MEMOIRES
MUSEUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série A, Zoologie
TOME X.
FASCICULE 1.
Erwin H. ACKERKNECHT et Henri V. VALLOIS.
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION
PARIS
EDITIONS DU MUSÉUM
36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire (V')
1955
Source : MNHN, Paris
U Oc U
: MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
Série A, Zoologie.
TOME X
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire (V e )
1955
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
TABLE DES MATIÈRES
Fascicule 1.
E. H. Ackerknecht et H. V. Vallois, François Joseph Gall et
sa collection . 1-92
Fascicule 2.
P. Dispon'S, Les Réduviidés de l’Afrique Nord-Occidentale. 93-240
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
L Ubo^
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
Série A. Zoologie. Tome X, fascicule I. — p. 1 à 92.
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION
par
Erwin H. Ackf.rknecht,
Professeur (l'Histoire
de la Médecine
à l’Université Madison, U.S.A.
et Henri V. Vallois,
Professeur au Muséum national
d’Histoire naturelle,
Directeur du Musée de l'Homme,
Membre de l’Académie de Médecine.
SOMMAIRE.
Chapitre I. — La vie et le caractère de Gau . 3
» II. — Les découvertes et les idées de Gall . 9
I : Son œuvre anatomique . 9
II : La psycho-physiologie de Gai.l. 12
III : L’anthropologie de Gall . 24
IV : Gall réformateur social . 25
» III. — Le mouvement fondé par Gall et ses adversaires.. 28
» IV. — La collection de Gall . 33
V. — Catalogue de la collection de Gall au Musée de
l’Homme .
VI. — Etude spéciale de quelques pièces.
I : Les représentations de Gall .
II : Têtes et crânes .
III : Modèles phrénologiques .
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. X.
Source : MNHN, Paris
ERWIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
Au début de 1941, deux officiers allemands se présentaient au
Musée de l’Homme en demandant à voir la collection de Gall. Ils met¬
taient les scellés sur les armoires qui la contenaient, déclarant
qu’ayant été faite par un Allemand, elle appartenait à l’Allemagne. Ils
emportaient le catalogue analytique de la collection. On appréciera à
sa valeur ce procédé si on note, comme on le verra plus loin, que Gall,
dont le père était Italien, avait commencé ses études en France puis,
voyant ses recherches interdites dans son pays, était revenu pendant
les vingt dernières années de sa vie en France et s’y était fait natu¬
raliser ; ses collections avaient été régulièrement achetées par le Gou¬
vernement français. De toute façon, on ne devait plus revoir les visi¬
teurs de 1941. Les scellés ont été enlevés en 1944. Le catalogue, impor¬
tant manuscrit dû, disent les archives du Musée de l’Homme, à la
main même de Gall et par suite pièce historique de grande valeur, est
demeuré introuvable.
On ne peut nier que ceux qui, 112 ans après la mort de Gall et
l’acquisition de sa collection par le Muséum d’Histoire Naturelle, se
souvenaient — d’une manière un peu spéciale, il est vrai — de
l’homme et des matériaux recueillis par lui, faisaient preuve de discer¬
nement. Le créateur de la collection, bien que tombé dans l’oubli, et
objet quelquefois d’un mépris dédaigneux à cause de certaines erreurs,
à cause surtout des abus que les « phrénologistes » avaient fait de ses
conceptions, était et reste un homme de science intéressant ; il a été à
l’origine d’un renouvellement des idées sur le système nerveux et de
découvertes importantes dans ce domaine. Sa collection a un intérêt
scientifique incontestable ; c’est un document historique de grande
valeur. Nous nous sommes donc permis de retracer dans les pages
suivantes la vie et les idées de Gall, avec le mouvement scientifique et
littéraire qui en résulta, de donner l’histoire de la collection et surtout
de reconstituer son catalogue (1). Nous osons espérer qu’une telle
reconstruction historique et critique contribuera à la compréhension
de certaines méthodes contemporaines qui, plus qu’on ne s’en doute,
sont la continuation d’une œuvre créée il y a 150 ans et presqu’oubliée
aujourd’hui.
(1) Nous devons vivement remercier la Fondation Wenner-Gren de New York
qui, en donnant une bourse à l’un de nous (E. A.) pour un séjour h Paris, nous a
permis de finir cette étude, commencée depuis fort longtemps.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALE ET SA COLLECTION.
CHAPITRE I.
LA VIE ET LE CARACTÈRE DE GALL (1).
François Joseph Gai.l naquit le 9 mars 1758 à Tiefenbronn, près
de Pforzheim, dans le Grand-Duché de Bade. Il était fils d’un petit
commerçant d’origine italienne (il s’appelait Gallo). Un de ses
cousins finit évêque. Gall vit le jour dans la même décade que
Goethe, Vicq-d’Azyr, Cabanis, Corvisart, Pinel, Hahnemann, Georges
Forstkr et Blumenbach. Ayant reçu son éducation primaire d’un
oncle prêtre, et aux écoles de Baden et Bruchsal, il commença ses
études de médecine dans la ville française de Strasbourg, en 1777.
Il y subit particulièrement l’influence du professeur Jean Hermann
(1738-1800) qui lui donna le goût de la recherche, surtout en anatomie
comparée. A Strasbourg, Gall se maria, en premières noces, avec une
Alsacienne M"* Leisler, jeune femme qui l’avait soigné au cours d’un
typhus et qui mourut en 1825. Les Gall n’eurent pas d’enfant. Une
nièce de M m * Gall, Rosalie Leisler, vivait avec eux à Vienne. A Paris,
Gall était entouré de ses neveux. Le couple était très désuni, et on
peut se demander si le départ de Gall de Vienne n’a pas été partielle¬
ment dû à ses ennuis matrimoniaux. L’opinion des contemporains
sur le caractère de M m ' Gali. est unanimement défavorable. Même les
Streicher, éminents fabricants de piano de Vienne, qui s’occupaient
des affaires de Gall après son départ et défendaient la femme auprès
du mari, écrivaient à d’autres qu’elle et sa nièce étaient « stupides et
méchantes » (2).
Il faut cependant reconnaître que Gall, lui non plus, n’était pas
un mari idéal. Aucune de ses trois passions : la science (en dehors
de ses collections anthropologiques, il avait toujours une ménagerie
(1) Comme tous ceux qui ont écrit sur Galt. antérieurement, nous nous sommes
servis (le la notice biographique du Dr G. A.C. Fossati (1786-1874). ann et disciple
de Gall et de Rasohi, dans la Xoui’elle Biographie Générale du I)r Hoefer, Paris.
1857, vol. XIX. pp. 271-288. Nous avons encore tiré beaucoup d’informations des
excellentes séries de lettres publiées par Max Neuburger (Briefe Galls an Andréas
und Nanette Streicher, Archio fiir Geschichte <ler Medtcin, 191/, t. 10. pp. 3-70)
et E. Ebstein (Franz Jos. Gall im Kampf um seine Lehre, Sndhoff Festschnft,
ed. par Ch. Singer et H. E. Sigerist, London-Zurich, 1924, pp. 269-322) qui sont
d’autant plus précieuses que Gall est connu pour avoir écrit peu de lettres.
(2) P. Tausic. : Lettres de A. et N. Streicher à / "
Med., 1920. t. 12. p. 53.
t. F. Rollett. Arch. f. Gesch. d.
Source : MNHN, Paris
ER WIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALI.OIS.
à la maisop), le jardinage et, surtout la troisième, les femmes, n’étaient
faites pour amener la paix dans le ménage. Ses lettres sont pleines
d’allusions à des maîtresses diverses et à un fils illégitime, Hamann.
Une fois, il proclame naïvement : « Ni le péché, ni les amis ne me
quitteront jamais » (3).
En 1781, Gali. se rendait à Vienne où il recevait, en 1785, son
diplôme de Docteur en médecine (4). Apparemment praticien habile
et éminemment raisonnable (il écrivait à son ami Streicher : surtout
ne cherchez pas votre salut chez les apothicaires, mais dans une vie
bien réglée (5)), il trouva bientôt une clientèle étendue qui lui permit
de s’acheter une maison avec un jardin. En 1794, on lui offrit la suc¬
cession de Stoerck comme médecin de l’empereur ; il la déclina,
jaloux de son indépendance.
En 1791, Gall publiait le premier Volume de ses Philosophisch-
medicinische Untersuchungen iiber Natur und Kunst im kranken und
gesunden Zustnnd des Menschen. Le manuscrit d’un deuxième volume,
vendu par la veuve de Gall à un D r Barbier, de Lyon, en 1852, subsiste
peut-être quelque part en France. Le livre est écrit dans un esprit
antimétaphysique mais ne développe pas encore les fameuses doctrines
psycho-physiologiques de Gali. bien que, d’après ses propres décla¬
rations, celles-ci le travaillaient «depuis sa plus tendre jeunesse».
C’est surtout un livre de médecine pratique, et Gall lui-même le
jugeait en 1826 ingénieux, mais tellement suranné qu’il avait l’inten¬
tion de le refaire en se basant sur l’expérience de toute une vie de
médecin praticien (6).
Il existe des documents montrant que Gali. s’occupait au moins
depuis 1792 de l’élaboration de sa doctrine sur le cerveau, et qu’au
moins depuis 1796 il donnait sur ce sujet des cours publics (7). Pour¬
tant, avant son départ de Vienne, il ne publia rien, sauf une Lettre
de Gall à Joseph François de Retzer relativement à son prodrome sur
les fonctions du cerveau chez les hommes et les animaux (dans le
Neue Deutsche Merkur de Wieland, t. III, p. 310-335, 1798. Réimprimé
dans le Journal de la Soc. phrénol. de Paris, 1835) (8). Tout ce qu’on
sait de Gall aujourd’hui à la rigueur, c’est qu’il tâtait des « bosses »
et que c’était un « phrénologiste ». En réalité, Gall n’employa jamais
le terme phrénologie (9) et les bosses ne jouaient qu’un rôle très
secondaire dans sa cranioscopie. Son but principal était l’organologie,
(3) Neuburger. 1!)17, p. 11.
(4) Beaucoup de biographies rapportent que Gau. était un des étudiants pré¬
férés du célèbre van Swieten. On ne voit pas où a pu être puisée une telle infor¬
mation, puisque van Swieten mourût en 1772.
(5) Neuburger, 1917, p. 38.
(6) Neuburger, 1917, p. 45.
(7) Ebstein, 1924, p. 273 ; Neuburger, Anhang zu den Briefen Galls, Arch. f.
Gesch. d. Med., 1919, t. 11, p. 97.
(8) Une bibliographie presque complète des nombreuses publications pour et
contre Gali. avant 1840 se trouve dans : .1.1.. Choui.ant, Vorlesumjen iiber die
Cranioscopie. Dresden-Leipzig, 1844.
(9) C’est Spurzheim qui créa ce terme ; plus réservé, Gai.i. disait simplement
cranioscopie.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
c’est-à-dire l’établissement d’une anatomie et physiologie du cerveau
qui fut en même temps une nouvelle psychologie. Depuis 1800, il était
aidé dans ses études anatomiques par les étudiants Niclas et Jean-
Christophe Spurzheim (1776-1832). Le 24 décembre 1801, l’empereur
François I" interdisait dans une lettre personnelle (10), sorte de
cadeau de Noël, les cours de Gall déclarant entre autres : « Cette
doctrine concernant la tête, dont on parle avec enthousiasme, va peut-
être faire perdre la tête à quelques-uns, et elle conduit aussi au maté¬
rialisme, donc est opposée aux premiers principes de la morale et de
la religion... ». L’interdiction fut maintenue en dépit de nombreuses
interventions en faveur de Gall. La situation à Vienne devenait d’ail¬
leurs de plus en plus intolérable. En 1804, le célèbre J. P. Frank, un
des protecteurs de Gall, quittait Vienne pour l’air plus libre de la
Russie !
En 1805, Gall partait de Vienne avec Spurzheim pour propager
sa doctrine — il lui était toujours défendu d’enseigner ou de publier
à Vienne — et aussi pour visiter ses parents, qu’il n’avait pas vus
depuis 25 ans. Son voyage, qui dura deux ans, le mena dans tous les
centres intellectuels de l’Allemagne, de la Suisse, de la Hollande et
du Danemark. Il serait inutile d’énumérer ici les douzaines de villes
où Gall donna des cours, visita des personnalités, des collections, des
prisons ou des asiles d’aliénés. Des critiques acerbes étaient dirigées
contre sa façon de procéder, ses cours publics et payants. On l’accusait
de charlatanisme et de lucre. De fait, bien que sa propagande par
conférences paraisse légitime, vu l’interdiction impériale, il faut
convenir que Gall n’était jamais insensible aux gains matériels. Mais
il faut également reconnaître qu’il dépensait toujours largement et
sans ostentation, et pas seulement pour des jardins ou des femmes,
mais surtout pour ses recherches et ses collections scientifiques, pour
la publication de ses ouvrages et aussi pour les nécessiteux. De toute
façon, il eut de nombreux démêlés avec des adversaires de sa doctrine,
principalement de jeunes romantiques allemands ; il en sortit le plus
souvent victorieux, comme par exemple de ceux avec Walther à
Berlin, avec Steffen à Halle ou avec Ackermann à Heidelberg. En
général, son voyage était plutôt triomphal. Partout il était honoré et
reçu par la haute société et les hommes de sciences les plus respectés
comme Hufelanu et Heim à Berlin, Loder à Halle, Blumenbach et
Meiners à Gottingen, Sômmering à Munich, etc. A Berlin, deux mé¬
dailles furent frappées en son honneur. Son plus grand triomphe fut
peut-être l’amitié dont l’honorait Goethe qui suivit assidûment ses
cours à Halle, Jena et Weimar. Gall séjourna aussi à Tiefenbronn
en 1806 et 1807.
Quand Gall arriva enfin à Paris, en novembre 1807, il comptait
n’y rester qu’un an. C’est cependant à Paris qu’il mourut, 21 ans plus
tard, sans avoir quitté la ville autrement que pour un court séjour
en Angleterre en 1823. Il vécut d’abord 20 rue du Helder, plus tard
(10) Reproduite in : Neubuiu'.eh, 1917, p. 57.
Source : MNHN, Paris
6 ER WIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
327 rue St. Honoré, plus tard encore 50 rue de Grenelle-Faubourg St.
Germain, et après 1810, quand il eut acheté sa propriété de Montrouge
(8 rue de Bagneux), de nouveau 327 rue St. Honoré. Ses lettres abon¬
dent encore longtemps en projets de retour à Vienne et en soupirs :
« que Vienne soit un peu plus libérale » (au point de vue science aussi
bien qu’au point de vue des mœurs). Ce n’est qu’après 1819, une fois
naturalisé grâce à la protection du duc Decazks, un de ses malades,
qu’il se mit à dire : « nous autres Français » (11). Il parlait le français
couramment, mais avec un accent souabe très prononcé (12). Suivant
le mot d’un de ses derniers visiteurs, le célèbre chirurgien allemand
Stromeyer (13), auquel il laissa d’ailleurs une impression de grande
sincérité, « pendant vingt ans, Gall avait résisté victorieusement aux
tentations de la prononciation parisienne ».
Gall devint immédiatement et resta un des praticiens les plus
recherchés de la capitale (14), donnant ses soins non seulement à un
duc comme Decazes, mais aussi à des libéraux éminents comme Ben¬
jamin Constant ou Stendhal avec lesquels il sympathisait en poli¬
tique. D’après ses propres dires, il était le médecin de 12 ambassa¬
des (15) ; il s’occupait du prince Metternich, du comte Capo d’Istria,
du comte Potocki (qui fit frapper une médaille en l’honneur de son
« sauveur ») ; il était aussi en contact avec de jeunes libéraux alle¬
mands séjournant alors à Paris comme Varnhagen et Uhland. Son
succès de praticien explique peut-être les scrupules soit-disant éthiques
de Pinel et Hallé qui refusaient d’être appelés en consultation avec
lui, mais ces scrupules n’étaient nullement partagés par Corvisart,
Larrey, Esquirol, Broussais et beaucoup d’autres. Il ne serait d’ail¬
leurs qu’humain que Pinel ait porté rancune à un auteur qui le cri¬
tiquait continuellement et sévèrement dans ses écrits.
Mais ce qui avait attiré Gall à Paris et l’y retenait, n’était pas
une clientèle brillante et nombreuse. C’était la liberté d’enseigner sa
doctrine : presqu’immédiatement après son arrivée, il commençait
son enseignement à l’Athénée (16), le continuant jusqu’à la fin. C’était
la liberté de publier les résultats de recherches dont il ne se fatiguait
jamais. L’hostilité de Napoléon, dont la tête trop petite se prêtait
mal aux examens phrénologiques (17), celle des Bourbons, trop bien
pensants, ne lui valurent jamais la moindre entrave. Il se peut cepen¬
dant que ces motifs aient eu leur part sur la réponse peu aimable
faite par Cuvier au Mémoire concernant les recherches sur le système
(11) Nbuburgbr, 1917, p. 46.
(12) Ebstf.in, 1924, p. 316.
(13) Nbuburger, 1919, p. 101.
(14) Ebstein, 1924, p. 317.
(15) Neuburger, 1917, p. 41.
(16) Voir le Discours prononcé à la séance d’ouverture de son cours de Phy¬
siologie du cerveau, le 16 janvier 1808, Paris 1808.
(Î7) Napoléon, comme l’Empereur d’Autriche, voyait dans le système de Gall
une manifestation de tendances matérialistes qu'il avait en horreur. On lit dans
le Mémorial de Sainte-Hélène : «j’ai contribué à perdre Gau.. Corvisart était
« son grand sectateur : lui et ses semblables ont un grand penchant pour le malé-
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
nerveux en général et sur celui du cerveau en particulier, que Gall
soumit avec Spurzheim à l’Institut en 1808 (18), et sur le fait qu’il
n’obtint, en 1821, que l’unique voix de son ami Geoffroy Saint-Hilaire
dans sa candidature à l’Académie des Sciences.
C’est à Paris que Gall écrivit et fit paraître son œuvre maîtresse :
Anatomie et Physiologie du système nerveux en général et du cerveau
en particulier avec des observations sur la possibilité de reconnaître
plusieurs dispositions intellectuelles et morales de l’homme et des
animaux par la configuration de leurs têtes, Paris 1810-19, 4 vol. in 4“
avec un atlas de 100 planches gravées (Publié en 6 vol. in 8°, Paris
1822, sous le titre Sur les fonctions du cerveau et sur celle de chacune
de ses parties, avec omission de la partie anatomique et des planches
et addition d’un volume de réfutation). Les deux premiers volumes
étaient écrits en collaboration avec Spurzheim. En 1813, les deux
hommes se séparèrent à cause de leurs divergences d’opinion.
Spurzheim se rendit en Angleterre où il publia beaucoup et eut un
grand succès en fondant le mouvement phrénologique.
Après la mort de sa première femme à Vienne, en 1825, Gall se
remaria avec Marie Anne Barbe (Gall l’appelle Virginie dans ses
lettres), née à Nancy en 1795, avec laquelle il avait été lié depuis fort
longtemps. Sa santé commença à décliner en 1826. La sclérose s’an¬
nonçait aussi bien du côté du cœur que du côté du cerveau. En
avril 1828, il était frappé d’une première attaque d’apoplexie. Huit
médecins le soignaient (Fouquier, Biett, Broussais, Koreff, Londe,
Roboboam, Danecy, Fossati) mais, comme l’écrit mélancoliquement
l’un d’eux (Fossati) : « il n’a jamais fait que sa volonté ». Il mourut
à Montrouge le 22 août 1828. Spurzheim avait demandé peu avant sa
mort une audience pour se réconcilier avec son vieux maître, qui
acquiesça. Mais Gall était, de l’avis de ses médecins, déjà trop affaibli
pour le recevoir (19). Le D r Sarlandière fit l’autopsie ; un autre
disciple, le D r Vimont, suivant les instructions de Gall, enleva et
prépara la tête, afin que le crâne de Gall puisse faire partie de sa col¬
lection (voyez plus loin, chapitre VI). Le corps fut transporté directe¬
ment au Père Lachaise : Gall, dont les livres avaient été mis à l’index,
avait refusé tout enterrement religieux. Le célèbre Broussais parla
sur sa tombe, sur laquelle on peut toujours admirer un monument
fait par Foyatier et érigé grâce à des souscriptions.
(18) Composée de Cuvier, Pinel, Portal, Sabatier et Tenon, la Commission
établit un rapport qui fut lu par Cuvier dans les séances du 25 avril cl du 2 ma
(Mémoires de lu classe des Sciences mathématiques et physiques de l'Institut, 1808).
Une des raisons du caractère nettement défavorable de ce rapport était la croyance
de la Commission en la nature glandulaire de l’écorce : la substance corticale des
hémisphères cérébraux et du cervelet, avec son extrême vascularisation, « ne pou-
« vait guère avoir d’objet qu'une sécrétion abondante». Il semblait en outre à
la Commission que c’était en une région circonscrite que devait se trouver «ce
« que l’on appelle en anatomie le siège de l’âme». Certaines des paroles de ce
rapport ont été critiquées par Lasiarck dans sa Philosophie zoologique.
(19) Fossati, I. c., p. 280. — Gibbon, Ch., George Combe, vol. 1, London, 1878,
p. 318.
Source : MNHN, Paris
ERWIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
Fossati nous a laissé une analyse très curieuse du caractère de
Gall ; phrénologiste convaincu, il a examiné les 27 « organes » du
cerveau chez Gall lui-inêine. Les organes de la « conservation d’es¬
pèce » et de l’amitié étaient bien développés. On se doutait qu’on trou¬
verait chez Gall, habile clinicien, beaucoup de « secrétivité » (finesse,
tact, faculté d’atteindre les buts par les moyens les plus sûrs) et de
circonspection. Il avait aussi beaucoup de persévérance. D’après
Fossati, sa raison l’élevait au-dessus de son fort penchant pour la
propriété. Il était plein de fierté et d’indépendance, et indifférent au
blâme et aux louanges. La bienveillance (et son organe) étaient for¬
tement développés chez lui. Il avait l’esprit de saillie, mais surtout la
sagacité comparative et le don d’inventer des idées. Gall était indif¬
férent aux arts. Il est plutôt surprenant d’apprendre que cet éminent
médecin et anatomiste n’avait qu’une « éducabilité » (mémoire des
choses) moyenne, et que sa mémoire des hommes, des lieux et des
chiffres était d’une faiblesse presque pathologique (Cf. Gall lui-même
dans « Sur les fonctions », t. IV', p. 428 et suiv.). Fossati donne une
description épique du désordre complet de son bureau et constate qu’il
n’était jamais à l’heure. La description « organologique » de Fossati
est confirmée sur bien des points par d’autres sources. La fidélité de
son portrait est peut-être moins le résultat de l’excellence de la mé¬
thode phrénologique que du fait que Fossati connaissait Gall de
très près et depuis fort longtemps. Elle révèle d’autre part les faiblesses
de la psychologie atomisante de Gall. Enumérer des traits, ce n’est
pas décrire un homme. Il est peu vraisemblable qu’en étudiant le
« portrait » fait par Fossati, sans savoir qu’il s’agit de Gall, on puisse
penser à celui-ci.
L’examen des lettres de Gall et d’autres sources laisse une im¬
pression de sincérité parfaite quant à ses convictions, chez un homme
par ailleurs assez habile, et d’un désir d’indépendance très prononcé.
Un grand orgueil, assez naïf, se trouve quelquefois tempéré par
l’admission franche de ses faiblesses et des « bêtises » qu’il a pu com¬
mettre. Une certaine chaleur cordiale rend sympathique ce curieux
personnage. Quoique Gall lui-même raconte avoir été somnambule
et visionnaire dans son enfance (Cf. « Sur les fonctions, etc... », t. II,
p. 445), il n’apparaît nullement anormal ou désaxé. Par dessus tout
plane un désir insatiable de savoir, d’apprendre, qu’il a lui-même
formulé mieux que nous ne le pourrions faire. « Comment suis-je
« arrivé où je suis ? Je ne faisais jamais de plans, je ne savais jamais
« où j’aboutirais. C’est l’instinct le plus pur et le plus innocent qui
« m’a dirigé. Ce n’est pas l’intérêt, ni pour les honneurs, ni pour
< l’argent, qui m’a mené. C’est uniquement l’impulsion aveugle de
« pénétrer les secrets de la nature, des animaux et des hommes » (20).
(20) NEUBununn, 1917, p. 44.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
CHAPITRE II.
LES DÉCOUVERTES ET LES IDÉES DE GALL.
I. — Son œuvre anatomique.
Gall ne se lassait pas de proclamer la supériorité de la physiologie
sur l’anatomie. La structure, disait-il, ne nous apprend pas la fonc¬
tion (1). La recherche physiologique devait donc précéder la recherche
anatomique. C’était d’ailleurs ce qui s’était produit pour lui. « Je dois
presque toutes mes découvertes anatomiques à mes conceptions phy¬
siologiques et pathologiques » (2). Tout ce qu’il admettait, c’était
qu’au cas où les résultats anatomiques contrediraient les théories phy¬
siologiques, il faudrait abandonner ces dernières. Mais, très heureu¬
sement, ses recherches anatomiques avaient confirmé sa doctrine de
la multiplicité des centres nerveux.
Néanmoins, quand il s’agissait de présenter ses résultats au
public, Gall commençait par ses découvertes anatomiques. Ce sont
elles qui sont le sujet exclusif du fameux mémoire qu’il présenta avec
Spurzheim à l’Institut, en 1808, et du premier volume de leur grande
« Anatomie et Physiologie du Système nerveux », de 1810. Les raisons
en étaient vraisemblablement les mêmes que celles qui nous ont ame¬
nés à le suivre dans cette voie : les résultats anatomiques de Gall (3)
sont plus faciles à comprendre et plus faciles à contrôler.
Le temps, le plus sévère des critiques, a laissé presqu’intacte cette
partie de son œuvre. En dépit de ce qu’on peut penser de Gall en tant
que psycho-physiologiste, sa valeur en tant qu’anatomiste est généra¬
lement reconnue. Même Cuvier, auteur du rapport peu bienveillant
(pour ne pas dire plus) de 1808 (4), n’hésitait pas à dire, en 1822 :
« On sait aujourd’hui, et surtout par les dernières recherches de
MM. Gall et Spurzheim sur la moelle épinière, la moelle allongée, le
cerveau...». De même Flourens, qui se vantait avec quelque droit
d’avoir mis fin à la réputation scientifique de Gall, écrivait : « Je
n’oublierai jamais l’impression que j’éprouvai la première fois que
je vis Gall disséquer un cerveau. 11 me semblait que je n’avais pas
(1) Recherches, p. 244 ; Sur les fonctions, t. III, p. 141 ; I. IV, p. 377.
(2) Ibid., t. III, p. 145.
(3) Parler ici toujours seulement de Gai.i., en omettant le nom de Spiiizheim,
n’est ni absolument correct ni juste, mais dû à ce que nous ignorons quels sont
les détails qui furent apportés par Spchzheim. Ce procédé est partiellement Justine
par le fait que, des deux, Gai.i. était sans aucun doute l’esprit créateur et original
Spurzheim plutôt l'assistant technique et, plus tard, le vulgarisateur.
(4) Nous avons consulté les notes de Cuvieii sur Gall (à la bibliothèque de
l’Institut) et les lettres de Gall à Cuvier (à la bibliothèque du Muséum), sans y
découvrir d’éléments nouveaux qu’on ne puisse trouver dans les publications des
deux hommes.
Source : MNHN, Paris
10
ERWIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
encore vu cet organe. Gall, qui avait si bien étudié le cerveau réel et
l’a si bien connu, nous a donné la vraie anatomie du cerveau » (5).
Flourens attribuait les succès de Gali. comme anatomiste à ses
procédés nouveaux (qu’il déclarait du reste n’être pas nouveaux) de
disséquer le cerveau, autrement dit à sa simple habileté manuelle. Il
serait plus juste de dire que la technique de Gall était le résultat de
sa nouvelle façon de regarder le cerveau et la moelle épinière, façon
qui est devenue la nôtre. Tandis que la plupart des contemporains de
Gall considéraient la moelle comme une sorte d’appendice du cerveau
et tranchaient l’encéphale comme ils l’auraient fait d’un jambon,
Gall, imbu d’anatomie comparative, considérait le cerveau, et surtout
les lobes frontaux de l’homme, comme une dernière addition à un
système nerveux central qui se perfectionnait « à l’échelle graduelle
des êtres sensibles». «La nature, par des additions successives de
nouveaux organes, marche d’échelon en échelon et n’arrive enfin jus¬
qu’à l’Homme que par des productions cérébrales superposées » (6).
Sans être nullement transformiste, cette façon comparative de voir,
propre aussi à Goethe, préparait le transformisme. Dans le même
esprit, mais avec moins de succès, Gall comparait le système nerveux
à un arbre. De toute façon, il est facile de comprendre pourquoi il
s’intéressait au cerveau du point de vue de son perfectionnement pro¬
gressif, pourquoi aussi il s’intéressait tellement aux acéphales, êtres
pourvus d’une moelle épinière, mais à cerveau rudimentaire.
C’est par l’anatomie comparée encore, ainsi que par l’embryologie,
que Gall, le premier, fut conduit à déterminer clairement les deux
éléments constitutifs du système nerveux central : la substance grise
du cerveau d’une part, analogue d’après lui à la matière des ganglions
et à la substance pulpeuse des « épanouissements » des nerfs ; lui
enlevant son humble rôle de simple « écorce », il déclarait qu’elle était
comme la matrice des nerfs ; la matière blanche d’autre part, dont il
établissait la nature fibrillaire et conductrice (7). Gall interprétait
également des ganglions et des formations comme les corps striés ou
la couche optique comme représentant des « renforcements » des
nerfs par la substance grise (8).
Comme il voyait dans la moelle épinière une sorte de série de
ganglions, il fut le premier à observer les renflements de cet organe.
En examinant la moelle allongée, il y remarqua le premier les
noyaux de la plupart des nerfs dits souvent cérébraux (nerfs crâniens)
parce que jusque là ils étaient considérés comme provenant du cer-
(5) Flourens, P., De la phrénologie, Paris, 1863, p. 180 el 183.
(6) Recherches, p. 28.
(7) Voir le résumé des « Recherches », p. 168. Les contributions de Gall sont
dûment reconnues par les meilleurs historiens du système nerveux comme Neu-
buroer, M., Die hislorische Entwicklung der experimenlellen Gehirn- und Riicken-
marksphysiologie vor Flourens, Stuttgart, 1897. p. 320-321 ; et Soury, J., Article
Cerveau. Dicl. de Physiologie de Ch. Richet, t. II. p. 612, Paris, 1897.
(8) Dans un article récent et d'une grande valeur (Remarks on the neurology
of Gall and Spurzheim, Science, Medicine and History, Essays in Honour of Charle's
Singer, Oxford Press, 1953, t. I, p. 282-289), O. Temkin a étudié surtout les consé-
qucncs physiologiques de ces notions anatomiques de Gai.l.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALE ET SA COLLECTION.
veau. Il décrivit correctement surtout l’origine des nerfs 1, 2, 3, 4, 5,
6, 7 et 8. Il suivit le cours des fibres de la moelle allongée, « renfor¬
cées » dans les ganglions de la base, dans les hémisphères (9).
C’est dans le cervelet que Gall remarqua pour la première fois
l’existence de deux sortes de fibres, les fibres « rentrantes » ou « diver¬
gentes » (nos fibres ou faisceaux de projection) et les fibres « conver¬
gentes » (nos fibres d’association). L’étude de ces fibres dans le cer¬
veau donnait l’explication des commissures.
C’est encore Gall qui prouva définitivement l’existence de l’entre¬
croisement des pyramides dont il suivit les fibres jusque dans les
hémisphères (10), donnant ainsi l’explication des paralysies alternes.
Il dévoila la nature anatomique des circonvolutions par son « déplis¬
sement artificiel » dans lequel il imitait le déplissement qui se produit
spontanément dans les cas d’hydrocéphalie (11).
Il concluait de ses recherches anatomiques que le cerveau était
composé de systèmes individuels mais communicants, et y trouvait la
confirmation des hypothèses de Hf.rder et Bonnet, qu’il avait adop¬
tées, sur la multiplicité du système nerveux, donc de l’âme. L’anatomie
lui semblait prouver que le fameux sensorium commune n’existait
pas, et que « l’unité du moi » resterait toujours un mystère (12).
Pour que Gall ait pu apporter des contributions aussi considé¬
rables à l’anatomie du cerveau, il fallait que celle-ci fut encore bien
pauvre à cette époque. Pourtant un homme aussi intelligent et raison¬
nable que J. P. Frank lui avait dit un jour qu’on savait déjà tout sur
le cerveau I (13). Gali. avait raison quant aux faits anatomiques contre
des anatomistes pourtant capables, comme Fauvii.le, Tiedemann,
Jourdan, Rudolphi, Rolando, Flourens, Serres ou Carus (Voir les
discussions anatomiques du sixième tome de « Sur les fonctions... »),
mais les erreurs de ces dignes professeurs survécurent à la critique
de Gali, et ne succombèrent qu’aux critiques d’autres professeurs,
celles surtout des histologistes. « Ajax ne meurt que par la main
d’Ajax». De son vivant et après sa mort — parce que l’histoire est
habituellement écrite par des hommes qui sont singulièrement indul¬
gents pour les erreurs des gens titrés et singulièrement durs pour les
erreurs des indépendants — Gall fut très handicapé par sa position
en dehors de toute hiérarchie académique.
