ISBN 2-85653-115-6
MÉMOIRE^
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série À, Zoologie
TOME 122
Suzanne de FÉLICE
ÉTUDE ANTHROPOLOGIQUE
DE QUATRE SQUELETTES DE KADER
DES MONTS ANÉMALÉ (INDE)
PARIS
EDITIONS DU MUSÉUM
38, rue Geoffroy-Saint-HUaire (V®)
1981
Source ; MNHN, Paris
ÉDITIONS DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
En vente à la Bibliothèque centrale du Muséum,
38, rue Geo£Froy>Samt-HiIaire, 75005 Paris
C.C.P. : Paris 9062-62 Y
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Publications du Muséum national d'Histoire naturelle (depuis 1933. Sans périodicité).
Sauve : AVJHW, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Série A, Zoologie, Tome 122
ÉTUDE ANTHROPOLOGIQUE
DE QUATRE SQUELETTES DE KADER
DES MONTS ANÉMALÉ (INDE)
par
Suzanne de FÉLICE •
avec la collaboration de
Dibyendu ROY-CHOUDHURY
SOMMAIRE
Pages
INTRODUCTION. 5
I. — Matériel d’étude. 6
IL — Matériel comparatif. 7
III. — Technique. 7
IV. — Sexe et âge. 8
V. — État de conservation des pièces. 8
Chapitre I. — TÈTE OSSEUSE. il
A. — Crâne cérébral . il
I. — Capacité crânienne. ü
II. — Indice crânien horizontal. 1^
III. — Indices de hauteur. 15
a) Hauteur au basion. 15
b) Hauteur au porion. 15
c) Hauteur de la calotte. 17
IV. — Courbes crâniennes. 17
a) Périmètre horizontal. 17
b) Périmètre sagittal. 17
c) Segments sagittaux. 17
V. — Indices frontaux. 19
VI. — Angle d’inclinaison du front . 20
VII. — Trou occipital. 20
B. — Crâne facial. 20
I. — Indices faciaux . 21
II. — Prognathisme. 22
III. — Orbites. 23
IV. — Os nasaux et indice nasal. 24
V. — Voûte palatine. 25
• Laboratoire d’Anthropologie, Muséum national d'Histoire naturelle, Musée de l'Homme, Palais de Chaillot,
Place du Trocadéro, 75116 Paris.
Source : MNHN, Paris
4
s. de FÉLICE
c. — Mandibule. 26
I. — Corps et branche montante. 26
II. — Denture. 28
a) Carie et mulilations intentionnelles. 29
b) Indice dentaire de Flower. 29
Chapitre II. ~ SQUELETTE POST-CRANIEN. 31
A. . — Colonne vebtébrale (rachis) . 31
l. — Vertèbres présacrées. 31
II. — Sacrum. 34
B. — Sternum et côtes (costae) . 35
I. — Sternum . 35
II. — Côtes (costae) . 36
C. — Membre supérieur. 36
I. — Clavicule (clavicula) . 36
II. — Omoplate (scapula) . 38
a) Indice scapulaire. 38
b) Cavité glénoïde. 39
III. — Humérus. 39
a) Longueur et indice de robustesse. 39
b) Indice de platybrachie. 40
e) Angle de torsion. 40
d) Perforation olécrânienne. 40
IV. — Radius. 40
a) Longueur et indice de robustesse. 41
ô) Indice d’aplatissement diaphysaire. 41
V. — Cubitus (ulna). 41
a) Longueur et indice de robustesse. 42
b) Indice de platôlénie. 42
D. — Membre inférieur. 42
I. .— Os iliaque (os coxae) . 42
II. — Bassin complet (pelvis) . 44
III. — Fémur. 45
a) Longueur et indice de robustesse. 46
b) Indice pilastrique. 46
c) Indice de platymérie. 46
IV. — Rotule (paUlîa) . 47
V. — Tibia. 47
a) Longueur et indice de robustesse. 47
b) Indice cnémique. 48
c) Angle de rétroversion du plateau tibial. 48
d) Angle d’inclinaison. 48
VI. — Péroné (fibula) . 48
VII. — Astragale (taius) et calcanéum. 49
Chapitre III. — STATURE ET PROPORTIONS. 51
A. — Stature. 51
I. — Formules de Manouvrier. 51
II. — Formules de Pearson. 51
B. — Proportions du corps. 53
CONCLUSION . 55
BIBLIOGRAPHIE. 59
FIGURES . 61
Source ; MNHN, Paris
SQUELETTE DE KADER (INDE)
5
INTRODUCTION
Au cours d’une mission scientifique qu’il fît dans le sud-ouest de l’Inde pendant l’hiver 1903-
1904, Louis Lapicque, qui devait devenir le célèbre physiologiste, entreprit l’étude de certaines tribus
de cette région. Son but était de « rechercher la race noire qui paraît, d’après une hypothèse de Quatre-
fages, appuyée d’observations nouvelles par M. Hamy, avoir constitué la population primitive de cette
contrée et avoir joué un rôle important dans la formation de la population actuelle ». Il se rendit tout
d’abord dans le massif des monts Anémalé, situés dans l’état de Kérala, « où l’on a signalé la tribu en
apparence la plus négroïde et la plus sauvage des Indes, les Kader » (Lapicque, 1905). Après avoir
recueilli sur ceux-ci de nombreuses observations anthropologiques, qu’il n’a malheureusement pas
publiées, il put rapporter en France quatre squelettes de ces Kader qu’il regardait comme très précieux
car très rares. Il n’eut pas le loisir de les étudier lui-même et personne, jusqu’ici, n’avait eu l’occasion
de les examiner. Conservés dans les collections du Laboratoire d’Anthropologie du Muséum national
d’Histoire naturelle, au Musée de l’Homme, leur élude nous fut proposée par le Professeur Vallois en
novembre 1964, pendant le séjour en France de l’auteur indien de ces lignes
Les Kader forment, en effet, une petite tribu qui comprenait, au recensement de 1941, 566
individus seulement Très peu nombreux, ils sont particulièrement intéressants pour plusieurs raisons.
Vivant presque uniquement des produits de la cueillette, ils ont un niveau culturel assez bas et sont
un centre d’intérêt pour les anthropologistes. Plusieurs auteurs leur ont déjà consacré un certain nombre
de notes ou de travaux (Lapicque, 1905 ; Thurston, 1909 ; Hutton, 1927 ; Guha, 1928, 1929, 1935 ;
Sarkar, 1936, 1953, 1954 ; Ehrenfels, 1952 ; Sarkar et coll. 1959). Toutes ces publications portent sur
l’ethnographie de cette tribu ou sur l’étude anthropologique du vivant.
La position anthropologique des Kader a donné lieu à de nombreuses discussions de la part
des savants depuis la fin du siècle dernier. Une question se pose, en effet, à leur sujet : doit-on les ratta¬
cher aux Négritos ou aux Veddoïdes, dits encore Mélano-Indiens ?
Déjà A. de Quatrefages (1877) avait supposé l’existence d’un substratum iiégrito en Inde (Sarkar,
1954). Lapicque, après ses observations personnelles dans le Kérala, arrive a à la conception d’une race
nègre primitive voisine des Négritos, mais distincte par l’indice céphalique dolichocéphale » (1905).
Depuis cette date, cette question a été l’objet de nombreuses controverses.
Guha (1929 et 1935) reprend la même opinion.
On a trouvé, en effet, chez les Kader, quelques individus présentant des cheveux crépus et longs.
Selon B. S. Guha et ses collaborateurs qui ont observé 10 % d’individus ayant de tels cheveux et ressem¬
blant aux Négritos de la Mélanésie (in Sarkar, 1954, p. 76), la présence de ces cheveux, jointe à la petite
taille de leurs porteurs, indiquerait chez ceux-ci un substratum négrito. Le fait que l’indice céphalique
moyen des Kader soit dolichocéphale et non brachycéphale comme c’est le cas pour les Négritos, peut
s’expliquer, pour Guha, par le métissage
1. Alors • Deputy Keeper » au Musée National de la Nouvelle-Delhi [département d'Anthropologie). Le départ
de ce dernier avant l’achèvement définitif du travail, est en partie responsable du retard apporté à la publication de
celui-ci dont seules les premières pages purent être rédigées en commun.
2. D’après Sarkar et ses collaborateurs (1959), ils étaient 447 en 1911, 274 en 1921, 267 en 1931 et 566 en 1941.
Après une diminution de 40 %, ils ont donc augmenté de 112 % au cours de la décennie 1931-1941.
3. En 1928-1929,112 hommes et 37 femmes ont été mesurés par Guha. On ne sait rien des données qu'il a recueillies,
excepté l’indice céphalique masculin publié par Kapper en 1939 (in Sarkar, 1959, p. 2).
Source : MNHN, Paris
s. de FÉLICE
Pour S. S. Sarkar et ses collaborateurs, d’autre part, quelques cas de cheveux négritoïdes (2,1 %
seulement selon ces auteurs) sont insuffisants pour affirmer l’existence d’un substratum négrito dans
cette population. Sarkar s’exprime ainsi : a La présence de cheveux crépus parmi les Kader est proba¬
blement due à un métissage récent noir et non négrito » (Sarkar, 1959, p. 1 et 2). Cet auteur a observé
seulement deux individus ayant des caractères physiques de Noirs, deux frères, sur 80 Kader adultes
qu’il a examinés (ibid., p. 2).
Des Noirs, en effet, ont habité autrefois, au temps de la domination musulmane (vers le xv« siècle),
cette partie méridionale de l’Inde. Le roi du Bengale Rukh-ud-din Barbak (1459-1474), a « importé »
8 000 esclaves africains ^ qui, plus tard, furent expulsés du Bengale par le roi Ala-ud-din Hussein (1493-
1519). Ceux-ci émigrèrent vers le Deccan et le Gujarat (N. O. de l’Inde)
Au XVII® siècle, d’autres esclaves africains furent introduits par les Portugais sur la côte Ouest
de l’Inde, et les Sidhi qui habitent actuellement dans le Nord de l’état de Kanara, seraient, selon Sorley,
les descendants métissés de ceux-ci. L’un de nous (Roy-Choudhury, 1957) a étudié ces populations
négroïdes.
D’autre part, pour Sarkar et ses collaborateurs, « les Kader appartiennent au même stock ethni¬
que veddoïde ou australoïde que les Panyer, les Kanniker et autres. » (1959, p. 3). L’analyse des derma-
toglyphes donne des résultats analogues.
En résumé, deux écoles se trouvent donc en présence : pour Guha et son équipe, les Kader ont
un substratum négrito ; pour Sarkar et ses collaborateurs, ils appartiennent au stock veddoïde. Mais il
faut aussi signaler un travail plus récent de Sharma (1962) et deux travaux de Coon, de 1958, cités
par cet auteur. Sharma, en effet, fait appel à une hybridation qui aurait eu lieu aux temps préhistoriques
entre « les types australoïde et négrito-négroïde », a hybridation présumée de laquelle nous n’avons
aucune évidence positive jusqu’ici » ; et qui, dit-il, « a été vue par Coon qui a récemment défini les
Kader et les Pulayer comme : « ... essentiellement négritos ; d’autres ont l’air veddoïde, australoïde
ou intermédiaire » (Coon, 1958a, pp. 38-39). De nouveau, dans un autre travail, la même année, Coon
(1958, p. 5) écrit : «... Certains Kader sont négritos (fîg. 7) par la couleur de la peau, la forme des cheveux,
les traits du visage et la petite stature ; d’autres, avec des cheveux plus droits et une stature plus élevée
ont un aspect australoïde ».
Aucune étude ostéologique n’a été faite, jusqu’ici, sur des squelettes de Kader. Nous allons donc
exposer nos recherches en détail et donnerons les conclusions auxquelles celles-ci nous auront conduits.
L’examen ostéologique de nos sujets représente, en effet, un élément nouveau pour l’étude du problème
que nous venons d’exposer.
I. — Matériel d’étude
La collection Lapicque comprend donc quatre squelettes presque complets. Les individus numé¬
rotés 17 757, 17 758 et 17 759 correspondent vraisemblablement aux « trois squelettes complets » (bien
que le premier soit passablement incomplet) dont parle Lapicque dans sa note de 1905. Quant au
quatrième squelette, entré au Laboratoire d’Anthropologie du Muséum (au Musée de l’Homme) en
1909 comme les trois autres et sous le même numéro de collection 35, mais numéroté 24 953, il était
inscrit jusqu’ici dans les fiches du laboratoire comme « squelette sans crâne » ; et le quatrième crâne
ne portait que la mention a Kader » à l’exclusion de tout numéro. Nous avons pu faire la preuve qu’il
s’agissait là du même sujet : un fragment de mandibule numéroté, correspondant à la partie supérieure
de la branche montante gauche, et qui se trouvait avec les autres os du squelette, s’est en effet adapté
parfaitement à la mandibule du crâne en question. L’articulation de celui-ci avec l’atlas est, d’autre
part, tout à fait normale.
1. Sarkar [Str Jadmath). — The history-of Bengal, vol. II, 1948, p. 135.
3. Sarkar (Sir Jadmath). —-The Cambridge history of Indian, vol. III, 1928, p. 271.
Source : A^NHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
7
II. — Matériel comparatif
Étant donné la question qui se pose au sujet des Kader, nos comparaisons porteront sur des
Veddoïdes du Deccan d’une part (dits encore Prédravidiens ou Mélano-Indiens), ainsi que sur les Vedda,
et sur des populations négritos d’autre part.
Pour les popuUuioTis veddoïdes, nous avons trouvé dans quatre auteurs (Turner, 1904 ; Gupte,
1909 ; Basu, 1932-33 et 1933-34 ; Sarkar, 1954), des données concernant 27 crânes appartenant aux
tribus suivantes : Gond, Kol, Korwa, Koya, Malé, Munda, Oraon et Santal. Ces huit tribus se trouvent
dans la zone des forêts qui couvrent le nord-est du plateau du Deccan. Nous avons, dans nos tableaux,
réuni les sujets de la manière suivante^ :
27 Veddoïdes : 22 hommes : 3 Gond (Turner), 5 Kol (Turner : n« 31, 440, 442, 444, 557 I.M.),
1 Korwa, 1 Koya et 1 Santal (Gupte), 1 Malé (Sarkar) ®, 1 Munda (Turner : n® 605 I.M.), 5 Munda
(Basu : n®* 25, 26, 603, 606, 612 I.M.), 4 Oraon (Basu : n** 24, 601, 608, 610 I.M.) ; 5 femmes : 1 Gond
(Turner), 1 Malé (Sarkar) (2), 1 Munda (Turner, E.U.A.M.) ®, 2 Munda (Basu : n®® 607 et 611 I.M.).
Pour les Vedda, tous localisés à l’île de Ceylan (actuellement Sri-Lanka), nous disposons de
l’imposant volume de P. et F. Sarasin (1892-1893), dans lequel sont étudiés, entre autres, des squelettes
de Vedda correspondant à 21 hommes et 11 femmes, ainsi que d’une étude de Turner (1905) sur 9 crânes
de cette population appartenant à 7 hommes et 2 femmes. Nous avons réuni, dans nos tableaux, les
crânes masculins d’une part et les féminins d’autre part.
En ce qui concerne les Négritos, nous avons : 1) la beUe monographie de M“*® E. Genet-Varcin
(1951) sur 29 squelettes d’Aëta de l’île de Luçon : 15 hommes et 14 femmes * ; 2) le travail de Pabitra
Gupta, Arabinda Basu et Amina Gupta (1959) sur 9 squelettes adultes d’Ongi (4 hommes et 5 femmes)
de la Petite Andaman d’une part ; celui de Flower (1880) sur 24 Andamanais (12 hommes et 12 femmes),
série complétée plus tard (1885) par l’adjonction de 5 hommes et 5 femmes ; celui de Gupte (1909)
sur 4 crânes masculins des Andaman et celui de Turner (1905) sur 7 crânes (3 hommes et 4 femmes)
de même provenance, d’autre part. Les données de ces trois derniers auteurs sont réunies dans nos
comparaisons ; 3) l’étude, due à Turner (1905), de 2 crânes masculins de Sakaï de la presqu’île de Malacca.
Nous avons, au total, 45 crânes masculins de Négritos et 40 féminins.
III. — Technique
Nous avons utilisé la technique du Laboratoire d’Anthropologie de l’École pratique des Hautes-
Études, la même que celle de Martin (qui étudia en France avec Manouvrier) à quelques exceptions
près ; nous signalerons celles-ci chaque fois que cela sera nécessaire.
La technique employée dans les anciens travaux de Turner et de Gupte n'étant pas celle de
Martin ®, nous n’avons pu utiliser que les chiffres se rapportant aux mensurations déSnies par des
points de repère précisés ne pouvant prêter à confusion.
1. Plusieurs des crânes mentionnée par les différents auteurs et appartenant aux collections de l'Indian Muséum
(I.M.), se trouvent être les mêmes. Certaina des crânes de Kol, de Munda et d'Oraon étudiés par Turner ont, en effet,
été repris par Gupte, puis par Basu. Noue avons, dans ce cas, donné la préférence à Basu qui les a examinés le dernier.
A signaler que le crâne n® 24, considéré comme Kol par Turner, est donné comme Oraon par Basu, que nous avons suivi
â ce point de vue. A noter également que le crâne d'Oraon n® 601, considéré par Turner comme féminin (avec ?) est donné
par Basu comme masculin, ce que nous avons accepté de même.
2. Crâne accompagné d'une partie du reste du squelette.
3. E.U.A.M., Edinburgh University Anat. Muséum.
4. Nous remercions vivement E. Genet-Varcin qui a bien voulu nous communiquer ses mensurations indi¬
viduelles.
5. Gupte a travaillé de la même manière que Turner dont il a copié jusqu’à la disposition même des tableaux.
Or, Turner s’est inspiré des méthodes de Risley, lequel a suivi la technique de Topinard.
Source : MNHN, Paris
s. de FÉLICE
IV. — Sexe et âge
Les crânes de ces quatre sujets nous ont permis au premier examen de distinguer sans difficulté
trois hommes, les numéros 17 758, 17 759 et 24 953, et une femme, le numéro 17 757. La détermination
de la stature, comme on le verra plus loin, s’accorde avec ce diagnostic. Les caractères des autres os
des squelettes corroborent encore celui-ci, à l’exclusion toutefois du bassin de l’homme 17 759 qui,
comme on le verra à propos de l’étude de celui-ci, offre curieusement des caractères féminins. Ceux-ci,
cependant, ne sont pas suffisants pour changer le sexe que toutes les autres pièces permettent de lui
attribuer.
Au cours de cette étude, nous désignerons nos sujets de la manière suivante : H. n° 1 : le n®
17 759 ; H. n® 2 : le n<’ 17 758 ; H. n® 3 : le n® 24 953 ; Femme : le n® 17 757.
En ce qui concerne l’âge, tous ces sujets sont adultes mais aucun d’eux n’est très âgé. Au niveau
des membres, toutes les épiphyses présentes sont soudées. Au niveau du crâne, les sutures sont pour
la plupart ouvertes.
Pour l’H. n® 1, le plus âgé, les portions inférieures de la suture coronale et la partie obélique de la
sagittale sont seules fermées. D’autre part, les molaires et les prémolaires de ce sujet ont un degré
d’usure assez avancé. On peut attribuer à celui-ci 35 ans environ (Vallois, 1937). Pour l’H. n“ 2, toutes
les sutures de la voûte sont ouvertes et la suture sphéno-occipitale n’est pas encore complètement
oblitérée. Les 27 dents présentes ont, par ailleurs, leur surface triturante à peine usée et les quatre M3
sont en place. L’âge probable de ce sujet peut être fixé à 18-20 ans. Pour l’H. n“ 3, toutes les sutures
de la voûte sont ouvertes également, mais la suture sphéno-occipitale est, ici, complètement synostosée.
