BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
N 8
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
MAI-JUIN 1971
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, lue Cuvier, 75-Paris, 5 e
Directeur : P r M. Vachon.
Comité directeur : P rs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dohst.
Rédacteur général : M me D. Grmek-Guinot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Le Bulletin du Muséum national d'Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Ecologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His¬
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75-Paris, 5 e (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
- pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum
36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75-Paris, 5 e (C.C.P., Paris 17591-12 —
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pour tout ce qui concerne la rédaction, au Secrétariat du Bidletin, 61, rue
de Bufîon, 75-Paris, 5 e .
En 1971, deux sections sont représentées :
Zoologie (prix de l’abonnement : France, 96 F ; Etranger, 110 F).
Sciences de la Terre (prix de l’abonnement : France, 24 F ; Étranger, 27 F).
En 1972, paraîtront également les sections suivantes : Botanique, Sciences
de l’Homme, Sciences physico-chimiques.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 8, mai-juin 1971, Zoologie 8
Taxonomie et systématique des Phoronidiens 1
par Christian-Charles Emig *
Résumé. — Les caractères taxonomiques des Phoronidiens ont été étudiés et classés en fonc¬
tion de leur importance. Les néphridies apparaissent par leur morphologie comme le meilleur
caractère taxonomique. Le phylum Phoronida, comprenant deux genres, Phoronis et Phoronopsis,
peut être divisé en cinq catégories : 1. Phoronis ovalis ; 2. Phoronis hippocrepici, Ph. ijimai, Ph.
australis ; 3. Phoronis psammophïla, Ph. muelleri ; 4. Phoronis pallida ; 5. Genre Phoronopsis ( albo-
maculata, harmeri, californicà). Les caractères propres à chaque catégorie sont discutés. Une clé
de détermination est donnée pour les Phoronidiens.
Abstract. — The taxonomie features, especially nephridia, of phoronid species are described.
The phylum Phoronida (two généra Phoronis and Phoronopsis) may be divided into five major
categories : 1. Phoronis ovalis ; 2. Phoronis hippocrepia, Ph. ijimai, Ph. australis ; 3. Phoronis
psammophila, Ph. muelleri ; 4. Phoronis pallida ; 5. Genus Phoronopsis ( albomaculata, harmeri,
californica). The characteristics of each category are discussed.
SOMMAIRE
Introduction . 475
A. Généralités . 476
I. Relations phylogénétiques. 476
IL Genres et espèces de Phoronidiens. 476
III. Répartition géographique des Phoronidiens. 479
R. Grands traits de l’organisation des Phoronidiens . 486
I. Lophophore. 486
IL Paroi du corps. 487
III. Système nerveux. 488
IV. Cœlomes . 488
V. Néphridies. 489
VI. Tractus digestif. 490
VIL Système circulatoire. 490
VIII. Gonades. 492
IX. Autotomie. 493
1. Ce travail constitue la première partie d’une thèse de Doctorat d’État ès Sciences ; la deuxième partie
traitera de la régénération chez les Phoronidiens.
* Station marine d'Endoume et Centre d’Océanographie, rue de la Batlerie-des-Lions, 13-Marseille, 7 e .
8 , 1
474
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
C. Méthodes. 494
I. Récolte. 494
II. Détermination. 495
D. Caractères taxonomiques. 496
I. Biotopes. 496
a. Substrat dur. 496
b. Substrat meuble. 497
c. Association avec les Cérianthes. 503
IL Présence ou absence de l’invagination. 504
III. Longueurs. 505
IV. Colorations. 507
V. Lophophore et tentacules. 507
VI. Néphridies. 512
A. Évolution anatomique des néphridies. 512
B. Description des néphridies des Phoronidiens. 515
VIL Fibres nerveuses géantes. 525
VIII. Muscles longitudinaux. 526
A. Variations annuelles des muscles longitudinaux. 526
B. Variations du nombre de muscles longitudinaux en fonction de la localité. 529
C. Variations des muscles longitudinaux des Phoronidiens. 534
D. Développement des muscles longitudinaux. 541
E. Conclusion . 542
IX. Gonades. 544
X. Autres caractères spécifiques. 549
E. Systématique des Phoronidiens (et discussion sur les synonymies). 550
F. Clé de détermination . 558
Discussion. 560
Appendice. 562
Bibliographie . 563
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
475
INTRODUCTION
Wright découvrit en 1856 les deux premières espèces, pour lesquelles il proposa le
nom de Phoronis, l’un des innombrables surnoms de la déesse égyptienne Isis. La larve
Actinotrocha, décrite en 1846 par Muller, fut considérée comme une forme adulte jus¬
qu’en 1867, date à laquelle Kowalevsky observa la métamorphose de cette larve en une
Phoronis. Gilchrist, en 1907, créa un deuxième genre, Phoronopsis, caractérisé par une
invagination de l’épiderme à la base du lophophore, au niveau du nerf circulaire.
La classe des Phoronida compte de nombreuses espèces, dont beaucoup peuvent
actuellement être mises en synonymie. Les causes sont imputables d’une part à des des¬
criptions sommaires, généralement fondées sur la morphologie externe et insuffisantes pour
caractériser ces espèces, d’autre part aux variations des caractères taxonomiques et à l’igno¬
rance des travaux des prédécesseurs. Les premiers travaux taxonomiques ont été faits par
Cori et Benham au cours des années 1889 et 1890. Mais ce n’est qu’en 1907 que parut le
premier mémoire important consacré aux Phoronis par Selys-Longchamps. Cette étude
d’anatomie comparative a mis l’accent sur l’importance de certains caractères taxono¬
miques, mais elle n’a pas empêché ultérieurement la publication de descriptions incomplètes
et succinctes. Il faudra ensuite attendre le travail de Coni, en 1939, pour que soit dressé
un inventaire des espèces de Phoronidiens, seule référence systématique jusqu’à nos jours.
Malheureusement, ce travail ne tient guère compte des variations des caractères taxono¬
miques, qui n’ont été qu’énumérés et non analysés. Silen (1952) et Marsden (1959) ont mis
l’accent sur certaines synonymies, opérant un rapprochement des espèces, tandis que Zimmer
(1964) a classé les Phoronidiens en fonction de leurs gonades et glandes sexuelles annexes.
Il s’est donc avéré nécessaire, sinon indispensable, d’entreprendre une étude sur la
systématique des Phoronida, d’autant plus que le développement des recherches biono-
miques et l’amélioration des moyens de prélèvement a permis de démontrer leur impor¬
tance biocœnotique et leur présence dans de très nombreux biotopes. Ignorées ou mécon¬
nues, les différentes espèces de Phoronidiens ne peuvent plus être considérées comme une
classe mineure, car, dans certaines localités, leur densité peut être telle qu’elles consti¬
tuent de véritables faciès. Il est vrai que leur récolte n’est guère favorisée par les moyens
traditionnels, mais, au contraire, demande des engins pouvant prélever le sédiment jusqu’à
30 ou 50 cm de profondeur.
Le but de ce travail est l’étude des caractères taxonomiques des Phoronidiens, carac¬
tères actuellement connus et utilisés et de préciser leurs variations. En outre, nous souhai¬
tons attirer l’attention sur cette classe, présente dans bien des biotopes, et faciliter la déter¬
mination des diverses espèces. Nous tenons à faire remarquer que de nombreuses espèces
ne nous sont connues que par des descriptions, qui nous ont permis de conclure à leur
synonymie avec une autre espèce. En conséquence, la liste des espèces de Phoronidiens,
figurant à la fin de ce travail, est celle qui nous paraît actuellement la plus exacte, tout
en sachant pertinemment que des recherches ultérieures peuvent modifier leur place dans
cet essai de systématique ou démontrer que telle synonymie est erronée.
476
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
A. GÉNÉRALITÉS
I. Relations phylogénétiques
Les Phoronidiens furent d’abord classés avec les Annélides ; puis Claus (1872) créa
le groupe des « Géphyriens tubicoles », Lankester (1883) celui des Polyzoa vermiformis,
Roule (1893) celui des Tentaculifères hématobranchiés, Mastermann (1896) celui des
Diplochorda, Delage et Hérouard (1897) celui des Axobranches vermiformes. Parmi
toutes les classifications proposées, nous en avons relevé trois qui se rapprochent de celle
actuellement admise. Caldwell (1882) mentionne le premier la similitude de structure
entre Phoronidiens, Rryozoaires et Rrachiopodes. Hatsciiek (1888) réunit ces trois groupes
sous le nom de Tentaculata. Schneider (1902) utilise le ternie de Lophophora pour Pho-
ronidiens et Rryozoaires.
Phoronidiens, Rryozoaires et Rrachiopodes sont classés par Cori (1937) dans les Ten¬
taculata, sous-embranchement des Oligomera ; leur position est intermédiaire entre les
deux super-phylums : Prostomes et Deutérostomes ; cette classification a été reprise en
1963 par Hadzi. Hyman (1959), rappelant cette position, les nomme des « Lophophorates
cœlomates », tandis que Grasse (1959) considère l’embranchement des Lophophoriens
(Phoronidiens, Rryozoaires ectoproctes et endoproctes, Brachiopodes) comme des cœlo¬
mates prostomiens.
Zimmer (1964) définit la position phylogénétique des Phoronidiens par l’étude de leur
développement larvaire et de leur embryologie. Comparant les caractères des Phoronidiens
à ceux des Prostomes et des Deutérostomes, cet auteur conclut qu’ils doivent être consi¬
dérés, contrairement aux conclusions des auteurs précédents, comme des Deutérostomes
primitifs. Les Phoronidiens partagent cette position avec les Rryozoaires ectoproctes et
les Brachiopodes, mais ils possèdent une certaine analogie avec les Hémichordés Ptéro-
branches, analogie déjà signalée par Delage et Hérouard (1897).
Nous adopterons cette dernière classification :
Cœlomates Deutérostomes
Embranchement des Lophophoriens
Classe des Phoronidiens
Classe des Bryozoaires ectoproctes
Classe des Brachiopodes
II. Genres et espèces de Phoronidiens
La classe des Phoronida comprend deux genres : Phoronis Wright, 1856, et Phoro-
nopsis Gilchrist., 1907. Ce dernier se distingue par une invagination de l’épiderme sous le
lophophore au niveau du nerf circulaire. Ces deux genres contiennent 22 espèces, dont
nous avons dressé la liste avec mention de Tannée, de l’auteur et de la localité-type.
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
477
1856 Phoronis ovalis Wright
Phoronis hippocrepia Wright
1858 Phoronis gracilis Van Beneden
1883 Phoronis australis Haswell
1888 Phoronis buskii Mc Intosh
1889 Phoronis kowalevskii Benham
Phoronis caespitosa Cori
Phoronis psammophila Cori
Phoronis sabatieri Boule
1890 Phoronis architecta Andrews
1897 Phoronis ijimai Oka
1901 Phoronis pacifica Torrey
1903 Phoronis muelleri Selys-Longchamps
1907 Phoronis euxinicola Selys-Longchamps
Phoronis capensis Gilchrist
Phoronopsis albomaculata Gilchrist
1912 Phoronis vancouverensis Pixell
Phoronopsis harmeri Pixell
1930 Phoronopsis viridis Hilton
Phoronopsis striata Hilton
Phoronopsis californica Hilton
1952 Phoronis pal.lida Silen
1967 Phoronis bhadurii Ganguly et Majumdar
Inchkeith (Grande-Bretagne)
Ilfracombe (Grande-Bretagne)
Ostende (Belgique)
Port-Jackson (Australie)
Philippines
Port de Naples (Italie)
Port de Naples (Italie)
Messine (Italie)
Étang de Thau (France)
Beaufort, N.C. (USA)
Misaki (Japon)
Puget Sound (USA)
Helgoland (Allemagne)
Sébastopol (URSS)
False Bay (Afrique du Sud)
False Bay (Afrique du Sud)
Departure Bay, Vancouver (Canada)
Departure Bay, Vancouver (Canada)
Moro Bay, Californie (USA)
Moro Bay, Californie (USA)
Balboa Bay, Californie (USA)
Gullmar Fiord (Suède)
Digha, Bengal (Inde)
Des descriptions incomplètes et des interprétations erronées des caractères taxono¬
miques ont conduit à ce grand nombre d’espèces, et, le plus souvent, une étude plus appro¬
fondie de certaines espèces a permis de conclure à des synonymies :
Ph. gracilis, décrite sommairement par Van Beneden (1858), a été retrouvée par
Selys-Longchamps à Helgoland en 1903. Mais la description de cette espèce ne permet
pas de la distinguer de Ph. hippocrepia, d’autant que Selys-Longciiamps signale en 1907
n’avoir examiné que des individus jeunes. Silen (1952) conclut d’ailleurs en mettant en
synonymie Ph. gracilis avec Ph. hippocrepia, ce que Wright a déjà supposé en 1859.
Ph. kowalevskii a été découverte par Kowalevsky (1867), décrite par Caldwell
(1882) et nommée par Beniiam (1889). Cori (1889) a retrouve cette espèce et l’a nommée
Ph. caespitosa, nom qu’il retira l’année suivante en faveur de Ph. kowalevskii. Dans sa
monographie, Selys-Longchamps (1907) démontre que cette espèce n’est qu’une variété
de Ph. hippocrepia.
Ph. sabatieri, décrite par Roule (1889) fut découverte la même année que Ph. psam¬
mophila. Cet auteur fait d’ailleurs suivre le nom de cette espèce, en 1900, par (? Phoronis
psammophila Cori), tandis que Selys-Longchamps (1907) traite les deux espèces simul¬
tanément. La synonymie de ces deux espèces a été établie par Emig (19686).
Ph. architecta, proche de Ph. psammophila, a été mise en synonymie avec la deuxième
espèce par Emig (1969a) ; il faut néanmoins prendre en considération que la reproduction
et les larves pourraient être différentes chez ces deux espèces (Brooks et Cowles, 1905 ;
ZlMMER. 1964).
Ph. capensis apparaît, d’après la description incomplète de Gilchrist (1907),
comme synonyme de Ph. hippocrepia ; cet auteur conclut d’ailleurs : « Ph. capensis,
closely related to Ph. hippocrepia. »
Ph. vancouverensis se distingue, d’après Pixell (1912), de Ph. hippocrepia par plu-
478
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
sieurs caractères, dont le seul qui nous semble à retenir est son grand nombre de muscles
longitudinaux ; d’ailleurs, Zimmer (1964) sépare ces deux espèces en fonction de ce cri¬
tère. Marsden (1959) les réunit dans un complexe de Ph. hippocrepia. En réalité, Ph. van-
couverensis est synonyme de Ph. ijimai (Emig, 1971).
Phoronis bhadurii a été décrite trop sommairement pour définir une nouvelle espèce ;
bien qu’elle se rapproche de Ph. buskii, il pourrait également s’agir d’une nouvelle espèce
du genre Phoronopsis.
Ph. euxinicola reste un nomen nudum ; découverte par Selys-Longchamps (1907),
elle n’a été ni retrouvée, ni décrite.
Ph. pacifica a été décrite avant la création du genre Phoronopsis ; possédant des carac¬
tères proches de ceux de Php. harmeri, elle est probablement synonyme de cette deuxième
espèce. Cette synonymie est d’ailleurs proposée par plusieurs auteurs, notamment Mamkaev
(1962), qui la nomme Phoronopsis pacifica.
La synonymie de Php. viridis avec Php. harmeri a été établie en 1959 par Marsden.
Php. striata a été décrite très sommairement et nous ne pouvons qu’émettre l’hypo¬
thèse de sa synonymie avec Php. harmeri.
En conclusion, la classe des Phoronidiens comprendrait actuellement les espèces énu¬
mérées dans le tableau ci-après :
Liste des espèces de la classe des Phoronidiens
Genre Phoronis
Phoronis ovalis
Phoronis hippocrepia
Ph.
Ph.
Ph.
Ph.
) Ph.
gracilis
kowalevskii
caespitosa
capensis
vancouverensis
Phoronis ijimai
Phoronis australis
Ph. buskii (? synonyme de Ph. australis)
Phoronis bhadurii (?)
Phoronis psammophila
Phoronis muelleri
Phoronis pallida
Phoronopsis albomaculata
( Ph.
( Ph.
sabatieri
architecta (?)
Genre Phoronopsis
Phoronopsis harmeri
Phoronopsis californica
viridis
striata
[ Ph P-
Php.
( Ph. [Php.) pacifica
Remarque : Dans un inventaire de la faune de Helgoland, Dalla Torre (1890) mentionne Pho¬
ronis norvégien Müller ; il s’agit d’une erreur, car J. Müli.er n’a jamais découvert de Pho¬
ronis adulte (Selys-Longchamps, 1907).
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
479
III. Répartition géographique des Piioronidiens
Avant d’aborder la répartition mondiale des Piioronidiens, nous devons signaler de
nouvelles localités, découvertes récemment pour quatre espèces.
Fig. 1. — Localisation des Phoronidiens sur les côtes françaises. Nouvelles stations : 19. Phoronis psam-
mophila (massifs d’Hermelles) ; 18. Phoronis muelleri (stations de 14 à 48 m) ; 39. Phoronis psammo-
phila (a, station étudiée par Emig ; c, par Euzet et Poujol ; b, présence signalée par ces auteurs).
480
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
Phoronis psammophila
Dans la baie de Bourgneuf (fig. 1, localité 19), Ph. psammophila a été récoltée dans
des massifs d’Hermelles, dans la zone intertidale, par Gruet (thèse de 3 e cycle en cours) ;
elle vit dans des interstices des massifs, où s’accumulent débris divers, sable et vase.
Dans l’étang de Thau, localité-type de Ph. sahatieri Roule, j’ai retrouvé Ph. psammo¬
phila dans des sables fins, chargés de graviers, à une profondeur de 1,5 à 2 m (fig. 1, loca¬
lité 39a).
Fig. 2. — Localisation des stations 58 (Nosy-Bé, Madagascar) et 59 (Baie d’Ambaro, Madagascar) : Pho-
ronopsis californien (58 a), Phoronis australis (58 b, c), Phoronis muelleri (59).
Phoronis muelleri
Elle est signalée pour la première fois sur les côtes françaises, près de l’île d’Oléron
(fig. 1, localité 18). Ph. muelleri vit dans des vases, vases sableuses et sables à une pro¬
fondeur de 14 à 48 m. Elle a été récoltée par F. Lagardère (thèse de 3° cycle en cours).
Phoronis hippocrepia
Dans l’étang de Berre (fig. 1, localité 41), Ph. hippocrepia a été récoltée au cours d’une
plongée, sous sa forme encroûtante, sur un pieu en bois enfoncé dans la vase, à une profon¬
deur de 8 m.
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
481
A Marseille, dans le Vieux-Port (fig. 1, localité 44), Ph. hippocrepia « tapisse » les
quais, depuis la surface jusqu’au fond (profondeur d’environ 8 m). Elle est perforante dans
les pierres des quais et dans des coquilles d’huîtres mortes. Les tubes sont généralement
libres sur un tiers ou la moitié de leur longueur, recouverts de vases et de débris divers.
Fig. 3. — Localisation des Phoronidiens de la station 57 (Tuléar, Madagascar), d’après Emig et Thomas-
sin (1969).
Phoronis australis
Les exemplaires ont été récoltés par Thomassin à Madagascar dans deux localités :
— Nosy-Bé (fig. 2 : stations 58b, c) à l’extérieur du récif de Béfefeky et du récif d’Ampo-
raha à une profondeur de 10 à 12 m ; — Tuléar (fig. 3) depuis quelques centimètres d’eau
jusqu’à 30 m de profondeur. Ph. australis est présente dans la partie muqueuse du tube
482
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
des Cerianthus (fonds vaseux ou herbiers). Cette espèce vit dans des eaux chargées de par¬
ticules en suspension et soumises à une agitation.
Ayant étudié personnellement tous les caractères taxonomiques des espèces prove¬
nant des nouvelles localités décrites ci-dessus, nous mentionnons les résultats dans les
chapitres suivants.
Nous avons indiqué sur les figures 1 et 4 les principales localités où des Phoronidiens
sont signalés, tandis que nous dressons ci-dessous la répartition par espèces, avec le numéro
de la localité (fig. 1 et 4) et les auteurs mentionnant l’espèce.
Fig. 4. — Répartition géographique des Phoronidiens ; les stations 17 à 25 et 38 à 48 sont représentées
sur la figure 1. Pour la légende des numéros, voir le chapitre « Répartition des Phoronidiens ».
Phoronis ovalis
6. Pilia [Morton et Miller, 1968] ; 6’. Péninsule Otago [Silen, 1956] ; 7. Chili [Emig, 1969c] ;
12. Puget Sound, San Juan Island [Marsden, 1959] ; 15. Santos (île Porchat) [Marcus, 1949 ;
Lonoy, 1954 ; Forneris, 1959 ; Emig, 1969c] ; 29. Ile de Man [Bruce, Colman et Jones, 1963] ;
31. Inchkeith (Firth of Forth) [Wright, 1856] ; 31. St-Andrews [Meek, 1917] ; 32. St-Mary Island
[Harmer, 1917] ; 34. Helgoland [Cori, 1939] ; 35. Bergen [Lonoy, 1954] ; 36. Gullmar Fiord
[Silen, 1952 ; Emig, 1969c] ; 37. 0resund [Brattstrôm, 1943 ; Lonoy, 1954] ; 38. Cap Bear [Theo-
dor, 1964 ; Emig, 1969c].
Phoronis hippocrepia
15. Santos, Canameia [Forneris, 1959] ; 17. Arcachon [Emig, 1967a] ; 22. Roscofî [Cori, 1925] ;
24. Ile de Tatihou [Hartlaub, 1904] ; 25. Wimereux [Giard, 1878 ; Selys-Longchamps, 1907] ;
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
483
26. Ostende [Van Beneden, 1858] ; 27. Plymouth [Garstang, 1891 ; Shearer, 1904] ; 27. Fal-
mouth [Garstang, 1891] ; 28. Ilfracombe [Wright, 1856] ; 28. Tenby [Dyster, 1859] ; 30. Mill-
port [Kolliker, 1864] ; 33. Sheerness (?) ; 34. Helgoland [Selys-Longchamps, 1903] ; 36. Gull-
mar Fiard [Theel, 1907 ; Silen, 1952 ; Emig, 1970] ; 41. Étang de Berre [Emig] ; 44. Vieux-Port,
Marseille [Emig] ; 51. Port de Naples [Kowalevsky, 1867 ; Foettingf.r, 1882 ; Caldwell, 1882 ;
Cori, 1889, 1890 ; Selys-Longchamps, 1907] ; 55. False 13ay [Gilchrist, 1907],
Phoronis ijimai
2. AkkeshiBay [Uchida et Iwata, 1955] ; 3. Misaki [Oka, 1897 ; Ikeda, 1901] ; 8. Los Angeles
[Marsden, 1959] ; lO. San Francisco et Monterey Bay [Marsden, 1959] ; 12. Vancouver Island,
San Juan Island [Pixell, 1912 ; Marsden, 1957, 1959 ; Zimmer, 1964, 1967 ; Emig, 1971].
Phoronis australis
3. Misaki [Ikeda, 1901, 1902, 1903 ; Kume, 1953 ; Silen, 19546] ; 5. Port-Jackson [Haswell,
1883, 1885, 1893 ; Benham, 1889] ; 16. Embouchure de la Somone [Emig et Marche-Marchad,
1969] ; 56. Inhaca Island [Mc Nae et Kalk, 1958] ; 57. Tuléar [Emig dét., Thomassin réc.] ;
58. Nosy-Bé [Emig dét., Thomassin réc.] ; 60. Port-Okha [Naïr et Shaiv, 1956] ; 62. Krusadaï
Island [Menon, 1927] ; ? Philippines [Cori, 1939].
Phoronis buskii
4. Philippines [Mc Intosh, 1881, 1888 ; Mastermann, 1900].
Phoronis bhadurii
63. Digha, Bengal (Indes) [Ganguly et Majumdar, 1967],
Phoronis psammophila et Phoronis architecta
8. Los Angeles [Marsden, 1959] ; 12. Défiance Point [Marsden, 1959] ; 13. Beaufort
[Andrews, 1890 ; Brooks et Cowles, 1905 ; Marsden, 1959] ; 14. Alligator Ilarbor [Long, 1960 ;
Naqui, 1968 ; Emig] ; 19. Nantes [Emig dét., Gruet réc.] ; 20. Golfe du Morbihan [Glémarec,
1964 ; Emig, 19686] ; 21. Concarneau [Emig, 1969a] ; 23. Dinard [Emig, 1969a] ; 39. Étang de
Thau [Roule, 1889 ; Selys-Longchamps, 1907 ; Euzet et Poijjol, 1963 ; Emig] ; 40. Golfe de
Fos [Emig, 1969a] ; 41. Étang de Berre [Émig, 1966, 19686, 1969a] ; 42. Anse de Vernon [Emig,
1969a] ; 43. Golfe de Marseille [Picard, 1965 ; Emig, 1966, 1969a] ; 45. Calanque de Port-Miou
[Emig, 19686] ; 46. Baie des Lecques [Emig, 1966] ; 47. Baie de Bandol [Emig, 1966] ; 48. Baie du
Brusc [True-Schlenz, 1965; Emig, 19686] ; 49. Baie de Castiglione [Emig, 19686] ; 50. Fusaro,
Lucrino [Selys-Longchamps, 1907] ; 51. Naples [Selys-Longchamps, 1907] ; 52. Messine [Cori,
1889, 1890 ; Shearer, 1904 ; Selys-Longchamps, 1907] ; 61. Porto-Nuovo [Balasubrahmanyan,
1959],
Phoronis muelleri
1. Détroit de Tartarie, golfes d’Aniva et de Patience, cap Nakho, détroit sud des îles Kou¬
riles [Mamkaev, 1962] ; 18. Ile d’Oléron [Emig dét., Lagardère réc.] ; 29. Ile de Man [Judges,
1953 ; Bruce, Colman et Jones, 1963] ; 34. Helgoland [Selys-Longchamps, 1903 ; Schultz,
1903] ; 36. Gullmar Fiord [Gustafson, 1936 ; Silen, 1952 ; Emig, 1970] ; 37. 0resund [Bratt-
strôm, 1943] ; 53. Canal de Leme [Stf.uer, 1933 ; Vatova, 1934] ; 54. Abudkir [Steuer, 1936] ;
57. Tuléar [Emig, 1970] ; 59. Baie d’Ambaro [Emig, 1970],
484
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
Phoronis pallida
8. Los Angeles [Mabsden, 1959] ; 10. Point Richmond [Hyman, 1958 ; Mahsden, 1959 ;
Jones, 1961] ; 36. Gullmar Fiord [Silen, 1952 ; Emig, 1969c].