Bien d’autres constatations anatomiques judicieuses abondent
dans l’œuvre de Gai.l, telles ses remarques sur la relation entre la
station debout de l’homme et la forme de son cerveau (14) ou sur la
fibrinisation postnatale du cerveau humain (15). Gall s’occupait sur-
ivertes admises
(11) Ibid., p. 177.
(12) Recherches, p. 169.
(13) Sur les fonctions, t.
(U) Ibid., I. III, p. 444.
(15) Ibid., i. III, p. 32.
Source : MNHN, Paris
12
ER WIN H. ACKERKNECHT ÊT HENRI V. VALLOIS.
tout du cerveau (« organologie »). Mais comme il pensait que « le
crâne se moule sur le cerveau » (16), il jugeait possible de déterminer
la forme du cerveau en examinant celle du crâne (« cranioscopie ») ;
il fut ainsi amené à étudier le crâne et les conditions, exceptionnelles
d’après lui, dans lesquelles celui-ci ne reproduit pas fidèlement la
forme du cerveau (17). C’était surtout le cas à l’âge avancé où, d’après
Gall, le crâne s’épaissit tout en devenant plus léger (18). Mais Gall
connaissait aussi cette atrophie de la lame externe qui peut survenir
chez les vieillards et dont la découverte est en général attribuée à
Virchow (19). Il trouvait le crâne particulièrement épais chez les alié¬
nés, les suicidés et certains criminels (20). Il était très gêné par les
déformations artificielles du crâne (21), pratiquées par beaucoup de
peuples primitifs « pour produire des braves » (22). Les résultats phy¬
siologiques de ces manipulations s’accordaient beaucoup moins avec
sa doctrine qu’il ne l’aurait désiré. Il se livrait à un excès de dogma¬
tisme arbitraire quand il niait l’existence, chez la plupart des humains,
des sinus frontaux, formations bien embarrassantes pour certains de
ses efforts « cranioscopiques » (23).
II. — La Psycho-physiologie de GALL.
Le véritable but des recherches de Gall n’était pas l’anatomie du
cerveau, mais sa physiologie ou psycho-physiologie, comme Ta si cor¬
rectement appelée Charles Blondel dans le livre qui porte ce nom
(Paris, 1914), la physiologie et la psychologie y étant indissolublement
liées. Le problème qui a occupé Gall « dès sa plus tendre jeunesse »
était celui des différences psychologiques entre hommes et animaux,
différences qui semblaient elles-mêmes reliées à des différences phy¬
siques. A sa grande surprise, on parlait beaucoup dans les Facultés
de Médecine des fonctions des muscles, des viscères, etc., mais on ne
disait rien des fonctions du cerveau. Se livrant donc lui-même à des
recherches étendues, Gall arriva aux quatre thèses fondamentales
suivantes qu’il indique déjà dans sa lettre à Retzer de 1798, et qu’on
retrouve, identiques, dans son dernier livre « Sur les fonctions... »
de 1822 (24).
1°) Les qualités morales et intellectuelles sont innées ;
2°) leur fonctionnement repose sur des supports organiques ;
(16) Sur les fonctions, t. III, p. 7.
(17) Résumé dans « Sur tes fonctions », 1. III, p. 105.
(18) Ibid., t. m, p. 48.
(19) Ibid., t. III, p. 53. A propos de Virchow, voir Ackekknbght, E. H., Rudolf
Virchow, Madison, 1953, p. 78.
(20) Ibid., t. III, p. 48.
(21) Ibid., t. III, p. 23 et suiv.
(22) Ibid., t. IV, p. 25.
(23) Ibid., t. IV, p. 423.
(24) Ibid., t. I, p. VI.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GA LL ET SA COLLECTION. 13
3°) le cerveau est l’organe de toutes les facultés, tous les pen¬
chants, tous les sentiments (« l’organe de l’âme ») ;
4°) le cerveau est composé d’autant d’organes qu’il y a de facul¬
tés, penchants et sentiments.
1°) Sa première thèse mettait Gall en contradiction directe avec
la philosophie toujours dominante à Paris au moment de son arrivée :
le sensualisme de Locke et de Condillac, et ce qui lui avait succédé :
l’idéologie de Cabanis et de Destutt de Tracy (25). Abordant comme
eux le problème de l’âme en « physiologiste », il arrivait à des conclu¬
sions bien différentes. Tandis que les sensualistes faisaient dériver
tous les phénomènes mentaux des sensations, Gall, après examen
détaillé de l’évidence, jugeait les sens indispensables, mais seulement
en tant qu’instruments de facultés supérieures innées (26). Il oppo¬
sait aux opinions des idéologues sur le rôle dominant du langage (très
proches du mouvement sémantique d’aujourd’hui) cette conception que
les idées précèdent les mots et ne sont pas la conséquence du lan¬
gage (27).
Etant innées, les qualités morales et intellectuelles ne pouvaient
donc être le résultat d’une influence du milieu. Gall ne respectait,
ni les vénérables théories climatiques et diététiques, ni les nouvelles
idées de Lamarck sur l’influence formatrice des « besoins » (28). Il se
moquait des anecdotes qui prétendaient expliquer la carrière des hom¬
mes de grand talent par de petits accidents. Ce n’était pas non plus la
vie sociale qui produisait les qualités et les penchants, puisqu’elle était
elle-même le produit d’un penchant inné (29). Le Créateur, destinant
les hommes à vivre en société, les avait liés au moyen d’un principe
spécial (organe n“ 24) de sympathie (30). Gali. considérait du reste
la vie sociale comme une des huit qualités spécifiquement humaines.
« Le monde de chaque espèce d’animal et celui de l’homme est donc
la somme exacte de leurs organes cérébraux. C’est la somme des rap¬
ports, des points de contact établis entre les choses extérieures et les
organes intérieurs » (31). « Inné » dans la pensée de Gall voulait dire
« donné par le Créateur du monde ». Citant, en l’approuvant, le pas¬
sage suivant de Fkrgusson : « les lettres aussi bien que les arts méca¬
niques étant un produit naturel de l’esprit humain, doivent naître
d’elles-mêmes partout où les hommes se trouvent dans une situation
heureuse », Gai.l conclut : « Ainsi, partout. Dieu est l’artiste et l’Hom¬
me n’est que l’instrument » (32). Il est clair que cette croyance en un
Créateur, assez surprenante chez un homme chassé de son pays pour
(25) Pour l’analyse la plus récente et la plus profonde des implications philo¬
sophiques de la doctrine de Gall, voir Tbmkin, O,, Gall and thc Phrenological Mn-
vciment. Bull. Hist. Med., t. 21, p. 275-321, 1917 (bonne bibliographie).
(26) Sur les fonctions, t. I, p. 113.
(27) Ibid., t. V, p. 387.
(28) Ibid., p. 150-155.
(29) Ibid., t. I, p. 170.
(30) Ibid., t. V, p. 254.
(31) Ibid., t. VI, p. 470.
(32) Ibid., t. VI, p. 446.
Source : MNHN, Paris
14
ERWIN H. AGKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
« matérialisme », n’est pas une hypocrisie conventionnelle, comme l’ont
suggéré Comte ou Broussais. C’est au contraire le corollaire logique
et nécessaire de l’idée de qualités innées, dans la pensée d’un natura¬
liste qui continuait à adhérer à la conception de la permanence des
structures, et refusait de faire la moindre concession aux vagues idées
transformistes de son temps.
Les qualités ou facultés innées de Gall n’avaient d’autre part
rien de commun avec les qualités innées traditionnelles des métaphy¬
siciens et philosophes, psychologues spéculatifs, dont un monde le
séparait. L’œuvre de Gall abonde en remarques contre « les générali¬
tés qui n’expliquent rien », contre les métaphysiciens, ceux d’Allema¬
gne surtout, de Kant à Hegel, et contre les spéculations des natura¬
listes romantiques de son pays, qui lui rendaient son aversion à un
taux d’intérêt très élevé. Après avoir essayé en vain, pendant des
années, de se servir des fameuses qualités traditionnelles comme la
volonté, l’entendement, le jugement, l’attention, la mémoire, la percep¬
tion ou l’imagination, Gall arriva à cette conclusion que ce n’étaient
pas là des propriétés fondamentales, mais des attributs des vraies
qualités ou facultés fondamentales (33) ; ce sont celles-ci qu’il s’effor¬
çait de déterminer, non spéculativement mais empiriquement, et dont
il croyait avoir trouvé finalement vingt-sept, chacune correspondant
à un « organe » spécial de l’encéphale (pour une liste détaillée de ces
facultés, voir plus loin). Il n’y avait pas par exemple de mémoire uni¬
forme, faculté fondamentale. La mémoire n’était que l’attribut de
certaines des qualités fondamentales de Gall (par exemple du sens du
langage, du sens des couleurs, du sens de la mécanique, du sens des
nombres, etc...) ; elle ne pouvait donc se développer qu’en fonction du
développement de la faculté correspondante. Ceci expliquait, disait-il,
comment le même individu peut combiner une excellente mémoire
des nombres avec une très piètre mémoire des mots. Tandis que les
métaphysiciens ramenaient à deux ou trois qualités les fonctions men¬
tales, Gall passait à l’extrême opposé en les divisant en un grand nom¬
bre de qualités, très spécialisées.
Dans cette recherche des qualités fondamentales, Gall s’est beau¬
coup servi de comparaisons avec des animaux et, dès sa jeunesse, il
avait observé ceux-ci assidûment. Il a, dès le début, défendu son droit
d’utiliser cette méthode (34) qui n’avait pas été mise à profit avant
lui « à cause de préjugés métaphysiques » (35). Certes, il ne mécon¬
naissait pas que l’homme et l’animal diffèrent en bien des points de
leur structure cérébrale et de leur capacité intellectuelle. Mais il reste,
déclarait-il, une vaste zone commune (19 des 27 qualités de l’homme)
qui se prête à l’étude comparative. Gall semble, ce faisant, avoir déli¬
bérément rompu le tabou qui existait implicitement vis-à-vis d’une
(33) Sur les fondions, I. I, p. 3«î et t. III, p. 133.
(34) Ibid., I. I, p. 54.
(35) Ibid., t. III, p. 162.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
15
méthode (36) très en vogue aujourd’hui et parfois même un peu sur¬
faite ; beaucoup de ses contemporains l’en ont vigoureusement blâmé.
2°) La deuxième thèse de Gall, sur l’attribution des qualités mora¬
les et intellectuelles de l’âme à des supports organiques, ne pouvait
que choquer profondément ses nombreux contemporains spiritualistes,
auxquels la « physiognomonie » de son prédécesseur Lavater n’avait
été rendue acceptable que par le fait que, pour celui-ci, l’âme s’expri¬
mait par le physique, mais ne dépendait pas de lui. Le naturaliste
Gai.l restait imperturbable. « Dans ce monde, aucune faculté ne se
manifeste sans condition matérielle » (37). Il apportait de nombreux
exemples en faveur de sa thèse : les jumeaux, ayant les mêmes orga¬
nes, ont le même caractère ; les deux sexes différent physiquement,
or ils diffèrent aussi mentalement ; les idiots ont des cerveaux mal
développés ; un coup sur la tête peut changer le caractère, l’âme d’un
homme.
C’est surtout à cause de cette thèse qu’on accusa Gall, comme
apparemment tout novateur depuis des siècles, de « matérialisme »
et de « déterminisme ». En vérité, nous le savons déjà, Gall ne niait
ni l’existence de Dieu, ni celle de l’âme. Il pouvait citer en faveur de
sa thèse des pères de l’Eglise morts et des évêques vivants. S’il s’abste¬
nait de discuter autrement qu’en termes de physiologie, c’est simple¬
ment parce qu’en tant que naturaliste il ne s’occupait pas des causes
finales. « Je ne veux pas expliquer l’essence d’aucune des facultés
(des corps et des âmes), je me borne aux phénomènes... Je n’explique
pas les causes, j’indique les conditions » (38).
II était plus difficile pour Gall de se défendre contre l’accusation
de déterminisme. Il avait dit avec Bonnet « la liberté morale est la
faculté d’être déterminé, et de se déterminer par des motifs (39) ; les
mauvaises dispositions entrent dans le plan de la Providence (40) ». Ce
qui rendait possible pour Gall de ne pas tomber dans le déterminisme
absolu, de croire à la possibilité pour l’homme moyen de prendre des
décisions et de se perfectionner, c’était la pluralité des organes, envi¬
sagée par Herder et Bonnet (41). L’organe de la bienveillance par
exemple, surtout s’il était renforcé par l’éducation, pouvait l’emporter
sur l’instinct carnassier. Sur cette même base, Gall déclarait n’avoir
rien de commun avec les charlatans qui faisaient des prophéties phré-
nologiques. L’organologie ne pouvait pas prédire les actes. Elle ne
pouvait que signaler les penchants (42). La multiplicité des organes
expliquait en même temps les contradictions intellectuelles dans un
même personnage.
(36) Neuburger, 1. c., p. 322.
(37) Sur les fondions, t. I. p. 231.
(38) Ibid., t. I, p. 231 et t. II, p. 20. Souri
irguments ressemblent à ceux de Magendie
(39) Ibid., t. I, p. 277.
(40) Ibid., t. I, p. 259.
(41) Ibid., t. I, P- 283.
(42) Ibid., t. I, p. 309 et t. IL p. 29.
v (/. c., p. 613) a souligné combien ces
et de Claude Bernard.
Source : MNHN, Paris
16
ERWIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
3") Avec sa troisième thèse que le cerveau est l’organe de toutes
les facultés, penchants et sentiments, Gall s’opposait à l’opinion de
la plupart des physiologistes et psychiatres de l’époque. Cabanis,
Bichat, Richerand, Broussais cherchaient encore le siège des pas¬
sions dans les viscères du thorax et de l’abdomen ; Pinel plaçait dans
les mêmes endroits le siège de la manie. Homme de science occasion¬
nellement assez prudent, Gall hésitait à faire du cerveau le siège de
toutes les sensations et de tous les mouvements comme l’avaient fait
Haller et Soemmering ; mais il était affirmatif en ce qui concerne les
forces morales et intellectuelles. Il tirait de nombreuses preuves des
domaines les plus différents (43) : anatomie comparée, parallélisme
entre l’évolution mentale de l’enfant et l’évolution de son cerveau, ana¬
tomie des enfants prodiges, et surtout pathologie mentale et cérébrale.
Il était fier d’avoir transformé les maladies mentales en maladies du
cerveau (44). Suivi d’abord seulement par Georget, plus tard par
Falret et Esquirol, il a inauguré une nouvelle époque de la psy¬
chiatrie. Comme l’a reconnu son grand adversaire lui-même. Flou-
rens : « la proposition que le cerveau est le siège exclusif de l’âme
était dans la science avant Gall ; on peut dire que, depuis Gall, elle
y règne» (45). Même des opérations aussi modernes que les loboto¬
mies sont dans une certaine mesure la conséquence des recherches de
Gall. L’enthousiasme qu’avait celui-ci pour le cerveau prenait quel¬
quefois des formes extrêmes. Il voulait, par exemple, baser la taxino¬
mie sur cet organe. Vers la fin de son grand livre, il laisse échapper
ce cri bizarre : « Dieu et cerveau, rien que Dieu et cerveau » (46).
4°) Gall ne se contenta pas de faire du cerveau « l’organe de
l’âme». Par sa quatrième thèse, il le subdivisa en autant d’organes
qu’il y a de facultés ou de penchants. La chose était logique. Gall était
partisan fervent de la spécificité des organes en général, des systèmes
nerveux en particulier, anticipant ainsi dans une certaine mesure
sur la loi de Johannes Müller. Gall localisa les organes de ses facul¬
tés innées dans différentes régions de l’écorce des circonvolutions. Il
localisa les facultés morales exclusivement dans les hémisphères. S’il
s’était limité à ces constatations générales, à une sorte d’organologie
d’ensemble (comme le faisait Georget), son rôle de grand novateur
ne se serait peut-être jamais obscurci. Il aurait évité le discrédit jeté
sur son œuvre par les erreurs de son organologie spéciale et de sa
cranioscopie ; il n’aurait pas eu, il est vrai aussi, cette réputation de
« génie unique » dont il jouit pendant une courte période.
Seuls quelques rares auteurs (Pourfour de Petit, Willis),
avaient avant lui attribué un rôle actif à l’écorce cérébrale. C’est un
des plus grands mérites de Gall que d’avoir reconnu l’importance de
celle-ci (47). Malpighi regardait la substance corticale comme de
(43) Sur les fonctions, t. II, p. 153 et suiv.
(44) Ibid., t. III, p. 124.
(45) Flourens, P., Examen de la Phrénologie, Paris, 1851, p. 15.
(46) Sur les fonctions, t. VI, p. 471.
(47) Neuburoer, I. c„ p. 321.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS .JOSEPH G ALI. ET SA COLLECTION.
17
nature glandulaire. Le grand Haller, qui dominait encore la physio¬
logie à l’époque de Gall, avait jugé l’écorce sans intérêt, et nia vigou¬
reusement toute localisation cérébrale. Le célèbre Sômmering n’était
pas mieux éclairé à ce sujet : il suffit, en ce qui concerne les localisa¬
tions, de dire qu’il plaçait l’âme dans les ventricules cérébraux. Il
fut ainsi le dernier de ces « localisateurs humoraux » dont la liste
remonte à l’antiquité. Ce n’est qu’au XVII* siècle, avec Willis et après
lui, que les parties solides du cerveau étaient occasionnellement envi¬
sagées, mais de quelle façon ! Willis attribuait au corps strié la per¬
ception et la sensation, tandis que la mémoire et l’imagination au¬
raient eu leur siège dans la substance médullaire ; le corps calleux
monopolisait la réflexion ; les mouvements involontaires étaient com¬
mandés par le cervelet. Malacarne considérait le cervelet comme
l’organe des facultés intellectuelles et cherchait à mesurer celles-ci
en comptant le nombre des lamelles. Mayer attribuait la mémoire à la
substance corticale, mais plaçait dans le cervelet le centre des idées
abstraites. Vieussens localisait la mémoire dans le centre ovale, tan¬
dis que Lancisi considérait le corps calleux comme centre de réception
des sensations et centre émetteur des mouvements. Moins précis,
Platner se contentait de déclarer que l’âme avait dans le cerveau
deux sièges, l’un supérieur, l’autre inférieur. En présence de toutes
ces divergences, de ces conceptions qui ne s’appuyaient sur à peu près
aucun argument anatomique ou physiologique sérieux, on ne peut
que souscrire au jugement de Soiîry : « L’ère des localisations s’ouvre
avec Gall et Spurzheim » (48). Les conceptions adoptées aujourd’hui
proviennent ainsi directement de Gall. Sous cet angle, même sa fameu¬
se organologie n’a donc pas été entièrement vaine.
Deux des 27 centres de Gall étaient la mémoire des mots et le
centre du langage (n 0B 14 et 15), fonctions qu’il plaçait dans la partie
postérieure du lobule orbitaire, à la face inférieure du lobe frontal.
En interprétant ces centres, Gall donnait quelques-unes des premières
descriptions cliniques de l’aphasie (49). Bouillaud, grand clinicien
et partisan de Broussais et de Gall, défendait, dès 1825, cette con¬
ception de l’aphasie (50). Il maintint sa position, même quand Fi.or-
rens sembla avoir « prouvé » par des expériences fallacieuses qu’il
n’existait pas de localisations cérébrales (51). En 1848, dans une des
nombreuses discussions sur le sujet qu’il provoqua à l’Académie de
148) Soi'RY, /. c„ p. 611. Voir aussi Borino, E. G.. A Histonj of Experimental l‘sy
chologu, New York, p. 56.
(49) Sur les fonctions, t. V, p. 25 et 36. Voir Iîi.ondel, /. <•.. p. 139-142, sur les
contradictions dans la pensée de Gall en localisant le langage.
(50) Bouillaud, J., Recherches cliniques propres à démontrer que la perte de
la parole correspond à la lésion des lobules antérieurs du cerveau, et à confirmer
l'opinion de M. Gall sur le siège de l’organe du langage articulé, Arch. gén. de
Médecine, 1825, t. VIII, p. 25-45. Pour un excellent compte rendu de ces discus¬
sions voir : Head, H.. Aphasia and kindred disorders of speech, New York, 1926,
t. I.
(51) « On peut enlever à un animal, soit par devant, soit par derrière, soit paï¬
en haut, une portion assez étendue de son cerveau sans qu’il perde aucune de ses
facultés», Flourens, l. c., p. 57.
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. X. 2
Source : MNHN, Paris
18
ERWIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
Médecine, Bouillaud offrit 500 francs à qui lui apporterait un cerveau
avec une lésion du lobe frontal gauche dont le porteur n’aurait pas
souffert de troubles de langage. C’est en se souvenant de ces discus¬
sions que Paul Broca, familier d’ailleurs avec l’œuvre de Gall, et
assisté par le beau-fils de Bouillaud, Auuertin, publia, en 1861, dans
une communication à la Société d’Anthropologie de Paris, sa décou¬
verte, sur un aphasique mort dans son service de Bicêtre, du centre
du langage dans le pied de la troisième circonvolution frontale gau¬
che. Broca fut approuvé là où Gai.l et Bouillaud n’avaient récolté
que dérision. Son succès provoqua l’abandon des préjugés dus à Flou-
rens et suscita une vive émulation. Vinrent alors les travaux de
Fritsch, Hitzig et Ferrier sur les zones motrices et sensorielles de
l’écorce cérébrale. En dépit de toutes les discussions de détail (52),
le principe des localisations cérébrales est resté valide depuis 1861.
Gall malheureusement, en dehors des centres du langage, décri¬
vit encore 25 autres centres dont l’existence n’a jamais été confirmée.
Ce n’était pas seulement la témérité qui l’avait poussé à se lancer dans
cette organologie spéciale, la seule partie de son œuvre dont on semble
se souvenir, et bien évidemment aussi la plus vulnérable. Nous avons
déjà mentionné l’important rôle philosophique que jouait dans son
système l’organologie spéciale. C’est que Gall était un enfant typique
de « l’âge des lumières », qu’il ne lui suffisait donc pas de faire de la
science pure, qu’il cherchait des résultats se prêtant à des applications
immédiates en vue de réformes (voir le chapitre sur les applications
de la doctrine de Gall). Seule, estimait-il, l’organologie spéciale pou¬
vait lui donner de tels résultats (53).
L’organologie spéciale de Gall fut une lamentable faillite. Elle
ne peut cependant être passée sous silence dans un résumé honnête
de son œuvre et sa discussion même n’est pas sans intérêt vu les nom¬
breux aspects sous lesquels se présente cette partie des recherches
du célèbre médecin. Gall connaissait trop bien le cerveau humain ou
animal pour ne pas savoir que, ni sa masse absolue, ni sa masse rela¬
tive, n’indiquent les potentialités intellectuelles et morales d’un être.
Pour une même masse cérébrale, on peut observer les différences les
plus marquées dans les caractères moraux et intellectuels (54). Raison
de plus pour déterminer la grandeur des organes, non celle de la
totalité de l’encéphale. La pluralité des organes cérébraux lui était
suggérée par l’anatomie (quand les facultés d’un animal deviennent
plus grandes, son cerveau devient plus complexe), la physiologie (des
phénomènes différents supposent des systèmes différents ; les diverses
fonctions du cerveau supposent donc autant d’organes différents) et
(52) Le centre de Broca, par exemple, a etc vigoureusement attaque par Picri"
Mahih : voir son article : « Existe-t-il dans le cerveau humain des centres innés
ou préformés du langage?» Presse Médicale, 1022, p. 177-181. Voyez aussi, pour
un exposé de la question où est bien mis en évidence le rôle de Gall en tant que
précurseur : Moutibr, F., L’aphasie de Broca ; Paris, (î. Steinhcil, 1008.
(53) Sur les fonctions, t. III, p. 107.
(54) Ibid., t. II, p. 347.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
la pathologie (l’origine des maladies mentales et leur mode de guérison
prouvent la pluralité des organes) (55).
Gali, s’avoue déterministe résolu à cette occasion, opposé au vieil
adage illogique qui veut que « les exceptions confirment la règle ».
« Il n’y a rien d’indéterminé » (56). II était opposé aux expériences
des « mutilateurs » à la manière de Flourens (57). Il faut reconnaître
avec Neuburger, qu’en physiologie du système nerveux et jusqu’à
Flourens, les expériences sur les animaux n’avaient donné que des
résultats très pauvres et très contradictoires. Les expériences sur le
système nerveux subissaient donc, à cette époque, une éclipse tempo¬
raire, semblable à l’éclipse, temporaire de la microscopie lorsqu’arriva
Bichat. Gall n’était pas le seul des grands physiologistes de son temps
à désavouer la méthode expérimentale. Il partageait cette opinion par
exemple avec Charles Bell, Burdach et Georget (58). Il faut dire
aussi que les expériences de Flourens sur les hémisphères, qui furent
entreprises pour fournir des arguments contre Gall, étaient fallacieu¬
ses et absurdes ; elles retardèrent de 40 ans les progrès de la physio¬
logie cérébrale. En dépit de son préjugé à ce sujet, Gall entreprit du
reste de nombreuses expériences sur l’ablation du cerveau et du cer¬
velet, avec Spurzheim, Bailly, Fodera et Fossati (en présence de
Danecy, Londe et Gf.orget). Il n’est pas surprenant que ses résultats
aient été différents de ceux de Flourens, et peu concluants en géné¬
ral (59). La méthode préférée de Gall était l’observation, dont il ne se
lassait jamais de chanter les louanges. « Je me livrais tout entier à
l’observation, attendant avec patience et avec résignation les résul¬
tats qu’elle me fournirait » (60). On ne peut suffisamment souligner
le rôle que l’anatomie et la physiologie comparées, l’étude de la struc¬
ture des animaux et de leur comportement, qu’il préféra à l’embryolo¬
gie, jouaient dans ses observations.
Pour la recherche des facultés fondamentales et de leurs organes,
Gali. préconisait les méthodes suivantes : choisir des gens doués d’un
seul talent ; comme contre-épreuve, des gens à qui ce talent faisait
défaut. Pour se rendre compte du vrai caractère de quelqu’un, Gall
donnait l’avis suivant, non dépourvu de sens pratique, et que ne ré¬
prouverait pas un psychanalyste moderne :
« Voulez-vous épier le caractère d’une personnalité sans courir aucun ris¬
que de vous tromper, fut-elle même prévenue et sur ses gardes '? Faites-la
parler de son enfance et de sa première jeunesse, faites-lui raconter ses
tours d’écolier, sa conduite envers ses parents, ses frères et ses sœurs, ses
camarades, ses relations, l’émulation dont elle était animée... Rarement croit-
on qu’il vaille la peine de dissimuler à cet égard ; l’on ne se doute pas que
(55) Sur les fonctions, t. II, p. 364-446.
(56) Ibid., t. III, p. 175.
(57) Ibid., t. III, p. 151.
(58) NEUBUBGEn, I. c„ p. 221 : Georget, E. J., De In physiologie du système ner-
?ux, Paris, 1821. t. I, p. 20.
(59) Sur les fonctions, t. II, p. 84 et t. III, p. 390.
(60) Ibid., t. III, p. 169.
Source : MNHN, Paris
20 ERWIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
l’on a affaire à un homme qui sait parfaitement que le fond du caractère
reste le même ; que les objets seuls qui nous intéressent changent avec
l’âge... » (61).
Il fallait collectionner des têtes moulées en plâtre et des crânes,
étudier les conséquences des mutilations accidentelles, utiliser l’anato¬
mie et la physiologie comparées. Ces dernières donneraient une idée
de l’enchaînement et de la disposition des organes, ceux communs
aux hommes et aux animaux devant se retrouver dans les parties du
cerveau communes aux deux groupes.
C’est de cette manière assez naïve, et par là souvent ridiculisée
(Gai.l découvrait par exemple l’organe de la propagation en tâtant la
nuque chaude d’une veuve hystérique (62)), qu’il avait procédé à la
découverte des organes de ses 27 facultés. Quelquefois, il déterminait
d’abord la faculté par le « sens commun », s’exprimant dans le lan¬
gage de tous les jours, et cherchait alors l’organe ; d’autres fois,
c’était l’organe qui se révélait d’abord par son développement insolite
(63). Gali. reconnaissait que sa liste n’était ni complète ni définitive.
Le même trait fondamental se manifestait différemment dans la me¬
sure où l’organe était plus ou moins développé. Le simple instinct de
défense pouvait ainsi graduellement devenir courage et penchant aux
rixes.
Les facultés fondamentales et leurs organes, tels qu’ils sont
décrits par Gai.l dans les troisième, quatrième et cinquième tomes de
« Sur les facultés » sont réparties par lui en deux grands groupes.
A. — Organes communs aux hommes et aux animaux. Ils sont au
nombre de dix-neuf :
1) L’instinct de propagation, situé dans le cervelet. Cette locali¬
sation n’a pas seulement été combattue par Flourens, mais aussi par
des disciples de Gall comme Vimont et Boi'illaud ; elle n’a pas seu¬
lement été défendue par son partisan Larrey, mais aussi par son
adversaire Serres. Gall proclamait hautement : « L’instinct de la
propagation est une fonction du cerveau (id est : de l’encéphale) et
n’appartient nullement aux parties sexuelles».
2) L’amour de la progéniture.
3) L’attachement, l’amitié ; le chapitre correspondant contient une
glorification de l’amitié, tout à fait dans l’esprit du XVIII” siècle.
4) L’instinct de défense, le courage, le penchant aux rixes ; à
propos de l’existence et de la localisation de cet organe, comme de
divers autres, Gall était combattu par ses disciples Spurzheim et
Demangeon.
(61) Sur les fonctions, t. III, p. 181. L’œuvre de Gall abonde en observations
psychologiques, comme par exmpie le fait que certains hommes se consolent de la
perte de leur femme mais pas de celle de leurs enfants (III, p. 445), les « valeurs
morales» des cochers (IV, p. 3), le libertin dévot payant les filles publiques avec
des livres de prière (V, p. 375), etc...
(62) Ibid., t. III, p. 246.
(63) Ibid., t. III, p. 173 et t. IV, p. 1.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
21
5) L’instinct carnassier, le penchant au meurtre.
6) La ruse, la finesse, le savoir-faire.
7) Le sentiment de propriété, l’instinct de faire des provisions
(chez les animaux), la convoitise, le penchant au vol, un des organes
qui scandalisait le plus les contemporains de Gall. Proudhon avait-
il lu Gall quand il écrivit : « la propriété, c’est le vol » ?
8) L’orgueil, la hauteur, la fierté, l’amour de l’autorité, l’éléva¬
tion.
9) La vanité, l’ambition, l’amour de la gloire, « qualité bienfai¬
sante pour l’individu et la société ! » (64).
10) La circonspection, la prévoyance. Le chapitre sur cet organe
contient une longue étude du suicide, des familles à suicide, de la folie
de Barthez.
(64) Sur les fonctions, t. IV, p. 299.
Source : MNHN, Paris
22
ERWIN H. AGKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
11) La mémoire des choses, la mémoire des faits, l’éducabilité, la
perfectibilité.
12) Le sens des localités, des rapports d’espace.
13) La mémoire des personnes, le sens des personnes.
14) La mémoire des mots.
15) Le sens du langage, de la parole.
16) Le sens des rapports des couleurs.
Fig. 2. — Système phrénologique de Gall, vue de face.
Pour la signifiaction des numéros, voir le texte.
17) Le sens des rapports des sons, le talent de la musique. Gall
insistait pour dire que c’était cet organe, non l’oreille, qui décidait
du talent musical. Le développement simultané de l’organe musical
et de l’organe carnassier donnait des compositeurs de musique mili¬
taire !
18) Le sens des rapports des nombres.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION. 23
19) Le sens de la mécanique, de la construction, le talent de
l’architecture.
B. — Organes qui distinguent l’espèce humaine de toutes les au¬
tres espèces d’animaux ; Gai.i. en comptait huit :
20) La sagacité comparative.
21) L’esprit métaphysique.
22) L’esprit caustique, l’esprit de saillie.
23) Le talent poétique.
24) La bonté, la bienveillance, la douceur, la compassion, la sen¬
sibilité, le sens moral.
25) La faculté d’imiter, la mimique.
26) L’organe de la religion. Gall s’enorgueillissait d’avoir apporté
là une nouvelle preuve de l’existence de Dieu. « Il y a un Dieu parce
qu’il existe un organe pour le connaître et pour l’adorer » (65).
27) La fermeté, la constance, la persévérance, l’opiniâtreté.
