BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
N> 80 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1972
zoologie
59
i
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
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1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
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A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
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BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 80, septembre-octobre 1972, Zoologie 59
L’ondulation natatoire chez l’Anguille
(Poissons, Ostéichtyens, Apodes, Anguillidés,
Anguilla anguilla L.) spinale
par Marc Blancheteau *
Résumé. — On a étudié chez l’Anguille spinale les ondulations natatoires spontanées, ou
provoquées par des stimulations électriques ou tactiles. Ces ondulations, commandées par les
centres médullaires isolés du cerveau (mais portés à un degré d’excitabilité suffisant), possèdent
des caractères rythmiques propres de fréquence et d’amortissement subordonnés à un contrôle
cérébral inhibiteur.
Abstract. — Swimming waves, either spontaneous or elicited by electric or tactile stimulus,
were studied in spinal eels. These waves, driven by spinal centers deprived of brain influences
(but given an adéquate excitatory level), possess spécifie rhythmic features of frequency and
damping subordinated to an inhibitory cérébral control.
Les réactions locomotrices consistent en la répétition d’actes simples, identiques et
alternés, comme le mouvement des pattes ou les ondulations du tronc : elles se caractérisent
par la succession et le rythme de leurs composants. C’est pourquoi, lorsqu’on étudie leur
contrôle par le système nerveux chez les Vertébrés, on doit envisager les rôles respectifs
de la moelle épinière et des centies cérébraux sous deux aspects : celui de l’excitabilité, quan¬
tifiée par la mesure des seuils de réaction, et celui de la rythmicité des réponses élémen¬
taires.
Le rôle dynamogène du cerveau est mis en évidence par les effets de la section spinale,
et notamment par le relèvement des seuils de réaction qui s’ensuit. Connaissant la nature
réflexe de la réponse galvanotaxique vers l’anode chez les Poissons, nous avons montré
chez la Truite (Salmo fario L.) et chez l’Anguille (Anguilla anguilla L.) que le seuil de cette
réaction locomotrice au courant continu est cinq fois plus élevé à l’état spinal aigu qu’à
l’état normal ; en courant rupté le déficit d’excitabilité est moindre, et cela d’autant que la
fréquence du stimulus est plus élevée (Blancheteau, 1965 : 4862). Ainsi, le cerveau aug¬
mente-t-il l’excitabilité des centres moteurs médullaires d’une façon d’autant plus impor¬
tante que le stimulus électrique exerce lui-même, au niveau de ces centres, une moindre
sommation temporelle d’influx afférents. On est alors amené à dire que le cerveau est d’autant
plus nécessaire à la production d’une rythmicité motrice que le stimulus est lui-même moins
rythmique.
* Laboratoire de Physiologie générale et comparée du Muséum national d’Histoire naturelle, 7 , rue Cuvier,
75005 Paris.
80 , 1
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MARC BLANCHETEAU
Mais c’est alors qu’on passe de l’aspect d’excitabilité à celui de rythmicité, et que
se posent diverses questions : peut-on concevoir le cerveau comme un organe « rythmeur »
qui convertit la stimulation en réponse natatoire ondulante, en plus de son apport purement
quantitatif d’excitation qui ne fait pas de doute ? Ou bien doit-on limiter son rôle à cette
fonction dynamogénique, les centres médullaires étant les seuls responsables de la coor¬
dination rythmique motrice ? Enfin, quels sont les rapports qui existent entre l’excita¬
bilité et la rythmicité du système de réponse ?
Pour répondre à ces questions, il convient de ne pas se borner à la mesure des seuils
de réaction, mais également de considérer les ondulations natatoires comme un système
d’oscillations périodiques et d’en noter les caractéristiques d’alternance, de propagation,
de fréquence et d’entretien (ou d’amortissement).
Il convient, en outre, de mettre en évidence chez la préparation spinale l’existence
ou l’absence de rythmicité motrice, bien que ses manifestations soient ordinairement empê¬
chées par la dépression de l’excitabilité de cette préparation. Il faut donc pour cela que
l’excitabilité du système réflexe médullaire soit rétablie, en l’absence de la facilitation
normalement exercée par les centres cérébraux : on saura alors si ce système est capable
ou non d’une rythmicité de ses réponses.
