BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
11 ! i ! ! 11111 ! 111 ! 111111 ! 11 ! I ! 1111 ! ! I
PUBLICATION BIMESTRIELLE
N° 120
MARS-AVRIL 1973
I I I I I
zoologie
92
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : P r M. Vachon.
Comité directeur : P rs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr. M.-L. Bauciiot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr. N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His¬
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum
36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
Crédit Lyonnais, agence Y-425) ;
— pour tout ce qui concerne la rédaction, au Secrétariat du Bulletin, 57, rue
Cuvier, 75005 Paris.
Abonnements pour l’année 1973
Abonnement général : France, 360 F ; Étranger, 396 F.
Zoologie : France, 250 F ; Étranger, 275 F.
Sciences de la Terre : France, 60 F ; Étranger, 66 F.
Écologie générale : France, 60 F ; Étranger, 66 F.
Botanique : France, 60 F ; Étranger, 66 F.
Sciences physico-chimiques : France, 15 F ; Étranger, 16 F.
International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 120, mars-avril 1973, Zoologie 92
Bryozoaires de la Campagne de la « Thalassa »
(3-12 août 1967)
par Jean-Loup d’Hondt *
Résumé. — Inventaire de la collection de Bryozoaires Ectoproctes draguée en août 1967
dans l’océan Atlantique au cours de la mission de la « Thalassa ». Redescription d’espèces mal
connues. Diagnose de Cellaria harmelini n. sp. (Cheilostome Anasca).
Zusammenfassung. — Verzeichnis der Sammlung von Bryozoa Ectoprocta, die in August
1967 wahrend der « Thalassa » ’s Unternehmung in atlantischen Meer gebaggert würden. Neue
Beschreibung der bishcr wenig bekannten Arten. Beschreibung von Cellaria harmelini n. sp. ( Chei-
lostomata Anasca).
Abstract. — Inventorv of the collection of Ectoprocta Polyzoa dredged in august 1967 by
the mission of “ Thalassa ” in the Atlantic Océan. Redescription of little known species. Des¬
cription of Cellaria harmelini n. sp. (Cheilostomatous Anasca).
La faune bryozoologique du talus continental atlantique est jusqu’à présent connue
par le matériel dragué lors des expéditions du « Travailleur » et du « Talisman » (Julliex,
1882 ; Calvet, 1906a, b, c ), du « Caudan » (Calvet, 1896), de F « Hirondelle » (Jullien
et Calvet, 1903 ; Calvet, 1931), de la « Vienne » (Guérin-Gaxivet, 1911) et du « Jean-
Charcot » (d’IIoxdt, 1970). De nombreuses espèces inédites ont été décrites à l’occasion
de ces Campagnes ; nombre d’entre elles n’avaient jamais été retrouvées depuis lors, et
les insuffisances de leurs descriptions originales ne permettaient pas toujours de les situer
dans l’ensemble de la classification des Bryozoaires. La connaissance de plusieurs de ces
espèces a pu être améliorée par l’étude d’une collection draguée par la mission de la « Tha¬
lassa » dans l’océan Atlantique au large des côtes franco-espagnoles (3-12 août 1967). Les
Bryozoaires de la « Thalassa » avaient tout d’abord été transmis au British Muséum où un
premier tri avait été effectué par Miss Patricia L. Cook, désireuse de conserver pour les
collections de son établissement des échantillons de quelques-unes des espèces collectées ;
nous avons ensuite repris l'étude d’ensemble de ces exemplaires. Nous tenons donc à adres¬
ser nos sincères remerciements à Miss Cook qui a bien voulu nous confier les notes préli¬
minaires prises à l’occasion du passage de cette collection au British Muséum et à M. E. Buge
du laboratoire de Paléontologie du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris qui
nous a permis la consultation d’échantillons de référence de la collection Canu.
* Muséum national d’Histoire naturelle, Laboratoire de Biologie des Invertébrés marins et Malaco¬
logie, 67, rue Cuvier, 75005 Paris.
120, 1
366
JEAN-LOUP d’hONDT
L’ordre systématique que nous avons adopté ici est celui de la classification de Bas-
sler (1953). La collection de la « Thalassa » comporte 40 espèces étudiables ; plusieurs
autres formes, trop érodées ou détériorées pour pouvoir être déterminées, sont brièvement
mentionnées. Line liste des formes étudiées figure dans le tableau I où nous mentionnons
celles de ces espèces récoltées par les précédentes expéditions ; plusieurs d’entre elles, parmi
les plus intéressantes et les plus mal connues, n’avaient été draguées que par le « Travail¬
leur » et le « Talisman » et n’avaient jamais été citées dans la littérature, même lors des
révisions d’ensemble de Levinsen (1909) et de Canu et Bassler (1920 et 1923) (« Lepralia »
polygonia Jullien, 1882, par exemple) ; une redescription s’avérait donc nécessaire. Dans
ce travail, nous ne nous attarderons que sur les espèces intéressantes et précédemment
mal décrites ; les photographies que nous donnons concernent en outre quelques espèces
dont les illustrations, existant à ce jour dans la littérature, nous paraissent insuffisantes.
La comparaison des conditions de récolte permet de préciser les exigences écologiques
de certaines de ces espèces ; ainsi Cribrilina alcicornis Jullien, 1882, semble très localisée
(entre 41-44° N et 8-12° W) et inféodée à des zones caillouteuses sur un fond très vaseux,
indépendamment de la profondeur. Dakaria polygonia (Jullien, 1882) n’est connue que
de profondeurs relativement réduites (462-1 068 m) et de cailloux dragués dans des zones
de sables fins vaseux, de 35-44° N et toujours à une longitude voisine de 9° W. Jubella enu-
cleata Jullien, 1882, surtout rencontrée dans des fonds caillouteux, n’est connue que d’une
zone comprise entre 43-44° 12' N et 7-12° W. Palmicellaria tenais Calvet, 1906, a également
été récoltée dans une zone méridienne étroite (7-9° W) mais beaucoup plus vaste en latitude
(35-45° N). Les Bryozoaires de la « Thalassa » proviennent de 27 des 77 stations prospec¬
tées, les trois plus riches étant T. 471, T. 503 et T. 512 ; les caractéristiques de chacune
d’entre elles figurent dans le tableau II ; nous y précisons les espèces qui y ont été recueil¬
lies.
