MEMOIRES
DU MUSÉUM
NATIONAL
D’HISTOIRE-
NATURELLE
ZOOLOGIE
TOME 138
1987
Christian Erard
Ecologie et comportement
des gobe-mouches
(Aves : Muscicapinae,
Platysteirinae, Monarchinae)
du Nord-Est du Gabon
Volume 1 : Morphologie des espèces
et organisation du peuplement
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
écologie et comportement des gobe-mouches
( A ves : Muscicapinae, Platjsteirinae, Monarchinae)
du Nord-Est du Gabon
Volume 1 : Morphologie des espèces et organisation du peuplement
Source : MNHN, Paris
ISBN : 2 - 85653 - 142-3
ISSN : 0078-9747
© Éditions du Muséum national d’Histoire naturelle, Paris, 1987 .
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
SÉRIE A
ZOOLOGIE
TOME 138
Christian Erard
Laboratoire de Zoologie (Mammifères et Oiseaux)
Muséum national d’Histoire naturelle
S5, rue Buffon
75005 PARIS
ECOTROP, C.N.R.S.
'Ecologie
et comportement des gobe-mouches
(Aves : Muscicapinae,
Platysteirinae, Monarchinae)
du Nord-Est du Gabon
Volume 1 : Morphologie des espèces
et organisation du peuplement
ÉDITIONS
DU MUSÉUM
PARIS
1987
Source : MNHN, Paris
SOMMAIRE
Pages
RESUME. 9
ABSTRACT . 13
INTRODUCTION. 17
SITES ET MÉTHODES D’ÉTUDE. 19
LE MILIEU NATUREL. 23
Le climat. 23
Le milieu forestier. 27
1) Forêt primaire. 27
2) Formations secondaires. 27
MORPHOLOGIE DES ESPÈCES ÉTUDIÉES. 33
Présentation des espèces. 33
Particularité anatomique des genres Terpsiphone et Trochocercus . 47
Biométrie. 48
1) Poids. 48
2) Aile . 49
a) Les mesures alaires en tant qu'indicateurs de taille . 49
b) La forme de l’aile . 55
c) La variation des mesures alaires chez les mâles T. viridis. 62
3) Queue . 63
a) Longueur relative . 63
b) Étage ment des rectrices . 64
4) Tarse. 65
5) Bec. 66
6) Indice de similitude morphologique . 72
Récapitulation et conclusion. 75
LES DIMENSIONS DE LA NICHE ÉCOLOGIQUE. 83
L’OCCUPATION DU MILIEU . 83
1) Les biotopes fréquentés par les divers gobe-mouches. 83
2) L’occupation verticale du milieu. 98
3) L’occupation horizontale du milieu. 118
a) Modalités de la recherche de la nourriture . 118
b) Les abondances spécifiques et leur distribution . 156
Le régime alimentaire. 186
Source : MNHN, Paris
La participation aux associations plurispécifiques d’insectivores. 207
1) La fréquentation des rondes par les divers gobe-mouches . 207
2) Discussion. 221
DISCUSSION — CONCLUSION. 233
Caractérisation êcomorphologique des espèces constituant le peuplement de
GOBE-MOUCHES GABONAIS . 233
1) Caractères écomorphologiques liés à la locomotion . 233
2) Caractères écomorphologiques lies à l’alimentation. 235
3) Caractérisation êcomorphologique globale. 237
Organisation du peuplement . 239
1) La compétition et ses implications. 240
2) Éléments d’alternative à la compétition. 243
REMERCIEMENTS. 245
BIBLIOGRAPHIE. 246
Source : MNHN, Paris
RÉSUMÉ
ERARD C„ 1987.11.27. ÉCOLOGIE ET COMPOR¬
TEMENT DES GOBE-MOUCHES (AVES : MUSCICA-
PINAE. PLATYSTEIRINAE, MONARCHINAE) DU
NORD-EST DU GABON. 1 : Morphologie des espèces
et organisation du peuplement. Mém. Mus. nain. Hist. nat.,
Paris. (Série A) 138 : 1-256. Paris. ISBN 2-85653-142-3.
Le peuplement de gobe-mouches du Nord-Est du
Gabon comprend 30 espèces : 13 Muscicapinés [Musci-
capa striata (Pallas), M. cassini Heine, M. sethsmithi
(van Someren), M. epulata (Cassin), M. olivascens (Cas-
sin), M. caerulescens (Hartlaub), Myioparus griseigularis
(Jackson), M. plumbeus (Hartlaub), Pedilorhynchus comi-
tatus (Cassin). Artomyias fuliginosa Verreaux, Stizorhina
fraseri (Strickland), Fraseria ocreata (Strickland) et F.
cinerascens Hartlaub], 10 Platysteirinés [Hyliota violacea
Verreaux, Megabyas flammulatus Verreaux, Bios musicus
(Vieillot), Bâtis minima (Verreaux), B. poensis Alexander,
Platysteira cyanea (Müller), Diaphorophyia castanea (Fra¬
ser), D. tonsa Bâtes, D. blissetti chalybea Reichenow et D.
concreta (Hartlaub)] et 7 Monarchinés [Erythrocercus
mccalli (Cassin), Elminia longicauda (Swainson), Trocho-
cercus nigromitratus (Reichenow), T. nitens Cassin, Terp-
siphone rufiventer (Swainson), T. viridis (Müller) et T.
batesi Chapin],
Ce peuplement a été étudié de 1972 à 1985, surtout de
1972 à 1977 (plus de 5 000 heures d'observation), dans les
divers habitats, en suivant des oiseaux marqués avec des
bagues de couleur, sur des terrains balisés.
La région étudiée (bassin de l'Ivindo) est située sous
l'équateur. Elle accuse une saisonnalité climatique : deux
saisons pluvieuses, l’une de septembre à novembre, l'autre
de février à mai (avec des tornades en février et surtout
mars) et deux saisons sèches : une grande de juin à août
caractérisée par une forte baisse de la pluviosité, de
l’insolation, des températures et de l’évaporation, et une
petite en décembre et janvier, parfois jusqu'à la mi-
février, irrégulière d'une année à l’autre, caractérisée
certes par un fléchissement des précipitations mais aussi
par des températures et une insolation qui restent fortes.
La forêt qui recouvre la région étudiée est du type
dense, humide et sempervirent, de basse et moyenne
altitude, et s’apparente à celles du Cameroun, du Congo
et du Zaïre.
La première partie du travail analyse la morphologie
des espèces. Ces dernières sont décrites en détail, de
manière à souligner les particularités qu’elles utilisent
dans la communication visuelle ainsi que celles qui
constituent des critères d’identification sur le terrain. Est
démontrée l’existence d’un continuum de variation du
plumage des SS Terpsiphone viridis nicheurs en un même
point, depuis un plumage gynémorphique jusqu’à une
livrée très différenciée mais dont les porteurs seraient plus
détectables et vulnérables.
L'analyse morphologique portant sur les poids, sur les
longueurs d’aile, sur la forme de l’aile, sur les longueurs
de queue (longueur relative et étagement des rectrices), de
tarse et de bec (longueur, largeur et hauteur), conduit à
un certain nombre de considérations d’ordre taxino¬
mique. Il apparaît que les genres Pedilorynchus et Arto¬
myias sont synonymes de Muscicapa : Artomyias fuligi¬
nosa devient donc Muscicapa infuscata. Stizorhina serait
un Turdiné : une hypothèse évolutive (fig. 25 B) suggère
que Stizorhina et Neocossyphus seraient congénériques.
Hyliota serait un Platysteiriné très différencié, non pas un
Sylviiné comme l’ont suggéré certains auteurs. La sépara¬
tion générique entre Megabyas et Bios paraît discutable.
Il apparaît préférable de maintenir séparés les genres
Platysteira. Bâtis et Diaphorophyia. Erythrocercus s’inscrit
bien dans le cadre de la variabilité des Monarchinés.
Trochocercus nitens est en fait un Terpsiphone. Il en va de
même de T. cyanomelas. Trochocercus est donc synonyme
de Terpsiphone. Plutôt que d’introduire un nouveau nom
de genre, il paraît préférable de ranger les autres Trocho¬
cercus dans le genre Elminia.
L’analyse biométrique permet de définir un indice de
similitude morphologique et d'établir un dendrogramme
qui visualise le degré de ressemblance des espèces entre-
elles. Elle autorise aussi, à partir des données écomorpho-
logiques actuellement disponibles dans la littérature, de
faire quelques prévisions sur la sélection d'habitat, les
exigences alimentaires et surtout sur les modalités de
recherche et de préhension des proies, prévisions qui se
trouvent, dans l’ensemble confirmées.
La seconde partie du travail étudie les dimensions de la
niche écologique. Le type d'habitat fréquenté par chaque
espèce est défini, ce qui permet de dresser un tableau
traduisant un premier niveau de séparation écologique
des composantes du peuplement. Dans l'ensemble, une
espèce donnée ne cohabite qu’avec la moitié du nombre
des autres espèces de gobe-mouches présentes dans la
région.
L’occupation différentielle des divers niveaux verticaux
de l’architecture forestière est étudiée en séparant les
données de forêt primaire de celles obtenues dans les
formations secondaires. Pour chaque espèce, la variation
saisonnière est décrite en combinant les données recueil¬
lies pour chaque saison et/ou en analysant les données
mensuelles. Pour les espèces ayant fourni beaucoup de
données, la variation interannuelle est examinée. Un
indice de recouvrement de niches est ainsi calculé entre les
diverses paires d’espèces coexistantes. Il apparaît une
Source : MNHN, Paris
10
CHRISTIAN ERARD
assez forte variabilité saisonnière mais une relative stabi¬
lité des résultats d’une année sur l’autre. Durant la saison
des pluies qui suit la grande saison sèche, les spectres
d’occupation verticale du milieu par les diverses espèces
se contractent et se décentrent vers le bas. Durant la
grande saison sèche, la remontée des oiseaux dans
l’architecture forestière est générale. Un certain nombre
d'espèces peuvent assez aisément être classées selon
qu’elles sont spécialisées dans l’exploitation de la voûte,
des strates moyennes du sous-bois ou au contraire des
couches les plus basses de la végétation. D’une manière
générale les forts indices de recouvrement de niches pour
cette dimension verticale sont associés à des paires
d’espèces bien différentes au plan systématique ou mor¬
phologique.
L’occupation horizontale du milieu est abordée par
l'étude des modalités de la recherche de la nourriture et
par l’analyse des abondances spécifiques et de leur
distribution. Le comportement et la localisation de chasse
de chaque espèce sont décrits en détail et en insistant sur
les interactions interspécifiques et, notamment pour Terp-
siphone viridis et T. batesi, sur les modifications (dans le
sens d’une simplification et spécialisation) de ces compor¬
tements selon que les oiseaux accompagnent ou non les
bandes plurispécifiques d’insectivores. Il apparaît, dans
l’ensemble, une grande plasticité du comportement de
recherche de la nourriture : chaque espèce dispose de
plusieurs modes qui peuvent être très différents les uns des
autres. Chez les Platysteirinés, un modèle de type chas¬
seur, par courts sauts accompagnés souvent d’un bref vol
sur place, peut être appliqué à tous les membres de la
sous-famille, avec bien sûr des variantes spécifiques. Chez
les Monarchinés, toutes les espèces ont en commun un
mode de chasse qui consiste en la prospection des
feuillages, en balayant ceux-ci à l’aide des rectrices
largement déployées et des rémiges plus ou moins étalées.
Chez les Muscicapinés, la variabilité est beaucoup plus
grande : les diverses espèces se rangent le long d’un
gradient entre la chasse à l’affût à point fixe dans l’espace
aérien (i.e. Artomyias) et l’exploration en continu dans les
feuillages (i.e. Myioparus). À ce stade de l’étude, une
comparaison des espèces prises deux à deux, faisant
intervenir les différences d'habitat, l’occupation verticale
du milieu et la localisation horizontale lors de la recherche
de nourriture, laisse apparaître que seules 33 paires
d’espèces (sur les 435 possibles) demeurent non complète¬
ment isolées spatialement.
Pour chaque espèce, les densités (nombre d’unités
sociales par unité de surface) ont été estimées et les
surfaces des territoires déterminées, sauf pour M. striata
migrateur paléarctique, H. violacea très rare, M. flammu-
latus vraisemblablement migrateur afrotropical et T.
rufiventer accidentel. Chez T. viridis dont les mâles
montrent un fort degré de variabilité du plumage, les
territoires sont d’autant plus grands que le plumage est
plus blanc. Globalement, le peuplement de gobe-mouches
se caractérise par quelques espèces abondantes et de
nombreuses autres à faible densité. Les espèces paraissent
plus saturer le milieu en forêt primaire que dans les
formations secondaires et, d’une manière générale, les
Muscicapinés moins que les autres. Aucune relation
significative n’a été trouvée entre le poids des diverses
espèces et la surface de leurs territoires. Globalement, il
existe une corrélation linéaire positive et significative
entre la surface moyenne des territoires spécifiques et la
hauteur moyenne à laquelle se rencontre chaque espèce
dans l’architecture forestière. Toutefois, dans une analyse
par sous-famille, cette corrélation ne subsiste que pour les
Muscicapinés. La prise en compte de l’abondance des
espèces dans l’isolement écologique, dans le cadre d’une
éventuelle compétition interspécifique, ne laisse que
15 paires d’espèces (sur les 435 de départ) non encore bien
séparées.
Le régime alimentaire est étudié à l’aide de contenus
stomacaux et d'observations directes d’oiseaux en chasse
et d’adultes nourrissant des jeunes au nid. Peu de gobe-
mouches s’attaquent aux Lépidoptères Rhopalocères : il
s’agit surtout de M. cassini et, moins souvent, de B.
musicus, M. epulata, A. fuliginosa et T. viridis. Les espèces
présentent toutes des régimes alimentaires très diversifiés.
Les différences entre les espèces de gobe-mouches appa¬
raissent mieux dans les dimensions que dans la nature
taxinomique des proies. Les tailles des proies ingérées
suivent des distributions de type log-normal. Il apparaît
que les 15 paires d’espèces qui n’étaient pas jusque-là
écologiquement bien séparées le soient après l’analyse des
régimes alimentaires. Les données suggèrent des diffé¬
rences interspécifiques dans la composition des régimes et
dans les dimensions des proies, d’autant plus importantes
que les espèces montrent des probabilités d’interactions
plus grandes.
Un chapitre étudie le taux de participation aux associa¬
tions plurispécifiques de chasse des insectivores. En
continuité avec l’analyse des différences dans les modes de
chasse observées chez les Terpsiphone selon qu’ils sont ou
non dans les rondes, l’étude des rapports des Diaphoro-
phyia entre eux dans l’architecture végétale montre que
ces oiseaux atteignent un meilleur degré d’isolement
spatial quand ils chassent ensemble dans les bandes
d'insectivores que quand ils le font séparément. Les
Muscicapinés chassent essentiellement en dehors des
rondes : 9 espèces sur 13 n’y sont qu’accidentelles,
2 accessoires et 2 régulières. Chez les Platysteirinés,
1 espèce est accidentelle, 1 permanente, les 8 autres sont
régulières ou accessoires. Mises à part 1 espèce épisodique
et 1 accessoire, les Monarchinés sont des membres
réguliers ou permanents des rondes. Il existe une relation
entre la propension des espèces à se joindre aux rondes et
les modalités de leur recherche de nourriture. Les chas¬
seurs à l’affût sont accidentels dans les rondes et, d’une
manière générale, des espèces épisodiques aux perma¬
nentes, le mode de chasse évolue dans le sens d’une
utilisation de plus en plus spécialisée de la faune invertébrée
des feuillages, lors d’une prospection systématique de la
végétation, accompagnée d’une complication croissante
des comportements de chasse. De vivre en groupes
monospécifiques renforce la participation aux rondes. Les
taux de fréquentation des rondes sont moindres dans les
formations secondaires qu'en forêt primaire. Il existe une
relation entre la surface des domaines vitaux et le taux de
fréquentation des rondes, lequel varie de manière saison¬
nière. L’organisation des rondes observées au Gabon
apparaît moins élaborée que celles des rondes néotropi¬
cales. Au moins dans l’exemple gabonais, les rondes
procurent un avantage alimentaire important à leurs
participants, en plus d’un bénéfice anti-prédateur. Les
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
11
rondes s’inscriraient comme une stratégie adaptative pour
minimiser les risques d'extinction : selon les conditions de
milieu, les individus chercheraient à réduire les risques de
prédation ou ceux d’un mauvais rendement de leur quête
alimentaire, en termes de gains et dépenses énergétiques.
Synthétisant les données exposées, la discussion finale
étudie la caractérisation écomorphologique des espèces
constituant le peuplement des gobe-mouches gabonais.
Un simple diagramme mettant en relation la longueur
relative du tarse et l’allongement de l'aile permet de
séparer clairement les chasseurs aériens des prospecteurs
des feuillages. La séparation est plus nette et la variabilité
plus faible chez les oiseaux de la forêt primaire que chez
ceux des formations secondaires. Des relations existent
entre la forme du bec et le mode de capture des proies. La
longueur du bec renseigne sur la taille — et sa variabilité —
des proies consommées. Des différences de taille de bec
entre deux espèces n’impliquent aucunement un isolement
écologique entre ces espèces. Une analyse en composantes
principales permet (fig. 93) de caractériser 6 grands types
de comportement alimentaire des gobe-mouches gabonais :
a) les fouilleurs de feuillages qui capturent leurs proies à
l’issue d’un vol en oblique vers le haut, b) les prospecteurs
de feuillages qui y circulent en piquant du bec des proies
posées, c) les explorateurs des feuillages qui effectuent des
pirouettes en poursuivant les proies délogées, d) les vrais
chasseurs aériens qui attaquent des proies mobiles, e) les
chasseurs aériens qui capturent souvent des proies dans
les houppiers, 0 les oiseaux qui utilisent beaucoup le vol
plongeant. Dans l’ensemble, une ségrégation écologique
n’est vraiment nette qu’entre espèces morphologiquement
très semblables ou très différentes. Il est bien évident que
les prévisions écomorphologiques que l’on peut faire
demeurent très grossières. On peut penser que la morpho¬
logie ne prédétermine pas le comportement et le régime
alimentaire d’une espèce donnée d’une manière aussi
stricte qu’on ne le croit trop souvent.
Ces données recueillies sur les gobe-mouches gabonais
sont envisagées sous l’angle de la compétition inters¬
pécifique. L'idée d’un rapport de similitude constant entre
espèces potentiellement compétitives n'est pas défendable.
Les observations sur l’utilisation différentielle selon les
espèces de l’habitat et de ses ressources vont souvent dans
le sens mais parfois à l’encontre des prévisions de la
théorie de la compétition. L’accent est mis sur la nécessité
d’envisager d’autres éléments d’alternative ou de complé¬
mentarité à la compétition pour mieux comprendre la
structuration des peuplements.
Un second volume analysera l’organisation sociale des
espèces, les modalités d’utilisation de leurs domaines
vitaux, leurs systèmes de communications visuelle et
acoustique et leur biologie de la reproduction.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
ABSTRACT
ERARD C., 1987.11.27. ÉCOLOGIE ET COMPOR¬
TEMENT DES GOBE-MOUCHES (AVES : MUSCICA-
PINAE, PLATYSTEIRINAE, MONARCHINAE) DU
NORD-EST DU GABON. 1 : Morphologie des espèces
et organisation du peuplement. Mém. Mus. natn. Hist. nat.,
Paris. (Série AJ 138 : 1-256. Paris. ISBN 2-85653-142-3.
Ecology and behaviour of flycatchers (Aves : Muscica-
pinae, Plalysteirinae, Monarchinae) in N.-E. Gabon. 1 :
Species morphology and community structure.
Thirty species of flycatchers are known to occur in
north-eastem Gabon : 13 Muscicapinae [Muscicapa striata
(Pallas), M. cassini Heine, M. sethsmithi (van Someren),
M. epulata (Cassin), M. olivascens (Cassin), M. caerules-
cens (Hartlaub), Myioparus griseigularis (Jackson), M.
plumbeus (Hartlaub), Pedilorhynchus comitatus (Cassin),
Artomyias fuliginosa Verreaux, Stizorhina fraseri (Stric-
kland), Fraseria ocreata (Strickland) and F. cinerascens
Hartlaub], 10 Platysteirinae [Hyliota violacea Verreaux,
Megabyas flammulatus Verreaux, Bias musicus (Vieillot),
Bâtis minima (Verreaux), B. poensis Alexander, Platys-
teira cyanea (Müller), Diaphorophyia castanea (Fraser),
D. tonsa Bâtes, D. blissetti chalybea Reichenow and D.
concreta (Hartlaub)] and 7 Monarchinae [Erythrocercus
mccalli (Cassin), Elminia longicauda (Swainson), Trocho-
cercus nigromitratus (Reichenow), T. nitens Cassin, Terp-
siphone rufivenler (Swainson), T. viridis (Müller) and T.
batesi Chapin].
This assemblage of species has been studied between
1972 and 1985, especially from 1972 to 1977, during more
than 5 000 hours of observation in every type of habitat.
Colour-ringed birds were followed in a zone gridded with
trails every 100 m and covering an area of about 2 km 2 .
The study has been conducted in the basin of the
Ivindo river, situated on the equator. The climate is
seasonally variable, two rainy seasons altemating with
two dry periods. The main rainy season is from Sep-
tember to November, the other is from February to
May, with heavy storms in February and especially in
March. The long dry season from June to August is
characterized by very low rainfall, insolation, température
and évaporation. The short dry season in December and
January, sometimes until mid-February, is irregular from
year to year. It is characterized not only by a reduced
rainfall but also by the persistence of high température
and insolation.
The forest which covers the area is of a dense, humid.
evergreen and lowland type, and is closely allied to the
forests found in Cameroon, Congo and Zaïre.
The first part of the study deals with a morphological
analysis of the species. The latter are described in detail
with an emphasis on the peculiarities of morphology used
for visual communication and helpful as field identifica¬
tion marks. A continuum is demonstrated in the plumage
variation of males Terpsiphone viridis breeding at any
given locality : they vary from a gynemorphic plumage to
a very differentiated dress which would be more détec¬
table and vulnérable.
Through an analysis of weights, wing lengths, wing
shapes, tail lengths (length relative to size, and grading of
tail-feathers), tarsus and bill lengths (with breadth and
thickness), a number of taxonomie conclusions can be
drawn. Thus the généra Pedilorynchus and Artomyias
appear to be synonyms for Muscicapa : Artomyias
fuliginosa therefore becomes Muscicapa infuscata. Stizo¬
rhina should belong with Turdinae : an evolutionary
hypothesis (fig. 25 B) leads to consider Stizorhina and
Neocossyphus as congeneric. Hyliota is considered as a
specialized Platysteirinae, not a Sylviinae as several
authors hâve suggested. A generic séparation between
Megabyas and Bias is debatable. It is recommended to
maintain generically distinct Platysteira, Bâtis and Dia¬
phorophyia. Erythrocercus keeps well in the variability of
Monarchinae. Trochocercus nitens is in reality a Terpsi¬
phone. T. cyanomelas type species of the genus is also a
Terpsiphone. Rather than introducing a new genus name
it seems wiser to include ail Trochocercus species except
nitens and cyanomelas in the genus Elminia.
A biometrical analysis leads to a morphological index
and a dendrogram illustrating the degree of similarity
between species. Based on présent knowledge of ecomor-
phology many prédictions can be formulated on habitat
sélection, feeding constraints and especially technics of
searching and handling of prey. Most of these prédictions
appear to be supported by the results of the study.
The second part of the monograph deals with various
dimensions of the ecological niche of the different species.
Criteria for spécifie habitat sélection are defined for
each species. This allows to distinguish a first level of
ecological séparation between the different species of
flycatchers in the bird community. Globally every species
coexists with only half the number of flycatchers présent
in the area.
The differential occupation of the various vertical
layers of the forest architecture is examined, data from
primary forest being separated from those in secondary
successions. For each species seasonal variation is des¬
cribed, combining data for each season and/or analysing
monthly data. Interannual variation can be studied for
data-rich species. A niche overlap index is calculated for
the various coexisting species-pairs. A rather strong
Source : MNHN, Paris
14
CHRISTIAN ERARD
seasonal variability is apparent in the vertical localization
of species ; the pattern seems rather constant front year to
year. During the wet season which follows the longest dry
one, spécifie vertical occupation spectra are narrower and
skewed towàrds lower heights ; whilst during the long dry
season ail these spectra are shifted towards the highest
values. A number of species can be quite easily classified
as specialists in their exploitation pattern of the canopy,
the mid-strata of the understory or of the lowest levels of
végétation. Broadly speaking, high niche overlap indices
in the vertical dimension of habitat sélection are associa-
ted with taxonomically or morphologically very different
species-pairs.
The horizontal dimension of habitat sélection is con-
sidered through species-specific foraging tactics and ana¬
lysis of spécifie abundances and their spatial distribution.
The foraging zone and feeding behaviour are descri-
bed in detail for every species. Spécial attention is paid to
interactions between species and especially for Terpsi-
phone viridis and T. batesi , to modifications (towards
simplification and specialization) of foraging behaviour
according to whether the species is a member of a mixed-
species flock or not. As a whole, foraging behaviours
appear highly plastic : each species displays several
behavioural types which can greatly differ from each
other. The model of a jumping foliage-gleaner bird using
short, often upward-striking catching flights can be
applied to every member of the sub-family Platysteirinae,
though with spécifie variants. Ail the species of Monar-
chinae share the habit of carefully looking for insects in
the foliage, which they “ sweep " with their lifted and
widely spread tail-feathers, and with downward incurved
and partially open wings. In the Muscicapinae, variability
is higher. The different species can be ordered along a
gradient from true flycatching in open air (i.e. Arlomyias )
to intense foliage-gleaning for stationary prey (i.e. Myio-
parus). At this stage, an analysis based on different
parameters of habitat sélection of ail the 435 possible
species-pairs shows that only 33 of them are not spatially
isolated.
Densities (number of social units per surface unit) hâve
been calculated for every species and the size of species
spécifie territories has been estimated, except for M.
striata a palearctic migrant, H. violacea a scarce species,
M. flammulatus a probably afrotropical migrant, and T.
rufiventer an accidentai. In T. viridis whose males show a
high degree of plumage variation, territories are larger
when their owner’s plumage is whiter. Globally the
assemblage of flycatchers is made of a few abundant
species and many more rare ones. Species appear to
saturate their habitat more in primary forest than in
second growth ; broadly speaking Muscicapinae saturate
their habitat less than other subfamilies. No significant
relationship could be found between species'weight and
territory size. As a whole, a positive and significative
linear corrélation exists between mean spécifie territory
size and mean height, though an analysis at subfamily
level shows that such a corrélation remains statistically
significative only for Muscicapinae. Taking count of
species abundances leaves only 15 species-pairs ecologi-
cally unsegregated, under the assumption of an interspe-
cific compétition.
Diet has been studied through the analysis of stomach
contents, observations of foraging birds and of adults
feeding young at the nest. Only a few flycatchers prey on
butterflies, the main predator being M. cassini, but B.
musicus, M. epulata, A. fuliginosa and T. viridis also
sometimes catch butterflies. Ail species hâve very diversi-
fied diets. Diet differ more by prey sizes than by
taxonomie nature of prey. Prey sizes follow a log-normal
distribution. The 15 species-pairs left ecologically unseg¬
regated above now appear isolated when diet of the
component species is considered. Our data suggest more
important interspecific différences in diet composition
and prey size as species hâve higher probalities to
interact.
One chapter is devoted to the participation of these
flycatchers to polyspecific feeding assemblages of insecti-
vorous vertebrates in primary forest and secondary
successions. Complementing the analysis of foraging
différences in Terpsiphone whether they are found in
mixed-flocks or not, the study of behavioural relations-
hips between Diaphorophyia species in forest architecture
shows that these species are better segregated in space
when they forage together in mixed-species flocks than
when they feed separately. Most of Muscicapinae rarely
join polyspecific flocks : 9 species out of 13 are only
accidentai members, 2 accessory and 2 regular. Among
Platysteirinae only 1 species is accidentai, 1 permanent,
and the other 8 regular or accessory. Except one episodic
and one accessory species, Monarchinae are regular or
permanent attendants of mixed flocks. There is a rela¬
tionship between the propensity of species to join flocks
and their foraging tactics. True flycatchers are accidentai
members of flocks, and broadly speaking, from episodic
to permanent species, foraging tactics vary towards a
more specialized exploitation of the foliage invertebrate
fauna in the course of a systematic exploration of
végétation when searching behaviour is much sophistica-
ted. Life in monospecific groups strengthens the tendency
to join mixed-species flocks. Species join less frequently
interspecific foraging flocks in second growth than in
primary forest. There is a relation between mean size of
territories or home ranges of the different species and
their annual mixed-species flocking ratio. This ratio of
participation (number of observations of the species
foraging in mixed-flocks to the total number of observa¬
tions of this species while it is foraging) fluctuâtes
seasonally. Gabonese mixed-species flocks are less well
structured than neotropical ones. At least in this gabo¬
nese case a feeding advantage seems more likely than an
antipredatory benefit. Mixed-species flocks could be
considered as resulting from an adaptative strategy for
minimizing risks of extinction : according to their envi¬
ronment, individuals would try to reduce the risks of
energetically bad cost-benefit ratios of their foraging or
those of prédation.
Endeavouring to synthesize the informations presented
in the different chapters, the final discussion attempts an
ecomorphological characterization of this community of
gabonese flycatchers. A mère graph of relative tarsus
length against relative wing lengthening results in a
clearcut opposition between flycatchers and foliage-glea-
ners. This séparation is even more obvious and the
variability less marked in primary forest birds than
second growth species. A strong corrélation exists bet-
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
15
ween bill shape and catching-handling prey behaviour.
Bill length is an indicator of prey size and its variability.
Bill length différences between two species cannot in any
way be considered as an indication of ecological ségréga¬
tion between these species. Through a PCA, 6 types of
foraging behaviour can be characterized by morphologi-
cal traits (fig. 93) : a) foliage-gleaners which catch prey at
the end of a short upward flight in oblique ; b) gleaners
which move in foliages, picking up stationary prey ; c)
foliage-gleaners which make acrobatie flights while pur-
suing the prey they hâve dislodged ; d) true flycatchers
which catch moving prey ; e) flycatchers which often
catch prey in foliages ; 0 birds which frequently use
downward flights. As a whole. ecological séparation is
only obvious between morphologically very different or
very similar species. The ecomorphological prédictions
which can be made remain necessary crude. One is lead to
the conclusion that morphology does not strictly déter¬
mine the diet and foraging behaviour of a given species.
Our data on Gabon flycatchers are also interpreted in
relation to interspecific compétition theory. The existence
of a constant similarity ratio between potentially competing
species appears untenable. The observations on differen-
tial utilization of the habitat and its resources by the
various species of flycatchers often support, but someti-
mes do not, prédictions of compétition theory. The need
is stressed to take into considération alternative interpré¬
tations in order to better understand the structuring of
tropical forest communities.
A second volume will deal with the social organization
of the species, the ways they utilize their territories or
home ranges, their visual and acoustic Systems of commu¬
nication and their reproductive life-history.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
INTRODUCTION
Les naturalistes habitués aux régions tempérées
et qui ont travaillé dans les milieux tropicaux, et
plus particulièrement dans les forêts, ont toujours
insisté sur la grande variété des espèces animales et
végétales qui s’y rencontrent. L’explication de cette
remarquable richesse spécifique demeure l’un des
sujets fort débattus de l’écologie actuelle. Des
éléments de réponse ont certes été proposés. Plu¬
sieurs synthèses (Pianka 1966, Orians 1969, Blondel
1979, Terborgh 1980, Bourlière 1983, 1984) les
récapitulent en les discutant, sans toutefois être en
mesure de classer par ordre d’importance les divers
facteurs explicatifs possibles.
Depuis quelques années, de plus en plus écologis¬
tes et biogéographes s’accordent toutefois à consi¬
dérer que des causes historiques ont joué un rôle
fondamental dans la constitution des peuplements
aviens. Comparativement aux régions tempérées,
les zones tropicales auraient été marquées par des
taux de spéciation plus importants, associés à un
plus faible degré d’extinction (cf. Haffer 1969, 1974,
MacArthur 1969, Diamond 1973, Dorst 1973,
1974).
Comme le remarque fort justement Bourlière
(1984), la richesse spécifique des peuplements ani¬
maux tropicaux n’est certainement pas due à une
cause unique mais plutôt à une combinaison d’évè¬
nements historiques à long terme et de facteurs
écologiques à court terme.
Une relative stabilité climatique des milieux
tropicaux par rapport à ceux des régions tempérées
a été invoquée et a fait écrire que la structuration
des peuplements y serait davantage sous la dépen¬
dance des facteurs biotiques car les fluctuations de
l’environnement physique n’y seraient que de faible
amplitude. Cette stabilité entraînerait celle des
ressources, assurant notamment la continuité tem¬
porelle de leur disponibilité (Dobzhansky 1950,
Hutchinson 1959, Connell et Orias 1964, Sanders
1968, MacArthur 1969, 1972, Diamond 1978).
Nombre d’explications écologiques de la richesse
spécifique trouvent leurs racines dans la théorie
de la niche hutchinsonienne (Hutchinson 1958,
MacArthur et Levins, 1964, 1967, Levins 1968,
MacArthur 1968, Vandermeer 1972, Whittaker et
al. 1973, Cody 1974, Schoener 1974, Colwell et
Fuentes 1975, Blondel et Bourlière 1979, Henry
1979a, Lamotte 1979, Vuilleumier 1979) relative
aux modalités du partage et de l’utilisation des
ressources dans un écosystème donné.
Le spectre des ressources serait plus large que
dans les milieux tempérés : les ressources seraient à
la fois plus variées et plus abondantes (MacArthur
1958, 1972, Hespenheide 1971, Schoener 1971). La
production serait donc plus forte et plus homogène
(Connell et Orias 1964).
Cette abondance régulière des ressources favori¬
serait donc la mise en place de peuplements plus
riches, ceci d’autant mieux que les gradients de
ressources seraient plus finement subdivisés, les
espèces réalisant des niches plus étroites, devenant
plus «spécialistes» (Klopfer et MacArthur 1960,
1961, MacArthur et al. 1966, MacArthur et Levins
1967, Karr 1971). Par ailleurs, les recouvrements de
niches tolérés seraient plus importants, autorisant
une plus grande similitude écologique des espèces
qui réduiraient la partie exclusive de leur niche
(Klopfer et MacArthur 1960, 1961). D’une manière
générale, la compression, ou plutôt la densité des
espèces (« species-packing ») sur les divers gradients
d’exploitation des ressources, ou dimensions de la
niche, s’avérerait plus forte sous les tropiques qu’en
zone tempérée (Klopfer et MacArthur 1960, Ter¬
borgh 1980).
Les peuplements tropicaux compteraient aussi
davantage de guildes (au sens de Root 1967) qui
seraient en outre plus grandes et dans lesquelles les
espèces seraient réparties sur de plus larges éven¬
tails de taille (Orians 1969, Karr 1971, Schoener
1971a).
Il a également été proposé qu’en milieu tropical,
les remplacements d’espèces (« species turnover »)
entre les habitats seraient très importants, entraî¬
nant ainsi une augmentation de la diversité p
(MacArthur 1969) dont la contribution ne serait
toutefois que réduite, en Amazonie du moins
(Terborgh, 1985).
Une autre explication réside dans le fait qu’en
région tempérée, la diversité avifaunistique augmente
avec la diversité structurale du milieu, ce qui permet
Source : MNHN, Paris
18
CHRISTIAN ERARD
des prévisions quant à l’absence ou la présence de
certaines espèces en fonction des caractéristiques du
milieu (MacArthur et MacArthur 1961, MacArthur
et al. 1962, Recher 1969, Karr 1971, Blondel et al.
1973, Roth 1976). Une plus grande complexité
tropicale, notamment dans les forêts, se traduirait
par la forte stature de la végétation, par davantage
de strates superposées, par une grande variété
d’essences végétales et, comme le souligne Bourlière
(1984), par un nombre élevé de modèles architectu¬
raux au sens de Hallé et al. (1978). Elle engen¬
drerait une plus grande richesse avifaunistique
(MacArthur et al. 1966, Terborgh 1977, 1985).
Toutefois, ce type de relation n’a pas été trouvé
dans les milieux tropicaux étudiés par Orians
(1969), Lovejoy (1974), Pearson (1975) ou Vuil-
leumier (1972). Il reste toujours, comme le fait
remarquer justement Terborgh (1985), à examiner
dans le détail la relation entre la complexité de la
structure physique du milieu et la diversité des
ressources alimentaires, ceci pour déterminer si
l’avifaune répond bien à la première per se plutôt
qu’à la seconde.
Il a enfin été avancé que, sous les tropiques, il y
aurait plus de prédateurs et/ou de parasites qui
maintiendraient les populations au-dessous du seuil
de compétition, ce qui permettrait, par feed-back,
l’installation d’autres espèces ainsi que d’autres
prédateurs (Pianka 1966, Paine 1966).
La plupart de ces diverses propositions résultent
davantage de considérations théoriques que d’ana¬
lyses de faits d’observation. Les raisonnements mis
en jeu reposent essentiellement sur un postulat,
fortement ancré en écologie actuelle, qui fait de la
compétition le moteur de la structuration des
peuplements. Ce véritable dogme apparaît toutefois
de plus en plus contesté, sans que soit cependant
remise en cause la réalité de la concurrence.
L’avifaune des forêts du Nord-Est du Gabon est
l’une des plus riches d’Afrique (Brosset et Erard
1986). L’analyse de cette remarquable diversité des
peuplements aviens a été abordée en termes géné¬
raux, en utilisant de larges catégories taxinomiques
et écologiques (Erard 1986, Brosset et Erard, en
préparation). Pour mieux cerner les problèmes
posés par la coexistence de ces nombreuses espèces,
nous avons choisi d’étudier en détail le peuplement
des gobe-mouches.
Nous avons été conduits à nous intéresser à ce
groupe pour diverses raisons. Comme pour beau¬
coup d’autres oiseaux forestiers afrotropicaux, leur
biologie demeurait fort mal connue, quand on en
savait quelque chose. L’inventaire des espèces, qui
dut être complété dans la première phase de ce
travail, révélait un riche peuplement dont les élé¬
ments se trouvaient répartis dans les divers types
d’habitat présents dans la région et qui, dans
chacun de ces derniers, montrait des cas d’espèces
congénériques vivant côte à côte. Rapidement
apparut la diversité des comportements de ces
oiseaux, notamment eh ce qui concerne la façon
dont ils exploitent le terrain où ils vivent et aussi
celle dont ils organisent leur vie sociale. En outre, la
variété de leurs types morphologiques amenait à
s’interroger sur les relations susceptibles d’exister
entre ces derniers et les traits écologiques ou
comportementaux.
À l’évidence, le peuplement de gobe-mouches cons¬
titue un ensemble original d’espèces suffisamment
nombreuses et diversifiées pour que son étude
permette une meilleure compréhension des mécani¬
smes qui autorisent la coexistence des diverses
espèces, si tant est qu’elles montrent effectivement
des interactions entre elles. Les espèces se parta¬
gent-elles réellement les ressources du milieu et
selon quelles modalités ? Quelles variables peuvent
rendre compte, par exemple, de la remarquable
variété des comportements alimentaires ? Quels
types de relations relient les ressemblances dans les
modes de recherche alimentaire aux variables de
l’habitat ou aux caractères morphologiques ?
Comment peut-on caractériser la niche de chaque
espèce ? Le peuplement peut-il être alors considéré
comme structuré, les espèces s’organisant en fonc¬
tion de limites imposées par la concurrence, ou
doit-on admettre qu’il ne s’agit que d’un simple
assemblage d’espèces juxtaposées pour les besoins
d’une niche répondant davantage à la définition de
Grinnell (1904, 1917, cf. James et al. 1984)?
Dans le présent mémoire, nous exposons les
résultats relatifs à l’analyse des traits biométriques
les plus marquants de la morphologie des divers
gobe-mouches. Nous montrons comment chaque
espèce occupe le milieu selon les types d’habitat, les
différentes strates de la végétation, les caractéris¬
tiques de la distribution horizontale de ses unités
sociales et selon les modalités de sa recherche
alimentaire (comportements, localisations, associa¬
tions plurispécifiques). Nous présentons également
ce que nous savons du régime alimentaire de
chacun de ces oiseaux. Ces données nous permet¬
trons de discuter l’organisation du peuplement et
d’apporter des éléments de réponse aux questions
posées dans les lignes précédentes.
Les conclusions de la présente étude seront
utilisées et amplifiées dans un second volume où
nous prendrons en compte l’organisation sociale
des espèces, les modalités d’utilisation de leur
domaine vital, leurs systèmes de communication
visuelle et acoustique, et leur biologie de la repro¬
duction.
Source : MNHN, Paris
SITES ET MÉTHODES D’ÉTUDE
Ce travail fut conduit dans le Nord-Est du
Gabon où, d’une manière générale, nous avons
circulé sur l’ensemble du bassin du haut Ivindo
(cf. Brosset et Erard 1986). La zone principale
d'étude fut la région de Makokou, notamment le
plateau de M’Passa (= Ipassa), sur les quadrats
de l’ancien Laboratoire d’Écologie tropicale du
C.N.R.S., devenu Institut de Recherches en Éco¬
logie tropicale du CENAREST. Nous avons aussi
travaillé à Bélinga, dans une région forestière
d’altitude plus élevée. Les oiseaux des formations
secondaires ont été étudiés un peu partout, avec
toutefois un terrain plus particulièrement suivi
autour du village de M’Bès, situé à 25 km à l’Ouest
de Makokou.
Nous n’avons malheureusement pas fait de séjour
ininterrompu couvrant tout un cycle annuel. Néan¬
moins, nous avons effectué 8 séjours qui concernent
toutes les saisons et qui permettent aussi d’avoir
une idée des variations au long de la période
d’étude : 27 octobre 1972 - 29 janvier 1973,
8 septembre - 7 décembre 1973, 22 février - 21 mai
1974, 10 janvier - 7 avril 1975, 5 juin - 3 septembre
1976, 18 décembre 1976 - 24 mars 1977, 9 juin -
3 septembre 1981, 7 février - 6 Mai 1985. Précisons
toutefois que les deux derniers séjours ne furent pas
entièrement consacrés à l’étude des gobe-mouches :
la majeure partie des données que nous présentons
furent recueillies durant la période 1972-1977, repré¬
sentant plus de 5 000 heures d’observation.
Les oiseaux de forêt et des formations secon¬
daires denses se décèlent le plus souvent grâce à
leurs émissions vocales. Nous avons donc, au
départ de notre travail, recensé tous les types de
vocalisation des oiseaux que nous voulions étudier.
Nous fûmes à ce propos grandement favorisé, au
démarrage de notre étude, par la présence à nos
côtés de C. Chappuis qui nous fit profiter de sa
remarquable expérience de la bioacoustique des
oiseaux afrotropicaux. Les divers cris et chants
furent systématiquement enregistrés et les contextes
de leur émission soigneusement notés. Ces enregis¬
trements furent utilisés, en les rediffusant, pour
capturer les oiseaux et les marquer à l’aide de
bagues colorées combinées de manière telle qu’ils
puissent être en permanence individuellement iden¬
tifiés.
Pour étudier dans le détail la biologie des
diverses espèces, analyser la façon dont elles exploi¬
tent le milieu et déceler d’éventuelles interactions
entre elles, nous avens, dans notre zone forestière
de M’Passa (2 km 2 ) et celle des formations secon¬
daires de M’Bès (1 km 2 dont 28 ha balisés) systéma¬
tiquement reporté toutes nos observations sur plan
quadrillé. Les oiseaux étaient observés directement
(nous avons toujours fait des efforts dans ce sens,
pour minimiser le biais de ne prendre en compte
que des individus acoustiquement décelés) ou repérés
au chant ou au cri puis localisés avec précision sur
le terrain. Tous les déplacements des oiseaux sous
observation ont été cartographiés. En même temps
étaient notés au mieux les éléments permettant de
caractériser le comportement postural et vocal ainsi
que la localisation de l’oiseau dans l’architecture
végétale et ses relations avec ses partenaires conspé-
cifiques, familiaux ou non, ou celles qu’il montrait
vis-à-vis d’autres espèces présentes.
Par l’observation en continu d’oiseaux marqués,
nous avons pu tracer des cartes des territoires pour
les diverses espèces et étudier la façon dont ils
étaient défendus. Ces données sur les individus
identifiables, et des relevés de déplacements d’oiseaux
à plusieurs observateurs, chacun prenant en compte
des individus de couples différents mais avec des
territoires contigus, ont été utilisés pour interpréter
les informations recueillies sur l’ensemble des qua¬
drats et obtenir une image, à chacun de nos séjours,
de la répartition et de la densité des unités sociales.
À propos de ces cartographiés de territoire, nous
insisterons ici sur le fait que, pour plusieurs espèces,
des chevauchements des domaines vitaux instan¬
tanés (déterminés en 3 mois d’observation) appa¬
raissent sur les plans. Ces recouvrements sont
vraisemblablement surestimés dans beaucoup de
cas. Étant donné la grande surface des domaines,
les observations où les propriétaires de territoires
contigus se trouvent ensemble dans cette zone sont
relativement moins fréquentes que les autres. De la
sorte, nous n’avons pas pu y déterminer le tracé
exact des limites d’exclusion territoriale qui s’imbri-
Source : MNHN, Paris
20
CHRISTIAN ERARD
quent en dents de scie (dans les plans horizontaux
et verticaux, les territoires étant des volumes, non
des surfaces, comme l’a déjà souligné Breckenridge
1956), comme nous l’ont montré des observations
en ces endroits de la présence simultanée des
tenants de territoires voisins. Ceci s’applique parti¬
culièrement aux espèces qui, dans leurs déplace¬
ments, suivent les rideaux de lianes (Diaphorophyia
castanea et Trochocercus nitens par exemple).
Pour l’étude des régimes alimentaires, en plus de
l’observation directe, nous avons collecté des oiseaux
dans les divers biotopes, en évitant bien sûr de
prélever des individus sur et autour des terrains où
nous suivions des populations marquées. Les collec¬
tes ont été réparties sur les divers mois et années
d’étude pour minimiser leur impact sur la dyna¬
mique des populations des zones chassées. Les
spécimens prélevés sont conservés dans les collec¬
tions du Muséum national d’Histoire naturelle soit
en peaux pour étude taxinomique, soit en squelet¬
tes, soit en individus immergés dans un liquide de
préservation en vue d'examens anatomiques. Nous
les avons utilisés pour caractériser les traits écomor-
phologiques des gobe-mouches gabonais. Nous
avons ainsi mesuré la longueur d'aile pliée (par
étirement maximum), la différence entre la pointe
de chaque rémige primaire et la pointe de l’aile, les
longueur (depuis le front), largeur (à la base) et
hauteur (au milieu des narines) du bec, la longueur
du tarse et la longueur de la queue. Pour cette
dernière, nous n’avons pris qu’une seule mesure —
la plus longue — pour les oiseaux à queue carrée ou
très légèrement échancrée ou arrondie. Pour les
espèces à queue très étagée (Monarchinés), nous
avons retenu : Q, = longueur des rectrices externes,
Q, = différence de longueur entre les rectrices
submédianes et externes, exprimant l’arrondi de la
queue, et Q 3 = longueur des filets des rectrices
centrales, mesurée entre la pointe des rectrices
médianes et l’apex des submédianes.
D’autres précisions sur les méthodes sont don¬
nées dans le texte dans la présentation de certains
résultats.
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
21
Source : MNHN, Paris
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CHRISTIAN ERARD
Source : MNHN, Paris
LE MILIEU NATUREL
La région étudiée correspond au bassin de
lTvindo. Une présentation générale relative aux
oiseaux a déjà été publiée (Brosset et Erard 1986) et
des descriptions plus détaillées ont été fournies sur
la végétation (Caballé 1978, 1984, Florence 1981,
Florence et Hladik 1980, Hallé 1964, 1965, Hallé et
Le Thomas 1967, 1970, Hallé et al. 1967, Hladik
1978, 1982, Hladik et Hallé 1973) et sur la climato¬
logie (Cruiziat 1966). Nous ne nous en tiendrons
donc ici qu’aux caractères écologiques généraux.
Le climat
Bien que située juste sous l’équateur, la région
accuse une saisonnalité climatique. On peut en effet
distinguer, en fonction de la répartition des précipi¬
tations dont la moyenne annuelle est de 1 725 mm,
deux saisons sèches et deux humides (fig. 1).
a ) de septembre à novembre, une première saison
pluvieuse se caractérise par de fortes valeurs plu-
viométriques, maximales en octobre, par des nom¬
bres moyens de jours de pluie relativement élevés
pour tous les types de précipitations (fig. 3 A, B),
par des températures et une insolation plutôt fortes
(fig. 3 C, D, E).
b) en décembre et janvier (parfois même jusqu’à
la mi-février) se manifeste une petite saison sèche,
irrégulière d’une année à l’autre (cf. fig. 2), caracté¬
risée certes par une diminution des précipitations
mais aussi par ses températures et son insolation
qui restent fortes et comparables à celles de la
saison précédente.
c) de février à mai s’étend la grande saison des
pluies dont la courbe pluviométrique, bien qu’étalée
dans le temps, demeure inférieure à celle de la
première saison humide. En revanche les tempéra¬
tures et l’insolation y sont maximales. Les mois de
février et surtout de mars sont ceux des tornades :
gros orages accompagnés de vents violents, très
impressionnants en forêt et qui provoquent de
nombreuses chutes d’arbres (chablis).
d) de juin à août, c’est la grande saison sèche au
cours de laquelle la pluviosité, l’insolation, les
Fig. 2. — Régime pluviométrique au plateau de M'Passa pendant la période d'étude.
Source : MNHN, Paris
24
CHRISTIAN ERARD
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
25
températures et l’évaporation accusent une baisse
très nette. C’est l’hiver austral, relativement froid, à
très forte hygrométrie, au ciel couvert en perma¬
nence, au nombre moyen le plus fort de jours
d’insolation nulle, donc à la luminosité la plus
faible en sous-bois forestier, aux brouillards parti¬
culièrement denses qui se prolongent tard dans la
matinée. C’est également à cette saison que s’observe
le minimum de la production végétale dans son
ensemble (Hladik 1978).
Ces données météorologiques concernent des
moyennes établies à partir de relevés effectués dans
des stations (sous abri pour les températures et
l’humidité relative) en milieu ouvert. Aussi est-il
bon de rappeler qu’il existe de notables différences
entre la forêt et les clairières et dans la forêt elle-
même. Ainsi, les courbes thermiques journalières
montent du lever du jour jusqu’à 15 h mais attei¬
gnent un maximum nettement plus élevé en clairière
que dans le sous-bois de la forêt où, par contre, la
baisse de température dans l’après-midi et pendant
la nuit est beaucoup plus lente et régulière. Les
courbes hygrométriques suivent la même évolution
diurne que celles des températures mais en sens
contraire (Cruiziat 1966). En forêt, il existe des
gradients verticaux thermiques, pluviométriques,
hygrométriques, d’agitation de l’air et de luminosité
qui vont (sauf l’humidité relative) décroissant de la
voûte au sol. Ces gradients portent non seulement
sur les valeurs moyennes mais aussi sur le degré de
variabilité des divers paramètres. Le profil de ces
gradients se modifie aux divers niveaux de la
végétation selon l’heure du jour et selon la saison
(cf. Cachan et Duval 1963). Ainsi, un complexe
climatique donné n’est-il pas caractéristique d’un
niveau déterminé mais évolue verticalement suivant
la saison, ce qui, selon Cachan (1963) détermine des
mouvements saisonniers verticaux, au moins chez
certains insectes. Ces gradients microclimatiques
interviennent également dans la transmission des
sons et exercent des contraintes physiques sur les
systèmes de communication acoustique animale
(cf. Henwood et Fabrik 1979, Marten et Marier
1977, Marten et al. 1977, Wiley et Richards 1978).
En relation directe avec le régime pluvial est la
variation du niveau des eaux qui, selon les saisons,
conditionnera l’assèchement des bras morts des
rivières et des embouchures de marigots, l’exonda¬
tion des rochers, de la végétation des berges et
autres zones immergées lors des crues, bref qui
contrôlera la disponibilité de certains biotopes pour
les espèces liées au bord de l’eau comme Muscicapa
cassini et Fraseria cinerascens. La fig. 4 rend compte
des variations saisonnières de la hauteur moyenne
de l’Ivindo à Makokou.
Rappelons que cette région étant sous l’équateur,
la durée du jour y est sensiblement constante et, à
quelques minutes près, égale à celle de la nuit. La
variation annuelle de la photopériode est très faible.
Seules les heures de lever et de coucher du soleil
subissent des décalages au cours de l’année : au
maximum une demi-heure d’avance en novembre
par rapport à février.
Source : MNHN, Paris
26
CHRISTIAN ERARD
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
27
Le milieu forestier
D’une altitude faible en moyenne (300-350 mètres,
avoisinant les 1 000 m sur certains sommets à
Bengoué et à Bélinga), la région est un socle ancien,
érodé par un dense réseau hydrographique consti¬
tué par une multitude de marigots que collectent
des rivières secondaires qui se jettent elles-mêmes
dans l’Ivindo, affluent de l’Ogooué. Le profil
orographique revêt donc l’aspect d’une monotone
succession de petits vallonnements recouverts d’un
manteau forestier hygrophile sempervirent, très
uniforme dans l’ensemble, puisque la pénétration
humaine, génératrice de défrichements, reste loca¬
lisée aux bordures des grosses rivières et des routes
dont le réseau demeure peu développé.
Il est fréquent, pour ne pas dire coutume,
d'opposer la forêt primaire, originelle, à la forêt
secondaire, regroupant tous les divers stades évolu¬
tifs consécutifs à une exploitation par l’homme. En
fait, il serait plus juste, comme le souligne Caballé
(1979) de parler de forêts respectivement naturelles
ou remaniées. Toutefois, pour des raisons de
commodité, nous conservons ces termes de primaire
et de secondaire.
1) Forêt primaire
La forêt gabonaise est de type dense, humide et
sempervirent, de basse et moyenne altitude et
s’apparente à celle du Congo. Dans la région qui
nous intéresse, elle s'inscrit au plan floristique dans
le groupe des formations ligneuses à Scyphocepha-
lium ochocoa et Pycnanthus angolensis et de type à
Penlaclelhra eetveldena, Celtis spp., Gilleliodendron
pierreanum et Gilbertiodendron dewerei qui couvre
les plateaux du nord-est du Gabon (Caballé 1978,
1979). Nous ne nous aventurerons pas dans des
considérations sur la structure et la dynamique
forestière qui intéressent davantage les botanistes et
seraient mieux exposées par eux (cf. Caballé 1979,
1984, Hladik 1978, 1982). Nous nous bornerons à
insister sur la grande hétérogénéité de la forêt
primaire qui apparaît comme une mosaïque tridi-
mentionnelle de microbiotopes. La stratification est
très floue si même elle existe. Les grands émergents,
espacés, atteignent des hauteurs de 45 m et plus,
irrégularités dans une voûte plus ou moins continue
entre 20 et 30 m qui elle-même domine l’étage
arbustif et clairsemé du sous-bois, lequel peut être
très clair dans les forêts de type cathédrale, ou
présenter des niveaux, très fluctuants, de végéta¬
tions dense. L’étagement des arbres est, en outre,
plus ou moins masqué par les lianes qui constituent
fréquemment de larges rideaux de feuillages très
serrés, descendant jusqu’au sol dans les chablis. Ces
derniers jouent un rôle fondamental de plus en plus
reconnu dans la dynamique forestière et les lianes
dans les processus de cicatrisation.
2) Formations secondaires
Les pratiques agricoles traditionnelles gabonaises,
essentiellement autarciques, s’effectuent selon le
système itinérant sur brûlis qui n’est pas propre à ce
pays puisqu’on le retrouve ailleurs sous les mêmes
latitudes, par exemple en Amazonie. Les zones
cultivées posent de sérieux problèmes quant à leur
entretien sous ce climat où la croissance de la
végétation est très rapide, aussi sont-elles situées à
proximité plus ou moins immédiate des lieux d’habi¬
tation, donc des voies de pénétration, donc des
routes et des cours d’eau majeurs.
Pour la culture, de petites zones sont défrichées à
la hache (généralement des parcelles de 4 à 6 ha)
mais sur lesquelles sont épargnés les arbres de gros
diamètre, soit parce qu’ils fournissent des fruits
comestibles (par ex. Irvingia gabonensis ou Coula
edulis), soit parce qu’ils sont trop difficiles à
abattre. Le feu est ensuite mis dans ces abattis
pendant les saisons sèches. Les cultures tradition¬
nelles concernent l’Arachide, l’Igname, le Taro, la
Patate douce (formations de type herbacé) et
surtout le Manioc et le Bananier (formations de
type buissonnant). Les cacaoyères (formations de
type arbustif) sont également très fréquentes mais,
comme les plantations de café, conservent davan¬
tage de grands arbres et arbustes sus-jacents notam¬
ment des Mimosacées au feuillage clair qui four¬
nissent une ombre diffuse. Les parcelles portent
souvent plusieurs plantes cultivées en association et
en rotation. Ces zones cultivées le sont pendant
quelques années, en alternance avec des périodes de
mise en jachère puis sont abandonnées. Les sols
étant relativement pauvres et rapidement épuisés,
les agriculteurs doivent donc aller procéder plus
Source : MNHN, Paris
28
CHRISTIAN ERARD
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
29
Planche III. En haut : sous-bois en forêt primaire, biotope de Diaphorophyia concreia (strates basses), de D. casianea et Terpsiphone baiesi
(strates moyennes), de Myioparus griseigulans. D. wma et Erylhrocercus mccalli (strates supérieures). En bas : sous-bois clair en forêt primaire où
Muscicapa selhsmilhi occupe les strates inférieures. M. olivascens se tenant dans la voûte ; biotope de Slizorliina fraseri. Photos A. R. Devez. C.N.R.S.
Source : MNHN, Paris
30
CHRISTIAN ERARD
Planche IV. — Bordures de défrichements. En haut : habitat A'Artomyias fuliginosa et Hyliola violacea. En bas : peuplements de Solanum et jeunes
Parasoliers. habitat de Terpsiphone riridis et Diaphorophyia chalybea. Photos A. R. Devez, C.N.R.S.
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
31
Fig. 5. — Cycle d'évolution des formations secondaires (d'après Caballé. 1979). flèches en trait épais : évolution progressive naturelle ; flèches en
trait discontinu : évolution régressive artificielle.
loin à d’autres défrichages. Les terrains en friche
évolueront vers la forêt si l’homme n’intervient
plus ; la fig. 5 schématise les étapes du cycle de
reconstruction.
Les formations secondaires constituent donc une
mosaïque de biotopes temporaires à évolution
rapide au début mais se ralentissant progressive¬
ment à partir de la jeune forêt secondaire. Cette
forte variabilité spatio-temporelle s’oppose à la
relative stabilité de la grande forêt d’où la très nette
dichotomie qui s’instaure dans les communautés
d’oiseaux pour l’occupation des macrohabitats : à
chacun de ceux-ci correspond un peuplement avien
différent.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MORPHOLOGIE DES ESPÈCES ÉTUDIÉES
Avant d’examiner comment les diverses espèces
se partagent les ressources du milieu, il est néces¬
saire de montrer comment elles se situent les unes
par rapport aux autres au plan morphologique.
La morphologie est en effet très souvent utilisée
en écologie moderne pour appuyer certaines affir¬
mations théoriques (cf. Begon et Mortimer 1981,
Blondel 1979, Cody et Diamond 1975, Hutchinson
1978, Pianka 1983) sur le rôle de la compétition
interspécifique et/ou intraspécifique dans la structu¬
ration des peuplements, sur la convergence entre
des peuplements soumis à des bioclimats homo¬
logues ou entre les membres d’une même guilde ou
Présentation
Trente gobe-mouches, en suivant le découpage en
familles de Mackworth-Praed et Grant (1973), ont
été inventoriés dans le N.-E. du Gabon (Brosset et
Erard 1977, 1986). Treize sont des Muscicapinés,
dix des Platysteirinés et sept des Monarchinés.
Nous pensons cet inventaire complet. Nous avons
recherché en vain : Ficedula hypoleuca, migrateur
paléarctique que nous avons vu sur la côte à
Libreville, Bâtis minor qui existe dans les savanes de
Booué, dans le bassin de l’Ogooué et dans le Sud
du Gabon, tout comme Chloropeta natalensis.
N’ont pas non plus été trouvés : Hyliota Jlavigaster,
Bâtis minulla et Pedilorhynchus tessmanni que l’on
pourrait s’attendre à rencontrer au Gabon.
Nous n’entrerons pas dans le détail de la réparti¬
tion géographique de ces espèces, nous renvoyons
aux cartes de l'atlas de Hall et Moreau (1970) et à
celles qui seront publiées dans le « Birds of Africa »
en cours de parution. Nous préciserons seulement
qu’elles se rencontrent toutes dans les deux blocs
forestiers africains, sauf Muscicapa sethsmithi, Arto-
myias fuliginosa, Stizorhina fraseri. Bâtis minima,
Diaphorophyia tonsa et Terpsiphone batesi qui n’habi¬
tent que le bloc congolais. D. chalybea pourrait être
ajouté s’il se révèle une espèce distincte de D.
blissetti.
Nous donnons ci-dessous la liste — illustrée —
de ces espèces en les décrivant. À notre avis, les
ouvrages classiques ne rendent pas suffisamment
bien compte des caractères propres à ces espèces,
dont beaucoup se ressemblent. Nous précisons par
le texte et le dessin les particularités morpholo-
d’un même peuplement, ou encore sur la niche, par
exemple en concrétisant la dimension trophique de
celle-ci par certaines variables corporelles (poids,
forme du bec, proportions des pattes...).
Actuellement se développe d’ailleurs une nouvelle
discipline : l’écomorphologie qui cherche à détermi¬
ner la signification adaptative des caractères mor¬
phologiques en essayant de comprendre les rela¬
tions qui existent entre la variation morphologique
des individus, des populations, des espèces et des
taxons d’ordre supérieur, et la variation de leur
écologie (cf. Bock 1977, James 1982, Leisler et
Winkler 1985).
DES ESPÈCES
giques utilisées dans la communication visuelle et
qui portent des marques de reconnaissance spéci¬
fique, sexuelle, d’âge ou individuelle (Erard, à
paraître), ainsi que celles qui constituent des carac¬
tères de terrain à l’usage des ornithologistes pour
identifier les espèces très ressemblantes, voire jumelles.
Muscicapa s. striata Pallas
(fig. 6)
Les sexes sont morphologiquement identiques.
L’ensemble est celui d’un oiseau brun grisâtre, rayé
de blanchâtre et de brun-noir au front et sur la
calotte (dont les plumes sont souvent tenues légère¬
ment relevées, d’où l’apparence d’une légère huppe
sur l’oiseau vivant). Les parties inférieures, blan¬
châtres, contrastent avec les supérieures. Des stries
longitudinales brunes aux côtés du cou, à la
poitrine et aux flancs, encadrent la gorge blanche.
Les lisérés blanchâtres des rémiges secondaires et
grandes couvertures alaires disparaissent avec l’abra¬
sion du plumage.
Muscicapa cassini Heine
(fig- 6)
Mâle et femelle ont les parties supérieures uni¬
formément gris cendré (plus bleuté chez le mâle,
plus brunâtre chez la femelle), les ailes et les
rectrices brun-noir, les parties inférieures blanches
traversées par une large bande pectorale gris cendré
qui met en évidence la plage blanche de la gorge au
Source : MNHN, Paris
34
CHRISTIAN ERARD
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
35
contour irrégulier : des stries obsolètes marquent le
haut de la poitrine. Un étroit liséré supraloral blanc
est toutefois plus visible chez le mâle que chez la
femelle. Le bec est noir, plus clair à la mandibule
inférieure, les pattes brun noirâtre. Typiquement
Muscicapa, le jeune est brun, très densément tacheté
d'ocre clair, ourlé de de brun-noir, aux parties
supérieures, aux couvertures alaires, à la poitrine,
aux flancs et à l’extrémité des rectrices. La couleur
de fond des parties supérieures est plus blanche,
lavée de fauve, mais très marquée de lisérés brun-
noir. Les immatures (oiseaux ayant effectué leur
mue juvéno-annuelle) ressemblent aux adultes mais
ont conservé les ailes et les rectrices du plumage
juvénile.
Muscicapa sethsmithi (van Someren)
(fig- 6)
Chez les adultes, l’ensemble est gris ardoisé,
bleuté chez les mâles, brunâtre chez la femelle, où
tranchent les lores, la gorge, au tracé particulière¬
ment net et le ventre blancs. Les ailes et la queue
sont brun-noir. Les pattes jaune vif (qui ont valu à
ce gobe mouche d’être baptisé flavipes par Bâtes qui
le décrivit en premier mais qui, malheureusement,
utilisa un nom qui désignait déjà une autre espèce)
la mandibule inférieure jaune paille, tout comme
l’intérieur du bec, constituent des caractères très
distinctifs.
Le jeune est typiquement celui d’un gobe-mouche :
brun-clair très tacheté de crème, ces marques
demeurant en lisérés aux plumes des ailes après la
mue juvénile.
Muscicapa epulata (Cassin)
(fig- 6)
Jumeau du précédent, ce petit gobe-mouche fut
longtemps confondu avec lui : il s’en différencie par
son plumage d’un gris plus brunâtre, la bavette
blanche moins bien délimitée du ventre par une
bande pectorale aux contours très irréguliers et par
ses pattes noires. Le bec fermé paraît aussi bien
moins jaune du fait que cette couleur n’apparaît
qu’à la moitié basale de la mandibule inférieure.
Mâle et femelle sont pratiquement identiques, le
premier paraissant plus bleuté que l’autre. Les
jeunes sont très semblables à ceux de l’espèce
précédente, leur plumage est toutefois d'un brun
plus foncé et leurs pattes sont sombres, non pas
claires.
Muscicapa olivascens (Cassin)
(fig- 6)
Les sexes sont semblables. La coloration générale
est brun olive plus pâle, aux parties inférieures
blanches, traversées par une large bande pectorale
d’une teinte plus pâle que celle du dos et qui s’étend
également sur les flancs, mettant ainsi en évidence
une bavette blanche bien délimitée, au contour
régulier. Comme autres marques distinctives, men¬
tionnons les lores blancs, les pattes jaunâtres et le
bec bicolore dont la mandibule inférieure jaune
paille contraste fortement avec la supérieure brun-
noir.
Le jeune porte un plumage brun très tacheté de
crème et brun foncé, les lisérés clairs subsistant,
comme chez les autres Muscicapa , aux ailes après la
mue juvénile.
Muscicapa caerulescens brevicauda O.-Grant
(fig- 6)
Les adultes ressemblent beaucoup à M. cassini
mais le gris est plus brunâtre. La plage gulaire
est nettement moins blanche et délimitée et l’œil
entouré d’un étroit mais très visible cerne blanc qui,
avec le trait supraloral qui le prolonge, fait ressortir
les lores noirs. Le bec est brun-noir, avec la
mandibule inférieure presque entièrement corne.
À signaler une « moustache » blanche soulignée
d’un trait noirâtre et des lisérés blancs, très nets,
aux rémiges secondaires. Le contraste des ailes et de
la queue sombres avec le reste du plumage existe
certes mais il est beaucoup moins marqué que chez
cassini. Mâle et femelle ne se distinguent guère que
par la coloration plus nettement brunâtre, moins
grise, de la seconde par rapport au premier.
Le plumage juvénile est typiquement celui d’un
Muscicapa par son pattern de coloration : dense
tachetis crème, ourlé de brun-noir à la tête, aux
parties supérieures et aux couvertures alaires ; les
parties inférieures sont blanches, lavées de fauve,
très densément barrées et tachetées de brun-noir.
Les rémiges et les rectrices ressemblent à celles de
l’adulte mais avec de larges lisérés brunâtres.
Myioparus griseigularis (Jackson)
(fig- 6)
L’aspect général est celui d’un petit oiseau gris
foncé sans marques distinctives. Les adultes ont les
parties supérieures uniformément gris ardoise foncé
Source : MNHN, Paris
36
CHRISTIAN ERARD
(avec une nuance plus bleutée chez le mâle), les ailes
et les rectrices brun-noir, le dessous du corps gris
ardoise clair, laissant toutefois le centre de l’abdo¬
men, le bas-ventre et les sous-caudales blancs. Le
bec est noir, à mandibule inférieure corne. Le jeune,
comme celui des Muscicapa, est très tacheté d’ocre.
Myioparus p. plumbeus (Hartlaub)
(fig- 6)
Les adultes ont tout le dessus du corps gris
cendré (plus sombre et plus bleuté chez le mâle), un
trait supraloral et un cercle orbitaire blancs, les
lores noirs, le dessous du corps gris clair virant au
blanc à l’abdomen et aux sous-caudales. Les ailes
sont brun-noir, avec de larges lisérés blancs aux
grandes couvertures et aux rémiges secondaires. La
queue est noire mais la rectrice la plus externe est
entièrement blanche, la suivante montre beaucoup
de blanc à son extrémité et la troisième n’en
présente qu’une tache apicale. Le bec est noir avec
la mandibule inférieure très marquée de corne. La
livrée juvénile, tachetée (cf. Vaurie 1957), est de
type Muscicapa mais elle est rapidement remplacée
par un plumage immature uni où les parties grises
de l’adulte sont remplacées par du brun gris ou de
l’ocre grisâtre, les marques juvéniles ne subsistant
plus qu’aux ailes.
Pedilorhynchus comitatus (Cassin)
(fig- 6)
Le dimorphisme sexuel est très faible, le mâle
n’étant que légèrement plus foncé et plus ardoisé
que la femelle qui paraît plus brune. La coloration
générale est gris ardoise foncé. Le bec, trapu, et les
pattes sont noirâtres. Sont particulièrement mises
en évidence les zones blanches : cercle orbitaire qui
se prolonge sur les lores, large plage gulaire au
contour régulier et ventre lavé de fauve grisâtre. Cet
oiseau rappelle M. cae\ulescens mais il est bien plus
sombre, a une bavette blanche beaucoup plus nette
et n’a pas de lisérés clairs aux ailes.
Caractère remarquable, les jeunes de cette espèce
ne sont pas tachetés, leur coloration est celle des
adultes.
Artomyias fuliginosa Verreaux
(fig. 6)
Mâle et femelle sont identiques : tous deux ont
les parties supérieures, les ailes et la queue brun
foncé et le dessous du corps brun rousâtre pâle très
densément marqué par d’indistinctes rayures brun-
noir. L’oiseau paraît donc uniformément très sombre
de loin ; les rayures ventrales et le trait blanchâtre
supraloral ne sont visibles qu’à très courte distance.
Les lisérés clairs des plumes, particulièrement nets
quand l’oiseau vient de muer, disparaissent rapide¬
ment par abrasion, les jeunes ont les plumes des
parties supérieures, des ailes et de la queue lisérées
apicalement de blanc crème.
Stizorhina f fraseri (Strickland)
(fig- 6)
Il est caractérisé par une coloration générale
rouille : plus olivâtre sur les parties supérieures,
sauf au croupion, et plus orangée de la poitrine au
bas-ventre, la gorge étant claire. Les trois paires de
rectrices externes sont en grande partie rouille
orangé clair (l’étendue de cette teinte diminuant de
la paire externe à la paire interne) et contrastent
fortement avec les autres couleur sépia. De larges
plages rouille orangé clair existent à la base des
rémiges secondaires et à celle du vexille interne des
rémiges primaires : invisibles sur l’oiseau au repos,
elles apparaissent nettement en vol sous la forme
d’une large bande claire sur l’aile déployée.
Il n’existe pas de dimorphisme sexuel dans la
coloration et le plumage juvénile ressemble à celui
de l’adulte mais en plus foncé, plus fuligineux, à la
tête et sur le dos.
Les teintes et le pattern de coloration de cet
oiseau sont quasi identiques à ceux de Neocossy-
phus rufus , turdiné sympa trique.
Fraseria o. ocreata (Strickland)
(fig- 6)
L’aspect général est celui d’un oiseau bicolore :
les parties supérieures, le dessus et les côtés de la
tête gris anthracite contrastent avec le dessous du
corps blanc, densément mais finement barré de
noirâtre à la gorge, la poitrine et aux flancs. En fait,
la tête est presque noire, surtout chez le mâle. Les
barres des parties inférieures sont fines et serrées à
la gorge mais s’épaississent en lunules coalescentes
à la poitrine qui prend ainsi un aspect écailleux.
Le jeune est lui aussi bicolore : brun fuligineux
dessus, blanc dessous. Il est toutefois tacheté de
brun roux sur le vertex, le dos et les couvertures
alaires et présente de fines barres sombres irrégu¬
lières à la poitrine.
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
37
Fraseria cinerascens Hartlaub
(fig- 6)
Cette espèce ressemble beaucoup à la précédente
par son pattern de coloration. Le dessus et les côtés
de la tête et du cou sont gris anthracite plus foncé
au front, lores et joues qui sont noirs chez le mâle.
Cette teinte se prolonge, en plus ardoisé, sur toutes
les parties supérieures, y compris les ailes et la
queue. Le dessous du corps est blanc crème très
densément marqué de croissants gris foncé, plus
noirs et plus coalescents chez le mâle. Ces lunules
sont beaucoup plus serrées que chez ocreata de
sorte que si l’aspect squameux est tout de même
apparent, les « écailles » ont des contours moins
nets et plus irréguliers. Très caractéristiques sont les
taches supralorales, blanches et contractiles.
Le plumage juvénile est bien différent de celui
d 'ocreata. Le jeune cinerascens est en effet fort
semblable à celui des Muscicapa : oiseau brun clair
très tacheté d’ocre et de noirâtre.
Hyliota v. violacea Verreaux
(fig- 7)
Le dimorphisme sexuel est très accusé. Les deux
sexes présentent le dessus et les côtés de la tête et du
cou, le dos, les ailes et la queue d’un beau noir
métallisé, avec des reflets bleu violacé, plus violet
chez le mâle, plus bleu chez la femelle. Un autre
caractère spécifique est la présence d’une petite
plage blanche à l’extrémité des grandes couvertures
alaires internes, bien visible sur l’aile fermée mais
d’une étendue variable individuellement. La diffé¬
rence entre le mâle et la femelle porte sur la
coloration du dessous du corps : entièrement blanc
crème, lavé de fauve chez le premier, mais roux
clair, sauf le bas-ventre et les sous-caudales, chez la
seconde. Une autre différence concerne les plumes
du croupion, longues et soyeuses, qui ont la base
blanche chez le mâle, grise chez la femelle. Tout se
passe donc comme si le mâle avait un croupion
blanc masqué par de larges lisérés noir métallisé.
L’immature a le dessus du corps brun-noir
fuligineux, à peine métallisé bleu aux ailes qui n’ont
pas de blanc aux couvertures. Le dessous est crème,
nettement plus ocré à la gorge et à la poitrine.
Megabyas f flammulatus Verreaux
<»g- 7)
Le dimorphisme sexuel est très grand dans la
coloration. Le mâle a les ailes, la queue et tout le
dessus du corps (sauf le croupion et les sous-
caudales blancs) noir à reflets vert métallique. Les
parties inférieures sont uniformément blanc pur. La
femelle a les ailes (sauf les rémiges brun foncé), le
dos et la queue brun-roux virant au brun-gris sur le
haut du manteau et le dessus de la tête. Ses parties
inférieures sont blanches mais les plumes de la
gorge, de la poitrine, des flancs et du haut du ventre
sont largement ourlées latéralement de brun-gris,
l’ensemble donnant l’impression d’un très dense
réseau squameux, voire d’une longue striation
irrégulière. La livrée juvénile (ou du moins imma¬
ture) est semblable à celle de la femelle, en plus
terne.
Le mâle ressemble beaucoup à celui de deux pies-
grièches locales : Dryoscopus (affinis) senegalensis
qui habite les milieux secondaires, et Chaunonotus
sabini de la forêt primaire, qui ont l’iris rouge non
pas brun olive.
Bias m. musicus (Vieillot)
(üg 7)
L’espèce présente un fort dimorphisme sexuel. Le
mâle a toute la tête, jusque sur le haut de la
poitrine, les lisérés des flancs, les parties supé¬
rieures, les ailes et les rectrices, noir, brillant, à
reflets bleu acier. La poitrine, le ventre et les sous-
caudales sont blanc pur. Les plumes du croupion
présentent de larges taches blanches subapicales,
invisibles lorsque le plumage est maintenu serré.
Les rémiges primaires ont le tiers basal blanc pur,
caractère visible sur l’aile fermée mais particulière¬
ment apparent en barre alaire quand l’oiseau vole.
La femelle a les ailes, le dos et les rectrices brun-
roux, virant au brun noirâtre aux joues et sur le
vertex. Ses parties inférieures sont entièrement
blanches, lavées de roussâtre à la poitrine et aux
flancs. Les deux sexes possèdent une huppe, plus
développée chez le mâle, et les yeux jaune d’or. Le
jeune est semblable à la femelle, en plus terne, avec
des stries claires éparses sur le vertex et le haut du
manteau et des petites taches crème à l’apex des
petites et moyennes couvertures alaires. Ce plumage
est rapidement mué en un autre typiquement
féminin.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Fig. 7. — Les Platysteirinés du N.-E. du Gabon : Hvi = Hyliota violacea. Mfl = Megabyas Jlammulalus, Bmu = Bios musicus. Bmi - Bâtis
minima, Bpo = B. poensis. Pcy = Platysteira cyanea. Dca = Diaphorophyia castanea, Dlo = D. tonsa, Dch = D. blissetli chalybea, Dco = D. concreta.
Bmu
9
Dca
Dto
Source : MNHN, Paris
40
CHRISTIAN ERARD
Bâtis minima (Verreaux)
(fig- 7)
Le dimorphisme sexuel n’est vraiment marqué
qu'au niveau de la bande pectorale : d’un noir
profond chez le mâle, gris cendré chez la femelle. Le
front et les côtés de la tête noirs soulignent les
taches blanches supralorales et l’œil jaune d’or.
L'arrière du vertex est gris cendré, encadré par les
bandeaux supraotiques discontinus et la nuque
blancs. Le dos est gris-brun foncé, madré de noir
chez le mâle, et laisse apparaître les macules
blanches subapicales des plumes du croupion, longues
et soyeuses. Les ailes sont noires marquées de larges
lisérés blancs aux moyennes et grandes (internes)
couvertures et aux rémiges secondaires internes. Les
rectrices sont noires ; celles de la paire latérale
portent une frange blanche à leur vexille externe. Le
dessous du corps est blanc, traversé par la bande
pectorale sombre.
Le plumage juvénile est inconnu. D’après un
spécimen en mue, il semblerait qu’il soit du type
Bâtis habituel, c’est-à-dire réminiscent des adultes
mais avec beaucoup moins de blanc — remplacé
par de l’ocre — aux ailes, de fines mouchetures
blanchâtres sur la tête, le dos et les couvertures
alaires et une barre pectorale indistincte. L’imma¬
ture ressemble à la femelle mais s’en distingue par
la teinte ocrée des couvertures alaires, de la gorge et
de la poitrine, de part et d’autre de la bande gris
foncé.
Bâtis poensis Alexander
(«g- 7)
Cette espèce ressemble beaucoup à la précédente,
en plus grand, mais rappelons que les représentants
du genre Bâtis sont plutôt difficiles à séparer les uns
des autres. Le mâle poensis ne se distingue de celui
de minima que par sa calotte entièrement noire, ses
bandeaux blancs supraotiques bien mieux marqués,
sa bande pectorale plus large et son dos plus gris,
laissant apparaître de gros ocelles blancs au crou¬
pion ; proportionnellement à la taille de l’aile, la
barre blanche des rémiges secondaires internes est
très étroite. La femelle est plus caractéristique avec
sa bande pectorale marron, ses bandeaux céphali¬
ques bien développés et son dos gris très marqué de
blanc. Les immatures ont un plumage de type
féminin, plus roussâtre aux ailes, à la poitrine et à
la gorge. Le jeune possède un pattern de Bâtis
classique.
Platysteira c. cyanea (Muller)
(fig- 7)
Le dimorphisme sexuel est important. Les deux
sexes ont en commun : 1) une caroncule supraoph-
talmique rouge vif; 2) le manteau gris foncé,
noirâtre en son centre, virant au gris clair et
blanchâtre aux plumes du croupion, longues et
soyeuses ; 3) les ailes noires traversées par une barre
blanche (extrémité des moyennes couvertures et
bordure des rémiges secondaires internes) ; 4) les
rectrices noires à reflets acier, la paire externe
présentant un liséré blanc qui en couvre plus ou
moins le vexille externe et déborde à l’extrémité de
l’interne, les trois paires suivantes ont une petite
tache apicale blanche. Le mâle a le dessus et les
côtés de la tête noirs à reflets bleutés, tout comme
la large bande pectorale qui traverse ses parties
inférieures blanches. La femelle a le dessus et les
côtés de la tête gris cendré ; dessous, le plastron
marron vif, bordé de noir, de la gorge et du haut de
la poitrine, contraste avec le blanc du menton, du
trait sous les commissures du bec et du reste des
parties inférieures.
Le plumage juvénile est gris foncé, lavé d’olive
dessus et aux ailes, marqué de lisérés blanc ocré
irrégulièrement distribués sur la tête, le haut du
manteau et aux couvertures ; le dessous est blanc,
lavé de fauve et de marron, notamment aux côtés
du cou et à la poitrine. Les dessins alaires iden¬
tiques à ceux des adultes, sont roussâtres, non pas
blancs. À ce plumage fait suite une livrée immature
où sont conservées les plumes de la queue et des
ailes tandis que la manteau (lavé d’olive) et le
dessus de la tête deviennent plus gris clair et que se
dessine un plastron fort semblable à celui de la
femelle mais beaucoup plus pâle au centre. Ni les
jeunes ni les immatures n’ont de caroncules déve¬
loppées.
Diaphorophyia c. castanea (Fraser)
(fig- 7)
Le dimorphisme sexuel est important chez cette
espèce, dont les deux sexes portent des caroncules
supraophtalmiques gris violacé ; ces caroncules tur¬
gescentes peuvent augmenter considérablement de
volume dans certaines circonstances et prendre
alors une coloration rouge vif. Il existe un léger
trait sourcilier blanc mais il est complètement
masqué par les caroncules, contrairement à £>.
tonsa (voir espèce suivante).
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
41
Le mâle a toutes les parties supérieures noires, à
reflets bleutés, sauf le croupion dont les longues
plumes soyeuses sont blanches. Le dessous est
blanc, traversé par une large bande pectorale noire.
La femelle est marron à l’exception des rectrices
noires, du dessous et des côtés de la tête gris foncé,
du croupion gris clair, du trait mentonnier et
inframandibulaire et du ventre blancs.
Le jeune est brun-gris foncé, plus sombre à la tête
et à la bande pectorale irrégulière, madré de
marron sur le dos et aux ailes. Ce plumage est
progressivement remplacé par une livrée immature
de type féminin, reconnaissable toutefois à la gorge
plus claire et au plastron pectoral gris ocré, fine¬
ment vermiculé de brun-gris foncé. Avec l’âge, ce
plastron s’éclaircit encore et, ainsi que la gorge, est
envahi de marron latéralement, tandis que s’estom¬
pent les vermiculures, en même temps que les
parties supérieures deviennent plus nettement fémi¬
nines, le dessus de la tête restant brun. Bien sûr ni le
jeune, ni les immatures, sauf ceux de 2 e année, n’ont
de caroncules visibles.
longues et soyeuses, et présentent beaucoup de
blanc à leur base, quelques unes sont même entière¬
ment blanches. La caractérisique de cette espèce,
sur laquelle joue le dimorphisme sexuel, est le grand
développement des caroncules périophtalmiques.
Chez Platysteira, D. castanea et D. tonsa, ces
caroncules entourent certes l’œil mais ne sont
réellement développées qu’au-dessus de celui-ci ;
par contre, chez D. blissetti et chez D. concreta,
elles constituent une véritable plaque ovoïde autour
de l’orbite. Chez chalybea, ces caroncules turges¬
centes, présentent une belle couleur turquoise, très
lumineuse. Elles sont particulièrement développées
chez le mâle, beaucoup moins chez la femelle.
Le jeune est entièrement brun-gris fuligineux
dessus, blanc dessous, avec la gorge et la poitrine
ocre roussâtre, dessinant un plastron clair, encadré
et souligné par un liséré marron plus ou moins
large. L’immature est semblable à la femelle mais
conserve un plastron ocre roussâtre, encadré, sou¬
ligné et madré en son centre de noir. Ni le jeune, ni
l’immature n’ont de caroncules développées.
Diaphorophyia tonsa Bâtes
(fig- 7)
Diaphorophyia concreta graueri Hartert
(fig- 7)
Cette espèce est très semblable, en plus petit, à la
précédente. Le mâle s’en distingue par les caron¬
cules tronquées, s’étendant moins derrière l’œil, et
qui laissent apparaître le trait blanc sourcilier. Le
collier blanc est également diagnostique. La femelle
est caractérisée par sa calotte noire que soulignent
les lores blanchâtres et, en arrière de l’œil, la petite
tache blanc roussâtre du trait sourcilier ; seules les
parotiques sont gris cendré. Les plumages juvéniles
et immatures sont très semblables à ceux de
castanea et suivent la même évolution mais sont
plus brun foncé, surtout à la tête et à la poitrine.
Diaphorophyia blissetti chalybea Reichenow
(fig- 7)
La race que l’on trouve au Gabon n’a pas les
moustaches rousses des autres. Le dimorphisme
sexuel ne porte que sur peu de caractères. Les
adultes ont la tête, la poitrine, le dos, les ailes et la
queue noir métallisé, à reflets vert bouteille très
intenses chez le mâle, nettement atténués chez la
femelle qui paraît plus terne. Ces zones sombres
contrastent fortement avec le ventre jaune doré très
pâle ; cette teinte disparaissant rapidement sur les
spécimens de collection, les descriptions classiques
mentionnent trop souvent, à tort, le ventre blanc
chez cette espèce. Les plumes du croupion sont
Le dimorphisme sexuel est assez accusé. Le mâle
a toutes les parties supérieures vert bouteille métal¬
lique, sauf les longues plumes soyeuses du croupion
qui portent de longues extrémités blanc jaunâtre à
jaune clair. Les parties inférieures sont unifor¬
mément jaune d’or. Des traits supraloraux jau¬
nâtres, se rejoignant sur le front, prolongent vers
l’avant les caroncules périophtalmiques vert éme¬
raude. La femelle a les parties supérieures sem¬
blables à celle du mâle, mais en plus terne, plus gris
au croupion. Les caroncules sont beaucoup moins
développées. Les parties inférieures sont jaunes d’or
terne abondamment lavées de marron à la gorge, la
poitrine et aux flancs.
Le jeune est vert olive non métallisé dessus, avec
du jaune terne au-dessus des lores et sur toutes les
parties inférieures qui deviennent nettement blan¬
châtres au ventre et aux sous-caudales e t qui sont
lavées de vert olive, notamment à la poitrine et aux
côtés de la gorge. Le dessus de la tête, le dos, les
couvertures alaires et les rémiges secondaires internes
présentent des taches apicales crème roussâtre.
L’immature est semblable au jeune mais plus jaune
d'or, avec également des traces de lavis marron sur
les côtés du cou et de la poitrine. Ni le jeune ni
l’immature n’ont de caroncules développées.
Source : MNHN, Paris
42
CHRISTIAN ERARD
Erythrocercus m. mccalli (Cassin)
(fig- 8)
Le dos est brun-gris nuancé d’olivâtre, virant à
l’olive roussâtre au croupion. Les ailes sont brun
foncé, plus grisâtres aux couvertures. Le dessous du
corps est blanc crème, fauve roussâtre du menton à
la poitrine. Ce plastron coloré qui remonte sur les
lores, joint à la large plage rousse finement rayée de
blanc du dessus de la tête dont les plumes sont
érectiles, constitue un dessin bien particulier. Les
rectrices sont entièrement rousses.
Mâle, femelle et immature sont semblables. Ces
derniers sont toutefois plus lavés d'olive roussâtre,
surtout en lisérés aux couvertures alaires et aux
rémiges secondaires. Les jeunes (au sortir du nid)
n’ont pas de roux sur la tête : la calotte est gris
olivâtre, le reste du plumage est identique à celui de
l’immature. La livrée juvénile n’est absolument pas
tachetée.
Elminia longicauda teresita (Antinori)
(fig- 8)
Toute la tête (légèrement huppée), le cou, la
gorge, la poitrine et le dos sont d'un beau bleu
céruléen, couleur qui ourle largement les plumes des
ailes et de la queue et qui contraste avec le ventre
blanc. Mentionnons les lores et le bec noirs qui
constituent une marque céphalique bien visible.
Mâle et femelle sont quasi identiques, la femelle
étant plus grise, moins bleutée, à la gorge et à la
poitrine. Le jeune est gris bleuté : les franges bleues
n’apparaissent vraiment qu’aux plumes des ailes et
de la queue ; il présente en outre des lisérés crème
aux plumes du vertex, du manteau et des couver¬
tures alaires.
Trochocercus migromitratus (Reichenow)
(fig- 8)
La coloration générale est bleu ardoisé, plus pâle
et plus grisâtre à l’abdomen, avec les ailes et la
queue noirâtres, la calotte érectile noir mat. La
femelle est moins bleue, plus ardoisée que le mâle.
La différence, bien que faible, est visible lorsqu’on
compare les partenaires d’un couple. Les jeunes et
immatures ressemblent aux adultes en plus terne,
plus fuligineux.
Trochocercus n. nitens (Cassin)
(fig- 8)
L’espèce présente un dimorphisme sexuel. Le
mâle a toute la tête, jusqu'à la poitrine, et le dos
noir métallisé à reflets bleu acier. Les ailes et la
queue sont également noires. Le ventre gris clair est
séparé du plastron noir par une étroite ligne
blanchâtre. La femelle se distingue par son dos non
métallisé (seule la calotte l'est) et par la coloration
uniformément gris pâle de ses parties inférieures,
quoique la gorge, les lores et des taches sur les joues
soient blanchâtres. Le jeune ressemble à la femelle
mais est plus nettement brun fuligineux ; sans
reflets métalliques au vertex.
Chez cette espèce la huppe est bien marquée
surtout chez le mâle. La coloration nettement claire
de la gorge, des lores et des parotiques de la femelle
permet à un observateur non chevronné de la
différencier in natura de T. nigromitratus. L’inté¬
rieur du bec est jaune vif.
Terpsiphone rufiventer neumanni Stresemann
(fig- 8)
La tête est d’un bleu-noir lustré, virant au gris-
bleu à la gorge et sur le haut de la poitrine. Toutes
les parties inférieures sont d’un roux intense. Le
dos, les ailes et la queue sont gris bleuté. Le cercle
orbitaire de peau nue et le bec sont bleu cobalt
brillant, les mandibules étant toutefois bordées et
terminées de noir. L’intérieur du bec est d’un jaune
soufre éclatant.
Le dimorphisme sexuel est très faible. La femelle
ne se distingue guère que par sa coloration plus
terne, notamment à la tête et au bec, le cercle
orbitaire est aussi plus étroit et les rectrices médianes
non allongées.
Les oiseaux gabonais appartiennent à la sous-
espèces neumanni à laquelle correspondent les carac¬
tères décrits ci-dessus, toutefois, certains spécimens
(dans la région de Tchibanga par ex.) présentent
quelques plumes rousses sur le haut du manteau et
surtout des bases ocre orangé à ocre roussâtre aux
plumes du dos, traduisant vraisemblablement une
influence de T. r. mayombe , race à dos roux.
