BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
I ! 11 ! 11 ! 111111111111111 ! 11111111111
PUBLICATION BIMESTRIELLE
N° 55
MAI-JUIN 1972
III!
zoologie
41
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : P r M. Vachon.
Comité directeur : P rs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr. M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr. N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme —- Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
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toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
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BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
3° série, n° 55, mai-juin 1972, Zoologie 41
SOMMAIRE
André Kiener et Charles Jacques Spillmann. — Note complémentaire à l’étude
systématique et écologique d ’Atherina boyeri Risso (Poissons, Cyprinidae) dans
sa zone de dispersion actuelle. 563
Charles Jacques Spillmann. — Sur une collection de poissons (Cyprinidae, Poeci-
lidae) recueillis dans le sud-est de l’Iran. 581
55, 1
Note complémentaire à l’étude systématique
et écologique d ’Àtherina boyeri Risso (Poissons, Cyprinidae)
dans sa zone de dispersion actuelle
par André Kiener et Charles Jacques Spillmann *
Résumé. — La réception de lots d 'Atherina boyeri de la mer Noire et de la mer Caspienne,
ainsi que la prise de connaissance d’un article de Baïmov (1963) sur les Athérines de la mer d’Aral,
ont incité les auteurs à revenir sur divers problèmes évoqués dans une précédente mise au point
sur les Athérines des cotes françaises (1969). De façon fort inattendue, les .4. boyeri des deux mers
Caspienne et d’Aral atteignent des tailles bien supérieures à celles de l’espèce dans le reste de sa vaste
aire géographique : Atlantique, Méditerranée, mer Noire (lagunes et petites mers adjacentes).
Par ce seul caractère, ces populations d’Athérines peuvent être rattachées à une sous-espèce valable :
A. boyeri caspia Eichwald. Une discussion est ouverte pour essayer de déceler les raisons de cette
grande taille.
Abstract. — The receiving of lots of Atherina boyeri from Black and Caspian seas, so as the
knowledge of an article from Baïmov (1963) on Aral Atherines, incited the authors to came back
on scveral problems evoked in a precedent work on French Coastal Atherines. .4. boyeri of Caspian
and Aral Seas attains much bigger lenghts than that of the speeies in the rest of its wide geogra-
phical area : Atlantic, Mediterranean, Black Sea (adjacent brackish lagoons and little seas). On
account of this single character, these populations of Atherines ean be connected to a valid subspecie :
A. boyeri caspia Eichwald. A discussion is opcned to try to disclose the reasons of this big mea-
surement.
Zusammemfassung. — Ein Los Atherina boyeri aus dem Sehwarzen und dem Kaspischen
Meer und auch eine Arbeit. von Baïmov (1963) über die Atherinen des Aralmeeres, hat die Ver-
fasser ermutigt auf verschiedene Problème aus einer früheren Arbeit über die Atherinen de fran-
zôsischen Küsten zurückzukommen. Ganz unerwartet war die Feststellung, dass die Atherinen
des Kaspischen und des Aralmeeres viel grdsser als die Arten des übrigen sehr ausgedehnten geo-
graphischen Yerbreitungsbezirks : Atlantischer Ozean, Mittelmeer, Schwarzes Meer (angrenzende
Lagunen und Kleine Meere). Diese Atherinen Kônnen infolge dieses unterscheidenen Merkmals
zu der Nebenart A. boyeri caspia Eichwald gezahlt werden. Eine Untersuchung ist im Gang, um
den Grund dieser Grosse zu ermitteln.
* Kiener André, Laboratoire de Biologie générale et d’Écologie de la Faculté des Sciences de Marseille,
Saint-Charles. Place Victor Hugo, 13003 Marseille.
Spillmann Charles Jacques, Laboratoire de Zoologie (Reptiles et Poissons), Muséum national d’His-
toire naturelle, 57, rue Cuvier, 75005 Paris.
55, 2
564
ANDRE ICIENER ET CHARLES JACQUES SPILLMANN
Dans notre précédent mémoire « Contribution à l’étude systématique et écologique
des Athérines des côtes françaises » (Iviener et Spillmann, 1969 : 64), nous avions posé
le problème de la dispersion d ’Atherina boyeri vers l’Atlantique d’une part et vers l’en¬
semble mer Noire — Caspienne d’autre part.
Deux faits nouveaux — la réception de collections mentionnées en Annexe I et pro¬
venant de la mer Noire et de la Caspienne, le travail de Baïmov (1963) sur le développe¬
ment « explosif » d ’Atherina mochon caspia Eichw. (= A. boyeri caspia Eichwald) dans la
mer d’Aral — nous ont incités à revenir sur ce problème. Par ailleurs, nous avons cru bon
de compléter notre premier travail avec quelques références bibliographiques supplémen¬
taires et quelques remarques (Annexe 11), mais dans l’ensemble ces données ne modifient
en rien notre mise au point sur les Athérines des côtes françaises.
Si l’on se rapporte aux études faites par les paléobiogéographes et les paléontologistes,
on remarque qu’à l'ère tertiaire (au Miocène supérieur) les mers Noire, Caspienne et d’Aral
actuelles n’étaient pas encore individualisées et formaient un grand ensemble dénommé
mer Sarmatique (restes de la mer d’Obi, Trouessart, 1922), ouvert vers l’ouest sur l’em¬
placement actuel de la mer Egée et de la Méditerranée. C’est au Pliocène seulement qu’une
mer aralo-caspienne s’est trouvée isolée par retrait progressif de la grande mer du Mio¬
cène. Au Pléistocène enfin, c’est-à-dire au début du Quaternaire, la mer d’Aral s’est trouvée
isolée de la Caspienne. A partir de cette époque la disposition actuelle de ces mers est sen¬
siblement réalisée, la mer Noire restant en communication avec la Méditerranée par la
mer de Marmara et les mers Caspienne et d’Aral constituant des plans d’eau relictes du
grand ensemble tertiaire. Nous reviendrons en détail sur ces problèmes au chapitre III.
