première en tubes dressés, la seconde globu¬
leuse à fistule inhalante-exhalante. Toutes les espèces décrites sont aussi différentes. Mais
elles présentent toutes une adaptation identique au niveau des orifices aquifères en rela¬
tion directe avec la possession d’un tel ectosome.
Ces deux exemples montrent que, si la charpente choanosomique n’a aucune relation
avec la forme, il n’en est pas de même du réseau ectosomique qui peut avoir une certaine
influence.
En conclusion, la forme d’une éponge, dans la mesure où elle est définie et fixe, est un
caractère spécifique dépendant d’un facteur génétique ; c’est donc un critère systématique
valable au niveau de l’espèce. Les genres qui ont été définis par la forme (par exemple Reni-
clona de Laubenfels, 1954) n’ont aucune valeur systématique. D’autre part, l’éponge
est un matériel beaucoup trop plastique pour qu’on puisse faire abstraction du facteur
écologique. La forme est la résultante de l’action de ces deux types de facteur.
VI. La couleur
Comme l’ont fait observer de Laubenfels (1936), Lévi (1952, 1956), la couleur d’une
éponge est un bon caractère spécifique, particulièrement pour les espèces où elle est vive
et constante (R. fulva, R. mucosa, H. citrina, ...). Mais elle n’est généralement utilisable
chez les Haplosclérides que sur le vivant, car elle disparaît après fixation à l’alcool.
VIL 1 jA consistance
Ce caractère dépend de l’anatomie (développement des canaux aquifères), de la charpente
(densité spiculaire, quantité de spongine), de la quantité de collagène dans le mésohyle.
RÉNIÉRIDES DE MEDITERRANEE
111
C’est un lion caractère de valeur parfois générique, mais essentiellement subjectif, difficile
à décrire ; Lundbeck (1902) distingue les Chalinidae des Renieridae par leur élasticité.
VIII. La cytologie
Simpson (1968) a montré l’intérêt taxonomique de la cytologie dans une étude des
Clathriidae : les caractères cytologiques de cellules spéciales ont contribué à mettre en
évidence des relations taxonomiques entre différentes espèces, alors que les critères classiques
de systématique étaient insuffisants.
Chez les Haplosclérides une telle étude est souhaitable : elle permettrait de confirmer
ou d’infirmer la valeur des différents groupements réalisés à partir des caractères du sque¬
lette.
Topsent a utilisé, chez certaines espèces, les cellules sphéruleuses ; ces cellules inter¬
viennent essentiellement dans l’accumulation des produits du métabolisme et dans l’excré¬
tion. Elles suivent un cycle dont les différents stades correspondent généralement à des
cellules d’abord granuleuses, puis à petites sphérules, puis à grosses sphérules donnant à
la cellule un aspect mûriforme. Au microscope optique il est difficile de voir si les différentes
cellules observées représentent ces stades évolutifs ou si ce sont des types cellulaires diffé¬
rents. D’autre part, pour que cette étude soit fructueuse, il faut soit étudier du matériel
vivant au moyen de colorations vitales, soit du matériel convenablement fixé.
L’utilisation de la cytologie dans la détermination est donc assez limitée et ne peut
être vraiment exploitée que dans des conditions très favorables ; elle fournit alors des don¬
nées très importantes quand les éléments squelettiques sont insuffisants, comme dans le
cas d’H. mediterranea, d’H. subtilis, ... ; chez H. elegans, les cellules à bâtonnet permettent
seules la détermination de l’espèce.
IX. La période de reproduction
Elle permet dans certains cas de distinguer deux espèces de répartition identique,
morphologiquement très proches l’une de l’autre.
Lévi (1956) a signalé à Roscolî l’étalement de la période de ponte d ’Halisarca dujar-
dini Johnston de juin à septembre, alors que l’espèce voisine H. metschnikovi Lévi pond
au début de juin.
Siribelli (1962) a montré chez des populations voisines d ’Axinella verrucosa Schmidt
et d’A. damicornis (Esper) que la maturité sexuelle chez ces espèces ovipares avait lieu
pour la première fin août début septembre, pour la seconde début mai.
Chez les Haplosclérides, Descatoire (1967) distingue une nouvelle forme de Reniera,
R. viscosa f. similaris, très proche de R. indistincta (Bowerbank), de répartition voisine mais
de période de reproduction et de larves différentes : chez R. indistincta la reproduction a
lieu de juin à septembre et la larve est rosâtre ; chez R. viscosa f. similaris la période de
reproduction se situe en hiver et les larves, blanches, la rattachent à l’espèce voisine R. vis¬
cosa Topsent.
Dans la région marseillaise, H. mediterranea et H. subtilis, toutes deux localisées aux
112
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
tombants coralligènes, morphologiquement très proches, sont mûres à des époques diffé¬
rentes : la première en septembre, la seconde en mai.
Ces quelques exemples montrent l’intérêt d’un tel caractère quand les autres critères
sont insuffisants.
X. Les larves
Les larves de plusieurs Haplosclérides ont été décrites depuis les travaux de Barrois
(1876) sur R. rosea. Lévi (1956) a montré que la larve typique, le type « évolué », corres¬
pond à la définition de Maas (1893) reprise par Topsent (1911) : larves nues en arrière
avec une couronne de longs flagelles et un anneau ou une calotte pigmentée postérieure.
Une telle larve a été décrite chez R. rosea, chez H. oculata (fig. 2, h 1; d’après Topsent, 1911).
Elle est très proche de celle des Kératosa, qui s’en distingue par la présence de longs fla¬
gelles sur toute la calotte postérieure (fig. 2, h 2 , d’après Lévi, 1956) ; Lévi a signalé l’inté¬
rêt d’une telle étude pour mettre en évidence les rapports étroits de certains Haplosclé¬
rides et des Dictyocératides.
Quelques espèces ont des larves qui diffèrent du type classique essentiellement par la
ciliature (absence de la couronne de longs flagelles) et la répartition de la pigmentation :
— celle de Chalinula limbata (Montagu), étudiée par Meewis (1939) (lig. 2, h 3 , d’après Mee-
wis), n’a pas de couronne flagellée, ni de pigmentation différenciée au pôle postérieur ;
— celle de R. indistincta (Bwb.), étudiée par Lévi (1956) (fig. 2, h 4 , d’après Lévi), a une cilia¬
ture complète, dont l’uniformité n’est interrompue que par une constriction annulaire au pôle
postérieur ; la pigmentation décroît du rose pâle au blanc, vers le pôle antérieur ;
— celle d’une Haliclona sp. de Roscoff (Lévi, 1956) présente une ciliature réduite au pôle
postérieur qui est foncé, alors que l’antérieur est ocre clair ;
— chez Callyspongia diffusa (Ridley), étudiée par Sivaramakrishnan (1951) (fig. 2, h 5 ,
d’après Sivaramakrishnan), le pôle postérieur nu est précédé d’un fort anneau pigmenté ; il n’y
a pas de couronne de longs flagelles.
De telles variations chez les larves pourraient fournir des données intéressantes dans
la systématique de cet ordre. Mais l’utilisation de tels caractères est délicate car, comme
Fig. 2, a. — Différentes pointes d’oxes : a 4 , pointe symétrique ; a 2 , pointe asymétrique ; a 3 , pointe acérée ;
a 4 , pointe brève ; a 5 , pointe émoussée ; a 6 , pointe mucronée.
Fig. 2, b, c, d, e, f. — Réseaux ectosomiques : b, absence de différenciation (Reniera du type R. arenata
ou Haliclona) ; c, pseudocortex dû à la présence des vestibules ( Reniera du type R. aquaeductus) ;
d, réseau superficiel de type « voûte » ( Reniera du type R. fulva) ; e, ectosome différencié, lacune sous-
dermique (Pellina semitubulosa ) ; f 1; réseau superficiel A’Adocia ; f 2 , f 3 , f 4 , trois stades successifs de la
croissance (f 2 , stade initial ; f 3 , phase à forte hispidation ; f 4 , formation d’un nouveau réseau super¬
ficiel).
Fig. 2, g. — Mode de croissance chez les Siphonochalina , à l’apex du tube (At : atrium ; e : épaisseur cons¬
tante ; f : fibre primaire, le module de croissance).
Fig. 2, h. — Larves : hq, larve d ’H. oculata (d’après Topsent, 1911) ; h 2 , larve de Phyllospongia foliascens
(d’après Lévi, 1956) ; h 3 , larve de Ch. limbata (d’après Meewis, 1939) ; h 4 , larve de R. indistincta
(d’après Lévi, 1956) ; h 5 , larve de Callyspongia diffusa (d’après Sivaramakrishnan, 1951).
Fig. 2, i. — Rhizoniera rhizophora : ij, coupe longitudinale du paratype (At : atrium ; R, : réseau primaire
représenté seul ; f? 2 : réseau secondaire représenté seul) ; i 2 , détail de la surface (réseau superficiel et
ostioles) ; i 3 , oxes.
Fig. 2, j. — Dendroxea lenis ; j x , schéma de la charpente ; j 2 , oxes.
114
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
le fait remarquer Meewis, l’évolution morphogénétique rapide peut laisser croire à des
variations individuelles chez une même éponge. Toutes les larves étudiées par Lévi passent
par un stade embryonnaire entièrement cilié, homogène ; ce n’est qu’après la ponte que la
ciliature est ou non modifiée.
XI. La répartition
Certaines espèces sont considérées comme cosmopolites, par exemple R. cinerea, R. rosea,
R. implexa, R. permollis ; il faut remarquer que ces espèces sont parmi les plus difficiles
à déterminer par l’absence de caractères particuliers et il est probable qu’à chaque région
correspond une espèce différente.
La plupart des espèces, sans avoir une localisation géographique précise, n’ont pas une
répartition mondiale : par exemple H. oculata, R. rubens, R. viridis n’ont jamais été trouvées
en Méditerranée, alors que la majorité des espèces étudiées dans ce travail 11 e sont connues
que de Méditerranée.
Du point de vue répartition écologique, de nombreux auteurs ont souligné son intérêt
pratique dans la reconnaissance d’espèces d’une localité donnée : Lévi (1956) à Roscofî
pour Halisarca dujardini et H. metschnikovi ; Graat-Kleeton (1965) à Roscofî également,
pour les différentes espèces d ’Halichondria ; IIartman (1958) dans le Long Island Sound,
pour des espèces d ’Halichondria et d ’Haliclona...
Cependant, certaines espèces sont ubiquistes et très tolérantes aux variations de
température, de salinité, d’éclairement : ainsi II. elegans, commune dans les étangs où
les variations de température et de salinité sont importantes (elle est abondante dans l’étang
de Thau), se trouve dans les fonds sablo-vaseux de 100 à 200 m.
Dans un travail récent, Vacelet (1969) a montré l’influence des conditions écologiques
dans la répartition des Spongiaires des G.S.O., de la R.L. et des C.P., dans la région marseil¬
laise. Du point de vue des Haplosclérides, la comparaison entre les espèces des grottes semi-
obscures et celles de la roche du large est d’autant plus intéressante que la plupart sont
anatomiquement et morphologiquement très voisines : par exemple R. fulva et R. mucosa
des G. S.O., R. poecillaslroides et R. plana de la R.L. ; si on est affirmatif sur l’absence des
lléniérides de la R.L. dans les G.S.O. (car les récoltes en scaphandre autonome y ont été
très nombreuses) on ne peut être aussi catégorique sur l’absence de R. fulva et de R. mucosa
dans la R.L. ; en effet, les plongées en soucoupe et les dragages n’ont pas permis de faire
un inventaire complet de la faune des Spongiaires, surtout au niveau des corniches, en
position hypolithe (d’après Laubier, 1966) où elle est particulièrement riche (Vacelet,
communication). Il est intéressant de constater la localisation semblable, sur le substrat,
de ces différentes éponges : dans les G.S.O., entre 10 et 50 m, R. fulva et R. mucosa se déve¬
loppent surtout au plafond et sur les parois ; dans la R.L., Vacelet a décrit R. poecillas-
troides sur les tombants et sous les petits surplombs. Les conditions d’éclairement et d’enva¬
sement semblent en tous points comparables (en position périlithe et hypolithe). Dans son
étude comparative, Vacelet a démontré la prépondérance dans cette distribution du fac¬
teur sédimentation sur le facteur éclairement. Il semble que la température soit la cause
essentielle de la limitation de R. poecillastroides à la R.L. : ce serait une espèce sténotherme
froide, alors que Raphisia lacazei (Topsent) qui est présente dans l’une et l’autre biocœnose
'«***•
R. cratera
(P. semitubulosa)
A. varia
P. dura
(A. i ,v ’
A. reptans
S. subaom.ea
C. nioacensis
REPARTITION ECOLOGIQUE
ues Phctophiles
AP Biocoenose des A
HP Herbier de Rosir
PC Biocoenose Fréccralli^ène
C Biocoenose Corailigène
GSO Biocoenose des Grottes serrii-obscures
GO Biocoenose des Grottes obscures
OC Biocoenose du Détritique côtier
VTC Biocoenose des Vases terrigènes côtières
DL Biocoenose du Détritique du large
RL Biocoenose de la Roche du large
CP Biocoenose des Coraux profonds
Pelouse de Phanérogames des étangs
- N/ Posidonies
d? Haliw.eâa tuna
O .
I Vdotea petiolaia
/ ‘ >nr ^ Algues calcaires
Eunicella
A. simulans
R. grenat a
R. mamillata
R. implexa
R. sarai
R. arassa
(R. yerlucida. )
(R. pooilliformis)
(S. coriacea )
P. fistulcsa
D. lenis
H. elegans
C. septimaniensis
$
Eunicella striata
df Parazoanthus axinellae
@ Coralliun rut rien
® Petvobiona massiliana
V
Concrétionnements feuilletés d’algues calcaires
' Rhizaxinella purifera
Poeoillastra compressa
Coraux profonds
R. fuiva : espèce à localisation précise
(H. citrina) : espèce non trouvée dans la région marseillaise
9
R. voecillastroid
R. plana
'R. cm iss a)
?. magna
R. rhizophera
P. magna
D. lenis
Fig. 3
Diagramme de répartition écologique.
116
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
serait une espèce eurytherme ; il en serait de même pour R. fulva et R. mucosa, car les eaux
superficielles de la région de Marseille ont des variations annuelles de plus de 10°. Il faut,
d’autre part, souligner le grand développement de ces espèces aussi bien dans les G.S.O.
que dans la R.L., par opposition à leur taille réduite dans les C.P. ; en ce qui concerne la
R.L., où les éponges ont une taille supérieure à celle des G.S.O., Vacelet a souligné la
richesse en détritus organiques des eaux du canyon de la Cassidaigne, ainsi que l’importance
des courants au niveau du fond.
La figure 3 résume la distribution des Eponges étudiées, principalement dans la région
marseillaise ; elle montre l’utilité des données écologiques, peu utilisées par les anciens
auteurs.
Résumé
Tous les caractères précédemment étudiés sont susceptibles d’être utilisés en systématique,
quand le matériel est vivant ou convenablement fixé.
Mais, trop souvent, des critères tels que la couleur, la forme, la cytologie, l’embryologie, la
répartition écologique sont inutilisables comme c’est le cas dans des études de collection ou quand
le matériel est fixé en vrac. Seuls les caractères squelettiques et l’anatomie superficielle peuvent
alors être exploités : l’étude des spiculés donne une indication sur le type de charpente qui est
confirmée par l’examen des coupes transversales ; ces coupes permettent de préciser le réseau
ainsi que l’organisation anatomique et squelettique superficielle ; ces différents caractères condui¬
sent, au moins, à la détermination du genre ; les critères spécifiques doivent être recherchés, dans
la majorité des cas, au niveau de l’ectosome après examen de coupes tangentielles, quand les autres
caractères sont inutilisables.
CHAPITRE II
HISTORIQUE ET SYSTÉMATIQUE
Dans la classe des Démosponges, Topsent (1928) a créé l’ordre des Haplosclérides ;
il comprend des éponges appartenant à de nombreux genres, dont l’historique des princi¬
paux a été résumé dans le tableau II (p. 118). Il est caractérisé par la simplifica¬
tion de la spiculation (une seule catégorie de mégasclères diactinaux, microsclères absents
ou peu variés) et par l’organisation de sa charpente. Avec les Halichondrides, les Poecilosclé-
rides et les Kératosa, l’ordre des Haplosclérides forme la sous-classe des Céractinomorphes.
Dans les différentes classifications, la simplification de la spiculation a été considérée
soit comme un caractère primitif 1 (Dendy, 1921), soit comme jalon d’une certaine évolution
aboutissant aux Dictyocératides (Topsent, 1928) ; cette dernière conception est générale
ment admise.
On distingue dans cet ordre la famille des Renieridae Ridley, 1884, celle des Hali-
clonidae de Laubenfels, 1936 (= Chalinidae Ridley, 1884), celle des Gelliidae Ridley et
Dendy, 1887 ; de Laubenfels (1936) crée celle des Adociidae (= Gelliidae R. et D.) avec
les genres Adocia et Pellina qu’il classe, à tort, dans les Poecilosclérides par leur squelette
dermique particulier ; Ridley et Dendy (1887) distinguent celle des Phloeodictyidae
avec les Rhizochalina et les Petrosia.
Dans cette étude nous admettrons seulement les trois premières ; seules des espèces
appartenant aux Renieridae et aux Haliclonidae ont été étudiées.
Les Haliclonidae, sont caractérisées par :
-—■ des oxes petits, réguliers en taille et en forme ;
— un réseau organisé, à densité spiculaire réduite, où la spongine joue un rôle important.
Cette famille très homogène rassemble les espèces dont la charpente, à partir du type
le plus simple (mailles isodictyales à côté unispiculé, faible lien de spongine aux nœuds
du réseau), passe très progressivement à un type totalement corné, à spiculation réduite,
très proche des Kératosa ; à partir du réseau initial cette série se réalise par :
— un alignement des spiculés dans une direction privilégiée ;
— une augmentation de la quantité de spongine corrélative d’une réduction du nombre
des oxes ; dans le rôle de soutien la spongine se substitue progressivement aux spiculés.
1. A la suite de ses travaux embryologiques, Lévi (1956) a proposé une nouvelle systématique des
Démosponges ; dans les rapports phylogénétiques qu’il en a déduit, il considère les Halisarca comme voi¬
sines de la souche des Céractinomorphes ; les Dendrocératides, puis les Dictyocératides et les Haplosclé¬
rides marqueraient les premiers stades d’une complication qui se poursuivrait chez les Poecilosclérides
et des Halichondrides.
118
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
Les Renieridae se distinguent des Haliclonidae par :
— des oxes assez irréguliers entre eux, sans forme vraiment précise, de taille assez grande ;
-— un réseau moins organisé, quelquefois confus, où la densité spiculaire est toujours impor¬
tante ; la spongine est la plupart du temps réduite ; cependant, dans les mers chaudes, elle peut
avoir un développement important et masquer les caractères fondamentaux de la famille.
Ce groupe, à la différence du précédent, semble disparate et il est difficile d’y voir une
unité.
Tableau II. Historique des principaux genres
(seuls les principaux ouvrages ont été signalés)
Haliclona
GRANT
1841
T
Type H. oaulata
Chalina —
GRANT
1861
(Pallas)
Chalina -j-
BWB RIDLEY
1864 1884
Type Ch. oaulata (Pallas)
Chalina -ï-► CHALINIDAE
TOPSENT (RIDLEY, 1884)
1938
R.-DENDY
1887
—ç—J—U Haliclona
LUNDB. I
1902
BURTON, 1932-34
+ _
DE LAUBENF.
