BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
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PUBLICATION BIMESTRIELLE
N° 89 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1972
zoologie
68
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : P r M. Vachon.
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1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
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A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
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BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 89, septembre-octobre 1972, Zoologie 68
Les stades d’intermue chez Atyaephyra desmaresti Millet
(Crustacea, Decapoda, Caridea, Atyidae)
par Denise Huguet *
Résumé. — Le cycle d’intermue de la crevette d’eau douce Atyaephyra desmaresti Millet
(Crustacea, Decapoda, Caridea, Atyidae) est relativement court, lorsque les animaux vivent à
une température de 20° C. Cette durée est d’une dizaine de jours, celle des différents stades que
comporte le cycle est également précisée, ainsi que leur valeur par rapport à l’intermue total —
le stade D représentant 70 % environ de cet intermue et D 0 à lui seul 30 %.
Abstract. — The moult cycle of the fresh-water prawn Atyaephyra desmaresti Millet (Crus¬
tacea, Decapoda, Caridea, Atyidae) is relatively short, when animais live at a 20° C température.
This period lasts about ten days. The differents moult cycle’s stages are also precised, their value
in comparison with the moult cycle too : ex. stage D, 70 % — D 0 30 %.
Toute étude physiologique concernant un crustacé ne peut être abordée sans que l’on
ait, au préalable, mis en évidence avec le plus de précision possible les étapes du cycle d’inter¬
mue de l’animal.
Chez les Atyidae, l’évolution morphologique des téguments en relation avec le dérou¬
lement des étapes du cycle d’intermue n’a été décrite, à notre connaissance, que par Naga-
bu u shanam et Vasantha en 1971, dans un article paru sur les changements de coloration
de Caridina weheri de Man. Or ces auteurs utilisent uniquement les crilères qui permettent
de repérer les étapes du cycle d’intermue chez les Natantia, publiés par Scheer et Scheer
(1954). En aucune manière ils ne font intervenir dans leur diagnose la méthode de déter¬
mination des stades d’intermue, établie par Drach (1944) et Drach et Tchernigovtzeff
(1967), chez les Natantia. Dans cette dernière méthode, l’évolution de l’aspect des soies
permet essentiellement de découper le cycle d’intermue en étapes ; parmi celles-ci, D 0 ,
étape très certainement déterminante du point de vue physiologique, semble ignorée de
Nagabhushanam et Vasantha (Charniaux-Legrand, 1952 ; Charniaux-Cotton, 1957).
Les imprécisions relevées dans ce travail relatif à Caridina weberi nous ont incité à décrire
les étapes du cycle d’intermue chez Atyaephyra desmaresti Millet, seule crevette d’eau douce
de nos régions appartenant à la famille des Atyidae.
* Laboratoire de Biologie animale, Faculté des Sciences, boulevard Lavoisier, Belle-Beille, 49000 Angers
et Laboratoire d’Évolution des Êtres organisés, 105, boulevard Raspail, 75006 Paris.
89, 1
1150
DENISE HUGUET
Matériel et méthodes
*'
Le repérage des étapes du cycle est fait sur une quarantaine d’individus mâles et
femelles, mesurant de 17 à 26 mm de l’extrémité du rostre à celle du telson. Les crevettes
dont la taille est inférieure à 20 mm peuvent être immatures (Nouvel, 1940 ; Descoutu-
RELLE, 1971).
Les individus sont élevés isolément dans des bacs contenant de l’eau de rivière ou de
l’eau de source. Le milieu dans lequel est gardé l’animal est oxygéné. La nourriture est
fournie par des fragments de plantes aquatiques sur lesquels les crevettes trouvent une
nourriture abondante constituée surtout par des algues. La température de l’eau oscille
entre 19° et 21° C. Les mues se produisent régulièrement.
Les durées relatives des différents stades du cycle sont déterminées d’après les critères
donnés pour Palaemon serratus (Drach, 1944), d’après la méthode définie par ce même
auteur (1939). Une mise au point récente (Dracii et Tchernigovtzeff, 1967) apporte
quelques précisions supplémentaires concernant l’ensemble des Natantia. La diagnose
des étapes est donnée par l’évolution de l’aspect des soies sensorielles distales d’un pléo-
pode.
Ces observations sont faites sur l’animal vivant après section de l’extrémité de l’exo-
podite du deuxième pléopode. Celui-ci se présente comme un appendice aplati et transpa¬
rent car les téguments sont faiblement calcifiés. Il possède une rangée de soies marginales
bien développées. Ce fragment d’exopodite est examiné immédiatement au microscope
dans une goutte d’eau entre lame et lamelle.