Gall était naturellement adversaire de la « physiognomonie » de
Lavater, dont ni l’idéalisme ni les tendances à la « Gestalt » n’étaient
conciliables avec sa pensée. Il la remplaçait par la « pathognomonie »,
la science de la mimique, qui bien évidemment dépendait des organes
cérébraux (66).
L’organologie spéciale, hélas, n’était qu’un beau rêve, rêve préma¬
turé ou plutôt utopique. La psychologie a suivi la route générale indi¬
quée par Gall, mais bien que connaissant beaucoup mieux aujour¬
d’hui le comportement des animaux et quelques localisations vérifia¬
bles, nous ignorons toujours les vraies qualités fondamentales et leurs
bases anatomiques. L’elTondrement de l’organologie spéciale a privé
son auteur du crédit que devrait lui valoir le fait d’avoir été un des
fondateurs de la psycho-physiologie moderne. Il le mérite cependant
à un assez grand degré pour que Edwin G. Boring, l’éminent histo¬
rien de la psychologie expérimentale, ait pu dire :
« La théorie de Gall et Spurzheim est le type d’une théorie essentielle¬
ment fausse, mais assez juste pour faire progresser la pensée scientifique...
On a presque le droit de dire que la psychologie scientifique a été engen¬
drée illégitimement par la phrénologie » (67).
Cette question de paternité est plus qu’une discussion abstraite
de justice ou de vérité historique. Il en est de la psychologie moderne
(physiologique, expérimentale) comme de toutes les autres disciplines
scientifiques. Pour ne pas errer loin du but, pour trouver de nouvelles
routes, plus directes et plus sûres, il faut continuellement remettre
tout en question. Se contenter, dans de telles révisions, de 1 apport
(65) Sur les fonctions, t. V, p. 399.
(66) Ibid., t. V, p. 442. ' „
(67) «The thcorv of Gall and Spurzheim is. howevcr, an instance of a theorv
which is essentiallv wrong, but just enough right to further scicntific thought...
For this reason it is almost correct to say that scicntific psychology was born of
phrenology, out of wedlock with science». Boring, /. c., p. 55.
Source : MNHN, Paris
ERWIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
de quelques résultats récents est insuffisant ; il faut remonter aux
véritables origines, car ce sont elles qui, le plus clairement, révèlent
les vertus et les vices d’une méthode.
III. — L’anthropologie de Gall.
On n’ignore généralement pas l’influence directe qu’eurent Gall
et ses disciples sur l’anthropologie physique et ses techniques. Elle
a été grande (68). Il suffit de relire la célèbre discussion sur le cer¬
veau et ses localisations qui occupa la jeune Société d’Anthropologie
de Paris, de février à juin 1861. Débutant à la suite d’un rapport de
Gratiolet, ayant comme participants Broc.a, Auburtin, Périer, Jou-
vf.ncet, Girvldès, Castelnau, Baillarger, Delasiauve et Dareste,
elle montre à quel point l’œuvre de Gall était encore connue et esti¬
mée dans ses lignes générales par les pionniers de l’anthropologie
d’alors. On est moins familier avec le fait que Gall lui-même avait
discuté bon nombre de problèmes anthropologiques. Le but qu’il pro¬
posait dans son discours d’introduction de 1808 : créer une science
de l’homme bâtie sur la physiologie, la psychologie, la philosophie et
la morale, était très proche des buts des fondateurs des Sociétés d’an¬
thropologie de la septième décade du XIX" siècle. Croyant avoir créé
une psycho-physiologie à peu près complète, Gali. pouvait même vivre
dans l’illusion d’avoir jeté un pont sur le gouffre qui commençait à
séparer l’anthropologie physique de l’anthropologie culturelle, et d’être
en possession d’une véritable science de l’homme.
Il est peu douteux que l’extrême intérêt montré par les anthropo¬
logistes pour la boîte crânienne au cours du XIX' siècle fut la consé¬
quence directe de l’orientation exclusive des phrénologistes vers le cer¬
veau et sa boite osseuse. Cette influence était d’autant plus inévitable
que les disciples de Gall furent les premiers à prendre de nombreu¬
ses mesures du crâne (par exemple Combe, Voisin, Sarlandière, An-
telme) et à construire les instruments qui devaient être employés par
les premiers anthropologistes (69).
A un moment où la lutte faisait rage entre monogénistes et poly-
génistes, il n’est pas sans intérêt de noter que Gall, se basant sur les
faits anatomiques, proclamait à maintes reprises l’unité de l’espèce
humaine. « Tous les hommes ont les mêmes cerveaux et donc les
mêmes facultés et penchants». «Le nègre et l’Européen occupent le
même degré dans l’échelle du règne animal » (70).
Les différences de structure cérébrale et crânienne entre les dif¬
férentes « nations » (Gall employait cette expression pour les races
aussi bien que pour les nations, tandis que plus tard on n’a eu que
(68) Haddon, A. C., Historu of Anthropology, London, 1949, p. 25.
(69) Holmes, O. W., Medical Essays, Boston, 1891; p. 245. L’n travail récent,
plein de nouveaux exemples confirmant ce point de vue, est l’excellente étude de
Lucile Hoyme : Physical Anthropology and its Instruments : an Historical Study.
Southwestern J. of'Anthropology, t. 9, p. 408-430, 1953.
(70) Sur les fonctions, t. I, p. 206 et t. II, p. 164.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
25
trop tendance à appeler « races » les nations aussi bien que les races)
étaient secondaires. Telles quelles cependant, elles expliquaient les
différences psychologiques, comme l’amour de la progéniture plus
développé chez les nègres, le plus grand sens musical de certaines
nations, le retard de certaines autres (71). Sur une série de crânes de
Papous, rapportés par Quoy et Gaimard, Gall se livrait à une analyse
psychologique de cette race exactement comme, aujourd’hui, des spé¬
cialistes du test de Rorschach se livrent à l’analyse des matériaux
rapportés par des ethnologues (72). Gall se rendait parfaitement
compte qu’« il y a de plus grandes différences d’individu à individu
qu’entre des peuples à caractère prononcé » (73). Il avait noté les dif¬
ficultés que crée, dans la différenciation des races, la variabilité propre
à chacune. Il prescrivait l’examen de grandes séries d’une même race
comme le seul moyen de les surmonter, point de vue très moderne et
qu’il émettait à une époque où l’on basait les classifications raciales
sur trois ou quatre crânes seulement.
Gall était convaincu de l’immutabilité des races, comme il était
convaincu de la permanence des facultés innées et de leurs organes.
La nature humaine, d’après lui, restait physiologiquement toujours la
même, puisque physiologie et psychologie coïncidaient pour lui. Il
était donc logique qu’il ne crût pas à la possibilité d’un vrai progrès
social. Les différentes formes que prenait la vie sociale dans l’espace
ou le temps n’étaient pour lui que les différentes manifestations d’une
même « faculté » humaine de vivre en société. « Quand même on trou¬
verait que l’homme passe de l’état sauvage à l’état barbare et de l’état
barbare à l’état de civilisation, on se convaincrait seulement qu’il ne
s’éloigne jamais de sa nature » (74). Cette nature, pour lui, comprenait
entre autres choses le sens de la propriété. Donc les primitifs avaient
des possessions personnelles (75). On croit entendre un vague écho
de ces conceptions dans les « Eleinentargedanken » de Bastian.
IV. — Gall réformateur social.
Gall était loin de peindre la nature humaine sous des couleurs
d’un rose optimisme. Sa vision avait un réalisme assez froid. « Qui¬
conque veut juger convenablement les phénomènes de la nature doit
avoir le courage de reconnaître les choses telles qu’elles sont, et en
général de ne pas faire l’homme meilleur qu’il n’est» (76). Les mau¬
vais penchants, estimait-il, entraient dans le plan de la providence
tout autant que les bons (77). Gall était capable de dire de l’amour :
« Ce que nous appelons amour moral n’est-il pas en bonne partie une
(71) Sur les fondions, t. III, p. 446 :
(72) Ibid., t. V, p. 420-428.
(73) Ibid., t. V, p. 417.
(74) Ibid., t. IV, p. 419.
(75) Ibid., I. IV, p. 238.
(76) Ibid., t. IV, p. 86.
(77) Ibid., I. I, p. 259.
t. IV, p. 422 et t. V, p. 117.
Source : MNHN, Paris
26
ER WIN H. ACKERKN ECHT ET HENRI V. VALLOIS.
illusion, qui d’ordinaire finit connue l’amour physique commence chez
les animaux » (78) ; des révolutions, que leur but était : « Otez-vous
de là que je m’y mette » (79) (il était opposé au gouvernement de la
masse (80)) ; de certains dévots, qu’« il en coûte bien plus d’être ver¬
tueux que d’être dévot » (81). Son naturalisme ne choqua pas moins
ses contemporains que ne devait le faire, cent ans plus tard, celui de
son compatriote Freud. Les qualités étant pour lui innées, l’avenir ne
semblait pas offrir plus d’espoir que le présent n’offrait de sujet d’édi¬
fication.
Gale, pourtant, était fervent réformateur social autant qu’ardent
naturaliste. Du point de vue formel, la chose est certainement peu
logique, mais les processus historiques semblent avoir leur propre
logique. Non seulement le mouvement phrénologique était un mouve¬
ment de réforme sociale et puisait dans ce fait beaucoup de sa force,
mais son fondateur lui-même proclamait hautement le droit du méde¬
cin de traiter des questions morales, consacrait un tiers du premier
volume de son grand Traité aux applications sociales de sa physiolo¬
gie, et en parlait continuellement jusqu’à la dernière page. Gall, il
ne faut pas l’oublier, était un représentant typique de « l’âge des
lumières». En Autriche, son idéal était vraisemblablement le «des¬
pote éclairé », à la Joseph II, comme cela avait été celui de Jean Pierre
Frank. En France, il était devenu libéral. Quand il en arriva à formu¬
ler les préceptes moraux résultant de sa physiologie, le premier fut la
tolérance : « Chacun a le droit de son moi, et une tolérance illimitée
pour tout ce qui ne trouble point l’ordre de la société... est le premier
devoir, le plus sacré, le plus philosophique » (82).
Certes, l’espèce humaine n’était pas indéfiniment perfectible. Elle
ne l’était que dans les limites de son organisation. « L’éducabilité per¬
fectionne, comprime, dirige les facultés innées, mais elle ne saurait
ni en détruire, ni en faire naître aucune » (83). Mais grâce à un déve¬
loppement particulier de l’organe de l’éducabilité (son n° 11), une
notable perfectibilité était possible. La médiocrité de la plupart des
hommes les rendait éducables. L’éducation pouvait renforcer les
« bons » organes et ainsi contrebalancer l’effet des mauvais, rendre
l’individu plus utile et prévenir les maladies mentales et les crimes.
Il était donc de toute première importance que l’éducation fut donnée
par l’Etat au plus grand nombre possible de ses citoyens. De nouvelles
méthodes, faisant appel plutôt à l’organe de sagacité comparative
(n° 20) qu’à l'entrainement mécanique traditionnel de la mémoire,
entraînement que Gall détestait autant que J. P. Frank, étaient dési¬
rables (84). Education et choix des carrières devaient se baser sur les
facultés révélées par l’examen cranioscopique cl on ne devrait pas
(78) Ibid.,
(70) Ibid..
(80) Ibid.,
(81) Ibid.,
(82) Ibid.,
(83) Ibid.,
(84) Ibid.,
t. IV, p. 33.
t. IV, p. 273.
t. II, p. 50.
t. V, p. 377.
t. VI, p. 473.
t. I, p. 127.
t. V, p. 203.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALE ET SA COLLECTION.
27
essayer d’orienter les jeunes gens dans des voies opposées à leur cons¬
titution. « Voulez-vous des vestales et des cénobites ? Choisissez ceux
qui sont sortis eunuques du ventre de leur mère » (85).
A côté de l’éducation, c’étaient surtout les réformes dans le régime
des aliénés et des criminels qui intéressaient Gall. Il en soumit des
plans détaillés à différents souverains, surtout à celui de son pays
natal, le Grand Duc de Bade (86). Il avait l’intention d’ouvrir lui-même
à Vienne un hôpital modèle pour aliénés. Ses écrits montrent une
grande connaissance des maladies mentales et des œuvres des psy¬
chiatres. Sa façon de considérer les maladies mentales comme des
troubles quantitatifs de facultés normales, et comme des maladies du
cerveau, contribuèrent pour beaucoup à une meilleure compréhension
psychologique et physiologique de malades qui, bien plus qu’aujour-
d’hui, étaient alors les victimes de condamnations d’ordre moral et de
la peur qu’inspiraient leurs symptômes. On peut parler d’une véri¬
table doctrine psychiatrique de Gall, basée sur la multiplicité des
organes du cerveau et envisageant l’existence de folies partielles. Elle
renforçait sérieusement la nouvelle conception des « monomanies »
que développait Esquirol et son école, avec les importantes consé¬
quences médico-légales qu’elle entraînait (87).
La punition, du temps de Gall, correspondait à l’acte criminel.
Gall a précédé Lomhroso d’un demi-siècle en demandant qu’elle cor¬
responde à la personne du malfaiteur. (Pour ceux qui ont lu Gall,
Lombroso offre très peu d’idées nouvelles). « Les degrés de culpabi-
bilité et d’expiation diffèrent selon la condition des individus». Le
même délit pouvait être commis par un aliéné, un imbécile, un crimi¬
nel « à base d’organisation » ou un individu victime des circonstances.
Une gradation des peines s’imposait donc. Les prisons devaient deve¬
nir des maisons de correction et d’éducation pour ceux qui étaient
éducables. Pour ceux chez lesquels la liberté morale n’était pas seule¬
ment affaiblie, mais anéantie par des penchants invincibles en raison
de leur constitution cérébrale, Gall recommandait la réclusion per¬
manente. Il considérait la prison de Philadelphie, dont l’administra¬
tion était influencée par les idées psychiatriques de Benjamin Rush,
comme une prison modèle (88).
Les idées de Gall sur la réforme de l’éducation et du régime des
aliénés et des criminels n’ont pas eu le sort de son organologie spéci¬
fique. Loin d’avoir disparu, elles sont devenues, au cours du XIX' siè¬
cle. des réalités pratiques.
(85) Sur les fondions, t. III, p. 269.
(86) Necburger, 1917, p. 20 et 22. Voir aussi une lettre non publiée du 21 mars
1807 de Gall à Cotta dans les Archives du Schillermuseum, à Marbaeh.
(87) Ackerknecht, E. H., Historv of Legal Medicine, Cibia Symposia, 1950-51.
t. 11, p. 1301.
(88) Sur les fonctions, t. I, p. 340-412.
Source : MNHN, Paris
28
ER WIN H. ACKERKNECHT Kl' HENRI V. VALL01S.
CHAPITRE III.
LE MOUVEMENT FONDÉ PAR GALL
ET SES ADVERSAIRES.
Une étude, même courte, de l’œuvre de Gall serait incomplète si
elle ne faisait au moins mention du mouvement provoqué par ses doc¬
trines, mouvement presque oublié aujourd’hui, mais qui fut compa¬
rable par son ampleur à ceux suscités plus tard par un Lombroso ou
un Freud.
Le pays où l’on trouve le moins de traces de l’influence de Gall
est l’Autriche, ce qui fait souvenir de la phrase biblique sur la faible
estime que rencontrent les prophètes dans leur patrie. La situation
n’est guère meilleure en Allemagne. Le paradoxe entre le voyage tri¬
omphal de Gall dans ce pays, en 1805, et le peu d’impression qui en
a subsisté s’éclaircit cependant si l’on considère l’âge des admirateurs
qu’il y trouva : Gœthe, Hufelani», Blumenbach, J. D. Metzger (1).
C’était la vieille génération qui estimait Gall, mais ce n’était qu’elle.
Pour la jeune génération, la génération romantique, qui allait, pendant
trente ans, conduire la science allemande dans une scintillante misère
de spéculations aussi grandioses que stériles, Gall était un observateur
bien trop borné et empirique, pas assez philosophe et surtout beaucoup
trop scientifique, au sens actuel du mot. Rien ne serait plus faux en
effet que de voir en Gall un romantique. Si les Allemands de 1810
le rejetaient, ce n’était pas parce qu’il était trop extravagant, mais
parce qu’il ne l’était pas assez. Gall, de son côté, reprochait à Bérard,
Jourdan, Flourens et Serres d’être trop sous l’influence des spécula¬
tions romantiques allemandes des Oken, Carus, Rudolphi et Burdach,
qu’il abhorrait (2). La doctrine de Gall n’entra en Allemagne qu’indi-
rectement, et sur le tard, par les traductions et l’activité des phréno-
logistes britanniques, George Combe surtout. En 1843, S. E. Hirschfeld
et G. von Struve fondaient un journal de phrénologie. Mais à ce mo¬
ment la science allemande était déjà engagée dans de nouvelles direc¬
tions, en particulier l’expérimentation physiologique et la microsopie,
aussi éloignées des romantiques que des méthodes de Gall.
(1) Nbubuhger, 1919, p. 96, reproduit une lettre de Johann Reinhold Forster
en faveur de Gall écrite en 1807, ce qui est assez surprenant puisque Forster mou¬
rut en 1798.
(2) Sur les fonctions, t. VI, p. 304.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
29
Les doctrines de celui-ci triomphèrent en Grande-Bretagne, non
sous leur forme originale mais sous la forme modifiée que Spurzheim
en avait donnée sous le nom de phrénologie. Spurzheim, après sa sépa¬
ration d’avec Gall, avait commencé à enseigner en Grande-Bretagne,
en 1814, avec beaucoup de succès. Il avait augmenté le nombre des
facultés fondamentales et essayé de leur donner un arrangement plus
logique (voir plus loin, chapitre VI et fig. 6 et 7) ; il avait aussi cherché
à éliminer toutes les facultés mauvaises, modification qui paraît avoir
été faite plus sous l’influence de la mentalité anglo-saxonne de l’épo¬
que qu’en conformité avec les idées de Gall lui-même. En la personne
de George Combe, avocat à Edinburgh (PI. II), il recruta un propagan¬
diste de grande valeur ; sous leur double impulsion, non moins de 23
sociétés phrénologiques et plusieurs journaux furent fondés en Grande-
Bretagne. Les phrénologistes avaient audience auprès de la famille
royale aussi bien que du fameux réformateur R. Cobden. D’éminents
médecins et aliénistes s’y rallièrent, comme John Abernf.thy, E. Bar-
low, W. A. F. Browne, Sir James Clarke, John Conolly, Charles
Cowan, Sir W. Ch. Ei.lis, John Ei.uotson, Sir H. Holland, Robert
Huntf.r, R. Willis (3). Spurzheim mourut à Boston, en 1832, au cours
d’un voyage de propagande. Combe entreprit un voyage similaire en
1838-40. La phrénologie, depuis 1821, avait eu aux Etats-Unis un pro¬
moteur énergique en la personne du Professeur Charles Caldweli,.
Elle influença profondément des médecins éminents comme J. C.
Warren, Elisha Bartlett, Amariah Brigham et Samuel Gridley Howe,
des psychiatres comme Isaac Ray, des anatomistes comme S. Morton,
des ethnographes comme H. Schoolcrai-t, des réformateurs comme
Horace Mann, Harry Ward Beecher, Timothy Flint, Clara Barton,
D r Fui.ler, Warden Pillsbury. Elle avait ses sociétés, ses collections,
ses journaux (4).
La phrénologie avait un double aspect, qui explique ses succès
initiaux et également son discrédit final. Science d’une part, elle satis¬
fait la curiosité intellectuelle des hommes de science et des réforma¬
teurs à aspirations scientifiques. « Somatomancie » d’autre part, sorte
de prophétie traditionnelle basée sur les formes du corps humain (5),
héritière de pratiques superstitieuses d’une antiquité vénérable, elle
calmait les inquiétudes de la foule éternelle. Pour pratiquer la phré¬
nologie en somatomancien, on n’avait besoin ni d’éducation, ni de
buts scientifiques. C’est surtout dans les pays anglo-saxons que de
nombreux praticiens phrénologistes ambulants, hommes sans culture
et le plus souvent charlatans, firent leur apparition, avec des résultats
qui devaient être aussi néfastes pour le développement de cette scien¬
ce que pour sa réputation scientifique.
(3) Voir Moebius, P.. F. J. Gall, Leipzig, 1905, p. 122. Gibbon, I. c„ p. 318.
(4) Voir les articles de R. E. Ribgel sur la phrénologie aux htats-l ms dans
Medical Life, t. 37, 1950, p. 361-376, et American Ilist. Rei’., t. 39, 1933, p. 73-78.
(5) Lessa, W. A., Somantomancy, Precursor of the Science of Human Consli-
tution, Scienlific Monthlg, t. LXXV, 1952, p. 355-365.
Source : MNHN, Paris
ER WIN H. AGKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
En France, patrie adoptive de Gall, le langage actuel porte en¬
core les traces de ses théories : on « a la bosse » de ceci ou de celq.
Populaire et mondain, le « Gallisme » était surtout scientifique. Cer¬
tes, la commission de l’Institut de 1808, composée de Cuvier, Tenon,
Portal, Sabatier et Pinel, avait repousé Gall. Il semble cependant,
d’après plusieurs témoignages, que Cuvier était aussi convaincu de
la justesse de ses idées que le furent ses collègues, Geoffroy Saint-
Hilaire (6) ou encore de Blainville, qui, conseillant à Morel la
lecture du livre de médecine de Gall (connu aussi de son ami Claude
Bernard), détermina par là la carrière de Morel. Mais Gall avait
très vite trouvé l’appui de Corvisart, médecin de Napoléon, et du
physiologiste Adelon. Il gagnait plus tard Broussais, le clinicien le
plus connu de l’époque. Nulle part Gall ne laissa autant de disciples
de valeur qu’à Paris où il forma entre autres Demangkon, Vimont,
Félix Voisin, Bouillaud, Fossati, Dumoutier et Bailly de Blois.
Quand on fonda, en 1831, la Société phrénologique,
« elle réunissait surtout des hommes de science, panachés de quelques
amateurs, avocats, parlementaires, tous de nuance libérale et orléaniste.
Parmi les membres fondateurs figuraient des représentants de l’Académie
de Médecine : Abraham, Amussat ; de la Faculté : Andral, Broussais,
Bérard, Bouillaud ; des hôpitaux : Falret et Rostan, de la Salpétrière,
Ferrus, de Bicêtre, Sanson aîné, de l’Hôtel-Dieu, Casimir Broussais, du
Gros-Cailou ; des praticiens : Pinel-Grandchamp, Ribes fils, l’aliéniste F.
Voisin ; des parlementaires : le duc de Montebello, pair de France ;
le député Las Cases fils... Sur la liste des titulaires, le peintre Gérard
voisinait avec les professeurs Bérard et J. Cloquet, les docteurs Poissai:.
Royer-Collard, Geoffroy Saint-Hilaire et Parent du Châtelet. Parmi
les correspondants, on citait Lélut, de Bicètre, et Foville, de Rouen...» (7).
C’est une liste extrêmement brillante, qui réunit les plus grands
noms de la médecine et surtout de la psychiatrie française de l’épo¬
que (8). Et elle est loin de contenir toutes les conquêtes de Gali. dont
il faut encore mentionner au moins Calmeii. et Georget. Peut-être
s’élonnera-t-on, comme Soury s’en est étonné, que Gall ait pu influ¬
encer des savants comme Lallemand, Bouillaud, Broca et Df.smou-
lins ? (9). C’est regarder les hommes de 1830 à travers les lunettes
de 1950. Les médecins de 1830 n’avaient pas encore réalisé l’échec
de l’organologie spéciale. Ou ils la suivaient, victimes de la même
suggestion qui avait fait voir aux anatomistes cinq lobes au foie pen¬
dant 1300 ans, ou ils pensaient qu’il était encore trop tôt pour se pro¬
noncer définitivement. Ils jugeaient Gai.l surtout d’après ses princi¬
pes généraux, principes reconnus encore aujourd’hui ; ils l’acceptaient,
(fi) Voir la curieuse lettre de l.akanal, autre admirateur de Gai.l, publiée dans
La Chronique Médicale, t. 1.1, 1906, p. 124.
(7) Cité d’après la brillante étude du D r Paul Dei.aunay : L’école phrénolo-
Kiquc, l’rogrès Médical, 1928, p. 1279-1290.
(8) Il s’y mêlait aussi beaucoup de médiocrités. Le D r Delai nay a donné un
portrait très fin d'un tel « Galliste » moyen dans son article sur Beunaiche la
Corbière, Bull. Soc. fr. d'Hisl. de la wéd., t. XX, 192fi, p. 392-428.
(9) Soury, I. c., p. 633.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
31
dans la mesure où sa doctrine s’intégrait dans leur orientation géné¬
rale. La pathologie de l’Ecole de Paris était surtout localisatrice et soli-
diste ; or Gall était éminemment localisateur et solidiste. Elle était
« organiciste » ; Gall était organiciste. Elle avait introduit l’examen
physique dans les maladies de la poitrine et de l’abdomen ; Gali. sem¬
blait l’introduire dans les maladies du cerveau. La pathologie, pour
elle, n’était que la physiologie de l’homme malade ; tel était aussi le
point de vue de Gall. L’observation était son mot d’ordre (10) ; elle
était le mot d’ordre de Gall. La médecine française prescrivait des
réformes sociales (11) ; Gall était réformateur. L’anatomie comparée
était la science la plus en vue dans le Paris de Cuvier, Lamarck et
Geoffroy Saint-Hii.aire (12) ; Gali. était adepte fervent de l’anatomie
comparée. La plupart des médecins de l’époque étaient libéraux et
matérialistes (13) ; Gall était libéral et semblait matérialiste. (Ces
motifs extramédicaux ont aussi joué leur rôle dans la discussion
de 1861 sur le centre de Broca). Gall venait de Vienne ; Pinel avait
été un grand admirateur de l’école de van Swieten, et Corvisart
avait enrichi la médecine française en traduisant Stoli. et Auen-
brugger. Pourquoi donc s’étonner que les idées de Gali. aient si for¬
tement impressionné les chefs de la science médicale française vers
1830 ?
Les attaques de Dubois d’Amiens, de Lf.uret, de Parchappe, de
Rochoux, ne secouèrent pas sérieusement la doctrine de Gali.. Elle
fut brusquement renversée, en 1842, par le petit livre de Fi.ourens
Examen de la phrénologie. L’année suivante, l’ex-phrénologiste Lélut
publiait « Rejet de l’organologie phrénologique du D r Gall » (14). Par
une étrange coïncidence, ces deux livres parurent juste après la mort
du plus puissant protecteur de la phrénologie, l’amiral Dumont
d’Urville, dans le terrible accident de chemin de fer de Versailles,
du 8 mai 1842 (15). Par une autre coïncidence, Léi.ut était nommé
membre de l’Institut (Académie des Sciences morales et politiques)
aussitôt après l’apparition de son livre. Rien de plus curieux que cette
victoire subite de Fi.ourens, qui devait tant aux idées localisatrices
de Gall (16). Floürens « prouvait » qu’il n’y avait pas de localisations
dans le cerveau, par des citations de Descartes et par des expériences,
(10) Ackehknecht, E. H., Elislia Bartlett and the Philosophv of the Paris
Glinical School, Hull. Hisl. Med., i. 22, 1948, p. 117-155.
(11) Id.. Hvgiene in France 1815-49, ibid.. t. 24, 1950. p. 34-60.
(12) Id., On the Comparative Mctliod in Anthropology, in Wallis Feslschrifl.
Minneapolis, 1954.
(13) Id., Broussais, Bull. Hist. Med., t. 27, 1953, p. 320-343.
(14) Clinique des Hôpitaux de Paris, 1843. Une deuxième édition devait pa¬
raître en 1858 sous le titre «I.a Phrénologie, son histoire, ses systèmes, et sa
condamnation », Paris, Delahaye. Si. dans ce volume, Lélut critique avec énergie
les localisations phrénologiques, il s’élève avec non moins de vigueur contre 1 idée
même des localisations cérébrales : la doctrine des « organes cérébraux » distincts
correspondant à des facultés distinctes, spécifie-t-il, est indémontrable ou plutôt
en contradiction formelle avec l’observation impartiale ! , „„
(15) Ackbrknecht, E. H., Villermé and Quetelct, Bull. Hist. Med., t. 26, 19a2,
p. 317-329.
(16) Neubuhgeh, 1897, p. 334.
Source : MNHN, Paris
32
ERWIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
d’ailleurs publiées depuis 20 ans et, on ne peut le répéter assez, plutôt
fallacieuses. Si le monde savant a dès lors opté en faveur de Flourens,
c’est, semble-t-il, moins en raison de faits nouveaux défavorables à
Gai.l, que parce que se dessinait définitivement à ce moment-là l’orien¬
tation vers la nouvelle physiologie expérimentale, représentée par
Flourens, et l’abandon des vieilles méthodes d’observation compara¬
tive, représentées par Gall ; c’est peut-être aussi parce qu’on renonçait
à cette philosophie naturaliste qui avait été si longtemps le grand
guide.
L’influence des idées de Gall déborda largement les cercles scien¬
tifiques. Elle peut être facilement repérée dans l’œuvre par exemple
de Balzac, George Sand, Alfred de Vigny, Baudelaire, Flaubert,
George Eliot, Th. Carlyle ou Edgard Poe. La phrénologie provoqua
aussi un nombre encore plus grand d’œuvres littéraires de caractère
moins sérieux (comédies, chansons) en France, aussi bien qu’en Alle¬
magne et Angleterre. Des peintres comme Gérard, des sculpteurs
comme David d’Angers, étaient des disciples de Gall.
Nous avons déjà mentionné l’influence de Gall sur l’anthropo¬
logie et les anthropologistes ; l’orientation exclusive vers le crâne
qu’il imprima à l’anthropologie, l’introduction par Combe, Voisin,
etc., des mensurations ; son influence sur Desmoulins, Carus, Morton,
Schoolcraft ; l’inauguration de l’anthropologie criminelle ; ses théo¬
ries sur l’unité de l’espèce humaine d’une part, sur la dépendance du
cerveau des différences entre « nations », d’autre part. Le « Gallisme »
pénétrait aussi l’ethnographie. La grande expédition de Dumont
d’Urville en Océanie s’était adjointe le phrénologiste Dumoutier qui
contribua largement à enrichir les collections ethnologiques du
Muséum (17).
Il est enfin bien connu de ceux qui les ont étudiés que les pères
de la Sociologie moderne, Auguste Comte et Herbert Spencer, avaient
utilisé les doctrines de Gall comme éléments de base dans l’élabora¬
tion de leurs systèmes (18). Le côté positiviste de Gall s’y prêtait
assez facilement. Il leur fournissait une psychologie naturaliste, non-
métaphysique.
Gall n’est donc pas seulement dans une certaine manière le père-
illégitime, d’après le Professeur Boring, de la psycho-physiologie
moderne du cerveau, mais aussi, et cette fois plus légitimement, le
parrain des sciences sociales modernes.
(17) Hamy, 1907, p. 2fi7.
(18) Temkin, 1947, p. 295-299 et 312-313.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
33
CHAPITRE IV.
LA COLLECTION DE GALL.
Essayant de résoudre les problèmes qu’il s’était posés par l’obser¬
vation et l’expérience, Gall avait grand besoin de collections de mou¬
lages de tètes sur le vivant, de moulages intracrâniens, de crânes
d’hommes et d’animaux. Pour son enseignement, il lui fallait des pièces
de démonstration. Comme il ne fit jamais partie d’une institution offi¬
cielle disposant de telles collections (et il est d’ailleurs vraisemblable
qu’aucune des collections existantes n’aurait pu le satisfaire), il fut
bien obligé d’en créer une lui-même en y sacrifiant des sommes assez
considérables (on parle de plus d’un demi-million de francs).
Gall semble avoir commencé assez tôt à rassembler sa collection.
Il en parle déjà dans sa lettre à Retzer en 1798. Un rapport détaillé
de 1802 concernant les activités de Gall à Vienne (1) mentionne une
collection de plus de 300 crânes et 120 moulages. En quittant l’Au¬
triche, Gall emporta une partie de sa collection ; il se fit plus tard en¬
voyer quelques crânes à Paris (21. Mais si on en juge par le nombre res¬
treint de pièces d’origine viennoise de la série du Musée de l’Homme, la
majorité de la première collection de Gall a dû rester en Autriche.
En 1825 une grande partie des crânes d’animaux fut remise à l’hôpital
vétérinaire de la petite ville de Baden, près de Vienne. Le restant de
la collection fut donné par Gall, sans aucune compensation financière,
au D r Antoine-François Rollett (1778-1842), médecin dans la même
ville. D’abord chez celui-ci, cette collection, en 1865, devait être trans¬
férée au musée de la ville. A. Rollett et son fils l’avaient entretenue
avec soin et y avaient ajouté quelques pièces. En 1920, elle comprenait
68 crânes et 108 bustes (3). Epargnée par la dernière guerre, elle se
trouve encore actuellement dans ce musée (4).