1936
HALICLONIDAE
(DE LAUBENFELS,
1936)
DE LAUEENFELS
1936
Reniera
NARDO
1833-47
——Reniera - (Isodiotya ,— Reniera -^-
SCHMIDT pars. BWB SCHMIDT RIDLEY
1862 1864; 1870 1884
Type R. aquaeductus Schmidt
R.-DENDY
1887
TOPSEÛT
1938
RENIERIDAE
(RIDLEY. 1884)
BURTON
1932-34
GRAY
BURTON
i co
1867
1932-34
| CD Q)
Q)
1
Type A. simulons (Johnston, 1842)
Génotype A. oinerea
CJ
1
(Grant, 1826)
1 , C/J '03
£
1
= A. simulons (J.)
Q)
l AD0CIIDAE
1 ^ O
: i
i — ► (DE LAUBENFELS
UI
l 1936)
BURTON
Z)
1
1934
i _J œ
Q)
l
; a ^
'01
i
SCHMIDT RiSlEY
TORDENT
!-
- 1 *
1870 1884
1925
Type P. semitubulosa (Lieberkühn)
I. Famille des Renieridae
A. Le genre Reniera Nardo, 1833 1
Nardo en donna la diagnose suivante : « Aggregata polyrnorpha magis aut minus porosa
et foraminosa, tenacitate fere nulla, facile digites pulverizabilia in sicco. Fulcimenta aculei-
formia inconspicua simplicia, dispositione varia materiei animalis ope conjuncta ita ut pul-
pam uniformem praebeat ».
1. Ce genre a d’abord été mal orthographié : Rayneria ; Nardo l’a dédié au Professeur S. A. Rénier.
RENIÉRIDES DE MEDITERRANÉE
119
Cette définition, bien que très vague, contient des données convenant aux éponges
auxquelles ce genre a été réduit par la suite. Le type de Nardo, R. typica, a disparu.
Ce genre a été repris par Schmidt en 1862 ; il utilise dans sa définition les mêmes cri¬
tères que Nardo : « consistance friable, uniformité des spiculés qui sont simples ; forme
diverse, massive, tubulaire, ramifiée, encroûtante ». Le type de Schmidt, R. aquaeductus
Schmidt, est admis comme le type du genre. Sa définition est très vague, insuffisante ;
cependant un fragment a été conservé au Muséum d’Histoire naturelle de Strasbourg,
ce qui a permis à Topsent d’en faire une préparation : les oxes sont grands (160 p.), assem¬
blés en un réseau dense de lignes principales et de spiculés transverses surtout perpendi¬
culaires, la spongine est réduite.
Après les travaux de Schmidt d’autres auteurs ont redécrit le genre : Ridley (1884),
Ridley et Dendy (1887), von Lendenfeld (1888), Lundbeck (1902), ... ; mais toutes ces
définitions se rapportent plutôt au genre Haliclona par la simplicité et la régularité du
réseau en mailles isodictyales à côté unispiculé.
Par la forme et la taille des oxes, le type de charpente, R. aquaeductus Schmidt se rat¬
tache à R. crassa (Topsent) et R. perlucida n. sp. étudiées dans ce travail ; leurs caractères
permettent de préciser la définition du genre Reniera ;
— spiculé : oxes plus ou moins réguliers, pouvant avoir une taille importante ;
— charpente : lignes principales ascendantes paucispiculées, spiculés transverses ; spongine
généralement peu développée ; densité spiculaire grande : elle peut masquer les lignes primaires
typiquement écartées de la longueur d’un spiculé ;
— pas de réseau superficiel distinct du réseau choanosomique ;
— du point de vue consistance ces éponges n’ont pas l’élasticité et la souplesse des Haliclo-
nidae.
Nous avons distingué parmi les Reniera étudiées deux groupes établis à partir des
rapports entre la charpente et le système aquifère :
1° Le système aquifère est très développé : les canaux aquifères, véritables vesti¬
bules, s’enfoncent, à partir de la surface, à l’intérieur du choanosome ; la charpente s’orga¬
nise dans les cloisons plus ou moins épaisses selon les espèces.
a. Reniera du type R. arenata n. sp. : il n’existe pas de formation squelettique spécia¬
lisée au soutien de l’exopinacoderme, cette membrane est déposée comme un voile à la sur¬
face de l’éponge. L’exopinacoderme s’appuie sur les dernières mailles de la charpente ;
il est plus ou moins en contact avec les tissus sous-jacents et peut être en partie détachable ;
il est percé par les derniers spiculés des lignes primaires, ce qui provoque une faible hispi-
dation ; il est criblé d’ostioles, particulièrement apparents au niveau des canaux aquifères
où l’on distingue les aires ostiolifères. C’est essentiellement sur leur organisation (division
d’une aire primaire en secondaires par des travées spiculées à l’entrée des canaux) que
s’appuiera la systématique de ce groupe très homogène. Ces éponges, communes en Médi¬
terranée et sur les côtes de la Manche, n’ont jamais été distinguées des Haliclonidae à
mailles isodictyales, à côté unispiculé. Or l’organisation squelettique et anatomique est
différente et aucun intermédiaire entre les deux formes n’a été observé. Chez les Reniera
du type R. arenata l’exopinacoderme apparaît bien tendu quand l’éponge est sèche ; chez
les Haliclona il n’est pas visible, car la couche pinacocytaire très fine doit se déchirer.
120
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
b. Reniera du type R. fulva Topsent, 1893 : au niveau des canaux aquifères largement
ouverts l’exopinacoderme est sous-tendu par un réseau de type « voûte » (cf. p. 107 § « Sque¬
lette ectosomique »). Ce groupe est très bien caractérisé : ce sont des éponges en lame (quelque¬
fois à deux faces distinctes) ; les oxes sont grands (200 p.) ; le réseau est dense, confus ;
la spongine est très peu développée ; elles sont très friables.
Certaines espèces du type R. arenata ont dans les zones ostiolifères des spiculés libres
servant en quelque sorte d’armature ; il est séduisant d’y voir (par exemple R. valliculata
n. sp.) un passage aux espèces du type R. fuloa ; mais leur réseau choanosomique et leurs
spiculés sont trop identiques à ceux de leur groupe pour les considérer comme des inter¬
médiaires. C’est cependant l’amorce d’une évolution dans ce sens.
2° Reniera du type R. aquaeductus : le système aquifère n’a pas d’espaces inhalants
comparables aux précédents, s’ouvrant à la surface et s’enfonçant dans le choanosome ;
mais il est caractérisé par la présence dans la zone ectosomique d’espaces aquifères impor¬
tants, qui contribuent à mettre en évidence la partie superficielle de la charpente. Dans
ce cas, par opposition au précédent, le réseau dense, en lignes primaires ascendantes, se met
en place sans avoir à s’organiser autour des canaux aquifères.
Ce groupe est caractérisé par ses oxes forts, son réseau dense mais assez régulier à
spongine généralement réduite, ses vestibules ; ces éponges sont fermes.
B. Le genre Pellina Schmidt, 1870
Ce genre a été établi pour l’espèce P. semitubulosa (Lieberltühn). Sa diagnose est la
suivante :
— forme variée ;
— spiculés : oxes irréguliers entre eux ;
— réseau choanosomique très dense, en mailles irrégulières ;
— réseau ectosomique particulier en mailles régulières, nettement distinct du précédent par
de vastes espaces aquifères sous-dermiques ; il constitue le squelette des fistules particulière¬
ment développées dans ce genre ;
— éponges très fragiles, cassantes par le développement du système aquifère et l’absence
de spongine.
A ces genres principaux, les auteurs ajoutent ceux dont les espèces ont un squelette
de fibres multispiculées tels que Calyx, Petrosia, Rhizochalina, Pachychalina, Cladocroce,
Haliclonissa. Deux espèces étudiées, R. rhizophora et D. lenis, présentent des caractères
squelettiques suffisamment particuliers pour conduire à la création de deux genres nou¬
veaux.
C. Le genre Rhizoniera n. g.
Il a été établi pour l’espèce R. rhizophora (Vacelet, 1969). Sa diagnose est la suivante :
— éponge pyriforme à pédoncule fibreux terminé par des rhyzoïdes, à oscule apical et atrium
axial ; (fig. 2, q) ;
— spiculés : oxes irréguliers ;
RÉNIERIDES DE MEDITERRANÉE
121
— charpente divisée en deux réseaux distincts :
• un réseau de type réniéride à lignes primaires marquées, à disposition radiaire et à spiculés
transverses nombreux ;
• un faisceau de fibres multispiculées formant le pédoncule et les racines de l’éponge ; elles
s’irradient en partie dans le choanosome entre le réseau primaire et s’amincissent à leur extrémité ;
l’autre partie des fibres reste concentrée dans la paroi atriale à la manière d’un tuteur ;
— exopinacoderme facilement détachable, armé d’un réseau de spiculés lâche.
Il semble qu’à ce genre doivent se rattacher des espèces telles que R. voeringii Lund-
beck, R. clavata Levinsen, R. urceolus (Rathke et Vahl). 11 se distingue de Cladocroce Top-
sent, 1892, essentiellement par la forme qui contribue à la concentration des fibres en un
pédoncule.
D. Le genre Dendroxea n. g.
Il a été établi pour l’espèce D. lenis (Topsent, 1892). Sa diagnose est la suivante :
— éponge encroûtante ;
— spiculés : oxes de réniéride ;
— charpente : assise basale constituée d’un feutrage très dense de spiculés d’où s’élèvent des
fibres plurispiculées arborescentes ; elles se dichotomisent de façon plus ou moins précoce selon les
individus ; elles ne sont reliées entre elles que par quelques rares faisceaux transverses ; la densité
de spiculés entre les fibres est faible (fig. 2, j t ) ;
— exopinacoderme aspiculé, criblé ; vastes espaces aquifères sous-dermiques.
Ce genre, très nettement distinct dans les Renieridae, rappelle par l’organisation de
sa charpente certaines formes d’Axinellides encroûtantes.
IL Famille des Haliclonidae
Dans cet ensemble, les divisions génériques basées uniquement sur les caractères de
la charpente choanosomique (quantité de spongine, spiculation des fibres) ne peuvent
être établies, d’une part en raison des variations susceptibles de se rencontrer chez une
même espèce, d’autre part en fonction du passage très progressif d’un type de charpente
à un autre ; en outre, les genres créés pour une forme particulière (la plupart des Chalini-
nae de Lendenfeld, 1888) ne sont pas valables ; ainsi il semble que les espèces de Sipho-
nochalina ne doivent pas être distinctes des formes non tubulaires mais à charpente identique.
En raison de la faible représentation de ces espèces en Méditerranée, les critères sys¬
tématiques n’ont pu être précisés ; cependant, il semble que la classification d’un tel ensemble
doive reposer essentiellement sur :
— la variation de la quantité de spongine au sein d’un même individu (cf. p. 104 § « Quantité
de spongine ») ;
— le réseau superficiel ;
— la spiculation des fibres et leur orientation ;
— la taille de la maille (réseau choanosomique serré ou lâche).
A l’origine de ce groupe se situent des espèces que l’on attribuait au genre Reniera
(. Haliclona elegans, H. citrina, H. mediterranea — espèce décrite par Topsent sous le nom
de R. aquaeductus ou de R. rosea —, etc.) ; elles sont caractérisées par leurs oxes petits,
122
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
réguliers en taille, par leur réseau très simple à mailles isodictyales à côté unispiculé, peu
dense, par leur souplesse, leur élasticité due au lien de spongine qui unit les oxes entre eux.
Par ces caractères squelettiques elles doivent être distinguées des Reniera du type R. arenata :
aucune espèce présentant un réseau intermédiaire n’a été observée entre ces deux groupes ;
par contre, chez les Ilaliclonidae, des espèces comme H. citrina ou Siphonochalina sub-
cornea n. sp. constituent les termes de passage d’un réseau à mailles isodictyales à un réseau
à fibres de spongine.
A. Le genre Haliclona Grant, 1835-1841
Ce genre a été créé pour l’espèce H. oculata (Pallas) dans une étude de physiologie, puis
abandonné dans un travail de classification par Grant lui-même en 1861 au profit du genre
Chalina ; Bowerbank a repris ce genre qui a prévalu par la suite pour différents auteurs,
spécialement pour Topsent (1938). L’antériorité d ’ Haliclona sur Chalina ne fait donc
aucun doute ; elle a été reconnue par Burton (1932-1934), par de Laubenfels (1936).
L’espèce II. oculata , très commune en Manche, n’a pas été signalée en Méditerranée ;
son étude (cf. p. 104 § « Quantité de spongine ») nous a permis de mettre en évidence un
caractère particulier à cette espèce : une production continue de spongine ; le problème
a été posé de savoir si ce caractère avait une valeur générique ou uniquement spécifique.
Nous rattachons à ce genre, par commodité, les espèces à réseau à mailles isodictyales
semblables à celles d’il, oculata dans les zones de croissance ; mais ces espèces n’ont jamais
présenté une quantité de spongine aussi importante. Sa diagnose est la suivante :
— spiculés : oxes petits, réguliers entre eux en taille et en forme ;
— charpente : mailles isodictyales à côté unispiculé : chez le type, H. oculata, la spongine a
un grand développement dans les parties âgées où elle forme de véritables fibres ;
— pas de réseau superficiel particulier ; pas de canaux développés ; pas d’exopinacoderme
détachable.
La systématique de ce genre est particulièrement délicate ; elle n’est basée pratique¬
ment que sur des critères de couleur et sur l’histologie ; la détermination d’un matériel
fixé est donc illusoire.
B. Le genre Chalinula Schmidt, 1868
Le type de ce genre est Ch. renieroides Schmidt ; Topsent (1938) a mis cette espèce
en synonymie avec Ch. fertilis Keller, 1879. Si cette synonymie est probable (forme, cou¬
leur, consistance, spiculés), elle n’est pas certaine (membrane dermique détachable chez
Ch. fertilis, pores distincts, charpente), et faire prévaloir Ch. renieroides serait dévaloriser
le très beau travail de Iveller. Sa diagnose est la suivante :
— éponges petites, massives, fragiles ;
— spiculés : oxes petits, réguliers entre eux ;
—- charpente : fibres principales ascendantes et fibres secondaires plus ou moins longues,
perpendiculaires ; fibres à axe spiculé (oxes en nombre variable), à gaine de spongine plus ou moins
débordante ; pas de réseau superficiel ; les lignes ascendantes déterminent une forte hispidation ;
— l’exopinacoderme peut recouvrir des vestibules importants : il est alors détachable.
RÉNIÉRIDES DE MEDITERRANEE
123
L’espèce Ch. limbata (Montagu) = Ch. zostericola (Topsent, 1892) se rattache à ce
genre ; Ridley (1884) a créé le genre Acervochalina pour cette espèce ; l’antériorité du
genre Chalinula prévaut sur le genre Acervochalina.
Les trois genres suivants, Adocia, Callyspongia, Siphonochalina, diffèrent des précé¬
dents pour l’acquisition d’un réseau superficiel particulier.
C. Le genre Adocia Gray, 1867
La diagnose donnée par Gray est inexacte ; seule la précision du type, A. simulans
(Johnston), permet de dégager le caractère générique qui est la possession d’un réseau
superficiel particulier (cf. p. 107 § « Squelette ectosomique »). Ce genre se rattache à la
famille des Ilaliclonidae par :
-— les oxes généralement petits, réguliers entre eux en taille et en forme ;
-— le réseau choanosomique, en lignes primaires et spieules transverses perpendiculaires,
très organisé.
La quantité de spongine est variable d’une espèce à l’autre.
Le choix d’A. simulans comme type du genre n’est pas très heureux ; chez cette espèce
le réseau superficiel n’est apparent que chez les formes jeunes ; en effet, chez les individus
âgés, le grand développement des lignes principales et la densité des spiculés transverses,
l’hispidation très serrée pendant la phase de croissance, la présence de vestibules assez
développés, sont autant de caractères qui masquent le principal. Chez les autres espèces
méditerranéennes étudiées le réseau superficiel est particulièrement net.
D. Le genre Callyspongia Duchassaing et Michelotti, 1864
Burton (1934) a précisé ses caractères génériques à partir du lectotype C. fallax D.
et M. :
-— charpente : réseau de fibres de spongine à axe spiculé ;
— squelette dermique spécial à réseau de fibres semblables aux précédentes et de fibres secon¬
daires moins épaisses.
Burton inclut dans ce genre des espèces à microsclères (toxes et sigmas) que de Lau-
benfels (1936) attribue au genre Patuloscula Carter. Les genres Cladochalina Schmidt,
1870, et Ceraochalina von Lendenfeld, 1887, sont synonymes de Callyspongia D. et M. d’après
Burton (1934).
Une éponge méditerranéenne a été attribuée à ce genre qui est particulièrement repré¬
senté dans les eaux tropicales.
E. Le genre Siphonochalina Schmidt, 1868
Le genre a été créé par Schmidt pour l’espèce S. coriacea des côtes d’Algérie. Outre
la forme en tube, le réseau superficiel entre les extrémités des fibres principales constitue
le caractère le plus important. Mais ce réseau ne semble pas comparable à celui des Cally-
124
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
spongia : la spongine est beaucoup moins développée que dans la charpente et la maille
est irrégulière. Si ce caractère s’avère exact, le genre Siphonochalina ne devra plus être
limité aux formes en tube, mais étendu à l’ensemble des espèces présentant une charpente
semblable.
III. Essais systématiques basés sur les caractères squelettiques
Nous avons vu les différents types de charpente choanosomique (cf. p. 103) rencontrés
chez les Haplosclérides, ainsi que les différents types de squelette superficiel (cf. p. 107).
Ce dernier, même s’il se différencie en un véritable cortex, n’a pas l’importance systématique
fondamentale du squelette choanosomique. Il apparaît donc logique, si on admet une valeur
réelle des caractères squelettiques, de baser la systématique des Haplosclérides sur la char¬
pente choanosomique.
Parmi les trois types que l’on a distingués, le second, à fibres de spongine, correspon¬
dant au réseau type des Haliclonides, apparaît comme le plus évolué ; on admet, en effet,
que les Haplosclérides marquent dans la classe des Démosponges une certaine évolution
par simplification de la spiculation (du point de vue catégories spiculaires) et que les Kéra-
tosa en constituent le terme par réduction de la spiculation (du point de vue numérique) ;
les Haliclonidae seraient les étapes successives de cette évolution.
A partir de cette hypothèse peut-on considérer le troisième type de réseau, à fibres
multispiculées, comme un stade primitif, et le premier, à lignes principales paucispiculées
et à spongine réduite, comme intermédiaire ?
Si on s’attache à préciser le rôle dans la charpente des fibres multispiculées, on cons¬
tate qu’il est identique à celui des fibres de spongine : c’est un rôle de soutien de formes
qui peuvent être élaborées (formes arborescentes, tubulaires, en coupe, etc.), c’est un rôle
de renforcement de la charpente, ces éponges étant souvent coriaces, fermes, difficiles à
déchirer.
Il apparaît donc qu’avec des structures différentes le résultat pratique reste le même.
Si les formes à spongine développée apparaissent comme le résultat d’une certaine évolu¬
tion, on peut donc penser que les formes à fibres multispiculées en marquent aussi une.
En partant de cette hypothèse l’ordre des Haplosclérides pourrait être compris ainsi :
à partir d’une souche commune à charpente simple (mailles à côté unispiculé par exemple),
deux familles se seraient séparées, les Renieridae et les Haliclonidae ; elles auraient évolué
toutes deux dans un même sens, celui du renforcement de leur charpente, mais de façon
différente :
— la première par concentration des spiculés en des fibres ;
— la seconde par un accroissement de la spongine corrélatif d’une réduction du nombre des
spiculés.
Des différenciations ectosomiques ultérieures se rencontreraient dans les deux familles.
Les Gelliidae devraient probablement être incluses dans un tel ensemble en fonction
du type de leur charpente et non plus classées à part à cause des microsclères qui n’ont, au
niveau des Haplosclérides, qu’un intérêt très relatif dans la systématique de l’ordre ; elles
seraient réparties entre les Haliclonidae et les Renieridae.