On peut donc considérer que les populations d’Athérines peuplant aujourd’hui la mer
Caspienne ont une origine commune avec les populations actuelles de la Méditerranée et
que c’est par suite de leur isolement géographique, ainsi que de conditions écologiques
particulières, qu’elles ont acquis les caractères distinctifs que nous étudierons. Nous venons
de parler de la mer Caspienne seule, car les Athérines actuelles de la mer d’Aral y ont été,
en fait, introduites fort récemment, en 1954 (Baïmov, 1963).
I. ÉTUDE DES ATHÉRINES DE LA MER NOIRE
ET DE LA CASPIENNE
Un lot d’Athérines reçu de la Station « I. Borcca » (Roumanie) est conforme, par scs
diverses caractéristiques, à la diagnose donnée par Banarescu (1964) pour Atherina mochon
pontica Eichwald.
Les caractères du lot que nous axons reçu : taille, couleur, caractères numériques et
métriques, ne nous permettent pas, statistiquement, de les séparer des divers lots de la
Méditerranée parmi lesquels nous n’avions pas pu valablement distinguer de sous-espèces
(Kiener et Spillmann, 1969 : 47). Nous pensons que les populations de la mer Noire,
malgré leur isolement actuel, ne constituent pas une race géographique.
En revanche, le cas A Atherina boyeri de la Caspienne est différent (fig. 1). C’est grâce
à l’obligeance de M. le Professeur Svetovidov que nous avons pu recevoir récemment un
ATHERINA BOYER!
565
lot d’Athérines de Kaïdak bay (nord-est de la Caspienne). Reçus sous la dénomination
d ’Atherina mochon pontica natio caspia, la majorité des sujets avaient des tailles voisines
ou dépassant 14 cm, dimensions nettement supérieures aux maximums de tous les lots
d’autres provenances que nous avions déjà étudiés. De plus, la note de Baïmov (1963)
nous donne des renseignements intéressants quant au développement explosif et à la taille
maximale de la même Athérine introduite en mer d’Aral à partir de la mer Caspienne.
Nous y reviendrons par la suite.
Fig. 1. — Atherina boyeri de la mer Caspienne (les deux exemplaires du haut)
et Atherina boyeri de la mer Noire, de taille bien inférieure.
Fig. 2, — Radiographie. Les arcs hémaux de deux exemplaires d’Atherina boyeri présentent des variations au sein du même lot.
Tableau 1. — Analyse chimique des eaux
Échantillons d’eau
K
Ca
Mg
Na
Cl
so 4
hco 3
P H
œ
O
o"
O
Graphique
Observations
Océan Atlantique ..
390
426
1254
10557
18973
2708
130
8
34,300
Courbe très voisine de celle de
la Méditerranée.
Mer Méditerranée ..
450
470
1450
12300
21500
2800
120
8
38
î
Au large de Marseille.
Mer Morte.
7260
13780
37000
36510
19440
600
250
9
290
2
Contient aussi des quantités
importantes de Bore et d’Iode.
Mer Morte diluée ...
72
137
370
365
1944
6
80
8,1
2,960
2 bis
MM/100
Mer Morte diluée 100 fois.
378
364
1219
10375
18252
2459
188
7,8
33,200
3
Lagune delta du Danube.
Chiffres voisins de ceux de
l’océan Atlantique.
Mer Caspienne.
81
325
752
3136
5353
3053
100
8,5
12,860
4
Salinités voisines de 1/3 de celle
de la Méditerranée.
Mer d’Aral.
110
492
620
2514
4092
3354
100
8.5
8.6
11,280
17,240
5
Ici.
Golfe Kara Boghaz.
133
934
1159
4183
8241
2553
50
Plus salé que la Caspienne (pas
de graphique).
168
205
585
4752
8560
1740
102
8
17,600
Salinité voisine de la moitié de
celle de l’océan (pas de gra¬
phique).
Etang Olivier.
24
51
72
480
780
170
130
7,7
1,880
6
Eaux d’hiver peu salées (pluies
décembre 1966).
Nota. — Tous les poids des ions sont donnés en mg/1, la salinité S°/ 00 (ou extrait sec) en g/l. Les graphiques correspondants
(1 à 6 et MM/100) sont reproduits figure 3.
Milliequivalences ou Millivalences.
ATHERINA BOYERI
569
L’étude détaillée des spécimens en provenance de la Caspienne donne lieu à quatre
observations essentielles :
1. La majorité des caractères numériques et métriques font que les Athérines de la
Caspienne rentrent dans le cadre d’A. boyeri Risso s.l.
2. L’élargissement des arcs * hémaux des premières vertèbres caudales témoigne
d’une grande variabilité (fig. 2). Cette observation confirme notre opinion que sur ce seul
caractère on ne peut maintenir l’espèce A. bonapartei Boulenger.