Nous avons abordé ce problème de deux manières : par voie technique d’abord, en réta¬
blissant artificiellement chez l’Anguille spinale aiguë une facilitation motrice par appli¬
cation d’un courant continu tel que la cathode soit du côté céphalique de la moelle section¬
née ; l’effet dynamogène de ce traitement est connu chez les Vertébrés à la suite de nom¬
breux travaux (revus par Ajmone-Marsan et coll., 1961 : 316). Sur cette même préparation,
nous avons également mis à profit la brève phase d’excitation motrice qu’on observe souvent
aussitôt après la transsection de la moelle épinière (Gray, 1936 : 172). D’autre part, l’Anguille
spinale chronique a constitué une préparation de choix pour cette étude ; elle se caractérise
en effet par une récupération des fonctions motrices due à l’augmentation de l’excitabilité
des centres médullaires, sans rétablissement de la liaison anatomique de ceux-ci avec les
centres cérébraux (Blancheteau, 1969 : 262).
Il est à noter que la mise en condition galvanique de l’excitabilité motrice, facilement
réalisée de la manière décrite plus haut chez le poisson spinal aigu, ne peut être obtenue
chez le spinal chronique qui ne manifeste d’ailleurs plus la taxie cathodique en courant
continu (Blancheteau, 1969 : 260). Ceci suggère que les éléments nerveux responsables
de cet effet chez le premier, lorsqu’ils sont excités par le courant continu, ne sont plus
fonctionnels chez le second après dégénérescence consécutive à la section de la moelle :
il s’agirait donc des terminaisons des fibres efférentes cérébro-spinales. Ajoutons que c’est
probablement l’excitation de ces mêmes axones au moment de leur section, qui rend compte
de la phase d’agitation mentionnée plus haut. Par conséquent, les réponses motrices que
nos techniques permettent d’obtenir chez l’Anguille spinale aiguë dépendraient pour une
part de la mise en jeu de restes de voies nerveuses d’origine suprasegmentaire, ce qui peut
rendre ambiguë l’interprétation des résultats relatifs à cette préparation ; par contre, cette
critique ne s’applique pas à ceux qu’on obtient chez le poisson spinal chronique. Il nous
a semblé qu’il y avait là une raison supplémentaire d’utiliser les deux préparations : celle
de pouvoir comparer leurs données respectives.
l’ondulation natatoire chez l’anguille spinale
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Matériel et méthodes
Appareillage 1
Pour l’étude des réactions galvanotaxiques, nous disposions d’une rigole en matière
plastique longue de 1,20 m et large de 5 cm, remplie d’eau à la hauteur de 5 cm, et dont
les deux extrémités étaient garnies d’électrodes métalliques carrées de 5 cm de côté. Dans
cet étroit canal le poisson ne peut se placer en travers du champ électrique, mais doit faire
face à l’une des électrodes, qui peut être l’anode ou la cathode au gré de l’expérimentateur
grâce à un inverseur de courant. La source de tension était une pile de 45 Y (Mazda, type
R.3009) reliée aux électrodes par l’intermédiaire d’un contacteur à 15 fiches comportant
des résistances réglées de façon à obtenir autant de valeurs de tension, allant de 2 à 30 V
par échelons de 2 V.
La détermination des seuils de réaction s’effectuait par une série de stimulations d’inten¬
sité croissante ; le poisson se trouvant à une extrémité de la rigole, mais tourné vers l’autre
extrémité, nous le soumettions d’abord à une tension faible, puis à des tensions progressi¬
vement croissantes jusqu’à obtention d’une réponse locomotrice. Nous définissons la «taxie»
par la traversée complète de la rigole. L’expérience est réalisée à la température ambiante,
soit entre 10 et 14° C.
Sujets
Il s’agissait d’anguilles mâles, longues d’environ 30 cm, à organes de Syrski indiffé¬
renciés ou à divers stades de maturité sexuelle obtenus expérimentalement par traitement
hormonal. Notons que ni le rapport gonado-somatique, ni le diamètre oculaire (caractère
exophtalme) n’ont pu être mis en relation avec une particularité quelconque d’excitabilité
motrice. La spinalisation de ces poissons était effectuée par voie dorsale avec des ciseaux
à iridectomie, à 1 cm environ en arrière des pectorales ; la cicatrisation en est rapide.