A Paris, Gali. rassembla une seconde collection, plus riche encore
que celle de Vienne et qui est souvent mentionnée non seulement dans
(1) Reproduit dans Mop.nirs, P..I, Franz Joseph Gall, Leipzig, 1905, p. 5 et
(2) Neuburger, 1917, p. 38-39.
(3) A propos de la collection de Baden. voir Tausig, P.. Briefe von A. und
N. Streicher an A. F. Rollett über die Gallsche Schadelsammlung, Arch. f. Geschichte
lier Med., t. 12, 1920, p. 53.
(4) Renseignements aimablement communiqués par le Professeur .1. Weninger,
de Vienne.
Mémoires »u Muséum. — Zoologie, t. X. 3
Source : MNHN, Paris
34
ER WIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
ses propres travaux, mais clans les écrits de ses visiteurs (5). C’est
cette collection qui fut acquise par le Muséum, et dont la partie dite
« phrénologique » se trouve actuellement au Musée de l’Homme.
En 1831, la veuve de Gall offrit la collection au ministre, le Comte
d’Argout, en échange d’une rente. Le ministre soumit la question à
Cuvier et celui-ci à l’Assemblée des professeurs du Muséum (6). Une
commission nommée par l’Assemblée et composée de Cuvier, de
Blainville et Geoffroy Saint-Hilaire, étudia la collection qui, forte
de plus de 600 pièces et empaquetée dans 15 caisses, fut transportée
au Muséum. Le rapport de la commission, daté du 15 juillet 1831 et
approuvé par l’Assemblée, estimait la valeur de la collection à 5.000 fr.
et celle d’une série de livres de Gall, qu’offrait également sa veuve,
à 12.000 ; il en recommandait l’acquisition contre une rente annuelle
de 1.000 fr. à M""' Gall. Il disait entre autres :
« Nos commissaires ont été frappés du nombre et du choix de ces élé¬
ments et des recherches immenses auxquelles ils ont dû donner lieu. Et
soit que l’on se déclare pour ou contre les principes de la doctrine qu’ils
ont servi à établir, il leur a paru très important de conserver dans leur
ensemble tous ces matériaux, résultats et preuves de la consécration d’une
vie tout entière à des recherches laborieuses et philosophiques d’une célé¬
brité peu commune et à ce point de vue il leur semble qu’ils devraient être
déposés intacts dans un établissement public » (7).
L’enthousiasme des commissaires n’est pas tellement surprenant
si on se souvient que Geoffroy' Saint-Hilaire et de Blainville
avaient toujours été des admirateurs déclarés de Gall, et Cuvier,
après la révolution de 1830, n’avait plus besoin de tempérer ses senti¬
ments par des «raisons d’état».
D’après Fossati, M"' Gall reçut une rente annuelle de 1.200 fr.
Remariée à un médecin lyonnais, Imbf.rt, en 1831, et redevenue veuve
en 1851, elle percevait toujours cette pension en 1857.
Les 174 crânes de quadrupèdes et les 138 crânes d’oiseaux, énu¬
mérés sur les listes dressées à l’arrivée de la collection au Muséum en
1831, listes que nous aY r ons retrouvées aux Archives Nationales
(Aj 15547), furent versés dans les collections d’anatomie comparée ;
les 354 pièces « phrénologiques » furent incorporées dans les collec¬
tions d’anatomie humaine, noyau des futures collections anthropo¬
logiques (8) avec lesquelles elles furent finalement transférées au
Musée de l’Homme, line comparaison avec la liste de 1831 montre
qu’environ 20 pièces seulement ont disparu au cours de toutes ces
pérégrinations ; ce pourcentage est plutôt favorable.
(5) Par exemple, Rosen, G., An American Doclor in Paris in 1828, J. Hist.
Med., 1951, p. 245.
(6) Toute cette transaction est décrite en détail dans l'article de R. Verneau,
Documents inédits sur Gall, /.’ Anthropologie, t. 7, 18!l(i. p. 195 et suiv. Les pièces
justificatives se trouvent aux Archives Nationales Aj 15547.
(7) Verseau, I. c., p. 197.
(8) Sur l’histoire des collections anthropologiques voir : E. F. Hamy, La Col¬
lection anthropologique du Muséum National d’Histoire Naturelle, L'Anthropologie,
t. 18, 1907, p. 257-276.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
35
Nous apprenons par les « Promenades au Jardin des Plantes » de
Louis Rousseau el Ceran Lemonif.r (Paris, 1837, p. 100-136) qu’une
salle entière (n" 11) du «Cabinet d’Anatomie comparée» renfermait
à ce moment-là la collection Gall. Rousseau et Lemonier n’en étu¬
dièrent pas moins de 70 pièces. A en juger par l’attention portée par
eux dans leur guide à la collection, celle-ci était fort appréciée par le
public et les savants de l’époque.
Cette collection garde toujours sa valeur scientifique. Elle offre,
avec 11 cas dont le buste et le crâne sont présents (auxquels on pour¬
rait ajouter 31 cas du même genre tirés des autres collections phré-
nologiques du Musée de l’Homme, surtout de la collection Dumoutier),
des matériaux intéressants pour une étude des rapports du cerveau,
du crâne et des surfaces céphaliques pendant la vie. Vu le nombre
élevé de criminels qu’elle contient (70, auxquels s’en ajoutent 80 dans
les autres collections), elle peut rendre service dans les recherches
d’anthropologie criminelle. Par la force des choses, la collection est
devenue un document historique d’une grande valeur. Elle ne nous
éclaircit pas seulement sur Gall et ses méthodes, elle nous offre aussi
un grand nombre de portraits fidèles et rares de contemporains impor¬
tants comme le musicien Liszt (à 16 ans), l’inventeur de Drais, le
peintre Horace Vernet, les hommes politiques Destassart, Schla-
rrendorf et Faucher, les hommes de science Burdach et Spurzhf.im,
l’explorateur Gaimard, etc., pour ne pas parler de toute la haute pègre
de l’époque dont les noms sont familiers à ceux qui ont lu Les Misé¬
rables de Victor Hugo. Au point de vue portraits, la collection Dumou¬
tier est encore plus riche.
Mais pour faire bon usage de la collection, il faut un catalogue
raisonné, c’est-à-dire un catalogue qui contienne des informations
substantielles sur les pièces. C’était justement ce qui manquait après
l’enlèvement brutal de 1941. Ni les listes conservées aux Archives Na¬
tionales, ni celles qu’on avait tirées de l’« Inventaire des Collections
anthropologiques du Muséum », 2' vol., n os 5000 et suiv., qui se trouve
maintenant au Musée de l’Homme, ne contenaient autre chose que les
noms de ceux dont on avait pris le moulage, et des informations encore
plus rudimentaires sur les crânes. Les inscriptions sur ceux-ci étaient
devenues presque toutes illisibles. Un hasard heureux nous a fait
trouver à la Bibliothèque du Musée de l’Homme un manuscrit qui
nous a permis de reconstruire un catalogue raisonné de la collection
Gall qui ressemble de très près, s’il n’est pas identique, au catalogue
original et que nous publions à la suite de ce chapitre.
Ce manuscrit est intitulé : « Crânes humains de la collection de
Monsieur le D r Gall. Catalogue donné par le D r Fossati qui nous a
légué en même temps le cerveau de Gall ». Il porte le timbre de l’Ecole
d’Anthropologie de Paris. Il est composé de 5 fascicules dont 4 sont
les ébauches très incomplètes et désordonnées d’un catalogue. Le
fascicule n° I, écrit apparemment de la main d’un scribe, insiste sur
les organes phrénologiques dans les pièces qu’il étudie et contient
aussi une liste de crânes d’animaux. Le n° II porte le même titre que
Source : MNHN, Paris
ERWIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
le manuscrit et ressemble au n" I. Il contient au début et à la fin des
notes presque illisibles. Le n“ IV s’appelle « Catalogue de la série
phrénologique donnée au laboratoire par le D' Mathias d’Anneceg, rue
des Beaux Arts * (9). Il est de la main d’un scribe. Il contient la des¬
cription quelquefois plus détaillée d’à peu près 50 pièces qui portent
les mêmes numéros que celles de. la collection Gall. Le fascicule n° V
est d’une belle écriture d’intellectuel, mais ne discute que quelques
pièces non numérotées.
C’est le fascicule n“ III, écrit par un scribe, qui représente le seul
catalogue complet. Chaque pièce y est discutée et les commentaires
sont en général plus étendus que dans les ébauches I, II, IV et V. C’est
ce manuscrit que nous reproduisons en entier ici, en ajoutant quel¬
quefois un fait important tiré des autres fascicules, et en renvoyant
le lecteur ou au n‘ IV si on y trouve plus de détails, ou au livre de
Rousseau et Lkmonier, ou surtout à cette curieuse collection de docu¬
ments et d’esquisses biographiques, émanant apparemment du D'
Dumoutier, qui est conservée au Laboratoire d’Anthropologie du
Musée dans trois forts volumes sous le litre « Collections anthropo¬
logiques du Muséum » (tome I : Personnages célèbres : tome II : Cri¬
minels ; tome III : Aliénés, idiots ). Nous renvoyons aussi le lecteur
au livre de Gall « Sur les fonctions... » chaque fois que nous y avons
trouvé mention de la pièce en question. Nous avons ajouté, au numéro
du catalogue, le numéro de l’inventaire du Muséum et le numéro de
placement au Musée de l’Homme si la pièce s’v trouve.
Quant à la provenance de notre catalogue, nous ne pouvons que
faire des conjectures. Nous savons que, vers la fin de la vie de Gale,
on préparait un catalogue. Gall écrivait à Streicher le 24 avril 1827 :
« le catalogue est fini » (Neuburger, 1917, p. 46). Mais sous cet angle,
Gall se faisait facilement illusion. Il croyait aussi finir son livre bien
des années avant celle où il le finit réellement. Il est plus vraisemblable
qu’un ou plusieurs des collaborateurs de Gall, dont Fossati était le
principal à cette époque, avaient préparé le catalogue, Gall étant déjà
très affaibli, et l’ont fini après la mort du maître. (Aucune des ébauches
n’est de l’écriture très difficile de Gall. Nous ignorons l’écriture do
Fossati). Le contenu de notre catalogue indique clairement qu’il fut
partiellement écrit après la mort de Gall. Comme il est peu probable
qu’on ait entrepris ce travail formidable à deux reprises, il est plus
vraisemblable que Fossati, après avoir terminé le catalogue officiel,
en avait emporté les ébauches et une copie ou version qui serait par¬
venue, après sa mort, à l’Ecole d’Anthropologie et qui nous permet
aujourd’hui de remplacer le catalogue original, volé en 1941. Il n’est
guère douteux que Rousseau et Lemoniicr n’aient basé leurs commen¬
taires surtout sur le catalogue officiel. La similarité, souvent l’identité
du texte de ces auteurs avec celui de notre catalogue, est indiscutable
et bien significative.
(9) Le D r Danecy était l’ami le plus intime de (îali. en France (Cf. Xri-bi'hc.br.
1917, p. 33-34).
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
37
Le catalogue ne nous permet pas seulement de faire usage de la
collection ; riche en détails concernant les opinions et les habitudes
de Gall, sa lecture nous permet presque d’assister à un cours de ce
maître, d'observer ses méthodes et sa pensée intime. Nous le voyons
montrer sur les plâtres et les crânes les fameux organes de ses 27
facultés et penchants. Nous le voyons démontrer les changements dus
à la maladie ou à l’âge en faisant des incursions en médecine légale.
Il nous présente de nombreux cas de folies qui n’étaient que des exa¬
gérations de tendances existant déjà avant le début de la maladie. Il
nous soumet le cas de suppliciés qui n’étaient que des cas d’aliénation
mentale (les mêmes cas d’ailleurs que ceux sur lesquels Gkorget
basait ses célèbres dissertations de médecine légale : Felüman, Papa-
voine, Léger, Lecouffe). Il nous montre les hydrocéphales et les
acéphales dont l’observation l’avait fait tant avancer dans l’étude de
la structure et de la fonction du cerveau. Il nous présente un Autri¬
chien négroïde, exemple de la variabilité dans une race ; des Egyptiens
pharaoniques et récents, preuve de la stabilité des races.
Le catalogue contient 221 crânes, 102 moulages de têtes et 31
moulages de cerveaux. La collection nous présente un monde étrange
et fascinant, un cinquième seulement des pièces provient de ce qu’on
peut appeler des hommes moyens. Quatre cinquièmes sont des
extrêmes de toutes sortes : 103 célébrités, 69 criminels, 67 aliénés, 35
cas pathologiques, et 25 exotiques (races non européennes). Par un
étrange hasard, le monde de la collection est à peu près le monde de la
littérature de l’époque, le monde du romantisme français, le monde
de Balzac. Un monde composé surtout de caractères extrêmes, de
héros, de fourbes et de fous. Cette coïncidence devient moins surpre¬
nante si nous nous souvenons combien la psychologie des romantiques
et surtout de Balzac — qui pourrait oublier les bosses du Père
Goriot ? — se nourrissait des écrits et des théories de Gall.
La collection de Gall inspira de nombreuses collections du même
genre : par exemple les nombreuses collections phrénologiques dans
tous les coins du monde, les collections de moulages d’aliénés d’EsQUi-
rol, de Falret et de Morel (cette dernière ayant fini comme cible des
employés de l’Asile de Saint-Yon !), la collection de moulages de cri¬
minels de Béclard. La plupart de ces collections ont disparu.
Quelques-unes ont fourni des pièces pour des collections à buts diffé¬
rents, par exemple anthropologiques. La collection de Gall survit,
document et monument historique d’une époque scientifique et cultu¬
relle.
Source : MNHN, Paris
ERWIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
CHAPITRE V.
CATALOGUE DE LA COLLECTION DE F. J. GALL
AU MUSÉE DE L’HOMME (1).
1. (5425 — 35-4-3) RenàULd. Buste en plâtre moulé sur nature. De com¬
plicité avec Delaporte et Orchard (n° 2 et 6), ils ont commis des vols
à main armée sur les grands chemins. Renauld a dénoncé ses com¬
plices pour être gracié. Pour plus de détails, voir IV. Voir n' 113.
2. (5426 — 35-4-3) Delaporte. Plâtre moulé sur nature. Convaincu de
vols à main armée sur le grand chemin, de complicité avec Renault et
Orchard (n 08 1 et 6). Celui-ci, assaillant intrépide, était toujours le
premier à frapper. Pour plus de détails, voir Coll. Anthr. II.
3. (5427 — 35-4-3) Boutillier. Buste en plâtre moulé sur nature. Il a
assassiné sa mère pour lui dérober des titres. Après avoir commis ce
crime, il s’enrôla sous un nom supposé. Il servit plusieurs années.
S’étant rendu coupable de vols nombreux, il fut dégradé et condamné
aux Galères et conduit au bagne de Brest, où un de ses anciens cama¬
rades le reconnut et le dénonça comme l’auteur du meurtre de sa mère.
Pour plus de détails, voir IV et Coll. Anthr. II. Gall IV, 179.
4. (5428 — 35-4-3) Destainieres. Buste moulé sur nature. Visionnaire,
mystique, crédule et plein d’espérances. Ancien magistrat. Pour plus
de détails, voir IV.
5. (5429 — 35-4-3) Goethe. Buste en plâtre qui n’est qu’une imitation fort
imparfaite de la nature quant aux proportions de la tête. Les formes
de celui-ci indiquent cependant les sources des talents extraordinai¬
res de cet homme surnommé par ses compatriotes le Voltaire de l’Alle¬
magne. Pour plus de détails, voir IV. Rousseau 127. Gall V, 200.
6. (5430 — 35-4-3) Ochard. Plâtre moulé sur nature. Complice de Renauld
et Delaporte (n os 1 et 2). L’instruction de son procès a prouvé qu’il
avait toujours agi avec circonspection. Convaincu par les aveux de
Renauld, il n’a cependant rien voulu avouer et a nié effrontément tous
les faits qui lui étaient imputés. Ex-mouchard de la basse police. Pour
plus de détails, voir IV et Coll. Anthr. II. Voir n" 95.
7. (5431 — 35-4-3) Martin. Plâtre moulé sur nature. Individu supplicié
à Paris pour s’être rendu coupable d’un meurtre parricide. Caractère
opiniâtre, insubordonné. Intelligence presque nulle. Pour plus de dé¬
tails, voir IV et Coll. Anthr. II.
(1) Pour l’explication des renvois, voir plus haut p. 30.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
8. (5432 — 35-4-3) Lecouffe Fils (voir n<“ 107. 119 et 310). Buste moulé
sur nature. A l’instigation de sa mère et aidé par elle, il a assassiné
une femme, leur bienfaitrice, pour la voler. Jeune homme d’une intel¬
ligence faible ; épileptique depuis son enfance, il a commis ce crime
plutôt par obéissance que de son propre mouvement. Les débats ont
prouvé qu’il n’a réellement été que l’instrument du crime conçu et
prémédité par sa mère. Le cerveau était malade. Pour plus de détails,
voir IV.
9. (5433 — 35-4-3) Demorlannes. Buste moulé sur nature. Visionnaire,
mystique, jouant à la loterie avec fureur, toujours rempli d’espérances
nouvelles. Pour plus de détails, voir IV.
10. (5434 — 35-4-3) Gluck. Buste qui n’est qu’une imitation de la nature,
mais assez fidèle : les formes de la tète expliquent bien l'originalité de
son talent pour la musique et le caractère grandiose de ses composi¬
tions lyriques. Pour plus de détails, voir IV. Rousseau 121. Gall V, 114.
11. (5435 — 35-4-3) Destassart (Destastaut ?) Godwin. Buste moulé sur
nature. Par ses seuls efTorts et sans la protection des siens, il est par¬
venu à l’aide d’une fortune médiocre à se tirer des études obscures
d’un procureur et à obtenir l’entrée au Conseil d’Etat de Napoléon. 11
a occupé de grandes places dans des circonstances difficiles sans y
avoir fait aucun profit. Mais il s’est toujours montré jaloux de renom¬
mée et s’est surtout distingué par son dédain pour les avantages lucra¬
tifs. Dans une circonstance mémorable, il a refusé de la ville de Kce-
nigsberg qu’il avait administrée en pays conquis une récompense de
cent mille écus qu’il avait méritée et dont il aurait eu alors le plus
grand besoin à cause de l’état de sa fortune. Il a préféré d’être men¬
tionné honorablement sur les procès-verbaux de la Province. 11 s’esl
fait connaître par son courage, sa fermeté, son désintéressement et
l’amour de ses devoirs. Rousseau 115.
12. (5436 — 35-4-3) Schlabrendorf. Buste moulé sur nature. Connu par¬
fait misanthrope cependant fort intéressant. Il a contribué par tous
ses efforts à introduire en France, où il était réfugié, l’enseignement
mutuel, l’usage des stéréotypes, etc. Il a employé toute sa fortune dans
des entreprises qui avaient pour but le Bien public, ou à donner des
secours à tous ceux qu’il croyait en mériter. Il a écrit plusieurs ouvra¬
ges de Philologie. Pour plus de détails, voir IV. Rousseau 112.
13. (5437 — 35-4-3) Socrate. Buste moulé sur la statue antique qu’on pos¬
sède de ce philosophe. Son organisation explique parfaitement la na¬
ture de ses travaux et le caractère sublime qu’il a montré. 11 a émine-
ment l’organisation qui dispose aux visions et aux idées religieuses.
Pour plus de détails, voir IV. Rousseau 133.
14. (5438 — 35-4-3) Deshayes. Masque moulé sur nature. Ingénieur, auteur
du plan de construction des digues de Cherbourg. Mystique. Emporté
d’espérances. Calculateur qui cherchait des chances favorables afin de
gagner à la loterie. Pour plus de détails, voir IV. Rousseau 134.
15. (5439 — 35-4-3) Chaurcot Delphine. Masque en plâtre. Jeune fille qui,
à l’âge de 7 à 8 ans, était un petit prodige de talent. Musicienne assez
étonnante à cet âge pour avoir fixé l’attention des amateurs de la capi¬
tale. Elle avait en outre beaucoup d’intelligence, sa conversation était
Source : MNHN, Paris
40 ER WIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
gaie, amusante et spirituelle. Née à Magdebourg en Prusse. Le senti¬
ment de l'ambition était déjà très formé. Pour plus de détails, voir IV
et Coll. Anthr. I.
IG. (5440 — 35-4-3) Foulard. Plâtre moulé sur nature. Soldat supplicié à
Paris pour avoir tué une fille qu’il fréquentait, l’accusant de lui avoir
volé une montre. Caractère dur et de mauvaise conduite, surtout remar¬
quable par son insubordination et son mépris pour l’opinion des au¬
tres. Pour plus de détails, voir IV. Gall IV, 179.
17. (5441 — 35-4-4) Barf.t d’Edimbourg. Buste moulé sur nature. Cet
individu est remarquable particulièrement à cause de son talent pour
la chronologie. Organe du calcul, de l’organe qui nous donne les rap¬
ports du temps, selon M. Spurzheim. Bibliothécaire. Pour plus de
détails, voir IV et Coll. Anthr. I.
18. (5442 — 4-2-1) Guichet. Buste moulé sur nature. Criminel supplicié à
Paris pour avoir commis un meurtre suivi de vol. Pour plus de détails,
voir IV. Gall IV, 179.
19. (5443 — Cabinet des Professeurs du Muséum) Buffon. Buste moulé
sur une statue. Les talents de Buffon sont assez connus : on voit par
les formes de ce buste qu’il était heureusement organisé pour être un
écrivain. Eloquent surtout dans le genre descriptif. Comme philoso¬
phe scrutateur des secrets de la nature, comme penseur profond son
organisation est bien moins favorable que celle de Linné et de tant
d’autres qui ont parcouru la même carrière. Rousseau 118.
20. (5444 — 35-4-4) Veuve Lecouffe (voir n us 117 et 296). Buste moulé sur
nature. Vieille femme suppliciée à Paris pour avoir, de concert avec
son fils auquel elle avait commandé ce crime, commis le meurtre d’une
femme qui était leur bienfaitrice. Dans tout le cours des débats, elle a
persisté opiniâtrement à protester de son innocence. Le meurtre a été
commis pour voler la victime. Pour plus de détails, voir IV.
21. (5445 — 35-4-4) Chapotel. Buste moulé sur nature. Sans maître, sans
apprentissage préalable, cet homme doué d’une grande persévérance a
trouvé moyen, tout en faisant son métier de pâtissier, d’apprendre à
dessiner le décor jusqu’à parvenir à un degré de talent assez remar¬
quable pour être recherché. 11 excelle au même degré dans les arts
mécaniques. Il fait des statues, des machines comme moyen de dis¬
traction. Rousseau 124.
22. (5446 — 35-4-4) Anglais. Buste moulé sur nature. La face est masquée
par une espèce de bandeau pour rendre l'individu méconnaissable. Il a
commis un crime contre la propriété. Bien né et bonne éducation.
23. (5447 -—- 35-4-4) Roberton. Buste moulé sur nature. Médecin anglais.
Cette tête n’a rien de très remarquable pour les rapports des organes
de l’intelligence ; mais elle explique fort bien les qualités du caractère
de l’individu qui était bien connu de Gall. Bonté, attachement, amour
physique ; les organes sont développés. La circonspection l’est peu.
24. (5448 — 35-4-4) Le Tasse. Buste moulé sur une statue. Quoique les
proportions sont ici plus grandes que celles de la nature, l’artiste a su
conserver les formes naturelles qui expliquent bien la fécondité de
l’imagination de ce poète, son goût pour le merveilleux et sa disposi-
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GA LL ET SA COLLECTION.
lion à avoir des visions en même temps qu'il lui a donné des traits qui
indiquent une vaste intelligence. Rousseau 134. Gall montrait pour
disposition aux visions et poésie.
25. (544!) — 35-4-4) K archer,, diplomate. Buste après la mort. Voir n" 45.
26. (545Ü) Muller (Jean de). Masque moulé sur nature. Historien alle¬
mand, l’un des hommes les plus érudits de sa nation. Gall montrait ce
masque pour les formes qui indiquent un développement extraordi¬
naire de l’organe de la mémoire verbale. J. de Millier était en effet
sous ce rapport un homme prodigieux. Rousseau 120. Gall V, 55.
27. (5451 — 35-4-4) Joseph II, Empereur d’Autriche. Masque moulé sur
une statue. Quelle que soit l’opinion qu’on se forme sur la nature des
réformes politiques que ce souverain a tenté d’exécuter dans ses états,
on ne peut méconnaître la bienveillance de son caractère et sa sympa¬
thie pour les classes malheureuses de la société. Ce qui s’explique bien
par le grand développement de l’organe de la bonté. Gall montrait
pour organes bonté et musique. Rousseau 131.
28. (5452 — 35-4-4) Neukomm. Buste moulé sur nature. Musicien composi¬
teur qui a fait avec prédilection de la musique religieuse. Connu per¬
sonnellement à Gall. Rousseau 122. Gall V, 114.
29. (5453 — 35-4-4) Jeune enfant de 6 à 7 ans. Buste moulé sur nature.
Fils de l’ambassadeur de Suède, mort (les suites d’une lièvre éruptive.
Remarquable par son intelligence précoce, fort au-dessus de celle d’un
enfant de son âge. Il avait beaucoup de pénétration et une conversa¬
tion facile et variée.
30. (5454 — 35-4-4) Rolland. Buste moulé sur nature. Mystique aimant le
merveilleux. Poète, auteur de plusieurs opéras médiocres. Voir n w 74
et 77.
31. (5455 — 35-4-4) Fortier. Buste moulé sur nature. Médecin qui s’adonna
à l’enseignement des langues. Caractère indépendant, peu sociable.
Fort dissimulé. Amour physique très fort ; peu difficile dans le choix
des objets de son intimation. Gall IV, 266 (?).
32. (5456 — 35-4-4) Papavoine. Buste moulé sur nature. Supplicié à Paris
pour avoir commis le meurtre de deux enfants qui lui étaient inconnus.
Véritable aliéné avec penchant au meurtre. Il a été prouvé aux débats
qu’il avait eu des dérangements d’esprit, qu’il menait une vie singu¬
lière et était tourmenté d’une mélancolie sombre avec des accès de
fureur. Pour plus de détails, voir Coll. Anthr. II. Rousseau 106.
33. (5457 — 35-4-4) Carter. Buste moulé sur nature. Monomanie avec pen¬
chants au suicide. Des chagrins domestiques, qu’elle a essayé de dissi¬
per par l’usage habituel des liqueurs fortes, ont déterminé sa maladie.
Par son organisation, elle pouvait en effet (être) disposée à l’usage des
liqueurs fortes.
34. (5458 — 35-4-4) Berbrugger. Buste moulé sur nature. Auteur de plu¬
sieurs ouvrages de philologie, et s’est surtout occupé de la mnémo¬
technique comme moyen de rendre plus facile l’étude des langues. Pour
plus de détails, voir Coll. Anthr. I.
Source : MNHN, Paris
42 ER WIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
35. (545!) 35-4-4) Lemare. Artisan qui s’est cultivé lui-même. Il a étudié
la médecine, les langues anciennes et modernes pour l’étude desquelles
il a publié des méthodes. Enfin il s’est occupé d’économie domestique,
surtout sous le rapport des constructions mécaniques. Il a écrit sur
la politique et a manifesté des opinions fort indépendantes. Dans plu¬
sieurs circonstances de sa vie, il a fait preuve d’un grand courage.
Véritable républicain. Pour plus de détails, voir Coll. Anthr. I.
36. (5460 — 35-4-4) L’Abbé Gauthier (voir n" 157).
37. (5461 — 35-4-4) Fabre Palaprat. Buste en plâtre moulé sur nature.
Médecin français actuellement vivant. Caractère original, indépen¬
dant. Recherchant néanmoins les distinctions. Il a obtenu tous les gra¬
des de la maçonnerie, association qui l’a beaucoup occupé. Il couche
habituellement sur des planches, habitudes bizarres.
38. (5462) Dupaty. Buste en plâtre moulé sur nature. Poète ingénieux
encore vivant. Les portions du cerveau qui sont les sources de la poé¬
sie sont très développées. Les organes de l’éducabilité, de la vanité sont
également d’un développement remarquable. Faible développement des
parties antérieures, moyennes et supérieures du front. (Le sculpteur
s’appelait Charles Dupaty, il était membre de l’Institut ; il est mort le
9 décembre 1825. Caractère honorable).
39. (5463) Poitlondon. Buste en plâtre moulé sur nature. Grand dévelop¬
pement des organes de la musique et de la poésie. Gall présentait cette
tète dans ses cours sous le rapport du développement des organes de
la musique et de la poésie.
40. (5464 — 35-4-4) Heluin. Assassin (voir n* 164). Pour son complice Le
Pelley, voir n°» 59 et 150. Gall IV, 172, 243.
41. (5465 — 35-4-4) Le Frère David (voir n° 252). Buste d’après nature.
Talent très remarquable pour les mathématiques. Caractère religieux,
prudent. Sa conversation était remarquable par les comparaisons fré¬
quentes dont elle était remplie. Jésuite connu à Gall. Rousseau 123.
Gall V, 178.
42. (5466 — 35-4-4) Chevalier, dit le lièvre. Plâtre d’après nature. Suppli¬
cié à Lyon. La vie de cet homme est un tissu d’intrigues et de cruau¬
tés. Homme cultivé qui avait reçu une excellente éducation et qui a
vécu à Paris et à Lyon dans la bonne compagnie où il s’est fait remar¬
quer par son amabilité et les grâces de son esprit. Cependant a commis
des faux nombreux et a fait périr par le poison plusieurs femmes avec
lesquelles il a vécu, et a été aussi convaincu d’avoir détruit son enfant
en le précipitant dans le Rhône. Pour plus de détails, voir IV. Gall
IV, 180.
43. (5467 - 35-4-4) Vernet Horace. Peintre célèbre non moins connu par
des compositions sérieuses que par son talent pour esquisse des
caricatures fort spirituelles, et surtout pour la facilité avec laquelle
il exécute des tableaux très composés. Rousseau 133.
44. (5468 — 35-4-4) Legouvè, poète. Buste en plâtre moulé sur nature.
Poète gracieux plutôt que grand poète. C’est un talent qui doit plus à
l’art qu’à la nature, quoiqu’il ait eu essentiellement les conditions de
l’organisation qui font les littérateurs de bon goût. Il est devenu aliéné
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
43
et est tombé promptement dans l’état de démence où il était au mo¬
ment de sa mort. Org. poésie, éducabilité fort. Esprit de saillies. Voir
n" 278. Gall V, 248.
45. (5469 — 35-4-5) Karcher. Buste en plâtre d’après nature. Chargé
d’affaires du Grand Duc Johann. Mort à Paris en 1824. Homme peu
remarquable sous le rapport des talents, mais adroit, prudent. Il avait
à un grand degré ce qu’on appelle l’esprit de conduite. Son organisa¬
tion explique parfaitement les qualités saillantes de son caractère. Ai¬
mait beaucoup les femmes quoiqu’il fut dévot. S’était débauché de
bonne compagnie. Imitation, musique, ambition.
46. (5470 — 35-4-5) Dussek, musicien. Masque coulé sur nature. Développe¬
ment remarquable de l’organe de la musique, qui a constitué le talent
particulier de cet artiste. Gall V, 114.
47. (5471 — 35-4-5) Sestini (PI. II). Buste en plâtre coulé sur nature. Poète
improvisateur dont tout Paris a pu apprécier le talent extraordinaire.
Les organes de la mimique, de la poésie, etc., fermeté sont très dévelop¬
pés. Il était en outre musicien et dessinateur (voir n" 148). Pour plus de
détails, voir Coll. Anthr. I.
48. (5472 — 35-4-5) Masque en plâtre coulé sur nature. Mécanicien et mu¬
sicien distingué. Point d’autre renseignement.
49. (5473 — 35-4-5) Feldmann. Plâtre moulé sur nature. Supplicié à Paris
comme meurtrier de sa fille, dont il était devenu éperdument amou¬
reux. Jusqu’alors il avait été irréprochable : bon père, bon époux,
honnête homme, il jouissait d’une bonne réputation. Gall croyait qu’il
était aliéné à l’époque où se sont manifestés les désordres dans sa
conduite. Pour plus de détails, voir Coll. Anthr. II.
50. (5474 — 35-4-5) Masque en plâtre moulé sur nature présentant un
développement remarquable des organes du calcul et de la musique.
Gall n’a conservé aucun renseignement sur l’individu que ce masque
représente.
51. (5475 — 35-4-5) Brochetti. Plâtre moulé sur nature. Supplicié à Paris
le 22 mai 1824 pour tentative d’assassinat sur le prêtre Isacarus. son
bienfaiteur, à qui il voulut faire souscrire un billet de peu de valeur.
Après cette tentative, il commit encore plusieurs vols et fut arrêté.
Pour plus de détails, voir Coll. Anthr. II.
52. (5476 — 35-4-5) Le Baron de Drais. Masque moulé sur nature. Cet
homme, que sa fortune et sa position sociale semblaient conduire à
des occupations d’un genre élevé, s’est adonné avec passion à des cons¬
tructions mécaniques tout à fait dans le genre des inventions ingénieu¬
ses. C’est lui qui a inventé ces petites voitures qui sont connues sous
le nom de Draisinnes. Rousseau 125.