3. Nous avions vu, dans notre premier travail, que le nombre des branchiospines
ne devait pas être retenu dans la systématique des Athérines, car il est essentiellement
en relation avec l’habitat qui détermine le type de nourriture dominante. Dans le cas des
Athérines de la Caspienne il est intéressant de noter le nombre relativement faible de ces
branchiospines (21-26) et le fait que la Caspienne possède une faune ichtyologique à espèces
dulçaquicoles dominantes (Markewitsch, 1933), conséquence d’une salinité faible dans
certaines de ses zones. Ces remarques suggèrent un rapprochement entre les conditions
écologiques de la Caspienne et celles de certains étangs littoraux méditerranéens oligo-
ou mésohalins.
4. C’est principalement par la grande taille à laquelle elles parviennent que les
Athérines de la Caspienne se distinguent de leurs homologues appartenant également à
l’espèce « boyeri » s.l. Les tailles de 14 cm sont fréquentes et la taille maxima de 15,4 cm
pour plusieurs sujets du lot reçu n’est jamais atteinte par ceux de Méditerranée et de mer
Noire dans lesquelles ils mesurent, suivant certains auteurs, exceptionnellement 12,5 cm
(nous-même n’avons pas rencontré, pour les très nombreux lots étudiés, de sujets de plus
de 10,4 cm). Cette différence importante, soumise à l’épreuve statistique, donne à elle seule
une différence significative et permet de retenir cette race sur les plans à la fois biomé¬
trique, écologique et géographique. Par ce seul caractère de taille, joint à l’isolement géo¬
graphique, l’Athérine de la Caspienne mérite la dénomination trinominale A’ Atherina
boyeri caspia Eichwald.
Parmi plusieurs hypothèses pouvant nous aider à expliquer cette grande taille, et sans
faire intervenir une possible mutation, évoquons plusieurs possibilités :
a) Nourriture. La richesse biologique actuelle de la mer Caspienne est un fait bien
connu (Morduciiai-Boltovskoi, 1960) et plusieurs introductions récentes d’invertébrés
(Zenkevich, 1957) y ont largement contribué par occupation des niches vides et utilisa-
Fig. 3. — Composition chimique des eaux.
Les chiffres du tableau I et les graphiques reproduits ici mettent en évidence la parenté de certaines eaux
aux courbes sensiblement parallèles (compte non tenu de l’ion H CO 3 , ce qui est normal en raison de
l’effet tampon du C0 2 de Pair). Ces eaux sont à regrouper, de ce fait, en familles suivantes :
— Méditerranée, Atlantique, mer Noire, Liman Sasic, étang Olivier (très dessalé, mais enrichi en
Ca ++ ).
— Caspienne, Aral, Kara Boghaz (plus riche en Ca+ + ).
— mer Morte (d’origine et diluée).
Les graphiques correspondant à plusieurs eaux (Atlantique, mer Noire et golfe Kara Boghaz) n’ont
pas été reproduits par souci de clarté.
Tableau II.
Milliéquivalents correspondant aux chiffres du tableau I
Échantillons d’eau
! K
Ca
Mg
Na
Total
Cations
Cl
so 4
hco 3
Total
Allions
1
Observations
Mer Méditerranée
me/l
% me
11,5
1,7
23,5
3,5
120,5
17,5
535
77,3
690,5
100
606
91
58,4
8,7
2,0
0,3
666,4
100
Graphique 1
(fig- 4)
Mer Morte
me/l
% me
186
3,3
689
12,4
3090
55,6
1588
28,5
5553
100
5480
99,8
12,5
0,2
4
0
5496,5
100
Graphique 2
Mer Morte diluée 100 fois
me/l
% me
1,86
3,3
6,89
12,4
31
55,6
15,9
28,5
55,5
100
54,8
97,5
0,13
0,2
1.3
2.3
56,23
100
Graphique 2 bis
(MM/100)
Linian Sasic
me/l
% me
9.7
1.7
18,2
3,1
101,5
17,5
451
77,7
580,4
100
515
90,5
51
9
3,0
0,5
569
100
Graphique 3
Mer Caspienne
me/l
% me
2,1
1
16,3
7,5
62,6
28,8
136
62,7
217
100
151
70,2
62,7
29,1
1,6
0,7
215,3
100
Graphique 4
Mer d’Aral
me/I
% me
2,8
1,5
24,6
13
51,6
27,5
109
58
188
100
115
61,6
70
37,5
1,6
0,9
186,6
100
Graphique 5
Etang Olivier
me/l
% me
0,62
2,1
2,5
8,3
6
20
20,9
69,6
30,02
100
22
79,7
3,o
12,6
2,1
7,7
27,6
100
Graphique 6
Nota. — Seules ont été reportées dans ce tableau, les eaux pour lesquelles ont été établis les graphiques de Maucha (fîg. 4).
ATHERINA BOYERI
571
tion plus complète des ressources trophiques. L’on sait que dans bien des cas, notamment
en aquiculture, une nourriture abondante à tous les stades de développement contribue
à assurer aux animaux une croissance plus rapide et des tailles maximales plus élevées.
b) Rapports ioniques. Le tableau I précise les chiffres relatifs aux principaux ions des
eaux de plusieurs mers, parmi lesquelles la Caspienne, la mer d’Aral et la mer Noire. Les
graphiques 4 et 5 (fig. 3) représentent les compositions chimiques des deux premières. Par
ailleurs, se basant sur les chiffres précisés dans le tableau II, la figure 4 donne les gra¬
phiques de Mauciia (1932) pour certaines de ces eaux, mettant en évidence les rapports
ioniques assez différents pour la Caspienne et la mer d’Aral d’une part (4 et 5), la Médi¬
terranée et le Liman Sasic d’autre part (1 et 3). Les graphiques établis pour la mer Noire
et l’Atlantique seraient très analogues à ceux de la Méditerranée. C’est donc déjà mettre
en évidence la large euryrhopie (Pora, 1960 et 1969) de l’espèce pouvant vivre dans des
milieux aux compositions chimiques aussi variées.
