BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
99
N° 135
MAI-JUIN 1973
BULLETIN
du
AKJSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : P r M. Vaciion.
Comité directeur : P rs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr. M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr. N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’LIomme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His¬
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum
36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
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International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATUIll.l.l.,.
3 e série, n° 135, mai-juin 1973, Zoologie 99
Cycle biologique du sporozoaire
Klossiella mabokensis (Adeleidea)
parasite de Muridés africains 1
par Yves Boulard *
Résumé. — Klossiella mabokensis (Boulard et Landau, 1971), parasite de Praomys jacksoni,
a été adaptée à la Souris blanche. L’évolution de la parasitose chez cet hôte expérimental a été
suivie par des biopsies successives d’organes et des autopsies. Ceci a permis de déterminer la suc¬
cession chronologique des différents stades et de découvrir une phase intestinale initiale qui était
jusqu’alors passée inaperçue. De plus, la découverte de formes de latence tissulaires (kystes endo-
géniques) a permis l’étude des mécanismes assurant la pérennité et la propagation de l’infection
dans la nature.
Abstract. — Klossiella mabokensis (Boulard et Landau, 1971), a parasite of Praomys jacksoni,
has been adaptated to lhe white mouse. The évolution of the infection has been followed in tliis
experimental host by means of successive organ biopsies and autopsies. Through tliis studv it was
possible to give an account of the chronological succession of the different stages and to lind out;
an ineipient intestinal stage which had been overlooked so far. Added to this, some latent forms
(endogenic cysts) hâve been discovered in the tissues, thus it enabled the author to study the pro¬
cesses ensuring the continuity of the infection and its dissémination in nature.
SOMMAIRE
Introduction. 722
Matériel et techniques . 723
I. Cycle et description morphologique. 727
A. — Schizogonies. 727
1. Schizogonie intestinale. 727
2. Schizogonie rénale. 727
3. Schizogonie généralisée. 730
B. — Gamétogonie. 730
C. — Sporogonie . 731
D. — Kystes endogéniques. 731
IL Etude EXPÉRIMENTALE DE LA TRANSMISSION . 734
A. — Contamination par spores. 734
1. Mémoire présenté à la Faculté des Sciences de Paris VI, en vue de l’obtention du grade de Docteur
en Biologie (Doctorat de Spécialité — 3 e cycle) le 26 juin 1972.
* Assistant au Laboratoire de Zoologie (Vers) associé au CNRS, Muséum national d’Histoire naturelle,
57 rue Cuvier, 75005 Paris.
135, 1
722
YVES BOULARD
B. — Contamination par kystes. 735
C. — Contamination après transit intestinal. 737
1. Ingestion expérimentale de fèces. 737
a — par spores. 737
b — par kystes. 738
2. Cæcotrophie. 739
D. — Discussion. 740
Conclusion . 742
Chronologie de l’infection. 742
Schéma général du cycle. 744
Références bibliographiques . 745
Introduction
Un Protozoaire parasite du rein de Souris est décrit brièvement pour la première fois,
en 1889, par Smith, puis redécrit de façon plus détaillée par Smith et Johnson, en 1902,
qui créent alors le genre Klossiella.
Les Klossiellidae, Coccidies, Adeleidea sont des parasites monoxènes du rein de Mammi¬
fères, transmissibles par ingestion de spores excrétées avec l’urine. Bien que la forme infec¬
tante soit rejetée dans le milieu extérieur, les caractères de la sporogonie des Klossiella les
rapprochent plutôt des Hémogrégarines (Grasse, 1953, les classe dans les Haemogrega-
rinidae) que des Coccidies intestinales.
Peu de travaux ont porté sur le cycle biologiqu e des Klossiella.
Smith et Johnson (1902) décrivent la sporogonie de K. mûris chez la Souris blanche
et réussissent une transmission en faisant ingérer du rein de Souris parasitée à une Souris
neuve. Ils évaluent la date d’apparition de la sporogonie à 65 jours après la contamina¬
tion.
Sangiorgi (1911) estime avoir réussi la contamination par ingestion de lait et d’urine.
Il déclare constater un résultat positif dès le 15 e jour, mais ne localise pas le parasite. Il
échoue avec des ingestions de rein, déclarant les Souris négatives 40 jours seulement après
leur contamination. L’ensemble de ces résultats est donc difficilement interprétable.
Nègre (1918), au cours d’une étude sur les Sarcosporidies, constate l’apparition d’une
Klossiellose chez trois Souris sur cinq ayant ingéré trois mois auparavant du rein de Souris.
Enfin, des formes tissulaires de plusieurs espèces de Klossiella, observées à l’autopsie
de leurs hôtes naturels, ont été décrites par différents auteurs : Woodcock (1904), Ste¬
venson (1915), Maisin (19 23), Bonne (1924) pour K. mûris; Seidelin (1914), Pettit
(1916), Stojanov et Cvetanov (1965) pour K. cobayae ; Baumann (1946), Seibold et
Tiiorson (1955), Newberne et coll. (1958), Hartman (1961) pour K. equi ; Scorza et
col!. (1957) pour K. tejerai.
Dans ce travail, K. mabokensis, parasite de Praomys jacksoni (De Winton, 1897), a
été adaptée à la Souris blanche. L’évolution de la parasitose chez cet hôte expérimental
a été suivie par des biopsies successives d’organes et des autopsies. Ceci a permis de déter¬
miner la succession chronologique des différents stades et de découvrir une phase intesti-
CYCLE BIOLOGIQUE DE KLOSSIELLA MABOKENSIS
723
nale initiale qui était jusqu’alors passée inaperçue. De plus, la découverte de formes de
latence tissulaires (kystes endogéniques) a permis l’étude des mécanismes assurant la péren¬
nité et la propagation de l’infection dans la nature.
Tableau I
Ka = raie ; P = poumon ; F = foie ; Pr = Praomys jacksoni ; . Ingestion de fèces (1 er = 1 er jour) ;
■ > Ingestion d’urine;-) Ingestion de rein; —. —> Ingestion d’organes autres que le rein.
