BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
118
N> 179 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1973
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : P r M. Vachon.
Comité directeur : P rs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr. M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr. N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Ecologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His¬
toire naturelle, 38, rue Geoflroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
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Cuvier, 75005 Paris.
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Zoologie : France, 250 F ; Étranger, 275 F.
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International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 179, septembre-octobre 1973, Zoologie 118
Bryozoaires et Brachiopodes
de la Campagne Noratlante
par Jean-Loup cI’Hondt *
Résumé. — Inventaire des 27 espèces et formes de Bryozoaires et Brachiopodes draguées dans
l’océan Atlantique durant la campagne Noratlante du « Jean-Charcot » en 1969. Description de
Flustrellidra prouhoi n. sp.
Zusammenfassung. — Yerzeichnis der 27 Arten und Formen von Polyzoa und Brachiopoda,
die im 1969 wahrend der « Jean-Charcot » ’s Unternehmung Noratlante im atlantischen Ozean
gebaggert würden. Beschreibung von Flustrellidra prouhoi n. sp.
Abstract. — Récapitulation of the 27 species and forms of Bryozoa and Brachiopods dredged
in 1969 by the mission Noratlante of “ Jean-Charcot ” in the Atlantic. Description of Flustrel¬
lidra prouhoi n. sp.
Le matériel zoologique dragué lors de la campagne Noratlante, effectuée à bord du
navire océanographique « Jean-Charcot », du 3 août au 2 novembre 1969, comportait une
petite collection de 23 Bryozoaires Ectoproctes et de 4 Brachiopodes qui augmente notre
connaissance de la faune benthique du talus continental atlantique.
Prélevés à la drague ou au chalut, les exemplaires étudiés provenaient des 13 stations
suivantes :
PR 012 (14.8.1969) — 54°18'N et 27°54,4'W — Sonde : 3 110 m
Dendrobeania murmanica (Kluge, 1915) subsp. rylandi subsp. nov.
PR 063 (3.10.1969) — 36°48,5'N et 27°06,0'W — Sonde : 1 940 m
Scrupocellaria marsupiata Jullien, 1882
Dendrobeania murmanica (Kluge, 1915) subsp. cookae subsp. nov.
Columnella borealis Levinsen, 1909 var. spatulata var. nov.
Cornucopina navicularis (Busk, 1884)
Brachiopode (« Magadiniform stage »)
PR 065 (4.10.1969) — 36°58,2'N et 26°20,0'W — Sonde : 2 900 m
Brachiopode (« Magadiniform stage »)
PR 070 (9.10.1969) — 36°40'N et 14°10,6'W — Sonde : 1 015 m
Crépis longipes Jullien, 1882
Dyscolia wyvillei (Davidson, 1878)
PR 071 (9.10.1969) — 36°40,4'N et 14°15,6'W — Sonde : 215 m
Phoceana columnaris Jullien, 1903
* Muséum national d’Histoire naturelle, Laboratoire de Biologie des invertébrés marins et Malacologie,
57, rue Cuvier, 75005 Paris, France.
179, 1
1210
JEAN-LOUP D HONDT
Malleatia rara Jullien, 1903 ?
Adeonellopsis distoma (Busk, 1859)
Tervia irregularis (Meneghini, 1844)
Scrupocellaria incarvuta Waters, 1890
Bryocryptella koehleri (Calvet, 1896)
Brachxopode (un fragment indéterminable de brachidium)
PR 072 (9.10.1969) — 36°39,1'N et 14°13'W — Sonde : 690 m
Schizoporella neptuni Jullien, 1882
PR 076 (10.10.1969) — 36°34,9'N et 11°38,2'W — Sonde : 600 m
Micropora coriacea (.Johnston, 1847)
Crassimarginatella crassimarginata (Hincks, 1880)
Colletosia innominata (Couch, 1844)
Herentia hyndrnanni (Johnston, 1847)
Schizoporella neptuni Jullien, 1882
Schizoporella linearis (Hassall, 1841)
Smittina afî. landsborovii (Johnston, 1847)
Sertella sp.