Nous tenons à adresser nos plus sincères remerciements à M. le Pr L. Laurier et à
M me C. Thiriot qui nous ont autorisé l’accès et l’utilisation du Microscope électronique à
balayage « Stéréoscan », type « Cambridge n° 4 » au Centre océanologique de Bretagne
(CNEXO) de Brest, nous permettant de réaliser la quasi-totalité des photographies qui
illustrent ce travail.
Tableau I. — Comparaison des récoltes des différentes expéditions.
« Caudan »
« Travailleur »
et
« Talisman »
« Hirondelle »
et
«Princesse
Alice »
« Vienne » « Charcot » « Thalassa *
Ordre Cheilostomata Busk, 1852.. .
Section Anasca Levinsen, 1909. . . .
Division Cellularina Smitt, 1868.. .
Fam. Scrupocellariidae Levinsen,
1909.
Caberea boryi .
Scrupocellaria incurvatci .
+
+ + +
BRYOZOAIRES DE LA CAMPAGNE DE LA « THALASSA »
367
« Caudan »
« Travailleur »»
et
« Talisman »
« Hirondelle »
et
« Princesse
Alice »
« Vienne »
« Charcot » « Thalassa »
Notoplites jefjreysi .
Jubella enucleata . -f-
Fam. Bicellariidae Levinsen, 1909.
Bicellarina alderi .
Bicellariella ciliata .
Division Pseudostega Levinsen,
1909.
Fam. Cellariidae Hincks, 1880.
Cellaria harmelini n. sp.
Division Coelostega Harmer, 1926.
Fam. Setosellidae Levinsen, 1909..
Setosella vulnerata . +
Fam. Clidoniidae Busk, 1884.
Crépis longipes . +
Division Malacostega Silen, 1941. .
Fam. Fdectridae Stach, 1937.
Pyripora catenularia . +
Fam. Alderinidae Canu et Bassler,
1927. ....
Amphiblestrum trifolium .
Amphiblestrum flemingi .
Alderina imbellis . +
Fam. Flustridae Smitt, 1867.
Terminoflustrci barleei .
Division Cribrimorpha Lang, 1916.
Fam. Cribrilinidae Hincks, 1880.. .
Cribrilinu alcicornis . +
Section Ascophora Levinsen, 1909.
Fam. Schizoporellidae Jullien,
1903...
Schizomavella auriculata . + +
Schizoporella linearis . + +
Dakaria polygonia . +
Fam. Adeonidae Jullien, 1903.
Adeonellopsis distoma . +
Anarthopora monodon . -f-
Fam. Mucronellidae Levinsen,
1909.
Escharella octodentata .
Escharella abyssicola . +
Mucronella peachi . +
Palmicellaria tenuis . -f-
Smittina landsborovii . +
Porella compressa .
Phoceana columnaris .
Fam. Hippoporinidae Bassler,
1935...
Pseudoflustra aviculata . +
Fam. Celleporidae Busk, 1852.
+ +
+
+
+
+
+ +
368
JEAN-LOUP d’hONDT
« Travailleur »
« Hirondelle »
« Caudan »
et
« Vienne »
« Charcot »»
« Thalassa
« Talisman »
« Princesse
Alice »
Cellepora pumicosa .
+
+
+
Fam. Gigantoporidae Bassler,
1935.
Tessaradoma gracilis .
+
+
Ordre Cyclostomata Busk, 1852. . .
Sous-ordre Articulata Busk, 1852.
Fam. Crisiidae Johnston, 1847. . ..
Crisidia cornuta .
+
+
Crisia aculeata .
+
+
+
Crisia eburnea denticulata ?...
+
Sous-ordre Tubuliporina Milne-
Edwards, 1838.
Fam. Terviidae Canu et Bassler,
1920.
Teroia irregularis ?.
+
+
+
+
+
Fam. 1 ubuhporidae Johnston,
1838.
Idmonea atlantica .
+
+
+
+
+
Stomatopora granulala .
+
+
+ +
+
Stomatopora dilatans .
+
+
+
Proboscina major .
+
+
+
+
+
Sous-ordre Kectangulata Waters,
1887.
Fam. Lichenoporidae Smitt, 1886..
Lichenopora hispida .
+
+
+
+
+
Tableau II. — Caractéristiques des différentes « stations à Bryozoaires ».
Stations
Profondeurs
( en mètres)
Coordonnées
Observations et faune
T.
436
360
47°56,0' N
07°52,7' W
Un peu de sable vaseux et quelques cailloux calcaires
de 5 cm.
Caberea boryi (Audouin, 1826).
Cellaria harmelini n. sp.
T.
437
332
47°57,0' N
07°49,0' W
Un peu de vase et de sable fin. Du corail vivant et
mort. Débris de roche en place.
Caberea boryi (Audouin, 1826).
T.
439
276
47055,5' N
07050 , 2 ' W
Sable fin.
Pyripora catenularia (Jameson, 1814).
Porella compressa (Sowerby, 1806).
T.
441
560
470.56,4' N
07°51,4' W
Sable fin vasard avec débris de cailloux et de roche
calcaire friable.
BRYOZOAIRES DE LA CAMPAGNE DE LA « THALASSA » 369
Profondeurs
Stations . , . Coordonnées
(en métrés)
Observations et faune
T. 442
290
47°55,2' N
07°51,3' W
T. 443
400
47°55,6' N
07051,3' W
T. 450
340
47058,3' N
07°50,0' W
T. 451
358
47°57,5' N
07°50,7' W
T. 459
235
47059,5' N
07°48,6' W
T. 460
290
43o35,6' N
08057,2' W
T. 464
604
43035,5' N
09°03,8' W
T. 466
798 à
43°36,3' N
802
09°04,8' W
T. 471
562 à
43°40,0' N
574
08°57,2' W
Caberea boryi (Audouin, 1826).
Scrupocellaria incurvata Waters, 1896.
Porella compressa (Sowerby, 1806).
Reteporidae.
Sable vaseux riche en grosses coquilles de Chlamys.
Amphiblestrum flemingii (Busk, 1854).
Alderina imbellis (Hincks, 1860).
Porella compressa (Sowerby, 1806).
Crisia aculeata (Hassall, 1841).
Stomatopora granulata (Milne-Edwards, 1838).
Stomatopora sp.
Proboscina major (Johnston, 1847).
Sable vaseux et vase compacte en grosses mottes.
Caberea boryi (Audouin, 1826).
Stomatopora sp.
Blocs de grès friable, du corail.
Caberea boryi (Audouin, 1826).