Afin de confirmer cette plasticité « euryrhopique » de l’espèce, l’un de nous (A. Kie-
ner) a fait séjourner en aquarium des Athérines en provenance de l’étang de l’Olivier dans
l’eau diluée de la mer Morte, avec une salinité totale de 3 g/l. A notre étonnement les Athé¬
rines ont bien vécu pendant plus de trois semaines, ce qui semble prouver que la mer Morte
agit sur les biocénoses surtout par son excès de sels totaux (près de 300 g/l) plus que par
sa composition ionique. C’est en raison de cette expérience (eau ramenée par A. Kiener
en août 1968 lors d’un Colloque en Israël) que les graphiques (fig. 3 et 4) comportent deux
eaux : mer Morte pure et même eau diluée au 1 /100 e .
Les fortes teneurs des eaux de la Caspienne et de la mer d’Aral en ions Ca + + (favori¬
sant l’ossification), Mg++ et S0 4 peuvent s’ajouter à l’action de la nourriture.
Les trois familles mises en évidence sur la figure 3 réapparaissent également sur la
figure 4, avec des pourcentages ioniques particuliers à chaque famille (chiffres arrondis) :
K+
Na+
Ca++
Mg++
so 4 —
ci-
Famille
de
la
Méditerranée.
. 2
69/77
3/8
17/20
9/12
79/90
Famille
de
la
Caspienne.
. 1
58/62
7/13
27/29
29/37
61/70
Famille
de
la
mer Morte.
. 3
29
12
56
0,2
98
IL ATHÉRINES DE LA MER D’ARAL
On sait, d’après le travail de Baïmov (1963), comment les Athérines de la Caspienne
ont été fortuitement introduites dans la mer d’Aral avec un lot important d’alevins de
Muges. Il est intéressant de signaler, ici, un cas de développement « explosif » conditionné
à la fois par l’occupation d’une niche vide et par une nourriture abondante (Kiener, 1968).
Le nom retenu pour ces Athérines est, bien entendu, celui de la sous-espèce de la Caspienne :
Atherina boyeri caspia Eichwald et les graphiques des figures 3 et 4 nous montrent l’ana¬
logie d’une partie des conditions écologiques (salinité, rapports ioniques) entre la mer d’Aral
et la Caspienne.
A N IO NS
Traces
l
CATIONS
POURCENTAGE
MILLI VALENCES
MILIEU
MARIN
N°2 Mer Morfe.
N°4 Mer Caspienne.
ATHERINA BOYERI
573
III. CONSIDÉRATIONS SUR LA RÉPARTITION DES ATHÉRINES
DANS LE COMPLEXE MER NOIRE — CASPIENNE — ARAL
Les ancêtres de nos Athérines sont fort mal connus et seuls quelques sujets fossiles,
souvent très fragmentaires, ont pu être rapportés aux formes actuelles par l’étude des
otolithes. C’est ainsi que Koken (1884 : 536) donne une première description de l’otolithe
d ’Atherina hepsetus recueilli dans des formations oligocènes de l’Allemagne du nord. Si la
description répond à la forme générale des otolithes du genre Atherina, l’auteur ne donne
malheureusement pas de dessin et l’attribution à une espèce donnée semble difficile. Par
ailleurs Schubert (1906) décrit sous le nom d ’Otolithus austriacus un otolithe de poisson
trouvé dans le Miocène autrichien, pièce qu’il considère comme provenant d’une Athérine.
Il précise d’ailleurs, en la comparant à celle d’Atherina hepsetus, qu’il n’a pas de doute
quant au genre. La reproduction photographique de cet otolithe est très nette et celui-ci
est très voisin de celui d’A. boyeri. Enfin Chaîne (1958), dans son étude des otolithes,
figure ceux de quatre espèces d’Athérines : A. hepsetus, A. presbyter, A. boyeri et A. mochon.
Nous y constatons une très grande similitude entre les formes qu’il donne pour A. boyeri
et A. mochon, ce qui confirme, par ce nouveau caractère, la mise en synonymie de ces deux
espèces.
En étudiant l’historique des mers de la vaste région aralo-pontique (fig. 5), nous
pouvons schématiser les principales phases géologiques comme suit, en partant de l’époque
du Miocène supérieur (Vindobonien) :
a) à cette époque (schéma A), la mer euxinique est encore en relation avec la mer
aralo-caspienne (Termier, 1952) ;
b) au Pliocène (schéma 13), il y a séparation de ces deux mers et l’on conçoit aisément
qu’avec la dessalure progressive de la mer aralo-caspienne, seule A. boyeri subsiste ;
c) au Pleistocène (schéma C) s’accomplit la séparation entre la Caspienne et la mer
d’Aral et c’est à l’une des transgressions de la Caspienne qu’est due la présence de A. boyeri,
relicte dans les lacs Top Yatan et Karategelek dans la vallée de l’Uzboï (Berg, 1949).