RÉNIÉRIDES DE MÉDITERRANÉE
125
IV. Clé dichotomique des genres
1 — Éponges de consistance très dure (comme de la pierre) ; deux catégories d’oxes (grands et
petits) ; charpente : mailles de fibres plurispiculées ; cortex développé. . Petrosia Vosm.
— Éponges ayant une certaine souplesse. 2
2 — Réseau à fibres multispiculées. 3
— Réseau sans fibres multispiculées. 6
3 —- Éponges encroûtantes, à assise basale spiculée et à fibres ascendantes. . Dendroxea n. g.
-— Éponges de formes variées, sans charpente comparable à la précédente. 4
4 ■— Cortex différencié : couche de spongine renforcée par des oxes non assemblés en réseau. . . .
Phloeodictyon Carter
— Pas de cortex. 5
5 —- Éponges pyriformes à pédoncule fibreux, à réseau secondaire de type réniéride.
Rhizoniera n. g.
— Éponges sans pédoncule fibreux. Calyx Vosm.
Cladocroce Tops.
Pachychalina Schm.
6 — Présence d’un réseau superficiel particulier au niveau de la face inhalante mis en évidence
par des coupes transversales ou tangentielles à la surface. 11
— Absence d’un tel réseau. 7
7 — Vestibules (ou canaux inhalants ou lacune sous-dermique) recouverts seulement par l’exopi-
nacoderme criblé qui est apparent.10
— Pas de vestibules (ni de canaux inhalants développés) : exopinacoderme non apparent. . 8
8 -— Charpente d’Haliclonide : oxes petits (moy. de 100 p), réseau régulier peu dense, à spon¬
gine généralement importante. 9
— Charpente de Réniérides : oxes forts (moy. sup. 100 p), réseau dense à spongine réduite ;
vestibules développés (pseudocortex). Reniera Nardo du type R. aquaeductus
9 — Réseau à mailles isodictyales à côté unispiculé ; spongine réduite aux nœuds du réseau
ou en quantité variable au sein d’un même individu. Haliclona Grant
— Réseau à lignes principales et fibres secondaires à spongine débordante. . Chalinula Schm.
10 ■— Réseau à lignes principales paucispiculées sans lignes secondaires, à spongine généralement
réduite. Reniera du type R. arenata
— Réseau à fibres principales et fibres secondaires ; spongine importante. . Chalinula Schm.
11 — Réseau superficiel de type « voûte » (fig. 2, d) ; réseau choanosomique dense ; oxes grands
(moy. de 200 p). Reniera du type R. fulva
-— Réseau particulier à toute la surface, de type « enveloppe ». 12
12 — Réseau superficiel à mailles identiques à celles du réseau choanosomique (fig. 2, c).
Reniera du type R. aquaeductus
— Réseau superficiel à mailles différentes. 13
13 — Éponges cassantes ; ectosome détachable (fig. 2, e) ; fistules ou membranes périosculaires ;
système aquifère très développé. Pellina Schm.
— Éponges souples ; pas de fistules ; ectosome non détachable ; système aquifère peu déve¬
loppé. 14
14 — Éponges en tube ; fibres à spongine développée. Siphonochalina Schm.
— Forme variable mais non tubulaire. 15
15 -— Réseau superficiel à mailles régulières ; fibres à spongine importante et à spiculation réduite.
Callyspongia Duchas. et Michel.
— Réseau superficiel à mailles serrées, bien différent du réseau choanosomique (fig. 2, f). .
Adocia Gray
CHAPITRE III
INVENTAIRE DES RÉNIÉRIDES DE MÉDITERRANÉE
I. Famille des Renieridae
A. Reniera Nardo, 1833
1. Reniera du type R. aquaeductus
Reniera aquaeductus Schmidt, 1862
(Fig. 4, a)
Exemplaire étudié. — Une préparation faite par Topsent à partir du type conservé
au Musée d’Histoire naturelle de Strasbourg (cf. Topsent, 1925 b).
Description. — Charpente. Réseau dense en lignes principales paucispiculées et spiculés
transverses perpendiculaires.
Spiculés. Oxes assez forts, acérés (fig. 4, a), dont les mensurations sont conformes à celles
données par Schmidt (1864) et par Topsent (1925 b) ; 10 spiculés ont été mesurés 1 sur la prépa¬
ration : longueur moyenne = 175 p, ; épaisseur moyenne = 8 p.
Discussion. — Après l’étude de cet exemplaire, Topsent l’a rapproché de R. crassa
(Topsent) ; il a distingué ces deux espèces, car pour lui R. crassa est une Siphonochalina.
Par la suite, il a considéré comme R. aquaeductus l’espèce commune en Méditerranée le
long des tombants coralligènes, II. mediterranea n. sp., qu’il a mis en synonymie avec
R. rosea (Bwb.) (Topsent, 1943). Ces synonymies ne sont pas valables.
Reniera crassa (Topsent, 1925)
(Fig. 4, b et c)
Exemplaires étudiés. — Nombreux spécimens dragués dans la région marseillaise
et à Port-Cros dans des fonds de 40 m du D.C.
Description. — Tubes dressés, atteignant plus de 20 cm, de diamètre constant (10 à 20 mm),
s’érigeant à partir d’une base commune ; oscule apical non évasé ; épaisseur du tube assez faible
(5 mm). Surface lisse mais bosselée, à aspect criblé et à hispidation faible. Quelques excroissances
latérales. Rosâtre, parfois jaunâtre (cristaux de fer sur la spongine). Ferme, incompressible, cas¬
sante à l’état sec, non visqueuse.
1. Les mensurations des spiculés sont indiquées selon la formule suivante : longueur minimale — lon¬
gueur moyenne (i intervalle de confiance) -— longueur maximale ; épaisseur minimale — moyenne —
maximale.
RÉNIÉRIDES DE MÉDITERRANÉE
127
Sa couleur et sa consistance la font ressembler à Adocia simulans avec laquelle on est tenté
de la confondre quand la drague n’en ramène que quelques fragments.
Charpente. Lignes primaires paucispiculées, bien marquées, ascendantes, s’incurvant vers
la surface ; spiculés transverses perpendiculaires ; densité spiculaire élevée ; spongine assez déve¬
loppée.
La paroi de l’atrium est hérissée de bouquets de spiculés qui s’appuient sur la partie proxi¬
male des lignes principales (fig. 4, b) : c’est un bon caractère spécifique.
Spiculés. Oxes réguliers entre eux en taille et en forme ; pointes effilées (fig. 4, c). Mensurations
(en p) :
125 — 160 (± 3) — 182,5 ; 4,25 — 6,75 — 8 1
Histologie. Nombreuses cellules sphéruleuses de 10 à 15 p, à sphérules de 1,5 p ; cellules gra¬
nuleuses de 10 p.
Reproduction. — En octobre ; les embryons sont contenus dans des poches.
Répartition. — Les différents spécimens ont tous été dragués dans des fonds du D.C.,
vers 40 m.
Discussion. — Topsent (1924, 1925 b) a décrit cette espèce comme étant une Sipho-
nochalina ; elle s’en distingue par la taille des spiculés, la densité spiculaire et la spongine
peu développée. Il faut noter la ressemblance avec les formes en tube d’M. simulans : les
bouquets de spiculés hérissant la paroi de l’atrium sont un bon caractère spécifique de
R. crassa.
Reniera perlucida n. sp.
(Fig. 2, c ; fig. 4, d et e ; pl. II, fig. 1)
Exemplaires étudiés. —- Nombreux, de provenances diverses :
El, l’holotype, dragué au large de Saint Cyprien (P. O.), à la Roche Toreilles (30 m) ;
je le dépose au M.N.hl.N. sous le n° D.J.M.G. 9 ;
E2, Rocher du Brescou, Àgde ;
E3, nord-est d’Alboran, 30 m, roches à Laminaria ochroleuca ;
E4, Costa Brava, 60 m, V.T.C.
Description. — Massive, oscules ronds de 5 à 7 mm, légèrement surélevés. Surface lisse.
Couleur grise. Ferme mais très cassante. La partie superficielle est rendue hyaline par le dévelop¬
pement des vestibules, alors que le choanosome est dense : ils délimitent, ainsi, un pseudocortex
(fig. 2, c ; pl. II, fig. 1).
Cette éponge se développe très souvent en ménageant en son centre un trou.
Charpente. Réseau très dense à mailles typiquement quadrangulaires ; les lignes principales
paucispiculées sont masquées ; la spongine est réduite aux nœuds du réseau (fig. 4, d).
Spiculés. Oxes très réguliers en taille et en forme ; grands, forts, à pointes acérées (fig. 4, e).
Mensurations (en p.) :
El : 157,5 — 185 (± 4 ) — 212,5 ; 3,25 — 8,5 — 10,0
E2 : 147,5 — 180 (± 2,5) — 195 ; 4,0 — 7,5 — 10,0
E3 : 140 — 177,5 (± 2,5) — 195 ; 5.0 — 7,75 — 9,0
E4 : 132,5 — 162,5 (± 4 ) — 185 ; 4,0 — 7,0 — 9,0
Histologie. Des cellules sphéruleuses n’ont jamais été observées ; les chambres choanocy-
taires sont très nombreuses, de 30 à 40 p.
1. Voir note 1, p. 126.
128
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
Répartition. — Cette éponge a toujours été draguée ou chalutée dans les fonds du
D.C., de 30 à 70 m.
Discussion. — Chez cette espèce le pseudocortex est très net ; on peut donc la con¬
fondre avec une Pellina ; mais la maille de ce pseudocortex est identique à celle du réseau
choanosomique.
Cette espèce est proche de R. simplex (Bwb.), de R. macandrewi (Bwb.), de la Reniera
sp. de Roscoff commune au <c Trou aux Singes » (cf. Inventaire de la Faune marine de Ros-
cofî, 1968).
Reniera cratera Schmidt, 1862
(Fig. 4, f)
Eponge très commune dans les grottes superficielles, les tombants P.C. et C., dans
les rhizomes des Posidonies.
Description. — Eponge en plaques, avec des mamelons à oscule apical. Couleur rose chair,
blanche dans les zones les plus obscures. Extrêmement visqueuse.
Cette espèce est caractérisée par ses spiculés : ce sont des strongyles (moy. de 300 p) (fig. 4, f).
Charpente. Réseau à mailles isodictyales, quadrangulaires ; lignes primaires peu marquées.
Vestibules réduits.
Histologie. Archéocytes granuleux très nombreux.
Reniera flavescens Topsent, 1893
Aucun exemplaire n’a été étudié ; cette espèce n’a pas été retrouvée ; seules les prépa¬
rations de spiculés faites par Topsent subsistent. Leur étude a permis de classer cette
espèce parmi les Reniera de type R. aquaeductus , mais d’une façon assez arbitraire.
Description (d’après Topsent, 1893). — Massive, épaisse de 1 cm, jaune pâle, assez molle,
friable, non visqueuse ; surface égale, finement hispide. Oscules petits.
Cellules sphéruleuses très nombreuses, seules colorées : elles ne noircissent pas sous l’influence
des vapeurs d’acide osmique, mais deviennent violettes au contact de l’eau iodée.
Réseau squelettique unispiculé. Oxes longs de 160-170 p, larges de 5 à 7 p (ils sont irréguliers
entre eux en taille et en forme).
Assez commune sur les pierres et sur les Codiums de la baie de Banyuls.
Discussion. — Topsent a souligné sa ressemblance avec H. citrina ; cette dernière,
retrouvée à Banyuls par Boury-Esnault, est une Haliclonidae ; par ses oxes, R. flaves¬
cens doit être considérée comme une Renieridae.
Fig. 4, a. — Oxes de Reniera aquaeductus.
Fig. 4, b, c. — Reniera crassa ; b, détail de la charpente près de l’atrium (At) ; c, oxes.
Fig. 4, d, e. — Reniera perlucida ; d, détail de la charpente ; e, oxes.
Fig. 4, f. — Reniera cratera, strongyles.
130
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
Clé dichotomique
1 —
2 —
3 —
4 —
Strongyles.
Oxes.
Forme en tube.
Forme massive.
Bouquets de spiculés hérissant la paroi atriale ;
Absence de telles formations.
Grise, ferme, oxes réguliers.
Jaune pâle, molle, oxes irréguliers.
. R. cratera Schm.
. 2
. 3
. 4
spongine assez développée.
R. crassa (Tops.)
. R. aquaeductus Schm.
. R. perlucida n. sp.
. R. flavescens Tops.
2. Reniera du type R. arenata
Reniera arenata n. sp. 1
(Fig. 5, a ; fig. 6, a et b ; pl. I, fig. 1 ; pl. II, fig. 2)
Exemplaires étudiés. — Très nombreux, de provenances diverses :
El, échantillon de la collection de Topsent du Laboratoire Arago de Banyuls-sur-
Mer : c’est l’holotype ; j’en dépose un fragment au M.N.H.N. sous le n° D.J.M.G. 16 ;
E2, golfe de Marseille, dragage dans le D.C. ;
E3, Blanes (Costa Brava, Espagne), chalutage dans le D.C. ;
E4, canal de Minorque (Baléares), fonds à « pralines », 75 m ;
E5, parages du Rocher du Brescou (Agde), 35 m ;
E6, Dubrovnik, canal de Sipan, faciès du D.C. à Vidalia volubilis, 40 m.
Description. — Tubes d’une dizaine de centimètres de hauteur, deux de diamètre, 5 mm
d’épaisseur, concrescents à leur base ; oscule terminal à contour souvent irrégulier, de diamètre
à peine inférieur à celui du tube. Constrictions plus ou moins marquées. Couleur terne, grisâtre.
Visqueuse quand elle est vivante. Très souple, compressible, ceci étant dû, pour une grande part,
à l’abondance des canaux aquifères.
L’aspect de la surface, à peine hispide, est très caractéristique : elle est bosselée, parfois même
verruqueuse ; les dépressions séparant ces petites proéminences, circulaires ou allongées, lui donnent
un aspect criblé ou ridé ; c’est certainement pour signaler cette apparence que Topsent a donné
le nom de R. loculosa à cette espèce.
L’exopinacoderme aspiculeux, criblé, parfaitement appliqué contre l’ensemble des tissus,
est cependant détachable. Les zones ostiolifères, correspondantes aux dépressions précédentes,
1. Topsent a donné à l’échantillon El conservé au Laboratoire Arago de Banyuls-sur-Mer le nom
de R. loculosa, mais il n’a jamais décrit cette espèce. Il faut le considérer comme un nomen nudum.
Fig. 5, a 1; a 2 . — Reniera arenata, aire ostiolifère indivise, aspiculée.
Fig. 5, bj, b 2 . — Reniera mamillata, aire ostiolifère principale divisée en aires ostiolifères secondaires.
Fig. 5, c,, c 2 . — Reniera implexa, aire ostiolifère indivise, aspiculée, de diamètre réduit.
Fig. 5, d. — Reniera valliculata, aire ostiolifère principale divisée en aires ostiolifères secondaires, spiculées.
132
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
de 800 p. de diamètre en moyenne, à contour net, sont bien séparées les unes des autres ; les ostioles
ont un diamètre variant de 50 à 100 p. L’exopinacoderme a la propriété de retenir les grains de
sable les plus fins ; l’éponge peut en être entièrement couverte et pour mettre en évidence les par¬
ticularités de la surface il convient de la débarrasser de tous ces corps étrangers.
Les canaux aquifères périphériques ont leur partie proximale évasée en un vestibule recouvert
par l’aire ostiolifère ; le vestibule n’étant absolument pas cloisonné par des travées, l’aire ostio-
lifère est uniforme, d’un diamètre supérieur à celui du canal inhalant. Ce caractère est spécifique
(fig-, 5 a 2 ; pl. I, fig. 1 ; pl. II, fig. 2).
La paroi de l’atrium est percée par les orifices des canaux exhalants extrêmement abondants.
Charpente. Fibres primaires unispiculées ; spiculés transverses perpendiculaires ; spongine
réduite ; fibres de soutien plurispiculées, dans le sens de la hauteur du tube, près de l’atrium
(fig- 6; a)-
Spiculés. Oxes sans formes vraiment caractéristiques, minces, assez réguliers, à pointes
moyennes (fig. 6, b). Mensurations (en p) :
El : 122,5 — 145 (±2 ) — 160 ; 2,75 — 4,75 — 6,25
E2 : 102,5 — 132,5 (± 2,5) — 150 ; 2,0 — 3,25 — 4,25
E3 : 112,5 — 135 (± 3 ) — 160 ; 2,0 — 3,5 — 6,0
E4 : 102.5 — 125 (± 3 ) — 145 ; 2,0 — 3,5 — 5,0
E5 : 125 — 153 (±3 ) — 175 ; 2,75 — 4,5 — 6,25
E6 : 137,5 — 160 (± 3 ) — 180 ; 3,0 — 4,75 — 6,25
Histologie. Observations après fixation dans l’alcool :
-— cellules granuleuses rondes, extrêmement abondantes, à fines granulations homogènes
dans toute la cellule ; diamètre variant de 4 à 14 p (moy. 10 p) ;
— cellules sphéruleuses très abondantes, mûriformes, à sphérules très petites (1 p) et à splié-
rules normales (2 à 3 p) ; leur diamètre varie de 9 à 15 p.
Répartition. — Cette espèce très commune en Méditerranée est localisée à la bio-
cœnose du D.C., dans des fonds de 40 à 50 m.
Discussion. —- Cette espèce est bien caractérisée par l’aspect de sa surface et les par¬
ticularités de son ectosome.
Reniera mamillata n. sp.
(Fig. 5, b ; fig. 6, c et j ; pl. I, fig.
3 )
Exemplaires étudiés :
El, entre les îles de Bobara et de Mrhan (Adriatique, région de Dubrovnik), 30 m.
P.C. (holotype déposé au M.N.H.N. sous le n° D.J.M.G. 4) ;
E2, dans le canal de Sipan (Adriatique, région de Dubrovnik), fonds à Vidalia volubilis ;
E3, mer Egée, île de Santorin, cap Turbos, 52 m ;
E4, golfe de Marseille, fonds à Peyssonelia, 40 m.
Description. -— - Forme variée, base toujours massive (25 mm d’épaisseur), processus oscu-
lifères de formes diverses (fig. 6, j) ; ils peuvent avoir un grand développement (7 cm de hauteur) ;
les oscules situés à leur sommet sont parfaitement ronds, de même diamètre que l’atrium dont la
paroi est percée de nombreux orifices très nets, disposés en séries annulaires.
Couleur blanc sale, rosâtre ou jaunâtre. Friable, douce au toucher, souple, visqueuse quand
on l’écrase, non filante.
La surface est régulière, unie ; son aspect est caractéristique, très finement criblé ; l’hispi-
dation est très faible (visible à la loupe). L’exopinacoderme n’est pas détachable : en effet, à l’inverse
de R. arenata, les aires ostiolifères ne sont pas libres d’attaches ; les canaux aquifères inhalants
RÉNIÉRIDES DE MÉDITERRANÉE
133
sont cloisonnés dans leur partie proximale ; ces travées spiculées divisent la zone ostiolifère pri¬
maire (de 800 fi) en zones ostiolifères secondaires (2,3 ou 4) de 200 p à 400 p de diamètre (fig. 5,
b 1; b 2 ; pl. I, fig. 3).
Charpente. Lignes primaires paucispiculées et spiculés transverses ; fibres de soutien obliques,
plurispiculées ; spongine aux nœuds du réseau.