Terminoflustra aff. barleei (Busk, 1860).
Porella compressa (Sowerby, 1806).
Lichenopora hispida (Fleming, 1826).
Grès friable et corail très abondant.
Caberea boryi (Audouin, 1826).
Scrupocellaria incurvata Waters, 1896.
Cellaria harmelini n. sp.
T erminoflustra afï. barleei (Busk, 1860).
Escharella octodentata (Hincks, 1880).
Escharella abyssicola (Norman, 1868).
Porella compressa (Sowerby, 1806).
Stomatopora sp.
Sable coquillier un peu vasard, moyen à grossier. Du
gravier et des débris de corail mort.
Adeonellopsis distoma (Busk, 1859).
Amphiblestrum trifolium (Wood, 1844).
Mucronella peac.hi (Johnston, 1847).
Porella compressa (Sowerby, 1806).
Phoceana columnaris (Jullien, 1903).
Idmonea sp.
Sable vaseux.
Amphiblestrum trifolium (Wood, 1844).
Proboscina major (Johnston, 1847).
Stomatopora sp.
Sable fin.
Alcyonidium sp. ?
Sable lin, vasard, avec vase en mottes. Du gravier et
quelques cailloux. 5-10 cm.
Schizomavella auriculata (Hassall, 1841).
Dakaria polygonia (Jullien, 1882).
Sable fin très vaseux, des cailloux.
Setosella vulnerata (Busk, 1860).
Crépis longipes Jullien, 1882.
120, 2
370
JEAN-LOUP D HONDT
_ Profondeurs _ , „
Stations Coordonnées Observations et faune
en métrés)
T. 473
386 à
44°05,4' N
394
08°40,1' W
T. 474
519
44<>11,0' N
08041,3' W
T. 476
620
44oll,2' N
08040,9' W
T. 478
513 à
44°09,9' N
550
08°45,9' W
T. 479
466
44o08,6' N
08o51,0' W
T. 483
488 à
43°58,3' N
490
08o40,7' W
T. 491
995
43041,2' N
08057,6' W
T. 493
990
43031,2' N
08059,2' W
T. 498
328
44000,6' N
07o06,8' W
T. 501
580
44004,2' N
06057,9' W
Cribrilma alcicornis Jullien, 1882.
Cellepora pumicosa selon Gautier, 1961.
Cellepora sp.
Schizoporella linearis (Hassall, 1841).
Dakaria polygonia (Jullien, 1882).
Escharella abyssicola (Norman, 1868).
Smittina landsborovii (Johnston, 1847).
Crisia sp.
Idmonea atlcintica Forbes, 1847.
Stomatopora granulata (Milne-Edwards, 1838).
Stomatopora sp.
Pas de sédiment dans la drague. Un débris de coquille.
Stomatopora sp.
Roche et cailloux.
Terminoflustra afî. barleei (Bush, 1860).
Idmonea atlantica Forbes, 1847.
Roche et cailloux.
Jubella enucleata Jullien, 1882.
Terminoflustra aff. barleei (Busk, 1860).
Tervia irregularis (Meneghini, 1844) ?
Un gros bloc (40 X 30 X 20 cm) couvert d’épifaune sur
toutes ses faces. Fonds : vraisemblablement chaos de
blocs.
Caberea boryi (Audouin, 1826).
Bicellarina alderi (Busk, 1859).
Bicellariella ciliata (Linné, 1758).
Palmicellaria tennis Calvet, 1906.
Crisidia cornuta (Linné, 1758).
Idmonea atlantica Forbes, 1847.
Lichenopora hispida (Fleming, 1826).
Sable moyen à grossier, un peu vasard. Des débris
d’huîtres fossiles très taraudés et du mâchefer,
quelques blocs 10-25 cm.
Anarthropora monodon (Busk, 1860).
Stomatopora granulata (Milne-Edwards, 1838).
Sédiments grossiers avec débris de mâchefer et blocs
divers.
Stomatopora granulata (Milne-Edwards, 1838).
Stomatopora dilatons (Johnston, 1847).
Blocs de roche en place arrachés.
Dakaria polygonia (Jullien, 1882).
Sable fin vaseux à coquilles de Ptéropodes. Quelques
morceaux de mâchefer.
Beteporidae.
Sable fin vaseux légèrement coquillier, pas d’élé¬
ments grossiers.
Tesseradoma gracilis (Sars, 1850).
Un gros bloc anguleux (40 X 25 X 10 cm) et de nom¬
breux cailloux, du calcaire perforé et de la glaise
consolidée.
BRYOZOAIRES DE LA CAMPAGNE DE LA « THALASSA »
371
_ Profondeurs _
STATIONS , , , COORDONNEES OBSERVATIONS ET FAUNE
en métrés)
T. 503
490
44°00,7'
N
07°06,9'
W
T.
506
490
O rfN
^1 JN
O O
O o
Of
"co "-a
T.
507
810
44°01,7' N
06°58,9' W
T.
510
1000
44°02,2' N
06°58,3' W
T.
511
750
44°02,2' N
07°02,0' W
T.
512
510 à
44o01,6' N
630
07«01,9' W
Bicellarina alderi (Busk, 1859).
Roche, un gros bloc de calcaire dur taraudé : 50 X
45 X 20 cm ; des cailloux nombreux et de la vase
abondante ; des débris d’huîtres fossiles.
Caberea boryi (Audouin, 1826).
Scrupocellaria incurvata Waters, 1896.
Notoplites jeffreysi (Norman, 1868).
Jubella enucleata Jullien, 1882.
Terminoflustra aff. barleei (Busk, 1860).
Reteporidae indéterminables.
Pseudoflustra aviculata (Calvet, 1906).
Escharella abyssicola (Norman, 1868).
Phoceana columnaris Jullien, 1903.
Crisia eburneodenticulata Srnitt (in Busk, 1875).
Idmonea ailantica Forbes, 1847.
Lichenopora sp.
Gros cailloux abondants : calcaire et glaise consoli¬
dée.
Lichenopora sp.
Gros cailloux : calcaire et grès friable.
Escharella abyssicola (Norman, 1868).
Roche, du corail.
Schizomavella fischeri (Jullien, 1882).
Roche, bloc de calcaire compact, cailloux englués dans
un ciment calcaire, ensemble très taraudé.
Jubella enucleata Jullien, 1882.
Cailloux calcaires assez abondants, diamètre moyen
20 cm.
Caberea boryi (Audouin, 1826).
