BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
124
N» 185 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1973
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BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : P r M. Vachon.
Comité directeur : P rs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr. M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr. N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, lo Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Ecologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicides séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His¬
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
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Zoologie : France, 250 F ; Étranger, 275 F.
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BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 185, septembre-octobre 1973, Zoologie 124
Un Mysidacé nouveau de la Nouvelle-Calédonie :
Anisomysis thurneysseni n. sp.
par Henri Nouvel *
Abstract. — A new species of Anisomysis, .4. thurneysseni, from New Caledonia, is described.
Tliat species cornes near .4. mixta Nakazawa (Japan) and .4. australis Zimmer. At the présent
time it is not possible to give an adéquate subdivision of the genus Anisomysis (13 species).
Matériel examiné
Un lot de 36 exemplaires (étiquette : Baie des Citrons, Nouméa, Nouv. Calédonie,
4141, R. Catala) comprenant 8 adultes (3,3 à 3,7 mm), 1 subadulte (2,8 mm), 24 Ç
adultes, ovigères ou avec oostégites bien développés (3,5 à 3,7 mm), 2 $ subadultes (3,3
et 3,4 mm) et une $ avec oostégites très petits (3,0 mm). Le lot (syntypes) est déposé en
partie au Muséum national d’Histoire naturelle, le reste, dans la collection de l’auteur.
Ce matériel a été transmis par l’Aquarium de Nouméa, Fondation R. Catala-Stucki,
au Laboratoire des Pèches Outre-Mer du Muséum national d’Histoire naturelle. Je remercie
le Professeur Th. Monod qui a eu l’amabilité de m’en confier l’étude. Le Dr R. Catala-
Stucki a eu l’obligeance de m’adresser les renseignements complémentaires suivants :
Le collecteur fut M. Yves Thurneyssen qui, pendant plusieurs années, a exploré
les petits récifs coralliens voisins de la station. Les captures ont été effectuées dans la baie
des Citrons, Nouméa, à une profondeur de 1,50 m. Ces Mysidacés ont vécu plusieurs mois
dans un des bacs du Laboratoire.
Description
Les téguments sont lisses.
La carapace forme en avant (fig. 1) un angle obtus à pointe émoussée et ne recouvre
ni le segment oculaire ni la base des yeux, ni l’insertion des antennules. Les côtés du bord
antérieur sont garnis de très petits denticules jusqu’aux coins antéro-latéraux. Ces derniers
sont légèrement arrondis. Les bords latéraux recouvrent à peine la base des mandibules.
Très échancrée en arrière, la carapace laisse dorsalement à découvert le dernier sornite
thoracique, mais les ailes latérales postérieures atteignent la limite postérieure de ce sornite.
Le sillon cervical est très profondément marqué.
* Laboratoire de Biologie générale de V Université Paul-Sabatier, 31400 Toulouse, et Laboratoire des
Pêches Outre-Mer, Muséum national d’Histoire naturelle, 57, rue Cuvier, 75005 Paris.
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UN MYSIDACÉ NOUVEAU DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE
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Les pléonites sont subcylindriques, sans proéminences latérales, subégaux à l’exception
du dernier qui est d’un tiers plus long que l’avant-dernier.
Les yeux (fig. 1) sont gros, largement séparés à la base, aussi longs que larges. La cor¬
née qui déborde très nettement la carapace sur le côté est très globuleuse et plus large que
le pédoncule ; en vue dorsale, sa hauteur est supérieure à la longueur du pédoncule ; en
vue latérale, elle est un peu elliptique.
Les pédoncules antennulaires ont la même longueur relative dans les deux sexes mais
sont beaucoup plus épais chez le mâle (fig. 3) que chez la femelle (fig. 2). L’article basal
porte 3 soies plumeuses au coin distal externe. Chez la femelle, le coin distal interne de
l’article distal porte 3 fortes soies inégales. Le lobus masculinus est épais, conique, un peu
recourbé à l’extrémité.