Spiculés. Oxes réguliers à pointes bien faites, effilées (fig. 6, c). Mensurations (en p) :
El : 140 — 157,5 (±3 ) — 175 ; 3,5 — 5,5 — 6,5
E2 : 105 — 142,5 (± 2,5) — 160 ; 3,5 — 5,5 — 6,75
E3 : 135 — 162,5 (± 2,5) — 180 ; 2,5 — 4,5 — 6,75
E4 : 117,5 — 135 (± 2 ) — 155 ; 3,5 — 5,0 — 6,0
Histologie. Cellules sphéruleuses rares, mûriformes, de 14 p de diamètre ; sphérules de 1 à 2 p.
Chambres choanocytaires de 30 à 35 p ; choanocytes de 5 p, à granules réfringents.
Répartition. — Cette espèce est localisée aux tombants P.C. et C., ainsi que dans
les fonds du D.C. vers 40 m.
Discussion. — Cette espèce est bien caractérisée par l’aspect de sa surface, le grand
développement du système aquifère, sa texture, sa souplesse.
Reniera implexa Schmidt, 1868
(Fig. 5, c ; fig. 6, d et k ; pl. I, fig. 2)
Exemplaires étudiés. — De provenances diverses :
El, Adriatique, région de Dubrovnik, canal de Sipan, fonds à Vidalia volubilis, 40 m ;
E2, golfe de Marseille, fonds à Peyssonnelia polymorpha, 50 m ;
E3, Costa Brava, au large de Malgrat, 90 m.
Description. -—- Branches de 7 mm de diamètre, creuses, dressées, concrescentes ; oscules
de 3 mm à l’extrémité des branches ou portés latéralement ; les rameaux en cours de croissance
ont une forme caractéristique : ils se terminent en pointe ou en moignon.
Couleur externe rose vineux ; le choanosome peut être plus clair. Molle, douce au toucher ;
visqueuse quand on l’écrase vivante ; elle ne file pas.
La surface est régulière, finement hispide, discrètement criblée. L’exopinacoderme n’est
pas détachable : il est beaucoup plus en contact avec les tissus sous-jacents qu’il ne l’était chez
les deux espèces précédentes, car les zones ostiolifères ont un diamètre réduit (300 fx) et elles sont
bien séparées les unes des autres. Ceci est en relation avec les canaux inhalants peu nombreux,
à diamètre étroit ; cette relative réduction fait que la texture de R. implexa n’est pas du tout
semblable à celle de R. arenata et de R. mamillata : elle n’est pas lacuneuse ; cette espèce est peu
compressible.
Les canaux inhalants ne sont pas cloisonnés dans leur partie proximale, ce qui rend la zone
ostiolifère uniforme (fig. 5, Cj, c 2 ; pl. I, fig. 2). Les ostioles ont de 50 à 110 p de diamètre.
Charpente. Lignes primaires unispiculées, spiculés transverses perpendiculaires ; quelques
fibres plurispiculées obliques ; très peu de spongine.
Spiculés. Oxes assez réguliers en taille et en forme ; pointes brèves (fig. 6, d). Mensurations
(en p) :
El : 120 — 135 l± 2) — 155 ; 2,5 — 4,0 — 5,0
E2 : 100 — 132,5 (± 2) — 150 ; 3,0 — 3,5 — 4,25
E3 : 125 — 135 (± 2) — 150 ; 2,5 — 3,75 — 5,0
Histologie. Observations après fixation au formol :
-— petites cellules sphéruleuses de 6 à 8 p, sphérules de 1,5 p (fig. 6, k t ) ;
— grosses cellules sphéruleuses de 12 à 20 p, sphérules de 2 à 4,5 p (fig. 6, k 2 ).
— chambres choanocytaires ovoïdes, de 25 (jl en moyenne.
134
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
Répartition. — En Méditerranée occidentale et en Adriatique cette espèce est loca¬
lisée à la biocœnose du D.C. L’holotype provient de la région de Muggia dans le nord de
l’Adriatique.
Discussion. — Cette espèce est commune ; elle est reconnaissable par sa forme et sa
fragilité. Mais sa détermination n’est possible que par une étude attentive de sa surface.
Les oxes ne sont pas caractéristiques, bien qu’assez réguliers. Ridley et Dendy (1887),
puis Topsent (1904) l’ont signalée dans la région des Açores, dans des fonds de 820 m
(volcanic mud), de 350 m (roches), de 600 m (sable à gros grains) ; ces divers spécimens,
semblables par leur forme à ceux de Méditerranée, en diffèrent par la taille des spiculés,
par les lignes primaires plus fortes, par leur répartition.
Reniera valliculafa n. sp.
(Fig. 5, d ; fig. 6, e ; pl. I, fig. 4 ; pl. III, fig. 2)
Exemplaires étudiés. — Quelques spécimens de la zone semi-obscure de la grotte
du Figuier à l’est de Marseille, à 15 m. Je dépose le spécimen représenté pl. III, fig. 2, comme
holotype au M.N.H.N. sous le n° D.J.M.G. 3.
Description. — Eponge assez massive ; oscules bien ronds (8 à 10 mm), au sommet de mame¬
lons ; leur bord est souvent égueulé car certains canaux exhalants, aboutissant à l’atrium, sont
trop superficiels et pour cette raison mis à jour ; ces travées ainsi formées, à lèvres resserrées, sont
caractéristiques de l’espèce.
La surface est très irrégulière, tourmentée, bosselée ; elle a un aspect criblé ; elle n’est pas
hispide.
Couleur uniforme, beige clair. Molle, très fragile, friable. Texture lacuneuse car les canaux
aquifères sont nombreux et bien développés.
L’exopinacoderme criblé n’est pas détachable. Les zones ostiolifères sont divisées par des
travées spiculées qui cloisonnent l’entrée des canaux inhalants ; mais à la différence de R. mamil-
lata, il y a ici des spiculés à l’intérieur des zones ostiolifères secondaires, les ostioles pouvant être
séparés les uns des autres (fig. 5, d ; pl. I, fig. 4) ; cependant, il n’y a pas de réseau comparable à
ceux de R. fidva ou de R. mucosa par exemple. Les zones ostiolifères primaires ont un diamètre
de 300 à 1000 p, ; elles sont irrégulières.
Charpente. Fibres primaires paucispiculées et spiculés transverses. Peu de spongine aux nœuds
du réseau.
Spiculés. Oxes minces, effilés, à pointes longues ; courbés, parfois fiexueux ; assez irréguliers.
Très souvent noduleux en leur centre (fig. 6, e). Mensurations (en p.) :
115 — 157,5 (± 4,5) — 192,5 ; 2,5 — 3,5 — 5
Fig. 6, a, b. — Reniera arenata : a, détail de la charpente ; b, oxes.
Fig. 6, c, j .— Reniera mamillata : c, oxes ; j, processus osculifères.
Fig. 6, d, k .— Reniera implexa : d, oxes ; k 1; petite cellule sphéruleuse ; k 2 , grosse cellule spliéruleuse.
Fig. 6, e. — Reniera valliculafa, oxes.
Fig. 6, f. — Reniera rosea, oxes de l’holotype conservé au British Muséum.
Fig. 6, g. — Reniera viscosa, oxes.
Fig. 6, h. — Reniera indistincta , oxes.
Fig. 6, i, 1, m. — Reniera sarai : i, oxes ; 1, processus osculifères ; nq, cellule à petites sphérules ; m 2 , cellule
à sphérules moyennes ; m 3 , cellule à grosses sphérules et émission do globules.
136
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
Histologie. Observations après fixation au formol :
— cellules sphéruleuses bien rondes (6 à 8 p.), à contour très net, de couleur vert clair, à grosses
sphérules peu distinctes ;
— cellules sphéruleuses mûriformes, à petites sphérules (1,5 p) bien distinctes.
— chambres choanocytaires de 25 [r ; choanocytes de 2,5 p..
Discussion. — Les canaux exhalants très superficiels, l’ectosome criblé à zones ostio-
lifères semi-spiculées, les spiculés mal formés sont caractéristiques. On peut considérer
cette espèce comme un passage vers les Réniérides du type /?. fulva à réseau superficiel
du type « voûte ».
Reniera sarai Pulitzer, 1969
(Fig. 6, i, 1 et m; pl. I, fig. 6; pl. III, fig. 3)
= R. viscosa Sarà, 1961, non Topsent, 1887.
Exemplaires étudiés. — Très nombreux, de provenances diverses :
G.S.O. et tombants coralligènes de la région marseillaise : El, Port-Miou ; E2, Figuier ;
E3, Morjiou ;
E4, fonds coralligènes de Banyuls ;
E5, Blanes (Costa-Brava), 150 m, vase ;
G.S.O. de l’Adriatique : E6, Bari ; E7, Tremiti ; E8, Rovinj, île de Banjole ; E9, Dubrov¬
nik ;
E10, canal de Sipan, Dubrovnik ;
Eli, mer Égée, golfe d’Athènes, 75 m, D.C.
Description. — Forme toujours massive, variée, souvent du volume d’un poing ; oscules
bien ronds, de 2 à 8 mm de diamètre, au sommet de mamelons de formes diverses (fig. 6, 1), ou non
surélevés. Fréquemment couverte d’épibiotes (éponges le plus souvent) (pl. III, fig. 3).
Couleur grisâtre ou jaunâtre ; le choanosome est plus clair. Texture très compacte ; non com¬
pressible malgré le grand développement des canaux aquifères ; très friable. Toucher caractéris¬
tique : les doigts y adhèrent. Sécrétion abondante de mucus par les oscules ou les parties lésées
après sortie de l’eau et fixation.
La surface est soit régulière, soit très irrégulière, bosselée, crevassée ; elle a un aspect très
particulier : quand l’éponge est sèche, la surface est hérissée de petits conules dont le sommet est
formé par les derniers spiculés des lignes primaires de la charpente. Entre ces conules les zones
ostiolifères, parfaitement tendues, sont entourées d’épaississements tissulaires qui contribuent
à les mettre en évidence.
Charpente. Fibres primaires plurispiculées ; spiculés transverses très nombreux, sans orien¬
tation privilégiée. Pas de spongine.
Dans l’ectosome les lignes primaires s’individualisent ; elles pointent à l’extérieur du choa¬
nosome pour sous-tendre la membrane dermique aspiculée, qui est ainsi soulevée en chapiteaux.
Entre l’exopinacoderme et le choanosome les vestibules, très vastes, limités par les fibres pri¬
maires, forment une véritable lacune sous-dermique (pl. I, fig. 6). Cette lacune est particulièrement
développée dans les dépressions de l’éponge, beaucoup plus réduite dans les parties convexes.
Sa présence explique en partie le phénomène de ventouse exercé sur les doigts quand on touche
l’éponge.
RÉNIÉRIDES DE MÉDITERRANÉE
137
Spiculés. Oxes généralement, effilés, à pointes longues, asymétriques, minces. Chez certains
spécimens, ils peuvent avoir des dimensions plus importantes (iig. 6, i). Mensurations (en p.) :
El
115
— 142,5
(± 2,5)
— 170 : 2,75
— 4,0 —
5,0
E2
112,5
— 140
(± 3 )
— 165 ; 2,5
— 3,5 -
4,0
E3
125
— 157,5 (± 7,5)
— 185 ; 3,5
- 4,0 -
5,0
E4
105
— 147,5
(± 4 )
— 175 ; 3,75
— 4,5 —
5,25
E5
137,5
— 167,5
(± 3,5)
— 192,5 ; 4,25
— 6,25 —
7,5
E 6
117,5
— 140
(± 4 )
— 167,5 ; 2,5
__ 4,0 _
5,25
E7
110
— 135
(± 3 )
— 157,5 ; 2,5
— 3,25 —
4,25
E 8
90
— 142,5
(± 5 )
— 175 ; 1,75
— 3,25 —
4,5
E9
137,5
— 160
(± 3 )
— 180 ; 3,75
— 5,0 —
6,25
E10
130
— 155
(± 3 )
— 175 ; 2,75
— 4,5 —
5,25
Eli
142,5
— 170
(± 3 )
— 192,5 ; 3,75
— 6,0 —
7,5
Histologie. Cellules sphéruleuses de 7 à 10 p, différentes par la taille des sphérules (fig. 6, m) :
— à très petites sphérules (0,5 p) (mj) ;
— à sphérules plus grosses (1,5 p) (m 2 ) ;
— à sphérules très développées paraissant être libérées sous la forme de globules très abon¬
dants dans le mucus (m 3 ).
Répartition. — Cette éponge est très fréquente dans les G.S.O., dans les G.O., ainsi
que sur les tombants coralligènes. Elle est commune dans les fonds du D.C. ou des V.T.C.
Discussion. — La forme, la couleur, les oxes sont très variables chez cette espèce ;
par contre, l’anatomie superficielle, la charpente, la texture, la production de mucus sont
constantes chez les différents individus étudiés ; il est donc probable qu’ils appartiennent
tous à une seule espèce.
Elle est à rapprocher de R. densa (Bwb.) par la sécrétion de mucus, de R. tubulosa (Lund-
beck), R. laxa (Lundbeck), R. heterofibrosa (Lundheck) par les caractères de l’exopinaco-
derme et de la charpente ; malgré les descriptions très complètes de Lundbeck (1902),
seule l’étude des types permettra de faire la comparaison.
DISCUSSION SUD LES RENIERA DU TYPE R. ARENATA
La différence est très nette entre d’une part R. arenata, R. mamillata, R. implexa,
R. valliculata et d’autre part R. sarai. Seuls les caractères de l’ectosome et les spiculés sem¬
blables nous ont permis de rapprocher ces deux ensembles. Il faut rattacher au premier
trois espèces de la Manche : R. rosea (Bwb.), R. indistincta (Bwb.), R. viscosa Topsent. Ces
espèces ont été décrites par Topsent en Méditerranée, mais je ne les y ai jamais retrouvées :
il est nécessaire de bien les déterminer en Manche et de dégager leurs caractères spécifiques.
Chez R. viscosa et chez R. indistincta les aires ostiolifères sont divisées en aires ostiolifères
secondaires ; chez la première, l’exopinacoderme est facilement détachable : il s’arrache
par lambeaux quand l’éponge est sèche ; chez la seconde, les zones ostiolifères sont très
nettement délimitées par un bourrelet tissulaire ; d’autre part, l’exopinacoderme a la même
propriété que celui de R. arenata : il retient les grains de sable qui restent collés à sa surface.
R. rosea paraît plus proche de R. implexa par sa structure superficielle et le faible dévelop¬
pement des canaux aquifères.
138
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
Clé dichotomique
1 — Eponge très dense ; charpente en lignes principales plurispiculées et spiculés transverses
dans toutes les directions ; abondante sécrétion de mucus ; collante au toucher. . . .
R. sarai Pulitzer
— Éponge peu dense ; charpente en lignes principales paucispiculées et spiculés transverses
perpendiculaires ; pas de sécrétion de mucus. 2
2 — Aires ostiolifères indivises. 3
— Aires ostiolifères divisées en aires ostiolifères secondaires. 4
3 — Aires ostiolifères nombreuses et larges, surface criblée et ridée ; élargissement de l’entrée
des canaux inhalants ; éponge souple. R. arenata n. sp.
— Aires ostiolifères réduites ; surface irrégulièrement criblée ; lumière des canaux inhalants
réduite; éponge fragile, friable. R. implexa Schm.
[R. rosea)
4 — Surface régulièrement et totalement criblée.
— Zones ostiolifères dépourvues de spiculés. R. mamillata n. sp.
(R. viscosa)
(R. indistincta )
— Zones ostiolifères spiculées ; éponge non visqueuse, fragile. R. valliculata n. sp.
3. Reniera du type R. fulva
Reniera fulva Topsent, 1893
(Fig. 7 ; fig. 8, ai ; pl. II, fig. 3)
Exemplaires étudiés. — Très nombreux :
Recueillis dans les G.S.O. de la région marseillaise : El, Port-Miou ; E2, Morjiou ;
E3, Figuier ;
De l’Adriatique : Ë4, Bari, Torre Incine ; E5, Dubrovnik ; E6, Rovinj, île de Banjole ;
E7, dans la région de Banyuls, au Rocher du Sphinx.
Description. — Éponge revêtante, adhérente totalement ou en partie au substrat, à bords
arrondis, à peine relevés. Son épaisseur varie de 3 à 15 mm. Les oscules ronds, de 2 à 4 mm de
diamètre, peuvent être surélevés (pl. II, fig. 6).
Sa couleur rouge orangé, répartie uniformément, est caractéristique ; elle disparaît dans
l’alcool où l’éponge devient jaunâtre. Consistance ferme, friable ; elle ne sécrète pas de mucus.
La surface, irrégulière, est légèrement hispide. Les ostioles, de 50 à 150 p, de diamètre, s’ouvrent
entre les mailles du réseau superficiel de type « voûte » (fig. 7, b).
Charpente. Formée typiquement de lignes primaires paucispiculées et de spiculés transverses
perpendiculaires ; mais elle est le plus souvent confuse du fait de la grande densité des spiculés.
La spongine, présente aux nœuds du réseau, peut en certains endroits prendre un développement
plus important (fig. 7, a^ a 2 ).
Dans l’ectosome, les fibres primaires se terminent par un bouquet de spiculés qui peuvent
crever la membrane dermique et provoquer ainsi l’hispidation ; ces derniers spiculés ne s’orientent
Fig. 7. —Reniera fulva : a 1 , a 2 , détails de la charpente chez un même individu ; b, surface, détails du réseau
superficiel ; c, oxes ; d, différents types cellulaires ; dj, grosse cellule sphéruleuse peu colorée ; d 2 , petite
cellule sphéruleuse très colorée ; d 3 , cellule granuleuse.
140
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
pas pour former des arches de soutien de la voûte (fig. 8, a t ; pl. II, fig. 3). Les zones ostiolifères
ont de 500 à 1 000 ;x de diamètre.
Certaines lignes primaires font parfois saillie à l’extérieur de la surface ; leurs extrémités plu-
rispiculées, colorées en rouge orangé vif par les cellules granuleuses, correspondent à ce qucTop-
sext (1893) a appelé des « bourgeons externes », mais ce ne sont absolument pas des corps de repro¬
duction asexuée.
Spiculés. Oxes irréguliers en taille et en forme, courbés ; la pointe est longue, jamais acérée,
le plus souvent émoussée ; ils peuvent être flexueux (fig. 7, c). Mensuration (en p.) :
El : 140 — 225 (± 6) — 255 ; 3,5 — 6,0 — 8,0
E2 : 138 — 230 (± 8) — 280 ; 3,0 — 6,0 — 7,5
E3 : 140 — 247 (± 9) — 295 ; 5,0 — 6,5 — 13,5
E4 : 130 — 250 (± 8) — 290 ; 4,0 — 6,0 — 8,5
E5 : 140 — 262 (± 10) — 310 ; 4,0 — 8,5 — 11,5
E6 : 130 — 247 (± 7) — 300 ; 2,5 — 6,0 — 8,5
E7 : 140 — 246 (± 7) — 290 ; 5,0 — 7,5 — 13,0
Histologie. Observations sur le vivant :
— cellules sphéruleuses de deux catégories :
• les plus petites (4 à 9 p), à sphérules de 1 à 2 p, sont très nombreuses et très colorées en
rouge orangé (fig. 7, d 2 ). Il semble que ce soit « les cellules granuleuses du mésoderme » auxquelles
Topsent (1893) fait allusion ; elles se concentrent autour des canaux aquifères, leur donnant une
couleur plus vive que celle du choanosome ;
• les plus grosses (13 p), à sphérules bien distinctes (4 p), sont beaucoup moins colorées
que les précédentes (fig. 7, d-J.
Ces deux catégories de cellules sphéruleuses persistent dans l’alcool, mais elles y perdent
complètement leur coloration.
— cellules granuleuses sphériques, claires, à granules souvent distribués à la périphérie,
très réfringents, à peine colorés (fig. 7, d 3 ).