53. (5477 — 35-4-5) Dautun (PI. II). Ex-chirurgien militaire (voir n" 189).
Plâtre. Meurtrier de son frère pour être seul héritier d’une très prodi¬
gue fortune que possédait son père. Il a disséminé dans Paris les frag¬
ments du cadavre espérant par ce moyen mieux cacher son crime. Mais
la section des membres dans les articulations a fait connaître que celui
qui en était l’auteur était familiarisé avec l’art de disséquer, et c’est
ce qui a fait tomber le soupçon sur lui. Gall IV, 175.
Source : MNHN, Paris
44
ERWIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
54. (5478 — 35-4-5) Flandrin, dessinateur. Masque en plâtre moulé sur
nature. Cet homme est connu comme dessinateur habile et tics ses pre¬
miers pas dans cette carrière, il s’est distingué par une aptitude qui
ressort d’une disposition naturelle très remarquable (envoyé à Gall
par Foyatier, statuaire).
55. (5479 — 35-4-5) François, cordonnier. Poète, homme non cultivé qui
vint à Paris à 18 ou 19 ans sans avoir même appris à lire. Dès qu’il a
été initié à cette connaissance, il a étudié avec goût les historiens
latins dans des traductions et les poètes tragiques de sa nation, et pres-
qu’en même temps lui est venu le désir d’imiter ceux-ci. Il a en effet
composé des scènes de tragédie dans le genre de celles de Corneille qu’il
affectionnait de préférence et se livrait à des travaux si difficiles tout
en suivant ceux de sa modeste profession. Pour plus de détails, voir
Coll. Anthr. I. Rousseau 139. Gall V, 240, 249.
56. (5480) K ARN ER Vaider. Masque moulé sur nature. Enfant qui avait un
grand talent d’imitation et qui faisait des caricatures fort ingénieuses
avec des feuilles de papier qu’il découpait. Pour plus de détails, voir
Coll. Anthr. I.
57. (5481 — 35-4-5) Barisel, musicien. Masque en plâtre moulé sur nature.
Développement remarquable de l’organe de la musique. Barisel a en
effet cultivé cet art avec un grand succès. Premier talent (?) pour le
basson à l’orchestre de l’Opéra.
58. (5482 — 35-4-5) Larsonneur, musicien. Masque moulé sur nature.
Jeune garçon qui avait un talent très remarquable comme musicien
dans un âge où presque tous les enfants exécutent avec peine, malgré
les soins de leurs maîtres, les airs les plus simples.
59. (5483 — 4-2-1) Le Peli.ey. Meurtrier, voleur (voir n“ 150). Pour plus
de détails, voir Coll. Anthr. II.
60. (5484 — 35-4-6) Voltaire. Masque en plâtre qui n’est qu’une imitation
de sa nature, mais dont les formes générales expliquent suffisamment
le génie presque universel de cet homme extraordinaire et sa prodi¬
gieuse mémoire. Pour plus de détails, voir Coll. Anthr. I. Rousseau 129.
61. (5485 — 35-4-6) Prestrel, empoisonneur. Copie en plâtre moulé sur
nature (voir n" 129). Caractère sombre, dissimulé, ambitieux, cupide
d’après les renseignements qui ont été fournis sur son caractère. Il
s’est suicidé dans sa prison, à Rouen, la veille du jour où il devait être
supplicié pour tentative d’empoisonnement sur 11 personnes de sa fa¬
mille.
62. (5486 — 35-4-6) Foyatier, statuaire. Masque moulé sur nature. Simple
gardien de troupeau, à l’aide d’instruments grossiers il figurait des
Christus qui étaient fort recherchés ; sans aucun secours de personne
et par la seule recommandation de ses travaux, il est parvenu à pren¬
dre rang parmi les artistes les plus distingués de notre époque et à
faire admettre au Louvre plusieurs productions qui lui ont mérité les
mentions les plus honorables.
63. (5487 — 35-4-6) Lemot, statuaire. Masque moulé sur nature. I-e talent
de cet artiste est très connu, et son organisation justifie bien les suf¬
frages qu’il a obtenus de tous les connaisseurs. Grand développement
de l’organe de l'imitation et des formes. Rousseau 132.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GA LL ET SA COLLECTION.
45
64. (5488 — 4-3-1) Idiot. Copie en plâtre d’une tête d’idiot (microcéphale
d’Amsterdam) mort à 25 ans et 6 mois. Dessiné dans l’atlas de l’ou¬
vrage de Gall.
65. (5489 — 35-4-6) List. Hongrois, musicien. Masque en plâtre moulé sur
nature. Ce jeune homme a montré de bonne heure un talent fort re¬
marquable. Il cultivait la musique avec passion dans un âge tendre
où la plupart des hommes ne montrent encore que la plus parfaite
indifférence. L’organe de la musique est là fort développé (l’imitation,
la poésie, l’éducabilité). Rousseau 122.
66. (5490 — 35-1-6) Burdach (PI. II). Métaphysicien, physiologiste. Masque
en plâtre moulé sur nature. Esprit profond, méditatif, occupé toute sa
vie des questions les plus ardues de la métaphysique, il a sous ce
rapport la même organisation que Kant. Il était de plus grand calcu¬
lateur. Il est auteur d’ouvrages remplis de calculs et de métaphysi¬
que transcendante. Rousseau 127.
67. (5491 — 35-6-6) Weilamann. Directeur des entreprises du gaz hydro¬
gène portatif. Masque coulé sur nature ; grand talent de mécanique,
calculation.
68. (5492 — 35-4-6) Lafon (d) Victor, violoniste. Masque moulé sur nature.
I.’organe de la musique est plus développé qu’aucun autre organe,
aussi constitue-t-il le talent particulier de cet artiste que toute l’Europe
connaît. Imitation, musique, bel esprit. Rousseau 122. Gall V, 114.
69. (5493 — 4-3-1) Idiot. Copie en plâtre du crâne d’un individu complète¬
ment idiot dont le D r Patrix a l’original.
70. (5494 — 35-4-6) Pistrucci. Masque en plâtre de Pistrucci. Improvisa¬
teur et peintre. Mimique extraordinairement développée. Educabilité,
mécanique, musique.
71. (5495 — 35-4-6) Masque en plâtre d’un musicien. Développement de
l’organe de la musique. M. Gall n’a conservé aucune autre notice sur
la personne que ce masque représente.
72. (5496 — 35-4-6) Faucher Constantin (voir n" 101). Copie d’après na¬
ture. Organe de la ruse, caractère ambitieux, attachement amical,
éducabilité. Beaucoup de détails dans IV et Coll. Anthr. I. Les frères
Faucher étaient des généraux sous la révolution, et des Girondins. Ils
quittaient le service après l’usurpation de Napoléon et étaient fusillés
en 1815. Gall les employait dans ses cours pour montrer les caracté¬
ristiques des jumeaux. Connus à Gall. Gall I, 207.
73. (5497 — 35-4-6) Masque en plâtre île .... calculateur (pii n’avait aucune
capacité pour apprécier l’harmonie des couleurs, qui confondait toutes
les nuances du rouge, sans trouver de différence entre le rose et l’écar¬
late. Confondait de même toutes les nuances de bleu. Gall montrait
pour dépression du sens du coloris. Rousseau 121.
74. (5498 — 35-3-5) Rolland. Copie en plâtre de la calotte de son crâne.
Le buste porte le n" 30.
75. (5499 — 35-4-6) Henri IV. Masque en plâtre qu’on croit avoir été
coulé sur un masque pris sur nature. Que ce soit une pièce imitée ou
une représentation exacte de cette auguste figure, les formes confir-
Source : MNHN, Paris
ER WIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
ment ce que l’histoire rapporte des qualités de l’esprit de ce grand
roi, de sa bonté et de ce penchant singulier qu’il avait à dérober.
Rousseau 110.
76. (5500 — 35-4-6) Colborn. Masque en plâtre du jeune Colborn, remar¬
quable par le talent pour le calcul, qu’il a montré dès l’âge de 8 à
9 ans ; les journaux du temps ont rendu des problèmes d’arithmétique
qu’il résolvait de tête avant de savoir ni lire ni écrire quand il était
jeune. Pour plus de détails, voir Coll. Anthr. I. Rousseau 123. Gall II,
434, et V, 136.
77. (5501 — 35-3-5) Rolland. Copie en plâtre de la partie supérieure du
cerveau recouvert encore de ses membranes. Voir n 08 30 et 74.
78. (5502 — 35-3-5) Heloïse (voir n“ 111). Copie en plâtre d’un crâne
venant du musée des petits Augustins et qu’on croit être celui
d’Héloïse.
79. (5503 — Salles publ. vitr. II) Crâne d’une jeune fille de 20 ans, com¬
plètement imbécile. Voir n" 90, la tête moulée sur nature. Gall. I, 197,
et II, 327.
80. (5504 — 35-3-5) Dautun. Copie en plâtre du crâne de Charles Dautun.
Voir n 08 53 et 189.
81. (5505 — 35-4-6) Chenevix. Copie en plâtre de la tête de M. Chenevix
connu en Europe pour ses travaux scientifiques en chimie et en phy¬
sique et pour son goût pour les voyages. Caractère fermé, grand ama¬
teur du beau sexe. Pour plus de détails, voir Coll. Anthr. I.
82. (5506 — Passé aux doubles. La collection possède l’original (2). Sortie
1881, n" 7) Descartes. Copie en plâtre d'un crâne qui est déposé au
Muséum du jardin du Roi, et qu’on croit être celui de Descartes. Edu-
cabilité, rapports de l’espace, fierté, mathématiques, circonspection.
Pour plus de détails (lettre de Cuvier sur l’authenticité, etc.) voir
Coll. Anthr. I. Rousseau 117.
83. (5507 — 35-4-6) Gaimard. Masque en plâtre de la figure de Gaimard.
Médecin naturaliste de l’expédition du Capitaine Freycinet. Goût pour
former des collections. Rousseau 119. Gall IV, 459.
84. (5508 — 4-1-6) Copie en plâtre du crâne d’une aliénée qui se croyait
mère d’un grand nombre d’enfants. (Moulage de crâne soaphocéphalc
de Spurzheim). Gall V, 321.
85. (5509 — 35-4-6) Catayes Léon. Masque en plâtre. Talent remarquable
pour ses rapports et sa sagacité comparative dans sa conversation et
son raisonnement, avait toujours recours à une métaphore ou à une
comparaison. Très porté aux recherches métaphysiques ; mais ses
raisonnements sont clairs et précis. Il avait étudié la botanique par
goût. Sa famille lui fit étudier la musique et il y réussit.
(2) Effectivement, un crâne, qu’on a toutes raisons de croire celui de Df.scahtes,
fait partie des collections du Laboratoire d’anthropologie depuis 1821. Sur l’his¬
toire de ce crâne et ses diverses tribulations, voyez Verseau, R., Le cerveau de
Descartes, I.’Anthropologie, t. 23, 1912. p. 640.
Source : MI JHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
47
86. (5510 — 35-3-5) Cadoudal Georges. Copie en plâtre du crâne de
G.C. exécuté à Paris en ... pour crime politique. Pour plus de détails,
voir Coll. Anthr. I.
87. (5511 — 14-1-2) Kapchala. Masque en plâtre d’une jeune Kalmouck de
la suite du Comte Orloff. Elle avait un grand talent pour tous les ou¬
vrages de femme (mécanique).
88. (5512 — 35-3-5) Mercier. Copie du crâne de Mercier. Exécuté à Pro¬
vins (Seine-et-Marne) en 1818. De complicité avec Vallet, ils avaient
assassiné 4 femmes, parentes de celui-ci. Voir n" 127. II résulte des
débats que c’est Vallet qui a commis les assassinats. Mercier alors
faisait le guet. Il a été entraîné à servir Vallet pour l’appât d’un peu
d’argent. Gall IV, 172.
89. (5513 — 35-4-7) Bacon François. Masque en plâtre d’après une statue
plus grande que nature. Formes modèles de toutes les têtes philoso¬
phiques qui peuvent (?) embrasser toutes les connaissances humaines
et établir des principes dans les sciences. Rousseau 129.
90. (5514 — 4-3-1) Copie en plâtre de la tête d’une idiote (voir n” 79 le
crâne).
91. (5515 ?) Copie en plâtre du crâne d’un matelot chinois.
92. (5516 — 35-4-7) Bonhours. Buste en plâtre de la fille B., exécutée a
Paris en 18.. ; plusieurs assassinats accompagnés de vols (voir n" 204).
Gall IV, 24, 171, 243.
93. (5517 — 35-4-7) Newton. Masque en plâtre d’après une statue. L’artiste
a su bien conserver les formes qui indiquent les grands talents de cet
homme célébré pour la géométrie et les mathématiques ; malheureuse¬
ment les parties suprêmes du front manquent ici et elles seraient
nécessaires pour confirmer les observations physiologiques recueillies
par les biographes. Rousseau 123.
94. (5518 — 20-5-1) Copie en plâtre du crâne d’un Hottentot. Gall V, 117.
95. (5519 — 35-3-5) Ochard. Copie de la calotte du crâne (voir n" 6).
96. (5520 ?) Malais. Copie en plâtre du crâne d’un individu de race ma¬
laise.
97. (5521 — 35-4-7) Zumsteo. Masque en plâtre de Z., musicien d’un talent
distingué. Gall V, 114.
98. (5522 — 35-4-7) M"' Grandchamp. Masque moulé sur nature. Mémoire
verbale, sagacité comparative, telles sont les qualités attribuées à cette
demoiselle par toutes les personnes qui vivent habituellement avec
elle. Les organes qui correspondent à ces qualités sont en effet les plus
développés.
99. (5523 — 35-3-5) Lafontaine. Copie en plâtre du crâne qu’on dit être
celui de Lafontaine, le fabuliste. Le crâne original était au Musée des
Petits Augustins. Pour plus de détails, voir Coll. Anthr. I. Gall V, 199.
100. (5524 — 35-4-7) Paris. Masque en plâtre d’après nature. Professeur de
mnémotechnie. Educabilité, rapport de l’espace, du temps.
Source : MNHN, Paris
18
ER WIN H. AGKERKNECHT ET HENRI V. VALI.OIS.
101. (5525 — 35-4-7) Faucher César, général (voir n° 72). Les organes les
plus développés sur cette tète sont presque les mêmes que ceux remar¬
qués sur la tête 72. Mais les organes de l’intelligence sont ici plus
faibles et ceux de l’ambition plus forts.
102. (5526 — Salles Publiques) Cartouche. Masque en plâtre de Louis Do¬
minique Cartouche, fameux voleur, né à Paris en 1693. Il a été donné
à Gall par M"' Fragonnard. Organe de l’imitation fort développé. Les
organes de l’intelligence et de la mémoire verbale ont également un
développement remarquable. Mais la partie de la tête où se trouvent
les organes des penchants que Cartouche a manifestés et qui l’ont
rendu fameux n’ayant pas été copiée, cette pièce n’est d’aucune utilité
sous ce rapport. Ceux qui ont écrit la vie de Cartouche disent qu’il
avait de l’esprit, de la pénétration, de la facilité, qu’en peu de temps
il apprit ce qu’on enseigne ordinairement aux enfants de cette condi¬
tion. Rousseau 119.
103. (5527 — 35-3-5) Copie en plâtre du crâne d’un soldat insubordonné
qui tua son geôlier. Le concours des organes de la fierté et de la fer¬
meté forme les hommes qui par instinct résistent à l’autorité établie
et qui sont indomptables.
104. (5528 — 23-3-5) Caraïbe. Copie en plâtre du crâne d’un Caraïbe,
moulé à Londres sur le crâne original par le D r Spurzheim. Gall IV,
181.
105. (5529 — 35-4-7) Masque en plâtre moulé sur nature. Organe de la mu¬
sique, mécanique. Militaire qui a inventé une machine ingénieuse qui
permet à suppléer à courts membres supérieurs, qui lui était indis¬
pensable pour jouer de la flûte. Aidé par ce moyen artificiel, il exécu¬
tait avec facilité les airs les plus difficiles.
106. (5530 — 4-3-2) Crâne inégal déprimé du côté gauche. Espèce de bizarre.
Morte dans un accès de délire aigu.
107. (5531 — 35-3-5) Lecouffe fils. Cppie en plâtre de la calotte du crâne
de LecoufTe fils (voir n“ 8).
108. (5532 — 35-4-7) Grétry. Buste en plâtre. Imitation de la tête de Grétrv,
célèbre musicien. Les organes de la musique, fie la poésie et de l’imi¬
tation sont très développés. Mais ce n’est ici qu'une imitation des
formes et les proportions ne sont point exactes. L'organe de la musique
était plus marqué sur la tête originale. Les portraits qu’on a de Gré¬
try sont plus exacts sous ce rapport. Rousseau 121, Gall V, 114.
109. (5533 — 23-3-5) Copie en plâtre d’un crâne de Caraïbe de la collection
de Blumenbach.
110. (5534 — 35-3-6) Crâne d’un voleur. Homme non cultivé; débauché
vivant habituellement avec des femmes de mauvaise vie d’un caractère
doux. Métopisme.
111. (5535 — 35-3-5) Voir n" 78. Copie en plâtre d’un crâne qui était au
Musée des Petits Augustins et qu’on croyait être celui d’Héloïse, reli¬
gieuse célèbre pour ses amours pour Abélard.
112. (5536 — 35-3-6) Crâne d'un soldat mort des suites d’une blessure qui
avait intéressé le cervelet. Il y a une affection sympathique des orga¬
nes de la génération (donné par le Baron Larrey). Gall III, 313.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GAU. ET SA COLLECTION.
49
113. (5537 — 35-3-5) Renauld. Copie en plâtre de la calotte du crâne de
R. (Voir n° 1).
114. (5538 — 35-3-6) Base de crâne. Rétrécissement de la cavité du crâne
par l’effet d’augmentation de la substance osseuse ; démence sénile
qui a précédé la mort de plusieurs années.
115. (5539 — 35-3-5) Gresset, poète. Copie authentique du crâne de Gresset
poète, auteur de la comédie du Méchant, du poème de Vert-Vert. Donné
par le D r Rigollo d’Amiens. Poésie, esprit caustique, éducabilité, fer¬
meté, fierté, tels sont les organes qui sont les plus développés. Rous¬
seau 128.
116. (5540 — 35-3-6) Base du crâne d’une femme hydrocéphale ; c’est
l’examen du cerveau de cette femme qui a fait penser à M. Gall que
ce viscère était une membrane dépliée (voir n" 333). Contenait 4 litres
d’eau. Cependant elle jouissait de ses facultés intellectuelles. Morte à
l’âge de 56 ans d’une inflammation des intestins. Gall III, 259.
117. (5541 — 35-3-5) Veuve I.ecouffe. Copie en plâtre du crâne de la
Veuve LecoufFe (voir n” 20).
118. (5542) Base de crâne coupé pour faire voir l’intérieur des processus
mastoïdiens.
119. (5543 — 35-3-5) I.ecouffe fils. Copie en plâtre du crâne de Lecouffe
fils (voir n 08 8 et 107).
120. (5544 — 35-3-6) Blanchard. Crâne de l’aéronaute Blanchard, devenu
aliéné à la suite d’une chûte (trouvé mort dans sa nacelle ?). Gall II.
173, et III, 96.
121. (5545) Delaporte. Copie en plâtre de la calotte du crâne de Delaporte
(voir n» 2).
122. (5546 — 4-1-4) Crâne d'un crétin, hydrocéphale, presque idiot.
123. (5547 — 35-3-5) Raphaël. Copie en plâtre du crâne du célèbre peintre
Raphaël. I.’original est conservé à Rome. (En réalité le crâne de Don
Adjutorie ?). Gall montrait pour organes d’ambition, de mécanique,
d’amour physique. Rousseau 125.
124. (5548 — 35-3-6) Vieux crâne venant des tombeaux du Musée des Petits
Augustins. Point de renseignements sur l’individu.
125. (5549 — 35-3-5) Plégnier. Copie en plâtre du crâne de Plégnier sup¬
plicié à Paris en .... pour crime politique. Le sens mécanique très
remarquable. Fermeté, indépendance, éducabilité, mécanique.
126. (5550 -— 35-3-6) Crâne, venant des Tombeaux du Musée des Petits
Augustins. Educabilité. Point de renseignements.
127. (5551 — 35-3-5) Vallet. Copie en plâtre du crâne de Vallet. Supplicié
à Provins, aide de Mercier (voir n" 88). Il a assassiné plusieurs de ses
parentes, au nombre desquelles était sa grand’mère. C’est lui qui a
porté les coups. Pour plus de détails, voir Coll. Anthr. IL Gall IV, 172.
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. X. 4
Source : MNHN, Paris
50
ER WIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
128. (5552 — 4-3-1) Crâne petit et épaissi d’un imbécile presque idiot. La
paroi du côté droit manque en partie.
129. (5553) Prestrei.. Copie du crâne de Prestrel, condamné à mort â
Rouen pour avoir empoisonné 11 personnes de sa famille. Les méde¬
cins qui ont fait l’ouverture de sa tète ont constaté que le cerveau
était malade depuis longtemps (voir n" 01).
130. (5554 — 35-3-6) Crâne d’un garçon de 4 ans. Grand développement
des parties postérieures qui ont les organes respectifs bien forts.
Gall III, 261.
131. (5555) Copie du crâne d’un chef de nation de la Nouvelle-Zélande.
L’organisation qui donne le goût de commander est en effet très déve¬
loppée.
132. (5556) Crâne d’un enfant nouveau-né.
133. (5557 — 35-3-6) Lamouque Michel. Calvarium. Parricide. Courage,
fermeté, indépendance, point de bonté.
134. (5558 — 35-3-6) Crâne cassé. Enfant nouveau-né.
135. (5559 — 4-3-2) Crâne d’un garçon imbécile dont le cerveau a été ma¬
lade pendant longtemps et c’est à cette circonstance qu’il faut attri¬
buer l’imbécilité de cet individu.
136. (5560 — H-II-II) Crâne d’un enfant nouveau-né.
137. (5561 — 4-1-3) Crâne d’un très jeune enfant hydrocéphale.
138. (5562 — 35-3-6) Junger. Crâne de Junger, poète dramatique et acteur.
Voir l’organe de la mimique et celui de la poésie. Educabilité, indépen¬
dance. Gall V, 247, 330.
139. (5563 — Salles Publiques vitr. 34) Crâne d’une vieille négresse. Point
de renseignements sur son caractère. (Boshimane ?).
140. (5564 — 11-4-6) Crâne d’un Chinois, donné par M. Murphy.
141. (5565 — 35-3-6) Crâne pour montrer l’inégalité du développement des
deux hémisphères. Il est plus développé à droite qu’à gauche. L’indi¬
vidu était bizarre, presqu’imbécile (suture métopique).
142. (5566 — 35-3-6) Pelle. Crâne de Pelle, mulâtre de l’île de Saint-Tho¬
mas. Mort le 22 janvier 1819 au service de la marine en France, âgé
de 29 ans.
143. (5567 — 32-1-2) Crâne de Papou de Rawak donné par MM. Quoy et
Gaimard (Exp. Freycinet). Voir la Zool. du voyage, pl. 1, pp. 1-11, 1824.
144. (5568 — 35-3-6) Unterberger fils (voir n" 225, crâne du père). Le
crâne de Unterberger fils a été conservé par M. Gall à cause de la mé¬
moire verbale prodigieuse de ce jeune homme. Penchant pour le beau
sexe bien prononcé ; c’est l’abus qui a hâté sa mort. Rousseau 119.
145. (5569 — 35-3-6) Crâne remarquable que Gall faisait voir comme un
exemple du grand développement des parties postérieures du cerveau
et développement faible des parties antérieures. Il annonçait qu’il
avait peu d’intelligence mais des qualités appétitives très fortes.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GAU. ET SA COLLECTION.
146. (5570) Crâne d’une momie de la haute Egypte (femme). Gall le com¬
parait avec une tête de femme de nos jours pour voir que l’espèce
humaine est statique vers son organisation.
147. (5571 — 35-3-6) Crâne d’aliéné que Gall présentait à ses auditeurs
pour montrer la différence qui existe entre les protubérances osseuses,
comme celles qu’on remarque sur le crâne, et les élévations détermi¬
nées par le développement cérébral.
148. (5572 — 35-3-6) Sestini. Crâne de Sestini, célèbre improvisateur,
poète dramatique, mort à Paris d’une inflammation aiguë du cerveau
(voir n' 47). La part active qu’il avait prise dans la dernière Révolu¬
tion d’Italie l’a fait proscrire. C’était un caractère très indépendant.
Fermeté, mécanique, musicien, mimique. Pour plus de détails voir
Coll. Anthr. I.
149. (5573 11-2-6) Crâne d’un Asiatique du bord du Gange (voir n" 156).
On dit qu’ils sont très voleurs ; chez celui-ci l’organe qui dispose au
vol est peu développé mais c’est une tête défectueuse par les parties
antérieures du cerveau qui sont la condition par excellence pour la
liberté morale. Recueilli à Colepi par Diard l’an 1818. Gall V, 417.
150. (5574 — 35-3-6) Le Pelley de l.ongchamps. Crâne de Le Pellev, sup¬
plicié à Paris comme coupable d’un meurtre qu’il a conçu et fait exé¬
cuter par Héluin dans le but de voler sa victime. Il était dévot (voir
n'” 1 40 et 59), vivait d’intrigues, opiniâtre, indépendant. Chevalier
d’industrie. Beaucoup de détails dans IV et Coll. Anthr. II. Gall IV, 172.
151. (5575 — 35-3-6) Crâne où sont dessinés les organes. Remarquable par
le développement de l’organe de la mécanique, artisan fort estimé sous
le rapport de son adresse.
152. (5576 — 35-3-6) Crâne d’un individu qui s’est suicidé. Depuis plus d’un
an, il annonçait qu’il se tuerait pour ne pas commettre un crime auquel
il se sentait poussé comme malgré lui. Donné à Gall par le médecin
qui avait soigné le malheureux.
153. (5577 — 35-3-6) Voigtj.ander père. Crâne. M. Gall a connu M. Voig-
tlander qui était aussi habile mécanicien que savant mathématicien.
Gall V, 178.
154. (5578 — 35-3-6) Albert Madeleine. Crâne. Jeune fille suppliciée à Mou¬
lins pour avoir assassiné à coups de hache à cause d’une contrariété
assez légère sa mère et ses deux sœurs. Elle n’a témoigné aucun repen¬
tir de son crime. Voir son portrait, pl. de l’atlas de l’ouvrage de Gall.
Voluptueuse, peu d’intelligence, fermeté. Pour plus de détails, voir
Coll. Anthr. II. Gall IV, 178.
155. (5579 — 35-3-6) Crâne d’un Autrichien ressemblant à celui «l’un nègre.
Gall faisait voir ce crâne pour montrer que la forme générale des
crânes de nègre pouvait se rencontrer dans les tètes des Européens.
156. (5580 — 11-2-6) Asiatique des bords du Gange. Crâne d’un Asiatique
recueilli à Coulpi sur les bords du Gange en 1818 (voir n" 149). Gall
V, 417. (Ghon — trouvé à Khalpi, bords de la Lurana).
Source : MNHN, Paris
52
ER WIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
157. (5581 — 35-3-6) Abbé Gaulthier, instituteur. Crâne. Instituteur célèbre
des enfants de la classe aisée. Auteur d’un grand nombre d’ouvrages
élémentaires à l’usage des jeunes Enfants. Les organes de l’éducabilité,
de la bonté, de l’amour des enfants sont fort développés (voir n" 36).
Rousseau 117. Gall IV, 426.
158. (5582 — 35-3-7) Alxinger, poète. Crâne. Poète allemand connu pour
son peu de courage, sa lucidité, son attachement amical. Ici la timidité
n’avait pas seulement pour cause le faible développement de l’organe
de la rixe, mais c’est à la défectuosité de l’organisation sous le rapport
de l’amour-propre qu’il faut l’attribuer. Rousseau 104. Gall IV, 6, et
V, 247.
159. (5583 — 4-1-6) Crâne d’un aliéné scrophuleux. Gall faisait voir cette
tête dont le diamètre antéro-postérieur est très long en la comparant
à celle n° 194 qui a le diamètre transversal plus long (pie le d. antéro¬
postérieur pour montrer combien les formes sont modifiées. Scapho-
céphale.
160. (5584 — 35-3-7) Crâne qui a été donné à M. Gall comme provenant d’un
nègre. Sans autre renseignement.
161. (5585 — 35-3-7) Peterson. Crâne. L’individu était chef d’une bande
de brigands ; c’était le goût de l’indépendance et le désir de comman¬
der aux autres qui avait, disait-il, déterminé sa vocation, plus que le
plaisir de faire du butin (voir n" 224) ; peu d’intelligence ? Rousseau
113.
162. (5586 — 35-3-7) Dorsch. Crâne. L’individu connu personnellement
de M. Gall était d’une politesse extrême, d’une vanité fort susceptible.
Il montrait cette tête comme modèle d’un médiocre développement de
tous les organes. Amour-propre et ressentiment sont l’organe le plus
saillant. Fonctionnaire allemand.
163. (5587) Crâne d’un Papou. Exp. Freycinet, oct. 1820' par MM. Quoy et
Gaimard. Organe de la théosophie très développé. Rousseau 134. Gall
V, 420 tr.
164. (5588 — 33-3-7) Héluin. Crâne. L’individu a été supplicié à Paris : à
la sollicitation de Le Pelley, son complice, moyennant une récom¬
pense assez faible qui lui fut promise, il a commis le meutre d’une
personne qu’il ne connaissait pas. Il a affronté le supplice avec rési¬
gnation (voir n” 150). Détails dans Coll. Anthr. II. Rousseau 103 (en
dehors organe carnassier : attachement amical).
165. (5589 — 11-4-1) Crâne d’un Kalmuck. Aucun renseignement n’n été
fourni sur les qualités de cet individu. Gall montrait cette tète en
faisant remarquer le grand développement des organes du vol et de h
mécanique. Rousseau 111.
166. (5590 — 35-3-7) Crâne d’une demoiselle de 6 ans présentant un déve¬
loppement convenable de l’organe de l’amour des enfants. Gall faisait
voir cette tête en opposition à celles de plusieurs têtes de garçon pour
montrer combien dès cet âge les tètes des individus des deux sexes
sont différentes sous le rapport de cette organisation. (Porte des
inscriptions lisibles sur les centres). Rousseau 103.
167. (5591 — Salles Publiques vitr. 41) Crâne de Kalmouck.
Source : MNHI4, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
53
1G8. (5592 — 35-3-7) Crâne d’un maître de langues. M. Gall a connu parti¬
culièrement l’individu ; il était très lubrique et avait à la fois habituel¬
lement 3 ou 4 maîtresses dans un âge où le penchant est peu impé¬
rieux pour la généralité des hommes. M. Gall le montrait comme offrant
beau développement de l’organe de l’amour physique. Rousseau 102.
Gall'III, 266.
169. (5593 —- 17-4-4) Crâne d’un Egyptien. Gall faisait voir cette tête en
la comparant à plusieurs têtes de momie, pour montrer que les for¬
mes d’aujourd’hui sont les mêmes que celles des Egyptiens qui vivaient
il y a mille ans. Donné par M. le Baron Larrey. En 1837, on pouvait
lire écrit par Gall : fermeté, propagation philol., meurtre. Rousseau
136.
170. (5594 — 35-3-7) Crâne. Garçon de 5 ans, ayant un beau développement
des parties supérieures du front. Remarquable par son intelligence.
171. (5595 — 2-3-1) Crâne d’un vieillard de 102 ans. Individu remarquable
par l’énergie qu’il a conservée jusque dans un âge très avancé. Le front
partie moyenne très développé, l’organe de la circonspection a été
également bien. La tête en général est forte.
172. (5596 — 35-3-7) Kunze. Crâne; l’individu était mélancolique ; depuis
longtemps tourmenté par le penchant à détruire ; il y a enfin succom¬
bé, puis il s’est suicidé. Grand développement de l’organe de la cir¬
conspection. Le cerveau a été malade.
173. (5597 — 11-5-1) Crâne d’un Chinois (voir n" 140). Donné par M.
Murphy.
174. (5598 — 4-4-4) Crâne. L’individu a été blessé au cervelet. Par suite de
cette blessure, il est devenu impuissant, le timbre de sa voix s’est
altéré, la barbe et les poils sont devenus plus rares et le testicule s’est
atrophié. Il y a une atrophie semblable du cervelet. Donné par M.
Larrey. Gall III, 313.
175. (5599 — 35-3-7) Frère Prosper. Crâne. Prédicateur célèbre. Sagacité
comparative. Mimique (bel esprit). II avait toutes les qualités qui font
les grands orateurs et pourtant il n’exerçait pas sur son auditoire la
même influence que l’ex-jésuite dont le crâne est préservé sous le
n° 198. Rousseau 132. Gall V, 198.