Les dents offrent déjà des marques d’usure au niveau des molaires, surtout des quatre Ml. Ce sujet
est donc un peu plus âgé que le précédent et a au moins 20 ans. Quant à la Femme, la portion de la
suture sagittale qui se ferme normalement entre 20 et 30 ans étant en voie d’ossification, nous pouvons
évaluer l’âge de celle-ci à environ 25 ans. Les dents supérieures (mandibule absente) sont dans un aussi
bon état que celles de l’H. n® 2.
V. — État DE CONSERVATION DES PIÈCES
Les trois crânes masculins sont très bien conservés ; seule la région du prosthion est légèrement
endommagée sur les crânes 1 et 2. Les trois mandibules sont également complètes et en bon état. Le
calvarium féminin, au contraire, a beaucoup souffert ; nous nous sommes d’ailleurs aperçus, en l’exa¬
minant, que la reconstitution qui en avait été faite était assez défectueuse et que celle-ci devait être
reprise, ce qui fut fait à l’Institut de Paléontologie humaine. Il lui manque, en effet, une bonne partie
de la base du crâne (le bord postérieur du foramen existe cependant). La région postérieure de la voûte
palatine est détruite et celle du prosthion endommagée. Le sphénoïde n’est représenté que par la portion
supérieure de sa grande aile droite. Du même côté, enfin, une partie du maxillaire fait défaut et l’orbite
communique avec l’échancrure nasale.
En ce qui concerne le squelette post-crânien de ces 4 sujets, nous avons constaté, malheureuse¬
ment, et comme on peut le voir dans le tableau I, qu’il était moins complet que ne le laissait supposer
la note préliminaire de Lapicque. Les manques se font surtout sentir dans le squelette de la Femme,
comme nous l’avons déjà signalé.
Source ; MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
Le tableau I indique les pièces présentes pour chaque sujet.
TABLEAU I
Tête
osseuse
Colonne vertébrale
Sternum et côtes
Membre supérieur
Membre
inférieur
17.759
H. nO 1
35 ans
Crâne
complet
Atlas, Axis, Autres cer¬
vicales 5
Dorsales 12
Lombaires 5
Sacrum
Manubrium
Corpus sterni
Côtes 22
Omoplate 2
Clavicule 2
Humérus 2
Radius 2
Cubitus 2
Os iliaque 2
Fémur 2
Rotule g
Tibia 2
Péroné 2
13 os carpe et tarse (2 astragales et
2 calcanéums) ; 41 métacarpiens,
métatarsiens, phalanges
17.758
H. no2
18-20 ans
Crâne
complet
Atlas, Axis, Autres cer¬
vicales 5
Dorsales 11
Lombaires 5
Sacrum
Corpus sterni
Côtes 22
Omoplate 2
Clavicule 2
Humérus 2
Radius 2
Cubitus dr
Os iliaque 2
Fémur 2
Rotule 2
25 os carpe et tarse (2 astragales et
2 calcanéums) ; 45 métacarpiens, méta¬
tarsiens, phalanges
24.953
H. nO 3
20 ans
Crâne
complet
Atlas, Axis, Autres cer¬
vicales 5
Dorsales 12
Lombaires 4
Sacrum
Manubrium
Corpus sterni
Côtes 23
Omoplate 2
Clavicule 2
Humérus 2
Radius 2
Cubitus 2
Os iliaque 2
Fémur 2
Rotule 2
Tibia 2
Péroné 2
17 os carpe et tarse (2 astragales et
2 calcanéums) ; 38 métacarpiens,
métatarsiens, phalanges.
17.757
Femme
25 ans
Caiva-
Sternum
(synostosé)
Omoplate 2
Clavicule g
Humérus 2
Radius g
Cubitus 2
Os iliaque 2
Fémur 2
Source : MNHN, Paris
SQUELETTES DE K<U)ER <INDE)
11
Chapitre I
TÊTE OSSEUSE
Ces quatre têtes ne paraissent pas particulièrement robustes ; leurs dimensions générales sont
plutôt petites et l’épaisseur des os plutôt faible. Les sutures de la voûte sont presque toutes visibles.
La coronale a toujours son segment bregmatique très simple ; ses deux segments moyens sont, comme
il est de règle, plus compliqués, surtout chez l’H. n® 1 où ils sont très finement « persillés ». La sagittale
est plutôt simple en général, sauf chez l’H. n® 1 où elle est beaucoup plus sinueuse et présente dans sa
région post-obélique de minuscules os wormiens. De tels os, plus importants, se rencontrent dans la
suture lambdoïde de chaque sujet : 2 chez l’H. n^ 1 dans les segments astériques (1 de chaque côté) ;
4 chez l’H. n® 2 dont un seul assez grand à gauche ; plusieurs chez l’H. n® 3 dont un assez grand à droite,
et un seul moyennement développé chez la Femme dans la partie droite également. Cette suture elle-
même est assez simple chez l’H. n° 2 et chez la Femme, mais compliquée au contraire chez les deux
autres sujets.
La configuration du ptérion est très variable. En H très étroit chez le n® 1 et beaucoup plus large
chez la Femme, il est également en H chez le n® 2 mais 2 os ptériques y sont à signaler : 1 typique à
droite (contact avec les 4 os de cette région) et 1 postérieur à gauche (sans contact avec le frontal).
Chez l’H. n® 3, on observe, de chaque côté, un contact assez étendu (de 14 mm) entre le frontal et le
temporal.
Les trous pariétaux sont bien visibles chez l’H. n® 3 ; il en est de même chez la Femme où le
gauche est dédoublé. Sur les deux autres sujets, on n’en trouve que des vestiges.
Observés en norma verlicalis, ces quatre crânes sont de forme allongée, et birsoïdes : ils sont
donc phénozyges. La voûte est, d’autre part, arrondie et ne présente pas de carène. En norma laléralis,
on note la saillie bien prononcée de la glabelle chez les deux sujets les plus âgés, celle-ci étant beaucoup
plus effacée chez les H 2 et 3. Le front est bien bombé, surtout chez ce dernier. Les arcades sourcilières
existent chez tous les sujets, où elles se réunissent sur la glabelle ; elles sont particulièrement bien
marquées chez l’H de 35 ans, particulièrement faibles au contraire chez l’H. n® 2. Au niveau de l’occi¬
put, le profil sagittal est régulièrement arrondi chez l’H. n® 2 et chez la Femme ; chez les deux autres
hommes, il montre un changement de direction (particulièrement brusque chez le n® 1) après la protu¬
bérance occipitale externe, laquelle est bien visible chez ces deux sujets. Les apophyses mastoïdes sont
plutôt courtes. La norma occipilalis a une forme arrondie chez 2 sujets : l’H. n® 2 et la Femme (celle-ci
présentant un aplatissement supérieur) ; elle est en « maison à faîte arrondi » ^ chez les 2 autres. Les
lignes courbes occipitales supérieures ne sont nettement marquées que chez les H. 1 et 2.
A. - CRÂNE CÉRÉBRAL
I. — Capacité crânienne
Tous nos crânes de Kader sont de faible capacité. Celle-ci a été estimée d’une part par le calcul
(formule de Manouvrier en partant du basion et formules de Lee-Pearson en utilisant le basion et le
1. Voir Félice-Delmas dans la bibliographie.
Source : MNHN, Paris
TABLEAU n.- CBANE CEBEBRAL
H n" 1
H n® 2
Hn-S
Femme
1° Hauteur au baalon : Manouvrier
1233,47
1318,68
1250,28
-
" " ” ; Lee-Pearson
1272,67
1324,35
1282, 87
-
2“ Hauteur au porion ; Lee-Pearson
1247,34
1318,49
1227, 77
1140,04
Moyenne des capacités calculées
1256,16
1320, 50
1253, 64
1140,04
Capacité mesurée au plomb
1240
1380
1280
-
1 - Longueur maximale du crâne
180
178
174
169
2 - Largeur maximale du crâne
124
133
129
128
2/1 - Indice crânien horizontal
68, 88
74,71
74.13
75, 73
3 - Hauteur baslon-bregma
126
127
127
-
3/1 - Indice de hauteur-longueur (B.)
70, 00
71,34
72,98
-
3/2 - Indice de hauteur-largeur (B.)
101,61
95,48
98,44
-
Indice moyen d'Hrdlicka
82, 89
81,67
83, 82
-
4 - Hauteur porlon-bregma
109
111
106
104
4/1 - Indice de hauteur-longueur (P.)
60, 55
62,35
60,91
61,53
4/2 - Indice de hauteur-largeur (P.)
87, 90
83,45
82,15
81,25
5 - Diamètre glabelle-inion
179
168
171
163
6 - Perpendiculaire maximale
97
98,5
92
91
6/5 - Indice de hauteur de la calotte
54,18
58,63
53,80
55, 82
7 - Périmètre horizontal
495
502
493
480
8 - Courbe frontale
127
130
124
113
9 - Courbe pariétale
127
122
127
124
10 - Courbe occipitale
107
109
103
100
11 - Courbe sagittale totale
361
361
354
337
12 - Courbe frontale
110,5
111,5
104
99
13 - Corde pariétale
lis
109
114
112
14 - Corde occipitale
84
91
87
86
15 - Diamètre nasion-inion
175
162
166
157
12/8- Indice frontal-sagittal
87.00
65. 76
83,87
87, 61
16 - Largeur frontale minimale
92
97,6
89
93
17 - Largeur frontale maximale
103
111
108
108
18/17-Indice frontal
89,32
87, 83
82,40
86,11
16/2- Indice fronto-pariétal
74,19
73,30
68, 99
72. 65
49*
51*
48'
51'
59'
19 - longueur du trou occipital
37
36
34,5
-
20 - Largeur du trou occipital
29,5
29,5
30,5
-
19/20-Indlce du trou occipital
79, 72
81, 94
88,40
-
21 - Diamètre bi-mastoidlen
96
102
106
95
Source : MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE) 13
porion), d’autre part par le cubage direct au plomb {méthode de Broca), ce dernier pour les trois crânes
masculins.
Le tableau II montre que d’après la classification de Broca, tous ces crânes sont de « petite
capacité » (de 1150 à 1449 cm®), la Femme ayant même, si l’on en croit la valeur obtenue par le calcul
avec la hauteur au porion, 10 cm® de moins que la limite inférieure de cette catégorie. Avec les classi¬
fications d’ailleurs discutables des Sarasin (masculine et féminine), on constate que la Femme et deux
hommes sont oligencéphales, l’H. n° 2 étant euencéphale, mais à la limite de l’oligencéphalie.
Le tableau III compare la moyenne des valeurs obtenues par les trois méthodes pour les Kader
masculins, aux valeurs obtenues pour Veddoïdes, Vedda et Négritos, après, comme pour tous les tableaux
de comparaison que nous donnerons, refonte partielle des données des auteurs. Il convient de signaler,
à ce point de vue, que les méthodes employées par ceux-ci peuvent être différentes. Il s’ensuit que ces
comparaisons ne sont pas rigoureuses.
TABLEAU ni
Comparaison des capacités crâniennes (1150/1450) (1)
Hommes
Femmes
Kader (moy. des résultats)
3
1281 (1248-1335)
1
1140
Veddoïdes
21
1331 (1176-1470)
5
1155 ( 970-1295)
Vedda : Sarasin
-
1250 (1012-1408)
-
1139 (1037-1217)
" Turner
6
1202 (1090-1362)
2
1089 (1088-1090)
Nêeritos :
Aëta
15
1315 (1110-1475)
14
1267 (1130-1435)
Andamanais divers (2)
18
1233 (1070-1360)
16
1127 (1025-1250)
Ongi
2
1225 (1160-1290)
4
1132 (1077-1172) (3)
Sakai"
2
1270 (1155-1385)
-
Tous
37
1268 (1070-1475)
34
1185 (1025-1435)
Nous constatons, en considérant ce tableau, qu’aucune différence sensible n’existe entre toutes
ces populations. Toutes les valeurs moyennes se situent dans la catégorie « petite capacité » de Broca,
ou même dans sa catégorie « microcéphale » (au-dessous de 1150 cm®), pour certaines femmes. Si on
regarde les valeurs individuelles, seuls trois hommes, un Kol et deux Aêta, ont une capacité supérieure
à 1450 cm®.
1. Pour chaque tableau de comparaison, seront donnés entre parenthèses : 1) le chiffre auquel débute la catégorie
moyenne (souligné) ; et 2) celui auquel débute la catégorie supérieure. D'autres limites pourront être ajoutées si on dis¬
tingue plus de trois catégories pour un indice donné.
2. H:3 de Turner, 4 de Gupte, 11 de Flower ; F:4 de Turner, 12 de Flower.
3. La capacité de la femme L. 6, calculée par les auteurs à l'aide de la formule de Lee-Pearson masculine, a été
recalculée avec la formule féminine.
Source : MNHN, Paris
14
s. de FÉLICE
II. — Indice crânien horizontal
La plus grande longueur du crâne appartient à l’Homme de 35 ans, ce dernier possédant, en
même temps, la plus faible largeur, ce qui le conduit à l’hyperdolichocrânie ; 68,88 est, en effet, un indice
très bas qui correspond à un crâne extrêmement allongé. Les deux autres sujets masculins sont d’une
dolichocrânie beaucoup moins prononcée, se plaçant à la limite supérieure de cette catégorie de l’indice.
La femme, elle, est mésocrâne, et a le minimum de longueur. Nous avons donc un sujet hyperdoli-
chocrâne et trois sujets situés dans la zone limitrophe de la mésocrânie et de la dolichocrânie.
TABLEAU IV
Comparaison de l’indice crânien horizontal (70/75/80) (1)
Hommes
Femmes
Kader
3
72, 58 (68, 9-74, 7)
1
75, 73
Veddoïdes
22
71,69 (68,1-75,4)
5
73,76 (67,9-79,6)
Vedda : Sarasia
21
71,6
11
71,2
" Turaer
7
71,11 (66,5-76,0)
2
71,25 (69,5-78,0)
" tous
28
71,47
13
71,05
Néffritos ;
Aëta
15
81,7 (75,3-90,2)
14
81,6 (77,0-87,5)
Andamanais divers (2)
7
83,47 (78, 6-88, 7)
4
80,62 (78,9-82,4)
Ongi
2
81,60 (78,9-84,3)
4
82,55 (79,7-85,2)
Sakaï
2
77,00 (74,6-79,4)
-
Tous
26
81,80 (74,6-90,2)
22
81,60 (77,0-87,5)
Un fait essentiel ressort de ce tableau, la ressemblance des Kader avec les Veddoïdes et les
Vedda et leur différence marquée avec les Négritos. Les valeurs moyennes masculines des trois premiers
groupes sont, en effet, dolichocrânes, et la considération des cas individuels pour Kader et Veddoïdes
montre que presque un tiers (7 sur 25) sont hyperdolichocrânes. Chez les Négritos, au contraire, l’indice
moyen masculin est, pour la totalité des hommes, brachycrâne, soit une différence de plus de 9 unités
avec celui des Kader. Une différence similaire s’observe si l’on considère les crânes féminins. Il est
intéressant de signaler que pour les 48 Négritos des deux sexes, un seul (un Sakaï, avec 74,6) est doli-
chocrâne, les autres comprenant 31 brachycrânes et 16 mésocrânes.
1. Flower ayant mesuré la longueur du crâne de ses Andamanais à l’ophryon, ses indices crâniens n'ont pu être
utilisés.
Source : MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
15
ni. — Indices de hauteur
Nous avons mesuré les hauteurs au basion et au porion, et calculé les indices correspondants
de hauteur-longueur et hauteur-largeur. Nous avons également évalué la hauteur de la calotte par
rapport à la ligne glabelle-inion.
a). Hauteur au basion. — Les trois hauteurs masculines sont presque identiques ; combinées
d’une part avec la longueur, elles classent les trois sujets dans la catégorie moyenne des orthocrânes
(voir tableau II) ; combinées, d’autre part, avec la largeur, elles montrent que l’H. n® 1 et l’H. n® 3
ont le crâne haut, d’indice acrocrâne, tandis que l’H. n° 2 est seulement métriocrâne.
L’indice de hauteur moyen d’Hrdlicka (rapportant cette hauteur à la demi-somme longueur
plus largeur) efface toutes les différences et ramène nos trois sujets dans la catégorie moyenne des
mésosèmes de H. Vallois.
TABLEAU V
Comparaison des indices de hauteur-longueur au basion (70/75)
Hommes
Kader 3
Veddoîdes 21
Vedda : Sarasin j 21
Turner j 7
Tous 28
Négritos
Aëta 15
Andamanais divers 7
Ongi 2
SakaI 2
Tous 26
71,44 (70,0-72,9)
72,83 (66,0-77,2)
73,8
74,32 (70,0-78,0)
73,93
76,4 (71,9-86,1)
77,65 (73,4-79,6)
78,80 (77,1-80,5)
76,55 (76,5-76,6)
76,96 (71,9-86,1)
Ce tableau de comparaison est très intéressant. Il montre que les Kader ont un indice moyen
orthocrâne assez voisin de celui des Veddoîdes ; orthocrâne également, celui des Vedda est un peu
plus élevé. Chez les Négritos, au contraire, l’indice est nettement hypsicrâne. La considération des
valeurs individuelles pour Veddoîdes et Négritos montre d’ailleurs que les premiers comprennent
71,4 % de sujets orthocrânes, alors que les seconds n’en ont que 19,2 % contre 80,7 % d’bypsicrânes.
TABLEAU VI
Comparaison des indices de hauteur-largeur au basion (92/98)
Hommes
Kader
3
98,51 (95,5-101,6)
Veddoîdes
21
101,74 (89,4-111,2)
Vedda : Sarasin
103,1
Turner
7
104,72 (100,0-113,0)
Négritos :
Aëta
15
93,6 (87,0-97,6)
Andamanais divers
19
95,03 (87,2-101,5)
Ongi
2
96,60 (95,5-97,7)
Sakaï
2
99,80 (96,4-103,2)
Tous
38
94,80 (87,0-103,2)
Source : MNHN, Paris
16
s. de FËLICB
Ce tableau VI montre que les différences observées entre ces groupes dans le tableau précédent
s’observent également ici, mais en sens inverse : en effet, les indices moyens des trois premières popula*
tiens sont maintenant acrocrânes, celui des Négritos étant, au contraire, métriocrâne. L’examen des
cas individuels montre, en outre, que 80,9 % des Veddoïdes sont acrocrânes, les Négritos n’ayant que
15,8 % de crânes de cette catégorie, à côté de 5,8 % de métriocrânes.
b). Hauteur au porion. — Aux trois crânes masculins de Kader, on peut maintenant joindre
la Femme. On voit que cette hauteur varie de 104 mm pour cette dernière à un maximum de 111 mm.
Les indices de hauteur-longueur sont, comme pour la hauteur précédente, également orthocrânes pour
tous les sujets. Pour l’indice de hauteur-largeur, une seule différence avec l’indice au basion s’observe
en faveur de l’H. n® 3 qui d’acrocrâne devient métriocrâne ^ Nous avons, en définitive, avec cette hau¬
teur au porion, un seul sujet acrocrâne, l’H. n® 1, et 3 sujets métriocrânes.
Les comparaisons seront, ici, beaucoup plus réduites du fait que cette dimension n’a été mesurée
que pour 2 crânes Veddoïdes (les Malé masculin et féminin de Sarkar) et pour les Négritos de Luçon.
Nous avons calculé les indices non donnés par les auteurs.
TABLEAU VII
Comparaison des indicefe de hauteur-longueur et de hauteur-largeur
au porion.