L’écaille antennaire (fig. 4 et 5) est assez semblable dans les deux sexes et dépasse peu
le pédoncule antennulaire en avant mais l’article distal est relativement un peu plus long
chez le mâle. Elle est à peine plus de 6 fois plus longue que large chez les femelles adultes,
un peu plus chez les mâles. Elle est bordée de soies plumeuses sauf sur le quart proximal
de son bord externe et environ le tiers proximal de son bord interne. La base du fouet
antennaire est plus épaisse chez le mâle que chez la femelle.
Le labrurn est pratiquement identique à celui que j’ai décrit et figuré (Nouvel, 1967)
chez Anisomysis hanseni.
Les parties masticatrices (fig. 6) des mandibules ne présentent pas de différenciations
très particulières. Il en est de même du palpe mandibulaire (fig. 7) ; par rapport à d’autres
espèces du genre, l’article médian est relativement étroit, l’article distal est relativement
large.
Les maxillules (fig. 8) ont une structure normale. Il en est de même des maxilles (fig. 9)
dont le seul caractère remarquable est la largeur de l’article distal du palpe.
Les appendices thoraciques de la première et de la deuxième paire (fig. 10 et 11) ont
une structure particulièrement massive.
Les appendices thoraciques de la troisième à la huitième paire sont subégaux. Les
griffes sont longues, acérées, tout à fait sétiformes. Les carpopropodos (fig. 17 et 18) ne
sont pas subdivisés ; tout au plus peut-on distinguer, à la base des soies seulement, une
douteuse ébauche d’articulation à la face postérieure des appendices antérieurs. La garni¬
ture de soies est plus pauvre sur les appendices postérieurs, surtout sur les articles proxi¬
maux de l’endopodite. L’endite formé par les basis est garni de deux soies. Les exopodites
natatoires ont 8 articles sétigères aux thoracopodes 2 à 7 et 7 seulement aux thoracopodes
1 et 8 ; le coin distal externe de la plaque basale est très arrondi, sans trace de denticule.
Dans les deux sexes, une petite papille est présente sur la face antérieure du basis des appen¬
dices de la seconde à la huitième paire, très près de l’articulation du praeischium (fig. 12).
Fig. 1-8. — Anisomysis thurneysseni n. sp.
1, partie antérieure d’une femelle adulte en vue dorsale ( X 60) ; 2, base de l’antennule gaucho de la femelle
en vue dorsale (x 120) ; 3, base de l’antennule gauche du mâle en vue dorsale (x 120) ; 4, base de
l’antenne gauche de la femelle en vue dorsale ( x 97) ; 5, base de l’antenne gauche du mâle en vue
dorsale ( X 120) ; 6, parties incisives et molaires des mandibules en vue postérieure ; mandibule gauche,
à droite ( X 200) ; 7, palpe mandibulaire ( X 200) ; 8, maxillule gauche de la femelle, face postérieure
(X 200).
UN MYSIDACÉ NOUVEAU DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE
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Fig. 16-20. — Anisomysis thurneysseni n. sp.
16, oostégite (l re paire) correspondant à l’appendice thoracique de la septième paire vue par la face interne
(X 120) ; 17, partie distale de l’endopodite de l’appendice thoracique gauche de la troisième paire
de la femelle, face postérieure (x 200) ; 18, partie distale de l’endopodite de l’appendice thoracique
gauche de la huitième paire de la femelle, face antérieure (X 200) ; 19, maximum d’irrégularités dans
les denticules de l’extrémité du telson observé chez les femelles ( X 240) ; 20, maximum d’irrégularités
des denticules chez les mâles (x 240).
Fig. 9-15. — Anisomysis thurneysseni n. sp.