Matériel et techniques
i. Souches
l ne mission d’un mois effectuée en République Centrafricaine à la station expérimen¬
tale de la Maboké, en mars 1969, a permis la capture de 10 Praomys jacksoni présentant
une infection à Klossiella. Celle-ci a pu être transmise à la Souris blanche (Boulahd et
Landau, 1972). Le détail des passages effectués figure dans les tableaux 1 et IL
135 , 2
724
YVES BOULARD
Tableau II
Pr 408 -
>460
->734
->808
+ Sg ++++++>817-£->*74
Pr 730
>779
>780-
I_R.a_y838
~‘ L ——>842
Pr 723
Pr 725
1
h- ->774
J
V*
823
F Y
j->862
j R a_v, 864
!_P_ y,866
Ra = rate ; P = poumon ; F = foie ; Sg = sang ; Pr = Praomys jacksoni ; —> Ingestion d’urine ;->■ Inges¬
tion de rein ;— . — Ingestion d’organes autres que le rein ; -f- + + > Inoculation intra-péritonéale de sang.
2. Rongeurs expérimentaux
Nous avons utilisé :
a) des Souris blanches âgées de 1 à 3 mois, provenant d’une souche hétérozygote éle¬
vée au Zoo de Vincennes. Des examens d’urines et des biopsies rénales ont été effectuées
à plusieurs reprises sur ces Souris neuves, soit à leur arrivée, soit après un séjour de plu¬
sieurs mois au laboratoire. Aucune infection n’a été décelée par ces examens de contrôle ;
b) des Praomys jacksoni nés au laboratoire et issus d’un élevage réalisé selon la tech¬
nique de F. Petter (1964) ;
c) des Ilats blancs provenant du Zoo de Vincennes ;
d) un Hybomys univittatus provenant de l’élevage du laboratoire ;
e) des Acomys percivali en élevage au laboratoire.
3. Méthodes de contamination
a) Souris placées dans des cages contaminées
Des Souris ont été placées 15 jours dans ces cages ayant contenu pendant les 10 jours
précédents des Praomys naturellement infectés.
CYCLE BIOLOGIQUE DE KLOSSIELLA MABOKENSIS
725
b) Ingestion d’urine
Nos premiers essais de contamination ont été réalisés en déposant de l’urine contenant
des spores dans la bouche des Souris blanches. Celles-ci rejetant la majorité de l’inoculum,
cette méthode n’a permis d’obtenir que très peu de résultats positifs (7 Souris infectées sur
26 essais). Le moyen le plus efficace pour contaminer les Souris consiste en l’injection d’urine
centrifugée par tubage œsophagien au moyen d’un fin cathéter monté sur une seringue.
c) Ingestion d’organes
La contamination de Souris a également été réalisée par tubage œsophagien et injection
de broyats d’organes (foie, rate, poumon, rein) dans du sérum physiologique. Par ailleurs,
des Souris soumises à une diète complète de 24 h, mises en présence de fragments d’or¬
ganes humidifiés de sérum physiologique, les ingèrent spontanément.
Pour éviter toute contamination accidentelle par spores urinaires lors de l’autopsie
du donneur, les différents organes sont prélevés dans l'ordre suivant : rate, poumon, foie
et rein.
d) Inoculation par tubage œsophagien d’excréments
Les excréments consécutifs à l’ingestion d’organes ont été recueillis les 1 er , 2 e et 3 e
jours après la contamination. Broyés et dilués dans du sérum physiologique, ils sont inocu¬
lés par tubage œsophagien à de nouvelles Souris.
e) Inoculation intrapéritonéale de sang
Huit Souris neuves ont reçu par inoculation intrapéritonéale du sang provenant de
Rongeurs parasités. Une seule transmission a été réussie à partir d’une Souris infectée
depuis 145 jours.
4. Isolement des animaux d'expérience
Pour certaines expériences, nous avons isolé les Souris infectées et les témoins d’une
façon stricte. Les cages individuelles sont lavées à l’eau de Javel diluée, puis passées à
l’étuve pendant 90 mn à 100°C. Ces Rongeurs ont été isolés de l’animalerie du laboratoire.
5. Biopsies et autopsies
L’étude des formes intestinales et pulmonaires a été faite après autopsie des Souris
infectées, celle des formes rénales, hépatiques et spléniques par biopsies successives. Les
biopsies faites rapidement, sous anesthésie à l’éther, sont bien supportées par les Rongeurs.
Nous avons pu effectuer jusqu’à 3 biopsies rénales sur le même animal.
6. Techniques histologiques
Les fragments d’organes prélevés sont fixés 4 h par le Carnoy, puis rincés dans du
butanol où ils restent au minimum 12 h. Ils peuvent être conservés indéfiniment dans
cet alcool. Après inclusion dans la paraffine, on réalise des coupes sériées de 5 p. d’épaisseur.
Elles sont colorées pendant 45 mn par le Giemsa-collophane selon la méthode de Bray
et Garnham (1962). Le cytoplasme masquant parfois les noyaux, quelques hydrolyses
pendant 6 mn dans l’acide chlorhydrique IN à 58° ont été réalisées avant ou après colo¬
ration.
726
YVES BOULARD
Les frottis par apposition d’organes, après séchage rapide à l’air, sont fixés quelques
secondes au méthanol, puis colorés par le Gicmsa pendant 60 mn.
Des colorations à l’A.P.S. et au vert de méthyl-pyronine ont permis de préciser certains
détails de la gamétogenèse et de la sporogonie.
CYCLE BIOLOGIQUE DE KLOSSIELLA MABOKENSIS
727
I. CYCLE ET DESCRIPTION MORPHOLOGIQUE
Le schéma général du cycle de Klossiella mabokensis sera détaillé plus loin (voir con¬
clusions et planche IV). Nous nous bornerons ici, afin de faciliter la compréhension de l’étude
morphologique, à indiquer la chronologie des différents stades décrits.
A. —- Schizogonies
1. Schizogonie intestinale
Les premières formes parasitaires chez une Souris infectée expérimentalement (774 BY)
(tahl. II) ont été décelées le 15 e jour après sa contamination par ingestion de rein. Elles
siègent dans les cellules réticulo-endothéliales de l'axe conjonctif des villosités du début
de l’intestin grêle. Ce sont des schizontes mesurant 9 p en moyenne, arrondis ou ovalaires,
à contour régulier et limités par une fine membrane. Ils contiennent une quinzaine de noyaux
petits, irréguliers et granuleux. Le cytoplasme, peu dense, est réticulé, plus condensé autour
des noyaux.