La disparition d’A. boyeri de la mer d’Aral peut être due à plusieurs causes et parmi
celles-ci nous serions tentés de retenir, comme facteur important, la faible résistance de
l’espèce à certaines influences telles que celle de la température par exemple. En effet, en
raison du peu de profondeur de cette mer (60 m au maximum et plus de 40 m sur une très
faible superficie, alors que la Caspienne atteint plus de 900 m ! avec une profondeur
moyenne voisine de 200 m), les espèces qui l’habitent sont plus dépendantes des fluctua¬
tions des conditions écologiques (en particulier température et salinité) et la faible longé¬
vité de l’espèce (trois ans au maximum) la rend particulièrement vulnérable à des condi¬
tions extrêmes se maintenant pendant plusieurs années consécutives. C’est ainsi d’ailleurs
que Baïmov (1963) signale plusieurs hécatombes d’Athérines dues à des abaissements
Fig. 5. — Les mers de la région aralo-pontique du Miocène supérieur au Pleistocène.
ATHERINA BOYERI
575
brusques de température (en saison hivernale). L’un de nous (A. Kiener) a pu observer
plusieurs fois eette sensibilité au froid dans les eaux lagunaires du Midi de la France et
tout récemment encore, en janvier 1970, il a eu l’occasion d’assister à des mortalités mas¬
sives d’Athérines chassées de l’étang de l’Olivier (vers Berre) par une forte vague de froid.
La population de ces Athérines était également décimée par la maladie de la « mousse »
(Saprolegnia parasiticci).
Cette maladie est bien connue et l’on sait qu’elle peut affecter de nombreuses espèces
de poissons, l’infestation ayant souvent lieu, comme c’est le cas ici, quand l’organisme
est en état de déficience. Aucune littérature (du moins à notre connaissance, y compris
l’ouvrage « Parasitology of Fishes » de Dogiel, Petrushevski et Polyanski, 1961) ne
signale cette maladie sur les Athérines, c’est pourquoi nous décrivons avec détail le cas
que nous avons pu observer pendant plusieurs jours consécutifs.
Tableau III. — Températures et vitesse des vents relevées à l’étang de l'Olivier,
au mois de janvier 1970
Dates Température de l’air (° C) Vents (km/h) Observations
10 au 17
Entre 0 et 8
Mistral fréquent '
18
- 4,2
29
Mistral
l O . •
19
1,6
43
Vent d’est |
20
— 3,1
18
Vent sud
borties
21
2,4
36
Mistral /
> importantes
22
— 3
32
Mistral \
23
- 0,1
22
Vent d’est
| d’Athérines
24 au 28
Entre 2,1 et 7,8
14 à 36
Vents sud dominants
C’est à la suite d’une période de rafraîchissement marqué et de fort mistral brassant
violemment les eaux (voir tableau III) que nous avons observé une sortie massive de pois¬
sons fuyant l’étang de l’Olivier vers celui de Berre (phénomène fréquent en hiver dans les
lagunes méditerranéennes, surtout pour les Muges et les Athérines). Observés dans l’eau,
les poissons malades furent vite repérés par le « duvet » blanchâtre qui recouvrait par endroits
le corps (duvet que l’on ne perçoit plus quand on sort le poisson de l’eau, les thalles des
phycomycètes étant alors plaqués sur la peau). Les poissons nageaient, dans l’ensernhle,
à un rythme plus lent que celui observé habituellement et plus près de la surface de l’eau.
Inutile de dire que les captures d’Athérines, passant en bandes serrées et importantes
dans le canal qui les mène vers Berre, étaient spectaculaires. La « mousse » ne rend pas d’ail¬
leurs les poissons impropres à la consommation. Nous avons facilement effectué plusieurs
captures de ces sujets dont les plus atteints étaient déjà mourants et nous les avons trans¬
portés au laboratoire pour y observer l’évolution de l’épidémie. Malgré plusieurs essais
pour garder les sujets vivants en eau d’origine bien oxygénée, ce furent de véritables héca¬
tombes dans ces populations dont près de 20 % étaient déjà, au départ, touchées par la
maladie ! Le séjour en aquarium ne fit que multiplier très rapidement le nombre de pois-
576
ANDRÉ KIENER ET CHARLES JACQUES SPILLMANN
sons atteints et quelques élevages de sujets isolés montra que ceux-ci, avant de mourir,
pouvaient être à moitié recouverts en deux ou trois jours d’un véritable « manchon » de
ce lacis blanchâtre. Il est évident que c’est le « coup de froid » qui est à l’origine de cette
infestation explosive se développant sur des organismes mis en état de déficience physio¬
logique.
M me J. Nicot (Laboratoire de Cryptogamie du Muséum national d’Histoire naturelle
de Paris) a bien voulu examiner nos échantillons et nous confirmer qu’il s’agissait bien de
Saprolegnia parasitica Coker, sous leur forme végétative, avec nombreux chlamydospores
disposés le plus souvent en chaînes ; nous sommes heureux de reproduire, ici, une partie
des précisions qu’elle nous a données à ce sujet :
« Tiffney (1939) a démontré expérimentalement que Saprolegnia parasitica est capable
d’attaquer un large éventail d’hôtes : grenouilles, salamandres, poissons (appartenant à 9 familles
marines ou d’eaux douces). La résistance des différentes espèces à la maladie est très variable,
des lésions antérieures abaissant considérablement cette résistance. Les symptômes de la maladie
sont identiques chez tous les hôtes observés.