9, maxille gauche de la femelle ( X 200) ; 10, endopodite et une partie du basis de l’appendice thoracique
gauche de la première paire de la femelle, face antérieure (X 200) ; 11, endopodite de l’appendice
thoracique gauche de la deuxième paire de la femelle ( X 200) ; 12, partie distale du basis avec sa papille
et praeischium de l’appendice thoracique gauche de la septième paire d’une femelle vus par la face
antérieure ( X 293) ; 13, partie basale de l’appendice thoracique gauche de la sixième paire d’une femelle
montrant le rudiment d’oostégite (X 120) ; 14, telson et uropode gauche de la femelle en vue dorsale
(X 120) ; 15, pléopode gauche de la quatrième paire d’un mâle adulte, face postérieure (x 183).
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HENRI NOUVEL
Les deux paires d’oostégites correspondant aux thoracopodes 7 et 8 ont un développe¬
ment normal ; à la paire antérieure (fig. 16), la base forme un lobe ventilateur muni de
6 longues soies. A la base des thoracopodes de la sixième paire (fig. 13) un petit lobe garni
de 3 longues soies peut être considéré comme le rudiment d’une troisième paire d’oosté¬
gites.
La plupart des femelles adultes devaient être ovigères mais les œufs ou embryons
ont été accidentellement perdus en partie ou en totalité. L’une d’elle porte encore trois
embryons, d’autres un seul. Œufs et embryons sont relativement très gros et il n’y a certai¬
nement pas place pour plus de quatre embryons dans la poche incubatrice des plus grandes
femelles.
Les penes sont de longueur normale mais sont relativement épais.
Tous les pléopodes sont rudimentaires et uniarticulés chez la femelle et il en est de
même chez le mâle, à l’exception de ceux de la quatrième paire. Ces derniers (fig. 15) ont
la structure typique du genre Anisomysis (fig. 15). Ils sont relativement courts et ne dépas¬
sent pas le milieu du dernier pléonite. L’endopodite est rudimentaire, réduit à une lamelle
bordée de quelques soies. L’exopodite est formé de trois articles : l’article proximal et
l’article distal sont subégaux ; l’article médian, beaucoup plus court, vaut environ le tiers
de chacun des deux autres. L’article distal porte, à son extrémité, deux soies épineuses
barbelées : l’une, externe, est un peu plus courte et plus grêle, l’autre, interne, est très nette¬
ment plus longue, plus épaisse et bulbeuse à la base.
Les uropodes (fig. 14) ont des rames très étroites. Les exopodites, un peu plus longs
que les endopodites, ont des bords subparallèles ; le bord externe est un peu concave vers
son tiers proximal. Les endopodites sont totalement dépourvus d’épines.
Le telson (fig. 14) qui est environ une fois et demie plus long que large a une forme
très originale : rétréci à la base, élargi vers son tiers proximal, il est plus ou moins trian¬
gulaire dans son tiers distal. Mais sa plus grande originalité réside dans le fait que dans
toute cette partie distale le bord est découpé en denticules pointus incurvés vers l’extrémité
postérieure. Il n’y a aucune véritable épine. Le nombre total de ces denticules est de 21 ou
22 chez les mâles adultes (subadulte : 17), de 20 i 1 (exceptions 18 et 23) chez les femelles
adultes. Il peut y avoir une légère irrégularité dans la taille et la disposition des denticules
distaux (fig. 19 et 20), surtout chez les mâles.
Remarques
1. — La forme du telson de la nouvelle espèce peut être rapprochée de celle du telson
d’M. mixta Nakazawa, 1910 (Japon) et d ’A. australis Zimmer, 1918 (Australie). Cependant,
chez ces deux espèces, le telson est subtriangulaire dans son ensemble et, quant à la garni¬
ture, les auteurs parlent d’épines. Chez elles les pléopodes de la quatrième paire sont beau¬
coup plus longs et les proportions relatives des trois articles de l’exopodite sont bien diffé¬
rentes ; malheureusement la description de Nakazawa est extrêmement brève et celle de
Zimmer est insuffisante sur beaucoup de points. Chez les deux espèces, le carpopropodos
est décrit comme formé de deux articles. Le palpe mandibulaire d’M. australis a une forme
différente.