Prohoscina major (Johnston, 1847)
PR 085 (14.10.1969) — 36°25,1'N et 8°48,4'W — Sonde 2 625 m
Brachiopode (« Magadiniform stage »)
PR 109 (26.10.1969) — 44°06,6'N et 04°06,9'W — Sonde : 1 856 m
Macandrevia cranium (Millier, 1776)
PR 124 (31.10.1969) — 47°29,6'N et 08°22,6'W — Sonde : 2 110 m
Alatandrevia cranium (Müller, 1776)
PR 128 (1.11.1969) — 47°40,9'N et 08°05,7'W — Sonde : 1 163 m
Dallina septigera (Lovén, 1846)
PR 129 (1.11.1969) — 47°42,1'N et 08°10,3'W — Sonde : 630 m
Dallina septigera (Lovén, 1846)
PR 130 (1.11.1969) — 47°49'N et 08°12,5'W — Sonde : 1 163 m
Dallina septigera (Lovén, 1846)
Deux espèces trouvées sur des algues flottantes provenaient des stations suivantes
PR 049 (24.9.1969) — 41°49'N et 47°20'W
Membranipora tuberculata (Bosc, 1802)
PR 051 (29.9.1969) — 38°54,5'N et 46°47,5'W
Flustrellidra prouhoi n. sp.
PR 056 (28.9.1969) — 38°21,5'N et 42°55,0'W
Membranipora tuberculata, (Bosc, 1802)
PR 057 (28.9.1969) — 38°28,2'N et 43°03,5'W
Membranipora tuberculata (Bosc, 1802)
BRYOZOAIRES ET BRACHIOPODES DE LA CAMPAGNE NORATLANTE
1211
ÉTUDE SYSTÉMATIQUE
I. — BRYOZOAIRES
A. — Ordre CHEILOSTOMATA Busk, 1852
Sous-ordre ANASCA Levinsen, 1909
1. Division Malacostega Levinsen, 1902
a. Famille Membraniporidae Busk, 1854
Membraniporella tuberculata (Bosc, 1802)
Quelques colonies encroûtantes sur des débris d’algues (Sargasses).
b. Famille Calloporidae Norman, 1903
Crassimarginatella crassimarginata (Hincks, 1880)
Bobïn et Prenant, 1966 : 249-251 ; Gautier, 1962 : 46-47 ; Harmer, 1926 : 223-224 ; Hastings,
1945 : 69-103.
Cette espèce, paraissant assez commune, a été trouvée encroûtante sur des débris
coquilliers et des fragments rocheux. Elle ne diffère de la description de Bobin et Prenant
(1966) que par la taille des aviculaires, un peu plus grands que les autozoécies.
2. Division Coilostega Levinsen, 1902
a. Famille Microporidae Hincks, 1880
Micropora coriacea (Johnston, 1847)
b. Famille Chlidoniidae Busk, 1884
Crépis longipes Jullien, 1882
Bobin et Prenant, 1966 : 366-368 ; Calvet, 1906 : 393 ; Harmer, 1926 : 318-319 ; Jullien, 1882 :
522-523.
Contrairement à la description classique de cette espèce, l’échantillon de Noratlante
présente une partie rampante et une partie dressée. Cette forme appartient toutefois bien
à l’espèce de Jullien, et ses morphologies zoariale et zoéciale sont tout à fait typiques.
Toutes les autres espèces du même genre, si elles sont en effet dressées, ont leurs zoécies
groupées par paires, et non pas réunies comme ici en séquence unisériée. Un port encroû¬
tant n’est donc pas spécifique de Crépis longipes. A la différence de la description de Bobin
et Prenant (1966), l’opésie n’est pas à proprement parler circulaire ; elle est assez allongée,
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JEAN-LOUP d’hONDT
presque carrée, avec le bord antérieur arrondi (sur certaines des zoécies figurées par Jul-
lien, le dessin correspond tout à fait à l’aspect observé sur l’exemplaire de Noratlante).
3. Division Cellularina Smitt, 1867
a. Famille Farciminaiuidae Busk, 1884
Columnella borealis Levinsen, 1909, var. spatulata n. var. (fig. 1)
Matériel examiné : deux fragments zoariaux ramifiés dichotomiquement, dressés,
non ovicellés, chacun d’un centimètre environ de hauteur. Tous deux proviennent de la
station PR 063.
Diagnose
Parfaite concordance avec les descriptions génériques de Bassler (1953) et spéci¬
fique de Levinsen (1909), à l’exception de la forme de l’aviculaire. Dans le cas de la forme
typique, les contours de cette hétérozoécie de sa mandibule sont ovalaires. Dans le cas de
la présente forme, la mandibule, élargie à sa base, se rétrécit nettement au tiers de sa lon¬
gueur en une sorte de languette. La proéminence nvicellaire qui porte cet aviculaire mesure
180 p, environ.