A 3 semaines chez la Souris n° 755 BY (tabl. I), les schizontes sont plus grands (15 à
30 p) et contiennent jusqu’à cent noyaux (pl. III, 1 et 2).
Aucun schizonte n’a été observé dans l’intestin de Souris examinées au-delà du 21 e jour,
me ne (fez celles présentant une forte infection rénale.
2. Schizogonie rénale
Elle fait suite à la phase intestinale ; une première génération de schizontes synchrones
apparaît le 30 e jour suivie d’une seconde débutant le 45 e jour.
a) Première génération schizogonique rénale
30 jours après la contamination, le rein de la Souris 505 BY (tabl.I)contient de nombreux
schizontes accolés au bord interne de la capsule de Bowman du glomérule. Ils mesurent
sur coupe 19 p X 14 p en moyenne (15 p — 21 p X 7,6 p —• 15 p) et contiennent un nombre
réduit de noyaux (de 45 à 70) relativement grands, irréguliers avec une chromatine en
grains. Le cytoplasme, plus chromophile et granuleux dans les petits schizontes, devient,
chez les plus grands, très clair et se condense autour des noyaux (pl. I, 3).
b) Deuxième génération schizogonique rénale
Au 45 e jour, deux types de formes coexistent dans le rein de la Souris 846 BY (tabl. I) :
— quelques schizontes mûrs de la première génération rénale ayant la même mor¬
phologie que ceux du 30 e jour ;
1 35, 3
728
YVES BOULARD
— de nombreux jeunes stades uninucléés de la seconde génération schizogonique.
Ces stades uninucléés siègent le plus souvent à la périphérie du glomérule dans une
cellule de l’endothélium vasculaire déformée par la présence du parasite. Sur coupes, ces
formes parasitaires sont arrondies, mesurant 7 p en moyenne. Le noyau contient un gros
nucléole, très dense, entouré par un nucléoplasme granuleux. Le cytoplasme, clair au centre,
est plus dense à la périphérie (pl. I, 4).
L’observation de formes plurinucléées immatures est rare sur empreintes. Elles renfer¬
ment des noyaux uniformément répartis, de grande taille, irréguliers, composés de grains
plus ou moins denses de chromatine (colorée en rouge) et d’un nucléole excentré peu visible.
On observe parfois quelques images de mitose. Le cytoplasme très dense contient de nom¬
breuses petites vacuoles rondes. Les schizontes sont limités par une très fine membrane
(pl. I, 5).
Au 60 e jour, le rein de la Souris 505 BY (tabl. f) contient de nombreux schizontes mûrs,
de grande taille (mesurant jusqu’à 50 p X 30 p). Ils sont généralement allongés, en forme
de haricot, parfois lobés, et se développent le long du bord interne de la capsule qui n'est
pas déformée mais dont le contenu est repoussé par le parasite. Leur cytoplasme, plus
dense que celui des schizontes de la génération précédente, contient en moyenne 200 noyaux
à chromatine granuleuse avec généralement deux grains plus denses, plus grands que les
autres (pl. I, 6).
Les schizontes mûrs contiennent 200 mérozoïtes environ. Sur frottis par apposition,
le mérozoïte a une taille moyenne de 9 p X 4,5 p. Il est allongé avec une extrémité arrondie,
l’autre effilée et pointue. Son cytoplasme, très clair, renferme une grosse vacuole non colo-
rable ainsi que quelques granules azurophiles. Le noyau central est composé de 2 granules
chromatiniens ovoïdes et parallèles entourés par un nucléoplasme rose et homogène. Celui-
ci forme une bande transversale de 3 p de large.
Au-delà du 60 e jour, dans les cas d’infections intenses, la plupart des glomérules sont
le siège d’une schizogonie qui peut alors envahir les cellules réticulo-endothéliales non
glomérulaires et exceptionnellement l’épithélium tubulaire.
Cette schizogonie va persister jusqu’à extinction progressive du parasitisme ; l’asyn¬
chronisme de ces schizontes ne permet plus de suivre la durée de chaque cycle schizogo¬
nique.
PLANCHE I
1. — Schizonte intestinal âgé de 15 jours (sur coupe).
2. — Schizonte intestinal âgé de 21 jours (sur coupe).
3. — Schizonte rénal de première génération âgé de 30 jours (sur coupe).
4. — Stade uninucléé de schizonte rénal de 2 e génération (sur coupe).
5. — Schizonte rénal de 2 e génération immature (sur apposition).
6. — Schizonte rénal de 2 e génération (sur coupe).
7. — Schizonte rénal de 2 e génération éclaté et mérozoïtes (sur apposition).
G : X 1 000 pour toutes les photographies des planches I, II, III.
PLANCHE I
730
YVES BOULARD
3. Schizogonie généralisée
Le foie, la rate et les poumons sont le siège d’une schizogonie dont les premières formes
mûres sont visibles à partir du 60 e jour de l’infection. Nous pensons qu’elle est apparue en
même temps que la 2 e schizogonie rénale (à 45 jours), mais les schizontes extra-rénaux
étant plus rares que ceux du rein, ils n’ont pu être décelés avant d’avoir atteint la maturité.
Localisés dans l’endothélium des vaisseaux, ces schizontes ont le même aspect morpholo¬
gique, une taille et un nombre de schizozoïtes voisin de celui des formes rénales de seconde
génération.
Signalons dans le foie, la rate et les poumons d’une Souris (432 B Y) (tabl. I) la coexis¬
tence, avec les formes décrites ci-dessus, d’un type particulier de schizontes : les schizozoïtes
en plus faible nombre (80) sont disposés perpendiculairement à la membrane du schizonte
et à la périphérie d’une importante masse cytoplasmique résiduelle (pl. III, 3).
B. — Gamétogonie
Son étude est plus facile sur frottis par apposition de rein que sur coupe histologique.
Les gamétocytes apparaissent vers le 60 e jour, au moment de la maturation des pre¬
mières formes de la schizogonie généralisée. Ils pénètrent dans une cellule de la portion
contournée proximale du tubule. La cellule hôte augmente de taille, déformée progressi¬
vement par la croissance du parasite.