Résultats
1. L’ondulation natatoire et son sens de propagation
Chez les Vertébrés le « programme » d’alternance locomotrice droite-gauche, dont
l’ondulation est un cas particulier, est réalisé dès le niveau médullaire : la démonstration
en a d’abord été faite chez les Mammifères par Siierrington, puis étendue aux Poissons,
notamment aux Sélaciens, par divers auteurs (cités par Roberts, 1969 : 33). La possibilité
de nage chez l’Anguille spinale nous en apporte une confirmation, mais sans plus.
Par contre, le sens du déplacement natatoire a de l’importance ; en effet, l’Anguille
est une espèce intéressante à cet égard, car seuls les Poissons de ce type sont capables de
reculer en inversant le sens normal de progression de leurs ondulations (Nursall, 1956 :
137). L’Anguille spinale aiguë peut reculer ainsi en ondulant, aussi bien que l’Anguille
1. Collaboration technique de M. G. Loyer.
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MARC BLANCHETEAU
intacte : ce type de nage s’observe, en effet, chez la moitié des sujets environ lors de la
taxie cathodique en courant continu. Dans cette condition expérimentale, on stimule les
terminaisons des fibres efférentes cérébro-spinales qui sont encore fonctionnelles. Par contre,
ces fibres ont dégénéré chez la préparation spinale chronique : or, les nages spontanées
ou provoquées de celle-ci (Blanciieteau, 1969 : 259) sont effectuées vers l’avant exclusi¬
vement. La commande cérébrale ne détient donc pas l’exclusivité du « programme » ondula¬
toire, mais elle est seule capable d’inverser celui-ci, du moins chez l’Anguille, c’est-à-dire
en somme de déterminer le sens de propagation des ondes natatoires.
2. Fréquence des ondulations
Nous avons étudié la fréquence des rythmes natatoires spontanés de nos deux types
de préparation spinale, c’est-à-dire des nages qui ne sont ni produites ni modifiées par une
stimulation artificielle.
Poisson spinal aigu
Rappelons tout d’abord que l’immobilité caractéristique de cet état n’apparaît pas
immédiatement après section de la moelle si on opère sans anesthésie (Gray, 1936 : 172).
On observe, en effet, une activité motrice spontanée, dont la durée peut atteindre 20 à
30 minutes et dont l’efficacité peut aller de l’ondulation sur place à la nage vigoureuse,
suivant l’amplitude des battements natatoires. Or, nous avons noté que la fréquence de
ceux-ci est remarquablement constante : de 20 à 25 coups de queue par minute.
Nous pensons pouvoir attribuer cette phase transitoire de nage apparemment spon¬
tanée à l’excitation générale des faisceaux moteurs descendants provoquée par la section
de la moelle, peut-être prolongée par un effet de lésion irritative. Un tel mode d’émisson
d’influx ne peut être qu’anarchique et, cependant, il en résulte une nage bien coordonnée
sur la base d’une cadence caractéristique.
Poisson spinal chronique
Chez les anguilles dont la moelle a été sectionnée depuis plusieurs semaines, nous avons
observé comme Bickel (1897, cité par Gray, 1936 : 174) la manifestation d’une locomotion
spontanée, notamment à la température de 10 à 14° C ; elle débute par des ondulations
sur place qui peuvent ensuite s’amplifier au point de donner lieu à une nage incessante.
Quoi qu’il en soit de la vigueur de ces ondulations, nous avons constaté que leur rythme
reste sensiblement de 20 à 25 battements par minute, c’est-à-dire la même cadence que
dans le cas précédent.
Nous pouvons donc dire qu’il existe un rythme de base locomoteur, d’intégration
médullaire, dont l’amplitude traduit le degré d’excitation des centres segmentaires ; le
fonctionnement de ceux-ci peut, dès lors, être assimilé à un système oscillant ayant sa
période propre et dont on peut étudier l’entretien ou l’amortissement lorsqu’il est soumis
ou non à l’action des centres cérébraux.
l’ondulation natatoire chez l’anguille spinale
921
3. Entretien des ondes natatoires
Lorsqu’on observe la galvanotaxie anodique ou cathodique d’un poisson normal,
on constate que cette réponse locomotrice cesse à l’ouverture du circuit de stimulation.