Terpsiphone viridis speciosa (Cassin)
(fig- 8)
Les femelles ont les parties supérieures : dos, ailes
(sauf les rémiges brun noir, les secondaires étant
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
43
Fig. 8. — Les Monarchinés du N.-E. du Gabon : Emc = Erylhrocercus mcealli. Elo = Elminia longicauda, Tnig = Trochocercus nigromitraïus.
Tnit = T. nitens, Tru = Terpsiphone rufiventer, Tvi = T. viridis. Tba = T. batesi.
Source : MNHN, Paris
44
CHRISTIAN ERARD
frangées de brun roux) et queue brun roux. Le reste
du plumage est gris cendré, plus sombre à la tête
qui porte une courte huppe bleu-noir métallisé. Le
jeune évoque la femelle mais en beaucoup plus
brunâtre, surtout aux parties inférieures qui sont
relativement claires et sur le dessus de la tête qui
n’est pas noir ni même noirâtre. Les immatures
sont semblables à la femelle, en plus terne.
Les mâles ont un plumage très variable. Le
polymorphisme de cette espèce a été maintes fois
décrit (cf. entre autres Chapin 1948 et Meise 1968).
Chapin reconnaît un certain nombre de phases de
coloration distinctes dont il évoque les fréquences
au sein de quelques races géographiques à partir de
matériel disponible en musée. Il parle ainsi de
quatre phases principales chez les T. v. speciosa du
Haut Congo mais précise qu’il existe des inter¬
médiaires. Meise note que T. v. speciosa présente un
polymorphisme continu, notamment dans la colo¬
ration du dos, c’est également ce qui ressort des
informations publiées par Rand, Friedmann et
Traylor (1959).
La fig. 9 illustre les divers types de coloration du
plumage des mâles nicheurs (tous ces oiseaux
avaient des gonades très développées) en région de
Makokou. Manifestement, la variation est continue
et se traduit par un remplacement progressif des
phaéomélanines (brun et roux dominants) par des
eumélanines (gris foncé et noir) en même temps
qu’une dépigmentation (plages blanches) se déve¬
loppe aux ailes et à la queue pour progressivement
gagner toutes les parties supérieures, et déborder
des plumes médianes de la queue en lisérés aux
vexilles externes des voisines. Nous verrons plus
loin que cette variation s’accompagne, au niveau
des rectrices, d’un accroissement de l’étagement de
ces plumes et d’un développement important de la
paire centrale. Nos observations constituent, à
notre connaissance, la première démonstration que
la variation de coloration du plumage des mâles
d’une population locale, on pourrait dire d’un
dème, de cette espèce, s’effectue selon un conti¬
nuum.
En effet, les données des auteurs antérieurs furent
recueillies sur de vastes régions de sorte que la
variation continue observée aurait pu être le fait
d’un hasard de l’échantillonnage : mélange de
phases distinctes distribuées géographiquement selon
des proportions différentes.
La fig. 10 B, donne la fréquence, d’après les
oiseaux collectés, des divers types de coloration.
Ces oiseaux ont été chassés au fusil par nos aides
gabonais qui avaient reçu pour consigne de col¬
lecter des gobe-mouches mâles et femelles, c’est-à-
dire qu’ils ont été prélevés lors de chasses ne
recherchant pas spécialement, ou du moins pas
uniquement, T. viridis. L’échantillon reflète donc
davantage la détectabilité, et par là même la
vulnérabilité des diverses phases que leur fréquence
réelle dans le milieu. L’histogramme obtenu après
regroupement çn 4 classes (fig. 10 B 2 ) rend compte
de la sélection du chasseur désirant obtenir des $$,
d'où une fort probable surestimation de l’abon¬
dance relative des SS de la classe I. Pour les autres
classes, le profil fréquentiel est vraisemblablement
modifié en faveur des types de coloration non pas
les plus abondants mais les plus détectables. Toute¬
fois le biais introduit n’a pas été aussi important
qu’il aurait dû l’être car, désireux d’obtenir une
séquence des types de coloration, nous avons, lors
de nos derniers séjours, demandé à nos collecteurs
de se procurer des mâles des types intermédiaires
entre la phase féminine et la morphe blanche.
Tableau I. — Fréquence (en nb d'individus) des divers types
de colorations des mâles Terpsiphone viridis observés sur la zone
d'étude du plateau de M'Passa.
Type de coloration
I
2
3
4
5
6 7
S
9 10
Octobre 72-Janvier 73
0
0
1
2
2
l i
0
1 1
Septembre-Décembre 73
0
0
I
0
0
3 0
0
I 1
1
0
0
1
0
0
0
3 0
1
0 0
Juin-Septembre 76
0
1
0
0
2
2 0
2
0 0
Décembre 76-Mars 77
0
0
0
0
1
Pour étayer ces hypothèses, nous avons procédé
au relevé, année par année, des types de coloration
du plumage des mâles présents sur notre zone
d’étude du plateau de M’Passa (tableau I). Étant
donnée, comme nous le verrons plus loin, l’instabi¬
lité du peuplement, donc le fort taux de renouvelle¬
ment des différents mâles d’un séjour à l’autre, nous
pouvons construire les histogrammes de fréquence
pour toute la durée de l’étude (fig. 10 A,, A 2 ) et les
confronter à ceux obtenus à partir des collectes par
les chasseurs pendant la même période. Cette
comparaison met en évidence les caractéristiques de
la sélection opérée lors de la chasse, que nous avons
soulignées plus haut. Les différences ne sont cepen¬
dant pas statistiquement significatives. En effet, une
comparaison des histogrammes de la fig. 10, effec¬
tuée par tableau de contingence généralisé, après
regroupements, ne donne lieu qu’à un y. 2 de 7,76
(P < 0,1 ; 4 ddl.). Cependant, compte-tenu des
remarques faites plus haut à propos des collectes,
nous pensons que l’échantillonnage par la chasse au
fusil a minimisé la fréquence des types de colora¬
tion intermédiaires par rapport aux phases fémi¬
nines et surtout blanches. Nous reviendrons sur les
implications d’une telle remarque qui sous-entend
qu’une pression de prédation différentielle s’exerce-
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
46
CHRISTIAN ERARD
Fig. 10. — Fréquence (en nombre d'individus) des divers lypes de coloration (1 à 10) des mâles Terpsiphone viridis d'après les observations sur la
zone d etude de M'Passa (A, et. après regroupement en 4 classes. A.) et les collectes en région de Makokou (B, et B. : les femelles ont été indiquées :
colonne de gauche en B„ hachures en B.. I = types I + 2. II = typés 3 + 4 + S. III = lypes 6 + 7. IV = types 8 + 9+10. Histogramme du bas :
proportion (en %) des types de coloration dans les collectes (en noir) et d'après les données d'observation (en blanc).
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
47
rait sur les mâles en fonction de leur type de
coloration. Cette prédation serait d’autant plus
importante que les plumes ornementales (rectrices
médianes) seraient développées et la détectabilité
(se traduisant par l'augmentation des surfaces
blanches dans le plumage) accrue.
Il semble que pour décrire le polymorphisme de
T. viridis dans une population donnée et fournir
une estimation correcte de l’abondance relative des
diverses classes phénotypiques, il importe de ne pas
s’appuyer sur un matériel collecté au fusil, ou par
tout autre moyen de chasse à vue (cas des spéci¬
mens conservés en musée), ni même sur un échantil¬
lonnage visuel au hasard des rencontres ou selon
des itinéraires donnés. Dans tous ces cas, les
résultats seraient faussés, ou du moins déformés en
faveur des oiseaux phénotypiquement les plus détec¬
tables. La seule méthode est de travailler sur une
surface suffisamment grande, d’y délimiter les can¬
tons des divers mâles reproducteurs et de procéder
à une analyse canton par canton, en identifiant
individuellement les oiseaux, tout en tenant compte
des « visiteurs », sujets non fixés. Ceci implique
évidemment un gros et long travail de terrain suivi.
Particularité anatomique des genres
Nous nous proposons de procéder ultérieurement
à une étude ostéologique comparée des Muscica-
pidés. Notre intention n’est pas de commenter ici
les résultats préliminaires mais de mettre l’accent
sur une constatation qui s’est immédiatement imposée
à la confrontation des têtes osseuses et qui fournit
argument à un changement générique.
Les espèces du genre Terpsiphone (en l’occurence
T. viridis et T. batesi) et Trochocercus nitens se
distinguent au premier coup d’œil de tous les autres
(Muscieapa, Myioparus, Pedilorhynchus, Artomyias,
Stizorhina, Fraseria, Megabyas, Bias, Bâtis, Platys-
teira, Diaphorophyia, Erythrocercus, Elminia et Tro¬
chocercus nigromitratus ) par les caractères suivants :
— l’os frontal est très bombé, du moins en avant
de la moitié antérieure des orbites jusqu’à la
charnière nasofrontale ;
— cet os est très pneumatisé ;
— il est strié longitudinalement : les sillons
atteignent les barres dorsales et latérales du rostre.
Ces marques coïncident avec les lignes parallèles
d’implantation des papilles des plumes frontales.
Une telle disposition régulière des plumes n'est pas
courante chez les oiseaux : généralement les papilles
mais ce n’est, à notre avis, que comme cela que l’on
pourra étudier valablement le polymorphisme de
cette espèce.
Terpsiphone batesi Chapin
(«g. 8)
Toute la tête, le cou, le haut du dos et les parties
inférieures (sauf le bas-ventre) sont gris-bleu. Tout
le reste du plumage : dos, ailes (les rémiges sont
toutefois brun-noir, frangées entièrement de roux)
et queue, est roux orangé. Le cercle orbitaire et le
bec sont bleu cobalt ; l’intérieur de ce dernier est
jaune vif ; ces caractères sont particulièrement
marqués lors de la reproduction et s’appliquent
également à T. viridis.
Le dimorphisme sexuel se traduit par une nette
réduction de l'allongement des rectrices médianes
chez la femelle, jointe à un rétrécissement du cercle
orbitaire et une coloration générale moins brillante,
surtout du bec et de la tête, et des teintes plus
nettement rousses, moins orangées. Lejeune est très
semblable à celui de T. viridis, en plus roux.
Terpsiphone et Trochocercus (partim)
sont disposées de manière désordonnée sur la
ptérylie ;
— une grande largeur interorbitaire ;
— les bordures supraorbitaires non saillantes ;
— l’ethmoïde (= plaque ectethmoïde) montre
une aile supérieure peu développée et peu saillante ;
l’aile inférieure, de forme allongée et séparée de la
précédente par une encoche bien marquée, demeure
libre, ne se soudant pas à la barre jugale.
Ainsi, manifestement Trochocercus nitens est en
fait un Terpsiphone, ce que suggérait déjà son
pattern de coloration. Nous verrons aussi que de
nombreux traits de sa biologie et de son comporte¬
ment corroborent cette opinion.
Le genre Trochocercus fut attribué par Cabanis à
l’espèce cyanomelas d’Afrique du Sud, très voisine
de nitens. Malheureusement, nous n’avons pu nous
procurer aucun crâne de cyanomelas. Toutefois,
nous avons dégagé la peau de la tête d’un spécimen
naturalisé et constaté que cyanomelas présente, au
niveau de l’os frontal et de l’ethmoïde, les mêmes
caractéristiques que nitens et les Terpsiphone. Dans
ces conditions, le genre Trochocercus entre dans la
Source : MNHN, Paris
48
CHRISTIAN ERARD
synonymie de Terpsiphone. Or, dans le genre Tro-
chocercus étaient placés deux groupes d'espèces :
cyanomelas et nitens d’une part, nigromitratus,
albiventris et albonotatus d’autre part. Ostéologi-
quement — et biologiquement — nitens et nigromi¬
tratus, espèces que nous avons étudiées, ne sont pas
congénériques. Nous proposons de suivre White
(1963) qui inclut dans le genre Trochocercus les
espèces du genre Elminia et d’utiliser ce dernier
nom pour qualifier génériquement nigromitratus,
albiventris et albonotatus. Il est évident que si le
besoin se faisait sentir ultérieurement de séparer ces
espèces des Elminia longicauda et albicauda, un nom
générique devrait être créé pour elles.
Biométrie
1) Poids
Le poids est souvent considéré comme un bon
indicateur de la taille d’un individu ou d’une espèce
donnés. Toutefois il varie généralement en fonction
d’un certain nombre de facteurs : prise de nourri¬
ture, état physiologique des individus, âge et sexe
de ceux-ci, phase des cycles journaliers et annuels...
Il demeure néanmoins un paramètre indispensable
en écologie.
Nous présentons dans le tableau II les données
que nous avons pu recueillir sur des oiseaux
vivants. Sa lecture montre que les échantillons sont
malheureusement encore trop faibles pour donner
autre chose que des ordres de grandeur et pour
analyser les variations pondérales selon les facteurs
que nous venons d’évoquer, notamment une éven¬
tuelle évolution saisonnière. Nous n’avons globale¬
ment pas trouvé de différences selon les sexes dans
les échantillons d’effectif au moins égal à 8 spéci¬
mens. Les poids des jeunes et immatures s’accor¬
dent bien à ceux des adultes.
Il nous manque les poids de six espèces. D’après
la littérature Muscicapa striata a un poids compris
Tableau II. — Poids (en g) des diverses espèces.
Poids moyen
(intervalle observé)
M. selhsmilhi
M. coerulescens
M. griseigularis
M. plumbeus
cmerascens
flammulalus
musicus
8,3 ( 7,9- 8,8)
15,8 (15,7-16 )
17.4 )
14.2 (12 -17 )
14 )
14.3 (13 -15 )
20 (20 -20 )
34.3 (31 -39 )
34,0 (31 -36 )
23.1 (21,5-24 )
26.5 (25 -28 )
22.5 (21 -24 )
10,0 ( 8 -12 )
15.5 (15 -16,5)
14.7 (13 -17 )
11.5 )
11.7 (11 -13 )
12.7 (12 -15 )
10.8 (10,7-11 )
11,7 (11 -13 )
15.1 )
14.5 (13 -16,5)
15.2 (13 -17 )
0,15
0,88
1,17
1,03
Notes : (1) : d’après Karr (1976a) ; (2) : d’après Friedmann
merman (1972).
/illiams (1969), Sclater
(1933), Moreau (1944) ; (3) : d’après Zim-
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
49
entre 13 et 20 g (Géroudet 1957). Dans les oasis
fezzanaises ont été capturés des oiseaux en migra¬
tion prénuptiale pesant en moyenne 14,5 g mais
atteignant jusqu’à 17,5 g (Erard et Larigauderie
1972) : il s’agissait très vraisemblablement d’indivi¬
dus ayant en grande partie épuisé leurs réserves
lipidiques (voir aussi Smith 1966). Il ne nous paraît
donc pas déraisonnable d’envisager un poids moyen
hivernal compris entre 14 et 16g pour M. striata '.
M. cassini étant d’une taille voisine de celle de
M. caerulescens, M. olivascens ou P. comitatus, une
valeur comprise entre 15 et 18g ne serait pas
invraisemblable, de même qu’une de 8-9 g pour
M. epulata très semblable à M. sethsmithi. C’est à
de tels ordres de grandeur que nous arrivions en
pesant des oiseaux collectés par des chasseurs : ainsi
E. mccalli s’inscrit certainement dans la classe 6-8 g,
ce que nous confirment Friedmann (1966) en
Ouganda et Eisentraut (1973) à Fernando Po ; ce
dernier auteur donne en outre environ 10 g pour
Bâtis poensis, toujours sur des oiseaux collectés.
Pour H. violacea 15-16 g serait possible vu que cette
espèce est nettement plus grande que H. flavigaster
et H. austalis pour lesquelles existent des indica¬
tions de respectivement 12,5 g (Greig-Smith et
Davidson 1977) et 10-11,5 g (Sclater et Moreau
1933).
Ces estimations, jointes aux données présentées
dans le tableau nous permettent d’obtenir une
image de la distribution pondérale des divers gobe-
mouches présents dans le nord-est du Gabon
(fig. 11).
N
15 .
5
* _ Muscicapinés
O = Platysteirinés
• = Monarchinés
O
P (g]
Fio. 11. — Distribution pondérale des diverses espèces de gobe-mouches dans le Nord-Est du Gabon. Abscisses : poids moyen, en grammes.
Ordonnée : nombre d’espèces.
2) Aile
a) Les mesures alaires
en tant qu’indicateurs de taille (fig. 12-13)
Paramètre très utilisé en ornithologie pour maté¬
rialiser la taille individuelle, la longueur d’aile pliée
est d’un emploi très généralisé en biométrie taxino¬
mique et écologique. Elle est toutefois soumise
comme le poids à de très nombreuses sources de
variation (cf. Hamilton 1961). Sa grande plasticité
résulte en fait de modifications de forme. Il est
connu de longue date (cf. Kipp 1936, 1942, 1958)
que, toutes autres proportions gardées, les migra¬
teurs ont en général une aile beaucoup plus allon-
I. Après la rédaction de ce texte, nous avons pris connaissance du travail de Verheyen (1953) qui fournit 14 poids de M. striata dans l’Upemba.
conduisant à une valeur moyenne de 14.9 g (o = 1.17 ; intervalle de 13 à 16 g). Il cite aussi une donnée de 16 g pour M. cassini. Wallschlàger (1982) indique
15.2 g comme poids moyen de 322 spécimens de M. striata, reprenant une information publiée dans le « Guide d'identitication, reconnaissance du sexe et de
l'âge des passereaux d'Ùnion soviétique » rédigé par Vinogradova et al. (1976). On ne sait toutefois pas d'où venaient tous ces oiseaux ni quand ils furent
Source : MNHN, Paris
M 9r P ǰ Mpl
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
51
fa
-1-1-1_I_I_AP(mm)
60 eo 70 80 90
Fio. 12. — Relation, chez les gobe-mouches du Nord-Est du Gabon, entre la longueur d’aile pliée (AP, en mm) et le poids (P. en g) [graphique en
haut, à gauche), ou son logarithme décimal (log,„ P) [en bas. à gauche), ou sa racine cubique ( % VP) [à droite).
gée que les sédentaires. On sait également qu’elle
varie selon le degré d'ouverture de l’habitat, et
vraisemblablement aussi selon les conditions ali¬
mentaires et les situations météorologiques ayant
prévalu pendant la période de mue (cf. Rand 1961 ;
Van Balen 1967). Ainsi la longueur d’aile ne reflète-
elle pas uniquement la taille de l’individu mais
également les pressions de sélection structurale
physiologiques et mécaniques auxquelles celui-ci est
soumis de par sa mobilité, notamment son vol. Ceci
explique la grande diversité des résultats obtenus
par ceux qui ont voulu établir des corrélations entre
les mesures d’aile et de poids. Nous ne parlerons
pas ici de ceux qui cherchaient un moyen simple
d’apprécier les quantités de graisses accummulées
par les migrateurs. Par contre, nous allons nous
intéresser à la corrélation entre la mesure d’aile et le
poids dans le but d’obtenir un élément de référence
de taille, pour les analyses comparatives des confi¬
gurations écomorphologiques. Étant donné que
l’allongement de l’aile porte essentiellement sur les
plus longues rémiges primaires externes, par rap¬
port aux internes et aux secondaires (fig. 14), nous
avons cherché à savoir si la longueur de la rémige
primaire la plus interne (RP i0 en numérotation
centripète) ne serait pas un meilleur indice du poids,
donc de la taille, que celle de l’aile pliée (AP). Pour
ce faire, nous avons étudié le poids en fonction de
AP et de RP, 0 . Plusieurs types de corrélation entre
l’aile et le poids peuvent être envisagés. La plus
classique, et la plus simple, est une relation linéaire
de la forme Y = bX + a. Gaston (1974), pour les
Phylloscopus, a mis en relation le carré de la
longueur d’aile avec le logarithme décimal du
poids, s’inspirant soi-disant d’une formule de Hart-
man (1961) qui montre une corrélation linéaire
entre ces deux variables. Leisler (1977) sur Locus-
tella s’est livré à la même opération en utilisant
toutefois une double transformation logarithmique.
Or, Hartman ( loc. cil.) dans son étude des méca¬
nismes locomoteurs établit certes une corrélation
linéaire mais entre le logarithme du poids et ceux
d’une part de la surface de l’aile (mesurée à l’aide
d’un planimètre, ce qui est bien différent du carré
de la longueur d’aile !) et d’autre part, de la surface
portante (somme des surfaces des ailes, du corps et
de la queue). Nous avons quand même calculé une
relation entre AP puis RP I0 et log, 0 P. La mesure de
l’aile étant linéaire alors que le poids fait intervenir
un volume, il est logique de suivre Amadon (1943)
qui cite lui-même Teissier (1931) et de chercher une
relation entre AP, RP I0 et la racine cubique du
poids. Enfin, nous pouvons établir une relation
d’allométrie de type Y = aX b .
Les comparaisons que nous envisageons, portant
sur des espèces différentes, non sur des individus
d’une même espèce, nous aborderons le problème
au niveau des moyennes de poids, de longueur
d’aile et de rémige primaire interne.
Les mensurations concernent des oiseaux taxider-
misés, aussi avons-nous vérifié — du moins pour les
longueurs d’ailes — que les pentes (coefficients b)
des corrélations demeuraient identiques, sinon sta¬
tistiquement non différentes, de celles obtenues en
utilisant les mensurations des oiseaux vivants qui
ont été pesés. Il apparaît ainsi, chez les espèces
étudiées, un décalage dans les longueurs d'ailes
montrant que celles-ci subissent une réduction de
1 à 1,5 mm (1,3 en moyenne) à la suite de la
préparation taxidermique.
Les tableaux III à V donnent les coefficients des
diverses régressions du poids en fonction de AP et
Source : MNHN, Paris
Poids (g)
Pco
Dca
Mg^ r
Dco Mpl
Dto Dch T nit
• * * Tnig 0
Bmi 0 Elo
Mcae
P fV V°' Tba Tru
# p c * Tba
• Pco
A Wp'
Source . rnnHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
53
Source : MNHN, Paris
54
CHRISTIAN ERARD
Tableau III. — Valeur des coefficients de l’équation linéaire (Y
décimal *, ou sa racine cubique à la longueur moyenne de l’aile pliée, i
bX + a) liant le poids moyen,
: coefficient de corrélation.
logarithme
Var. Muscicapinés Platysteirinés Monarchinés Ensemble des sp.
(Y) C (10 sp.) (8 sp.) (6 sp.)
b 0,6233 0,3703 0,2795
P a — 26,9937 — 8,0728 — 6,6895
r + 0,9617 + 0,9780 + 0,9320
b 0,0135 0,0094 0,0096 0,0108
Logio P a 0,2500 0,5699 0,4336 0,4331
r + 0,9581 + 0,9801 + 0,9229 + 0,8981
0,4622
— 15,7610
+ 0,8831
b 0,0278 0,0184 0,0172 0,0217
ijp a 0,5710 1,2895 1,1377 0,9897
r + 0,9650 + 0,9814 + 0,9256 + 0,8977
(•) La relation Logio P = bX + a correspond en fait à une exponentielle croissante de la forme P = A.B X , avec Logio A = a et Logio B = b.
Tableau IV. — Valeur des coefficients de l'équation linéaire (Y = bX + a) liant le poids moyen, ou son logarithme décimal,
ou sa racine cubique à la longueur moyenne de la rémige primaire la plus interne, r = coefficient de corrélation.
Y"' Coef. Muscicapinés Platysteirinés Monarchinés Ensemble des sp.
(Y) (10 sp.) (8 sp.) (6 sp.)
b 0,8350 0,4882 0,3926 0,6391
P a — 30,3326 — 11,2304 - 10,0879 — 20,4034
r + 0,9847 + 0,9692 + 0,9432 + 0,8842
b 0,180 0,0125 0,0128 0,0150
Logio P a 0,1797 0,4833 0,3572 0,3210
r + 0,9792 + 0,9806 + 0,8888 + 0,9029
b 0,0371 0,0245 0,0242 0,0301
ÿp a 0,4253 1,1237 0,9210 0,7669
r + 0,9866 + 0,9788 + 0,9420 + 0,9011
Tableau V. — Valeur des coefficients de l’équation allométrique (Y = a X b ) liant le poids moyen aux longueurs
moyennes de l’aile pliée (AP) ou de la rémige primaire la plus interne (RPio). r est le coefficient de corrélation après transforma¬
tion logarithmique des variables.
Var.
(X)
Coef.
b 2,359461 1,470678 1,539265 1,708270
AP » 0,000708 0,033865 0,018552 0,011248
r + 0,9616 + 0,9823 + 0,9229 + 0,8758
2,542271 1,664535 1,814249 2,004220
0,000567 0,019357 0,007983 0,004664
0.9947 + 0,9829 + 0,9419 + 0,8933
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
55
Tableau VI. — Valeurs théoriques des poids moyens de 6 espèces calculées d’après les diverses relations envisageables
entre le poids moyen et les longueurs d’aile pliée (AP) ou de rémige primaire la plus interne (RPio), en utilisant d’une part les
équations propres à la sous-famille (colonnes s.F.) et, d’autre part, celles s’appuyant sur l’ensemble des espèces (colonnes F.).
P = bX + a Logio P = bX + a 3 Jp = bX + a P = aX b
de RP, 0 , en procédant par sous-familles et pour
l’ensemble des espèces. Il est instructif de calculer
les poids théoriques des espèces pour lesquelles
nous n’avons pa eu de données précises (voir plus
haut). Ces valeurs sont regroupées dans le tableau VI.
Nous pouvons comparer la valeur de la longueur
d'aile pliée à celle de la longueur de la rémige
primaire la plus interne, en tant qu’indicateur du
poids. Nous remarquerons que sur les 16 comparai¬
sons possibles de coefficients de corrélation, 10 sont
à l’avantage de RP 10 , 3 donnent des valeurs sem¬
blables, et seulement 3 favorisent AP. Si mainte¬
nant nous regardons les valeurs théoriques du
tableau VI, nous constatons que les prévisions pour
M. striata et H. violacea (deux espèces à l’aile
allongée) sont nettement surestimées si l’on utilise
la longueur d’aile pliée ; en revanche l’emploi de
RP,o conduit à des estimations beaucoup plus
plausibles. On notera également que la relation
linéaire entre la variable alaire et la racine cubique
du poids conduit à des résultats très voisins de ceux
obtenus par la fonction d’allométrie.
b) La forme de l'aile
L’aile est une structure importante pour la
mobilité des oiseaux et notamment pour tous les
déplacements liés à la recherche et à la capture des
proies, sans parler bien sûr de ceux nécessaires au
maintien de la territorialité et aux comportements
agonistiques et sexuels. Ces déplacements engen¬
drent des pressions mécaniques sur l’anatomie prise
au sens large, en incluant la morphologie externe.
Une étude comparative des potentialités aréodyna-
miques des diverses espèces constitue un thème de
recherches en soi, qui sort du cadre de ce travail.
Néanmoins, il nous paraît utile de souligner cer¬
taines caractéristiques de la forme générale de l’aile
des différents gobe-mouches étudiés, notamment en
comparant les divers degrés d’allongement des
rémiges primaires externes et d’arrondi de l’aile qui,
dans la théorie actuelle de la niche, reflètent les
adaptations écomorphologiques pour une meilleure
utilisation de l’habitat et de ses ressources.
Il est généralement admis qu’une aile étroite et
allongée indique une adaptation au vol aisé et
soutenu qui sera d’autant plus rapide que ces
caractéristiques seront mieux marquées (la propor¬
tion effective de l’aile se trouvant accrue) et le
milieu ouvert. En revanche, une aile large et
arrondie qui engendre une plus grande portance à
petite vitesse, facilite les décollages rapides et les
envols fréquents, et assure une meilleure liberté de
manœuvre dans les milieux fermés (cf. Savile 1957,
Hartman 1961, Brown 1963).
L’allongement de l’aile, ou allongement relatif
des rémiges primaires par rapport aux secondaires,
peut être exprimé de deux manières : d’une part,
par rapport à la taille de l’oiseau et, d’autre part,
relativement à l’aile elle-même. Dans le premier cas,
nous avons considéré la longueur de la rémige
primaire la plus interne comme indice de taille et,
dans le second, nous avons utilisé comme référence
la longueur de l’aile pliée.
Source : MNHN, Paris
Tableau VII - Mesure (en mm) de la longueur d'aile, de la longueur (L), de la largeur (1) e^de la hauteur (h) du bec. de la
longueur du tarse, de la queue et de la différence entre la pointe de l'aile et celle, respectivement, des 1 , 2 , 3 et 10 e remiges primaires,
chez les Muscicapinés du Nord-Est du Gabon. La colonne N indique le nombre de specimens mesures , dans chaque case sont donnes
la moyenne et, entre parenthèses, l'écart-type.
E "*”
N
Aile
Bec
Tarse
■ 0,™
,RP-
pie aile
L
1
h
1
2
3
10
1
7
70
3,8
14,5
58,7
47,7
3,5
0
25,5
(2,85)
(0,55)
(0,40)
(0,24)
(0.60)
(2,42)
3,4
14,1
55,4
32,5
6,0
0,2
13,6
(1,48)
(0.45)
(0.74)
(0,20)
(0,46)
(1,04)
1
S!
S
î
Il 4
2,7
11,3
36,0
27,3
5,2
0,5
12,0
(1,37)
(0,53)
(0,46)
(0,25)
(0.52)
(1.43)
(1.42)
56,6
11,3
5,8
2,6
11,6
39,1
26,8
5,0
0,4
11,0
(1,70)
(0.50)
(0,46)
(0,24)
(0,42)
(1,79)
6
74,2
14,1
5.8
3,9
16,8
56,1
36,4
10,5
2,0
16,0
(4.12)
(0,54)
(0,67)
(0,41)
(1,08)
(4,40)
(1.80)
11
69,3
14,3
6,6
3,8
15,7
49,0
31,7
7,5
1,2
12,8
(2,11)
(0,74)
(0,64)
(0,25)
(0,56)
(1,42)
(1,67)
(0,46)
(0.71)
9
62,2
14,8
5,2
3,7
16,7
49,3
26,3
8,5
2,1
10,5
(1,66)
(0,65)
(0,26)
(0,26)
(0,50)
(1,36)
(1,83)
(0,33)
(1,00)
Myioparus plumbeus
12
66,9
14,6
5,5
3,6
17,8
59,2
30,0
7,2
1,4
12,6
0,85)
(0,53)
(0,42)
(0,22)
(0.38)
(2.68)
(1,24)
(0,83)
(0,71)
16
64 6
14,0
7,8
3,5
15,5
52,3
28,3
8.2
2,0
9,7
(1.46)
(0,57)
(0,47)
(0,41)
(0,44)
(2,14)
(1,64)
(1.05)
(0,61)
(0,84)
Arlomÿm fuüginosa
12
82,5
10,9
6,8
3,5
13,0
47,4
44,2
3,7
0
23,4
(2,48)
(0,41)
(0,49)
(0,36)
(0,35)
(2,13)
(2,49)
(0,75)
(1,20)
Slizorhina fraseri
12
97,0
15,4
9,7
47
19,8
78,0
47,1
9,6
1.6
22,0
(2,24)
(0,70)
(0,54)
(0.33)
(0,71)
(3,03)
(1,79)
(0,98)
(0,48)
(0,95)
Fraseria ocreala
13
93,0
20,2
6,7
5,6
23,3
69,9
39,4
11,0
2,0
(2,62)
(0,78)
(0,52)
(0.25)
(0,59)
(2.83)
(1,96)
(1,33)
(0,45)
(1.08)
Fraseria cinerascens
II
80,0
17,2
6,7
4,3
19,6
62,9
35,5
(2,60)
(0,71)
(0,60)
(0,40)
(0,75)
(2,85)
(2,25)
(1.44)
(0,68)
(1.17)
Tableau VIII. -
— Même chose que
le tableau
VII, mt
iis pour les Platysteirinés.
Bec
=t RP —
Tarse
Queue
L
1
h
1
2
3
10
Hyliota viotacea
5
76,6
15,4
6,2
4,2
18,7
41,2
(0,54)
(0,57)
(0,27)
(0,44)
(1,30)
(2.60)
(0,70)
(0,41)
(1,15)
Megabyas flammulalus
10
88,0
22,8
8,6
6,2
15,9
7_4
(0,82)
(0,41)
(0,42)
(0,43)
(2,44)
(1,54)
(0,91)
(0,36)
(0,70)
Bios musicus
12
87,4
22,5
9,3
5,9
13,9
A
(0,97)
(0.57)
(0,39)
(0,39)
(2,17)
(1,55)
(0,89)
(0,40)
(0,74)
Balis minima
7
47,9
12,0
5,2
3,7
12,3
(0,48)
(0,39)
(0,55)
(1,60)
(1,43)
(1,09)
(0,37)
(1,27)
Bâtis poensis
11
50,3
13,5
5,6
3 j
2,
(0,87)
(0.49)
(0,32)
(0,34)
(0,56)
(MO)
(1.10)
(0,88)
(0,39)
(0,64)
Platysleira cyonea
10
64,3
16,9
6,9
4 4
19,4
(0,45)
(0,64)
(0,36)
(0,49)
(0,63)
(1.70)
(1,13)
(0,53)
(1.18)
Diaphorophyia castanea
25
58,7
14,8
6,6
3,8
(0,60)
(0,43)
(0,33)
(0,42)
(0,70)
(1.28)
(0,97)
(0,76)
(0,69)
Diaphorophyia tonsa
15
54,3
14,2
6,1
3,5
L8
(0,54)
(0,28)
(0,26)
(0,43)
(1,03)
(0,92)
(0,82)
(0,60)
(0,63)
Diaphorophyia chalybea
13
52,1
14,6
6,6
3,3
p 4
j.
4t4
(0,52)
(0,43)
(0,25)
(0,37)
(0,64)
(1.18)
(0,56)
(0,72)
(0,37)
Diaphorophyia concreta
9
59,3
14,6
6,1
3,8
16,7
(0.41)
(0,33)
(0.26)
(0,46)
(1,48)
(1.03)
(0,53)
(0,46)
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
57
Tableau IX. — Même chose que le tableau VII, pour les Monarchinés. Les longueurs de queue indiquées sont celles des
rectrices externes (QI), de la distance qui sépare la pointe de ces dernières de celle des submédianes (Q2) et la longueur des filets :
distance qui sépare la pointe des médianes de celle des submédianes (Q3).
Bec Queue * RP — pte aile
Espèces N Aile - Tarse - -
L 1 h 1 21 + 23 1 2 3 10
Erythocercus mccalli 12
Elminia longicauda 12
Trochocercus nigromi-
I rat us 12
Trochocercus nitens 11
Terpsiphone rufiventer 12
Terpsiphone viridis 28
Terpsiphone batesi 10
48,0 10,6 S.O
(0,68) (0,43) (0,39)
64,2 12,8 S,7
(1,98) (0,57) (0,39)
(2°18) (0,56) (0*36)
64.2 15,0 6,3
(1,58) (0,68) (0,33)
77,5 19,6 7,8
(1,75) (0,64) (0,44)
78.3 18,6 7,3
(2,43) (0,75) (0,71)
74,8 19,3 7,5
(2,12) (1,25) (0,40)
2,7 15,3 34,4
(0,39) (0,31) (1,48)
2,5 15,7 50,0
(0,33) (0,45) (1,59)
3,0 15,9 45,6
(0,33) (0,46) (2,24)
3,9 16,2 53,1
(0,31) (0,41) (2,38)
(0,3*1) (Ôf-45) (2?63)
4,6 15,1 66,7
(0,43) (0,47) (2,44)
4,8 14,9 61,8
(0,42) (0,31) (2,27)
8,9 43,3 1,0
(1,15) (1,41) (0,52)
18,7 68,7 10,2
(1,67) (2,02) (2,24)
11,3 57,0 0,7
(1,74) (3,26) (0,46)
13.7 67,0 2,6
(1.10) (2,38) (0,46)
12.8 76,6 10,3
(2,57) (3,49) (6,22)
16,0 83,0 44,9
(5,49) (6,94) (4,63)
14,1 75,9 11,4
(3.10) (4,94) (9,44)
21,2
0,21)
29,3
(0,71)
26,9
(2,02)
29.2
0,21)
35.3
0,43)
35.3
(2,34)
34.3
(2,34)
11,0
0.49)
14,9
0 , 22 )
16,0
0,53)
15,2
0.68)
15,8
0.87)
2,4 4,8
(0,62) (0,64)
2,7 11,4
(0,56) (1,23)
3,5 9,3
(0,84) (0,98)
5.2 7,9
(0,58) (0,65)
4.2 13,6
(0,87) (1,16)
4,0 13,8
0,10) (1,12)
4,2 13,2
(0,93) (0,63)
Tableau X. — Mesure relative (en %, par rapport à la longueur d'aile) de la longueur du bec, du tarse, de la queue et de la
différence entre la pointe de l'aile et, respectivement, les I* 1 *, 2', 3' et 10 e rémiges primaires, chez les Muscicapinés du Nord-Est du
Gabon. Sont rappelés les effectifs et les valeurs moyennes de la longueur d'aile. Chaque case précise la moyenne et, entre parenthèses,
l'écart-type. La largeur et la hauteur du bec sont exprimées l’une par rapport à l’autre (h/l) et par rapport à la longueur du bec (1/L et
h/L).
Espèces N
L/AP
Bec %
1/L h/l
- Tarse % Queue %
h/L
* RP — pte aile %
2 3 10
Muscicapa striata
Muscicapa cassini
Muscicapa sethsmithi
Muscicapa epulata
Muscicapa olivascens
Muscicapa caerulescens
Myioparus griseigularis
Myioparus plumbeus
Pedilorhynchus comitatus
Artomyias fuliginosa
Stizorhina fraseri
7 85,3
Il 72,0
17 56,6
13 56,6
6 74,2
11 69,3
9 62,2
12 66,9
12 82,5
12 97,0
13 93,0
19,5 42,0
(0,71) (2,04)
23.1 44,2
(0,74) (3,63)
20.1 57,0
(0,94) (5,09)
20.1 51,6
(0,87) (3,73)
19,0 41,3
(0,57) (3,33)
20.7 46,4
(0,96) (3,02)
23.9 35,4
(0,75) (1,20)
21.9 37,5
(0,80) (2,98)
21.7 55,8
(0,96) (3,74)
13.2 62,5
(0,48) (3,67)
15.8 63,5
(0,74) (3,03)
21,7 33,5
(0,91) (2,91)
55.1 23,1
(3,73) (1,31)
46.5 20,4
(4.20) (1,27)
42.2 24,0
(4,45) (2,81)
46,1 23,3
(7.20) (2,39)
67,9 27,6
(10,71) (2,77)
57.5 26,6
(5,88) (1,87)
70,7 25,0
(6,44) (1,96)
66.4 24,6
(8,08) (1,93)
46,1 25,6
(6,09) (2,59)
51.3 32,0
(5,59) (3,41)
48.5 30,8
(3,52) (2,19)
84.5 28,1
(7,87) (1,66)
17,0 68,7
(0,48) (1,49)
19,6 76,9
(0,57) (1,44)
20.1 63,7
(1,02) (1.63)
20.5 69,0
(0,82) (2,44)
22.6 75,5
(0,85) (2,05)
22.6 70,7
(0,74) (1,36)
26.8 79,3
(0,87) (1,33)
26.6 88,5
(0,80) (2,88)
24.1 81,1
(0,78) (2,90)
15.8 57,4
(0,60) (1,19)
20,4 80,3
(0,69) (1,78)
25.1 75,1
(0,89) (2,11)
55.9 4,18
(0,90) (0,71)
45.2 8,4
(1,43) (2,00)
48.3 9,2
(2,21) (1,58)
47.5 9,0
(1,37) (1,40)
49,0 14,1
(1,24) (0,88)
45.7 10,9
(2,02) (1,23)
42.3 13,6
(2,67) (1,21)
44.9 10,8
(1,34) (1,02)
43.8 12,7
(2,27) (1,52)
55.5 4,4
(2,31) (0,39)
47.8 10,0
(2,66) (1,00)
42,3 11,8
(2,27) (1,39)
0 29,8
0.01)
0,2 18,9
(0,35) (1,08)
0,9 21,2
(0,60) (1,03)
0,7 19,5
(0,51) (1,60)
2,8 21,5
(0,47) (0,74)
I 8 18,5
(L.61) (0,59)
3,3 16,8
(0,54) (1,37)
2,0 18,9
(0,70) (1,02)
3,2 15,0
(0,96) (1,17)
0 28,3
(0,94)
1,6 22,6
(0,47) (0,77)
2,1 17,5
(0,51) (1,00)
(0,90) (3,27) (6,41) (1,81) (1,32) (2,40) (2,63) (1,83)
3,7 17,5
(0,85) (1,23)
Source : MNHN, Paris
58
CHRISTIAN ERARD
Tableau XI. — Même chose que le tableau X, pour les Platysteirinés.
RP — pte aile %
F.sp fers
L/AP
1/L
h/l
h/L
1
2
3
10
Hyliola violacea
5
76,6
20,1
(0,60)
40,2
(2,51)
68,4
(10,00
27,3
(2,52)
(Wl) <UD
52,7
(2.20)
6,4
(0,74)
(0.54)
25,0
(1,13)
Megabyas flammulatus
71,7
27,2
18,1 70,0
36,8
8,4
1,7
18,7
(0,97)
(2.00)
(5,46)
(2,33)
(0,85) (1,92)
63,9
26,5
15,9 56,7
40,7
11,2
1,9
15,8
(1,00)
(2,58)
(4.31)
(1.92)
(0,54) (2,52)
(1.37)
7
71,8
31,0
25,8 63,7
41,4
11,6
2,3
12,0
(0,92)
(3,69)
(10,72)
(3.62)
(1,30) (3,20)
(2,57)
(2.21)
y
41,4
66,4
27,4
28,0 60,0
38,3
10,1
7,8
14,2
(0,77)
(1,71)
(8,13)
(2,73)
(0,90) (2,36)
(2,16)
(1,81)
(0,77)
(1.43)
10
64,3
26,2
41,1
64,4
26,3
30,2 74,2
39,3
14,4
5,7
12,7
(0.91)
(3,74)
(6,96)
(2.05)
(0,90) (1,42)
(2,37)
Diaphorophyia casianea
25
58,7
25,2
44 4
58,5
26,0
26,2 43,5
37,8
12,1
5,3
10,5
(1,18)
(2,19)
(5.14)
(2,22)
(0,73) (0,73)
(2,19)
(1.63)
(1,30)
(1,08)
Diaphorophyia lonsa
14
54,3
26,2
42,9
57,4
26,4
27,4 40,9
38,8
13,3
4,2
14,4
(1,06)
(2,18)
(4,59)
(2.17)
(0,65) (1,54)
(1,87)
(1,45)
(1,14)
(1,22)
Diaphorophyia chalybea
13
52,1
28,1
45,5
49,5
22,5
33,4 45,1
35,1
15,6
6,6
8,5
(1.02)
(2,90)
(4,43)
(1,94)
(1,01) (1,29)
(2,04)
(0,99)
(1,40)
(0.74)
Diaphorophyia concrela
9
59,3
24,5
41,7
63,7
26,5
28,2 45,5
44,9
15,5
4 1
15,0
(0,70)
(1.97)
(4,79)
(1,65)
(0,45) (0,56)
(2,22)
(1,79)
(0,90)
(0.62)
Tableau XII. — Comme le tableau X, pour
les Monarchinés. Pour les définitions des longueurs de
cf. tableau IX.
Bec %
Queue %
* RP _
pte aile V
ü P ê.„ N
AP
L/AP
1/L
h/l
h/L
1/AP 1+2/AP 2/1+2 1
2
3
10
Erylhrocercus mccalli 12
48,0
22,2
47,5
55,6
26,2
32,0
71,7 90,3 20,6
(1,17)
(3,75)
(8,73)
(3,01)
(0,74)
(3,02) (2,27) (2,52)
(2,36)
(2,00)
(1,26)
(1,36)
Elminia longicauda 12
64,2
19,9
45,2
44,1
19,8
24,4
77,8 106,9 27,2
(4,03)
(7,57)
(2.76)
(1,02)
3.39) (3,77) (2,01
(1.41)
(1,60)
(0,86)
(1,55)
Trochocercus nigromi-
60,8
24,4
43,7
20,4
26,1
75,0 93,6 19,8
(4,30)
(1,86)
(0,80)
(3,15) (3,68) (2,14
(2.65)
(2,50)
(1,47)
(1,42)
Trochocercus nilens II
64,2
23,3
42,2
61,5
25,9
25,3
82,7 104,4 20,4
(2,48)
(5,42)
(1,75)
(0,79)
2,64) (1,89) (1,66!
(1.77)
(1,92)
(0,90)
(0,93)
Terpsiphone rufiventer 12
77,5
25,2
39,9
62,3
24,8
19j
(2,50)
(3,76)
(1,93)
(0,59)
2,95) (3,24) (2,44;
(2.15)
(1,93)
(1,10)
(1,28)
Terpsiphone viridis 28
78.3
23,8
39,5
63,8
25,1
19,3
85,2 105,4 18,9
(2,34)
(0,88)
2,67) (6,28) (5,13]
(2,21)
(1,78)
(1.34)
(1,15)
Terpsiphone balesi 10
74,8
25,7
38,9
63,9
24,9
19,9
(2,19)
(4,41)
(2,78)
(0,56)
0,93) (4,20) (3,10)
(2,25)
(2.33)
(1,20)
(0,92)
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
59
a rémige primaire considérée, exprimée
.delà longueur d'aile pliée (= A„ cf. texte). En abscisse : longueur d'aile pliée. Triangles évidés :
Platysteîrinés ; cercles évidés : Monarchinés. Rémiges primaires concernées : en haut, la première (RP,) : en bas. la seconde
Source : MNHN, Paris
60
CHRISTIAN ERARD
Dans un premier temps nous avons exprimé la
différence (d) de longueur entre la pointe de l’aile
(la plus grande rémige primaire) et la rémige
primaire étudiée, proportionnellement à l'aile pliée
(AP) : A, = lOOd/AP. Cet indice nous donne une
image de la contribution de l’allongement des
rémiges primaires à celui de l’aile (cf. tableaux VII à
XII et fig. 15 et 16) : à longueur d’aile égale,
l’allongement est plus ou moins important.
Nous constatons que, d’une manière générale, les
Muscicapinés ont une aile plus allongée et moins
large (puisque RP, 0 traduit également la largeur de
l’aile) que les Platysteirinés et que les Monarchinés
mais que des différences existent au sein de chaque
sous-famille. Il convient donc d’éliminer, ou du
moins d’atténuer l’effet de taille.
Pour traduire l’allongement des rémiges primaires
par rapport à la taille de l’oiseau (A 2 ), nous avons
exprimé la différence de longueur (d) entre la pointe
de l’aile et la pointe de la rémige primaire considérée,
par rapport à la longueur de la rémige primaire
interne (RP I0 ) selon la formule : A, = 100d/RP lo .
Les tableaux XII à XV et la fig. 17 rendent
comptent des valeurs trouvées.
La flottabilité dépendant de la charge alaire,
rapport de la surface portante au poids (Hartman
(1961) en définit l’indice comme la racine carrée de
la surface alaire sur la racine cubique du poids),
une corrélation entre l’allongement de l’aile et la
variation de la taille matérialisée ici par RP, 0 , serait
logique. De ce fait, nous trouvons des coefficients
de corrélation r s = + 0,334 pour l’ensemble des
espèces, + 0,055 pour les Muscicapinés, + 0,263
pour les Platysteirinés et + 0,795 pour les Monar¬
chinés, mais seul ce dernier est statistiquement
significatif. Il apparaît donc que les variations de
taille ne sont pas suffisantes dans la série des
espèces étudiées pour justifier de notables modifica¬
tions dans l’allongement relatif de l’aile. Les causes
des différences observables, seraient dore à recher¬
cher dans les divers types de vol et de modalité de
déplacement.
Nous remarquerons que, chez les Platysteirinés,
8 espèces sur 10 ont un allongement relatif de l’aile
inférieur à 20 %, contre 1 sur 13 chez les Muscica¬
pinés et 3 sur 7 chez les Monarchinés. Ces propor¬
tions, comparées par le test de probabilité exacte de
Fischer (cf. Siegel 1956), sont significativement très
différentes (P < 0,005) entre les Platysteirinés et les
Muscicapinés, mais non entre aucun de ceux-ci et
les Monarchinés. Les ailes sont donc globalement
d’une ellipse beaucoup moins allongée chez les
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
61
Tableau XIII. — Mesure (en mm) de la 10 e rémige primaire (RP I0 ) et mesures relatives (en % de RP, 0 ) de l'allongement de
l’aile, de la longueur du tarse (T), de la queue (Q) et du bec (B) chez les Muscicapinés du Nord-Est du Gabon. La colonne N indique le
nombre de spécimens mesurés. Les noms des espèces ont été abrégés en utilisant les codes des fig. 6-8.
Sp
X
RPio
RPhT^o
T %
Q %
B %
7
59,8
42,6
24,3
98,0
27,8
(2,35)
(2,06)
(0,87)
(1,13)
(1,35)
Mras
11
58,3
23,3
24,2
94,9
28,4
(1,39)
(1,63)
(0,45)
(2,28)
(0,99)
17
44.5
27,0
25,4
80,9
25,6
(1,21)
(1.65)
(1.39)
(2,31)
(1,12)
Mcp
13
45,4
24,3
25,5
85,8
24,9
(1,31)
(2,38)
(1,02)
(3,63)
(1,04)
6
58,2
27,4
28,8
96,4
24,2
(3,50)
(1.21)
(1,10)
(2,63)
(0,94)
Mené
11
56,4
22,7
27 8
86,8
25,4
(1,54)
(0,89)
(0,90)
(1,70)
(1.15)
Mgr
9
51,7
20,3
32,3
95,4
28,7
(1,32)
(1,97)
(0,97)
(1,81)
(1,07)
Mpl
12
54,2
23,3
32,8
109,1
27,0
(1,76)
(1,56)
(1,23)
(2,97)
(1.19)
14
54,8
17,7
28,2
95.3
25,5
(1,21)
(1,60)
(0,84)
(3,10)
(1,05)
Afu
12
59,0
39,6
22,1
80,2
18,4
(1.70)
(1.84)
(0,89)
(1,26)
(0,75)
12
75,0
29,3
26,4
103,9
20,5
(1.81)
(1,30)
(0,94)
(2,75)
(1,00)
13
77,0
20,7
30,2
26,2
(2.25)
(1,46)
(1,07)
(2,58)
(1,10)
Fci
11
65,9
21,2
29,8
95,4
26,1
(2,21)
(1,81)
(1,68)
(2,71)
(1.29)
Tableau XIV.
— Comme
le tableau XIII,
pour les Platysteirinés.
Sp
N
RPio
RPio^o
T °/o
Q %
B %
Hvi
5
57,4
33,4
32,5
71,7
26,8
(1,67)
(2,02)
(1,16)
(2.36)
(1.01)
71,5
23,0
22,3
86,1
31,8
(3,02)
(1,62)
(1.27)
(2,50)
(1.31)
12
73,6
18,7
18,9
67,2
30,5
(1,66)
(1,07)
(0,72)
(2,98)
(1,24)
42,0
14,0
29,4
28,5
(1,02)
(2,73)
(1.62)
(4,66)
(1.39)
Bpo
11
43,1
16,6
32,5
70,0
31,5
(1,34)
(1,95)
(1,19)
(3,14)
(0,97)
Pcy
10
56,0
14,7
34,7
85,1
30,1
(1,02)
(1,77)
(0,93)
(2.03)
(0.96)
25
52,5
11,8
29,3
48,7
28,2
(1,22)
(1,34)
(0,85)
(0,90)
(1,31)
16,9
32,0
47,9
30,5
(1,42)
(1,68)
(0,87)
(1,70)
(1,42)
Dch
13
47,7
9,3
36,5
49,3
30,7
(1,23)
(0,89)
(1,28)
(1.50)
(1.31)
9
50,4
17,7
53,6
28,9
(0,84)
(0,87)
(0,46)
(0,77)
(0,73)
Source : MNHN, Paris
62
Tableau XV. Comme le lablcau , puu. « onaïc unes.
Sp
N
RP.o
«S
T % •
Q, . 2 %
B %
12
“A
<X
a
s
a
Elo
12
a
K
a
129,0
(3.44)
a
Tnig
12
s
,K,
a
iïm
a
Tnil
11
S
s
S
<x
T™
12
S
S
a
(«i
a
Tvi
28
(U®)
X
a
a
Tba
10
<£.«
S
a
S
(L71)
Platysteirinés que chez les Muscicapinés, les Monar-
chinés occupant une position intermédiaire.
Il est intéressant de noter que :
— Chez les Muscicapinés : M. striata et A.
fuliginosa ont des ailes particulièrement allongées et
étroites ; P. comilatus, M. griseigularis et les Frase-
ria ont une aile proportionnellement courte et large.
— Chez les Platysteirinés : H. violacea se dis¬
tingue par son aile étroite et allongée. M.flammula-
tus a une aile plus allongée que B. musicus,
Platysteira, Bâtis et Diaphorophyia. On remarquera
aussi que D. chalybea et D. castanea ont l’aile plus
courte et plus large que Platysteira, Bâtis, D. tonsa
et D. concreta.
— Chez les Monarchinés : T. nitens, T. nigromi-
tratus et surtout E. mccalli ont une aile proportion¬
nellement plus courte et plus large que les autres.
Très souvent, l’allongement relatif de l'aile s’accom¬
pagne d’une modification de forme : l’aile devient
plus pointue. Une aile sera d’autant plus arrondie
que : la pointe de l’aile sera constituée par une
rémige primaire plus interne, les différences entre la
pointe de l’aile et la RP 3 , la RP, et la RP, seront
proportionnellement et respectivement plus grandes,
plus grandes et plus faibles.
Les données des tableaux VII à XV et les figs. 15
et 16 soulignent bien que les ailes des espèces
énoncées plus haut comme étant plus allongées
sont également plus pointues. On remarquera tou¬
tefois que les Monarchinés ont tous pratiquement
la même forme de l’aile qui est plus nettement
arrondie que chez les Platysteirinés et, surtout,
que chez les Muscicapinés.
Notons aussi que les trois rémiges primaires les
plus externes sont nettement plus étroites sur toute
leur longueur que les autres chez Hyliota, Bâtis,
Platysteira et Diaphorophyia. Ce caractère pourrait
être mis en rapport avec les claquements ryth¬
miques d'ailes au cours de certains comportements
agonistiques et sexuels, au moins dans les trois
derniers genres cités, mais pourrait être lié à des
contraintes différentes lors du vol manœuvrier à
petite vitesse (diminution des turbulences en bout
d’aile pour augmenter la portance).
Pour finir, nous insisterons sur la cambrure très
accusée (forte convexité) de l’aile des Platysteirinés
et sur les échancrures très marquées de l’extrémité
de l’aile, dues aux émarginations des vexilles des
rémiges, qui caractérisent les espèces à aile arrondie.
Ces particularités sont importantes pour la flottabi¬
lité et la manœuvrabilité lors du vol, notamment en
augmentant la force ascensionnelle en bout d’aile
aux faibles vitesses et en limitant les pertes de
puissance lors des décollages répétés (cf. Savile 1957
et Brown 1963).
c) La variation des mesures alaires
chez les mâles T. viridis
Nous avons ordonné 24 mâles de notre région
d’étude selon leur type de coloration sur le gradient
plumage gynémorphique -» plumage très blanc.
Nous avons cherché à savoir si la variation de
coloration ne s’accompagnait pas d’une augmenta¬
tion de la taille. Dans un premier temps, nous
avons testé la corrélation entre le rang de colora¬
tion et celui de longueur d’aile pliée, le coefficient
de Spearman obtenu est de + 0,360 (P < 0,05).
Comme nous l’avons souligné plus haut, la lon¬
gueur de la RP I0 étant un meilleur indicateur de la
taille, nous avons donc calculé un autre coefficient
Source ■■ MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
63
de corrélation en remplaçant AP par RP 1U : r s =
+ 0,386 (P < 0,05). L’augmentation de taille des
mâles concomitante de leur différenciation phénoty¬
pique est donc bien réelle. Nous n’avons pas trouvé
la corrélation significative (r s = + 0,138 ; P > 0,05)
entre la phase de coloration et l’allongement relatif
de l'aile (différence entre la pointe de l’aile et celle
de RP| 0 exprimée en % de RP I0 ) qui aurait pu
suggérer que, parallèlement à leur accroissement de
taille, les mâles de phase blanche auraient eu,
proportionnellement aux autres, une aile plus
allongée, indice de plus grande mobilité.
3) Queue
(tableaux VII à XV et fig. 17 et 18)
L’importance fonctionnelle de la longueur et de
la disposition des rectrices est indéniable car ces
plumes jouent un rôle dans la sustentation et la
manœuvrabilité lors du vol (gouvernail pour les
changements de direction, contrôle des trois axes de
rotation du corps) : pour une aile elliptique, comme
c’est le cas ici, la manœuvrabilité sera accrue par
l’allongement des rectrices ; en revanche, leur rac¬
courcissement facilitera les départs rapides. Elles
entrent également en jeu lors des comportements
alimentaires et dans les systèmes de communication
visuelle.
a) Longueur relative
La longueur de la queue est connue pour croître
proportionnellement à l’augmentation de la taille
de l’oiseau. La fig. 17 rend compte de la variation
de la longueur relative des rectrices (exprimée en %
de RP| 0 ) en fonction de la taille (RP 10 étant utilisé
comme indice de référence). La corrélation de rang
de Spearman donne un coefficient r s = + 0,343
(P < 0,05) pour l’ensemble des espèces, suggérant
que, à mesure que la taille des espèces augmente, la
Fig. 17. — En haul : allongement relatif de l'aile, par rapport à la taille, chez les gobe-mouches du Nord-Est du Gabon. En ordonnée : différence de
longueur entre la pointe de l'aile et la pointe de la 10 e rémige primaire (RP,„). la plus interne, exprimée en % de la longueur de la 10 e rémige primaire ( = A.,
cf. texte). En abscisse : taille matérialisée par RP,„.
En bas : longueur relative des rectrices (Q%) par rapport à la taille <RP,„) chez les gobe-mouches du nord-Est du Gabon. Les symboles utilisés sont
les mêmes que ceux de la fig. 16.
Source : MNHN, Paris
64
CHRISTIAN ERARD
0 E. mccalli » E. loi
A T. nigromitratus A T. i
T.batesi aT.rufiventer T.viridis
Fig. 18. — Êlagement des reclrices chez les Monarchinés. En ordonnée : arrondi de la queue (Qj/Q, . 2 %. et. tableaux IX, XII) ; en abscisse :
longueur des rectrices submcdianes (Q, . J.
longueur de la queue s’accroît mais selon une
proportion toujours plus grande. Cette constatation
ne tient toutefois plus si l’on analyse séparément les
sous-familles, les coefficients de corrélation ne sont
plus significatifs : r s = + 0,236 (P > 0,1) pour les
Muscicapinés, r s = + 0,285 (P > 0,1) pour les
Platysteirinés, r 5 = + 0,607 (P > 0,05) pour les
Monarchinés. À l’intérieur de chaque sous-famille,
la taille n’interviendrait pas dans l’allongement
relatif des rectrices. En d’autres termes, si une
espèce donnée présente, par rapport à une autre
espèce de la même sous-famille mais plus petite
qu’elle, une queue proportionnellement plus longue,
la différence ne serait pas due à un effet d’accroisse¬
ment de la taille.
On remarquera que, d’une manière générale, les
Monarchinés ont les rectrices relativement très
longues alors que les Platysteirinés les ont très
courtes, par rapport aux Muscicapinés. Des diffé¬
rences notables existent entre les espèces d’une
même sous-famille :
— Chez les Muscicapinés : M. plumbeus et
S. fraseri ont une queue proportionnellement plus
grande que celle des autres espèces alors que
A. fuliginosa, M. sethsmithi, M. epulata et M. caeru-
lescens l’ont plus courte.
— Chez les Platysteirinés : M. flammulatus et
P. cyanea ont la queue relativement grande alors
qu’elle est particulièrement courte chez les Diapho-
rophyia.
— Chez les Monarchinés : T. nigromitatus et
surtout E. mccalli ont des rectrices relativement
courtes.
b) Ëtagement des rectrices
Chez les Platysteirinés les rectrices sont toutes de
la même longueur. Chez les Muscicapinés il en va
pratiquement de même, parfois les plumes centrales
sont légèrement plus brèves que les externes.
A noter toutefois chez les Myioparus un début
d’étagement plus marqué chez plumbeus que chez
griseigularis : les plumes se raccourcissent selon un
mode centrifuge mais la réduction est négligeable
par rapport à ce qui se passe chez les Monarchinés.
Chez ceux-ci l’étagement des rectrices (tableaux
IX, XII), qui se traduit par une importante diffé¬
rence de longueur allant croissant des plumes
centrales aux externes, est particulièrement déve¬
loppé, tant chez les mâles que chez les femelles
(cf. fig. 18). Toutefois, chez les Trochocercus mais
surtout chez Elminia et les Terpsiphone, l’étagement
est nettement plus prononcé chez les mâles, en
relation avec le dimorphisme sexuel qui fait que les
mâles adultes des deux derniers genres nommés
présentent des rectrices médianes plus allongées que
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
chez les femelles et les mâles immatures. Ce carac¬
tère trouve sa manifestation extrême chez T. viridis
dont la traîne caudale peut atteindre 15 cm de long.
L’éventail des rectrices déployées est plus ellipsoïde
ou arrondi chez Erythrocercus et Trochocercus que
chez Elminia et Terpsiphone où il apparaît plutôt
cunéiforme. Les longs brins des rectrices étant très
souvent usés ou cassés, nous n’avons pas pu
statistiquement établir de corrélation entre leur
longueur et la phase de coloration chez les mâles de
T. viridis bien qu’il nous semble fort que cette
65
ornementation soit d’autant plus accusée que les
individus soient plus blancs.
En revanche, nous avons établi, en utilisant le
coefficient de corrélation de rang de Spearman, que
plus les mâles de viridis ont de blanc dans leur
plumage, plus leurs rectrices sont proportionnelle¬
ment développées (corrélation phase de coloration
et Q/RPio % : r s = + 0,815 ; P < 0,0005) et étagées
(corrélation phase de coloration et (Q, + Q 2 )/Qi + 2
% : r 5 = + 0,674; P < 0,0005).
4) Tarse
(tableaux VII à XV et fig. 19)
Nous aborderons là un autre appendice lié à la
locomotion. En fait une étude fonctionnelle nécessi¬
terait une analyse anatomique détaillée de toute la
patte, notamment des rapports fémur/tibiotarse/
tarsométatarse/doigts.
On retient généralement que le tarse est d’autant
plus long que l’oiseau à des mœurs plus terrestres
qu’arboricoles et surtout qu’il se déplace par des
sauts fréquents et de grande amplitude. Les tarses
les plus courts sont ordinairement associés à un
mode de vie plus nettement aérien et à l’utilisation
de perchoirs très souples (cf. entre autres Dilger
1956, Grant 1966).
Le tarse varie beaucoup moins en longueur que
l’aile ou la queue ; les comparaisons de mesures
relatives sont donc compliquées par l’allométrie.
Cela explique que, d’une manière générale, à l’inté¬
rieur d’une espèce, la longueur relative du tarse soit
liée à la taille par une corrélation négative d’autant
plus forte que l’on utilise comme référence l’aile
pliée au lieu de la rémige primaire la plus interne.
Si l’on considère l’ensemble des espèces, la Ion-
Tarse %
Source : MNHN, Paris
66
CHRISTIAN ERARD
gueur relative du tarse décroît en fonction de
l’augmentation de la taille caractérisée par RP, 0
(r s = — 0,561 ; P < 0,005). Par contre, si l’on
procède à une comparaison interspécifique au niveau
des sous-familles, cela reste vrai pour les Monar-
chinés (r = — 1 ; P < 0,01) mais ne l’est plus pour
les Platysteirinés (r 5 = — 0,321 ; P > 0,1) ni pour
les Muscicapinés (r s = — 0,055 ; P > 0,1).
Nous retiendrons que :
— Chez les Muscicapinés : A. fuliginosa, M.
cassini, M. striata, M. sethsmithi et M. epulata ont
des tarses relativement courts, M. plumbeus, M.
griseigularis, F. ocreata et, dans une moindre
mesuré F. cinerascens, ont des tarses relativement
longs.
5)
L’appareil mandibulaire joue un rôle fondamen¬
tal dans l’alimentation. Il est bien connu que la
forme et la structure du bec dépendent des moda¬
lités de la recherche de la nourriture, de la capture,
du dépeçage et de l’ingestion des proies (voir entre
autres Engels (1940) sur les Mimidés, Bowman
(1961) sur les Géospizinés, Schoener (1965) et
Dorst (1971) pour des considérations générales). Il
est généralement considéré que, chez les insecti¬
vores, le bec est d’autant plus large à la base et plat
que les proies sont happées en vol. En revanche, il
est d’autant plus étroit et caréné que la nourriture
est « cueillie », piquée ou martelée. Les mesures de
bec ont été utilisées dans un grand nombre d’études
comme indice de similitude d’alimentation chez les
oiseaux (cf. la synthèse de Hespenheide 1973, et
Wilson et al. 1975 entre autres). Les paramètres
retenus sont en général la longueur du culmen, la
hauteur aux narines et la largeur à la base : en
valeurs relatives ou absolues. Leur variation a
souvent été considérée comme reflétant celle des
régimes alimentaires, principalement des tailles des
proies et donc comme donnant une mesure de l’une
des dimensions fondamentales de la niche écolo¬
gique.
Nous ne discuterons pas maintenant une telle
conception très contestable (cf. Henry 1979b).
Nous attirerons cependant l’attention ici sur le fait
que ces trois mesures ne fournissent en réalité
qu’une approximation de la forme du bec. La fig.
20 illustre combien les divers profils de becs ne sont
pas entièrement réductibles à ces trois dimensions.
A défaut d’une fastidieuse analyse détaillée, nous
considérons cependant que ces mesures donnent
une idée, certes schématique, des différences inter¬
spécifiques dans la configuration du bec.
— Chez les Platysteirinés : la sous-famille est
divisée en deux groupes. B. musicus et M.flammula-
tus se distinguent nettement par leur tarse propor¬
tionnellement très court, des autres qui, eux, pré¬
sentent parmi les Muscicapidés étudiés, les plus
fortes valeurs relatives. Nous remarquerons toute¬
fois que Platysteira a un tarse plus long que Bâtis et
que, chez les Diaphorophyia, tonsa et concreta
différent par leurs tarses proportionnellement plus
longs que ceux de castanea mais plus courts que
ceux de chalybea.
— Chez les Monarchinés : le tarse est propor¬
tionnellement très long chez Erythrocercus mais très
court chez T. viridis, rufiventer et batesi.
Bec
Il n’existe pas de corrélation significative entre la
longueur relative du bec et la taille des espèces
(fig. 21). D’une manière générale les Platysteirinés
ont les becs proportionnellement les plus grands, les
Muscicapinés les plus petits, les Monarchinés occu¬
pent une position intermédiaire. On remarquera
que la variabilité interspécifique est faible chez les
Platysteirinés. En revanche, chez les Muscicapinés,
A. fuliginosa et S.fraseri se distinguent par leur bec
relativement court, tout comme E. longicauda et
E. mccalli chez les Monarchinés. La hauteur rela¬
tive du bec (exprimée par rapport à la longueur du
culmen) varie beaucoup (fig. 22). Chez les Muscica¬
pinés, les espèces sont ordonnées entre M. cassini,
M. striata à bec très aplati et A. fuliginosa et
S. fraseri à bec relativement épais. On notera chez
les Platysteirinés le bec très plat de D. chalybea et
celui très épais de B. minima et, chez les Monar¬
chinés, le bec très mince de E. longicauda et de
T. nigromitratus.
La largeur relative est éminemment plus variable
(fig. 22). Une corrélation négative la lie à la
longueur du bec : r s = — 0,604 pour les Muscica¬
pinés, r s = — 0,612 pour les Platysteirinés et r s =
— 0,893 pour les Monarchinés (tous P < 0,05). On
remarquera la grande variabilité chez les Muscica¬
pinés qui donnent lieu aux valeurs extrêmes sur le
gradient d’élargissement considéré globalement, pour
toutes les espèces. Ainsi S. fraseri, A. fuliginosa,
M. sethsmithi, P. comitatus et M. epulata se distin¬
guent par leur bec proportionnellement très large à
la base, F. ocreata, M. griseigularis et M. plumbeus
par le leur au contraire relativement étroit. Chez les
Platysteirinés et les Monarchinés, la largeur du bec
est moins variable.
La fig. 21 met en relation la hauteur et la largeur
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
67
A, A A a A A.
Source : MNHN, Paris
CHRISTIAN ERARD
h/L%
aMst
• Dch
' Mcas
°Elo
l/L%
40 50 60
Fig. 21. — En haut : longueur relative du bec (LB%) par rapport à la taille concrétisée par la longueur de la rémige primaire la plus interne (RP 10 ).
En bas : relation entre la hauteur relative (h/L%) et la largeur relative (1/L%) du bec, chez les gobe-mouches du Nord-Est du Gabon.
relatives du bec. Elle souligne toujours la plus forte
variabilité de cette dernière comparativement à la
première, et aussi que toutes les espèces ont un bec
comprimé dorsalement et peuvent être classées en
fonction du profil transversal de celui-ci. Ainsi on
voit, par exemple, que S.fraseri et A. fuliginosa ont
un bec relativement très large mais également très
épais, que F. ocreata a un bec plutôt étroit mais
caréné et qu’à largeur proportionnellement égale,
les becs de E. longicauda, M. cassini et T. nigromi-
tratus diffèrent très nettement, par leur aplatisse¬
ment, de celui de B. minima.
Une autre manière de traduire la formule de la
section du bec, qui correspond à un ellipsoïde plus
ou moins pyriforme (la mandibule supérieure est
généralement plus épaisse que l’inférieure) est
de considérer le rapport hauteur/largeur qui sera
d’autant plus fort que le bec est comprimé (épais et
étroit) et d’autant plus faible qu’il est déprimé
(aplati et large). La fig. 23 oppose la section du bec
à la taille moyenne de l’espèce (aucune corrélation
significative n’est détectable). En revanche, la cor¬
rélation entre la première de ces deux variables et la
longueur moyenne du bec est positive mais n’est
significative que si l’on considère l’ensemble des
espèces (r s = 0,403 ; P < 0,025) ou les Monar-
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
69
l/L%
Fig.' 22. — À gauche : hauteur relative du bec (h/L%) par rapport à sa longueur (L) chez les gobe-mouches du Nord-Est du Gabon.
À droite : largeur relative du bec (1/L%) par rapport à sa longueur (L).
chinés (r s = 0,786 ; P < 0,05) mais ne l’est plus
chez les Muscicapinés (r s = 0,407 ; 0,1 > P > 0,05)
et les Platysteirinés (r 5 = 0,156; P > 0,1). La
fig. 23 rend compte de cette corrélation. Elle permet
d’ordonner les différentes espèces selon la forme
générale du bec (longueur et profil transversal).
Les Monarchinés donnent lieu à trois groupes :
(T. viridis + T. batesi + T. rufiventer + T. nitens),
(E. mccalli) et (T. nigromitratus + E. longicauda),
correspondant à trois formes de bec différentes. Les
Platysteirinés sont également divisibles en trois :
( M. flammulatus + B. musicus + H. violacea +
P. cyanea + B. minima + B. poensis + D. concreta),
(D. castanea + D. tonsa) et (D. chalybea). Le bec
de ces trois groupes est différenciable par le profil
transversal, celui du premier montrant en plus une
forte variation de longueur. Chez les Muscicapinés,
la variabilité de la longueur du bec est certes
importante mais la différenciation porte essentielle¬
ment sur le profil transversal qui est de plus en plus
Source : MNHN, Paris
70
CHRISTIAN ERARD
h/1%
•Dch
AAfu
Sfr
aPco
Rp 1°
' ' 50 * ' ' ' 60 ' ' ' ' 70 ‘ '
Fig. 23. — À gauche : relation entre la hauteur du bec relativement à sa largeur (h/1%. indice de forme de la section transversale du bec) et la taille
exprimée par la longueur de la 10 e rémige primaire (en abscisse).
A droite : relation entre le profil transversal (h/1%) et la longueur du bec chez les gobe-mouches du Nord-Est du Gabon.
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
71
û Mol
AMpI
Pcy # A Fci
•Dco Tvi°
,AMcae
Dto
•Dch
a Sfr
Tnig i
i Me >’ ûPco a
oElo
AMsm
Longueur du bec (mm)
Source : MNHN, Paris
72
CHRISTIAN ERARD
déprimé selon le gradient (F. ocreala), (M. gri- (A. fuliginosa) (S. fraseri + M. cassini + P.
seigularis + M. olivascens, + M. plumbeus + comitatus + M. epulata + M. sethsmithi).
F. cinerascens), (M. caerulescens + M. striata).
6) Indice de similitude morphologique
Dans le cadre de la théorie actuelle sur le seuil de
similitude tolérable entre des espèces habitant le
même milieu, il est intéressant et utile d’essayer de
mesurer ou du moins de traduire le degré de
similitude des diverses espèces et de rendre ainsi
compte de leurs potentialités compétitives entre-
elles. Nous avons donc cherché à établir un indice
qui intégrerait les variables morphologiques les plus
signifiantes au plan écologique : la taille de l’oiseau,
la forme de son bec, l’allongement de son aile, la
longueur de sa queue et de son tarse. La première
traduirait la place de l’oiseau dans la communauté
sur l’échelle des biomasses (à défaut des poids, nous
avons employé la longueur de la rémige primaire la
plus interne RP, 0 ), la seconde les potentialités de
capture différentielle des proies au moins au niveau
de leur taille, et les autres refléteraient les facultés
locomotrices et les modes de déplacement. Nous
nous sommes inspiré de l’indice de similitude
morphologique proposé par Ricklefs et Cox (1977)
en y ajoutant d’autres variables. Le calcul de cet
indice s'appuie sur celui des distances géométriques.
Pour chaque variable est déterminé un indice de
différence entre les espèces prises 2 à 2 selon la
formule :
Vmax — Vmin
où vi et vj sont les valeurs moyennes de la variable
V pour les espèces i et j et Vmax et Vmin désignent
respectivement le maximum et le minimum de la
variable V sur l’ensemble des espèces comparées
(ici 30).
Nous pouvons ainsi définir un indice de diffé¬
rence globale du bec (dB) à partir de ceux de la
longueur du culmen (dLB), du rapport de la
hauteur à la longueur (d-£-) et du rapport de la
largeur à la hauteur (d-£-) :
(dLB) 1 + «j-y + <d-y
Un indice de différence morphologique globale
(dM) peut être obtenu en incorporant les diffé¬
rences de taille (dRP), d’allongement relatif de l’aile
(dA), de longueur relative du tarse (dT) et de la
queue (dQ) :
dM = V (dB) ! + (dRP) 1 + (dA) J + (dT) J + (dQ) 1
La différence morphologique est transformée en
similitude pour un indice compris entre 0 (diffé¬
rence maximale) et 1 (similitude maximale) par
l’expression :
SMij
Nous pouvons ainsi calculer, en prenant les
30 espèces deux à deux, n ^ ^ = 435 indices.
Ces indices suivent une distribution normale
(cf. fig. 24). Leurs valeurs pour la morphologie
générale sont indiquées dans le tableau XVI. Il est
évident que ces indices ne rendent compte que des
différences entre espèces et ne révèlent rien des
variances spécifiques.
En utilisant la méthode de Cody (1974), nous
pouvons établir un dendrogramme (fig. 24) qui
visualise le degré de similitude morphologique
globale des diverses espèces. Ce dendrogramme est
en fait construit à partir de l’algorithme de regrou¬
pement le plus simple (dh, ij = 0,5 dhi + 0,5 dhj) or
il est bien connu que le dendrogramme est très
sensible à l’algorithme choisi (cf. Daget 1976).
Néanmoins, il permet de mettre en év : dence les
paires ou les groupes d’espèces très semblables
entre elles au niveau desquelles on peut s’attendre à
déceler de nettes différences éco-éthologiques dans
l’occupation de l’habitat et l’utilisation de ses
ressources.
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
73
Source : MNHN, Paris
74
CHRISTIAN ERARD
Tableau XVI. — Indices de similitude morphologique globale des espèces de gobe-mouches du Nord-Est du Gabon.
Mst Mcas
Mep
Mcae Mgr
Mpl
Msm
Mep
Mol
Mgr
Mpl
Pco
Afu
Sfr
Hvi
Mfl
Bmi
Bpo
Pcy
Emc
Elo
Tnig
Tnil
Tru
Tvi
Tba
0,5942 1
0,4483 05809
0,4751 0,6287
0,5692 0,4739
0,5654 0,6002
0,4496 0,5249
0,4992 0,4996
0,4691 0,6693
0,4593 0,2915
0,4675 0,4037
0,3189 0,2615
0,5373 0,5624
0,5374 0,3940
0,4140 0,3683
0,3373 0,3683
0,1956 0,2192
0,2872 0,3373
0,3525 0,4334
0,2909 0,4309
0,3060 0,4193
o!3I69 0^3738
0,2003 0,3288
0,4026 0,6258
0,4380 0,6982
0,4172 0,5217
0,5395 0,5694
0,5204 0,5330
0,5360 0,5537
0,8864 1
0,4316 0,4963
0,5921 0,6316
0,4065 0,4911
0,4142 0,4956
0,6694 0,7178
0,4349 0,4210
0,4037 0,3305
0,0421 0,1030
0,3508 0,4206
0,4322 0,4197
0,1093 0,1588
0,1129 0,1537
0,3487 0,4032
0,4386 0,5002
0,3734 0,4104
0,4420 0,4929
0,5117 0,5349
0,4039 0,4397
0,4135 0,4637
0,4446 0,5117
0,5272 0,5848
0,5621 0,6313
0,3985 0,4850
0,3138 0,3548
0,2701 0,4309
0,2911 0,3623
1
0,7769 1
0,7925 0,7370
0,7602 0,7203
0,6009 0,7572
0,5153 0,5121
0,5532 0,5561
0,5207 0,2572
0,7352 0,7371
0,7484 0,6900
0,4600 0.4527
0,3530 0,3973
0,5523 0,5700
0,6030 0,6494
0,6517 0,6993
0,5225 0,6472
0,5015 0,6135
0,3268 0,4551
0,5862 0,6565
0,4924 0,5485
0,3843 0,4685
0,4680 0,5753
0,6852 0,7054
0,5842 0,5884
0,5815 0,5655
0,6005 0,5921
1
0,7924 1
0,5905 0,6093
0,3027 0,3141
0,3640 0,4147
0,4596 0,4493
0,7119 0,7235
0,6719 0,6427
0,3748 0,3576
0,2728 0,2405
0,5764 0,4832
0,7092 0,6054
0,7856 0,7220
0,5845 0,4862
0,6006 0,5065
0,4688 0,4049
0,6703 0,5670
0,6212 0,6030
0,4282 0,5091
0,5602 0,6101
0,7281 0,7607
0,5350 0,5713
0,5179 0,5677
0,5588 0,5975
0,4138 1
0,6590 0,5400
0,2964 0,1823
0,5992 0,3322
0,4950 0,4569
0,3141 0,2276
0,2908 0,1838
0,4498 0,3436
0,5359 0,3115
0,5887 0,2342
0,56% 0,2892
0,5472 0,2648
0,4935 0,0728
0,5322 0,3011
0,5810 0,1887
0,6123 0,1664
0,7016 0,1877
0,6654 0,2%3
0,5144 0,2729
0,4957 0,2748
0,5132 0,2717
Sfr
Fci
Hvi
Mf1
Bmu
Bmi
Bpo
Pcy
Dca
Dto
Dch
Dco
Elo
Tnig
Tnit
Tru
Tvi
Tba
Sfr Foc Fci
Hvi Mfl Bmu
Pcy
Dca
0.5436 0,6617 1
0,4480 0,4857 0,6428
0,4339 0,6662 0,5886
0,3732 0,5175 0,4853
0,2384 0,2434 0,3993
0,2527 0,2831 0,5395
0,3844 0,5214 0,7211
0,2937 0,3381 0,5336
0,1996 0,2498 0,4799
0,1199 0,1390 0,3774
0,2472 0,3638 0,5524
0,2212 0,1556 0,4174
0,2846 0,0922 0,4147
0,3101 0,2009 0,5298
0,4642 0,4478 0,7033
0,4989 0,5425 0,7058
0,4995 0,5114 0,6691
0,4765 0,5233 0,6955
1
0,4075 1
0,3104 0,7822 1
0,4003 0,1948 0,1455
0,5975 0,2210 0,1675
0,6318 0,4051 0,3191
0,5385 0,3286 0,3467
0,5656 0,2282 0,1968
0,3799 0,0907 0,0950
0,6607 0,2976 0,2650
0,4075 0,0637 0
0,2608 0,1018 0,0533
0,3776 0,2077 0,1619
0,4863 0,4019 0,3067
0,4286 0,6418 0,5211
0,3980 0,5839 0,4600
0,4336 0,6071 0,4787
1
0,7802 1
0,5418 0,6738 1
0,5955 0,6958 0,6468
0,5930 0,7462 0,6242
0,3813 0,5614 0,5534
0,6409 0,8008 0,7175
0,5695 0,6737 0,5851
0,1633 0,2861 0,3591
0,2768 0,4244 0,5172
0,4818 0,5375 0,6699
0,2643 0,3151 0,5005
0,2523 0,2915 0,4643
0,2853 0,3338 0,5075
1
0,8192
0,6535
0,8106
0,4939
0,2605
0,4194
0,4782
0,3458
0,29%
0,3412
Dco
Elo
Tnig
Tnit
Tru
Tvi
Tba
Dco Emc
Elo Tnig Tnit
Tru
Tvi
Tba
0,7309
0,8451
0,5401
0,2895
0,4526
0,4339
0,2807
0,2362
0,2835
0,6445
0,5203
0,3039
0,4720
0,3521
0,1764
0,1302
0,1746
0,5498
0,2522
0,4117
0,4842
0,3265
0,2854
0,3306
0,5821
0,26%
0,2683
0,2935
1
0,8032
0,5267
0,4074
0,4153
0,3956
0,8125
0,4759
0,4597
0,4839
Source : MNHN. Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
75
Récapitulation et conclusions
A. — Cette analyse morphologique nous conduit
à des considérations d’ordre taxinomique :
1°) Myioparus griseigularis et M. plumbeus
sont congénériques, caractérisés par leur bec relati¬
vement fin et caréné, leur queue et leur tarse
allongés. On pourrait fort bien ne les considérer
que comme des représentants d’un sous-genre de
Muscicapa. De fait, griseigularis a souvent été tenu
pour un vrai Muscicapa alors que plumbeus en était
séparé par sa queue relativement plus longue et
étagée et, surtout, présentant du blanc latéralement,
ce qui lui avait valu d’être considéré comme un
Sylviiné par Vaurie (1953), puis ramené dans les
Muscicapinés par le même auteur en 1957, après
que l’on eut redécouvert que son plumage juvénile
était tacheté.
2°) Pedilorhynchus comitatus est manifestement
un Muscicapa comme l’avait déjà préconisé Vaurie
(1953), suivi par White (1963). Il est aberrant par
son plumage juvénile non tacheté, peut être contrai¬
rement à celui de P. tessmani (cf. Hall et Moreau
1970).
3°) Artomyias fuliginosa est un Muscicapa très
différencié, caractérisé par un grand allongement de
l’aile, une réduction de la queue et du tarse, un bec
particulièrement court, large et épais : signes,
comme nous le verrons plus loin, d’une adaptation
extrême (sa morphologie est pratiquement celle
d'une Hirondelle) à un mode de vie très aérien. À la
rigueur Artomyias pourrait être retenu comme
sous-genre. Son rangement dans les Muscicapa,
nous oblige à suivre Vaurie (1953), contra White
(1963) et à appeler l’espèce gabonaise M. infuscata.
4°) Ses caractéristiques biométriques rappro¬
chent le genre Stizorhina des Muscicapinés toutefois
sa coloration est celle des Neocossyphus, Turdinés.
Dans le bloc forestier guinéen, S. finschi ressemble
autant à N. poensis que 5. fraseri à N. rufus dans le
massif congolais. Cette grande similitude de colora¬
tion soulève la question de savoir si elle reflète
réellement des affinités phylogénétiques ou si elle ne
résulte que d’une convergence. Chapin (1953) et
Hall et Moreau (1970) sont partisans de la première
hypothèse, ces derniers auteurs vont même jusqu’à
les réunir tous dans le genre Neocossyphus, arguant
du fait que les différences biométriques ne tradui¬
sent vraisemblablement que la séparation écolo¬
gique et les adaptations morphologiques qui en
découlent. Personnellement nous le pensons aussi.
Les Neocossyphus sont strictement terrestres dans
leur mode de vie d’où leurs tarses développés, leur
queue allongée et leur bec fouisseur. En revanche,
les Stizorhina sont essentiellement arboricoles. Si
donc nous admettons que tous deux sont issus
d’une même souche, il importe de savoir s’ils
doivent être ou non traités congénériquement.
Considérons donc leur répartition actuelle. Dans le
bloc guinéen sont présents N. poensis et S. finschi,
seul le premier se rencontre aussi dans le bloc
congolais où il cohabite avec N. rufus et S. fraseri.
On peut donc supposer que les mécanismes de
spéciation se sont appuyés sur les séparations et
remises en contact des deux blocs forestiers, eux-
mêmes également soumis à des fragmentations,
d’où deux schémas évolutifs envisageables.
Le schéma A (fig. 25) suppose que Neocossyphus
et Stizorhina sont deux genres distincts. Un premier
isolement des blocs forestiers aurait donné lieu à
deux lignées séparées par leurs caractéristiques
biométriques et non par leurs patterns de colora¬
tion. Suite à une réoccupation commune des blocs
réunis, les deux souches se seraient de nouveau
trouvées séparées et chacune aurait subi la même
évolution de coloration que l’autre dans chaque
bloc. Une nouvelle réunification des blocs aurait
permis la situation présente. Les deux Neocossy¬
phus, terrestres, différenciés par le plumage et aussi
par des caractéristiques biométriques (poensis est
plus petit que rufus) seraient revenus en présence,
mais seul poensis aurait pu occuper les deux blocs.
Les deux Stizorhina certes différents par leur colo¬
ration mais en revanche très voisins biométrique-
ment et tous deux arboricoles, s’exclueraient
mutuellement. Ce schéma n’explique pas pourquoi
les deux lignées auraient suivi une évolution paral¬
lèle dans la coloration.
Le schéma B suppose les quatre espèces congé¬
nériques. Dans un premier temps, la souche origi¬
nelle se serait trouvée scindée en deux rE.meaux qui
se seraient davantage individualisés par la colora¬
tion, chacun étant vraisemblablement à la fois
terrestre et arboricole. Ces branches auraient ensuite
été elle-même subdivisées (morcellement accru des
blocs forestiers cf. Moreau 1966) et auraient donné
lieu par différenciation écologique et biométrique
aux quatres espèces actuelles. On peut supposer que
finschi aurait trouvé naissance dans l’extrême ouest
du bloc guinéen, poensis entre le Ghana et le
Cameroun, fraseri dans l’ouest du bassin congolais
et rufus dans l’est de celui-ci. Ceci, au passage,
expliquerait que l’on ne trouve à Fernando-Po que
poensis et fraseri (Eisentraut 1973). Des extensions
d’aire ultérieures auraient abouti à la situation
actuelle, selon les mêmes modalités que celles de
Source : MNHN, Paris
76
CHRISTIAN ERARD
BLOC GUINEEN | BLOC CONGOLAIS
BLOC GUINEEN | BLOC CONGOLAIS
Fig. 25. — Hypothèses évolutives sur la dilférenciation des Neocossyphus et Slizorhina. Schéma A. à gauche ; schéma B. à droite (voir texte).
l’hypothèse A. Toutefois, pourquoi rufus n’a-t-il
pas pénétré le bloc guinéen? Vraisemblablement
faut-il plutôt songer à une cause historique (diffé¬
rences dans le temps dans les instaurations et
disparitions des barrières géographiques selon les
régions) plutôt qu’à un phénomène d’exclusion
écologique interspécifique.
Il est évident que le schéma B recueille notre
préférence, ce qui nous amènerait à suivre Hall et
Moreau (1970) et à considérer que Stizorhina
fraseri serait en fait un Turdiné du genre Neocossy¬
phus. Notons aussi que selon ce schéma, finschi
serait une espèce distincte, non pas une simple race
géographique de fraseri comme le supposent cer¬
tains auteurs récents (par ex. White 1962).
5°) La majorité des auteurs admet qu 'Hyliota
appartient aux Platysteirinés. Cependant, Traylor
(1970) considérant que les oiseaux de ce genre ont
un bec effilé et des mœurs arboricoles de fauvettes,
les range dans les Sylviinés. Nous ne sommes pas de
cet avis. L’analyse morphologique, en termes de
valeurs relatives plutôt qu’absolues, révèle qu’en
fait il peut fort bien s’agir de Platysteirinés différen¬
ciés en rapport avec des modes de chasse parti¬
culiers comme nous le verrons plus loin. Par
conséquent, leur physionomie ou plutôt leurs pro¬
portions de fauvettes, ne résulteraient que d’une
convergence. En revanche, leur plumage (pattern de
coloration, structure des plumes, notamment celles
du dos et du croupion) les rapproche bien des
Platysteirinés. À ce propos, nous remarquerons les
similitudes qui existent entre ces derniers et certains
Laniidés Malaconotinés : genres Dryoscopus, Chau-
nonotus, Nilaus et Lanioturdus (similitudes de colo¬
ration, voire de proportions ou mêmes de caractères
ostéologiques (Pocock 1966)). Sans aller jusqu’à
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
77
suivre Wolters (1979) qui place les Platysteirinés
dans les Malaconotinés, nous pensons tout de
même que ces similitudes sont troublantes et tradui¬
sent peut-être davantage de relations phylogéné¬
tiques et moins de convergences qu’on ne le pense
actuellement.
6°) Morphologiquement (y compris d’après
nos examens ostéologiques préliminaires, notam¬
ment de la tête), la séparation générique entre
Megabyas et Bios paraît discutable (cf. aussi Hall et
Moreau 1970).
7°) La tendance actuelle, suivant White ( 1963),
est de mettre le genre Diaphorophyia en synonymie
de Platysteira. Ce dernier, par ses caractéristiques
morphologiques est en réalité intermédiaire entre
Diaphorophyia et Bâtis. Plutôt que de procéder à un
regroupement générique excessif (tous seraient des
Platysteira ), préférable à la dichotomie actuelle qui
repose en fait sur la présence ou non de caroncules
ophtalmiques, nous serions partisan du maintien
des trois genres.
8°) Morphologiquement Erythrocercus s’ins¬
crit dans le cadre de la variabilité des Monarchinés.
Il semble d’ailleurs, comme le rappelle, entre autres.
Traylor (1970), apparenté au genre oriental Cullici-
capa. Nous verrons toutefois plus loin combien,
biologiquement il diffère des autres gobe-mouches.
9°) Trochocercus nitens est en réalité un Terpsi-
phone. L’idée n’est toutefois pas nouvelle puisque
Chapin (1953 : 699) l’avait déjà suggérée mais
considérait que, dans ses postures, nitens différait
trop des vrais Terpsiphone. Nous verrons plus loin
que cet argument ne tient en fait pas. Il est certain
que les représentants du genre Elminia (en y
incluant ceux placés précédemment dans le genre
Trochocercus) sont très apparentés aux Terpsi¬
phone , à un point tel que l’on pourrait considérer
qu’ils représentent un rameau peu différencié de la
souche ayant donné naissance à ces derniers.