Le gamétocyte femelle (pl. II, 1) est sphérique ou légèrement ovoïde, d’un diamètre
moyen de 13 p. Le cytoplasme dense, chromophile se colore en bleu et renferme une dizaine
de petites vacuoles rondes ainsi que de nombreux granules azurophiles. Le noyau comprend
un nucléole rond, compact, prenant fortement le colorant qui le teinte en rouge vif et une
chromatine granuleuse rose pâle bien visible après hydrolyse acide. Nous n’avons pas observé
l’émission de globules polaires comme celle décrite par Scorza (1957) chez K. tejerai.
Le macrogamétocyte est entouré d’une zone fortement éosinophile à contour irrégulier
mais net. Elle existe avant la fécondation et n’est pas liée à la présence d’un microgamé¬
tocyte dans la cellule hôte.
Le gamétocyte mâle (pl. II, 1) est fusiforme et mesure 9 p X 4,5 p. Le cytoplasme est
clair. Le noyau est formé de 2 grains chromatiniens contenus dans un nucléoplasme rose
pâle au contour irrégulier.
Il ne semble pas y avoir d’accolement étroit des gamétocytes mâles et femelles (syzy-
gie). Cependant, les rares formes de division du gamétocyte mâle observées se trouvent
toujours dans une cellule qui contient également un gamétocyte femelle.
Le noyau du gamétocyte mâle effectue 2 divisions successives aboutissant à la forma¬
tion de 4 noyaux-fils. Le cytoplasme se fragmente à son tour et 4 microgamètes sont ainsi
formés (pl. II, 2).
Les gamètes mâles sont ronds, d’un diamètre moyen de 4,5 p. Le noyau compact est
entouré d’une petite couronne de cytoplasme (pl. II, 3) ; aucun flagelle n’a été observé.
CYCLE BIOLOGIQUE DE KLOSSIELLA MABOKENSIS
731
C. — Spobogonie
Elle fait suite à la gamétogonie (après le 60 e jour de l’infection). Les premières spores
mûres apparaissant vers le 75 e jour dans l’urine, la durée d’un cycle sporogonique paraît
être de 15 jours.
Après la fécondation, l’oocyste augmente de taille. Il acquiert une forme plus irrégu¬
lière que celle du macrogamétocyte et un nombre plus important de vacuoles. Son cyto¬
plasme devient plus chromophile et se teinte en bleu vif. Le nucléole du jeune oocyst.e se
scinde en deux éléments se disposant à chaque pôle de la masse chromatinienne qui s’étire.
La première division du noyau aboutit à la formation de deux noyaux-fils, de grande taille
contenant chacun un gros nucléole très chromophile, homogène, en position excentrique
(pl. II, 4). Les divisions nucléaires sont synchrones jusqu’au stade à huit noyaux, puis
elles deviennent asynchrones. Les noyaux-fils se disposent à la périphérie de l’oocyste et
une zone cytoplasmique s’individualise progressivement autour de chacun d’eux, détermi¬
nant ainsi la formation d’un sporoblaste uninucléé entouré par une membrane. La multi¬
plication nucléaire se poursuit dans le sporoblaste et aboutit à la formation de vingt noyaux
en moyenne (pl. II, 5 et 6).
Au cours de la croissance du parasite, la cellule-hôte augmente de volume et fait saillie
dans la lumière du tubulc qu’elle peut paraître obturer. Le noyau est souvent déformé,
tantôt aplati, tantôt hypertrophié.
L’oocyste mûr a un diamètre moyen de 45 p sur frottis par apposition. Il est arrondi
et limité par une membrane très fine. 11 renferme le plus souvent 12 sporocystes (8 à 20),
contenus chacun dans une cavité qui paraît creusée dans du cytoplasme résiduel. Les spo¬
rocystes contiennent une vingtaine de sporozoïtes (18 à 24) et un corps résiduel.
L’oocyste se rompt, libérant les spores dans le tubule. Elles sont très rapidement expul¬
sées vers la vessie, car on ne les rencontre qu’exceptionnellement dans la portion distale
du tubule. Dans l’urine, les spores sont rondes et ont un diamètre de 15 p (pl. II, 9). Les
sporozoïtes sont disposés en corolle à partir d’un corps résiduel. Les spores sont limitées
par une membrane relativement mince, mais peu perméable aux colorants qui ne se fixent
le plus souvent que sur les noyaux. Les sporozoïtes sont allongés, en forme de banane aux
deux extrémités arrondies. Ils mesurent sur apposition 8 p X 3 p. Leur cytoplasme très
clair contient un noyau central composé de deux granules allongés et parallèles, disposés
perpendiculairement au grand axe du sporozoïte (pl. II, 7). On trouve des spores immatures
dans l’urine, mais nous n’avons jamais rencontré de sporozoïte libre.
Nous n’avons pas fait de comptage suivi du nombre de spores émises. Celui-ci peut
atteindre 1 500 spores par ml d’urine au cours d’infections très aiguës. L’infection rénale
décroît lentement, mais régulièrement, à partir du 5 e mois, pour se maintenir de façon
résiduelle pendant quelques mois.
D. — Kystes endogéniques
Ils sont intra-cellulaires dans le système réticulo-endothélial du foie, de la rate et du
poumon de 4 Souris blanches (432 BY, 756 BY, 780 BY, 783 BY) sacrifiées entre 200 et
PLANCHE II
Gamétocyte $ (en haut et à droite) ; gamétocyte <$ (en bas) (sur frottis par apposition).
Division du gamétocyte <$ (en haut) (sur frottis par apposition).
Fécondation (sur frottis par apposition).
Jeune oocyste après la première division nucléaire (sur frottis par apposition).
Oocyste immature : début de l’isolement des sporoblastes (sur frottis par apposition).
Oocyste contenant des sporoblastes ; noter les images de mitoses (sur frottis par apposition)
Spore éclatée et sporozoïtes (sur frottis par apposition).
Oocyste presque mûr (sur coupe d’un tubule).
Spores (à frais dans l’urine).
CYCLE BIOLOGIQUE DE KLOSSIELLA MABOKENSIS
733
250 jours après leur contamination par ingestion de rein, d’urine, ou de viscères d’autres
Rongeurs très fortement parasités. La morphologie de ces formes est très différente de
celle des schizontes avec lesquels elles cohabitent dans les organes : elles sont arrondies,
leur taille est peu variable (15 p.) et toutes paraissent mûres. Elles contiennent, à l’intérieur
d’une enveloppe relativement épaisse, peu perméable aux colorants, environ 25 (23 à 27)
éléments allongés, en forme de banane. Leur aspect morphologique est ainsi comparable
à celui des spores mûres observées dans la lumière des tubes rénaux. La présence d’une
enveloppe relativement épaisse, le fait que l’on ne rencontre à l’intérieur de ces formations
que des éléments en forme de banane nettement individualisés, nous font penser qu’il
s’agit de kystes contenant des endocytes analogues à ceux de Toxoplasma gondii (cf. Lain-
som, 1958) et d ’Hepatozoon domerguei (cf. Landau, 1972).