Phoronopsis albomaculata
5. False Bay [Gilchrist, 1907, 1919] ; 57. Tuléar [Emig et Thomassin, 1969],
Phoronopsis harmeri
1. Détroit de Tartarie, golfes d’Aniva et de Patience [Mamkaev, 1962] ; Balboa Bay (Califor¬
nie) [Hilton, 1930] ; Bodega Bay (Californie) [Hyman, 1958] ; 8. Los Angeles [Marsden, 1959 ;
Hilton, 1930] ; 9. Moro Bay [Marsden, 1959 ; Hilton, 1930] ; 10. San Francisco [Marsden,
1959 ; Johnson, 1967 ; Emig, 19676] ; 10. Monterey Bay [Hilton, 1930 ; Mc Ginitie et Mc Gini-
tie, 1949 ; Wilson et Bullock, 1958 ; Rattenbury-Marsden, 1953, 1954, 1959] ; 11. Ilumbolt
Bay [Torrf.y, 1901] ; 12. Vancouver Island, San Juan Island [Torrey, 1901 ; Pixell, 1912 ;
Wilson et Bullock, 1958 ; Marsden, 1959 ; Zimmer, 1964].
Phoronopsis californica
7. Estuaires de la Californie sud [Mc Ginitie et Mc Ginitie, 1949] ; Balboa Bay (Californie)
[Hilton, 1930] ; 58. Nosy-Bé [Emig et Plante, 1969],
Nous pouvons résumer la présence des Phoronidiens dans les principaux océans et
mers dans le tableau ci-après.
Présence des Phoronidiens dans les principaux océans et mers
Pacifique
Atlantique
Méditerranée
Océan Indien
Ph. ovcdis .
+
+
+
Ph. hippocrepia .
Ph. ijimai .
'. +
+
+
+
Ph. australis .
+
+
+
Ph. buskii .
+
Ph. psammophila .
+
+
+
+
Pli. muelleri .
+
+
+
+
Ph. pallida .
Php. albomaculata .
+
+
+
Php. harmeri .
+
Php. californica .
+
+
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
485
Remarques
Schultz (1897) a étudié le développement embryonnaire d’une Phoronis récoltée à
Sébastopol (Crimée, URSS), espèce que Selys-Longchamps (1907) nomma Phoronis euxi-
nicola.
A Port-Jackson (Australie), Haswell (1893) décrit une deuxième espèce de Phoronis,
vivant sur des coquilles d’huîtres dans le même biotope vaseux que Pli. australis. Le tube
est hyalin, membraneux et dépourvu de grains de sable ; le nombre de tentacules est d’une
centaine. Hasweli, rapporte cette espèce à Ph. psammophila, mais il est plus probable
qu’il s’agisse de Ph. hippocrepia.
Gravei.y (1927) signale une Phoronis sp. à Porites Ray dans les îles Krusadaï (Inde).
Des recherches effectuées pour retrouver Ph. ovalis (Emig, 1969c ; 1970) sont restées
infructueuses, d’une part dans le Gullmar Fiord pour les localités signalées par Silen
(1952), d’autre part près du cap Réar par Theodor (1964).
En conclusion, bien que les Phoronidiens soient représentés dans les grands ensembles
océaniques, leur localisation n’est encore connue que de façon fragmentaire. Il reste à souhai¬
ter que, dans les années à venir, nos connaissances sur la répartition des Phoronidiens
soient largement complétées, surtout par l’emploi de nouveaux moyens de prélèvement.
486
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
B. GRANDS TRAITS DE L’ORGANISATION DES PHORONIDIENS
Les Phoronidiens vivent dans un tube cylindrique, dans lequel ils se déplacent libre¬
ment ; ce tube, sécrété par l’épiderme, est formé d’une substance chitineuse (Hyman,
1958) en une ou plusieurs couches.
Les espèces vivant dans des sédiments meubles y sont enfoncées verticalement, isolées ;
leur tube est recouvert de vase, grains de sable ou débris divers selon la nature et la gra¬
nulométrie du sédiment. En fonction de ces dernières, le tube est soit rectiligne, soit plus
ou moins sinueux, selon la facilité de pénétration dans le sédiment. Les espèces perforantes
possèdent généralement un tube translucide, sinueux et dépourvu de particules, saut si
le tube dépasse du substrat. Le tube des Phoronidiens s’arrondit dans sa partie postérieure
et ne présente qu’une très faible ouverture (pl. II, fîg. 1).
Des observations en plongée nous ont permis de vérifier que les Phoronidiens en exten¬
sion normale occupent toute la longueur du tube, comme le décrit Selys-Longchamps
(1903) : « Im ausgestreckten Zustande ist die Lange der Tiere der der Rôhre gleich, oder iiber-
trilït sie sogar ein wenig. » Au cours du prélèvement, l’animal se contracte pour n’occuper
qu’un tiers à un cinquième de la longueur du tube (pl. II, fig. 1) ; de nombreux auteurs
ont d’ailleurs émis des hypothèses sur la longueur de l’animal par rapport à son tube, car
ils ont étudié des exemplaires rétractés.
La longueur des Phoronidiens varie largement selon les espèces : la plus petite, Pho-
ronis ovcilis , n’excède pas 15 mm, tandis que la plus grande, Phoronopsis californien, dépasse
450 mm. Le diamètre du corps varie en fonction de la longueur de l’animal, de son état
de contraction et des régions du corps. Les colorations des Phoronidiens sont rose, jau¬
nâtre, brune, verte, pourpre, noire ; elles peuvent être uniformes, présentes seulement dans
la partie antérieure, plus vives dans le lophophore. Certaines espèces possèdent une ou
plusieurs pigmentations.
Le corps des Phoronidiens comprend trois régions :
— le prosome, rudimentaire, est réduit à une languette préorale, l’épistome ;
— le mésosome est formé principalement de la couronne tentaculaire ou lophophore ;
—- le métasome est constitué par le corps cylindrique dont la partie postérieure élargie
s’appelle l’ampoule.
I. Lophophore
La couronne tentaculaire est en forme de fer à cheval, sur les bords duquel s’insèrent
les tentacules. Sur la face anale, les pointes du lophophore sont plus ou moins incurvées
vers la cavité lophophorale (pl. III, fig. 1-5 ; pl. VIII, fig. 5) ou enroulées en spirales, dont
le nombre de tours varie selon les espèces de 1,5 à 5 ou plus (pl. III, fig. 6, 7, 9).
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
487
Le nombre de tentacules croît avec la complexité de la forme du lophophore. Ce der¬
nier présente généralement une zone d’accroissement du nombre de tentacules dans la
concavité lopbophorale (fîg. 5).
IL Paroi du corps
La paroi du métasome comprend de l’extérieur vers l’intérieur plusieurs couches suc¬
cessives. L 'épiderme est limité vers l’extérieur par une bordure en brosse (à microvillosités),
mise en évidence au microscope électronique ; cette bordure a toujours été considérée par
tous les auteurs comme une cuticule. Dans le genre Phoronopsis, l’épiderme présente sous
le lophophore une invagination plus ou moins marquée (pl. III, fîg. 8). Le plexus nerveux
bouche
p.n. ta. anus
Fig. 5. — Schéma du lophophore et de la partie antérieure de Plioronis australis (d’après Benham, 1889).
épi : épistome ; n : néphridiopore ; o.l. : organe lophophorien ; p.a. : papille anale ; p.n. : papille néphri-
diale ; t.e. : rangée de tentacules externes ; t.i. : rangée de tentacules internes ; z.a. : zone d’accrois¬
sement des tentacules.
est situé à la base de l’épiderme (fig. 6) ; une membrane basale, épaisse, véritable subs¬
tance de soutien lui fait suite. A l’intérieur du corps on distingue deux couches musculaires,
circulaire, s’appuyant sur la membrane basale, et longitudinale (pl. VII). La musculature
longitudinale est formée de faisceaux, chaque muscle comprenant des faisceaux margi¬
naux situés de chaque côté d’un faisceau central (fig. 31). Le nombre de muscles longitu¬
dinaux varie d’un individu à l’autre et d’une espèce à l’autre, parfois au sein d’un même
exemplaire. Les formules musculaires (Selys-Longchamps, 1907) sont établies en fonc¬
tion du nombre de muscles dans chaque compartiment du métaccelome. Cette musculature
longitudinale est généralement plus développée du côté gauche ou du côté oral, provoquant
une asymétrie du corps ; mais chez certaines espèces, comme chez Phoronis hippocrepia
par exemple, elle est plus marquée du côté droit.
488
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
III. Système nerveux
Le système nerveux des Phoronidiens, basi-épithélial, se compose d’un ganglion céré-
broïde, situé dans la concavité lophophorale (fig. 6, 9) sous la papille anale (entre celle-ci
et la bouche) ; du nerf circulaire partant de ce ganglion et décrivant un cercle complet à
la base du lophophore (fig. 6) ; d’une ou deux fibres nerveuses géantes qui se prolongent
depuis ce ganglion jusqu’à l’ampoule, près de l’insertion des mésentères latéraux (fig. 6 ;
pl. VII), enfin d’un plexus diffus dans tout le corps, placé entre l’épiderme et la membrane
basale. Nous omettons volontairement les innervations des tentacules et divers organes.
Fig. 6. — Représentation schématique de la structure du
système nerveux d’une espèce à une seule fibre géante
(g./’.). Bouche et épistome ne sont pas représentés. Les
positions de l’anus et des néphridiopores sont indiquées
par des cercles. Au centre du lophophore, dont les ten¬
tacules sont coupés à la base, se situe le ganglion céré-
broïde ; n.ring : nerf circulaire (d’après Silen, 19546).
IV. c ŒLOMES
Chaque métamère possède une cavité cœlomique. Mésosome et métasome sont séparés
par un septum oblique, le diaphragme, inséré à la base des tentacules, au niveau du nerf
circulaire.
Le métacœlome est entièrement divisé verticalement en deux compartiments gauche
et droit, par le mésentère principal ou médian (fig. 7). Chacun de ces compartiments est
à nouveau divisé dans le sens de la longueur, secondairement, par un mésentère latéral
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
489
(fig. 7). Ces deux mésentères latéraux sont incomplets ; ils débutent au niveau des
entonnoirs des néphridies et s’arrêtent avant d’atteindre la partie terminale de l’ampoule.
Ils manquent chez Ph. ovalis, tandis que chez Ph. muelleri seul le gauche est absent.
Cette disposition des mésentères est utilisée pour établir les formules musculaires, en
comptant le nombre de muscles longitudinaux dans chaque compartiment cœlomique ;
elle se représente ainsi :
mésentère
médian oral
mésentère cœlome oral gauche | cœlome oral droit mésentère
latéral gauche cœlome anal gauche | cœlome anal droit latéral droit
mésentère
médian anal
Le métacœlome communique avec l’extérieur par les métanépliridies, qui servent de
cœlomoductes.
Fig. 7. — Schéma d'une coupe transversale du
métasome (mésentères et cavités cœlomiques).
c. : cœlome ; est. : estomac ; f.g.d. : fibre géante
droite ; f.g.g. : fibre géante gauche ; i : intestin ;
m.l.d. : mésentère latéral droit ; m.l.g. : mésen¬
tère latéral gauche ; m.m.a. : mésentère médian
anal ; m.m.o. : mésentère médian oral ; œs. : œso¬
phage ; p.est. : préestomac ; v.l. : vaisseau san¬
guin latéral ; v.m. : vaisseau sanguin médian.
2
Fig. 8. — Schéma de la partie antérieure du
corps avec localisation des néphridies du
type à un seul entonnoir : 1, vue anale ;
2, vue latérale.
A : branche ascendante ; a : anus ; b : bouche ;
D : branche descendante ; e : entonnoir ; epi :
épistome ; i : intestin ; n : néphridiopore ;
œs : œsophage ; t : tentacules.
Y. Néphridies
Les néphridies de chaque espèce présentent des caractères spécifiques et nous les
considérons actuellement comme le meilleur critère de détermination. L’existence des
néphridies a été reconnue par Dyster (1858), qui les nomma oviductes après avoir observé
le passage des œufs. Caldwell (1882) utilisa le premier le terme de néphridies.
8 , 2
490
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
D’après leur anatomie, ce sont des métanéphridies ; chaque espèce en possède une
paire (fîg. 8), située dorsalement sous le diaphragme, de chaque côté de l’intestin et au
niveau de l’insertion des mésentères latéraux. Leur forme est généralement en U avec
une branche descendante (fig. 8), absente chez certaines espèces, et une branche ascen¬
dante. Leur épithélium est cilié, plus fortement dans les entonnoirs et les néphridio-
pores.
Les néphridies s’ouvrent dans la cavité cœlomique par un ou deux entonnoirs ; la
branche descendante leur faisant suite est située dans la cavité cœlomique ; elle s’inflé¬
chit et pénètre dans la paroi du corps, devenant alors branche ascendante (fig. 20-24 ;
pl. IV-VI, VIII). Cette dernière s’ouvre à l’extérieur, près de l’anus, par le néphridiopore
(ou pore urinaire) soit sur la papille anale, soit sur la papille néphridiale.
Faisant communiquer le métacœlome avec l’extérieur, les néphridies jouent proba¬
blement un rôle important dans l’équilibre du milieu cœlomique et dans l’excrétion des
déchets métaboliques ; elles font également office de gonoductes.
VI. Tractus digestif
Le tube digestif des Phoronidiens est en forme d’U et se subdivise en quatre parties :
œsophage, préestomac, estomac, intestin. La branche descendante du tube digestif (fig. 9)
débute par la bouche, située à l’intérieur du fer à cheval du lophophore et surmontée par
l’épistome (fig. 5). Cette branche est formée de l’œsophage à paroi épaisse, du préestomac
avec un épithélium mince et caractérisé par la présence d’une gouttière ciliée (pl. VII,
fig. 5, 6, 9) et de l’estomac (fig. 9). Ce dernier, à paroi épaisse, est situé dans l’ampoule et
entouré du sinus sanguin. L’intestin constitue à lui seul la branche ascendante. Il est séparé
de l’estomac par un pylore (fig. 9) ; l’anus est placé sur la papille anale (fig. 10), à l’exté¬
rieur de la cavité lophophorale, au même niveau que la bouche (fig. 9).
VIL Système circulatoire
Le système circulatoire des Phoronidiens est clos, formé par deux vaisseaux longitu¬
dinaux qui parcourent le métasome et communiquent postérieurement par le sinus péri-
stomacal et antérieurement par le vaisseau lophophoral (fig. 11).
Le vaisseau lophophoral est divisé en deux vaisseaux accolés (fig. 10) : l’arc lopho¬
phoral afférent, interne, dans lequel se jette le vaisseau médian, et l’arc lophophoral effé¬
rent, externe, duquel sortent les deux branches du vaisseau latéral. Chaque tentacule pos¬
sède un capillaire, dans lequel le sang est oxygéné.
Sortant du vaisseau lophophoral, les deux branches du vaisseau latéral se réunissent
au niveau de l’œsophage (fig. 11). Le vaisseau latéral, efférent et artériel, se prolonge ven-
tralement jusque dans le sinus péristomacal. Issu de ce sinus, le vaisseau médian, afférent,
veineux et dorsal, se jette dans le vaisseau lophophoral.
Chez Phoronis ovalis, il existe au niveau de l’œsophage un autre vaisseau efférent,
près du mésentère médian ventral, le vaisseau « accessoire » (fig. 11 ; pl. VII, fig. 3). On
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
491
remarque l’absence des deux branches du vaisseau latéral, mais on distingue (Emig, 1969c)
la présence d’un vaisseau latéral gauche et d’un vaisseau latéral droit (fig. 11 ; pl. VII,
fig. 4). Le vaisseau « accessoire » se jette à la fin de l’œsophage dans le vaisseau latéral
gauche (fig. 11).
Le vaisseau latéral présente chez toutes les espèces des cæcums vasculaires.
Fig. 9. — Coupe du tube di¬
gestif des Plioronidiens ;
est : estomac ; ggl . c . :
ganglion cérébroïde ; i :
intestin ; œs : œsopha¬
ge ; p.e : préestomac ;
py ■ pylore.
Fig. 10. — D’après Selys-Longchamps (1907) : « Figure demi-sché¬
matique, reconstituée, du système sanguin lophophoral. Le vaisseau
lophophoral, sur lequel s’embranchent les vaisseaux tentaculaires,
coupés à leur base, ne forme pas un arc complet, mais il est interrompu
en arrière de la bouche. » Ce vaisseau est formé de deux arcs juxta¬
posés, afférent et efférent, ala : arc lophophoral afférent ; ale : arc lopho¬
phoral efférent ; n : néphridiopore ; œs : œsophage ; pa : papille anale ;
va : vaisseau afférent ; ve : vaisseau efférent ; vl : vaisseau latéral ; vio :
vaisseau lophophoral ; vm : vaisseau médian ; vt : vaisseau tentaculaire.
Le sang rouge des Phoronidiens provient de la présence de l’hémoglobine (Lankesteb,
1872) dans les globules sanguins. Ohuye (1943) a fait une étude détaillée du sang de Ph.
ijimai, tandis que la circulation a été étudiée sous divers aspects par Bethe (1927),
Enriques (1905), Emig (1966), Selys-Longchamps (1907).
492
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
vio
Fig. 11. — Schéma du système circulatoire dans le métasome des
espèces de Plioronidiens (A) comparé à celui de Plioronis ovalis (B).
bd : branche droite, bg : branche gauche du vaisseau latéral ;
i : intestin ; œs : œsophage ; pe : préestomac ; sp : sinus péri-
stomacal ; vac : vaisseau « accessoire » ; vl : vaisseau latéral ;
vld : vaisseau latéral droit ; vlg : vaisseau latéral gauche ; vio :
vaisseau lophophoral ; vin : vaisseau médian. Mésentères : 1, mé¬
dian oral ; 2, médian anal ; 3, latéral droit ; 4, latéral gauche.
VIII. Gonades
Les Phoronidiens sont soit hermaphrodites, soit dioïques. Les gonades se développent
dans l’ampoule. Dans les espèces dioïques, les gonades peuvent remplir presque entière¬
ment l’ampoule (pl. II, fig. 8, 9). Chez les espèces hermaphrodites, les ovaires sont, généra¬
lement dorsaux par rapport au vaisseau latéral et les testicules sont ventraux (pl. II, fig. 7).
Selon les espèces, les produits sexuels sont soit rejetés directement dans l’eau de mer, soit
retenus jusqu’aux premiers stades larvaires dans le lophophore.
Les organes lophophoraux (Dyster, 1858) sont des glandes sexuelles annexes (Zimmer,
1964 ; 1967) qui se développent dans la concavité lophophorale au cours de la maturation
des gonades. Les espèces qui incubent les premiers stades larvaires possèdent des glandes
nidamentaires (découvertes par Zimmer, 1964) dont le rôle est de retenir les larves dans
le lophophore. Les organes lophophoraux sont présents chez tous les individus mâles, sauf
chez Ph. ovalis ; les femelles incubantes possèdent des glandes nidamentaires. Les espèces
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
493
hermaphrodites portent également des organes lophophoraux, ainsi que les glandes nida-
mentaires, si elles sont incubantes (fîg. 12).
La larve des Phoronidiens est nommée Actinotrocha (Muller, 1846) ; elle présente
généralement un stade pélagique planctonique, exception faite pour Ph. ovalis.
Chez quelques espèces, on connaît des reproductions asexuées, soit par fission trans¬
verse ( Phoronis ovalis, Phoronopsis albomaculata), soit par bourgeonnement ( Phoronis
ovalis), ou par régénération d’un nouvel individu à partir du lophophore (Ph. ovalis).
Fig. 12. — Diagramme des glandes sexuelles annexes de Phoronis ijirnai ( vancouverensis ), vue de la
concavité lophophorale (d'après Zimmer, 1967). epi. : épistome ; ern. : position des embryons ; g.n.h. :
glande nidamentaire basale ; g.n.t. : glande nidamentaire tentaculaire ; o.s.a. : organe spermatopho-
ral accessoire (organe lophophorien) ; pn : papille néphridiale.
IX. Autotomie
Les Phoronidiens autotomisent très facilement et rapidement leur lophophore ; l’au¬
totomie se produit sous le lophophore, légèrement en dessous des néphridies. Au cours d’un
prélèvement, la plupart des individus autotomisent leur lophophore ; il est donc nécessaire
de fixer rapidement les animaux, car au cours de cette séparation disparaissent les princi¬
paux critères de détermination.
En conclusion, dans ce chapitre, nous nous sommes limité aux principaux traits ana¬
tomiques correspondant aux caractères utilisés dans la taxonomie ; nous avons volontai¬
rement passé sous silence toutes les connaissances anatomiques détaillées. Notre but n’était
que de faciliter l’exposé des caractères taxonomiques et leurs variations spécifiques, tout
en rappelant succinctement l’organisation générale de la classe des Phoronida.
494
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
C. MÉTHODES
des
Récolte et détermination sont deux problèmes techniques à résoudre pour l’étude
Phoronidiens.
I. Récolte
Que les prélèvements soient qualitatifs ou quantitatifs, nous n’avons obtenu que de
médiocres résultats avec les moyens utilisés couramment, bennes et dragues. Néanmoins,
pour certaines espèces et certains biotopes « favorables », ces moyens permettent un échan¬
tillonnage suffisant. C’est le cas pour Phoronis ovalis, quand elle perfore des coquilles mortes
posées sur le fond et pour Ph. muelleri, présente dans des vases. Personnellement, j’ai fait
appel à deux techniques de récolte qui m’ont fourni d’excellents résultats. D’abord la plon¬
gée en scaphandre autonome, qui présente l’avantage de permettre l’observation et la
récolte directement sur le fond. Elle se révèle précieuse pour la découverte de nouvelles
localités, notamment dans le cas de Ph. hippocrepia, fréquemment fixée sous des surplombs
ou des parois verticales. Ensuite, l’invention des aspirateurs sous-marins (Emig et Lie-
niiart, 1966 ; 1968), qui peuvent être utilisés en plongée ou depuis un navire, nous a per¬
mis d’augmenter l’efficacité des récoltes. A titre d’exemple, comparons les résultats obtenus
par plusieurs méthodes sur un fond de sables fins de la plage du Prado (golfe de Marseille).
Volume de
sédiment filtré
Surface
Nombre de Phoronis
Drague Charcot.
50 dm 3
?
1 à 9
Comptage direct en plongée.
—
1/10 m 2
environ 500
Aspirateur sous-marin automatique..
30 dm 3
1/10 m 2
1 200 à 1 700
L’explication des différences dans ces résultats est facile. La drague Charcot, du fait
d’un sédiment compact et difficile à pénétrer, ne fait qu’ « écrémer » la surface ; les Phoronis
se rétractent dans leurs tubes et ne sont pas récoltées. Le comptage en plongée ne peut
être qu’approximatif, un certain nombre de Phoronis se rétractent à l’approche du plon¬
geur. L’aspirateur sous-marin automatique prélève le sédiment jusqu’à une profondeur
de 30 cm, ce qui permet de récolter toutes les Phoronis, même si elles se contractent au
fond du tube (dans cette localité, Ph. psammophila mesure généralement de 10 à 15 cm).
La plupart des espèces de Phoronidiens ont une longueur comprise entre 80 et 250 mm,
le moyen de récolte utilisé doit donc atteindre ou dépasser cette profondeur. Car il faut
tenir compte de la rétraction de l’animal au fond du tube.
SYSTEMATIQUE DES PHORONIDIENS
495
II. Détermination
Les Phoronidiens ne peuvent être déterminés que d’après des coupes histologiques.
Bien que les techniques utilisées soient des plus simples, il faut les connaître et disposer
du matériel nécessaire.
A titre indicatif, je tiens à mentionner les techniques et processus utilisés le plus cou¬
ramment :
-— Fixation : Bouin, Bouin-Hollande ; ces fixateurs permettent un séjour relativement pro¬
longé des exemplaires.
—■ Déshydratation et inclusion : alcool 95° (3 bains d’une heure) ; alcool 100° (3 bains d’une
heure) ; toluène (3 bains de 20 minutes) ; paraffine 54-56° dans étuve à 58° (3 bains de 3 heures) ;
inclusion dans paraffine 54-56°.
—- Coupes : effectuées à 7 p..
— Coloration : celle à l’Azan d’après Heidenhain donne les meilleurs résultats : Azan A dans
étuve à 60° (une heure) ; acide phosphotungstique à 5 % (une heure) ; Azan B (25 minutes) ; déshy¬
dratation par alcool 100° ; montage à 1’ « Euparal » ou, après toluène, au Baume de Canada. Dans
le cas d’une fixation trop prolongée, on peut remplacer la coloration à l’Azan par le Trichrome de
Ramon y Cajal (Martoja et Martoja, 1967).
Remarques
Pour l’inclusion, les Phoronidiens seront placés perpendiculairement à la paroi de
coupe, lophophore en premier.
Les individus sont toujours récoltés dans leur tube. Si les animaux sont prélevés vivants,
il suffit de les laisser séjourner quelques heures dans un aquarium pour qu’ils quittent leur
tube. Mais dans ce cas, le lophophore s’autotomise fréquemment. Le meilleur résultat est
encore obtenu en brisant délicatement le tube entre les doigts et en le tirant de chaque côté,
lentement, pour extraire l’animal. Dans le cas d’animaux fixés lors du prélèvement, il faut
enlever le tube avec des pinces fines, sous une loupe.
496
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
D. CARACTÈRES TAXONOMIQUES
Pour la détermination des Phoronidiens, nous avons retenu neuf caractères taxono¬
miques. Ces derniers correspondent aux caractères généralement utilisés par la plupart
des auteurs, mais leur étude est restée trop sommaire et leur description insuffisante. Ces
caractères sont les suivants :
— le biotope : malheureusement nous ne possédons que des indications fragmentaires, de
sorte qu’il est encore difficile d’en tirer des conclusions ;
— la présence ou l’absence de F invagination de l’épiderme sous le lophophore, pour la distinc¬
tion des deux genres, respectivement Phoronis et Phoronopsis ;
— la longueur de l’animal, ainsi que le diamètre du corps, peuvent varier au sein d’une même
espèce, selon l’âge et l’état de l’animal, contracté ou en extension, vivant ou fixé ; généralement
la longueur du tube correspond à celle de l’animal, il est donc intéressant de récolter le tube en
entier ;
— la couleur peut également varier dans une même population et en fonction de la locali¬
sation géographique ;
— la forme et la longueur du lophophore, caractères constants dans une même espèce, peuvent
être considérées comme un des meilleurs critères de détermination ; le nombre de tentacules, lié à
la configuration du lophophore, présente des variations importantes dans une même espèce ;
— Y anatomie des néphridies est constante dans chaque espèce ; les néphridies atteignent
leur développement maximum lors de l’émission des produits sexuels ;
— le nombre et le diamètre des fibres nerveuses géantes ;
— les formules musculaires, établies sur les muscles longitudinaux, montrent que les varia¬
tions dans une même espèce peuvent être importantes ;
— les gonades, ainsi que les glandes sexuelles annexes, ne sont pas forcément présentes dans
les animaux récoltés ; elles ne peuvent donc intervenir comme caractères que si les individus pos¬
sèdent des gonades en cours de développement, ou mûres ;
— d’autres caractères concernent principalement les mésentères et le système circulatoire
chez Ph. ovalis et Ph. muelleri.