Le caractère parasitaire du champignon a été souvent mis en question. Kanouse (1932) sou¬
ligne la difficulté de prouver que les poissons sains peuvent être attaqués et que leur mort est
bien due à l’invasion par le champignon. Les observations de Huxley (1882) sur les épidémies
sévissant parmi les saumons des rivières de Grande-Bretagne sont en faveur de l’attaque de pois¬
sons sains ; le champignon peut, à partir des régions altérées, progresser dans les tissus sains ; il
serait donc bien parasite. Le même auteur observe que la présence du Saprolègne n’affecte plus
les saumons retournés en eaux salées. Selon Tiffney les symptômes de la maladie suggèrent trois
causes de décès possibles :
a) par destruction des tissus :
b) par production de toxines entraînant la paralysie et la mort ;
c) par entrée de l’eau dans l’organisme consécutive à la destruction de l’épiderme, provo¬
quant un déséquilibre isotonique (dilution excessive du milieu intérieur chez les espèces d’eau douce,
déshydratation en milieu salé).
L’éviction du champignon est pratiquement impossible aussi bien dans les élevages qu’en
eaux vives ; la seule mesure efficace consiste à éliminer soigneusement les poissons et les œufs
infectés. »
A la suite de ces précisions, signalons que les Athérines étaient parfaitement saines
avant le coup de froid du 18 janvier et que les mortalités les plus rapides furent observées
sur des sujets attaqués sur la tète. Les zones envahies ne présentaient aucune blessure
ou trace de lésion, seules les écailles, pouvant se détacher facilement, étaient légèrement
soulevées par suite de l’envahissement par le champignon. Les chairs de ces zones sont
cependant légèrement décolorées et elles sécrètent du mucus, d’où une prolifération de
ciliés se nourrissant et se développant aux dépens de ce dernier (observation au binoculaire
sur du matériel frais). Il ne semble pas y avoir, pour l’ensemble des attaques, de région
du corps plus particulièrement vulnérable.
CONCLUSION
Dans notre précédent travail nous avions mis en évidence la proche parenté d ’Athe-
rina (Hepsetia) boyeri et d’ Atherina (Hepsetia) presbyter en opposition à Atherina (Athe¬
rina) hepsetus. Pour la fréquence des vertèbres (graphique p. 43) nous avions pu constater
ATIIERINA BOYERI
577
un léger chevauchement entre le nombre des vertèbres d’A. presbyter des côtes marocaines
et celui d’A. boyeri, tout comme un faible chevauchement avait pu être mis en évidence
pour les nombres respectifs des écailles d’A. boyeri capturés en mer Noire et celles d’^4. pres¬
byter.
En ce qui concerne la taille, nous avons observé que les Athérines de la Caspienne et
celles de la mer d’Aral, A. boyeri caspia, atteignent, de façon inattendue, les tailles cou¬
rantes d’A. presbyter, ce qui représente des chiffres de près de 50 % plus élevés que pour
les sujets d’A. boyeri capturés dans les autres mers (Méditerranée, mer Noire et océan Atlan¬
tique).
Les caractères présentés par les populations d’A. boyeri de la Caspienne et de l’Aral
marquent la tendance de celles-ci à se rapprocher d’A. presbyter, confirmant, de ce fait,
nos premières conclusions.
Alors que les populations d’A. hepsetus et d’A. presbyter, confinées en milieu marin,
semblent être des populations aux limites stabilisées, n’offrant que de faibles écarts, les
populations d’A. boyeri caspia confirment nettement l’opinion que nous avons sur l’espèce
très polymorphe d’A. boyeri s.l., plus tolérante vis-à-vis de la variation des conditions
écologiques et encore susceptible d’évoluer en raison de l’influence du milieu. Dans cet
ordre d’idées, A. boyeri partage le sort de bien d’autres espèces à large valence écologique
et rencontrées fréquemment dans les eaux saumâtres.
Il est probable que la sous-espèce A. boyeri caspia représente une forme génotypique
particulière créée à la faveur de l’isolement géographique.
ANNEXE I
Nouvelles collections reçues
DEPUIS LA PUBLICATION DE NOTRE PRECEDENT MÉMOIRE (1969)
Espèces
Origine
Observations
Atherina (Ilepsetia)
boyeri caspia Eichwald
Atherina (Hepsetia)
boyeri Risso
Atherina (Hepsetia)
boyeri Risso
Atherina (Hepsetia)
boyeri Risso
Atherina (Hepsetia)
boyeri Risso
Atherina (Hepsetia)
presbyter Cuvier
Atherina (Hepsetia)
presbyter Cuvier
Pranesus pinguis
forskali Rüppert
Pranesus pinguis
forskali Rüppert
Kaïdak Bay (Caspienne)
Mer Noire (Roumanie)
Etang de Palo (Corse)
Lagune El Biben
(sud de la Tunisie)
Lagune du nord Sinaï
Mer à Roscolï
Baie d’Arcachon
Entedebir
(Mer Rouge)
Massawa Channel
(Mer Rouge)
Envoi du Pr. Svetovidov, sous le nom d’Athe¬
rina mochon pontica natio caspia. Récolté en
août 1934.
Envoi d’I. Porum (Station I. Borcea Agigea-
Constantza) sous le nom A'Atherina mochon
pontica, en février 1969.
Récolte d’A. Kiener, mars 1969.
Récolte d’A. Kiener, juin 1970 (Mission
Tunisie).
Service de Recherches d’Israël. Haïffa.
Récolte avril 1969. Envoi de la Station de
Roscoff.
Récolte A. Kiener avec Station océanogra¬
phique, juillet 1969.
Envoi du Pr. Steinitz. Israël. Récolte mars
1962.
Envoi du Pr. Steinitz. Récolte décembre
1957.
578
ANDRE KIENER ET CHARLES JACQUES SPILLMANN
ANNEXE IT
Comme nous l’avons précisé dans notre introduction, cette annexe regroupe brièvement un
certain nombre de nouvelles références bibliographiques et quelques remarques récentes, mais
celles-ci ne modifient en rien les conclusions de notre premier travail qu’elles complètent.