—- chambres choanocytaires de 25 p.
Répartition. —■ Cette éponge est nettement sciaphile ; on la trouve dans les G.S.O.
en abondance, ainsi que dans les anfractuosités des tombants coralligènes.
Discussion. —■ Topsent en 1943 a mis en synonymie R. fulva et R. aurantiaca Schmidt,
1864. Or, dans un travail précédent (1925 b), il avait lui-même établi la distinction entre
ces deux espèces, celle de Sciimidt étant, en réalité, une Halicliondria.
R. fulva Topsent est une espèce parfaitement déterminée ; elle est caractérisée par sa
couleur, son réseau superficiel, ses cellules sphéruleuses pigmentées.
Reniera mucosa n. sp.
(Fig. 8, b; fig. 9, a ; pl. I, fig. 5; pl. III, fig. 4)
Exemplaires étudiés. — Très nombreux.
Provenant essentiellement des G.S.O. de la région de Marseille : holotype El, Figuier ;
E2, île de Plane ; E3, Niolon ; E4, Morjiou ;
Fig. 8, a. — Schéma du réseau superficiel de type « voûte » : a l5 Reniera fulva ; a 2 , Reniera mucosa.
Fig. 8, b. — Reniera mucosa, différents types cellulaires : b l5 cellule sphéruleuse ; b 2 , cellules granuleuses
en file ; b 3 , accolement d’une cellule sphéruleuse entre deux granuleuses ; b 4 , filet de mucus avec gra¬
nules.
Fig. 8, c. — Reniera plana, détail de la charpente.
Fig. 8, d. — Reniera pocilliformis : d 1? croquis de l’holotype ; d 2 , surface du réseau superficiel et aires
ostiolifères.
142
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
De l’Adriatique : E5, Dubrovnik.
Je dépose l’holotype au M.N.H.N. sous le n° D.J.M.G. 5.
Description. — Lame épaisse (jusqu’à 15 mm), recouvrant le substrat, y adhérant générale¬
ment. Oscules dispersés, bien ronds, pouvant être au sommet de petits mamelons. Tendance à
émettre un grand nombre de prolongements grêles dans tous les sens (pl. III, ûg. 4).
Couleur constante, jaune crème, brunâtre après fixation. Friable. Sécrétion de mucus très
abondante. Cette éponge ne porte jamais d’épibiote, mais on la trouve fréquemment sur divers
hôtes.
Surface irrégulière, non hispide. Les zones ostiolifères, plus grandes que chez R. fulva (1 000
à 2 000 p,), donnent un aspect grossièrement criblé à la surface.
Cette éponge peut exceptionnellement prendre la forme d’une coupe, lorsqu’elle n’est en con¬
tact avec le substrat que par son centre ; la croissance est parfaitement concentrique, ses phases
très apparentes ; la face supérieure ayant un réseau superficiel semblable à celui de la forme cou¬
rante n’a pas d’oscules ; ils sont situés sur la face inférieure où le réseau superficiel est serré.
Charpente. Lignes primaires paucispiculées et spiculés transverses ; peu de spongine.
Contrairement à ce qui se passe chez R. fulva, les lignes primaires qui soutiennent le réseau
superficiel se rejoignent les unes et les autres en formant de véritables arches sous-tendant la voûte
(fig. 8, a 2 ; pl. 1, fig. 5) ; il n’y a pas pénétration des spiculés de la ligne primaire à travers le réseau
superficiel : ainsi, quand l’éponge est sèche, on peut enlever des lambeaux de la surface, ce qui
n’est pas possible chez R. fulva.
Spiculés. Grands oxes irréguliers en taille et en forme (fig. 9, a). Mensurations (en p) :
El : 110 — 210 (± 10 ) — 255 ; 3,0 — 5,5 — 8,5
E2 : 120 — 200 (± 7,5) — 248 ; 2,5 — 4,5 — 6,5
E3 : 132,5 — 205 (± 7,5) — 255 ; 3,5 — 5,0 — 6,5
E4 : 115 — 190 (± 10 ) — 245 ; 3,5 — 5,0 — 7,0
E5 : 100 — 210 (±10 j — 280 ; 2,5 — 6,5 — 8,0
Histologie. Deux types particuliers de cellules :
— cellules granuleuses, de 5 à 8 p, très nombreuses, à granules réfringents pouvant être libé¬
rés dans le mésohyle, agglomérés dans les filets de mucus (fig. 8, b 4 ) ; ces cellules granuleuses sont
souvent en files ou en paquets (fig. 8, b 2 ) ;
-— cellules sphéruleuses de 10 à 20 p, gris verdâtre, à belles sphérules homogènes (fig. 8, b x , b 3 ).
Répartition. — G. S.O. et zones les plus sciaphiles des tombants coralligènes.
Discussion. — La couleur jaune crème brunissant après fixation, la très importante
sécrétion de mucus, la répartition écologique sont les caractères qui sulfisent à déterminer
cette espèce.
Reniera grossa Schmidt, 1864
(Fig. 9, b)
Cette espèce n’a pas été retrouvée.
Exemplaires étudiés :
El, Un exemplaire séché de la collection de Schmidt, conservé au Musée d’Ilistoire
naturelle de Strasbourg ;
Des exemplaires variés de la collection de Topsent du M.N.H.N. : E2, de Lésina (Hvar,
Adriatique), dét. Marenzeller ; E3, de Naples, dét. Topsent ; E4, de la Galle (Est algé¬
rien), dét. anonyme.
Description de l’exemplaire de la collection de Schmidt. — Fragment de couleur fauve ;
oscules au sommet de deux mamelons divergents, de 20 mm de hauteur, 15 mm de diamètre ;
paroi épaisse de 6 mm.
RENlÉRIDES DE MEDITERRANÉE
143
Molle, friable (Schmidt, 1864).
L’exopinacoderme et le réseau superficiel de type « voûte » ne persistent plus qu’à de très
rares endroits.
Charpente. Lignes primaires plurispiculées très distinctes ; spiculés transverses nombreux,
sans direction privilégiée. Pas de spongine (Topsent, 1925 b).
Spiculés. Oxes assez réguliers, effilés, à pointes longues, asymétriques (fig. 9, b). Mensura¬
tions (en p) :
El : 112,5 — 147,5 (± 5,5) — 202,5 ; 2,5 — 4,25 — 5,5
E2 : 135 — 160 (+ 2 ) - 182,5 ; 3,5 — 4,75 — 5,75
E3 : 155 — — 180 ; 5,0
E4 : 157,5 — 177,5 (± 3,5) — 200 ; 3,0 — 5,0 — 5,75
Répartition. — La répartition écologique n’a pas été précisée ; elle est décrite de
l’Adriatique : Hvar, Dubrovnik ; elle a été retrouvée à la Calle et à Naples.
Discussion. — La description de Schmidt s’applique parfaitement à B. sarai, com¬
mune dans les chenaux de la côte yougoslave, au nord de Dubrovnik et dans la région de
Hvar. Seul le réseau superficiel permet de différencier les échantillons séchés. En ce qui
concerne les exemplaires de La Calle et de Lésina, il est impossible de dire s’il s’agit de l’une
ou de l’autre espèce, car la surface est trop abîmée pour qu’on puisse se prononcer.
Reniera plana Topsent, 1892
(Fig. 8, c ; fig, 9, c)
Exemplaires étudiés :
El, un exemplaire de Banyuls, de la collection de Topsent du M.N.LI.N. ;
E2, des spécimens chalutés dans la région de Blanes (Espagne) ;
E3, des exemplaires ramenés par la soucoupe plongeante du Canyon de la Cassidaigne
et étudiés par Vacelet (1969) ;
Des exemplaires recueillis par Harmelin dans le Coralligène profond (70 m).
Description. — Lame de 5 à 12 mm d’épaisseur, étendue, à bords arrondis, à contours irré¬
guliers. Couleur terne, beige, brunissant après fixation et dessication. Ferme, friable. Mucus abon¬
dant quand elle est vivante ; il disparaît à la fixation.
Deux faces distinctes : la face inférieure, exhalante, plane, unie, sans réseau superficiel par¬
ticulier ; oscules ronds, à contour net, de 2 p de diamètre, uniformément répartis, très nombreux,
non surélevés ; la face supérieure, inhalante, irrégulière, à réseau superficiel de type « voûte » ;
ostioles (25 à 100 p) dispersés entre les mailles lâches.
Charpente. Lignes primaires dirigées d’une face à l’autre, paucispiculées et spiculés trans¬
verses perpendiculaires ; spongine limitée aux nœuds du réseau (fig. 8, c). Cette disposition prin¬
cipale est masquée par la grande densité des spiculés. Dans la zone de croissance, c’est-à-dire au
pourtour de la lame, les lignes principales sont obliques.
Spiculés. Grands oxes épais à forme régulière, à pointes brèves (fig. 9, c). Dans les exemplaires
de la Cassidaigne, il semble que la distribution de la longueur des spiculés soit de nature bimodale :
les deux pics obtenus sur l’iiistogramme se situent, le plus faible entre 110 et 125 p, le plus grand
entre 270 et 290 p. Mensurations (en p) :
El : 200 — 240 (± 4) — 270 ; 3,5 — 7,5 — 10
E2 : 140 — 220 (± 6) — 265 ; 3,5 — 8,5 — 11
E3 : 100 — 252 (± 20) — 320 ; 3,0 — 8,0 — 11
Histologie. Cellules granuleuses nombreuses, marron. Chambres choanocytaires ovoïdes de
25 p.
144
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
Répartition. — Espèce trouvée dans la R.L. et le Coralligène profond. Vacelet
l’a observée au cours de ses plongées en soucoupe ; elle occupe les surfaces surplombantes,
les petites falaises, les caillous émergeant de la vase. Elle est commune en Méditerranée
occidentale.
Discussion. — Cette espèce est bien caractérisée par sa forme, sa couleur après fixation,
sa viscosité, ses oxes dont la forme, à l’inverse de la taille, est très régulière, la pointe brève.
Reniera poecillastroides Vacelet, 1969
(Fig. 9, d)
L’holotype a été étudié.
Description. — Lame épaisse de 10 à 20 mm en son centre, se terminant en biseau de 3 mm
à la périphérie. Couleur jaune crème, persistant dans l’alcool, blanche après dessication. Plus
friable que R. plana ; cassante ; espaces aquifères très développés : texture lacuneuse.
Deux faces distinctes : la face inférieure, exhalante, à surface irrégulière, n’a pas de réseau
particulier ; les oscules (1 à 3 mm de diamètre), non surélevés, sont dispersés ; la face supérieure,
a un réseau superficiel de type « voûte », à mailles serrées, à ostioles très nombreux de 35 à 100 fj.
Les lignes primaires du réseau choanosomique ne se continuent pas en arches de soutien.
Charpente. Caractéristique de celle du groupe.
Spiculés. Irréguliers en forme et en taille ; souvent flexueux ; pointes courtes et émoussées ;
(fig. 9, d). Mensuration (en p.) :
250 — 245 (± 5) — 280 ; 3,0 — 6,0 — 8,0
Histologie. Cellules sphéruleuses de 7,5 à 12 p, à petites sphérules.
Reproduction. — Vacelet (1969) a signalé, dans l’exemplaire récolté le 4 novembre
1965, la présence d’ovocytes de 30 à 35 p de diamètre.
Répartition. — Cette espèce est caractéristique de la R.L.
Discussion. — Cette espèce se distingue aisément de la précédente par la variation
de l’épaisseur de la lame, très mince à sa périphérie, par sa couleur, par sa fragilité, par ses
oxes plus irréguliers en forme, par le réseau superficiel de la face inhalante, proche de celui
de R. mucosa par ses mailles et de celui de R. fulva par ses rapports avec les lignes princi¬
pales de la charpente choanosomique.
Vacelet a souligné sa ressemblance avec Poecillastra compressa en lui donnant son
nom.
Reniera omissa n. sp.
(Fig. 9, e)
Exemplaires étudiés. — Fragments de la collection de Topsent, dragués au large
de Cadaques (Espagne) en 1893, conservés au Laboratoire Arago de Banyuls-sur-Mer.
L’un d’eux, qui constitue l’holotype, est déposé au M.N.H.N. sous le n° D.J.M.G. 15.
Fig. 9, a. — Reniera mucosa, oxes.
Fig. 9, b. — Reniera grossa , oxes.
Fig. 9, c. — Reniera plana , oxes.
Fig. 9, d. — Reniera poecillastroides , oxf
Fig. 9, e. — Reniera omissa, oxes.
Fig. 9, f. — Reniera pocilliformis, oxes.
146
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
Description. — Lame pouvant avoir une épaisseur de 25 mm. Friable. Couleur marron.
Charpente. Réseau très confus, dû à une grande densité de spiculés conférant au squelette
choanosomique un aspect semblable à celui d’ægagropiles de Posidonies.
Le caractère le plus intéressant se situe au niveau du réseau superficiel de la face inhalante,
dans ses rapports avec la charpente choanosomique : les lignes principales, peu marquées, s’indi¬
vidualisent et deviennent épaisses dans l’ectosome ; elles se prolongent alors dans la voûte dont
elles constituent les arches de soutien. Entre ces arches, le réseau superficiel s’organise à partir
des spiculés qui s’en écartent.
Spiculés. Plus grands et plus épais que ceux des deux espèces précédentes ; pointes mucro-
nées ; (fig. 9, e). Mensurations (en p) :
220 — 285 (± 5) — 335 ; 9,0 — 11,0 — 14,0
Histologie. Le long séjour dans l’alcool ne permet pas d’étude histologique.
Répartition. — Cette éponge, draguée au large du cap Creus, doit être une éponge
de la R.L., comme les deux espèces précédentes.
Discussion. — Cette espèce est très proche de R. plana. Elle s’en distingue par la plus
grande épaisseur de la lame, par le fait qu’elle ne brunit pas après dessication, par la densité
des spiculés et l’aspect particulier de la charpente, par ses spiculés ainsi que par les arches
de soutien du réseau superficiel de la face inhalante.
Reniera pocilliformis n. sp.
(Fig. 8, d ; 9, f)
Exemplaire étudié. — Un unique spécimen, l’holotype, dragué près de l’îlot d’Albo-
ran, au cours de la campagne de la « Calypso » en 1958. Je le dépose au M.N.H.N. sous le
n° D.J.M.G. 6.
Description. — Forme de coupe dont un côté est égueulé ; pied bien marqué (fig. 8, dj).
Marron beige dans l’alcool. Ferme, coriace.
Face interne, exhalante, concave, à surface lisse ; oscules (1 à 4 mm) bordés par une lèvre à
peine marquée ; pas de réseau superficiel particulier, mais concentration du réseau profond à la
surface. Face externe, inhalante, à surface très accidentée ; le réseau superficiel est formé de mailles
plurispiculées en relief ; les zones ostiolifères de 200 à 300 p de diamètre, en dépression, sont vides
de spiculés (fig. 8, d 2 ) ; les vestibules sont très vastes, formant presque une lacune sous-dermique ;
la voûte est formée d’arches de soutien plurispiculées s’organisant à partir des lignes principales
de la charpente, de la même façon que chez R. omissa. Le passage de l’ectosome face inférieure
à l’ectosome face supérieure se fait brusquement au bord de la coupe.
Charpente. Caractéristique de celle du groupe.
Spiculés. Oxes réguliers en forme ; pointes longues et effilées (fig. 9, f). Mensurations (en p) :
200 — 250 (± 6) — 280 ; 5,0 — 9,0 — 11,0
Histologie. Après un long séjour dans l’alcool, on observe de grosses cellules marron foncé
de 10 à 15 p de diamètre, dont le contenu, altéré, est constitué de flaques plus claires.
Chambres choanocytaires de 20 à 30 p.
Répartition. — Cette éponge a été draguée au sud-ouest d’Alboran, par 45 m, sur
des fonds à « pralines », faciès de la biocœnose du D.C. caractérisé par un sédiment non
vaseux sous l’influence de courants de fond importants.
Discussion. — Cette espèce se distingue des trois précédentes par sa forme : elle n’a
pas tendance à s’étaler et à recouvrir de grandes surfaces ; par la structure de sa surface
inhalante ; par ses oxes ; par sa répartition.
RÉNIÉRIDES DE MÉDITERRANÉE
147
DISCUSSION SUR LES RENIERA DU TYPE R. FULYA
La structure en lame, la présence des oscules sur une seule face, la forme et la taille
des spiculés permettent de rattacher à ce groupe les espèces suivantes de l’Atlantique nord :
R. infundibularis (Johnston), R. ventilabrum Fristedt, 1887, R. parenchyma Lundbeck,
1902, R. folium Lundbeck, 1902.
Des espèces précédemment étudiées, il est probable que c’est de R. poecillaslroides
Vacelet qu’elles se rapprochent le plus, par leur consistance, leur fragilité, l’épaisseur de
la lame mince à sa périphérie. Elles en diffèrent par une fine hispidation de la surface, une
membrane dermique aspiculeuse et par un squelette choanosomique qui semble moins
dense, plus simple.
Clé dichotomique
1 — Une face inhalante — exhalante. 2
— Deux faces, l’une inhalante, l'autre exhalante. 3
2 — Brune après fixation ; mucus abondant. R. mucosa n. sp.
— Orangée vivante, blanche après fixation; cellules sphéruleuses abondantes. R. fulva Tops.
3 — Blanche après fixation ; très fragile ; réseau superficiel très visible.
R. poecillastroides Vacelet
-—• Marron après fixation. 4
4 — Éponge muqueuse. 5
— Éponge non muqueuse. 6
5 — Réseau superficiel à arches de soutien. R. mucosa n. sp.
— Réseau superficiel sans arches de soutien ; oxes à pointes brèves. R. plana Tops.
6 — Zones ostiolifères limitées par des arches plurispiculées,
— Mailles régulières, zones ostiolifères aspiculées. R. pocilliformis n. sp.
— Mailles irrégulières, zones ostiolifères spiculées. R. omissa n. sp.
B. Pellina Schmidt, 1870
Pellina semitubulosa (Lieberkühn)
(Fig. 2, e ; 10, a)
Exemplaires étudiés. — Nombreux, recueillis dans le sud de l’Adriatique, dans la
région de Bari.
Description. — Éponge massive ou en plaque épaisse d’où se dressent de nombreux pro¬
longements digités, les fistules, dont l’extrémité est ouverte ou non, de 2 à 10 cm de hauteur,
quelques millimètres d’épaisseur.
Blanche ; les parties exposées à la lumière sont colorées en mauve par une Cyanophycée,
Aphanocapsa feldmanni (cf. Sara et Liaci, 1964). Très fragile du fait du grand développement
du système aquifère, cassante, non visqueuse. Surface lisse, régulière, non hispide, limitée par un
ectosome facilement détachable car il recouvre une vaste lacune sous-dermique.
148
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
Charpente. Réseau choanosomique très dense, en mailles irrégulières, à spongine réduite.
Vers la périphérie ce réseau s’organise ; des lignes unispiculées apparaissent et s’individualisent
dans le hiatus sous-ectosomique ; leur extrémité participe à la formation de l’ectosome, qui est
constitué d’un réseau serré, à mailles unispiculées en plusieurs épaisseurs (fig. 2, e). Cet ectosome
se continue dans les fistules ; elles sont renforcées, vers l’intérieur, par des fibres de soutien longi¬
tudinales, plurispiculées, réunies au réseau superficiel par un réseau lâche.
Spiculés. Oxes très irréguliers en taille et en forme ; petits oxes de 50, 60 p sur 1,75 à 2 p ;
(fig. 10, a). Mensurations (en p) :
choanosome : 75 — 147 (±; 7) — 220 ; 1,5 — 4,5 — 6,0
fistule : 105 — 150 (±; 4) — 180 ; 4,0 —• 5,0 —- 6,5
Histologie. Cellules sphéruleuses de 15 à 20 p, de formes diverses, rondes ou très étirées. Nom¬
breuses sphérules libres de 3,5 p. Cellules granuleuses de 10 p, à granules très réfringents.