B. — La fig. 24 confronte les diverses espèces au
niveau de leur morphologie considérée globalement
en intégrant toutes les variables biométriques. Pour
récapituler les analyses détaillées des divers carac¬
tères morphologiques pris en considération, nous
présentons maintenant les figs. 26 et 27, et le
tableau XVII qui illustrent la diversification morpho¬
logique réalisée par les diverses espèces regroupées
toutes ensemble, l’appartenance aux sous-familles
Tableau XVII. — Découpage en classes quantitatives des variables utilisées pour la construction des figures 26 et 27.
Toutes espèces Muscicapinés Platysteirinés
Monarchinés
< 50 %
50-60 %
60-70 %
< 55 %
55-60 %
65-75 %
110-115%
115-120%
> 120%
< 22 %
22-28
28-34
> 34 V
< 20 V
20-25
25-30 V
> 30 V
Source : MNHN, Paris
78
CHRISTIAN ERARD
Source : MNHM, Paris
Fig. 27. — Diversification morphologique des gobe-mouches du Nord-Est du Gabon : analyse par sous-famille. En haut : Muscicapinés : au milieu :
Platystcirinës ; en bas : Monarchinès. Même nomenclature que fig. 26.
Source : MNHN, Paris
80
CHRISTIAN ERARD
n’étant prise en compte qu’après le découpage en
classes quantitatives. Il apparaît que la séparation
en trois groupes (en l’occurence des sous-familles)
se justifie.
1°) Les Muscicapinés montrent une plus grande
diversification au niveau de la taille, ont des ailes
plus nettement allongées, des tarses et des becs plus
courts, ces derniers étant toutefois beaucoup plus
variables dans leurs profils. D’après les consensus
actuels sur les configurations écomorphologiques,
ces caractères laissent à penser que les Muscica¬
pinés gabonais ont des modes de vie plus nettement
aériens que les autres gobe-mouches, fréquentent
des milieux ouverts mais présentent une grande
plasticité au niveau alimentaire, dans les modalités
de capture et/ou de sélection des proies.
La fig. 27 (haut), établie en ne prenant en compte
que les Muscicapinés (+ Stizorhina), montre la
radiation morphologique de ces derniers, au plan
biométrique s’entend. L’extrême similitude de M.
sethsmithi et M. epulata y est évidente, les diffé¬
rences d’allongement d’aile et de largeur du bec
suggèrent des mœurs plus aériennes pour seth¬
smithi. Les proportions d 'A. fuliginosa le désignent
comme un chasseur au vol complet. C’est aussi ce
que l’on pourrait supposer de Stizorhina bien que
son aile plus arrondie et sa queue plus longue
suggèrent une fréquentation de milieux fermés.
L’allongement de l’aile de M. striata est à mettre en
rapport avec l’amplitude de ses migrations, ses
autres configurations le désignent certes comme
apte à capturer des proies non seulement mobiles
mais aussi posées. De même, on peut conjecturer
que les autres Muscicapa et Pedilorhynchus fréquen¬
teront des milieux généralement ouverts, chasseront
de manière répétée : ailes et tarses permettant des
décollages rapides et des envols fréquents, queue
facilitant la manœuvrabilité, becs relativement plats
pour la capture de proies essentiellement en vol.
En revanche, les Myioparus et les Fraseria seront
surtout des fouilleurs de feuillages, « cueillant » des
proies posées : ailes relativement arrondies, tarses
développés, becs allongés et carénés.
En considérant les similitudes morphologiques
globales (fig. 24), nous pouvons soupçonner l’exis¬
tence d’une ségrégation profonde dans le partage de
l’habitat entre M. sethsmithi et M. epulata, d’une
séparation nette mais moins sévère entre les Myio¬
parus, ceux-ci et M. olivascens et entre M. caerules-
cens et P. comitatus. D’une manière générale, on
peut sans doute escompter des isolements écolo¬
giques bien tranchés pour tous les indices supérieurs
à 0,70.
2°) Les Platysteirinés montrent une gamme de
tailles plus réduites que les précédents. Leurs ailes
remarquablement arrondies (sauf chez Hyliota) et
leurs queues très courtes, jointes à leurs tarses assez
développés dans l’ensemble et leurs becs volumi¬
neux, longs et plus ou moins carénés, les désignent
comme hautement adaptés à une exploitation des
milieux fermés et des feuillages, par des dépla¬
cements nécessitant des décollages rapides, une
grande manœuvrabilité, des sautillements dans les
branches et cela pour happer des proies en vol ou
posées, proies vraisemblablement grosses et/ou dures.
La fig. 27 (milieu) récapitule les différences
morphologiques entre les diverses espèces. On
remarquera la plus grande variabilité dans les
profils de bec chez les petites espèces (Bâtis, Platys-
teira et Diaphorophyia) que chez les grandes, ce qui
laisserait supposer des divergences interspécifiques
au niveau alimentaire plus prononcées, dans les
modalités de capture de proies ou la sélection de
celles-ci selon la taille ou la catégorie taxinomique.
Les configurations locomotrices suggèrent l’occupa¬
tion de milieux relativement fermés ou du moins de
feuillages denses comme nous l’avons déjà souligné
plus haut. D’après les différences qu’ils présentent
par rapport aux autres, les Diaphorophyia fréquen¬
teraient les milieux les plus fermés, toutefois ceux
de tonsa et de concreta le seraient moins que ceux
de castanea et surtout de chalybea. Si Bias et
Megabyas ont des profils de différenciation paral¬
lèles, on peut suspecter une plus grande mobilité du
second et des modes de chasse ou de déplacement
différents : vols plus brefs, plus répétés, décollages
rapides chez le premier contre des vols plus soute¬
nus et besoin de manœuvrabilité chez le second.
Hyliota serait très mobile et becquetterait probable¬
ment davantage ses proies.
Les indices de similitude morphologique globale
laissent prévoir des mécanismes d’isolement spatial
chez les Diaphorophyia, chez les Bâtis, entre ces
genres et Plastyteira et entre Bias et Megabyas.
3°) Les Monarchinés sont beaucoup plus homo¬
gènes au niveau de la taille, sauf le petit Erythrocer-
cus. Ils apparaissent très nettement adaptés aux
milieux mi-ouverts mi-fermés. Leurs ailes moyenne¬
ment allongées, leurs queues longues et étagées et
leurs tarses ni très développés ni très réduits
suggèrent une fréquentation des feuillages fournis
mais de pénétrabilité relativement aisée. Leurs becs
sont assez proches de ceux des Platysteirinés et
laissent présumer des types de proies et des moda¬
lités de préhension de celles-ci analogues.
La fig. 27 (bas) souligne la remarquable simili¬
tude des Terpsiphone, dotés comme Elminia de
caractéristiques de mobilité et de manœuvrabilité,
indices de déplacements fréquents et vraisemblable¬
ment de poursuite des proies en vol comme le
suggèrent aussi la largeur relative du bec chez les
premiers et surtout le profil très plat chez le second.
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
Nous retrouvons ces particularités du bec chez T.
nitens et T. nigromitratus mais les proportions d’aile
et de queue les désignent en revanche comme des
habitants des milieux denses, bien que la longueur
relative des rectrices laisse entendre une mobilité
nécessitant une certaine manœuvrabilité lors du vol.
Erylhrocercus par ses ailes arrondies, sa queue
proportionnellement courte et ses tarses déve¬
loppés, apparaît typiquement comme un explora¬
teur des feuillages, se déplaçant davantage par sauts
dans les rameaux qu’en vol soutenu, mais pouvant
exécuter des décollages rapides ; son bec lui permet¬
tant de capturer ses proies tant au vol qu'au posé.
D’après les indices de similitude morphologique,
nous pouvons suspecter une séparation nette, pour
ne pas dire une exclusion mutuelle, au niveau de
l’habitat chez les Terpsiphone ainsi qu'entre T.
nitens, T. nigromitratus et E. longicauda.
C. — En ce qui concerne la coloration, une
certaine radiation est également décelable.
1°) Tous les Muscicapinés (y compris Stizo-
rhina ) sont remarquables par leur très faible dimor¬
phisme sexuel et surtout l’uniformité de leurs
teintes neutres : des gris plus ou moins bleutés ou
brunâtres, de l’olive ou du brun rouille. Ce sont des
oiseaux ternes, sans couleurs vives, qui, comme
nous le verrons plus loin, malgré leur fréquente
exposition à découvert, n’attirent pas l’attention et
passent aisément inaperçus. En dépit de leur plu¬
mage quasi monochrome, ils présentent néanmoins
tous des marques distinctives faciales et pectorales
(fig. 6), hautement spécifiques dans leur localisa¬
tion, forme et étendue. Chez Stizorhina ces marques
existent au niveau des rémiges et des rectrices, tout
comme chez M. plumbeus qui possède toutefois
aussi un dessin céphalique. Chez tous, ces carac¬
téristiques peuvent être escamotées à volonté, par
plaquage des plumes ou, au contraire, exposées par
gonflement du plumage ou, chez Stizorhina et
M. plumbeus par déploiement des ailes et des
rectrices. C’est ainsi que la tache lorale blanche de
F. cinerascens peut être considérablement réduite
ou agrandie, de la même manière qu’un oiseau
comme Andropadus latirostris masque ou au contraire
érige ses moustaches (cf. Brosset 1971). Il ne nous
fait pas de doute — cela nécessiterait toutefois une
expérimentation — que ces marques, jointes aux
silhouettes (proportions et forme générales du
corps, attitudes et postures) jouent un rôle impor¬
tant dans la reconnaissance spécifique visuelle au
moins à courte distance bien qu’il ne faille pas
préjuger de l’acuité visuelle des oiseaux. Il serait
également à vérifier que la reconnaissance sexuelle
puisse se faire par des nuances de taille (en général
dans les couples constitués la femelle est légèrement
plus petite que son partenaire) et surtout de
coloration, certes faibles ou du moins subtiles pour
un œil humain mais néanmoins très perceptibles à
distance rapprochée.
2°) En revanche, les Platysteirinés sont carac¬
térisés par leur coloration contrastée qui oppose des
plages dépigmentées à d’autres mélanisées et par
leur dimorphisme sexuel généralement bien mar¬
qué. Au plan du pattern de coloration, ils consti¬
tuent un groupe relativement bien homogène. Les
caractéristiques spécifiques et sexuelles sont éviden¬
tes, mais mettent en jeu un nombre beaucoup plus
varié de combinaisons de caractères, concernant
pratiquement toutes les parties du corps bien que
les particularités céphaliques et pectorales soient
très développées.
Les oiseaux sont également remarquables par
l’irisation plus ou moins intense des parties noires
de leur plumage. On notera la grande ressemblance
des mâles chez les Bâtis, les femelles étant en
revanche bien distinctes. Il en est de même entre
Diaphorophyia castanea et D. tonsa. Soulignons
également le dimorphisme sexuel au niveau des
caroncules périophtalmiques chez D. concreta (où le
dimorphisme est également net dans la coloration
du plumage) et chez D. blissetti chalybea où les
autres différences sont en revanche très faibles.
3°) Les Monarchinés occupent une position
intermédiaire. Deux espèces présentent une colora¬
tion uniforme : E. longicauda et surtout T. nigromi¬
tratus ; le premier étant caractérisé par une teinte
très vive, le second par un coloris plutôt terne. Chez
les deux, le dimorphisme sexuel est réduit à des
nuances de coloration ou de proportions. Les cinq
autres espèces sont nettement plus contrastées et, à
l’exception de T. nitens et surtout de T. viridis, ne
montrent qu’un faible dimorphisme sexuel : celui de
T. batesi est toutefois mieux marqué que ceux de
T. rufiventer et d’£. mccalli, étant d’ailleurs quasi
inexistant chez ce dernier. Les Terpsiphone sont
également remarquables par leurs cercles orbitaires
charnus (plus réduits toutefois chez nitens) et leur
bec — dont l’intérieur est jaune vi r — qui se
colorent en bleu lors de la reproduction. Notons
aussi l’irisation des parties noires du plumage. Pour
finir, insistons sur le remarquable polymorphisme
des mâles de T. viridis : les phases de coloration se
répartissent sur un continuum allant du plumage
gynémorphique à une livrée très différenciée où
domine le blanc et où les rectrices médianes s’allon¬
gent considérablement. Cette variation de colora¬
tion s'accompagne, parallèlement, d’une augmenta¬
tion de la taille et d'un étagement plus prononcé
des rectrices. Toutefois des indices existent qui
laissent supposer que les « supermâles » seraient
beaucoup plus détectables et vulnérables.
Source : MNHN, Paris
82
CHRISTIAN ERARD
Cette analyse morphologique laisse prévoir de
profondes spécificités dans les modes de vie, tant au
plan écologique que comportemental. Nous avons
d’ailleurs avancé quelques prévisions sur les sélec¬
tions et partages d’habitat ainsi que sur les exigen¬
ces alimentaires, surtout modalités de recherche et
de préhension des proies, à partir de considérations
sur les appendices locomoteurs et d’alimentation.
Les chapitres suivants nous renseigneront sur le
bien-fondé de ces hypothèses et de l’utilisation, qui
se généralise actuellement, des caractéristiques mor¬
phologiques comme indices, voire mesures, de la
différenciation écologique.
Source : MNHN, Paris
LES DIMENSIONS DE LA NICHE ÉCOLOGIQUE
Dans ce grand chapitre, nous nous proposons
d’analyser la façon dont les diverses espèces de
gobe-mouches du Nord-Est du Gabon se partagent
les ressources du milieu en examinant comment
elles sélectionnent leur habitat, comment elles l’utili¬
sent et avec quelle finesse, tout en cherchant quels
sont les paramètres qui assurent l’isolement écolo¬
gique de ces espèces, si tant est qu’une telle
ségrégation existe réellement.
L’occupation du milieu
Nous nous intéressons ici à l’habitat de chaque
espèce, c’est-à-dire à la définition des biotopes
qu'elle fréquente dans la région étudiée, en essayant
de discerner quels sont les éléments de ces biotopes
qui lui sont nécessaires pour satisfaire au moins une
partie de ses exigences biologiques fondamentales,
car ici nous n’aborderons pas les besoins liés à la
reproduction qui seront analysés dans le second
volume.
1) Les biotopes fréquentés par les divers gobe-mouches
Muscicapa striata
Ce migrateur paléarctique recherche, comme l’a
déjà souligné Brosset (1968), des biotopes qui
ressemblent, par leur physionomie, à ceux où il se
cantonne dans ses quartiers de reproduction, à
l’exception toutefois qu’il ne pénètre pas ici dans la
forêt proprement dite qu’elle soit primaire ou
secondaire. Il reste en effet localisé dans les éco-
tones qui entourent les villages et dans les planta¬
tions entretenues. Il est donc essentiellement un
oiseau de milieux ouverts. On le rencontre dans les
jardins d’agrément, les haies et les vielles friches à
végétation arbustive et dans les boqueteaux au
voisinage des habitations ; il se montre aussi dans
les défrichements récents où les cultures en cours
(Arachide, Manioc...) laissent de grands espaces
dégagés, entrecoupés de massifs arbustifs et qui
présentent quelques éléments arborescents. Toutefois,
son biotope de prédilection est la haute plantation
pluristratifiée entretenue (cacaoyères, caféières, ver¬
gers d’avocatiers, d’atangatiers et d’agrumes), c’est-
à-dire où alternent régulièrement de grands espaces
libres et des couches de feuillage, caractères qui
rappellent ceux des forêts jardinées européennes.
Muscicapa cassini
Cet oiseau est strictement lié au bord de l’eau
(cf. Brosset et Dragesco 1967) ; cela non seulement
au Gabon mais dans toute son aire de répartition :
cf. entre autres Chapin (1953) pour le Zaïre,
Marchant (1942) pour le Nigeria, Germain et al.
(1973), Serle (1950 et 1965) et Sharpe (1970) pour le
Cameroun.
Il n’est cependant qu’au bord des grandes rivières
et des fleuves. On ne le rencontre pas le long des
ruisseaux ou des marigots. Son biotope d’élection
est la forêt inondée claire. Il habite les lisières de la
forêt primaire sur les berges des cours d’eau et aux
embouchures de marigots mais côté eau, jamais
côté forêt. Il lui faut des souches et des arbres
morts émergeant de l’eau à quelques mètres de la
rive (qui constituent des postes d’affût et des sites
de nidification), des branchages s’étalant et retom¬
bant bas au-dessus de l’eau. Il fréquente aussi les
cuvettes inondables des bras morts des rivières à
condition que la végétation y soit très clairsemée et
laisse par places des espaces libres où la lumière
pénètre facilement. On le voit également venir
chasser en bordure des formations herbacées aqua¬
tiques (roselières, typhaies...). On pourrait le con¬
sidérer comme un oiseau héliophile de la grande
Source : MNHN, Paris
84
CHRISTIAN ERARD
forêt qui satisfait à ses exigences de zones décou¬
vertes en habitant le bord de l’eau. Nous revien¬
drons plus loin sur ce gobe-mouche à propos des
relations de coexistence avec F. cinerascens.
Muscicapa sethsmithi
Il est lié à la forêt primaire, à la rigueur au très
vieux secondaire. Son biotope de prédilection est le
jeune chablis. C’est-à-dire cette microclairière en
pleine forêt instaurée à la suite de la chute d’un
arbre. Il ne fréquente en effet que les trouées d’un
diamètre inférieur à 30 m, ce qui fait qu'on ne le
rencontre pas dans les parcelles de forêt trop
perturbées par les tornades où les zones de chutes
sont trop jointives et trop encombrées par les
fouillis des rideaux de lianes. On le trouve bien sûr
aussi dans la forêt en dehors des chablis. Il
fréquente alors les sous-bois clairs où la végétation
des strates basses peut être serrée jusqu’à 1,8 — 2 m
de hauteur mais est dominée par de larges espaces
libres de 2 à 10 m. Il monte aussi au-dessus de 15 m
dans les trouées des feuillages sous la voûte où
passe la lumière. Il est également d’observation
courante le long des layons ou des pistes forestiers
au-dessus desquels passent de grosses tiges de lianes
en anse ou pendantes. Chasseur aérien, il recherche
donc systématiquement dans la forêt les zones les
plus claires, où des perchoirs très dégagés lui
permettent d’exploiter les espaces libres à condition
que ceux-ci soient relativement larges.
Nous ne l’avons rencontré qu’une seule fois en
milieu secondaire, à Ebieng, où un couple était
installé et nichait dans une vieille parcelle de
cacaoyers près du village mais en fait à faible
distance d’une forêt de marigot. Or, ces formations
arborescentes des bords de marigots en milieu
secondaire sont en réalité assimilables à des forêts-
galeries, donc à des digitations de la grande forêt.
Muscicapa epulata
Ce jumeau du précédent est typiquement un
oiseau des formations secondaires. On le rencontre
notamment dans les vieilles plantations lorsque la
végétation est beaucoup plus développée à tous les
niveaux, où la stratification est devenue bien moins
perceptible mais où subsistent de grosses trouées
dans les couches de feuillages. Il vient aussi dans les
plantations récentes ou entretenues, mais sur les
bordures et à la condition que les strates moyennes
(4 à 15 m) de la végétation soient suffisamment
fournies mais laissent tout de même des espaces
libres. Dans le cycle de la régénération forestière
postculturale, il se situe essentiellement dans la
brousse arborescente à Parasoliers et Aframomum
et dans la jeune forêt secondaire. Bien sûr, on peut
également le trouver dans les boqueteaux stabilisés
qui subsistent çà et là près des villages, s’ils ne sont
pas trop éloignés les uns des autres et couvrent
globalement une surface supérieure à 10 ha.
Il apparaît donc typiquement comme un habitant
des formations arborescentes claires dans lesquelles
il n’est toutefois pas du tout lié aux microclairières
ou aux chablis.
Muscicapa olivascens
Cet oiseau, qui passe pour très rare dans la
littérature, est typiquement associé à la grande forêt
naturelle. C’est d’ailleurs dans le sous-bois d’une
relicte forestière assez étendue que Rougeot (1957)
en collecta près de Libreville, sur la route de
Kango.
Il recherche les grosses trouées dans les feuillages
de la voûte et celles qui existent entre celle-ci et les
arbres du sous-bois, notamment celles traversées
par de lâches entrelacs de grosses tiges de lianes qui
constituent ses perchoirs. Manifestement, il évite les
chablis récents et les zones trop encombrées par les
rideaux de lianes denses. C’est réellement un oiseau
de la forêt mature ou du moins de la haute forêt
aux States moyennes relativement claires et peu
différenciées, où la voûte est haute, assez continue
et dominée par de grands émergents. Pratiquant
beaucoup, mais pas exclusivement, la chasse au vol
depuis un perchoir fixe, il a certes, comme les autres
Muscicapa, besoin d’espaces aériens dans ou sous
les frondaisons des arbres mais il n’est pas obliga¬
toire que ces vides dans la végétation soient particu¬
lièrement développés et nombreux car l’oiseau,
comme nous le verrons plus loin, pénètre très
volontiers dans les feuillages.
Muscicapa caerulescens
Dans l’ensemble de son aire de répartition l’espèce
est liée aux formations arborescentes ouvertes. Elle
ne pénètre pas dans la forêt dense naturelle, sauf à
la faveur des exploitations comme nous l’avons
observé à Booué où elle fut régulièrement notée en
octobre 1973 dans d’anciennes coupes d’Okoumé.
Par ailleurs, nous l’avons aussi, de temps à autre,
trouvée sur les îles du fleuve où il n’existe pas
M. olivascens, tout comme l'avons une fois observée
en lisière des quadrats du laboratoire de M’Passa.
Personnellement, dans le nord-est du Gabon,
nous associons ce gobe-mouche aux successions
secondaires, notamment à celles postérieures aux
exploitations agricoles. Il fréquente essentiellement
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
85
Planche V. — En haul : gros marigot forestier, biotope de Fraseria cinarescens. En bas : bordure du fleuve avec arbres abattus, biotope de
Muscicapa cassini. Photos A. R. Devez. C.N.R.S.
Source : MNHN, Paris
86
CHRISTIAN ERARD
les plantations âgées ou abandonnées où les grands
arbres à couronne étalée, à feuillage dense sur la
périphérie mais clair à l'intérieur, dominent plu¬
sieurs couches végétales ouvertes. Il vient également
dans les cultures récentes mais à la condition que de
nombreux arbres de 30 à 40 m de hauteur aient été
épargnés. Chasseur aérien, il apparaît donc comme
une espèce héliophile du couvert arborescent qui
habite essentiellement les parcelles les plus âgées des
rotations plantations-jachères et les étapes termi¬
nales du cycle forêt-plantation-forêt, notamment la
jeune forêt secondaire à Burséracées et Myristica-
cées.
Myioparus griseigularis
L’espèce est liée à la grande forêt primaire. Elle
ne vient dans les formations secondaires que si
celles-ci sont suffisamment vieilles et présentent
dans leur physionomie, les divers faciès de la sylve
naturelle. Elle pénètre toutefois dans les zones les
plus jeunes à la faveur des larges digitations des
forêts de marigot où elle reste cantonnée.
Cet oiseau recherche les couvertures arbores¬
centes les plus hautes, les plus denses et les plus
continues. D’une manière générale, il évite les zones
de grands chablis, bien qu’il s’y montre tout de
même sur les lisières en suivant les bandes pluri-
spécifiques d’insectivores.
Circulant activement dans les feuillages, on
comprend qu’il dépende étroitement du volume de
ceux-ci et de la fermeture des formations arbores¬
centes, d’où sa fréquentation préférentielle des
strates supérieures de la forêt primaire, du vieux
secondaire et du manteau forestier qui recouvre les
grandes îles du fleuve où la voûte est certes plus
basse que sur la terre ferme mais où les lianes sont
particulièrement luxuriantes.
Myioparus plumbeus
Cet oiseau est généralement considéré comme un
habitant des milieux arborescents ouverts et des
boisements clairs (cf. Mackworth-Praed et Grant
1970). Dans le nord-est du Gabon, on ne le
rencontre que dans les formations secondaires.
Comme son homologue évoqué ci-dessus et peut-
être même plus que lui, il recherche les zones où
existent de très grands arbres. Cela explique qu’on
le rencontre dans tous les stades de la rotation
cultures-jachères, près des villages, dans les bou¬
quets de grands arbres qui dominent les premières
étapes de^ la régénération post-culturale jusqu’à la
jeune forêt secondaire ; toutefois, dans les derniers
stades, quand les strates supérieures sont plus
denses et plus continues, il entre en contact avec
griseigularis mais lui cède la place.
Son habitat est donc constitué par les «peuple¬
ments» clairsemés de grands arbres de 30 à
50 mètres de hauteur qui dominent le paysage
agricole et les premiers stades de la reconstitution
forestière. Ceci explique que l’on entend beaucoup
plus l’oiseau que l’on ne le voit et qu’il soit si
difficile à collecter.
Pedilorhynchus comitatus
Ce gobe-mouche est inféodé aux formations
secondaires et principalement à celles des zones
cultivées. Chassant au vol, il recherche donc les
espaces dégagés. Il fréquente préférentiellement les
jeunes plantations, affectionnant beaucoup les défri¬
chements récents (abattis et brûlis où les nom¬
breuses pièces de bois mort dressées lui fournissent
des perchoirs) et les parcelles de cultures basses
qu’il occupe entièrement si leur surface ne dépasse
pas 5 ha, au-dessus il s’installe électivement à la
périphérie. Il aime aussi les plantations entretenues
de cacaoyers, de caféiers, de palmiers à huile et de
bananiers. On le trouve toutefois encore bien
représenté dans les premiers stades d'abandon de
ces cultures, ainsi que dans les écotones stabilisés
près des villages, dans les secteurs où la végétation
des strates inférieures est dense en couverture mais
relativement ouverte quant à sa pénétrabilité, et
séparée par de grands espaces libres des diverses
couches de feuillages sus-jacents. S’il se montre
dans les vieilles friches et les étendues de brousse
arbustive à Solanacées et Parasoliers, il disparaît
rapidement du cycle de régénération de la forêt
secondaire dès le stade de la brousse arborescente.
C’est ainsi qu’au plateau de M'Passa, nous ne
l’avons observé qu’une seule fois en lisière du
défrichement, mais côté forêt, dans une zone où
tout le sous-bois avait été dégagé par action
humaine et où poussait un dense tapis de Maran-
tacées et de jeunes pousses.
Ces biotopes correspondent à ceux mentionnés
par Serle (1965) dans le sud-ouest du Cameroun.
Artomyias fuliginosa
Chasseur strictement aérien, cet oiseau ne fré¬
quente que les milieux très ouverts, donc par
conséquent les formations secondaires. Il est, par
excellence, le gobe-mouche des défrichements récents
et des zones de cultures vivrières traditionnelles où
sont disséminés de grands arbres feuillus ou morts
sur pied après écorçage, qui dominent de larges
espaces vides de toute végétation arbustive ou semi-
source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
87
arborescente. On le rencontre bien sûr dans tous les
stades évolutifs de la régénération forestière post¬
culturale à la condition qu’ils soient toujours pour¬
vus d’arbres d’une hauteur supérieure à 25 mètres.
Nous ne l’avons jamais observé en forêt primaire à
plus de 200 m de la lisière. Cependant en mars 1977
à Bélinga, nous l’avons souvent vu circuler dans les
grands émergents de la forêt. Il faut toutefois
préciser que, dans les zones d’observation, le réseau
des routes était particulièrement dense en raison des
nombreuses prospections minières. De la sorte, le
paysage consistait plutôt en une multitude de
parcelles, de forêt naturelle, plus ou moins vastes,
séparées les unes des autres par de larges saignées.
Stizorhina fraseri
Cet oiseau se rencontre en forêt primaire et dans
les formations secondaires. Dans la grande forêt,
on l’observe partout. Il fréquente aussi bien les
sous-bois clairs que ceux très encombrés de denses
rideaux de lianes mais, apparemment, à la condi¬
tion que ces derniers laissent quand même, par
places, des espaces libres relativement spacieux. Il
révèle aussi une certaine propension à se tenir au
voisinage des arbres riches en épiphytes et des
«chandelles», vieux fûts cassés pourrissant sur
pied et s’élevant parfois jusqu’à 20 m de hauteur.
De même, les troncs et les gros amas de branchages
morts tombés au sol l’attirent à l’occasion, peut-
être plus que ne le laissent entendre nos observa¬
tions car il est toujours difficile de l’y surprendre en
raison de sa grande méfiance et de ses promptes
mises en alerte. S’il aime les jeunes chablis de faible
diamètre, il affiche cependant une prédilection pour
les anciens, riches en entrelacs de grosses tiges de
lianes qui pendent le long des troncs et qui
serpentent vers les frondaisons, en décrivant de
grandes boucles et anses. Il semblerait donc se
localiser préférentiellement dans les zones les plus
« dynamiques » de la forêt, et de fait, il ne nous a
jamais paru très abondant dans les forêts-cathé¬
drales.
En milieu secondaire, il fréquente les bordures de
marigots et les formation végétales arborescentes. Il
évite totalement les défrichements récents, les cul¬
tures vivrières traditionnelles et les jeunes planta¬
tions. On le voit cependant s’établir dans des
cacaoyères entretenues et dans les bananeraies mais
parce que le couvert sus-jacent est fourni et déve¬
loppé jusqu’à des hauteurs de 15 à 25 mètres et,
souvent, parce que ces zones de cantonnement ne
sont guère éloignées d’une plantation abandonnée
ou d’un marigot, comme ce fut le cas pour un
couple qui nicha à 100 m des maisons du village
d’Ebieng. Dans le cycle évolutif postcultural, on
commence à le trouver fréquemment dans les
anciennes plantations arborées dont la physionomie
tend vers celle de la forêt. Il devient, en revanche,
commun dès les premiers stades de la jeune forêt
secondaire, quand les Parasoliers dépassent 20 m en
hauteur. Il s’avère ensuite un hôte classique des
derniers stades de la reconstitution architecturale
forestière.
Fraseria ocreata
L’espèce habite la forêt primaire et les milieux
secondaires. Dans la grande forêt sa distribution
paraît superposable à celle des réseaux de marigots.
Cela ne signifie pas qu’elle soit liée aux cours d’eau
mais qu’elle se répand dans les thalwegs et sur les
pentes des vallonnements. Ce schéma est moins net
dans la région de Makokou où les dénivelées sont
relativement faibles mais, en revanche, il s’affirme
dans les régions accidentées comme celles de Bélinga,
du Mont Bengoué, de Boka-Boka et de Batouala. Il
est tout de même symptomatique que l’on observe
régulièrement ocreata sur les îles du fleuve et de
part et d’autre de celui-ci, mais que de longues
marches en forêt primaire sur des parcours éloignés
des cours d’eau et des marigots ne donnent lieu
qu’à des rencontres très occasionnelles. Chassant
dans les feuillages, et fréquentant essentiellement les
hautes frondaisons, cet oiseau recherche les zones
où la voûte est très développée en épaisseur et
relativement fermée. Il évite les chablis et les zones
trop tourmentées.
Dans les milieux secondaires, il fréquente bien
sûr les forêts de marigots mais aussi les formations
les plus arborées. Il ne s’installe pas dans les
grandes zones ouvertes des défrichements récents et
des cultures vivrières mais dans les dernières étapes
du cycle de régénération postculturale depuis les
plantations abandonnées ayant repris une physio¬
nomie forestière jusqu’au vieux secondaire.
Fraseria cinerascens
Cet oiseau est lié aux formations du bord de l’eau
(dont il ne s’éloigne jamais à plus de 300 mètres) et
des zones inondables, ou plutôt, temporairement
inondées. Il se cantonne sur les îles du fleuve, les
berges de celui-ci et des rivières, les embouchures de
marigots, les bras morts des cours d’eau... (cf. aussi
Brosset 1971). Il est l’oiseau typique des formations
riveraines d’arbres à échasses dont les racines
constituent de volumineux et quasi impénétrables
enchevêtrements, eux-mêmes encombrés d’une che¬
velure serrée de radicelles et entre lesquels le sol est
pratiquement nu ou, au mieux, couvert d’un tapis
Source : MNHN, Paris
CHRISTIAN ERARD
Planche VI. — Sous-bois dense de forêt primaire. En hi
Trochocercus nigromilratus. Photos A. R. Devez, C.N.R.S.
: niiens et Slizorhina fraseri. En bas : habitat de
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
89
(en haut). Muscicapa caerulescens. M. epulala.
Source : MNHN, Paris
90
CHRISTIAN ERARD
très clairsemé de jeunes pousses. D’une manière
générale, son biotope de prédilection se caractérise
par des espaces libres, très ombragés et humides,
allant du sol jusqu’à 3 à 5 m de hauteur et dominés
par d'épais écrans de feuillages denses. C’est ainsi
qu’il affectionne les berges des rivières où les basses
branches maîtresses des arbres de bordure retom¬
bent en voûte au-dessus de l’eau (et même dedans)
et dont les feuillages sont d’autant plus denses que
s’y sont accumulés les détritus lors des hautes-eaux.
Hyliota violacea
Nos contacts avec cette espèce sont trop peu
nombreux pour que nous puissions prétendre décrire
dans le détail ou même simplement indiquer avec
certitude les caractéristiques de son biotope. Recon¬
naissons ainsi que la littérature est quasi muette à
ce sujet. Au Libéria, A. D. Forbes-Watson (viva
voce) a noté cet oiseau dans les vieilles formations
secondaires (anciennes plantations et forêt presque
reconstituée). Au Zaïre, dans l’Itombwe, Prigogine
(1971) le considère caractéristique de la forêt équa¬
toriale de basse altitude, fréquentant l’étage supé¬
rieur des arbres de la forêt dense. Au Gabon, nous
ne l’avons observé qu’au plateau de M’Passa,
toujours sur les lisières de défrichement, circulant
dans des bandes plurispécifiques d’insectivores dans
le haut des grands arbres de la voûte forestière.
Vraisemblablement est-il, dans cette région, lié aux
émergents et hautes frondaisons de la grande forêt
où il passe aisément inaperçu.
Megabyas flammulatus
Nous ne l’avons guère rencontré non plus. Au
plateau de M’Passa, nous l’avons trouvé en forêt
primaire, dans les grands émergents et dans la
voûte, dans les zones à sous-bois très clair et où la
forêt est très haute et les frondaisons supérieures
épaisses et continues. À Bélinga, il fréquente égale¬
ment la grande forêt, mais dans les zones de
prospection minière où les hautes formations natu¬
relles sont morcelées par les nombreuses percées de
routes et de pistes diverses. À M'Bès, nous l’avons
rencontré dans des anciennes plantations et de la
jeune forêt secondaire.
Mackworth-Praed et Grant (1973) en font un
oiseau essentiellement des formations secondaires,
ce qui correspond aux notes nigérianes de Mar¬
chant (1942) bien que Serle (1950 et 1965) le donne
au Cameroun dans le primaire et le vieux secon-
daire. En Côte d’ivoire, Thiollay (1971) l’associe à
la voûte des grands arbres de la forêt-galerie et des
forets peu dégradées. Prigogine (1971) le signale
très commun dans la forêt secondaire et même près
des habitations dans l’Itombwe, au Zaïre et Zim-
merman (1972) le considère comme un oiseau du
secondaire dans l’ouest de l’Ouganda mais qui
n’évite pas la grande forêt dans l’ouest du Kénya.
Bias musicus
Cette espèce est caractéristique des milieux sou¬
mis à l’influence humaine, notamment des divers
faciès des alternances plantations-jachères. Elle
occupe de préférence les abords des villages où les
grands arbres espacés dominent les cultures vivrières
traditionnelles et les défrichements récents, s’instal¬
lant dès le stade de l’abattis, quand la surface de
celui-ci atteint ou dépasse 4 ha. Elle se cantonne
aussi dans les plantations arbustives ou arbores¬
centes à condition que celles-ci soient dominées par
de hauts émergents et qu’existent, à proximité, des
lopins de terres dégagées avec de la végétation
buissonnante ou au plus arbustive. Ces clairières
déterminent aussi la fréquentation des stades plus
âgés de la régénération forestière postculturale comme
la brousse arborescente à Parasoliers et Aframo-
mum et la jeune forêt secondaire.
Il s’agit donc d’un oiseau des formations arbo¬
rées ouvertes : les grandes surfaces buissonnantes
ou arbustives ne lui conviennent pas, de même que
les forêts fermées. Sa pénétration dans les blocs
forestiers est certainement liée aux dégradations de
ceux-ci par les pratiques agricoles humaines.
Bâtis minima
L’espèce est liée aux milieux secondaires, plus
particulièrement à ceux où se développent des
végétaux arbustifs et arborescents à feuillages clairs.
Elle recherche les formations où la stratification
s'estompe, comme celles des anciennes plantations
qui constituent son biotope d’élection. On ne la
rencontre pas dans les alternances cultures-jachères,
ni dans les défrichements récents, ni dans les stades
ouverts et bas de la restructuration forestière
postculturale. Elle n’apparaît que dans les vieilles
brousses arborescentes et les jeunes forêts secon¬
daires quand la pénétrabilité des couches de 10 à
30 m reste relativement bonne. Nous ne l’avons pas
trouvée - dans les formations secondaires plus âgées
bien qu’elle fréquente à l’occasion les bordures de la
forêt primaire où elle pénètre dans les émergents et
la partie supérieure des hautes frondaisons mais ne
s’aventure guère au-delà de 500 m de la lisière.
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
91
Bâtis poensis
Ses biotopes sont sensiblement les mêmes que
ceux de Bios musicus : défrichements récents, jeunes
plantations, cultures traditionnelles près des vil¬
lages, toujours à la condition que restent en place
de très grands arbres à couronne importante et à
feuillages denses. Cette fréquentation des anciens
émergents explique que l'espèce se cantonne égale¬
ment dans les vieilles plantations, et à l’occasion
dans les derniers stades de l’évolution postculturale.
Elle peut même circuler sur les lisières de la forêt
primaire lorsque celle-ci vient abuter, sans large
bande de transition, de grands défrichements comme
elle le fait au plateau de M’Passa.
Cet oiseau est donc lié aux cultures et aux
premiers stades de la régénération postculturale
alors que minima est localisé aux dernières étapes
de ce cycle évolutif. Toutefois, les deux espèces —
ce qui est plutôt rare chez les Bâtis — peuvent se
côtoyer. Nous verrons plus loin comment elles
procèdent alors à une ségrégation spatiale.
Cet habitat de poensis que nous venons de
préciser s’applique également au Woleu-N’Tem
dans les régions d’Oyem et de Bitam et au sud-
Cameroun près de Meyo, 50 km au sud d’Ebolowa,
comme nous l’avons constaté en octobre 1972 en
compagnie de C. Chappuis. En revanche, Thiollay
(1971) l’associe, en Côte d’ivoire, aux grands arbres
de la forêt-galerie et à la voûte des forêts peu
dégradées.
Platysteira cyanea
Dans les savanes, cet oiseau se tient dans les
forêts-galeries qui bordent les cours d’eau comme
nous l’avons nous-mêmes constaté en maints pays
d'Afrique occidentale et orientale et, au Gabon,
dans la réserve de la Lopé, au sud-ouest de Booué,
et comme le soulignent de nombreux inventaires
avifaunistiques locaux. Il s’établit aussi dans les
mangroves côtières ainsi que nous l’avons observé
au Sénégal et comme il le fait près de Libreville.
Dans les montagnes d’Éthiopie, il est non seule¬
ment dans les forêts riveraines mais quitte aussi le
voisinage de l’eau pour pénétrer dans les forêts à
Podocarpus et genévriers et les forêts subtropicales
humides (obs. pers., Urban et Brown 1971).
Il est donc symptomatique que tout au long des
régions forestières qui s’étendent depuis le sud du
Nigéria (Marchant 1942), et du Cameroun (Sharpe
1907 et Germain et al. 1973), jusqu’au Gabon il soit
de plus en plus lié à la proximité immédiate des
habitations. En effet, nous n’avons jamais observé
cet oiseau à plus de 300 m d’un village. Dans les
grosses agglomérations, il habite les jardins d’agré¬
ment et les formations végétales rappelant les
vergers européens. Ailleurs, il fréquente les boque¬
teaux qui correspondent à de très vieilles parcelles
de plantations plus ou moins régulièrement entrete¬
nues et où la végétation, relativement claire, montre
un grand développement jusqu’à 20-25 m de hau¬
teur et n’évolue plus guère dans le temps. Tout se
passe comme si l’espèce recherchait les écotones
« stabilisés ». Cette notion de stabilité relative expli¬
querait que l’on ne rencontre plus Platysteira dans
des biotopes de même physionomie mais plus
éloignés des villages car beaucoup plus variables
dans le temps.
Diaphorophyia castanea
C’est avant tout un habitant de la forêt primaire
où il recherche les sous-bois relativement peu
stratifiés où les nappes de feuillages bien dévelop¬
pées occupent régulièrement l’espace entre 8 et 20 m
de hauteur. Il affectionne aussi les chablis riches en
rideaux de lianes feuillues. Il évite les zones à sous-
bois trop clair.
Dans les formations secondaires, il occupe les
derniers stades de la régénération postculturale, à
partir de la brousse arborescente à Parasoliers et
Aframomum et des plantations de cacaoyers aban¬
données, surtout si ces dernières sont situées à
proximité de parcelles plus vieilles ou de marigots.
Diaphorophyia tonsa
Cet oiseau est lié à la haute forêt naturelle, il ne
vient éventuellement dans les vieilles formations
secondaires que si elles jouxtent de grosses parcelles
primitives ou si la structure forestière y est prati¬
quement reconstituée.
Il affectionne les zones où les arbres sont les plus
grands, où la voûte est épaisse, à plus de 20 m du
sol, continue et elle-même dominée par les larges
frondaisons des émergents. C’est ainsi qu’il nous est
apparu nettement plus fréquent que castanea , tant à
la vue qu’à l’ouïe, dans les belles et hautes futaies
des pentes et des sommets du Mont Bengoué et de
la région de Bélinga.
Diaphorophyia blissetti chalybeu
La forme nominale habite les fourrés des sous-
bois des galeries et forêts secondaires en Côte
d’ivoire (Brunei et Thiollay 1969) mais la forêt
primaire dans le sud-ouest du Cameroun (Serle
1950 et 1954) mais y a également été collectée dans
le secondaire (Serle 1965).
Source : MNHN, Paris
92
CHRISTIAN ERARD
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
93
Planche IX. — Abattis (en haut) et plantations de manioc (en bas) : habitat de Myioparus plumbeus. Pedilorhynchus comilaïus, Fraseria acreaia.
Bios musiciis et Bâtis poensis. Photos A. R. Devez. C.N.R.S.
Source : MNHN, Paris
94
CHRISTIAN ERARD
La forme jamesoni habite, dans l’Ituri et le Uellé,
le sous-bois dense de la forêt, apparemment secon¬
daire d'après les descriptions données par Chapin
(1953), ce qui est clairement notifié par Prigogine
(1971) en ce qui concerne l’Itombwe. Dans la
Kakamega Forest, au Kénya, Zimmerman (1972) la
signale dans le sous-bois de la forêt primaire.
La forme chalybea a été trouvée dans les basses
strates du primaire et du vieux secondaire dans le
sud-ouest du Cameroun (Serle 1954), mais en
altitude, dans une région où blisselli existe aussi
mais plus bas. Dans ce même pays, mais plus à l'est
et au sud, elle habite la forêt secondaire et les
cacaoyères (Germain et al. 1973).
Nous associons chalybea aux formations secon¬
daires postculturales. On peut certes le trouver dans
les cacaoyères mais seulement dans celles mal
entretenues où subsistent de nombreuses pousses
buissonnantes serrées et se développent des peuple¬
ments d’ Aframomum. Cette plante, dans les brousses
arborées et arborescentes à Parasoliers, constitue
une strate pouvant atteindre jusqu'à 4 m de hau¬
teur, fort dense où, pour un observateur, la visibi¬
lité est très faible. C’est quand cette végétation très
difficilement pénétrable s’est développée, surmontée
par de grands Parasoliers et des arbrisseaux divers
qu'est réalisé le biotope de prédilection de chalybea
que l’on rencontre encore jusque dans la forêt
secondaire mais qui disparaît dans les stades plus
âgés. On le trouve aussi dans la brousse arbustive à
Solanacées, lorsque la végétation y est très serrée au
moins jusqu’à 2,50 m, avec une strate supérieure
claire.
Nous l’avons découvert sur l’une des îles du
fleuve dont le couvert forestier relativement bas, est
vraisemblablement secondarisé (très anciennes plan¬
tations ou zone très tourmentée par les tornades ?) :
il y occupe les strates inférieures, très serrées et où
les fouillis de lianes sont particulièrement abon¬
dants.
Diaphorophyia concret a
Il évite les peuplements secondaires et les forêts
inondables, basses ou trop dégradées par les oura¬
gans, ce qui expliquerait qu'on ne le trouve pas sur
les îles du fleuve. Inféodé à la grande forêt natu¬
relle, il recherche les formations à sous-bois relati¬
vement clair, du moins dans les niveaux moyens,
entre 4 et 18 m de hauteur, sans stratification bien
définie, sauf une couche basse (inférieure à 5 m
mais supérieure à 2) plus serrée mais non fermée. Il
affectionne les plages denses de Marantacées, de
jeunes pousses et de ligneux bas et se montre très
volontiers à la périphérie des petits chablis riches en
lianes, mais côté forêt, contrairement à castanea qui
s’y tient côté lumière. Il ne vient que très rarement à
moins de 100 m des lisières.
Il est remarquable qu’en Angola il ait été certes
trouvé en forêt primaire (Heinrich 1958, Hall 1960)
mais également dans les denses sous-bois riches en
fouillis de lianes des formations secondaires (Ripley
et Heinrich 1966, Pinto 1962), ce dernier auteur le
signalant même à l’occasion dans les plantations de
caféiers. Cette extension d’habitat serait-elle en
relation avec l'absence de D. b. chalybea ? Ce
dernier n'existe en effet en Angola que dans la
région de Gabela où il occupe la forêt secondaire
alors que concreta y serait plutôt dans le primaire
(Heinrich 1958, Traylor 1963). Signalons à ce
propos que les mutants à grosse tache noire gulaire
et pectorale décrits par Traylor (1960), Pinto (1962)
et Ripley et Heinrich (1966) provenaient de Gabela
et de la région de Calulo, 100 km au NE de
Gabela ! Ne pourrait-il pas s’agir d’hybrides entre
les deux espèces?
Erythrocercus mccalli
Il est essentiellement lié à la forêt primaire où il
se cantonne dans les hautes frondaisons. Il affec¬
tionne les zones où les feuillages de la voûte sont
très développés et constituent un large écran con¬
tinu. Il montre une certaine attirance pour les
arbres à feuilles découpées comme Pentaclethra
eetveldeana (Mimosaceae), et surtout Scorodoph-
loeus zenkeri (Caesalpiniaceae) qui pousse souvent
en groupes.
Il fréquente aussi la forêt inondable et celle des
îles du fleuve ainsi que de très vieilles formations
secondaires, lorsque la structure forestière est prati¬
quement reconstituée. Il visite à l’occasion les
plantations abandonnées lorsque celles-ci sont situées
à proximité d’un marigot qui donne lieu à une
forêt-galerie que l’espèce habite et d’où partent ses
pérégrinations, généralement au cours de déplace¬
ments regroupant plusieurs autres insectivores.
Elminia longicauda
Cette espèce est liée aux milieux secondaires et
même, comme Platysteira cyanea, à la proximité
des villages. En effet, dans les régions de Makokou,
de Mékambo et de Batouala, nous ne l'avons
jamais trouvée à plus de 500 m des habitations. Elle
occupe les zones cultivées surtout, comme c’est
souvent le cas, si elles sont encombrées de boque¬
teaux divers, de parcelles de brousse arbustive et
arborée ainsi que de vieilles plantations de cacaoyers
et d’avocatiers dominés par de grands arbres éta-
geant des couches de feuillages clairs jusqu’à 20-
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
95
25 m de hauteur. Ce dernier biotope existe souvent
dans les plantations loin des villages, pourtant nous
n’y avons jamais rencontré cette espèce qui fré¬
quente, en outre, les jardins et parcs d’agrément en
ville. Il semblerait que notre remarque sur la
relative stabilité du milieu près des habitations,
faite à propos de P. cyanea, puisse également
s’appliquer à Elminia.
Au Cameroun, en revanche, si l’espèce fréquente
les haies et les arbustes des jardins d’agrément ainsi
que les arbres des cultures près des maisons, elle se
montre aussi dans les plantations, les vieux défri¬
chements, la forêt secondaire ouverte et, en mon¬
tagne, sur les lisières de la forêt (Bâtes 1905, Serle
1965).
Trochocercus nigromitratus
Cet oiseau est lié à la forêt primaire et à la très
vieille formation secondaire. Il recherche les zones
les plus sombres de la forêt, mais aussi celles où les
strates inférieures du sous-bois sont les plus déve¬
loppées, les plus serrées. Il fréquente donc les
chablis récents et anciens où existent des formations
herbacées et arbustives relativement denses entre le
sol et 2-3 m de hauteur. On le rencontre aussi dans
les sous-bois des forêts inondables des îles du fleuve
dans les secteurs où se développent de denses
réseaux de pousses et de végétaux buissonnants et
arbustifs entrecoupés de fouillis de lianes.
Ce genre d’habitat paraît très voisin de celui
évoqué par Serle (1965) au Cameroun et par
Zimmerman (1972) au Kénya.
Trochocercus nitens
On le rencontre dans la grande forêt naturelle et
dans les vieilles formations secondaires. Il habite
également les îles du fleuve et les forêts de marigot.
En fait, son véritable biotope, celui auquel il est
quasiment inféodé, est constitué par les grandes et
épaisses nappes des tiges de lianes densément
enchevêtrées et entassées, desquelles ils ne sort que
rarement pour pénétrer alors dans des feuillages
particulièrement serrés ou dans des formations
fermées de Marantacées ou d 'Aframomum. C’est
pour cela qu’il affectionne les grands chablis, les
zones où la forêt subit fortement les effets destruc¬
teurs des tornades, et tous les fouillis végétaux des
bordures de marigot.
Terpsiphone rufiventer
Il est manifestement très rare dans notre région.
Nous ne l’avons observé que sur les quadrats du
laboratoire de M'Passa, en forêt primaire, mais en
fait pas très loin d’une zone dont le sous-bois avait
été sérieusement éclairci lors de la construction du
laboratoire.
Ailleurs, au Gabon, il habite la grande forêt
sombre à Kango et à Mimongo (Malbrant et
Maclatchy 1949) ainsi que dans les régions de
Roumagou, de Fernan Vaz et de Libreville (Rand
et al. 1959).
Au cours d’un bref séjour en août 1981 dans la
réserve de la Lopé-Okanda, au sud-ouest de Booué,
nous l’avons couramment observé dans les zones les
plus denses des forêts-galeries et dans les forêts
anciennement exploitées par les forestiers. Il nous
parut symptomatique de ne pas rencontrer batesi là
où était installé rufiventer.
Au Cameroun, il est considéré comme un oiseau
strictement forestier dans le sud du pays par Bâtes
(1905, 1930 et in Sharpe 1907) mais venant aussi
dans le vieux secondaire dans le nord-ouest de ce
pays et au Nigéria (Serle 1940, 1950, 1965).
Dans l’ensemble, son habitat est donc très proche,
sinon identique à celui de T. batesi (cf. infra).
Terpsiphone viridis
C’est l’un des oiseaux caractéristiques des forma¬
tions secondaires très ouvertes. Il occupe toutes les
zones défrichées, notamment les terres cultivées et
les abords des villages. On le rencontre donc dans
les écotones stabilisés près des habitations et des
agglomérations dans lesquelles il pénètre à la faveur
des jardins, vergers d’agrément et friches. Il se
cantonne couramment dans les jachères et dans les
cultures traditionnelles de manioc, de bananiers et
même de plantes basses à la condition qu’existent
tout de même des buissons et des arbustes. Il est
aussi un hôte classique des plantations récentes et
bien entretenues de cacaoyers et caféiers.
Dans le cycle de la régénération postculturale, on
le rencontre à tous les stades, depuis la plantation
récemment abandonnée jusqu’à la jeune forêt secon¬
daire, montrant toutefois une très nette prédilection
pour la brousse arbustive à Solanacées et jeunes
Parasoliers et la brousse arborée plus évoluée. Dans
les formations de grands Parasoliers et de hautes
Aframomum il est déjà sensiblement moins abon¬
dant et, quand le milieu se ferme entre 10 et 20 m, il
se raréfie pour céder la place à T. batesi.
Terpsiphone batesi
Lié à la forêt primaire, il fréquente toutefois aussi
les vieilles formations secondaires. Bien que s’instal¬
lant partout dans la grande forêt, il affectionne
Source : MNHN, Paris
96
CHRISTIAN ERARD
i. Elmmia longuauda. Terpsiphone viridis (en haut), de
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
97
cependant les zones où la végétation du sous-bois
est fournie mais bien étagée, laissant de nombreux
espaces libres. Il aime les larges et épais écrans de
feuillages mais à la condition que leur répartition
soit discontinue tant horizontalement que verticale¬
ment. Les grands rideaux denses de lianes ne
l’attirent guère, mais ne l’empêchent pas de fré¬
quenter les îles du fleuve et les zones forestières très
dégradées par les effets répétés des tornades.
Dans les milieux secondaires, il ne s’installe que
dans les formations pluristratifiées où les couches
de végétation dépassent largement 20 m de hauteur.
C’est ainsi qu’il se montre dans les vieilles cacaoyères
abandonnées, surtout si elles ne sont guère éloi¬
gnées d’un marigot ; mais le plus généralement ce
sont les stades ultimes de la restructuration postcul¬
turale qui l’accueillent.
Le tableau XVIII résume la cohabitation des
diverses espèces au niveau du macrobiotope, c’est-
à-dire qu’il exprime les possibilités de rencontrer
dans la région étudiée tel ou tel gobe-mouche dans
un rayon de 100 m en se plaçant en un point donné.
Nous avons bien sûr évité d’introduire les effets de
lisière. Toutefois, si ceux-ci se détectent facilement
dans les défrichements récents, ou sur la zone de
contact entre la grande forêt primaire et les forma¬
tions secondaires, ils sont bien moins analysables
car beaucoup plus nombreux, dans les zones culti¬
vées, en raison du morcellement de celles-ci, de la
pratique agricole itinérante et des rotations de
cultures et de jachères sur de petits lopins de terre.
Ce tableau fournit une première image globale de
la séparation écologique, quant au choix de l’habi¬
tat, entre les diverses espèces. On remarquera que
mis à part les 3 grosses espèces ( Stizorhina fraseri,
Fraseria ocreata et Megabyas flammulatus) et Dia-
phorophyia chalybea, très généralistes, une fort nette
ségrégation s’opère dans l’occupation du milieu
puisque, si l’on exclut les 4 espèces citées, chaque
gobe-mouche ne cohabite, en moyenne, qu’avec une
quinzaine d’autres, soit la moitié des espèces pré¬
sentes dans la région.
Nous pouvons établir des indices de cohabitation :
C = n p /N p où n p = nombre de paires d’espèces
cohabitant et N p = nombre total de paires d’espèces.
C varie de 0 à 1 selon que la cohabitation est
nulle ou totale. Nous obtenons ainsi pour les
Muscicapinés : C = 0,577, pour les Platysteirinés :
C = 0,578, pour les Monarchinés : C = 0,524 et
pour l’ensemble des espèces : c = 0,561.
Nous verrons plus loin que cette cohabitation est
en réalité surestimée et qu’elle se réduit considéra¬
blement si l’on fait intervenir les modalités d’occupa¬
tion verticale et horizontale de l’espace.
Tableau XVIII. — Cohabitation des diverses espèces de j
Mst Mcas Msm Mep MolMcae Mgr MplPcoAfu Sfr Foc Fci Hvi Mfl Bi
obe-mouches dans le Nord-Est du Gabon.
1U BmiBpoPcyDcaDtoDchDco Emc Elo Tnig Tnit Tru Tvi '
16 25 27 13
1 15 14 15 12 1S 17 :
le colonne. Les données entre
17 12 17
17 13 15 17
ix cas particuliers
Source : MNHN, Paris
CHRISTIAN ERARD
2) L’occupation verticale du milieu
L’utilisation différentielle de l’étagement des
couches de végétation reflète un autre aspect du
partage de l’habitat entre les espèces sympatriques.
Suite à un première sélection dans les divers
macrobiotopes, chaque espèce peut se localiser à un
niveau de densité de feuillage ou de toute autre
structure architecturale forestière. Exprimée en termes
de la théorie de la compétition, cette modalité de
localisation différentielle dans le plan vertical per¬
mettrait de réduire les interactions entre les espèces
et assurerait une meilleure distribution des ressources
entre ces diverses espèces.
Pour quantifier la répartition verticale, nous
avons noté les hauteurs auxquelles se tenaient les
individus en chasse lors du premier contact visuel
obtenu pour chaque observation. En raison des
grandes difficultés à suivre les oiseaux en déplace¬
ment dans les feuillages et à établir des budgets-
temps, nous avons retenu cette méthode plus
pratique et somme toute également représentative
de l’occupation des divers niveaux végétaux. Nous
n’avons considéré que les sujets en action de chasse,
ce qui, au plan écologique, rend le mieux compte de
l’exploitation du milieu. Nous avons exclu les
individus se livrant à des comportements sexuels ou
agonistiques : leur mobilité, beaucoup plus grande,
les amènerait alors à « sortir » des zones fréquentées
normalement ne serait-ce que pour se mettre davan¬
tage en évidence dans les espaces dégagés, pour
effectuer des parades spécifiques, pour assurer une
meilleure propagation à leurs signaux acoustiques...
Précisons toutefois que ces contacts non pris en
compte ne nous ont pas semblé modifier significati¬
vement l’amplitude des distributions fréquentielles
sur l’axe vertical.
En raison des différences physionomiques impor¬
tantes, notamment dans la hauteur et l’étagement
des végétaux ligneux entre la forêt primaire et les
formations secondaires, nous avons distingué ces
deux catégories lors de nos analyses. De plus, nous
avons examiné les variations saisonnières à partir
des données mensuelles ou, si leur nombre était
trop faible, en les regroupant selon le découpage
en 4 saisons indiqué plus haut. Pour chaque saison
nous avons calculé la hauteur moyenne et son
intervalle de sécurité au seuil de 95 % (moyenne
± 2—=) et établi l’histogramme de la localisation
v n
verticale de l’espèce considérée en procédant par
classes de 2 m. Ceci nous a permis de calculer un
indice de l’amplitude spécifique de l’occupation
verticale du milieu (HA) ; pour chaque espèce :
HA = e H où e est le nombre de base des
logarithmes naturels et H’ l’indice de diversité de
Shannon (H' = — Sp, log n p, avec p, = proportion
de fréquentation de la classe i). Nous rappellerons
(cf. Piélou 1969, Blondel 1976) que, pour une
espèce occupant n strates, HA varie de 1 quand
l’espèce ne se localise que dans une seule strate à n
quand elle les fréquente toutes dans la même
proportion. Cet indice n’est toutefois pas entière¬
ment satisfaisant car des profils différents, couvrant
les mêmes strates et présentant les mêmes taux
d’occupation mais combinés différemment, donne¬
ront le même HA. C’est-à-dire que ha rend compte
du degré d’homogénéité de l’occupation des strates
définies mais ne renseigne nullement sur l’agence¬
ment des zones préférentielles le long du conti¬
nuum.
Nous avons aussi établi un indice moyen inté¬
grant toutes les données recueillies au cours de
l’année. Pour ce faire et pour éliminer, ou du moins
atténuer, les biais de l’échantillonnage introduits par
les variations d’une saison à l’autre (dans les taux
de fréquentation et les durées inégales des saisons),
nous avons dû pondérer, pour chacune d’entre-
elles, les proportions d’occupation des différentes
strates. Nous avons donc additionné pour chacune
de ces dernières les proportions saisonnières en les
n
multipliant par — (n = nombre de mois dans la
12
saison considérée). L’indice HA est ensuite calculé
sur la nouvelle série de proportions qui prend ainsi
en compte toutes les strates ayant été fréquentées
au cours de l'année.
Pour comparer les espèces entre-elles, nous avons
utilisé les indices de recouvrement de niche écolo¬
gique pour la variable occupation des strates de la
végétation. Aux indices de Levins (1968) :
2 Py P ik SP„ P ik
«jk = et a kj = -
2Pÿ SP lk 2
où a jk rend compte du recouvrement, pour le
paramètre étudié, de la niche de l’espèce k par celle
de j et a kJ de celui de la niche de j par celle de k,
avec P 0 et P ik désignant les proportions respectives
d'occupation par les espèces j et k de la strate de
catégorie i, nous avons préféré celui de Pianka
(1973) :
EPjj P ik
R jk = R kj
ysPij 2 sp ik 2
d’un emploi qui se généralise actuellement (cf.
Barbault et al, 1978) et qui a l'avantage de ne varier
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
99
qu'entre 0, quand les espèces j et k ont des
localisations verticales totalement distinctes, et 1
quand elles occupent les mêmes strates dans les
mêmes proportions.
Muscicapa striata
La fig- 28 établie après regroupement de toutes
les données d’octobre à avril (aucune variation
significative ne paraît décelable pendant cette période
mais notre matériel est peut-être trop réduit pour
l’affirmer) montre que cet oiseau peut se rencontrer
à tous les niveaux de la végétation. On note
cependant que 50 % des observations concernent
des individus chassant à moins de 12 m de hauteur.
L’espèce peut donc être qualifiée de généraliste
(HÀ = 15,55) dans son mode d’occupation, rela¬
tivement homogène, de la dimension verticale de
son habitat.
Muscicapa cassini
Contrairement à la précédente, cette espèce entre
dans la catégorie des spécialistes : HA = 2,26. Elle
demeure en effet toujours localisée aux niveaux
les plus bas (fig. 28). Une analyse plus fine montre
que les hauteurs moyennes de ses perchoirs d’affût
sont fort semblables en grande saison des pluies
(2,48 m ± 1,11, N = 33), en petite et grande
saisons sèches (respectivement 2,09 m ± 0,63,
N = 38 et 2,42 m ± 0,73, N = 17) mais sont
moindres en petite saison pluvieuse (0,99 m ± 0,44,
N = 12). Nous commenterons plus loin ces
différences dans le chapitre consacré aux modes de
chasse.
Muscicapa sethsmithi
Il fréquente essentiellement les strates basses et
moyennes de la forêt mais peut monter jusque dans
les parties inférieures de la voûte, jusqu’à 25 m de
hauteur (ha annuel = 9,62). La variation saison¬
nière est très marquée (fig. 28). La hauteur de
chasse est maximale en grande saison sèche, période
pendant laquelle les oiseaux s’observent entre 4 et
20 m : seulement 6 % d’entre-eux se tiennent en-
dessous de 6 m mais 57% au-dessus de 12 m.
Pendant la petite saison des pluies, une occupation
préférentielle des strates basses se précise (50 % en-
dessous de 6 m et 26 % au-dessus de 12 m), propen¬
sion qui s’affirme pendant la petite saison sèche
(58,5% < 6 m et 13,5% > 12 m). Durant la
grande saison des pluies, si la tendance à préférer
les zones basses se poursuit, mais atténuée (48.4 %
< 6 m), une autre se dessine à réutiliser davantage
les niveaux moyens et supérieurs (28% > 12 m).
La fig. 28 rend compte de la variation mensuelle des
hauteurs moyennes. On y retrouve les tendances
évoquées ci-dessus mais on remarquera la hauteur
maximale pendant le dernier mois de la grande
saison sèche et un autre pic, plus faible, dans le
mois qui suit la petite saison sèche. Sur la même
fig. 28 nous avons indiqué les hauteurs moyennes
d’observation de M. olivascens. Comme nous le
détaillerons plus loin, des relations interspécifiques
ont été observées entre ces deux gobe-mouches.
Muscicapa epulata
Si cet oiseau se localise entre 2 et 22 m dans
l’étagement végétal (HA = 8,63), il ne se distribue
pas de manière uniforme (fig. 28) puisque 66 % des
observations intéressent les niveaux compris entre
10 et 18 m. Nous n’avons pas décelé de variation
saisonnière, la petitesse de nos échantillons en est
peut-être la cause.
Muscicapa olivascens
Les données dont nous disposons ne nous per¬
mettent d’établir des diagrammes représentatifs de
la répartition verticale que pour les grandes saisons
sèche et pluvieuse. Aux autres saisons, nous n'avons
effectué que des observations épisodiques. D’une
manière générale l'espèce est assez bien localisée
dans le hautjies strates moyennes et dans la voûte
forestière (HA annuel = 11,38). Il existe des
différences saisonnières, du moins sur le matériel
analysable (fig. 28). En grande saison sèche, ce
gobe-mouche a été observé entre 2 et 32 m (HA =
10,15) : 50% des contacts ont eu lieu tant au-
dessus qu’en-dessous de 22 m, mais 35 % entre 24
et 28 m. Pendant la grande saison des pluies,
l’amplitude d’habitat dans la dimension verticale
reste la même (HA = 10,10) mais couvre les strates
comprises entre 6 et 36 m. La hauteur moyenne y
est toutefois inférieure à celle de la saison humide :
74,5 % des observations en-dessous de 22 m, dont
59,6% entre 14 et 22 m.
Muscicapa caerulescens
Cette espèce s’étale sur un large éventail de
hauteurs puisqu’elle se rencontre entre 6 et 38 m
(fig. 29) et présente un indice d’occupation verticale
du milieu relativement élevé (ha = 13,69). Si 50 %
des contacts ont eu lieu de part et d’autre de la ligne
des 20 m, on remarquera que 33 % concernent les
niveaux entre 10 et 16 m et 25 % ont été effectués
au-dessus de 30 m. Si l’on ajoute les 17 % entre 20
Source : MNHN, Paris
100
CHRISTIAN ERARD
Source : MNHN, Paris
Fig. 28. — Distribution verticale, dans la végétation, des Muscicapinés du Nord-Est du Gabon : M. striata. M. cassini. M. selhsmithi. M. epulata et
M. olivascens. En ordonnée : hauteur en mètres ; en abscisse : % des observations ; N : nombre d'observations ; HA : indice d'amplitude d'occupation
verticale du milieu ; les saisons sont désignées par l'initiale des mois les concernant ; sur chaque histogramme sont indiqués la hauteur moyenne et son
intervalle de confiance. Le graphique en bas à gauche montre la variation mensuelle de la hauteur moyenne à laquelle s'observent M. selhsmithi et
M. olivascens sur le même terrain en forêt primaire.
Source : MNHN, Paris
102
CHRISTIAN ERARD
et 24 m, nous retrouvons là les étagements de
végétation des vieilles formations secondaires cul¬
tivées.
Notre matériel, trop réduit, ne nous a pas permis
de procéder à des analyses saisonnières.
Myioparus griseigularis
Très plastique dans l'occupation des niveaux
architecturaux forestiers (HA annuel = 13,33), il
peut se rencontrer entre 2 et 38 m de hauteur mais
..Ja
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
103
fréquente essentiellement la partie supérieure des
strates moyennes et la voûte : globalement 78 %
des contacts ont eu lieu entre 12 et 18 m. De toute
évidence il existe une certaine variation saisonnière
dans les hauteurs fréquentées préférentiellement
(fig. 29). Pendant la grande saison sèche, la réparti¬
tion verticale est assez homogène entre 8 et 28 m,
avec toutefois 67 % des observations entre 14 et
24 m. En revanche, durant la petite saison sèche
l’espèce se rencontre entre 2 et 38 m, c’est-à-dire à
tous les niveaux de la végétation forestière, mon¬
trant néanmoins une certaine attirance vers les
strates comprises entre 22 et 28 m (39 % des
contacts). On remarquera que si cet oiseau fré¬
quente la voûte dans les mêmes proportions lors
des deux saisons sèches (43,3 % et 43,5 % respecti¬
vement entre 20 et 28 m), il se tient davantage dans
le haut de celle-ci pendant la petite que durant la
grande (30,4 % contre 16,7 % entre 24 et 28 m). En
grande saison des pluies, l’amplitude d’occupation
verticale est maximale mais la voûte paraît moins
fréquentée (21,5 % entre 20 et 28 m) comparative¬
ment aux strates moyennes (51 % entre 12 et 20 m),
bien que 8 % des observations concernent les
grands émergents.
Myioparus plumbeus
Le petit nombre de contacts ne nous permet pas
de déceler une éventuelle variation saisonnière dans
l’occupation des divers niveaux de la végétation. La
fig. 29 montre clairement que cet oiseau est typique¬
ment lié aux hautes frondaisons (ha = 7,34)
puisque nous ne l’avons jamais rencontré en-
dessous de 20 m et que 86 % des observations se
situent entre 30 et 40 m, c’est-à-dire dans les
couronnes des grands émergents qui subsistent dans
les zones cultivées.
Pedilorhynchus comitatus
Peut-être en raison de l’irrégularité de notre
échantillonnage au cours de l’année, nous ne pou¬
vons pas non plus, pour cette espèce, détecter de
variation saisonnière. Globalement, elle demeure
localisée aux couches inférieures et moyennes de la
végétation secondaire (fig. 29, HA = 7,21) : 84,5 %
des rencontres ont eu lieu à moins de 10 m de
hauteur (60,6 % entre 2 m et 8 m). Les observations
au-dessus de 20 m sont exceptionnelles et portent
sur 2 contacts en novembre 1973 dans une très
vieille plantation abandonnée que nous avons régu¬
lièrement visitée après coup mais sans jamais plus y
revoir ces oiseaux ailleurs que dans les couches
basses de la végétation. Nous demeurons quand
même persuadé qu’il s’agissait bien de Pedilorhyn¬
chus et non pas de M. caerulescens.
Artomyias fuliginosa
Cet oiseau est relativement peu spécialisé dans
l’occupation verticale du milieu puisque ha annuel =
13,94. Toutefois, il montre une certaine propension
à fréquenter les points dominants ; c’est ainsi qu’en
moyenne, au cours de l’année, 50 % des observa¬
tions concernent des individus situés à plus de 30 m
de hauteur. En dépit de la petitesse de certains
échantillons saisonniers, nos données font appa¬
raître une nette variation au long du cycle annuel
(fig. 29). Pendant la grande saison sèche, 65 % des
contacts ont été effectués au-dessus de 24 m (43,5 %
entre 34 et 40 m) et 35 % entre 6 et 18m (26 %
entre 10 et 16 m), c’est-à-dire une occupation
maximale des niveaux les plus riches en végétation
arborescente dans les formations secondaires habitées
par l’espèce. Durant la petite saison des pluies, la
fréquentation des grands émergents diminue (23 %
entre 34 et 40 m) au profit des arbres sous-jacents
(60,5 % en-dessous de 24 m, dont 32,5 % entre 14
et 18 m). En petite saison sèche, l’oiseau réexploite¬
rait davantage les hautes frondaisons puisque les
9/10 e des observations portent sur des hauteurs
supérieures à 24 m. Pendant la grande saison
pluvieuse, l’occupation des niveaux supérieurs est
prédominante : 83,5 % au-dessus de 24 m dont
45,6 % entre 34 et 40 m.
Stizorhina fraseri
En forêt primaire, il occupe essentiellement le
sous-bois où il se montre à tous les étages de la
végétation qui vont du sol jusqu’à la base de la
voûte bien qu’il monte aussi à l’occasion dans les
émergents (HÂ annuel = 12,41). La variation
saisonnière est bien marquée (fig. 30). En grande
saison sèche, on le rencontre du sol jusqu’à 24 m
mais il se concentre en fait dans deux niveaux :
42 % entre 0 et 8 m (16 % entre 0 et 2 m) et 44,5 %
entre 12 et 20 m (dont 38% au-dessus de 14 m).
Pendant la petite saison des pluies, les deux zones
préférentielles demeurent mais inégales : 25 % entre
0 et 8 m (dont 16 % de 2 à 6 m) et 63 % entre 10 et
20 m. En petite saison sèche, l’étagement entre le
sol et 26 m est déjà plus régulier (HA = 11,35) bien
que 50 % des observations concernent l'espace
compris entre 10 et 18 m. Durant la grande saison
pluvieuse, l’amplitude d’occupation verticale est
maximale (HA = 12,13) et encore plus homogène
avec cependant une tendance à fréquenter de
préférence les strates moyennes et le bas des hautes
frondaisons : 67,6 % entre 10 et 22 m dont 41,5 %
entre 14 et 20 m. La fig. 29 traduit les mêmes
tendances à partir de la courbe mensuelle ; on
Source : MNHN, Paris
104
CHRISTIAN ERARD
remarquera cependant que les moyennes les plus
fortes se situent en tout début des saisons des
pluies.
Dans les formations secondaires, où la végétation
est dans l'ensemble nettement plus basse que dans
la grande forêt, l’espèce vit à des hauteurs moindres.
On la rencontre essentiellement entre le sol et 24 m
bien qu'elle puisse à l’occasion s’aventurer dans les
hauts émergents (HA annuel = 10,03). Si globale¬
ment dans l’année 50 % des observations s’effec¬
tuent en-dessous de 10 m, la variation saisonnière
est bien nette comme l’atteste la fig. 30. Nous
n'avons pas de données suffisantes pour caractéri¬
ser la grande saison sèche. En revanche, pendant la
petite saison des pluies, Stizorhina est nettement
localisé en-dessous de 6 m où sont enregistrés
61,5 % des contacts (dont 23,1 % entre 0 et 2 m)
contre 19,2 % au-dessus de 12 m. Pendant la petite
saison sèche, s’il demeure toujours essentiellement
en-dessous de 12 m (19 % supérieurs à cette hau¬
teur), et si 14 % des données concernent encore la
classe 0-2 m, il préfère cependant les niveaux com¬
pris entre 6 et 12 m (57 %). Durant la grande
saison des pluies l’amplitude verticale est maximale :
12 % intéressent encore la strate 0-2 m mais 44 %
dépassent les 12 m.
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
105
Fraseria ocreata
En forêt primaire, c’est un oiseau que l’on
rencontre pratiquement à tous les niveaux de
végétation (HA annuel = 14,94) mais qui montre
cependant une nette préférence pour les couches
supérieures (voûte et émergents) où 62 % des
contacts annuels ont été effectués au-dessus de
26 m. La fig. 30 révèle une variation saisonnière
bien marquée (cf. aussi fig. 29). En grande saison
sèche, si quelques oiseaux descendent dans les
strates basses, la majorité se tient dans les hautes
frondaisons (89 % au-dessus de 22 m), essentielle¬
ment dans la voûte continue (46 % entre 22 et 30 m
contre 39 % au-dessus). Durant la petite saison
pluvieuse, l’espèce demeure localisée dans les hauts
niveaux, au-dessus de 14 m, mais occupe largement
la voûte et les émergents (33 % entre 22 et 30 m,
44% au-dessus). Pendant la saison sèche, si elle
occupe toujours les strates supérieures (21 % entre
22 et 30 m, 38 % au-dessus), elle descend davantage
dans le sous-bois (41 % entre 10 et 20 m). En
grande saison des pluies, sa fréquentation des divers
niveaux est plus homogène tant dans le sous-bois
(28 % entre 10 et 20 m) que dans la voûte et les
émergents (38,5% entre 22 et 30 m, 31% au-
dessus) ; l’amplitude d’occupation de l’étagement
du milieu est alors maximale.
Dans les formations secondaires où l’étagement
végétal ést beaucoup moins continu, on peut le
rencontrer du sol jusque dans les grands émer¬
gents (HA annuel = 15,17) bien que ces derniers ne
soient en réalité guère fréquentés (90 % des obser¬
vations en-dessous de 26 m). Le taux d’occupation
des diverses strates varie selon la saison comme
l’illustre la fig. 30. En grande saison sèche, l’ampli¬
tude verticale est minimale ; si l’espèce s’observe
entre 8 et 28 m, 75 % des contacts ont été établis
entre 16 et 28 m. En revanche, pendant la petite
saison des pluies, si elle montre toujours à peu près
la même amplitude, cette fois de 0 à 26 m, elle se
localise très nettement entre le sol et 8 m (63 %).
Pendant la petite saison sèche, l’amplitude aug¬
mente (0-30 m) en même temps que s’amorce une
remontée dans les couches moyennes (54 % entre 4
et 12 m), qui s’affirme en grande saison pluvieuse
(67 % entre 6 et 20 m) quand l’amplitude verticale
est maximale.
Fraseria cinerascens
Il est typiquement un hôte des strates basses (HÂ
annuel = 3,58) comprises entre 0 et 4 m (82 % des
observations). La variation saisonnière existe (fig. 31)
mais elle est de faible amplitude et traduit surtout le
degré d’inondation de ses biotopes en fonction du
cycle de montée des eaux.
Hyliota violacea
Nous n’avons que très peu observé cet oiseau en
avril, juin et juillet. Tous les individus notés l’ont
été entre 28 et 35 m, dans les feuillages supérieurs
de la voûte et des émergents : 7 hauteurs relevées
donnent une moyenne de 32,7 ± 1,7 m (moyenne et
intervalle de confiance).
Megabyas flammulatus
Voici une autre espèce sur laquelle nous ne
possédons, malheureusement, que très peu de don¬
nées, recueillies en novembre, décembre et mars. En
grande forêt naturelle ou remaniée, nous l’avons
observé entre 18 et 36 m, dans la voûte et les hauts
émergents : 10 contacts donnent une hauteur
moyenne de 26,2 ± 4,2 m. Dans les formations
secondaires nous l’avons rencontré entre 12 et 15 m
(3 contacts).
Bios musicus
Oiseau que l’on rencontre aux divers niveaux de
la végétation, depuis les arbrisseaux jusqu’aux
grands émergents (HA annuel = 13,20), il montre
cependant une très nette préférence pour la cou¬
ronne des plus hauts arbres. Sa fréquentation des
diverses couches de feuillages varie de manière
saisonnière (fig. 31). Pendant la grande saison
sèche, ce gobe-mouche est très localisé aux houp-
piers des grands arbres : 80 % des observations ont
été effectuées au-dessus de 30 m, dont 62,5 % entre
34 et 40 m. Durant la petite saison des pluies, s’il
fréquente toujours la cimes des émergents (42 %
au-dessus de 30 m dont 34 % entre 34 et 40 m), il
descend davantage dans la végétation sous-jacente
puisque 37 % des contacts concernent l’étagement
de 24 à 30 m et 13 % celui inférieur à 20 m. En
petite saison sèche, il accuse une remontée dans les
plus hauts niveaux de la végétation (52 % au-dessus
de 30 m dont 25 % entre 34 et 40 m) mais fréquente
encore les strates inférieures et médianes ; son
occupation verticale du milieu est ainsi très homo¬
gène entre 24 et 40 m, d’où un indice d’amplitude
maximum. En fait, la variation de niveau moyen
serait assez forte entre décembre et janvier (fig. 32).
Pendant la grande saison pluvieuse, la tendance à
une localisation dans les plus hauts arbres s’affirme :
64,5 % au-dessus de 30 m, dont 49,5 % entre 34 et
40 m.
Bâtis minima
La fig. 31 illustre son mode d’occupation verti¬
cale du milieu. Nous n’avons malheureusement pas
Source : MNHN, Paris
assez de données pour déceler une éventuelle varia¬
tion saisonnière. Nous remarquerons que seulement
14,3 % des observations concernent des hauteurs
supérieures à 30 m et que 57 % se localisent dans
les strates comprises entre 14 et 24 m (ha = 13,07).
Bâtis poensis
Nos données, trop réduites pour les petites
saisons des pluies et sèches, ne nous autorisent pas
à affirmer l’absence de variation saisonnière comme
le laisserait supposer l’analyse des hauteurs moyennes.
Nous attirerons l’attention sur la localisation de
cette espèce, par rapport à la précédente, dans les
niveaux les plus élevés de la végétation puisque
78 % des contacts ont été effectués à des hauteurs
supérieures à 30 m, dont 52,5 % entre 34 et 40 m,
dans les couronnes des grands arbres qui dominent
les zones cultivées (fig. 31, HA = 11,05).
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
107
Platysteira cyanea
Cette espèce ne monte pas dans les grands
émergents : les hauteurs préférentielles, auxquelles
se situent la moitié des observations, s’étagent entre
12 et 18 m (fig. 31, HA = 10,25). Nos données,
maigres entre septembre et janvier, ne justifient pas
de construire des histogrammes saisonniers. Toute¬
fois, l’occupation de l’étagement de la végétation
n’est pas constante au long de l’année. Ainsi, en
grande saison sèche, la hauteur moyenne est de
15,3m ( a = 4,47; N = 36) avec 61% des
observations entre 10 et 16 m et 11 % en-dessous.
En revanche, pendant la petite saison des pluies,
cette hauteur moyenne tombe à 11,3 m (<r = 5,08 ;
N = 17), 41 % des contacts étant localisés en-
dessous de 10 m, le reste entre 10 et 18 ni. En petite
saison sèche, la situation n’évolue guère : x =
12,3 m (a = 5,87 ; N = 16). Par contre, pendant la
grande saison pluvieuse, l’espèce réoccupe davan¬
tage les feuillages plus élevés : x = 15,4 m (a =
5,17 ; N = 39), fréquentant de manière beaucoup
plus homogène les divers niveaux végétaux.
Diaphorophyia caslanea
En forêt primaire, l’espèce fréquente toutes les
strates depuis les plus basses jusqu’à la voûte où
elle pénètre mais sans la dépasser pour atteindre les
émergents. Son indice d’amplitude d’occupation
verticale moyen (hà annuel = 11,30) indique
toutefois l'existence de zones préférentielles. De
fait, la variation saisonnière est bien prononcée
(fig. 32). En grande saison sèche, 80 % des observa¬
tions se situent au-dessus de 12 m, dont 52 % entre
12 et 20 m dans les couches supérieures du sous-
bois, le reste dans la voûte. Cette dernière est
pratiquement délaissée durant la petite saison plu¬
vieuse, l’oiseau se cantonne alors dans les parties
plus basses du sous-bois : seuls 35 % des contacts
concernent des hauteurs supérieures à 12 m et 78 %
se placent entre 4 et 16 m, dont 61 % entre 6 et
14 m. Pendant la petite saison sèche, le niveau
moyen accuse une remontée bien que l’espèce soit
toujours essentiellement localisée dans les parties
hautes du sous-bois : 66 % des observations au-
dessus de 12 m dont 49 % entre 12 et 18 m. Lors de
la grande saison des pluies, l’amplitude verticale est
maximale. Si l’oiseau fréquente à nouveau la voûte,
il occupe de préférence et de manière assez homo¬
gène les étages moyens et supérieurs du sous-bois :
73,5 % au-dessus de 12 m, 68 % entre 10 et 20 m.
La fig. 32 illustre la variation au cours de l’année de
la hauteur moyenne mensuelle : on y retrouve le
schéma décrit ci-dessus à partir de l’analyse saison¬
nière. Ayant beaucoup de données sur cette espèce,
nous avons cherché s’il existait des différences en
comparant, selon les années, les mois pour lesquels
notre matériel était suffisant. Le tableau XIX ne
met en évidence des variations statistiquement
significatives que pour les mois de décembre et
janvier, c’est-à-dire pendant la petite saison sèche
qui est, nous l’avons dit plus haut (cf. fig. 2), très
irrégulière d’une année à l’autre. En revanche, pour
les autres mois, la bonne concordance des résultats
conforte notre description de la fréquentation diffé¬
rentielle des étagements de végétation au long du
cycle annuel et atteste de la régularité du phéno¬
mène.
Dans les formations secondaires, l’espèce occupe
également une large gamme de niveaux végétaux
(HÂ annuel = 9,42). La variation saisonnière y est
aussi marquée (fig. 32). En grande saison sèche.
Tableau XIX. — Variation annuelle de la hauteur moyenne mensuelle de chasse de Diaphorophyia caslanea en forêt primaire.
X
Z du
U
0.0 2.86
3.4 5.06
5.9 4.85
974 15
975 38
977 60
1.44 N.S.
0.88 N.S.
974 75
975 39
977 39
1,25 N.S.
0.46 N.S.
972
973
4.32
4.33
972
976
4.23
4.22
N = effectif ; X = moyenne ; n = ccart-type. Les comparaisons ont été soumises au test U de Mann-whitncy : le degré de signification statistique
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
109
R» = 9.73
IN “217]
I
Fig. 32. — Occupation verticale du milieu : en haut. D. castanea (à gauche en forêt primaire, à droite dans les formations secondaires) ; en bas à
droite. D. tonsa ; en bas à gauche : variation mensuelle de la hauteur moyenne à laquelle évoluent B. musicus et les Diaphorophyia dans les formations
secondaires (graphiques de droite) et en forêt primaire (graphiques de gauche). Cf. aussi fig. 28.
Source : MNHN, Paris
110
CHRISTIAN ERARD
73,5 % des observations concernent les strates
supérieures à 6 m, 75 % se situant entre 4 et 12 m.
En revanche, pendant la petite saison des pluies,
l'occupation du milieu au-dessus de 6 m est mini¬
male (38 %), les trois quarts des contacts ayant été
effectués entre 2 et 8 m (75,5 %). Durant la petite
saison sèche, l’espèce fréquente toujours autant les
bas niveaux (39 % au-dessus de 6 m et 74 % entre 2
et 8 m) mais cette fois avec une préférence plus
marquée pour les hauteurs entre 2 et 4 m. Par la
suite, en grande saison pluvieuse, l'amplitude verti¬
cale devient maximale (78 % entre 2 et 12 m, 70 %
au-dessus de 6 m), l’oiseau réoccupant plus réguliè¬
rement les divers niveaux.
Diaphorophyia tonsa
Jumeau du précédent, cet oiseau qui habite lui
aussi la forêt primaire, fréquente en revanche
essentiellement la voûte et les émergent^ bien qu’il
descende à l’occasion dans le sous-bois (ha annuel =
10,33). En grande saison sèche (fig. 32), il demeure
confiné dans les niveaux supérieurs de l’étagement
forestier : 2 % seulement des contacts ont été
effectués en-dessous de 20 m. Il occupe un peu plus
la voûte continue que les émergents : 58 % entre 20
et 30 m contre 40 % au-dessus. Pendant la petite
saison des pluies, il semblerait descendre davantage
dans le sous-bois (8 observations sur 17 entre 14 et
20 m). Malheureusement, lors de nos séjours à cette
période de l'année nous n’étions pas encore bien
familiarisé avec lui, notamment avec ses vocalisa¬
tions qui permettent de le détecter. Durant la petite
saison sèche, il fréquente beaucoup plus nettement
la voûte forestière (63 % entre 20 et 30 m) que les
émergents (28 % au-dessus de 30 m) mais se montre
aussi dans le haut du sous-bois (9 % en-dessous de
20 m). Pendant la grande saison des pluies l’occupa¬
tion verticale du milieu reste sensiblement la même
bien que soit manifeste une tendance à délaisser les
émergents au profit du sous-bois : 13 % en-dessous
de 20 m, 67 % entre 20 et 30 m et 20 % au-dessus.
La fig. 32 donne les valeurs moyennes mensuelles
des hauteurs auxquelles se rencontre ce gobe-
mouche. Elle illustre clairement la nette séparation
entre castanea et tonsa dans leur occupation des
divers niveaux de l’étagement forestier.
Diaphorophyia blissetti chalybea
Oiseau des formations secondaires, il demeure
localisé dans les strates les plus basses de la
végétation (fig. 33) (HA annuel = 2,77). Bien que
faible, la variation saisonnière des niveaux fré¬
quentés est évidente. En grande saison sèche, si ce
gobe-mouche se tient essentiellement en-dessous de
2 m, 17% des observations concernent cependant
des hauteurs supérieures à 4 m. En revanche,
Fig. 33. — Occupation verticale du milieu
blisselii Chalybea -, en bas, D. concreia. Cf. aussi fig. 28.
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
durant les petites saisons pluvieuse et sèche, ce
dernier taux tombe à 5 et 6 % respectivement,
tandis que s’homogénéise l’occupation des niveaux
entre 0 et 4 m. Pendant la grande saison des pluies,
la situation se rapproche de celle de la grande
saison sèche : 12 % au-dessus de 4 m et fréquenta¬
tion préférentielle de la végétation entre 0 et 2 m.
La fig. 32 illustre l’occupation différentielle des
niveaux architecturaux qui sépare très nettement
cette espèce de castanea lorsqu’ils sont en contact.
Diaphorophyia concreta
Cette espèce de la grande forêt naturelle se
montre plutôt exclusive dans l’occupation verticale
du milieu : elle y est en effet localisée aux niveaux
les plus bas du sous-bois (ha annuel = 3,37). Si elle
fréquente préférentiellement pendant toute l’année
les strates inférieures à 4 m, surtout celles en-
dessous de 2 m, elle élargit considérablement son
amplitude verticale pendant la grande saison sèche
quand 39 % des observations se situent entre 4 et
20 m ; elle atteint alors la limite inférieure des
hautes frondaisons.
Sur la fig. 32 nous avons reporté les valeurs
moyennes mensuelles des hauteurs fréquentées pour
montrer comment se localisent distinctement dans
l’architecture forestière les trois Diaphorophyia qui
habitent les formations primaires. Nous revien¬
drons plus loin sur leurs interactions.
Erythrocercus mccalli
On peut le rencontrer à tous les niveaux
de l’étagement végétal dans la grande forêt (HA
annuel = 15,18). Sa distribution verticale se modifie
toutefois selon les saisons (fig. 34). En grande
saison sèche, il occupe tout le milieu (HA est
maximal) mais fréquente préférentiellement la voûte
et les émergents (76 % des observations au-dessus
de 20 m, dont 29 % au-dessus de 30 m). Durant la
petite saison des pluies, il prospecte davantage le
sous-bois (42 % en-dessous de 20 m, dont 11 % en-
dessous de 10 m), tout en se maintenant dans la
voûte (42 % entre 20 et 30 m) mais en délaissant les
émergents (16% au-dessus de 30 m). Pendant la
petite saison sèche, il se localise essentiellement
dans les frondaisons continues et les couches supé¬
rieures du sous-bois (82 % entre 10 et 30 m, dont
53 % entre 20 et 30 m). En grande saison des
pluies, sa répartition est intermédiaire entre celles
des deux saisons sèches (85 % entre 10 et 30 m,
mais 7,5 % au-dessus de 30 m et en-dessous de
10 m).
Elminia longicauda
L’espèce s’avère très généraliste dans la fréquen¬
tation verticale de son habitat (HA = 14,44). Elle
s’observe en effet à tous les niveaux depuis les bas
buissons jusque dans la couronne des émergents
dans les formations secondaires (fig. 34). On remar¬
quera toutefois une certaine préférence pour les
niveaux compris entre 14 et 22 m (44 % des obser¬
vations). Nos données ne nous permettent malheu¬
reusement pas d’analyser les variations saison¬
nières.
Trochocercus nigromitratus
Cet oiseau du sous-bois de la grande forêt est
strictement localisé dans les strates les plus basses
(HA = 1,70) puisque 79% des contacts ont été
établis à moins de 2 m de hauteur (fig. 34). En
grande saison sèche et petite saison des pluies, il
demeure très bas dans la végétation : les hauteurs
moyennes (et intervalles de confiance) sont respec¬
tivement de 1,25 ± 0,23 m (N = 22) et de
1,15 ± 0,41 m (N = 13). En revanche, durant la
petite saison sèche et la grande période des pluies
qui lui fait suite, il augmente l’amplitude verticale
de sa distribution : 2,04 ± 0,57 m (N = 19) et
1,71 ± 0,37 m (N = 18) respectivement.