Scrupocellaria incurvata Waters, 1896.
Jubella enucleata Jullien, 1882.
Cellaria harmehni n. sp.
Terminoflustra aff. barleei (Busk, 1860).
Reteporidae indéterminables.
Pseudoflustra aviculata (Calvet, 1906).
Palmicellaria tenais Calvet, 1906.
Crisidia cornuta (Linné, 1758).
Idmonea atlantica Forbes, 1847.
372
JEAN-LOUP D HONDT
I. Ordre CHEILOSTOMATA Busk, 1852
1. Section ANASCA Levinsen, 1909
Division Cellularina Smitt, 1868
Famille Scrupocellariidae Levinsen, 1909
Scrupocellaria incurvata Waters, 1896
IIincks, 1880 : 50-52 ; Calvet, 1896 : 252 ; 1906c : 374 ; 1931 : 65 ; Jullien et Calvet, 1903 :
34 et 123 ; Marcus, 1937 : 56-58 ; Gautier, 1961 : 90-92 ; Ryland, 1963 : 11 ; Bobin et Prenant,
1966 : 432-435 ; d’Hondt, 1970 : 243-246.
L’ovicelle est sensiblement aussi long que large, toujours associé à un petit aviculaire
frontal. Un grand scutum est implanté près de l’épine proximale interne, et couvre presque
totalement l’area ; il est plus ou moins réniforme à lobes inégaux. Quatre à six épines (géné¬
ralement 3 externes, 2 internes). La chambre radiculaire est égale à plus du tiers de la lon¬
gueur de la zoécie. Les aviculaires latéraux sont gros et pourvus d’un bec très crochu. L’area
chevauche la zoécie distale. La longueur de la soie vibraculaire est équivalente à celle de
l’autozoécie. Taille d’une zoécie normale : 400-440 fx.
St. : T. 441, 451, 503, 512.
Jubella enucleata Jullien, 1882
(PI. II, 9-10)
Jullien, 1882 : 23-24 : Calvet, 1906a : 155 ; 1906c : 377 ; Bobin et Prenant, 1966 : 456-
457.
Le zoarium est unilaminaire et dressé, ramifié dichotomiquement, chaque branche
étant formée de rangées alternantes (en général 3) de zoécies. Pour chacune de ces dernières,
les faces frontales et les apertures sont disposées, soit latéralement, soit de face par rapport
à une orientation privilégiée des rameaux, ce qui permet de définir pour chaque colonie
une face frontale et une face basale. Sur celle-ci, les parois basales des zoécies dessinent
des zones rectangulaires beaucoup plus longues que larges ; elles sont plus étroites vers
l’arrière et disposées de part et d’autre d’une sorte de raphé bien visible. Les ramifications
sont articulées les unes aux autres par des joints chitinoïdes de couleur jaune. A chaque
ramification, une des deux jeunes branches part de l’une des zoécies latérales, l’autre d’une
courte zoécie de la file centrale, toutes deux dépourvues d’aperture. La face frontrale, en
BRYOZOAIRES DE LA CAMPAGNE DE LA « THALASSA »
373
forme de gouttière, est plus profonde à l’extrémité antérieure ; elle part à l’arrière en des¬
sous d’un surplomb formé par la partie antérieure avicularisée de la zoécie suivante. L’ori¬
fice est tout à fait antérieur ; il est recouvert d’une area membraneuse et représente environ
le tiers de la longueur totale de la loge. Le côté basal de l’orifice est rectiligne ; les bords
latéraux presque parallèles ne se rapprochent que peu et insensiblement, si bien que le bord
antérieur forme un arc de cercle à large rayon de courbure. La face basale est très finement
et irrégulièrement granuleuse. Il n’y a ni scutum ni soie vibraculaire.
L’aviculaire, à mandibule triangulaire presque isocèle, deux fois plus haute que large,
recourbée en bec de rapace à son extrémité, est dirigé un peu obliquement. Il est planté
à la partie distale de chaque zoécie, du côté externe, juste au-dessus de l’aperture. La man¬
dibule fixe est disposée presque perpendiculairement à l’axe de la ramification et son extré¬
mité est redressée verticalement. Il n’a pas été observé d’ovicelles, ni de cavités elliptiques
comparables à celles décrites par Jullien.
Dimensions : longueur des autozoécies : 700 p. environ ; largeur zoéciale : 150-180 p ;
longueur de l’aviculaire : 40 p.
L’ovicelle ne porte aucun aviculaire. Sa longueur est équivalente à celle d’une auto-
zoécie, et il est nettement divisé en deux parties : une partie proximale effilée (représentant
les deux cinquièmes de la longueur totale de la loge), et une partie distale élargie (une fois
et demie la largeur d’une zoécie normale), longuement ovalaire, arrondie à ses deux extrémi¬
tés suivant un arc de cercle à large rayon de courbure. Les contours extérieurs de cette
seconde région sont parfaitement symétriques, aussi bien selon son axe longitudinal que
selon son axe transversal. La surface frontale des deux parties est finement granuleuse.
Le bord antérieur de l’orifice constitue un péristome assez épais formant casque, et se pro¬
longeant de chaque côté, sur chacun des bords de la partie distale, par une cannelure. Au
niveau de raccord de la partie distale à la partie proximale, ces cannelures convergent
brusquement l une vers l’autre en devenant moins saillantes, et dessinent à la face de la
région proximale un angle aigu s’effilant de plus en plus vers l’arrière. L’orifice représente
toute la largeur de la partie antérieure de cette dernière ; il est régulièrement elliptique,
sa hauteur étant égale aux deux tiers de sa largeur. L’opercule, enfoncé obliquement dans
l’orifice, ne couvre que la région postérieure et profonde de celui-ci. La cavité ovicellaire
est remplie d’une substance de couleur jaune. Sans doute est-ce l’examen d’échantillons
dont les parties frontales ovicellaires distales avaient été détériorées qui a conduit Jullien
à décrire des cavités ovalaires éparses dans le zoarium.
St. : T. 476, 503, 512.
Répartition. — Atlantique tempéré européen (golfe de Gascogne, côtes espagnoles).
Cette espèce n’avait jamais été retrouvée depuis les récoltes du <c Travailleur » et du « Talis¬
man » qui étaient à l’origine de la description initiale.
374
JEAN-LOUP d’hONDT
Division Pseudostega Levinsen, 1909
Famille Cellariidae Ilincks, 1880
Cellaria harmelini n. sp.