Succession des étapes
Le code établi pour Palaemon serratus — étapes A, B, C et D — permet de grouper
A -j- B en période postexuviale, C en période de stabilité des téguments, D en période
préexuviale. Nous commencerons notre examen par la période de stabilité des téguments
comme le recommandent Tchernigovtzeff et Ragage-Willigens (1968), puis nous exa¬
minerons successivement les périodes préexuviale et postexuviale.
Période C
Au cours de cette période de stabilité nous observons à la base de la soie un étui dont
le sommet est arrondi et qui correspond au « cône » mis en évidence chez Palaemon serratus
(Drach, 1944). Nous rappelons que la soie est une expansion squelettique sensorielle arti¬
culée à sa base et garnie de barbules. Pendant la période C, le contenu cellulaire des soies
est rassemblé à l’intérieur de la partie basale limitée par le « cône ». La cloison qui sépare
la partie proximale de la partie distale de la soie, s’épaissit et devient très chitineuse. L’épi¬
thélium sous-jacent est toujours en contact avec la cuticule. L’intérieur de l’étui présente
un aspect finement strié.
STADE d’intermue CHEZ ATYAEPHYRA DESMARESTI MILLET
1151
Période D
Elle est divisée en cinq stades, de D 0 à D 4 .
— D 0 débute par un décollement de l’épithélium sous-cuticulaire qui se détache pro¬
gressivement de l’endocuticule. Ce phénomène débute à la base des soies puis s’accentue
(pl. I, 1). L’épiderme se rétracte de plus en plus et la matrice des soies est entraînée vers
la base des cônes. Le contenu de ces soies prend un aspect fibrillaire. L’épiderme rétracté
au maximum, laisse un espace exuvial important et présente un contour boursouflé entre
la base des soies.
— D x est caractérisé par la mise en place définitive des matrices trichogènes précédant
la sécrétion de la couche préexuviale.
En Dp les futures soies se forment par une invagination épidermique autour des fais¬
ceaux fihrillaires (pl. I, 2), invagination qui s’approfondit en Dp jusqu’à atteindre une
longueur maximale presque égale à la moitié de celle de la future soie. La paroi externe
de l’invagination donnera la partie proximale de la soie, la paroi interne formant la partie
distale. Les barbules des futures soies apparaissent à ce stade (Dp*). En Dp- elles sont
nettement visibles.
— D 2 débute par la sécrétion de la cuticule, c’est-à-dire de la couche préexuviale à
la surface de l’épiderme, entre les soies.
— D 3 et D 4 sont toujours difficilement repérables chez les crevettes et en particulier
chez Atyaephyra desmaresti.
La mue, intervenant à la fin de l’étape D, a déjà été observée par plusieurs auteurs
dont Nouvel (1940). Elle se déroule selon les modalités habituellement observées chez
d’autres Natantia. Nous examinons à la suite la période postexuviale.
Stade A
Immédiatement après la mue, les téguments sont mous et transparents. L’étui cylin¬
drique formant le squelette de la soie apparaît opaque et chargé d’éléments cellulaires
d’aspect lacunaire (Drach et Tchernigovtzeff, 1967), (pl. II, 1). Cet étui est rempli jusqu’à
l’extrémité par la partie distale de la matrice de la soie. A la fin du stade A, on assiste à
un début de rétraction de l’extrémité de cette matrice vers la partie basale de la soie.
Comme chez les autres Natantia (Drach et Tchernigovtzeff, 1967) l’élaboration
des soies est plus rapide à l’extrémité de la rame pléopodiale qu’à sa base. Ce décalage
est bien visible chez Atyaephyra (pl. II, 2).
Stade B
La rétraction des soies s’accentue en B x et leur contenu se rassemble à la base. Puis,
en B 0 , une cloison en forme de calotte hémisphérique vient le limiter (pl. II, 2). C’est l’étape
de la formation du « cône » défini par Drach chez Palaemon serratus. Comme l’indique
cet auteur ces obturations présentent des aspects morphologiques différents suivant les
groupes et espèces de Natantia étudiés. Ici le septum est très aplati. La sécrétion postexu¬
viale est achevée et on aborde la période de stabilité des téguments qui est très courte chez
Atyaephyra.