Trochocercus nitens
Nous avons souligné plus haut combien cet
oiseau est lié aux fouillis végétaux, notamment aux
denses rideaux de lianes. Ceci explique qu'il se
rencontre à un grand nombre de niveaux.
En forêt primaire, il s'observe du sol jusque dans
la voûte (HA annuel = 10,07). Sa fréquentation
verticale varie cependant selon la saison (fig. 34).
Aussi, pendant la grande saison sèche, 66 % des
observations portent sur des hauteurs comprises
entre 14 et 20 m tandis qu’en petite saison des
pluies, la même proportion concerne les niveaux
entre 6 et 12 m. En petite saison sèche, il occupe de
manière assez homogène la végétation entre 6 et
18 m (80 % des contacts), alors qu’en grande saison
pluvieuse, l’amplitude de la répartition atteint son
maximum, bien que 7,5 % des données soient
localisées entre 10 et 20 m.
Dans les formations secondaires, moins élevées,
sa distribution sur l’échelle des hauteurs est tout
aussi étalée (HA annuel = 9,29) et variable au gré
des saisons (fig. 34). On remarquera les fortes
amplitudes, assez homogènes, lors des saisons sèches
et en grande période pluvieuse, qui contrastent avec
la très nette localisation à moins de 10 m de
hauteur pendant la petite saison des pluies.
Source : MNHN, Paris
E. longicauda
HS = 14.44
[N = 57]
Trochocercus nitens (2 a — e )
Source : MNHN, Paris
.aire, F-M-A-M
Trochocercus nitens 0 — I HA = 9.68
Source : MNHN, Paris
114
CHRISTIAN ERARD
Terpsiphone rufiventer
Cet oiseau, apparemment rarissime dans notre
région d’étude, ne fut rencontré que dans la partie
supérieure du sous-bois forestier, au même niveau
que T. batesi.
Durant notre séjour en août 1981 dans la réserve
de Lopé-Okanda, près de Booué, nous l’avons
observé entre 15 et 30 m de hauteur, se tenant de
préférence dans la partie supérieure du sous-bois et
dans la voûte. Il fréquentait exactement les mêmes
niveaux que ceux que nous avions relevés les jours
précédents, pour T. batesi , sur notre terrain d’étude
du plateau de M’Passa.
entre 4 et 18 m (79% des données), il tend à
remonter dans le haut du sous-bois et dans la voûte
(42% au-dessus de 14 m, dont 10% au-dessus
de 20 m). Durant la grande saison des pluies il
remonte encore : 71 % entre 10 et 20 m, 56 % au-
dessus de 14 m, dont 11 % au-dessus de 20 m.
La fig. 35 illustre les variations mensuelles au
long du cycle annuel. On remarquera la très bonne
concordance avec la courbe obtenue pour Diapho-
rophyia castanea. Comme pour cette dernière espèce,
les variations annuelles ne semblent pas significa¬
tives en dehors de la petite saison sèche (décembre-
janvier), ainsi qu’en témoignent les comparaisons
portant sur les mois pour lesquels nous disposons
de données suffisantes :
Terpsiphone viridis
Hôte des formations secondaires, il fréquente les
divers niveaux végétaux jusqu’à 20 m de hauteur,
ne se montrant_qu'occasionnellement dans les très
grands arbres (ha annuel = 8,11). Sa distribution
verticale fluctue selon les saisons ainsi que l’atteste
la fig. 35. Durant les grandes périodes sèche et
pluvieuse, l’amplitude est maximale et l’occupation
des strates entre 2 et 18m s’avère assez bien
homogène. L’oiseau chasse toutefois légèrement
plus en-dessous de 12 m pendant la seconde saison
que lors de la première : 77 % des observations
contre 66 %. En revanche, durant les petites saisons
des pluies et sèche, l’amplitude minimale traduit
une concentration dans les arbustes et sous-arbris-
seaux, à moins de 8 m de hauteur. Il apparaît
toutefois une différence de distribution : de sep¬
tembre à novembre, 81 % des contacts ont été
établis à moins de 6 m de hauteur, contre 69 % en
décembre et janvier.
Terpsiphone batesi
Dans la grande forêt, il est essentiellement un
oiseau du sous-bois mais il pénètre régulièrement
dans la voûte, plus rarement dans les émergents (HÂ
annuel = 11,20). Une saisonnalité marquée appa¬
raît dans sa fréquentation des divers niveaux végé¬
taux (fig. 35). Pendant la grande saison sèche, il se
tient principalement entre 10 et 22 m (71 % des
observations, dont 44% entre 14 et 20 m) : il
occupe de préférence la partie supérieure du sous-
bois et la voûte (65 % au-dessus de 14 m, dont
21 % au-dessus de 20 m). En revanche, durant la
petite saison des pluies, il se localise surtout entre 6
et 18 m (82% des contacts), avec une préférence
très marquée pour les strates basses et moyennes :
seulement 29 % au-dessus de 14 m, dont 3 % au-
dessus de 20 m. En petite saison sèche, s’il demeure
Décembre
973
975
977
Février
Mars
977
974
977
Effectif
18
22
21
48
2,85
5,33
7.5
4.9
5,21
4,62
5,34
Dans les vieilles formations secondaires, l’espèce
fréquente également une large gamme de hauteurs
(ha annuel = 9,61). En dépit de leur relative
faiblesse, les échantillons saisonniers révèlent une
variation au long du cycle annuel (fig. 35). Si la
distribution verticale est étalée durant les saisons
sèches (32,5 % entre 4 et 8 m et 25 % entre 10 et
14 m pendant la grande, 41 % entre 12 et 18 m
pendant la petite) et la grande saison des pluies
(60 % entre 8 et 16 m), la localisation préférentielle
pour ne pas dire exclusive, dans le bas du sous-bois,
est très prononcée durant la petite période de pluies
(85% entre 4 et 10 m), quand l’amplitude est
minimale.
Pour récapituler cette analyse de la localisation
verticale des diverses espèces de gobe-mouches,
nous avons dressé le tableau XX, en découpant
l’étagement végétal en classe de 10 m.
Dans la forêt primaire, où existent sans disconti¬
nuité, tous les niveaux de la végétation depuis les
herbacées jusqu’aux émergents, ce découpage per¬
met de séparer les oiseaux du sous-bois (plus de
70 % des observations en-dessous de 20 m), de ceux
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
de la voûte (plus de 70 % des contacts au-dessus de
20 m) et des « généralistes » qui fréquentent à peu
près autant le sous-bois que les frondaisons. Des
subdivisions peuvent être considérées. Dans le sous-
bois, il est possible de distinguer entre les espèces
inféodées aux strates inférieures ( > 70 % en-
dessous de 10 m), celles liées aux couches plus
hautes (> 70% au-dessus de 10 m) et celles sans
localisation définie. De même, on peut séparer les
espèces attachées à la voûte continue ( > 70 %
entre 20 et 30 m), ou aux émergents ( > 70 % au-
dessus de 30 m) et celles fréquentant aussi bien
l’une que les autres.
Cette classification s’applique également aux for¬
mations secondaires bien que, dans celles-ci, les
niveaux présentent des discontinuités dans leur
étagement, notamment quand nous considérons les
zones sous action humaine et les premiers stades de
la régénération forestière.
Dans les deux milieux, on note un nombre
relativement faible d’espèces fréquentant les émer¬
gents. Dans le primaire, pour les 14 espèces ana-
Source : MNHN, Paris
116
CHRISTIAN ERARD
Tableau XX. — Pourcentage d'occupation des principaux
niveaux de la végétation par les diverses espèces de gobe-
mouches.
10 m 10-20 m 20-30 m
N = Nombre de hauteurs relevées. En italiques les oiseaux de la forêt
lysées (nous n’avons pas tenu compte de Hyliota
violacea, Megabyas flammulatus et Terpsiphone rufi-
venter), nous en avons 13 entre 0 et 10 m, 13 entre
10 et 20 m, 11 entre 20 et 30 m et seulement 6 au-
dessus de 30 m. Dans le secondaire, pour les
18 espèces (sans Megabyas), nous en obtenons
respectivement 16, 17, 17 et 9 dans les diverses
classes de hauteur retenues.
L’examen du tableau XX, nous conduit à consi¬
dérer comme « généralistes » dans le primaire Mus-
cicapa olivascens, Myioparus griseigularis et Eryth-
rocercus mccalli, auxquels on pourrait peut-être
ajouter Megabyas. En fait le terme « généraliste »
est quelque peu abusif car ces espèces sont en
réalité localisées dans les parties hautes du sous-
bois et dans les frondaisons continues. Dans le
secondaire, si cette remarque s’applique à Bâtis
minima, en revanche, Muscicapa caerulescens et
Elminia longicauda occupent tous les niveaux végé¬
taux dont ils disposent.
Dans la grande forêt, sont des oiseaux fréquen¬
tant tout le sous-bois : Muscicapa sethsmithi, Sti-
zorhina fraseri, Diaphorophyia castanea, Trochocer-
cus nitens et Terpsiphone batesi (+ aussi T. rufi-
venter ?). En revanche, y sont localisés dans les
niveaux inférieurs : Muscicapa cassini, Fraseria
cinerascens, Diaphorophyia concreta et Trochocercus
nigromitratus ; aucune espèce n’apparaît confinée
dans le haut du sous-bois.
Dans le secondaire, où le degré de couverture des
ligneux est beaucoup plus homogène en-dessous de
20 m qu’au-dessus, nous trouvons toute une série
d’espèces associées à des hauteurs inférieures à
20 m, sans localisation précise : Muscicapa striata,
Fraseria ocreata, Stizorhina fraseri, Platysteira cya-
nea, Trochocercus nitens, Terpsiphone batesi et sans
doute aussi Megabyas flammulatus. Quatre espèces
y occupent toutefois très exclusivement les couches
les plus basses : Pedilorhynchus comitatus, Diapho¬
rophyia castanea, D. chalybea et Terpsiphone viridis
mais une autre est nettement liée aux strates plus
élevées : Muscicapa epulata.
Si maintenant nous considérons les hauts niveaux
de la végétation, nous constatons que, dans le
primaire, deux espèces seulement : Fraseria ocreata
et Diaphorophyia tonsa (auxquelles s’ajoute peut-
être Hyliota violacea) apparaissent liées à la voûte
et aux émergents sans qu’aucune soit plus nette¬
ment associée aux frondaisons continues ( tonsa en
accuserait toutefois une tendance) ou aux houp-
piers dispersés qui les dominent.
Dans le secondaire, quatre espèces s’avèrent
dépendantes des couronnes des très grands arbres :
Artomyias fuliginosa, Bios musicus, Myioparus plum-
beus et Bâtis poensis. Si les deux premiers ne
montrent qu’une tendance à une localisation pré¬
férentielle dans les plus hauts émergents, les deux
autres, en revanche, sont très nettement inféodés
aux houppiers de ces arbres.
Il est donc bien évident qu’à la séparation écolo¬
gique fondée sur la sélection du type d’habitat
(distinction entre forêt primaire et formations secon¬
daires ou entre les divers faciès de ces dernières)
s’en superpose une autre faisant intervenir la
dimension verticale du milieu. Pour mieux rendre
compte de cette ségrégation spatiale, nous avons
calculé les indices de recouvrement des spectres
d'occupation de l’étagement végétal d’après la
formule de Pianka (1973), en séparant les espèces
de la grande forêt (tableau XXI) de celles des
formations secondaires (tableau XXII), ceci pour
tenir compte de la différence de hauteur de la
végétation entre les deux milieux.
On remarquera que cette nouvelle dimension de
la niche écologique ne suffit pas, loin s’en faut, à
séparer toutes les espèces syntopiques. Néanmoins,
il est évident que les espèces congénériques ou
appartenant à des genres très voisins, présentent
dans l’ensemble de faibles indices de recouvrement.
Les forts indices sont principalement associés à des
paires d’espèces bien différentes au plan systéma-
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
117
Tableau XXI. — Indices de recouvrement des spectres d’occupation verticale du milieu des diverses espèces de gobe-mouches
n forêt primaire.
Mcas Msm Mol Mgr Sfr Foc Fci Dca Dto Dco Emc Tnig Tnit
0.3656 I
0.0143 0.3771 I
0.0316 0.5614 0.8983 1
0.2691 0.8071 0.7570 0.8587
SS KS SS SS
0.0715 0.7383 0.7271 0.8484
0.0014 0.1234 0.7757 0.6740
SS siï S:E SS SS SS SS
<U993 0,1310 I
SS SS SS .s
Pco 0.7589 0.4549 0.2827 I
Afu 0.3799 0.4180 0.5786 0.7820 0.1075 1
S f r 0.8307 0.7509 0,5102 0.0163 0,8122 0.3122 1
Foc 0.7971 0.7996 0.7024 0.1081 0.6844 0.4531 0.8202 I
Bmu 0.3049 0.0998 0.4491 0.8644 0.0750 0.8681 0.1041 0,2824 1
Bmi 0.5135 0.5230 0.5756 0.1838 0,1063 0.6019 0.3464 0.6498 0.4754 1
Bpo 0.1811 0.0525 0.3512 0.9004 0.0164 0.8594 0.0539 0.1689 0,9516 0.3576 1
Pcy 0.6265 0.8991 0.6681 0.0113 0.4417 0.4165 0.3684 0,7906 0,1247 0.5983 0.07
Dca 0.7085 0,5683 0,3791 0.0018 0.9442 0.1461 ~G7mT 0.0805 01701 0.0134 0,5609
Dch 0.6344 0,0847 0.03)4 0 0.5174 0.0079 0.6155 0.2027 0.0122 0.0079 0 0.0945 0
SSSiSS
0-0828 0-2582 0.0220 0,7160 0A408 0.5721
0.0714 0.1723 0.0178 0.5807 0.9370 0.4618 0.5127 0
tique et par conséquent morphologique, ce qui fait
penser à des différences dans l’utilisation horizon¬
tale du milieu (différences dans la localisation dans
l’architecture végétale, dans les modalités de recherche
de la nourriture, dans le régime alimentaire ou dans
la densité de population). C’est ce que nous allons
essayer de préciser dans les chapitres suivants.
Auparavant, nous voudrions souligner le remar¬
quable parallélisme de la variabilité saisonnière des
espèces dans leur localisation verticale. En forêt
primaire, la petite saison des pluies et dans une
moindre mesure, la petite saison sèche, voient les
spectres d’occupation verticale des diverses espèces
se contracter et se décentrer vers le bas : les oiseaux
des plus hauts niveaux se tiennent davantage dans
la voûte continue et ceux du sous-bois occupent
plus les étages inférieurs. Aux autres saisons,
notamment pendant la grande saison sèche, la
remontée est générale mais l’amplitude maximate.
Le même schéma s’observe dans les formations
secondaires. Manifestement nous assistons là à des
déplacements verticaux liés à une variation saison¬
nière de la distribution des ressources (en l’occu¬
rence de l’entomofaune), très probablement en
rapport avec les gradients microclimatiques fores¬
tiers. Cette constatation suggère que la forêt équa¬
toriale n’est pas un milieu aussi stable que le laisse
accroire une opinion générale qui a déjà pourtant
soulevé des critiques (May 1973, Goodman 1975,
Murdoch et Oaten 1975, Wolda 1978). Il est certain
qu’il faille tenir compte de cette variation saison¬
nière dans les calculs des coefficients de recouvre¬
ment des dimensions de la niche. C’est pourquoi, à
défaut de présenter des indices saisonniers, nous
avons essayé de réduire le biais introduit en utili¬
sant des distributions moyennes annuelles, pon¬
dérées comme nous l’avons précisé plus haut.
Source : MNHN, Paris
118
CHRISTIAN ERARD
3) L’occupation horizontale du milieu
Après avoir examiné les modalités de la ségréga¬
tion spatiale par sélection différentielle des types
d’habitat d’une part et des degrés de fréquentation
de l’étagement végétal d'autre part, il est logique de
prendre en considération le partage du biotope
dans sa dimension horizontale. Nous avons déjà
attiré l’attention, à propos de leur répartition dans
les divers biotopes, sur le fait que les espèces de
gobe-mouches se localisent différemment dans les
éléments architecturaux forestiers. Ce sont ces
différences que nous allons maintenant préciser en
décrivant les modalités spécifiques de la recherche
de la nourriture. Ceci nous permettra de voir en
quoi l’adjonction de cette nouvelle dimension éco¬
logique assure un meilleur partage des ressources.
La prise en compte de l’abondance des espèces
introduira un autre facteur de pondération dans
l’analyse de la répartition spatiale qui débouchera
sur le problème des divergences dans les régimes
alimentaires.
a) Modalités de la recherche de la nourriture
Muscicapa striata
C’est le comportement de chasse de cette espèce
qui a donné lieu à l’image traditionnelle du gobe-
mouche, répandue par les observateurs européens :
celle d’un oiseau à l’affût sur un perchoir dégagé
qu’il quitte brusquement pour capturer en vol un
insecte qui passe, et où il revient aussitôt (voir les
très vivantes descriptions qu’en font Delamain,
1952 et Géroudet, 1957).
L’oiseau exploite, en Europe, essentiellement
l’espace aérien : 52,4 % des observations en Grande
Bretagne, selon Edington et Edington (1972) ;
64.7 % en Finlande, d’après Alatalo et Alatalo
(1979). Les proies sont happées au vol, dans un
claquement de bec, après une poursuite au cours de
laquelle l’oiseau effectue quelques acrobaties sur
l’aile, à quelques mètres du perchoir (branche
morte, rameau feuillu saillant dans une trouée de la
végétation, ou tout autre support dégagé, situé à
proximité des feuillages autour desquels circulent
les insectes). Toutefois, les proies sont également
capturées au sol (23,3 % en Grande Bretagne,
17.8 % en Finlande), toujours depuis un poste
d’affût relativement fixe d’où l'oiseau plonge d’un
vol direct. Une autre localisation des activités de
chasse concerne les feuillages où le gobe-mouche,
toujours selon la même tèchnique, capture ses
proies sous les feuilles ou, plus rarement, sur
l’écorce des branches et des troncs (25,2 % en
Grande Bretagne ; 17,5 % en Finlande). Les proies
peuvent être saisies posées mais le plus souvent elles
le sont en vol, à leur arrivée ou leur départ, ou
encore après que l’oiseau les ait débusquées par un
mouvement d’aile contre leur support. D’une manière
générale le Gobe-mouche gris chasse à courte
distance du perchoir : les proies sont localisées de
quelques décimètres à 2-3 mètres. Ce perchoir
demeure relativement constant quand l’oiseau
exploite l’espace aérien ou le sol, mais il varie en
revanche beaucoup lorsque l’oiseau s’alimente dans
les feuillages des arbres, se tenant dans le bas du
houppier lorsque les branchages sont serrés, ou
dans la partie centrale lorsqu’ils sont clairs (obser¬
vations personnelles).
Au Gabon, nous l’avons vu chasser comme en
Europe (cf. aussi Fraser, 1983, pour l’Afrique du
Sud), bien qu’il nous ait paru beaucoup plus aérien,
recherchant sa nourriture à la périphérie des feuil¬
lages (rarement dedans) et cela en bordure de zones
très dégagées. En revanche, sa fréquentation de la
proximité des habitations (où on le voit se percher
sur les fils électriques et ceux pour étendre le linge)
et des cultures très ouvertes, l’amène souvent à
chasser au sol. Nous avons ainsi observé un
individu qui exploitait régulièrement chaque matin,
se comportant alors presque comme un Rouge-
gorge Erithacus rubecula, les nombreux insectes
attirés pendant la nuit par les lumières des bâti¬
ments du laboratoire. Il capturait ses proies en
voletant contre les façades ou les ramassait en
sautillant sur le dallage sous les auvents où il se
faisait houspiller par Motacilla aguimp. À propos
des relations agonistiques interspécifiques, mention¬
nons l’observation d’un individu qui, le 16 octobre
1973, chassant des fourmis ailées depuis un pétiole
sec de feuille de parasolier à 1,30 m de hauteur,
s’est fait agresser à plusieurs reprises par un mâle
Terpsiphone viridis qui chassait lui aussi de la même
manière. Le Terpsiphone l’a même attaqué une fois
en chantant. Le Gobe-mouche gris a finalement dû
céder la place et se retirer hors de la vue de son
adversaire. Il ne put revenir qu’une demi-heure plus
tard, après que le Terpsiphone eût délaissé les lieux
pour rejoindre son emplacement de nuitée. Préci¬
sons encore à ce propos que M. striata chasse
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
119
généralement jusque très tard dans la soirée, ne
cessant ses activités pratiquement qu’à la nuit noire.
Ceci est d’ailleurs particulièrement net aux moments
des passages ou avant des départs en migration.
Muscicapa cassini
Nous avons déjà insisté sur la localisation exclu¬
sive de cet oiseau au bord de l’eau. La présence de
feuillages luxuriants lui semble indispensable bien
qu’il n’y pénètre jamais, demeurant toujours à leur
voisinage ou à leur périphérie ou dans les espaces
libres sous-jacents où il capture des proies mobiles.
Il ne s’attaque en effet qu’exceptionnellement à des
proies posées, sauf s’il peut les mettrfe en mouve¬
ment. Il est ainsi rare de le voir s’élancer et saisir un
insecte posé sur ou sous une feuille ou exécuter de
courts vols sur place devant les feuillages pour
becqueter de la nourriture sur ceux-ci, sur les tiges
ou sur les détritus amassés par les crues ou encore
dans les toiles des araignées sociales. Il lui arrive
aussi de capturer des proies au sol comme nous
l’avons observé une fois au débarcadère de M’Passa :
alors que son partenaire chassait classiquement un
peu plus loin, un mâle, perché sur une petite
branche dominant des pirogues amarrées, tel un
Rouge-gorge ( Erithacus ) ou un Rouge-queue ( Phoeni-
curus), se laissait tomber sur les insectes (essentielle¬
ment des mouches et de petites abeilles) qui se
posaient sur le fond des barques et sur le sol, attirés
par des restes de fruits épars. Son mode classique
de recherche de la nourriture est celui du chasseur
aérien : toujours à l’affût sur un perchoir dégagé
d’où il s’élance à la poursuite des proies qui passent
à sa portée, en général à moins de 6 m de lui
(cf. fig. 36). Il n’est toutefois pas exceptionnel de le
voir capturer des insectes (notamment des papil¬
lons) à des distances plus grandes, qui n’excèdent
cependant jamais 20 m. Son vol de chasse est direct,
battu, entrecoupé de crochets sur l’aile et de
louvoiements, et exige une grande manœuvrabilité
lors de la poursuite des proies bien que celle-ci soit
généralement brève : manifestement l’oiseau ne
peut pas tenir un vol papillonnant sur de grands
parcours.
Les perchoirs sont fort variés. Ce sont en général
des petits rochers exondés, des branches dégagées
ou des arceaux de lianes qui pendent sous les
feuillages retombant au-dessus du bord de la
rivière, des moignons de troncs ou de branchages
morts émergeant de l’eau ou abattus sur la rive. Ces
postes d’affût sont placés à proximité et en contre¬
bas des zones de feuillages denses ou du moins pas
loin des berges boisées.
Habitant le bord de l’eau, il est normal que ses
Fio. 36. — Parcours lypique de Muscicapa cassini lors d'une aclion de chasse. L'oiseau est à 1.80 m au-dessus de l'eau. Les déplacements sont
matérialisés dans le plan vertical (à gauche) et dans le plan horizontal (à droite). Les croix indiquent les captures d'insectes.
Source : MNHN, Paris
120
CHRISTIAN ERARD
hauteurs de chasse fluctuent au cours des saisons en
fonction du niveau d'eau. Si l'on tient compte de la
variation de celui-ci (cf. fig. 4), il apparaît qu'en fait
l'oiseau exploite toujours la périphérie des mêmes
couches de feuillages et sensiblement le même
niveau aérien tout au long de son cycle annuel. Les
faibles hauteurs relevées pendant la petite saison
des pluies viennent de ce qu’alors les crues atteignent
leur développement maximum et sont bien plus
importantes que celles de la grande période plu¬
vieuse. Autrement dit, tout au long de l’année,
l'espèce n'exploite que la bordure inférieure de la
végétation riveraine ou les vides du sous-bois de la
forêt inondable. Dans l’ensemble c’est un oiseau
mobile, qui ne reste guère pendant de longues
périodes dans les mêmes secteurs (changements
fréquents de perchoirs, déplacements amples le long
de la rive), sauf pour nicher.
Précisons que les proies peuvent être ingérées en
vol, les plus grosses sont ordinairement tuées sur un
support (rocher ou branche) et désailées. L’oiseau
les frappe ou les râcle par de brusques mouvements
latéraux et saccadés de la tête ou par piochage
direct. Nous ne l’avons jamais observé se servir de
ses pattes pour les maintenir. Ces remarques s’appli¬
quent à l’ensemble des Muscicapinés étudiés.
Muscicapa sethsmithi
Chasseur aérien strict, il a besoin d’espaces libres.
Nous avons déjà souligné combien il affectionne
particulièrement les chablis, les grosses trouées dans
les feuillages et les sous-bois clairs.
Cet oiseau peut passer des heures, voire même
parfois des journées, dans le même secteur de
quelques dizaines de mètres carrés d’où il chasse
depuis un petit nombre de perchoirs traditionnels.
Les proies sont repérées depuis un poste d’affût
et capturées en vol. L'oiseau décrit ainsi une
boucle, d’un vol papillonnant mais rapide, le plus
souvent ascendant, suivi d’un retour au perchoir
par une chute en feuille morte ou par des glissés
entrecoupés de rapides et brefs battements d’ailes ;
ceci lorsque les insectes passent près de lui, à moins
de 5 m du perchoir. Pour dp plus grandes distances,
le vol est en revanche plus direct, alternant de
courtes glissades, des planés et des battements avec
une rapide montée, un brusque crochet et bascule¬
ment sur l’aile lors de la capture, suivie d’une
virevolte et d’un retour direct au perchoir.
Sur la fig. 37 nous donnons deux exemples de
spectres des distances auxquelles sont capturées les
proies. Le premier (fig. 37 A) représente la situation
classique de l’oiseau chassant dans une «microclai¬
rière » où le poste d’affût occupe une position
centrale. Le second (fig. 37 B) illustre le cas d’un
oiseau dans le sous-bois forestier, utilisant au mieux
les lignes de trouées des feuillages.
Pour préciser davantage la technique de chasse
employée, la fig. 37 C et la fig. 37 D situent dans le
plan vertical les vols de chasse de la fig. 37 B.
Il apparaît ainsi que l’oiseau n’effectue, sur les
61 observés, que 16 % de vols horizontaux, contre
31 % descendants et surtout 53 % ascendants. On
remarquera, d’après les profils de la fig. 37 D que
seul le trajet vers la proie est effectué en vol battu
(pour les proies situées au même niveau ou plus
haut que le perchoir), le retour au poste d’affût
utilise le plané ou la glissade, c’est-à-dire un vol
profitant au mieux des forces de résistance de l’air
et réduisant la dépense énergétique musculaire
(cf. Pennycuick 1975). Pour les proies capturées en
contrebas du perchoir, c’est l’inverse qui se produit,
l’oiseau cherche à minimiser la pente et la longueur
de la remontée en bol battu vers le perchoir.
Il est très rare, pour ne pas dire exceptionnel, de
voir M. sethsmithi faire du vol sur place pour
« cueillir » une proie posée sur ou sous une feuille.
Les quelques fois où nous avons observé ce com¬
portement, il s’agissait d’oiseaux n’ayant pas été
assez rapides et habiles pour capturer l’insecte
qu’ils poursuivaient. Nous ne l’avons jamais vu
chasser dans les feuillages.
Les postes d’affût sont de formes et de dimen¬
sions très variables. Ils peuvent être de fins rameaux,
généralement secs mais parfois feuillus, ou des tiges
de lianes de petit diamètre aussi bien que d’épaisses
branches dégagées, des arceaux de grosses tiges de
lianes, des sommets de « chandelles », troncs cassés,
pourris ou en décomposition, encore sur pied.
Manifestement la taille importe peu, seul compte le
fait que le perchoir soit horizontal, ou du moins
peu incliné, ou offre une surface portante plane et
qu’il assure une bonne surveillance de l’espace libre.
Il est le plus souvent placé en position excentrique
dans la trouée végétale, ce qui permet au chasseur
d’exploiter également la proximité des feuillages.
Remarquons ici qu’en grande saison sèche, l’espèce
chasse beaucoup plus souvent au voisinage immé¬
diat des feuillages qu’aux autres saisons. Pour
illustrer combien le perchoir n’est pas localisé au
hasard, nous relaterons l’observation effectuée le
8 mars 1974 en fin d’après-midi. Une femelle
sethsmithi qui nourrit un jeune hors du nid chasse à
4 m de hauteur depuis l’anse d’une grosse liane. Les
oiseaux sont au-dessus d’une nappe de fourmis
autour de laquelle est actif un groupement plu-
rispécifique d’insectivores. Au passage de la ronde,
les gobe-mouches sont évincés une première fois
par un Bleda syndactyla puis par un Andropadus
latirostris qui, tous deux utilisent pendant une
vingtaine de secondes ce perchoir comme poste de
surveillance. Les sethsmithi suivent eux aussi les
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
121
Source : MNHN, Paris
122
CHRISTIAN ERARD
fourmis qui progressent lentement. Une heure plus
tard, les magnans ayant cessé leur chasse, les gobe-
mouches montent alors dans une trouée de végéta¬
tion à 20 m de hauteur, toujours sur un arceau de
liane. Ils sont rejoints par un mâle Terpsiphone
balesi qui se perche à côté d'eux et chasse pendant
20 minutes, à la manière d'un gobe-mouche typique
mais en rasant les feuillages des extrémités des
branches alors que sethsmithi oriente ses vols vers la
lumière de là trouée.
Muscicapa epulala
Son mode de chasse rappelle celui de sethsmithi.
Il s'agit toutefois d’un oiseau nettement plus mobile.
S’il peut effectivement rester un certain temps au
même endroit, dans une zone de petite surface, ce
n’est cependant jamais pour des périodes aussi
longues que celles de son congénère. De plus, en un
point donné, il change fréquemment de perchoir.
S’il exploite les vides de la végétation, en particulier
les grosses trouées dans les couches de feuillages
(espaces séparant les couronnes des arbres et arbustes
contigus), il n’hésite pas à pénétrer dans ces
feuillages, notamment lorsqu’ils sont clairs comme
par exemple ceux des Mimosacées, ligneux relative¬
ment fréquents dans les biotopes habités par l’espèce.
Lorsqu’il capture sur l’aile des proies en mouve¬
ment dans une gapime de distances identique à celle
de sethsmithi, son vol est tout à fait comparable à
celui de sethsmithi. En revanche, il pratique bien
davantage que ce dernier, la « cueillette » d’insectes
posés sur ou sous des feuilles, ou qu’il débusque en
volant contre les feuillages. En somme, son mode
de chasse rappelle beaucoup plus celui de Musci¬
capa striata. Les insectes posés sont piqués du bec
alors que l’oiseau vole sur place, ou happés directe¬
ment après une montée rapide suivie d’un brusque
freinage et d’un basculement latéral du corps.
Les perchoirs utilisés pour la chasse à l’affût sont
en majorité constitués par des extrémités de fines
branchettes mortes, plus rarement de rameaux
feuillus, saillant hors de la masse des feuillages.
Lorsque l’oiseau chasse sous ou dans les houppiers
des arbres, il se perche alors très fréquemment sur
les branches maîtresses et de là s’élance sur les
proies qui circulent dans les espaces vides ou qui se
posent sur les feuilles de la partie distale des
branches, d’où la nécessité d’une grande manœu¬
vrabilité et d’une bonne sustentation lors de vols à
petite vitesse.
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
La fig. 38 représente, sous une forme schéma¬
tisée, les localisations successives des postes d’affût
lors d’une séquence de chasse. On y remarquera la
proximité toujours immédiate des feuillages, la
prépondérance des sites permettant l’exploitation
de l’entomofaune circulant entre les couronnes des
arbres, la pénétration des houppiers, ainsi que la
forte mobilité du chasseur.
Muscicapa olivascens
Le mode de chasse de cet oiseau ressemble
beaucoup à celui du Gobe-mouche gris paléarc-
tique. C’est ainsi qu’il se livre à la classique
poursuite des insectes circulant dans les trouées de
la végétation, depuis des postes d’affût horizontaux
(rameaux feuillus, branchettes mortes, arceaux de
lianes, ou branches maîtresses dégagées) situés en
bordure des larges espaces libres qui séparent les
couronnes des arbres ou qui s’intercalent entre les
couches des feuillages. Il se comporte alors comme
un Muscicapa typique, revenant à son perchoir
après une capture de proie à des distances variant
de quelques décimètres à une douzaine de mètres
(surtout entre 3 et 6 m). Cependant, ses vols de
chasse sont nettement moins orientés vers la lumière
des trouées que vers la périphérie des feuillages qui
limitent ces dernières. Il y capture ses proies dans
un brusque crochet sur l’aile mais il n’est pas rare
de le voir effectuer un court vol sur place pour saisir
la proie qu’il a détectée alors qu’elle se posait ou
parce qu’elle bougeait. Dans la majorité des cas,
l’oiseau change de perchoir entre deux actions de
chasse.
En plus de son exploitation des larges espaces
libres, cette espèce pénètre très fréquemment dans
les feuillages. Le chasseur se tient alors dans les
basses branches des frondaisons mis aussi dans la
partie centrale du houppier, notamment dans le
tiers proximal des branches maîtresses. De là, il
s’élance, par des vols obliques, entre 30 et 60° par
rapport à l’horizontale, plus souvent ascendants
que plongeants, pour capturer les insectes tout
contre les feuillages périphériques, voire même sur
les feuilles ou les écorces des branches, dans le tiers
distal des ramures. Cette chasse à l’intérieur des
couronnes des arbres s’accompagne de très fré¬
quents changements de perchoir. Il est ainsi courant
de voir cet oiseau (souvent même les partenaires du
couple) circuler activement et rapidement dans les
feuillages d’un arbre, volant en tous sens, puis se
poster sous ces feuillages ou dans la partie centrale
du houppier et se livrer à une chasse active dirigée
depuis ces nouvelles localisations vers les zones
qu’il a manifestement perturbées auparavant. Tout
se passe donc comme si cette espèce « agitait le
123
milieu » pour mieux repérer ses proies et augmenter
l’efficacité de sa chasse.
Nous avons également observé à plusieurs reprises
olivascens capturant des insectes pris dans les toiles
d’araignées, notamment celles des araignées sociales.
Nous avons même une fois vu une femelle demeurer
pendant une bonne demi-heure près de l’une de ces
colonies et y picorer, soit en voletant sur place, soit
perchée sur une branchette, des petits insectes ailés
qui s’y piégeaient mais apparemment pas les arai¬
gnées. Nous mentionnons encore avoir, en une
occasion, observé un individu qui chassait à 5 m de
hauteur et qui poursuivit, dans une chute en feuille
morte, un petit papillon qu’il finit par ramasser au
sol où il le piqua du bec après quelques courts
sautillements, mais ne l’avala qu’après être remonté
dans la végétation.
Pour terminer, nous insisterons sur la grande
mobilité de ce gobe-mouche comparativement à
ceux dont nous venons de parler. Il s’agit en effet
d’un oiseau en constant déplacement : tant vertica¬
lement qu’horizontalement. Il ne reste jamais plus
de cinq minutes dans la même zone, d’où sa grande
difficulté d’observation. Il nous est arrivé à maintes
reprises de suivre cet oiseau sur des distances de 100
à 150 m en moins d’un quart d'heure et de le perdre
ensuite, après qu’il se soit éloigné, dans un long vol
rapide, dans les strates claires, sous la voûte
forestière.
Muscicapa caerulescens
Cet oiseau est, dans les formations ligneuses
secondaires, l’équivalent écologique de M. olivas¬
cens. Il est, comme ce dernier, très mobile dans ses
cantonnements de chasse et plastique quant à ses
modalités de capture des insectes.
Dans les zones où la couverture arborée est
suffisamment continue pour conférer au milieu une
physionomie « forestière », ce gobe-mouche exploite
les grands espaces libres, sans néanmoins se can¬
tonner particulièrement dans les clairières. Il y
chasse alors classiquement à l’affût depuis un
perchoir ou plutôt une série de postes de guet,
allant capturer ses proies sur l’aile contre ou sous
les feuillages, à des distances de 2 à 6 m en
moyenne. Comme olivascens, il n’est pas rare du
tout de le voir voleter sur place devant un bouquet
de feuilles pour y saisir une proie posée. Toujours
comme olivascens, il pénètre très volontiers dans les
couronnes claires, ce qui est d’ailleurs la règle
lorsqu’il fréquente les grands arbres dispersés au
milieu des cultures. Il s’y tient alors dans le tiers
proximal ou médian des branches maîtresses (c’est-
à-dire dans la partie ouverte du houppier), sur
lesquelles il se déplace en sautillant, et d'où il
Source : MNHN, Paris
124
CHRISTIAN ERARD
capture par des vols obliques, tant ascendants que
plongeants, les insectes qui s’agitent autour ou sur
les feuillages périphériques. 11 circule néanmoins
davantage qu 'olivascens dans les parties distales des
branches où, notamment dans les Mimosacées ou
les essences à feuillages clairs, il se comporte même
à l'occasion comme un Phylloscopus, sautillant sur
les rameaux et allant cueillir des chenilles, voire
même des baies. On l'y voit toutefois plus volon¬
tiers qui évolue dans les frondaisons et capture dans
une pirouette ou une poursuite louvoyante les
insectes qu’il débusque en volant contre les feuilles,
mais toujours dans les feuillages clairs ou du moins
les ramures non serrées où il peut aisément se
déplacer.
Myioparus griseigularis
Alors que les précédentes chassent, ou plutôt
guettent leurs proies, dans une station érigée (corps
maintenu presque vertical, généralement un peu
incliné ou voûté vers l’avant, queue dans le même
axe ou déprimée), cette espèce adopte, pour recher¬
cher sa nourriture, une posture horizontale (cf.
fig. 39). Il s’agit en effet d’un prospecteur des
feuillages, non pas d'un chasseur aérien. Oiseau très
mobile, il parcourt les branches latérales des arbres
et arbustes, empruntant les ponts de végétation (en
l’occurence, les feuillages des rideaux de lianes)
pour passer d’un arbre à l’autre. Aussi, en forêt, ses
circuits, dépendant de la continuité de la végéta¬
tion, sont-ils très sinueux tant horizontalement que
dans le plan vertical. Il franchit les espaces libres ou
du moins très clairs en allant, de perchoir en
perchoir, dans une attitude de gobe-mouche vrai.
Avant de pénétrer dans les feuillages, il prend une
posture oblique (fig. 40 A) puis abaisse les pointes
des ailes en les décollant légèrement du corps en
même temps qu’il relève l’arrière-train et, redressant
les rectrices quelque peu déployées, les « tortille »
spasmodiquement d’un côté à l’autre tandis que le
corps bascule vers l’avant dans une position hori¬
zontale (fig. 40 B). Parfois même, l’oiseau adopte
une attitude beaucoup plus penchée vers l’avant, les
rectrices plus largement étalées et ramenées au-
dessus du dos et toujours animées de lents batte¬
ments saccadés latéraux (fig. 40 C). Une fois dans
les feuillages, il y circule en sautant d’un support à
l’autre ou sur une même branche. Il pivote d’un
côté à l’autre tout en ouvrant à demi et en
refermant rapidement et spasmodiquement les ailes.
Les rectrices sont en même temps rythmiquement
déployées et repliées, tout en étant balancées à la
fois latéralement et d’avant en arrière (fig. 40 D, E).
Son mode de chasse ressemble donc beaucoup à
celui d’un Sylviiné qui circulerait rapidement dans
les rameaux feuillus en les balayant avec ses
rectrices relevées et légèrement étalées, et qui alter¬
nerait séquences de chasse et courtes pauses en
station érigée. Nous l’avons observé qui s’attardait
parfois dans des paquets de feuilles vertes en
s'accrochant aux pétioles comme un Parus et qui
picorait les limbes. Généralement les proies sont
saisies par un becquetage rapide, corps tenu en
extension depuis le perchoir ; cependant, elles peu¬
vent aussi être poursuivies dans une brève chute en
feuille morte. Il arrive aussi fréquemment que
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
125
Fig. 40. — Postures de chasse de Myioparus : A. B. C : précédant un bond en avant dans les feuillages ; D et E : durant la prospection des feuillages
(D : vue latérale. E : vue dorsale). Les flèches indiquent les mouvements des ailes et des rectrices (voir texte).
l’oiseau volète dans des plages de feuillages denses
en vibrant des ailes. le vrombissement produit
alors, sans être particulièrement intense, n’en est
pas moins audible à quelques mètres. D’une manière
générale, griseigularis explore les tiers distaux des
branches latérales inférieures et moyennes des arbres
et arbrisseaux, évitant les paquets de lianes feuillues
qui pendent, les feuillages situés près des troncs
ainsi que la partie supérieure des houppiers.
Nous mentionnerons l’observation d’un cas de
relation compétitive entre M. griseigularis et Dia-
phorophyia castanea, autre fouilleur de feuillages
(voir plus loin). Pendant quinze minutes, un mâle
de chaque espèce exploitait le même rideau de
lianes : griseigularis dans les feuillages, castanea sur
la face externe de ceux-ci. À chaque fois que la
second s’approchait du premier, celui-ci adoptait
une posture de menace avec simulacre de morsure.
A un moment donné, le griseigularis déroba au
castanea la chenille qu’il venait de capturer en la lui
retirant littéralement du bec. Le castanea céda la
place en émettant quelques grognements gutturaux
de combat tout en redressant ses caroncules supra-
ophtalmiques puis, à distance, quelques cris d’espa¬
cement. Chacun poursuivit sa chasse en maintenant
ses distances.
Myioparus plumbeus
Cette espèce est l’équivalent de la précédente
dans les formations secondaires. Les modes de
chasse que nous avons décrits pour griseigularis
s’appliquent également à elle, de même que la
localisation exclusive dans les feuillages des arbres.
Liée à des milieux très ouverts, elle exploite davan¬
tage les houppiers qu’elle fouille systématiquement
sur toute leur étendue. Elle apparaît également plus
mobile que sa congénère, en raison de sa fréquenta¬
tion exclusive des hauts niveaux de la végétation
arborée et du caractère très discontinu de la voûte
dans les milieux qu’elle habite. Lors de la chasse,
l’éventail des rectrices est plus large que chez
griseigularis et le balayage latéral plus important,
en raison notamment de la plus grande longueur de
ces plumes et de leur plus net étagement. En outre.
Source : MNHN, Paris
126
CHRISTIAN ERARD
ces mouvements et l'étalement des rectrices mettent
en évidence les larges bordures blanches des côtés
de la queue. Nos observations s'accordent bien aux
notes fragmentaires que vient de publier Fraser
(1983).
Pedilorhynchus comitalus
Ce gobe-mouche est un chasseur essentiellement
aérien, depuis un poste d'affût où il se tient dans
une posture dressée (cf. silhouette de la fig. 6). Les
proies sont capturées en vol à des distances variant
de 1 à 15 m (en moyenne 4-5 m), happées soit
directement à l’issue d'un vol direct, soit lors d’une
manœuvre sur l'aile, et ce avec un claquement sec
de bec, très audible de près. Il n’est toutefois pas
rare du tout de voir l’oiseau effectuer, en bout de
course, un vol sur place pour saisir une proie posée
sur ou sous une feuille. Occasionnellement, surtout
quand il chasse dans un abattis ou un brûlis récent,
il peut même, par des vols plongeants, capturer des
proies au sol.
Lorsque l'oiseau chasse dans des zones très
ouvertes (défrichements et jeunes plantations vivriè¬
res), ses perchoirs sont constitués par les branchages
morts abattus et les hautes souches laissées sur
place. Dans les milieux plus denses (notamment
dans les plantations plus âgées), il s’installe princi¬
palement sur des postes d'affût horizontaux ou
faiblement inclinés qui lui assurent une bonne
surveillance des vides qui séparent les couches
végétales ou les trouées qui parsèment ces dernières.
Il choisit ainsi des branchettes mortes, rarement de
fins rameaux feuillus, qui dépassent des feuillages
des buissons et arbustes et qui s’avancent dans les
trouées, ou encore des branches basses des houp-
piers des arbres et arbrisseaux qui lui permettent,
placé dans le tiers proximal le mieux dégagé, de
chasser librement sous les frondaisons et au-dessus
des couches inférieures de la végétation.
L’espèce est très mobile. S’il arrive qu’on
l’observe demeurant dans le même secteur restreint
pendant une demi-heure, il est rare qu’elle y soit
cantonnée à un perchoir fixe. Pour illustrer cette
mobilité et le mode d’exploitation du milieu, nous
avons schématisé sur la fig. 41 trois séquences de
chasse d’un individu qui fréquentait une vieille
plantation près du village d’Ebieng. Nous avons, en
effet, passé une journée complète, du lever du soleil
à son coucher, à surveiller un nid de Stizorhina
fraseri. De notre poste d’observation nous pou¬
vions voir la zone de terrain (250 m 2 ) dessinée sur la
fig. 41. Le P. comitalus y est venu à 7 reprises,
totalisant 54 minutes (5 à 14 mn chaque fois). Pour
les trois séquences de chasse où nous avons localisé
ses perchoirs, notons qu’il en a utilisé 11 dont 1 à
4 reprises, 2 à 3 et 1 à 2. C’est-à-dire que bien que
l'oiseau ait une forte tendance à changer de poste
d’affût, notamment entre deux captures de proies
successives, il possède quelques perchoirs favoris,
en l’occurence ceux qui lui permettent de chasser
entre deux nappes de feuillages assez rapprochées.
On remarquera également qu’il chasse principale¬
ment dans les zones ombragées. C’est ainsi que cet
oiseau d’Ebieng, n’a jamais été vu venir dans la
trouée en bordure de la foret de marigot voisine où
un couple de M. sethsmithi nourrissait alors active¬
ment des jeunes au nid. Il est également, à ce
propos, symptomatique que l’individu observé (le
seul !) au plateau de M'Passa et qui chassait depuis
des tiges de lianes basses au-dessus des pousses
serrées du sous-bois, céda la place à M. sethsmithi
quand de forts rais de lumière éclairèrent l’endroit
et alla se poster plus haut, sous des voûtes de
feuillages, pour finalement disparaître en suivant
une ronde d’insectivores.
Artomyias fuliginosa
Nous le considérons comme un chasseur aérien
strict : nous ne l’avons jamais observé capturant ses
proies autrement qu’en vol, même au voisinage des
feuillages.
Son poste d’affût est toujours placé bien en
évidence : extrémité d’une branche morte au som¬
met d’un arbre isolé feuillu ou non, tige dénudée de
liane saillant hors d’une couronne végétale, voire
des fils électriques. De là, dans une posture dressée,
typique de gobe-mouche, il surveille les grands
espaces vides avoisinants qui dominent les zones
cultivées ou en jeune régénérescence ou, dans les
milieux un peu plus fermés, qui surmontent les
voûtes continues de la végétation arbustive ou qui
trouent largement les couches arborescentes. De ce
perchoir, il s’élance à la poursuite d’insectes volants
qui passent à des distances généralement comprises
entre 3 et 15 m, mais parfois jusqu’à 45 m ! Il décrit
ainsi une large boucle qui le ramène à son point de
départ, d’un vol papillonnant qui évooue, de loin,
celui d’une Hirondelle (notamment les Ptyono-
progne et Psalidoprocne) : une montée rapide en vol
battu suivie de brusques crochets, de virevoltes et
de glissades. Souvent, surtout chez les mâles, la
phase ascendante du vol rappelle celle de la procla¬
mation territoriale d’une Alouette Alauda arvensis
(Alaudidé) ou même parfois celle de la parade
nuptiale aérienne de Serinus canaria (Fringillidé) :
manifestement, comme nous le préciserons plus
loin, ces vols de chasse ont parfois une autre
signification au niveau de la vie sociale des indivi¬
dus. Très fréquemment aussi, plusieurs proies sont
capturées lors du même vol sur un parcours total
Source : MNHN, Paris
Fig. 41. — Séquences de chasse de Pedilorhynchus comitatus. o = poste d'affût ; x = capture de proie. A : 11 h 30-40 ; B : 12 h 45-50 ; C : 14 h 55-
15 h 00.
Source : MNHN, Paris
128
CHRISTIAN ERARD
elliptique de 100-120 m, ce qui contribue encore à
accroître la ressemblance avec une hirondelle.
Si dans la grande majorité des cas les oiseaux
exploitent les espaces aériens lors de leur chasse, il
leur arrive cependant de venir circuler tout près des
denses frondaisons des émergents, avec des vols
louvoyants et papillonnants, entrecoupés de sta¬
tions sur des perchoirs dégagés. Jamais nous ne les
y avons vus se livrer à des vols sur place pour saisir
des proies posées : toutes sont capturées sur l’aile. Il
arrive aussi à Artomyias de se tenir dans les
couronnes des plus hauts arbres. Il se poste alors
dans la partie médiane des grosses branches maî¬
tresses inférieures et de là chasse dans la partie
centrale, dégagée, du houppier, sous les feuillages,
revenant très souvent au même perchoir.
Nous mentionnerons avoir observé le 4 mars 1975
cette espèce houspillant à plusieurs reprises des
Pouillots fitis Phylloscopus trochilus (Sylviinés palé-
arctiques) qui voletaient hors des branches latérales
d’un grand arbre, en lisière de défrichement, pour
capturer des termites ailés.
Stizorhina fraseri
Le comportement de chasse de cet oiseau est bien
celui d’un gobe-mouche. Il se tient à l’affût immo¬
bile ou, dans les phases d’excitation, animé de
pivotements latéraux saccadés de faible amplitude.
Les perchoirs sont fort variables. Ce sont générale¬
ment des arceaux de grosses tiges de lianes qui
pendent, en s’entremêlant, mais jamais en entrelacs
très serrés ou très denses, près des troncs et sous les
voûtes de feuillages, notamment quand de grandes
quantités de feuilles mortes se sont amassées dans
les branches ou dans les nappes et rideaux de lianes
qui passent d’une frondaison à l’autre. L'oiseau se
poste aussi assez fréquemment sur les grosses
branches maîtresses inférieures des arbres et des
arbustes, se tenant dans la partie proximale, c’est-à-
dire proche de l’axe central du houppier, où
existent de bons espaces libres. Il se met aussi sur
les nombreux moignons de branches cassées, les
grosses nodosités ou les énormes boursouflures
riches en épiphytes qui font saillie le long des troncs
des grands arbres de la voûte et des émergents. Il se
place aussi au sommet des chandelles, des vieilles
souches et même sur les troncs pourris couchés qui
parsèment le sous-bois. Bien que ne négligeant pas
les perchoirs horizontaux, pour sa chasse, il montre
toutefois une certaine prédilection pour les supports
obliques qui font un angle de 30 à 50° par rapport à
l’horizontale et il affectionne particulièrement ceux
de gros diamètre (au moins 2 cm, mais générale¬
ment 8 à 10 pour les lianes).
La posture d’affût peut être soit dressée, ou au
moins oblique si le perchoir est horizontal, soit
horizontale si celui-ci est oblique (fig. 42). De ces
postes de guet, l’oiseau exploite la surface ou le
voisinage immédiat des troncs, des bifurcations de
branches maîtresses et des tiges de lianes (37,4 %),
les feuillages (36,8 %), les trouées qui séparent les
zones de végétation (18,2 %) ou le sol (7,6 %). Les
pourcentages cités ont été établis à partir de
171 « première action de chasse » notées lors de la
prise de contact avec l’oiseau au cours de l’année
(nous n’avons pas trouvé de variation saisonnière).
Lorsque l’oiseau chasse sur les troncs ou sur les
tiges et ce dans les sous-bois clairs, il se tient alors
le plus souvent sur un perchoir oblique (branche ou
liane, parfois le tronc lui-même) d’où, pour cap¬
turer une proie qui circule sur l’écorce ou qui s’y
pose, il s’élance d’un vol direct, plongeant, suivi
d’un redressement et freinage ailes et rectrices
largement déployées. L’insecte (très souvent une
grosse fourmi) est happé dans un brusque claque¬
ment de bec dans une projection montante de la
tête. À plusieurs reprises, quand nous pouvions voir
correctement ce que faisait réellement l’oiseau, nous
avons observé qu’il ouvrait de-ci de-là les galeries
de terre des termites qui courent sur les écorces,
surtout dans les endroits où ces conduits s’anastomo¬
sent, puis qu’il capturait les insectes ainsi dérangés
qui s'affairaient à la réfection des brèches. Une fois,
il s’accrocha au tronc pour piquer ainsi rapidement
du bec les termites tout en claquant des mandi¬
bules. Le manège attira une femelle de Campethera
nivosa, Picidé, qui le houspilla et prit sa place mais,
après quelques picotages, s’éloigna, ce pic man¬
geant normalement des fourmis.
L’exploitation des feuillages, essentiellement de
ceux qui s'étalent en bout de branche, se fait depuis
un poste d’affût situé sur une branche maîtresse
inférieure ou même parfois au cœur du houppier
mais le plus souvent depuis un perchoir placé en
contrebas des branchages : liane ou moignon de
branche ou sommet de chandelle... De là, l’oiseau
va capturer des proies mobiles tout contre les
feuilles, souvent même posées sur ou sous elles,
faisant alors un bref vol sur place ou plutôt un
rapide freinage en crochet, ailes et queue déployées.
Il arrive toutefois que l’oiseau sautille dans les
branchages, progressant par petits bonds vers leur
extrémité, tel un Pycnonotidé ( Phyllastrephus ou
Andropadus) et saisisse des insectes — et même des
petits fruits — par extension et projection du corps
vers l’avant. Fréquemment, quand il se joint aux
bandes de chasse plurispécifiques d’insectivores, il
tire profit des dérangements d’insectes provoqués
par d’autres espèces fouillant plus méthodiquement
les feuillages. Ce qui l’amène à l’occasion à hous¬
piller Fraseria ocreata ou Terpsiphone batesi mais,
en revanche, à se faire évincer par Neocossyphus
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
129
rufus lorsqu’il suit les nappes de fourmis magnans.
Les chasses, dirons-nous plus typiquement gobe-
mouche, c’est-à-dire en vol dans les espaces aériens,
n’ont lieu ni dans les grosses trouées de la voûte, ni
dans les grandes strates vides de végétation, ni dans
les chablis. La pratique de la chasse en vol
s’effectue en fait toujours sous les frondaisons, à un
mètre ou deux sous les nappes de feuillages ou sous
les denses rideaux de lianes, depuis les mêmes
perchoirs qui servent à l’exploitation des surfaces
des troncs et des tiges. Il est d’ailleurs rare de voir
Stizorhina revenir au même perchoir pour plus de 3
ou 4 actions de chasse. En outre, il est apparem¬
ment plutôt malhabile à la poursuite des proies
mobiles : tout au plus quelques descentes en feuille
morte ou papillonnantes mais jamais de vols soute¬
nus et à haute manœuvrabilité comme chez les vrais
chasseurs aériens.
La chasse au sol, dans des endroits dégagés, est
ordinairement pratiquée depuis un perchoir situé
entre 1 et 3 m de hauteur et qui peut être une
souche, un tronc mort encore sur pied ou couché,
une basse branche d'arbuste ou un arceau de liane.
Ce mode de chasse rappelle alors beaucoup celui
d’autres gobe-mouches essentiellement savanicoles
comme les Bradornis ou les Melaenornis. Cepen¬
dant, notamment lorsqu’il capture des termites
Macrotermes ou les insectes attirés par des fruits
tombés au sol naturellement ou après action humaine
(par exemple près des enclos expérimentaux de
M'Passa), il arrive qu’il chasse alors en sautillant
par terre, happant les insectes qui coure-.t au sol ou
sur les fruits ou, en sautant vivement, ceux qui
volètent alentour. Nous n’avons jamais observé
Stizorhina qui picorait au sol en retournant la litière
comme le font les vrais Turdinés.
D’une manière générale, les proies sont capturées
entre 2 et 8 m du perchoir, parfois moins ou plus,
jusqu’à une quinzaine de mètres. La fig. 42 illustre
une séquence de chasse d’un individu et montre la
localisation préférentielle autour des troncs et au
voisinage des feuillages en même temps qu’elle
souligne la modalité de l’utilisation du milieu,
notamment la grande mobilité dans la dimension
verticale.
Source : MNHN, Paris
130
CHRISTIAN ERARD
Fraseria ocreata
Tant dans la grande forêt que dans les forma¬
tions secondaires, c'est un oiseau des houppiers des
arbres et des arbustes, ainsi que des nappes de
lianes feuillues qui s’étalent entre ceux-ci. Il s’inté¬
resse aussi au sommet des vieux troncs vermoulus
où croissent des fouillis de mousses et d’épiphytes.
Il exploite essentiellement les branchages où on le
voit circuler le long des tiges très inclinées et sur les
grosses branches maîtresses, surtout si elles sont
encombrées de mousses, de lichens et de touffes
luxuriantes d’épiphytes. Il s’y meut comme un
Dryoscopus, Laniidé Malaconotiné, dans une pos¬
ture soit oblique (cf. A de la fig. 43) soit, le plus
souvent horizontale (fig. 43 F). On le voit ainsi
sautiller ou courir par bonds allongés et rapides
(postures I, A, E ou D de la fig. 43) sur les
branches, pivotant sans cesse d’un côté à l’autre et
allant saisir une proie posée sur l’écorce, ou bien
fouillant un amas de mousses ou de lichens, ou
encore pénétrant dans une touffe d’épiphytes dont il
prospecte les larges limbes et retourne la surface des
paquets de feuilles mortes qui s’y sont entassés.
Généralement, il circule ainsi sur les branches pour
pénétrer d’un bond dans les grosses touffes de
feuillages denses : il relève alors les rectrices en les
entrouvrant et les agitant rythmiquement d’un côté
à l’autre par un tortillement de croupion très
caractéristique, tous les mouvements étant décom¬
posés. Ce faisant, les ailes peuvent être tenues soit
légèrement tombantes, soit abaissées et arquées à
demi-déployées (fig. 43 B, C, D). L’entrée dans la
touffe de feuillages peut aussi se faire dans une
posture allongée où les ailes sont redressées et à
demi-ouvertes (fig. 43 E), à l’issue d’une course
rapide sur la branche ou dans un bond. Dans les
feuillages, Fraseria ocreata reste cependant dans
l’intérieur des couronnes, ne s’aventurant guère,
pour ne pas dire qu’occasionnellement, dans les
extrémités des rameaux : manifestement, il évite les
supports flexibles ou de diamètre trop faible. Il
paraît en effet éviter totalement les perchoirs infé¬
rieurs à 1 cm de diamètre, c’est-à-dire ceux sur
lesquels ses déplacements par sautillement sont
impossibles. Tant qu’il peut ainsi progresser en
sautillant, il capture ses proies en les piquant du bec
soit par piochage direct, soit par extension du
corps. Quand il ne le peut plus, il saute alors dans
les feuillages voisins, à son niveau ou au-dessus,
dans une attitude oblique (fig. 43 A) ou très
redressée (fig. 43 H). Il effectue alors soit un bond
ailes fermées ou entrouvertes à quelques décimètres,
soit un court vol plané ou battu mais jamais à
grande distance (au plus 2 m) pour aller prendre
une proie sur ou sous une feuille ou contre une tige.
C'est ainsi que, dans les formations secondaires, il
court sur les branches et les pétioles des parasoliers
pour capturer en sautant des insectes sous les
folioles. On ne le. voit que rarement faire du vol sur
place ou poursuivre, dans une descente en feuille
morte, une proie qui lui a échappé. Affectionnant
beaucoup les chenilles, il sait très bien les trouver
dans les feuilles vertes qu’elles ont enroulées en
cornet pour leur nymphose : il déroule ces cornets
avec dextérité, ne les dilacérant pas comme le fait,
par exemple, Malimbus nitens, Plocéidé.
Si l’espèce exploite avant tout les écorces et les
feuillages de la partie interne des couronnes, où elle
fait montre d’une grande mobilité (les oiseaux ne
restent que rarement sur place) et se déplace
essentiellement en sautillant, il lui arrive de des¬
cendre au sol où elle sautille dans une attitude
horizontale (fig. 43 I) qui évoque davantage celle
des Turdinés que celle des Muscicapinés qui, par
terre, conservent leurs postures redressées. Toute¬
fois, l’exploitation du sol n’est qu’exceptionnelle :
nous ne l’avons observée que trois fois, pour des
oiseaux autour d’une nappe de chasse de fourmis.
Généralement, lorsqu’ils suivent les magnans (beau¬
coup plus dans le secondaire que dans la grande
forêt), les F. ocreata restent au-dessus d’elles, dans
la végétation.
À l'instar de la plupart des oiseaux de notre zone
d’étude, F. ocreata chasse activement les sexués
ailés des termites et des fourmis lors des essaimages.
Bien que peu courante, la chasse aérienne n’est
toutefois pas uniquement pratiquée dans ces cir¬
constances. On peut l’observer lors de séquences au
cours desquelles l’oiseau exploite les parties cen¬
trales claires des houppiers des émergents. Les
insectes volants sont alors capturés dans les espaces
libres sous les feuillages, depuis la partie basale des
grosses branches maîtresses ou des arceaux d’épaisses
tiges de lianes. L’oiseau se comporte alors comme
un vrai gobe-mouche, du moins dans sa posture
d’affût (fig. 43 G). La technique de capture est
toutefois quelque peu différente, manifestement
l’oiseau ne possède pas les remarquables aptitudes
de vol et notamment les facultés de manœuvre des
vrais chasseurs aériens. La proie, au vol malhabile,
est saisie entre 2 et 6 m de là, à la suite d'un vol
battu ascendant, dans un rapide arrêt au cours
duquel l’oiseau referme les ailes et se laisse ensuite
tomber en relevant haut la tête, cambrant le dos
puis rejoint son perchoir — ou un autre — dans
une longue glissade entrecoupée de battements
d’ailes. Manifestement aussi, le bec de l’oiseau n’est
pas adapté à happer des proies mobiles.
La fig. 43 schématise la localisation de l’espèce
lors de sa recherche de nourriture. Nous y avons
fait figurer celle de Stizorhina fraseri : des relations
agonistiques ont été observées, fraseri repoussant
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
131
Fie. 43. — Postures de chasse de Fraseria ocreala (voir texte).
Source : MNHN, Paris
132
CHRISTIAN ERARD
ocreata qui exploitait des revêtements de mousses et
des touffes d’épiphytes sur un tronc et descendait
dans des lacis de grosses lianes.
Fraseria cinerascens
Nous avons déjà insisté sur la localisation précise
de cette espèce au bord de l’eau où elle fréquente les
niveaux les plus bas de l’étagement végétal. En
réalité, ce confinement à la berge des rivières et des
gros marigots se relâche un peu durant la grande
saison sèche quand l’oiseau s’écarte des rives tout
en continuant cependant à les fréquenter. C’est
ainsi qu’il se rencontre sur toute la surface des îles
et, ailleurs, s’avance plus profondément dans la
forêt de terre ferme, sans toutefois quitter le
voisinage des cours d’eau.
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
133
Ses modalités de recherche de la nourriture sont
assez variées. Nous pouvons les classer en quatre
grands types : l’affût (67,1 %), la prospection des
troncs et des tiges et de leur cortège d’épiphytes,
mousses... (17,1 %), les déplacements dans les feuil¬
lages (9,2 %) et enfin l’exploitation du sol (6,6 %).
Ces pourcentages ont été obtenus à partir de
l’observation précise de la première action de
chasse lors de 76 prises de contact avec l’oiseau non
dérangé. Ce faible nombre de données s’explique
par le caractère très farouche (déjà souligné par
Brosset 1971) de cette espèce qui, alertée, monte
aussitôt dans le sous-bois et, très méfiante, ne
reprend pas facilement ses activités.
Par son port et même sa silhouette rondelette, cet
oiseau évoque beaucoup, pour un observateur
européen, le Rouge-gorge Erithacus rubecula, Tur-
nidé. Cependant, comme le soulignent les pourcen¬
tages mentionnés plus haut, son comportement de
chasse est dans l’ensemble celui d’un Muscicapiné,
intermédiaire toutefois entre ceux des Bradornis ou
des Melaenornis qui capturent beaucoup de proies
au sol et ceux des Muscicapa, plus nettement
aériens.
La chasse à l’affût est pratiquée depuis un
perchoir bien dégagé et de fort diamètre (plusieurs
cm) : un arceau de grosse tige de liane pendant sous
les feuillages, une branche maîtresse basse d’un
arbre ou d’un arbrisseau, ou une vieille souche, ou
un tronc cassé encore sur pied. Ces postes sont
toujours situés dans la pénombre, dans des endroits
très ombragés, à proximité immédiate, générale¬
ment un peu en-dessous, des zones de feuillages
serrés. Ils s’observent notamment sous les voûtes
sombres constituées par les épais rideaux de lianes
qui se mêlent aux feuillages denses des branches
latérales des arbres de la berge qui retombent en
s’avançant bien au-dessus de l’eau et dont les
extrémités et les parties les plus basses sont encom¬
brées de débris végétaux divers amassés là par les
crues. Sur ces perchoirs, l’oiseau se tient dans une
posture redressée mais généralement plus oblique
que celle des Muscicapa, en fait la variabilité es!
assez grande (fig. 44, voir aussi les attitudes
Source : MNHN, Paris
134
CHRISTIAN ERARD
d 'ocreata A et G de la fig. 43). De là. 1 oiseau
s'élance pour capturer une proie en déplacement
dans les espaces libres sous ou entre les feuillages
mais le plus souvent posée sur ces derniers ou
contre un tronc ou sur une tige. Très fréquemment
la proie est saisie sans que l'oiseau marque de
temps d’arrêt bien net, il n'hésite toutefois pas à
voler sur place si besoin est.
Les déplacements dans les feuillages consistent en
sautillements sur les branches et dans les rameaux,
entrecoupés de plongées ou montées sur l’aile,
parfois de virevoltes ou de crochets. Manifeste¬
ment, dans la plupart des cas l’oiseau perturbe ainsi
le milieu et de fait, après une de ces séquences
agitées, il se place en contrebas de la zone ainsi
parcourue et se livre alors à la chasse à l'affût
habituelle. Néanmoins, le parcours dans les feuil¬
lages peut très bien se faire sans être pour cela une
technique pour déranger les insectes qui y sont
posés. L’oiseau se déplaçant comme un Dryoscopus,
y « cueille » ses aliments (arthropodes divers mais
aussi, à l'occasion, des fruits) soit depuis son
perchoir, soit à l’issue de bonds ou de courts vols.
Nous l'avons occasionnellement observé capturant
des insectes pris dans des toiles d’araignées en
voletant sur place.
Un autre aspect de la recherche de nourriture
concerne l’exploitation ou plutôt la prospection des
fûts et des branchages vermoulus, pourrissants,
couverts d’épiphytes, de mousses et de lichens,
abattus dans les lits des marigots ou le long de la
berge des cours d’eau, ou encore l’exploration des
systèmes radiculaires très enchevêtrés des arbres de
la forêt inondable, ou la localisation sur les écorces
des troncs et des grosses branches maîtresses s’avan¬
çant au-dessus de l'eau... Fraseria cinerascens y
circule en sautillant plus ou moins rapidement. Il
picore de-ci de-là des proies posées mais effectue
aussi de brusques envols pour capturer à courte
distance (souvent vers le haut) des proies mobiles
dans les espaces libres ou qu’il a repérées sur les
écorces ou sur les matelas de mousses et de lichens.
La chasse au sol est relativement peu fréquente :
toujours effectuée depuis un perchoir bas (0,4 à
1 m), tronc ou grosse branche abattus, vieille
souche, tige sinueuse d’une liane... L’oiseau plonge
sur la proie au sol. Il chasse ainsi dans des zones
récemment exondées ou au voisinage de fruits
tombés (par exemple de ceux d 'Irvingia gabonensis,
de Panda oleosa ou de Mammea africana ) qui
attirent les insectes. Nous ne l’avons personnellement
jamais observé retournant la litière ou extrayant
des vers de terre. Brosset (1971) signale pourtant
avoir vu cet oiseau capturer des vers sur les sols
vaseux de la forêt inondable, vers qui étaient
ensuite donnés aux jeunes encore au nid. S’agissait-
il d’un comportement individuel et fortuit? Nous
mentionnerons cependant avoir constaté une fois
un adulte apportant à ses jeunes un ver rouge, mais
qui nous sembla avoir été pris en surface, au pied
d’une vieille souche vermoulue et couverte de
mousse plutôt qu’après piochage comme le font les
vrais Turdinés.
Nous ferons également état ici des comporte¬
ments agressifs de Fraseria cinerascens à l’égard
d’autres espèces en train de s’alimenter, comporte¬
ments ne faisant apparemment pas intervenir la
territorialité ou la défense des abords du nid. C’est
ainsi que nous avons observé à plusieurs reprises
cet oiseau houspillant Ispidina picta, Alcédinidé, qui
chassait à l’affût, Cyanomitra olivacea, Nectari-
niidé, qui poursuivait des insectes en voletant hors
des feuillages et Terpsiphone batesi qui effectuait ses
vols plongeants sous les branchages. Dans ce
dernier cas, un oiseau fut même vu poursuivre le
Terpsiphone en le serrant de près et lui donner des
coups de bec tout en le forçant à s’éloigner sur la
terre ferme, au-delà de la rive. Ces cas d’agressivité
interspécifique suggèrent que cinerascens évincerait
plutôt les oiseaux qui chassent comme lui que des
espèces particulières. C’est effectivement ce qu’il¬
lustre l’observation suivante. Un Andropadus lati-
rostris, Pycnonotidé, qui circulait dans les feuillages
des arbustes au-dessus de l’eau et au voisinage d’un
F. cinerascens était absolument ignoré par ce der¬
nier tant qu’il sautillait dans les rameaux feuillus
des extrémités des branches. Mais, dès qu’il se lança
dans un vol sinueux, à la poursuite d'un papillon, le
Fraseria le houspilla violemment et ne le laissa
tranquille que lorsqu’il eut regagné les feuillages.
En revanche, nous considérons comme des
marques de territorialité interspécifique les attaques
répétées et très vives de cinerascens à l’égard de
Fraseria ocreata quand celui-ci abaisse sa hauteur
de chasse dans une zone occupée par celui-là.
Chaque fois que nous avons vu ocreata descendre
dans les branchages inférieurs des arbres du bord
de l’eau en présence de cinerascens, il a été immé¬
diatement agressé et repoussé vers les strates supé¬
rieures. De la même manière, cinerascens repousse
violemment (chants, poursuites en vol, harcèlement
et becquetage) Muscicapa cassini quand celui-ci
s’aventure à venir chasser sous les voûtes de
feuillages où il se tient : cassini est alors systémati¬
quement repoussé vers la face externe des feuillages
(côté eau), dans les trouées ou du moins dans les
zones très éclairées (fig. 44).
Hyliota violacea
Nous avons déjà insisté sur sa fréquentation des
plus hauts niveaux de l’architecture forestière, du
moins d’après le peu d’observations que nous avons
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
135
pu faire. L'espèce est très mobile et rapide dans ses
déplacements. Il s’agit typiquement d'un explorateur
des feuillages périphériques des arbres. L’oiseau
circule dans les branches latérales des houppiers,
notamment dans les tiers distaux, les plus feuillus.
Il saute de rameau en rameau et ce avec une très
grande vivacité, visitant toute la périphérie des
couronnes des émergents et des plus hauts arbres de
la voûte s’attachant plus particulièrement à la
prospection des extrémités des branches. La recherche
des proies s’effectue dans une posture horizontale
au cours de déplacements rapides dans la végéta¬
tion claire, oblique (avec les rectrices dans le
prolongement du corps) dans les feuillages serrés.
Les proies sont saisies (piquées du bec) sous les
limbes soit, cas le plus fréquent, par une vive
extension et projection du corps, l’oiseau ne quit¬
tant pas son perchoir, soit par un saut allongé
horizontal ou ascendant, plus rarement plongeant
au terme duquel la proie est capturée sans arrêt
marqué ou dans un très court vol sur place. La
poursuite en vol d’une proie nous a semblé rare.
Dans sa prospection des feuillages, l’oiseau pivote
très fréquemment d’un côté à l’autre et sa fréquen¬
tation des extrémités des branches l’amène souvent
à s’avancer dans le bout des rameaux flexibles pour
picorer la face supérieure des feuilles dans des
postures inclinées vers le bas, mais nous ne l'avons
pas vu y adopter des attitudes acrobatiques de
Mésanges ou de Pouillots. En somme, son compor¬
tement de chasse évoque bien celui des Sylviinés
mais il faut toutefois remarquer que les sauts vers le
haut et sous les feuilles, bien qu’à très courte
distance, ne manquent pas de rappeler ceux des
Platysteirinés. Nous n’avons pas observé de mouve¬
ments particuliers des ailes autre que de légers
décollements des pointes durant les progressions
rapides, accompagnés de quelques mouvements
latéraux des rectrices non déployées.
Megabyas flammulatus
Nos observations de cette espèce demeurent
fragmentaires. Cet oiseau nous a paru très mobile,
se déplaçant d’un grand arbre à un autre par un vol
soutenu assez rectiligne et rapide, battu mais entre¬
coupé de brèves glissades. Lors des phases de
battements accélérés mais saccadés des ailes, celles-
ci donnent lieu à un vrombissement rythmique.
Pour rechercher sa nourriture, l’oiseau demeure
dans les couronnes des arbres ou du moins à leur
voisinage immédiat. La posture est dressée (cf. fig. 7)
et les rectrices, fermées, sont très souvent, parfois
même continuellement, animées d’un lent balance¬
ment latéral. Le chasseur se place le plus fréquem¬
ment dans le tiers médian des branches latérales.
presque toujours sur de gros supports, dans la
moitié inférieure du houppier. De là, il surveille les
feuillages par des inclinaisons de la tête sur le côté
et s’élance à quelques mètres, généralement dans un
vol plongeant, voire horizontal mais plus rarement
ascendant, et va cueillir une proie sous les feuilles
en faisant un court vol sur place ou, parfois, dans
un rapide crochet sur l’aile. Il ne revient qu’occasion-
nellement au même perchoir. Nous l’avons vu aussi
circuler dans les branchages en sautillant et y
poursuivre dans des vols papillonnants, voire dans
des chutes en feuille morte, des insectes à l’intérieur
des feuillages. Nous l’avons également observé sur
de grosses branches mortes en bordure de chablis
allant picorer des proies sur les feuillages externes
des couronnes des arbres, à des distances d’une
douzaine de mètres en moyenne, mais atteignant
20 m à l’occasion.
Bias musicus
Cet oiseau exploite lui aussi les feuillages, se
localisant sur le pourtour des couronnes des arbres,
notamment des émergents, et des arbustes mais
s’intéresse aussi aux grands rideaux de lianes qui
poussent dans les formations secondaires. Il importe
toutefois de préciser qu’il ne pénètre pas dans ces
feuillages : il se tient constamment à leur périphérie.
Les proies sont recueillies sur les feuilles externes ou
sur les inflorescences. On soulignera ici la prédilec¬
tion que montre cette espèce pour la végétation en
fleurs (notamment les Harungana, très abondants
dans les formations secondaires), sans que toutefois
sa localisation y soit exclusive.
La recherche de la nourriture procède du mode
de chasse à l’affût mais sans poste fixe. L’oiseau se
perche, dans une attitude redressée mais oblique,
parfois même avec le dos voûté et la tête tenue
horizontalement mais projetée vers l'avant et ani¬
mée de lents mouvements latéraux (fig. 45 A, C, D).
Lorsqu’il surveille des feuillages situés en contre¬
bas, il adopte très souvent une posture horizontale
mais bossue, tout en bougeant régulièrement l’avant
du corps d’un côté à l’autre (fig. 45 B). Les
perchoirs sont presque toujours, constitués par les
extrémités flexibles des rameaux feuillus, parfois
par des fines tiges de lianes qui dépassent légère¬
ment des feuillages ou plutôt qui serpentent à leur
surface car, contrairement aux chasseurs aériens,
cet oiseau ne se poste pas sur les supports très durs
et dégagés qui ne lui permettent pas une vue rasante
des feuillages. Sur les parasoliers, il est ainsi rare,
pour ne pas dire exceptionnel de le voir se poser sur
le pétioles ou sur les branches, il se met de
préférence au sommet des feuilles, au point de
flexion des folioles. Les proies sont capturées
Source : MNHN, Paris
136
CHRISTIAN ERARD
posées, ou juste à leur arrivée ou à leur départ ;
manifestement l’oiseau répugne à les poursuivre sur
de longues distances, sans doute parce que son vol
papillonnant, en raison des ailes très larges et
arrondies à leur extrémité, ne l’y prédispose pas. En
revanche, il est particulièrement habile à les happer
dans des virevoltes et des crochets louvoyants sur
de courtes distances (2 à 4 m du perchoir). D’une
manière générale, il se place en position dominante
par rapport aux touffes de feuillages surveillées et,
de là, plonge en papillonnant ou en planant en
chute libre, tout en se maintenant très près des
feuilles ou des fleurs, et en effectuant des boucles. Il
capture sur l’aile ou en voletant rapidement et
brièvement sur place, les proies ainsi dérangées et
repérées. On le voit aussi évoluer en papillonnant et
serpenter tout en remontant le long des nappes de
feuillages, principalement le long des grands rideaux
de lianes qui pendent sur la périphérie des cou¬
ronnes et happer ainsi des insectes au passage, sans
se poser, sauf s’il s’agit d’une grosse proie nécessi¬
tant d’être frappée sur un support pour être tuée ou
désailée. Nous ne l’avons vu qu’occasionnellement,
lors d’essaimages de termites, se comporter comme
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
137
un gobe-mouche typique : depuis un poste d’affût
fixe capturer des insectes en vol à quelques mètres
de là, mais toujours en papillonnant et décrivant
des spirales ou des boucles.
La fig. 45 E schématise une séquence de chasse
active, pendant 1 h, dans les branches latérales de la
couronne d’un émergent : l’exploitation exclusive
de la face externe des feuillages périphériques y est
évidente. On remarquera également la grande mobi¬
lité de l’oiseau (dans le cas précis il ne s’agissait pas
d’un arbre en fleurs), la fréquence des vols plon¬
geants et la sinuosité des déplacements, rappelons-
le tous effectués en vol papillonnant.
Bâtis minima
Oiseau des strates moyennes et supérieures des
formations secondaires âgées, il est strictement
localisé aux feuillages périphériques des couronnes
des arbres et arbustes. Il affectionne particulière¬
ment, pour ne pas dire exclusivement, les essences à
petites feuilles, aux branchages relativement clairs.
Il montre ainsi, comme B. poensis du reste, un
attrait très vif pour les Mimosacées, relativement
abondantes d’ailleurs dans les milieux remaniés par
l’homme. Il se localise dans les tiers ou trois quarts
distaux des branches, où il se déplace en sautant de
rameau en rameau, toujours dans les feuillages
clairs. Il montre cependant une nette propension à
fouiller ou plutôt surveiller plus activement les
extrémités des branches où il exploite l’entomo-
faune qui fréquente les fleurs et les feuillages
terminaux. On le voit ainsi y chasser par bonds à
courte distance (de quelques décimètres à 1,5 m au
plus), ou par courts vols circulaires, allant capturer
ses proies sur ou sous les feuilles les plus externes
soit directement sans marquer de temps d’arrêt, soit
en voletant sur place pendant un court instant. On
peut aussi l’observer se mettant sur des extrémités
effeuillées de fins rameaux latéraux et capturant sur
l’aile, en volant contre les feuillages ou les inflores¬
cences les insectes, qui s’y posent ou qu’il dérange.
Chaque action de chasse est toujours suivie d’un
changement de perchoir. Ses mouvements de chasse
sont essentiellement ascendants ou horizontaux,
rarement plongeants. Les attitudes sont érigées
(fig. 7). L’oiseau est donc typiquement un prospec¬
teur de feuillages, non pas un chasseur à l’affût bien
qu’il puisse le devenir à l’occasion, notamment
pour exploiter des essaimages de termites ou de
fourmis.
Bâtis poensis
Lui aussi est nettement un prospecteur des
feuillages des couronnes des arbres, notamment des
émergents laissés en place dans les zones cultivées
mais à la faveur desquels il transgresse parfois à la
lisière de la forêt primaire.
Son mode de chasse ressemble beaucoup à celui
de B. minima mais les vols sont plus allongés (1 à
3 m) et plus souvent ascendants, bien que l’oiseau
n’hésite pas à effectuer des déplacements horizon¬
taux ou plongeants. Cette différence dans l’inclinai¬
son des vols de chasse et de leur distance tient au
fait que cette espèce prospecte davantage l’intérieur
des houppiers que leur périphérie, contrairement à
minima. Généralement le chasseur se place dans la
partie moyenne des branches feuillues, à moins
d’un mètre sous les touffes de feuilles et de là,
s’élance pour capturer ses proies posées sur la
végétation tant directement, sans marquer d’arrêt,
qu’à l’issue d’un court vol sur place. Si comme
minima il est attiré par les arbres à feuillages clairs,
notamment les Mimosacées et plus particulièrement
celles qui ont des ports d’Acacias (arbres à cou¬
ronne tabulaire), il ne néglige pas pour autant les
essences à grosses feuilles disposées en touffes
serrées. Fréquentant beaucoup les associations plu-
rispécifiques d’insectivores, il suit ainsi les oiseaux
qui parcourent activement les feuillages comme
Eremomela badiceps et, placé en contre-bas de ceux-
ci, chasse sur l’aile les insectes dérangés, tout en se
déplaçant de perchoir en perchoir. D’une manière
générale, il évite les feuillages périphériques, ne
s’avançant guère dans les extrémités des rameaux
terminaux. La fig. 46 A illustre la posture de base la
plus courante (cf. aussi fig. 7) et schématise (B) le
mode de prospection des branchages. Bien qu’ayant
à revenir ultérieurement sur le sujet, nous avons
également indiqué comment poensis et minima se
placent dans les feuillages de la couronne d’un
émergent lorsqu’il leur arrive de s’y trouver ensemble
(fig. 46 C). Nous anticiperons en précisant qu’il
s’agit d’un véritable partage car poensis se montre
agressif à l’égard de minima et le repousse vers les
extrémités des branches (toujours à moins de 6 m
de distance) s’il montre des vélléités à pénétrer à
l’intérieur du houppier en s’écartant des rameaux
périphériques.
Platysteira cyanea
Oiseau des arbres et des arbustes, il se localise
dans les houppiers. À l’instar des Bâtis, il parcourt
activement les feuillages. Toutefois, ses modes de
chasse apparaissent un peu plus variés, en raison de
la prospection générale qu’il fait des houppiers. Le
plus courant est celui que nous avons décrit pour
les Bâtis. L’oiseau progresse en sautillant dans les
moitiés distales des branches (posture D de la
fig. 46), c’est-à-dire dans les parties feuillues de
Source : MNHN, Paris
CHRISTIAN ERARD
celles-ci. Les actions de chasse se font par bonds ou
courts vols à l’issue desquels la proie est saisie sur
ou sous une feuille, soit sans temps d’arrêt soit au
cours d'un bref vol sur place. Les déplacements
(l’oiseau change sans cesse de perchoir) se font non
seulement dans les branchages mais aussi dans les
feuillages tant internes que périphériques : en fait la
localisation de P. cyanea regroupe celles de B.
poensis et de B. minima. Ses vols de chasse se font
tant horizontalement qu’en montant, plus rarement
en plongeant sur des distances de 2 à 4 m, lorsqu’il
se tient dans la partie claire des branches au cœur
du houppier (posture E de la fig. 46), l’oiseau sait
fort bien se faufiler entre les entrecroisements des
tiges et dans les dédales des rameaux feuillus.
Lorsqu’il chasse dans la partie distale des branches,
il progresse plus volontiers du bas vers le haut selon
des parcours très sinueux : les proies sont alors
prises dans des vols ascendants et obliques (entre 5
et 30°), à des distances de 0,5 à 1,5 m du perchoir.
À la différence des Bâtis, il est courant de le voir
sautiller rapidement le long des branches maîtresses
ou secondaires tout en surveillant les feuillages
avoisinants où il lui arrive fréquemment de pénétrer
tel un Dryoscopus (fig. 46 F), se déplaçant sur les
tiges flexibles, entre les feuilles. Souvent, à la suite
de ces circuits dans les nappes de feuillages (parfois
l’oiseau y décrit des zigzags d’un vol ondulant et
claquant, pas aussi bruyant toutefois que lors des
démonstrations territoriales), il se place alors en
contre-bas de celles-ci et y guette attentivement les
mouvements des insectes.
Contrairement aux Bâtis qui semblent assez
généralement attirés par les arbres à feuillages
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON ] 39
clairs, Platysteira ne montre aucune préférence. On
le voit aussi bien dans des arbres à feuillages clairs,
à grosses feuilles simples (par exemple les avocatiers
ou des cacaoyers) ou à petites feuilles simples, ou à
feuilles découpées (manioc, Mimosacées diverses)
que dans des ligneux à feuillages denses ou con¬
tractés en touffes serrées, voire au cœur des frondai¬
sons des palmiers.
Si les grosses proies sont toujours tuées en les
frappant sur un support par de brusques mouve¬
ments latéraux de la tête, nous avons observé un
individu qui capturait une chenille verte de 4 cm, la
cognait sur son perchoir par des hochements de tête
puis, comme elle s’enroulait autour de son bec, la
déroulait à l’aide de sa patte et, gardant la tête de
côté, la grattait vigoureusement avec ses griffes
puis, la maintenant toujours sous sa patte, la
martelait du bec avant de l’avaler.
Diaphorophyia castanea
Cette espèce est elle aussi liée aux feuillages. Si
elle exploite la totalité des houppiers des arbris¬
seaux et des arbustes du sous-bois, elle se localise
essentiellement dans les extrémités ou les quarts
distaux des branches des arbres. Elle affectionne
également les larges nappes de lianes feuillues qui
s’étalent à la périphérie des couronnes ou qui
pendent dans les trouées des frondaisons et dans les
jeunes chablis. Dans les vieilles formations secon¬
daires où on la rencontre, elle fréquente principale-
Source : MNHN, Paris
140
CHRISTIAN ERARD
ment les parasoliers et les arbustes qui dominent les
strates basses très denses du sous-bois.
Dans les feuillages clairs, l’oiseau circule par
petits bonds entre les rameaux, progressant le plus
fréquemment de bas en haut, tout en prospectant
activement de droite et de gauche. Il se tient
essentiellement dans les extrémités des branches,
sur des perchoirs de faible diamètre, souvent même
flexibles. De là, il scrute la végétation par d’inces¬
sants mouvements latéraux saccadés de la tête,
voire des pivotements du corps, adoptant des
attitudes dressées ou horizontales (fig. 47). Il est
aussi remarquable combien il se tient dans l’ombre
au voisinage des feuillages bien éclairés, ce qui
manifestement lui permet une meilleure vision des
insectes qui vont et viennent autour des feuilles. Il
repère ainsi des proies posées sur (ou plutôt sous)
les feuilles, ou qui y arrivent ou qui volètent tout
près d’elles. Il effectue alors un bond, le plus
souvent ascendant (entre 30 et 60°), parfois même
quasi vertical, à l’occasion horizontal ou plongeant
mais alors suivi d’une vive remontée. La proie est
saisie soit directement au passage, dans un mouve¬
ment sur l’aile ou dans une virevolte ou pirouette,
soit au cours d’un court vol papillonnant sur place,
cas le plus fréquent (fig. 47). La capture des proies
sur les feuilles, directement depuis le perchoir, est
relativement rare. Elle est ordinairement le fait de
jeunes inexpérimentés et encore nourris par les
parents. Il lui arrive de temps à autre de poursuivre,
dans une chute libre très sinueuse, un insecte qui lui
a échappé mais il nous a plutôt toujours paru
répugner à forcer ainsi des proies qu’il avait
manquées. L’oiseau se tenant toujours très près des
feuilles, ses actions de chasse, comme d’ailleurs ses
incessants changements de perchoir, s’effectuent à
très courte distance (entre 0,3 et 1 m, rarement
jusqu’à 1,5 m), sauf bien sûr lorsqu’il passe d’un
végétal à l’autre. À propos des essences à feuillages
clairs, on notera l’attrait des Scorodophloeus zen-
keri, Césalpiniacées, et des Pentaclethra eetvel-
deana, Mimosacées. Ces essences sont certes relati¬
vement communes mais il est significatif de voir
castanea (et beaucoup d’autres insectivores d’ail¬
leurs) prospecter systématiquement les feuillages de
ces arbres et s’y attarder bien plus longtemps que
dans les autres.
Dans les feuillages denses, il procède aussi de la
même façon que ci-dessus. Toutefois, on le voit très
fréquemment se livrer à de courts vols sinueux entre
les touffes de feuilles, qu’il frôle au passage tout en
faisant vibrer ses ailes, provoquant ainsi des frou¬
frous ou des vrombissements qui ne portent toute¬
fois pas très loin. C’est ainsi qu’une oreille exercée
perçoit ces bruits et détecte la présence de l’espèce
dans les branchages lorsque la forêt est silencieuse.
À la suite de ses déplacements, l’oiseau se place
alors en contrebas, mais toujours à courte distance,
des zones ainsi perturbées et y guette les proies
susceptibles d’y avoir été dérangées. Il lui arrive
d’ailleurs très fréquemment d’en déloger au cours
de ses vols et de les capturer sur l’aile dans une
brusque pirouette. Mentionnons aussi que ces vols
sont nettement plus vrombissants lorsque les feuil¬
lages sont mouillés. Manifestement l’oiseau n’aime
pas l’eau (sauf pour sa toilette). Il est symptoma¬
tique de le voir, après les pluies, chasser beaucoup
plus dans l’intérieur des branchages ou seulement
sur la périphérie des feuillages, toujours par courts
vols sur place et s’ébrouer continuellement tout en
émettant des grognements agacés. Il importe ici de
préciser que ces vols vrombissants n’ont rien de
commun avec les démonstrations aériennes, riches
en violents claquements d’ailes rythmiques et accom¬
pagnées de vocalisations bruyantes, qui sont effec¬
tuées lors des conflits territoriaux, très fréquents
dans les observations de rondes plurispécifiques en
raison de la petitesse relative des territoires de
castanea (Erard, à paraître).
La fig. 47 illustre la modalité de prospection des
feuillages par l’espèce (observation du 14.1.1975,
8 h 38-9 h 08). On notera le circuit systématiquement
localisé dans les rameaux périphériques, notam¬
ment sur les pourtours des trouées et les ponts de
lianes feuillues. On remarquera également la grande
amplitude verticale du déplacement, par rapport à
celle dans la dimension horizontale. Ceci est plus
particulièrement vrai lorsque l’oiseau (ou le groupe
familial) chasse seul car, dans les rondes, la distance
planimétrique parcourue est beaucoup plus impor¬
tante à temps égal.
Nous discuterons plus loin les relations agonis¬
tiques entre cette espèce et les autres Diaphorophyia.
Nous avons déjà mentionné plus haut une observa¬
tion de dispute alimentaire à propos de Myioparus
griseigularis. Nous signalerons ici avoir observé une
femelle castanea houspillant violemment une femelle
(ou immature) Trochocercus nitens qui quittait les
denses enchevêtrements de tiges de lianes, sa loca¬
lisation habituelle, pour explorer 1er feuillages
périphériques où chassait la femelle castanea. De
même, nous avons vu un mâle repousser une
femelle Terpsiphone batesi qui circulait dans les
feuillages, dès qu’elle voulait s’avancer dans les
extrémités des branches que prospectait le castanea.