1° Hauteur-longueur (58/63)
Hommes
Femmes
Kader
3
61,30 (60,9-62,3)
1
61,53
Veddoïdes : Malé
1
64,07
1
66,87
Négritos ;
Aëta
12
65,99 (61,2-71,6)
11
63,90 (60,7-67,4)
Cngi
2
66,65 (65,1-68,2)
4
64,87 (63,7-65,6)
Tous
14
66,08 (61,2-71,6)
15
64,16 (60,7-67,4)
2 ° Hauteur-largeur (80/86)
Kader
3
84,45 (82,1-87,9)
1
81,25
Veddoïdes : Malé
88,42
1
84,00
Négritos :
Aëta
12
80,52 (76,9-83,5)
11
78,22 (73,9-81,4)
Ongi
81,70 (81,0-82,4)
4
79,25 (78,1-80,0)
Tous
14
80,69 (76,9-83,5)
15
78,50 (73,9-81,4)
Bien que se limitant pratiquement aux Kader et aux Négritos, l’étude des indices au porion
corrobore dans les grandes lignes les résultats obtenus pour les indices au basion. Identiquement, en
effet, pour l’indice de hauteur-longueur, les Kader sont orthocrânes alors que les moyennes mascu-
t. En effet, les deux hauteurs, au basion et au porion, représentent des renseignements différents comme l'a montré
l’un de noua (S.F. 1965).
Source : MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
17
line et féminine des Négritos sont hypsicrânesj ces derniers çoinprenant,, 83,3 %. de .crânes de cette
catégorie pour les hommes et 63,6 % pour les femmes. Les indices de hauteur-largeur, d’autre part,
appartiennent à la même catégorie moyenne, c’est-à-dire métriocrâne, pour Kader et Négritos mascu¬
lins, avec cette différence que l’indice moyen de ces derniers est inférieur de près de 4 unités à celui des
Kader ; un tiers d’entre eux sont d’ailleurs tapinocrânes. Pour les femmes, la différence s’accentue encore
car leur indice moyen est tapinocrâne et elles ont 72,7 % de crânes bas.
En conclusion, cette double étude montre bien qu’en ce qui concerne les hauteurs du crâne,
les Kader sont nettement différents des Négritos.
c). Hauteur de la calotte. — Beaucoup moins intéressant que les deux indices précédents, l’indice
de la calotte varie, pour nos sujets, de 53,8 à 58,6 avec une moyenne de 55,53 pour les-trois hommes,
la Femme ayant 55,82. Chez les Négritos de Luçon, E. Genet-Varcin obtient une moyenne de 59,1
pour les hommes (54,4-65,2), et une moyenne de 60,1 pour les femmes (52,0-67,8). Le bombement de la
voûte serait donc un peu plus prononcé chez les Aëta, mais les variations individueUes de ce caractère
sont trop grandes pour qu’on puisse en tirer une conclusion valable.
IV. — Courbes crâniennes
a) . Périmètre horizontal. — Les périmètres horizontaux des Kader, dont aucun ne dépasse 502 mm,
sont faibles. La moyenne des hommes, 496,6, est légèrement inférieure à celles des 22 Veddoïdes, et
légèrement supérieure à celle des 7 Vedda de Turner. Ces trois moyennes dépassent toutes d’au moins
1 cm celle des Négritos, comme le montre le tableau de comparaison n® VIII. Les données féminines
montrent également la supériorité de la seule femme Kader étudiée sur la moyenne des femmes négritos,
et également sur celle des femmes veddoïdes dont le nombre est d’ailleurs très restreint,
b) . Périmètre sagittal. — Ici encore les valeurs observées pour les Kader sont faibles ; mais
la moyenne masculine de ceux-ci se trouve être intermédiaire entre celle des Veddoïdes et celle des
Négritos, les différences entre les groupes n’excédant pas 1 cm.
Toutes ces observations sont en correspondance avec la faible capacité des crânes (voir tabl. II),
mais laissent cependant présumer une légère infériorité chez les Négritos. Le tableau ci-dessous indique
les valeurs comparatives.
TABLEAU Vin
CoDq>aralson des périmètres horizontal et sagittal total
Hommes
Femmes
Pér. horiz.
Pér. sag.
Pér. horiz.
Pér. sag.
Kader
3
496,6 (493-502)
358,6 (354-361)
1
480
337
Veddoïdes
22
502,13 (462-534)
369,63 (344-398)
4- 5
469,50 (455-488)
345,60 (330-370)
Vedda
7-25
492.00 (477-510)
361,14
2-11
480,00 (475-485)
352,56
Négritos !
Aëta
15
486, 00 (460-530)
349,2 (325-364)
14
479,1 (457-510)
346,0 (328^67)
19-17
478,3 (456-493)
347.3 (325-361)
16
463,8 (453-475)
334,4 (324-347)
Ongi
2
476,0 (471-481)
345,5 (342-349)
4-
463,7 (454-469)
837.7 (326-344)
Sakai'
2
489,0 (473-505)
353,0 (347-359)
Tous
38-36
481,81 (456-530)
348,33 (325-364)
34
470,14 (453-510)
339,76 (324-367)
c). Segments sagittaux. — Les trois segments de la courbe sagittale ont été mesurés pour toutes
nos séries, Vedda des Sarasin exceptés pour lesquels seul le périmètre sagittal total est donné. Leurs
valeurs moyennes, ainsi que celles des Kader, sont indiquées dans le tableau IX.
Source : MNHN, Paris
18
s. de FÉLICB
TABLEAU K
Coznparaison des dimensions des segments faglttaux
Hommes
Femmes
F.
P.
O.
F.
P,
O.
Kader
3
127,00
(124-180)
125,83
(122-127)
3
106,33
(103-109)
1
113,00
1
124,00
1
100,00
Veddofdes
21
126,80
(110-135)
19
130, 78
(113-147)
20
112,45
(95-130)
5
119,80
(113-180)
5
125,40
(117-132)
5
100,40
(93-108)
Veddà
Nétrrltos :
6
125,83
(120-132)
6
127, 66
(111-145)
6
110,50
(104-114)
2
120,00
(120-120)
2
119.00
(110-128)
2
109,00
(105-113)
Aëta
15
125,8
(118-135)
15
119,3
(108-127)
15
104,7
(93-128)
14
121,5
(113-132)
14
118,9
(103-129)
14
105,5
(95-126)
Andamanais
divers
17
119,7
(113-^126)
17
121,9
(102-135)
17
103,8
(94-110)
16
115,1
(108-122)
16
116,8
(107-127)
16
102,5
(95-112)
Oogi
2
120,0
(118-122)
2
122,5
(120-125)
3
104,3
a02-107)
4
116,5
(110-120)
4
117,0
(112-121)
5
104,8
(104-107)
Sakar
2
116,00
(112-120)
2
127, 50
(127-128)
2
109,50
(108-111)
Tous
36
122,08
(112-185)
36
121,19
a02-136)
36
110,54
(93-128)
34
117,97
(108-132)
84
117,23
(103-129)
34
104, 62
(95-126)
Déjà ce tableau Indique que c’est toujours chez les Négritos — à une exception près pour les
femmes — que l’on observe les moyennes minimales. Mais il est plus intéressant de comparer les for¬
mules de rapport de ces différents segments, lesquelles, chez nos Kader, sont les suivantes : H. n® 1 :
F = P>0;H.n®2:F>P>0;H. n®3:P>F>0; Femme : P > F > O.
Le segment pariétal, comme c’est généralement le cas, est supérieur au segment occipital, en
moyenne de 20,2 mm.
Kader
Veddoides
Vedda
Négritos
TABLEAU X
Comparaison des différentes formules
4
24
7
P > F > 0 P>0>F p>f-o p-f>o
F>P>0 F>0>P 0>F>P
2
15 = 62,5 %
3
28 = 40,5 %
1
1 6
6 = 25 %
3
29 = 42 %
Les deux sexes étant réunis, la comparaison des longueurs respectives des différents segments
de la courbe sagittale montre que si pour les Kader nous observons 2 fois sur 4 la formule P ^ F ^ O,
celle-ci est de beaucoup la plus fréquente chez les Veddoïdes : 62,5 % des cas contre 25 % pour la for¬
mule F > P > O. Chez les Négritos, c’est au contraire cette dernière formule (observée une seule fois
pour nos Kader) qui devient la plus fréquente : 42 % des cas à côté de 40,5 % pour la première.
Si 1 on ne considère que les longueurs relatives des segments frontaux et pariétaux, on a alors
les proportions suivantes :
Source -■ MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
19
Kader
Veddoïdes
Vedda
Négritos
P>F
4 2
24 16 = 66,7 %
7 3
69 29 = 42 %
P = F F>P
1 1
1 7 = 29,2 %
4
6 = 8,7 % 34 = 49,3 %
Pour ce caractère également, dont la valeur anthropologique n’a d’ailleurs pas encore été pré¬
cisée, les Kader sont plus proches des Veddoïdes.
Indice frontal-sagiUal. Les valeurs des trois cordes qui sous-tendent les trois segments sagittaux
sont données dans le tableau II. Il est intéressant de s’arrêter sur la valeur de la corde frontale exprimée
en % de la courbe correspondante, autrement dit sur l'indice fronlal-sagittal, lequel permet de se faire
une idée de la courbure du front. La valeur moyenne de cet indice pour nos 4 sujets est de 86,06 (de
83,87 à 87,61). Cette valeur indique un front assez bombé, la moyenne de cet indice variant chez les
populations actuelles, de 87,1 à 89,8 (d’après Martin). Pour les Aëta, d’autre part, M“® Genet-Varcin
donne la valeur de 85,8 pour 15 hommes et 14 femmes réunis, valeur très peu inférieure à la nôtre indi¬
quant un front encore un peu plus bombé.
V. — Indices frontaux
. , , /Larg. frontale min. X 100\ . , . ,
L indice frontal 1-^-1 indique, chez ces quatre sujets, un front moyenne¬
ment divergent (de 80 à 99,9). L’indice moyen des trois hommes, 86,5, est supérieur de 4,5 unités à celui
des 9 Veddoïdes de Basu, seuls considérés à ce point de vue et appartenant à la même catégorie. Il
dépasse beaucoup plus encore celui des 15 Aêta, 78,0, qui, lui, se range dans la catégorie < front très
divergent s, mais l’ensemble des Négritos, avec 80,4, se placent également dans la catégorie moyenne.
A remarquer seulement l’indice maximal des Kader.
En ce qui concerne l'indice fronto-pariétal, seul l’H. n® 3 est métriométope ; les deux autres
hommes et la Femme sont eurymétopes. Le front, chez eux, est donc large par rapport à la boîte crâ¬
nienne.
TABLEAU XI
CosqiarBison de l'Indice frontal (80/100) et
de l’Indice fronto^rlêtal (66/691
Hommes
Femmes
Ind. frontal
tnd. fronto-parlOtal
Ind. frontal
Ind. fronto^rlétal
Kader
3
86,61
72,16
1
86.11
72. 65
Veddoldee
8-22
83,01 (78,3-84,8)
71,27 (66,9-75,8)
1-4
86,9
73, 27 (88, 9-78, 6)
VeâdB:Sara8la
70,8
" Tumer
7
73,46 (87,9-76,8)
2
71,40 (70,1-72, 7)
Néfpritos :
Aeta
16
78,00 (73,9-82,1)
66,60 (60,0-68,7)
14
80,40 (76,0-84,8)
67,00 (60,0-70,3)
Andamanale divers
12-18
82. 96 (77,2-80,1)
68,17 (62.9-75,0)
12-16
83,14 (79,0-91,2)
67,48 (63,9-71,7)
Ongl
2
83,05 (81,4-84,7)
69,26 (68,3-70,2)
3
65,36 (62,3-68,4)
Sakaf
2
69.90 (67,6-72,2)
T”
28-38
80,44 (73,8-90,1)
67,81 (80,0-75,0)
26-33
81,70 (76,0-91,2)
87,09 (60,0-71,7)
Source : MNHN, Paris
20
s. de FÉLICE
Comme pour l’indice frontal, l’indice fronto-pariétal montre que les Kader s’éloignent au maxi¬
mum des Négritos, les Veddoïdes occupant une position intermédiaire. La répartition des cas indivi¬
duels dans les catégories de l’indice confirme très bien ce fait, puisqu’on observe — pour les deux sexes
—, 76,9 % d’eurymétopes chez les Veddoïdes {contre 23 % de métriotopes), alors que les Négritos n’en
ont que 21,1 % à côté de 46,5 % de métriométopes et 32,4 % de sténométopes. Par ailleurs, les Kader
se rapprochent également des Vedda de Turner, qu’on peut seuls recenser, et qui comprennent 8 eury-
métopes sur 9 (1 métriométope).
VI, — Angle d’inclinaison du front
Nous avons étudié ici deux angles : 1) l’angle que fait la ligne nasion-bregma avec le plan porio-
orbitaire (n® 32. 1 a de Martin) ; 2) l’angle formé par la ligne glabelle-bregma avec la ligne glabelle-
inion (n® 32. 2 de Martin). La valeur moyenne du premier de ces angles est de 49,7® pour nos 4 sujets
(de 48® à 51®). Pour le second, dont les variations sont elles aussi très faibles, la moyenne est de 58®
(de 57® à 59®).
C’est seulement pour ce deuxième angle que des comparaisons sont possibles, et encore sont-elles
limitées à des Négritos. Pour les Aëta de Luçon, E. Genet-Varein obtient une moyenne très voisine de
la nôtre : 58,8® pour 12 hommes et 11 femmes réunis, mais les variations sont, ici, plus étendues (de
54® à 64®). Le même auteur cite la valeur de 63® obtenue par Schlaginhaufen pour quelques Semangs
et celle de 65® obtenue par E. von Eickstedt pour un sujet négrito.
VIL — Trou occipital
Le trou occipital présente, comme c’est généralement le cas, une assez grande variation : les
trois sujets masculins ont, les deux premiers un « trou étroit », mais pour l’un de ceux-ci à la limite de la
catégorie moyenne, le troisième un « trou large » ; la valeur moyenne des trois sujets tombe dans la
catégorie « trou moyen i> (82-85,9) avec une valeur de 83,55.
Chez 10 Veddoïdes masculins, la moyenne est à peine supérieure : 84,27 (78,8-94,3) ; 12 Aëta
de même sexe, fournissent la valeur de 84,4 (76,5-92,9), et 12 Andamanais (Flower), celle de 82,84
(75,6-91,4). On voit que pour tous ces groupes, la moyenne de l’indice se trouve dans la catégorie a trou
moyen ». Ce caractère n’apporte donc, ici, aucun renseignement intéressant, et dans toutes les séries
les variations sont extrêmement étendues.
B. - CRÂNE FACIAL
Considérée dans son ensemble, la face est plutôt large et basse. Les pommettes ne sont pas
particulièrement développées, et les arcades zygomatiques, bien séparées des écailles temporales, sont
grêles. Il n’y a pas de prognathisme comme on le verra plus loin. Les mesures concernant le crâne facial
sont données dans le tableau XII.
Source : MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
21
TABLEAU Xn ,
- CRANE FACIAL
Hn" 1
Hn'’2
Hn°3
Femme
1
- Hauteur faciale totale
104
108
108
-
2
- Largeur bizygomatique
122,5
128
124
122
1/2
- Indice facial total
84.88
84,37
87,09
-
3
- Hauteur faciale supérieure
>64
>60
64,5’
65
3/2
- Indice facial supérieur
^52,24
46,87
52,01
53,27
4
- Diamètre basion-nasion
96,5
96
94,5
-
5
- Diamètre basion-prosthion
-
>89
88
-
5/4
- Indice gnathique
-
>92, 70
93,12
-
6
- Angle facial
82° ?
88° ?
85°
86° ?
7
- Largeur de l'orbite
43,5
41
42
44,5
8
- Hauteur de l'orbite
31
34
35
30
8/7
- Indice orbitaire
71,26
82,92
83,33
67,41
9
- Diamètre bi-ektoconquioD
95
95
93
97
10
- Diamètre inter-orbitaire
16
19,5
16
-
11
- Hauteur du nez
51
47
51,5
49,5
12
- Largeur du nez
28
23
27
27
12/11
- Indice nasal
54, 90
48, 93
52,42
54,54
13
- Longueur de la voûte palatine
50
43
40,5
-
14
- Largeur de la voûte palatine
40,5
41
40,5
40
15
- Profondeur de la voûte palatine
11
12
10
-
14/13
- Indice palatin
81, 00
95,34
100,00
-
15/13
- Indice de profondeur
27,16
29,26
24,69
-
I. — Indices faciaux
Des trois sujets masculins, seuls à considérer pour l’indice facial total, deux ont la face large et
basse, d’indice euryprosope, le troisième étant mésoprosope.
Pour l’indice facial supérieur, la Femme entre en jeu ; il faut seulement remarquer que pour
l’H. n® 2, la région du prosthion étant endommagée, la hauteur mesurée est sûrement inférieure à la
hauteur vraie. On peut cependant conclure avec certitude d’après les valeurs de l’indice obtenues,
que 3 sujets, dont la Femme, sont mésènes, l’H. n® 2 étant certainement euryène. La valeur moyenne
des 3 hommes est mésène, mais à la limite inférieure de cette catégorie.
Source ; MNHN, Paris
22
s. de FÉLICE
TABLEAU Xra
Comparaison de l'indice facial total (80/85/90/95) et de l'indice
facial supérieur (45/50/55/60)
Hommes
Femmes
I.&cial total
I. focial sup.
I. &cîal sup.
Kader
S
85,44
50,37
1
53,27
Veddoïdes
13-17
86,94 (79,7-99,2)
49,47 (45,3-53,8)
3
50, 96 (48,3-53,4)
Vedda
^2-26
88,52
50,24
48,3
Nésritos :
Aëta
7-10
78,2 (70,9-88,8)
50,42 (44,2-55,5)
10
49,6 (42,1-59,1)
Andamanais divers
4- 7
81,72 (80,4-82,4)
49,25 (47,3-52,9)
4
47,12 (45,8-47,9)
Ongi
2
49, 80 (49,6-50, 0)
3
49,86 (47,5-53,0)
Tous(l)
11-19
79,23 (70,9-88,8)
49,92 (44,2-55.5)
17
49.10 (42,1-59,1)
Les moyennes de l'indice facial total des Kader, des Veddoïdes et des Vedda masculins se placent
toutes dans la catégorie mésoprosope ; il y a ainsi franche opposition avec les Négritos dont la moyenne
est hypereuryprosope. Chez ces derniers, en effet, au nombre de 11 seulement, on compte 5 hypereu-
ryprosopes et 5 euryprosopes pour un seul mésoprosope ; tandis que pour 13 Veddoïdes, on observe 1 seul
hypereuryprosope et 5 euryprosopes à côté de 3 leptoprosopes et 1 hyperleptoprosope.
En ce qui concerne l’indice supérieur, chose curieuse, les résultats sont différents. Les moyennes
masculines globales sont toutes situées dans la zone limitrophe de l’euryénie et de la mésénie avec
0,90 unité de différence seulement de la plus faible (Veddoïdes) à la plus grande (Kader). La répartition
des sujets dans les différentes catégories de l’indice montre que les Veddoïdes comprennent 58,8 %
d’euryènes et 41,2 % de mésènes, tandis que les Négritos ont 57,9 % d’euryènes et hypereuryènes
réunis, à côté de 31,6 % de mésènes et 10,5 % de leptènes (2 sujets). Si on réunit les deux sexes, on
arrive à des résultats qui se rapprochent davantage de ceux que fournit l’indice total : on a, en effet,
pour les Veddoïdes 55 % d’euryènes et 45 % de mésènes, alors que les Négritos présentent 63,9 %
d’euryènes et hypereuryènes, contre 27,8 % seulement de mésènes et 8,3 % de leptènes.
II. — Prognathisme
Le prognathisme a été étudié suivant les deux techniques classiques : 1) calcul de l’indice gna-
thique de Flower, exprimant le diamètre basion-prosthion en pour-cent du diamètre nasion-basion ;
2) mesure de « l’angle facial total », soit l’inclinaison de la ligne nasion-prosthion sur le plan porio-
orbitaire, à l’aide du goniomètre de MoUison.
Le premier procédé n’a pu être utilisé que pour les H. n® 2 et n® 3 qui montrent un orthognathisme
net (au-dessous de 98). Le second a pu être appliqué aux 4 sujets, montrant encore l’orthognathisme
pour les 2 hommes précédents ainsi que pour la Femme, l’H. n® 1 étant nettement mésognathe.