(PL I, 2-4)
Description
Le zoarium est érigé et forme une colonie d’environ 3 cm de hauteur ; sur
cette hauteur on dénombre de 6 à 7 entre-nœuds, les trois plus courts (2-4 mm) étant les
entre-nœuds basaux ; les autres peuvent atteindre 8-9 mm dans les cas extrêmes. Les rami¬
fications sont grêles (0,5 mm de diamètre), mais, à certains niveaux correspondant aux
parties fertiles (une ou deux par entre-nœud), elles s’épaississent d’une manière elaviforme
jusqu’à 0,9 mm comme chez C. normani Hastings.
La morphologie des autozoécies est variable suivant les niveaux. Dans les parties
stériles, elles sont du type pseudohexagonal, distantes l’une de l'autre dans chaque file
longitudinale, mais en contact avec alternance d’une rangée longitudinale à l’autre. Elles
mesurent alors 700-750 p de longueur sur 300-350 p au niveau de la largeur maximale,
l’area et l’orifice zoécial 250 p de largeur sur 100-120 p de hauteur. Le cadre entourant la
dépression centrale s’effile beaucoup vers l’arrière et le point de plus forte largeur est situé
au niveau de l’arrière de l’orifice. Les proportions des diverses parties de l’autozoécie sont
celles données par Bobin et Prenant (1966, pl. 383, fig. 1).
Dans les parties fertiles, l’aréolation est du type rhomboïdal ; les loges entrent en con¬
tact l’une avec l’autre dans chaque file longitudinale par un côté sensiblement rectiligne.
La longueur des autozoécies est plus réduite que dans le cas précédent (450-500 p), la lar¬
geur maximale sensiblement la même que dans le cas précédent. L’orifice zoécial (de 110-
140 p de large sur 80-90 p de haut) est situé au même niveau (de la moitié au tiers distal)
que chez Cellaria sinuosa (Hassall, 1841). Nous n’avons pas observé les rhizoïdes basaux
des entre-nœuds signalés par Bobin et Prenant (1966) chez C. normani. Dans les zones
de transition entre les parties fertiles et non fertiles, on passe insensiblement de la première
à la seconde des morphologies autozoéciales par diminution progressive de l’arête de l’aréo-
lation séparant deux zoécies hexagonales successives. Dans chaque jeune entre-nœud en
cours de croissance, les différentes zones fertiles et non fertiles se déterminent immédiate¬
ment à leur emplacement et avec leurs caractères morphologiques définitifs. La lèvre proxi¬
male de l’orifice autozoécial est arquée, mais sans incisures latérales nettes.
PLANCHE I
1. — Tesseradoma gracilis Sars, 1850 : zoccie (x 105).
2. — Cellaria harmelini n. sp. : fragment de zoarium (x 19).
3. — Cellaria harmelini n. sp. : zoécies dans la zone fertile (x 100).
4. — Cellaria harmelini n. sp. : zoécies dans la zone stérile (X 110).
5. — Dakaria polygonia (Jullien, 1882) : quelques zoécies (X 30).
6. — Dakaria polygonia (Jullien, 1882) : opercule (x 153).
PLANCHE I
376
JEAN-LOUP ü’hONDT
Les ovicelles n’existent que dans les zones fertiles. Les aviculaires sont rares dans
les parties stériles, plus nombreux dans les parties fertiles. Ils sont portés par une zoécie
avicularienne de petite taille (100-120 p, environ de longueur sur 160-180 p. de largeur),
plus ou moins triangulaire ou hémicirculaire (rectangulaire dans les parties fertiles, rappe¬
lant la figure 123 VI de Bobin et Prenant, 1966). La mandibule est implantée au tiers
de la longueur de cette zoécie en partant de la région proximale ; la mandibule avicula¬
rienne est courte (une quarantaine de microns au plus), en forme de secteur de cercle
aplati et dirigée distalement.
La forme de la mandibule, la taille de la zoécie avicularienne, la forme et la position
de l’orifice autozoécial, l’aréolation ne permettent pas d’assimiler la forme draguée par
la « Thalassa » à une de celles décrites par Harmer (1926), Osburn (1950), Robertson
(1905), Rogick (1956) et Waters (1904). Le polymorphisme autozoécial a été signalé par
Hastings (1946) chez C. normani, et Galopim de Carvalho (1963) a généralisé cette notion
à un certain nombre d’espèces, établissant une relation entre le diamètre de la ramification
considérée et la forme de ses zoécies. Il a établi des paramètres dont la valeur et l’intervalle
de variabilité seraient typiques d’une espèce. L’espèce C. neviani décrite par cet auteur,
par ses dimensions et surtout par la forme et la taille de ses aviculaires, est également diffé¬
rente de celle de la « Thalassa ».
Nous sommes en parfait accord avec les auteurs récents qui estiment nécessaire une
révision systématique des Cellaria tenant compte du polymorphisme zoécial en fonction
du diamètre des ramifications. L’espèce de la « Thalassa » s’écarte de toutes les formes
affines et nous pensons qu’il s’agit d’une espèce nouvelle distincte, bien qu’apparentée
à C. normani Hastings, 1946, et surtout à C. salicornia (Pallas, 1766). Les paramètres de
Galopim de Carvalho nous donnent pour cette espèce des valeurs différentes de celles des
espèces précédentes (cf. Bobin et Prenant, 1966) : LZ/lz = 1,7 à 2,2 ; Ds/lz = 1,4 à 3.
Diagnose. — Cellaria dont les ramifications zoariales présentent un ou deux rendements
au port grêle, aux entre-nœuds relativement allongés. Suivant les niveaux, polymorphisme zoécial
du type rhomboïdal au type pseudohexagonal. Zoécies de grande taille ; aviculaires minuscules
à mandibule large et courte, en forme de secteur de cercle et dirigée distalement. Paramètres de
Galopim de Carvalho : LZ/lz = 1,7 à 2,2 ; Ds/lz = 1,4 à 3.
St. : T. 436, 451, 512. Zoaria servant de support à des Hydraires.
Division Malacostega Silén, 1941
Famille Alderinidae Canu et Rassler, 1927
Alderina imbellis (Hincks, 1860)
Hinkcs, 1880 : 160-162 ; Calvet, 1906a : 155 ; 1906c : 389 ; Canu et Bassler, 1920 : 140 ;
1930 : 17 ; Bobin et Prenant, 1966 : 212-213.