Fig. 1 (à gauche). — Columnella borealis var. spatula : aviculaire (vue de face). Échelle : 100 p,.
A, area autozoéciale ; M, mandibule avicularienne ; P, proéminence avicellaire.
Fig. 2 (d droite). — Flustrellidra prouhoi n. sp. : une zoécie (face frontale schématique). Échelle : 100 p.
b. Famille Scrupocellariidae Levinsen, 1902
Scrupocellaria marsupiata Jullien, 1882
Scrupocellaria incurvata Waters, 1896
Les individus étudiés, ovicellés, correspondent exactement à la description spécifique
BRYOZOAIRES ET BRACHIOPODES DE LA CAMPAGNE NORATLANTE
1213
donnée par Bobin et Prenant (1966). Deux caractères seulement écartent celle-ci de la
forme de Noratlante :
— la soie vibraculaire, d’une longueur variant de 400 à 600 p, est plus développée chez
les zoécies de Noratlante, étant souvent plus longue que les autozoécies ;
— contrairement à la description précitée et à celles de Canu et Basslep. (1928),
Gautier (1962), Jullien et Calvet (1903) et Waters (1896), les angles distaux de chaque
autozoécie portent constamment un nombre plus élevé d’épines : il y en a très générale¬
ment une (très exceptionnellement deux également développées, ou encore — cas observé
une seule fois — l’épine unique est trifurquée dès sa base, la pointe médiane étant normale,
les deux latérales réduites à de fins stylets) au voisinage de l’implantation du scutum,
et toujours deux à l’angle distal externe. La forme typique ne présente toujours qu’une
seule épine à chaque angle.
c. Famille Bicellariellidae Levinsen, 1909
Cornucopina navicularis Busk, 1884 (fig. 3)
Matériel examiné : un fragment zoarial non ramifié d’environ un centimètre de
hauteur.
Description
Le fragment étudié est érigé et peu calcifié ; délicat et transparent, son port suggère
celui d’un hydraire. Il est fixé au substrat par l’intermédiaire de radicelles issues des deux
zoécies les plus inférieures de la colonie. Les zoécies sont bisériées et alternantes, et donnent
chacune naissance à la suivante par bourgeonnement latéro-frontal, en arrière de l’area.
Deux files de loges courent donc parallèlement côte à côte sur toute la hauteur de la colo¬
nie.
Chaque zoécie est formée de trois parties successives, la plus centrale étant deux fois
plus courte que les deux autres. La partie postérieure prend naissance en position latéro-
frontale sur une zoécie-mère, au niveau d’une articulation ; elle est longuement tubuleuse
(un millimètre) et très fine (une quarantaine de microns d’épaisseur). La partie centrale
apparaît comme un élargissement de la précédente ; hémicylindrique, longue d’environ
650 (A, sa surface frontale est creusée en forme de gouttière et recouverte d’une area très
fine et fragile ; cette gouttière s’élargit de plus en plus en allant vers la région distale où
s’ouvre un opercule très mince et presque circulaire. Ventralement, au centre de cette
partie élargie, court un bourrelet axial reliant directement la région proximale tubuleuse
au processus distal qui constitue la troisième partie de la zoécie. Ce processus vient s’implan¬
ter du côté opposé à l’opercule, sur l’autre face de la loge ; il est allongé (de 1 mm environ),
cylindrique et étroit (de même largeur que la partie proximale de la zoécie) ; il porte une
demi-douzaine d’épines, articulées près de leur base, chacune au niveau d’une petite saillie
du processus. Ces épines sont toutes dirigées du même côté, soit intérieurement, soit exté¬
rieurement suivant les loges, et leur taille décroît petit à petit en allant vers l’apex; la
plus longue d’entre elles mesure de 600 à 700 (A, la plus courte 150 p.
Il n’a pas été observé d’autres épines ni d’ovicelles, ni d’aviculaires. Les deux files
longitudinales de loges sont séparées l’une de l’autre ; leurs seuls points de contact sont
1214
JEAN-LOUP d’hONDT
Fig. 3. — Cornucopina navicularis : quelques zoécies. (Voir dimensions dans le texte.)