Diaphorophyia tonsa
Localisé dans les niveaux supérieurs de l’étàge-
ment forestier, cet oiseau exploite lui aussi, comme
castanea , les feuillages. À la différence du pré¬
cédent, il ne se cantonne pas essentiellement dans la
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
141
prospection de la partie périphérique des cou¬
ronnes.
Dans les émergents, il se tient principalement
dans le tiers médian des branches latérales où on le
voit sautiller sur les tiges, même les plus grosses,
dans des postures dressées ou horizontales tout à
fait comparables à celles de castanea. Il s’avance
aussi bien sûr dans la partie distale des branches
mais toutefois jamais — du moins en sautillant —
jusqu’au bout des fins rameaux. D’une manière
générale, il paraît éviter les perchoirs trop flexibles.
Oiseau très mobile, il circule activement dans
l’intérieur des houppiers par bonds allongés :
fréquents changements de perchoirs à des distances
de plusieurs mètres, effectués en vol rapide, vibrant
et direct. Souvent d’ailleurs au cours de ses vols, il
passe dans les touffes de feuillages en vrombissant
et, dans une rapide pirouette capture des insectes
ainsi délogés. La chasse proprement dite se fait
depuis un perchoir, par un vol à 2-3 m de là, parfois
jusqu’à 5 m, pour saisir sur l’aile une proie mobile
autour des feuilles ou posée sur un limbe. Le vol sur
place prononcé est beaucoup moins fréquent que
chez castanea. Se tenant à plus grande distance des
feuillages que son congénère, tonsa vole beaucoup
plus horizontalement (vols tendus ou légèrement
obliques, faisant au plus un angle de 30-40° au-
dessus de l’horizontale). La fig. 48 A illustre la
modalité de déplacement de l’espèce dans les cou¬
ronnes des émergents. On remarquera la grande
mobilité par rapport à castanea.
Dans les arbres de la voûte, dont les frondaisons
contiguës forment une nappe d’autant plus con¬
tinue que les lianes y sont abondantes et luxu¬
riantes, tonsa fréquente davantage les feuillages
denses, surtout ceux des tiers distaux des branches
et ceux des grands rideaux de lianes qui pendent le
long des troncs et des branches des émergents. Sa
chasse y ressemble alors beaucoup à celle de
castanea bien que ses distances de vol demeurent
plus grandes : il est rare de le voir effectuer des
bonds de moins de deux mètres. Depuis un perchoir
dégagé, dans une attitude dressée (fig. 48 B) il
inspecte les feuillages où il s’élance pour capturer
des proies qui circulent dans les espaces libres entre
les touffes de feuilles ou posées sur ces dernières.
Ses angles de vol sont alors plus variables que dans
les couronnes spacieuses des émergents, bien qu’essen-
tiellement horizontaux ou faiblement inclinés, ses
déplacements peuvent être très ascendants ou plon¬
geants, et les vols sur place plus fréquents.
Manifestement l’oiseau apparaît dans l’ensemble
plus mobile que castanea et, surtout, capture
davantage de proies mobiles dans les feuillages ;
mais on ne peut que constater la grande analogie
entre les deux espèces quant à leur localisation
horizontale et leur mode de chasse. Toutefois
l'analogie n’est pas complète, une certaine sépara¬
tion existe au niveau de la voûte où castanea, qui
n’en fréquente que le bas, est très nettement confiné
aux feuillages terminaux alors que tonsa est plus
dans l’intérieur des branches. Ceci est particulière¬
ment net quand les deux espèces chassent non loin
l’une de l’autre. Remarquons toutefois que ces
différences ne suffisent pas à les isoler puisque,
comme nous le verrons plus loin, il existe de
nombreux indices d’une exclusion territoriale
mutuelle dans l’étagement forestier.
Diaphorophyia blissetti chalybea
Nous avons insisté sur sa localisation dans les
couches les plus basses et les plus serrées de la
végétation des formations secondaires et des quelques
îles du fleuve qu’il habite. Il y prospecte les
feuillages des pousses, des jeunes arbrisseaux, des
fouillis les plus denses des ligneux lianescents et des
herbes à grosses feuilles comme les Marantacées et
surtout les Aframomum. On le voit aussi circuler sur
les troncs et grosses tiges mortes, en décomposition,
couchés au sol au milieu de broussailles inextri¬
cables. Il fréquente également les tas de branchages
abattus, où se sont accumulés des amas de feuilles
desséchées. Cette présence de nombreux feuillages
morts (secs, non pourris) est à signaler car l’oiseau
montre un réel attrait pour les zones où se trouve
une telle végétation : entre les touffes des Maranta¬
cées, dans les parties basses des larges nappes de
lianes dont les innombrables tiges fines se mêlent en
d’épais fourrés, ou encore dans les vieux peuple¬
ments continus et serrés d 'Aframomum qui se
dessèchent sur pied. D’une manière générale, cet
oiseau habite les endroits les plus denses, les plus
encombrés donc les plus difficilement pénétrables
par l’observateur, dans les derniers stades culturaux
et les premiers de la reconstitution forestière ;
ailleurs on ne le rencontre guère que dans les
grandes zones de chablis récents. Il se situe donc
dans des stades d’évolution végétale relativement
éphémères, ce qui explique la grande instabilité de
son peuplement.
Dans cette végétation dense et basse, il progresse
comme les autres Diaphorophyia par bonds succes¬
sifs, de perchoir en perchoir, surtout sur des
supports relativement fins et obliques. Sa progres¬
sion est entrecoupée de pauses au cours desquelles
il inspecte la végétation avoisinante, dans une
attitude horizontale ou dressée (fig. 48 C), accom¬
pagnée de brusques et rapides mouvements latéraux
de la tête et de pivotements saccadés du corps.
Parfois il s’élance d’un vol vibrant et circule en tous
sens, à travers la végétation serrée, notamment
dans les fouillis de lianes mortes où s’amoncellent
Source : MNHN, Paris
142
CHRISTIAN ERARD
des paquets de feuilles desséchées, puis se place à
l'affût en contrebas de la petite surface (ou plutôt
du volume) ainsi perturbée. Les proies sont captur¬
ées, comme chez les autres Diaphorophyia, à la suite
d’un bond où l’oiseau volète sur une courte dis¬
tance (quelques décimètres, rarement plus d’un
mètre), happant généralement la proie au passage,
parfois au cours d’un bref vol sur place. L’oiseau
est tout aussi apte à effectuer des montées en
chandelle que des plongées ou des vols tendus. Sur
les troncs et les grosses tiges horizontaux, il se
déplace très fréquemment par de petits sauts rapides
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
143
comme un Moineau et happe en claquant du bec,
des proies qui circulent sur la surface des tas de
feuilles mortes ou volent dans les espaces libres.
Dans les Aframomum et sur les rameaux feuillus des
pousses et des arbrisseaux, il sautille latéralement et
va même jusqu’à capturer des proies sur les feuilles
sans quitter son perchoir, en se dressant très haut
sur ses pattes et en s’allongeant au maximum. Dans
les ligneux à feuillage clair, son mode de chasse est
tout à fait comparable à celui de castanea, bien
qu’il y montre toujours cette préférence pour des
perchoirs obliques et une plus nette tendance à
happer ses proies en vol, notamment lorsqu’il
accompagne des rondes d’insectivores.
Diaphorophyia concreta
Oiseau des strates inférieures de la forêt primaire,
il montre une nette propension à fréquenter les
zones riches en pousses serrées, herbacées (notam¬
ment les Marantacées) et ligneuse (particulièrement
les végétaux frutescents à larges feuilles verticillées),
qui tracent de véritables dédales dans le sous-bois et
correspondent aux ruptures de la voûte et aux
projections de la périphérie des couronnes des
arbres dominants. Il s’intéresse aussi aux denses
lacis des tiges de lianes qui constituent de larges
rideaux en bordure des chablis, mais comme nous
l’avons déjà signalé plus haut, il demeure à leur
périphérie, côté forêt : l’oiseau ne s’avance pas dans
les trouées bien éclairées, il reste dans les zones bien
ombragées.
Son mode de recherche de la nourriture est fort
réminescent de celui de D. chalybea. Il prospecte
ainsi les formations denses de Marantacées, plus
particulièrement attiré par les plantes où se sont
accumulés ou pendent des paquets de feuilles
mortes qui constituent des voûtes sous lesquelles il
circule en sautillant sur les tiges, dans des attitudes
semblables à celles de chalybea, tout en inspectant
attentivement les alentours immédiats. Les proies
sont capturées posées soit directement depuis le
perchoir (qui, dans les formations herbacées, est
souvent oblique) par picorage en extension sous les
feuilles, soit à moins d’un mètre de distance, à
l’issue d’un bond effectué ailes entrouvertes ou en
voletant, bond parfois terminé par un bref vol sur
place. Ces actions de chasse sont toujours, ou peu
s’en faut, dirigées vers le haut, selon des angles
compris entre 40 et 80° au-dessus de l’horizontale.
Dans les arbrisseaux où, très mobile, il va de l’un
à l'autre dans un vol direct et rapide, il fouille les
feuillages des tiers distaux des branches. Il sautille
comme une Mésange, se dresse ou s’étire sur ses
pattes pour piquer du bec de-ci de-là sur les feuilles
ou, plus souvent, volète contre celles-ci, y cueillant
au passage une proie posée, parfois même y
papillonne un instant sur place comme un Roitelet.
Dans les arbustes et les arbres, il se comporte de la
même façon mais effectue aussi des vols vrombis¬
sants, horizontaux, à travers les feuillages, au cours
desquels il capture parfois sur l’aile un insecte
dérangé. Cependant, dans la plupart des cas après
une série de telles manœuvres, il refait le trajet en
sens inverse mais, cette fois, en sautillant sur les
tiges principales des rameaux feuillus et sans toute¬
fois y virevolter en tous sens comme le font par
exemple les Dryoscopus ou les Phyllastrephus. Il
sautille également de manière méthodique ou volète
autour des amas de feuillages desséchés, sans
cependant y pénétrer en force. Il s’intéresse aussi
aux entrelacs peu serrés de fines lianes mortes,
encombrées de végétaux en décomposition, y circu¬
lant par petits sauts.
Nous parlerons plus loin de ses rapports avec les
autres Diaphorophyia, notamment avec castanea.
Nous mentionnerons cependant ici avoir observé à
la mi-juin, à l’amorce de la grande saison sèche,
quand l'oiseau monte davantage dans les arbustes
et arbres su sous-bois, des manifestations agres¬
sives, lors de la chasse, à l’égard d’autres espèces.
D’une part, ce fut un mâle observé harcelant à
plusieurs reprises une femelle Smithornis rufolatera-
lis, Eurylaimidé, qui chassait comme lui, dans des
rameaux feuillus à 12 m de hauteur. Une autre fois,
ce fut une femelle qui houspilla de manière répétée
une femelle Cyanomitra olivacea, Nectariniidé, qui
voletait dans les feuillages à la manière des Diapho¬
rophyia.
Erythrocercus mccalti
Oiseau des niveaux supérieurs de la forêt, il est le
fouilleur des feuillages par excellence. D’une mobi¬
lité extrême, il parcourt les houppiers et les ponts de
lianes feuillues avec une activité fébrile. Il ne nous a
pas paru montrer de préférence particulière dans le
type de végétation recherchée lors de la chasse, sauf
peut-être une certaine attirance poui les Césalpi-
niacées et Mimosacées déjà évoquées pour d’autres
espèces : Scorodophloeus zenkeri et Pentaclethra
eetveldeana. Quand il rencontre ces essences, relati¬
vement communes dans notre zone d’étude, il s’y
attarde manifestement plus longtemps que dans les
feuillages des autres arbres.
Erythrocercus ne recherche sa nourriture que
dans les rameaux feuillus. Jamais nous ne l’avons
observé — et, à notre connaissance, le fait n’a
d’ailleurs pas été mentionné — chassant à l’affût
dans les espaces libres comme un vrai gobe-
mouche. Il se tient donc toujours dans le tiers distal
des branches, c’est-à-dire dans les parties des
végétaux les plus feuillues. Il y circule sur les plus
Source : MNHN, Paris
144
CHRISTIAN ERARD
fines ramifications toujours tout près des feuilles,
au-dessus ou au-dessous. Il se déplace sur les
tigelles, s’avançant le plus loin possible vers l’extré¬
mité des rameaux, n’hésitant pas à sautiller de
pétiole en pétiole. Sa progression s’effectue toujours
de l’intérieur vers l’extérieur de la branche, d’où un
trajet très sinueux dans les feuillages d’une même
branche et entre les branches d’un même arbre. La
figure 48 H illustre, de manière schématique, le
mode de prospection des feuillages des couronnes
de deux arbres contigus. Les passages d’une branche
à l’autre ou d’un houppier à l’autre se font toujours
d’un vol très papillonnant, plongeant en feuille
morte au départ.
La technique de chasse ressemble beaucoup à
celle d 'Elminia longicauda, comme l’a déjà souligné
Bannerman (1936) mais sans associer ce comporte¬
ment à une modalité de recherche de nourriture.
L’oiseau se met dans une position horizontale, en
fait très souvent oblique, penchant vers l’avant, de
manière à relever l’arrière-train et les rectrices
(cf. fig. 48 D). Si les feuillages sont très clairs, il se
contente d’y progresser rapidement comme une
fauvette, en pivotant toutefois sans cesse d’un côté
à l’autre. Si les feuillages sont plus serrés, cas le plus
courant, il adopte une posture plus nettement
penchée vers l’avant et déploie les plumes caudales,
en même temps qu’il décolle légèrement les ailes
(fig. 48 E). Il progresse ainsi en pivotant latérale¬
ment tout en ouvrant et refermant rapidement les
rectrices et les rémiges (fig. 48, F et G). Il lui arrive
très souvent de prospecter les feuillages en mainte¬
nant les rectrices constamment déployées et en
accentuant le balayage par des tortillements de
croupion dus au fait que, tout en pivotant, il
bascule en alternance d’un côté à l’autre. En aucun
cas, les rectrices ne sont aussi largement étalées que
chez les autres Monarchinés, elles restent toujours
dans l’axe général du corps : plus l’oiseau veut les
relever, plus il doit se pencher en avant. Ces
ouvertures d’ailes et de queue correspondent à
chaque fois à un saut en avant et mettent ainsi en
évidence les rectrices roux vif, d’autant plus «bril¬
lantes » que l’oiseau circule beaucoup dans les
rameaux feuillus les plus ensoleillés. Les proies ainsi
délogées sont soit directement saisies du bec, soit
happées dans une brusque virevolte ou une pirouette,
voire une poursuite dans une chute en feuille morte
très spiralée, parfois même au cours d’un bref vol
sur place. Il semblerait capturer davantage de
proies posées que volantes, malheureusement l’obser¬
vation n’est pas aisée en raison de la petitesse des
insectes consommés et de la hauteur à laquelle
circule ce minuscule oiseau. Nous reviendrons
ultérieurement sur le signal que constitue le déploie¬
ment des rectrices dans le maintien de la cohésion
du groupe.
Elminia longicauda
À l’instar du précédent, cet oiseau fouille active¬
ment les feuillages. Très mobile, il parcourt inlassa¬
blement les houppiers des arbres et des arbrisseaux,
se tenant toujours dans les tiers distaux des branches,
dans les parties les plus feuillues. On le voit
également circuler dans les buissons, les haies et
même chasser près du sol où nous ne l’avons
cependant jamais observé se posant, bien que le fait
ait été signalé (cf. Bannerman 1936). Comme
Erythrocercus mccalli, il prospecte les branchages
de l’intérieur vers l’extérieur, cependant il ne procède
pas à une visite aussi systématique des rameaux, de
sorte que si ses trajets sont sinueux, l’itinéraire suivi
ne relève pas du ratissage. Ceci tient à ce que cet
oiseau capture beaucoup de proies volantes, bien
qu’il sache fort bien happer dans un crochet sur
l’aile ou même, exceptionnellement, en papillon¬
nant sur place, un insecte posé sur ou sous une
feuille.
Comme nous l’avons déjà souligné plus haut, le
mode de chasse ressemble beaucoup à celui d’£.
mccalli. Les postures d'Elminia sont connues de
longue date mais, bien que les descriptions qui en
ont été faites laissent à penser qu’implicitement leur
auteur entendait bien qu’il s’agissait là d’un com¬
portement de chasse (voir entre autres la descrip¬
tion de Lowe in Bannerman 1936), la relation entre
ces attitudes et la recherche de nourriture n’a été
établie que récemment. C’est ainsi que J. P. et
C. L. Hubbard (1970) ont décrit, avec des croquis
suggestifs, la manière dont cet oiseau déloge ses
proies en Ouganda ; manifestement les notes de
Brosset (1969 : 58) leur ont échappé.
Le mode de chasse le plus fréquent, on pourrait
presque dire de règle, consiste à circuler activement
dans les feuillages, plus au-dessous qu’au dessus des
feuilles, par de petits sauts. L’oiseau se tient alors
dans la posture 1 de la fig. 49 où les rectrices sont
maintenues fermées et les ailes légèrement décollées
du corps. Avant de procéder à un bond en avant, il
déploie les rectrices en éventail tandis qu’il tient ses
ailes pendantes et entrouvertes (fig. 49, 2), voire
même prend une attitude plus oblique, dans laquelle
les plumes sont nettement plus étalées et les ailes
arquées (fig. 49, 3 ou 4). Avant de s’engager plus
avant dans les feuillages, entre les tiges et les
pétioles et restant pratiquement sur place, il pivote
vivement de droite à gauche (fig. 49, A et B). Ce
comportement correspond à celui décrit par les
Hubbard bien que leurs illustrations montrent les
rectrices dans l’axe du corps, alors que nous les
avons toujours observées relevées, même quand le
corps est tenu horizontalement. L’oiseau effectue
ainsi, une série de sautillements dans la posture B
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
146
CHRISTIAN ERARD
tout en se tournant de droite et de gauche (fig. 49,
B,. B„ B,), puis recommence une autre séquence
analogue à la précédente. Comme l’a souligné
Brosset, ces mouvements latéraux du corps, rec-
trices relevées, lui permettent de fouetter les feuil¬
lages au passage et de déloger ainsi des insectes qui
partent en oblique et que l’oiseau capture preste¬
ment dans un bond plongeant, un brusque retour¬
nement ou une pirouette, voire une poursuite dans
une descente papillonnante spiralée.
Les observations à courte distance montrent
l’efficacité de ce mode de chasse. L'oiseau s'avance
sous les feuilles, en les prenant en longueur depuis
leur partie basale, de sorte que la tête est déjà bien
engagée sous le limbe lorsque les rectrices relevées
et déployées le touchent. Ainsi poussés par les
plumes, les insectes partent en oblique devant
l’oiseau.
En plusieurs occasions, surtout dans les Mimo-
sacées, nous avons vu Elminia se tenir sur des
petites branchettes bien dégagées, à une cinquan¬
taine de cm sous les feuillages, dans la posture 1 de
la fig. 49 et aller, en virevoltant, capturer des
insectes volant autour des feuilles et revenir parfois
sur son perchoir de départ. Nous avons observé un
individu — qui nourrissait des jeunes au nid —
chassant, depuis un morceau de tôle ondulée fiché
en terre, les minuscules insectes qui tournaient au-
dessus du sol fangeux d’un corral. L’oiseau se
comportait comme un vrai gobe-mouche, bien que
sa posture d’affût fut horizontale et son vol très
sineux et papillonnant. Bien que chassant à l’air
libre, cet individu déployait régulièrement les rec¬
trices.
Trochocercus nigromitratus
Hôte du sous-bois dense de la forêt de terre
ferme des îles du fleuve, son observation est fort
malaisée, d’autant qu’il se tient très souvent bien
en-dessous de la hauteur d’homme et qu’il est
particulièrement mobile, donc très difficile à suivre.
On le rencontre dans les mêmes zones que Diapho-
rophyia concreta ou, sur les îles, que D. chalybea. Il
affectionne les « couloirs » de pousses serrées et les
formations herbacées à larges feuilles, les fouillis de
branchages abattus, les épais entrelacs de lianes
feuillues ou les denses chevelus de racines. Il va
ainsi d’une zone à végétation serrée à une autre en
circulant rapidement dans les feuillages des jeunes
pousses ligneuses et des petits arbrisseaux du sous-
bois. Il évite cependant les chablis récents, trop
éclairés. Sa fréquentation des zones très difficile¬
ment pénétrables et très ombreuses, sa coloration
sombre ainsi que la relative rareté de ses vocalisa¬
tions en font l’une des espèces les plus discrètes de
la grande forêt et sa présence passerait fort ina¬
perçue s’il ne se prenait pas aisément dans les filets
japonais (cf. aussi Zimmerman 1972).
Son mode de chasse ressemble à celui d 'Elminia
bien que les rectrices ne soient que rarement aussi
largement déployées ni les ailes tombantes. Lors¬
qu’il circule dans les feuillages des pousses basses et
entre les tiges, ou plutôt les pétioles, des herbacées,
il progresse en étalant les rectrices relevées avant
chaque bond (cf. fig. 50, 1 et 2) et avance tout en
pivotant de droite et de gauche, en tortillant aussi
du croupion de manière à fouetter la végétation.
Les proies ainsi délogées sont happées dans une
courte pirouette ou un saut rapide accompagné
d’un brusque renversement. Il n’hésite pas non plus
à sautiller au sol sous les végétaux encombrés de
feuilles mortes ou de débris à demi décomposés
pour chasser ou simplement pour passer d’une
touffe basse à une autre. Dans les rideaux de lianes,
il se tient dans les feuillages, beaucoup plus qu’entre
les tiges et il y progresse en ouvrant et refermant
rapidement les rectrices tout en étalant à demi les
ailes vers le bas. Son mode de chasse y est alors très
semblable à celui &'Elminia, tout comme lorsqu’il
exploite les rameaux feuillus des petits arbrisseaux
où il se tourne très régulièrement de droite et de
gauche et capture dans une plongée virevoltante les
insectes délogés.
Nous remarquerons toutefois que nigromitratus
peut aussi chasser en ouvrant à peine les rectrices
mais en les agitant cependant vivement d’un côté à
l’autre tout en les maintenant relevées au-dessus de
l’axe du corps. Sa progression ressemble alors
beaucoup plus à celle d’une fauvette ou d’un
Accenteur mouchet Prunella modularis.
Nous insisterons ici sur le fait que chaque fois
que nigromitratus a été observé qui s’aventurait
dans les rideaux de lianes en présence de T. nitens,
ce dernier, que ce soit un mâle ou une femelle ou
même un immature, l’a repoussé avec véhémence
en-dehors de ces denses fouillis végétaux et, notam¬
ment, le contraignait à s’échapper vers le sol.
Trochocercus nitens
Nous avons déjà insisté sur le fait que cet oiseau
est inféodé aux rideaux de lianes. Il est en effet
inutile, dans la grande forêt, de le chercher là où ne
s’étalent pas de grandes nappes de lianes : enchevê¬
trements serrés de fines tiges qui constituent d’épais
matelas (inextricables et riches en amas de feuilles
mortes et de tiges en décomposition), qui sont
feuillues dans leur partie supérieure et qui serpen¬
tent ainsi dans les diverses strates végétales, du sol
jusqu’à la voûte. Dans les milieux secondaires
qu'elle habite, l’espèce se montre dans les zones où
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
148
CHRISTIAN ERARD
la végétation est la plus serrée et riche en lianes.
C’est dans ces denses entrelacs de tiges de lianes
que T. nitens recherche sa nourriture, circulant
aussi sous les feuillages épais, entre les pétioles et
les tigelles, restant toujours dans l’ombre. Il circule
sans cesse, en maintenant les rectrices largement
déployées et relevées au-dessus de l’axe du corps,
tandis que les ailes sont à demi-ouvertes et arquées
vers le bas (fig. 50 A). L’oiseau, tout en progres¬
sant, bascule d'un côté à l’autre et pivote aussi de
droite et de gauche. Ces mouvements agitent la
végétation et délogent les insectes qui sont alors
capturés directement sur les tiges ou sous les feuilles
ou, le plus fréquemment, sont happés au cours d’un
bond plongeant ou d’un cours crochet sur l’aile,
voire dans une brève poursuite papillonnante ou
dans une chute en feuille morte, terminée par une
brusque pirouette. Très souvent, avant d’entrer
dans une végétation particulièrement dense, par
exemple avant de se faufiler entre des amas de
feuilles mortes, l’oiseau étale les ailes à l’horizontale
(fig. 50 B), voire même les redresse toutes grandes
déployées (fig. 50 C). On notera que si la technique
de chasse ressemble beaucoup à celle d'Elminia, les
ailes y sont toutefois beaucoup plus largement
déployées et, surtout, que la posture est constam¬
ment maintenue : on n’observe pas les ouvertures et
fermetures répétées de l’éventail des rectrices ou de
celui des rémiges. Ces différences sont vraisembla¬
blement dues au fait que nitens prospecte des
végétaux à structure beaucoup plus serrée que ceux
fréquentés par Elminia. Dès leur sortie du nid, les
jeunes suivent les parents en étalant les plumes de la
queue et en maintenant les ailes entrouvertes.
Rapidement, bien qu’étant toujours nourris par les
adultes, ils imitent les actions de chasse de ceux-ci,
dans une posture qui rappelle beaucoup celle
d 'Elminia (fig. 50 D).
Dans les discontinuités des ponts de lianes,
T. nitens pénètre alors dans les feuillages denses des
arbres et des arbustes, ou, dans le secondaire, des
arbrisseaux. Il y circule alors dans la même posture
que dans les lianes mais montre une nette tendance
à progresser sous les feuilles, à contre sens de leur
disposition : il avance de l’extrémité vers la base des
branches. Il préfère aussi circuler de bas en haut
dans les branches latérales, tout comme il prospecte
les entrelacs de lianes serrées qui pendent le long
des troncs ou sous les voûtes de feuillages.
Hors des lianes, il lui arrive parfois (en fait nous
ne l’avons observé qu’en 5 occasions) de chasser
comme un Terpsiphone. L’oiseau se tient alors sur
une branchette dégagée, oblique et très près des
feuillages, dans une posture horizontale (fig. 50, D
et E) ou dressée (fig. 50 F). Il capture alors dans un
court vol ascendant (40° au-dessus de l’horizontale
et à moins de 2 m du perchoir) des insectes
dérangés par d’autres prospecteurs de feuillage
(Anthreptes et Phyllastrephus) ou se livre à des
déplacements onduleux sous les feuilles, frôlant
celles-ci au passage et happant dans une pirouette
les proies délogées. En une occasion, l’oiseau a été
vu faire du vol sur place pour saisir un insecte posé
sous une feuille.
Nous n’avons guère observé cette espèce mon¬
trant une quelconque agressivité envers d’autres
lors de la chasse : en une occasion, nous avons
observé un mâle nitens qui effectuait des vols
d’intimidation contre un mâle T. batesi chaque fois
que celui-ci pénétrait dans les feuillages d’un pont
de lianes en déployant les rectrices et entrouvrant
rapidement les ailes. Le batesi cédait alors vivement
la place. En revanche, nous avons vu nitens hous¬
pillé par Diaphorophyia castanea (cf. plus haut).
Terpsiphone rufiventer
Selon Bannerman (1936) qui cite Hopkinson, en
Gambie, le comportement de cette espèce serait
tout à fait semblable à celui de T. viridis.
La seule fois où nous ayons observé cet oiseau
chassant sur notre zone d’étude du plateau de
M’Passa, il le faisait comme T. batesi qui était
d’ailleurs présent à cet endroit et qui l’a houspillé.
Dans une posture dressée, il circulait sans cesse
d’un perchoir exposé à un autre dans les espaces
libres de la végétation du haut du sous-bois et
effectuait de très longs piqués pour capturer des
insectes mis sur l’aile par les participants d’une
ronde. Il a également été vu parcourir les extrémités
des feuillages de branches latérales dans une pos¬
ture horizontale, en déployant les rectrices en
éventail et en laissant tomber les pointes des ailes
légèrement décollées du corps puis plonger en
feuille morte à la poursuite des proies ainsi débus¬
quées.
Durant notre séjour dans la réserve de la Lopé-
Okanda, nous avons pu vérifier combien son
comportement de chasse est semblable, quasiment
en tous points, à celui de T. batesi. La relation de
nos observations nous amènerait à formuler les
mêmes remarques que pour cette dernière espèce,
remarques que nous développons infra , en tenant
bien sûr compte du fait que nos observations de
rufiventer n’ont été réalisées qu’en fin de grande
saison sèche.
Terpsiphone viridis
Cet oiseau se tient dans les feuillages, ou plus
exactement dans la partie médiane des branchages
des arbres, arbustes et arbrisseaux. Il se place dans
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
149
les zones claires au centre des houppiers et de là
exploite les portions l?s plus feuillues des cou¬
ronnes. Comme nous l’ont montré les hauteurs
auxquelles il chasse, il fréquente essentiellement la
végétation relativement basse. Il évite cependant les
parcelles trop serrées des formations ligneuses ou
des hautes herbacées, il a besoin d’espaces libres.
C’est pourquoi les zones cultivées où le milieu se
présente sous forme de bosquets et surtout de
massifs de hauts buissons dispersés, constituent son
habitat d’élection. Dans les formations secondaires
plus âgées, il ne chasse pas dans les strates basses
trop denses mais dans les couches moyennes,
clairsemées et dans les arbres à frondaisons parais¬
sant fermées vues de l’extérieur mais en réalité
claires à l’intérieur, ou dans les peuplements de
parasoliers.
Les modes de chasse peuvent être regroupés en
quatre catégories, qui s’appliquent d’ailleurs égale¬
ment à T. batesi.
Le plus courant (type I) (cf. aussi Fraser 1983)
consiste pour l’oiseau à se tenir dans une attitude
dressée (fig. 51 A), sur un perchoir nu, horizontal
ou oblique, généralement dans la partie moyenne
des branches latérales. De là, il va voleter sous les
feuillages de la partie distale des branches, dans un
vol ondulant : fréquemment plongeant au départ
puis remontant en papillonnant, tout en frôlant au
passage les feuilles à l’aide des rectrices relevées et
largement déployées. Puis l’oiseau rejoint en vire¬
voltant un autre perchoir situé en contrebas et
recommence son manège, décrivant ainsi une série
de sinuosités, entrecoupées de pauses, dans les
branchages (type la). Si une proie est délogée, elle
est capturée soit encore sous la feuille, dans un
brusque retournement sur l’aile, soit, le plus sou¬
vent, en vol dans une rapide pirouette ou, très
fréquemment, dans un décrochement en plongée,
voire une manœuvre papillonnante accompagnée
d’une descente en spirale resserrée. Il est à noter
qu’à plusieurs reprises nous avons remarqué que
viridis ne poursuit pas les proies qui s’échappent
dans les herbes, près du sol, surtout si cette
végétation est touffue, ceci bien qu’il chasse souvent
à faible hauteur au-dessus des herbes, dans les
pousses de Solanum ou les basses branches des
Tréma ou autres buissons.
Une variante (type Ib) de ce mode de chasse au
cœur des houppiers consiste à capturer sur l’aile,
depuis un poste d’affût, des proies volantes qui
circulent dans les espces libres autour des touffes de
feuilles ou qui viennent d’être dérangées par le
passage d’autres oiseaux ou d’autres animaux.
L’oiseau s’élance alors rapidement, souvent dans
une brusque plongée, très raide (jusqu’à 4 ou
5 mètres en contrebas), parfois dans un vol ascen¬
dant, et happe sa proie dans une virevolte. Ce mode
de chasse rappelle alors celui des vrais gobe-
Source : MNHN, Paris
150
CHRISTIAN ERARD
mouches mais le vol y est plus direct et surtout,
l’oiseau n’hésite pas à se faufiler avec dextérité, tout
en plongeant, entre les branches. De plus, il change
constamment de perchoir.
Le second mode de chasse (type II) consiste a
circuler dans le tiers distal des branches, le plus
feuillu, en adoptant des postures rappelant fort
celles des Elminia ou des Trochocercus (fig. 51, B et
B')- Le corps est tenu horizontalement, les rectrices
sont largement déployées et les ailes entrouvertes et
légèrement tombantes. L’oiseau progresse ainsi par
petits sauts, pivotant irrégulièrement de droite et de
gauche, tout en balayant les feuilles. Les insectes
délogés sont aussitôt capturés dans une brusque
plongée ou une pirouette.
Dans le troisième mode de chasse (type III),
l’oiseau progresse par sauts, de bas en haut, selon
un trajet en ligne brisée, à l’intérieur des feuillages
fournis de la partie périphérique des houppiers ou
des lianes pendantes. Les proies sont capturées dans
un brusque retournement ou même en voletant sur
place pendant un court instant.
Dans la quatrième mode de chasse (type IV), le
Terpsiphone décrit des courbes très sinueuses dans
les branchages, d’un vol papillonnant, ou pourrait
même dire papillottant car l’oiseau paraît jouer
avec la lumière selon qu’il s’y expose ou se met à
l’ombre, tout en étalant les rectrices et les rémiges.
Dans ces zigs-zags de grande amplitude, il met sur
l’aile des insectes qu’il capture dans de brusques
crochets et des plongées louvoyantes. Souvent, à
l’issue de ces vols, il se place à l’affût en contrebas
des feuillages ainsi perturbés et y chasse alors selon
le mode I.
Pour définir la fréquence relative de ces modes de
chasse, nous anticiperons quelque peu sur la suite
de notre exposé. En effet, l’utilisation de ces
diverses « techniques » dépend de ce que l’oiseau
accompagne ou non une ronde d’insectivores.
Nous avons noté le mode de recherche de la
nourriture lors de la première prise de contact avec
T. viridis selon qu’il suivait d’autres oiseaux (N = 70)
ou au contraire chassait seul (N = 129) :
dans les rondes 91.4% 4,3% 2,9% 1,4%
hors rondes 77,5% 9,3% 1,6% 11.6%
Ces proportions (en regroupant les types II, III et
IV pour rester dans les conditions d’emploi du x 2 ),
sont significativement différentes (x 2 = 5,1 3 ; v = 1,
X 2 o.os = 3,84). Si l’on calcule un indice d’amplitude
d’utilisation des types de chasse HA = e H (avec H’ =
indice de diversité de Shannon ), on obtient HA =
1,46 dans les rondes mais HA = 2,08 en dehors. La
même tendance apparaît si l’on utilise un indice de
diversité d’après la formule de Simpson (irt Levins
1968) : D = 1/S pf, P; étant la proportion
d’utilisation de la catégorie (i) ; D varie de 1 (un
seul mode de chasse) à 4 (tous les modes de chasse
dans la même proportion). Cet indice passe de 1,60
quand viridis chasse seul à 1,19 quand il accom¬
pagne une ronde. Manifestement, quand il est seul,
viridis utilise de manière plus homogène ses divers
modes de chasse, notamment ceux qui, à l’observa¬
teur, paraissent les plus compliqués et qui tradui¬
sent une recherche plus difficile et plus systématique
d’une nourriture qu’il faut débusquer. Il est égale¬
ment symptomatique que, dans les cas où a pu être
noté avec précision s’il s’agissait du type la plutôt
que Ib (51 observations dans des rondes et 58 en
dehors), l’analyse révèle 31,4% des Ib dans les
associations plurispécifiques contre 12,1 % lorsque
l’oiseau est seul. La différence est statistiquement
significative (x 2 = 4,96, v = 1). Le type Ib
correspondant au mode de chasse le plus simple
(oiseau sur un perchoir capturant une proie qui
passe près de lui), T. viridis tirerait donc, compte
tenu des remarques précédentes, un avantage cer¬
tain au plan alimentaire, à s’associer aux groupe¬
ments de chasse des oiseaux insectivores syntopi-
ques. Nous reviendrons plus loin sur ce point.
Nous mentionnerons encore ici que, si les proies
volumineuses sont ordinairement tuées en les frap¬
pant nerveusement sur un support par des mouve¬
ments rapides et saccadés de la tête dans le plan
latéral ou vertical, nous avons observé une femelle
qui tenait dans sa patte une cigale, longue de 2 cm
environ et la martelait du bec tout en la maintenant
contre le perchoir puis, la prenant entre ses mandi¬
bules, la dilacérait en la frottant rythmiquement
contre ses griffes.
Sans parler pour l’instant des relations d’agressi¬
vité qui existent entre viridis et batesi, nous ferons
état de comportements qui montrent que cette
espèce repousse celles qui lui paraissent, du moins à
l’occasion, concurrentes au plan alimentaire. Nous
avons déjà mentionné des comportements agonis¬
tiques à l’égard de Muscicapa striata. Nous avons
observé une femelle qui houspillait violemment et
poursuivait en vol, en le becquetant, un Bios
musicus immature qui chassait en papillonnant
dans les feuillages clairs d’un arbuste. Nous avons
aussi vu un mâle, accompagné de sa femelle,
harceler vivement un Lanius mackinoni qui, alors
que cette espèce capture principalement ses proies
au sol, plongeait régulièrement dans les extrémités
des basses branches d’un arbuste. Il est possible
toutefois que ce harcèlement ait plutôt été motivé
par le fait que de nombreux passereaux identifient
les pies-grièches comme des prédateurs potentiels,
notamment des nichées.
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
151
Terpsiphone batesi
Cet oiseau est le remplaçant de viridis dans les
vieilles formations secondaires et dans la haute
forêt naturelle. Lui aussi exploite les feuillages des
arbres et des arbustes ainsi que ceux des ponts et
rideaux de lianes. À l’instar de son congénère il se
tient dans les parties médianes aérées des branches,
circule dans les feuillages clairs mais ne pénètre
guère dans les frondaisons trop serrées, demeurant
sur leur périphérie.
Les catégories de modes de chasse I à IV que
nous avons décrites pour viridis s’appliquent égale¬
ment à cette espèce aussi ne les répéterons-nous
pas. Nous mentionnerons seulement que les pos¬
tures du type I sont fréquemment plus redressées
(fig. 51 C) ou au contraire plus horizontales
(fig. 51 D) que celles de viridis. Les plongées sont
également plus accusées et plus longues. Les vols
sur place nous ont paru plus fréquents et nous
avons occasionnellement observé des captures d’in¬
sectes contre des tiges ou des troncs crevassés où
l’oiseau s’agrippe aux écorces comme un Criniger.
Nous l’avons aussi vu s’intéresser aux amas de
feuilles mortes et de débris végétaux divers qui
encombrent les branchages : l’oiseau y circule en
piquant du bec de-ci de-là ou y chasse selon le
mode IL Remarquons aussi que lorsqu’il parcourt
les feuillages en étalant les rectrices (fréquemment
dans la posture B' de la fig. 51), il pivote de gauche
et de droite beaucoup plus régulièrement que viridis
et, souvent, entrouvre et referme rapidement lès
ailes. Nous l’avons aussi observé qui s’intéressait
aux toiles d’araignées, sociales ou non, plutôt pour
y « cueillir » les insectes prisonniers de ces arthro¬
podes.
Comme nous l’avons fait pour viridis, il importe
ici aussi, pour préciser les fréquences des divers
modes de chasse (tableau XXIII), de séparer les
observations effectuées dans les rondes (N = 383)
de celles concernant des oiseaux chassant seuls
(N = 110) :
dans les rondes 86.7% 8.4% 3,9% 1.0%
hors ronde 32,7 % 32,7 % 20,0 % 14,6 %
pourcentages (avec l’intervalle de sécurité au seuil
de a = 0,01) de Ib de 79,4 ± 6,3% dans des
rondes et de 30,4 ± 24,9% en dehors. Nous
retrouvons donc, mais bien plus accusés, les résul¬
tats obtenus avec T. viridis et notamment le
bénéfice réalisé à s’intégrer en tant que suiveur, aux
groupements de chasse plurispécifiques.
Les données réunies dans le tableau XXIII et la
fig. 52 suggèrent des variations saisonnières dans
l’utilisation relative des divers modes de chasse. Les
échantillons sont toutefois encore trop réduits,
aussi les différences observées ne sont-elles pas
statistiquement significatives. Dans le cas où ces
proportions seraient quand même réalistes, l’espèce
paraîtrait ainsi, durant la petite saison des pluies,
plus généraliste dans sa modalité de chasse dans les
rondes mais plus spécialiste en dehors de celle-ci.
Ceci laisserait supposer qu’à cette occasion la
nourriture serait plus disponible et plus aisément
accessible, ainsi l’oiseau seul pourrait davantage
chasser selon le mode I qui nécessite un repérage
facile des proies, tandis que, dans les rondes, la
meilleure accessibilité de la nourriture autoriserait
des localisations spécifiques moins exclusives dans
l’architecture forestière. Durant la petite saison
sèche (également une bonne saison pour la nourri¬
ture et aussi celle à laquelle beaucoup d’oiseaux
insectivores se reproduisent), l’espèce serait plus
spécialiste dans les rondes et très généraliste en
dehors d’elles. Ces tendances inverses de celles de la
saison précédente seraient alors à mettre en rapport
avec la pression compétitive exercée par les autres
espèces dont beaucoup se reproduiraient. Les con¬
ditions demeureraient peu changées lors de la
grande saison des pluies, sauf peut-être dans le sens
d’une légère amélioration, vraisemblablement due à
un renouvellement de l’entomofaune consécutif aux
variations pluviométriques, bien que nous soyons
fort mal renseignés à ce sujet. En grande saison
Tableau XXIII. — Fréquence (en nombre d’observations) des
divers modes de chasse (I à IV) de Terpsiphone batesi selon qu’il
accompagne (R) ou non (HR) les rondes d’insectivores et indice
d’amplitude de leur utilisation (HA).
Saison R ou HR N I II III IV HA
Ces différences de proportions (après regroupe¬
ment des classes III et IV) sont hautement significa¬
tives (x 2 = 134,81, v = 2). L’indice d’amplitude
d’utilisation des divers types de chasse HA varie de
1,65 dans les rondes à 3,79 en dehors de celles-ci,
tandis que l’indice de diversité de Simpson D passe
de 1,31 à 3,63. De même, dans les rondes (N = 277)
le type Ib est beaucoup plus fréquent que le la,
contrairement à ce qui s'observe lorsque les oiseaux
chassent seuls (N = 23). Nous obtenons des
71 59 7 4 1
27 13 6 6 2
77 68 6 2 1
25 7 7 4 7
146 126 13 6 1
50 14 19 12 5
89 79 6 3 1
8 2 4 0 2
383 332 32 15 4
110 36 36 22 16
1.83
3.36
1.58
3.90
1.66
3.65
1.57
1.65
3.79
Source : MNHN, Paris
152
CHRISTIAN ERARD
sèche (période défavorable) la spécialisation serait
extrême dans les rondes (intense compétition inter¬
spécifique) et, vraisemblablement, marquée en dehors
de celles-ci : l’oiseau devrait alors employer davan¬
tage ses méthodes de chasse les plus élaborées (par
exemple le type II) pour se procurer une nourriture
raréfiée.
Fig. 52. — Variation saisonnière des indices d'ulilisation relative des divers modes de chasse chez T. baiesi selon que l’oiseau est (ligne A et échelle R)
ou non (ligne B. échelle HR) dans les rondes d’insectivores.
Nous avons déjà évoqué plus haut des observa¬
tions où T. batesi tolérait Muscicapa sethsmithi
mais se faisait houspiller par Fraseria cinerascens,
Stizorhina fraseri ou Diaphorophya castanea. Nous
avons fréquemment observé, dans des rondes en
forêt naturelle, batesi se faisant évincer de ses
perchoirs, et même voler ses proies, par le drongo
Dicrurus atripennis, Dicruridé, espèce bien plus
grosse que lui et qui chasse essentiellement selon le
mode Ib. En revanche, nous avons vu, dans le vieux
secondaire, batesi harceler et repousser Dicrurus
adsimilis modestus (nous employons ici une nomen¬
clature trinominale car certains systématiciens con¬
tinuent à considérer modestus spécifiquement dis¬
tinct d 'adsimilis) et même Halcyon senegalensis,
Alcédinidé migrateur, qui prend pourtant des proies
bien plus grosses et surtout laxinomiquement très
différentes. De même, dans les rondes, nous avons
régulièrement vu batesi se montrer agressif et
harceler d’autres passereaux (Erythrocercus mccalli,
Muscicapidé, Anthreptes fraseri, Nectariniidé et
Phyllastrephus icterinus , Pycnonotidé) qui, fouil-
leurs actifs des feuillages, débusquaient des proies
qu’ils poursuivaient dans une pirouette mais aux¬
quelles le batesi les forçait à renoncer et dont lui-
même s’emparait. L’attaque du batesi était d’abord
dirigée vers le poursuivant puis vers la proie. Il ne
s’agissait en aucun cas de l’observation, très banale
dans les rondes, de l’oiseau qui bat de vitesse un
autre individu et capture la proie que celui-ci
convoitait.
Nous parlerons plus loin des relations spatiales
entre batesi et viridis.
Nous mentionnerons enfin avoir observé en
4 occasions (une fois par un mâle et trois fois par
des femelles) l’utilisation de la patte pour le dépe¬
çage des proies. En l’occurrence, il s’agissait de
papillons hétérocères de 3 à 6 cm de longueur (non
d’envergure, donc des proies volumineuses) que
l’oiseau commençait par frapper sur son perchoir,
par de brusques mouvements de tête latéraux,
avant de les prendre dans sa patte, de les maintenir
plaqués contre le support et de les marteler du bec
pour les tuer, les désailer et en arracher des
morceaux, exactement comme le ferait un rapace.
Cette revue des modes de chasse spécifiques
souligne la grande plasticité du comportement de
recherche de nourriture chez les gobe-mouches
gabonais. Il apparaît difficile d’assigner à une
espèce donnée un seul mode de chasse précis (sauf
peut-être à Muscicapa sethsmithi et Artomyiàs fuli-
ginosa, encore que chez cette dernière espèce on
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
153
puisse distinguer une chasse à l’affût et une pros¬
pection en vol). Ceci est important car certains
écologistes se montrent parfois trop simplificateurs
dans leur catégorisation des modes de chasse. Il est
en effet courant de voir opérer de nettes distinctions
entre les chasseurs à l'affût (« salliers » des anglo-
saxons), les fouilleurs de feuillage (« foliage-glea-
ners ») et les oiseaux qui utilisent le vol sur place
(« hover-gleaners ») (cf. par exemple Karr et James
1975, pour les gobe-mouches du Mont Nimba,
Libéria). En fait une telle conception est beaucoup
trop schématique (pour une meilleure approche,
voir Fitzpatrick (1980) sur les Tyrannidés, bien que
les catégories retenues pour les « gobe-mouches »
néotropicaux soient insuffisantes pour les afrotropi-
caux), surtout lorsqu’on utilise ce découpage pour
établir des corrélations entre des traits morpholo¬
giques et des traits de comportement. En effet, en
prenant simplement l’exemple des chasseurs à l’affût,
les configurations écomorphologiques peuvent être
différentes selon que l’espèce chasse normalement
dans des grands espaces libres ou au contraire dans
Source : MNHN, Paris
154
CHRISTIAN ERARD
les branchages : les conditions de démarrage, de vol
d’attaque et de capture de la proie sont différentes
ne serait-ce qu'en raison des vitesses de déplace¬
ments utilisées et du degré de manœuvrabilité exigé.
Néanmoins, on remarquera les modalités de
chasse relativement proches chez les Bâtis, Platys-
teira et Diaphorophyia. Bien que différentes, celles
de Bios musicus et de Megabyas flammulatus pro¬
cèdent d’un même modèle de base : seules varient
les distances de capture des proies et l’orientation
des vols d’attaque. De même, Hyliola violacea nous
paraît présenter un mode de chasse dérivé des Bâtis
et apparentés, mais adapté à une exploitation plus
systématique des feuillages périphériques des arbres.
Chez les Monarchinés, on notera là encore une
grande similitude dans les comportements de
recherche de la nourriture bien que les Terpsiphone
(rufiventer, viridis et batesi) se livrent davantage à
des actions de chasse brusques et à longue portée
depuis un poste d’affût. Cependant, toutes les
espèces gabonaises de cette sous-famille ont en
commun la prospection des feuillages accompagnée
d’un balayage, plus ou moins systématique et
élaboré, des feuilles à l’aide des rectrices largement
déployées et des rémiges plus ou moins étalées.
Chez les Muscicapinés, la variabilité est beau¬
coup plus grande. Si les Muscicapa (en incluant
Artomyias et Pedilorhynchus) sont avant tout des
chasseurs à l’affût, d’importantes différences appa¬
raissent entre les espèces selon que le poste de guet
est fixe ou non, et surtout en fonction de la
localisation dans l’architecture forestière, notam¬
ment du degré d’ouverture ou d’encombrement de
l’espace exploité. Tout se passe, chez les Muscica¬
pinés, comme si nous étions en présence d’un
continuum, ou plutôt d’une variation graduelle
entre la spécialisation à utiliser le milieu aérien
(Artomyias) et celle à exploiter les feuillages ( Myio-
parus), en passant par une propension à l’inspection
des branchages ( Fraseria ocreala), avec bien sûr une
série de types intermédiaires.
Arrivés au stade d’analyse de la localisation
spatiale en prenant en considération l’habitat perçu
à petite échelle, l’occupation des divers niveaux de
la végétation et l’utilisation des éléments architectu¬
raux de cette même végétation, il est bon de faire le
point sur le degré de ségrégation des diverses
espèces étudiées. Sur la figure 53, nous avons
indiqué les paires d’espèces qui, à l’échelle du
« macrohabitat » ne cohabitent pas (cf. tableau XV1Ï),
celles qui nous paraissent relativement bien sépa¬
rées selon la stratification (nous avons arbitraire¬
ment choisi des a ^ 0,30) et enfin celles qui nous
semblent spatialement isolées par leur fréquentation
différentielle des éléments architecturaux forestiers.
Nous sommes conscients du caractère subjectif et
spéculatif de cette classification, néanmoins nous
l’estimons réaliste. Certes des indices de recouvre¬
ment non nuis pour la dimension verticale ne
signifient pas une ségrégation complète mais, joints
à des informations (à défaut d’avoir pu calculer des
indices) sur les différences dans la localisation
horizontale, nous pouvons admettre de très forts
degrés d’isolement spatial entre les espèces prises
deux à deux. Selon que la dimension verticale
l’emporte sur l’horizontale, nous avons alors imputé
la ségrégation à l’une plutôt qu’à l’autre variable.
Le graphique A de la fig. 54, illustre la part
respective des trois modalités de ségrégation dans
l’isolement spatial (exprimé ici par 1 — C, C étant
l’indice de cohabitation défini plus haut, cf. p. 97).
On remarque qu’au sein de chacune des trois sous-
familles, le degré d’isolement des espèces est sensi¬
blement le même si l’on ne considère que l’occupa¬
tion des grands types d'habitat. En revanche, dès la
prise en compte du second facteur (distribution
verticale), les Platysteirinés se détachent des autres,
de sorte qu’avec l’introduction du 3 e facteur, les
espèces qu’ils regroupent se trouvent bien séparées
dans l’espace forestier alors que, chez les Muscica¬
pinés et les Monarchinés, l’isolement pour être déjà
conséquent n’en est pas moins encore incomplet.
On note aussi que la ségrégation spatiale n’est pas
mieux marquée entre les espèces appartenant à la
même sous-famille qu’entre celles appartenant à des
sous-familles différentes. Cependant, sur le gra¬
phique B (fig. 54) les Muscicapinés apparaissent en
fait mieux isolés des autres espèces que ne le sont
les Platysteirinés et surtout les Monarchinés : ceci
est à mettre en rapport avec leur mode de vie dans
l'ensemble beaucoup plus aérien, moins arboricole.
C’est effectivement ce que l’on retrouve si l’on
regarde comment les diverses sous-familles s’isolent
entre-elles (fig. 54 C). L’isolement spatial est très
fort entre les Muscicapinés et les Platysteirinés,
moins bon, bien que toujours accusé, entre les
Muscicapinés et les Monarchinés mais, en revanche,
nettement plus partiel entre les Platysteirinés et les
Monarchinés.
Nous arrivons donc, à ce stade de l’analyse de la
ségrégation spatiale entre les divers gobe-mouches
gabonais, à 33 paires d’espèces dont l’isolement
nous paraît très faible : Muscicapa striata - M.
epulata ; M. striata - M. caerulescens ; M. striata -
Pedilorhynchus comitatus ; M. epulata - M. caeru¬
lescens ; M. epulata - P. comitatus ; M. olivascens -
Stizorhina fraseri ; M. caerulescens - S. fraseri ;
Erythrocercus mccalli - D. castanea ; E. mccalli -
Terpsiphone rufiventer ; E. mccalli - T. batesi ; T.
batesi - T. rufiventer ; Myioparus griseigularis -
Hyliola violacea ; M. striata - T. viridis ; M.
olivascens - T. rufiventer ; M. olivascens - T. batesi ;
M. caerulescens - T. viridis ; M. griseigularis - E.
mccalli ; S. fraseri - T. rufiventer ; S. fraseri - T.
Source : MNHN, Paris
09_
Fig. 54. — Part des diverses modalités de ségrégation dans l'isolement
spatial des gobe-mouches du Nord-Est du Gabon. A : l'ind' e d'isolement est
calculé sur l'ensemble des paires d'espèces ou sur les paires d'espèces dont les
composantes appartiennent à des sous-familles différentes ou à la même sous-
famille. B : l'indice d'isolement est établi en comparant les espèces d'une sous-
famille à l'ensemble des autres. C : l'indice d'isolement est calculé en
comparant les sous-familles entre-elles. I = ségrégation par le macrohabitat :
II = ségrégation par l'êtagement dans la végétation; III = ségrégation par
différence dans la localisation horizontale.
Source : MNHN, Paris
156
CHRISTIAN ERARD
viridis ; S. fraseri - T. batesi ; H. violacea - E.
mccalli ; Megabyas flammulatus - T. rufiventer ; M.
flammulatus - T. viridis; M. flammulatus - T.
batesi ; Plalysteira cyanea - T. viridis ; Diaphoro-
phyia castanea - T. rufiventer ; D. castanea - T.
batesi; D. tonsa - E. mccalli; D. tonsa - T.
rufiventer ; D. tonsa - T. batesi ; D. chalybea -
Trochocercus nigromitratus ; D. concreta - T. nigro-
mitratus ; D. concreta - T. rufiventer.
Il est probable qu’une analyse plus fine où la
fréquentation des diverses composantes architectu¬
rale serait quantifiée, montrerait qu’en tenant alors
compte des différences dans l’occupation verticale
de la végétation, un degré conséquent d'isolement
est en réalité décelable entre les éléments de cer¬
taines paires. Ainsi, par exemple, la séparation
entre Muscicapa caerulescens et Stizorhina fraseri
pourrait être plus importante qu’elle ne le paraît.
L’indice de recouvrement des spectres d’occupation
verticale du milieu est de 0,51 ( caerulescens occupe
davantage les hauts niveaux de la végétation secon¬
daire) mais fraseri exploite beaucoup plus les troncs
et les tiges, ainsi que le sol, que caerulescens plus
aérien. Cependant, compte tenu de leurs «points
communs », nous pensons plus réaliste de consi¬
dérer leur isolement spatial comme imparfait. De
même, la localisation de E. mccalli par rapport aux
Terpsiphone, et même aux Diaphorophyia, pourrait
être mieux précisée. En effet, mccalli est avant tout
un oiseau qui chasse entre les feuilles des touffes de
feuillages alors que les autres s’intéressent davan¬
tage à la périphérie de ces touffes. Nous nous
trouvons là devant un problème de niveau de
perception et d’intégration de la structure architec¬
turale forestière. Il est évident que pour un oiseau
de petite taille, l’importance relative des divers
volumes végétaux dans l’organisation des feuillages
n’est pas la même que pour un observateur qui, de
surcroît, se déplace au sol. On remarquera égale¬
ment que si lorsqu’ils chassent seuls, E. mccalli et T.
batesi apparaissent fort peu différentiables quant à
leur localisation spatiale, en revanche, lorsqu’ils
sont dans des rondes la ségrégation est nettement
mieux accusée : batesi apparaît alors beaucoup plus
aérien (cf. les proportions relatives des divers
modes de chasse).
Nous pourrions ainsi commenter chacune de ces
33 paires d’espèces. Ceci ne ferait qu’alourdir le
texte. Nous retiendrons que, globalement, en com¬
parant les espèces deux à deux, le taux d’isolement
des gobe-mouches gabonais est de 92 %. C’est-à-
dire que la localisation spatiale joue, chez ces
oiseaux, un rôle très important dans le partage des
ressources. On remarquera cependant que 18 espèces
(60 %) se trouvent encore, à ce stade, non isolées
au moins d’une autre espèce. Cela signifie-t-il que
l’on doit s’attendre à une concurrence interspé¬
cifique beaucoup plus marquée entre les membres
de ces 33 paires d’espèces qu’entre les autres ? Ou
au contraire, dans le cadre de la théorie actuelle —
qui commence d’ailleurs à être remise en question,
au moins par certains écologistes — qui fait de la
compétition le moteur essentiel de la structuration
des peuplements et des communautés, la concur¬
rence au sein de ces paires d’espèces, se trouverait-
elle en réalité minimisée par d’autres facteurs que
nous n’aurions pas encore pris en compte ? Il vient
immédiatement à l’esprit, en dehors bien sûr des
questions de préférences alimentaires, que la com¬
pétition ne s’exercera pas avec la même intensité
selon que les espèces concurrentes seront abon¬
dantes ou rares ou, dans les paires, selon que l’une
sera abondante et l’autre rare. Il est donc utile
d’examiner les modalités de répartition horizontale
des effectifs spécifiques.
b) Les abondances spécifiques et leur distribution
Nous nous proposons dans ce chapitre d’aborder
le problème des densités des diverses espèces étu¬
diées et de préciser le mode de répartition spatiale
des individus ou du moins des unités sociales. Nous
allons donc être amenés à parler des territoires et
des domaines vitaux. Pour ces derniers, nous ne
parlerons que des domaines instantanés : dans un
intervalle de temps limité, en l’occurence celui de la
durée des observations. Dans le cas présent, la
définition du territoire donnée par Noble (1939) :
« toute zone défendue », serait suffisante, toutefois
nous lui préférons celle proposée par Willis (1967) :
« un espace dans lequel un animal, ou un groupe,
en domine généralement d’autres qui deviennent
dominants ailleurs».
Muscicapa striata
Cet oiseau est un migrateur paléarctique. Il n’est
donc pas là durant toute l’année. En Ogooué-
Ivindo, nous l’avons personnellement observé le
2 octobre et le 20 avril. Il est toutefois plus fréquent
lors des passages, durant le mois d’octobre et,
surtout, pendant la première quinzaine d’avril. On
observe alors par places, des petits rassemblements
de 4-5 individus, parfois jusqu’à 12, sur un ou deux
hectares, principalement en lisière des défriche¬
ments. Ces concentrations ne durent pas : au plus
deux ou trois jours. Il s’agit d’oiseaux se dirigeant
vers ou quittant des quartiers d’hiver plus méridio-
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
157
naux. L’effectif hivernal (au sens boréal du terme)
est réduit. Bâtes faisait d’ailleurs la même remarque
pour le sud du Cameroun. Si les rencontres sont
encore relativement fréquentes (oiseaux isolés,
observés de-ci de-là) en novembre et décembre puis
en mars, en revanche en janvier et février, l’espèce
ne s’observe que très occasionnellement. Les oiseaux
ne sont pas fixés : on ne les retrouve guère d’un jour
à l’autre, sauf ce cas que nous avons mentionné
plus haut, d’un individu qui séjourna continuel¬
lement de novembre 1972 au moins jusqu’au
29 janvier i973 (date de notre départ) autour des
bâtiments du laboratoire de M’Passa où il venait
capturer les insectes attirés par les lumières.
Cette espèce peut donc être qualifiée d’acciden¬
telle, sur l’échelle des fréquences relatives (par
opposition à une espèce constante que l’on recon¬
trerait très régulièrement dans les relevés faunis¬
tiques), et sa densité, impossible à quantifier en
raison de l’absence de cantonnement, peut-être
considérée comme très faible.
Muscicapa cassini
Comme nous l’avons déjà précisé, cet oiseau
habite exclusivement le bord des rivières et, de plus,
il se localise en bordure de la végétation côté eau
libre, non pas côté rive. Il s’avère donc assez
difficile à observer depuis la berge, surtout lorsque
les rideaux de feuillages retombent jusqu’à la
surface de l’eau et masquent ses postes d’affût. En
revanche, on le repère beaucoup plus aisément lors
des circuits en pirogue. Nous n’avons pas réussi à
en capturer pour les marquer avec des bagues de
couleur, en raison notamment du fait que cette
espèce ne reste guère dans le même secteur restreint
(sauf lorsqu’elle niche) : les oiseaux circulent sur de
grandes longueurs de rive. Aussi, avons-nous dû
effectuer des parcours réguliers en pirogue, com¬
plétés par des trajets au sol, en localisant les
oiseaux repérés. Nous présentons sur la fig. 55 la
distribution des couples ainsi recensés durant le
cycle 1976-77. Nous ouvrirons ici une parenthèse
pour préciser que les gobe-mouches gabonais ont
un cycle annuel de type austral, débutant dès le
retour des pluies après la grande saison sèche.
Lorsque les données recueillies au cours de deux de
nos séjours successifs concernaient le même cycle
annuel, elles ont été réunies, après avoir toutefois
vérifié que des modifications importantes n’étaient
pas intervenues entre-temps. Nous avons choisi de
présenter les données du cycle 1976-77 car un effort
particulier a été fait pour cartographier la réparti¬
tion des couples et notre connaissance de l’espèce,
notamment de sa localisation spatiale, était suffi¬
samment bonne pour effectuer un tel travail sans
craindre de voir des couples nous échapper parce
que nous n’aurions pas su lesr détecter. Il est de
toute évidence vain, pour ne pas dire fallacieux, de
prétendre procéder à des dénombrements lorsqu’on
ne connaît pas suffisamment bien les habitudes des
animaux étudiés. Nous n’avons pas tenu compte
des quelques observations d’individus isolés en
plumage gris mais qui possédaient des taches
apicales crème roussâtre aux couvertures alaires et
Source : MNHN, Paris
158
CHRISTIAN ERARD
qui étaient de toute évidence des immatures erra¬
tiques. non cantonnés, que nous ne retrouvions pas
d'ailleurs lors de passages successifs dans la zone où
ils avaient été contactés.
La fig. 55 montre que les couples sont répartis de
manière très irrégulière et que toutes les rives ne
sont pas occupées, sauf en certains endroits (cas des
couples 1, 2 et 3 dont les cantons sont contigus). On
note aussi que les territoires s’étalent en longueur,
ce qui n’a rien de surprenant vu la localisation
exclusive au bord de l’eau et la largeur du fleuve.
De fait, lorsque des îlots sont proches de la rive (à
moins de 60 m), les oiseaux s'installent de part et
d’autre du bras de rivière. Cependant, les individus
du couple n° 5 ont, à plusieurs reprises, été observés
traversant le fleuve qui, à cet endroit, fait 100-
120 m de large. Pour donner une idée de l’abon¬
dance (qui ne peut être ici rapportée à des unités de
surface et exprimée en densité), nous pouvons
prendre en considération des couples localisés dans
le tronçon de fleuve bien prospecté (7 km), en
éliminant le couple n° 3. Nous obtenons ainsi
1 couple par km de fleuve, ou 2 km de rive.
D’une manière générale, les oiseaux se localisent
dans une bande très étroite le long de la berge bien
qu’à l’occasion, quand ceux-ci sont exondés, ils
peuvent aller se poster sur les rochers qui encom¬
brent le lit du fleuve. Pour les couples 1 à 8, pour
lesquels nous pensons avoir obtenu une bonne idée
du rayon d’action des oiseaux, nous obtenons une
estimation moyenne de longueur de rive occupée de
1 180 m (N = 8, a = 128 m, extrêmes : 1 000-
1 350 m). La largeur moyenne de ce canton se
situant entre 20 et 30 m, chaque couple occuperait
donc un territoire moyen d’environ 3 ha.
A. Brosset nous a fait remarquer que l’espèce lui
paraissait nettement moins abondante durant notre
période d’étude (fin 1972 - début 1977) que plu¬
sieurs années auparavant : bien moins d’observa¬
tions et surtout de nids trouvés lors des sorties sur
le fleuve. Faudrait-il voir dans cette diminution
apparente un effet de la compétition avec Fraseria
cinerascens ? (voir plus haut nos remarques sur
l’agressivité de cinerascens à l’égard de cassini). Il
eut alors fallu posséder des renseignements plus
précis sur les densités des deux espèces à l’époque
où cassini était plus fréquent. Une autre possibilité
serait l’influence de développement d’une popula¬
tion semi-naturelle de chimpanzés sur l’une des
grandes îles du fleuve (en face du couple n° 4). Bien
que cela n'ait pas été démontré, il se pourrait que
les singes, par leur comportement de prédateurs des
nichées ou par leurs dérangements répétés, aient
provoqué la désertion de l’île par les cassini, soit
directement, soit par leur action sur cinarescens qui
aurait alors été forcé d’occuper davantage la végé¬
tation au-dessus de l’eau. On remarquera au pas¬
sage que les couples 2, 3 et 5 ne fréquentaient en
réalité guère la rive de l’île aux singes, si ce n’est
pour y chasser. Comme nous le décrirons ailleurs,
seul le couple 5 y. nicha mais vit sa ponte détruite,
probablement par les chimpanzés car le nid se
trouvait à faible distance de la zone dégagée où
accostait régulièrement la pirogue qui leur appor¬
tait de la nourriture. Durant notre période d’étude,
nous n’avons constaté ni diminution, ni augmenta¬
tion des effectifs de l’espèce. À chacun de nos
séjours, nos observations se situaient dans les
mêmes secteurs que ceux présentés sur la fig. 55.
Muscicapa sethsmithi
Cet oiseau habitant la forêt primaire, nous avons
estimé son abondance par des dénombrements sur
les quadrats du plateau de M’Passa. À chacun de
nos séjours, les observations ont été reportées sur
plan. Lorsqu’un couple (cet oiseau vit par paires)
avait été contacté, nous recherchions à la vue et à
l’ouïe le ou les couples voisins que nous localisions
par rapport au premier. En dépit du fait que les
individus n’étaient pas bagués (sauf le couple n° 13
de la fig. 56) nous pouvions, en fin de séjour,
dresser la carte des contacts établis pour chaque
couple. La particularité de cet oiseau de stationner
longuement dans le même petit secteur facilitait
considérablement le repérage des couples. La fig. 57
illustre la distribution spatiale de trois couples
régulièrement suivis (qui correspondent aux couples
1, 8 et 9 de la fig. 56). Les limites des cantons ont
été définies à partir des données du cycle 1976-77.
La surface de ces territoires s’accordant à celle du
couple n° 13, bagué, et les localisations observées
les autres années s’inscrivant très bien dans les
zones ainsi délimitées, nous avons regroupé toutes
nos informations pour tracer la carte de la fig. 56
où nous estimons bien connus les domaines des
couples 1, 2, 3, 8, 9 et 13. Chaque année, nous
pensons qu’il y avait au moins 13 couples sur notre
zone d’étude. Cependant, quelques secteurs n’ont
pas été suivis avec une grande régularité ; nous y
avons entendu des cris que nous attribuâmes à
l’espèce sans toutefois localiser les oiseaux. Nous
estimons donc qu’il y avait en fait très probable¬
ment trois autres couples présents dans la zone
d’étude. Si nous éliminons le couple 1 qui occupe
une parcelle de forêt dans le défrichement, pour ne
retenir que la forêt continue, nous obtenons une
densité de 8 couples pour 100 ha (7,9 si on calcule
sur l’ensemble de la zone ; 7,8 si on ne considère
que les couples 2 à 9). La surface des cantons,
déterminée sur les 6 que nous estimons, avoir
correctement circonscrits, varie de 6,6 à 7,9 ha
(moyenne : 7,5 ; écart-type : 0,49). Si tous ne sont
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
159
Fig. 56. — Distribution des couples de Muscicapa seilismithi au plateau de M'Passa. Les territoires délimités par un trait continu sont ceux dont le
périmètre a été déterminé de manière satisfaisante. ? = zone où seuls des cris ont été entendus. En pointillé = défrichement.
pas jointifs, on remarque cependant que le milieu
est saturé : les « blancs » ne laissent pas de places
suffisantes à d’autres couples pour s’y établir.
Muscicapa epulata
Comme nous l’avons souligné plus haut, en
raison des pratiques agricoles, les formations secon¬
daires apparaissent comme de vastes mosaïques de
parcelles de petites tailles correspondant à des
stades culturaux et post-culturaux différents. 11
s’agit donc d’un milieu très hététogène, dont les
éléments constitutifs varient considérablement et
rapidement dans le temps et dans l’espace. Il est
donc très difficile d’y mesurer l’abondance des
oiseaux, d’autant que nous n'avons jamais séjourné
sur place durant un cycle annuel complet et que les
espèces étudiées n’y vivent pas sous des densités
élevées.
Dans notre zone de travail autour du village de
M’Bès, sur les 28 ha de cultures, de repousses
d’âges divers et d’écotones stabilisés, nous n’avions
qu’un seul couple d 'epulata durant notre période
d’étude, soit une densité de 3,6 couples pour
100 ha. Dans les milieux où la végétation arbores¬
cente montre un plus fort degré de couverture et
apparaît plus stratifiée (notamment les cacaoyères),
la densité est plus forte : 5 à 6 couples pour 100 ha.
Dans les zones cultivées, les couples apparaissent
très disséminés, installés en fait dans les parcelles où
la structure de la végétation correspond aux exigen¬
ces de l’espèce. Dans les plantations, le peuplement
est plus continu.
Nous avons pu déterminer, durant le cycle 1976-
77, l’étendue du domaine vital du couple sur notre
zone cultivée : 6,2 ha. Dans les plantations, nous
arrivons à de semblables estimations bien que nos
données ne nous permettent pas de calculer des
surfaces qui puissent être considérées bien représen¬
tatives des domaines vitaux réels.
Source : MNHN, Paris
160
CHRISTIAN ERARD
1975
Muscicapa olivascens
L’espèce étant liée à la grande forêt, nous avons
estimé son abondance sur les quadrats du plateau
de M’Passa. En raison de sa grande discrétion et de
la propension qu’elle affiche à fréquenter les niveaux
les plus élevés de l’étagement forestier, elle s’avère
difficile à recenser d’autant plus que sa relative
rareté paraît bien réelle et non pas un artefact dû à
une faible détectabilité ou à une insuffisance de la
prospection lors des dénombrements.
Lors de notre dernier séjour entièrement consacré
aux Muscicapidés (1977), une recherche intensive
ne nous permit de localiser que 4 couples sur notre
zone d’étude (fig. 58). Le report sur carte de toutes
nos données suggère fortement que, pour cette
espèce, nous retrouvions le même schéma de répar¬
tition que pour M. sethsmithi : des couples à grands
territoires (ou du moins domaines vitaux) mais qui
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
161
Fig. 58. — Distribution des couples de Muscicapa olivascens au plateau de M'Passa. Les zones les plus fréquentées lors des divers séjours ont été
indiquées. Les flèches montrent la direction de déplacements rapides à plusieurs centaines de mètres de distance.
se localisent périodiquement dans certains secteurs.
Dans ces conditions, le densité de l’espèce serait de
2,1 couples pour 100 ha. Chaque couple occuperait
une surface d’une vingtaine d’hectares (21,5 pour le
1, 22 pour le 2 et 20 pour le 3). Ici encore nous
remarquons que les couples cantonnés sont réguliè¬
rement espacés, leurs domaines vitaux ne paraissant
pas jointifs mais ne laissant cependant pas de place
à l’installation éventuelle d’autres paires, d’où fina¬
lement un bon degré de saturation dans l’occupa¬
tion du milieu.
Muscicapa caerulescens
-
Pour les raisons évoquées à propos de M.
epulata, son abondance est difficile à mesurer. Il est
toutefois plus aisément détectable du fait de sa
localisation dans les éléments architecturaux de la
végétation et de sa plus grande taille. C’est pour¬
quoi nous pensons qu’il est moins abondant qu 'epu¬
lata. Sur notre zone témoin de cultures, nous
n’avons détecté qu’un seul couple dont le domaine
vital débordait du périmètre des 28 ha suivis. Ce
domaine était de l’ordre de 21 ha, dont 14 entraient
dans la zone des 28 ha. Ceci donne une densité
de 2,4 couples pour 100 ha. Compte tenu d’une
meilleure distribution, plus uniforme, dans les
stades de régénération post-culturale plus évolués,
nous pouvons admettre une densité réelle d'au
mieux 3 couples pour 100 ha et des domaines vitaux
de l’ordre de la vingtaine d’hectares.
Myioparus griseigularis
Les estimations de l’abondance de cet oiseau de
la forêt primaire ont été effectuées sur les quadrats
Source : MNHN, Paris
162
CHRISTIAN ERARD
Fig. 59. — Dislribution des couples de Myioparus griseigularis au plateau de M’Passa.
du plateau de M’Passa. Bien qu’il soit relativement
difficile à capturer dans les filets placés dans les
strates basses du sous-bois, en raison de sa fréquen¬
tation préférentielle des parties hautes de la forêt,
nous avons réussi à marquer, avec des bagues de
couleur, les partenaires d’un couple (n° 1 de la
fig. 59). Le mâle fut bagué le 24 novembre 1972,
nous le recapturâmes le 11 puis le 20 octobre 1973,
prenant aussi le premier jour un autre individu qui
s’avéra être sa femelle et dont nous trouvâmes
également le nid peu après. Ce couple fut observé
par la suite jusqu’à notre dernier séjour en 1977 :
son territoire ne varia pas. Nous procédâmes à une
localisation des couples cantonnés durant nos deux
séjours du cycle 1976-77, quand nous avions une
bonne connaissance des mœurs de cet oiseau et
surtout de ses vocalisations. La fig. 59 illustre leur
répartition. Seuls les domaines des couples 1 et 2
furent jugés connus de manière satisfaisante. La
confrontation des données de cette carte avec celles
recueillies lors de nos autres séjours révéla que la
densité était demeurée stable et la localisation des
couples quasi inchangée. 5,8 couples pour 100 ha
paraît donc une estimation très correcte de la
densité réelle. On remarquera ici encore la satura¬
tion du milieu. Les territoires des couples 1 et 2
couvrent des superficies respectives de 18,2 et
20,6 ha. Les couples 5, 7, 10 occupent approximati¬
vement 18, 17 et 19 ha.
Myioparus plumbeus
Cet oiseau n’est pas abondant bien que, dans les
milieux secondaires, on le contacte assez régulière¬
ment et fréquemment en raison de son chant qui
porte très loin. Sa localisation préférentielle dans
les houppiers de très grands arbres dispersés au
milieu des zones cultivées, qui constituent un
habitat très fragmenté, explique, ou du moins
permet de concevoir, que ses domaines vitaux
soient très vastes. De fait, au plateau de M’Passa,
deux couples ont été régulièrement notés au cours
de nos divers séjours, circulant sur des surfaces
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
163
comprises entre 30 et 40 ha, au moins. Grâce aux
effets de lisisère, l’un d’eux venait au contact des
couples 1, 2, 11 et 12 de M. griseigularis mais ne
s’aventurait sur leurs domaines que lorsque les
propriétaires n’étaient pas dans le secteur. L’autre
couple, à la faveur de l’extension des plantations est
venu abuter en 1977 les limites territoriales des
couples 10 et 11 de griseigularis.
Au village de M’Bès, un couple circulait sur une
superficie d’environ 35 ha dont la moitié débordait
sur notre zone témoin de 28 ha. Ceci nous permet
d’avancer le chiffre de 1,8 couple pour 100 ha de
milieu cultivé et de jeunes formations secondaires
comme estimation de la densité réelle de l’espèce.
Pedilorhynchus comitatus
Ce gobe-mouche habitant les défrichements
récents, les cultures, les friches et les premiers stades
de la régénération forestière post-culturale, notre
zone témoin en milieu secondaire convenait bien à
des estimations de sa densité. Précisons tout de
suite que celle-ci n’a pas varié durant notre période
d’étude. Nous y avons toujours noté 3 couples et un
autre dont le territoire empiétait à demi sur notre
terrain. L’estimation ainsi obtenue de 12,5 couples
pour 100 ha nous paraît fort correcte.
Les domaines vitaux de 4 couples, que nous
estimons avoir relativement bien circonscrits recou¬
vraient des surfaces de 6,9 à 7,5 ha (moyenne : 7,2 ;
écart-type : 0,25).
Artomyias fuliginosa
Pour cette espèce aussi, notre zone témoin dans
les cultures convenait par sa physionomie, cepen¬
dant sa superficie était nettement insuffisante eu
égard à la vaste étendue des domaines vitaux des
couples installés. C’est ainsi que sur notre terrain
d’étude, 3 couples (en fait deux paires et un trio) se
trouvaient à leurs limites de territoires, lesquels
débordaient bien sûr très largement à la périphérie.
En retenant les proportions respectives de chaque
territoire incluses dans le périmètre de la zone de
28 ha, nous pouvons admettre qu'elle était occupée
par 0,6 couple, ce qui donne une densité de
2,1 couples pour 100 ha, nombre qui nous paraît
constituer un ordre de grandeur convenable.
Nous avons estimé la surface des territoires de
5 couples : de 36 à 45 ha, avec une moyenne de
40,6 ha et un écart-type de 3,57 ha.
Stizorhina fraseri
En forêt naturelle, nous avons étudié son abon¬
dance sur les quadrats du laboratoire de M’Passa.
Cet oiseau étant particulièrement démonstratif et
donc aisément détectable, nous avons pu accumuler
un grand nombre de contacts lors de nos divers
séjours.
La fig. 60 illustre la répartition des couples
cantonnés telle qu’elle nous est apparue lors du
cycle 1976-77 quand, grâce à notre bonne connais¬
sance des habitudes et surtout des vocalisations de
l’espèce, nous avons pu nous livrer à un décompte
exhaustif de la population fixée. Nous obtenons
ainsi une densité réelle de 22,2 couples pour 100 ha.
L’examen attentif de la carte de la distribution des
couples montre que si le milieu est nettement
saturé, la densité n’est toutefois pas uniforme sur
toute la zone d’étude. Ainsi, l’ensemble des couples
2 à 28 conduit à une estimation de la densité de
22,0 couples au km 2 tandis que si l’on ne retient que
les couples 31 à 48, on obtient 26,3 couples/km 2 .
L’étude des surfaces des domaines vitaux (fig. 61)
montre que dans la zone de densité plus faible
celles-ci s’élèvent à 4,1 ha en moyenne (N = 24,
a = 0,36) contre 3,6 ha (N = 12, a = 0,31) dans la
zone de densité plus forte ; la différence est haute¬
ment significative (P < 0,0001 d’après le test U
de Mann-Whitney). Calculée sur l’ensemble des
domaines vitaux dont la superficie peut être consi¬
dérée comme circonscrite avec une bonne précision,
cette valeur moyenne est de 3,96 ha (N = 36,
a = 0,4427). Si nous regroupons les domaines par
classes de surfaces et dressons la carte des zones
dans lesquelles les domaines ont la même superficie
(fig. 62), nous mettons en évidence une hétérogé¬
néité dans la distribution des cantons liée à celle de
la forêt elle-même. Nous remarquons immédiate¬
ment, ce qui apparaissait déjà sur la fig. 60,
l’influence exercée sur le peuplement de Stizorhina
fraseri par la percée en forêt d’une large piste
entretenue. Seul le couple n° 10 est installé de part
et d’autre, les autres espèces ne la traversent pas et
suivent ses bordures exactement comme s’il s’agis¬
sait des berges d’une rivière. Cette saignée forestière
a créé un important effet de lisière, lequel s’est
trouvé accru par le défrichage du sous-bois, lors des
travaux d’installation du laboratoire en 1968 (effet
particulièrement sensible sur la zone de cantonne¬
ment des couples 9-12 et 22, 23). Il est donc
probable que les densités que nous avons mention¬
nées ci-dessus ne puissent pas être tenues pour
représentatives de la forêt naturelle, non remaniée.
Dans ces conditions, la valeur de 20,8 couples/km 2 ,
obtenue en calculant une densité sur la zone
fréquentée par les couples 13 à 21, serait plus
plausible.
Source : MNHN, Paris
164
CHRISTIAN ERARD
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
165
Fig. 61. — À gauche : distribution des surfaces des domaines de Stizorhina fraseri en 1977 sur les guadrats de forêt de M'Passa selon qu'est prise en
considération toute la zone d'étude (1), celle de plus forte densité (2) ou celle de plus faible densité (3). A droite : variation de la surface des domaines de
S. fraseri entre 1973-74 et 1976-77.
Source : MNHN, Paris
166
CHRISTIAN ERARD
La fig. 60 montre la répartition des couples
cantonnés établie d'après nos relevés pendant le
cycle 1973-74. On remarquera que la densité et la
localisation des divers couples correspondent très
bien à la situation notée en 1976-77, ce qui prouve
une bonne stabilité dans le temps, du moins durant
notre période d'étude. La comparaison des superfi¬
cies des domaines vitaux (fig. 61), du moins de ceux
qui ont été circonscrits de manière satisfaisante
montre que ceux-ci se seraient légèrement agrandis
entre les deux relevés : 3,8 ha en 1973-74 (N = 13,
g = 0.42) contre 4,0 ha (N = 13, a = 0,36) en
1976-77 ; la comparaison a bien sûr été effectuée en
considérant les cantons dont les numéros d’ordre
correspondaient d'une période à l'autre. Il importe
de préciser que cette différence n’est toutefois pas
statistiquement significative (p = 0,13 d’après le
test U de Mann-Whitney).
Dans les formations secondaires, il ne nous a pas
été possible d’obtenir des données quantitatives
précises sur son abondance. Disons que, dans les
vieilles plantations, la densité nous a semblé faible :
couples très disséminés et, apparemment, occupant
de vastes cantons (de 4 à 5 ha, peut-être même
davantage). Dans les stades plus âgés de la reconsti¬
tution forestière postculturale, notamment dès les
grandes formations continues de hauts parasoliers,
l’abondance nous a paru comparable à celle des
zones à bonne densité du plateau de M’Passa,
parfois même supérieure comme cela nous a semblé
être le cas lors d’une brève visite en juillet 1976 au
Mont Bengoué où Brosset (com. pers.) avait, lui
aussi, remarqué le fait. Il ne serait donc pas exclu
que cet oiseau trouvât son optimum dans les
derniers stades évolutifs de la régénération fores¬
tière.
Fraseria ocreata
L’unité sociale chez cette espèce n’est pas le
couple mais le groupe (Erard, à paraître).
La fig. 63 illustre la répartition des divers groupes
sur la zone d’étude du plateau de M’Passa, établie
d'après les observations effectuées lors du cycle
1976-77. Précisons que cette distribution est en fait
demeurée stable au cours de notre période d’étude.
Comme nous le verrons plus loin, le décompte des
individus au sein d’un groupe est malheureusement
difficile d’une part en raison de la hauteur à
laquelle ils circulent et de la densité de la végétation
mais aussi, d’autre part, du fait que la cohésion des
groupes n’est pas toujours forte. Les individus se
tiennent souvent assemblés en sous-unités qui main¬
tiennent certes le contact entre-elles mais ne se
concentrent pas dans le même arbre ou le même
groupe d’arbres.
Dans la forêt du plateau de M’Passa, nous
obtenons une densité de 2,1 groupes par 100 ha,
soit en tenant compte de la taille des groupes
dénombrés sur cette zone : 16 individus/km 2 . Les
domaines vitaux dont les limites ont été déter¬
minées de manière satisfaisante ont une surface
moyenne de 29,5 ha (N = 5, a = 4,76). On
remarquera toutefois que les domaines situés en
pleine forêt (2, 3 et 4 de la fig. 63) sont plus grands
que ceux de lisière (n os 1 et 7) mais ils regroupent
également plus d'individus : 32,9 ha et 10 ind.,
35,8 ha et 9 ind., 28,4 ha et 8 ind. contre 25,5 ha et
7 ind., 24,8 ha et 3 ind. On notera aussi qu’en dépit
des zones inoccupées entre groupes voisins, le
milieu paraît relativement bien saturé.
Dans les formations secondaires occupées par
l’espèce, nous n’avons malheureusement pas de
données quantitatives précises sur son abondance.
Nous pensons que la densité y est de 1 à 2 groupes
par km 2 , c’est-à-dire inférieure à celle en forêt, il ne
s'agit toutefois que d'une présomption subjective. Il
nous a également paru, au vu du rayon d’action des
groupes observés, que les domaines vitaux y étaient
plus grands et que ces groupes étaient aussi plus
petits (4 à 6 individus en moyenne).
Fraseria cinerascens
Contrairement à son congénère, cet oiseau vit
par couples bien cantonnés et, comme nous l’avons
vu plus haut, est strictement localisé au bord de
l’eau. Nous avons étudié son abondance à M’Passa,
sur les rives de l’Ivindo et surtout sur les îles de ce
fleuve. Il y est très régulièrement réparti : 7 couples
sur 1 km de berge, soit un couple tous les 150 m.
La fig. 63 illustre la distribution des couples,
étudiée lors du cycle 1976-77, sur une portion de
l’une des îles du feuve. Comme on peut le constater,
l’île étant de forme étroite et très allongée, elle est
entièrement occupée. Le centre étant moins fré¬
quenté que les rives, les limites des cantons y sont
plus imprécises mais donnent quand même une
bonne idée de la superficie des territoires. Nous
arrivons ainsi à une surface moyenne de 1,4 ha
(N = 10, a = 0,14), nombre identique à celui
obtenu sur les rives de terre ferme. Sur cette île
occupée entièrement, la densité s’avère de 70 couples
au km 2 . Insistons cependant sur le fait que, pour
cette espèce, comme pour Muscicapa cassini, des
abondances rapportées à des unités de surface ne
signifient pas grand-chose en raison de son mode
linéaire de répartition très particulier.
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
167
Hyliota violacea
Nous avons déjà dit plus haut que nos rencontres
avec cette espèce n’avaient été qu’épisodiques.
Nous pensons cependant qu’elle niche dans notre
zone d’étude du plateau de M’Passa. Nous y avons
observé un couple seul en avril 1974 puis, accom¬
pagné cette fois d’un jeune, en juin et juillet 1976, et
encore de juin à août 1981, toujours dans le même
secteur en lisière du défrichement (zone de canton¬
nement des couples 1, 4, 8, 9, 10, 32 et 38 de
Stizorhina fraseri, fig. 60). Nous serions tentés d’y
voir l’un de ces oiseaux « rares » de la forêt comme
Anthoscopus flavifrons, Rémizidé, ou Pholidornis
rushiae , famille incertae sedis, qui vivent quasi
perpétuellement dans les parties les plus hautes de
la voûte forestière et dont on ne sait encore si
Source : MNHN, Paris
168
CHRISTIAN ERARD
l’apparente rareté est réelle ou simplement due à la
difficulté d’observation, aggravée par une ignorance
complète de leurs mœurs.
Megabyas flammulatus
Voici encore une espèce que nous n’avons pas
vue souvent. Nous avons observé 3 mâles (2 ad. et
1 juv.) le 11 novembre 1973 à M’Bès, 2 mâles
adultes le 8 mars 1974 sur les quadrats de M'Passa
(zone du couple n° 12 de Stizorhina fraseri, dans la
parcelle de forêt à sous-bois défriché), 2 mâles et
1 femelle ad. le 25 décembre 1976 sur ces mêmes
quadrats (zone de contact des couples 21, 22 et 24
de S. fraseri) et enfin 2 mâles et 1 femelle ad. le
8 mars 1977 à Bélinga. Mis à part les oiseaux de
M’Bès qui furent prélevés, nous avons vainement
essayé de retrouver les autres au cours des jours
suivants, notamment en diffusant des chants mis à
notre disposition par C. Chappuis, provenant toute¬
fois d’enregistrements effectués en Ouganda. Notre
impression est que l’espèce ne niche pas dans la
région mais qu’elle s’y montre en migration. Les
dates de nos observations se situent d’ailleurs fort
bien dans la période de l’année où est notée toute
une série de migrateurs afrotropicaux (cf. Brosset
1968, Brosset et Erard 1986).
Bios musicus
Il occupe de manière régulière les zones cultivées,
aussi sa distribution suit-elle le réseau des voies de
pénétration humaine. Toutefois, dès que les milieux
remaniés par l’homme sont uniformément très
engagés dans le processus de régénération postcul¬
turale (dominance de derniers stades) et que la
couverture végétale présente une physionomie plus
nettement forestière, l’espèce disparaît. La réparti¬
tion se présente donc plutôt comme des petites
populations disposées par taches, centrées sur les
habitats anthropiques.
En raison du caractère particulier de ses bio¬
topes, notamment de l’ouverture du milieu, et de la
propension qu’il montre à se localiser dans les plus
grands arbres, il n’est pas étonnant que sa densité
soit faible et ses domaines vitaux étendus. Compte
tenu de la superficie des territoires (38 et 41 ha) des
deux couples qui fréquentaient notre zone d’étude
en milieu cultivé, nous estimons à 0,6 couples pour
28 ha la densité réelle de l’espèce, soit 2,15 couples
au km 2 . En adjoignant aux deux territoires cités,
deux autres délimités au plateau de M’Passa, nous
obtenons une surface moyenne des cantons de
42,2 ha (<r = 3,50).
Bâtis minima
Le peuplement de cet oiseau présente une distri¬
bution très morcelée, en rapport avec celle de son
biotope. C’est ainsi que nous n’avons jamais ren¬
contré que des couples très disséminés et n’avons
pas trouvé de zones où les territoires de paires
voisines venaient en contact. À moins de relever sur
carte de très vastes superficies, il est très difficile
d’obtenir des données quantitatives précises sur son
abondance. Des estimations grossières nous amè¬
nent au chiffre de 1,5 couples au km 2 . Le quart du
domaine d’un couple débordait sur la parcelle de
28 ha cultivée que nous suivions régulièrement, ce
qui conduit à une densité de 0,9 couple au km 2
mais, en raison de la physionomie de la zone
d’étude, cette valeur concerne une densité plutôt
globale que réelle. Nos observations d’un couple
cantonné au plateau de M’Passa, fournissent une
mesure de 20,6 ha pour son domaine vital, valeur à
laquelle s’apparentent deux approximations (18 et
20 ha respectivement) effectuées sur deux autres
couples dans la région de M’Bès.
Bâtis poensis
Comparativement au précédent, cet oiseau pré¬
sente un peuplement continu dans les formations
secondaires. Deux couples fréquentaient notre par¬
celle d’étude en zone cultivée ; compte tenu de la
proportion de la superficie des territoires de ces
couples que représente la surface occupée sur la
parcelle, nous obtenons une densité de 0,9 couple
sur 28 ha, soit 3,2 au km 2 . Cette valeur nous paraît
bien représentative de l’abondance de l’espèce dans
les milieux secondaires. Les cantons de 3 couples
ont été déterminés dans de bonnes conditions, leur
surface moyenne était de 27,1 ha (a = 0,64).
Platysteira cyanea
Nous avons déjà souligné combien cette espèce
est liée au voisinage immédiat des habitations. En
raison de la très grande dispersions des aggloméra¬
tions, le peuplement est fort discontinu. De plus, les
villages gabonais se présentant souvent comme des
villages-rues, la répartition des couples de Platys¬
teira y est fréquemment longitudinale et, pour peu
que les stades âgés des formations secondaires
viennent très près des maisons et ne laissent guère
de place aux écotones stabilisés, la densité est alors
très faible, l’espèce pouvant même être totalement
absente dans certains villages.