Une comparaison n’a pu être faite que pour l’indice gnathique (hommes seulement).
1. La hauteur faciale supérieure fournie par Flower pour ses Andamanais étant prise différemment, l'indice corres¬
pondant n’a pu être calculé. Il en est de même pour l’unique SakaI mesuré par Turner, la valeur de 40 qu’il donne pour sa
hauteur nasion-prosthion étant évidemment erronée.
Source ; MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
23
TABLEAU XIV
Comparaison des indices gnathiques de FJower (98/103)
Hommes
Kader 2
Veddoïdes 18
Vedda 6
Négritoa !
Aeta 10
Andamanais 19
Ongi 2
SakaI 2
Tous 33
92,9
96,57 (90,5-104,4)
97,78 (89,0-102,1)
97,4 (91,3-103,1)
100,48 (96,6-107,4)
96,50 (94,1-98,9)
95,30 (94,9-95,7)
98,99 (91,3-107,4)
Ce tableau montre que Kader, Veddoïdes et Vedda sont orthognathes, et que l’ensemble des
33 Négritos masculins ont une moyenne mésognathe, due à l’influence des Andamanais. La répartition
des indices par catégories confirme le fait : 51,1 % de mésognathes chez les Négritos, à côté de 38,9 %
seulement chez les Veddoïdes ; et d’autre part, 36,3 % d’orthognathes chez les premiers et 55,6 % chez
les seconds qui ne comportent qu’un seul sujet prognathe (4 chez les Négritos).
III. — Orbites
La forme des orbites est loin d’être homogène : chez l’H. n® 1 et chez la Femme, l’ouverture est
quadrangulaire et basse ; chez les deux autres hommes, elle est beaucoup plus ronde et plus haute. Ces
différences sont marquées par les indices correspondants (la largeur orbitaire étant prise au point maxillo-
frontal) dont deux sont franchement chamaeconques, les deux autres étant mésoconques, et encore,
situés dans la partie supérieure de cette catégorie. Il y a donc, de 67,4 à 83,3, une très grande variation.
En ce qui concerne nos comparaisons, seuls ont pu être utilisés les indices calculés avec une largeur
prise au point maxillo-frontal, c’est-à-dire ceux des Vedda des Sarasin, des Aëta et des Ongi. Pour les
indices des autres séries, les auteurs n’ont pas spécifié s’ils avaient utilisé ce point ou le dacryon : nous
les avons donc laissés de côté.
TABLEAU
XV
Comparaison de l'indice orbitaire (76/85)
Hommes
Femmes
Kader
3
79,17 (71,3-83,3)
1
67,41
Vedda Sarasin
21
89,2 ( 7-102,5)
10
89,4
Nétcritos :
Aëta
15
87,1 (77,9-94,7)
14
82,9 (71,4-89,4)
Ongi
8
91,1 (87,2-97,2)
3
86,56 (81,2-92,8)
Tous
18
87,62 (77, 9-97,2)
17
83, 52 (71,4-92,8)
Source : MNHN, Paris
24
s. de FÉLICE
On constate, ici, que les Kader, les deux sexes étant réunis, s’éloignent à la fois des Négritos et
des Vedda, l’indice moyen de ces deux populations étant hypsiconque. Pour les premiers, nous avons
2 chamaeconques et 2 mésoconques ; tandis que pour les seconds, on note un seul sujet chamaeconque
{une femme) à côté de 12 mésoconques et de 16 hypsiconques, soit 55,2 %. La classification employée
par les Sarasin étant différente de celle de Martin, la répartition qu’ils donnent, sans fournir les valeurs,
ne peut être utilisée.
IV. — Os NASAUX ET INDICE NASAL
Les os propres du nez, présents seulement chez les trois hommes, ont une configuration très
différente. Ils forment, en s’unissant sur la ligne médiane, un angle assez aigu chez l’H. n® 1, obtus chez
l’H. n® 2 et presque plat chez l’H. n® 3. Vus de profil, ils commencent par une dépression sous-glabellaire
chez les deux premiers sujets, suivie d’une saillie, particulièrement nette chez le n® 1. Chez le n® 3 au
contraire, le profil est sensiblement rectiligne, en rapport avec l’aplatissement observé.
Au niveau de l’ouverture piriforme, le bord inférieur est tranchant chez tous les sujets, femme
comprise ; mais on observe chez l’H. n® 1 une fosse prénasale très étendue (12 mm sur la ligne médiane).
L’épine nasale est bien individualisée chez les hommes ; elle est plus effacée chez la Femme.
E. Genet-Varcin signale que ses Aëta ont un « nez à racine large et aplatie ». Quant à l’ouverture
piriforme, elle présente 11 fois un bord net et tranchant, 5 fois une fosse prénasale, 7 fois une gouttière
simienne et 3 fois le type infantile. Turner note chez les Gond un dos du nez non saillant, quelquefois
concave ; chez les Oraons, il est faiblement ou modérément saillant. En définitive, on observe chez tous
ces types une notable variation.
Comme l’indice orbitaire, l’indice nasal de nos Kader est variable : les deux sujets chamaeconques,
l’H. n® 1 et la Femme, sont platyrhiniens dans la classification de Broca, associant ainsi un nez large
à des orbites basses ; les deux autres sujets, mésoconques, sont en même temps mésorhiniens.
TABLEAU
XVI
Conçiaraison de l’indice nasal (48/S3. Broca)
Hommes
Femmes
Kader,
3
52, 08 (48, 9-54, 9)
1
54,54
Veddoi’des
20
52, 90 (45, 8-60, 0)
4
57,60 (53,2-60,9)
Vedda : Sarasin
21
52,5 (40,7-62,2)
8
52,00
” Turner
6
52,93 (47,8-59,5)
2
59,35 (56,8-61,9)
” tous
27
52,59 (40,7-62,2)
10
53,47
Néeritos ;
Aëta
14
56,9 (50,0-70,4)
14
59,8 (51,0-69,0)
Andamanais div.
19
51,4 (44,7-57,8)
16
52,3 (48,8-58,1)
Oi^i
2
48,85 (46,7-51,0)
3
54,5 (51,1-57,8)
Sakai*
2
54,75 (51,0-58,5)
Tous
37
53,52 (44,7-70,4)
33
55, 64 (48,8-69,0)
Source ; MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
25
L’examen des sujets masculins montre une augmentation progressive des moyennes, des Kader
aux Vedda, puis de ceux-ci aux Veddoïdes et enfin des Veddoïdes aux Négritos, mais ces derniers pré¬
sentent de grands écarts entre les divers groupes. D’autre part, l’examen des pourcentages de sujets pla-
tyrhiniens donne les résultats suivants : 33,3 % chez les Kader (1 sujet sur 3), 45 % chez les Veddoïdes
(9 sujets sur 20), 40,7 % chez les Vedda (11 sur 27) et 40,5 % chez les Négritos (15 sur 37). Les méso-
rhiniens représentent le complément à 100 de ces chiffres, n’étaient 8 leptorhiniens seulement pour
l’ensemble du tableau (2 Veddoïdes, 3 Vedda, 2 Andamanais et 1 Ongi).
Chez les femmes, et ceci dans tous les groupes, les indices moyens sont, d’une façon constante,
supérieurs à ceux des hommes. Seulement deux femmes sont leptorhiniennes (Vedda), tandis que les
platyrhiniennes sont beaucoup plus nombreuses : 50 % chez les Vedda, 57,5 % chez les Négritos, toutes
se plaçant dans cette dernière catégorie pour Veddoïdes et Kader.
En conclusion, l’examen des sujets masculins qui seuls sont en nombre suffisant, montre que
nos Kader se rapprochent des Vedda et des Veddoïdes et s’éloignent des Négritos considérés dans leur
ensemble ; mais les variations existant entre les divers groupes de ceux-ci, s’ajoutant aux variations
individuelles, rendent ces comparaisons assez fragiles.
V. — Voûte palatine
La voûte, assez profonde, est limitée par une arcade alvéolaire du type parabolique net chez
l'H. n® 3, un peu moins net chez la Femme, et du type upsyloïde chez les deux autres sujets. Elle ne
présente aucune trace de torus palatinus.
En ce qui concerne les proportions du palais osseux, nous avons utilisé l’indice palatin classique
exprimant la largeur, prise entre les deux M2, en pour-cent de la longueur, celle-ci étant mesurée du
point médian de la tangente aux échancrures postérieures, au point médian de la tangente aux alvéoles
des incisives médianes. On constate ainsi que l’H. n° 1 est mésostaphylin (de 80 à 84,9), les deux autres
étant brachystaphylins.
Les auteurs ayant calculé un indice maxillo-alvéolaire (ou palato-raaxillaire) et non l’indice
palatin, à l’exception de Basu qui donne les deux, nos comparaisons seront limitées à 6 Veddoïdes de
cet auteur et aux Négritos Aëta et Ongi.
TABLEAU XVII
Comparaison de l’indice palatin (80/85)
Kader 3
Veddoïdes 6
Négritos :
Aëta 8
Ongi 2
Tous 10
Hommes
92,11 (81-100)
80,56 (58,3-100)
83,6 (76,0-90,4)
89,9 (86,3-93,6)
84,89 (76,0-93,6)
L’examen de ce tableau pourrait donner à penser que les Négritos occupent une situation inter¬
médiaire entre Veddoïdes et Kader ; mais les variations individuelles de cet indice dans chacun des
trois groupes sont tellement considérables, et les séries, d’autre part, sont si réduites, qu’on ne peut
raisonnablement attribuer de valeur à ces comparaisons. La répartition des sujets dans les différentes
catégories de l’indice n’apporte rien non plus.
Source : MNHN, Paris
s. de FÉLICE
2()
C. - MANDIBULE
Comme il a été dit plus haut, seuls les trois sujets masculins possèdent leur mandibule.
TABLEAU XVm
- MANDIBULE
H n® 1
H n“ 2
H n“ 3
1
- Longueur maximale
96
93
99
2
- Largeur bicondylienne
111
111
110
3
- Largeur bigoniaque
91
95
98
1/2
- Indice mandibulaire
86,48
83, 78
90, 00
3/1
- Indice de long. -larg. bigoniaque
94, 79
102,15
98, 98
3/2
- Indice des largeurs
81,98
85,58
89, 09
4
- Hauteur symphysienne
> 28
26
23
5
- Hauteur du corps entre P 2 -Mj
28, 5
27
26,5
6
- Epaisseur du corps entre P 2 -M 1
13
12, 5
10
6/5
- Indice de robustesse du corps
45, 61
46,29
37, 73
- Hauteur de la branche montante
63 dr.
55
57
8
- Larg. min. branche montante
28 dr.
28
26,5
8/7
- Ind. de larg. -haut, branche
44,44
50, 90
46,49
- Angle goniaque
114“
129“
129“
I. — Corps et branche montante
Les comparaisons, ici, ne seront malheureusement pas possibles pour toutes les mesures. Ou
bien les valeurs manquent, ou bien les techniques ne sont pas précisées et les chiffres donnés peuvent
prêter à confusion. Ce sont les Aëta de Luçon qui nous fourniront le plus de renseignements
(Tableau XIX).
Ces mandibules, bien déliées et bien dessinées, sont, comme le reste du crâne, de petite dimen¬
sion : leur longueur (longueur maximale ou condylienne) est, en moyenne, un peu inférieure à celle de
19 Vedda masculins mesurés par les Sarasin, et à peine supérieure à celle de 10 Aëta de même sexe.
Leur largeur bicorulylienne, d’autre part, est inférieure à celle de 6 Veddoïdes et également à celle de
14 Négritos. Quant à leur largeur bigoniaque, elle est, au contraire, maximale, abstraction faite de celle
des Aëta.
Source : MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
27
TABLEAU XK
Comparaisoa des principales me
ures de la mardibule et de ses Indices
maximale
Larg.
bi condylienne
2
Lat*.
bigoniaque
3
mandibulaire
1/2
Ind. long. -4a>^.
aux gonlons
3/1
des largeurs
3/2
Hayt.
sympbyslenoe
4
Kader
S 96,0
110,6
94.6
86,75
98,64
85,55
> 27,3
(93- S9)
(110-111)
(91- 98)
(83,8-90.0)
(94,8-102,1)
(81,9-89,1
(26->28)
Veddoi'ües
-
6 113,83
15 91,33
-
-
80,58
13 30,53
(110-116)
(79-104)
(28-35)
Vedda
19 98.8
-
21 94,12
-
19 96,6
-
2 30,5
(28-33)
Nésritos
AëU
10 94.7
9 114,6
10 95,3
9 82,8
10 98,6
9 82,0
S 29,6
(86-102)
(104-119)
(85-101)
(74,7-88,4)
(92,4-105,8)
(77,3-89,3
(26-34)
Andamanais
-
5 108,2
9 91,66
-
-
84.71
9 25,33
(99-112)
(80-103)
(22-29)
Tous
-
14 112,36
19 93.57
-
-
83,26
14 26,64
(99-119)
(80-103)
(22-34)
Indice de
Haut.
lArg. min.
Ind. larg. haut
Angle
du corps
du corps
robustesse
branche
branche
branche
gonlaque
S
6
6/5
7
8
8/7
9
Kader
27,3
11,8
43,21
56,3
27,5
47,27
124“
(26,5-28,5)
ao-13)
(37, 73-46,29
(55-63)
(26, 5-28)
(44,4^0,9)
(114‘-129*)
VeddoSdee
-
-
-
-
-
5 119*
(U3“-iai“)
Vedda
-
-
-
-
•
*
Néeritos
Aëta
6 26
9 16,4
4 55.4
10 53,9
10 31.8
10 59,8
10 120*, 4
(22-28)
(15-18)
(46,6-78.0)
(47-61)
(29-37)
[49,1-66, 6)
(112'-129*)
Andamanais
-
-
-
-
-
S 118*, 8
(114*-126*)
Tous
.
-
-
-
-
15 119*, 86
ai2*-129*)
L’indice mandibulaire montre que l’H. n® 1 est mésognathe (85-89,9), l’H. n® 2 brachygnathe
et l’H. n® 3 dolichognathe (juste à la limite inférieure de la dolichognathie) ; l’indice moyen des 3 sujets
est, bien entendu, mésognathe, alors que celui de 9 Aëta masculins, seul terme de comparaison pour
cet indice, est au contraire brachygnathe, ces derniers comprenant 6 sujets brachygnathes et 3 méso-
gnathes.
Les Sarasin, dans leur étude des Vedda, ont calculé un indice exprimant la largeur bigoniaque
en pour-cent de la longueur condylienne : sa valeur, pour 19 hommes, est de 96,6. Le même indice, calculé
pour Kader et Aëta, montre que la largeur bigoniaque serait relativement plus grande par rapport
à la longueur de la mandibule chez les Kader et les Négritos que chez les Vedda.
Source : MNHN, Paris
s. de FÉLICE
L'indice des largeurs (ou gonio-condylien), calculé avec les valeurs moyennes des mesures compo¬
santes pour Veddoîdes et Andamanais, montre que les Kader ont la valeur maximale et les Veddoïdes
la plus faible.
Au niveau du corps, la hauteur et l'épaisseur mesurées entre Pg et M^, donc pas systématiquement
au trou mentonnier qui, ici, est net et large et situé sous Pg, permettent de calculer l’indice de robustesse ;
il est, pour nos 3 sujets, bien inférieur à celui des 4 Aëta du tableau. Les mandibules de nos Kader sont
à la fois plus hautes et beaucoup moins épaisses ; elles ne sont cependant pas graciles, mais elles ne pré¬
sentent pas ce caractère de massiveté qu’offrent les mâchoires des Négritos de Luçon et qu’on peut
très bien voir sur les schémas et surtout sur la photographie publiés par E. Genet-Varcin. La hauteur
de la symphyse ne peut être prise exactement que sur les sujets 2 et 3, l’H. n® 1 ayant son point infra-
dental détruit. La moyenne approximative obtenue s'intercale entre celle des Andamanais d’une part,
et celles des Aëta, Vedda et Veddoïdes d’autre part.
Chez nos trois sujets, la saillie mentonnière est bien accusée, alors qu’on voit sur les dessins au
diagraphe publiés par E. Genet-Varcin que le menton des Aëta n’est pas saillant bien qu’il soit o positif »
dans l’ensemble, dit-elle. Turner signale, pour ses Gond, que le menton est proéminent. Les apophyses
géni sont, d’autre part, bien développées chez les H. 1 et 2 (très saillantes chez ce dernier), effacées
chez l’H. n® 3.
La branche montante est, elle aussi, beaucoup moins massive chez les Kader que chez les Aëta ;
l’échancrure sigmoïde est plutôt profonde et assez arrondie, plus large toutefois chez l’H. n® 3 ; chez
les Aëta, les schémas montrent une échancrure plus large et moins incurvée. Les gonions sont bien
saillants, extroversés chez l’H. n® 2. L'indice de largeur-hauteur de la branche est inférieur à celui de
10 Aëta, de 12 unités ; sa valeur montre bien la différence de morphologie qui éloigne nos Kader de ces
Négritos. Pour les Ongi, malheureusement, seule une mandibule d’enfant a pu être étudiée ; mais la
photographie du maxillaire inférieur du sujet féminin L5 donne aussi cette impression de massiveté
observée chez les Aëta et que nos Kader n'ont pas du tout.
L’angle symphysien, mesuré par les divers auteurs suivant des techniques différentes et au sujet
duquel règne la plus grande confusion, a été volontairement laissé de côté. Quant à l’angle goniaque,
notons qu’il est, par rapport à celui des Aëta, quelque peu supérieur chez les Kader : 124® contre 120.4®
pour 10 hommes.
II. — Denture
La forme de l’arcade du maxillaire supérieur a été envisagée à propos de l’étude de la voûte
palatine. Celle de l’arcade mandibulaire est nettement parabolique chez les 3 hommes.
Un certain nombre de dents manquent chez ces Kader, mais l’état de leurs alvéoles permet
d’affirmer que celles-ci sont tombées post-mortem.
H. n® 1 : il ne possède plus que 16 dents, dont 4 seulement à la mâchoire supérieure, les 3 molaires
droites et gauche. A la mandibule, il manque 3 incisives et une canine. Les dents de ce sujet ont un
degré d’usure assez avancé. Les 10 molaires ont subi une forte abrasion sauf et M® droites.
H. n® 2 : ici, nous avons 27 dents ; il manque 3 incisives et P® droite à la mâchoire supérieure,
ainsi que Ig gauche en bas. Molaires et prémolaires laissent voir ou deviner toutes leurs cuspides. Un
aussi bon état de la denture chez une population qui a une nourriture favorisant certainement beaucoup
plus 1 abrasion dentaire que la nôtre, est une preuve de la jeunesse de cet individu.
H. n°3: ce sujet, qui n’a perdu aucune dent, n’en possède que 29 ; en effet, les deux Mg inférieures
ne présentent aucun indice d’éruption et il faut de plus signaler l’absence congénitale de l’incisive
médiane inférieure droite. Ces dents sont dans un très bon état de conservation ; seules les molaires
sont légèrement usées, les 4 Ml l’étant davantage.
Femme : les 11 dents présentes de ce calvarium, molaires et prémolaires plus la canine droite,
sont dans un aussi bon état de conservation que celles de l’H. n® 2, laissant très bien voir les cuspides
des surfaces triturantes.
Source : MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
29
a) Carie et mutilations intentionnelles. — Une seule carie s’observe sur l’ensemble des 83 dents
présentes : il s’agit de la 2® prémolaire inférieure gauche de l’H. n° 2 ; carie très avancée, du 4® degré,
montrant une gangrène pulpaire. La couronne manque dans sa presque totalité, mais la cassure de la
face vestibulaire, à 1 mm environ de sa base, est récente.