PLANCHE III
1. — Kyste hépatique (sur apposition — X 1 000).
2. — Kyste pulmonaire (sur coupe — X 1 000).
3. — Schizonte hépatique à disposition périphérique des schizozoïtes (sur apposition — X 1 000).
734
YVES BOULARD
II. ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE LA TRANSMISSION
A. — Contamination par spores
1. Ingestion d’urine
— Praomys jacksoni d’élevage. Trois essais de contamination ont été réalisés avec
des Praomys jacksoni provenant de l’élevage du Laboratoire. Un seul a été réussi ; l’autopsie
pratiquée le 68 e jour a montré que le développement de l’infection chez l’hôte naturel et
chez la Souris blanche est synchrone.
— Souris blanche. Nous avons réussi à infecter 31 Souris sur 45 par tubage œsopha¬
gien d’urine conservée au maximum 24 h à la température du Laboratoire. L’entretien
de la souche de K. mabokensis a été assurée essentiellement par cette technique.
2. Ingestion de rein
— Praomys jacksoni. Quatre essais de contamination de Praomys jacksoni provenant
de l’élevage du Laboratoire ont été tentés sans succès.
— Rats blancs. Trois Rats blancs ayant ingéré du rein de Praomys jacksoni naturelle¬
ment infectés sont demeurés négatifs.
-— Souris blanches. Nous avons obtenu 17 résultats positifs sur 28 tentatives de con¬
tamination par ingestion de rein frais immédiatement après le prélèvement de l’organe.
Cette méthode ne permet pas de connaître avec précision le rôle de chaque élément
infectant du rein (spores ou kystes). Cependant, il n’y a pas de différence importante entre
les résultats obtenus par les deux modes de transmission, la chronologie et l’intensité des
parasitoses étant identiques.
3. Ingestion d’aliments contaminés
— Deux Souris ont ingéré du pain arrosé d’urine laissé pendant 60 h en chambre
humide.
— Deux Souris ont ingéré du pain arrosé d’urine laissé 60 h à l’air libre.
— Deux Souris ont ingéré du pain arrosé d’urine laissé 48 h en chambre humide.
— Deux Souris ont été inoculées par tubage œsophagien d’urine conservée dans un
tube pendant 48 h.
Toutes ces expériences ont été réalisées à la température du Laboratoire (20°C envi¬
ron).
Ces huit Souris ont été contrôlées pendant 165 jours, soit par biopsies rénales, soit
par examens urinaires ; toutes sont demeurées négatives.
4. Mise en contact avec un habitat contaminé
Quatre Praomys sauvages fortement infectés ont été placés individuellement dans
CYCLE BIOLOGIQUE DE KLOSSIELLA MABOKENSIS
735
des cages pendant dix jours. Chacun d’eux a été ensuite remplacé quinze jours par une Sou¬
ris. L’urine de ces quatre dernières a été examinée pendant cinq mois consécutifs sans
qu’apparaisse aucune infection.
5. Cohabitation avec un animal infecté
La Souris 874 BY (tabl. II) a été infectée par ingestion de foie et les premières spores
urinaires sont apparues 3 mois plus tard. 48 h après cette contamination, une Souris neuve
a été introduite dans la cage. L’examen des urines de cette dernière a été négatif pendant
6 mois, mais son autopsie, pratiquée après ce délai, a montré la présence de Klossiella
dans le rein. L’âge apparent des formes observées, le fait qu’aucune spore mûre ne se soit
encore formée semblent indiquer que la contamination a eu lieu environ 3 mois auparavant,
c’est-à-dire au moment où la Souris 874 BY a expulsé ses premières spores urinaires.
L’ensemble de ces résultats montre la fragilité de la spore et la courte durée de la con¬
servation de son pouvoir infectant. La contamination spontanée paraît donc ne pouvoir
se faire que lorsqu’il y a contact étroit entre deux Rongeurs. L’infection par léchage semble
devoir être l’éventualité la plus fréquente.
B. — Contamination pak kystes
L’existence de kystes dans les tissus nous a incité à rechercher le rôle éventuel de ces
formes dans une transmission par prédation. Des fragments de foie, de rate et de poumons
de Souris infectées ont été ingérés par des Souris neuves. Chaque Souris a été contaminée
par un seul viscère et a été ensuite isolée dans une cage (cf. tabl. III).
De ces expériences, il apparaît que :
— 4 contaminations par ingestion de foie ont été réussies sur les 11 tentées ;
— 5 contaminations par ingestion de poumon ont été réussies sur les 12 tentées, avec,
dans un cas (756 BY), formation de kystes pulmonaires décelés au 8 e mois à l’autop¬
sie ;
— 3 contaminations par ingestion de rate ont été réussies sur les 9 essais.
En conclusion de cette série, 9 expériences sur les 12 ont donné un résultat positif,
mais le plus souvent de façon partielle.
Par exemple, la Souris ayant ingéré du poumon est devenue positive, alors que celle
ayant ingéré le foie du même donneur est demeurée négative.
Ces expériences semblent indiquer que la répartition des kystes n’est pas homogène
chez un hôte déterminé.
Les infections provoquées par ingestion de kystes ont une chronologie et une morpho¬
logie identiques à celles obtenues par inoculation de spores. Elles sont capables, également,
de redonner des formes kystiques chez le receveur.
Note sur le déterminisme de la formation des kystes
Chez Hepatozoon domerguei on sait que les kystes se forment directement à partir des
sporozoïtes. Chez K. mabokensis , leur formation n’a pu être suivie ; ils n’ont été mis en évi¬
dence qu’à partir du 160 e jour suivant la contamination.
736
YVES BOULARD
Tableau III. — •
Tableau récapitulatif des expériences d’ingestion de viscères.
N° des
animaux
Observation de
Ancienneté de
Or£a ne
d’expériences
kystes chez le
l’infection
ingéré
Résultats
Donneur
Receveur
donneur
chez le donneur
S.422BY
S.60QBY
non
7 mois 15 j.
p
R(-) à 60 j.