Sur notre zone d’étude en milieu cultivé nous
avions 3 couples et un mâle célibataire au début du
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
169
cycle 1976-77. Lors des séjours précédents nous n’y
avions observé que 3 couples cantonnés dans des
limites apparemment très fixes. En fait l’ensemble
des 28 ha de la parcelle n’était pas occupé par
l’espèce : seuls 16 ha lui convenaient. Le mâle non
apparié possédant un territoire bien distinct de celui
des couples voisins, nous devons en tenir compte
pour le calcul de densité. Son canton étant de
moitié inférieur à celui des autres, nous pouvons
accepter une densité réelle de 3,5 couples sur 16 ha,
soit 21,9 couples au km 2 et une densité globale,
dans les milieux anthropiques, de 12,5 couples au
km 2 .
Les territoires de 4 couples, convenablement
circonscrits, couvraient une surface moyenne de
4,2 ha (a = 0,29). Le mâle célibataire que nous
avons mentionné plus haut défendait une superficie
de 2,5 ha.
Diaphorophyia castanea
Cet oiseau peut être qualifié de commun et
s'inscrit parmi les plus abondants de la forêt. Au
plateau de M’Passa, nous avons déterminé pendant
le cycle 1976-77 une densité réelle de 42,3 couples
au km 2 . La fig. 64 illustre la répartition des paires
cantonnées. On remarquera l’influence de la route
percée en forêt sur la délimitation des territoires.
A propos de ces derniers, on remarquera les
chevauchements plus ou moins importants des
domaines à mesure qu’on se rapproche des lisières :
voici un cas précis où l’introduction de la notion de
dominance sociale s’impose dans la définition de la
territorialité. Nous reviendrons ailleurs là-dessus.
Nous avons cherché si l’on retrouvait chez cette
espèce les particularités (zones de densité différente)
mentionnées à propos de Stizorhina fraseri. Les
couples 55 à 85 conduisent à une densité de
42,2 couples/100 ha, nombre très voisin de celui que
l’on obtient pour le reste de la surface : 43,1
couples/100 ha. Toutefois, si l’on calcule la densité
en ne retenant que les couples bien éloignés des
lisières, pour diminuer l’effet de concentration et
obtenir une meilleure estimation de l’abondance
réelle en forêt naturelle, on arrive à une valeur de
36,8 couples au km 2 . Il est donc évident que la mise
en place du laboratoire de M’Passa, avec les
défrichements et les aménagements effectués, a eu
une grande incidence sur l’avifaune.
La superficie moyenne des domaines est de
2,44 ha (N = 64, a = 0,26). On remarque toutefois
que les cantons établis dans les zones où la
végétation peut être qualifiée de secondaire par sa
physionomie sont un peu plus grands : 2,8 ha
(N = 6, o = 0,15) que ceux délimités en forêt :
2,4 ha (N = 58, a = 0,24).
La fig. 64 montre la distribution des couples
relevée lors du cycle 1973-74, quand nous ne
couvrions toutefois pas encore toute la zone d’étude.
La densité était alors de 42,1 couples au km 2 ,
valeur pratiquement identique à celle de 1976-77
(43,1 couples) ce qui prouve qu’elle est restée
sensiblement constante durant notre période d’étude
et montre combien l’espèce sature son milieu. Bien
qu’il existe quelques différences au niveau des
couples situés en lisière du grand défrichement, la
localisation des domaines demeure assez constante
entre les deux périodes, ce qui souligne aussi la
stabilité du peuplement. La surface moyenne de ces
domaines est d’ailleurs identique en 1973-74 à celle
de 1976-77 : 2,45 ha (N = 45, a = 0,30) calculée
sur l’ensemble ; 2,8 ha (N = 6, a = 0,28) en milieu
secondaire et 2,4 ha (N = 39, a = 0,26) en forêt.
Nous n’avons pas de données précises sur les
fluctuations de la densité selon les types de forma¬
tions secondaires fréquentées par l’espèce. Manifes¬
tement elle diminue fortement à mesure que l’on
progresse depuis les derniers stades de la régénéra¬
tion forestière postculturale jusqu’à la brousse
arborescente à Parasoliers et Aframomum : elle
passe d’une valeur voisine de celles que nous
venons de mentionner à une autre comprise entre
20 et 25 couples au km 2 . La surface des domaines
augmente d’ailleurs en conséquence ; dans la forêt
de Parasoliers nous avons vu des couples circuler
sur des superficies dépassant 4 ha.
Diaphorophyia tonsa
L’espèce étant liée à la grande forêt naturelle ou
du moins aux stades ultimes de la reconstitution
forestière postculturale, nous avons estimé son
abondance sur les quadrats de M’Passa. La fig. 65
illustre la répartition des divers couples présents
lors du cycle 1976-77 quand nous avions alors une
grande expérience des vocalisations de cet oiseau
qui, curieusement, passe pour rarissime dans la
littérature ornithologique. Nul doute que sa locali¬
sation dans les hauts niveaux de l’étagement végé¬
tal, sa remarquable similitude de coloration avec
D. castanea et l’absence de données acoustiques
précises (seules existaient les quelques transcrip¬
tions phonétiques de Marchant 1942) aient été
responsables de cette opinion erronée. Nos dénom¬
brements conduisent à une densité réelle de
13,7 couples pour 100 ha sur l’ensemble de la zone
d’étude. Comme pour D. castanea nous constatons
une nette tendance des couples à se cantonner le
long de la saignée effectuée lors de l’établissement
d’une piste carrossable et l’effet de lisière ainsi
entraîné : concentration des couples et chevauche¬
ment des domaines. On remarquera aussi que la
Source : MNHN, Paris
170
CHRISTIAN ERARD
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
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Source : MNHN, Paris
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CHRISTIAN ERARD
densité du peuplement n’est pas régulière sur toute
la zone puisque les paires 2 à 16 conduisent à une
abondance de 13,1 couples au km 2 contre 17,2 pour
les autres.
Cette différence de densité s’accompagne d’une
variation inverse de la taille moyenne des domaines :
6.4 ha (N =13, a = 0,66) contre 5,8 ha (N = 9,
a = 0,64), différence significative (P = 0,03 d’après
le test U de Mann-Whitney). Sur l'ensemble de la
zone d’étude, la surface des cantons varie de 4,9 à
7.4 ha (moyenne 6,4 ; a = 0,70 ; N = 22).
La fig. 65 montre la répartition des couples
cantonnés lors du cycle 1973-74. Bien que la surface
inventoriée ait été légèrement supérieure à celle de
1976-77, on obtient exactement la même densité
dans les deux cas : 13,1 couples au km 2 . On
remarquera aussi l’excellente correspondance qui
existe entre les deux relevés quant à la localisation
des divers couples, indice d’une grande stabilité
dans le temps du peuplement.
Diaphorophyia blissetti chalybea
Nous avons déjà insisté sur l’instabilité du peu¬
plement de cet oiseau, liée à la très rapide évolution
des milieux fréquentés. C’est ainsi que nous n’avons
jamais retrouvé d’un séjour à l’autre les individus
bagués et ceci en dépit du fait que l’espèce se
détecte bien par ses vocalisations et répond de
manière très démonstrative aux repasses d’enregis¬
trements des cris et des chants. La fig. 66 illustre la
distribution des couples cantonnés au plateau de
M’Passa, dans les zones du défrichement laissées en
régénération forestière. Nous rappellerons que le
défrichement remonte à 1968. On remarquera la
diminution du nombre des couples en 1974. Nous
n’en vîmes ni entendîmes aucun durant notre séjour
du 10 janvier au 7 avril 1975. Par la suite, entre le
5 juin et le 3 septembre 1976, puis entre le
18 décembre 1976 et le 24 mars 1977, nous n’eûmes
que peu de contacts (3 et 5 respectivement), indi¬
quant la présence d’oiseaux (2 couples?) dans les
mêmes secteurs qu’en 1974. Ceci va dans le sens de
nos observations ailleurs dans les formations secon¬
daires qui montrent que cet oiseau n’est en fait bien
représenté (jusqu’à 13,5 couples au km 2 ) que dans
la brousse arborée à Parasoliers et Euphorbiacées,
et surtout dans la jeune brousse arborescente à
Parasoliers et Aframomum, sa densité diminuant
très sensiblement (8-9 couples au km 2 ) dans les
stades plus âgés. Dans les zones cultivées, une
densité plus globale que réelle, en raison de la forte
hétérogénéité du milieu, de 7,1 couples au km 2 ,
obtenue sur notre terrain de M’Bès, nous paraît une
estimation convenable.
La superficie des domaines vitaux est fort variable :
de 5,5 à 10,2 ha (N = 7, moyenne : 8,6 ha, écart-
type : 1,49 ha). Les plus petits nous ont paru
associés aux brousses arborées et arborescentes
jeunes, les plus grands aux formations végétales
plus évoluées (vieille brousse arborescente et jeune
forêt secondaire).
Diaphorophyia concreta
L’espèce étant liée à la grande forêt, nous avons
pu estimer son abondance sur les quadrats du
plateau de M’Passa. Cependant, en raison de sa
densité relativement faible, de sa discrétion et
surtout de notre acquisition tardive d’une bonne
connaissance de ses vocalisations, nous n’avons
réellement pu mener à bien une cartographie des
couples cantonnés que lors du cycle 1976-77 quand
tous furent marqués avec des bagues de couleur. La
fig. 67 illustre la répartition de ces couples. Pour
l’ensemble forestier de la zone d’étude nous obte¬
nons une densité de 3,9 couples pour 100 ha. Si le
milieu est effectivement saturé, il est clair que sur la
fig. 67 que la densité n’est pas partout la même. Si
nous considérons la partie de forêt habitée par les
couples 1 à 3, la densité tombe à 2,6 couples au
km 2 . En revanche, pour la zone regroupant les
couples 4 à 10, elle s’élève à 6,4 couples au km 2 .
Pour les raisons évoquées plus haut à propos de
Stizorhina fraseri, des effets de lisière et de remanie¬
ment forestier sont à craindre. Aussi la densité de
5.1 couples pour 100 ha, obtenue à partir des
couples 5 à 10, en s’éloignant du bord de route, est-
elle vraisemblablement plus représentative de l’abon¬
dance réelle de D. concreta en grande forêt.
L'étendue des domaines vitaux varie presque du
simple au double, de 12,2 à 21,4 ha (N = 7;
moyenne : 17,0 ha, cr = 3,74). Dans la zone de
faible densité, ils sont significativement plus grands :
20.1 à 21,4 ha (N = 3 ; x = 20,8 ; o = 0,65) que
dans celle d’abondance supérieure : 12,2 à 16,6 ha
(N = 4 ; x = 14,3 ; a = 1,93). Les domaines des
couples 1, 2, 5 et 7 situés en grande forêt non
remaniée, conduisent à une valeur moyenne de
18.1 ha (a = 2,77).
Erythrocercus mccalli
Cet oiseau vit en groupes aussi, comme pour
Fraseria ocreata, la densité des territoires n’est-elle
pas assimilable à une densité de couples cantonnés.
La petite taille des oiseaux, mais surtout leur
extrême mobilité et leur localisation dans les feuil¬
lages des niveaux supérieurs de l’étagement forestier-
rendent difficiles les comptages d’individus qui
composent ces groupes. Comme nous le verrons
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
174
CHRISTIAN ERARD
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
175
plus loin, nous obtenons davantage d'estimations
que de nombres exacts.
La fig. 67 illustre la répartition des divers groupes
présents sur les quadrats de la forêt du plateau de
M'Passa lors du cycle 1976-77. Précisons que les
données recueillies sur la distribution des groupes
durant nos autres séjours s’insèrent parfaitement
dans ce schéma, traduisant ainsi une certaine
stabilité de l'abondance et des limites territoriales
des groupes durant notre période d’étude. Si nous
considérons l’ensemble des groupes localisés, nous
obtenons une densité de 5,2 groupes au km 2 .
Toutefois, chez cette espèce également, nous obser¬
vons des différences de concentration des groupes :
6,1 pour 100 ha pour les groupes 7 à 13 contre 4,7
pour 100 ha pour les groupes 1 à 6.
Nous pouvons faire intervenir le nombre d’indivi¬
dus par groupe. Lors du cycle 1976-77, nous
arrivons à une valeur moyenne de 5,1 (N = 13,
a = 1,19) sur la zone étudiée. Plutôt que d’utiliser
cette donnée moyenne il est plus réaliste de prendre
en compte l'effectif de chacun des groupes intervenant
dans le calcul des densités. Ainsi, pour l’ensemble,
nous obtenons 27,5 individus au km 2 . La différence
mentionnée plus haut se trouve atténuée : 26,4 ind./
100 ha pour les groupes 1 à 6 et 29,6 ind./lOOha
pour les groupes 7 à 13. C’est-à-dire que, compte-
tenu des imprécisions dans les dénombrements,
nous pouvons admettre une densité moyenne de
30 individus au km 2 .
Les domaines vitaux, qui sont en fait des territoi¬
res, ont des surfaces très variables : 10 à 19 ha
(x = 13,8; a = 2,64; N = 9). Nos données
suggèrent une corrélation positive entre la superficie
des domaines et l’effectif des groupes (fig. 68),
toutefois, cette corrélation n'apparaît pas nettement
significative (r, de Spearman = + 0,58 pour N = 9 ;
à P = 0,05, r s = 0,60), vraisemblablement en
raison de la trop petite taille de nos échantillons.
Elminia longicauda
Les remarques que nous avons faites à propos de
Platysteira cyanea s'appliquent également à cette
espèce qui, elle aussi, est liée au voisinage des lieux
habités par l’homme : sa répartition n’est donc ni
uniforme ni continue. À l’exception des grosses
agglomérations , les villages n’abritent en général
qu’une petite bande de ces oiseaux dont l’unité
sociale est constituée par le groupe. Cette espèce
n’est donc pas abondante et son observation néces¬
site de la rechercher systématiquement sur le ter¬
rain. Ceci explique en partie pourquoi nous ne
pouvons pas fournir des données quantitatives
précises sur son abondance.
Sur notre zone d’étude en milieu anthropique, à
M’Bès, nous obtenons une densité de 6,2 groupes
au km 2 en ne retenant que les zones réellement
occupées par l’espèce et 3,6 groupes au km 2 en
considérant globalement l’ensemble des zones
cultivées.
Manifestement les groupes se déplacent sur de
grandes surfaces. La seule indication précise que
nous ayons obtenue est celle de 12,1 ha pour le
groupe régulièrement suivi à M’Bès lors du cycle
1976-77.
Trochocercus nigromitratus
Voici encore une espèce, purement forestière
cette fois, sur l’abondance de laquelle nous sommes
mal renseignés. Comme nous l’avons souligné plus
haut, elle est fort discrète et notre connaissance de
ses vocalisations demeura, jusqu’en 1981 pratique¬
ment nulle, du moins en ce qui concerne la
population gabonaise. Or la détection des oiseaux,
surtout en forêt équatoriale, s’effectue essentielle¬
ment à l’ouïe. Aussi, la répartition des couples de
cette espèce, telle que nous l’avons perçue en 1976-
77 (fig. 69) est, tout d’abord, peu précise et, d’autre
part, vraisemblablement incomplète. Il nous est
impossible de dire si le vide qui sépare les couples 1
et 2 des autres, est réel ou non. Remarquons que
nos contacts avec nigromitratus , lors du cycle 1976-
77, se situent essentiellement dans les zones où
l’effort de prospection fut intensifié par rapport au
reste que nous connaissions bien, des années anté-
Source : MNHN, Paris
176
CHRISTIAN ERARD
rieures. Si la solution de continuité dans la distribu¬
tion des couples est réelle, nous obtenons une
densité globale de 3,2 couples au km 2 , contre 5,8
dans le cas contraire et en calculant sur les couples
3 à 7.
Nos observations de juin à septembre 1981 et de
février à mai 1985 révèlent une occupation régulière
du plateau de M’Passa conduisant à une estimation
de 5 couples au km 2 . Toutefois, nous devons
souligner qu’en 1977 et 1985, le milieu a changé en
ce sens que la forêt lianescente (voûte plus basse et
discontinue, abondance accrue des nappes et rideaux
de lianes) s’est considérablement développée sous
l’action répétée des tornades, de sorte que la densité
estimée en 1981 et 1985 ne correspond sans doute
pas à ce qu’elle devait être entre 1972 et 1977.
Seul le domaine du couple n° 6 (oiseaux bagués)
fut déterminé de manière satisfaisante et couvrait
une surface de 13,8 ha. En 1981, pour deux autres
couples nicheurs dont nous avons suivi les déplace¬
ments des adultes, nous arrivons à des estimations
du même ordre de grandeur : 13 à 15 ha.
Trochocercus nitens
Nous avons déjà beaucoup insisté sur le fait que
cet oiseau est inféodé aux denses et luxuriants
rideaux de lianes. Ceux-ci étant bien représentés
dans la forêt gabonaise, du moins dans celle que
nous avons étudiée, la répartition des couples de 71
nitens apparaît relativement régulière.
La fig. 70 (bas) illustre la distribution des couples
cantonnés lors du cycle 1976-77. La saturation du
milieu est évidente bien que des vides subsistent
autour des couples 11 et 12. Ces vides sont liés à
l’élagage du sous-bois pratiqué en 1978 dans cette
zone (cf. le texte relatif à Stizorhina fraseri) qui
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
177
Source : MNHN, Paris
178
CHRISTIAN ERARD
avait été alors complètement délaissée par T. nilens
(cf. fig. 70, haut). Calculée sur l’ensemble de la zone
d'étude, l’abondance de l’espèce est de 21,8 couples
au km 2 . La différence entre les deux parties de forêt
situées de part et d’autre de la route, nette pour
certaines espèces, n’apparaît guère pour celle-ci :
21,4 couples/100 ha pour les couples 1 à 25,
22,6 couples/100 ha pour les couples 26 à 43.
La fig. 70 (haut) montre la répartition des couples
lors du cycle 1973-74. Sur la zone inventoriée, la
densité est de 19,3 couples au km 2 . Cependant, si
l’on ne tient pas compte de la surface où le sous-
bois a été artificiellement enlevé, on obtient une
valeur de 29,6 couples au km 2 , identique à celle que
l’on trouve en 1976-77 sur la même zone qui,
précisons-le, est très riche en chablis et en végétaux
ligneux lianescents.
Les 13 domaines vitaux délimités de manière
satisfaisante en 1976-77, recouvrent une surface
moyenne de 3,3 ha (a = 0,30). Nous ne décelons
pas de variation significative selon que l’on consi¬
dère la forêt de l’un ou de l’autre côté de la route.
Cette superficie moyenne est pratiquement la même
que celle que l’on obtient à partir des données de
1973-74 (x = 3,2 ha, a = 0,39, N = 5). On
remarquera aussi la bonne concordance qui existe
dans la répartition des domaines des couples lors de
deux cycles, indice d’une stabilité de la population.
Terpsiphone rufiventer
L’espèce ne niche pas et n’apparaît peut-être
qu’accidentellement dans la région de Makokou,
puisque nous ne l’avons observée que le 1 er avril 1974
sur les quadrats du plateau de M’Passa. En dépit de
recherches minutieuses, nous ne parvîmes pas à la
retrouver les jours suivants. Il s’agissait manifeste¬
ment d’un individu erratique. Vraisemblablement,
comme Megabyas flammulatus, T. rufiventer est-il
un migrateur qui ne se montrerait dans la région
qu’à certaines périodes de l’année mais sous des
effectifs relativement très faibles.
Terpsiphone viridis
En raison de la petite taille des parcelles cultivées
et de la grande complexité de la mosaïque de stades
évolutifs de régénération forestière qui en résulte,
les densités que nous pouvons présenter pour cette
espèce ne reflètent en fait que son abondance
globale dans les milieux secondaires.
Sur la zone de culture étudiée à M’Bès, lors de
chacun de nos séjours pendant le cycle de 1976-77,
la densité était de 17,9 couples/100 ha. En fait, nos
séances d’observations, régulièrement réparties mais
espacées, sur les trois mois de chaque séjour, nous
permettent seulement de dire que la densité n’avait
globalement pas changé sur la zone d’étude. En
réalité des variations s’étaient produites : couples se
déplaçant ou disparaissant, d’autres les rempla¬
çant...
En revanche, nous avons suivi de manière beau¬
coup plus précise la répartition des couples installés
dans le défrichement du laboratoire de M’Passa. La
fig. 71 illustre la distribution des différents mâles
cantonnés lors de nos divers séjours et les variations
observées, au cours de chacun de ces derniers, dans
le nombre et la disposition des cantons, qui notons-
le, correspondent à des territoires. Rappelons que
cette zone défrichée est régulièrement entretenue,
du moins autour des laboratoires et des habitations
qui en occupent la position centrale. Aussi ces
débroussages entraînent-ils des redistributions de
couples. Cependant, les remaniements de la végéta¬
tion ne couvrent pas tout l’ensemble de la zone
défrichée et de plus, n’ont lieu qu’une ou deux fois
l’an. Les modifications apportées tant dans la
distribution du couvert végétal que dans celle de
l’avifaune, demeurent fort comparables à celles que
l’on observe aux abords immédiats des villages ou
dans les plantations régulièrement entretenues. Nous
pensons donc que la remarquable instabilité des
cantonnements qui apparaît sur la fig. 71 n’est pas
particulière au plateau de M’Passa. Il est même
probable qu’une population de T. viridis se perpé¬
tue à M’Passa en raison même de ces débroussages
épisodiques. En effet, il appert de la fig. 71 que le
couple n° 1 en A, et B, s’est ensuite déplacé et que,
dès lors, aucun viridis n’a plus jamais niché dans
cette zone qui fut laissée telle quelle après l’abattage
des arbres en 1968. On remarquera que seul un
mâle s’y est encore cantonné durant la saison sèche
1976 (fig. 71, K 5 ) : il s’agissait d’un individu
célibataire et de phénotype féminin.
Durant cette période d’étude, la densité a varié
entre 11,1 et 18,5 couples au km 2 . Nous retiendrons
la valeur moyenne de 15,5 couples/100 ha, obtenue
à partir tant de l’ensemble des estimitions que de
l’abondance moyenne lors de chaque séjour.
La fig. 71 montre aussi combien la surface des
territoires varie au cours d’un même cycle. Nous ne
discuterons pas ici les modalités d’utilisation du
territoire chez cette espèce. Les estimations instan¬
tanées de superficie des domaines que schématise la
fig. 71 conduisent à une surface moyenne de 5,1 ha
(N = 62 ; a = 1,55) ou, si l’on ne tient pas compte
des mâles célibataires : 5,2 ha (N = 59 ; a = 1,48).
Il est intéressant de regarder comment varie la
surface des territoires en fonction du type de
coloration (cf. fig. 9) de leur propriétaire. C’est ce
que résume le tableau ci-dessous :
Source : MNHN, Paris
Fio. 71. — Répartition des mâles T. viridis cantonnés lors de nos divers
séjours dans la zone défrichée du plateau de M'Passa.
Les chiffres I à 6, placés en indice des lettres, désignent les divers séjours.
La numérotation des divers mâles cantonnés a été faite séjour par séjour.
Ainsi le n° 3 de A, est le même individu qu'en B, et en C,. Les cercles (o)
indiquent les nids suivis.
A : 8.11-10.12.72; B : 11-31.12.72; C : 1-28.1.73.
Types de coloration des cîcJ <cf. fig. 9) : 1 = 10 ; 2 = 5:3 = 6 ; 4 = 4 ;
5 - 3 ; 6 - 4.
D ; 8-26.9.73; E : 27.9-31.10.73; F : 1.11-7.12.73.
Types de coloration des : 1 = 10;2 = 6;3 = 6;4 = 3 ; 5 = 6 ;
6 = 9.
G : 22.2-9.3.74; H ; 10.3-9.4.74; I = 10.4-18.5.74.
Types de coloration des <J<J:1 = 10;2 = 6;3 = 5;4 = 4;5 = 5.
Les 1 et 2 correspondent aux dd 1 et 2 du second séjour. Ne sont pas
figurées les observations de dd non fixés (type 9 le 10.3 sur le territoire
n° 4 ; type 10 le 27.4 en lisière, derrière le couple n° 2).
J : 10.1-7.4.75.
Types de coloration des : 1 = 6;2 = 8;3 = 6;4 = 6.
Le territoire n° 4 était occupé avant le 24.1 par un d de type 2. En outre,
un d de type 1 fut observé du 29.3 au 2.4 sur le territoire n° 1. Il s'agissait
d'un individu bagué au nid. dans ce même secteur. 16 mois et demi
auparavant.
K : 5.6-3.8.76; L : 4.8-3.9.76.
Types de coloration des : 1 = 2;2 = 5;3 = 8;4 = 5;5 = 6;6 = 6.
M : 18.12.76-15.1.77; N : 15.1-31.1.77; O : 1.2-23.3.77.
Types de coloration des dd ;1 = 9;2 = 8;3 = 5;4 = 6;5 = 8.
Les mâles 2, 3 et 4 correspondent respectivement aux mâles 3, 2 et 5 du
séjour précédent.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
179
Types N Surface
coloration (moyenne et écart-type)
1+2 I 5.1 ha
3 + 4 + 5 18 4.3 ± 1.39 ha
6 + 7 23 5.2 ± 1.71 ha
8 + 9 +10 20 5.6 ± 1.33 ha
Le calcul du coefficient de corrélation du rang de
Spearman, pratiqué sur les 62 territoires de super¬
ficie connue et dont les mâles ont été identifiés
quant à leur type de coloration, conduit à un r 5 de
+ 0,37 (P < 0,005). Cela implique que plus les
mâles sont « masculinisés », plus les surfaces défen¬
dues sont grandes. Nous reviendrons ultérieu¬
rement sur la signification biologique de cette
remarque.
Terpsiphone batesi
Contrairement à la précédente, cette espèce est
apparue très stable dans ses cantonnements, du
moins dans notre zone d’étude du plateau de
M’Passa.
La fig. 72 illustre la répartition des couples
cantonnés lors du cycle 1976-77. La densité
14,0 couples/km 2 ) est relativement bien homogène
sur l’ensemble de la zone analysée puisque nous
obtenons des abondances de 14,6 et de 13,7 couples/
km 2 respectivement pour les couples 2 à 19 et 20 à
30. On remarquera, indice de stabilité de la popula¬
tion cantonnée, la bonne concordance qui existe
entre cette distribution des territoires et celle qui fut
cartographiée lors du cycle 1973-74 (fig. 72) quand
la densité était également de 14,0 couples/km 2 .
Lors du cycle 1976-77, la surface moyenne d'un
territoire était de 6,1 ha (N = 22 ; a = 0,62). Il
n'existait aucune différence selon que l’on consi¬
dérait les surfaces correctement déterminées et
occupées par les couples 1 à 17 (N = 15 ;
x = 6,1 ha ; a = 0,71) ou celles des couples 20 à 28
(N = 7; x = 6,1 ha; a = 0,44). En 1973-74, les
10 territoires délimités de manière satisfaisante
occupaient une surface individuelle moyenne de
5,8 ha (a = 0,99) qui est exactement la valeur que
l'on obtient en prenant les homologues de ces
territoires en 1976-77.
On remarquera, en comparant les fig. 71 et 72
relatives aux deux Terpsiphone , combien est franc le
remplacement de l’une et de l’autre espèce : elles ne
cohabitent qu’en lisière de forêt et encore, certaines
relations d’exclusion spatiale existent entre-elles
(Erard, à paraître). On notera aussi que, bien que
viridis ait abandonné la zone défrichée laissée en
régénération dès 1968, batesi ne s’y est pas encore
installé comme nicheur (ni en 1981, ni en 1985), ne
s’y livrant qu’à des incursions épisodiques, notam¬
ment lors des rondes plurispécifiques d’insectivores.
Le tableau XXIV récapitule, pour les diverses
espèces de gobe-mouches, les valeurs moyennes de
la densité exprimée en couples (ou groupes) par km 2
et de la superficie, en ha, des domaines vitaux.
L’abondance telle que nous l’avons définie ne
permet pas des calculs de biomasse car, ainsi que
nous l’avons déjà à plusieurs reprises souligné, dans
de nombreux cas l’unité sociale n’est pas le couple
mais le clan familial ou le groupe. Nous reviendrons
ultérieurement là-dessus (Erard à paraître), dans un
chapitre consacré à la vie sociale. Nous évoquerons
alors aussi, la possibilité de l’existence d’une frac¬
tion flottante de la population (individus non
nicheurs dont les domaines vitaux se superposent
aux territoires des oiseaux reproducteurs). Cepen¬
dant, nous pouvons déjà avancer que, compte tenu
de la faible production des nicheurs, de la mortalité
des jeunes supérieure à celle des adultes et du faible
nombre d’oiseaux non cantonnés, les valeurs d’abon¬
dance que nous présentons reflètent des effectifs
certes sous-évalués, si nous nous contentons de les
doubler (nombre de couples x 2), mais compa¬
rables entre-eux et, surtout, donnent une image
correcte de la répartition spatiale des unités sociales.
La fig. 73 met en corrélation la surface des
domaines vitaux et la densité pour chacune des
espèces de gobe-mouches gabonais, dans la mesure
où ces variables ont été quantifiées. Nous n’avons
pas tenu compte de Muscicapa cassini ni de Fraseria
cinerascens dont la distribution linéaire ne peut être
ramenée à une unité de surface. Cette figure illustre
la nette tendance sur laquelle nous avons déjà
insisté, des espèces à saturer leur milieu. En effet, la
plupart des points-espèces tombent au voisinage
immédiat de la courbe (fonction inverse, ici linéa¬
risée par double transformation logarithmique) de
saturation théorique, établie en admettant que les
couples occupent toute la surface disponible, ne
laissant aucun espace libre entre eux. On remar¬
quera toutefois que si les Platysteirinés (à l’excep¬
tion cependant de Bâtis minima et, dans une
moindre mesure, de Diaphorophyia b. chalybea) et
les Monarchinés se répartissent bien sur tout l'espace
disponible, ou peu s’en faut, les Muscicapinés en
revanche (à l’exception d 'Artomyias fuliginosa, de
Myioparus griseigularis , de Pedilorhynchus comita¬
lus et de Stizorhina fraseri ) ne semblent pas occuper
l’ensemble de leur habitat. Ceci n’est pas pour
surprendre étant donné que les membres de cette
sous-famille recherchent, ainsi que nous l’avons
indiqué plus haut, les zones les plus ouvertes, tant
dans les formations secondaires qu’en grande forêt :
Source : MNHN, Paris
180
CHRISTIAN ERARD
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
181
Tableau XXIV. Récapitulatif de l’abondance et de la surface moyenne des domaines vitaux des diverses espèces de gobe-
mouches dans le Nord-Est du Gabon.
Abondance Surface
Espece (Couples (c.) ou groupes (g.) par 100 ha) des domaines
P = Présent en petit nombre (en ha)
M
M
M
M
sethsmithi
epulata
olivascens
caerulesccns
griseigularis
plumbeus
A. fuliginosa
D. castanea
D. tonsa
D. b. chalybea
D. concreta
E. mccalli
E. longicauda
T nitens" 1
T. rufiventer
T. viridis
leur répartition est donc de ce fait discontinue. On
comprend aussi que D. b. chalybea ne sature pas
son milieu en raison de sa fréquentation des parties
les plus denses de la végétation (voir plus haut).
Quant à Bâtis minima, il paraît lié à un type
architectural de milieu peu représenté dans la
région de Makokou, sinon dans des stades de
transition lors de la reconstitution forestière, d’où
sa distribution très irrégulière. D'une manière géné¬
rale, le degré de saturation est relativement fort en
grande forêt ; dans les formations secondaires, en
revanche, il est moindre (fig. 73). Nous n’avons
trouvé dans la littérature que le travail de Morse
(1976) qui oppose, en un point donné, les densités
d’un groupe d’espèces à la surface moyenne de leurs
territoires. L’étude de Morse porte sur 4 Dendroica
(Parulidés) dans les forêts de conifères du Maine
aux États-Unis. Les données qu’il présente sur sa
fig. 4 témoignent de degrés de saturation faibles,
comparables à ceux observés pour B. minima ou M.
epulata.
Nous avons aussi maintes fois, dans les pages
précédentes, insisté sur la grande stabilité des
populations au cours des années d’étude, du moins
dans la grande forêt où nous avions beaucoup de
données comparatives. Cette remarquable absence
de fluctuations importantes de densité et cette
saturation du milieu laissent présager que sont
réunies là des conditions favorables à orienter les
modalités du développement démographique vers
ce qui est communément appelé la sélection « K »
(Pianka 1970, 1972; Blondel 1976, 1979). Nous
reviendrons là dessus dans le second volume de ce
travail.
Les densités que nous avons obtenues corrobo¬
rent, dans le cas des gobe-mouches, les vues
actuelles sur la structuration des peuplements d’oi¬
seaux forestiers tropicaux et équatoriaux, un grand
nombre d’espèces spécialistes comptant chacune
peu d’individus.
En fait, des chiffres précis sur les abondances
spécifiques absolues dans les forêts équatoriales
n’ont pas été publiés. La littérature, à notre
connaissance, ne révèle que des informations rela¬
tives. Les abondances sont exprimées par des
indices calculés essentiellement d’après les captures
d’oiseaux effectuées à l’aide de filets japonais tendus
surtout dans le sous-bois (Brosset 1966, Karr 1971,
Lovejoy 1975, Novaes 1969, 1970, 1973, Zimmer-
man 1972). Parfois, les auteurs ont combiné les
données des piégages à celles du report sur plan des
observations visuelles (Brosset 1971a, Karr 1976).
Ce sont ces auteurs qui nous intéressent car ils
traitent des forêts africaines. Brosset fournit des
Source : MNHN, Paris
182
CHRISTIAN ERARD
informations sur les Pycnonotidés de notre zone
d'étude ; il reconnaît lui-même ne pouvoir donner
que des ordres de grandeur mais les valeurs qu'il
propose apparaissent fort raisonnables. Les den¬
sités des bulbuls (à l’exception bien sûr d'Andropa-
dus latirostris très abondant mais dont une grande
partie de la population est mouvante, Brosset 1981)
sont faibles mais, dans l'ensemble, plus élevées que
celles des gobe-mouches. Bien que ni Brosset ni
nous-même n’ayons encore complètement analysé
toutes les notes accumulées sur les oiseaux de la
région de Makokou (cf. Brosset et Erard 1986),
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
183
nous pouvons avancer que les espèces dont
l’abondance atteint les 20 couples au km 2 s’inscri¬
vent parmi les oiseaux forestiers sédentaires (ceci
pour éviter Psittacus, Lamprocolius et Ixonotus,
frugivores très abondants mais très erratiques) les
plus communs. En fait, n’abondent réellement que
le bulbul Andropadus latirostris et le souïmanga
Nectarinia (= Cyanomitra) olivacea, suivis par les
bulbuls Phyllastrephus icterinus et Bleda eximia,
ainsi que par le souïmanga Anthreptes fraseri. Les
données de Karr concernent une forêt tropicale du
Libéria. L’auteur donne des densités en couples/
40 ha mais paraît avoir surtout mis l’accent sur les
captures au filet, de sorte que les nombres qu’il
propose font suspecter des estimations grossières
plutôt que des valeurs absolues. Ceci est dommage
car de fortes différences transparaissent dans les
abondances des gobe-mouches entre le Gabon et le
Libéria. Ainsi, Karr mentionne Muscicapa olivas-
cens dans le vieux secondaire (« late shrub »), non
pas en forêt, avec une densité de 45 couples au km 2 .
Les abondances de Megabyas Jlammulatus et de
Trochocercus nigromitratus sont également remar¬
quables : respectivement 20 et 30 couples au km 2
en forêt. Les valeurs pour Trochocercus nitens
(20 couples/km 2 ) et Diaphorophyia castanea (40 cou¬
ples/km 2 ) en forêt, en revanche, s’accordent bien
avec les nôtres. Il est bon à propos de cette dernière
espèce de rappeler qu’au Libéria elle n’est en
présence, en forêt, que de D. concreta puisque D.
tonsa n’habite que le bloc congolais. On remar¬
quera donc la densité de 30 couples au km 2 que
Karr attribue à concreta. Il serait intéressant de
confirmer cette valeur qui s’oppose radicalement à
celle du Gabon où concreta, castanea et tonsa
doivent se partager l’espace forestier. Autre diffé¬
rence, dans le vieux secondaire et en forêt, seul
Terpsiphone rufiventer est signalé au Libéria sous
des densités de 50 à 60 couples/km 2 , où il occupe
apparemment la place de T. batesi mais avec une
abondance bien supérieure. Ces différences sont-
elles à mettre en rapport avec celles de la struc¬
turation des peuplements ? Karr ne mentionne que
11 espèces de gobe-mouches sur ses terrains d’étude
au Libéria (peut-être seulement 10 car son M.
griseopyga (dans les Muscicapidae p. 480) est bien
énigmatique et paraît un lapsus pour Hirundo
griseopyga ) alors que l’on pourrait s’attendre à plus
du double (23 à 25 en se référant à l’atlas de Hall et
Moreau 1970). Notons que Karr n’a travaillé que
sur 2,44 ha de forêt pendant un mois et demi et sur.
2,16 ha de brousse arborescente à Parasoliers durant
trois semaines. On ne peut donc que s’interroger,
avec Vuilleumier (1978), sur la représentativité des
richesses spécifiques déterminées à la suite de brefs
séjours dans des milieux tropicaux occupés par une
avifaune si fortement diversifiée. De plus, que
penser des densités établies sur des surfaces aussi
restreintes sans qu’ait été prise en considération la
superficie des domaines vitaux, toujours grande
chez les espèces forestières ? Dans ces conditions, il
serait vraiment hasardeux de prétendre tirer quelque
conclusion d’une comparaison entre le peuplement
de gobe-mouches gabonais et le libérien.
Les abondances des gobe-mouches gabonais,
dont seulement 27 % des espèces atteignent les
10 couples au km 2 nous paraissent assez bien
refléter l’éventail des densités des oiseaux forestiers
équatoriaux, du moins des passereaux insectivores.
En revanche, de telles valeurs, s’inscriraient parmi
les faibles densités sur l’échelle des abondances
spécifiques en forêt tempérée : voir par exemple les
résultats mentionnés en Europe par Ferry et Fro-
chot (1965, 1968, 1970), ou par Le Louarn (1970),
par Lemée (1978), ou par Glowacinski et Jârvinen
(1975), Weiner et Glowacinski (1975) ou encore, en
Amérique du Nord, par Johnston et Odum (1956)
ou par MacArthur et MacArthur (1961) ou, dans
les forêts d’Eucalyptus australiennes par Loyn
(1980).
Si maintenant nous comparons ces densités des
gobe-mouches gabonais à celles des Muscicapinés
européens, nous remarquons que ceux-ci ne sont
guère plus abondants que ceux-là. Ainsi, Muscicapa
striata a des densités (en couples au km 2 ) de 2 en
vieille futaie de chêne bourguignonne (Ferry et
Frochot 1970), de 5,2 dans la cistaie et le maquis
très bas corses, mais de 18,4 dans les peuplements
âgés de chênes verts (Blondel 1979), de 10 en
chênaie parisienne (Le Louarn 1970), de 30 à 50
dans les parcs et les bois clairs de feuillus suisses
(Eggenberger in Glutz von Blotzheim 1962, Wart-
mann 1980), de 14 dans les vieilles forêts de pins
finlandaises (Glowacinski et Jârvinen 1975) mais de
23,5 dans les formations décidues (Sorjonen 1980).
Les gobe-mouches noir et à collier ( Ficedula hypo-
leuca et F. albicollis) habitent, sous des densités de
20 à 40 couples au km 2 , les forêts britanniques,
polonaises ou finlandaises (Edington et Edington
1972, Weiner et Glowacinski 1975, Sorjonen 1980,
voir aussi Lack 1966, Lundberg et al. 1981), bien
que Glowacinski et Jârvinen (1975) fassent état de
densités équivalentes à 108-128 couples/100 ha pour
F. albicollis dans des vieilles forêts de chêne-charme
en Pologne Rappelons qu’en raison de leur
dépendance des cavités pour leur reproduction, les
Ficedula ont eu, en maints endroits, leurs popula¬
tions accrues artificiellement (jusqu’à des densités
I. Cependant, en forêt de Bialowieza. Tomialojc et al. (Acta Ornithologica 1984. 20 : 241-310) ne donnent que des densités de 4.5 à 6.9 couples/lOha
selon les parcelles.
Source : MNHN, Paris
184
CHRISTIAN ERARD
de 25 couples de Gobe-mouches noirs sur 3 ha en
Suisse, Wartmann 1980, et même davantage cf.
Lundberg et al. 1981) par la pose de nichoirs.
En revanche, les Muscicapinés, Pachycéphalinés
et Monarchinés d’une forêt mixte d’eucalyptus
australienne (Loyn 1980) sont, dans l’ensemble,
plus abondants que leurs homologues gabonais. De
même, les « gobe-mouches », Tyrannidés, forestiers
nord-américains se présentent, eux aussi, sous des
densités plus importantes : voir les données sur
Myiarchus crinitus (Johnston et Odum 1956, Mac-
Arthur et MacArthur 1961), Empidonax virescens et
Contopus virens (les mêmes et Shugart et James,
1973), E. minimus (Saunders 1936, MacQueen 1950,
Breckenridge 1956, Sherry 1979, Holmes et al.
1979), E. hammondii, E. difficilis et Contopus sordi-
dulus (Beaver et Baldwin 1975), Nuttallornis borea-
lis (MacArthur et MacArthur 1961).
Sans aborder pour l’instant les problèmes liés à la
territorialité chez les gobe-mouches gabonais, nous
pouvons dès maintenant examiner la variation de la
surface moyenne des domaines vitaux selon les
espèces. Des relations exponentielles positives ont
été établies entre la superficie des domaines ou des
territoires de type A (au sens de Nice 1941 et de
Hinde 1956 ; c'est-à-dire où leurs propriétaires se
reproduisent et s’alimentent) et le poids des ani¬
maux (voir Armstrong (1965), Schoener (1968),
Verner (1975), Baker et Mewaldt (1979) et Jenkins
(1981) pour les oiseaux ; McNab (1963), Harestad
et Bunnell (1979) pour les lézards). En fait, cette
corrélation n’existe que si l’éventail des tailles des
animaux pris en considération est large. Ainsi, nous
n'avons décelé aucune relation significative entre les
poids des divers gobe-mouches gabonais et la
surface de leurs domaines respectifs. Wiens et
Rotenberry (1980) font la même constatation quand
ils ne considèrent que les petites espèces (10 à 30 g)
ou que les grandes (90 à 120 g), dans leurs peuple¬
ments d’oiseaux de prairies et de steppes arbustives,
en revanche, ils obtiennent une corrélation positive
et significative lorsqu’ils mêlent les deux catégories.
Partant du fait que, somme toute, le territoire
occupe plutôt un volume qu’une surface dans
l’espace forestier, nous avons cherché une éven¬
tuelle corrélation entre la taille des gobe-mouches et
le produit de la surface (en m 2 ) du domaine vital
par l’amplitude (en m) de l’utilisation verticale du
milieu. Aucune relation significative n’est apparue.
En revanche, les espèces localisées dans les plus
hauts niveaux de la végétation montrent une pro¬
pension à circuler sur les domaines vitaux les plus
étendus. De fait, nous avons trouvé une corrélation
linéaire positive et significative entre la surface
moyenne des domaines vitaux spécifiques, ST, et la
hauteur moyenne à laquelle on trouve chaque
espèce dans la végétation. H, (calculée sur l’année) :
ST = 0,8142 H + 1,9696 (r s = 0,66, P < 0,001).
Toutefois, si nous séparons les diverses sous-familles,
la corrélation ne demeure hautement significative
que pour les Muscicapinés (r 5 = 0,92, P < 0,001),
nous obtenons en effet des r s non significatifs de
0,52 pour les Platysteirinés et de 0,09 pour les
Monarchinés. Les constatations que nous venons
d’énoncer demeurent identiques (fig. 74) si l’on
prend les barycentres de la localisation verticale
calculés (cf. Daget 1977) d’après les données du
tableau XX. Si maintenant, nous opérons une
distinction entre les espèces inféodées à la grande
forêt naturelle et celles qui habitent les formations
secondaires (fig. 74) nous remarquons que la corré¬
lation, toujours positive, n’est significative que pour
ces dernières : ST = 1,162 H — 2,85 (r s = 0,96;
P < 0,001). En analysant par sous-famille, la
corrélation ne demeure, ici encore, significative que
pour les Muscicapinés tant en forêt naturelle (ST =
1,069 H — 2,31 ; r s = 0,93 ; P < 0,01) que dans le
secondaire (ST = 1,671 H — 9,793; r s = 0,90;
P < 0,05). Il est bon de préciser que nous n’avons
décelé aucune corrélation entre la taille des oiseaux
et leur localisation verticale. Au moins dans les
formations secondaires, la corrélation établie en
prenant en compte toutes les espèces pourrait
s’expliquer par le degré d’ouverture croissant de la
végétation à mesure que l’on considère des strates
de rang de plus en plus élevé (les arbres de 50 m
sont beaucoup plus disséminés que ceux de 30 m,
lesquels le sont plus que ceux de 20 m...). Il est
cependant piquant de relever que les meilleures
corrélations s’obtiennent avec les Muscicapinés qui,
comme nous l’avons vu plus haut, chassent princi¬
palement à l’affût les insectes volants qui circulent
dans les grands espaces libres. On remarquera
également que, parmi les espèces localisées dans les
niveaux supérieurs, s’inscrivent précisément celles
qui montrent la plus forte tendance à chasser dans
les feuillages des couronnes (F. ocreata, M. plum-
beus). Il semblerait donc bien qu’en fait, la surface
des domaines vitaux soit directement liée aux
disponibilités en insectes volants et que ceux-ci
seraient, en relation avec les gradients verticaux
thermiques et hygrométriques (voir en particulier
les remarques de Taylor 1963, de Janzen et Schoe¬
ner 1968 et de Janzen 1973) auxquels nous avons
fait allusion dans la présentation physique du
milieu, plus abondants dans les espaces libres du
sous-bois que dans ceux de la strate des émergents.
Remarquons au passage que ceci expliquerait peut-
être les abondances relativement faibles des insecti¬
vores aériens stricts comme les Hirondelles ou les
Martinets.
Densité et surface des territoires variant en
fonction inverse l’une de l’autre, il n’est donc pas
surprenant que les territoires des gobe-mouches
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
185
Fig. 74. — En haut : relation entre la surface moyenne des territoires (ST en ha) et la hauteur moyenne (Hm) de fréquentation de la végétation chez
les Muscicapidés du Nord-Est du Gabon : A : en forêt primaire. B : dans les formations secondaires. En bas : relation entre ST (en ordonnée) et l'indice de
localisation verticale (barycentre) dans la végétation (en abscisse). Pour les Muscicapinés : y = 13.36 x — 12.76 (r, = 0,92; P < 0.001); pour les
Platysteirinés : y = 7.27 x — 1,01 (r, = 0,52; P > 0,05); pour les Monarchinés : y = 1.67 x + 6,02 (r, = 0,03; P > 0,05).
gabonais soient bien plus grands que ceux des
passereaux de même taille vivant sous les climats
tempérés (voir entre autres les valeurs citées par
Schoener 1968 et Potter 1972). Nous rappellerons
qu’en Europe, Muscicapa striata occupe un terri¬
toire de l’ordre d’un hectare (Géroudet 1957) ; les
Ficedula hypoleuca et albicollis se contentent de
petits cantons autour de la cavité de reproduction
(0,1 à 0,2 ha en Allemagne selon Creutz 1955 et
Curio 1959 ; 0,44 ha dans le Pays de Galles d’après
Edington et Edington 1972). Aux Hawaï, Chasiem-
pis sandwichensis, Monarchiné, a des territoires
moyens de 1 ou 2 ha selon l’âge et la densité de la
forêt qu’il habite (Conant 1977). Chez les Tyran-
nidés tropicaux (encore bien mal connus), des
surfaces de 2,45 ha ont été déterminées pour Cono-
pias inornata au Vénézuela (Thomas 1979) mais de
1 ha pour Pyrocephalus rubinus en Colombie (Bor-
rero 1972). Chez les Tyrannidés nord-américains,
des valeurs comprises entre 0,07 et 1,58 ha ont été
trouvées chez divers Empidonax forestiers, de 0,8 à
4.5 ha chez Contopus virens en forêt décidue, de
8 ha chez Tyrannus tyrannus en milieu ouvert, de
1.6 à 3,2 ha chez Myiarchus crinitus en forêt
modérément ouverte et de 1,2 à 2,8 ha chez Sayor-
nis phoebe anthropophile (MacQueen 1950, Wal-
Source : MNHN, Paris
186
CHRISTIAN ERARD
kinshaw 1966, Schoener 1968 et surtout Johnston
1971). Il semblerait donc bien, qu'à taille égale, les
insectivores forestiers tropicaux et équatoriaux aient
des domaines vitaux et des territoires nettement
plus grands que sous les latitudes plus élevées (voir
aussi les valeurs trouvées par Willis 1972 et 1973
sur des Formicariidés inféodés aux déplacements
des fourmis).
Un autre point, sur lequel il nous faut insister, est
la sensibilité des oiseaux forestiers aux modifica¬
tions du milieu introduites par l’action humaine. Il
n’est certes pas de notre propos d'analyser ici les
diverses facettes de ce problème général (voir par
exemple Verner 1975). Nous voudrions simplement
rappeler et souligner que nous avons à plusieurs
reprises, dans les pages précédentes, constaté des
irrégularités dans la densité et la distribution des
espèces introduites par des défrichements incon¬
sidérés du sous-bois et par l’ouverture et l’entretien
d’une petite piste.
Reprenons maintenant la liste des 33 paires
d'espèces définie plus haut et qui représente les cas
où l'isolement spatial nous paraît incomplet. Si
nous admettons qu’une modalité de la séparation
écologique peut reposer sur le fait que l’une des
espèces d’une paire donnée soit excessivement peu
nombreuse par rapport à l’autre, nous sommes
alors en droit de considérer que la pression compé¬
titive se trouve relâchée dans les paires suivantes :
M. striata - M. epulata ; M. striata - M. caerules-
cens ; M. striata - P. comitatus ; M. caerulescens -
S. fraseri ; E. mccalli - T. rufiventer ; T. batesi - T.
rufiventer ; M. griseigularis - H. violacea ; M. striata -
T. viridis ; M. olivascens - T. rufiventer ; S. fraseri -
T. rufiventer ; H. violacea - E. mccalli ; M. flammu-
latus - T. rufiventer ; M. flammulatus - T. viridis ;
M. flammulatus - T. batesi; D. castanea - T.
rufiventer ; D. tonsa - T. rufiventer et D. concreta -
T. rufiventer. Nous pouvons également admettre un
isolement écologique entre D. b. chalybea et T.
nigromitratus ; ces oiseaux ne sont en fait que
rarement en présence, seulement sur l’une des îles
du fleuve où leurs abondances respectives sont
d’ailleurs très faibles.
Il ne subsiste donc plus, à ce stade de l’analyse,
que 15 paires d’espèces que l’on peut considérer
comme encore incomplètement séparées au plan
écologique. Doit-on s’attendre à des différences
bien marquées dans leurs régimes alimentaires?
Le régime alimentaire
Après avoir précisé les modalités du partage de
l’espace forestier, il est logique et nécessaire de
parler de la nourriture recherchée par les divers
gobe-mouches gabonais.
Auparavant, nous jugeons utile de présenter
quelques considérations méthodologiques générales
sur l’étude du régime alimentaire des oiseaux
insectivores (ou plutôt consommateurs d’inver¬
tébrés) et plus particulièrement de ceux de la forêt
équatoriale.
La connaissance des régimes alimentaires revêt
une importance fondamentale pour traiter de pro¬
blèmes écologiques et comportementaux comme la
place qu’occupe une espèce donnée dans les chaînes
alimentaires d’une communauté, ou les interrela¬
tions en jeu au sein de groupes d’espèces potentiel¬
lement compétitives dans l'exploitation des ressources
du milieu, ou encore les adaptations dans les
modalités de la recherche de la nourriture, que la
théorie prévoit optimales. Ce ne sont là évidem¬
ment que quelques exemples des thèmes qui ne
peuvent être abordés, sans qu’ait été bien précisé au
préalable ce que consomment les organismes con¬
cernés.
Un régime alimentaire doit être caractérisé dans
sa composition et sa structure. Il convient en
premier lieu d’établir l’inventaire des proies recher¬
chées : dans le cas d’oiseaux consommateurs d’inver¬
tébrés, dresser la liste des espèces des arthropodes
et autres sur lesquelles s’exercent leur prédation.
Ensuite, définir la fréquence ou l’indice d’abon¬
dance de chaque taxon (tant de proies de telle
catégorie) ainsi que la constance ou l’indice de
présence dans les relevés (par exemple tel type de
proie rencontré dans n estomacs sur les N exa¬
minés). La caractérisation des proies ingérées doit
non seulement porter sur leur nature taxinomique
mais aussi sur leur consistance, leur taille, leur
forme et leurs moyens de défense mécaniques ou
chimiques. À cela il faut ajouter entre autres pour
des études portant sur les caractères adaptatifs des
modalités de la recherche et de la sélection des
proies, la valeur énergétique de chaque catégorie
d’aliments et connaître bien sûr, paramètre impor¬
tant dont il n’est malheureusement pas toujours
bien tenu compte, le taux d’assimilation de chacune
d’elles par le consommateur.
La définition du régime alimentaire doit égale¬
ment rendre compte de sa variabilité : selon le sexe,
selon l’âge (trop d’auteurs assimilent trop facile¬
ment la nourriture délivrée aux jeunes à celle
consommée par les adultes tant pendant qu’en
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
187
dehors de la période de reproduction), selon la
saison et même selon les heures de la journée. Il est
bon également de rappeler que pour être interpré¬
table, une analyse de régime alimentaire doit, en
outre, s’accompagner d’informations sur les besoins
des individus (rations journalières, par exemple), et
sur la nourriture disponible ou plutôt accessible à
l’oiseau dans sa morphologie et son comportement
durant la période et à l’emplacement de l’étude.
Cet exposé succint des données nécessaires pose
évidemment le problème des méthodes de leur
recueil.
L'observation directe des oiseaux en chasse est
difficile dans la forêt et introduit systématiquement
un biais en faveur des grosses proies ou de celles
que l’oiseau est obligé de préparer avant ingestion
(les hyménoptères piqueurs sont frottés sur le
perchoir, les chenilles aussi, pour les tuer, les
papillons également, pour être en outre plus ou
moins désailés et peut-être débarassés de leurs
écailles...). L'affût auprès des nids permet de
recueillir des informations sur l’alimentation des
jeunes mais là encore, les identifications ne s’avè¬
rent possibles que pour les proies volumineuses,
bien visibles et peu altérées lors de leur capture. La
technique photographique utilisée pour la détermi¬
nation des arthropodes apportés aux jeunes est à la
fois délicate et lourde en matériel et en temps.
L’analyse des contenus du tube digestif demeure
la méthode la plus utilisée pour les adultes, essen¬
tiellement à partir de spécimens collectés. L’emploi
de substances émétiques donne des résultats fort
variables selon les espèces dont les individus réagis¬
sent en outre différemment les uns des autres. En
raison des faibles densités et pour ne pas accroître
les risques de mortalité consécutifs à la capture au
filet, nous avons préféré ne pas utiliser de vomitifs
sur notre terrain. Nous avons en revanche, collecté
des spécimens mais bien sûr, ceux-ci n’ont pas été
obtenus sur les zones principales d’étude. Les
prélèvements ont été dispersés dans le temps et dans
l’espace : ceci entre autres pour minimiser leur
impact sur les populations.
Des méthodes comme l’analyse des fientes et des
pelotes de réjection ou la mise en place de colliers
sur les jeunes au nid (méthode qui présente aussi
certains inconvénients d’échantillonnage, cf. Johnston
et al. 1980) n’ont pas été utilisées soit en raison de
la quasi impossibilité de se procurer des échantil¬
lons (fientes et pelotes de réjection des adultes) soit,
dans le cas des oisillons, parce que le nombre des
nids trouvés étant faible, celui des couvées arrivant
à l’éclosion encore moindre, nous n’avons pas
voulu, par de trop fréquentes manipulations, intro¬
duire des causes de mortalité supplémentaires.
Que ce soit par l’observation directe ou par la
récolte d’échantillons, le problème majeur en forêt
équatoriale demeure l’identification des divers taxons.
En effet, la systématique des arthropodes, notam¬
ment celle des insectes n’est toujours pas complète.
Dans notre zone d’étude, la richesse spécifique est
grande et la détermination des proies au niveau de
l’espèce, déjà difficile dans les régions tempérées où
les faunes sont bien mieux connues, y apparaît
particulièrement ardue et nécessite le concours
d’une multitude de systématiciens étroitement spé¬
cialisés. Ce problème se pose de manière particuliè¬
rement vive lors de l’analyse de contenus stoma¬
caux où les proies, rarement entières, se présentent
sous la forme de débris que seul peut identifier un
spécialiste averti des ornementations répulsives ou
mimétiques, et souvent déroutantes, des pièces
anatomiques et que ne dérange pas trop le manque
de collections de référence.
En outre, en dehors du fait que seuls de petits
échantillons sont généralement obtenus (à moins
que de dépeupler toute une région), la méthode des
dissections stomacales n’est pas exempte d’incon¬
vénients qui affaiblissent la représentativité des
résultats. Nous venons d’évoquer les difficultés
d'identification des débris d’arthropodes. Nous
pouvons ajouter le fait que les restes de certaines
proies particulièrement volumineuses ou indigestes
peuvent avoir été régurgités sous forme de pelotes.
Dans le tube digestif, la vitesse du transit est
variable selon les catégories d’aliments et l’altéra¬
tion de ceux-ci dépend de leur coefficient de
digestibilité.
Nous avons recueilli 292 contenus stomacaux de
24 espèces de gobe-mouches gabonais fixés dans de
l’eau formolée à 10 %. Malheureusement jusqu’à
présent aucun des spécialistes contactés n'a pu
trouver le temps nécessaire à une identification
précise des proies consommées. Une approche
préliminaire a été tentée avec la collaboration
d’Edgard Gros par un premier tri des principales
catégories de proies, ne descendant pas au-dessous
de l'ordre. Nous estimons, pour l’instant, n’être en
mesure que de faire état de données provisoires,
générales et même fort fragmentaires pour certaines
espèces. Ceci évidemment oblige à une grande
prudence, notamment dans les conclusions. Ce sont
ces informations que nous présentons maintenant
en y adjoignant celles recueillies par observation
directe.
Muscicapa striata
En Europe (voir les ouvrages généraux de Frion-
net 1913, Witherby et al. 1946, Géroudet 1957,
Glutz von Blotzheim 1962 et les travaux particu¬
liers de Richard 1923, Steinfatt 1937 et Davies
1976, 1977), le Gobe-mouche gris est avant tout un
insectivore. La plupart de ses proies sont des
Source : MNHN, Paris
188
CHRISTIAN ERARD
Diptères (Syrphidae, Calliphoridae, Scatophagidae,
Muscidae. Empididae) et des Hyménoptères (four¬
mis volantes, ichneumons, guêpes, abeilles et bour¬
dons), auxquels il faut ajouter des Lépidoptères
(imagos, chenilles et chrysalides), des Homoptères
(principalement Aphididae), des Trichoptères, des
Névroptères, des Odonates, des Orthoptères et des
Coléoptères. Mentionnons aussi des araignées et,
accidentellement, des vers de terre. À la fin de l’été,
avant le départ en migration, la consommation de
fruits est régulière notamment ceux de sureau, de
sorbier, de framboisier, de groseiller, de bourdaine,
de chèvrefeuille et même, à l’occasion, des raisins.
Vraisemblablement ces données proviennent-elles
en majeure partie d’observations d’oiseaux nourris¬
sant des jeunes au nid. Seul Davies (1977) s’est livré
à un travail détaillé (ne descendant toutefois pas en-
dessous de la famille) où il apparaît que les adultes
consomment dans l’ensemble des proies plus petites
que celles qu’ils apportent à leurs jeunes.
Selon Bannerman (1936), la nourriture de ce
gobe-mouche ne consiste probablement, en Afrique
tropicale de l'Ouest, qu’en insectes : surtout des
Diptères, mais aussi des Lépidoptères, Hyménop¬
tères, Orthoptères et Coléoptères. Dans les quar¬
tiers d’hiver ivoiriens où l’espèce est présente de
septembre à avril, Thiollay (1970, 1971) répartit les
proies consommées en deux classes d’abondance :
la première regroupant les fourmis, termites, Dip¬
tères, Hyménoptères et Lépidoptères ; la seconde,
plus faible, les baies et fruits, Hémiptères, Coléop¬
tères, Orthroptères et Mantes. Il ne précise toute¬
fois pas les critères d’abondance qu’il a utilisés ni le
matériel sur lequel reposent ces données. Dans le
sud du Cameroun, Germain et al. (1973) ont trouvé
des fourmis ailées et de petits Coléoptères dans les
3 estomacs qu’ils ont examinés. Au Zaïre, Chapin
(1953) ne fait état que d’un individu ayant ingéré
des fourmis noires ailées.
Au Gabon, l’estomac d’un mâle collecté le
11.11.1973 ne contenait apparemment que des
débris de petits Coléoptères. Nous avons régulière¬
ment vu cet oiseau exploiter les essaimages de
termites (surtout en octobre, novembre et décembre)
et de fourmis. Nous avons fait état plus haut de cet
individu qui, le matin, s’alimentait des insectes
(surtout des Microlépidoptères et divers Diptères,
et aussi des petits Orthroptères) qui avaient été
attirés durant la nuit par les lumières des habita¬
tions : il ne prenait essentiellement que des proies
molles et ne dépassant pas 30 mm de longueur.
Muscicapa cassini
La littérature est remarquablement indigente sur
le régime alimentaire de cet oiseau. D’après Chapin
(1953), au Zaïre, sa nourriture ne consiste qu’en
insectes, dont de petites libellules. Dans le Sud-
Cameroun, Germaip et al. (1973) ont trouvé des
Odonates et de petits Coléoptères dans les deux
estomacs qu’ils ont examinés.
Au Gabon, le gésier d’une femelle collectée le
6.11.1978 ne semblait contenir que des restes de
petits Coléoptères. Nous avons observé 116 apports
de proies aux jeunes dont seulement 67 (57,8 %)
ont été rapportées à un ordre d’insectes. De même
43 proies identifiables ont été notées, consommées
par les adultes (chassant isolément pour leur compte
ou J nourrissant la 5), représentant 71 % des
actions de chasse réussies où l’oiseau se tenait
suffisamment près de l’observateur pour que celui-
ci puisse discerner les proies capturées. Ces données
obtenues par l’observation directe sont regroupées
dans le tableau XXV.
Tableau XXV. — Catégories de proies entrant dans le régime
alimentaire de Muscicapa cassini. Données de l'observation
directe (en %).
apportées consommées
aux jeunes par les adultes
(N = 67) (N = 43)
Diptères 58.2
Lépidoptères
chenilles 3
Nevroptères
Hyménoptères 1,5
Myriapodes
55.8
32.6
Les Diptères capturés sont essentiellement des
Muscidae (surtout des Glossines) et des Tabanidae
(divers taons et des Chrysops ), mais aussi des
Culicidae et des Tipulidae. Les Lépidoptères s'avè¬
rent pratiquement tous des Rhopalocères ce qui
place, dans notre zone d’étude, M. cassini comme
l’un des principaux prédateurs de papillons diurnes.
La taille des proies a été exprimée par leur
longueur en fonction de celle du bec des adultes, ce
qui a permis de les regrouper en classes de 5 mm.
La fig. 75 (A) illustre ainsi la distribution de
63 proies, identifiées ou non, apportées à un nid
observé par nous en décembre 1972. Précisons que
les Arthropodes donnés aus jeunes deviennent de
plus en plus volumineux à mesure que ces derniers
se développent : x = 6,6 mm (N = 21, a = 2,65) à
l’âge de 2 jours ; x = 12,2 mm (N = 36, a = 5,63)
à 7 jours et x = 20 mm (N = 6, a = 7,75)
à 9 jours. Le test U de Mann-Whitney montre que
ces différences sont hautement significatives (P <
0,001). Sur cette même fig. 75 (A) est représentée la
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
189
répartition des tailles des 60 proies consommées par
les adultes lors des actions de chasse mentionnées
plus haut. Nous obtenons ainsi une dimension
moyenne de proie de 17,9 mm (N = 60, <r = 15,94)
pour les adultes et de 11,1 mm (N = 63, a = 6,34)
pour les pulli. Cette différence n’est toutefois statis¬
tiquement pas significative (P = 0,096 d’après le
test U de Mann-Whitney) ; elle est simplement due
au fait que les adultes ne donnent pas à leurs jeunes
les plus grosses proies (essentiellement des Rhopa-
locères) qu’ils capturent. La combinaison des proies
apportées aux jeunes et de celles consommées par
les adultes fournit une dimension moyenne de
14,6 mm (N = 123, a = 12,52). Nos données ayant
essentiellement été recueillies de décembre à avril
durant la période de reproduction de l’espèce, nous
ne pouvons rien dire d’une variation saisonnière
éventuelle de son régime alimentaire.
Muscicapa sethsmithi
La littérature est muette à son sujet en-dehors du
fait qu’il s’agit d’un consommateur de très petits
insectes (Chapin 1953, Rougeot 1957). Nous n’avons
pas pu nous procurer des spécimens pour procéder
à des dissections stomacales. Toutes nos observa¬
tions montrent qu’à longueur d’année cet oiseau se
nourrit essentiellement, pour ne pas dire exclusive¬
ment, de très petits insectes ailés attrapés en vol :
proies translucides de moins de 10 mm de longueur
et souvent même plus proches de 5 mm. À l'occa¬
sion on le voit happer des proies plus grosses
comme des Chrysops ou d’autres petits tabanides.
La capture de papillons est exceptionnelle (environ
1 %o) : il faut vraiment qu’ils passent tout près de
l'oiseau à l’affût sur son perchoir. Nous ne l’avons
notée que 8 fois : microlépidoptères blancs de 15 à
25 mm, et un de 35 mm. Comme bien d’autres
oiseaux forestiers, cette espèce exploite les essai¬
mages de termites et de fourmis.
Muscicapa epulata
Nous n’avons obtenu que 5 contenus stomacaux :
4 en mars-avril qui consistaient tous en débris de
menus Coléoptères, toutefois l’un deux recelait des
petits fruits ; le 5 e , d'octobre, ne montrait que des
morceaux d’insectes dont un ovipositeur d’Orthop-
tère.
Nos observations, bien moins nombreuses, indi-
Source : MNHN, Paris
190
CHRISTIAN ERARD
quent que cette espèce capture des proies molles de
même taille que celles de selhsmithi, entre 5 et
12 mm de longueur. Un jeune récemment sorti du
nid était constamment nourri de petits insectes ailés
de 5-8 mm et. de temps à autre, de papillons
Rhopalocères de 10 à 16mm.
Muscicapa olivascens
Au Zaïre, Chapin (1953) a trouvé dans 3 esto¬
macs les restes de petits Coléoptères et d’autres
insectes ainsi que deux petites chenilles. Au Gabon,
Rougeot (1957) précise avoir noté des Orthoptères
et des Coléoptères dans les gésiers des deux spéci¬
mens qu'il a collectés.
Faute d’avoir obtenu des contenus stomacaux,
nous ne pouvons citer que nos quelques observa¬
tions directes des actions de chasse réussies où le
gobe-mouche était suffisamment rapproché pour
que les proies puissent être discernées. La fig. 75 (B)
montre comment se répartissent selon leur taille les
insectes consommés (x = 13,2 mm ; N = 16 ;
a = 5,77). Seuls ont été reconnus un Tipulidae,
deux papillons Hétérocères et une chenille, laquelle
était destinée au jeune volant.
Muscicapa caerulescens
Dans les deux estomacs que nous avons examinés
(29.8.1976 et 19.11.1973). comme dans ceux d’un
spécimen collecté au Nigéria (Marchant 1952) et
d’un autre en Guinée (Berlioz et Roche 1960), ne
figuraient que des débris de Coléoptères. Les quel¬
ques observations d'action de chasse réussies don¬
nent une longueur moyenne de proie de 16,1 mm
(N = 27, o = 8,24) ; ces données sont illustrées par
la fig. 75 (C). Les insectes ne pouvaient malheureu¬
sement guère être identifiés : les grosses proies
paraissaient être principalement des Diptères, avec
des Coléoptères et des Orthoptères ; 5 chenilles
furent reconnues : elles furent données à un jeune
volant et en cours d’émancipation. Le graphique de
la fig. 75 (C) ne tient cependant pas compte de
l’observation, le 26.02.1977 d’un individu ingérant
6 fruits de 7 à 10 mm de diamètre.
Myioparus griseigularis
Au Zaïre, Chapin (1953) a examiné deux esto¬
macs dans lesquels subsistaient des restes d'insectes
dont une petite chenille ; l'un de ces estomacs
contenait en outre deux graines dures d’un fruit.
Prigogine (1971) à partir d’une série de spécimens
n'écrit toutefois à propos des contenus du tube
digestif que «chenille, arachnides». Marchant (1952)
parle d’un individu qui, au Nigéria, avait con¬
sommé des Orthoptères.
Les dissections de 6 estomacs (2 de juin, 3 de
juillet et 1 de décembre) ont montré des Coléop¬
tères (5/6), des Hyménoptères, notamment des
fourmis (2/6), un Hémiptère, une chenille de 20 mm
et, en juillet, des graines de fruit (1/6 pour chacun
de ces trois derniers types d’aliments). D’après les
dimensions des débris, celles des proies étaient
essentiellement comprises entre 8 et 15 mm. Quel¬
ques observations directes nous ont permis de
reconnaître des chenilles de 15 à 20 mm et même de
30 mm, dans le cas d’un nourrissage de la femelle
par le mâle. Au nid, en novembre, nous avons vu
les adultes apporter des petits insectes ailés de 8-
10 mm, des chenilles de 15-20 mm et des araignées.
Myioparus plumbeus
Sur 7 estomacs d’oiseaux zaïrois examinés par
Chapin (1953), 6 contenaient des insectes chitineux,
en particulier des petits Coléoptères, 4 montraient
des petites chenilles non velues. L’examen de deux
spécimens nigérians n’a révélé que des Coléoptères
(Marchant 1952). Le seul gésier que nous ayons pu
nous procurer (J, 12.8.1976) ne renfermait que des
débris de petits insectes dont des Coléoptères. Nos
rares observations d’actions de chasse réussies
portent sur des captures de chenilles, de Coléop¬
tères, d’Orthoptères et d’araignées. Le régime ali¬
mentaire nous a semblé très semblable à celui de M.
griseigularis tant par la taille des proies que par leur
catégorie taxinomique.
Pedilorhynchus comitatus
Pour cette espèce aussi la littérature est indigente.
Il n’y est guère fait état que de sa propension à
chasser les insectes aériens (cf. par exemple, Chapin
1953, Serle 1956). Berlioz et Roche (I960' mention¬
nent des restes de nombreuses fourmis dans l'esto¬
mac d’un individu collecté en Guinée.
Nous avons recueilli 30 spécimens répartis à peu
près régulièrement au long de l’année (12 en février-
mars, 7 en juillet-août, 10 en septembre-novembre,
1 en décembre). Au niveau d’analyse auquel nous
avons opéré, aucune variation saisonnière n’est
décelable dans les contenus du tube digestif. Nous
obtenons les degrés de présence suivants :
Coléoptères 93.3 %
Hyménoptères 16.7 %
Chenilles 5.7 %
Orthoptères 3.3 %
Diptères 3.3 %
Araignées 3,3 %
(en octobre) 3,3 %
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
191
L’observation directe nous a révélé des ingestions
de Diptères (dont des Tipulidae et des Chrysops ), de
Coléoptères et, occasionnellement, de papillons
Rhopalocères. La répartition selon la taille des
proies notées est donnée sur la fig. 76 (A) ; la
longueur individuelle moyenne est de 10,7 mm
(N = 22, c = 5,27).
Artomyias fuliginosa
La littérature ne fournit guère de renseignements
sur le régime alimentaire de cette espèce autres que
sa consommation d’insectes aériens (cf. Chapin,
1953). Néanmoins Bâtes (1930) dit avoir habituelle¬
ment trouvé des Coléoptères, dont des Buprestidés,
dans les estomacs des spécimens qu’il a collectés au
Cameroun, et Marchant (1952) fait état de fourmis
ailées et de Coléoptères qui avaient été consommés
par les deux oiseaux qu’il a examinés au Nigéria.
Nous avons disséqué 7 gésiers de ce gobe-mouche :
2 de février, 1 de mars, 2 de juin, 1 d’août et
1 d'octobre. Tous contenaient des débris de Coléop¬
tères, 3 des Hyménoptères et 1, du mois d’octobre,
des graines de fruits. Les dimensions des proies
ingérées s’étalent apparemment entre 8 et 20 mm,
principalement entre 10 et 15 mm.
Nous avons observé l’exploitation régulière des
essaimages de termites et de fourmis et, occasion¬
nellement, la capture de Rhopalocères de 15-18 mm
de longueur. En raison de sa hauteur de chasse,
l’identification à vue et même l’appréciation de la
taille des proies attrapées par cette espèce ne sont
que très rarement possibles.
Source : MNHN, Paris
192
CHRISTIAN ERARD
Stizorhina fraseri
Au Cameroun, Bâtes (1930) signale l’ingestion de
Coléoptères, de fourmis et de larves. Au Zaïre, dans
17 estomacs (8 de S. f. fraseri et 9 de S. f vulpina),
Chapin (1953) a trouvé des insectes dans tous
(Coléoptères, fourmis, termites, 1 chenille, 1 cigale),
une fois un petit myriapode et une fois un petit
escargot.
Nous avons examiné 8 contenus de tubes diges¬
tifs (1 de février, 3 de mars, 1 d’avril, 1 d’août,
1 d’octobre et 1 de décembre). Des Coléoptères
figuraient dans 7 d’entre eux, des Hyménoptères —
apparemment beaucoup sinon en totalité des four¬
mis — dans 5, des restes de diptères et une araignée
dans l’un.
L'observation de ce que chassaient 52 individus
lors de leur contact sur le terrain a fourni les
proportions suivantes : fourmis (53,9 %), Coléop¬
tères (15,4 %), termites (11,5 %), Diptères (7,7 %),
chenilles (5,8 %), Hétérocères, Orthoptères et fruits
(1,9% chaque). L’ingestion de fruits repose sur
l’observation, le 11 mars 1977, d’un individu qui
consomma une bonne dizaine de petits fruits
orange à rougeâtre d’environ 5 mm de diamètre.
Dans les gésiers, 13 proies mesurables donnent
une dimension moyenne de 8 mm (o = 3 mm). Il
s’agit là, évidemment, d’une dimension minimale
car les grosses proies ont été broyées ou dilacérées.
De fait, l’observation de la capture de 33 insectes
dont la taille put être exprimée par rapport à celle
du bec de l’oiseau, fournit une valeur moyenne de
11,2 mm (a = 6,35). Étant donné que l’observation
directe introduit un biais en faveur des grosses
proies, il n’est pas déraisonnable de mêler les deux
échantillons, d’autant que le test U de Mann-
Whitney révèle que la différence qui les sépare n’est
pas statistiquement significative. Nous obtenons
alors une valeur de 10,3 mm (N = 46, a = 5,77).
La fig. 76 (B) illustre la distribution selon la taille
de ces 46 proies consommées par cet oiseau.
Fraseria ocreata
Au Cameroun, il est considéré comme un insecti¬
vore par Bâtes (in Sharpe 1908). Au Zaïre, Chapin
(1953) a trouvé dans 8 estomacs des débris d’insectes
dont des Coléoptères, un Hémiptère et une chenille
velue ; cependant, trois des gésiers contenaient aussi
des fruits verts et quelques graines dures de fruits.
Prigogine (1971) écrit que les chenilles constituent
l’aliment préféré de cette espèce dans l’itombwe.
Au Nigéria, Marchant (1952) a, lui aussi, trouvé
des chenilles dans les estomacs des deux oiseaux
qu’il a disséqués.
L'examen de 17 contenus du tube digestif recueil¬
lis en février (2), mars (1), mai (5), octobre (1),
novembre (5) et décembre (3) donne les indices de
présence suivants :
Coléoptères 52,9 %
Hyménoptères 47,1 %
Chenilles 35,3 %
Orthoptères 29,4 %
Odonates 11,8 %
Dictyoptères 11,8 %
Arachnides 11,8 %
Diptères 5,9 %
Hétéroptères 5,9 %
Dermaptères 5.9 %
Reptiles 5,9 %
Les Hyménoptères sont pratiquement tous des
fourmis. Les fruits (d’un diamètre de 5 mm) ont été
consommés en mars et en mai. Le reptile — dans
un estomace du 4 novembre — est un très jeune
serpent d’une longueur voisine de 40 mm.
L’observation directe nous a fourni 48 données
d’action de chasse réussies :
Chenilles 52,1% Mantodea 4,2%
Arthropodes divers 27,1% Termites 4,2%
Lépidoptères 10,4 % Orthoptères 2,1 %
Le terme « Arthropodes divers » désigne les proies non identifiées
qui n'appartenaient certainement pas aux autres catégories nommées.
Tous les Lépidoptères capturés étaient des Hétérocères délogés par les
comportements de chasse des oiseaux.
La fig. 76 (C) illustre la répartition de ces
48 proies selon leur longueur ; la moyenne étant de
31,1 mm (o = 12,04 mm).
Nos quelques données sur les proies apportées
aux pulli suggèrent que celles-ci ne diffèrent pas de
celles consommées par les adultes eux-mêmes.
Fraseria cinerascens
La littérature ne dit pas grand chose sur le régime
alimentaire de cet oiseau sinon qu’il s’agit d’un
insectivore (Sharpe 1908, Chapin 1953). Germain et
al. (1973), dans l’estomac d'un individu collecté au
Sud-Cameroun, ont noté des restes d’insectes dont
des Hyménoptères vespiformes. Marchant (1952) a
trouvé des Coléoptères dans le tractus digestif d’un
spécimen nigérien.
En Côte d’ivoire, Thiollay (1971) place en pre¬
mière catégorie de proies consommées les Hymé¬
noptères, dont les fourmis, les Coléoptères, les
Diptères et les Lépidoptères. En second rang,
viennent les Hémiptères, les Orthoptères, les mantes,
les araignées, les blattes et autres arthropodes, les
chenilles et autres larves. L’auteur ne précise toute¬
fois pas le matériel dont il a disposé ni les indices
d’abondance qu’il utilise.
Nous avons examiné 24 contenus du tube digestif
(2 de janvier, 11 de février, 6 de mars, 2 de juin et
3 d’août). Les indices de présence suivants ont été
obtenus :
Coléoptères
100%
Hétéroptères
4,2 %
Hyménoptères
45,8 %
Lépidoptères
4,2 %
Araignées
16,7 %
Orthoptères
4.2 %
(surtout chenilles)
16,7 %
(en février)
4,2 %
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
193
Nous n'avons pu, par l’observation directe, qu’iden¬
tifier en 13 occasions ce que capturaient des adultes
pour eux-mêmes : Lépidoptères Hétérocères (7),
chenilles (3), Diptères, Orthoptères et Mantodea
(1 de chaque). Nous avons assisté à 44 apports de
proies aux pulli : 23 chenilles, 7 indéterminés,
3 Diptères (2 taons et une grosse mouche), 3 larves
de Mantides, 2 Lépidoptères apparemment Hétéro¬
cères, 2 fruits (figue ( Ficus natalensis très probable¬
ment) et petite « olive »), 1 Millipède et 1 ver.
Les dimensions des proies apportées aux oisillons
paraissent augmenter avec l’âge de ceux-ci comme
l’indiquent les données recueillies sur un nid suivi
en février 1975 : 24,2 mm (N = 12 ; g = 14,67) à
4 jours ; 36,2 mm (N = 9 ; <r = 17,60) à 9 jours et
36,9 mm (N = 9 ; a = 14,38) à 11 jours. La
différence entre les deux premières valeurs n’est
toutefois guère significative (P ~ 0,05, z = 1,64;
test U de Mann-Whitney). Les apports observés à
un autre nid contenant des pulli de 2 jours ont
donné une dimension moyenne de 18,6 mm (N = 5 ;
a = 8,62). Pour les proies fournies aux jeunes en
général, nous obtenons la dimension moyenne de
29,1 mm (N = 39 ; a = 16,34). Les 16 proies
consommées par les adultes et dont la longueur fut
estimée conduisent à une valeur moyenne de 26,5 mm
(cr = 9,44) ; la différence avec la précédente n’est
pas significative (P = 0,37). Le regroupement de
toutes les proies (illustré par la fig. 77 A) mène à
une dimension moyenne de 28,4 mm (N = 55 ; a =
14,63).
Source : MNHN, Paris
194
CHRISTIAN ERARD
Hyliota violacea
Au vu du très faible nombre de spécimens connus
de cette espèce, il n’est pas étonnant que l’on ne
sache pratiquement rien de son régime alimentaire.
Seul Prigogine (1971) qui demeure le seul à en avoir
collecté un longue série, écrit que la nourriture
serait «constituée d’insectes, de petits coléoptères
et de chenilles ». Bâtes (1930) mentionne l’ingestion
de larves par l’un des spécimens qu’il a collectés.
Nous ne pouvons guère en dire plus. Nous
n’avons obtenu aucun contenu stomacal. Les obser¬
vations d’oiseaux en chasse, très difficiles en raison
de la hauteur à laquelle ceux-ci se tiennent, suggè¬
rent la recherche de proies de 10 à 20 mm de
longueur, parfois jusqu’à 30 mm. Dans les proies
capturées nous avons reconnu des Coléoptères, des
Orthoptères, des chenilles et même des araignées.
Megabyas flammulatus
Au Zaïre, Chapin (1953) n’a trouvé, dans
4 estomacs, que des insectes, dont des Coléoptères,
une cigale et un Orthoptère. En Guinée, Berlioz et
Roche (1960) mentionnent une cigale dans le gésier
d’un individu.
Les trois sujets que nous avons collectés en
novembre avaient tous ingéré des Coléoptères et,
l’un deux, un Blattide. D’après les dimensions des
débris, les proies devaient mesurer entre 15 et
25 mm. C’est ce qui ressort également des quelques
observations que nous avons pu faire qui, au
moins, ont montré en outre, l’ingestion de petits
Lépidoptères Hétérocères.
Bias musicus
La littérature ne fournit guère d’informations sur
l’alimentation de cet oiseau. Field (1971) a observé
que des papillons (des petits Lycaenides) étaient à
l’occasion apportés aux pulli et que les adultes
capturaient pour eux-mêmes de grands Lépidop¬
tères (par ex. Précis oenone) et des chenilles.
Nous avons examiné 6 contenus du tube digestif.
Tous consistaient en insectes que nous n’avons pu
mettre dans des catégories que dans 5 cas seulement :
Coléoptères (4 estomacs). Diptères (3) et Blattodea
(!)•
Par l’observation directe, nous avons identifié
18 proies consommées par les adultes (cf. tableau
XXVI). Nous avons assisté à 163 apports de
nourriture à un nid. Seules 135 proies (82,8 %) ont
pu être rangées dans une catégorie bien que les 28
(17,2%) non identifiées soient manifestement des
arthropodes. Le tableau XXVI rend compte de ces
données recueillies visuellement sur le terrain. Nous
préciserons que les Lépidoptères nous ont essentiel¬
lement paru être des Hétérocères et, les Diptères,
des Syrphides. Surprenante est la consommation de
lézards dont la quantité ainsi fournie aux pulli n’est
pas négligeable : 3,7 % des proies, si l’on calcule sur
l’ensemble des apports observés. Nous ne pouvons
bien sûr pas éliminer l’hypothèse d’une particularité
alimentaire présentée par les deux membres du
couple dont nous avons suivi la reproduction.
Tableau XXVI. — Catégories de proies entrant dans le régime
alimentaire de Bias musicus. Données de l’observation directe
(en %).
apportées consommées
aux pulli par les adultes
(N = 135) (N = 18)
Lépidoptères
Orthoptères
Hyménoptères
Odonatcs
Termites
Coléoptères
Dictyoptères
Toujours par l’observation des oiseaux en chasse,
nous avons obtenu une longueur moyenne de
21,9 mm (N = 23 ; a = 10,24) pour les proies
consommées par les adultes. Pour les oisillons, si les
163 données recueillies amènent à une valeur
moyenne de 19,7 mm (a = 9,56), les dimensions des
proies apportées varient selon l’âge des pulli :
x = 16,7mm (N = 48, a = 8,80) à 8 jours;
x = 25,2 mm (N = 22, a = 9,94) à 10 jours ;
x = 20,1 mm (N = 63, a = 8,91) à 12 jours et
x = 20,31 mm (N = 23, a = 10,08) à 14 jours.
La première de ces valeurs est significativement
différente des autres (P < 0,001 avec la seconde
et P < 0,05 avec les autres) mais la seconde est
aussi statistiquement plus élevée que les suivantes
(P < 0,01 ; test U de Mann-Whitney). La différence
de taille des proies capturées et consommées par les
adultes n’étant statistiquement pas significative,
nous avons opéré un regroupement (fig. 77 B) qui
fournit une longueur moyenne de 19,9 mm (N =
186, = 9,64).
D’autres observations, effectuées en juin et août
1981, sur un couple dont les deux nids successifs
n’étaient pas placés trop haut, permettant ainsi de
reconnaître au moins les plus grosses proies, ont
montré pratiquement le même éventail tant qualita¬
tif que quantitatif, des arthropodes apportés aux
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
195
jeunes. Les dimensions de ces proies étaient du
même ordre que celles que nous avions relevées
précédemment.
Bâtis mirtima
Au vu du peu de spécimens actuellement connus
dans les musées, il n’est pas surprenant que la
littérature soit muette sur le régime alimentaire de
cette espèce.
Nous avons examiné 5 contenus stomacaux (4 de
mars, 1 d'août). Tous montraient des débris de
Coléoptères, dans deux figuraient en outre : des
Hyménoptères dans l’un et des araignées dans
l’autre. Nos observations d’oiseaux en chasse ne
nous autorisent guère qu’à dire que cette espèce
recherche surtout des proies de 5 à 15 mm :
apparemment surtout des insectes chitineux, à
carapace dure, bien que nous l’ayons, à l'occasion,
vue capturer des termites ailés lors des essaimages.
Bâtis poensis
Les hauteurs auxquelles il se tient en permanence
en font un oiseau très difficile à collecter pour
obtenir des contenus stomacaux et aussi fort malaisé
à observer, pour qui veut essayer de reconnaître le
type d’aliments qu’il recherche. Nous ne pouvons
donc pas dire grand-chose sur son régime alimen¬
taire, sinon qu’il nous a paru assez fréquemment
capturer des proies de 5 à 20 mm, chitineuses,
nécessitant souvent d’être frappées sur un support
pour être tuées et décortiquées. Des proies molles
comme les chenilles ne sont cependant pas négligées :
la seule fois où nous ayons vu un S nourrir sa 5,
c’était justement avec une chenille de 35 mm.
Platysteira cyanea
Si Bannerman (1936) cites Bâtes qui a vu un mâle
donner un papillon à sa femelle, seul Thiollay
(1971) fournit des renseignements sur le régime
alimentaire en Afrique occidentale, en l’occurence
en Côte d’ivoire : surtout des Termites et des
Coléoptères mais aussi des Hémiptères, des Dip¬
tères, des fourmis et autres Hyménoptères, et des
Lépidoptères.
Nous avons examiné le contenu de 14 estomacs :
3 de février, 3 de mars, 1 de mai, 3 d'août,
2 d'octobre et 2 de novembre. Tous contenaient des
Coléoptères. Nous avons aussi trouvé des chenilles
dans 2, des Hyménoptères dans 2, des Blattodea
dans 2, et, dans un pour chaque, des Mantodea,
Lépidoptères, cigales et un petit gastéropode.
Notons aussi des petits morceaux de calcaire dans
2 estomacs dont celui d’une $ du 20 octobre qui
contenait également un petit gastéropode. Cette
prépondérance des Coléoptères n’est probablement
pas fortuite car nous la retrouvons dans du matériel
tchadien fourni par J. Brunei et dans celui prove¬
nant d’Éthiopie (obs. pers.). Les proies consom¬
mées, notées par observation directe — apparem¬
ment surtout des Coléoptères — sont très variables
quant à leur taille qui se situe essentiellement entre
10 et 20 mm mais qui peut descendre jusqu’à 5 mm
pour de petits Coléoptères et atteindre 40 mm pour
les Lépidoptères (imagos et chenilles).
Diaphorophyia castanea
Pour la race hormophora du bloc forestier gui¬
néen, nous disposons des données de Berlioz et
Roche (1960) qui ont trouvé des débris d’insectes
(Coléopotères, Hémiptères et Orthoptères) dans
deux estomacs et des informations qualitatives de
Thiollay (1971) qui indique principalement, en Côte
d’ivoire, une consommation de Coléoptères mais
qui note aussi l’ingestion de toutes les autres
catégories d’insectes et arthropodes présentes, y
compris même des baies et des fruits.
Au Nigéria, Marchant (1952) mentionne des
chenilles et des restes d’insectes non identifiés dans
les tubes digestifs de trois spécimens tandis que
Johnson (1984), analysant des fèces, signale des
Coléoptères, Orthoptères, chenilles, araignées, Hémip¬
tères et Névroptères.
Nous avons examiné 53 contenus stomacaux
d’oiseaux collectés dans la région de Makokou et
répartis sur les quatre saisons. La constance des
diverses catégories de proies est indiquée dans le
tableau XXVII. On remarquera la très nette pré¬
pondérance des Coléoptères comparativement aux
autres catégories. Il ne faut toutefois pas accorder
une importance trop grande à cette constatation car
la consommation des Coléoptères peut se trouver
fort surestimée à l’analyse des contenus stomacaux,
en raison de la très faible digestibilité et, par
conséquent, de la longue persistence des débris
chitineux de ces insectes. Remarquable aussi est la
part occupée par les Lépidoptères : imagos d’Hétéro-
cères et surtout chenilles.
Par l’observation directe nous avons rangé en
catégories 166 proies capturées et consommées par
les adultes (et quelques immatures émancipés). Le
tableau XXVIII récapitule ces données. Les Lépi¬
doptères (chenilles et imagos) apparaissent cette
fois nettement dominants quoique les insectes indé¬
terminés consistent vraisemblablement, en majorité,
en petits Coléoptères. La variation saisonnière dans
la consommation des chenilles et des papillons est
statistiquement significative.
Source : MNHN, Paris
196
CHRISTIAN ERARD
Tableau XXVII. — Constance (en nombre d'estomacs) des diverses catégories de proies consommées par Diaphorophyia castemea
saison sèche
saison^des pluies
saison sèche
grande
saison des pluies
A ““
Nb d'eslomacs examinés
10
II
7
25
53
Coléoptères
10
10
6
24
50 (94,3 %)
Papillons
0
4 ( 7.6%)
1
2
0
0
3 ( 5,7 %)
Mantides
0
0
1
2
3 ( 5,7 %)
Orthoptères
0
0
1
1
2 ( 3.8%)
Blattodea
0
1
K 1.9%)
Oeufs d'insectes
0
0
1
2 ( 3,8 %)
Araignées
0
0
3
2
5 ( 9,4 %)
Scorpionidea
0
1
0
0
1 ( 1,9 %)
Tableau XXVIII. — Fréquence (en nombre de proies) des
divers arthropodes consommés par les adultes Diaphorophyia
caslanea déterminée par observation directe (GSS et PSS =
grande et petite saison sèches ; GSP et PSP = grande et petite
saisons des pluies).