Les préparations spinales, au contraire, à la condition de posséder une excitabilité suffi¬
sante, fournissent des réponses réflexes (galvanotaxiques ou autres) qui se prolongent
bien après cessation de la stimulation qui les a déclenchées.
Fig. 1. — Effectif (n) d’anguilles spinales chroniques présentant la réapparition de la réaction de sur¬
saut ondulant (trait continu) ou de taxie anodique (trait tireté) lors des semaines qui précèdent (S.p.)
ou qui suivent (S.s.) la réapparition des ondulations spontanées (semaine « zéro »). Il y a 18 anguilles
au total ; toutes récupèrent le sursaut ondulant, mais la taxie anodique ne réapparaît que chez 12
d’entre elles dans les limites de temps de l’expérience. On voit que la récupération de la motricité
ondulante provoquée par une stimulation ne précède jamais celle des mouvements ondulatoires spon¬
tanés. Température de l’eau comprise entre 10 et 13° C.
En voici quelques exemples :
Poisson spinal aigu
L’agitation immédiatement consécutive à la section de la moelle, décrite plus haut,
traduit probablement l’existence d’une simili-facilitation descendante de l’excitabilité
motrice. De fait, nous avons pu constater la subsistance de la taxie anodique en courant
continu au seuil normal chez deux anguilles, durant cette nage spontanée qu’elles mani¬
festaient de façon exceptionnellement vigoureuse ; or, leur réaction natatoire au stimulus
électrique se prolongeait quelque temps après l’ouverture du circuit de stimulation.
Ce résultat est relatif à un état transitoire et peu représentatif de la réflectivité médul¬
laire de l’animal spinal aigu, mais voici un autre résultat du même type, dans lequel la
facilitation motrice est réalisée artificiellement de façon sous-liminaire, afin de ne pas
interférer avec la réponse réflexe étudiée. Nous prenons pour sujet une anguille spinale
aiguë typique, c’est-à-dire immobile et flasque en l’absence de toute stimulation. Nous
la soumettons aux conditions de taxie cathodique en courant continu et nous la faisons
onduler en point fixe (la tête butant sur une grille) jusqu’à cessation de tout mouvement
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MARC BLANCHETEAU
pour une tension juste liminaire, ce qui peut nécessiter 4 à 5 minutes. A ce moment, le
courant passant toujours, nous frappons l’anguille d’un léger coup sur la queue et nous
constatons que les ondulations reprennent, souvent pour une durée d’une minute environ.
Si au contraire on ouvre le circuit de stimulation (devenu apparemment inefficace puisque
le poisson a cessé d’onduler) avant d’appliquer le stimulus tactile, ce dernier ne provoque
qu’un simple coup de queue, plus ou moins fort mais isolé. Ainsi donc, une facilitation sous-
liminaire permet-elle encore à une stimulation brève de déclencher chez le poisson spinal
aigu une réponse réflexe rythmique prolongée bien au-delà de l’action de cette stimula¬
tion. La durée d’une telle réponse excède également de beaucoup celle que fournirait une
anguille intacte au même stimulus tactile (en l’absence de tension électrique conditionnante).
Ces résultats montrent par conséquent que les centres cérébraux exercent une influence
modératrice sur l’excitabilité motrice. En effet, le cerveau contribue à l’entretien des ondu¬
lations chez le poisson intact par la facilitation qu’il exerce sur les centres médullaires,
mais on peut dire également qu’il leur retire cette aide lorsque cesse la stimulation qui
a provoqué la réponse ondulatoire. Il règle ainsi cette réaction sur le décours temporel
de l’excitant et adapte le comportement locomoteur malgré l’exubéranco de réactivité
rythmique dont s’avère capable la moelle.