C, espace séparant les deux files zoéciales ; E, épine ; I, partie élargie de la zoécie ; O, ouverture
zoéciale ; R, processus terminal de la zoécie ; T, partie tubuleuse de la zoécie.
situés au niveau de la zone d’implantation d’une zoécie sur la région latéro-frontale de la
précédente. A cet endroit, les deux loges voisines semblent se souder sur une longueur réduite
(200 p. environ) ; la partie proximale de la zoécie supérieure s’élargit un peu à ce niveau.
Discussion
Mis à part l'absence des ovicelles et des aviculaires, la description de l’échantillon
dragué lors de la campagne Noratlante correspond à la diagnose générique de Levinsen
(1909), complétée ensuite par Harmer (1926), et enfin redéfinie par Bassler (1953). De
nombreuses espèces sont actuellement rangées dans ce genre, auquel Harmer (1926) rattache
la plupart des animaux autrefois classés dans le genre Bicellariella. Une clé dichotomique
partielle a été établie par Hastings (1943), et des descriptions ou compléments de descrip¬
tions d’espèces ont été publiés par Hasenbanck (1932), Osburn (1940) et Silex (1941).
Seul un petit nombre de ces espèces est caractérisé par la présence d’un long processus
distal portant des épines ; dans la plupart des cas, en effet, ou bien ce processus est réduit
(plus court que la partie médiane de la zoécie), ou bien il est inexistant. Les épines sont
BRYOZOAIRES ET BRACHIOPODES DE LA CAMPAGNE NORATLANTE
1215
par ailleurs soit portées par cette partie médiane (en une série continue ou en deux séries
écartées l une de l’autre), soit réunies en touffe à l’extrémité du processus distal. Seules
quelques espèces présentent un processus plus long ou égal à la région médiane : C. geni-
culata Ilarmer, 1926, C. bella (Busk, 1884), C. moluccensis (Busk, 1884) et C. navicularis
(Busk, 1884).
Chez la première, le processus est de la même longueur que la partie médiane, et s’avère
donc relativement bref ; il existe par surcroît un gros aviculaire. La seconde présente en
commun avec la précédente les mêmes particularités, et se différencie en outre de la forme
de Noratlante par la plus grande réduction de la partie proximale. Chez la troisième, le
processus est légèrement plus allongé que la partie centrale, et les épines sont groupées à
son extrémité ; il existe enfin un aviculaire longuement pédonculé. C’est à la quatrième de
ces espèces, C. navicularis, que nous rattachons la forme décrite ici, en dépit des quelques
différences suivantes : chez C. navicularis, il existe un petit aviculaire frontal, proximal
par rapport à l’area ; la disposition des épines, plus irrégulière, est variable suivant les
zoécies ; ces épines paraissent aussi être de taille croissante en allant vers l’extrémité ;
enfin, il peut parfois exister une épine frontale, proximalement à l’area.
Cornucopina navicularis ne semble avoir été trouvée jusqu’ici que lors de l’expédi¬
tion du « Challenger » dans l’Atlantique Sud, au large des côtes brésiliennes. Après comparai¬
son avec la forme typique, conservée au British Muséum 1 , les différences constatées ne
nous paraissent cependant pas devoir être de nature à entraîner la création d’une forme
nouvelle.
d. Famille Bugulidae Gray, 1848
Dendrobeania murmanica (Kluge, 1915) subsp. cookae subsp. nov. (fig. 4)
Matériel examiné : plusieurs fragments de zoarium arborescent, de tailles diverses.
Description
Le zoarium est dressé et ramifié dichotomiquement. Il est formé de plusieurs séries
de loges, au nombre de 2 à 3 dans le sens de la largeur à la base de chaque ramification,
à 5-6 aux extrémités de certains rameaux. Les bords zoéciaux forment des crêtes saillantes.
Les zoécies sont allongées, beaucoup plus larges à l’avant qu’à l’arrière, avec un rétrécisse¬
ment temporaire dans la partie médiane de la région antérieure ; cet aspect est celui figuré
par Kluge (1962) pour D. murmanica, espèce endémique de la mer de Barents. La partie
proximale présente un aspect bifurqué par suite de la pénétration en coin de la région
antérieure de la zoécie suivante de la même file longitudinale.