2. — Si l’on admet la synonymie Kreagromysis megalops Illig, 1913, 1930 = Ani-
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somysis bifurcata Tattersall, 1911, proposée sans argumentation par Tattersall (1921),
le genre Anisomysis comprend actuellement 12 espèces. Celles-ci ont en commun la struc¬
ture des pléopodes de la quatrième paire chez les mâles et l’absence d’épines le long du
bord interne de l’endopodite des uropodes. Les autres caractères communs sont peu spé¬
cifiques ou présentent des exceptions particulières à certaines espèces. En 1921, alors que
le genre ne comprenait que 6 espèces, Tattersall faisait remarquer que, si l’on attribue
une valeur générique à la forme du telson, il y aurait lieu de distinguer 4 genres dont 3
avaient déjà été nommés. L’un d’entre eux présente en outre la particularité supplémen¬
taire d’avoir le bord interne de l’article médian du palpe mandibulaire denticulé. Ii (1964)
note aussi que les dernières espèces décrites entrent dans ces 4 groupes. Or ceci n’est exact
que si l’on s’en tient strictement à la forme du telson et ne vaut plus du tout si l’on se réfère
à d’autres caractères tout aussi importants. A. bipartoculata Ii, 1964, qui a un palpe man¬
dibulaire normal ne se groupe pas logiquement avec A. lamellicauda (Hansen, 1912) et
A. ijimai Nakazawa, 1910, qui ont un palpe denticulé. Le bien-fondé du rapprochement
d ’A. incisa Tattersall, 1936, avec A. bifurcata Tattersall, 1911, et A. pelewensis Ii, 1964,
ne me parait pas non plus évident. La structure du carpopropodos n’est d’aucune utilité
car on trouve un ou deux articles chez des formes aussi voisines qu ’A. lamellicauda et
A. ijimai ainsi qu’A. laticauda Hansen, 1910, et A. aikawai Ii, 1964. D’autre part, l’arti¬
culation peut être obsolète ou douteuse et n’a sans doute pas toujours été correctement
observée.
En conclusion, je pense qu’il est prématuré d’essayer de démembrer ou de subdiviser
le genre Anisomysis.
3. — Contrairement à ce que j’ai indiqué (1967) dans la description d’H. hanseni,
chez la femelle de cette espèce, il existe aussi un petit lobe à la base des thoracopodes de
la sixième paire. Celui-ci ne porte que deux longues soies. Il avait été arraché accidentelle¬
ment dans ma première préparation. Chez cette espèce, l’oostégite correspondant aux
thoracopodes de la septième paire porte 3 longues soies simplement implantées dans la région
basale interne de l’oostégite.
AUTEURS CITÉS
Ii, N., 1964. — Mysidae (Crustacea). In : Fauna Japonica, éd. Biogeogr. Soc. Japan, Tokyo, X -|-
610 p., 154 fig.
Nakazawa, K., 1910. — Notes on Japanese Schizopoda. Annotnes zool. jap., 7 , IV : 247-261, pl. VIII.
Nouvel, H., 1967. — Mysidacés récoltés par S. Frontier à Nosy-Bé. IV. Mesacanthomysis pyg-
maea n. gen., n. sp. et Anisomysis hanseni n. sp. Bull. Soc. Hist. nat. Toulouse, 103 (1-2) :
105-121. 40 fig.
Tattersall, W. M., 1921. — Zoological results of a tour in the Far East. Mysidacea, Tanaidacea
and Isopoda. Mem. Asiat. Soc. Beng., 6 : 405-433, pl. XV-XVII.
Zimmer, C., 1918. — Neue und wenig bekannte Mysidaceen des Berliner Zoologischen Muséums.
Mitt. zool. Mus. Berl., 9 : 13-26, 44 fig.
Manuscrit déposé le 30 mars 1973.
IMPRIMERIE
Achevé d'imprimer le 30 avril 1974.
NATIONALE
3 564 005 5
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Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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