Répartition. — Cette espèce est très commune sur les côtes de l'Adriatique, par
petits fonds, dans les anfractuosités. En Méditerranée occidentale sa limite nord semble
se situer vers Naples.
Discussion. — Cette espèce est bien caractérisée par sa forme, sa fragilité, son ecto¬
some bien individualisé, facilement détachable.
Pellina magna (Vacelet, 1969)
(Fig. 10, b)
Exemplaires étudiés. — El, un fragment de l’holotype conservé au M.N.H.N.
Les spécimens de la série type conservés à la S.M.E. : E2, Cassidaigne, dragage, 280 m ;
E3, Cassidaigne, plongée soucoupe, 180 m.
Description. — Eponge de grande taille, formée de plusieurs tubes de quelques dizaines
de centimètres de long, sur 10 cm de large, à paroi épaisse ; ils s’élèvent à partir d’une base com¬
mune. Oscule apical, entouré d’une membrane périosculaire. Atrium axial de 2 à 3 cm de diamètre.
Surface du tube lisse mais boursouflée.
Blanc jaunâtre sur le vivant et dans l’alcool. Très friable, non visqueuse.
Charpente. Réseau isodictyal à mailles tri ou quadrangulaires ; spongine aux nœuds du réseau ;
lignes ascendantes plurispiculées exceptionnelles. Réseau superficiel dense : il forme un véritable
ectosome qui se continue dans la membrane périosculaire dont il forme le squelette principal.
L’ectosome est fragile, détachable. Les vestibules sont nombreux.
Spiculés. Oxes réguliers en taille et en forme ; pointes courtes et acérées ; (fig. 10, b). Mensu¬
rations (en p.) :
El : 150 — 172,5 (± 3,51 — 195 ; 5,0 — 5,5 — 7,0
E2 : 165 — 190 (±3 1- 217,5 ; 6,0 — 6,5 — 7,5
E3 : 155 — 177,5 (± 3,5) — 205 ; 3,5 — 6,5 — 7,5
Histologie. Cellules sphéruleuses rondes, à contour très net, de 20 p de diamètre. Ces cellules,
particulièrement abondantes, sont caractéristiques.
Fig. 10, a. — Pellina semitubulosa, oxes.
Fig. 10, b. — Pellina magna, oxes.
Fig. 10, c, e, f, g. — Pellina fistulosa : c, oxes ; e, coupe longitudinale de la fistule, face interne [ep : endo-
pinacoderme largement troué ; fs : fibres plurispiculées de soutien ; s : cellules sphéruleuses) ; f, détail
du réseau superficiel de la fistule ; g, détail du choanosome (s : cellule sphéruleuse ; g : cellule granu¬
leuse à contenu homogène ; r : cellule granuleuse à granules périphériques).
Fig. 10, d, h. — Pellina parietalis ; d, oxes ; h, surface, détail du réseau ectosomique.
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JEAN-MICHEL GRIESSINGER
Répartition. — R.L. et C.P., sur les surfaces verticales ou subverticales ; très com¬
munément observée en soucoupe plongeante.
Discussion. — Cette espèce se rattache au genre Pellina par son ectosome particulier
à réseau propre, qui se continue au niveau de la membrane périosculaire. Elle se distingue
ainsi des Reniera du type R. aquaeductus, telle que R. perlucida, malgré un réseau choano-
somique et des vestibules périphériques comparables.
Pellina fistulosa (Rowerbank, 1866)
(Fig. 10, c, e, f et g ; pl. II, fig. 5)
Exemplaires étudiés. — Cette espèce est uniquement visible par les petites fistules
blanches, translucides, qui sortent de la roche ou des concrétionnements calcaires. Elle
est commune en Méditerranée ; elle a été trouvée dans la région marseillaise, dans les fonds
du D.C. vers 40 m (El) ; à Bari dans les eaux superficielles, souvent associée à Stelletta
grubii Schmidt (E2) ; à Split dans les trous de Lithophaga lithophaga, autour des coquilles
mortes (E3) (pl. Il, fig. 5).
Description. — Masse informe de couleur blanc jaunâtre dans les anfractuosités des roches,
communiquant avec l’extérieur par des petites fistules de 7 mm de long sur 2 mm de diamètre.
Charpente de la fistule. Elle a été observée conforme à la description qu’en a donnée Top-
sent (1887) : réseau superficiel à mailles isodictyales, en un seul plan ; les ostioles, de 25 à 65 p,
s’ouvrent dans ces mailles (fig. 10, f) ; dans la paroi, des fibres de soutien plurispiculées, ascendantes,
distantes de 200 à 500 p à la base de la fistule, sont reliées au réseau superficiel par un réseau
très lâche ; spongine aux nœuds du réseau. Dans la lumière de la fistule s’ouvrent des trous, béants,
de 50 à 300 p de diamètre (fig. 10, e).
Charpente choanosomique. Dans la masse choanosomique qui occupe tout l’espace qui lui
est offert, le réseau est très irrégulier, confus, dense ; la spongine réduite. Quelques lignes plurispi¬
culées éparses s’organisent vers la fistule pour y former les fibres de soutien. Pas d’ectosome diffé¬
rencié ; le réseau superficiel de la fistule n’entoure qu’en partie le choanosome. Quand la cavité
où s’installe l’éponge est bien délimitée, il peut se former à la périphérie de la masse choanosomique
un réseau très serré.
Spiculés. Assez réguliers entre eux en taille et en forme ; il n’y a pas de différence entre ceux
de la fistule organisés en un réseau régulier et ceux du choanosome. Pointes acérées ; (fig. 10, c).
Mensurations (en p) :
El
choanosome : 85 — 97,5 (± 1,5) — 107,5 ; 2,5 — 2,75 — 3,75
fistule : 102 — 120 (± 2 ) — 132 ; 2,5 — 3,25 — 3,75
E2
choanosome : 102,5 — 122,5 (± 1,5) — 132,5 ; 2,75 — 5,25 — 6,75
fistule : 110 — 122,5 (± 1,5 — 135 ; 4,5 — 5,0 — 6,0
E3
choanosome : 115 -— 130 (d: 2 ) — 152,5 ; 2,25 — 3,5 — 5,25
Histologie (fig. 10, g). Cellules sphéruleuses très nombreuses dans le choanosome, en nombre
réduit dans la fistule, rondes ou ovoïdes, de 10 à 30 p de diamètre ; sphérules de 2,5 p. Cellules
granuleuses de 10 à 15 p, à petits granules uniformément répartis ou à gros granules périphériques
très réfringents.
Chambres choanocytaires de 50 p.
Discussion. —- Topsent (1892) a distingué de R. fistulosa une nouvelle espèce, R. latens,
différente par sa couleur verdâtre et par les cellules sphéruleuses et granuleuses. Il a mis
ces deux espèces en synonymie en 1943.
HÉNIÉRIDES DE MÉDITERRANÉE
151
Cette espèce se rattache au genre Pellina par le réseau choanosomique très confus,
par les fistules qui témoignent d’une organisation particulière du système aquifère. Une
telle adaptation se retrouve chez les Siphonodictyon Bergquist.
Pellina parietalis (Topsent, 1893)
(Fig. 10, d et h)
Exemplaire étudié. — Un spécimen de la collection de Topsent de Banyuls-sur-
Mer, déposé au M.N.H.N.
Description. — Eponge recouvrant un morceau de conglomérat à Mélobésiées et tubes de
Serpules. Couleur marron dans l’alcool, blanche vivante (cf. Topsent). Lisse, charnue ; consis¬
tance assez ferme ; très friable ; canaux exhalants parallèles à la surface, visibles par transpa¬
rence ; ils aboutissent à des oscules membraneux. Conformément à ce que dit Topsent (1893,
1943), elle tapisse les anfractuosités sur une épaisseur uniforme (3 mm) ; dans l’échantillon étudié,
cette lame se referme sur elle-même, l’exopinacoderme se trouvant vers l’intérieur de la cavité
ainsi formée, le basopinacoderme vers l’extérieur, adhérent au substrat ou libre, se couvrant alors
de corps étrangers. C’est ce basopinacoderme libre que Topsent (1943) a décrit comme représenta¬
tif de l’ectosome des Rhizochcdina, ce qui l’a conduit à placer cette espèce dans ce genre.
Charpente. L’exopinacoderme a un squelette particulier : il est formé d’un réseau de fibres
plurispiculées et de spiculés libres entre les mailles duquel s’ouvrent les ostioles (fig. 10, li). Sous
cet ectosome les vestibules sont vastes. Le squelette choanosomique est formé d’un réseau très
dense, sans spongine. Le basopinacoderme, adhérent au substrat ou libre, a un réseau de spiculés
très serré, ce qui lui confère une certaine dureté.
Spiculés. Oxes réguliers, légèrement courbés, à pointes symétriques, généralement acérées
(fig. 10, d). Mensurations (en p.) :
130 — 142,5 (± 2,5) — 165 ; 2,5 — 4,5 — 5
Histologie. Cellules granuleuses opaques ; cellules sphéruleuses abondantes (17 p.).
Répartition. — Topsent l’a décrite sur les Cystoseires de la baie de Banyuls et dans,
le Coralligène du Cap l’Abeille ; il l’a retrouvée dans les parages de Monaco.
Discussion. — Après avoir considéré cette espèce comme une Reniera, Topsent
en 1943, l’a mise dans le genre Rliizochalina. Nous avons vu pourquoi cette interprétation
est erronée. Cette espèce se rattache au genre Pellina par son réseau superficiel, ses vesti¬
bules développés, son réseau choanosomique dense et confus.
Clé dichotomique
1 — Petites fistules blanches ; cellules sphéruleuses très abondantes. P. fistulosa (Bwb.)
— Formes diverses. 2
2 — Réseau superficiel à lignes plurispiculées ; ectosome transparent. . P. parietalis (Tops.)
— Réseau superficiel dense; ectosome non transparent. 3
3 — Fistules nombreuses ; ectosome détachable ; éponge très fragile. . P. semitubulosa (Lieb.)
— Pas de fistules ; tubes de grande épaisseur ; membrane périosculaire. . P. magna (Vacelet)
152
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
C. Rhizoniera n. g.
Rhizoniera rhizophora (Vacelet, 1969)
(Fig- 2, i)
Exemplaire étudié. — Le paratype conservé à la S.M.E.
Description. — Forme en massue, à oscule apical de 2 à 3 mm, à pédoncule fibreux enraci¬
nant l’éponge dans le sédiment (fig. 2, q). Couleur jaunâtre dans l’alcool. Molle. Surface légère¬
ment liispide. Exopinacoderme (fig. 2, i 2 ) à réseau très lâche, à mailles irrégulières, percé de très
nombreux ostioles de 20 p; en partie détachable. La paroi de l’atrium est trouée de très vastes
canaux communiquant directement avec l’ectosome. Le développement de ces espaces rend l’éponge
très fragile.
Charpente. Cf. p. 120, § correspondant.
Spiculés. Grands oxes effilés, à pointes acérées, irréguliers (fig. 2, i 3 ). Mensurations (en p.) :
oxes des fibres : 235 — 277,5 [± 5) — 322,5 ; 2,5 — 5,5 — 7,5
oxes du ehoan. : 215 — 272,5 (^ 6) — 302,5 ; 2,5 — 5,0 — 6,5
Histologie. Cellules sphéruleuses rondes de 7,5 p.
Reproduction. —■ Le spécimen étudié, recueilli en novembre, contient de nombreux
embryons orangé foncé de 850 p.
Répartition. — Cette espèce est caractéristique de la biocœnose de la R.L. ; elle
occupe les surfaces horizontales envasées en se fixant par ses racines.
D. Dendroxea n. g.
Dendroxea lenis (Topsent, 1892)
(Fig. 2, j)
Exemplaires étudiés. —• Le type de Topsent conservé au Laboratoire Arago de
Ranyuls-sur-Mer ; de nombreux spécimens de la région marseillaise, des G.S.O., du C.,
des C.P.
Description. — Éponge encroûtante, de 2 mm d’épaisseur. Blanchâtre ou grisâtre. Surface
irrégulière, à hispidation courte et espacée ayant l’aspect de velours. Exopinacoderme aspiculeux,
détachable, soulevé en conules au niveau des extrémités des fibres. Ostioles béants. Visqueuse.
Charpente. Cf. p. 121, § correspondant et fig. 2, j x .
Spiculés. Oxes de forme régulière ; taille irrégulière (fig. 2, j 2 ) ; pointes effilées. Mensurations
(en p) :
72,5 — 115 (± 6) — 150 ; 2,0 — 4,0 — 5,0
Histologie. Topsent (1892) a signalé la présence de cellules sphéruleuses incolores. Elles n’ont
pas été observées chez les différents spécimens étudiés.
Répartition. —- Éponge très commune dans les fonds coralligènes, dans les G.S.O.
et les C.P. ; c’est une espèce sciaphile.
RÉNIÉRIDES DE MEDITERRANÉE
153
Discussion. — Topsent (1943) a mis cette espèce en synonymie avec R. indistincta
(Bwb.) ; ces deux espèces n’ont rien de commun.
D. lenis se distingue des autres espèces à fibres multispiculées par les caractères très
particuliers de sa charpente et par sa forme encroûtante.
II. Famille des Haliclonidae
A. Haliclona Grant, 1835-1841
Haliclona mediterranea n. sp.
(Fig. 11, a ; pl. III, fig. 1)
Exemplaires étudiés. — De très nombreux spécimens ont été récoltés en plongée
sur les tombants coralligènes de la région marseillaise. Elle a été retrouvée à Naples, en
Grèce ; en Adriatique, elle semble plus rare ou plus profonde. Le spécimen figuré sur la
planche III, fig. 1, est l’holotype que je dépose au M.N.H.N. sous le n° D.J.M.G. 8.
Description. — Eponge formée de cheminées plus ou moins hautes et coalescentes, à large
oscule apical, à vaste atrium dont la paroi est percée par les orifices exhalants. Ces tubes peuvent
avoir une dizaine de centimètres de hauteur, deux de diamètre, cinq millimètres d’épaisseur.
Couleur rose lilas ; elle peut être décolorée. Elle perd sa couleur dans l’alcool.
Molle, délicate, très fragile. Texture lâche. Non visqueuse. Surface régulière, légèrement liis-
pide. L’exopinacoderme n’est pas détachable ; les ostioles ne sont pas visibles.
Charpente. Réseau à mailles isodictyales, à côté unispiculé ; peu de spongine aux nœuds du
réseau ; en certains endroits il peut y avoir des formations plus importantes de spongine, mais
ce n’est pas constant et on ne peut considérer ces formations comme un caractère particulier à
l’espèce. Pas de différenciation ectosomique.
Spiculés. Oxes petits, réguliers entre eux, courbés, effilés ; (fig. 11, a). Mensurations (en p)
70 — 90 (± 2) — 110 ; 1,5 — 2,5 — 4,5
Histologie. Pas de cellules sphéruleuses typiques, visibles au microscope optique ; nombreux
archéocytes granuleux. Chambres choanocytaires de 30 p.
Reproduction. — En septembre ; embryons blancs très fragiles.
Répartition. — Les tombants coralligènes ; elle s’arrête au niveau du corail rouge.
Discussion. — Cette très belle éponge a souvent été choisie par les photographes sous-
marins comme sujet (cf. « Méditerranée Vivante », Petit Atlas Payot, par J. Théodore :
26-27).
Topsent l’a déterminée soit comme R. aquaeductus, soit comme R. rosea, jusqu’à ce
qu’il ait mis ces deux espèces en synonymie en 1943.
Cette espèce est bien caractérisée par sa forme, sa couleur, par l’absence de cellules
sphéruleuses typiques, par sa répartition.
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JEAN-MICHEL GRIESSINGER
Haliclona subtilis n. sp.
(Fig. 11, b, c et d)
Exemplaires étudiés. — Quelques spécimens provenant de l’entrée de la G. S.O.
de la calanque de Port-Miou (10 m) et du tombant coralligène de la grotte du Figuier
(15 m). Je dépose l’holotype (G.S.O. de Port-Miou), au M.N.H.N. sous le n° D.J.M.G. 2.
Description. — Petites masses globuleuses (20 mm de diamètre) issues d’une partie basale
peu étendue ; oscule apical largement ouvert (10 mm de diamètre) ; l’atrium est légèrement excen¬
tré ; sa paroi est criblée d’orifices exhalants. Couleur orangé clair, à marbrures plus foncées. Sur¬
face finement hispide ; aspect criblé. Pas d’exopinacoderme détachable ; les ostioles ne sont pas
visibles. Très fragile, délicate. Non visqueuse.
Charpente. Réseau à mailles isodictyales à côté unispiculé ; spongine aux nœuds du réseau
en quantité assez importante ; amorce de lignes primaires par orientation des spiculés dans une
direction privilégiée (fig. 11, b).
Spiculés. Oxes petits, assez réguliers ; pointes longues et émoussées ; (fig. 11, c). Mensura¬
tions (en p) :
90 — 110 (± 2,5) — 140 ; 2,0 — 3,5 — 5,0
Histologie. Cette espèce présente des catégories cellulaires caractéristiques :
— petites cellules sphéruleuses mûriformes de 6 à 8 p, à sphérules de 1,5 à 2 p, colorées en
orangé ; on trouve beaucoup de sphérules isolées (fig. 11, d x ) ;
— cellules sphéruleuses de taille légèrement supérieure aux précédentes, à sphérules de 2 p
non colorées ; fig. 11, d 2 ;
— cellules granuleuses de 8 p, très colorées en orangé (fig. 11, d 3 ).
Ces cellules disparaissent dans l’alcool.
Chambres choanocytaires de 25 p ; choanocytes de 3 p, à peine colorés.
Reproduction. — En mai ; embryons jaune citron, de 800 à 1000 p de longueur,
400 p d’épaisseur.
Répartition. — Identique à celle de H. mediterranea : les tombants coralligènes ;
mais elle y est rare.
Discussion. — Cette espèce est caractérisée par sa couleur due aux cellules pigmentées,
son réseau lâche, ses spiculés de taille supérieure à ceux d’H. mediterranea, la spongine
plus abondante.
Haliclona citrina (Topsent, 1892)
(Fig. 11, e)
Exemplaires étudiés. — Quelques spécimens recueillis dans la région de Banyuls-
sur-mer, dans peu de profondeur (10-15 m).
Fig. 11, a. — Haliclona mediterranea, oxes.
Fig. 11, b, c, d. — Haliclona subtilis : b, détail du réseau ; c : oxes ; d 1; cellule sphéruleuse colorée ;
d 2 , cellule sphéruleuse non colorée ; d 3 , cellule granuleuse très colorée.
Fig. 11, e. — Haliclona citrina, oxes.
Fig. 11, f. — Haliclona elegans, oxes.
Fig. 11, g. — Haliclona stirpescens, oxes.
Fig. 11, h. — Haliclona sp., oxes.
156
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
Description. —- Plaques assez étalées de 3 mm d’épaisseur, d’où s’élèvent de petites chemi¬
nées de 20 à 30 mm de hauteur, à oscule apical. Couleur jaune citron. Molle, délicate, non vis¬
queuse.
Surface faiblement hispide ; exopinacoderme non détachable.
Charpente. Réseau à mailles isodictyales à côté unispiculé, s’orientant en lignes primaires.
A la surface le réseau est un peu plus serré : cette espèce est intermédiaire entre d’une part les
Haliclona et d’autre part les Siphonochalina et les Adocia. Spongine aux nœuds du réseau.