La longueur zoéciale moyenne est de 1000-1100 p (1300 environ pour les loges mar¬
ginales) ; la largeur moyenne de la région antérieure est de 350-400 p, celle de la région
postérieure de 150 p. Chacun des deux angles antérieurs de toutes les zoécies est muni
d’une épine acérée de 250 p environ (très exceptionnellement, il peut exister une seconde
épine à l’angle externe des loges marginales) ; celle-ci fait saillie, de chaque côté, au-dessus
1. Nous adressons nos sincères remerciements à Miss Patricia L. Cook qui nous a permis de consulter
cet échantillon.
1216
JEAN-LOUP d’hONDT
de la partie moyenne de la zoécie latérale voisine, sensiblement à sa mi-longueur. Il existe
des plaques perforées interloculaires, munies chacune d’une vingtaine de pores. La région
antérieure de chaque zoécie est légèrement convexe (davantage en cas de début de déve¬
loppement ovicellaire). L’area est très développée, atteignant presque l’arrière de la loge
où il n’existe qu’un gymnocyste réduit. L’ouverture est presque carrée, à bord antérieur
largement arrondi. La morphologie zoéciale est absolument semblable à celle décrite et
dessinée par Kluge (1962).
A la différence de la forme typique, totalement dépourvue d’aviculaires, celle de
Noratlante possède de gros aviculaires très calcifiés ; leur plan sagittal est dirigé selon le
grand axe longitudinal des loges. Ils sont tous de même type, aussi bien sur les zoécies
marginales que sur celles de la région centrale. Ils sont implantés dans la région la plus
proximale de la zoécie ; longs de 450 p, ils portent tout à fait distalement une mandibule
triangulaire et pointue à son extrémité, articulée du côté frontal des autozoécies. Cette
mandibule vient s’encastrer dans une dépression distale de l’aviculaire, en forme de carène
de bateau assez évasée ; les rostres aviculariens sont courts, brusquement rétrécis, pratique¬
ment pas crochus, et donc en définitive très peu saillants. La plus grande largeur avicula-
rienne se situe à sa région terminale ; l’aviculaire s’amincit ensuite au tiers de sa longueur en
partant de cette région pour se réélargir ensuite à mi-longueur et diminuer ensuite progres¬
sivement de diamètre jusqu’à sa zone d’implantation.
Diagnose : Dendrobeania murmanica portant sur toutes les zoécies de gros aviculaires
robustes, d’environ 450 p de longueur, à ouverture et mandibule tout à fait distale.
Station-type : PR 063.
Remarque : Il semble que la forme typique ait été draguée lors de l’expédition
Fig. 4 (à gauche). —Dendrobeania murmanica subsp. cookie : aviculaire (profil). Échelle : 100 p.
Fig. 5 (à droite). —Dendrobeania murmanica subsp. rylandi : aviculaire (profil). Échelle : 100 p.
M, mandibule avioularienne ; V, aviculaire.
BRYOZOAIRES ET BRACHIOPODES DE LA CAMPAGNE NORATLANTE
] 217
antarctique française de 1903-1905, et décrite sous le nom de Flustra antarctica par Cal-
vet (1909). Dans l’affirmative, le nom spécifique donné par cet auteur devrait être prio¬
ritaire.
Dendrobeania murmanica (Kluge, 1915) subsp. rylandi subsp. nov. (fig. 5)
Matériel étudié : deux zoaria arborescents, de 4 cm de hauteur environ.
Description
Cette forme ne se différencie de la précédente que par la disposition et la forme de ses
aviculaires. Ceux-ci, implantés obliquement par rapport au plan zoécial, sont petits (160-
180 (jl) et n’existent que sur les zoécies marginales et proximalement du côté externe ; tous
de même forme, ils ont une morphologie assez voisine de celle décrite chez Dendrobeania
flustroides (Levinsen, 1887) par Androsova (1958) et Kluge (1962). Mais ils sont d’une
taille 3 à 4 fois supérieure à celle des aviculaires de cette dernière espèce, et sont plus hauts
par rapport à leur largeur. Leur rostre, dressé, légèrement crochu, est court et brusque¬
ment rétréci ; l’ouverture de l’aviculaire est proximale. D. flustroides porte également par
ailleurs des aviculaires sur les loges de la partie centrale du zoarium, et ne présente pas les
deux épines typiques de D. murmanica. En dépit des quelques ressemblances, la spinulation
et le port zoarial sont très différents de ceux très spécifiques de D. flustroides et typiques
de D. murmanica. La forme de Noratlante doit donc être rattachée à cette dernière espèce.