Deux des sujets présentent des mutilations. Sur l’H. n® 2, les 3 incisives inférieures subsistantes
ont la partie supérieure de leurs faces latérales taillée obliquement, de sorte que la surface articulaire
forme une pointe émoussée. Ces dents prennent ainsi un aspect losangique très caractéristique (base
en forme de V). Une taille identique existe sur la face mésiale d’une seule des canines du même individu,
l’inférieure gauche. Chez l’H. n° 3, les 4 incisives supérieures ont subi une mutilation analogue et la
forme en losange, moins allongée, est surtout visible sur les 2 centrales.
L’existence de carie a été signalée par E. Genet-Varcin chez les Aëta, mais elle ne donne aucun
renseignement sur sa fréquence, le nombre de dents conservées étant très restreint. Elle s’étend davan¬
tage sur les mutilations des incisives : 3 sujets seulement sur 7, 3 femmes, en présentent ; les angles
de ces dents sont taillés en biseau comme c’est le cas chez nos Kader. Nous manquons malheureuse¬
ment de données dans ce domaine, pour Veddoïdes et Vedda.
b) Indice dentaire de Flower. — Exprimant la valeur de la corde P1-M3 en pour-cent du diamètre
nasion-basion, cet indice a pu être calculé, pour la mâchoire supérieure, chez les deux H. n®® 2 et 3 ;
le premier est mésodonte (de 42 à 43,9 : classification de Flower), le second microdonte.
H. n» 1
H. n® 2
H. n® 3
Moy.
Long, corde P’-M®
_
41
38
39,5
— pi-M®
45
43
—
44
I. dentaire de Flower sup.
_
42,70
40,20
41,45
— inf.
46,63
44,79
—
45,71
Seul un homme aëta a pu permettre cette mesure : il est mégadonte, avec un indice de 44,1.
Sur ses Andamanais, Flower obtient pour 9 hommes une moyenne mégadonte de 44,4.
Pour la mâchoire inférieure, deux valeurs ont pu être calculées : l’H. n® 1 est mésodonte (de
45 à 47,9) selon la classification établie par l’un de nous (S. F. 1948) pour la mâchoire inférieure, celle
de Flower ne concernant que la mâchoire supérieure, et l’H. n® 2 est microdonte, son indice se situant
près de la limite supérieure de la microdontie. Trois Aëta masculins ont un indice moyen de 47,0, c’est-
à-dire mésodonte.
Il y a donc là, chez nos Kader, un caractère de la mâchoire qui les éloigne de nouveau des Négritos.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
31
Chapitre II
SQUELETTE POST-CRÂNIEN
Maintenant que nous avons terminé l’étude des têtes osseuses et que nous abordons celle du
squelette post-crânien, nos comparaisons vont être malheureusement limitées essentiellement à deux
populations négritos : Aëta et Andamanais. En effet, nous n’avons que très peu de documents pour
Vedda et Veddoïdes.
Les mesures se rapportant au squelette post-crânien sont réunies dans les tableaux XX, XXII
et XXVIII.
A. - COLONNE VERTÉBRALE (racWs)
Elle fait totalement défaut chez la Femme. Chez les trois hommes, elle est complète à l’exception
de la 10® vertèbre dorsale de l’H. n® 2. Toutes les pièces sont en bon état.
I. — Vertèbres prèsacrées
Des mesures spéciales concernent l’atlas et l’axis pour lesquels c’est la technique de G. Duparc
qui a été utilisée ; elles sont données, avec les autres mesures de la colonne vertébrale, dans le
tableau XX.
L'allas fournit des données assez différentes pour l’H. n® 1 où l’arc antérieur est moins épais que
l’arc postérieur (10 et 11 mm), et pour les deux autres hommes où c’est l’inverse (9 et 7, 11 et 8). Chez
les Négritos de Luçon, « l’arc postérieur long et mince, sur certains sujets peut n’avoir que 2,5 mm
d’épaisseur », dit M“® Genet-Varcin. Quant à l’arc antérieur, elle dit que sa hauteur mesurée ventrale-
ment varie de 9 à 11,8 mm pour les sujets masculins, valeurs comparables aux nôtres.
L'axis a pour hauteur totale antérieure, chez nos trois sujets, respectivement 34,32 et 34 mm.
Sur chacune des autres vertèbres, deux mesures ont été prises : la hauteur antérieure et la hauteur
postérieure, dans le plan sagittal. Ces valeurs ont permis de calculer, pour chaque sujet, les longueurs
totales antérieure et postérieure de la colonne — atlas et axis étant exclus —, ainsi que les valeurs
respectives des segments cervical (C3-C7), dorsal et lombaire (les valeurs de la D 10 absente de l’H. n® 2
ont été estimées d’après celles des deux vertèbres adjacentes).
Chez nos trois Kader, la longueur totale postérieure est toujours plus grande que la longueur
antérieure : en moyenne, 422 mm contre 405,33. En ce qui concerne cette longueur antérieure, sa valeur
«St maximale chez l’H. n® 3 et minimale chez l’H. n® 2. Les valeurs des différents segments exprimés
«n pour-cent de celle-ci sont les suivantes :
Source ; MNHN, Paris
TABLEAU XX.-œLONNE VERTEBRALE ET STERNUM
A - COLONNE VERTEBRALE
1° Vertèbres prêsacrées
1 - Diam. transverse corps de l'atlas
2 - Diam. antéro-post. " "
Indice du corps de l'atlas
Diam. transverse du trou "
Diam. ant.-post. " "
Indice du trou "
Diam. transv. corps de l’axls'
Diam. ant, -post. " "
Indice du corps de l'axis
Diam. transv. du trou "
Diam. ant.-post. " "
Indice du trou "
Diam. transv. apophyse odontoïde
Diam. ant. -post. " "
Hauteur " "
76.5
45.5
59,47
29
20
115,00
9,5
11
15
38
53,52
42,5
85,00
40
54, 79
102,17
23,5
117,50
9,5
H n°
1
H n» 2
H n° 3
H. ant.
H.post
Ind.
H. ant.
H.post.
Ind.
H.ant.
H. post.
Ind.
C 3
13
14
107,69
12,5
10
80, 00
13
12
92,30
C 4
13
11
84, 61
12
11
91,66
11,5
12,5
108,69
C 5
10,5
12
114,28
11
11
100,00
10,5
12
114,28
C 6
10,5
12
114,28
11
12
109,09
11,5
12,5
108,69
C 7
13
15
115,38
13,5
13,5
100,00
14
15
107,14
Total
60,0
64,0
60,0
57,5
60,5
64,0
D 1
15
17
113,33
15
16
106, 66
15,5
17,5
112,90
D 2
16
17
106,25
17
17,5
102, 94
16
17,5
109,37
D 3
17
17,5
102,94
18
17,5
97.22
17
17
100,00
D4
16,5
18
109, 09
18
17,5
97,22
17,5
18
102,85
D 5
17,5
19
108, 57
18
18,5
102,77
18,5
18,5
100,00
D 6
18
19,5
108,33
18
18, 5
102,77
18,5
19
102,70
D7
19
19,5
102,63
18
18,5
102,77
19,5
20,5
105,12
D8
18,5
20,5
110,81
19
18
94,73
19,5
19,5
100,00
D9
20,5
20,5
100,00
19
19
100,00
20,5
21
102,43
TABLEAU XX (suite)
H n°
1
Hn'2
H n° 3
H.ant.
H.post
Ind.
H.ant.
H.post.
Ind.
H.ant.
H.post.
Ind.
D 10
21
21,5
102,38
(19?)
(20?)
(105,26)
20,5
22
107,31
D 11
21
24,5
116,66
19
21
110,52
20
24
120, 00
D 12
22,5
25,5
113,33
20
22
110, 00
23
25,5
110,86
Total
222,5
240,0
218,0
224,0
226,0
240,0
L 1
24,5
28
114,28
22
24
109,09
24,5
27,5 •
112,24
L
24
27
112,50
22
25
113,63
25
27,5
110,00
L
25
26,5
106, 00
23
25
108,69
25,5
26,5
103,92
L4
27
24
88,88
23
23
100,00
25
25
100,00
L 5
27,5
23
83,63
24
21
87,50
27
23,5
87,03
Total
128,0
128,5
114,0
118,0
127,0
130,0
I.lomb
100
39
103,50
102,36
Long.
C3-L5
410,5
432,5
392,0
399,5
413,5
434,0
2“ Sacrum
H n* 1
H n- 2
H. n' 3
1 -Haut. ant. en projection (1. médiane)
105
103
96
2 - Largeur supérieure (maximale)
101
94
95
3 - Largeur moyenne
82
62
67
4 - Largeur inférieure
50
50
49
5 - Long, courbure antérieure
112
110
111
2/1 - Ind. de hauteur-largeur
96,19
91,26
98,95
3/2 - Ind. de largeur supérieure
81,18
65, 95
70,52
4/3 - Ind. de largeur moyenne
60, 97
80,64
73,13
4/2 - Ind. de largeur inférieure
49,50
53,19
51,57
1/5 - Ind. de courbure sagittale
93,75
93,63
86,48
B - STEBNUM
H n* 1
H n" 2
H n“ 3
Femme
1 - Longueur totale (ligne médiane)
153
-
141
131,5
2 - Longueur manubrium (1. méd.)
48
-
43
52
3 - Longueur du corps (1. méd. )
107
-
99
82
4 - Largeur nmx. du manubrium
52,5
-
51,5
^54
5 - Largeur max. du corps
35,5
35
29
33,5
5/3 - Ind. de long, -larg, du corps
33,17
-
29,29
40,85
2/1 - Ind, du manubrium
31,37
-
30;49
39, 54
34
s. de FÉLICE
H. n®l
H. n0 2
H. n®3
Moy.
Segment cervical
14,6 %
15,3 %
14,6 %
14.8 %
Segment dorsal
54,2 %
55,6 %
54,6 %
54,8 %
Segment lombaire
31,1 %
29.0 %
30,7%
30,3 %
Elles sont sensiblement les mêmes pour les sujets 1 et 3 alors que l’H. n° 2, à colonne plus courte,
montre une légère augmentation relative des deux premiers segments au détriment de la partie lom¬
baire.
Les comparaisons ne peuvent être faites qu’avec 6 Aëta masculins de M“® Genet-Varcin, un
Senoï étudié par Martin et un Munda par Turner Il en ressort que le rachis de nos Kader, avec
405,33 mm pour la face antérieure, est nettement plus long que celui des Aëta : 364 mm, et même que
celui du Senoï : 376 mm. Les pourcentages des trois segments sont tout à fait comparables à ceux des
Aëta : 14,5, 55 et 30,5.
L’indice vertébral du corps a été calculé pour toutes les vertèbres suivant la formule :
Haut, postérieure X 100 , ,
-1-:- et les valeurs sont données dans le tableau AA.
Haut, antérieure
C’est surtout pour les vertèbres lombaires que cet indice présente un intérêt, particulièrement
mis en évidence par Cunningham qui, grâce à son indice lombaire total, a ainsi distingué trois types
de colonne lombaire : convexe en avant, droite, ou concave en avant. Il est à remarquer qu’il s’agit là
de colonnes privées de leurs disques intervertébraux, la présence de ceux-ci étant susceptible de modifier
l’orientation réelle des courbures ainsi que l’ont montré H. Vallois et G. Lazorthes (1942). Pour nos
Kader, nous avons ainsi un sujet orthorachique (de 98 à 101,9), l’H, n“ 1, et deux cœlorachiques (102-x),
à courbure lombaire concave en avant, les sujets 2 et 3, ce dernier étant situé à la limite inférieure de la
catégorie. L’indice moyen des trois sujets, 102,08, se place également à la base de la cœlorachie. Si
l’on examine l’indice de chaque vertèbre, on constate qu’il n’est inférieur à 100 que pour L5 chez les
trois sujets, et pour L4 chez l’H. n® 1, les deux autres ayant pour L4 un indice égal à 100.
Toutes les valeurs comparatives indiquent également la cœlorachie : 103,3 (de 100,2 à 107,1)
pour les 7 Vedda, 108,1 pour le Munda, 110,4 pour le Senoï et 106,7 pour les 6 Aëta, les indices de ces
derniers se répartissent de 100,2 à 111,6, avec un seul sujet orthorachique (les indices individuels des
Vedda ne sont pas donnés par les Sarasin). Les Kader, avec un seul sujet orthorachique également sur
trois, ont l’indice moyen le plus has.
II. — Sacrum
Les trois sacrums masculins, seuls présents, sont bien incurvés, particulièrement celui de l’H.
n® 3. Ils sont plutôt étroits, surtout celui de l’H. nP 2. Les facettes auriculaires sont bien développées.
Leur bord supérieur dépasse le plan basal du sacrum chez les deux sujets 1 et 3, rangeant ces pièces
dans le type dit a hyperbasal ». Chez l’H. n® 2, on remarque, à ce niveau, une nette asymétrie des aile¬
rons qui entraîne la disposition du type « hypobasal » à gauche, où l’aileron est légèrement atrophié,
et celle du type a homobasal » à droite, le bord supérieur de la facette atteignant, de ce côté, juste le
plan basal de l’os. E. Genet-Varcin note que la concavité des sacrums d’Aêta est bien marquée chez les
adultes. Elle a observé le type homobasal dans 82 % des cas et l’hypobasal dans 18 %. Ce sont les seules
comparaisons que nous puissions faire au point de vue morphologique.
Les mesures de nos trois sacrums sont données dans le tableau XIX. La hauteur antérieure
en projection, mesurée sur la ligne médiane, est maximale chez l’H. n® 1, dépassant de 2 et 9 mm les
deux autres hauteurs ; la largeur maximale, ou largeur supérieure, est la plus grande également chez
celui-ci, la plus petite appartenant à l’H. n® 2 qui présente l’asymétrie et l’atrophie signalées. Ce sujet
1. Le n® 605. Le n® 604, répertorié comme Munda mais, suivant l’expression de Turner, « tellement différent des
autres crânes de Munda » qu’il pense à une erreur de détermination, a été, en conséquence, laissé de côté ici.
Source : MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
35
a l’indice de haulmr-largeur le plus bas, l’H. n» 3 ayant le plus élevé. L’étroitesse de ces sacrums est
confirmée par l’étude de cet indice qui marque, en effet, chez tous, la dolichohiérie {indice au-dessous)
de 100).
Quant aux proportions de cet os, elles sont données par les trois indices classiques de largeur
(Martin) figurant dans le tableau. Mais, comme le remarque très pertinemment E. Genet-Varcin,
« la forme du sacrum serait mise plus avantageusement en évidence si l’on rapportait la largeur supé¬
rieure et la largeur inférieure à la largeur moyenne lorsque celle-ci vaut 100 ». Pour comparer avec les
Aëta, la largeur supérieure a donc été exprimée, elle aussi, en pour-cent de la largeur moyenne. On a
ainsi les résultats suivants :
H. n<>l
H. no 2
H. n® 3
Moy.
Aëta
Largeu:
r supérieure :
123,17
151,61
141,79
138,85
122,1
Largeu
r moyenne :
100
100
100
100
100
Largeu
r inférieure :
60,97
80,64
73,13
71,58
64,4
On voit alors d’emblée que le sacrum de l’H. n° 1 est le plus étroit et celui de l’H. n® 2 le plus
large, par rapport à cette largeur moyenne ; d’autre part, les moyennes des Aëta, inférieures à celles
des Kader, indiquent chez eux un os de forme encore plus allongée et étroite.
L’incurvation de nos sacrums est estimée par leurs indices de courbure : 93 % environ pour
deux sujets ; pour celui de l’H. n® 3, le plus incurvé, la hauteur en projection n’est plus que les 86,48 %
de sa courbure.
Nos comparaisons ne peuvent porter que sur un sacrum de Munda de Turner, 7 sacrums mascu¬
lins d Aëta et 8 sacrums d’Andamanais, masculins également, de Flower.
TABLEAU XXI
Comparaison des sacrums masculins
Os
Haut.
ant.
Larg.
sup.
Larg.
moy.
Larg.
inf.
I. larg.-
haut.
I.larg.-
sup.
I.larg.
moy.
I. larg.
inf.
Kader
3
101,3
96,6
70,3
49,6
95,46
72, 55
71,58
51,42
Munda
1
95,0
105,0
-
110,5
-
-
-
A'êta
7
89,5
89,8
73,5
47,4
103,1
81,8
64,4
52,7
Andamanais
8
97,1
91,3
69,0
-
94,13
-
"
”
Ce tableau nous montre que toutes les dimensions absolues des Négritos sont inférieures à celles
des Kader, sauf en ce qui concerne la largeur moyenne des Aëta curieusement supérieure de 3,2 mm ;
ainsi l’indice de largeur moyenne est-il plus élevé chez les Kader de 7,18 unités, tous les autres étant
inférieurs.
B. — STERNUM ET CÔTES {costae)
I. — Sternum (Tabl. XX)
Trois sujets seulement possèdent leur sternum complet (abstraction faite de l’appendice xyphoïde),
deux hommes et la Femme. L’H. n® 2 ne présente que la partie inférieure du corps. Nos trois pièces sont
Source : MNHN, Paris
s. de FÉLICE
incurvées d’une manière sensible et qui est comparable. Seul le sternum féminin, large et court, est
synostosé. Les lignes sternales ne sont visibles que sur les sternums masculins beaucoup plus étroits.
La longueur totale, mesure en projection sur la ligne médiane, a été évaluée pour les deux sternums
où il y a synchondrose en mettant manubrium et corps en contact sur de la plastiline et en rétablissant
la courbure probable. C’est l’H. n® 1 qui a, de beaucoup, le sternum le plus long, dépassant les deux autres
de 12 et 21,5 mm. Le plus court, celui de la Femme, est court surtout par son corps, son manubrium
étant, au contraire, le plus long des trois comme on peut le voir dans le tableau.
L’indice de longueur-largeur du corps permet de constater que seul celui de la Femme est supé¬
rieur à 40. Selon la classification de Lubosch, il est par là s humanoïde », les deux autres étant « prima-
toïdes ».
L’indice du manubrium est, comme cela découle des remarques précédentes, maximal chez la
Femme.
Nous n’avons comme termes de comparaison que quatre sternums d’Aëta. Les sternums de
nos Kader sont nettement plus longs que ces derniers qui sont tous humanoïdes, sauf un, d’après les
indices que nous avons pu calculer au laboratoire sur les pièces elles-mêmes. E. Genet-Varcin, en effet,
les considère tous les quatre comme primatoïdes, mais en rapportant la largeur du corps non pas à la
longueur de celui-ci comme le fait Lubosch, mais à la longueur totale du sternum et, qui plus est, en y
incluant les cornes du manubrium. Pour ces quatre pièces, nous avons obtenu des indices de longueur-
largeur du corps de 30,63 (long. Hl, larg. 34) et 46,15 (long. 65, larg. 30) pour les deux sternums mascu¬
lins ; et de 40,13 (76 et 30,5) et 44,70 (85 et 38) pour les deux sternums féminins, valeurs toutes supé¬
rieures à 40, sauf une. La longueur totale (sur la ligne médiane) est, pour les mêmes pièces, toutes
synostosées, respectivement de 151, 104, 111 et 122,5 mm ; ces valeurs sont inférieures à celles des
Kader. Les largeurs du corps sont du même ordre de grandeur que pour nos sujets ; la même remarque
s’applique à la largeur du manubrium : Aëta, 63, 49, 49, 54. Quant à l’indice du manubrium, il vaut
27, 81 et 39, 42 pour les sternums masculins, 32,88 et 31, 42 pour les deux pièces féminines. Ces valeurs,
assez variables, sont néanmoins comparables à celles de nos Kader.
Il ressort de tous ces chiffres, tant pour les Kader que pour les Négritos de Luçon, que le sternum
est un os extrêmement variable.