S.598BY
non
F
RM à 60 j.
S.753BY
non
P
u( -j- ) à 3 mois
S.539BY
S.752BY
non
7 mois
F
u(—) pendant 7 mois
S.510BY
S.754BY
non
Ra
u(—) pendant 7 mois
S.756BY
non
P
u( + ) à 4 mois, kystes
S.598BY
5 mois 10 j.
pulmonaires à 8 mois
S.757BY
non
F
u(—) pendant 7 mois
Pr.703BY
S.746BY
non
Infection
P
R( —) à 6 mois
S.750BY
non
naturelle
F
R( + ) à 8 mois
S.747BY
non
Ra
R( — ) à 6 mois
S.756BY
S.846BY
oui
10 mois
P
R(+) au 45 e j.
S.844BY
non
Ra
R(-j-) au 90 e j.
S.842BY
oui
P
R( + ) à 3 mois
S.780BY
S.840BY
oui
8 mois 10 j.
F
R(— ) à 3 mois
S.838BY
oui
Ra
R(+) à 3 mois
S.835BY
non
P
u( —) pendant 4 mois
s. 783 B Y
S.837BY
oui
6 mois 15 j.
F
u(+) à 4 mois
S.836BY
oui
Ra
u( + ) à 4 mois
S.899BY
non
P
R( + ) à 3 mois
S.822BY
S.897BY
non
7 mois
F
R(—) à 3 mois
S.898BY
non
Ra
R(—) à 3 mois
S.929BY
non
P
RM) à 80 j.
S.837BY
S.927BY
non
5 mois
F
RM) à 80 j.
S.928BY
non
Ra
RM) à 80 j-
S.866BY
non
P
u(-j-) à 3 mois
S.823BY
S.862BY
non
6 mois
F
u( + ) à 3 mois
S.864BY
non
Ra
u( + ) à 3 mois
S.943BY
non
P
R(—) à 2 mois
S.844BY
S.941BY
non
6 mois
F
Mort
S.944BY
non
Ra
R(—) à 2 mois
S.974BY
non
P
R(—) à 5 mois
S.900BY
S.970BY
non
4 mois
F
Mort
S.971BY
non
Ra
Mort
R = rein ; P = poumon ; F = foie ; Ra = rate ; u = urine ; Pr = Praomys jacksoni ; s = Souris blanche ;
60 j. = biopsie ou autopsie effectuée au 60 e jour.
CYCLE BIOLOGIQUE DE KLOSSIELLA MABOKENSIS
737
Nous nous sommes donc demandé si un mécanisme immunitaire n’était pas en cause.
Nous avons alors essayé de provoquer la formation de kystes soit chez une Souris déjà
contaminée (immunité acquise), soit chez des Rongeurs apparemment non réceptifs (immu¬
nité naturelle).
— La Souris 874 BY (tabl. II) a été contaminée par ingestion de foie. 110 jours plus
tard, alors qu’elle présentait une forte infection rénale, elle a ingéré deux reins parasités.
Des biopsies hépatique et splénique réalisées 12 jours après cette seconde ingestion n’ont
pas révélé l’existence de kystes.
— Un Hybomys univittatus a ingéré des reins de Souris. Une biopsie hépatique, pra¬
tiquée 12 jours plus tard, et l’autopsie, 24 jours après l’ingestion, ont été négatives.
— Quatre Acomys percivali ont ingéré respectivement le foie, la rate, les poumons
et les reins d’un P. jacksoni naturellement infecté. Nous n’avons pas trouvé de kyste chez
ces Rongeurs à l’examen des autopsies pratiquées 5 mois plus tard.
Dans l’état actuel des expériences nous n’avons encore aucun élément permettant
d’affirmer l’existence d’un mécanisme immunitaire intervenant dans la formation des
kystes.
C. -— Contamination après transit intestinal des formes infectantes
Des Souris neuves (témoins), placées dans des cages en même temps que des Souris
venant d’ingérer des viscères parasités, sont devenues positives (cf. p. 735). Ce résultat s’est
expliqué lorsque nous avons constaté l’existence, après transit intestinal, de formes infec¬
tantes dans les fèces d’un animal (Rongeur ou Rapace *) venant d’ingérer des reins para¬
sités.
La cæcotrophie étant très répandue chez les Rongeurs (Harder, 1949), la possibilité
de contaminer un nouvel hôte après dissémination du parasite par voie stercorale sera donc
envisagée.
1. Ingestion expérimentale de fèces
a) Contamination par spores
L’examen des crottes émises par des Souris après inoculation intra-œsophagienne
d’urine ou ingestion de reins infectés montre l’existence d’un rejet important de spores
mûres et immatures ayant effectué un simple transit intestinal chez ces Rongeurs.
La conservation de leur pouvoir infectant est démontrée par les deux expériences sui¬
vantes :
— Les crottes émises par la Souris 972 B Y (tabl. I) pendant les premières 24 h après
l’ingestion de reins de Souris ont été recueillies. Ingérées par la Souris 976 BY, elles ont
provoqué l’apparition d’une infection chez celle-ci. Par contre, les excréments recueillis
entre la 24 e et la 48 e heure, bien que contenant quelques spores, n’ont pas été infectants
pour la Souris 979 BY (tabl. I).
— L’ingestion par une Souris de 2 reins parasités n’a pas provoqué de Klossiellose
1. Bubo ajricanus.
738
YVES BOULARD
chez cet animal. Par contre, ses crottes, émises pendant les 24 premières heures, inoculées
par tubage œsophagien à une nouvelle Souris ont entraîné chez celle-ci une parasitose.
Une partie des excréments de la Souris 942 BY a été conservée à 25°C en chambre
humide pendant 30 jours. Leur examen à intervalles de temps réguliers a montré une dis¬
parition progressive des spores mûres et l’absence de maturation des formes immatures,
qui ont persisté plus longtemps.
Les spores paraissent donc infectantes après transit intestinal. Ce résultat, cependant,
ne peut être considéré comme définitivement acquis, car, bien que l’on n’ait jamais observé
de kystes rénaux, leur existence n’est pas exclue et pourrait expliquer les résultats positifs
obtenus dans les expériences précédentes.
b) Contamination par kystes
Les résultats obtenus chez les Souris ayant ingéré des organes infectés ont été exposés
précédemment (tabl. III). Nous indiquons ci-dessous les résultats de la seconde partie de
l’expérience concernant cette fois les contaminations par ingestion des fèces émises par ces
animaux.