Diagnose : Dendrobeania murmanica à petits aviculaires de forme proche de ceux
de D. flustroides, portés proximalement du côté externe par les seules zoécies marginales.
Station-type : PR 012.
4. Division Cribrimorpha Lang, 1916
Famille Cribrilinidae Hincks, 1880
Cribrilaria innominata (Couch, 1844) '
Bobin et Prenant, 1966 : 589-594 ; Harmëlin, 1970 : 77-98 ; d’Hondt, 1970 : 246-248.
L’espèce était assez fréquente dans le matériel étudié. Les exemplaires récoltés appar¬
tiennent à la forme typique définie par Bobin et Prenant (1966) et Harmëlin (1970).
Si les épines sont d’un diamètre irrégulier, très noueuses, proportionnellement longues,
elles ne présentent pas les bifurcations observées chez la variété bifida décrite dans un tra¬
vail précédent (1970).
Sous-ordre ASCOPHORA Levinsen, 1909
a. Famille Schizoporellidae Jullien, 1903
Schizoporella linearis (Ilassall, 1841)
Schizoporella neptuni Jullien, 1882
Calvet, 1906 : 421-422 ; Jullien, 1882 : 511-512 ; Jullien et C.ai.vet, 1903 : 80.
1218
JEAN-LOUP d’hONDT
Cette espèce ne semble avoir jusqu’ici été récoltée qu’à trois reprises, par le « Travail¬
leur », le « Talisman » et « l’Hirondelle » dans les environs des Açores et de Cadix, et dans
le golfe de Gascogne. Les exemplaires étudiés concordent parfaitement avec les descrip¬
tions de Jullien et Calvet. Le caractère le plus frappant est l’existence d’un péristome
plus ou moins tubuleux selon les zoécies, et entouré d’une huitaine d’épines, généralement
brisées sur les échantillons. Les zoécies, de forme irrégulière, sont souvent plus larges que
longues ; la surface frontale est granuleuse, et marquée de petites perforations éparses.
Un aviculaire à mandibule pointue est porté de chaque côté de l’ouverture, à plus ou moins
grande distance d’elle, par un avicellaire saillant. L’ovicelle, à surface parsemée de fines
perforations, est de forme assez globuleuse.
b. Famille Crepidacanthidae Levinsen, 1902
Herentia (= Mastigophora) hyndmanni (Johnston, 1847)
c. Famille Adeonidae Jullien, 1903
Adeonellopsis distoma (Busk, 1859)
d. Famille Reteporidae Smitt, 1867
Sertella (?) sp.
Un petit fragment détérioré a été trouvé implanté sur une coquille. Les limites inter-
zoéciales sont saillantes. L’orifice est entouré d’un péristome muni de trois épines de chaque
côté dans la région proximale. L’aréolation proximale est très peu visible. Un mucron por¬
teur d’un aviculaire pointu et assez allongé existe en général en arrière de l’aperture. Il
peut très exceptionnellement exister un aviculaire à angle émoussé, soit sur la face frontale
(plus petit), soit sur la face dorsale (de taille encore plus réduite). L’aperture ne semble
pas prolongée par une incisure proximale. La surface frontale est lisse. Il n’a pas été observé
d’ovicelle.
e. Famille Mucronellidae Levinsen, 1909
Phoceana columnaris Jullien, 1903
Bryocryptella koehleri (Calvet, 1896)
Smittina afî. landsborovii (Johnston, 1847)
Le zoarium est encroûtant et formé de zoécies d’environ 450 p de longueur. L’ovi¬
celle, long de 200 p, assez aplati et de contour circulaire, est percé de nombreuses petites
perforations toutes de même taille. L’aperture est longue de 130 p environ, et s’achève
par un large sinus ; dans le prolongement de celui-ci existe, porté par le flanc du péristome,
un petit aviculaire ovale à mandibule arrondie. Ce péristome est assez élevé et porte trois
épines distales (absentes chez les zoécies ovicellées) ; il s’élève sur les bords de sa partie
proximale, de chaque côté, en une assez large lame triangulaire qui subsiste sur les loges
ovicellées. La frontale est percée de grosses et profondes perforations, au nombre de 6-7
dans le sens de la largeur, de 7-9 dans celui de la longueur. La lyrule est large et à bord
presque rectiligne.