Spiculés. Oxes réguliers, effilés (fig. 11, e). Mensurations (en p.) :
95 — 110 — (± 2,5) — 140 ; 2,0 — 3,5 — 5,0
Histologie. Observations dans l’alcool :
— cellules sphéruleuses de 15 p, à sphérules de 2,5 p ;
—- cellules sphéruleuses de 6 p à sphérules de 1,5 p ; Ces cellules noircissent sous l’influence
de l’acide osmique ;
—• cellules granuleuses foncées de 7 à 14 p.
Reproduction. — Embryons jaunes, ovoïdes, de 160 p de long.
Répartition. — Cette espèce, commune dans les eaux de Banyuls sur les surplombs,
dans les anfractuosités, entre 10 et 15 m, n’a pas été trouvée dans la région marseillaise.
Discussion. — Cette espèce est caractérisée par sa couleur, ses cellules sphéruleuses,
sa répartition.
Haliclona elegans (Bowerbank)
(Fig. 11, f)
Exemplaires étudiés. — Très nombreux, de provenances diverses ; cette espèce
est très commune, aussi bien dans les hauts niveaux (étang de Thau) que dans les eaux
profondes (D.C., V.T.C., D.L. ; elle a été chalutée à 200 m au large de Split).
Description. — Eponge très polymorphe, généralement revêtante, émettant de nombreux
prolongements ; les oscules sont le plus souvent surélevés. Les exemplaires chalutés au large de
Split forment de grandes cheminées d’une quinzaine de centimètres de hauteur.
Couleur grise, jaunâtre ou rosâtre. Douce au toucher, texture lâche. Visqueuse quand on
l’écrase ; elle file quand on en arrache un morceau ; ce phénomène est caractéristique ; il disparaît
après fixation.
Ectosome non différencié ; exopinacoderme non détachable ; ostioles peu visibles.
Charpente. Réseau à mailles isodictyales à côté unispiculé ; liens de spongine aux nœuds
du réseau.
Spiculés, fis sont généralement petits et trapus, à pointes brèves ; mais ils sont sujets à de
grandes variations ; Topsent (1928) les avait déjà constatées (fig. 11, f). Mensurations (en fx) :
80 — 110 (± 2,5) — 150 ; 2,0 — 5,0 — 8,0
Histologie. Cette espèce est caractérisée par les cellules segmentées ; elles constituent le seul
critère de détermination. Selon les individus la proportion entre les cellules granuleuses (cellules
à petites sphérules en microscopie électronique —- cf. Lévi, 1967) et les cellules segmentées est
variable ; il s’agit d’une seule catégorie cellulaire ; mais son rôle reste assez énigmatique ; les files
de ces cellules sont nombreuses et parfaitement orientées dans les zones de croissance, au niveau
des nombreux prolongements que cette éponge émet, quand elle se propage sur le substrat ; ces
files de cellules doivent intervenir dans la cohésion de l’ensemble. Elles ont été signalées pour la
première fois par Schmidt (1864) chez « une variété de R. aquaeductus », alors que Bowerbank
(1866) dans sa diagnose n’y fait pas allusion.
Chambres choanocytaires de 25 à 50 p. (moy. de 30 (x).
RÉNIÉRIDES DE MEDITERRANEE
157
Reproduction. — L’exemplaire chaluté au large de Split, en août, contenait des
embryons jaunes de 220 p de diamètre.
Discussion. — Cette espèce très commune est parfaitement caractérisée par les cel¬
lules segmentées. Topsent (1928) la considère comme synonyme de Chalinula montagui
(Fleming).
Haliclona sp.
(Fig. 11, h)
Exemplaires étudiés :
El, trouvé sur des échelles immergées au large de Nice, à 106 m de profondeur, au-
dessus d’un fond de 700 m ;
E2, recouvrant une Ilircinia, chalutée dans le canal de Sipan au nord de Dubrovnik
(40 m).
Description. -— Plaque de 3 mm d’épaisseur, à canaux exhalants visibles sous la surface,
aboutissant à des oscules non surélevés. Couleur rosâtre ou verdâtre. Non visqueuse, non filante.
Éponge très délicate. Surface régulière, non hispide ; ostioles non visibles. Pas de différenciation
ectosomique ; l’exopinacoderme n’est pas détachable.
Charpente. Réseau très régulier, à mailles isodictyales à côté unispiculé ; spongine aux nœuds
du réseau.
Spiculés. Oxes réguliers entre eux, légèrement courbés ; pointes asymétriques (fig. 11, h).
Mensurations (en p) :
El : 90 — 100 (± 2) — 117,5 ; 2,0 —- 3,0 — 4,0
E2 : 80 — 95 (± 2) — 110 ; 2,5 — 3,5 — 5,0
Histologie. Grosses cellules sphéruleuses claires, à sphérules dont le contour peu distinct semble
irrégulier (15 à 25 p) ; chez El, de gros amas de 35 à 50 p, à sphérules homogènes de 8 p, ont été
observés ; celles-ci peuvent être libres dans le mésohyle ;
— très nombreuses cellules granuleuses foncées, de 10 à 15 p, à formes parfois irrégulières.
Ces deux catégories de cellules sont les seuls critères pour la détermination de cette espèce.
Chambres clioanocytaires de 25 à 35 p ; choanocytes de 3,5 p.
Reproduction. — El, recueilli en octobre, contient de nombreux ovocytes de 40 p
de diamètre.
Répartition. — La présence de cette espèce sur des plaques immergées à 600 m du
fond et à 3 milles de la côte est très intéressante, car cela suppose un trajet important
d’une larve.
Discussion. — Le seul critère de détermination réside dans les grosses cellules sphé¬
ruleuses. Le manque de caractère ne nous a pas permis d’en faire une espèce nouvelle ;
c’est à envisager, si de nouveaux exemplaires sont trouvés.
Haliclona stirpescens (Topsent, 1925)
(Fig. 11, g)
Exemplaire étudié. — L’holotype, conservé au M.N.H.N.
Description. — Petite éponge blanchâtre de 2 mm d’épaisseur, sur une coquille de Bivalve ;
petits oscules ronds, de 1 mm de diamètre, à peine surélevés. Cette éponge a tendance à émettre
des prolongements grêles. Surface très finement hispide.
158
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
Charpente. Réseau à mailles isodictyales ; faibles liens de spongine aux nœuds.
Spiculés. Oxes réguliers entre eux relativement épais pour leur taille ; (fig. 11, g). Mensura¬
tions (en p) :
92,5 — 112,5 (± 2,5) — 125 ; 2,5 — 4,5 — 6,0
Histologie. Cellules sphéruleuses, à sphérules brillantes incolores.
Répartition. — Etang de Thau, à la pointe de Montpenèdre et devant Saint-Félix.
Cette espèce n’a pas été retrouvée sur ces lieux indiqués par Topsent ; comme il s’agit
d’une petite forme, sa rencontre tient du hasard.
Discussion. — L’holotype, conservé séché, n’a pas permis l’étude détaillée de la char¬
pente et de la surface. 11 est nécessaire de la retrouver vivante pour mieux définir ses carac¬
tères.
DISCUSSION SUR LE GENRE HALICLONA
La systématique de ce groupe est très délicate car les critères de détermination sont
insuffisants ; le plus souvent ils doivent être recherchés dans les données histologiques,
ce qui nécessite une fixation convenable.
Il faut rappeler que le type du genre est H. oculata (Pallas), où la spongine a un dévelop¬
pement très important dans les parties axiales de la charpente. Les espèces méditerranéennes
n’ont pas une telle production.
Clé dichotomique
1 — Cellules segmentées.
— Pas de cellules segmentées.
2 — Cellules sphéruleuses.
— Pas de cellules sphéruleuses.
3 — Oscules au sommet de cheminées.
— Eponge en plaque, à oscules non surélevés.
4 — Couleur orangée ; pas de réseau superficiel .
— Couleur jaune ; réseau de surface en un plan.
5 — Grosses cellules sphéruleuses.
— Petites cellules sphéruleuses ; formation de prolongements
H. elegans (Bwb.)
. 2
. 3
H. mediterranea n. sp.
. 4
. 5
. . H. subtilis n. sp.
H. citrina (Tops.)
. Haliclona sp.
H. stirpescens (Tops.)
B. Adocia Gray, 1867
Adocia sïmulans (Johnston, 1842)
(Fig. 12, a)
Cette éponge est très commune en Méditerranée, dans les fonds du D.C., vers 40-60 m.
Description. — Branches ramifiées de plusieurs centimètres de longueur, inférieures à 10 mm
en épaisseur, terminées en pointes ; oscules latéraux généralement non surélevés ; elles peuvent
être creuses. Couleur grise, rose vineux, jaunâtre (oxydes de fer sur la spongine). Ferme, coriace,
non visqueuse. Sa surface, généralement lisse, peut avoir une belle hispidation.
RÉNIÉRIDES DE MEDITERRANEE
159
Charpente. Lignes principales plurispiculées, avec gaine de spongine parfois importante ;
spiculés transverses perpendiculaires. Forte densité spiculaire. Le réseau superficiel particulier
est peu distinct.
Spiculés. Réguliers entre eux, assez trapus (fig. 12, a). Mensurations (en u) :
110 — 140 (+ 2,5) — 170 ; 2,5 — 5,5 — 7,5
Histologie. Cellules sphéruleuses très nombreuses de 8 p. en moyenne, à sphérules de 1,5 p,.
Cellules granuleuses rondes de 10 p..
Chambres choanocytaires de 20 p.
Reproduction. — De septembre à novembre ; les embryons, blancs, sont groupés
dans des poches situées au sein du choanosome.
Répartition. —■ Commune en Méditerranée dans les fonds du D.C., elle est rare dans
les hauts niveaux (trouvée dans l’étang de Thau). Elle est extrêmement courante sur les
côtes de la Manche et de l’Atlantique.
Discussion. — La densité spiculaire, la forte hispidation pendant la phase de crois¬
sance contribuent à masquer le réseau superficiel, caractère principal du genre.
Adocia varia Sarà, 1958
(Fig. 12, b; pl. Il, fig. 4)
Exemplaires étudiés. — Très nombreux, recueillis sur le littoral de Rari dans de
très petits fonds. Décrite de Naples dans une grotte superficielle. Retrouvée dans les eaux
de Ranyuls, au rocher Aspre, à 20 m. Cette éponge est commune.
Description. — Revêtante, en plaque à contour irrégulier, de faible épaisseur, sous les cail¬
loux ou sur les tiges de Cystoseires ; tendance à émettre de larges prolongements toujours adhé¬
rents au substrat. Oscules petits, ronds (1 mm de diamètre), légèrement surélevés. Couleur claire,
grisâtre. Ferme. Hispidation réduite. La surface a un aspect criblé car les canaux inhalants sont
visibles par transparence. Le basopinacoderme, à réseau très serré, a l’aspect du cuir.
Charpente. Lignes primaires paucispiculées, spiculés transverses perpendiculaires ; peu de
spongine aux nœuds du réseau. Réseau superficiel bien individualisé ; les différents réseaux suc¬
cessifs apparaissent très nettement sur des coupes transversales (pl. II, fig. 4).
Spiculés. Oxes réguliers en forme et en taille, courbés, trapus, à pointes longues et aiguës
(fig. 12, b). Mensurations (en p.) :
80 — 110 (+ 2,5) — 150 ; 2,5 — 5,0 — 8,0
Histologie. Gros archéocytes (13 p.) à granules très nombreux, à noyau périphérique.
Reproduction. —• En juillet ; embryons blancs, de 400 p., contenus dans les poches.
Discussion. — Cette espèce est caractérisée par sa consistance, son réseau choanoso-
mique dense en lignes primaires peu individualisées, la spongine réduite, l’absence de cel¬
lules sphéruleuses.
Adocia reptans n. sp.
(Fig. 12, c)
Un seul exemplaire a été trouvé à la sortie du port du Frioul (Marseille), à 11 m, à
la limite d’un herbier de Posidonies. C’est l’holotype que je dépose au M.N.H.N. sous le
n° D.J.M.G. 7.
160
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
Description. — Éponge petite, formée de lobes divergents de 2,5 cm de long, 5 mm de large,
3 mm d’épaisseur, rampant sur le substrat. Les oscules, de 1 mm, distants l’un de l’autre de 1 cm,
sont situés dans l’axe de ces prolongements ; le bord des oscules est hérissé de spiculés. Couleur
blanc jaunâtre. Consistance ferme ; non visqueuse ; non filante. Surface régulière, lisse, non liispide.
Pores non visibles.
Charpente. Lignes primaires plurispiculées (2 à 6 spiculés de front), spiculés transverses per¬
pendiculaires, spongine abondante, engainant les lignes primaires (fig. 13, Cj) ; réseau superficiel
à mailles isodictyales, à spongine réduite aux nœuds (fig. 12, c 2 ). L’hispidation périosculaire obser¬
vée chez l’holotype indique certainement une phase de croissance, les oscules ayant tendance à
être légèrement surélevés.
Spiculés. Oxes très réguliers entre eux, petits, à pointes acérées (fig. 12, c 3 ). Mensurations
(en il) :
65 — 85 (± 2) — 100 ; 2,5 — 3,5 — 5,0
Histologie (fig. 12, c 2 ) :
— cellules sphéruleuses de 10 à 15 p., très nombreuses, à petites spliérules de 1,5 p ;
— cellules granuleuses rondes de 12 p ;
— porocytes de 10 p, très visibles sur des préparations de la surface.
Répartition. — Niveaux superficiels et petits fonds.
Discussion. — Cette espèce est caractérisée par les oxes très petits, le réseau choa-
nosomique régulier, les porocytes situés au niveau de l’exopinacoderme.
Adocia laevis n.
(Fig. 12, d)
sp.
Exemplaires étudiés :
Deux spécimens récoltés au cours de la campagne de la « Calypso » de 1958 en mer
d’Alboran, à l’est de l’îlot, pendant une plongée sur un tombant entre 20 et 25 m ; l’un
de ces exemplaires, déposé au M.N.H.N. sous le n° D. J.M.G. 12 , est l’holotype.
Un échantillon de la collection de Topsent du M.N.H.N. étiqueté comme suit : « Reniera
sans origine autour d’une tige de Cystoseire ».
Description. — Rameaux légèrement aplatis, de 5 mm d’épaisseur, rampant sur le subs¬
trat ; oscules petits (0,5 à 1 mm de diamètre), non surélevés, disposés le long de la ligne médiane,
espacés de 5 à 10 mm. Marron dans l’alcool ou après dessication. Ferme, mais certaine souplesse.
La surface est lisse ; elle semble recouverte d’une cuticule qui prend l’aspect du cuir quand l’éponge
est sèche, plus particulièrement au niveau du basopinacoderme. On devine cependant sous l’ecto-
some l’entrée des canaux inhalants et les canaux exhalants qui convergent superficiellement vers
les oscules. L’hispidation est très faible.
Charpente. La spongine, très développée, enveloppe complètement les lignes primaires pau-
cispiculées et les spiculés transverses ; il se forme ainsi de véritables fibres ; elles sont longitudinales,
s’incurvant à leur extrémité pour être perpendiculaires à la surface. Elles soutiennent le réseau
superficiel, où la spongine est aussi très développée (fig. 12, djj. L’extrémité des fibres pointe
Fig. 12, a. — Adocia simulons, oxes.
Fig. 12, b. — Adocia varia, oxes.
Fig. 12, c. — Adocia reptans : Cj, détail de la charpente au niveau de l’oscule (phase de croissance) ;
c 2 , détail de la surface (p : porocyte ; s : cellule sphéruleuse ; g : cellule granuleuse) ; c 3 , oxes.
Fig. 12, d. — Adocia laevis ; d 1; surface, détail du réseau superficiel ; d 2 , oxes.
Fig. 12, e. — Adocia palmata, oxes.
162
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
à la surface, en certains endroits, en un petit cône de spongine qui provoque la faible hispidation.
Spiculés. Petits oxes, minces, très effilés (fig. 12, d 2 ). Mensurations (en p) :
75 — 85 (± 1,5) — 95 ; 1,25 — 2,5 — 3,5
Histologie. Cellules sphéruleuses de 10 p, très nombreuses, à sphérules de 2,5 p.
Discussion. — Cette espèce se distingue des précédentes par le grand développement
de la spongine, qui confère notamment à la surface l’aspect du cuir. Le réseau superficiel
est particulièrement caractéristique, perpendiculaire aux lignes primaires du réseau choa-
nosomique.
Adocia venata Sara, 1960
Cette espèce n’a pas été retrouvée. Les exemplaires de la série type proviennent de la
région de Naples, de 50 et de 70 m de profondeur.
Description (d’après Sara, 1960). — Plutôt grande, encroûtante, d’une épaisseur supérieure
à 5 mm ; coriace, incompressible ; blanche dans le Baker ; surface réticulée ; les canaux exhalants,
visibles par transparence, lui donnent un aspect veiné. Oscilles de 3 mm, circulaires, à peine suré¬
levés. Ectosome mince, détachable.
Charpente à mailles unispiculées, sans spongine. Réseau superficiel unispiculé. Oxes très
pointus. Mensurations (en p.) :
105 — 135 ; 4 — 7
Discussion (d’après Sara, 1960). — Cette espèce se distingue d’M. varia par sa consis¬
tance, par les canaux superficiels, la grandeur des oscilles, les spiculés à la forme plus effilée
et aux dimensions plus grandes, la répartition écologique (cette espèce est une forme cir-
calittorale).
Adocia palmata (Schmidt, 1862)
(Fig. 12, e)
Un seul spécimen séché, de la collection du Musée d’Histoire naturelle de Strasbourg,
étiqueté « Reniera palmata Schmidt ? Naples », a pu être étudié.
Description. -— Fragments marron, formés de deux processus osculifères coniques à oscule
apical de 2 à 3 mm. Le réseau superficiel, qui persiste en certains endroits, permet de rattacher
sans hésitation cette espèce au genre Adocia. La charpente est constituée de lignes primaires pau-
cispiculées et de spiculés transverses perpendiculaires. La spongine, très réduite par la dessication,
n’est visible qu’aux nœuds du réseau. Les oxes sont réguliers entre eux, assez forts, à pointes
longues (fig. 12, e). Mensurations moyennes (en p.) : 140 ; 6.
Discussion. •— La description de Schmidt étant insuffisante, l’appartenance de ce
spécimen à cette espèce est incertaine, car il n’est pas indiqué qu’il fasse partie de la série
type. Il est souhaitable qu’un inventaire complet des Spongiaires conservés au Musée de
Strasbourg soit entrepris ; il permettrait de lever de nombreuses hypothèses formulées
au sujet des Reniera de Schmidt.
RÉNIERIDES DE MEDITERRANÉE
163
Clé dichotomique
1 — Eponge en plaque peu épaisse ; coriace, incompressible. 2
—• Forme différente. 4
2 — Réseau à libres primaires ; cellules sphéruleuses abondantes. . A. simulons (Johnst.)
— Réseau dense à mailles unispiculées. 3
3 —• Canaux superficiels apparents ; forme circalittorale. A. venata Sara
— Canaux superficiels non apparents ; forme commune dans les hauts niveaux.
A. varia Sarà
4 — Eponge en rameaux cylindriques, à oscules latéraux ; coriace ; spongine développée. . . .
A. simulons (Johnst.)
— Forme différente. 5
5 — Éponge peu étalée, à processus osculifères développés ; lignes primaires nettes ; oxes moyens.
A. palmata (Schm.)
— Éponge rampante sur le substrat ; souple ; oxes petits (moy. 80 p). 6
6 — Spongine développée ; surface ayant l’aspect du cuir ; lignes primaires paucispiculées. .
A. laevis n. sp.
— Réseau superficiel à spongine peu développée ; lignes primaires plurispiculées ; porocytes
au niveau de l’exopinacoderme. A. reptans n. sp.