II. — Côtes [Costae)
Seules les côtes des hommes sont présentes, à l’exclusion, toutefois, de la 12® paire qui n’est
représentée que par une seule côte chez l’H. n® 3. Toutes ont un degré de courbure prononcé. L’H. n® 1
a les côtes de sa 1’'® paire beaucoup plus larges — comme toutes les autres d’ailleurs — que ne les ont
les deux autres sujets, l’H. n® 2 les ayant particulièrement graciles et petites, mais se distinguant,
en revanche, par un tubercule de Lisfranc extrêmement développé ; celui-ci est beaucoup moins accusé
chez les deux autres hommes.
Ces os n’apportent rien de précis au point de vue des différences anthropologiques.
C. — MEMBRE SUPÉRIEUR
Les mesures du membre supérieur sont données dans le tableau XXII.
I. — Clavicule {clavicula)
La clavicule droite manque chez la Femme. Les 7 présentes sont toutes bien galbées, avec des
courbures nettement accusées ; le tubercule conoïde est marqué. E. Genet-Varcin signale que chez
ses sujets, la courbure est également bien prononcée et que le tubercule conoïde est « très développé ».
Le Sakaï a ses clavicules « faiblement courbées ».
Source : MNHN, Paris
SQUELKTTES DE KADEn (INDE)
37
Source : MNHN, Paris
38
s. de FÉLICE
La longueur des clavicules masculines varie de 132 à 147 mm, la gauche de la Femme mesurant
138 mm. Chez les 3 hommes, la gauche est plus longue que la droite de 4,1 et 3 mm respectivement ;
c’est ce qui détermine chez eux un indice de robustesse plus faible à gauche, les périmètres étant, par
ailleurs, assez variables. Cette plus grande longueur de la clavicule gauche est un phénomène assez
général dans les races humaines. 11 s’observe également chez les Négritos : E. Genet-Varcin le signale
6 fois sur 8 chez les Aëta ; on le note de même chez les Ongi pour les quatre paires constituées et aussi
chez le Sakaï.
TABLEAU XXm
Comparaison des clavicules
Hommes
Femmes
Os
Longueur
I. de robustesse
Os
Longueur
I. de robustesse
Kader
140,33 (132-147)
24,55 (22,8-27,1)
1
138,0
25,36
Munda
137, 00 (136-138)
-
Aëta
6
132,6 (120-139)
27,1 (23,6-28,9)
11
117,8 (110,5-124,5)
24,4 (20,0-28,9)
Andamanais
25
118,2
26
107,5
Ongi
6
115,0 (108-125)
25,2 (22,3-28,7)
7
106,4(101 -111 )
22,9 (19,4-25,1)
Sakai'
2
121,5 (120-123)
Les longueurs des clavicules de Négritos sont plus faibles, surtout chez les Ongi et les Andamanais
de Flower. Quant à l’indice de robustesse qui n’a pu être établi que pour Kader, Aëta et Ongi, ce sont
nos sujets qui ont la valeur moyenne la plus faible.
IL — Omoplate [scapula)
Les 8 omoplates sont présentes mais certaines parties essentielles pour les mesures étant légère¬
ment endommagées, il n’a pas été possible de prendre toutes les dimensions désirables.
Nous nous sommes reportés, pour cette étude, à la volumineuse monographie de H. Vallois sur
1 omoplate humaine (1928,1929, 1932,1946), et c’est la technique de cet auteur que nous avons utilisée.
a) Indice scapulaire. — La hauteur de l’omoplate (largeur morphologique de Martin) varie de
141 mm (Femme, à gauche) à 152 mm (H. n® 1 à droite). Pour les deux hommes n® 1 et n» 3 qui ont
leurs deux omoplates eu bon état, la droite est plus longue que la gauche de 3 et 1 mm respectivement.
Trois des cinq longueurs que nous avons pu mesurer pour les hommes dépassent le maximum masculin
des Aëta (149) et notre mesure féminine égale le maximum féminin de ceux-ci. Les valeurs des Ongi
sont plus faibles.
La largeur a été mesurée selon la technique de H. Vallois, nettement différente de celle de Martin
(longueur morphologique de cet auteur) qui utilise des points de repère beaucoup plus difUciles à situer.
Les valeurs obtenues vont de 90 mm (Femme, g) à 99 mm (H. no 1, g). Pour les Aëta, les valeurs obte¬
nues * varient de 74 à 99 mm. Ici encore, nos Kader ont, dans l’ensemble, des omoplates plus longues.
Mesurés avec la technique de Martin, les Ongi ne peuvent être considérés pour cette dimension.
L indice scapulaire, qui rend compte de la forme de cet os, ne peut, pour les mêmes raisons de
technique, être comparé qu’avec celui des Négritos de Luçon. Pour les Kader, il varie de 62 à 66,89,
ce qui indique que ces omoplates ne sont pas particulièrement larges par rapport à leur longueur, mais
sont plutôt de forme allongée. Les indices des Aëta, de 56,3 à 76,9, montrent une grande variation ;
1. Mesures de H. Vallois recopiées par E. Genet-Varcin.
Source : MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
moyenne des hommes : 68,2 ; des femmes : 66,7. La moyenne des 6 valeurs obtenues pour les Kader,
est de 63,95, chiffre inférieur à la moyenne négrito des deux sexes (67,4).
b) Cavité glénoîde. — La première chose importante à signaler est la configuration piriforme
de cette cavité. Ceci est intéressant, en effet, car la cavité glénoîde de l’omoplate des Aëta est de forme
ovoïde, sans aucune exception pour les 21 sujets des deux sexes (40 cavités) où elle a pu être examinée.
Comme le souligne H. Vallois, ce type était absolument constant sur 52 omoplates de Négritos qu’il
a eues en mains. Il y a là une différence qui est sans ambiguïté et qui éloigne de nouveau les Kader
des Négritos.
L’étude des dimensions de cette cavité montre, une fois de plus, que celles-ci, chez les Kader.
sont nettement supérieures à celles des Négritos (Tableau XXIV). En revanche, l’indice glénoîdien
n’apporte rien d’intéressant du point de vue de variations anthropologiques éventuelles. Celui-ci, en
effet, montre que les proportions de la cavité glénoîde sont différentes dans les trois groupes. La largeur
vaut les 71,56 % de la longueur chez les Kader, les 76,9 % chez les Aêta, où la cavité est donc moins
allongée, plus « ventrue », et les 68,40 % seulement chez les Ongi où la glène est, au contraire, plus
allongée que chez les Kader. On ne peut donc tirer aucune conclusion intéressante de ces dispositions
variées.
TABLEAU XXIV
Comparaison des cavités glénoi'des (1)
Hommes
Femmes
H + F
N
Long.
lATg.
I.glén.
N
Long.
Larg.
I. glén,
N
Long.
Larg.
I.^én.
Kader
34,3
24,7
72, 07
2
35,0
24,5
70. 05
34, 5
24, 6
71,56
Aëta
20
28, 8
22,6
78, 7
20
28,8
21,6
75,3
40
28,8
22,1
76.9
Ongl
31,2
22,3
71,24
7
28,1
18,6
65. 96
13
29,5
20,2
68,4
ni. — Humérus
Les 8 humérus sont présents et en parfait état. D’une manière générale, ces os sont bien galbés
avec des saillies musculaires accusées. La petite tubérosité, notamment, est très saillante sur les humérus
masculins, un peu moins sur les deux féminins. La gouttière bicipitale est bien marquée, le V deltoîdien
nettement indiqué. Pour les Aëta, E. Genet-Varcin souligne que « l’impression générale de petitesse
et de gracihté... se retrouve sur l’humérus des Négritos ». Elle signale que les reliefs musculaires y sont
peu marqués, mais que le trochin, toutefois, y forme une saillie petite, mais accusée.
a) Longueur et indice de robustesse. — Nous constatons, pour tous ces humérus, une supériorité
de longueur à droite, respectivement de 4, 1, 6 et 2 mm. La Femme a les valeurs les plus faibles ; cette
longueur varie, en effet, de 285 mm pour son os gauche à 312 mm pour le droit de 1 H. n® 1. Pour le
périmètre minimal, obtenu sous le V deltoîdien, la Femme a, au contraire, la plus grande valeur :
58 mm à droite, valeur obtenue également pour l’os gauche du sujet n® 1 plus gros que le droit.
L'indice de robustesse, dans ces conditions, est maximal chez la Femme : 20, 20 à droite, la valeur
minimale étant observée pour l’os droit de l’H. n® 3.
Ici, comme pour la clavicule, on observe des longueurs moyennes inférieures chez les divers
Négritos, et un indice de robustesse plus faible chez nos Kader, exception faite pour les 2 os de la Femme.
t. Les nombres indiqués correspondent au nombre de cavités articulaires mesurées.
Source : MNHN, Paris
40
s. de FÉLICE
TABLEAU XXV
CompataiBOD des humérus
Bommes
Femmes
Os
Longueur
I. robustesse
Ob
Longueur
I. robustesse
Kader
SOS, 8 (299-312)
18,09 (17,7-18,8)
2
286 (285-287)
19,92 (19,6-20,2)
Munda
309,5 (307-312)
-
-
-
-
Malê
-
-
1
271
17,71
Vedda
8
313,1
-
2
277,5
-
NégritoB
Aëta
24
275,4 (254-328)
19,3 (16,9-24,3)
18
266, 6 (249-281)
18,9 (15,8-21,3)
Andamanais
de Flower
-
276,5
-
-
263,5
-
Ongi
265,0 (227-286)
19,02a8,53-19,38)
9
253,7 (243-264)
15, 92(14, 96-17,51)
sakar
2
249,5 (246-25S)
b) Indice de platybrachie. — Si l’on emploie la classification de Manouvrier, la platybrachie,
c’est-à-dire l’aplatissement transversal de la diaphyse, commence au-dessous de 76,5. C’est dire qu’ici,
aucun humérus ne présente cet aplatissement. Ils sont tous arrondis et cette forme générale s’exprime
par des indices qui vont de 77,5 à 85. Signalons que la plus grande différence entre les indices droit et
gauche d’un même individu s’observe pour l’H. n® 2 : 6,71 unités.
Chez les Aëta, au contraire, il y a h platybrachie très nette » dit E. Genet-Varcin, la moyenne de
l’indice étant de 73,1 pour les deux sexes (H : 72,05, F : 74,2). L’examen des cas individuels montre,
de plus, que 31 os sur 42, soit 73,8 %, sont aplatis, pas loin des trois quarts par conséquent. En ce qui
concerne les différences de côté, chez les Kader l’indice est plus faible à droite : 79,61 contre 82,76 à
gauche ; il en est de même chez les Aëta.
c) Angle de torsion. — La torsion a été mesurée à l’aide de l’appareil de Mollison. En moyenne,
cet angle est de 143,4o pour nos 8 os, avec un minimum de 134® {H. n® 3, g) et un maximum de 158®
{H. n® 2, g). Les deux sexes étant réunis, c’est la valeur moyenne la plus faible observée par rapport
à 10 humérus de Vedda : 149,7® {un seul humérus de Veddoïde, Malé, a un angle de 144,5®), 31 humérus
d’Aëta ; 159,1® (de 139® à 177®) et 9 d’Ongi : 148,9® (de 139® à 172,5®). Là non plus, les grandes variations
individuelles constatées pour ces trois groupes ne permettent pas de conclusions intéressantes.
d) Perforation olécrânienne. — Seuls les deux humérus de l’H. n® 3 ont une perforation olé-
crânienne moyennement étendue. Les autres montrent, par transparence, une zone translucide plus
ou moins développée, sauf le droit de l’H. n® 1 parfaitement opaque dans cette région. Pour les Aëta
de Luçon, E. Genet-Varcin a observé cette perforation 13 fois sur 42 humérus d’adultes, soit dans
30,9 % des cas, et Flower l’a rencontrée chez ses Andamanais 5 fois sur 16 chez les hommes et 11 fois
sur 17 chez les femmes, soit dans 48,4 % des cas, les deux sexes étant réunis. Notons que Turner signale
1 absence de toute perforation chez le Munda 605 et le Sakaï. Ce caractère n’a d’ailleurs pas la valeur
qu’on lui avait attribuée.
IV. — Radius
Le squelette féminin est privé de son radius droit ; les 7 autres sont en parfait état de conserva¬
tion. Tous ces radius sont minces et leur face antérieure est peu concave, sauf dans le cas de l’H. n® 2
où cette concavité est nettement plus marquée ainsi que celle du bord interne ; celui-ci est également
Source ; MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
41
plus tranchant, caractère qui s’observe aussi pour l’H. n® 3. La tubérosité bicipitale est bien accusée,
un peu moins chez ce dernier sujet. Celle-ci est déjetée sur le bord interne dans le cas de l’H. n® 1 où
elle surmonte nettement, pour les deux os, la crête tranchante. Celte disposition est signalée par E. Genet-
Varcin sur les radius des Aëta ; elle dit, d’autre part, que ces radius sont « minces et rectilignes » et que
« la courbure à concavité interne de la diaphyse est faible ».
a) Longueur et indice de robustesse. — La longueur de nos 7 radius varie de 231 mm à 246,5 mm.
Le périmètre minimal varie peu. L’indice de robustesse atteint son maximum, ici aussi, chez la Femme.
tableau XXVI
Con^raieoD des radius
Hommee
Femmes
Ob
Longueur
I. robustesse
Os
Longueur
I. robustesse
Kader
6
239,0 (231-246,5)
15,76 (15,3-16,3)
1
233,5
16,77
Munda
2
255,5 (255-256)
-
-
-
-
Malê
-
-
-
1
218
13,7
Vedda
8
249,7
-
2
219
-
NétrrltoB
Aëta
19
213,1 (196-234)
15,7 as. 6-17,8)
18
207,9 (192-220)
15,1 (12,3-17,4)
Andamanali
de Flower
225,2
-
-
210,1
-
Sakar
2
202,0 (201-203)
■*
“
"
"
La longueur du radius de nos Kader, quoique légèrement inférieure chez les hommes à celle
que fournissent les os de Vedda (et l’unique Munda), est nettement supérieure à toutes celles des Négritos.
Les indices de robustesse sont très voisins pour Kader et Aëta, seuls termes de comparaison.
b) Indice d'aplatissement diapkysaire. — Cet indice, créé par Verneau, a été mesuré selon la
méthode de Martin qui en a modifié la technique en prenant en premier lieu le diamètre transverse
maximal, là où la crête est la plus saillante dans la région qui surmonte l’empreinte du rond-pronateur.
Les indices des Kader varient de 73,33 à 82,75. Ceux des Aëta vont de 63 à 85,6, la moyenne étant de
72,5 pour les deux sexes. Colle des Kader, 78,47, est donc supérieure, ce qui indique, chez eux, un apla¬
tissement moindre. En revanche, les Ongi ont, pour 8 radius masculins et 7 féminins, une moyenne de
78,33, donc très voisine de celle de nos sujets, mais la marge de variation est ici très grande (de 68,18
à 90). Le minimum, 63, appartient aux Aëta ; le maximum, 90, aux Ongi.
V. — Cubitus (ulna)
Nous n’avons également à notre disposition que 7 cubitus, le gauche de 1 H. n® 2 faisant défaut.
Ils sont tous en très bon état. Normalement incurvés dans leur partie supérieure, ils le sont très peu
dans leur portion intérieure, ceux de l’H. n° 1 étant les moins courbés et ceux de 1 H. n® 3 1 étant le
plus. L’olécrane est bien développé et robuste sur tous les os, la grande cavité sigmoïde est bien modelée
et la petite cavité toujours nettement marquée. Les crêtes diaphysaires sont nettes ; la crete externe,
ou interosseuse, est tranchante, surtout chez le sujet n® 1, et bien délimitée dans sa partie moyenne ;
les empreintes musculaires sont accusées, l’apophyse styloïde est nettement individualisée. Dimensions
mises à part, cette morphologie générale ne présente pas de différence sensible avec celle des Aëta.
Source : MNHN, Paris
42
i. de FÉLICE
a) Longueur et indice de robuetesse. — Les longueurs varient de 242 mm (Femme, g) à 263,5 mm
(H. n» 1, d) ; les périmètres offrent 5 mm d’écart entre le minimum et le maximum, 34 (Femme et
H. nO 2).
La plus faible valeur de l’indice de robustesse est de 11,24 ; elle appartient au cubitus gauche
de l’H. n® 3 ; c’est donc ce même sujet qui détient le minimum pour les 3 os du membre supérieur. Et
c’est la Femme qui, pour ces trois mêmes indices, a les valeurs les plus fortes.
TABLEAU XXVn
Comparaison des cubitus
Hommes
Femmes
Os
Long. max.
I. robustesse
Os
Long. max.
I. robustesse
Kader
5
258,0 (252-263,5)
12,21 (11,2-13.5)
244, 5 (242-247)
13,28 (12, 8-13, 8)
Munda
2
281 (281-281)
-
-
-
Malê
-
-
-
1
231
-
Néeritos
Aëta
22
286,2 (216-256)
12,2 (10,2-14,2)
14
226,1 (209-244)
11,8 (10,2-12,9)
Ongi
6
229,8 (203-256)
13,64(12,0-14, 8)
5
215, S (211-226, 5)
12, 68(11,5-13, 8)
Sakai'
1
222
-
-
-
-
Le cubitus ayant été laissé de côté par les Sarasin et par Flower, les comparaisons, pour cet os,
seront très réduites. Ici encore, la longueur du cubitus des Kader est bien supérieure à celle des Négritos.
L'indice de robustesse se trouve être plus élevé pour les Ongi (calculé par nous avec la longueur maximale
et non physiologique), ce qui tient à la brièveté de leur cubitus comme on peut s’en rendre compte en
comparant les longueurs.
b) Indice de platôlénie. — Cet indice d’aplatissement du cubitus, dû également à Verneau, a
fait l’objet d’une étude de L. Trouette (1953) qui en a précisé la technique et la classification. II n’y a
pas d’aplatissement de l’os pour ces cubitus qui sont tous eurôléniques (80-99,9) ou hypereurôléniques
(100 et au-dessus). Il n’en est pas de même pour les cubitus des Aëta dont l’indice moyen, pour 23 os
masculins, est de 72,9 et pour 18 os féminins de 74,1, et qui présentent, par conséquent, un net aplatisse¬
ment transversal sous-sigmoïdien. Par ce caractère, les Kader s’éloignent de nouveau des Négritos,
de ceux des Philippines, tout au moins : pour les Ongi, la platôlénie n’a pas été étudiée par les auteurs.
D. — MEMBRE INFÉRIEUR
Les mesures concernant le membre inférieur peuvent se lire dans le tableau XXVIII.
L — Os ILIAQUE (os coxae)
Les 8 05 iliaques sont présents et en bon état. La fosse iliaque interne est particulièrement creuse
sur les 08 de l’H. n® 1 ; elle l’est moins sur les 6 autres, Femme comprise. Sur tous, la cavité cotyloïde
est très profonde et le sourcil cotyloïdien bien développé. La tubérosité iliaque est très épaisse chez
1 H. n® 1 et, au contraire, aplatie chez l’H. n® 3. Les épines du pubis sont bien visibles, le trou ischio-
pubien ne présente rien de particulier et la tubérosité ischiatique est, dans l’ensemble, assez forte. Les
épines sciatiques, d’autre part, sont bien prononcées, surtout chez l’H. n® 1.
Source : MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
43
La plus grande hauteur de cet os appartient au droit de l’H. n*’ 1 : elle dépasse de 1 cm la valeur
minimale obtenue pour l’os gauche de l’H. n® 2 ; la hauteur de l’aile iliaque varie peu. Il n’en est pas de même
pour la largeur qui varie de 12 mm. Ces différences s’inscrivent dans les indices, la Femme ayant la
valeur minimale pour Vindice de hauteur-largeur de l’os considéré dans son ensemble. Pour Yindice de
hauteur-largeur de Vilion, on remarque une disymétrie notoire entre les os droit et gauche du n® 3.
Quant à la valeur maximale de ce dernier indice, c’est à l’H. n® 1 qu’elle appartient : 166,66, soit 10 uni¬
tés de plus que celui de la Femme.