Les caractères taxonomiques énumérés ci-dessus ne sont pas classés par ordre d’impor¬
tance, mais selon la suite logique de leur étude. Celle-ci se fait sur coupes histologiques,
en commençant par le lophophore. Biotope, genre, longueur et couleur peuvent être appré¬
ciés lors du prélèvement et sur le vivant.
I. Biotopes
Les Phoronidiens se répartissent en trois groupes selon le substrat : — substrat dur
(roches ou coquilles) : espèces perforantes ; — substrat meuble : espèces enfoncées verti¬
calement ; — association avec des Cérianthes : cas particulier de Phoronis australis.
a. Substrat dur
1. Phoronis ovalis perfore principalement des coquilles mortes de Mollusques et de
Gastéropodes, ainsi que les Balanes et les roches calcaires. Silen (1956) signale le seul
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
497
cas connu de la présence de cette espèce dans des coquilles de Mytilus canalicus vivant.
Suivant les localités, Ph. ovalis s’étend depuis la zone intertidale jusqu’à 50 m environ
de profondeur ; la faune présente est généralement formée de Cliona et de Polychètes.
La densité de Ph. ovalis au cm 2 varie de 150 (Marcus, 1949), 47 (Tiieodor, 1964), 11
(Lonoy, 1954) à 7 environ (Brattstrôm, 1943). Le tube de Ph. ovalis est parallèle à la sur¬
face des coquilles, pour devenir perpendiculaire dans sa partie antérieure afin de permettre
l’épanouissement du lophophore. Ce tube translucide entoure tout l’animal en extension
et présente souvent des ramifications.
2. Phoronis hippocrepia peut avoir deux formes, soit perforante, soit encroûtante.
Selys-Longchamps (1907), bien qu’il considère les deux formes comme appartenant à une
espèce, nomme la première Ph. hippocrepia et la seconde Ph. kowalevskii. Jusqu’à présent,
seule la forme encroûtante était connue en mer Méditerranée ; aussi Corn (1939) a-t-il émis
l’hypothèse qu’elle ne possède pas les constituants chimiques nécessaires pour la dissolu¬
tion du calcaire. En réalité, il semble plus probable que l’hydrodynamisme, et peut-être
la nature du substrat, font que cette espèce se présente sous l’une ou l’autre forme. Dans
l’étang de Berre, nous avons découvert la forme encroûtante de Ph. hippocrepia (pl. I,
fig. 1), recouvrant un pieu en bois, tandis que dans le Vieux-Port de Marseille, les deux
formes sont représentées, la perforante étant dominante, encore que le plus souvent les
tubes soient libres sur une longueur de 2 à 4 cm. Cette dernière observation a d’ailleurs
été faite par plusieurs auteurs, le tube pouvant dépasser du substrat (Forneris, 1959 ;
Gilchrist, 1907), ou ne pas dépasser.
Ph. hippocrepia perfore les roches, surtout calcaires (pl. 1, fig. 2), mais également des
grès schisteux (Giaiîd, 1878), des coquilles d’huîtres mortes, de bivalves comme Martesia
striata (Forneris, 1959), des couches de Lithothamnium polymorphum (Silen, 1952).
Ph. hippocrepia est le plus souvent entourée d’un peuplement à tendance sciaphile, en
enclave de l’étage circalittoral dans l’étage infralittoral. Elle est présente, selon les loca¬
lités, de la zone intertidale jusqu’à 48 m (Ph. capensis, de 27-45 m d’après Gilchrist,
1907 ; Ph. gracilis, de 45-48 m selon Selys-Longchamps, 1903). Ph. hippocrepia est sou¬
vent accompagnée de Polydora ciliata (Selys-Longchamps, 1907 ; Gilchrist, 1907), le
premier auteur faisant remarquer par ailleurs que les deux espèces sont perforantes dans
la Manche et encroûtantes dans le port de Naples.
Le tube de Ph. hippocrepia est très sinueux, de couleur brun-vert. Entièrement revêtu
chez la forme encroûtante, il n’est recouvert de débris divers, sable ou vase, que dans la
partie dépassant du substrat dans le cas d’une forme perforante. La densité de cette espèce
peut atteindre 20 000 individus au m 2 .
3. Ph. ijimai présente également les deux formes (Marsden, 1959) et vit dans des
biotopes identiques (Emig, 1971).
b. Substrat meuble
1. Phoronis psammophila peut être définie comme une minuticole, d’après la défini¬
tion de Picard (1965), c’est-à-dire qu’elle est présente à la fois dans des sédiments vaseux
et sables fins, à l’exclusion des sables grossiers et des graviers. Elle vit depuis la zone inter¬
tidale jusqu’à une profondeur de 18 m environ, dans des sédiments allant des vases et des
sables jusqu’aux sables fins coquilliers ou chargés de graviers, mais, dans ces derniers cas,
498
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
le saille remplissant les interstices reste fin. Ph. psammophila est également signalée dans
des mattes mortes de Posidonies, des herbiers à Zostera ou Cymodocea, ainsi que dans des
massifs de Mercierella enigmatica (Euzet et Poujol, 1963) et dans des massifs d’pfermelles.
En mer Méditerranée, Ph. psammophila est présente dans deux biocœnoses : sables fins
bien calibrés et sables vaseux en mode calme (Emig, 1968è, 1969a).
La densité de Ph. psammophila a pu être chiffrée grâce à l’emploi de l’aspirateur sous-
marin automatique : elle varie de 12 000 à 17 000 individus au m 2 à la plage du Prado
(Marseille) à 5 m de profondeur (Emig et Lienhart, 1968). Du grand nombre de stations
prospectées, nous avons pu conclure que cette espèce présente une densité maximale dans
les sables fins, tandis que, dans les vases, cette dernière n’atteint environ que 2 000 indi¬
vidus au m 2 .
Ph. psammophila est enfoncée verticalement dans le sédiment ; son tube est rectiligne
dans les sables fins et les vases (pl. Il, fig. 3), mais dès que le sédiment se charge de gra¬
viers, coquilles, ou dans les mattes d’herbiers, les Phoronis doivent contourner ces obstacles
pour s’enfoncer et leur tube devient sinueux (pl. II, fig. 4, 5). Quand le sédiment contient
une forte fraction grossière, telle que les animaux ne peuvent plus l'éviter, ils l’utilisent
dans la composition du tube (pl. II, fig. 6). Cori (1890) décrit les tubes de Ph. psammophila,
entrelacés horizontalement, formant un gazon (« Rascn ») dont l’épaisseur peut atteindre
de 5 à 8 cm. Selys-Longciiamps (1907) signale la position verticale du tube, rectiligne ou
sinueux selon la fraction grossière. Cet auteur a récolté Ph. psammophila dans la même
localité que Cori ; le sédiment y contient une forte proportion de graviers et les animaux
ont beaucoup de difficulté à s’enfoncer, leur tube est sinueux ; d’où la description de Cori,
qui en réalité est erronée, mais que cet auteur (Cori, 1932) maintiendra malgré l’explication
de Selys-Longciiamps.
Les grains de sable formant le tube de Ph. psammophila ont des dimensions en fonc¬
tion de la granulométrie du sédiment. Ainsi, dans les vases de l'étang de Berre, la dimension
moyenne des grains du tube est de 1 p, tandis que, dans les sables fins de ce même étang,
elle varie entre 100 et 190 p. Dans les vases sableuses de la calanque de Port-Miou, cette
dimension est de 35 à 75 p et dans les sables fins du golfe de Marseille de 75 à 100 p.
Fréquemment, la partie antérieure du tube est membraneuse, moins rigide que le reste
du tube, ou bien le tube est absent sur 3 à 5 cm de la surface du sédiment ; ceci est imputable
à l’hydrodynamisme qui perturbe le sédiment sur cette épaisseur lors du mauvais temps
et la Phoronis est obligée de reconstruire cette partie de son tube.
Ph. architecta vit dans le même biotope que Ph. psammophila ; Marsden (1959) les
distingue uniquement par le nombre de leurs muscles longitudinaux.
2. Phoronis muelleri préfère les sédiments vaseux ou sablo-vaseux, mais elle est éga¬
lement signalée dans des sables avec graviers et galets (Mamkaev, 1962) et dans des sables
PLANCHE I. — Phoronis hippocrepia.
Fig. 1. — Forme encroûtante (étang de Berre). On observe quelques individus dont le lophophore est
en cours de régénération.
Fig. 2. — Forme perforante (Arcachon). Les tubes ne dépassent pas du substrat.
Fig. 3. — Lophophores en fer à cheval. Les embryons sont retenus en deux masses dans le lophophore
(voir figure 2). Sur la Phoronis de droite, on distingue les capillaires sanguins des tentacules.
500
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
fins (île d’Oléron). La profondeur de récolte varie de 7 à 140 m environ. Dans le Gullmar
Fiord (Suède), Gustafson (1936) mentionne que la limite inférieure d’extension de Ph.
muelleri est celle de la communauté à Echinocardium-füiformis. D’après Vatova (1934),
Ph. muelleri vit dans un faciès de la communauté à Brissopsis-Chiajei dans le canal de Leme
(Yougoslavie). A Tuléar (Madagascar), Guérin-Ancey (1970) situe Ph. muelleri dans la
biocœnose à Ensiculus philippianus et Dosinia tumida. En général, Ph. muelleri est pré¬
sente dans des localités où se produit une décantation de matières organiques (Emig et
Tiiomassin, 1969). Sa densité, faible, peut atteindre 100 individus par m 2 : d’après
Gustafson (1936), de 1 à 10 pour 0,1 m 2 ; d’après Bruce, Colman et Jones (1963), 63
par m 2 .
Fig. 13.
Coupe de la position naturelle
de Phoronis pallida
(d’après Silen, 1952).
Les tubes de Ph. muelleri sont enfoncés verticalement dans le sédiment, isolés et recou¬
verts de grains de sable dont les dimensions varient en fonction de la granulométrie du
sédiment (Emig, 1970). La partie antérieure du tube n’est pas incrustée de sable, mais
de vase, sur une longueur de 0,2 à 2 cm (pl. II, fig. 1). D’après Silen (1952), cette partie
dépasse du sédiment, ce que je n’ai pas observé au cours de mes plongées dans les mêmes
localités (Emig, 1970), car les tubes étaient entièrement enfoncés dans le sédiment.
PLANCHE II
Fig. 1 : Tubes de Phoronis muelleri. La partie antérieure est dépourvue de grains de sable (marquée
par des flèches). Les Phoronis se sont rétractées dans les tubes ; par transparence, on distingue le lopho-
phore (lo) et l’ampoule (amp). En position naturelle, elles occupent tout le tube. — Fig. 2 : Lopho-
phores en fer à cheval de Phoronis psammophila. Les grains pigmentaires blancs sont plus ou moins
abondants selon les individus. — Fig. 3 : Tubes de Phoronis psammophila : sables fins de la plage du
Prado (Marseille). — Fig. 4 : Tubes de Phoronis psammophila : sables fins, avec une fraction grossière
peu importante, de la plage du Jaï (étang de Berre). — Fig. 5 : Tubes de Phoronis psammophila : sables
vaseux, dans des mattes mortes de Posidonies, de la calanque de Port-Miou. — Fig. 6 : Tubes de Pho¬
ronis psammophila : sables, chargés d’une très forte fraction grossière, de la calanque de Samena
(Mont-Rose, Marseille). — Fig. 7 : Gonades de Phoronis australis (hermaphrodite) (1 mm = 54 p). —
Fig. 8 : Individu femelle de Phoronis psammophila (1 mm = 28 p). — Fig. 9 : Individu mâle de Pho¬
ronis psammophila (1 mm = 28 p).
est : estomac ; fgg : fibre géante gauche ; i : intestin ; ov : ovaire ; test : testicule ; vl : vaisseau sanguin laté¬
ral ; vm : vaisseau sanguin médian.
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502
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
3. Phoronis pallida n’a été découverte que dans trois localités, dont les fonds sont
sableux et vaseux ; la profondeur maximale est de 12 m, tandis que la limite supérieure
est d’un mètre environ. Sii.en (1952) décrit le tube enfoncé verticalement, devenant oblique
dans sa partie postérieure, tandis que la partie antérieure, membraneuse, dépasse du sédi¬
ment (fig. 13). Cet auteur mentionne que le tube est ouvert postérieurement, la longueur
de l’animal étant supérieure à celle du tube. En réalité, il semble, d’après les indications de
Jones (1961), que le tube ait la même longueur que l’animal et soit arrondi à la base.
L’étude faunistique a été faite par Jones (1961) à Point Richmond (Californie).
4. Phoronopsis albomaculata, découverte par Gilchrist (1907) sur des grès, a été retrou¬
vée à Tuléar (Madagascar) dans des graviers et sables grossiers bien classés, colmatés par
une fraction fine (Emig et Thomassin, 1969). La faune qui l’accompagne correspond à la
biocœnose des « sables grossiers sous l’influence de courants de fond ». La profondeur
varie de quelques mètres jusqu’à 27 m.
Le tube de Php. albomaculata est isolé, couvert de grains de sable et de fragments
coquilliers. Gilchrist (1907) décrit le tube fixé par une face au substrat rocheux et recourbé
de telle façon que ses extrémités soient rapprochées. D’après nos observations en plongée,
il semble que le tube soit enfoncé verticalement dans le sédiment ; d’ailleurs Gilchrist
(1919) signale un individu pénétrant dans le sédiment.
5. Phoronopsis harmeri vit dans un sédiment vaseux, sablo-vaseux, parfois avec gra¬
viers et galets, dans des sables fins ou grossiers. Zimmer (1964) distingue, dans une localité,
deux populations : l’une dans un sédiment de sables et graviers, l’autre, moins abondante
et située plus profondément, dans un sable pur. En Californie, Php. harmeri est signalée
dans des « intertidal flats », tandis qu’en Extrême-Orient Mamkaev (1962) l’a récoltée
de 23 à 89 m. Cette différence, selon cet auteur, peut être expliquée par le gel hivernal
du littoral, qui rend impossible la vie de Php. harmeri dans les faibles profondeurs. Mc Gini-
tie et Mc Ginitie (1949) ont compté 281 individus « in an area 4 in. square », la densité
de Php. harmeri pouvant être telle que le fond apparaît vert, couleur du lophophore. D’après
Johnson (1967), la densité est de 1 200 individus par m 2 .
Le tube est enfoncé verticalement dans le sédiment, la dimension des grains de sable
dépendant de la granulométrie du fond. Lorsque Php. harmeri est localisée dans la zone
intertidale, elle rentre dans son tube à marée basse (Mc Ginitie et Mc Ginitie, 1949).
Johnson (1967) a pu constater que cette espèce peut survivre jusqu’à six semaines en milieu
anaérobie.
6. Phoronopsis californien, décrite par Hilton (1930) dans un haut-fond vaseux,
mentionnée par Mc Ginitie et Mc Ginitie (1949) dans des sédiments vaseux des estuaires
de la Californie sud, a été récoltée à Nosy-Bé (Madagascar) dans un sable « roux » grossier
à forte fraction organogène (Emig et Plante, 1969). Ce fond correspond, pour la faune,
à la biocœnose des « sables grossiers et fins graviers sous l’influence de courants de fond ».
La profondeur maximale est de 17 m. Le tube est enfoncé verticalement dans le sédiment
et recouvert de grains de sable.
7. Phoronis buskii n’a été décrite que par Mc Intosii (1881, 1888). Le tube est com¬
posé de spiculés d’éponges, de diatomées, de fragments de silex ou par une accumulation de
gros grains de sable ; il est enfoncé verticalement dans un sédiment sableux, à une
profondeur de 18 à 37 m.
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
503
8. Phoronis bhadurii, d’après Ganguly et Majumdar (1967), vit dans un sédiment
sablo-vaseux de la zone intertidale ; son tube est composé de grains de sable.
c. Association avec les Cérianthes
Phoronis australis représente un cas unique chez les Phoronidiens, car elle vit en asso¬
ciation avec des Cérianthes. Son tube, d’après Haswell (1885), consolide celui du Cérianthe,
qui « is partly manufactured by the Phoronis ». Haswell (1885) pense d’ailleurs que la
croissance des Phoronis et du Cérianthe se fait simultanément. Dans des exemplaires de
Ph. australis récoltés récemment à Madagascar, j’ai pu observer que les Phoronis ne sont
situées que dans la partie muqueuse externe du tube et ne participent pas au tube pro¬
prement dit du Cérianthe. Nous avons également découvert de jeunes Phoronis dans un
tube déjà épais de Cérianthe ; ceci ne confirme donc pas l’hypothèse d’HASWELL.
La répartition bathymétrique s’étend depuis la zone inférieure de la zone intertidale
jusqu’à une profondeur de 30 m. Le fond est généralement vaseux dans des eaux chargées
d’une teneur importante en fraction fine. Dans une des stations de Tuléar (Madagascar),
Phoronis australis a été récoltée dans un herbier.
Coni (1939) mentionne que Ph. australis, dans les Philippines, est également enfoncée
dans un sédiment sableux (?).
En conclusion, nous résumons dans le tableau I la répartition bathymétrique et la
nature du substrat des différentes espèces.
Tableau I. — Substrat et bathymétrie des Phoronidiens.
Espèces
Substrats 1
Bathymétrie
y Ph. ovalis .!
A Ph. hippocrepia . . . .
( Ph. ijimai .
roches-coquilles
roches-coquilles
roches-coquilles
ZI 50 m
ZI 48 m
ZI—8 m
j Ph. psammophila.
V Ph. muelleri .
| Ph. pallida .
B / Php. albomaculata. . .
1 Php. harmeri .
/ Php. californica .
( Ph. buskii .
vase-sables-herbiers
vase-sables
vase-sables
sables grossiers
vase-sables-sables grossiers
vase-sables grossiers
sables
ZI-18 m
7 m-140 m
1 m—12 m
-27 m
ZI 89 m
—17 m
18 m—37 m
C | Ph. australis .
tubes de Cérianthes
i
ZI-30 m
A : espèces perforantes dans des substrats durs ; B : espèces vivant dans des sédiments
meubles ; C : espèce en association avec des Cérianthes.
Remarquons que les Phoronidiens remontent rarement dans la zone intertidale (ZI) décou¬
vrant à marée basse ; ils sont généralement recouverts d’une faible couche d’eau.
504
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
Les connaissances biocœnotiqnes des différentes espèces de Phoronidiens sont encore
très fragmentaires. Car la plupart des auteurs, s’ils ont étudié l’anatomie des Phoronidiens,
ne se sont guère préoccupés de la faune environnante. Cette lacune devrait être comblée,
du moins je l’espère, dans un proche avenir grâce au développement des recherches bio-
nomiques. Bien que considérés comme une classe mineure, les Phoronidiens ont une impor¬
tance que l’on aurait tort de négliger, principalement par leur forte densité au m 2 et leurs
interrelations avec la faune. Leur importance d’ailleurs ne sera mise en valeur qu’avec l’em¬
ploi de nouveaux moyens de récolte.
Les Phoronidiens sont des espèces eurythermes et euryhalines, pouvant subir des
variations de température de 2° à 30° en général et de salinité de 10 à 39 °/ 00 . Des expé¬
riences en aquarium (Emig, 1966) ont montré que des changements brutaux de ces deux fac¬
teurs ne sont pas mortels pour Phoronis psammophila (température de 25° à 0° ; salinité
de 38 °/ 00 à 10°/ oo ). Dans l’étang de Berre, nous avons observé des variations annuelles
semblables. Néanmoins, l’extension des Phoronidiens dans les faibles profondeurs semble
être limitée, d’après plusieurs auteurs, par des températures ou trop élevées ou trop basses ;
ce serait par exemple le cas de Ph. muelleri (Gustafson, 1936), Phoronopsis albomaculata
(Emig et Tiiomassin, 1969). Php. harmeri (Mamkaev, 1962).
Le facteur hydrodynamisme joue un rôle déterminant dans la biologie des Phoroni¬
diens. La majorité des espèces vivent dans des biotopes soumis à des courants, plus ou
moins forts, dont dépend la nourriture. De récentes expériences en aquarium nous ont
montré que l’animal oriente son lophophore en fonction du courant, même très lent, et
que, si ce dernier change d’orientation, le lophophore subit une rotation équivalente (Emig
et Becherini, 1970). Mais ce facteur est également limitant, si son action est trop vio¬
lente. Dans une localité soumise à un hydrodynamisme violent, par grand vent, Phoronis
psammophila ne remonte jamais au-dessus de 4 m, tandis que, dans une zone abritée, on
peut la récolter à 1 m. Ph. hippocrepia et Ph. ijimai se présentent sous une forme perfo¬
rante ou encroûtante selon l’intensité du facteur hydrodynamisme. Le rôle de ce dernier
est directement lié à l’éthologie alimentaire des Phoronidiens qui sont des filtreurs.
IL Présence ou absence de l’invagination
La classe des Phoronida se subdivise en deux genres, se distinguant par l’absence
(genre Phoronis Wright, 1856) ou la présence (genre Phoronopsis Gilchrist, 1907) d’une
invagination épidermique à la base du lophophore, au niveau du nerf circulaire. L’impor¬
tance de cette invagination est variable selon les espèces : chez Php. albomaculata, elle
est peu profonde (environ 0,1 mm), parfois apparente sur la seule face anale ; elle est bien
marquée chez Php. harmeri (fig. 17) ; Php. californica possède une invagination profonde
(1 mm environ), masquant fréquemment la base de la première rangée de tentacules (fig. 19 ;
pl. III, fig. 8).
La validité des deux genres a été remise en question par certains auteurs. Mais nous
maintiendrons les deux genres. Le genre Phoronopsis peut être distingué en outre par des
caractères qui sont communs aux trois espèces de ce genre : l’anatomie des néphridies, la
présence d’une seule fibre nerveuse géante (la deuxième étant atrophiée), probablement
la dioïcité des gonades et un nombre important de muscles longitudinaux. Mamkaev (1962^
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
505
considère l’invagination sous le lophophore comme une évolution importante des Plioro-
nidiens, analogue à l’enfoncement de l’appareil ectoneural des Entéropneustes.
III. Longueurs
Dans leur milieu naturel, les Phoronidiens sont en extension et occupent ainsi toute
la longueur de leur tube, ce qu’avait déjà remarqué Selys-Longciiamps (1907). Mais au
cours de la récolte et de la fixation, ils se contractent au fond du tube, leur longueur n’ayant
plus qu’un tiers à un cinquième de celle en extension normale (pl. II, fig. 1). Il est donc
Fig. 14. — Distribution ver- Fig. 15. — Distribution verticale de
ticale de Phoronis pallida Phoronopsis harmeri (d’après Johnson,
(d’après Jones, 1961). 1967).
possible de connaître la longueur des animaux, si leur tube est récolté en entier. La plu¬
part des auteurs ont mesuré des animaux ou contractés ou fixés, mais certains mentionnent
également les longueurs du tube. Le diamètre du métasome varie selon la région ; nous
l’avons mesuré sous le lophophore et au niveau de l’ampoule (tableau II). Le diamètre
est toujours supérieur chez des animaux fixés.
1° La région musculaire de Phoronis ovalis ne représente, selon les auteurs, que 20 à 65 % de
la longueur du corps, l’ampoule très développée formant le reste ; cette région peut se rétracter
dans l’ampoule, ce qui est une des caractéristiques de cette espèce. Chez certains individus, l’am¬
poule possède des expansions épidermiques (Marcus, 1949 ; Lonoy, 1954) que nous avons égale¬
ment observées chez certains exemplaires.
2° Perforant la roche, Ph. hippocrepia possède un tube très sinueux, d’où la difficulté
d’extraire l’animal en entier et de connaître sa longueur réelle.
3° Mc Intosh (1888) ne mentionne qu’une seule mesure de Ph. buskii, probablement effectuée
sur un animal fixé.
8, 3
Tableau II. — Longueurs et colorations des Phoronidiens.
Longueur
( en mm)
Diamètre
( en mm)
Colorations
i
LOPHOPHORE ! CORPS
Ph. ovalis .
jusqu’à 15
0,25 — 0,35
transparent, parfois brun dans le lophophore ou tout le corps
(1)
Ph. hippocrepia .
jusqu’à 100
0,2 — 1,5
gris verdâtre, jaunâtre ou rose chair
(2)
Ph. ijimai .
30 — 100
0,5 — 2
transparent, parfois pigmentation
blanche
transparent à rose
Ph. bhadurii .
58 — 94
2
?
Ph. buskii .
52 ou plus
pourpre foncé à noir
pourpre foncé à noir, surtout
partie antérieure du corps
(3)
Ph. australis .
50 — 200
2 — 5
pourpre foncé, noir, ou transparent
pourpre foncé, noir dans la
partie antérieure ; ou rose-
jaune (a)
Ph. psammophila . . .
60 — 190
0,5 — 2
transparent avec pigmentation blan¬
che : — en grains dans les tenta¬
cules ; — en forme de cercle à la
base du lophophore [b)
rose à rouge-jaunâtre ( a )
Ph. muelleri .
50 — 120
0,2 — 1
pigmentation en grains jaunâtre à
rouge
chair, jaunâtre à orange
foncé ( a )
Ph. palhda .
20 — 140
0,3 — 1
rose-jaune
(^)
Php. albomaculata . .
80 — 150
0,5 — 2
transparent avec pigmentation blan¬
che : — en grains dans les tenta¬
cules ; — en forme de cercle à la
base du lophophore
légèrement jaune
Php. harmeri .
40 — 220
0,6 — 4
vert pâle avec taches pigmentaires
blanches
vert pâle
(5)
Php. californica ....
220 — 450
ou plus
2,5 — 4
ou plus
orange, rouge, de couleur plus vive
que celle du corps
orange à marron foncé
(6)
(1) à (6) : voir remarques dans le texte, (a) coloration due à la circulation sanguine ; (b) lophophore pouvant avoir une colo¬
ration rose, jaune, rouge vif, verte, qui disparaît après un séjour en aquarium (Emig, 1966) ; ces diverses colorations sont repré¬
sentées par Selys-Longchamps (1907). 11 semble également que la pigmentation blanche, inexistante dans le lophophore
régénéré, s’accroît avec le temps (pi. II, ûg. 2).