Les fèces émises par chaque Souris après l’ingestion d’un organe parasité sont recueillies,
les premier, deuxième ou troisième jours. Broyées et diluées dans du sérum physiologique,
elles sont inoculées par tubage œsophagien à une nouvelle Souris. Tous ces Bongeurs sont
ensuite isolés dans des cages individuelles.
Tableau IV
Souris
donneuse
Organe
ingéré
Infection des
recueillies n
1 er j.
Souris ayant ingéré les fèces
jours après le repas infectant
j. 3e j.
S.897BY
F
Mort
(-)
(—)
S.898BY
Ra
(-)
(—)
Mort
S.899BY
P
(-)
(-)
Mort
S.927BY
F
(—)
Mort
S.929BY
Ra
Mort
S.928BY
P
(-)
(-)
S.941BY
F
Mort
S.944BY
Ra
(H
S.943BY
P
(-)
S.970BY
F
Mort
(-)
S.971BY
Ra
( + )
Mort
S.974BY
P
Mort
(-)
CYCLE BIOLOGIQUE DE KLOSSIELLA MABOKENSIS
739
On constate donc que l’infection est difficilement transmissible puisque c’est seulement
dans un cas sur sept qu’un résultat positif a été obtenu et ce avec des excréments recueillis
le lendemain du repas infectant.
2. Cæcotrophie
Nous envisagerons ici la possibilité d’une cæcotrophie spontanée par des Souris neuves
en les plaçant simplement au contact de Souris ayant ingéré des viscères.
S. 756 B Y
IRa
IP
S. 845 B Y
S. 844 B Y
S. 846 BY
S. 847 B Y
(témoin)
(témoin)
Autopsies aux :
90 e j.
90 e j.
45 e j.
80 e j.
— schizontes rénaux
— schizontes rénaux
— rares schizontes ré-
— schizontes rénaux
de 2 e génération
de 2 e génération
naux de l re généra-
de 2 e génération
— gamétogenèse
— gamétogenèse
tion
— nombreux stades
uninucléés gloméru-
— gamétogenèse
— sporogonie
— sporogonie
laires
L’autopsie de la Souris 756 BY (tabl. I) a été effectuée 300 jours après sa contamina¬
tion. Sa rate a été ingérée par la Souris 844 BY ; ses poumons, dont l’examen histologique
a révélé la présence de kystes, ont été mangés par la Souris 846 BY. Chacune d’elles a alors
été placée en compagnie d’une Souris neuve dans une très petite enceinte, les quatre Ron¬
geurs étant ensuite soumis à une diète totale de 24 h.
Les 4 Souris sont devenues positives. Des autopsies pratiquées au 45 e jour, 80 e jour
et 90 e jour ont permis de constater le synchronisme des quatre infections, ce qui montre
que la contamination des deux témoins s’est faite par cæcotrophie spontanée après le repas
infectant.
La cæcotrophie spontanée paraît donc plus efficace que l'ingestion expérimentale de
matières fécales. Nous avons cherché à préciser le temps pendant lequel ce mode de conta¬
mination pouvait rester efficace.
Résistance des kystes dans le milieu extérieur
Nous avons recommencé une expérience du même type, mais en attendant 6 jours
pour placer une Souris témoin au contact de chacune des Souris infectées par ingestion
d’organes.
740
YVES BOULARD
S. 780 BY
IRa
ip
S. 838 B Y S ; 839 . BY
(témoin)
S. 842 BY S.843 B Y
(témoin)
(+) (-)
(+) (-)
IRa = ingestion de rate par la Souris 838 BY ; IP = ingestion de poumon par la Souris 842 BY.
Au cours de cette expérience :
— les 2 Souris ayant ingéré des viscères sont devenues positives, leur autopsie montrant
des infections synchrones ;
— les 2 Souris témoins sont demeurées négatives.
Dans une 2 e expérience nous avons placé une Souris neuve en présence de chaque
Rongeur 72 h après l’ingestion par celui-ci de viscères prélevés chez une Souris parasitée
depuis 180 jours.
S. 823 BY
IF
IRa
ip
S. 862 BY
S. 863 BY
(témoin)
S. 864 BY
S. 865 BY
(témoin)
S. 866 BY
S. 867 BY
(témoin)
( + )
(-)
( + )
(-)
( + )
(-)
IF = ingestion de foie par la Souris 862 BY ; IRa = ingestion de rate par la Souris 864 BY ;
IP = ingestion de poumon par la Souris 866 BY.
Les trois Souris ayant ingéré des viscères ont développé une parasitose ; en revanche,
les trois Rongeurs témoins sont demeurés négatifs.
Ces deux séries d’expériences montrent que le pouvoir infectant des kystes tissulaires
est, comme celui des spores, de courte durée (moins de 72 h).
Nous expliquons ainsi pourquoi les expériences de contamination par ingestion de fèces
ne sont que rarement positives (une fois sur seize), alors qu’une cæcotrophie spontanée
paraît très efficace.
D. — Discussion
Nous avons montré expérimentalement que la transmission de K. mabokensis peut
s’effectuer de différentes façons :
•— par l’urine contenant des spores qui ne demeurent infectantes que très peu de temps
(une journée);
-— par l’ingestion de rein contenant des spores ou des kystes ;
CYCLE BIOLOGIQUE DE KLOSSIELLA MABOKENSIS
741
— par l’ingestion de viscères (foie, rate, poumons) contenant des kystes ;
— par cæcotrophie, les spores et les kystes paraissant n’être infectants que peu de
temps dans les matières fécales.
Les spores sont émises 75 jours après la contamination. La phase d’expulsion massive
ne dure que deux mois, ce qui est étonnant, puisque l’animal doit difficilement échapper à
l’autocontamination, soit par léchage, soit par cæcotrophie. Il est possible qu’un mécanisme
immunitaire intervienne pour limiter l’infection.
Nous n’avons pu préciser à quelle période se forment les kystes. Mis en évidence par
examen histologique cinq mois après la contamination, ils persistent très longtemps : dix
mois et, vraisemblablement, davantage. Nous ignorons leur mode de formation ; cependant,
chez d’autres espèces de Coccidies, comme Hepatozoon domerguei, Landau et coll. (1972)
ont démontré que le kyste provient directement du sporozoïte.