176. (5600 — 4-2-3) Crâne. Soldat qui fut rompu pour avoir tué le concierge
de sa prison. L’organisation qui constitue les caractères fiers, indomp¬
tables, qui ne peuvent supporter la domination, est ici fort remar¬
quable.
177. (5601 — 35-3-7) Crâne. Maître d’armes qui a tué plusieurs personnes
en duel. Parties antérieures peu développées, grand développement
des parties postérieures (instinct carnassier, courage). Rousseau 104.
178. (5602 — 35-3-7) Hamel de Combremer. Crâne. Assassin coupable
d’inceste avant d’avoir commis le meurtre de sa victime. Il s’est
suicidé. Il était affecté de mélancolie depuis longtemps. Le cerveau
était malade. Voir les organes du courage et de l’instinct carnassier.
Donné par Bérard.
Source : MNHN, Paris
54
ERW1N H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
179. (5693 — 35-3-7) Crâne. Aliéné qui pendant la durée de sa manie
se faisait remarquer par le penchant à dérober tout ce qu’il trouvait
et qui dans l’état de santé n’avait jamais manifesté cette inclination.
180. (5604 — 35-3-7) Crâne. Vieillard qui jusque dans un âge avancé s’était
fait remarquer par un goût très prononcé pour toutes les construc¬
tions mécaniques.
181. (5605 — 35-3-7) Crâne. Femme d’une intelligence très bornée qui était
tout à fait dominée par le penchant à voler. Employée par le con¬
cierge de la prison où elle était enfermée pour toute la vie, elle est
parvenue à faire dans cette maison des vols nombreux, pour le seul
plaisir de dérober puisqu’elle ne pouvait tirer aucun profit des objets
qu’elle prenait.
182. (5606 — 35-3-7) Sallaba. Crâne. Médecin autrichien, ami de M. Gall.
Celui-ci faisait voir cette tête comme type de celle des hommes qui
n’ont jamais une opinion qui leur soit propre, faute de pouvoir saisir
les conditions sous lesquelles se produisent les phénomènes un peu
composés et qui adoptent facilement les explications et en général les
nouvelles doctrines. Voyez éducabilité, sagacité comparative, bonté,
fierté ; causalité nulle. Gall IV, 424.
183. (5607 — 35-3-7) Crâne. L’individu s’est suicidé dans un des accès
d’une mélancolie qui avait duré plusieurs mois. Organe de la circons¬
pection très développé. Cerveau malade. Rousseau 116.
184. (5608 — 4-3-2) Crâne. Individu remarquable par la violence de ses
passions, et pour la faiblesse de son intelligence. C’est un Français
que M. Gall a connu longtemps. Infirmier français imbécile.
185. (5609 — 4-2-4) Crâne. Gall montrait cette tête comme le modèle d’une
heureuse organisation. C’est celle d’une femme qu’il a connue et dont
il a nu apprécier les qualités morales et les facultés de l’esprit.
186. (5610 — 35-3-7) Crâne. Femme mélancolique qui s’est suicidée, tour¬
mentée qu’elle était disait-elle sans cesse de ne point entrevoir un ave¬
nir heureux pour ses enfants. Il y a une maladie du cerveau.
187. (5611 — 35-3-7) Nezeh. Crâne. Mulâtre, mort au Val-de-Gàce. Suture
métopique.
188. (5612 — 35-i3-7) Kattel Eva (Cattel). Crâne. Tireuse de carte très
connue en Autriche où elle disait la bonne aventure aux femmes de
la bonne compagnie. Elle était très voluptueuse, entretenait deux
amants. Gall montrait ce crâne comme le type des têtes superstitieuses.
Rousseau 134.
139. (5613 — 33-3-7) Dautun Charles (voir n us 53, 80 et 275). Ex-chirurgien
militaire que la cupidité de posséder seul un petit héritage a poussé
à commettre le meurtre de son frère. II a été supplicié à Paris en 18..
Il était très dissimulé, faux.
190. (5614 — 4-3-1) Crâne. Fille de 7 ans tout à fait imbécile. Idiote. Vrai
développement trop incomplet du cerveau. Gall I, 197, et II, 327.
190 bis. (5740 — 4-3-1) Moulage de l’intérieur du crâne n“ 190.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALE ET SA COLLECTION.
55
101. (5615 — 35-41-7) Crâne. Meurtrier lubrique. Point d’autre renseigne¬
ment.
102. (5616 — 35-3-7) Base du crâne d’une fameuse danseuse du théâtre de
Vienne. L’organe de mécanique très développé.
103. (5617 — 35-3-7) Base de crâne. Marchande de mode, très connue à
Vienne pour sa galanterie. Elle est devenue aliénée et le caractère de
son aliénation était une monomanie érotique.
194. (5618 — 4-1-4) Crâne oxycéphale. Scrophuleux. Individu bizarre, peu
intelligent. Le diamètre transverse l’emporte sur le diamètre longitu¬
dinal. M. Gall montrait ce crâne et celui n" 159 pour faire voir com¬
bien les formes des têtes sont variées.
195. (5619 — 35-3-7) Crâne. Aliénée qui se croyait grosse et qu'elle devait
accoucher d’un grand nombre d’enfants. Gall 111, 450.
196. (5620 — 35-3-8) Crâne d’un meurtrier exécuté à Francfort. Organe du
meurtre, indépendance.
197. (5621 — 35-3-8) Blumauer. Poète allemand. Crâne. Gall a connu per¬
sonnellement ce poète qui était remarquable pour son esprit caustique,
mais fort circonspect. 11 avait un grand penchant à la volupté et s’y
livrait avec passion. Sa circonspection le rendait indécis sur ce qu’il
avait à faire dans les moindres choses de sa vie. Gall II, 34i3.
198. (5622 — 35-3-8) Ex-Jésuite. Crâne. Prédicateur très goûté par le
peuple à cause des comparaisons ingénieuses dont ses sermons étaient
remplis. Il faisait passer dans l’intelligence de ses auditeurs les pensées
les plus élevées en se servant de comparaisons prises dans les choses
ordinaires de la vie que tout le monde a pu observer. Son église était
toujours pleine. Sagacité comparative, bonté. Gall le montrait dans
ses cours. Rousseau 126. Gall V, 197.
199. (5623 — II-III-III) Base de crâne. Vieillesse très avancée. Gall mon¬
trait cette base de crâne pour faire voir comment les os de cette cavité
augmentaient de volume à mesure que le cerveau diminuait par les
progrès de l'âge, sans maladie. Gall III, 48.
200. (5624 — 35-3-8) Crâne. Jeune garçon prussien de 15 ans qui avait un
penchant irrésistible au vol. Il est mort dans une maison de correction
où il devait rester enfermé toute sa vie. Gall l’avait vu avant ses der¬
nières condamnations et jugé incurable. Rousseau 110. Gall I, 425, et
HI, 81.
201. (5625 — 35-3-8) Crâne. Aliéné par suite d’excès vénériens. Mort pen¬
dant la période aiguë de son aliénation et pourtant déjà diminution
sensible de la cavité gauche.
202. (5626 —- 35-3-8) Othon. Crâne. Femme suppliciée à Caen pour avoir
fait deux tentatives d’empoisonnement sur la personne de son mari
afin de pouvoir épouser son garçon de ferme. Cervelet très développé.
Instinct carnassier très fort. Peu d’intelligence. Donné par M. Talbot
Descourty.
203. (5627 — 4-1-3) Crâne. Fille de 7 ans dont le cerveau contenait plus
de 6 livres d’eau. Elle était tout à fait imbécile.
Source : MNHN, Paris
56 ER WIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
204. (5628 — 35-3-8) Bonhours. Crâne. Fille de 22 ans suppliciée à Paris
où elle avait commis plusieurs meurtres accompagnés de vols. Elle
était galante, s’habillait habituellement en homme et servait avec
succès comme garçon coiffeur. Elle aimait se battre et était fort indé¬
pendante (voir n" 92).
205. (5629 — 35-3-8) Base de crâne. Femme qui n’a jamais pu apprendre
à parler quoiqu’elle ne fut pas sourde. Gall V, 36.
206. (5630 — 35-3-8) Helt. Crâne. Médecin autrichien que Gall a connu
particulièrement et qui fuyait la société des femmes dans laquelle il
ne concevait pas qu’on put se plaire. Il avait de l’aversion pour elles.
Très circonspect et parlait toujours bas. L’organe de propagation est
très faible. Gall montrait pour l’opposer au n° 168. Rousseau 116.
Gall III, 264.
207. (5631 — 35-3-8) Crâne cassé. L’individu était un bateleur qui faisait
avec succès des parades sur les planches publiques.
208. (5632 — 2-3-3) Crâne. Très vieille femme. Démence sénile complète ;
comme dans tous les cas semblables, le crâne s’épaissit à mesure que
le cerveau diminue. Gall III, 97.
209. (5633 — 35-3-8) Crâne. Femme publique morte après plus de 20 mois
de maladie, suites d’une affection cancéreuse du vagin. Le crâne est
dur, épais et lourd.
210. (5634 — 35-3-8) Crâne. Aliéné depuis 20 ans. Point de renseignements.
211. (5635 — 4-4-4) Crâne. Chasseur blessé à l’orbite par l’andouiller d’un
cerf et qui a survécu plusieurs jours à cette blessure. Gall faisait
voir cette tête pour montrer qu’une blessure fort grave du cerveau
n’était pas immédiatement mortelle. L'individu a pu marcher plu¬
sieurs heures à pied après ce terrible accident.
212. (5636 — 35-3-8) Crâne. Enfant présentant un beau développement des
parties antérieures supérieures du front. Gall faisait voir cette tête
par opposition à celle d’une fille du même âge pour montrer la diffé¬
rence de l’organisation des deux sexes dans l’enfance.
213. (5637 — 35-3-8) Crâne coupé (base et calotte) ; longue aliénation suivie
de démence ; point d’autres renseignements. Il présentait ce crâne
pour montrer l’influence des maladies du cerveau sur l’ossification du
crâne.
214. (5638 — 4-3-1) Crâne. Vieille femme ; a été connue par les personnes
de sa famille comme ayant l’esprit faible et l’intelligence extrêmement
bornée. Limite supérieure de microcéphalie.
215. (563!) — 35-3-8) Crâne. Individu connu pour avoir eu toute sa vie un
penchant particulier à se battre. Mort des suites des blessures qu’il
reçut dans une rixe où il était engagé seul contre plusieurs.
216. (5640 — 20-4-2) Crâne. Nègre (Cafre) du Cap de Bonne Espérance.
217. (5641 — 35-3-8) Crâne. Devenu imbécile par suite d’une maladie du
cerveau ; il prenait un plaisir stupide à détruire les animaux et
recherchait les occasions de voir abattre les chevaux et les bœufs.
Organe du meurtre. Cervelet développé.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALE ET SA COLLECTION.
57
218. (5(542 — 20-4-2) Crâne de nègre (Cafre) du Cap de Bonne Espérance.
219. (5643 — 35-3-8) Base de crâne. Jeune femme qui pendant l’aliénation
perdit l’usage de la parole (voir n" 205). Ces deux crânes sont remar¬
quables par la bombure du plancher orbitaire qui correspond à la
partie du cerveau d’où dérive le langage verbal.
220. (5644 — 35-3-8) Kreibig. Crâne. Virtuose fameux, favori de Joseph II,
auquel il donnait des leçons de violon. Très connu à Vienne pour sa
causticité, son extrême circonspection et ses inclinaisons voluptueuses.
Point de bonté. Gall V, 104 et 117.
221. (5645 — 10-1-5) Crâne hongrois rusé qui avait trompé tous ses amis,
ce qui ne fut découvert qu’après sa mort. Connu à Gall à Vienne et
montré comme modèle de fourberie. Voir aussi Coll. Anthr. II. Rous¬
seau 109. Gall IV, 186.
222. (5646 — 2-3-3) Crâne d’une vieille femme. Gall montrait cette tête pour
prouver que la forme extérieure du crâne pouvait s’altérer par l'ab¬
sorption de la substance osseuse de la lame externe et du diploë. Gall
m, 48.
223. (5647 — 35-3-8) Base de crâne. Femme restée longtemps aliénée,
presque paralysée de tout le côté droit du corps. La maladie avait
son siège dans l’hémisphère gauche.
224. (5648 — 35-3-8) Boudin.. Crâne. Voleur de la bande de ceux que
commandait Peterson. Connu des siens pour avoir été cruel et très
avide de butin (voir n" 161).
225. (5649 — 35-3-8) Unterberger père. Crâne. Peintre connu personnelle¬
ment à Gall. Il avait un goût déterminé pour inventer ou perfection¬
ner des mécaniques. D’une persévérance remarquable, il donnait la
préférence aux choses difficiles et longues à faire. Rousseau 135. Gall
V, 177 et 403.
226. (5650 — 4-3-2) Crâne. Individu très peu intelligent. Envieux, brutal,
facile à fâcher, d’un commerce difficile que la moindre contrariété
mettait en colère.
227. (5651 — 35-3-8) Lacloture, abbé. Crâne. Abbé français que Gall a
connu à Vienne. C’était un homme cité pour sa vanité, sa bonté, ses
petits soins auprès des femmes. Il parlait de l’appétit vénérien avec
un mépris remarquable, ce qui s’explique bien par le peu de dévelop¬
pement de son cervelet. Il était sous ce rapport l'objet de raillerie de
toutes les dames de la société. Gall le montrait dans ses cours pour
absence cervelet, vanité, bonté. Rousseau 113. Gall III, 264.
228. (5652 — 35-3-8) Orlandini, comtesse. Crâne. Femme très lymphatique
qui avait toutes les qualités et tous les défauts qu’on attribue aux per¬
sonnes d’un tempérament bilieux. Elle frappait ses domestiques pour
les fautes les plus légères dans leur service. Joueuse et jalouse. Morte
d’un cancer de la matrice après quelques mois de maladie.
229. (5653 — 35-3-8) Crâne. Femme publique suivant les armées. Remar¬
quable par la bassesse et la dissolution de ses mœurs. Voleuse avec
passion, morte dans la prison de Spandau. Gall IV, 239 et 266.
230. (5654 — 35-4-7) Tête en plâtre moulée sur nature. Criminel supplicié.
Source : MNHN, Paris
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ERWIN H. AGKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
231. (5655 — 35-4-1) Cerachi. Statuaire né en Corse. Supplicié à Paris pour
crime politique. Tentative d’assassinat sur la personne de Napoléon.
Gall faisait voir cette tête pour montrer le développement de l’organe
de la fierté, circonstance qui se rencontre toujours chez les criminels
de cette espèce et en général chez tous ceux qui résistent à l’autorité.
Voir aussi les organes du meurtre et de la mécanique. Rousseau 112.
Gall IV, 273.
232. (5656 — 2-3-3) Base de crâne. Aliénée par suite d’une maladie de l’hé¬
misphère gauche ; paralysée pendant plusieurs mois avant sa mort.
233. (5657 — 35-4-1) Crâne. Acteur qui avait des talents d’imitation ; de¬
venu aliéné.
234. (5658 — 35-4-7) Tête moulée sur nature.
235. (5659 — 35-4-1) Crâne. Marchande de modes habile dans sa profession.
Connue à Vienne par M. Gall. Gall pense que le talent des marchands
de mode tient en grande partie à l’organe de la mécanique. Rousseau
125.
236. (5660 — 35-4-7) Tête moulée sur nature (Voirin, assassin ?) (voir n"
237). Gall IV, 173.
237. (5661 — 35-4-1) Voirin, garçon chapelier. Crâne. Supplicié à Paris
pour avoir commis un assassinat prémédité sur un de ses parents. 11
a été prouvé au procès qu’il s’était plaint souvent d’être poussé a
commettre ce meurtre sans aucun motif de haine. Il avait voulu se
détruire pour ne pas commettre ce crime. Gall le montrait pour partie
postérieure. Rousseau 105.
238. (5662 — 35-4-7) Tête moulée sur nature. (Buste d’un assassin exécuté
à Caen).
239. (5663 — 35-4-1) Wurmser, Général. Crâne. Alsacien au service d’Au¬
triche où il est parvenu au grade de Feld Marchall. Connu pour un
courage intrépide mais presque toujours malheureux à la guerre. Peu
de développement dans la partie dont l’éducabilité ; organe de l’amitié.
Gall le montrait pour organe du courage. Gall IV, p. 6. Rousseau 103.
240. (5664 — 35-4-7) Tête moulée sur nature. (Buste d’un criminel exécuté
à Caen).
241. (5665 — 35-4-1) Crâne. Aliénée extrêmement vaine qui se croyait
reine de France. Gall a connu le sujet vivant et c’est lui-même qui a
fait préparer le crâne. Rousseau 114.
242. (5666 — 35-4-7) Tête moulée sur nature. (Buste d’un assassin exécuté
à Caen).
243. (5667 — 35-4-7) Masque en plâtre. Aucun renseignement sur les ta¬
lents de cet individu.
244. (5668 — 35-4-1) Crâne. Peintre. Individu devenu aliéné. Tête lourde.
Très compact.
245. (5669 — 35-5-1) (double 4-4-1) Copie en plâtre de la tête d’un jeune
hydrocéphale qui était intelligent et qui avait appris tout ce qu’on
enseigne aux personnes de son âge (James Cardinal). Pour plus de
détails voir Coll. Anthr. III.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH G A LL ET SA COLLECTION.
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246. (5670 — 35-5-1) Tête moulée sur nature. (Criminel exécuté à Caen).
247. (5671 — 35-4-1) Crâne en deux parties : après une blessure causée par
la chûte d’une tuile, son caractère s’est altéré sensiblement. De doux
qu’il était, il est devenu querelleur, emporté, ne sachant plus souffrir
la moindre contrariété. Il était allié de Gall.
248. (5672 — 35-4-1) Crâne. Individu non cultivé qui aimait avec passion
les beaux arts particulièrement la poésie. Il savait par cœur les plus
beaux passages des poètes de sa nation. (Homme de peine dans un
théâtre).
249. (5673 — 35-4-1) Crâne. Femme de 36 ans, aliénée avec manie érotique.
Morte longtemps après sa guérison.
250. (5674 — 4-1-3) Crâne. Très jeune enfant hydrocéphale.
251. (5675 — 2-3-3 bis) Bogen. Base de crâne. Mort à 88 ans et ayant con¬
servé une très grande énergie jusque dans cet âge avancé.
252. (5676 — 35-4-1) Frère David., Crâne. Savant mathématicien (voir n" 41).
Esprit d’instruction. Théosophie.
253. (5677 — 35-4-1) Crâne. Marchand que Gall a connu. Il était extrême¬
ment lubrique ; devenu aliéné, le caractère de son aliénation était
une monomanie érotique. Gall III, 321.
254. (5678 — 35-4-1) Crâne ; âgé de 32 ans. Mélancolique avec penchant au
suicide qui revenait par accès et persistait pendant quelques jours.
Une contrariété un peu vive ou un changement brusque dans la tem¬
pérature de l’atmosphère réveillait l’activité de ce penchant. Pendu.
255. (5679 — 35-4-1) Base de crâne. Individu bizarre d’un caractère très
inégal. Violent, emporté, cruel. 11 a été supplicié après s’être rendu
coupable d’un meurtre non prémédité et sans motif. Crâne coupé hori¬
zontalement (il n’y a que la base) dans lequel on voit l’organe de l’ins¬
tinct carnassier extrêmement développé. Comparer la coupe de ce
crâne avec un autre d’organisation ordinaire pour voir la différence
de la ligne qui se trouve à l’endroit de cet organe marqué.
256. (5670 — 4-3-2) Crâne. Individu qui a commis un meurtre dans une
rixe. Il était connu pour un homme dangereux et qui avait de mauvaises
idées.
257. (5681 — 35-4-1) Os frontal venant des tombeaux du Musée des Petits
Augustins. Point de renseignements sur l’individu duquel il parvient.
258. (5682 — 22-1-1) Crâne. Naturel du détroit de Bering, donné à Gall par
le voyageur Choris, peintre de l’expédition de Romanzoff, capt. Kot-
zebue.
259. (5683 — 35-4-1) Base de crâne d’un garçon de cinq ans, hydrocéphale.
260. (5684 — 35-4-1) Crâne. Aucun renseignement. Fermeté, circonspection.
261. (5685 — 35-4-1) Partie antérieure d’une base de crâne. Voir le déve¬
loppement des impressions digitales. (Face squel. d’un musicien mort
d’un anévrysme de cœur).
262. (5686 — 35-4-1) Crâne. Aucun renseignement. Aliéné.
Source : MNHN, Paris
ER WIN H. AGKERKNECHT ET HENRI Y. VALL01S.
263. (5687 — 2-3-3 bis) Base de crâne. Meurtrier, connu parmi les hommes
de sa bande pour être très lubrique.
264. (5688 — 35-4-1) Crâne. Aucun renseignement. Aliéné.
265. (5689 — 4-1-4) Crâne. Individu devenu aliéné après 35 ans. L’aliénation
a persisté jusqu’à la mort, survenue bien des années apres son inva¬
sion. Démence plus d’un an avant la mort.
266. (5690 — 35-4-1) Crâne. Voleur tué d’un coup de fusil. Cette tête a été
donnée par Blumenbach.
267. (5691 — 35-4-1) Base de crâne. Individu muet qui avait des appétits
vénériens très impérieux.
268. (5692 — 35-4-1) Crâne. Aucun renseignement. Aliéné.
269. (5693 — 35-5-1) Husiiair (Hussier ?). Copie en plâtre de la tète.
Supplicié pour avoir commis un assassinat par jalousie. Gall IV, 180.
270. (5694 — 35-4-1) Crâne. Soldat (chouan) blessé à la tête par un coup
de sabre. Il a survécu longtemps à cette blessure ; mais son caractère
fut sensiblement altéré, quelques verres de vin suffisaient pour le
rendre presque fou.
271. (5695 — 4-1-3) Base de crâne d’un enfant hydrocéphale.
272. (5696 — 35-4-1) Crâne d’un enfant nouveau-né.
273. (5697 — 2-3-3) Copie en plâtre d’une calotte de crâne qui présentait
à un degré remarquable l’altération qu’on remarque sur les crânes
n" 281, 282 et 284.
274. (5698 — 35-4-2) Crâne. Aliéné dont la maladie était attribuée à des
excès vénériens. Mort en démence après plusieurs années de l’invasion
de sa maladie.
275. (5699) Copie en plâtre du cerveau de Charles Dautun (voir n" 189).
276. (5700 — 35-4-2) Crâne. Aliéné très vain, très emporté, toujours prêt
à battre. Métopisme.
277. (5701 — 35-4-2) Crâne. Femme connue pour sa douceur. Religieuse
et charitable.
278. (5702 — 35-4-2) Legouvé, poète. Calotte de crâne. Il est tombé en
démence après plusieurs mois d’aliénation (voir n° 44).
279. (5703 — 35-4-2) Franck, la baronne. Calotte du crâne. Mélancolie avec
penchant opiniâtre au suicide. Ellle a trouvé le moyen de se détruire
en se précipitant d’une croisée fort élevée malgré la vigilance de ses
surveillants. Elle paraissait jouir de toute sa raison. Mélancolie et dou¬
leur opiniâtre au-dessus de la racine du nez. Calotte sciée.
280. (5704 — 2-3-3 bis) Calotte de crâne. Altération remarquable causée par
l’absorption de la lame externe. Gall faisait voir cette altération parce
qu’elle changeait la forme naturelle du crâne et qu’elle le rendait sus¬
ceptible d’être fracturé par une percussion assez légère.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
61
281. (5705 — 2-3-3 bis) Calotte de crâne d’un vieillard. Dépressions causées
par l’absorption et qui altèrent la forme naturelle du crâne. Cette cir¬
constance que l’on observe assez souvent est une de celles qui rendent
les têtes des personnes avancées en âge plus propres aux observations
d’où l’on peut induire le développement du cerveau, et elle doit appel-
ler l’attention des médecins qui sont chargés par la justice de consta¬
ter des blessures faites à la tête et qui dans ces cas peuvent être très
graves, quoiqu’ayant été causées par une percussion assez légère. Gall
ignorait les conditions organiques de ce phénomène qu’on ne ren¬
contre pas constamment chez les personnes âgées. Gall III, 48.
282. (5706 — 2-3-3 bis) Calotte de crâne d’un vieillard (voir n” 281).
283. (5707) Calotte de crâne. Soldat dont le crâne a été fracturé à coups de
fusil. Il est devenu aliéné et a survécu longtemps à ses blessures. Il
éprouvait des céphalalgies insupportables après avoir bu soit un verre
de vin soit un verre de liqueur, et délirait aussi.
284. (5708 — 2-3-3 bis) Calotte de crâne d’un vieillard (voir n" 281).
285. (5709 — 35-4-2) Calotte de crâne. Scrophuleux légèrement hydrocé¬
phale. Soudure complète des sutures à la partie interne. L’individu
était presque imbécile.
286. (5710 — 35-4-2) Calotte de crâne. Crâne léger. Jeune homme devenu
aliéné par suite d’une maladie du cerveau du côté gauche. Le côté
droit du corps était sujet à des tremblements convulsifs et à des dou¬
leurs profondes.
287. (5711 — 35-4-2) Calotte de crâne. Jeune personne morte pulmonique
après 10 mois de maladie. Les impressions digitales sont très mar¬
quées à la face interne, cela a lieu dans les cas où la respiration a été
longtemps gênée.
288. (5712 — 4-1-2) Calotte de crâne d’un jeune hydrocéphale. (Calotte du
n° 271).
289. (5713) Calotte de crâne. Individu scrophuleux devenu complètement
imbécile après une chute faite sur les pavés. Il a survécu plusieurs
années à cet accident.
290. (5714 — 2-3-3 bis) Calotte de crâne d’un vieillard. (Voir les observa¬
tions n<>* 280, 281, 282 et 284).
291. (5715 — 35-4-2) Calotte. Aliéné mélancolique qui se croyait poursuivi
par la police et qui était extrêmement craintif et soupçonneux. Sui¬
cide.
292. (5716 — 4-1-2) Crâne. Sujet scrophuleux légèrement hydrocéphale ; il
sentait sa tête entraînée par derrière. La plus légère application et le
moindre effort le fatiguaient au point de l’étourdir.
293. (5717 — 35-4-2) Calotte de crâne d’une personne devenue aliénée dans
un âge avancé et parvenue promptement à la démence.
294. (5718 — 35-4-2) Calotte de crâne. Blessure à l’os frontal. Guérison com¬
plète. L’individu était pourtant sujet à une céphalalgie très douloureuse
lorsqu’il exposait sa tête nue quand la température était très élevée ou
très froide.
Source : MNHN, Paris
62
ERWIN H. AGKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
295. (5719 — 35-4-2) Calotte de crâne. Aliéné qui a succombé dans la pre¬
mière période de sa maladie. Il était naturellement orgueilleux. L’or¬
gueil était le caractère dominant de son aliénation. Il voulait toujours
commander.
296. (5720 — 35-3-5) Plâtre du cerveau de la Veuve Lecouffe (voir n os 20
et 117).
297. (5721 — 35-4-2) Calotte de crâne. Aliéné qui répétait sans cesse qu’il
suffirait plutôt d’être buté que de changer d’opinion. Son caractère na¬
turel avant d’être aliéné se faisait remarquer par un entêtement ex¬
traordinaire.
298. (5722 — 35-4-2) Calotte de crâne. Aliéné. Gall montrait cette calotte.
Sur laquelle est une saillie osseuse, pour faire voir la différence qu’il
y avait entre ces excroissances osseuses et les protubérances détermi¬
nées par le développement d’une partie du cerveau.
299. (5723 — 35-4-2) Calotte de crâne. Individu scrophuleux et hydrocé¬
phale. Aliéné.
300. (5724 — 35-4-2) Calotte de crâne d’un aliéné, mort promptement. Affec¬
tion au cerveau.
301. (5725 — 35-4-2) Calotte de crâne d’un aliéné.
302. (5726) Copie en plâtre d’un cerveau de femme couvert de ses mem¬
branes.
303. (5727 — 35-4-2) Léger Ant. Supplicié pour avoir en 1824 commis le
meurtre d’une très jeune fille, avec des circonstances épouvantables. Il
avait bu son sang et l’avait violée (véritable aliéné). Voir aussi Coll.
Anthr. II.
304. (5728 — 35-4-2) Os frontal d’un jeune garçon mort phthisique.
305. (5729 — 4-2-3) Os frontal d’un jeune hydrocéphale (9 ans). Os wor-
mien considéré développé à l’endroit qui correspond à la fontanelle.
306. (5730 — 4-2-5) Crâne d’un acéphale imparfait dont le cerveau se trou¬
vait enfermé dans un espèce de poche pendante à l’occiput. 11 est
mort en naissant.
307. (5731 — 4-2-5) Crâne d’un acéphale complet.
308. (5732) Portion de crâne d’un très jeune enfant dont le péricrâne était
injecté.
309. (5733 — 4-1-6) Copie en plâtre d’un cerveau couvert de ses ménin¬
ges. Le cerveau original est celui d’une femme aliénée avec exaltation
du sentiment de la progéniture. Crâne scaphocéphalique de Spurzheim.
310. (5734 — 35-3-5) Copie en plâtre du cerveau de Lecouffe fils (voir
n-» 8, 107 et 119).
311. (5735) Copie en plâtre d’un cerveau.
312. (5736 -- 35-3-5) Copie en plâtre du cerveau d’une fille imbécile.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
63
313. (5737 — 35-3-5) Abbé Delille, poète. Copie en plâtre de l’hémisphère
droit du cerveau de l’abbé Delille, moulé par Gall sur nature. Rousseau
129. Gall V, 248.
314. (5738) Copie en plâtre du cerveau d’un aliéné, paralysé de tout le
côté gauche.
315. (5739 — 4-3-1) Copie en plâtre du cerveau <l’un idiot.
316. Copie en plâtre d’un cerveau.
317. Copie en plâtre du cerveau d’un bœuf.
318. Copie en plâtre du cerveau d’un veau.
319. Copie en plâtre du cerveau d’un âne.
320. Copie en plâtre du cerveau d’un mouton.
321. Copie en plâtre d’un cerveau de chèvre.
322. Copie en plâtre d’un cerveau de chien.
323. Copie en plâtre d’un cerveau de ....
324. Copie en plâtre d’un cerveau de ....
325. (5741 — 35-5-1) Breguet. Buste en plâtre de Breguet, célèbre horloger.
Rousseau 125.
326. (5742 — 35-5-1) Spurzheim (PL II). Buste en plâtre d’après un moule
sur le vivant. Voir aussi Coll. Anthr. I.
327. (5743 — 35-5-1) Barii.i.y, célèbre cantatrice. Buste en plâtre. Rousseau
122. Gall V, 1,14.
328. Imitation en cire du crâne de l’Orang-Outan.
329. (5744) Préparation en cire d’un cerveau d’homme pour faire voir les
ventricules latéraux.
330. (5745) Préparation en cire d’un cerveau d’homme. L’hémisphère droit
est coupé horizontalement.
331. (5746) Cerveau en cire brisé.
332. (5747) Préparation en cire d’un cerveau humain pour démontrer la
dissection des fibres qui vont de la moelle allongée former les hémis¬
phères.
333. (5748) Imitation en cire d’un cerveau d’une femme forte hydrocé¬
phale ; le même d’après lequel Gall a conçu l’opinion que le cerveau
n’était qu’une membrane repliée sur elle-même.
334. (5749) Préparation en cire d’un cerveau humain pour montrer le pas¬
sage des fibres au travers des couches optiques et des corps striés.
335. Imitation en cire d’un cerveau de chien avec indication de l’organe
des rapports d’espace.
336. Imitation en cire d’un cerveau de cochon.
Source : MNHN, Paris
64
ER WIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
337. Imitation en cire d’un cerveau de chat.
338. Imitation en cire d’un cerveau de singe.
339. Imitation en cire d’un cerveau de bœuf dont la partie postérieure gau¬
che et le cervelet du même côté sont enlevés.
340. (5750 — 35-5-1) Masque en plâtre de Jean-Jacques Rousseau.
341. (5751) Calotte de crâne d’un scrophuleux aliné, mort quelques semai¬
nes après l’invasion de sa maladie.
342. (5752 — 35-4-2) Crâne complet. Bonté, mimique (voir n" 255), rixe (?),
point de la mémoire des mots. Aliéné suicidé ?
343. (5753 — 35-4-2) Calotte de crâne d’un voleur.
344. (5754 — 35-4-2) Calotte de crâne portant des traces profondes d’une
affection vénérienne. Hydrocéphale, mort syphilitique.
345. (5755 — 35-4-2) Calotte de crâne d’une aliénée qui se croyait poursui¬
vie par les gens de police à cause des vols qu’elle avait commis.
346. (5756 — 35-4-2) Calotte de crâne d’un voleur très rusé. Aliéné ?
347. (5757 — 35-4-2) Calotte de crâne d’un voleur. Elle a été donnée par
Blumenbach. Elle est percée par une balle au pariétal droit.
348. (5758 — 4-3-5) Os frontal profondément altéré par une affection véné¬
rienne très ancienne. L’individu a succombé dans un état de démence
complète.