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
507
4° La distribution verticale de Ph. pallida a été étudiée par Jones (1961) à Point Richmond
(Californie). Le pourcentage des individus, en fonction de la profondeur de sédiment, est : 65 %
de 20 à 100 mm ; 35 % de 100 à 120 mm ; un individu de 120 à 140 mm (fig. 14). Ceci nous laisse
supposer que la longueur maximale de cette espèce est de 140 mm, si les tubes sont verticaux.
Sur des exemplaires fixés, la région musculaire est égale à environ deux fois la longueur de l’am¬
poule (SlLEN, 1952).
5° A Tomales Bay (Californie), Johnson 11967) fournit des mesures de la distribution verti¬
cale des tubes de Phoronopsis harmeri. Dans le tableau ci-dessous, nous reprenons les résultats
publiés par Johnson (1967) dans deux stations :
Profondeur
du sédiment
en cm
Nombre d’individus
20%
50%
80
maximum
r , , { été 1963.
White Gulch j hiyer 1964 .
108
4
7
12
18
89
4
6
10
20
T ( été 1963.
Lawsons Fiat’ hiver 1964 .
145
4
9
12
17
361
3
5
7
13
Le tube de Php. harmeri varie de 35 à 200 mm (fig. 15), tandis que la longueur maximale de
l’animal est de 220 mm. Dans cette même localité, la plus grande longueur mesurée sur des exem¬
plaires fixés était de 180 mm (Emig, 19676).
6° Phoronopsis californica est la plus grande des espèces connues ; sa longueur dépasse 450 mm.
Les longueurs des tubes vont de 220 à 250 mm d’après Hilton (1930), à 300 mm et plus selon Mc
Ginitie et Mc Ginitie (1949). Les exemplaires que nous avons étudiés ont été estimés d’une longueur
supérieure à 450 mm (Emig et Plante, 1969), mais en raison de la rétraction très rapide de l’ani¬
mal et de sa grande longueur, nous n’avons pu prélever en entier ni le tube ni l’animal.
IV. Colorations
Les colorations des espèces ont été reportées sur le tableau IL La couleur peut varier
selon les localités géographiques et parfois au sein d’une même population. Nous n’accor¬
derons pas une grande importance taxonomique à ce facteur.
Y. Lophophore et tentacules
Suivant la forme de la couronne tentaculaire, nous pouvons subdiviser les espèces
de Phoronidiens en six types (tableau III), dont la complexité croît du type A jusqu’à F,
en même temps que le nombre de tentacules augmente. L’accroissement des tentacules
correspond à une augmentation de la longueur linéaire du lophophore, permettant l’inser¬
tion d’un plus grand nombre de tentacules. La zone d’accroissement est située dans la
concavité lophophorienne, au niveau des tentacules postbuccaux (fig. 5 ; tableau III, a).
Phoronis muelleri, du fait de sa symétrie bilatérale, possède probablement deux zones d’ac¬
croissement (Selys-Longciiamps, 1907), mais cela n’a pas été vérifié.
508
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
Les tentacules sont soudés à leur base, sur une longueur plus ou moins importante ;
c’est généralement à ce niveau que se détermine le plus facilement la forme du lophophore
et son nombre de tentacules.
A. Le lophophore de Phoronis ooalis est de forme ovale, les pointes étant parfois légèrement
incurvées (pl. III, fig. 1) ; le nombre de tentacules est faible. Il s’agit du type le plus simple. Mais
il présente la particularité de pouvoir se rétracter dans le corps, comme i’ont observé la plupart
des auteurs ayant étudié cette espèce. D’après Silex (1955), le lophophore autotomisé régénère
un nouvel individu ; ce cas est unique chez les Phoronidiens, car chez Ph. psammophila et Ph.
hippocrepia le lophophore séparé dégénère après quelques jours.
B. La forme du lophophore de Ph. muelleri (pl. III, fig. 2) est semblable à celle du type C,
mais elle se distingue par une symétrie bilatérale de la longueur des tentacules, que Selys-Long-
champs (1907) décrit ainsi : « les tentacules prébuccaux vont en diminuant régulièrement de lon¬
gueur dans le plan médian et ce, jusqu’à devenir aussi courts que les tentacules postbuccaux »
(fig. 16). Les tentacules prébuccaux sont deux à trois fois plus courts que les tentacules latéraux,
respectivement 0,3 et 1,2 mm (Mamkaev, 1962).
C. Ce type est commun à quatre espèces : Phoronis psammophila (pl. II, fig. 2 ; pl. III, fig. 4),
Ph. pallida, Phoronopsis albomaculata (pl. III, fig. 3), Phoronis hippocrepia (pl. I ; pl. III, fig. 5)
et Ph. ijimai (fig. 12 ; pl. VIII, fig. 5). Tl se caractérise par un lophophore en forme de fer à cheval,
un nombre de tentacules variant généralement de 50 à 150. La longueur du lophophore est de
1,5 à 3 mm environ. Ph. hippocrepia et Ph. ijimai se distinguent néanmoins des autres espèces
par un lophophore généralement plus incurvé vers la concavité lophophorale ^pl. III, fig. 5 ;
pl. VIII, fig. 5).
D. Phoronopsis harmeri possède un lophophore dont les pointes sont enroulées en spirale
(pl. III, fig. 6) ; le nombre de tours varie de 1,5 à 2. Le nombre de tentacules atteint 400 et leurs
longueur 5 mm (fig. 17).
E. Par rapport au type précédent, l’enroulement en spirale du lophophore de Phoronis aus-
tralis et de Ph. huskii est nettement plus prononcé, variant de 2,5 à 3,5 tours (fig. 5 ; pl. III, fig. 7).
PLANCHE III
Fig. 1-9. — Lophophores.
Fig. 1 : Phoronis ooalis. Coupe transversale (1 mm = 13 p). — Fig. 2 : Phoronis muelleri. Coupe transver¬
sale (1 mm = 9,1 p). — Fig. 3 : Phoronopsis albomaculata. D’après Gilchrist (1907). — Fig. 4 : Pho¬
ronis psammophila. Coupe transversale du lophophore d’un individu mâle avec les organes lopho-
phoriens (ol) (1 mm = 18 p). — Fig. 5 : Phoronis hippocrepia. Coupe transversale au niveau des organes
lopliophoriens [ol] et des glandes nidamentaires basales (gnb) ; epi : épistome (1 mm = 16 p). —
Fig. 6 : Phoronopsis harmeri. Coupe transversale ; epi : épistome (1 mm = 47 p). — Fig. 7 : Phoronis
australis. Coupe transversale (1 mm = 52 p.). — Fig. 8 : Phoronopsis californica. Coupe longitudinale ;
on observe l’enroulement hélicoïdal ; les tentacules sont nettement plus courts que le lophophore. Les
flèches montrent l’importance de l’invagination sous le lophophore (1 cm = 1,1 mm). — Fig. 9 : Pho¬
ronopsis californica. Coupe transversale au niveau du tiers antérieur (1 cm = 1,4 mm).
Fig. 10-12. — Néphridies de Phoronis ovalis (groupe 1).
Fig. 10 : Coupe transversale de la papille anale. A : branche ascendante ; n : néphridiopore ; œs : œsophage
(1 mm = 2,4 p). — Fig. 11 : Coupe transversale des néphridies près des entonnoirs (e). A : branche
ascendante ; i : intestin (1 mm = 2,2 p). — Fig. 12 : Coupe transversale de la branche ascendante
(.4) de la néphridie gauche au niveau de l’ouverture de l’entonnoir (e). i : intestin ; œs : œsophage
(1 mm = 1,8 p).
Fig. 13-14. — Néphridies de Phoronis pallida (groupe 4).
Fig. 13 : Coupe transversale de la papille anale au niveau des néphridiopores (n). On observe le début de
la branche descendante (D). œs : œsophage (1 mm = 3,6 mm). — Fig. 14 : Coupe transversale au
niveau des entonnoirs. A : branche ascendante ; a : entonnoir anal ; D branche descendante ; i :
intestin ; o : entonnoir oral ; œs : œsophage (1 mm = 3,6 p).
' > >11 » 7 "
O'i <±n,.
Tableau III. — Classification des espèces de Phoronidiens en fonction du lophophore.
Types
Espèces
Forme du lophophore
Nombre de
TENTACULES
Longueur
( en mm)
(Sê)
X— —V
a
Ph. ovalis .
forme ovale
15 — 28
0,3 à 1,2
B
Ph. muelleri .
en fer à cheval avec les pointes légère¬
ment incurvées vers la cavité lophopho-
rale ; tentacules prébuccaux diminuant
de longueur dans le plan médian jus¬
qu’à devenir aussi courts que les post¬
buccaux
40 — 98
1 environ
c
Ph. psammophila..
en fer à cheval avec les pointes plus ou
moins incurvées vers la cavité lophopho-
rale
60 — 130
1,5 à 2,5
(s$)
Ph. pallida .
50 — 140
2,5
Ph. luppocrepia... .
50 —- 150
2 à 3
Php. albomaculata.
96 — 126
2 à 3
Ph. ijimai .
72 — 226
2 à 5
**
D
Php. harmeri .
enroulement en spirale (1,5 à 2 tours)
100 — 400
2 à 5
E
Ph. australis .
enroulement en spirale (2,5 à 3,5 tours)
600 — 1 000
5 à 16
Ph. buskii .
environ 1 000
6 à 7
Ph. bhadurii .
1 400
6,5 à 8
F
Php. californica.. .
enroulement hélicoïdal (4 à plus de 5 tours)
plus de 1 500
tentacules :
2 à 2,5
lophophore :
5 à 7
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
511
Le nombre de tentacules est également plus élevé : de 600 à 1 000 environ chez Ph. australis. Chez
Ph. buskii, la seule indication sur leur nombre est fournie par la figure 59 de Mastermann (1900),
sur laquelle j’ai dénombré environ 1 000 tentacules. Les tentacules de ces deux espèces sont soudés
sur environ 1/3 de leur longueur (fig. 18). Cette longueur varie d’ailleurs de 5 à 16 mm, selon les
auteurs (Emig et Marche-Marchad, 1969).
Fig.
16. —
Fig.
17.
Fig.
- —
1969).
Fig.
19. —
Lophophore de Phoronis muelleri, vue dorsale (d’après Cori, 1930).
Lophophore de Phoronopsis harmeri, face anale.
Lophophore de Phoronis australis, faces anale et dorsale (d’après Emig et Marche-Marchad,
Lophophore de Phoronopsis californica (d’après Emig et Plante, 1969).
F. Le lophophore de Phoronopsis californica représente le type le plus complexe. Son enrou¬
lement est hélicoïdal (fig. 19 ; pl. III, fig. 8), la longueur du lophophore étant supérieure à la lon¬
gueur des tentacules : respectivement 5-7 mm et 2 à 2,5 mm. Hilton (1930) mentionne des ten¬
tacules d’une longueur de 5,5 mm, celle-ci correspond au lophophore. Cette disposition ne permet
que d’évaluer difficilement le nombre de spirales, probablement plus de 5 tours. Il en est de même
pour le nombre de tentacules ; sur une coupe transversale du lophophore ne figure jamais la tota¬
lité des tentacules (pl. III, fig. 9). Nous avons estimé leur nombre à plus de 1 500, alors que Hil¬
ton n’en a signalé que 500 environ. Cet auteur ne semble d’ailleurs pas avoir remarqué la dis¬
position caractéristique du lophophore de Php. californica.
512
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
Le lophophore d’un individu jeune ou celui en cours de régénération peut conduire
à une interprétation erronée de la forme du lophophore et du nombre de tentacules. Le
lophophore n’a pas encore atteint sa forme définitive, principalement pour les types D,
E ou F. Le nombre de tentacules est généralement peu élevé. Pour certaines espèces, même
si l’échantillonnage est important, les individus peuvent être tous de la même génération.
Ce cas a été observé chez Phoronis australis, dont seulement des jeunes individus ont été
récoltés dans un tube de Cerianthus à Nosy-Bé (Madagascar), ainsi que chez Ph. hippo-
crepia : parmi les individus récoltés en décembre 1968 dans le Vieux-Port de Marseille, les
jeunes représentaient pratiquement toute la population. L’absence de lophophore par suite
de l’autotomie empêche toute détermination.
En conclusion, si l’on exclut les erreurs possibles, dont les causes ont été signalées
ci-dessus, le lophophore (forme, longueur, nombre de tentacules) peut être considéré comme
un des meilleurs critères de détermination, même si dans certains cas on n’aboutit pas à
l’espèce.
VL Néphridies
Les néphridies de chaque espèce possèdent des caractères spécifiques tels que leur étude
est suffisante pour déterminer l’espèce. Mais avant d’aborder leur description et classifi¬
cation, il nous faut prendre en considération leur évolution et leur développement.
A. Évolution anatomique des néphridies
L’observation des néphridies a été faite chez deux espèces, Phoronis psammophila et
Ph. liippocrepia, ainsi que récemment chez Ph. australis. Nous avons constaté que sur les
individus récoltés en hiver les néphridies étaient moins caractéristiques que chez des indi¬
vidus récoltés en été dans les mêmes localités. Cette différence porte principalement sur
PLANCHE IV. — Néphridies du groupe 2 (coupes transversales).
Fig. 1-6. — Phoronis psammophila.
1. Coupe de la papille anale ( pa ) d’un adulte. Les néphridiopores (n) s’ouvrent sous l’anus (1 mm
= 3 g). — 2. Coupe au-dessus des entonnoirs. Les bourrelets de tissu néphridien se prolongent
le long du diaphragme (d) (1 mm = 6 g). — 3. Coupe au niveau des entonnoirs (e), les bourrelets
sont encore présents contre le diaphragme, près de l’œsophage (1 mm = 6 g). — 4. Coupe passant
sous les entonnoirs. Les mésentères latéraux ont apparu et sont entourés de bourrelets, mais ces
derniers ne sont pas en continuité avec les bourrelets des figures 2 et 3 (1 mm = 6 g). — 5. Coupe
de la papille anale d’un individu jeune, au niveau des néphridiopores (n). La papille est moins
développée que celle d’un adulte (voir fig. 1) (1 mm = 3 g). — 6. Coupe oblique des néphridies ;
on observe l’apparition du mésentère latéral droit (mW) sous l’entonnoir (e) de la néphridie droite
(1 mm = 5,2 g).
Les figures 2 à 4 représentent des coupes sériées d’un individu adulte à gonades mûres.
Fig. 7-8. — Phoronis muelleri.
7. Coupe de la papille anale. Chez cet exemplaire, les néphridiopores (n) s’ouvrent légèrement sous
l’anus (1 mm = 3 g). — 8. Coupe oblique des néphridies. Sur la néphridie droite, le tissu de l’en¬
tonnoir remonte le long de l’ouverture du mésentère latéral droit et le long de la branche ascen¬
dante (flèches) (1 mm = 2,3 g).
A : branche ascendante ; D : branche descendante ; d : diaphragme ; e : entonnoir ; fg : fibre géante
gauche ; i : intestin ; mld : mésentère latéral droit ; mlg : mésentère latéral gauche ; n : néphridiopore ;
œs : œsophage ; pa : papille anale ; vm : vaisseau sanguin médian.
514
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
l’épaisseur de l’épithélium et sur le développement des entonnoirs. Grâce à des prélèvements
échelonnés sur une année, nous avons observé que les néphridies se développent généra¬
lement en même temps que les gonades.
Phoronis psammophila
En hiver, l’entonnoir des néphridies n’est entouré d’aucun bourrelet ; il est simple¬
ment arrondi et cilié (pi. IV, fig. 6). A la fin du printemps et pendant l’été, des bourrelets
prolongent cet entonnoir. Au-dessus de ce dernier, ils s’étalent le long du diaphragme,
principalement vers les cœlomes oraux (pl. IV, fig. 2, 3), tandis qu’en dessous ils recouvrent
l’ouverture du mésentère (pl. IV, fig. 4). Ces bourrelets ont ensemble une forme d’entonnoir
évasé au fond duquel est situé l’entonnoir néphridien. Mais ceux placés au-dessus et en des¬
sous ne sont pas en continuité ; ils restent bien distincts, comme le montrent les coupes
sériées de la planche IV (fig. 2, 3, 4). Selys-Longciiamps (1907) a déjà remarqué ces bourre¬
lets qui peuvent se prolonger jusque dans le cœlome lophophoral (pl. IV, fig. 2). Ces bourre¬
lets, fortement ciliés, doivent avoir comme rôle de faciliter l’évacuation des produits sexuels
par l’entonnoir néphridien dans le milieu extérieur.
Lorsque ces bourrelets sont bien développés, une étude trop rapide peut conduire à
la description, chez Ph. psammophila, de néphridies non du type à un entonnoir, mais à
deux entonnoirs. Cette erreur d’interprétation a été commise probablement par Marsden
(1959). Chez Ph. architecta, Brooks et Cowles (1905) décrivent également des néphridies
à deux entonnoirs, tandis que leurs figures 12 à 14, planche 4, représentent des néphridies du
type à un seul entonnoir, avec des bourrelets bien développés, comme chez Andrews (1890).
Tous ces auteurs ont décrit des individus avec des gonades mûres. Les néphridies de Ph.
psammophila (et Ph. architecta) sont indiscutablement du type à un seul entonnoir. Selys-
Longciiamps (1907) a déjà mis en doute les descriptions des deux derniers auteurs d’après
ses propres observations qui concluent à la présence d’un seul entonnoir chez ces deux
espèces.
En même temps que les bourrelets se développent, la papille anale s’agrandit (pl. IV,
fig. 1, 5).
Phoronis hippocrepia
En hiver l’épithélium des néphridies est mince ; l’entonnoir oral (cette espèce possède
des néphridies du type à deux entonnoirs) souvent peu développé est fréquemment absent
ou peu visible (pl. V, fig. 2, 3), tandis que l’entonnoir anal a une petite ouverture (pl. V,
fig. 2). A la fin du printemps, l’épithélium s’épaissit ; les deux entonnoirs se forment nette¬
ment ; leur épithélium devient fortement cilié et déborde autour des entonnoirs, surtout
l’entonnoir anal (pl. V, fig. 4, 7). La papille néphridiale s’agrandit également (pl. V, fig. 1, 5).
Le développement des néphridies est maximum lorsque les gonades sont mûres. L’étude
des néphridies de Ph. gracilis, faite sur des individus jeunes, a conduit Selys-Longchamps
(1903) à décrire celles-ci du type à un seul entonnoir et à utiliser ce caractère pour distinguer
Ph. gracilis de Ph. hippocrepia, alors que selon toute vraisemblance ces deux espèces sont
synonymes.
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
515
Des évolutions semblables ont également été observées chez d autres espèces. Chez
Ph. australis, dont les néphridies sont proches de celles de Ph. hippocrepia, les jeunes indi¬
vidus ont des entonnoirs moins développés, un épithélium plus mince, des papilles néphri-
diales moins grandes. Chez Ph. ovalis, des bourrelets se développent au-dessus et en dessous
de l’entonnoir (Emig, 1969c) ; ils peuvent se prolonger longuement vers la base du corps
(fig. 20), comme le décrit Marcus (1949). Les entonnoirs des néphridies de Ph. muelleri,
du type à un entonnoir, sont prolongés vers le haut et sur l’ouverture inférieure du mésen¬
tère par des bourrelets (fig. 21a), lorsque les gonades sont présentes (Emig, 19696). Silen
(1952) décrit l’entonnoir néphridien formé par deux lèvres, l’une orale, l’autre anale, mais
il précise qu’il ne s agit que d’une variation
n
Fig. 20. — Représentation schématique de la né-
phridie droite de Phoronis ovalis et sa projec¬
tion. A : branche ascendante ; e : entonnoir ;
n : néphridiopore.
d’un seul et même type.
a b
Fig. 21. — Représentation schématique de la né-
phridie droite de Phoronis muelleri (a) et de
celle de Phoronis psammophila (b), et leurs pro¬
jections. A : branche ascendante ; D : branche
descendante ; e : entonnoir ; n : néphridiopore.
Nous pouvons donc conclure que le développement des néphridies (qui sont les gono-
ductes) et celui des gonades se font simultanément, mais le mécanisme qui les lie reste encore
à découvrir. La morphologie des néphridies des individus immatures et de ceux à gonades
mûres est néanmoins semblable ; leurs caractères, moins bien marqués chez les jeunes, sont
identiques. Ce qui revient à dire que les caractères spécifiques sont toujours les mêmes
dans les deux cas, mais leur étude demande une bonne observation et non une conclusion
hâtive.
B. Description des néphridies des Piioronidiens
Les principaux caractères des néphridies utilisés sont :
le type de néphridies déterminé, selon qu’elles s’ouvrent dans le métacœlome par un ou deux
entonnoirs ;
l’ouverture dans le cœlome anal ou oral, qui permet de distinguer respectivement un enton¬
noir anal et un entonnoir oral pour des néphridies du type 2. Nous comparons également les dimen¬
sions de l’ouverture des entonnoirs (grand ou petit) l’un par rapport à l’autre ;
516
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
la branche descendante : sa présence (dans ce cas, sa longueur par rapport à la branche ascen¬
dante ) ou son absence ;
la branche ascendante : unique, cylindrique, ou élargie en chambres ;
la position du néphridiopore ou sur la papille anale ou sur la papille néphridiale ;
l’ouverture du néphridiopore en dessous, au même niveau ou au-dessus de celle de l'anus ;
l’épaisseur de l’épithélium des néphridies (généralement de la branche ascendante).
Grâce à ces caractères, il nous est possible de comparer les néphridies des différentes
espèces de Phoronidiens (Emig, 1968a ; 19696) et, d’après la similitude de certains carac¬
tères, de les répartir en cinq groupes (tableau IV).
Groupe 1 ( Phoronis ovalis )
Les néphridies de Ph. ovalis sont du type à un seul entonnoir. En l’absence de toute
branche descendante, l’entonnoir, petit, s’ouvre directement dans la branche ascendante
(fig. 20 ; pl. III, fig. 12). L’entonnoir ne peut être qu’une simple ouverture (Silen, 1952 ;
Lonoy, 1954 ; Marsden, 1959) ou entouré d’un tissu plus ou moins développé (fig. 20 ;
pl. III, fig. 11), se prolongeant vers le haut et le bas de son ouverture (Marcus, 1949 ;
Emig, 1969c). La branche ascendante s’ouvre à l’extérieur sur la papille anale, de chaque
côté de l’anus par le néphridiopore (pl. III, fig. 10).
Groupe 2 (Phoronis muelleri, Ph. psammophila )
Les néphridies de Ph. muelleri et de Ph. psammophila sont également du type à un seul
entonnoir (fig. 21 ; pl. IV, fig. 3, 6, 8). L’entonnoir, petit, s’ouvre sous le diaphragme (pl. IV,
fig. 3) et au-dessus du début du mésentère latéral chez Ph. psammophila (pl. IV, fig. 3, 4),
PLANCHE V. — Néphridies du groupe 3 (coupes transversales).
Fig. 1-7. — Phoronis hippocrepia.
1. Coupe des papilles néphridiales ( pn ) d’un individu jeune ; elles sont peu développées par rapport
à celles d’un adulte (voir fig. 5). — 2. Coupe légèrement oblique au niveau des entonnoirs. Ils sont
peu développés et se distinguent difficilement. La coupe passe dans l’entonnoir oral de la néphri-
die gauche et légèrement sous l’entonnoir anal de la néphridie droite (1 mm = 3,6 p). — 3. Coupe
oblique passant par l’entonnoir oral de la néphridie gauche (1 mm = 3,2 p). — 4. Coupe oblique
passant par l’ouverture des deux entonnoirs, anal et oral (1 mm = 3,8 p). — 5. Papilles néphri¬
diales au niveau des néphridiopores. Elles sont libres, contrairement à celles de Phoronis austra-
lis (voir fig. 8) (1 mm = 5,1 p). — 6. Entonnoir anal de la néphridie droite. La branche descendante
est absente (1 mm = 3,9 p). — 7. Entonnoir oral de la néphridie droite ; il s’ouvre sous l’enton¬
noir anal, qui se prolonge par du tissu (flèche) vers le bas du corps (1 mm = 3,9 p).
Les figures 1 à 3 représentent les néphridies de jeunes exemplaires.
Fig. 8-10. — Phoronis australis.
8. Papilles néphridiales au niveau des néphridiopores ; elles sont accolées à la paroi du corps. Les
néphridiopores s’ouvrent au-dessus de l’anus et se prolongent par un petit entonnoir (néphridie
droite). On observe la présence d’une musculature (m) à la base de l’épithélium néphridien (1 mm
= 7 p). — 9. Entonnoir anal de la néphridie droite. La branche descendante est absente (1 mm
= 6,7 p). — 10. Entonnoir oral de la néphridie gauche ; il s’ouvre sous l’entonnoir anal. On dis¬
tingue le prolongement du tissu (flèche) de l’entonnoir anal de la néphridie droite (1 mm = 6,7 p).
Les figures 8 à 10 correspondent aux néphridies d’individus adultes avec des gonades mûres.
A : branche ascendante ; a : entonnoir anal ; d : diaphragme ; i : intestin ; m : musculature oblique
et circulaire ; mld : mésentère latéral droit ; mlg : mésentère latéral gauche ; n : néphridiopore ; o :
entonnoir oral ; œs : œsophage ; pa : papille anale ; pn : papille néphridiale ; vl : vaisseau sanguin laté¬
ral ; vm : vaisseau sanguin médian.
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Tableau IV. — Principaux caractères des néphridies des Phoronidiens.
Groupe 1
Groupe 2
Groupe 3
Espèce .
ovalis
muelleri 1 psammophila
hippocrepia
ijimai
australis
Type.
un entonnoir
un entonnoir
deux entonnoirs
Cœlome.
anal — oral
anal — oral
anal : grand
oral : petit
Branche descen¬
dante .
-
courte
—
Branche ascen¬
dante .
unique
unique
en deux chambres
horizontales
en arc de cercle
aplati
en arc de cercle
Situation du né-
phridiopore ....
papille anale
papille anale
papille néphridiale libre
papille néphridiale
± libre
Ouverture du né-
phridiopore ....
niveau anus
niveau anus i sous anus
niveau ou sur anus
Épithélium ....
mince
mince
1
mince
1_
± épais
épais
Groupe 4
Groupe 5 (genre Phoronopsis)
br. asc. : branche ascendante. Les
figures correspondant aux diffé¬
rents groupes sont : groupe 1
(fig. 20; pl. III, fig. 10-12);
groupe 2 (fig. 21 ; pl. IV) ;
groupe 3 (fig. 22 ; pl. V ; pl.
VIII, fig. 1-4) ; groupe 4 (fig.
23 ; pl. III, fig. 13, 14) ; groupe
5 (fig. 24 ; pl. VI).