Ces données expérimentales permettent de concevoir que le maintien de l’espèce dans
la nature peut se faire :
— surtout par léchage mutuel des llongeurs (spores) ;
— plus rarement par ingestion de cadavre contaminé et par cæcotrophie mutuelle
(kystes) ;
— l’autocontamination par spores urinaires ou cæcotrophie ne paraît pas être efficace
puisque, bien que les Souris réingèrent régulièrement les spores qu’elles excrètent, il n’y a
pas de rechute de l’infection.
Les Rongeurs vivant sur un territoire limité, ce sont donc les spores qui paraissent
avoir le rôle principal dans la contamination rapide d’une population. Pour la pérennité
de l’infection, les kystes paraissent, au contraire, jouer un rôle essentiel. Par ailleurs, les
kystes étant capables de conserver leur pouvoir infectant après transit intestinal, il devient
possible d’imaginer le transfert de l’infection à longue distance et l’implantation de foyers
nouveaux par l’intermédiaire d’un Rapace, par exemple.
742
YVES BOULARD
CONCLUSION
Klossiella mabokensis, parasite de Muridés africains a été entretenue au laboratoire
par passages successifs sur Souris blanche. Ceci a permis de découvrir une première généra¬
tion schizogonique intestinale jusqu’alors inconnue et d’établir la chronologie de l’infection.
Chronologie de l’infection
0
15 e jour
21 e jour
30 e jour
45 e jour
60 e jour
75 e jour
5 e mois
Contamination
Observation de la première schizogonie (schizogonie intestinale)
Fin de la schizogonie intestinale
l re génération schizogonique rénale
Fin de la l re schizogonie rénale
Début de la 2 e schizogonie rénale et des schizogonies hépatiques, spléniques
et pulmonaires
Maturation de la 2 e schizogonie rénale
l res gamétogenèses
Début de la sporogonie
Début de l’émission des spores dans l’urine
Diminution progressive de l’infection rénale
Nous avons constaté une évolution synchrone des infections chez les Souris blanches
et chez les Praomys jacksoni infectés naturellement ou expérimentalement.
Ce travail comporte :
— la mise en évidence de kystes endogéniques dans le foie, la rate et les poumons
de Souris blanches ;
PLANCHE IV
Schéma général du cycle de Klossiella mabokensis
A. — Contamination directe : le Rongeur se contamine par léchage ou ingestion d’aliments souillés d’urine,
a : spores libérées par rupture de l’oocyste.
b : libération des sporozoïtes dans le tube digestif de l’hôte réceptif.
c : l re génération schizogonique — schizogonie intestinale.
d, e : 2 e génération schizogonique — schizogonie rénale.
f, g, h : 3 e génération schizogonique — gamogonie.
i : gamétocytes.
j, k, 1 : gamétogenèse et fécondation.
m : oocyste uninucléé.
n, o, p : formation des sporoblastes.
q : formation des sporocystes.
r : rupture de l’oocyste.
s : kystes.
B. — Transit digestif des spores et kystes : un animal prédateur non réceptif dissémine à distance les spores
et les kystes ingérés avec une proie infectée.
C. — Contamination à distance : un Rongeur réceptif se contamine par ingestion des spores et kystes
excrétés par le prédateur (B).
PLANCHE IV
744
YVES BOULARD
— la transmission de K. mabokensis par prédation après ingestion d’organes de Souris
contenant des kystes ;
— la transmission de K. mabokensis par ingestion de fèces de Souris contenant des
spores ou des kystes après transit digestif.
Schéma général du cycle (pl. IV)
Ces éléments permettent de concevoir le cycle de K. mabokensis de la façon suivante.
Les spores excrétées avec l’iirine dans le milieu extérieur sont ingérées soit par le
même animal, soit par un deuxième hôte et se rompent dans le tube digestif (b).
Les sporozoïtes libérés traversent la paroi intestinale et possèdent une double poten¬
tialité :
— Les uns se dirigent vers les cellules réticulo-endothéliales de l’axe conjonctif des
villosités intestinales où se situe une première schizogonie (c). Elle est suivie d’une seconde
schizogonie (d et e) qui s’effectue cette fois dans la capsule de Bowmann. Les schizozoïtes
ainsi formés donnent naissance à une troisième génération de schizontes (f, g, h) dans le
glomérule mais aussi dans les cellules réticulo-endothéliales non glomérulaires du rein et
des autres viscères (foie, rate, poumons). Ces schizontes rénaux de 2 e génération donnent
naissance aux gamétocytes.
Les gamétocytes (i) pénètrent dans une cellule épithéliale du tube contourné proximal
où ils se différencient en mâles et femelles (j). Le microgamétocyte se divise en 4 gamètes
ronds non flagellés (k). Après fécondation du macrogamète (1), l’oocyste (m) commence son
évolution : augmentation de taille et division du noyau en 12 noyaux fds (n) en moyenne
puis individualisation du cytoplasme autour de chaque masse nucléaire (o) qui s’entoure
d’une membrane pour former le sporoblaste (p) uninucléé. Ce dernier évolue par divisions
nucléaires et cytoplasmiques en sporocystes (q) contenant 20 sporozoïtes. L’oocyste (r) se
rompt libérant les spores (a) dans les conduits urinaires.
— Les autres pénètrent dans les cellules réticulo-endothéliales du foie, de la rate et
du poumon pour y former des kystes (s). Ces kystes sont des formes de latence et de résis¬
tance. Ingérés par une Souris, certains d’entre eux vont déterminer une infection com¬
parable à celle obtenue lors des contaminations par spores. D’autres seront évacués avec
les matières fécales après transit intestinal. Ce transit peut permettre une dissémination
de l'infection à longue distance, par exemple : un Rongeur (C) ingère des aliments conta¬
minés par les déjections d’un Rapace (B) ayant mangé précédemment un Rongeur infecté
(A).
CYCLE BIOLOGIQUE DE KLOSSIELLA MABOKENSIS
745
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Manuscrit déposé le 10 juillet 1972.
Bull. Mus. nain. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 135, mai-juin 1973,
Zoologie 99 : 721-746.
Achevé d’imprimer le 31 janvier 1974.
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Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbefigen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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