GSS
PSP
PSS
GSP
Année
N
19
19
64
54
166
Insectes indéterminés
4
3
11
12
30
Chenilles
9
12
35
15
71
Papillons
2
14
10
13
39
Coléoptères
5
6
11
Orthoptères
—
1
5
Hyménoptères
2
—
1
1
4
—
I
1
Termites
—
—
1
1
Diptères
1
—
—
—
1
Araignées
1
—
1
1
3
toutefois que si les observations d’insectes indéter¬
minés effectuées sur des jeunes hors du nid ne
concernent sûrement pas des chenilles, il n’est, en
revanche, pas impossible que certains apports au
nid de petites proies indéterminées aient en fait été
des chenilles de très faibles dimensions, ayant été
plus ou moins écrasées dans le bec lors de la
capture ou du transport. La comparaison des
proies consommées par les adultes avec celles
données aux jeunes, effectuée tant globalement
qu’en fonction de la saison, ne montre aucune
différence significative dans la composition des
régimes. En revanche des différences statistique¬
ment significatives apparaissent entre les adultes et
les jeunes au niveau des longueurs de proies
ingérées (tableau XXX et fig. 78 ; différences sou-
Tableau XXX. — Longueur (en mm) des proies consommées
par Diaphorophyia caslanea.
On retrouve la prédominance des Lépidoptères
(adultes et larves) dans les observations de proies
données aux jeunes, soit lors de leur séjour au nid,
soit durant la période pendant laquelle ils dépen¬
dent encore des adultes (tableau XXIX). On notera
Tableau XXIX. — Proies données aux jeunes chez Diaphoro¬
phyia caslanea.
N
X
Ensemble Adultes + Jeunes
52
53
166
271
7,55
9.13
(N = 56) ''(N* = U S3) d
Insectes indéterminés
Chenilles
Papillons
Orthoptères
Mantodea
Coléoptères
Fourmis
Araignées
Myriapode
mises au test U de Mann-Whitney). Chez les jeunes,
l’augmentation de taille des proies est significative
après la sortie du nid (fig. 78). Durant le séjour au
nid, nous n’avons toutefois pas observé d’évolution
significative de la taille des proies en fonction de
l’âge des oisillons. Cette différence dans les dimen¬
sions des aliments est particulièrement nette en ce
qui concerne les chenilles (fig. 79) et l’analyse selon
la saison (tableau XXXI) montre que cette sélection
différencielle n’est pas fortuite.
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
197
Tableau XXXI. — Longueur des chenilles consommées, selon
la saison, par les adultes ou les jeunes Diaphorophyia casianea.
PSS GSP GSS
PSP
AD
23.1 ± 12,60
(N = 35)
22.5 ± 9,10 19.5 ± 4.38 19,7 ± 9.44
(N = 15) (N = 9) (N = 12)
Diaphorophyia tonsa
L’espèce, en raison de sa localisation dans les
niveaux supérieurs de la végétation forestière et de
sa petite taille, est très difficile à collecter aussi
n’est-il pas surprenant que la littérature ornitholo¬
gique soit muette à propos de son régime alimen¬
taire.
Nous n’avons nous-même obtenu que deux con¬
tenus stomacaux. Un du 28 octobre consistait en
débris de petits Coléoptères et une chenille jaune
clair de 20 mm. Le second concernait lui aussi des
petits Coléoptères et une cigale de 10 mm.
L’observation directe de la nature et de la taille
des proies consommées est particulièrement difficile
et introduit de très forts biais dans les résultats
notamment en surestimant les captures de proies
volumineuses. Aussi ne pouvons-nous que faire état
de la consommation de Coléoptères, de Lépidop¬
tères (Hétérocères imagos et chenilles), d’Hyménop-
tères (dont des vespoïdes énergiquement frottés sur
le perchoir pour ôter l’aiguillon), de Diptères
(Syrphides et Tipulides) et de Névroptères. Les
proies les plus couramment recherchées nous ont
paru se situer dans la gamme de 7 à 15 mm ( 'A à
1 fois la longueur du bec de l’oiseau), plus rarement
jusqu’à 25 ou 30 mm.
Diaphorophyia blissetti chalybea
Voici une autre espèce dont on ne sait rien du
régime alimentaire. Nous avons examiné 17 conte¬
nus stomacaux d’août (2), octobre (2), novembre
Source : MNHN, Paris
198
CHRISTIAN ERARD
(3), janvier (1), février (2), mars (4), et mai (3). Tous
présentaient des débris de petits Coléoptères. Des
restes de Lépidoptères Hétérocères figuraient dans
2 estomacs, tout comme des chenilles de 13 à
15 mm. et des fourmis. Malheureusement, chez
cette espèce, les proies sont fort broyées dans le
gésier, ce qui rend leur analyse très difficile, aussi
vraisemblablement concernent-elles d'autres caté¬
gories d'arthropodes que celles que nous venons de
mentionner, plus particulièrement des proies molles.
De fait, l'observation directe nous a montré l’inges¬
tion de Tipulidés et d’araignées ainsi que de petits
Orthoptères. Les dimensions des proies nous ont
semblé du même ordre de grandeur que celles de D.
tonsa.
Diaphorophyia concreta
Seuls Rougeot (1957) et Prigogine (1971) font de
très succintes allusions à la nourriture de cette
espèce : le premier signale la consommation de
« très petits insectes » et le second note l’ingestion
d’« insectes et de chenilles ».
Nous avons examiné 8 estomacs obtenus en mars
et avril. Des fragments de Coléoptères figuraient
dans tous, des Hyménoptères (notamment des
Formicidés) dans trois, des chenilles dans deux. Un
Orthoptère, une ponte d’insecte et une araignée
furent aussi reconnus, chacun dans un estomac.
L’observation directe d'oiseaux en chasse nous a
permis de noter la capture de petits Coléoptères, de
Blattodea, de chenilles, d’araignées, de Lépidop¬
tères Hétérocères, d’Orthoptères et de termites
ailés. Évidemment la majorité des proies ne put-être
identifiée sur le terrain, surtout lorsqu’il s’agissait
de petits arthropodes. Si, lors de la surveillance de
nids, nous avons observé 77 apports de nourriture
aux jeunes, nous n'avons pu identifier que 20 proies
(26 %) : 6 Orthoptères, 6 papillons nocturnes,
4 araignées, 2 chenilles, 1 Tabanide, et 1 termite
ailé.
Tant les proies consommées par les adultes eux-
mêmes que celles qu’ils donnent à leurs jeunes, ont
une taille comprise entre 8 et 35 mm, bien que nos
données ne soient pas suffisantes pour être quanti¬
fiables à des fins statistiques, elles suggèrent forte¬
ment une prédominance de la classe 12 à 18 mm,
c’est-à-dire centrée sur la longueur moyenne du bec.
Erythrocercus mccalli
Chapin (1953) fait état de la consommation de
petits insectes tandis que Rougeot (1957) précise
avoir trouvé dans le tube digestif de spécimens
collectés « des restes de petits insectes, entre autres
de sauterelles ». Les gésiers de deux individus
obtenus par C. Chappuis au Mt Cameroun conte¬
naient les fragments de très petits insectes et des
restes de cigales.
Nous n’avons examiné que deux contenus stoma¬
caux : un de mai qui consistait en débris inidenti¬
fiables de petits insectes et un de mars qui compre¬
nait les restes d’un Coléoptère et un Hyménoptère.
L’observation directe des proies capturées par les
oiseaux en chasse est difficile et ne permet qu’excep-
tionnellement des identifications ou des estimations
de taille. Nous avons surtout constaté la recherche
de petits insectes ailés d’une longueur inférieure à
10 mm bien qu’à l’occasion nous ayons assisté à des
prises d’insectes de 20 à 25 mm : papillons noc¬
turnes, chenilles et même, une fois, une cigale.
Bien que notre matériel ne nous permette pas de
la calculer, il ne nous semble pas déraisonnable de
penser que la longueur moyenne des proies ingérées
se situe entre 5 et 10 mm.
La surveillance d’un nid nous a permis de réaliser
quelques observations sur la nourriture fournie aux
oisillons. Les 52 apports notés consistaient en :
Insectes indéterminés 29
Chenilles 15
Papillons (Hétérocères) 5
Araignées 2
Orthoptère 1
La fig. 79 (A) illustre la répartition de ces proies
selon leur taille autour d’une valeur moyenne de
11,1 mm (a = 4,51).
Elminia longicauda
La majorité des données de la littérature ne
concernent que des mentions de « petits insectes »
(par ex. Chapin 1953). Toutefois Bâtes (1927 et
1930) insiste particulièrement sur la consommation
de mouches, l’oiseau montrant, selon lui, une réelle
attirance pour les endroits où elles abondent. Dans
le sud du Cameroun, Germain et al. (1973) ont
collecté un spécimen qui avait ingéré de petits
Hyménoptères apiformes.
Un estomac du mois de mars que nous avons
examiné ne contenait que des petits Coléoptères de
2 à 5 mm de longueur. Deux autres d’août et de
novembre renfermaient également des débris de
petits Coléoptères mais aussi des restes d'Hyménop-
tères.
L'observation directe ne nous a guère renseigné
sur la nature des proies ingérées. Mis à part
quelques papillons Hétérocères et autres insectes
ailés qui accusaient une longueur supérieure à
10 mm (au plus jusqu’à 20 mm), toutes les captures
concernaient de très petits insectes. La surveillance
d'un nid où les oiseaux nourriciers (dans le cas
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
199
présent les parents et des aides) chassaient dans un
périmètre restreint et très près de l’observateur, a
montré la recherche exclusive de proies minuscules :
en l’occurence des fourmis ailées et des mouches
dont la taille oscillait entre 3 et 6 mm.
Fio. 79. — Distribution (en %), selon leur taille, des proies consommées : en haut, par D. casianea (analyse des chenilles) ; en bas. par les jeunes au
nid chez Erylhrocercus mccalli (A. N = 52) et chez Trochocercus nigromitralus (B. N = 107).
Source : MNHN, Paris
200
CHRISTIAN ERARD
Trochocercus nigromitratus
La littérature le qualifie d’insectivore, sans plus.
L’estomac de l’unique spécimen que nous ayons
examiné, en février, était malheureusement quasi
vide et les quelques fragments de menus insectes
qu'il contenait n’étaient pas identifiables.
L'observation d'oiseaux en chasse, comme nous
l’avons déjà souligné plus haut, n’est guère aisée,
aussi nos données sont-elles peu nombreuses et
fragmentaires. Nous avons noté l’ingestion, en
général, de très petits insectes, de chenilles, de
papillons Hétérocères, d'Orthoptères, de Blattodea,
de Diptères et d'araignées. Les proies ainsi cap¬
turées s'inscrivaient essentiellement dans l’intervalle
de taille compris entre 5 et 10 mm, au plus jusqu’à
20 mm.
Nous avons observé 107 apports de nourriture à
un nid. Les proies n’ont pu être identifiées que
12 fois : 8 papillons Hétérocères, 3 Diptères
(1 Muscidé et 2 Tipulidés) et 1 chenille. Ces proies
étaient bien sûr les plus grosses. Les autres consis¬
taient en petits insectes ailés. Nous n’avons décelé
aucune variation dans les dimensions des proies en
fonction de l’âge des oisillons. La fig. 79 (B) illustre
la distribution des diverses classes de taille de ces
insectes donnés aux jeunes au nid. La longueur
moyenne est de 6,8 mm (N - 107, a = 3,81).
Trochocercus nitens
On ne savait que fort peu de choses sur son
régime alimentaire sinon qu’il consiste en insectes
dont des Orthoptères (Chapin 1953).
Nous avons examiné les contenus stomacaux de
23 oiseaux collectés : en janvier (2), février (6), mars
(2) , avril (1), juin (3), juillet (1), août (3), octobre
(3) et novembre (2). Les fragments d’arthropodes
n’étaient évidemment pas tous identifiables, nous
avons néanmoins reconnu des Coléoptères dans
18 gésiers (78,3 %), des Hyménoptères, surtout
Formicidés dans 11 (47,8 %) et une blatte dans 1.
En suivant des oiseaux en chasse, nous avons
observé la capture de 13 papillons Hétérocères,
d’un Coléoptère et d’un Orthoptère. La fig. 80 (A)
illustre leur répartition par classes de taille autour
d’une valeur moyenne de 17,3 mm (a = 5,84). Il
importe de préciser ici qu’en raison de l’activité
toujours très cachée de cette espèce dans les rideaux
de lianes, l’observateur ne peut pas voir toutes les
captures d’insectes ou autres arthropodes. Celles
qu’il remarque concernent les proies les plus volu¬
mineuses que l'oiseau est obligé de poursuivre ou
éprouve plus de difficultés à saisir et surtout à tuer
et dépecer. Au moins dans ce cas précis, un biais
méthodologique important se trouve introduit en
faveur des plus fortes dimensions. On peut donc se
demander si, au fond, les catégories de proies
capturées par les adultes pour eux-mêmes diffèrent
réellement par leur taille de celles qu’ils fournissent
à leurs jeunes et que nous présentons maintenant.
Nous avons observé 43 apports de nourriture à
des oisillons. Ils entrent dans les catégories sui¬
vantes :
Insectes indéterminés 9 (20,9 %)
Lépidoptères Hétérocères 28 (65.1 %)
Orthoptères 3 (7,0%)
Araignées 2 (4.7 %)
Coléoptères 1 (2,3 %)
La fig. 80 (B) illustre leur répartition par classe
de longueur dont la moyenne est de 12,0 mm (a =
6,19). Bien que cette valeur soit statistiquement
bien différente de celle obtenue pour les adultes
(z = 3,3 ; P = 0,001, test U de Mann-Whitney),
pour les raisons énoncées plus haut, il convient
d’être prudent quant à sa réalité. En combinant les
deux échantillons, on obtient une dimension moyenne
de proie de 12,6 mm (N = 58 ; a = 7,63).
Terpsiphone rufiventer
Les quelques données de la littérature font état
de son régime insectivore. Germain et al. (1973)
indiquent la consommation de Coléoptères dans le
sud du Cameroun tandis qu’en Côte d’ivoire,
Thiollay (1971) insiste sur une préférence pour les
Coléoptères mais cite aussi toutes les autres catégo¬
ries d'Arthropodes, là encore sans préciser la nature
de son matériel de référence. Au Nigéria, Johnson
(1984) a trouvé dans les fèces d’individus de cette
espèce, des restes de Coléoptères, Diptères, Hémip¬
tères, araignées. Lépidoptères, Névroptères et For¬
micidés.
Les quelques observations de captures de proies
que nous avons pu faire nous semblent indiquer un
régime alimentaire très proche de celui de T. batesi,
tant dans la nature que les dimensions des proies :
Lépidoptères, Orthoptères, Coléoptères .. de 15 à
50 mm de longueur.
Terpsiphone viridis
Bien que cette espèce ait une vaste répartition sur
le continent africain, on ne dispose que de peu de
renseignements précis sur son alimentation. La
plupart des auteurs se contentent de l’inscrire parmi
les insectivores, certains comme McLachlan et
Liversidge (1970) qui, en Afrique du sud, insistent
sur l’ingestion de petites mouches, donnent quel¬
ques détails dont il est malheureusement difficile
d’apprécier s’ils reposent sur des études suivies ou
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
201
Ensemble N = 128
Adultes N = 51
| Jet
■--JJ-,
—~ -B- ~i
is niiens (à gauche : A. par le
sur de simples notes fortuites. Moreau (1949) qui a
étudié la reproduction de l'espèce en Tanzanie,
insiste sur les Lépidoptères apportés aux jeunes. Au
Kénya, Van Someren (1956) indique la recherche
par les adultes d’insectes, dont des Lépidoptères
Hétérocères, et aussi d'araignées. D’après lui, le
fond de la nourriture délivrée aux oisillons consiste
en papillons (surtout imagos, mais aussi chenilles),
mais il remarque que les nymphes de Mantides et
des Orthoptères sont également fournies. Il insiste,
à propos des papillons, sur la faible proportion de
Rhopalocères par rapport aux Hétérocères. Skead
(1967), dans la province de Cap, note lui aussi une
préférence pour les papillons, notamment des Pié-
ridés, et mentionne aussi la capture de sauterelles.
Little (1964), toujours en Afrique du sud, a observé
la fourniture aux oisillons de Diptères variés, dont
des Tipulidés, d’Hyménoptères, de Lépidoptères et,
en une occasion, d’un Odonate. Les estomacs de
4 spécimens collectés dans le sud du Tchad par
J. Brunei et que nous avons examinés, contenaient
tous des fragments de Coléoptères et, dans un,
d’Hyménoptères.
De la région de Makokou, nous avons obtenu
33 contenus stomacaux de février (6), mars (4), mai
(1), juillet (1), août (2), octobre (7), novembre (11)
et décembre (1). Nous avons obtenu les indices de
constance suivants :
Coléoptères
Hyménoptères
Oeufs d'insectes
Diptères
Orthoptères
Mantodea
Blattodea
Petits cailloux
28
13
84.8
39.4
18.2
12.1
Nous avons mentionné les œufs d'insectes car s'ils pouvaient simplement
provenir des imagos ingérés, la collecte des pontes par le Terpsiphone ne
peut être exclue. La présence de petits cailloux (une dizaine de gravillons)
fut constatée dans le gésier d'une femelle ayant un œuf en formation dans
l'oviducte (rapport avec l'élaboration de ia coquille?).
Source : MNHN, Paris
202
CHRISTIAN ERARD
L'observation directe d’oiseaux en chasse nous a
permis de recueillir des données sur les dimensions
des proies (cf. infra) mais, en revanche, ne nous a
guère renseigné sur leur nature taxinomique. Nous
mentionnerons simplement avoir reconnu des ter¬
mites (lors d’essaimages) en 6 occasions, des papil¬
lons Hétérocères et des Hyménoptères (fourmis et
petites abeilles) à trois reprises, des Diptères (Mus-
cides et Tabanides) par 2 fois, un Orthoptère
(Tettigoniidé), un Névroptère (fourmilion) et une
cigale dans un cas chacun.
La surveillance de 3 nids contenant des jeunes a
donné lieu à l’observation de 77 apports de nourri¬
ture :
Lépidoptères Hétérocères
Névroptères
Araignées
Gastéropodes
N
Cette mention de Gastéropodes concerne une femelle du 20 octobre qui
avait ingéré deux de ces Mollusques de 5 mm de diamètre. L'ovaire fut
malheureusement fort endommagé lors de la collecte aussi ne pouvons-nous
pas nous montrer affirmatif quant au stade de reproduction de cet oiseau
qui s'apprêtait certainement à nicher au vu de la forte dilatation de
Par l’observation directe, nous avons pu recon¬
naître ce que capturaient des adultes en chasse en
33 occasions :
Insectes indéterminés
Diptères
Lépidoptères
Hyménoptères
23.4 % Névroptères 2,6 %
41.5% Orthoptères 1.3%
14.3 % Archiptères 1.3 %
9.1% Chenilles 1.3%
Lépidoptères Hétérocères 20
Névroptères 2
Hyménoptères 2
Orthoptères 2
Odonates 2
Araignées 2
Homoptères 1
Diptères 1
Termites 1
La fig. 80 illustre la distribution des proies en
fonction de leur taille : d’une part, celles consom¬
mées par les adultes eux-mêmes et, d’autre part,
celles qu'ils délivrent à leurs jeunes au nid. Une
comparaison par x\ après regroupement des trois
dernières classes, montre que les deux distributions
sont statistiquement significatives (P < 0,01, x 2 =
9,38 avec 3 ddl) et que, dans les conditions
d’échantillonnage, davantage de grosses proies entre¬
raient dans l’alimentation des adultes. De fait, les
insectes consommés par les adultes ont une lon¬
gueur moyenne de 10,9 mm (N = 51, a = 5,82)
contre 8,3 mm (N = 77, a = 3,27) pour ceux
donnés aux oisillons. Cette différence est certes
statistiquement significative mais, comme nous
l’avons déjà dit pour d’autres espèces, il faut peut-
être se garder de lui accorder une trop grande
importance, compte tenu des possibilités d'introduc¬
tion de biais lors du recueil des données par
observation directe. Si nous regroupons le tout,
nous obtenons alors une valeur moyenne de 9,3 mm
(N = 128, g = 4,62).
Terpsiphone batesi
Il n'existe guère de données sur son régime
alimentaire autres que la mention par Germain et
al. (1973) que, sur 3 estomacs examinés, 2 conte¬
naient, entre autres insectes, de petits Homoptères.
Nous avons recueilli 25 contenus stomacaux : de
janvier (2), février (2), mars (7), avril (1), juin (2),
juillet (2), août (1), septembre (2), octobre (4), et
décembre (2). Les degrés de présence suivants ont
été obtenus :
N %
Coléoptères 18 72
Orthoptères 8 32
Hyménoptères 6 24
De même, les 70 apports de proies aux oisillons,
dans 2 nids différents, se répartissent :
Insectes indéterminés 22
Lépidoptères Hétérocères 34
Odonates 7
Orthoptères 2
Diptères 2
Coléoptères 1
Cigale 1
Termites 1
La fig. 81 illustre la fréquence des diverses
catégories de taille des proies consommées par les
adultes ou délivrées aux jeunes. Nous obtenons une
longueur moyenne de 23,3 mm (N = 33 ; a =
13,92) pour les arthropodes ingérés par les adultes
et de 20,1 mm (N = 70; a = 14,87) pour ceux
fournis aux oisillons. Cette différence des moyennes
n’est pas statistiquement significative (z = 0,16;
P > 0,05 ; test U de Mann-Whitney) ; pas plus
d’ailleurs que ne l’est celle des distributions selon
les diverses classes de taille (x 2 = 2,96 ; v = 4, après
regroupement des deux premières classes supé¬
rieures à 25 mm, pour demeurer dans les conditions
d’application du test). Si donc nous considérons
l’ensemble des données, nous obtenons une valeur
moyenne de 21,1mm (N = 103 ; = 15,40).
Remarquons cependant que la taille des proies
distribuées aux oisillons augmente avec l’âge de
ceux-ci, comme en témoignent les données sui¬
vantes :
2j 9 11.3 10.60
3 j 20 18,6 10,86
9 j 21 22,8 14,87
10 j 11 32.6 19,92
Cette variation est statistiquement significative
(H = 14,96 ; P > 0,01 d’après le test de Kruskal-
Wallis).
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
203
Fig. 81. À droite : distribution (en %). selon leur taille, des proies consommées par Terpsiphone batesi. À gauche : distribution (en % cumulés)
des tailles des proies consommées par divers gobe-mouches gabonais (double transformation logarithmique). Les abréviations des noms d'espèces
correspondent à celles des fig. 6 à 8.
Dans l’introduction de ce chapitre sur l’alimenta¬
tion des gobe-mouches gabonais, nous avons évo¬
qué le type de données nécessaires à une interpréta¬
tion rigoureuse des régimes spécifiques. Il est bien
évident que notre matériel ne répond pas à ces
exigences. Bien que fragmentaire et ne serait-ce que
par son originalité, il autorise néanmoins quelques
remarques.
Une première constatation, la prépondérance des
Coléoptères dans les analyses stomacales, par rap¬
port aux observations directes d’oiseaux en chasse
ou nourrissant leurs oisillons, amène à nous inter¬
roger sur la représentativité des échantillonnages
par examen du contenu du tube disgestif. Un biais
est ainsi à craindre qui surestimerait ces insectes, en
raison de leur longue persistance dans les gésiers et,
leur consistance particulièrement dure aidant, leurs
restes seraient en conséquence beaucoup plus facile¬
ment identifiables. Ceci, contrairement aux autres
catégories d’Arthropodes qui transiteraient bien
plus rapidement dans les voies digestives et dont la
dégradation, ou du moins la fragmentation, serait
aussi plus prononcée. Cependant, comme nous
l’avons déjà souligné plus haut, l’observation
directe peut systématiquement introduire un biais
Source : MNHN, Paris
204
CHRISTIAN ERARD
en faveur des proies les plus volumineuses au
détriment des petites or, celles-ci, au vu de la taille
des éléments intacts dans les estomacs, pourraient
bien, en majorité, être des Coléoptères. Néanmoins
si cela était, cela ne suffirait quand même pas à
rendre compte de cette écrasante dominance de ces
derniers.
Il est aussi manifeste que, dans les estomacs, la
présence des Lépidoptères, tant imagos que che¬
nilles, est largement sous-estimée : voir par exemple
les différences entre les résultats des dissections et
ceux de l’observation visuelle chez la plupart des
espèces et, notamment, chez Diaphorophyia casta-
nea, Trochocercus nitens et Terpsiphone batesi.
Également pour des raisons de grande vitesse de
digestion, nous pouvons craindre une importante
sous-estimation des proies molles (comme les Dip¬
tères et les Arachnides). Par ailleurs, rien ne prouve
que les coefficients de digestibilité des diverses
catégories de proies demeurent les mêmes selon que
l'on s'adresse à l'une ou l’autre espèce avienne.
Faute d’avoir expérimenté, comme l’ont fait par
exemple Custer et Pitelka (1975) sur Plectrophenax
nivalis, pour déterminer des facteurs correctifs
tenant compte des digestibilités différentielles des
divers aliments, nous ne pouvons — comme dans
beaucoup d’autres études d’ailleurs — introduire
aucune pondération dans les proportions relatives
des catégories de proies que nous avons distinguées.
Ceci nous incite bien sûr à la prudence dans les
conclusions qui ne pourront guère qu’être qualita¬
tives.
Nos données révèlent que si beaucoup de gobe-
mouches gabonais consomment des Lépidoptères,
peu s’attaquent aux Rhopalocères : ce sont, princi¬
palement, Muscicapa cassini et, plus ou moins
épisodiquement, Bias musicus, Muscicapa epulala,
Artomyias fuliginosa et Terpsiphone viridis.
Les espèces pour lesquelles nous disposons d’une
série de contenus stomacaux et d’observations
directes, font montre d’un régime alimentaire très
diversifié. Les oiseaux se comportent, au plan des
types de proies recherchés, comme des généralistes.
Apparemment, ce ne sont point des taxinomistes.
Notre matériel ne nous permet malheureusement
pas d’analyser l’éventualité d’une variation saison¬
nière.
Les données sur les longueurs des proies cap¬
turées, sans être parfaites, donnent vraisemblable¬
ment une image peu déformée de l’éventail des
dimensions des arthropodes consommés par les
diverses espèces. Certes, comme nous l’avons déjà
souligné, des risques d’introduction de biais sont à
craindre : en faveur des grosses proies par l’observa¬
tion directe d'oiseaux en chasse et, du moins pour
certaines espèces où les éléments varient en dimen¬
sion selon que l’on considère les adultes ou les
jeunes oiseaux, en faveur des petites proies lors du
relevé des nourrissages des oisillons. De toute
évidence, les différences interspécifiques apparais¬
sent mieux dans les dimensions que dans la nature
taxinomique des proies ingérées.
Nous remarquerons ici, avec Hespenheide (1971)
que les distributions de fréquence des tailles des
proies sont du type log-normal. La fig. 81 illustre la
double transformation logarithmique de la distribu¬
tion cumulative des pourcentages dans les diverses
classes de longueur pour des espèces dont l'échantil¬
lon des proies n'est pas trop faible. La linéarisation
est évidente et s’accorde bien avec celles qu’obtient
Hespenheide ( loc. cit). Ce genre de distribution est
difficile à expliquer faute de connaître celle des
arthropodes disponibles dans le milieu (habitat et
microhabitats), remarquons au passage que Schoe-
ner et Janzen (1968) ont trouvé des distributions de
taille d’insectes tropicaux proches du modèle log-
normal.
Compte-tenu de ces remarques et du fait que
notre échantillonnage concerne plusieurs saisons et
plusieurs années différentes (ne tenant donc pas
compte de la variabilité intra et interannuelle, cette
dernière étant peut-être bien plus importante qu’on
ne le soupçonne habituellement : cf. Wolda 1978),
que peut-on quand même inférer de la séparation
écologique des divers gobe-mouches en introdui¬
sant le facteur alimentaire dans l’analyse ? À la fin
du chapitre précédent, l’étude des modalités d’isole¬
ment entre les différentes espèces permettait d’avan¬
cer l’hypothèse d’une ségrégation écologique basée
sur des différences dans les préférences alimentaires
entre les constituants de 15 paires d’espèces qu’il
nous appartient maintenant de passer en revue.
a) Muscicapa epulala - M. caerulescens :
Compte-tenu de ce que nous avons déjà dit des
types d’habitat qu’elles recherchent et de leur
utilisation verticale et horizontale du milieu, la
séparation entre ces deux espèces n’est certes pas
complète mais n’est pas nulle non plus, loin s’en
faut. L’adjonction de la dimension alimentaire
suffit, à notre avis, à bien disjoindre leurs niches
écologiques respectives. Les proies ingérées, sans
avoir à considérer leur nature taxinomique, diffé¬
rent bien distinctement dans leurs dimensions. Si la
longueur moyenne des arthropodes consommés par
caerulescens se situe entre 15 et 20 mm, celle de
ceux recherchés par epulata se localise, en revanche,
très nettement entre 5 et 10mm.
b) Muscicapa epulata - Pedilorhynchus comitatus :
L’analyse globale des données recueillies sur la
sélection et l’utilisation de l’habitat par ces deux
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
205
espèces nous a amenés à considérer leur isolement
écologique comme imparfait. Probablement des
études plus fines et, surtout, portant sur un plus
grand nombre d’observations, nous conduiraient-
elles à nuancer ce point de vue. Il est en effet
symptomatique que les rares fois où nous les avons
rencontrées en présence l’une de l’autre, epulata
occupait des niveaux de végétation plus élevés et
plus clairs que ceux où se tenait comitatus et sa
chasse apparaissait bien moins mobile, nettement
plus concentrée dans de petits secteurs.
Les deux espèces diffèrent dans leur régime
alimentaire : à la fois dans la taille et dans la nature
des proies consommées. Pedilorhynchus comitatus
recherche préférenciellement des arthropodes plus
gros et aussi plus durs (dominance des Coléoptères
tant dans les estomacs qu’à l’observation) que ceux
chassés par epulata.
c) Muscicapa olivascens - Stizorhina fraseri :
Les remarques que nous avons formulées plus
haut à propos des relations de Stizorhina fraseri
avec Muscicapa caerulescens pourraient-être répétées
ici. De fait, c’est précisément parce que nous
n’avons pas pu quantifier plus finement la sélection
et l’utilisation de l’habitat chez ces deux espèces que
nous avons admis comme incomplète leur sépara¬
tion écologique. En réalité celle-ci est déjà bien
amorcée par leurs modalités différentes d’utilisation
horizontale du milieu. La prise en compte du
facteur alimentaire la renforce singulièrement. On
remarque qu 'olivascens capture en moyenne des
proies plus grosses que celles de fraseri (13,2 mm
contre 10,3 ou, si l’on utilise les barycentres des
distributions : 15,6 contre 12,7). Toutefois, la
différence fondamentale entre les deux espèces
repose sur la composition des régimes. Bien que nos
données sur olivascens soient encore très réduites, il
est évident que le fond de sa nourriture n’est pas
constitué de fourmis et de termites comme il l’est
chez Stizorhina.
d) Muscicapa olivascens - Terpsiphone bâte si :
Si leurs modalités d’utilisation de l’habitat,
notamment dans la dimension verticale, introdui¬
sent un début de séparation écologique, celle-ci ne
paraît vraiment réalisée que si l’on prend en compte
le régime alimentaire. En effet, les proies capturées
varient considérablement en taille selon que l’on
s’adresse à l’une ou l’autre espèce : une moyenne de
13,2 mm pour olivascens contre 21,1mm pour
batesi.
Les deux espèces diffèrent également dans la
nature des arthropodes qu’elles recherchent. D’une
manière générale, batesi capture des proies beau¬
coup plus dures, plus chitineuses, plus armées à se
défendre (Coléoptères, Orthoptères, Cigales...) qu'o/i-
vascens qui consomme surtout des animalcules à
corps mou.
e) Muscicapa caerulescens - Terpsiphone viridis :
Il est probable qu’un très fort degré de ségréga¬
tion soit obtenu entre ces deux oiseaux si l’on
pondère l’occupation verticale du milieu (a = 0,33)
par le rapport de leurs densités respectives. Néan¬
moins, il nous paraît nécessaire d’introduire les
caractéristiques alimentaires avant de conclure à un
bon isolement écologique. La différenciation porte
non seulement sur la longueur moyenne des proies
(10,9 mm pour viridis contre 16,1 pour caerules¬
cens-, mais 11,7 contre 18,5 si l’on utilise les
barycentres des distributions de longueur) mais
aussi sur leur nature (davantage de proies molles,
aériennes, pour caerulescens).
0 Myioparus griseigularis - Erythrocercus mccalli :
La sélection et l’utilisation du milieu ne permet¬
tent pas de séparer écologiquement ces deux espèces
si l’on ne considère pas le type de nourriture
qu’elles recherchent. Bien que nos données soient
malheureusement fragmentaires à ce propos, il nous
est tout de même apparu que griseigularis consom¬
mait en général des arthropodes plus gros que ceux
de mccalli (la moyenne se situerait entre 10 et
15 mm pour le premier, entre 5 et 10 mm pour le
second). Il est probable que cette sélection des
proies selon leur taille, entraîne des différences dans
leur nature taxinomique. Les observations directes
le suggèrent mais nous n’avons, hélas, pas été en
mesure de le quantifier.
g) Stizorhina fraseri - Terpsiphone viridis :
Si, dans leurs localisations respectives le long du
gradient de reconstitution forestière postculturale,
ces deux espèces se trouvent décalées (viridis davan¬
tage vers les jeunes stades et les cultures, fraseri vers
les plus âgés et la forêt naturelle) et si quelques
nettes différences existent dans leurs modes de
chasse, leur séparation écologique n’est cependant
pas complète tant que l’on n’intègre pas leur
alimentation. Une différence significative apparaît
dans la sélection des proies selon leur taille : la
distribution des proies capturées par fraseri pré¬
sente un barycentre à 12,7 mm, contre 11,7 mm
pour viridis (nous obtenons cependant un a de
Pianka égal à 0,99). Le plus important est certaine-
Source : MNHN, Paris
206
CHRISTIAN ERARD
ment la composition des régimes qui est bien
différente : ici encore Stizorhina se singularise
notamment par la part importante que prennent les
fourmis et les termites dans son alimentation.
h) Stizorhina fraseri - Terpsiphone batesi :
Nous pourrions pratiquement répéter ici ce que
nous venons de dire ci-dessus, à ceci près que la
ségrégation par l’habitat est beaucoup moins mar¬
quée entre fraseri et batesi qu’entre fraseri et viridis.
Nous observons une nette différence dans la
sélection des proies en fonction de leur taille :
10.3 mm pour fraseri contre 21,1 mm pour batesi si
l’on considère les longueurs moyennes, 12,7 contre
23.3 si l’on utilise les barycentres des distributions.
La séparation des régimes par leur composition
taxinomique est encore mieux marquée entre batesi
et fraseri qu'entre ce dernier et viridis.
i) Platysteira cyanea - Terpsiphone viridis :
Au plan écologique, un isolement est déjà bien
amorcé dans la sélection de l’habitat ( cyanea est
inféodé aux abords des villages) et dans son
utilisation verticale (a = 0,58) et horizontale
(modalités de chasse présentant des différences).
Les proies consommées par les deux espèces sont à
peu de chose près de la même taille. En revanche, et
bien que nous ne puissions malheureusement nous
appuyer sur des données quantifiées, le fond de la
nourriture de cyanea nous a paru être essentielle¬
ment constitué par des Coléoptères : cet oiseau
serait davantage spécialisé que viridis.
j) Diaphorophyia castanea - Erythrocercus mccalli :
Là encore, une tendance à la ségrégation se
manifeste dans l’occupation verticale du milieu
(a = 0,66) et aussi dans les modalités de la
recherche de la nourriture. Toutefois, l’isolement
n’apparaît clairement que si l’on prend en compte
la nature de cette dernière. Les proies capturées
diffèrent significativement dans leurs dimensions
(valeur moyenne de 16,3 mm pour castanea contre
11,1 pour mccalli ou, si l’on utilise les barycentres :
18,9 pour le premier et 13,9 pour le second) et
apparemment, aussi dans leur consistance (davan¬
tage de proies molles pour mccalli). Bien que
l’inventaire des catégories d’aliments soit encore
très incomplet, notamment pour mccalli, le peu déjà
recueilli suggère des différences importantes dans la
composition des régimes.
k) Diaphorophyia castanea - Terpsiphone batesi :
Seules les modalités de chasse introduisent un
facteur d’isolement écologique entre ces deux espèces.
Les préférences alimentaires spécifiques le renfor¬
cent. Les proies sélectionnées le sont différemment :
longueur moyenne de 16,3 mm pour castanea contre
21,1 mm pour batesi (ou, si l’on considère les
barycentres : 18,9 contre 23,3). Des divergences
apparaissent aussi dans la composition des régimes
alimentaires : très forte consommation de chenilles
par castanea contrairement à batesi qui, en revanche,
capture davantage d'Hyménoptères et d’Orthop-
tères.
1) Diaphorophyia tonsa - Erythrocercus mccalli :
La séparation entre les deux espèces est déjà
amorcée au niveau de l’utilisation verticale et
surtout horizontale du milieu. Il est regrettable que
nous n’ayons guère de données précises sur l’alimen¬
tation de tonsa. Il est possible que des différences
existent dans la taille des proies capturées ( mccalli
capturerait de plus petits insectes que tonsa) nous
ne pouvons malheureusement pas l’affirmer. Les
données recueillies, bien qu’encore fragmentaires
suggèrent une ségrégation davantage appuyée sur la
nature des arthropodes recherchés (consistance et
catégorie taxinomique).
m) Diaphorophyia tonsa - Terpsiphone batesi :
En -fait l’isolement écologique entre ces deux
espèces est pratiquement réalisé dans l’occupation
verticale du milieu (a = 0,32) et par les différences
dans les modalités de chasse. Il devient évident si
l’on tient compte de ce que consomment les
oiseaux. Leurs régimes alimentaires diffèrent très
vraisemblablement dans leur composition mais sur¬
tout dans la taille des proies capturées.
n) Diaphorophyia concreta - Trochocercus nigromi-
tratus :
Seules les modalités de recherche de la nourriture
donnent jusqu’ici prise à une ségrégation écolo¬
gique entre les deux espèces. Il nous semble mani¬
feste qu’elles diffèrent essentiellement dans leurs
régimes alimentaires : tant dans la composition que
dans la taille des proies consommées : nigromitratus
rechercherait bien davantage que concreta les petits
insectes et autres arthropodes à corps mou.
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
207
o) Erythrocercus mccalli - Terpsiphone batesi :
Un léger degré de séparation écologique apparaît
entre ces deux espèces dans leur exploitation verti¬
cale du milieu mais l’isolement ne nous semble
vraiment réalisé que lorsque le régime alimentaire
est pris en compte. On remarquera la nette diffé¬
rence de taille moyenne des proies consommées :
21,1 mm pour batesi, 11,1 mm pour mccalli (23,3
contre 13,9 si l’on considère plutôt le barycentre des
distributions). Les dissemblances portent aussi sur
la catégorie d’arthropodes entrant dans la composi¬
tion des régimes spécifiques. Ainsi, batesi consomme
davantage d’Orthoptères, de Blattodea, d’Odonates
et de Lépidoptères Hétérocères que mccalli qui,
entre autres, capture beaucoup plus de chenilles et
autres proies molles.
Il apparaît donc finalement qu’en dépit de ses
imperfections, notre matériel nous permet d’admettre
pour ces 15 paires d’espèces non isolées spatiale¬
ment, une certaine séparation écologique d’ordre
alimentaire. Par ailleurs, d’une manière générale,
nos données suggèrent des différences interspécifi¬
ques dans la composition des régimes (du moins
aux niveaux d’analyse auxquels nous avons pro¬
cédé) et dans les dimensions des proies, d'autant
plus importantes que les espèces cohabitent davan¬
tage, ou peut-être mieux, que leur probabilité
d’interaction est plus grande. Vraisemblablement
des indentifications d’arthropodes plus précises que
celles que nous avons effectuées auraient-elles per¬
mis d’aller plus loin dans ses comparaisons, encore
eût-il alors fallu bien connaître les gammes de
proies (tant en classes de taille qu’en diversité
taxinomique) disponibles dans chaque microhabi¬
tat.
La participation aux associations plurispecifiques d insectivores
Avant de discuter ou plutôt de replacer nos
résultats sur le partage et l’utilisation du milieu
dans le contexte des théories actuelles, notamment
celle de la niche écologique, il nous paraît utile,
pour ne pas dire nécessaire, de traiter de cette
intéressante question des réunions de chasse plu-
rispécifiques ou rondes d’oiseaux insectivores. Habi¬
tuellement, la plupart des auteurs qui en parlent,
incluent ce comportement dans leur discussion de la
vie sociale ou, s’ils se focalisent davantage sur
l’aspect écologique, ils s’interrogent sur les parts
respectives du facteur alimentaire et de la pression
de prédation dans le déterminisme et l’évolution de
ces groupements qui, en raison de la constance de
leurs éléments constitutifs et des interrelations qui
existent entre ceux-ci, font figure de véritables
associations.
1) La fréquentation des rondes
Avant d’examiner séparément les diverses espèces,
nous voudrions préciser que nous n’avons retenu
comme participants d’une ronde que les oiseaux en
chasse, de manière durable, dont les déplacements
convergent dans la même direction, soit qu’ils sont
suivis à courte distance, soit qu’ils suivent d’autres
individus appartenant à une autre espèce, et qui
montrent des interrelations.
Muscicapa striata
Cet oiseau ne s’intégre pas aux associations
polyspécifiques d’insectivores. Durant son hiver-
À plusieurs reprises, dans les pages précédentes,
nous avons eu à opposer des modalités de la
recherche de nourriture selon que l’espèce con¬
cernée était seule ou au contraire intégrée dans une
ronde. Nous avons aussi, en de nombreuses occa¬
sions, évoqué les relations spatiales entre deux
espèces lorsqu’elles chassaient en présence l'une de
l’autre. Aussi nous pensons que ces groupements
polyspécifiques, tout en facilitant l'accès à la nour¬
riture des diverses espèces et en réduisant les risques
de prédation, contribuent substantiellement à une
meilleure distribution des ressources au sein du
peuplement avien insectivore et constitueraient ainsi,
en forêt équatoriale du moins, un processus régula¬
teur essentiel dans les modalités d’utilisation spatio-
temporelle du milieu.
par les divers gobe-mouches
nage, il chasse solitairement, aussi les rassemble¬
ments de plusieurs individus sont-ils fortuits :
exploitation d’une source de nourriture très loca¬
lisée et momentanément pléthorique (essaimages de
termites par exemple) ou oiseaux en migration.
Muscicapa cassini
Comme le précédent, il chasse individuellement
ou en couple. Nous ne l’avons jamais observé
s’associant à une ronde quelconque, même passant
près de ses perchoirs d’affût.
Source : MNHN, Paris
208
CHRISTIAN ERARD
Muscicapa sethsmithi
À l’instar des précédents, cet oiseau n’est aucune¬
ment grégaire. Cependant, il lui arrive de temps à
autre de suivre sur quelques mètres, au plus une
trentaine, le déplacement d'une ronde lorsque celle-
ci passe dans la zone où il se tient et que sa
progression s’effectue très lentement.
Il lui arrive aussi, exceptionnellement, d’aller
ainsi chasser sous des fouilleurs de feuillages très
actifs, mais à la condition que de grandes trouées et
des perchoirs adéquats se trouvent sous la végéta¬
tion qu’ils explorent. En aucun cas il ne s’est
réellement agi d’une association. Sa présence dans
une ronde nous a ainsi toujours paru très fortuite :
oiseaux stimulés par l’agitation des nouveaux arri¬
vants ou, lorsqu’ils paraissaient suivre la ronde,
attirés par une soudaine mise sur l’aile d’une grande
quantité de petits insectes (cas par exemple d’oiseaux
suivant la progression d’une nappe de fourmis
magnans).
Muscicapa epulata
Ce que nous avons écrit pour sethsmithi dans la
grande forêt pourrait s’appliquer à epulata , oiseau
des formations secondaires. En effet, pas plus que
son homologue, celui-ci ne s’associe durablement
aux groupements plurispécifiques d’oiseaux insecti¬
vores. S’il paraît se joindre à une telle bande, ce
n’est que de manière temporaire et tout à fait
fortuite. Il importe toutefois ici de remarquer qu’en
deux occasions, nous avons observé un couple
d 'epulata suivant le déplacement d’une ronde pour
passer d’une zone de chasse à une autre. Bien sûr,
faute d’avoir eu des images instantanées de la
répartition et de l’abondance des insectes volants à
ces moments-là, nous ne pouvons rien inférer d’un
éventuel bénéfice tiré par les oiseaux à se joindre
aux autres.
Muscicapa olivascens
Comme les précédentes, cette espèce ne peut
aucunement être considérée comme un élément
régulier des rondes. Cependant, il lui arrive de s’y
intégrer à l’occasion. Sur les 44 cas où nous avons
noté si les oiseaux chassaient individuellement ou,
au contraire, suivaient la progression d’un groupe
d’insectivores, nous n’avons relevé la seconde moda¬
lité que trois fois (6,8 %).
Muscicapa caerulescens
Cette espèce non plus n'est pas un membre
régulier, ni même occasionnel d’ailleurs, des grou¬
pements de chasse d’insectivores. S’il lui arrive de se
trouver au milieu d’un tel rassemblement, c’est de
manière tout à fait fortuite.
Myioparus griseigularis
C’est vraiment avec celle-ci que nous abordons
les espèces qui suivent les rondes. Son taux de
participation, calculé sur l’ensemble des observa¬
tions (N = 144) effectuées aux divers mois, n'est
toutefois que de 43,4 %. En réalité, la fréquentation
des groupements de chasse d’oiseaux insectivores
n’est pas constante au long de l’année mais présente
de fort nettes variations. La fig. 82 illustre celles
que nous avons observées d’un mois à l’autre au
cours de l’année. Cette variabilité est statistique¬
ment très significative (y 2 = 35,97 ; 7 ddl après
regroupement d'avril, mai et juin d’une part et de
septembre, octobre et novembre de l'autre). Si nous
analysons maintenant le taux de participation aux
rondes selon les saisons (fig. 82), il est évident que
l’espèce chasse beaucoup plus en association avec
d’autres espèces pendant la grande que durant la
petite saison sèche. On peut suspecter que si notre
échantillon avait été plus conséquent, le schéma eût
mieux précisé le contraste entre la période de
septembre à janvier et le reste de l’année. Cette
période est précisément celle durant laquelle beau¬
coup d’espèces aviennes se reproduisent (Erard à
paraître, voir les données de Brosset et Erard 1986).
Myioparus plumbeus
Nos données sur cet oiseau demeurent fragmen¬
taires. Nous ne pouvons que proposer le taux
annuel moyen de 58,1 % (N = 43). Il ne semble
guère douteux que la présence dans les rondes soit
la plus régulière durant la grande saison sèche.
Pedilorynchus comitatus
Il n’apparaît en aucun cas devoir être considéré
comme un élément régulier des rondes d’insectivores.
Toutefois, il se joint à l’occasion (7 %, N = 71) à
celles qui passent lentement dans son voisinage
immédiat. Il ne s’y attarde généralement pas, soit
que lui même s'éloigne, soit que la bande de chasse
progresse en dehors de la zone qu’il exploite
momentanément. Au fond, sa présence au sein de
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
209
ces groupements d’insectivores s’avère nettement
fortuite.
Artomyias fuliginosa
Pour nous, cet oiseau n’est pas un élément, même
exceptionnel des associations polyspécifiques d’insecti¬
vores. Si l’une d’elles passe à proximité ou autour
de lui, il ne s’y intègre pas.
Stizorhina fraseri
Une première analyse où toutes nos données sont
réunies sans distinction de type de milieu ou de
saison, conduit à un taux annuel moyen de partici¬
pation aux rondes de 35,21 ± 3,20 % (N = 889,
a = 0,05). Si maintenant nous séparons les données
relatives à la grande forêt de celles effectuées dans
les formations secondaires, nous obtenons respecti¬
vement : 37,43 ± 3,66 % (N = 700) et 26,98 ±
6,46% (N = 189, a = 0,05). La différence est
hautement significative (x 2 = 6,67 avec 1 ddl). On
serait tenté de conclure à une propension de
Stizorhina à s'associer aux groupements de chasse
plurispécifiques, plus marquée en forêt que dans la
végétation secondaire. En fait, la prise en compte
de la variation saisonnière montre qu’il n'en est
rien. Précisons au préalable que nous n’avons pas
décelé d'importantes variations d’une année à l'autre,
du moins pour les mois où nous avions suffisam¬
ment de données (janvier, février et mars).
La fig. 82 illustre la variabilité au long du cycle
annuel de la chasse de Stizorhina en dehors des
Source : MNHN, Paris
210
CHRISTIAN ERARD
rondes, en forêt naturelle. Cette évolution est
statistiquement très significative (x 2 = 69,87 avec
11 ddl, P < 0,001). Une analyse fondée sur un
découpage en saisons (fig. 82) montre que la
fréquentation des rondes va régulièrement croissant
depuis un minimum de 10 % en petite saison des
pluies jusqu’à un maximum de 58 % en grande
période sèche.
Dans les formations secondaires, le schéma sai¬
sonnier est le même (fig. 83). L'évolution mensuelle
au long du cycle annuel est statistiquement très
significative (x 2 = 30,29 avec 6 ddl, P < 0,001 ; ont
été effectués les regroupements (décembre-janvier),
(avril-mai), (juin-juillet-août) et (octobre-novembre)
pour rester dans les conditions d’application du
test). On remarquera aussi que la différence entre la
petite saison sèche (D-J) et la grande saison des
pluies (F-M-A-M) est proche du seuil de significa¬
tion statistique (x 2 = 3,496, or x 2 0,05 = 3,84 avec
1 ddl).
La comparaison çaison à saison des taux de
participation ne révèle aucune différence significa¬
tive entre les milieux primaires et secondaires. Ceci,
au passage, appuie notre prudence à propos des
analyses de contenus stomacaux. Des artefacts sont
en effet à craindre lorsqu’on compare globalement
deux échantillons d’un phénomène saisonnier sans
connaître les caractéristiques de cette variation
cyclique.
Fraseria ocreata
Globalement, nous obtenons un taux annuel
moyen de 50,91 % (d’après 275 observations) de
fréquentation des groupements plurispécifiques d’insec-
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
211
tivores. Ici encore, si nous séparons les données
recueillies en grande forêt de celles collectées dans
les formations secondaires, nous arrivons à des
taux respectifs de 58,73 % et 44,30 % dont la
différence apparaît statistiquement significative
(y- = 5,12 avec 1 ddl) mais nous signalerons que la
comparaison, saison par saison, des taux d’associa¬
tion aux rondes dans les formations secondaires,
d’une part, et dans la grande forêt, d’autre part, ne
montre aucune différence significative. En grande
forêt, le taux mensuel de fréquentation des rondes
varie au long du cycle annuel (fig. 84). Cette
variation est hautement significative (après regroupe¬
ment pour rester dans les conditions d’application
de test, y; = 28,74 avec 7 ddl ; 0,001 < P < 0,01).
L'analyse saisonnière (fig. 84) révèle que la partici¬
pation aux bandes plurispécifiques augmente de la
petite saison des pluies à la grande saison sèche.
Dans les formations secondaires, le schéma évo¬
lutif reste le même (fig. 83), tant au niveau des taux
annuels de chasse en dehors des rondes (variation
statistiquement très significative : après regroupe¬
ment, y 2 = 37,78 avec 7 ddl, P < 0,001) qu’à celui
de la variation saisonnière de la fréquentation des
rondes (ici encore notre opposition entre le reste de
l'année et les petites saisons pluvieuse et sèche —
septembre à janvier — caractérisées par un taux de
participation nettement plus faible).
Fraseria cinerascens
Contrairement à son congénère dont l’unité
sociale est le groupe, celui-ci vit en couple et ne
s’intégre pas aux rondes d’insectivores. Cela se
comprend dans une certaine mesure puisqu’en effet,
très peu de rondes demeurent en permanence au-
dessus de la berge des rivières et aux hauteurs
auxquelles cet oiseau est inféodé. Néanmoins, quand
Source : MNHN, Paris
212
CHRISTIAN ERARD
les trajets de certains groupements plurispécifiques
traversaient les zones de chasse de F. cinerascens,
nous n’avons jamais observé celui-ci suivant déli¬
bérément le mouvement et accompagnant les autres
espèces sur la portion du circuit inscrite dans son
territoire. Toutes les fois où nous avons ainsi vu
ensemble les participants d’une ronde et cineras¬
cens, il s’agissait d’une réunion fortuite, jamais à
proprement parler d’une association.
Hyliota violacea
Toutes nos observations de cette espèce concer¬
nent des oiseaux intégrés à des rondes. Nos données
étant trop peu nombreuses, nous nous garderons
cependant bien de nous prononcer catégoriquement
sur son degré de fréquentation des groupements
plurispécifiques d’insectivores qui semble très élevé.
Megabyas flammulatus
Nous l’avons principalement observé dans des
rondes plutôt qu’en dehors de celles-ci. Nos ren¬
contres avec cet oiseau s’avérant peu nombreuses,
nous ne pouvons rien dire de précis sur son taux de
participation aux rondes.
Bias musicus
Nos nombreuses observations de cette espèce
nous autorisent à dire qu’il ne s’agit aucunement
d’un élément régulier des rondes. Sa présence n’y a
été que très occasionnellement constatée et, à
chaque fois, elle nous parut fortuite. Le mode de
chasse, ou plutôt de prospection du terrain, de cet
oiseau ne s’accorde pas avec la progression des
rondes : il procède par bonds, à la recherche
d’arbres riches en insectes (arbres en fleurs, essences
attractives...) où il stationne un moment avant de
repartir pour un autre point, souvent distant de
plusieurs dizaines voire centaines de mètres du
précédent.
Bâtis minima
Nos données sur cette espèce demeurent frag¬
mentaires. Nous ne pouvons que présenter un taux
annuel de fréquentation des rondes de 59,09 %
(N = 22).
Bâtis poensis
Bien que plus substantielles que celles de la
précédente, nos informations sur cette espèce ne
nous permettent cependant pas d'entrer dans le
détail de l’évolution au long du cycle annuel de la
participation aux rondes d’insectivores. Nous obte¬
nons un taux global de 60,67 % (N = 89). Nous
n’observons aucune différence statistiquement signifi¬
cative entre les données de la grande période des
pluies et celles de la longue saison sèche, seules
saisons que notre matériel nous autorise à compa¬
rer.
Platysteira cyanea
À l’instar de celles recueillies sur l’espèce pré¬
cédente, les données relatives à cet oiseau ne nous
permettent d’avancer qu’un taux global de 35,64 %
(N = 101) d’intégration aux rondes d’insectivores
et une participation statistiquement équivalente lors
des grandes saisons sèche (44,74 % ; N = 38) et
pluvieuse (34,88 % ; N = 43). Les valeurs obtenues
pour ces deux dernières saisons ne sont pas signifi¬
cativement différentes de celle (20 % ; N = 20) que
fournit le regroupement des données relatives à la
période de septembre à janvier.
Cette faible participation aux associations poly¬
spécifiques d’insectivores n’est pas due à un gréga¬
risme moins marqué de cet oiseau mais plutôt au
fait que les rondes sont plus fréquentes en dehors,
ou du moins ont un rayon d’action qui dépasse
beaucoup les limites de la zone des habitations
humaines qui constitue le biotope d’élection de ce
gobe-mouche.
Diaphorophyia castanea
Nous avons recueilli sur cette espèce plus de
données que sur les autres, aussi avons-nous pu
approfondir quelque peu les analyses. Nous avons
en particulier testé l’éventualité d’une variation du
taux de fréquentation des rondes selon l’heure de la
journée. L’examen par tranche horaire des 118 don¬
nées obtenues en forêt naturelle au long du cycle
annuel ne montre aucune variation statistiquement
significative (x 2 = 7,48, avec 10 ddl, 0,50 < P <
0,70). Ce résultat demeure si l’on analyse séparé¬
ment les données recueillies à chaque saison : petite
saison sèche (N = 264, x 2 = 5,01 avec 7 ddl,
0,50 < P < 0,70), grande saison des pluies (N =
500, x 2 = 13,19 avec 9 ddl, 0,10 < P < 0,20),
grande saison sèche (N = 203, x 2 = 1.67 avec
5 ddl, 0,80 < P < 0,90) et petite saison pluvieuse
(N = 151, x 2 = 10,55 avec 6 ddl, 0,10 < P < 0,20).
Cette indépendance du taux de participation aux
rondes vis-à-vis du moment de la journée se trouve
également confirmée par une analyse mensuelle des
données, du moins pour les mois pour lesquels
l’information est suffisamment représentative du
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
213
cycle journalier : janvier (N = 191, x 2 = 4,56 avec
7 ddl, 0,70 < P < 0,80), février (N = 178, x 2 =
3,09 avec 6 ddl, 0,70 < P < 0,80) et mars (N =
200, x 2 = 6,64 avec 7 ddl, 0,50 < P < 0,70).
Si nous considérons globalement les données
recueillies sur cette espèce, nous obtenons un taux
de participation aux rondes de 59,35 %. Si nous
distinguons les informations en forêt naturelle de
celles dans les formations secondaires, les nouveaux
pourcentages sont respectivement de 60,73 % et
53,68 %, différence statistiquement significative (x 2 =
4,22 avec 1 ddl, 0,02 < P < 0,05). Si nous
calculons cette fois en utilisant les pourcentages
mensuels, nous obtenons une valeur moyenne de
64,74 % dans le primaire et de 52,52 % dans le
secondaire, la différence n’est toutefois pas statisti¬
quement significative (U = 38, n, = n 2 = 12).
En grande forêt, la variation saisonnière est très
significative (x 2 = 30,54 avec 3 ddl, P < 0,001) et
oppose au reste de l’année la grande saison sèche
96
qui voit une fréquentation des rondes particulière¬
ment forte (fig. 84). Cependant, si l’homogénéité
des petites saisons sèche et pluvieuse et de la grande
saison sèche est statistiquement reconnue, il n’en va
pas de même pour la longue période pluvieuse
(février à mai) : x 2 = 30,19 avec 3 ddl, P < 0,001.
L’évolution au long du cycle annuel du pourcen¬
tage mensuel de chasse en dehors des rondes (fig. 84),
statistiquement très significative (x 2 = 70,08 avec
11 ddl, P < 0,001), révèle deux pics : l’un en début
de petite saison pluvieuse et l’autre en fin de petite
saison sèche, début de la grande période de pluie.
On remarquera également, du moins pour les mois
de novembre à mars pour lesquels notre documen¬
tation est suffisante, la régularité de la variation
d’une année à l’autre.
Dans les formations secondaires, les valeurs
saisonnières et l’allure générale de la courbe évolu¬
tive des taux mensuels (fig. 85) suggèrent une
variabilité de fréquentation des rondes très sem-
JASONDJ F M A M J JASONDJ F M A M J
Source : MNHN, Paris
214
CHRISTIAN ERARD
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
215
10
20
Fie. 86. — Corrélation entre les hauteurs de chasse de Diaphorophyia casianea et celles de D. tonsa et de D. concreia selon qu'ils sont tous ensemble
dans une même ronde (à droite) ou selon que casianea n'est qu'avec tonsa ou qu'avec concreia (à gauche). Sur le graphique de gauche, les nuages de points,
de part et d'autre de la ligne en tirets, sont indépendants : au-dessus, ils ne concernent que les rapports castanea-tonsa. au-dessous, castanea-concreia. Sur le
graphique de droite, à une même hauteur de casianea correspond obligatoirement une hauteur de lonsa et une de concreia. Les symboles entourés indiquent
Source : MNHN, Paris
216
CHRISTIAN ERARD
blable dans son déroulement temporel à celle de la
forêt naturelle. Toutefois, aucune différence statisti¬
quement significative n’apparaît en milieu secon¬
daire dans les taux saisonniers (x 2 = 2,03 avec
3 ddl, 0,50 < P < 0,70). En revanche la variation
des taux mensuels est très significative (x 2 = 22,84
avec 10 ddl, 0,01 < P < 0,02).
La comparaison, saison par saison, des taux de
participation aux rondes entre la grande forêt et les
formations secondaires ne montre pas de différence
significative pour la petite saison sèche (x 2 = 0,000
avec 1 ddl, P > 0,99), la grande et la petite saisons
pluvieuses (respectivement et avec 1 ddl : x 2 =
0,230, 0,80 < P < 0,90 ; z 2 = 3,722, 0,05 < P <
0,10). En revanche, une différence significative
apparaît pour la grande saison sèche (x 2 = 4,208
avec 1 ddl, 0,02 < P < 0,05) : les oiseaux du
secondaire chassent proportionnellement moins dans
les rondes à cette saison que ceux du primaire.
Le matériel dont nous disposons permet aussi de
préciser certaines relations interspécifiques : en
l’occurence, le partage de l’espace dans sa dimen¬
sion verticale entre D. castanea et ses congénères
tonsa et concreta dans la grande forêt, chalybea
dans les formations secondaires.
La fig. 86 (gauche) confronte les hauteurs de
chasse de D. castanea à celles de D. tonsa et de D.
concreta quand il est en compagnie de l’un ou de
l’autre, mais pas des deux à la fois. La ligne en
pointillé matérialise les cas où les deux espèces de
chaque paire seraient à la même hauteur. La forme
des nuages de points illustre bien l’existence de
pressions interspécifiques : tonsa descend en même
temps que castanea tandis que concreta ne s’élève
dans les strates basses que si castanea monte dans le
haut des strates moyennes et dans la voûte. Ces
interactions sont encore plus évidentes si l’on
considère cette fois les hauteurs spécifiques des trois
espèces lorsqu’elles sont ensemble (fig. 86, droite).
On observera que tonsa, chassant seul en compa¬
gnie de castanea, descend davantage en-dessous de
la voûte forestière que lorsque concreta est lui aussi
présent : 17,7 % des observations au-dessous de
22 m dans le premier cas, contre 0 % dans le
second, différence hautement significative (x 2 =
8,14 avec 1 ddl). En revanche, pour concreta, si
44,4 % des observations ont lieu au-dessus de 2 m
quand il est seul avec castanea, contre 33,3 %
seulement quand tonsa est également là, la diffé¬
rence n’apparaît pas statistiquement significative
(x 2 = 0,89 avec 1 ddl). Ceci suggérerait une
exclusion spatiale beaucoup plus vive entre casta¬
nea et tonsa qu’entre castanea et concreta. Toutefois,
on remarque aussi que castanea descend plus dans
la végétation quand il n’est qu’avec tonsa (21,2 %
des observations au-dessous de 12 m) que lorsque
concreta est également présent (4,2 % des contacts
au-dessous de 12 m), la différence étant statistique¬
ment significative (x 2 = 7,24 avec 2 ddl). En
revanche, il semblerait occuper davantage les hautes
strates en présence de tonsa, seul (22,1 % des
contacts au-dessus de 20 m) ou avec concreta
(27,1 %), qu’avec concreta seul (14,8 %) ; les diffé¬
rences n’apparaissent toutefois pas statistiquement
significatives. Finalement, concreta, beaucoup plus
strict dans sa localisation verticale, ne paraît pas,
ou du moins guère, empêcher castanea de descendre
lorsqu’ils sont ensemble. Par contre, tonsa exerce
une continuelle pression sur castanea qui, bien que
trouvant là de denses feuillages propices à sa
chasse, doit assidûment fréquenter les plus hauts
niveaux du sous-bois et le bas de la voûte, pour
exercer une véritable défense territoriale interspé¬
cifique.
Sur ces figures ont été indiquées les hauteurs
auxquelles des querelles interspécifiques (attaques
réelles d’une espèce par l’autre, non plus des
manifestations intimidatrices à distance) ont été
observées dans la minute qui a suivi la prise de
contact avec les oiseaux. Il apparaît ainsi une
distance d’intolérance d’environ 5 m entre castanea
et tonsa, sans doute un peu plus faible entre
castanea et concreta. Ceci illustre bien la territoria¬
lité interspécifique qui existe chez ces oiseaux.
Il s’avère instructif de calculer des indices de
recouvrement des niches (par la formule de Pianka)
pour la variable occupation verticale du milieu
selon que chaque espèce chasse seule ou, au
contraire, est avec un congénère ou encore avec les
deux autres. Le tableau XXXII montre clairement
un meilleur degré d’isolement spatial entre les
espèces dans les rondes.
Tableau XXXII. — Variation de l'indice de recouvrement des
niches pour la variable occupation verticale selon que les espèces
de chaque paire chassent individuellement, en présence l’une de
l’autre, ou en compagnie l'une de l'autre et de la troisième.
L'association tonsa-concreta en dehors de castanea n'a pas été
observée.
2 3
espèce espèces espèces
seule ensemble ensemble
D. castanea-D. concreta 0.1664 0.0470 0.0150
D. castanea-D. tonsa 0.2616 0,2818 0.1668
D. tonsa-D. concreta 0.0113 — 0
Dans les formations secondaires, il semble bien
que les relations entre D. castanea et D. blissetti
chalybea soient de même nature que celles entre
castanea et concreta comme le suggère fortement la
fig. 87. Nos données sont malheureusement trop
peu nombreuses pour comparer des indices de
recouvrement des niches.
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
217
Fig. 87. — Relation entre la hauteur de chasse de D. casianea et celle de D. b. chalybea lorsqu'ils sont ensemble.
Diaphorophyia tonsa
Pour cette espèce, nous n’avons tenu compte que
des données recueillies en grande forêt. Globale¬
ment, nous obtenons un taux annuel de participa¬
tion aux rondes de 70,03 % (N = 357). Toutefois,
si l’on tient compte de la variation saisonnière, le
pourcentage devient alors de 75,66 %. Cette valeur
est très élevée, aussi, compte tenu de la fréquenta¬
tion quasi exclusive de cette espèce des niveaux
supérieurs de l’architecture forestière, et du fait,
qu’elle se signale davantage par ses vocalisations
lorsqu’elle est dans une ronde, un biais serait à
craindre qui aurait favorisé les contacts dans les
bandes plurispécifiques au détriment de ceux où les
oiseaux chassent seuls. Étant conscients de cela,
nous avons donc toujours prêté une attention
particulière à la détection de cette espèce partout où
nous passions et en toutes circonstances. De ce fait,
si le biais existe, ce que nous ne saurions nier, il
n’est vraisemblablement pas excessif.
La variation au long du cycle annuel est illustrée
par la fig. 85. On remarquera que les données
recueillies pour le même mois, à des années diffé¬
rentes, fournissent des pourcentages très voisins.
Cette évolution est hautement significative (après
regroupement des mois de septembre à décembre
pour rester dans les conditions d’application du
test, x 2 = 22,81 avec 8 ddl, P < 0,01). Le
découpage saisonnier montre que la participation
aux rondes est la plus importante durant la grande
saison sèche et diminue progressivement jusqu’à la
grande saison des pluies.
Diaphorophyia blissetli chalybea
Globalement, le taux d’intégration aux rondes est
de 40,23 % (N = 174) ou de 43,80 % si l’on calcule
en utilisant les valeurs mensuelles. Il existe une
variation saisonnière significative (fig. 88) : la
proportion des observations dans les rondes est la
plus faible durant les petites saisons des pluies et
sèche ; elle double pendant la longue période plu¬
vieuse et augmente encore très nettement lors de la
grande saison sèche. La courbe des valeurs men¬
suelles (fig. 88) montre une évolution au long du
cycle annuel relativement bien continue et statisti¬
quement très significative (x 2 = 36,29 avec 8 ddl,
P < 0,001).
Diaphorophyia concrela
Calculé sur l’ensemble des données recueillies au
long de l'année, le taux moyen de participation aux
rondes d’insectivores est de 63,18 % ou de 65,31 %
Source : MNHN, Paris
218
CHRISTIAN ERARD
si nous utilisons les valeurs mensuelles. La variation
au long du cycle annuel (fig. 88) est hautement
significative tant sur la base des pourcentages
mensuels (-/ 2 = 23,82 avec 5 ddl, P < 0,001) qu’à
partir de l’évolution saisonnière (% 2 = 19,94 avec
3 ddl, P < 0,001). Manifestement, l’intégration aux
associations plurispécifiques est bien plus impor¬
tante durant les grandes saisons pluvieuse et sèche
(de février à août).
comme un élément attractif et catalyseur dans
l'organisation des regroupements polyspécifiques.
Peut-être existe-t-il une légère variation saisonnière :
93,10 % (N = 29) en petite saison sèche, 98,65 %
(N = 74) en grande saison des pluies, 100 %
durant la longue période sèche et la courte saison
pluvieuse (N = 50 et N = 18 respectivement) ;
toutefois ces différences ne sont pas statistiquement
significatives.
Erythrccercus mccalli
Rappelons que cette espèce vit en groupes. Il
n’est donc pas surprenant que son taux de partici¬
pation aux rondes soit de 98,25 %, calculé sur
l’ensemble des données recueillies au long du cycle
annuel (N = 171). Son comportement de chasse, si
démonstratif, et son unité sociale la désignent
Elminia longicauda
Bien que nombreuses, nos données montrent
clairement que cet oiseau, qui vit lui aussi en
groupes, est un élément régulier des rondes d’insecti¬
vores puisque nous obtenons un taux annuel de
77,42 % (N = 31). Apparemment, cette valeur
serait régulière au long de l’année.
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
219
Trochocercus nigromilratus
Il est intéressant de remarquer que cet oiseau qui
vit en couple, est un participant très régulier des
rondes d’insectivores dans la grande forêt, avec un
taux annuel de 89,66 % (N = 58). Sans doute
davantage de données appuieraient-elles une légère
variation saisonnière, avec un maximum de pré¬
sence dans les rondes en grande saison sèche
(100 %, N = 22) et un minimum durant les courtes
périodes pluvieuse et sèche (80,95 %, N = 21).
Remarquons que ces deux valeurs diffèrent statisti¬
quement : p = 0,048 d'après le test exact de Fisher.
Trochocercus nitens
Calculé sur l'ensemble des données, le taux de
fréquentation des rondes est de 42,88 % (N = 793).
Si nous séparons les informations recueillies en
forêt primaire de celles obtenues dans les forma¬
tions secondaires, les pourcentages sont respective¬
ment 43,14% et 41,61 % en utilisant globalement
les données annuelles ou 47,24 % et 42,54 % à
partir des taux mensuels. En aucun cas, la diffé¬
rence entre les deux types de milieux n’est statisti¬
quement significative.
En forêt naturelle, la variation saisonnière est
hautement significative (fig. 89) : x 2 = 23,88 avec
3 ddl, P < 0,001 en utilisant un découpage en
saisons et x 2 = 41,30 avec 11 ddl, P < 0,001 à
partir des fréquences mensuelles. Les grandes périodes
sèche et pluvieuse, par leurs taux plus importants,
s'opposent aux deux autres saisons. On remarquera
également la très bonne concordance des valeurs
obtenues, en des années différentes, pour les mois
de novembre à mars.
Dans les formations secondaires (fig. 89), le
schéma évolutif semble le même ; toutefois, ni la
Source : MNHN, Paris
220
CHRISTIAN ERARD
variation mensuelle (x 2 = 8,29 avec 6 ddl, 0,20 < P
< 0,30), ni les changements saisonniers (x 2 = 3,99
avec 3 ddl, 0,20 < P < 0,30) ne sont statistique¬
ment significatifs, pas plus d’ailleurs que les diffé¬
rences, saison par saison, entre les deux types de
milieux.
Terpsiphone rufiventer
Nous ne pouvons malheureusement fournir aucune
donnée quantitative sur la régularité de la parti¬
cipation de cet oiseau aux rondes d’insectivores.
Nos observations, notamment celles effectuées en
août 1981 dans la réserve de la Lopé, suggèrent
fortement que ce que nous pouvons dire à propos
de T. batesi s’applique également à cette espèce.
Terpsiphone viridis
En considérant globalement toutes les données
recueillies, nous obtenons un taux annuel de parti¬
cipation aux rondes de 23,98 % (N = 367) et un
pourcentage mensuel moyen de 25,40 %.
Tant les changements saisonniers que l’évolution
mensuelle au long du cycle annuel (fig. 90) sont
statistiquement significatifs : x 2 = 26,56 avec 3 ddl
(P < 0,001) pour l’analyse par saisons et x 2 =
35,31 avec 9 ddl (P < 0,001) pour celle par mois. Il
apparaît clairement une plus forte propension à la
fréquentation des rondes durant les grandes périodes
pluvieuse et sèche par rapport aux deux autres
saisons.
Terpsiphone batesi
Notre matériel sur cette espèce étant conséquent,
nous avons pu, comme pour Diaphorophyia casta-
nea, rechercher une éventuelle variation du taux de
fréquentation des rondes selon l’heure de la journée.
De fait, une analyse s’appuyant sur toutes les
données recueillies en forêt primaire montre une
hétérogénéité statistiquement significative (x 2 =
27,81 avec 10 ddl, 0,0001 < P < 0,001) : l’espèce
s’intégre moins au rondes en fin d’après-midi, après
16 h. Toutefois, si nous procédons à une analyse
saison par saison, la tendance subsiste, mais elle
n’est significative que durant la petite saison des
pluies (x 2 = 9,98 avec 3 ddl, 0,01 < P < 0,02). On
remarquera aussi qu’aucune variation significative
n’apparaît si l’on analyse séparément les mois de
janvier, février et mars, pour lesquels nos données
permettent de distinguer au moins 6 tranches
horaires au cours de la journée.
Pour mesurer l’ampleur d’un biais éventuelle¬
ment introduit par cette variation horaire, nous
avons analysé notre matériel, d’une part, en tenant
compte de toutes les observations et, d’autre part,
en ne retenant que celles obtenues avant 16 h. Si les
taux de participation se trouvent très légèrement
relevés dans le second cas, ils ne le sont cependant
pas de manière statistiquement significative et sui¬
vent exactement les mêmes variations que lorsqu’on
regroupe l’ensemble des informations. Devant ce
résultat, nous présenterons donc, par souci d’homogé¬
néité avec les autres espèces, l’analyse fondée sur
l’ensemble des données.
Globalement, sans distinction de milieu, le taux
annuel de fréquentation des rondes est de 73,84 %
(N = 906) ; il est de 73.75 % si l’on ne considère
que les données en grande forêt (N = 819) et de
74,71 % dans les formations secondaires (N = 87),
ces deux dernières valeurs ne sont, statistiquement,
pas significativement différentes. Pour la forêt natu¬
relle, nous pouvons calculer un taux mensuel
moyen de 75,94 %. T. batesi apparaît donc comme
un élément très régulier des groupements pluri-
spécifiques de chasse des insectivores : sa détection
ne posant pas de grosses difficultés, des biais
d’observation ne paraissent pas devoir être redoutés.
Les données recueillies dans les formations secon¬
daires, trop fragmentaires, ne montrent pas de
variation significative (x 2 = 3,93 avec 3 ddl, 0,20 <
P < 0,30). Pour les diverses saisons nous obtenons
les pourcentages, dans les rondes, suivants (les
différences ne sont cependant pas significatives) :
Petite saison sèche 78,57 % (N = 14)
Grande saison des pluies 61,76% (N = 34)
Grande saison sèche 84.62 % (N = 26)
Petite saison des pluies 84.62 % (N = 13)
Dans la grande forêt, l’analyse saisonnière (fig. 90)
montre une variation significative (x 2 = 22,24 avec
3 ddl, P < 0,001) qui oppose aux autres la grande
saison sèche quand l’intégration aux rondes est très
importante. On remarquera toutefois que seule la
grande période sèche parmi les saisons que nous
avons définies est statistiquement homogène (x 2 =
1,09 avec 2 ddl, 0,50 < P < 0,70); les autres
montrent des différences mensuelles significatives
(petite saison sèche : x 2 = 5,94 avec 1 ddl, 0,01 < P
< 0,02 ; grande période pluvieuse : x 2 = 10,54 avec
3 ddl, 0,01 < P < 0,02 ; petite saison des pluies :
X 2 = 7,34 avec 2 ddl, 0,02 < P < 0,05). La
variation mensuelle au long du cycle annuel (fig. 90),
hautement significative (x 2 = 47,24 avec 11 ddl,
P < 0,001), montre les proportions les plus faibles
d’intégration aux rondes en début de grande période
pluvieuse. Ici encore les valeurs obtenues pour des
années différentes concordent bien, au moins pour
les mois de novembre à mars, pour lesquels les
données sont suffisantes pour examiner cette varia¬
bilité.
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
221
2) Discussion
Les données que nous venons de présenter mon¬
trent clairement que le taux de participation aux
rondes varie beaucoup d’une espèce à l’autre et,
pour une même espèce, fluctue au gré des saisons.
Nous remarquerons tout d’abord que ces pourcen¬
tages d’intégration aux associations polyspécifiques
ont été obtenus en recherchant tous les gobe-mouches
en chasse, et non pas en ne dénombrant que les
oiseaux participant aux rondes. La quasi totalité
des études antérieures fournissent des chiffres éta¬
blis en rapportant les occasions où une espèce
donnée était présente dans une ronde au nombre
total de rondes observées. Il est évident que de
telles données sont difficilement interprétables. En
revanche, celles que nous avons recueillies par notre
méthode (cf. aussi Davis 1946, Moynihan 1962 et
McClure 1967) constituent une mesure de la pro¬
pension des diverses espèces à s’intégrer aux rondes
et permettent, en outre, d'aborder le problème sous
un autre angle en posant la question : « quand les
oiseaux se joignent-ils ou ne se joignent-ils plus aux
bandes plurispécifiques ? »
Pour que des représentants d’une espèce se
regroupent avec d’autres oiseaux d’espèces diffé¬
rentes et s'associent à eux pour chasser, il leur faut
certes montrer une certaine appétence sociale à leur
égard mais encore être en leur présence. Ce truisme
n’a pourtant guère retenu l’attention. Il implique
que soient nécessairement pris en compte les rayons
d’action, donc les domaines vitaux, des divers
participants. En effet, pour qu’une ronde se cons¬
titue et se perpétue, il importe que les individus des
Source : MNHN, Paris
222
CHRISTIAN ERARD
diverses espèces s’associant focalisent leurs acti¬
vités, canalisent et synchronisent leurs déplace¬
ments. Dans ces conditions, la ronde sera d’autant
plus importante en nombre d’espèces que les
domaines vitaux de ses constituants se superposent
davantage. Par conséquent, le taux de participation
aux rondes devrait fluctuer non seulement en
fonction du degré d’appétence sociale mais aussi
selon la surface des domaines vitaux. Des oiseaux,
qui s'associent systématiquement aux rondes lors¬
qu’ils en ont la possibilité, seront d’autant plus
détectés isolément par l’observateur que leurs
domaines vitaux sont très petits par rapport à ceux
des espèces qui constituent le corps des rondes.
Autrement dit, les unités sociales des espèces aviennes
présentes en un lieu nécessitent, pour constituer des
associations durables, une surface commune telle
qu’elles puissent s’y regrouper, établir des liens
sociaux entre elles et exploiter ensemble le milieu,
ceci pendant un temps suffisant pour que les
participants en tirent un ou des avantages supé¬
rieurs à celui ou ceux dont ils bénéficieraient en
chassant séparément. Ces considérations spatiales
sur les membres des rondes conduisent, tout natu¬
rellement, à ne pas tenir ces dernières pour des
unités stables, parfaitement circonscrites dans le
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
223
temps et dans l’espace, sauf dans des cas extrêmes
où les domaines vitaux et les rythmes d’activité de
tous les participants coïncideraient parfaitement.
Nous concevons ainsi mieux la dynamique de ces
rondes (variations de la composition spécifique,
fractionnements en groupes qui s’éloignent chacun
de leur côté, ou qui se rejoignent, remplacements
d’individus par d’autres de la même espèce...) et
aussi la multiplicité de leurs types.
La fig. 91 met en relation le taux annuel de
participation aux groupements plurispécifiques de
chasse des divers gobe-mouches gabonais avec la
surface moyenne de leurs domaines vitaux, du
moins pour les espèces pour lesquelles nous avons
pu mesurer les deux variables. Si nous considérons
séparément les trois sous-familles (fig. 91, haut),
seuls les Monarchinés montrent une corrélation
positive et significative entre le taux d’intégration
aux rondes et la surface des domaines vitaux
(coefficient de corrélation de rang de Spearman
r s = 0,886; P < 0,05).
Il est intéressant d’ouvrir ici une parenthèse et
d'examiner la répartition des taux spécifiques de
participation aux rondes à l’intérieur de chaque
sous-famille (tableau XXXIII). Il apparaît nette¬
ment que les Muscicapinés chassent essentiellement
en dehors des rondes : 9 espèces sur 13 n’y sont
qu’accidentelles (< 10%). Toutefois, deux sont
accessoires (25-50 %) : Slizorhina fraseri et Myiopa-
rus griseigularis et deux autres régulières : Fraseria
ocreata et Myioparus plumbeus. Chez les Platystei-
rinés, nous ne notons qu’une seule espèce acciden¬
telle : Bias musicus et une permanente ( > 75 %) :
Hyliota violacea, les autres sont accessoires ou,
surtout, régulières (50-75 %). Remarquons que
nous avons inclus Megabyas flammulatus dans les
participants réguliers et Hyliota violacea dans les
permanents, en admettant que nos faibles échantillons
soient quand même représentatifs de la propension
de ces oiseaux à s’associer aux groupes pluri¬
spécifiques. Mis à part Terpsiphone viridis épiso¬
dique et Trochocercus nitens accessoire, les Monar-
Tableau XXXIII. — Répartition par sous-famille des espèces selon leur taux annuel de participation aux rondes d’insectivores.
Accidentelle Épisodique Accessoire Régulière Permanente
< 10 % 10-25 % 25-50 % 50-75 % > 75 %
Muscicapinés 9 0 2 2 0 13
Platysteirinès 1 0 2 6 I 10
Monarchinés 0 112 3
Ensemble 10 1 5 10 4 30
chinés sont des membres réguliers ou permanents
des rondes. Nous avons considéré que Terpsiphone
rufiventer et T. batesi manifestaient la même pro¬
pension à l’association. Si nous rangeons les diverses
espèces selon leurs taux de participation aux rondes
mais cette fois dans des intervalles de classes de
10 %, nous calculons un barycentre de 66,4 % pour
les Monarchinés, 56,0 % pour les Platysteirinès et
de seulement 18,1 % pour les Muscicapinés. Ces
valeurs font suspecter une relation entre la propen¬
sion à se joindre aux bandes plurispécifiques et les
modalités de la recherche de nourriture. Nous
remarquons de suite que les espèces inscrites dans
les accidentelles sont toutes des chasseurs à l’affût,
qui capturent essentiellement, pour ne pas dire en
totalité, leurs proies sur l’aile et dont les secteurs de
chasse se présentent en taches disséminées sur le
domaine vital. Cette constatation de la très faible
fréquentation des rondes par les « gobe-mouches
typiques » avait déjà été faite par d'autres auteurs,
notamment Willis (1972a) et surtout Bushkirk
(1976). Nous reviendrons là dessus plus loin quand
nous discuterons les avantages dont peuvent béné¬
ficier les participants aux rondes. D’une manière
générale, des espèces épisodiques aux permanentes,
le mode de chasse évolue dans le sens d’une
utilisation de plus en plus spécialisée de la faune
invertébrée des feuillages, lors d’une prospection
systématique de la végétation, accompagnée d'une
complication croissante des comportements de recher¬
ches des proies : il est assez symptomatique de
trouver en fin de série Hyliota qui est un actif
fouilleur de feuillages et des Monarchinés sur les
postures et gestes desquels nous avons déjà longue¬
ment insisté. On remarquera aussi que le fait, pour
certaines espèces, de vivre en groupes monospéci¬
fiques, renforce leur participation aux rondes (cas
de Fraseria ocreata, Elminia longicauda et Erythro-
cercus mccalli).
Reprenons maintenant la relation entre le taux
annuel de fréquentation des rondes et la surface des
domaines vitaux mais cette fois en séparant les
espèces selon que les données ont été recueillies en
forêt naturelle ou dans les formations secondaires
(fig. 91, bas). Si nous éliminons les espèces dont la
participation aux rondes n’est qu’accidentelle, - ou
même si nous considérons simplement que Musci-
capa olivascens et M. caerulescens se localisent, ou
Source : MNHN, Paris
224
CHRISTIAN ERARD
mieux, concentrent en permanence leur activité sur
des surfaces réduites à l’intérieur de leurs grands
territoires de sorte que, vis-à-vis des rondes, tout se
passe comme s’ils n’avaient en fait que de petits
domaines vitaux, nous pouvons tracer, par ajuste¬
ment visuel, une courbe pour chaque milieu. Ces
deux courbes, décalées essentiellement en ordonnée,
confirment la tendance à des taux de fréquentation
des rondes inférieurs dans les formations secon¬
daires. Dans les deux milieux, il apparaît que le
taux de participation aux rondes croît régulière¬
ment en fonction de l’augmentation des surfaces
des domaines vitaux jusqu’à une superficie d’une
dizaine d’hectares (peut-être moins, notamment en
forêt naturelle), au-delà de laquelle ce taux diminue
à mesure que les domaines s’élargissent.
Précisons ici que nous avons recherché une
éventuelle corrélation entre le taux de participation
aux rondes et la localisation verticale des espèces
durant leur chasse (exprimée par le barycentre des
distributions). Nous n’avons décelé aucune relation
statistiquement significative. Seuls les Muscicapinés
montrent une tendance à l’augmentation des taux
d’intégration aux rondes selon que les niveaux
architecturaux forestiers exploités sont plus élevés,
(coefficient de corrélation de rang de Kendall : x =
0,356, P = 0,054). Or, nous avons vu plus haut
que, dans cette sous-famille, il existait une première
relation positive et significative (x = 0,815, P =
0,0001) entre la hauteur de chasse et la surface des
domaines vitaux, et une seconde corrélation posi¬
tive mais non significative (x = 0,295, P = 0,09),
entre le taux de participation aux rondes et la
superficie des domaines. On peut donc craindre que
le x de 0,356 ne reflète que l’interaction de ces deux
corrélations. De fait, le coefficient de corrélation
partielle de Kendall fait tomber x de 0,356 à 0,207.
Bien que nous ne puissions pas tester sa significa¬
tion statistique (Siegel 1956), il nous paraît peu
probable qu’un tel coefficient traduise une réelle
corrélation.
Il est donc évident qu’un taux donné de partici¬
pation aux rondes peut ne pas avoir la même
signification selon que les domaines vitaux de
l'espèce en cause sont petits ou très grands. Dans le
premier cas, les oiseaux, même s’ils montrent une
très forte propension à s’intégrer aux rondes, ne
sont en mesure de le faire que dans l’étroite marge
de possibilités offerte par la faible probabilité qu’ils
ont d’en rencontrer une sur leur territoire. Dans le
second cas, il est indéniable que les conditions sont
telles qu’un taux de 100 % pourrait être la règle et
on pourrait penser que, par conséquent, les oiseaux
qui n’y satisfont pas, ne trouvent pas dans les
associations polyspécifiques des avantages supé¬
rieurs à ceux dont ils bénéficient en chassant
séparément. Remarquons aussi que, dans le cas
présent des gobe-mouches, les espèces à très vastes
domaines habitent des milieux fort ouverts (forma¬
tions secondaires ou lqcalisation dans les couronnes
des plus hauts arbres), de sorte que leurs taux de
participation aux rondes peuvent être réduits par le
simple fait que ces dernières ne fréquentent généra¬
lement pas ou peu ces types d’habitats discontinus
qu’ils occupent.
Il semblerait ainsi que la majeure partie des
espèces permanentes des rondes aient des domaines
vitaux compris entre 8 et 12 ha. Il serait intéressant
de le vérifier en ne considérant plus seulement les
gobe-mouches mais en incluant toutes les espèces
qui participent aux bandes de chasse. Sans entrer
dans le détail (cf. notamment les travaux de Brosset
1969 et 1974), nous pouvons évoquer ici les espèces
qui nous paraissent s’inscrire parmi les plus cons¬
tantes dans les rondes : Ceuthmochares aereus
(Cuculidae), Halcyon malimbicus (Alcedinidae), Toc-
kus hartlaubi, T. camurus (Bucerotidae), Campe-
thera caroli, C. nivosa (Picidae), Trichastoma fulves-
cens, T. rufipennis (Timaliidae), Criniger barbatus,
C. calurus, Bleda syndactyla, B. eximia, Phyllastre-
phus xavieri, P. icterinus (Pycnonotidae), Apalis
rufogularis, Sylvietta denti, Camaroptera supercilia-
ris, Macrosphenus flavicans (Sylviidae), Dicrurus
alripennis (Dicruridae), Sigmodus caniceps (Priono-
pidae), Oriolus brachyrhynchus (Oriolidae), Anth-
reptes fraseri (Nectariniidae), Malimbus nitens et
autre Malimbes (Ploceidae). Il ne nous paraît pas
déraisonnable d’admettre que les domaines vitaux
de beaucoup de ces espèces s’inscrivent dans une
surface moyenne de 8 à 12 ha, en grande forêt.
Nous n’avons pas mentionné dans la liste ci-dessus
des oiseaux comme Alethe castanea, Neocossyphus
rufus et N. poensis qui dépendent entièrement des
nappes de chasse des fourmis Dorylides. Dans ce
dernier cas, les rondes sont à proprement parler des
agrégats d’oiseaux autour d’une source de nourri¬
ture libérée par l’activité des fourmis dont les
déplacements s’effectuent selon des directions diffé¬
rentes d’un raid à l’autre, à partir d’un nid
épisodiquement déplacé (Johnson 1954, Willis 1967,
1972a, Willis et Oniki 1978, Brosset 1969, obs.
pers.).
Il est bon de donner maintenant les caractéristi¬
ques des rondes dans notre zone d’étude à partir de
nos observations personnelles et de celles de Brosset
( loc. cil.).
Certains auteurs comme McClure (1967) en
Malaisie, distinguent les rondes de la voûte de celles
du sous-bois. Brosset (loc. cil.) considère certes les
deux catégories mais insiste, avec raison, sur la
difficulté de les séparer avec précision. En effet,
selon leur composition, les rondes regrouperont, ou
non, davantage d'oiseaux propres aux strates les
plus hautes que d’espèces localisées dans le sous-
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
225
bois. De plus, les choses sont compliquées par le
fait que si certaines espèces paraissent effectivement
fort exclusives dans leur choix des niveaux architec¬
turaux forestiers (oiseaux typiquement de Ta voûte
ou au contraire des basses pousses du sous-bois),
bon nombre d’autres se montrent très éclectiques.
La composition des rondes est fort variable tant
dans la richesse spécifique que dans l’abondance
des individus. Remarquons tout de suite qu’en
raison des difficultés d’observation en forêt, il est
toujours malaisé, souvent même impossible, de
recenser toutes les espèces et de dénombrer tous les
individus qui participent à une ronde : s’il faut
certes une bonne vue, une excellente connaissance
des vocalisations des diverses espèces est indispen¬
sable. D’une manière générale, comme Munn et
Terborgh (1979) et Powell (1980), Brosset et nous,
avons noté qu’une ronde donnée ne comprenait
qu’une seule unité sociale de chaque espèce : le
couple et sa progéniture, dans la grosse majorité
des cas. À ce propos, il est bon de préciser que
presque toutes les espèces sont territoriales : seuls
des oiseaux comme Andropadus latirostris et aussi
certains souïmangas, tels Nectarinia olivacea ou N.
cyanolaema, possédant une organisation sociale très
complexe, ne défendent pas, la plupart du moins,
de territoire défini.