Espèce .
pallida
1
| albomaculata j harmeri
californica
Type.
deux entonnoirs
deux entonnoirs
Cœlome.
anal : grand
oral : petit
anal : petit
oral : grand
anal : grand
oral : petit
Branche descen¬
dante .
longue
(= br. asc.)
longue
(= moitié br. asc.)
longue
(= tiers br. asc.)
unique
Branche ascen¬
dante .
unique
unique
Situation du né-
phridiopore ....
papille anale
papille anale
(sur repli épidermique)
Ouverture du né-
phridiopore ....
niveau anus
sous anus
Épithélium.
mince
± épais | épais
mince
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
519
tandis que le mésentère latéral de Ph. muelleri présente une ouverture au niveau de l’en¬
tonnoir (pl. IV, fig. 8), et débute au-dessus de ce dernier (Selys-Longchamps, 1903; Emig,
1969&). La branche descendante est relativement courte et se jette dans la branche ascen¬
dante (fig. 21). Cette dernière, logée dans la paroi du corps (pl. IV, fig. 2, 6, 8), subit une
rotation de 30° au niveau du diaphragme et s’oriente dans le plan dorso-ventral. Les
branches ascendantes des néphridies de Ph. muelleri font saillie dans leur partie supérieure
de chaque côté de l’intestin, auquel elles sont juxtaposées (pl. IV, fig. 8) ; chez Ph. psam-
mophila, ces branches sont situées latéralement, bien espacées (pl. IV, fig. 2, 6). Elles
s’ouvrent à l’extérieur par le néphridiopore sur la papille anale (pl. IV, fig. 1, 5, 7), sous
l’anus pour Ph. psammophila (pl. IV, fig. 1, 5), généralement au même niveau chez Ph.
muelleri, mais parfois aussi légèrement au-dessus ou en dessous (pl. IV, fig. 7).
L'épithélium des néphridies de Ph. muelleri et de Ph. psammophila est mince et cilié.
Nous avons décrit dans le paragraphe précédent l’apparition des bourrelets autour des
entonnoirs.
Groupe 3 (Phoronis hippocrepia, Ph. ijimai, Ph. australis)
Les néphridies de ces deux espèces sont du type à deux entonnoirs et elles se caracté¬
risent par l’absence de la branche descendante (fig. 22).
Phoronis hippocrepia
L’entonnoir le plus grand s’ouvre dans le cœlome anal, et le plus petit, dans le cœlome
oral (pl. V, fig. 6, 7) ; ce dernier débute sous l’entonnoir anal dans lequel il se jette (pl. V,
fig. 4). La branche ascendante est divisée en deux chambres horizontales (Selys-Long-
champs, 1907 ; Emig, 1968a) ; la chambre proximale, dans laquelle s’ouvre l’entonnoir
anal, est légèrement transversale par rapport au plan dorso-ventral (pl. V, fig. 6, 7) ; elle
communique avec la chambre distale, située dorso-ventralement (fig. 22 a ; pl. V, fig. 5).
Cette chambre forme la papille néphridiale, entièrement libre, non accolée à la paroi du
corps (pl. V, fig. 5) et située au-dessus et en avant de la papille anale (fig. 12). Le néphri¬
diopore s’ouvre au-dessus de l’anus, sur la face interne de la papille néphridiale (pl. V,
fig. 5). L’épithélium est mince et cilié, surtout dans les entonnoirs.
Phoronis ijimai
Les néphridies de Ph. ijimai ont des caractères semblables à ceux de Phoronis hippo¬
crepia (Emig, 1971) ; elles sont du type à deux entonnoirs, l’anal grand et l’oral petit
(fig. 22b ; pl. VIII, fig. 3, 4). L’entonnoir oral s’ouvre également sous l’anal et se jette
dans ce dernier (Ikeda, 1901 ; Zimmer, 1964 ; Emig, 1971). Les entonnoirs anaux se pro¬
longent le long des mésentères latéraux comme ceux de Phoronis australis (fig. 22b), prin¬
cipalement celui de la néphridie droite (Ikeda, 1901 ; Pixell, 1912 ; Zimmer, 1964).
Les néphridies de Ph. ijimai ne possèdent qu’une seule branche, ascendante, mais
cette dernière se distingue de celle de Ph. hippocropia par sa forme en arc de cercle aplati
(fig. 22), nettement moins arrondi que chez la branche ascendante des néphridies de Ph. aus¬
tralis. La branche ascendante forme également, à la base de la concavité lophophorale,
une papille néphridiale libre (fig. 12, 22b ; pl. VIII, fig. 1) et s’ouvre à l’extérieur par le
néphridiopore, au niveau ou au-dessus de l’anus (pl. VIII, fig. 1), comme chez Ph. hippocrepia.
520
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
Les néphridies de Ph. ijimai diffèrent de celles de Pli. hippocrepia par un autre
détail : elles sont entourées d’une plus importante épaisseur de tissu de soutien ;
d’autre part, l’intestin de Ph. ijimai forme un coude entouré de tissu de sou¬
tien, au niveau des néphridies, avant de s’ouvrir par l’anus (pi. VIII, fig. 2),
disposition que nous n’avons pas observée chez Ph. hippocrepia (Emig, 1971). Par
contre, les néphridies de Ph. ijimai se distinguent nettement de celles de Ph. auslralis par
la position des papilles néphridiales et de la branche ascendante.
Fig. 22. — Représentation schématique de la néphridie droite de
Phoronis hippocrepia (a), de Phoronis ijimai (b) et de Phoronis
australis (c), et leurs projections. A : branche ascendante ; a :
entonnoir anal ; n : néphridiopore ; o : entonnoir oral ; pn :
papille néphridiale.
Fig. 23. — Représentation schéma¬
tique de la néphridie droite de Pho¬
ronis pallida, et sa projection. A :
branche ascendante ; a : entonnoir
anal ; D : branche descendante ; n :
néphridiopore ; o : entonnoir oral.
Phoronis australis
Les néphridies de Ph. australis possèdent également deux entonnoirs et, comme chez
Ph. hippocrepia, l’entonnoir anal est le plus grand et l’entonnoir oral, s’ouvrant sous l’anal,
le plus petit (fig. 22b ; pl. V, fig. 9, 10). Le mésentère latéral sépare les deux entonnoirs,
l’oral se jette dans l’anal (fig. 22c). La similitude entre les néphridies de Ph. australis, de
Ph. hippocrepia et de Ph. ijimai a été remarquée par Ikeda (1901) et Emig (19696). Les
deux entonnoirs anaux se prolongent longuement vers le bas du corps, l’anal droit ayant
un prolongement nettement plus important (fig. 22c; pl. V, fig. 10). Cette disposition, bien
que moins marquée, se retrouve également chez Ph. hippocrepia (pl. V, fig. 7).
Bien que Benham (1889) décrive et représente des néphridies avec deux branches,
elles n’en possèdent en réalité qu’une seule, ascendante (Emig, 19696), en forme d’arc de
cercle dans le plan ventro-dorsal. Cette branche forme dans sa partie supérieure une papille
néphridiale (fig. 5, 22c), comme chez Ph. hippocrepia. La papille n’est, généralement libre
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
521
que partiellement, étant accolée à la paroi du corps à sa base (pl. V, fig. 8). Le néphridiopore
s’ouvre comme chez Ph. hippocrepia au-dessus de l’anus ; il se prolonge par une sorte de
petit entonnoir fermé (pl. Y, fig. 8). L’épitliélium des néphridies est épais, fortement cilié,
la lumière du tube est étoilée et mince. Les néphridies de Pli. auslralis sont caractérisées
par la présence d’une musculature longitudinale et oblique (Emig, 1969 b), située à la base
de l’épithélium de la branche ascendante (pl. V, fig. 8, 10).
D’après la description de Mc Intosh (1888), les néphridies de Ph. buskii semblent avoir
les mêmes caractéristiques que celles de Ph. australis : présence d’une papille néphridiale,
type à deux entonnoirs, ouverture du néphridiopore de chaque côté de l’anus.
Groupe 4 (Phoronis pallida )
Les néphridies de Ph. pallida sont du type à deux entonnoirs (Silen, 1952 ; Mabsden,
1959 ; Emig, 1969c). L’entonnoir le plus large s’ouvre dans le cœlome anal, le plus petit
dans le cœlome oral (fig. 23 ; pl. III, fig. 14). Ils débutent simultanément sous le diaphragme
(pl. III, fig. 13), mais l’entonnoir anal se prolonge plus bas que l’oral (fig. 23) ; ils forment
la branche descendante, mais sans la présence d’un sillon comme dans les néphridies du
genre Plioronopsis (pl. III, fig. 14). Les entonnoirs anaux possèdent des prolongements,
celui de l’entonnoir anal droit étant le plus long et pouvant atteindre le double de la lon¬
gueur de la néphridie elle-même (fig. 23). A leur base les entonnoirs se jettent dans la
branche ascendante, au-dessus du mésentère latéral. Cette dernière s’ouvre par le néphri¬
diopore sur la papille anale, de chaque côté de l’anus (pl. III, fig. 13).
Les néphridies de Phoronis pallida sont caractérisées par une branche descendante
atteignant la longueur de la branche ascendante (fig. 23).
Groupe 5 (genre Plioronopsis )
Les néphridies des espèces du genre Phoronopsis sont du type à deux entonnoirs ;
elles possèdent une branche descendante longue. Le néphridiopore est situé sur le repli
épidermique de l’invagination, sur lequel s’ouvre également l’anus, et son ouverture est
toujours sous celle de l’anus.
Phoronopsis alhomaculata
L’entonnoir anal, petit, s’appuie sur le diaphragme (pl. VI, fig. 2) et s’ouvre au-dessus
de l’entonnoir oral. Ce dernier, le plus grand, se prolonge plus bas (fig. 24a). Sur les exem¬
plaires étudiés, nous n’avons pu préciser si la paroi, séparant les deux entonnoirs, est con¬
tinue ou interrompue (Emig et Thomassin, 1969) ; il semble néanmoins qu’avant la fer¬
meture de l’entonnoir anal par le mésentère latéral, les deux entonnoirs n’en fassent qu’un
sur une très courte longueur. Comme Gilciirist (1907), nous n’avons observé aucun pro¬
longement épithélial des entonnoirs, la base de l’oral n’étant marquée que par un épais¬
sissement du tissu néphridien. La branche descendante est formée par un sillon (pl. VI,
fig. 1) et se jette à la base des entonnoirs dans la branche ascendante. Cette dernière est
environ deux fois plus longue que la descendante (fig. 24a) ; elle pénètre dans le repli épi¬
dermique et s’ouvre sous l’anus par le néphridiopore dans l’invagination (pl. VI, fig. 1).
L’épitliélium est plus ou moins épais.
8 , 4
522
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
Phoronopsis harmeri
Les néphridies de Php. harmeri possèdent, comme celles de Php. alhomaculata, un
entonnoir anal petit et un entonnoir oral grand (fîg. 24b ; pl. VI, fîg. 4). La branche ascen¬
dante est environ deux fois plus longue que la descendante. Le néphridiopore s’ouvre nette¬
ment sous l’anus dans l’invagination (pl. VI, fig. 3). Ces néphridies se distinguent de celles
de Php. alhomaculata par leur grande taille, des entonnoirs bien plus larges, une branche
descendante plus marquée (pl. VI, fig. 4). Les entonnoirs anal et oral ont des prolonge¬
ments atteignant la base de la branche ascendante (fig. 24b). Ces entonnoirs peuvent chez
certains individus n’en former qu’un sur une très courte distance (Emig, 1968a), mais cet
espace est généralement occupé par le mésentère latéral (fig. 24b). L’épilhélium des néphri¬
dies de Php. harmeri est épais et fortement cilié, surtout au niveau des entonnoirs et des
néphridiopores ; la lumière du tube est faible et étoilée (pl. VI, fig. 4).
Phoronopsis californica
Les néphridies de Php. californica se distinguent de celles des deux espèces précédentes
par un grand entonnoir anal et un petit oral (fig. 24c ; pl. VI, fig. 6, 7, 8). Ce dernier pos¬
sède une ouverture égale à la moitié de celle de l’entonnoir anal, mais il se prolonge plus
bas. L’entonnoir anal s’appuie dans sa partie supérieure sur le diaphragme (pl. VI, fig. 6),
tandis que l’oral débute sous le diaphragme. Sur la figure 6 (pl. VI), la coupe passe légère¬
ment au-dessus de l’ouverture de l’entonnoir oral de la néphridie droite, mais on pressent
déjà cette ouverture (voir flèche). Chez certains exemplaires, la paroi séparant les deux
PLANCHE VI. — Néphridies du groupe 5 (coupes transversales).
Fig. 1, 2. — Phoronopsis alhomaculata.
1. Coupe oblique passant par le néphridiopore de la néphridie droite et par l’entonnoir oral de la
néphridie gauche (1 mm = 3,9 p). — 2. Coupe oblique au niveau de l’entonnoir anal de la néphri¬
die droite (1 mm = 4 pt).
Fig. 3, 4. — Phoronopsis harmeri.
3. Papille anale (sur le repli épidermique) avec les branches ascendantes des néphridies au niveau
des néphridiopores (1 mm = 10 g). — 4. Coupe légèrement oblique, passant par les deux enton¬
noirs, anal et oral, de la néphridie droite et sous les entonnoirs de la néphridie gauche. De chaque
côté du mésentère latéral gauche, les entonnoirs anal et oral ont des prolongements. La fibre
géante droite n’est plus visible sur cette coupe (1 mm = 12 p).
Fig. 5-8. — Phoronopsis californica.
5. Papille anale (sur le repli épidermique) au niveau des néphridiopores (1 mm = 17 p). — 6. Coupe
au niveau des entonnoirs anaux. Sur la néphridie droite, les flèches indiquent l’ouverture future
de l’entonnoir oral (1 mm = 24 p). — 7. Coupe au niveau des deux entonnoirs anal et oral ; la
paroi séparant les deux entonnoirs est bien distincte et accolée au vaisseau sanguin latéral (1 mm
= 24 p). — 8. Entonnoir oral. La paroi séparant les deux entonnoirs n’est pas visible sur cette
coupe, bien que présente sous la forme d’une seule couche cellulaire très fine entre le vaisseau laté¬
ral et le vaisseau médian. Les mésentères latéraux ferment les entonnoirs anaux. La branche
descendante est bien individualisée, en comparaison avec celles des figures 1, 2 et 4. La section
de la branche ascendante varie, voir figures 6 à 8 (1 mm = 24 p).
Les néphridies de cette planche correspondent à des individus adultes. Les néphridiopores s’ouvrent
sous l’anus, dans l’invagination sous le lophophore.
A : branche ascendante ; a : entonnoir anal ; D : branche descendante ; d : diaphragme ; fg : fibre
géante gauche ; inv : invagination sous le lophophore ; i : intestin ; mld : mésentère latéral droit ;
mlg : mésentère latéral gauche ; n : néphridiopore ; o : entonnoir oral ; œs : œsophage ; vl : vaisseau
sanguin latéral ; vm : vaisseau sanguin médian.
524
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
entonnoirs peut être très mince, pratiquement inexistante (Emig, 1969&) ; ceci explique
probablement la description de Hilton (1930), les néphridies n’ayant qu’un entonnoir
oral. Les deux entonnoirs se prolongent par du tissu néphridien jusqu’à la base des néphri¬
dies (fig. 24c), le long du mésentère latéral. La branche descendante débute légèrement
au-dessus des entonnoirs et se jette dans la branche ascendante sous ces derniers ; elle est
bien individualisée (pl. VI, fig. 6, 7, 8). La branche ascendante peut avoir une section ronde
ou ovale, avec un diamètre très variable selon les individus et parfois selon les néphridies ;
Fig. 24. — Représentation schématique de la néphridie droite de Phoronopsis albomaculata (a), de Pho-
ronopsis harmeri (b), de Phoronopsis californica (c), et leurs projections (même légende que figure 23).
elle passe dans le repli épidermique, s’oriente dans un plan dorso-ventral (fig. 24c) et s’ouvre
dans l’invagination sous l’anus (pl. VI, fig. 5). L’épithélium des néphridies est mince (Hil¬
ton, 1930), avec une lumière du tube importante (pl. VI, fig. 5 à 8).
Nous avons résumé dans le tableau IV les principaux caractères des néphridies de
chaque espèce de Phoronidiens. Ceux-ci correspondent à des individus adultes ayant des
gonades mûres ou en cours de développement.
En conclusion, nous rappellerons les caractères de chaque groupe. Le groupe 1 ( Pho-
ronis ovalis ) est caractérisé par une branche ascendante unique (pas de branche descen¬
dante), par un seul entonnoir qui se présente comme une simple ouverture dans cette
branche. Le groupe 2 ( Ph. muelleri, Ph. psammophila ) possède une branche descendante
assez courte et un seul entonnoir. Le groupe 3 (Ph. hippocrepia, Ph. ijimai. Ph. australis)
est du type à deux entonnoirs ; il se distingue par l’absence de la branche descendante et
l’ouverture du pore urinaire sur une papille néphridiale (et non sur la papille anale). Le
groupe 4 (Ph. pallida), du type à deux entonnoirs, se rapproche du groupe 5, dont il se dis-
SYSTEMATIQUE DES PHORONIDIENS
525
tingue par une branche descendante de même longueur que l’ascendante, des entonnoirs
minces et presque de la même longueur. Le groupe 5 (genre Phoronopsis) , également du
type à deux entonnoirs, possède de grands entonnoirs, une branche descendante, dont la
longueur est la moitié ou le tiers de la branche ascendante ; le néphridiopore s’ouvre sous
l’anus dans l’invagination, étant lui-même sur le repli épidermique de celle-ci.
VII. Fibres nerveuses géantes
Les Phoronidiens se subdivisent en deux groupes, selon qu’ils possèdent une ou deux
fibres géantes, si nous faisons exception de Phoronis oaalis. En conséquence, ce caractère
taxonomique ne peut fournir qu’un complément à la détermination d’une espèce. Le nombre
de fibres géantes pour chaque espèce, ainsi que leur diamètre, ont été résumés dans le
tableau V.
Tableau V. •—• Nombre et diamètre des fibres nerveuses géantes
dans la région musculaire du métasome (voir pl. VII ; pl. VIII, fig. 6, 7).
Fibre
GÉANTE GAUCHE
Fibre
GÉANTE DROITE
diamètre en p,
diamètre
en (i.
Ph. ovalis .
absente
absente
(1)
(2,5)
(1)
(2,5)
Ph. hippocrepia .
1
4 — 10
1
1 —
7
Ph. ijimai .
1
3 — 10
1
2 —
8
Ph. australis .
1
5 — 11
1
3 —
13
Ph. psammophila .
1
7 — 27
parfois rudimentaire
Ph. muelleri .
1
7 — 40
Ph. pallida .
1
15 — 20
Php. albomaculata .
1
15 — 24
Php. harmeri .
1
20 — 40
Php. californica .
1
70 — 80
L’absence de fibres nerveuses géantes chez Ph. ovalis a été confirmée par tous les
auteurs, à l’exception de Forneris (1959), qui a découvert, chez quelques exemplaires
seulement, la présence de deux fibres géantes, une gauche et une droite, d’un diamètre
de 2,5 q. Silen (19546) a observé que la rapidité de rétraction de Ph. ovalis correspondait
à celle de Ph. muelleri et de Ph. pallida après section de la fibre géante sous le ganglion
cérébroïde.
Le diamètre des fibres géantes de Ph. hippocrepia varie d’après les individus ; souvent
elles sont difficilement visibles. Selys-Longchamps (1903) ne décrit qu’une seule fibre à
gauche chez Ph. gracilis, alors qu’elle existe probablement à droite également ; ce même
auteur, en 1907, signale qu’il n’a pas pu mettre ces fibres en évidence chez Ph. hippocrepia.
Cette difficulté constitue, d’après Marsden (1959), un critère taxonomique de l’espèce.
Le diamètre de la fibre géante gauche de Ph. hippocrepia, de Ph. ijimai et de Ph. australis
est plus grand que celui de la fibre droite, mais parfois c’est l’inverse pour la dernière
espèce.
526
CHRISTIAN-CHARLES EM1G
La fibre géante est unique à gauche chez Ph. psammophila (pl. VII, fig. 6). Mais on
remarque chez certains exemplaires la présence d’une fibre droite rudimentaire (Andrews,
1890 ; Selys-Longchamps, 1907). Ce dernier auteur a observé un individu possédant seule¬
ment une fibre droite, et nous avons récolté dans l’étang de Thau un exemplaire iden¬
tique.
La fibre géante de Ph. muelleri est également unique à gauche, son diamètre corres¬
pond pratiquement à l’épaisseur de l’épiderme et sa section est ovale (pl. VII, fig. 5).
Les espèces du genre Phoronopsis ne possèdent qu’une seule fibre géante, à gauche.
Mais chez Php. harmeri et Php. californica, la fibre droite est présente jusqu’au niveau des
néphridies, où elle s’atrophie et disparaît. Cette disposition a probablement été observée
par Torrey (1901), car chez Phoronis pacifica il décrit deux fibres, dont la droite est extrê¬
mement courte. D’après Marsden (1959), Phoronopsis harmeri peut également avoir une
fibre droite rudimentaire. Les expériences de Wilson et Bullock (1958) sur Php. harmeri
ont permis de montrer que la vitesse de contraction est de 6 m/sec. Pour une stimulation
dont la fréquence est supérieure à 150 par seconde, la chronaxie est de l’ordre de 0,05 m/sec.
Aucune indication n’est fournie sur les fibres géantes de Phoronis buskii.
VIII. Muscles longitudinaux
Au sein d’une espèce, les muscles longitudinaux présentent des variations impor¬
tantes. Dans un travail antérieur (Emig, 1969a), nous avons émis l’hypothèse que la moyenne
du nombre de muscles longitudinaux change dans chaque localité et serait caractéristique
d’un biotope.
Nous envisagerons dans ce chapitre l’étude des variations du nombre de muscles lon¬
gitudinaux en fonction du temps, du biotope et finalement les variations des diverses
espèces de Phoronidiens. Les formules musculaires sont établies d’après Selys-Long¬
champs (1907) :
cœlome oral gauche | cœlome oral droit
cœlome anal gauche | cœlome anal droit
De l’ensemble des formules musculaires, nous tirons deux formules moyennes ; l’une, en
fraction de muscles, sera considérée comme la formule moyenne réelle, l’autre sera donnée
en muscles entiers à partir de la formule précédente. La formule générale représente l'in¬
tervalle de variation du nombre de muscles longitudinaux dans chaque cœlome et l’inter¬
valle de variation du nombre total de muscles.
A. Variations annuelles des muscles longitudinaux
L’étude des variations en fonction du temps a été faite sur deux espèces, Phoronis
psammophila et Phoronis hippocrepia. Ces deux espèces ont été choisies à cause de leur
facilité de récolte près de Marseille.
SYSTÉMATIQUE DES PHOROINIDIENS
527
1. Phoronis psammophila
Nous avons effectué deux récoltes espacées de six mois dans les sables fins de la plage
du Prado. La première, en décembre 1968, suit l’implantation des larves dans le sédiment,
la seconde, en août 1969, a été effectuée au cours de la maturation des gonades. Les résultats
portent sur une cinquantaine d’individus dans chaque prélèvement.
Décembre,
Août
Formules moyennes
11,5 | 10,9
6,1 j 5(9 ~
11,7 | 11,5
6,1 | 6,3 ”
34,4
35,6
12 | 11
6 p3
12 | 12
6 j 6 ~
Formules générales
35
36
9 — 16 | 9 — 14
5 — 10 j 5 -— 9
9 — 15 | 9 — 14
5 — 8 | 5 — 9
[29 — 46]
[29 — 43]
Dans cette population de Ph. psammophila , les moyennes montrent un accroissement
du nombre de muscles longitudinaux de 34,4 à 35,6, tandis que le maximum de la courbe
(fig. 25) se déplace de 34 à 36. Cette augmentation s’explique par l’âge croissant des indi¬
vidus ; elle se fait surtout dans les cœlomes oral droit et anal droit et légèrement dans le
cœlome oral gauche. Mais nous constatons que les formules générales sont semblables, donc
insuffisantes pour mettre ces variations en évidence. Sur la figure 25, la courbe A (décembre)
a un profil irrégulier, car les individus, dont le nombre de muscles est de 31 à 35, sont les
plus nombreux ; ce sont des jeunes. Les exemplaires de 36 à 46 muscles font probablement
partie de la génération précédente, ce qui peut expliquer leur petit nombre. La courbe B
(août) montre un profil régulier correspondant à une population adulte.
2. Phoronis hippocrepia
Les prélèvements ont été effectués en décembre 1968 (individus jeunes) et en mai 1969
(gonades en cours de maturation) dans le Vieux-Port de Marseille. L’échantillonnage est
plus faible, d’une vingtaine d’individus pour chaque récolte.
Décembre
Mai
Formules moyennes
Formules générales
10.1 | 10,5
4,6 | 4,3 “
11.1 | 10,7
4j9~j 4)7 -
29,5
31,4
10 | 11
5 j 4 _
11 j 11
5 | 5 “
30
32
9 — 12 | 9 — 13
3 —- 6 | 4 —” 5
9 — 14 | 9 — 16
4 — 6 | 4 — 7
[27 — 32]
[27 — 37]
Dans cette population, les moyennes montrent un accroissement du nombre de muscles,
de 29,5 à 31,4, qui s’effectue principalement dans les cœlomes oral gauche et anal droit,
mais également dans les deux autres cœlomes. Les formules générales font état de cette
528
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
augmentation dans l’ensemble des cœlomes et pour le nombre total de muscles longitudi¬
naux. Sur la figure 26, la courbe A (décembre) présente un maximum à 29 muscles ; l’en¬
semble des individus examinés étaient des jeunes. La courbe B (mai) a un maximum à
30 muscles, pouvant correspondre à de jeunes exemplaires ; mais elle montre un étalement
du nombre total de muscles longitudinaux, dû à des individus plus âgés, mais non adultes.
Ceci s’explique par une période de reproduction beaucoup plus longue chez Ph. hippo-
crepia, avec une superposition des générations. Pour la courbe B, l'échantillonnage est pro¬
bablement insuffisant.
Fig. 25. — Courbes des variations des nombres totaux
de muscles longitudinaux (ML) chez Phoronis psammo-
phila (A, en décembre 1968 ; B, en août 1969). Plage du
Prado (Marseille).
Fig. 26. — Courbes des variations des
nombres totaux de muscles longitudi¬
naux (ML) chez Phoronis hippocrepia (A,
en décembre 1968 ; B, en mai 1969).
Vieux-Port (Marseille).