BRYOZOAIRES ET BRACHIOPODES DE LA CAMPAGNE NORATLANTE
1219
En raison du mauvais état de cette colonie, nous n’avons pu préciser davantage cette
description. En dépit de certaines différences (notamment dans l’ornementation du péris-
tome), elle présente beaucoup de points communs avec les formes décrites par Kluge (1962)
et Osburn (1952) sous le nom de Smittina landsborovii (espèce par ailleurs connue comme
très polymorphe). C’est avec la forme de Kluge qu’elle présente le plus d’affinités.
Malleatia rara Jullien, 1903 ?
Jullien, 1903 : 106.
La collection de Noratlante nous a rapporté un unique fragment rétéporoïde érodé
semblant correspondre à la description de cette rare espèce. Il n’en diffère, parmi les carac¬
tères étudiables, que par la position de l’aviculaire. Selon le descripteur, cette hétérozoécie
est péristomiale ; nous avons personnellement observé à l’arrière du poster apertural une
saillie globuleuse, à perforation arrondie vers l’avant et triangulaire vers barrière, qui
est peut-être un avicellaire.
B. — Ordre CTENOSTOMATA Busk, 1852
Sous-ordre CARNOSA Gray, 1841
Famille Flustrellidridae Bassler, 1953
Flustrellidra prouhoi n. sp. (fig. 2)
II incks, 1880 : 506-508 ; Prouho, 1892 : 568-569 (ces deux auteurs sous le nom de F. hispida
(Fabricius).
Matériel : un unique zoarium, encroûtant sur chacune des deux faces d’un fragment
d’algue (Sargasse).
Description
Le zoarium, fin et délicat, est cohérent ; il est formé de zoécies rectangulaires arrondies
à leurs deux extrémités, mesurant en moyenne 400-430 p., et de 3 à 4 fois plus longues que
larges. La surface frontale des zoécies est souple, mince, lisse, et complètement dépourvue
d’épines. Le péristome est légèrement saillant du côté proximal (mais sans être tubulaire
et terminé par un orifice quadrangulaire formant quatre lèvres semblables, comme chez
le genre Pherusella) ; son ouverture est bilabiée, la lèvre la plus distale (simulant un oper¬
cule) étant seule mobile et marquée par un sclérite. En arrière de l’ouverture et dans le
prolongement des bords latéraux du sclérite existe de chaque côté une tache claire très
visible, qui apparaît en examen microscopique comme correspondant à une profonde per¬
foration de la paroi frontale.
Discussion
Cette forme, vue pour la première fois par Hincks (1880), qui n’avait remarqué que
la finesse du zoarium et l’absence d’épines, avait été interprétée par lui comme étant une
1220
JEAN-LOUP D’HONDT
jeune colonie de la Flustrellidra hispida (Fabricius, 1780) fréquente dans les mers nordiques.
Prouho (1892) a très justement fait remarquer que, chez F. hispida, les jeunes zoécies sont
épineuses comme les loges âgées ; et il a rattaché à une forme différente, qu’il n’a pas nom¬
mée, les colonies aux zoécies (âgées ou non) dépourvues d’épines et restées plus chétives
d’une Flustrellidra recueillie à Roscoff. Nous avons comparé des Flustrellidra hispida de
Roscoff, appartenant à la forme typique, à la forme de Noratlante, n’ayant pu retrouver
en Bretagne la forme de Prouho. l/espèce décrite par Fabricius est plus épaisse, sa paroi
frontale est ridée ; le péristome nettement moins saillant ne possède pas les deux perfo¬
rations caractéristiques, et est pourvu des fortes épines classiques. Cette comparaison
montre que les deux animaux sont en fait très différents, et l’animal de Noratlante nous
semble donc devoir constituer une espèce distincte ; nous la dédions à la mémoire de l’auteur
qui en a le premier reconnu l’originalité.