Les échantillons de la « Thalassa » s’écartent de la description de Bobin et Prenant
(1966) par l’absence très fréquente de la dépression ovieellaire. Lorsque celle-ci existe,
elle est rectangulaire comme chez la forme typique ; parfois aussi, elle est réduite à une
1> CO Ci
PLANCHE II
— Caberea boryi (Audouin, 1826) : zoécies, face frontale (X 110).
— Caberea boryi (Audouin, 1826) : zoécies, face dorsale (x 66).
. — Jubella enucleata Jullien, 1882 : ovicelle (X 92).
10. — Jubella enucleata Jullien, 1882 : autozoécie (x 125).
11. — Terminoflustra afî. barleei (Busk, 1860) : autozoécies et aviculaires (x 100).
12. — Jubella c nucleata Jullien, 1882 : aviculaire (X 530).
378
JEAN-LOUP D’HONDT
petite dépression allongée et étroite, sensiblement rectangulaire également et atteignant
la mi-longueur proximale de l’ovicelle. Celui-ci est de forme variable ; s’il est parfois allongé
comme le figurent Bobin et Prenant, il est plus fréquemment plus large que long (carac¬
tère ne coexistant jamais avec la présence d’une grande dépression rectangulaire), rappelant
celui d’ I. smitti Osburn, 1950, figuré par cet auteur (planche 6). Nous rattachons l’animal
de la « Thalassa » à l’espèce de Hincks, en raison de la forme de la dépression ovicellaire
lorsqu’elle existe.
St. : T. 442.
Répartition. — Côtes atlantiques européennes, Bassin méditerranéen, mer du Nord,
Philippines.
Famille Flustiiidae Smitt, 1867
Terminoflustra afî. barleei (Busk, 1860)
(PL II, 11)
Hincks, 1880 : 122-123 ; Ki.uge, 1962 : 316 ; Bobin et Prenant, 1966 : 189-190 ; d’Hondt,
1970 : 244.
Les exemplaires étudiés ressemblent beaucoup à ceux dragués lors de la Campagne
du « Jean-Charcot » (d’Hondt, 1970). Ils ne s’en différencient que par la forme un peu moins
arrondie des aviculaires (les côtes en sont plus rectilignes, la hauteur est nettement moins
haute que la hase) ; ce caractère rapproche davantage cette forme de T. barleei que de
T. tenella (Hincks, 1887). Par ailleurs, l’épine signalée par Bobin et Prenant (1966) chez
T. tenella n’a pas été observée, et ceci apparente encore davantage l’animal dragué par la
« Thalassa » à T. barleei. De nombreux embryons ont été observés dans les ovicelles. Lon¬
gueur des zoécies : 600-800 p.
St. : T. 450, 451, 474, 476, 503, 512.
Répartition. — Côtes européennes atlantiques et de la mer du Nord.
Division Cribrimorpha Lang, 1916
Famille Cribrilinidae Hincks, 1880
Cribrilina alcicornis Jullien, 1882
(PL III, A, B)
Jullien, 1882 : 12-13 ; Calvet, 1906a : 155 ; 1906c : 399 ; Bobin et Prenant, 1966 : 578
580.
L’espèce décrite par Jullien (1882) à partir de trois colonies n’avait jamais été retrou¬
vée depuis lors. Deux de ces échantillons originaux sont conservés dans les collections
BRYOZOAIRES DE LA CAMPAGNE DE LA « THALASSA »
379
du Muséum national d’Histoire naturelle. L’exemplaire de la « Thalassa » (une petite colo¬
nie, dont seules 3 ou 4 zoécies sont en bon état) est conforme à cette description. Nous
ne la compléterons que sur quelques points.
Dimensions : longueur zoéciale : 500-550 p, ; largeur zoéciale : 350-400 p ; longueur de
l’aviculaire : 50-55 p ; taille des épines palmées : 110-140 p ; nombre de costules : 15-16.
PLANCHE III
A, B : Cribrilina alcicornis Jullien, 1882 (X 70 et X 110).
Les épines palmées sont très longuement pédonculées, implantées sur les côtés de
l’aperture, elles s’élargissent considérablement en un limbe portant en général cinq denti-
culations. Aviculaire porté par un petit processus plus ou moins saillant, mais son dévelop¬
pement ne semble pas en rapport avec la position de la zoécie dans la colonie, c’est-à-dire
en fonction de son âge. L’aviculaire présente sa mandibule arrondie à son extrémité.
St. : T. 471.
Répartition. — Côte nord-ouest de l’Espagne.
2. Section ASCOPHORA Levinsen, 1909
Famille Schizoporellidae Jullien, 1903
Dakaria polygonia (Jullien, 1882)
(PL I, 5-6)
Jullien, 1882 : 17 ; Calvet, 1906c : 410.
Cette espèce a été décrite par Jullien (1882) à partir de deux échantillons provenant
respectivement des dragages du « Travailleur » et du « Talisman » (actuellement conservés
dans les collections du Muséum national d’Histoire naturelle), et n’a jamais été retrouvée
ensuite. Trois zoaria ont été dragués par la « Thalassa ».
La longueur moyenne des zoécies est : 0,80-1,20 mm (pouvant atteindre 1,75 mm dans le
380
JEAN-LOUP d’hONDT
cas des loges les plus périphériques ; ancestrula de 0,40-0,50 mm) ; les largeurs sont pour
la zoécie : 0,6-0,75 mm, pour l’aperture : 0,25-0,30 mm.