En conclusion, l’étude que nous venons de faire est encore sommaire et demande une
confirmation ultérieure de ces résultats. Pour l’instant, nous pouvons affirmer que le nombre
de muscles longitudinaux augmente avec l’âge des Phoronidiens, en même temps que l’in¬
tervalle de variation de ce nombre croît pour une même population. Cette augmentation
permet également d’expliquer l’accroissement du nombre de muscles chez un individu
depuis le lophophore jusqu’à l’ampoule. Chez Ph. psammophila et Ph. hippocrepia, cet
accroissement, de l’ordre de un à deux muscles, ne s’observe généralement que chez quelques
individus lors d’un prélèvement (Emig, 1969a).
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
529
B. Variations du nombre de muscles longitudinaux en fonction de la localité
1. Phoronis psammophila
Les résultats portent sur huit localités, mais principalement sur deux, plage du Prado
(Marseille) et étang de Berre (fig. 27, tableau VI).
Tableau VI. — Localités et formules musculaires de la population 1
et de la population 2 de Phoronis psammophila.
Localités
Nombre
d’individus
Formules moyennes
Formules générales
Étang de Berre.
108
10
1 9,7
30,4
10 | 10
31
8 —
13 |
8 —
12
25 —
37
5,5
I 5,2
6 | 5 “
4 —
7 |
4 —
7
Calanque de
29
9,8
1 9,1
29
10 | 9
29
8 —
11 |
7 —
11
25 —
33
Port-Miou .. .
5,1
1 5 “
5 j 5 “
4 —
6 |
4 —
6
ÉtangdeThau (a)
56
9,2
1 8,9
28,6
9 | 9
29
8 —
14 j
7 —
12
25 —
39
5,5
1 5 -
6 | 5 “
4 —
7 j
4 —
7
Lucrino (6).
8
8,9
i 8,5
27,3
9 | 9
28
8 —
9 |
7 —
11
25 -
-30
5,1
I 4,8-
5 | 5 “
5 —
6 j
4 —
5
Concarneau ....
18
11,8
1 12,1
= 37,4
12 | 12
37
8 —
13 |
9 —
15
26 —
46
7,3
I 6,2 "
7 | 6“
5 —
11 j
4 —
9
Dinard.
30
12
1 11,5
= 35,8
12 | 12
36
9 —
14 |
9 —
15
26 —
42
6,3
1 6
6 | 6 -
4 —
8 |
4 —
8
Naples et Mes-
13
11,7
1 11,2
= 35,1
12 | 11
35
9 —
14 |
10 —
12
32 —
39
sine (a).
5,7
I 5,5 '
6 | 6 “
5 —
7 |
5 —
7
Plage du Prado.
148
11,4
1 10,8
= 34,4
11 | 11
34
9 —
16 |
8 —
14
26 —
46
6,2
1 6
6 | 6 “
5 —
10 |
4 —
9
(a) y compris les résultats de Selys-Longchamps (1907) ; (b) résultats de Selys-Longchamps
(1907).
En fonction du biotope, Ph. psammophila peut se répartir en deux populations ; la
population 1, dont la moyenne des nombres de muscles varie de 28 à 31, est présente dans
des fonds sablo-vaseux, à salinité diminuée et hydrodynamisme faible (Lucrino, Port-
Miou, étang de Thau, étang de Berre) ; la population 2, dont la moyenne varie de 34 à 37,
vit dans des localités à forte salinité, dans un sédiment de sables fins (fraction grossière
ou vaseuse peu importante) et un hydrodynamisme fort (Naples, Concarneau, Dinard,
plage du Prado). La variation des moyennes au sein d’une même population est faible :
Fig. 27. — Courbes des variations des nombres totaux de muscles longitudinaux (ML) chez Phoronis
psammophila. Nous distinguons deux populations, la première (Lucrino, Port-Miou, étang de Thau,
étang de Berre) et la deuxième (Naples, Concarneau, Dinard, plage du Prado à Marseille). La moyenne
dans chaque localité est représentée par un trait pointillé. Le chiffre entre parenthèses, après le nom
des localités, indique le nombre d’exemplaires étudiés. Les courbes de Lucrino et Naples ont été dressées
d’après les résultats de Selys-Longchamps (1907). Dans la courbe de l’étang de Thau ont été inclus
les résultats de ce dernier auteur, obtenus dans la même localité.
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
531
de trois muscles longitudinaux (voir tabl. VI) ; elle peut s’expliquer par la différence
d’âge des individus dans chaque localité, car les prélèvements n’ont pas été effectués à la
même période. Sur la figure 27, la courbe Prado a été établie avec tous les résultats obtenus
au cours des années précédentes. Si nous comparons cette courbe avec la courbe B (fig. 25),
nous remarquons que la moyenne est respectivement 34,3 et 35,4, cette différence étant
due à l’âge des exemplaires. En comparant les deux populations de Ph. psammophila
(tableau VI ; fig. 27), nous observons que les formules générales de la population 2 com¬
portent un nombre plus élevé de muscles longitudinaux.
Fig. 28. — Courbes des variations des
nombres totaux de muscles longitudinaux
(ML) chez Phoronis psammophila (A, B, C)
et chez Phoronis hippocrepia (D). La
courbe A a été dressée avec l’ensemble
des résultats des populations 1 et 2 ; elle
est superposée à la courbe C de la popula¬
tion 1 et à la courbe B de la population 2.
La moyenne de chaque courbe est signalée
par un point et reportée sur l’abscisse.
532
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
Sur la figure 28, la courbe A représente le profil des deux populations, la moyenne
étant de 32 muscles. Cette courbe montre deux maxima, l’un à 29, l’autre entre 34 et
35 muscles. En superposant à la courbe A les courbes B (population 2) et C (population 1),
nous constatons que le maximum de C correspond au premier maximum de A et celui de B
au deuxième de A. D’après les courbes B et C, les populations 1 et 2, dont les moyennes
sont respectivement 29,6 et 35,7, appartiennent à la même espèce, car la différence de l’in¬
tervalle de confiance n’est pas significative, la moyenne de chaque courbe recoupe l’autre
courbe (fig. 28). En conclusion, nous pouvons émettre l’hypothèse que le nombre de muscles
longitudinaux peut être fonction de certains facteurs écologiques.
2. Phoronis hippocrepia
Nous avons étudié Ph. hippocrepia sous forme perforante à Arcachon et dans le Gull-
mar Fiord, sous forme perforante et encroûtante à Marseille, et sous forme encroûtante
dans l’étang de Berre.
Nombre
d’individus
58
Gullmar Fiord ...
27
Marseille.
39
Étang de Berre. .
32
Formules moyennes ! Formules générales
10,7 |
11,1
31,8
11 |
11
32
7 —
14 |
8 —
16
[25 —
43]
4,9 |
5,1 ”
5 1
5 “
3 —
7 |
3 —
10
11 j
11,1
31,6
11 |
11
32
8 —
15 |
9 —
14
[26 —
39]
4,8 |
4,7 "
5 1
5 ”
4 —
7 |
4 —
6
10,7 |
10,6
30,5
11 |
11
31
9 —
14 |
9 —
16
[27 —
37]
4,8 |
4,4”
5 |
4 ”
3 —
6 |
4 —
7
10,1 |
11,1
30,8
10 |
11
31
8 —
12 |
7 —
16
[24-
37]
4,8 |
4,8 ”
5 j
5 “
3 —
7 j
4 —
7
Les moyennes des nombres totaux de muscles longitudinaux sont semblables dans
les quatre localités, ainsi que les formules générales. A Arcachon et dans le Gullmar Fiord,
les individus sont adultes avec des embryons dans le lophophore, tandis que dans l’étang
de Berre et à Marseille les exemplaires sont jeunes ou en cours de maturation des gonades ;
cela explique la différence d’un muscle des moyennes. Sur la figure 29, le profil des courbes
est irrégulier, même si l’échantillonnage est élevé comme à Arcachon. En conclusion, le
nombre de muscles longitudinaux est semblable dans les diverses localités, que la forme
de Ph. hippocrepia soit perforante ou encroûtante.
SYSTÉMATIQUE DES PIIORONIDIENS
533
Fig. 29. — Courbes des variations des nombres
totaux des muscles longitudinaux (ML) chez
Phoronis hippocrepia , dans quatre localités.
La moyenne de chaque courbe est indiquée
en trait pointillé. Le chiffre entre parenthèses,
après le nom de la localité, indique le nombre
d’exemplaires étudiés.
3. Phoronis australis
Nous avons étudié cette espèce dans trois localités : embouchure de la Soraone (Séné¬
gal), Nosy-Bé et Tuléar (Madagascar).
Sénégal
Nosy-Bé
Tuléar.
Nombre
d’individus
Formules moyennes
Formules générales
12
14
10
20 |
17,3
54,7
20 |
17
55
17 —
23 |
14 —
20
9,4 |
8 ”
10 |
”8 ~
8 —
11 |
7 —
9
22,1 |
23,8
66,2
22 |
24
66
18 —
25 |
20 —
27
11,1 |
9,2 -
11 j'
~9 -
10 —
15 j
7 —
11
24,1 |
24,6
70,3
24 |
25
71
20 —
29 |
23 —
27
12,7 |
879 “
13 |
9 "
10 —
16 |
8 —
"ÏÔ
[48 — 61]
[57 — 73]
[62 — 81]
534
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
Bien qu’il s’agisse de la même espèce, nous constatons que la différence entre les
moyennes de muscles est grande, mais les intervalles de variations des nombres totaux de
muscles se chevauchent. D’après ces résultats, les muscles longitudinaux de Ph. australis
varient de façon importante selon les localités géographiques.
Fig. 30 (à gauche). — Diagramme de la musculature de Plioronis pallida. Les muscles circulaires sont
en traits pointillés, les sphincters en traits horizontaux. La musculature longitudinale est marquée
par des traits noirs pleins, dont l’épaisseur indique le développement dans chaque zone : à gauche,
les muscles centraux ( mlc ), à droite, les muscles marginaux ( mlm ). D’après Silen (1952).
Fig. 31 (à droite). — Diagramme de sections transversales des faisceaux de muscles longitudinaux chez
Phoronis pallida, dans la zone 4 et dans la zone 3 (d’après Silen, 1952). mb : membrane basale ; inc :
muscle circulaire ; mlc : muscle longitudinal central ; mlm : muscle longitudinal marginal ; sph : sphincter
circulaire.
En conclusion, les variations observées en fonction de la localité ne sont pas semblables
chez Phoronis psammophila, Ph. hippocrepia et Ph. australis. Le nombre de muscles lon¬
gitudinaux varie principalement en fonction du biotope pour Ph. psammophila. Ce nombre,
chez Ph. hippocrepia, est semblable dans toutes les localités, que la forme soit perforante
ou encroûtante, tandis que les muscles longitudinaux de Ph. australis varient dans des
proportions importantes selon les localités géographiques.
C. Variations des muscles longitudinaux des Phoronidiens
Dans ce paragraphe, nous étudions les variations des muscles longitudinaux dans
chaque espèce de Phoronidiens, en utilisant tous les résultats, ceux des différents auteurs
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
535
et ceux que nous avons obtenus personnellement, sans faire intervenir ni l’âge ni la loca¬
lité des espèces. Nous avons établi pour chaque espèce la formule générale et la formule
moyenne (tableau VII).
Certains auteurs, Cori (1939) notamment, distinguent deux types de muscles longi¬
tudinaux : « bisérial » et « concentrique ». Comme Selys-Longchamps (1907), nous ne les
utiliserons pas, car, selon le fixateur employé, le type des muscles peut changer de l'un à
l’autre.
Tableau VII. — Formules musculaires générales et moyennes des Phoronidiens.
Espèces
Formules générales
Formules moyennes
5 — 615
5 1 5
Phoronis pallida .
4 4
18 — 19
4J4 = 18
9 — 13 | 8 — 11
10 1 9
Phoronis muelleri .
3 — 5 | 3 — 5
23 — 30
3 | 3 “ 2o
cœl. g. = 12 — 21
16
Phoronis ovalis .
cœl. d. = 13 — 19
25 — 39
15 = 31
7 — 16 | 7 — 17
11 1 io
Phoronis psammophila .
4 — 11 | 4 — 9
25 — 46
6 | 6 “ 33
7 _ 15 | 7 _ 16
11 11
Phoronis hippocrepia .
3 — 7 | 3 — 10
24 — 43
~5~| ~5 = 32
10 — 31 | 13 — 31
21 24
Phoronis ijimai .
2 — 14 | 3—10
37 — 69
— ^7
6 | 6
17 — 29 | 14 — 27
22 1 22
Phoronis australis .
4 — 16 | 5 — 11
43 — 81
Il | 9 - 64
20 — 32 | 21 — 30
24 1 24
Phoronopsis albomaculata .
11 — 18 | 10 — 15
67 — 94
1 7^
14 | 13
20 — 48 | 23 — 55
39 1 39
Phoronopsis harmeri .
13 — 27 | 13 — 26
79 — 138
21 | 19 ~
53 — 71 | 56 — 74
61 63
Phoronopsis californica .
35 — 47 | 29 — 38
180 — 227
43 | 34 - 201
Pour Ph. ovalis, l’absence des mésentères latéraux ne permet pas d’établir de formules mus¬
culaires (cœl.g. = cœlome gauche ; cœl.d. = cœlome droit).
1. Phoronis pallida
Elle est caractérisée par une musculature circulaire et longitudinale particulière : les
muscles circulaires, formant trois sphincters, divisent le métasome en plusieurs régions
(fig. 30), tandis que la musculature longitudinale se différencie en six zones (Silen, 1952).
Le développement des muscles longitudinaux centraux et marginaux, les uns par rapport
536
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
aux autres, est plus ou moins important selon ces zones (fig. 31). Contrairement à ce que
l’on observe chez les autres espèces, les nombres de muscles longitudinaux sont constants,
5 I 5
selon la formule ^ ^ = 18 (pl. VII, fig. 1, 2).
2. Phoronis muelleri
L’absence du mésentère latéral dans la région musculaire du corps (pl. VII, fig. 5), chez
Ph. muelleri, est indiquée par un trait pointillé sur les formules. L’intervalle de variation
des muscles est faible, de 23 à 30. Sur la figure 32, la courbe indique un maximum à
10 I 9
25 muscles, correspondant à la formule moyenne ..= 25, qui est également la formule
3 3
9 I 9
10 I 10
la plus fréquente. Les autres formules courantes sont : x = 24 ; -i—.—- = 26 (Emig,
O O O O
1970). Les variations des muscles longitudinaux sont semblables dans toutes les localités.
Dans le Gullmar Fiord et l’île d’Oléron, les cœlomes anaux ont le plus couramment 3 muscles
(pl. VII, fig. 5), tandis que dans la baie d’Ambaro (Madagascar) ces cœlomes possèdent
le plus fréquemment de 4 à 5 muscles (Emig, 1970).
3. Phoronis ovalis
L’absence des deux mésentères latéraux (pl. VII, fig. 3, 4) ne permet pas d’établir
des formules musculaires ; nous n’indiquerons donc que les nombres de muscles dans les
cœlomes gauche et droit. La moyenne des muscles est de 30,5 et le maximum de la courbe
(fig. 33) est de 30 muscles. Les nombres de muscles les plus fréquents sont :
cœlome gauche. 14 15 15 16 16
cœlome droit. 14 14 15 15 16
total. 28 29 30 31 32
En général, le nombre de muscles, mis en évidence par la formule moyenne, est légère¬
ment plus élevé dans le cœlome gauche que dans le cœlome droit (Emig, 1969c).
4. Phoronis psammophila
Comme nous l’avons montré précédemment, Ph. psammophila peut se subdiviser en
deux populations (fig. 28). Les formules les plus courantes chez cette espèce sont :
9 | 9
9 I 9
514 » 5 I 5 — ^ ’
11 | 10 _ 12 | 11 _
616 ’ 615
10 I 9
= 29;
10 | 9
5 | 5 — ’ 5 | 5
12 | 11 or 13 | 11
= 35 ;
= 30
10 I 10
6
5 “ 31 ’ 6
11 I 10
6
6
36;
12 | 12
TT~6
= 37;
5
13' I 11
= 32;
= 38.
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
537
Fig. 32. — Courbe des variations des mus- Fig. 33. — Courbe des variations des mus¬
cles longitudinaux (ML) de Phoronis clés longitudinaux (ML) de Phoronis ovalis
muelleri (moyenne en trait pointillé). (moyenne en trait pointillé).
5. Phoronis architecta
La distinction entre Ph. psammophila et Ph. architecta a été faite jusqu’à présent sur
le nombre de muscles longitudinaux. Ainsi, Marsden (1959) a découvert dans le même
biotope ces deux espèces et il les a séparées « on the basis of the number of longitudinal
9 I 9
bundles » : les formules générales sont respectivement -F"T 7 -F pour la première
15 — 16 I 15 — 17 , J . „ 4 — 5 | 4 — 5
et -—2— - pour la seconde ; mais 1 une et 1 autre sont dans les limites de la
6 — 9 | 6 — 9
formule générale de Ph. psammophila (tableau VII). L’intervalle des muscles de Ph. archi¬
tecta est de 29 à 43. J’ai pu récemment étudier 36 individus de cette espèce, provenant de
Alligator Harbor (Floride) et de F United States National Muséum (pl. VIII, fîg. 7) ; leur
formule générale est :
1! — !5 | 11 — 17 _
5 — 8 | 5 — 9 t 34 44 ]‘
8 , 5
538
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
Les formules les plus courantes sont :
11 | 11
6 | 6
13 | 13
Tp
= 34;
= 40;
12 |
12
6 1
6
14 |
| 12
8
7
36
41
et la formule moyenne :
13 |
12
6 1
6 ~
14 |
14
7 1
~ï ~
13
1 13
T
1 7
: 37;
42;
= 40.
12 | 13
7 | 6
13 | 14
7T“9
14 | 12
6 | 7
14 I 15
= 38; -yA-n =
= 43:
8 | 7
39
44;
En comparant les formules de Ph. architecta et de Ph. psammophila, il ne nous est
pas possible de les distinguer par ce critère, comme nous l’avons déjà démontré (Emig,
1969a). Bien que la formule moyenne soit la plus élevée, nous avons montré que celle-ci
peut varier en fonction de la localité (tableau VI).
Fig. 34. — Courbe des variations des muscles longitudinaux (ML) de Phoronis hippocrepia (moyenne en
trait pointillé). Cette courbe a été dressée avec les résultats des courbes de la figure 29.
6. Phoronis hippocrepia
La courbe (fîg. 34), dressée avec toutes les formules connues de Ph. hippocrepia, a
un maximum à 29 muscles, tandis que la moyenne est de 31. Les variations de muscles sont
semblables dans toutes les localités. En consultant le tableau VII, nous voyons que les
formules de Ph. hippocrepia et de Ph. psammophila sont très proches, mais l’aspect des
muscles n’est généralement pas le même (pl. VII, fig. 6, 7 ; pl. VIII, fig. 7). Sur la figure 28,
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
539
nous avons superposé à titre de comparaison les courbes de Ph. hippocrepia (courbe D)
et de Ph. psammophila.
Les formules les plus courantes de Ph. hippocrepia sont :
9 | 9
474
26
9 | 10
; mtm
11 | 10
6 | 5 =
: 27
32;
9 | 9 10 | 11 nn 10 | 11 on 10 | 11
4 | 5 Z ’ 4 j 4~ Zy ’ 4 | 5 ’ 5 j 5“
11 U 1 _ 33 . aii 1 _ 34 . 13 1 11 35
6 | 5 ~ d ’ 6 | 5 ~ ' 6 j 5 — dt> ‘
31
Chez Phoronis capensis, Gilchrist (1907) indique une formule :
cisant qu’il existe d’autres combinaisons. Selys-Longchamps (1903)
, . .. 12 | 10
formule de Phoronis eracilis : —pr~, —k = 34.
b b
12 | 12
4 I 4
32,
cite également
pré-
une
7. Phoronis ijimai
D’après Pixell (1912) et Zimmer (1964), Ph. ijimai diffère de Ph. hippocrepia par
un nombre plus élevé de muscles longitudinaux ; Marsden (1959), par contre, réunit ces
deux espèces dans un complexe dont l’intervalle de muscles varie de 31 à 68 (!). En accord
avec les deux premiers auteurs, nous indiquons quelques formules musculaires (Emig,
1971) à titre d’exemple :
17 |
16
42;
17
| 18
47;
19
| 19
49;
19 I
20
51;
18 |
26
52;
26
| 21
Tl
5 -
5 1
7 ~~
5 1
f 6 ~
6 1
6 ~
~4l
4 “
3
1 6
23 |
25
58 ;
22
25
60 ;
21
27
62;
31 |
26
65 ;
25 |
27
67;
27 |
28
5|
~5 "
~8]
~5 ~
8
6 “
3|
5 _
8|
~1 ~
7|
7
8 . Phoronis australis
Nous ne possédions que deux formules musculaires de Ph. australis ; la première a été
17 ! 17
établie sur la figure 18 de Benham (1889) : —j ~.—- = 43, et la seconde est donnée par
20 | 17 , 4 I 5
Cori (1939) : —g = 47. La découverte de Ph. australis sur le littoral sénégalais (Emig
et Marche-Marchad, 1969) nous a permis de mieux connaître la musculature longitudi¬
nale. De nouvelles formules musculaires ont été établies sur des exemplaires récoltés à
Madagascar (Nosy-Bé et Tuléar) :
Nosy-Bé :
18
| 22
57;
20 |
20
59 ;
19 |
21
59 ;
20 |
21
60 ;
20
I 24
63 ;
23
1 24
67;
10
n
10 I
M9 ~
10 |
Ml ”
ÏÏTf
_ 9 _
ÏMl
1 8“
ÎT
| 9 ~
23
25
67 ;
24
22
68 ;
21 |
25
69 ;
25 j
23
69 ;
25 |
26
71;
24 |
27
72;
10
9 _
12
Mo ~
12M
MI “
11 |
MO _
ÎTj
9 -
11 |
10 _
25
| 27
73;
23
| 26
73.
MF
]Mô =
15
f"9 ~
540
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
Tuléar :
20 | 23 20 | 23 22 | 23 22 | 23 24 | 24 25 | 25
10 | 9 ’ 13 | 8 ’ 10 | 9 “ ’ 12 | 8 ’ 1(5 j 9 ’ 12 j 9 “
25 125 _ 26 127 _ 28 | 27 _ 2 9 | 26 _
14 | 9 ~ ’ 15 | 9 - ’ 15 | 9 “ ’ 16 1 10
Comme nous l’avons décrit dans un paragraphe précédent, le nombre de muscles
longitudinaux varie beaucoup selon les localités (Sénégal : 48-61 ; Nosy-Bé : 57-73 ; Tuléar :
62-81). Avec la formule de Benham (1889) l’intervalle de variation est de 43 à 81 muscles.
Le nombre de muscles augmente généralement depuis la région antérieure du corps
vers l’ampoule, par exemple :
22 | 25 23 | 25 23 | 26
10 | 8 Ï3~f 9 > T5T - 1
De Phoronis buskii, nous ne pouvons citer que la formule établie d’après la figure 4 de Mc
27 I 35 .
Intosh (1888) : 77.-!—- = 78. Grâce aux nouvelles formules de Ph. australis décrites
10 | b
ci-dessus, on peut conclure que ces deux espèces sont proches, si l’on compare leurs formules
musculaires.
9. Phoronopsis albomaculata
32 | 30
Gilchrist (1907) 11 e mentionne qu’une seule formule : ^^ | = 94. D’autres ont
été établies récemment par Emig et Thomassin (1969) ; parmi celles-ci nous citerons :
2i |21 _ fi7 . 20 124 _ 22_|22 _ 22_|24 _ 23^21 _ 21J_22 _ _
13 j 12 ’ 14 | 10 ’ 13 ] 12 — ’ 13 | 11 ~~ ’ 14 | 13 ~ ’ 15 | 15
24 | 22 nr 25 124 na 27 126 30 | 24
15 | 14 ~ ’ 15 | 13 ~ ’ 15 | 12 “ ou ’ 14 | 14
Le nombre de muscles longitudinaux augmente en descendant vers l’ampoule, nous
22 1 23 23 | 25 26 | 25
avons relevé chez un individu l’augmentation suivante : —> . _ . . - —>- 7 ^.——
s 14 | 11 15 | 12 15 | 13
(Emig et Thomassin, 1969).
10. Phoronopsis harmeri
La formule générale de cette espèce, ainsi que l’intervalle de variation du nombre
total de muscles, ont été établis grâce aux résultats publiés par Marsoen (1959), Zimmer
(1964), Mamkaev (1962) et Emig (19676). Nos résultats de 1967 ont été complétés par
l’étude de nouveaux exemplaires. Pixell (1912) et Hilton (1930) ne mentionnent chacun
qu’une seule formule. La moyenne fournie par Marsden (1959), dans huit populations
différentes, est de 113 muscles longitudinaux ; celle figurant dans le tableau VII a été cal¬
culée d’après nos résultats augmentés de ceux de Zimmer (1964) :
39 I 39
118 = 21 I 19'
A titre
SYSTEMATIQUE DES PHORONIDIENS
541
d’exemple, nous citons quelques formules de Php. harmeri :
3Ç_ Ll 7 _ 87 . 33 1 3 0 _ o 4 . 33JL?8 _ 104 . 37 I 34 _ 37J_40 44 | 45 _
16 j 14 ’ 16 | 15 ’ 18 | 15 ~ ’ 21 [ 18 ’ 20 | 20 ’ 18 | 16 _ ’
42 | 41 — 44JJ2 4 ^ 5 -136
— IZiU , r» / l oo — LOZi , o/l on — ±OU.
23 I 20
24 I 22
24 I 22
D’après des résultats non publiés de Pixell, Selys-Longchamps (1907) indique que
25 — 27 I 30
les muscles de Phoronis pacifica répondent à la formule générale
r, qui se trouve
19 | 15’
dans les limites de la formule générale de Phoronopsis harmeri (tableau VII) et semble
confirmer la synonymie avec cette dernière espèce.
Chez Php. harmeri, le nombre de muscles longitudinaux croît en allant du lophophore
vers l’ampoule.
11. Phoronopsis californica
Le nombre de muscles longitudinaux est très élevé chez cette espèce (pi. VII, fig. 11).
55 I 56
Hilton (1930) n’a donné qu’une seule formule :-- = 181. Nous citerons les for-
35 35
mules établies récemment chez Php. californica par Emig et Plante (1969) :
^1 56 = 180 . ^_3 = 191 57|59 = 19g 61 |60 = ^ 63|64 = 2Q2
36 | 29 40 | 35 44 | 35 43 | 35 ’ 43 | 32
67 | 68 71 [ 74
47 | 38 = 220 ; 47735 = 227 '
Le nombre de muscles s’accroît vers l’ampoule.
D. Développement des muscles longitudinaux
En consultant le tableau VII et la figure 35, nous constatons que les formules muscu¬
laires et l’intervalle de variation des nombres totaux de muscles se chevauchent d’une
espèce à l’autre. Il est donc nécessaire de faire intervenir un autre critère pour ces muscles
afin de pouvoir distinguer deux espèces.