89 , 2
DENISE HUGUET
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Durée relative des différents stades
Atyaephyra desmaresti est une crevette à durée d’intermue courte, dans les conditions
expérimentales données, c’est-à-dire en été, au laboratoire, à une température de l’ordre
de 20° C. A et B sont très brefs, en moyenne de cinq heures chacun. La durée relative de
A + B + C est de près de trois jours, celle de D de sept jours et demi, celle de D 2 à D 4 d’un
peu plus de deux jours et demi, ce qui fait en moyenne dix à onze jours pour l’intermue
total, chez les quarante individus observés. Les cycles les plus courts sont de huit jours et
demi, les plus longs de douze jours et demi.
Chez les animaux non adultes, seule la taille semble influer sur la durée du cycle lui-
même et celle des différentes étapes.
Les durées relatives des stades sont fournies par le tableau I (1 et 2). La période de
stabilité des téguments étant plus courte lorsque le cycle d’intermue est plus bref, corré¬
lativement le stade D paraît plus long : 70 % environ de l’intermue total, le stade D 0
représentant à lui seul 30 %.
Tableau I. — Atyaephyra desmaresti. Durées moyennes des stades du cycle d’intermue.
1, tableau récapitulatif des mesures ; 2, représentation graphique.
Indiv.
Sexe
j Durée %
Taille A+B + C de
(en cru) (en i.m.
jours)
Durée
°0
O/
/o
de
i.m.
Durée
Di
0/
/o
de
i.m.
Duré
D 2 à
U 4
e %
de
i.m.
e des
o/
/o
Durée
A B
(en
heures)
Durée
totale
de l’in-
termue
1 à 20
<?
17 à 21
Moyennes
2,83
27,1
3,13
30,0
1,87
18,0
2,61
24,8
99,9
5 5
10,45
20 à 40
?
18 à 26
Moyennes
2,75
27,5
3,18
31,0
1,75
16,9
2,55
24,4
99,8
»
10,28
Moyennes
—
2,79
27,3
3,15
30,5
1,81
17,4
2,58
24,6
99,8
»
10,23
générales
(B
STADE D INTERMUE CHEZ ATYAEPHYRA DESMARESTI MILLET
1153
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Charniaux-Legrand, H., 1952. — Le cycle d’intermue chez les Amphipodes et ses particularités
chez les formes terrestres ( Talitridae ). Arch. Zool. exp. péri., N. et R., 88 (4) : 178-204.
Charniaux-Cotton, H., 1957. — Croissance, régénération et déterminisme endocrinien des carac¬
tères sexuels d’Orchestia gammarella (Pallas), Crustacé Amphipode. Ann. Sci. nat., Zool.,
sér. 11, 19 : 411-559.
Descouturelle, G., 1971. — Mise en évidence d’une décroissance généralisée chez la Crevette
d’eau douce Atyaëphyra desmaresti Millet (Crustacea, Decapoda, Natantia) maintenue en
élevage. C. r. Acad. Sci., Paris, 272 : 1391-1393.
Drach, P., 1939. — Mue et cycle d’intermue chez les Crustacés Décapodes. Ann. Inst, océanogr.,
Paris, 19 : 103-391, 6 pl.
— 1944. — Étude préliminaire sur le cycle d’intermue et son conditionnement hormonal
chez Lecinder serratus Pennant. Bull. biol. Fr. Belg., 78 : 40-62.
Drach, P., et C. Tchernigovtzeff, 1967. — Sur la méthode de détermination des stades d’inter¬
mue et son application générale aux Crustacés. Vie Milieu, 18 (3A) : 595-609.
Nagabhushanam, R., et N. Vasantha, 1971. — Moulting and colour changes in the Prawn, Ceri-
dina weberi. Hydrobiologia, 38 (1) : 39-47.
Nouvel, L., 1940. — Observations sur la biologie d’Atyaëphyra desmaresti. Bull. Soc. Hist. nat.,
Toulouse, 75 : 243-251.
Tchernigovtzeff, C., et J. Ragage-Willigens, 1968. — Détermination des stades d’intermue
chez Sphaeroma serratum (isopode flabellifère). Arch. Zool. exp. gén., 109 (2) : 305-318.
Manuscrit déposé le 4 novembre 1971.
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DENISE HUGUET
PLANCHE I
Atyaephyra desmares ti. Extrémité de l’exopodite du deuxième pléopode observée par transparence.
1, stade début D 0 ; 2, stade D y. (Cliché M. Goudeau.)
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DENISE HÜGUET
PLANCHE II
Atyaephyra desmaresti. Exopodite du deuxième pléopode, examiné par transparence. 1, soies distales :
stade A ; 2, soies latérales : stade Les soies situées vers l’extrémité du pléopode (en haut et à gauche
sur le cliché) sont à un stade plus avancé que celles de la base. (Cliché D. Iiuguet.)
Achevé d’imprimer le 30 mai 1973.
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Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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