349. (5759 — 35-4-2) Os frontal d’un sujet scrophuleux. Les bosses fron¬
tales sont très prononcées ; mais elles ne répondaient pas à un déve¬
loppement du cerveau, puisqu’en cet endroit l’os a une épaisseur con¬
sidérable.
350. (5760 — 35-4-2) Os frontal portant la trace d’un coup de sabre sur la
partie supérieure extrême du côté droit. Les facultés intellectuelles
de cet individu n’ont aucunement souffert de l’effet de cette blessure.
351. (5729 — 4-2-3) Os pariétal gauche, impression digitale. Fragment de
voûte crânienne avec os wormien.
352. (5761 — 35-4-2) Calotte de crâne d’un aliéné avec épaississement et
éburnation particuliers.
353. (5762 — 35-4-2) Partie postérieure de la base du crâne d’un meur¬
trier.
354. Moelle épinière d’un veau et celle d’un homme préparées pour mon¬
trer l’origine des nerfs qui en partent antérieurement et postérieure¬
ment.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
65
CHAPITRE VI.
ÉTUDE SPÉCIALE DE QUELQUES PIÈCES.
Malgré son incontestable intérêt, il ne semble pas que depuis la
mort de Gall, et à part quelques points très particuliers, sa collec¬
tion ait donné lieu à des recherches anthropologiques. Le discrédit qui
s’était porté sur le système de son fondateur, s’était sans doute indirec¬
tement répercuté sur les pièces qu’il avait réunies. Nous nous borne¬
rons dans ce chapitre à l’examen de quelques documents particuliè¬
rement démonstratifs.
I. — Les représentations de Gall.
La collection du Musée de l’Homme possède deux bustes de Gall,
ainsi que son crâne préparé, comme il a été dit plus haut, par le
D r Vimont. Le crâne a été étudié à diverses reprises par plusieurs phré-
nologistes ; du point de vue anthropologique, ni le crâne, ni les bustes
n'ont jamais été examinés.
Le crâne (PI. I ; fig. 3, 4 et 5).
Gall avait demandé que son crâne fût placé dans sa collection.
C’est probablement pour des raisons techniques qu’il ne se trouve pas
mentionné dans le Catalogue de Fossatti. II fait partie en tout cas de
l’ensemble des pièces phrénologiques du Musée de l’Homme où il est
inscrit sous le numéro 19.216 (registre d’entrée 1928-15).
Ce crâne frappe, à première vue, par ses grandes dimensions et sa
structure massive. Son poids, 955 g. sans la mandibule, dépasse celui
de la majorité des crânes masculins européens (± 650). Les crêtes
d’insertion musculaire sont bien prononcées, les apophyses mastoïdes
sont grandes. Concordant avec l’effacement des bosses frontales laté¬
rales, ces caractères donnent à cette tête un type masculin très net.
Bien que Gall ait eu 70 ans au moment de sa mort, la fermeture des
sutures de la voûte, complète sur I’endocrâne, était peu avancée sur la
face exocranienne : la partie inférieure de la suture coronale et la
moitié postérieure de la suture sagittale sont seules soudées ; la moitié
supérieure de la suture lambdoïde est en voie de soudure ; toutes les
autres sutures sont encore ouvertes, ce qui correspond à un âge
approximatif de 50 ans. En rapport avec l’âge réel sont, par contre, le
Mémoires du Muséum. ■— Zoologie, t. X. 5
Source : MNHN, Paris
ERWIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
grand développement de la protubérance occipitale externe et de l’apo¬
physe crista galli. Il y a sur l’endocràne quelques empreintes de
Pacchioni, assez fortes. Il y avait eu enfin chute d’un très grand
nombre de dents : 6 alvéoles en bas, et 4 ou 5 en haut paraissent seules
avoir encore contenu des dents, au moment de la mort ; celles-ci,
d’ailleurs, font défaut sur la pièce. Au niveau des autres dents, le bord
alvéolaire était presque partout atrophié. L’état de la denture était
bien celui d’un vieillard.
Fig. 3. — Crâne de Gai.i., norma latcralis (3/5 de G. N.).
La voûte crânienne est très épaisse : 12 mm au niveau des bosses
frontales, 10 au niveau de la bosse pariétale. Sans doute s’agit-il là de
la pachyostose sénile normale ? Une petite exostose circulaire, réaction
de l’os à un traumatisme ou à une suppuration locale, s’observe sur
l’écaille frontale gauche, un peu en avant du bregma. La tête, par
ailleurs, n’offre pas d’autres traces pathologiques.
La capacité crânienne est considérable. Mesurée antérieurement
par G. Lebon (avec le plomb de chasse) (1), elle a été estimée à
(1) G. Lebon, Sur les capacités des crânes d'un certain nombre d'Hommes
célèbres. Bull, de lu Soc. d'Anthropologie de Paris, 1871). p. 492.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
67
1692 cm 3 , chiffre qui dépasse de beaucoup la moyenne des Européens
masculins. Ce grand volume tient au développement général de l’en¬
semble de la tête. La circonférence horizontale est très forte. De même,
la courbe sagittale, et l’on peut noter à propos de celle-ci que la région
frontale l’emporte notablement sur la région pariétale. La région
occipitale, d’autre part, atteint presque la longueur de cette dernière,
fait assez rare.
Fig. 4. — Crâne de Gau., nomm fncialis (3/5 de G. N.).
Le crâne est long, mais il est surtout large, d’où un indice cépha¬
lique de 80,5 c’est-à-dire brachycéphale, mais à la limite inférieure de
celte catégorie. Vue en norma verticalis, la voûte a la forme d’un
ovoïde large. La région occipitale proémine en un léger chignon, ce
qui, d’après le système de Gall, correspondrait à un développement
particulier du centre de l’amour physique (n" 1). Les deux indices de
hauteur sont l’un orthocéphale, l’autre tapinocéphale, en d’autres
termes la hauteur est moyenne par rapport à la longueur, faible par
rapport à la largeur.
Source : MNHN, Paris
ERWIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
Le front est remarquablement large et la distance « frontale mini¬
mum » a une valeur absolue qui compte parmi les plus grandes rele¬
vées chez les Hommes actuels, même pour les races brachycéphales.
L’indice fronto-pariétal a en conséquence une valeur élevée. Vu de
face, le front est arrondi avec des bosses frontales latérales à peine
marquées. Vu de profil, il n’est pas particulièrement haut et présente
une courbure régulière. L’ensemble de la partie inférieure du front
forme une légère saillie, sans proéminence particulière de la glabelle
ou des arcades sus-orbitaires.
La face est basse mais très large et les pommettes, fortement sail¬
lantes en dehors, proéminent aussi quelque peu en avant. L’indice
facial supérieur est moyen mais à la limite de la catégorie basse. L’in¬
dice total, pour autant qu’on puisse le déterminer vu l’absence des
dents, est euryprosope. Vue de profil, la ligne faciale est sensiblement
verticale ; le visage était tout à fait orthognathe. Les orbites sont
moyennement hautes, avec un bord supérieur à tendance rectiligne.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION. 69
L’indice orbitaire est niésoconque. Les os du nez sont longs et nette¬
ment obliques en avant, ce qui devait correspondre à un nez bien
formé et saillant. Mais l’orifice nasal est assez large, et l’indice nasal
mésorhinien. L’orifice, en bas, est limité, comme typiquement, par un
bord aigu. Le palais n’est pas extrêmement étendu, pour autant qu’on
puisse en juger dans l’état d’atrophie du bord alvéolaire. A la mâchoire
inférieure, il suffira de noter que l’os était robuste avec les attaches
des muscles de la langue nettement indiquées. Le menton était bien
développé.
Sur l’endocràne, toutes les empreintes de la base sont très mar¬
quées : le relief des circonvolutions orbitaires et des pôles temporaux
est accusé, les fosses cérébelleuses sont profondes, la selle turcique
a de grandes dimensions. A la voûte, d’autre part, les artères ménin¬
gées, bien que leurs gouttières soient très modérées, forment un réseau
remarquablement serré, beaucoup plus que sur la grande majorité des
crânes normaux. Ces gouttières sont nettement plus accusées à droite.
Les gouttières des sinus veineux de la voûte sont par contre à peine
indiquées.
En résumé, la tête osseuse de Gall se présente comine une tête
d’aspect masculin très net, et qui frappe surtout par son grand volume
et le développement de la région frontale. La voûte était faiblement
brachycéphale ; la face, large et basse ; le nez, saillant et large ; le
visage orthognathe. Par ces caractères anthropologiques généraux,
cette tête se range sans difficulté dans le type méso-brachycéphale qui
correspond à la majeure partie des populations de l’Europe centrale.
Racialement, elle se placerait plutôt dans le type alpin, mais le faible
degré de la brachycéphalie et l’existence d’un chignon occipital indi¬
quent une tendance dolichomorphe ; il est très possible, étant donné
l’ascendance italienne de Gall, que celle-ci résulte d’une influence
méditerranéenne.
On a lu plus haut (p. 8) la description faite par Fossati du
caractère de . Gall d’après la tête de celui-ci. Il n’est pas sans intérêt,
à titre de curiosité, de voir ce que pouvait penser de son crâne un
autre phrénologiste. Voici comment s’exprime à ce propos un des
disciples de Gall, N. J. Ottin (2) :
« L’examen attentif du crâne et de la tête de cet homme célèbre,
qui s’est signalé comme une des plus grandes capacités intellectuelles
de son époque, m’a fourni sur sa cranioscopie les renseignements sui¬
vants, savoir : au nombre des organes qui étaient les plus développés
chez lui, on doit compter tous ceux qui sont situés à la partie anté¬
rieure et supérieure du front, tels que l’esprit d’induction, celui de
saillie, la faculté d’abstraire et de généraliser, mais surtout la bienveil¬
lance. Au sommet de la tête et sur les côtés étaient aussi très dévelop¬
pés la fermeté ou la persévérance, la circonspection et la ruse, ou
plutôt la finesse et le savoir-faire, car quoiqu’on l’ait accusé de dupli¬
cité, je n’ai jamais rien remarqué en lui qui méritât réellement ce
(2) N. J. Ottin, Précis analytique et raisonné du système du Docteur Gall,
5* éd., Paris, Crochard, 1834, pp. 234-235.
Source : MNHN, Paris
70 ERWIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
nom. A l’occiput, le penchant pour le sexe était aussi très prononce. A
la partie antérieure et inférieure du front, la mémoire des faits et la
philologie l’étaient beaucoup moins. Enfin le coloris, la musique, les
mathématiques, la mécanique et surtout la poésie étaient très faibles ;
ce dernier sens l’était même à un tel point, qu’il avait une sorte d’anti¬
pathie pour les vers. Tous les autres organes étaient dans un état ordi¬
naire et moyen. Celui des localités, qui paraissait plus saillant (3),
n’était qu’une crispation de la peau contractée par l’habitude de pen¬
ser ».
Il n’y a rien à dire sur cet exposé, sinon qu’il est visible que, là
aussi, la connaissance de Gall vivant a fortement influencé l’interpré¬
tation de son crâne.
Poids du calvarium ..
955 g
Ind. front.-transv. ...
71,9
Capacité .
1.692 cm 3
» trou occipital
78,3
Longueur raax.
185
Long, nasion-basion . .
102
Largeur max.
149
» nasion-prosth. .
97,5
Larg. frontale max. ..
135
Haut, face totale.
(113 ??)
» » min. .
105
» » supérieure.
70
Haut, basion-bregma. .
135
Larg. bizygomatique..
140
Courbe sag. frontale ..
132
Haut, orbite .
38,5
» » pariétale .
123
Larg. » .
32
» » occipitale.
121
Haut, nez .
53
» » totale . . .
376
Larg. » .
27,5
» horizontale ...
540
Ind. facial total .
(80)
Long, trou occipital..
37
» » sup.
50
29
» orbitaire .
83,1
Ind. crânien .
80,5
» nasal .
51,8
» calotte .
82,5
» du prognathisme.
95,5
» haut.-long.
71,8
Angle du profil total. .
87"
» haut.-larg.
89,2
» » » alvéol..
93"
* frontal .
77,7
» du prognathis¬
me (Weisbach)..
73°
Mandibule :
Long, bicondylienne. .
108
Ind. long.-larg. condyl.
86,7
Larg. »
Haut, branche mont...
64
» des largeurs ....
85,1
Larg. » » ..
Angle de la symphyse
Angle du gonion ....
L’encéphale.
(Broca) .
67°
L’encéphale de Gall ne fut pas conservé. Un moulage en fut fait
par Dumoutier. Sans doute est-ce lui qui a été mentionné comme don¬
né par Fossati à l’Ecole d’Anthropologie (Voyez Chapitre IV, p. 35).
Il a disparu des collections de celle-ci. Mais l’encéphale avait été pesé
et l’interprétation de ce poids a donné lieu à des considérations erro¬
nées.
(3) Il s’agit de la partie inférieure et médiane du front, juste au-dessus de la
glabelle, région sur laquelle s’exerce en effet la contraction du muscle sourcilier.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
La grande capacité du crâne de Gall, 1692 cm 4 5 6 * 8 , laissait supposer
a priori que l’encéphale devait être volumineux. Si en effet on applique
à cette capacité le plus petit des coefficients proposés par Manouvrier
(4), 0,87, on a un poids encéphalique approximatif de 1.472 g. Le coef¬
ficient de Welcker, 0,95, donnerait un poids encore plus élevé : 1.609
g ; celui de Boi.k, qui tient compte de l’âge individuel, serait compris,
pour les 70 ans de Gall, entre 88,1 et 93,8 et donnerait ainsi des valeurs
intermédiaires entre les deux précédentes. Il ressort de tout cela que
la capacité crânienne de Gall suppose un encéphale d’un poids com¬
pris entre 1.500 et 1.600 g. Un tel poids est nettement supérieur au
poids normal de l’encéphale des Allemands du Sud : 1375 g chez les
Bavarois de 20 à 60 ans d’après Bischoff. Or les faits révélés par
l’autopsie sont en contradiction complète avec cette donnée.
Gall succomba à une hémorragie cérébrale. L’autopsie fut faite
très peu après sa mort. Le procès-verbal rapporte qu’on trouva, sous
la dure-mère, 4 à 5 onces (120 à 150 g) de matière sanguinolente, mais
que la substance corticale était ferme et dans son état à peu près natu¬
rel. Dégagé des méninges, le cerveau, dit Ottin (5), pesait, « non pas
comme il a été écrit par ailleurs 2 livres 10 onces 7 gros 1/2, mais 2
livres 11 onces 1/2 gros», ce qui fait 1316,5 g, soit 160 g de moins
que le poids calculé d’après la capacité crânienne avec le coefficient
le plus faible. Ce poids calculé, s’il ne peut être précisé d’une façon
rigoureuse, ne pouvait être cependant très différent de la réalité. On
doit en conclure que le cerveau de Gall avait subi vers la fin de sa
vie une atrophie beaucoup plus forte que celle normalement due à
l’âge. Sans doute ce phénomène doit-il être mis en rapport avec les
troubles dont il souffrait depuis deux ans. C’est en tout cas à tort que,
d’après les tableaux de Spitzka (6), on cite parfois le nom de Gall
parmi ceux des hommes de mérite à cerveau peu volumineux. Outre
que le chiffre donné par cet auteur résulte d’une erreur de calcul, le
cerveau de Gai.l avait certainement, avant sa dernière maladie, été
nettement supérieur à la normale.
Les bustes.
Le Musée de l’Homme possède deux bustes de Gall, ou plus exacte¬
ment un moulage de la tête seule, un autre de la tête et du cou. L’un
et l’autre proviennent de la collection Dumoutier (n"“ 104 et 370).
Reproduits en plusieurs exemplaires dont l’un porte les localisations
(4) L. Manocvrieii, Sur l’intonprétation de la quantité dans l'encéphale et dans
le cerveau en particulier. Mémoires de la Soc. d’Anthropologie de Paris, 2 ' s., t. III,
1888-89, pp. 137-326.
(5) N. J. Ottin, I. c., p. 236.
(6) A. Spitzka, A study of the brain-weights of Men notable in the professions.
Arts and Sciences. The Philadelphia Med. J., 2 mai 1903. Spitzka, dans cet article,
n'attribue au cerveau de Gall qu’un poids de 1.198 g, chiffre qui a été depui
l’e
___ _ poids de 1 ^
t reproduit. Il est probable que l’auteur américain a appliqué il la livre
ce les valeurs anglaises : 453,59 g et 28,35 g ; or il s’agissait de la lis—
ce françaises dont les équivalents respectifs sont 489 g et 30,59 g.
: de
Source : MNHN, Paris
72 ERWIN H. ACKERKN'ECHT ET HENRI V. VALLOIS.
phrénologiques, le premier a été exécuté durant la vie de ce savant, le
second après sa mort. Leur étude et leur comparaison avec le crâne
ne manquent pas d’intérêt.
Buste du vivant (PI. I). — Il n’est pas possible de préciser l’age
qu’avait Gall lorsqu’à été faite cette pièce. Quand en 1825 il fit venir
à Paris une partie de la collection restée à Baden, un buste de lui,
signale Taüsig (7), se trouvait dans le lot. Peut-être était-il l’œuvre
du sculpteur autrichien Franz Klein, auquel sont dus la plupart des
bustes de cette collection ? A Paris, un buste en marbre fut exécuté
par Foyatier, mais celui-ci le reprit à la mort de Gall et en fit deux
copies, l’une pour sa veuve, l’autre qui fut placée sur son monument
funéraire au Père-Lachaise (8). Le buste du Musée n’est certainement
pas celui de Foyatier. Il ne semble pas non plus que ce soit celui fait
à Vienne car, lorsque Gall a quitté cette ville, il avait 50 ans, et le
buste envisagé ici marque un âge apparent supérieur. Il s’agirait donc
d’un troisième buste, fait à Paris dans des conditions qu’il ne nous
a pas été possible de préciser.
Ce buste représente un homme d’âge déjà avancé, beaucoup plus
près de 60 ans que de 50. Le visage est empâté. Le front, le sommet
de la tête et une large partie des tempes n’ont plus de cheveux. Le
front est sillonné de longues rides transversales, et de petits plis
verticaux montent de l’angle interne de l’œil ; le pli naso-génien se
poursuit jusqu’en dehors de la commissure de la bouche. Les signes
de la maturité s’étaient donc imprimés précocement sur le visage de
Gall.
La tête, dans son ensemble, laisse bien voir les caractères ressor¬
tant de l’étude du crâne, avec ses fortes dimensions, la largeur et l’éten¬
due du front, la largeur aussi de la face. La brachycéphalie est, com¬
me nous le verrons plus loin par la comparaison des mesures, beau¬
coup plus forte que sur le squelette. La voussure, signalée plus haut,
de la région occipitale est nettement apparente, de sorte que l’existence
sur lui-même de cette particularité ne pouvait avoir échappé à l’œil
exercé de Gall. Les branches antérieures de l’artère temporale, celles
de gauche en particulier, dessinent avec netteté leur trajet sous la
peau.
Les contours du visage sont arrondis et l’expression de la physio¬
nomie est calme et reposée. Un trait caractéristique est le développe¬
ment des globes oculaires qui soulèvent fortement les paupières. Gall
avait regardé cette disposition comme caractéristique d’une grande
mémoire verbale (n° 14). Bien qu’il ne se cite pas en exemple, peut-être
pensait-il aussi à lui quand il a fixé cette localisation ? Le nez est fort
et charnu, son dos est légèrement coudé à l’union des parties osseuse
(7) Tausig, P. Briefc von Andréas und Nanette Streichcr an Anton Franz Rol-
lctt über die Gallsche Schâdelsainmlung. Arch. [. d. Gesch. d. Med., 1920, t. 12,
pp. 50-58.
(8) Voyez plus haut, p. 7. Ce monument, dont le socle porte diverses ligures
phrénologiques, se trouve dans la partie Sud-Est du cimetière, à côté du rond-
point Casimir-Périer.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALE ET SA COLLECTION. 73
et cartilagineuse, et son extrémité est large. La racine du nez n’est
qu’à peine déprimée, mais la différence de direction entre nez et front
établit entre les deux une limite très nette. Les joues présentent qua¬
tre naevus assez gros, trois qui surmontent la partie interne du sillon
naso-génien, le quatrième beaucoup plus en dehors, juste en avant de
la pommette. La bouche est assez grande, avec la lèvre inférieure légè¬
rement éversée. La saillie du menton est nette. Les oreilles, assez mal
faites sur ce moulage, paraissent petites, eu égard surtout à l’âge de
Gall.
Buste post-mortem (PI. I). — Exécuté par M. Foyatier, le lende¬
main de la mort de Gall, celui-ci semble, à première vue, représenter
un autre personnage, tellement son aspect diffère de celui du précédent.
Ce n’est plus la tête d’un homme fort et bien nourri, aux traits pleins,
au visage calme ; c’est celle d’un sujet émacié, qu’ont lourdement mar¬
qué les stigmates de la maladie : les yeux sont profondément enfoncés
dans les orbites, les joues sont complètement excavées au-dessous des
pommettes et des arcades zygomatiques, et la partie inférieure des
tempes s’est également creusée ; le nez s’est amenuisé et sa portion
osseuse déborde au niveau des ailes le segment cartilagineux. La lèvre
inférieure est légèrement pendante ; le pli naso-génien, incurvé en bas,
donne à la face une expression douloureuse. L’ensemble de la tête
elle-même est incliné à gauche comme s’il y avait eu contracture des
muscles du cou de ce côté.
II ne fait pas de doute cependant qu'il s’agisse bien là de Gall.
La présence des quatre naevus est déjà une première indication. De
même la saillie de l’occipital subsiste, ainsi que le soulèvement globu¬
leux des paupières. L’identité de certaines mesures suffit, on va le
voir, à lever toute hésitation.
Avec les deux bustes et le crâne, la collection du Musée de l’Hom¬
me se trouve en effet posséder les trois états successifs, si l’on peut dire,
d’une même tête. Une telle réunion du point de vue anthropologique
est très rare. Il nous a donc paru intéressant de faire une comparaison
des trois pièces. Le tableau qui suit donne leurs principales dimen¬
sions et indices.
L’examen de ce tableau montre que les mesures qui dépendent à
peu près exclusivement de points de repère osseux, hauteur faciale
morphologique totale, hauteur faciale supérieure et hauteur du nez,
restent pratiquement inchangées d’un buste à l’autre. La longueur
maximum du crâne, dimension dans laquelle intervient l’épaisseur
de la peau en avant et en arrière, ne présente pas non plus de grosses
modifications : diminution de 5 mm du vivant au cadavre, soit un
écart de 2,5 %. Les mesures par contre dans lesquelles les parties
molles sous-cutanées jouent un grand rôle, comme le périmètre hori¬
zontal, la largeur maximum du crâne (l’un et l’autre sous l’influence
des muscles temporaux), la largeur bizygomatique (sur laquelle agit
la couche adipeuse des pommettes), subissent, du vivant au cadavre,
une diminution marquée, résultat évident de l’émaciation des tissus.
Source : MNHN, Paris
74
ER WIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
Le plus grand changement relatif, sinon absolu, est celui de la largeur
du nez qui accuse une perte de 20 % : c’est que, là, il n’y a plus de
squelette et le pincement des ailes du nez du moribond a complète¬
ment modifié la forme de l’organe.
Bustes
vivant
mort
IMnc
Périmètre horizontal .
605
575
540
Longueur maximum crâne .
200
195
185
Largeur maximum crâne .
178
164
149
Indice céphalique .
89
84,1
80,5
Hauteur faciale morphologique.
120
119
113(7?)
Hauteur faciale supérieure .
79
79
70
Largeur bizygomatique.
165
153
140
Indice facial morphologique ..
72,7
77,7
(80)
Indice facial supérieur .
47,8
51,6
50
Hauteur du nez .
56
56
53
Largeur du nez .
45
36
27,5
Indice nasal .
80,3
64,2
51,8
La comparaison du crâne avec les bustes montre beaucoup plus
de changements. Abstraction faite de ce que deux des dimensions con¬
sidérées, la largeur du nez et la hauteur faciale supérieure (celle-ci
prise au prosthion sur le crâne, au stomion sur le buste) n’ont pas
les mêmes points de repère et par là ne sont plus vraiment compara¬
bles, les autres dimensions de la tête osseuse accentuent encore les
modifications qui s’annoncaient sur le buste post-mortem. Les fortes
différences qui en résultent pour les largeurs ont cette conséquence
que les principaux indices changent de catégorie : le buste du vivant
était hyperbrachycéphale, hypereuryproscope et euryène ; le buste
post-mortem est brachycéphale, hypereuryprosope et mésène ; le crâne
est brachycéphale, euryprosope et mésène. Nous ne savons évidem¬
ment pas si les deux bustes, et celui de Gall vivant en particulier,
étaient rigoureusement exacts, mais de toute façon ils ne pouvaient
être trop éloignés des dimensions réelles, de sorte que le tableau ci-
dessus montre bien, dans les grandes lignes, les différences anthropo¬
logiques entre tête et crâne. D’autres pièces de la collection Gall, que
nous allons maintenant examiner, apportent d’ailleurs de nouvelles
données sur le même sujet.
II. — Têtes et crânes.
Les différences constatées entre les moulages de la tête et le crâne
osseux de Gall nous ont en effet incité à chercher si des différences
parallèles s’observaient sur les autres individus dont nous possédons
aussi le moulage de la tête et le crâne, à chercher également si les dé¬
tails morphologiques constatés sur l’une des deux pièces se rencon-
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH fi ALI. ET SA COLLECTION. 75
Iraient sur l’autre. C’était là une première utilisation possible de la
collection réunie par Gall. Nous avons, à ce titre, examiné 9 sujets :
7 sont des meurtriers, 2 des hommes remarquables par certaines qua¬
lités. Leur étude nous a encore permis de vérifier, et c’est là une se¬
conde utilisation éventuelle de cette collection, si les types physiques
qu’ils présentent offrent quelque particularité qui mérite d’être men¬
tionnée. Une telle recherche peut ainsi être considérée comme un pré¬
lude à une enquête plus étendue qui viserait à déceler, non les stigmates
du crime ou du génie, recherche dont nous savons maintenant qu’elle
serait vaine, mais l’existence éventuelle, sur les sujets de cette collec¬
tion, de traits anthropologiques ou pathologiques particuliers.
Les paragraphes qui suivent donnent une description sommaire
de la tête et du crâne des 9 sujets étudiés. Les données métriques sont
prises suivant les méthodes classiques, sous cette réserve que, sur les
moulages des têtes, la localisation du nasion ne peut être faite que
d’une façon approximative et la largeur bizygomatique est souvent
difficile à déterminer exactement ; la hauteur faciale supérieure y est
mesurée au stomion. La capacité crânienne n’a été estimée que sur les
crânes en bon état de conservation ; elle a été faite au plomb. Les
antécédents de tous ces sujets sont indiqués dans le Catalogue sous
les numéros inscrits entre parenthèses.
Sestini, poète et musicien (Cf. n 08 47 et 148 ; PI. II).
La tête présente une voûte longue et haute, de forme ovoïde, avec
occiput saillant. On y observe une ensellure fronto-pariétale très allon¬
gée, qui se retrouve sur le crâne. Le front est droit et large. La face
Capacité crânienne (en cm 3 ) ..
Périmètre horizontal .
Longueur maximum du crâne .
Largeur maximum du crâne ..
Indice céphalique .
Hauteur faciale morphologique
Hauteur faciale supérieure
Largeur bizygomatique.
Indice facial morphologique ..
Indice facial supérieur .
Hauteur du nez .
Largeur du nez .
Indice nasal .
Moulage de la tête
Crtne
1850
Ô84
545
204
192
159
147
77,9
76,5
123
75
73
147
136
83,6
51
53,6
56
55
32
22
57,1
40
est large mais haute ; bien que ses indices soient respectivement eury-
prosope et mésène, elle donne l’impression d’être allongée et étroite,
ce qui tient à ce que la largeur bizygomatique maximum est reportée
très en arrière, contre l’oreille. Le nez est fin et mince, d’indice lepto-
rhinien ; son dos est légèrement busqué. Dans l’ensemble, et malgré
son euryprosopie, cette tête est d’un type méditerranéen très net.
Source : MNHN, Paris
76 ERWIN H. AGKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
Le crâne, dépourvu de mandibule, est celui d’un sujet jeune, à
sutures de la voûte encore ouvertes à l’exception du 3' segment de
l’interpariétale. Toutes les sutures sont extrêmement dentelées. Une
trace d’os épactal soudé est visible sur l’occipital. La capacité crâ¬
nienne est volumineuse. La voûte est ovoïde, mésocrâne comme la
tête. La face est mésène, avec un net prognathisme sous-nasal. Le
nez est fin, l’ouverture nasale est leptorhinienne.
Frère David, mathématicien (Cf. n os 41 et 252).
La tête est large et tend vers la forme sphénoïde. L’occiput est
cependant en saillie sur la nuque et les lignes courbes occipitales appa¬
raissent à travers les téguments. La voûte crânienne est élevée et le
front redressé. La face est émaciée ; bien que faiblement euryprosope
et mésène, elle parait longue ; elle est très orthognathe et la région
sous-nasale est relativement haute. Le nez est mince et légèrement
busqué, d’indice mésorhinien.
Le crâne a une forme plus ovoïde que sphénoïde. Sa capacité est
considérable. Les lignes courbes occipitales sont particulièrement déve¬
loppées et l’écaille s’articule en saillie sur les pariétaux. Le massif
facial, en grande partie détruit, n’est pas mesurable.
Moulage de la tête
Crâne
Capacité crânienne (en cm 3 ) .
1735
Périmètre horizontal .
585
Longueur maximum du crâne.
195
185
Largeur maximum du crâne .
Indice céphalique .
84,6
83,7
Hauteur faciale morphologique .
130
Hauteur faciale supérieure .
Largeur bizvgomatique.
Indice facial morphologique .
Indice facial supérieur .
Hauteur du nez .
56
Largeur du nez .
41
Indice nasal .
73,2
-
Fille Bonhours, meurtrière (Cf. n 0 " 92 et 284).
Le moulage de la tête, qui donne l’impression d’avoir été fait après
la mort, présente une voûte assez allongée et à occiput surplombant
la nuque malgré son indice brachycéphale. Un curieux mépjat, qui
existe également sur le crâne, déprime la région obélique. La face est
large et basse, avec un indice facial morphologique hypereuryprosope
et un indice facial supérieur euryène. Le nez, leptorhinien, est mince
et droit.
Le crâne est léger, avec des os minces, d’aspect féminin très net.
Correspondant au jeune âge du sujet, 22 ans, toutes les sutures de la
voûte sont encore ouvertes ; une suture métopique complète subsiste.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION. 77
La voûte est longue et peu élevée. Beaucoup moins grande que sur le
moulage de la tête, la largeur maximum est située un peu au-dessus
et en arrière de l’oreille, alors que celle de la tête se localisait plus
haut et plus en avant, sur la partie moyenne du muscle temporal.
Prise au même niveau que la largeur maximum du crâne, la largeur
de la tête ne serait que de 149. Le front est droit, avec bosses frontales
apparentes et sans saillie glabcllaire. La face est mésène ; les orbites
sont grandes ; le nez est leptorhinien.
Moulage de la télé
Crâne
Périmètre horizontal.
563
518
Longueur maximum du crâne.
180
178
Largeur maximum du crâne .
152
138
Indice céphalique .
84,4
77,7
Hauteur faciale morphologique .
108
Hauteur faciale supérieure .
Largeur bizvgomatique.
Indice facial morphologique .
Indice facial supérieur .
Hauteur du nez .
Indice nasal .
63,4
45,1
Dautun, meurtrier (Cf. n 08 53, 80 et 189 ; PI. II).
Le moulage de la tête correspond à un sujet à tête large et arron¬
die, brachycéphale. La face est large, euryprosope et euryène, de con¬
tour général ovale. Le nez est convexe, mince et fortement saillant,
d’indice leptorhinien.
Le crâne, privé de mandibule, indique un sujet jeune, à sutures
de la voûte non encore oblitérées quoique le bord alvéolaire soit déjà
plus ou moins usé en avant, ce qui empêche une estimation précise de
la hauteur faciale supérieure. De forme sphénoïde, le crâne a son indi¬
ce horizontal brachycrâne, mais l’occiput est incurvé et présente, par
rapport aux pariétaux, un léger bombement, déjà apparent sur le mou¬
lage de la tête. La face est large et basse, d’indice facial euryène ; elle
montre un léger prognathisme sous-nasal. Les os nasaux sont longs
et minces, bien proéminents ; l’ouverture nasale est mésorhinienne.
Un moulage existe de ce crâne, dont les dimensions générales
sont pour la plupart intermédiaires entre celles du moulage de la tête
et celles du crâne proprement dit, mais plus près naturellement de
ce dernier. Il y a cependant quelques différences, pour la largeur bizy-
gomatique en particulier, inférieure à la fois à celle de la tête et à
celle du crâne osseux.