Poisson spinal chronique
Une fois passé le stade d’inertie caractéristique de l’état spinal aigu, la réponse de
taxie anodique en courant continu se réduit à un sursaut isolé et non propulsif, se produi¬
sant à la fermeture du circuit de stimulation et pour des tensions du même ordre de gran¬
deur que celles qui déterminent la taxie chez le poisson normal. Puis, quelque temps après,
ce sursaut de fermeture consiste en une forte ondulation qui fait avancer plus ou moins
l’animal spinal vers l’anode ; or, ce progrès est toujours consécutif à la réapparition d’ondu¬
lations spontanées que nous avons signalée plus haut (fig. 1). Par la suite, le sursaut ondu¬
lant de fermeture peut être complété par d’autres ondulations qui font parcourir au pois-
Volts
Fig. 2. — Evolution du seuil de la taxie anodique récupérée
chez 20 anguilles spinales chroniques, durant les quatre
semaines qui suivent la réapparition de la réaction. En
ordonnée, valeurs des tensions (en Volts) établies aux
extrémités de la rigole expérimentale longue de 1,20 m ;
le seuil de la taxie anodique à l’état normal est indiqué
par n. Les temps (en semaines) sont en abscisse.
son la rigole jusqu’à l’anode : la taxie est alors récupérée. Ces stades successifs rappellent
d’ailleurs ceux du développement de la coordination des mouvements de nage chez la Sala¬
mandre (Coghill, 1929 : 9 ; Riss, 1969 : 52).
Les réactions du poisson spinal chronique au courant continu en arrivent ainsi à être
identiques à celles du normal par leurs manifestations ondulatoires comme par les seuils
l’ondulation natatoire chez l’anguille spinale
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de ces dernières : sursaut de fermeture (ondulation amortie) et, pour une tension légèrement
supérieure, taxie anodique (ondulation entretenue). Cependant ceci n’est que passager
car l’évolution de l’excitabilité médullaire se poursuit. En effet, à son stade final et stable,
la réponse du poisson spinal chronique au courant continu ne se manifeste plus sous la forme
incomplète du sursaut ondulant : elle est soit absente, soit complète avec persistance d’ondu¬
lations vigoureuses après l’ouverture du circuit de stimulation. Un semblable entretien
prolongé de la réaction s’observe également vis-à-vis des stimulations tactiles, même brèves,
à tel point que ces anguilles sont difficiles à saisir dans l’aquarium et à stabiliser dans la
rigole d’expérience.
Notons également qu’à ce stade le seuil de taxie anodique diminue jusqu’à être légère¬
ment, mais significativement, inférieur à ce qu’il est chez le poisson intact (fig. 2) ; il est
alors sensiblement égal à celui du sursaut de fermeture chez ce dernier. Tout se passe donc
comme si le même stimulus agissait chez le spinal chronique sur un système d’oscillations
pleinement entretenues et, chez le normal, sur un système d’oscillations amorties du fait
de la régulation cérébrale. Pour illustrer ceci par un cas limite, citons une observation
exceptionnelle : à l’état normal, une de nos anguilles ne présentait pas de taxie anodique
mais seulement le sursaut ondulant de fermeture, même si on augmentait la tension sti¬
mulante depuis le seuil de cette dernière réaction jusqu’à celui de narcose (Blancheteau,
1965 : 4860). Or, pour les mêmes valeurs du stimulus, cet animal est devenu capable de
taxie anodique complète, six semaines après avoir subi la section de la moelle.
Conclusion
De cet ensemble de faits il ressort que chez l’Anguille les centres médullaires isolés
du cerveau peuvent être à l’origine d’une rythmicité motrice autonome, pourvu que leur
excitabilité soit portée à un niveau suffisant. On peut alors penser que chez le poisson intact,
c’est l’apport dynamogénique des influences cérébrales qui permet à la rythmicité des centres
médullaires de se manifester. Les réponses locomotrices des préparations spinales pré¬
sentent même des caractères rythmiques plus marqués que celles des sujets intacts ; à cet
égard, le contrôle cérébral paraît surtout s’exercer sous la forme d’un amortissement des
ondulations natatoires, c’est-à-dire par des influences inhibitrices.
RÉFÉRENCES RIRLIOGRAPHIQUES
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Coghill, G. E., 1929. — Anatomy and the problem of Behavior. Cambridge University Press,
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Manuscrit déposé le 20 janvier 1972.
Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 80, sept.-oct. 1972,
Zoologie 59 : 917-924.
Achevé d’imprimer le 30 mai 1973.
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Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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