Il existe une évolution saisonnière du taux de
participation aux rondes que nous avons démontrée
pour les gobe-mouches mais qui concerne aussi les
autres espèces. Des variations au long du cycle
annuel ont été mises en évidence, ou du moins
suggérées, ailleurs. Nous pouvons ici évoquer les
rondes de petits passereaux des milieux tempérés
qui ont essentiellement lieu en hiver, durant la
mauvaise saison (voir par ex. Stresemann 1917,
Hartley 1953, Rand 1954, Erard 1960, Gotshen
1960, Ogasawara 1965, Morse 1970, Ulfstrand
1975, Herrera 1979). Gannon (1934) et Sedgwick
(1949) notent qu'en Australie, les rondes sont plus
évidentes durant les mois d’automne et d’hiver. En
Malaisie, McClure (1967) trouve, durant la période
internuptiale, davantage de bandes plurispécifiques
regroupant plus d’espèces et d’individus, tandis que
Fogden (1972) signale une taille maximum de ces
associations durant la période hivernale à Bornéo.
Au Brésil, Davis (1946) met en évidence une
augmentation du nombre des rondes durant la
période prénuptiale, rondes qui sont également plus
cohérentes, plus compactes et plus stables que celles
qui se forment durant la période de nidification.
Enfin, essentiellement à partir de données obtenues
à Barro-Colorado, Panama, Willis (1972a) montre
que les Hylophylax naevioides, Formicariidae, qui
chassent ailleurs qu’autour des nappes de fourmis
(ca 40 % des individus) tendent à s'associer un peu
moins aux rondes (30 %) durant la période de
reproduction qu’en dehors de celle-ci (55 %). Nos
propres observations prouvent, chez les partici¬
pants aux rondes, une propension nettement plus
forte au grégarisme plurispécifique durant la grande
saison sèche et même pendant la longue saison des
pluies qui la précède, c’est-à-dire essentiellement
(du moins pour la majorité des gobe-mouches) en
dehors des périodes d’intense reproduction. Cela ne
signifie pas une réduction du nombre des rondes
durant les petites saisons des pluies et sèche ; nous
pensons plutôt que la fréquence des bandes poly¬
spécifiques demeure sensiblement la même au long
de l’année. En revanche, durant la grande saison
sèche — saison la plus contraignante aux plans
climatique et alimentaire — les associations pluri¬
spécifiques apparaissent beaucoup plus durables et
regroupent davantage d’espèces qu’aux autres sai¬
sons. En effet, elles ne se dissocient pas : les oiseaux
qui les composent demeurent en permanence dans
le même secteur, le groupe se resserre lors des
périodes de recherche collective et intensive de la
nourriture mais se relâche lors des phases de repos,
ou lorsque le degré d’activité de chasse s’atténue.
Elles se composent toujours au moins d’une tren¬
taine d’espèces et même souvent bien davantage. La
plus grosse ronde qu’il nous ait été donné d’obser¬
ver regroupa, pendant la journée du 26 août 1976,
au moins 71 espèces identifiées à vue et à l’ouïe : les
domaines d’action de deux importantes bandes
plurispécifiques et d’une vaste nappe de fourmis
convergeaient sur près de 200 m de longueur et une
centaine de large. Durant les petites saisons des
pluies et sèche (c.-à-d. de septembre à février), les
participants des rondes restent beaucoup moins
concentrés ; on observe davantage de petites bandes
composées d'un nombre d’espèces moins élevé (une
dizaine en général). A cette saison, la cohésion des
groupes est aussi plus faible ; lors des pauses, plus
fréquentes, la majorité des oiseaux se dispersent.
D’une manière générale, les rondes ne repassent
guère sur le même trajet. Quand elles le font, la
répartition altitudinale des participants s’est modi¬
fiée. Nous avons à maintes reprises, lors de la
grande saison sèche, observé des bandes pluri¬
spécifiques recoupant l’itinéraire qu’elles venaient
de suivre mais jamais nous ne les avons vues le
réemprunter sur une très longue distance. À chaque
fois qu’ils pénétraient dans la zone précédemment
traversée, les oiseaux se redistribuaient en chan¬
geant radicalement leurs hauteurs de chasse, tout en
réexploitant cependant le même volume végétal. La
prospection, par l’ensemble de la ronde concernait
les mêmes niveaux architecturaux forestiers mais la
localisation verticale de chacune des diverses espèces
était bien différente, au second passage, de ce
qu’elle était au premier.
Pour comprendre l’organisation et la significa-
Source : MNHN, Paris
226
CHRISTIAN ERARD
tion de ces bandes, diverses classifications des
participants ont été proposées. La plus suivie est
celle de Moynihan (1962) qui fait elle-même le
point des catégories définies antérieurement, sur¬
tout par Winterbottom (1943, 1949) et Davies
(1946). Pour distinguer ses diverses catégories,
Moynihan n’utilise que des traits éthologiques,
malheureusement imprécis en raison de la classifica¬
tion par trop dichotomique. Tout d'abord, pour un
type d’association polyspécifique donné, il oppose
les membres réguliers aux occasionnels. Les pre¬
miers, d’habitude ou toujours, s’approchent ou
sont approchés par une ou davantage des espèces
qui entrent communément dans la composition de
ce type d’association plurispécifique et ceci quand
une occasion propice se présente. Les membres
occasionnels sont évidemment ceux qui, fréquem¬
ment ou peut-être habituellement, montrent le
comportement inverse. La régularité apparaît ainsi
fonction du degré d’appétence sociale des espèces
concernées et de la probabilité qu’elles ont de se
trouver en présence. Elle correspond, dans sa
conception, à celle que nous avons utilisée plus
haut mais on ne peut, effectivement, que s’interro¬
ger avec Willis (1972a), sur la signification et
l’utilité d’une telle dichotomie alors que, comme
nos données l’ont montré, il s’agit d’un continuum.
Dans un type donné d’association polyspécifique,
Moynihan distingue deux catégories d’oiseaux. Les
espèces du noyau de la ronde (« nuclear species »),
par opposition aux simples accompagnateurs («atten¬
dant species »), contribuent de manière appréciable,
par leur comportement, à stimuler la formation ou
à maintenir la cohésion des bandes. Ce sont les
catalyseurs de Brosset (1969). Moynihan procède
alors à une seconde dichotomie et oppose aux
espèces « passives » les catalyseurs « actifs » qui,
ordinairement se joignent à des individus d’autres
espèces et/ou les suivent, bien plus souvent que des
représentants d’autres espèces se joignent à eux
et/ou les suivent. Autrement dit, les espèces actives
sont des suiveurs, les passives des meneurs. Cette
nomenclature, utilisée également par Willis (1972a),
n’est pas très appropriée car, la plupart du temps,
au sein des rondes, les meneurs sont ceux qui
déploient la plus grande activité dans la recherche
de nourriture.
Il suffit de lire les auteurs pour se conforter dans
l’idée qu’il est en réalité toujours très difficile,
notamment quand aucune quantification n’a été
opérée, de placer une espèce donnée dans une
catégorie déterminée. La caractérisation d’un cata¬
lyseur apparaît fort subjective car les critères inter¬
venant dans la définition ne sont pas précisés. Pour
Brosset (1969), catalyseurs et meneurs sont syno¬
nymes et désignent les oiseaux sur lesquels les
suiveurs règlent leurs déplacements : pour lui, seuls
ces derniers présenteraient la tendance sociale res¬
ponsable de la constitution des bandes, les autres
auraient un rôle passif.
Personnellement, nous serions de l’avis de Willis
(1972a) qui suggère d’abandonner pour l’instant ce
type de classification qui fractionne, arbitrairement,
des phénomènes interconnectés, tant que davantage
de données n’auront pas été recueillies sur les
phénomènes eux-mêmes. En fait, cette catégorisa¬
tion a été établie pour répondre à une probléma¬
tique éthologique et nous sommes de ceux qui
pensent que la question ne pourra être efficacement
abordée qu’en prenant également en compte tous
ses aspects écologiques.
Plus intéressant, en revanche, est le classement
utilisé par Munn et Terborgh (1979) qui décrivent
des rondes en forêt péruvienne remarquables par
leur organisation et pérennité. Ces rondes présen¬
tent apparemment les mêmes caractéristiques que
celles décrites par Powell (1980) et qui pourraient
bien être le modèle autour duquel sont organisées
beaucoup de bandes plurispécifiques gabonaises.
La première catégorie regroupe les «core spe¬
cies» : espèces de base, présentes en permanence
dans toutes les rondes, qui ont un territoire commun
d’environ 8 ha. Nous remarquerons d’emblée la
bonne concordance existant entre cette surface
commune et celle que suggère notre courbe de la
fig. 91. En revanche, Powell (1980) trouve apparem¬
ment, au Costa Rica, une valeur moitié moindre ;
ayant, contrairement à Munn et Terborgh, recueilli
des données au long du cycle annuel, cet auteur est
en outre en mesure de préciser que ces espèces
chassent pendant toute l’année en association. Au
Gabon, nous pouvons placer dans cette catégorie
tous les gobe-mouches inscrits dans les permanents
(peut-être même aussi certains réguliers) et la
majorité des espèces dont nous avons donné la liste
plus haut. Ces espèces constituent, aux zones de
chevauchement de leurs domaines vitaux, un ou des
noyaux permanents autour desquels s’en agrègent
d’autres, en fonction de l’étendue de leurs terri¬
toires respectifs. Le nombre de ces noyaux varie
selon la saison : ils sont plus nombreux durant les
petites périodes des pluies et sèche, contrairement à
la grande saison sèche quand la cohésion s’inten¬
sifie, d’où ces grosses rondes. Nous préciserons
quand même que, d’après les descriptions de Munn
et Terborgh et de Powell, que confirme notre
expérience des saisons sèches et des pluies en
Guyane, l’organisation sociale des rondes est moins
élaborée au Gabon que dans certaines forêts néo¬
tropicales où les associations plurispécifiques appa¬
raissent véritablement comme des unités fonction¬
nelles bien définies dans le temps et dans l’espace.
Une cartographie de la distribution des rondes du
sous-bois (et sans doute aussi de la voûte), en
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
227
milieu néotropical, montre que les espèces de base
possèdent des territoires communautaires qui s'agen¬
cent exactement comme des territoires de couples
ou de groupes monospécifiques, ce que nous n’avons
pas jusqu'ici constaté au Gabon.
La seconde catégorie reconnue par Munn et
Terborgh s’avère pour le moins ambiguë. Il s'agit
des « core species with lower population densities
than Type I species » dont certaines vont d’une
ronde à l'autre. D’après le contexte, ceci correspon¬
drait d’une part aux oiseaux dont les domaines
vitaux sont plus grands que la surface prospectée
par les espèces de base d’une ronde donnée et,
d’autre part, à ceux qui auraient le même rayon
d’action que ceux de la catégorie précédente, mais
sous une abondance moindre. Apparemment, la
définition des « core species » que les auteurs
utilisent s'avère quelque peu équivoque : « core
species as we define them here occur in many to ail
understory flocks and equally share the jointly-held
flock territory. They spend virtually ail of their time
in the flocks ». Si elle convient pour les espèces de
la première catégorie, il n’en est pas de même pour
la seconde. En effet, cette définition inclut trois
caractéristiques : la constance dans les rondes (taux
de présence de l’espèce quasi maximum dans les
diverses rondes observées), la superposition quasi
complète des territoires de l’espèce concernée avec
ceux des autres « cores species » et la permanence
dans les rondes (taux de fréquentation des rondes
quasi maximum, déterminé par rapport au nombre
d’observations de l’espèce). Or, il est bien évident
que le second caractère ne peut-être pris en compte
que si les « cores species » ont déjà été identifiées,
c’est-à-dire qu’il ne peut entrer dans leur définition.
Par ailleurs, comme nous l’avons souligné plus
haut, constance et permanence dans les rondes sont
deux notions certes non indépendantes, mais qui ne
varient pas dans le même sens. On comprend que
lorsqu’elles sont toutes deux maximales, nous ayons
affaire à l’une des espèces du noyau de la ronde.
Pour que cette condition soit réalisée, la densité
n’intervient pas. En revanche, comme nous l’avons
indiqué plus haut, la surface du domaine vital est
importante. Pour une permanence donnée, la cons¬
tance peut chuter plus ou moins selon le rapport de
surface entre le domaine de la ronde et celui de
l'unité sociale de l’espèce. Ainsi, des espèces à
grands territoires, qui passent d'une ronde à l’autre,
ne peuvent certainement pas être considérées comme
des « cores species » à moins que de ne retenir
comme unique critère — ce que paraissent d’ail¬
leurs avoir en réalité fait Munn et Terborgh — la
permanence maximale. Dans ces conditions, la
distinction de cette seconde catégorie ne s'impose
pas, du moins pour les groupements polyspécifiques
gabonais.
La troisième catégorie concerne les espèces dont
le territoire est plus petit que celui de la ronde : elles
s’intégrent à celle-ci tant qu’elle demeure dans es
limites de leur territoire. Dans l’exemple gabonais,
ce sont les espèces situées dans la partie montante
de la courbe de la fig. 91.
La quatrième catégorie regroupe les espèces qui,
ordinairement, suivent les rondes de la voûte mais
qui, occasionnellement à fréquemment, s’incor¬
porent aux rondes du sous-bois. Si une telle
distinction peut paraître justifiée dans les conditions
néotropicales, nous n'en voyons absolument pas la
nécessité ni même l’utilité, dans le cas du Gabon, où
n’apparaît pas de localisation franche et immuable
des rondes dans les divers niveaux architecturaux
forestiers.
La cinquième catégorie enveloppe les espèces
inféodées à un microhabitat réparti par taches dans
la forêt et qui ne s’associent donc aux rondes que
lorsque celles-ci passent dans ce milieu. Au vu des
exemples cités, Trochocercus nitens en serait un
représentant au Gabon. Au fond, cette catégorie
n’est qu’un cas particulier de la troisième.
La sixième et dernière catégorie ne porte que sur
les espèces dont l’association aux groupes pluri-
spécifiques n’est qu’occasionnelle, d’habitude elles
chassent séparément. Sa définition est purement
qualitative, de sorte qu'il est impossible de dire si
elle ne concerne que les espèces dont nous avons
qualifiée d’accidentelle la participation aux rondes
ou si nous pouvons leur ajoindre les épisodiques.
Les rondes apparaissent donc comme un phéno¬
mène particulièrement complexe, pouvant même,
dans le cas de ces associations permanentes néotro¬
picales, suggérer un long processus coévolutif. Il est
certain que pour l’analyser plus finement, il importe
de l’approcher par une étude des diverses espèces,
prises individuellement, en déterminant les taux de
participation de chacune et leurs fluctuations sai¬
sonnières, les caractéristisques de leur distribution
spatiale, notamment la surface de leurs domaines
vitaux et les rapports de superposition qu’ils pré¬
sentent avec ceux des autres constituants des rondes.
L'étude des relations spatiales entre les individus
des diverses espèces dans la ronde, de leurs compor¬
tements de chasse, de leur localisation précise dans
l’architecture végétale et de leur régime alimentaire,
devrait permettre de mieux définir les types d'avan¬
tages que leur procure cette association poly¬
spécifique.
Certains auteurs ne voient que des avantages
alimentaires (par ex. Brosset 1969, Cody 1971,
Fogden 1972. Graig-Smith 1978b. Morse 1970.
Murton 1971, Swynnerton 1915, Vuilleumier 1967.
1970, Winterbottom 1949). D'autres ne retiennent
que le rôle protecteur contre les prédateurs (Bâtes
1864, Bertram 1978, Bushkirk 1976, Gaddis 1980,
Source : MNHN, Paris
228
CHRISTIAN ERARD
Goss-Custard 1970, Jones 1977, Lack 1968, Powell
1974, Pulliam 1973, Willis 1972a). Toutefois beau¬
coup admettent que les deux jouent en même temps
(Belt 1874, Caraco 1979, Erard 1960, Erard et
Hagnier 1960, Graig-Smith 1978a, Herrera 1979,
Hindwood 1937, Lazarus 1972, Morse 1977, 1978,
Moynihan 1962, Munn et Terborgh 1979, Neunteu-
fel 1953, Powell 1980, Rand 1954, Rubenstein et al.
1977, Short 1961, Ulfstrand 1975, Vernon 1980).
Les bénéfices alimentaires peuvent être de nature
variée (voir par ex. les récentes compilations ou
synthèses de Willis 1972a, Croxall 1976, Morse
1977, Caraco 1979 et Powell 1980). Les animaux
qui se regroupent délogent mutuellement des proies
qu’ils peuvent les uns et les autres plus aisément
capturer (Bartholomew 1942, Brosset 1969, Heat-
wole 1965, Hinwood 1937, Neave 1910, Rand 1954,
Smith 1971, Swynnerton 1915, Winterbottom 1943,
1949) ou, comme les granivores cités par Balph et
Balph (1979) et Turcek (1956), certains se voient
rendre accessible, par d’autres, une source de
nourriture que, sans eux, ils n’auraient pas pu
exploiter. Nous rejoignons Brosset en considérant
qu’il s’agit là de l’un des avantages majeurs dont
bénéficient les oiseaux des rondes, du moins dans
les conditions gabonaises. Nous pouvons rappeler
ici les données que nous avons développées plus
haut sur le mode de chasse des Terpsiphone viridis et
batesi : manifestement leur comportement s’oriente,
lorsqu'ils sont intégrés aux rondes, vers la capture,
sur l’aile, des insectes débusqués par les autres
espèces. Nous pourrions aussi évoquer les drongos
Dicrurus adsimilis dans le secondaire, D. atripennis
et D. ludwigii en grande forêt, qui, surtout ces deux
dernières espèces, sont des membres réguliers voire
permanents des bandes polyspécifiques. Les Calaos
insectivores ( Tockus camurus, T. hartlaubi et Tropi-
cranus albocristatus ) entrent également dans cette
catégorie d’oiseaux pour lesquels le bénéfice alimen¬
taire est particulièrement évident. Il est piquant de
constater que ces diverses espèces que nous venons
de citer sont des chasseurs de type gobe-mouche
vrai (qui pratiquent le « flycatching » diraient les
anglo-saxons) or, comme nous l’avons mentionné
plus haut, ce sont justement ces sortes d’oiseaux
que des auteurs comme Willis (1972a) et surtout
Bushkirk (1976), considèrent comme des chasseurs
essentiellement solitaires. Certes, nous l’avons vu,
cela semble vrai chez les Muscicapinés. Il apparaît
donc hautement probable que ces oiseaux que nous
avons cités, consommateurs de proies volumi¬
neuses, généralement très chitineuses et souvent
bien armées, bénéficient d^ns les rondes du déran¬
gement direct d’insectes comme les Coléoptères,
Cigales et surtout Orthoptères, qu’une chasse à
l’affût, isolément, ne leur permettrait pas d’obtenir.
C’est très vraisemblablement aussi ce genre de
bénéfice que retirent les pics myrmécophages, notam¬
ment les Campethera. Ils se situent en général dans
l’arrière-garde de la ronde et capturent ainsi les
fourmis qui courent contre les troncs et les tiges des
branches, mises en mouvement par le passage des
autres oiseaux (fourmis sortant des trous dans le
bois ou les écorces, ou des nids sous les feuilles). Tel
doit être également ainsi considéré le cas de Stizo-
rhina fraseri. Nous pourrions aussi évoquer la
complémentarité de la localisation et des comporte¬
ments de chasse entre Erythrocercus mccalli et le
souïmanga Anthreptes fraseri. Le premier explore
davantage les limbes des feuilles où il déloge les
insectes par ses pirouettes et virevoltes pour les
saisir en vol. Ce faisant, il provoque la fuite, à la
surface des végétaux, de petites animalcules mis
ainsi à la disposition du second lequel, de son côté,
circulant entre les pétioles et capturant de minus¬
cules arthropodes posés, met sur l’aile des insectes
au bénéfice du premier. Ce type particulier d’avan¬
tage que l’observateur constate sans peine, ne
concerne en fait qu’un petit nombre d’espèces dans
les rondes. C’est vraisemblablement pour cela que
beaucoup d’auteurs se refusent à voir des avantages
alimentaires importants dans le regroupement poly¬
spécifique. Or, comme l’a fort judicieusement sou¬
ligné Brosset (1974), ces associations d’insectivores
en recherche de proies sont une « réponse adaptive
au camouflage et au mimétisme prodigieux des
insectes qui peuplent la forêt équatoriale ». Ce
mimétisme est en effet fort remarquable et touche
pratiquement tous les ordres d’insectes. Nous avons
ainsi observé un Hétérocère ressemblant parfaite¬
ment à une feuille morte (limbe, nervures, morceau
de pétiole, taches de rouille... excellemment repro¬
duits) se laissant choir à nos pieds, dans une lente
chute oscillante à l’arrivée d’une ronde et restant
accroché aux herbes, bien en évidence, tel qu’il était
tombé, durant le passage de la troupe. Il est certain
que les prospections aussi intenses de secteurs de
forêt, par des oiseaux aux modes de chasse si variés,
se localisant de manière très complémentaire dans
l’architecture végétale et entrecroisant fréquemment
leurs trajets individuels, occasionnent un dérange¬
ment maximal dans la zone ainsi traversée. De
nombreux insectes se trouvent délogés par toute
cette agitation et doivent, rapidement, chercher un
nouveau substrat sur lequel leur camouflage soit
efficace. Il ne nous paraît donc pas douteux que la
progression, généralement lente, d’une bande plu-
rispécifique qui, à un instant donné, couvre une
surface de 0,1 à 0,25 ha, perturbe sérieusement le
milieu et diminue fort la probabilité des divers
insectes de se trouver dans les conditions mimé¬
tiques optimales. Ainsi, on admet volontiers que les
individus des diverses espèces puissent retirer un
bénéfice certain de cette situation : en minimisant
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
229
les risques de ne pas découvrir de proie dans le
secteur prospecté et en utilisant les modes de
recherche de nourriture les plus économiques au
plan métabolique. D’autre part, en raison de la
grande diversité des modalités d’exploration du
milieu, l’équilibre mimétique des insectes y sera
d’autant plus perturbé, et les avantages récipro¬
ques, que la ronde regroupera d’espèces différentes
plutôt que des individus conspécifiques. On com¬
prend aussi que, durant la grande saison sèche,
époque de restriction alimentaire, les rondes ras¬
semblent le plus grand nombre d’espèces.
Comme autres avantages d’ordre alimentaire
dont sont susceptibles de bénéficier les membres de
ces associations polyspécifiques, nous mentionne¬
rons le fait que, de cette façon, les représentants des
diverses espèces sont en mesure d’éviter de prospec¬
ter un secteur déjà fouillé par d’autres oiseaux au
régime alimentaire voisin ou au même comporte¬
ment de chasse, comme l’ont déjà évoqué Cody
(1971), Miller (1922) et Short (1961). Nous retien¬
drons aussi la réduction de la compétition inter¬
spécifique (Austin et Smith 1972, Brosset 1969,
Jones 1977, Morse 1967, 1970, Moynihan 1962,
Vuilleumier 1967 et Willis 1966) : les diverses
espèces de la ronde se trouvent dans les conditions
les plus favorables à la réalisation différentielle de
leurs niches écologiques, au sens hutchinsonien du
terme. Nous renvoyons ici à ce que nous avons dit
plus haut des relations entre les Diaphorophyia.
Certains auteurs (Horn 1968, Krebs et al. 1972,
Krebs 1973, 1974, Murton 1971, Nichols 1912,
Ward et Zahavi 1973) ont, par des observations in
Natura ou à la suite d’expérience en captivité, émis
l’hypothèse que les participants pourraient se gui¬
der mutuellement aux bonnes sources de nourriture
et développer un apprentissage social des condi¬
tions alimentaires du milieu. Il est regrettable que
nous ne disposions pas de données précises reliant
l’abondance aux modes de répartition des insectes
dans la forêt équatoriale, tant au niveau des espèces
qu’à celui des tailles des individus, et ceci lors des
diverses phases du cycle annuel. Il serait utile de
voir si les insectes ne pourraient pas être répartis en
agrégats régulièrement distribués. De sorte qu’en
suivant les vues de Brown et Orians (1970), au
niveau de la population d’une espèce, la nourriture
serait uniformément dispersée, d’où la territorialité.
En revanche, à l’échelle des unités sociales de
chaque espèce, les ressources alimentaires auraient
une distribution contagieuse, d’où la constitution
de bandes plurispécifiques. Ce type de répartition
des insectes peut se concevoir en raison de la
grande richesse de la forêt en espèces végétales, à la
phénologie très variée et complexe, assurant une
mosaïque de microhabitats vis-à-vis desquels les
insectes montrent une dépendance étroite voire
même exclusive. On comprend en effet qu’au niveau
de la surface d’un domaine vital avien, l’hétérogé¬
néité de la végétation entraîne une distribution par
taches des insectes inféodés à telle ou telle essence,
mode de dispersion encore plus accusé si l’on prend
en compte le stade phénologique des divers végé¬
taux qui, bien souvent, n’est pas identique d’un
individu à l’autre. Dans ces conditions, l’attraction
d’une espèce « malchanceuse » par une «chan¬
ceuse » avec imitation de sa recherche de nourriture
(type de proie, du comportement de chasse ou,
plutôt du microhabitat fréquenté), comme le suggè¬
rent les travaux de Krebs et de ses collaborateurs,
peut effectivement exister et améliorer l’efficacité de
la chasse. De fait, nous avons souvent observé des
resserrements des participants d’une ronde autour
d’un ou deux individus qui, par leur taux de
captures réussies, leur comportement de dépeçage
ou, simplement, par leur agitation à la vue de proies
débusquées, donnaient manifestement l’impression
de se trouver dans un secteur riche en nourriture.
Il importerait aussi d’avoir une image correcte du
polymorphisme des proies. Comme le suggèrent les
simulations et analyses de sensibilité effectuées à
partir du modèle mathématique de Thompson et al.
(1974), complété par Thompson et Vertinsky (1975),
le groupement pour la recherche de nourriture
réduirait les risques de mauvaises actions de chasse
plutôt qu’il augmenterait le taux de capture des
proies et, en acceptant l’efficacité du polymor¬
phisme contre la prédation (Clarke 1969, Croze
1970, Manly et ai 1972), favoriserait le rendement
de l’apprentissage dans un milieu où les proies sont
polymorphes, apparemment sans effacer les avan¬
tages du polymorphisme pour les proies.
Après cette rapide revue des avantages alimen¬
taires qui peuvent échoir aux membres des associa¬
tions polyspécifiques, nous devons maintenant par¬
ler des éventuels bénéfices qui réduiraient la pres¬
sion de prédation. En effet, s’appuyant sur de
malheureusement trop courtes visites à Hawaï et au
Puerto Rico, Willis (1972b et 1973b) suggère une
diminution du comportement de constitution de
rondes dans les zones pauvres en prédateurs.
L'argument le plus simple est l’accroissement de
la probabilité de détection des prédateurs en fonc¬
tion de l’augmentation de l’effectif des groupes
(Bâtes 1864, Goss-Custard 1970, Lack 1954, 1968,
Moynihan 1962, Murton 1968, Powell 1974, Pul-
liam 1973, Short 1961, Siegfried et Underhill 1975,
Treisman 1975).
Certains auteurs (Goss-Custard 1970, Paloheimo
1971, Williams 1964) insistent sur les plus grandes
possibilités qu’ont, alors, les individus de se mas¬
quer les uns les autres. Nous ne pensons pas que ce
genre d’argument puisse s’appliquer aux conditions
gabonaises et peut-être même forestières tout court :
Source : MNHN, Paris
230
CHRISTIAN ERARD
il nécessite un regroupement serré des individus et
concerne des animaux terrestres ou des bancs de
poissons. Plus plausible serait la notion d'un préda¬
teur mieux dérouté par un groupe que par des
individus isolés (Allee 1938, Grinnel 1903. Lorenz
1963, Miller 1922) ou faisant davantage l'objet de
harcèlements, d'attaques défensives ou autres com¬
portements collectifs qui diluent ses effets (Bertram
1978, Brown 1963, Kruuk 1964. Moynihan 1962.
Swynnerton 1915, Tinbergen 1951. Wiley 1971).
Intéressante aussi est la suggestion de Willis
(1972a) que le regroupement accroîtrait l'irrégula¬
rité des ressources du milieu pour le prédateur,
l’obligeant notamment à effectuer davantage de
déplacements entre les diverses tentatives de cap¬
tures, surtout si les facteurs énoncés plus haut sont
également en jeu.
En revanche, d'autres auteurs (Croze 1970, Hol-
ling 1965. Royama 1970. Stresemann 1917) présen¬
tent des arguments en faveur d'une augmentation
de l'intensité de la prédation suite au regroupement
des individus.
En réalité, comme le montrent des considérations
théoriques, s'appuyant ou non sur des modèles
mathématiques (Caraco 1979a, Hamilton 1971,
Lazarus 1972, Pulliam 1973, Vine 1971 et 1973) et
des expériences ou observations (Berner et Grubb
1985. Caraco 1979b, Murton et Isaacson 1962,
Powell 1974. Rubinstein et al. 1977), bénéfices
alimentaires et avantages anti-prédateurs sont liés :
une surveillance et des alarmes mutuelles permet¬
tent d’allouer plus de temps à la recherche de la
nourriture ainsi que des réponses plus précoces aux
attaques des prédateurs. Comme le souligne fort
justement Lazarus (1972), le type de dispersion lors
de la recherche de nourriture apparaît comme la
résultante des pressions de sélection qui tendent à
minimiser les risques de prédation et à maximiser
l’efficacité du mode de chasse et ceci varie selon
l’espèce, la situation, l’époque... Les rondes s’inscri¬
raient donc dans le cadre d’une « stratégie adapta¬
tive » pour minimiser les risques d’extinction : selon
les conditions de milieu, les individus chercheraient
à réduire les risques de prédation ou, au contraire,
ceux d’un mauvais rendement de leur quête alimen¬
taire.
11 importerait de tester que, dans les conditions
forestières équatoriales, les avantages anti-préda¬
teurs sont effectivement supérieurs dans les rondes.
Cette garantie n'a été mise jusqu’ici en évidence que
pour des groupes monospécifiques ou des espèces
congénériques et qui, de surcroît, se nourrissent au
sol en milieu découvert. Il est en effet difficile de
comparer une ronde d’insectivores en forêt gabo¬
naise à une bande compacte d’Étourneaux, de
Bruants ou de Pigeons ramiers.
Quelques mots sur les prédateurs ornithophages
gabonais s’imposent maintenant. Nous ne parle¬
rons pas ici de pilleurs de nids, seulement des
chasseurs d’oiseaux diurnes. Il s'agit essentiellement
des rapaces : en l’occurence un Autour Accipiter
malanoleucus, trois Éperviers A. toussenellii, A.
castanilius et A. erythropus, sans doute pouvons-
nous aussi ajouter la Chevêchette Glaucidium sjo-
tedti que nous avons vue de jour capturer des
oiseaux dans nos filets, bien que les quelques
contenus stomacaux examinés aient surtout montré
de gros insectes. Comme autres prédateurs diurnes,
nous devons aussi mentionner les reptiles et plus
particulièrement les colubridés arboricoles. Le peu
que nous sachions de la biologie des rapaces
nommés ci-dessus (Brosset 1973, obs. pers.) montre
que l’Autour A. melanoleucus ne capture que de
gros oiseaux. C’est à dire que, dans les rondes,
seules les espèces de plus grande taille (en l’occu¬
rence les Calaos) seraient susceptibles de lui conve¬
nir. En revanche, les autres Accipiter , notamment
castanilius et erythropus, plus nettement ornitho¬
phages que toussenellii , capturent ensemble des
proies dans une gamme de tailles qui enveloppe
celles des divers participants aux rondes.
Il est regrettable que nous ne possédions pas
d'informations précises sur les rayons et les moda¬
lités d'action de ces rapaces mis à part qu'ils sont
territoriaux, chassent à l’affût et ont apparemment
d'assez grands domaines vitaux. On peut concevoir
que les ressources du milieu soient régulièrement
réparties au niveau de la population de chacun
d'eux d’où, selon les vues de Brown et Orians
(1970), une occupation horizontale de l’habitat de
type territorial. En revanche, la constitution de
bandes plurispécifiques contribue fortement à regrou¬
per en taches les proies disponibles, à l’échelle des
cantons de ces divers rapaces, d’où pour ces
derniers, la nécessité de grands domaines vitaux,
pour être en mesure de répondre efficacement à la
variation permanente de la répartition spatio-tem¬
porelle de leur nourriture. Il est d’ailleurs sympto¬
matique que nous n’ayons que très rarement, assité
à des attaques de rapaces dans les rondes, contrai¬
rement à nos fréquentes observations dans les
agrégats autour des nappes de fourmis dont la
localisation spatio-temporelle est beaucoup plus
prévisible et où les relations interspécifiques repo¬
sent beaucoup plus sur l'agression ou le commensa¬
lisme que sur la coopération.
Comme autres avantages de la constitution d’asso¬
ciations polyspécifiques, ont été évoqués la facilita¬
tion dans la recherche d'un partenaire lors de la
formation des couples (Willis 1972a), des effets
importants lors de l'apprentissage, par les jeunes,
des prédateurs, de la répartition des ressources et de
leur modalité d’exploitation... (Brosset 1969, Willis
1972a) tandis que Wynne-Edwards (1962) y voit un
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
231
facteur épidéictique de régulation des populations :
les animaux estimeraient ainsi l’importance de la
compétition intra et interspécifique et ajusteraient
en conséquence leur taux de reproduction. Les deux
premiers sont certainement à prendre en compte, le
troisième est beaucoup plus douteux (cf. Lack
(1966) ou Winttenberger (1981) pour un récapitula¬
tif des discussions sur la sélection de groupe). De
toute manière, il s’agit là de conséquences de la
formation des rondes, non pas de causes ayant
présidé à leur évolution.
En conclusion, sans méjuger de leur rôle anti¬
prédateur, nous pensons que les associations poly¬
spécifiques de chasse des insectivores, dans les
conditions gabonaises, assument essentiellement une
fonction alimentaire qui assure une exploitation
rationnelle des ressources du milieu. Les données
que nous avons présentées suggèrent fort que le
phénomène ne pourra être correctement approché
que lorsque l’on disposera de documents précis sur
les caractéristiques de la distribution, de l’abon¬
dance et des taux de renouvellement au long du
cycle annuel des insectes, selon leur nature taxino¬
mique et leur taille, et ceci bien sûr accompagné
d’une connaissance approfondie du régime alimen¬
taire des diverses espèces d’oiseaux. En outre, la
caractérisation des ressources du milieu devra se
faire pour chaque consommateur, d’une part à
l’échelle de la population de l’espèce pour com¬
prendre la répartition de ses unités sociales et,
d’autre part, à l’échelle de ces dernières pour
pouvoir mesurer les éventuels avantages que pro¬
cure la chasse en association polyspécifique plutôt
que séparément. Ce n’est qu'en maîtrisant des
conditions écologiques précises que l’on compren¬
dra mieux certains aspects de la plasticité sociale
comme le montrent notamment les travaux de
Carpenter et MacMillen (1976) sur la territorialité
de Vestiaria coccinea (Drepanididae) et de Stacey et
Bock (1978) sur l’organisation sociale de Mela-
nerpes formicivorus (Picidae).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
DISCUSSION - CONCLUSION
À la fin de chacun des chapitres précédents, nous
avons déjà discuté quelques uns des résultats
présentés. Nous voudrions ici tenter de synthétiser
les informations recueillies sur chacun des différents
thèmes abordés, en cherchant quels éléments de
réponse peuvent être proposés aux diverses ques¬
tions énoncées dans l’introduction. Pour ce faire,
nous confronterons nos résultats aux prévisions des
théories, plus particulièrement celle de la niche
écologique, avancées pour expliquer la grande
diversité avifaunistique tropicale.
Caractérisation êcomorphologique des espèces constituant le peuplement de gobe-
mouches GABONAIS
Ainsi que nous l’avons déjà souligné, l'écomor-
phologie est souvent utilisée pour tester des hypo¬
thèses sur les relations écologiques existant entre les
membres d’un même guilde ou de guildes différents
(par ex. Schoener 1965, Root 1967, Hespenheide
1975, Ricklefs 1977), ou entre les composants d’un
même peuplement (par ex. Karr et James 1975,
Ricklefs et Travis 1980), ou entre divers peuple¬
ments (par ex. Cody et Mooney 1978, Blondel et al.
1984, Niemi 1985). Les variables morphologiques
servent en effet de base comparative pour aborder
des problèmes de variation écologique liée à des
variables géographiques comme l’insularité, la tem¬
pérature, la longueur du jour, l’humidité relative, la
densité de la végétation, les migrations, les règles
écomorphologiques (cf. Hamilton 1961, Grant 1965,
1966, 1979, Fleischer et Johnston 1984), ou pour
confronter des guildes tempérées et tropicales (Green-
berg 1981), ou des peuplements appartenant à de
mêmes régions climatiques mais situés sur des
continents différents, afin de préciser les conver¬
gences ou les divergences écologiques liées à des
convergences ou des divergences morphologiques
(par ex. Keast 1972, Cody 1973, Hendrickson 1981,
Blondel et al. 1984), ou encore pour établir des
modèles d’optimisation de la recherche alimentaire
(«optimal foraging») (Case 1979). De nombreux
travaux s’appuient sur des analyses morphologi¬
ques pour caractériser la niche écologique et effec¬
tuer des comparaisons entre espèces, tentant avec
plus ou moins de succès, d’associer des variations
de taille observées sur des caractères anatomiques à
des traits éthologiques et écologiques : modalités de
la recherche alimentaire, caractéristiques des aliments
consommés, types d’habitat et de déplacements
saisonniers, nombre d’espèces dans les guildes,
dimensions de la niche... (van Valen 1965, Willson
1969, Soulé et Stewart 1970, van Valen et Grant
1970, Grant 1971, Soulé 1971, 1972, Horton 1972,
Pulliam 1973, Rothstein 1973, Willson et al. 1975).
Tous ces travaux font essentiellement intervenir
des mensurations relatives à certains appendices
utiles à la locomotion et à l’alimentation, à savoir
les dimensions du tarse, des ailes et du bec.
1) Caractères écomorphologiques liés à la locomotion
Il est évident que l’analyse morphologique ne
tenant compte que du poids corporel, de la forme et
des dimensions des ailes, ne traduit que grossière¬
ment les facultés voilières. Des corrélations ont
cependant été mises en évidence entre les caractéris¬
tiques générales du vol et des traits morpholo¬
giques, comme la relation positive entre l’allonge¬
ment de l’aile et la mobilité aérienne (migration ou
chasse en vol), ou entre la forme de l’aile et les
facultés manceuvrières (Savile 1957, Hartman 1961,
King et King 1979, Andersson et Norberg 1981,
Norberg 1979, 1981). Les aérodynamiciens nous
Source : MNHN, Paris
234
CHRISTIAN ERARD
Fig. 92. — Relation entre la longueur relative du tarse (T%) et l'allongement de l'aile chez les gobe-mouches du Nord-Est du Gabon.
A = prospecteurs des feuillages. B = chasseurs aériens. Cercles pleins : oiseaux de la forêt primaire, cercles évidés : espèces des formations secondaires.
renseignent principalement sur le fonctionnement
global de l’aile de l’oiseau lors du vol et sur les
dépenses énergétiques aux diverses vitesses et selon
les indices aérodynamiques les plus courants (charge
alaire et aspect-ratio en particulier). Si l’on com¬
prend assez bien les conditions dans lesquelles
s’effectue le vol à voile, on est malheureusement
encore loin de connaître avec précision le rôle de
toutes les variables relatives aux formes et dimen¬
sions de l’aile, utiles lors du vol battu à vitesse
variable qu’utilisent le plus couramment la plupart
des oiseaux au cours de leurs activités (cf. Brown
1963, Pennycuick 1972, 1975, Alexander 1977,
Nachtigall 1979, Rayner 1979, 1980, 1981, Withers
1981, Caple et al. 1983, Hecht et al. 1985, Norberg
1985). De sorte qu’actuellement, l’examen morpho¬
logique d’un oiseau ne donne que des renseigne¬
ments grossiers sur ses potentialités voilières. Tou¬
tefois, au niveau d’analyse auquel les écologistes
procèdent généralement, les informations que l’on
peut déduire de la morphologie sont suffisantes
pour définir des propriétés générales du vol que
sont capables d’effectuer les espèces étudiées et à
partir desquelles on peut tenter des comparaisons
en termes écologiques généraux.
Dans l’ensemble, les espèces qui ont de longues
ailes et des tarses courts sont plus arboricoles que
celles qui ont des ailes courtes et des tarses
allongés ; la longueur des tarses paraît liée à la
rigidité du perchoir et à la fermeté du support ; les
chasseurs à l’affût, qui nécessitent des démarrages
brusques, ont les tarses plus courts que les espèces
qui font du sur place pour « cueillir » des proies
posées sur des tiges ou sous des feuilles (Dilger
1956, Grant 1966, Lederer 1984, Fitzpatrick, 1985).
La fig. 92 montre la relation qui existe, chez les
gobe-mouches gabonais, entre la longueur relative
du tarse et l’allongement de l’aile. Nous pouvons
ainsi clairement séparer deux groupes d’espèces en
fonction de leur comportement de recherche ali¬
mentaire : les prospecteurs des feuillages (A),
oiseaux qui circulent en sautillant dans les branches,
et les chasseurs aériens (B) qui, depuis un poste
d’affût, vont capturer des proies mobiles qui volent,
qui sautent ou qui courent sur un support. À partir
des travaux cités en référence plus haut, on com¬
prend que les oiseaux du premier groupe aient,
pour des raisons de manœuvrabilité, des ailes plus
arrondies et des tarses plus longs que ceux du
second lot, caractérisés par des tarses plus courts
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
235
(propice à des envols brusques et fréquents) et des
ailes plus pointues (favorisant des économies d’éner¬
gie). On remarquera que la séparation des deux
groupes est plus prononcée et présente moins de
variabilité si on ne considère que les espèces de la
forêt primaire. La plus forte variabilité dans les
formations secondaires où le degré d’ouverture du
milieu est plus important, tient à la très grande
mobilité d’espèces comme Hyliota violacea, Musci-
capa striata (migrateur paléarctique) et Artomyias
fuliginosa ou à des espèces à vol papillonnant
comme Bias musicus. Remarquons aussi que, dans
le groupe A, les oiseaux qui chassent le plus par des
déplacements orientés en oblique vers le haut,
souvent suivis d’un bref vol sur place pour capturer
la proie posée (Bâtis, Platysteira, Diaphorophyia,
qui correspondent aux « upward-strikers » de Fitz-
patrick 1985) ont les ailes très arrondies et les tarses
les plus allongés. De même, dans le groupe B, les
Terpsiphone, Bias et Megabyas, qui capturent essen¬
tiellement leurs proies à l'issue d’un vol plongeant,
ont des tarses et des rémiges primaires proportion¬
nellement plus courts que ceux des autres chasseurs
aériens.
2) Caractères écomorphologiques liés à l'alimentation
De nombreux écologistes tiennent pour acquis
que les différences de taille et/ou de forme du bec
qu'ils observent traduisent des différences significa¬
tives dans les régimes alimentaires des espèces qu’ils
étudient (Huxley 1942, Lack 1944). Ils utilisent
donc ces mensurations différentes pour quantifier la
taille et le degré de recouvrement des niches
écologiques de ces espèces (cf. entre autres Hutchin-
son 1959, Klopfer et MacArthur 1961, Klopfer
1962, Schoener 1965).
Il faut toutefois rappeler que le bec est une
structure anatomique soumise à diverses contraintes.
Les becs que l’on observe sur les espèces actuelles
résultent d’une longue histoire évolutive et nous ne
sommes pas encore en mesure de définir la part des
caractéristiques de forme des becs actuels que l’on
peut imputer à des contraintes phylogénétiques. En
effet, contrairement à une opinion trop répandue
chez les écologistes, la systématique des oiseaux est
loin d’être satisfaisante. S’il existe un concensus sur
les séparations spécifiques et les appartenances
familiales et ordinales (déjà à ces niveaux, de
sérieuses remises en cause s'amorcent), en revanche
l’unanimité est loin d’être faite sur les relations
phylétiques entre les diverses catégories taxino¬
miques. De plus, l’étude des fossiles — il en existe
beaucoup plus que l’on ne croit — ne fait que
commencer. Dans ces conditions, il est donc diffi¬
cile de reconstituer des schémas évolutifs du bec.
Dans certaines familles très importantes et relative¬
ment bien définies au plan systématique, on peut
avancer quelques hypothèses de radiations adapta¬
tives (cf. Fitzpatrik 1985 sur les Tyrannidés) mais
cela reste toujours fort spéculatif.
La variabilité du bec est en rapport avec l’utilisa¬
tion qui en est faite, notamment pour la recherche
alimentaire (voir par ex. Engels 1940 sur les
Mimidés), ainsi qu’avec la nature de la nourriture
consommée (cf. Lederer 1984). Dans la définition
des contraintes auxquelles est soumis le bec, il faut
donc faire intervenir les modalités de saisie et de
préparation (décorticage, dépeçage...) des proies, la
taille et la résistance de ces dernières ainsi que leur
mobilité. La force et la vitesse de fermeture du bec
croissent avec la longueur de celui-ci (Beecher 1962,
Bock 1964, Lederer 1975). La largeur du bec serait
liée à la mobilité des proies (les becs larges permet¬
tant de saisir des proies rapides), donc à l’habileté
nécessaire pour capturer les proies (Lederer 1984).
On comprend ainsi qu’un bec allongé, mais pas
particulièrement large, convienne aux insectivores
qui capturent des proies posées, eux-mêmes étant
perchés : le succès de leur chasse dépend essentielle¬
ment du comportement de la proie et, surtout, de la
vitesse et de la force avec lesquelles elle est saisie.
En revanche, un bec d’autant plus large et long que
le risque d’une imprécision spatio-temporelle de la
trajectoire du chasseur est grand, correspondra
mieux aux besoins des oiseaux qui capturent sur
l’aile leurs proies en vol ou qui, au terme d’un vol
ascendant, « cueillent » une proie posée (cf. Fitzpa¬
trik 1985).
L’épaisseur du bec pourrait être liée à la force de
compression, il semble en aller ainsi chez les
granivores (Willson 1972).
Si nous considérons les profils des becs de la fig.
20 et leurs mensurations (tableaux VII à XV), il
apparaît que tous les chasseurs qui happent leurs
proies à l’issue de vols en oblique vers le haut ou
vers le bas, soit qu’ils effectuent de brusques
déplacements depuis un poste d'affût, soit qu’ils
rattrapent, dans une pirouette, des insectes, délogés
dans les feuillages par eux ou par d’autres oiseaux,
ont des becs relativement allongés et surtout élargis
sur plus de la moitié de leur longueur ; l'épaisseur
est plus réduite chez ceux qui poursuivent systéma¬
tiquement des proies effarouchées. Ces oiseaux sont
tous des Platysteirinés et des Monarchinés, donc
apparentés : la forme du bec pourrait ainsi ne
refléter que la phylogénie. Il est de ce fait intéres¬
sant de remarquer qu 'Erythrocercus possède un bec
qui évoque davantage celui des Muscicapa , chas-
Source : MNHN, Paris
236
CHRISTIAN ERARD
seurs aériens, et que Hyliota, autre prospecteur des
feuillages, mais qui capture surtout des proies
posées, a un bec qui rappelle beaucoup celui des
Myioparus et de Fraseria ocreata qui chassent
comme lui. En revanche, les chasseurs aériens (les
Muscicapinés, sauf les sus-nommés) ont des becs
relativement larges et plats mais de longueur variable
selon les espèces, la longueur du bec paraissant
alors, comme le suggère aussi Fitzpatrik (1985)
pour les Tyrannidés, en rapport avec la taille des
proies consommées.
Cette remarque nous amène au fait que de
nombreux auteurs ont ainsi systématiquement lié
les différences de taille de bec (généralement exprimée
par la longueur du culmen) à des différences de
taille des proies capturées (Lack 1947, Brown et
Wilson 1956, Klopferet MacArthur 1961, Schoener
1965, 1968, Grant 1967, 1968, Hespenheide 1973,
Abbott 1977, Herrera 1978, Smith et Zach 1979).
La relation n’a toutefois pas toujours été bien
démontrée. Par exemple, chez les granivores, Morris
(1955) avait trouvé une relation entre la taille du
bec et celle des graines consommées, toutefois
Willson (1971) n’a rien décelé de semblable. Sur
Erithacus rubecula, Herrera (1978) établit une cor¬
rélation entre la longueur du bec et les longueurs
maximales et minimales des proies (mais pas avec la
moyenne) ainsi qu’avec l’écart-type de la variation
de leurs longueurs. Il insiste aussi sur le fait que les
oiseaux à long bec tendent à consommer des proies
distribuées sur un éventail de taille plus large que
chez les individus à bec court. Il rejoint en cela
Wilson (1975) qui conclut que les animaux les plus
gros consomment des proies inaccessibles aux petits,
l'inverse étant bien moins vrai. Hespenheide (1971,
1973, 1975) établit, sur les insectivores, une relation
entre la taille des proies et celle des consommateurs,
meilleure qu’avec celle de leur bec. En comparant
des espèces qui consomment les mêmes taxons mais
selon des modes de chasse différents, il constate
divers accroissements, selon les modes de chasse, de
la taille des proies en fonction de celle du consom¬
mateur. Pour des espèces chassant de la même
manière mais capturant des taxons différents, l’aug¬
mentation de la taille des proies avec celle du corps
de l’oiseau, varie selon le type des proies.
Nous possédons des données quantitatives sur la
taille des proies consommées par 14 espèces de
gobe-mouches, dont 10 habitent la grande forêt
(voir le chapitre sur le régime alimentaire, figs. 75 à
81). La longueur moyenne de ces proies varie
corrélativement avec la longueur moyenne du bec
des consommateurs (coefficient de corrélation de
rang de Kendall - = 0,42 ; a = 0,018) mais aussi
avec la taille corporelle de ceux-ci, matérialisée par
la longueur de la rémige primaire la plus interne
(RP 10 ) (- = 0,37 ; a = 0,033). Il existe toutefois une
corrélation positive entre la longueur du bec et la
taille de l’oiseau (x = 0,61 ; a = 0,001), il faut donc
éliminer l’effet de taille corporelle pour établir une
relation entre la longueur du bec et celle des proies
consommées : le coefficient de corrélation partielle
de rang de Kendall (x xyz , cf. Siegel 1956) ne prend
alors qu'une valeur de 0,26. Si nous ne prenons en
compte que les espèces qui vivent dans la grande
forêt, nous observons, encore plus amplifiée, la
corrélation entre la longueur moyenne des proies et
la taille corporelle (t = 0,51 ; a = 0,023) et aussi la
longueur du bec du consommateur (x = 0,56 ;
a = 0,014), dans ce dernier cas, le coefficient de
corrélation partielle de rang de Kendall tombe à
0,33 lorsqu’on élimine l’effet de taille.
Des résultats encore plus accusés apparaissent si,
au lieu de la moyenne, nous considérons la variance
de la longueur des proies ; nous obtenons ainsi
pour les 10 espèces de forêt primaire : x = 0,43
(a = 0,05) avec la taille corporelle, x = 0,66
(a = 0,004), qui devient x xyz = 0,56, avec la
longueur du bec ; pour les 14 espèces prises globale¬
ment nous arrivons à x = 0,39 (a = 0,027) avec la
taille corporelle, x = 0,52 (a = 0,047), mais x xy z =
0,38, avec la longueur du bec. On serait donc tenté
de conclure que la longueur du bec des oiseaux
constituerait un indicateur de la variabilité de la
taille plutôt que de la longueur moyenne des proies
capturées. Toutefois, il faut se rappeler que variance
et moyenne sont liées par la loi de Taylor et, de fait,
nous observons une forte corrélation entre elles : r s
de Spearman = 0,87 (p < 0,001) pour l’ensemble
des 14 espèces analysées ou r s = 0,85 (p < 0,001)
pour les 10 espèces de la forêt primaire. Signalons
cependant qu’on ne peut déceler aucune corrélation
significative entre la longueur moyenne des proies
et leur coefficient de variation (rapport de l’écart-
type à la moyenne) : r s = — 0,20 (p > 0,10) ;
l’importance de la variabilité de la taille des proies
n’augmente ni ne diminue avec l’accroissement de
leur longueur moyenne.
En raison de la forte variabilité de la taille des
proies pour un type de bec donné, si nous consi¬
dérons les barycentres des distributions de taille
plutôt que la longueur moyenne des proies, nous
obtenons pour l’ensemble des espèces une corréla¬
tion avec la longueur du bec : x = 0,39 (a = 0,026)
et ~%y.z ~ 032 en éliminant l’effet de taille du
prédateur ; valeurs qui, pour les espèces de la forêt
primaire, deviennent x = 0,61 (a = 0,008) et
~xy.z = 0,70 ou, si nous ne prenons en compte que
les 10 chasseurs aériens : x xyz = 0,29 mais x xyz =
0,62 pour les 6 espèces de la forêt primaire.
En conclusion, il n’est donc pas douteux que la
longueur du bec des gobe-mouches gabonais, sur¬
tout si l’on ne condidère que les oiseaux de la
grande forêt, renseigne sur la taille moyenne des
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
2.37
proies qu’ils capturent. Toutefois, étant donné que
la distribution des tailles de ces proies est du type
log-normal et que les distributions des tailles rela¬
tives à des moyennes différentes se recouvrent
souvent beaucoup, on peut, avec Henry (1979b),
exprimer de sérieux doutes sur l'hypothèse trop
couramment admise, selon laquelle l’isolement éco¬
logique d’espèces coexistantes trouverait une expres¬
sion adéquate dans de simples mesures de diffé¬
rences anatomiques. En particulier, on peut s’inter¬
roger sur la légitimité de l’hypothèse selon laquelle
les différences de longueur de bec impliqueraient un
isolement trophique des espèces concernées. En
effet, il suffit, à titre d’exemple, de remarquer que la
comparaison d ’Erythrocercus mccalli (qui a un bec
de 10,6 mm) avec Diaphorophyia castanea (14,8 mm),
Trochocercus nigromitratus (14,8 mm), Muscicapa
cassini (16,6 mm), Terpsiphone viridis (18,6 mm), T.
batesi (19,3 mm) et Bios musicus (22,5 mm) conduit
à de forts indices de recouvrement de niche (Pianka
1973) pour la dimension «longueur des proies» :
respectivement 0,90 — 0,50 — 0,95 — 0,93 — 0,95
et 0,84. Il importerait en fait de confronter les
longueurs de bec à un indice qui tienne compte non
seulement de la taille mais aussi de la nature
taxinomique et morphologique des proies. De plus,
vraisemblablement faudrait-il, pour caractériser le
bec, définir un indice qui intégrerait toutes les
particularités de forme et de taille ; ceci nécessiterait
une connaissance biomécanique des types de bec
beaucoup plus large que l’actuelle. Doit-on pour
autant rejeter les tentatives d’analyse écomorpholo-
gique de la structuration des peuplements ? Certai¬
nement pas, du moins celles qui prennent en
compte une série de caractères morphologiques
interprétables en termes d’anatomie fonctionnelle.
Néanmoins, il convient de rester prudent et
surtout de ne pas inférer un quelconque degré de
ségrégation écologique uniquement à partir de
données morphologiques ne portant, par exemple,
que sur un seul appendice. L’écomorphologie ne
renseigne que sur des patterns écologiques, c’est-à-
dire qu’elle documente en quoi les espèces étudiées
différent par certains attributs potentiellement impor¬
tants au plan écologique.
3) Caractérisation écomorphologique globale
Pour définir comment, de manière globale, les
diverses espèces de gobe-mouches pourraient être
regroupées en fonction de leurs potentialités de
déplacement et de prise de la nourriture, nous
avons effectué une analyse en composantes princi¬
pales. À partir des données des tableaux VII à IX et
XII à XV, nous avons caractérisé morphologique¬
ment chaque espèce par sa taille (RP, 0 ), par l’allon¬
gement relatif de son aile, par les longueurs relati¬
ves de son tarse, de sa queue et de son bec, ainsi
que par le profil tranversal de son bec (h/l). Les
comportements n’ont donc pas été introduits dans
la matrice des données analysées (30 espèces,
6 variables) mais ont été utilisés pour l’interpréta¬
tion des groupements possibles des espèces dans les
divers plans factoriels. Le plan CPI x CP2 explique
62,9 % de la variance totale. La première compo¬
sante principale (CPI) traduit les potentialités loco¬
motrices des espèces, en reflétant, notamment,
l’opposition qui existe entre l’allongement de l’aile
et la longueur du tarse. Ainsi, les espèces à ailes
arrondies et tarses relativement longs (par ex.
Diaphorophyia, Bâtis) se trouvent placées dans les
valeurs négatives extrêmes tandis que celles à ailes
pointues et tarses courts (par ex. Artomyias et
Stizorhina ) se situent aux valeurs positives élevées.
La seconde composante principale (CP2) classe les
espèces en fonction des caractéristiques de leur bec.
Les oiseaux à bec long et épais (par ex. Fraseria
ocreata, Megabyas, Bias) figurent dans les valeurs
positives tandis que, dans les négatives, se rencon¬
trent les gobe-mouches à bec court et aplati (par ex.
Muscicapa sethsmithi, M. epulata, Elminia). Par
ailleurs, ces premières composantes principales tra¬
duisent toutes deux quelque influence de la taille,
de sorte qu’un certain gradient d’augmentation de
celle-ci s’observe, en oblique dans le plan CPI x CP2,
des valeurs négatives extrêmes aux positives les plus
fortes.
Le plan CPI x CP2 permet de séparer les espèces
en 6 groupes (fig. 93) : 1 ) les fouilleurs des feuillages
qui capturent leurs proies à l’issue d’un vol en
oblique vers le haut (« upward-strikers » de Fitzpa-
trik) ; 2) les prospecteurs de feuillages qui circulent
dans les rameaux et piquent du bec des proies
posées ; 3) les prospecteurs de feuillages qui effec¬
tuent souvent des pirouettes en poursuivant des
proies délogées ; 4) les chasseurs aériens véritables
qui capturent en vol des proies mobiles ; 5) les
chasseurs aériens qui viennent souvent prendre des
proies dans les feuillages ; 6) les oiseaux qui chassent
beaucoup en vol plongeant. Nous pensons qu'Elmi¬
nia longicauda appartient davantage au groupe (3)
mais qu’il ocupe une position en bordure de
l’ensemble (4) parce que beaucoup de ses actions de
capture de proies sont de véritables attaques de
chasseur aérien et, de fait, quand il se trouve dans
un secteur riche en petits insectes volants, il chasse
volontiers comme un gobe-mouche classique. De
même, Trochocercus nitens prend souvent, dans les
Source : MNHN, Paris
238
CHRISTIAN ERARD
-3 -2 0 I 2 3
Fig. 93. — Analyse en composâmes principales des caractéristiques morphologiques des gobe-mouches gabonais : projection des points-espèces sur
le plan des deux premières composantes principales. Pour les abréviations des noms d'espèces, cf. fig. 6 à 8. Pour la signification des 6 groupes délimités,
cf. texte. En pointillé : prospecteurs des feuillages ; en trait continu : chasseurs aériens.
rideaux de lianes, des proies à la manière des
prospecteurs de feuillages du groupe (2), ce qui
justifie la position intermédiaire qu’il occupe dans
le plan CPI x CP2. 11 ne faut toutefois pas oublier
que les données morphométriques que nous avons
utilisées ne peuvent que traduire de manière gros¬
sière les potentialités locomotrices et prédatrices des
oiseaux étudiés. Aussi est-il particulièrement inté¬
ressant de voir que des mesures élémentaires de
spécimens renseignent de manière somme toute
assez précise sur des traits écologiques et comporte¬
mentaux.
Par ailleurs, on remarquera que, globalement, les
prévisions que nous avions faites à la suite de
l’analyse morphologique des diverses espèces de
gobe-mouches (cf. p. 80) se trouvent assez bien
confirmées. Nous insisterons ici sur le fait qu’en les
rédigeant, nous avions pris soin de ne nous en tenir
qu'à ce que nous suggérait l'analyse des données
morphologiques, en faisant abstraction de notre
connaissance de l’écologie et du comportement de
ces espèces, ceci afin d’établir des prévisions aussi
objectives que possible.
Nous pouvons aussi établir une relation entre
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
239
l’indice de similitude morphologique que nous
avons calculé (tableau XVI) et un indice de recou¬
vrement de niche qui intègre (par multiplication, en
suivant May 1975) la différence d’habitat, la locali¬
sation verticale et la dimension des proies. Il est
intéressant de remarquer (fig. 94) qu’une ségréga¬
tion écologique ne s’applique qu'aux espèces mor¬
phologiquement très semblables (indices > 0,70)
ou très différentes (indices < 0,20). Cette constata¬
tion est relativement logique en ce qui concerne les
espèces très différentes : on peut en effet penser que
leurs morphologies ne leur permettent pas d’utiliser
le milieu de la même façon. En revanche, pour les
espèces très similaires, la constatation d’une ségré¬
gation écologique vient à l’appui de la théorie de la
compétition interspécifique.
En conclusion, nos données témoignent à l’évi¬
dence de ce que l’analyse morphologique de spéci¬
Organisation
Dans les divers chapitres de ce mémoire, nous
nous sommes efforcé de mettre en évidence les
différences écologiques qui nous semblaient suscep¬
tibles de minimiser d’éventuelles interactions entre
les espèces. Nous avons ainsi montré que les divers
gobe-mouches n’occupent pas tous les mêmes habi¬
tats et que ceux qui le font, diffèrent par leur
localisation dans l’architecture forestière, par les
niveaux fréquentés et les substrats utilisés. Autre¬
ment dit, pour la plupart des comparaisons entre
espèces prises deux à deux, nous avons constaté un
isolement spatial. Cette ségrégation d’espèces appa¬
rentées ou congénériques, par l’habitat, par exemple
opposition entre les oiseaux de la forêt naturelle et
ceux des formations secondaires, ou même dans ces
dernières, contraste entre les espèces anthropo-
philes, celles des cultures vivrières, celles des pre¬
miers stades de la reconstitution forestière postcul¬
turale..., a été couramment observée dans diverses
analyses des peuplements aviens ou de groupes
d’espèces (Selander et Giller 1961, Hespenheide
1971b, Lack 1971, Morse 1973, Cody 1974, Ohlen-
dorf 1974, Schoener 1974, Nilsson et Alerstam
1976, Croxall 1977, Alatalo 1980, Sorjonen 1980,
Leisler 1981). Il a souvent été souligné que les
espèces qui coexistent dans un habitat donné,
n’occupent pas les mêmes niveaux ou parties de la
végétation qu’elles exploitent : elles diffèrent notam¬
ment par les hauteurs de chasse et les sites de
recherche alimentaire (cf. outre les références ci-
dessus, MacArthur 1958, Cody 1968, Orians 1969,
Karr 1971, 1976, Karr et Roth 1971, Pearson 1971,
mens peut rendre compte des modalités de chasse
de l’espèce concernée. Toutefois, il est bien évident
que les prévisions que l’on peut faire demeurent
grossières et qu’en aucun cas, on ne peut, comme le
soulignent également Hutto (1981) et Robinson et
Holmes (1982), caractériser complètement les moda¬
lités d’exploitation de la nourriture et des diverses
autres ressources du milieu, ainsi que les interrela¬
tions entre les espèces, par de simples analyses
morphologiques. Compte tenu de la grande variabi¬
lité des comportements de recherche alimentaire
pour des morphologies relativement voisines, on
peut aussi penser, avec Robinson et Holmes (1982),
que la morphologie ne prédétermine pas forcément
le comportement et le régime alimentaire d’une
manière aussi stricte que le croient beaucoup d’éco¬
logistes.
DU PEUPLEMENT
1975, 1977, Williamson 1971, Lovejoy 1974, Rai-
kow 1974, Verbeek 1975, James 1976, Crome 1978,
Cruz 1980, Morse 1980, Beehler 1981, Bell 1982,
Frith 1984, Sherry 1984). L’analyse des modes de
ségrégation spatiale implique l’idée de compétition
entre les espèces pour une ressource limitante, ce
qui fait que, pour achever l’isolement écologique,
quand la séparation par le biotope n’est pas
complète, on fait souvent intervenir la nourriture :
composition des régimes selon les catégories taxino¬
miques, les types morphologiques, les tailles des
aliments recherchés (Hespenheide 1971a, Marti 1974,
Allaire et Fisher 1975, Beaver et Baldwin 1975,
Sherry 1984). Nous même avons conclu que les
gobe-mouches qui ne se séparaient pas au plan
écologique par une dimension d’habitat, différaient
profondément dans leur alimentation.
Nous avons donc, comme d’autres auteurs, mis
en évidence le fait que chaque espèce de gobe-
mouches occupe le milieu et en utilise les ressources
selon des modalités qui, lorqu’en prenant variable
par variable, on les confronte avec celles des autres
espèce, peuvent être singulières, ou au contraire
plus ou moins partagées mais qui, globalement,
permettent de caractériser le rôle que joue une
espèce donnée dans le peuplement, en occupant une
place qui la rend indépendante des autres espèces.
Cette constatation qui correspond tout à fait à la
notion de niche écologique multidimensionnelle
d’Hutchinson. nous amène directement au rôle de
la compétition dans la structuration des peuple¬
ments.
Source : MNHN, Paris
240
CHRISTIAN ERARD
1) La compétition et ses implications
Ainsi que le remarquent Alatalo (1981) et surtout
Schoener (1983) et Maurer (1984), diverses formes
de compétiton doivent être considérées. Nous ne les
détaillerons pas ici. Elles peuvent être regroupées en
deux catégories : la compétition pour l’exploitation
(une espèce donnée exploite une ressource et en
laisse moins pour les autres espèces qui la convoi¬
tent également) et la compétiton par interférence
(par préemption, territorialité ou simple agressivité,
une espèce empêche, par ses activités, les autres
d’utiliser une ressource donnée). Maurer (1984)
montre que ces deux types de compétition sont non
seulement fonction de l’abondance et de la disper¬
sion des ressources mais aussi du degré de prévisibi¬
lité de celles-ci. La première forme de compétition
(une espèce consomme la proie ou occupe la zone
de feuillages ou le site de nid que d’autres convoi¬
taient) demeure impossible à démontrer autrement
que par l’expérimentation. La seconde, bien que
subtile à détecter, donne en revanche lieu à des
observations. Nous avons, dans les pages qui
précèdent, présenté à plusieurs reprises des exem¬
ples d’interactions entre des espèces de gobe-mou¬
ches différentes, lors de la recherche alimentaire ;
nous avons ainsi constaté l’exclusion spatiale syst¬
ématique de Muscicapa cassini par Fraseria cineras-
cens et, en outre, des manifestations de territorialité
interspécifique ont été notées chez les Diaphorophyia,
les Terpsiphone et les Bâtis (Erard à paraître).
Comme le souligne Wiens (1983), dans une
brillante et justifiée analyse critique qu'il qualifie
lui-même d’iconoclaste, la compétition n’est pas à
remettre en cause mais son rôle déterminant, voire
majeur, dans la structuration des peuplements
apparaît fort discutable. En particulier, on peut
contester avec Wiens (1977), Strong et al. (1979),
Grant et Abbott (1980), Rotenberry (1980), que la
compétition interspécifique soit le principal facteur
contrôlant l’utilisation des ressources, comme le
soutiennent de nombreux auteurs (cf. par ex. Elton
1946, Lack 1971, Cody et Diamond 1975). Cepen¬
dant, dans une récente revue des expériences de
terrain relatives à la compétition interspécifique,
Schoener (1983) retient plus de 150 études dont
90 % montrent l’importance de la compétition
interspécifique dans les systèmes écologiques. Remar¬
quons néanmoins que de vives discussions persis¬
tent quant à la façon dont sont menés les tests qui
visent à vérifier le bien-fondé de la théorie de la
compétition (cf. Connell 1975, 1978, Wiens 1977,
1983, Huston 1979, Strong et al. 1979, Hendrickson
1981, Lawton et Strong 1981, Strong et SimberlofT
1981).
À la base des discussions sur la compétition
interspécifique figure le principe d’exclusion de
Gause (1934, cf. Hardin 1960), qui fixerait le
nombre maximum d’espèces qu’un milieu pourrait
abriter, et la théorie de la niche (Hutchinson 1958)
selon laquelle il existerait une limite à la ressem¬
blance entre espèces qui cohabitent, hypothèse
implicite et centrale dans la conception actuelle de
la structuration des peuplements et du partage des
ressources (Hutchinson 1959, MacArthur 1972,
Pianka 1972, 1975, Cody 1974, Schoener 1974,
Brown 1975, Diamond 1975, M’Closkey 1976). Les
espèces seraient plus semblables en allopatrie qu’en
sympatrie, d’où la théorie du déplacement de
caractères qui voudrait que des différences morpho¬
logiques permettent aux espèces sympatriques d’uti¬
liser l’environnement de manière différente, au
point d'éviter l’exclusion compétitive (Brown et
Wilson 1956). Nous ne nous étendrons pas sur ce
sujet qui sort de notre cadre d’étude, encore que
l’on pourrait s’interroger sur le fait que la sous-
espèce hormophora de Diaphorophyia castanea du
bloc guinéen où D. tonsa n’existe pas, ressemble
bien plus à ce dernier (collier blanc, petite taille)
qu’à la race nominale (sympatrique de tonsa)
caractérisée par une taille supérieure et la dispari¬
tion du collier. Nous signalerons simplement que
l’unanimité est loin d’être faite sur la validité de
cette hypothèse évolutive qui apparaît même de
plus en plus contestée (cf. Grant 1972, 1975, Strong
et al. 1979). Découlant de cette notion de limite de
ressemblance entre espèces, celle d’un rapport cons¬
tant de similitude entre espèces potentiellement
compétitives est apparue d’abord comme une simple
hypothèse de travail mais s’est très rapidement
installée comme une règle générale, le rapport de
1,3 étant pratiquement tenu pour une constante
biologique (Hutchinson 1959, Schoener 1965, Emlen
1966, Diamond 1973, Pulliam 1975, Wilson 1975,
Maiorana 1978, Terborgh et al. 1978, Oksanen et
al. 1979).
En réalité, les rapports de taille entre espèces
congénériques ou potentiellement compétitives don¬
nés comme constants, semblent très variables et
aléatoires (Horn et May 1977, Strong et al. 1979,
Roth 1981, Wiens et Rotenberry 1981). Les renseigne¬
ments biométriques recueillis sur les gobe-mouches
gabonais nous conduisent à la même conclusion.
De plus, en comparant les espèces deux à deux,
nous n’avons trouvé aucune relation entre l’impor¬
tance des chevauchements de niches (sur la dimen¬
sion des proies consommées, ou en intégrant celle-ci
et les recouvrements d’habitat) et les rapports des
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
241
longueurs de bec ou de poids. Ceci montre à
l’évidence qu’il ne faut absolument pas prétendre
redéfinir un isolement écologique par un simple
rapport de taille, comme le font d’autres auteurs
(i.e. Brown et Wilson 1956, Hutchinson 1959,
Schoener 1965, 1967, 1970, 1974, Grant 1968,
1972...).
Des hypothèses sur les changements d’écologie et
de comportement ont été construites sur le même
schéma que celles relatives à la variation morpholo¬
gique. Ainsi, des différences de microhabitat lors de
la recherche alimentaire, et de composition du
régime, ont été interprétées comme les indices d’une
réduction de la compétition interspécifique (MacAr-
thur 1958, Hamilton 1962, Crowell 1968, Johnston
1971, Hespenheide 1971, Cruz 1980...). Schoener
(1965) pense que si la diversité des compétiteurs
potentiels est faible, les espèces peuvent écologique¬
ment se séparer par la taille des proies consommées
mais si, en revanche, cette diversité est forte, elles
éviteront mieux la compétition en s’isolant par
l’habitat et le comportement. En dépit du fait qu’il
soit difficile d’établir une limite précise entre faible
et forte diversité, nous pensons être dans le second
cas de l’hypothèse de Schoener. En effet, la variété
des insectivores forestiers aériens et prospecteurs
des feuillages est particulièrement forte dans le
Nord-Est du Gabon (Erard 1986, Brosset et Erard
1986 et à paraître). Nos résultats sur les gobe-
mouches s’accordent donc bien aux prévisions de
Schoener.
D’une manière générale, la théorie prévoit que les
espèces morphologiquement et/ou écologiquement
semblables ne cohabiteront que si elles diffèrent
suffisamment sur certaines dimensions de leur niche.
Ainsi, deux espèces rigoureusement identiques ne
devraient pas occuper le même habitat ou alors ne
devraient pas du tout manger la même chose. Si
deux espèces relativement semblables coexistent,
elles devraient montrer d’importantes différences
dans l’utilisation de l’espace et/ou dans les aliments
recherchés. Nous préciserons déjà ici n’avoir trouvé
aucune relation entre les indices de recouvrement
des tailles des proies et ceux des hauteurs de chasse
en comparant des espèces qui coexistent. La théorie
prévoit dans ce cas un « niche-shift » se traduisant
par une corrélation négative ou du moins une nette
tendance pour qu’à de forts indices de recouvre¬
ment sur une dimension en correspondent d’autres,
plus faibles, sur une autre dimension.
Avant de discuter nos résultats, il est utile de
préciser quelques caractéristiques des ressources du
milieu, en particulier les arthropodes. Ceux-ci ont
des comportements variés (Jones 1977), ce qui peut
favoriser un large éventail de spécialisations de la
part de leurs prédateurs. Dans le sous-bois, on
trouverait beaucoup d’espèces et peu d’individus
(extrême diversité et faible densité) d’arthropodes
cryptiques, dissimulés et immobiles (Elton 1973).
On observerait aussi plus d’arthropodes sous es
feuilles que sur celles-ci (Greenberg et Gradwohl
1980) . L’accroissement des pluies provoquerait une
plus intense production de feuilles, d’où une plus
grande abondance d’insectes (Janzen et Schoener
1968, Fogden 1972, Janzen 1973, Willis 1976,
Wolda 1977, 1978, 1979, 1980). En revanche, une
saison sèche et ensoleillée entraînerait une réduc¬
tion des populations d'insectes (Janzen et Schoener
1968, Janzen 1973). Dans l’ensemble les variations
saisonnières seraient plus la règle que l’exception
chez les animaux tropicaux, même dans les régions
où les variations climatiques saisonnières sont mini¬
males (Wolda 1983). Des variations saisonnières
ont été ainsi observées dans de nombreux ordres
d’insectes (Wolda et Fisk 1981, Wolda et Galindo
1981) . Toutefois, en Nouvelle Guinée, dans des
régions climatiquement peu variables au gré des
saisons, Hebert (1980) n’a pas trouvé de change¬
ments saisonniers dans les peuplements d’insectes.
Par ailleurs, il a été observé que les densités
d’insectes dans, et au-dessus, de la voûte, seraient
saisonnièrement plus variables que plus bas, les
abondances étant plus stables dans le sous-bois
forestier que dans les autres habitats (Fogden 1972,
Smythe 1974 in Sherry 1984). Des variations inter¬
annuelles aussi marquées que dans les régions
tempérées ont également été mises en évidence chez
les insectes tropicaux (Wolda 1978).
Dans les forêts tropicales humides, il existe une
stratification verticale des populations d’insectes
(Cachan 1963, Bourlière 1983). Ainsi, il semblerait
y avoir beaucoup plus d’insectes dans la voûte que
plus bas (Sutton et Hudson 1980, Sutton et al.
1983). Cependant, l’image générale — du moins
pour les insectes volants — serait une distribution
sans zonation verticale bien nette, avec toutefois
une concentration dans la partie supérieure de la
voûte ; les insectes se disperseraient volontiers entre
les couronnes des arbres tout en montrant, en
même temps, des densités variables d’une couronne
à l’autre (Sutton 1983). Cette variation dans le plan
vertical des populations d'insectes paraît liée aux
gradients microclimatiques forestiers (Cachan et
Duval 1963) et, selon Sutton (1983), qui amplifie les
idées de Richards (1983), peut-être faudrait-il recher¬
cher une relation entre les modalités de la réparti¬
tion des insectes et l’architecture forestière, notam¬
ment en fonction de la localisation de la zone
d’inversion morphologique des arbres du présent
(Oldeman 1974) qui définirait l’interface entre les
zones euphotique de la voûte et oligophotique du
sous-bois. Des variations saisonnières ont été obser¬
vées dans la stratification des insectes forestiers
(Cachan 1963).
Source : MNHN, Paris
242
CHRISTIAN ERARD
Les changements, selon les saisons, de la hauteur
de chasse que nous avons observés chez les gobe-
mouches, pourraient ainsi correspondre à des modifi¬
cations de la distribution verticale des insectes. Nos
observations rejoignent celles de Frith (1984) qui,
en forêt sempervirente australienne, remarque que
les insectivores descendent en période des pluies et
note que les fluctuations saisonnières de l’intensité
lumineuse ne constituent pas d’importants facteurs
explicatifs ( contra Crome (1978) et Bell (1982) qui,
eux aussi en Australie, mais dans les forêts semi-
décidues, constatent que les insectivores montent
durant les pluies mais descendent en saison sèche).
Il apparaît donc réaliste d’admettre qu’un isole¬
ment spatial bien marqué dans la structure verticale
forestière, contribue fort à différencier, notamment
par leur composition taxinomique, les régimes
alimentaires des espèces sympatriques. Il est pro¬
bable aussi, bien que cela reste à démontrer, qu’il
en aille de même pour les localisations horizontales
différentes dans l’architecture végétale. Néanmoins,
il est certain que beaucoup de choses demeurent à
étudier avant que l’on puisse réellement apprécier la
disponibilité des ressources alimentaires et surtout
leur accessibilité aux oiseaux qui ne peuvent les
exploiter qu’en fonction de leurs potentialités ana¬
tomiques et physiologiques. Il conviendrait en
particulier d’effectuer des échantillons d’arthro¬
podes dans tous les microhabitats possibles en
analysant les abondances spécifiques et la variabi¬
lité de taille des individus.
Compte tenu de ce que des relations avec d’au¬
tres espèces non aviennes peuvent influencer la
structuration des peuplements (Pearson 1977, Smith
et Balda 1977, Wright 1979), il importerait aussi
d’examiner les interactions entre les oiseaux et les
autres insectivores diurnes ainsi qu’entre les pre¬
miers et les chauves-souris ; ceci pour déterminer
dans quelle mesure ils peuvent entrer en compéti¬
tion, en utilisant les mêmes ressources ou, par
interférence, en modifiant les patterns de distribu¬
tion de ces ressources entre le jour et la nuit,
entraînant une imprévisibilité dans la localisation
de ces ressources d’un jour à l’autre. En revanche
un facteur de prévisibilité intervient sous la forme
des raids quotidiens des fourmis-légionnaires qui
« ouvrent » des sources d’alimentation sur des
surfaces d'une douzaine d’hectares (en gros 200 m
de rayon autour de la fourmilière) dans le sous-
bois. Cette prévisibilité n’est toutefois que tempo¬
raire, le temps durant lequel les fourmis restent
dans le secteur, car elles émigrent sur de grandes
distances, seulement suivies par le cortège des
spécialistes qui centrent leurs activités sur elles. Ces
remarques quant à une certaine incertitude de la
localisation spatiale des insectes, contrastant avec
une relative prévisibilité climatique, laissent à pen¬
ser que les périodes de disponibilité des ressources
seraient en gros prévisibles, sauf accident clima¬
tique — ce qui arrive : par exemple saison sèche
pluvieuse ou l’inverse — mais leur quantité et leur
répartition présenteraient une certaine instabilité
spatio-temporelle. Ainsi, dans leur distribution, les
gobe-mouches insectivores réaliseraient un compro¬
mis en se montrant territoriaux mais en occupant
de vastes cantons.
Quelques remarques nous permettent de donner
du poids à ces hypothèses. D’une part, la fréquence
de participation aux rondes d’insectivores est la
plus faible durant le début de la première saison des
pluies, la petite saison sèche et surtout le début de
la saison des pluies suivante, c’est-à-dire lors des
périodes qui correspondent à la reproduction de la
plupart des gobe-mouches (Erard à paraître), à une
intense production végétale (Hladik 1978), ainsi
qu’à des périodes d’abondance des insectes (Charles-
Dominique 1971). Par ailleurs, en octobre 1973,
lors d’essaimages de fourmis et de termites particu¬
lièrement importants, qui touchaient chacun plu¬
sieurs hectares de forêt et qui, pendant quelques
jours furent synchronisés sur pratiquement toute la
surface des quadrats de M’Passa, avec une véritable
pluie d’ailes d’insectes scintillant dans la végétation,
nous observâmes une absence quasi totale des
rondes d’insectivores. Ces données nous semblent
aller tout à fait dans le sens de l’hypothèse qui voit,
dans les associations plurispécifiques d’insectivores,
l’expression d’un comportement fondamental ali¬
mentaire plutôt qu’anti-prédateur. Il se pourrait
donc que la nourriture, du moins pour les insecti¬
vores (en fait les frugivores souffrent des périodes
de pénurie) ne soit pas surabondante mais, au
moins à certaines saisons, puisse être limitante. En
l’absence de quantification et de suivi des popula¬
tions d’insectes, nous ne pouvons malheureusement
pas quitter le domaine des spéculations et, en
particulier, tenter de réfuter l’hypothèse d’une
exploitation opportuniste de ressources éphémères
dans un environnement hétérogène et imprévisible
(cf. Wiens 1977, Wiens et Rotenberry 1979).
Dans le chapitre relatif à l’analyse morpholo¬
gique des divers gobe-mouches, nous avons élaboré
un dendrogramme de similitude (fig. 24). La théorie
de la compétition prévoit de fortes divergences
écologiques entre les espèces les plus ressemblantes.
Nous prendrons donc ici en considération les
espèces qui présentent entre elles un indice de
similitude supérieur à 0,75. Nous remarquerons
tout de suite que les paires d’espèces congénériques
à un indice supérieur à 0,85 se séparent par
l’habitat : Terpsiphone batesi et rufiventer ne vivent
pas dans la même région, T. viridis n’habite que les
jeunes formations secondaires, Muscicapa seth-
smithi occupe la vieille forêt tandis que M. epulata
Source : MNHN, Paris
GOBE-MOUCHES DU N.-E. DU GABON
243
ne se rencontre que dans le secondaire. Pour les
autres espèces, on observe un isolement essentielle¬
ment basé sur l'habitat ( Myioparus plumbeus par
rapport à griseigularis et à M. olivascens), sur la
stratification verticale (les Diaphorophyia tonsa,
concreta et castanea ; Bâtis poensis et B. minima,
Pedilorhynchus comitatus et Muscicapa caerules-
cens), sur la localisation dans des microhabitats
bien distincts ( Trochocercus nitens et T. nigromitra-
tus ; Muscicapa olivascens et M. griseigularis), ou
sur une combinaison de ces facteurs ( Bias musicus
et M. flammulatus). Nous pourrions continuer ainsi
avec les autres espèces en considérant les valeurs
inférieures à 0,75 sur le dendogramme. Il est donc
intéressant de constater que toutes les espèces les
plus semblables au plan morphologique (indices
supérieurs à 0,5 par exemple) sont écologiquement
bien séparées.
À l’appui également de la théorie de la compéti¬
tion, nous pouvons citer le fait qu’en dépit de
plusieurs tentatives d’installation (couples observés),
Bâtis minima n’a toujours pas réussi (en 1985 du
moins) à s’implanter à M’Passa où il a constam¬
ment subi l’agressivité de B. poensis. De même, en
1985, M. caerulescens paraissait vouloir s’intaller
(parades observées) autour des laboratoires et en
lisière de forêt, dans la partie dégradée par l’effet
des tornades et délaissée par M. olivascens. Il est en
revanche étonnant que P. comitatus, qui fut pour¬
tant, à plusieurs reprises, observé dans le défriche¬
ment ne se soit jamais implanté durablement.
Platysteira cyanea a fait une apparition sans lende¬
main, en 1985, dans la végétation arborée de type
verger autour des habitations, profitant du dévelop¬
pement d’essences plantées dans des zones habitées
par les Diaphorophyia. Manifestement, quand une
espèce s’installe, elle ne le fait que quand les
conditions d’habitat correspondent à ses exigences
spécifiques et en l’absence de compétiteur. Il est
cependant difficile, en l’absence d’expérimentation,
de dire si elle ne peut s’intaller parce qu’un
compétiteur l’évince ou si elle parvient à s’établir
parce que les conditions de milieu ne sont plus
celles dont a besoin l’espèce que l’écologiste qualifie
de compétiteur potentiel. Dans le premier cas, le
peuplement serait constitué d’espèces réalisant une
niche hutchinsonnienne, donc structuré par la com¬
pétition interspécifique ; dans le second cas, le
peuplement ne serait qu’un assemblage aléatoire
d’espèces caractérisées par des niches grinnelliennes.
2) Éléments d’alternative à la compétition
Dans la remarque précédente, nous avons évoqué
la part du hasard dans la structuration des peuple¬
ments (cf. aussi Simberloff 1971, Anderson 1974).
Ainsi, des anomalies climatiques peuvent avoir une
influence différentielle sur les populations des diverses
espèces, soit directement, soit par l’intermédiaire de
la végétation ou de la nourriture (cf. Landres et
MacMahon 1983, Wiens 1983). Dans le cas de la
forêt gabonaise, avec le recul d’une vingtaine
d’années de recherches biologiques en région de
Makokou (Brosset et Erard 1986 et à paraître), ce
genre d’accident climatique ne prend pas la forme
d'une perturbation susceptible de modifier radicale¬
ment la composition spécifique du peuplement,
mais joue plutôt sur les abondances spécifiques,
notamment en décalant les cycles annuels. L’évolu¬
tion d’une partie des quadrats de M’Passa vers une
« forêt lianescente » ( sensu Caballé viva voce) sous
l'action répétée des tornades, correspond davantage
à un lent et progressif changement d’habitat qu’à
une « catastrophe » : la physionomie devient, de
plus en plus, celle des milieux secondaires âgés et
par conséquent le peuplement avien évolue vers
celui de ces formations. Ceci sans que l’on puisse,
en l'absence d'expérimentation, dissocier la part
due à la compétition interspécifique de celle qui
incombe à la réponse des espèces à la variation des
conditions du milieu, s’installant ou s’en allant en
fonction de leurs traits morphologiques, sensoriels
et comportementaux. L’habitat conditionnerait les
caractéristiques des espèces quant à leur locomo¬
tion, recherche et exploitation des ressources (cf.
Enders 1975, Bertin 1977, Moermond 1979). En
particulier, comme le soulignent, entre autres, Orians
(1969) et Robinson et Holmes (1982), les modalités
d’exploitation des insectes ne seraient peut-être pas
illimitées, ce qui expliquerait les contraintes impo¬
sées par la structure de la végétation et, notam¬
ment, par les modèles d’organisation des feuillages.
Il serait donc instructif d’analyser les caractéris¬
tiques locomotrices et comportementales des diverses
espèces en fonction de l’architecture végétale, en
précisant dans le détail l'influence du nombre, de la
taille, de la forme et de la disposition des feuilles.
D’autres facteurs agissant sur la structuration des
peuplements ont été proposés, comme l’influence
autécologique du climat et de l’environnement
(Grinnell 1917, Bowman 1961), ou — ce qui ne
paraît pas jouer chez les gobe-mouches gabonais —
la sélection sexuelle sur la forme et la taille des
espèces (cf. James 1970, Downhover 1976), et, bien
sûr, le rôle des facteurs historiques qui ont eu lieu,
se sont succédés ou ont été cumulés durant une
longue période (cf. Martin et Wright 1967)..
Les rôles de la prédation (Paine 1966, Connell
1975, Henry 1979b), du parasitisme et des maladies
Source : MNHN, Paris
244
CHRISTIAN ERARD
(Barbehenn 1969, Comell 1974) seraient à analyser,
toutefois force est de reconnaître que l’on ne sait
quasiment rien à leur sujet en dehors des modèles
mathématiques très théoriques. Nous aurons l’occa¬
sion de revenir (Erard, à paraître) sur les problèmes
de prédations à propos de la démographie des
espèces et plus particulièrement des forts taux de
disparition des couvées et des nichées.
Source : MNHN, Paris
REMERCIEMENTS
Ma reconnaissance s'adresse tout d'abord aux organismes qui
m’ont permis de réaliser ce travail : le C.N.R.S., le Muséum
national d’Histoire naturelle et FI.R.E.T. (CENAREST) à
Makokou.
Je suis particulièrement redevable à Basile Allang, Alfred
Ekwaka, Nestor Moaladembo, François Mouboumba et Augustin
Moungazi qui m'ont continuellement aidé sur le terrain.
J'ai aussi bénéficié de l'aide, à des titres divers, du Prof.
François Bourlière, de Guy Caballé, Pierre Charles-Domi¬
nique, Roger Darchen, Jean-Paul Decoux, Gérard Dubost,
Louise Emmons, François Feer, Annie et Jean-Pierre Gautier,
Philippe Gowthorpe, Edgard Gros, Georges Hémery, Jean-
Baptiste Hérissé, Annette et Claude-Marcel Hladik, Jean Leg¬
rand, Christophe Lehoucq, Jean-Marc Lernould, Ivan Lieber-
burg, Sylvie et Georges Michaloud, Marie-Claire et René
Quris, ainsi que de François Vuilleumier.
Je voudrais réserver une mention particulière à MM. le
Professeur Jean Dorst et Robert-Daniel Etchécopar qui m'ont
constamment encouragé et conseillé. André Brossf.t qui m'a
toujours fait amicalement bénéficier de sa grande expérience de
l'écologie forestière, Alain Devez qui en toute amitié a recueilli
pour moi de nombreux renseignements sur la biologie des gobe-
mouches et Claude Chappuis qui m'a généreusement fait profiter
de ses remarquables connaissances sur la bioacoustique des
oiseaux.
Enfin, M“ Odile Lacan et Monique Van Beveren m'ont aidé
à mettre au propre les figures qui illustrent ce travail.
Source : MNHN, Paris
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a bird population study. Bull.
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Date de distribution : 27 Novembre 1987.
Dépôt légal : Novembre 1987.
IMPRIMERIE F. PAILLART. ABBEVILLE
N" d'impression : 6752
Dépôt légal : 4 r trimestre 1987
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
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Gabon. Morphologie et tendances évolutives. 109 pp. (ISBN 2-85653-131-C-8) 220 FF.
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chez quelques Champignons microscopiques. 79 pp. (ISBN 2-85653-116-4) 130 FF.
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Source : MNHN, Paris
Christian Erard, Sous-Directeur au Muséum national d’Histoire naturelle, est spécialisé dans
l’étude des avifaunes afro- et néotropicales. Il s’intéresse plus spécialement aux oiseaux des forêts
équatoriales. De 1968 à 1987, il a passé au total 53 mois sur le terrain, au cours de 17 missions dans
divers pays d’Afrique et de 5 en Guyane française. Le présent volume rend compte d’une partie des
travaux qui ont été effectués au Gabon, où l’auteur a séjourné à 8 reprises, totalisant ainsi 25 mois
d’étude en forêt, dans le cadre des activités d’ECOTROP (C.N.R.S.), sur une famille d’oiseaux
particulièrement mal connus. Ce travail s’inscrit dans une problématique relative aux causes de la
diversité avienne tropicale et à l’organisation socio-écologique des peuplements d’oiseaux forestiers,
qui constitue l’un des thèmes majeurs de recherche de l’auteur.
ÉDITIONS
DU MUSÉUM
38,
RUE GEOFFROY
SAINT-HILAIRE
75005 - PARIS
1987
isbn . 2-85653-142-3
issn . 0078-9747
PRIX : 260 FF TTC (France)
250 FF (Étranger)
Source : MNHN, Paris