Le zoarium est encroûtant. Les zoécies, polygonales, de forme irrégulière, sont séparées
les unes des autres par des sillons au fond desquels existe un filet saillant. L’aperture est
un peu plus large que haute, débordant en général par rapport au sillon antérieur. La face
frontale est nettement bombée en un dôme longitudinal partant postérieurement à l’aper-
ture, s’aplanissant ensuite peu à peu vers l’arrière et latéralement ; elle est perforée de
petits pores circulaires moyennement denses, reliés par de fines stries, et marquée de fines
granulations peu visibles. L’orifice zoécial, presque circulaire, est marqué à sa partie pos¬
térieure par une rimule large et très peu profonde limitée par deux petites cardelles. Le
péristome est un peu saillant et mince. La zone située immédiatement en arrière de l’aper-
ture est légèrement surélevée en un discret mucron marqué de quelques petites granula¬
tions. Il n’y a pas d’aviculaires. L’ovicelle, long de 0,45 mm, est proportionnellement peu
saillant et de contours presque circulaires. Il est fermé par l’opercule et uniformément
de même structure (perforations reliées par des stries, minuscules granulations) que la sur¬
face frontale de la zoécie, sans couronne d’incisures marginales. Les colonies étaient embryon-
nées à l’époque de la récolte. L’opercule est sensiblement de même forme que celui figuré
par Canu et Bassler (1930 : 18, fig. 2c) pour/), sertata des îles Galapagos. L’identification
avec cette espèce, assez voisine, n’est pourtant pas possible, vu la plus grande taille de
l’aperture, celle plus réduite de la zoécie, le diamètre des perforations, l’aspect plus régu¬
lièrement bombé de la frontale et les contours crénelés de l’ovicelle chez l’animal de Canu
et Bassler (cf. Marcus, 1937, pl. 19, fig. 50 ; Canu et Bassler, 1930, pl. fig. 3-6) ; con¬
firmation nous en a été donnée par l’examen de l’échantillon de référence de cette espèce
conservé dans la collection Canu au laboratoire de Paléontologie du Muséum. Marcus
figure par ailleurs un mucron d’aspect différent. Certaines analogies semblent aussi exister
entre Dakaria polygonia (décrite par Jullien dans le genre Lepralia démembré depuis
lors, et que nous estimons devoir classer parmi les Dakaria nous référant aux caractères
morphologiques mentionnés plus haut) et « Lepralia » pertusa (Esper) selon la description
d’OsBURN (1912) ; mais chez cette dernière espèce, la présence d’aviculaires et la plus grande
taille de l’aperture, non seulement l’écartent de Dakaria polygonia, mais nécessitent même
son classement dans un genre différent.
St. : T. 466, 471, 491.
Répartition. — Côtes espagnoles de l’Atlantique.
Famille Hippoporinidae Bassler, 1935
Pseudoflustra aviculata (Calvet, 1906) = Ichthyaria aviculata Calvet, 1906
Calvet, 19066 : 215-216 ; 1906c : 414 ; 1931 : 88-90.
Echantillon étudié : un segment ramifié dichotomiquement et d’environ un centi¬
mètre de haut.
BRYOZOAIRES DE LA CAMPAGNE DE LA « THALASSA »
381
Description
Le zoarium est dressé, fixé au substrat par un fin pédoncule stolonial. Les zoécies
mesurent de 850 à 900 p de longueur, et 220-240 p à leur niveau de largeur maximale (sen¬
siblement à mi-longueur) ; elles alternent régulièrement, et chaque branche est formée
de quatre files de loges (et non de deux comme chez l’échantillon étudié par Calvet en
1906) : deux frontales et deux latérales, ce qui permet de définir deux faces zoariales, l’une
frontale, l’autre dorsale. Les ovicelles sont absents, tout comme dans le cas de l’exemplaire
original, mal décrits ensuite, et donc encore peu connus. Les limites interzoéciales sont
marquées par une carène saillante, aussi bien en vue dorsale qu’en vue frontale. Il y a
absence totale d’épines.
L’orifice est presque carré, aux angles postérieurs arrondis, et s’élargissant très légère¬
ment dans sa partie antérieure ; son bord antérieur est légèrement courbé. Il existe deux car-
delles au niveau des angles postérieurs, mais ne délimitant pas de rimule nette. L’orifice
est surmonté par un péristome tubuleux élevé, formant une muraille circulaire délimitant
une cavité au fond de laquelle est visible l’opercule (de même forme que l’aperture, et
mesurant environ 150 p, aussi bien dans le sens de la largeur que dans celui de la longueur).
Cette muraille est habituellement d’égale hauteur sur toute sa périphérie, sauf vers l’arrière
où elle est réduite par une incision en forme de secteur de cercle. Chez de nombreuses loges,
à mi-longueur du péristome et de chaque côté, existe une indentation d’où part un pan
coupé en direction de l’incision. Les bords péristomiaux sont beaucoup moins découpés
que ceux figurés par Calvet (1906c), et son observation fut sans doute celle d’exemplaires
partiellement brisés. La surface frontale est un olocyste marqué de dépressions polygonales
un peu irrégulières et très peu profondes, au nombre d’une demi-douzaine par file trans¬
versale, et d’une vingtaine par rangée longitudinale. Latéralement, au voisinage de la muraille
interzoéciale, existent de chaque côté 3 à 5 petits pores arrondis ou un peu allongés
dans le sens longitudinal. Deux autres pores circulaires sont également présents en arrière
de l’ouverture, de chaque côté de la partie la plus antérieure de l’aviculaire frontal. La
région comprise entre le bord postérieur de l’ouverture et la mi-longueur de l’aviculaire
est fortement épaissie et calcifiée, sans former de mucron. La face dorsale a le même aspect
bosselé que la face frontale ; elle est également munie de 3-5 paires de perforations latérales.
Les limites zoéciales sont saillantes, mais les dépressions allongées vues par Calvet à leur
voisinage sont absentes sur l’échantillon de la « Thalassa », et doivent vraisemblablement
provenir d’une altération locale du zoarium. Le plan dorsal de la partie postérieure de chaque
zoécie forme, avec la partie antérieure, un angle obtus d’environ 140°.
L’aviculaire médian unique, constant sur la face orale de chaque zoécie, est allongé
suivant l’axe longitudinal et mesure environ 120 p. Dissymétrique, il est formé d’une man¬
dibule distale environ trois fois plus longue que la partie proximale ; il est environ trois
fois plus long que large. Il correspond au dessin de Calvet (1906), à l’exception d’un seul
caractère : l’extrémité de la mandibule est arrondie, et non pointue comme l’avait figurée
le descripteur qui l’a rectifiée en 1931.
382
JEAN-LOUP d’hONDT
Discussion
Nous reportant à la description du genre Ichthyaria Busk, 1884, et à celle de la famille
Onchoporidae Levinsen, 1909, à laquelle appartient ce genre, nous ne pouvons pas main¬
tenir l’espèce étudiée aussi bien dans l’un que dans l’autre ; bien des caractères l’écartent
en effet de la définition des deux entités précédentes telles qu’elles ont été définies par
Bassler (1953) : la forme de la « Thalassa » est dépourvue de septules frontales et d’asco-
pore ; elle présente des cardelles, une calcification proportionnellement importante, un
aviculaire (par surcroît de forme, de position et d’orientation très caractéristiques) ; enfin,
la morphologie zoéciale est moins claviforme. Le peu de renseignements concernant la forme
de l’ovicelle ne permet pas d'approfondir la comparaison.