La distinction entre les deux genres Flustrellidra et Elzerina a été discutée par divers
auteurs. Kluge (1962) a réuni dans un même genre les formes érigées et encroûtantes,
qu’elles soient ou non épineuses. Selon Harmer (1915), le genre Elzerina devrait regrouper
les formes dressées à zoarium arborescent et cylindrique, et aux zoécies non épineuses,
toutes non européennes. Selon Silén (1947), le nom générique de Flustrellidra doit être
réservé aux espèces épineuses, qu’elles soient arborescentes ou non, et celui d’ Elzerina
aux espèces inermes à orifice bilabié. Bassleii (1953) se borne à citer les deux genres sans
les redéfinir. Quelle que soit la définition adoptée, « l’unique espèce française est bien une
Flustrella » (Bobin et Prenant, 1956). Enfin, une révision d’ensemble des Flustrellidri-
dae a été publiée par Cook (1964). fl en ressort que les genres Elzerina Lamouroux, 1816,
et Bockiella Silén, 1942 (au port également érigé), constituent des ensembles bien cohérents.
Nous classerons donc cette espèce nouvelle, bien que dépourvue d’épines, parmi les Flus¬
trellidra : toutefois l’existence des deux perforations orbiculaires l’écartent encore des autres
espèces connues, et nécessitera peut-être, lorsqu’un plus important matériel aura pu être
étudié, la création d’un nouveau sous-genre.
Diagnose : Flustrellidra à zoarium mince, aux zoécies lisses et inermes, à péristome
bilabié et aperture légèrement tubuleuse. Deux perforations presque circulaires de la paroi
frontale en arrière de l’orifice.
Station-type : PR 051.
c. — Ordre CYCLOSTOMATA Busk, 1852
a. Famille Tubuliporidae Johnston, 1838
Proboscina major (Johnston, 1847)
b. Famille Terviidae Canu et Bassler, 1920
Teraia irregularis (Meneghini, 1844)
BRYOZOAIRES ET BRACHIOPODES DE LA CAMPAGNE NORATLANTE
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II. — BRACHIOPODES
Sous-classe ARTICULAT A Huxley, 1869
Ordre TEREBRATULIDA Waagen, 1883
1. Sous-ordre TEREBRATELLINIDA Muir-Wood, 1955
Superfamille Terebratellacea King, 1850
Famille Terebratellidae King, 1850
Dallina septigera (Lovén, 1846)
Macandrevia cranium (Müller, 1776)
Davidson, 1885 : 61-66 ; Fischer et Oehlert, 1890 : 72-79.
Le polymorphisme de la coquille en fonction de l’âge, décrit par Fischer et Oehlert
(1890), est considérable chez des individus ne présentant qu’une faible différence de taille,
mais le faible nombre des échantillons n’a pas permis de l’étudier statistiquement. Nous
avons obtenu (PR 109) un individu de 12 mm (a forme jeune ») à carapace modérément
aplatie et contours suborbiculaires, tandis qu'un individu de 16 mm (PR 124) possédait
la forme bombée typique des adultes.
« Magadiniform stage »
La taille varie de 1,5 à 5 mm. La coquille est aplatie, piriforme, très mince, et ponc¬
tuée de minuscules orifices uniformément répartis et moyennement serrés. La valve ven¬
trale est parcourue par une dizaine de côtes longitudinales proportionnellement larges,
peu marquées et plus visibles à l’arrière. La valve supérieure est marquée de stries d’accrois¬
sement. Le bracbidium est limité à trois lames : un septum médian mesurant la moitié
de la longueur de la valve ; peu saillant, il s’exhausse le long de son deuxième tiers en une
carène étroite, élevée, de profil presque rectangulaire ; les deux autres lames, les crura
latérales, sont deux fois plus courtes, et chacune d’entre elles affecte une forme sensible¬
ment rectangulaire allongée ; la disposition d’ensemble de ce bracbidium rappelle beaucoup
celle du stade « Magas » décrit par Williams, Rowell et coll. (1965) et figuré par Run-
wick (1970, fig. 77 c). Le foramen hypothryde est arrondi. Le deltidium est formé de deux
plaques jointes. La valve supérieure, dans la région cardinale, est sensiblement rectiligne
dans sa moitié centrale, puis sinuée plus latéralement, où elle dissimule de chaque côté
une dent cardinale assez grosse et régulièrement arrondie. La commissure, vue de l’arrière,
présente de multiples indentations ; vue de l’avant, elle est droite.
2. Sous-ordre TEREBRA TULIDINA Waagen, 1883
Famille Dyscoliidae Fischer et Oehlert, 1891
Dyscolia wyvillei (Davidson, 1878)
1222
JEAN-LOUP D’HONDT
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Achevé d'imprimer le 30 avril 1974.
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Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
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