C. Chalinula Schmidt, 1868
Chalinula fertilis Relier, 1879
(Fig. 13, a)
Exemplaires étudiés. — Quelques spécimens de l’étang de Tliau (signalée par
Topsent, cette espèce y a été retrouvée) et du port militaire de Naples (exemplaire de la
collection de Topsent).
Description. — Lame mince recouvrant les feuilles de Zostères, à oscules non surélevés ou
petite forme massive à processus osculifères coniques, soudés entre eux, à oscule apical, inférieur
à 1 mm. Grisâtre ou rosée. Molle. Surface très hispide. Exopinacoderme criblé, détachable.
Charpente. Lignes primaires plurispiculées et lignes secondaires paucispiculées ; la spongine est
abondante, mais elle ne forme pas une gaine débordante (fig. 13, a x ) ; les mailles sont larges ; les
spiculés libres sont nombreux. Pas de différenciation ectosomique. I/hispidation correspond à
la projection, hors de la surface, des lignes primaires d’une longueur équivalente à celle de trois
à quatre spiculés ; l’exopinacoderme est ainsi soulevé en de petits conules semblables à ceux des
Cornées. Vastes vestibules sous l’exopinacoderme.
Spiculés. Oxes réguliers, petits, trapus, à pointes brèves (fig. 13, a 2 ). Mensurations (en jx) :
75 — 85 (± 2,5) — 100 ; 3,0 — 5,0 — 7,0
Histologie. Pas de cellules sphéruleuses. Chambres choanocytaires : 30 p ; choanocytes : 2,5 p.
Reproduction. —■ Les embryons très nombreux (d’où le nom spécifique), dispersés
dans le choanosome, orangés, ont 120 p de diamètre (fig. 13, a 3 ).
Distribution. —• Cette éponge est commune dans les petits fonds, dans les étangs
salés et dans les eaux saumâtres, souvent en épiphytes.
164
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
Discussion. — Topsent a mis, en 1938, cette espèce en synonymie avec Ch. renie-
roides Schmidt ; mais cette synonymie est incertaine.
Chalinula limbata (Montagu)
(Fig. 13, b)
Exemplaires étudiés. — Quelques spécimens de provenances diverses, de l’étang
de Tliau, de Roscofï, de la collection de Topsent du M.N.H.N. [Ch. zostericola).
Description. — Très petite forme, épiphyte, subglobulaire, émettant des lobes ou revêtante.
Oscules de 1 mm. Brune. Souple. Hispidation courte et éparse. L’exopinacoderme n’est pas déta¬
chable, il est en rapport étroit avec les tissus sous-jacents ; les ostioles ne sont pas visibles.
Charpente. Réseau de fibres isodiamétriques, les premières étant à peine plus larges que les
secondaires ; leur diamètre varie de 5 à 30 p, (fig. 13, bj). Le degré de spiculation à l’intérieur de
ces fibres est variable ; il est généralement faible. Le réseau est très lâche. Entre ces mailles, les
spiculés libres sont nombreux. La fixation des fibres sur le substrat se fait par un élargissement
discal. Le réseau ectosomique est peu individualisé par rapport au réseau profond.
Spiculés. Oxes grêles, flexueux (fig. 13, b 2 ) : leurs mensurations varient de 60 à 85 p sur 0,5
à 2 p.
Répartition. — Cette espèce vit essentiellement en épiphyte sur les Posidonies, les
Codiums, les Fucus. Elle est commune dans les hauts niveaux, mais passe souvent ina¬
perçue par sa petite taille et la nature de son substrat.
Discussion. — Topsent a décrit en 4892 une nouvelle espèce, Chalina zostericola,
de Porquerolles. Il a mis cette espèce en synonymie avec Ch. limbata en 1943. Les spécimens
retrouvés dans la collection de Topsent sont, en effet, identiques aux spécimens de Ch. lim¬
bata de la Manche.
Clé dichotomique
— Oxes petits et trapus, réguliers entre eux; exopinacoderme apparent, criblé.
Ch. fertilis Relier
— Oxes grêles ; exopinacoderme non apparent. Ch. limbata (Mont.)
D. Callyspongia Duchas. et Michel., 1864
Callyspongia septimaniensis n. sp.
(Fig. 15, c)
Exemplaires étudiés :
L’holotype, chaluté au large d’Agde par 35 m de fond par le « Président Théodore
'lissier » en 1958, déposé au M.N.H.N. sous le n° D.J.M.G. 10 ;
Fig. 13, a. — Chalinula fertilis : a^ détail de la charpente ; a 2 , oxes ; a 3 , embryon.
Fig. 13, b. — Chalinula limbata : b x , détail de la charpente ; b 2 , oxes.
Fig. 13, c. — Haliclona oculata , oxes.
166
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
Un échantillon de la collection de Topsent du M.N.H.N. étiqueté comme suit : « Cha-
lina sp., Palavas. Faculté des Sciences de Montpellier ».
Description. — Rameaux rampants, cylindriques, à oscules de 2 mm régulièrement répartis
sur une seule face. Marron dans l’alcool. Très souple. Hispidation courte et éparse. Surface régulière.
Exopinacoderme non détachable.
Charpente. Réseau de fibres primaires bispiculées et de fibres secondaires unispiculées, de
10 à 30 p d’épaisseur ; la spongine forme une gaine étroite isodiamétrique (fig. 15, Cj). Les lignes
primaires longitudinales s’incurvent à la périphérie. Au niveau de l’ectosome, les mailles, larges
dans le réseau choanosomique, sont étroites. Le réseau superficiel, serré, a des mailles quadrangu-
laires très régulières (fig. 15, c 2 ).
Spiculés. Oxes petits, trapus, légèrement courbés, très réguliers (fig. 15, c 3 ) ; mensurations
(en p) :
80 — 95 (± 2) — 110 ; 3,0 — 6,0 — 7,5
Répartition. —■ L’holotype a été chaluté dans des fonds du I).C., à 35 m.
Discussion. — Par son réseau superficiel particulier, très régulier, cette llalicloni-
dae se rattache d’une façon certaine au genre Callyspongia.
E. Siphonochalina Schmidt, 1868
Siphonochalina coriacea Schmidt, 1868
(Fig. 14, a)
Exemplaires étudiés :
Une préparation de la charpente de l’holotype conservé au Musée d'Histoire naturelle
de Strasbourg, faite par Topsent ;
Le spécimen de la forme « pruvoti » du M.N.H.N. ;
Un exemplaire dragué sur le seuil siculo-tunisien en 1955, conservé dans la collection
de la S.M.E.
Description. — Tubes dressés, de grande taille (l’individu de la forme « pruvoti » a 45 cm
de haut), plus ou moins parallèles, à oscule apical béant. Bosselés ; constrictions bien marquées.
Epaisseur supérieure à celle indiquée par Topsent : jusqu’à 6 mm. Ferme et coriace. L’aspect
de la surface est velouté : l’hispidation est courte et éparse.
Charpente. Fibres primaires très individualisées, isodiamétriques, de trois à cinq spiculés
de front dans l’axe de la fibre ; spongine largement débordante. Fibres secondaires de la longueur
d’un seul spiculé ; leur gaine de spongine est continue. Les mailles sont étroites, plus hautes que
larges (fig. 14, a x ). Au niveau de Tectosome les mailles sont plus serrées. Les fibres primaires, de
30 à 80 p, pointent à la surface et provoquent l’hispidation. Entre leurs extrémités, le réseau
superficiel est formé de fibres plus minces.
Spiculés. Oxes réguliers, doucement courbés ; pointes longues, émoussées (fig. 14, a 2 ). Men¬
surations (en fi) :
100 — 115 (± 2) — 135 ; 3,0 — 4,0 — 5,5
Fig. 14, a. — Siphonochalina coriacea : a,, détail de la charpente ; a 2 , oxes.
Fig. 14, b. — Siphonochalina balearica : b x , détail de la charpente ; b 2 , oxes.
Fig. 14, c. — Siphonochalina subcornea : c x , détail de la charpente ; c 2 , oxes.
168
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
Répartition. — Tous les exemplaires connus proviennent des côtes d’Algérie et de
Tunisie. Le spécimen de la forme « pruvoti » a été dragué par 60 m sur un fond de sable
vaseux ; le spécimen conservé à la S.M.E., par 30 m sur un fond coralligène. Cette espèce
n’a pas été signalée sur les rivages nord de la Méditerranée.
Discussion. — Après avoir étudié l’holotype, Topsent, en 1924, décrit une nouvelle
espèce, 5. pruvoti ; en 1927 il la considère comme une forme de S. coriacea. La préparation
de l’holotype montre quelques fragments de la charpente ; les fibres primaires sont bi à
trispiculées ; la gaine de spongine régulière, de 25 p de diamètre ; les fibres secondaires
ont la longueur d’un spiculé. Mais l’ectosome n’y figure pas : il aurait permis d’apprécier
plus sûrement le jugement de Topsent.
Siphonochalina balearica Ferrer Hernandez, 1916
(Fig. 14, b ; fig. 15, a)
Exemplaires étudiés. — Deux spécimens récoltés en plongée sur un tombant, à
25 m, à Test de l’îlot d’Alboran, au cours de la campagne de la « Calypso » de 1958. Conser¬
vés dans l’alcool.
Description. — Tubes dressés, s’élevant d’une plaque basale de 4 mm d’épaisseur, à bord
régulier, plus ou moins lobé. Le plus grand tube a 15 cm de hauteur sur 3 cm de diamètre. Les
tubes sont indépendants les uns des autres, mais ils peuvent être ramifiés. L’oscule apical est rétréci.
Surface lisse, luisante, imperforée, à constrictions marquées. Parois épaisses. Beige marron. Ferme,
coriace.
Charpente. Fibres principales ascendantes, plurispiculées, s’incurvant vers la surface. Spon¬
gine très développée : l’épaisseur de ces fibres varie de 40 à 80 p. Fibres secondaires uni ou bispi-
culées, de 20 à 30 p, ; les spiculés sont entièrement enfermés dans la spongine. La stratification de
la spongine est particulièrement nette (fig. 14, b^. Aucun corps étranger n’a été observé à l’inté¬
rieur de ces libres. Des bouquets de spiculés hérissent la paroi de l’atrium ; ils ne sont pas aussi
développés que chez R. crassa. Le réseau superficiel à mailles isodictyales s’appuie sur l’extrémité
des libres du réseau choanosomique ; la spongine y est peu développée (fig. 15, a).
Spiculés. Oxes réguliers de forme, à pointes relativement brèves (fig. 14, b 2 ). Mensurations
(en p) :
100 — 120 (± 2 )— 140 ; 2,5 — 4,5 — 7,0
Histologie. Cellules sphéruleuses mûriformes, très abondantes, de 7 à 15 p, à sphérules réfrin¬
gentes de 2 p ; elles n’ont pas disparu dans l’alcool.
Reproduction. — En septembre ; les embryons blancs sont contenus dans des poches
de 500 p de diamètre.
Discussion. •— Les deux exemplaires étudiés ont été attribués à cette espèce, malgré
l’absence de corps étrangers dans les fibres de spongine. Ferrer Hernandez a noté que
le phénomène n’est pas constant. Tous les autres caractères sont conformes à ceux de l’holo-
type -
Ces spécimens, bien conservés, ont permis une étude complète, notamment des cellules
Fig. 15, a. — Siphonochalina balearica , réseau superficiel.
Fig. 15, b. — Siphonochalina subcornea, réseau superficiel.
Fig. 15, c. — Callyspongia septimaniensis : c lt détail de la charpente au niveau de la surface ; c 2 , réseau
superficiel ; c 3 , oxes.
170
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
sphéruleuses ; cela n’a pas été possible pour l’espèce précédente, dont on ne possède que des
exemplaires séchés. Du fait de la mauvaise conservation de S. coriacea, les différences sque¬
lettiques, notamment au niveau de l’ectosome, ne peuvent pas être totalement analysées ;
il semble cependant que les deux charpentes diffèrent par la quantité de spongine, la lar¬
geur de la maille et la présence, chez S. balearica, d’une importante hispidation atriale.
Siphonochalina subcornea n. sp.
(Fig. 14, c ; fig. 15, b)
Exemplaires étudiés. —■ Nombreux, de la région marseillaise. Cette éponge est com¬
mune dans les calanques, au niveau des herbiers de Posidonies ; à l’entrée de la G.S.O.
de Port-Miou les spécimens sont particulièrement développés. L’un d’eux constitue l’holo-
type que je dépose au M.N.H.N. sous le n° D.J.M.G. 1.
Description. — Tubes dressés pouvant atteindre 25 cm de hauteur, à oscule apical souvent
rétréci ou divisé en deux ; fréquentes excroissances latérales. La surface, généralement lisse, peut
être verruqueuse. Couleur jaune clair. Très souple, même après dessication. Fragile. Surface non
hispide.
Charpente. Peu régulière ; la spongine est assez réduite ; les fibres primaires sont paucispi-
culées ; la gaine de spongine est d’épaisseur variable (20 à 50 p) ; les fibres secondaires, minces,
sont souvent réduites à un spiculé dont seules les extrémités sont enfermées dans la spongine.
Le réseau ainsi formé est assez lâche (fig. 14, c x ). Le réseau superficiel, à mailles isodictyales, est
plus dense que le réseau choanosomique (fig. 15, b).
Spiculés. Oxes assez réguliers à pointes longues (fig. 14, c 2 ). Mensurations (en p) :
95 — 110 (± 2) — 120 ; 2,5 — 4,5 — 5,5
Histologie. Très nombreux archéocytes granuleux. Petites cellules sphéruleuses de 7 p, à
sphérules peu nettes. Cellules sphéruleuses de 15 p rares, foncées, à sphérules irrégulières.
Chambres choanocytaires de 25 à 40 p ; choanocytes de 3 p.
Reproduction. — En octobre ; embryons jaune clair, de 200-250 p, répartis dans
tout le choanosome.
Distribution. — Cette espèce est commune dans les niveaux supérieurs où elle peut
avoir un grand développement. C’est la seule Siphonochalina recensée sur les côtes médi¬
terranéennes françaises.
Discussion. — Par la quantité de spongine réduite, qui lui confère une certaine fra¬
gilité, cette espèce, proche d’H. citrina par le réseau superficiel, peut être considérée comme
une forme intermédiaire entre les Haliclona et les Siphonochalina.
Siphonochalina expansa Sarà, 1960
Cette espèce n’a pas été retrouvée. Les exemplaires de la série type proviennent de la
région de Naples, de 60 à 70 m de profondeur.
Description (d’après Sara, 1960). — Fragments de grandes dimensions (supérieures à 10 cm
de diamètre), ne formant pas de longs tubes ; les oscules (2 cm de diamètre) sont au sommet de pro¬
tubérances épaisses de plus d’un centimètre. Friable, molle, un peu plus consistante superficielle¬
ment.
Réseau unispiculé ; oxes à pointes plutôt courtes. Mensurations (en p.) : 146 — 200 ; 5 — 7.
RÉNIÉRIDES DE MEDITERRANEE
171
Discussion. — Sara distingue cette espèce des autres Siphonochalina par sa forme
massive.
Clé dichotomique
2 —
3
Forme massive.
Forme en tube.
Eponge fragile ; spongine réduite.
Éponge coriace ; spongine développée.
Hispidation atriale développée ; mailles ovoïdes ;
Pas d'hispidation atriale ; mailles rectangulaires.
. S. expansa Sarà
. 2
. S. subcornea n. sp.
. 3
cellules sphéruleuses abondantes....
S. balearica F. H.
. S. coriacea Schm.
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RENIÉRIDES DE MEDITERRANÉE
175
INDEX
Adocia laevis n. sp. 160
Adocia palmata (Schmidt). 162
Adocia repians n. sp. 159
Adocia simulons (Johnston). 158
Adocia varia Sara. 159
Adocia venata Sara. 162
Callyspongia septimaniensis n. sp. 164
Chalinula fertilis Keller. 163
Chalinula hmbata (Montagu) = Chali¬
nula zostericola Topsent. 164
Dendroxea lenis (Topsent). 152
Haliclona citrina (Topsent). 154
Haliclona elegans (Bowerbank). 156
Haliclona mediterranea n. sp. 153
Haliclona stirpescens (Topsent). 157
Haliclona subtilis n. sp. 154
Haliclona sp. 157
Pellina fistulosa (Bowerbank )= Reniera
latens (Topsent). 150
Pellina magna (Vacelet). 148
Pellina parietalis (Topsent). 151
Pellina semitubulosa (Lieberkhün). 147
Reniera aquaeductus Schmidt. 126
Reniera arenata n. sp. 130
Reniera cratera Schmidt. 128
Reniera crassa (Topsent). 126
Reniera flavescens Topsent. 128
Reniera fulva Topsent. 138
Reniera grossa Schmidt. 142
Reniera implexa Schmidt. 133
Reniera indistincta (Bowerbank). 137
Reniera mamillata n. sp. 132
Reniera mucosa n. sp. 140
Reniera omissa n. sp. 144
Reniera perlucida n. sp. 127
Reniera plana Topsent. 143
Reniera pocilliformis n. sp. 146
Reniera poecillastroides Vacelet. 144
Reniera rosea (Bowerbank). 137
Reniera sarai Pulitzer = Reniera viscosa
Sarà . 136
Reniera valliculata n. sp. 134
Reniera viscosa Topsent. 137
Rhizoniera rhizophora (Vacelet). 152
Siplionochalina balearica Ferrer Hernan¬
dez . 168
Siphonochalina coriacea Topsent = S.
pruvoti Topsent. 166
Siphonochalina expansa Sarà. 170
Siphonochalina. subcornea n. sp. 170
Manuscrit déposé le l el octobre 1969.
176
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
PLANCHE I
Fig. 1. — Reniera arenata, surface; aires ostiolifères indivises, aspiculées (x 50).
Fig. 2. — Reniera implexa, surface ; aires ostiolifères réduites, indivises, aspiculées ( X 50).
Fig. 3. — Reniera mamillata, surface ; aires ostiolifères aspiculées, divisées en aires ostiolifères secondaires
(X 50).
Fig. 4. — Reniera valliculata, surface; aires ostiolifères spiculées, divisées en aires ostiolifères secondaires
(X 50).
Fig. 5. — Reniera mucosa, détail du réseau superficiel de type « voûte » ; départ des arches de soutien
(X 60).
Fig. 6. — Reniera sarai, coupe transversale au niveau de l’ectosome ; à noter la vaste lacune et les lignes
primaires individualisées (X 10).
PLANCHE 1
3, 6
178
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
PLANCHE II
Fig. i. — Reniera perlucida, charpente ectosomique ; coupe au niveau d’un vestibule (X 50).
Fig. 2. — Reniera arenata, charpente ectosomique; l’exopinacoderme est visible au-dessus du vestibule
(X 50).
Fig. 3. — Reniera fulva, réseau superficiel de type « voûte » (x 50).
Fig. 4. — Adocia varia, coupe du bord de l’éponge ; à noter les stades successifs de la croissance mis en
évidence par les anciens réseaux superficiels qui restent en place (X 50).
Fig. 5. — Pellina fistulosa, développée autour d’une coquille morte de L. lithophaga (X 2,3).
Fig. 6. — Reniera fulva, petit exemplaire (X 2).
PLANCHE II
180
JEAN-MICHEL GRIESSINGER
Fig. 1.
Fig. 2.
Fig. 3.
Fig. 4.
PLANCHE III
— Haliclona mediterranea n. sp., holotype (X 0,6).
— Reniera valliculata n. sp., holotype (X 1).
— Reniera sarai Pulitzer, réaction tissulaire provoquée par un Gellius sp. en épibiose (X 0,8).
— Reniera mucosa n. sp. ; en haut à droite, Diplastrella bistellata (X 0,33).
PLANCHE 111
Achevé d’imprimer le 25 février 1972.
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1 564 001 5
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« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
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