Source : MNHN, Paris
78
ERWIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
Capacité crânienne (en cm 3 ) ....
[Périmètre horizontal.
I Longueur maximum du crâne ....
Largeur maximum du crâne ....
Indice céphalique .
Hauteur faciale morphologique . .
Hauteur faciale supérieure .
Largeur bizygomatique.
Indice facial morphologique .
Indice facial supérieur .
Hauteur du nez .
Largeur du nez .
Indice nasal .
Moulage
de la tcte
Moulage
du crâne
Crâne
1565
556
520
510
185
177
174
158
150
145
85,4
84,7
83,3
118
-
70
71 (+..)
61 (+..)
147
129
133
80,2
47,6
55
45,8 |
53
53
49
37
21
24
69,8
45,1
48,9
Heluin, meurtrier (Cf. n os 40 et 164).
La tête est forte, ovoïde ou sphéroïde, et légèrement plagiocé¬
phale avec une curieuse face s’amenuisant rapidement vers le bas, ce
qui lui donne un aspect triangulaire. Les indices faciaux sont respec¬
tivement euryprosope et mésène. Le nez est droit, long et fin, d’in¬
dice leptorhinien. Le crâne, réduit au calvarium, a ses sutures non
encore soudées. Ni son périmètre horizontal ni les autres dimensions
ne sont très considérables, et la capacité est un peu inférieure à la
moyenne. L’indice crânien est fortement brachycéphale et la plagio-
céphalie, visible sur le moulage de la tcte, se retrouve sur le crâne.
La face est euryène avec un léger prognathisme. Elle est surmontée
d’arcades sourcilières assez fortes. L’orifice nasal est mésorhinien.
Moulage de la tâte
Crâne
Capacité crânienne (en cm 3 ) .
1510
Périmètre horizontal .
548
508
Longueur maximum du crâne.
176
166
Largeur maximum du crâne .
161
146
Indice céphalique .
90,4
87,9
Hauteur faciale morphologique .
144
Hauteur faciale supérieure .
117
65
Largeur bizygomatique.
70
133
Indice facial morphologique .
81,2
48,5
Indice facial supérieur .
48,8
58
50
Largeur du nez .
39
25
Indice nasal .
67,2
50
Femme Lecouffe, meurtrière (Cf. n 08 20, 117 et 296).
La tête est celle d’une vieille femme édentée, à figure très ridée et
plus ou moins ratatinée, menton en galoche. La boîte crânienne est
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION. 79
ovoïde. Elle est obliquement allongée en haut et en arrière, avec un long
méplat fronto-pariétal comme si le sujet, dans son jeune âge, avait
porté un de ces bonnets d’enfant qui étire le crâne suivant le type dit
de la déformation toulousaine. L’occiput, bien arrondi, déborde forte¬
ment le plan nuchal. Le front est droit avec des bosses frontales laté¬
rales saillantes. La face est excessivement courte, surtout dans sa
région sous-nasale ; elle est hvpereuryprosope et hypereuryène. Le
nez, mésorhinien, est légèrement convexe, avec pointe tombante.
Le crâne n’est représenté que par un moulage sans mandibule.
La voûte, ovoïde et assez étroite, a un aspect qui confirme l’impression
de déformation artificielle donnée par la tête. Une gouttière sagittale
déprime la région médio-pariétale, mais glabelle et arcades sourcilières
font complètement défaut. La mâchoire supérieure, dont le moulage
est défectueux, est atrophiée dans sa région palatine, complètement
dépourvue de dents, et le bord inférieur de l’orifice nasal arrive presque
au niveau du prosthion. La hauteur faciale supérieure avait donc dû
subir une notable réduction. Les indices facial et nasal rentrent dans
les mêmes catégories que ceux de la tête.
Un moulage du cerveau enveloppé de ses méninges existe dans la
collection. Avec une longueur de 162 mm et une largeur de 130, ce
cerveau a un indice de 80,2, sensiblement égal à celui de la tête. Le
détail des circonvolutions n’est pas apparent, mais on peut noter que
l’hémisphère droit, qui déborde le gauche en arrière, est aussi un peu
plus long : 162 contre 161 mm.
Moulage
de la tète
du cràue
Périmètre horizontal .
557
499
Longueur maximum du crâne .
Largeur maximum du crâne .
151
Indice céphalique .
80,7
Hauteur faciale morphologique .
Hauteur faciale supérieure .
50 (+..)
Largeur bizygomatique.
Indice facial morphologique .
Indice facial supérieur .
Hauteur du nez .
46
Largeur du nez .
Indice nasal .
73,9
51
Lecouffe fils, meurtrier (Cf. n os 8, 107, 113 et 310).
Tête ovoïde à occiput bien courbé et qui proémine nettement au-
dessus de la nuque. A la tempe, les muscles temporaux dessinent une
forte saillie. La face est large et basse avec des indices respectivement
hypereuryprosope et mésène. Le nez a son dos légèrement excavé ; il
est mésorhinien ; le menton est bas et saillant.
Le crâne n’est connu que par un moulage privé de mandibule.
11 a une voûte ovoïde, oblique en haut et en arrière et relativement
Source : MNHN, Paris
80 ER WIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
longue. L’occiput est en chignon. Le front est di lit et bas. Les arcades
sourcilières et la glabelle sont très peu marquées. La face est euryène
et le nez mésorhinien, et les os nasaux sont quelque peu incurvés
vers le haut à leur extrémité. Abstraction faite de ses dimensions légè¬
rement supérieures et de l’absence d’atrophie de la région alvéolaire,
ce crâne, comme la tête, présentent une incontestable ressemblance
avec ceux du sujet précédent. Mère comme fils sont faiblement brachy¬
céphales et mésocrànes, avec une face morphologique hvpereurypro-
sope, un indice nasal mésorhinien sur la tête comme sur le crâne.
La seule différence concerne la face supérieure, mésène et euryène
sur le fils, hypereuryène chez la mère, mais l’absence des dents, on
l’a vu, avait entraîné chez celle-ci un raccourcissement secondaire de
la face.
Le moulage du cerveau est lui aussi dyssymétrique, mais en sens
inverse du cerveau précédent car, ici, c’est l’hémisphère gauche qui
déborde en arrière le droit, tandis que ce dernier proémine en avant.
Sur l’un et l’autre, la longueur maximum est la même : 178 mm ; la
largeur maximum étant de 146, on a un indice cérébral de 82, légère¬
ment supérieur, comme pour l’indice crânien, au chiffre correspon¬
dant de la mère.
Moulage
Moulage
de la tète
du crâne
Capacité crânienne (en cm 3 ) .
1715
Périmètre horizontal .
608
Longueur maximum du crâne.
205
189
Largeur maximum du crâne .
Indice céphalique .
Hauteur faciale morphologique .
Hauteur faciale supérieure .
82,9
112
72
79,3
60
Largeur bizygomatique.,.
149
132 (+..)
Indice facial morphologique .
Indice facial supérieur .
51
Largeur du nez .
39
24
Indice nasal .
76,4
48
Le Pelley, meurtrier (Cf. n 08 59 et 150).
La tête a une forme arrondie en norma verticalis, mais elle frappe
surtout par sa hauteur dont la valeur absolue dépasse de beaucoup
la moyenne usuelle. Les deux indices de hauteur sont en conséquence
l’un hypsicéphale, l’aulre acrocéphale. Le moulage porte l’indication,
qui ne se retrouve pas sur le catalogue, de «tête oxycéphale». Le
front, très droit, s’élève fortement jusqu’au vertex. Derrière celui-ci,
la région pariéto-occipitale s’incurve immédiatement en une longue
courbe très régulière. Au niveau de sa terminaison au contact de la
nuque, la protubérance occipitale externe fait sous la peau une saillie
marquée. La face est moyennement large mais très haute, la face mor-
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALE ET SA COLLECTION.
81
phologique totale surtout, d’où des indices leptoprosope et leptène. Le
nez, à dos bien convexe, est leptorhinien. Les yeux sont légèrement
globuleux.
Le crâne a les sutures de la voûte déjà partiellement fermées. Son
volume est considérable. Sa forme est sphéroïde, correspondant à une
certaine brachycéphalie. L’élévation caractéristique de la tête s’y
retrouve, le vertex, situé quelques centimètres en arrière du bregraa,
marquant le point de rencontre de deux lignes descendantes, l’une an¬
térieure, l’autre postérieure, sans zone horizontale intermédiaire. L’in¬
dice de hauteur-longueur est hypsicrâne, celui de hauteur-largeur mé-
triocràne, mais à la limite de l’acrocranie. Une gouttière sagittale,
limitée par deux renflements longitudinaux, marque la zone pariéto-
occipitaie. Les saillies osseuses sont très accentuées : la glabelle est
très forte et surmonte une profonde dépression sous-nasale ; l’apophy¬
se mastoïde est en mamelon et extrêmement longue ; l’inion, très déve¬
loppé, a une forme en crochet. A la face, les os nasaux font une sail¬
lie marquée. La mandibule fait défaut.
Sans être pathologique à proprement parler, on a l’impression
que cette tête appartient à un sujet dont l’ossification a suivi une voie
anormale et a abouti entre autres à un développement extrême des
saillies et crêtes d’insertions musculaires.
Moulage de la tête
Crâne
Capacité crânienne (en cm 3 ) .
1940
Périmètre horizontal .
574
I.ongueur maximum du crâne.
196
Largeur maximum du crâne .
165
141
145
Indice céphalique .
84,1
82,3
Indice de hauteur-longueur .
71,9
Indice de hauteur-largeur.
85,4
97,3
Hauteur faciale morphologique .
133
Hauteur faciale supérieure .
Largeur bizvgomatique.
Indice facial morphologique .
Indice facial supérieur .
55,3
58
Largeur du nez .
40
23
Indice nasal .
68,9
Voirin, assassin (Cf. n os 236 et 237).
Le moulage de la tête fait, semble-t-il, après la décapitation, en
raison de la section oblique qui la limite en bas et va de la nuque au
menton en entamant celui-ci, ne porte pas le nom de Voirin mais sim¬
plement la lettre X, et l’Inventaire du Musée de l’Homme ne donne
(9) Hauteur au tragion pour la tête, au basion pour le crâne.
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. X.
Source : MNHN, Paris
ER WIN H. ACKERKN ECHT ET HENRI V. VALLOIS.
le nom de Voirin que sous caution. La tête ainsi présumée est celle
d’un homme jeune, à visage plutôt empâté, yeux demi-fermés, nez
droit et assez saillant. La voûte est arrondie et bien brachycéphale, de
type sphénoïde. Elle présente sur la ligne médiane une légère saillie
allongée qui correspond à la partie postérieure du pariétal et à la par¬
tie antérieure de l’occipital, mais ne se retrouve pas sur le crâne ;
s’il ne s’agit pas d’un artefact dû au moulage, ce serait donc un épais¬
sissement cutané. L’occiput est à peine incurvé ; il se continue direc¬
tement avec la nuque sans angulation. La glabelle et les arcades sour¬
cilières sont bien marquées. La face est très large, hypereuryprosope
et mésène ; la région sous-nasale est courte et l’indice nasal est mé-
sorhinien.
Le crâne correspond, lui aussi, à un sujet jeune car toutes les
sutures de la voûte sont encore ouvertes. Il est moins long et surtout
nettement moins large que la tête, d’où un indice mésocrâne. La voûte
est basse ; elle a une forme intermédiaire entre les types sphénoïde
et ovoïde ; le front est fuyant, plus que sur la tête. La glabelle et les
arcades sourcilières sont très fortes. La face, relativement plus allon¬
gée que sur la tête, est leptène. L’ouverture nasale et, les os nasaux
sont très étroits. Dans l’ensemble, les différences qui séparent le crâne
de la tête, si elles sont parfois assez notables, ne dépassent pas celles
observées pour les autres sujets. La forme du profil crânien est sen¬
siblement la même que celle de la tête. On peut considérer comme très
vraisemblable que le moulage de la tête était bien celui de Voirin.
Périmètre horizontal.
Longueur maximum du crâne .
Largeur maximum du crâne. ..
Indice céphalique .
Hauteur faciale morphologique
Hauteur faciale supérieure . ..
Largeur bizygomatique.
Indice facial morphologique . .
Indice facial supérieur .
Hauteur du nez .
Largeur du nez .
Indice nasal .
85,7
110 ,+..)
23
41,8
Il n’y a guère de remarques à faire sur le type physique des sujets
qui précèdent. Des deux premiers, Sestini avait un faciès méditerra¬
néen qui va de pair avec son origine italienne ; lui comme le Frère
David étaient remarquables par leur forte capacité crânienne. Chez
les sept sujets exécutés pour meurtre, la diversité anthropologique
est manifeste, puisqu’on y observe aussi bien des mésocéphales à face
large (les deux Lecouffe) que des bracycéphales à face étroite (Le
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GAU. ET SA COLLECTION. 83
Pellf.y) ou au contraire à face large (Dautun). Si ce dernier sujet
peut être considéré comme alpin, les autres sont tous plus ou moins
mélangés du point de vue racial. Sur les quatre d’entre eux où le crâne
a pu être cubé, la capacité était supérieure à la normale ; sur l’un de
ceux-ci, Le Pelley, elle était même particulièrement élevée ; la lec¬
ture de ses antécédents montre effectivement qu’on avait là un
homme d’une incontestable intelligence. Le même sujet est le seul de
toute la série qui présente une anomalie, que Gall avait d’ailleurs
signalée : une élévation du vertex qui lui avait fait caractériser cette
tête comme oxycéphale. On ne peut dire cependant que l’anomalie soit
très prononcée, car le diamètre transverse du crâne est normal, alors
qu’il est réduit chez les vrais oxycéphales ; les sutures, d’autre part,
ne montrent pas trace de la synostose précoce qui caractérise cette
variation. C’est à elle peut-être qu’il faut attribuer la saillie des yeux
visible sur le moulage.
Un fait qui mérite d’être signalé, et sur lequel nous avons attiré
l’attention plus haut, est enfin la ressemblance marquée entre la
femme Lecouffe et son fils ; visible sur les têtes et sur les crânes,
elle se manifeste à la fois dans les caractères descriptifs et dans les
caractères métriques.
La comparaison des dimensions des moulages des têtes osseuses
avec celles des crânes correspondants présente un incontestable inté¬
rêt. Nous avons à cet effet calculé, pour chaque sujet, les différences
relevées pour chaque dimension ou chaque indice, en considérant
comme positives celles qui marquent une supériorité de la valeur cor¬
respondant à la tête, comme négatives celles qui marquent une supé¬
riorité du crâne. Le tableau ci-dessous donne les moyennes des diffé¬
rences ainsi obtenues. La colonne de gauche concerne celles entre le
moulage de la tête et le crâne osseux ; elle s’appuie pour le crâne
cérébral sur 7 sujets, sur 6 seulement pour le crâne facial. La colonne
de droite, qui compare le moulage de la tête à celui du crâne, ne repose
que sur 3 sujets. On notera qu’un des sujets, Dautun, est représenté
à la fois dans les deux colonnes.
Périmètre horizontal .
Longueur maximum du crâne.
Largeur maximum du crâne.
Indice céphalique .
Hauteur faciale supérieure..
Largeur bizygomatique
Indice facial supérieur
Hauteur du nez .
Largeur du nez .
Indice nasal .
Du buste au crâne
M.
Miu.-max.
41,8
39 à 51
10,1
2 à 15
14,7
10 à 23
3,3
0,9 à 8,2
6
0 à 9
14,5
11 à 25
- 2,5
3
- 8,8 à +1,8
— 2 à +8
13,9
10 à 19,5
22,7
17,1 à 38,3
i à + 2,
à + 2
Mémoires du Muséum. —- Zoologie, t. X.
Source : MNHN, Paris
84
ERWIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
Les résultats de ce tableau sont très nets ; ils concordent absolu¬
ment avec les faits déjà constatés dans l’étude des représentations
de Gall. A de rares exceptions près, dimensions absolues comme in¬
dices sont plus élevés sur la tête, mais les différences se manifestent
d’une façon très inégale. Elles atteignent leur maximum pour le péri¬
mètre horizontal. Viennent ensuite, et avec des valeurs sensiblement
identiques, les deux diamètres transverses de la . tête et de la face ;
nous avons vu qu’en ce qui concerne le premier, on constate parfois
(fille Bonhours ; c’était également le cas pour Gall) que les largeurs
maximums du crâne et de la tête ne sont pas situées au même endroit,
déplacement qui lient à la saillie éventuelle sur la tête des muscles
temporaux. Au niveau du diamètre antéro-postérieur du crâne, la dif¬
férence est d’une façon constante inférieure à celle de la largeur.
L’indice crânien est donc plus faible que l’indice céphalique, et la
différence moyenne entre les deux est de 3,3, chiffre qui donne lieu à
quelques réflexions.
La comparaison de l’indice céphalique à l’indice crânien a déjà
été l’objet de diverses recherches. Pour quelques-uns, comme Topi¬
nard, les deux indices ont sensiblement les mêmes valeurs. Mais la
plupart des auteurs sont d’accord pour admettre l’existence d’une dif¬
férence qui varierait entre 1 et 2,5 unités. Ces chiffres sont inférieurs
à ceux de notre série. Or, si l’on fait abstraction des cas où l’on s’est
contenté de comparer les indices obtenus sur une série de vivants à
ceux obtenus sur une série de crânes d’autres sujets du même groupe,
méthode évidemment défectueuse, on constate que la presque totalité
des chercheurs ont utilisé pour leurs comparaisons des cadavres dont
ils mesuraient la tête puis, après dissection, le crâne. Cette façon de
faire porte en elle-même un défaut, puisque l’étude des représentations
de Gall nous a montré que le cadavre n’a plus les mêmes dimensions
céphaliques que le vivant, et que la largeur du crâne en particulier
y diminue plus que la longueur. Les comparaisons ainsi faites sont
par là même viciées. Les résultats obtenus par l’examen de nos sujets
tendraient à montrer que la différence des indices est en réalité plus
forte. Mais ces résultats ont ce défaut majeur de s’appuyer sur des
moulages dont nous ne pouvons garantir l’exactitude et, qui plus est,
dont certains ont peut-être été faits après la mort. Nos chiffres ne
peuvent certainement pas être considérés comme meilleurs que ceux
des auteurs. Ils nous conduisent seulement à suggérer que la question
mériterait d’être reprise.
Les différences constatées pour la hauteur faciale supérieure sont
beaucoup plus faibles que pour les quatre dimensions précédentes ;
sans doute tiennent-elles essentiellement à ce que le point de repère
utilisé pour la tête, le stomion, est plus bas situé que le prosthion,
utilisé pour le crâne. L’indice facial supérieur, en conséquence, se
trouve presque toujours un peu plus faible sur la tête, à l’inverse de
ce qui avait lieu pour l’indice horizontal du crâne. Mais les différences
deviennent considérables pour l’indice nasal dont il est bien connu
que, du vivant au squelette, il est pratiquement impossible d’établir
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GAU- ET SA COLLECTION.
85
une relation. Le tableau indique que la cause essentielle tient aux
modifications de la largeur quoique la hauteur soit, elle aussi, moins
stable qu’on ne s’y attendrait.
Reposant seulement sur trois crânes, la comparaison du moulage
de la tête au moulage du crâne n’a, par là même, qu’une valeur tout
à fait relative. Comme, de plus, les deux éléments comparés sont des
moulages, dont on sait la part d’incertitude inhérente à leur fabri¬
cation, les causes d’erreurs se trouvent doublées. Il n’est cependant
pas sans intérêt de constater qu’en dépit de ces restrictions, le sens
et les valeurs moyennes des différences sont sensiblement les mêmes
que pour la série précédente. Les conclusions tirées de l’étude de
celle-ci n’en prennent que plus de poids.
III. — Modèles phrénologiques.
Un des résultats des doctrines de Gall, et qui est à la base certai¬
nement du grand succès qu’elles remportèrent auprès des amateurs,
était l’idée que les « organes » du cerveau, et par suite les qualités
Source : MNHN, Paris
86 ER WIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
morales et intellectuelles, s’imprimaient sur la face externe du crâne,
et devenaient par là perceptibles à l’examen direct. Pour faciliter cette
« cranioscopie », qui devait devenir beaucoup plus connue sous le
nom de phrénologie par lequel ne tardait pas à la désigner Spurzheim,
des dessins et des moulages furent publiés qui reproduisaient, sur
une tête normale, la localisation des différents organes. Mais, comme
Fig. 7. — Système phrcnologique de Spuiizheim, vue de face.
Pour la signification des numéros, voir le texte.
il arrive souvent, les élèves avaient voulu faire mieux que le Maître,
et son organologie spéciale, jugée insuffisante par certains d’entre eux,
ne devait pas tarder à être modifiée. En vue d’une soi-disant plus
grande précision, le nombre des organes a été peu à peu augmenté ;
la place de quelques-uns a été changée, au point que, dans son pam¬
phlet contre la phrénologie, Lélut (10) écrivait avec ironie : « Il y a
« longtemps, comme on le voit, que les organes se promènent à la
histoire, ses systèmes et sa eondamna-
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALE ET SA COLLECTION.
87
« surface du cerveau, et ces promenades, qui ne sont pas encore ter-
« minées, constituent comme je le mentionnerai plus loin un des plus
« notables perfectionnements de la phrénologie ! >.
On conçoit que, dans ces conditions, les différentes têtes phréno-
logiques ne soient pas toutes identiques. Les collections du Musée de
l’Homme en possèdent trois. L’une réalisée sur le buste même de Gall
vivant (pl. 1) et qui correspond fidèlement à la doctrine de celui-ci.
Bien que non mentionnée sur le catalogue, elle provient sans doute
de la collection Gall. Les deux autres ont été ajoutées plus tard et
leur origine exacte n’a pu être retrouvée. La première correspond à
la classification de Spurzheim. Représentant à gauche les localisa¬
tions sur la face externe du crâne (fig. 6 et 7), elle les montre à droite
sur les circonvolutions cérébrales (fig. 8). La seconde (fig. 9 et 10), qui
porte la date de 1840, indique les localisations d’après un autre phré-
nologiste, Barthel. Les figurations reproduites ici étant suffisamment
démonstratives, nous nous contenterons d’indiquer brièvement les
noms donnés par les auteurs à leurs « organes » et leurs différences
d’avec la conception primitive de Gall.
Gall avait admis 27 qualités (Cf. chap. II, p. 00), dont 8 étaient
propres à l’Homme. Spurzheim (11) en admettait 35, qu’il classait en
(11) Spurzheim (G.). Observations sur la phraenologie, ou la connaissance de
l'Homme moral et intellectuel. Paris, T reut toi et Würtz, 1818.
Source : MNHN, Paris
ERWIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
deux grands ordres : facultés alTectives et facultés intellectuelles.
Chacun de ceux-ci était à son tour divisé en deux genres. Les facultés
propres à l’Homme se rencontraient dans les 2', 3' et 4' genres mais,
sauf pour ce dernier, elles y voisinaient avec d’autres facultés, com¬
munes à l’Homme et aux animaux, de sorte que la distinction fonda¬
mentale admise par Gali., et qui donnait aux facultés strictement
humaines une place à part, devenait secondaire dans la classification
de Spurzheim. C’était une sérieuse différence d’avec celui qui avait été
si longtemps son maître.
Les facultés de Spurzheim étaient les suivantes, les numéros pla¬
cés entre parenthèses indiquant les facultés correspondantes de la
classification de Gale. Le signe + s’applique aux organes communs
à l’Homme et aux animaux ; les autres, spécifie Spurzheim, sont pro¬
pres à l’Homme sauf quelques-uns qui sont douteux. Un certain nom¬
bre des appellations de Spurzheim sont des néologismes peu heureux,
tentative sans doute pour créer des termes français sur le même prin¬
cipe que ceux utilisés par l’auteur dans un livre antérieur en anglais.
Dans l’histoire de la phrénologie, cette classification de Spurzheim
a eu très vite un grand succès. Adoptée par G. Comiie, c’est elle qui
a prédominé dans le monde anglo-saxon.
1. Amitié (Gall, n° 1) +
amour physique
2. Philogénétivité (n u 2) +
amour de la génération
3. Habitativité (n° 8, pars) +
amour de l’habitation
4. Affectionivité (n° 3) +
attachement
5. Combativité (n° 4) +
courage
G. Destructivité (n° 5) +
penchant à détruire
7. Constructivité (n“ 19) +
penchant à construire.
8. Convoitivité (acquisivité) (n" 7) -f
désir d’avoir
9. Secrétivité (n° 6) +
penchant à cacher
1». Amour-propre (n" 8) ?
11. Amour de l’approbation (n" 9) +
12. Circonspection (n° 10) +
13. Bienveillance ou amour du prochain
(n” 24) +
S I 4. Vénération (n° 2G, pars)
15. Persévérance (n“ 27) ?
IG. Justice (n° 26, pars)
17. Espérance (n° 26, pars)
18. Surnaturalité (n° 26, pars)
19. Esprit de saillie, causticité (n° 22)
20. Idéalité (n” 23)
1 21. Imitativité (n° 25)
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALL ET SA COLLECTION.
Individualité (n° 11, pars) +
Configuration (n13) +
Etendue (n" 12, pars) ?
Pesanteur (12) (n" 11, pars) ?
Coloris (n° l(i)
w I 27. Localité (n” 12, pars) +
sel 28. Numération (n" 18, pars) ?
•2.2 I 29. Ordre (n" 18. pars) ?
/ 30. Faculté des phénomènes (n" 11, pars) +
ë g \ 31. Temps (n" 18, pars) -f
O « 32. Mélodie (n" 17) +
^.2 I 33. Faculté du langage artificiel (philologie)
I (n 0 » 14 et 15) +
34. Comparativité (n“ 20)
35. Causalité (n" 21)
Spurzhf.im avait augmenté de 8 les facultés fondamentales de
Gall. Vimont (1835) devait les porter à 42. Allant plus loin encore,
un phrénologiste belge, Barthel, quelques années plus tard (13), n’en
comptait pas moins de 46. On en arrivait ainsi à pousser à l’absurde
un système que son fondateur s’était efforcé de maintenir dans les
limites de ce qu’il croyait être une observation scientifique. Les
figures 9 et 10 représentent le «prototype» établi par Barthel. Le
crâne y est divisé en six régions, pour chacune desquelles l’auteur
donne une description sommaire. Voici ce qu’il écrit à ce sujet :
« I. Région frontale. — C’est ici la région des organes des facultés
morales du genre l or , ordre 1", qui ont pour but la conservation ou
le bien-être de l’individu. J’appelle ces organes produits d’une certaine
émotion (sentiment accompagné de mouvement), qu’il faut sentir pour
connaître. Tous s’exercent aveuglément et ont besoin d’être aidés et
guidés par les organes des arts et des sciences et de respecter les
autres organes du moral pour agir normalement.
1, respirer ; 2, s’alimenter ; 3, rejeter le superflu de la nutrition ;
4, prendre de l’exercice ; 5, détruire les choses indispensables à la vie ;
fi, combattre les obstacles ; 7, dissimuler ses sentiments et ses inten¬
tions si le cas l’exige ; 8, être prudent et toujours se tenir sur ses
gardes ; et enfin 9, s’approprier les corps, êtres ou substances néces-
(12) Non figuré sur la planche de Spirzheim (fig.), i) serait situé d’après
cet auteur au-dessus de la racine du nez et des orbites, à côté des centres 24,
26 et 27.
(13) Barthel (N. A.). De la phrénologie perfectionnée. Bruxelles, 1840. L’auteur,
suivant les cas. parle d’ailleurs tantôt de 45, tantôt de 46 facultés.
Source : MNHN, Paris
ERWIN H. ACKERKNECHT ET HENRI V. VALLOIS.
90
saires à sa conservation ; tels sont en détail les penchants moraux
auxquels ces facultés, normalement acquises, donnent lieu.
« //. Région occipitale. — Dans cet espace sont renfermées les
facultés morales du genre 2', ordre 1", qui ont pour but la conserva¬
tion ou le bien-être de l’espèce. Elles produisent aussi une émotion
aveugle (sentiment avec mouvement), qu’il faut sentir pour compren¬
dre et ont besoin d’être aidées et guidées par les organes des sciences
et des arts, et de respecter les autres organes moraux, pour bien
remplir leur fonction.
10, aimer l’acte de la reproduction ; 11, affectionner le lien con¬
jugal ; 12, aimer les enfants sans les gâter ; 13, tenir à une habitation
convenable ; 14, se plaire en société avec son prochain ; voilà les
diverses affections morales qui résultent de la bonne activité des orga¬
nes de ce genre.
« III. Région pariétale. —- Ici sont placées les facultés morales
du genre 3', ordre 1", qui ont pour but la conservation ou le bien-être
général. Leur action fait naître une émotion (sentiment avec mouve¬
ment) dont on ne peut juger sans l’avoir éprouvée. Etant aveugle et
Source : MNHN, Paris
FRANÇOIS JOSEPH GALE ET SA COLLECTION.
impuissante par elle-même à rien produire de moral, ces organes ont
besoin d’être aidés et guidés par les facultés artistiques et scientifi¬
ques, et de respecter les autres organes du moral, pour agir confor¬
mément à leur but.
15, compter sur sa valeur personnelle ; 16, respecter la valeur des
autres ; 17, persévérer dans ses bonnes résolutions ou montrer un
caractère ferme ; 18, être juste dans toutes choses ; 19, espérer dans
l’adversité ; 20, avoir foi ou croire dans la possibilité physique des
choses ; 21, vénérer ce qui de par Dieu et les Hommes est digne de
respect ; 22, et enfin se montrer bienveillant envers tous les êtres.
Fig. 10. — Système phrénologique de Barthei, : vue de face.
Pour la signification des numéros, voir le texte.
compatir dans la position de son prochain, l’aider en frère ou le traiter
comme soi-même ; tels sont les sentiments moraux auxquels les orga¬
nes de ce genre donnent lieu, lorsqu’ils sont normalement actifs.
« IV. Région pariéto-frontale. — Cette région est occupée par les
organes des facultés artistiques, ordre 3', genre unique, dont le but
est d’agir sur le inonde extérieur, dans l’intérêt général, qui comprend
la triple vie morale de l’Homme. Leur action produit une tendance
artistique (mouvement créateur) aveugle et impuissante par elle-même
à rien produire de normal. Les facultés du moral et des sciences leur
Source : MNHN, Paris
92
ER WIN H. ACKERKN ECHT ET HENRI V. VALLOIS.
sont necessaires, les premières comme impulsions, règle ou but, et
les dernières comme fournisseurs et guides de leur activité.
La pièce porte les trois facultés suivantes : 23, imitativité ; 24,
modificativité : 25, constructivité.
«F et VI. Région frontale. — A la partie inférieure de cette région
se trouvent les organes des facultés scientifiques du genre 1", ordre 3 e ,
dites les facultés perceptives simples, et à la partie supérieure les
organes des facultés scientifiques du genre 2% même ordre 3”, nommés
les organes perceptifs réflectifs. Leur but est de sentir, de connaître
et de remémorer, d’une part les besoins de la vie morale, artistique et
scientifique de l’Homme, et de l’autre le monde extérieur ou la nature
qui fournissent les motifs et les objets de satisfaction de tous les
besoins. L’action des organes de cet ordre donne lieu à une sensation
(perception sans mouvement) qui est toujours de la nature des choses
impressionnantes et perçues. Pour agir normalement, il faut qu’ils
connaissent et respectent les besoins moraux, artistiques et scienti¬
fiques de l’Homme (le Moi), et les objets du monde extérieur (le non
Moi), qui sont destinés à satisfaire ces divers besoins.
Les indications portées sur la pièce correspondent aux facultés
suivantes, groupées sous 4 chefs : a) 26, analogie, ressemblance ou
généralité ; 27, normalité, détermination ou unité ; 28, contraste,
dissemblance, particularité ; — b) 29, action ; 30, mouvement ; 31,
durée ; 32, sonorité ; 33, lieu ; — c) 34, corps ; 35, odeur ; 36, forme ;
37, dimension ; 38, distance ; 39, consistance ; 40, pesanteur ; 41, tem¬
pérature ; 42, couleur ; 43, symétrie ; 44, nombre ; 45, saveur ;
— d) 46, langage ».
A la suite de ces explications dont le ton affirmatif et la préten¬
tion philosophique sont bien loin des paroles prudentes et mesurées
de Gall, l’auteur ajoute en parlant des facultés de chacune de ces
différentes régions : « Leur activité trop faible ou trop intense, ainsi
« que leur mauvais emploi, donnent lieu à une foule de vices que l’on
« trouve décrits dans la phrénologie perfectionnée ». On comprend
que, poussée à un tel degré, la phrénologie ait fini par provoquer une
réaction.
Achevé d’imprimer le 10 octobre 1955.
Imprimé en France. Le Directeur-Gérant : René Jeannel.
Imprimerie Maurice DeclUmb, Lons-de-Saunier. — 189-55-460.
Octobre 1955 « Dépôt légal 4' trimestre 1955 — n“ 4477 ».
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MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série A. Tome X.
PI. I
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MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série A. Tome X.
PI. II
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