Ce cas ne se pose pas chez Phoronis pallida, Ph. ovalis, Ph. muelleri et Phoronopsis cali¬
fornica. La première espèce est caractérisée par une musculature longitudinale et circulaire
particulière (fig. 30, 31 ; pl. VII, fig. 1, 2). Phoronis muelleri possède des formules caracté¬
ristiques et se distingue par l’absence du mésentère latéral gauche (pl. VII, fig. 5). On ne
peut établir de formules musculaires chez Ph. ovalis à cause de l’absence des deux mésentères
latéraux (pl. VII, fig. 3, 4). Le nombre élevé de muscles longitudinaux chez Phoronopsis
californica ne recoupe ceux d’aucune autre espèce (fig. 35 ; pl. VII, fig. 11).
Pour les autres espèces, nous faisons intervenir le développement des muscles longi¬
tudinaux. Les faisceaux musculaires d’aspect penniforme sont plus développés du côté
gauche chez Phoronis psammophila (Emig, 1966) et Phoronopsis albomaculata (pl. VII,
542
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
fig. 6, 9). Phoronis hippocrepia, Ph. ijimai et Ph. australis possèdent des faisceaux d’un
aspect particulier, également développés dans tous les cœlomes, parfois légèrement plus
du côté oral (pl. VII, fig. 7, 8 ; pl. VIII, fig. 6). Chez Phoronopsis harmeri, les faisceaux
d’aspect penniforme sont légèrement plus développés dans les cœlomes oraux (pl. VII,
fig. 10). Il est donc possible, dans une certaine mesure, de ne pas confondre les musculatures
de Phoronis psammopliila et de Ph. hippocrepia, celles de Ph. ijimai et Ph. australis avec
Phoronopsis alhomaculata, enfin celle de cette dernière avec Php. harmeri. Par contre, les
musculatures de Phoronis ijimai et de Ph. australis (pl. VIII, fig. 6 ; pl. VII, fig. 8) d’une
part et de Ph. psammopliila et Ph. architecta (pl. VII, fig. 6; pl. VIII, fig. 7) d’autre
part, sont semblables.
Ph.pailida 16^19
mülleri 23'-<30
ovalis 25'->39
psammophila 25 '- -46
hippocrepia 24*- <43
ijimai' 37*--<69
australis 43*---81
Php. albomaculafa
harmeri
calitornica
67 l
79 l
‘94
-*138
Fig. 35. — Intervalles des nombres totaux de muscles longitudinaux chez les différentes espèces de Pho-
ronidiens.
E. Conclusion
Les variations des muscles longitudinaux en fonction de l’âge, du biotope, de la loca¬
lisation géographique, ainsi que les variations d’un individu à l'autre dans une même espèce
conduisent à des intervalles des nombres de muscles plus ou moins grands selon les espèces
et dont les formules générales sont les reflets.
PLANCHE VII. — Coupes transversales dans la région musculaire du corps.
Fig. 1 : Phoronis pallida. Coupe dans la zone 4 (1 mm = 10 g). — Fig. 2 : Phoronis pallida. Coupe dans
6 I 5
la zone 3 ; la formule musculaire est 19 = (1 mm = 13 p). — Fig. 3 : Phoronis ovalis. Coupe
4 | 4
au niveau de l’œsophage. Le vaisseau sanguin accessoire (va) est situé près du mésentère médian oral.
Les mésentères latéraux sont absents (1 mm = 5,7 p). — Fig. 4 : Phoronis ovalis. Coupe au niveau
de l’estomac. Les mésentères latéraux sont absents ; on observe la présence de deux vaisseaux sanguins
latéraux (1 mm = 6,8 p). — Fig. 5 : Phoronis muelleri. Absence du mésentère latéral gauche (1 mm
= 17 p). — Fig. 6 : Phoronis psammophila (1 mm = 19 p). — Fig. 7 : Phoronis hippocrepia (1 mm
= 14 p). — Fig. 8 : Phoronis australis (1 mm = 39 p). — Fig. 9 : Phoronopsis albomaculata (1 mm
= 10 p). — Fig. 10 : Phoronopsis harmeri (1 mm = 33 p). — Fig. 11 : Phoronopsis californica (l mm
= 26p). .. . .
est : estomac ; fgd : fibre géante droite ; fgg : fibre géante gauche ; gc : gouttière ciliée ; i : intes¬
tin ; mlc : muscle longitudinal central ; mld : mésentère latéral droit ; rnlg : mésentère latéral gauche ;
mlm : muscle longitudinal marginal ; mma : mésentère médian anal ; mmo : mésentère latéral oral ;
œs : œsophage ; pe : préestomac ; va : vaisseau accessoire ; vl : vaisseau latéral ; vld : vaisseau latéral
droit ; vlg : vaisseau latéral gauche ; vm : vaisseau médian.
544
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
Le profil des courbes de muscles longitudinaux (fig. 27, 28, 32, 33, 34) est générale¬
ment irrégulier, en pente forte pour les faibles valeurs et décroissant plus lentement pour
les valeurs plus fortes. La construction d’une courbe demande un échantillonnage élevé,
ce qui ne nous a pas permis d’en dresser pour chaque espèce.
Les muscles longitudinaux caractérisent généralement bien les différentes espèces,
mais, comme caractère taxonomique, ils doivent être utilisés avec prudence et ne font
généralement que confirmer la détermination d’une espèce.
IX. Gonades
Du fait de leur apparition saisonnière, il arrive fréquemment que les individus à déter¬
miner soient immatures ; les gonades ne peuvent donc être prises en considération pour tous
les exemplaires.
Zimmer (1964) a résumé dans un tableau les principaux caractères des gonades et des
glandes sexuelles annexes (organes lophophoriens et glandes nidamentaires). Nous repro¬
duisons ce tableau, en le modifiant d’après nos observations (tableau VIII).
1. Phoronis ovalis est dépourvue d’organes lophophoriens. Seule, Forneris (1959) a
observé la présence d’un seul organe, petit et médian ; si cela est exact, Pli. ovalis se classe¬
rait dans le type 3. De nombreux auteurs mentionnent que cette espèce est dioïque, tandis
que Silen (1952) indique qu’elle est hermaphrodite. La larve de Pli. ovalis est déposée dans
le tube de l’adulte et sa vie pélagique est très courte, environ quatre jours (Silen, 1954a).
Ph. ooalis se reproduit également par fission transverse (Harmer, 1917 ; Brattstrôm,
1943 ; Forneris, 1959), la séparation se faisant généralement dans la région non muscu¬
laire (fig. 36), et par bourgeonnement (fig. 36), le plus fréquemment dans la région non mus¬
culaire (Marcus, 1949 ; Forneris, 1959). Silen (1955) a également observé que le lopho-
phore autotomisé peut régénérer un nouvel individu.
2. Phoronis hippocrepia et Phoronis ijimai sont hermaphrodites et maintiennent leurs
embryons dans le lophophore, en deux masses (fig. 12 ; pl. I, fig. 2, 3), jusqu’au stade à
quatre tentacules. Les glandes nidamentaires, du type 2a, par lesquelles sont attachés
PLANCHE VIII
Fig. 1-4. — Néphridies du groupe 3 : Phoronis ijimai.
1. Coupe transversale des papilles néphridiales au niveau des néphridiopores (X 120 pour les figures 1
à 4). — 2. Coupe de la branche ascendante. — 3. Coupe au niveau des entonnoirs anaux. — 4. Coupe
au niveau des entonnoirs oraux, avec les prolongements des entonnoirs anaux. L’épaisseur du nerf
circulaire est plus importante que chez Phoronis hippocrepia.
Fig. 5. — Lophophore, coupe transversale (X 42) : Phoronis ijimai.
Fig. 6-7. — Coupes transversales dans la région musculaire du corps.
6. Phoronis ijimai (1 mm = 55 p,). — 7. Phoronis architecta; à comparer avec la figure 6, pl. VII,
(1 mm = 26 p).
A : branche ascendante ; a : entonnoir anal ; d : diaphragme ; est : estomac ; fgd : fibre géante droite ; fgg :
fibre géante gauche ; i : intestin ; mld : mésentère latéral droit ; mlg : mésentère latéral gauche ; n :
néphridiopore ; ne : nerf circulaire ; o : entonnoir oral ; œs : œsophage ; pe : préestomac ; pn : papille
néphridiale ; vl : vaisseau latéral ; vm : vaisseau médian.
mm
546
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
les embryons, sont situées à la base du lophophore dans la concavité lophophorale et sur
la face interne des tentacules (fig. 12 ; pl. III, fîg. 5). La larve de Ph. hippocrepia est Acti-
notrocha hippocrepia, décrite par Silen (1954a) ; celle de Ph. ijimai est actuellement Acti-
notrocha vancouverensis (Zimmer, 1964). La reproduction asexuée par fission transverse
a été observée par Marsden (1957) chez Ph. ijimai [Ph. çancouoerensis) et par Selys-
Longchamps (1907) chez Ph. hippocrepia.
Tableau VIII. — Principaux caractères des gonades et des glandes sexuelles annexes
(d’après Zimmer, 1964, modifié).
Type
Sexes
Glande nidamentaire
Organe lophophorien
Ph. ovalis .
1
<5 et ?
<59 ?
absente
absent
Ph. hippocrepia .
2
<59
2a
petit
2
<59
<59
2 a
petit
petit
Ph. australis .1
2
2 b
Ph. psammophila .
2
<5 et $
2c
large glandulaire
Ph. architecta .
3
<5 et $
absente
large glandulaire
3
<5 et ?
<59 ?
absente
large glandulaire
Ph. pallida .
3
<59
absente
large glandulaire
Php. albomaculata .
2?
<5 et $
<59 ?
présente ?
large
Php. harmeri .
3
<5 et $
absente
large membraneux
Php. californica .
3
d et 9 ?
?
large membraneux
3. Phoronis australis est hermaphrodite (pl. 11, fig. 7) et retient les embryons dans la
concavité lophophorienne jusqu’au stade à quatre paires de tentacules larvaires (Ikeda,
1902). Comme chez Ph. australis, les embryons de Ph. huskii sont collés sur une corde de
mucus (Mastermann, 1900), sécrétée par les glandes nidamentaires. Ces dernières sont
du type 2h ; elles sont situées à la hase de la concavité lophophorienne et sont très déve¬
loppées à cause de la complexité du lophophore (Zimmer, 1964). Ph. australis étant her¬
maphrodite, glandes nidamentaires et organes lophophoriens sont présents sur le même
individu, comme chez Ph. hippocrepia. Le développement embryonnaire a été étudié par
Kume (1953).
D’après les descriptions de Mc Intosh (1888) et de Mastermann (1900), Ph. buskii
possède les mêmes caractères sexuels que Ph. australis.
4. Phoronis psammophila (pl. II, fig. 8, 9) est dioïque (Selys-Longchamps, 1907 ;
M arsden, 1959 ; Emig, 1969a). Les organes lophophoriens sont présents chez les mâles
(pl. III, fig. 4) et les glandes nidamentaires, du type 2c, chez les femelles. Ces glandes
Fig. 36 . — Reproduction asexuée chez Phoronis ovalis.
À gauche , reproduction par fission transversale : l’individu I x est issu de la partie antérieure du corps et
l’individu I 2 de la partie postérieure ; une nouvelle cloison sépare les tubes des deux individus frères
(d’après Harmer, 1917 ). À droite, reproduction par bourgeonnement : l’individu I x avec deux bour¬
geons I 2 et I 3 (d’après Marcus, 1949 ).
amp : ampoule ; cl : cloison nouvelle ; est : estomac ; i : intestin ; lo : lophophore ; ml : muscle lon¬
gitudinal ; œs : œsophage ; pe : préestomac ; py : pylore ; s.sg. : sinus sanguin péristomacal ; tent. :
tentacule ; td : tube digestif envoyé dans le bourgeon.
548
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
forment une expansion épidermique sur les tentacules internes des pointes du lophophore.
Les embryons sont retenus en une seule masse dans la concavité lophophorienne.
La larve de Ph. psammophila est Actinotrocha hatscheki (Selys-Longchamps, 1907),
et celle de Ph. sabatieri est A. sabatieri (Roule, 1896). Mais Silen (1954a) pense qu’en réa¬
lité ces deux larves sont identiques à Actinotrocha hippocrepia et dans ce cas la larve de
Ph. psammophila reste à décrire.
5. Phoronis architecta est dioïque comme Ph. psammophila, mais diffère de cette der¬
nière par l’absence de glandes nidamentaires et par l’émission des œufs directement dans
l’eau de mer (Bdooks et Cowles, 1905 ; confirmation par communication personnelle du
D r Zimmer). D’après les descriptions de ces deux espèces, seules ces deux observations
peuvent permettre de les distinguer actuellement.
Brooks et Cowles (1905) rapportent Actinotrocha wilsoni A à Ph. architecta, mais sa
métamorphose n’a pas été étudiée.
6. Phoronis muelleri a été décrite comme hermaphrodite par Silen (1954a). Selys-
Longchamps (1903) n’a observé que la présence d’ovaires, tandis qu’EMic (1970) n’a
découvert qu’un seul individu avec un testicule peu développé, tous les autres possédant
des ovaires. Les glandes nidamentaires sont absentes, les œufs étant émis directement
dans l’eau de mer (Selys-Longciiamps, 1903 ; Steuer, 1933 ; Silen, 1952, 1954a). Acti¬
notrocha branchiata, décrite d’abord comme un animal adulte par Muller (1846), a été
rapportée à Ph. muelleri par Selys-Longchamps (1903).
7. Phoronis pallida est hermaphrodite (Silen, 1952 ; Marsden, 1959 ; Emig, 1969c).
Les organes lophophoriens sont larges et glandulaires, les glandes nidamentaires absentes ;
les œufs sont émis directement dans l’eau (Silen, 1954a). La larve de cette espèce est Acti¬
notrocha pallida, décrite par Schneider (1862). La métamorphose a été étudiée par Selys-
5 I 5 _
Longchamps (1907), l’adulte inconnu répondant à la formule musculaire : 18 = ^ | ^ . Cet
adulte a été découvert par Silen (1952), qui lui a donné le même nom d’espèce qu’à la
larve.
8. Phoronopsis albomaculata a été étudiée récemment par Emig et Thomassin (1969) ;
seuls les ovaires ont été découverts. Malheureusement, les exemplaires ont subi une trop
longue fixation, et si les organes lophophoriens ont été observés, nous ne pouvons affirmer
la présence simultanée de glandes nidamentaires, ce qui laisse supposer que cette espèce
serait hermaphrodite. Gilchrist (1907 ; 1919) ne donne aucune description relative aux
gonades, si ce n’est le dépôt des œufs sur la roche par les organes lophophoriens. Cette espèce
peut se reproduire par fission transverse (Gilchrist, 1919).
9. Phoronopsis harmeri est dioïque, comme la décrivent tous les auteurs. D’après
Zimmer (1964), les glandes nidamentaires sont absentes et les œufs émis directement dans
l’eau. Cet auteur nomme Actinotrocha A la larve de Php. harmeri. Torrey (1901) a décrit
Ph. pacifica comme dioïque ; nous ne possédons aucune indication sur les gonades de
Php. striata.
10. Phoronopsis californien est probablement dioïque. Chez quelques exemplaires,
nous avons observé des organes lophophoriens, comme ceux de Php. harmeri, et la présence
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
549
de spermatozoïdes au niveau des entonnoirs des néphridies ; nous n’avons pas remarqué
de glandes nidamentaires. Les gonades n’ont pas pu être étudiées, car les animaux n’ont
pas été récoltés en entier (Emig et Plante, 1969).
X. Autres caractères spécifiques
Quelques espèces possèdent en propre des caractères autres que ceux que nous venons
d’étudier.
1. Phoronis ovalis
Elle est caractérisée par l’absence des mésentères latéraux dans tout le métasome
(pl. VII, fig. 3, 4), par la présence du vaisseau « accessoire » et par deux vaisseaux laté¬
raux situés de chaque côté de la branche descendante du tube digestif (fig. 11 ; pl. Vil,
fig. 3, 4). Au niveau de l’œsophage, le vaisseau « accessoire » (Marcus, 1949) longe le mésen¬
tère médian ventral et va se jeter dans le vaisseau latéral gauche (Emig, 1969c). Lonoy
(1954) a découvert une valve œsophagienne, visible sur les coupes longitudinales et sépa¬
rant l’œsophage du préestomac.
2. Phoronis muelleri
Elle est caractérisée par l’absence du mésentère latéral gauche dans le métasome
(pl. VII, fig. 5). Ce mésentère n’est présent qu’au niveau des néphridies (pl. IV, fig. 8) ; il
disparaît lors de la courbure de l’intestin (Selys-Longchamps, 1903 ; Mamkaev, 1962 ;
Emig, 1970). Il débute près du diaphragme et forme, au niveau de l’entonnoir des néphridies,
une ouverture permettant à ce dernier de communiquer avec les cœlomes anal et oral,
comme le mésentère latéral droit (pl. IV, fig. 8).
3. Phoronis pallida
Nous ne ferons que rappeler la particularité de la musculature longitudinale et cir¬
culaire (fig. 30, 31).
550
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
E. SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
I. Genre Phoronis Wright, 1856 : absence de l’invagination sous le lopliophore.
1. Phoronis ovalis Wright, 1856
Biotope : espèce perforante ; roches et coquilles, principalement de mollusques et gastéropodes ;
de la zone intertidale à 50 m.
Longueur : jusqu’à 15 mm (diamètre de 0,25 à 0,35 mm).
Couleur : transparente, parfois brune dans le lophophore ou tout le corps.
Lopliophore : en forme d’ovale.
Tentacules : 15 à 28 (longueur : 0,3 à 1,2 mm).
Néphridies : du type à un seul entonnoir ; absence de la branche descendante ; néphridiopore sur
papille anale, au niveau de l’anus.
Fibres géantes : absentes (parfois une à gauche et une à droite, diamètre 2,5 p).
, . . .. rr>r cœlome gauche : 12 — 21.
Muscles longitudinaux : [25 — 39] ; cœlome § roit . 13 _ 19
Gonades : hermaphrodite ou dioïque ; absence des organes lophophoriens et des glandes nida-
mentaires.
Autres caractères : absence des mésentères latéraux ; présence du vaisseau sanguin « accessoire »
au niveau de l’œsophage ; présence de deux vaisseaux sanguins latéraux gauche et droit :
présence d’une valve œsophagienne.
Figures : 1, 4, 11, 20, 33, 35, 36. Tableaux : I-V, VII, VIII. Planches : III (1, 10, 11,
12) ; VII (3, 4).
2. Phoronis hippocrepia Wright, 1856
Synonymes : Ph. gracilis Van Beneden, 1858 ; Ph. kowalevskii (Caldwell) Benham, 1889 ;
Ph. caespitosa Cori, 1889 ; Ph. capensis Gilchrist, 1907.
Biotope : espèce perforante ou encroûtante ; roches ou coquilles, généralement d’huîtres ; de
la zone intertidale à 48 m.
Longueur : jusqu’à 100 mm (diamètre : 0,2 à 1,5 mm).
Couleur : gris verdâtre, jaunâtre ou rose chair.
Lophophore : en forme de fer à cheval, souvent avec les pointes fortement incurvées vers la con¬
cavité lophophorale.
Tentacules : 50 — 210 (longueur : 2 — 5 mm).
Néphridies : du type à deux entonnoirs : anal grand, oral petit ; absence de la branche descen¬
dante ; branche ascendante divisée en deux chambres horizontales ; néphridiopore sur papille
néphridiale libre, au-dessus ou au niveau de l’anus.
Fibres géantes : deux, une à gauche (diamètre : 4 — 10 p) et une à droite (diamètre 1 — 7 p).
7 _ 15 | 7 _ 16
Muscles longitudinaux : [24 -— 43] g- —TTZ -Jq
Gonades : hermaphrodite ; organes lophophoriens petits, glandes nidamentaires du type 2a ;
embryons retenus en deux masses dans le lophophore.
Figures : 1, 4, 22a, 26, 28, 29, 34, 35. Tableaux : I-V, VIL Planches : I, III (5), V (1-
7), VII (7).
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
551
3. Phoronis ijimai Oka, 1897
Synonyme : Phoronis oancouçerensis Pixell, 1912.
Biotope : espèce encroûtante ou perforante ; roches ou coquilles ; de la zone intertidale à plus de
8 m.
Longueur : 30-100 mm (diamètre : 0,5-2 mm).
Couleur : rose à transparent ; parfois, présence de pigmentation blanche dans le lophophore.
Lophophore : en forme de fer à cheval, avec les pointes fortement incurvées vers la cavité lopho-
phorale.
Tentacules : 72-226 (longueur : 2-5 mm).
Néphridies : du type à deux entonnoirs : anal grand, oral petit ; absence de la branche descen¬
dante ; branche ascendante en arc de cercle aplati ; néphridiopore sur papille néphridiale
libre, au-dessus ou au niveau de l’anus.
Fibres géantes : deux, une à gauche (diamètre : 3-10 p) et une à droite (diamètre : 2-8 p).
or7 10 — 31 | 13 — 31
Muscles longitudinaux i o7 ■ b9 2 ^ j ^ 1.3
Gonades : hermaphrodite ; organes lophophoriens petits, glandes nidamentaires du type 2« ;
embryons retenus en deux masses dans le lophophore.
Figures : 12. Tableaux : I-V, VII. Planche : VIII (1-6).
4. Phoronis australis Haswell, 1883
Synonyme : ? Ph. buskii Mc Intosh, 1888.
Biotope : partie muqueuse des tubes de Cérianthes ; de la zone intertidale à 30 m ; ? sables.
Longueur : 50 — 200 mm (diamètre : 2 — 5 mm).
Couleur : lophophore pourpre foncé à noir, ou transparent ; corps pourpre foncé à noir dans la
partie antérieure, ou rose-jaune.
Lophophore : enroulement des pointes en spirales à 2,5-3,5 tours.
Tentacules : 600 à 1 000 environ (longueur : 5-16 mm).
Néphridies : du type à deux entonnoirs : anal grand, oral petit ; absence de la branche descen¬
dante ; branche ascendante en arc de cercle ; néphridiopore sur la papille néphridiale plus
ou moins libre, au-dessus ou au niveau de l’anus.
Fibres géantes : deux, une à gauche (diamètre : 5-11 p) et une à droite (diamètre : 3-13 p).
17 — 29 | 14 — 27
Muscles longitudinaux : [43 — 81] -jg-j—g- jj-
Gonades : hermaphrodite ; organes lophophoriens petits, glandes nidamentaires du type 2 b ;
embryons retenus sur une corde de mucus dans le lophophore.
Figures : 2, 3, 4, 5, 18, 22c, 35. Tableaux : I-V, VII, VIII. Planches : II (7), III (7),
V (8, 9, 10), VII (8).
4'. Phoronis buskii Mc Intosh, 1888
Caractères semblables à ceux de Ph. australis, sauf :
Biotope : sables, 18-37 m.
Fibres géantes : aucune indication.
552
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
5. Phoronis bhadurii Ganguly et Majumdar, 1967
Biotope : sédiment sablo-vaseux de la zone intertidale.
Longueur : 58-94 mm (diamètre : 2 mm sous le lophophore, 1 mm dans la partie postérieure : ces
mesures laissent supposer que les exemplaires n’ont pas été récoltés en entier, ce que semble
confirmer les figures des auteurs).
Lophophore : enroulement en spirale à 3 tours.
Tentacules : 1 406 (longueur : 6,5 à 8 mm).
Gonades : œufs adhérant aux tentacules.
Cette diagnose est évidemment largement insulïisante pour définir une nouvelle espèce,
d’autant que les auteurs estiment que le nombre de tentacules, particulièrement élevé,
est suffisant pour créer une nouvelle espèce (!). En comparant Ph. bhadurii aux autres
espèces de Phoronidiens, nous ne pouvons que la rapprocher de Ph. buskii, malgré l’avis
contraire des auteurs, mais d’après leurs figures il pourrait également s’agir d’une nou¬
velle espèce du genre Phoronopsis. La place de Ph. bhadurii ne pourra être définie qu’après
l’étude de tous les autres caractères taxonomiques et l’on ne peut que regretter que Gan¬
guly et Majumdar ne l’aient pas faite.
6. Phoronis muelleri Selys-Longchamps, 1903
Biotope : des vases aux sables fins, pouvant être chargés d’une fraction grossière ; de 7 à 140 m.
Longueur : 50-120 mm (diamètre : 0,2 à 1 mm).
Couleur : lophophore avec une pigmentation en grains, jaunâtre à rouge ; corps chair, jaunâtre.
Lophophore : en forme de fer à cheval avec les pointes légèrement incurvées vers la cavité lopho-
phorale. Les tentacules prébuccaux diminuent de longueur dans le plan médian jusqu’à deve¬
nir aussi courts que les post buccaux.
Tentacules : 40 — 98 (longueur : 1 mm environ).
Néphridies : du type à un seul entonnoir ; branche descendante courte ; branche ascendante s’ouvrant
sur la papille anale ; néphridiopore généralement au niveau de l’anus.
Fibre géante : unique, à gauche (diamètre : 7-40 g).
g _ | g _ ^/j
Muscles longitudinaux : [23 — 30] g--g- j- g —g
Gonades : probablement hermaphrodite ; organes lophophoriens larges et glandulaires ; absence
de glandes nidamentaires ; émission des œufs directement dans l’eau de mer.
Autre caractère : absence du mésentère latéral gauche, sauf au niveau des néphridies.
Figures : 1, 3, 4, 16, 21a, 32, 35. Tableaux : I-V, VII, VIII. Planches : II (1), III (2),
IV (7, 8), VII (5).
7. Phoronis psammophila Cori, 1889
Synonymes : Ph. sabatieri Roule, 1889 ; ? Ph. architecta Andrews, 1890.
Biotope : des vases aux sables fins, pouvant être chargés d’une fraction grossière plus ou moins
importante ; herbiers ; massifs d’Hermelles ou de Mercierella ; de la zone intertidale à 18 m.
Longueur : 60-190 mm (diamètre : 0,5-2 mm).
Couleur : lophophore transparent avec une pigmentation blanche en grains plus ou moins abon¬
dants ; corps rose à orange. Parfois, lophophore coloré temporairement en jaune, vert ou
rouge.
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
553
Lophophore : en forme de fer à cheval, avec les pointes plus ou moins incurvées vers la concavité
lophophorale.
Tentacules : 60-130 (longueur : 1,5 à 2,5 mm).
Néphridies : du type à un seul entonnoir ; branche descendante courte ; néphridiopore sur la papille
anale, sous l’anus.