La situation, l’orientation et la morphologie de F aviculaire incitent à un rapproche¬
ment avec les Mucronellidae, mais la ressemblance est toute superficielle ; l’espèce étudiée
ici ne présente en effet ni la lyrule, ni la rimule, ni l’ornementation frontale, ni l’aspect
operculaire de règle dans cette famille. La description de la colonie de la « Thalassa » s’accorde
par contre totalement avec la définition de la famille Hippoporinidae Bassler, 1935, et plus
précisément correspond tout à fait, à un seul détail près, à la diagnose du genre Pseudo-
flustra Bidenkap, 1897 (genre de l’Atlantique Nord et des mers nordiques de l’Europe) :
la frontale est un olocyste bordé de pores marginaux, la forme de l’orifice et la présence
du péristome sont fréquents dans cette famille ; un aviculaire médian dans une position,
de forme et de proportions analogues, est caractéristique du genre ; le zoarium est formé
d’éléments lamellaires réunis par des fibres radiculaires ; les épines sont absentes ; il existe
des cardelles et une rimule d’un développement très inégal suivant les espèces. Selon Kluge
(1962), ce genre pourtant homogène est un amalgame d’espèces précédemment classées
dans des genres très différents, appartenant aux familles les plus diverses, et notamment
les Smittinidae (ancien nom des Mucronellidae). La seule différence, en fait minime, pro¬
vient du fait que les autres espèces connues ont un zoarium d’aspect lamelleux, un peu
flustroïde, tandis que dans le cas de l’espèce de la « Thalassa » cette lame est plus compri¬
mée, puisque réduite à seulement quatre rangées de zoécies, deux frontales et deux latérales.
Cette restriction ne nous paraît pas d’une nature suffisante pour nous inciter à modifier
la diagnose générique, et l’espèce décrite par Calvet doit donc trouver place dans ce groupe.
Diagnose. — Pseudoflustra à zoarium de bi- à quadrisérié, à péristome élevé, à ouverture
sans rimule marquée, mais munie de cardelles. Paroi frontale irrégulière, bosselée de dépres¬
sions polygonales assez larges et peu profondes. De trois à cinq petits pores le long de chacune
des marges zoéciales latérales aussi bien frontales que dorsales. Un pore de chaque côté de la
région postorale de l’aviculaire. Aviculaire environ trois fois plus long que large. Autozoécies
mesurant 850-900 p.
St. : T. 503, 512.
Famille Mucronellidae Levinsen, 1909
Palmicellaria tenuis Calvet, 1906a
Calvet, 1906a : 162 ; 1906c : 431-432.
Espèce voisine de Palmicellaria skenei qui était uniquement connue jusqu’à présent
par les récoltes du « Talisman », et représentée dans la collection de la « Thalassa » par des
BRYOZOAIRES DE LA CAMPAGNE DE LA « THALASSA »
383
fragments de branches de 3,5 cm de long, partiellement érodés. Nous ne pourrons donc
que très succinctement compléter la description de Calvet. Les zoécies sont bisériées et
alternantes ; la frontale est ornée de pores circulaires peu nombreux, presque tous disposés
dans la région périphérique de la loge, un ou deux seulement se rencontrant dans la partie
centrale de la frontale zoéciale. L’orifice est presque circulaire. Un tubercule axial immédia¬
tement postapertural porte un aviculaire arrondi ; ce processus est moins élevé que les
3 ou 4 expansions épineuses que porte également latéralement le péristome ; chacune de
ces épines porte à sa face interne ou à son sommet un aviculaire de plus petite taille que
celui qui coiffe le processus axial. La mandibule avicularienne est arrondie à son sommet.
Il n’y avait pas d’ovicelle sur l’échantillon étudié. Taille des zoécies : 1 mm environ.
St. : T. 478, 512.
Répartition. —- Atlantique tempéré des côtes européennes.
IL Ordre CYCLOSTOMATA Busk, 1852
Sous-ordre ARTICULATA Busk, 1852
Famille Crisiidae Johnston, 1847
Crisia aculeata Hassall, 1841
Busk, 1875 : 4 ; Hinc.ks, 1880 : 421 ; Harmer, 1891 : 132-134 et 158-162 : Jullien et Calvet,
1903 : 109-110 ; Calvet, 1931 : 17 ; Klugf., 1962 : 152 ; d’Hondt, 1970 : 252.
Les entre-nœuds, séparés par des joints de couleur noire, comportent habituellement
une douzaine de loges. Les ramifications adjacentes partent de la partie basale de l’entre-
nœud, de la première à la troisième zoécie. Dans chaque entre-nœud, une à trois loges
(généralement du même côté) sont ornées d’épines, articulées à leur base et d’une seule
pièce ensuite. Jamais plus de trois loges contiguës ne voisinent sur un même plan transver¬
sal du zoarium. L’extrémité de chaque zoécie est très peu rebroussée et le péristome affleure
presque la loge. L’ooécie claviforme porte une petite saillie à son sommet ; l’œcistome,
sans péristome, est dorsal et donc non visible en vue frontale. Selon la terminologie
utilisée dans un travail précédent (d’Hondt, 1970) et inspirée de Harmer (1891) et
Harmelin (1968), chaque épine étant symbolisée par le sigle E, la partie basale d’une
première colonie « a » et un fragment ramifié d’une deuxième « b » auront respectivement
les formules suivantes :
«a » : (lz) + (lz + lz + lz) + (9z + GIE) + (8z + DB4) + (7z + GB1) + (?)
(lz)
(DB8)
« b » : ? + (G9z + GB3) + (D8z + DIB) + (5Glz + GBlzE + ?)
X Y Z
384
JEAN-LOUP D HONDT
X (GlzE + lz + IzE + lz + ?)
Y (Dllz + DIE + GB3) + (Glz + IzE + ?)
(DlzE + D2B + 6z?)
(D9z/D1E) + ?
Z (G7z + GB3 + GO + 4z)
(GlzE + 3z + ?)
St. : T. 442.
Répartition. — Atlantique nord-européen, mer du Nord, Manche, Bassin méditer¬
ranéen, Pacifique sud, Océanie.
BRYOZOAIRES DE LA CAMPAGNE DE LA « THALASSA »
385
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Manuscrit déposé le 7 juin 1972.
Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 120, mars-avril 1973,
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Achevé d’imprimer le 30 novembre 1973.
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« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
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