TABLEAU
xxvra.-
MEMBRE INFEBŒUB
Hn‘l
Hn‘2
H n* S
Femme
D.
G.
D.
G.
D.
G.
D.
G.
1 - Hauteur totale
190
188
178
ISO
186
187
181
183
2 -Hauteur de l'illon
84
84
84
85
84
86
82
82
9 - Largeur maxlinale
140
140
136
135
135
132
128
128
9/1 - Indice de hauteur-largeur
73,68
74,46
76,40
75, 00
72,58
70, 58
70, 71
69,94
S/2 - Indice hauteur-largeur iliou
166,66
166,66
161,90
158,82
160,71
153,48
156, 09
156, 09
Bassin noinplRt.
1 - Hauteur totale
188
180
187
2 - Largeur maximale (bicrSte)
238
221,5
224
5
3 - Larg. épine iliaque antéro-supérieure
215
197
205
4 - lATg. épine Iliaque postêro-supérieure
59
48
64
5
5 - D. promonto-rétro-pubien (conjugata vera)
94
99
6 - D. promonto^ous-pubien
110
116
115
7 - D. transv. max. détroit supérieur
122
95
101
8 -D. trauBV. détroitInf. (M-iBChlatlque)
144
116
126
9 - D. aux épines sciatiques
81
66
-
1/2 - Ind. de largeur-hauteur bassin
78
98
81
26
83
29
5/7 - Ind. du détroit supérieur
77,04
104
21
98,00
Fémur
1 - Longueur "en position"
433,5
433
419,5
420
-
427
396,5
398
2 - Longueur maximale
435,5
434
423
422
-
428,5
399
400,5
3 - Périmètre minimal
78,6
77,5
75
3/1 - Indice de robustesse
18,10
17,89
17,87
18, 09
-
17,56
18,41
18,71
4 - Périmètre au milieu
84
83
80
80
82,5
81
79
79
4/1 - Ind. de longueur-épaisseur
19,37
19,16
19,07
19,04
-
18,96
19,92
19,84
5 - Diam. antéro-postérieur maximal
30,5
30
29
29
30
29,5
28
28,5
6 - Diam. transverse perpendiculaire
24,5
24
22
23
22,5
23
22
22
5/6 - Indice püastrlque
124,48
126, 00
131,81
126,08
133,33
128,26
127,27
129,54
7 -Diam. ant.-post. min. sous-érochant.
22
22
22,5
23
22
22
28
23
e - Diam. transverse même niveau
29
28
26
26
25
25
26
27
7/8 - Indice de platyméiie
75,86
78,57
86, SS
88,46
88,00
88,00
88,46
85,18
Source : MNHN, Paris
44
s. de FÉLICE
II. — Bassin complet {peli>U)
Ses mesures ne concernent que les sujets masculins. Pour ce qui est des mesures absolues, l’H.
n® 1 détient le maximum pour 6 des 9 mesures du tableau ; mais il a la mesure minimale pour les deux
diamètres promonto-retro-pubien et promonto-sous-pubien. C’est à lui également qu’appartient le
minimum pour les deux indices de hauteur-largeur du bassin et du détroit supérieur. Cela signifie que
ce bassin est large absolument (sa largeur maximale dépasse de 13,5 et 16,5 mm les deux autres) ; ensuite,
qu’il est large par rapport à sa hauteur : indice de hauteur-largeur inférieur de 2,27 et 4,70, respecti¬
vement, aux deux autres ; enfin que son détroit supérieur est également le plus large, puisque l’indice
correspondant est inférieur de 20,96 et 27,17 aux deux autres.
Source ; MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
45
En un mot, ce bassin possède toutes les caractéristiques d’un bassin féminin, y compris, comme
on vient de le voir, la plus grande concavité de sa fosse iliaque interne. Il y a là une curieuse opposition
avec ce qui ressort de l’examen de toutes les autres pièces du squelette, crâne principalement, et qui
conduit à faire nettement un homme de ce sujet.
L’indice du détroit supérieur indique que cet H. n” 1 est platypellique (indice au-dessous de 90)
et que les deux autres sujets sont dolichopelliques (94,9 et au-dessus).
TABLEAU XXK
Con^raison des mesures du bassin (l)
H.basBin=
H.ilîaq.g.
Larg.
max.
I. larg.-
haut.
Conjugata
vera
D.transv.
max. détroit
I, détroit
Kader
185,0
228,0
81.18
97,3
106,0
93,08
Veddoi'des
182,5
238
76,5
100, 5
112
89, 75
Vedda
192,5
237,9
80,9
-
-
-
Âëta
178,9
220,1
81,4
6 92,4
105,9
6 86,8
AndamanalB
175,5
212,1
82,7
12 92,2
12 93,4
12 98,8
Ongi
173,0
222,0
77, 92
88,0
93,0
94, 62
S^cai'
164,0
211,0
77,7
115,0
106,0
108,50
Comme pour l’ensemble des autres os du squelette post-crânien, les mesures absolues de nos
Kader sont, à une exception près supérieures à celles de l’ensemble des Négritos reportées dans le
tableau. Elles se rapprochent, au contraire, de celles de l’ensemble des 10 Veddoïdes et Vedda, les seules
que nous ayons pu rassembler.
Quant à l’indice de hauteur-largeur du bassin, il n’y a pas, à ce point de vue, de différences vala¬
bles entre les divers groupes. Les comparaisons relatives à l'indice du détroit supérieur reposent presque
exclusivement sur les Négritos. Or, ici encore, nous retrouvons l’enchevêtrement des différentes valeurs
observé précédemment. La répartition de cet indice dans les trois catégories classiques montre d’ailleurs
une dissémination de celui-ci également indépendante du facteur racial.
IIl. — Fémur
Nous avons eu à notre disposition les 8 fémurs ; vus de profil, ils sont normalement incurves,
ceux de l’H. n® 2 l’étant davantage. La diaphyse est plutôt arrondie dans sa partie supérieure. Le
pilastre est très marqué d’une manière générale. Le grand et le petit trochanters sont bien développés.
Sur aucun de ces os on ne relève la présence d’un troisième trochanter, pas plus que celle d une fosse
hypotrochantérienne. La surface popEtée est concave, surtout chez L’H. n** 1 où cette concavité est
bien accentuée.
L’H. n“ 3 présente une ostéoporose notoire à l’extrémité inférieure de son fémur droit à laquelle
la rotule se trouve soudée. D’après le Docteur Desse, spécialiste en rhumatologie, cet os présente une
décalcification des condyles, due à un processus infectieux, ayant conduit à la destruction d une partie
de ceux-ci. 11 s’agit probablement d’une arthrite infectieuse avec processus de cicatrisation ayant
entraîné la décalcification et la soudure de la rotule. La gauche, en effet, est beaucoup plus volumineuse.
1, Flower, dans son travail de 1885, a porté de 8 à 12 le nombre de ses Andamanais pour les trois dernières colonnes
du tableau, mais sans fournir les valeurs individuelles.
2. La valeur de 115 mm pour le diamètre promonto-retro-pubien du Sakaî paraît anormalement élevée.
Source ; MNHN, Paris
46
s. de FÊLICË
Les mêmes phénomènes se retrouvent sur le tibia droit dont les condyles sont également effrités. Ces
lésions ont empêché la détermination de la longueur de ce fémur.
Au point de vue de la comparaison des caractères morphologiques, signalons seulement que
les Sarasin mentionnent qu’il existe généralement chez les Vedda un troisième trochanter, mais faible¬
ment développé. Pour les Négritos, E. Genet-Varcin note qu’il n’y en a jamais chez les Aëta, ni de fosse
hypotrochantérienne, et que la surface du triangle poplité est plane.
a) Longueur et indice de robustesse. — Nous avons mesuré la longueur « en position anatomique »,
ainsi que la longueur maximale. Le maximum, pour ces deux mesures, appartient à l’H. n® 1 pour son
fémur droit ; c’est la Femme qui, pour son os droit également, détient le minimum. En comparant les
côtés droit et gauche, on voit que la longueur est tantôt supérieure à droite, tantôt à gauche ; il en est
de même pour le périmètre minimal.
L’indice de robustesse, calculé avec la longueur a en position » et le périmètre minimal, et non au
milieu de l’os \ varie de 17,56 pour l’unique fémur de l’H. n° 3 qui a pu être considéré, à 18,71 pour
le fémur gauche de la Femme qui, ici encore, a la plus forte robustesse.
Mentionnons, à titre d’indication, et pour permettre la comparaison avec les Aëta, l’indice de
longueur-épaisseur, calculé avec la même longueur et le périmètre au milieu de l’os. C’est encore la
Femme qui a la valeur maximale et l’H. n° 3 la plus faible.
Des différences de technique réduisent beaucoup nos comparaisons. La longueur maximale
donne les renseignements suivants : 428,6 mm pour 5 os mascubns de Kader ; 445 pour le Vedda (n° 605)
de Turner ; 381,7 pour 6 os d’Ongi de même sexe ; 368 pour le fémur droit du Sakaï. Les valeurs de ces
Négritos sont très inférieures à la moyenne des Kader.
La longueur « en position » et l’indice de longueur-épaisseur peuvent être comparés pour Kader
et Aëta :
Hommes Femmes
N
Long.
posit.
Pér.
milieu
I. long.-ép.
N
Long.
posit.
Pér.
I. long.-ép.
Kader
5-6
426,6
81,7
19,12
2
397,2
79
19,88
Aëta
20
384,0
71,6
18,6 18-19
375,6
69,7
18,6
La comparaison des moyennes de la longueur montre que le fémur des Kader dépasse celui des
Aëta de 42,6 mm en ce qui concerne les hommes et de 21,6 mm en ce qui concerne les femmes ; périmètre
au milieu et indice de longueur-épaisseur sont également supérieurs chez les Kader, leurs fémurs étant
donc plus forts.
b) Indice pilastrique. — Les chiffres obtenus pour nos quatre sujets indiquent une saillie pUas-
trique très forte (128,2 ; de 124,5 à 133,3), ce qui confirme l’observation morphologique. Les Sarasin
donnent pour les Vedda la valeur de 122,1 (de 120 à 126,9) pour 8 hommes, chiffre très élevé également.
Pour les Négritos des Philippines, l’indice pilastrique moyen est de 118,4 et 118,3 respectivement
pour hommes et femmes. Quant aux Ongi, leurs moyennes sont inférieures à ces dernières : 107,67
pour les hommes (6 os : de 104,35 à 115,79) et 109,79 pour les femmes (10 os : de 100 à 116,22), ce qui
indique un pilastre beaucoup moins développé. Les seules données métriques concernant les Veddoïdes
sont celles de Sarkar pour 5 os féminins : 112,46 (de 109,1 à 128,6). Les Kader se distinguent donc par la
très forte valeur de leur indice, suivis de peu par les Vedda. Chez les Négritos, cet indice décroît.
c) Indice de platymerie. — Pour l’étude de cet indice, c’est la technique de Manouvrier qui a
été employée, laquelle consiste à mesurer en premier beu, dans la région sous-trochantérienne, le dia¬
mètre antéro-postérieur minimal et ensuite le diamètre transverse au même niveau. Martin fait l’in-
vewe, commençant par mesurer le diamètre transverse, le prenant maximal, et il utilise une classifi¬
cation différente. Suivant la classification de l’auteur français : platymérie au-dessous de 80, et faible
de 75 à 79,9,2 fémurs seulement sont platymériques, et encore faiblement : ceux de l’H. n“ 1 ; les 6 autres
sont nettement arrondis avec des indices de 85,2 à 88,5. Moyenne de cet indice : 84,88.
1. Comme a préconisé de le faire H. V. Vailois, revenant ainsi à la technique de Manouvrier, et afin que la manière
de procéder soit homogène pour tous les os longs.
Source ; A1WHM, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
47
La seule série examinée suivant la technique de Manouvrier est celle des Aëta pour laquelle
E. Genet-Varcin obtient un indice moyen de 79,9 pour 20 fémurs masculins et de 80,8 pour 19 fémurs
féminins. En réunissant les deux sexes et en répartissant les os suivant la classification du même anthro¬
pologiste, 4 os sont vraiment platymériques (i < 75), 15 le sont faiblement, et 20 (i > 80) ne le sont pas.
Le fémur du Sakaï de Turner, avec un indice de 78, est également platymérique. Quant aux
Veddoïdes, cet auteur dit que le Munda (n“ 605) ne présente pas de platymérie ; d’autre part, les 5 fémurs
féminins de Sarkar, avec un indice moyen de 80,88, correspondraient selon Martin, à 4 os platymériques
et 1 eurymérique.
Nous voyons donc, en définitive, que chez nos Kader et par rapport aux Négritos, le fémur est
nettement plus long, plus épais, le pilastre est plus développé et la platymérie beaucoup moins marquée.
IV. — Rotule (patella)
Nous ne possédons que 5 rotules masculines dont 4 seulement utilisables (une soudée au fémur
et détériorée). Elles sont de taille moyenne, un peu plus larges que hautes et appartiennent toutes les
quatre à la variété rare dite « patella emarginata ». On observe, en effet, sur chacune d’elles, une échan¬
crure du bord supero-externe spécialement accusée sur l’unique rotule de l’H. n® 1 (peu marquée sur la
gauche de l’H. n® 2). Une facette plane en forme de demi-lune, située sur la face cutanée de chacune,
accompagne l’échancrure du bord ; H. n° 1, 10 mm de large ; g. H. n® 2, 7 mm.
La hauteur moyenne de ces rotules est de 40,1 mm et leur largeur moyenne est de 42,1 mm.
En calculant l’indice rotulien suivant la formule indiquée par H. Vallois : ^ inverse de
celle de Martin, on obtient un indice moyen de 104,92 (102,5-108,4).
Les seules comparaisons possibles sont celles qu’offrent les Aëta de M®*® Genet-Varcin d’une part,
qui donne un indice de 106,5 pour 9 rotules masculines, et les Andamanais de B. de Vrièse d’autre part,
qui fournissent, à partir des moyennes des deux dimensions composantes, un indice de 97,4 pour 5
rotules des deux sexes. Ces quelques données ne permettent pas de tirer de conclusions à retenir.
V. - Tibia
Seuls, quatre tibias sont présents : ceux des H. n®® 1 et 3 ; mais, comme il a été dit plus haut,
le droit de ce dernier, atteint d’une lésion infectieuse, n’a pu être que partiellement étudié. On est
frappé par l’aspect beaucoup plus grêle des os de ce sujet : la tubérosité antérieure, détruite en partie
sur l’os droit, est peu accusée sur le gauche. Elle est large et bien développée sur les deux os de l’H. n® 1.
La crête tibiale est plus tranchante et plus sinueuse chez celui-ci, nettement plus mousse et plus recti¬
ligne chez l’autre sujet. Trois de ces tibias ont leur diaphyse aplatie. A l’extrémité inférieure, on observe
des facettes articulaires supplémentaires de la surface astragalienne, ce qui témoigne, d’après plusieurs
auteurs, de l’usage habituel de la position accroupie. On a déjà signalé ces même facettes chez certains
Veddoïdes, tandis que les Sarasin les retrouvent chez leurs Vedda. En ce qui concerne les Négritos,
E. Genet-Varcin les a observées chez tous ses Aëta adultes et Turner les mentionne sur son Sakaï.
a) Longueur et indice de robustesse. — La longueur maximale a été mesurée, ainsi que le préconise
Broca, en faisant abstraction des épines du plateau tibial. Elle est en moyenne, pour les 3 os intacts,
de 368 mm. L’os droit de l’H. n® 1 a 4 mm de plus que le gauche. Ces tibias ne sont pas très robustes,
celui de TH. n® 3, seul étudiable pour ce caractère, en particulier.
L’indice de robustesse ne peut être comparé que chez les Kader, Aëta et Ongi. Pour ces derniers,
il a été calculé à partir des mesures individuelles fournies par les auteurs.
La longueur moyenne des Kader est supérieure de 43,2 et 44,4 mm à celle des Aëta et des Ongi,
respectivement, ces deux dernières étant très proches l’une de l’autre. L indice de robustesse a son
maximum chez les Aëta.
Source : MNHN, Paris
48
s. de FÉLICF.
TABLEAU XXX
Comparaison des longueurs et indices de robustesse du tibia
N
Longueur
Pér. min.
I. de robustesse
Kader
3
368,0
68,1
18,83
Aëta
18
324,8
64,4
19,7
Ongi
6
323,6
58,6
18,19
On peut encore avoir quelques renseignements concernant la longueur des 2 os du Munda n“ 605,
394 mm en moyenne. Flower, d’autre part, donne la valeur de 332,1 mm pour ses Andamanais masculins
et le tibia du Sakaï mesure 299 mm.
b) Indice cnémique. — Il a été mesuré au niveau du trou nourricier suivant la technique précisée
par H. Vallois (1938). Moyenne : 61,81. Trois de nos tibias présentent de la platycnémie, mais modérée ;
le droit de TH. n° 3 n’est que mésocnémique, la platycnémie s’arrêtant à 62,9. Pour les Aëta, l’indice
moyen de 17 tibias masculins est de 60,3 ; 5 seulement ont un indice mésocnémique. La platycnémie
y est donc bien marquée. La valeur moyenne des Ongi, concernant 6 tibias masculins, est de 60,8, très
voisine de celle des Aëta par conséquent ; 2 os seulement sont mésocnémiques.
Le Munda de Turner a ses deux tibias mésocnémiques (69,4 et 64,8). Les Vedda, par contre,
ont un indice moyen platycnémique, 60,5 (de 49,2 à 66,1). Presque tous sont platycnémiques, certains
à un très fort degré, spécifient les auteurs. Pour les Andamanais, Turner indique seulement qu’il n’y
a « peut-être pas de vraie platycnémie ».
c) Angle de rélroversion du plateau tibial. — Il a été évalué pour les trois tibias qui permettent
cette mesure, selon la méthode précisée par Bello y Rodriguez. Les deux tibias de l’H. n“ 1 présentent
un angle remarquablement élevé : 27® et 21,5® ; pour celui de l’H. n® 3, l’angle est moins grand : 17®,
mais cette valeur reste quand même très forte par rapport à la moyenne des Européens actuels.
Ce caractère n’a pas été étudié chez les Ongi. Pour les Aëta, E. Genet-Varcin obtient une moyenne
de 13,6® seulement pour les hommes (de 10,5® à 16®). Les trois valeurs des Kader sont supérieures à ce
maximum.
d) Angle d’inclinaison. — Comme c’est toujours le cas, il est plus faible pour chacun des trois
tibias ainsi que l’indique le tableau : 17,5® en moyenne. Pour les Aëta, seul élément ici comparable,
la moyenne est de 10,4® (6,5®-18®), pour 13 os. Ici encore, donc, la valeur des Kader est supérieure
à celle des Aëta.
VL — Péroné (fibula)
Comme pour le tibia, quatre péronés seulement sont présents et, ici aussi, le droit du n® 3 a été
endommagé par l’ostéoporose. Nous n’avons donc pu mesurer que trois longueurs et les quatre péri¬
mètres. Le corps de l’os est grêle et rectiligne et présente une courbure longitudinale assez bien marquée.
Des cannelures sont signalées par Turner pour son Munda et pour son Sakaï, et par E. Genet-Varcin
pour ses Aëta où elles sont très fortes.
Le péroné droit de TH. n® 1 est supérieur de 6 mm à son péroné gauche ; c’est la plus grande
différence observée entre les deux os d’un même sujet (une différence identique a été constatée entre
les deux humérus de l'H. n® 3). La moyenne des trois longueurs est de 365,5 mm.
Très peu d’éléments comparatifs peuvent être utilisés. Le Munda 605 a une longueur légèrement
plus grande : 377,5 mm pour ses 2 os. Tous les Négritos, au contraire, ont une longueur plus faible :
314 mm (284-343) pour 18 os d’Aëta masculins ; 326,6 mm pour 3 os d’Ongi et 299 mm pour le péroné
du Sakaï.