Fibre géante : unique, à gauche (diamètre : 7-27 jx) ; parfois rudimentaire à droite.
7 — 16 1 7 — 17
Muscles longitudinaux : [25 — 46] ^-Ï1~P4-9
Gonades : dioïque ; organes lophophoriens larges, glandulaires ; glandes nidamentaires du type 2c ;
embryons retenus dans la concavité lophophorale en une seule masse.
Figures : 1, 4, 8, 10, 21 b, 25, 27, 28, 35. Tableaux : I-VIII. Planches : II (2-6, 8, 9),
III (4), IV (1-6), VII (6).
7'. Phoronis architecta Andrews, 1890
Mêmes caractères que P h. psammophila, sauf absence des glandes nidamentaires et
émission des œufs directement dans l’eau de mer.
Planche VIII, fig. 7.
8. Phoronis pallida (Schneider, 1862) Silen, 1952
Biotope : sables et vases ; 1 à 12 m de profondeur.
Longueur : jusqu’à 140 mm (diamètre : 0,3 à 1 mm).
Couleur : rose-jaune.
Lophophore : en forme de fer à cheval.
Tentacules : 50-140 (longueur : 2,5 mm environ).
Néphridies : du type à deux entonnoirs : anal légèrement plus grand que l’oral ; branche descen¬
dante aussi longue que l’ascendante ; néphridiopore sur la papille anale, au niveau de l’anus.
Fibre géante : unique, à gauche (diamètre : 15-20 p).
Muscles longitudinaux : [18 — 19] ~--- 7-7
4 | 4
Gonades : hermaphrodite ; organes lophophoriens larges et glandulaires ; absence des glandes
nidamentaires et émission des œufs directement dans l’eau.
Autres caractères : musculature circulaire présentant trois sphincters ; musculature longitudinale
divisée en six zones, les muscles marginaux et centraux étant plus ou moins développés
selon ces zones.
Figures : 4, 13, 14, 23, 30, 31, 35. Tableaux : I-V, VII, VIII. Planches : III (13, 14),
VII (1, 2).
IL Genre Phoronopsis Gilchrist, 1907 : présence d’une invagination sous le lophophore.
1. Phoronopsis albomaculata Gilchrist, 1907
Biotope : sables grossiers, colmatés par une fraction fine ; profondeur : de quelques mètres à
27 m.
Longueur : 80-150 mm (diamètre : 0,5 à 2 mm).
Couleur : lophophore transparent avec une pigmentation blanche en grains ; corps légèrement
jaune.
8 , 6
554
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
Lophophore : en forme de fer à cheval avec les pointes incurvées vers la cavité lophophorale.
Tentacules : 96-126 (longueur : 2-3 mm).
Néphridies : du type à deux entonnoirs : anal petit, oral grand ; branche descendante longue ;
le néphridiopore s’ouvre dans l’invagination, sur la papille anale (sur repli épidermique),
sous l’anus.
Fibre géante : unique, à gauche (diamètre : 15-24 p).
Muscles longitudinaux : [67 — 941 ^-yÜ-rr?;- tf -
L 11 — 18 | 10 — 15
Gonades : hermaphrodite ou dioïque ; organes lophoplioriens larges ; peut-être des glandes nida-
mentaires.
Invagination : peu profonde (0,1 mm environ).
Figures 3, 4, 24a, 35. Tableaux : I-V, VII, VIII. Planches : III (3), VI (1, 2), VII (9).
2. Phoronopsis harmeri Pixell, 1912
Synonymes : Ph. (Php.) pacifica Torrey, 1901; Php. viridis Hilton, 1930; Php. striata
Hilton, 1930.
Biotope : vase, sables, sables grossiers ; de la zone intertidale à 89 m.
Longueur : 40-220 mm (diamètre : 0,6 à 4 mm).
Couleur : vert pâle ; taches pigmentaires blanches dans les tentacules.
Lophophore : enroulement en spirales à 1,5-2 tours.
Tentacules : 100-400 (longueur : 2-5 mm).
Néphridies : du type à deux entonnoirs : anal petit, oral grand ; branche descendante longue ;
néphridiopore s’ouvrant dans l’invagination, sur la papille anale (sur repli épidermique), sous
l’anus.
Fibre géante : unique, à gauche (diamètre : 20-40 p) ;
dies.
r _ n . ocn 20 — 48 | 23
Muscles longitudinaux : [79 — 138]
fibre droite atrophiée au niveau des néphri-
- 55
13 — 27 | 13 — 26
Gonades : dioïque ; organes lophophoriens larges et membraneux ; absence des glandes nidamen-
taires et émission des œufs directement dans l’eau.
Invagination : bien marquée.
Figures : 4, 15, 17, 24 b, 35. Tableaux : I-V, VII, VIII. Planches : III (6), VI (3, 4),
VII (10).
3. Phoronopsis californica Hilton, 1930
Biotope : vase et sables grossiers ; profondeur : de quelques mètres à 17 m.
Longueur : 220 à plus de 450 mm (diamètre : 2,5 à plus de 4 mm).
Couleur : lophophore orange, rouge, de couleur plus vive que le corps ; corps orange à marron
foncé.
Lophophore : enroulement hélicoïdal à 4-5 tours ou plus (longueur : 5 à 7 mm).
Tentacules : plus de 1 500 (longueur : 2 à 2,5 mm).
Néphridies : du type à deux entonnoirs : anal grand, oral petit ; branche descendante longue ;
le néphridiopore s’ouvre dans l’invagination sur la papille anale (sur le repli épidermique),
sous l’anus.
Fibre géante : unique, à gauche (diamètre : 70-80 p) ; libre droite atrophiée au niveau des néphridies.
Muscles longitudinaux : [180 — 227] ^ -gg
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
555
Gonades : probablement dioïque ; organes lophophoriens larges et membraneux.
Invagination : profonde (environ 1 mm).
Figures : 2, 4, 19, 24c, 35. Tableaux : I-V, VII, VIII. Planches : III (8, 9), VI (5 à 8),
VII (11).
Discussion sur les synonymies
1. Phoronis gracilis
Elle a été décrite très sommairement par Van Beneden (1858) sous le nom de Cre-
pina gracilis. Ph. gracilis a déjà été reconnue comme très proche de Ph. hippocrepia par
Wright (1859). Silen (1952) a mis Ph. gracilis en synonymie avec Ph. hippocrepia, avis
que nous partageons entièrement. En effet, en 1903, Selys-Longchamps redécrit cette
espèce et la distingue de Ph. hippocrepia par ses néphridies et sa fibre géante unique, à
gauche. Or, Selys-Longciiamps mentionne que les individus examinés étaient imma¬
tures ; cet auteur confirme en 1907 qu’il s’agissait de jeunes et nous avons signalé dans
un chapitre précédent les erreurs d’interprétation possibles, concernant les néphridies de
jeunes exemplaires. Si Selys-Longchamps (1903) mentionne une seule fibre géante chez
Ph. gracilis, cet auteur, en 1907, n’a observé aucune fibre chez Ph. hippocrepia.
2. Phoronis kowalevskii
Cette espèce est considérée par Selys-Longciiamps (1907) comme la forme encroû¬
tante de Ph. hippocrepia, forme perforante. La synonymie de ces deux espèces a été démon¬
trée précédemment (Emig, 1967a) et dans le présent travail.
3. Phoronis capensis
D’après Gilchrist (1907), cette espèce « is closely related to Ph. hippocrepia ». Tous
les caractères de ces deux espèces sont communs, sauf la fibre géante mentionnée unique¬
ment à gauche. Mais comme chez Ph. gracilis, il est plus que probable que la fibre droite
soit présente. Rappelons que Marsden (1959) considère comme un critère de détermina¬
tion la difficulté de mettre en évidence les fibres nerveuses géantes chez Ph. hippocrepia.
4. Phoronis vancouverensis
Pixell (1912), en découvrant et décrivant Phoronis vancouverensis, la distingue de
Phoronis hippocrepia d’après cinq caractères, dont le seul que nous puissions actuellement
encore retenir est le nombre plus élevé de muscles longitudinaux. Ce critère a d’ailleurs été
repris par Zimmer (1964). Marsden (1959), par contre, range ces deux espèces dans « a
single highly variable species complex of very wide geographical distribution ». Une étude
récente (Emig, 1971) a permis de comparer Phoronis ijimai et Ph. vancouverensis, récoltées
respectivement dans leur localité type et de conclure en leur synonymie. Chacune de ces
556
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
deux espèces a été comparée par les auteurs avec Ph. hippocrepia, mais elles l’ont été rare¬
ment entre elles ; il est vrai que jusqu’à présent la diagnose de Ph. ijimai était très succincte.
5. Phoronis buskii
La synonymie de Phoronis buskii avec Phoronis australis a déjà été proposée par
Benham (1889) ; Mastermann (1900), en revanche, estime qu’il s’agit de deux espèces
distinctes. Bien que tous les caractères taxonomiques de Ph. buskii ne soient pas connus,
il est fort probable que ces deux espèces soient très proches, voire synonymes.
6 . Phoronis sabatieri
Ne sachant sur quel caractère distinguer Phoronis sabatieri de Phoronis psammophila
Selys-Longciiamps (1907) les a étudiées simultanément. Elles ont été mises en synonymie
par Emig (19686).
7. Phoronis architecta
En examinant récemment de nombreux exemplaires de Phoronis architecta, il ne m’a
pas été possible de les distinguer de Phoronis psammophila. Néanmoins, les deux espèces
diffèrent par l’absence, chez Ph. architecta, des glandes nidamentaires (Zimmer, 1964) et
par l’émission des œufs directement dans l’eau de mer (Brooks et Cowles, 1905), tandis
que Ph. psammophila retient les embryons quelque temps dans son lophophore, en une seule
masse (Roule, 1900 ; Selys-Longchamps, 1907). Une étude comparative des larves et
de leur métamorphose, à moins qu’un autre caractère ne soit découvert, devrait permettre
de statuer, car actuellement nous ne voyons pas sur quel critère il est possible de les séparer,
surtout quand les exemplaires sont immatures.
8 . Phoronopsis viridis
La synonymie de Phoronopsis viridis avec Phoronopsis harmeri a été démontrée par
Marsden en 1959.
9. Phoronis pacifica
Cette espèce a été décrite en 1901 par Torrey, donc avant la création du genre Pho¬
ronopsis par Gilchrist (1907). De par ses caractères taxonomiques, cette espèce est pro¬
bablement synonyme de Php. harmeri et se classe dans le genre Phoronopsis (Mamkaev,
1962 ; Zimmer, 1964). La présence de l’invagination n’a pas été remarquée par Torrey
(1901) ; mais, chez une espèce qu’il rapporte à Ph. pacifica, Hilton (1930) décrit : « this
body-wall fold is chiefly on the anal side of the animal », ce qui corrobore l’appartenance
de cette espèce au genre Phoronopsis. Les autres caractères taxonomiques connus sont :
biotope (dans vases et sables de la zone intertidale) ; longueur (jusqu’à 90 mm) ;
lophophore (enroulement en spirale à 1,5 — 2 tours) ; tentacules (170-200) ; fibres géantes
et muscles longitudinaux (voir Php. harmeri) ; gonades (dioïque).
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
557
10. Phoronopsis striata
Décrite succinctement par Hilton (1930), elle se rapproche de Php. harmeri par la
longueur, la couleur, la forme du lophophore, le nombre de tentacules, les muscles longi¬
tudinaux et lafibre nerveuse géante ; les autres caractères ne sont pas mentionnés.
Pour conclure, nous restons conscient que la plupart des synonymies ont été obtenues
d’après des descriptions souvent sommaires et peuvent dans l’avenir se révéler fausses.
Néanmoins, d’après les caractères taxonomiques utilisés, certaines synonymies peuvent
être considérées comme définitives : Ph. kowalevskii, Pli. gracilis avec Ph. hippocrepia ;
Ph. sahatieri avec Ph. psammophila, appuyée par l’étude d’exemplaires de la localité type
(étang de Thau) ; Php. viridis avec Php. harmeri ; Ph. vancouverensis avec Ph. ijirnai.
558
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
F. CLÉ DE DÉTERMINATION
La clé, dressée ci-après, ne doit pas être considérée comme suffisante pour déterminer
une espèce. Son but est de faciliter l’orientation d’une détermination. Cette clé ne fait
intervenir que quelques caractères principaux des espèces, mais l’ensemble des caractères
taxonomiques doit être vérifié.
Lophophore de forme ovale. Néphridies à un entonnoir, pas de branche descendante.
Absence des mésentères latéraux. Espèce perforante. Phoronis ovalis
II. — Lophophore en fer à cheval.
A. Néphridies à un entonnoir, branche descendante courte. Une seule fibre géante, gauche.
1. — Tentacules prébuccaux de même longueur que les tentacules postbuccaux, laté¬
raux plus longs. Néphridiopore au niveau de l’anus. Absence du mésentère
latéral gauche dans la région musculaire. Phoronis muelleri
2. — Néphridiopore sous anus. Tous les mésentères présents. Dioïque.
a) Présence de glandes nidamentaires, embryons en une seule masse dans le lopho¬
phore . Phoronis psammophila
b) Absence des glandes nidamentaires, émission des œufs directement dans l’eau. .
Phoronis circhitecta
B. Néphridies à deux entonnoirs.
1. — Entonnoir anal grand, oral petit. Pas d’invagination sous le lophophore. Herma¬
phrodite.
a) Absence de la branche descendante des néphridies. Présence d’une papille néphri-
diale. Deux fibres géantes, gauche et droite. Espèce perforante ou encroû¬
tante.
— Branche ascendante en deux chambres horizontales ; muscles longi¬
tudinaux de 24 à 43. Phoronis hippocrepia
— Branche ascendante en arc de cercle aplati ; muscles longitudinaux de
37 à 68. Phoronis ijimai
b) Entonnoir anal légèrement plus grand que l’oral. Branche descendante aussi
longue que l’ascendante. Une seule fibre géante, gauche. Musculature cir¬
culaire (3 sphincters) et longitudinale (6 zones) particulière.
Phoronis pallida
2. •— Entonnoir anal petit, oral grand. Longue branche descendante. Invagination
peu profonde. Une seule fibre géante, gauche.
Phoronopsis albornaculata
III. — Lophophore à enroulement en spirale. Néphridies à deux entonnoirs.
A. Entonnoir anal grand, oral petit. Absence de la branche descendante des néphridies.
Pas d’invagination sous le lophophore. Deux fibres géantes, gauche et droite. . . .
Phoronis australis
B. Entonnoir anal petit, oral grand. Longue branche descendante des néphridies. Invagina¬
tion bien marquée. Une seule fibre géante, gauche. . . . Phoronopsis harmeri
IV. — Lophophore à enroulement hélicoïdal. Néphridies à deux entonnoirs, anal grand, oral
petit. Longue branche descendante des néphridies. Invagination profonde.
Phoronopsis californien
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
559
Recommandations
Pour la détermination d’une espèce, il est indispensable d’établir une diagnose, dans
laquelle doivent figurer tous les caractères taxonomiques et leurs variations. Afin d’éviter
à l’avenir des descriptions incomplètes, nous proposons de donner une diagnose type :
Biotope. Noter le maximum de données concernant le sédiment, la faune, les courants ...
Longueur. A mesurer, si possible, sur les animaux en extension ou sur des tubes entiers, ainsi que
le diamètre sous le lophophore et au niveau de l’ampoule.
Couleur. A décrire sur l’animal vivant.
Invagination. Pour la détermination du genre, noter son absence ou sa présence.
Lophophore. Noter sa forme et sa longueur. S’assurer qu’il n’est pas en cours de régénération.
Eviter son autotomie en fixant rapidement les individus après la récolte.
Tentacules. Généralement se dénombrent au tiers inférieur du lophophore.
Néphridies. Etudier les caractères principaux d’après le tableau IV.
Fibres nerveuses géantes. Indiquer leur nombre et leur diamètre dans la région musculaire du corps.
Au niveau des néphridies, vérifier si une deuxième fibre, rudimentaire ou atrophiée, n’est
pas présente, à droite.
Muscles longitudinaux. Etablir sur le maximum d’exemplaires possible les formules musculaires ;
les indiquer, ainsi que la formule générale et la formule moyenne.
Gonades. Présence ou absence. Exemplaire dioïque ou hermaphrodite. Étudier les caractères des
organes lophophoriens et des glandes nidamentaires.
Autres caractères. Indiquer si nécessaire l’absence des mésentères, la disposition des vaisseaux
sanguins, les particularités de la musculature...
A l’exception des trois premiers, tous les caractères nécessitent une étude sur coupes
histologiques.
560
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
DISCUSSION
L’étude des caractères taxonomiques des diverses espèces de Phoronidiens nous a
montré qu’il est possible de subdiviser la classe des Phoronidiens en cinq groupes, qui ne
concordent pas avec les catégories proposées par Silen (1952) et Marsden (1959). Afin
de mieux pouvoir les comparer, nous les avons résumés dans le tableau ci-après (sans tenir
compte des synonymies).
Silen (1952)
Marsden (1959)
Emig
1
Ph. ovalis .
Ph. ovalis
Ph. ovalis
2
Ph. hippocrepia .
Ph. australis .
Ph. psammophila .
Ph. hippocrepia
Ph. austrcdis
Ph. hippocrepia
Ph. ijirnai
Ph. austrcdis
Ph. muelleri .
Ph. muelleri
Ph. muelleri
3
Ph. psammophila
Genre Phoronopsis
Ph. psammophila
4
Ph. pallida .
Ph. pallida
Ph. pallida
5
Genre Phoronopsis .
—
Genre Phoronopsis
Les groupes que nous avons définis se caractérisent ainsi :
1. Plioronis ovalis est la plus petite espèce. Son lophophore est simple, en forme d’ovale ; les
néphridies sont peu développées, l’entonnoir n’est qu’une ouverture dans la branche ascendante
unique (la branche descendante est absente). Ph. ovalis ne possède ni mésentères latéraux, ni
fibres nerveuses géantes. Le développement larvaire est différent de celui des autres espèces (Silen,
1954a) et la reproduction asexuée fréquente, par fission transverse ou par bourgeonnement.
2. Plioronis hippocrepia, Phoronis ijirnai et Phoronis australis sont caractérisées par des néphri¬
dies du type à deux entonnoirs, sans branche descendante, par des papilles néphridiales, par
deux fibres nerveuses géantes. Elles sont hermaphrodites et incubent les embryons dans la con¬
cavité lophophorale.
3. Phoronis muelleri et Phoronis psammophila se distinguent par des néphridies du type à
un seul entonnoir et une branche descendante, par une seule fibre géante gauche, par un déve¬
loppement plus important à gauche des muscles longitudinaux.
4. Phoronis pallida est caractérisée par la musculature circulaire (trois sphincters) et longi-
/
tudinale (six zones), par un nombre constant de muscles longitudinaux ( d’après la formule :
5 | 5 \ _ _ \
18 = j> P ar des néphridies du type à deux entonnoirs et une branche descendante aussi
longue que l’ascendante.
SYSTEMATIQUE DES PHORONIDIENS
561
5. Le genre Phoronopsis présente une invagination à la hase du lophophore, plus ou moins
marquée selon les espèces. Les néphridies, du type à deux entonnoirs, possèdent une longue branche
descendante. La fibre géante est unique à gauche dans le corps, tandis que la droite est générale¬
ment atrophiée au niveau des néphridies. Le nombre de muscles longitudinaux est très élevé.
Silen (1952) place Ph. psammophila dans le groupe 2. Comme le pense Marsden
(1959), cette espèce ne peut être mise dans ce groupe, dont elle ne possède aucun carac¬
tère, mais dans le groupe 3. Le maintien du genre Phoronopsis est réfuté par Silen (1952),
car cet auteur estime que Ph. muelleri, Ph. pallida et Ph. ovalis pourraient aussi constituer
chacune un genre. Nous pensons également que chacun des quatre premiers groupes pour¬
rait fort bien former un genre distinct, mais nous avons rejeté cette éventualité afin de
ne pas compliquer la systématique des Phoronidiens. Néanmoins, le genre Phoronopsis se
distingue des autres espèces par la présence de l’invagination du lophophore et par la mor¬
phologie des néphridies ; ces caractères motivent, à notre avis, le maintien de ce genre.
Marsden (1959) range dans le même groupe Ph. muelleri, Ph. psammophila et le genre
Phoronopsis, car ils n’ont d’affinités avec aucun des autres groupes. En réalité, d’après
notre subdivision, les groupes 3 et 5 n’ont aucun caractère commun.
11 est intéressant de remarquer que ces cinq catégories peuvent se distinguer princi¬
palement par la morphologie des néphridies (tableau IV), ce qui confirme l’importance
de ce caractère taxonomique.
562
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
APPENDICE
I. Phoronidiens fossiles
Trois travaux relatent l’existence de Phoronidiens fossiles. Fenton et Fenton (1934)
attribuent les tubes de Scolithus dans des grès à l’activité des Phoronidiens. Avnimelech
(1955) a découvert des exemplaires du genre Phoronopsis dans du calcaire maestrichtien
en Israël, ainsi que Ph. hippocrepia dans le Cénomanien supérieur, le Turonien inférieur
et dans des grès calcaires du Pliocène inférieur. Dans l’île de Wight, Phoronis ovalis per¬
fore un test à’ Echinocorys (Echinide), découvert dans le Crétacé (Joysey, 1959).
II. Durée de vie des Phoronidiens
Pour Phoronis hippocrepia, la durée de vie est d’environ une année. Forneris (1959)
a conservé des exemplaires pendant un an dans un aquarium, puis ils ont « disparu ». Ikeda
(1901) pense que les générations sont annuelles et que les larves sont attirées par un agent
chimiotrope émis par l’adulte, ou par la putréfaction de ce dernier. D’après Cori (1930),
les Phoronidiens vivent également une année environ. Chez Phoronis psammophila, nous
pensons que la durée d’une génération est légèrement supérieure à une année, d’après des
observations en plongée et les résultats fournis par l'étude des muscles longitudinaux.
III. Parasites des Phoronidiens
Selys-Longciiamps (1907) a observé la présence de Grégarines dans l’épithélium
intestinal et stomacal de Ph. psammophila et de Ph. hippocrepia-, elles sont surtout fréquentes
dans les individus à ovaires mûrs. Comme Selys-Longciiamps (1907), nous avons décou¬
vert dans la région supérieure du métasome, généralement près des néphridies, la présence
de Distomes dans des exemplaires de l’étang de Berre. Kozloff (1945) a décrit un Cilié
ectoparasite, Heterocineta phoronopsidis, dans les tentacules de Php. harmeri à Tomales
Bay (Californie).
Remerciements
Nous tenons à adresser nos remerciements à tous ceux qui ont contribué et collaboré à la
réalisation de ce travail : MM. les Professeurs Delamare Deboutteville, Fauré-Fremiet,
Haget, Lévi, Silen ; D r Swedmark, D r Forneris ; MM. Gruet, Lienhart, Plante, Tho-
massin ; M me Lagardère ; M lle Oi.livier ; l’fnstitut biologique d’Arcachon, le Centre national
de la Recherche scientifique, la Station zoologique de Kristineberg et le Muséum d’Histoire natu¬
relle de Stockholm ; M me Tiiomassin, MM. Becherini et Marigliano pour leur collaboration
technique. Et nous remercions tout particulièrement M. le Professeur J. M. Pérès, Directeur
de la Station marine d’Endoume.
SYSTÉMATIQUE DES PHORONIDIENS
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Manuscrit déposé en septembre 1969.
568
CHRISTIAN-CHARLES EMIG
Addendum
Depuis l’achèvement du manuscrit de cette publication, nous avons poursuivi l’étude des
Phoronidiens, et notamment celle de certains caractères taxonomiques auxquels ont été apportées
des précisions complémentaires. Nous ne tenons pas à entrer ici dans le détail des nouveaux résul¬
tats, mais simplement à renvoyer le lecteur aux travaux qui en font état et qui complètent ceux
de cette publication :
Emig, C. C., 1972. — Phoronidiens de Madagascar. Téthys, suppl. 5 ( sous presse).
— 1972. — Phoronidiens récoltés lors de la campagne « Biaçores » du N/O « Jean Charcot »
(3 octobre-20 novembre 1971) ( sous presse).
Emig, C. C., C. Herberts et B. A. Thomassin, 1972. — Association de Phoronis australis
(Phoronidien) et de Cerianthus maua (Cérianthaire) dans les zones récifales de Madagascar. Mar.
Biol. (sous presse ).
Deux travaux, actuellement en cours de rédaction, portent, l’un sur l’étude de la variation
des nombres de muscles longitudinaux chez Phoronis psammophila Cori, et l’autre, en collabora¬
tion avec P. Brunel, sur Phoronis muelleri récoltée dans la baie de Gaspé (Canada).
Par l’adjonction de ces quelques références, le lecteur aura, au moment de la parution de
ce travail, la mise au point des principales connaissances sur la taxonomie et la systématique des
Phoronidiens.
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Achevé d'imprimer le 30 juin 1972.
IMPRIMERIE NATIONALE
1 564 002 5
Recommandations aux auteurs
Les articles à publier doivent être adressés directement au Secrétariat du Bulletin du
Muséum national d’Histoire naturelle, 61, rue de Bufîon, 75-Paris, 5 e (adresse provisoire).
Ils seront accompagnés d’un résumé en une ou plusieurs langues. L’adresse du Laboratoire
dans lequel le travail a été effectué figurera sur la première page, en note infrapaginale.
Le texte doit être dactylographié à double interligne, avec une marge suffisante, recto
seulement. Pas de mots en majuscules, pas de soulignages (à l’exception des noms de genres
et d’espèces soulignés d’un trait).
Il convient de numéroter les tableaux et de leur donner lin titre ; les tableaux
compliqués devront être préparés de façon à pouvoir être clichés comme une figure.
Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
Les dessins et cartes doivent être faits sur bristol blanc ou calque, à l’encre de chine.
Envoyer les originaux. Les photographies seront le plus nettes possible, sur papier brillant,
et normalement contrastées. L’emplacement des figures sera indiqué dans la marge et les
légendes seront regroupées à la fin du texte, sur un feuillet séparé.
Un auteur ne pourra publier plus de 100 pages imprimées par an dans le Bulletin,
en une ou plusieurs fois.
Une seule épreuve sera envoyée à l’auteur qui devra la retourner dans les quatre jours
au Secrétariat, avec son manuscrit. Les « corrections d’auteurs » (modifications ou addi¬
tions de texte) trop nombreuses, et non justifiées par une information de dernière heure,
pourront être facturées aux auteurs.
Ceux-ci recevront gratuitement 50 exemplaires imprimés de leur travail. Ils pourront
obtenir à leur frais des fascicules supplémentaires en s’adressant à la Bibliothèque cen¬
trale du Muséum : 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75-Paris, 5 e .