— Dans son travail de 1942, Erazi signale A. presbyter dans le Bosphore, ce qui, en l’absence
de toute précision, nous semble tout simplement une interprétation erronée d’une population
d’A. boyeri car nous sommes bien loin de l’Atlantique !
— Dans leur article de 1958, Furnestin et al. citent, pour les côtes de l’Atlantique, la pré¬
sence d’Atherina caspia Eichwald qu’ils mettent en synonymie avec .4. rissoi Valenciennes et
A. mochon Cuvier. Ces auteurs signalent que l’espèce fréquente les estuaires et quelquefois les eaux
douces.
— Roure (1959) signale dans l’étang de Thau trois espèces : A. hepsetus, A. mochon et A. rissoi,
en remarquant déjà que ces deux dernières espèces sont excessivement voisines. Le maintien de
ces deux dernières formes semble provenir, comme nous l’avons déjà largement exposé, du poly¬
morphisme de l’espèce et de la variété des biotopes.
— Ivasbauer (1963) note, d’une part, la présence d’ , 1 . mochon caspia Eichwald sur les côtes
méridionales de la Caspienne et, d’autre part, d’A. forskali Rüppert dans le golfe Persique. Nous
retrouvons là la forme de l’océan Indien dont nous avons signalé la présence en Méditerranée,
sur les côtes d’Israël, et venant de la mer Rouge, sous le nom de Pranesus pinguis forskali Rüppert.
— Dans son ouvrage de 1969, Wheeler donne quelques détails sur la biologie d ’Atherina
mochon (= boyeri) et donne trois stations sur la côte occidentale de l’Angleterre.
— Signalons la note très intéressante de Schiekf.n et Swennen qui, en 1969, signalent éga¬
lement la présence d 'Atherina boyeri (sous le nom d’A. mochon) dans les eaux côtières de Hollande.
— Enfin la radiographie de spécimens d’A. boyeri du nord Sinaï a montré cpie le nombre de
vertèbres de ce lot est, comme pour celui de Tunisie et pour un ancien lot d’Israël, parmi les chiffres
minimum des vertèbres des divers lots reçus. Par ce nouvel exemple nous confirmons que le nombre
diminue régulièrement avec l’élévation de température et qu’il y a, en moyenne, diminution de
trois vertèbres pour les populations des côtes sud de la Méditerranée par rapport aux rivages
nord (France — Italie).
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Manuscrit déposé le S juillet 1971.
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Achevé d’imprimer le 30 décembre 1972.
Sur une collection de poissons (Cyprinidae, Poecilidae) recueillis
dans le sud-est de l’Iran
par Charles Jacques Spillmann *
Résumé. — Quatre espèces ont été reconnues dans une collection de poissons recueillis en
Iran. Deux d’entre elles donnent lieu à des remarques.
M. le Professeur Th. Monod a bien voulu nous confier l’étude d’une collection de pois¬
sons qu’il a recueillis au cours de deux missions effectuées en 1969 et 1970 en Iran 1 .
Nous donnons, ci-dessous, la liste des différents points de récolte (fig. 1) ainsi que les
noms des espèces capturées.
Nous ferons part, ensuite, de quelques observations à propos des poissons du genre
Cyprinion que nous avons tous rapportés à la sous-espèce Cyprinion microphthalmum
nikolskii (Berg), et à propos d’une espèce de la famille des Poecilidae, appartenant au
genre Gambusia et d’origine nord-américaine.
Matériel
Cyprinion microphthalmum nikolskii (Berg, 1905). (Famille des Cyprinidae)
N° MNHN 1972-1, 17 ex., ruisseau à Keshit, 1969
N° MNHN 1972-2, 8 ex., ruisseau à Keshit, 1969
N° MNHN 1972-3, 4 ex., Shahrokhabad, 1969
N° MNHN 1972-4, 2 ex., Shahrokhabad, 1969
N° MNHN 1972-5, 3 ex., Seguia (canal d’irrigation) à Shahrokhabad, 1970
N° MNHN 1972-6, 13 ex. (alevins) Seguia à Guk, 1970
Varicorhinus damascinus umbla (Valenciennes, 1842, in Cuv. Val.). (Famille des Cyprinidae)
N° MNHN 1972-7, 2 ex., Kasratabad, 1969
N° MNHN 1972-8, 2 ex., Shahbad, 1969
N° MNHN 1972-9, 3 ex., Seguia à Bam, 1970
N° MNHN 1972-10, 1 ex., source de Nakbilab, bord est du Lut, 1970
Gambusia affinis (Baird et Girard, 1853). (Famille des Poecilidae)
N» MNHN 1972-11, 5 ex., Seguia à Guk, 1970
No MNHN 1972-12, 1 ex., rivière d’Azizabad, 1970
* Laboratoire de Zoologie (Reptiles et Poissons) du Muséum national d’IIistoire naturelle, 37, rue
Cuvier, 75005 Paris.