L indice de robustesse est, pour nos trois pièces, de 8,33, valeur légèrement inférieure à celle de
9,09 obtenue pour 3 péronés d’Ongi masculins, seule comparaison possible.
Source : MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
49
VII. — Astragale {talus) et calcanéum
Seuls les 12 os masculins sont présents, mais les droits de l’H. n® 3, abîmés, ne sont pas utili¬
sables. Deux techniques de mesure ont été proposées pour l’examen de ces os, l’une par Volkov (1903-
1904), l’autre par Martin (1928). La première présente l’inconvénient d’avoir été faite pour étudier
des pieds montés, et certaines de ses définitions manquent de précision. C’est donc surtout la seconde
qui sera considérée ici.
1. — Pour Vaslragale, trois dimensions principales peuvent être envisagées (tabl. XXVIII) :
la longueur (n® 1 de Martin), la largeur {n“ 2) et la hauteur (n® 3), toutes trois en projection. Elles per-
larg. X 100'
^ longueur
mettent de calculer deux indices : l’indice de longueur-largeur
hauteur
La littérature ne donne pas ces mêmes dimensions pour les populations comparatives qui nous
intéressent ici. Les seules données publiées par Martin fournissent pour l’indice de longueur-largeur
une moyenne minimale de 77,8 (Birmans) et une maximale de 82,7 (Maori), 7 populations seulement
étant considérées. La moyenne de nos Kader, 82,55, se rapproche donc du maximum. Pour l’indice
de longueur-hauteur, les mêmes populations offrent une moyenne minimale de 56,8 (Thibétains) et
une maximale de 60,8 (Maori), la moyenne de nos Kader, 56,02, se rapprochant ici, au contraire, du
minimum. Les astragales de nos Kader seraient donc à la fois larges et bas.
Pour les 8 astragales de Négritos masculins étudiés par Volkov, les moyennes des deux indices
correspondants obtenus selon sa technique, qui est différente de celle de Martin, sont respectivement
de 81,7 et 58,8 ; celle de nos Kader, pour le second de ces indices, est de 53,00, soit donc inférieure.
2. — Pour le calcanéum, deux dimensions seulement ont été retenues : la longueur (n*» 1 de
Martin) et la largeur moyenne (n® 2), lesquelles conduisent au calcul de l’indice de longueur-largeur
[ \ La moyenne de cet indice pour nos trois sujets est de 52,89.
\ longueur j
Ici, la seule comparaison possible est celle des Aëta mesurés par Volkov suivant sa méthode :
indice de 57,3 pour les 8 Aëta masculins et de 50,86 pour nos Kader, valeur, ici aussi, très inférieure.
4
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
SQXJELETTES DE KADBR (INDE)
51
Chapitre III
STATURE ET PROPORTIONS
A. - STATURE
Nous avons effectué les calculs destinés à reconstituer la stature du vivant suivant les deux
procédés classiques de Manouvrier et de Pearson, et avec les corrections voulues.
I. — Formules de Manouvrier
H. n<>l
H. n» 2
H. n<>3
Femme
Avec l'humérus
1,60
1,55
1,56
1,50
n le radius
1,66
1,62
1,64
1,57
B le cubitus
1,66
1,62
1,65
1,59
B le fémur (« e
!n position b)
1,62
1,60
1,61
1,49
» le tibia
1,64
—
1,64
_
» le péroné
1,65
—
1,64
—
En moyenne
1,638
1,597
1,623
1,537
l’H. n^ 1 a donc, d’après ces résultats, la stature la plus élevée, la Femme ayant la plus faible ;
les deux autres sujets masculins de 20 ans environ seraient, avec 1,60 m et 1,62 m, plus proches de TH.
n° 1 que de la Femme nettement plus petite.
IL — Formules de Pearson
Dix formules différentes ont été établies par cet auteur, la moyenne des longueurs des côtés
droit et gauche étant faite pour chaque os considéré, et la longueur du fémur utilisée ici étant la longueur
maximale. Nous obtenons ainsi, en faisant les moyennes des valeurs données par ces diverses possi¬
bilités, des statures un peu inférieures à celles de Manouvrier, soit :
H. n® 1 : 1,631 m (moyenne des 10 formules)
H. n° 2 : 1,590 m (moyenne de 6 formules)
H. n° 3 : 1,615 m (moyenne des 10 formules)
Femme : 1,517 m (moyenne de 6 formules)
Les tailles individuelles obtenues pour les hommes par les deux méthodes sont assez voisines.
Elles montrent que c’est l’H. de 35 ans (n® 1) qui a la stature maximale, tandis que les deux autres,
plus jeunes, de 20 ans environ, ont une stature plus faible. La stature moyenne de ces trois Kader
masculins est de 1,619 m selon Manouvrier et de 1,612 m selon Pearson, ce qui représente une assez
bonne taille. Chez la Femme, en revanche, la différence des tailles obtenues par les deux méthodes est
plus importante (2 cm) et, comme on pouvait s’y attendre, c’est elle qui a la plus petite stature (8 à
9 cm de moins que les hommes).
Source ; MNHN, Paris
52
s. de FÊLICE
La comparaison des statures obtenues à l’aide des squelettes peut être faite avec les Aëta, les
Andamanais de Flower et les Ongi.
Aëta (formules de Manouvrier)
Ongi (d’après Dupertuis et Hadden)
Andamanais
N
Hommes
N
Femmes
11
1,476
10
1,461
3
1,558
5
1,489
9
1,431
10
1,385
On voit que dans l’ensemble, les Kader, aussi bien les hommes que la Femme, dépassent nette¬
ment en stature les trois groupes de Négritos considérés.
Étant donné le petit nombre des documents squelettiques et l’intérêt présenté par la stature,
il est bon d’ajouter à nos comparaisons les valeurs fournies par l’examen du vivant sur des séries beau¬
coup plus importantes.
TABLEAU XXXI
ConQ)araison des statures du vivant
Hommes
Femmes
Kader (Sarkar)
40
1,557 (1,43-1,69)
36
1,435 (1,31-1, 55)
Veddoi'des :
Munda (Basu)
250
1,581 (1,46-1,71)
-
-
" (Pisley)
100
1,589 (1,44-1, 71)
-
-
Oraon (Basu)
250
1,618
-
-
" (Risley)
?
1,621
-
-
Vedda (Sarasin)
24
1,533 (1,46-1,60)
11
1,433 (1,35-1,50)
NéETTitOB :
Aëta (Newton)
147
1,470 (1,40-1,54)
50
1,380 (1,29-1,46)
(d'après Scbebesta)
132
1,475 (1,30-1,59)
85
1,384 (1,28-1,54)
390
1,486
(d'après Scbebesta)
379
1,388
Semang
(d'après Scbebesta)
216
1,533
97
1,424
Confirmant ce qu’indiquait déjà l’étude du squelette, ces comparaisons montrent nettement
que la stature de nos Kader est très supérieure à celle des différents groupes de Négritos, Semang com¬
pris. Elle est supérieure aussi à celle des Vedda ; elle correspond, au contraire, sensiblement à celle des
groupes veddoïdes de la péninsule.
La carte de répartition des statures publiée récemment par E. Büchi (1968) montre d’ailleurs
que la moyenne de la presque totalité des tribus veddoïdes du sud de l'Inde est de 1,64 m.
Source : MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER <INDE)
53
B. — PROPORTIONS DU CORPS
Moins nombreuses encore que pour la stature, en raison de l’absence de certains os, les valeurs
obtenues pour les 6 indices de proportion habituellement calculés sont exposées dans le tableau XXXII.
Parmi ceux-ci, les deux qui présentent le plus d’intérêt du point de vue général, étant donné l’ensemble
des statistiques recueillies sur les différentes races, sont Tindice radio-huméral et, en second lieu, l’inter-
membral. Ici aussi, les données comparatives sont, hélas, très limitées.
TABLEAU XXXIl
Comparaisons des indices de proportions
Hommes
N. os
I. radio-huméral
N. os
I. intermembral
Kader
6
78,68
3
68,79
Vedda
8
79,8
—
—
Aëta
Andamanais
22
78,5
20
68,9
de Flower
—
81,5
—
69,0
Ongi
3
83,3
—
—
Nous voyons, par ce tableau, que les Aëta ont un indice radio-kuméral presque identique à celui
des Kader, tous deux étant mésaticerques (de 75 à 79,9). Les indices des Andamanais de Flower et des
Ongi sont supérieurs et dolichocerques. Quant à celui des Vedda, il est, quoique plus élevé lui aussi,
beaucoup plus proche de celui des Kader et également mésaticerque.
En ce qui concerne Yindice inlermembral, pour lequel les données sont encore plus réduites, on
voit que Kader, Aëta et Andamanais ont des valeurs très voisines, qui ne permettent pas de mettre
en évidence des différences anthropologiques valables.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
55
CONCLUSION
Cette étude repose sur l’examen métrique et morphologique de quatre squelettes de Kader,
petite population de l’Inde méridionale (état de Kérala) dans laquelle certains auteurs ont cru recon¬
naître l’existence d’un « courant racial négrito ». A cet effet, ceux-ci ont été comparés d’une part à des
squelettes de Négritos proprement dits, essentiellement Aëta des Philippines et Andamanais, et d’autre
part à des squelettes d’autres groupes de l’Inde du Deccan dits Veddoïdes, ainsi que de Vedda de Sri-
Lanka (Ceylan).
Tête osseuse. — Au niveau du crâne cérébral, on constate que tous les groupes mentionnés ci-
dessus ont une faible capacité, toutes les moyennes se plaçant dans la catégorie « petite capacité »
de Broca.
L’indice crânien horizontal, au contraire, montre une différence très nette entre Kader, Veddoïdes
et Vedda d’une part, dont les indices moyens sont dolichocrânes, et Négritos d’autre part, dont l’indice
est brachycrâne.
Quant à la hauteur du crâne, on observe une différence parallèle pour l’indice de hauteur-lon¬
gueur au basion, les trois premiers groupes étant orthocrânes et les Négritos hypsicrânes ; l’indice de
hauteur-largeur au basion fournit une différence analogue, mais inversée, les trois premiers groupes
étant cette fois acrocrânes et les Négritos métriocrânes.
Avec la hauteur au porion, les renseignements comparatifs étant beaucoup plus limités, on
constate seulement la même opposition Kader-Négritos pour l’indice de hauteur-longueur, c’est-à-dire
orthocrânie-hypsicrânie, l’indice de hauteur-largeur ne fournissant qu’une différence de degré à l’inté¬
rieur de la métriocrânie commune, l’indice des Négritos étant plus bas.
La comparaison des périmètres est moins intéressante car ceux-ci sont directement en rapport
avec la capacité crânienne qui, nous l’avons dit, varie à peine ; on peut simplement retenir les plus
faibles périmètres horizontal et sagittal des Négritos.
L’indice frontal proprement dit se place pour tous les groupes considérés (Aëta mis à part : front
très divergent) dans la même catégorie « à crêtes moyennement divergentes », mais on peut cependant
noter que les Kader ont la valeur maximale.
L’indice fronto-pariétal, lui, montre des différences très nettes, fonction elles-mêmes de celles
de l’indice crânien horizontal. Lés Kader, en effet, comme les Veddoïdes et les Vedda, ont un indice
moyen eurymétope, tandis que l’indice de l’ensemble des Négritos est franchement métriométope,
ceux-ci comprenant même un tiers de sténométopes.
En ce qui concerne l’angle d’inclinaison du front (32 (2) de Martin), les valeurs relevees pour
Kader et Négritos se rapprochent, mais nous manquons de données pour Vedda et Veddoïdes.
Au niveau du crâne facial, l’indice facial total montre une franche opposition entre les Kader,
Veddoïdes et Vedda d’une part, et l’ensemble des Négritos de l’autre. Les trois premiers groupes ont,
en effet, un indice moyen mésoprosope, celui des seconds étant, par contre, hypereuryprosope.
L’indice facial supérieur, au contraire, laisse voir une curieuse homogénéité, tous les groupes
examinés se plaçant à la limite de l’euryénie et de la mésénie.
Le prognathisme, étudié par la méthode de Flower, fait ressortir que tous les groupes, Aëta
compris, ont un indice moyen orthognathe, à l’exclusion des Andamanais qui sont mésognathes, et qui
font passer la moyenne globale des Négritos de la limite supérieure de l’orthognathisme à la limite
inférieure du mésognathisme. A remarquer, toutefois, que les deux seuls Kader étudiés à ce point de
vue sont les plus orthognathes.
Source : MNHN, Paris
56
s. de FÉLICE
L’indice orbitaire, quoique très variable pour nos Kader (2 chamaeconques, 2 mésoconques),
éloigne ceux-ci à la fois des Vedda et des Négritos dont l’indice moyen est beaucoup plus élevé.
Une variabilité parallèle s’observe pour l’indice nasal de nos sujets (2 platyrhiniens et 2 méso-
rhiniens). Mais ici, Kader, Veddoïdes, Vedda et Négritos des Andamans ont des indices moyens voisins,
tandis que les Aëta se distinguent par une tendance nette à la leptorhinie.
L’indice palatin n’apporte rien.
Si nous nous adressons à la mandibule, les quelques renseignements précis qui ressortent de la
comparaison des Kader et des Aëta sont : 1) l’indice mandibulaire mésognathe des premiers opposé
à l’indice brachygnathe des seconds ; 2) la bien plus grande massiveté de la mandibule des Aëta, aussi
bien du corps que de la branche montante ; 3) la saiUie mentonnière nette de nos sujets, alors que le
menton des Aëta, quoique « positif », est beaucoup plus effacé ; 4) l’angle goniaque plus grand chez
nos Kader.
Squelette post-crânien. — Pour celui-ci, les comparaisons se bornent presque exclusivement aux
Aëta et aux Andamanais.
En ce qui concerne le rachis, on peut simplement noter sa longueur nettement plus grande chez
les Kader, caractère qui se retrouve pour tous les os longs des membres.
Au niveau du membre supérieur, l’omoplate montre une différence intéressante pour la forme
de la cavité glénoïde, toujours piriforme chez les Kader et toujours ovoïde chez les Aëta. Chez les hommes,
les indices de robustesse de la clavicule et de l’humérus sont inférieurs à ceux des autres groupes. Les
deux autres os de l’avant-bras ont des indices de robustesse très voisins.
L’étude de la platybrachie montre, au contraire (classification de Manouvrier), une nette diffé¬
rence entre les Kader qui ne présentent aucun aplatissement de l’humérus, et les Aëta qui comprennent
73,8 % d’os aplatis. L’angle de torsion, en raison de ses grandes variations, ne fournit rien d’intéres¬
sant.
L’indice d’aplatissement du radius, os concave opposé à celui des Aëta mince et rectiligne, est
également moindre chez les Kader. Il en est de même pour l’aplatissement du cubitus, les os des Kader
étant tous eurôléniques ou hypereurôléniques, alors que ceux des Aëta présentent un net aplatissement
sous-sigmoïdien.
Au niveau du membre inférieur, les diverses dimensions du bassin dépassent nettement celles
de tous les Négritos ; elles se rapprochent, au contraire, de celles des quelques Veddoïdes et Vedda
comparables ici. Les indices, en revanche, n’offrent pas de différences appréciables.
Le fémur, quant à lui, se rapproche de celui des Aëta par son absence de 3® trochanter et de
fosse bypotrochantérienne, et s’éloigne, au contraire, de celui des Vedda qui, d’après les Sarasin, pré¬
sente généralement un faible troisième trochanter. L’indice de robustesse ne peut être comparé, mais
l’indice de longueur-épaisseur est légèrement plus élevé chez nos Kader, indiquant, ici, des os un peu
plus forts. Ceux-ci, de même, se distinguent par la forte saillie de leur pilastre. L’indice de platymérie
montre, d’autre part, en suivant Manouvrier (et non Martin), que les Kader ont un indice moyen qui
n’est pas platymérique, tandis que les Aëta, seuls comparables, présentent une platymérie faible.
Le tibia est nettement platycnémique chez nos Kader ainsi que chez les Aëta ; il l’est encore plus
chez les Vedda. Chez les Andamanais, les quelques données obtenues sont contradictoires. Les angles
de rétroversion et d’inclinaison qui ne peuvent être comparés qu’à ceux des Aëta, sont, dans les deux
cas, plus grands que chez ces derniers.
Quant au péroné, peu cannelé chez les Kader, il l’est au contraire beaucoup chez les Aëta.
En ce qui concerne le pied, astragale et calcanéum ne peuvent être comparés, et encore partielle¬
ment, qu’avec ceux des Aëta, et uniquement avec la technique de Volkov dont les mesures personnelles
ont été recopiées par E. Genet-Varcin. L’astragale se présente ainsi comme plus bas.
Si on considère enfin les renseignements obtenus pour la stature, aussi bien d’après le squelette
que sur le vivant, on constate d’une façon certaine que la stature des Kader est nettement supérieure
à celle de tous les groupes de Négritos ; elle dépasse aussi celle des Vedda, mais correspond à peu de
chose près à celle des Veddoïdes.
L étude des indices de proportion, tant radio-huméral qu’intermembral, ne permet pas, vu les
rares données de comparaison réunies, de mettre en évidence des différences anthropologiques à retenir.
Source : MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
57
En définitive, on voit que nos Kader, par la grande majorité de leurs caractères ostéologiques
comme par leur stature, diffèrent nettement des Négritos, tant Aëta qu’Andamanais. Sans être sem¬
blables aux Veddoïdes, on peut dire qu'ils présentent avec ceux-ci des affinités incontestables. Nous
ne pouvons, bien évidemment, étant donné le petit nombre de squelettes examinés, étendre ces
conclusions à l’ensemble de cette population, surtout lorsqu’on a connaissance des observations effec¬
tuées sur le sujet vivant et des différentes possibilités d'explication des caractères anthropologiques
des Kader qui ont été avancées par les divers auteurs.
Sans pouvoir confirmer, par conséquent, ni les vues de Guha et de son équipe qui affirment
l’existence d’un substratum négrito chez les Kader, ni celles de Sarkar et de ses collaborateurs qui affir¬
ment leur appartenance au grand « stock veddoïde », nous pouvons, tout simplement, nous rapprocher
de Coon (et de Sharma) qui, nous l’avons vu (cf. p. 4), a su observer chez les Kader à.la fois des indi¬
vidus négritos, d’autres d’aspect veddoïde, d’autres enfin ayant des caractères intermédiaires. Nous
confirmons ainsi, sur le plan ostéologique, la seconde affirmation de cet auteur : existence de sujets
d’apparence veddoïde au sein de cette tribu. L’hybridation de base qui a été supposée (voir p. 4) et
qui ne serait peut-être pas aussi ancienne qu’on a bien voulu le croire, puisque l’on « pourrait » suivant
les lois de Mendel, observer encore distincts les uns des autres, des métis et des individus présentant
les caractères de l’une ou de l’autre des deux composantes, semble correspondre à une vue et à une
explication plus justes du problème et être mieux adaptée à la réalité des faits.
Le matériel ostéologique étant rarissime en Inde, comme on le sait, notre étude apporte des
données toutes nouvelles sur ce plan ostéologique, en ce qui concerne cette petite tribu des Monts
Anémalé de l’État de Kérala, et qui a particulièrement attiré l’attention des anthropologistes.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
59
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distribué le 15 octobre 1981.
Source ; MNHN, Paris
figures
Source : MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADER (INDE)
63
Fio. 1. — Crâne de l’Homme n» 1 vu respectivement en norma verticaUs,
norma facialis, norma lateralis et norma occipitalis.
Source : MNHN, Paris
64
s. de FÉLICE
Source ; MNHN, Paris
SQUELETTES DE KADËR (INDE)
Fig. 3. Biagrammes respectifs (de
des crânes des Hommes n® 1,
gauche à droite et de haut
n® 2, n® 3 et de la Femme.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
IMPRIMEBIE NATIONALE
1 564 011 T 58
Source : MNHN, Paris
f
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