1. Mission RCP (CNRS, n» 140).
582
CHARLES JACQUES SPILLMANN
Discognathichthys rossicus nudiventris (Berg, 1905). (Famille des Cyprinidae)
N° MNHN 1971-13, 52 ex., Neh, 1970
N° MNHN 1972-14, 41 ex., sortie du Quanat (canal d’irrigation) à Deh Salm, 1970
Observations sur les poissons appartenant aux genres Cyprinion et Gambusia
Les caractères présentés par certains individus du genre Cyprinion nous ont tout
d’abord fait hésiter à les classer dans la sous-espèce nominative Cyprinion microphthal-
mum micro phthalmum (Day) ou dans la sous-espèce Cyprinion microphthalmum nikolskii
(Berg). Nous observons, à cet égard, que Berg déclare que la sous-espèce nominative se
rencontre, en Iran, avec la sous-espèce nikolskii qui s’en distingue par le rayon osseux de
la dorsale, plus fort et dentelé presque jusqu’au bout. D’autre part, il signale également
POISSONS RECUEILLIS DANS LE SUD-EST DE L’iRAN
583
qu’il existe des formes de transition entre la sous-espèce nominative et la sous-espèce
nikolskii.
Grâce à la coloration à l’alizarine, on peut dénombrer sur les individus récoltés
quatre rayons simples à la dorsale et trois rayons simples à l’anale. Le quatrième rayon
de la dorsale comporte des denticulations bien marquées, qui existent presque jusqu’à
l’extrémité où elles deviennent de plus en plus réduites. On peut compter de 16 à 18 den¬
ticulations bien apparentes.
Le ventre est plus ou moins écailleux, mais comporte toujours des plages nues, surtout
antérieurement, avec des îlots de minuscules écailles très minces, certaines isolées et par
conséquent non recouvrantes. Des écailles existent à la base des pectorales et en avant de
l’attache des pelviennes (fig. 2).
Fig.[2. — Cyprinion microphthalmum nikolskii (Berg, 1905).
A : écaillure ventrale ; B : rayon épineux de la dorsale.
Compte tenu de ces remarques et bien que les échantillons que nous ayons eus entre
les mains présentent une certaine variabilité, on en arrive à constater qu’en tenant compte
de l’ensemble des caractères et notamment de celui qui concerne le 4 e rayon simple et
denticulé de la dorsale, tous les sujets examinés se rapportent à la sous-espèce nikolskii.
Par ailleurs, le type de l’espèce Scaphiodon microphthalmum Day, 1880, est décrit de l’Af¬
ghanistan. De plus, Day donne comme formule des dents pharyngiennes 5/3/2. Or, nous
trouvons personnellement tantôt 5/3/2 comme Day, tantôt 4/3/2 comme Berg.
Almaça (1967), qui a étudié de nombreux échantillons de poissons du genre Barbus,
nous a déclaré qu’il trouvait tantôt cinq, tantôt quatre dents en première rangée. Nous
sommes donc tenté de ne pas attacher une importance primordiale à ce caractère.
En conclusion, nous estimons que tous les Cijprinion de la collection communiquée
sont à rapporter à la sous-espèce nikolskii (Berg).
Pour les poissons que nous avons étudiés, on peut retenir la diagnose suivante :
584
CHARLES JACQUES SPILLMANN
Ligne latérale : (36) 37-39 (41) ; transv. : G-7/3-4
D : IV/ (9) 10-11 (12) A = 111/7
Dents pharyngiennes : 4-5/3/2 2/3/5-4
Branschiospines : 9-11
Taille maxima observée : 115 mm dans le lot 1972-3.
Les échantillons de Seguia (n° 1972-6) sont composés d’alevins de Cyprinion microph-
thalmum nikolskii (Berg), dont le plus gros mesure 55 mm. Ces poissons portent quelques
mouchetures sombres sur les flancs (livrée juvénile).
La même localité nous a fourni cinq individus qui sont des Gambusies. Il est impossible
de définir la sous-espèce à laquelle appartiennent ces poissons. En effet :
1. le nombre des rayons de la dorsale chevauche sur les deux formes reconnues aux
USA. ;
2. les mâles ne portent pas de mouchetures telles qu’elles sont signalées chez G. affi-
nis holbrooki (Girard) ;
3. le 2 e rayon du gonopode des mâles n’est pas profondément divisé comme cela est
indiqué chez Gambusia affinis (Baird et Girard).
Cette discordance de caractères tient peut-être au changement de biotope, consé¬
quence de l’importation en Iran d’une espèce américaine.
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Manuscrit déposé le 8 juillet 1971.
Achevé d’imprimer le 30 décembre 1972.
IMPRIMERIE NATIONALE
2 564 002 5
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Le texte doit être dactylographié à double interligne, avec une marge suffisante, recto
seulement. Pas de mots en majuscules, pas de soulignages (à l’exception des noms de genres
et d’espèces soulignés d’un trait).
Il convient de numéroter les tableaux et de leur donner un titre ; les tableaux
compliqués devront être préparés de façon à pouvoir être clichés comme une figure.
Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
Les dessins et cartes doivent être faits sur bristol blanc ou calque, à l’encre de chine.
Envoyer les originaux. Les photographies seront le plus nettes possible, sur papier brillant,
et normalement contrastées. L’emplacement des figures sera indiqué dans la marge et les
légendes seront regroupées à la fin du texte, sur un feuillet séparé.
Un auteur ne pourra publier plus de 100 pages imprimées par an dans le Bulletin,
en une ou plusieurs fois.
Une seule épreuve sera envoyée à l’auteur qui devra la retourner dans les quatre jours
au Secrétariat, avec son manuscrit. Les <c corrections d’auteurs » (modifications ou addi¬
tions de texte) trop nombreuses, et non justifiées par une information de dernière heure,
pourront être facturées aux auteurs.
Ceux-ci recevront gratuitement 50 exemplaires imprimés de leur travail. Ils pourront
obtenir à leur frais des fascicules supplémentaires en s’adressant à la Bibliothèque cen¬
trale du Muséum : 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris.