MÉMOIRES
DU MUSÉUM
NATIONAL
D’HISTOIRE
NATURELLE
Publié avec le concours du Ministère de la Recherche et de la Technologie (DIST)
Loïc Matile
Recherches
sur la systématique
et l’évolution des Keroplatidae
(Diptera, Mycetophiloidea)
ZOOLOGIE
TOME 148
1990
MEMOIRES DU MUSEUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Directeur de la publication : Philippe Bouchet
Rédacteurs (Editors) : P. Bouchet, A. Dubois, C. Erard
Secrétariat : Bernadette Charles
Conception graphique : Alain Defilippi
Rédaction : 57, rue Cuvier
75005 Paris
Les Mémoires du Muséum national d’Histoire natu¬
relle publient des travaux originaux majeurs (100
pages et plus) dans les domaines suivants : Zoologie
(série A), Botanique (série B), Sciences de la Terre
(série C). Les auteurs sont invités, pour toutes les
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teur de la publication.
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Mémoires du Muséum national d’Histoire naturelle
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Bibliothèque Centrale
3 3001 00132120 6
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Recherches sur la systématique et l'évolution
des Keroplatidae
(Diptera, Mycetophiloidea )
Source : MNHN, Paris
ISBN : 2-85653-173-3
ISSN : 0078-9747
©Editions du Muséum national d’Histoire naturelle, Paris, 1990.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
SÉRIE A
ZOOLOGIE
TOME 148
Loïc Matile
avec la collaboration de Gilbert Hodebert pour les illustrations
Muséum national d’Histoire naturelle
Laboratoire d’Entomologie
45, rue Buffon
75005 Paris
Recherches sur la systématique
et l’évolution des Keroplatidae
(Diptera, Mycetophiloidea)
Publié avec le concours du Ministère de la Recherche et de la Technologie (DIST)
ÉDITIONS
DU MUSÉUM
PARIS
199°
Source : MNHN, Paris
Habitus de quelques Keroplatidae. — 1 : Urylalpa ochracea (Meigcn), -J (Europe) ; 2 : Cliiasmoneura concinna n. sp., $
(Australie) ; 3 : Tamborinea commoni Matile, $ (Australie) ; 4 : Keroplatus tipuloides Bosc, 2 (Europe) ; 5 : Plalyura
pecioralis Coquillet, $ (Amérique du Nord); 6 : Macrocera punclicosia Edwards, 2 (Afrique tropicale); 7 :
Plalyroplilon miersii Westwood, S (Amérique du Sud); 8 : Truplaya erylhropyga Matile, J (Afrique tropicale).
Échelles : 1 mm.
Aquarelles originales de Gilbert Hodebert.
Source : MNHN, Paris
Dédié à la mémoire de mon Maître,
Eugène Séguy
Source : MNHN, Paris
Nous disséquons des mouches, dit le philosophe, nous
mesurons des lignes, nous assemblons des nombres ;
nous sommes d’accord sur deux ou trois points
que nous entendons, et nous disputons sur deux ou
trois mille que nous n’entendons pas.
Voltaire, Micromegas
God in His wisdom
Made the fly
And then forgot
To tell us why
Ogden Nash, cité par Harold Oldroyd
The Biology of Flies
Source : MNHN, Paris
SOMMAIRE
Résumé .
Extended abstract .
INTRODUCTION
Avant-propos .
Généralités .
Matériel et méthodes .
ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
Introduction .
L’imago .
Tête .
Région cervicale .
Thorax .
Ailes .
Région basalaire .
Nervation .
Balanciers .
Pattes .
Abdomen .
Préabdomen .
Postabdomen mâle .
Postabdomen femelle .
La nymphe .
La larve .
Tête .
Thorax .
Abdomen .
SYSTÉMATIQUE
Introduction .
Clé des sous-familles .
Sous-famille des Arachnocampinae .
Introduction .
13
15
17
18
24
29
30
30
37
38
47
48
50
54
55
60
60
64
73
81
87
91
111
114
123
125
126
126
Source : MNHI J, Paris
Description des sous-genres . 127
Sous-famille des Macrocerinae . 134
Introduction . 134
Clé des tribus, genres et sous-genres . 137
Description des genres de Macrocerini . 139
Angazidzia Matile . 139
Chiasmoneura de Meijere . 142
Chiasmoneurella Matile . 157
Hesperodes Coquillett . 159
Macrocera Meigen . 162
Paramacrocera Edwards . 171
Vockerothia n. gen . 176
Description des genres de Robsonomyiini . 178
Kelneria Matile . 178
Micrepimera n. gen . 180
Robsonomyia Matile & Vockeroth . 183
Srilankana n. gen . 185
Description du plésion Schlueterimyia Matile . 187
Sous-famille des Keroplatinae . 189
Introduction . 189
Clé des tribus, genres et sous-genres . 190
Description des genres de Keroplatini . 193
Cerotelion Rondani . 193
Ctenoceridion Matile . 205
Duretina n. gen . 210
Euceroplatus Edwards . 214
Heteropterna Skuse . 225
Hikanoptilon n. gen . 252
Keroplatus Bosc . 255
Mallochinus Edwards . 276
Nauarchia n. gen . 280
Neoceroplatus Edwards . 283
Paracerotelion Matile . 302
Placoceratias Enderlein . 305
Platyroptilon Westwood . 312
Rocetelion Matile . 324
Setostylus n. gen . 329
Tergostylus Matile . 338
Tolletia Matile . 346
Xenokeroplatus n. gen . 350
PHYLOGÉNIE
Introduction . 359
Critères d’apomorphie et de plésiomorphie . 359
Groupes monothétiques et polythétiques . 360
Homoplasies de développement . 361
Mise en séquence . 363
Source : MNHN, Paris
Historique . 363
Les hypothèses de Hennig . 363
Les hypothèses de Tuomikoski . 366
La monophylie des Keroplatidae . 366
Macrocerinae et Keroplatinae . 366
Arachnocampinae . 367
Autapomorphies des Keroplatidae . 371
Le problème des Lygistorrhinidae . 371
Le problème du groupe-frère des Keroplatidae . 383
Analyse des caractères et tendances évolutives . 386
Imago . 387
Tête . 387
Thorax . 399
Pattes . 413
Aile . 424
Préabdomen . 444
Postabdomen mâle . 451
Postabdomen femelle . 470
Nymphe . 473
Notothèque . 473
Stigmates . 473
Larve . 473
Tête . 473
Thorax . 476
Abdomen . 477
Toiles et cocons de nymphose . 477
Hypothèses de phylogénie . 478
Sous-familles . 478
Monophylie des Arachnocampinae . 478
Monophylie des Macrocerinae . 479
Monophylie des Keroplatinae . 479
Relations entre sous-familles . 480
Sous-famille des Arachnocampinae . 480
Sous-famille des Macrocerinae . 480
Monophylie des genres et sous-genres . 481
Relations phylogénétiques au niveau spécifique . 484
Monophylie des tribus . 489
Relations phylogénétiques au niveau générique . 490
Sous-famille des Keroplatinae ( Keroplatini ) . 495
Monophylie des genres et sous-genres . 495
Relations phylogénétiques au niveau spécifique . 499
Relations phylogénétiques au niveau générique . 531
Source : MNHN, Paris
BIOGÉOGRAPHIE
Introduction . 541
Les trois biogéographies . 541
Centre d’origine, vicariance et dispersion . 542
Les données géologiques . 548
Remarques . 552
Les tracés généralisés et leur datation . 552
Les tracés gondwaniens . 552
Le tracé oriento-australasien . 557
Le tracé circum-tasmanien . 558
Les tracés transatlantiques . 562
Les tracés transpacifiques . 564
Les tracés particuliers . 565
Sous-famille des Arachnocampinae . 566
Sous-famille des Macrocerinae . 567
Sous-famille des Keroplatinae, tribu des Keroplatini . 574
Le peuplement de la Terre par les Keroplatidae . 600
Chronologie . 600
La faune kéroplatidienne du Globe au Crétacé moyen . 603
Keroplatidae et expansion terrestre . 609
CONCLUSIONS . 629
REMERCIEMENTS . 637
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES . 639
ANNEXE . 655
ADDENDUM . 670
INDEX DES TAXA NOUVEAUX, SYNONYMIES, etc . 671
INDEX SYSTÉMATIQUE . 673
Source : MNHN, Paris
RÉSUMÉ
Matile, L., 1990. Recherches sur la sys¬
tématique et l’évolution des Keroplatidae
(Diptera, Mycetophiloidea). Mèm. Mus. natn.
Hist. nat., (A) 148 : 1-682. Paris isbn : 2-85653-
173-3.
Publié le 31 juillet 1990.
Ce travail comporte quatre parties, morpholo¬
gique, systématique, phylogénétique et biogéo¬
graphique. Chacune commence par une intro¬
duction dans laquelle sont brièvement précisés
les concepts et les principes méthodologiques
entrant en jeu.
La partie morphologique est consacrée à
l’étude détaillée des espèces-types des trois
sous-familles, Arachnocampinae, Macrocerinae
et Keroplatinae, qui composent les Keroplatidae.
Les imagos, les nymphes et les larves sont
successivement envisagés, chaque section étant
introduite par le point des connaissances acquises,
et close par une brève discussion des carac¬
tères marquants observés, éventuellement des
problèmes d’interprétation et d’homologie.
La deuxième partie comporte les descriptions
des genres de Keroplatidae, à l’exception des
Orfeliini. Une étude détaillée est faite des
31 genres étudiés (dont huit inédits), à partir de
leur espèce-type et en tenant compte des varia¬
tions intragénériques des caractères. Les diffé¬
rents organes sont illustrés chez l’espèce-type,
ainsi que, chaque fois que possible, les genitalia
mâles de toutes les autres espèces. Cinquante-
deux espèces nouvelles sont également décrites.
L’étude de la phylogénie forme la troisième
partie. Après une introduction où sont notam¬
ment évoqués les critères d’apomorphie et de
plésiomorphie, le problème des groupes mono-
thétiques et polythétiques et celui des homopla-
sies de développement, un historique des rares
hypothèses déjà émises est donné. La mono-
phylie des Keroplatidae et de leurs sous-familles
est ensuite abordée, ainsi que le problème de
la place des Lygistorrhinidae au sein des Myce¬
tophiloidea. Une hypothèse de phylogénie des
sept familles qui les forment est proposée pour la
première fois. Il est ensuite procédé à une
analyse cladistique détaillée des caractères, et les
principales tendances évolutives des Mycetophi-
loidea sont établies. Près de 200 états de carac¬
tères sont ainsi reconnus comme apomorphes, ce
qui permet de proposer des hypothèses de phy¬
logénie aux divers niveaux.
La quatrième partie est consacrée à un essai de
reconstitution de l’évolution des Keroplatidae
dans l’espace et dans le temps. Il est tout d’abord
procédé à l’étude des tracés généraux suivis par
les Keroplatidae et les autres Mycetophiloidea,
ainsi que par les rares Diptères pour lesquels
des données phylogénétiques ont été publiées. Ils
sont datés grâce aux données de la tectonique des
plaques et aux événements épicontinentaux. Les
tracés particuliers formés par les différentes
lignées de Keroplatidae sont ensuite énumérés, et
l’évolution possible de ces lignées retracée. Des
hypothèses sont émises sur le peuplement de la
Terre par cette famille. On présente ainsi ce qu’a
pu être la faune kéroplatidienne du Globe au
Crétacé moyen. Enfin, les nombreux tracés trans¬
pacifiques reconnus, qui réfutent le paradigme de
la tectonique globale, amènent à envisager l’une
des hypothèses alternatives, celle de l’expansion
terrestre. Une série de cartes paléogéographiques
correspondant aux hypothèses du diamètre cons¬
tant et de l’expansion, sur lesquelles sont
reportés les cladogrammes des groupes transpa¬
cifiques, sont congruentes avec l’un des modèles
expansionnistes.
L’ensemble des résultats obtenus et des hypo¬
thèses émises est examiné dans la conclusion,
tant sur le plan morphologique et systématique
que sur ceux de la phylogénie et de la biogéogra¬
phie.
Les matrices des caractères pris en compte
dans l’analyse phylogénétique sont données en
annexe. Suivent une bibliographie de plus de
600 références, un index des taxa nouveaux,
nouvelles combinaisons, etc., et un index sys¬
tématique.
Source : MNHN, Paris
.
Source : MNHN, Paris
EXTENDED ABSTRACT
Matile, L., 1990. Recherches sur la sys¬
tématique et l’évolution des Keroplatidae
(Diptera, Mycetophiloidea). Mém. Mus. natn.
Hist. nat., (A) 148 : 1-682. Paris isbn : 2-85653-
173-3.
Published 31 July 1990.
Researches on the systematics and évolution of the
Keroplatidae (Diptera, Mycetophiloidea)
The Keroplatidae are terrestrial Diptera be-
longing to the infraorder Bibionomorpha and to
the superfamily Mycetophiloidea (= Sciaroidea).
The earliest known fossil belonging to this family
dates from the Middle Cretaceous, about a
hundred MY ago. The family presently includes
some 800 species and 80 généra and occurs in ail
zoogeographical régions, from Greenland in the
North to the Crozet Islands in the South.
This work is an attempt to elucidate the
évolution of the Keroplatidae through form,
time and space, according to cladistic and vica¬
riance biogeography méthodologies. The results
of this study are given in four parts under the
main general headings of morphology, systema¬
tics, phylogeny and biogeography. Separate
introductory sections dealing with historical and
methodological aspects are given for each part.
The introduction briefly reviews the general
characters and biology of extant and fossil
Mycetophiloidea and Keroplatidae. Larvae of
Keroplatidae are hygrophilous and aphototropic
and rely mostly on cutaneous respiration. While
some are predaceous, most are fungivorous and
are associated in some way with bracket-fungi
(Polyporaceae). Adults of most species live in
forests and other humid and dark places such as
caves, ravines and banks of streams ; they are
fragile, slow flying and short lived. There are
reasons to believe that activities of both larvae
and adults are mainly nocturnal. The Keropla¬
tidae hâve little capacity for chance dispersai.
and are therefore an excellent biogeographical
material.
In Part I, a comprehensive study is undertaken
on the morphology of the type species of the
three subfamilies of Keroplatidae, Arachno-
campinae, Macrocerinae and Keroplatinae. The
adults, pupae and larvae are treated and illus-
trated in succession, each section beginning with
a review of the présent State of knowledge and
ending by a short discussion on the main
characters observed and eventually on problems
of interprétation and homology.
Part II includes the systematic description of
the généra of Keroplatidae, with the exception of
the Orfeliini, which are taken into account only
in the character analysis of Part III and in the
biogeographical discussions. The type species of
thirty-one généra (of which eight are new to
science) are treated and illustrated in details, and
intrageneric variation is also taken into account.
The male genitalia of ail available species, being
essential for species identification, are illustrated.
Fifty-two new species are described, and keys are
given when necessary.
The phylogeny of the family is treated in
Part III. The discussion begins with some
remarks on methodology, namely criteria of
apomorphy, problems of monothetic and poly-
thetic groups and of homoplasy, and sequencing
of taxa. Previous phylogenetic hypothèses on the
Mycetophiloidea are reviewed. The monophyly
of the family Keroplatidae and of each of its
three subfamilies is ascertained. The relation-
ships of ail seven families of Mycetophiloidea are
studied, especially those of the Lygistorrhinidae,
previously considered to be the sister-group of
the Keroplatidae. The Diadocidiidae are inferred
to be the true sister-group of Keroplatidae, the
pair thus formed being in its turn the sister-
group of the Bolitophilidae + Mycetophilidae +
Lygistorrhinidae + Scia ridae ; the Ditomyiidae are
assumed to represent the plesiomorphous sister-
family of these two monophyletic groups.
Source : MNHN, Paris
16
LOÏC MATILE
A detailed character analysis follows, and the
main evolutionary trends of the Mycetophiloidea
are outlined. Out-group comparisons are made,
either on the Triassic pre-mycetophiloids or on
other nematocerous Diptera, especially Bibiono-
morpha. About 200 character States are thus
recognized as apomorphous, making it possible
to présent hypothèses on the phylogeny of the
Keroplatidae at the various hiérarchie levels.
These hypothèses are illustrated by cladograms.
Part IV attempts to give a picture of the
évolution of the Keroplatidae through space and
time by associating the phylogenetic and choro-
logical data with palaeogeography. The section
begins with a brief review of the three types of
biogeography, the monograph using only one,
historical biogeography. The notions of centre
of origin, vicariance (here chosen as the general
model of spéciation) and dispersai are discussed,
and remarks are made on the currently compet-
ing geological models of évolution of the Earth.
The generalized tracks followed by the Kero¬
platidae and other Mycetophiloidea, as well as
the few other Diptera for which phylogenetic
data are available, are shown. They are dated
according to the geological data, essentially
derived from global plate tectonics. Three main
types of generalized tracks are recognized,
Gondwanian, trans-Atlantic and trans-Pacific.
These tracks are followed by a number of phyla
of “ nematocerous ” Diptera (a paraphyletic
group), which implies that these taxa share the
same history. The individual tracks followed by
monophyletic groups of Keroplatidae are then
studied, and attempts are made to retrace the
spatial évolution of these groups according to
the global tectonic model and the known epicon-
tinental events. The terminus post quem non of a
number of these groups is ascertained, and the
principle of équivalence of âge of sister groups
allows dating of most of the others. Certain pré¬
sent généra, subgenera, and even species groups
of Keroplatidae were presumably already extant
as such in the Upper Jurassic. This gives then an
idea of the possible keroplatid fauna of the world
during the Middle Cretaceous, when the first
unquestionable fossil of this family was existing.
Lastly, the trans-Pacific tracks followed by
numerous monophyletic groups of keroplatids
seem to réfuté the global tectonics paradigm.
Therefore, two of the alternatives to this model
are taken into account : the expanding Earth
models of Owen and Shields. A sériés of palaeo-
geographic maps of the Jurassic are given, upon
which are transferred the area cladograms of the
taxa involved : most of them are congruent with
Shields’ map of the expanding Earth in the early
Jurassic. While it might not be the purpose of
historical biogeography to test geological hypo¬
thèses, the trans-Pacific distribution of many
Keroplatidae and other groups of plants and
animais cannot be explained satisfactorily in the
light of the current paradigm : the Palaeotethys
and the Eopacific cannot hâve played the rôle of
impassable barriers they are supposed to hâve
had in the Jurassic.
The data obtained and the hypothèses express-
ed are examined in the general conclusion.
Unresolved problems of homology and apo-
morphy are pointed out. The necessity for more
field work (especially the collection of more
larval forms) and faunistic inventories, especially
in the tropics, is stressed. The rôle of fossils in
phylogenetic studies is taken into considération.
As regards geophysical data, the trans-Pacific
tracks are of vital importance : further collecting
should be a source of potential réfutation. The
dating of a number of lineages leads to considé¬
ration of the criterion of absolute âge, proposed
by Hennig, for the détermination of the hiérar¬
chie ranks attributed to taxa.
The matrices of the characters used in the
phylogenetic analysis of tribes and généra (some
of them not necessarily expressed in the clado¬
grams), are given in an appendix. A bibliography
comprising more than 600 titles, an index of new
taxa, new combinations, etc. and a systematic
index are provided.
Source : MNHN, Paris
INTRODUCTION
Avant-propos
Comme beaucoup de familles de Diptères, les
Keroplatidae sont encore fort mal connus de nos
jours, que ce soit sur le plan morphologique ou
sur ceux de la systématique, de la phylogénie et
de la biogéographie. Il n'existe dans la littérature
aucune monographie consacrée à l’une ou l’autre
de ces disciplines, ni pour cette famille ni pour le
reste des Mycetophiloidea. Les seuls travaux
systématiques menés à l’échelle mondiale remon¬
tent au Généra Insectorum de Johannsen (1909),
qui mentionne tous les genres alors connus, avec
une brève diagnose et l’illustration de la nerva¬
tion alaire, et à la révision générique d’EDWARDS
(1925), dans laquelle les genres extra-européens
décrits depuis 1909 ne sont caractérisés que par
des couplets introduits dans les clés de détermi¬
nation. Ce dernier travail a toutefois été com¬
plété, pour les Keroplatidae, par une brève note
du même auteur (Edwards, 1929c) sur les
complexes Keroplatus et Platyura ( = Orfeiia), où
de nombreux sous-genres sont proposés.
En ce qui concerne la phylogénie de la famille,
nous ne disposons que d’un nombre restreint
d’hypothèses de départ, qui s’échelonnent du
début de ce siècle (Meunier, 1904) à un peu plus
de son milieu (Tuomikoski, 1966c). Seules les
deux plus récentes, celles de Hennig (1954) et de
Tuomikoski ( op . cil.), sont fondées sur les prin¬
cipes de la systématique phylogénétique. Encore
n’ont-elles pas été émises par des spécialistes du
groupe : elles sont donc loin de résoudre de
façon satisfaisante les problèmes de parenté
posés par les Keroplatidae.
La biogéographie n'est pas mieux lotie. Le
dernier catalogue complet des Keroplatidae re¬
monte au début de ce siècle (Johannsen, 1909) ;
il est bien entendu entièrement dépassé. Quant
aux catalogues plus récents des régions néarc-
üque (Laifoon, 1965), orientale (Colless &
Liepa, 1973), néotropicale (Papavero, 1978),
afrotropicale (Matile, 1980b) et paléarctique
(Krivosheina & Mamaev, 1988), aucun d’entre
eux n’est fondé sur une révision générique de
la famille. Toutefois, le catalogue australasien
(Matile, 1 989b), tient compte des résultats de la
présente monographie. Il n’est donc pas possible
d'utiliser ensemble ces ouvrages sur le plan de la
biogéographie historique, ni même de la simple
chorologie, dans la mesure où la définition des
genres peut varier de l’un à l’autre. Les articles
de biogéographie publiés récemment sont limités
aux Mycetophilidae Mycetophilinae (Gagné,
1975, 1978, 1981a) et Mycomyinae (Vàisànen,
1984) et, en ce qui concerne les Keroplatidae, à
des travaux ponctuels sur la faune des Petites
Antilles (Matile, 1982b), celle de quelques re¬
présentants austraux de la famille (Matile &
Goujet, 1981) et celle de Nouvelle-Calédonie
(Matile, 1988c).
J’ai déjà publié un certain nombre de notes
contenant des descriptions de genres nouveaux,
des commentaires systématiques ou des révisions
à tendances phylogénétiques (Matile, 1972a;
1973a, b; 1974a, b; 1975c; 1976a; 1977a;
1978a, c; 1979a, b; 1980a; 1981a, b, c; 1982a,
b; 1984a). Il m’est cependant apparu que si je
voulais dépasser le cadre purement descriptif et
faunistique, notamment dans le cadre d’une
révision des Keroplatidae afrotropicaux que
j’avais entreprise, rien ne pouvait être réalisé sans
procéder à une révision complète de la famille.
Aucune conclusion d’ordre général ne pouvait
être atteinte sur les plans phylogénétique et
biogéographique tant que les Keroplatidae de¬
meuraient quasi inconnus dans leur morphologie
générale, et que leur systématique resterait dans
l’état où l’avait laissée Edwards après ses brèves
révisions de 1925 et de 1929.
Il fallait commencer par étudier la morpho¬
logie des Keroplatidae, au moins aux divers
stades de l’espèce-type de chacune des sous-
familles reconnues (Arachnocampinae, Macroce-
Source : MNHN, Paris
18
LOÏC MATILE
rinae et Keropiatinae), dans le but de découvrir
d’autres caractères que les deux ou trois dizaines
utilisées dans les clés et les diagnoses tradition¬
nelles, et de s’assurer dans la mesure du possible
que ne seraient comparés par la suite que des
caractères homologues. Il fallait aussi distinguer
quels caractères étaient particuliers à la famille et
aux sous-familles, afin de s’assurer qu’il existait
de bonnes raisons de les considérer comme
monophylétiques.
Ce travail morphologique devait impérative¬
ment être suivi d’une étude systématique mettant
en évidence ceux des caractères reconnus qui
étaient soumis à variation. Pour ce faire, j’ai
entrepris de rassembler le maximum d’espèces
appartenant aux Macrocerinae et aux Keropia¬
tinae du groupe Keroplatus, comptant aborder
par la suite le très riche groupement du com¬
plexe Orfelia ; mais bien qu’ayant renoncé à
une révision des quelque 200 espèces du genre
Macrocera, dont les types se trouvent dispersés
dans des dizaines d’institutions, le travail a pris
de telles proportions que je me suis vu contraint
d’abandonner tout espoir de traiter dans cette
monographie les quelque 50 genres du complexe
Orfelia (considéré ici comme la tribu des Orfe-
liini ). L'étude des tendances évolutives de la
famille et de sa biogéographie tiendra cependant
largement compte de l’expérience acquise sur
cette tribu, sur laquelle j’ai publié de nombreuses
notes, et dont j’ai eu sous les yeux la quasi¬
totalité des genres connus.
L’ensemble des données ainsi collectées et des
hypothèses phylogénétiques et biogéographiques
qu’elles permettaient d’émettre ont été rassem¬
blées dans une thèse soutenue en 1986 (Matile,
1986b). Quelques résultats acquis ont été publiés
depuis (Matile, 1986c; 1988a, b, c; 1989a),
tandis que du matériel nouveau, susceptible de
modifier certaines hypothèses, me parvenait. La
présente monographie est donc une version
corrigée et remise à jour de cette thèse, qu’en
quelque sorte elle annule et remplace.
Son but est donc d’étudier la morphologie
générale des Keroplatidae à travers les espèces-
types de leurs trois sous-familles ; de réviser les
genres formant les Arachnocampinae, les Macro¬
cerinae et les Keropiatinae Keroplatini ; d’entre¬
prendre une étude phylogénétique des caractères,
mettant en évidence d’une part les tendances
évolutives de la famille, d’autre part les relations
de parenté entre les espèces, les genres, les tribus
et les sous-familles, et de s’assurer que tous ces
taxa sont bien monophylétiques ; enfin d’utiliser
ces résultats pour entreprendre une étude bio¬
géographique du groupe, menée dans une pers¬
pective historique. L’ensemble de ces recherches
devrait permettre d’élaborer un premier schéma
de l’évolution des Keroplatidae dans « l’espace,
le temps et la forme» (Croizat, 1958, 1964).
Généralités
Avant de passer aux quatre parties, morpholo¬
gique, systématique, phylogénétique et biogéo¬
graphique, qui font l’essentiel de ce mémoire, on
trouvera ci-dessous quelques généralités sur les
Mycetophiloidea et les Keroplatidae actuels et
fossiles. Il s’agit d’un abrégé de deux de mes
travaux précédents (Matile, 1981a, 1986b),
complété de quelques données récentes sur les
formes fossiles.
Les Mycetophiloidea actuels
Les Diptères Orthorrhaphes actuellement clas¬
sés dans les Mycetophiloidea appartiennent à
l’infra-ordre des Bibionomorpha. Celui-ci a été
divisé par Hennig (1973) en deux sections,
Bibioniformia, avec l’unique superfamille des
Bibionoidea, et Mycetophiliformia, renfermant
les Mycetophiloidea, les Scatopsoidea et les
Cecidomyioidea. Les Mycetophiliformia sont dé¬
finis par la réduction du secteur radial et de la
base du secteur médian de l’aile et, chez les
larves, par la disparition des stigmates métatho-
raciques.
Au sein des Mycetophiliformia, les Mycetophi¬
loidea peuvent se reconnaître grâce à l’en¬
semble de caractères suivant (Matile, 1981a).
Imagos à thorax voûté et plus ou moins déporté
vers l’avant, scutum dépourvu de suture trans¬
verse (parfois une faible trace latérale), hanches
allongées, toutes plus longues que la moitié de la
hauteur des pleures, tibias II et III avec au moins
un éperon interne distinct, le plus souvent deux
éperons bien développés ; nervure costale inter¬
rompue vers l’apex de l’aile, pas de cellule
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : INTRODUCTION
19
discoïdale, secteur postérieur de la radiale réduit
à deux branches (R4 et R5) ou à une seule (R5),
nervure M3 absente. Larves eucéphales, dépour¬
vues de stigmates métathoraciques, antennes et
tentorium réduit.
La très grande majorité des Mycetophiloidea
montrent de plus la base du secteur médian (M)
réduite à une trace dans la cellule basale, ou le
plus souvent entièrement absente et topologique-
ment comme mécaniquement remplacée par la
transverse basale tb (chez les Bibionoidea, au
contraire, M est présente et tb en position
discale). Si exceptionnellement M est présente
(quelques genres de Keroplatidae), il y a alors
une fusion radiomédiane, c’est-à-dire que le
pétiole de la fourche médiane émane de la
section basale du secteur postérieur de la radiale.
Les Bolitophilidae et les Keroplatidae du genre
Arachnocampa font exception à cette règle.
Enfin, seuls quelques genres sont dépourvus
d’ocelles, tous les autres en possédant deux ou
trois.
Ce sont le plus souvent des moucherons de
petite taille (en moyenne de 4 à 8 mm), bruns ou
noirs, plus ou moins marqués de jaune ou de
roux, aux ailes en général hyalines ou faiblement
tachées. Leur thorax voûté et leurs hanches
allongés leur donnent un aspect caractéristique
mais difficile à définir.
Les relations phylogénétiques entre les trois
superfamilles qui composent les Mycetophilifor-
mia, de même que celles existant entre les
différentes familles de Mycetophiloidea, sont loin
d’être encore élucidées. Les caractères énumérés
ci-dessus pour définir les Mycetophiloidea appar¬
tiennent aussi en partie aux deux autres superfa¬
milles ; d’autres encore sont partagés par les
autres Bibionomorpha. Ne restent pour carac¬
tériser les Mycetophiloidea, et eux seuls, que
l’allongement des hanches et le développement
des éperons tibiaux chez les imagos, ainsi que la
voûssure du thorax, déporté vers l’avant, comme
le suggère Hennig (1973), et la réduction du
tentorium larvaire.
La comparaison «hors-groupe» montre que
l’allongement des hanches et des éperons, ainsi
que la réduction tentoriale, peuvent être légiti¬
mement considérés comme des caractères apo-
morphes ; ils indiquent la monophylie de la
superfamille '.
Quant aux deux autres superfamilles, les Ceci-
domyioidea peuvent être tenus comme mono-
phylétiques en raison de la forte réduction de la
capsule céphalique et des pièces buccales des
larves. Par contre, les Scatopsoidea (Scatopsi-
dae, Synneuridae et Canthyloscelidae), con¬
sidérés par Hennig (1973) comme groupe-frère
plésiomorphe des Mycetophiloidea + Cecidomyioi-
dea, ne semblent porter aucune autapomorphie.
Ce problème ne pourra être résolu que par une
étude attentive des autapomorphies énumérées
par Hutson (1977) pour les Canthyloscelidae
et les Synneuridae, et par De Souza Amorim
(1982a) pour les Scatopsidae. Celles-ci me parais¬
sent comprendre, outre quelques caractères non
exclusifs, un certain nombre de symplésiomor-
phies.
Tels qu’ils sont conçus dans ce travail, les
Mycetophiloidea comprennent les familles sui¬
vantes : Ditomyiidae, Diadocidiidae, Keropla¬
tidae, Bolitophilidae, Mycetophilidae, Lygistor-
rhinidae et Sciaridae. Cette classification, qui
sera discutée dans la partie phylogénétique de
cette monographie, diffère de celle proposée par
Hennig (1973) et Vàisânen (1984) par le rang
familial attribué aux Lygistorrhinidae, inclus par
Hennig dans les Keroplatidae à la suite de
Tuomikoski (1966c), et la disparition de la
famille des Manotidae de Hennig, ou des Myce¬
tophilidae Manotinae de Vaisànen, que je
propose ici provisoirement, avec Tuomikoski
(1966b), de considérer comme des représentants
hautement apomorphes des Leiinae, ayant rang
de tribu, celle des Manotini. Quant aux Baeono-
tidae, provisoirement placés par Hennig dans les
Mycetophiloidea, ils ont été classés par Gagné
(1981b) dans les Cecidomyiidae, où ils forment
la tribu des Baeonotini, appartenant aux Lestre-
miinae. Rappelons que beaucoup d’auteurs, no¬
tamment anglophones, ne distinguent dans la
superfamille que les Mycetophilidae et les Scia¬
ridae 2.
En règle générale, les larves des Mycetophiloi¬
dea sont plus ou moins étroitement inféodées aux
1. Certains Mycetophiloidea (les Sciaridae et quelques Keroplatidae) présentent des éperons petits ou très petits • il
s'agit probablement là d'une régression, et non de la persistance d’un état plésiomorphe (voir analyse des caractères A 3 3 3)
2. Peut-être, comme le suggère malicieusement Vockeroth (1981) pour que les chercheurs traitant les Mycetophilidae
puissent ignorer les Sciaridae, dont la systématique, tant générique que spécifique, est entièrement à revoir
Source : MNHN, Paris
20
LOÏC MATILE
carpophores des champignons supérieurs, soit
qu’elles tissent une toile sous l’hyménium pour
recueillir des spores, soit qu’elles vivent dans les
tissus mêmes. Les espèces qui vivent dans le bois
pourri s’y nourrissent probablement de mycé¬
lium. La plupart des larves de Sciaridae, cepen¬
dant, vivent dans la litière, où elles sont sapro-
phages, coprophages ou nécrophages. Schémati¬
quement, les larves des autres familles (celles des
Lygistorrhinidae demeurent inconnues) se répar¬
tissent ainsi :
Ditomyiidae : bois mort et polypores ligneux.
Diadocidiidae : bois mort et polypores encroû¬
tants.
Keroplatidae : polypores ligneux et encroûtants.
Bolitophilidae et Mycetophilidae : polypores et
agaricales.
Peu d’espèces vivant dans les carpophores sont
véritablement monophages ou polyphages : la
plupart montrent une spécificité au niveau des
genres ou des familles de champignons (voir
notamment Chandler, 1978b, pour les espèces
britanniques, et Hackman & Meinander, 1979,
pour les espèces finlandaises).
Il existe nombre de déviations à ce régime
généralisé : certains Keroplatidae (voir plus loin)
et Mycetophilidae Mycomyinae (probablement
aussi des Leiinae) sont prédateurs et tuent leurs
proies au moyen de l’acide oxalique contenu
dans leurs glandes salivaires, et parsemé en
gouttelettes sur leurs toiles. Certains Mycetophi¬
lidae se développent dans les mousses et les
hépatiques, d’autres se nourrissent du mycélium
du bois pourri et s’abritent sous une coque
formée de leurs propres déjections.
En région tempérée, les imagos fréquentent de
préférence les endroits humides et ombragés, où
l’on peut parfois les rencontrer par milliers :
bords de torrents, pieds de falaises, entrées des
grottes et carrières, arbres creux, etc. Le vol est
lent, apparemment surtout crépusculaire ou noc¬
turne. Ils sont le plus souvent fréquents en
automne, mais on peut en rencontrer presque
toute l’année. L’hivernation, lorsqu’elle est ima-
ginale, a généralement lieu dans les cavités
souterraines, les tiges et les arbres creux, etc. Il
semble que beaucoup d’espèces hivernent à l’état
larvaire.
Sous les tropiques, les Mycetophiloidea sont
évidemment beaucoup plus abondants en saison
des pluies. À cette saison, et contrairement à ce
que l’on a vu plus haut, les imagos ne se
rassemblent pas en nombre dans les milieux
favorables ; ils sont beaucoup plus dispersés, et
le fauchage au filet est alors beaucoup moins
rentable que la pose d’un piège de Malaise.
En tout état de cause, les données actuellement
disponibles sur la biologie et l’écologie des
Mycetophiloidea sont tout à fait fragmentaires et
laissent la place à tout un domaine d’investiga¬
tions.
Les Mycetophiloidea fossiles
J’ai déjà résumé (Matile, 1981a) l’état des
recherches sur les Mycetophiloidea fossiles, telles
qu’elles ressortaient des travaux de Rohdendorf
(notamment 1938, 1946, 1962, 1964, 1974) et des
commentaires de Hennig (1954) à leur sujet.
Rappelons que les fossiles les plus anciens rap¬
portés à la superfamille l’ont été par Rohden¬
dorf. Il s’agit des Pleciofungivoridae (Juras¬
sique inférieur à supérieur), des Archizelmiridae,
Fungivoritidae, Tipulopleciidae et Sinemediidae
(tous du Jurassique moyen) et des Palaeoplecidae
(Jurassique supérieur). Rohdendorf fait donc
remonter l’origine des Mycetophiloidea au Trias ;
comme les Mycetophiloidea de l’ambre de la
Baltique (fin Eocène-début Oligocène) sont tout
à fait semblables, même génériquement, à ceux
de la faune actuelle, il assigne aux groupes
récents une origine jurassique, ou au plus tard
crétacée.
Après analyse de ses travaux, Hennig admet
l’existence de représentants de la section Myceto-
philiformia, et même des Mycetophiloidea, dès le
Jurassique. Pour lui, dès cette époque, il y avait
déjà des formes très proches des Diadocidiidae,
ou encore du petit groupe, de position systéma¬
tique encore incertaine de nos jours, formé par le
genre Heterotricha Loew (Tertiaire et actuel) et
quelques genres affines ; ce sont des Pleciofungi¬
voridae et des Fungivoritidae de la sous-famille
des Mesosciophilinae. D’autres membres de ces
deux taxa appartiennent aussi aux Mycetophiloi¬
dea, et pourraient représenter un groupe-frère
éteint des Sciaridae + Mycetophilidae.
Les travaux de Rohdendorf comme l’analyse
de Hennig ne portaient que sur la nerva¬
tion alaire, et nous ne disposions donc pas
jusqu’ici de données sur la longueur des hanches
et d’éventuels éperons tibiaux, les seules auta-
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : INTRODUCTION
21
pomorphies imaginales des Mycetophiloidea,
comme on l’a vu plus haut. Fort heureusement,
un travail plus récent sur les Diptères du Juras¬
sique sibérien (Kalugina & Kovalev, 1985)
prend en compte davantage de caractères. Les
auteurs y décrivent avec beaucoup de soin des
Protopleciidae, de nombreux Pleciofungivoridae
et un Mesosciophilidae (ils élèvent cette sous-
famille de Rohdendorf au niveau familial). Ce
travail ne remet pas en cause, du moins dans
leurs grandes lignes, ceux de Rohdendorf, et
confirme les déductions de Hennig. Ces fossiles
ont déjà les hanches allongées, et les éperons
tibiaux sont aussi longs, ou un peu plus longs,
que la largeur apicale des tibias ; l’insertion de
l'abdomen sur le thorax est large, comme chez
les Sciaridae actuels.
Plusieurs sous-groupes de Mycetophiloidea
existaient donc sans aucun doute au plus tard au
Jurassique inférieur, il y a plus de 160 millions
d’années, et ces formes étaient bien développées
au Jurassique moyen, qui nous a livré de nom¬
breux fossiles.
En ce qui concerne le Crétacé, aucun fossile
n’était connu avant que Schlüter (1978) ne
révèle l’existence d’une espèce de Mycetophiloi¬
dea dans l’ambre cénomanien de l’ouest de la
France (Crétacé moyen). J’ai pu attribuer ce
fossile aux Keroplatidae et l’ai décrit sous le nom
de Schlueterimyia cenomanica (Matile, 1981a).
Par la suite, Kovalev (1986) a fait connaître des
Mycetophiloidea indubitables du Crétacé infé¬
rieur de Mongolie et de Transbaïkalie, ainsi que
du Crétacé supérieur de Magadansk. Il s’agit du
genre Mangas et de formes voisines, que Kova¬
lev attribue aux Bolitophilidae, et pour lesquels
il propose d’ériger la sous-famille des Manga-
sinae. La nervation alaire d’un Mangasinae du
Néocomien de Transbaïkalie, non formellement
nommé, me semble surtout proche, sur le plan de
la similitude générale, du groupe de genres
rassemblés autour d’ Heterotricha. Il convien¬
drait donc de revoir l’attribution des Mangasinae
aux Bolitophilidae, et d’étudier les relations
phylogénétiques qu’ils pourraient avoir avec le
groupe Heterotricha, ainsi qu’avec les Pleciofun¬
givoridae, les Pleciomimidae et les Mesosciophi¬
lidae du Jurassique.
Des Keroplatidae, des Mycetophilidae et des
Sciaridae sont connus de l’ambre éocène de
Chine (Hong et al., 1974; Hong, 1981), et la
faune éocène-oligocène de l’ambre balte montre
que toutes les familles actuelles, et de nombreux
genres, étaient établis à cette époque.
Les Keroplatidae actuels
Cette famille représente les Zelmiridae (= Ke¬
roplatidae) et les Macroceridae de Hennig
(1954), les Keroplatidae moins les Lygistorrhi-
nidae du même auteur (1973). J’ai proposé de la
diviser en trois sous-familles, Arachnocampinae,
Macrocerinae et Keroplatinae, la première repré¬
sentant le groupe-frère des deux autres (Matile,
1981a). Les Macrocerinae seront divisés ici en
deux tribus, Macrocerini et Robsonomyiini, de
même que les Keroplatinae en Keroplatini et
Orfeliini. L’histoire taxinomique des trois sous-
familles sera retracée dans l’introduction systé¬
matique à chacune d’entre elles.
Les Keroplatidae peuvent se définir comme
des Mycetophiloidea possédant sur l’aile une
fusion radiomédiane, et donc pas de transverse
antérieure, une nervure R4 courte (atteignant
moins de la moitié de R5) ou exceptionnellement
absente, et une sous-costale distincte. J’ai sug¬
géré d’ajouter à cette diagnose 1’ « apneustisme »
des larves, éventuellement la présence d’acide
oxalique dans leur salive. Ces caractères, avec
leurs exceptions, sont brièvement commentés in
Matile (1981a), et seront étudiés, avec d’autres,
dans le chapitre consacré à la monophylie de la
famille.
Présent travail inclus, les Keroplatidae actuels
comprennent quelque 800 espèces réparties en
80 genres, mais j’ai sous les yeux de très
nombreuses espèces et une douzaine de genres
encore inédits appartenant à la tribu des Orfe¬
liini, non traitée ici. Les Arachnocampinae ne
comprennent que le genre-type, Arachnocampa,
divisé en deux sous-genres comptant chacun
deux espèces. Tels qu’ils sont révisés ici, les
Macrocerinae se répartissent en douze genres et
216 espèces, dont 186 pour les seuls Macrocera.
Les Keroplatidae Keroplatini sont formés de
18 genres et de 136 espèces, le reste de la sous-
famille constituant les Orfeliini.
On a vu plus haut qu’en dehors des Sciaridae,
la plupart des larves de Mycetophiloidea sont
inféodées aux Champignons supérieurs, dont
elles dévorent les carpophores. En ce qui con¬
cerne les Keroplatidae, aucune des larves con¬
nues ne se développe à l’intérieur des champi-
Source : MNHN, Paris
22
LOÏC MATILE
gnons, et toutes, sauf celles du genre Planarivora
( Orfeliini ), tissent une toile qui leur sert soit à
capturer de petites proies vivantes, soit à récolter
des spores. Certaines ont un régime mixte, les
larves jeunes étant microphages et les larves
âgées prédatrices (cf. p. 168), ou bien pratiquent
à l’occasion le cannibalisme (p. 129, 203).
Les toiles des Keroplatidae sont généralement
construites sous le bois mort en voie de décom¬
position, surtout lorsqu'il est envahi de Poly¬
pores encroûtants, ou sous les carpophores des
champignons pérennes (Polyporaceae). Toutes
ces larves sont hygrophiles et lucifuges. Beau¬
coup d’entre elles doivent échapper aux condi¬
tions extérieures en colonisant des milieux cryp¬
tiques ; comme en plus elles ont peut-être une
activité nocturne, ainsi que Santini (1982) l’a
mis en évidence pour Keroplalus tipuloides Bosc,
on comprend aisément le grand nombre d’es¬
pèces dont les premiers stades demeurent incon¬
nus. Quelques-uns de ces microbiotopes ont été
découverts, plus ou moins par hasard : galeries
de vers de terre en Nouvelle-Zélande (Orfelia
s. /., Hutson, comm. pers., publiée in Matile,
1979c), termitière abandonnée en République
Centrafricaine ( Macrocera , Matile, 1979c), tige
de riz brisée en Côte d’ivoire (larve indéterminée,
Couturier, comm. pers.), pierres profondément
enfoncées à Crozet ( Macrocera crozelensis Col-
less, Davies, comm. pers.). Plusieurs espèces
tissent leurs toiles dans les grottes et cavités
artificielles ( Arachnocampa , Macrocera, Neodito-
myia; voir Matile, 1970b), mais ces mêmes
espèces se rencontrent aussi dans le milieu épigé
si les conditions hygrométriques le permettent
(taux d’humidité voisin de la saturation). La
larve de Xenoplatyura beaveri Matile tisse une
toile à l’ouverture des urnes de népenthès et
capture à la fois les insectes attirés par la plante
et ceux qui émergent du liquide contenu dans
l’urne (Beaver, 1979; Matile, 1979c).
Le Keroplatidae qui s’écarte le plus du mode
de vie général est le Planarivora insignis Hick-
man, de Tasmanie, dont la larve est endoparasite
de planaires terrestres du genre Geoplana. Cette
larve n'a plus que deux stades (quatre, exception¬
nellement cinq, chez les Mycetophiloidea). La
larve néonate, munie de puissantes mandibules et
d’épines prothoraciques en crochets, pénètre
activement la planaire, à l’intérieur de laquelle
elle connaîtra une lente croissance, d’une durée
d’environ huit mois ; au contraire, le deuxième
stade croît rapidement aux dépens des tissus de
son hôte, qu’il finit par tuer. La seule toile
construite par cette espèce est celle destinée à
protéger la nymphe, la nymphose s’effectuant en
dehors de l’hôte, dans une anfractuosité du sol
(Hickman, 1965).
Les toiles des Keroplatidae prédateurs sont
constituées d’une piste centrale étroite, dans
laquelle se tient la larve, et d’un réseau de
filaments entrecroisés, plus ou moins dense,
parsemé de gouttelettes d’une sécrétion, toxique
en raison de l'acide oxalique qu’elle contient
(Buston in Mansbridge, 1933), qui tue les
proies qui s’y engluent. Les toiles des espèces
sporophages telles que les Keroplalus com¬
prennent en général une piste centrale plus large,
qui forme une « nappe de récolte », la larve
ingérant à la fois son mucus et les spores qui y
sont tombées ; ces toiles renferment elles aussi de
l’acide oxalique, mais en concentration plus
faible. Les toiles de larves à régime mixte sont
intermédiaires entre ces deux types.
Les toiles de chasse des prédateurs sont le plus
souvent de forme irrégulière, adaptée au substrat
(voir p. 170 au sujet des Macrocera cavernicoles
et épigés). Cependant, quelques espèces tissent
des réseaux linéaires de filaments-pêcheurs régu¬
lièrement disposés, comme ceux d 'Arachnocampa
(fig. 249) ou de Neoditomyia (Stürm, 1973;
Jackson, 1974). La larve à réseau extrêmement
régulier, long d’une soixantaine de centimètres,
signalée par Cook (1913) d’une grotte du Guate¬
mala appartient presque certainement à ce der¬
nier genre (Matile, 1970b).
Enfin, un certain nombre de larves de Kero¬
platidae, parfois même les imagos, sont lumi¬
neuses. Elles appartiennent aux genres Arachno¬
campa, Keroplalus et Neoplatyura ( Orfeliini ). Les
organes lumineux en cause sont divers : tubes de
Malpighi modifiés chez Arachnocampa , cellules
particulières du corps gras chez Keroplalus,
« corps noirs » insérés sur une fibre musculaire
chez Neoplatyura fultoni Fisher (Bassot, 1978).
La nymphose des Keroplatidae a lieu dans un
cocon tissé par la larve, auquel s’ajoute une toile
spéciale de protection, plus ou moins structurée
(fig. 570 ; C4, p. 477). Après l’éclosion, les
adultes demeurent plusieurs jours à l’abri de leur
cocon.
Les femelles semblent eurygames ; en tout cas,
s’il est relativement facile d’obtenir des adultes à
partir de larves suffisamment âgées, les accouple-
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : INTRODUCTION
23
ments sont extrêmement rares en élevage et
personne, à ma connaissance, n’a obtenu de
pontes fertiles. Comme leurs larves, les imagos
sont hygrophiles et lucifuges ; ce sont au premier
chef des insectes de forêt humide, encore que
certaines espèces fréquentent les forêts tempérées
sèches. La faune kéroplatidienne des forêts tropi¬
cales est infiniment plus variée que celle des
forêts tempérées ou froides, sauf semble-t-il en ce
qui concerne le genre Macrocera.
Certaines espèces (surtout Xenoplatyura, tropi¬
cal) se prennent à la lumière des maisons ou au
piège UV ; la rareté des captures au filet par
rapport à celles obtenues au piège de Malaise
laisse à penser que les adultes, comme les larves,
ont une activité crépusculaire ou nocturne. Dans
la journée, on les capture par fauchage léger dans
les endroits humides et obscurs, comme la majo¬
rité des autres Mycetophiloidea : rives encaissées
des torrents, bords de chemins creux, éboulis de
rochers, trous d'arbres, pieds de falaises, etc.
Une espèce est cependant connue pour voler
parfois en pleine lumière et en grand nombre :
Platyura fasciata Meigen, observée à plusieurs
reprises en « essaims » mixtes (mâles et femelles),
à 20 ou 30 centimètres au-dessus de sentiers
forestiers (Meunier & Matile, Richet, obs. non
publiées).
Les Keroplatidae sont répandus dans les
régions forestières du monde entier avec, on I a
dit, une nette prédominance tropicale. Certaines
espèces prédatrices se sont cependant affranchies
de la forêt, comme les cavernicoles ; cette locali¬
sation représente toutefois très probablement
davantage un refuge consécutif à un retrait de la
couverture végétale que la colonisation d une
Place vide (Matile, 1970a, b; 1982b). D'autres
espèces, principalement des Macrocera, suppor¬
tent des températures relativement basses et
vivent dans l'extrême nord de l’Europe, de
I Amérique et de l’Asie, comme à la pointe sud
du continent américain ; une espèce est connue
de Crozet (voir p. 170).
Les Keroplatidae fossiles
Le Keroplatidae le plus ancien connu remonte
au Crétacé moyen ; il s’agit de Schlueterimyia
cenomanica Matile, du Cénomanien de France,
dont j’ai pu démontrer qu’il appartenait aux
Macrocerinae (Matile, 1981a). L’unique exem¬
plaire de cette espèce se trouve réduit à sa moitié
postérieure, et il est donc impossible de vérifier
s’il possède bien deux des quatre autapomor-
phies imaginâtes des Macrocerinae (cf. p. 479), la
présence d’un sclérite cérébral et la longueur des
hanches antérieures, mais il possède les deux
autres, la perte de la plupart des macrochètes
tibiaux et celle des peignes tibiaux postérieurs.
Son inclusion dans la sous-famille semble donc
justifiée, mais les parties manquantes ne permet¬
tent pas de l’affecter à l’une ou l’autre de ses
deux tribus ; il sera donc attribué à un plésion,
c'est-à-dire un nom de valeur hiérarchique indé¬
terminée appliqué à un groupe fossile mono-
phylétique introduit dans une classification fon¬
dée sur des groupes actuels (Patterson &
Rosen, 1977).
Hong (in Hong, Yang, Wang et al., 1974) a
décrit de l’ambre éocène de Fushun (Chine,
province de Liaoning) un Macrocera melanopoda
dont les figures données permettent de douter de
son appartenance non seulement aux Macrocera,
mais même aux Mycetophiloidea. En effet, la
nervure costale est représentée entourant toute
l’aile 3 ; la présence de cette costale complète, de
hanches allongées, d’une nervure R4, d’ocelles,
d’éperons tibiaux et d’antennes multiarticulées,
empêchent de classer cette espèce dans l’une des
familles actuelles de Diptères.
Hong (1981) a également décrit des mêmes
couches éocènes Platyura noda, dont l’apparte¬
nance aux Orfeliini, sinon aux Platyura ou aux
Orfelia, ne semble pas faire de doute. L’aspect
noduleux de certains flagellomères antennaires,
qui a valu son nom à l’espèce, provient certaine¬
ment d’un éclatement post mortem tel que l’on
peut parfois en observer après un traitement à la
potasse trop brutal, mais P. noda possède cepen¬
dant de fortes apomorphies : réduction à 12 du
nombre de flagellomères antennaires (cf. analyse
des caractères, A. 1.9.3), brièveté de la première
nervure radiale (A.4.5.6) et de l’anale (A.4.5.17)
ainsi que. si l’on en juge par la figure d’ensemble,
prolongement du médiotergite très en arrière du
scutellum (A.2.2.3). Le genre australien Antria-
dophila possède ces apomorphies en commun
Source : MNHN, Paris
24
LOÏC MATILE
avec P. noda. Il en diffère par les microchètes
tibiaux disposés en rangées régulières, les ner¬
vures postérieures nues et la sous-costale réduite.
L’espèce éocène pourrait donc se situer près
d’ Antriadophila, bien que ce dernier soit nette¬
ment plus apomorphe. Je n’ai malheureusement
pu examiner le fossile chinois.
Le genre Kelneria a été décrit de l'ambre de la
Baltique (fin Éocène-début Oligocène) et paraît
aujourd’hui éteint (Matile, 1979a). Il appartient
sans aucun doute aux Macrocerinae, comme le
montre la présence d’un sclérite cérébral ; il
sera donc étudié dans la présente monographie.
D’autres genres de Keroplatidae sont connus de
l’ambre de la Baltique et de sédiments de
l’Oligocène supérieur, et persistent encore dans
la faune holarctique actuelle. Ce sont Macrocera
et Hesperodes pour les Macrocerinae, Palaeopla-
tyura, Asindulum et des membres du complexe
Orfelia pour les Keroplatinae Orfeliini. Schmal-
fuss (1979) a décrit un Proceroplatus de l’ambre
oligocène de la Dominique ; celui-ci montre tous
les caractères des représentants actuels du genre.
Aucun Keroplatini n’est jusqu’ici connu à l’état
fossile, « Keroplatus » major Meunier, de l’ambre
balte, ne pouvant appartenir à cette tribu en
raison de ses palpes pluriarticulés (c/. p. 189).
Enfin Melander (1949) a fait connaître Proa-
pemon infernus du Miocène du Colorado. J’ai pu
examiner ce fossile et j’ai déjà abordé le pro¬
blème de sa position systématique (Matile,
1981a). L’espèce appartient aux Keroplatinae, et
je la classe aujourd’hui dans les Orfeliini en
raison de ses palpes au moins triarticulés. Le
genre se distingue notamment par la perte des
macrochètes des flagellomères antennaires ; ce
caractère sans aucun doute apomorphe (analyse
des caractères, A. 1.9.3) existe chez trois autres
genres d'Orfeliini : Platyura (holarctique), Nichol-
sonomyia (australien) et un genre néotropical
inédit. Ces taxa, ou l’un d’entre eux, forment
peut-être un groupe de parenté avec Proapemon.
La diagnose de Melander indique en outre que
le pédicelle antennaire est cylindrique, environ
quatre fois plus long que son diamètre, état de
caractère qui serait tout à fait exceptionnel
(A. 1.9.2); c’est une erreur d'observation : il
s’agit en réalité de l’extrémité de- l’un des tibias
antérieurs, qui recouvre la base de l’antenne.
En conclusion, les données paléontologiques
établissent qu’il existait en Europe occidentale, il
y a environ 100 millions d’années, des Macroce¬
rinae peu différents des représentants actuels de
cette sous-famille. Ces Schlueterimyia présen¬
taient certaines apomorphies que ne partagent
pas tous les Macrocerinae modernes : position de
R4 à proximité de RI (A.4.5.8) et rupture basale
de M4 (A.4.5.14); ils ne peuvent donc en
représenter une forme ancestrale. Par ailleurs, un
certain nombre de Macrocerinae et d 'Orfeliini
vivaient dans l’Holarctis dès la fin de l’Éocène.
Trois d’entre eux, Kelneria, Proapemon et «Pla¬
tyura » noda ont disparu, mais se situent sans
difficultés majeures auprès de genres récents. Les
autres se classent sans ambiguïté dans les genres
actuels, qui persistent donc inchangés depuis au
moins 40 millions d’années. J’ai montré en outre
qu’une espèce de l’ambre balte, Hesperodes
concinnus (Meunier), était si proche de l’espèce
nord-américaine actuelle Hesperodes johnsoni
Coquillett que l’on pouvait suspecter entre elles
des relations d'espèces-sœurs (Matile, 1980a).
La paléontologie comme la biogéographie
historique permettaient d’assigner aux Keropla¬
tidae un âge minimum remontant au Crétacé
inférieur, voire au Jurassique supérieur, et j’ai
suggéré de dater l’ancêtre commun de cette
famille du Jurassique moyen (Matile, 1981a).
On verra dans la Partie biogéographique du
présent travail que cet âge doit vraisemblable¬
ment être repoussé au Jurassique inférieur.
Matériel et méthodes
Le présent travail est fondé en grande partie
sur les collections de Keroplatidae du Muséum
national d’Histoire naturelle, au départ principa¬
lement européennes. Diverses missions m’ont per¬
mis d’y ajouter de nombreuses espèces exotiques,
surtout afrotropicales : Cameroun et République
Centrafricaine (1967, 1970), Fernando- Poo (1970),
Archipel des Comores, Réunion et Ile Maurice
(1973-1974), République populaire du Congo
(1975). Il faut y ajouter ma participation à
l’Expédition entomologique France-Iran (1965)
et à la Mission Muséum-Antilles (1977), ainsi
qu’un voyage en Nouvelle-Calédonie (1983).
Les collections de Keroplatidae du Muséum
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : INTRODUCTION
25
ont été enrichies également depuis 1970 par les
récoltes de divers chercheurs du Muséum, du
CNRS et de l’ORSTOM. Ce matériel provient
lui aussi en majeure partie de la région afrotropi-
cale : Gabon (M. Donskoff et J. Lebreton ;
J. Legrand), Cameroun (L. Tsacas; L. Tsacas
et D. Lachaise, RCP 318 du CNRS), Côte
d’ivoire (G. Couturier ; D. Lachaise), Sénégal
(G. Couturier; J. Étienne; B. Sigwalt et
D. Pluot-Sigwalt), Congo (P. Carnevale;
L. Trouillet), Kenya (D. Lachaise), Comores
(L. Tsacas) et Séchelles (L. Tsacas). En ce
qui concerne la région néotropicale : Guadeloupe
(J.-J. Menier ; J. Boudinot), Guyane (N. Degal-
lier ; J. Claustre), Brésil (M. Boulard), Pérou
et Nicaragua (Chr. Amédégnato et S. Poulain).
Les premiers Mycetophiloidea connus de Nou¬
velle-Calédonie ont été envoyés au Muséum par
J- Chazeau ; après ma propre mission de 1983,
les connaissances sur la faune de cet archipel ont
été grandement accrues par les récoltes au piège
de Malaise de A. et S. Tillier, Ph. Bouchet et
J. -Chr. Balouet (1985) ; depuis, le déroulement
de l’Action spécifique du Muséum, « Évolution
et Vicariance en Nouvelle-Calédonie» et du
programme ORSTOM, « Caractérisation faunis¬
tique des forêts et maquis non anthropisés de
Nouvelle-Calédonie » a rapporté un matériel très
considérable, récolté par J. Boudinot et surtout
L. Bonnet de Larbogne, J. Chazeau et A. et
S. Tillier.
Cette monographie serait cependant restée très
incomplète si je n’avais pu bénéficier de la
communication des collections, déterminées ou
non, du British Muséum (Nat. Hist.), compre¬
nant notamment presque tous les types d Ed¬
wards et presque les seuls spécimens connus de
la région orientale, de l’U.S. National Muséum
et de la Canadian National Collection (surtout
régions néàrctique et néotropicale), ainsi que de
l’intégralité des Keroplatidae néotropicaux de la
collection Lane, déposée au Musée de Zoologie
de Sào Paulo ; des collections afrotropicales du
Musée de Tervuren et de l’Institut Royal des
Sciences naturelles de Belgique, et des récoltes au
Nigeria de J. Deeming et J. T. Medler; des
collections sud-africaines et malgaches du Musée
du -Natal, cinghalaises du Musée de Lund, de
celles du Sulawesi ( Project Wallace), conservées
au National Muséum of Wales ; des collections
australiennes de l’Australian National Insect
Collection, néo-guinéennes et néo-calédoniennes
du Bishop Muséum. Enfin, j’ai obtenu des
échantillons variés, et surtout la communica¬
tion d’holotypes, grâce à quantité de respon¬
sables de collections, qui seront énumérés dans
les « remerciements » à la fin du présent travail.
Je crois avoir bénéficié ainsi d’une bonne
vision d’ensemble des faunes kéroplatidiennes
paléarctique, néàrctique, afrotropicale et néo¬
tropicale. En ce qui concerne les taxa étudiés
ici, Arachnocampinae, Macrocerinae et Keropla-
tinae Keroplatini, j’ai pu examiner en effet la
plupart des espèces décrites, le plus souvent y
compris les holotypes ; je n’ai cependant vu
qu’environ la moitié des espèces composant le
genre Macrocera. Par contre il est certain que
nous n’avons qu’un tableau fragmentaire des
faunes orientale, australasienne et océanienne,
sur lesquelles un gros effort reste à accomplir ;
la multiplication des pièges de Malaise permet
ici un certain optimisme pour l’avenir. D’autres
mèneront sans nul doute des recherches ulté¬
rieures qui révéleront à quel point la monogra¬
phie présentée aujourd’hui est incomplète : elle
n’a pas l’ambition d’être autre chose qu’un point
de départ.
Les imagos des Keroplatidae se préparent
suivant les mêmes méthodes que la plupart des
autres Diptères (voir par exemple l’excellente
mise au point in Stubbs & Chandler, 1978). Je
me bornerai à dire ici que pour des raisons de
facilité de manipulation comme de bonne conser¬
vation, il est préférable de disposer d’exemplaires
montés à sec, soit sur minutie, soit collés latérale¬
ment sur une pointe de bristol. Le matériel
récolté en milieu liquide par divers pièges a donc
été préparé par la méthode de Sabrosky (1966),
le cellosolve étant remplacé par l’éther mono¬
éthylique de l’éthylène-glycol.
Les genitalia mâles doivent impérativement
être étudiés après éclaircissage à la potasse à
10 %, éventuellement avec coloration au noir
chlorazol (Carayon, 1969) pour les structures
fines ; ils sont examinés dans la glycérine ou la
gélatine glycérinée. Il est de beaucoup préférable
de les conserver dans des microtubes contenant
de la glycérine et fixés sur l’épingle même de
l’insecte, plutôt que d’en faire des préparations
microscopiques définitives ; il demeure ainsi tou¬
jours possible de mener plus loin une dissection,
ou de dessiner d’autres structures.
Les dissections se font sous la loupe binocu¬
laire. Elles n’ont besoin d’être poussées que pour
Source : MNHN, Paris
26
LOÏC MATILE
étudier le phallosome. Dans ce but, il faut
dissocier le tergite IX du synsclérite gonocoxal en
dilacérant délicatement la membrane qui relie les
deux pièces ; on obtient alors une vue dorsale.
Une brève coloration au noir chlorazol permet
ensuite de distinguer les apodèmes et les mem¬
branes à rompre pour extraire l'organe entier ;
il est bon de surcolorer celui-ci après étude,
de façon à le retrouver rapidement, si besoin,
dans le microtube à genitalia. La tête et le
thorax s’étudient de la même façon. Les geni¬
talia femelles, souvent invaginés, exigent davan¬
tage de précautions : il faut colorer, éventuelle¬
ment retraiter à la potasse, au fur et à mesure
que progresse la dissection.
En ce qui concerne les larves, les capsules
céphaliques sont également éclaircies à la potasse
à 10 %. Lorsqu’elles sont fortement pigmentées,
il peut être nécessaire de recourir à l’eau
oxygénée à 30 volumes. Les colorations ont
parfois été faites au carmin boracique, mais le
plus souvent au noir chlorazol ; cette technique
donne chez les larves des résultats remarquables.
On notera que les dissections de larves doivent
être effectuées avec un soin particulier si l’on
veut mettre en évidence la totalité des organes de
la tête, et en particulier le tentorium. Tout effort
de traction sur la capsule céphalique elle-même
aboutira probablement à la rupture du pont
tentorial postérieur, et immanquablement à celle
des bras tentoriaux antérieurs, qui ont pour cette
raison échappé jusqu’ici à tous les chercheurs.
Que ce soit pour une dissection-coloration clas¬
sique ou pour l’examen au microscope électro¬
nique à balayage, il convient d’ouvrir la larve
par la face ventrale du thorax, bien en arrière
de la tête : le métathorax est le mieux. Pro¬
gresser ensuite très délicatement, au moyen de
micro-aiguilles ou d’un éclat de lame de rasoir
emmanché, jusqu’à la membrane collaire, en
ne prenant appui que sur la cuticule thoracique.
La membrane collaire doit être complètement
détachée de la tête si l’on veut observer les
structures postoccipitales dorsales, entièrement
transparentes, et qui sans cela ne prendraient pas
le colorant.
Pour l’étude du thorax et de l’abdomen, il faut
au contraire ouvrir par la face dorsale, les faces
latérales et ventrale portant les structures les plus
intéressantes (stigmates, zones spinuleuses et
écailleuses, sensilles). L’incision se fera sur toute
la longueur de la larve et servira ainsi à marquer
la ligne sagittale dorsale, puisque les segments
devront ensuite être découpés en morceaux de
taille appropriée au porte-objet du microscope à
balayage.
L’interprétation des différentes régions cuticu-
laires est souvent facilitée par un recours à
l’anatomie interne. Pour la dissection des larves,
fixées au Bouin ou à l’AFT (Carayon, 1969), ou
vivantes et dans ce cas anesthésiées à l’éther
sulfurique, l’utilisation du simple bleu de méthy¬
lène, projeté à la pipette comme le noir chlora¬
zol, est extrêmement satisfaisante. Comme ce
colorant est très peu pénétrant, la dissection peut
se faire plan par plan, les organes apparaissant
d’autant plus bleus qu’ils sont superficiels. Se
détachant sur la masse plus profonde, pas encore
colorée, ils peuvent être dessinés et enlevés en
toute connaissance de cause ; comme avec le noir
chlorazol, les zones plus intéressantes peuvent
être surcolorées. Le bleu de méthylène présente
en outre l’avantage de se fixer fortement sur les
corps gras, si gênants au cours d’une dissection,
et qui deviennent presque noirs, donc faciles à
éliminer. Noir chlorazol et bleu de méthylène
peuvent être employés sur la même pièce. Cepen¬
dant, ces deux colorants sont fugaces, surtout le
dernier, et les montages définitifs entre lame et
lamelle ont été colorés au carmin ou au Van
Gieson.
Des coupes histologiques à 7 et 10 microns ont
également été réalisées, et colorées à l’hémalun-
éosine, au trichromique hématoxyline-éosine-fast
Green et au trichromique de Masson modifié au
bleu d'aniline, cette dernière coloration étant
particulièrement utile à l’étude des structures
cuticulaires fines. Le microscope électronique à
balayage a également été utilisé pour l’étude de
celles-ci.
Les dessins ont été mis en place à la chambre
claire et exécutés sur carte à gratter ou sur
calque. La différence dans la sûreté et la finesse
du trait mettra aisément en évidence ceux qui ont
été réalisés par l’auteur et ceux qui sont dûs au
grand talent de M. G. Hodebert, qui en a réalisé
près des deux tiers.
Les dimensions des ailes (arrondies au dixième
de mm) et les rapports de longueur des différents
organes ont été mesurés à l’aide d’un micromètre
oculaire et d'un micromètre objectif.
Source : MNHN, Paris
ÉLÉMENTS OC MORPHOLOGIE
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
INTRODUCTION
La morphologie cuticulaire est la clé de toute
étude systématique et phylogénétique des Insectes.
Le squelette externe de ceux-ci représente une
véritable banque de données où sont inscrits
littéralement des centaines de caractères rapide¬
ment accessibles par simple examen microsco¬
pique. Dans l’état actuel de nos connaissances
sur les Mycetophiloidea, et même en supposant
qu’un matériel vivant aussi nombreux que varié
soit disponible, je doute fort qu’il existe un autre
moyen d’étude susceptible, et de loin, de fournir
autant de données.
La morphologie cuticulaire des Mycetophiloi¬
dea en général, et des Keroplatidae en particu¬
lier, n’a fait l’objet que d’un nombre restreint de
travaux, en dehors de brefs paragraphes à voca¬
tion systématique parfois démarqués les uns sur
les autres ; quelques monographies ont cepen¬
dant été consacrées à tel ou tel organe imaginai
ou larvaire. Plus rares encore sont les publica¬
tions de morphologie comparée. On trouvera ces
références en leur lieu et place dans cette Pre¬
mière Partie.
Il ne s’agit pas ici de présenter une étude
exhaustive de la morphologie cuticulaire des
Keroplatidae, mais de définir des caractères,
des homologies, une nomenclature, dont la ma¬
jeure partie sera utile par la suite à des
comparaisons, systématiques ou phylogénétiques.
Cette partie comprend donc la description des
imagos, nymphes et larves des genres-types des
trois sous-familles de Keroplatidae, représentés
chaque fois que possible par leur espèce-type.
Ces descriptions sont limitées au maximum dans
le texte, les illustrations devant compenser cette
brièveté. La plupart des caractères figurés, mais
non commentés, ont été mis de côté parce qu’à la
lumière des recherches entreprises, ils ne sem¬
blaient pas devoir apporter d’éléments utiles aux
Parties systématique et phylogénétique de cette
monographie. Par ailleurs beaucoup d’entre eux
(les phragmes, par exemple), qui semblaient
pouvoir fournir des données significatives, ont
été abandonnés parce que leur observation chez
tous les taxa en cause exigeait la destruction
d’exemplaires uniques ou n’appartenant pas au
Muséum. Pour les mêmes raisons, je n’ai pu faire
appel à la microscopie électronique à balayage
aussi souvent que je l’aurais souhaité. Je donne
cependant pour les larves une série de photogra¬
phies destinées à donner une image plus parlante
des reliefs et des formes et à préciser certains
points de morphologie fine.
La nomenclature morphologique adoptée ici
se rapproche le plus possible de celle du Marnai
of Nearctic Diptera (McAlpine et al., 1981), à
mon avis destiné à devenir l’ouvrage diptérolo-
gique de référence pour le prochain demi-siècle.
Je suis néanmoins conscient du fait que bien des
points de cet ouvrage sont sujets à discussion,
notamment en ce qui concerne les homologies
entre Nématocères et Brachycères. Il paraît
toutefois raisonnablement certain que les termes
employés ici chez les Mycetophiloidea s’appli¬
quent bien à des organes homologues à ceux des
autres Bibionomorpha (Cecidomyioidea, Bibio-
noidea, etc.) et peuvent donc bien servir à des
comparaisons « hors groupe ». Les cas douteux
seront discutés dans les paragraphes appropriés.
L’analyse cladistique reposant sur la morpho¬
logie comparée, de nombreux points importants
ou de détail seront traités dans les pages consa¬
crées à l’analyse des principaux caractères et des
tendances évolutives des Keroplatidae.
Source : MNHN, Paris
L’IMAGO
TÊTE
La tête des Diptères a fait l’objet depuis
Blanchard (1850) de bien des travaux mor¬
phologiques ou descriptifs d’importance va¬
riable. Ils ont surtout été consacrés aux Brachy-
cères supérieurs et aux Nématocères piqueurs,
notamment aux Culicidae ; les autres Némato¬
cères ont été considérablement négligés. Ainsi
Dknis & Bitsch, dans leur mise au point de
1973, ne consacrent aux Nématocères non vulné-
rants que deux pages sur les Tipuloidea. Il serait
inutile de citer ici des dizaines de travaux
purement descriptifs sur les pièces buccales de
divers Nématocères, qui n’apporteraient rien à
nos connaissances sur les Mycetophiloidea. On
trouvera dans Matsuda (1965), Hennig (1973)
et Denis & Bitsch (1973) bon nombre de
références.
En ce qui concerne la tête imaginale, les
Mycetophiloidea ont rarement été étudiés dans
des buts autres que systématique, les caractères
recherchés portant sur les ocelles et leur position,
les antennes et les palpes, éventuellement la
trompe. Parmi les travaux de morphologie, je
citerai pour mémoire celui de Becher (1882),
dans lequel les pièces buccales d’une trentaine de
familles de Diptères sont illustrées et brièvement
décrites. Pour les Mycetophiloidea, il s’agit de
Lycoria thomae (Sciaridae), Mycelophila punc-
tata(= M.fungorum, Mycetophilidae) et d'Asin-
dulum fémorale (= A. nigrum, Keroplatidae).
Becher y compare le labium d'Asindulum à celui
de Pulex, appuyant ainsi l’étrange assertion
d’OsTEN Sacken (1878) selon laquelle les Myce¬
tophiloidea sont directement apparentés aux
Puces.
Frey (1913) a étudié en détail la tête de
représentants des Sciaridae, Bolitophilidae, Dia-
docidiidae et Mycetophilidae, qu’il compare aux
Cecidomyiidae. Ce travail porte surtout sur la
trompe. Entre autres points, Frey attire pour la
première fois l’attention sur les pseudotrachées
qui, selon leur développement, permettent d’oppo¬
ser les Mycetophilidae proprement dits aux
autres Mycetophiloidea. 11 mentionne aussi la
réduction de la maxille et de la galea, les
variations du labium, etc. De la comparaison
entreprise, il tire la conclusion que Mycetophi¬
loidea et Cecidomyiidae forment ensemble un
groupement naturel.
Hoyt (1952), dans un travail sur l’évolution
des pièces buccales des Diptères, étudie celles des
genres Mycomya et Mycelophila (Mycetophi¬
lidae). En dehors de ses bonnes illustrations, il
apporte peu d’éléments nouveaux à l’excellent
travail de Frey, dont il ne semble pas avoir
eu connaissance. Parmi les autres travaux men¬
tionnant plus ou moins explicitement la struc¬
ture céphalique imaginale des Mycetophiloidea,
Crampton (1942) s’intéresse à deux espèces
à pièces buccales allongées, appartenant aux
genres Asindulum (Keroplatidae) et Gnoriste
(Mycetophilidae). Shaw (1952) décrit briève¬
ment la tête de Palaeoplatyura (Keroplatidae),
Matile (1962) celle de Speolepta (Mycetophi¬
lidae) et Steffan (1966) celle de Lycoriella
(Sciaridae). On trouvera une courte description
du « phragme occipital » des Keroplatidae Ma-
crocerinae in Matile (1973a, 1981a) et quelques
données sur les différentes modalités d’allonge¬
ment de la trompe chez les Keroplatidae in
Matile (1976a, 1981c). Vockeroth (1981) ré¬
sume les principales variations de la capsule
céphalique et des pièces buccales des Mycetophi¬
loidea, Sciaridae exclus.
Arachnocampa luminosa (fîg. 1-5)
Tête subsphérique, aplatie d'avant en arrière,
un peu plus large que haute. Foramen magnum
en position médiane (fig. 1034, p. 387).
Yeux grands, largement séparés l’un de l’autre,
un peu moins au niveau de la face ; nettement
échancrés au niveau des fosses antennaires. Pilo-
Source : MNHN, Paris
LES KER0PLAT1DAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
31
Fig. 1-5. Arachnocmpa luminosa, lête : I, vue frontale; 2. vue paracaudale; 3, vue dorsale; 4, vue paralatérale, œil
composé gauche en grande partie sectionné ; 5. labclle, face ventrale.
ac! : antéclypéus ; aprm : apodème prémental ; car : cardo ; Cl : clypéus ; co : condyle occipital ; F : face ;
f an! : fosse antennaire ; FM : foramen magnum ; FR : front ; H : hypopharynx ; L : labre ; La : labclle ; MT :
métalcntorina ; oc m : ocelle médian ; Œ : œil composé ; os : orifice salivaire ; par : parocciput ; pci : postclypéus ; ped :
pédiccllc ; pf : palpifère ; pu : postgène ; plir oc : phragme oculaire ; phr occ : phragme occipital ; plir pg : phragme
postgénal ; PM X : palpe maxillaire ; prm : prémentum ; PT : prétentorina ; sc : scape ; sel ani : sclérite antennaire ; sel
moc : sclérite médiocellaire ; sif: sillon frontal ; si int-ant : sillon interantennaire ; smx : segment maxillaire ; sli : stipes ;
siom : stomodeum ; T : tentorium ; (/ : tubercule frontal ; V : vertex.
sité longue et fine entre les ommatidies. Trois
ocelles, le médian non réduit, chacun placé sur
son propre calus, le calus médian plus petit et
situé plus en arrière que les externes. Le calus
ocellaire médian est séparé des latéraux par une
suture nette et se trouve sur un sclérite triangu¬
laire également séparé du front par une suture.
Ce sclérite dont je n’ai pas trouvé d’équivalent
chez les autres Keroplatidae est ici nommé
sclérite médiocellaire (fig. 1, 3-4 : sic moc).
Occiput court et large, parocciput légèrement
saillant, non délimité par une suture distincte.
Front large, dénudé, divisé en deux par un sillon
frontal, formant un tubercule frontal bilobé
saillant entre les fosses antennaires ; celles-ci
grandes, rectangulaires à angles arrondis. Sillon
interantennaire prolongé jusqu’à la marge dor¬
sale de la face. Face entièrement divisée en deux
par le clypéus, et donc réduite à deux bandelettes
latérales dénudées, hautes mais étroites. Clypéus
divisé en deux lobes par une zone membraneuse
indistincte. Lobe dorsal formant un calus sail-
Source : MNHN, Paris
32
LOÏC M ATI LE
lant et cilié. Lobe ventral moins prononcé,
dénudé, peu sclérifié. Subgènes entièrement mem¬
braneuses (si l’on en juge par les figures, elles
semblent absentes chez les Mycetophilidae étu¬
diés par Hoyt). Les postgènes ne se séparent que
topologiquement de l’occiput : ce sont les zones
postcraniales situées ventralement au foramen
magnum ; elles sont larges, bien sclérifiées, et
portent le long de la marge oculaire de fortes
soies, longues et courtes. Postocciput, occiput et
vertex également ciliés, les soies plus longues vers
la marge oculaire. Segment maxillaire grand,
mais largement séparé, de part et d’autre, par
une aire membraneuse.
La capsule céphalique est renforcée à l’inté¬
rieur (fig. 4) par un phragme oculaire puissant,
très développé, surtout en avant, faisant prati¬
quement le tour de l’œil, interrompu seulement
au niveau du front. Le phragme occipital est plus
étroit mais aussi fortement sclérifié ; il s’étend
du bord dorsal du foramen magnum aux méta-
tentorina. Il existe encore un phragme postgénal,
mais réduit et peu sclérifié, situé juste en avant
des métatentorina. L’ensemble formé par les
phragmes occipital et postgénal est relié au
phragme oculaire par un tentorium en tube
mince, dépourvu d’expansions latérales, seule¬
ment un peu élargi au niveau de ses insertions
sur les phragmes (fig. 4 : T). Prétentorina au
niveau clypéal (fig. 1 : PT), métatentorina au
niveau du quart ventral du segment maxillaire
(fig. 2 : MT).
Sclérite antennaire petit, triangulaire, les an¬
tennes s’insérant en majeure partie sur la mem¬
brane de la fosse antennaire (fig. 1). Antennes
filiformes, à peine plus longues que la tête et le
thorax ensemble (fig. 248). Scape grand, subcy¬
lindrique, pédicelle plus petit, cylindrique (fig. 1,
3-4). Quatorze flagellomères, le premier cylin¬
drique allongé, les suivants cylindriques, plus
courts et progressivement plus étroits. Pas de
macrochètes, ni dorsaux, ni ventraux.
Trompe courte, mais bien saillante au-dessous
du bord ventral des yeux (fig. 1-2). Labre
membraneux latéralement, sclérifié à la base et
sur la ligne médiane. Hypopharynx en lame
triangulaire allongée, l’orifice salivaire en posi¬
tion subapicale. Maxilles : cardo court, stipes
allongés en bandelette mince, pas d’endite maxil¬
laire visible (fig. 2). Palpes maxillaires allongés,
pendants, plus longs que la trompe. Palpifère
membraneux dorsalement, sclérifié et sétifère
ventralement 4. Quatre palpomères, les trois pre¬
miers courts et épais, le dernier allongé. Pas de
sensorium distinct sur le deuxième palpomère,
mais des cryptes dorsales contiguës contenant
chacune une soie courte et claire. Labium :
postmentum absent. Prémentum bien développé
mais membraneux à la base, ne portant qu’une
soie de chaque côté. Apodème prémental bien
sclérifié, en Y. Labelles formant un segment
unique. Pseudotrachées représentées par un sil¬
lon interne peu profond bordé de quelques soies
différenciées (fig. 5).
Macrocera lutea (fig. 6-11)
Tête subsphérique, aplatie d’avant en arrière,
plus large que haute, insérée juste en dessous
de la marge antérieure du scutum, et par consé¬
quent foramen magnum en position subdorsale
(fig. 1035, p. 387).
Yeux grands, largement séparés l'un de l’autre,
occupant latéralement la plus grande partie de la
capsule céphalique, marge interne légèrement
échancrée au niveau de l’insertion des antennes ;
des soies courtes entre les ommatidies. Trois
ocelles de grande taille, proches les uns des
autres, le médian non réduit. Ils sont situés à la
marge antérieure d’un sclérite subquadrangulaire
s’étendant en arrière presque jusqu’au foramen
magnum (fig. 8 : sel c). Ce sclérite est nettement
séparé du reste du vertex par des sutures et est
rebordé antérieurement, où il surplombe le front.
Dans des publications antérieures, je l’ai baptisé
improprement « phragme céphalique » ou «occi¬
pital » : le terme de phragme est en effet réservé
à des structures cuticulaires invaginées. Topo¬
graphiquement, ce sclérite est analogue au sclé¬
rite médio-occipital des Brachycères. 11 n’en est
sans doute pas homologue, car chez eux cette
région n’est marquée que superficiellement, et
non délimitée par des sutures. Robineau-Des-
voidy (1830) l’avait baptisé «cérébral » 5, et par
analogie je nommerai donc ici «sclérite céré-
4. J’ai conservé la nomenclalure traditionnelle, notamment celle de Séguy (1951, 1967), mais pour la plupart des
auteurs le palpifère est nommé premier palpomère, le plan de base des Nématocères étant un palpe de cinq articles ; voir
l’analyse des caractères (A. 1.10).
5. Denis & Bitsch (1973) attribuent à tort ce terme à Hendel (1928).
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
33
bral » cette structure des Macrocera. En arrière
de ce sclérite, un sclérite en arceau, le parocciput,
le sépare du foramen magnum (fig. 7-9 : par) ; il
porte les deux condyles occipitaux et l’insertion
d’une partie de la membrane collaire.
Surplombé par la marge antérieure du sclérite
cérébral, le front est large, dénudé, et porte un
tubercule peu saillant le long de la ligne médiane.
Latéralement, il se prolonge jusqu’au sclérite
antennaire auquel il s’accole. Fosses antennaires
grandes, séparées par un profond sillon interan-
tennaire sclérifié. Face nue, haute latéralement,
rétrécie au milieu où elle est profondément
échancrée pour le logement du clypéus. Les
prétentorina s’ouvrent à son tiers inférieur, entre
le bord externe et le sclérite oculaire (fig. 6 :
PT). Clypéus en bouclier saillant, triangulaire à
angles arrondis, portant quelques longues soies
dorsales, membraneux et dénudé ventralement.
Subgènes très réduites, représentées par une aire
subgénale formée d’une mince bandelette située à
la face postérieure de la tête, entre palpifère et
métatentorina (fig. 7 : a sbg). Postgènes larges et
bien développées (fig. 7 : pg). Segment maxillaire
réduit mais distinct, situé le long des postgènes
dorsalement aux métatentorina ; à ce niveau
s’insère le cardo. Une large zone membraneuse
s’étend du foramen magnum à la trompe.
Fig. 6-9. Macrocera Iulea, lètc : 6, vue frontale ; 7, vue caudale ; 8, vue dorsale ; 9, vue latérale.
aprm : apodème prémental ; a subg : aire subgénale ; car : cardo ; CL : clypéus ; co : condyle occipital ; emx :
endite maxillaire ; F: face ;/ ant : fosse antennaire ;fl I : premier (lagellomère ; FM : foramen magnum ; FR : front ; H :
hypopharynx ; L : labre ; La 1,2 : labclle 1.2; MT : métatentorina ; oc : ocelles \Occ : occiput ; Œ : œil composé ; o s :
orifice salivaire; Par : parocciput; ped : pédicellc ; pf : palpifère; pg : postgène; PMX : palpe maxillaire; pom :
postmenlum ; prm : prémentum ; PT : prétentorina ; s ant : suture antennaire ; sc : scape ; sel ant : sclérite antennaire ;
.v cl-f : suture clypéo-frontale ; sel c : sclérite cérébral ; sel oc : sclérite oculaire ; sf : suture frontale ; s int-ant : sillon
interantennaire ; .ï mx : segment maxillaire ; s oc : suture oculaire ; sti : stipes ; tf : tubercule frontal ; V : vertex.
Source : MNHN, Paris
34
LOÏC M ATI LE
Phragme oculaire puissant, s’étendant du sclé-
rite antennaire en avant au quart ventral des
postgènes en arrière. Phragme occipital plus
faible, allant du bord dorsal du foramen ma¬
gnum aux métatentorina. Pas de phragme post-
génal distinct (fig. 10). Les deux phragmes sont
reliés par le tentorium, légèrement oblique de
dedans en dehors et de haut en bas. Il est formé
de deux bras. Le bras postérieur (bp T) est très
court et fortement courbé ; il se prolonge en
arrière par deux crêtes accolées au phragme
occipital, une dorsale courte et une ventrale
longue. Le bras antérieur (ba T), plus long,
s’élargit en lame de part et d’autre du tube
tentorial proprement dit.
Antennes longues et filiformes, environ doubles
de la longueur du corps chez le mâle, subégales à
cette longueur chez la femelle. Scape très grand,
cylindrique, épais ; pédicelle plus petit et plus
court (fig. 6, 8, 9). Quatorze flagellomères cylin¬
driques, allongés, portant des microchètes irré¬
gulièrement disposés et des macrochètes ven¬
traux, surtout nombreux dans la moitié basale,
ces macrochètes environ aussi longs que le
diamètre des flagellomères correspondants ; pas
de macrochètes dorsaux. Sclérite antennaire bien
développé, séparé du front par une suture, le
front participant apparemment lui aussi à l’articu¬
lation antennaire (fig. 6).
Trompe courte, inférieure à la moitié du plus
grand diamètre des yeux. Labre membraneux
latéralement ; formant dorsalement un triangle
sclérifié dont les angles basaux se prolongent vers
les tormae et dont le sommet se poursuit par un
Y renversé encadrant l’orifice buccal (fig. 6).
Ventralement, paroi épipharyngienne sclérifiée.
Hypopharynx en petite lame fortement rétrécie à
l’apex ; orifice salivaire en position à peu près
médiane. Maxilles : cardo et stipes en bandelettes
minces (fig. 7), présentant le même aspect que
chez Mycomya (Hoyt, 1952), sous-tendant la
membrane postcraniale. Endite maxillaire très
Fig. 10-11. — Macrocera Iulea, tête : 10, vue antérolatérale, œil composé droit en grande partie enlevé; 11, labellc, vue
latéro-ventrale.
baT : bras antérieur du tentorium ; bpT : bras postérieur du tentorium ; CL : clypéus ; F : face ; L : labre ; La I,
2 : labelle 1, 2 ; MT : métatentorina ; Œ : œil composé ; par : parocciput ; phr occ : phragme occipital ; PMX : palpe
maxillaire ; PT : prétentorina ; sc : scape ; sel c : sclérite cérébral ; sli : stipes ; siom : stomodeum.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
35
court, à peine visible entre la base des palpes et
les labelles. Palpifère peu distinct en avant, bien
marqué en arrière. Quatre palpomères, le pre¬
mier et le dernier cylindriques allongés, les deux
intermédiaires plus courts. Pas d’aire sensorielle
différenciée sur le deuxième palpomère, mais elle
est probablement représentée par quelques soies
dorsales courtes dont la base est plus profon¬
dément enfoncée dans la cuticule que celle des
autres chètes. Labium : postmentum réduit à un
petit sclérite allongé médian. Prémentum bien
développé (fig. 7), divisé par l’apodème prémen¬
tal en deux lobes latéraux saillants et por¬
tant quelques longues soies. Labelles divisées en
deux segments, le premier réduit, le second bien
développé. Pas de vraies pseudotrachées, mais
une rangée de soies plus épaisses, régulièrement
disposées à la marge interne de chaque labelle
apicale, le long d’un sillon large mais peu distinct
(fig- 11).
Keroplatus tipuloides (fig. 12-17)
Tête subsphérique, assez fortement aplatie
d’avant en arrière, un peu plus large que haute,
le foramen magnum un peu plus ventral que chez
Macrocera (fig. 1036, p. 387).
Yeux grands, à pilosité dressée, largement
séparés l’un de l’autre dorsalement, plus proches
au niveau de la face et de la trompe, non
émarginés au niveau des antennes. Trois ocelles
rapprochés les uns des autres, le médian nette¬
ment plus petit que les latéraux, tous trois situés
sur un calus commun trilobé et saillant. Un
sillon dorsal net s’étendant du parocciput à
l’apex du front et marqué à l’intérieur de
la capsule céphalique par un phragme distinct.
Vertex, occiput et calus ocellaire portant de
courtes soies couchées. Parocciput saillant, tra¬
pézoïdal, non séparé distinctement de l’occiput.
Front large, peu sclérifié, dénudé, profondé¬
ment séparé en deux lobes par le sillon frontal,
prolongé en avant par un tubercule frontal
allongé en pointe entre les antennes. Une petite
aire membraneuse sépare le calus ocellaire du
front en haut, des sclérites antennaires en bas.
Fosses antennaires grandes, sillon interanten-
naire net, à bords aigus, prolongé jusqu’à la
marge dorsale du clypéus et marqué par un
phragme. Face nue, subrectangulaire, étroite et
peu sclérifiée ; suture clypéofrontale très indis¬
tincte, ne se traduisant que par une sclérotinisa-
tion un peu moindre (fig. 12). Clypéus saillant,
petit, peu sclérifié, portant quelques cils apicaux.
Pas de subgènes distinctes, leur emplacement
étant membraneux. Postgènes très larges et
portant, comme l’occiput, des soies couchées
dont les périoculaires sont les plus longues.
Segment maxillaire grand, le gauche et le droit
rapprochés au milieu, où ils ne laissent subsister
qu’un espace membraneux réduit (fig. 13).
Squelette interne de la capsule céphalique
(fig. 15) formé des phragmes dorsal, interanten-
naire, postgénal et oculaire, ainsi que du tento-
rium. Phragme occipital large et peu sclérifié,
s’étendant des condyles occipitaux aux métaten-
torina. Phragme postgénal allant de ces dernières
au phragme oculaire, qu’il rejoint au niveau de
l’angle ventral. Phragme oculaire très large et
fortement sclérifié le long du bord interne de
l’œil, plus faible le long du bord externe. Tento-
rium simple, réduit à un tube mince reliant le
phragme occipital au phragme oculaire, et muni
de deux petites expansions aliformes au niveau
de son insertion sur ce dernier. Prétentorina
(fig. 12 : PT) situées entre le clypéus et la marge
oculaire, métatentorina (fig. 13 : MT) au niveau
de la marge ventrale de la partie la plus large du
segment maxillaire.
Antennes courtes, élargies et aplaties (fig. 16).
Scape très volumineux, fortement prolongé en
bec vers l’avant, pédicelle plus petit, discoïde
(fig. 12, 14). Quatorze flagellomères aplatis, bien
plus hauts que larges (fig. 16c), sauf le dernier,
qui est muni d’un apicule terminal (fig. 16b);
pédoncules flagellaires situés en position mé¬
diane. Pilosité antennaire extrêmement courte, de
petits macrochètes dorsaux et ventraux. Sclérite
antennaire réduit à une petite apophyse triangu¬
laire située sous la membrane.
Trompe très courte, pas plus longue que le
plus grand diamètre des fosses antennaires.
Labre petit, triangulaire à base concave, séparé
du clypéus par une zone membraneuse. Hypo-
pharynx en languette peu sclérifiée, orifice sali¬
vaire en position médiane. Cardo et stipes non
distinctement séparés, formant un cardostipes
peu sclérifié et arqué (fig. 13). Pas d’endite
maxillaire. Palpifère indistinct en avant, bien
différencié en arrière, où il est cilié. Palpomères
réduits à deux articles dressés en avant, le dernier
court et épais, portant un sensorium subapical
profond (fig. 12 : sens). Labium : postmentum
Source : MNHN, Paris
36
LOÏC MATILE
Fig. 12-17. — Keroplatus tipuloides, tête : 12, vue frontale ; 13, vue caudale ; 14, vue dorsale ; 15, vue latérale, œil composé
gauche enlevé; 16a, flagelle antennaire; 16b, dernier flagellomèrc; 16c, flagcllomère 10; 17, trompe, vue dorsolaté-
car-sli cardo-stipes ; CL : clypéus ; co : condyle occipital ; F : face ; f am : fosse antennaire ; FM : foramen
magnum ; FR : front ; H : hypopharynx ; La : labelle ; LR : labre ; MT : métatentorina ; oc : ocelles ; Occ : occiput ; CE :
œil composé ; os : orifice salivaire ; Par : paroccipul ; ped : pédicellc ; pf : palpifère ; pg : postgène ; phr oc : phragme
oculaire ; phr occ : phragme occipital ; phr pg : phragme postgénal ; PMX : palpe maxillaire ; prm : prémentum ; PT :
prétentorina ; s ant : suture antennaire ; sc : scape ; sel an I : sclérite antennaire ; .v cl-f : suture clypéofrontale ; sel oc :
sclérite oculaire ; sens : sensorium ; sf : suture frontale ; si f : sillon frontal ; si int-ant : sillon interantennaire ; si occ :
sillon occipital ; smx : segment maxillaire ; s loin : stomodeum ; T : tentorium ; V : vertex.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
37
réduit à un espace quadrangulaire peu sclérifié,
entre les deux cardostipes. Prémentum bien
développé, divisé par un apodème prémental
réduit à deux lobes portant de courtes soies
couchées (fig. 13). Labelles réduites à un seul
segment portant des soies courtes. Pas de pseu¬
dotrachées proprement dites, mais un profond
sillon interne à marge antérieure très nette,
bordée de quelques groupes de soies sensorielles
courtes et épaisses (fig. 17).
Discussion
La comparaison des trois genres étudiés ci-des¬
sus permet tout d’abord de mettre en évidence
des séries clinales de caractères. Ainsi le déplace¬
ment du foramen magnum, en position médiane
chez Arachnocampa, subdorsale chez Macrocera,
Keroplatus représentant un état intermédiaire du
caractère (voir analyse des caractères, A. 1.1.).
On notera la grande réduction du postmentum
chez Macrocera et Keroplatus, son absence chez
Arachnocampa. Également l’apparition d’un sen-
sorium palpai distinct chez Keroplatus, où il
forme une fosse, et les étapes intermédiaires
présentées par Macrocera et Arachnocampa.
Il faut remarquer avec Hoyt (1952) que
l’apparition des pseudotrachées chez les Myceto-
philoidea permet de se faire une idée de la façon
dont se sont formés ces organes chez les Diptères
supérieurs. Chez Macrocera, il n’existe qu’une
rangée de soies différenciées, sans sillon très net,
tandis qu’un sillon bordé de soies s’ouvre chez
Arachnocampa, et surtout chez Keroplatus. D’après
Frey (1913), ces sillons sont absents chez Bolito-
phila et Diadocidia. Hoyt a figuré ceux de
Mycomya (Mycetophilidae Mycomyinae), qui
sont de même type que celui de Keroplatus. Il
existe des pseudotrachées largement séparées les
unes des autres chez Gnoriste (Mycetophilidae
Sciophilinae), beaucoup plus serrées chez Myce-
tophila (Mycetophilidae Mycetophilinae).
Arachnocampa se sépare de tous les autres
Keroplatidae par la présence d’un sclérite médio-
cellaire. L’absence de tout macrochète anten-
naire le distingue de Keroplatus et Macrocera,
mais cet état de caractère se présente chez
quelques genres de Macrocerinae ( Hesperodes ,
Vockerothia, Kelneria, Robsonomyia), comme on
le verra dans l’analyse des caractères (A. 1.9.3.).
La présence d’un sclérite cérébral distingue les
Macrocera et tous les Macrocerinae des deux
autres sous-familles, comme je l’ai déjà précisé
(Matile, 1973a, 1981a); ajoutons que chez
certains genres, ce sclérite peut être incomplète¬
ment séparé du reste de la capsule céphalique
(Paramacrocera, Vockerothia).
Le tentorium est nettement plus complexe chez
Macrocera que chez Arachnocampa et Keropla¬
tus, mais cette structure n’a pas été contrôlée
dans les autres genres, de même que la présence
ou l’absence du phragme postgénal. La face
transverse, plus large que haute, est commune à
tous les Macrocerinae mais se retrouve dans les
genres alliés à Orfelia, tandis que tous ceux
alliés à Keroplatus possèdent une face au moins
aussi haute que large. De même, tous les Macro¬
cerinae ont les labelles bisegmentées, qui sont
aussi très courantes chez les Orfeliini, mais
n’apparaissent pas chez Arachnocampa et les
Keroplatini. L’allongement des antennes chez
Macrocera peut être beaucoup plus prononcé, ou
un peu moins, que chez l’espèce-type ; il se
retrouve chez certains Chiasmoneura.
Le prolongement ventral du front jusqu’aux
sclérites antennaires semble caractéristique des
Macrocerinae. Enfin, Keroplatus et les genres
apparentés se caractérisent par leur nombre
réduit de palpomères (analyse des caractères,
A. 1.10), dont le dernier est épaissi et dressé,
parfois très allongé ( Neoceroplatus ), ainsi que
par leurs antennes élargies et épaissies, parfois
pectinées. Les palpes des Orfeliini ne présentent
pas la même structure et les antennes ne sont
jamais aussi aplaties, mais elles sont parfois
épaissies, rarement pectinées.
RÉGION CERVICALE
La région cervicale (cervix, région collaire)
s’étend de la capsule céphalique en avant au
prothorax en arrière. Pour Snodgrass (1935),
Crampton (1942) et Matsuda (1970), elle est en
majeure partie d’origine thoracique, avec une
participation du segment labial. En grande partie
membraneuse, elle assure la mobilité de la tête
par rapport au thorax. Son étude a été largement
Source : MNHN, Paris
38
LOÏC MATILE
négligée chez les Diptères, bien que Crampton
ait attiré l’attention sur l’importance phylogéné¬
tique qu’elle pourrait présenter dans certains
groupes, notamment chez les Tipuloidea. Les
quelques travaux portant sur cette région du
corps sont cités par Speight (1969) dans son
importante étude sur le prothorax des Diptères
Acalyptères.
Les principaux sclérites de la région cervicale
sont les sclérites cervicaux latéraux, qui s’arti¬
culent en avant aux condyles occipitaux par
l’intermédiaire d’un processus appelé céphali-
gère. Si l’on suit Crampton et Matsuda, on
peut les interpréter comme provenant d’une
plaque impaire d’origine proépisternale, encore
visible chez certains Tipuloidea, et qui se serait
ensuite séparée en plaques latérales paires par
membranisation.
Crampton mentionne l’existence de deux paires
de sclérites plus petits, moins importants et
parfois absents. Des sclérites latéro-antérieurs
existent chez certains Tipuloidea et Mycetophi-
loidea. Plus courante est une paire de sclérites
latéro-postérieurs ; Crampton en signale notam¬
ment, et en illustre une paire partiellement
fusionnée à la propleure, chez un Sciaridae du
genre Sciara (probablement les Bradysia actuels).
Chez un autre Sciaridae, Lycoriella, ce sclérite est
libre (Steffan, 1966). Pour Matsuda (1979), ces
sclérites accessoires sont probablement des néo¬
formations. En dehors des figures et des quelques
lignes de Crampton et de Steffan sur les
Sciaridae, rien ne semble avoir été publié sur la
région cervicale des Mycetophiloidea.
Arachnocampa luminosa (fig. 20-21)
Sclérites latéraux bien développés, fortement
sclérifiés, s’articulant avec la tête par l’inter¬
médiaire de céphaligères allongés, non distincte¬
ment séparés des sclérites. Sclérites cervicaux
ventraux beaucoup plus petits et moins sclérifiés.
non invaginés dans la membrane cervicale, arti¬
culés par un seul point au proépisterne. Pas
d’organe cervical visible.
Macrocera lutea (fig. 24-25)
Sclérites latéraux en baguettes minces munies
d’une expansion dorsale triangulaire. Ces sclé¬
rites s’articulent en avant avec les céphaligères,
en arrière avec les sclérites cervicaux ventraux.
Ceux-ci, minces, sont situés dans une invagina¬
tion de la membrane comme c’est le cas chez les
Acalyptères.
Keroplatus lipuloides et reaumurii (fig. 28)
Sclérites cervicaux latéraux petits et peu sclé¬
rifiés, non reliés aux céphaligères. Ceux-ci soudés
aux sclérites ventraux, saillants, bien développés,
fortement sclérifiés et apparemment formés de
deux parties. La figure 28 représente K. reau¬
murii, mais K. tipuloides n’est pas différent.
Discussion
Dans l’état actuel de nos connaissances sur la
région cervicale des Nématocères, son étude ne
peut nous apporter beaucoup de renseignements.
La diminution de la taille des sclérites latéraux
chez Keroplatus, et la perte de leur liaison avec
les céphaligères, sont des faits curieux, et il est
possible que l’interprétation adoptée ici soit
erronée. La présente configuration pourrait être
le résultat d’une migration en sens inverse des
sclérites ventraux et latéraux, ou encore il a pu
se produire une fusion de ces deux sclérites,
comme le fait que le sclérite « ventral » de mon
interprétation soit divisé en deux pourrait le
laisser penser ; le sclérite latéral serait alors en
réalité une néoformation.
THORAX
La nomenclature des différentes pièces qui
composent le thorax des Insectes est assez com¬
plexe en raison de l’abondance des synonymes :
Crampton s’en plaignait déjà dès 1909. Je
crois donc indispensable d'exposer en détail,
principalement par l’illustration, la nomenclature
adoptée dans ce travail, ici encore celle de
McAlpine (1981). La terminologie du thorax,
rappelons-le, a été fondée par Audouin dès
1824, mais la multiplication des termes parti-
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
39
culiers appliqués à leur groupe par les systé-
maticiens a rapidement compliqué le problème.
Mc Alpine a résumé fort clairement la structure
d’un segment thoracique d’insecte : il se compose
d’une plaque tergale, le notum, de deux plaques
latérales, les pleures, et d’une plaque ventrale, le
sternum.
Le notum se divise plus ou moins distincte¬
ment, d’avant en arrière, en préscutum, scutum
et scutellum. La pleure 6 est divisée par la suture
pleurale en deux sclérites, l’épisterne 7 en avant,
l’épimère en arrière. L’épisterne peut se diviser à
son tour en un anépisterne dorsal et un katépi-
sterne ventral, et de même l’épimère en anépi-
mère et katépimère8.
Quant au sternum 9, il se divise en présternite,
antérieur, et en basisternite, postérieur. Lorsqu’il
s’invagine en deux branches saillantes dans l’in¬
térieur du thorax (furcae), il porte le nom de
furcasternite. L’interprétation du sternum des
Insectes est encore controversée et je me servirai
de ces termes tout en étant conscient qu’ils ne
s’appliquent pas forcément à des sclérites homo¬
logues d’un ordre à l’autre.
Chaque sclérite du thorax peut être affecté du
préfixe pro-, méso- ou méta-, qui précise à quel
segment il appartient. Toutefois, chez les Dip¬
tères, on utilise rarement le préfixe correspon¬
dant à ce segment. Chaque fois que dans les
ouvrages spécialisés, ou dans le présent travail,
on parle d’anépisterne, de katépimère, etc., il
faut entendre qu’il s’agit des éléments méso¬
thoraciques. En effet, le thorax des Diptères
est caractérisé par l’énorme développement du
mésothorax aux dépens du prothorax et du
métathorax. Le prothorax est réduit à deux
arceaux, le dorsal formé par le pronotum et la
propleure, le ventral par le prosternum. Les deux
arceaux sont ou bien séparés par une aire
membraneuse, ou reliés en avant des hanches
antérieures par un pont précoxal sclérifié. En
dehors de son extension, le mésothorax des
Diptères est caractérisé par l’apparition d’un
postnotum, généralement de grande taille chez
les Nématocères. Ce postnotum est situé en
arrière et au-dessous du scutellum. D’après
McAlpine, il représente probablement un acro-
tergite intersegmentaire. Par ailleurs, le stigmate
mésothoracique des Diptères migre vers la marge
antérieure du segment pour se placer juste en
arrière de la propleure. Le métathorax est sur¬
tout réduit dans sa partie notale, dont ne sub¬
siste qu’un mince arceau préabdominal, et dans
sa partie sternale, qui est presque entièrement
invaginée. D’après McAlpine, d’ailleurs, l’aire
sclérifiée de la face métasternale du thorax des
Diptères, entre les hanches postérieures, est au
moins en partie d’origine pleurale.
Plutôt qu’un long exposé, on trouvera figure 18
un diagramme représentant schématiquement les
principaux sclérites et sutures du thorax théo¬
rique d’un Diptère, avec la nomenclature de
McAlpine, laquelle est basée principalement sur
celle de Crampton (1909, 1925), assez largement
suivie depuis, et notamment par Hennig (1973).
Le thorax imaginai est le seul élément des
Mycetophiloidea à avoir fait réellement l’objet
d’études de morphologie comparée : celles de
Crampton (1925), de Shaw (1948b) et de Shaw
& Shaw (1951). Les caractères que Crampton
considère comme propres aux Mycetophiloidea
ressortent d’une assez longue discussion sur la
place du genre Mycetobia, qu’il souhaite inté¬
grer aux Mycetophiloidea plutôt qu’aux Aniso-
podoidea (auxquels il est actuellement rattaché
comme Edwards l’avait proposé dès 1916).
Pour Crampton, les caractères mycétophiloï-
diens sont le rétrécissement de l’épimère méso¬
thoracique et celui du méron, et la tendance de
ces deux sclérites à fusionner. Pour lui, il s’agit là
de caractères très importants, communs à Myce¬
tobia et aux Mycetophiloidea, et qui les unissent
malgré toutes les ressemblances relevées entre
Anisopodoidea et Mycetobia. Il signale en outre
6. D'après le Dictionnaire des termes d' Entomologie de Séguy (1967), ce substantif est masculin, ainsi que les termes qui
en dérivent (proplcurc, mésopleure, etc.). Comme bien d’autres, c’est ce genre que j'ai utilisé jusqu'ici. Cependant, Littré le
donne comme féminin pluriel. Pleure doit donc être utilisée au féminin ; par contre, fort de l'usage entomologique, j'emploierai
le singulier quand ce sera nécessaire.
7. Chaudonnkret (traduction de Matsuda. 1979) traduit ainsi 1‘ épisternite de Matsuda, sans doute pour souligner
qu'il s’agit d'un sclérite pleural, et non sternal. En 1940, Séguy utilise épisternite, mais il choisit épisterne, ou épisternum, en
1967, réservant le terme d'épisternitc aux valves dorsales de l'oviscapte des Orthoptères.
8. L'orthographe correcte serait catépimère, catépisteme ; je me suis plié ici à l’usage qui s’est imposé en anglais et en
allemand.
9. Terme que je préfère au sternite de Chaudonneret, suivant en ceci Séguy : «si [la région ventrale du sternum] est
différenciée en scicritcs séparés, ces derniers prennent le nom de stermtes ».
Source : MNHN, Paris
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LOÏC MATILE
la présence d’un pont précoxal chez Mycetobia et
Sciara, son absence chez tous les Anisopodoidea.
Crampton s’intéresse également à un autre
problème, celui du genre Platyura ( Platyura
auct. = Orfelia). Selon lui, « on a suggéré » que
Platyura diffère suffisamment des autres Myceto-
philoidea pour être élevé au niveau de famille
(Platyuridae). Il ne cite pas l’auteur de cette
suggestion, mais dans un résumé des conclusions
auxquelles il était parvenu, paru dès 1924, il
précise sans donner de référence qu’il s’agit de
Malloch. Il s’agit là de l’important ouvrage de
1917 dans lequel ce dernier auteur propose
explicitement cinq familles de Mycetophiloidea :
Bolitophilidae, Macroceridae, Platyuridae, Myce-
tophilidae et Sciaridae, tandis qu’il suggère de
réunir en une famille distincte Symmerus et
Ditomyia (qui forment actuellement avec quelques
genres alors inconnus de Malloch la famille des
Ditomyiidae). La lecture des clés des familles
indique clairement que les Platyuridae de Mal¬
loch correspondent aux Keroplatidae du présent
travail ; la seule larve étudiée n’est d’ailleurs pas
celle d’un Orfelia, mais bien d’un Keroplatus.
Le problème que se pose Crampton provient
sans doute d’une confusion due au nom inhabi¬
tuel de Platyuridae, synonyme de Keroplatidae,
qu’il a pu croire fondé sur le seul genre Platyura
(synonyme d 'Orfelia, rappelons-le). En effet, il
entreprend de comparer le thorax de Platyura
mendosa, actuellement rangé dans le genre Neo-
platyura, avec Asindulum montanum. Or Neopla-
tyura et Asindulum appartiennent au même grou¬
pement générique (Matile, 1978c). Il n’y a donc
rien d’étonnant à ce que Crampton relève entre
ces deux taxa suffisamment de ressemblances
pour affirmer qu’ils appartiennent à la même
famille. La comparaison avec un Orfelia pro¬
prement dit aurait d’ailleurs abouti à la même
conclusion.
Les recherches de Crampton ont été résumées
par Shaw (1948b), qui étudie la structure pleu¬
rale de 21 genres de Mycetophiloidea, dont les
Keroplatidae Palaeoplatyura, Apemon ( = Pla¬
tyura Meigen), Platyura (= Orfelia), Macrocera
et Fenderomyia. Ce travail vaut surtout par les
dessins, encore que l’illustration de Fenderomyia
corresponde à une déformation post mortem (cf.
p. 377) et que ce taxon soit synonyme de
Macrocera. Cette étude est complétée en 1951
avec la collaboration de Mrs M. M. Shaw. Deux
Keroplatidae supplémentaires sont illustrés, Pro-
ceroplatus et Keroplatus, tandis qu’un spécimen
de Platyroptilon est discuté, mais non figuré. Les
données de Shaw & Shaw seront citées et
commentées en leur lieu et place ; rappelons
seulement que ces auteurs placent Platyura entre
Ditomyiidae et Keroplatidae, et ne considèrent
pas que Macrocera doive être distingué par un
rang hiérarchique supragénérique au sein des
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
41
Keroplatidae. Aucun caractère exclusif n’est
donné pour ceux-ci. Les conclusions phylogéné¬
tiques tirées sont à considérer avec réserve, car
elles sont pour la plupart explicitement fon¬
dées sur des symplésiomorphies et, de plus, ne
prennent en compte que les structures thora¬
ciques pleurales.
Arachnocampa luminosa (fig. 19-21)
Thorax arqué, à peu près aussi long que haut
et bien plus haut que large.
Prothorax. — Antépronotum en arceau, ré¬
tréci à la marge dorsolatérale, portant quelques
soies dressées juste au-dessus de ce rétrécisse¬
ment. Postpronotum distinct du calus huméral,
formant de chaque côté un petit sclérite triangu¬
laire tronqué à l’apex et sétifère dorsalement, qui
s’étend entre la membrane péristigmatique et
l’antépronotum (fig. 20 : ppr). Propleure divisée
en un proépisterne peu étendu et un proépimère
un peu plus petit. Proépisterne incomplètement
séparé de l’antépronotum en arrière et portant
quelques soies à ce niveau, la suture visible
seulement dans la moitié antérieure, où elle
est profonde en avant. Proépimère triangulaire
allongé, très fortement sclérifié, son angle antéro-
ventral en rapport avec la hanche antérieure, son
angle postérieur avec le katépisterne, bien au-
dessous de la suture anapleurale. La propleure
n’entre pas en rapport direct avec le proster¬
num, dont elle est séparée par un espace mem-
Fig. 19-20. — Arachnocampa luminosa , thorax : 19, vue
dorsale; 20, vue latérale, avec les hanches et le premier
segment abdominal.
A : base de l’aile; aes : anépisterne; apr : antépro¬
notum ; asscl : aire sous-scutellaire ; B : balancier ; basant :
basalaire antérieur ; baspos : basalaire postérieur ; hast I :
basisternite 1 ; b seul 1 : bande scutale latérale ; b scut m :
bande scutale médiane ; calh : calus huméral ; em 1,2,3'.
épimère 1, 2, 3; es I. 3 : épisterne 1, 3; fmp : fosse
médioplcurale ; H : hanche; kes : katépisterne; Itgt :
latérotergite ; med : médiotergite ; mtm : métanotum ; pa :
paratergite ; pltr : pleurotrochantin ; ppr : postpronotum ;
sapl : suture anapleurale ; sapos : saillie postscutellaire ;sc :
scutum ; sel cl : sclérite cervical latéral ; sel «’ : sclérite
cervical ventral ; set : scutcllum ; s dors : soies dorsocen-
trales ; smp : suture mésopleurale ; spse : suture préscutale ;
spro : suture propleurale ; s pstal : soies postalaires ; .v scut
m : soies scutcllaircs marginales; s supal : soies supra-
alaires ; si : suture transverse ; St I : sternite abdominal I ;
stga : stigmate antérieur ; stgp : stigmate postérieur .Tl:
tergitc abdominal I.
braneux. Il n’y a donc pas de pont précoxal
(fusion latérale de la propleure et du prosternum
en avant des hanches antérieures) proprement
dit. Prostemum : présternite absent. Basisternite
étroit, peu sclérifié en avant, portant un sillon
sagittal net surtout entre les deux lobes posté¬
rieurs, qui font saillie entre les bases coxales
(fig. 21). Furcastemite large et bien sclérifié, sans
sillon sagittal distinct l0.
10. Si le furcastemite prothoracique des Diptères est habituellement fusionné avec le basisternite mésothoracique, un
furcastemite prolhoracique distinct est connu chez les Nématocères des genres Tipula (Rees & Ferris, 1939), Trichocera et
Anisopus (Hiixyer, 1961, cité par Speight, 1969) et chez la plupart des Culicidae (Harbach & Knight, 1980).
Source : MNHN, Paris
42
LOÏC MATILE
Mésothorax. — Préscutum indistinctement sé¬
paré du scutum, la suture (fig. 19-20 : spsc) et la
fosse scutale étant effacées. Paratergite (fig. 19-
20 : pa) fortement saillant au-dessus de la
membrane pleurale [d’après Colless & McAl-
pine (1970), ce sclérite représente les vestiges
du vrai préscutum, la partie antérieure et dorsale
du thorax traditionnellement appelée préscutum
n’étant pas morphologiquement préscutale].
Le scutum occupe la plus grande partie de la
face dorsale du thorax (fig. 19). Il porte dorsale-
ment une saillie longitudinale médiane partant
du préscutum mais effacée avant le scutellum, et
deux latérales, au contraire effacées en avant. Ces
saillies sont plus fortement colorées et forment
les bandes scutales ; elles correspondent à de
puissantes insertions musculaires. Pas de vraie
rangée de soies acrosticales, seulement quelques
petites soies postérieures disposées dans le pro¬
longement de la bande scutale médiane. Dorso-
centrales présentes, en rangée unisériée à laquelle
s’ajoutent en arrière quelques soies dispersées ;
soies dorsocentrales postérieures nettement plus
longues que les autres. Post-alaires et supra-
alaires non nettement séparées, mélangées de
soies longues et courtes. Calus scutaux peu
distincts, mais par contre suture transverse (fig. 1 9-
20 : st) bien visible, longue. Scutellum petit, semi-
circulaire, portant le long de la marge postérieure
des rangées irrégulières de soies courtes.
Postnotum : médiotergite grand, arrondi, non
anguleux à l’apex, subvertical et peu saillant en
arrière du scutellum ; pas de soies médiotergales.
Immédiatement au-dessous du scutellum s’étend
une étroite aire membraneuse transversale, l’aire
sous-scutellaire. Latérotergites peu étendus, peu
saillants, bien plus hauts que larges, leur grand
axe très légèrement oblique de haut en bas et
d’arrière en avant ; non divisés en zones anater-
gale et katatergale par une suture ou un sillon.
Quelques soies latérotergales courtes et disper¬
sées.
Mésopleure : suture pleurale fortement si¬
nueuse. Dans l’angle rentrant qu’elle forme au
niveau de la suture anapleurale, une dépression
profonde, la fosse médiopleurale (fig. 20 : fmp).
Anépisterne nu, trapézoïdal, séparé en deux
parties inégales par une fissure recouverte de
membrane, postérodorsale (fig. 20 : faes). Taille
du katépisterne double de celle de l’anépisterne ;
pas de soies katépisternales. Entre la marge
ventrale du katépisterne et l’angle postéroba-
Fig. 21. — Arachnocampa luminosa, thorax et premier seg¬
ment abdominal, vue ventrale, hanches enlevées à gauche,
coupées à la base à droite.
aes : anépisterne ; apr : antépronotum ; B : balancier ;
bast 1, 2 : basisternitc i, 2 ; em 2, 3 : épimère 2, 3 ; es 1,3 :
épisteme 1, 3 ; fur 1,2,3 : furca 1, 2, 3 ; furst 1,2,3 :
furcasternite 1,2,3;//: hanche ; kes : katépisterne ; Itgt :
latérotergite ; ppr : postpronotum ; prst 2 : présternite 2 ;
pv mex : processus ventral mésocoxal ; pv miex : processus
ventral métacoxal ; sel cl : sclérite cervical latéral ; sel cv :
sclérite cervical ventral ; Si / : sternite abdominal I ; T I :
tergite abdominal I.
sal de la hanche médiane, se trouve un petit
sclérite que j’interprète sous toutes réserves
comme un pleurotrochantin (fig. 20 ; pltr), bien
que cette structure n’ait été signalée que chez
les Culicimorpha et les genres Tipula (Tipulo-
morpha, Tipulidae) et Plecia (Bibionomorpha,
Bibionidae). Épimère mésothoracique apparem¬
ment formé d’un seul sclérite, classiquement
considéré comme représentant l’anépimère. Ce
sclérite, dépourvu de soies, s’étend des basalaires
à l’angle antérodorsal du métépisterne et n’entre
donc pas en rapport avec la deuxième paire de
hanches. Cependant, comme l’a souligné Cramp-
ton, il est divisé à l’intérieur en deux parties par
un phragme trouvant son origine dans la fosse
médiopleurale. Ce phragme marque peut-être la
délimitation entre la partie anépimérale propre¬
ment dite de l’épimère et sa partie katépimérale,
dont on sait qu’elle persiste sous forme de
sclérite distinct chez beaucoup de Diptères.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
Mésosternum (fig. 21) formé d’un petit pré-
sternite, d’un basisternite court et étroit et d’un
furcasternite relativement large séparant l’une de
l’autre les fosses mésocoxales, portant dorsale-
ment des mésofurcae puissantes et ventralement
des processus coxaux faibles et minces.
Mètathorax. — Métanotum formé d’un arceau
mince, fortement réduit dorsalement, mais por¬
tant de chaque côté, au bord externe, un groupe
de fortes soies scabellaires dressées au-dessus de
la base des balanciers. Métapleure : épisterne
(fig. 20-21 : es 3) quadrangulaire, profondément
séparé en deux parties inégales, la dorsale plus
petite, par un large espace membraneux. Ces
deux sclérites fusionnés au bord postérieur seule¬
ment représentent sans doute le métanépisterne
et le métakatépisteme d’autres Diptères. Le
stigmate postérieur s’ouvre moitié sous l’épi-
mère, moitié sous la marge ventrale du latéroter-
gite, dans une zone membraneuse comprise entre
ces sclérites et le métépisterne. Épimère petit,
séparé de l’épisterne par une suture métapleurale
profonde. Métasternum (fig. 21) formé d’un
furcasternite presque entièrement invaginé, por¬
tant des métafurcae très développées et des
processus métacoxaux minces. L’épisterne et
l’épimère métathoraciques participent ensemble
aux marges externes des fosses coxales posté¬
rieures.
Macrocera lulea (fig. 22-24)
Thorax dans l’ensemble arqué, un peu plus
haut que long et bien plus haut que large.
Fig. 22-23. Macrocera lulea, thorax : 22, vue dorsale ;
23. vue latérale, avec les hanches et le premier segment
abdominal.
A : base de l’aile ; aes : anépisterne ; apr : antéprono-
tum ; assi t : aire sous-scutcllaire ; B : balancier ; basant :
basalaire antérieur ; baspos : basalaire postérieur ; bast I :
basisternite I ; b seul I : bande scutale latérale ; b seul m :
bande scutale médiane ; capos : calus postalaire ; câpre :
calus préalairc; cm I, 2, 3 : épimère I. 2, 3; es I. 3 :
épisterne I, 3 fmp : fosse médioplcuralc : H : hanche;
kes : katépisterne ; Itgt : latérotergite ; med : médiotergite ;
iniin : métanotum ; pu : paratergitc ; ppr : post-pronotum ;
ppr + calh : postpronotum + calus huméral ; pse : préscu¬
tum : s acr : soies acrosticales ; sapl : suture anapleurale ;
sapas : saillie postscutellaire ; sc : scutum ; sel : scutellum ;
.v dors : soies dorsocentrales ; smpl : suture mésopleurale ;
sut tpi : suture métapleurale ; spro : suture propleurale ; .v
pse : suture préscutale ; s pstal : soies postalaires ; ssep :
suture scutale postérieure ; s seul m : soies scutellaires
marginales ; s sapai : soies supra-alaires ; Si I : sternite
abdominal I ; stga : stigmate antérieur ; stgp : stigmate
postérieur; T / : tergite abdominal I.
43
Prothorax petit, peu développé. Antéprono-
tum formé d’un arceau impair légèrement rétréci
sur la ligne médiane. Postpronotum intégré au
calus huméral, dont il n’est pas possible de
distinguer les éléments prothoraciques et méso¬
thoraciques (fig. 22 : ppr + calh). On notera que
je suis ici les interprétations classiques, notam¬
ment de Snodgrass (1935), Crampton (1925,
1942), Speight (1969), Hennig (1973) et McAl-
pine (1981), et non celle adoptée sans explication
par Shaw (1948b) et Shaw & Shaw (1951). Pour
Source : MNHN, Paris
44
LOÏC MATILE
ces derniers, le sclérite dorsal en arceau de
Macrocera représente le postpronotum, l’anté¬
rieur étant formé de la partie dorsale du lobe
interprété habituellement comme le proépisterne.
Hutson, Ackland & Kidd (1980) semblent
avoir partiellement suivi Shaw & Shaw.
Une zone membraneuse située entre l’antépro-
notum, le « calus huméral » et le stigmate anté¬
rieur fait probablement partie du pronotum. La
propleure est composée d’un épisterne relative¬
ment bien développé, cilié, incomplètement sé¬
paré en deux lobes par un sillon antérieur, et
d’un petit épimère triangulaire (propleure de
Hutson et al. ; fig. 23-24 : eml). L’angle pro-
épiméral postérieur est en rapport avec le katé-
pisterne mésothoracique un peu au-dessous de la
suture anapleurale. La propleure est séparée du
prosternum par une large zone membraneuse.
Prosternum (fig. 24) composé d’un présternite
très petit, invaginé, d’un large basisternite divisé
en deux lobes saillants en dehors par un sillon
médian, et d’un furca'sternite réduit, lui aussi
marqué par un sillon sagittal.
Mésothorax très grand, fortement arqué dor-
salement. Mésonotum formé d’un préscutum peu
distinct, d’un scutum très étendu, d’un petit
scutellum et d’un grand médiotergite subvertical.
Le préscutum est peu reconnaissable en raison
de l’effacement de la suture (fig. 22 : spsc) et de la
fosse préscutales, réduites à un sillon et une
dépression peu distincts. Paratergite formé d’une
mince bandelette saillante au-dessus des pleures
(fig. 22-23 : pa). Le scutum occupe la plus grande
partie de la face dorsale du thorax. Bande scutale
médiane étendue du préscutum au scutellum ;
bandes scutales latérales plus courtes en avant
(fig. 22). La bande médiane porte une série de
très petites soies acrosticales. De chaque côté,
entre les bandes latérales et la bande médiane,
une rangée de soies dorsocentrales plus fortes.
Latéralement, entre les bandes latérales et les
paratergites, des soies supra-alaires non dispo¬
sées en rangées distinctes, les externes plus
longues, mais avec des soies intercalaires plus
petites. Le long du bord latéral, le scutum porte
trois saillies : « calus huméral », d’origine mixte
(voir plus haut) en avant, calus préalaire juste
avant l’insertion de l’aile (fig. 22-23 : câpre),
calus postalaire juste en arrière (d°, capos).
Scutellum petit, semicirculaire, portant une ran¬
gée de longues soies marginales, mais dénudé sur
le disque.
Postnotum grand, bien développé. Médioter¬
gite dénudé, haut, convexe arrondi à l’apex,
dépassant assez largement le scutellum en vue
dorsale (fig. 22), séparé de celui-ci par une large
aire sous-scutellaire membraneuse aussi haute
que le scutellum (fig. 23 : assct). Latérotergite de
grande taille, bombé, fortement saillant au-des¬
sus du stigmate postérieur, nu ; grand axe légère-
Fig. 24-25. Macrocera lulea, thorax et région collaire :
24, thorax et premier segment abdominal, vue ventrale,
hanches enlevées à gauche, coupées à la base à droite ; 25 :
région collaire. vue latérale.
aes : anépisterne ; apr : antépronotum ; B : balancier ;
bas i I, 2 : basisternite 1.2; cepli : céphaligère ; em I, 2 :
épimère 1,2 ; es 1,3: épisterne I, 3 ; fur 1,2,3 : furca I, 2,
3 ; fii si 1.2,3 : furcasternite I, 2, 3 ; H : hanche ; kes :
katépisterne ; llgl : latérotergite ; mb cerv : membrane
cervicale ; pg : postgène ; prsi 1. 2 : présternite 1,2; :
préscutum ; pv mcx : processus ventral mésocoxal ; pv
mtcx : processus ventral métacoxal \sclc\ sclérite cervical ;
sel cv : sclérite cervical ventral ; Si / : sternite abdominal I ;
T / : tergite abdominal I.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
45
ment oblique de haut en bas et d’arrière en
avant. Pas de séparation ana-katatergale.
Mésopleure formée d’un épisterne séparé de
l’épimère par une suture pleurale fortement
sinueuse, qui s’enfonce en son milieu en une fosse
médiopleurale bien distincte (fig. 23 : fmp).
Épisterne divisé en deux sclérites par la suture
anapleurale. Anépisterne plus petit que le katé-
pisterne, portant quelques longues soies à la
marge dorsale, non fissuré longitudinalement.
Katépisterne dénudé, faisant légèrement sail¬
lie ventralement au-dessus de l’insertion de la
hanche médiane. Épimère fortement rétréci dans
sa moitié ventrale, entre le katépisterne et le
latérotergite.
Mésosternum réduit mais distinctement divisé
en trois parties (fig. 24). Présternite en forme
d’écusson antérieur à l’expansion ventrale des
katépisternes. Basisternite réduit à une bande¬
lette sagittale. Furcasternite mince, mais allongé,
portant dorsalement les mésofurcae, qui s’enfon¬
cent dans le thorax, et ventralement les processus
mésocoxaux, larges et minces.
Mèlathorax. — Métanotum en mince arceau
s’étendant d’un balancier à l’autre. Métapleure
divisée en deux parties inégales par la suture
métapleurale (fig. 23 : smtpl) : un métépisterne
subquadrangulaire et un métépimère étroit et
moins sclérifié. L’épisterne est lui-même incom¬
plètement divisé par un sillon transversal en une
étroite partie dorsale et une partie ventrale
étendue, sans doute métanépisterne et métakaté-
pisterne (voir plus haut). L’épimère vient en
arrière au contact du premier sternite abdomi¬
nal. Pas de soies métathoraciques. Le stigmate
postérieur s’ouvre dans la membrane entre le
latérotergite et le métépisterne. Métasternum
(fig. 24) réduit à un furcasternite portant dorsa¬
lement les métafurcae et ventralement les proces¬
sus métacoxaux. La partie externe des fosses
métacoxales est formée par les marges ventrales
des métépisternes.
Keroplatus tipuloides et reaumurii (fig. 26-28)
Thorax puissant et massif, peu arqué, un peu
plus long que haut et à peine plus haut que large.
La face sternale (fig. 28) a été illustrée chez
K. reaumurii, faute de matériel suffisant de
K. tipuloides au moment où le présent chapitre
Fig. 26-27. — Keroplatus tipuloides, thorax : 26, vue dor¬
sale ; 27, vue latérale, avec les hanches et le premier
segment abdominal.
A : base de l'aile ; aes : anépisterne ; apr : antéprono-
tum ; asset : aire sous-scutellaire ; B : balancier : basant :
basalaire antérieur ; Baspos : basalaire postérieur ; bast I :
basisternite I ; b seul I : bande scutale latérale ; b seul m :
bande scutale médiane ; calli : calus huméral ; capos : calus
postalaire ; câpre : calus préalaire ; em 1, 2, 3 \ épimère I.
2. 3 ; es 1. 3 : épisterne i, 3 ; faes : fissure anépisternale ;
fmp : fosse médiopleurale ; H : hanche ; kes : katépisterne ;
Itgt : latérotergite ; med : médiotergite ; mtm : métanotum ;
pu : paratergite ; ppr : post-pronotum ; sapl : suture
anapleurale ; sapos : saillie postscutcllaire ; sc : scutum ; cl
cv : sclérite cervical ventral ; set : scutellum ; smp :
suture mésopleurale ; smtpl : suture métapleurale ; spro :
suture propleurale ; s pse : suture préscutalc ; s pial :
soies postalaires ; s scut m : soies scutellaires marginales ;
s supal : soies supra-alaires ; St / : sternite abdominal I ;
stgu : stigmate antérieur ; stgp : stigmate postérieur ; T I :
tergite abdominal I.
Source : MNHN, Paris
46
LOÏC MATILE
fut rédigé. La concordance des structures a été
vérifiée ultérieurement, lorsque du matériel plus
abondant a été disponible.
Prothorax relativement bien développé mais
fortement reporté vers le bas. Antépronotum
formé d’une mince bandelette dorsale dénudée,
très réduite dorsalement, puis de deux lobes
pronotaux, latéraux, couverts de longues soies.
Postpronotum (fig. 27-28 : ppr) réduit à un petit
bourrelet coincé entre l’antépronotum et le calus
huméral, celui-ci grand et saillant, englobant
probablement des éléments postnotaux (fig. 26-
27 : calh). Proépisterne saillant, un peu plus petit
que le lobe pronotal, dont il est incomplètement
séparé en arrière ; comme lui couvert de longues
soies. Proépimère relativement grand, en dièdre
triangulaire dont la marge ventrale relie le
katépisterne mésothoracique à la base de la
hanche antérieure et dont l’apex "se situe au
niveau de la suture anapleurale. Pas de pont
précoxal, mais la propleure est proche du basi-
sternite, dont elle n’est séparée que par un étroit
espace membraneux. Prosternum : présternite
réduit à une bandelette invaginée, presque entiè¬
rement dissimulée en vue dorsale par le basister-
nite, mais s’étendant latéralement, un peu élar¬
gie, jusqu’au niveau du proépisterne (fig. 28 :
prstl). Basisterne grand, couvert de soies courtes,
couchées et serrées, les latérales plus longues et la
zone médiane dénudée (K. tipuloides), ou bien
plus dispersées et plus uniformément réparties
(K. reaumurii ). En arrière, le basisternite est
fortement soulevé en deux lobes latéraux, subpa¬
rallèles à l’apex, à la face interne des hanches,
chez K. tipuloides -, lobes moins saillants chez
K. reaumurii. Un sillon sagittal effacé en avant.
Furcasternite formant un petit triangle dépourvu
de sillon médian (fig. 28 : fustl).
Mésothorax relativement aplati, mais le bord
antérieur quasi-vertical. Préscutum à peine sé¬
paré du scutum par une amorce de suture
préscutale (fig. 26-27 : spsc). Paratergite mince et
étroit (fig. 26-27 : pa). Ensemble préscutum-
scutum présentant des bandes longitudinales
sombres, non situées sur des saillies distinctes
(pas de bandes chez K. reaumurii). Tout le disque
couvert d’une pilosité rase, couchée ; seules les
parties latérales portent des soies plus longues et
plus serrées, notamment un groupe de supra-
alaires au niveau de la base de l’aile. Calus
préalaire (fig. 27 : câpre) très distinct, postalaire
mousse. Scutellum grand, triangulaire à angles
arrondis, pileux sur le disque et portant des soies
marginales plus longues.
Postnotum : médiotergite court et large, dé¬
nudé, anguleux à l’apex, ne dépassant pas le
scutellum en arrière (fig. 26-27). Aire membra¬
neuse sous-scutellaire réduite à une bandelette
légèrement élargie sur la ligne médiane (fig. 27 :
assct). Latérotergite très grand, très fortement
saillant au-dessus de la région pleurale, mas¬
quant la base des balanciers et le stigmate
postérieur ; pileux sur la moitié postérieure.
Grand axe fortement oblique de haut en bas et
d’arrière en avant.
Mésopleure très élargie, occupant la majeure
partie de la face latérale du thorax, latérotergite
exclu. Suture mésopleurale anguleuse au niveau
d’une fosse médiopleurale peu marquée (fig. 27 :
fmp). Anépisterne subtriangulaire, bombé, por-
Fig. 28. Keroplalus reaumurii, thorax et premier segment
abdominal, vue ventrale, hanches enlevées à gauche,
coupées à la base à droite.
aes : anépisterne ; apr : antépronotum ; B : balancier ;
bas 1 1.2: basisternite 1,2; ceph : céphaligère ; em l, 2, 3 :
épimère 1, 2, 3 ; es I, 3 : épisteme 1,3; fur 1,2,3 :
furca I, 2, 3 \fust 1,2,3 : furcasternite 1, 2, 3 ; H : hanche ;
kes : katépisterne ; hgl : latérotergite ; ppr : postprono¬
tum ; prsl 1,2 : présternite 1,2 ; pv mcx : processus ventral
mésocoxal ; sclcl : sclérite cervical latéral ; sclcv : sclérite
cervical ventral ; Si / : sternite abdominal I ; stgp : stigmate
postérieur; T I : tergite abdominal I.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
47
tant quelques longues soies dorsales fines et
dressées. Une fissure anépisternale submargi¬
nale (fig. 27 : faes). Katépisterne large, peu
bombé, normalement dénudé (un groupe dorsal
de quelques microchètes sur l’exemplaire figuré) ;
quadrangulaire à angles arrondis. Anépimère
fortement rétréci sur les deux tiers ventraux,
dénudé, portant un sillon transversal peu marqué
au niveau de la fosse médiopleurale ; ventrale-
ment, ne laissant qu’un tout petit espace entre
katépisterne et latérotergite.
Mètathorax. — Métanotum réduit à une mince
lame, cependant fortement sclérifiée, pour la plus
grande part dissimulée sous la saillie médioter-
gale, mais légèrement élargie latéralement. Méta-
pleure divisée en deux parties par une suture
incomplète. Métépisterne grand, plat, divisé lon¬
gitudinalement par un sillon mousse. Métépi-
mère étroit mais formant un angle avec le
métépisterne. Stigmate postérieur grand, entière¬
ment dissimulé par la saillie du latérotergite.
Furcasternite (K. reaumurii) presque entièrement
invaginé, formant extérieurement une lame sagit¬
tale mince. Métafurcae larges et aplaties, proces¬
sus métacoxaux longs et étroits. La fosse méta-
coxale est limitée en avant et latéralement par le
métépisterne, à l’angle postérieur par le métépi-
mère ; en arrière, elle n’a pas de limites scléri-
fiées, mais se prolonge par une aire membraneuse
jusqu'au bord antérieur du premier sternite
abdominal (fig. 28).
Discussion
La lecture de l’exposé qui précède et l’examen
des illustrations qui l’accompagnent montrent
que le thorax des Keroplatidae est riche de
détails morphologiques dont beaucoup peuvent
être significatifs au niveau taxinomique de la
sous-famille.
Arachnocampa s’oppose à Macrocera et Kero-
platus par toute une série de caractères : postpro-
notum non intégré au calus huméral, absence de
présternite prothoracique, basiternite prothora¬
cique étroit ; scutum avec une suture transverse
bien développée, latérotergite étroit, à grand axe
vertical, anépisterne dénudé, présence d’un pleu-
rotrochantin, épimère peu rétréci ventralement,
fortes soies métanotales latérales. Parmi ces
caractères, les suivants ne se retrouvent jamais
chez les autres Keroplatidae et peuvent donc
servir à définir les Arachnocampinae : suture
transverse développée presque jusqu’à la bande
dorsocentrale ; latérotergite étroit et à grand axe
vertical ; mésépimère large ventralement et sur¬
plombant une partie du stigmate postérieur.
Macrocera se caractérise par le postpronotum
entièrement fusionné au calus huméral, la grande
taille de l’aire membraneuse sous-scutellaire et
l’absence de fissure anépisternale. Tous les Ma-
crocerinae possèdent ces états de caractères,
mais seul le premier leur est propre, car quelques
Keroplatinae ont une aire sous-scutellaire encore
plus développée (groupe Heteropterna) et beau¬
coup de genres alliés à Keroplatus ont une fis¬
sure anépisternale réduite (voir analyse des ca¬
ractères, A. 2.2.6.).
Plus encore qu’ Arachnocampa, Keroplatus est
isolé par de nombreux caractères : basisternite
cilié, proépisterne transverse, à peine plus grand
que le proépimère ; calus huméral très déve¬
loppé, médiotergite anguleux, beaucoup plus
court que le latérotergite, celui-ci très grand,
fortement oblique, non rétréci dorsalement, sail¬
lant au-dessus du stigmate postérieur, qu’il dissi¬
mule, katépisterne étendu et quadrangulaire,
fosse médiopleurale peu marquée, sillon divisant
le mésépimère en une zone anépimérale et une
zone katépimérale ; métapleure nettement plus
large que haute, métépisterne incomplètement
séparé du métépimère, territoire métanépisternal
aussi étendu que le katépisterne mésothoracique.
Nous étudierons dans l’analyse des caractères
(A. 2) les divers états de ces caractères chez le
vaste groupe des Keroplatinae. Il apparaît cepen¬
dant qu’ils sont hautement variables d’un genre à
l’autre et que seule la forme de la métapleure,
bien plus large que haute, aussi large que le
katépisterne, puisse être retenue pour caractériser
le thorax des Keroplatinae.
AILES
L’aile est certainement l’organe imaginai le
mieux étudié chez les Insectes, et ce depuis le plus
longtemps. C’est aussi presque uniquement à
l’aile que se limitent les données fossiles pré-
Source : MNHN, Paris
48
LOÏC MATILE
tertiaires dont nous disposons. C’est dire l’impor¬
tance à lui attribuer, mais aussi le nombre de
termes qui ont été affectés tant aux sclérites de
son articulation basale qu’à ses nervures propre¬
ment dites. On trouvera ci-dessous les principaux
noms appliqués à la région basalaire et aux
nervures, qui par commodité seront traitées
séparément.
Région basalaire
L’analyse des ouvrages diptérologiques de base
tels que ceux de Crampton (1942), Séguy (1951,
1959), Hennig (1973), McAlpine (1981) comme
de traités généraux de morphologie (Snodgrass,
1935 ; Matsuda, 1970), montre que nos connais¬
sances sur la structure de la région basalaire des
Diptères ne reposent en fait que sur un nombre
très limité d’exemples : les genres Tipula (Tipu-
lidae) (Rees & Ferris, 1939; Mickoleit, 1962),
Tabanus (Tabanidae) (Crampton, 1942; Bon-
hag, 1949) et accessoirement Musca (Muscidae)
(Snodgrass, 1935). Les monographies consa¬
crées à la systématique des diverses familles
renferment sans doute quelques données sur
cette région, mais parmi celles que j’ai eues à
ma disposition, seuls les articles d’OwEN (1977)
sur Culiseta (Culicidae) et de Ke Chung Kim &
Cook (1966) sur Sphaerocera (Sphaeroceridae)
étaient dans ce cas.
À ma connaissance, la structure basalaire n’a
été décrite chez les Mycetophiloidea que par
moi-même (Matile, 1962) chez Speolepta (Myce-
tophilidae). Encore ce travail souffre-t-il d’une
mauvaise interprétation du troisième sclérite
axillaire et des plaques médianes : il ne saurait
être d’une utilité autre que descriptive. Beaucoup
de noms ont été donnés aux diverses sclérifica-
tions de la base de l’aile. En dehors de leur
propre système, Crampton, Séguy et McAlpine
ont cité des synonymes de certaines structures,
mais rarement les mêmes. On trouvera donc ci-
après (tabl. 1) un tableau comparatif de cette
nomenclature. À sa lecture, on constatera que si
les noms sont variés, la seule divergence réside
dans l’interprétation des troisième et quatrième
sclérites axillaires.
Pour Séguy, le troisième axillaire est le sclérite
le plus basal, articulé au thorax et commandant
la mise au repos de l’aile. Pour Crampton,
McAlpine et tous les auteurs cités au premier
paragraphe de cette introduction, il s’agit là
en fait du quatrième axillaire, le troisième étant
le plus distal, en relation avec les bases des
nervures anale et cubitale (le quatrième axillaire
de Séguy). La plaque médiane antérieure de
Matile (1962) correspond à celle de Hamilton
Tableau 1. — Équivalence des principales sclérifications de la région basalaire selon les auteurs.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
49
(1971, 1972a, b, c) mais non à l’interprétation
classiquement admise ; il s’agit en fait de la partie
proximale élargie du tronc radial et donc du
brachiolum de Séguy. La vraie plaque médiane
antérieure de Speolepta est représentée par l’un
des éléments interprétés dans mon article comme
le troisième sclérite axillaire. La nomenclature de
McAlpine sera celle suivie ici : elle est notam¬
ment en accord avec celle de Snodgrass et de
Matsuda ; en outre, McAlpine est le seul à
avoir énuméré les rapports des différents sclérites,
et donc le moyen de les reconnaître :
La basicosta est le sclérite immédiatement
basal à la base de la costale. Entre la basicosta et
le thorax se trouve la tegula. Le sclérite sous-
costal (représenté, mais non nommé, par Cramp-
ton et Séguy) est coincé entre la basicosta et la
base de la radiale. Le premier sclérite axillaire (je
préfère « sclérite » à « plaque » en raison des
formes très variées de ces pièces) se situe entre le
sclérite sous-costal et le thorax. Le deuxième
sclérite axillaire s’articule à la base avec le
premier, en avant avec la base de la radiale, en
arrière avec le troisième axillaire, ventralement
avec le processus thoracique pleural. Le troi¬
sième sclérite axillaire s’articule avec le processus
thoracique notai, la base de la nervure cubitale et
celle de l’anale et le deuxième axillaire. Le
quatrième sclérite axillaire (parfois absent) n’est
pas homologue aux trois autres : basal au
troisième axillaire, entre celui-ci et le thorax, il
s’agit d’une portion apicale détachée du proces¬
sus notai postérieur (Snodgrass, 1935).
Arachnocampa luminosa (fig. 30)
Alule et cuilleron alaire en continuité, ne
formant pas de lobe distinct, pas d’incision
alulaire ni de cuilleron thoracique. Costale non
élargie à la base en un costagium. Basicosta peu
développée, en arc de cercle. Sclérite sous-costal
en dièdre, son bord antérieur accolé au bord
postérieur de la basicosta. Tegula longue et
mince, oblique vers le thorax. Premier sclérite
axillaire petit et arrondi. Brachiolum peu élargi.
Radiale fortement décrochée et rétrécie au ni¬
veau de l’arculus. Deuxième axillaire formant
une petite plaque articulée avec, en plus du
premier axillaire, le brachiolum en avant, le
troisième axillaire en arrière. Ce dernier, subfal-
ciforme, s’articule avec le deuxième axillaire, le
sclérite interprété ici comme la plaque médiane
proximale et un petit sclérite subvertical, forte¬
ment sclérifié, qui représente probablement le
quatrième axillaire.
Région basalaire postérieure peu membraneuse,
au contraire fortement sclérifiée. La plaque mé¬
diane distale occupe son emplacement habituel,
basalement au secteur cubital. Par contre, entre
la base du tronc radial et la marge du cuilleron,
s’étendent deux sclérites larges et forts, séparés
par un sillon très marqué. Sur la figure, j’inter¬
prète l’antérieur comme la plaque médiane pro¬
ximale (pmp), puisqu’il est en rapport avec le
secteur radial et le troisième sclérite axillaire.
Le deuxième, postérieur, est probablement une
sclérification secondaire du cuilleron ou du cor¬
don alaire avec lequel il est d’ailleurs en conti¬
nuité ; il est appelé ici sclérite du cuilleron (sel
cui).
Macrocera lutea (fig. 32)
Alule très réduite ; cuilleron alaire relative¬
ment grand, pas de cuilleron thoracique. Incision
alaire nette. Costale élargie à la base, formant un
costagium distinct. Basicosta peu développée,
triangulaire arrondie. Tegula petite, falciforme.
Sclérite sous-costal bien développé, accolé à un
brachiolum fortement élargi, saillant. Radiale
nettement décrochée au niveau de l’arculus, mais
non rétrécie. Premier sclérite axillaire réduit, en
forme de petit tubercule saillant. Au contraire,
deuxième axillaire grand, allongé, muni de deux
prolongements basaux : un antérieur très mince
qui le relie au premier axillaire et une crête
postérieure atteignant le troisième axillaire. Le
deuxième axillaire s’articule aussi, à l’apex, avec
la plaque médiane proximale. Troisième et qua¬
trième axillaires petits et peu distincts. Par
ailleurs, un sclérite mince, en forme de s, relie le
troisième axillaire au bord externe du cordon
alaire ; il sera nommé ici sclérite du cuilleron (sel
cui), comme chez Arachnocampa. Les plaques
médianes proximale et distale prolongent respec¬
tivement les secteurs radial et cubito-anal.
Keroplatus tipuloides (fig. 34)
Alule en continuité avec le cuilleron alaire, par
contre incision alulaire très profonde, ses marges
Source : MNHN, Paris
50
LOÏC MATILE
légèrement sclérifiées. Cuilleron alaire marqué
par une frange de soies plus longues et plus
serrées. Pas de cuilleron thoracique. Basicosta
bien développée, formant un bourrelet en arc de
cercle. Tegula apparemment absente. Sclérite
sous-costal grand, en dièdre à arête arrondie,
articulé avec la basicosta, la base de la radiale et
le premier sclérite axillaire. Base de la radiale très
fortement élargie en brachiolum avant son extré¬
mité basale ; décrochement radial faible, sans
rétrécissement de la nervure. Premier axillaire
allongé ; deuxième particulièrement bien sclé-
rifié, subvertical, seule sa marge visible dor-
salement, en rapport avec le premier et le
troisième axillaire et le brachiolum, qui porte à
son niveau une face verticale aussi fortement
sclérifiée, l'ensemble évoquant un condyle articu¬
laire. Quatrième axillaire également subvertical,
mais moins sclérifié, étroit en vue dorsale.
Région post-radiale : plaque médiane distale
dans sa position habituelle à la base du secteur
cubito-anal. En arrière, un fort sclérite allongé
est relié en dehors à cette plaque, en dedans à
l’épaississement du radius, et se continue par un
cordon alaire renforcé. Ce sclérite et le cordon
alaire englobent ainsi une aire membraneuse. Le
sclérite en question est interprété sur la figure
comme une plaque médiane proximale basalisée,
en partie fusionnée avec un sclérite du cuilleron,
lui-même en continuité avec le cordon alaire
épaissi.
Discussion
Il semble que l’interprétation de la région
basalaire doive être menée avec la plus grande
prudence, notamment celle des sclérites axillaires.
Je les ai notés ici uniquement en fonction de leur
position par rapport aux secteurs costal et radial,
telle qu’elle a été définie par McAlpine. Cepen¬
dant, cette région complexe paraît subir nombre
de sclérifications secondaires et de fusions, tandis
que Séguy (1959) note que les sclérites axillaires
sont également susceptibles de se diviser en
plusieurs fragments. Ces modifications sont sans
doute à attribuer au rôle mécanique de cette
région, et je ne suis pas certain que les quatre
sclérites soient homologues dans les trois genres.
Il en va de même pour la plaque médiane
proximale. Ainsi, d’après Snodgrass (1952), elle
ne serait qu’une expansion du troisième sclérite
axillaire. Or on constate que chez Macrocera,
selon mon interprétation, elle est en rapport avec
le deuxième sclérite, et bien éloignée du troi¬
sième, dont les relations sont pourtant con¬
formes avec celles définies par McAlpine. Il faut
bien ici que l’une des interprétations soit fausse,
ou qu’il n’y ait pas homologie.
On remarquera le grand renforcement de la
partie postérieure de la région basalaire chez
A. luminosa et K. tipuloides; il n’existe pas chez
K. reaumurii, espèce nettement plus petite que les
précédentes : on peut soupçonner ici une adapta¬
tion à la taille. Par contre, l’absence d’incision et
de lobe alulaires, ainsi que celle du costagium,
opposent nettement Arachnocampa à Macrocera
et Keroplatus. On notera aussi le fort décroche¬
ment du secteur radial, accompagné de constric-
tion au niveau de l’arculus, chez Arachnocampa.
Keroplatus, quant à lui, se singularise par l’ab¬
sence apparente de tegula. Chez ce genre, la
costale prend naissance très près du thorax, et ce
sclérite a peut-être fusionné avec la basicosta ou
la pleure thoracique.
Nervation
L’interprétation de la nervation alaire des
Diptères demeure controversée : j’aurai l’occa¬
sion d’en discuter plus en détail dans la Partie
phylogénétique de la présente révision (analyse
des caractères, A.4.5). On suivra ici la nomencla¬
ture de Hennig (1954, 1968, 1973), qui diffère
notamment de celle adoptée par McAlpine en ce
qui concerne l’interprétation de la petite nervure
radiale et de la branche antérieure de la fourche
dite « cubitale » Cette démarche n’est pas une
prise de position a priori en faveur de telle ou
telle origine d’une nervure. Elle a pour but de
faciliter la comparaison avec les ouvrages de
Hennig, qui sont fondamentaux pour la com¬
préhension des hypothèses de phylogénie émises
à propos des Diptères. On trouvera figure 29 le
plan de base de l’aile des Diptères tel qu’il a été
reconstitué par Hennig à partir des documents
fossiles et actuels.
J’ai adopté dans cette Partie morphologique,
comme dans la Partie systématique (et les fi-
11. Hutson, Ackland & Kidd (1980) ont tourné ce problème en parlant de fourches antérieure et postérieure.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
51
Fig. 29. Plan de base de la nervation alaire des Dip¬
tères. Les synonymes les plus usités ont été mis entre
parenthèses. D'après Hennig (1954). modifié.
gures correspondantes), une numérotation sim¬
plifiée des nervures basses : Ml, M2, M4 et Culb.
La nomenclature complète est donnée sur la
figure 29 et dans la Partie phylogénétique, au
chapitre du plan de base de l’aile des Myceto-
philoidea (A.4.5.1, p. 426). Toujours dans un
but comparatif, et comme pour les sclérites
basalaires, je donne également un tableau d’équi¬
valence de quelques nervures, ou sections de
nervures, significatifs dans l’étude des Keropla-
tidae, d’après quelques auteurs ayant abordé ce
groupe (tabl. 2). Steffan (1966) en a donné
un autre plus particulièrement axé sur les Scia-
ridae, qui complétera le mien. Rappelons que
Comstock (1918) a publié un tel tableau d’équi¬
valence pour des auteurs plus anciens.
Tableau 2. — Équivalence des principales nervures et sections de nervures
chez certains auteurs ayant étudié les Keroplatidae.
Arachnocampa luminosa (fig. 31)
Aile étroite, plus courte que l’abdomen, l’angle
anal très ouvert, proche de 180°. Membrane
uniformément recouverte de microtriches sur les
deux faces. Frange alaire très courte.
Costale (C) longue, atteignant l’apex de l’aile,
mais ne dépassant pas celui de R5. Sous-costale
(Sel) longue, rectiligne; sc2 présente, peu sclé-
rifiée, proche de la petite transverse humérale (h).
Radiale antérieure (RI) allongée, subrectiligne,
se jetant sur la costale largement après le milieu
de l’aile, aux deux tiers de la longueur de celle-ci.
Rameau basal de la radiale postérieure (Rs) se
détachant de RI avant le niveau du milieu de
Sel. Pas de fusion radiomédiane ni de fourche
radiale postérieure. Nervure R5 se terminant en
arrondi sur la costale, à l’apex de l’aile, son
trajet sinueux et très éloigné de RI et de C sur
presque toute sa longueur. Cellule basale grande,
divisée en deux parties, l’antérieure plus longue
que la postérieure, par une nervure rectiligne
bien sclérifiée assimilée ici au secteur basal de
la médiane. L’apex de la cellule basale est fermé
par trois transverses, l’antérieure (ta), la basale
(tb) et la médiocubitale (mcu). Transverse basale
Source : MNHN, Paris
52
LOÏC MATILE
perpendiculaire à M, formant un angle ouvert
avec la transverse médiocubitale. Fourche mé¬
diane à pétiole court, ses branches Ml et M2
parallèles à l’apex. Nervure M4 légèrement et
régulièrement courbée. Nervure Culb subrecti¬
ligne, puis fortement courbée à l’apex, se termi¬
nant presque perpendiculairement à la marge de
l'aile. Cu2 faible mais longue, se terminant dans
l’aisselle de la courbure apicale de Culb. Pre¬
mière anale (Al) atteignant la marge de l’aile,
deuxième anale (A2) courte, réduite à une trace.
Ciliation, face dorsale : des macrochètes sur C
et tout le secteur radial. Face ventrale : toutes les
nervures nues sauf la costale.
Macrocera lutea (fig. 33)
Aile aussi longue que le corps sans les an¬
tennes; large, l’angle anal proche de 1 angle
droit. Membrane uniformément recouverte de
microtriches sur les deux faces. Frange alaire
C° Costale atteignant l’apex de l’aile et dépassant
celui de R5. Sous-costale (Sel) se jetant sur la
costale au niveau de l’apex de la cellule basale.
Sc2 peu distincte et proche de la petite transverse
humérale (h). Radiale antérieure (RI) allongée,
subrectiligne, se jetant sur la costale largement
après le milieu de l’aile. Le rameau basal de la
radiale postérieure (Rs) se détache de RI un peu
après le niveau du milieu de Sel ; il fusionne sur
un court trajet avec la base de Ml +2 pour
former la fusion radiomédiane (frm). Pétiole de
la fourche radiale (R4 + 5) formant avec R5 une
courbe régulière à peu près continue. Petite
radiale (R4) courte, oblique, peu sclérifiée, se
terminant sur la costale avant le milieu de
l’intervalle R1-R5. Nervure R5 se terminant
nettement avant l’apex de la costale et rap¬
prochée de celle-ci sur la totalité de son trajet.
Cellule basale grande, divisée en deux par la base
de la médiane (M), qui persiste sous forme de
nervure sclérifiée nettement effacée à l’apex,
légèrement à la base. Cellule basale fermée à
l’apex par deux transverses seulement, la basale
(tb) et la médiocubitale (mcu). Transverse basale
fortement oblique, formant un angle très ouvert
avec mcu. Fourche médiane à pétiole court, mais
plus long que la fusion radiomédiane. Nervures
Ml et M2 parallèles sur la plus grande partie de
leur trajet. Nervure M4 fortement courbée à la
base vers Culb, puis subparallèle à M2. Culb
régulièrement courbée, très largement divergente
d’avec M4. Cu2 se prolongeant, progressivement
effacée, jusqu’au niveau de l’apex de la fusion
radiomédiane. Première anale (Al) longue, attei¬
gnant la marge de l’aile, sa partie apicale paral¬
lèle au trajet de Culb. Deuxième anale (A2)
réduite à une trace basale.
Ciliation, face dorsale : des macrochètes sur C,
l’apex de Sel, RI presque à partir de l’arcu-
lus, R4+5, R4, R5, les branches de la fourche
médiane, M4 sauf à la base, Culb. Face ventrale :
des macrochètes sur C, l’apex de RI et la moitié
apicale de R4+5 et R5.
Keroplatus tipuloides (fig. 35)
Aile large, aussi longue que l’abdomen. Angle
anal très ouvert. Membrane uniformément cou¬
verte de microtriches sur les deux faces. Frange
alaire très courte. Lobe anal avec des macrochètes
rares et dressés, très fins, sur la face dorsale.
Costale (C) mince, pas plus épaisse que la
plupart des autres nervures ; courte, se terminant
bien avant l’apex de l’aile et un peu après celui
de R5. Sous-costale (Sel) longue, se termmant
sur la costale au niveau du milieu de l’aile.
Sc2 présente, courte, très proche de la trans¬
verse humérale (h). Radiale antérieure (RI) très
longue, se terminant au niveau des trois quarts
de l’aile; rectiligne du niveau de la transverse
humérale à celui de l’apex de la petite radiale.
Rameau basal de la radiale postérieure (Rs) se
détachant de RI après le niveau du milieu de la
sous-costale. Fusion radiomédiane (frm) longue,
environ double de la longueur du pétiole de la
fourche médiane. R4 + 5 et R5 formant chacune
un angle à leur base. Petite radiale (R4) très
courte, se terminant un peu avant l’apex de RI,
dans laquelle elle se jette. Nervure R5 se termi¬
nant sur la costale un peu avant l’apex de celle-
ci. Fourche médiane à pétiole court, ses branches
(Ml et M2) nettement divergentes à l’apex. Trans¬
verse basale (tb) peu oblique, formant un angle
ouvert avec la transverse médiocubitale (mcu).
Cellule basale non divisée en deux par une
nervure ou un pli. Nervure M4 peu courbée,
largement divergente d’avec Culb, celle-ci forte¬
ment courbée, se terminant presque perpendicu¬
lairement à la marge de l’aile. Cu2 longue et fine,
prolongée jusqu’à l’aisselle de la courbure dq
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
53
Fig. 30-35. Aile : 30, Arachnocampa luminosa, région basalairc ; 31, d°, nervation, face dorsale; 32, Macrocera lutea ,
région basalaire ; 33, d°. nervation face dorsale ; 34, Keroplatus lipuloides, région basalaire ; 35, d°, nervation, face
dorsale.
A : secteur anal ; al : alule ; arc : arculus ; ax I. 2, 3, 4 : sclérites axillaires 1, 2, 3, 4 ; bas : basicosta ; br :
brachiolum ; C : secteur costal ; cal : cordon alaire ; cos : costagium ; Cu : secteur cubital ; cui : cuilleron alaire ; frm :
fusion radiomédianc ; h : transverse humérale ; M : secteur médian ; mcu : transverse médiocubitale ; pmd : plaque
médiane distale ; pmp : plaque médiane proximale ; Sc : secteur sous-costal ; sel cui : sclérite du cuilleron ; sel sc : sclérite
sous-costal ; la : transverse antérieure ; ib : transverse basale ; leg : tegula.
Source : MNHN, Paris
54
LOÏC MATILE
Culb. Première anale (Al) longue et fine, légère¬
ment anguleuse au milieu, effacée à l’apex juste
avant la marge de l’aile. Deuxième anale (A2)
relativement longue, son trajet subparallèle au
bord de l’aile. Un pli annexe entre Al et A2.
Ciliation, face dorsale : des macrochètes courts
et serrés en plusieurs rangées sur la costale, toute
la radiale antérieure, R4+ 5 sauf à la base, et R5.
Face ventrale : toutes les nervures nues sauf la
costale.
Discussion
L’examen des figures met immédiatement en
évidence les grandes différences existant entre
Arachnocampa et les deux autres genres étudiés.
C’est en raison de ces différences q\x' Arachno¬
campa luminosa a été tout d’abord classé dans les
Bolitophilidae, et notamment à cause de la
présence de la transverse antérieure (ta, r-m
d’EDWARDS et de Harrison, 1966), et de l’ab¬
sence corrélative de fusion radiomédiane. On
notera que dans le sous-genre Compara (fig. 252),
cette transverse est en position proximale par
rapport à la transverse basale (tb), alors qu’elle
lui est distale chez Arachnocampa s. str.
D’autres caractéristiques à' Arachnocampa sont
l’absence de la petite radiale R4, la grande
distance entre R5 et la costale, l’alignement
des transverses basale et médiocubitale, et la
costale ne dépassant pas l’apex de R5. Il existe
quelques genres de Keroplatidae chez lesquels
R4 est absente, mais comme je l’ai déjà souligné
(Matile, 1981a), chez aucun d’entre eux il n’y a
un tel éloignement des nervures R5 ou C, au
niveau de l’emplacement où devrait se trouver
R4 ( cf fig. 259, 268, 416, 423). Chez Arachno¬
campa , R5 aboutit sur la costale bien au-dessous
d’une ligne imaginaire tracée du milieu du sec¬
teur basalaire à la marge apicale et passant par la
base de R5. Chez ces autres genres, au contraire,
l’apex de R5 se trouve bien au-dessus de cette
ligne. De même, si l’alignement des transverses
tb et mcu se réalise chez certains Keroplatinae, et
surtout chez les Macrocerinae (voir analyse des
caractères, A.4.5.1 1), il ne se fait pas en position
subverticale, comme c’est le cas chez Arachno¬
campa. , mais en position oblique ou subhorizon¬
tale. Par contre, la terminaison de la costale à
l’apex de R5 est relativement répandue dans la
famille (A.4.5.2).
On a longtemps opposé les Macrocerinae aux
Keroplatinae par la convergence, chez les pre¬
miers, des bases des nervures M4 et Culb, ainsi
que par la fermeture de l’angle anal (Edwards,
1925, 1929c ; Matile, 1973a). J’ai fait remarquer
par la suite que l’angle anal était largement
ouvert chez un genre de Macrocerinae, Robsono-
myia (fig. 423), et que M4 et Culb étaient
parallèles à la base chez le Macrocerinae péru¬
vien décrit plus loin dans le nouveau genre
Vockerolhia (fig. 394). Macrocera se caractérise
aussi, par rapport aux deux autres genres étu¬
diés, par la ciliation partielle du secteur radial à
la face ventrale de l’aile ; ce caractère est excep¬
tionnel chez les Keroplatini, très fréquent chez les
Orfeliini (voir analyse des caractères, A.4.5.20).
Aucun de ces trois caractères ne peut donc servir
à isoler les Macrocerinae des deux autres sous-
familles, mais notons que les deux premiers ne se
rencontrent jamais chez les Arachnocampinae et
les Keroplatinae ; ils peuvent donc servir à
définir la majorité des Macrocerinae.
Enfin, Keroplatus se singularise par le raccour¬
cissement de R5, la terminaison de R4 sur RI et
la brièveté de la frange alaire. Ces caractères
sont plus ou moins répandus chez les Keropla¬
tinae, le plus rare étant la position de R4 sur RI
(voir analyse, A.4.5.8), mais ils ne sont pas les
plus fréquents et sont donc inutilisables au
niveau de la sous-famille.
BALANCIERS
L’origine et la fonction des balanciers des
Diptères sont maintenant bien connues. Ailes
métathoraciques réduites et hautement spéciali¬
sées, ils assurent la stabilité du vol. D'après
McAlpine & Munroe (1968), ils représente¬
raient, à l’origine, une adaptation à l’essaimage
aérien. Sur le plan morphologique, les balanciers
sont très uniformes au sein des Diptères. Cepen¬
dant, la nature et la répartition des sensilles du
scabellum demanderaient à être étudiées. À ma
connaissance, rien n’a été écrit de particulier sur
les balanciers des Mycetophiloidea depuis Brauns
(1938), qui traite de quelques espèces de Scia-
ridae sur le plan purement descriptif. On sait
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
55
depuis longtemps que ces organes sont réduits ou
absents chez certains Sciaridae aptères ou bra-
chyptères. J’ai signalé la réduction des balanciers
chez la femelle brachyptère du Macrocerinae
Macrocera crozetensis (Matile, 1975b ; cf. fig. 348-
349). Les balanciers sont réduits à un bouton
minuscule chez les femelles aptères d’un genre
inédit d’Orfeliini du Népal (fig. 1123).
Arachnocampa luminosa (fig. 36)
Balancier bien développé, plus long que le
premier segment abdominal. Scabellum peu glo¬
buleux, petit, muni d’une crypte sensorielle par¬
tiellement invaginée se prolongeant le long de la
base du pédicelle. Pédicelle long et mince sur la
plus grande partie de son trajet, légèrement
élargi avant le capitule ; celui-ci globuleux, puis
obtus à l’apex, où il est moins sclérifié. Pédicelle
et capitule portant de nombreux macrochètes,
mais ceux-ci absents dans la zone moins sclérifiée
du capitule.
Macrocera lutea (fig. 23 ; fig. 37, M. stigma)
Balancier bien développé, plus long que le
premier segment abdominal. Scabellum globu¬
leux, muni de sensilles externes et d’une crypte
sensorielle invaginée. Pédicelle mince à la base,
progressivement élargi pour se continuer par un
capitule globuleux. Des macrochètes marginaux
sur le pédicelle et dispersés sur le capitule.
Keroplatus tipuloides (fig. 27 ;
fig. 38, K. reaumurii)
Balancier court et massif, plus court que le
premier segment abdominal. Scabellum globu¬
leux. Pédicelle à peine moins large que le
scabellum, portant une crypte sensorielle inva¬
ginée allongée sur plus de la moitié de la
longueur du pédicelle lui-même. Capitule épais.
Fig. 36-38. — Balanciers, vue latérale : 36. Arachnocampa
luminosa ; 37. Macrocera stigma ; 38. Keroplatus reaumurii.
cap : capitule ; es : crypte sensorielle ; ped : pédicelle ;
scah : scabellum ; ss : sensilles.
portant une zone apicale moins sclérifiée bien
distincte, parfois invaginée. Quelques soies pédi-
cellaires longues, capitule avec de nombreuses
soies courtes et couchées, absentes sur la zone
apicale.
Discussion
Les balanciers des Keroplatidae sont manifes¬
tement construits sur le même modèle, et les
différences observées semblent de nature clinale.
On remarquera la tendance au raccourcissement
et à l’épaississement chez Keroplatus , mais de
nombreux autres Keroplatinae ont des balanciers
de type Arachnocampa-Macrocera.
PATTES
Hutson, Ackland & Kidd (1980) et Vocke-
roth (1981) ont énuméré les principales modifi¬
cations susceptibles d’affecter les pattes des My-
cetophiloidea : processus et brosses coxales de
certains Mycomyinae (Mycetophilidae), éperons
fémoraux de quelques Sciophilinae du genre
Leptomorphus (d°), zones sensorielles des tibias I,
éventuellement des tibias II chez quelques Gno-
Source : MNHN, Paris
56
LOÏC MATILE
ristinae (d°), éperons et peignes tibiaux, disposi¬
tion des microchètes et des macrochètes, etc. Les
pattes portent chez cette superfamille de très
nombreux caractères significatifs aux différents
échelons de la hiérarchie linnéenne, mais particu¬
lièrement à celui du genre.
McAlpine (1981) a souligné que le petit
segment apical du tarse, ou acropode, avait été
considéré à tort comme appartenant au cin¬
quième tarsomère : il est plus probablement
homologue du dactylopodite des Crustacés, et
sera traité à part dans le présent travail.
Dans leur énumération des caractères géné¬
raux des Mycetophiloidea (Sciaridae exclus),
Hutson et al. et Vockeroth citent l’absence de
pulvilles. En fait elles existent, bien développées,
chez la plupart des Keroplatidae Macrocerinae
(Edwards, 1925, 1929c; Matile, 1973a, 1981a)
et il n’y a pas lieu de penser qu’elles ne soient pas
homologues aux pulvilles présentes chez de nom¬
breux autres Diptères.
J’ai suggéré que la disposition régulière des
microchètes tibiaux était un état évolué de
caractère, apparu à de nombreuses reprises dans
le groupe des Mycetophiloidea (Matile, 1978b)
et que le plan de base de la répartition des
peignes tibiaux était de 1 : 2 : 2 (Matile, 1981a,
1982a ; voir analyse des caractères, A. 3.3.4). Les
variations portant sur la disposition des micro¬
chètes et des macrochètes tibiaux des Keropla¬
tidae, auxquelles Edwards (1929c) a fait large¬
ment appel dans son démembrement du com¬
plexe Orfelia, semblent très fréquemment sujettes
au parallélisme et ne seront évoquées en détail
qu’au niveau des genres et des groupes de genres.
Arachnocampa luminosa (fig. 39-46 ;
hanches : fig. 20)
Pattes longues et fines, les antérieures et les
médianes aussi longues que le corps sans les
antennes, les postérieures plus longues (voir
habitus, fig. 248).
Hanches (fig. 20) toutes environ de même lon¬
gueur et de même largeur, longues comme l’ané-
pisteme et le katépisterne ensemble. Hanches I
avec des soies antérieures et antéro-externes
longues et courtes, auxquelles s’ajoutent un petit
groupe de postéro-externes subapicales et une
paire de postérieures apicales. Hanches II avec
des soies externes le long de la marge antérieure,
des soies dispersées sur la moitié’ apicale de la
face antérieure et un petit groupe de postéro-
externes comme sur les hanches antérieures.
Hanches III avec des soies externes dans la
moitié apicale et un petit groupe de postérieures
apicales. Pas de méron visible sur la hanche II (à
moins qu’il ne soit représenté par le petit sclérite
interprété plus haut comme un pleurotrochan-
tin). Trochanters bien sclérifiés, ciliés ventrale-
ment.
Fémurs longs, moins de deux fois plus larges
que les tibias. Fémurs antérieurs un peu plus
courts que les médians, ceux-ci bien plus courts
que les postérieurs, chaque fémur environ aussi
long que l’ensemble hanche-thorax au niveau de
son insertion. Tous les fémurs portent des soies
couchées, les ventrales plus longues que les
autres. Toute la moitié ventrale dénudée, sauf
une rangée submédiane de soies (fig. 39 : zdv).
Cependant, les très petits microchètes qui cou¬
vrent la face dorsale sont également présents sur
la zone dénudée ventrale.
Tibias longs et minces, portant des micro¬
chètes courts, serrés, irrégulièrement disposés.
Tibias antérieurs un peu plus longs que leurs
fémurs, portant quelques macrochètes antéro-
externes et postéro-externes largement séparés les
uns des autres. Apex faiblement échancré au
niveau de l’insertion de l’éperon unique, celui-ci
aussi long que la largeur apicale du tibia (fig. 40).
Au-dessus de l’éperon, une crypte sensorielle
renferme de nombreuses soies courtes et transpa¬
rentes (fig. 40 : es), mais il n’y a pas de véritable
peigne tibial. Quelques macrochètes apicaux dor¬
saux. Tibias II et III bien plus longs (1,47 fois)
que leurs fémurs respectifs, portant chacun une
Fig. 39-50. Pattes : 39, Arachnocampa luminosa, apex du fémur II et base du tibia, vue paraventrale ; 40, d°, apex du
tibia I ; 41, d“. apex du tibia III ; 42, d°, région médiane du tibia II, vue latérale ; 43, d°, apex du tarse I, vue ventrale ;
44, griffe I, vue latérale ; 45, d°, griffe II, vue latérale ; 46, d°, apex du tarse II, vue ventrale ; 47, Macrocera lutea ,
fémur I, vue paraventrale ; 48, d°, apex du tibia I ; 49, d°, apex du tibia II ; 50, d°, dernier tarsomère et acropode II, vue
ventrale.
es : crypte sensorielle ; emp : empodium ; ep : éperon ; ep ext : éperon externe ; ep int ; éperon interne ; epv :
épines ventrales ; gr : griffe ; pa : peigne antérieur ; plutr : plaque unguilractrice ; pulv : pulville ; zdv : zone dénudée
ventrale, ; zsv : zone sensorielle ventrale.
Échelles communes pour les fig. 44-46 et 49-50.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
57
Source : MNHN, Paris
58
LOÏC MATILE
paire d’éperons. Éperons internes aussi longs que
les externes, environ doubles de la largeur apicale
des tibias (fig. 41). Tibias II et III avec quelques
macrochètes externes, antéro-externes, antérieurs
et postérieurs (fig. 42). Pas de peignes tibiaux,
mais quelques soies apicales plus fortes que les
autres (fig. 41).
Tarses cylindriques, presque filiformes. Tarse I
beaucoup plus long que le tibia correspondant,
surtout chez le mâle (mâle : 2,8 fois ; femelle :
2,2). Basitarse (protarse) I plus long à lui seul
que le tibia (mâle : 1,6 fois; femelle : 1,1).
Tarses II et III proportionnellement moins longs,
mais quand même plus longs que leurs tibias
respectifs (1,4 et 1,3 fois). Basitarses I et II avec
deux rangées de quelques macrochètes ventraux,
les tarsomères suivants sans macrochètes sauf
un apical. Tarse III : basitarse et deuxième
tarsomère avec, en plus des macrochètes ven¬
traux, quelques externes. Tarsomères 3 et 4
avec quelques macrochètes externes et ventraux,
5 sans macrochètes.
Acropodes. — Acropode antérieur (fig. 43) à
plaque unguitractrice allongée, bien visible. Em-
podium pulvilliforme mais petit, bien plus court
que les griffes. Pulvilles réduites à deux petits
faisceaux latéraux plus courts que l’empodium.
Griffes longues, atteignant plus du double de la
largeur apicale du tarsomère 5, fortement spinu-
leuses à la base (fig. 44). Acropodes II (fig. 46) et
III à empodium semblable au I, mais plaque
unguitractrice plus petite, en partie dissimulée.
Pulvilles absentes, griffes beaucoup plus petites, à
peine égales à la largeur apicale du tarsomère 5,
également spinuleuses à la base (fig. 45).
Macrocera lutea (fig. 47-50 ; hanches : fig. 23)
Pattes longues et fines, plus longues que le
corps sans les antennes.
Hanches longues et fortes, les antérieures plus
minces que les médianes et les postérieures et un
peu plus longues que la plus grande hauteur des
pleures thoraciques (fig. 23). Hanches II et III
plus courtes et plus larges, les postérieures
étant les plus courtes, subégales à la plus
grande hauteur du katépisterne. Hanches I avec
de longues soies antéro-externes, II avec des
externes et des antéro-externes dans la moitié
apicale et quelques soies postérieures préapicales.
Hanches III avec des soies externes dispersées le
long de la marge postérieure et quelques longues
postérieures dans la moitié apicale. Pas de méron
visible. Trochanters distincts, ciliés ventralement.
Fémurs allongés, l’antérieur d’un tiers plus
court que le II, celui-ci un peu plus court que
le III, mais aussi long que la plus grande hau¬
teur thorax + hanches. Tous les fémurs avec de
longues soies dispersées, disposées en rangées
relativement régulières, les soies ventrales pas
plus longues que les dorsales. Également de très
petits microchètes sur toute la surface, sauf à la
face ventrale, où s’étend sur toute la longueur
une zone de cuticule presque entièrement dénu¬
dée (fig. 47 : zdv). Chez le mâle, le tiers apical de
la rangée de soies qui borde antérieurement cette
zone dénudée est modifiée en une série de spi-
nules plus sombres et plus épaisses qui jouent pro¬
bablement un rôle dans l’accouplement (fig. 47 :
epv).
Tibias longs et minces, à soies courtes, cou¬
chées, irrégulièrement disposées, dépourvus de
macrochètes saillants. Tibias antérieurs subégaux
aux fémurs, fortement encochés à l’apex de la
marge ventrale, où s’insère un éperon unique,
aussi long que la largeur apicale du tibia (fig. 48).
Au-dessus de l’insertion de cet éperon, existe une
zone triangulaire ventrale entièrement dénudée ;
elle est bordée à l’apex par une rangée de longues
soies fines et . transparentes formant un peigne
antérieur (fig. 49 : pa). L’apex du tibia I porte du
côté opposé à l’éperon quelques microchètes plus
forts et plus sombres que ceux qui couvrent le
reste du tibia. Tibias II un peu plus longs que les
fémurs correspondants (1,2 fois), III beaucoup
plus longs (1,6 fois). Tibias II et III chacun avec
une paire d’éperons, les externes aussi longs que
les internes, un peu plus longs que la largeur
apicale des tibias. Pas de peignes apicaux mais
quelques soies plus fortes (fig. 49).
Tarses cylindriques, presque filiformes, plus
longs que les tibias correspondants, les basitarses
d’environ un tiers plus courts que les tibias. Tous
les tarses portent des soies couchées, irrégulière¬
ment disposées, sans macrochètes saillant de la
villosité.
Acropodes (fig. 50) tous semblables. Plaque
unguitractrice bien visible mais peu développée.
Pulvilles petites, formées de deux touffes de soies
fines, peu distinctes. Empodium bien développé,
pulvilliforme, plus long que les griffes, celles-ci
petites et portant une dent sub-basale mousse
(fig. 50 : gr).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
59
Keroplatus tipuloides (fig. 51-57;
hanches : fig. 27)
Pattes pas plus longues que le corps, relative¬
ment épaisses ( cf fig. 644, habitus).
Hanches (fig. 27) courtes et massives, la face
externe et la postérieure formant un dièdre
dont l’arête est antérieure. Hanches I et III
aussi longues que l’ensemble anépisterne + katé-
pisterne, hanches II un peu plus courtes. Cilia-
tion courte, couchée, serrée. Hanches I et II
ciliées sur toute leur surface, sauf à la face
postéro-externe ; soies apicales plus longues. Ce¬
pendant, les hanches II portent quelques courtes
soies postérieures au-dessus de l’insertion du
trochanter. Hanches III ciliées sur les deux
tiers de la face externe, quelques soies posté¬
rieures apicales. Pas de méron visible. Trochan¬
ters courts, ciliés sur presque toute leur surface.
Fémurs longs et épais, les antérieurs un peu
plus courts que les autres, qui sont aussi longs
que le thorax est haut. Tous les fémurs portent
des soies courtes, couchées, serrées, les ventrales
pas plus longues que les dorsales. Pas de bande
dénudée ventrale (fig. 51).
Tibias portant tous des microchètes disposés
en rangées régulières et serrées formant, à faible
grossissement, des lignes noires continues. Entre
ces rangées serrées s’intercalent des rangées de
microchètes plus longs, plus minces et largement
séparés les uns des autres (fig. 52). Tibia I plus
court que le fémur (0,8 fois), dépourvu de
macrochètes, non encoché au niveau de l’inser¬
tion de l’éperon unique, celui-ci un tiers plus long
que la largeur apicale du tibia (fig. 53). Pas de
zone sensorielle ventrale, mais un peigne anté¬
rieur formé de chétules fins, serrés, peu sclérifiés
(fig. 53 : pa). Tibias II et III pas beaucoup plus
longs (1,16 fois) que leurs fémurs respectifs,
portant une rangée ventrale et une rangée pos-
Fig. 51-57. Keroplatus tipuloides. pattes : 51, apex du fémur I. vue latérale; 52, région médiane du tibia II. vue
postérieure ; 53. apex du tibia I, vue externe ; 54, apex du tibia II, vue externe ; 55, d", vue interne ; 56, apex du dernier
tarsomère et acropode II, vue ventrale; 57, griffe II, vue latérale.
emp : empodium ; ep : éperon ; ep ext : éperon externe ; ep int : eperon interne ; gr : griffe ; m post ; macrochètes
postérieurs ; pu : peigne antérieur ; p ext : peigne externe ; p int : peigne interne ; plutr : plaque unguitractrice ; pulv :
pulville.
Source : MNHN, Paris
60
LOÏC MATILE
térieure de macrochètes relativement courts, plus
dressés que les microchètes. Chaque tibia porte
ventralement une paire d’éperons dont l’interne
est presque deux fois plus long que la largeur
apicale du tibia et dont l’externe, n’atteint pas le
tiers de l’interne (fig. 54). Tibia II avec un peigne
externe réduit à quelques soies entre les deux
éperons et un peigne interne occupant toute la
largeur du tibia (fig. 54-55). Sur le tibia III, le
peigne externe occupe non seulement l’espace
entre les éperons, mais encore une grande partie
de la marge apicale du tibia ; peigne interne
comme celui du tibia II.
Tarses cylindriques, non filiformes. Tarses I un
peu plus longs que l’ensemble fémur + tibia, le
basitarse à lui seul 1,6 fois la longueur du tibia.
Sauf sur les tarsomères 5, microchètes allongés
en rangées serrées alternant avec des rangées
espacées, comme sur les tibias. Pas de macro¬
chètes en dehors des apicaux. Tarses II-III un
peu plus courts que l’ensemble fémur + tibia.
Macrochètes alignés, y compris sur les tarso¬
mères 5. Basitarses avec deux rangées de macro¬
chètes ventraux, les tarsomères suivants sans
macrochètes en dehors des apicaux.
Acropodes (fig. 56) tous semblables. Plaque
unguitractrice bien développée. Pulvilles petites,
réduites à deux minces touffes latérales. Empo-
dium pulvilliforme mais réduit, pas plus long que
les pulvilles. Griffes fortes, larges, fortement
spinuleuses ventralement, plus longues que la
largeur apicale du dernier tarsomère (fig. 57).
Discussion
Les caractères énumérés ci-dessus permettent
de souligner l’existence de nombreuses diffé¬
rences entre les trois genres envisagés. Arach-
nocampa et Macrocera ont notamment en com¬
mun la longueur et la finesse des pattes, les
hanches planes, la présence d’une bande fémo¬
rale dénudée, la disposition irrégulière des micro¬
chètes tibiaux, l’absence de peignes tibiaux II-III
(un peigne antérieur chez Macrocera, pas de
peigne chez Arachnocampa).
Macrocera se singularise par le grand dévelop¬
pement de l’empodium et des pulvilles, ces
dernières étant cependant présentes à l’état de
rudiments chez Arachnocampa et Keroplatus. Il
se distingue aussi de ces deux genres par la
réduction de la taille des éperons et les griffes
non spinuleuses ventralement. Les épines fémo¬
rales modifiées chez le mâle sont également
caractéristiques.
Si par la structure des pattes Keroplatus
s’oppose considérablement au groupe Arach¬
nocampa- Macrocera, il faut souligner que les
Keroplatinae ne sont pas homogènes sur ce
point et présentent de nombreuses variations
portant sur la vestiture tibiale, le nombre et
l’éventuelle réduction des peignes et des éperons,
etc. (voir analyse des caractères, A.3.3). De
même, d’autres Macrocerinae que les Macrocera
possèdent des microchètes tibiaux disposés en
rangées régulières ( Srilankana ), ou de longs
éperons ( Schlueterimyia , Hesperodes, Kelneria,
Paramacrocera), ou des pulvilles réduites (Srilan¬
kana), tandis que les spinules fémorales mâles ne
sont présentes que chez quelques espèces seule¬
ment de Macrocera.
Comme je l’ai mentionné plus haut, les carac¬
tères des pattes des Keroplatidae semblent large¬
ment soumis aux parallélismes. Ils auront sur¬
tout de la valeur au niveau des relations intergé¬
nériques et seront donc discutés plus en détail
dans la Partie phylogénétique de la présente
révision.
ABDOMEN
Préabdomen
Le préabdomen des Diptères est fondamen¬
talement formé des segments I à VIII mais,
particulièrement dans les groupes les plus évo¬
lués, le postabdomen en annexe et modifie
un certain nombre de segments apicaux. Le
nombre primitif de stigmates abdominaux est de
huit. Ce nombre subsiste chez certains Némato-
cères appartenant aux Tipulidae, Chironomidae,
Thaumaleidae et Bibionidae, ainsi que chez les
Brachycères Orthorrhaphes des familles Rhagio-
nidae, Mydidae, Apioceridae et Asilidae (Cramp-
ton, 1942; McAlpine, 1981). Young (1921)
a fait remarquer le premier que le nombre le plus
courant de stigmates abdominaux chez les Dip-
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
tères était de sept, le huitième disparaissant
souvent ; c’est le cas chez les Sciaridae et les
Mycetophilidae qu’il avait étudiés. Le même
auteur a souligné la tendance du premier seg¬
ment abdominal à diminuer de taille par rapport
aux suivants, et celle du tergite I à fusionner plus
ou moins complètement avec le II, leurs limites
devenant parfois méconnaissables; ils forment
alors un « syn tergite » I-II. La réduction du
premier sternite de certains Mycetophiloidea a
été signalée par Vockeroth (1981), ainsi que
l’absence éventuelle dans ce groupe du premier
stigmate abdominal, voire même du deuxième.
Hutson, Ackland & Kidd (1980) notent que
chez les Mycetophiloidea (Sciaridae exclus) l’ab¬
domen est le plus souvent étroit à la base, avec sa
largeur maximale au milieu, alors que chez
certains Keroplatidae c’est à l’apex qu’il est le
plus large. Chez le mâle, il existe le plus sou¬
vent huit segments non modifiés, mais ce nombre
peut se réduire à sept chez des Ditomyiidae et
des Mycetophilidae Sciophilinae, et même à six
chez des membres de cette dernière sous-famille.
Chez les femelles, le préabdomen ne compte que
sept segments prégénitaux non modifiés.
Il est un point de morphologie qui a été
pratiquement passé sous silence dans la littéra¬
ture : l’insertion thoraco-abdominale. Bien que
Young ait intitulé son travail de 1921 «Attach-
ment of the abdomen to the thorax in Diptera »,
il ne fait aucune allusion à la différence fonda¬
mentale entre Sciaridae et Mycetophilidae, qui
ressort parfaitement de ses illustrations comme
de celles de Shaw (1948b) et de Shaw & Shaw
(1951). L’insertion thoraco-abdominale a cepen¬
dant été évoquée par Tuomikoski (1966c), qui
souligne que les Keroplatidae, les Lygistorrhi-
nidae et les Mycetophilidae ont une insertion
de même type. Chez tous les Sciaridae, le
métanotum s’enfonce en doigt de gant dans la
cavité abdominale, et la partie postérieure du
métépimère est recouverte par la membrane
intersegmentaire. Aucune autre famille de Myce¬
tophiloidea ne présente cet état de caractère, fort
utile pour reconnaître les Sciaridae aptères, dont
le pont oculaire est souvent régressé. Steffan
(1966) mentionne cette insertion particulière dans
la partie morphologique de sa révision générique
des Sciaridae néarctiques, mais aucune clé ré¬
cente des familles de Mycetophiloidea n’en fait
état. Ce point de morphologie très important au
niveau hiérarchique des familles sera étudié en
61
détail dans la Partie phylogénétique de la pré¬
sente monographie (p. 379).
En dehors de cette structure, les données
réunies par les differents auteurs cités plus
haut permettent d’énumérer quelques éléments
du plan de base du préabdomen des Keropla¬
tidae : cylindrique, comptant huit segments non
modifiés chez le mâle, sept chez la femelle;
segment I plus court que le II, les suivants
subégaux jusqu’au huitième ; membrane inter¬
segmentaire thoraco-abdominale n’englobant pas
le métanotum ; sept stigmates abdominaux.
Arachnocampa luminosa (fig. 58-60 ;
segment I : fig. 21, 59)
Préabdomen très allongé, mince, cylindrique,
les tergites et les sternites portant de courtes soies
couchées. Presque filiforme chez le mâle, plus
arrondi chez la femelle, plus étroit à l’apex qu’à
la base dans les deux sexes.
Mâle (fig. 58-59). — Segment I beaucoup plus
court que les suivants, les II-VI bien développés,
beaucoup plus longs que larges, les VII-VIII de
longueur décroissante. Sternite I quadrangulaire,
aussi long que le tergite, non encoché à la base
(fig. 21 : stl). Tous les autres sternites de même
longueur que leurs tergites, mais beaucoup plus
étroits. Pré-tergite II peu développé, à peine
visible sous forme d’une crête sclérifiée sous
le bord postérieur du tergite I. Pré-sternite II
en bandelette médiane, séparée du post-sternite
par une zone membraneuse à limites indistinctes.
Des stigmates abdominaux sur les membranes
pleurales des segments I à VIL
Femelle (fig. 60). — Comme le mâle jusqu’au
segment VII, les suivants annexés à l’ovipositeur,
mais segment VIII presque entièrement libre.
Macrocera lutea (fig. 61-63 ;
segment I : fig. 24, 62)
Préabdomen allongé, cylindrique, non élargi à
l’apex. Tergites et sternites portant de longues
soies fines. Mince chez le mâle, plus large chez
la femelle.
Mâle (fig. 61-62). — Tergite I plus court que
les II-IV, I et V subégaux, VI-VIII de longueur
décroissante, le segment VIII en grande partie
rétracté dans le précédent, dont seul son apex
Source : MNHN, Paris
62
LOÏC MATILE
Fig. 58-63. — Abdomen : 58, Arachrtocampa tuminosa, male, vue latérale ; 59, d°, segments abdominaux I-II, vue latérale ;
60, d°, femelle, vue latérale ; 61, Macrocera lutea, mâle, vue latérale ; 62, M.fasciaia , mâle, segments abdominaux I-II ;
63, M. lutea, femelle, vue latérale.
cq : cerques ; gxp : gonocoxopodites ; post II : pc
spth : spcrmathèques ; St : sternites ; stg : stigmates ;
dépasse légèrement. Sternites de même longueur
que les tergites, sauf le premier, réduit, triangu¬
laire à base antérieure (fig. 24). Tergites plus
larges que les sternites jusqu’au segment IV, V et
VI subégaux, segments VII et VIII à sternites
plus larges que les tergites. Pré-tergite II en
forme d’étroite bande sclérifiée, un peu plus
large dorsalement, non séparée du post-tergite
ist-stermte II ; prest U : pre-stermte II ; prêt U : pre-tergite II ;
sty : gonostyles ; T : tergites ; / ... IX : segments I à IX.
par une aire membraneuse. Pré-sternite II en
étrier mince, un peu élargi sur la ligne médiane,
où le post-sternite s’articule avec lui par une
sorte d’ergot ; pré-sternite séparé latéralement
du post-sternite par une large zone membraneuse
bien délimitée (fig. 62, M. fasciatà). Membrane
pleurale portant des stigmates sur les segments I
à VII.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
63
Femelle (fig. 63). — Tergites de proportions
relatives comme chez le mâle. Sternite I un peu
mieux développé (comp. fig. 61 et 63), les
sternites II à VII de même longueur que leurs
tergites, mais le VI et le VII étroits, réduits à une
plaque ventrale à peine rebordée sur les côtés.
Stigmates comme chez le mâle.
Keroplatus tipuloides (fig. 64-66 ;
segment I : fig. 65 ; fig. 28, K. reaumurii )
Préabdomen ovale et non cylindrique, court et
massif, les segments II à V aussi larges et aussi
hauts que le thorax. Tergites et sternites portant
de très nombreuses soies fines et couchées.
Segments terminaux plus étroits et moins hauts
que les précédents.
Mâle (fig. 64-65). — Tergite I environ un tiers
plus court que les suivants. Sternite I plus petit
que les sternites suivants, très largement encoché
à la base (fig. 28, K. reaumurii). Pré-tergite et
pré-sternite II bien sclérifiés, formant chacun un
arceau étroit, articulé au post-tergite et au post-
sternite à leurs bords latéraux seulement, le reste
séparé de ces sclérites par une étroite bande
membraneuse. Pré-tergite enfoncé sous le bord
postérieur du tergite I (fig. 65). Segments II-IV
très grands, les tergites et les sternites étroite¬
ment imbriqués. Segment V un peu plus court
que les précédents, les VI et VII plus courts que
le I. Sternites II-VII aussi longs que leurs ter¬
gites mais beaucoup moins hauts. Segment VIII
presque entièrement rétracté dans le VII, seul
l’apex du tergite VIII visible. Pas de stigmate
abdominal I, des stigmates sur la membrane
pleurale des segments II à VII.
Femelle (fig. 66). — Comme chez le mâle, mais
le tergite I proportionnellement plus court et le
sternite I plus long. Stigmates comme chez le
mâle.
Discussion
L'étude du préabdomen des trois genres montre
qu’ Arachnocampa ne s’écarte du plan de base
mentionné plus haut que par la réduction de
Fig. 64-66. Keroplatus tipuloides. abdomen : 64, mâle, vue latérale ; 65, d°, segments abdominaux I-II, vue latérale ;
66, femelle, vue latérale. , .
cq : cerques ; gxp : gonocoxopodites ; post II : post-stermte II ; prest II : pre-stermte II ; prêt II : pré-tergite II ;
prg : proctigère : sptli : spermathèqucs ; St : sternites ; stg : stigmates ; sty : gonostyles ; T : tergites ; / ... IX : segments I
Source : MNHN, Paris
64
LOÏC MATILE
longueur des segments Vil et VIII. Macrocera
montre une étape ultérieure de ce morphocline
avec la réduction des segments VI à VIII, ce
dernier étant rétracté dans le VII. L’étape ultime
de cette réduction est représentée par Keroplatus,
chez lequel le segment V est plus court que le IV.
De même, Arachnocampa se distingue des autres
genres par le stemite I non réduit, entier dans les
deux sexes. Keroplatus est surtout caractérisé par
l’absence du premier stigmate abdominal, la sclé-
rification du pré-sternite et du pré-tergite II et le
grand développement des segments II-IV. La
plupart des autres espèces du genre, toutefois, ne
possèdent pas le dernier caractère : leur abdo¬
men est cylindrique, comme d’ailleurs celui de
presque tous les Keroplatidae (voir analyse des
caractères, A. 5.1).
Postabdomen mâle
Étant donné l’importance accordée aux genita-
lia mâles dans l’étude des Mycetophiloidea, en
particulier dans le présent travail, j’ai tenté
d’extraire des travaux de Hennig (1973), Mun-
roe (1974) et surtout McAlpine (1981) des
données permettant d’en reconstituer le plan de
base chez les Diptères. On peut l’énoncer de la
façon suivante :
— Un tergite IX en arceau, de longueur
proche de la moitié du tergite VIII.
— Un stemite IX également en arceau, de
même longueur que le tergite IX et relié à
celui-ci par une aire membraneuse.
— Un tergite X beaucoup plus court que le
IX.
— Un stemite X oblique et encoché.
— Une paire de surstyles articulés latérale¬
ment sur le tergite X.
— Une paire de cerques, de part et d’autre de
l’anus.
— Un épiprocte peu développé, dorsal à
l’anus.
— Un hypoprocte ventral à l’anus.
— Une paire de gonopodes formés d’une
paire de gonocoxopodites, basaux, en forme de
tubes cylindriques ou cylindro-coniques ouverts
à la base, et d’une paire de gonostyles distaux
aussi longs que les gonocoxopodites, simples,
tubulaires, ouverts à la base.
— Une paire d’apodèmes gonocoxaux dirigés
vers le segment prégénital et se détachant de
la marge dorsobasale des gonocoxopodites.
— Un édéage médian divisé en un basiphallus
et un distiphallus renfermant un endophallus
ramifié en trois tubes se terminant chacun par un
gonopore.
Ces conditions primitives représentent les geni-
talia hypothétiques de l’ancêtre commun des
Diptères (fig. 67) et ne se rencontrent évidem¬
ment jamais toutes ensemble.
La terminologie suivie est celle de McAlpine,
mais j’utiliserai le terme de phallosome pour
désigner l’ensemble formé par l’édéage et les
apodèmes qui le soutiennent. La synonymie des
pièces génitales mâles des Diptères est si lourde
que j’ai renoncé à établir un tableau comparatif :
proctodeum
Source : MNHN, Paris
LES K EROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
65
ainsi, pour les Culicidae, Harbach & Knight
(1980) énumèrent près de 30 synonymes pour les
seuls paramères ! J’ai jugé préférable de montrer
figure 68 le plan de base élaboré et la nomencla¬
ture de ses différentes parties, ce qui permettra
d’établir les équivalences nécessaires. Ce plan de
base appelle un certain nombre de remarques :
Tergite IX (épandrium). — Pour Munroe
(1974), ce tergite est ainsi numéroté par pure
convention. Il pourrait aussi bien s’agir du
tergite X, le IX ayant disparu, ou encore d’un
syntergite résultant de la fusion du IX et du X.
Munroe n’a pas tenu compte du fait qu’il existe
un tergite X distinct, impair, en arceau, chez les
Trichoceridae et certains Ptychopteridae, ainsi
que chez les Brachycères Orthorrhaphes de la
famille des Rhagionidae. Le plan de base des
Diptères doit donc inclure un tergite IX et un
tergite X distincts l’un de l’autre.
Griffiths (1972) pense que le sclérite classi¬
quement baptisé « tergite IX » chez les Cyclor-
rhaphes n’est pas homologue de l’épandrium des
Orthorrhaphes. Pour lui, il s’agit d’un «périan-
drium » provenant de la croissance vers le haut
et de la fusion dorsale d’une partie des gono-
coxopodites. Cette opinion, qui était à l’origine
celle de Hennig (1936), est fortement contestée
( cf Hennig, 1976a et b; Matsuda, 1976;
Andersson, 1977), encore qu’elle ait été adoptée
par Boudreaux (1979) ; de toutes façons, elle ne
modifie pas notre hypothèse de plan de base,
puisqu’elle ne concerne que les Cyclorrhaphes.
Tergite X et styles. On vient de voir qu’à
l’origine le tergite X devait être distinct du IX,
et qu’il persiste dans cet état chez quelques
Orthorrhaphes. Il est alors le plus souvent très
étroit et peu sclérifié. Sa tendance à fusionner
avec le tergite IX paraît mise en évidence par
l’aspect que ces tergites prennent chez Platype-
zina (Aschiza, Platypezidae), tels qu’ils sont
figurés par McAlpine (1967). On y voit un
tergite IX incomplètement fusionné avec le X,
tandis que les surstyles sont bien développés et
articulés latéralement au tergite X.
Les surstyles sont donc à l’origine des appen¬
dices du tergite X ; ils ne persistent sous cette
forme que chez les Bittacomorphinae, où la
présence d’un tergite X a échappé à Crampton
(1942) et quelques autres Ptychopteridae, et
de rares Orthorrhaphes. La rédaction du para¬
graphe consacré au tergite X et aux surstyles par
McAlpine (1981) est ambiguë, comme je l’ai
noté en 1986. En fait, l’auteur n’est pas certain
que ceux des Muscomorpha, notamment, ne pro¬
viennent que des appendices surstylaires d’un
tergite X primitif, que d’un tergite X réduit ou
bien encore d’une fusion de ces deux pièces
(McAlpine, comm. pers., 1989). Je reviendrai
sur ce point lors de l’analyse des caractères
(A. 6.2), mais disons déjà que mon interprétation
de 1986, où les deux lobes dorsaux situés sur le
territoire X chez Arachnocampa étaient con¬
sidérés comme des surstyles, sera abandonnée ici
en faveur d’un tergite X fissuré.
Sternite X. — D’après McAlpine (1981), ce
sclérite s’articule, dans sa condition primitive,
avec la marge postérieure du sternite IX (hypan-
drium) en avant, la marge antérieure de l’hypo-
procte en arrière, les marges du tergite X ou des
surstyles latéralement. Il est souvent réduit ou
membraneux et ne peut alors se séparer de
l’hypoprocte. Chez la plupart des Diptères, il a
migré vers la face dorsale de l’hypopyge et
s’associe au tergite IX (épandrium); il prend
alors le nom de plaque épandriale ventrale.
Cerques. — Embryologiquement parlant, les
cerques sont des appendices du segment XI,
situés entre la base des paraproctes et l’épi-
procte. On admet généralement aujourd’hui,
après Crampton (1942), qu’il n’y a pas de
véritables paraproctes chez les Diptères. Selon
Harbach & Knight (1980), les paraproctes des
Culicidae représentent « apparemment une partie
des cerques » ; en raison de leur position, je
serais tenté de les assimiler aux surstyles (ce
terme semble inconnu de Harbach & Knight).
D’après McAlpine, la condition primitive des
cerques est représentée par deux lobes ciliés entre
lesquels s’ouvre l’anus.
Gonopodes. — McAlpine a résumé les deux
théories contradictoires portant sur ces organes,
homologues des gonopodes des Thysanoures
pour les uns, ou résultant de l’évolution des
paramères pour les autres. Sans vouloir me
lancer dans une discussion qui dépasserait de
beaucoup le cadre du présent travail, je me
rallierai comme McAlpine à la première théorie,
ne serait-ce que parce qu’elle est la plus écono¬
mique, comme l’a souligné Mackerras (1970).
Gonocoxopodites. — Les appendices basaux
des gonopodes, ou gonocoxopodites (ou encore
gonocoxites), sont le plus souvent reliés ventrale-
ment ; mais ils peuvent demeurer indépendants,
par exemple chez les Tipulidae du genre Nephro-
Source : MNHN, Paris
66
LOÏC MATILE
toma (Snodgrass, 1935), et dans ce cas les
genitalia sont fermés ventralement par une zone
membraneuse. Chez Trichocera (cf. fig. 1135,
p. 456), les gonocoxopodites sont reliés l’un à
l'autre par une paire d’apophyses ventrales (Neu¬
mann, 1958). Matsuda (1976) a assimilé ces
apophyses à des volsellae, mais ces processus ne
sont nullement associés à l’édéage et à ses
paramères : le terme de volsellae ne semble pas
pouvoir être employé à leur propos.
Gonostyles. — Ni Hennig (1973) ni McAlpine
(1981) ne se sont prononcés sur l’état primitif de
ces appendices des gonocoxopodites. Pour Mun-
roe (1974), il est représenté par deux tubes
cylindriques simples, mais cet auteur n’argu¬
mente pas son opinion. Brundin (1966) affirme
que le plan de base des Nématocères comporte
des gonostyles (dististyles) doubles, divisés en un
gonostyle ventral (interne), portant des soies
caractéristiques, et un gonostyle dorsal (externe),
chacun s’articulant séparément sur les gonocoxo¬
podites (basistyles). Brundin parvient à cette
conclusion en analysant la structure des gono¬
styles chez les Chironomidae Podonominae et en
utilisant comme groupe extérieur de comparai¬
son (« outgroup ») les Tipuloidea. Chez ceux-ci,
en effet, les gonostyles sont souvent doubles et
bien séparés. Les Tipuloidea étant de toute
évidence, dans l’ensemble, plus plésiomorphes
que les Chironomoidea, il en conclut que l’état
bifide est le plus primitif. Cependant, Crampton
faisait remarquer dès 1 942 que « bien que la
division du « dististyle » en un dististyle externe
et un dististyle interne soit assez caractéristique
des Tipulidae, elle ne se produit que rarement en
dehors de cette famille de Nématocères, bien que
certains Trichoceridae et le Tanyderidae fossile
Macrochile aient un dististyle fourchu, du type
duquel les dististyles séparés peuvent avoir évo¬
lué par un approfondissement de la fourche et la
séparation de ses bras ».
Les Mecopteroidea chez lesquels les gonopodes
sont divisés en gonostyles mobiles sur les gono¬
coxopodites (Mecoptera et Trichoptera) ont des
gonostyles simples. Le morphocline constitué par
un gonostyle unique devenant fourchu, puis se
divisant en deux bras, paraît beaucoup plus lo¬
gique que celui proposé par Brundin, qui im¬
plique l’apparition brusque de gonostyles doubles
chez l’ancêtre des Diptères, suivi d’une réduc¬
tion, dans de nombreux cas, à des appendices
simples, suivant un processus de fusion. Les
conclusions phylogénétiques de Brundin deman¬
dent donc à être revues en fonction de cette
nouvelle polarité du « morphocline dististyles ».
En ce qui concerne les genitalia mâles des
Mycetophiloidea, ils sont étudiés depuis plus
d’un siècle dans une optique systématique, mais
le stade purement descriptif n’a guère été dé¬
passé. Il existe cependant un travail relativement
détaillé sur leur morphologie comparée, la thèse
d’Elizabeth Fisher (1937). Comme celle-ci ne fut
jamais publiée, il me paraît important de résumer
et de commenter ici les observations d'ordre
général quelle contient.
Segment IX. — Les gonocoxopodites des
Mycetophiloidea peuvent être séparés ou plus ou
moins réunis. Le premier état est celui de
Symmerus (Ditomyiidae) ou de certains membres
du complexe Orfelia (Keroplatidae). Fisher re¬
connaît deux types différents dans le deuxième
état, le « type Macrocera » et le « type en
cupule» ( cup-type ). Dans le premier, le ster-
nite IX et les gonocoxopodites sont réunis pour
ne former qu’un seul sclérite, le zygosternum,
mais les différents territoires demeurent recon¬
naissables. Les gonocoxopodites sont réunis à la
base par une partie plus étroite qui pour Fisher
appartient au sternite IX. À l’apex, ils émettent
un « pont » entourant la base des gonostyles. De
ce pont se détache une paire d’apodèmes arti¬
culés à l’édéage ; ces apodèmes peuvent parfois
provenir de la partie médiobasale des gonocoxo¬
podites. Ce type n’existe pas que chez Macro¬
cera : Fisher le cite aussi chez les Keroplatidae
des genres Platyura, Palaeoplatyura, honeuro-
myia et Cerotelion , ainsi que chez les Bolitophi-
lidae et les Sciaridae.
Dans le type cupuliforme, les territoires du
sternite et des gonocoxopodites ne sont plus
reconnaissables : le zygosternum forme une
cupule ouverte en avant et en arrière, dont le
couvercle est formé par le tergite IX. Ce type est
largement répandu chez les Mycetophiloidea. En
ce qui concerne les Keroplatidae, c’est celui
d 'Orfelia, Neoplatyura, Asindulum, Proceropla-
tus, Urytalpa et Keroplatus. Fisher reconnaît
également quelques types particuliers qu’elle
estime représenter des spécialisations secondaires
des deux états de base, mais qui n’appartiennent
pas aux Keroplatidae.
J’ai préféré, dans la présente monographie,
utiliser le terme de synsclérite gonocoxal plutôt
que celui de zygosternum. En effet, cette struc-
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
ture peut très bien ne pas inclure le territoire du
sternite IX, comme on le verra lors de l’analyse
des caractères (A. 6.6).
Edéage. — Fisher situe le gonopore dans
la membrane intersegmentaire IX-X. Elle recon¬
naît trois degrés principaux d’organisation de
l’édéage.
La forme la plus simple, présente par exemple
chez certains Orfelia, est celle d’un édéage tubu¬
laire soutenu par des bras sclérifiés dérivés du
« pont » gonocoxal, deux apodèmes latéraux, un
apodème médian et le segment anal. Une autre
forme, présente chez les Bolitophilidae, montre
un édéage sclérifié et protégé par un étui com¬
posé de deux sclérites. Enfin, le type le plus
complexe est celui de certains Keroplatidae, dont
Asindulum ; ce type avait déjà été reconnu par
Edwards (1929c), et a été utilisé, avec d’autres
caractères abdominaux, par Matile (1978c) pour
délimiter les groupements génériques Asindulum-
Cloeophoromyia. L’édéage y est muni d’un ro¬
buste étui musculaire inséré sur un très long
apodème médian, prolongé au moins jusqu’au
segment VII, et deux apodèmes latéraux plus
courts. L’étui pénien proprement dit (sclérifié) est
également prolongé par des apodèmes latéraux,
tandis qu’une vésicule apicale (pompe sperma¬
tique d’après Vockeroth, 1981) est présente et
prolongée elle aussi par un apodème ventral. J’ai
constaté que ce type d’édéage n’est pas soutenu
par des apodèmes gonocoxaux : après potassage
de l’abdomen, l’ensemble formé par l’édéage et
ses apodèmes se détache librement du synsclérite
gonocoxal, par simple traction.
Segment X. — C’est sous ce nom que Fisher
désigne l’anneau membraneux entourant l’anus,
duquel s’élèvent deux lobes supra-anaux et un
lobe infra-anal parfois divisé en deux. Ce tube
partiellement membraneux et partiellement sclé¬
rifié est généralement appelé proctigère chez les
Diptères Nématocères, et nous avons vu que
dans leur plan de base il était constitué par les
surstyles, les cerques, l’épiprocte et l’hypoprocte.
Pour Matsuda (1976), ces structures entourant
l’anus chez les Diptères sont probablement des
formations secondaires. J’ai suivi ici la termino¬
logie de McAlpine, étant entendu que je suis
raisonnablement confiant de leur homologie au
67
sein des Mycetophiloidea, et probablement aussi
des Bibionomorpha.
Rotation des genitalia. — On sait que chez
beaucoup de Nématocères, les segments termi¬
naux de l’abdomen mâle peuvent subir une
rotation autour de l’axe longitudinal de l’ab¬
domen, pouvant atteindre 180°. La rotation
peut être temporaire ou permanente et est en
rapport avec la position prise par le mâle
lors de l’accouplement. Chez les Keroplatidae,
Edwards (1929c) a fait connaître cette capacité
chez Macrocera, Platyura et de nombreux genres
du complexe Orfelia. Fisher s’est penchée sur ce
cas, qu’elle signale aussi chez Keroplatus. Pour
elle, le degré de rotation varie chez les individus
de la même espèce, et d’une espèce à l’autre dans
le même genre. Le degré de rotation est dû au
hasard et un individu ne peut changer le degré de
rotation une fois celle-ci établie. Cette assertion
paraît difficilement acceptable à moins d’ad¬
mettre que chaque individu puisse prendre une
position d’accouplement adaptée au degré de
rotation de ses genitalia ! Il est fréquent de
trouver des exemplaires ayant les pièces génitales
tournées à 90° l2. Ainsi, sur cinq individus de
Keroplatus tipuloides obtenus d’élevage, trois
montraient une inversion à 180° (gonostyles face
au tergite VII) et deux une rotation à 90° ; un
individu intermédiaire (torsion d’environ 120°)
est représenté figure 86, où l’on peut constater en
outre que le segment abdominal VIII participe à
la rotation.
L’accouplement des Keroplatus se fait « queue
à queue» et l’on voit mal, mécaniquement,
comment cette position serait possible avec des
terminalia mâles tournés sur le côté. Mon opi¬
nion est que l’hypopyge mâle des Keroplatidae,
lorsqu’il est capable de rotation, est mobile
pendant toute la vie imaginale. Par contre,
son degré de mobilité peut être réduit par des
contraintes anatomiques tenant notamment à
l’étendue des aires membraneuses. Ainsi cer¬
taines espèces ont-elles sans doute une possibilité
de rotation comprise entre 90° et 180° (chez
Keroplatus tipuloides), tandis que l’on peut envi¬
sager des espèces chez lesquelles la rotation irait
de 0° à 90°, avec des intermédiaires possibles.
De même ces contraintes mécaniques pourraient-
12. Dufour (1839a) signale el figure que chez K. tipuloides « le forceps est recouvert à sa base par deux demi-segmens
qui se croisent à la ligne médiane », et se fonde sur ce caractère pour séparer l’espèce de Bosc de toutes les autres. Cette
observation repose sur une rotation de 90°.
Source : MNHN, Paris
LOÏC MATILE
elles favoriser une attitude plus courante que les
autres lors de la mort et du déssèchement de
l’insecte. Le fait que des individus de la même
espèce montrent, en collection, tous les degrés de
rotation, comme le souligne Fisher, viendrait
tout simplement de l’attitude prise au moment de
la mort. J’ai commis la même erreur que Fisher
en affirmant que les genitalia de Speolepta
leptogaster (Mycetophilidae Gnoristinae) étaient
de type « hypopygium inversum » (Matile, 1962) :
cette position est fréquente chez cette espèce,
mais non constante.
Après avoir étudié 79 genres et 255 espèces de
Mycetophiloidea, Munroe (1974) conclut que le
plan de base des genitalia mâles de cette superfa¬
mille est conforme à celui des Nématocères en
général, sauf que cerques et sternite X sont
réduits à de petits lobes formant un tube court
porté par la marge apicale du tergite IX, l’anus
s’ouvrant à l’apex de ce tube. Dans la suite de
son analyse cladistique, cet auteur envisage bon
nombre de modifications du plan de base des
genitalia mâles. II sera tenu compte de ses
observations, comme de celles de Fisher, dans
l’analyse des caractères (A.6). On trouvera cepen¬
dant d’ores et déjà figure 68 l’idée que je me fais
du plan de base de ces genitalia, conformément à
la discussion qui précède.
Abul-Nasr (1950) a étudié le développement
des genitalia mâles chez un Chironomidae, un
Anisopodidae et un Mycetophilidae (Myceto-
phila cingulum). L’interprétation de l’hypopyge
de Mycetophila par cet auteur n’est pas con¬
forme à celle unanimement admise. Abul-Nasr,
en effet, a interprété le zygosternum de Fisher
(sternite IX plus gonocoxopodites, ici synsclé-
rite gonocoxal) comme représentant le seul ster¬
nite IX. Chez Mycetophila, les gonostyles sont
divisés en deux stylomères ventraux et deux
stylomères dorsaux (voir par exemple Laffoon,
1957). A partir du moment où Abul-Nasr
considérait le synsclérite gonocoxal comme le
sternite IX, il a tout naturellement interprété
les stylomères ventraux comme des gonocoxopo¬
dites, les dorsaux comme les gonostyles. Cette
erreur a été reprise par Matsuda (1976) et
doit impérativement être rectifiée, le travail en
question représentant les seules données embryo¬
logiques dont on dispose pour les Mycetophiloi¬
dea. Abul-Nasr considère aussi que les struc¬
tures postérieures au tergite IX représentent le
dixième segment, formé des paraproctes et de
l’hypoprocte, les premiers pouvant « représenter
le tergite X et les cerques ». Ces sclérites corres¬
pondent en fait aux cerques et à l’hypoprocte,
auquel peut être incorporé le sternite X.
Abul-Nasr observe encore que le segment IX
de la larve de Mycetophila cingulum porte trois
paires d’ébauches. Compte tenu des rectifications
terminologiques nécessaires, la paire dorsale sera
à l’origine des cerques, la paire latérale donnera
l’hypoprocte et la paire ventrale à la fois le
synsclérite gonocoxal et les voies génitales pro¬
prement dites.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
69
Arachnocampa luminosa (fig. 69-74)
Genitalia à peine plus larges que le ter-
gite VIII, capables de rotation.
Tergite IX réduit, formé de deux lobes ne
s’étendant pas sur la face latérale, séparés au
milieu par un espace membraneux (fig. 69) ; tiers
apical muni de longues soies. Sternite IX distinct,
mais fusionné latéralement avec les gonocoxopo-
dites, ceux-ci séparés sur la ligne médiane par un
espace membraneux réduit (fig. 70).
Proctigère (fig. 69) grand, membraneux au
milieu, sauf sur la ligne médiane où persiste une
baguette sclérifiée qui pourrait représenter un
épiprocte (fig. 69 : epp ?). Tergite X présent, sous
forme de deux plaques latérales bien développées
et sclérifiées (fig. 69, 71 : T X). Cerques petits,
globuleux, ciliés. Hypoprocte grand, largement
encoché au milieu sur la moitié basale.
Gonocoxopodites fortement recourbés dorsa-
lement, mais cependant largement séparés sur
cette face (fig. 72). Faces dorsale et ventrale
reliées par un étroit pont sclérifié. Gonostyles
simples, l’apex sclérifié en lobe peu différencié ;
insérés sur une fosse articulaire oblique de
dedans en dehors et d’avant en arrière.
Apodèmes gonocoxaux prenant naissance vers
le milieu de la marge dorsale des gonocoxopo¬
dites et dépassant légèrement, en avant, la base
de ceux-ci (fig. 72 : ap gxp). Phallosome formé
de deux parties : l’édéage et un lobe formé par
les paramères (fig. 73-74). Les paramères sont
formés de deux paires de bras, l’une dorsale,
l’autre ventrale. La paire dorsale est presque
entièrement fusionnée et forme une large lame
occupant tout l'espace compris entre les apo¬
dèmes gonocoxaux en avant et les marges libres
des gonocoxopodites en arrière. Proximalement,
la lame dorsale se recourbe ventralement en deux
apodèmes ; distalement, elle porte une petite
corne de chaque côté. La paire de paramères
ventraux, sinueuse, est reliée à la paire dorsale
par une large zone membraneuse latérale et ses
bras, largement séparés, sont également réunis
par de la membrane. Sur la ligne médiane, un
apodème sagittal représente sans doute l’apo-
dème éjaculateur. L’édéage proprement dit se
loge entre les paramères ventraux. Conique et en
doigt de gant, il présente deux courts apodèmes
antérieurs et sa face ventrale est plus longue que
la dorsale. Entre les deux pénètre le canal
éjaculateur (fig. 74 : c ej).
Macrocera lut eu (fig. 75-79)
Hypopyge plus large que l’apex de l’abdomen,
capable de rotation.
Tergite IX petit, semicirculaire, normalement
en partie dissimulé sous le VIII (les figures ont
été effectuées sur des exemplaires potassés et
maintenus en extension). Tiers apical du tergite
couvert de soies courtes, parsemées de quelques-
unes plus longues. Sternite IX non reconnais¬
sable, entièrement fusionné aux gonocoxopodites
ou disparu. Segment X également absent, par
fusion ou membranisation. Proctigère formé
d’une paire de cerques latéraux portant des soies
fines et courtes, sauf à l’apex, où elles sont plus
longues, et d’un hypoprocte peu sclérifié portant
quelques cils apicaux.
Gonocoxopodites formés de deux tubes laté¬
raux largement divergents, entièrement fusionnés
à la face ventrale (fig. 76), largement séparés
dorsalement sous le tergite IX (fig. 78). Gono¬
styles s’insérant sur une fosse articulaire dont le
plan est dorso-apical (fig. 79). Tendon abducteur
bien développé (fig. 79 : t abd). Deux fortes dents
gonostylaires apicales plus sclérifiées.
Entre les marges dorsales des gonocoxopo¬
dites, prennent naissance deux apodèmes gono¬
coxaux qui s’étendent en avant jusqu’à la base
des gonocoxopodites (fig. 78-79 : ap gxp). Entre
ces apodèmes, les paramères courts et simples
(fig. 78 : p) relient les gonocoxopodites au
basiphallus, auquel ils se soudent. Basiphallus
(fig. 78 : basph) bien sclérifié dorsalement, en
partie membraneux ventralement, formant un
anneau entourant le sac éjaculateur. Celui-ci
s’ouvre par le pore génital (fig. 78 : pg) au ni¬
veau d’un distiphallus entièrement membraneux,
bilobé, dépassant à peine l’apex des gonocoxopo¬
dites (fig. 78 : disph).
Keroplatus tipuloides (fig. 80-86)
Genitalia pas plus larges que le segment VIII,
capables de rotation et de fait toujours déviés
latéralement chez les exemplaires de collection.
Tergite IX grand, son quart basal dénudé et
normalement dissimulé sous l’ensemble formé
par les tergites VII et VIII (figures effectuées sur
des exemplaires potassés et maintenus en exten¬
sion) ; les trois quarts apicaux portent des soies
courtes et couchées. Sternite IX non reconnais-
Source : MNHN, Paris
70
LOÏC MAT1LE
Fig. 69-74. — Araclmocampa luminosa, hypopyge mâle : 69, vue dorsale ; 70, vue ventrale ; 71, vue latérale ; 72, vue dorsale,
tergite IX et proctigère enlevés ; 73, vue latérale, gonocoxopodite gauche enlevé ; 74, complexe phallique, vue ventrale.
an : anus ; ap ed : apodème de l’édéage ; ap ej : apodème éjaculateur ; ap gxp : apodème gonocoxopodal ; ap p :
apodème postérieur du paramère dorsal ; c ej : canal éjaculateur ; cq : cerque ; ed : édéage ; epp ? : épiproctc ? ; gxp :
gonocoxopodite ; hyp : hypoprocte ; pd : paramère dorsal ; pv : paramère ventral ; ssl : surstyle ; sly : gonostyle ;
St VIH, IX : sternite VIII, IX ; T VIII. IX : tergites VIII, IX.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATI DAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
71
Fig. 75-79 Macrocera lutea, segmenls prégénitaux et hypopyge mâle : 75, vue dorsale ; 76, vue ventrale ; 77, vue latérale ;
78. région médiane de l'hypopyge, vue dorsale, tcrgitc IX et proctigere enlevés ; 79, hypopyge, vue latérale,
gonocoxopodite gauche en majeure partie sectionné, tergite IX et proctigere enlevés.
un ■ anus ; ap gxp : apodème gonocoxopodal ; basph : basiphallus ; c ej : canal ejaculateur : Cq : cerque ; disph :
distiohallus ■ cd édéage ; gxp : gonocoxopodite ; hyp : hypoprocte ; p : paramere ; pg : pore génital ; s ej : sac
éjaculateur; St VIIVIII : sternitc VII. VIII ; T VU. VIII. IX : tergites VII, VIII, IX ; t abd : tendon adducteur du
gonostyle.
Source : MNHN, Paris
72
LOÏC MATILE
Fig. 80-85. — Keroplatus lipuloides , segments prégénitaux et hypopyge mâle : 80, vue ventrale; 81, vue dorsale; 82, vue
latérale; 83, hypopyge, vue dorsolatérale, tergite IX et proctigère enlevés; 84, insertion du gonostylc sur le
gonocoxopodite, vue latérale; 85, gonostyle, vue interne.
an : anus ; ap ed : apodème de l'édéage ; ap ej : apodème éjaculateur ; ap gxp : apodème gonocoxopodal ; ca :
condyle articulaire du gonostyle ; c ej : canal éjaculateur ; cq : cerque ; ed : édéage ; gxp : gonocoxopodite ; pd :
paramère dorsal ; pg : pore génital ; pr v : processus ventral ; pv : paramère ventral ; sly : gonostylc ; Si VU, VIII :
sternite VII, VIII ; / abd : tendon abducteur du gonostyle ; t add : tendon adducteur du gonostyle ; T VU. VIII, IX :
tergite VII, VIII, IX. Nota : fig. 80-82, hypopyge ayant subi une rotation d’environ 90° par rapport au préabdomen.
sable, entièrement fusionné aux gonocoxopodites
ou disparu. De même, segment X absent, par
fusion ou membranisation. Proctigère formé
d’une paire de cerques bien développés, articulés
sur la marge apicale du tergite IX et reliés
ventralement dans leur moitié basale par une
membrane représentant l’hypoprocte 13 (fig. 81-
82). Cerques ciliés sur presque toute leur surface
externe et la partie dorsale de leur bord interne.
Le proctodeum s’ouvre par l’anus (fig. 81 : an)
dans la membrane hypoproctale.
Gonocoxopodites réunis ventralement sur toute
leur longueur (fig. 80), leur jonction marquée par
une arête interne élargie proximalement en une
petite aire triangulaire. Faces dorsales larges,
atteignant ensemble environ la moitié de la
longueur totale du synsclérite gonocoxal (fig. 83).
Faces dorsales reliées à la face ventrale par deux
minces bras sclérifiés qui se prolongent en arrière
des gonocoxopodites et fusionnent à l’apex pour
former un processus médian ventral massif,
sclérifié ventralement et distalement, membra-
13. Comme le prouve le fait que cet emplacement est occupé dans d’autres genres par un sclérite cilié bien
reconnaissable comme tel.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
73
neux dorsalement (fig. 80-81, 83 : pr v). Cette
zone membraneuse s’étend des bras dorsoven-
traux et du processus médian ventral jusqu’à la
base des paramères de l’édéage et, latéralement,
le long de la marge interne des gonocoxopodites
et de leurs apodèmes. Elle sépare ainsi totale¬
ment la cavité gonocoxale du complexe phal¬
lique. Apodèmes gonocoxaux courts, mais dé¬
passant cependant légèrement la marge basale du
synsclérite gonocoxal (fig. 83 : ap gxp).
Gonostyles insérés sur une large fosse articu¬
laire membraneuse qui occupe tout l’apex des
gonocoxopodites et dont le plan est fortement
oblique en dedans. Base portant un fort condyle
encastré dans une encoche correspondante de la
marge gonocoxale (fig. 84). Gonostyles de forte
taille, en forme d’entonnoir, le bord dorsal
prolongé en bec, la marge interne ventrale
portant des soies spiniformes plus épaisses que
les autres (fig. 85).
Fig. 86. — Keroplatus lipuloides, vue caudale de l'extrémité
de l'abdomen d'un mâle à terminalia presque complète¬
ment inversés.
an : anus; cq : cerque; gc.x : gonocoxopodite ; Si VII.
VIII : sternitc VII. VIII ; T VI. VII, VIII : tergite VI, VII.
VIII.
Complexe phallique volumineux (fig. 82-83).
Édéage comprenant deux robustes paramères
soudés sur la ligne médiane et formant ainsi un
étrier articulé avec les apodèmes gonocoxaux, et
un sac membraneux (fig. 83). Ventralement, cet
ensemble est soutenu par deux bras paraméraux
divergents à la base, les paramères dorsaux, et
par deux bras ventraux soudés au contraire
proximalement, les paramères ventraux (fig. 82-
83 : pd, pv). De la base, s’élève un fort apodème
éjaculateur (fig. 83 : ap ej). Le canal éjaculateur
s’ouvre par le pore génital entre les bras para¬
méraux dorsaux et ventraux (fig. 83 : pg).
Discussion
L’appareil génital mâle des Keroplatidae est
beaucoup trop varié pour que l’on puisse tirer
des conclusions générales de l’étude morpholo¬
gique de trois genres seulement. On a vu plus
haut qu’il existait déjà un type de genitalia mâles
bien différent chez certains Keroplatinae : celui
mentionné par Edwards (1929c), Fisher (1937)
et Matile (1978c), dans lequel l’hypopyge est
incapable de rotation et l’édéage fortement déve¬
loppé; ce type est propre à certains Orfeliini
(groupe Asindulum-Cloeophoromyià). On peut
cependant déjà noter que les genitalia des Kero¬
platidae s’écartent du plan de base reconnu par
Munroe (1974) par la fusion plus ou moins
complète du sternite IX avec les gonocoxopodites,
l’absence du sternite X et le grand développe¬
ment des gonocoxopodites, qui ne sont jamais
entièrement séparés. Les genitalia mâles seront
étudiés beaucoup plus en détail lors de l’analyse
des caractères (A.6).
Disons dès maintenant que les Arachnocam-
pinae se distinguent des Macrocerinae et des
Keroplatinae par la présence de restes du ter¬
gite X. La faible sclérification médiane et dorsale
du proctigère visible chez Arachnocampa lumi-
nosa se présente sous la forme d’une plaque plus
large et sétifère chez A. richardsae (fig. 253), c’est
pourquoi je pense que cette zone pourrait corres¬
pondre à un épiprocte : il serait alors caractéris¬
tique des Arachnocampinae. Macrocera et Kero¬
platus, tels qu’ils ont été étudiés ici sur leurs
espèces-types, sont bien définis l’un par rapport
à l’autre, mais aucun des caractères présentés
n’est commun à tous les Macrocerinae, ou à tous
les Keroplatinae, et certains d’entre eux varient
encore à l’intérieur de l’un ou l’autre genre (voir
l’analyse des caractères, A.6).
Postabdomen femelle
La première mise au point relativement dé¬
taillée sur les genitalia femelles des Nématocères
Source : MNHN, Paris
74
LOÏC MATILE
dans leur ensemble est celle de Crampton (1942).
Elle a été largement reprise, plus ou moins
augmentée et modifiée en fonction des travaux
postérieurs, par Hennig (1973), Matsuda (1976)
et Bitsch (1979). McAlpine (1981) a donné
un résumé des différentes modifications qu’ils
peuvent subir chez les Diptères.
En ce qui concerne les Mycetophiloidea, et
laissant de côté les brèves incidentes et les des¬
sins que l’on peut trouver dans différents travaux
de systématique, nous mentionnerons le travail
d’ABUL-NASR (1950), déjà cité au sujet des
genitalia mâles, et les courtes mises au point de
Hutson, Ackland & Kidd (1980), Vockeroth
(1981) et Steffan (1981). Quelques données
comparatives se trouvent aussi dans les travaux
consacrés aux Chironomidae par Hirvenoja
(1973) et Saether (1977). Rien n’a jusqu’ici été
publié sur la morphologie comparée des genitalia
femelles des Keroplatidae.
On a déjà vu que chez les Diptères, il n’y
avait jamais de stigmates abdominaux après
le septième segment l4. Le principal repère pour
l’interprétation du postabdomen femelle demeure
donc l’emplacement de l’ouverture génitale (go-
nopore), qui se trouve entre les segments VIII et
IX comme chez les autres Insectes. C’est du
moins l’opinion de la plupart des auteurs, et elle
semble bien étayée par l’étude des différentes
familles de Nématocères. Notons toutefois que
Balfour-Browne (1932) et plus récemment Leh-
rer (1971) situent l’ouverture génitale entre les
sternites IX et X. L’hypothèse de Balfour-
Browne a été réfutée par Crampton (1942) ; elle
semble fondée sur une interprétation erronée des
segments du préabdomen. Celle de Lehrer, qui
ne concerne que les Syrphidae, paraît reposer sur
une interprétation contestable des sternites IX et
X (voir discussion).
Un autre repère anatomique est l’ouverture
des canaux spermathécaux : chez les Diptères, il
y a primitivement trois spermathèques, dont les
canaux s’ouvrent séparément sur le sternite IX,
simple et peu modifié dans les groupes les moins
évolués, plus ou moins modifié dans les autres
(Downes, 1968).
Chez Mycetophila cingulum , espèce étudiée par
Abul-Nasr (1950), les trois derniers segments
abdominaux sont télescopés dans le VII, ne
laissant apparaître que les cerques et le ster¬
nite VIII. Ce dernier est largement encoché à
l’apex. Le tergite IX est réduit à une étroite
bandelette. L’apodème vaginal, complexe, large¬
ment prolongé dans le préabdomen, est en rap¬
port avec le tergite IX et le sternite X (plaque
postgénitale). Le sternite IX n’est plus représenté
que par un minuscule sclérite, l’insula, ventral à
l’ouverture génitale. Abul-Nasr interprète les
appendices pairs entourant l’anus comme deux
paraproctes qui ne sont qu’apparemment biarti-
culés. En effet, la constriction entre les deux
articles n’apparaît que tardivement dans le stade
nymphal. Il ne se prononce donc pas sur leur
nature : cerques biarticulés, tergite X secondaire¬
ment divisé en deux, ou encore tergite X suivi
d'une paire de cerques uniarticulés. Laffoon
(1957), également chez Mycetophila, considère
que cette partie des genitalia correspond à une
paire de cerques biarticulés. C’est également
l’opinion de Saether (1977) chez Rymosia (My-
cetophilidae) et de Steffan (1966) chez Lyco-
riella (Sciaridae). On reviendra sur ce problème
dans la discussion. L’oviducte commun de Myce¬
tophila cingulum est très court, les deux sperma¬
thèques s’ouvrent séparément, un peu en avant
de l’insula. Du point de vue du développement,
oviducte et spermathèques trouvent leur origine
dans les ébauches du sternite VIII de la larve.
Les glandes annexes, s’ouvrant par un canal
commun dans la partie ventrale de l’atrium,
dépendent du segment IX.
Des travaux précédemment cités, on peut
déduire les caractères généraux des genitalia
femelles des Mycetophiloidea :
— Tergite VIII peu modifié, généralement
plus court que le sternite correspondant, souvent
très court et divisé sur la ligne médiane, ou bien
absent.
— Sternite VIII bien développé, généralement
allongé, pafois divisé en deux sur la ligne
médiane, portant parfois des lobes postérieurs,
ou encore rebordé à la marge postérieure.
— Tergite IX variable, souvent réduit, rare¬
ment absent.
— Sternite IX réduit, généralement fusionné
latéralement avec le tergite IX, situé dorsalement
au sternite VIII et portant parfois un apodème
antérieur ou un processus postérieur.
— Tergite X réduit ou absent.
14. D’après Hennig (1973), il s’agil d’une autapomorphie de l’ordre.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
75
— Sternite X variable, bien développé, mem¬
braneux au milieu, ou encore absent.
— Cerques biarticulés.
Arachnocampa luminosa (fig. 87-91)
Segment VIII bien développé, seule la base
rétractée dans le segment VII sur les échantillons
à sec (figures effectuées sur des exemplaires
potassés et maintenus en extension). Tergite VIII
(épigynium) aussi long que le sternite VIII
(hypogynium), celui-ci profondément incisé ven-
tralement, l’incision se divisant, avant la base du
sclérite, en deux branches latérales. Ainsi est
délimitée une aire triangulaire ventrale et basale
qui n’est en continuité avec chacun des demi-
sternites que latéralement (fig. 91). Chaque moi¬
tié du sternite VIII largement rebordée à l’apex,
et portant à ce niveau une apophyse saillante et
peu sclérifiée, la valve hypogyniale (fig. 88-89,
91 : v hyp). Il s’agit vraisemblablement ici des
gonapophyses VIII reconnues chez les Tipulidae
par Snodgrass (1903) ; c’est en tout cas dans ce
sens que Saether (1977) les interprète chez les
Mycetophilidae proprement dits.
Entre les deux valves hypogyniales et dépas¬
sant à peine de la membrane qui les relie
basalement, une pièce impaire très peu sclérifiée
se situe à la face ventrale d’un petit lobe
membraneux. Cette pièce correspond à l’apo-
dème subgénital d’ABUL-NASR (ici apodème sub¬
vaginal, fig. 88-89, ap subv) ; elle est pratique¬
ment invisible sans coloration. L’apodème sub¬
latérale ; 88, derai-stemite VIII,
atrium vaginal, vue caudale;
Fig. 87-91. Arachnocampa luminosa, femelle, terminalia : 87, extrémité de I abdomen,
vue interne ; 89, extrémité de l'abdomen, vue paracaudale ; 90, sternite IX
91, terminalia. vue ventrale, sternite VII enlevé.
an : anus ; ap subv : apodème subvaginal ; air : atrium ; Cq I, 2 : cerque I, 2 ; gp : gonopore ; ins : insula ;
Itst IX : latérosternite IX ; o spq ; ouverture du canal de la spermathèque ; ov m : oviducte médian ; ppg : plaque
postgénitale ; pred : proctodéum ; spq : spermathèque ; Si VII, VIII : sternite VII, VIII ; T VII, VIII, IX : tergite VII,
VIII, IX ; v hyp : valve hypogyniale.
Source : MNHN, Paris
76
LOÏC MATILE
vaginal appartient sans doute au territoire ster¬
nal VIII, à moins qu’il ne s'agisse d’une sclérifi-
cation secondaire.
Le tergite IX est réduit à un arceau bien plus
court que le tergite VIII et étroitement divisé en
deux sur la ligne médiane (fig. 87, 89). De chaque
côté de l’angle ventral du tergite IX se détache
un bras étroit, mais bien sclérifié, qui va re¬
joindre une plaque interne subtriangulaire à
sommet antérieur (fig. 89) ; cette plaque est
l’insula d’ABUL-NASR. Il est généralement admis,
nous l’avons vu, que le sternite IX, réduit, est en
partie fusionné au tergite correspondant. L’in¬
sula et les sclérites latéraux qui la relient au
tergite représentent donc ce qui reste du ster¬
nite IX. Ainsi, avec Wensler & Rempel (1962) et
Reiss (1971), nous nommerons ces sclérites laté¬
raux latérosternites (fig. 89 : ltst IX), comme chez
les Chironomidae.
L’atrium, ou chambre génitale, est une zone
membraneuse limitée ventralement par les valves
hypogyniales et l’apodème subvaginal, dorsale-
ment par le tergite IX, latéralement par les côtés
du tergite IX et les latérosternites IX (fig. 89, 91 :
atr). Il est divisé en une partie vaginale et une
partie cæcale par la marge postérieure de l’insula.
L’atrium vaginal, dorsal, porte l’ouverture de
l’oviducte commun (gonopore) et celles des deux
canaux des spermathèques (fig. 91). L’atrium
cæcal, ventral, reçoit le canal de la glande
annexe, situé dans un repli membraneux dorsal à
l’apodème subvaginal.
Le tergite X (fig. 87) est presque aussi large
que le IX, mais plus court. Plaque postgénitale
(sternite X) présente, bien sclérifiée mais pro¬
fondément encochée sur la ligne médiane, l’inci¬
sion la coupant presque complètement en deux
(fig. 89, 91 : ppg). Cerques biarticulés, les articles
apicaux un peu plus longs que les basaux (fig. 87,
89, 91 : Cq 1, Cq 2). L’anus s’ouvre dans une aire
membraneuse entre les cerques (fig. 91 : an).
Voies génitales ectodermiques : oviducte com¬
mun (ou médian) court, ne dépassant pas la base
du sternite VIII (fig. 91 : ov m). Spermathèques
allongées, peu différenciées, à cuticule très fine ;
canaux longs et fins, entièrement séparés jusqu’à
leur orifice (fig. 91 : spq).
Macrocera lutea (fig. 92-96)
Segment VIII bien développé, y compris le
tergite, qui est presque aussi long que le sternite.
mais largement dissimulé sous le tergite VII,
même sur exemplaire potassé et maintenu en
extension. Sternite VIII entièrement divisé en
deux longitudinalement, les deux parties reliées
entre elles par une zone membraneuse antéroven-
trale (fig. 95). Chaque demi-sternite rebordé sur
près de la moitié apicale de la face interne, la
marge de ce repli portant l’apophyse de la valve
hypogyniale (fig. 94). Les valves hypogyniales
forment les limites latérales entre les zones
vaginale et cæcale de l’atrium vaginal. Apodème
subvaginal triangulaire, très peu sclérifié (fig. 95-
96 : ap subv).
L'atrium vaginal est limité latéralement par les
latérosternites IX, transparents, qui relient le
tergite X à une insula en arc interne bien sclérifié.
Au-dessus de l’insula débouchent séparément les
deux canaux des spermathèques et le gonopore
(fig. 96).
Le tergite IX n’est représenté que par une
plaque faiblement sclérifiée (fig. 95) surplom¬
bant dorsalement l’atrium vaginal et portant un
groupe de longues soies ventrales. Le tergite X
est bien développé, environ moitié plus court que
le tergite VIII mais presque aussi haut que lui sur
les côtés (fig. 92-93). Plaque postgénitale (ster¬
nite X) grande, triangulaire, non encochée, por¬
tant elle aussi de longues soies ventrales (fig. 95 :
ppg). Cerques biarticulés, les articles apicaux
nettement plus petits que les basaux, entre
lesquels l’anus s’ouvre dans une aire membra¬
neuse (fig. 92-93, 95-96; Cq 1, Cq 2, an).
Voies génitales ectodermiques : oviducte mé¬
dian très court, atteignant à peine le niveau du
septième segment (fig. 95 : ov m). Oviductes
latéraux non sclérifiés. Spermathèques très bien
différenciées, ovoïdes et fortement sclérifiées,
munies chacune d’un canal long et fin (fig. 95)
dont l’orifice dans l’atrium vaginal est placé sur
une papille légèrement postérieure au gonopore
(fig. 95-96 : o spq).
Keroplatus tipuloides (fig. 97-103)
Pièces génitales invaginées dans le segment VII,
dont ne dépasse au repos que l’apex des cerques
(fig. 97). En contrepartie, membranes interseg¬
mentaires plus étendues, particulièrement la VII-
VIII (fig. 99).
Tergite VIII formé de deux lames nues, semi-
cylindriques, faiblement sclérifiées et reliées par
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
77
Fig. 92-96. Macrocera lutea , femelle, terminalia : 92, extrémité de l’abdomen, vue latérale ; 93, terminalia, vue dorsale ;
94, demi-sternite VIII, vue interne; 95, terminalia, vue ventrale, stemite VII enlevé; 96, d°, vue caudale.
an : anus ; ap sùbr : apodème subvaginal ; air cac : atrium cœcal ; air rag : atrium vaginal ;Cq 1,2: cerque 1,2;
gp • gonoporc • ins • insula ; Ils! IX : latérostemite IX ; o spq : ouverture du canal de la spermathèque ; or m : oviducte
médian ; ppg : plaque postgénitale ; prcd : proctodeum ; spq : spermathèque ; Si VII, VIII : sternite VII, VIII ; T VI ...
X : tergite VI ... X ; v hyp : valve hypogyniale.
un pont membraneux (fig. 99-100). Sternite VIII
grand, cilié sur la plus grande partie de sa
surface, entièrement divisé en deux longitudina¬
lement, formant ainsi deux lobes symétriques
largement séparés l’un de l’autre (fig. 103). Dans
le tiers ventral, les deux lobes sont reliés par une
aire membraneuse, lobulée sur la ligne médiane
et portant à ce niveau une plaque faiblement
sclérifiée qui représente l’apodème subvaginal
(fig. 103 : ap subv). L’orifice cæcal s’ouvre à la
base de ce lobe, entre celui-ci et le sternite IX
(fig. 101, 103). Les lobes sternaux VIII portent à
la face interne de leur tiers médian des valves
hypogyniales largement membraneuses (fig. 103 :
v hyp)- .
Tergite IX entièrement membraneux, ses limites
indistinctes de la membrane intersegmentaire
(fig. 99). Sternite IX bien sclérifié mais dénudé,
en forme de U échancré ventralement, situé entre
les deux lobes sternaux VIII (fig. 99-102). Pas
de latérosternites IX. Tergite X bien développé,
cilié, membraneux cependant sur la ligne mé¬
diane, profondément échancré à l’apex, où s’in¬
sèrent les cerques, et rebordé latéralement (fig. 100-
101). Sternite X (plaque postgénitale) réduit,
surtout médialement, peu sclérifié latéralement
(fig. 100 : St X). Cerques formés d’un seul article,
celui-ci renflé à la base puis fortement aminci,
entièrement cilié (fig. 97-101 : Cq). L’anus
s’ouvre entre les cerques dans une zone membra¬
neuse basale (fig. 101 : an).
Les voies génitales ectodermiques s’ouvrent
Source : MNHN, Paris
Fig. 97-103. Keroplatus tipuloides, femelle, terminalia (sauf 98 : K. reaumurii) : 97, extrémité de l'abdomen, vue latérale ;
98, extrémité de l'abdomen d’une femelle morte pendant la ponte, vue latérale ; 99, extrémité de l’abdomen, vue
latérale, moitié droite des tergites et des sternites V-VII enlevée; 100, stemitc VII et terminalia, vue dorsale;
101, segments VII et suivants, vue caudale ; 102, stemitc IX, atrium et voies génitales, vue interne ; 103, sternites VIII et
IX et dépendances, vue paracaudale.
an : anus ; ap subv : apodème subvaginal ; ap vag : apodème vaginal ; air : atrium ; Cq : cerque ; c spq : canal de
la spermathèque ; gp : gonopore ; ins : insula ; œ : œuf ; a spq : ouverture du canal de la spermathèque : ov I : oviducte
latéral -, ov m : oviducte médian ; pred : proctodeum ; Si V ... X : sternite V ... X ; T V ... X : tergitc VII ... X ; v hyp :
valve hypogyniale.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
79
entre les branches du U formé par le sternite IX,
dans un anneau constitué de deux sclérites en ar¬
ceau dépendant sans doute de ce sternite (fig. 102).
De par sa position, le sclérite ventral doit
correspondre à Pinsula ; j’assimile le dorsal à un
apodème vaginal (fig. 102 : ins, ap vag). Entre
insula et apodème vaginal, l’atrium vaginal
membraneux est percé de l’orifice génital (gono-
pore) et de l’orifice des deux canaux des sperma-
thèques, situés sur deux papilles légèrement
caudales et ventrales au gonopore (fig. 101, 103).
Voies génitales ectodermiques : oviducte com¬
mun court et renflé, se poursuivant par deux
énormes oviductes latéraux cuticulaires au moins
jusqu’au segment V (fig. 100). Les deux sperma-
thèques sont peu différenciées et peu sclérifiées
(fig. 100 : spq).
Chez Keroplatus reaumurii , la plaque postgéni¬
tale est membraneuse, le tergile IX est légère¬
ment sclérifié latéralement. L’apodème subvagi¬
nal est pratiquement non sclérifié, mais le lobe
membraneux qui la porte est plus distinct encore
que chez K. tipuloides. De même, les valves
hypogyniales sont entièrement membraneuses.
La partie cuticulaire des oviductes remonte jus¬
qu’au deuxième segment abdominal.
Lors de la ponte (et probablement de l’accou¬
plement), les sclérites du postabdomen sont
susceptibles de se dévaginer quelque peu. Ainsi,
chez K. reaumurii, le dixième segment et le
sternite VIII deviennent visibles à l’apex du
segment VII (fig. 98).
Discussion
Après l’étude des trois cas ci-dessus, il est
possible de caractériser ainsi le postabdomen
femelle des Keroplatidae :
Tergite et sternite VII non modifiés. Ter-
gite VIII le plus souvent aussi grand que le
sternite, mais parfois invaginé ( Angazidzia , Ma-
crocerinae, fig. 262-263). Sternite VIII entière¬
ment ou presque entièrement divisé longitudina¬
lement en deux zones, chacune rebordée en une
valve hypogyniale. Entre ces deux lobes ster¬
naux, un apodème subvaginal plus ou moins
sclérifié. Gonocoxopodites VIII absents (chez les
Mycetophiloidea, ils n’existent que chez les Scia-
ridae). Tergite IX variable, de bien développé à
totalement membraneux. Sternite IX plus ou
moins réduit et invaginé, au maximum de réduc¬
tion représenté par deux bras latérosternaux et
une insula en arc. Les latérosternites représentent
probablement les gonocoxopodites IX, du moins
si l’interprétation de ces structures par Saether
(1977) chez les Sciaridae est exacte. Gonapo-
physes IX absentes (présentes chez les Myceto-
philidae Mycetophilini d’après Saether). Pas
de gonostyles IX reconnaissables. Tergite et
sternite X présents, parfois l’un ou l’autre ré¬
duit. Pas de bourse copulatrice. En règle gé¬
nérale, deux spermathèques (exceptions : cer¬
taines espèces de Chiasmoneura : 3, et de Cerote-
lion : 1). Canaux des spermathèques indépen¬
dants jusqu’à leur orifice.
Les Arachnocampinae se distinguent des Macro-
cerinae et des Keroplatinae par le sternite VIII
incomplètement séparé en deux, le grand déve¬
loppement latéral du tergite IX, la profonde
incision de la plaque postgénitale et la grande
taille de l’insula.
La structure du postabdomen femelle varie
peu au sein des Macrocerinae. Pour les genres
chez lesquels elle est connue, elle correspond bien
à ce qui vient d’être décrit chez Macrocera
(Angazidzia, fig. 262-263 ; Chiasmoneura, fig. 271-
273, 288-290, 312-313; Hesperodes, fig. 336-
338 ; Kelneria, fig. 410). Cette structure est
intermédiaire entre celle des Arachnocampinae et
celle des Keroplatinae.
L’invagination des segments du postabdomen
dans le septième segment sépare de façon specta¬
culaire Keroplatus d’ Arachnocampa et de Macro¬
cera. S’y ajoute le tergite IX très peu sclérifié ou
entièrement membraneux et les cerques uniarti-
culés. Cependant, on ne retrouve l’invagination
postabdominale presque aussi prononcée que
chez Neoceroplatus (fig. 763, 765) et Rocetelion
(fig. 905-906). Chez tous les autres genres de
Keroplatini dont les femelles sont connues, elle
est beaucoup plus faible, quasi nulle chez Ter-
gostylus (fig. 951).
Chez l’espèce-type du genre-type des Orfeliini,
Orfelia fasciata, l’invagination est également
moins prononcée.puisque dépassent du septième
segment les cerques et l’apex du tergite X en
haut, le tiers apical du sternite VIII en bas. Le
tergite VIII est en arceau dorsal, ininterrompu au
milieu. Les valves hypogyniales sont beaucoup
plus discrètes que chez Keroplatus, l’insula est
très bien développée, formant deux expansions
aliformes unies médialement et presque aussi
longues que le sternite IX proprement dit, qui a
Source : MNHN, Paris
80
LOÏC MATILE
la même structure que chez Keroplalus. L’apo-
dème vaginal est présent, mais réduit. Sous
réserve de contrôle chez les autres genres, dont
les femelles sont loin d’être toutes connues,
les Keroplatinae se différencieraient donc des
Arachnocampinae et des Macrocerinae par le
développement de la partie ventrale du ster-
nite IX en arceau et la présence d’un apodème
vaginal.
On sait que l’apodème vaginal est assez ré¬
pandu chez les Diptères Orthorrhaphes et qu’il
est assimilé au territoire sternal IX (Bonhag,
1951 ; Irwin, 1976; McAlpine, 1981). Par con¬
séquent il semble peu douteux que sa présence
soit ici plésiomorphe par rapport aux genitalia
femelles des Cyclorrhaphes. Cependant, on peut
se poser la question de savoir si la structure que
j’ai appelé « apodème vaginal » chez les Keropla-
tidae est bien homologue de celle des autres
Orthorrhaphes, et même si les apodèmes vagi¬
naux, ou « furcae », signalés un peu partout dans
ce groupe, sont bien homologues entre eux. En
effet, ils semblent avoir un rôle mécanique de
soutien de la chambre atriale et servir aussi
à la rétraction et à l’extension de l’ensemble
de l’ovipositeur ; certains au moins pourraient
être des sclérifications secondaires. Harbach &
Knight (1980), dans leur glossaire des Culicidae,
ne mentionnent nulle part les termes de « vaginal
apodeme » ou de « furca », mais il semble bien
que leur « upper vaginal lip » corresponde à cette
structure : ils se gardent bien d’en préciser
l’origine. La figure que donne Lehrer (1971)
des genitalia femelles du Syrphidae Volucella
zonaria montre un sternite IX distinct, basal à
l’ouverture génitale, et un sclérite dorsal, trans¬
verse, distal à cet orifice, et qui occupe donc
l’emplacement de l’apodème vaginal ; la figure
montre sans ambiguïté qu’il appartient au tergite
IX, et non au sternite. Or on a vu que l’apodème
génital est censé relever du territoire sternal.
Ce problème n’est pas évoqué par Saether
(1977) dans son travail sur les genitalia femelles
des Nématocères et mériterait d’être étudié à
l’échelle de tout le groupe des Orthorrhaphes.
Quoi qu’il en soit Nagatomi (1982a) énumère les
cas connus où l’on constate à la fois la présence
d’un apodème vaginal et celle du sternite IX et
en conclut évidemment que les deux sclérites sont
indépendants et de nature différente. Il semble
donc bien que l’apodème vaginal puisse être une
structure secondaire, adaptée à un rôle méca¬
nique, et donc pas forcément homologue chez
tous les Orthorrhaphes.
On notera par ailleurs que chez les Keropla¬
tinae, lorsque subsiste un seul élément dorsal
Fig. 104. Organisalion du plan de base de l'appareil génital femelle des Keroplatidae (coupe sagittale). La glande annexe
et son canal, non cuticulaires, sont représentés en tireté.
ap subv : apodème subvaginal ; v liyp : valve hypogyniale.
Source : MNHN, Paris
LES K EROPLATI DAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
81
entre le tergite VIII et les cerques, celui-ci a
jusqu’ici été le plus souvent considéré comme
représentant le tergite IX, le X étant censé avoir
disparu (cf. notamment Matile, 1975c; Hut-
son, Ackland, & Kidd, 1980). J’ai abandonné
ici cette interprétation. Faute de preuve embryo¬
logique du contraire, il paraît en effet plus
logique que le tergite IX ait suivi son sternite
lors de son invagination, celle-ci ayant pour
conséquence sa désclérification, tandis que le
tergite X aurait conservé ses rapports avec les
cerques apicalement, et le sternite X ventrale-
ment. Ceci paraît d’autant plus vraisemblable
que chez Macrocera le tergite IX, encore recon¬
naissable, se trouve déjà en position ventrale et
antérieure, où il forme la voûte de l’atrium
génital, à proximité du gonopore. C’est pour
cette raison que je n’ai pas suivi ici l’hypothèse
de Matsuda (1976), qui reconnaît bien que le
segment précercal des Aedes (Culicidae) est le
dixième, mais qui suppose que le huitième tergite
apparent représente en réalité la fusion des
tergites VIII et IX.
La conservation d’une liaison tergite IX-ster-
nite IX par l’intermédiaire des latérosternites est
caractéristique des Arachnocampinae ; cette liai¬
son existe chez de nombreux Mycetophiloidea
(Vockeroth, 1981). Chez les Macrocerinae, l’in¬
vagination du tergite IX aurait entraîné la perte
de cette connexion, les latérosternites restant
en place et venant alors au contact des marges
ventrales du tergite X. Les latérosternites au¬
raient complètement disparu chez les Keropla-
tinae lorsque le sternite IX, à son tour, s’est
profondément invaginé.
Suivant ces interprétations, je donne figure 104
un schéma de ce que pourrait être le plan de base
des genitalia femelles des Keroplatidae. Il ne
diffère pas fondamentalement des structures vi¬
sibles chez Arachnocampa.
LA NYMPHE
Les stades nymphaux des Diptères terricoles
ont été relativement négligés par les morpholo¬
gistes et les systématiciens, sans doute du fait
qu’ils portent peu de caractères qui leur soient
propres. Hinton (1946) consacre aux nymphes,
pupes ou chrysalides des Insectes un travail
comparatif qui comporte une section bien docu¬
mentée sur les Diptères, mais qui semble davan¬
tage appuyée sur la littérature antérieure dis¬
ponible que sur des données personnelles. Il
reconnaît trois types de nymphes. Le premier est
le type exarate : c’est la « nymphe libre » (pupa
libéra) de la plupart des auteurs antérieurs. Chez
ces nymphes, les appendices (antennes, ailes,
pattes) ne sont pas soudés ou fixés secondaire¬
ment au corps. Le deuxième est le type obtectê
(pupa obtecla ) : certains appendices, ou leur
totalité, sont soudés aux parois du corps par un
enduit fluide, immédiatement après la nym¬
phose ; la cuticule de ces nymphes est presque
toujours plus dure et plus pigmentée que celle
des nymphes exarates. Enfin, les nymphes coarc-
têes (pupa coarctata) sont enveloppées dans un
puparium formé de la cuticule durcie du dernier
stade larvaire. D’autre part, Hinton sépare les
nymphes des Insectes en dec tiques et adec tiques.
Les nymphes dectiques sont pourvues de mandi¬
bules articulées susceptibles d’être mues par les
muscles imaginaux et qui servent à déchirer
l’enveloppe nymphale au moment de l’éclosion
de l’imago. Ce sont les plus primitives, et elles
sont toutes exarates. Les nymphes adectiques
sont privées de mandibules fonctionnelles ; elles
peuvent être exarates, obtectées ou coarctées.
Les nymphes des Diptères sont toutes adec¬
tiques. Celles de la plupart des Orthorrhaphes
sont obtectées. Celles de tous les Cyclorrhaphes
et probablement de quelques Orthorrhaphes de
la famille des Stratiomyiidae sont exarates et
coarctées.
Hinton s’intéresse surtout à l’évolution fonc¬
tionnelle du mode d’éclosion de l’adulte. Il note
que beaucoup de Mycetophiloidea se débarrassent
de leur enveloppe nymphale à l’intérieur d’un
cocon dans lequel ils peuvent demeurer jusqu’à
une semaine. Il lie ce phénomène au fait que
les ailes se sont raccourcies chez les Mycetophi¬
loidea les plus évolués, qui peuvent ainsi les
étendre et les durcir à l’abri du cocon l5. Inverse¬
ment, les Mycetophiloidea les plus primitifs pour
15. On notera l’avantage sélectif de passer ainsi dissimulé une période aussi dangereuse de la vie d'un insecte... et aussi
la prudence à observer en ouvrant un récipient d'élevage dans lequel, apparemment, nen n’est éclos !
Source : MNHN, Paris
82
LOÏC MATILE
Hinton (Bolitophilidae et Ditomyiidae) ont les
ailes plus longues et leurs nymphes sont dépour¬
vues de cocon.
Brauns (1954b) a consacré un livre aux
nymphes des Diptères terricoles. Il fournit de
nombreuses données dont beaucoup sont origi¬
nales, et fort bien illustrées. Sa classification et
ses conclusions, par contre, ne sont qu’une
traduction de Hinton (1946). Il s’agit cependant
de la meilleure mise au point sur le sujet, au
moins au niveau de l’identification des familles.
En ce qui concerne les Mycetophiloidea, nous
disposons d’un travail récent comprenant beau¬
coup d’éléments nouveaux : celui de Plach-
ter (1979c). Les nymphes de 21 espèces de
Mycetophiloidea européens y sont décrites. Elles
appartiennent aux familles des Keroplatidae,
Diadocidiidae, Bolitophilidae, Mycetophilidae et
Sciaridae. Pour Plachter, et contrairement à
l’opinion de Hinton (adoptée par Hennig, 1948,
1973), les nymphes des Mycetophiloidea sont
toutes de type exarate, encore que certains
Mycetophilidae (les Mycomyinae sensu Plach¬
ter, c’est-à-dire les Sciophilinae d’EDWARDS,
1925, moins la tribu des Sciophilini) tendent
vers le type obtecté. L’observation de nymphes
vivantes de Keroplatidae, que j’ai eues sous les
yeux, montre qu’il existe bien, au moins dans
cette famille, un fluide collant les appendices au
corps, fluide qui disparaît sans doute, ou se
dénature, à la fixation. Ces nymphes sont donc
bien obtectées. Plachter note aussi que les
nymphes de Mycetophiloidea ne possèdent que
six paires de stigmates abdominaux, bien qu’elles
aient neuf segments. Il cite même le chiffre de
cinq pour les Mycetophilidae. L’auteur allemand
ne semble pas avoir eu connaissance du travail
de Malloch (1917), où les nombres cités sont
respectivement de sept et six ; je confirme ici les
données de Plachter, au moins pour les Kero¬
platidae. Rappelons que d’après Hennig (1973),
le nombre primitif de stigmates abdominaux est
de huit paires chez les Diptères.
Hennig (1948) avait cité comme caractéris¬
tique des Mycetophiloidea le fait que les pédo-
thèques étaient disposées côte-à-côte, sans se
recouvrir. Plachter montre qu’il ne s’agit pas
d’un caractère général puisque les pédothèques I
recouvrent plus ou moins les pédothèques II chez
certains Mycetophilidae (Apolephthisa, Gnoris-
tinae) et Keroplatidae ( Macrocera ). Le fait, déjà
signalé par Hennig, que les longs éperons tibiaux
des imagos sont distinctement visibles sur la
nymphe est plus diagnostique.
Plachter distingue deux types de nymphes
selon la morphologie et le mode de nymphose.
Les larves qui se métamorphosent dans le sol ou
dans des tubes creusés par la larve dans le bois
ou les carpophores des champignons ont l’abdo¬
men spinuleux, des rangées segmentaires d’épines
et de macrochètes ; elles peuvent se déplacer par
des mouvements reptatoires de l’abdomen. Ce
sont les plus primitives, et elles comprennent les
Bolitophilidae, les Ditomyiidae et certains Scia¬
ridae (genre Trichosia). Celles des autres Myceto¬
philoidea sont immobiles, ont une cuticule nue et
sont enfermées dans un cocon ou une toile de
nymphose.
Un certain nombre de nymphes de Mycetophi¬
loidea ont été décrites et illustrées, le plus
souvent assez sommairement : on en trouvera la
liste dans la mise au point de Hennig (1948). Les
références sur les Mycetophiloidea postérieures à
cette date sont les suivantes : Brauns, 1954b
(Sciophilinae, Mycetophilinae, gen. sp.) ; Ma-
tile, 1962 (Gnoristinae : Speolepta) ; Eberhard,
1970 (Sciophilinae : Leptomorphus, étude chro¬
nologique de la nymphose). Le travail le plus
important est celui de Plachter (1979c), qui
décrit les nymphes de Bolet ina, Speolepta, Apo¬
lephthisa, Mycomya, Ectrepesthoneura, Sciophila,
Phthinia, Mycetophila et Phronia. En ce qui
concerne les Ditomyiidae, il n'existe qu’un seul
article postérieur à 1948, celui de Munroe
(1974) sur le genre Symmerus. Chez les Scia¬
ridae, Tuomikoski (1957) donne un important
travail comprenant, outre des données générales,
les descriptions de nymphes appartenant aux
genres Trichosia, Scythropochroa, Phytosciara,
Neosciara, Xylosciara, Plastosciara et Zygoneura.
Steffan (1966) décrit celle de Lycoriella et
Plachter (1979c), qui semble ignorer Tuomi¬
koski, celles de Trichosia, Xylosciara et Plasto¬
sciara. Plachter étudie également les nymphes
de Diadocidia (Diadocidiidae) et de Bolitophila
(Bolitophilidae).
Très peu de travaux ont été consacrés aux
nymphes des Keroplatidae. Chez les Keropla-
tinae, Mansbridge (1933) a décrit la nymphe
d’une espèce indéterminée du complexe Orfelia
(sous le nom de Platyura), Plachter (1979c)
celles de Keroplatus, Urytalpa ( Platyura sensu
Plachter) et Platyura (sous le nom d'Apemon).
Ce même auteur a étudié les nymphes de deux
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
83
espèces de Macrocera. En ce qui concerne les
Arachnocampinae, nous disposons de données
succintes et fragmentaires sur Arachnocampa
luminosa dans les notes de Hudson (1890),
Gatenby (1959) et Richards (1960). Gatenby &
Cotton (1960) ont donné de cette espèce une
description plus détaillée bien que les dessins au
trait l’accompagnant soient assez approximatifs.
Les autres travaux cités ne renferment que des
photographies sans intérêt morphologique.
Arachnocampa luminosa (fig. 105-112)
Nymphe mûre : allongée, jaune, yeux composés
noirs, ptérothèques et podothèques brunes. Abdo¬
men marqué de taches brunes plus serrées de
l’apex vers la base. Chez la nymphe femelle, les
ovocytes sont visibles par transparence à travers
le tégument.
Tête formée dorsalement de la plaque du
vertex et de la base des cératothèques. Vertex
Ftr: inc 1 ■-> , l nvmnhf ■ 105 mâle, vue ventrale ; 106, femelle, vue ventrale ; 107, d°, vue latérale ;
' 108, nymphe jeune? tète^et thorax, J latéro-ventrale ; 109, <j”r exuvie) : 1 10’ s,iSmate abdominal
kl-); m fen,dk ,|*x de
sissssrrjàt : — —
Source : MNHN, Paris
84
LOÏC M ATI LE
dépourvu de tubercules latéraux. Cératothèques
longeant latéralement le vertex puis se recour¬
bant entre la marge antérieure du thorax et la
partie tibiale de la podothèque I, enfin entre les
podothèques II et III, se terminant au niveau de
l’apex des hanches antérieures. Plaque clypéofa-
ciale bombée, nettement séparée par un sillon
transversal en une aire faciale et une aire cly-
péale. Apex de la plaque clypéofaciale recou¬
vrant légèrement la base de la stomatothèque,
celle-ci large et courte. Palpothèques volumi¬
neuses, suivant la marge ventrale de la tête.
Cette dernière, latéralement, recouvrant partiel¬
lement la podothèque I au niveau de l’apex du
fémur, mais sans former d’angle saillant.
Thorax fortement arqué, surplombant la tête.
Notothèque munie d’une crête sagittale qui
s’étend de la marge postérieure du vertex, au-
dessus de la région collaire (plus prononcée à ce
niveau), puis progressivement atténuée jusqu’au
tiers postérieur du scutum. Le triangle soyeux
suspenseur de la nymphe, interprété tout d’abord
comme partie intégrante de celle-ci (Hudson,
1886) s’insère sur cette crête, le long de laquelle
s’effectue aussi l’ouverture de l’enveloppe nym-
phale lors de l’éclosion de l’imago ; cette lame
de soie est souvent conservée sur les nymphes
fixés. Latéralement, au contact des cératothèques,
s’élève un fort tubercule portant à son sommet le
stigmate antérieur, divisé en sept ou huit orifices
péritrématiques (fig. 109). Ptérothèques courtes,
appliquées le long du corps, leur apex se situant
un peu avant la marge postérieure du troisième
segment abdominal. Fourreau des balanciers en
grande partie dissimulé sous les podothèques.
Celles-ci étroitement accolées les unes contre les
autres, se recouvrant en partie, libres du reste du
corps (matériel fixé). Hanches I ventrales à la
tête, fémurs I remontant le long de celle-ci
presque jusqu’au bord le plus dorsal des cérato¬
thèques. Tibias I redescendants, accolés contre
les fémurs et un peu plus longs que ceux-ci, la
podothèque élargie à l’apex pour former un étui
triangulaire logeant l’éperon antérieur. Tibia II
dissimulé à la base par le tibia I, tibia III
presque entièrement caché par le II. Tarses de
toutes les pattes distincts, disposés côte-à-côte.
Eperons I-II distincts, III cachés par les pté¬
rothèques. Femelle : podothèques n’atteignant
pas la marge du segment abdominal VI, podo¬
thèque I plus courte que la II. Mâle : podo¬
thèques prolongées presque jusqu’à la marge
du segment prégénital, les podothèques I plus
longues que les IL
Abdomen : huit segments prégénitaux. Six
paires de stigmates situées à l’apex d’expansions
triangulaires des segments II-VII. Stigmates divi¬
sés en plusieurs orifices par les péritrèmes,
comme les stigmates thoraciques et sensiblement
de même taille que ceux-ci (fig. 110). Nymphe
mâle : un fourreau gonocoxal prolongé par deux
fourreaux gonostylaires ; un fourreau bifide loge
le proctigère (fig. 111). Nymphe femelle : un
fourreau pour le segment génital, suivi d’un
fourreau cercal divisé en deux grandes expan¬
sions apicales en doigt de gant, renfermant les
cerques (fig. 112).
Nymphe jeune : je dispose d’une nymphe au
tout premier stade de son développement, dont
la tête émerge tout juste de la capsule céphalique
larvaire (fig. 108). À ma connaissance, ce stade
n’a jamais été décrit chez les Mycetophiloidea.
Coloration jaune, seuls les yeux d’un brun
rougeâtre. Cératothèques fortement recourbées à
l’apex, courtes, se terminant un peu au-dessous
du niveau du milieu de l’œil. Stomatothèque et
palpothèques dissimulées sous la capsule cépha¬
lique larvaire (fig. 108 : ex 1). Podothèques I :
fémurs sinueux, passant sous les cératothèques
au niveau de leur angle apical, puis remontant le
long du thorax jusqu’au niveau du bord dorsal
des yeux ; tibias I également sinueux, suivant le
trajet des fémurs ; tarses fortement contournés
sur eux-mêmes. Podothèques II et III également
fortement contournées, les II ne dépassant pas le
niveau de l’apex des ptérothèques, les III celui
du deuxième segment abdominal. Ptérothèques
courtes, larges, contournées, repliées au niveau
du premier segment abdominal. Fourreau des
pièces génitales unique.
Macrocera fasciata (fig. 113-115)
Les premiers stades de Macrocera luiea, espèce-
type du genre, demeurent inconnus. La descrip¬
tion de la nymphe de Macrocera se fera donc sur
M. fasciata. Je ne dispose que d’une nymphe très
avancée, dont l’adulte est prêt à éclore (noto¬
thèque déjà ouverte dorsalement), et de quelques
nymphes jeunes (yeux composés non encore colo¬
rés).
Nymphe mûre (femelle) : coloration jaune
marqué de brun, la coloration imaginale visible
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
85
par transparence (bandes scutales et abdomi¬
nales, taches pleurales). Yeux composés noirs.
Ptérothèques, cératothèques, ainsi que les tibias
et les tarses des podothèques, bruns. Appendices
libres (matériel fixé).
Tête formée dorsalement de la plaque du
vertex et du bord dorsal des articles flagel-
laires 1-2 des cératothèques. Celles-ci suivent le
bord dorsal, puis postérieur, des yeux composés,
pour se glisser entre les podothèques I et II,
suivant la marge interne des ptérothèques et se
prolongeant jusqu’à l’apex de la podothèque I.
Plaque clypéofaciale petite, peu saillante, divisée
en une aire faciale et une aire clypéale par un
sillon transversal mousse peu visible. Sur la ligne
médiane, la plaque clypéofrontale recouvre à
peine la base de la stomatothèque. Stomato-
thèque courte et étroite. Palpothèques minces,
longeant la marge ventrale de la tête et la marge
basale des hanches antérieures ; terminées en
, f ' s, i «ma.lCS ,’hnradaue 'l 19 stigmate abdominal ; 120. mâle, apex de l'abdomen, vue latérale ; 121. femelle,
latérale, 1 18, stigmate thoracique, . • œratothèque \fcq : fourreau des cerques; f siy : fourreau des gonostyles ;
apex de 1 abdomen vue . fcx . fourreau des gonocoxopodites ; H I. II, III : hanche I, II, III ;
b 1 . fémur I Jep . fourreau de p ... f jj m . pp,i,q : palpothèque ; ptthq : ptérothèque ; Si : stigmates
VIII.
Source : MNHN, Paris
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LOÏC MATILE
pointe au contact de l’apex des fémurs anté¬
rieurs. Enveloppe de la tête ne recouvrant pas les
podothèques.
Thorax moins fortement arqué que chez Arach-
nocampa, la partie la plus haute du scutum
ne dominant que légèrement le vertex. Stig¬
mates thoraciques situés sur un tubercule tu-
buliforme, mince, ouverture unique, sans péri-
trème (fig. 1 1 5a). Ptérothèques notablement plus
longues, en proportion, que chez Arachnocampa,
dépassant largement l’apex du deuxième segment
abdominal, appliquées le long de la face latéro-
ventrale de l’abdomen. Fourreaux des balanciers
entièrement dissimulés sous les ptérothèques
latéralement, mais visibles en totalité dorsale-
ment, entre les ptérothèques et le premier seg¬
ment abdominal. Podothèques : hanches 1 recou¬
vrant les II sauf apicalement et le long de
la marge externe. Fémurs I fortement arqués,
remontant le long des hanches jusqu’à leur base.
Tibias I légèrement recourbés, redescendant dans
leur premier tiers le long des fémurs I, puis s’en
écartant pour se terminer au niveau de la
courbure basale des fémurs III. À ce niveau, la
podothèque s’élargit sur la ligne médiane ; les
éperons antérieurs s’y logent. Fémurs II et III
fortement arqués, appliqués les uns contre les
autres, largement séparés des antérieurs sauf à
l'apex. Fémurs II dissimulés par les tibias I sur
les deux tiers apicaux. Tibias II recouvrant
partiellement les III, les tibias II eux-mêmes
entièrement dissimulés sous les tibias I en vue
ventrale. De même, tibias III cachés sous les II.
Éperons II-III invisibles. Tarses I, II et III
disposés côte-à-côte, les podothèques serrées
les unes contre les autres. Tarses I prolongés
jusqu’à l’apex du quatrième segment abdominal,
tarses 11 un peu après l’extrémité de l’abdomen,
tarses III dépassant les II d’une longueur équiva¬
lente au dernier tarsomère et à l’acropode.
Abdomen (nymphe femelle) : sept segments
prégénitaux distincts, le segment VIII en grande
partie replié sous le VII dont seuls dépassent
l’apex du sternite VIII, celui du tergite X et
les cerques. Marge latérale des segments I-Vl
mince et aplatie. Segments II- VII avec une paire
de stigmates simples situés à l’apex de petits
tubercules triangulaires (fig. 115b). Enveloppe
génitale non distinctement divisée en deux lobes
pour le logement des cerques. Nymphe mâle :
segment abdominal VIII distinct. Un fourreau
gonocoxal et deux fourreaux gonostylaux, mais
pas de thèque dorsale distincte pour le procti-
gère.
Nymphe jeune : entièrement jaune, la marge
interne des ptérothèques un peu plus sombre.
Podothèques ne dépassant pas l’extrémité de
l’abdomen. Cératothèques interrompues un peu
avant l’apex du troisième tarsomère I.
Keroplatus tipuloides (fig. 116-121)
Nymphe mûre (mâle). — Coloration jaune
marqué de brun. Céphalothèque, noto thèque,
base des ptérothèques et des podothèques brun
grisâtre, face dorsale de l’abdomen jaune-roux,
avec une tache discale jaune sur les tergites IV-V,
débordant légèrement sur le III.
Tête formée dorsalement de la plaque du
vertex et de la moitié basale de la face dorsale des
cératothèques. Celles-ci courtes et larges, suivant
le bord dorsal des yeux composés, puis s’éten¬
dant en arrière au-dessus de l’articulation tibio-
fémorale des pattes II-III. Plaque clypéofaciale
large et plate, recouvrant nettement sur la ligne
médiane la base de la stomatothèque. Aires
faciale et clypéale séparées par un sillon trans¬
versal à peine visible. Stomatothèque très courte,
bilobée. Palpothèques sphériques aplaties, pas
plus longues que la stomatothèque.
Thorax peu arqué, la partie la plus haute
du scutum située au niveau du vertex. Stig¬
mates antérieurs situés sur un tubercule papilli-
forme dont l’apex porte une série de 7-8 orifices
(fig. 118). Ptérothèques courtes, n’atteignant pas
l’apex du troisième segment abdominal, étroite¬
ment appliquées le long de la face latéroventrale
de l’abdomen. Fourreaux des balanciers entière¬
ment dissimulés sous les ptérothèques latérale¬
ment, mais entièrement visibles dorsalement.
Podothèques : hanches I recouvrant la moitié
basale des hanches II. Fémurs I modérément
arqués, remontant le long des hanches jusqu’à
leur base. Tibias I suivant en redescendant le
trajet des fémurs et se terminant au niveau de
l’apex des hanches I. Enveloppe des éperons en
triangle allongé, les deux fourreaux ne se rejoi¬
gnant pas sur la ligne médiane. Seules les marges
internes des fémurs et des tibias II-III visibles
ventralement, les limites entre fémurs et tibias
imprécises. Fourreaux des tarses disposés côte-à-
côte, sans recouvrement. Tarses I prolongés
jusqu’à l’apex du segment abdominal IV (mais
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
87
jusqu’à la moitié du Vil sur la nymphe de la
figure 116, pourtant moins avancée d’après sa
coloration). Six stigmates abdominaux sur les
segments II-VII, papilliformes, l’apex percé de
5-6 orifices (fig. 119).
Abdomen de la nymphe mâle (fig. 120) :
segment abdominal VIII distinct. Un fourreau
gonocoxal et deux fourreaux gonostylaux dis¬
tincts, pas de fourreau pour le proctigère.
Nymphe femelle (fig. 121) : segment abdomi¬
nal VIII distinct. Enveloppe génitale distincte¬
ment divisée en deux lobes contenant les cerques.
Nymphe jeune : entièrement jaune, yeux rouges.
Appendices comme chez la nymphe mûre.
Discussion
La plupart des traits de la nymphe tiennent à
la morphologie imaginale, qu’elle préfigure en
enveloppant l’adulte en voie d’achèvement. Elle
a donc peu de caractères propres. Arachnocampa
est remarquable par la crête longitudinale portée
par la notothèque, et par la nette séparation des
aires clypéale et faciale. Macrocera se distingue
par ses stigmates simples et l’absence de lobes
cercaux, et Keroplatus par l’absence de courbure
des cératothèques (liée évidemment à la structure
particulière des antennes de ce genre). Keroplatus
et Macrocera diffèrent à' Arachnocampa par l’ab¬
sence d’une thèque spéciale pour le proctigère
chez la nymphe mâle.
L’aspect des podothèques de la nymphe jeune
d 'Arachnocampa, comme le prolongement des
podothèques antérieures d’un exemplaire relati¬
vement âgé de Keroplatus, indiquent que le
développement des fourreaux des pattes n’est pas
forcément synchrone avec la pigmentation des
téguments, et que le niveau abdominal atteint
par ces thèques n’est pas forcément un bon
caractère systématique, comme on le croyait
auparavant.
On notera incidemment que les nymphes de
Keroplatidae (et des Mycetophiloidea en gé¬
néral) présentent cependant un grand intérêt
morphologique, non par elles-mêmes, mais du
fait que le tégument larvaire, entièrement rejeté,
demeure le plus souvent fixé à leur extrémité
postérieure. Comme la découverte d’une nymphe
conduit presque toujours à une éclosion si le
cocon de nymphose n’est pas endommagé, on
dispose ainsi à la fois de l’imago, de l’exuvie
nymphale et de celle du dernier stade larvaire.
LA LARVE
Paradoxalement, la morphologie des larves de
Mycetophiloidea est relativement mieux connue
que celle des imagos, encore que la proportion
des formes larvaires décrites par rapport aux
adultes reste très réduite, comme le montre
Hennig (1948, fig. 9). On trouvera dans le tra¬
vail de celui-ci une mise au point sur les pu¬
blications antérieures, qu’il n’y a pas lieu de
répéter ici. Je soulignerai cependant l’importance
du mémoire de Madwar (1937), qui représente
une somme de connaissances à laquelle il a ete
peu ajouté jusqu’à ces dernières années et dont
les figures ont été largement reprises dans la
littérature.
Un certain nombre de publications postérieures
à 1948 sur les larves de Mycetophiloidea méritent
d’être citées, et sans doute en premier lieu celle
de Perraudin (1961) sur les Sciaridae. Perrau-
din étudie en détail la morphologie céphalique
de la larve d’un Bibio (Bibionidae) et lui compare
celle d’un Sciara (sans doute en fait Bradysia)
indéterminé. Cette étude a l’avantage de donner
des noms aux différentes pièces de la tête, le
plus souvent en rapport avec les insertions
musculaires. Perraudin met en évidence l’ho¬
mogénéité de la structure céphalique des larves
de Bibionomorpha et attire la première l’atten¬
tion sur la nature probablement tentoriale du
pont ventral postérieur des Sciaridae, par ana¬
logie avec les Bibionidae, chez lesquels les méta-
tentorina se trouvent dans la même position que
l’insertion du pont des Sciaridae. Cette nature
tentoriale a été démontrée par moi-même chez
les Mycetophilidae (Matile, 1967) et acceptée
ensuite par la plupart des auteurs, en particulier
par Denis & Bitsch (1973), avec la notable
exception de Hennig (1973), qui considère que le
pont ventral postérieur des Mycetophiloidea est
Source : MNHN, Paris
LOÏC MATILE
sans doute une formation secondaire, opinion
que les auteurs du « Manual of Nearctic Dip-
lera » (Teskey, Vockeroth, Steffan, 1981) sem¬
blent avoir suivie implicitement.
Perraudin met également en évidence la
nature hypostomiale du pont ventral antérieur
des Sciaridae, chez lesquels il est incomplet,
alors qu’il est entier chez les Mycetophilidae
(Matile, 1967). Le foramen occipital (ou fora¬
men magnum) des Mycetophiloidea est donc
fortement prolongé en avant et ventralement,
puisque sa limite se situe à l’hypostome. Elle
attire également l’attention sur le report vers
l’intérieur des articulations mandibulaires, prin¬
cipalement les antérieures, assimile la base fixe de
la maxille (plaque maxillaire) au cardo et étudie
la structure complexe du labium-hypopharynx.
Whitten (1960) étudie le système trachéen
des larves de Diptères, et particulièrement des
Nématocères. Il fournit quelques éléments sur les
Mycetophilidae, les Sciaridae et les Keroplatidae,
mais fait surtout référence à des observations
non publiées. Ainsi, il note que les Keroplatidae
ont un système respiratoire particulier sur bien
des points, qu’il ne décrit pas. Son travail est
donc de peu d’utilité en ce qui nous concerne,
d’autant que Plachter (1979b) a étudié les
trachées des différents groupes de Mycetophiloi¬
dea avec beaucoup de précision.
En 1970, LaStovka publie un mémoire d’une
grande importance sur la morphologie larvaire
des Mycetophilidae, notamment du genre Myce-
tophila. Fondé sur des observations minutieuses
et une méthodologie rigoureuse, ce travail fixe
pour la première fois de nombreux caractères de
valeur systématique chez les Mycetophiloidea.
L’auteur se limite toutefois volontairement à la
nomenclature et ne cherche pas à se pronon¬
cer sur les homologies des différents organes
ou régions de la tête. Il se contente donc
de conserver les noms proposés par Madwar
(1937), Hennig (1948) et Perraudin (1961), sans
les commenter.
Enfin, paraissent deux articles remarquables
de Plachter (1979a et b), consacrés le premier
aux toiles sécrétées par les larves de Mycetophi¬
loidea, à leur forme et à leur nature, et le
deuxième à leur morphologie externe. Le premier
article est presque entièrement original et appuyé
sur d’excellents dessins et photographies au
microscope électronique à balayage. Plachter
souligne que les Mycetophiloidea font partie de
ces rares Insectes terrestres qui construisent des
toiles hautement évoluées. Il en distingue plu¬
sieurs types, dont le plus fréquent est celui
composé d’une piste centrale, sur laquelle se tient
la larve, amarrée au substrat par de nombreux
fils, longs et réguliers, parsemés de gouttelettes
aqueuses. Il note que la piste, en forme de tube
ouvert chez les Mycetophilidae Sciophilinae (sensu
lato), est en ruban chez les Keroplatinae et
Arachnocampa, filiforme chez Macrocera. Dans
ces derniers groupes, la toile est fortement acide,
le pH étant compris entre 1,3 et 2,0. Plachter
donne également des précisions sur la structure
chimique des toiles, et note en particulier la
haute teneur (40 %) en acides glutamique et
aspartique du cocon de Keroplatus. Il assigne aux
réseaux tissés par les larves de Mycetophiloidea
un rôle de protection contre les prédateurs et les
conditions abiotiques du milieu ainsi que, pour
les Keroplatidae, dans la capture des proies.
La deuxième article de Plachter est lui
aussi composé en majeure partie de données
originales, mais les travaux antérieurs sont égale¬
ment exploités. Les données de cet auteur sont
trop nombreuses pour être résumées ici ; nous
évoquerons plus loin celles d’entre elles qui
portent sur les Keroplatidae, tandis que certains
points particuliers seront mentionnés dans les
discussions.
Parmi les centaines d’espèces décrites chez les
Keroplatidae, moins d’une trentaine sont con¬
nues, plus ou moins bien, à l’état larvaire. Les
premières observations remontent à Réaumur
(1740), De Geer (1776), Bosc (1803) et Dufour
(1839a, b). Ces premiers travaux, illustrés de
croquis approximatifs et souffrant souvent d’in¬
terprétations inexactes, ne sont plus guère utili¬
sables à l’heure actuelle, encore que les données
éthologiques citées par de tels naturalistes restent
bien entendu toujours valables. Ce n’est que plus
d’un siècle et demi après Réaumur que quelques
mémoires nous permettent d’obtenir des données
précises sur la morphologie larvaire des Keropla¬
tidae.
Chez les Arachnocampinae, la larve d'A. lumi-
nosa, spectaculaire par sa luminosité et son
comportement, a fait l’objet de moins de tra¬
vaux morphologiques que l’on pourrait le croire.
Les publications sur cette espèce ne concernent
presque toutes, en effet, que l’éthologie (voir
Partie systématique), l’anatomie et la physiologie
de l’organe lumineux (Wheeler & Williams,
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
89
1915; Goldschmidt, 1948; Ganguly, 1960;
Gatenby, 1959, 1960a ; Shimomura, Johnson &
Haneda, 1966; Meyer-Rochow & Waldwo-
gel, 1979). On trouvera des synthèses sur ces
divers travaux in Matile (1970b), Lloyd (1978)
et Buck (1978), ainsi qu’une bibliographie exhaus¬
tive sur A. luminosa chez Pugsley (1983). Sa
morphologie a fait l’objet d’une première étude
précise d’ Edwards (1934b), qui la compare à
celles de Keroplatus ( sensu lato) et de Bolitophila.
Il y avait en effet doute à l’époque sur l’apparte¬
nance du genre aux Keroplatidae ou aux Bolito-
philidae. Edwards résout le problème en rele¬
vant les nombreux points communs entre Arach-
nocampa et Keroplatus (en fait un Cerotelion,
C. lineatum) : sécrétion d’une toile, prédation au
moins partielle, longueur du corps, rétractilité de
la tête, incision des plaques épicraniales, forme
du labre et de la mandibule, réduction des
antennes et absence de stigmates fonctionnels
(voir p. 367).
Par la suite, deux articles seulement fournis¬
sent des données sur la morphologie larvaire d'A.
luminosa : ceux de Gatenby (1959, 1960a). Cet
auteur met notamment en évidence la présence
de deux paires de stemmates. Pour le reste, les
dessins sont fort inexacts et ces travaux n’ajou¬
tent rien, au contraire, à celui d’EDWARDS. Enfin
Plachter (1979b) fournit des données nouvelles
sur les pièces buccales, illustrées de belles pho¬
tographies au microscope à balayage, ainsi que
sur les rangées de spinules tégumentaires qu’il a
découvert chez A. luminosa. D’après Harrison
(1966), les larves des différentes espèces du genre
Arachnocampa sont très similaires, et il y a donc
tout lieu de penser que les observations données
plus loin sur A. luminosa peuvent être généra¬
lisées à l’ensemble des Arachnocampinae.
Les données morphologiques publiées sur les
larves des Macrocerinae ne sont guère plus riches
que pour les Arachnocampinae. Un seul de leurs
genres, Macrocera, est connu par les premiers
stades, et jusqu’à ces dernières années nous ne
disposions que de quelques informations et illus¬
trations sur M. stigma (Mansbridge, 1933) et
M. anglica (Madwar, 1935), deux espèces ouest-
paléarctiques. Mansbridge s’intéresse surtout à
l’éthologie des Keroplatidae qu’il a observés,
mais donne cependant un dessin d’ensemble de la
larve de M. stigma et de sa capsule céphalique en
vue ventrale, ainsi qu'une figure du labre. Le
travail de Madwar est beaucoup plus complet ;
la segmentation, la tête et les pièces buccales sont
envisagées, ainsi que le système nerveux et
quelques données éthologiques. Madwar n’a
pas trouvé de stigmates, mais il a pu suivre les
trachées jusqu’au tégument du prothorax et des
sept premiers segments abdominaux. Il signale
les conditions très favorables à la respiration
cutanée des larves : nombreux replis abdomi¬
naux, minceur du tégument, qui porte un riche
réseau de trachéoles, sécrétion d’une toile hy-
groscopique.
La larve de Macrocera fasciata se trouve
souvent, en Europe, dans les grottes et les
carrières souterraines (Enslin, 1906 ; Matile,
1970b), où elle a parfois été confondue avec celle
du Mycetophilidae Speolepta leptogaster. C’est
probablement le cas des larves carnivores men¬
tionnées sous ce dernier nom par Cheetham
(1920), de celle citée par Jeannel (1926) comme
tissant une toile sur le guano, et en partie des
larves carnivores décrites par Thinès & Tercafs
(1972), également sous le nom de Speolepta
leptogaster. Je n’ai pu élever que M. fasciata ; les
premiers stades de M. lutea sont inconnus à ce
jour, et c’est donc sur M. fasciata que la
morphologie larvaire du genre sera étudiée.
Plachter, lui, a élevé trois espèces : M. fas¬
ciata, vittata et phalerata, sur lesquelles il donne
quelques observations biologiques et morpholo¬
giques. Le premier, il signale que les larves de
Keroplatidae, y compris celles de Macrocera, ne
sont pas réellement apneustiques, mais portent
des stigmates réduits, peut-être non fonctionnels.
Il étudie les pièces buccales de M. vittata et
donne aussi quelques précisions et illustrations
sur les deux autres espèces.
Les larves de Keroplatinae nous sont connues
depuis Réaumur (1740), qui a décrit les mé¬
tamorphoses d’un Keroplatidae que Latreille
(1809) rapporte à Keroplatus tipuloides Bosc,
seule espèce européenne connue à l’époque. J’ai
retracé l’histoire du «Ver de la Tipule de
l’Agaric» de Réaumur et montré que l’espèce
observée par l’illustre naturaliste était en fait le
Keroplatus dispar de Dufour (Matile, 1986c).
Celui-ci étudie avec la minutie qu’on lui connaît
les larves de K. tipuloides et nous en donne
une description relativement satisfaisante pour
l’époque et l’optique dont il disposait. Il confond
cependant les antennes avec les yeux et les
«filières» qu’il mentionne, encore citées par
Séguy en 1940, ne sont en fait que la zone
Source : MNHN, Paris
90
LOÏC M ATI LE
fortement sclérifiée correspondant au renforce¬
ment du cadre oral (ce sont les «deux petits
crochets» de Réaumur).
On ne trouve plus de description de K. ti-
puloides avant 1982, date à laquelle Santini
consacre à cette espèce un article fort intéressant
portant surtout sur la biologie de l’espèce, mais
comprenant quelques données morphologiques.
Depuis sa description par Bosc en 1792, l’espèce
n’était connue que par la capture de quelques
imagos. Le premier, Santini met en évidence
la luminosité de la larve, de la nymphe et des
adultes. Cependant Wahlberg, dès 1839, avait
fait connaître ce phénomène chez son K. se-
sioides. En fait, après examen des types, les deux
espèces sont synonymes (Matile, 1986c).
Dufour donne quelques éléments sur l’ana¬
tomie de la larve de K. dispar en 1851 ; Stammer
(1933) fournit quelques données anatomiques sur
K. testaceus. Il en signale également la lumino¬
sité, qui n’a jamais été observée par la suite.
Kato (1953) signale bien la luminosité de « K.
testaceus biformis» Okada et de K. nipponicus
Okada, mais K. testaceus biformis représente en
fait une espèce distincte, beaucoup plus proche
de K. tipuloides que de K. testaceus (Matile,
1986c). Enfin Santini (1980) décrit la lumines¬
cence blanc-bleuâtre d’un Keroplatus qu’il rap¬
porte à K. testaceus mais qui est en fait K.
reaumurii (Matile, 1986c). Il y a donc des
chances pour que toutes les larves de Keroplatus
soient luminescentes, encore que cette luminosité
soit particulièrement faible et difficile à observer.
Par ailleurs, Plassmann (1969) a décrit et
illustré la larve de K. testaceus et mentionné les
différences morphologiques entre Keroplatus et
Cerotelion, comme l’ont fait la même année
Matile & Burghele-Balacesco. Krivosheina
& Mamaev (1967) figurent quelques éléments
céphaliques de la larve de K. testaceus et donnent
des dessins plus complets d’une espèce indéter¬
minée du même genre. Matile (1970c) décrit la
larve de l’espèce afrotropicale K. heimi et publie
en 1974 une clé de détermination des espèces
centrafricaines de Keroplatidae basée sur la
coloration des larves vivantes (Matile, 1974a).
De bonnes descriptions de Cerotelion lineatum
ont été données par Mansbridge (1933) et
surtout Madwar (1937). Hickman (1965) a
étudié et figuré la larve de l’extraordinaire Plana-
rivora insignis , connu de Nouvelle-Zélande, mais
dont j’ai signalé par la suite l’existence du genre
en Amérique du Sud (Matile, 1981b). Cette
larve est parasite de Planaires terrestres ; elle
présente la particularité de posséder des stig¬
mates fonctionnels et des crochets ventraux très
bien développés, tandis que les stades larvaires
sont réduits à deux.
Les descriptions de Mansbridge (1933) sur
Orfelia sp., Fulton (1941) sur Platyura fultoni
(en fait Neoplatyura ou bien un genre inédit),
Lane & Stürm (1958) et Matile (1977b) sur
divers Neoditomyia, Matile (1970c, 1974a) sur
Heleropterna et Tergostylus (sous le nom d'Euce-
roplatus) sont purement systématiques. Notons
toutefois l’intérêt de Platyura fultoni , dont la
luminosité larvaire a été découverte par Fulton
(1939) tandis que Bassot (1981) élucidait la
structure fine de ses organes lumineux, et le beau
travail d’éthologie de Stürm (1973) sur les larves
de Neoditomyia andina et colombiana.
Enfin Plachter (1979b) fournit des données
originales et bien documentées sur Orfelia fas-
ciata, Urytalpa ochracea, Platyura marginata,
ainsi que quelques données complémentaires,
surtout photographiques, sur K. testaceus 16 et
C. lineatum.
De l’ensemble des données fournies par la
littérature, il est possible de définir les larves de
Keroplatidae comme des larves eucéphales, ver-
miformes ou hirudiniformes, à capsule cépha¬
lique presque entièrement rétractile dans le tho¬
rax et plus ou moins quadrangulaire, et abdomen
entièrement ou en très grande partie annelé
secondairement ( cf habitus, fig. 122, 151, 179).
Stigmates prothoraciques et abdominaux réduits,
probablement non fonctionnels. Coloration vive.
Larves vivant dans des toiles ou des nappes
soyeuses destinées à capturer des proies vivantes
ou à récolter les spores des carpophores sous
lesquels elles sont construites.
Par ailleurs, l’une de leurs tendances évolutives
majeures est la bioluminescence, tendance qui
s’exprime par différentes voies : modification des
16. Toutefois l'examen du matériel de référence déposé par cet auteur au Musée de Munich montre qu’il a eu affaire à
deux espèces, K. testaceus et K. dispar. Tant que ces deux espèces n'auront pas été étudiées à nouveau, il n'est pas possible de
savoir à laquelle se rapporte l'une ou l'autre des photographies de Plachter ; j’ai ici attribué, « par défaut » scs données à
K. testaceus.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
91
tubes de Malpighi chez les Arachnocampinae,
des cellules du corps gras chez le genre Kero-
platus, cellules sécrétrices géantes fixées sur une
fibre musculaire chez Platyura fultoni.
Les trois genres-types des sous-familles, Arach¬
nocampa, Macrocera et Keroplatus, seront étu¬
diés sur des larves au dernier stade ; les quelques
larves plus jeunes disponibles n'ont pas montré
de différences significatives avec celles du dernier
stade.
La tête des larves des Mycetophiloidea, en¬
tière, bien sclérifiée et portant de nombreux
caractères, en est la partie la mieux étudiée. La
plupart des références morphologiques citées
plus haut comprennent des renseignements sur
cette région, et je ne donnerai de références
bibliographiques sur les organes céphaliques
qu’au sujet de points particuliers de la discus¬
sion. La terminologie utilisée sera dans la mesure
du possible celle de Teskey (1981), éventuelle¬
ment complétée par celles de Perraudin (1961)
et LaStovka (1970). La description de la tête
d ' Arachnocampa luminosa sera plus détaillée et
servira de référence pour la définition des struc¬
tures céphaliques.
Arachnocampa luminosa (fig. 123-150)
Tête largement ouverte en arrière par le
foramen magnum (ou occipital), limitée dorsale-
ment par la région clypéofrontale et les gènes,
ventralement par les pièces buccales en avant, les
gènes latéralement et le foramen magnum média-
lement et postérieurement ; latéralement, limitée
par les gènes, en avant par le labre.
Crâne. — Formé par trois sclérites, l’un
dorsal, impair, et les deux autres pairs, latéroven-
traux ; fortement rétréci latéralement, en arrière
des antennes, où il est comme pincé (fig. 123 :
retr postant).
Le foramen magnum forme un dièdre à près de
90°, dont l’arête est formée par le pont tentorial,
qui le divise ainsi en une zone postérieure et une
zone ventrale. La zone postérieure, subverticale,
occupe presque toute la partie postérieure de la
tête et déborde sur la face dorsale au niveau des
incisions postérieures des gènes (fig. 123 : for
mag p). La zone ventrale est étroite et allongée ;
elle s’étend jusqu’au niveau du rétrécissement
postantennaire du crâne (fig. 124 : for mag v).
La région clypéofrontale, sur la face dorsale du
crâne, est formée d’un apotome (fig. 123, 126 : ap
clfr) délimité par deux sillons formant un V
fortement rétréci en arrière et qui s’étend du
labre au bord postérieur de la capsule céphalique
(fig. 123, 126-127 : si ep). Ces sillons repré¬
sentent les lignes d’exuviation qui existent, plus
ou moins développées, chez tous les Diptères
Nématocères. Il s’agit de la suture en Y, suture
frontale ou suture épicraniale des auteurs. Snod-
grass (1947) a montré qu’il ne s’agissait pas
Flf- 122- T A!»chnocampa luminosa, vue d'ensemble d'une
arye fixée, face dorsale (segment IX en position sub-
laterale). r
Source : MNHN, Paris
92
LOÏC MATILE
d’une suture vraie, mais d’une simple ligne de
moindre résistance ; nous adopterons pour elle le
nom de sillon épicranial. En avant, ce sillon
passe dorsalement au socle antennaire, et s’efface
progressivement pour rejoindre l’invagination
prétentoriale. À ce niveau, il n’est plus visible
qu’à très fort grossissement (fig. 140). En arrière,
les deux sillons se rejoignent au bord du crâne en
une zone membraneuse plus large qui correspond
à la « suture coronale » des auteurs. Comme il ne
s’agit pas non plus d’une vraie suture, nous la
nommerons aire coronale (fig. 123 : ai cor).
En avant, l’apotome clypéofrontal est séparé
du labre par la suture clypéolabrale, largement
effacée au milieu (fig. 123, 126 : sut clyplbr). Une
série de sillons irréguliers, en arrière de la suture
clypéolabrale, divise l’apotome en une aire cly-
péale réduite et une aire frontale bien développée
(fig. 123 : ai clyp, ai fr). L’aire clypéale porte
deux paires de pores (porenkanal de Plachter,
1979b), la paire médiane plus grande que l’ex¬
terne (fig. 123 : p clyp). L’aire frontale en compte
cinq paires, dont la médiane antérieure est la
plus grande et semble divisée en deux (fig. 123 :
P fr).
Les gènes (lateralia, plaques épicraniales) sont
fortement convexes et occupent la majeure partie
de la capsule céphalique. Elles prennent nais¬
sance dorsalement de chaque côté du sillon
épicranial et se recourbent ventralement vers la
face ventrale de la tête. À ce niveau, elles ne se
rejoignent pas mais restent séparées en avant par
la région maxillaire, en arrière par le foramen
magnum et le pont tentorial (fig. 124). Il n’y a
donc pas de pont hypostomien. Les gènes sont
renforcées sur le périmètre du foramen magnum
pour former la carène postoccipitale, plus forte¬
ment sclérifiée et tranchant sur le reste du crâne
par sa couleur brune (fig. 123-125 : car postoc).
La carène postoccipitale est surtout forte au
niveau des profondes incisions dorsales des gènes.
Elle correspond au « renforcement postérieur du
crâne» des Sciaridae (Perraudin, 1961), et est
séparée du reste des gènes par un sillon postocci¬
pital peu visible (fig. 123 : si postoc).
Les gènes limitent en arrière et latéralement le
logement des pièces buccales, formant ainsi le
cadre oral de Perraudin. Ce cadre présente en
avant une sclérification plus prononcée (renfor¬
cement du cadre oral de Perraudin), qui s’étend
du stigmate ventral à l’articulation ventrale de la
mandibule (fig. 124-125 : rco). À ce niveau, et
juste à sa marge interne, il porte un pore
sensoriel. Dorsalement, le long de la moitié
postérieure du sillon épicranial, les gènes portent
deux paires de soies sensorielles (fig. 1 23 : ss g d).
Il en existe également un groupe de quatre, plus
petites, sous le stemmate ventral, ainsi qu’un
pore latéral plus grand au niveau du rétrécisse¬
ment postantennaire du crâne (fig. 123 : ss g v).
Une surface délimitée par la partie antérieure
du sillon épicranial, latéralement par la marge
antérieure du socle antennaire et ventralement
par le renforcement du cadre oral, sera nommée
ici aire paraclypéale (fig. 126 : ai pclyp). Sa
marge dorsale tout à fait antérieure est formée
par l’invagination prétentoriale (fig. 133, 141 :
PT). A sa limite avec le socle antennaire, un petit
phragme se détache pour rejoindre, à l’intérieure
de la capsule céphalique, le phragme antennaire
dorsal ; nous l’appellerons phragme paraclypéal
(fig. 132 : phr pclp). Phragme antennaire dorsal
(fig. 132 : phr ant d) et phragme paraclypéal
forment un dièdre et sont nettement séparés par
un sillon.
Antennes et stemmates. — Les gènes portent
latéralement les antennes et deux paires de
stemmates. Les antennes (fig. 123-127 : ant)
Fig. 123-130. — Arachnocampa luminosa, larve, tête : 123, vue dorsale; 124, vue ventrale; 125, vue latérale; 126, vue
frontale ; 127, tête non potassée émergeant du prothorax ; 128, moitié du labre, face ventrale ; 129, mandibule, face
ventrale — a, apex, larve jeune; 130, mandibule, face dorsale.
ai clyp : aire clypéale ; ai cor : aire coronale ; ai fr : aire frontale ; ai pclyp : aire paraclypéale ; ant : antenne ; ap
clfr : apotome clypéofrontal ; BT : bras tentorial ; car : cardo ; car postoc : carène postoccipitale ; dt pmd a : dents
prémandibulaires accessoires ; dt pmd p : dents prémandibulaires principales ; ep cond : épicondyle ; epiphx :
épipharynx ; for mag p : partie postérieure du foramen magnum ; for mag v : partie ventrale du foramen magnum ; g :
gène ; galac : galéolacinia ; hypcond : hypocondyle ; inc post : incision postérieure ; Ibr : labre ; / inc : lobe inciseur ;
I prlb : lobe prélabial ; md : mandibule ; m subg : marge subgénale ; MT : métatentorina ; mx : maxille ; o s : orifice
salivaire ; p clyp : pores clypéaux ; p fr : pores frontaux ; pmd : prémandibule ; pmx : palpe maxillaire ; ppf : palpifère ;
pr : prostheca ; prmd : prémandibule ; PT : prétentorina ; p lent : pont tentorial ; r co : renforcement du cadre oral ; retr
postant : rétrécissement postantennaire ; s ant : socle antennaire ; sel hyp : sclérite hypopharyngien ; sel Ibr : sclérite
labral ; sel prlb : sclérite prélabial ; si ep : sillon épicranien ; si postoc : sillon postoccipital ; si sag : sillon sagittal ; ss g d :
sensilles génales dorsales ; ss g v : sensilles génales ventrales ;std: stemmate dorsal ; sti : stipes ; st v : stemmate ventral ;
sut clypfr : suture clypéofrontale ; sut clyplbr : suture clypéolabrale ; tor : torma.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
93
Source : MNHN, Paris
94
LOÏC MATILE
prennent la forme d’une cupule en verre de
montre posée sur un socle fortement sclérifié,
sauf en arrière où il s’efface progressivement. La
cupule porte deux zones sensorielles. La pre¬
mière est dorsale et allongée ; elle est munie
d’une sensille apicale ronde (fig. 142-143 : za). La
deuxième est triangulaire à angles arrondis et
porte deux sensilles (fig. 142, 144 : zt). Le socle
antennaire est légèrement surélevé, largement
effacé en arrière et latéralement à la face externe,
mais délimité à la face interne du crâne par deux
phragmes, l’un dorsal, l’autre ventral (fig. 132 :
phr ant d, phr ant v). Le phragme dorsal est
mince en arrière et fortement élargi en avant, où
il se prolonge par le processus épicondylien pour
former l’articulation dorsale avec l’épicondyle de
la mandibule (fig. 132 : pr epcond, epcond). Le
phragme ventral se détache de la face ventrale du
phragme dorsal et borde la marge ventrale de
l’antenne.
Il existe deux paires de stemmates, l’une
dorsale, derrière le socle antennaire, l’autre ven¬
trale, immédiatement en-dessous de ce socle. Les
stemmates dorsaux sont bien visibles sur l’animal
vivant ou fixé, sous forme de deux petites taches
circulaires, noires. Par contre, ils sont très diffi¬
ciles à localiser après potassage et invisibles au
microscope électronique à balayage. Ils prennent
la forme d’une simple cupule renfermant des
granules pigmentés et recouverts d’une aire cuti-
culaire plane et transparente, en continuité avec
le reste du tégument (fig. 123, 125, 127 : st d).
Les stemmates ventraux sont portés par un socle
saillant fortement pigmenté et recouverts d’une
lentille cristalline convexe (fig. 124, 127, 132 :
st v). Ils contiennent également des granules
pigmentés. Le socle des stemmates ventraux est
prolongé à l’intérieur de la capsule céphalique
par un phragme court, oblique et fortement
sclérifié, nommé ici phragme ocellaire (par ana¬
logie, et non par homologie) (fig. 132 : phr oc).
Tentorium (fig. 131-133, 145, 147). — La
capsule céphalique est renforcée à l’intérieur
par deux bras tentoriaux (BT) très fins mais
qui s’étendent transversalement et en oblique,
légèrement sinueux, du socle antennaire au
pont tentorial postérieur. Les prétentorina, nous
l’avons dit, sont situés à la limite externe de l’aire
paraclypéale (fig. 140, 142 : PT). Les bras
tentoriaux s’enfoncent à travers le phragme
antennaire dorsal (fig. 132, 147), traversant
toute la longueur des gènes pour s’insérer de part
et d’autre de la ligne médiane du pont tentorial
(fig. 133). Les métatentorina s’ouvrent dans la
carène postoccipitale juste en arrière du pont
(fig. 124 : MT). Elles ne sont pas reconnaissables
en tant que telles sur des exemplaires potassés,
mais sont bien visibles en microscopie électro¬
nique à balayage. Le pont tentorial postérieur,
court et étroit, joint les deux gènes au-dessous
des métatentorina (fig. 145). Entièrement trans¬
parent, il n’est visible qu’après enlèvement de la
membrane collaire et coloration ; c’est pourquoi
il a échappé jusqu’ici (comme d’ailleurs les bras
tentoriaux) à tous les auteurs ayant étudié cette
espèce.
Pièces buccales. - Le labre • est en continuité
dorsalement avec le plan de l’apotome clypéo-
frontal (fig. 123-127 : lbr), dont il est séparé par
une suture clypéolabrale peu distincte, effacée au
milieu (sut clyplbr). Il est soutenu à la base
et dorsalement par un sclérite labral (sel lbr;
postlabrum de LaStovka, 1970) transverse, re¬
courbé ventralement sur lui-même pour soute¬
nir les côtés de la paroi épipharyngienne (c’est-à-
dire la face orale du labre). Le lobe labral lui-
même est membraneux et transparent. À fort
grossissement, on constate qu’il est formé de
lobes polygonaux plus ou moins régulièrement
disposés (fig. 146, 148). Dorsalement, le labre
porte une paire de soies sensorielles et deux
paires de courtes sensilles en massue, ainsi qu’un
sillon sagittal bordé de lobes plus grands et
moins saillants. À l’apex, de part et d’autre de ce
sillon médian, se trouve une zone sensorielle à
tubercules spiniformes dressés et portant une
grosse sensille munie d’un poil encastré subapi¬
cal.
Ventralement, le labre est divisé en trois zones
(fig. 128). Une zone externe est lisse et porte
quelques épines dressées. Une aire antérieure
comprend au milieu la partie ventrale des zones
sensorielles situées de part et d'autre du sillon
sagittal et, de chaque côté, une zone plissée
obliquement. Enfin, la troisième zone est celle
des prémandibules. La torma (fig. 128 : tor)
s’insère indistinctement à l’extrémité du sclérite
labral et s’articule à l’apex avec la prémandibule
proprement dite (prmd), petite mais mieux sclé-
rifiée (d’après Teskey, 1981, le terme de préman¬
dibule doit être affecté à ce sclérite, souvent
confondu avec la torma, et non aux éventails de
soies qu’il porte, comme le font de nombreux
auteurs ; j’ai ici suivi Teskey). Deux de ces
Source : MNHN, Paris
| FS KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
95
éventails s’insèrent sur la prémandibule. Le
premier est formié de soies sclérifiées, longues et
serrées ; c’est la prémandibule principale de
Plachter (ici dents prémandibulaires princi¬
pales, dt pmd p). Le second (dt pmd a) est
composé de soies plus courtes, transparentes et
plus largement espacées (prémandibule acces¬
soire de Plachter). Le long de la ligne médiane
de l’épipharynx, se trouve une sclérifîcation plus
prononcée. Elle est dans la position de la barre
palatine, ou épipharyngienne, de certaines larves
de Nématocères, mais son homologie ne pourra
être établie que si l’on constate que des muscles
compresseurs du labre s’y insèrent.
Les mandibules (fig. 129-130) sont situées au
repos dans le plan transversal de la tête ; elles
sont alors largement dissimulées par les maxilles.
Leur mouvement se fait dans le plan horizontal
et vers l’avant ; dans ce cas, leur moitié apicale
est visible dorsalement de part et d’autre du
labre. Les deux articulations mandibulaires sont
situées dans le même plan vertical (fig. 132) ; on
ne peut donc pas parler d’articulations antérieure
et postérieure de la mandibule comme il est
classique de le faire. L’épicondyle est dorsal ; il
entre en relation avec les aires paraclypéale et
antennaire, comme il a été dit plus haut, l’arti¬
culation se faisant au niveau d’un processus
épicondylien émanant du phragme antennaire
dorsal, sans participation du phragme paracly-
péal (fig. 132 : epcond, pr epcond). L’hypocon-
dyle se situe au niveau du renforcement posté¬
rieur de l’aire subgénale, l’articulation étant
réalisée, du côté gênai, par un fort processus
hypocondylien interne fusionné à la base avec le
phragme ocellaire (fig. 132 : hypcond, pr hyp-
cond). Les apodèmes des tendons adducteur et
abducteur de la mandibule sont fortement sclé-
rifiés. Celui de l’adducteur est mince et en forme
de T ; celui de l’abducteur est simple et forme
une large lame (fig. 132 : ap add, ap abd).
La mandibule elle-même forme une pyramide
à trois faces, dorsale, ventrale et interne, la
jonction des faces dorsale et ventrale étant
Fig. 1 31-133. — Arachnocampa luminosa , larve, tête : 131,
vue interne, gène et pièces buccales droites enlevées ; 132,
zone articulaire de la mandibule, vue interne; 133, rap¬
ports du tentorium.
anl : antenne; ap abd : apodème abducteur de la
mandibule ; ap add : apodème adducteur de la mandibule ;
ap clfr : apotome clypéofrontal ; BT : bras tentorial ; BT d:
bras tentorial droit ; Bt g : bras tentorial gauche ; car :
cardo ; c hyp : cadre hypopharyngien ; cib : cibarium ; es :
canal salivaire ; ephx : épipharynx ; ep cond : épicondyle ;
for mag p : partie dorsale du foramen magnum ;/or mag v :
partie ventrale du foramen magnum ; g : gène ; hyp :
hypopharynx ; hypcond : hypocondylc ; inc posl : incision
postérieure ; Ibr : labre ; nid : mandibule ; as : œsophage ;
phr anl d : phragme antennaire dorsal ; phr anl v : phragme
antennaire ventral ; phr oc : phragme ocellaire ; phr pclp :
phragme paraclypéal ; plix : pharynx ; pr d : processus
dorsal ; pr epcond : processus épicondylien ; pr hypcond :
processus hypocondylien ; prlb : prélabium ; PT : pretento-
rina ; p lent : pront tentorial ; sti : stipes ; si v : stemmate
ventral.
Source : MNHN, Paris
96
LOÏC MATILE
mousse et arrondie. La face ventrale de la
mandibule (fig. 129) porte trois aires hyalines
subcirculaires dont les deux basales sont les plus
grandes. Ces aires sont représentées en saillies
lenticulaires par Plachter ; en réalité, on peut
constater en microscopie optique comme en
balayage qu’elles sont déprimées ; elles portent
un tout petit tubercule central (fig. 149). La
pointe de la pyramide mandibulaire forme le
lobe inciseur, composé de dents irrégulières,
deux fortes et trois faibles (fig. 129-130 : 1 inc).
On notera que les figures 129-130 ont été
réalisées d’après la mandibule d’une exuvie du
dernier stade : les dents en sont usées. Elles sont
nettement plus aiguës sur une larve plus jeune,
comme on le voit sur la figure 129a. La face
dorsale de la mandibule (fig. 130) porte deux
dents supplémentaires subapicales, ainsi que la
Fig. 134-139. — Arachnocampa luminosa, larve, tête : 134, maxille, stipes, face ventrale — a, apex, larve jeune; 135, d“>
stipes, face dorsale ; 136, d°, cardo, face ventrale ; 137, complexe labium-hypopharynx, vue paraventrale ; 138, d“, vue
latérale ; 1 39, d°, sclérites, vue paradorsale.
c hyp : cadre hypopharyngien ; es : canal salivaire ; galac : galéolacinia ; Id : lobe dorsal ; I hyp ; lobe
hypopharyngien ; o s : orifice salivaire ; phx : pharynx ; pmx : palpe maxillaire ; prd : processus dorsal ; pss : pores
sensoriels ; sel hyp : sclérite hypopharyngien ; sel prb : sclérite prélabial ; smx : suture maxillaire \ z sp : zone spinu-
leuse.
Fig. 140-150. Arachnocampa luminosa, larve, tête : 140, vue dorsale ; 141, vue frontale ; 142, antenne et aire paraclypéale,
vue latéro-dorsale ; 143, zone allongée de l'antenne ; 144, zone triangulaire de l’antenne ; 145, foramen occipital et pont
tentorial ; 146, labre, moitié gauche, vue frontale ; 147, le bras tentorial s’enfonçant dans la capsule céphalique ;
148, apex du labre, vue frontale; 149, mandibule, vue frontale; 150, apex du stipes de la maxille, vue ventrale.
ai elyp : aire clypéalc ; ai fr : aire frontale ; ap clypfr : apotome clypéofrontal ; BT A : bras tentorial antérieur ;
dep ss : dépressions sensorielles ; ep cond : épicondyle ; galac : galéolacinia ; g : gène ; hypeond : hypocondyle ; Ibr :
labre ; md : mandibule ; mx : maxille ; pmx : palpe maxillaire ; ppf : palpifère ; PT : prétentorina ; P Tenl : pont tentorial
postérieur ; si ep : sillon épicranien ; sm : sillon médian du labre ; si sag : sillon sagittal du labre ; za : zone sensorielle
allongée de l’antenne; zi : zone sensorielle triangulaire de l’antenne.
MEB, photos J. Boudinot. Numérotation des sensilles d’après LaStovka (1970).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
97
Source : MNHN, Paris
98
LOÏC M ATI LE
prostheca, formée de six soies hyalines disposées
en éventail. La base épicondylienne de la face
ventrale porte également un pore sensoriel. La
face interne de la pyramide est largement mem¬
braneuse à la base et ne porte pas de structures
particulières.
Les maxilles (fig. 134-136) sont formées de
deux lamelles, l’une, antérieure, mobile, l’autre,
postérieure, fixe. La lamelle postérieure, ou
plaque maxillaire, représente selon la plupart
des auteurs le cardo. Sa partie interne est
beaucoup moins sclérifiée que l’externe, l’en¬
semble formant un sclérite approximativement
en équerre (fig. 136). Le cardo porte deux soies
sensorielles à l’angle an téro-ex terne ; la plus
externe est longue et son insertion est petite.
Inversement, l’interne est courte et située sur une
large zone d’insertion. L’angle antéro-interne du
cardo porte deux pores, l’antérieur petit, le
postérieur grand.
La partie mobile de la maxille est le stipes
(fig. 134-135). Celui-ci est divisé en deux lobes
dont l’externe est nettement moins sclérifié que
l’interne. C’est le palpifère, qui porte le palpe
maxillaire à proximité de l'apex. Le palpe est
formé d’une zone à microplissements englobant
une série de neuf sensilles, dont une basale très
grande, surmontée de deux moyennes et de six
plus petites (fig. 134, 150). Outre le palpe, le
palpifère porte un pore sensoriel médian. Dorsa-
lement, il est en partie membraneux et déborde
sur le stipes, recouvrant la suture maxillaire qui
sépare les deux lobes (fig. 135). Le lobe interne
du stipes est appelé ici galéolacinia. Pour Plas-
smann (1969), la partie dentée de ce lobe corres¬
pond à la lacinia, le reste à la galéa. Cette sup¬
position ne paraît pas morphologiquement fon¬
dée, galéa et lacinia étant à l’origine deux endites
mobiles possédant chacun un muscle. Ici, en
effet, il n’y a qu’un seul muscle maxillaire inséré
sur un court processus basal et interne du stipes.
J’assimile donc ce lobe interne à une galéa et une
lacinia fusionnées, dont les territoires ne sont pas
distincts. La partie dentée de la galéolacinia est
composée de 1 1 dents de taille décroissante de la
base vers l’apex. On notera comme précédem¬
ment au sujet de la mandibule que les figures 134
et 1 35 ont été réalisées sur une exuvie du dernier
stade : les dents dépassent à peine le bord interne
de la galéolacinia. Elles sont beaucoup plus
saillantes sur des larves moins âgées, comme le
montre la figure 134a. La galéolacinia porte
encore trois pores entre la rangée de dents et la
suture maxillaire. Le pore apical est le plus
grand ; il est doté d’un tout petit pore annexe.
Basalement à la dent basale se trouve de plus une
longue soie sensorielle.
Le labium-hypopharynx (fig. 1 37- 1 39) est formé
de lobes membraneux soutenus par un certain
nombre de sclérites. Les lobes membraneux sont
au nombre de trois : un antérieur et un posté¬
rieur, tous deux ventraux, et un dorsal (fig. 138).
Le canal salivaire, élargi au niveau du labium-
hypopharynx, passe entre ces trois lobes, qui
forment ainsi un petit salivarium (fig. 137-138 :
es).
Le lobe antéro-ventral est séparé du lobe
postéro-ventral par l’ouverture du canal sali¬
vaire (fig. 137 : os). Cet orifice permet ainsi de
distinguer le territoire labial du territoire hypo-
pharyngien. Le lobe antéro-ventral sera donc
appelé lobe hypopharyngien (1 hyp). Transverse,
il porte une petite zone sagittale spinuleuse (zsp).
Il est soutenu par un sclérite en arc, le sclérite
hypopharyngien (sel hyp), qui semble bien homo¬
logue de celui ainsi déterminé par Perraudin
(1961) chez les Sciaridae. Le lobe postéro-ventral
correspond au territoire labial. On suivra ici,
mais avec réserves, l’interprétation de Perrau¬
din, selon laquelle ce lobe représente le préla¬
bium chez les Sciaridae. En effet, il existe dans
cette famille une zone postlabiale distincte, qui se
trouve entre les deux cardo maxillaires. Comme
ceux-ci sont contigus chez A. luminosa, il est
possible que le postlabium ait disparu, ou au
contraire qu’il soit fusionné avec le prélabium.
Le lobe prélabial porte ventralement une paire
de pores ou sensilles de grande taille, une paire
plus petite et deux groupes de quatre minuscules
(fig. 137 : p ss). Il est soutenu par un sclérite
prélabial en forme de U (sel prlb). Le lobe dorsal
relie les deux lobes ventraux à un sclérite dorsal.
Il est moins nettement délimité que les deux
autres. Le sclérite dorsal est en forme de H dont
on aurait écarté les jambages inférieurs pour les
amener en position subparallèle à la barre trans¬
versale (fig. 139 : c hyp). Cette dernière soutient
le plancher du pharynx et correspond au sclérite
en U de Perraudin, au cadre hypopharyngien de
LaStovka (1970); c’est ce dernier terme qui a
été adopté. Le cadre hypopharyngien émet un
processus dorsal (pr d) qui vient s’accrocher au
sclérite hypopharyngien.
Source : MNHN, Paris
LES KER0PLAT1DAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
99
Macrocera fasciata (fig. 152-178)
Capsule céphalique pentagonale à angles arron¬
dis (fig. 152-153).
Crâne. — Foramen magnum formant un dièdre
à 90°, l’arête formée par le pont tentorial posté¬
rieur. Zone postérieure verticale, occupant la
quasi-totalité de la partie postérieure de la tête
mais débordant à peine dorsalement au niveau
des incisures génales, peu développées (fig. 154).
Zone ventrale horizontale, large, sa surface à
peine moins étendue que celle de la zone posté¬
rieure (fig. 153).
Apolome clypéofrontal en forme de U, réguliè¬
rement et légèrement rétréci d’avant en arrière
(fig. 154 : ap clfr). Sillon épicranial distinct en
avant (fig. 155 : si ep). Aire coronale courte et
étroite (fig. 154 : ai cor). Suture clypéolabrale
large et nette, sauf latéralement (fig. 155 : sut
clyplbr). Aire clypéale (fig. 154 : ai clyp) bien
séparée de l’aire frontale par sa sclérification plus
Frç. 151 . — Macrocera fasciata, vue d’ensemble d’une larve
fixée, face dorsale.
Th 1,2, 3 \ segments thoraciques I, II, III ; / ... IX :
segments abdominaux I ... IX.
prononcée ; étroite, portant une paire de longues
soies sensorielles. Aire frontale (ai fr) avec une
paire de pores clypéaux (p clyp) à la limite
clypéolabrale, et quatre paires de pores frontaux,
dont une médiane et trois marginales (fig. 152 :
P fr)-
Gènes (fig. 152 : g) assez fortement convexes,
largement séparées ventralement, sauf au niveau
des cardo maxillaires. Incisures postérieures peu
profondes (fig. 152, 154 : inc post). Carène
postoccipitale peu développée, étroite (fig. 152-
1 54 : car postoc). En arrière du renforcement du
cadre oral, une paire de soies et cinq paires de
pores sensoriels (fig. 1 53 : ss g v). Deux paires de
pores dorsaux de part et d’autre de l’aire coro¬
nale (fig. 152 : ss g d). Aire paraclypéale por¬
tant une paire de soies sensorielles (fig. 155);
angle externe plus fortement sclérifié mais n’en¬
trant pas directement en rapport avec le phragme
antennaire ou l’épicondyle mandibulaire (fig. 166).
Antennes et stemmates. Antennes de très
grande taille, en disque plat, saillant à angle aigu
en avant, au-dessus du socle antennaire (fig. 152-
154, 169) ; socle peu surélevé, dominant à peine
les gènes. Un phragme dorsal saillant à l’inté¬
rieur de la capsule céphalique, prolongé en avant
par un court processus épicondylien (fig. 166 :
phr ant, pr epeond). Pas de vrai phragme ventral,
mais son emplacement plus fortement sclérifié.
Aires sensorielles très réduites : une petite zone
ventrale, ovale, contenant deux sensilles (fig. 171)
et une seule sensille antérodorsale (fig. 170).
Une paire de stemmates réduits, à l’angle formé
par la jonction du socle antennaire et du renfor¬
cement du cadre oral, sans socle ni phragme
distinct (fig. 152-154, 166 : st).
Tentorium (fig. 153, 165, 178). — Il est formé
d’une paire de bras tentoriaux très fins et d’un
pont tentorial postérieur. Les prétentorina sont
situés à la limite entre le socle antennaire et
l’aire paraclypéale (fig. 169). Les bras tentoriaux
(fig. 165 : BT), filiformes, s’enfoncent à travers le
socle antennaire sans perforer le phragme, et
traversent obliquement la capsule céphalique
pour s’insérer sur le pont tentorial de part et
d’autre de la ligne médiane (fig. 165, 178). Le
pont tentorial postérieur lui-même, non sclérifié,
est long et étroit (fig. 153, 165, 178 : p tent). Les
métatentorina (fig. 153 : MT) se situent à sa
jonction avec la carène postoccipitale ; elles ne
sont reconnaissables en tant que telles qu’en
microscopie à balayage.
Fig. 152-158. — Macrocera fasciata, larve, tête : 152, vue dorsale; 153, vue ventrale; 154, vue latérale; 155, vue frontale;
156, labre, vue ventrale; 157, mandibule, vue ventrale; 158, d°, vue dorsale.
ai clyp : aire clypéale ; ai cor : aire coronale ; ai fr : aire frontale ; ant : antenne ; ap clfr, clypfr : apotomc
clypéofrontal ; BT : bras tentorial ; car : cardo ; car postoc : carène postoccipitale ; dl pmd : dents prémandibulaircs ; ep
coud : épicondyle ; epiphx : épipharynx \for rnag p : partie postérieure du foramen magnum ; for mag v ; partie ventrale
du foramen magnum ; g ; gène ; galac : galéolacinia ; hyp cond : hypocondyle ; inc posi : incision postérieure ; Ibr :
labre ; / Ibr T. lobe labral latéral ; I inc : lobe inciseur ; md : mandibule ; m subg : marge subgénale ; MT : métatentorina ;
mx : maxille ; p clyp : pores clypéaux ; p fr : pores frontaux ; pmd : prémandibule ; pmx : palpes maxillaire ; ppf :
palpifère ; pr : prostheca ; prmd : prémandibule ; p tent : pont tentorial ; rco ; renforcement du cadre oral ; sel ani :
sclérite antennaire ; sel Ibr : sclérite labral ; sel prlb : selérite prélabial ; s clyp : soie clypéale ; si ep : sillon épicranien ;
si postoc ; sillon postoccipital ; ss g d : sensilles génales dorsales ; ss g v : sensilles génales ventrales ; si : stemmate ;
sti : stipes ; sut clyp Ibr : suture clypéolabrale ; tor : torma.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
101
164
-
166
Fig. 159-166. — Macrocera fasciata, larve, tête : 159, maxille, stipes, vue ventrale ; 160, d°, vue dorsale ; 161, d°, cardo, vue
ventrale ; 162, complexe labium-hypopharynx, vue latérale ; 163, d°, vue ventrale ; 164, d°, sclérites, vue paradorsale ;
165, capsule céphalique, moitié gauche, vue interne; 166, zone articulaire de la mandibule, vue interne.
ai pclyp : aire paraclypéale ; ani : antenne ; ap abd : apodème abducteur de la mandibule ; ap add : apodème
adducteur de la mandibule; ap clfr : apotome clypéofrontal ; ap mx : apodème de la maxille; BT : bras tentorial ;
c hyp : cadre hypopharyngien ; es : canal salivaire ; epeond : épicondyle ; g : gène ; galac : galéolacinia ; hyp :
hypopharynx ; inc posl : incision postérieure ; Ibr : labre ; md : mandibule ; <es : œsophage ; os : orifice salivaire ; phr ani :
phragme antennaire ; plix : pharynx ; pmx : palpe maxillaire ; ppf : palpifèrc ; pr epeond : processus épicondylien ; pr
hypeond : processus hypocondylicn ; prlb : prélabium ; p ss : pores sensoriels ; p lent : pont tentorial ; sel hyp : sclérites
hypopharyngiens ; sel prlb : sclérite prélabial ; smx : suture maxillaire ; si : stemmate ; sli : stipes.
Source : MNHN, Paris
102
LOÏC MATILE
Pièces buccales. - Labre (fig. 152-156, 167-
168, 172-174 : lbr) en continuité avec l’aire
clypéale, dont il est séparé par une suture
clypéolabrale large, sauf latéralement, où elle est
effacée (fig. 152 : sut clyp lbr). Sclérite labral (sel
lbr) en large lame plate, en grande partie
désclérifiée sur la ligne médiane. Les tormae s’en
détachent latéralement, plus faiblement sclérifiées
(fig. 156 : tor). À leur extrémité s’insèrent les
prémandibules (prmd), portant un éventail de
cinq dents larges et courtes (dt pmd). Le lobe
labral est transparent ; il porte une paire de
longues soies latérales dorsales (fig. 172), une
paire de grosses sensilles apicodorsales (L7 de
LaStovka; fig. 173) et ventralement quatre
paires de sensilles apicales et une paire de
sensilles latérales. Sillon sagittal peu marqué, à
structure alvéolaire (fig. 174). Zone ventrale
externe avec quelques petites dents (fig. 172). Il
existe une paire de lobes latéraux bien déve¬
loppés (fig. 156 : 1 lbr 1).
Mandibules (fig. 157-158) transverses au repos,
presque entièrement dissimulées par les maxilles
ventralement. Articulations en position verticale
(fig. 166). Épicondyle articulé au processus épi-
condylien du phragme antennaire (ep cond, pr
epeond). Hypocondyle (hypeond) court, articulé
avec un petit processus émanant du renforce¬
ment antérieur des gènes, bien au-dessous du
stemmate. Apodèmes adducteur et abducteur de
la mandibule peu sclérifiés, l’adducteur (ap add)
en baguette mince, l’abducteur (ap abd) en large
lame oblique. Mandibule en forme de pyramide
à trois faces. Face ventrale portant trois aires
hyalines, dont l’une à la base de l’hypocondyle
(fig. 157, 175). Face dorsale avec une dent
subapicale mousse (fig. 1 58) ; prostheca située à
la jonction des faces dorsale et interne, formée de
quatre soies hyalines (fig. 157-158 : pr). Une aire
sensorielle circulaire près de la base de la face
dorsale. Lobe inciseur (1 inc) formé de trois
fortes dents mousses et d’une dent faible. Face
interne de la mandibule largement membraneuse.
Maxilles (fig. 159-161) : cardo (fig. 161) très
allongé ; étroit, sa partie postérieure peu sclé-
rifiée, indistincte, la jonction entre les deux cardo
peu nette (fig. 153). Une soie sensorielle mince à
l’angle antérieur, une épaisse au milieu du bord
antérieur, un pore à la limite de la zone désclé¬
rifiée. Stipes nettement divisé en un palpifère et
une galéolacinia, séparés par une profonde su¬
ture maxillaire. Palpifère bien sclérifié en dedans.
lbr
lbr sel lbr
Fig. 167-168. — Macrocera fasciata, larve, tête : 167, vue
dorsale; 168, vue fronlale.
ai clyp : aire clypcalc ; ai fr : aire frontale ; uni : antenne ;
g : gène ; lbr : labre ; md : mandibule ; pmx : palpe
maxillaire ; ss g v : sensilles génales ventrales ; si :
stemmates; T I : sensille T I. MEB, photos J. Boudinol.
Palpe portant sept petites sensilles, dont une
allongée, une soie en massue et un anneau de
grande taille ; un cercle dépigmenté à la base de
la zone sensorielle (fig. 159, 177). Galéolacinia
portant huit dents apicales subégales, sauf l’in¬
terne, nettement plus petite que les autres. Trois
pores dorsaux. Ventralement, un large pore d’où
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
103
FiCi. 169-178. Macrocera fasciala, larve, tctc : 169, antenne; 170, d“, sensille dorsale; 171, d“, sensilles ventrales;
172, labre, vue latérale ; 173, d°, soie sensorielle T 1 et sensille L 7 ; 174. labre, vue frontale ; 175, base mandibulairc!
vue ventrale ; 176, apex de la maxille. vue ventrale ; 177, palpe maxillaire, vue ventrale ; 178, pont tentorial postérieur
(P Tent) et bras tentoriaux antérieurs (BTA).
Numérotation des soies sensorielles d’après Lastovka (1970). MEB, photos J. Boudinot.
Source : MNHN, Paris
104
LOÏC MATILE
émerge une sensille en massue, et un micropore
annexe (fig. 176) ; une longue soie presque au
milieu de la galéolacinia.
Labium-hypopharynx (fig. 162-164) : lobe hy-
popharyngien (I hyp) fortement saillant, profon¬
dément divisé en deux par un sillon sagittal, l’apex
finement denté (fig. 163). Sclérite hypopharyn-
gien (sel hyp) divisé en deux branches étroite¬
ment séparées sur la ligne médiane. Branches
subrectilignes sauf à l’extrémité postérieure, où
chacune d’entre elles émet une petite expansion
interne triangulaire (fig. 164). Lobe prélabial peu
développé, peu saillant, portant deux paires de
petites sensilles (fig. 163). Sclérite prélabial (sel
prlb) complexe : en forme de U à l’extrémité
inférieure épaissie et portant une fenêtre mem¬
braneuse, ainsi que des expansions triangulaires,
arrondies, de chaque côté et au milieu. Lobe
dorsal (fig. 162) très peu développé, réduit aux
aires membraneuses reliant les sclérites. Cadre
hypopharyngien faiblement sclérifié, étroit et
transverse. Le salivarium ainsi formé par les
lobes du labium-hypopharynx est donc réduit.
Par contre (et sans doute par compensation), le
canal salivaire est très nettement élargi et ren¬
forcé, formant une sorte d’ampoule à l’intérieur
de ce complexe.
Keroplatus tipuloides (fig. 180-208)
Capsule céphalique quadrangulaire, à peine
plus longue que large, très petite par rapport à la
largeur du corps ( cf fig. 179).
Crâne. — Foramen magnum formant un dièdre
à 90°, l'arête formée par le pont tentorial
postérieur. Zone postérieure verticale, occupant
toute la partie postérieure de la capsule cépha¬
lique, débordant dorsalement au niveau d’inci-
sures génales étroites et profondes. Zone ven¬
trale horizontale, quadrangulaire, plus large que
longue, sa surface bien plus petite que celle de la
zone postérieure (fig. 181).
Apotome clypéofrontal (fig. 180, 182-183, 198)
largement désclérifié en arrière ; partie sclérifiée
octogonale à angles arrondis, sa plus grande lon¬
gueur atteignant à peine les deux tiers de la lon¬
gueur totale de la capsule céphalique (fig. 180).
Sillon épicranial visible en avant. Suture clypéo-
labrale pratiquement invisible dorsalement, sauf
au milieu, sur une très courte distance ; plus
distincte en vue frontale en raison de la diffé-
Fig. 179. Keroplatus tipuloides , vue d'ensemble d'une
larve fraîchement fixée, face dorsale.
rence de sclérification (fig. 183). Une suture
clypéofrontale très distincte (fig. 180, 198 : sut
clypfr), sauf latéralement, partage l’apotome en
une aire clypéale (ai elyp) et une aire frontale (ai
fr), la clypéale presque aussi grande que la
frontale. La suture, fortement concave en avant,
se prolonge en arrière par un sillon sagittal
mousse et profond (fig. 180, 198 : si sag). Une
paire de pores clypéaux antérieurs de part et
d’autre de la ligne médiane et, de chaque côté
de ces pores et en dehors d’eux, une fine soie sen¬
sorielle. Une paire de soies sensorielles externes
juste en arrière de la suture clypéofrontale. Une
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
105
180-186. — Keroplatus lipuloides , larve, tête : 180, vue dorsale ; 181, vue ventrale ; 182, vue latérale ; 183, vue frontale ;
184, maxille, cardo, vue ventrale; 185, d°, stipes, vue dorsale; 186, d°, vue ventrale.
ai clyp : aire clypéale ; ai cor : aire coronale ; aifr : aire frontale ; ai pclyp : aire paraclypéale ; ant : antenne ; BT :
bras tentorial ; car : cardo ; car posloc : carène postoccipitale ; ep coud : épicondyle ; epiphx : épipharynx ; for mag p :
partie postérieure du foramen magnum ; for mag v : partie ventrale du foramen magnum ; g : gène; galac :
galéolacinia ; liyp cond : hypocondyle ; inc posl : incision postérieure : Ibr : labre ; / Ibr I : lobe labral latéral ; md :
mandibule ; m subg : marge subgénalc ; pmx : palpe maxillaire ; ppf : palpifere ; p postoc : pont postoccipital ; p lent :
pont tentorial ; rco : renforcement du cadre oral ; sel ant : sclénte antennaire ; sel Ibr : sclente labral ; sel prlb : sclérite
prélabial \sfr\ sensille frontale ; si ep : sillon épicranien : si postoc : sillon postoccipital ; si sag : sillon sagittal ; smx :
suture maxillaire \ssgv: sensilles génales ventrales ; si ; stemmate ; sti: stipes ; sut clypfr : suture clypéofrontale ; sut
clyp Ibr : suture clypéolabrale ; tor : torma ; zd postoc : zone désclérifiée postoccipitale.
Source : MNHN, Paris
106
LOÏC MATILE
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
soie sensorielle de part et d’autre, dans l’angle
antennaire (fig. 183). En arrière de la partie
sclérifiée, une large zone cuticulaire entière¬
ment transparente, visible seulement après colo¬
ration, forme une aire coronale de grande surface
(fig. 180 : ai cor), distincte en arrière de l’aire
désclérifiée génale correspondante. Ces deux aires
désclérifiées sont signalées ici pour la première
fois : elles ne peuvent s’observer qu’après enlève¬
ment de la membrane collaire et du premier
segment thoracique, puis coloration, comme il a
été expliqué dans notre paragraphe « matériel et
méthodes ». Par ailleurs, lors de la mue, ces
zones désclérifiées se détachent de la capsule
céphalique et adhèrent au tégument collaire,
dont on ne peut les distinguer. Elles ont donc
échappé jusqu’ici à tous les observateurs ; leur
découverte a été fortuite, alors que je cherchais à
élucider la structure du tentorium.
Gènes (fig. 180-182 : g) fortement convexes,
presque semi-cylindriques, largement séparées
ventralement sauf au niveau des cardo maxil¬
laires (fig. 181). Incisures postérieures (inc post)
étroites, mais profondes. Carènes postoccipitales
(car postoc) très développées, larges et très
fortement sclérifiées. Les carènes sont prolongées
en arrière par une large zone de cuticule transpa¬
rente, située sous la membrane collaire. Dorsale-
ment, cette zone forme un pont dorsal postérieur
à l’aire coronale et relie les gènes l’une à l’autre.
Ce pont sera appelé ici pont postoccipital en
raison de sa position (fig. 180 : p postoc). De
l’autre côté de l’incisure génale commence, de
part et d’autre, la zone désclérifiée génale propre¬
ment dite (zd postoc), qui se prolonge jusqu’au
pont tentorial, dont elle est séparée par un mince
bourrelet peu distinct. Les gènes ne portent que
deux paires de soies sensorielles fines, ventrales
107
(fig. 181 : ss g v), à proximité de l’épicondyle.
L’aire paraclypéale (fig. 183, 191 : ai pclyp), peu
distincte du reste, est marquée cependant par une
soie sensorielle.
Antennes et stemmates (fig. 180-183, 200). _
Antennes très réduites, en ellipse plate, saillant en
avant au-dessus du socle antennaire et de l’épicon¬
dyle, en position pratiquement antérieure au lieu
de latérale. Périmètre à peine encoché en trois
points pour trois groupes de petites sensilles
(fig. 200 : ss ant, d, lat). Un phragme dorsal
saillant à l’intérieur de la capsule céphalique,
un phragme ventral réduit, ne s’étendant que sur
la moitié du bord ventral du socle antennaire
(fig. 183, 191).
Une paire de très petits stemmates presque
invisibles, non soulignés par un socle plus sclé-
rifié, situés à la jonction du cadre oral et du socle
antennaire (fig. 183, 191).
Tentorium. — Bras tentoriaux antérieurs fins,
en position plus verticale que chez Macrocera
(fig. 192), traversant la capsule céphalique en
arrière et en-dessous du socle antennaire. Un
pont tentorial postérieur (fig. 158, 161, 208 :
p tent) entièrement transparent, mais large, en
arche, relié en avant aux carènes postoccipitales
ventrales par deux expansions aliformes ; en
arrière, en continuité avec la zone désclérifiée
postoccipitale. Métatentorina distincts, en fente
allongée.
Pièces buccales. — Labre (fig. 187) en conti¬
nuité avec l’aire clypéale, dont il est séparé par
une suture clypéolabrale distincte au milieu
seulement. Sclérite labral (sel lbr) en large lame
plate, désclérifiée sur la ligne médiane. Tormae
en arceau, très fortement sclérifiées (fig. 187 :
tor). Prémandibules (pmd) courtes, bien scléri¬
fiées. Dents prémandibulaires (dt pmd) réduites à
Fig. 187-196. - Keroplatus lipuloides, larve, lête : 187, labre, vue frontale; 188, mandibule, vue ventrale; 189, d°, vue
dorsale; 190, capsule céphalique, moitié gauche, vue interne; 191, zone articulaire de la mandibule, vue interne;
192, rapports du tentorium ; 193, complexe labium-hypopharynx, vue ventrale ; 194, d", vue latérale ; 195, articulation
du cadre et du sclérite hypopharyngiens, vue caudale; 196, selérites du labium-hypopharynx, vue caudale.
ai elyp : aire clypéale ; ai cor : aire coronale : aifr : aire frontale ; ai pclyp : aire paraclypéale : ant : antenne ; ap
abd : apodème abducteur de la mandibule ; ap add : apodème adducteur de la mandibule ; ap dypfr : apotome
clypéofrontal ; ap venir : apophyse ventrale du sclérite prélabial ; BT : bras tentorial ; BTd : bras tentorial droit ; BTg :
bras tentorial gauche; car : cardo; c liyp : cadre hypopharyngien; es : canal salivaire ; dt pmd : dents
prémandibulaires ; ep cond : épicondyle ; ep ephiphx : épines épipharyngicnnes ; for mag p : parties postérieure du
foramen magnum ; for mag v : partie ventrale du foramen magnum ; g : gène ; hyp : hypopharynx ; inc post : incision
postérieure ; lbr : labre ; / Ityp : lobe hypopharyngien ; / inc : lobe inciseur ; / lbr I : lobe labral latéral ; / prlb : lobe
prélabial ; nid : mandibule ; œs : œsophage ; os : orifice salivaire ; plir ant : phragme antennaire ; plir pclyp : phragme
paraclypéal ; pmd : prémandibule ; p post : pont postérieur du labium-hypopharynx ; p postoc : pont postoccipital ; pr :
prostheca ; pr epeond : processus épicondylien ; pr hypeond : processus hypocondylien ; prlb : prélabium ; p tent : pont
tentorial ; sel Ityp : sclérite hypopharyngien ; sel prlb : sclérite prélabial ; ss Ib : sensilles labiales ; st : stemmate ; sti :
stipes ; tor : torma ; zd postoc : zone désclérifiée postoccipitale.
Source : MNHN, Paris
LOÏC MATILE
Fig. 197. — Keroplatus reaumurii, coupe parasagittale de la capsule céphalique, montrant les rapports du pont tentorial
postérieur.
chyp : cadre hypopharyngien ; mdvs : muscles dilatateurs ventraux du stomodeum ; mrhyp : muscle rétracteur de
l’hypopharynx ; ptp : pont tentorial postérieur ; stom : stomodeum.
deux, fortes mais peu colorées. Lobe labral
transparent, hérissé de fines digitations. Une
paire de petites sensilles subdorsales et une paire
de sensilles latérales apicales. Une paire de
grosses sensilles apicales (L7 de LaStovka), de
part et d’autre de la ligne médiane, formant un
disque partiellement fendu et portant dans sa
moitié externe une sensille ronde (fig. 203). Sillon
sagittal peu marqué. Une paire de lobes latéraux
(fig. 183, 187 : 1 lbr 1) plus courts que chez
Macrocera.
Mandibules (fig. 188-189) transverses au repos,
seule leur base visible en dehors des maxilles.
Plan de l’articulation mandibulaire légèrement
oblique de haut en bas et d’avant en arrière
(fig. 191). Processus hypocondylien (pr hypcond)
court et obtus, articulé avec un processus trian¬
gulaire bien sclérifié émanant du renforcement
antérieur des gènes bien au-dessous du stem-
mate. Apodèmes abducteur (ap abd) et adduc¬
teur (ap add) de la mandibule peu sclérifiés,
l’adducteur en baguette mince, l’abducteur lami-
niforme, en éventail oblique. Mandibule en pyra¬
mide à trois faces. Face ventrale (fig. 188)
profondément échancrée, l’échancrure délimitant
en avant une zone largement mais peu profon¬
dément crénelée. Le long du bord externe de la
face ventrale, trois aires hyalines circulaires,
déprimées, les deux antérieures débordant sur la
face externe (fig. 204 : dep ss). Face dorsale avec
une forte dent subapicale mousse (fig. 189).
Prostheca (pr) réduite à quatre petites soies
transparentes situées un peu en arrière de la dent
subapicale. Pas d’aire sensorielle basale. Lobe
inciseur (fig. 188-189 : 1 inc) formé de deux fortes
dents et de deux faibles secondairement divisées,
e; d’une petite zone serrulée interne.
Maxilles (fig. 184-186, 205-207) : cardo trans¬
verse, bien sclérifié partout, le gauche et le
droit séparés l’un de l’autre sur la ligne médiane
(fig. 181). Trois fines soies sensorielles le long
du bord antérieur, l’une proche de la ligne
médiane, les deux autres proches du bord externe
(fig. 184). Stipes nettement divisé en palpifère et
galéolacinia par une profonde suture maxillaire.
Palpifère en grande partie membraneux, la zone
sclérifiée étant limitée à un triangle allongé à
pointe postérieure, le long de la suture maxillaire
et ventralement. Palpe portant huit sensilles dont
une en baguette et une ovale, de grande taille,
quatre petites en tubercule et une très petite en
dépression circulaire ; s’y ajoutent deux microdé¬
pressions (fig. 205). Un cercle dépigmenté au-
dessous du palpe. À l’apex, une épine transpa¬
rente assez longue (fig. 185-186). Galéolacinia
portant une quinzaine de dents apicales internes
subégales. Deux sensilles dorsales. Ventralement,
une longue soie située à peu près au-dessous du
milieu de la zone dentée, et deux pores subapi¬
caux inégaux d’où émergent deux sensilles en
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
109
Fig. 198-199. — Keroplatus tipuloides, larve, tête : 198, vue
dorsale; 199, vue frontale.
ai clyp : aire paraclypéale ; ai cor : aire coronalc ; ant :
antenne ; g : gene ; Ibr : labre ; md : mandibule ; mx :
maxille ; si sag : sillon sagittal ; sut clypfr : suture
clypcofrontale.
MEB, photos J. Boudinot.
massue (fig. 184, 205 : ss ap). Apophyse maxil¬
laire très courte. Ensemble de la maxille large¬
ment membraneux dorsalement, la seule zone
sclérifiée étant celle qui porte les dents (fig. 185).
Labium-hypopharynx (fig. 193-196). — Lobe
hypopharyngien (1 hyp) saillant, portant en
avant de nombreuses rangées de denticules.
Sillon médian peu prononcé. Sclérite hypopha¬
ryngien (sel hyp) divisé en un pont antérodorsal
et un pont postéroventral. Pont antérodorsal
large en arrière, puis plus fin, divisé en deux sur
la ligne médiane par une ligne désclérifiée;
l’ensemble subrectiligne sauf en arrière, où les
deux branches se relèvent dorsalement. Pont
postéroventral se détachant de la partie pos¬
térieure élargie du pont antérieur, formant un
large arceau soutenant ventralement un saliva-
rium à peine élargi. Canal salivaire non dilaté,
mais son diamètre relativement grand. Lobe
prélabial (1 prlb) bien développé, formant un
lobe secondaire ventral saillant entre les bases
maxillaires (fig. 193-194), et qui porte quatre
sensilles circulaires (fig. 208). Sclérite prélabial
(sel prlb) en forme de U beaucoup plus épais à la
base, faisant saillie en arrière et prolongé latéra¬
lement par deux petites apophyses ventrales
triangulaires qui assurent, par l’intermédiaire
d’une membrane, l’articulation avec les cardo
maxillaires. Lobe dorsal peu développé, réduit
aux aires membraneuses reliant les sclérites.
Cadre hypopharyngien (c hyp) formant un mince
arceau soutenant un plancher cibarial hérissé de
soies fines, comme le plafond du même cibarium.
Discussion
La comparaison des descriptions qui précè¬
dent montre un très grand nombre de différences
entre les têtes larvaires d’ Arachnocampa, de
Macrocera et de Keroplatus. Nous sommes ce¬
pendant limités dans la valeur systématique à
leur accorder en raison du fait que la plupart des
formes larvaires des Keroplatidae nous sont
inconnues : nous ignorons donc le degré de
variabilité des structures d’un genre à l’autre.
Pour beaucoup d’entre elles, le cas peut être
le même que celui de la suture clypéofrontale
de Keroplatus tipuloides, fortement reportée en
arrière et accompagnée d’un sillon sagittal. On
pourrait considérer la position de cette suture
comme un excellent caractère diagnostique des
Keroplatinae, si nous ne savions qu’elle est
réduite à une trace chez d’autres Keroplatus
(fig. 724, 729) et absente dans les genres voisins.
En fait, dans l’état où il se présente, ce caractère,
partagé avec K. carbonarius, est unique chez les
Mycetophiloidea, et l’on peut se demander si l’on
n’est pas ici en présence d’une fragmentation
secondaire de l’apotome clypéofrontal, en voie
de réalisation chez les autres Keroplatus connus,
achevée chez K. tipuloides et carbonarius (voir
p. 476).
Par ailleurs, nombre de caractères différentiels
entre les trois espèces étudiées sont de nature
clinale. Ainsi en est-il du foramen magnum ven-
Source : MNHN, Paris
110
LOÏC MATILE
Fig. 200-208. — Keroplaïus tipuloides, larve, tête : 200, antenne, vue latérale; 201 : d", sensilles antérieures; 202, sensillcs
labiales ; 203, sensille labrale L 7 (numérotation de Lastovka, 1970) ; 204, mandibule, face externe ; 205, apex du stipes
maxillaire, vue ventrale ; 206, base maxillaire et prélabium, vue ventrale ; 207, sensilles du palpe maxillaire ; 208, base
du pont tentorial postérieur et métatentorina.
car : cardo ; dep ss : dépressions sensorielles ; galac : galéolacinia ; Ib prlb : lobe prélabial ; MT ; métatentorina ;
pmx : palpe maxillaire ; P Tenl : pont tentorial postérieur ; ss ani : sensilles antennaires antérieures ; ss ap : sensilles
apicales de la galéolacinia ; ss d ; sensille antennaire dorsale ; ss lai : sensille antennairc latérale ; ss Ib : sensilles
prélabiales.
MEB, photos J. Boudinot.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
111
tral, rectangulaire allongé chez Arachnocampa,
aussi large que long chez Macrocera et rectangu¬
laire transversè chez Keroplatus. Citons aussi le
rétrécissement postérieur de Fapotome clypéo-
frontal, l’éventail de dents prémandibulaires, le
sillon labral médian, le développement de la
prostheca, la sclérification du palpifère et l’éten¬
due de son aire sensorielle, la taille de l’aire
coronale, etc.
Les états de caractères énumérés ci-dessous
comme distinctifs des trois sous-familles devront
donc être envisagés en fonction de notre igno¬
rance sur les premiers états de la plupart des
Keroplatidae. Les diagnoses sont par conséquent
prédictives et s’affineront au fur et à mesure des
découvertes.
Arachnocampa se distingue par la robustesse
(toute relative) des bras tentoriaux antérieurs, la
présence de deux paires de stemmates, l’allonge¬
ment et le rétrécissement postantennaire de la
capsule céphalique, l’absence de lobes labraux
latéraux, la présence d’un phragme antennaire
ventral et d’un phragme ocellaire et la fusion du
cadre hypopharyngien au sclérite hypopharyn-
gien. Ces caractères définissent des Arachnocam-
pinae par rapport aux autres sous-familles.
Macrocera est caractérisé par ses incisures
génales fort réduites, la forme pentagonale de la
tête, la grande taille des antennes, l’absence de
phragme paraclypéal et l’étirement du cardo
maxillaire dans le sens de la longueur.
Keroplatus possède des caractères bien mar¬
qués, et notamment la présence d’une zone
postoccipitale désclérifiée qui entoure en grande
partie le foramen magnum. Cependant, cette
zone n’existe pas chez les larves connues du
groupe Orfelia et ne peut donc être diagnostique
de l’ensemble de la sous-famille ; elle existe, mais
moins développée, chez Tergostylus et Heterop-
terna, mais pas chez Cerotelion. On notera aussi
la grande aire coronale, la profonde incision
génale postérieure et l’effacement presque total
de la suture clypéolabrale.
Seront sans doute caractéristiques des Kero-
platinae la forme quadrangulaire de la tête,
l’articulation mandibulaire reportée vers l’inté¬
rieur, le processus épicondylien étant nettement
en retrait de l’épicondyle ; l’absence de phragme
antennaire ventral et le cardo maxillaire triangu¬
laire.
Par ailleurs, j’estime ici définitivement prouvée
la nature tentoriale du pont ventral postérieur
des Mycetophiloidea, auquel s’ajoute une paire
de bras tentoriaux antérieurs jusqu’ici inconnus,
mais que j’ai pu retrouver chez les Ditomyiidae,
les Bolitophilidae, les Mycetophilidae et les Scia-
ridae. L’emploi du microscope électronique à
balayage a permis de découvrir les prétentorina,
et donc la structure invaginée des bras antérieurs.
Une fois les prétentorina (et les métatentorina)
repérés par ce moyen, j’ai pu les retrouver aussi
sur coupes histologiques, effectuées sur K. reau-
murii. Dès 1967, j’avais signalé chez Mycetophila
fungorum que le pont ventral postérieur recevait
les insertions des muscles dilatateurs ventraux du
stomodeum et celle du rétracteur de l’hypopha-
rynx ; ces mêmes muscles sont visibles également
chez Keroplatus reaumurii, dans les mêmes posi¬
tions (fig. 197 : mdvs, mrhyp). Les bras tento¬
riaux antérieurs, par contre, ne portent aucune
insertion musculaire. Leur finesse ne permet pas
de leur attribuer un rôle significatif dans la
consolidation de la capsule céphalique et ils ne
représentent que des vestiges non fonctionnels.
THORAX
La littérature, générale ou spécialisée, manque
presque totalement de données sur le thorax
larvaire des Mycetophiloidea. En ce qui les
concerne, trois structures particulières ont été
mentionnées : les stigmates prothoraciques, les
spinules locomotrices et les groupes de soies
sensorielles placés au niveau des disques imagi-
naux des pattes.
Les larves de Keroplatidae ont été long¬
temps considérées comme apneustiques. Cepen¬
dant Dufour mentionnait dès 1839 (1839a)
qu’il avait pu suivre le trajet des trachées jus¬
qu’au tégument, sans toutefois trouver trace de
stigmates thoraciques ou abdominaux. Hickman
(1965), en décrivant Planarivora insignis, si¬
gnale la présence de stigmates prothoraciques
chez les deux stades. Plachter (1979b) cite
dans sa diagnose des « Platyurinae » (Keropla-
tinae + Arachnocampinae du présent travail)
des stigmates thoraciques bien développés et des
stigmates abdominaux réduits, alors que les
Macrocera ont des stigmates thoraciques et
Source : MNHN, Paris
112
LOÏC MATILE
abdominaux très petits, non sclérotinisés et
probablement non fonctionnels. Plachter appuie
ces observations en publiant des photographies
du stigmate prothoracique et du premier stig¬
mate abdominal de Keroplalus teslaceus, prises
au microscope à balayage.
Hickman signale et illustre également les cro¬
chets spiniformes très particuliers du prothorax
de la larve I de Planarivora ainsi que les spinules
locomotrices ventrales de la larve II. Krivo-
sheina & Mamaev (1967) font connaître pour la
première fois l’existence de ces spinules chez les
Mycetophiloidea, tandis que Plachter observe
et figure les spinules locomotrices thoraciques
à' Arachnocampa luminosa, Plalyura marginata,
Macrocera vittata et Isoneuromyia semirufa. Ce
dernier souligne que la spinulation est plus
différenciée chez ses « Platyurinae », où par
ailleurs la zone spinuleuse prothoracique entoure
complètement le segment. Chez les autres Myce¬
tophiloidea, les spinules thoraciques et abdomi¬
nales sont plus simples, ne se présentent que sous
une seule forme, et n’entourent pas le prothorax.
Pour cet auteur, les spinules et leur disposition
sont en rapport avec le niveau d’évolution des
toiles tissées par les larves.
Les groupes ventraux de soies sensorielles,
situés à l’emplacement des disques imaginaux des
pattes, ont été découverts par Madwar (1937)
chez Brachypeza radiata (Mycetophilidae), mais
ne sont pas mentionnés dans sa description de
Cerotelion lineatum, seule larve de Keroplatidae
qu’il ait étudiée. Plachter cite ces groupes chez
Macrocera et Keroplalus, et met aussi en évi¬
dence les sensilles latérales.
Arachnocampa luminosa (fig. 209, 212-214)
Les trois segments thoraciques lisses et trans¬
lucides. Segment prothoracique un peu plus
court et un peu plus étroit que les méso- et
métathoracique (fig. 209), qui sont tous deux de
même taille (en extension après incision com¬
plète).
Prothorax. — Une zone spinuleuse ventrale,
antérieure, située à la limite de la membrane
collaire et constituée de rangées d’épines simples,
largement séparées les unes des autres (fig. 212).
Stigmate prothoracique distinct, ainsi que la
trachée qui y aboutit, orifice ouvert (fig. 209,
214). À la même hauteur que le stigmate, mais
plus en avant, une paire de pores latéraux. De
chaque côté, un groupe de petits pores ventraux,
avec deux pores satellites plus grands.
Mésothorax et métathorax. — Zone spinu¬
leuse antérieure un peu plus développée que la
précédente, formée de nombreuses rangées ser¬
rées de spinules disposées en peignes, les anté¬
rieures courtes, les postérieures beaucoup plus
Source : MNHN , Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
113
longues (fig. 213). Un groupe de petits pores
ventraux avec un pore satellite plus dorsal, de
plus grande taille, comme la paire ventrale située
en arrière de la zone spinuleuse de part et d’autre
de la ligne médiane.
Macrocera fasciata (fig. 210, 215-222)
Les trois segments thoraciques lisses et trans¬
lucides, de même longueur (fig. 210), le premier
Fig. 212-222 — Thorax larvaire : 212, Arachnocampa luminosa, spinules anterieures du segment I ; 213, d°, spinules ventrales
du segment II • 214 d° stigmate prolhoracique ; 215. Macrocera fasciata, partie postérieure de la tête et segment I ;
216, spinules du segment I et sillons longitudinaux ; 217, stigmate prothoracique; 218 pore prothoracique ventral;
219, zone spinuleuse du segment III ; 220, sensille prothoracique ventrale ; 221. groupe de sensilles latero-ventrales et
sensille annexe du segment I ; 222, pore ventral et groupe de sensilles latero-ventrales du segment I.
MEB, photos J. Boudinot.
Source : MNHN, Paris
114
LOÏC MATILE
un peu plus étroit que les deux suivants (en
extension après incision complète).
Prothorax. — Zone spinuleuse ventrale large,
en bourrelet, traversée par quatre sillons longi¬
tudinaux (fig. 215-216). Spinules en peignes plus
ou moins réguliers, les postérieures bien plus
longues que les antérieures. Stigmate prothora¬
cique distinct, ainsi que la trachée qui y aboutit,
ouvert (fig. 217). Sur la face latérale, en avant du
stigmate, une sensille et une soie. Face ventrale :
une soie de part et d’autre de la ligne médiane,
immédiatement en arrière du bourrelet spinu-
leux. Enfin, sur la partie postérieure de la face
ventrale, une paire médiane de pores (fig. 218,
220-222).
Mésothorax et métathorax. — Une bande
spinuleuse antérieure nettement plus étroite que
la zone prothoracique (fig. 219), les peignes
postérieurs également à spinules plus longues.
Une paire de soies submédianes immédiatement
en arrière de la zone spinuleuse, et une paire plus
latérale vers le bord postérieur.
Keroplatus tipuloides et reaumurii
(fig. 211, 223-229)
Les trois segments thoraciques lisses, translu¬
cides, à taches sous-cutanées noires (cf fig. 179).
Segment I à peine plus court que les suivants,
mais nettement plus étroit (en extension après
incision complète).
Prothorax. — Une large zone spinuleuse anté¬
rieure formée de peignes spinuleux, les anté¬
rieurs petits et serrés, les postérieurs pas beau¬
coup plus longs que les antérieurs. Ensuite vient
une zone médiane non ornementée, puis une
zone à écailles soulevées (fig. 224-226). Stigmate
prothoracique bien visible avec sa trachée, mais
orifice fermé (fig. 223, 228). Une soie antérieure
légèrement dorsale au stigmate, un groupe de
petites sensilles subventrales avec deux sensilles
satellites plus grosses.
Mésothorax et métathorax. — Ornementation
semblable à celle du prothorax. Deux paires de
sensilles submédianes dans la zone écailleuse
(fig. 229), et une paire de soies sublatérales dans
la zone lisse.
Discussion
Arachnocampa luminosa se distingue des deux
autres espèces par le large espacement de ses
spinules thoraciques. La répartition des zones
spinuleuses prothoraciques de Macrocera fas-
ciata, avec ses quatre sillons ventraux, est très
particulière, mais ce caractère doit être de nature
spécifique, puisque M. vittata, étudié par Plach-
ter (1979b) ne présente pas cette disposition. Il
en va de même pour la zone postérieure écail¬
leuse de K. tipuloides et reaumurii, non signalée
par cet auteur pour K. testaceus.
Les trois genres étudiés sont caractérisés par la
réduction des stigmates prothoraciques. Le fait
que ceux d 'Arachnocampa luminosa et de Macro¬
cera fasciata sont ouverts, alors que ceux de
K. tipuloides sont fermés, n’est guère signifi¬
catif puisque Plachter a montré que ceux de
K. testaceus étaient ouverts : ce fait élimine la
distinction faite par cet auteur entre les «Platyu-
rinae» et les Macrocerinae sur le plan des
stigmates thoraciques.
L’hypothèse de Plachter, selon laquelle les
spinules et leur disposition sont liées à la forme
de la toile des Keroplatidae est réfutée par le fait,
qui semble lui avoir échappé, que Krivosheina
& Mamaev (1967) et Krivosheina (1969) ont
signalé de telles spinules chez de nombreux
autres Diptères, des Pachyneuridae aux Cyclor-
rhaphes, au point que l’on peut se demander si
ces structures fines n’existent pas dans tout
l’ordre des Diptères. Dans l’état actuel de nos
connaissances, le thorax larvaire des Keropla¬
tidae ne fournit donc pas de caractères systéma¬
tiques valables au niveau supraspécifique, en
dehors de la réduction des stigmates.
ABDOMEN
L’état de nos connaissances sur l’abdomen
larvaire des Mycetophiloidea est sensiblement le
même que pour le thorax. Nous avons des
renseignements sur sa forme et sur son appareil
respiratoire, principalement grâce à Madwar
(1937) et à Plachter (1979b). Réaumur (1740)
a le premier signalé chez Keroplatus les quatre
lobes exsertiles qui terminent l’abdomen et pense,
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
115
pour avoir suivi les trachées «de la tête au
derrière», que ces lobes portent des stigmates.
Malloch (1917) croyait qu’il s’agissait de bran¬
chies (« blood-gills »). Dufour (1839a), ayant
pris la membrane collaire pour un segment
thoracique, croit le premier segment abdominal
lisse et marqué de noir : il s’agit en fait du
métathorax. C’est cet auteur qui attire le premier
l’attention sur la fine striation abdominale de
Keroplatus tipuloides et les « granulations laté¬
rales», qu’il considère comme des «mamelons
ambulatoires». Dufour signale aussi pour la
Fig. 223-229. - Thorax larvaire : 223, Keroplatus tipuloides , stigmate prothoracique ; 224, <T, zones spinuleuses et écailles du
segment I ; 225, d“, zone écailleuse ; 226, d", zone spinulcuse ; 227 K. reaumurn groupe de sensilles latero-ventrales du
segment I ; 228, d°, stigmate prothoracique ; 229, d°, sensille du segment II.
MEB, photos J. Boudinot.
Source : MNHN, Paris
116
LOÏC M ATI LE
Fig. 230-235. — Abdomen larvaire d ' Arachnocampa luminosa ; 230, zone spinuleuse du segment IX; 231, d°, détail;
232, extrémité postérieure de l’abdomen ; 233, sensilles du lobe anal ; 234, d°, sensille en baguette ; 235, d°, scnsille
MEB, photos J. Boudinot.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
117
première fois le rôle de « truelle » que jouent les
lobes postérieurs dans la construction de la toile
larvaire. Il affirme encore que cette larve doit
avoir des stigmates abdominaux latéraux, que
devraient révéler «de nouvelles investigations
microscopiques ».
Il aura fallu 150 ans pour que sa prédiction
soit accomplie par Plachter (1979b), qui dé¬
couvre des stigmates abdominaux non scléroti-
nisés chez Keroplatus testaceus. Ses descrip¬
tions de larves de Keroplatidae permettent aussi
de mettre en évidence qu’Arachnocampinae, Ma-
crocerinae et Keroplatinae Orfeliini ne possèdent
que deux lobes anaux, alors que les Keroplatini
( Keroplatus et Cerotelion ) en ont quatre.
Les détails morphologiques fins de l’abdomen,
encore plus que ceux du thorax, sont très
difficiles à voir en microscopie à transmission.
Par ailleurs, l’annélation secondaire de l’abdo¬
men rend très confuse l’observation de la seg¬
mentation en microscopie à balayage, gênée
aussi par la grande taille des pièces, et encore par
la sécrétion muqueuse qui reste collée à l’abdo¬
men lorsque l’on ne dispose pas de larves
vivantes, mais seulement de larves fixées dans
leur fragment de toile. À ce titre, je n’ai pas pu
approcher, et de loin, l’excellente qualité des
microphotographies de Plachter. Je serai donc
très bref sur la morphologie abdominale, d’au¬
tant que les données publiées indiquent qu’elle a
pour le moment peu d’intérêt phylogénétique en
raison du nombre réduit de larves étudiées.
Arachnocampa luminosa (fig. 230-235)
Abdomen de neuf segments (fig. 122) relative¬
ment bien marqués, de taille croissante jusqu’au
septième, puis légèrement décroissante, le seg¬
ment I ne dépassant pas le tiers de la longueur du
VII, le IX à peine plus court que le VIII. Au
contraire, plissements secondaires transversaux
progressivement moins nombreux du segment I
au segment VII, le VIII et le IX presque lisses.
Gouttières abdominales latérales à peine mar¬
quées. Pas de stigmates abdominaux visibles.
Spinulation abdominale visible à grossisse¬
ment 100, de même type que celle du thorax :
formée d’une zone spinuleuse antérieure dont les
peignes antérieurs sont plus courts et plus serrés
que les postérieurs (fig. 230-231). En arrière de
chaque zone spinuleuse, de part et d’autre de la
ligne médiane, une courte soie sensorielle, et une
soie externe plus longue; enfin, deux paires
de soies latérales, l’une courte, l’autre longue.
Segment IX (fig. 232-235) avec une seule paire
de lobes anaux, petits, munis chacun d’une
papille sensorielle ronde, submédiane et ventrale
(fig. 235), et de quelques soies sub-basales fines,
en baguette (fig. 234).
Macrocera fasciata (fig. 236-241)
Abdomen de neuf segments (fig. 151), segmen¬
tation marquée par de légers étranglements,
mais peu distincte. Segments de taille crois¬
sante du premier au septième, le I ne dépas¬
sant pas le quart de la longueur du VII. Taille
légèrement décroissante du VIII par rapport au
VII, plus forte du IX par rapport au VIII.
Plissements secondaires bien distincts sur tous les
segments, un peu moins prononcés sur le pre¬
mier. Segment IX conique, bien plus étroit à
l’apex qu’à la base. Gouttières latérales peu
prononcées. Des stigmates abdominaux non sclé-
rifiés et obturés.
Spinulation ventrale très petite, invisible au
grossissement 100, formée d’une zone spinuleuse
antérieure elle-même divisée en trois parties : une
étroite bande antérieure de deux rangées de
spinules moyennes et peu serrées, une large
bande médiane constituée d’une douzaine de
rangées de peignes courts et serrés, enfin une
bande de deux rangées de peignes à spinules
longues et écartées (fig. 236). Bandes spinuleuses
plus écartées latéralement, les spinules médianes
plus courtes (fig. 237). Postérieurement à la zone
spinuleuse, une paire de soies sensorielles situées
à peu près au milieu de la face ventrale; un
groupe de quatre sensilles à base enfoncée, un
peu en dehors et en arrière, avec une soie
accessoire (fig. 239); enfin une sensille laté¬
rale proche de la marge postérieure du segment
(fig. 238). Segment IX (fig. 240-241) avec une
paire de lobes anaux en position apicale, chaque
lobe muni d’une sensille ronde subapicale et de
deux soies accessoires relativement longues, l’une
en avant, l’autre en arrière du milieu.
Keroplatus tipuloides (fig. 242-247)
Abdomen de neuf segments, la segmentation
entièrement masquée par les plissements trans¬
source : MNHN, Paris
118
LOÏC M ATI LE
;36:24j- Abdomen larvaire de Macrocera fasciala : 236, zone spinuleuse du segment IV, partie médiane ; 237 zone
spinuleuse du segment VI, partie latérale ; 238, sensillc latéro-postéricurc du segment V ; 239, groupe de sensillcs
ventrales du segment I ; 240, extrémité postérieure de l’abdomen ; 241, scnsilles du lobe anal.
MEB, photos J. Boudinot.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE
119
G’ 24L247'. Abdomen larvaire de Keroplatus tipuloides : 242, stigmate abdominal I et sensilles latérales • 243 stiematp
abdominal I ; 244, bandes ventrales spinuleuses et écailleuses d’un segment médian ; 245, bande sninuleu’se • m
ecailleuse ; 247, extrémité de l'abdomen. ’ ’ &ande
MEB, photos J. Boudinot.
Source : MNHN, Paris
120
LOÏC MATILE
versaux secondaires (fig. 179). Côtés de l’abdo¬
men portant deux rangées de bourrelets délimi¬
tant une gouttière longitudinale bien marquée.
Plis ventraux nettement plus forts que les plis
dorsaux, formant eux aussi des bourrelets. Seg¬
ment IX plus distinct, court, transverse, plus
étroit que le précédent. Des stigmates abdomi¬
naux non sclérifiés, ouverts en fente onduleuse
(fig. 242-243).
Spinulation ventrale invisible au grossissement
100. Zone antérieure formée de quatre bandes :
une zone formée de trois ou quatre rangées
irrégulières d’écailles dressées, formées de spi-
nules soudées comme le montre l’état intermé¬
diaire de Cerotelion (Plachter, 1979b) ; une
bande de quatre ou cinq rangées de peignes à
spinules moyennement longues et serrées ; une
large bande dépourvue d’ornementation, et enfin
une dernière bande, plus large que la deuxième,
de peignes spinuleux (fig. 244-246). Je n’ai pas
trouvé de soies sensorielles ventrales, mais seule¬
ment quelques soies latérales au-dessous des
stigmates.
Segment IX portant une paire de lobes anaux
bien distincts et une paire de lobes latéraux peu
individualisés, mais plus larges que les lobes
anaux (fig. 247). Une large papille ronde, apicale,
et quelques soies accessoires.
Discussion
Arachnocampa se distingue des deux autres
genres par sa zone spinuleuse ventrale simple¬
ment divisée en deux bandes ne différant que par
la longueur des spinules formant les peignes,
Macrocera possédant trois bandes et Keroplatus
quatre. Il est également caractérisé par l’absence
de toute trace de stigmates abdominaux. Quant à
Keroplatus, il se place nettement à part des
deux autres genres par sa zone ventrale à écailles,
que l’on retrouve aussi chez Cerotelion, la réduc¬
tion du segment IX, la présence de quatre lobes
anaux au lieu de deux, et la perte apparente des
sensilles ventrales médianes. Macrocera occupe
une place intermédiaire entre les deux genres,
tant sur le plan de l’équipement sensoriel que sur
celui de la segmentation secondaire et de la taille
du segment IX. La plupart de ces caractères sont
donc clinaux, et comme ils ne sont connus que
pour quelques larves, ils seront de peu d’utilité
dans les analyses phylogénétiques. On notera
cependant avec Plachter (1979b) que les Ke-
roplatini connus sont bien caractérisés par leur
quatre lobes terminaux (caractère auquel on ajou¬
tera sans doute les écailles ventrales, absentes
chez les Orfeliini, lorsque davantage d’espèces
seront connues). Plachter remarque aussi que
la segmentation secondaire débute au premier seg¬
ment abdominal chez les Macrocera, au deuxième
chez les autres Keroplatidae, mais ceci n’est pas
une règle générale, car autant la larve d' Arachno¬
campa que les deux larves de Keroplatus étudiées
ici montrent des plissements sur le premier seg¬
ment abdominal.
Source : MNHN, Paris
SYSTÉMATIQUE
Source : MNHN, Paris
INTRODUCTION
Les concepts et les critères qui sont entrés en
jeu lors de la rédaction de la partie systématique
de ce travail sont exposés in Matile, Tassy &
Goujet (1987), et il est par conséquent inutile d’y
revenir. Je préciserai cependant que, menant des
recherches phylogénétiques, il va de soi que je
partage le concept « évolutif » de l’espèce ( evolu -
tionary species), tel qu’il a été proposé par
Hennig (1950, 1966a) et Simpson (1951, 1961), et
repris notamment par Wiley (1978). Simpson et
Wiley définissent « l’espèce évolutive... comme
une lignée unique de populations formées d’une
suite d’ancêtres et de descendants, qui maintient
son identité à l’égard des lignées semblables et
qui présente ses propres tendances évolutives et
son propre destin historique ».
En ce qui concerne les critères de l’espèce,
faute de pouvoir recourir chez les Keroplatidae
aux critères biologiques, je suis contraint de me
contenter des critères morphologiques. Comme
par ailleurs ces Insectes ne se laissent le plus
souvent récolter qu’à l’unité ou en très petit
nombre, la signification de ces critères pourrait
être singulièrement réduite par l’ignorance où
l’on est ainsi de l’amplitude des variations. Ces
critères sont cependant fortement corroborés par
l’expérience. Chez la plupart des Diptères, les
critères discriminants de l’espèce reposent sur¬
tout sur l’étude des genitalia mâles, dont la
tradition remonte à la fin du xixe siècle (pour les
Mycetophiloidea, voir les belles illustrations de
Dziedzicki, 1884, 1885, sur les genres Mono-
clona, Mycetophila, Boletina, Sciophila...). Ces
critères n’ont jamais été mis en défaut depuis un
siècle, et en particulier chez les Drosophilidae, où
la découverte par les généticiens d’espèces jus¬
qu’ici confondues a toujours été suivie de la mise
en évidence de caractères génitaux constants
permettant de les séparer, et inversement (Stur-
tevant, 1919 ; Tsacas & Bocquet, 1976).
En dehors des tests favorables à la validité des
critères morphologiques génitaux obtenus non
seulement chez les Drosophilidae, mais aussi
chez des Nématocères biologiquement bien étu¬
diés comme les Culicidae et les Simuliidae, cette
validité me paraît appuyée par quatre observa¬
tions concernant l’ensemble des Diptères et
confirmées chez les Mycetophiloidea :
1°. Les mâles obtenus d’élevage à partir d’une
même ponte possèdent tous des genitalia iden¬
tiques.
2°. Des mâles provenant de localités très éloi¬
gnées, par exemple de Mongolie et de France,
ou d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord,
montrent des genitalia rigoureusement semblables.
3°. Des mâles récoltés au xvine siècle ont eux
aussi des genitalia identiques à ceux capturés de
nos jours.
4°. Dans les trois cas précédents, s’il existe
néanmoins de petites variations, elles sont répar¬
ties de façon aléatoire.
Sans nier que dans tous les cas, et quels que
soient les critères employés, la décision que tel ou
tel individu se rapporte à telle espèce demeure
une hypothèse, je pense donc légitime de poser
comme principe que deux spécimens de Keropla¬
tidae dont les genitalia mâles sont identiques
sont conspécifiques. L’hypothèse inverse, c’est-à-
dire l’estimation du degré de différence suffisant
pour considérer que l’on est en présence de deux
espèces distinctes est sans doute plus aléatoire,
surtout lorsque, comme c’est souvent le cas, on
ne dispose que de quelques individus, voire de
deux seulement.
La notion de « différence génitale significa¬
tive » ne repose en effet que sur l’état d’avance¬
ment de nos connaissances sur ce que sont les
espèces « biologiques » chez les Diptères. On a
vu plus haut que dans les groupes où des critères
autres que les critères morphologiques étaient
disponibles, les diptéristes avaient déterminé les
limites dans lesquelles les différences morpholo¬
giques traduisaient l’existence d’espèces biologi¬
quement fondées. Notre seule possibilité est alors
de poser a priori que des modifications compa¬
rables dans le phénotype de ces groupes et celui
Source : MNHN , Paris
124
LOÏC MATILE
de groupes pour lesquels on n’a pas de données
biologiques traduisent des modifications compa¬
rables dans le génotype des uns et des autres. En
ce qui concerne les Diptères, les différences
systématiques semblent relativement bien éta¬
blies : elles s’appuient sur deux siècles d’observa¬
tions, un siècle pour les genitalia, et peuvent
donc être considérées comme fiables jusqu’à
preuve du contraire.
Le cas des genres et des sous-genres pose lui
aussi des problèmes, quoique de nature diffé¬
rente, puisque les catégories supraspécifiques
sont des ensembles de lignées, alors que les
espèces sont les lignées elles-mêmes (Wiley,
1978). Je partage la conception du genre pré¬
sentée par Dubois (1981, 1985, 1988), qui le
considère comme une unité évolutive, c’est-à-dire
une entité phylogénétique, génétique et écolo¬
gique, mais avec cette différence qu’à mon avis,
pour que le genre constitue une unité phylogé¬
nétique, il doit reposer sur une stricte mono-
phylie, et non former un groupe éventuellement
paraphylétique, comme le proposent Mayr (p.
ex. 1969) et Dubois (voir discussion in Matile,
Tassy & Goujet, 1987).
En ce qui concerne les critères génériques, j’ai
déjà fait remarquer que le seul qui me paraissait
objectif était celui de l’âge absolu minimum
proposé par Hennig (Matile, 1981a). La Partie
biogéographique du présent travail montrera, je
l’espère, que cet âge peut bien souvent être
déterminé, même en l’absence de fossiles. Elle
devrait montrer aussi que presque tous les genres
étudiés remontent au moins au Crétacé supérieur
et devraient donc, selon l’échelle proposée par
Hennig pour les Arthropodes, être classés au
niveau hiérarchique de la tribu. L’adoption du
critère de Hennig amènerait donc des boulever¬
sements dans la classification hiérarchique des
Keroplatidae, bouleversements auxquels je ne me
suis pas décidé non pour des raisons théoriques,
mais pour des raisons pratiques.
Je n’ai édifié de nouveaux genres que s’ils me
paraissaient justifiés par des différences structu¬
rales uniques et exclusives, notamment dans les
genitalia mâles. De même, la nouvelle tribu des
Robsonomyiini a été basée sur un caractère
céphalique unique non seulement chez les Kero¬
platidae, mais probablement chez tous les Dip¬
tères (la séparation de l’occiput et du phragme
par des aires membraneuses). Les Keroplatini
sont fondés sur un caractère des palpes, moins
spectaculaire, mais également exclusif. Les sous-
genres ont été proposés lorsque certaines espèces
différaient du groupe de l’espèce-type par des
combinaisons originales de caractères auxquelles
s’ajoutaient des différences génitales significa¬
tives, mais non uniques au sein des Keroplatidae.
L’historique de la systématique des Keropla¬
tidae au niveau des sous-familles sera donné lors
de l’introduction à chacune d’entre elles. Rappe¬
lons que la classification adoptée est celle que
j’ai proposée en 1981 (Matile, 1981a) : les
Keroplatidae y sont divisés en Arachnocam-
pinae, Macrocerinae et Keroplatinae. La mor¬
phologie des genres-types de ces trois sous-fa¬
milles a fait l’objet de la première Partie de cette
monographie. La présente deuxième Partie, sys¬
tématique, comprend les clés de détermination
des sous-familles, des tribus et des genres d’Arach-
nocampinae, de Macrocerinae et des Keropla¬
tinae de la tribu des Keroplatini, ainsi que la
diagnose détaillée des différents genres et sous-
genres composant ces mêmes taxa. Des clés des
espèces ont été ajoutées lorsque nécessaires ; elles
ne figuraient pas dans mon travail de 1986.
Les quelques données biologiques disponibles
ont été traitées à la suite de la description
morphologique de chaque genre : elles ne sont
pas en nombre suffisant pour justifier un chapitre
propre, d’autant qu’elles sont loin d’être toutes
originales. Très inégales, elles concernent les
taxa suivants : Arachnocampa s. str. (p. 127),
A. ( Compara ) (p. 132), Macrocera (p. 164),
Cerotelion (p. 198), Heteropterna s. str. (p. 232),
H. ( Scrobicula ) (p. 252), Keroplatus (p. 266),
Mallochinus (p. 279) et Tergostylus (p. 345).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
125
CLÉS DES SOLS-FAMILLES
Clé des imagos
1. — Une fusion radiomédiane (fig. 33, 35 : frm) . 2
— Pas de fusion radiomédiane, une petite transverse antérieure distincte
(fig. 31 : ta) . 3
2. — Un sclérite cérébral distinct (fig. 8-9 : sic). Pas de peignes tibiaux II-III, le
plus souvent nervure M4 courbée à la base vers Cul b (fig. 33)
. Macrocerinae
— Pas de sclérite cérébral. Au moins un peigne sur les tibias II-III (fig. 54-
55 : p int). R4 jamais courbée à la base vers Cul b (fig. 35) . .
. Keroplatinae (pars major)
3. — R4 absente; R5 largement séparée de RI, se terminant à l’apex de
l’aile (fig. 31) . Arachnocampinae
— R4 présente; R5 rapprochée de RI, se terminant avant l’apex de
l’aile (fig. 1117); genres Asynaphleba et Palaeoplatyura .
. Keroplatinae (pars minor)
Clé des nymphes
1. — Notothèque avec une crête sagittale sur laquelle s’insère un éventail
de soies (fig. 105-107 : cr sag). Aire clypéofaciale séparée en deux par
un sillon distinct (fig. 106-107 : pl clf). Mâle : proctigère avec une
thèque distincte (fig. 111) . Arachnocampinae
— Notothèque dépourvue de crête. Sillon clypéofacial peu visible (fig. 113,
116). Mâle : Proctigère sans thèque distincte . 2
2. — Stigmates thoraciques et abdominaux simples, cerques mâle-femelle à
enveloppe non bifide (fig. 113-115) . Macrocerinae
— Stigmates thoraciques et abdominaux à plusieurs orifices, cerques
mâle-femelle enveloppés dans des fourreaux bifides (fig. 118-121)
. Keroplatinae
Clé des larves
1. — Capsule céphalique allongée, étranglée au milieu (fig. 123). Deux
paires de stemmates (fig. 127). Bras tentoriaux robustes (fig. 133).
Pas de lobes labraux latéraux (fig. 126, 128). Sclérite hypopharyngien
relié au cadre hypopharyngien par deux processus dorsaux (fig. 137-
139) . Arachnocampinae
— Capsule céphalique pas plus longue que large, ou peu plus longue que
large, non étranglée (fig. 152, 180). Une seule paire de stemmates
(fig. 154, 182). Bras tentoriaux extrêmement fins (fig. 165, 192). Des
lobes labraux latéraux (fig. 155-156, 183, 187). Cadre hypopharyn¬
gien indépendant du sclérite (fig. 162-164, 193-196) . 2
Source : MNHN, Paris
126
LOÏC MATILE
2 — Capsule céphalique pentagonale (fig. 152-153). Antennes très grandes,
en position latérale (fig. 154-155). Incisures génales réduites (fig. 154).
Cardo étiré dans le sens de la longueur (fig. 161) .
. Macrocerinae
— Capsule céphalique subrectangulaire (fig. 180-181). Antennes petites,
en position antérieure (fig. 180-183). Incisures génales grandes (fig. 182).
Cardo non étiré dans le sens de la longueur (fig. 184). Keroplatinae
Nota. — On remarquera au sujet des stades préimaginaux que le nombre
connu de ceux-ci est négligeable par rapport aux nombres de genres composant
les Keroplatidae. Ces clés ont donc une valeur toute relative.
SOUS-FAMILLE DES ARACHNOCAMPINAE
INTRODUCTION
On n’a longtemps connu qu’une seule espèce
d'Arachnocampinae, le « Ver luisant de Nou¬
velle-Zélande », Arachnocampa luminosa, reconnu
comme appartenant aux Mycetophiloidea par
Osten Sacken en 1886 l7. Cet insecte fut décrit
par Skuse (1890) dans le genre Bolitophila, en
raison de la position de la nervure transverse
basale et de la présence d’un rameau médian
basal distinct.
En 1924 Edwards, ayant pu se procurer
un mâle de cette espèce, souligne à la fois
son originalité, ses affinités avec Bolitophila, et
aussi celles qu’il présente avec les Keroplatidae
(Edwards, 1924a). Il remarque l’absence de
peignes tibiaux postérieurs, qui rapproche l’es¬
pèce de Bolitophila, et celle de l’empodium et des
pulvilles, qui la rapproche des Keroplatidae (sauf
les Macrocerinae). Edwards note aussi les simi¬
litudes de la biologie larvaire de l’espèce avec
celle des Keroplatidae alors connus. Il pense
qu’il est « probablement justifié » de la classer
dans les Bolitophilidae mais établit pour elle le
nouveau genre Arachnocampa, en énumérant
toute une série de caractères imaginaux le sépa¬
rant de Bolitophila.
En 1927, Tonnoir & Edwards conservent
encore le genre dans les Bolitophilidae, tout en
insistant sur le fait que : « la larve est complète¬
ment différente de celle de Bolitophila et peut à
peine se distinguer de la larve de Keroplatus ».
Cependant Edwards (1934b) ayant pu enfin
comparer la larve d’ Arachnocampa à celle d’un
« Keroplatus » (en réalité celle de Cerotelion
lineatum ) et d’un Bolitophila, conclut que ce
genre est étroitement apparenté à Keroplatus
tandis que ses relations avec Bolitophila ne
peuvent être que lointaines.
Ferguson (1925) décrit brièvement de Tas¬
manie un deuxième Arachnocampa, lui aussi
lumineux, A. tasmaniensis. Hudson résume en
1950 l’historique des recherches sur A. luminosa
jusqu’à 1946. Selon Harvey (1952), un Ver
luisant appartenant peut-être au genre Arachno¬
campa existerait aux Iles Fidji ; Harvey ne cite
pas sa source, que je n’ai pu retrouver : à ma
connaissance, aucun Mycetophiloidea n’a été
décrit de ces îles depuis 1952.
Gatenby (1959) consacre une note à l’ana¬
tomie, la morphologie, la physiologie et l’étho¬
logie de « Bolitophila (Arachnocampa) luminosa ».
Ayant cru comprendre, en effet, que le genre
d’EDWARDS n’était basé que sur les mœurs
larvaires, il préfère conserver le binôme original
et ajoute à la confusion en citant le nom
d' Arachnocampa à la place réservée normalement
au sous-genre. Gatenby & Cotton (1960), Gan-
guly (1960) et Gatenby (1960a) adoptent tous
trois le binôme Bolitophila luminosa. Le dernier
de ces travaux apporte pour la première fois des
éléments de description d’une « forme » austra-
17. Auparavant, on croyait qu’il s’agissait d’une larve de Coléoptère.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
127
lienne (Nouvelle-Galles du Sud) de Ver luisant.
Richards (1960) place correctement luminosa
dans le genre Arachnocampa, dans un important
article fondé sur de longues observations sur le
terrain, tandis que Harrison (1961) consacre
une courte note à rectifier l’erreur taxinomique
de Gatenby (1959) et à redéfinir le genre et
son espèce-type. Enfin, en 1966, ce même au¬
teur décrit l'espèce de Nouvelle-Galles du Sud,
A. richardsae, ainsi qu’une autre du Queensland,
A.flava (récoltée par Perkins dès 1935) ; il crée
pour ces deux espèces le sous-genre Compara.
Richards (1964) cite aussi un Arachnocampa de
l’état de Victoria, sans préciser s’il s’agit ou non
d’une espèce déjà décrite.
Colless (1970a) classe Arachnocampa dans les
Keroplatidae (en fait pour lui les Keroplatinae,
puisqu’il ne reconnaît pas le statut familial de ce
taxon), mais note en bas de page qu’il ne fait
ainsi que suivre Edwards (1929c) et Harrison
(1966), alors qu’à son avis on pourrait très bien
fonder pour ce genre une sous-famille distincte.
Pour Plachter (1979b), l’appartenance <¥ Arach¬
nocampa aux Keroplatidae ne fait aucun doute si
l’on se base sur la morphologie et la biologie
larvaire. Enfin Matile (1981a) propose formel¬
lement la sous-famille des Arachnocampinae
comme groupe-frère de l’ensemble Macroceri-
nae + Keroplatinae.
DESCRIPTION DES SOUS-GENRES
Sous-genre Arachnocampa s. str.
Arachnocampa Edwards, 1924a : 177. Espèce-type : Bolitophila luminosa Skuse, 1890, par désignation
originale.
Les deux espèces de ce sous-genre, A. luminosa
(habitus, fig. 248) et A. tasmaniensis, sont très
proches l’une de l’autre. D’après la littérature, en
effet, les imagos des deux espèces ne diffèrent
que par des détails de coloration, les proportions
des antennes, des tibias et des tarses, et la
ciliation réduite ou nulle des latérotergites chez
A. tasmaniensis (Ferguson, 1925 ; Gatenby,
1960; Harrison, 1966). En ce qui concerne la
larve, les mandibules d’A. tasmaniensis ne por¬
tent qu’une seule dent distale (deux chez A.
luminosa) et les aires abdominales spinuleuses
sont moins étendues. Les caractères décrits dans
la Partie morphologique du présent travail de¬
vraient donc suffire à définir le sous-genre, à
cette réserve près que je n’ai pu examiner
d’échantillons d'A. tasmaniensis.
Biologie. — En raison du spectacle que fournit
A. luminosa dans les grottes de Waitomo, en
Nouvelle-Zélande (voir par exemple la descrip¬
tion in Edwards, 1924a), cette espèce est sans
doute la mieux connue de tous les Keroplatidae
sur le plan biologique. De nombreux points
restent cependant à éclaircir, comme le montre¬
ront les contradictions relevées plus loin, malgré
les nombreuses notes qui lui ont été consacrées
depuis celle de Meyrick, en 1886. Les princi¬
pales sont celles de Norris (1894) et surtout
Hudson (notamment 1890, 1926, 1928, 1950) et
plus récemment de Gatenby (1959, 1960a, b),
Gatenby & Cotton (1960) et Richards (1960).
Une bibliographie exhaustive d 'A. luminosa a été
donnée par Pugsley (1983), et ce même auteur a
consacré un important travail à l’écologie de
l’espèce à Waitomo (Pugsley, 1984).
Un certain nombre d’observations contradic¬
toires sur le comportement et la luminosité du
Ver luisant de Nouvelle-Zélande ressortent de la
lecture de ces travaux. Elles seront mentionnées
et discutées dans les paragraphes suivants.
A. luminosa habite les grottes calcaires, les
tunnels de mine désaffectés, les berges des ruis¬
seaux, les crevasses humides et ombragées. Dans
la pluvisylve, la larve peut même tisser sa toile
sous les frondes des fougères arborescentes. On
notera tout d’abord qu’il y a lieu de distinguer
les populations habitant de grandes cavités natu¬
relles et artificielles et celles qui fréquentent
des microbiotopes épigés. Les populations caver¬
nicoles renferment des individus dont les larves,
les nymphes et les imagos sont de plus grande
taille, et les toiles tissées sont singulièrement plus
développées.
Les œufs, non luminescents, de couleur blanc
Source : MNHN, Paris
128
LOÏC MATILE
Fig. 248-249. — Arachnocampa luminosa (Skuse) : 248, abi-
tus du mâle (d’après Matile, 1970b); 249, larve dans sa
toile (d’après une photographie de S. A. Rumsey, in
Richards, 1960).
légèrement jaunâtre, sont sphériques et de grande
taille (0,75 mm). Ils sont collants et adhèrent au
substrat sur lequel ils sont déposés. La matière
adhésive dont ils sont revêtus est sécrétée par une
paire de glandes annexes de couleur orangé vif
d’après Gatenby. Richards a examiné des
milliers d’œufs sans trouver trace de ciment
orangé. Peut-être, comme le texte de Gatenby
le laisse supposer, cette teinte orangée est-elle
propre aux glandes elles-mêmes, sur le vivant
(elles sont blanchâtres sur la femelle que j’ai pu
disséquer après fixation), et non au «ciment»
qu’elles sécrètent. La femelle pond en moyenne
130 œufs, isolément ou par petits groupes d’une
demi-douzaine au plus. À Waitomo, beaucoup
de ces œufs sont dévorés par les Opilions et les
Isopodes.
La larve néonate est cylindrique et mesure de
3 à 5 mm de long pour un diamètre de 0,33 mm.
Elle est luminescente dès l’éclosion, d’une lumi¬
nosité souvent plus forte que celle de larves plus
âgées. À Waitomo, les larves se répandent sur les
voûtes dès l’éclosion, et commencent à bâtir une
piste centrale tubulaire (««es/» de Richards,
« runway » de Gatenby) ainsi que des filaments-
pêcheurs. À trois semaines, la larve mesure 6 mm
de long sur 0,5 de large et ses filaments-pêcheurs
peuvent atteindre 5 cm. Gatenby a observé à
Arapuni de jeunes larves situées en des endroits
tels qu’il ne leur était pas possible de sécréter des
filaments-pêcheurs verticaux. Dans ce cas, ils
sont remplacés par une petite zone muqueuse
(« a mucous smear ») sur la paroi elle-même ;
Richards ne cite aucun cas de ce genre. Les
larves sont capables de quitter leur toile pour
chercher un endroit plus favorable, en couvrant
parfois d’assez longues distances. Leur dévelop¬
pement total prend de huit à neuf mois et com¬
prend, contrairement à la règle, cinq stades
larvaires (Pugsley, 1984).
La larve mûre atteint jusqu’à 4 cm de long
dans les grottes, tandis que les larves épigées ne
dépassent pas 3 cm. Gatenby décrit ainsi la
coloration d’une larve mûre, visible à travers la
cuticule transparente : la tête et la partie anté¬
rieure du thorax apparaissent noirs en raison de
la présence de pigments sous-cuticulaires bleus et
noirs ; la moitié antérieure du reste du corps est
de couleur brun chocolat à cause du contenu du
tube digestif et des cœca gastriques. Cette zone
est en partie masquée par quatre bandes allon¬
gées, grises, de corps gras. Enfin, la moitié
postérieure est divisée en deux zones, l’une
colorée en rose par les tubes de Malpighi, l’autre
hyaline et jaunâtre, renfermant l’organe lumi¬
neux.
La toile construite par la larve d’A. luminosa
peut se diviser en trois parties. La première
représente ce que Matile & Burghele-Bala-
cesco (1969) appellent « toile-refuge » chez Kero-
platus et Cerotelion. Elle est tissée dans une
fissure ou un trou qui peuvent parfois atteindre
3 cm de profondeur. Richards ne mentionne pas
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLAT1DAE : SYSTÉMATIQUE
129
l’existence dans la grotte de Waitomo de cette
structure très répandue chez les Keroplatidae.
Peut-être le substrat ne permet-il pas d’en édi¬
fier, ou n’y a-t-il pas assez d’anfractuosités
disponibles pour un si grand nombre d’insectes ?
De la toile-refuge s’étend une piste horizon¬
tale généralement rectiligne et atteignant envi¬
ron 2,5 fois la longueur de la larve elle-même,
soit 10 cm pour une larve mûre. Il s’agit d’un
tube de soie doublé de mucus à l’intérieur et
amarré à la voûte par de minces fils soyeux.
L’animal, qui s’y tient face ventrale vers le
haut, peut en cas d’alerte parcourir cette piste en
trois ou quatre séries d’élongations-contractions,
regagnant ainsi son refuge en quelque trois se¬
condes. Comme toutes les autres larves de
Keroplatidae connues, elle peut aussi s’y retour¬
ner en glissant le long de son propre corps.
Enfin, elle peut la percer d’un coup de mandi¬
bules pour en faire émerger la partie antérieure
de son corps : la piste se répare lorsque la larve,
repassant sur l’ouverture, l’enduit de mucus. La
larve peut quitter sa piste centrale pour une
raison ou pour une autre, et en reconstruire une
nouvelle en dix minutes.
Autour de la piste centrale pendent des fila¬
ments verticaux, ou filaments-pêcheurs, séparés
les uns des autres par une distance de quelques
millimètres (fig. 249). Leur longueur dépend de
l’habitat des larves. Pour les épigées, elle va de
quelques millimètres à quelques centimètres, une
longueur de trois pouces (environ 7,6 cm) étant
considérée comme exceptionnelle par Gatenby
& Cotton. Ces filaments d’une grande force
tensile peuvent atteindre jusqu’à 50 cm pour les
formes cavernicoles, chez lesquelles il peut y
en avoir jusqu’à 70 par larve. Les filaments-
pêcheurs sont couverts de gouttelettes muqueuses
piriformes, qui mesurent environ 1 mm de
diamètre pour 1,5 de longueur, et sont séparées
les unes des autres par environ 1 mm.
Les observations sur le mode de sécrétion de
ces filaments-pêcheurs sont apparemment con¬
tradictoires. Pour Gatenby & Cotton, les fila¬
ments, même très longs, sont sécrétés en une
seule fois. Pour Richards, le processus est
continu, c’est-à-dire que la larve accroît progres¬
sivement tous ses filaments, l’un après l’autre.
L’observation de Gatenby & Cotton est basée
sur la construction d’un filament un peu plus
long que la larve, celle-ci, mise en élevage, ayant
dû recommencer de novo une toile. Celle de
Richards est le fruit d’examens quasi journa¬
liers de toiles déjà en place. Il me paraît vraisem¬
blable qu’une larve jeune, ou changeant d’empla¬
cement, commence par sécréter d’un seul coup
des filaments relativement courts, mais nom¬
breux, puis en accroisse journellement la lon¬
gueur au fur et à mesure de sa longue vie
larvaire. J’ai souvent observé, chez divers Kero¬
platidae, le processus d’allongement d’un fil de
capture : la larve le sectionne à la base au
moyen de ses mandibules, sécrète une ou deux
gouttelettes muqueuses sur quelques millimètres
de soie et raccroche son fil à la même place. Il n’y
a pas de raison de penser qu’il en va autrement
chez A. luminosa. On verra plus loin que j’ai
tout lieu de croire qu’une larve de 4 cm doit
pouvoir sécréter en une seule fois un filament
de cinq centimètres. Ces proportions sont très
compatibles avec l’illustration donnée par Ga¬
tenby & Cotton. Les filaments-pêcheurs sont
très rapprochés les uns des autres et s’emmêlent
au moindre courant d’air ; par ailleurs, ils ser¬
vent à capturer les proies attirées par la lumière
émise. La larve doit donc se livrer à de nombreux
travaux d’entretien ; ceux-ci ont lieu la nuit pour
les larves épigées, à toute heure pour les caverni¬
coles.
Les proies d'A. luminosa, dans la grotte de
Waitomo, sont principalement de petits Chiro-
nomides, Tanypus debilis Hutton, dont les larves
se développent dans le sol boueux de la grotte.
Richards cite aussi Chironomus zealandicus
Hudson, des Culicides, des Psychodides, des
Tipulides et des Anisopodides, ainsi que des
Trichoptères, des Plécoptères, des Éphémères et
de petits Isopodes. Le cannibalisme est fréquent,
surtout aux dépens d’autres larves, qui peuvent
d’ailleurs se livrer de furieuses batailles. Dans
le milieu épigé, Gatenby & Cotton citent
comme proies des microdiptères et des microlépi¬
doptères.
La façon dont les larves s’emparent de leurs
proies est, elle aussi, controversée. Edwards
(1924a) pensait qu’elles enroulaient leur filament-
pêcheur autour de leur corps pour hisser l’insecte
englué à leur niveau ; cette hypothèse a été
controuvée. Gatenby a observé une larve en
captivité descendre le long de son filament pour
dévorer une mouche domestique ; il ne précise
pas s’il s’agit d’un comportement habituel, bien
que cette larve ait été ainsi nourrie pendant
plusieurs mois au laboratoire. Quant à Richards,
Source : MNHN, Paris
130
LOÏC MATILE
après de nombreuses observations, elle affirme
que les larves avalent leur filament-pêcheur jus¬
qu’à ce que la proie soit à leur hauteur. Elle a
ainsi assisté à l’engloutissement en une minute
d'un filament de 30 cm de long ! Pour ce faire,
la larve avait laissé pendre la moitié antérieure
de son corps à la verticale de sa piste centrale.
Les filaments-pêcheurs de la larve élevée par
Gatenby étaient beaucoup plus courts que ceux
que l’on peut voir à Waitomo, et les deux com¬
portements existent certainement en fonction de
la distance à parcourir pour atteindre la proie.
Selon Gatenby, la larve suce d’abord les
liquides internes de sa proie, puis en découpe
soigneusement l’enveloppe en morceaux de taille
convenable pour être avalés. D’après Richards,
la toile est nettoyée des débris par la larve, mais
elle ne précise pas s’ils sont jetés ou ingérés. La
découverte par Gatenby de petits fragments de
pattes sectionnés dans le tube digestif est en
faveur de son hypothèse, qui s’accorde d’ailleurs
avec mes propres observations sur Macrocera
fasciata (p. 169). Richards affirme que les
proies prises dans la toile meurent rapidement,
même avant d’être atteintes par la larve. La
présence éventuelle d’acide oxalique dans les
filaments-pêcheurs n’a pas encore été testée.
Si l’on ne trouve pas d’oxalates dans les glandes
salivaires (Green, comm. pers.), les gouttelettes
des filaments ont un pH fortement acide (Pug-
sley, comm. pers.).
La lumière émise par la larve d'A. luminosa est
d’un beau bleu-vert et se reflète dans les gouttes
muqueuses de sa toile. Sa longueur d’onde est de
475 à 488 nm (Shimomura, Johnson & Haneda,
1966). Une larve cavernicole peut briller pendant
24 heures, mais en fait, à Waitomo, peu d’entre
elles s’illuminent pendant la journée. Les larves
épigées s’allument au crépuscule et leur lumino¬
sité est maximale avant l’aube. Pour Gatenby,
l’espèce est dépourvue d’horloge biologique ; en
effet, les larves conservées à l’obscurité brillent
pendant la journée et au contraire s’éteignent, la
nuit, si on les éclaire avec une lampe-torche. Ceci
est en contradiction formelle avec les observa¬
tions menées à Waitomo : le comportement rap¬
porté par Gatenby est sans doute dû aux
conditions de captivité.
La luminosité et l’intensité de l’émission peu¬
vent être contrôlées par l’insecte, celui-ci mettant
à peu près une minute pour s’éteindre. D’après
Richards, les larves affamées et celles qui se
battent sont nettement plus brillantes que les
autres. Gatenby a fait l’expérience de sectionner
la partie d’une larve renfermant l’organe lumi¬
neux. Dans ce cas, celui-ci émet de la lumière
pendant 48 heures s’il est maintenu humide (ce
phénomène se produit dans la nature lorsqu’une
larve en dévore une autre : l’organe lumineux est
rejeté et brille au sol pendant quelque temps). Si
la partie sectionnée contient aussi le dernier
ganglion abdominal, l’organe s’éteint. Si l’on
sectionne l’organe lumineux d’une larve éteinte,
il s’illumine immédiatement, tandis que si l’or¬
gane sectionné est imbibé du sang d’une larve
éteinte, il demeure allumé. Gatenby en conclut
donc que c’est l’extinction qui est « volontaire »,
qu’elle est commandée par le dernier ganglion
abdominal et qu’il n’y a pas d’ « hormone
d’extinction ».
Nous en venons ici à un point important, celui
de l’extinction immédiate de toutes les larves
d’une population à la suite d’un bruit soudain.
Depuis que les grottes de Waitomo sont l’objet
de visites organisées, les guides croient fer¬
mement à ce phénomène et recommandent donc
le plus grand silence aux visiteurs. Le père de
F. W. Edwards (in Edwards, 1924a) rapporte
que cette extinction générale se produisit à la
suite du tumulte provoqué par l’embrasement de
son filet. Or Gatenby raconte qu’il a hurlé et
battu des mains à Waitomo sans aucun effet de
ce genre. À Arapuni, il a essayé la musique
radiophonique, frappé l’un contre l’autre deux
démonte-pneus et même utilisé un sifflet ultraso¬
nique pour chiens, ceci sans provoquer d’extinc¬
tion. Par contre des larves situées sur une table
de laboratoire n’ont pas tardé à s’éteindre à
la suite d’un choc accidentel. Pour lui, si les
larves sont bien alarmées par les vibrations, elles
sont incapables de s’éteindre immédiatement.
L’effet d’extinction est dû au fait qu’en quelques
secondes une larve effrayée peut se retirer dans
son anfractuosité refuge, où son organe lumi¬
neux est ainsi dissimulé à la vue. Les notes de
Perkins (1935) sur A. (Compara) flava vont
dans le sens de Gatenby. Richards (1960, 1964)
ne commente pas ce point et se borne à dire que
les lumières vives et le bruit «dérangent» les
larves. L’extinction immédiate traditionnellement
admise demande donc à être confirmée.
La larve prête à se nymphoser dégage des
filaments-pêcheurs un cercle de 7 à 10 cm de
diamètre, qu’elle entoure d’une rangée de fila-
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
131
ments d’environ 5 cm de long ; je croirais
volontiers que cette longueur correspond au
maximum qui puisse être sécrété en une seule
fois. La larve en voie de nymphose est accrochée
à la voûte par un filament suspenseur formé par
la piste centrale, sectionnée d’un côté, et de tout
ou partie de ses filaments de soutien (Gatenby
ne croit pas à cette interprétation mais pense que
le fil de nymphose est sécrété spécialement). Ce
filament suspenseur est aussi long que la nymphe
elle-même et élargi en triangle à l’apex, qui
s’insère sur la notothèque. La nymphose dure
24 heures. Les nymphes mâles et femelles sont
lumineuses, aussi brillantes que les larves, mais
s’allument beaucoup moins fréquemment. La
période nymphale est de 12 ou 13 jours. La
luminosité de la nymphe femelle est plus pro¬
noncée pendant sa dernière période de dévelop¬
pement, au cours de laquelle elle s’illumine si on
la touche, par exemple avec un brin d’herbe.
Ainsi fait-elle lorsqu’un mâle se pose sur elle. Il
est fréquent de voir à Waitomo plusieurs mâles
posés sur la même nymphe femelle, attendant
son éclosion. Celle-ci s’accomplit en une heure
ou plus et s’accompagne souvent d’une vive
luminosité. Il n’y a pas de doute qu’il s’agit
d’un signal sexuel. La sortie partielle de l’adulte
provoque le renversement de l’exuvie nymphale
sur son filament suspenseur ; l’éclosion se ter¬
mine donc tête en bas.
À Waitomo, l’accouplement se fait le plus
souvent aussitôt l’éclosion. Si plusieurs mâles
sont sur la même femelle venant d’éclore, une
bataille a lieu qui peut durer plusieurs heures.
Richards a observé un comportement sexuel
combinant signaux lumineux et vols chez une
femelle n’ayant pas été immédiatement fécondée.
La position d’accouplement est d’abord, et le
plus longtemps, côte à côte, puis il y a renverse¬
ment du mâle, les deux insectes se tenant l’abdo¬
men de l’un dans le prolongement de celui de
l’autre. Mâles et femelles sont lumineux, l'organe
en cause se trouvant à l’extrémité de l’abdomen
(rien n’a été publié sur sa nature). Les imagos
n’émettent que par intermittence. La luminosité
de la femelle est plus vive, et plus étendue,
que celle du mâle ; elle cesse en général après
la fécondation. Les femelles vivent de 24 à
76 heures et ne s’accouplent qu’une fois. Les
mâles vivent jusqu’à quatre jours et s’accouplent
aussi souvent qu’ils en ont l’occasion. À Wai¬
tomo, Richards a parfois observé des femelles
en train de voler en émettant de la lumière, mais
d’après elle ce phénomène semble demeurer
exceptionnel.
Le cycle d 'A. luminosa est continu à Waitomo,
mais l’on constate une plus grande abondance de
larves d’octobre à février. D’avril à juillet, il y a
davantage de nymphes, d’imagos, d’œufs et de
jeunes larves. Le spectacle est donc plus pauvre
durant l’hiver austral. Toujours à Waitomo, les
prédateurs du Ver luisant sont deux espèces
d’Opilions dont l’une, Hendea myersi Forster,
s’attaque aux larves, et l’autre, Megalopsalis
tumida Forster, s’attaque aux adultes. Un Hymé-
noptère Diapriidae, Betyla fulva Cameron, pa¬
rasite les nymphes (Hudson, 1892a, b; Nau-
mann, 1982). Un champignon du genre Beauve-
ria parasite également l’espèce.
Devant un comportement si complexe et si
différent de celui des Bolitophilidae, auxquels
il croyait qu’appartenait A. luminosa, Gold-
schmidt (1948) a reconnu cette espèce comme
l’un des meilleurs exemples de sa théorie des
macromutations. Les larves de Bolitophila, myco-
phages, ne tissant pas de toile (sauf pour la
nymphose), vivant dans des galeries creusées
dans des carpophores, et étant dépourvues de
luminosité, il lui semblait que le tissage de la
toile, la luminosité et la prédation avaient dû
apparaître brusquement et simultanément dans
le genre Arachnocampa. Le fait qu’Edwards avait
classé les Arachnocampa dans les Keroplatidae,
et non les Bolitophilidae, dès 1934 (Edwards,
1934b) avait échappé à Goldschmidt l8. Une
meilleure connaissance de la littérature a d’ail¬
leurs conduit plus tard Goldschmidt (1951) à
changer d’avis sur les macromutations d 'A.
luminosa. Lui-même, Mayr (1960) et Jackson
(1974) ont souligné que chacun des trois carac¬
tères, prédation, toile et luminosité, existant chez
d’autres Mycetophiloidea, la complexité atteinte
par le Ver luisant de Nouvelle-Zélande pouvait
s'expliquer par une série de micromutations.
Notons toutefois que Mayr ignorait le second
article de Goldschmidt, et Jackson une bonne
partie de la littérature concernant les Keropla¬
tidae, notamment le travail d’EDWARDS sur le
18. Ce qui est incidemment un bon exemple des conclusions erronées que peut atteindre un biologiste s’il ne se tient pas
au courant des progrès de la systématique.
Source : MNHN, Paris
132
LOÏC M ATI LE
placement d’ Arachnocampa dans les Keropla-
tidae, qu’il attribue à Harrison (1961), ainsi que
ceux de Lame & Stürm (1958) et Stürm (1973)
sur Neoditomyia, genre auquel appartient sans
nul doute son propre « Orfelia » aerospicator
(Matile, 1977b).
Les travaux de Shimomura, Johnson & Ha-
neda (1966), Lee (1976) et Green (1979a) ont
montré que chez A. luminosa (et richardsae), la
luminosité était probablement comparable à celle
des Lampyridae, où la réaction se fait par action
de l’ATP sur la luciférine, en présence de
luciférase et de magnésium, la production de
lumière étant le résultat de l'oxydation. Cepen¬
dant, l’action de l’ATP n’a pas été définitivement
prouvée in vivo, tandis que l’on a de bonnes
raisons de penser que la structure chimique de la
luciférine et de l’oxyluciférine $ Arachnocampa
n’est probablement pas la même que celle des
Lucioles (Lee, 1976). Le facteur inhibiteur de la
luminescence n’a pas encore été identifié.
Rappelons que beaucoup des contradictions
relevées plus haut au sujet du comportement d’A.
luminosa peuvent être attribuées d’une part à des
différences de comportement entre larves épigées
et cavernicoles, d’autre part à des différences
entre larves captives et en liberté. Pratiquement
rien n’est connu de la biologie d'A. tasmaniensis ;
d’après Ferguson (1925), elle doit être très
similaire à celle d'A. luminosa.
Répartition. — Région australasienne (Nou¬
velle-Zélande, Tasmanie).
Matériel examiné. — L’espèce-type.
Sous-genre Campara Harrison
Compara Harrison, 1966 : 880. Espèce-type : Arachnocampa (Compara) richardsae Harrison, 1966,
par désignation originale.
Je n’ai pu examiner qu’un mâle de l’espèce-
type de ce sous-genre. D’après Harrison, les
deux espèces qu’il renferme sont fort voisines et
se distinguent surtout par la coloration, A.
richardsae étant brun mêlé de brun sombre et A.
flava jaune brillant et brun clair. Faute d’exem¬
plaires de comparaison, il est difficile de détermi¬
ner, parmi les différences observées entre A.
luminosa et A. richardsae, lesquelles sont de
signification supraspécifique. Les caractères sui¬
vants le seront sans doute :
Tête (fig. 250-251). — Calus ocellaire moins
prononcé que chez Arachnocampa s. str. ; sclérite
médiocellaire plus étroit.
Thorax entièrement dépourvu de soies acro-
sticales. Ailes (fig. 252) : sclérite du cuilleron
moins nettement délimité mais plus étendu.
Nervure R5 moins sinueuse. Bien entendu, la
position des transverses tb et mcu après la
transverse antérieure est diagnostique du sous-
genre. Pattes : éperon I très réduit, atteignant le
tiers seulement de la largeur apicale du tibia ;
crypte sensorielle apicale plus grande que chez A.
luminosa. Éperons II-III pas plus longs que la
largeur apicale des tibias. Toutes les griffes
subégales.
Genitalia mâles (fig. 253-254). — Sternite IX
beaucoup plus distinctement séparé des gono-
coxopodites par une aire membraneuse triangu¬
laire aplatie. Une plaque sagittale dorsale sur le
proctigère : ovale allongée et portant deux
longues soies divergentes. Phallosome plus court,
ne dépassant pratiquement pas la marge apicale
du synsclérite gonocoxal.
Les femelles et les larves des deux espèces
du sous-genre sont connues mais n’ont pas été
décrites de manière satisfaisante. Selon Gatenby
(1960a), les larves d 'Arachnocampa de Nouvelle-
Galles du Sud (il s’agit d'A. richardsae, alors non
nommé faute d’imagos) sont beaucoup plus colo¬
rées que celles d'A. luminosa. Alors que chez ces
dernières le corps gras est jaune grisâtre, il va du
« vert améthyste vif » au vert grisâtre chez A.
richardsae ; les tubes de Malpighi sont rose
grisâtre ou brunâtre au lieu de rose pur, etc.
Dans l’ensemble, les larves d'A. richardsae sont
plus fortement colorées, et leur segmentation est
mieux marquée.
Biologie. — D’après Gatenby (1960a), les
larves d'A. richardsae construisent des toiles de
même type que celles d'A. luminosa et ont le
même comportement. Les deux espèces de Cam¬
para sont communes ; elles vivent dans les tun¬
nels et les grottes, ainsi qu’en milieu épigé, dans
des endroits obscurs. Rien n’a été publié sur le
comportement d'A . flava en dehors des quelques
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
133
dorsale ; 253, hypopyge mâle, vue dorsale ; 254, d°, vue ventrale.
lignes qui lui sont consacrées par Perkins (1935),
l’inventeur de cette espèce :
« Des milliers de ces insectes ont été trouvés
dans les parties les plus sombres de la grotte et,
jusqu’à ce qu’ils soient dérangés, fournirent un
spectacle saisissant... Ils ont été trouvés associés
à des fils gluants fixés au plafond de la grotte,
plus particulièrement dans les régions les plus
sombres, mais aussi près de l’entrée, où il faisait
relativement clair. S’ils étaient dérangés, ils se
déplaçaient le long des fils et pénétraient dans
des crevasses de la roche, d’où il était très
difficile de les extraire... Un couple d’adultes du
« Ver-luisant » a été pris sur la paroi de la
grotte... ».
La bioluminescence d 'A. richardsae a été étu¬
diée par Lee (1976) (c/. ante).
Répartition. — Région australasienne (Aus¬
tralie).
Matériel examiné. — L’espèce-type (mâle seu¬
lement).
Source : MNHN, Paris
134
LOÏC MATILE
SOUS-FAMILLE DES MACROCERINAE
INTRODUCTION
Bien que le nom de Macrocerinae soit attribué
par Johannsen (1909) à Winnertz (1863), c’est
en réalité Rondani (1856) qui a eu le mérite de
reconnaître ce groupe comme un taxon de valeur
supragénérique, le Stirps Macrocerina, distinct
des Keroplatina (cf. Matile, 1981 a). Les Macro¬
cerina de Rondani comprenaient les genres
Macrocera Meigen et Bolitophila Meigen. Ce
n’est que plus tard que Winnertz, dont la belle
monographie des Mycetophiloidea (1863) peut
être considérée comme le premier ouvrage moderne
sur le groupe, sépare les Macrocerina de Ron¬
dani en deux sous-familles monotypiques, Boli-
tophilinae et Macrocerinae. Winnertz aban¬
donne pour ce faire la notion d’ocelles alignés ou
disposés en triangle utilisée pour séparer Macro¬
cera de Bolitophila par Meigen (1818). Il dis¬
tingue les deux taxa par la présence de la fusion
radiomédiane (Macrocerinae) ou son absence
(Bolitophilinae). Les Keroplatinae de Winnertz
possèdent une fusion radiomédiane comme les
Macrocerinae, mais ces derniers s’en distinguent
par leurs très longues antennes.
Dans le Généra Insec torum, Johansen (1909)
conserve les divisions de Winnertz. Avec d’ex¬
trêmes réserves, il ajoute cependant aux Macro¬
cerinae le fossile crétacé (Purbeckien) Sama
Giebel, 1856, sur la seule base de ses antennes
démesurées. En fait, l’auteur américain n’est
même pas sûr qu’il s’agisse vraiment là d’un
Mycetophiloidea. Je n’ai pu m’en procurer la
description originale mais d’après les éléments
qu’en donne Johannsen, il est en tout cas bien
peu probable que Sama rustica (Brodie, 1 845), la
seule espèce du genre, soit un Keroplatidae, en
tout cas pas un Macrocerinae, du fait que les
pattes sont très courtes et les ailes très étroites.
Winnertz et Johannsen, auteurs des deux
principales monographies sur les Mycetophiloi¬
dea, ont été unanimement suivis jusqu’au début
de ce siècle. À partir de 1913, cependant, la
plus grande confusion va s’installer en ce qui
concerne le rang à attribuer à Macrocera et
aux genres qui lui sont apparentés. C’est cette
année-là, en effet, qu’EDWARDS (1913 b), dans
sa première étude sur les Mycetophilidae de
Grande-Bretagne, inclut sans commentaire les
Macrocera dans les Keroplatinae, abandonnant
la sous-famille des Macrocerinae l9.
La même année. De Meijere décrit le genre
Chiasmoneura pour une espèce inédite de Java,
Ch. anthracina, et Speiser établit son genre
Promacrocera pour P. interrogationis, espèce
nouvelle du Cameroun. Meunier, qui avait suivi
la classification de Winnertz dans sa « Mono¬
graphie des Mycetophilidae de l’ambre de la
Baltique» (1904) découvre en 1917 le genre
oligocène Archaeomacrocera, qu’il classe près de
Macrocera.
Dans sa fondamentale révision générique des
Mycetophiloidea, qui est la dernière en date
même à ce jour, Edwards (1925) revient sur sa
position de 1913 et rétablit les Macrocerinae en
tant que sous-famille. Pour lui, l’allongement des
antennes est d’importance secondaire, mais il
existe d’autres caractères pour définir le groupe.
Ce sont notamment la présence de sillons occi¬
pitaux de part et d’autre des ocelles latéraux,
l’existence de soies anépisternales, la pubes¬
cence des pattes, longue mais dépourvue de
macrochètes différenciés, la présence d’un peigne
tibial antérieur, l’absence de peignes postérieurs
et le développement des pulvilles. Edwards met
Promacrocera en synonymie avec Macrocera,
puisque ce genre est fondé sur un caractère
variable au sein du groupe (base de la médiane
complète). Par contre, il est le premier à placer
les Chiasmoneura dans les Macrocerinae. En effet
Brunetti, dans son Catalogue des Diptères de la
Région orientale (1920), les avait inclus dans les
Diadocidiinae, selon l’une des trois hypothèses
émises par De Meijere dans sa description
originale. En 1927, Edwards (in Tonnoir &
Edwards) décrit le genre Paramacrocera de
Nouvelle-Zélande. Il le réfère aux Macrocerinae
en raison de la présence d’un peigne tibial
19. Ce n’est qu’en 1925 qu’il expliquera que c’était en raison de la grande similitude de la nervation alaire.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
135
antérieur, de pulvilles, de macrotriches couvrant
toute la membrane alaire, et de l’absence de
macrochètes tibiaux. Ce genre sera signalé plus
tard par Freeman (1951) de la sous-région
chilienne.
Probablement inspiré par le fait qu’un Chias-
moneura qu’il venait de décrire (Ch. cyclophora
Edw., 1929 a) était dépourvu de soies anépister-
nales et sachant par ailleurs grâce à Malloch
(1928) que ces soies existent chez certains genres
de Keroplatinae, Edwards (1929 c) abandonne
ce caractère dans la diagnose des Macrocerinae.
Il souligne que la meilleure distinction entre
Macrocerinae et Keroplatinae est probablement
le fait que chez les premiers les deux éperons
tibiaux postérieurs sont toujours courts et sub¬
égaux, tandis que chez les seconds l’un des
éperons au moins est toujours plus long que le
diamètre apical du tibia. Toujours en 1929
(1929 b), il redécrit le genre Burmacrocera Coc-
kerell, connu de l’ambre de Birmanie (Cocke-
rell, 1917) et retrouvé dans la faune actuelle de
Sri Lanka par Senior-White (1922). Il suggère
qu’il s’agit d’un intermédiaire entre Macrocera et
Platyura (au sens d’alors, c’est-à-dire Orfelia
Costa). Ce n’est qu’en 1941, qu’il explique, dans
son article posthume sur les Mycetophiloidea
(Sciaridae exclus) de Grande-Bretagne, que grâce
au travail de Mansbridge (1933) sur la morpho¬
logie et la biologie des larves de Keroplatinae, on
sait que les différences entre larves de Macrocera
et de Keroplatus sont peu importances, tandis
que celles qui existent entre les imagos sont
faibles et comblées par des genres exotiques ; il
supprime donc la sous-famille des Macrocerinae
(Edwards, 1941 a).
En 1938, le paléontologiste Armbruster fait
connaître du Miocène supérieur européen un
genre Promacrocera, homonyme de celui de
Speiser et, fondé sur le même caractère, mis ici
également en synonymie avec lui.
C’est en 1 948 qu’est décrit un nouveau proche
parent des Macrocera, Fenderomyia Shaw, qui
diffère d’eux par la base de la médiane distincte,
la costale largement prolongée après R5, et
surtout l’interruption ventrale du mésépimère,
corrélative à une compression considérable du
thorax (Shaw, 1948 a; cf. fig. 1015, p. 377).
Cette même année est marquée par l’étude d’un
nouvel ensemble de caractères chez les Myceto¬
philoidea, ceux que fournissent les sclérites pleu¬
raux des imagos (Shaw, 1948 b). Shaw, exami¬
nant les pleures de Macrocera, conclut que ce
genre est plus ou moins intermédiaire entre
Palaeoplatyura Meunier et Orfelia Costa (Pla¬
tyura auct.), tandis qu’il est relativement éloigné
de Platyura Meigen (Apemon Johannsen, auct.).
Pour lui Fenderomyia, bien que plus primitif par
sa nervation alaire, est plus dérivé par sa struc¬
ture thoracique. Le même travail est approfondi
par la suite avec la collaboration de M. M. Shaw
(Shaw & Shaw, 1951). Ces deux auteurs aban¬
donnent les Macrocerinae en tant que sous-
famille, Macrocera et Fenderomyia étant incor¬
porés aux Keroplatinae.
C’est aussi la position de Coher (1963), qui
met cependant Fenderomyia en synonymie avec
Macrocera, ce genre étant principalement établi
sur une anomalie post mortem du thorax ayant
entraîné sa déformation (voir p. 377). D’après
Coher, les autres caractères diagnostiques de
Shaw n’ont pas grande importance, et notam¬
ment la présence de la base de la médiane, qui
existe aussi chez de nombreux Macrocera. Pour
mettre les Macrocerinae en synonymie ave les
Keroplatinae, Coher s’appuie sur tous les argu¬
ments énumérés dans la littérature et y ajoute la
présence d’acide oxalique dans les toiles larvaires
des Macrocera comme chez d’autres Keropla¬
tinae. Sans reconnaître le taxon Macrocerinae,
Coher énumère cependant les genres apparentés
à Macrocera : Burmacrocera, Chiasmoneura et
Paramacrocera. Il suggère la mise en synonymie
d’ Archaeomacrocera avec Macrocera mais s’abs¬
tient de le faire formellement, n’ayant pas vu le
type du genre.
On constate donc qu’au début de la deuxième
moitié de ce siècle, la position de Macrocera et
des genres apparentés n’est toujours pas réglée,
peut-être en raison des revirements successifs
d’EDWARDS, entomologiste qui a marqué pro¬
fondément tous les spécialistes de Diptères Néma-
tocères par l’étendue de ses connaissances et la
qualité de ses travaux. La plupart des auteurs
anglophones et quelques autres suivent son tra¬
vail de 1941 et placent Macrocera et ses voisins
dans les Keroplatinae, sans leur y donner un
rang défini. Au contraire, la grande majorité des
autres les reconnaissent comme tribu, sous-
famille, ou même famille, distincte. Il n’est pas
question de citer ici tous les auteurs de faunes,
catalogues et notes diverses ayant choisi l’une ou
l’autre de ces positions, mais je mentionnerai
pour la première Lane (1950 a, b), Freeman
Source : MNHN, Paris
136
LOÏC M ATI LE
(1951), Laffoon (1965) et Vockeroth (1981), et
pour la seconde Hennig (1954), Rohdendorf
(1961), Stackelberg (1969 b), Papavero (1978)
et Hutson, Ackland & Kidd (1980). Dans son
important travail de 1973, Hennig revient toute¬
fois sur sa classification de 1954 et inclut dans les
Keroplatidae les Macrocerinae et les Lygistorrhi-
ninae, auxquels il avait auparavant donné rang
familial.
Il semble évident cependant que tous ces
diptéristes ont ressenti que Macroceridae, Macro¬
cerinae ou groupe Macrocera représentaient une
entité proche sans doute, mais quelque peu à
part des autres Keroplatidae. C’est ainsi que j’ai
été amené à prendre en 1973 une position
intermédiaire en divisant les Keroplatinae en
deux tribus, Macrocerini et Keroplatini, tout en
signalant d’ailleurs que cette dernière était pro¬
bablement polyphylétique (Matile, 1973 a). J’in¬
sistais dans cet article sur l’importance dans la
définition des Macrocerini des « sutures occipita¬
les» d’EDWARDS, qui délimitaient ce que je
nommais un phragme occipital (sclérite cérébral
du présent travail). J’en donnais pour la pre¬
mière fois des schémas, pour les genres Chiasmo-
neura et Chiasmoneurella. Il me semblait en effet
que ce caractère exceptionnel, auquel s’ajou¬
taient ceux déjà signalés dans la littérature,
devait se traduire dans la classification supragé-
nérique. Je ne référais aux Macrocerini que les
genres Macrocera, Chiasmoneura et Chiasmoneu¬
rella, faute d’avoir pu étudier en détail la
structure céphalique de Paramacrocera et Burma-
crocera.
Trois nouveaux genres ont ensuite été décrits
et classés dans les Macrocerini en raison de
l’existence chez eux d’un sclérite cérébral : le
fossile de l’ambre balte Kelneria (Matile,
1979 a), le genre comorien Angazidzia (Matile,
1979 b) et le genre nord-américain Robsonomyia
(Matile & Vockeroth, 1980). J’ai fait connaître
l’existence d’un sclérite cérébral chez Hesperodes
Coquillett et l’ai classé dans les Macrocerinae, à
l’encontre des opinions de Johannsen (1909) et
Fisher (1941), tout en établissant sa synonymie
avec le genre fossile Archaeomacrocera Meunier,
de l’ambre de la Baltique (Matile, 1980 a). Par
la suite, j’ai redéfini le groupe en limitant ses
caractères distinctifs à l’existence du sclérite
cérébral et à l’absence de peignes tibiaux II-III,
les autres caractères mentionnés dans la littéra¬
ture s’étant révélés variables. J’ai montré que le
genre Schlueterimyia, fossile inédit du Crétacé
moyen de France, devait se ranger dans ce
groupe et, me fondant principalement sur l’âge
absolu, j’ai proposé de l’élever au rang de sous-
famille (Matile, 1981 a). La boucle était ainsi
bouclée, qui ramenait sur d’autres bases aux
Macrocerinae de Rondani et de Winnertz.
L’examen de plusieurs espèces du genre Para¬
macrocera m’a permis, contrairement aux obser¬
vations d’EDWARDS (in Tonnoir & Edwards,
1927) et de Freeman (1951), d’établir la présence
chez elles d’un sclérite cérébral, mais qui est
incomplet. Elles trouvent donc place dans les
Macrocerinae, où elles sont proches du groupe
Chiasmoneurella (Matile, 1981a; Matile &
Goujet, 1981).
Dès 1982, lors du Cent-cinquantenaire de la
Société entomologique de France, j'ai eu l’occa¬
sion d’exprimer dans une communication ma
conception de ces Macrocerinae (Matile, 1984 a).
Cette sous-famille comprenait, outre le genre
nominatif, Angazidzia Mat., Chiasmoneura de
Meij., Chiasmoneurella Mat., Hesperodes Coq.,
Kelneria Mat., Paramacrocera Edw., Robsono¬
myia Mat. & Vock. et Schlueterimyia Mat., ainsi
que deux genres inédits, l’un néotropical, l’autre
oriental. Je proposais dans cette communication
de séparer les Macrocerinae en deux tribus. La
première, composée de Robsonomyia, Kelneria et
du genre oriental, était caractérisée par l’aire
membraneuse séparant le sclérite cérébral de la
région frontale de la tête. La deuxième, compre¬
nant tous les autres genres sauf Schlueterimyia,
était basée sur le développement des peignes
tibiaux antérieurs. Quelques autres synapomor-
phies venaient appuyer cette séparation (cf. clé
des tribus) et seront discutées dans la Partie
phylogénétique de cette monographie. Schlueteri¬
myia, dont le type unique est fragmentaire, sera
considéré comme un plésion ne pouvant entrer
dans cette classification. Celle-ci s’appuyant à
l’époque sur des données en partie non publiées,
je m’abstenais alors de nommer formellement les
deux tribus.
Je le fais ici en proposant la tribu émendée des
Macrocerini et la tribu nouvelle des Robsono-
myiini. Le genre néotropical Vockerothia n. gen.,
du Pérou, appartient à la première, les genres
orientaux, Srilankana n. gen., de Sri Lanka, et
Micrepimera n. gen., de Plie Christmas (Océan
Indien), font partie de la seconde. Burmacrocera
Cock., considéré par Coher (1963) comme allié
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
137
aux Macrocera, et dont j’ai pu étudier Fespèce-
type, se classe dans les Keroplatinae de la tribu
des Orfeliini. De plus, Paramacrocera est ici
divisé en deux sous-genres, Paramacrocera s. str.
et Freemaniola. Les noms de ces taxa se trouvent
dans ma thèse de 1986, mais je rappelle qu’ils ne
peuvent être considérés comme publiés au sens
du Code international de Nomenclature zoolo¬
gique.
Enfin j’ai été amené à diviser les Chiasmoneura
en trois sous-genres (figurant également dans ma
thèse), Chiasmoneura s. str., Prochiasmoneura et
Synesostyla, lors de la description d’une espèce
inédite de Côte d’ivoire, Ch. pulchella (Matile,
1988 a). Coher (1988) a décrit depuis le genre
Laneocera, qu’il classe auprès de Macrocera : il
s’agit en fait d’un synonyme de Chiasmoneura de
Meijere 20.
CLÉS DES TRIBUS, GENRES ET SOUS-GENRES
Clé des tribus
Sclérite cérébral non séparé du reste de la capsule céphalique par une zone
membraneuse {cf. fig. 256-257), parfois même incomplet (fig. 371,
382). Cellule basale grande, RI dépassant la moitié de la longueur
de l’aile {cf. fig. 259). Thorax : suture médiopleurale sinueuse et plus
ou moins fortement oblique, métépisteme plus large que haut {cf.
fig. 23). Peignes tibiaux antérieurs bien développés (fig. 48). Mâle :
distiphallus membraneux (fig. 78) . Macrocerini Winn. emend.
Sclérite cérébral séparé du reste de la capsule céphalique par une zone
membraneuse plus ou moins étendue (fig. 398, 412-413, 419-421,
427). Cellule basale petite, RI n’atteignant pas le niveau du milieu
de l’aile (fig. 401, 416, 423, 429). Thorax : suture médiopleurale
subrectiligne et subverticale, métépisteme plus haut que large
(fig. 415, 422, 428). Peignes tibiaux antérieurs réduits ou absents.
Mâles : distiphallus sclérifié (fig. 404, 417, 424, 431) .
. Robsonomyiini n. trib.
Clé des genres et sous-genres
1 . — À la fois des éperons allongés, des macrochètes tibiaux (fig. 434), de
longues soies scutellaires et des pulvilles bien développées (fossile du
Crétacé) . Schlueterimyia Mat.
— Sans tous ces caractères ensemble . 2
2. — Pas d’ocelles (fig. 330, 390, 426) . 3
— Des ocelles . 5
3. — Microchètes tibiaux disposés en rangées régulières Srilankana n. gen.
— Microchètes tibiaux irrégulièrement disposés . 4
4. — Front normal, cérébral complet (fig. 329-330). Insecte à pilosité rase
et serrée sur tout le corps. Eperons plus longs que la largeur apicale
des tibias (actuel et fossile de l’Oligocène) . Hesperodes Coq.
20. La publication de Coher fait état d’un taxon Chiasmoneurini, comprenant Chiasmoneura, Chiasmoneurella et
Laneocera. L’érection de cette tribu me paraît prématurée (cf. p. 493).
Source : MNHN, Paris
138
LOÏC MATILE
— Front extrêmement bien développé, envahissant le vertex ; cérébral
incomplet en avant (fig. 390-392). Pilosité du corps normale.
Eperons pas plus longs que la largeur apicale des tibias .
. V-ockerothia n. gen.
5 — Mésépimère réduit à un petit sclérite arrondi ne dépassant pas le
bord ventral de l’anépisteme (fig. 415). Tibias II-III dépourvus
d’éperons . Micrepimera n. gen.
— Mésépimère prolongé jusqu’au bord ventral de la pleure (cf.
fig. 258). Tibias II-III avec des éperons . 6
6. — Sous-costale très courte, se terminant sur la radiale (fig. 423). Des
macrochètes tibiaux . Robsonomyia Mat. & Vock.
— Sous-costale longue ou courte, mais ne se terminant jamais sur la
radiale. Pas de macrochètes tibiaux . 7
7. — Eperons tibiaux postérieurs au moins doubles de la largeur apicale
des tibias . ®
— Eperons tibiaux postérieurs subégaux à la largeur apicale des tibias
ou plus courts . 10
8. — Les six premiers flagellomères antennaires bien plus longs que larges
(fig. 400). Cérébral complet (fig. 399). Mâle : tergite IX profon¬
dément encoché à l’apex (fig. 403, 405-409) (fossile de l’Oligo¬
cène) . Kelneria Mat.
— Seul le premier flagellomère bien plus long que large, les articles
suivants au plus deux fois plus longs que larges. Cérébral incomplet
(fig. 371, 382). Mâle : tergite IX non encoché à l’apex, mais portant
des processus basaux (fig. 375, 386) ( Paramacrocera Edwards) ... 9
9. — Membrane alaire avec des macrotriches. Anale effacée largement
avant la marge (fig. 374). Scutellum avec au moins une paire de
longues soies subdiscales . Paramacrocera s. str.
— Membrane alaire sans macrotriches. Anale complète (fig. 385).
Scutellum ne portant que de courtes soies submarginales .
. P. (Freemaniola n. subg.)
10. — M4 au plus affaiblie à la base (fig. 33). Palpomères 3-4 bien plus
longs que larges (fig. 6-7). Pulvilles grandes (fig. 50). Antennes du
mâle (souvent aussi de la femelle) au moins aussi longues que le
corps (actuel et fossile de l’Oligocène) . Macrocera Meig.
— M4 largement interrompue à la base (cf. fig. 259, 268). Palpo¬
mères 3-4 monoliformes ou au plus deux fois plus longs que larges
(cf. fig. 255, 257, 265-266). Pulvilles pas plus longues que les griffes.
Antennes mâles au plus un peu plus longues que le corps . 11
11. — R4 présente (fig. 326). Scutellum avec des soies. Mâle : gonocoxopo-
dites bien plus larges que les segments prégénitaux, formant
dorsalement deux bras creux largement divergents (fig. 327-
328) . Chiasmoneurella Mat.
— R4 absente (fig. 268). Scutellum dénudé. Mâle : gonocoxopodites
peu plus larges que les segments prégénitaux, leur surface dorsale
réduite (cf. fig. 260-261) . 12
12. — M4 au plus affaiblie à la base (fig. 259). Mâle : tergite IX grand,
profondément échancré sur la ligne médiane et prolongé basalement
Source : MNHN, Paris
LES K.EROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
139
par deux longs apodèmes (fig. 260) ; gonocoxopodites sans zone
membraneuse ventrale, gonostyles trilobés (fig. 261). Femelle :
tergite IX entièrement dissimulé sous le VIII (fig. 262-263) _
. Angazidzia Mat.
— M4 plus ou moins largement interrompue à la base (fig. 268, 285,
291-296, 309, 314-316). Mâle : tergite IX plus petit, transverse, non
échancré et sans apodème ; gonocoxopodites portant une zone
membraneuse ventrale plus ou moins bien développée ; gonostyles
simples ou bilobés (fig. 270, 278-280). Femelle : tergite IX bien
développé et non replié sous le VIII (fig. 271-273) ( Chiasmoneura de
Meij.) . 13
13. — Ailes très vivement colorées de brun et de blanc (fig. 274-
277) ; pétiole et base de la fourche médiane souvent oblitérés ;
anale largement interrompue et fortement anguleuse à l’apex
(fig. 268) . Chiasmoneura s. str.
— Ailes à taches sombres moins fortes et zones blanches plus diffuses ;
seule la base de M oblitérée ; anale complète ou prolongée presque
jusqu’à la marge, non anguleuse à l’apex (fig. 285, 291-296, 309,
314-316) . 14
14. — Sclérite cérébral aussi long que large (fig. 283), entièrement dénudé.
Hanches III avec de nombreuses soies externes. Mâle : gonostyles
bidentés ; sternite IX non visible ; zone membraneuse des gonocoxo¬
podites simple (fig. 287, 300, 302-305). Femelle : tergite IX en partie
membraneux (fig. 288-290) . Ch. ( Prochiasmoneura Mat.)
— Sclérite cérébral plus long que large (fig. 306), portant des
macrochètes. Hanches III avec une seule soie externe apicale. Mâle :
gonostyles profondément bilobés (fig. 311, 317-320); sternite IX
visible ; zone membraneuse des gonocoxopodites bordée basalement
par une profonde dépression, apicalement par une paire de
processus. Femelle : tergite IX entier (fig. 312-313) .
. Ch. ( Synesostyla Mat.)
DESCRIPTION DES GENRES DE MACROCERINI
Genre Angazidzia Matile
Angazidzia Matile, 1979 b : 260. Espèce-type : Macrocera insolita Matile, 1972 a, par désignation
originale.
Lors de la description originale de Macrorera
insolita, de Madagascar et de la Grande Comore,
je notais que la structure des pièces génitales
mâles de cette espèce, la brièveté des tarses
antérieurs et quelques autres caractères la met¬
taient très nettement à part des autres espèces de
Macrocera et justifieraient sans doute la création
d’un nouveau genre (Matile, 1972 a). Bénéficiant
d’une meilleure compréhension de l’ensemble des
Marcocerinae, c’est ce que j’ai été amené à faire
en 1979. Je séparais le nouveau genre Angazidzia
par les caractères suivants : palpes courts et
monoliformes, sc2 absente, R5 courte, protarse I
égal à la moitié de la longueur du tibia. Genitalia
mâles : tergite VII en partie télescopé dans le VI.
Gonocoxopodites avec une profonde dépression
sagittale ; gonostyles divisés en trois lobes. On
trouvera ci-dessous une description plus complète
que la diagnose originale du genre.
cJ$. — Tête (fig. 255-257) un peu plus large
Source : MNHN, Paris
140
LOÏC MATILE
que haute. Yeux grands, occupant environ les
deux tiers de la face latérale de la tête, non
distinctement échancrés au-dessus des antennes,
pilosité de longueur moyenne. Trois ocelles, le
médian de même taille que les externes. Sclérite
cérébral finement villeux, avec un groupe de soies
plus longues en arrière de chaque ocelle latéral.
Sclérite grossièrement pentagonal, plus long que
large, un peu rétréci en arrière. Antennes fili¬
formes, de 2+ 14 articles, subégales à la longueur
du corps chez la femelle (brisées sur le seul mâle
connu). Scape grand, portant une rangée de
longues soies ventrales ; pédicelle beaucoup plus
petit, globuleux. Flagellomères cylindriques, bien
plus longs que larges, les articles 1 à 5 portant de
forts macrochètes ventraux alternant en deux
rangées plus ou moins régulières. Flagellomères
suivants à macrochètes indistincts de la villosité,
qui est plus longue que la largeur d’un article,
surtout ventralement. Front large, dénudé, sillon
médian indistinct. Face en étroite bande trans¬
versale dénudée ; clypéus saillant, cilié, plus large
que long. Trompe normale. Palpes courts, de
1 + 4 articles, le premier palpomère plus long que
large, les suivants courts, monoliformes.
Thorax (fig. 258) assez fortement arqué. Pro¬
thorax normal, prostemum dénudé. Angle pos-
téroventral du proépimère situé peu au-dessous
de la suture anapleurale. Scutum nu en dehors
des longues soies marginales, des humérales et
des dorsocentrales, ces dernières unisériées. Scu-
tellum petit, trapézoïdal à marges et angles
arrondis, entièrement dépourvu de soies ou de
cils. Médiotergite haut, dénudé, dépassant légè¬
rement l’apex du scutellum en arrière. Aire
membraneuse sous-scutellaire linéaire, difficile¬
ment visible. Pas de soies scabellaires. Pleures
dénudées, sauf la propleure et l’anépisteme, ce
dernier portant quelques soies dorsales. Latéro-
tergite petit, peu saillant, son grand axe oblique.
Pas de fissure anépisternale. Suture médiopleu-
rale subrectiligne, une fosse médiopleurale nette.
Mésépimère fortement rétréci ventralement dès
le niveau du katépisteme mésothoracique. Métépis-
teme plus long que haut.
Pattes : hanches antérieures beaucoup plus
longues que les médianes et les postérieures, ces
dernières subégales (fig. 258). Face antérieure des
hanches I portant de longues soies, quelques-
unes indistinctement implantées à la marge de la
face externe; un groupe de soies postérieures
subapicales. Hanches II avec quelques externes
subapicales et des postérieures. Hanches III avec
un groupe de petites soies à l’angle dorsal
postéro-externe et quelques longues postérieures
apicales. Fémurs normaux, à courte villosité
couchée, les soies ventrales nettement plus lon¬
gues que les dorsales ; une étroite bande dénudée
ventrale. Tibias à longue villosité irrégulièrement
disposée, pas de macrochètes. Zone sensorielle
du tibia I petite et profonde, le peigne bien
développé. Eperons 1:2:2, petits, ne dépassant
pas la largeur apicale des tibias correspondants,
les II et les III subégaux. Protarse I égal à la
moitié de la longueur du tibia, les II et III plus
longs que leurs tibias. Protarses non spinuleux
dessous. Griffes courtes, les pulvilles de même
taille qu’elles.
Ailes (fig. 259) larges, l’angle anal presque
droit. Des macrotriches sur toute la membrane,
plus rares dans le champ basal. Costale attei¬
gnant pratiquement l’apex de l’aile et dépassant
largement l’embouchure de R5. Sous-costale
courte, se terminant un peu après la base de Rs ;
sc2 absente. RI courte, mais dépassant le niveau
du milieu de l’aile. R4 absente. R4 + 5 et R 5
formant ensemble une courbe régulière se termi¬
nant bien avant l’apex de l’aile. Fourche médiane
largement ouverte, le pétiole court. Fusion radiomé-
diane subpunctiforme. Cellule basale divisée en deux
par la trace de M. M4 réduite basalement à l’état de
trace, mais son trajet visible. Culb fortement et
régulièrement courbée, Cu2 longue mais faible.
Anale prolongée jusqu’à la marge. Une trace
sclérifiée entre RI et R5.
Ciliation, face dorsale : apex de Sc et la totalité
des autres nervures, sauf Rs et Cu2. Face
ventrale : apex de RI, R5, Cu2 et l’anale.
Abdomen relativement large, peu grêle chez le
mâle, où sept segments sont visibles avant I’hypo-
pyge, le VIII étant entièrement télescopé dans le
VII. Femelle : huit segments visibles avant
l’ovipositeur. Mâle : stemite I triangulaire à base
antérieure.
Genitalia mâles (fig. 260-261). — Après exa¬
men plus attentif, la pièce que j’avais interprétée
en 1979 comme le stemite IX me paraît plutôt
une sclérification secondaire du stemite VIII.
Tergite IX grand, profondément échancré en
arrière, prolongé basalement par deux minces
apodèmes reliés par une membrane à la base des
gonocoxopodites. Segment anal grand, aussi
long que le synsclérite gonocoxal, l’hypoprocte
bien développé, sclérifié et cilié sur toute la face
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
141
Source : MNHN, Paris
142
LOÏC MATILE
ventrale. Gonocoxopodites fortement développés,
aussi hauts que longs, fusionnés en un synsclérite
gonoxocal mais cependant séparés par une pro¬
fonde dépression médiane, la suture distincte.
Dorsalement, synsclérite largement ouvert, mais
formant un pont distinct autour de la base des
gonostyles, les ponts réunis médialement et for¬
mant à ce niveau un petit tubercule sclérifié.
Gonostyles à large insertion ventrale, concaves
dorsalement, la face ventrale divisée en deux
lobes et la concavité dorsale portant un troisième
lobe, interne. Phallosome en grande partie mem¬
braneux ; le basiphallus sous forme d’une étroite
bandelette en arche, reliée au plancher légère¬
ment sclérifié du distiphallus par une mince
sclérification latérale.
Genitalia femelles (fig. 262-263). — Ter-
gite VIII bien développé. Tergite IX sclérifié mais
divisé en deux ventralement sur la ligne médiane
et intégralement recouvert par le VIII. Cerques
très petits, biarticulés, le dernier article mem¬
braneux ventralement. Plaque postgénitale bien
sclérifiée basalement, membraneuse apicalement,
sauf sur la ligne médiane où se trouve une mince
zone sclérifiée, allongée (il pourrait aussi s’agir
d’une sclérification secondaire du proctodeum).
Stemite VIII grand, entièrement séparé en deux
parties reliées ventralement par une membrane,
chaque moitié largement rebordée à la marge
interne. Sternite IX en arceau élargi latéralement.
Apodème subvaginal en bandelette transverse,
prolongée aux angles postérieurs par deux minces
bras obliques, progressivement moins sclérifiés, la
reliant au stemite IX.
Larve et biologie inconnues.
Répartition. — Région afrotropicale (sous-
région malgache).
Matériel examiné. — L’espèce-type.
Genre Chiasmoneura De Meijere
Chiasmoneura De Meijere, 1913 : 324. Espèce-type : Chiasmoneura anthracina De Meijere, 1913, par
monotypie.
Laneocera Coher, 1988 : 82, n. syn. Espèce-type : Laneocera magnifica Coher, 1988, par désignation
originale = Chiasmoneura anthracina De Meijere, n. syn.
Le genre Chiasmoneura a été établi par son
auteur sur la nervation alaire, notamment l’ab¬
sence de la transverse rm, l’interruption de M4 à
la base et surtout, si l’on en croit le nom
générique choisi, sur la manière dont les nervures
se croisent dans le champ basal en raison du fait
que la fusion radiomédiane est punctiforme (en
fait, elle est très courte sur Phototype femelle de
De Meijere, que j’ai examiné, mais nettement
plus longue sur le néallotype mâle désigné plus
loin. De Meijere hésitait sur la position systéma¬
tique à donner à son genre au sein des Myceto-
philoidea, d’autant que son exemplaire était
endommagé. Tout en penchant pour les Macro-
cerinae21, il évoquait aussi la possibilité qu’il
appartienne aux Keroplatinae, ou même aux
Diadocidiinae.
C’est cette dernière hypothèse qu’adoptera
Brunetti (1920) dans son Catalogue des Diptè¬
res de la Région orientale. Cette erreur sera
rectifiée par Edwards (1925), qui avait vu le
type de Ch. anthracina et avait noté la structure
céphalique et la vestiture tibiale, conformes à sa
nouvelle diagnose des Macrocerinae. La décou¬
verte d’une deuxième espèce, Ch. cyclophora, aux
Nouvelles-Hébrides (une femelle unique) per¬
mettra par la suite à l’éminent spécialiste de
préciser les différences entre Chiasmoneura et
Macrocera : absence de soies anépistemales,
oblitération de la base de M4, raccourcissement
de l’anale, etc. (Edwards, 1929 a).
J’ai fait connaître la présence du genre en
région afrotropicale en le classant dans la tribu
des Macrocerini (Matile, 1973 a) et en donnant
une nouvelle diagnose tenant compte de quatre
espèces nouvelles du Nigeria {Ch. bipunctata) et
d’Afrique orientale {Ch. tripunctata, flavicoxa et
vittata). Par la suite j’ai décrit une espèce de
l’Archipel des Comores, Ch. stylata, et men¬
tionné l’existence d’une autre espèce à la Réu-
21. Sa réference aux Macropezinae (Cecidomyiidae) est un lapsus calami.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
143
nion, en signalant qu’elles se classaient toutes
deux un peu à part des autres espèces afrotropi-
cales du genre. J’ajoutais que ces espèces se
rapprochaient par contre, par certains carac¬
tères, de Chiasmoneurella Matile, d’Afrique orien¬
tale (Matile, 1979 b).
Enfin, j’ai divisé récemment le genre en trois
sous-genres, Chiasmoneura s. str., Prochiasmo-
neura et Synesostyla, à l’occasion de la descrip¬
tion d’une espèce inédite de Côte d’ivoire, Ch.
pulchella (Matile, 1988 a). Laneocera magnifica
Coher est synonyme de Chiasmoneura anthracina
De Meijere (j’ai pu comparer entre eux les deux
holotypes)
Les Chiasmoneura s. str., demeurés longtemps
connus par deux holotypes femelles, et uniquement
de Java et des Nouvelles-Hébrides, comprennent
maintenant quatre espèces. En effet, Macrocera
quinquemaculata, décrit de Taiwan (Sasakawa,
1966) se place indubitablement dans ce sous-
genre (n. comb. ; j’ai identifié un mâle des
Philippines, Luzon ; U.S.N.M.), ainsi qu’une
espèce inédite d’Australie, Ch. concinna n. sp.,
décrite ci-dessous, en même temps que les néallo-
types mâles de Ch. anthracina et cyclophora. On
trouvera également plus loin une clé de détermi¬
nation de ces quatre espèces. Le sous-genre
Prochiasmoneura comprend toutes les espèces
africaines (j’en ai donné une clé in Matile,
1973 a), deux espèces néo-zélandaises décrites
dans le genre Macrocera, Ch. milligani Tonnoir
et fenestrata Edwards, ainsi qu’une espèce de
l’île Bougainville et une du Queensland, décrites
ci-dessous22. Le sous-genre Synesostyla a été
proposé pour trois espèces de la sous-région
malgache. Ch. stylata Mat. et deux espèces
encore inédites, Ch. marcellae et tsacasi. Des clés
seront données pour les espèces de ces deux sous-
genres.
Sous-genre Chiasmoneura s. str.
<^$. — Tête (fig. 264-266) plus large que haute.
Yeux grands, occupant plus des trois quarts de la
face latérale de la tête, non échancrés au niveau
des antennes; pilosité très courte. Sclérite cérébral
approximativement hexagonal, entièrement dépour¬
vu de macrochètes. Trois ocelles, le médian aussi
grand que les latéraux. Occiput à macrochètes
dressés, la rangée postoculaire formée de soies
plus longues. Front large et court, un sillon
médian bordé par deux bourrelets mousses.
Antennes plus longues que le corps, de 2+ 14 ar¬
ticles. Scape bien développé, large et cylindrique ;
pédicelle plus petit, globuleux. Flagelle filiforme,
tous les flagellomères bien plus longs que larges,
portant de longs macrochètes dorsaux et ven¬
traux ; chez le mâle, les cinq ou six premiers
flagellomères plus épais que les suivants. Face
mince, en bandelette transversale élargie latérale¬
ment. Clypéus plus large que long, saillant, por¬
tant des soies dressées. Palpes petits, de 1 + 4 ar¬
ticles, les trois premiers palpomères à peine plus
longs que larges, le dernier plus mince, environ
deux fois plus long que large. Trompe très
courte, labelles distinctement bi-articulées.
Thorax (fig. 267) : prothorax petit, fortement
réduit sur la ligne médiane, prostemum nu.
Angle postérieur du proépimère situé au-dessous
de la suture anapleurale. Scutum relativement
peu bombé, entièrement dépourvu de macro¬
chètes en dehors des latéraux, ceux-ci d’ailleurs
peu développés à l’exception de quelques supra-
alaires. Il existe cependant des dorsocentrales
réduites à des microchètes couchés, disposés en
plusieurs rangées longitudinales irrégulières, plus
grands et unisériés en arrière. Scutellum grand,
semi-circulaire, entièrement dénudé. Zone mem¬
braneuse sous-scutellaire réduite à une bandelette
transversale. Médiotergite peu élevé, dénudé, non
saillant en arrière du scutellum. Pas de soies
scabellaires. Pleures : anépisterne à peine bombé,
portant quelques soies antérodorsales (qui ont
échappé à Edwards) ; pas de fissure anépister-
nale dorsale. Reste des pleures nu. Mésépimère
rétréci sur les deux tiers ventraux. Suture médio-
pleurale fortement anguleuse au niveau de la
fosse médiopleurale, celle-ci très nette. Latéroter-
gite saillant, son grand axe légèrement oblique.
Métépisterne plus large que haut.
Pattes : hanches I portant de longues soies
sur la moitié externe de la face antérieure, cette
zone sétifère débordant sur la marge antérieure
de la face externe. Deux petites soies préapicales
22. Ces dernières m’étaient inconnues, ainsi que Ch. pulchella , au moment où paraissait ma thèse.
Source : MNHN, Paris
144
LOÏC MATILE
Fig. 264-273. — Chiasmoneura (Ch.) anthracina de Meij. : 264, tête, vue dorsale ; 265, d°, vue frontale ; 266, _d°, vue latérale ;
267, thorax, hanches et segment abdominal I, vue latérale ; 268, aile, face dorsale ; 269, hypopyge mâle, vue dorsale ;
270, d°, vue ventrale; 271, terminalia femelles, vue dorsale; 272, d°, vue ventrale; 273, d°, vue latérale.
postéroex ternes. Hanches II avec quelques an¬
térieures apicales et des externes sur le tiers
apical ; une seule soie postérieure, longue. Han¬
ches III avec seulement quelques soies externes et
une paire de longues postérieures chez l’espèce-
type et Ch. concinna, seulement la paire pos¬
térieure, et pas d’externes, chez Ch. cyclophora et
quinquemaculata. Fémurs longs et minces, à
pilosité couchée et dispersée, les soies ventrales
plus longues. Fémurs I : face interne et bord
ventral dénudés, sauf deux rangées régulières de
soies, largement séparées l’une de l’autre, au
milieu de la face interne. Zones dénudées moins
étendues sur les fémurs II-III. Tibias à longue
pilosité irrégulière, dépourvus de macrochètes.
Tibia I avec une zone sensorielle petite, mais
profonde ; peigne bien développé. Éperons 1 ; 2 :
2, les II-III égaux et plus petits que la largeur
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLAT1DAE : SYSTÉMATIQUE
145
apicale des tibias correspondants, mucronés à
l’apex. Protarse I plus court que le tibia mais
plus long que sa moitié. Tarses simples, non
spinuleux en-dessous. Griffes petites, simples.
Pulvilles aussi longues que les griffes.
Ailes (fig. 268, 274-277) vivement colorées de
brun foncé, avec des taches blanches bien déli¬
mitées, leur répartition différente selon les espè¬
ces. Bien plus longues que l’abdomen, membrane
couverte de macrotriches, mais ceux-ci beaucoup
plus rares dans le tiers basal (où ils sont
pratiquement limités à la cellule anale) et au
bord antérieur. Angle anal proche de 90°. Cos¬
tale interrompue bien avant l’apex de l’aile, mais
dépassant par contre largement l’embouchure de
R5. Sous-costale courte, dépassant à peine le
niveau de la base de Rs chez Ch. anthracina et
continua, se terminant bien avant celle-ci chez
Ch. quinquemaculata et cyclophora ; Sc2 absente.
RI longue, dépassant largement le milieu de
l’aile. R4 absente. R4 + 5 et Ml formant en¬
semble une courte courbe régulière. Fusion
radiomédiane punctiforme ou courte, un peu
plus longue chez Ch. cyclophora. Fourche médiane
plus ou moins distinctement effacée à la base ainsi
que son pétiole, non effacée chez Ch. cyclophora,
seulement la base de M2 étroitement inter¬
rompue chez Ch. continua. M4 très largement
interrompue à la base. Culb fortement courbée.
Cu2 longue et courbée. Anale courte, fortement
courbée à l’apex, celui-ci situé bien avant la
marge de l’aile.
Ciliation, face dorsale : toutes les nervures sauf
Sc, Rs, tb, la fusion radiomédiane et Cu2. Face
ventrale : apex de R 1 , R4 + 5 et fusion radiomé¬
diane!, le reste des nervures nu.
Abdomen court, large et aplati. Mâle : sept
segments prégénitaux visibles, le VI II entière¬
ment dissimulé sous le VII dorsalement, le tergite
VIII réduit à une bande transverse pas plus
longue que le IX. Sternite VIII plus grand et
recouvrant la base du synsclérite. Femelle : huit
segments prégénitaux visibles (en extension).
Genitalia mâles (fig. 269-270, 278-280). —
Tergite IX transverse, bien plus large que long,
sans apophyse articulaire basale ; plus développé
chez Ch. continua, où il est pentagonal. Cerques
bien développés, hypoprocte très grand et bien
sclérifié. Sternite IX absent ou fusionné aux
gonocoxopodites ; ceux-ci grands, le synsclérite
portant sur la ligne médiane, ventralement, une
large zone membraneuse triangulaire reliée à la
277
Fig. 274-277. — Ornementation alaire des Chiasmoneura s.
sir. : 274, Ch. anthracina de Meij. ; 275, Ch. cyclophora
Edw. ; 276, Ch. concinna n. sp. ; 277, Ch. quinquemaculata
(Sasakawa). Fig. 277 d'après Sasakawa, 1966.
Source : MNHN, Paris
146
LOÏC MATILE
marge par un étroit espace membraneux, le tout
formant un triangle ou une sorte de T renversé,
précédé d’une zone soulevée en bosse, très bien
développée chez Ch. cyclophora. Synsclérite peu
rebordé dorsalement, recourbé en un large pont
sclérifié entourant la base des gonostyles. Gono-
styles simples, à insertion latérale, bidentés à
l'apex. Phallosome presque entièrement membra¬
neux, mais apodèmes gonocoxaux bien sclérifiés.
Basiphallus en arche mince, transverse, relié au
plancher sclérifié du distiphallus par deux courtes
branches latérales.
Genitalia femelles (fig. 271-273). — Tergite X
très bien développé dorsalement ; bordé latérale¬
ment d’une très profonde échancrure membra¬
neuse, suivie d’un sclérite large, plus ventral,
fusionné en arrière avec le sclérite dorsal (fig.
273). Cette structure peut soit représenter une
fusion partielle d’un latérostemite IX avec le
tergite X, soit résulter de la désclérification
partielle d’un tergite X particulièrement grand (le
latérostemite IX ayant disparu) ; la première
hypothèse me paraît la plus vraisemblable. Cer-
ques bisegmentés ; entre eux, une petite plaque
sclérifiée postanale aux limites indécises. Plaque
postgénitale bien sclérifiée. Stemite VIII entière¬
ment divisé en deux longitudinalement, la marge
interne de chaque moitié profondément rebordée.
Trois spermathèques chez l’espèce-type, deux
chez Ch. concinna.
Larve et biologie inconnues.
Répartition. — Régions orientale et australa-
sienne entre les deux tropiques.
Matériel examiné. — Toutes les espèces décri¬
tes, y compris les mâles inédits de Ch. anthracina
et cyclophora, dont les néallotypes sont désignés
ci-dessous, ainsi qu’une espèce nouvelle d’Aus¬
tralie.
Clé des Chiasmoneura s. str.
1 . — Aile : une tache arrondie entre M2 et M4 ; pétiole de la fourche
médiane entier ou au moins son trajet visible ; M2 entière (forte ou
faible), ou au plus étroitement interrompue à la base ; bande médiane
blanche étendue jusqu’à la costale (fig. 275-277) . 2
— Pas de tache arrondie entre M2 et M4 ; pétiole de la fourche médiane
et base de M2 entièrement effacés ; bande médiane ne dépassant pas
RI (fig. 274). Hypopyge mâle : fig. 269-270. Inde, Malaisie, Java,
Sarawak . anthracina de Meij.
2. — Bande médiane s’étendant sans interruption de la costale à la marge
postérieure ; pas de bande plus claire en dedans de la bande médiane
(fig. 275-276) . 3
— Bande médiane interrompue en arrière de M4, et précédée d’une
bande plus claire (fig. 277). Hypopyge mâle : fig. 279. Taiwan,
Philippines . quinquemaculata (Sasak.)
3. — Bande médiane fortement rétrécie entre M2 et M4 ; M2 interrompue
à la base; fusion radiomédiane punctiforme (fig. 276). Hypopyge
mâle : fig. 280. Australie (Queensland) . concinna n. sp.
— Bande médiane non rétrécie ; pétiole et fourche médiane complets ;
fusion radiomédiane longue (fig. 275). Hypopyge mâle : fig. 278.
Vanuatu . cyclophora Edw.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
147
Chiasmoneura (Ch.) concinna n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 2,9 mm.
D’un brun-roux luisant, les hanches I, les fémurs,
les tibias et les tarses jaunes. Antennes (incom¬
plètes) : premier flagellomère jaune, les 2-5
bruns, étroitement jaune-roux à l’apex, les 6-9
bruns. Ailes brunes marquées de blanc comme
sur la planche hors-texte (fig. 2) et la figure 276.
Hypopyge et segments prégénitaux d’un brun
plus sombre que le reste du corps. Genitalia très
proches de ceux de l’espèce-type, les deux épines
des gonostyles en position apicale (fig. 280).
Allotype femelle semblable au mâle. Antennes
plus longues que le corps. Abdomen : tergites II-
VII marqués de jaune à la base, ovipositeur
brun-noir.
Holotype et allotype : Australie, N. Queens¬
land, Bramston Beach, nr. Innisfail, 30.04.1967
( D . H. Colless ) ; in ANIC, Canberra. Un para-
type femelle : N. Queensland, The Boulders,
6,4 km NW of Badinda, 8.07.1971 (Z. Liepa) ; in
Muséum national d’Histoire naturelle, Paris. Un
paratype mâle : Queensland, Cairns, Harstley
Creek, 24.07.1957 (W. W. Wirth) ; in US Natio¬
nal Muséum, Washington. Un paratype femelle :
N. Queensland, Halifax, 30.06.1919 (F. X. Wil¬
liams ) ; in Bishop Muséum, Hawaii.
Source : MNHN, Paris
148
LOÏC MATILE
Chiasmoneura (Ch.) anthracina de Meijere
Néallotype mâle. — Semblable à la femelle
holotype (examinée), mais fusion radiomédiane
un peu plus longue. Hypopyge (fig. 269-270)
brun sombre. Gonostyle avec une dent apicale et
une dent interne.
Inde, Assam, 10 miles N Tinsukia, «in
jungle », 5.04.1944 (D. E. Hardy) ; U.S. National
Muséum, Washington. Le British Muséum pos¬
sède des exemplaires de cette espèce (décrite de
Java) provenant de Malaisie occidentale et du
Sarawak.
Chiasmoneura (Ch.) cyclophora Edwards
Néallotype mâle. — Semblable à la femelle
holotype (examinée). Antennes (incomplètes) aussi
longues que le corps. Premier flagellomère jaune,
les suivants (2 à 6) bruns, très étroitement jaunis à
l’apex. Hanches I jaunes, balanciers entièrement
roux. Hypopyge (fig. 278) brun-noir. Gonostyles
avec une dent apicale dorsale et une dent apicale
interne.
Nouvelles-Hébrides, Malekula, 01.1930 (L. E.
Cheesman ), B. M. 1930/78 ; British Muséum (Nat.
Hist.), Londres.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
149
SOUS-GENRE PROCHIASMONEURA MaTILE
60. Espèce-type : Chiasmoneura bipunctata Matile, 1973 a, par
Prochiasmoneura Matile, 1988 a :
désignation originale.
c?$. — Diffèrent du sous-genre nominal par les
caractères suivants :
Tête (fig. 281-283) : sclérite cérébral propor¬
tionnellement plus petit. Ocelle médian moins
grand que les latéraux. Flagellomères basaux
épaissis chez les mâles des espèces africaines et de
Ch. collessi et chez les femelles de certaines
espèces africaines (CA. flavicoxa, vittata). Sillon
frontal médian moins marqué, face plus haute,
trompe plus courte.
Thorax (fig. 284) : soies dorsocentrales, et
surtout latérales, plus longues. Latérotergite à
grand axe nettement plus oblique. Pattes : pre¬
mier article des tarses I ne dépassant pas la
moitié de la longueur du tibia (espèces africaines)
ou un peu plus long (espèces néo-zélandaises).
Ailes (fig. 285, 291-296) beaucoup moins vive¬
ment colorées, le brun moins soutenu (sauf chez
Ch. collessi), les taches blanches plus diffuses.
Chez les espèces australasiennes, sous-costale
Fig. 291-296. — Ornementation alaire des Chiasmoneura du sous-genre Prochiasmoneura : 291, Ch. bipunctata Mat.;
292, Ch. tripunctata Mat. ; 293, Ch. vittata Mat. ; 294, Ch. pulcheüa Mat. ; 295, Ch. collessi n. sp. ; 296, Ch. bougain-
villei n. sp. Fig. 291-293 d’après Matile, 1973b; fig. 294 d’après Matile, 1988a.
Source : MNHN, Paris
150
LOÏC MATILE
plus longue, dépassant la base de Rs, prolongée
même jusqu'au niveau de la fusion radiomédiane
chez Ch. milligani. Pétiole de la fourche médiane
non effacé ; anale prolongée jusqu’à la marge de
l'aile, ou interrompue très peu avant.
Ciliation, face dorsale : sc avec au moins
quelques soies apicales. Face ventrale : bases de
M2 (parfois Ml), M4 et de l’anale ciliées, cette
dernière parfois sur toute sa longueur (Ch.
flavicoxa, tripunctata) ; Cu2 entièrement ciliée.
Genitalia mâles (fig. 286-287, 297-305).
Tergite IX plus étroit, en bandelette transverse
(ce caractère moins net chez Ch. fenestrata). Aire
membraneuse des gonocoxopodites plus petite et
moins distincte chez la plupart des espèces23,
mais très grande chez Ch. fenestrata, un peu
moins chez Ch. bougainvillei, collessi et milligani.
Gonostyles bifides à l’apex, les branches large¬
ment séparées chez Ch. bipunctata et tripunc¬
tata (fig. 297-300) ; trifides chez Ch. flavicoxa
(fig. 301).
Genitalia femelles (fig. 288-290). — Tergite X
moins étendu, fusionné plus largement, et à la
base, avec le sclérite ventral. Premier article des
cerques plus long que le deuxième ; zone mem¬
braneuse entre les cerques portant une sclérifica-
tion moins distincte, moins colorée (espèces
africaines). Chez les espèces néozélandaises, ter¬
gite X plus petit, membraneux à la base ; premier
article des cerques à peine plus long que le
deuxième. Deux spermathèques. Chez Ch. col¬
lessi, tergite X sclérifié seulement à l’apex ;
cerques comme chez les espèces néo-zélandaises.
Larve et biologie inconnues.
Répartition. — Régions afrotropicale et aus-
tralasienne.
Matériel examiné. — Toutes les espèces dé¬
crites, et les deux espèces australasiennes inédites
ci-dessous (qui ne figuraient pas dans mon
travail de 1986).
Clé des Chiasmoneura du sous-genre Prochiasmoneura
1. — Partie apicale sombre de l’aile renfermant trois taches blanches
arrondies (fig. 292-296) . 2
— Partie apicale sombre avec seulement deux taches blanches (fig. 291).
Hypopyge mâle : fig. 298-300. Nigeria . bipunctata Mat.
2. — Hanches II-III, ou hanche III seulement, jaunes ou jaune-roux ;
scutum allant du jaune au brun, avec ou sans bandes . 3
— Hanches II-III brunes ; scutum brun, portant trois bandes longitudi¬
nales brun-noir. Hypopyge mâle : fig. 297. Kenya . tripunctata Mat.
3. — Hanches II brunes ; scutum sans bandes longitudinales . 4
— Toutes les hanches jaunes ou rousses ; scutum avec ou sans bandes
longitudinales . 5
4. — Flagelle antennaire unicolore ; scutum brun ; coloration alaire très
soutenue, taches apicales rondes et bien délimitées, cellule basale en
grande partie brune (fig. 295). Hypopyge mâle : fig. 304. Austra¬
lie . collessi n. sp.
— Les 5 premiers flagellomères annelés d’orange et de brun ; scutum
orangé ; coloration alaire plus pâle, taches apicales crescentiformes et
diffuses, cellule basale en grande partie claire. Hypopyge mâle :
fig. 302. Nouvelle-Zélande . milligani (Edw.)
5. — Scutum avec des bandes plus ou moins distinctes ; zone sous-
scutellaire en bandelette étroite . 6
, ,?3o,.La large,zon.e membraneuse représentée pl. 104, fig. 4, de ma thèse, chez Ch. bipunctata, résulte d’une erreur
rhokrtrof qUC J aV3IS °miS dC COrnger (V°,r fig' 300 du présent travail) : de plus’ '' s’agü d’un P^atype, et non de
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE 151
Fig. 297-301. — Genitalia mâles des Chiasmoneura afrotropicaux du sous-genre Prochiasmoneura : 297, Ch. tripunctaia
Mat., hypopyge, vue dorsale (holotype) ; 298, Ch. bipunctata Mat., d° (holotype) ; 299, d°, gonostyles, vue latérale
(holotype) ; 300, d°, hypopyge, vue ventrale (paratype) ; 301, Ch. flavicoxa Mat., apex du synsclérite et gonostyle
(holotype).
— Scutum roux sombre, sans bande ; zone membraneuse sous-scutel-
laire en triangle aussi étendu que le scutellum. Hypopyge mâle :
fig. 305. Iles Salomon . bougainvillei n. sp.
6. — Scutum jaune à bandes longitudinales brun-noir ou rousses bien
délimitées . 7
— Scutum jaune-brun, portant trois bandes longitudinales plus sombres,
peu distinctes. Gonostyles mâles : fig. 301. Uganda., flavicoxa Mat.
7. — Bandes scutales rousses ou brunâtre clair ; tergite abdominal IV
jaune ou brun . 8
— Bandes scutales brun-noir ; tergite IV brun. Mâle inconnu. Uganda.
. vittata Mat.
8. — Trompe et palpes sombres. Pleures jaunes, l’anépisterne seul bruni.
Sc se terminant au-dessus de la base de Rs ; R4 + 5 écartée de C
jusqu’à l’apex ; cellule basale en grande partie sombre (fig. 294).
Tergite IV jaune. Mâle inconnu. Côte d’ivoire . pulchella Mat.
Source : MNHN, Paris
152
LOÏC MATILE
— Trompe et palpes roux. Pleures entièrement brunes. Sc se terminant
bien après la base de Rs. R4 + 5 très proche de C dans son tiers
apical; cellule basale en grande partie claire. Tergite IV brun.
Hypopyge mâle : fig. 303. Nouvelle-Zélande . fenestrata (Edw.)
Chiasmoneura (Prochiasmoneura) collessi n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 2,9
mm. Tête : sclérite cérébral brun. Antennes :
scape et pédicelle roussâtres, flagelle brun jau¬
nâtre ; n’en subsistent que huit articles, dont les
quatre premiers sont distinctement épaissis. Face
et trompe rousses, palpes brunâtres.
Thorax : prothorax roux-orangé. Scutum brun,
luisant, jaunâtre latéralement. Scutellum et médio-
tergite brun-roux luisant, de même que les sclérites
pleuraux, sauf le mésépimère, qui est orangé.
Pattes : hanches 1 et III jaune-orangé, la III
plus sombre que la I ; hanche II d’un brun
luisant. Fémurs et tibias jaune-orangé, les tibias
II et III étroitement brunis à l'apex. Tarses
brunâtres, indistinctement plus clairs aux articu¬
lations. Protarse I un peu plus long que la moitié
du tibia (23 : 43).
Aile (fig. 295) jaune tachée d’un brun plus
soutenu que dans le reste du sous-genre. Cellule
basale brunie sauf le long de l’emplacement de la
base de M. Une forte trace brune le long de
l’apex de RI ; une bande brune s’étendant de la
fusion radiomédiane et la base de R4 + 5 à la
marge postérieure, la teinte brune beaucoup plus
forte avant la fusion radiomédiane et M2. Apex
bruni à partir du quart externe en avant, de près
de la moitié en arrière, cette zone contenant trois
taches circulaires bien marquées, jaunes, entre
R4 + 5 et Ml, Ml et M2, et M2 et M4. Costale
courte, se terminant largement avant l’apex de
l’aile, ne dépassant pas l’apex de R5. Sc se
terminant très peu après Rs. R4 + 5 courte, se
terminant largement avant l’apex de l’aile, courbée,
son tiers antérieur très proche de la costale.
Fusion radiomédiane punctiforme. Base de Rs
plus ou moins effacée, de même que l’apex de la
cellule basale et la base de M4 ; pétiole de la
fourche médiane faible mais distinct. Cu2 longue
et forte. Anale prolongée jusqu’au bord de l’aile.
Balanciers jaune-orangé.
Abdomen : tergite I brunâtre, II brun, indis¬
tinctement jauni à la base, III jaune sur la moitié
basale, brun sur la moitié apicale, IV jaune sur
les deux tiers basaux, le tiers apical brun, ter-
gites suivants uniformément bruns. Sternites I-IV
jaunes, les suivants bruns.
Hypopyge (fig. 304) brun. Tergite IX en
bandelette transverse portant deux rangées de
courtes soies apicales. Zone gonocoxale membra¬
neuse étroite, mais atteignant presque la marge
antérieure du synsclérite. Gonostyles simples,
compressés latéralement, arrondis à l’apex, les
deux dents en position interne.
Allotype femelle semblable à Pholotype, mais
coloration générale un peu plus sombre. Anten¬
nes complètes, bien plus courtes que le corps,
flagellomères basaux non épaissis. Abdomen
moins distinctement annelé. Ovipositeur brun-
noir, cerques orangé.
Holotype et allotype : Australie, Queensland,
Woombye, nr. Nambour, 11-16.10-1965 (D. H.
Colless) ; ANIC, Canberra. L’espèce est amicale¬
ment dédiée à son inventeur, qui m’a laissé la
primeur de sa description. Au sein du sous-genre,
cette espèce est très particulière par sa coloration
alaire proche de Chiasmoneura s. str., et par la
terminaison de la costale.
Chiasmoneura (Prochiasmoneura) bougainvillei
n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 2,5
mm. Tête : sclérite cervical jaune brunâtre.
Antennes : scape et pédicelle jaune-roux, flagello¬
mères non épaissis (les trois premiers seuls
subsistent) jaune-roux sombre. Face, trompe et
palpes jaune-roux.
Thorax : prothorax jaune-roux. Scutum lui¬
sant, roux sombre, le scutellum et le médiotergite
concolores. Zone membraneuse sous-scutellaire
plus grande que dans le reste du genre, triangu¬
laire, aussi grande que le scutellum. Pleures et
pattes rousses. Protarse I nettement plus long
que la moitié du tibia (1 : 1,6).
Aile (fig. 296) jaune faiblement tachée de brun :
une trace allongée brune dans la cellule basale,
une bande médiane allant de sous la moitié
apicale de RI à Cu2, en recouvrant la fusion
radiomédiane et la base du pétiole de la fourche
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
153
Fig. 302-305. — Hypopyge mâle des Chiasmoneura australasiens du sous-genre Prochiasmoneura, vue ventrale ; 302, Ch.
milligani (Tonn.) ; 303, Ch. fenestrata (Edw.) ; 304, Ch. collessi n. sp. (holotype) ; 305, Ch. bougainviüei n. sp. (d°).
médiane ; tiers apical de l’aile faiblement bruni,
cette zone renfermant trois taches claires à
limites indécises, situées entre R4 + 5 et Ml, Ml
et M2 (très faible) et M2 et M4. Costale longue,
atteignant l’apex de l’aile, dépassant largement
l’apex de R5. Sc courte, affaiblie à l’apex, se
terminant un peu avant la base de Rs. R4 + 5
régulièrement courbée, non rapprochée de C
dans sa section apicale. Fusion radiomédiane
punctiforme. Apex de la cellule basale effacé, M2
et M4 interrompues à la base. Cu2 très longue,
anale complète. Balanciers brun-roux.
Abdomen brun marqué de jaune : l’extrême
base du segment II, le tiers basal du III et les
deux tiers basaux du IV. Hypopyge (fig. 305)
brun-roux. Tergite IX moins étroit que dans
l’espèce précédente, deux rangées de soies apica¬
les. Zone membraneuse gonocoxale étroite, mais
154
LOÏC MATILE
longue. Gonostyles simples, compressés latérale¬
ment, portant deux dents en position apicale.
Holotype mâle : lies Salomon, Bougainville,
Torpanos, 6 km W Tinpatz, 200 m, 22-29.02.1968,
piège de Malaise (/?. Straatman ) ; Bishop Muséum,
Honolulu. L’espèce est dédiée à la mémoire de
l’illustre navigateur Louis-Antoine de Bougain¬
ville (1729-1811).
Sous-genre Synesostyla Matile
Synesostyla Matile, 1988 a : 60. Espèce-type : Chiasmoneura stylata Matile, 1979 b, par désignation
originale.
— Diffèrent du sous-genre nominal et de
Prochiasmoneura par les caractères suivants :
Tête (fig. 306-307). — Sclérite cérébral allongé,
nettement plus long que large, portant quelques
soies latérales et transversales préocellaires. Yeux
émarginés au-dessus des antennes.
Thorax : une bande pleurale luisante pro¬
longée sur la hanche II, celle-ci avec des soies
externes plus nombreuses, sur les deux tiers
apicaux. Hanches III avec une ou deux externes
apicales (fig. 308). Aile (fig. 309, 314-316) : fusion
radiomédiane punctiforme. Cu2 ciliée seulement
à la base dorsalement, entièrement ciliée ventra-
lement.
Genitalia mâles (fig. 310-311, 317-320). —
F,°' 3°h'3,u' Chiasmone^a (Synesostyla) stylata Mat. : 306, tête, vue dorsale; 307, d°, vue frontale - 308 thorax
SnTra^ 3K™ÏÏ,°aTal ■’ VUe la, rf!e aile face dorsale; 310, hypopygè mâle, vue dorsale; 311, d° vuë
ventrale, SU, terminaha femelles, vue latérale; 313, d°, vue ventrale.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
155
Tergite IX aussi étroit que chez Prochiasmo-
neura. Stemite IX fusionné avec les gonocoxopo-
dites, mais visible sous forme d’une sclérification
basale très distincte du synsclérite gonocoxal.
Zone membraneuse ventrale à marge apicale
délimitée latéralement par un processus long
(espèce-type) ou court (Ch. marcellae, fig. 317),
ou les deux processus latéraux fusionnés en un
processus médian digitiforme (Ch. tsacasi, fig.
319). Gonostyles plus complexes, plus ou moins
profondément bilobés, trilobés chez Pespèce-
type, portant une ou deux épines sclérifiées et
une brosse de soies serrées, sauf chez Ch.
marcellae, où ils ne portent que des macrochètes.
Genitalia femelles (fig. 312-313). — Tergite X
bien développé ; pas de sclérite ventral séparé de
lui par une zone membraneuse. Pas de plaque ou
de membrane supra-anale entre les cerques.
Deux spermathèques.
Comme chez Prochiasmoneura, les soies scuta-
les sont un peu plus longues que chez Chiasmo-
neura s. str. ; le protarse est plus court que la
moitié du tibia antérieur (sauf chez Ch. mar¬
cellae), les ailes sont moins vivement colorées
(fig. 314-316). Pétiole et fourche médiane complets,
anale entière, sous-costale avec quelques soies
dorsales apicales.
Larve et biologie inconnues.
Répartition. — Région afrotropicale (sous-
région malgache).
Matériel examiné. — L’espèce-type et deux
espèces inédites, l’une des Comores, l’autre de la
Réunion, décrites ci-dessous.
Clé des Chiasmoneura du sous-genre Synesostyla
1. — Petites espèces, longueur de l’aile inférieure à 3 mm. Ailes faiblement
tachées ; costale dépassant R5 ; sc2 distincte sur tout son trajet
(fig. 314-315). Mâle : gonostyle portant une brosse de soies serrées ;
processus gonocoxaux ventraux longs (fig. 311, 319) . 2
— Grande espèce, longueur de l’aile dépassant 4,5 mm. Ailes fortement
tachées ; costale ne dépassant pas R5 ; sc2 évanescente (fig. 316).
Mâle : gonostyle sans brosse de soies serrées ; processus gonocoxaux
courts (fig. 317). La Réunion . marcellae n. sp.
2. — Scutum brun-roux, sans bandes ; bande pleurale rousse, prolongée
sur les hanches II. Deux taches claires entre RI et M2, M4
étroitement interrompue à la base (fig. 315). Hypopyge mâle :
fig. 319-320. Grande Comore . tsacasi n. sp.
— Scutum jaune brunâtre, portant trois bandes brunes cohérentes ;
bande pleurale brune, non prolongée sur les hanches IL Une seule
tache, allongée, entre R4 + 5 et M3 (fig. 314). Hypopyge mâle :
fig. 310-311. Grande Comore, Mohéli . stylata Mat.
Chiasmoneura ( Synesostyla ) marcellae n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 4,9
mm. Taille générale nettement plus grande que
chez les autres Chiasmoneura. Couleur de fond
jaune-roux. Antennes : scape jaune clair, pédi-
celle jaune-roux ; flagelle (incomplet) : flagello-
mères 1-6 brun-noir, très étroitement jaunis à la
base et à l’apex. Scutum portant trois bandes
longitudinales rousses. Une bande pleurale rousse.
très luisante, s’étendant de l’anépisterne à la
hanche II et se prolongeant sur la moitié basale de
celle-ci. Anépisteme entièrement dénudé. Hanches
III avec de nombreuses soies externes et posté¬
rieures. Pattes I : protarse plus grand que la
moitié du tibia, celui-ci assombri à l’apex, tarse
brun. Pattes II-III jaune-roux.
Ailes hyalines à taches brunes assez prononcées
(fig. 316). Costale ne dépassant pas l’embouchure
de R5. Sous-costale très étroitement effacée à
l’apex, sc2 visible sous forme de trace colorée.
Source : MNHN, Paris
156
LOÏC MATILE
Fig. 314-320. — Chiasmoneura du sous-genre Synesostyla (holotypes) : 314, Ch. slylala Mat., ornementation alaire ; 315, Ch.
tsacasi n. sp., d° ; 316, Ch. marcellae n. sp., d°; 317, d°, hypopyge, vue ventrale; 318, d°, gonostyle, vue dorsale ;
319, Ch. tsacasi , hypopyge, vue ventrale; 320, d°, gonostyle, vue dorsale. Fig. 314 d’après Matile, 1979b.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
Abdomen jaune-roux, les tergites assombris à
l’apex. Genitalia (fig. 317) : tergite IX moins
large que chez l’espèce-type, sternite IX encore
plus distinct ; zone membraneuse gonocoxale
plus étendue. Gonostyles dépourvus de brosse
apicale, portant seulement des macrochètes
(fig. 318).
La Réunion, Forêt de Bébour, 19.12.1973,
piège de Malaise (L. Matile). Holotype au
Muséum national d’Histoire naturelle, Paris.
L’espèce est amicalement dédiée à Mmc Marcelle
Lacaisse, en remerciement de la minutie avec
laquelle elle a préparé des milliers de Mycetophi-
loidea au Service des Diptères du Laboratoire
d’Entomologie du Muséum.
Chiasmoneura ( Synesostyla) tsacasi n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 2,7
mm. Roux marqué de brun. Antennes : scape et
pédicelle jaune-brun, flagelle brun-noir, environ
aussi long que le corps, les flagellomères étroite¬
ment marqués de jaune à la base. Scutum brun-
roux, jaune latéralement, le reste du thorax
jaune-roux, sauf une bande rousse, luisante,
157
allant de l’anépisterne à la hanche II et se
prolongeant sur celle-ci.
Ailes hyalines à taches brunes (fig. 315). Pattes
jaunes, obscurcies par la pilosité. Abdomen
jaune-roux, tergite II brun à base jaunâtre,
tergites III-IV brun-noir.
Hypopyge (fig. 319) brun sombre. Tergite IX
aussi large et court que chez Ch. stylata, mais
échancré au milieu de sa marge apicale. Pas de
dépression du synsclérite gonoxocal en avant de
la zone membraneuse ventrale ; celle-ci bordée
apicalement, sur la ligne médiane, par deux
digitations accolées en un long processus spinu-
leux à l’apex. Gonostyles (fig. 320) bilobés, le
lobe ventral prolongé en bec vers la ligne
médiane, toute la marge interne portant une
épaisse brosse de soies. Face dorsale du lobe
ventral avec une longue épine courbe. Hypo-
procte membraneux.
Grande Comore, Convalescence, 1 600-1 750 m,
1-2.12.1982 (L. Tsacas). Holotype au Muséum
national d’Histoire naturelle, Paris. L’espèce est
dédiée à mon collègue et ami Léonidas Tsacas,
son inventeur ; elle a été capturée en même temps
qu’une femelle de Ch. stylata, espèce jusqu’alors
uniquement connue de Mohéli.
Genre Chiasmoneurella Matile
Chiasmoneurella Matile, 1973 b : 606. Espèce-type : Chiasmoneurella edwardsiana Matile, 1973 b,
par désignation originale.
Ce genre a été proposé pour un exemplaire
unique conservé au British Muséum et étiqueté
Paramacrocera de la main d’EDWARDS. Lors de
sa description, j’ai estimé qu’il était plus proche
de Chiasmoneura que de Paramacrocera ; cette
assertion était basée en partie sur des symplésio-
morphies et j’ai par la suite considéré Chiasmo¬
neurella comme le groupe-frère de Paramacro¬
cera (Matile, 1981 a ; Matile & Goujet, 1981),
confirmant ainsi la parenté phylogénétique pro¬
posée par Edwards.
S- — Tête (fig. 321-323) aussi large que haute.
Sclérite cérébral complet, approximativement hexa¬
gonal ; un sillon longitudinal réduit à un court
tronçon postocellaire. Trois ocelles situés chacun
sur un calus distinct, l’ocelle médian aussi grand
que les latéraux. Cérébral et occiput à soies
dispersées, 4-5 postoculaires nettement plus
longues que les autres, préocellaires un peu plus
longues. Yeux grands, occupant environ les trois
quarts de la face latérale de la tête, légèrement
émarginés au-dessus des antennes, pilosité très
courte. Front large, dépourvu de calus latéraux ;
un sillon médian net, à rebord latéraux bien dé¬
veloppés. Antennes brisées sur le seul exemplaire
connu ; telles qu’elles sont, à peine plus longues
que la tête et le thorax ensemble ; 1 1 flagello¬
mères bien plus longs que larges, surtout le
premier (fig. 324) ; des macrochètes dorsaux et
ventraux, plus quelques internes. Face large, peu
réduite, portant un sillon médian. Clypéus petit,
saillant, portant trois paires de soies. Palpes plus
longs que la trompe, de 1 + 4 articles, le premier
et le dernier palpomère allongés, les 2-3 seule¬
ment un peu plus longs que larges. Trompe
courte, labelles distinctement bisegmentées.
Source : MNHN, Paris
158
LOÏC MATILE
Fig. 321-326. — Chiasmoneurella edwardsiana Mat. : 321, tête, vue frontale; 322, d°, vue dorsale; 323, d°, vue latérale;
324, antenne ; 325, thorax, hanches et segment abdominal I, vue latérale ; 326, aile, face dorsale.
NB : Fholotype, seul spécimen connu, est en mauvais état : antennes brisées à l’extrémité, thorax plus ou moins
déformé.
Thorax (fig. 325, holotype légèrement déformé,
position de l’aile masquant certains détails). —
Prothorax petit, très réduit sur la ligne médiane,
prostemum nu. Angle postéroventral du proépi-
mère situé au niveau de la suture anapleurale.
Scutum peu bombé, portant en dehors des soies
latérales deux rangées de dorsocentrales unisé-
riées ; pas d’acrosticales. Scutellum de taille
moyenne, semicirculaire, portant deux paires de
soies submarginales longues, pas de marginales.
Médiotergite haut, subvertical, ne dépassant que
très légèrement le scutellum en arrière. Pleures :
anépisteme en dièdre à angle prononcé, la partie
dorsale portant deux longues soies. Le reste des
pleures dénudé. Mésépimère fortement rédüit
dans les trois quarts ventraux. Suture médiopleu-
rale peu sinueuse, fosse médiopleurale bien mar¬
quée. Latérotergite saillant, son grand axe peu
oblique. Métépisteme un peu plus large que
haut.
Pattes. — Hanches I bien plus longues que les
II-III, II plus longues que les III. Hanches I à
longues soies antérieures et le long du bord
antérieur de la face externe, une petite pos¬
térieure seulement. Hanches II ciliées à l’apex de
la face antérieure, à la face externe, et avec deux
longues soies postérieures ; III avec quelques
petites externes proches du bord postérieur, et
des postérieures longues. Fémurs normaux, peu
épaissis, une bande dénudée subventrale ; soies
ventrales régulièrement espacées et bien plus
longues que les autres. Tibias à longue pilosité
irrégulière. Tibia I avec une zone sensorielle bien
marquée et un peigne apical distinct. Éperons 1 :
2 : 2, les II-III subégaux, à peine plus longs que
le diamètre apical du tibia. Protarse I plus court
que le tibia correspondant, tous les protarses
dépourvus de spinulation ventrale. Griffes pe¬
tites, simples, pulvilles bien développées.
Ailes (fig. 326) larges, angle anal proche de
90° ; membrane dépourvue de macrochètes. Cos¬
tale prolongée jusqu’à l’apex de l’aile, dépassant
à peine l’embouchure de R5. Sc courte, se
terminant un peu après la base de Rs, sc2
absente. RI se terminant peu après le milieu de
l’aile. R4 présente, fortement courbée, presque
horizontale dans sa partie moyenne. R5 forte¬
ment et régulièrement courbée, son apex proche
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
159
0.2 mm
Fig. 327-328. — Chiasmoneurella edwardsiana Mat., hypo-
pyge (holotype) : 327, face dorsale ; 328, face ventrale.
de celui de l’aile. Cellule basale divisée en deux
par la trace, peu sclérifiée, de la base de M.
Fusion radiomédiane punctiforme, pétiole de la
fourche médiane court. M4 nettement inter¬
rompue à la base, légèrement convergente vers
Culb, celle-ci courbée. Cu2 courte, anale pro¬
longée jusqu’à la marge sous forme de trace.
Ciliation, face dorsale : toutes les nervures
longitudinales, sauf Rs et Cu2 ; fusion radiomé¬
diane avec une soie. Face ventrale : de même,
sauf la fusion radiomédiane, nue.
Abdomen allongé et aplati. Contrairement à ce
qui a été écrit dans la description originale, huit
segments prégénitaux visibles, le VIII bien déve¬
loppé, presque aussi long que le VII, et enfoncé
dans celui-ci à la base.
Genitalia mâles (fig. 327-328). — Tergite IX
bien développé, mais plus large que long, avec
deux apodèmes basaux courts et épais articulés
avec les gonocoxopodites. Segment X : cerques
grands, hypoprocte bien sclérifié, aussi long que
les cerques. Sternite IX absent ou fusionné au
synsclérite gonocoxal. Gonocoxopodites de type
Macrocera, mais le synsclérite étroitement encoché
et membraneux sur la ligne médiane. Gonostyles
simples, à insertion latérale, bidentés à l’apex et
portant en outre une dent marginale ventrale
préapicale. Phallosome bien développé, saillant
en arrière mais en grande partie membraneux.
Femelle, larve et biologie inconnues.
Répartition. — Région afrotropicale. Le seul
exemplaire connu provient de la chaîne du
Ruwenzori, en Uganda.
Matériel examiné. — L’espèce-type.
Genre Hesperodes Coquillett
Hesperodes Coquillett, 1900 : 409. Espèce-type : Hesperodes johnsoni Coquillett, 1900, par
monotypie.
Archaeomacrocera Meunier, 1917 : 88. Espèce-type : Archaeomacrocera concinna Meunier, 1917, par
monotypie.
Lors de la description de ce genre, Coquillett
l’a rapproché d' Hesperinus et de Platyura. Sans en
avoir vu d’exemplaires, Johannsen (1909, 1910) et
Edwards (1925) l’ont plus justement placé dans
les Keroplatidae, comme le fera plus tard Fisher
(1941) après examen des deux sexes. J’ai eu
l’occasion de publier des données et des figures
nouvelles d 'Hesperodes en le classant dans les
Macrocerinae et en établissant sa synonymie avec
Archaeomacrocera, décrit de l’ambre de la Bal¬
tique (Matile, 1980 a). Je suis revenu ensuite
sur le cas de ce genre au sujet de ses rela-
Source : MNHN, Paris
160
LOÏC MATILE
tions phylogénétiques au sein de la sous-famille
(Matile, 1984 a) et je propose aujourd’hui de la
placer dans la tribu des Macrocerini. Hesperodes
johnsoni est demeuré longtemps très rare dans les
collections, connu seulement par Phototype mâle
et une femelle dont l’abdomen manquait. Du
matériel plus récent, capturé au piège lumineux et
au piège de Malaise m’a été aimablement commu¬
niqué par mes collègues et amis R. Gagné et
J. R. Vockeroth, et notamment une femelle qui
permettra d’ajouter à la diagnose du genre la
description des genitalia de ce sexe.
Tête (fig. 329-330) large et haute. Sclérite
cérébral très saillant, cordiforme, anguleux aux
angles antéro-extemes, étroit en arrière ; un sillon
médian profond et bien marqué, pilosité couchée
et peu serrée. Pas d’ocelles. Occiput couvert de
soies inclinées, longues, surtout les préoculaires.
Yeux occupant environ les deux tiers de la face
latérale de la tête, largement mais peu profon¬
dément échancrés au niveau des antennes ; pilosité
longue. Front nu ou avec un ou deux cils
ventraux ; large et court, un sillon médian peu
profond et deux calus latéraux très saillants,
presque réunis sur la ligne médiane. Antennes
environ doubles de la longueur de la tête et du
thorax ensemble, de 2+14 articles. Scape gros,
globuleux, fortement pileux en avant. Chez H.
johnsoni, pédicelle plus petit, discoïde, portant des
soies antérieures moins nombreuses ; chez H.
concinnus, globuleux comme le scape d’après la
figure de Meunier. Flagelle dépourvu de macro-
chètes saillants de la villosité. Premier flagello-
mère deux fois (H. johnsoni) à trois fois (H.
concinnus ) plus long que large, mais toujours plus
court que le deuxième, flagellomères suivants
trois à quatre fois plus longs que larges, quelque
peu aplatis chez H. johnsoni (peut-être aussi chez
H. concinnus, cet aspect dépendant de l’angle sous
lequel le flagelle se présentait dans l’ambre). Face
large et courte, dénudée, en bandelette transver¬
sale. Clypéus saillant, plus large que long, longue¬
ment cilié. Palpes de 1 + 4 articles, le deuxième
palpomère élargi, le troisième un peu plus court
que le précédent, le quatrième long et mince.
Trompe courte et épaisse, les labelles distincte¬
ment biarticulées.
Thorax (fig. 331). — Prothorax normalement
développé, assez fortement rétréci au milieu;
prosternum dénudé. Angle postéroventral du
proépimère situé au niveau de la suture anapleu-
rale. Scutum peu bombé, portant des soies
couchées, les latérales et les préscutellaires plus
longues. Trois larges bandes dénudées, une acro-
sticale et deux dorsocentrales. Scutellum large et
court, arrondi à l’apex, hérissé d’une longue
pilosité couvrant la marge et la moitié apicale du
disque. Zone membraneuse sous-scutellaire ré¬
duite à une ligne fine. Médiotergite haut, sub¬
vertical, dépassant peu le scutellum en arrière,
dépourvu de soies. Pleures : stigmate antérieur
profondément enfoncé. Anépisterne en dièdre,
les deux faces formant un angle mousse mais
prononcé. Pas de fissure anépistemale ; de longues
soies dressées, antérieures et dorsales, le reste des
pleures nu. Mésépimère fortement rétréci sur le
tiers ventral. Suture médiopleurale fortement
sinueuse, fosse médiopleurale peu marquée. Ka-
tépisteme haut et large, séparant largement,
ventralement, les hanches I et II. Latérotergite
grand, peu saillant, grand axe peu oblique.
Métépisteme bien plus large que haut.
Pattes. — Hanches I bien plus longues que les
II-III, celles-ci subégales. Hanches I à longue
pilosité sur la face antérieure, débordant sur la
face externe, et aussi une pilosité plus courte le
long de la marge postérieure. Hanches II ciliées
en avant et sur une bonne partie de la face
externe, quelques postérieures apicales. Hanches
III portant à l’apex une arête laminaire anté¬
rieure, saillante, pourvue de longues soies ven¬
trales ; face externe ciliée, ainsi qu’une partie de
la face postérieure. Fémurs longs et minces, à
pilosité serrée et couchée, les soies ventrales un
peu plus longues que les dorsales ; pas de bande
dénudée ventrale. Tibias plus longs que les
fémurs, microchètes irrégulièrement disposés ; de
nombreuses rangées de macrochètes largement
séparés, courts, peu saillants de la villosité mais
cependant très distincts. Tibia I portant une
large zone sensorielle apicale formée de plusieurs
rangées de chétules serrés et alignés en peignes.
Éperons 1:2:2, les externes et internes II-III
subégaux, plus longs que la largeur du tibia à
l’apex. Peigne tibial antérieur peu visible en
raison de sa coloration semblable à celle de la
zone sensorielle, mais serré, formé par la der¬
nière rangée, à peine allongée, des chétules de
cette zone. Pas de peignes postérieurs. Protarse I
un peu plus court que le tibia correspondant.
Tarses spinuleux dessous. Griffes (fig. 333) petites
et simples. Empodium réduit ; deux petits pro¬
longements latéraux représentent sans doute des
rudiments de pulvilles.
Source : MMHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
161
Fig. 329-338. — Hesperodes johnsoni Coquille» : 329, tête, vue frontale (non potassée); 330, d°, vue dorsale; 331, thorax,
hanches et segment abdominal I, vue latérale ; 332, aile, face dorsale ; 333, extrémité d'un acropode et griffes, vue
ventrale ; 334, hypopyge, vue dorsale ; 335, d°, vue ventrale ; 336, terminalia femelles, vue latérale (néallotype) ; 337, d°,
vue dorsale ; 338, d°, vue ventrale.
Fig. 332 et 334-335 d'après Matile (1980a).
Ailes (fig. 332) relativement étroites, bien plus
courtes que l’abdomen, angle anal un peu supé¬
rieur à 90° ; membrane dépourvue de macro¬
triches, même dans l’angle anal. Costale se
terminant un peu avant l’apex, ne dépassant pas
l’embouchure de R5. Sous-costale longue, se
terminant sur la costale bien après la base de Rs ;
chez H. concinnus, prolongée jusqu’au niveau de
l’apex de la fusion radiomédiane ; sc2 présente,
plus ou moins effacée, parfois à peine visible. R 1
longue, se terminant après le milieu de l’aile. R4
présente, oblique, particulièrement chez H. john¬
soni, où elle est éloignée de l’apex de RI, plus
longue, moins oblique et plus proche de RI chez
H. concinnus. R5 fortement et régulièrement
courbée. Cellule basale grande, divisée en deux
par la base du secteur médian, qui se présente
comme une nervure complète et bien scléroti-
nisée. Fusion radiomédiane et pétiole de la
fourche médiane courts et subégaux. M4 rap¬
prochée de Cul b à la base. Cul b régulièrement
courbée. Cu2 longue et peu sclérifiée, anale
complète, prolongée jusqu’à la marge.
Ciliation, face dorsale ; C, RI, R4 + 5, R5, M4
et Cul b ; face ventrale : C, Sc sur les deux tiers
basaux, RI sur la moitié apicale, R5 sur les deux
tiers apicaux (ciliation inconnue chez H. concin¬
nus).
Abdomen très long, d’abord subcylindrique,
puis aplati dorsoventralement à partir du seg-
Source : MNHN, Paris
162
LOÏC MATILE
ment III (femelle) ou V (mâle). Premier segment
court, II et III très longs, les suivants de
longueur décroissante. Segment VIII bien visible,
sa base enfoncée dans le VII, chez le mâle, ou au
contraire presque entièrement dissimulé dans le
VII chez la femelle.
Genitalia mâles (fig. 334-335). — Base des
genitalia partiellement recouverte par le segment
VIII. Tergite IX transverse, inégalement sclérifié,
formant un arc basal et deux larges plaques
apicales. Segment IX absent ou fusionné au
synsclérite gonocoxal. Segment X relativement
petit, cependant l’hypoprocte bien sclérifié, cilié
ventralement à l’apex. Gonocoxopodites grands,
fusionnés ventralement dans la moitié basale, où
demeure toutefois une mince bande membra¬
neuse sagittale ; sous forme de tubes indépen¬
dants dans la moitié apicale. Gonostyles à
insertion latérale, grands, simples, courbés, por¬
tant de petites dents apicales sclérifiées. Phallo-
some simple, petit, peu sclérifié sauf un anneau
basal.
Genitalia femelles (fig. 336-338). — Tergite X
petit, divisé en deux par une bande sagittale
dorsale membraneuse. Cerques bisegmentés, le
premier article large, rectangulaire, le deuxième
petit, circulaire. Plaque postgénitale petite, en fer
à cheval, bien sclérifiée. Stemite VIII bien plus
long que le tergite correspondant, entièrement
divisé en deux sur la ligne médiane, rebordé
dorsalement sur près de la moitié apicale. Ter¬
gite IX entièrement membraneux, pas de latéro-
stemites IX visibles, ni d’apodème subvaginal.
Deux spermathèques.
Larve et biologie inconnues.
Répartition. — Région néarctique ( H . john-
soni) et Oligocène nord-européen (H. concinnus).
Matériel examiné. — H. johnsoni, y compris la
femelle néallotype décrite ci-dessous. Je n’ai pu
obtenir communication du type d'H. concinnus ;
voir Matile (1980 a) où la description et les
figures de Meunier sont analysées.
Hesperodes johnsoni Coquillett
Néallotype femelle. — Longueur de l’aile :
6,6 mm. Semblable au mâle, mais l’abdomen
aplati à partir du troisième segment. Oviposi-
teur : fig. 336-338.
USA, New Hampshire, Stref. Co, 5 miles
W Durham, 29.07.-1.08.1982, piège de Malaise
(R. M. Reeves ) ; Canadian National Collection,
Ottawa.
Genre Macrocera Meigen
Macrocera Meigen, 1803 : 261. Espèce-type : Macrocera lutea Meigen, 1803, par désignation de
Curtis, 1837 : pl. 637.
Euphrosyne Meigen, 1800 (supprimé, I.C.Z.N., Op. 638, 1963 : 339). Espèce-type : Macrocera lutea
Meigen, 1803, par désignation de Coquillett, 1910 : 542.
Geneja Lioy, 1863 : 229 (nom de remplacement injustifié pour Macrocera Meigen, non Latreille,
1809). Espèce-type : Macrocera lutea Meigen, 1803, par automatisme.
Promacrocera Speiser, 1913 : 134. Espèce-type : Promacrocera interrogationis Speiser, 1913, par
désignation originale.
Promacrocera Armbruster, 1938 : 118 (préocc. Speiser, 1913). Espèce- type : Promacrocera archaica
Armbruster, 1938, par monotypie ; n. syn.
Fenderomyia Shaw, 1948 a : 94. Espèce-type : Fenderomyia smithi Shaw, 1948 a, par désignation
originale.
Le genre Macrocera a été reconnu comme
taxon supraspécifique, dès 1800, par le fondateur
de la Diptérologie, J. W. Meigen (les quelques
espèces déjà décrites étaient auparavant classées
dans le genre Tipula Linné). Meigen établissait
un genre Euphrosyne, défini par une brève
diagnose permettant de reconnaître les Macro¬
cera actuels mais ne comprenant pas de binômes
spécifiques. C’est pour cette raison qn" Euphro¬
syne et les autres genres de Diptères décrits en
1800 ont été invalidés par décision de la Com¬
mission internationale de Nomenclature zoolo¬
gique (1963). En 1803, Meigen change sans
explications ses noms de 1800; Euphrosyne de-
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
163
vient Macrocera, premier synonyme et par con¬
séquent valide. Meigen définit ainsi ses Macro¬
cera : antennes longues et multiarticulées, pattes
de longueur inégale, ocelles absents, ailes paral¬
lèles au corps au repos. Outre deux vrais Macro¬
cera, lutea et fasciata, il y place un Bolitophi-
lidae ( hybrida ) et un Cecidomyiidae (incarnat a).
Le genre est émendé par le même auteur en
1818, à la suite de la découverte des ocelles, qui
lui avaient échappé jusqu’alors. Macrocera, à
ocelles disposés en triangle, est séparé de Bolito-
phila, chez lequel ils sont alignés. Enfin Curtis
(1837) désigne Macrocera lutea Meig. comme
espèce-type 24.
Les Macrocera ainsi définis, faciles à recon¬
naître en raison de leurs longues antennes, n’ont
pas subi d’avatars en dehors de la mise en sy¬
nonymie de Promacrocera Speiser par Edwards
(1925) et de Fenderomyia Shaw par Coher
(1963). Cent quatre-vingt six espèces ont été
décrites de toutes les régions du Globe, ce qui en
fait le genre de Keroplatidae le plus riche en
espèces. Elles se répartissent ainsi : région palé-
arctique : 56 ; région néarctique : 25 ; région
néotropicale : 25 ; région afrotropicale : 24 ;
région orientale : 23 ; région australienne : 24 ;
Antarctique : 1 ; fossiles Éocène à Miocène : 8.
Ces chiffres sont assez loin de la réalité chorolo-
gique : la région paléarctique domine nettement,
mais a été étudiée depuis beaucoup plus long¬
temps que les autres, et sans doute mieux (encore
que la liste doit comprendre quelques syno¬
nymes). Cette restriction faite, on constate que
les grandes régions biogéographiques ont un
peuplement de Macrocera sensiblement équiva¬
lent. A l’intérieur de ces régions, il existe encore
un endémisme prononcé, par exemple en Sibérie,
au Japon, dans les sous-régions chilienne et
malgache, en Nouvelle-Zélande, etc.
Le plus ancien fossile rapporté aux Macrocera
est Sama rustica Brodie, 1845, du Purbeckien
anglais (Jurassique supérieur ou Crétacé infé¬
rieur). J’ai déjà dit que cette espèce n’appartenait
certainement pas aux Keroplatidae en raison de
ses pattes très courtes et de ses ailes très étroites.
Hong (in Hong, Yang, Wang et al., 1974) a
décrit un Macrocera de l’Éocène chinois de
Fushun. On a déjà vu dans l’Introduction de
cette monographie (p. 23) que cet insecte n’ap¬
partient pas lui non plus aux Keroplatidae, ni
24. Cette fixation, bien que légitime, n
n’est pas encore connue.
même, probablement, aux Mycetophiloidea. Enfin,
plusieurs fossiles de Macrocera nous sont connus
de l’Oligocène inférieur de l’ambre de la Baltique
(Meunier, 1899, 1904) et de l’Oligocène supé¬
rieur européen (Statz, 1944). En dehors de trois
espèces décrites par Meunier et incluses dans le
genre Kelneria (Matile, 1981a), ces espèces ne
diffèrent en rien des Macrocera actuels, de même
que plusieurs espèces inédites que j’ai pu exami¬
ner. Armbruster (1938) a décrit Promacrocera
archaica du Miocène supérieur : outre que ce
genre est préoccupé par Promacrocera Speiser, il
est fondé sur le même caractère (présence de la
base du secteur médian) et est certainement,
comme lui, synonyme de Macrocera.
Il y a grand besoin de réviser les Macrocera.
Les dernières clés de détermination couvrant
l’ensemble des régions paléarctique et néarc¬
tique remontent respectivement à Landrock
(1926) et Johannsen (1909). Les Macrocera
d’Europe moyenne et septentrionale peuvent
s’identifier avec les clés de Stackelberg, 1969b
(partie européenne de l’URSS) et de Hut-
son, Ackland & Kidd, 1980 (Iles Britanniques),
ceux d’Asie paléarctique à l’aide des travaux
d’OKADA, 1937a (Japon) et d’OsTROVERCHOVA,
1979 (Sibérie). Pour la région néotropicale, nous
disposons de clés de Freeman (1951) pour la
sous-région chilienne et de Lane (1950a) pour
le reste de l’Amérique du Sud. Tonnoir &
Edwards (1927) ont donné une clé des espèces
néo-zélandaises, et Matile (1988c) des néo-calé¬
doniennes, Brunetti (1912) et Coher (1988)
de celles vivant dans la sous-région indienne
et Matile (1973a) des espèces afrotropicales.
Aucune de ces clés n’est complète pour sa dition,
sauf sans doute celles de Hutson et al., de Coher
et de Matile (1988c). La détermination des
Macrocera repose donc avant tout sur les des¬
criptions originales et les figures des genitalia
mâles lorsqu’elles existent. Par ailleurs, un cer¬
tain nombre d’espèces ne sont sans doute pas à
leur place dans le genre, qui demande à être
émendé après une étude attentive région par
région.
Les caractères morphologiques du genre Ma¬
crocera ont été étudiés en détail dans la Première
Partie de ce travail sur M. lutea et, en ce qui
concerne les stades préimaginaux, sur M. fas¬
ciata. La plupart de ceux mis en évidence sont de
pas très heureuse, car M. lutea est moins répandu que M. fasciata et sa larve
Source : MNHN, Paris
164
LOÏC MATILE
valeur générique ; on se bornera ici à signaler les
principales variations qui peuvent se produire au
sein de ce vaste genre.
,-jÇ. _ Tête. Ocelle médian le plus souvent
plus petit que les externes, parfois aussi grand.
Flagelle antennaire de 14 articles, sauf chez
M. penicillata Costa, qui en posséderait 15 (ce
fait demande à être contrôlé). Flagelle au moins
aussi long que le corps chez le mâle, atteignant
parfois quatre ou cinq fois cette longueur ;
toujours plus long chez le mâle que chez la
femelle, chez cette dernière le plus souvent aussi
long que le corps. Articles flagellaires presque
toujours cylindriques, mais parfois les flagello-
mères basaux nettement épaissis ou au contraire,
plus rarement, les trois quarts de l’antenne
formés par les trois premiers flagellomères très
allongés (M. pictula Edw., Brésil ; M. inaequalis
Freem., Chili). Chez M. montana Marsh., de
Nouvelle-Zélande, flagellomères basaux couverts
d’une longue pubescence, et les deux derniers
densément couverts de cils plus longs.
Thorax. — Aire membraneuse sous-scutellaire
variable ; ainsi, chez l’espèce-type, sa taille est
voisine de celle du scutellum, tandis que chez
d’autres espèces, par exemple M. fasciata, elle est
réduite à une mince bandelette. Scutum avec ou
sans soies acrosticales, parfois les dorsocentrales
également absentes.
Pattes. — Parfois les fémurs antérieurs avec
une rangée interne d’épines (mâle) ou de soies
plus longues (femelle) (M. lutea Meig., fig. 47 ;
M. af ricana Freem.). Tarses : quelquefois der¬
niers tarsomères avec des macrochètes dressés
plus épais (Stackelberg, 1969b).
Ailes hyalines, sans taches, avec une tache dis¬
cale ou une ombre apicale ou subapicale, ou en¬
core les deux. Parfois vivement colorées (fig. 339-
346) de bandes brunes ou de taches circulaires,
ou marquées de bandes jaune vif incluant des
taches noires (groupe oriento-afrotropical ephae-
maeroformis). Membrane recouverte ou non de
macrotriches. Dans ce dernier cas, les macro¬
triches peuvent être confinés à la partie distale
de l’aile ou la couvrir entièrement, avec tous les
stades intermédiaires, mais leur étendue relative
est constante au sein d’une même espèce. Costale
dépassant le plus souvent largement l’apex de
R5, rarement très peu. Sous-costale complète, se
terminant sur la costale, sauf chez M. pulchra
Tonn., de Nouvelle-Zélande, où elle se termine
librement ; plus ou moins longue, parfois très
courte et se terminant avant le milieu de la cellule
basale. Nervure RI souvent épaissie à l’apex,
parfois très fortement (fig. 347). Souvent un pli
ou une tache allongée entre RI et R5. Nervure
R4 absente chez quelques espèces et aussi,
parfois, sur des exemplaires anormaux. Section
basale de la médiane à peine indiquée chez le
plus grand nombre d’espèces, mais parfois forte¬
ment marquée, formant un pli sclérifié divisant la
cellule basale en deux ( Promacrocera Speis. et
Promacrocera Armbr. ont été établis sur ce
caractère, ainsi que, en partie, Fenderomyia
Shaw). Pétiole de la fourche médiane effacé chez
M. pulchra. Culb et M4 plus ou moins fortement
rapprochés à la base. Anale plus ou moins
courbée, atteignant en règle générale la marge
de l’aile (très courte chez quelques espèces : M.
pulchra ; M. kaingangi Lane, Brésil).
La femelle de M. crozetensis Coll, représente le
premier cas connu de brachyptérisme chez les
Keroplatidae (voir p. 443), tandis que le mâle a
des ailes normales (fig. 348-350). Chez cette
femelle, la sous-costale est effacée à l’apex, RI et
R5 sont raccourcies, la fourche médiane est
réduite à une seule trace apicale, M4 et Culb
sont incomplètes au milieu, l’anale est courte et
n’atteint pas la marge (Matile, 1975b). Les
antennes sont plus courtes que le corps dans les
deux sexes.
Gonostyles mâles (fig. 351-368) le plus sou¬
vent terminés par deux dents sclérifiées, parfois
trois. Dents absentes chez quelques espèces palé-
arctiques ( M . aegaea Mat., fig. 354, aterrima
Stack., tusca Loew, fig. 351). Tergite IX de taille
variable (comparer fig. 351 et 352). Exceptionnel¬
lement, les dents gonostylaires sont dirigées vers
la marge externe ( M.flexa Ostr. & Isot., uncinata
Ostr., fig. 355-356), ou sont fortement amincies
(M. simbhanjangana Coher, nepalensis Coher,
fig. 366-367), ou de très grande taille, formant
plus du tiers de l’apex du style (M. kain¬
gangi Lane, fig. 368). Chez M. edwardsi Freem.,
espèce afrotropicale, les dents sont individuali¬
sées comme des épines perpendiculaires l’une à
l’autre (fig. 353) 25.
Biologie. — On connaît très peu de choses
nroce«iK rfn^n»^n9tI0^Hnale CheZ œtte eSpèce d.eu*.lonës processus gonocoxaux dorsaux : il s’agit d’un artefact, ces
T* f?n0f°xaux- particu ierement robustes chez cette espèce, qui se séparent du phallosome
sous 1 action de la potasse chaude (ils demeurent en place au traitement à froid).
Source : MNHN, Paris
Fig. 339-346 — Variations de l'ornementation alaire chez les Macrocera : 339. M. phalerata Meig. ; 340, M puncticosta
Edw. ; 341 M orna, a Brun. ; 342, M. decorosa Skuse ; 343, M. guarani Lane ; 344, M. tamoyoi Lane 345 M chUena
rreem. ; 346, M. piclipennis Mat.
Source : MNHN, Paris
166
LOÏC MATILE
Fig. 347-350. — Genre Macrocera : 347, partie antérieure de l’aile de M. stigma Curt., avec l’épaississement apical de RI ;
348, M. crozetensis Coll., aile de la femelle ; 349, d°, femelle, vue latérale ; 350, d°, mâle, vue latérale.
Fig. 348-350 d’après Matile (1975b).
Source : MNHN, Paris
LES K.EROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
167
sur la biologie des Macrocera. Les adultes se
prennent au filet dans la végétation basse des
forêts, dans les creux de rochers, au bord des
ruisseaux encaissés, etc. En montagne, ils s’abri¬
tent dans les branches basses des mélèzes du côté
opposé au vent. Il n’est pas rare de les rencontrer
sur les fenêtres des maisons, et ils viennent
également aux pièges colorés et au piège de
Malaise. Très peu de larves ont été découvertes
et menées jusqu’à l’éclosion de l’imago. En
région paléarctique, ce sont celles de M. anglica
Edw., fasciata Meig., phalerata Meig., stigma
Curt. et vittata Meig., pour lesquelles les ren¬
seignements sont fragmentaires. Nous disposons
heureusement pour la région néarctique de l’excel¬
lent travail de Peck & Russel (1976), qui
donnent le cycle complet de M. nobilis John., du
moins dans son habitat cavernicole. Il sera
365 366
367 368
Fig. 351-368. — Variations de l’hypopyge mâle chez les Macrocera : 351, M. tusca Lœw, hypopyge, vue dorsale;
352, M. caudata Mat., d°, vue dorsale ; 353, M. edwardsi Freem., d°, vue ventrale ; 354, M. aegaea Mat., d“, vue
ventrale ; 355, M. flexa Ostr. & Isot., gonostyle ; 356, M. uncinaia Ostr., d° ; 357, M. stigma Curt., d° ; 358, M. pilosa
Landr., d° ; 359, M. estonica Landr., d° ; 360, M. fasciata Meig., d° ; 361, M. inversa Lœw, d° ; 362, M. longibrachiata
Landr., d° ; 363, M. pumilio Lœw, d° ; 364, M. fryeri Edw., d° ; 365, M. brunnea Coher, d° ; 366, M. nepalensis Coher,
d°; 367, M. simbhanjangana Coher, d°; 368, M. kaingangi Lane.
Fig. 352 d’après Matile (1977a), 354 d’après Matile (1969), 355-356 d'après Ostroverchova (1979), 357-
363 d’après Landrock (1926), 364-367 d’après Coher (1963) et 368 d’après Lane (1950a).
Source : MNHN, Paris
168
LOÏC MATILE
résumé ci-dessous, puis je citerai les quelques
faits connus pour les espèces paléarctiques, no¬
tamment M. fasciata.
La répartition géographique de M. nobilis se
divise en deux zones : les forêts septentrionales
ou d’altitude de l’Amérique du Nord, et les
grottes plus méridionales et plus basses de ce
sous-continent. On ne sait rien de la biologie des
populations épigées. Les données qui suivent
proviennent des observations effectuées dans de
nombreuses grottes américaines par Peck &
Russel. La ponte a lieu à toutes périodes de
l’année mais est plus fréquente en été. Les œufs
sont pondus un à un sur les filaments d’anciennes
toiles larvaires ou sur des toiles d’ Araignées.
Peck & Russel font cependant une étrange
observation : d’après eux, la femelle peut tisser
une toile ovigère spéciale. Il s’agit d’abord d’un
berceau en forme de V dont les extrémités sont
distantes de 5 à 15 cm. La femelle fixe ensuite un
deuxième fil, au V d’une part, à la paroi de
l’autre, formant ainsi un Y au centre duquel
l’œuf est pondu. Les auteurs américains ne
semblent pas s’être rendu compte de l’impor¬
tance de cette découverte, à laquelle ils ne
consacrent que quelques lignes : en effet, un tel
comportement n’est connu chez aucun autre
Mycetophiloidea, non plus d’ailleurs que la
ponte sur des fils isolés du substrat.
L’éclosion de la jeune larve a lieu deux à
trois semaines après la ponte. La larve peut
commencer sa toile sur place ou bien la construc¬
tion peut être précédée d’une phase exploratoire
au cours de laquelle la jeune larve recherche un
emplacement favorable et peut parcourir plu¬
sieurs mètres à cet effet. Elle tisse ensuite une
toile formée d’une piste centrale constituée de fils
parallèles agglomérés (cette structure se voit
bien, pour M. fasciata, dans la photographie au
microscope électronique à balayage donné par
Plachter, 1979a, fig. 27). Cette piste est sou¬
tenue par un réseau tridimensionnel de filaments.
L’ensemble peut s’étendre sur un mètre de long ;
les réseaux anciens, quand ils subsistent, sont
réutilisés par des générations de larves (ici
aussi, il s’agit d’une observation aussi inattendue
qu’originale, mais voir note 35, p. 269).
La jeune larve est de couleur bleuâtre et jaune
clair. La plus âgée est laiteuse, avec le corps
gras d’un jaune vif et le contenu intestinal noir.
A l’éclosion, et jusqu’à l’achèvement de sa
première toile, la jeune larve se nourrit de toute
matière organique qu’elle rencontre à sa portée,
et notamment de guano. Elle devient prédatrice
dès sa toile terminée. Les proies sont capturées
grâce à des filaments-pêcheurs verticaux de 2,5 à
5 cm de long. Des gouttelettes adhésives de
sécrétion sont fixées à ces filaments-pêcheurs,
ainsi qu’à la piste centrale et aux fils de soutien.
Les espèces capturées appartiennent principale¬
ment aux Diptères Heleomyzidae. Peck & Rus¬
sel n’ont jamais observé de larve s’attaquant
directement aux Insectes capturés : ceux-ci meu¬
rent au contact de la toile, ce qui laisse à penser
que les gouttelettes de sécrétion contiennent de
l’acide oxalique, comme celles des Keroplatinae.
La luminescence a été testée sans résultats. Avant
la nymphose, la larve perd sa transparence et
s’accroche à sa toile par deux câbles, l’un
antérieur, l’autre postérieur. Il n’y a pas de
cocon. La vie nymphale dure environ deux
semaines.
Les auteurs américains font encore une obser¬
vation curieuse au sujet du mode d’éclosion : lors
de celle-ci, la cuticule nymphale se détache en
cercle autour du point de fixation du câble
antérieur qui, comme le montrent les photogra¬
phies, est élargi en V à l’apex, comme chez
Arachnocampa. Cuticule et partie apicale du
câble antérieur forment alors une sorte de ven¬
touse qui, adhérant au thorax, maintient l’imago
suspendu tandis qu’il achève de s’extraire de
l’enveloppe nymphale. Ainsi l’insecte immature
demeure-t-il fixé par le thorax et l’extrémité de
l’abdomen jusqu’à ce que ses téguments aient
durci. Ceci prend de huit à douze heures, après
quoi l’imago s’envole en brisant successivement
ses points d’attache antérieur et postérieur. La
durée de la vie imaginale n’est pas connue mais
doit être courte. Les accouplements se produisent
toute l’année, dans les zones crépusculaires et
d’entrée seulement, ce qui laisse supposer qu’un
minimum de lumière est indispensable au rap¬
prochement des sexes.
Quant à M. fasciata, c’est une espèce com¬
mune dans toute la région paléarctique, de
l’Europe du Nord à l’Afrique du Nord et des Iles
Britanniques au Japon. On sait depuis Enslin
(1906) qu’elle peut coloniser les cavités artifi¬
cielles et naturelles ; une colonie a même été
découverte dans une cave en plein centre de
Londres, où elle cohabitait avec Speolepta lepto-
gaster (Mycetophilidae Gnoristinae) (Laurence,
1982). Les observations suivantes sont prises
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
169
chez Enslin ( op . cit.), Mansbridge (1933),
Matile (1970b) et Plachter (1979a, b). S’y
ajoutent quelques données personnelles non pu¬
bliées.
La larve âgée peut atteindre 2,5 à 3 cm. La tête
est brun clair avec les pièces buccales et le
postocciput brun sombre. Le reste du corps est
laiteux, translucide, les deux tiers postérieurs,
sauf le dernier segment, laissant apparaître une
masse de corps gras d’un jaune brillant sous
laquelle le contenu intestinal, brun, apparaît par
places. J’ai eu sous les yeux un échantillon
permettant de reconnaître dans la partie anté¬
rieure du tube digestif de nombreux fragments
de Sciaridae, reconnaissables aux segments de
pattes et d’antennes, tous découpés à la même
longueur, correspondant à l’écartement maxi¬
mal des mandibules. La toile est diffuse, et
parsemée de gouttelettes régulières (fig. 369).
Arrachée à sa toile, la larve se roule en boule et
ceci a souvent pour effet de dissimuler au moins
en partie sa coloration jaune. Elle a le réflexe de
se laisser tomber, toujours en boule, lorsque l’on
provoque la rupture de sa piste centrale. Ceci
rend particulièrement délicate la recherche d’un
individu échappé à la pince ou au pinceau 26.
La nymphe se trouve sur une courte piste
centrale amarrée par quelques fils et entourée de
nombreuses gouttelettes serrées. Il n’y a donc pas
de cocon de nymphose. D’après Enslin, la durée
de la vie nymphale est de huit jours. Je ne
dispose pas de suffisamment d’informations pour
préciser si les larves occupent les cavernes toute
l’année. Je comptais suivre régulièrement une
colonie assez importante dans une carrière du
Maine-et-Loire, mais un effondrement, en ouvrant
une cheminée, en a complètement changé le
microclimat et la population de M. fasciata a
disparu l’année même qui a suivi sa découverte.
J’ai trouvé sous terre des larves en avril, mai et
septembre, des nymphes en juillet. En ce qui
concerne les imagos épigés, ils apparaissent en
avril en Europe occidentale. Ils disparaissent en
novembre, avec un net maximum de captures de
juin à septembre. Madwar (1935) a brièvement
décrit la biologie de M. anglica, dont il a
découvert les larves en Grande-Bretagne, sous
l’écorce détachée de souches de Chêne, Frêne et
26. Certaines larves de Mycetophilidae du genre Sciophila , vivant également dans une toile, montrent un véritable
comportement de thanatose à la rupture de cette toile ; capturées à la pince souple, elles se laissent pendre comme si elles
avaient été endommagées par maladresse : je m’y suis laissé prendre plus d’une fois, plongeant dans l’alcool une larve que je
croyais avoir blessée.
Source : MNHN, Paris
170
LOÏC MATILE
Orme. Ces toiles atteignent 12 cm de long et ne
different pas de celles décrites ci-dessus. Il est à
noter que l'analyse du contenu du tube digestif a
révélé, outre des débris d’insectes, des spores de
Champignons.
Mansbridge (1933) décrit la larve de M.
stigma, également de Grande-Bretagne. Sa colo¬
ration est semblable à celle de M. fasciata. Elle
vit sous des souches et des rochers, la toile
s’étendant aux cavités du sol situées immédiate¬
ment en-dessous. Mansbridge a remarqué à
deux reprises une petite Araignée indéterminée
cohabitant avec une larve de M. stigma ; elle
était capable de se déplacer dans la toile sans s’y
engluer. Mansbridge a observé comme proie
une Chrysomèle. Au laboratoire, il a nourri avec
succès ses larves avec de petits vers de la famille
des Enchytraeidae. Au contact de la toile, ces
vers mouraient aussi vite qu’avec celle des larves
du groupe Orfelia étudiées par Mansbridge, ce
qui lui laisse à penser que les toiles de Macro-
cera contiennent également de l’acide oxalique.
Ce même auteur a également trouvé une nymphe
de M. vittata, en cohabitation avec M. fasciata
sous le tronc d’un Orme couché dans les herbes
hautes et partiellement enterré. Cette nymphe se
distinguait de celle de M. fasciata par sa colora¬
tion d’un violet profond. M. vittata a été décou¬
vert en Allemagne par Plachter, qui note que la
toile est relativement peu développée et à goutte¬
lettes clairsemées. Plachter décrit aussi briève¬
ment la toile de M . phalerata, de grande étendue,
avec une piste centrale portant de grosses goutte¬
lettes visqueuses, l’ensemble ressemblant au réseau
tissé par la larve d 'Urytalpa ochracea.
Plachter (1981) observe aussi l’œuf et la
ponte de M. stigmoides Edwards. Les œufs,
blancs et adhésifs, sont pondus irrégulièrement
par paquets de 10 à 30. Leur chorion est d’abord
souple, puis élastique ; les œufs s’assombrissent
progressivement. Le chorion est formé d’une
seule couche relativement épaisse (1,3-2, 7 (xm),
dépourvue de pores et de canaux. L’existence
d’un mince endochorion n’est pas certaine. Le
micropyle est fermé par un disque plat. La ponte
d’une femelle était de 80-90 œufs.
Ce n’est qu’en 1970 que fut révélée la présence
du genre Macrocera dans l’Antarctique, plus
précisément à Possession, dans l’Archipel Crozet.
L’espèce, M. crozetensis, fut décrite par Col-
less (1970b) sur deux mâles seulement. Trois ans
plus tard, Ph. Dreux et L. Davies découvraient
les femelles, remarquables par leur brachypté-
risme (Matile, 1975b). Lors de la campagne
1978-1979, L. Davies a réussi à découvrir une
larve de cette espèce : elle tissait sa toile sous une
pierre profondément enfoncée. Selon Davies
( comm . pers., 1979) elle était immédiatement
reconnaissable comme larve de Macrocera, et
son comportement était identique à celui des
représentants britanniques de ce genre qu’il avait
pu observer ; le corps était rose marqué de jaune.
Des observations qui précèdent, il apparaît
que les larves de Macrocera se reconnaissent
aisément sur le terrain à leur grande taille, leurs
téguments transparents laissant apercevoir des
masses de tissu adipeux vivement colorées, et à
leur toile diffuse, irrégulière, s’étendant large¬
ment dans les trois dimensions et à gouttelettes
de sécrétion éparses (sauf les populations caver¬
nicoles à toiles pendantes, cf. fig. 369). Les larves
de Keroplatini peuvent elles aussi atteindre de
grandes tailles, mais elles sont aplaties et non
cylindriques ; leurs toiles sont au moins en partie
constituées de zones laminaires plus larges que le
diamètre du corps, ce qui n’est jamais le cas chez
Macrocera. Les toiles du groupe Orfelia sont
en général moins diffuses et moins étendues.
Pour ces raisons, j’attribue sans hésitation à un
Macrocera une larve trouvée en République
Centrafricaine (Station expérimentale du Mu¬
séum à La Maboké). Elle occupait des galeries
terreuses abandonnées par des Termites dans un
tronc pourri. Cette larve mesurait plus de 3 cm et
vivait dans une grande toile à gouttelettes nom¬
breuses. Une de ses proies fut un petit Diplopode
qu’elle put couper en deux et vider. Je n’ai
malheureusement pas pu la mener jusqu’à l’éclo¬
sion.
Répartition. — Cosmopolite, de l’Arctique à
l’Antarctique.
Matériel examiné. — J’ai eu sous les yeux
environ la moitié des espèces décrites, ainsi que
quelques espèces inédites, principalement tropi¬
cales.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
171
Genre Paramacrocera Edwards
Paramacrocera Edwards in Tonnoir & Edwards, 1927 : 779. Espèce-type : Paramacrocera
brevicornis Edwards, 1927, par désignation originale.
Ce genre a été établi pour une espèce néo-
zélandaise qu’EDWARDS a classée dans les Ma-
crocerinae en raison de la présence de longues
soies anépisternales, d’un peigne tibial antérieur,
d’un empodium et de pulvilles, et de l’absence de
soies tibiales. Edwards soulignait aussi l’absence
de « sillons longitudinaux » qui la distinguait des
Macrocera. On a vu que ces « sillons » sont les
sutures délimitant le sclérite cérébral par lequel
les Macrocerinae sont définis. Un sclérite céré¬
bral existe bien chez Paramacrocera , mais il est
incomplet (Matile & Vockeroth, 1980). La
présence de ce sclérite a également échappé à
Freeman (1951) lors de la description d’une
deuxième espèce de Paramacrocera, de la sous-
région chilienne, P. anomala, distincte de P.
brevicornis par la nervure anale complète et
l’absence de macrotriches alaires. L’examen des
deux espèces connues de ce genre, ainsi que de
quatre espèces inédites d’Australie et d’une de
Colombie (décrite plus loin sous le nom de P.
lanei n. sp.), m’amène à le séparer en deux sous-
genres distincts, Paramacrocera s. str. et Freema-
niola n. subg.
Sous-genre Paramacrocera s. str.
cJ. — Tête (fig. 370-371) aussi haute que large.
Un sclérite cérébral distinct, saillant de l’occiput
en arrière et du front en avant, mais les sutures
latérales largement effacées sur une bonne dis¬
tance en arrière des ocelles. Un sillon médian
distinct, prenant naissance de part et d’autre du
calus ocellaire médian et prolongé jusqu’à la
base du foramen magnum. Occiput et cérébral à
soies couchées, deux ou trois paires de longues
soies occipitales supra-oculaires, des pré-ocel-
laires plus longues (espèces australiennes) ou non
(espèce-type). Trois ocelles, chacun sur un calus,
le médian à peine plus petit que les latéraux
chez l’espèce-type, nettement plus petit chez les
autres. Yeux occupant plus des deux tiers de la
face latérale de la tête, régulièrement et peu
profondément échancrés au niveau des antennes ;
pilosité fine et courte. Front court et large, pas
de calus latéraux, sillon médian peu distinct.
Antennes de 2+14 articles, insérées distincte¬
ment au-dessous du milieu de la tête chez
l’espèce-type, au milieu chez les espèces austra¬
liennes. Flagelle un peu plus long que la tête
et le thorax réunis. Scape et pédicelle plus
développés que les flagellomères mais non glo¬
buleux ou discoïdes, pourvus de soies courtes.
Premier flagellomère bien plus long que large,
les autres rectangulaires allongés, les quatre ou
cinq premiers deux fois plus longs que larges ;
des macrochètes dorsaux et quelques ventraux
(fig. 372). Face réduite à une mince bandelette
transversale élargie latéralement entre l’articula¬
tion antennaire et les marges oculaires. Clypéus
plus large que haut, petit, saillant, portant
quelques soies. Trompe courte, labelles biarticu-
lées. Palpes petits, de 1+4 articles, les palpo-
mères monoliformes, y compris le dernier.
Thorax (fig. 373). — Prothorax petit, réduit
dorsalement à une bandelette transverse ; pro¬
sternum dénudé. Angle postéroventral du pro-
épimère situé un peu au-dessous de la suture
anapleurale. Scutum relativement bombé, dénudé,
sauf une rangée unisériée de soies acrosticales,
parfois réduite à quelques soies postérieures,
deux rangées de dorsocentrales et des soies
latérales plus longues. Dans le tiers postérieur,
les soies scutales sont plus nombreuses et plus
longues. Scutellum de taille moyenne, semi-cir¬
culaire, dépourvu de soies marginales mais por¬
tant une ou deux paires de longues soies (aussi
longues que la paire scutale préscutellaire), proches
de la ligne médiane et en position subdiscale.
Médiotergite élevé, dénudé, à peine saillant en
arrière du scutellum, anguleux arrondi au niveau
du tiers ventral. Zone membraneuse sous-scutel-
laire réduite à une étroite bandelette. Anépisterne
formant un dièdre à arête peu prononcée, pas de
fissure anépisternale. La face antérodorsale porte
quelques longues soies largement séparées, par¬
fois une ou deux seulement. Suture médiopleu-
Source : MNHN, Paris
172
LOÏC M ATI LE
Fig. 370-376. — Paramacrocera (P.) brevicornis Edw. : 370, tête, vue frontale; 371, d°, vue dorsale; 372, antenne;
373, thorax, hanches et segment abdominal I, vue latérale ; 374, aile, face dorsale ; 375, hypopyge mâle, vue dorsale ;
376, d°, vue ventrale.
raie peu sinueuse, fosse médiopleurale peu mar¬
quée. Mésépimère réduit dans sa partie médiane,
puis légèrement élargi ventralement. Katépi-
steme grand, séparant largement les hanches
antérieures des médianes. Latérotergite subverti¬
cal, bien développé, légèrement saillant, portant
dorsalement une zone de pilosité très fine,
dressée. Métépisteme nu, bien plus large que
haut.
Pattes. — Hanches I plus longues que les deux
autres, les postérieures un peu plus courtes que
les médianes. Hanches I ciliées à la face antéro-
ex terne, une seule longue soie postérieure ; II ci¬
liées à la face externe et à l’apex de la face
antérieure, quelques longues soies postérieures.
Hanches III avec une rangée de longues soies le
long du bord postérieur de la face externe et
quelques postérieures longues. Fémurs normaux,
peu épaissis, les soies ventrales un peu plus
longues que les dorsales ; zone dénudée ventrale
limitée à une étroite bande antéro ventrale. Sur le
seul exemplaire disponible de P. brevicornis
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
173
(Fholotype), ne subsistent que la patte I complète
et les fémurs II-III. Tibia 1 à ciliation irrégulière
courte et couchée, peigne tibial bien développé,
pas de zone sensorielle distincte. Protarse I plus
court que le tibia, non spinuleux dessous. Empo-
dium et pulvilles bien développés, griffes courtes
et simples. Chez les autres espèces, pattes II-III
comme les antérieures, les protarses plus courts
que les tibias correspondants. Éperons 1:2:2,
les II-III subégaux, un peu plus longs que le
diamètre apical des tibias. Protarses non spinu¬
leux.
Ailes (fig. 374) larges, plus longues que l’abdo¬
men, angle anal arrondi. Membrane couverte de
macrotriches, ceux-ci plus rares dans la cellule
basale, absente entre la costale et RI. Costale
n’atteignant pas tout à fait l’apex de l’aile,
dépassant nettement l’embouchure de R5. Sous-
costale courte, dépassant à peine le niveau de la
base de Rs chez l’espèce-type, se terminant bien
avant ce niveau chez les espèces australiennes ;
sc2 absente. Nervure RI un peu plus longue que
la moitié de l’aile. R4 présente, longue, fortement
oblique, peu éloignée de l’apex de RI. R5
rectiligne dans sa première section, fortement
courbée dans la seconde. Cellule basale incom¬
plètement divisée en deux par la base de M, celle-
ci indiquée sous forme d’un pli simple, non
sclérifié. Fusion radiomédiane bien plus courte
que le pétiole de la fourche médiane, celui-ci très
long chez l’une des espèces australiennes (espèce
A). M4 plus ou moins nettement interrompue à
la base. Cul b à peine courbée, légèrement con¬
vergente avec M4 à la base. Cu2 longue mais très
peu sclérifiée. Anale largement effacée avant la
marge de l’aile.
Ciliation des nervures longue, plus longue que
l’épaisseur des nervures elles-mêmes. Face dor¬
sale : toutes les nervures ciliées sauf Rs et Cu2.
Face ventrale : toutes les nervures ciliées sauf Rs
et Cul b, cette dernière dépourvue de soies sur
toute sa longueur.
Abdomen. — Allongé et cylindrique. Segment
VIII bien visible, sa moitié basale enfoncée sous
le VII, le segment presque aussi long que ce
dernier.
Genitalia mâles. — Les espèces australiennes
sont très différentes de l’espèce-type dans les
détails, et sont nettement plus ornementées. Chez
P. brevicornis, le tergite X est carré, prolongé
à la base par deux apodèmes latéraux bien
sclérifiés s’articulant avec la base des gonocoxo-
podites (fig. 375). Cerques petits, hypoprocte
réduit à une mince bandelette. Gonocoxopodites
comme chez Macrocera, mais le synsclérite por¬
tant ventralement une toute petite zone membra¬
neuse apicale sur la ligne médiane (fig. 376).
Sternite IX absent ou fusionné avec le synsclé¬
rite. Gonostyles simples, à insertion latérale,
bidentés à l’apex. Phallosome avec un anneau
basal bien sclérifié.
Les espèces australiennes seront décrites par
mon collègue et ami Donald Colless, qui a
bien voulu m’en communiquer des spécimens ; ils
s’écartent du plan de P. brevicornis de la façon
suivante :
Espèce A (fig. 377) : tergite IX transverse.
Marges apicales dorsale et ventrale du synsclérite
gonocoxal réunies en un petit tubercule médian.
Gonostyles élargis en lame triangulaire portant
de fortes soies noires apicales et dorsales.
Espèce B (fig. 378) : tergite IX transverse, les
marges antérieure et postérieure fortement con¬
caves. Synsclérite gonocoxal : marge apicale
ventrale rebordée en une zone subquadrangulaire
portant deux longs processus pointus, fortement
sclérifiés, réunis à la base sur la ligne médiane ;
également deux petits lobes latéraux ciliés à
l’apex. Gonostyles épaissis, leur face interne
couverte de fortes épines noires ; un petit lobe
basal portant trois épines.
Espèce C (fig. 379) : tergite IX transverse.
Gonostyles profondément bilobés, le lobe ventral
divisé à son tour en trois digitations dont l’une
est large et fortement sclérifiée, les deux autres
minces et munies d’une soie apicale ; également
une forte épine basale.
Espèce D (fig. 380) : tergite IX transverse, le
disque portant une large zone membraneuse en
losange ; latéralement, deux lobes prononcés,
ciliés à l’apex d’un bouquet de soies noires.
Gonostyles avec deux séries d’épines apicales.
Distiphallus fortement sclérifié et portant une
grosse touffe de soies apicales noires et serrées.
Femelle, larve et biologie inconnues.
Répartition. — Région australasienne (Aus¬
tralie, Nouvelle-Zélande).
Matériel examiné. — L’espèce-type et les
quatre espèces australiennes inédites mention¬
nées ci-dessus.
Source : MNHN, Paris
174
LOÏC MATILE
Fig. 377-380. — Hypopyge mâle des Paramacrocera australiens, vue dorsale : 377, espèce A ; 378, espèce B ; 379, espèce C ;
380, espèce D.
SOUS-GENRE FREEMANIOLA N. SUBG.
Espèce-type : Paramacrocera anomala Free¬
man, 1951.
cJ. — Diffère du sous-genre nominal par les
caractères suivants :
Tête (fig. 381-383). — Sillon médian du sclérite
cérébral incomplet en arrière. Sillon frontal
médian net et profond.
Thorax (fig. 384). — Scutellum nu sur le
disque, mais bordé de courtes soies marginales.
Fosse médiopleurale plus profonde. Latéroter-
gite à grand axe nettement oblique. Métépisteme
presque aussi large que haut.
Pattes. — Hanches antérieures avec plusieurs
longues soies postérieures. Éperons postérieurs
doubles de la largeur apicale du tibia. Pro¬
tarse II-II1 avec quelques macrochètes saillants
de la villosité mais ne formant pas de rangée
distincte.
Ailes (fig. 385). — Membrane entièrement
dépourvue de macrotriches. Angle anal plus
prononcé. Sous-costale longue, se terminant sur
la costale au niveau de l’apex de la fusion
radiomédiane chez l’espèce-type, mais pas plus
longue chez P. lanei que chez brevicornis. M4
faible à la base mais cependant distincte à ce
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
175
385
389
186
387
Fig. 381-389. — Paramacrocera du sous-genre Freemaniola : 381, P. anomala Freem., tête, vue frontale; 382, d°, vue
dorsale ; 383, d°, vue latérale ; 384, d°, thorax, hanches et segment abdominal I, vue latérale ; 385, d°, aile, face dorsale ;
386, d°, hypopyge mâle, vue dorsale ; 387, d°, vue ventrale ; 388, d°, gonostyle, vue dorsale oblique ; 389, P. lanei n. sp.,
d° (holotype).
niveau. Anale atteignant nettement la marge de
l’aile, toutefois plus faible à ce niveau.
Ciliation, face dorsale : toutes les nervures
ciliées sauf la base de Cul b. Face ventrale :
toutes les nervures ciliées, sauf Cu2.
Genitalia mâles (fig. 386-387). — De type
Macrocera comme chez P. brevicornis. Cerques
et hypoprocte beaucoup plus grands, ce dernier
entièrement sclérifié. Face ventrale du synsclérite
gonocoxal portant une large zone membraneuse
apicale. Phallosome mieux développé, apodèmes
gonocoxaux dépassant la base du synsclérite.
Femelle, larve et biologie inconnues.
Répartition. — Région néotropicale (Argen¬
tine, Colombie).
Matériel examiné. — L’espèce-type et une
espèce inédite décrite ci-dessous.
Paramacrocera (Freemaniola) lanei n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 2,5 mm.
Couleur de fond rousse. Occiput et cérébral
brun-noir, antennes jaunes, face et pièces buc¬
cales rousses, palpes bruns. Premier tergite abdo¬
minal étroitement noirci à l’apex. Ailes jaunâtres,
éperons tibiaux noirs, hypopyge jaune.
Hypopyge très voisin de celui de P. anomala,
gonostyles proportionnellement plus minces, dents
apicales moins massives (comparer fig. 388-389).
Holotype mâle. — Colombie, 6 mi W of Cali.
Valle, 1 630 m, 20.03.1955 (E. I. Schlinger &
E. S. Ross). L’holotype se trouvait dans la
Collection Lane, au Musée de Zoologie de Sâo
Paulo et lui sera retourné ; il appartient à la
Califomian Academy of Sciences, San Francisco.
Lane avait reconnu ce spécimen comme appar-
Source : MNHN, Paris
176
LOÏC MATILE
tenant à une espèce inédite de Paramacrocera.
P. anomale t Freem. diffère de P. lanei par sa
taille plus grande, sa teinte générale d’un brun
sombre ou d’un noir luisant, y compris les
hanches II-III (hanches I et reste des pattes
jaunes, éperons jaunes).
Genre Vockerothia n. gen.
Espèce-type : Vockerothia frontalis n. sp.
Je propose ce nouveau genre pour une espèce
péruvienne caractérisée par l’absence d’ocelles, le
front particulièrement bien développé, envahis¬
sant le vertex, et le sclérite cérébral incomplet en
avant. Elle m’a été communiquée par mon col¬
lègue et ami R. Vockeroth, qui a bien voulu
m’en abandonner la description, et à qui je
suis heureux de dédier ce taxon très particulier
(genre : féminin).
cJ. — Tête (fig. 390-392) plus large que haute.
Sclérite cérébral incomplet, réduit à une zone
limitée en arrière et latéralement par deux su¬
tures divergentes partant du foramen magnum.
Pas d’ocelles. Yeux grands, occupant plus des
deux tiers de la face latérale de la tête, légère¬
ment échancrés au niveau de l’insertion des
antennes, longuement pileux. Front extraordinai¬
rement développé, remontant sur le vertex jus¬
qu’au niveau auquel se trouveraient normale¬
ment les ocelles. Pas de sillon médian. Antennes
allongées, progressivement amincies, formées de
2+14 articles. Scape et pédicelle petits, globu¬
leux. Premier flagellomère six fois plus long que
FlG' 3™',396. ~ Vockerothia frontales n. gen., n. sp. : 390, tête, vue dorsale ; 391, d°, vue latérale ; 392, d°, vue frontale ;
Trax- hanche? et segment abdominal I, vue latérale ; 394, aile, face dorsale ; 395, hypopyge mâle, vue dorsale ;
396, d°, vue ventrale. r
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
177
large, les suivants quatre fois plus longs que
larges. Flagellomères ciliés, les cinq premiers ne
montrant qu’un ou deux cils à la face ventrale,
les suivants à ciliation complète ; pas de macro-
chètes différenciés. Face normale, clypéus petit et
saillant. Palpes petits, de 1+4 articles, les trois
premiers palpomères monoliformes, le quatrième
légèrement allongé. Trompe bien plus courte que
les palpes, labelles distinctement biarticulées.
Thorax (fig. 393). — Prothorax normal, pro¬
sternum nu ; angle postéro-ventral du proépi-
mère nettement en-dessous de la suture anapleu-
rale. Scutum grand, peu bombé, portant une
rangée de soies acrosticales et deux rangées de
dorsocentrales, les trois rangées formées de soies
longues. Des soies latérales plus longues encore.
Scutellum petit, transverse arrondi, portant deux
paires de longues soies apicales, le disque nu.
Zone membraneuse sous-scutellaire en bande¬
lette étroite. Médiotergite haut, peu saillant en
arrière du scutellum, non anguleux à l’apex,
dénudé. Pleures nues, sauf quelques soies à
l’angle dorsal de l’anépisterne, ce dernier non
distinctement en dièdre et dépourvu de fissure.
Mésépimère élargi vers l’avant, où il empiète
largement sur le katépisterne, qui se trouve ainsi
fortement rétréci en haut. Inversement, le katé¬
pisterne rejoint ventralement le latérotergite, et
ainsi le mésépimère est interrompu avant le
niveau de l’extrémité ventrale du latérotergite.
Métépisterne plus large que haut.
Pattes. — Hanches subégales. Hanches I ci¬
liées à la face antérieure et à l’apex de la face
externe ; une longue soie postérieure apicale.
Hanches II ciliées à l’apex de la face antérieure et
sur les deux tiers apicaux de la marge antérieure
de la face externe ; pas de soies postérieures.
Hanches III avec seulement une rangée de soies
le long de la marge postérieure de la face externe,
pas de soies postérieures. Fémurs normaux,
ciliation dispersée, relativement longue, beau¬
coup plus longue encore le long du bord ventral ;
une bande dénudée subventrale. Tibias longs et
grêles, plus longs que les fémurs. Microchètes
couchés, irrégulièrement disposés. Tibias I sans
zone sensorielle distincte. Eperons 1:2:2, petits,
ne dépassant pas la largeur apicale des tibias.
Peignes tibiaux 1 : 0 : 0. Griffes simples, très
finement dentées à la base, pulvilles extrêmement
réduites.
Ailes (fig. 394) allongées, dépourvues de ma¬
crotriches en dehors des nervures. Angle anal
très ouvert, arrondi et non à angle droit. Costale
dépassant largement l’embouchure de R5 et
atteignant l’apex de l’aile. Sous-costale courte, se
terminant au niveau de la base de Rs ; sc2
absente ou réduite à une trace à peine discer¬
nable. RI subrectiligne, dépassant largement le
niveau du milieu de l’aile. R4 présente, longue,
oblique, faiblement courbée. Cellule basale de
taille normale, coupée en deux par la base de la
médiane, bien visible mais peu sclérifiée. Pétiole
de la fourche médiane court, mais double de la
fusion radiomédiane. M4 et Cul b non distincte¬
ment rapprochées à la base. Cu2 longue. Anale
atteignant la marge de l’aile sous forme de trace.
Ciliation, face dorsale : RI, R4, R5, frm, Ml,
M2, M4, Cul b et An. Face ventrale : apex de
RI, R4, R5, Ml et M2.
Abdomen très allongé, subcylindrique. Seg¬
ment I de longueur moyenne, II et III très longs,
les suivants de taille décroissante, les huit seg¬
ments prégénitaux visibles.
Genitalia mâles (fig. 395-396). — Hypopyge
simple, de type Macrocera. Tergite IX petit,
transverse, laissant libre dorsalement la plus
grande partie du synsclérite gonocoxal. Cerques
petits, hypoprocte un peu plus grand, bien
sclérifié, dépassant les cerques en arrière. Ster-
nite IX absent ou fusionné au synsclérite gono¬
coxal. Gonocoxopodites largement divergents,
tubulaires, fusionnés à la base ventralement.
Gonostyles simples, à insertion latérale, bidentés
à l’apex, entièrement rentrés dans l’échancrure
gonocoxale au repos. Phallosome petit et mem¬
braneux.
Femelle, larve et biologie inconnues.
Répartition. — Région néotropicale (Pérou).
Matériel examiné. — Les deux exemplaires
connus de l’espèce-type, décrite ci-dessous.
Vockerothia frontalis n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 0,8 mm.
Caractères morphologiques comme dans la dia¬
gnose du genre. Corps brun, hypopyge brun noi¬
râtre, pattes jaunâtres, les tibias et les tarses
assombris par la pilosité : ailes uniformément
grisâtres.
Holotype mâle : Pérou, Tingo Maria, Hua-
nuco, 800 m, 5-9.04.1963 (L. Peha) \ un para-
source : MNHN, Paris
178
LOÏC MATILE
type mâle : Pérou, Avispas, Madré de Dios,
400 m. 1-15.10.1962 (L. A™>). Holotype in
Canadian National Collection, Ottawa, paratype
au Muséum national d'Histoire naturelle, Paris.
DESCRIPTION DES GENRES DE ROBSONOMYIINI
Genre Kelneria Matile
Kelneria Matile, 1979a : 38. Espèce-type : Kelneria setosa Matile, 1979a, par désignation originale.
J’ai proposé ce genre pour une espèce inédite
de l’ambre de la Baltique, K. setosa, ainsi que
pour trois espèces décrites par Meunier (1904)
dans le genre Macrocera, également de l’ambre
balte. Je soulignais alors combien était excep¬
tionnelle la réduction des gonostyles des mâles de
Kelneria, et les affinités que montrait ce genre
avec deux taxa inédits, l’un néarctique, l’autre
oriental (Matile, 1979a). Ces affinités étaient
surtout établies sur le fait que le sclérite cérébral
était, dans les trois genres, séparé du reste de la
tête par une zone membraneuse. J’y ajoutais
deux autres apomorphies, la brièveté de la
nervure RI et la réduction de la cellule basale.
Le genre néarctique a été décrit ultérieurement
sous le nom de Robsonomyia (Matile & Vocke-
roth, 1980). Je propose ici le nom de Srilankana
n. gen. pour celui de la région orientale. Les
relations phylogénétiques de ces trois genres ont
déjà été évoquées (Matile, 1984a), tandis que
celles qu’ils présentent avec un genre de Robsono-
myiini qui m’était alors inconnu, Micrepimera n.
gen., seront étudiées dans la Partie phylogéné¬
tique du présent travail.
<J$ (habitus : fig. 397). — Tête (fig. 398-399)
plus large que longue. Un sclérite cérébral
arrondi en arrière, non saillant au-dessus du
foramen magnum, portant un sillon sagittal com¬
plet, des soies courtes et clairsemées, ainsi qu’une
rangée de soies postocellaires plus longues. Céré¬
bral séparé du sclérite frontal par un espace
membraneux bien distinct. Trois ocelles, le mé¬
dian plus petit que les externes. Yeux légèrement
émarginés au-dessus des antennes, pilosité très
courte. Antennes (fig. 400) de 2+14 articles, le
scape et le pédicelle globuleux, le scape plus petit.
Flagelle filiforme, un peu plus long que la tête et
le thorax ensemble, le dernier flagellomère api-
culé à l’apex. Pas de macrochètes antennaires,
microchètes très courts (K. abundare, filiformis).
courts ( setosa ) ou au contraire aussi longs que la
largeur des flagellomères ( ciliata ). Face normale,
clypéus plus large que haut. Palpes longs et
minces, de 1 + 4 articles, le dernier allongé et
filiforme, de quatre à six fois plus long que large.
Trompe normale, labelles distinctement biarti-
culées.
Thorax. — Prothorax normal, prosternum
dénudé. Scutum large, peu bombé, portant de
chaque côté de la ligne médiane une rangée de
longues soies acrosticales, bisériées en avant, plus
courtes que les dorsocentrales chez l’espèce-type,
aussi longues chez les autres espèces. Soies
scutales latérales et préscutellaires très longues .
Scutellum semicirculaire, nu sur le disque, bordé
de longues soies apicales, aussi longues que les
préscutellaires, et auxquelles s’ajoutent deux soies
externes bien plus courtes. Médiotergite subverti¬
cal, non saillant en arrière du scutellum, dénudé.
Anépisteme portant quelques soies antérodorsales
presque aussi longues que les scutales margi¬
nales. Mésépimère fortement rétréci entre le mé-
sokatépisterne et le latérotergite, celui-ci dénudé.
Suture médiopleurale subrectiligne, fosse médio-
pleurale peu marquée. Métépisterne bien plus
haut que large.
Pattes. — Hanches normales, la paire pos¬
térieure la plus courte, mais l’antérieure à peine
plus longue que la médiane. Hanches I avec de
longues soies sur toute la face antérieure et
l’arête antéroexterne, quelques soies postérieures
apicales. Hanches II avec une touffe de longues
soies antérieures et externes, pas de postérieures.
Hanches III avec une rangée le long du bord
postérieur de la face externe, pas de postérieures.
Fémurs portant des soies ventrales longues et
une bande dénudée subventrale. Tibias et tarses
hérissés de longues soies irrégulièrement dispo¬
sées (fig. 402), pas de macrochètes mais, sur
certains exemplaires, on peut cependant consta-
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
179
Fig. 397-410. — Genre Kelneria : 397, K. setosa Mat., aspect de 1’holotype (le cercle représente une bulle d’air dans l’ambre) ;
398, d°, tête vue de trois quarts ; 399, d°, vue paradorsale montrant le sclérite cérébral et son sillon ; 400, d°, antenne ;
401, d°, aile, face dorsale ; 402, d°, extrémité du tibia et tarse de la patte III ; 403, d°, hypopyge mâle, vue dorsale ;
404, K. abundare (Meun.), apex de l'abdomen d’un mâle, vue latérale (reconstitution); 405, K. ciliaia (Meun.),
hypopyge mâle, vue para ventrale ; 406, K. abundare, mâle, tergite IX ; 407, K. ciliaia, d° ; 408, K.filiformis (Meun.), d° ;
409, K. setosa, d°; 410, terminalia femelles, vue latérale. Toutes les fig. d’après Matile (1979a).
ter qu’une rangée de microchètes dorsaux, pas
plus longs que les autres mais plus épais et plus
sombres, s’étend sur la moitié apicale du tibia
postérieur. Zone sensorielle du tibia antérieur
bien développée. Tarses avec quelques soies
ventrales plus fortes et plus dressées que les
autres. Protarse I bien plus court que le tibia, ce
dernier plus court que le fémur. Peignes 1 : 0 : 0,
le peigne antérieur petit, formé par la dernière
rangée de microchètes de la zone sensorielle.
Tibia II un peu plus court que le fémur, III un
peu plus long. Éperons 1 : 2 : 2, les externes II-
III subégaux aux internes, tous grands, attei¬
gnant plus du double de la largeur apicale
des tibias. Griffes courtes et simples, pulvilles
très développées, bien plus longues que les griffes
(fig. 402).
Ailes (fig. 401) larges, angle anal arrondi,
membrane dépourvue de macrotriches. Costale
dépassant R5 sur les deux tiers de l’intervalle R5-
Source : MNHN, Paris
180
LOÏC MATILE
Ml, atteignant l’apex de l’aile. Sous-costale
courte, se terminant sur la costale au niveau de
l’apex de la cellule basale, celle-ci peu dévelop¬
pée et divisée en deux parties inégales par la trace
de la base de M. Sc2 présente, proche de la
transverse humérale. RI très courte, n’atteignant
pas le milieu de l’aile. R4 présente, oblique,
proche de l’extrémité de RI. Fusion radiomé-
diane courte. Fourche médiane largement ou¬
verte, son pétiole court. M4 largement inter¬
rompue à la base. Cul b peu courbée, Cu2 de
longueur moyenne, anale prolongée jusqu’à la
marge alaire sous forme de trace indistincte
(mais son trajet très bien jalonné par les soies
qu’elle porte).
Ciliation, face dorsale : C, RI, R4, R5, Ml,
M4, Cul b et anale sur toute sa longueur. Face
ventrale : C, RI, R4, R5, pétiole et fourche
médiane, M4 et anale au moins sur les trois
quarts apicaux.
Abdomen. — Les huit segments prégénitaux
visibles dans les deux sexes. Segment I court et
étroit, les suivants progressivement rétrécis ; lon¬
gueur décroissante du II au VIII dans les deux
Genitalia mâles (fig. 403-409). — Tergite IX
transverse, profondément échancré à l’apex, cette
échancrure plus ou moins large : très grande chez
l’espèce-type (fig. 403, 409), où le tergite est
réduit à une bandelette transverse munie de deux
processus latéraux spinuleux, ainsi que chez K.
dilata, où il forme deux lobes triangulaires ciliés
à l’apex et reliés par un pont étroit (fig. 407).
Moins large chez K. abundare et filiformis, où
cette échancrure est triangulaire, les lobes ainsi
formés étant eux aussi ciliés à l’apex (fig. 406,
408). Segment X bien développé. Gonocoxopo-
dites grands, fusionnés sur la ligne médiane mais
séparés ventralement par un grand espace mem¬
braneux triangulaire (et donc, probablement,
stemite IX présent et dissimulé sous le VIII).
Gonostyles très petits, réduits à deux lobes peu
distincts situés à l’angle externe des gonocoxopo-
dites (fig. 404-405). Phallosome fortement sclé-
rifié, bilobé, chaque lobe latéral prolongé par un
processus apical court et mince (fig. 404).
Genitalia femelles (fig. 410). — Tergite X bien
développé. Cerques biarticulés, le premier article
court, le deuxième allongé. Stemite VIII petit,
entièrement divisé en deux sur la ligne médiane,
les deux moitiés rebordées à la marge apicale.
Larve et biologie inconnues.
Répartition. — Fossiles oligocènes du Nord de
l’Europe (ambre de la Baltique).
Matériel examiné. — Toutes les espèces dé¬
crites, ainsi qu’au moins une espèce inédite,
également de l’ambre balte.
Genre Micrepimera n. gen.
Espèce-type : Micrepimera punctipennis n. sp.
Ce taxon n’a pas été mentionné dans mon
travail concernant les relations phylogénétiques
des genres rassemblés ici dans les Robsonomyiini
(Matile, 1984a); il m’était en effet alors in¬
connu. Micrepimera est fondé sur un mâle
unique envoyé depuis par mon collègue et ami
D. Colless et provenant de File Christmas,
située dans l’Océan Indien au large de Java, et
politiquement rattachée à l’Australie.
Derivatio nominis : du grec (ixxpo, petit, et
d’épimère ; allusion à la forte réduction du
mésépimère. Genre : féminin.
S- — Tête (fig. 411-413) plus large que
haute. Yeux grajids, occupant presque toute la
face latérale de la tête, faiblement échancrés
au niveau de l’insertion des antennes ; pilosité
courte. Sclérite cérébral approximativement pen¬
tagonal, portant quelques macrochètes dispersés.
Trois ocelles, le médian aussi grand que les
latéraux. Cérébral largement séparé du front et
des yeux par une aire membraneuse qui le sépare
également de la partie externe de l’occiput.
Ce dernier à macrochètes rares et couchés,
les préoculaires plus longs et plus nombreux.
Front large et court, un sillon médian bordé par
deux bourrelets mousses. Antennes un peu plus
longues que la tête et le thorax ensemble, de
2+13 articles. Scape cylindrique, subégal au
pédicelle et un peu plus globuleux. Flagelle
mince. Flagellomères 1-10 bien plus longs que
larges, relativement robustes. Flagellomères 1 1-
13 beaucoup plus petits et minces, le dernier
apiculé, l’ensemble formant un angle avec le
reste de l’antenne (fig. 414). De nombreux
macrochètes dorsaux et quelques ventraux, aux-
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
181
quels s’ajoutent quelques externes. Face mince,
en bandelette rétrécie sur la ligne médiane.
Clypéus aussi large que long, saillant, portant
quelques macrochètes courbés. Palpes relative¬
ment bien développés, de 1+4 articles. Palpo-
mères 1-2 courts, subégaux, palpomère 3 plus
petit, 4 notablement plus long que large. Trompe
courte, labelles distinctement biarticulées.
Thorax (fig. 415). — Prothorax petit, nette¬
ment rétréci sur la ligne médiane ; prosternum
nu. Angle postéroventral du proépimère situé au
niveau de la suture anapleurale. Scutum rela¬
tivement peu bombé, entièrement dépourvu de
macrochètes, sauf deux rangées dorsocentrales et
les soies latérales et préscutellaires. Scutellum
grand, semicirculaire, portant une rangée de
longs macrochètes submarginaux. Zone mem¬
braneuse sous-scutellaire bien développée, trian¬
gulaire à sommet arrondi. Médiotergite peu
élevé, dénudé, dépassant peu en arrière le niveau
de l’apex du scutellum. Pleure : anépisterne à
peine bombé, portant de nombreuses soies dor¬
sales ; pas de fissure anépisternale distincte.
Reste des pleures nu. Mésépimère réduit à un
petit pleurite arrondi, ne dépassant pas ventrale-
ment le niveau de la suture anapleurale, et donc
katépisterne en contact avec le latérotergite sur
toute sa longueur. Suture médiopleurale peu
anguleuse, fosse médiopleurale distincte. Latéro¬
tergite peu saillant, son grand axe oblique.
Métépisterne beaucoup plus haut que large.
Pattes. — Hanches I beaucoup plus longues
que les II-III, II un peu plus longues que III
(fig. 415). Hanches I ciliées à la face antérieure,
quelques macrochètes débordant sur la face
externe ainsi que sur l’interne ; pas de soies
Fig. 411-418. — Micrepimera punctipennis n. gen., n. sp. : 411, tête, vue frontale; 412, d°, vue latérale; 413, d°, vue dor¬
sale; 414, apex de l’antenne; 415, thorax, hanches et segment abdominal I, vue latérale; 416, aile, face dorsale;
417, hypopyge mâle, vue dorsale; 418, d°, vue ventrale.
Source : MNHN, Paris
182
LOÏC M ATI LE
postérieures. Il avec quelques externes préapi¬
cales et apicales, deux postérieures. III avec une
rangée d'externes et une postérieure courte.
Fémurs longs et minces, à macrochètes couchés,
les ventraux pas plus longs que les dorsaux,
séparés par de larges bandes nues ; notamment le
fémur antérieur à face interne entièrement nue,
la face externe avec seulement une rangée sub¬
dorsale. Tibia I un peu plus long que le fémur,
tibia II dépassant le double (2,2 : 1), III 1,5 fois
plus long. Pilosité tibiale irrégulière, sauf vers
l'apex du tibia III, qui porte une rangée dorsale
très nette de microchètes dressés et plus épais ;
pas de macrochètes tibiaux. Tibia I avec un
éperon court en position ventrale ; une zone
sensorielle très peu distincte, seulement formée
de soies différenciées. Protarses I incomplets ; II
aussi longs que le tibia correspondant, III un peu
plus courts. Tarses non spinuleux en-dessous
(seul un des tarses II est complet). Griffes un peu
plus courtes que l'acropode, simples, fines ; pul-
villes à peine plus longues que les griffes.
Ailes (fig. 416) plus courtes que l’abdomen,
relativement étroites, dépourvues de macrotriches
sur la membrane ; angle anal dépassant large¬
ment les 90°. Costale prolongée jusqu’à l’apex de
l’aile, dépassant très largement l’embouchure de
R5. Sous-costale longue et fine, se jetant sur C au
niveau de l’apex de la cellule basale ; sc2 absente,
ainsi que la petite transverse humérale. RI
courte, ne dépassant pas le milieu de l’aile. R4
absente. R5 relativement courte, son apex bien
éloigné de celui de l’aile. Fusion radiomédiane
très courte, presque punctiforme. Cellule basale
petite, mal délimitée en raison de l’effacement de
Rs et des transverses, réduites à l’état de traces.
Base de M non distincte. Pétiole de la fourche
médiane long, son apex au niveau de celui de RI.
Base de M4 largement effacée, mais un angle
rentrant vers Cul b bien distinct. Cul b peu
courbée. Cu2 longuement prolongée le long de
Cul b, mais seulement sous forme de trace
colorée vers l'apex. Anale n’atteignant pas la
marge, presque entièrement effacée.
Ciliation, face dorsale : C, RI, R5, Ml et M2
(sauf à leur base), quelques macrochètes à l’apex
de M4 et Cul b. Face ventrale : toutes les
nervures nues sauf C.
Abdomen allongé, cylindrique, sept segments
apparents plus l’apex du VIII.
Genitalia mâles (fig. 417-418). — Tergite IX
court et transverse, une courte apophyse articu¬
laire basale de chaque côté. Segment X très bien
développé, l’hypoprocte bien sclérifié et dépas¬
sant les cerques en arrière. Sternite IX absent ou
fusionné. Gonocoxopodites grands, entièrement
fusionnés ventralement, la face dorsale reliée aux
faces ventrales par un large pont sclérifié. Gono-
styles simples, à insertion latérale, seulement
étroitement sclérifiés à l’apex. Phallosome court,
distiphallus entièrement sclérifié.
Femelle, larve et biologie inconnues.
Répartition. — Région orientale (Ile Christ-
mas, Océan Indien).
Matériel examiné. — Le seul exemplaire connu
de l’espèce-type, décrite ci-dessous.
Micrepimera punctipennis n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 3 mm.
Couleur de fond brun-roux. Tête jaune-roux,
sclérite cérébral et palpes brun-noir. Antennes :
scape, pédicelle et flagelle jaune pâle, les flagello-
mères 2-10 de plus en plus largement brunis à
l’apex. Thorax brun-roux, scutum avec une
mince bande médiane brune, interrompue avant
la marge préscutellaire, et deux bandes laté¬
rales concolores plus larges. Pleures et hanches
brunes. Pattes jaunes, fémur II brun avec le tiers
apical jaune, fémur III jaune avec le tiers apical
brun ; apex des tibias étroitement bruni. Ailes
jaunes, ponctuées de taches brunes à la base de
Rs, l’apex de RI et de R5, Ml et M2 après la
base ; également une tache entre M4 et Cul b au
niveau de l’angle rentrant de M4 (fig. 416).
Abdomen brun-roux, le segment I et l’hypopyge
plus sombres. Genitalia : figures 417-418.
Holotype mâle : Christmas Island (Indian
Océan), Grant’s Well, Cent. Plateau, 9.07.1983
pluvisylve, au piège lumineux (G. Robertson).
Dans l’Australian National Insect Collection,
CSIRO, Canberra.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
183
Genre Robsonomyia Matile & Vockeroth
Robsonomyia Matile & Vockeroth, 1980 : 545. Espèce-type : Robsonomyia reducta Matile &
Vockeroth, 1980, par désignation originale.
Nous avons établi ce genre pour une espèce
nord-américaine de Macrocerinae remarquable
notamment par sa sous-costale très courte et se
terminant sur la radiale au lieu de la costale.
Nous faisions également remarquer ses affinités
avec le genre fossile Kelneria et celui décrit plus
loin sous le nom de Srilankana. Ces affinités ont
été discutées un peu plus en détail par la suite
(Matile, 1984a).
— Tête (fig. 419-421) plus large que longue.
Sclérite cérébral grand, subcirculaire, faiblement
échancré en arrière et pourvu d’un sillon sagittal
médian ; fortement saillant au-dessus du front.
Trois ocelles subégaux, situés chacun sur un
calus peu saillant. Cérébral couvert de courtes
soies dispersées, les postocellaires à peu près de
même longueur que les autres. Cérébral séparé
Fig. 419-422. — Robsonomyia reducta Mat. & Vock. :
419, tête, vue frontale ; 420, d°, vue latérale ; 421, d°, vue
dorsale ; 422, thorax, hanches et segment abdominal I, vue
latérale.
D'après Matile & Vockeroth (1980).
du front par une large surface membraneuse, des
sclérites orbitaux par une membrane plus étroite,
l’espace membraneux prolongé en arrière en se
rétrécissant, entre l’occiput et les yeux composés.
Yeux occupant environ les deux tiers de la face
latérale de la tête, régulièrement émarginés au-
dessus du niveau de l’insertion antennaire ; pilo¬
sité extrêmement courte, ne dépassant pas le
niveau du sommet des ommatidies. Front réduit,
un sillon médian mousse. Antennes courtes, pas
plus longues que tête et thorax ensemble. Scape
et pédicelle globuleux, petits. Les 14 flagello-
mères un peu plus longs que larges, sans macro-
chètes visibles. Face étroite, réduite à une bande¬
lette transversale. Clypéus petit, un peu plus
large que haut, portant quelques soies dressées.
Palpes courts, de 1+4 articles, le deuxième
palpomère avec une crypte sensorielle bien dé¬
veloppée ; tous les articles subégaux, monoli-
formes. Trompe courte, labelles distinctement
bisegmentées.
Thorax (fig. 422) : prothorax réduit, sa partie
médiane en mince bandelette ; prosternum nu.
Angle postéroventral du proépimère au niveau
de la suture anapleurale. Scutum large, peu
bombé, dénudé sauf les soies acrosticales courtes,
bisériées sur le tiers antérieur, puis unisériées, les
dorsocentrales plus longues, accompagnées par
quelques petites soies satellites, et les longues
soies latérales. Scutellum petit, semicirculaire,
bordé de soies apicales courtes et portant deux
paires de soies plus longues à insertion plus
dorsale. Zone membraneuse sous-scutellaire quasi
nulle. Médiotergite dénudé, largement saillant en
arrière du scutellum, anguleux à l’apex. Latéro-
tergite nu, son grand axe peu oblique. Anépis-
terne long et étroit, non en dièdre, pas de fissure
anépisternale ; quelques soies dorsales, le reste
des pleures nu. Suture médiopleurale non angu¬
leuse, une fosse médiopleurale nette. Mésépimère
très fortement rétréci sur plus de sa moitié
ventrale. Métépisterne un peu plus haut que
large.
Pattes. — Hanches I plus longues que les II,
celles-ci elles-mêmes un peu plus longues que les
III (fig. 422). Hanches I ciliées à la face anté-
Source : MNHN, Paris
184
LOÏC MATILE
rieure et le long du bord antérieur de la face
externe. Hanches II avec quelques soies externes,
plus nombreuses vers l’apex, où elles intéressent
aussi la face antérieure. Hanches III avec 1-
2 soies externes subapicales et une interne api¬
cale. Fémurs normaux, à ciliation de taille
moyenne, dispersée, à peine plus longue le long
du bord ventral ; une bande dénudée subven¬
trale. Tibias courts et relativement épais. Tibia I
avec une large zone sensorielle ovale, pas de
peigne visible. Microchètes tibiaux irrégulière¬
ment disposés, serrés et couchés. Une rangée
irrégulière de macrochètes dorsaux sur la moitié
apicale du tibia III, et aussi, sur ce même tibia,
un ou deux macrochètes antéroventraux peu
distincts. Éperons 1:2:2, celui du tibia I un
peu plus long que la largeur apicale du tibia, les
autres bien plus longs : au tibia III, éperon
externe plus du double de la largeur apicale du
tibia, interne près du triple. Protarses plus courts
que les tibias et relativement épais. Protarse III
avec quelques soies ventrales plus longues, mais
aussi fines que la pilosité. Griffes simples, pul-
villes aussi longues que les griffes.
Ailes (fig. 423) relativement larges, angle anal
très ouvert, pas de macrotriches en dehors
des nervures. Costale prolongée presque jusqu’à
l’apex de l’aile, dépassant largement l’embou¬
chure de R5. Sous-costale très courte, se termi¬
nant sur la radiale au niveau du milieu de la
cellule basale ; sc2 absente. RI courte, se termi¬
nant au milieu de l’aile. R4 absente. R5 peu
courbée, se jetant sur la costale bien avant l’apex
de l’aile. Cellule basale petite, non divisée en
deux par la base de M. Pétiole de la fourche
médiane court, fusion radiomédiane atteignant
le double de sa longueur. M4 largement effacée à
la base, non nettement décrochée vers Cul b,
celle-ci régulièrement courbée. Cu2 courte, dé¬
passant à peine le niveau de l’apex de la cellule
basale. Anale peu sclérifiée mais longue et pro¬
longée presque jusqu’au bord de l’aile.
Ciliation, face dorsale : RI, R5, Ml et M3
sauf à la base, M4, Cul b et An. Face ventrale :
toutes les nervures nues.
Abdomen subcylindrique à la base, aplati à
partir du segment IV. Segment I petit, II-III
425 424
Fig. 423-425. — Robsonomyia reducta Mat. & Vock. :
423, aile, face dorsale ; 424, hypopyge mâle, vue dorsale ;
425, d°, vue ventrale.
D’après Matile & Vockeroth (1980).
longs, les suivants de longueur décroissante. Les
huit segments prégénitaux visibles mais le VIII
en partie télescopé dans le VII.
Genitalia mâles (fig. 424-425). — Hypopyge
presque aussi long que haut. Tergite IX plus long
que large, en demi-cylindre un peu rétréci à
l’apex. Segment X petit, hypoprocte pas plus
long que les cerques. Stemite IX absent ou
fusionné. Gonostyles courts, simples, bilobés à
l’apex mais sans sclérification apicale plus pro¬
noncée que le reste. Phallosome relativement
grand, légèrement prolongé en avant à la base
des gonocoxopodites, ceux-ci entièrement fu¬
sionnés ventralement, la face ventrale reliée aux
faces dorsales par un pont sclérifié étroit. Apo-
dèmes gonocoxaux réduits, dirigés vers la face
ventrale du synsclérite gonocoxal (cf. fig. 1149,
p. 460). Apodème éjaculateur longuement bifide
à son extrémité proximale.
Femelle, larve et biologie inconnues.
Répartition. — Région néarctique.
Matériel examiné. — L’espèce-type.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
185
Genre Srilankana n. gen.
Espèce- type : Srilankana mirabilis n. sp.
C’est à ce taxon allié à Kelneria et Robsono-
myia qu’il est fait allusion par Matile (1979a,
1981a, 1984a) et Matile & Vockeroth (1980). Il
est fondé sur un spécimen unique en provenance
de Sri Lanka, aimablement communiqué par
mon collègue le Dr. Hugo Andersson, de l’Insti¬
tut de Zoologie de Lund. Il est particulièrement
remarquable par l’absence d’ocelles et surtout la
disposition régulière des microchètes tibiaux,
caractère unique dans la sous-famille des Macro-
cerinae.
Derivatio nominis : de Sri Lanka, nom actuel
de l’île de Ceylan. Genre : féminin.
6- — Tête (fig. 426-427) plus large que longue.
Sclérite cérébral large, mais peu saillant en
arrière, recouvrant largement la base du front,
duquel il est séparé par une zone membraneuse.
Source : MNHN, Paris
186
LOÏC MATILE
Un sillon sagittal sur presque toute la longueur.
Latéralement, cérébral séparé des yeux par une
bande membraneuse prolongeant l’antérieure.
Pas d’ocelles. Yeux relativement petits, occupant
moins des deux tiers de la face latérale de la tête,
à peine émarginés au niveau de l’insertion des
antennes. Antennes de 2+14 articles, un peu
plus longues que la tête et le thorax ensemble.
Scape et pédicelle peu globuleux. Premier flagel-
lomère cinq fois plus long que large, les suivants
plus courts, deux fois plus longs que larges à
partir du cinquième ; ciliation courte et clair¬
semée, des macrochètes ventraux. Face large,
dénudée, en bandelette. Clypéus mince, trans¬
verse, arqué, cilié au milieu. Palpes courts, de
1+4 articles, le premier palpomère court, le
deuxième un peu plus long et épais, les deux
suivants petits. Trompe courte, labelles distincte¬
ment bisegmentées.
Thorax (fig. 428). — Prothorax peu déve¬
loppé ; prostemum nu. Angle postéroventral du
proépimère situé au-dessous de la suture ana-
pleurale. Scutum peu bombé, portant une rangée
de soies acrosticales qui ne s’étend pas au-delà de
la moitié antérieure, et deux rangées dorsocen-
trales complètes, soies scutales latérales de lon¬
gueur moyenne. Scutellum petit, semi-circulaire,
bordé de longues soies marginales. Médiotergite
haut, arrondi, peu saillant en arrière du scutel¬
lum, dénudé. Pleures : anépisteme non en dièdre,
dépourvu de fissure dorsale, cilié en avant et
en haut. Mésépimère bien délimité dorsalement,
mais ses limites avec le katépisteme mésothora¬
cique effacées (l’unique exemplaire n’a pas été
passé à la potasse) ; très fortement rétréci ventra-
lement. Latérotergite peu saillant, dénudé, grand
axe peu oblique. Suture médiopleurale subrecti¬
ligne, fosse médiopleurale faible. Métépisterne
plus haut que large.
Pattes. — Hanches I plus longues que les II,
celles-ci plus longues que les III (fig. 428).
Hanches I ciliées à la face antérieure, à la marge
antérieure de la face externe, et portant une
rangée de soies postérieures largement espacées
sur les deux tiers apicaux du bord postérieur.
Hanches II ciliées sur le tiers basal de la face
antérieure, quelques soies externes. Hanches III
avec des soies le long du bord postérieur de la
face externe. Pas de soies postérieures II-III.
Pattes longues et fines. Fémurs à soies courtes, y
compris les ventrales ; une bande dénudée ven¬
trale. Microchètes tibiaux courts et disposés
en rangées nettement régulières, pas de macro¬
chètes. Tibia I dépourvu de zone sensorielle
apicale, le peigne petit et transparent. Éperons 1 :
2 : 2, tous petits, les externes II-III un peu plus
courts que les internes. Tarses allongés, dépour¬
vus de macrochètes ventraux différenciés. Griffes
petites, simples ; empodium ramifié, un peu plus
long que les griffes, peu visibles. Pulvilles réduites
à deux minuscules lobes latéraux.
Ailes (fig. 429) relativement étroites, angle anal
peu prononcé, pas de macrotriches sur la mem¬
brane. Costale dépassant largement l’embou¬
chure de R5, atteignant l’apex de l’aile. Sc
courte, effacée à l’apex, se terminant indistincte¬
ment un peu avant le niveau de l’apex de la
cellule basale. Sc2 apparemment absente, son
emplacement semblant indiqué par un léger
angle sur la sous-costale à proximité de la
transverse humérale. RI courte, se terminant
avant le milieu de l’aile. R4 présente, courte,
proche de l’apex de RI. R5 peu courbée, n’attei¬
gnant pas l’extrémité de l’aile. Cellule basale
petite, séparée en deux parties par la base de M,
mais celle-ci confondue avec Rs sur ses deux tiers
apicaux, la nervure ainsi formée un peu plus
épaisse que les autres. Fourche médiane à pétiole
court, fusion radiomédiane punctiforme. M4
fortement courbée vers Cul b, largement obli¬
térée à la base, ainsi que l’apex de la cellule
basale. Cul b relativement peu courbée, Cu2
longue, anale prolongée jusqu’à la marge de
l’aile.
Ciliation, face dorsale : C, RI et R5. Face
ventrale : toutes les nervures nues sauf C.
Abdomen allongé, d’abord cylindrique, puis
aplati. Segment II plus long que le précédent et
les suivants, segment VII aussi grand que le VI,
VIII presque aussi long que le VII, seule sa base
enfoncée dans celui-ci.
Genitalia mâles (fig. 430-431). — Tergite IX
grand, presque aussi long que large, sans apo¬
physe articulaire basale. Segment X petit, hypo-
procte réduit à une lamelle bien plus courte que
les cerques, oblique dorsoventralement. Stemite
IX absent ou fusionné, ce sclérite peut-être
représenté par une sclérification basale, transver¬
sale, séparée du reste des gonocoxopodites par
un léger rétrécissement. Gonocoxopodites entiè¬
rement fusionnés ventralement et largement sclé-
rifiés dorsalement, aucune zone membraneuse
n’apparaissant entre leur marge dorsale et le
tergite IX. Gonostyles longs, simples, insérés Ia-
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
187
téralement, dépourvus de macrochètes ou d’épines
différenciés, mais portant à la base une longue
apophyse courbe prolongée jusqu’à la ligne mé¬
diane. Phallosome bien sclérifié, y compris le
distiphallus ; basiphallus prolongé en arrière
jusqu’à la base de l’hypopyge.
Femelle, larve et biologie inconnues.
Répartition. — Région orientale (Sri Lanka).
Matériel examiné. — L’espèce-type, décrite ci-
dessous.
Srilankana mirabilis n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 2,8 mm.
Petite espèce brune et jaune. Tête jaune, sclérite
cérébral brun. Thorax entièrement brun, le pro¬
thorax plus clair. Hanches jaunes, la paire
postérieure un peu plus foncée en dehors. Pattes
jaunes. Ailes jaunes, sans taches. Balanciers
blanchâtres. Abdomen brunâtre, progressivement
assombri vers l’apex, les tergites II à IV avec une
bande apicale jaunâtre, étroite et peu distincte.
Hypopyge : figures 430-431.
Holotype mâle : Sri Lanka, Lund University
Ceylon Expédition 1962, Centr. Prov., Madu-
goda, 16 mis E. Kandy, 11.03.1962, Loc. 133, at
light ( Brinck , Andersson & Cederholm). L’holo-
type sera déposé à l’Institut de Zoologie de
Lund.
DESCRIPTION DU PLÉSION SCHLUETERIMYIA
Genre Schlueterimyia Matile
Schlueterimyia Matile, 1981a : 100. Espèce-type : Schlueterimyia cenomanica Matile, 1981a, par
désignation originale.
La description de ce taxon m’a permis une
mise au point sur les Mycetophiloidea fossiles, et
en particulier les Keroplatidae (Matile, 1981a).
Schlueterimyia cenomanica provient du Crétacé
supérieur de France (Cénomanien). Son âge peut
être estimé à 100 millions d’années, et il s’agit du
fossile le plus ancien pouvant se rapporter avec
certitude aux Keroplatidae. Je l’ai attribué aux
Macrocerinae en raison de l’absence des peignes
tibiaux postérieurs, du rapprochement basal des
nervures M4 et Cul b, ainsi que du grand déve¬
loppement des pulvilles. Rappelons que nous ne
disposons que d’un exemplaire incomplet : il en
subsiste la partie postérieure du scutellum et du
médiotergite, l’abdomen entier, la moitié basale
de l’aile gauche et la quasi-totalité de l’aile droite
(repliée plusieurs fois sur elle-même), la patte
postérieure gauche et une grande partie de la
droite, l’apex d’un tibia II avec son tarse, la face
postérieure de la hanche III gauche et un
fragment de tarse, probablement antérieur.
Le fossile ne peut être classé avec certitude
dans l’une ou l’autre des deux tribus de Macroce¬
rinae actuels, principalement établies sur les
rapports du sclérite cérébral. La taille de la
cellule basale, grande, la nervure R 1 dépassant le
milieu de l’aile, semblent exclure Schlueterimyia
des Robsonomyiini, tandis que rien ne permet
de les classer dans les Macrocerini, les carac¬
tères autapomorphes de ceux-ci n’étant pas obser¬
vables sur le fossile. Il peut s’agir soit d’un
membre de cette dernière tribu, soit du groupe-
frère des Macrocerini + Robsonomyiini. La briè¬
veté relative de RI, la faiblesse du secteur basal
de la médiane, la costale n’atteignant pas l’apex
de l’aile, la ciliation des tarses, semblent exclure
qu’il s’agisse d’un taxon ancestral au groupe.
cJ. — Scutellum portant deux paires de très
longues soies marginales, pas de soies discales.
Médiotergite haut, peu anguleux, ne dépassant
pas le scutellum en arrière (fig. 1088, p. 414).
Ailes (fig. 432, reconstituées d’après les deux
ailes du fossile, et 433, nervation entière pro¬
bable) larges, dépourvues de macrotriches en
dehors des nervures, hyalines. Lobe anal proche
de l’angle droit. Costale longue, mais n’attei¬
gnant pas tout à fait l’apex de l’aile, dépassant
largement l’apex de R5. Sous-costale peu visible,
se terminant un peu avant l’apex de la cellule
basale. RI courte, un peu plus longue que la
Source : MNHN , Paris
188
LOÏC MATILE
433
434
Fig. 432-435. — Schlueterimyia cenomanica Mat. : 432, ner¬
vation alaire visible en superposant les dessins des deux
ailes ; 433, reconstitution de la nervation alaire ; 434, tibia III,
vue latérale ; 435, derniers segments abdominaux, vue laté¬
rale.
D'après Matile, 1981b.
moitié de l’aile. R4 présente, oblique, son apex
peu éloigné de celui de RI. R5 peu courbée.
Fusion radiomédiane très courte, presque punc¬
tiforme. Pétiole de la fourche médiane relative¬
ment long. Cellule basale grande, renfermant une
trace indistincte de la base de M. Ml et M2
écartées l’une de l’autre à l’apex. M4 en forme de
S, effacée à l’extrême base puis rapprochée de
Cul b, celle-ci forte et peu courbée. Cu2 longue,
anale prolongée au bord de l’aile.
Ciliation mal conservée : observée sur C, RI,
R5, les branches de la fourche médiane sauf à la
base, M4, Culb au moins dans la moitié apicale,
sur la face dorsale. Face ventrale : RI (?), les
autres nervures apparemment dénudées (mais
apex de R5 non observable).
Pattes. — Hanches postérieures plus longues
que le médiotergite et le scutellum ensemble (3,2 :
2,5), ciliées à l’apex de la face externe et le
long du bord postérieur (c/. fig. 1088, p. 414).
Fémur III à ciliation ventrale ne semblant pas
plus longue que le reste. Tibias II et III à
microchètes irrégulièrement disposés. Tibia III
avec quelques soies antérieures et une rangée
régulière de macrochètes dorsaux (fig. 434).
Éperons tibiaux II et III de même longueur,
nettement plus longs que la largeur apicale des
tibias ; pas de peignes tibiaux. Protarses II et
III avec des macrochètes ventraux largement
espacés et disposés en rangées régulières. Griffes
petites. Pulvilles (visibles sur un fragment de
tarse appartenant sans doute à une patte anté¬
rieure) très développées, près de quatre fois plus
longues que les griffes.
Abdomen élancé, hérissé de longues soies dis¬
persées, les segments I à V bien plus longs que
hauts. Segments VI et VII à peu près aussi longs
que hauts. Segment VIII entièrement visible, plus
court que haut, le tergite représentant environ les
deux tiers de la surface du stemite (fig. 435).
Genitalia mâles (fig. 435). — Partie dorsale
indistincte ; apparemment le tergite IX court,
hérissé de longues soies. Stemite IX invisible.
Gonocoxopodites grands, largement séparés ven-
tralement. Gonostyles simples, à insertion laté¬
rale, apex plus sclérifié, de longues soies dorsales.
Femelle, larve et biologie inconnues.
Répartition. — Fossile crétacé (Cénoma¬
nien) de France.
Matériel examiné. — L’espèce-type.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
189
SOUS-FAMILLE DES KEROPLATINAE
INTRODUCTION
Les Keroplatinae correspondent ici au « stirps
Ceroplatina » de Rondani (1856), émendé du
genre Mycetobia que cet auteur avait ajouté aux
Keroplalus, Cerotelion et Platyura connus à
l'époque. C’est cette sous-famille qui comprend
le plus grand nombre de genres et d’espèces. Il
est facile d’y reconnaître deux grands groupes
bien individualisés pour lesquels je propose deux
tribus, Keroplatini et Orfeliini, comme j’en ai fait
la suggestion dès 1973 (Matile, 1973a).
Malloch (1917) a proposé une famille Platyu-
ridae, renfermant explicitement Keroplatus, et
implicitement, comme genre-type, Platyura auct.,
non Meigen, c’est-à-dire à l’heure actuelle Orfelia
Costa. Rassemblant en un même groupe deux
genres nominatifs différents, « Ceroplatina » et
Platyuridae sont donc des synonymes subjectifs
[Code International de Nomenclature Zoolo¬
gique, art. 61 (c) i]. Cependant, le choix du nom
de Malloch, compte tenu de la synonymie de
Platyura auct. avec Orfelia, semble m’autoriser,
en tant que premier réviseur, à lui attribuer le
nom à' Orfeliini, puisque les deux genres-types
sont maintenant séparés. Rappelons que seuls les
Keroplatini seront traités ici. Les deux tribus se
définissent ainsi :
Keroplatini Rondani, 1856, emend. : pièces
buccales réduites, dépassant peu ou pas du tout
le bord ventral des yeux ; palpes également
réduits, d’au plus 1 +2 articles, le dernier épaissi,
dressé en avant ou vers le haut, jamais pendant.
Par ailleurs, tous les Keroplatini ont les antennes
modifiées, le flagelle étant aplati et plus ou moins
élargi, ou bien pectiné. La plupart présentent un
prosternum cilié (exceptions : Euceroplatus au
sens où il est restreint ici, Gymnoceridion, Nauar-
chia et Xenokeroplatus). Les nervures alaires sont
entièrement dénudées à la face ventrale (sauf
Hikanoptilori). Les larves connues portent quatre
lobes anaux.
Orfeliini Malloch, 1917, emend. : pièces buc¬
cales normales ou allongées, parfois démesuré¬
ment {Rhynchoplatyura de Meijere ; Rhynchorfe-
lia Matile) ; palpes normaux, de 1+4 articles,
parfois plus ou moins réduits mais toujours
pendants, le dernier palpomère flagelliforme,
rarement monoliforme. Les antennes sont sim¬
ples, parfois épaissies ( Lapyruta Edwards, Neodi-
tomyia Lane & Sturm, Rofelia Matile) mais
jamais à la fois élargies et aplaties. Deux genres,
Platyceridion Tollet et Tamborinea Matile, ont
des antennes pectinées. Le prosternum est dé¬
nudé, sauf dans le genre monotypique Lutarpya
Edwards et chez certaines espèces du genre
Truplaya Edwards (sous-genre Truplayella Ma¬
tile). Quelques-unes des nervures alaires sont
ciliées ventralement. Les larves connues ne por¬
tent qu’une paire de lobes anaux.
Les Keroplatini correspondent au groupe formé
par le genre Platyroptilon Westwood et le com¬
plexe Keroplatus tel qu’il a été principalement
défini par Edwards (1925, 1929c), groupe auquel
on n’a jamais formellement reconnu la qualité de
taxon supragénérique.
Parmi les Keroplatini à antennes pectinées, j’ai
été amené à faire connaître le genre Ctenoceri-
dion et à émender Platyroptilon pour établir le
genre Tolletia (Matile, 1972b, 1973b). Ces deux
genres sont afrotropicaux, mais un sous-genre de
Ctenoceridion, Gymnoceridion, a été découvert
récemment en Amérique Centrale (Matile &
Duret, 1987), et j’aurai l’occasion de faire
connaître dans le présent travail une espèce
orientale de Ctenoceridion s. str. De plus, je
décris ici de la région afrotropicale le nouveau
genre Hikanoptilon, et propose une nouvelle
émendation de Platyroptilon en excluant l’espèce
néotropicale P. duret i Lane, pour laquelle j’éta¬
blis le genre Duretina.
En ce qui concerne le groupe Keroplatus, je lui
ai déjà ajouté Paracerotelion, d’Afrique du Sud
(Matile, 1974b). J’ai eu l’occasion de démem¬
brer partiellement les Euceroplatus Edwards en
proposant pour les espèces afrotropicales jus¬
qu’ici attribuées à ce taxon le genre Tergosty-
lus (Matile, 1988a). Je complète cette émenda¬
tion en ne laissant subsister d’ « Euceroplatus »
qu’une partie de ses espèces orientales et austra¬
liennes et en édifiant Setostylus pour un groupe
Source : MNHN, Paris
190
LOÏC M ATI LE
à large répartition. Par ailleurs, je propose les
nouveaux genres Nauarchia pour une espèce
nouvelle des Iles de l’Amirauté, et Xenokeropla-
tus pour plusieurs espèces inédites très particu¬
lières habitant la Nouvelle-Guinée, les Iles Salo¬
mon et Vanuatu.
CLÉS DES TRIBUS, GENRES ET SOUS-GENRES
Clé des tribus
— Pièces buccales réduites. Palpes réduits, au plus de 1 + 2 articles, le
dernier palpomère épaissi et dressé. Antennes toujours modifiées,
comprimées ou pectinées, exceptionnellement seulement élargies
(genre Xenokeroplatus). Larve : quatre lobes anaux - Keroplatini
— Pièces buccales le plus souvent bien développées, parfois allongées,
très rarement réduites. Palpes normalement de quatre articles en
plus du palpifère, parfois réduits mais dans ce cas dernier palpo¬
mère jamais épaissi et dressé. Antennes le plus souvent filiformes,
exceptionnellement épaissies ou pectinées. Larve : deux lobes
anaux . Orfeliini
Clé des genres et sous-genres
1. — Flagelle antennaire pectiné (cf. fig. 493-494), parfois les pectinations
très courtes chez la femelle (fig. 970) . 2
— Flagelle antennaire aplati et plus ou moins élargi, parfois seulement
élargi (cf. fig. 521, 979) . 7
2. — Latérotergite cilié. Face entièrement ciliée. Éperons externes III
absents . Hikanoptilon n. gen.
— Latérotergite dénudé. Face nue ou portant seulement des cils courts
dans la moitié ventrale. Éperons externes III présents . 3
3. — Microchètes tibiaux irrégulièrement disposés. Une grande aire
membraneuse triangulaire sous le scutellum (fig. 497, 506) (Ctenoce-
ridion Mat.) . 4
— Microchètes tibiaux régulièrement disposés, au moins à la face
externe. Zone membraneuse sous-scutellaire en bandelette étroite . 5
4. — Face large, mais presque entièrement membraneuse (fig. 491).
Scutellum avec des soies discales (fig. 497) ; prosternum cilié.
Tibias II-III avec des macrochètes. Mâle : tergite IX transverse
(fig. 499) . Ctenoceridion s. str.
— Face très étroite (fig. 505). Scutellum sans soies discales (fig. 506) ;
prostemum dénudé. Tibias II-III dépourvus de macrochètes. Mâle :
tergite IX bien plus long que large (fig. 510) .
. Ct. (Gymnoceridion) Mat. & Dur.
5. — Cellule basale très petite, son apex proche du niveau de la transverse
humérale ; anale fortement raccourcie (fig. 971). Prolongements des
sept premiers flagellomères antennaires avec des macrochètes
ventraux courts (fig. 969) . Tolletia Mat.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLAT1DAE : SYSTÉMATIQUE
191
— Cellule basale normale, son apex proche du niveau de l’extrémité de
la sous-costale; anale atteignant presque la marge (fig. 515, 846).
Chaque prolongement antennaire avec un long macrochète apical
(fig. 513, 844) . 6
6. - Lobe anal réduit (fig. 515). Anépisterne cilié. Protarse I atteignant le
double de la longueur du tibia . Duretina n. gen.
— Lobe anal normal (fig. 846). Anépisterne nu. Protarse 1 bien plus
court que le double du tibia . Platyroptilon Westw.
7. — Nervure anale absente (fig. 981). Tarses antérieurs plus longs que le
corps, le protarse seul dépassant 3,5 fois la longueur du tibia. Pas
d’éperons externes II-1II. Prosternum dénudé .
. Xenokeroplatus n. gen.
— Nervure anale présente, se terminant au bord de l’aile (fig. 440) ou
un peu avant (c/. fig. 523). Tarses antérieurs plus courts, excep¬
tionnellement le protarse atteignant le triple du tibia. Éperons
externes II-III présents. Prosternum le plus souvent cilié, rarement
nu . 8
8. — Microchètes tibiaux irrégulièrement disposés, sauf parfois à l’apex.
R4 se terminant sur la costale . 9
— Microchètes tibiaux disposés en rangées régulières, au moins sur le
tiers apical. R4 se terminant sur la costale ou sur RI . 13
9. — Latérotergite cilié sur toute la moitié postérieure. Hypopyge mâle
beaucoup plus large que les segments prégénitaux .
. Mallochinus Edw.
— Latérotergite nu, exceptionnellement avec un groupe de soies (une
espèce d ' Heteropterna), et alors hypopyge mâle pas plus large que
les segments prégénitaux . 10
10. — Zone membraneuse sous-scutellaire déprimée et triangulaire (fig. 546-
547, 629) ( Heteropterna Skuse) . 11
— Zone membraneuse sous-scutellaire étroite, au plus légèrement
élargie au milieu (c/. fig. 439) . 12
11. — Zone sous-scutellaire très grande, en triangle équilatéral (fig. 546-
547). Protarse III le plus souvent épaissi (fig. 549). Flagellomères
antennaires à macrochètes ventraux absents ou réduits, le dernier
flagellomère sans apicule (fig. 544) . Heteropterna s. str.
— Zone sous-scutellaire plus petite, en triangle isocèle (fig. 629).
Tibia III régulièrement épaissi de la base vers l’apex, protarse III
normal (fig. 631). Flagellomères antennaires avec des macrochètes
dorsaux et ventraux bien développés, le dernier apiculé (fig. 627).
. H. (Scrobicula) Mat.
12. — Face large (fig. 438). Pas de soies prostigmatiques. Mâle : gonostyles
aplatis de dehors en dedans, munis de fortes dents sclérifiées (fig. 441 -
442, 454-485) . Cerotelion Rond.
— Face étroite (fig. 810). Des soies prostigmatiques antérieures et
postérieures. Mâle : gonostyles aplatis dorsoventralement, une
étroite bande sclérifiée prolongée en deux minuscules dents apicales
(fig. 814-815) . Paracerotelion Mat.
Source : MNHN, Paris
192
LOÏC MATILE
13. _ R4 se terminant sur RI (fig. 758). Dernier flagellomère avec un
processus apical blanc ou jaune, généralement long (fig. 756). Base
de Rs presque transverse. Dernier palpomère étroit, aussi long ou
plus long que l’ensemble face + clypéus (fig. 754) ; latérotergite
cjlié . Neoceroplatus Edw.
— R4 se terminant sur RI ( cf. fig. 645-656) ou sur C (cf fig. 821).
Dernier flagellomère sans apicule (cf. fig. 521), ou avec un petit
apicule concolore au flagelle (cf. fig. 818-819). Base de Rs oblique
(cf. fig. 821). Dernier palpomère court, plus ou moins dilaté;
latérotergite nu ou cilié . 14
14. — Latérotergite nu. R4 se terminant sur C . 15
— Latérotergite cilié, R4 se terminant sur C ou sur RI . 19
15. — Prostemum dénudé . 16
— Prosternum cilié . 17
16. — Flagellomères antennaires peu élargis (fig. 747). Mésépimère inter¬
rompu avant la base de la pleure (fig. 748). Microchètes tibiaux tous
semblables. Mâle : face ventrale du synsclérite gonocoxal fortement
excavée (fig. 751) . Nauarchia n. gen.
— Flagellomères antennaires fortement élargis (fig. 521). Mésépimère
prolongé jusqu’à la base de la pleure (fig. 522). Des rangées plus
serrées de microchètes tibiaux. Mâle : synsclérite gonocoxal non
excavé ventralement (fig. 526) . Euceroplatus Edw.
17. — Tibia III : seul le tiers apical à rangées régulières de microchètes.
Soies scutellaires marginales courtes, disposées en plusieurs rangées.
Mâle : gonostyles en lame aplatie dorsoventralement (fig. 902-903,
907, 909, 911) . Rocetelion Mat.
— Des rangées régulières de microchètes sur pratiquement toute la
longueur du tibia III. Une seule rangée de soies scutellaires
marginales, longues. Mâle : gonostyles plus ou moins modifiés (cf.
fig. 918-919, 948), mais jamais en lame aplatie dorsoventrale¬
ment . 18
18. — Éperon externe du tibia III presque aussi long que l’interne;
protarse III élargi. Face étroite (fig. 913). Mâle : gonostyles
prolongés par un processus digitiforme muni d’une longue soie
apicale, tergite IX normal (fig. 918-919) . Setostylus n. gen.
— Éperon externe III beaucoup plus court que l’interne ; protarse III
normal. Face large (fig. 941). Mâle : gonostyles sans longue soie
apicale, mais profondément modifiés ; tergite IX très grand, recou¬
vrant presque toute la face dorsale de l’hypopyge (fig. 947) . . .
. Tergostylus Mat.
19. — R4 se terminant sur RI (fig. 35, 645-656). Face large (fig. 12).
. Keroplatus Bosc
— R4 se terminant sur C (fig. 821). Face très étroite (fig. 817) . .
. Placoceratias End.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
193
DESCRIPTION DES GENRES DE KEROPLATINI
Genre Cerotelion Rondani, emend.
Cerotelion Rondani, 1856 : 191. Espèce-type : Platyura laticornis Meigen (= Tipula lineata F., 1775),
par désignation originale.
Cerotelion a été proposé par Rondani comme
deuxième genre de son « stirps Ceroplatina », qui
comprenait encore Keroplatus, Platyura et Myce-
tobia. Ce genre a subi ensuite des fortunes
diverses. Winnertz (1863), qui ne semble pas
avoir eu connaissance de la monographie de
Rondani, maintient C. lineatum dans les Kero¬
platus. Kertèsz (1902) met Cerotelion en syno¬
nymie avec Keroplatus sans donner d’explica¬
tions. Johannsen (1909) le rétablit et y range,
selon la diagnose de Rondani, toutes les espèces
jusqu’alors classées dans Keroplatus et dont la
nervure R4 se termine sur la costale. Edwards
(1913) rétablit la synonymie de Kertèsz, mais
sépare à nouveau les deux genres dans sa révision
générique de 1925, pour intégrer enfin Cerote¬
lion dans les Keroplatus, avec rang de sous-genre
en 1929 (Edwards, 1929c). La plupart des
auteurs européens maintiennent ensuite Cerote¬
lion comme genre à part entière (Landrock,
1926, 1940; Séguy, 1940; Tollet, 1955; Stac-
kelberg, 1969a), tandis que les anglophones
préfèrent lui conserver le rang subgénérique (p.
ex. Madwar, 1937 ; Fisher, 1941 ; Freeman,
1951 ; Laffoon, 1965). Matile & Burghele-
Balacesco (1969) ont argumenté la sépara¬
tion des deux taxa en se basant sur des carac¬
tères morphologiques des différents stades, ainsi
que sur l’éthologie des larves. Les monogra¬
phies récentes acceptent cette position (Hutson,
Ackland & Kidd, 1980; Vockeroth, 1981).
On notera que beaucoup des espèces incluses
dans Cerotelion par Johannsen en 1909, ou par
les auteurs ultérieurs, ont été depuis affectées aux
genres les plus divers : Euceroplatus et Heterop-
terna chez les Keroplatini, Taulyrpa et Plana-
rivora chez les Orfeliini (Edwards, 1929c ;
Matile, 1970c, 1981b). Matile & Goujet (1981)
reconnaissent 13 espèces de Cerotelion apparte¬
nant à la région holarctique, à la sous-région
chilienne et à la Nouvelle-Zélande, et donnent
une première hypothèse de phylogénie pour le
genre. Il convient de retirer de la liste des
Cerotelion donnée dans ce dernier travail C.
humerale (Zetterstedt), d’Europe septentrionale,
transféré dans le genre Rocetelion (Matile,
1988b). On retirera aussi C. apicalis (Adams),
d’Amérique du Nord, décrit à l’origine comme
Keroplatus et placé dans les Cerotelion par
Fisher (1941) : cette espèce dont le type est
perdu doit être considérée comme incertae sedis,
ainsi que l’a fait Laffoon (1965). Au contraire,
il faut ajouter à la liste de Matile & Gou¬
jet Keroplatus dendyi Marshall, de Nouvelle-
Zélande, que Tonnoir & Edwards (1927) ont
sans doute à raison placé dans Cerotelion. Par
ailleurs, une espèce malaise inédite, qui sera
décrite plus loin sous le nom de C. pendleburyi,
permet d’ajouter la région orientale à la réparti¬
tion du genre 27 .
Tels qu’ils sont compris ici, les Cerotelion
rassemblent tous les Keroplatini à antennes non
pectinées, microchètes tibiaux irrégulièrement
disposés (sauf parfois à l’apex), R4 se terminant
sur C, latérotergite nu, zone membraneuse sous-
scutellaire étroite, marge apicale du synsclérite
gonocoxal dépourvue d’épines différenciées et
gonostyles dentés sur le bord interne. Habitus :
mâle : figure 436 ; larve : figure 447.
Les Cerotelion austraux se reconnaîtront au
moyen des clés de Freeman (1951) pour la sous-
région chilienne et de Tonnoir & Edwards
(1927) pour la Nouvelle-Zélande. Ceux de la
région néarctique pourront être déterminés avec
la clé de Fisher (1941), les paléarctiques avec
celle d’HuTSON, Ackland & Kidd (1980) ; les
27. Keroplatus obscurus Philippi, de Patagonie, a été attribué aux Cerotelion par Freeman (1951). Je n'ai pu obtenir
communication du type de cette espèce, mais d’après sa description originale, je soupçonne fort qu'il s'agit en réalité d’un
Orfeliini , et plus précisément de Pyrtaula infumata (Freeman).
Source : MNHN, Paris
194
LOÏC M ATI LE
genitalia mâles de tous les Cerotelion connus sont
illustrés figures 454-489.
3 (habitus : fig. 436) $. — Tête (fig. 437-438)
arrondie, légèrement aplatie, plus large que
haute. Occiput couvert de courtes soies couchées,
les préocellaires et les préoculaires plus longues,
notamment ces dernières, ventralement. Trois
ocelles, le médian petit mais non punctiforme, les
latéraux grands, éloignés de la marge oculaire
par leur propre diamètre ou moins, moins de la
moitié de cette distance chez les espèces australes
examinées (C. funereum et flavicorne, C. bimacu-
latum, leucoceras, tapleyi et hudsonî). Chaque
ocelle situé sur un calus distinct, non cilié, le
calus médian prolongé en arrière par une longue
suture sagittale atteignant presque le foramen
magnum. Yeux grands, occupant les deux tiers
de la face latérale de la tête, très profondément
échancrés au-dessus des fosses antennaires ; pilo¬
sité longue ou moyenne. Front large et peu élevé,
calus frontaux atténués, sillon frontal mousse,
prolongé par un tubercule frontal atteignant le
niveau ventral des scapes antennaires. Antennes
de 2+14 articles. Scape volumineux, prolongé
par un petit bec ventral (plus court chez C.
pendleburyi). Pédicelle cupuliforme, dépourvu de
bec ventral. Flagelle élargi et aplati, les pédon¬
cules en position médiane, très courts sauf celui
du premier flagellomère. Dernier flagellomère
bien plus long que large et sans apicule terminal
chez Fespèce-type, C. racovitzai et johannseni,
ou plus court et muni d’un court apicule arrondi
chez les autres espèces. Quelques macrochètes
apicaux dorsaux et ventraux sur chaque flagello¬
mère, les ventraux très courts. Face large, peu
sclérifiée, dénudée, indistinctement séparée du
clypéus, ce dernier cilié, nettement saillant en
avant du bord antérieur des yeux. Trompe courte
mais dépassant largement le bord ventral des
yeux chez C. lineatum, racovitzai et johannseni,
plus courte chez les autres espèces. Labelles
courtes, en lame sclérifiée et portant quelques cils
à la face externe, membraneuse à la face interne.
Palpifère petit, membraneux en avant. Premier
palpomère très petit, deuxième gros et dressé en
avant. Pas de sensorium en crypte, mais la face
interne, membraneuse, porte une douzaine de
sensilles apicales (observé chez C. lineatum).
Thorax (fig. 439). — Prothorax moyennement
développé, rétréci sur la ligne médiane. Proster¬
num peu saillant, cilié au moins le long de la
marge. Angle postéroventral du proépimère situé
au-dessous de la suture anapleurale. Scutum peu
bombé, uniformément recouvert de courtes soies,
les latérales et les préscutellaires plus longues.
Scutellum grand, semi-circulaire, nu sur le disque,
bordé d’une rangée unique de nombreuses soies
inégales. Médiotergite relativement peu saillant,
ne dépassant pas en arrière l’apex du scutellum
(ou très peu, chez C. lineatum et racovitzai ) ;
élevé, anguleux au niveau du tiers ventral,
dénudé sauf chez C. johannseni, où il porte
quelques microchètes couchés. Pas de soies sca-
bellaires. Aire membraneuse sous-scutellaire en
bandelette courte, mais bien distincte. Pleures
dénudées, sauf l’antépronotum et le proépisteme,
longuement ciliés, et l’anépisterne, qui porte un
groupe de cils dorsaux d’étendue variable. Par¬
fois quelques microchètes dorsaux sur le katépi-
steme. Une profonde fissure anépisternale. Katé-
pisterne indistinctement séparé de l’épimère au
niveau de la fosse médiopleurale, celle-ci large et
peu profonde. Ainsi, la suture médiopleurale est
partiellement effacée, anguleuse. Mésépimère for¬
tement rétréci ventralement. Latérotergite sur¬
plombant largement le métépisteme, son grand
axe fortement oblique. Métépisteme plus large
que haut, dénudé.
Pattes. — Hanches longues, subégales. Hanches I
ciliées à la face antérieure, la ciliation débordant
un peu sur la face externe ; un groupe de soies
postéro-externes subapicales. Hanches II ciliées à
la face antérieure, vers le bord externe et sur
presque toute la face externe chez les espèces
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
195
Fig. 437-446. — Cerotelion lineatum (F.) : 437, tête, vue latérale ; 438, d°, vue frontale ; 439, thorax, hanches et seg¬
ment abdominal I, vue latérale; 440, aile, face dorsale; 441, hypopyge mâle, vue dorsale; 442, d°, vue ventrale;
443, phailosome, vue dorsale ; 444, d°, vue latérale ; 445, terminalia femelles, vue latérale ; 446, d°, vue dorsale.
australes, sur le quart seulement chez C. pendle-
buryi. Hanches III seulement avec des soies
externes. Pas de soies postérieures II-III, sauf
chez C. racovitzai et pendleburyi, où il y a
quelques postérieures III. Fémurs normaux, à
pilosité couchée, les soies ventrales pas plus
longues que les dorsales ; tous les fémurs avec
une longue bande dénudée ventrale. Tibias régu¬
lièrement épaissis de la base vers l’apex. Micro-
chètes tibiaux irrégulièrement disposés ; cepen¬
dant, dans le groupe holarctique, ils sont distinc¬
tement alignés à l’apex de la face externe des
tibias II-III. Chez l’espèce-type, le tibia I porte à
l’apex une zone sensorielle courte, limitée par un
Source : MNHN, Paris
196
LOÏC M ATI LE
peigne hyalin. Chez les autres espèces examinées,
la zone sensorielle peut être très réduite (C.
flavicorne et funereum) ou absente (C. racovitzai,
johannseni, pendleburyi, espèces néo-zélandaises).
Tibia II avec un peigne postérieur bien développé
et un petit peigne entre les éperons. Tibia III
avec un peigne antérieur plus petit que le
postérieur, également un peigne entre les épe¬
rons. Éperons 1 : 2 : 2. Éperon antérieur subégal
à la largeur apicale du tibia, externes II-III
doubles de cette largeur, internes quadruples.
Tibia I avec quelques macrochètes antérieurs et
postérieurs, tibias II-III avec des antérieurs, des
postérieurs, des dorsaux et des ventraux. Tarses
longs et minces, le protarse I un peu plus long
ou aussi long que le tibia, sauf chez les espèces
néo-zélandaises, où il est un peu plus court.
Protarses II-III subégaux à leurs tibias ou un peu
plus courts. Microchètes tarsaux disposés en
rangées régulières, macrochètes ventraux courts,
largement séparés les uns des autres. Griffes
minces, courtes, avec une ou plusieurs spinula-
tions basales.
Ailes (fig. 440) nettement plus courtes que le
corps, relativement étroites, tachées de brun ou
non. Pas de macrotriches sur la membrane, sauf
dans la région du champ anal, où ils sont rares et
dressés. Costale longue, se terminant peu avant
l’apex de l’aile, dépassant nettement l’embou¬
chure de R5. Sc relativement longue, se termi¬
nant le plus souvent au niveau de l’apex de la
cellule basale, avant celle-ci seulement chez C.
hudsoni et tapleyi, après l’apex chez C. pendlebu¬
ryi. Sc2 absente ou réduite à une trace proche de
la transverse humérale, plus distincte chez C.
flavicorne et funereum, où elle se situe vers le
niveau du milieu de la cellule basale. RI subrecti¬
ligne, plus courte chez les espèces australes, où
elle est inférieure aux deux tiers de la distance
comprise entre la transverse humérale et l’apex
de l’aile. R4 + 5 longue, en continuité avec R. R4
présente, oblique, courte, son apex proche de
celui de RI. Fusion radiomédiane courte, sub¬
égale au pétiole de la fourche médiane ou plus
courte, un peu plus longue chez C. racovitzai.
Cellule basale très légèrement divisée par la base
de M, présente sous forme de pli sclérifié. Toutes
les nervures basses atteignant la marge de l’aile.
Cul b régulièrement courbée, Cu2 plus ou moins
distincte. Anale longue, atteignant la marge
alaire ou interrompue très peu avant, davantage
chez C. pendleburyi.
Ciliation, face dorsale : C, RI, R4 + 5, R5,
quelques macrochètes sur l’anale. Face ventrale :
toutes les nervures nues sauf la costale.
Abdomen fortement aplati, régulièrement ré¬
tréci à la base et à l’apex chez le mâle, où les
segments médians sont à peine plus larges que les
autres. Au contraire, chez la femelle, progressive¬
ment élargi de la base vers l’apex, puis segment
prégénital brusquement rétréci ; ainsi, les seg¬
ments V-VI plus du double de la largeur du
premier. Dernier segment génital apparent : VII
chez le mâle, apex du VII seulement chez la
femelle. Un sclérite intercalaire entre les stemites
I et II. Chez le mâle, tergite VIII court, trans¬
verse, au plus inférieur de moitié au stemite, et
cilié seulement à l’angle latéropostérieur.
Genitalia mâles (fig. 441-444, 454-489). —
Tergite IX grand, non transverse, concave à
l’apex (fig. 456, 459, 462, 465) dans le groupe
lineatum, formé des espèces holarctiques et de C.
pendleburyi (voir p. 500), encoché à la base dans
le même groupe ainsi que chez C. bimaculatum
et, légèrement, chez C. leucoceras (fig. 482, 485).
Stemite IX absent ou fusionné. Segment X
relativement bien développé par rapport au
tergite IX, mais proportionnellement plus petit
chez les espèces néo-zélandaises examinées. Dans
le groupe lineatum, l'hypoprocte est petit et
bilobé et porte des cils courts (fig. 455, 458, 461,
464). Chez les espèces chiliennes, il est prolongé
en un long processus bifurqué (fig. 472-473),
muni ou non de soies modifiées. Chez les espèces
néo-zélandaises, il est allongé dorsoventralement
en deux lames latérales sclérifiées et dénudées,
sauf à l’apex (fig. 488-489). Cerques élargis et
aplatis chez les espèces holarctiques ; C. leucoce¬
ras et C. bimaculatum se distinguent par la
présence d’un petit sclérite additionnel entre les
cerques (fig. 482, 485).
Gonocoxopodites presque entièrement séparés
ventralement par une zone membraneuse de
largeur variable. Synsclérite largement rebordé
dorsalement de part et d’autre du tergite IX, la
face dorsale reliée à la ventrale par un pont
sclérifié et cilié entourant la base des gonostyles.
Tube gonocoxal de longueur moyenne, sauf chez
C. racovitzai, où il est particulièrement long
(fig. 458), et C. pendleburyi, où il est au contraire
plus court (fig. 464). Synsclérite dépourvu de
soies modifiées ou de zones à ciliation plus
serrée. Gonostyles simples, à insertion latérale,
courts, sauf chez C. racovitzai, où ils sont
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
197
presque aussi longs que le tube gonocoxal (fig.
458). Apex et bord dorsal ou interne plus ou
moins fortement armés de petites dents scléri-
fiées en nombre variable. Gonostyles nettement
courbes chez les espèces néo-zélandaises (fig. 474,
477, 480, 483).
Dans le groupe de l’espèce-type, phallosome
petit, n’occupant que la moitié ou un peu plus de
la cavité du synsclérite, et distiphallus membra¬
neux. Apodèmes gonocoxaux relativement larges
mais peu sclérifiés chez C. lineatum (fig. 443)
et racovitzai, plus fortement sclérifiés chez C.
johannseni et pendleburyi. Paramères dorsaux
bien sclérifiés, minces, sinueux en vue dorsale
chez C. lineatum et pendleburyi. À l’apex, les
paramères dorsaux sont élargis et réunis par une
bandelette transverse prolongée en deux pointes
postérieures, très petites chez C. racovitzai, parti¬
culièrement bien développées, au contraire, chez
C. johannseni. Paramères dorsaux et ventraux
reliés latéralement par une lame peu sclérifiée.
Apodème éjaculateur court chez l’espèce-type et
C. racovitzai, plus fort et plus long chez les deux
autres espèces. C. pendleburyi se distingue en
outre par la présence de larges lobes auriculaires
dorsaux en position préapicale.
Chez les espèces chiliennes et néo-zélandaises,
le phallosome est mieux développé et occupe
toute la longueur de la cavité hypopygiale. Les
paramères dorsaux sont réunis à l’apex par une
bande sclérifiée plus large (cf. fig. 486-487).
Latéralement les paramères dorsaux et ventraux
sont réunis par une lame bien sclérifiée, comme
l’est aussi l’apodème éjaculateur. Chez C. flavi-
corne, les apodèmes gonocoxaux forment une
large lame très sclérifiée. Ils ne diffèrent pas du
groupe lineatum chez les autres espèces australes.
Le phallosome des espèces néo-zélandaises se
distingue par la présence de cornes apicales
recourbées ventralement, longues chez C. bima-
culatum, tapleyi et hudsoni (fig. 487), courtes chez
C. leucoceras, où elles sont recourbées à 90°.
L’apodème éjaculateur est fortement sclérifié
chez C. hudsoni. Les quatre espèces examinées se
séparent de toutes les autres par le fait que les
paramères ventraux sont prolongés par deux
bras basaux qui atteignent le bord basal du
synsclérite gonocoxal.
Genitalia femelles (C. lineatum, fig. 445-
446). — Presque entièrement invaginés dans le
segment VII, dont ne dépassent dorsalement que
le tergite X, l’apex du stemite X et les cerques.
ventralement l’apex du stemite VIII. Tergite VIII
invaginé, membraneux. Stemite VIII entièrement
divisé en deux longitudinalement, seule la partie
apicale ciliée. Tergite IX membraneux, sternite
IX peu sclérifié, totalement interne. Tergite et
sternite X relativement mieux développés que
chez Keroplatus, le sternite X nettement visible à
l’extérieur. Cerques allongés, uniarticulés. Ovi-
ducte médian long et mince, atteignant la base
du segment VIL Oviductes latéraux non cuticu-
laires. Sur les deux femelles de C. lineatum
disséquées et colorées, une seule spermathèque,
sphérique. Deux spermathèques chez l’autre espèce
examinée sur ce point, C. funereum.
Larve. — Une seule espèce de Cerotelion est
connue à l’état larvaire, C. lineatum, dont la
larve a été décrite plus ou moins en détail par
Brauer (1883), Mansbridge (1933), Madwar
(1937), Trifourkis (1978) et Plachter (1979b).
Les principales différences morphologiques et
éthologiques entre Cerotelion et Keroplatus ont
été mises en évidence par Matile & Burghele-
Balacesco (1969) et Matile (1971). La descrip¬
tion qui suit est une synthèse de ces diverses
données, desquelles j’ai extrait principalement
les caractères susceptibles d’être de significa¬
tion générique, et de mes propres observations
inédites.
Larve IV (habitus : fig. 447). — De grande
taille (en moyenne, longueur = 24,6 mm ; lar¬
geur = 1 ,65 mm) ; formée, outre la tête et les
trois segments thoraciques, de neuf segments
abdominaux, contrairement à ce qu’indique Mad-
Fig. 447. — Cerotelion lineatum (F.), larve dans sa toile.
Modifié de Plachter (1979a).
Source : MNHN, Paris
198
LOÏC M ATI LE
war, qui n’en donne que huit. Cette erreur
provient sans doute de la fine segmentation
secondaire qui masque la segmention réelle sur
les segments abdominaux I à VIII ; cette segmen¬
tation secondaire est moins accentuée sur les
segments I et IX. La surface ventrale de la larve
vivante est aplatie, sa surface dorsale est con¬
vexe ; cette différence n’est pas visible sur le
matériel fixé.
Comme Plachter l’a montré, cette larve est
propneustique : les stigmates abdominaux sont
fermés. Plachter n’a pas fourni de données sur
le stigmate prothoracique de C. lineatum ; il est
simple, composé d’un anneau non sclérifié, invi¬
sible sans coloration en microscopie à transmis¬
sion. Sa lumière a environ 0,01 mm de diamètre
et donne dans une trachée : ce stigmate est donc
fonctionnel.
Tête (fig. 448-449). — De forme quadrangu-
laire, en grande partie rétractile dans le premier
segment thoracique. De couleur jaune brunâtre,
sauf les socles antennaires, les pièces buccales et
les marges ventrales et postérodorsales des gènes,
qui apparaissent en noir ou brun-noir. Incisions
génales postérodorsales distinctes, étroites et
relativement profondes : ventralement, gènes ne
se rapprochant que sur un espace punctiforme.
Pont tentorial non sclérifié, mais complet, con¬
trairement à ce qu’indique Trifourkis. Clypéo-
frons large, subtriangulaire, séparé complète¬
ment par une suture de la région labrale en
avant, n’atteignant pas en arrière le niveau de la
marge postérieure des gènes ; pas de suture
coronale distincte. Antennes grandes, en verre de
montre aplati. Stemmates réduits à une tache
oculaire sombre, ventrale, située immédiatement
en arrière des antennes.
Labre (fig. 452) relativement petit, membra¬
neux, soutenu en arrière par un sclérite étroit.
Un lobe médian, incisé à l’apex sur la ligne
médiane, ses limites latérales moins nettes que
chez Keroplatus. De nombreux filaments hyalins
apicaux et quelques sensilles dorsales. Ventrale¬
ment, aspect fortement sétuleux dû à d’épaisses
touffes de filaments non sclérifiés. Épipharynx
membraneux, portant de courtes rangées de
spinules et soutenu par un sclérite postérieur
en U. Prémandibules bien développées, avec
6-8 dents recourbées.
Mandibule (fig. 451) rectangulaire, face dorsale
convexe, face ventrale plus aplatie. Dernière dent
apicale de direction opposée à celle des autres
dents, mais ne formant pas un véritable dias-
tema. Face dorsale denticulée à l’apex. Prostheca
bien développée. Maxille (fig. 450) : stipes à
apophyse courte, représentant environ le quart
de la partie distale. Suture maxillaire distincte,
lobe maxillaire bordé d’une rangée de dents fines
et portant une protubérance marginale non
sclérifiée ; deux sensilles circulaires et deux tri-
choïdes. Palpe maxillaire membraneux, denté à
l’apex, portant des sensilles circulaires et tri-
choïdes. Cardo triangulaire, avec deux longues
soies claires le long de la marge antérieure.
Cadre hypopharyngien réduit, membraneux sur
la plus grande partie de sa longueur. L’ensemble
labium-hypopharynx est représenté figure 453.
Thorax. — Segments rectangulaires, lisses et
subégaux, peu pigmentés. Une paire de stigmates
simples sur le prothorax (c/. ante).
Abdomen. — Segment I peu annelé et moins
coloré que les suivants, ceux-ci fortement annelés
et ornés de bandes circulaires de pigment rouge
violacé. Pas de bourrelets locomoteurs, mais les
segments I-VIII avec 8 à 12 rangées de spinules
serrées, disposées en groupes plus ou moins
réguliers ; également des rangées plus courtes de
spinules élargies et aplaties, et des groupes de
spinules triangulaires. Anus en position termi¬
nale, encadré de deux paires de papilles.
Biologie. — La biologie de C. lineatum a
été étudiée relativement sommairement par les
auteurs énumérés plus haut. Les renseignements
les plus détaillés sont ceux donnés par Mans-
bridge (1933). La larve de cette espèce se
rencontre dans des biotopes très humides et peu
ventilés, surtout dans et sous les troncs d’arbres
en état de pourriture avancée, partiellement
détruits par les champignons et fortement im¬
prégnés d’humidité. L’espèce a notamment été
élevée, dans ces conditions, sur Auricularia me-
senterica (Edwards, 1925 ; Madwar, 1937),
Serpula lacrymans (Sharp, in Kjdd, 1962) et
Stereum rugosum (Trifourkis, 1977). Hutson,
Ackland & Kidd (1980) la citent encore comme
vivant parfois dans les maisons, peut-être asso¬
ciée à la mérule (c’est peut-être à cette associa¬
tion que se rapporte la présence de C. lineatum
dans les caves étayées du Château-des-Ducs, à
Nantes, que je rapportais dès 1959).
Les larves peuvent être relativement proches
les unes des autres, et même parfois partager une
partie de leur toile, encore qu’elles ne puissent
être qualifiées de grégaires comme celles de
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
199
Fig. 448-453. — Cerolelion lineatum (F.), larve, tête : 448, vue dorsale ; 449, d°, vue ventrale ; 450, stipes de la maxille, vue
ventrale ; 451, mandibule, vue ventrale ; 452, labre, vue dorsale ; 453, sclérites du labium-hypopharynx, vue ventrale.
Source : MNHN, Paris
200
LOÏC MATILE
Fig. 454-462. — Genitalia mâles des Cerotelion holarctiques : 454, C. lineatum (F.), gonostyle, vue latérale ; 455, d°,
hypopyge, vue ventrale ; 456, d°, tergite IX et proctigère, vue dorsale ; 457, C. racoviizai Mat. & Burgh.-Bal., gonostyle,
vue latérale (paratype) ; 458, d°, hypopyge, vue ventrale ; 459, d°, tergite IX et proctigère, vue dorsale ; 460, C.
johannseni (Fish.), gonostyle, vue latérale; 461, d°, hypopyge, vue ventrale; 462, d°, tergite IX et proctigère, vue
dorsale.
Ciliation des gonostyles et de l’ensemble tergite IX-proctigère non représentée.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
201
Fig. 463-473. — Genitalia mâles des Cerotelion orientaux et chiliens ; 463, C. pendleburyi n. sp., gonostyle, vue latérale
(holotype) ; 464, d°, hypopyge, vue ventrale ; 465, d°, tergite IX et cerques, vue dorsale ; 466, C. funereum (Freem.),
gonostyle, vue latérale; 467, d°, hypopyge, vue ventrale; 468, d°, tergite IX et proctigère, vue dorsale; 469, C.
flavicorne (Freem.), gonostyle, vue latérale; 470, d°, hypopyge, vue ventrale; 471, tergite IX et proctigère. vue
dorsale; 472, C. funereum, hypoprocte, vue ventrale; 473, C. flavicorne, d°.
Ciliation des gonostyles et de l’ensemble tergite IX-proctigère non représentée.
Source : MNHN, Paris
202
LOÏC MATILE
Keroplatus reaumurii et tipuloides. La toile est
abondante, profuse, peu organisée, et peut par¬
fois occuper des cavités considérables : Mans-
bridge cite ainsi 15,25 x 2,5 x 3,8 cm. Les
gouttes de salive fixées sur les fils atteignent un
diamètre de 2 mm en moyenne. Le réseau s’étend
dans les trois dimensions (Matile & Burghele-
Balacesco, 1969), s’opposant en cela à celui des
Keroplatus. Cependant, Mansbridge cite une
toile laminaire exceptionnelle atteignant 30 cm2 ;
il est permis de se demander si l’auteur britan¬
nique n’a pas eu ici affaire à une colonie mixte
renfermant C. lineatum et un Keroplatus du
groupe testaceus, comme j’en ai parfois rencontré
dans la nature, en l’occurrence avec K. reaumurii
(France : Richelieu, Indre-et-Loire ; Iran : Gor-
gan, Assalem, cf. p. 271). Mansbridge cite
également un cas de cannibalisme occasionnel.
FlG' 47,t479- — Genitalia mâles des Cerotelion néo-zélandais {part.) : 474, C. hudsoni (Marsh.), gonostyle. vue latérale ; 475
d , hypopyge, vue ventrale ; 476, d°, tergite IX et proctigère ; 477, C. tapleyi Edw., gonostyle. vue latérale ; 478, d“,
hypopyge, vue ventrale ; 479, d°, tergite IX et proctigère, vue dorsale.
Ciliation des gonostyles et de l’ensemble tergite IX-proctigère non représentée.
Source : MNHN, Paris
LES K.EROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
203
Séguy (1940) affirme que la larve est zoophage
«et peut attaquer de petits Isopodes ou des
Collemboles ». Ceci repose sur une lecture hâtive
de Mansbridge, qui dit n’avoir qu’en deux
occasions trouvé des animaux dans les toiles de
Cerotelion : Trichoniscus pusillus, Porcellio sca-
ber et un Collembole indéterminé. Mansbridge
ajoute : « In neither case was there definite
evidence of their being eaten ». Par contre ce
même auteur a fréquemment observé des larves
se nourrissant sur les mycélium. Au laboratoire,
ces larves ont refusé, et même évité les petits
insectes et les Enchytréides disposés sur le che¬
min, mais se sont volontiers nourris de larves
mortes d’insectes. La zoophagie, en l’occurrence,
semble réduite à l’éventuelle attaque d’une proie
dans l’incapacité de se mouvoir, puisque le cas de
cannibalisme cité par Mansbridge concerne une
larve ayant dévoré une nymphe.
La nymphose a lieu sans cocon, à l’abri d’une
toile plus serrée formant un toit ovale. En
Grande-Bretagne, au laboratoire et en juin,
Mansbridge a obtenu l’éclosion des imagos en
11 jours. Je l’ai eue en six jours à Richelieu
(Indre-et-Loire), au mois d’août.
Répartition. — Régions holarctique, néotropi-
Fig. 480-485. — Genitalia mâles des Cerotelion néo-zélandais (part.) : 480, C. leucoceras (Marsh.), gonostyle, vue latérale ;
481, d°, hypopyge, vue ventrale ; 482, d°, tergite IX et proctigère, vue dorsale ; 483, C. bimaculatum Tonn., gonostyle,
vue latérale ; 484, d°, hypopyge, vue ventrale ; 485, d°, tergite IX et proctigère, vue dorsale.
Ciliation des gonostyles et de l’ensemble tergite IX-proctigère non représentée.
Source : MNHN, Paris
204
LOÏC MATILE
cale (sous-région chilienne), australasienne (Nou¬
velle-Zélande) et orientale (Malaisie).
Matériel examiné. — Toutes les espèces dé¬
crites sauf C. dendyi (Marshall), niger Tonnoir
et vitripennis Tonnoir, toutes trois de Nouvelle-
Zélande. Également l’espèce malaise décrite ci-
dessous.
Cerotelion pendleburyi n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 3,5 mm.
Teinte générale rousse. Calus ocellaire brun,
ocelles externes éloignés de la marge oculaire par
un peu moins de leur propre diamètre. Antennes :
scape et pédicelle jaunes, le scape avec un bec
très faible. Face et palpes jaunes, ces derniers
très courts.
Scutum roux, portant deux minces bandes
longitudinales brunes, élargies sur les calus hu¬
méraux, fusionnées avant le scutellum. Pas de
soies scutellaires discales, une rangée de margi¬
nales serrées. Médiotergite dénudé, non saillant
en arrière du scutellum. Pattes jaunes, les épe¬
rons concolores mais brunis par la pilosité.
Hanches II-III légèrement brunies à la face
externe, les III avec 2-3 soies postérieures. Pro¬
tarse I à peine plus long que le tibia (7 : 6,5).
Ailes jaunes, la marge antérieure brunie jus¬
qu’à la nervure R5. Costale dépassant fortement
R5 mais se terminant avant l’apex de l’aile. Sous-
costale longue, se terminant au niveau de l’apex
de la fusion radiomédiane ; sc2 absente. Fusion
radiomédiane bien plus courte que le pétiole de
la fourche médiane (0,5 : 3). R4 + 5 bien plus
longue que R5, en continuité avec elle. Anale
interrompue avant la marge de l'aile. Cu 1 b avec
quelques cils basaux, anale ciliée sur presque
toute la longueur.
Abdomen roux, les segments VII-VIII et
l’hypopyge brun. Tergite VIII en bande étroite.
Hypopyge (fig. 463-465) : tergite IX hexagonal,
concave à l’apex. Cerques moins larges que chez
C. lineatum. Hypoprocte pas plus long que les
cerques, cilié à l’apex, où il est légèrement
échancré. Gonocoxopodites en tubes courts, le
pont sclérifié entourant la base des gonostyles
étroit. Fente gonocoxale étroite. Gonostyles de
longueur moyenne, à dents dorso-intemes petites
et inégales, une apicale et une préapicale plus
fortes. Phallosome petit. Apodèmes gonocoxaux
peu élargis, fortement sclérifiés. Paramères dor¬
saux bien sclérifiés, élargis en deux lobes auricu-
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
205
laires préapicaux, des pointes apicales distinctes.
Paramères ventraux bien sclérifiés, surtout en
arrière. Apodème éjaculateur fort et long.
Holotype mâle : Péninsule malaise : Selangor,
Bukit Kutu, 3 500 ft., 7.09.1924 (H.M. Pendle-
bury). Holotype au British Muséum (Nat. Hist.),
Londres. L’espèce est dédiée à son inventeur,
lépidoptériste et grand récolteur d’insectes en
Malaisie. Elle appartient au groupe lineatum, au
sein duquel on la reconnaîtra notamment par la
longueur de la sous-costale et de l’anale, ainsi
que par les caractères génitaux.
Genre Ctenoceridion Matile
Ctenoceridion Matile, 1972b : 167. Espèce-type : Ctenoceridion freemani Matile, 1972b, par
désignation originale.
J’ai proposé ce genre pour une espèce d’Afrique
du Sud dont je soulignais qu’en dépit de ses
antennes pectinées, elle avait des affinités avec
Heteropterna Skuse (voir aussi Matile, 1981c).
Matile & Duret (1987) ont ensuite fait con¬
naître l’existence du genre dans la région néotro¬
picale, où il est représenté par une espèce mexi¬
caine, Ct. inexpectatum, pour laquelle ils établis¬
saient le sous-genre Gymnoceridion. J’ai pu exa¬
miner récemment une espèce de Ctenoceridion s.
str. du Sulawesi, décrite ci-dessous sous le nom
de Ct. wallacei. Cette espèce, qui ne m’était pas
connue au moment de la rédaction de ma thèse,
ni de la note de 1987, permet non seulement
d’étendre la répartition du genre à la région
orientale, mais aussi d’en émender la diagnose de
quelques caractères.
Sous-genre Ctenoceridion s. str.
S (habitus : fig. 490) Ç. — Tête (fig. 491-492)
arrondie, peu aplatie chez l’espèce-type, très
nettement chez Ct. wallacei, un peu plus large
que haute. Occiput saillant au-dessus des yeux
(espèce-type), ou les dépassant à peine (Ct.
wallacei ), couvert de courtes soies couchées, les
ventrales plus longues. Trois ocelles, le médian
beaucoup plus petit que les latéraux, puncti¬
forme, les latéraux de taille moyenne, éloignés de
la marge oculaire par plus du triple de leur
propre diamètre. Ocelle médian situé un peu en
avant des latéraux. Calus commun trituberculé,
prolongé en arrière par un court sillon sagittal.
Yeux grands, occupant plus de la moitié, mais
moins des deux tiers, de la face latérale de la
tête, chez l’espèce-type, occupant presque toute
cette face chez Ct. wallacei ; largement mais
peu profondément encochés au-dessus de la base
des antennes. Pilosité oculaire bien développée.
Front large, un sillon médian large et peu
profond, deux calus latéraux bien distincts ;
tubercule frontal court. Chez l’espèce-type, an¬
tennes pectinées, de 2+14 articles. Scape pro¬
longé ventralement par un bec court ; pédicelle
discoïde, sans bec. Mâle : flagellomères 1 à
12 longuement pectinés ventralement, 13 à pecti-
Source : MNHN, Paris
206
LOÏC MATILE
nation courte, 14 non pectiné mais large et
arrondi à l’apex (fig. 493). Femelle : pectina-
tions bien plus courtes, flagellomères 13 et 14
larges mais non pectinés (fig. 494). Dans les deux
sexes, des macrochètes dorsaux bien développés
et des ventraux apicaux courts et spiniformes,
en nombre décroissant de la base vers l’apex
(fig. 495). Chez Ct. wallacei (mâle seulement),
pédicelle avec un bec prononcé, et flagellomère 13
pas vraiment pectiné, seulement légèrement pro¬
longé ventralement sous le 14. Face dénudée,
large chez l’espèce-type, fortement rétrécie chez
Ct. wallacei, en grande partie membraneuse, ses
limites peu distinctes. Clypéus cilié, saillant, mais
dépassant à peine le bord antérieur des yeux.
Trompe réduite, ne dépassant pas le bord ventral
des yeux. Labre et hypopharynx membraneux.
Labelles courtes, en lame ciliée à la face externe,
membraneuse à la face interne. Palpes très
réduits. Palpifère petit, sclérifié et cilié en dehors,
membraneux en dedans. Un seul palpomère, glo¬
buleux, plus court que les labelles, membraneux
à la face interne, sans crypte sensorielle visible.
Thorax (fig. 496) peu arqué. Prothorax nor¬
mal, rétréci sur la ligne médiane. Prostemum peu
saillant, cilié sur les côtés. Angle postéroventral
du proépimère situé au-dessous de la suture
anapleurale. Scutum à pilosité serrée, uniformé¬
ment répartie, plus longue latéralement et dans la
région préscutellaire. Scutellum bien développé,
semi-circulaire, chez l’espèce-type, plus étroit
chez Ct. wallacei ; portant de nombreuses soies,
les marginales longues, les discales plus courtes.
Médiotergite dénudé, saillant, anguleux, mais ne
dépassant pas en arrière le niveau de l’apex du
scutellum. À la base, sous celui-ci, une grande
aire triangulaire membraneuse, s’étendant sur la
moitié de la hauteur du médiotergite chez l’es¬
pèce-type (fig. 497) sur un peu plus chez Ct.
wallacei. Pas de soies scabellaires. Pleures entiè¬
rement dénudées sauf le proépisteme, et quelques
minuscules mésanépistemales dorsales. Une pro¬
fonde fissure anépistemale ; anépisteme séparé
du mésépimère par une zone membraneuse dor¬
sale. Suture médiopleurale fortement anguleuse,
fosse médiopleurale bien distincte. Latérotergite
fortement saillant, son grand axe très oblique.
Mésépimère relativement peu rétréci ventrale¬
ment. Métépisterne bien plus large que haut.
Pattes. — Hanches de longueur moyenne, les
II-III plus courtes que les I. Hanches I ciliées à la
face antérieure et sur la plus grande partie de la
face externe, également des soies postérieures
apicales. Hanches II ciliées à la face antérieure et
sur une grande partie de la face externe, III sur
l’arête postérieure, la ciliation débordant sur la
face externe. Pas de soies postérieures II-III.
Fémurs normaux, pilosité couchée, les soies
ventrales un peu plus longues que les dorsales.
Tous les fémurs avec une étroite bande dénudée
ventrale. Tibias régulièrement élargis de la base
vers l’apex, les postérieurs plus fortement. Mi-
crochètes tibiaux irrégulièrement disposés. Peigne
tibial I hyalin, invisible sans préparation micros¬
copique ; pas de zone sensorielle. Tibia II avec
quelques soies entre les éperons et un peigne
postérieur grand, mais hyalin et peu visible.
Tibia III avec la série complète des trois peignes,
également hyalins, quoique bien visibles. Chez
Ct. wallacei, les deux exemplaires disponibles
sont mutilés, et les tibias II manquent ; peigne I
jaune, bien visible, et au moins le peigne posté¬
rieur III noir. Éperons 1:2:2. Éperon I subégal
à la largeur apicale du tibia. Internes II-III à
peine plus longs, externes bien plus courts que
cette largeur. Chez Ct. wallacei, éperon interne
III environ double de la largeur apicale du tibia,
éperon externe subégal à cette largeur. Tibia I
sans macrochètes, II-III avec quelques dorsaux,
postérieurs et ventraux. Tarses courts ; protarse I
environ de même longueur que le tibia, les II-III
bien plus courts que leurs tibias respectifs,
notamment le protarse III, épaissi mais attei¬
gnant seulement la moitié de la longueur du
tibia. Protarses II et III portant des microchètes
disposés en rangées régulières, et fortement
spinuleux ventralement. Griffes mâles courtes et
épaisses, spinuleuses à la base et serrulées à
l’apex ; femelles : griffes courtes et minces dans la
moitié apicale, moitié basale spinuleuse.
Ailes (fig. 498) courtes et larges, la membrane
dépourvue de macrotriches en dehors du champ
anal, sauf quelques-uns entre M4 et Cul b.
Costale dépassant largement l’apex de R5 mais
n’atteignant pas l’extrémité de l’aile. Sc courte, se
terminant à peu près au niveau de la base du
pétiole de la fourche médiane; sc2 absente. RI
longue, R4 présente, courte, oblique, son extré¬
mité proche de celle de RI. R4 + 5 et R5
rectilignes, formant un angle prononcé, R5 beau¬
coup plus courte que R4 + 5. Cellule basale
petite, indistinctement divisée en deux par une
trace de la base de la médiane. Fusion radiomé-
diane plus courte que le pétiole de la fourche
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
207
Fig. 491-502. — Ctenoceridion ( Ct.) freemani Mat. : 491, tête, vue frontale ; 492, d°, vue latérale ; 493, mâle, antenne, d° ;
494, femelle, d° ; 495, apex d’une pectination antennaire, mâle, d° ; 496, thorax, hanches et segment abdominal I,
d° (ciliation scutale non représentée) ; 497, aire membraneuse sous-scutellaire, vue caudale ; 498, aile, face dorsale ;
499, hypopyge mâle, vue dorsale ; 500, d°, vue ventrale ; 501, terminalia femelles, vue latérale ; 502, d°, vue ventrale.
Source : MNHN, Paris
208
LOÏC M ATI LE
médiane. M2 interrompue avant la marge de
l’aile. Cul b peu courbée, anale complète.
Ciliation, face dorsale : C, RI, R4 + 5, R5,
quelques chétules sur la fusion radiomédiane et
quelques-uns, largement séparés, sur l’anale.
Chez Ct. wallacei, base de R4 + 5, fusion ra¬
diomédiane et anale dénudées. Face ventrale :
toutes les nervures nues sauf la costale.
Abdomen mâle de sept segments apparents
avant l’hypopyge, le VIII parfois visible à l’apex ;
cylindrique aplati, les stemites aussi bien déve¬
loppés que les tergites. Abdomen femelle égale¬
ment de sept segments prégénitaux, cylindrique
au niveau des deux premiers segments, conique
au III, puis fortement aplati dorsoventralement.
Un sclérite intermédiaire entre les sternites I-II.
Genitalia mâles (fig. 499-500, 503). — Ter-
gite IX bien développé, plus large que long, sa
marge basale renforcée par une sclérification en
arceau très distincte, qui se prolonge de chaque
côté par un processus recourbé dépassant large¬
ment la base des gonocoxopodites. Cerques pe-
Fig. 503. Ctenoceridion ( Ct.) wallacei n. sp., hypopyee
male, vue ventrale.
tits, ciliés en dehors ; hypoprocte un peu plus
long que les cerques, rebordé à la marge apicale,
cilié ventralement, et dorsalement au niveau du
rebord apical. Sternite IX absent ou fusionné.
Gonocoxopodites largement réunis ventrale¬
ment sur la ligne médiane, mais séparés à l’apex
par une encoche membraneuse et portant à ce
niveau des soies épaissies. Encoche membraneuse
courte et étroite chez l’espèce-type (fig. 500),
longue et triangulaire chez Ct. wallacei (fig. 503).
Dorsalement, gonocoxopodites rebordés, mais
largement ouverts. Marges dorsale et ventrale, de
chaque côté, reliées par un pont sclérifié en
bandelette mince, entourant la base des gono-
styles. Gonostyles à insertion ventrale, en forme
de demi-cylindre fermé à la face interne, les faces
dorsale et ventrale inégales, formant ainsi deux
lobes peu prononcés. Chez Ct. wallacei, gono¬
styles en lame aplatie. Phallosome de taille
moyenne, bien sclérifié dorsalement, les para-
mères dorsaux réunis en V à l’apex ; face
ventrale entièrement membraneuse.
Genitalia femelles (fig. 501-502 ; Ct. freemani
seulement). — Tergite VIII entièrement membra¬
neux. Sternite VIII de taille moyenne, divisé
sagittalement en deux lobes largement séparés,
presque entièrement recouvert ventralement par
le VII. Tergite et sternite IX non observés,
membraneux. Tergite X transverse, bien sclérifié
sauf au milieu, où il est fortement rétréci ; cilié,
sauf sur le disque. Cerques allongés, de grande
taille, uniarticulés. Sternite X bien développé,
ovale.
Larve et biologie inconnues.
Répartition. — Région afrotropicale (Afrique
du Sud) et orientale (Sulawesi).
Matériel examiné. — Les deux espèces con¬
nues.
Ctenoceridion (Ct.) wallacei n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 2,4 mm.
Tête : occiput noir à légère pruinosité argentée.
Antennes : scape brunâtre, pédicelle blanc ar¬
genté, sauf le bec, bruni ; flagelle brun, sauf la
base du premier flagellomère, blanc argenté, le
flagellomère 12, jaunâtre à prolongement ventral
brun clair, et les deux derniers flagellomères,
blanc argenté. Face, trompe et palpes jaunes.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
209
Thorax : prothorax jaune, largement bruni
latéralement. Scutum brun, marqué de trois
larges bandes longitudinales jaunes, la médiane
élargie en avant jusqu’aux calus huméraux et
renfermant une tache triangulaire antérieure brun-
roux. Scutellum brun, médiotergite jaune. Sclé-
rites pleuraux bruns, le katépisterne marqué
d’une large bande dorsale jaune.
Pattes : hanches I jaunes, brunies à la base de
la face externe ; hanches II-III brunes, les II
jaunies à la base. Fémurs et tibias jaunes, le
fémur III largement bruni à l’apex. Tarses I
jaunes, tarses III bruns.
Ailes jaunes, la marge antérieure brune à
l’exception de deux taches jaunes, située l’une
après l’apex de Sc, l’autre après celui de R4. De
plus, apex de l’aile, au-dessous de la bande
antérieure, légèrement bruni. Balanciers : pédi-
celle jaune, capitule bruni.
Abdomen : tergite I entièrement brun. Ter-
gites II-IV jaune clair, étroitement bordés de
brun à l’apex, et portant l'ornementation sui¬
vante : II avec la trace d’une étroite bande
postbasale brune ; III avec un chevron postbasal
brun ; IV avec une large bande postbasale brune.
Tergite V brun à bande basale jaune, tergites
suivants uniformément bruns. Sternites : I brun ;
II-III bruns avec deux grandes taches latérales
jaunes qui se rejoignent largement, à l’apex du
stemite, formant ainsi une bande transversale.
Sternite IV brun avec deux taches latérales
jaunes, ovales ; sternites suivants bruns. Hypo-
pyge (fig. 503) brun, l’apex des gonostyles jaunes.
Variations. — Le paratype a toutes les marques
brunes des tergites abdominaux II-IV sous la
forme de faibles et larges bandes ; taches ster¬
nales jaunes plus étendues.
Holotype mâle : NMW Indonesia Expédition
1985 (Project Wallace) NMWZ 1985.078. Sula-
wesi, Utara, Dumogo-Bone N.P., Toraut, 0°34' N,
123°54' E, 214 m. Malaise trap sample, forest
edge, Sungai Tumpah, 13-21.07.1985 (A. H. Kirk-
Spriggs). Un paratype mâle : d°, 21-23.07.1985.
Holotype au National Muséum of Wales, Car¬
diff, paratype au Muséum national d’Histoire
naturelle, Paris.
Sous-genre Gymnoceridion Matile & Duret
Gymnoceridion Matile & Duret, 1987 : 301. Espèce-type : Ctenoceridion ( Gymnoceridion ) inexpecta-
tum Matile & Duret, 1987, par désignation originale.
<J. — Diffère principalement de Ctenoceridion
s. str. par le prosternum dénudé, le scutellum
sans soies discales, les tibias II-III dépourvus
de macrochètes, l’absence de macrochètes spini-
formes sur les digitations ventrales des flagello-
mères antennaires, la face sclérifiée (fig. 505) et le
médiotergite saillant en arrière du scutellum.
Par ailleurs, le bec du scape de l’antenne est
plus court (fig. 504), tandis que le pédicelle est
pourvu d’un petit bec (absent chez Ct. freemani,
mais présent chez Ct. wallacei). Yeux aussi
développés que chez Ct. wallacei, et face aussi
étroite. Le latérotergite est moins oblique, l’aire
membraneuse sous-scutellaire est plus grande,
occupant les deux tiers de la hauteur du médio¬
tergite (fig. 506). Tibias III brusquement élar¬
gis à partir du tiers apical (fig. 508). Peignes
tibiaux non hyalins, au contraire sombres et bien
visibles, y compris celui du tibia antérieur.
Éperon tibial antérieur et éperons internes II-III
un peu plus longs que chez Ctenoceridion free¬
mani. Ailes plus vivement colorées à la marge
antérieure (fig. 507).
Les genitalia mâles (fig. 509-510) sont du
même type que dans le sous-genre nominatif,
mais le tergite IX est beaucoup plus long que
large. Les gonocoxopodites sont séparés ventra-
lement par une large zone membraneuse, et les
gonostyles sont en lame légèrement concave, très
inégalement séparée en deux lobes, l’un, dorsal,
large, l’autre, ventral, étroit, comme chez Ct.
wallacei.
Femelle, larve et biologie inconnues.
Répartition. — Région néotropicale (Mexique).
Matériel examiné. — L’espèce-type.
Source : MNHN, Paris
210
LOÏC MATILE
Fig. 504-510. — Ctenoceridion (Gymnoceridion) inexpectalum Mat. & Duret : 504, tête, vue latérale ; 505, d°, vue frontale ;
506, aire membraneuse sous-scutellaire, vue caudale ; 507, ornementation alaire ; 508, tibia et tarse III ; 509, hypopyge
mâle, vue ventrale; 510, tergite IX et proctigère, vue dorsale (ciliation non représentée).
D’après Matile & Duret (1987).
Genre Duretina n. gen.
Espèce-type : Platyroptilon dureti Lane, 1956.
Je propose ce nouveau taxon pour Platyropti¬
lon dureti Lane (n. comb.), espèce qui n’a
longtemps été connue que par Pholotype mâle,
capturé au Brésil, État de Minas Gérais, par
J. P. Duret. En 1965, L. Pena faisait parvenir à
celui-ci deux autres exemplaires, d’Ecuador : il
s’agissait en fait de deux femelles appartenant
peut-être à deux espèces différentes, aucune ne
correspondant très bien à la description originale
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
211
(Duret, 1979). J’ai pu depuis examiner quatre
mâles de P. dureti, deux de Trinidad et deux de
la Jamaïque, ainsi que Pholotype de Lane.
L’étude de ce dernier montre que la description
originale n’est pas très exacte. Ainsi, Lane
affirme que les microchètes tibiaux sont irrégu¬
lièrement disposés. L’holotype ne possède que la
paire de pattes antérieures et la patte postérieure
gauche : celle-ci a été collée sur une paillette, la
face interne vers le haut : les microchètes y sont
bien disposés irrégulièrement, mais ils sont en
rangées régulières à la face externe, comme chez
Platyroptilon. Un groupe de trois microchètes
anépistemaux a échappé à Lane et son dessin de
l’aile est inexact en ce sens que la sous-costale
dépasse nettement la base de R. Dans ces
conditions, je pense que la femelle du type a de
Duret, par la coloration et la nervation alaires,
correspond bien à dureti ; celle du type b
représente sans doute une espèce inédite.
Duret (1979) a déjà fait remarquer que P.
dureti n’avait probablement pas sa place dans le
genre Platyroptilon en raison des différences de
structure des genitalia mâles, des pectihations
antennaires moins développées, de la réduction
de l’angle anal, ainsi que de la disposition
irrégulière des microchètes tibiaux chez l’exem¬
plaire de Lane (mais on a vu que ce dernier
caractère correspondait à une imprécision dans
l’observation). Le nouveau genre Duretina se
distinguera de Platyroptilon par les caractères
suivants : pectinations antennaires moins longues ;
yeux très développés ventralement ; ailes vive¬
ment colorées ; Sc2 absente ; angle anal réduit ;
anépisterne cilié ; protarse I très allongé, attei¬
gnant le double de la longueur du tibia. Genitalia
mâles ; tergite IX moins large, laissant visible
dorsalement une bonne partie des gonocoxopo-
dites. Gonocoxopodites et sternite IX fusionnés,
mais le territoire de ce dernier visible sous forme
d’une aire triangulaire basale bien délimitée.
Gonostyles profondément bilobés, le lobe interne
garni de spinules apicales. Paramères dorsaux
bien développés et libres sur presque toute leur
longueur.
Derivatio nominis. — Le genre est dédié à mon
collègue et ami le Dr. José Pedro Duret,
éminent spécialiste des Mycetophiloidea néotro¬
picaux, qui en a le premier souligné l’originalité.
Genre : féminin.
3- — Tête (fig. 511-512) arrondie et aplatie,
presque aussi haute que large, un peu plus large
ventralement que dorsalement, en grande partie
occupée par les yeux, notamment les faces
latérales et ventrale. Occiput couvert de courtes
soies couchées, plus longues vers la marge ocu¬
laire et surtout sur le calus ocellaire. Trois
ocelles, le médian punctiforme, les latéraux bien
développés, éloignés du bord de l’œil par un peu
plus de leur propre diamètre. Calus ocellaire
bien délimité mais peu saillant. Yeux longue¬
ment, mais peu profondément échancrés au-des¬
sus de l’insertion des antennes ; ciliation courte et
serrée. Front large et nu, sillon frontal large mais
à bords mousses, calus frontaux peu développés.
Antennes (fig. 513) : scape et pédicelle petits, en
entonnoir, sans bec prolongé en avant. Flagello-
mères réduits à 11, le premier prolongé en bec
ventral, les 2 à 7 pectinés, les pectinations bien
moins longues que chez Platyroptilon ; flagello-
mères 8 à 11 simples, jaunes ou blancs, les 10-
1 1 partiellement fusionnés. Des macrochètes
dorsaux et ventraux sur tous les flagellomères,
également des latéraux sauf sur les pectinations.
Face très étroite, peu sclérifiée sauf médialement.
Clypéus peu saillant, ne dépassant pas le bord
antérieur des yeux, portant deux paires de
macrochètes. Trompe très réduite, à peine vi¬
sible. Palpes formés par le palpifère et un seul
petit palpomère, dressé en avant et portant une
crypte sensorielle ventrale et interne.
Thorax (fig. 514). — Prothorax peu développé,
recouvert dorsalement par le scutum sur la ligne
médiane. Prosternum couvert de macrochètes
couchés. Angle postéroventral du proépimère
situé au-dessous de la suture anapleurale. Scu¬
tum peu bombé, uniformément recouvert de
macrochètes serrés, courts, sauf aux marges
latérales et préscutellaires. Scutellum semi-cir¬
culaire, portant des soies discales courtes et
des apicales plus longues. Médiotergite dénudé,
anguleux arrondi, fortement saillant en arrière
du scutellum ; aire membraneuse sous-scutellaire
réduite. Pas de soies scabellaires. Pleures entière¬
ment nues sauf la propleure et l’anépisteme, ce
dernier avec seulement quelques soies dorsales ;
pas de fissure anépistemale. Suture médiopleu-
rale peu anguleuse, fosse médiopleurale pro¬
fonde. Latérotergite à grand axe moins oblique
que chez Platyroptilon, très saillant au-dessus
du métépisteme, ce dernier bien plus large que
haut, mais indistinctement séparé de la mem¬
brane coxopleurale.
Pattes. — Hanches subégales. Hanches I ci-
Source : MNHN, Paris
212
LOÏC MATILE
516
518
Fig. 511-518. — Duretina dureti (Lane) : 511, tête, vue frontale ; 512, d°, vue latérale ; 513, antenne mâle,_d° ; 514, thorax,
hanches et segment abdominal I, d° ; 515, aile, face dorsale ; 516, d°, ornementation ; 517, hypopyge mâle, vue ventrale ;
518, d°, vue dorsale.
liées sur la face antérieure et la plus grande partie
de la face externe, II sur la moitié ventrale de
l’antérieure et, en partie, de l’externe, III à la
marge ventrale de la face externe (fig. 514). Pas
de soies coxales postérieures. Fémurs normaux à
pilosité courte et couchée, les soies ventrales à
peine plus longues que les dorsales, sauf à l’apex.
Une large bande dénudée ventrale. Microchètes
tibiaux disposés en rangées régulières toutes
semblables, sauf sur la moitié basale ou plus de
la face interne. Tibia III progressivement élargi
de la base vers l’apex. Tibia I sans macrochètes,
ou bien une soie postérieure à peine saillante du
reste peut être considérée comme en étant un.
Tibias II et III avec une rangée de macrochètes
postérieurs sur le tiers apical. Éperons 1:2:2,
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE ; SYSTÉMATIQUE
213
l’antérieur petit, les moyens plus longs et sub¬
égaux, les postérieurs avec l’interne long et
l’externe réduit, ne dépassant pas la largeur
apicale du tibia. Peignes : tibia I avec un petit
peigne peu coloré mais distinct, II avec un peigne
externe formé de quelques macrochètes espacés
et un véritable peigne interne, III avec des
peignes interne et externe complets ainsi qu’un
petit peigne entre les éperons. Protarses à micro-
chètes disposés en rangées régulières, les II et III
avec une rangée postérieure et une rangée interne
de macrochètes, également régulières. Protarse I
double de la longueur du tibia, II égal au
tibia, III un peu plus court. Griffes longues,
épaisses et serrulées.
Ailes (fig. 515; ornementation : fig. 516)
étroites et allongées, presque aussi longues que
l’abdomen, lobes cubital et anal réduits. Colora¬
tion sombre à taches claires. Chez l’espèce-type,
pas de macrochètes dressés dans le champ anal,
mais chez « Platyroptilon dureti tipo b » de
Duret (1979), ces macrochètes présents ainsi
que, près de la marge, entre l’anale de Cul b,
Culb et M4. Costale prolongée jusqu’à l’apex de
l’aile, dépassant largement l’embouchure de R5.
Sous-costale se terminant un peu avant le niveau
de l’apex de la cellule basale (espèce-type) ou à
son niveau (Duretina « tipo b ») ; sc2 absente. R 1
longue, subrectiligne. R4 longue, peu oblique,
éloignée de l’apex de RI par plus de sa propre
longueur chez l’espèce-type, au contraire très
proche de RI chez Duretina « tipo b ». R4 + 5 et
R5 alignées, R5 bien plus courte que R4 + 5,
Cellule basale grande, non divisée en deux par
une trace de la médiane. Fusion radiomédiane
plus longue que le pétiole de la fourche médiane
chez l’espèce-type, aussi longue chez « tipo b ».
Culb fortement courbée à l’apex, Cu2 fine et
longue. Anale atteignant presque la marge alaire,
ax bien développée.
Ciliation, face dorsale; C, RI, R4 + 5, R5 ;
face ventrale ; toutes les nervures nues sauf la
costale.
Abdomen allongé, cylindrique, sept segments
prégénitaux visibles, pas de sclérite intercalaire.
Segment VIII entièrement dissimulé sous le VII,
le tergite court, le sternite un peu plus long que le
tergite.
Genitalia mâles (fig. 517-518). - — Tergite IX
grand, plus étroit à l’apex qu’à la base, ne
recouvrant pas complètement la face dorsale des
gonocoxopodites. Segment X formé de deux
cerques dorsaux courts et bien sclérifiés et d’un
hypoprocte ventral également bien sclérifié.
Gonocoxopodites entièrement fusionnés ven-
tralement, formant un seul grand synsclérite
subquadrangulaire, légèrement échancré et ta¬
bulé sur la ligne médiane ; entièrement ouvert
dorsalement, ne formant pas de tube ou de pont
sclérifié autour de la base des gonostyles. Ventra-
lement, une zone triangulaire basale bien déli¬
mitée par des sillons internes représente sans
doute le sternite IX. Gonostyles grands, à inser¬
tion latéroventrale, profondément divisés en deux
tabes, l’un ventral et interne, l’autre externe et
latéral. Lobe ventral large, muni de courtes
épines apicales ; lobe externe mince, terminé en
pointe, dépourvu de tangue soie apicale. Phallo-
some court, non prolongé dans les segments
abdominaux prégénitaux, largement membra¬
neux, mais une paire de paramères dorsaux longs
et fins, bien sclérifiés, libres sur presque toute
leur longueur, sauf à la base, où ils s’étendent en
deux bras verticaux ; pas de paramères ventraux.
Apodème éjaculateur court.
Genitalia femelles (d’après Duret, 1979, fig. 9
et 12) semblables à ceux des Platyroptilon.
Larve et biologie inconnues.
Répartition. — Région néotropicale à l’exclu¬
sion de la sous-région chilienne.
Matériel examiné. — Duretina dureti (Lane) et
un exemplaire dépourvu de genitalia, provenant
de Colombie, dont l’aile correspond à celle du
« tipo b » de Duret, mais sans macrotriches sur
la membrane (Institut Royal des Sciences Natu¬
relles, Bruxelles).
Source : MNHN, Paris
214
LOÏC MATILE
Genre Euceroplatus Edwards, emend.
Ceroplatus (Euceroplatus) Edwards, 1929c : 175. Espèce-type : Ceroplatus notaticoxa Senior-White,
1922, par désignation originale.
Euceroplatus : Matile, 1970c : 779.
Ce taxon a été créé par Edwards comme sous-
genre de Keroplatus, qui avait pour lui à cette
époque une très large acception, puisqu’il com¬
prenait tous les Keroplatinae à palpes réduits
sauf Platyroptilon Westwood. Edwards classait
dans ses Euceroplatus l’espèce-type, E. notati¬
coxa, de Sri Lanka, ainsi qu’£. bellulus Williston,
du Mexique, tout en faisant remarquer que le
prostemum était nu chez la première, cilié chez
la seconde. En 1931, il nomme une troisième
espèce proche selon lui d ’E. notaticoxa : innota-
tus, de Sumatra (Edwards, 1931c).
Fisher (1938) décrit sous le nom de Ceropla¬
tus fenestralis une espèce nord-américaine qu’elle
range dans le sous-genre Euceroplatus. Elle ra¬
mène ce taxon au rang de sous-espèce de Ke¬
roplatus fasciatus Garrett dans une publication
de 1941. Pour Fisher, dans ce travail, les Eucero¬
platus américains sont les suivants : fasciolus
Coquillett, fasciatus fasciatus Garrett, Fasciatus
fenestralis Fisher et bellulus Williston. Laffoon
(1965) accepte ce classement mais considère
fenestralis comme une espèce valide. Sauf bellu¬
lus, ces espèces américaines ont été rangées
récemment dans le genre nouveau Rocetelion
(Matile, 1988b). Lane (1948) fait connaître une
espèce brésilienne inédite qu’il baptise Ceroplatus
(Euceroplatus) singularis sans donner de raison
pour le choix de ce nom.
Ayant obtenu pour la première fois des ima¬
gos ex larvae, du Cameroun, j’ai élevé Euce¬
roplatus au niveau générique en me basant pour
ce faire sur des caractères morphologiques et
éthologiques (construction de la toile) (Matile,
1970c). Je plaçais dans ce genre les trois espèces
afrotropicales rangées dans les Cerotelion par
Tollet (1955) : alberti, congoensis et flavife-
moratus. J’ai décrit ensuite deux espèces de
Fernando Poo (Matile, 1973b) et une de Répu¬
blique Centrafricaine (Matile, 1974a), respecti¬
vement E. brevistylus, plokiophilus et incolumis.
Enfin Keroplatus rufus de Meijere, de Java, est
attribué à Euceroplatus par Colless & Liepa
(1973); il s’agit en fait d’un vrai Keroplatus.
J’ai pu examiner la plupart des espèces rangées
dans ce taxon, ainsi qu’un certain nombre pou¬
vant y être classées selon les clés existantes, et
encore inédites. Les caractères morphologiques,
en particulier génitaux, montrent que le genre
Euceroplatus tel qu’il est actuellement conçu
renferme divers groupes d’espèces qui ne sem¬
blent pas étroitement apparentés. E. notaticoxa
et quelques autres sont de gros insectes aux ailes
le plus souvent vivement colorées, dont les
genitalia mâles sont de type relativement primi¬
tif ; chez elles seulement, le prosternum est
dénudé, le protarse I allongé, au moins double de
la longueur de tibia, rarement un peu moins
long, et les microchètes tibiaux montrent plu¬
sieurs rangées plus serrées, formant des lignes
continues. Les espèces alliées à E. bellulus,
y compris E. innotatus, sont nettement plus
petites ; les ailes sont le plus souvent non ta¬
chées, les protarses III sont distinctement épais¬
sis. Les genitalia mâles sont du type Platyrop¬
tilon, comme l’a déjà fait remarquer Duret
(1974). Enfin, les espèces afrotropicales, de taille
moyenne, aux ailes fortement enfumées mais
sans taches bien délimitées, ont des genitalia
mâles d’un type si particulier qu’on ne peut pour
le moment les rapprocher d’aucun autre genre de
Keroplatini. J’ai proposé récemment (Matile,
1988a) d’établir pour elles le genre Tergostylus,
en leur ajoutant une nouvelle espèce de Côte
d’ivoire, Tergostylus couturieri.
Je suis amené à restreindre encore ici le genre
Euceroplatus aux seules espèces à prosternum
dénudé, protarse I très allongé et microchètes
tibiaux différenciés, en proposant le genre Seto-
stylus pour les espèces du groupe bellulus.
c ?$• — Tête (fig. 519-520) arrondie, aplatie
d’avant en arrière, plus large que haute. Yeux
grands, occupant les deux tiers de la face latérale
de la tête, non ou peu encochés au niveau de la
base des antennes ; pilosité serrée. Occiput légè¬
rement saillant au-dessus du bord dorsal des
yeux, couvert de courtes soies couchées, les
postoculaires dressées et plus longues. Trois
ocelles, les latéraux très grands, le médian petit,
tous trois situés sur un calus commun traversé
Source : MNHN, Paris
LES K.EROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
215
Fig. 519-529. — Euceroplatus notaticoxa (Sen.-Wh.) et paucimaculatus n. sp. : 519, E. notaticoxa , tête, vue latérale ; 520, d°,
vue frontale; 521, flagelle antennaire, vue latérale; 522, thorax, hanches et segment abdominal I, d°; 523, aile, face
dorsale ; 524, hypopyge mâle, vue latérale ; 525, d°, vue dorsale ; 526, d°, vue ventrale ; 527, phallosome, vue dorsale ;
528, E. paucimaculatus, terminalia femelles, vue latérale ; 529, d°, vue dorsale.
Source : MNHN, Paris
216
LOÏC MATILE
par un sillon profond se prolongeant un peu en
arrière du calus ; ocelle médian absent chez E.
bistylus n. sp., des Philippines, E. officiosus
n. sp., d’Australie, E. rivalis n. sp., des Iles
Salomon, et E. gressitti n. sp., de Nouvelle-
Guinée. Ocelles externes éloignés de la marge
oculaire par le double de leur propre diamètre,
par leur propre diamètre seulement chez une
espèce malaise, E. paucimaculatus n. sp. ; au
contraire, chez E. bistylus, officiosus, rivalis et
gressitti , ocelles latéraux bien plus petits que chez
les autres espèces et éloignés de plus du double
de leur diamètre. Front large et plat ; un sillon
frontal distinct sur toute la longueur ( E . hutsoni
n. sp.. Malaisie, E. cantrelli n. sp., Australie),
seulement à l’apex ( E . notaticoxa, paucimacula¬
tus) ou absent (E. fascipennis n. sp.. Malaisie,
E. rivalis, gressitti, officiosus, bistylus). Un tuber¬
cule frontal mince et dénudé. Antennes à scape
cylindrique, pédicelle en entonnoir sans bec anté¬
rieur plus long. Flagelle (fig. 521) élargi et aplati,
formé de 14 articles à pédoncule très court. Der¬
nier flagellomère non apiculé. Des macrochètes
dorsaux et ventraux, les dorsaux plus longs et
plus nombreux. Face étroite, peu sclérifiée, dénu¬
dée, sauf chez E. gressitti, où elle est saillante et
ciliée. Clypéus saillant, bien sclérifié, portant de
courtes soies sauf chez E. hutsoni et fascipennis,
où il est dénudé. Labre réduit à un petit lobe peu
distinct. Trompe très réduite, l’ensemble trompe-
palpes ne dépassant pas le bord inférieur des
yeux. Hypopharynx non sclérifié, ses limites
indistinctes, mais portant quelques soies senso¬
rielles visibles par transparence à travers le labre
(examiné chez l’espèce-type et E. cantrelli seule¬
ment). Labelles très courtes, peu sclérifiés, por¬
tant des macrochètes ventraux et apicaux. Palpes
réduits à un palpifère très petit et peu sclérifié et
à un palpomère lamelliforme, dressé en avant, la
face externe portant de très nombreuses cryptes
sensorielles, la face interne membraneuse ( E .
notaticoxa, cantrelli). Chez les seules femelles
connues (E. paucimaculatus et fascipennis), les
palpes sont bien développés, épais, aussi longs
que l’ensemble scape + pédicelle antennaire.
Thorax (fig. 522) peu arqué. Prothorax petit,
le postpronotum rétréci au milieu. Antéprono-
tum avec quelques soies courtes. Prostemum peu
saillant, dénudé, exceptionnellement avec quel¬
ques cils (holotype d’E. gressitti, du côté gauche
seulement). Angle postéroventral du proépimère
situé au-dessous de la suture anapleurale. Scu¬
tum à pilosité serrée, couchée, uniformément
répartie, les soies latérales plus longues, surtout
les préalaires. Scutellum semi-circulaire. Chez
l’espèce-type, toute la face dorsale portant de
fortes soies couchées, ces soies présentes, mais
plus fines, chez E. paucimaculatus -, disque scu-
tellaire dénudé chez les autres espèces. De nom¬
breuses soies scutellaires marginales dressées.
Médiotergite peu élevé, anguleux à l’apex, ne
dépassant pas en arrière l’apex du scutellum,
dénudé. Aire membraneuse sous-scutellaire ré¬
duite à une étroite bande transverse. Pas de soies
scabellaires. Pleures dénudées, sauf le proépi-
steme qui porte des soies courtes ; parfois de 1 à
3 soies anépistemales, ciliformes (E. rivalis, gres¬
sitti, bistylus). Anépisterne pratiquement plat,
pas de fissure anépisternale. Suture médiopleu-
rale fortement anguleuse, fosse médiopleurale
bien distincte. Mésépimère fortement réduit dans
son tiers ventral, métépisterne bien plus large que
haut, dénudé, latérotergite à grand axe fortement
oblique.
Pattes. — Hanches 1 plus courtes que les deux
autres, qui sont subégales entre elles (fig. 522).
Hanches I ciliées aux faces antérieure et externe,
II à la face antérieure sauf à la base, III sur la
partie postérieure de la face externe. Pas de soies
postérieures II-III. Fémurs normaux, à pilosité
couchée, de larges bandes dénudées subventrales.
Tibias légèrement et régulièrement épaissis de la
base vers l’apex, les microchètes disposés en
rangées régulières dont certaines, au moins sur
les II-III, foraient des lignes continues noires,
plus serrées. Éperons 1 : 2 : 2, les externes II-III
atteignant au plus la moitié de la longueur des
internes, ces derniers près de trois fois plus longs
que la largeur apicale des tibias, sauf chez E.
paucimaculatus, où ils ne dépassent pas le double
et où l’externe II est très réduit ; chez E.
officiosus, rivalis, bistylus et gressitti, éperon
externe II aussi très réduit, spiniforme, et l’in¬
terne pas plus long que la largeur apicale du
tibia ; éperons externes et interne III respective¬
ment inférieurs et subégaux au double de la
largeur tibiale. Tibia I avec un peigne antérieur
serré, distinct. Tibia II avec un petit peigne entre
les éperons et un peigne postérieur bien déve¬
loppé. Tibia III avec en outre un peigne anté¬
rieur. Tibia I sans macrochètes, II avec des
antérieurs et des postérieurs, III avec des antéro-
externes, des antéro-intemes et des postérieurs.
Seulement des macrochètes postérieurs II-III
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
217
chez E. hutsoni, fascipennis et paucimaculatus ;
chez E. officiosus, rivalis et gressitti des anté¬
rieurs et des postérieurs III et des postérieurs II
(quelques antérieurs basaux chez E. gressitti),
tandis qu’£. bistylus n’a que des postérieurs II, et
des antérieurs et postérieurs III. Protarse I très
allongé, environ double de la longueur du tibia,
atteignant 2,5 fois cette longueur chez E. officio¬
sus et le triple chez E. rivalis et gressitti, un peu
plus du triple chez E. paucimaculatus ; par
contre, chez E. hutsoni, protarse un peu plus
court que le double du tibia. Protarses II et III
plus courts que les tibias correspondants, sauf
chez E. paucimaculatus, bistylus, officiosus, rivalis
et gressitti, où les protarses II sont plus longs que
leur tibia. Des macrochètes ventraux espacés,
disposés en rangées régulières, sur les protarses.
Griffes fortes, épaisses et non serrulées chez les
mâles, plus fines et plus petites chez les femelles
connues.
Ailes (fig. 523, 537-541) courtes et étroites, le
lobe anal réduit, sauf chez E. hutsoni et fascipen¬
nis, le plus souvent vivement maculées de brun,
plus discrètement chez E. paucimaculatus, non
tachées chez E. bistylus, rivalis et gressitti ;
longueur subégale à celle de l’abdomen. Mem¬
brane alaire avec de nombreux et forts macro¬
chètes dans l’angle anal chez l’espèce-type, les
macrochètes fins et beaucoup plus rares chez les
autres espèces, absents chez E. cantrelli. Costale
se terminant au niveau de l’apex de l’aile et
dépassant largement l’apex de R5. Sc longue
mais n’atteignant pas le milieu du bord antérieur
de l’aile, se terminant au niveau de la base de la
fusion radiomédiane ou peu après. Sc2 plus ou
moins effacée, proche de h. RI longue et recti¬
ligne. R4 longue, oblique, se terminant sur la
costale plus près de l’apex de RI que sa propre
longueur, un peu plus loin chez E. paucimacula¬
tus et cantrelli. R4 + 5 et R5 formant une courbe
continue. Cellule basale non divisée en deux par
la base de la médiane. Fusion radiomédiane
double de la longueur du pétiole de la fourche
médiane chez l’espèce-type et E. cantrelli, un peu
plus longue que le pétiole chez E. fascipennis,
bistylus, officiosus et rivalis, égale à cette lon¬
gueur chez E. hutsoni, gressitti et paucimaculatus.
M2 et M4 interrompues un peu avant le bord de
l’aile. Cul b régulièrement courbée à l’apex chez
E. notaticoxa, cantrelli, hutsoni et fascipennis,
courbée en S chez les autres espèces ; inter¬
rompue un peu avant la marge, plus largement
chez E. rivalis. Anale prolongée presque jusqu’à
la marge chez E. notaticoxa, hutsoni, cantrelli et
Fig. 530-532. — Hypopyge mâle des Euceroplatus orientaux, vue ventrale (holotypes) : 530, E. bistylus n. sp. ; 531, E. hutsoni
n. sp. ; 532, E. fascipennis n. sp.
Source : MNHN, Paris
218
LOÏC MATILE
fascipennis, interrompue bien avant celle-ci chez
les autres espèces, surtout E. gressitti et officio-
sus.
Ciliation, face dorsale : C, RI, R4 + 5, R5.
Face ventrale : toutes les nervures nues sauf C.
Abdomen mâle cylindrique, sept segments
apparents, seule la marge postérieure du VIII
visible avant les genitalia. Abdomen femelle
aplati, sept segments prégénitaux apparents. Pas
de sclérite intermédiaire entre les stemites I-II.
Genitalia mâles (fig. 524-527, 530-536). —
Tergite IX bien développé, trapézoïdal, ovoïde
ou triangulaire à angles arrondis, parfois forte¬
ment rétréci dans sa moitié apicale (E. cantrelli),
pourvu de nombreuses soies courtes. Sternite IX
absent ou fusionné. Cerques bien développés,
ciliés à la face externe, atteignant au moins la
moitié de la longueur des gonostyles. Hypo-
procte petit et bien plus court que les cerques,
entièrement membraneux, chez l’espèce-type ;
plus grand, sclérifié à l’apex, chez les autres
espèces, où il porte des soies apicales.
Gonocoxopodites presque entièrement fusion¬
nés ventralement chez E. notaticoxa, bistylus,
officiosus, gressitti et rivalis, presque entièrement
séparés par une étroite zone membraneuse ven¬
trale sagittale chez E. hutsoni et fascipennis, cette
zone n’intéressant que la moitié apicale chez E.
cantrelli. Quelques soies apicales plus fortes,
spiniformes, de part et d’autre de la ligne
médiane. Marge gonocoxale rebordée dorsale-
ment, visible de part et d’autre du tergite IX. Pas
de pont sclérifié reliant les deux faces autour de
la base des gonostyles chez E. notaticoxa et
cantrelli, un pont très mince chez les autres
espèces. Gonostyles simples, à insertion latéro-
ventrale ou ventrale ; marge interne portant le
plus souvent des soies modifiées, plus épaisses,
parfois plus serrées (espèce-type). Apex gonosty-
laire formant une courte dent peu distincte (E.
notaticoxa, fig. 525 ; cantrelli, fig. 534) ou for¬
tement sclérifiée (E. hutsoni, fig. 538) ou en¬
core muni d’un processus terminal allongé, ter¬
miné par une longue soie (toutes les autres
espèces). Seulement chez E. bistylus, gonostyle
muni d’un lobe basal terminé par deux fortes
épines (fig. 530). Phallosome bien sclérifié chez
E. notaticoxa (fig. 524, 526) et E. cantrelli,
en grande partie membraneux chez les autres
espèces. Paramères dorsaux reliés à l’apex par un
pont plus ou moins étroit.
Genitalia femelles (fig. 528-529) étudiés chez
E. paucimaculatus, la femelle de l’espèce-type
m’étant inconnue. Tergite VIII membraneux,
invaginé. Sternite VIII divisé en deux jusqu’à la
base mais dépassant largement le sternite VII,
marge apicale presque entièrement ciliée. Tergite
et sternite IX non sclérifiés, totalement internes.
Tergite X bien développé, cilié, largement échan-
cré pour l’insertion des cerques. Sternite X réduit
mais sétifère. Cerques allongés, uniarticulés.
Larve et biologie inconnues.
Répartition. — Régions australienne et orien¬
tale (fig. 1244-1245).
Matériel examiné. — L’espèce-type, E. notati¬
coxa, de Sri Lanka, et les huit espèces inédites
décrites ci-dessous de Malaisie (3), des Philip¬
pines (1), des Iles Salomon (1), de Nouvelle-
Guinée (1) et d’Australie (2).
Clé des espèces
1 • — Hanches II marquées de deux fortes taches brunes. Fusion radiomé-
diane double du pétiole de la fourche médiane ; aile uniformément
brunie à l’apex, et une forte tache médiane (fig. 537, 541) . 2
— Hanches II au plus légèrement brunies à la base. Fusion radiomé-
diane inférieure au double du pétiole de la fourche médiane ; aile
uniformément jaune, faiblement brunie à l’apex mais sans tache
médiane (fig. 540), ou l’apex fortement bruni renfermant une tache
transversale claire (fig. 538-539) . 3
2. — Bandes abdominales jaunes deux fois plus larges que les bandes
brunes. Hypopyge mâle : fig. 524-526. Sri Lanka .
. notaticoxa (Sen.-Wh.)
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
219
— Bandes abdominales jaunes et brunes subégales. Hypopyge mâle :
fig. 534. Australie (Queensland) . cantrelli n. sp.
3. — Coloration alaire vive, en bandes alternées : lobe anal normal
(fig. 538-539) . 4
— Aile uniformément jaune ou faiblement enfumée à l’apex ; lobe anal
réduit . 5
4. — Aile : bande apicale claire dépassant M4 ; bande médiane brune
s’étendant de RI à la marge postérieure (fig. 539). Hanches
uniformément jaune-roux. Hypopyge mâle : fig. 532. Malaisie . .
. fascipennis n. sp.
— Aile : bande apicale claire n’atteignant pas M4 ; bande médiane
sombre largement interrompue sur le disque (fig. 538). Hanches II
brunies à la base, III à la face externe. Hypopyge mâle : fig. 531.
Malaisie . hut sorti n. sp.
5. — Deux ocelles. Balanciers à capitule brun. Éperon externe très
fortement réduit . 6
— Trois ocelles. Balanciers jaune-roux. Éperon externe réduit, mais
proche de la moitié de la largeur apicale du tibia. Mâle inconnu ;
ovipositeur : fig. 528-529. Malaisie . paucimaculatus n. sp.
6. — Abdomen unicolore, au plus les incisures plus claires . 7
— Tergites abdominaux II-V jaunes à bandes brunes. Hypopyge mâle :
fig. 530. Philippines . bistylus n. sp.
7. — Aile uniformément jaune ; fusion radiomédiane atteignant 1 ,5 fois la
longueur du pétiole de la fourche médiane. Hypopyge mâle : fig. 536.
Iles Salomon . rivalis n. sp.
— Aile enfumée le long de la marge antérieure et à l’apex ; fusion
radiomédiane moins de 1,7 fois la longueur du pétiole de la fourche
médiane . 8
8. — Scutum roux, avec deux lignes brunes disposées en V. Fusion
radiomédiane aussi longue que le pétiole de la fourche médiane.
Protarse I atteignant trois fois la longueur du tibia. Hypopyge mâle :
fig. 533. Papouasie-Nouvelle-Guinée . gressitti n. sp.
— Scutum brun clair, portant trois bandes longitudinales rousses peu
marquées. Protarse I ne dépassant pas 2,5 fois la, longueur du tibia.
Fusion radiomédiane un peu plus longue que le pétiole de la fourche
médiane. Hypopyge mâle : fig. 535. Australie (Queensland) ....
. officiosus n. sp.
Euceroplatus hut sorti n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 4,4 mm.
Couleur de fond jaune-roux. Tête : calus ocel-
laire noir. Antennes jaune-brunâtre, le flagelle
plus sombre que le scape et le pédicelle. Face
jaune-grisâtre, palpes jaune-roux.
Thorax : scutum jaune-roux, une bande sagit¬
tale plus claire visible en éclairage latéral. Scutel-
lum jaune-grisâtre, nu sur le disque. Médiotergite
et pleures jaune-roux. Pattes : hanches jaunes, les
II légèrement brunies à la base, les III brunies à
la face externe. Fémurs II-III étroitement brunis
à la base, III également brunis à l’apex, de même
que les tibias II-III. Éperons brunâtres. Pro¬
tarse I atteignant un peu moins du double de
la longueur du tibia (3,5 : 2). Tibias II-III
avec seulement des macrochètes postérieurs.
Ailes jaunes marquées de brun comme sur la
figure 538. Balanciers : pédicelle jaune, capitule
jaune-roux.
Source : MNHN, Paris
220
LOÏC MATILE
Fig. 533-536. — Hypopyge mâle des Euceroplalus australasiens, vue ventrale (holotypes) : 533, E. gressitti n. sp. ; 534, E.
cantrelli n. sp. ; 535, E. officiosus n. sp. ; 536, E. rivalis n. sp.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
221
Abdomen : tergite et sternite I roux. Ter-
gite II brun-roux, sauf de chaque côté une tache
triangulaire jaune à base antérieure, non visible
dorsalement ; III semblable, mais les taches
latérales jaunes plus étendues. Tergites IV-VII
jaune-roux à bande apicale brune dorsalement,
jaunes latéralement sauf à l’apex, brun. Ster-
nites II-VII jaunes à bande apicale brune. Seg¬
ment VIII et hypopyge bruns.
Genitalia (fig. 531). — Tergite IX trian¬
gulaire à angles arrondis. Gonocoxopodites
presque entièrement séparés ventralement par
une zone sagittale membraneuse. À l’apex, de
part et d’autre de cette zone, de courtes épines
noires. Gonostyles avec une dent sclérifiée noire,
apicale, pas de soies internes différenciées.
Holotype mâle : Péninsule malaise, Pahang
(F.M.S.), Frasers Hill, 4000', 31-05-1932 (H.M.
Pendlebury), au British Muséum (Nat. Hist.),
Londres. L’espèce est amicalement dédiée à mon
Collègue du British Muséum, A. M. Hutson, en
remerciement de sa longue serviabilité dans la
communication des Keroplatidae de cette Insti¬
tution.
Euceroplatus fascipennis n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 4 mm.
Couleur de fond jaune-roux. Tête : calus ocel-
laire noir, front brun. Scape de l’antenne bru¬
nâtre, le reste brisé. Face et palpes jaune-roux.
Thorax : scutum jaune-roux, sans bandes, les
calus huméraux jaunes. Scutellum jaune-roux,
dénudé sur le disque. Médiotergite et pleures
jaune-roux. Hanches et pattes jaune-roux, les
fémurs II-III légèrement brunis à la base, le III
également à l’apex. Éperons noirs. Tibias II-III
avec seulement des macrochètes postérieurs. Pro¬
tarse I double de la longueur du tibia. Ailes
jaunes tachées de brun comme sur la figure 539,
la moitié apicale brune marquée de deux bandes
transversales incomplètes, jaunes. Balanciers jaune-
roux.
Abdomen jaune-roux, les tergites et les ster-
nites II-VII marqués d’une bande apicale brune.
Genitalia (fig. 532) jaune-brunâtre. Tergite IX
pentagonal à angles arrondis. Gonocoxopodites
avec une zone membraneuse sagittale ventrale
et un groupe apical d’épines noires de part
et d’autres. Gonostyles à soies internes plus
épaisses, l’apex prolongé en un court processus
sétifère.
Allotype femelle semblable à l’holotype, fla¬
gelle antennaire brun-noir. Front roux, fémurs II
non brunis à la base, III non brunis à l’apex.
Abdomen jaune-roux uniforme, les tergites V-
VII un peu plus sombres. Ovipositeur jaune-
brunâtre.
Holotype mâle : Péninsule malaise, Pahang,
Fraser’s Hill, 4200', 27-01-1931 (H.M. Pendle¬
bury). Allotype femelle : mêmes localité, altitude
et récolteur, 17-01-1931. Holotype et allotype au
Bristish Muséum (Nat. Hist.), Londres.
Euceroplatus paucimaculatus n. sp.
Holotype femelle. — Longueur de l’aile :
4,5 mm. Teinte générale jaune-roux. Tête : calus
ocellaire brun. Antennes : scape et pédicelle
jaune-roux, flagelle brunâtre, face et palpes
jaune-roux.
Thorax : scutum jaune-roux ; deux larges
bandes très peu plus sombres, en V, se rejoi¬
gnant en arrière, et deux bandes latérales conco-
lores. Scutellum jaune-roux assombri, cilié sur le
disque. Médiotergite jaune-roux, pleures jaunes.
Hanches et pattes jaune-roux, sauf la base des
hanches, un peu plus pâle. Éperons noirs. Épe¬
ron externe II très petit, inférieur à la moitié
de la largeur apicale du tibia. Tibias II-III
avec seulement des macrochètes postérieurs. Pro¬
tarse III dépassant le triple de la longueur du
tibia (9,5 : 3). Ailes jaunâtres, enfumées à l’apex
et le long de la marge postérieure (fig. 540).
Balanciers jaune-roux.
Abdomen jaune-roux, le tergite I un peu plus
sombre. Ovipositeur brun (fig. 528-529).
Holotype mâle : Péninsule malaise, Selangor,
Bukit Kutu, 2500', 19-04-1926 (H.M. Pendle¬
bury), au British Muséum (Nat. Hist.), Londres.
Euceroplatus bistylus n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 4,8 mm.
Tête : occiput et front bruns, calus ocellaire
noir ; deux ocelles éloignés de la marge oculaire
par plus de deux fois leur propre diamètre.
Antennes : scape et pédicelle jaune-roux, le scape
légèrement bruni à la base de la face externe ;
flagelle : extrême base du premier flagellomère
jaune-roux, le reste brun-noir (flagelle brisé
après le huitième article). Face jaune, une paire
Source : MNHN, Paris
222
LOÏC MATILE
Fig. 537-541. — Ornementation alaire des Euceroplatus :
537, E. notaticoxa (Sen.-Wh.); 538, E. hutsoni n. sp.
(holotype) ; 539, E. fascipennis n. sp. (d°) ; 540, E. paucima-
culatus n. sp. (d°) ; 541, E. cantrelli n. sp. (d°).
de soies faciales. Clypéus dénudé, bruni au
milieu ; palpes roux.
Thorax : scutum brun-roux, calus huméraux
jaunes. Scutellum jaune-brunâtre, dépourvu de
soies discales. Médiotergite roux sombre. Pleures
brun-roux, mésépimère et anépisteme plus clairs ;
anépisteme avec trois petites soies dorsales.
Pattes : hanches I et II jaunes, III jaune-roux
comme le reste des pattes ; éperons brun-noir.
Un seul fémur subsiste des pattes I. Éperon
externe II minuscule, l’interne pas plus long que
la largeur apicale du tibia. Éperons externe et
interne III de même longueur, un peu plus longs
que la largeur apicale du tibia. Tibia II avec
seulement des macrochètes postérieurs, III avec
des antérieurs et des postérieurs. Protarse II plus
long que le tibia (4 : 3). Ailes jaunes, indistincte¬
ment assombries à l’apex. Fusion radiomédiane
inférieure au double du pétiole de la fourche
médiane (2 : 1,3). Cul b sinueuse à l’apex. Anale
interrompue largement avant la marge de l’aile.
Balancier à pédicelle jaune, capitule brun.
Abdomen : tergite I brun, sternite jaune.
Tergites II-V jaunes à Jarge bande apicale brune,
les sternites correspondants jaunes à bande api¬
cale brune étroite. Segments suivants et hypo-
pyge bruns. Genitalia mâles (fig. 530) : tergite IX
triangulaire arrondi. Gonocoxopodites entière¬
ment fusionnés ventralement, un groupe de
courtes soies spiniformes de part et d’autre de la
ligne médiane. Gonostyles formés d’un grand
lobe externe et d’un petit lobe interne. Lobe
externe progressivement rétréci, se terminant par
un processus muni d’une soie courte ; des soies
épaissies au bord interne et dorsal. Lobe interne
petit, étroit, muni de deux fortes dents apicales
(une supplémentaire, médiane, à gauche).
Holotype mâle : Philippines, Luzon, Benguet,
Pani, 30.04. [sans année] ( F . Rivera). Holotype
à l’U. S. National Muséum, Washington.
Euceroplatus rivalis n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 3,6 mm.
Tête : occiput brun-noir, plus clair en arrière ;
calus ocellaire noir. Pas d’ocelle médian. An¬
tennes : scape et pédicelle roux, flagelle (brisé
après le 6e flagellomère) brun. Front brun-noir,
face et palpes roux.
Thorax : scutum brun-roux, portant deux
minces bandes longitudinales plus sombres, peu
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
223
distinctes, réunies en Y avant le scutellum, celui-
ci brun, dépourvu de soies discales. Médiotergite
et pleures roux, latérotergite bruni, ainsi que
l’anépisterne, dorsalement (à ce niveau, une
petite soie dressée). Hanches et pattes jaune-
roux, éperons brun-noir. Tibia II avec l’éperon
interne pas plus long que la largeur apicale du
tibia, l’externe minuscule. Éperons interne et
externe III de même longueur, un peu plus longs
que la largeur apicale du tibia. Tibia II avec
seulement des macrochètes postérieurs, III avec
des antérieurs et des postérieurs. Protarse I triple
de la longueur du tibia, II 1,2 fois cette longueur.
Ailes jaunes, sans taches. Cul b sinueuse à l’apex,
anale interrompue bien avant la marge. Balan¬
ciers à capitule brun, pédicelle roux.
Abdomen : tergites brun-roux, stemites jaune
sombre ; incisures légèrement plus claires. Hypo-
pyge (fig. 536) brun-roux. Tergite IX triangulaire
à angles arrondis. Gonocoxopodites entièrement
réunis ventralement, légèrement encochés à l’apex
sur la ligne médiane, un groupe de fortes soies
spiniformes de part et d’autre de cette échan¬
crure. Gonostyles à soies spiniformes internes et
ventrales, l’apex prolongé en un processus assez
long muni d’une soie apicale.
Variations. — Paratype mâle semblable à
l’holotype, mais le scutum uniformément d’un
brun sombre.
Holotype et paratype mâles : Iles Salomon,
San Jorge, forêt à Casuarina, « nr stream, vac.
collector, low herbage and litter », 26.09.1965,
Roy Soc. Exped., BM 1966-1. Holotype au
British Muséum (Nat. Hist.), Londres ; paratype
au Muséum national d’Histoire naturelle, Paris.
Euceroplatus gressitti n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 4,1 mm.
Tête : occiput brun-jaunâtre, calus ocellaire
noir, cordiforme, bien délimité. Seulement deux
ocelles, écartés de la marge oculaire par le triple
de leur propre diamètre. Front jaune-roux, bruni
latéralement. Antennes : scape et pédicelle jaune ;
flagelle brun sauf la base du premier flagello-
mère. Face jaune, saillante et ciliée, de même que
le clypéus. Trompe très courte, dernier palpo-
mère jaune, allongé, aussi long que la moitié de
l’ensemble face + clypéus.
Thorax : prothorax jaune, quelques cils sur la
moitié gauche du prosternum. Scutum roux, les
calus huméraux bruns, d’où partent deux lignes
brunes en V. Marges scutales latérales brunes.
Scutellum roux, sans soies discales. Médioter¬
gite et pleures jaune, anépisteme et face externe
du latérotergite légèrement brunis. Hanches et
pattes jaunes. Protarse I triple de la longueur du
tibia, protarse II 1,2 fois plus long que le tibia II.
Éperon antérieur pas plus long que la moitié de
la largeur apicale du tibia, interne II atteignant
les deux tiers, l’externe minuscule ; externe III
aussi long que la largeur tibiale, interne un peu
plus long. Tibia II avec deux macrochètes anté¬
rieurs, III avec une rangée d’antérieurs sur le
tiers basal. Ailes jaunes, légèrement et indistinc¬
tement enfumées le long de la marge antérieure
et à l’apex. Fusion radiomédiane pas plus longue
que le pétiole de la fourche. Culb sinueuse à
l’apex. Anale largement interrompue avant la
marge. Balanciers : pédicelle jaune, capitule
brun.
Abdomen à tergites roux et stemites jaunes,
le segment VII plus sombre. Hypopyge roux
sombre (fig. 533). Tergite IX ovoïde, échancré
à la base. Cerques à peu près aussi longs que
les gonostyles. Synsclérite déprimé sur la ligne
médiane, épines latérales courtes et dispersées.
Gonostyles régulièrement amincis de la base vers
l’apex, processus apical mince ; de longues soies
ventrales.
Variations. — Paratype mâle semblable à
l’holotype mais prosternum entièrement dénudé
et coloration thoracique brune mieux marquée.
Holotype mâle : Nouvelle-Guinée, NE, Wau,
Hospital Ck, 1 230 m, piège de Malaise,
26.06.1965 {J. Sedlacek). Paratype mâle : d°,
1 150 m, dans une maison, 29.10.1971 (id.).
Holotype au Bishop Muséum, Hawaii ; paratype
au Muséum national d’Histoire naturelle, Paris.
Cette espèce est dédiée à la mémoire de J. Linsley
Gressitt, fondateur de l’Institut d’Écologie de
Wau, tragiquement décédé en 1982.
Euceroplatus cantrelli n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 4 mm.
Tête jaune-brunâtre, calus ocellaire noir. An¬
tennes : scape et pédicelle bruns, flagelle brun-
jaunâtre. Face brune, palpes jaunes.
Thorax : scutum, scutellum et médiotergite
bruns, le scutellum nu sur le disque. Pleures
jaunes, tachées de brun sur l’anépisteme, le
Source : MNHN, Paris
224
LOÏC MATILE
latérotergite et la partie dorsale du katépisterne.
Pattes : hanches jaunes, II avec deux taches
antéro-extemes brunes, l’une basale, l’autre api¬
cale ; III avec également deux taches brunes,
mais l’une au tiers de la face externe, l’autre à
l’apex et antéro-exteme. Le reste des pattes
jaune, sauf les fémurs II-III, brunis à la base, et
les tarses brunis par la ciliation. Des macro-
chètes antérieurs et postérieurs au tibia II,
seulement des postérieurs au III. Éperons brun-
noir, allongés. Protarse I dépassant le double de
la longueur du tibia (5 : 2). Ailes jaunes, apex
bruni, une forte tache brune au niveau du pétiole
de la fourche médiane (fig. 541). Balanciers :
pédicelle jaune, capitule brun.
Abdomen : tergite I brun, tergites II-VII jaunes
sur la moitié basale, bruns sur la moitié apicale.
Sternite I jaune, légèrement bruni à l’apex, les
suivants jaunes, largement brunis à l’apex. Seg¬
ment VIII jaune. Genitalia mâles (fig. 534) :
tergite IX large à la base, puis fortement rétréci,
la moitié apicale étroite et découvrant largement
la face dorsale des gonocoxopodites. Ceux-ci
faiblement encochés à l’apex par une zone
membraneuse ventrale sagittale de part et
d’autre de laquelle s’étend une zone portant de
nombreuses épines courtes. Gonostyles larges,
avec de courtes épines dans la moitié basale du
bord interne, un processus apical court pourvu
de quelques soies. Phallosome bien sclérifié.
Allotype femelle semblable au mâle, mais face
jaune et hanches I tachées de brun à la base et à
l’apex. Abdomen : tergites moins nettement
jaunis à la base. Ovipositeur jaune-orangé.
Variations. — L’un des paratypes (un spéci¬
men sans abdomen) a les hanches II et III avec
seulement des taches apicales ; le reste comme
sur l’holotype.
Holotype mâle : Australie, O’Reillys Guest
House, via Canungra, S.E. Queensland, 3.02-
2.03.1980, piège de Malaise en lisière de forêt.
Allotype femelle : 1,5 km SE Kuranda, Queens¬
land, 16-17.05.1980 (/. D. Naumann & J.C.
Cardale). Un paratype mâle : Mt Glorious, S.E.
Qld., rain forest, piège de Malaise, 13-16.02.1961
{J. L. Gressitt) ; un paratype sans abdomen : d°,
10-3 1 .0 1 . 1982 {H Hier). Holotype au Department
of Primary Industries, Entomology Branch, In-
dooroopilly, Queensland ; allotype in Australian
National Insect Collection, Canberra. Paratype
mâle au Bishop Muséum, Hawaii ; paratype sans
abdomen au Muséum national d’Histoire natu¬
relle, Paris. L’espèce est amicalement dédiée au
Dr. Brian Cantrell, en remerciement des spéci¬
mens qu’il m’a confiés pour étude.
Euceroplatus officiosus n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 3,9 mm.
Tête : Occiput, calus ocellaire et front noirs.
Deux ocelles, éloignés de la marge oculaire par
deux fois leur propre diamètre. Antennes : scape
et pédicelle jaunes, sans bec ventral distinct ;
flagelle brun sombre. Face jaune, saillante, ciliée.
Trompe et palpes jaunes, dernier palpomère
presque aussi long que l’ensemble face + cly-
péus.
Thorax : prothorax jaune. Scutum brun clair,
portant trois bandes longitudinales rousses peu
marquées. Scutellum brun clair. Médiotergite
jaune. Pleures jaunes, latérotergite assombri. Pas
de soies anépisternales. Pattes jaunes, les tarses
assombris par la ciliation. Protarse I atteignant
2,5 fois la longueur du tibia, protarse II un peu
plus long que le tibia. Éperon externe II réduit à
une spinule. Tibia II avec seulement des macro-
chètes postérieurs, III avec une rangée de pos¬
térieurs et quelques antérieurs. Ailes grises,
assombries à la marge antérieure et, largement, à
l’apex. Fusion radiomédiane un peu plus longue
que le pétiole de la fourche médiane (1 : 0,7).
Cu 1 b sinueuse à l’apex, anale interrompue large¬
ment avant la marge, à peu près au niveau de
l’apex de Sc. Balanciers : pédicelle jaune, capitule
brun.
Abdomen uniformément roux. Hypopyge
(fig. 535) roux. Tergite IX triangulaire à angles
arrondis. Gonocoxopodites entièrement fusion¬
nés ventralement, non encochés à l’apex sur la
ligne médiane ; un groupe de fortes spinules de
part et d’autre de celle-ci. Gonostyles à soies
spiniformes internes, l’apex prolongé en un long
processus muni d’une soie apicale.
Holotype mâle : Australie, 15°50S 145°20E,
Gap Ck, 5 km ESE Mt Finnigan, Queensland,
piège de Malaise, 15.05.1981 ( D.H . Colless).
Australian National Insect Collection, Canberra.
Cette espèce est étroitement alliée à E. gressitti,
de Papouasie-Nouvelle-Guinée, dont elle se dis¬
tingue par des détails de coloration et de mor¬
phologie génitale.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
225
Genre Heteropterna Skuse
Heteropterna Skuse, 1888 : 1166. Espèce-type : Heteropterna macleayi Skuse, 1888, par monotypie.
Skuse a décrit le genre Heteropterna pour
deux exemplaires de l’espèce-type, trouvés dans
des grottes australiennes. En 1890, le même
auteur fait connaître une deuxième espèce, égale¬
ment australienne, et très proche de la précé¬
dente : H. affinis. Edwards (1925), qui n’a pas
vu le genre, l’inclut dans sa clé des Keroplatinae
tout en remarquant qu’il devrait sans doute être
mis en synonymie avec Cerotelion Rond. Skuse
et Edwards caractérisent surtout Heteropterna
par l’épaississement considérable des tibias et des
protarses postérieurs.
Dans sa révision de 1929, Edwards ayant
examiné « Ceroplatus » quadripunctatus Brunetti,
1912, de Calcutta, et « Cerotelion » major Cur-
ran, 1928, de la Jamaïque, place ces deux espèces
dans le genre de Skuse (Edwards, 1929c). Il
range Heteropterna parmi les sous-genres de
Keroplatus et en donne dans sa clé les caractères
essentiels. Ils portent surtout sur les pattes, mais
Edwards signale également l’étroitesse de la
face. En 1931, il décrit de Sumatra Keroplatus
( Heteropterna ) nigrescens (Edwards, 1931).
Okada (1938) considère Cerotelion comme
distinct de Keroplatus et place Heteropterna
comme synonyme de Cerotelion, sans doute
d’après l’incidente d’EDWARDS, 1925. Il décrit
ainsi un Cerotelion quadripunctatus forme sep¬
tentrionale, du Japon. Ce n’est qu’en 1940
qu’EDWARDS rétablit Heteropterna au niveau
générique, en se basant sur la profonde dépres¬
sion sous-scutellaire qu’il découvre chez une
espèce néotropicale, H. tetraleuca, et dont il
vérifie la présence chez toutes les autres espèces
disponibles (Edwards, 1940). Ce statut géné¬
rique a depuis été notamment adopté par Lane
(1948), Tollet (1955) et moi-même (Matile,
1970c, 1980b, 1982b, 1988c, 1989b).
Par contre Fisher (1937, 1941), Laffoon
(1965), Colless (1966) et Colless & Liepa
(1973) conservent à Heteropterna le rang sous-
générique. Fisher (1941) et Colless (1966) s’en
expliquent en soulignant qu’une dépression sous-
scutellaire existe chez des Keroplatus proprement
dits et, remarque Colless, que toutes les espèces
de Mallochinus en possèdent une. Selon Fisher
(1941), deux espèces néarctiques de Keroplatus s.
str. ont une dépression sous-scutellaire ; ce sont
K. clausus Coq. et militaris Joh. La signification
de ce caractère et sa répartition seront discutées
dans la Partie phylogénétique du présent travail.
Disons déjà que tous les Keroplatus examinés
portent une petite dépression médiotergale mais
qu’elle n’est nullement comparable à celle des
Heteropterna, de grande taille ou profonde. Je
considère qu’il n’existe qu’un seul Heteropterna
néarctique, H. cressoni (Fish.). H. quadripunctata
septentrionale Okada, que j’ai pu examiner, est
une bonne espèce, comme l’a déjà écrit Colless
(1966).
Le sous-genre Scrobicula a été décrit par moi-
même en 1970 pour une espèce africaine, H.
balachowskyi, différant d’ Heteropterna s. str. par
la dépression sous-scutellaire petite et profonde,
les protarses III non épaissis et les flagellomères
antennaires portant de longs macrochètes dor¬
saux et ventraux (Matile, 1970c). J’ai par la
suite décrit deux espèces néotropicales apparte¬
nant aux Heteropterna s. str., H. caraibeana
(= H. abdominale Lane, 1960, non Lane, 1948)
et H. imperfecta (= H. trileuca Lane, 1960, pro
parte, non Edwards, 1940), et signalé l’existence
d’une espèce inédite d’Argentine, qui sera décrite
ici sous le nom d 'H. perdistincta. J’ai également
formulé dans la même publication une première
hypothèse de phylogénie des Heteropterna néo¬
tropicaux (Matile, 1982b).
Les deux sous-genres à' Heteropterna sont dé¬
crits ci-dessous, ainsi que plusieurs espèces nou¬
velles à' Heteropterna s. str., celle mentionnée
plus haut d’Argentine et deux autres espèces
néotropicales, respectivement du Brésil et du
Pérou, ainsi que plusieurs des régions orientale et
australasienne, qui étendent considérablement la
répartition connue de ce sous-genre. Par ailleurs,
seule la larve à' Heteropterna ( Scrobicula ) bala¬
chowskyi Mat. était connue jusqu’ici. Une mis¬
sion en Nouvelle-Calédonie m’a permis d’obtenir
les premières larves du sous-genre Heteropterna
s. str., celles d 'H. chazeaui (Matile, 1988c), de
sorte que les deux sous-genres pourront être
comparés sur ce plan.
Source : MNHN, Paris
226
LOÏC MATILE
Lane (1948) a donné une clé des Heteropterna
néotropicaux qui ne reste valable que pour les
deux espèces à quatre flagellomères antennaires
blancs, H. major (Curr.) et H. tetraleuca Edw. ;
on trouvera plus loin une nouvelle clé des
espèces de cette région, à laquelle j’ajouterai
l’espèce néarctique H. cressoni (Fish.), ainsi
qu’une clé des représentants oriento-australa-
siens du genre.
Sous-genre Heteropterna s. str.
Je n’ai pu examiner l’espèce-type de ce sous-
genre, H. macleayi Skuse, que bien après avoir
entrepris ce travail ; certaines figures (tête, aile,
genitalia mâles) ont donc été effectuées d’après
une espèce très voisine, H. affinis Skuse. Les
données sur la nymphe et la larve proviennent
d'H. chazeaui Mat.
— Tête (fig. 542-543) arrondie, aplatie
d’avant en arrière, la face postérieure verticale et
presque plane. Yeux très grands, occupant la
presque totalité de la face latérale de la tête chez
H. macleayi, affinis, cressoni, ghesquierei, septen-
trionalis et interrupta, plus petite, occupant les
trois quarts ou les deux tiers de la face latérale de
la tête chez les autres espèces. Une échancrure
large, mais peu profonde, au-dessus de l’insertion
des antennes ; pilosité oculaire courte et serrée.
Occiput non ou très peu saillant au-dessus du
bord des yeux, réduit en largeur dorsalement,
couvert de courtes soies couchées, les préocu¬
laires un peu plus longues que les autres. Trois
ocelles chez toutes les espèces examinées sauf H.
flavovittata et une espèce inédite des Iles Salo¬
mon. Quand il est présent, ocelle médian petit à
punctiforme, exceptionnellement minuscule ( H .
laterociliata). Ocelles latéraux le plus souvent de
grande taille, éloignés du bord de l’œil par au
plus le double de leur propre diamètre (espèce-
type : une fois). Trois calus ocellaires distincts,
les latéraux grands, le médian très petit, prolongé
en arrière par un sillon s’étendant jusqu’au
foramen magnum (vérifié par potassage de la tête
chez H. affinis, interrupta et chazeaui). Calus
médian parfois effacé, peu distinct, absent chez
les deux espèces dépourvues d’ocelle médian et
chez H. laterociliata. Front large, sillon fron¬
tal distinct, pas de calus frontal. Antennes de
2+14 articles. Scape et pédicelle en entonnoir
non prolongé par un bec ventral. Chez H.
macleayi, premier flagellomère avec 4-5 macro-
chètes dorsaux, 2-4 avec trois, les suivants avec
deux. Chez H. affinis, flagellomères 1-2 portant
4-7 macrochètes dorsaux, les suivants deux, le
dernier un seul. Chez ces deux espèces, flagello¬
mères 1-6 avec un seul macrochète ventral, les
suivants sans macrochètes ; tous les macrochètes
antennaires très courts. Chez d’autres espèces,
les macrochètes dorsaux plus longs, les ventraux
semblables ( H . flavovittata, l’espèce inédite de
Malaisie). Chez H. ghesquierei et toutes les
espèces sud-américaines, macrochètes dorsaux
longs, ventraux courts, un ou deux sur les
premiers flagellomères ( tetraleuca , gagnei), ou
tous les macrochètes ventraux absents (toutes les
autres espèces). Deux espèces ont un macrochète
sur chacun des flagellomères 1-10 : H. cressoni et
l’espèce malaise inédite, tandis qu 'H. affinis
n’en possède un que sur les flagellomères 1-6.
Chez la plupart des espèces, le flagelle est brun
avec un ou plusieurs des flagellomères terminaux
d’un blanc argenté ou d’un jaune vif ; rarement,
aussi un des flagellomères médians ( H . ghesquie-
rei). H. affinis et macleayi ont tous deux le
flagelle unicolore, d’un jaune-roux. En ce qui
concerne H. macleayi, les deux mâles examinés
ont le flagelle jaune ou roux, il est brun chez la
femelle ; je ne connais pas la femelle d'H. affinis.
Deux autres espèces australasiennes ont un fla¬
gelle unicolore, brun : H. flavovittata et montana.
Chez toutes les espèces, dernier flagellomère non
apiculé (fig. 544). Face étroite (espèces austra¬
lasiennes) à très étroite, mais bien sclérifiée,
dénudée. Clypéus non saillant en avant des yeux,
plus ou moins cilié. Trompe très courte, l’en¬
semble trompe-palpes ne dépassant qu’à peine le
bord ventral des yeux. Hypopharynx sclérifié.
Labelles très courtes, longuement ciliées ventra-
lement, à la base, face interne membraneuse.
Palpes réduits à un petit palpifère également cilié
ventralement, et un palpomère ovoïde, dressé en
avant, portant de très nombreuses petites cryptes
sensorielles sur toute la face antérieure. Palpes
plus développés chez les femelles examinées.
Thorax (fig. 545) peu arqué. Prothorax petit,
plus ou moins fortement rétréci au milieu. Anté-
pronotum cilié. Prosternum peu saillant, cilié.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
227
Fig. 542-554. — Heteropterna affinis Skuse, macleayi Skuse et ghesquierei Toll. : 542, H. affinis, tête, vue frontale ; 543, d°,
vue latérale ; 544, d°, dernier flagellomère, vue interne (seuls quelques microchètes ont été représentés) ; 545, H.
macleayi , thorax, hanches et segment abdominal I, vue latérale ; 546, d°, zone membraneuse sous-scutellaire, vue
caudale ; 547, H. affinis, d° ; 548, d°, aile, face dorsale ; 549, d°, tibia et tarse III, vue interne ; 550, H. ghesquierei , d°,
vue externe ; 551, H. affinis, hypopyge mâle, vue dorsale ; 552, d°, vue ventrale ; 553, d°, gonostyle, vue externe ; 554, H.
macleayi, d°.
Source : MNHN, Paris
228
LOÏC M ATI LE
Fig. 555-558. — Heteropterna macleayi Skuse et caraibeana
Mat., terminalia femelles : 555, H. macleayi, vue latérale ;
556, d°, vue dorsale'; 557, H. caraibeana, vue latérale
(allotype) ; 558, d°, vue dorsale.
Angle postéroventral du proépimère situé au-
dessous de la suture anapleurale. Scutum à
pilosité courte, uniformément répartie, beaucoup
plus longue latéralement et en arrière. Scutellum
semi-circulaire, portant de nombreuses soies
marginales plus ou moins longues, disposées en
plusieurs rangées chez H. affinis, sur une seule
chez toutes les autres espèces. Disque scutellaire
cilié chez l’espèce-type, H. affinis (une seule
paire, longue), H. flavovittata, montana, lateroci-
liata, interrupta, chazeaui, vicina et l’espèce des
Iles Salomon, dénudé chez toutes les autres
espèces. Médiotergite fortement anguleux, dé¬
passant en arrière l’apex du scutellum, dénudé et
portant une large zone sous-scutellaire membra¬
neuse, déprimée, en triangle équilatéral (par
exemple chez l’espèce-type) ou isocèle, dont la
base s’étend sur toute la largeur du scutellum et
le sommet atteint pratiquement l’apex du médio¬
tergite (fig. 546-547) ; chez les espèces australa-
siennes (sauf H. annulipes), aire membraneuse
moins développée. Pas de soies scabellaires.
Pleures dénudées, sauf la partie dorsale de
l’anépisterne et le proépisteme. Le latérotergite
d' H. laterociliata porte un groupe d’une demi-
douzaine de soies bien distinctes, ce qui est tout
à fait exceptionnel dans le genre. Les soies ané-
pistemales peuvent s’étendre sur la moitié ou le
tiers du sclérite, ou au contraire ( H . macleayi,
affinis, imperfecta), seulement quelques soies 28 ;
une fissure anépistemale courte. Suture médio-
pleurale fortement anguleuse, fosse médiopleu-
rale peu profonde mais très nettement délimitée.
Latérotergite à grand axe oblique, fortement
saillant ventralement. Métépisterne bien plus
large que haut.
Pattes. — Hanches relativement courtes, sub¬
égales, les postérieures pas plus longues que la
moitié de la hauteur du médiotergite et du
scutellum ensemble. Hanches I et II ciliées à la
face antérieure et sur le tiers ou les deux tiers de
la face externe ; quelques soies postérieures pré-
apicales sur les hanches antérieures. Hanches III
avec quelques soies externes préapicales et api¬
cales (H. affinis), ou des rangées irrégulières
plus ou moins nombreuses le long de la marge
postérieure de la face externe chez les autres
espèces ; pas de soies coxales postérieures. Fé¬
murs normaux, à pilosité couchée, la ventrale
plus longue et plus dressée que la dorsale ; de
larges bandes dénudées subventrales. Tibias I et
II normaux. Chez les deux espèces australiennes
(H. affinis et macleayi), tibias III d’abord de
diamètre normal, puis brusquement et fortement
28. Fisher (1941) décrit son H. cressoni en précisant que les soies anépistemales sont absentes ; les deux exemplaires
que j'ai vus en sont pourvus.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
229
Fig. 559-568. — Heteropterna chazeaui Mat., larve IV : 559, tête, vue dorsale; 560, d°, vue ventrale; 561, labre, vue
ventrale ; 562, mandibule, vue ventrale ; 563, d°, vue dorsale ; 564, stipes de la maxille, vue ventrale ; 565, cardo, d° •
566, labium-hypopharynx, vue parafrontale ; 567, d", vue latérale ; 568, extrémité de l’abdomen.
Source : MNHN, Paris
230
LOÏC MATILE
épaissis après le milieu (fig. 549). Chez H: vicina,
l’aspect est semblable (fig. 596). Chez les autres
espèces, tibias III régulièrement épaissis de la
base vers l’apex, la largeur apicale au moins
triple de la basale (fig. 550). Pas de zone
sensorielle au tibia I. Microchètes tibiaux irré¬
gulièrement disposés. Tibias I sans macrochètes.
Tibias II avec quelques externes et ventro-extemes,
III avec quelques macrochètes dorsaux plus ou
moins saillants de la villosité. Pas de macrochètes
postérieurs II-III chez H. macleayi et affinis, pas
de macrochètes postérieurs II chez H. abdomina-
Iis et caraibeana , les autres espèces avec des
postérieurs aux tibias II-III. Éperons 1 : 2 : 2, le I
pas plus long que la largeur apicale du tibia, les
externes II-III réduits, le II atteignant la moitié
ou le tiers de la longueur de l’interne, le III un
peu moins de la moitié (un peu plus chez H.
flavovittatà). Tibia I avec un petit peigne interne
distinct, II avec un petit peigne entre les éperons
et un peigne postérieur, III avec les trois peignes
complets. Protarse I un peu plus court que le
tibia chez H. macleayi et affinis, de même
longueur chez H. fenestralis, variant chez les
autres espèces de un peu plus long à près de
1,5 fois sa longueur. Protarses II et III plus
courts que les tibias correspondants, le pro¬
tarse III considérablement épaissi chez les espèces
australasiennes, surtout H. macleayi et affinis
(fig. 549), un peu moins chez les autres espèces
(fig. 550), pas du tout chez H. vicina (fig. 962).
Pro tarses II et III avec des macrochètes ventraux
disposés en rangées régulières. Griffes fortes,
épaisses et finement serrulées chez le mâle, fines
et spinuleuses chez la femelle.
Ailes (fig. 548, 584-586) larges, plus courtes
que l’abdomen. Quelques macrotriches sur la
membrane dans le champ anal. Coloration ca¬
ractéristique, composée de taches antérieures
plus ou moins intenses (ou tout le bord antérieur
brun) alternant avec une ou deux taches blanches
ou hyalines vers les extrémités de sc et de R4,
parfois aussi une tache basalaire. Coloration se
prolongeant ou non, brunâtre ou grisâtre, en
arrière de la marge assombrie (chez H. flavovit-
tata, pas de taches costales claires distinctes).
Costale dépassant largement l’embouchure de
R5, mais n’atteignant pas tout à fait l’apex
de l’aile. Sous-costale longue, se terminant au
niveau de la base de la fourche médiane, un peu
avant chez les espèces néotropicales. Sc2 absente
ou évanescente chez les espèces américaines et H.
ghesquieri et montana, présente chez toutes les
autres. R4 courte, plus ou moins oblique, son
apex très proche de celui de RI chez l’espèce-
type, chez les autres éloignée de l’embouchure de
RI par environ la moitié de sa propre longueur
ou un peu plus. R4 + 5 et R5 formant un angle
très peu prononcé, la première bien plus longue
que la dernière. Cellule basale petite, se termi¬
nant bien avant le niveau de l’apex de Sc, le plus
souvent sans trace longitudinale de la base du
secteur médian. Fusion radiomédiane plus courte
que le pétiole de la fourche médiane. M2 inter¬
rompue avant le bord de l’aile. Cul b à courbe
prononcée, Cu2 longue. Anale 1 prolongée jus¬
qu’à la marge de l’aile, A2 bien marquée,
relativement longue.
Ciliation, face dorsale : C, RI, R4 + 5, R5,
parfois base de Cul b (H. annulipes). Face ven¬
trale : toutes les nervures nues sauf la costale.
Abdomen mâle d’abord cylindrique, puis
aplati ; huit segments prégénitaux apparents.
Abdomen femelle aplati, sept segments prégéni¬
taux apparents. Pas de sclérite intercalaire.
Genitalia mâles (fig. 551-554, H. affinis et
macleayi). — Tergite IX grand, le plus souvent
hexagonal à angles arrondis, recouvrant large¬
ment la face dorsale des gonocoxopodites, pro¬
longé en arrière, de chaque côté, par un apo-
dème mince et bien sclérifié ; non encoché à
l’apex par la base des cerques. Stemite IX
absent ou fusionné. Cerques petits, ciliés à la
face dorso-externe. Hypoprocte de même taille
que les cerques, cilié ventralement. Gonocoxopo¬
dites fusionnés ventralement, sauf à l’apex où se
trouve une encoche membraneuse plus ou moins
profonde. De part et d’autre de cette encoche,
des soies gonocoxales spinuleuses. Gonocoxopo¬
dites non rebordés dorsalement, la base des
gonostyles n’étant entourée, à la face interne, que
de membrane. Gonostyles insérés latéralement,
massifs, divisés en un lobe ventral et un lobe
dorsal imparfaitement séparés, le dorsal mieux
développé que le ventral, la face interne membra¬
neuse (fig. 611-612). Phallosome court, non
prolongé en arrière dans le segment VIII, disti-
phallus et apodèmes dorsaux bien sclérifiés,
plancher membraneux.
Les principales variations de l’hypopyge du
sous-genre Heteropterna s. str. seront étudiées
dans la Partie phylogénétique de ce travail.
Disons seulement qu’ils se séparent en deux
groupes selon que le mode de fissuration des
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
231
gonostyles est dorsoventral (espèces australa-
siennes, fig. 611-618) ou latéral (toutes les autres
espèces). Chez toutes les espèces non australa-
siennes, le tergite IX est relié à l’hypoprocte par
un apodème sclérifié, parfois cilié. Chez H.
interrupta, laterociliata et montana, espèces aus¬
traliennes, cette liaison existe aussi, mais très
mince. Le tergite IX lui même peut être plus
ou moins fortement échancré par la base des
cerques. Chez la plupart des espèces, la face
interne de la base des gonostyles est limitée par
une bande sclérifiée et ciliée, en général mince,
plus large chez H. chazeaui, vicina, nigrescens et
septentrionalis.
Genitalia femelles (fig. 555-558). — Tergites
VIII et IX et stemite IX entièrement membra¬
neux. Tergite X petit, formant deux plaques
latérales étroitement séparées sur la ligne mé¬
diane (espèce-type et autres espèces australa-
siennes pour lesquelles je dispose de femelles), ou
au contraire grand, en arceau (comparer fig. 555-
556 et 557-558). Cerques uniarticulés, minces et
allongés. Plaque ventrale courte, mais bien sclé¬
rifiée et ciliée. Sternite VIII entièrement séparé
ventralement en deux parties dont les marges
externes et apicales sont ciliées et fortement
rebordées.
Nymphe. — Je dispose d’une nymphe femelle
mûre d'H. chazeaui, qui a malheureusement été
victime du cannibalisme d’une larve qui l’a
endommagée. Teinte générale jaune marqué de
brun en fonction des téguments imaginaux,
parfaitement visibles sous la cuticule (sauf les
ptérothèques). Tête formée dorsalement par la
céphalothèque et les deux tiers basaux de la face
dorsale des cératothèques. Celles-ci courtes et
larges, suivant le bord dorsal, puis externe, des
yeux, pour se terminer au niveau de la base de la
première paire de hanches. Plaque clypéofaciale,
stomatothèque et palpothèques transparentes,
leurs limites très peu visibles.
Thorax peu arqué, la partie la plus haute du
scutum se situant un peu en-dessous du sommet
de l’occiput. Stigmate antérieur situé sur une
papille, l’apex portant cinq orifices. Ptérothèques
atteignant le milieu du troisième segment abdo¬
minal. Fourreaux des balanciers visibles seule¬
ment à la base, dorsalement. Pédothèques : pattes
antérieures entièrement visibles, de même que
l’apex des hanches médianes, les tibias et les
tarses II et les tarses III dans leur moitié apicale.
Enveloppes des éperons I bien visibles, leur apex
n’atteignant pas la ligne médiane. Ce qui reste
des fourreaux des tarses disposés côte à côte,
sans recouvrement. Papilles des stigmates abdo¬
minaux II-IV petites, celles des V-VII grandes.
Cerques dans deux fourreaux formant des lobes
accolés.
Larve IV. — Les plus grandes des larves
vivantes observées faisaient près de 25 mm. La
plus grande des larves fixées atteint environ
20 mm. Sur le vivant, tête jaune faiblement
marquée de brun en arrière. Thorax à téguments
lisses, blanc translucide, marqué de deux bandes
longitudinales d’un noir violacé, de chaque côté
de la ligne médiane. L’une est latérale, mince et
discontinue ; elle n’intéresse que les segments
thoraciques II-III. L’autre est dorsale et con¬
tinue, beaucoup plus large. Elle s’étend des deux
tiers postérieurs du segment thoracique I aux
trois quarts postérieurs du segment III, les
bandes de part et d’autre de la ligne médiane
étant réunies par un large pont transversal, et
prolongées en arrière, jusqu’à la marge pos¬
térieure du segment, par un processus mince
(fig. 569). Abdomen finement annelé, portant
six bandes d’un violet-grisâtre clair qui sont en
continuité du segment abdominal I au VIL Ces
bandes se répartissent en une paire de médianes,
une paire de dorsolatérales et une paire de
latérales. Les deux derniers segments abdomi¬
naux portent de petites taches violet-grisâtre
dispersées.
Tête (fig. 559-560) un peu plus longue que
large (0,6 x 0,44 mm), quadrangulaire. Foramen
occipital en dièdre à 90°. Apotome clypéofron-
tal complet, non désclérifié en arrière. Suture
clypéolabrale entière. Aire clypéale entière, large
au milieu, portant une paire de soies latérales.
Aire frontale avec une paire de pores antérieurs
de part et d’autre de la ligne médiane, une paire
de soies proches de ces pores, également le long
de la suture clypéofrontale ; une paire de soies
plus grandes au niveau du bord postérieur des
antennes, et deux paires de pores médians, les
externes très petits. Pont postoccipital bien sclé¬
rifié. Gènes fortement convexes, rapprochées
ventralement au niveau des cardo maxillaires, où
elles ne sont séparées que par un étroit espace
membraneux. Incisions postérieures petites, peu
profondes, triangulaires. Carènes postoccipitales
très bien marquées, étroites, non prolongées par
une zone cuticulaire transparente. Les gènes
portent à la marge ventrale et antérieure, de
Source : MNHN, Paris
232
LOÏC M ATI LE
chaque côté, une paire de soies et quatre pores.
Aire paraclypéale réduite. Antennes petites, ovales,
prolongées en avant par un petit processus
saillant. Trois encoches très petites correspon¬
dent aux sensilles périphériques. Phragme dorsal
bien développé, phragme ventral réduit. Stem-
mates de taille moyenne, sans socle. Tentorium
composé d’un pont postérieur étroit et courbé, et
d’une paire de bras antérieurs extrêmement fins.
Labre (fig. 561) : sclérite labral bien développé,
en arceau, échancré et désclérifié dorsalement
sur la ligne médiane ; une paire de soies laté¬
rales. Tormae courtes, bien sclérifiées. Quatre
dents prémandibulaires peu sclérifiées, auxquelles
s’ajoutent deux dents accessoires presque trans¬
parentes. Une paire de sensilles dorsales ; sen¬
silles L7 très bien développées, en position
subapicale. Sillon sagittal peu marqué. Cinq
digitations aiguës de chaque côté. Pas de lobes
labraux latéraux.
Mandibules (fig. 562-563) en pyramide à trois
faces. Face ventrale non échancrée, sans zone
crénelée, un profond pore basal. Face externe
avec deux zones hyalines circulaires. Face dor¬
sale avec une dent subapicale peu développée.
Prostheca formée d’un lobe aux limites indis¬
tinctes, portant à l’apex cinq soies transparentes,
éloignées de la dent subapicale. Lobe inciseur
formé d’une forte dent, de trois moyennes et de
trois petites.
Maxilles (fig. 564-565) : cardo transverse, bien
sclérifié, portant trois fines soies sensorielles le
long du bord antérieur, l’externe plus petite.
Stipes divisé en galéolacinia et palpifère par une
suture maxillaire bien visible. Palpifère bien
sclérifié le long de la suture, le reste membra¬
neux. Zone sensorielle comptant huit sensilles,
dont une ovale et une en baguette ; apex sail¬
lant et pointu. Galéolacinia avec treize dents
subégales. Deux sensilles dorsales, trois apico-
ventrales et une soie ventrale. Apophyse maxil¬
laire courte.
Labium-hypopharynx (fig. 566-567) : lobe hy-
popharyngien denticulé à l’apex. Sclérite hypo-
pharyngien formant deux étriers réunis en avant,
leurs plans faisant un angle d’environ 45°. Apex
des branches de l’étrier dorsal élargi en triangle
pour soutenir un cadre hypopharyngien petit et
peu sclérifié. Sclérite prélabial en forme de U,
peu épaissi à la base.
Thorax : segments quadrangulaires, à tégu¬
ment lisse, formant des bourrelets latéraux sur le
méso- et le métathorax. Stigmate prothoracique
présent, simple, circulaire la lumière atteignant
environ 0,03 mm, le diamètre externe 0,04 mm.
Face ventrale du prothorax portant quelques
rangées transversales antérieures de spinules,
presque tout le segment dépourvu d’ornementa¬
tion. Mésothorax et métathorax à rangées anté¬
rieures de spinules, le reste du tégument sculpté
de dépressions vermiculaires.
Abdomen : premier segment en majeure partie
lisse, seulement un bourrelet postérieur. Tous les
segments suivants finement annelés, sauf le VIII,
faiblement annelé, presque lisse ventralement, et
le IX, lisse. Deux lobes terminaux de part et
d’autre de l’anus (fig. 568). Segment I dépourvu
de spinules ventrales. Segment II avec 6-7 ran¬
gées ventrales et postérieures de spinules très
courtes, espacées, disposées en rangées irrégu¬
lières et dispersées. Segments III-VIII avec
chacun une triple rangée de spinules, les ran¬
gées VII-VIII plus longues, les spinules un peu
plus grandes. Pas de stigmates abdominaux
visibles en microscopie à transmission, simple
ou à contraste interférentiel.
J’ai examiné des exuvies de larves I et II, ainsi
que des larves III : elles ne diffèrent que par la
taille de la larve IV.
Biologie. — L’espèce-type a été trouvée dans
deux grottes australiennes. Aucune capture dans
ce milieu n’a été signalée depuis et la présence
sous terre d'H. macleayi est sans doute acci¬
dentelle, à moins que cette espèce ne fréquente
la zone de pénombre des entrées comme le font
de nombreux Mycetophiloidea qui ne sont pas
cavernicoles pour autant (c/. Matile, 1970b).
Skuse (1888) a capturé ses deux exemplaires d'H.
macleayi dans des toiles d’araignées où, d’après
lui, ils étaient suspendus aux fils par les pattes
postérieures, la tête en bas. Annandale a égale¬
ment pris le type d'H. quadripunctata, de Cal¬
cutta, dans une toile d’araignée, sans préciser si
cette espèce montrait la même position que
l’espèce australienne (Brunetti, 1912). On sait
que l’habitude de se suspendre dans les toiles
d’araignées n’est pas rare chez les Keroplatidae
et quelques autres Mycetophiloidea (voir plus
loin au sujet de Tolletia ), mais en ce qui me
concerne, je les ai toujours observés accrochés
par les pattes antérieures, comme sur les autres
substrats. C’est cette position qu’adoptaient les
H. chazeaui que j’ai pu longuement examiner
vivants, et l’observation de Skuse pourrait bien
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLAT1DAE : SYSTÉMATIQUE
233
Fig. 569-570. — Heteropterna chazeaui Mat. : 569, larve III
dans sa toile, sous un polypore ; 570, cocon de nymphose
sous une feuille morte.
D’après Matile, 1988c.
être le fait d’un lapsus calami lors de la rédaction
de son article.
Les premiers états $ Heteropterna s. str. sont
restés inconnus jusqu’à ce que j’aie pu récolter
des larves d ’//. chazeaui et les mener jusqu’à
l’éclosion de l’imago ( cf. Matile, 1988c). Cepen¬
dant, Z. Liepa a élevé H. macleayi, en Nouvelle-
Galles du Sud, de Trametes versicolor et de Ste-
reum semilugens (données inédites sur étiquettes
de spécimens in ANIC). Les larves d 'H. chazeaui
ont été découvertes dans la pluvisylve sur sol
sédimentaire (Holloway, 1979, localité 26) du
Col d’Amieu, vers 420 m d’altitude, sous des
Polypores appartenant à l’espèce Microporus
xanthopus (Fries) Kuntze (J. Perreau det.). Il
s’agit d’un Microporaceae très commun sous les
tropiques de l’Afrique occidentale à toute la zone
Pacifique. Ces champignons étaient nombreux
dans la localité, poussant sur les branches et
branchettes tombées à terre. Les larves tissent
une toile de récolte en nappe et une toile grégaire
désorganisée, serrée, à gouttelettes de tailles
variées, ainsi que leur toile-refuge. En élevage
au laboratoire, les toiles ont été retissées indivi¬
duellement. L’aspect d’une toile-refuge est repré¬
senté sur la figure 569. Les larves se tiennent
dans leur réseau la face ventrale vers l’hyménium
du Polypore. La piste principale, muqueuse, est
plus étroite que l’animal et amarrée par des fils
rares et fins, dépourvus de gouttelettes ; cette
piste atteint environ le double de la longueur de
la larve.
Avant la nymphose, la larve IV tisse un cocon
très rudimentaire en utilisant en partie le sub¬
strat. L’un des cocons observé en détail a été
construit dans le creux d’une feuille morte
repliée. Entre ses deux bords, sont d’abord tissés
quelques filaments en réseau à mailles très
lâches. Au-dessous est constitué un réseau serré,
épais, irrégulier, qui manque sur la face formée
par la feuille morte, sur laquelle ne se trouvent
que quelques filaments. Un autre cocon a été
construit sur une feuille moins repliée : il affecte
la forme d’un entonnoir très lâche, parsemé de
gouttelettes (fig. 570). La partie ne reposant
pas sur la feuille est là aussi recouverte d’un
deuxième réseau plus lâche, comportant davan¬
tage de zones à film muqueux. La larve est donc
capable d’adapter la forme de son cocon de
nymphose à celle du substrat, qui n’est pas le
Polypore-hôte.
La colonie, contenant des larves à divers
stades, a été récoltée le 30.1 1.1983. Une douzaine
d’imagos ont éclos pendant une tournée sur le
terrain entre le 15 et le 17.12, jour pendant lequel
un imago vivait encore. Le 18.12, observation
d’un cocon renfermant une nymphe jeune (yeux
rouges) et de quelques larves de 25 mm ou plus
petites. Le 19, l’une des grandes larves s’attaque
au cocon mentionné plus haut et ronge les
derniers segments abdominaux de la nymphe,
qui est alors mise en alcool. Deux cocons ont
survécu à 25 heures d’avion et ont donné deux
femelles écloses à Paris le 27.12.1983.
Répartition. — Cosmopolite à prédominance
tropicale. Restreint au Japon pour la région
Source : MNHN, Paris
234
LOÏC MATILE
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
235
paléarctique. L’unique espèce néarctique ( H .
cressoni) n’était connue que de Pennsylvanie,
mais j’ai vu des exemplaires du Texas et du
Maryland. En région australasienne, n’atteint
pas la Nouvelle-Zélande, en région néotropicale,
absent de la sous-région chilienne (fig. 1252).
Matériel examiné. — Toutes les espèces dé¬
crites sauf H. annulipes (Colless) et quadripmc-
tata (Brunetti). S’y ajoutent les espèces inédites
décrites ci-dessous (dont H. laterociliata et mon-
tana, non cités dans mon travail de 1986), ainsi
que trois espèces non nommées, représentées par
des femelles et provenant de Malaisie, des Iles
Salomon et des Philippines (British Muséum,
Londres, pour les deux premières, U. S. National
Muséum, Washington, pour la dernière).
Fig. 576-583. — Gonostyle des Heteropterna néotropicaux, vue latérale (ciliation non représentée) : 576, H. abdominalis
Lane ; 577, H. perdistincta n. sp. (holotype) ; 578, H. gagnei n. sp. (d°) ; 579, H. caraibeana Mat, (d°) ; 580, H.
triangularis n. sp. (paratype) ; 581, H. tetraleuca Edw.; 582, H. imperfecta Mat. (holotype); 583, H. trileuca Edw.
Clé des espèces américaines
1. — Les quatre derniers flagellomères blancs ou largement marqués de
blanc . 2
— Au plus les trois derniers flagellomères blancs ou jaunes . 3
2. — Hanches II-III jaunes, sauf à l’apex. Jamaïque . major (Curr.)
— Hanches II-III brunes. Gonostyle mâle : fig. 581. Sous-région bré¬
silienne . tetraleuca Edw.
3. — Les trois derniers flagellomères blancs ou jaunes . 4
— Les deux flagellomères apicaux blancs ou jaunes . 8
Source : MNHN, Paris
236
LOÏC MATILE
4 — Pas plus de trois soies anépistemales. Hypopyge mâle : fig. 571, 582.
Trinidad . imperfecta Mat.
— Soies anépistemales nombreuses . 5
5. — Cul b fortement enfumée sur une courte distance; tergites abdomi¬
naux avec des marques claires, obliques, en plus des bandes
transversales. Hypopyge mâle : fig. 591-592. États-Unis .
. cressoni (Fish.)
— Cul b non enfumée ; tergites abdominaux avec seulement des bandes
transversales . 6
6. — Hanches jaunes, les II-III seulement légèrement brunies aux faces
antérieures et externes. Hypopyge mâle : fig. 574, 577. Argen¬
tine . perdistincta n. sp.
— Hanches entièrement brunes . 7
7. — Scutum brun-roux, avec des bandes longitudinales minces, plus
sombres, très peu distinctes. Hypopyge mâle : fig. 572, 580.
Brésil . triangularis n. sp.
— Scutum brun, avec des bandes longitudinales larges, distinctes,
jaunâtres. Gonostyle mâle : fig. 583. Sous-rég. brésil. . trileuca Edw.
8. — Cul b fortement enfumée sur une courte distance; tergites abdomi¬
naux avec des marques claires, obliques, en plus des bandes
transversales. Hypopyge mâle : fig. 575, 578. Pérou . . gagnei n. sp.
— Cul b non enfumée ; tergites abdominaux avec seulement des bandes
transversales . 9
9. — Aile supérieure à 2,6 mm ; tache apicale blanche large. Gonostyle :
fig. 576. Sous-rég. brésil . abdominalis Lane
— Aile inférieure à 2,2 mm ; tache apicale blanche étroite. Hypopyge :
fig. 573, 579. Trinidad . caraibeana Mat.
Clé des espèces oriento-australasiennes
1. — Antennes unicolores ; aile : coloration brune limitée au bord
costal . 2
— Au moins un flagellomère jaune ou blanc ; coloration alaire plus
étendue . 7
2. — Deux ocelles ; aile dépourvue de tache costale claire. Hypopyge
mâle : fig. 600-601, 614. Fidji . flavovittata n. sp.
— Trois ocelles, le médian parfois punctiforme ; aile avec deux taches
costales blanches ou de larges zones hyalines . 3
3. — Soies anépistemales peu nombreuses ; tibia III brusquement et
fortement épaissi après le milieu, et protarse III fortement élargi
(fig. 549) ; tibias II-III sans macrochètes postérieurs . 4
— Soies anépistemales étendues au moins sur le tiers dorsal du
pleurite ; tibia III régulièrement épaissi de la base vers l’apex et
protarse III moins élargi, ou le tibia III seul brusquement épaissi
(fig. 596) ; tibias II-III avec des macrochètes postérieurs . 5
4. — Protarse III aussi large que la plus grande largeur du tibia.
Gonostyle mâle : fig. 554, 611. Australie (Nouvelle-Galles du
Sud) . macleayi Skuse
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
237
— Pro tarse III un peu plus étroit que la plus grande largeur du tibia.
Hypopyge mâle : fig. 551-553, 612. Australie (Nouvelle-Galles du
Sud) . affinis Skuse
5. — Tibia III brusquement épaissi (fig. 596). Hypopyge mâle : fig. 595,
615. Vanuatu . vicina n. sp.
— Tibia III régulièrement épaissi de la base vers l’apex . 6
6. — Scutum brun avec trois bandes longitudinales jaunes, la médiane
élargie le long du bord antérieur du scutum, les latérales divisées par
une ligne brune. Hanches III jaunes avec une petite tache postbasale
brune ; fémur III bruni à la base. Tergites abdominaux II-V en
grande partie jaunes ; sternites II-V bruns avec 4 taches jaunes.
Hypopyge mâle : fig. 602-603, 608, 613. Nouvelle-Guinée .
. ihterrupta n. sp.
— Scutum jaune avec trois bandes brunes, la médiane non élargie en
avant. Hanches III brunes, sauf à la base ; fémurs III brunis à la
base. Tergites abdominaux II-V en grande partie bruns ; sternites
jaunes à bande apicale brune. Hypopyge mâle : fig. 604-605, 609,
618. Nouvelle-Guinée . montana n. sp.
7. — Latérotergite portant des soies discales. Hypopyge mâle : fig. 606-
607, 610, 617. Nouvelle-Guinée . laterociliata n. sp.
— Latérotergite dénudé . 8
8. — Quart antérieur du scutum jaune pâle, le reste brun avec trois
bandes longitudinales jaunes. Marge antérieure de l’aile faiblement
brunie. Hypopyge mâle : fig. 597, 616. Nouvelle-Calédonie ....
. chazeaui Mat.
— Scutum autrement coloré. Marge antérieure de l’aile fortement bru¬
nie . 9
9. — Quatre flagellomères apicaux jaunes. Ailes : fig. 586. Hypopyge
mâle : fig. 587. Japon . septentrionalis (Okada)
— Deux ou trois flagellomères apicaux jaunes ou blancs . 10
10. — Pas de flagellomère concolore avec les préapicaux ; dernier flagello-
mère jaune ou blanc. Couleur de fond des pattes jaune . 11
— Au moins un flagellomère médian concolore avec les préapicaux ;
dernier flagellomère noir. Couleur de fond des pattes noirâtre ou
brunâtre . 12
11. — Flagellomères apicaux d’un blanc sale. Première tache costale
blanche ne touchant pas l’apex de Sc ; Cul b régulièrement courbée.
Hanches jaunes, la III brunie à l’apex. Mâle inconnu. Bengale.
. quadripunctata (Brunetti)
— Flagellomères apicaux d’un jaune vif. Première tache costale
touchant l’apex de Sc (fig. 585) ; Cul b brusquement courbée avant
l’apex. Hanches en majeure partie brunes. Hypopyge mâle : fig. 598-
599. Sri Lanka . fenestralis n. sp.
12. — Flagellomères 12-13 entièrement jaunes, 11 brun. Scutum à bandes
brunes. Fémurs et tibias noirâtres. Hypopyge mâle : fig. 589-590.
Sumatra . nigrescens (Edw.)
— Flagellomères 11-13 entièrement jaunes. Scutum à bandes jaune
pâle. Fémurs et tibias brunâtres. Palau Islands . . . annulipes (Coll.)
Source : MNHN, Paris
238
LOÏC MATILE
Heteropterna (H.) gagnei n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 3 mm.
Tête : occiput, calus ocellaire et front noirs,
poudrés de gris. Trois ocelles, le médian puncti¬
forme, les externes éloignés de la marge oculaire
par un peu plus de leur plus grand diamètre.
Antennes : scape, pédicelle et flagelle brun-noir,
sauf les deux derniers flagellomères, jaunes ;
flagellomères 1-3 avec 1-2 macrochètes ventraux,
très courts. Face et palpes jaunes.
Thorax : prothorax roux, une tache dorsale
brune de part et d’autre de la ligne médiane,
antépronotum et proépisteme bruns. Scutum
brun-roux, marqué de trois larges bandes lon¬
gitudinales rousses, la médiane divisée en deux
par une ligne sagittale brune. Scutellum jaune
sombre, dépourvu de soies discales. Médioter-
Fig. 584-586. — Ornementation alaire de quelques Hete¬
ropterna : 584, H. affinis Skuse ; 585, H. fenestralis n. sp.
(holotype) ; 586, H. septentrionalis Okada.
gite jaune, zone membraneuse sous-scutellaire
grande, prolongée pratiquement jusqu’à l’apex
du sclérite. Pleures brun clair, anépisterne brun
sombre, presque noir dorsalement ; une bande
jaune oblique, s’étendant de l’angle antérodorsal
du katépisteme au tiers ventral du mésépimère.
Pattes : hanches jaunes, les antérieures brunies
sur toutes les faces antérieure et externe, les 11
brunies aux faces antérieure et externe sauf à la
base, les III brunes sur toute la face externe, la
face postérieure jaune à la base, le reste d’un
brun plus clair que celui de la face externe.
Fémurs (les pattes II manquent) jaunes, brunis à
la base, les fémurs III également brunis à l’apex.
Tibias jaunes, le III fortement bruni à l’apex,
la face externe jaune-brunâtre. Tarses I jaune
pâle. Protarse III brun, tarsomères II-III jaunes,
annelés de brun, les suivants jaunes. Protarse I
1,3 fois plus long que le tibia.
Ailes jaunes, la marge antérieure brune sauf à
la base, portant deux taches blanches situées
l’une après l’apex de Sc, l’autre après celui de
R4. Apex et marge postérieure d’un brun moins
foncé, une trace brune de part et d’autre de
Cul b. Sc2 présente mais très faible. Fusion
radiomédiane atteignant la moitié de la longueur
du pétiole de la fourche médiane. Balanciers :
pédicelle jaune, capitule brun-noir.
Abdomen : tergite I brun, jauni à la base et sur
la ligne médiane. Tergites II-IV jaunes, avec une
étroite bande apicale brune et une marque
discale en fer à cheval qui rejoint latéralement la
bande apicale. Tergites V-VII jaunes sur le tiers
basal, le reste brun. Stemite I brun, avec deux
petites taches latérales jaunes. Stemite II jaune,
portant une marque brune en forme de H plus
large que haut, la marge apicale finement brunie.
Stemites III-IV jaunes, marqués d’une croix
brune et la marge apicale étroitement brunie.
Stemite V : quart basal jaune, le reste brun avec
deux grandes taches latérales jaunes, les stemites
suivant jaunes sur le tiers basal, le reste brun.
Hypopyge (fig. 575) brun. Tergite IX hexago¬
nal, échancré par la base des cerques, ceux-ci
relativement petits ; par contre, hypoprocte très
bien développé et sclérifié, dépassant large¬
ment en arrière des cerques. Gonocoxopodites
séparés ventralement par une étroite encoche
sagittale, de part et d’autre de laquelle sont
disposées des épines serrées. Lobe interne des
gonostyles beaucoup plus court et plus étroit que
l’exteme (fig. 578).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
239
Fig. 587-590. — Genitalia mâles des Heteropterna orientaux (part.) : 587, H. septentrionale Okada, hypopyge, vue ven¬
trale ; 588, d°, gonostyle, vue latérale (ciliation non représentée) ; 589, H. nigrescens (Edw.), hypopyge, vue ventrale
(lectotype) ; 590, d°, gonostyle, vue latérale (ciliation non représentée).
Holotype mâle : Pérou, Loreto, San Antonio,
11.08.1965 ( J . C. Hitchcock jr.). À l’U.S. Natio¬
nal Muséum, Washington. L’espèce est amicale¬
ment dédiée à mon Collègue Raymond Gagné
en remerciement des nombreux Keroplatidae
qu’il m’a communiqués, dont l’espèce en ques¬
tion.
Heteropterna (H.) perdistincta n. sp.
Heteropterna trileuca : Lane, 1960 : 375, pro
parte (exemplaires d’Argentine), non Edwards,
1940 ; erreur de détermination.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 4 mm.
Tête : occiput brun-noir à poudré argenté ; calus
ocellaire noir. Trois ocelles, le médian bien plus
petit que les externes. Front brun-noir. Antennes :
scape et pédicelle bruns ; flagelle brun, sauf les
flagellomères 12, jaune-brunâtre, 13, entièrement
jaune, et 14, jaune bruni à l’apex. Face et palpes
jaunes.
Thorax : scutum brun-roux, portant trois
bandes longitudinales jaune-roux dont la mé¬
diane est divisée en deux par une ligne sagittale
brun-noir progressivement effacée vers l’arrière.
Scutellum brun, dépourvu de soies discales. Mé-
diotergite jaune, aire membraneuse sous-scutel-
laire étroitement encadrée de brun, son apex
atteignant celui du médiotergite. Pleures jaune-
brunâtre, une bande oblique, jaune, reliant le
proépisteme à la partie ventrale du mésépimère.
Pattes jaune-roux, les hanches II-III légère¬
ment brunies aux faces antérieures et externes.
Fémurs II brunis à la base, III à la base et à
l’apex. Tibia III bruni à l’apex (tibias et tarses II
manquent). Tarsomères III brunâtres, étroite¬
ment jaunis à l’apex. Protarse I 1,4 fois plus long
que le tibia.
Ailes hyalines, l’apex et la marge antérieure
brunis, sauf la base de la marge, claire, et deux
taches blanches, l’une à l’apex de Sc, l’autre à
celui de R4. Sc2 réduite à une trace. Balancier :
pédicelle jaune, capitule brun.
Source : MNHN, Paris
240
LOÏC MATILE
Fig. 591-594. — Genitalia mâles des Heteropierna : 591, H. cressoni (Fish.), vue ventrale; 592, d°, gonostyle, vue latérale
(ciliation non représentée) ; 593, H. ghesquierei Toll., gonostyle, vue latérale (ciliation non représentée) ; 594, d°,
hypopyge, vue ventrale.
Abdomen : tergite I jaune-brunâtre, étroite¬
ment bruni à la marge apicale. Tergites suivants
jaunes, le VII bruni à l’apex. Sternite I brun.
Sternite II brun avec une large tache apicale
jaune ; III brun avec deux taches latérales ba¬
sales jaunes et une grande tache jaune apicale ;
IV brun avec deux taches jaunes basales et deux
apicales plus petites ; V avec deux taches ba¬
sales jaunes seulement ; VI jaune-brunâtre, sans
taches, VII jaune-brunâtre, plus sombre à l’apex.
Hypopyge (fig. 574) brun. Tergite IX hexago¬
nal, le bord apical profondément échancré pour
le logement des cerques. Zone membraneuse
ventrale des gonocoxopodites longue. Gono-
styles profondément bilobés, le lobe dorsal bien
plus large que le ventral (fig. 577), mais non
foliacé comme chez H. trileuca (fig. 583).
Holotype mâle ; Argentine, Prov. Jujuy, Sierra
Zapla, 30.01.1940 ( M . Aczèl). Au Museu de
Zoologia, Sào Paulo. Cette espèce est très
proche à' H. trileuca Edw., avec lequel Lane l’a
confondue. Elle s’en distingue surtout par l’orne¬
mentation antennaire, les hanches plus claires et
la taille plus réduite du lobe dorsal des styles.
Heteropterna (H.) triangularis n. sp.
H. trileuca : Lane, 1962 : 9, non Edwards, 1940
( pro parte : exemplaire du Brésil) ; erreur de
détermination 29 .
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 2,9 mm.
Tête : occiput et front entièrement noirs à
poudré argenté. Trois ocelles, le médian puncti¬
forme. Antennes brun-noir, sauf les trois derniers
29. Dans la même publication, Lane cite un exemplaire du Pérou dont les gonostyles sont plus minces que chez les
spécimens de H. trileuca qu’il a étudiés. Il s’agit sans doute de H. perdistincta.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
241
Fig. 595-599. — Genitalia mâles (et patte) des Heteropierna : 595, H. vicina n. sp., hypopyge, vue ventrale (holotype) ; 596,
d°, tibia et protarse III, vue interne (d°) ; 597, H. chazeaui Mat., hypopyge mâle, vue ventrale (d°) ; 598, H. fenestra-
lis n. sp., d° ; 599, d°, gonostyle, vue latérale (ciliation non représentée).
Fig. 597 d’après Matile (1988c).
Source : MNHN, Paris
242
LOÏC MATILE
flagellomères, jaunes, l'apex du quatorzième
bruni. Pas de macrochètes ventraux. Face jaune-
grisâtre, trompe jaune-brunâtre, ainsi que les
palpes.
Prothorax brun. Scutum brun-roux, portant
trois bandes longitudinales brunes, minces, à
peine visibles. Scutellum brun-roux, dépourvu de
soies discales. Médiotergite jaune-roux, aire
sous-scutellaire grande. Sclérites pleuraux roux,
l’anépisterne, la partie ventrale du katépisterne et
la face postérieure du latérotergite brunis.
Pattes : hanches brunes ; fémurs l-II brun-
roux, le III jaune, bruni à la base et, plus
largement, à l'apex. Tibias I-II jaunes, III brun,
noirci à l’apex. Tarses I-II jaunes, non annelés,
tarse III brun, également non annelé. Protarse I
1,3 fois plus long que le tibia. Éperons roux,
l'externe III inférieur à la moitié de l’interne.
Aile : marge antérieure fortement brunie, sauf
à la base ; une tache blanche occupant la pre¬
mière moitié de l’intervalle Sc-Rl, une autre
touchant l’apex de R4 et occupant presque toute
la cellule. Sc2 évanescente. Balanciers : pédicelle
jaune, capitule brun-noir.
Abdomen : tergite I brun, étroitement jauni à la
base sur la ligne médiane. Tergites II-III entière¬
ment bruns, indistinctement plus clairs à la base ;
tergites IV-V bruns avec une étroite bande basale
jaune, les tergites suivants entièrement bruns.
Sternite I brun, jaune sur la ligne médiane,
stemite II brun avec deux taches apicales arron¬
dies ; III brun avec quatre taches jaunes, IV-
VI bruns avec une large bande basale jaune en
prolongement de celle des tergites, sternites sui¬
vants bruns.
Hypopyge (fig. 572) brun, l'apex du lobe
gonostylaire externe largement jauni. Tergite IX
rétréci à l’apex, fortement encoché par la base
des cerques, ceux-ci un peu plus courts que
l’hypoprocte, qui est relié au tergite IX, de
chaque côté, par un large apodème cilié à
l’apex. Fente gonocoxale longue, zones spinuleu-
ses peu étendues, soies ventrales rares. Gono-
styles (fig. 580) : lobe externe large, triangulaire,
lobe interne modérément large.
Holotype mâle : Brésil, État de Cearâ, Forta-
leza, 03.1960 (V. Sherlock). Paratype mâle :
Brésil, Nova Teutonia, «27°11'B 52°23'L»,
300-500 m, 09.1975 ( F . Plaumann). Holotype au
Museu de Zoologia, Sào Paulo, paratype au
Muséum national d’Histoire naturelle, Paris.
Cette espèce est très proche d'H. trileuca et
perdistincta, dont elle se distingue surtout par les
genitalia, en particulier par la forme des styles
externes (comparer fig. 577, 580, 583), par le
scutum pratiquement unicolore et l’ornementa¬
tion abdominale. H. triangularis et perdistincta se
séparent tous deux d'H. trileuca par la première
tache costale blanche, qui touche l’apex de Sc, au
lieu d’en être séparée par une petite zone brune.
Heteropterna (H.) flavovittata n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 3,5 mm.
Tête : occiput brun-noir, calus ocellaire noir.
Ocelle médian absent, ocelles latéraux éloignés
de la marge oculaire par le double de leur propre
diamètre. Front brun clair. Antennes : scape et
pédicelle jaune-orangé, flagelle brun-noir. Face
et palpes jaune-orangé. Yeux plutôt petits pour
le genre, occupant un peu plus des deux tiers de
la face latérale de la tête.
Thorax : prothorax jaune, sauf le proépisterne,
brun. Calus huméraux jaunes. Scutum brun,
portant trois larges bandes jaunes, les deux
latérales plus sombres, la médiane plus courte
mais sa coloration prolongée sur le bord anté¬
rieur du scutum, de part et d’autre. Scutellum
brun-noir, quelques soies discales en plus des
marginales. Médiotergite jaune-roux, bruni à la
pointe de l’aire membraneuse sous-scutellaire,
celle-ci petite, à peine plus longue que le scutel¬
lum, ne dépassant pas le milieu de la hauteur du
médiotergite. Pleures jaunes, anépisteme et katé¬
pisterne mésothoraciques largement brunis, le
latérotergite moins largement, le métépisterne
brun.
Pattes : hanches jaune-roux, les II-III avec une
tache apicale brune. Il ne subsiste, en dehors des
hanches, que la patte postérieure gauche : fémur
jaune, étroitement bruni à la base ; tibia et tarse
jaunes, très assombris par la ciliation, le tibia de
plus bruni à l’apex. Éperons brun-noir, l’externe
un peu plus long que la moitié de l’interne.
Ailes hyalines, la base et l’apex enfumés, une
tache brune, grossièrement quadrangulaire, re¬
couvrant tout R4 et l’apex de RI. Balanciers :
pédicelle jaune, capitule brun.
Abdomen : tergite I brun, avec une bande
sagittale jaune à limites indécises. Tergites II
à VII bruns, une bande transversale basale jaune.
Tergite VIII jaune. Stemite I brun, sternites II-V
jaunes marqués de brun latéralement, VI et VII
jaunes à la base, bruns à l’apex.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
243
Hypopyge (fïg. 600) jaune, le tergite IX légère¬
ment bruni, hexagonal à angles arrondis. Aire
membraneuse gonocoxale petite, ovale. Gono-
styles en forme de dièdre entièrement ouvert en
dedans, la face ventrale portant une pointe
préapicale sclérifiée (fig. 601).
Allotype femelle semblable à Pholotype, mais
occiput jaune-brunâtre sur toute sa partie pos¬
térieure, et médiotergite non bruni à l’apex.
Fémur I bruni à l’apex, II à la base et à l’apex.
Tergite abdominal VII brun, ovipositeur jaune.
Holotype mâle : Fidji, Suva, 28.12.1947 (R. A.
Lever), D690, BM 1947-13. Allotype femelle :
mêmes localité et récolteur, 9.08.1944, D924.
Holotype et allotype au British Muséum (Nat.
Hist.). Un paratype mâle : d°, 24.09.1938,
D389, au Muséum de Paris. Un paratype mâle,
Nukulau Is., 20.06 [sans année] (D. Stoner),
US National Muséum, Washington. L’espèce est
très distincte par la forme des gonostyles mâles,
Fig. 600-607. — Genitalia mâles des Heteropterna australasiens (holotypes) : 600, H. flavovittata n. sp., hypopyge, vue
ventrale ; 601, d°, gonostyle, vue dorsale ; 602, H. interrupta n. sp., hypopyge, vue ventrale ; 603, d°, gonostyle, vue
latérale (ciliation non représentée) ; 604, H. montana n. sp., hypopyge, vue ventrale ; 605, d°, gonostyle, vue latérale
(ciliation non représentée) ; 606, H. lalerociliata n. sp., hypopyge, vue ventrale ; 607, d°, gonostyle, vue latérale
(ciliation non représentée).
Source : MNHN, Paris
244
LOÏC MATILE
le flagelle antennaire dépourvu d’articles apicaux
jaunes ou blancs et l’aile sans taches antérieures
blanches.
Heteropterna (H.) interrupta n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 3,1 mm.
Tête : occiput et front brun-noir, calus ocellaire
noir. Trois ocelles, le médian punctiforme, les
latéraux éloignés de la marge oculaire par leur
propre diamètre. Antennes : scape brun-jaune,
pédicelle jaune-brunâtre (flagelle brisé). Face et
palpes jaunes.
Thorax : prothorax jaune, sauf le proépisteme,
brun. Scutum : calus huméraux jaunes, le reste
brun avec trois bandes longitudinales jaunes.
Bande médiane assombrie dans sa moitié pos¬
térieure, en avant prolongée en arc de cercle
jusqu’aux calus huméraux ; bandes latérales cou¬
pées en deux par une bande transversale brune.
Scutellum brunâtre, un peu plus clair sur le
disque, portant quelques soies à ce niveau, en
plus des marginales. Médiotergite jaune, aire
membraneuse sous-scutellaire grande, atteignant
presque l’apex du médiotergite. Pleures brun
clair marqué de jaune, métépisteme brun sombre.
Pattes jaune-roux, les hanches 11 brunies à la
face antérieure, rousses à la face externe, les III
avec une petite tache postbasale brune et l’apex
assombri. En dehors des hanches, seule subsiste
une patte postérieure : fémur et tibia brunis à
l’apex, tarsomères I-IV bruns, étroitement jaunis
à l’apex, V jaune. Éperons bruns, l’externe III à
peine plus long que la moitié de l’interne.
Ailes jaunes, brunies le long de la marge
antérieure. Une tache blanche après l’apex de Sc,
une autre entre l’apex de R4 et celui de R5.
Balancier à pédicelle jaune et capitule brun-noir.
Abdomen : tergite I brun, jauni à la base.
Tergites II-V jaunes, légèrement brunis à la
marge postérieure, une faible bande longitudi¬
nale médiane brune. Tergites VI-VII bruns.
Stemite I brun avec une paire de taches jaunes
subapicales. Stemites II-V bruns, avec quatre
grandes taches jaunes étroitement séparées de
brun, formant comme une fenêtre. Stemites VI-
VII bruns, le VII plus sombre.
Hypopyge (fig. 602) brun. Tergite IX subqua-
drangulaire, fortement échancré à l’apex pour le
logement des cerques. Zone membraneuse gono-
coxale en ovale allongé. Gonostyles incomplète¬
ment divisés en deux lobes subégaux, le lobe
interne portant une forte dent sclérifiée au niveau
du tiers apical (fig. 603, 613).
Holotype mâle : Nouvelle-Guinée, Papua,
Cape Rodney, 10 m, 2-4.11.1960, piège de
Malaise ( J.L . Gressitt). Bishop Muséum, Hono-
lulu. L’espèce est bien caractérisée par ses bandes
scutales interrompues et la forme particulière des
gonostyles mâles.
Fig. 608-610. — Tergite IX mâle des Heteropterna de Nou¬
velle-Guinée (ciliation non représentée ; holotypes) : 608, H.
interrupta n. sp. ; 609, H. montana n. sp. ; 610, H. late-
rociliata n. sp.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
Heteropterna montana n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 3,8 mm.
Tête : occiput roux, calus ocellaire noir. Trois
ocelles, le médian minuscule, les latéraux éloi¬
gnés de la marge oculaire par environ 1,5 fois
leur propre diamètre. Front roux. Antennes :
scape et pédicelle roux, flagelle uniformément
brun, sauf la base du premier flagellomère. Face
jaune, palpes roux.
Thorax : prothorax jaune-roux, sauf le proé-
pisteme, brun. Scutum jaune-roux, portant trois
bandes longitudinales brunes peu marquées, la
médiane mince, prolongée jusqu’au bord antérieur
du scutum. Scutellum roux, quelques petites
soies discales en plus des longues marginales.
Médiotergite brun-jaunâtre, aire membraneuse
sous-scutellaire jaune-roux, atteignant presque
l’apex du médiotergite. Pleures jaunes, sauf l’ané-
pisterne, le mésépimère et les deux tiers ventraux
du katépisterne, bruns.
Pattes jaune-roux, hanches I brunies à l’apex,
II et III brunes, sauf à la base. Fémurs II-III
étroitement brunis à la base, largement à l’apex.
Tibias et tarses III brisés. Éperons jaune-bru¬
nâtre, l’externe II atteignant environ la moitié de
l’interne.
Ailes grises sur le disque, marge antérieure
brune, cellule basale et partie postérieure à M4
d’un jaune hyalin, de même que deux larges
taches costales situées l’une à peu près au milieu
de l’intervalle Sc-Rl, l’autre juste après R4. Sc2
absente. Balanciers : pédicelle jaune, capitule
brun.
Abdomen : tergite I brun, les suivants bruns à
large bande basale jaune. Sternite I brun, ster-
nites suivants jaunes, avec une large bande
apicale brune.
Hypopyge (fig. 604-605) jaune-brunâtre, ter¬
gite IX hexagonal allongé, étroit à l’apex et, à ce
niveau, légèrement échancré pour le logement
des cerques (fig. 609). Zone membraneuse gono-
coxale ventrale très courte et étroite. Gonostyles
(fig. 605, 618) incomplètement divisés en deux
lobes subégaux, plus nettement séparés l’un de
l’autre que chez H. chazeaui ; lobe interne lar¬
gement arrondi à l’apex et portant une dent
préapicale large, comme chez H. flavovittata.
Holotype mâle : Nouvelle-Guinée : NE, Mo-
robe District, Mt Kaindi, N. Peak, 2, 350 m, 14-
20.10.1966 (G. A. Samuelson ). Bishop Muséum,
Honolulu.
245
Fig. 611-618. — Gonostyle des Heteropterna australasiens
(ciliation non représentée ; zones membraneuses en poin¬
tillé) ; 611, H. macleayi Skuse ; 612, H. affinis Skuse;
613, H. interrupta n. sp. (holotype) ; 614, H. flavovittata
n. sp. (d°); 615, H. vicina n. sp. (d°) ; 616, H. chazeaui
Mat. (paratype) ; 617, H. laterociliata n. sp. (holotype) ;
618, H. montana n. sp. (d°).
Fig. 611-614, vue dorsale; fig. 615-618, vue dorso-
Source : MNHN, Paris
246
LOÏC MATILE
Heteropterna laterociliata n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 2,9 mm.
Tête : occiput jaune-roux, bruni sur le disque,
calus ocellaire noir. Trois ocelles, le médian petit,
mais non punctiforme, les latéraux éloignés de la
marge oculaire par près de deux fois leur propre
diamètre. Front brun clair, jauni au milieu.
Antennes : scape et pédicelle jaunes ; flagelle
brun, le flagellomère 13 jaune, le 14 brisé. Face
et palpes jaunes.
Thorax : prothorax jaune, sauf le proépisteme,
brun. Scutum brun clair, jauni latéralement,
portant trois bandes longitudinales jaunes, la
médiane prolongée jusqu’à la marge antérieure
du scutum et divisée en deux par une ligne
sagittale brune indécise, surtout en arrière. Scu-
tellum jaune sombre, portant trois petites soies
discales en plus des longues marginales. Médio-
tergite jaune, zone sous-scutellaire grande, attei¬
gnant l’apex du médiotergite. Pleures jaunes,
sauf le mésanépisterne, la partie ventrale du
mésokatépisterne, dorsale du latérotergite et an¬
térieure du métépisterne, légèrement brunis. La¬
térotergite portant un groupe de sept soies
courtes, mais bien distinctes, situées vers le
milieu de la face latérale.
Pattes jaunes marquées de brun : hanches I
légèrement brunies à la base et à l’apex, II
brunes sauf à la base et à la face postérieure, III
brunes sur les deux tiers apicaux des faces
externe et postérieure. Fémurs II-III étroitement
brunis à la base. Tibia III régulièrement élargi de
la base vers l’apex et étroitement bruni à ce
niveau ; quelques petites soies postérieures. Pro¬
tarses III distinctement épaissis.
Ailes grises, sauf la cellule basale, hyaline au-
dessous de la trace de M, et la marge antérieure,
brune avec deux taches claires, l’une après le
milieu de l’intervalle Sc-Rl (la marge plus forte¬
ment brunie après cette tache), l’autre juste après
Fig. 619-624. — Rapports du proctigère et du tergite IX chez les mâles de certains Heteropterna : 619, H. macleayi Skuse,
vue dorsale ; 620, d°. vue latérale ; 621, H. gagnei n. sp., vue dorsale ; 622, d°, vue latérale ; 623, H. interrupta n. sp.,
vue latérale ; 624, H. abdominalis n. sp., d°.
Source : MhJHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
247
R4. Balanciers : pédicelle jaune, capitule brun-
noir.
Abdomen jaune-roux marqué de brun. Ter-
gites I-VI jaune-roux, indistinctement tachés de
brun à l'apex, latéralement, les suivants portant
une bande apicale brune. Sternite I bruni à
l’apex, 1I-VI jaunes, brunis à l’apex et aux
marges latérales, en outre une bande sagittale
brune ; sternites suivants bruns, indistinctement
jaunis à la base.
Hypopyge (fig. 606-607) brun-jaunâtre. Ter-
gite IX grossièrement rectangulaire, peu rétréci à
l’apex, et à ce niveau largement échancré pour
l’insertion des cerques (fig. 610). Une étroite
liaison sclérifiée entre le tergite et l’hypoprocte.
Zone membraneuse gonocoxale ventrale ovale et
étroite. Gonostyles divisés en un lobe dorsal et
une lame ventrale plus longue, l’incision entre les
deux profonde (fig. 617). Lame ventrale recour¬
bée vers la ligne médiane à l’apex, et formant une
dent plus sclérifiée à ce niveau.
Holotype mâle : Nouvelle-Guinée, NE, Mo-
robe District, Ulap, 800-1 100 m, 09.1968 (IV. A.
Steffan & Y.M. Hoang). Bishop Muséum, Hono-
lulu.
Heteropterna vicina n. sp.
Holotype«mâle. — Longueur de l’aile : 3 mm.
Tête : occiput brun-noir, le reste de la tête
détruit.
Thorax : prothorax jaune, sauf le proépisterne,
brun. Tiers antérieur du scutum jaune pâle, le
reste brun, avec trois bandes longitudinales
jaune-roux à limites peu distinctes. Scutellum
jaune, brun à la face inférieure, quelques soies
discales en plus des marginales. Médiotergite
jaune, zone membraneuse sous-scutellaire petite,
n’atteignant pas l’apex du sclérite. Pleures jaunes,
sauf l’anépisterne, brun sur sa plus grande partie,
jauni en arrière, le katépisteme, indistinctement
bruni en haut, et le latérotergite, très faiblement
bruni dorsalement et le long de la marge posté¬
rieure.
Pattes : hanches jaunes, les II légèrement
brunies à l’apex, les III brunies sur environ la
moitié de la face externe. Le reste des pattes II
manque. Fémur I jaune, III brun, jauni à la face
ventrale. Tibias et tarses jaunes, le tibia III
étroitement bruni à l’apex, plus largement mais
moins fortement à la base. Apex du tarse I et ce
qui reste du tarse III brunis. Tibia III assez
largement élargi à partir du milieu (fig. 596).
Éperons jaunes, l’externe III environ d’un tiers
plus court que l’interne.
Ailes jaunes, faiblement enfumées à la marge
antérieure et à l’apex, une tache plus sombre à
l’apex de Sc, une à celui de RI, s’étendant
jusqu’à R4, une troisième à l’apex de R5. Fusion
radiomédiane courte, n’atteignant que le quart
de la longueur du pétiole de la fourche médiane.
Balanciers : pédicelle jaune, capitule brun-noir.
Abdomen : tergite I jaune, indistinctement
bruni à l’apex et latéralement ; II brun, large¬
ment jauni à la base sur les côtés, III-V jaunes,
faiblement brunis à l’apex, VI-VII bruns. Ster¬
nite I jaune, sternites II-V jaunes avec une tache
apicale triangulaire brune, VI-VII jaunes à la
base, bruns à l’apex.
Hypopyge (fig. 595) semblable à celui d 'H.
chazeaui (comparer fig. 595 et 597), brun, mais
les gonostyles proportionnellement plus courts et
plus arrondis (fig. 615).
Holotype mâle : Vanuatu (Nouvelles-Hébrides)
Aneityum, 11.1930 (L.E. Cheesmari), BM 1931-
27. British Muséum (Nat. Hist.), Londres.
Heteropterna (H.) fenestralis n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 3 mm.
Tête : occiput, calus ocellaire et front unifor¬
mément noirs. Trois ocelles, le médian plus petit
que les externes. Antennes brunes, sauf l’extrême
base du premier flagellomère et les trois derniers,
qui sont d’un jaune vif. Face jaune, palpes roux.
Thorax : prothorax brun-roux, proépisterne et
prosternum bruns. Scutum brun sombre marqué
de roux : une bande médiane finement divisée en
deux par une ligne brune, la teinte rousse se
prolongeant à angle droit à la marge du scutum,
et deux bandes latérales, indistinctement inter¬
rompues au milieu par une tache plus sombre.
Également une tache postalaire jaune. Scutellum
brun, dépourvu de soies discales. Médiotergite
roux, zone membraneuse sous-scutellaire grande,
prolongée jusqu’à l’apex du médiotergite. Pleures
brunes.
Pattes : hanches brunes, les II et III jaunes à la
face postérieure, cette dernière barrée par une
bande préapicale brune sur la III, dont la face
antérieure est également jaunie. Fémurs jaune
sombre, les II et III largement brunis à la base et
Source : MNHN, Paris
248
LOÏC MATILE
à l’apex. Tibias jaune-brunâtre, les II-III étroite¬
ment brunis à l’apex. Éperons jaunes. Tarses
bruns.
Ailes (fig. 585) grisâtres, fortement enfumées le
long de la marge antérieure, celle-ci portant deux
taches blanches, l’une à l’apex de Sc, l’autre à
celui de R4. Balancier : pédicelle jaune, capitule
brun.
Abdomen : tergite I brun. Tergite II jaune,
avec une bande transversale médiane brune,
interrompue au milieu, et une bande apicale
brune. Tergite III-IV bruns, une bande transver¬
sale médiane jaune, dilatée en avant. Tergite V
brun à taches discales et latérales jaunes indis¬
tinctes, les tergites suivants bruns. Sternite I
brun, les suivants jaunes marqués de taches
brunes latérales et sagittales, les stemites VI-VII
bruns, sans taches.
Hypopyge (fig. 598) brun. Tergite IX hexago¬
nal, peu échancré par les cerques à l’apex. Aire
membraneuse des gonocoxopodites réduite. Go-
nostyles profondément divisés en deux, le lobe
externe large, le lobe interne court et étroit,
bordé de quelques soies spiniformes (fig. 599).
Holotype mâle : Sri Lanka, Matale, 3.05.1925,
sur fenêtre (sans nom de récolteur) ; un para-
type mâle : Sri Lanka, Colombo, 10.07.1914
(id. ; R. S. White det. Ceroplatus quadripunctatus
Brun.) ; un para type mâle : d°, sans localité (Dr.
Thwaites), B7/25, BM 1867. Holotype et para-
type de Colombo au British Muséum (Nat.
Hist.), Londres ; paratype sans localité au Mu¬
séum national d'Histoire naturelle, Paris.
Cette espèce diffère notamment d'H. quadri-
punctata (Brunetti), du Bengale, par la tache
alaire basale blanche touchant l’apex de Sc,
Cul b beaucoup plus courbée, l’anale bien plus
éloignée de cette nervure ; la marge postérieure
de l’aile est moins fortement enfumée, les hanches
sont presque entièrement brunes et les trois
derniers flagellomères antennaires d’un jaune
vif au lieu de blanc sale. Le paratype sans loca¬
lité présente quelques légères différences hypopy-
giales avec l’holotype : lobe externe du gonostyle
un peu plus large, zone membraneuse gono-
coxale plus longue ; ces différences sont peut-
être de nature subspécifique.
Heteropterna nigrescens Edwards, n. comb.
Keroplatus (Heteropterna) nigrescens Edwards,
1931c : 263.
Le British Muséum possède deux syntypes
mâles montés sur le même morceau de polypore.
L’un d’eux est ici désigné comme lectotype ;
hypopyge et gonostyles : figures 589-590. Le
paralectotype a été monté sur un polypore,
distinct.
Sous-genre Scrobicula Matile.
Scrobicula Matile, 1970c : 782. Espèce-type : Heteropterna (Scrobicula) balachowskyi Matile, 1970c,
par désignation originale.
Ce sous-genre diffère du sous-genre nominatif
par les caractères suivants :
Imago. — Tête (fig. 625-626) : yeux moins
grands, l’occiput dépassant légèrement la marge
supérieure dorsalement, plus largement en arrière.
Macrochètes antennaires beaucoup plus longs,
atteignant au moins la longueur des flagello¬
mères médians, ou encore plus longs. Dernier
flagellomère étroitement apiculé (fig. 627). Face
nettement moins rétrécie, sillon frontal effacé.
Thorax (fig. 628) : prosternum dénudé. Zone
membraneuse sous-scutellaire étroite et profonde,
en triangle isocèle à base de longueur inférieure
aux deux tiers des côtés (fig. 629). Anépisteme
dépourvu de soies, fissure anépistemale réduite.
Pattes : hanches à soies plus longues. Tibia III
un peu moins élargi, protarse III non élargi et
aussi long que le tibia (fig. 631). Griffes mâles
plus développées.
Ailes (fig. 630) enfumées mais dépourvues de
taches. Sous-costale bien plus courte, se termi¬
nant un peu après la base de la fusion radiomé-
diane. Anale 1 interrompue un peu avant la
marge, A2 plus réduite que chez Heteropterna s.
str.
Genitalia mâles (fig. 632-633) : tergite IX
excessivement grand, recouvrant quasi totale¬
ment le reste des pièces génitales, y compris
les cerques et l’hypoprocte ; prolongé en arrière
par des apophyses basales massives. Gonocoxo-
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
249
Fig. 625-631. — Heteropterna ( Scrobicula ) balachowskyi Mat. : 625, tête, vue frontale - 626 d° vue latérale ■ (Ol
™ « s rsrK
Source : MNHN, Paris
250
LOÏC MATILE
podites développés ventralement entre les gono-
styles et portant à ce niveau des séries d’épines
disposées en peignes, l’ensemble de ce tubercule
relié aux apodèmes gonocoxaux dorsaux, qui
sont larges, bien sclérifiés et ciliés. Gonostyles
aplatis, à insertion latéroventrale ; non divisés en
un lobe ventral et un lobe dorsal, mais en un
grand lobe externe et un petit lobe interne
denticulé, fortement sclérifié. Apodèmes gono¬
coxaux dirigés vers l’arrière et rejoignant les
apodèmes de l’édéage en formant un angle
arrondi visible à l’extérieur des gonocoxopodites
et du tergite IX.
Une femelle du Natal (in Canadian National
Collection, Ottawa) se rapporte sans doute à ce
sous-genre connu jusqu’ici par le seul holotype
d'H. balachowskyi, de République Centrafri¬
caine, et un mâle de Côte d’ivoire (Matile,
Fig. 632-633. — Heteropierna ( Scrobicula ) balachowskyi
Mat., hypopyge mâle : 632, vue dorsale ; 633, vue ventrale.
1988a). Cependant, le dernier flagellomère anten-
naire est dépourvu d’apicule, les soies coxales
sont courtes, le protarse III un peu moins long
que le tibia. Aile jaune, ni tachée ni enfumée.
Nervure Al prolongée jusqu’à la marge. Ovipo-
siteur profondément invaginé dans les segments
prégénitaux, dont dépasse juste l’extrémité des
cerques. En l’absence d’un mâle, je réserve mon
opinion sur la place de cette espèce dans les
Scrobicula.
Larve IV (fig. 634-637). — Je ne dispose que
d’une exuvie, déjà décrite en 1970 (Matile,
1970c). On notera que la description originale
des mandibules et des maxilles comportait quel¬
ques erreurs d’observation : les figures 636-637
ont été corrigées en conséquence.
Larve à tête jaune marquée de brun, les
segments thoraciques d’un blanc translucide,
l’abdomen violacé. Apotome clypéofrontal (fig. 635)
allongé, échancré au milieu du bord postérieur.
Aire clypéale bien délimitée, sauf au milieu, où la
suture clypéofrontale est effacée. Aire frontale
avec, en arrière de la suture, deux paires de
grosses sensilles et deux paires de petites. Cinq
paires de sensilles discales. Labre petit, transpa¬
rent ; sclérite labral bien développé, non désclé-
rifié au milieu.
Gènes (fig. 634) larges, marges brunes, bien
délimitées. Incisions postérieures très peu déve¬
loppées. Antennes grandes, en verre de montre,
un petit lobe saillant en avant. Autant que l’on
puisse en juger d’après la disposition des pièces
de l’exuvie, les gènes semblent séparées comme
chez Heteropterna s. str. par un espace membra¬
neux plus étroit que chez Keroplatus, mais non
punctiforme comme chez Cerotelion.
Mandibules (fig. 636) pointues à l’apex, le lobe
inciseur composé d’une grosse dent et de cinq
petites. Face dorsale avec une grosse dent sub¬
apicale. Prostheca bien développée, compor¬
tant notamment deux longues soies ramifiées à
l’apex ; un gros pore basal. Face externe avec
deux pores sensoriels circulaires.
Maxille (fig. 637) : partie sclérifiée du palpe
maxillaire bien développée, fortement concave au
bord externe. Zone sensorielle peu étendue,
comportant une grande sensille en anneau, une
en baguette, trois en tubercule et trois en cercle.
Galéolacinia avec douze dents de taille crois¬
sante de l’apex à la base. Face ventrale : un
gros pore sensoriel et deux sensilles allongées sur
la zone apicale ; pas de soie maxillaire. Face
Source : MMHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
251
Fl°' Heteropterna (Scrobicula) balachomkyi Mat., larve IV (exuvie) : 634, gène, antenne et stemmate vue
maxHle (d°)5’ P 6 clyPeofrontal « sclente labral, vue dorsale; 636, mandibule, face ventrale ; 637, stipes de la
D’après Matile (1970c).
Source : MNHN, Paris
252
LOÏC MATILE
dorsale : deux petites sensilles circulaires. Apo¬
physe maxillaire très courte. Cardo portant une
seule grosse soie, dans l’angle externe. Complexe
labium-hypopharynx non observé.
Biologie. — Une seule larve a été récoltée en
République Centrafricaine, dans un tas de bois
mort près d’un ruisseau, dans la forêt dense
humide de La Maboké. Elle tissait une toile
laminaire analogue à celle des Keroplatus du
groupe testaceus. Au laboratoire, cette larve
s’est montrée peu active, fuyant la lumière et
quittant rarement sa toile-refuge, tissée dans
une anfractuosité du bois : son activité est sans
doute nocturne. Un cocon de nymphose a été
commencé le 2 novembre dans une grosse fente.
Le cocon est bien individualisé, comme chez
Keroplatus, mais il est protégé par une deuxième
toile plus lâche, circulaire, tissée entre le pla¬
fond et le plancher de la fente ; sa structure est
donc analogue sur ce point à celle d ' Heteropterna
(H.) chazeaui. L’éclosion a eu lieu au bout de
six jours.
Répartition. — Région afrotropicale (Côte
d’ivoire. République Centrafricaine, et peut-être
Natal).
Matériel examiné. — Les deux exemplaires
connus d 'H. (Scr.) balachowskyi et l’espèce du
Natal.
Genre Hikanoptilon n. gen.
Espèce-type : Hikanoptilon demoulini n. sp.
Je connais depuis longtemps un exemplaire de
Keroplatidae africain à antennes pectinées, com¬
muniqué par l’Institut royal des Sciences natu¬
relles de Bruxelles, et paraissant appartenir à un
genre inédit. Cet exemplaire a été vu par Tollet,
qui en a monté les genitalia en préparation. Cette
lame n’a malheureusement pu être retrouvée
dans les collections de l’IRSN, malgré les efforts
de mon collègue G. Demoulin, qui n’a pas
hésité, par ailleurs, à m’envoyer toutes les prépa¬
rations et les dessins de Keroplatidae aban¬
donnés par Tollet. Ayant maintenant examiné
des exemplaires de tous les genres et de presque
toutes les espèces de Keroplatidae à antennes
pectinées, je crois pouvoir décrire cette espèce en
l’attribuant à un nouveau genre, bien que les
pièces génitales mâles en demeurent inconnues,
ce qui est pourtant à éviter en règle générale.
L’espèce possède en effet des caractères haute¬
ment significatifs et pourra être reconnue sans
difficulté si l’on en trouve un exemplaire com¬
plet : c’est le seul Keroplatini à antennes pecti¬
nées, à latérotergites ciliés, face entièrement
velue ; les éperons externes III sont absents
comme chez Xenokeroplatus. La vive coloration
alaire devrait en outre avoir une valeur spéci¬
fique.
Derivatio nominis : du grec ixavoç, suffisant, et
7mXov (allusion au genre Platyroptilon). Genre :
neutre.
ê- — Tête (fig. 638-639) ovoïde, aplatie, plus
large que haute. Occiput peu saillant au-dessous
des yeux, couvert de courtes soies couchées, les
postoculaires et les ventrales plus longues. Deux
ocelles sur un calus commun profondément bi-
lobé, prolongé en arrière par un sillon sagittal
très court. Calus ocellaire cilié. Ocelles grands,
séparés de la marge oculaire par environ 1,5 fois
leur propre diamètre. Yeux grands, occupant les
deux tiers de la face latérale de la tête, très
légèrement échancrés au-dessus des antennes.
Pilosité longue, dépassant largement le diamètre
d’une ommatidie, mais absente vers le bord
antérieur des yeux. Front large et mince, sillon
médian faible, prolongé par un tubercule frontal
court ; pas de véritable calus frontal. Antennes
pectinées, de 2+14 articles. Scape en cupule
prolongée par un long bec ventral, pédicelle
discoïde. Flagellomères 1 à 13 prolongés ventra-
lement. Prolongements de taille croissante des
flagellomères 1 à 4, décroissante de 7 à 13, les
processus 12-13 courts (fig. 640). Dernier flagel-
lomère allongé, non prolongé ventralement, tran¬
chant par sa couleur blanc-jaune sur le reste des
antennes, qui est brun. Tous les flagellomères
avec des macrochètes dorsaux. Prolongations
ventrales chacune avec un long macrochète
apical et quelques macrochètes plus courts.
Flagellomère 14 avec, en plus des dorsaux,
des macrochètes apicaux ventraux, internes et
externes. Face étroite, bien sclérifiée, couverte de
soies dressées, divisée en deux par un profond
sillon sagittal. Clypéus cilié, légèrement saillant,
dépassant à peine le bord antérieur des yeux.
Trompe très courte, dépassant à peine le bord
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
253
Fig. 638-643. — Hikanoptilon demoulini n. gen., n. sp. : 638, tête, vue frontale ; 639, d°, vue latérale ; 640, antenne, d° ;
641, thorax, hanches et segment abdominal I, d°; 642, aile, face dorsale; 643, ornementation alaire.
ventral des yeux. Hypopharynx petit, en triangle
allongé, peu sclérifié. Labelles très petites, sclé-
rifiées et ciliées ventralement, membraneuses
dorsalement. Palpes réduits, dressés en avant,
dépassant un peu le bord antérieur des yeux, de
1 + 1 articles. Palpifère bien distinct ventrale¬
ment, où il porte de longues soies. Palpomère en
lamelle ovoïde, sclérifié en dehors et ventrale¬
ment, et cilié à ce niveau, membraneux en
dedans, où il semble porter une grande crypte
sensorielle (la tête n’a pas été potassée).
Thorax (fig. 641). — Prothorax très bien
développé latéralement mais fortement réduit
dorsalement sur la ligne médiane, où il forme
comme une entaille en V. Prostemum saillant,
longuement cilié sur les côtés, angle postéroven-
tral du proépimère situé au-dessous de la suture
anapleurale. Scutum peu bombé, uniformément
254
LOÏC MATILE
couvert de microchètes couchés, courts et serrés,
les latéraux et les préscutellaires plus longs.
Scutellum grand, semi-circulaire, cilié sur tout le
disque, la marge apicale avec de nombreuses
soies plus longues ; bande sous-scutellaire petite.
Médiotergite élevé, non anguleux, régulièrement
arrondi, ne dépassant pas en arrière le niveau de
l’apex du scutellum, dépourvu de soies. Pas
de soies scabellaires. Pleures : proépisteme de
grande taille, longuement pileux. Anépisterne
hérissé de longues soies le long de sa marge
antérodorsale ; latérotergite portant des macro-
chètes dressés sur les deux tiers de la face antéro-
exteme, le tiers antéroventral de cette face étant
dénudé. Pas de fissure anépisternale. Suture
médiopleurale très fortement sinueuse, fosse mé-
diopleurale très profonde. Épimère très forte¬
ment réduit dans sa partie ventrale. Latérotergite
très saillant au-dessus du métépisteme, grand
axe très oblique. Métépisteme bien plus long que
haut.
Pattes. — Hanches longues et massives, les
antérieures plus courtes que les II-III, celles-ci
subégales (fig. 641). Hanches I ciliées à la
face antérieure et à la face externe, sauf à
la marge postérieure ; des soies postérieures
apicales. Hanches II ciliées sur la face antérieure
et sur le tiers antérieur de la face externe.
Hanches III ciliées sur les deux tiers de la face
externe. Pas de soies postérieures II-III. Fémurs
robustes, à pilosité courte et serrée, les soies
ventrales plus dressées, et un peu plus longues,
que les dorsales. Fémurs I et III sans bande
dénudée, au contraire le fémur II avec une très
large bande luisante postéroventrale. Tibias
minces, régulièrement et faiblement épaissis de la
base vers l’apex. Tibia I : microchètes disposés
en rangées régulières à la face antérieure, cer¬
taines rangées plus serrées, apparaissant noires à
faible grossissement ; les deux rangées serrées
non marginales encadrant une large bande en
grande partie dénudée, ne portant que quelques
soies apicales. Face postérieure du tibia I avec
les microchètes en rangées régulières toutes
semblables, formées de soies espacées. Tibias II-
III, sur toutes les faces, avec des rangées régu¬
lières de microchètes, dont certaines plus serrées.
Tibia I avec un peigne clair bien développé, II
avec un grand peigne postérieur noir et trois
chétules entre les éperons, III avec deux grands
peignes noirs, antérieur et postérieur. Éperons 1 :
2:1. Éperon I dépassant légèrement le double de
la largeur apicale de son tibia. Éperon interne II
triple de cette largeur, externe pas plus long que
cette largeur, interne III triple ; pas d’éperon
externe III. Tibia I avec des macrochètes ven¬
traux, II-III avec des ventraux, antéroventraux,
antérodorsaux, dorsaux et postérieurs. Tarses
longs et minces, les antérieurs filiformes. Pro¬
tarse I 2,5 fois plus long que le tibia correspon¬
dant. Tarses II-III non filiformes, le protarse II à
peine plus court que le tibia, le III nettement plus
court. Microchètes tarsaux disposés en rangées
régulières, certaines plus serrées sur les tarses III.
Tarses II-III avec des rangées de macrochètes
ventraux. Griffes longues et épaisses, presque
aussi longues que le dernier tarsomère, finement
serrulées ventralement.
Ailes (fig. 642-643) relativement étroites, courtes,
nettement moins longues que l’abdomen, angle
anal peu marqué. Coloration brune, la moitié
antérieure beaucoup plus sombre et marquée de
taches blanches. Membrane dépourvue de ma¬
crotriches en dehors du champ anal et de
quelques-uns en avant de Cul b. Costale longue,
prolongée jusqu’à l’apex de l’aile, dépassant à
peine l’embouchure de R5. Sc courte, n’attei¬
gnant pas le milieu de l’aile, se terminant au
niveau de l’apex de la fusion radiomédiane. Sc2
réduite à une trace à peine perceptible, proche de
la transverse humérale. Rs longue et oblique. RI
longue. R4 présente, longue, oblique, son apex
proche de celui de RI. R4 + 5 et R5 rectilignes,
formant un angle prononcé, R5 un peu plus
courte que R4 + 5. Cellule basale grande, divisée
en deux par un pli plus coloré mais non sclérifié.
Fusion radiomédiane plus courte que le pétiole
de la fourche médiane. Ml et M2 interrompues
avant la marge de l’aile. Cul b assez fortement
courbée vers l’apex. Cu2 longue et forte. Anale
interrompue largement avant l’apex de l’aile.
Ciliation, face dorsale : Sc, RI, R4 + 5, R5,
frm, quelques macrochètes dispersés sur l’anale.
Face ventrale : Sc, frm, R4 + 5, R5.
Abdomen cylindrique aplati, sectionné au seg¬
ment VII. Un sclérite intercalaire entre les ster-
nites I-II.
Larve, femelle et genitalia mâles inconnus.
Répartition. — Région afrotropicale (Zaïre).
Matériel examiné. — Le seul exemplaire
connu, appartenant à l’espèce ci-dessous :
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
255
Hikanoptilon demoulini n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 6,5 mm.
Longueur du corps de l’extrémité des antennes
au segment VII : 12,5 mm. Corps brun-roux.
Antennes pectinées, brun-noir, sauf le dernier
article d’un blanc argenté. Scutum avec une
bande sagittale rousse ; scutellum avec deux
taches basales brunes. Pleures jaune-roux taché
de brun-noir. Hanches I presque entièrement
brun-noir, seulement une petite tache externe
subdorsale jaune. Hanches II et III largement
tachées de brun à la face externe. Fémurs bruns,
tibias et tarses jaunes, ces derniers assombris par
la ciliation. Ailes vivement colorées de brun à
taches blanches (fig. 643). Balanciers brun-noir,
sauf la base du pédicelle, jaune. Abdomen :
segments I à V roux avec une étroite bande
apicale brun-noir. Segments VI- VII bruns.
Holotype mâle : Zaïre, Kasai, Luebo, 1959
(F. François). Institut royal des Sciences natu¬
relles de Belgique, Bruxelles, n° IG 24 452.
Genre Keroplatus Bosc, emend.
Keroplatus Bosc, 1792 : 1. Espèce-type : Keroplatus tipuloides Bosc, 1792, par monotypie.
Ceroplatus : Fabricius 1798, auct., émend. injust. (Freeman, 1951 : 19).
Keroplatus est le premier genre à avoir été
décrit, dès 1792, chez les Keroplatidae. Quelques
années après, Fabricius (1798) a cru bon de
transformer le nom donné par Bosc en Ceropla¬
tus, suivi en cela par tous les auteurs subséquents
jusqu’à ce que Freeman (1951) 30 rétablisse l’or¬
thographe originale. Rondani (1856) a isolé
Platyura lineata F. dans le genre Cerotelion,
mais sa démarche semble avoir été ignorée par
Winnertz (1863) et bien d’autres. Cependant
Johannsen (1909) suit Rondani en plaçant dans
Cerotelion bon nombre des espèces jusqu’alors
classées dans Keroplatus. Edwards (1913b) ne
pense pas que la séparation des deux genres soit
justifiée mais suit Johannsen en 1925, comme le
font Tonnoir & Edwards (1927) et Malloch
(1928).
Cependant Edwards, dans sa révision géné¬
rique des Keroplatidae (1925), revient à sa
position de 1913, reconnaissant toutefois à Cero¬
telion le rang de sous-genre de Keroplatus, avec
Heteropterna Skuse et Placoceratias Enderlein,
ainsi que deux taxa inédits, Euceroplatus et
Mallochinus. Keroplatus sensu Edwards est dé¬
fini par les caractères suivants : face nue, scutum
uniformément sétuleux, soies prostigmatiques
absentes, métépisteme et médiotergite nus, épe¬
rons externes III bien développés, nervures mé¬
dianes et cubitales nues. Le même auteur ajoute
ensuite Neoceroplatus à la liste des sous-genres de
Keroplatus (Edwards, 1941b). On notera que la
diagnose générale de Keroplatus donnée par
Edwards n’est plus valable, même une fois le
taxon émendé. En effet, certaines espèces con¬
sidérées ici comme appartenant aux Keroplatus
possèdent des soies prostigmatiques, tandis que
d’autres présentent un groupe de soies métépi-
sternales. Enfin, les éperons II-III de l’espèce-
type, K. tipuloides, sont nettement réduits. Le
genre Keroplatus dans le sens restreint que j’ai
adopté rassemble les Keroplatini à antennes
aplaties et élargies, mais non pectinées, dernier
flagellomère courtement apiculé, dernier palpo-
mère court, R4 se terminant sur RI, latérotergite
cilié et microchètes tibiaux disposés en rangées
régulières.
La morphologie de K. tipuloides a été étudiée
en détail dans la première Partie de la présente
monographie. La plupart des espèces s’écartent
plus ou moins, sur des points divers, de K.
tipuloides, mais sans qu’il soit possible de définir
des groupements intragénériques très tranchés.
Je donne donc ici une diagnose du genre conçue
sur le même type que celle des autres genres de
Keroplatini et faisant état des principales varia¬
tions interspécifiques.
Vingt-quatre espèces de Keroplatus étaient
énumérées dans le catalogue de ma thèse, répar¬
ties dans les régions holarctique, néotropicale,
afrotropicale et orientale. Je décris plus loin une
espèce australasienne qui m’a été communiquée
depuis ; le genre est donc cosmopolite.
30. Et non Plassmann (1970), qui ne semble pas avoir eu connaissance du travail de Freeman.
Source : MNHN, Paris
256
LOÏC MATILE
Fisher (1941) a donné une clé des Keroplatus
néarctiques tels qu’elle les concevait alors. Les
clés des espèces paléarctiques de Landrock
(1926) et Stackelberg (1969a) sont dépassées,
ainsi que celle des espèces néotropicales publiée
par Lane (1958). J’ai révisé récemment les
Keroplatus néotropicaux et donné une clé de ces
espèces (Matile, 1989a) ; on trouvera ci-après
une clé des espèces holarctiques. Le présent
travail comprend des figures des genitalia des
mâles de toutes les espèces connues, que j’ai pu
examiner.
cJ$ (habitus : fig. 644). — Tête : yeux grands,
occupant au moins les deux tiers de la face
latérale de la tête, très légèrement émarginés au-
dessus de l’insertion des antennes, pilosité dense.
Occiput à soies très courtes et couchées chez
l’espèce-type, un peu plus longues et dressées
chez toutes les autres. Le plus souvent trois
ocelles situées sur un calus saillant et trilobé, et
l’ocelle médian nettement plus petit que les
ocelles latéraux, mais non punctiforme. Ocelle
médian punctiforme chez K. striatus Fisher et
mexicanus Lane31, parfois chez K. townsendi,
minuscule chez K. papaveroi Matile. Les espèces
néotropicales K. golbachi Lan e,fiebrigi Edwards,
caribai Lane, trinidadensis Matile et ornativentris
Matile, ainsi que l’australasienne, K. tergatus
n. sp., ne possèdent que deux ocelles, ainsi que
deux des espèces afrotropicales, K. heimi Matile
et une femelle inédite du Zaïre. Les ocelles
latéraux sont éloignés de la marge oculaire par
au moins le double de leur propre diamètre chez
K. tipuloides, heimi, fiebrigi et l’espèce inédite de
l’Inde, 1,5 fois ce diamètre chez K. tergatus , près
du double chez K. mexicanus, par environ leur
propre diamètre chez toutes les autres espèces.
Front large et nu, soulevé en deux tubercules
mousses séparés par un sillon frontal profond,
lui-même prolongé en avant par un tubercule
frontal allongé jusqu’à la base des antennes.
Antennes de 2+14 articles. Scape grand, pro¬
longé en bas par un bec plus ou moins prononcé,
petit ou parfois absent (K. striatus, ornativentris)
chez les espèces néotropicales. Pédicelle avec un
bec ventral plus ou moins développé chez les
espèces néotropicales, discoïde chez les autres.
Flagelle élargi et aplati, les pédoncules très
courts, en position médiane ; dernier flagello-
mère apiculé (fig. 16b). Des macrochètes flagel-
laires dorsaux moyens à petits, des ventraux très
courts, absents chez K. striatus, townsendi et
ornativentris. Au contraire, chez l’espèce inédite
du Zaïre, les macrochètes dorsaux et ventraux
sont nettement plus longs que chez les autres
Keroplatus.
Face relativement étroite, dépourvue de micro-
chètes. Clypéus saillant et plus ou moins cilié, nu
chez K. clausus seulement. Trompe courte, mais
dépassant nettement le bord ventral des yeux.
Hypopharynx peu sclérifié. Palpes formés d’un
palpifère peu distinct, sauf en arrière (observé
seulement chez K. tipuloides et reaumurii) et de
deux palpomères, le premier très petit, le suivant
dressé en avant, allongé chez la plupart des
espèces. Il atteint la longueur de la face et du
clypéus ensemble chez K. clausus, dispar, mexica¬
nus, nipponicus, reaumurii, striatus, tergatus et
testaceus ; plus long que le clypéus, mais n’attei¬
gnant pas la longueur face + clypéus chez K.
carbonarius, fuscomaculatus , ornativentris et town¬
sendi. Palpomère 2 de la taille du clypéus chez les
autres espèces, sauf chez K. tipuloides, où il est
plus court que la trompe ; chez cette espèce, il
porte un profond sensorium apical.
Thorax massif, peu arqué. Prothorax relative¬
ment bien développé, mais fortement rétréci sur
la ligne médiane, dorsalement. Prosternum sail-
31 ._ Lane attribue deux ocelles seulement à cette espèce ; j’ai pu examiner son holotype : il s’agit d’un exemplaire sale,
qui a révélé un ocelle médian après nettoyage au liquide de Barber.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
257
lant, cilié seulement latéralement chez K. tipu-
loides et biformis Okada, les soies plus unifor¬
mément dispersées, ou couvrant tout le disque,
chez les autres espèces. Scutum à pilosité plus
ou moins rase et couchée, les soies latérales plus
longues et plus serrées, particulièrement au ni¬
veau de la base de l’aile. Scutellum grand,
triangulaire à angles arrondis, le disque pileux ou
les côtés plus ou moins largement dénudés. Des
soies marginales plus longues que les discales.
Médiotergite nu, fortement anguleux à l’apex,
mais ne dépassant pas en arrière le niveau de la
marge scutellaire. Pas de soies scabellaires. Aire
membraneuse sous-scutellaire réduite à une ban¬
delette transversale plus ou moins élargie en
pointe sur la ligne médiane. Pleures : anépisteme
cilié le long du bord dorsal, le nombre de cils
variable, parfois d’un individu à l’autre (un seul
chez un exemplaire de K. dispar) ; une fissure
anépisternale courte et large. Quelques cils mi¬
nuscules ont été repérés sur le mésokatépisterne
d’un exemplaire unique de K. tipuloides ; il s’agit
sans doute d’une aberration que j’ai cependant
figurée (fig. 27) tellement cet emplacement est
inhabituel chez les Keroplatidae 32. Latérotergite
très grand, très fortement saillant, recouvrant
largement la base des balanciers et le métépi-
steme ; grand axe fortement oblique, une longue
pilosité, plus ou moins serrée, sur environ la
moitié dorsale, débordant ventralement vers la
marge postérieure. K. carbonarius, militaris, ter-
minalis et tergatus possèdent en plus de la fine
pilosité normale entourant le stigmate antérieur
des soies sombres et dressées, plus épaisses,
antérieures et postérieures. Le métépisterne porte
un groupe de petites soies noires serrées, plus ou
moins nombreuses, chez les espèces néotropicales
ainsi que chez deux des espèces afrotropicales :
K. heimi et l’espèce inédite du Zaïre ; chez K.
fuscomaculatus, ce groupe est formé de soies
claires. K. tergatus ne porte qu’une seule soie
métépisternale, longue et noire. Mésépimère for¬
tement rétréci ventralement. Suture médiopleu-
rale verticale, anguleuse au niveau d’une fosse
médiopleurale peu marquée.
Pattes : Chez K. tipuloides , hanches courtes et
massives, les III pas plus longues que le grand
axe des latérotergites ; chez les autres espèces,
hanches plus longues comme chez les autres
Keroplatini. Hanches subégales entre elles, I et II
ciliées sur toute leur surface sauf la face postéro-
externe. Hanches III ciliées sur environ les deux
tiers de la face externe. Des soies postérieures
apicales aux hanches II-III. Fémurs longs et
épais, à soies courtes, serrées et couchées, les
ventrales pas plus longues, ou à peine plus
longues, que les dorsales. Des bandes dénudées
postérieures aux trois fémurs chez K. militaris,
fuscomaculatus et l’espèce indienne ; des bandes
aux fémurs II-III chez K. terminalis, nipponicus,
townsendi, ornativentris , papaveroi, fiebrigi, bifor¬
mis, carbonarius et l’espèce du Zaïre. Chez K.
carbonarius, la bande fémorale II est nettement
plus étroite que la III, tandis qu’au contraire,
chez K. fiebrigi, la bande II est très large et la III
réduite. Chez K. dispar, reaumurii, testaceus
tergatus et heimi, seuls les fémurs II portent une
bande dénudée distincte. Chez K. tipuloides et les
autres espèces, les fémurs sont dépourvus de
bandes dénudées.
Tibias régulièrement épaissis de la base vers
l’apex. Microchètes disposés en rangées régu¬
lières dont certaines sont formées de soies plus
serrées et plus épaisses, formant des lignes noires
paraissant continues à faible grossissement, alter¬
nant avec des lignes à microchètes plus dispersés
(fig. 52). Éperons 1:2:2. Éperon I un peu plus
long que la largeur apicale du tibia, atteignant le
double de cette largeur dans le groupe testaceus.
Éperons internes II-III environ doubles de la
largeur tibiale, 2,5 fois cette largeur chez le
groupe testaceus ainsi que chez K. militaris et
terminalis, 3 fois chez K. tergatus. Éperons
externes II-III atteignant la largeur tibiale ou un
peu plus, sauf chez l’espèce-type, où ils sont bien
plus courts. Tibia I avec un peigne antérieur
hyalin, peu visible. Tibia II avec un peigne
postérieur bien développé et quelques soies entre
les éperons. Tibia III avec le jeu complet de trois
peignes, antérieur, postérieur et inter-éperons.
Tibia I dépourvu de macrochètes. Tibias II et III
avec une rangée postérieure de soies chez toutes
les espèces, sa longueur variable. Des soies
ventrales chez K. tipuloides, biformis, clausus
et rufus, absentes chez les autres. En outre,
quelques soies antérieures chez K. clausus, milita¬
ris, terminalis, biformis, tergatus et heimi.
Tarses relativement courts. Protarse I un peu
32. Le mésokatépisterne porte de nombreuses soies le long de la marge postérieure dans le groupe de « Ptaiyura »
anomala Lane ( Orfeliini ).
Source : MNHN, Paris
650 656
Fig. 645-656. — Ornementation alaire des Keroplatus holarctiques : 645, K. tipuloides Bosc, $ (holotype) ; 646, K. biformis
Okada, 2 (paralectotype) ; 647, K. tipuloides, c? (lectotype de sesioides Wahlb.) ; 648, K. biformis, <J (lectotype) ;
649, K. r. reaumurii Duf., $ (néotype); 650, K. testaceus Daim., $ (lectotype); 651, K. dispar Duf., <? (néotype);
652, K. nipponicus Okada, $ (paratype) ; 653, K. carbonarius Bosc, $ (holotype) ; 654, K. terminais Coq., ;
655, K. militaris Joh., cJ ; 656, K. clausus Coq., <J. Fig. 645-649, 652, d’après Matile (1986c).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
259
plus long que le tibia chez l’espèce-type ainsi que
K. carbonarius, fiebrigi, townsendi, papaveroi et
ornativentris, de 1,5 fois cette longueur à un
peu moins du double chez les autres espèces, sauf
chez l’espèce indienne, le double, et K. tergatus,
un peu plus du double. Tous les tarsomères à
microchètes disposés en rangées régulières, les
tarsomères 1-4 montrant la même disposition de
rangées alternées que les tibias. Protarses II et III
avec deux rangées régulières de macrochètes
ventraux. Griffes fortes, larges, fortement spinu-
leuses chez les mâles (sauf chez K. tergatus), un
peu moins développées chez les femelles.
Ailes larges, aussi longues ou un peu plus
courtes que l’abdomen, plus ou moins vivement
colorées, notamment chez K. biformis, carbona¬
rius et tipuloides où se mélangent le jaune, le
brun et le blanc hyalin (fig. 645-648, 653). De
fortes taches brunes chez les espèces néotropi¬
cales du groupe caribai, les autres espèces à ailes
plus ou moins fortement enfumées à la marge
antérieure et à l’apex, parfois sur Cul b, sans
taches sombres à contours nets ( cf. fig. 649-652,
654-656) ; ailes hyalines chez K. tergatus. Des
macrotriches dressés sur la membrane dans le
champ anal, entre An et Cu2, et quelques-uns
entre Cul b et M4, ces derniers disparaissant
chez quelques espèces. Costale se terminant près
de l’apex de l’aile, mais fortement raccourcie
chez l’espèce-type. Sous-costale longue, se termi¬
nant nettement après le niveau de l’apex de la
fusion radiomédiane chez l’espèce inédite de
l’Inde, un peu après ce niveau chez K. tipuloides,
biformis, dispar, testaceus, terminalis, mexicanus,
rufus, à ce niveau ( reaumurii , nipponicus, town¬
sendi, papaveroi, fiebrigi, ornativentris, trinidaden-
sis, striatus, caribai, clausus, fuscomaculatus, espèce
du Zaïre), ou rarement au niveau du milieu (chez
K. carbonarius, militaris et tergatus), au niveau
de la base seulement chez K. golbachi. Sc2
présente, courte, très proche de la transverse
humérale. RI longue, formant un angle au ni¬
veau de l’embouchure de R4, celle-ci verticale, le
plus souvent très courte, se terminant sur R 1 . De
même, R4+5 et R5 formant un angle aigu plus
ou moins prononcé. Fusion radiomédiane un
peu plus courte, égale ou un peu plus longue que
le pétiole de la fourche médiane, nettement plus
longue chez K. reaumurii et clausus (plus de
1,7 fois), 2,5 fois plus longue chez l’espèce-type.
Cellule basale dépourvue de trace d’une nervure
longitudinale. Ml, M2 et M4 interrompues plus
ou moins largement avant la marge de l’aile,
mais Cul b atteignant toujours la marge, ou
seulement interrompue très peu avant. Cul b
peu courbée, Cu2 moyennement longue. Anale
resque complète, effacée un peu avant la marge.
Ciliation, face dorsale : C, RI, R4 + 5 et R5.
Anale ciliée sur presque toute sa longueur chez
l’espèce zaïroise, à soies dispersées et peu dis¬
tinctes chez les autres espèces, sauf K. clausus,
militaris, biformis, mexicanus, ornativentris, cari¬
bai, trinidadensis , striatus, townsendi, tergatus et
fuscomaculatus, où elle est nue. Face ventrale :
toutes les nervures dénudées, sauf la costale.
Abdomen, chez l’espèce-type, court et massif,
ovale, les segments II-IV particulièrement déve¬
loppés. Chez les autres espèces, abdomen plus ou
moins cylindrique chez les mâles, fusiforme chez
les femelles. Mâle : sept segments visibles, ainsi
que l’apex du VIII, avant les genitalia ; pas de
sclérite intercalaire. Femelle : segment VIII dissi¬
mulé sous le VII.
Genitalia mâles. — Hypopyge obligatoirement
inversé, la rotation comprise entre 90° et 180°.
Sternite IX absent ou fusionné. Cerques bien
développés, ciliés sur toute leur face externe.
Hypoprocte membraneux. Gonocoxopodites en¬
tièrement fusionnés ventralement, largement re¬
bordés dorsalement, où les deux faces émettent
chacune un bras sclérifïé, les deux bras réunis en
pont sur la ligne médiane. Gonostyles de forte
taille, à insertion latérale. Phallosome volu¬
mineux, mais non prolongé en avant dans le
préabdomen. Apodèmes et distiphallus bien sclé-
rifiés.
K. tipuloides : tergite IX nettement plus large
que long, laissant largement dépasser en arrière
la face dorsale des gonocoxopodites (fig. 81,
671). Jonction ventrale des gonocoxopodites
marquée par un sillon sagittal (fig. 80). Bras
gonocoxaux dorsaux fusionnés à un processus
médian de la marge apicale pour former un
tubercule médian massif (fig. 80, 657). Gono¬
styles en forme d’entonnoir dont le bord dorsal
est prolongé en bec (fig. 85, 659), marge interne
ventrale avec des soies spiniformes plus fortes
que le reste de la pilosité. K. rufus se rapproche
du plan de l’espèce-type, mais le sillon gonocoxal
est effacé et le bec gonostylaire ventral est absent
(fig. 715).
K. testaceus, dispar, reaumurii, nipponicus, bi¬
formis, clausus, carbonarius, terminalis (fig. 658,
660-670, 672-676, 682-693) : tergite IX long et
Source : MNHN, Paris
260
LOÏC MATILE
Fig. 657-660. — Genitalia mâles des Keroplatus paléarc-
tiques : 657, K. tipuloides Bosc, hypopyge, vue ventrale
(ciliation non représentée); 658, K. biformis Okada, d° ;
659, K. tipuloides, gonostyle, vue latérale ; 660, K. biformis
Okada, d°.
Fig. 659-660 d’après Matile (1986c).
étroit, laissant libre presque toute la face dorsale
des gonocoxopodites, mais plus large chez K.
carbonarius et terminalis (fig. 690-691). Gono¬
coxopodites séparés ventralement par une dé¬
pression sans sillon marqué, cette dépression
particulièrement large et profonde chez K. bifor¬
mis, où le processus médian est de type tipu¬
loides. Un processus gonocoxal médian plus ou
moins développé (réduit, sub-horizontal chez K.
carbonarius). Gonostyles de même type que chez
K. tipuloides, foliacés, mais avec un bec ventral
comme chez K. rufus (fig. 662, 664, 666-667, 670,
683, 685, 687).
K. tergatus : tergite IX très profondément
échancré (fig. 723), gonostyles comme dans le
groupe précédent (fig. 722).
K. fiebrigi et golbachi : tergite IX transverse
comme chez tipuloides, mais nettement échancré
à l’apex, pas de processus médian, gonostyles
comme dans le groupe testaceus (fig. 707-708).
K. militaris : tergite IX bien développé, sub-
quadrangulaire (fig. 692), recouvrant complète¬
ment la face dorsale des gonocoxopodites, ceux-ci
séparés ventralement par un profond sillon sagit¬
tal. Processus gonocoxal médian reporté très en
avant à l’intérieur de l’hypopyge, invisible ven¬
tralement entre les gonostyles, ceux-ci particuliè¬
rement allongés mais du même type que chez les
espèces précédentes (fig. 688-689).
K. townsendi, caribai, papaveroi, ornativentris,
striatus, trinidadensis : tergite IX plus ou moins
trapézoïdal, profondément encoché à l’apex pour
le logement des cerques (fig. 709-714). Face
dorsale des gonocoxopodites largement décou¬
verte latéralement. Processus des faces dorsales
reliés à l'apex à un pont médian émanant de la
face ventrale, à ce niveau pas de véritable
tubercule médian. Gonocoxopodites non distinc¬
tement séparés ventralement chez K. townsendi
(fig. 700) ou au contraire une dépression sagittale
plus ou moins profonde et un sillon sagittal
toujours incomplet (fig. 694-695, 698-699, 701).
Gonostyles en forme de longue lamelle étroite,
dépourvue de bec ventral, mais un lobe interne
articulé, fortement spinuleux, atteignant au moins
la moitié de la longueur des gonostyles. Phallo-
some allongé, aussi long ou plus long que le
tergite IX, distiphallus fortement sclérifié à l’apex
et le long des bords latéraux dorsalement, le long
de la ligne médiane ventralement (fig. 702-706).
K. fuscomaculatus : tergite IX et gonocoxopo¬
dites comme chez les espèces précédentes, mais
les gonostyles comme chez le groupe testaceus,
c’est-à-dire un bec ventral, pas de lobe interne
spinuleux. Pas de processus gonocoxal médian
(fig. 717).
K. heimi : tergite IX quadrangulaire, bord
apical à peine excavé, marge basale profondé¬
ment échancrée (fig. 721), face dorsale des gono¬
coxopodites dépassant le tergite sur toute sa
moitié apicale. Cerques grands, prolongés par un
processus long et mince, courbé, fortement sclé¬
rifié (fig. 719-721). Gonocoxopodites séparés par
une dépression sagittale large et profonde ; un
fort processus médian relié à la face ventrale du
phallosome. Gonostyles très sclérifiés, profondé¬
ment bilobés. Lobe dorsal prolongé par un bec
denticulé (fig. 719-720). Lobe ventral un peu
Source : MNHN , Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
261
Fig. 661-668. — Genitalia mâles des Keroplatus paléarctiques : 661, K. testaceus Daim., hypopyge, vue ventrale (lectotype) ;
662, d°, gonostyle, vue interne ; 663, K. dispar Duf., hypopyge, vue ventrale (néotype) ; 664, d°, gonostyle, vue interne ;
665, K. r. reaumurii Duf., hypopyge, vue ventrale (néotype) ; 666, d°, gonostyle, vue interne ; 667, K. r. pentophthalmus
Gigl. Tos (néallotype), gonostyle, vue interne ; 668, d°, hypopyge, vue ventrale.
D’après Matile (1986c).
Source : MNHN, Paris
262
LOÏC MATILE
Fig. 669-676. — 669-670, Keroplatus nipponicus , genitalia mâles (paratype) : 669, hypopyge, vue ventrale ; 670, d°, gonostyle,
vue interne. 671-676, tergite IX et proctigère des mâles des Keroplatus paléarctiques (ciliation non représentée) : 671, K.
tipuloides Bosc ; 672, K. biformis Okada (lectotype) ; 673, K. testaceus Daim, (lectotype) ; 674, K. dispar Duf. (néotype) ;
675, K. r. reaumurii Duf. (néotype) ; 676, K. nipponicus Okada (paratype).
Fig. 669-670 d’après Matile (1986c).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
263
plus court que le dorsal, à soies marginales
spiniformes. Phallosome bien développé, disti-
phallus entièrement sclérifié dorsalement, basi-
phallus dépassant légèrement le synsclérite.
Genitalia femelles (espèce-type et groupe testa-
ceus). — Au repos, toutes les pièces génitales
invaginées dans le segment VII, dont ne dépasse
que l’extrémité des cerques. Tergite VIII mem¬
braneux au centre. Sternite VIII grand, entière¬
ment divisé en deux, largement rebordé de
chaque côté dorsalement. Tergite IX entière¬
ment membraneux, sternite IX bien sclérifié,
dénudé, en forme de U. Tergite X bien déve¬
loppé, cilié, mais membraneux sur la ligne
médiane, sternite X réduit et peu sclérifié (pour
tous ces organes, voir fig. 99-103). Cerques
uniarticulés, petits (K. tipuloides) ou très petits
(K. militaris), plus grands dans le groupe testa-
ceus et chez l’espèce zaïroise. Chez K. mexicanus,
les cerques sont très allongés et le tergite VIII est
prolongé de chaque côté par un court processus.
Nymphe. — La nymphe de K. tipuloides est
décrite dans la partie morphologique de ce
travail et illustrée figures 116 à 121. On connaît
encore celle de K. testaceus, qui a fait l’objet
d’une description de Plachter (1979c). Elle est
peu différente de celle de K. tipuloides. La
coloration d’ensemble est violette, les yeux ima-
ginaux des jeunes nymphes sont pourpres, ils
passent ensuite au noir. Les palpothèques sont
plus longues que chez K. tipuloides (ce qui est
normal puisque les palpes sont plus longs chez
l’imago), la partie la plus haute du scutum se
situe à un niveau un peu inférieur à celui du
vertex, les stigmates prothoraciques ne portent
que quatre orifices, enfin les pédothèques se
recouvrent légèrement le long du bord interne.
Larve IV. — Comme pour l’imago, je donne
ici une diagnose de ce stade conçue sur le même
modèle que pour les autres larves de Keroplatini
et faisant état des différences entre K. tipuloides,
décrit en détail dans la première partie, et les
autres larves connues de Keroplatus.
Larve aplatie dorsoventralement, de taille grande
à très grande ( K . carbonarius : près de 45 mm
selon Bosc, 1803 ; K. testaceus : 40 mm d’après
Plachter, 1979b; K. tipuloides : 35 mm; K.
reaumurii : 27 mm ; K. heimi : au moins 1 5 mm).
Fig. 677-681. — Cerques des femelles des Keroplatus palé-
arctiques du groupe testaceus : 677, K. testaceus Daim,
(paralectotype) ; 678, K. dispar Duf. ; 679, K. r. reau¬
murii Duf. ; 680, K. r. pentophthalrnus Gig. Tos (holotype) ;
681, K. nipponicus Okada (paratype).
D'après Matile (1986c).
Segments thoraciques lisses, segments abdomi¬
naux finement annelés transversalement : « larve
de Diptère par sa partie antérieure, annélide par
le reste du corps» (Dufour, 1839a). Annélation
moins distincte sur les segments abdominaux I et
IX.
Chez K. tipuloides, coloration d’ensemble gri¬
sâtre translucide, avec une paire de taches longi-
Source : MNHN, Paris
264
LOÏC MATILE
tudinales noires sur chaque segment thoracique 33.
Segments abdominaux à coloration grise, en
pointillé (fig. 179), chaque segment souligné
dorsalement par deux paires de taches formées
de points plus serrés ; dernier segment translu¬
cide (chez la larve I, abdomen translucide sauf
les taches dorsales). Coloration sous-cuticulaire
d'ensemble violacée chez K. reaumurii, testaceus
et heimi, grise chez K. dispar.
Tête jaune marquée de noir (entièrement noire
chez K. carbonarius d’après Bosc, mais jaune
et noire chez une exuvie que j’ai examinée),
quadrangulaire, à peine plus longue que large.
Incisures épicraniales étroites et profondes, nette¬
ment moins chez K. heimi (fig. 729). Gènes
s’unissant ventralement par une large zone dé-
sclérifiée, particulièrement bien développée chez
K. heimi (fig. 730). Pont tentorial large chez K.
tipuloides (fig. 181), plus étroit chez K. reaumurii
(fig. 725) et heimi (fig. 730). Bras tentoriaux
antérieurs très fins.
Clypéofrons : sillon épicranial complètement
visible en avant chez K. tipuloides et carbonarius,
effacé chez testaceus, reaumurii et heimi. Suture
clypéolabrale visible seulement sur la ligne mé¬
diane. Suture clypéofrontale très distincte chez
K. tipuloides (fig. 180, 1176) et carbonarius
(fig. 1177), ou à peine visible ( K . testaceus,
reaumurii, fig. 724 ; K. heimi, fig. 729), et dans
ce cas non prolongée en arrière par un sillon.
Une grande aire coronale transparente chez K.
tipuloides, plus étroite chez K. heimi et carbo¬
narius, absente chez reaumurii. Gènes forte¬
ment convexes, prolongées en arrière par une
large zone cuticulaire transparente formant dor¬
salement un pont postoccipital. Antennes ellip¬
soïdales, aplaties, très petites, très faiblement
encochées pour le logement des sensilles. Un
phragme dorsal saillant, un phragme ventral
réduit (fig. 191). Stemmates très petits, peu
visibles.
Labre : sclérite labral désclérifié sur la ligne
médiane. Lobe labral transparent, bien délimité,
hérissé de fines digitations, portant une paire de
sensilles subdorsales et deux paires de latérales,
ainsi qu’une paire de volumineuses sensilles
apicales. Pas de lobes labraux latéraux (K.
tipuloides, carbonarius) ou ceux-ci très réduits
(K. reaumurii, testaceus, heimi). Épipharynx à
spinules courts. Tormae fortement sclérifiées,
deux dents prémandibulaires seulement, une seule,
forte, chez K. carbonarius.
Maxilles : cardo transverse, bien séparé de
l’autre sur la ligne médiane, portant trois soies
sensorielles fines et longues et, chez K. reaumurii,
carbonarius et heimi, un pore satellite de la
soie la plus interne (fig. 725, 730). Palpifère en
grande partie membraneux. Zone sensorielle por¬
tant des sensilles normales auxquelles s’ajoutent
des sensilles en baguette, en tubercule et ovales ;
une zone externe mamelonnée (fig. 726, 733) chez
toutes les espèces sauf K. tipuloides (fig. 186).
Palpe prolongé à l’apex par une épine transpa¬
rente (K. tipuloides) ou plusieurs (K. reaumu¬
rii, testaceus, carbonarius, heimi). Galéolacinia
avec une quinzaine de dents apicales internes
subégales. Deux sensilles dorsales, ventralement
une longue soie et un ou deux pores apicaux.
Mandibules : processus hypocondylien court et
obtus. Face ventrale avec une large zone crénelée
et deux aires hyalines circulaires, une troisième
sur la face latérale. Face dorsale avec une forte
dent subapicale. Prostheca réduite à quelques
petites soies (K. tipuloides, fig. 189),
ou à un bouquet de soies courtes (K. testaceus,
reaumurii, fig. 727 ; carbonarius), ou encore de
soies très courtes et de plus longues, ces der¬
nières digitées à l’apex (K. heimi, fig. 732).
Cadre hypopharyngien en anneau mince. Sclé¬
rite hypopharyngien divisé en un pont antéro-
dorsal et un pont postéroventral (fig. 193-196).
Sclérite prélabial en U épais à la base, celle-ci
prolongée latéralement par deux petites apo¬
physes triangulaires.
Thorax : segments rectangulaires, lisses, de
taille croissante du I au III, portant des ran¬
gées transversales d’épines minuscules dispo¬
sées en peignes plus ou moins réguliers, ainsi
que des zones écailleuses. Stigmate prothora¬
cique simple, obturé par un disque portant
quelques minuscules orifices chez K. tipuloides
(fig. 223), ouvert chez K. testaceus et reaumu¬
rii, la lumière circulaire chez le premier, sinueuse
chez le second (fig. 228).
Abdomen de neuf segments finement anne-
lés, le dernier portant deux lobes latéraux auri-
33. Dufour (1839a) figure quatre segments translucides marqués de noir sur sa larve de K. tipuloides ; le premier n’est
autre que la membrane collaire, sous laquelle sont visibles les fortes taches noires entourant les incisions postérieures de la
capsule céphalique rétractée.
Source : MNHN, Paris
LES K.EROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
265
Fig. 682-689. — Gemtalia mâles des Keroplatus néarctiques : 682, K. carbonarius Bosc, hypopyge, vue ventrale ; 683, d°,
gonostyle, vue interne ; 684, K. terminalis Coq., hypopyge, vue ventrale ; 685, d°, gonostyle, vue interne ; 686 K clau-
sus Coq., hypopyge, vue ventrale ; 687, d°, gonostyle, vue interne ; 688, K. militaris Joh., hypopyge, vue ventrale •
689, d°, gonostyle, vue interne.
Ciliation non représentée sur les fig. 682, 684, 686 et 688.
Source : MNHN, Paris
Fig. 690-693. — Tergite IX et cerques des mâles des Keroplatus néarctiques (ciliation non représentée) : 690, K. terminalis
Coq. ; 691, K. carbonarius Bosc ; 692, K. militaris Joh. ; 693, K. clausus Coq.
culaires et deux lobes péri-anaux plus courts
(fig. 247), en truelle. Ventralement, des zones
transversales d’épines et d’écailles. Stigmates
abdominaux apparemment obturés.
Biologie. — Grâce au beau travail de Santini
(1982), nous connaissons maintenant particuliè¬
rement bien la biologie de K. tipuloides. Je
résume ci-dessous ses observations sur cette
espèce, strictement inféodée au Polypore Fomes
fomentarius (L. ex Fr.) Fr. Elles ont été effectuées
dans une chênaie mésophile à Quercus robur des
environs de Pise. K. tipuloides y montre quatre
générations par an, l’hivemation se faisant au
stade de l’œuf, sous le champignon-hôte ou à
proximité M. La ponte compte de 1 10 à 400 œufs.
Les œufs fécondés sont d’abord d’un blanc
crème, puis acquièrent en quelques heures une
coloration d’un noir intense. La période d’incuba¬
tion est de sept à huit jours, sauf pour les œufs
hivernants qui, pondus en automne, éclosent au
bout de 120 à 140 jours.
Les larves néonates éclosent en deux jours
maximum et mesurent environ deux millimètres ;
elles sont grégaires et le resteront pendant tous
les stades suivants. Dès le début de leur vie, elles
émettent une grande quantité de substance mu¬
queuse, d’abord claire, puis opaque, formée de
85% de protéines dont 5,31 % d’acide aspar¬
tique et 5,21 % d’alanine (Pelosi in Santini,
1982). Ces émissions muqueuses forment une
toile confuse tissée entre la face inférieure du
Polypore et le substrat, formant une sorte de
demi-entonnoir dans lequel vit la colonie lar¬
vaire, tous stades mélangés. Ce réseau retient une
grande quantité de spores, dont les larves se
nourrissent car elles ne s’attaquent jamais aux
tissus mêmes du carpophore. Santini note bien
quelques cas de nécrophagie (larves mortes) et de
zoophagie (nymphes) au sein même de la colo¬
nie ; ils restent exceptionnels et la toile, contraire¬
ment à celle d’autres Keroplatidae, n’est pas
toxique pour les petits Invertébrés qui viennent à
34. J'ai pu contrôler une partie de ces observations sur les populations larvaires de Fontainebleau, découvertes en
1982. Il semble qu’il n’y ait pas plus de trois générations annuelles dans cette forêt.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
267
Fig. 694-701. — Hypopyge mâle des Keroplatus néotropicaux, vue ventrale (holotypes, sauf 697, lectotype) : 694, K. caribai
Lane ; 695, K. striatus Fish. ; 696, K. golbachi Lane ; 697, K.fiebrigi Edw. ; 698, K. papaveroi Mat. ; 699, K. ornativentris
Mat. ; 700, K. townsendi Lane ; 701, K. trinidadensis Mat.
D’après Matile (1989a).
Source : MNHN, Paris
LOÏC MATILE
Fig. 702-714. — Genitalia mâles des Keroplatus néotropicaux (holotypes, sauf 704, paratype, et 707, lectotype) . 702, K.
trinidadensis Mat., scarification dorsale du phallosome ; 703, K. papaveroi Mat. , d ; 704, K. striatus F»h.,d , 705, K.
ornativentris Mat., d° ; 706, K. townsendi Lane, d° ; 707, K.fiebrigi Edw tergite IX (ciliat.on non representee) 708 ^
golbachi Lane, d° ; 709, K. caribai Lane, d° ; 710, K. ornativentris Mat., d° ; 71 1, K. striatus Fish., d ,712, K. townsendi
Lane, d°; 713, K. trinidadensis Mat., d°; 714, K. papaveroi Mat., d°.
D’après Matile (1989a).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
269
la parcourir. Particulièrement hygrophiles et
lucifuges, les larves sont inactives pendant les
heures d’illumination maximale, où elles se
dissimulent à proximité du champignon-hôte
dans des microbiotopes obscurs et humides :
anfractuosités des troncs d’arbre, litière fores¬
tière 35. Leur activité est d’ailleurs principale¬
ment nocturne et ne se poursuit le jour qu’en
ambiance particulièrement sombre, le ciel cou¬
vert.
Les larves au dernier stade émettent de façon
continue une luminosité blanc-bleuâtre extrê¬
mement faible. Les nymphes et les adultes fraî¬
chement éclos sont également lumineux. Kato
(1953) a montré que la luminescence des Kero-
platus japonais provenait de cellules particulières
du corps gras, contenant de nombreux granules
lumineux de tailles variées. Il en va de même chez
K. tipuloides (et K. reaumuriî), comme l’ont
montré Bacetti, Crovetti & Santini (1987).
Ces granules disparaissent chez l’imago, et sont
absents chez les larves, non luminescentes, de
Cerotelion lineatum. Il semble que l’émission
lumineuse des larves de K. tipuloides soit plus
faible durant la journée et qu’il existe donc un
rythme nycthéméral.
En conditions optimales de température, d’hu¬
midité et de nourriture, la larve atteint la
maturité en un mois environ. La nymphose n’a
lieu que rarement à proximité du Fomes. Au
contraire, les larves cherchent un site favorable
qui peut s’en trouver éloigné de sept à huit
mètres. Il s’agit d’anfractuosités du tronc portant
l’hôte, ou encore les larves vont se dissimuler
sous une branche tombée ou une souche à
proximité. Cette migration s’effectue dans les
premières heures de la matinée. Le cocon, cons¬
truit en 24 heures, est soyeux, semi-transparent
et cylindrique; il mesure de 12 à 15 mm. Son
extrémité postérieure est constituée d’un oper¬
cule aplati, recouvert d’un délicat réseau en
coupole, à trame lâche, qui se désagrège avant
l’éclosion. L’ensemble est amarré au substrat par
des filaments latéraux parsemés de nombreuses
gouttelettes translucides. La nymphe est main¬
tenue à l’intérieur du cocon par des filaments très
fins qui la relient aux parois. La nymphose dure
de cinq jours à une semaine. L’imago demeure
cependant quiescent encore trois ou quatre jours
à l’intérieur du cocon. Une fois éclos, il est
pratiquement prêt à s’accoupler.
Les imagos sont crépusculaires ou nocturnes,
ce qui explique la rareté des captures. Le mâle vit
au plus une semaine, la femelle de 10 à 12 jours.
Cette dernière est plus ou moins mimétique des
guêpes du genre Polistes, mimétisme accentué
par l’attitude qu’elle prend en vol, les pattes
écartées et pendantes, en même temps qu’elle
émet un fort bourdonnement continu ressem¬
blant tout à fait à celui que les Hyménoptères
Aculéates produisent en vol. Pendant les heures
maximum d’éclairement, les adultes demeurent
immobiles, dissimulés à l’ombre. Ils sont alors
suspendus à un support favorable (brindille,
branchette) par les pattes antérieures, les autres
ramenées le long du corps, les ailes croisées au-
dessus de l’abdomen.
L’accouplement se fait au petit matin et ne se
poursuit dans la journée que si le ciel est couvert
(au laboratoire, en espace restreint, il peut se
produire à tout moment). Le mâle est suspendu à
la femelle en alignement vertical. L’accouplement
dure de 20-30 minutes à 10-18 heures, dans
l’immobilité la plus absolue. La femelle est prête
à pondre quelques minutes après la rupture de
l’accouplement. La ponte, comme ce dernier, a
lieu au petit matin, ou encore au crépuscule. Les
œufs sont projetés un à un sur l’hyménium du
Fomes, la femelle se tenant en vol plus ou moins
stationnaire à quatre ou cinq centimètres du
substrat (ce comportement avait déjà été observé
par Mme Grasse : P. P. Grasse, comm. pers., et
photo p. 550 in Séguy, 1951).
Les larves de K. carbonarius observées par
Bosc (1803) « en Caroline » vivent également en
colonie. Comme celles de K. tipuloides, elles
tissent une toile commune dans laquelle elles se
réfugient lorsqu’elles sont inquiétées ; cette toile
est d’un blanc brillant. Comme l’espèce euro¬
péenne (et K. dispar), les cocons sont le plus
souvent placés côte à côte, encore que l’on puisse
parfois en trouver d’isolés (Bosc, 1 803 ; Dufour,
1839a).
Les larves de K. reaumurii vivent elles aussi en
colonie, tous stades mélangés, quand la taille du
substrat le permet ; il n’est cependant pas rare de
35. Je les ai trouvées aussi sous des touffes de mousses et sous les écorces à Fontainebleau. Il semble que dans cette
localité des toiles soient ré-utilisées par les générations suivantes. Elles deviennent alors opaques et parcheminées, et dans ce
cas les larves y demeurent cachées, même pendant les heures de plus grande luminosité (obs. pers., 1989).
Source : MNHN, Paris
270
LOÏC MATILE
Fig. 715-721. — Genitalia mâles des Keroplatus orientaux et afrotropicaux : 715, K. rufus de Meij., hypopyge, vue ventrale
(holotype); 716, d°, tergite IX et cerques (ciliation non représentée); 717, K. fuscomaculatus Toll., hypopyge, vue
ventrale; 718, d°, tergite IX et cerques (ciliation non représentée); 719, K. heimi Mat., hypopyge, vue ventrale
(holotype); 720, d°, vue latérale; 721, d°, tergite IX et cerques (ciliation non représentée).
Fig. 720 d’après Matile (1970c).
rencontrer des larves isolées. Elles affectionnent
des microbiotopes plus cryptiques : Polypores
situés très près du sol, tas de bois coupé
abandonnés, et surtout troncs et branches pour¬
ris enfoncés dans le sol et envahis de Polypores
encroûtants. La toile est du même type que celle
de K. testaceus, étudiée par Plachter (1979a).
Celle-ci est constituée d’une piste centrale d’envi¬
ron deux centimètres de large sur dix de long au
maximum, amarrée très près du substrat par des
fils très courts parsemés de gouttelettes de
sécrétion non toxiques. Chaque larve semble
avoir son réseau propre, mais continu avec ceux
des autres dans les colonies importantes. Dans ce
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
271
dernier cas, la face inférieure d’une souche peut
sembler entièrement recouverte d’un film mu¬
queux à reflets irisés. Le cas le plus spectaculaire
que j’aie rencontré a été celui d’une souche en
voie de décomposition dans une forêt des rives
de la Mer Caspienne (Iran, Gorgan, Assalem, en
juin) ; elle atteignait près de deux mètres de long
et abritait à sa face inférieure des centaines de
larves de K. reaumurii à tous les stades. Les
larves sont normalement sporophages, mais San-
tini (1980) cite des cas isolés de prédation sur de
petits Invertébrés.
La nymphose a lieu dans une anfractuosité du
substrat même sous lequel s’est développée la
larve. Le cocon de K. reaumurii, parcheminé, est
entouré d’un réseau serré de fils qui jouent sans
doute un rôle protecteur (ceux de K. testaceus et
dispar sont semblables). Selon quelques observa¬
tions inédites faites à Richelieu (Indre-et-Loire),
la vie nymphale de K. reaumurii est de trois ou
quatre jours mais les adultes peuvent demeu¬
rer quiescents près de cinq jours dans le cocon
qui les abrite ; ceux-ci sont le plus souvent isolés
les uns des autres. L’accouplement et la ponte se
font suivant des modalités semblables à celles de
K. tipuloides, y compris la projection des œufs un
à un. D’après Santini (1982) et Bacetti, Cro-
vetti & Santini (1987), les larves de K. reaumurii
émettent une très faible luminosité. Elle ne peut
être observée que par des personnes dotées d’une
très grande acuité de vision nocturne, ou fixée
photographiquement.
Les larves de l’espèce centrafricaine K. heimi
ont la même coloration violacée que celles de K.
reaumurii et testaceus et leur toile est semblable.
Je n’ai trouvé que quelques larves rassemblées
sous un morceau de bois pourri. Le cocon est
blanc-jaunâtre et dissimulé dans une anfractuo¬
sité. Les éclosions ont été observées une dizaine
de jours après leur construction.
Répartition. — Cosmopolite. Dans la région
néotropicale, les Keroplatus n’atteignent pas la
sous-région chilienne ; dans la région australa-
sienne, ils sont limités (dans l’état actuel des
connaissances) à la Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Matériel examiné. — Toutes les espèces dé¬
crites, y compris leurs types. De plus, les collec¬
tions du Muséum national d’Histoire naturelle
renferment une femelle du Zaïre (Kivu) apparte¬
nant à une espèce inédite, et celles du British
Muséum (Nat. Hist.) un spécimen sans abdo¬
men, de l’Inde du Nord-Ouest, se rapportant
également à une espèce nouvelle. Ces exemplaires
seront décrits (mais non nommés), à la suite de la
clé des espèces holarctiques du genre, que je
donne ci-dessous. On notera au sujet de cette clé
que les caractères de nervation donnés (longueur
723
Fig. 722-723. — Genitalia mâles de Keroplatus tergatus
n. sp. (holotype) ; 722, hypopyge, vue ventrale ; 723, tergite
IX et cerques (ciliation non représentée).
Source : MNHN, Paris
272
LOÏC MATILE
de la fusion radiomédiane, de la sous-costale) tion de femelles isolées sera toujours délicate
sont soumis à une certaine variation, tandis que dans le groupe testaceus, et les genitalia mâles
ceux de coloration peuvent être plus ou moins permettront, dans ce même groupe, des détermi-
distincts (encore que constants, semble-t-il, dans nations plus assurées (voir notamment la forme
l’emplacement des zones colorées). L’identifica- du processus gonocoxal ventral).
Fig. 724-728. — Keroplatus r. reaumurii Duf., tête de la larve IV : 724, vue dorsale ; 725, vue ventrale ; 726, mandibule, d° ;
727, mandibule, vue dorsale ; 728, stipes de la maxille, vue ventrale.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
273
Clé des espèces holarctiques
1 . — Ailes vivement colorées de brun et de jaune, plus ou moins largement
marquées de blanc à l’apex (fig. 645-648, 653-654) . 2
— Ailes hyalines, plus ou moins enfumées, l’apex sans tache blanche
distincte (fig. 649-652, 655-656) . 5
2. — Antennes : les quatre derniers flagellomères jaune blanchâtre,
tranchant sur le reste du flagelle, brun. Aile : fig. 653. Hypopyge
mâle : fig. 682-683, 691. Est de l’Amérique du Nord .
. carbonarius Bosc
— Flagelle antennaire uniformément brun . 3
3. — Ailes largement brunies à l’apex et à la marge postérieure, la tache
apicale blanche petite (fig. 654). Prosternum cilié sur le disque.
Hypopyge mâle : fig. 684-685, 690. Ouest de l’Amérique du
Nord . terminalis Coq.
— Apex et marge postérieure de l’aile non enfumés (fig. 645-648).
Prosternum avec seulement des cils latéraux . 4
4. — Hanches courtes et massives (fig. 644). Ailes : première cellule radiale
(entre Sc et RI) brunie à l’apex seulement; Culb non enfumée à
l’apex ; costale se terminant bien avant l’apex de l’aile (fig. 645, 647).
Hypopyge mâle : fig. 657, 659, 671. Europe, Moyen-Orient ....
. tipuloides Bosc
— Hanches normales. Première cellule radiale brunie de l’apex de Sc à
celui de RI; Culb distinctement brunie à l’apex; costale plus
longue, mais se terminant cependant avant l’apex (fig. 646, 648).
Hypopyge mâle : fig. 658, 660, 672. Japon, Sakhaline .
. biformis Okada
5. — Ailes : Sc se terminant au niveau de l’apex de la fusion radiomé-
diane . 6
— Sc se terminant vers le niveau du milieu de la fusion radiomédiane ou
distinctement après l’apex . 9
6. — Fusion radiomédiane plus courte que le pétiole de la fourche médiane
(fig. 650, 652) . 7
— Fusion radiomédiane au moins 1,7 fois plus longue que le pétiole de
la fourche médiane (fig. 649, 656) . 8
7. — Cellule radiale apicale entièrement brunie, ainsi que, très faiblement,
l’apex de la première radiale, mais tout le reste de l’aile hyalin
(fig. 652). Hypopyge mâle : fig. 669-670. Cerque femelle : fig. 681.
Japon . nipponicus Okada
— Cellule radiale apicale brunie seulement à la base ; première radiale
brunie de l’apex de Sc à celui de RI, reste de l’aile avec d’autres
marques brunes (fig. 650). Hypopyge mâle : fig. 661-662, 673. Cerque
femelle : fig. 677. Europe . testaceus Daim.
8. — Ailes : première cellule radiale enfumée seulement à l’apex, et au
contraire radiale apicale presque entièrement brunie (fig. 656) ;
anale entièrement dénudée. Tibia III avec des soies antérieures et
ventrales. Hypopyge mâle : fig. 686-687, 693. Nord-est de l’Amé¬
rique du Nord . clausus Coq.
Source : MNHN, Paris
274
LOÏC MATILE
— Première cellule radiale presque entièrement enfumee, et radiale
apicale claire (fig. 649) ; anale avec quelques cils dorsaux. Tibia III
sans soies antérieures, ni ventrales. Hypopyge mâle : fig. 665-668.
Cerque femelle : fig. 679-680. Europe, Moyen-Orient .
. reaumurii Duf.
9. — Sc se terminant vers le niveau du milieu de la fusion radiomédiane,
celle-ci deux fois plus longue que le pétiole de la fourche médiane ;
apex et marge postérieure largement enfumés (fig. 655). Des soies
prostigmatiques sombres et épaisses en plus de la pilosité nor¬
male. Fémur III avec une bande dénudée distincte. Hypopyge mâle :
fig. 688-689, 692. Est de l'Amérique du Nord . militaris Joh.
— Sc se terminant distinctement après le niveau de l’apex de la fusion
radiomédiane ; apex et marge postérieure à peine enfumés (fig. 651) ;
pas de soies prostigmatiques.
Hypopyge mâle : fig. 663-664,
Europe .
Keroplatus tergatus n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 3,6 mm.
Tête : occiput roux, un calus ocellaire non
soulevé, noir, cordiforme, nettement délimité.
Deux ocelles, écartés de la marge oculaire par
environ 1,5 fois leur diamètre. Antennes : scape
et pédicelle brun-noir, le scape avec un bec
ventral distinct, le pédicelle discoïde. Flagelle
uniformément brun-roux, le dernier flagellomère
étroitement et distinctement échancré à l’apex,
mais sans apicule ; macrochètes dorsaux courts,
ventraux très courts. Face et clypéus roux,
trompe brun-roux. Palpes roux, dressés, presque
aussi longs que la face et le clypéus ensemble.
Thorax : scutum, scutellum et médiotergite
uniformément roux. Pleures jaune-roux, le laté-
rotergite plus sombre sur sa partie ciliée. Quel¬
ques soies prostigmatiques différenciées ; un seul
cil métanépisternal postérieur. Pattes : hanches I
rousses, les II-III jaune-roux. Reste des pattes
jaune-roux, les tarses assombris par la ciliation.
Fémurs II avec une large bande dénudée postéro-
ventrale, très distincte, les autres sans bandes.
Éperons noirs, le I atteignant environ 1,5 fois
la largeur apicale du tibia, de même que les
externes II-III ; internes II-III près du triple de la
largeur apicale du tibia. Tibia III avec quelques
macrochètes antérieurs en plus des postérieurs.
Protarse I atteignant un peu plus du double de la
longueur du tibia.
A îles jaunâtres, sans taches. Costale longue, se
terminant presque à l’apex de l’aile, ne dépassant
Fémur III sans bande dénudée.
674. Cerque femelle : fig. 678.
. dispar Duf.
pas l’embouchure de R5. Sc se terminant au
niveau du milieu de la fusion radiomédiane,
celle-ci aussi longue que le pétiole de la fourche.
Balanciers : pédicelle jaune, capitule brun-roux.
Abdomen : tergites brun-roux, jaunis aux inci-
sures ; sternites jaune-roux. Hypopyge (fig. 722-
723) roux. Tergite IX en forme de U, très
profondément encoché pour le logement du
proctigère, qui ne dépasse pas l’apex du tergite
(fig. 723). Synsclérite gonocoxal assez profon¬
dément encoché ventralement ; un tubercule go¬
nocoxal petit, arrondi à l’apex. Gonostyles du
type testaceus, le bec ventral prononcé, les fortes
épines limitées au tiers apical et à la marge
dorsale interne (fig. 722).
Holotype mâle : Nouvelle-Guinée, SE, Milne
Bay, 10 m, 03.1965 (sans nom de récolteur) ;
Bishop Muséum, Honolulu. Cette espèce se
distingue de tous les autres Keroplatus par l’aile
dépourvue de taches, ni même enfumées à la
marge antérieure, par la longueur du protarse I,
et surtout par la forme très particulière du ter¬
gite IX.
Keroplatus sp. (région afrotropicale)
Espèce de grande taille : longueur de l’aile :
9,5 mm. Jaune marqué de roux. Tête : occiput
assombri dorsalement. Deux ocelles seulement,
éloignés de la marge oculaire par un peu moins
du double de leur propre diamètre. Antennes :
scape avec un bec ventral très prononcé, bec du
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
275
pédicelle plus court ; flagelle jaune, macrochètes
dorsaux et ventraux courts, mais nombreux et
débordant par endroits sur la face latérale des
flagellomères. Clypéus fortement pileux, dernier
article des palpes courts, globuleux.
Thorax : scutum roux sur le disque, les marges
latérales, et surtout la marge antérieure, large¬
ment jaunies. Pleures jaunes tachées de roux,
tache latérotergale plus sombre. Ailes jaunes,
enfumées le long du bord costal et de la marge
postérieure, ainsi que sur près du tiers apical. Sc
se terminant un peu après l’apex de la fusion
radiomédiane, celle-ci un peu plus courte que le
pétiole de la fourche médiane.
Abdomen : tergites brun-roux, les VI-VII plus
sombres, ainsi que la marge ventrale des III-
V. Sternite I jaune-roux, II roux, les suivants
roux latéralement, brunis sagittalement. Cerques
jaunes, allongés, fortement rétrécis dans la moitié
apicale.
Zaïre, Kivu, Forêt d’Irangi, 1,50 S — 28.30 E,
1.11.1957 (J. Hamon, ORSTOM). Muséum na¬
tional d'Histoire naturelle. Proche de K. heimi
Mat. par la disparition de l’ocelle médian, cette
espèce en diffère par des détails de coloration, et
notamment les ailes moins vivement marquées.
Source : MNHN, Paris
276
LOÏC MATILE
Keroplatus sp. (région orientale)
Un exemplaire dépourvu d’abdomen, sans
doute mâle si l’on en juge par les griffes forte¬
ment spinuleuses à la base. Espèce de taille
moyenne : longueur de l’aile : 6 mm. Couleur
jaune marquée de roux.
Tête rousse. Trois ocelles, le médian plus petit
que les latéraux mais non punctiforme, les
latéraux éloignés de la marge oculaire par envi¬
ron le double de leur propre diamètre. Antennes
roux sombre, scape avec un petit bec ventral,
pédicelle sans bec ; macrochètes flagellaires dor¬
saux moyens, ventraux très courts. Dernier pal-
pomère gros et court, ovoïde.
Thorax : scutum roux sombre, une bande
médiane, longitudinale, jaune en avant, rousse
sur les deux tiers postérieurs, où elle se sépare
peu nettement de la couleur de fond. Reste du
thorax jaune. Pattes jaunes, les hanches III avec
une légère tache médiane brune sur la face
externe. Protarse I très peu plus long que le
tibia I. Tarses étroitement annelés de jaune aux
articulations. Ailes jaunes, un peu enfumées à la
marge antérieure, à l’apex et à la marge posté¬
rieure, également une ombre sur l’apex de Cul b.
Sc se terminant nettement après l’apex de la
fusion radiomédiane, celle-ci un peu plus longue
que le pétiole de la fourche médiane. R4 plus
oblique que dans le reste du genre, et costale
atteignant presque l’apex de l’aile. Balanciers
jaunes, capitule brun.
N.W. India, Simla, 08.1898 (C.G. Nurse), BM
1934-8. British Muséum (Nat. Hist.). L’autre
espèce orientale de Keroplatus, K. rufus de Meij.,
de Java, diffère de la présente par sa teinte
générale rousse, presque orangée, à pilosité
dorée. L’ocelle médian est plus gros, les ocelles
latéraux plus proches de la marge. Les hanches
III ne sont pas tachées, le protarse I atteint
presque le double de la longueur du tibia. Enfin,
les ailes sont entièrement jaunes et R4 en
position verticale.
Genre Mallochinus Edwards
Ceroplatus ( Mallochinus ) Edwards, 1929c : 174. Espèce-type : Keroplatus master si Skuse, 1888, par
désignation originale.
Mallochinus : Matile, 1989b : 130.
Ce taxon a été proposé par Edwards pour les
Keroplatus s. I. à soies tibiales irrégulièrement
disposées et latérotergites ciliés. Il signale aussi la
face relativement large, les yeux profondément
émarginés et les ocelles latéraux contigus à la
marge oculaire. À l’espèce-type, Edwards ajoute
une espèce nouvelle de Tasmanie, K. mangalo-
rensis, décrite sur un seul spécimen dépourvu
d’abdomen et ne différant de K. mastersi, de
Nouvelle-Galles du Sud, que par des caractères
de coloration.
Edwards ne fait plus ensuite aucune allusion
à Mallochinus, sauf pour en rappeler la lumino¬
sité larvaire (signalée pour la première fois par
Skuse en 1 890) dans sa mise au point sur le genre
Arachnocampa (Edwards, 1934b).
<?$. — Tête (fig. 734-735) sphérique aplatie, un
peu plus large que haute. Occiput couvert de
soies obliques de plus en plus longues à mesure
qu’elles sont plus proches de la marge oculaire.
Trois ocelles, le médian plus petit que les
latéraux mais non punctiforme ; chaque ocelle
porté par un calus bien délimité, le calus médian
prolongé en arrière par un sillon sagittal s’éten¬
dant jusqu’au foramen magnum. Des soies ocel-
laires longues ; ocelles latéraux contigus à la
marge oculaire. Yeux de taille moyenne, occu¬
pant un peu plus de la moitié de la face latérale
de la tête, profondément encochés au-dessus de
l’insertion des antennes ; pilosité fine, absente
dans la zone antéro-interne de l’œil. Front large,
dénudé, peu élevé, sillon frontal peu prononcé
mais prolongé par un tubercule frontal étendu
jusqu’entre les scapes antennaires. Pas de calus
frontaux. Antennes de 2+14 articles. Scape
volumineux, prolongé ventralement par un bec
épais ; pédicelle petit, discoïde. Flagelle élargi
et aplati, pédicules très courts, submédians
(fig. 736). Dernier flagellomère plus long que
large, apiculé (fig. 737), tranchant par sa couleur
blanchâtre sur le reste du flagelle chez l’espèce-
type, concolore chez M. mangalorensis. Des
macrochètes dorsaux et ventraux, les dorsaux
plus nombreux et plus longs que les ventraux, ces
Source : MNHN, Paris
LES K EROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
277
Fig. 734-742. — Mallochinus mastersi (Skuse) : 734, tête, vue frontale ; 735, d°, vue latérale ; 736, antenne, vue laté¬
rale ; 737, dernier flagellomère antennaire et apicule, vue latérale (seuls quelques microchètes ont été représentés) ;
738, thorax, hanches et segment abdominal I, vue latérale ; 739, aile, face dorsale ; 740, ornementation alaire ;
741, hypopyge mâle, vue dorsale ; 742, d°, vue ventrale.
Source : MNHN, Paris
278
LOÏC MATILE
derniers plus épais et plus sombres. Face large et
courte, nue. Clypéus saillant, portant quelques
soies latérales. Trompe courte mais dépassant
largement le bord ventral des yeux, labre et
hypopharynx distincts. Labelles uniarticulées,
membraneuses sur toute leur face interne. Palpes
de 1+2 articles. Palpifère entièrement sclérifié.
Premier palpomère petit, le deuxième plus gros,
ovoïde, dressé en avant, cilié à la face externe, la
face interne membraneuse et portant des sensilles
apicales.
Thorax (fig. 738). — Prothorax peu développé,
largement rétréci sur la ligne médiane ; angle
postérieur du proépimère situé au-dessous du
niveau de la suture anapleurale. Prosternum
non saillant, portant de longues soies marginales,
le disque nu. Scutum peu bombé, couvert de
courtes soies serrées uniformément disposées,
les latérales et les préscutellaires plus longues.
Scutellum grand, semi-circulaire, bordé de nom¬
breuses soies marginales, disque dénudé. Médio-
tergite peu élevé mais saillant et anguleux à
l’apex, dénudé, dépassant largement en arrière le
niveau de l’apex du scutellum. Pas d’aire mem¬
braneuse sous-scutellaire visible sur l’un des
spécimens disponibles, une zone triangulaire en
relief, apparemment membraneuse, sur l’autre.
Pas de soies scabellaires. Pleures dénudées sauf le
proépisteme, à longues soies dressées, l’anépi-
sterne, qui porte des cils dans sa partie antérieure
et dorsale, et le latérotergite, dont la moitié
postérieure porte de longues soies dressées. Ané-
pisteme avec une fissure longue et étroite. Suture
médiopleurale fortement sinueuse, fosse médio-
pleurale profonde. Mésépimère très fortement
rétréci ventralement, le katépisterne et le latéro¬
tergite presque contigus à ce niveau. Latéroter¬
gite fortement saillant au-dessus du métépisterne,
grand axe très oblique. Métépisterne plus large
que haut.
Pattes. — Hanches à peu près de même
longueur. Hanches I ciliées sur les faces anté¬
rieure et externe, II à la face antérieure sauf à la
base, également des soies sur la partie antérieure
de la face externe : hanches III ciliées le long de
la marge postéro-externe. Pas de soies coxales
postérieures. Fémurs normaux, à soies couchées,
les ventrales pas plus longues que les dorsales.
Des bandes dénudées ventrales aux trois fémurs.
Tibias régulièrement élargis de la base vers
l’apex, les microchètes irrégulièrement disposés.
Tibia I sans zone sensorielle distincte, un peigne
hyalin. Tibia II avec un peigne postérieur peu
serré, le III avec le jeu de trois peignes, également
peu serrés. Éperons 1:2:2, l’éperon I et les
internes II-III beaucoup plus longs que la largeur
apicale des tibias correspondants, le I atteignant
le double, les II et III un peu plus longs que le
triple de cette largeur ; éperons externes II-III un
peu plus longs que la largeur apicale des tibias.
Macrochètes tibiaux : tibia I avec quelques anté-
rodorsaux et antéroventraux courts, et quelques
ventraux longs ; II et III avec des dorsaux,
des antérieurs, des antéroventraux, des ventraux
et des postérieurs apicaux. Tarses relativement
courts et minces. Tous les protarses plus courts
que les tibias correspondants, et portant des
macrochètes ventraux peu développés ; micro¬
chètes en rangées régulières, dont quelques-unes
plus serrées. Griffes longues et fines, spinuleuses
à la base, dans les deux sexes.
Ailes (fig. 739-740) un peu plus longues que
l’abdomen, larges à la base, plus étroites à l’apex,
fortement maculées de brun à la marge anté¬
rieure. Membrane dépourvue de macro triches
sauf dans le champ anal, de part et d’autre de
l’anale. Costale se terminant avant l’apex de
l’aile, dépassant légèrement l’embouchure de R5.
Sous-costale peu allongée, se terminant un peu
après le niveau de la base de la fusion radiomé-
diane ; sc2 faible, proche de h. RI relativement
courte. R4 + 5 courte, rectiligne, oblique, sub¬
égale à la longueur de R5, celle-ci se terminant
nettement avant l’apex de l’aile, son parcours
très proche de celui de la costale. R4 courte,
oblique, se terminant sur la costale à proximité
de l’apex de RI. Cellule basale non divisée en
deux par une trace longitudinale. Fusion ra-
diomédiane plus courte que le pétiole de la
fourche médiane. M 1 et M2 interrompues un peu
avant la marge. Cul b peu courbée. Cu2 fine, de
longueur moyenne. Anale peu courbée, pro¬
longée presque jusqu’à la marge de l’aile. A2
longue et distincte.
Ciliation, face dorsale : C, RI, R4 + 5, R5, 1
ou 2 soies à la base de M4, anale ciliée sur toute
sa longueur ; face ventrale : toutes les nervures
nues sauf la costale.
Abdomen mâle et femelle cylindrique aplati.
Sternite I suivi d’un petit sclérite intercalaire
transverse, bien sclérifié mais non cilié. Mâle :
sept segments visibles avant l’hypopyge dorsale-
ment, l’apex du VIII visible ventralement, le
sternite VIII étant nettement plus développé que
Source : MMHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
279
le tergite. Femelle : sept segments visibles avant
l’ovipositeur.
Genitalia mâles (fig. 741-742). — Tergite IX
grand, grossièrement quadrangulaire à angles
arrondis, ne recouvrant pas la face dorsale des
gonocoxopodites. Sternite IX absent ou fu¬
sionné. Cerques petits, ciliés dorsalement. Hypo-
procte plus court que les cerques, cilié ventrale-
ment. Gonocoxopodites beaucoup plus larges
que l’extrémité abdominale, non ouverts dorsa¬
lement, en cônes fortement divergents. Ventra-
lement, ils sont séparés pratiquement jusqu’à
la base par une aire membraneuse large. Gono-
styles à insertion latérale, longs et minces, bi-
dentés à l’apex, tout le bord interne pourvu de
fortes épines noires. Phallosome petit, presque
entièrement membraneux, notamment le disti-
phallus ; paramères dorsaux réunis en pont
apical, paramères ventraux présents, peu sclé-
rifiés.
Genitalia femelles (fig. 743-744). — Presque en¬
tièrement enfoncés au repos dans le segment VII,
dont seuls dépassent l’apex du sternite et du
tergite X et les cerques. Tergites VIII et IX, et
sternite IX, entièrement membraneux. Sternite
VIII très petit, membraneux latéralement, entiè¬
rement divisé en deux ventralement, ne dépas¬
sant pas le segment VII au repos. Tergite X petit
mais bien sclérifié, cilié aux deux angles apicaux.
Sternite X petit, portant de courts cils ventraux.
Cerques uni-articulés, en longue lame ciliée aux
faces interne et externe.
Larve. — Des larves ont été trouvées à la fin
du siècle dernier, mais n'ont jamais été décrites
(voir ci-dessous).
Biologie. — La première publication de Skuse
(1888) sur M. master si est ambiguë en ce qui
concerne les larves de cette espèce. Skuse écrit
que Masters lui a confié « avoir vu des larves
dont les mœurs et la forme correspondent à celles
(du genre Keroplatus telles qu’elles sont décrites
par Dufour, 1839a)». Skuse pense qu’il s’agit
de celles de son K. mastersi, dont les imagos
furent capturés par lui-même et Masters près de
Sydney, on peut le supposer dans le biotope où
ce dernier avait observé des larves ressemblant à
celles des Keroplatus. Il n’est dit nulle part dans
cette publication que ces larves avaient été
lumineuses. Cependant, le paragraphe précédant
les remarques de Skuse se réfère à la luminosité
de Keroplatus sesioides Wahlberg (= tipuloides
Bosc). C’est sans doute pourquoi certains au-
Fig. 743-744. — Mallochinus mastersi Skuse. terminalia
femelles : 743, vue dorsale; 744, vue latérale.
teurs tels que Gatenby (1960a) font état de la
référence de 1888 comme de la première citation
de la luminosité des larves de M. mastersi.
En fait, celle-ci date de Skuse, 1 890 : « J’ai
récemment élevé cette espèce de larves lumi¬
neuses habitant le bois pourri humide, obtenues
par Mr. J. J. Flatcher à Blue Mountains,
NSW ». Dans le même travail se trouve la
description de « Bolitophila luminosa » et con¬
trairement à l’opinion de Tonnoir (comm. pers.
à Nicholson, in Gatenby, 1960a), il me paraît
exclu que les larves lumineuses rapportées par
Skuse à M. mastersi, et dont il a obtenu des
imagos, soient celles d’un Arachnocampa. Il
semble qu’il existe deux espèces de Keroplatidae
lumineux en Nouvelle-Galles du Sud : M. mas-
Source : MNHN, Paris
280
LOÏC MATILE
tersi et A. richardsae. Tout au plus serait-il bon
de s’assurer que les adultes élevés de cette
province sont bien conspécifiques aux types de
M. mastersi.
Répartition. — Région australasienne (Aus¬
tralie, Tasmanie).
Matériel examiné. — L’espèce-type.
Genre Nauarchia n. gen.
Espèce-type : Nauarchia excavata n. sp.
Ce genre nouveau est proposé pour une espèce
australasienne des Iles de l’Amirauté qui possède
une série de caractères remarquables : antennes à
flagellomères peu élargis, labre lobulaire, mésépi-
mère interrompu avant la marge de la pleure,
celle-ci dénudée, ainsi que le prosternum, champ
anal réduit, et des genitalia mâles fortement
apomorphes qui ne permettent de l’inclure dans
aucun autre genre de Keroplatini.
Derivatio nominis : du grec vauapxia, amirauté
(référence à la localité de l’espèce-type). Genre :
féminin.
cj. — Tête (fig. 745-746) aplatie d’avant en
arrière, bien plus large que haute. Occiput
couvert de courtes soies couchées, les préocu¬
laires pas plus longues que les autres. Yeux
grands, occupant plus des deux tiers de la face
latérale de la tête, à peine encochés au-dessus des
antennes ; pilosité très courte. Deux ocelles situés
sur un calus commun subcirculaire, partagé en
deux par un sillon longitudinal qui se prolonge
en arrière sur environ la moitié de la distance
entre le calus et le foramen occipital. Ocelles
éloignés de la marge oculaire par plus de trois
fois leur propre diamètre. Front large et court,
portant une paire de petites soies submédianes,,
au niveau du bord interne de chaque ocelle ; pas
de sillon transversal ou longitudinal net. An¬
tennes : scape discoïde, pédicelle globuleux, ces
deux articles dépourvus de bec antérieur. Flagelle
brisé après le douzième flagellomère (fig. 747),
ceux-ci aplatis mais relativement peu élargis,
notamment les 9-12; pédoncules en position
médiane. Des macrochètes dorsaux et ventraux
bien développés. Face large, peu sclérifiée, dé¬
nudée, ainsi que le clypéus, ce dernier peu
saillant en avant des yeux. Trompe courte mais
dépassant largement le niveau du bord ventral
des yeux. Labre élargi, formant ventralement un
lobe membraneux volumineux ; labelles courtes,
membraneuses à la face interne, ciliées à l’apex et
à la face externe. Palpifère apparemment entière¬
ment membraneux, un seul palpomère dressé en
avant, court, ovoïde, portant de petites cryptes
sensorielles sur la moitié apicale de la face
interne.
Thorax (fig. 748) peu arqué. Prothorax réduit
à une bandelette à peine élargie latéroventrale-
ment. Prosternum non saillant, sauf le bord
ventral, et entièrement dénudé. Angle postéro-
ventral du proépimère situé au-dessous de la
suture anapleurale. Scutum uniformément recou¬
vert de soies courtes et couchées, les latérales et
les préscutellaires plus longues, notamment les
préalaires. Scutellum grand, semi-circulaire, le
disque et la marge ciliés de soies courtes, les
discales couchées. Médiotergite arrondi à l’apex,
dépassant largement en arrière le niveau de
l’apex du scutellum. Zone membraneuse sous-
scutellaire peu développée. Pas de soies scabel-
laires. Pleures entièrement dénudées., sauf l’anté-
pronotum et le proépisteme. Pas de fissure
anépisternale. Bord antérieur du katépisterne
avec un angle rentrant. Mésépimère fortement
rétréci ventralement, le katépisterne et le latéro-
tergite contigus au-dessus des hanches. Latéro-
tergite fortement saillant au-dessus du métépi-
sterne, son grand axe fortement oblique. Mé-
tépisteme bien plus large que haut.
Pattes. — Hanches I courtes, hanches II et III
bien plus longues que les I, subégales entre elles
(fig. 748). Hanches I ciliées à la face antérieure
et à la face externe, pas de soies postérieures.
Hanches II ciliées à la face antérieure, la ciliation
débordant sur la face externe, surtout ventrale¬
ment. Hanches III ciliées le long de la marge
postérieure de la face externe. Pas de soies
coxales postérieures II-III. Sur le seul exemplaire
connu du genre, ne persistent que les fémurs III
et le tibia et la base du protarse III gauche.
Fémurs III normaux, la ciliation courte, couchée,
pas plus longue ventralement que dorsalement ;
une étroite bande dénudée ventrale. Microchètes
tibiaux III disposés en rangées régulières toutes
semblables. Éperon externe subégal à la largeur
apicale du tibia, l’interne environ triple de
l’externe. Un petit peigne externe formé de
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
281
750
745‘.752;. — Nauarchia excavata n. gen., n. sp. : 745, tête, vue frontale ; 746, d°, vue latérale ; 747, flagelle anten-
naire (incomplet), vue latérale ; 748, thorax, hanches et segment abdominal I, vue latérale ; 749, aile, face dorsale •
/50, hypopyge male, vue dorsale; 751, d°, vue ventrale; 752, apodèmes gonocoxaux et phallosome, vue dorsale.
Source : MNHN, Paris
282
LOÏC MATILE
chétules serrés, également un petit peigne réduit
entre les éperons. Par contre, pas de peigne
interne mais huit soies plus grandes, écartées les
unes des autres. Ciliation tibiale III : quelques
macrochètes antérieurs et postérieurs sur le tiers
apical, les antérieurs rares et largement espacés,
les postérieurs plus nombreux et plus serrés. Sur
ce qui reste du protarse III, microchètes disposés
en rangées régulières, une rangée postéroventrale
et une rangée ventrale de macrochètes.
Ailes (fig. 749) étroites, aussi longues que
l'abdomen, champ anal peu développé, ce der¬
nier semblant dépourvu de macrochètes dressés.
Costale prolongée jusqu’à l’apex de l’aile, dépas¬
sant nettement l’apex de R5. Sous-costale courte,
dépassant légèrement le niveau de la base de Rs.
Sc2 présente, distincte, située un peu avant le
milieu de Sc. RI modérément longue; R4 + 5
atteignant près du double de la longueur de R5,
formant avec elle une courbe continue. R4
courte, oblique, située à peu près au milieu de
l’intervalle R1-R5. Cellule basale non divisée en
deux par la base de M. Fusion radiomédiane
longue, plus longue que le pétiole de la fourche
médiane. Toutes les nervures basses atteignant la
marge de l’aile, sauf l’anale, qui est interrompue
très peu avant. Cul b peu courbée, Cu2 longue et
fine, A2 réduite.
Ciliation, face dorsale : C, RI, R4 + 5, R5.
Face ventrale : toutes les nervures nues sauf la
costale.
Abdomen cylindrique, sept segments et l’apex
du VIII visibles avant l’hypopyge. Sternite I
largement membraneux ventralement, pas de
sclérite intermédiaire entre les sternites I et II.
Tergite VIII un peu plus court que le sternite.
Genitalia mâles (fig. 750-752). — Tergite IX
hexagonal, fortement rétréci dans sa moitié
apicale, légèrement excavé à l’apex pour le
logement des cerques. Ceux-ci grands, ciliés sur
toute la face externe. Hypoprocte largement
désclérifié ventralement, la partie sclérifiée for¬
mant un mince étrier cilié. Sternite IX fusionné
ou absent. Gonocoxopodites entièrement ouverts
dorsalement, ne formant pas de pont sclérifié et
cilié autour des gonostyles (mais voir plus loin).
Ventralement, gonocoxopodites entièrement fu¬
sionnés, sans zone membraneuse longitudinale, le
synsclérite très profondément excavé dans ses
deux tiers apicaux, à ce niveau les soies plus
courtes et plus rares. Synsclérite longuement
encoché basalement. Excavation du synsclérite
prolongée ventralement, sans discontinuité, par
un tubercule médian aussi long qu’elle, portant
ventralement de fortes spinules serrées, sauf sur
la ligne médiane, qui demeure dénudée. Dorsale¬
ment, le tubercule ventral est relié à la marge
interne de la face dorsale des gonocoxopodites,
entourant ainsi dorsalement la base des gono¬
styles, ces derniers grands, à insertion ventrale.
Moitié basale élargie et portant, le long de la face
interne, des rangées de fortes spinules. Moitié
apicale étroite, dépourvue de dents ou de soies
modifiées. Phallosome (fig. 752) peu sclérifié,
étroit et allongé, prolongé basalement dans le
segment VIII. Apodèmes gonocoxaux courts et
minces. Paramères dorsaux absents ou membra¬
neux, seule l’extrémité du distiphallus sclérifiée
distalement. Paramères ventraux sclérifiés, en
baguettes allongées contiguës en arrière, l’en¬
semble dépassant largement la base du syn¬
sclérite gonocoxal. Apodème éjaculateur bien
sclérifié, plus long encore que les paramères
ventraux. Pore génital situé à l’apex d’un petit
lobe cilié.
Femelle, larve et biologie inconnues.
Répartition. — Région australasienne (Archi¬
pel Bismarck : Admiralty Islands).
Matériel examiné. — L’espèce-type, décrite ci-
dessous.
Nauarchia excavata n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 3,2 mm.
Tête : occiput brun, calus ocellaire noir. Face,
trompe et palpes jaunes.
Thorax : scutum jaune-brunâtre, calus hu¬
méraux brunis. Scutellum brunâtre, médioter-
gite jaune sombre, pleures jaune pâle. Pattes :
hanches jaunes, les postérieures avec une tache
médiane indistincte, plus sombre. Fémurs III (les
autres pattes manquent) jaunes, la base et l’apex
un peu plus sombres. Tibias et tarses jaunes,
assombris par la pilosité. Ailes jaune sombre,
sans marques définies. Balanciers à pédicelle
jaune, capitule brun-noir.
Abdomen : tergite I jaune-brunâtre, tous les
tergites suivants jaunes à large bande apicale
brune. Sternite I jaune, les sternites suivants
comme les tergites, mais les bandes apicales plus
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
283
étroites et moins sombres. Hypopyge brun, struc¬
tures comme dans la diagnose générique.
Holotype mâle : Archipel Bismarck, Iles
de l’Amirauté, Los Negros, 25.04.1945 (G.E.
Bohart) ; Californian Academy of Sciences, San
Francisco.
Genre Neoceroplatus Edwards
Ceroplatus ( Neoceroplatus ) Edwards, 1941b : 304. Espèce-type : Ceroplatus (s. str .) minimax
Edwards, 1934a, par désignation originale.
Neoceroplatus : Papavero, 1978 : 5.
Neoceroplatus a été proposé par Edwards
comme sous-genre de Keroplatus en raison de
la structure particulière des palpes, minces et
allongés, de la base de la radiale presque trans¬
verse et du raccourcissement des nervures anale,
M2 et M4. Edwards note aussi l’apicule particu¬
lier que porte le dernier flagellomère antennaire.
Il souligne que comme chez ses Keroplatus s. str.,
il y a trois ocelles36, que les latérotergites sont
ciliés, les microchètes tibiaux disposés en rangées
régulières, et que R4 se termine sur RI. Edwards
a d’abord décrit l’espèce-type, du Costa Rica,
dans le sous-genre Keroplatus s. str. (Edwards,
1934a). Il signale ensuite K. minimax du Brésil,
Nova Teutonia (Edwards, 1940b), et ce n’est
qu’en 1941 qu’il propose pour cette espèce le
nouveau sous-genre Neoceroplatus, à l’occasion
de la découverte d’un nouvel exemplaire brésilien
dans le Matto Grosso. Il note cependant que les
deux spécimens du Brésil sont quelque peu
différents de l’holotype mâle du Costa Rica
(Edwards, 1941b).
Lane (1950a) décrit ensuite N. paicoenai (dans
le genre Keroplatus) du Brésil, État de Sào Paulo,
espèce qu’il signalera par la suite du Pérou
(Lane, 1956) et d’Argentine (Lane, 1958), puis
N. lauroi, du Brésil, bassin de l’Ampiri (Lane,
1961). Matile (1982b) fait connaître une qua¬
trième espèce des Antilles (Dominique et Guade¬
loupe), N. delamarei. L’examen des types de
Keroplatus samiri Khalaf, 1971, m’a permis de
constater que cette espèce appartenait en réalité
aux Neoceroplatus : le genre est ainsi signalé pour
la première fois de la région néarctique (Missis-
sipi).
L’holotype de N. minimax appartenait au
Musée de Hambourg, auquel Edwards l’avait
renvoyé : il a donc été détruit au cours de la
deuxième guerre mondiale. Les huit exemplaires
de Neoceroplatus se trouvant actuellement dans
la collection Lane et déterminés comme apparte¬
nant à N. minimax, lauroi et paicoenai repré¬
sentent en fait six espèces différentes, parfaite¬
ment distinctes par leurs genitalia. Edwards lui-
même estimait que ses « minimax » brésiliens
appartenaient sans doute à une espèce distincte
de l’holotype (qu’il n’avait plus sous les yeux), et
avait d’ailleurs muni l’échantillon mâle d’une
étiquette d’espèce nouvelle ; ce mâle est décrit
plus loin sous le nom de N. punctipes. Les
genitalia mâles de N. minimax n’ayant jamais
été décrits, et le type en étant détruit, il était
difficile de juger de la nouveauté de certaines
des espèces de la collection Lane. Fort heureu¬
sement, les collections de la Californian Acad¬
emy of Sciences, San Francisco, aimablement
communiquées par mon collègue et ami Paul-
Henri Arnaud, contiennent deux exemplaires de
Panama, appartenant à deux espèces différentes
(bien que capturées le même jour dans la même
localité). L’une correspond parfaitement à la
description originale de N. minimax et ce spéci¬
men a donc été choisi comme néotype. N’ayant
eu ces exemplaires sous les yeux que lorsque ce
travail était en voie d’achèvement, certains des
dessins illustrant le genre (tête, thorax) ont été
effectués sur d’autres espèces à ma disposition.
c?Ç. — Tête (fig. 753-754, N. hodeberti ) ovoïde,
aplatie, plus haute que large. Occiput couvert
de courtes soies couchées, dispersées, les préocu¬
laires plus longues. Trois ocelles situés chacun
sur un calus, le médian plus ou moins distinct,
oblitéré chez les espèces à ocelle médian réduit ;
l’ensemble cordiforme, cilié, bien délimité, pro¬
longé en arrière par un long sillon sagittal. Ocelle
médian petit, punctiforme chez l’espèce-type, N.
arnaudi et N. hodeberti. Ocelles latéraux grands,
éloignés de la marge oculaire par environ leur
36. On a vu que ce caractère était variable chez Keroplatus.
Source : MNHN, Paris
284
LOÏC MATILE
propre diamètre, rarement un peu plus (N.
minimax, punctipes, lauroî). Front large, peu
élevé, soulevé latéralement en deux faibles calus ;
tubercule frontal petit, sillon médian mousse
chez N. minimax, arnaudi, hodeberti et punc¬
tipes. Sillon mieux marqué et tubercule frontal
bien développé chez les autres espèces. Yeux
grands, occupant plus de la moitié de la face
latérale de la tête, nettement échancrés au-dessus
de l’insertion des antennes ; pilosité longue,
dressée. Antennes (fig. 755-756) de 2+ 14 articles.
Scape et pédicelle cylindriques, le pédicelle légè¬
rement prolongé en bec ventral. Flagelle élargi et
aplati, pédoncules flagellaires très courts, sub-
Fig. 753-759. — Neoceroplatus : 753, N. hodeberti n. sp., tête, vue frontale ; 754, d°, vue latérale ; 755, N. arnaudi n. sp.,
flagelle antennaire, vue latérale ; 756, N. hodeberti, dernier flagellomère et apicule, vue latérale (seuls quelques
microchètes ont été représentés) ; 757, N. hodeberti, thorax, hanches et segment abdominal I, vue latérale ; 758, N.
minimax (Edw.), aile, face dorsale; 759, d°, ornementation alaire.-
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
285
médians. Dernier flagellomère montrant dans
une encoche peu profonde un apicule presque
aussi long que le reste de l’article, mince, muni de
quelques sensilles apicales, tranchant par sa
couleur blanche ou jaune sur le reste du flagelle,
ceci chez N. minimax, hodeberti, punctipes, lauroi,
samiri et spinosus. L’apicule est moyen chez N.
arnaudi, dureti et monostylus, petit chez N.
delamarei, dissimilis et paicoenai, où il prend le
même aspect que chez Keroplatus. Des macro-
chètes flagellaires dorsaux et ventraux, ces der¬
niers très courts. Face de largeur moyenne, bien
sclérifiée, portant des soies courtes. Clypéus
petit, peu saillant, ne dépassant pas le bord
antérieur des yeux, sans soies sauf quelques cils
latéraux. Trompe relativement bien développée
pour un Keroplatini, labelles dépassant large¬
ment le niveau du bord ventral des yeux. Labre
et hypopharynx bien sclérifiés. Labelles en lame
large et bien sclérifiée, portant des soies rares
à la face externe, face interne entièrement mem¬
braneuse. Palpes de 1+2 articles, le palpifère
relativement bien développé, cilié ventralement.
Deuxième palpomère remarquablement allongé,
peu dilaté, pointu à l’apex, aussi long que la face
et le clypéus ensemble, rarement un peu plus
court (N. samiri, dissimilis ) ; sclérifié et cilié à la
face externe, la face interne membraneuse et
bordée de chaque côté par une rangée de cryptes
sensorielles ; quelques sensilles apicales (observé
chez N. arnaudi et hodeberti).
Thorax (fig. 757). — Prothorax peu développé,
sauf latéralement. Angle postérieur du proépi-
mère situé au niveau de la suture anapleurale.
Prostemum non saillant en avant, cilié sur le
disque et latéralement, nu ventralement. Scutum
peu bombé, uniformément recouvert de courtes
soies serrées, obliques, les marginales latérales et
préscutellaires plus longues. Scutellum grand,
semi-circulaire, portant des soies discales plus ou
moins nombreuses, courtes, et des marginales
plus longues et plus nombreuses. Médiotergite
peu élevé, anguleux à l’apex, ne dépassant pas le
niveau de l’apex du scutellum, dénudé. Zone
membraneuse sous-scutellaire peu développée.
Pas de soies scabellaires. Pleures : proépisteme
longuement cilié ; de deux ou trois soies anépi-
sternales (espèce-type) à une vingtaine, en posi¬
tion dorsale. Latérotergite hérissé de longues
soies fines, dispersées, sur sa moitié postérieure
ou postérodorsale, la zone sétifère plus étendue,
et les soies plus denses, chez N. paicoenai.
Ciliation du stigmate antérieur longue et serrée,
des soies distinctes de la villosité chez N. mini¬
max et hodeberti, la villosité particulièrement
développée, sombre, chez N. paicoenai. Pas de
fissure anépistemale distincte, ou bien celle-ci
très faible (N. delamarei, paicoenai ). Mésépimère
brusquement rétréci à son tiers ventral, la suture
médiopleurale sinueuse à ce niveau seulement.
Fosse médiopleurale petite, peu profonde, mais
distincte. Latérotergite fortement saillant au-des¬
sus du métépisterne, son grand axe modérément
oblique. Métépisterne plus large que haut, pas
plus haut au bord antérieur qu’au postérieur.
Pattes. — Hanches longues, les antérieures un
peu plus courtes que les Il-III (fig. 757). Hanches I
ciliées sur les faces antérieure et externe, quelques
soies postérieures apicales. Hanches II ciliées à la
moitié ventrale de la face antérieure, la ciliation
débordant plus ou moins sur la marge externe,
face antérieure et face externe presque entière¬
ment ciliées chez N. delamarei. Quelques soies
postérieures apicales. Hanches III avec des soies
sur environ la moitié postérieure de la face
externe, sur presque toute cette face chez N.
delamarei. Quelques soies postérieures apicales
nettement plus longues que celles des hanches IL
Fémurs normaux, pilosité couchée, les soies
ventrales plus longues que les dorsales. Fé¬
murs III avec une bande dénudée ventrale, les
autres sans. Tibias régulièrement épaissis de la
base vers l’apex, les microchètes disposés en
rangées régulières dont certaines, formées de
soies plus serrées, apparaissent à faible grossis¬
sement comme des lignes noires continues. Ti¬
bia I sans zone sensorielle, mais avec un petit
peigne hyalin. Tibia II avec un peigne postérieur
bien développé et un petit peigne entre les
éperons. Tibia III avec la série complète de trois
peignes. Éperons 1:2:2. Éperon antérieur
variant de un peu plus long que la largeur apicale
du tibia à deux fois cette largeur. Éperons
externes II-III atteignant le triple de cette lar¬
geur, sauf chez N. dureti, où ils sont seulement
deux fois plus longs. Tibias II-III avec des soies
postérieures disposées en rangée régulière sur
environ le tiers apical du II, le III avec seule¬
ment quelques soies préapicales. Tarses relative¬
ment courts, microchètes régulièrement disposés,
de même que les macrochètes des protarses.
Protarse I de 1,2 à 1,5 fois la longueur du tibia
(espèce-type : 1,4; davantage chez N. samiri),
II et III subégaux à la longueur des tibias
Source : MNHN, Paris
286
LOÏC MATILE
correspondants. Griffes courtes, non épaissies,
spinuleuses à la base.
Ailes (fig. 758-759) un peu plus longues que
l’abdomen, relativement larges, lobe anal moyen¬
nement développé. Coloration brune, surtout à
la marge antérieure, marquée de taches claires
en fenêtres, disque clair. Pas de macrotriches sur
la membrane sauf quelques-uns, dispersés en
arrière de la nervure anale. Costale longue,
interrompue un peu avant l’apex de l’aile, dépas¬
sant largement l’embouchure du R5, moins chez
N. samiri, presque pas chez N. paicoenai. Sous-
costale relativement courte, se terminant un peu
avant l’apex de la fusion radiomédiane ; sc2
absente. Cellule basale non divisée en deux par
une trace longitudinale. Fusion radiomédiane
très variable, allant de bien plus courte que le
pétiole de la fourche médiane chez N. spinosus au
triple de cette longueur chez N. punctipes (égale à
la fusion radiomédiane chez l’espèce-type). Rs
peu oblique, presque verticale chez N. arnaudi et
dissimilis, subverticale chez les autres espèces. R4
se terminant sur RI, courte, verticale ou légère¬
ment oblique. R5 courte, presque alignée avec
R4 + 5, celle-ci plus longue que R5. Ml se
terminant juste avant le bord de l’aile, M2 et M4
très largement interrompues avant ce bord, sauf
chez N. samiri, où elles sont plus longues. En
outre, M4 plus ou moins largement interrompue
ou afFaiblie à la base, sauf chez N. paicoenai et
delamarei. Cul b peu courbée, prolongée prati¬
quement jusqu’à la marge. Cu2 courte et fine.
Anale interrompue bien avant le bord de l’aile ;
axillaire longue.
Ciliation, face dorsale : C, RI, R4 + 5, R5.
Face ventrale : toutes les nervures nues sauf la
costale.
Abdomen : segments I-II formant un cône,
segments suivants aplatis. Mâle : segment VIII
fortement réduit, surtout le tergite, télescopé
dans le VII, et dont seul dépasse l’apex du
stemite. Pas de sclérite intercalaire.
Genitalia mâles (fig. 760-762, 766-808). Hypo-
pyge à rotation obligatoire, face ventrale (tou¬
jours?) en position dorsale. Tergite et stemite
VIII réduits, en bandelettes, bien plus courts que
le segment précédent.
Espèce-type : tergite IX (fig. 796) plus long
que large, rétréci à l’apex, fortement encoché
à ce niveau pour le logement des cerques, la
base également émarginée. Cerques relativement
longs, hypoprocte entièrement membraneux. En¬
semble tergite IX — cerques laissant libre la
quasi-totalité de la face dorsale des gonocoxopo-
dites. Gonocoxopodites entièrement soudés ven-
tralement, le sternite IX fusionné ou membra¬
neux. Pas de trace de sillon sagittal ventral. Très
peu rebordé dorsalement, ne formant pas de
pont sclérifié entourant la base des gonostyles,
celui-ci remplacé par une mince apophyse éma¬
nant du rebord de la marge interne dorsale, de
chaque côté, élargie ensuite en un tubercule
ventral muni de fortes spinules, qui vient s’appli¬
quer à la face ventrale du phallosome mais sans
entrer directement en rapport avec elle. Syn-
sclérite gonocoxal nettement encoché à la base.
Gonostyles à insertion ventrale rapprochée de la
ligne médiane. Formés de deux lobes, l’un dor¬
sal, l’autre ventral, fusionnés à la base. Les deux
lobes sont simples, le ventral porte, outre les
soies ordinaires, une série de très fortes soies
apicales et internes ; le lobe dorsal porte, lui, une
série de spinules apicales (fig. 788). Phallosome
(fig. 804) dépassant largement l’apex des cerques
dorsalement, celui des gonostyles ventralement,
mais non prolongé basalement dans le segment
prégénital. Distiphallus sclérifié dorsalement ; ven¬
tralement, distiphallus et basiphallus fusionnés
en une lame fortement sclérifiée, élargie, échan-
crée basalement. Paramères dorsaux en baguettes
bien sclérifiées dépassant en arrière l’ensemble du
phallosome. Apodème éjaculateur bien sclérifié.
Variations. — L’hypopyge de N. hodeberti et
punctipes est de même type que celui de N.
minimax, mais la sclérification ventrale du phal¬
losome forme une lame encore plus large, plus
sclérifiée, surtout à l’apex, coupant pratique¬
ment en deux la cavité hypopygiale dans le plan
horizontal (fig. 802-803).
Tergite IX variable, particulièrement allongé
chez N. monostylus (fig. 797), court, presque
transverse, chez N. lauroi, delamarei et paicoe¬
nai (fig. 794, 800-801). Dans tous les cas, tergite
profondément échancré à l’apex, un peu moins
chez N. lauroi (fig. 794). Base plus ou moins
fortement échancrée dans le groupe de l’espèce-
type, chez N. arnaudi (fig. 799) et surtout N.
spinosus (fig. 798).
Synsclérite gonocoxal faiblement échancré à la
base chez N. dureti (fig. 769), dissimilis (fig. 770)
et paicoenai (fig. 776), moyennement dans le
groupe minimax (fig. 766-768), fortement chez
les autres espèces, particulièrement N. samiri
(fig. 774).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
287
Fig. 760-765. — Terminalia des Neoceroplalus : 760, N. minimax (Edw.), hypopyge, vue dorsale; 761, d°, vue ventrale;
762, d°, vue latérale ; 763, N. delamarei Mat., terminalia femelles, vue latérale ; 764, d°, vue dorsale ; 765, N. lauroi
(Lane), d°, vue latérale.
Source : MNHN, Paris
LOÏC MATILE
Gonostyles à insertion ventrale dans le groupe
minimax (fig. 766-768) et chez N. dureti (fig. 769),
dissimilis (fig. 770), delamarei (fig. 771), spino-
sus (fig. 773), arnaudi (fig. 777) et lauroi (fig. 775),
à insertion latérale chez les autres espèces.
Gonostyles unilobés seulement chez N. monosty-
lus (fig. 780). Bilobés chez N. dureti (fig. 778),
dissimilis (fig. 779), spinosus (fig. 781) et le
groupe minimax (fig. 787-789). Trilobés chez les
autres espèces : N. arnaudi (fig. 786), delamarei
(fig. 784), lauroi (fig. 782), paicoenai (fig. 783) et
samiri (fig. 785). Au moins l’un des lobes avec
des soies épaissies ou autrement modifiées, sauf
chez N. paicoenai (fig. 776, 783).
Processus gonocoxal ventral toujours spinu-
leux, sauf chez N. delamarei, où il ne porte que
des soies ordinaires (fig. 771). Pas de processus
gonocoxal chez N. dissimilis (fig. 770) et N.
paicoenai (fig. 776).
Phallosome toujours long, atteignant ou dépas¬
sant l’apex des cerques, sclérification moyenne,
plus prononcée dans le groupe de l’espèce-type
(fig. 802-804), à un moindre degré mais aussi en
plaque élargie chez N. monostylus (fig. 805), très
forte et en plaque transverse chez N. lauroi,
arnaudi et spinosus (fig. 806-808).
Genitalia femelles (fig. 763-765). — Je dispose
des femelles de N. delamarei, samari et lauroi,
toutes trois représentées par leurs allotypes.
Celui de N. paicoenai s’est révélé être en réalité
un mâle d’une espèce nouvelle (Matile, 1982b)
décrite ci-dessous sous le nom de N. dureti. Chez
N. delamarei, le tergite VIII est entièrement
membraneux. Stemite VIII divisé en deux sagit-
talement sur toute sa longueur, chaque moitié du
sclérite ciliée à la face externe et à l’apex et
rebordée à la marge interne. Tergite et ster-
nite IX entièrement membraneux. Tergite X bien
sclérifié, fortement rétréci au milieu, portant
de longues soies latérales. Cerques petits, uni-
articulés, leur base large, reliés l’un à l’autre
par une membrane, seule la moitié apicale des
cerques, beaucoup plus étroite, se trouve libre ;
les cerques apparaissent ainsi biarticulés (fig. 763-
764). Stemite X grand, bien sclérifié et cilié. Pour
autant que l’on puisse en juger par la préparation
microscopique de l’allotype de N. samiri, son
ovipositeur appartient à ce type.
Structure de l’ovipositeur bien différente chez
N. lauroi (fig. 765). Tergite VIII formant deux
plaques sclérifiées, arrondies, unies à la base et
portant chacune une paire de soies. Stemite VIII
divisé en deux, non rebordé à l’apex où, par
contre, il porte un petit processus muni d’une
forte épine apicale conique. Tergite X beau¬
coup plus grand, non rétréci, bien développé
latéralement et rebordé ventralement, de sorte
qu’il entoure presque complètement la base des
cerques. Ceux-ci petits, en courte lame triangu¬
laire. Stemite X allongé, étroit.
Larve et biologie inconnues.
Répartition. — Région néotropicale, à l’exclu¬
sion de la sous-région chilienne, et sud de la
région néarctique (N. samiri ).
Matériel examiné. — Toutes les espèces con¬
nues et les sept espèces inédites décrites plus loin.
Le néotype de N. minimax (Edw.) est désigné et
brièvement caractérisé ci-dessous et je donne
également une redescription de N. samiri, dont la
description originale n’est pas satisfaisante. Je
donne également une clé des espèces d’après les
caractères non génitaux, mais si peu de spéci¬
mens sont connus qu’on ne peut guère estimer
la variabilité de ces caractères. Seul l’examen
des genitalia mâles permettra une détermination
sûre.
Clé des espèces
1. — Fusion radiomédiane atteignant presque le triple du pétiole de la
fourche médiane. Hypopyge mâle : fig. 766, 787, 790. Brésil . . .
. punctipes n. sp.
— Fusion radiomédiane ne dépassant pas 1,4 fois le pétiole de la
fourche médiane . 2
2. — Couleur de fond du scutum brune, trois larges bandes longitudinales
rousses bien délimitées . 3
— Scutum jaune, roux ou jaune brunâtre, avec ou sans bandes
nettes . 5
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
289
Fig. 766-769. — Hypopyge mâle des Neoceroplatus , vue ventrale : 766, N. punctipes n. sp. (holotype) ; 767, N. hodeberti
n. sp. (d°) ; 768, N. minimax (Edw.) (néotype) ; 769, N. dureti n. sp. (holotype).
Source : MNHN, Paris
290
LOÏC MATILE
3 — M4 entière à la base, étroitement interrompue à l’apex ; fémur III
brun, jauni à la base et à l’apex. Hypopyge mâle : fig. 771, 784, 800.
Petites Antilles . delamarei Mat.
— M4 largement interrompue à la base et à l’apex ; fémur III jaune,
avec un étroit anneau basal et un anneau médian large ou étroit,
bruns . 4
4. — Anneau médian du tibia III très large ; apicule antennaire très
court, blanc ; tache alaire apicale blanche n’atteignant pas M 1 .
Hypopyge mâle : fig. 770, 779, 792. Brésil . dissimilis n. sp.
— Anneau médian du tibia III étroit ; apicule antennaire long, brun ;
tache alaire apicale blanche atteignant M 1 . Hypopyge mâle : fig. 768,
788, 796. Panama, Costa Rica . minimax (Edw.)
5. — M4 entière et bien sclérifiée à la base ; tache alaire apicale blanche
réduite, dépassant à peine RI. Hypopyge mâle : fig. 776, 783, 801.
Brésil . paicoenai (Lane)
— M4 distinctement interrompue à la base, ou au moins affaiblie ;
tache apicale atteignant ou non Ml . 6
6. — Capitule des balanciers roux . 7
— Capitule des balanciers brun-noir . 8
7. — Rs à peine enfumée, lobe anal entièrement clair ; scutum unifor¬
mément roux. Hypopyge mâle : fig. 772, 780, 797. Pérou .
. mono st y lus n. sp.
— Une tache brune sur Rs, débordant sur l’apex de la cellule basale,
lobe anal largement bruni ; une bande scutale médiane jaune roux
encadrée par deux bandes plus sombres, indécises. Hypopyge mâle :
fig. 769, 778, 793. Argentine . dureti n. sp.
8. — Fusion radiomédiane atteignant 1,4 fois la pétiole de la fourche
médiane ; ocelle médian punctiforme . 9
— Fusion radiomédiane au plus égale au pétiole de la fourche ; ocelle
médian plus grand . 10
9. — Tache alaire apicale blanche fortement élargie le long de la costale.
Hypopyge mâle : fig. 777, 786, 799. Panama . arnaudi n. sp.
— Tache apicale non élargie le long de la costale. Hypopyge mâle :
fig. 767, 789, 791. Brésil . hodeberti n. sp.
10. — Ailes à peine assombries à l’apex, la tache apicale blanche prolongée
au moins jusqu’à M2 ; lobe anal clair. Hypopyge mâle : fig. 774,
785, 795. Sud des États-Unis . samiri (Khalaf)
— Ailes fortement brunies à l’apex, tache apicale ne dépassant pas
Ml ; lobe anal enfumé . 11
11. — Apicule antennaire brun. Hypopyge mâle : fig. 775, 782, 794.
Brésil . lauroi (Lane)
— Apicule antennaire blanc. Hypopyge mâle : fig. 773, 781, 798.
Brésil . spinosus n. sp.
Source : MNHN, Paris
Fig. 770-775. — Hypopyge mâle des Neoceroplaïus, vue ventrale (holotypes) : 770, N. dissimilis n. sp. ; 771, N. delamarei
Mat. ; 772, N. monostylus n. sp. ; 773, N. spinosus n. sp. ; 11 A, N. samiri (Khalaf) ; 775, N. lauroi (Lane), apex du
synsclérite, tubercule gonocoxal et gonostyle (préparation microscopique de Lane ; soies ordinaires non représentées).
Fig. 771 d’après Matile (1982b).
Neoceroplatus minimax (Edwards)
Ceroplatus minimax Edwards, 1934a : 358.
Néotype mâle. — Conforme en tous points à
la description d’EDWARDS, sauf la taille plus
petite (longueur de l’aile : 3 mm) et le scutum
portant trois bandes longitudinales rousses bien
distinctes, surtout en vue postérieure. Ocelles
latéraux distants de la marge oculaire par près de
deux fois leur propre diamètre, ocelle médian
punctiforme. Sillon frontal mousse, tubercules
frontaux faibles. Apicule antennaire long. Tho¬
rax : fissure anépistemale quasi invisible. Aile
(fig. 758-759) : costale dépassant largement l’apex
de R5 ; base de Rs subtransverse. Fusion ra-
diomédiane de même longueur que le pétiole de
la fourche médiane. M2 et M4 largement inter¬
rompues avant la marge, de même que l’anale.
M4 également interrompue à la base. Hypopyge
Source : MNHN, Paris
292
LOÏC MATILE
comme dans la diagnose générique (fig. 760-762,
768, 788, 796, 804).
Panama : Canal Zone, Ft. Clayton, 18.12.1944
(AT. E. Frick) ; déposé dans les Collections de la
Califomian Academy of Sciences, San Francisco.
L’holotype a été capturé au Costa Rica, Ferme
La Caja, à 8 km à l’Ouest de San José. La
localité du néotype est distante d’un peu plus de
500 km de la localité-type.
Neoceroplatus samiri (Khalaf), n. comb.
Keroplatus (K.) samiri Khalaf, 1971 : 13.
Redescription d’après l’holotype et l’allotype,
tous deux en préparation microscopique, en
outre la femelle traitée à la potasse.
<JÇ. — Longueur de l’aile : 3,5 mm. Tête :
occiput brunâtre, calus ocellaire noir. Ocelle
médian non punctiforme, ocelles latéraux séparés
de la marge oculaire par environ leur propre
diamètre, à ce niveau une bande brune. Front
jaune-brunâtre. Antennes brunâtres, le scape
assombri ventralement. Macrochètes antennaires
dorsaux courts, ventraux très courts ; apicule
terminal long, blanc. Face, trompe et palpes
jaunes, le dernier palpomère allongé, pointu, un
peu plus court que la face et le clypéus ensemble.
Thorax : prothorax jaune-roux, épisterne et
épimère bruns, ainsi que le prosternum sur la
ligne médiane. Scutum jaune-roux, marqué de
deux bandes discales réunies en V, brunes, et
de deux bandes latérales plus larges, brunes
également. Scutellum jaune, roux sur le disque,
celui-ci cilié. Médiotergite brunâtre. Anépisterne
avec une douzaine de soies dorsales. Pleures
jaunes, sauf l’anépisterne et la moitié ventrale du
katépisterne, bruns, ainsi que le latérotergite sauf
la marge antérieure, qui est jaune. Pattes jaunes.
Hanches I avec une faible tache médiane brune.
Hanches II avec une forte tache brune au tiers
basal, l’apex largement bruni. Hanches III à face
externe brunie sur tout le tiers apical, la colora¬
tion brune se prolongeant en arrière sur la moitié
postérieure de la face externe et la face posté¬
rieure. Fémur I jaune, II avec un étroit anneau
basal brun, III avec un faible anneau basal et un
large anneau médian. Tibias et tarses jaunes.
Protarse I (oblique dans la préparation), plus
long que 1,5 fois le tibia mais n’atteignant pas le
double. Éperon I double de la largeur apicale du
tibia, externe II un peu plus long, externe III
subégal. Éperons internes II-III atteignant près
du triple de cette largeur. Ailes différant de N.
minimax (fig. 759) par le lobe anal en grande
partie hyalin, ainsi que la cellule sous-costale.
M2 et M4 moins largement interrompues à l’apex.
Fusion radiomédiane subégale au pétiole de la
fourche. Balanciers à pédicelle jaune et capitule
brun.
Abdomen mâle : tergite I jaune, bruni sur le
disque. Tergites II-VI bruns, avec une bande
apicale jaune très fortement élargie en triangle
ventralement. Tergite VII brun, un peu plus clair
à l’apex. Stemite I jaune, une faible tache apicale
brune ; stemites II-III avec une forte tache
préapicale, IV-VI jaune-roux, VII brun. Femelle :
coloration brune plus étendue d’après Khalaf.
Hypopyge mâle (fig. 774) brunâtre. Tergite IX
(fig. 795) à peine encoché à la base, plus
fortement à l’apex, d’où dépassent des cerques
courts. Synsclérite gonocoxal très fortement en¬
coché à la marge basale, l’encoche atteignant, sur
la ligne médiane, les deux tiers de la longueur
externe du synsclérite. Bord apical très faible¬
ment émarginé pour le logement des gonostyles.
Gonostyles (fig. 785) à insertion latérale, divisés
en trois lobes, le dorsal entièrement dissimulé en
vue ventrale par les deux autres, ventraux. Lobe
ventral externe massif, portant de fortes épines à
la marge interne, et rebordé dorsalement en une
dent triangulaire très sclérifiée ; lobe ventral
interne presque entièrement dissimulé par le syn¬
sclérite gonocoxal, spinuleux à l’apex. Lobe dor¬
sal petit, allongé, portant des spinules courtes
sur les deux tiers apicaux de la face ventrale
(fig. 785a). Tubercule gonocoxal court, triangu¬
laire, spinuleux ventralement. Phallosome dépas¬
sant le niveau de l’apex des cerques, peu sclérifié
sauf à l’apex, face ventrale non modifiée.
Ovipositeur femelle invaginé, peu visible, de
type delamarei ; cerques courts, jaunes.
Neoceroplatus arnaudi n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 3 mm.
Tête : occiput jaune-brunâtre, plus sombre en
arrière des calus. Ocelle médian punctiforme et
sans calus distinct, ocelles latéraux chacun sur un
calus noir, éloignés de la marge oculaire par un
peu plus de leur diamètre, à ce niveau une faible
bande brune. Front jaune. Antennes : scape et
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
293
pédicelle brunâtres, flagelle jaune-brunâtre, der¬
nier flagellomère plus clair dans sa moitié api¬
cale, apicule bien développé, blanc, atteignant
environ la moitié de la longueur de l’article.
Macrochètes dorsaux courts, ventraux très courts.
Face légèrement brunie, trompe et palpes jaunes,
le dernier palpomère allongé, mince et pointu à
l’apex, environ aussi long que la face et le
clypéus ensemble.
Thorax : prothorax jaune-roux, épisteme et
épimère brunis. Scutum roux, des traces très
indistinctes de trois bandes longitudinales plus
sombres. Scutellum roux, la marge apicale un
peu plus sombre, soies discales peu nombreuses.
Médiotergite jaune. Pleures jaune-roux, anépi-
sterne en grande partie bruni, ainsi que la marge
dorsale et le tiers antéroventral du katépisterne.
Latérotergite bruni en haut et en bas. Un groupe
de 6-8 soies à l’angle dorsal de l’anépisterne, pas
de fissure anépisternale distincte. Pattes jaunes,
marquées de brun. Hanches I avec une petite
tache externe médiane et une antérieure apicale.
Hanches II avec une petite tache externe pré¬
médiane et une externe apicale. Hanches III avec
une longue tache s’étendant du milieu à l’apex,
sur les deux tiers de la largeur de la face externe.
Fémurs brunis à la base, plus faiblement sur le I,
III roux le long des bords dorsal et ventral, une
tache externe brune, médiane, peu distincte.
Protarse I 1 ,5 fois plus long que le tibia. Éperon
antérieur double de la largeur apicale du tibia,
externes II-III pas plus longs que cette largeur,
internes II-III triples. Ailes différant de N.
minimax (fig. 759) par la tache apicale élargie
à la marge costale, et par M4 plus largement
interrompue à la base. Rs presque perpendicu¬
laire à RI. Fusion radiomédiane près de 1,4 fois
plus longue que le pétiole de la fourche. Balan¬
ciers : pédicelle jaune-roux, capitule brun-noir.
Abdomen : tergite I jaune-roux, II-VII jaune-
roux à bande basale brunâtre, peu distincte,
mince sur le disque, élargie latéralement. Ster-
nite I jaune-roux, II jaune-roux avec une petite
tache apicale brune, III-V indistinctement brunis
à la base, suivants jaunes.
Hypopyge (fig. 777) brun, jauni à la base,
gonostyles fortement brunis. Tergite IX (fig. 799)
très fortement encoché à la base et à l’apex,
cerques de longueur moyenne. Synsclérite gono-
coxal fortement encoché à la base, moins forte¬
ment à l’apex au niveau de l’insertion des
gonostyles. Gonostyles divisés en trois lobes, un
Fig. 776-777. — Hypopyge mâle des Neoceroplatus, vue
ventrale (holotypes) : 776, N. paicoenai (Lane) ; 777, N.
arnaudi n. sp.
dorsal et deux ventraux, non articulés à la base.
Lobe ventral externe muni de deux fortes soies
apicales et d’un court processus médian terminé
par une forte épine, une spinule plus courte à sa
base ; lobe ventral interne court, également avec
une épine apicale. Lobe dorsal plus court que le
ventral externe mais plus large, muni de nom¬
breuses spinules apicales et internes (fig. 786). Un
processus gonocoxal ventral bien développé.
Source : MNHN, Paris
294
LOÏC MATILE
oblique dans le plan dorsoventral, couvert de
spinules serrées, relié ventralement au synsclérite
par une zone sclérifiée très étroite. Phallosome
(fig. 807) très fortement sclérifié, transverse, ne
débordant pas de la cavité hypopygiale en
arrière, face ventrale plus fortement sclérifiée
que la dorsale.
Holotype mâle : Panama, Canal Zone, Ft.
Clayton, 18.12.1944 ( K . E. Frick) ; Californian
Academy of Sciences, San Francisco. L’espèce
est très amicalement dédiée à mon collègue Paul-
Henri Arnaud, qui me l’a communiquée en
même temps que de nombreux autres Keropla-
tidae.
Neoceroplatus dis similis n. sp.
Keroplatus ( Neoceroplatus ) paicoenai : Lane,
1956 : 122, non Lane, 1950a (erreur de déter¬
mination).
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 3,5 mm.
Tête : occiput jaune, deux larges taches grisâtres
Fig. 778-789. — Gonostyles des Neoceroplatus (soies ordinaires non représentées) : 778, N. dureti n. sp. ; 779, N. dissimi¬
lis n. sp. ; 780, N. monostylus n. sp. ; 781, N. spinosus n. sp. ; 782, N. lauroi (Lane); 783, N. paicoenai (Lane);
784, N. delamarei Mat. ; 785, N. samiri (Khalaf) — a : lobe dorsal ; 786, N. arnaudi n. sp. ; 787, N. punctipes n. sp. ;
788, N. minimax (Edw.) — a : lobe dorsal ; 789, N. hodeberti n. sp.
yue ventrale, sauf fig. 780, latéroventrale. Holotypes sauf fig. 788, néotype. Fig. 784 d’après Matile (1982b).
Même échelle pour toutes les figures, sauf fig. 784.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
295
de part et d’autre de la ligne médiane. Trois
ocelles, le médian punctiforme et dépourvu de
calus distinct, les latéraux chacun sur un calus
noir, éloignés de la marge oculaire par environ
leur propre diamètre, une faible bande brune à
ce niveau. Front jaune-roux, légèrement bruni
ventralement. Antennes : scape et pédicelle
jaunes, le scape bruni ventralement ; flagelle
brunâtre, l’apicule terminal blanc, plus petit que
dans les autres espèces du genre. Macrochètes
dorsaux moyens, ventraux très courts. Face,
trompe et palpes jaunes, le dernier palpomère
allongé, pointu, mais un peu plus court que la
face et le clypéus ensemble (1,3 : 1,5).
Thorax : prothorax jaune-roux, épisterne et
épimère assombris. Scutum brun, portant trois
larges bandes rousses bien délimitées, la médiane
divisée en deux par une ligne sagittale brune
incomplète en arrière. Scutellum jaune-roux,
bruni sur le disque, celui-ci cilié. Médiotergite
jaune, roux à l’apex. Pleures jaune-roux, anépi-
sterne bruni, katépisteme divisé obliquement en
une zone dorsale jaune-roux et une zone ventrale
brune ; latérotergite à pruinosité dorée, face
externe largement brunie, face ventrale légère¬
ment. Deux ou trois soies à l’angle dorsal de
l’anépisteme. Pattes jaunes. Hanches I avec une
large tache brune au milieu de la marge externe,
l’apex de la face antérieure légèrement bruni.
Hanches II largement brunies à l’apex des faces
antérieure et externe, une tache externe brune
peu après la base. Hanches III à face externe
presque entièrement brune, la base largement
jaunie, l’apex plus étroitement, coloration brune
prolongée plus faiblement sur la face postérieure.
Fémur I avec un anneau basal faible et étroit, II
avec un anneau plus distinct, III avec un anneau
basal étroit et un très large anneau médian.
Tibias et tarses jaunes. Protarse I 1,2 fois la
longueur du tibia. Éperon I double de la largeur
apicale du tibia, externe II égal à cette largeur,
externe III un peu plus court ; éperon interne II
double de la largeur apicale du tibia, III dépas¬
sant un peu le double. Ailes différant de N.
minimax (fig. 759) par la tache blanche non
prolongée jusqu’à Ml. Fusion radiomédiane
égale au pétiole de la fourche. Balanciers à
pédicelle jaune, capitule brunâtre.
Abdomen : tergite I jaune, II brun avec une
large bande apicale jaune se prolongeant par une
bande sagittale coupant la zone brune sur toute
sa longueur. Tergites III-V bruns, un peu plus
clairs sur le disque, avec une large bande apicale
jaune s’élargissant ventralement en triangle ; ter¬
gites VI et VII bruns. Sternites jaune-roux, I avec
une petite tache apicale brune, II-IV avec une
tache subapicale brune, celle du IV très faible, V
entièrement jaune, VI et VII bruns.
Hypopyge (fig. 770) brun, base des gonocoxo-
podites jaune, gonostyles fortement brunis. Ter¬
gite IX faiblement encoché à la base, forte¬
ment à l’apex, d’où dépassent des cerques courts
(fig. 792). Synsclérite gonocoxal non encoché à la
base, fortement encoché à l’apex, l’échancrure
formant un W dans lequel s’insèrent les gono¬
styles. Gonostyles (fig. 779) formés de deux lobes
largement divergents. Lobe ventral très sclérifié,
pointu à l’apex, dépourvu de spinules ou de soies
différenciées. Lobe dorsal triangulaire allongé, le
bord interne bordé de spinules. Pas de processus
gonocoxal ventral, mais les apodèmes latéraux
réunis sur la ligne médiane à la face ventrale
du synsclérite. Phallosome atteignant le niveau
de l’apex des cerques, distiphallus volumineux,
bilobé dorsalement, seul distinctement sclérifié
avec la face ventrale, étroite.
Holotype mâle : Brésil, Est. Sào Paulo, Ferraz
de Vasconcellos, 04.1954 (Lane leg. et det.
paicoenai Lane). Museu de Zoologia, Sâo Paulo.
L’espèce est surtout distincte par l’absence de
processus gonocoxal ventral, caractère qu’elle
partage avec N. paicoenai, dont les gonostyles
trilobés et dépourvus de spinules sont cependant
bien distincts.
Neoceroplatus dureti n. sp.
Keroplatus ( Neoceroplatus ) paicoenai : Lane,
1958 : 147 (néallotype), non Lane, 1950a
(erreur de détermination).
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 3,5 mm.
Tête : occiput jaune, bruni en arrière du calus
ocellaire. Trois ocelles, chacun sur un calus noir,
le calus médian réduit, son ocelle non puncti¬
forme ; ocelle latéral gauche éloigné de la marge
oculaire par environ son propre diamètre. L’œil
droit présente une légère anomalie de développe¬
ment et est réduit dorsalement et en arrière ; en
conséquence l’ocelle droit (plus grand que le
gauche) est éloigné de la marge oculaire par plus
de deux fois son propre diamètre. Front roux.
Antennes : scape et pédicelle roux, flagelle brun-
Source : MNHN, Paris
296
LOÏC MATILE
noir, les articles terminaux plus clairs, apicule
du dernier flagellomère blanc, de longueur
moyenne. Macrochètes flagellaires dorsaux et
ventraux très courts. Face, trompe et palpes
jaunes, dernier palpomère allongé et pointu,
aussi long que la face plus le clypéus.
Thorax : prothorax jaune-roux, épisterne et
épimère un peu plus sombres. Scutum roux, une
bande médiane jaune-roux indécise, vaguement
délimitée par deux étroites bandes plus sombres.
Scutellum jaune, bruni sur le disque, qui porte
des soies. Médiotergite jaune. Pleures jaune-
roux, l’anépisteme faiblement bruni, une étroite
bande brune, oblique, sur le katépisteme ; latéro-
tergite jaune à pruinosité argentée, bruni posté¬
rieurement et dorsalement. Soies anépisternales
nombreuses. Pattes jaune-roux. Hanches 1 avec
deux petites taches brunes, l’une au bord anté¬
rieur de la face externe un peu avant le milieu,
l’autre au milieu du bord apical. Hanches II avec
une très faible trace brune au tiers basal, apex
des faces antérieure et externe largement bruni.
Hanches III avec une bande verticale brune sur
plus de la moitié de la face externe, mais marge
antérieure de cette face jaune-roux. Fémur I
jaune. Fémur II avec un anneau basal brun
prolongé par une tache ventrale allongée, moins
sombre. Fémur III avec un large anneau pré¬
médian brun. Tibias jaunes, tarses bruns, faible¬
ment et étroitement annelés de jaune aux articu¬
lations. Protarse I 1,3 fois la longueur du tibia.
Éperon I inférieur au double de la largeur apicale
du tibia, externes II-III aussi longs que cette
largeur, interne II 2,5 fois, et interne III presque
triple. Ailes différant de N. minimax (fig. 759)
par le lobe anal et la cellule sous-costale hyalins ;
tache apicale plus étroite et interrompue au
milieu de l’intervalle R5-M1. Apex de M2 et de
M4 plus proche de la marge alaire. Fusion
radiomédiane un peu plus longue que le pétiole
de la fourche (1,5 : 1,3). Balanciers à pédicelle
jaune et capitule roux.
Abdomen : tergites roux sur le disque. Tergite I
entièrement jaune latéralement, II roux à la base,
jaune à l’apex, III-VI jaunes avec une bande
basale rousse, VII entièrement roux. Stemites
jaune-roux, I avec une petite tache apicale
médiane brune, II avec une tache médiane
subapicale en losange et deux petites taches
latérales de chaque côté, III-IV avec chacun
une tache médiane subapicale, stemites suivants
entièrement jaune-roux.
Hypopyge (fig. 769) brun, cerques jaunes,
phallosome jaune, légèrement bruni à l’apex.
Tergite IX largement mais faiblement encoché à
la base et à l’apex, cerques relativement courts
(fig. 793). Synsclérite gonocoxal étroitement en¬
coché à la base, très largement à l’apex, le
synsclérite formant ainsi un U largement ouvert
dans lequel s’insèrent les gonostyles. Gonostyles
(fig. 778) divisés en deux lobes. Lobe ventral
presque parallèle au synsclérite, dégageant entiè¬
rement le lobe dorsal. Lobe ventral triangulaire,
marge interne bordée de spinules, et angle
externe prolongé en un processus pointu forte¬
ment sclérifié. Lobe dorsal bien plus long que le
ventral, en forme de massue, spinuleux à l’apex,
et portant en outre une rangée ventrale, oblique,
de spinules. Processus gonocoxal ventral volumi¬
neux, encoché et spinuleux à l’apex, le reste
nu ; processus relié à la face ventrale du syn¬
sclérite par une aire membraneuse. Phallosome
dépassant largement les cerques, atteignant le
niveau de l’apex du lobe dorsal des gonostyles,
peu sclérifié sauf à l’extrémité, la face ventrale
non modifiée, la face dorsale bilobée indistincte¬
ment.
Holotype mâle : Argentine, Misiones, Rio Pa-
ranai, 13.03.1951 ( P . Duret), désigné comme
néallotype femelle de N. paicoenai par Lane.
Museu de Zoologia, Sào Paulo. Cette espèce est
dédiée à son inventeur, mon excellent collègue et
ami Pedro Duret. N. dureti est très particulier
par ses gonostyles à lobe dorsal entièrement
exposé ventralement, et par l’épine sclérifiée du
lobe ventral, caractères qui n’existent nulle part
ailleurs dans le genre.
Neoceroplatus hodeberti n. sp.
Ceroplatus ( Neoceroplatus ) minimax : Lane, 1948 :
440, non Edwards, 1934a (erreur de détermi¬
nation).
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 3,7 mm.
Tête : occiput jaune-brunâtre. Trois ocelles,
chacun sur un calus noir, le médian punctiforme,
les externes éloignés de la marge oculaire par
environ leur propre diamètre, sans trace brune
sur cette distance. Front jaune. Antennes jaune-
brunâtre, le scape et le pédicelle un peu plus
sombres, l’apicule terminal blanc. Macrochètes
dorsaux courts, quelques macrochètes ventraux
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
297
Fig. 790-801. — Tergite IX et cerques des Neoceroplatus (ciliation non représentée) : 790, N. punctipes n. sp. ; 791, N.
hodeberti n. sp. ; 792, N. dissimilis n. sp. ; 793. N. dureti n. sp. ; 794, N. tauroi (Lane) ; 795, N. samiri (Khalaf) ; 796, N.
minimax (Edw.) ; 797, N. monostylus n. sp. ; 798, N. spinosus n. sp. ; 799, N. arnaudi n. sp. ; 800, N. delamarei Mat. ;
801, N. paicoenai (Lane).
Holotypes, sauf fig. 796, néotype.
très courts. Face et palpes jaunes, le dernier
palpomère allongé, pointu, aussi long que l’en¬
semble face + clypéus.
Thorax : prothorax jaune-roux dorsalement,
épimère et épisterne plus sombres, prosternum
jaune. Scutum jaune-roux, deux bandes discales
plus sombres très indécises, interrompues en
avant. Scutellum jaune-roux, plus sombre sur le
disque, des soies discales dispersées. Médiotergite
jaune. Pleures : anépisterne brun, le reste jaune
sauf la moitié inférieure du katépisterne, brunie
en oblique ; latérotergite à pruinosité argentée,
les soies limitées à sa moitié postérieure. Angle
dorsal de l’anépisterne avec 4-5 microchètes, pas
de soies métépistemales. Soies prostigmatiques
sombres et hérissées. Pattes jaunes. Hanches I
avec une tache médiane brune sur le bord
externe, apex de la face antérieure distinctement
bruni. Hanches II avec une tache punctiforme
à l’apex du tiers basal, face antérieure brunie
Source : MNHN, Paris
298
LOÏC MATILE
à l’apex et sur une bande médiane s’étendant sur
la moitié apicale. Hanches III brunies sur les
deux tiers apicaux de la face externe, mais le
bord antérieur de cette face entièrement jaune.
Fémur I légèrement bruni à la base de la face
externe, fémur II fortement mais étroitement
bruni à la base, fémur III plus faiblement et avec
une faible tache externe brune au tiers basal.
Protarses jaunes, brunis à l’apex, articulation
jaune. Tarsomères suivants bruns, articulations
jaunes. Protarse I 1,5 fois plus long que le tibia.
Éperon I et externe II atteignant près du double
de la largeur apicale du tibia, externe III dépas¬
sant de peu cette largeur. Éperons internes II-III
triples de la largeur apicale des tibias correspon¬
dants. Aile différant de N. minimax (fig. 759) par
sa coloration nettement plus sombre, tache api¬
cale plus étroite; M2, M4, Cul b et anale plus
largement interrompues avant la marge, aussi
M4 plus largement coupée à la base. Fusion
radiomédiane plus longue que le pétiole de la
fourche (2 : 1,4). Balanciers à pédicelle jaune et
capitule brun.
Abdomen : tergite I jaune-roux, II jaune-roux
avec deux grandes taches basales plus sombres, à
limites indécises ; tergites III à V bruns à bande
apicale jaune-roux, VI brun, VII jaune-roux à
bande transversale submédiane brune. Sternites
jaunes, les II-IV avec une petite tache brune
médiane, subapicale, ovale.
Hypopyge (fig. 767) roux, apex du tergite IX
bruni, ainsi que le lobe ventral des gonostyles et
surtout l’apex de la face ventrale du phallosome.
Tergite IX (fig. 791) peu encoché à la base et à
l’apex, les cerques, allongés, le dépassant large¬
ment. Gonocoxopodites fortement encochés à la
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
299
base et à l’apex, le synsclérite formant ainsi un U
où viennent s'encastrer les gonostyles. Gono-
styles (fig. 789) bilobés. Lobe ventral plus long
que le lobe dorsal, qu’il dissimule presque entiè¬
rement ; tiers apical portant de nombreuses soies
longues et épaisses. Lobe court, ovale, portant
au milieu de la marge interne un groupe de fortes
spinules. Processus gonocoxal ventral large, en¬
coché à l’apex, couvert ventralement de spinules,
uni au synsclérite sur toute la largeur ; apodèmes
latéraux larges et dédoublés. Phallosome dépas¬
sant largement en arrière des cerques, bien
sclérifié dorsalement, mais surtout ventralement,
où il forme une large lame dont le bord apical,
noir, est fortement échancré au milieu (fig. 802) ;
non bilobé dorsalement.
Holotype mâle : Brésil, Est. Goias, Corumba,
11.1945 (M. P. Baretto), J. Lane det. minimax
Edw. Museu de Zoolgia, Sào Paulo. L’espèce est
amicalement dédiée à M. Gilbert Hodebert,
dessinateur au Laboratoire d’Entomologie du
Muséum, en remerciement du talent avec lequel
il a illustré la majeure partie de la présente
monographie. N. hodeberti est surtout proche de
N. punctipes n. sp., avec lequel il partage le
caractère, unique chez les Keroplatidae, de la
lame ventrale sclérifiée du phallosome.
Neoceroplatus monostylus n. sp.
Ceroplatus ( Neoceroplatus ) minimax : Lane, 1956 :
122 (pro parte : exemplaire du Pérou), non
Edwards, 1934a (erreur de détermination).
Holotype mâle. — Longueur de l’aile (déchirée
à l’apex) : environ 2,8 mm. Tête : occiput brun-
roux, jauni le long des marges oculaires et sur la
ligne sagittale. Trois ocelles, chacun sur un calus
noir, ocelle médian non punctiforme, ocelles
latéraux éloignés de la marge oculaire par environ
leur propre diamètre. Antennes jaune-brunâtre,
apicule terminal blanc. Macrochètes flagellaires
dorsaux courts, ventraux très courts. Front jaune.
Face, trompe et palpes jaunes, dernier palpomère
allongé, pointu, aussi long que l’ensemble face-
+ clypéus.
Thorax : prothorax roux. Scutum et scutellum
uniformément roux, des soies scutellaires dis¬
cales. Médiotergite jaune-roux. Pleures jaune-
roux, anépisteme et tiers inférieur du katépi-
sterne plus sombres, latérotergite jaune-brunâtre,
sauf une large tache jaune qui occupe la plus
grande partie de la face externe ; métépisterne
jaune. Pattes jaunes. Hanches I avec une faible
tache prémédiane brune sur la face externe, apex
non bruni. Hanches II avec une faible tache
prémédiane, l’apex faiblement bruni. Hanches III
avec une large bande verticale brune couvrant les
deux tiers apicaux de la face externe, mais la
marge antérieure de cette face jaune. Fémur I
jaune, fémur II avec un étroit anneau brun
juste après la base, fémur III avec un étroit
anneau basal et un large anneau médian. Tibia
et protarse III (seuls restants) jaunes. Éperon
externe III aussi long que la largeur apicale du
tibia, interne atteignant près du triple de cette
largeur. Ailes différant de celles de N. minimax
(fig. 759) par la marge postérieure non brunie et la
cellule sous-costale entièrement claire. Fusion
radiomédiane un peu plus courte que le pétiole de
la fourche médiane (1 : 1,3). Balanciers à pédicelle
jaune et capitule roux.
Abdomen : tergites roux, indistinctement jaunis
à l’apex, stemites jaunes.
Hypopyge (fig. 772) roux, tergite IX, phal¬
losome et gonostyles brunis. Tergite IX non
échancré à la base, légèrement échancré à l’apex,
d’où dépassent largement des cerques allongés
(fig. 797). Synsclérite gonocoxal échancré à la
base, mais non à l’apex (fig. 772). Gonostyles (fig.
780) non divisés en deux lobes distincts, larges
dans la moitié basale, puis très fortement rétrécis
en pointe. De fortes soies noires le long de la
marge interne et un groupe de spinules dorsales à
l’apex de la partie large. Processus gonocoxal
ventral large, ne portant de groupes de spinules
que dans sa moitié ventrale, et à ce niveau entrant
en contact avec le synsclérite. Phallosome moyen¬
nement sclérifié, la face ventrale davantage que la
dorsale, ne dépassant pas l’apex des cerques. Face
ventrale profondément échancrée à l’apex, for¬
mant ainsi un lobe de chaque côté du processus
gonocoxal (fig. 805).
Holotype mâle : Pérou, Iquitos, 03-04.1931
(R. C. Shannon), J. Lane det. minimax Edw.
Museu de Zoologia, Sào Paulo. Cette espèce est
particulièrement distincte par ses gonostyles non
bilobés ou trilobés ; ce caractère la différencie de
toutes les autres espèces du genre.
Source : MNHN, Paris
300
LOÏC MATILE
Neoceroplatus punctipes n. sp.
Ceroplatus (Neoceroplatus) minimax Edw., var. ? :
Edwards, 1941b : 304.
Cette espèce est fondée sur le spécimen brésilien
mentionné par Edwards (1941b) comme différant
de N. minimax par plusieurs caractères de colora¬
tion. Edwards avait à l’époque renvoyé l’holo-
type de cette espèce du Costa Rica au Musée de
Hambourg et ne pouvait se prononcer avec cer¬
titude sur le statut de son exemplaire du Matto
Grosso. Celui-ci est cependant muni à l’heure
actuelle d’une étiquette type du British Muséum et
d’un nom manuscrit, que j’ai choisi de conserver.
L’auteur britannique avait donc sans doute bien
pensé finalement qu’il s’agissait d’une espèce
distincte.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 3 mm.
Tête : occiput brunâtre, jauni le long de la marge
oculaire et sur la ligne sagittale. Trois ocelles,
chacun sur un calus noir. Le médian non puncti¬
forme. les latéraux éloignés de la marge oculaire
par un peu plus de leur propre diamètre, à ce
niveau une marque brune indistincte. Front jaune,
marqué de brun au milieu et le long de la marge
ventrale. Antennes brun-jaunâtre, apicule termi¬
nal blanc. Macrochètes antennaires dorsaux
courts, ventraux très courts. Face et clypéus
jaune-brunâtre. Trompe et palpes jaunes, ces
derniers allongés et pointus, de même longueur
que l'ensemble face + clypéus.
Thorax : prothorax jaune dorsalement, épi-
sterne et épimère plus sombres, prostemum
jaune. Scutum roux, une bande sagittale plus
claire presque complète, et deux bandes laté¬
rales réduites au tiers postérieur du scutum.
Scutellum jaune, roux sur le disque, qui porte de
nombreuses soies. Médiotergite jaune, une petite
bande médiane sombre. Pleures jaunes marqués
de brun. L’holotype est monté latéralement et
l’épingle couvre presque toute cette zone, mais la
partie ventrale du katépisterne et la partie pos¬
térieure du latérotergite sont brunes. Pattes
jaunes. Hanches I avec une nette tache brune
après le milieu du bord externe, apex de la face
antérieure étroitement bruni. Hanches II avec
une petite tache ronde au niveau du tiers basal de
la face antérieure, apex de cette face également
bruni, la coloration brune remontant au milieu
presque jusqu’à la moitié de la longueur de la
hanche. Hanches III fortement brunies sur plus
de la moitié apicale de la face externe, mais le
bord antérieur de cette face jaune. Fémur I
légèrement bruni à la base, une très faible tache
ventrale un peu avant le milieu. Fémur II
étroitement mais distinctement bruni à la base,
une tache ventrale avant le milieu. De même
pour le fémur III, mais la tache prémédiane
plus grande et s’étendant sur la face externe.
Protarses brunis à l’apex et à l’articulation,
tarsomères suivants bruns, étroitement jaunis
aux articulations. Protarse I 1,5 fois plus long
que le tibia. Eperon I plus long que la lar¬
geur apicale du tibia, mais n’en atteignant pas
le double. Eperons externes II-III subégaux à
la largeur apicale des tibias correspondants,
internes II-III triples de cette largeur. Ailes
différant de celles de N. minimax (fig. 759) par
le lobe anal presque entièrement hyalin, la tache
apicale blanche communiquant avec la tache
précédente par une bande blanche le long de M 1 .
Fusion radiomédiane presque triple de la lon¬
gueur du pétiole de la fourche médiane. Balan¬
ciers à pédicelle jaune et capitule brun.
Abdomen : tergite I brun-roux, II- VII brun-
roux avec une bande apicale jaune surtout
distincte latéralement. Stemites jaunes, I avec
une petite tache apicale médiane brune, les
suivants avec une tache préapicale, VI avec une
tache médiane, VII brunâtre.
Hypopyge (fig. 766) jaune marqué de brun :
tergite IX et synsclérite gonocoxal bruns apica-
lement, jaunes basalement. Lobe externe des
gonostyles brun, apex de la face ventrale du
phallosome très fortement bruni. Tergite IX
faiblement encoché à la base et à l’apex, dont les
cerques dépassent largement (fig. 790). Synsclé¬
rite gonocoxal peu encoché à la base mais très
fortement à l’apex, formant ainsi un U largement
ouvert dans lequel s’insèrent les gonostyles.
Gonostyles bilobés, le lobe ventral bien plus
court que le dorsal, qui est visible ventralement
sur presque toute sa longueur (fig. 787). Marge
interne du lobe ventral portant de nombreuses
épines fortes, apex avec une épine grosse et
courte. Lobe dorsal en massue, la partie élargie
portant de fortes spinules. Processus gonocoxal
portant ventralement une bande sagittale de
fortes épines ; processus au contact de la face
ventrale du synsclérite. Phallosome long, mais ne
dépassant pas l’apex des cerques. Distiphallus
faiblement sclérifié, au contraire face ventrale du
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
301
phallosome très fortement sclérifiée, surtout à
l’apex, élargie en lame échancrée apicalement sur
la ligne médiane (fig. 803) ; dorsalement non
bilobé.
Holotype mâle : Brésil, Matto Grosso, Salo-
bra, 07.1939 ( Exp . CZB), F. W. Edwards det.
punctipes n. sp. (nom manuscrit). British Mu¬
séum (Nat. Hist.), Londres. Étroitement alliée à
N. hodeberti par la lame ventrale du phallosome,
cette espèce se caractérise surtout par la longueur
de sa fusion radiomédiane.
Neoceroplatus spinosus n. sp.
Neoceroplatus minimax : Lane, 1956 : 122,
( pro parte : exemplaire d’Agua Funda), non
Edwards, 1934a (erreur de détermination).
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 3 mm.
Tête : occiput jaune-brunâtre. Trois ocelles,
placés chacun sur un calus distinct ; ocelles
latéraux éloignés de la marge oculaire par un peu
plus de leur propre diamètre, cette distance étant
occupée par une bande brune indécise. Ocelle
médian plus petit que les latéraux mais non
punctiforme. Front jaune-brunâtre. Antennes :
scape et pédicelle brun-jaunâtre, flagelle brun,
apicule terminal blanc. Macrochètes flagellaires
dorsaux courts, pas de macrochètes ventraux.
Trompe et palpes jaunes, ces derniers allongés,
pointus, le dernier palpomère aussi long que
l’ensemble face + clypéus.
Thorax : prothorax jaune-blanchâtre, sauf le
prostemum, jaune. Scutum uniformément jaune-
blanchâtre, ainsi que le scutellum, celui-ci avec
un groupe de soies discales. Médiotergite jaune.
Sclérites pleuraux jaune sombre, latérotergite à
pruinosité cendrée. Angle dorsal du mésépisteme
portant deux ou trois microchètes. Pas de soies
métépisternales, soies latérotergales longues, limi¬
tées à la moitié postérieure. Pattes jaunes sombres.
Hanches I avec une tache médiane nette sur le
bord externe, apex de la face antérieure indistinc¬
tement assombri. Hanches II avec une petite
tache au tiers antérieur du bord externe, face
antérieure brune sur presque toute la moitié
apicale. Hanches III brunies sur la moitié posté¬
rieure de la face externe. Fémur II bruni à la
base, également une tache ventrale un peu avant
le milieu, fémur III de même, mais les marques
brunes plus étendues. Protarse I 1,4 fois plus
long que le tibia. Éperons I et externes II-III
atteignant la largeur apicale des tibias correspon¬
dants, internes II-III triples de cette longueur.
Ailes différant de celles de N. minimax (fig. 759)
par la première tache costale blanche prolongée
jusqu’au bord costal et au contraire n’atteignant
pas la fusion radiomédiane. M2 se terminant
avant la marge alaire par une distance égale à
celle en séparant M4. Fusion radiomédiane plus
courte que le pétiole de la fourche médiane (1,2 :
2). Balanciers à pédicelle jaune et capitule brun.
Abdomen : tergites brun-roux, indistinctement
jaunis à l’apex, plus nettement au niveau de la
marge ventrale. Sternites jaunes.
Hypopyge (fig. 773) brun. Tergite IX profon¬
dément échancré à la base, ainsi qu’à l’apex pour
le logement des cerques, lesquels en dépassent à
peine (fig. 798). Gonocoxopodites également très
profondément échancrés à la base. Gonostyles
(fig. 781) divisés en deux lobes, l’un, ventral,
dissimulant entièrement l’autre, dorsal, qui n’est
bien visible qu’en vue caudale. Lobe ventral bien
sclérifié, large dans les deux tiers basaux, où il
porte deux groupes serrés d’épines, rétréci dans
le tiers apical, qui se termine par une grosse
épine courte. Lobe dorsal mince, peu sclérifié,
jaune, barré dans son tiers préapical par un
éventail oblique de spinules. Processus gono-
coxal presque aussi long que le lobe ventral des
gonostyles, couvert de spinules sur toute sa face
ventrale. Processus relié ventralement au syn-
sclérite par une aire membraneuse. Phallosome
long, dépassant l’apex des cerques, le distiphal-
lus pointu, unilobé et fortement sclérifié, la
face ventrale du phallosome entièrement et forte¬
ment sclérifiée, en forme d’étrier dilaté au milieu
(fig. 808).
Holotype mâle : Brésil, Est. de Sào Paulo,
Agua Funda, 5.05.1955 ( P . Forattini ), J. Lane
det. minimax Edw. Museu de Zoologia, Sào
Paulo. Par la face ventrale en étrier sclérifié du
phallosome, N. spinosus se rapproche de N.
lauroi, dont il se distingue par ses gonostyles
bilobés à ornementation spinuleuse très caracté¬
ristique.
Source : MNHN, Paris
302
LOÏC M ATI LE
Genre Paracerotelion Matile
Paracerotelion Matile, 1974b : 514. Espèce-type : Paracerotelion flavicauda Matile, 1974b, par
désignation originale.
Ce genre a été proposé pour une espèce
d’Afrique du Sud différant notamment de Cero-
telion par la présence de soies stigmatiques
antérieures et postérieures, le sillon frontal très
profond, le tubercule frontal cilié, la face moins
large, l’anépisteme plus longuement cilié, les
griffes épaisses et les nervures C et R5 plus
courtes.
ç? (habitus : fig. 809). — Tête (fig. 810-811)
ovoïde, aplatie, bien plus large que haute. Occi¬
put couvert de courtes soies couchées, les préocu-
laires un peu plus longues que les autres. Trois
ocelles, les latéraux de grande taille, le médian
punctiforme. Ocelles latéraux disposés chacun
sur un calus distinct, très bien délimité, grand,
dénudé. Ocelle médian sur un petit calus situé
non pas en avant, mais entre les calus ocel-
laires latéraux, ce calus bien moins élevé que
les latéraux, prolongé en arrière par un sillon
très distinct mais n’atteignant pas le foramen
magnum. Ocelles latéraux éloignés de la marge
oculaire par environ leur propre diamètre. Yeux
grands, occupant près des deux tiers de la face
latérale de la tête, largement encochés au-dessus
du niveau de la base des antennes ; pilosité de
longueur moyenne. Front en forme de M, calus
frontaux grands et bien soulevés, très profon¬
dément séparés par le sillon frontal, celui-ci
prolongé par un long tubercule frontal s’éten¬
dant sur toute la longueur de la fosse antennaire
et portant sur presque toute cette longueur deux
rangées latérales de microchètes. Antennes de
2+14 articles. Scape et pédicelle en entonnoirs
prolongés par un bec ventral, celui du pédicelle
très court. Flagelle élargi et aplati, pédoncules
des flagellomères submédians, très courts, sauf le
premier. Dernier flagellomère pas plus long que
large, encoché dorsalement à l’apex, de sorte que
Fig. 809. — Paracerotelion flavicauda Mat., habitus du mâle.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
303
ventralement se trouve un petit apicule arrondi
comme chez Keroplatus. Des macrochètes dor¬
saux assez longs, entremêlés de courts ; des
macrochètes ventraux débordant légèrement sur
la face interne, les trois derniers flagellomères
portant également quelques internes discaux ;
quelques macrochètes externes, plus nombreux
sur les flagellomères 8 à 14, absents sur le
premier et le second. Face de largeur moyenne,
peu sclérifiée, ses limites imprécises, dénudée.
Clypéus petit, saillant mais ne dépassant pas le
bord antérieur des yeux, et portant quelques
soies dorsales. Trompe courte, ne dépassant pas
ventralement le bord inférieur des yeux. Labre et
hypopharynx bien sclérifiés. Labelles petites, en
lamelle arrondie, membraneuse à la face interne.
Palpes de 1+2 articles (et non uniarticulés
comme je l’avais écrit en 1974) ; palpifère et
premier palpomère de même taille, petits, ciliés
ventralement. Dernier palpomère grand, dressé
en avant, sa longueur atteignant environ la
moitié de celle de la face et du clypéus ensemble.
Face externe ciliée, face interne membraneuse,
portant quelques sensilles apicales.
Thorax (fig. 812). — Prothorax peu rétréci
dorsalement. Prosternum légèrement saillant en
avant ventralement, cilié sur presque toute sa
surface. Angle postéroventral du proépimère
situé au-dessous de la suture anapleurale. Scu¬
tum peu bombé, uniformément recouvert de
Source : MNHN, Paris
304
LOÏC MATILE
courtes soies couchées, les latérales et les pré-
scutellaires plus longues. Scutellum de taille
moyenne, semi-circulaire, nu sur le disque, por¬
tant de nombreuses soies marginales courtes.
Médiotergite peu élevé, fortement anguleux, dé¬
passant légèrement le niveau de l’apex du scutel¬
lum. Bande membraneuse sous-scutellaire très
réduite. Pas de soies scabellaires. Pleures dénu¬
dées sauf le proépisteme, longuement hérissé
de soies, et l’anépisteme, largement cilié dans
l’angle dorsal et la partie dorsale de la marge
antérieure. Des soies prostigmatiques antérieures
et postérieures distinctes de la villosité. Une
fissure anépistemale longue et étroite. Métépi-
mère fortement rétréci dans son tiers ventral.
Suture médiopleurale peu sinueuse, fosse médio-
pleurale très faible. Latérotergite fortement sail¬
lant au-dessus du métépisterne, son grand axe
très oblique. Métépisterne moins élevé en avant
qu’en arrière.
Pattes. — Hanches longues, subégales (fig. 812).
Hanches 1 ciliées à la face antérieure et à la
face externe, pas de soies postérieures apicales.
Hanches II ciliées sur la moitié apicale de la face
antérieure et environ les deux tiers apicaux de la
face externe. Hanches III avec des soies sur la
face externe, sauf dans la partie antérodorsale.
Pas de soies postérieures II-III. Fémurs nor¬
maux, à pilosité couchée, les soies ventrales pas
plus longues que les dorsales. Pas de bandes
dénudées distinctes. Tibias régulièrement épaissis
de la base vers l’apex. Microchètes irrégulière¬
ment disposés, sauf sur environ les deux tiers de
la face externe des tibias II. Tibia I sans zone
sensorielle mais avec un petit peigne hyalin.
Tibia II avec un peigne postérieur et un petit
peigne entre les éperons. Tibia III avec la série
complète des trois peignes. Éperons 1:2:2.
Éperon I environ double de la largeur apicale du
tibia, les internes II-III triples de cette longueur,
les externes un peu plus longs qu’elle. Tibia I
avec quelques macrochètes postérieurs ; tibias II-
III avec des dorsaux, des antérodorsaux, des
antéroventraux, des ventraux et des postérieurs.
Tarses de longueur moyenne, les microchètes en
rangées régulières. Protarse I de même longueur
que le tibia, les II et III nettement plus courts.
Des rangées ventrales de macrochètes. Griffes
très épaisses, finement serrulées ventralement.
Ailes (fig. 813) larges, bien plus courtes que
l’abdomen, enfumées, sans taches distinctes. Pas
de macrotriches sur la membrane en dehors du
champ anal, sauf quelques-uns entre Cul b et
M4. Costale interrompue largement avant l’apex
de l’aile, dépassant fortement l’apex de R5. Sc
courte, se terminant vers le niveau du milieu de
la fusion radiomédiane. Sc2 présente, bien dis¬
tincte, située environ au milieu de l’intervalle
h-Rs. RI courte, subrectiligne. Rs longue et
courbée, oblique. R4 + 5 rectiligne, formant un
angle ouvert avec R5, celle-ci également recti¬
ligne et nettement plus courte que R4 + 5. R4
présente, oblique, se terminant sur la costale à
proximité de l’apex de RI. Fusion radiomédiane
courte, pétiole de la fourche médiane très court.
Ml, M2, M4 et Cul b atteignant la marge de
l’aile. Cul b peu courbée, Cu2 longue et fine.
Anale longue, entière, atteignant la marge.
Ciliation, face dorsale : C, RI, R4 + 5, R5,
moitié basale de l’anale avec quelques soies
dispersées. Face ventrale : toutes les nervures
nues sauf la costale.
Abdomen allongé, cylindrique aplati. Pas de
sclérite supplémentaire entre les sternites I et II.
Sept segments et l’apex du VIII visibles avant
l’hypopyge.
Genitalia mâles (fig. 814-815). — Tergite IX
grand, progressivement rétréci vers l’apex, lais¬
sant largement dépasser latéralement et en
arrière la face dorsale des gonocoxopodites.
Stemite IX disparu ou fusionné. Cerques et
hypoprocte petits, ciliés, de même longueur.
Gonocoxopodites entièrement fusionnés ventra¬
lement, sans sillon sagittal distinct. Marge pos¬
térieure portant des soies spiniformes irrégulière¬
ment disposées de part et d’autre du milieu.
Gonocoxopodites largement rebordés dorsale-
ment, la face dorsale entièrement ciliée, de même
que le pont sclérifié étroit qui relie la face dorsale
à la ventrale autour de la base des gonostyles.
Ceux-ci à insertion latérale, recourbés en dedans,
la moitié apicale élargie. Une dent interne api¬
cale, et une subapicale, courtes et fortement
sclérifiées. Phallosome court et très peu sclé¬
rifié, le basiphallus membraneux en-dehors des
apodèmes.
Femelle, larve et biologie inconnues.
Répartition. — Région afrotropicale (Afrique
du Sud).
Matériel examiné. — L’espèce-type.
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LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
305
Genre Placoceratias Enderlein
Placoceratias Enderlein, 1910 : 149. Espèce-type : Placoceratias bimaculipennis Enderlein, 1910, par
désignation originale.
Enderlein a créé le genre Placoceratias pour
deux espèces brésiliennes, P. bimaculipennis et
fuscithorax, qu’il ne distingue de Cerotelion,
dans sa diagnose, que par l’absence de l’ocelle
médian. J’ai pu examiner les holotypes de ces
deux espèces : P. fuscithorax appartient en fait
au genre Setostylus et c’est un nouveau syno¬
nyme de S. bellulus (Williston).
Edwards (1925) accepte la validité du genre
sans en avoir vu d’échantillon. Il ajoute comme
caractère distinctif la ciliation du latérotergite.
En 1929, il complète cette diagnose après y avoir
inclus Keroplatus longimanus Williston, des Ca¬
raïbes, et place ce genre, comme tous les Keropla-
tini à antennes non pectinées, dans les sous-
genres de Keroplatus (Edwards, 1929c). Pour
Edwards, les Placoceratias sont caractérisés
comme suit : microchètes tibiaux disposés en
rangées régulières, latérotergite cilié, tibia III
avec seulement des soies postérieures, R4 se
terminant sur la costale, deux ocelles, face très
étroite, tarse antérieur très long, le protarse
double du tibia. Cette diagnose demeure valide à
ceci près que les tibias III portent quelques
macrochètes antérieurs en plus des postérieurs.
Lane (1948, 1950a) conserve à Placoceratias
le rang subgénérique et décrit trois espèces nou¬
velles : P. imitons et barettoi, du Brésil, et
P. uaracui, du Brésil et de l’Argentine. Papavero
(1978) rétablit ce taxon au rang générique, tandis
que Matile (1982b) commente brièvement sa
répartition géographique et sa phylogénie. Lane
(1950a) et Matile (1982b) ont suggéré que P.
longimanus, P. barettoi et P. imitons représen¬
taient peut-être une seule et même espèce polyty-
pique. J’ai examiné les holotypes de ces trois taxa
sans pouvoir parvenir à une conclusion certaine,
d’autant que les genitalia de P. imitans, en
préparation et fortement écrasés, ne peuvent être
démontés sans danger. Il semble cependant que
des différences petites, mais nettes, existent entre
elles, résidant surtout dans l’ornementation et
la forme de l’apodème gonocoxal (fig. 835-841)
accessoirement dans la coloration alaire et le
nombre de soies métépisternales. Comme par
ailleurs deux d’entre elles sont sympatriques au
Brésil, je les considère comme valides jusqu’à
plus ample informé. Lane (1962) a cité P.
longimanus du sud du Brésil d’après une femelle
de Sâo Paulo. Cet exemplaire existe toujours
dans sa collection : il s’agit d’un mâle qui
présente de nettes différences de coloration et de
genitalia avec P. longimanus ; il est décrit plus
loin sous le nom de P. confusus (bien qu’en 1982
j’avais estimé que ces différences n’étaient pas de
nature spécifique).
Il n’existe pas de clé de détermination des
Placoceratias ; les figures des genitalia mâles
données figures 828-841 permettront de séparer
toutes les espèces connues, mais j’ai élaboré une
clé basée sur les caractères non génitaux, qui
permettra une première approximation.
(J?. — Tête (fig. 816-817) arrondie, aplatie
d’avant en arrière, un peu plus large que haute.
Yeux grands, occupant les trois quarts de la face
latérale de la tête, faiblement encochés au-dessus
du niveau de la base des antennes ; pilosité
courte et serrée. Occiput non saillant au-dessus
du bord dorsal des yeux, couvert de courtes soies
couchées, les postoculaires un peu plus longues
et dressées. Deux ocelles de grande taille, situés
sur un calus commun traversé par un sillon
sagittal mousse. Ocelles éloignés de la marge
oculaire par moins de leur propre diamètre.
Front large, un sillon médian profond séparant
deux calus latéraux distincts. Sillon frontal pro¬
longé par un tubercule frontal mince, cilié latéra¬
lement chez P. bimaculipennis, confusus, gorgasi,
imitans et longimanus, dénudé chez P. barettoi et
uaracui. Antennes : scape et pédicelle discoïdes,
tous deux prolongés en avant par un bec cilié peu
prononcé. Flagelle (fig. 818) élargi et aplati,
formé de 14 articles à pédoncules très courts,
sauf le premier. Des macrochètes dorsaux et
ventraux, les dorsaux plus longs et plus nom¬
breux que les ventraux. Dernier flagellomère
muni d’un apicule portant de tout petits macro¬
chètes coniques (fig. 819). Face étroite, peu
sclérifiée, dénudée, parcourue par un net sillon
sagittal. Clypéus cilié, saillant par rapport à la
face mais ne dépassant pas le bord antérieur des
yeux. Labre formant un petit lobe peu sclérifié.
Source : MNHN, Paris
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LOÏC M ATI LE
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
307
dénudé. Trompe extrêmement réduite, dépassant
à peine le bord ventral des yeux. Hypopharynx
très court et transverse. Labelles en petite lame
portant quelques longues soies externes, mem¬
braneuses à la face interne. Palpes allongés,
dressés en avant, de 1 + 2 articles. Palpifère très
petit, visible seulement en arrière. Premier palpo-
mère en entonnoir court, deuxième long et
dressé. Pas de sensorium en crypte ou en enton¬
noir sur le deuxième palpomère, mais toute la
face interne déprimée et couverte de minuscules
écailles transparentes et apiculées (structure fine
de la tête examinée seulement sur l’espèce-type).
Thorax (fig. 820) peu arqué. Prothorax petit,
postpronotum rétréci sur la ligne médiane ; anté-
pronotum portant quelques soies courtes. Pro¬
sternum peu saillant, finement cilié latéralement.
Proépimère à angle postérieur situé bien au-
dessus de la suture anapleurale. Scutum à pilosité
serrée, uniformément répartie, plus longue et
plus dressée latéralement et dans la région
préscutellaire. Scutellum semi-circulaire, grand,
portant une rangée de longues soies marginales
et, au-dessus et au-dessous, de nombreuses soies
plus courtes, ces dernières moins nombreuses
chez P. barettoi et uaracui. Médiotergite peu
élevé, anguleux arrondi à l’apex, dénudé, dépas¬
sant légèrement le niveau de l’apex du scutellum.
Aire membraneuse sous-scutellaire réduite à une
mince bandelette transverse. Pas de soies scabel-
laires. Pleures dénudées, sauf le proépisterne et le
latérotergite, qui portent des soies longues, fines
et dressées, celles du latérotergite couvrant envi¬
ron la moitié postérieure de ce pleurite. Aussi,
anépisterne portant un groupe de microchètes à
son angle dorsal, de même pour le métépisterne.
Une profonde fissure anépisternale. Mésépimère
fortement rétréci dans son tiers ventral. Suture
médiopleurale fortement anguleuse, fosse médio-
pleurale bien distincte. Latérotergite fortement
saillant au-dessus du métépisterne, son grand axe
oblique. Métépisterne nettement plus long que
haut.
Pattes. — Hanches I plus courtes que les II-
III, ces dernières subégales. Hanche I ciliée sur
les faces antérieure et externe et à l’apex de la
face postérieure. Hanche II ciliée sur la face
antérieure et les deux tiers antérieurs de la face
externe ; III ciliée à la face externe sauf à la base
et dans la moitié antérieure. Pas de soies coxales
postérieures II-III. Fémurs normaux, à pilosité
couchée, un peu plus redressée ventralement.
Fig. 826-827. — Placoceralias bimaculipennis End., termi-
nalia femelles : 826, vue latérale ; 827, vue ventrale.
Une large bande fémorale dénudée, postéro ven¬
trale, réduite à la moitié apicale seulement sur
le fémur antérieur. Tibias légèrement et réguliè¬
rement élargis de la base vers l’apex, les micro¬
chètes disposés en rangées régulières toutes
semblables, sauf vers l’apex des tibias II et III,
où certaines sont indistinctement plus serrées.
Éperons 1:2:2. Éperon antérieur atteignant
entre la moitié et les deux tiers de la longueur des
internes, ceux-ci environ doubles de la largeur
apicale des tibias correspondants. Tibia II avec
un peigne postérieur peu développé, subhyalin, et
un petit peigne entre les éperons. Tibia III avec
des peignes antérieur et postérieur noirs et
de grande taille, et un petit peigne noir entre
les éperons. Tibia I dépourvu de macrochètes.
Tibia II avec quelques antérodorsaux peu dis¬
tincts des microchètes et une rangée postérieure
de macrochètes forts et régulièrement espacés.
Tibia III avec des macrochètes antérieurs peu
nombreux et des postérieurs. Tarses : protarse I
très allongé, dépassant le double de la longueur
du tibia correspondant, le reste du tarse normal.
Protarse II un peu plus long que son tibia, III un
308
LOÏC MATILE
peu plus court. Protarses II-III avec des micro-
chètes disposés en rangées régulières et des
macrochètes ventraux. Reste des tarses nor¬
mal. Griffes mâles courtes, épaisses et serrulées ;
griffes femelles fines, mais longuement spinuleuses
à la base.
Ailes (fig. 821-822) seulement un peu plus
longues que l’abdomen, étroites ; vivement ma¬
culées chez l’espèce-type (fig. 822), sans taches
nettes dans le groupe longimanus, sauf chez P.
barettoi, où elles sont enfumées le long du bord
costal. Membrane dépourvue de macrotriches,
sauf dans l’aire anale, qui en porte de nombreux,
et quelques soies entre Cul b et M4. Costale
longue, se terminant juste après l’apex de l’aile,
dépassant largement l’embouchure de R5, chez
l’espèce-type et P. uaracui, nettement avant
l’apex chez les autres espèces. Sous-costale
longue mais n’atteignant pas le milieu de la
marge antérieure, se terminant au niveau de
l’apex de la fusion radiomédiane. Sc2 présente et
bien sclérifiée, située très peu après la transverse
humérale. RI longue et rectiligne, R4 courte,
plus ou moins oblique, se terminant sur la
costale à une distance inférieure ou égale à sa
propre longueur de l’apex de RI. R4 + 5 et R5
subrectilignes, formant un angle prononcé, R5
bien plus courte que R4 + 5. Cellule basale non
divisée en deux, base de la médiane absolument
invisible. Fusion radiomédiane longue et épaisse,
un peu plus longue que le pétiole de la fourche
médiane, de même longueur ou un peu plus
courte. M2 et M4 interrompues avant la marge
de l’aile. Cul b peu courbée, Cu2 longue, fine
mais bien sclérifiée. Anale courbée en S aplati,
interrompue un peu avant la marge. A2 longue et
fine, bien visible.
Ciliation, face dorsale : C, RI, R4 + 5, R5,
frm, quelques cils basaux largement séparés sur
l’anale. Face ventrale : C, base de Sc jusqu’à un
peu après Sc2, frm, et Rs dans le groupe
longimanus.
Abdomen mâle de sept segments visibles, plus
l’apex du VIII avant I’hypopyge ; cylindrique,
progressivement rétréci de la base vers l’apex, le
segment VIII atteignant moins de la moitié de la
longueur du VII. Femelle : sept segments appa¬
rents, les deux premiers subcylindriques, les
suivants progressivement aplatis. Pas de sclérite
intermédiaire entre les sternites I-II.
Genitalia mâles (fig. 823-825, 828-841). —
Hypopyge obligatoirement inversé, face ventrale
morphologique en position dorsale. Tergite IX
bien développé, trapézoïdal, pourvu de nom¬
breuses soies longues. Sternite IX absent ou
fusionné. Cerques bien développés, ciliés à la
face externe, aussi longs que les gonostyles chez
les espèces du groupe longimanus. Hypoprocte
petit, bien plus court que les cerques, peu
sclérifié, presque membraneux mais cependant
bien distinct des zones membraneuses articulaires
voisines. Synsclérite gonocoxal presque entière¬
ment séparé en deux ventralement par une zone
membraneuse déprimée plus ou moins large. Au
bord de cette zone, marge apicale des gonocoxo-
podites saillant en pointe portant des soies plus
serrées que celles du reste du synsclérite. Marge
gonocoxale rebordée, visible de part et d’autre
du tergite IX, mais pas de pont sclérifié reliant les
deux faces du gonocoxopodite autour de la base
des gonostyles. Gonostyles à insertion ventrale,
simples, allongés, sans dent ni sclérification plus
prononcée, mais avec un petit processus apical
ou subapical triangulaire chez P. bimaculipennis
et uaracui. Face dorsale, un peu avant l’apex,
avec une crypte circulaire ou ovale plus ou moins
profonde, dépourvue de macrochètes. Phallo-
some petit, non prolongé basalement dans le
segment VIII. Apodème de l’édéage en arceau
élargi en lame à l’apex. Paramères dorsaux
réduits, très courts, peu sclérifiés, paramères
ventraux courts ou très courts. Apodèmes gono-
coxaux au contraire très bien développés, leur
moitié apicale élargie en triangle, portant des
macrochètes (fig. 835-841). Angle ventral pro¬
longé par un bras courbé portant de petites dents
apicales très noires. De plus, chez les espèces du
groupe longimanus, le côté ventral de l’élargisse¬
ment apical porte lui aussi de fortes spinules
noires. L’ apodème gonocoxal est relié à la marge
interne à un processus médian très peu sclérifié,
quasi-membraneux.
Genitalia femelles (fig. 826-827). — Tergite VIII
invaginé, dénudé, membraneux. Sternite VIII
grand, entièrement divisé en deux sagittalement,
les deux tiers apicaux ciliés, sauf à la marge
dorsale, où chaque moitié est membraneuse ;
valves hypogyniales bien développées. Segment
IX entièrement invaginé dans le VIII, tergite
membraneux, sternite bien sclérifié comme chez
Keroplatus (c/. fig. 99). Tergite X petit, cilié à la
marge, fortement rebordé ventralement, ne lais¬
sant au milieu qu’un étroit espace membraneux
représentant sans doute le sternite. Cerques uni-
Source : MNHN, Paris
Fig. 828-834. — Hypopyge mâle des Placoceratias, vue ventrale : 828, P. bimaculipennis End. ; 829, P. uaracui (Lane)
(holotype) ; 830, P. longimanus (Will.) ; 831, P. imitons (Lane) (holotype) ; 832, P. confusus n. sp. (d°) ; 833. P. gorgasi
n. sp. (d°) ; 834, P. barettoi (Lane) (d°).
Source : MNHN, Paris
310
LOÏC MATILE
articulés, petits, entièrement séparés dorsale-
ment, reliés ventralement par une étroite bande
membraneuse sur les deux tiers de leur longueur.
Deux spermathèques allongées et peu sclérifiées.
Oviducte médian long et mince, prolongé au
moins jusqu’au segment abdominal VI, sans
section élargie.
Biologie. — Rien n’a été publié sur la biologie
des Placoceratias. J’ai trouvé en 1977 des larves
de P. longimanus tissant des toiles analogues à
celles des Keroplatus sur des Polyporaceae indé¬
terminés croissant sur des souches tombées, à la
Guadeloupe. En raison de mauvaises conditions
d’élevage, je n’ai pu récupérer d’exuvies larvaires
ni faire d’observations éthologiques.
Répartition. — Région néotropicale, y compris
les Antilles, mais sous-région chilienne exclue.
Matériel examiné. — Toutes les espèces dé¬
crites, et les deux espèces inédites ci-dessous.
Clé des espèces
1 . — Ailes fortement maculées (fig. 822) ; costale se terminant à l’apex de
l’aile ; abdomen roux, au plus l’apex des tergites légèrement
assombri . 2
— Ailes au plus enfumées le long du bord costal ; costale se terminant
bien avant l’apex de l’aile ; abdomen distinctement annelé . 3
2. — Bandes scutales rousses à limites indécises ; ocelles presque contigus à
la marge oculaire. Hypopyge mâle : fig. 823-825, 828, 835. Bré¬
sil . bimaculipennis (End.)
— Bandes scutales jaunes très bien délimitées ; ocelles plus éloignés de la
marge oculaire. Hypopyge mâle : fig. 829, 836. Brésil .
. uaracui (Lane)
3. — Ailes enfumées à la marge costale ; palpes un peu plus longs que
la trompe ; une dizaine de soies métépistemales. Hypopyge mâle :
fig. 834, 837. Brésil . barettoi (Lane)
— Ailes hyalines ; palpes atteignant le double de la longueur de la
trompe ; soies métépistemales plus nombreuses . 4
4. — Fusion radiomédiane un peu plus longue que le pétiole de la fourche
médiane ; hanches II légèrement tachées ; protarse I ne dépassant
pas le double de la longueur du tibia. Hypopyge mâle : fig. 830, 841.
Antilles, Amérique Centrale . longimanus (Will.)
— Fusion radiomédiane un peu plus courte que le pétiole de la fourche
médiane ; hanches II unicolores ; protarse I atteignant 2,4 fois la
longueur du tibia . 5
5. — Latérotergite à peine assombri dorsalement ; abdomen indistincte¬
ment annelé en vue dorsale. Hypopyge mâle : fig. 833, 838.
Panama . gorgasi n. sp.
— Latérotergite fortement taché de brun ; abdomen, en vue dorsale, très
nettement annelé de brun et de jaune . 6
6. — Bandes scutales courtes, ne dépassant pas la moitié du scutum, la
médiane en arrière, les latérales en avant ; tergites abdominaux III-
V, en vue dorsale, à taches triangulaires jaunes étroites. Hypopyge
mâle : fig. 832, 839. Brésil . confusus n. sp.
— Bandes scutales plus longues, dépassant le milieu du scutum ; ter¬
gites III-V à larges taches jaunes. Hypopyge mâle : fig. 831, 840.
Brésil . imitons (Lane)
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
Placoceratias confus us n. sp.
Placoceratias longimanus : Lane, 1962 : 10, non
Williston, 1896 (erreur de détermination).
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 4,4 mm.
Tête : occiput jaune-brunâtre, plus clair en
arrière. Deux ocelles, rapprochés de la marge
oculaire par environ la moitié de leur propre
diamètre ; calus ocellaire brun-noir. Front brun-
noir, roussâtre entre les antennes. Antennes :
scape et pédicelle jaune vif, flagelle brun-noir.
Face et clypéus jaune vif, trompe et palpes jaune
pâle.
Thorax : prothorax et calus huméraux jaune
pâle. Scutum brun, portant trois bandes longitu¬
dinales rousses, étroites, les latérales largement
interrompues avant le bord antérieur, la médiane
bien avant la marge scutellaire. Scutellum jaune,
largement bruni sur le disque. Médiotergite
entièrement jaune. Pleures jaunes, sauf l’anépi-
sterne, les deux tiers ventraux du katépisterne, la
moitié dorsale externe et le bord ventral du
latérotergite, bruns. Pattes : hanches jaunes, les
III avec une tache médiane brune. Reste des
pattes jaune (les antérieures manquent), fémurs
II-III avec un anneau basal faiblement bruni.
Tarses bruns, étroitement annelés de jaune aux
articulations. Ailes non tachées ou enfumées.
Costale se terminant nettement avant l’apex de
l’aile, fusion radiomédiane aussi longue que le
pétiole de la fourche médiane. Balanciers à
pédicelle jaune, capitule brun-noir.
Abdomen : tergite I brun, étroitement jauni à
la base. Tergites suivants bruns, à large taches
basales latérales jaunes débordant sur le disque.
Tergite VII entièrement brun. Stemites jaunes,
les II-V avec une faible bande préapicale brune,
étroite, le VI largement bruni à l’apex, VII
entièrement brun. Hypopyge jaune-roux, plus
sombre à la base. Tergite IX trapézoïdal allongé,
cerques longs et étroits. Synsclérite gonocoxal
longuement membraneux sur la ligne médiane.
Gonostyles longs, étroits, nettement rétrécis à
l’apex (fig. 832). Apodème gonocoxal du type
habituel au genre, processus dorsal court, net¬
tement séparé de la lame ventrale par une
encoche peu profonde, lame ventrale à épines
serrées (fig. 839).
Holotype mâle : Brésil, Est. Sâo Paulo, Santo
Amaro, 11.1960 (J. Lane), Lane det. P. longima-
311
Fig. 835-841. — Apodème gonocoxal et appendices des
mâles de Placoceratias : 835, P. bimaculipennis End. ;
836, P. uaracui (Lane) (holotype) ; 837, P. barettoi (Lane)
(d°) ; 838, P. gorgasi n. sp. (d°) : 839, P. confusus n. sp.
(d°); 840, P. imitons (Lane) (d°) ; 841, P. longimanus
(Will.).
Source : MNHN, Paris
312
LOÏC MATILE
nus. Museu de Zoologia, Sâo Paulo. Cette
nouvelle espèce appartient au groupe longima-
nus. Elle diffère de P. longimanus par les bandes
scutales jaunes moins développées, les hanches II
non tachées, le médiotergite entièrement jaune et
le latérotergite bruni ventralement. Elle se dis¬
tingue principalement de P. barettoi par les ailes
entièrement hyalines, les latérotergites marqués
de brun et les ocelles latéraux plus éloignés de
la marge oculaire. On la séparera de P. imitans
par les bandes scutales plus courtes et les tergites
abdominaux moins largement jaunis sur le disque.
Enfin, elle est étroitement alliée à l’espèce sui¬
vante, P. gorgasi, dont on ne pourra la séparer
avec certitude que par les genitalia mâles.
Placoceratias gorgasi n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 4,5 mm.
Tête : occiput brun-noir, calus ocellaire noir.
Deux ocelles grands, rapprochés de la marge
oculaire, dont ils sont séparés par moins de la
moitié de leur plus grand diamètre. Front brun-
noir en haut, jaune entre les antennes, une courte
pilosité le long du sillon frontal. Antennes : scape
et pédicelle jaunes, flagelle brun. Face jaune pâle,
trompe et palpes jaune vif.
Thorax : prothorax et calus huméraux jaunes.
Scutum brun, plus pâle en avant et portant trois
bandes longitudinales d’un jaune-roux, les laté¬
rales interrompues peu avant la marge anté¬
rieure, la sagittale largement avant la marge
postérieure. Scutellum jaune, bruni sur le disque
et toute la région apicale ciliée. Médiotergite
jaune-roux. Pleures jaune-roux, anépisterne brun
ainsi que la moitié ventrale du katépisterne, et
une faible tache dorsale brune sur le latéroter¬
gite. Pattes jaunes. Hanches III avec une forte
tache discale brune, fémurs II-III avec un anneau
basal brun peu prononcé. Protarses I 2,6 fois
le tibia. Ailes jaunâtres, sans taches. Costale
se terminant nettement avant l’apex de l’aile.
Fusion radiomédiane un peu plus courte que le
pétiole de la fourche médiane. Balanciers à
pédicelle jaune et capitule brun.
Abdomen : tergite I brun, les suivants jaunes
avec une large bande apicale brune ; tergite VII
entièrement brun. Sternites jaunes, les II-IV avec
une tache latérale brune, les V-VI avec une
bande apicale brune, le VII entièrement brun.
Hypopyge (fig. 833) jaune. Tergite IX trapézoï¬
dal allongé, cerques longs et étroits. Synsclérite
gonocoxal longuement membraneux sur la ligne
médiane. Gonostyles non rétrécis à l’apex. Apo-
dème gonocoxal comme dans le reste du genre,
processus dorsal long et étroit, séparé du ventral
par une profonde encoche ; processus ventral
large, épines apicales serrées (fig. 838).
Holotype mâle : Panama, Agua Dulce, 25.04.
1951, sans nom de récolteur. U.S. National
Muséum, Washington. L’espèce est dédiée à la
mémoire de William Gorgas, qui s’est illustré à
Panama dans la lutte contre les moustiques
vecteurs de la malaria et de la fièvre jaune. Cette
espèce appartient au groupe imitans-confusus,
dont elle se séparera, en-dehors des genitalia
mâles, par le latérotergite à peine bruni en haut.
Genre Platyroptilon Westwood, emend.
Platyura (Platyroptilon) Westwood, 1849 : 231.
Westwood, 1849, par monotypie.
Platyroptilon : Johannsen, 1909 : 17.
Ce taxon a d’abord été décrit comme sous-
genre de Platyura (= Orfelia) pour l’espèce
brésilienne P. miersii, puis élevé au rang géné¬
rique par Johannsen (1909). Enderlein (1910) a
ensuite décrit P. ramicornis et Edwards (1934a)
P. zernyi, ces deux espèces étant également du
Brésil. En 1955, Tollet range dans ce genre une
espèce afrotropicale, P. vrydaghi, dont j’ai mon¬
tré plus tard qu’elle appartenait à un genre nou¬
veau, Tolletia (Matile, 1973b). Lane (1956) fait
Espèce-type : Platyura (Platyroptilon) miersii
connaître une quatrième espèce brésilienne, P.
dureti, et donne une clé de détermination de ces
espèces. On a vu que P. dureti est ici considéré
comme l’espèce-type du nouveau genre Duretina.
Duret (1974) illustre pour la première fois les
genitalia de P. miersii et ramicornis, ainsi que
d’une espèce d’Argentine très voisine de P.
miersii, P. misionensis. Ce même auteur révise le
genre en 1979, et le sépare en deux groupes. Le
premier, celui de l’espèce-type, comprend en
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
313
outre P. misionensis et ramicornis ; ces espèces
possèdent trois ocelles. Le deuxième, à deux
ocelles, renferme P. zernyi et quatre espèces
inédites : P. inca, vockerothi, penai et lanei, les
trois premières du Pérou, la dernière d’Ecuador.
Outre de nombreuses et excellentes illustrations,
Duret propose une nouvelle clé des espèces,
dans laquelle P. dureti est classé dans le groupe I.
Dans un travail de 1946, Lane signalait que les
huit échantillons qu’il avait déterminés comme
P. ramicornis montraient des variations chroma¬
tiques nettes, portant sur le scutum, en grande
partie brun chez certains, largement jauni sur
d’autres, sur les bandes abdominales et sur
l’hypopyge jaune-blanchâtre ou noirâtre. La col¬
lection Lane renferme à ce jour sept des spéci¬
mens cités en 1946, tous mâles. L’examen des
genitalia montre que quatre d’entre eux seule¬
ment correspondent à l’holotype de P. ramicor¬
nis, que j’ai pu examiner37. Les trois autres
exemplaires appartiennent à une autre espèce,
décrite plus loin sous le nom de P. mendax
n. sp.
Lane n’a donc pas pu distinguer ces deux
espèces, par ailleurs sympatriques, et malheureu¬
sement l’exemplaire récolté par Duret et iden¬
tifié par Lane comme étant P. ramicornis se
rapportait à l’espèce inédite. Le spécimen illustré
par Duret (1974) correspond donc en fait à P.
mendax. Notons que Lane avait envoyé à Duret
un deuxième exemplaire de « P. ramicornis »,
que ce dernier a identifié comme P. miersii.
L’illustration donnée par Duret de « ramicor¬
nis » Lane est quelque peu différente de celle que
je donne figure 853 de P. mendax, mais je pense
que ces différences peuvent être attribuées à des
divergences de technique dans le dessin.
Une fois l’espèce afrotropicale P. vrydaghi
éliminée, les Platyroptilon n’étaient donc connus
que de la région néotropicale. Ce n’est qu’en
1982 que j’ai signalé l’existence du genre dans les
régions australasienne et orientale, en décrivant
d’Australie P. collessi (Matile, 1982a)38. L’es¬
pèce orientale mentionnée alors (une femelle de
Malaisie) demeure non décrite. Dans mon pré¬
cédent travail (Matile, 1986b), je citais égale¬
ment un spécimen sans abdomen de Papouasie-
Nouvelle-Guinée ; j’ai reçu depuis un autre
exemplaire, entier, du Bishop Muséum, qui me
permet d’en donner la description sous le nom de
P. papua. Enfin, trois spécimens du Sulawesi se
sont révélés appartenir à deux espèces distinctes,
décrites plus loin sous le nom de P. kirkspriggsi
et scurror. Ce nouveau matériel permet de don¬
ner ici une diagnose plus complète du genre.
Une incidente d’OsTEN Sacken (1892) im¬
plique l’existence du genre en Nouvelle-Zélande.
L’exemplaire mentionné n’a jamais été retrouvé,
et Tonnoir & Edwards (1927) doutent de la
présence de Platyroptilon dans ce pays. Sa décou¬
verte en Australie et en Papouasie-Nouvelle-
Guinée rend cependant celle-ci plus vraisem¬
blable (c/. p. 521, 592).
On a vu plus haut (p. 211) les principaux
caractères distinguant Platyroptilon de Duretina.
Sous réserve de cette émendation et des données
nouvelles présentées ici, la clé de Duret (1979),
ses figures et celles données ici permettront
d’identifier les mâles des Platyroptilon néotropi¬
caux 39. Les femelles ne sont pas encore assez
bien connues pour être déterminées avec sûreté.
On trouvera plus loin une clé des espèces
oriento-australasiennes.
c?$. — Tête (fig. 842-843) plus large et plus
haute que longue, en grande partie occupée par
les yeux, qui s’étendent sur les trois quarts de la
face latérale. Pilosité oculaire courte, yeux peu
échancrés au-dessus de l’insertion des antennes
chez les espèces néotropicales, plus largement
chez les autres. Occiput couvert de soies cou¬
chées, les antérieures plus longues. Dans le
groupe formé par l’espèce-type, P. miersii, et P.
mendax, ramicornis et misionensis, chez P. col¬
lessi, papua, kirkspriggsi et l’espèce de Malaisie,
trois ocelles, le médian beaucoup plus petit que
les latéraux. Deux ocelles seulement chez les
autres espèces. Ocelles latéraux éloignés de la
marge oculaire par environ leur propre diamètre,
de la moitié seulement chez P. collessi, de près de
deux fois le diamètre chez P. zernyi, et de près de
trois fois chez P. kirkspriggsi et l’espèce malaise.
Calus ocellaire saillant et bien délimité, pro¬
longé en arrière par un sillon long et profond
chez les espèces oriento-australasiennes, plus
37. Ce dernier, déposé autrefois au Musée de Stettin, se trouve maintenant à l’Institut Zoologique de Varsovie.
38. L’holotype unique, sans autre étiquette de localité, était censé provenir du Queensland ; ceci est vérifié par
l’identification d’un deuxième mâle de Mt Webb National Park, Queensland, récolté par D. H. Colless le 29.04.1981 (in
ANIC); genitalia : fig. 881-882.
39. Sans oublier que P. ramicornis Duret = P. mendax n. sp.
Source : MNHN, Paris
314
LOÏC MATILE
Fig. 842-847. — Platyroptilon miersii West. : 842, tête, vue latérale ; 843, d°, vue frontale ; 844, antenne (J, vue latérale ;
845, thorax, hanches et segment abdominal I, d° ; 846, aile, face dorsale ; 847, apex du tibia (avec le peigne antérieur) et
base du protarse I.
court et mousse chez les néotropicales. Front
large, dénudé, un sillon frontal profond, mais à
bords mousses.
Antennes : scape et pédicelle discoïde, présen¬
tant ventralement un petit bec. Flagelle pectiné,
le nombre de flagellomères et celui des prolonge¬
ments ventraux variable (fig. 844, 885-896) :
P. miersii, mendax, misionensis et ramicornis :
10 flagellomères, les articles 1-9 prolongés
(fig. 844, 885-888, 890).
P. vockerothi : 11 flagellomères, 1-10 pro¬
longés (fig. 891).
P. penai : 12 flagellomères, 1-10 prolongés
(fig. 893).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
315
P. collessi, kirkspriggsi, papua, scurror et
espèce malaise : 12 flagellomères, 1-11 prolongés
(fig. 889).
P. inca : 13 flagellomères, 1-11 prolongés
(fig- 892).
P. zernyi et lanei : 14 flagellomères, 1-13 pro¬
longés (fig. 894-896).
Chez P. lanei, les pectinations sont beaucoup
plus courtes que chez les mâles des autres
espèces, notamment aux flagellomères 12-13.
Chez toutes les espèces, probablement, et en tout
cas chez P. miersii et zernyi, les pectinations
sont plus courtes chez la femelle que chez le
mâle (fig. 885-886). Des macrochètes dorsaux, et
quelques ventraux irrégulièrement répartis sur
les pectinations. Chacune de celle-ci porte en
outre un long macrochète apical, sauf chez P.
lanei. Microchètes flagellaires internes longs,
dressés et courbés, chez certaines espèces (P.
collessi, kirkspriggsi, papua, scurror, zernyi et
l’espèce malaise).
Face très étroite, dénudée, en grande partie
membraneuse. Clypéus très peu saillant, n’attei¬
gnant pas le niveau du bord antérieur des yeux,
portant quelques cils. Trompe très réduite, à
peine visible, palpes ne comprenant qu’un seul
article en plus du palpifère. Palpomère très petit
et portant une crypte sensorielle petite, mieux
développée et fortement ciliée chez P. zernyi.
Thorax (fig. 845). — Prothorax bien déve¬
loppé, non rétréci dorsalement sur la ligne
médiane, prosternum peu saillant, couvert de
macrochètes couchés. Angle postérieur du pro-
épimère situé au-dessous de la suture anapleu-
rale. Scutum peu bombé, uniformément recou¬
vert de macrochètes serrés mais peu développés,
sauf aux marges latérales, en particulier au
niveau de l’insertion des ailes, et à la marge
scutellaire, où ils sont plus longs. Scutellum
semi-circulaire, portant de courtes soies discales
et de longues apicales, les discales moins nom¬
breuses chez les espèces oriento-australasiennes.
Médiotergite anguleux mais peu saillant, dénudé.
Pleures le plus souvent entièrement nues, sauf la
propleure, mais des microchètes anépisternaux
chez P. kirkspriggsi et scurror.
Pattes. — Hanches sensiblement de même
longueur. Hanches I ciliées sur les faces anté¬
rieure et externe, II le long du bord antérieur de
la face externe, III le long du bord postérieur de
la face externe. Pas de soies coxales postérieures.
Fémurs normaux, à pilosité couchée, plus ou
moins longue ventralement ; tous les fémurs avec
une bande dénudée postéro-ventrale, plus large
aux II-III. Tibia III progressivement mais forte¬
ment élargi de la base vers l’apex. Microchètes
tibiaux disposés en rangées régulières, au moins
à la face externe. Tibia I sans macrochètes, II-III
avec seulement quelques postérieurs peu saillants
de la villosité. Éperons 1 : 2 : 2, l’antérieur et
l’externe II réduits, pas plus longs que la moi¬
tié de la largeur apicale des tibias correspon¬
dants, interne II un peu plus long que cette
largeur, III égal, l’externe un peu plus court.
Éperon externe II absent chez P. collessi, papua
et l’espèce malaise, et probablement chez les
autres espèces oriento-australasiennes. Tibia I
avec un petit peigne, le plus souvent hyalin et
difficilement visible (fig. 847). Tibia II avec
un peigne postérieur bien développé et un petit
peigne entre les éperons (absent chez les espèces
oriento-australasiennes), pas de peigne antérieur.
Tibia III avec le jeu complet de trois peignes.
Protarse I plus long que le tibia, mais de
beaucoup inférieur au double de celui-ci, mais
plus court que le tibia chez P. lanei. Protarse II
normal, protarse III épaissi, les II-III avec une
rangée postérieure et une rangée interne de
macrochètes ; macrochètes régulièrement dis¬
posés, des rangées plus serrées. Griffes épaisses et
serrulées chez le mâle, fines et fortement spinu-
leuses à la base chez la femelle.
Ailes (fig. 846) larges, bien plus courtes que
l'abdomen, claires ou enfumées, avec des taches
diffuses chez P. lanei et des taches nettes,
notamment au niveau de R4, chez les espèces
oriento-australasiennes. Champ anal portant
quelques macrochètes dressés. Costale prolongée
jusqu’à l’apex de l’aile, dépassant largement
l’extrémité de R5. Sous-costale longue, se termi¬
nant après l’apex de la cellule basale ; sc2
présente, faible, située avant le milieu de Sc.
R4+5 et R5 rectilignes, formant un angle pro¬
noncé, R4 + 5 nettement plus longue que R5, qui
n’atteint pas l’apex de l’aile. R4 oblique, son
extrémité proche de celle de RI. Fusion radiomé-
diane pas plus longue que le pétiole de la fourche
médiane chez l’espèce-type et quelques autres,
dépassant le double de cette longueur chez
l’espèce malaise (mais ce caractère peut varier
comme l’a noté Duret en 1 979 ; cf. aussi la
description de P. kirkspriggsi). Cellule basale
grande, non divisée en deux par la trave de la
Source : MNHN, Paris
316
LOÏC M ATI LE
Fig. 848-851. — Platyroptilon miersii Westwood, terminalia : 848, hypopyge mâle, vue ventrale; 849, d°, vue dorsale;
850, terminalia femelles, d°; 851, d°, vue latérale.
Fig. 848-849 en partie d’après Duret (1974), modifié.
médiane. Médianes atteignant la marge de l’aile,
de même que Cul b, qui est régulièrement cour¬
bée. Cu2 fine et longue, anale se terminant peu
avant la marge alaire, A2 bien développée.
Ciliation, face dorsale : C, RI, R4 + 5, R5,
frm. Face ventrale : toutes les nervures nues
sauf la costale.
Abdomen mâle allongé, cylindrique, sept seg¬
ments prégénitaux visibles, plus la marge apicale
du VIII. Femelle : abdomen plus court et massif,
d’abord cylindrique, puis aplati dorsoventrale-
ment au segment IV ou V, sept segments prégéni¬
taux apparents. Pas de sclérite intercalaire.
Genitalia mâles (fig. 848-849, 852-884) de type
inversé. Tergite VIII court et étroit, le stemite à
peine plus long. Tergite IX (fig. 868-876) grand,
surtout dans le groupe de l’espèce-type (fig. 871),
où il recouvre pratiquement entièrement les
gonocoxopodites dorsalement. Cerques et hypo-
procte petits et peu sclérifiés. Stemite IX absent
ou fusionné Gonocoxopodites presque entière¬
ment fusionnés ventralement, formant un seul
grand synsclérite subrectangulaire, légèrement
échancré au milieu de la marge apicale, plus
longuement chez P. ramicornis et miersii (fig. 854-
855) ; synsclérite entièrement ouvert dorsale¬
ment, ne formant pas de tube ou de pont sclérifié
autour de la base des gonostyles. Gonostyles
larges, à insertion ventrale, munis de fortes soies
marginales internes, sauf chez P. vockerothi.
Gonostyles progressivement amincis chez les
espèces australasiennes (fig. 877, 879, 881, 883),
brusquement et portant un processus dénudé
distinct, celui-ci à insertion apicale ou subapi¬
cale, chez P. misionensis, ramicornis, mendax,
zernyi et miersii (fig. 863-867), médiane ou
submédiane chez les autres. Chez P. kirkspriggsi,
un lobe gonostylaire interne portant des spinules
serrées (fig. 877). Une dent préapicale chez P.
collessi et papua. Dans tous les cas, extrémité
gonostylaire portant une longue soie terminale.
Phallosome en grande partie membraneux,
non prolongé vers l’avant dans l’abdomen, para-
mères dorsaux très sclérifiés, reliés aux ventraux
et formant avec eux un pont apical. Apodème
éjaculateur libre dans la cavité hypopygiale.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
317
Genitalia femelles (fig. 850-851). — Tergite et
stemite IX entièrement membraneux, le tergite
VIII lui-même peu sclérifié. Cerques uni-arti¬
culés, très allongés et fortement rétrécis à l’apex ;
plaque ventrale proportionnellement réduite. Ster-
nite VIII entièrement séparé en deux parties,
marges interne et apicale fortement rebordée.
Larve et biologie. — Selon Duret (1974), le
Dr Carpentero a trouvé des larves et des
nymphes de Platyroptilon à Glew, Province de
Buenos-Aires, Argentine. Elles vivaient dans un
vieux tronc tombé portant des champignons
ligneux. Mis en élevage, ces champignons ont
donné des imagos que Duret a identifiés comme
Fig. 852-858. — Hypopyge mâle des Platyroptilon néotropicaux : 852, P. misionensis Duret, moitié droite, vue ventrale ;
853, P. mendax n. sp., d° (holotype) ; 854, P. ramicornis End., d° (holotype) ; 855, P. miersii Westw., d° ; 856, P. zer-
nyi Edw., d°, spécimen de Guyane française ; 857, P. zernyi, type A de Duret, demi-face ventrale à gauche, demi-face
dorsale à droite (tergite IX enlevé) ; 858, P. zernyi. type B de Duret, d°.
Même échelle pour les fig. 852-856. Fig. 857-858 d’après Duret (1979).
Source : MNHN, Paris
318
LOÏC MATILE
appartenant à P. miersii. Le Dr Carpentero a
suivi la biologie de cette espèce mais, à ma
connaissance, n’a jamais publié ses observations.
Les premiers stades et leur biologie demeurent
donc inconnus.
Répartition. — Régions néotropicale (sauf la
sous-région chilienne), orientale et australa-
sienne.
Matériel examiné. — Toutes les espèces con¬
nues (sauf les quatre décrites par Duret en
1979), les quatre espèces nouvelles décrites ci-
dessous et une femelle appartenant à une espèce
inédite de Malaisie (Pahang, Fraser’s Hill, 4 000',
H. M. Pendlebury, au British Muséum).
Fig. 859-862. — Hypopyge mâle des Platyroptilon néotro¬
picaux, holotypes : 859, P. vockerothi Duret, demi-face
ventrale à gauche, demi-face dorsale à droite (tergite IX
enlevé) ; 860, P. penai Duret. d° ; 861, P. inca Duret, moitié
droite, vue ventrale ; 862, P. lanei Duret, demi-face
ventrale à gauche, demi-face dorsale à droite (tergite IX
enlevé).
D’après Duret (1979).
Clé des espèces oriento-australasiennes
1 . — Deux ocelles ; pleures : de nombreuses soies anépisternales. Hypo¬
pyge mâle : fig. 879-880. Sulawesi . scurror n. sp.
— Trois ocelles ; soies anépisternales rares ou absentes . 2
2. — Scutum jaune, deux minces lignes longitudinales brunes ; hanches II-
III et abdomen entièrement jaunes. Malaisie . sp. indet.
— Scutum et abdomen largement marqués de brun ; hanches II-III plus
ou moins largement brunies . 3
3. — Ocelles externes séparés de la marge oculaire par plus du double
de leur propre diamètre ; face et trompe jaunes ; trois bandes
scutales jaunes très bien marquées ; quelques soies anépister¬
nales. Hanches II-III tachées de brun clair. Hypopyge mâle : fig. 877-
878. Sulawesi . kirkspriggsi n. sp.
— Ocelles externes séparés de la marge oculaire par environ leur propre
diamètre ; face et trompe brunes ; pas de bandes scutales, ou celles-ci
indécises. Hanches II-III fortement marquées de brun-noir . 4
4. — Hanches II-III largement jaunies en haut ; scutum brun, portant deux
larges taches humérales jaunes. Hypopyge mâle : fig. 883-884.
Papouasie-Nouvelle-Guinée . papua n. sp.
— Hanches II-III entièrement brunes ; scutum brun sombre, portant
trois bandes longitudinales indécises d’un brun plus clair. Hypopyge
mâle : fig. 881-882. Australie (Queensland) . collessi Mat.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
319
Platyroptilon mendax n. sp.
Platyroptilon ramicornis : Lane, 1946 : 345 (pro
parte), non Enderlein, 1910 (erreur de déter¬
mination).
Platyroptilon ramicornis : Duret, 1974 : 294 et
figures 6-7, non Enderlein, 1910 (erreur de
détermination).
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 3 mm.
Tête brun-noir. Trois ocelles, le médian punc¬
tiforme, les latéraux éloignés de la marge ocu¬
laire par un peu plus de leur propre diamètre.
Antennes brunes (fig. 887) ; scape et pédicelle à
bec ventral bien prononcé ; 10 fiagellomères, les
1 à 9 longuement pectinés, chaque digitation
munie d’une forte soie apicale. Face jaune,
trompe et palpes roux.
Thorax : prothorax jaune, Pépisteme et l’épi-
mère brunis. Scutum brun, les calus huméraux
jaunes, cette teinte prolongée sur toute la marge
antérieure ; deux étroites bandes longitudinales
brunes réunies en V avant le scutellum. Scutel-
lum jaune, portant quelques soies discales et des
marginales mêlées, courtes et longues. Médioter-
gite roux. Sclérites pleuraux roux, le katépisterne
et le latérotergite largement jaunis ventralement.
Pattes jaunes, hanches II brunies à l’apex, III
sur presque toute la face externe. Fémurs II-III
étroitement brunis à la base, l’apex du III
assombri. Tibias III brunis à l’apex. Éperons 1 :
2 : 2, l’externe II bien plus court que l’interne, les
externe et interne III égaux.
Ailes grisâtres, sans taches définies ; balanciers
à pédicelle jaune, capitule brun-noir.
Abdomen : tergites I-V brun clair, les II-V
avec de larges taches basales latérales qui ne se
rejoignent pas sur le disque ; tergites VI-VIII
brun sombre. Stemite I brun sombre, II-V avec
chacun deux taches latérales apicales brunes
triangulaires, se rejoignant le long de la marge
apicale sous forme d’une ligne brune, étroite sur
les II-IV, plus large et plus prononcée sur le V.
Sternites suivants brun sombre.
Hypopyge (fig. 853) entièrement jaune clair.
Tergite IX quadrangulaire avec un saillant apical
arrondi (fig. 870). Gonostyles élargis à la base,
processus digitiforme long (fig. 865).
Variations : bandes scutales brunes parfois
effacées.
Holotype mâle : Brésil, État de Sào Paulo,
Cantareira, 9.10.1945 (M. P. Barretto). Deux
paratypes mâles : d°, Juquia, 09.1945 ( J . Lane).
Holotype et un paratype au Museu de Zoologia,
Sào Paulo ; un paratype au Muséum national
d’Histoire naturelle, Paris.
Dans la clé de Duret (1979), P. mendax se
situerait à côté de P. ramicornis. Il s’en distingue
par le scutum jauni en avant, le tergite II avec de
larges taches latérales jaunes, l’hypopyge jaune et
des détails de la structure des genitalia mâles,
notamment du tergite IX (comparer fig. 868 et
870).
Fig. 863-867. — Gonostyles de quelques Platyroptilon néo¬
tropicaux : 863, P. miersii Westw. ; 864, P. zernyi Edw. ;
865, P. mendax n. sp. (holotype) ; 866, P. misionensis
Duret ; 867, P. ramicornis End. (holotype).
Source : MNHN, Paris
320
LOÏC MATILE
Fig. 868-876. — Tergite IX des mâles de Platyroptilon néotropicaux (ciliation non représentée) : 868, P. ramicornis End.
(holotype); 869, P. misionensis Duret (d°) ; 870, P. mendax n. sp. (d°) ; 871, P. miersii Westw. ; 872, P. vockerothi
Lane (holotype) ; 873, P. penai Lane (d°) ; 874, P. lanei Duret (d°) ; 875, P. zernyi Edw., type A de Duret ; 876, P. zer-
nyi Edw., type b de Duret.
Échelle pour les fig. 868-870 seulement. Fig. 871 d’après Duret (1974); fig. 872-876 d’après Duret (1979).
Platyroptilon kirkspriggsi n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 2,8 mm.
Tête : occiput brun-jaunâtre, bruni sur le dessus.
Calus ocellaires noirs. Trois ocelles, les latéraux
petits, éloignés de la marge oculaire par plus du
double de leur propre diamètre, le médian punc¬
tiforme. Front brun-jaunâtre, plus clair ventrale-
ment. Antennes : scape et pédicelle jaunes.
Flagelle jaune sombre, 12 flagellomères, les 1 à
11 largement prolongés ventralement, les pecti-
nations terminées par une longue soie noire, les
microchètes internes longs, dressés, courbés.
Face et trompe jaunes, palpes brun clair.
Thorax : prothorax jaune, sauf l’antéprono-
tum et l’épisterne, brun clair. Scutum brun,
portant trois bandes longitudinales jaunes bien
marquées, la médiane coupée en deux par une
fine ligne sagittale brune. Scutellum brun, por¬
tant de courtes soies discales dispersées. Médio-
tergite jaune sombre. Pleures : anépisterne et les
deux tiers ventraux du katépisteme bruns ; laté-
rotergite brun, sauf le tiers ventral, jaune. Ané-
pisteme portant deux microchètes à l’angle anté-
rodorsal.
Pattes : hanches I jaunes, très légèrement
assombries en haut ; hanches II jaunes dorsale-
ment, brunes ventralement. Hanches III brunes,
sauf le tiers basal. Fémurs jaunes, le III bruni
à la base, plus largement, mais plus légèrement.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
321
Fig. 877-884. — Genitalia mâles des Platyroptilon oriento-australasiens (holotypes, sauf fig. 881-882) : 877, P. kirkspriggsi
n. sp., hypopyge, vue ventrale ; 878, d°, tergite IX (ciliation non représentée) ; 879, P. scurror n. sp., hypopyge, vue
ventrale; 880, d°, tergite IX (ciliation non représentée); 881. P. collessi Mat., hypopyge, vue ventrale; 882, d°, ter¬
gite IX (ciliation non représentée) ; 883, P. papua n. sp., hypopyge, vue ventrale ; 884, d°, tergite IX (ciliation non
représentée).
Source : MNHN, Paris
322
LOÏC M ATI LE
à l’apex, mais sur la face dorsale seulement.
Tibias I-II jaunes, le II étroitement bruni à
l’apex. Tibia III brun sur la moitié basale et
étroitement bruni à l’apex. Des éperons, ne
subsistent que ceux du tibia III : noirs, l’externe
aussi long que la largeur apicale du tibia, l’in¬
terne double de cette largeur. Peignes : I distinct,
tibia II avec un seul peigne, postérieur, III avec le
jeu normal de trois peignes. Tarses jaunes, les III
légèrement brunis.
Ailes largement brunies à la marge antérieure,
jusqu’aux deux tiers de l’intervalle entre le
secteur radial et M 1 , légèrement mais largement
brunies le long de la marge postérieure, de M 1 à
Cul b. Une fenêtre jaune aux deux tiers de la
première cellule basale, une autre à la base de la
deuxième, toutes deux étendues jusqu’à Ml.
Fusion radiomédiane bien plus courte que le
pétiole de la fourche (7 : 16). Balanciers :
pédicelle jaune, capitule brun.
Abdomen : tergites bruns, indistinctement mais
largement jaunis à la base, latéralement, du I au
VI. Sternites jaunes, le I très étroitement bruni à
l’apex, les suivants de plus en plus largement, VII
entièrement brun.
Hypopyge (fig. 877-878) brun, le proctigère et
la base du synsclérite gonocoxal jaunis, les
gonostyles très fortement brunis dans la moitié
apicale. Tergite IX hexagonal, rétréci à l’apex.
Gonostyles portant un lobe interne muni d’une
brosse de petites spinules ; partie apicale rétrécie
très fortement sclérifiée.
Variations : le paratype mâle a la fusion
radiomédiane aussi longue que le pétiole de la
fourche médiane.
Holotype mâle : Sulawesi, Utara, Bumoga
Bone N. P., 0°34' N, 123°54' E, 232 m, Malaise
trap, sample forest « Rintice 3», 26-30.08.1985
(A. H. Kirkspriggs ). Un paratype mâle : d°,
Toraut, Malaise trap, sample forest edge, Sungal
Tumpah, 23.07-3.08.1985 (d°). Holotype mâle au
National Muséum of Wales, Cardiff, paratype au
Muséum national d’Histoire naturelle, Paris.
Cette espèce est très remarquable par le lobe
interne spinuleux des gonostyles, unique dans le
genre, et qui rappelle quelque peu la structure
présente chez Duretina (fig. 517).
Platyroptilon scurror n. sp.
Holotype mâle. Semblable à l’espèce précé¬
dente, mais plus grand (longueur de l’aile :
3,5 mm), et en différant par les caractères
suivants :
Tête : occiput brun-noir. Deux ocelles de
grande taille, éloignées de la marge oculaire
par leur propre diamètre. Front brun de poix.
Antennes : scape brun, pédicelle jaune, flagelle
brun, sauf la première pectination, jaune.
Thorax : soies anépistemales plus nombreuses.
Hanches I entièrement jaunes. Ne subsiste qu’une
seule patte III, semblable à celle de P. kirk-
spriggsi. Coloration alaire un peu plus pro¬
noncée, l’aile étant entièrement enfumée en
arrière de la bande antérieure colorée ; fusion
radiomédiane égale au pétiole de la fourche.
Abdomen : tergites bruns, les* II-V avec une
bande basale jaune plus large ventralement, celle
des IV-V plus étendue. Sternites : I brun, les
suivants jaunes à bande apicale brune, VI-VIII
bruns.
Hypopyge (fig. 879-880) brun, y compris le
proctigère et les gonostyles. Gonostyles plus
larges à la base, moins brusquement rétrécis à
l’apex, sans lobe interne bien distinct, mais
quand même avec une rangée de spinules in¬
ternes ; partie rétrécie moins fortement sclé¬
rifiée.
Holotype mâle : Sulawesi, Utara, Bumoga
Bone N. P., 0°34' N, 123°54' E, 232 m, Malaise
trap, sample forest «Rintice 3», 1-3.09.1985
(A. H. Kirkspriggs). National Muséum of Wales,
Cardiff.
L’espèce se distinguera de la précédente, et de
toutes les espèces oriento-australasiennes, par la
présence de deux ocelles seulement.
Platyroptilon papua n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 2,8 mm.
Tête : occiput et calus ocellaire noirs. Trois
ocelles, les latéraux éloignés de la marge oculaire
par environ leur propre diamètre, le médian
punctiforme. Antennes : ne subsistent que le
scape et le pédicelle, le premier brun-jaunâtre, le
second jaune sale. Face brune. Trompe brun-
noir, palpes jaune brunâtre.
Thorax : prothorax jaune, sauf l’antéprono-
tum et l’épisterne, bruns. Scutum brun, sauf deux
larges taches humérales jaunes. Scutellum brun-
roux ; en plus des soies marginales, une paire de
cils submarginaux dressés et quelques cils dis¬
caux couchés, peu visibles. Médiotergite brun.
Sclérites pleuraux bruns, sauf le katépisteme,
Source : MNHN, Paris
893
894
895
896
F 88jl96i r ^nt!oSeS„deS Pla,yr°Ptilon’ vue latérale : 885, P. miersii West w„ $; 886, d°, ^ ; 887, P. mendax n sp
; *??•* r,am'C°Z\S ^nd’ ‘*<d°> ; 889- * ™//mi Mat., cJ (d°) ; 890, P. misionensis Duret. (dV
f9'; £• RaT*\? ;n892, ^ m,ja Duret’ (holo‘ypc) ; 893, P penai Duret, t? (d°) ; 894, P. zernvi Edw J
type b de Duret; 895, d , Ç, type c de Duret; 896, P. lanei Duret, J (holotype). * °
mod Eche 6 P°Ur 6S fig' 885'889 seulement. Fig. 890 d’après Duret (1974), mod. ; fig. 891-896 d’après Duret (1979),
Source : MNHN, Paris
324
LOÏC MATILE
jauni dorsalement ; latérotergite brun en haut,
jaune en bas.
Pattes : hanches I jaune-brunâtre, II et III
brunes, largement jaunies à la base. Le reste des
pattes I et III absent. Fémurs II étroitement
brunis à la base, tibias et tarses jaunes, derniers
tarsomères brisés. Un seul éperon II, en position
interne, brun, un peu plus long que la largeur
apicale du tibia, et un seul peigne, postérieur.
Ailes jaunes marquées de brun à la marge
antérieure, du niveau de Rs à celui du quart
basal de la première cellule radiale ; également
une tache costale s’étendant de un peu avant
l’apex de RI à R4, et une petite tache api¬
cale ; marge postérieure enfumée de brun-gri¬
sâtre. Fusion radiomédiane aussi longue que le
pétiole de la fourche médiane. Balanciers : scape
jaune, pédicelle noir.
Abdomen : tergites bruns, le II avec de chaque
côté une petite tache triangulaire basale jaune,
les III-VI avec des taches basales concolores
beaucoup plus étendues. Stemites I et VII bruns,
les II-VI jaunes à larges bandes apicales brunes.
Hypopyge (fig. 883-884) brun, proctigère et
gonostyles jaunes. Tergite IX hexagonal à angles
arrondis, Gonostyles avec une pointe sclérifiée à
la base du rétrécissement apical.
Paratype mâle (sans abdomen). Comme chez
l’holotype, mais taches scutales antérieures jaunes
moins distinctes, et soies scutellaires dressées,
bien visibles.
Parties présentes et manquant chez l’holo-
type. — Antennes : 12 flagellomères noirs, les
1-11 longuement prolongés et terminés par un
long macrochète ; microchètes dressés, longs et
courbes, à la face interne. Patte I jaune. Fé¬
mur III jaune, étroitement bruni à la base, et
très largement à la face dorsale, sur presque
toute la moitié apicale. Tibia III brun-jaunâtre ;
un seul éperon, brun, un peu plus long que la
largeur apicale du tibia, situé en position externe.
Un peigne externe III en plus du postérieur.
Pro tarses II (complets) et III (tarsomère 1 seu¬
lement) jaune-brunâtre. Griffes épaisses et ser-
rulées comme chez les mâles de toutes les autres
espèces du genre.
Holotype mâle : Nouvelle-Guinée, Papua,
Brown River, 5 m, 23.10.1960, piège de Malaise
(J. L. Gressitt). Paratype (mâle dépourvu d’abdo¬
men) : Nouvelle-Guinée, NE, Wau, Morobe
Distr., 1 250 m, 10.04.1963, piège de Malaise
( J . & M. Sedlacek). Holotype au Bishop Mu¬
séum, Hawaii, paratype au Muséum national
d’Histoire naturelle, Paris.
Cette espèce serait exceptionnelle par la pré¬
sence d’un seul éperon aux tibias III, mais
l’éperon III présent sur le paratype étant en
position externe, il me paraît plus probable que
l’éperon interne soit tout simplement tombé. La
dent triangulaire pré-apicale des gonostyles per¬
met de la rapprocher de P. collessi (la présence
de cette dent m'a échappé lors de la description
originale) ; elle n'existe chez aucune autre espèce
du genre.
Genre Rocetelion Matile
Rocetelion Matile, 1988b : 108. Espèce-type : Cerotelion fasciatus Garrett, 1925, par désignation
originale.
Ce genre a été proposé pour quatre espèces
auparavant rangées dans les Cerotelion ou les
Euceroplatus : Keroplatus humeralis Zetterstedt,
d’Europe du Nord, et Cerotelion fasciatum Gar¬
rett, Keroplatus fasciolus Coquillett et K. fenes-
tralis Fisher, tous trois nord-américains, j’ai
donné lors de la description originale (Matile,
1988b) les principaux éléments systématiques,
morphologiques et biogéographiques tirés de ma
thèse, et ajouté une clé de détermination des
espèces. Rappelons que Rocetelion se distinguera
d’ Euceroplatus et de Cerotelion par le scutel-
lum portant plusieurs rangées de courtes soies
apicales et le protarse I allongé. Il diffère de tous
les autres Keroplatini sauf Paracerotelion par ses
gonostyles aplatis dorsoventralement.
•JÇ. — Tête (fig. 897-898) arrondie, aplatie,
plus large que haute. Occiput couvert de courtes
soies couchées, les préoculaires plus longues.
Trois ocelles, le médian petit mais non puncti¬
forme, les latéraux grands, éloignés de la marge
oculaire par une distance équivalente à 1,5 fois
leur propre diamètre (R. fasciatum. fasciolum) ou
prés du double {R. fenestrale. humerale). Chaque
ocelle situé sur un calus distinct, cilié sur les deux
tiers postérieurs, le calus médian prolongé en
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
325
Fig. 897-906. — Rocetelion fascialum (Garrett) : 897, tête, vue frontale; 898, d°, vue latérale ; 899, flagelle antennaire, vue
latérale , 900, aile, face dorsale ; 901, thorax, hanches et premier segment abdominal, vue latérale ; 902, hypopyee mâle
vue dorsale (soies ordinaires non représentées) ; 903, d°, vue ventrale (d#) ; 904, phallosome ; 905, terminalia femelles'
vue ventrale (d°) ; 906, d°, vue latérale (d°).
D’après Matile (1988b).
Source : MNHN, Paris
326
LOÏC MATILE
arrière par une longue suture sagittale n’attei¬
gnant cependant pas le foramen magnum. Yeux
grands, occupant les deux tiers de la face latérale
de la tête, longuement et profondément émar-
ginés au niveau des fosses antennaires ; pilosité
courte. Front large et peu élevé, dépourvu de
calus et de sillon frontaux, sauf entre les fosses
antennaires, à l’exception de R. humerale, où
existent des calus peu élevés et un sillon frontal
plus net. Antennes de 2+14 articles. Scape et
pédicelle en cylindre court, dépourvu de bec
ventral. Flagelle (fig. 899) élargi et aplati, les
pédoncules en position submédiane, très courts
sauf celui du premier flagellomère. Dernier fla-
gellomère bien plus long que large, dépourvu
d’apicule terminal, sauf chez R. fasciolum, où il
en existe un petit, arrondi. De nombreux macro-
chètes dorsaux, des ventraux plus rares et plus
courts, également quelques externes sur les fla-
gellomères apicaux. Face large, peu sclérifiée,
dénudée, chez toutes les espèces sauf chez R.
fasciolum, où la face est mieux sclérifiée et porte
quelques cils ventraux. Clypéus cilié, peu saillant
en avant du bord antérieur des yeux, indistincte¬
ment séparé dorsalement de la face. Trompe
courte, dépassant peu le bord ventral des yeux.
Labelles courtes, en lame sclérifiée portant de
nombreux cils courts à la face externe, face
interne membraneuse. Palpifère petit mais bien
sclérifié. Premier palpomère très petit, le deuxième
gros et dressé en avant, la face interne sclérifiée
et ciliée ; quelques sensilles apicales non dispo¬
sées en crypte (observé chez R. fasciatum).
Thorax (fig. 901). — Prothorax peu développé,
fortement rétréci dorsalement. Prostemum peu
saillant, sauf les lobes latéroventraux. Chez
l’espèce-type, seuls ces derniers sont ciliés ; chez
R. fenestrale, des soies dispersées sur presque
toute la surface, chez R. humerale, les soies
plus serrées. Chez R. fasciolum, soies disposées
comme chez R. fasciatum, mais il y a quelques
soies dorsales supplémentaires. Angle postéro-
ventral du proépimère situé peu au-dessous de la
suture anapleurale. Scutum peu bombé, unifor¬
mément recouvert de petites soies, les latérales et
les préscutellaires plus longues. Scutellum de
taille moyenne, semi-circulaire, nu sur le disque,
sauf chez R. fenestrale et humerale, où il porte
une ou deux paires de petites soies discales. Soies
marginales nombreuses, courtes, disposées en
plusieurs rangées. Médiotergite fortement sail¬
lant en arrière du scutellum, arrondi à l’apex,
dénudé. Pas de soies scabellaires. Bande mem¬
braneuse sous-scutellaire en bandelette courte,
mais distincte. Pleures dénudées, sauf le proépi-
sterne et l’antépronotum, ciliés, et l’anépisterne,
qui porte un groupe de microchètes dorsaux.
Fissure anépisternale distincte, courte chez R.
fasciatum, plus longue chez les trois autres
espèces. Chez l’espèce-type, R. fasciolum et R.
humerale, katépisterne indistinctement séparé de
l’épimère au niveau de la fosse médiopleurale,
et donc suture médiopleurale incomplète à ce
niveau ; fosse médiopleurale large et peu pro¬
fonde. Chez R. fenestrale, fosse plus profonde et
suture médiopleurale complète. Mésépimère for¬
tement rétréci ventralement, le latérotergite et le
katépisterne contigus en bas, ce caractère moins
prononcé chez R. fasciolum. Latérotergite sur¬
plombant fortement le métépisterne, son grand
axe oblique. Métépisterne presque aussi haut que
large, dénudé.
Pattes. — Hanches longues, subégales (fig. 901).
Hanches I ciliées à la face antérieure, la ciliation
débordant un peu sur la face externe ; des soies
postérieures apicales courtes. Hanches II ciliées
sur la face antérieure, la ciliation débordant
également sur la face externe. Hanches III ciliées
sur presque toute la face externe (R. fascia¬
tum, humerale), sur environ les deux tiers {R.
fenestrale) ou la moitié (R. fasciolum). Des
soies coxales postérieures apicales, longues aux
hanches I, plus courtes aux II-III, ces dernières
absentes chez R. fasciatum et fasciolum. Fémurs
normaux, à pilosité couchée, les soies ventrales
pas plus longues que les dorsales. Les trois
fémurs avec de larges bandes dénudées postéro-
ventrales. Tibias régulièrement épaissis de la base
vers l’apex. Ciliation tibiale : microchètes irrégu¬
lièrement et régulièrement disposés. Tibia I à
rangées régulières sur toutes les faces sauf la base
chez R. humerale et fenestrale, sur la moitié
apicale de la face antérieure et presque toute la
face externe chez R. fasciolum, sur presque toutes
les faces antérieure et externe chez R. fasciatum.
Tibia II presque entièrement à rangées régu¬
lières, certaines comportant des soies plus serrées
paraissant des lignes continues noires, chez R.
fasciatum et humerale, sur la moitié apicale de la
face antérieure et presque toute la face externe,
également avec des lignes noires, chez R. fascio¬
lum (tibias et tarses II brisés sur le seul exem¬
plaire de R. fenestrale disponible). Tibia III : des
rangées régulières, dont certaines plus serrées,
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
327
sur le tiers apical de toutes les faces, chez toutes
les espèces. Tibia I avec une zone sensorielle
apicale indistincte formée de soies plus serrées, et
un peigne bien développé. Tibia II avec un
peigne postérieur réduit et un tout petit peigne
entre les éperons. Tibia III avec un petit peigne
entre les éperons et un peigne postérieur long,
mais formé de soies écartées les unes des autres.
Éperons 1:2:2. Éperon antérieur subégal
à la largeur apicale du tibia, de même que les
externes II-III, les internes de ces derniers envi¬
ron doubles. Tibia I dépourvu de macrochètes, II
avec quelques postérieurs, III avec quelques
antérieurs et antéro-extemes, et une rangée api¬
cale de postérieurs. Tarses longs et minces, le
protarse I dépassant le double de la longueur du
tibia chez Pespèce-type (2,3 x), de 1,6 à 1,7 fois
cette longueur chez les autres espèces. Protarse II
un peu plus long que le tibia correspondant, III
un peu plus court. Microchètes tarsaux disposés
Fig. 907-912. — Genitalia mâles des Rocetelion : 907, R. fenestrale (Fisher), hypopyge, vue ventrale; 908, d". tergite IX
(ciliation non représentée); 909, R. fasciatum (Garrett), hypopyge, vue ventrale; 910, d°, tergite IX (ciliation non
représentée); 911, R. humerale (Zett.), hypopyge, vue ventrale; 912, d°, tergite IX (ciliation non représentée).
D’après Matile (1988b).
Source : MNHN, Paris
328
LOÏC M ATI LE
en rangées régulières, macrochètes ventraux courts
et largement séparés les uns des autres. Griffes
mâles épaisses et serrulées, spinuleuses à la base,
griffes femelles plus fines.
Ailes (fig. 900) nettement plus courtes que le
corps, étroites, le lobe anal réduit ; plus ou moins
enfumées à l’apex (surtout R. fasciolum et humé¬
rale), parfois une tache au bord antérieur ( R .
fenestrale). Pas de macrotriches sur la mem¬
brane, sauf dans le champ anal, où ils sont rares
et dressés. Sc relativement courte, se terminant
entre la base de Rs et l’apex de la cellule basale
chez R.fasciatum, plus longue, prolongée jusqu’à
l’apex de la cellule basale chez les autres espèces.
Sc2 présente, faible mais distincte, située avant le
milieu de Sc. RI subrectiligne. R4 présente,
oblique, courte (un peu plus longue chez R.
fasciolum), son apex proche de celui de RI.
R4 + 5 un peu plus longue que R5, avec laquelle
elle est pratiquement en continuité. Fusion ra-
diomédiane courte, à peu près de même longueur
que le pétiole de la fourche médiane chez R.
fasciatum et fasciolum, un peu plus courte chez
R. fenestrale, bien plus courte chez R. humerale.
Cellule basale indistinctement divisée en deux
par la base de M, présente sous forme de pli non
sclérifié. Toutes les nervures basses atteignant la
marge de l’aile. Cul b régulièrement et faiblement
courbée, Cu2 longue et distincte. Anale effacée à
l’apex mais atteignant la marge.
Ciliation, face dorsale : C, RI, R4 + 5, R5 et
An. Face ventrale : toutes les nervures nues sauf
la costale.
Abdomen mâle : les deux premiers segments
cylindriques allongés, les suivants progressive¬
ment aplatis et raccourcis, segments apicaux plus
larges que les médians. Femelle : abdomen élargi
dès le segment II, les segments suivants larges,
les côtés de l’abdomen parallèles, puis le seg¬
ment VII brusquement rétréci. Dernier segment
prégénital apparent mâle : VII, dissimulant en¬
tièrement le VIII, longueur du tergite VIII entre
la moitié de celle du stemite (fasciatum, fenes¬
trale) et les deux tiers (R. humerale). Dernier
segment prégénital apparent femelle : VII.
Genitalia mâles (fig. 902-904, 907-912). —
Tergite IX grand, non transverse, plus ou moins
arrondi à l’apex et encoché à la base. Sternite IX
absent ou fusionné. Cerques petits, arrondis.
Chez l’espèce-type, hypoprocte en plaque simple,
sclérifiée et ciliée. Chez R. fenestrale, une zone
basale membraneuse peu étendue, chez R. hume¬
rale, cette zone basale très étendue, la partie
sclérifiée de l’hypoprocte ainsi en forme de fer à
cheval. Gonocoxopodites presque entièrement
séparés ventralement par une large zone sagittale
membraneuse, se prolongeant en triangle de
chaque côté, le long de la marge apicale, chez R.
fenestrale et humerale (fig. 907, 911). Synsclérite
largement rebordé dorsalement de part et d’autre
du tergite IX, la face ventrale ainsi reliée à la
dorsale par un pont sclérifié et cilié entourant la
base des gonostyles, le tube ainsi formé très
court, sa face interne presque transverse ; à ce
niveau, des rangées de spinules sombres tran¬
chant nettement sur le reste de la ciliation.
Gonostyles aplatis dorsoventralement, simples, à
insertion latérale, sans dents apicales ou préapi¬
cales plus sclérifiées, mais avec une lame interne
plus épaisse. Pointus à l’apex chez R. fasciatum,
arrondis chez R. fenestrale et humerale. Pas
de soies modifiées Chez R. fenestrale, la ciliation
est plus rare et plus courte. Phallosome de taille
moyenne, occupant presque toute la cavité gono-
coxale. Apodèmes gonocoxaux longs, étroits et
bien sclérifiés. Phallosome presque entièrement
membraneux dorsalement et ventralement ; n’est
sclérifiée que l’étroite bande apicale reliant les
paramères de part et d’autre, à l’apex (fig. 904).
Par contre, paramères dorsaux et ventraux réu¬
nis latéralement par une large lame sclérifiée chez
l’espèce- type, cette lame moins étendue chez R.
fenestrale et humerale. Apodème éjaculateur
court et bien sclérifié.
Genitalia femelles (fig. 905-906, R. fasciatum),
presque entièrement invaginés dans le segment
VII, dont ne dépassent, dorsalement et latérale¬
ment, que l’apex du tergite X, les deux tiers du
stemite X et les cerques. Tergite VIII entière¬
ment invaginé et membraneux. Stemite VIII
entièrement divisé en deux longitudinalement,
toute la marge apicale ciliée. Tergite IX membra¬
neux. Sternite IX entièrement interne, relative¬
ment bien sclérifié, muni d’expansions latérodor-
sales creuses. Cerques très minces, allongés,
uniarticulés. Stemite X en plaque, très bien
développé.
Larve et biologie inconnues.
Répartition. — Région holarctique.
Matériel examiné. — Les quatre espèces con¬
nues.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
329
Genre Setostylus n. gen.
Espèce-type : Keroplatus ( Euceroplatus ) singu-
laris Lane.
Ce genre est proposé pour Keroplatus bellulus
Williston, 1900 (= K. fuscithorax Enderlein ; n.
syn.), du Mexique et du Brésil, classé par
Edwards (1929c) dans le sous-genre Euceropla¬
tus, K. ( Euceroplatus ) singularis Lane, 1946, du
Brésil, K. ( Euceroplatus ) innotatus Edwards,
1931c, de Sumatra, et Cerotelion abdominalis
Sasakawa & Tamu, 1961, du Japon (nn. comb.).
S’y ajoutent trois espèces inédites de Malaisie,
S. bispinosus, rufobrunneus et stubbsi, une du
Guatemala, S. pictipennis, et une de Panama,
S. bifidus.
Résultant du démembrement du genre Eucero¬
platus auct. (voir p. 214), ce nouveau taxon est
principalement caractérisé par le prosternum
cilié, l’anépisterne portant des microchètes dor¬
saux, les protarses III élargis et les éperons
externes III non réduits, presque aussi longs que
les internes. Les gonostyles sont prolongés par
un processus digitiforme muni d’une longue soie
apicale, comme chez la plupart des Platyroptilon
et certains Euceroplatus.
Derivatio nominis : du latin seta, poil, et Sty¬
lus, stylet ; allusion à la soie apicale des gono¬
styles. Genre : masculin.
cJ. — Tête (fig. 913-914) arrondie, aplatie, plus
large que haute. Yeux de taille moyenne, occu¬
pant un peu moins des deux tiers de la face
latérale de la tête, faiblement encochés au-dessus
de l’insertion des antennes (fortement chez 5.
bifidus) ; pilosité serrée. Occiput fortement sail¬
lant au-dessus du bord dorsal des yeux, couvert
de soies couchées, les postoculaires plus longues.
Deux ocelles chez l’espèce-type et S. bifidus, trois
chez toutes les autres espèces. Quand il est
présent, ocelle médian plus petit que les latéraux
mais non punctiforme, sauf chez S. pictipennis et
bispinosus. Ocelles latéraux éloignés de la marge
oculaire par au moins le double de leur propre
diamètre. Calus ocellaire nettement délimité,
divisé en deux par un profond sillon chez
l’espèce-type et 5. bifidus, ce sillon prolongé
en arrière sur l’occiput, un peu en avant sur le
front. Chez les autres espèces, le sillon est
effacé au niveau de l’ocelle médian ; il est
pratiquement absent chez S. rufobrunneus. Front
large, déprimé sur la ligne médiane, puis soulevé
et prolongé ventralement par un petit tubercule
frontal nu et peu saillant. Chez l’espèce-type
seulement, des soies frontales latérales disposées
en deux rangées le long de la marge oculaire.
Antennes : scape en cylindre court, plus petit que
le pédicelle, celui-ci en entonnoir légèrement
prolongé par un bec ventral. Chez S. innotatus,
abdominalis et stubbsi, le scape est lui aussi
prolongé en bec ventral, tandis que celui du
pédicelle est plus développé encore. Flagelle
élargi et aplati, formé de 14 articles à pédoncule
très court (fig. 915). Dernier flagellomère un peu
plus long que large, apiculé seulement chez S.
singularis. De longs macrochètes dorsaux. Ven¬
tralement, chacun des flagellomères 1 à 12 ne
porte qu’un seul macrochète, subapical, bien
plus court que les dorsaux. Chez S. pictipennis,
toutefois, les premiers flagellomères portent deux
ou trois macrochètes au lieu d’un seul, tandis
qu’au contraire S. rufobrunneus et bispinosus
en sont dépourvus. Face étroite, peu sclérifiée,
dénudée. Clypéus saillant en avant des yeux,
cilié. Trompe très courte, l’ensemble trompe 4-
palpes ne dépassant pas le bord ventral des yeux.
Chez l’espèce-type, hypopharynx non sclérifié.
Labelles très courtes, longuement ciliées ventra¬
lement. Palpes réduits à un petit palpifère et à un
seul palpomère, dressé en avant, sclérifié et cilié à
la face externe, où il porte de petites cryptes
sensorielles (décelées chez l’espèce-type), mem¬
braneux à la face interne. En général, palpomère
plus court que le clypéus, atteignant à peu près
sa longueur chez S. pictipennis, bispinosus et
rufobrunneus.
Thorax (fig. 9 1 6) peu arqué. Prothorax petit, le
postpronotum fortement rétréci au milieu. Anté-
pronotum cilié, angle postérieur du proépimère
situé au-dessous de la suture anapleurale. Pro¬
sternum peu saillant, cilié à la marge et sur le
disque. Scutum à pilosité uniformément répartie,
moins serrée et plus dressée que chez Euceropla¬
tus, soies latérales et préscutellaires plus longues.
Scutellum semi-circulaire, portant des soies dis¬
cales chez toutes les espèces sauf S. bifidus,
bispinosus et rufobrunneus. Soies scutellaires mar¬
ginales longues, certaines d’entre elles dépassant
le double de la longueur du scutellum. Médioter-
gite dénudé, anguleux arrondi, ne dépassant pas
en arrière le niveau du scutellum. Aire membra-
Source : MNHN, Paris
330
LOÏC M ATI LE
Fig. 913-920. — Setostylus singularis (Lane) : 913, tête, vue frontale; 914, d°, vue latérale; 915, antenne, vue latérale
(microchètes non représentés); 916, thorax, hanches et premier segment abdominal, vue latérale; 917, aile, face
dorsale ; 918. hypopyge, vue dorsale (soies ordinaires non représentées) ; 919, d°, vue ventrale (d°) ; 920, phallosome,
vue dorsale.
neuse sous-scutellaire en bandelette transversale.
Pas de soies scabellaires. Pleures dénudées, sauf
le proépisteme et l’anépisterne, ce dernier por¬
tant des soies, parfois réduites à un ou deux cils,
dans l’angle antérodorsal. Des soies prostigma-
tiques postérieures. Une fissure anépisternale
courte et étroite. Mésépimère réduit en hauteur
et rétréci presque jusqu’à sa marge dorsale.
Suture médiopleurale fortement anguleuse, fosse
médiopleurale profonde. Latérotergite dénudé,
son grand axe oblique, fortement saillant au-
dessus du métépisterne, celui-ci bien plus long
que haut.
Pattes. — Hanches I un peu plus courtes que
Source : MNHN, Paris
LES K.EROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
331
les II-III, qui sont subégales (fig. 916). Hanches I
ciliées à la face antérieure et à la face externe, II
à la face antérieure sauf à la base, III à l’apex et
le long du bord postérieur de la face externe. Pas
de soies coxales postérieures. Fémurs normaux, à
pilosité couchée, les soies ventrales nettement
plus longues que les dorsales. De larges bandes
dénudées subventrales. Tibias I et II régulière¬
ment élargis de la base vers l’apex, les III plus ou
moins fortement élargis. Microchètes disposés en
rangées régulières toutes semblables. Éperons 1 :
2 : 2. Éperon antérieur un peu plus long que la
largeur apicale du tibia (S. singularis, pictipennis,
rufobrunneus), de même longueur (S. bispinosus ),
ou au contraire près du double de cette largeur
(S. bifidus) ou double (5. abdominalis, innotatus,
stubbsî), atteignant même le triple chez S. bellu-
lus. Éperon interne II atteignant près du double
de la largeur apicale du tibia, plus du double
chez S. bifidus ; éperon externe subégal à la
largeur apicale du tibia, plus court chez S.
innotatus, bellulus et les trois espèces de Malaisie,
très réduit chez S. bifidus. Éperon interne III
seulement un peu plus long que le II, et donc
inférieur au double de la largeur du tibia élargi.
Éperon externe III aussi long, ou un peu plus
court, que l’interne. Chez S. abdominalis, l’épe¬
ron interne III dépasse le double de la largeur
apicale du tibia et l’externe est un peu plus court.
Tibia I avec un petit peigne externe hyalin, en
général peu visible, mais particulièrement dis¬
tinct chez S. rufobrunneus. Tibia II dépourvu de
peigne antérieur, un petit peigne entre les épe¬
rons et un peigne postérieur. Tibia III avec le
jeu complet de peignes. Tibia I sans macrochètes,
les II et III avec seulement quelques postérieurs
apicaux, sauf chez S. abdominalis, innotatus et
rufobrunneus ; S. abdominalis avec des macro¬
chètes antérieurs et quelques antéroventraux au
tibia III, les deux autres espèces avec quelques
antérieurs aux tibias II et III. Tarses : protarse I
le plus souvent plus long que le tibia, mais bien
inférieur au double. De même longueur que le
tibia chez 5. stubbsi et abdominalis, 1,5 fois la
longueur du tibia chez S. bispinosus. Protarses II
et III plus courts que les tibias correspondants,
portant des macrochètes ventraux en rangées
régulières. Tarses III proportionnellement plus
épais que les II. Griffes courtes, mais épaisses.
Ailes (fig. 917) larges, un peu plus courtes
que l’abdomen, hyalines, sauf chez S. abdomina¬
lis et surtout S. pictipennis (fig. 938-939), avec
quelques taches faibles chez S. innotatus. Mem¬
brane dépourvue de macrotriches, sauf quelques-
uns dans l’angle anal. Costale se terminant un
peu avant l’apex de l’aile ou à son niveau,
dépassant largement l’embouchure de R5. Sc
généralement longue, se terminant au niveau de
l’apex de la fusion radiomédiane ou peu avant,
mais au niveau de sa base chez 5. abdominalis et
stubbsi. Sc2 absente. RI longue et subrectiligne.
R4 longue, oblique, son extrémité éloignée de
l’apex de RI par environ la moitié de sa propre
longueur. R4 + 5 et R5 formant une courbe
continue et peu prononcée. Cellule basale sans
trace longitudinale. Fusion radiomédiane bien
plus courte que le pétiole de la fourche médiane
chez l’espèce-type, S. bifidus et S. rufobrunneus,
de un peu plus courte à un peu plus longue chez
les autres espèces. M2 et M4 prolongées jusqu’à
la marge de l’aile. Cul b fortement et régulière¬
ment courbée, Cu2 longue. Anale interrompue
un peu avant la marge de l’aile, sauf chez S.
bispinosus et bifidus, où elle s’arrête largement
avant la marge.
Ciliation, face dorsale : C, RI, R4 + 5, R5,
anale sur toute sa longueur (S. bispinosus) ou
presque toute (5". rufobrunneus), ou seulement sur
la moitié basale (toutes les autres espèces). Face
ventrale : toutes les nervures nues sauf la costale.
Abdomen mâle cylindrique aplati, les sept
premiers segments et la marge apicale du hui¬
tième visibles avant l’hypopyge, celui-ci capable
de rotation. Pas de sclérite intercalaire.
Genitalia mâles (fig. 918-920, 921-937, 940). —
Espèce-type (fig. 918-920) : tergite IX bien
développé, mais pas plus long que le synsclérite
gonocoxal ; trapézoïdal à angles arrondis, ne
recouvrant pas dorsalement la totalité de la face
dorsale des gonocoxopodites. Sternite IX absent
ou fusionné. Cerques de taille moyenne, ciliés à
la face externe. Hypoprocte plus court, sclérifié,
cilié ventralement. Gonocoxopodites fusionnés
ventralement, le synsclérite portant à l’apex, sur
la ligne médiane, une petite aire membraneuse.
De part et d’autre de cette zone, des soies
spiniformes sur la marge postérieure du syn¬
sclérite. Gonocoxopodites rebordés dorsalement,
où ils portent des soies, mais ne formant pas de
pont autour de la base des gonostyles, ceux-ci à
insertion latérale, longs, relativement étroits à la
base, où ils sont ciliés et portent quelques soies
spiniformes plus fortes ; digitiformes et dénudés
à l’apex, sauf une forte soie apicale noire.
Source : MNHN, Paris
LOÏC MATILE
Fig 921-928. — Hypopyge mâle des Setostylus, vue ventrale (sauf fig. 928) : 921, S. pictipennis n. sp. (holotype) ; 922, S.
bifidus n. sp. (d°) ; 923, S. bellulus (Will.) ; 924, S. rufobrunneus (holotype) ; 925, S. stubbsi n. sp. (d°) ; 926, S.bispi-
nosus n. sp. (d°) ; 927, S. innotatus (Edw.) (d°) ; 928, S. abdominalis (Sasakawa & Tamu), demi-face dorsale a droite,
demi-face ventrale à gauche (d°).
Fig. 928 d’après Sasakawa & Tamu (1961).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
333
Phallosome (fig. 920) court, non prolongé basale-
ment dans les segments prégénitaux, distiphallus
membraneux. Paramères dorsaux soudés l’un à
l’autre en fer à cheval, paramères ventraux
formant à la base une lame large, le reste soudé
aux paramères dorsaux.
Variations. — L’hypopyge de S. bellulus
(fig. 923, 932) est très proche de celui de S.
singularis, mais les gonostyles portent un petit
processus auriculaire dorsal. Il en va de même
chez S. bifidus, où ce processus est beaucoup plus
grand (fig. 922). S. pictipennis se distingue par
la plus grande étendue de la zone membraneuse
du synsclérite gonocoxal, qui se prolonge sur
presque toute sa longueur (fig. 921, 940). Fait
unique, cette zone membraneuse porte cependant
des macrochètes, dont les latéraux sont im¬
plantés sur des digitations émanant de la zone
sclérifiée. Chez cette même espèce, les épines
marginales du synsclérite sont plus dispersées
que chez les précédentes et débordent sur la
marge ventrale. Les gonostyles portent un pro¬
cessus dorsal triangulaire plus développé que
chez S. bellulus. Le phallosome diffère de celui de
toutes les autres espèces par les paramères
dorsaux élargis en T à l’apex, et les paramères
ventraux qui émettent ventralement un fort
processus spiniforme, noir, et un autre plus faible
(voir fig. 1193, p. 525). Chez les autres espèces,
les gonostyles sont plus larges à la base. Les soies
spiniformes de la marge interne sont disposées en
rangées plus ou moins régulières, ou en groupe
basal (S. bispinosus, fig. 926). Les paramères
ventraux, également soudés aux dorsaux, ont
une base en baguette mince. Chez S. innotatus
(fig. 927) et stubbsi (fig. 925), la digitation
Fig. 929-937. — Tergite IX des mâles de Setostylus (ciliation non représentée) : 929, S. pictipennis n. sp. (holotype) ; 930, S.
singularis (Lane) (paratype) ; 931, S. bifidus n. sp. (holotype); 932, 5. bellulus (Will.) ; 933, S. innotatus (Edw.)
(holotype) ; 934, S. abdominalis (Sasakawa & Tamu) (d°) ; 935, S. stubbsi n. sp. (d°) ; 936, 5. rufobrunneus n. sp. (d°) ;
937, S. bispinosus n. sp. (d°).
Même échelle, sauf fig. 934, d’après Sasakawa & Tamu (1961), sans échelle.
Source : MNHN, Paris
334
LOÏC MATILE
gonostylaire est fortement raccourcie, phéno¬
mène existant à un moindre degré chez S.
abdominalis (fig. 928). Chez ces trois espèces, les
gonostyles portent un petit lobe dorsal muni
d’une longue soie apicale. Chez 5. rufobrunneus
et bellulus, il n’y a pas de processus gonostylaire
dorsal. Le phallosome de S. rufobrunneus montre
des paramères dorsaux indépendants l’un de
l’autre à l’apex, largement séparés par une
digitation médiane (fig. 1 193), tandis que celui de
S. bifidus a des paramères dorsaux réunis en fer à
cheval à l’apex (fig. 1194); chez cette même
espèce, un long processus gonostylaire dorsal.
Chez S. bispinosus, la base des gonostyles porte
un lobe auriculaire muni de spinules bien déve¬
loppées (fig. 926) ; les paramères dorsaux sont
contigus, mais non soudés en fer à cheval.
Femelle, larve et biologie inconnues.
Répartition. — Régions néotropicale (sauf la
sous-région chilienne), orientale et est-paléarc-
tique (Japon).
Matériel examiné. — Toutes les espèces con¬
nues (mais genitalia de S. abdominalis perdus),
ainsi que les espèces décrites ci-dessous des
régions néotropicale et orientale.
Clé des espèces néotropicales
1 . — Deux ocelles ; fusion radiomédiane bien plus courte que le pétiole de
la fourche médiane . 2
— Trois ocelles ; fusion radiomédiane subégale au pétiole de la fourche
médiane . 3
2. — Dernier flagellomère antennaire apiculé ; des soies scutellaires dis¬
cales ; anale atteignant presque la marge de l’aile. Hypopyge mâle :
fig. 918-920, 930. Brésil, Nicaragua 40 . singularis (Lane)
— Dernier flagellomère non apiculé ; pas de soies scutellaires discales ;
anale interrompue largement avant la marge alaire. Hypopyge mâle :
fig. 922, 931. Panama . bifidus n. sp.
3. — Aile vivement tachée de brun (fig. 939) ; éperon tibial I subégal à la
largeur apicale du tibia. Hypopyge mâle : fig. 921, 929, 940.
Guatemala . pictipennis n. sp.
— Aile hyaline ; éperon I atteignant 3 fois la largeur apicale du tibia.
Hypopyge mâle : fig. 923, 932. Amérique Centrale, Brésil .
. bellulus (Will.)
Clé des espèces asiatiques
1. — Aile largement enfumée à l’apex, une petite tache au niveau du
pétiole de la fourche médiane (fig. 938). Hypopyge mâle : fig. 928,
934. Japon (Kyushu) . abdominalis (Sas. & Tamu)
— Aile hyaline ou très faiblement ombrée par places . 2
2. — Pas de macrochètes antennaires ventraux, ni de soies scutellaires
discales . 3
— Des macrochètes antennaires ventraux et des soies scutellaires
discales . 4
40. Connu jusqu’ici du Brésil seulement. Nouvelle localité : Nicaragua, Zelaya, El Recréo, végétation secondaire, piège
de Malaise, X.1984, 1 c? (Chr. Amédégnato & S. Poulain ).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
335
3. — Scutum brun-noir, une bande transverse antérieure jaunâtre ; pattes
entièrement jaune-roux ; abdomen : tergites roux, stemites jaunes.
Hypopyge : fig. 926, 937. Malaisie . bispinosus n. sp.
— Scutum brun-roux, calus huméraux jaunes ; pattes jaunes, hanches II-
III brunies à l’apex, aussi la base du fémur III ; abdomen : seg¬
ments III-V avec une bande apicale brune. Hypopyge mâle : fig. 924,
936. Malaisie . rufobrunneus n. sp.
4. — Antennes entièrement noires, scape et pédicelle sans becs ; aile
légèrement ombrée sur la première cellule radiale et entre R5 et M2 ;
scutum et latérotergite bruns. Hypopyge mâle : fig. 927, 933.
Sumatra . innotatus (Edw.)
— Antennes : scape et pédicelle roux, chacun avec un bec ventral ; aile
hyaline ; scutum roux, jauni en avant, deux lignes brunes en V ;
latérotergite jaune roux. Hypopyge mâle : fig. 925, 935. Malaisie
. stubbsi n. sp.
Setostylus bifidus n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 2,4 mm.
Tête : occiput brun-noir. Deux ocelles, chacun
sur un calus saillant, le sillon médian profond.
Ocelles grands, séparés de la marge oculaire par
environ le double de leur propre diamètre.
Antennes entièrement brunes, y compris le scape
et le pédicelle, ces deux articles dépourvus de bec
distinct. Macrochètes flagellaires dorsaux longs,
les ventraux très courts. Face et clypéus jaunes,
trompe et palpes bruns, le dernier palpomère très
petit, ovoïde, plus court que le clypéus.
Thorax : prothorax roux médialement, brun
latéralement ; prosternum roux. Scutum roux,
deux étroites bandes brunes réunies en V avant la
marge postérieure. Scutellum brun-roux, nu sur
le disque, soies marginales longues. Médiotergite
jaune-roux. Sclérites pleuraux brun sombre, laté¬
rotergite bruni à la marge postérieure. Une
rangée de soies prostigmatiques postérieures.
Pattes : hanches roux sombre. Fémurs jaune sale,
le III indistinctement assombri à l’apex. Tibias et
tarses roux sombre. Protarse I 1,1 fois la lon¬
gueur du tibia. Ailes jaunâtres, sans taches. Sous-
costale se terminant au niveau du milieu de la
fusion radiomédiane, celle-ci inférieure à la moi¬
tié de la longueur du pétiole de la fourche
médiane. Anale interrompue largement avant la
marge de l’aile. Balanciers à pédicelle jaune et
capitule noir.
Abdomen roux, les tergites étroitement brunis
aux incisures, les sternites avec une bande apicale
brune plus large. Hypopyge (fig. 922) roux
sombre. Tergite IX (fig. 931) plus long que large,
convexe à l’apex, concave latéralement, profon¬
dément encoché à la base. Cerques grands,
hypoprocte simple, d’un quart plus court que les
cerques. Synsclérite gonocoxal quadrangulaire,
largement encoché à la base. Une petite zone
membraneuse apicale médiane, de nombreuses
épines de part et d’autre. Gonostyles peu élargis
à la base, progressivement rétrécis, un processus
apical ventral mince prolongé par une soie
courte, un processus dorsal particulièrement dis¬
tinct, cilié ventralement ; ainsi, le lobe dorsal un
peu plus court que le ventral.
Phallosome (fig. 1195-1196, p. 525) : apo-
dèmes gonocoxaux minces et allongés, bien
sclérifiés. Ensemble du phallosome situé en retrait
dans la cavité hypopygiale, son apex éloigné de la
marge apicale. Paramères dorsaux réunis en un
large fer à cheval. Paramères ventraux prolongés
distalement en baguette très fine, recourbée à
l’apex, dépassant légèrement la marge apicale du
synsclérite. Basalement, paramères élargis, et
prolongés à la base en un bec ventral obtus,
l’ensemble largement fusionné avec les para¬
mères dorsaux. Apodème éjaculateur en longue
baguette mince, dépassant largement la marge
proximale du synsclérite.
Holotype mâle : Panama, Canal Zone, Gam-
boa. Pipeline Rd., 07.1967, piège de Malaise
(IV. W. Wirth). US National Muséum, Washing¬
ton.
Source : MNHN, Paris
336
LOÏC MATILE
Setostylus pictipennis n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 4 mm.
Tête : occiput brun-noir, brun-jaunâtre en arrière.
Calus ocellaire noir, indistinctement délimité.
Ocelle médian punctiforme, ocelles latéraux éloi¬
gnés de la marge oculaire par environ leur plus
grand diamètre. Front brun-noir. Antennes en¬
tièrement brun-noir, scape et pédicelle avec un
très faible bec ventral. Macrochètes flagellaires
dorsaux longs, les ventraux très courts, au
nombre de deux ou trois sur les premiers flagel-
lomères. Face jaune, une tache brune très nette
au-dessus du clypéus, celui-ci roux. Trompe et
palpes jaunes, palpomère ovoïde.
Thorax : prothorax jaune, sauf la partie
ventrale de l’antépronotum, Fépisteme et l’épi-
mère, bruns. Scutum brun, calus huméraux
brunis. Scutellum brun, portant quelques soies
discales. Médiotergite jaune-brunâtre. Sclérites
pleuraux jaune-brunâtre, latérotergite, métépi-
mère et métépisterne plus sombres. Pattes :
hanches 1 jaunes, II brunies sur la moitié apicale
de la face externe, III presque entièrement
brunies. Seule subsiste une patte antérieure,
jaune à éperon noir. Protarse I à peine plus long
que le tibia.
Ailes (fig. 939) hyalines, fortement marquées
de brun de l’extrémité de la fusion radiomédiane,
en oblique, jusqu’à la costale, la coloration brune
s’étendant entre R4 + 5 et R5 et la costale, ainsi
que tout le quart apical de l’aile, également entre
R4+5 et le pétiole de la fourche médiane, et
encore, étroitement, la base de celle-ci ; aussi une
petite tache brune sur Cul b. Fusion radiomé¬
diane égale à la moitié du pétiole de la fourche
médiane. Balanciers : pédicelle jaune, capitule
noir.
Abdomen : tergite I brun sombre, les ter-
gites suivants d’un brun plus clair, largement
jaunis à la base, tergites VI-VII d’un brun plus
sombre. Stemites I-II bruns, III-V jaunes à large
bande apicale brune, VI-VII brun sombre. Seg¬
ment VIII et hypopyge (fig. 921, 940) brun
sombre. Tergite IX nettement plus long que large
(fig. 929). Cerques petits, lamelliformes. Syn-
sclérite gonocoxal longuement désclérifié média-
lement, portant à ce niveau quelques soies dont
les externes ont la base englobée par des digita¬
tions de l’aire sclérifiée (fig. 940) ; de part et
d’autre, quelques épines dispersées. Gonostyles
simples, portant un petit processus triangulaire
dorsal, progressivement rétrécis, pas de soies
modifiées plus épaisses, sauf une longue soie
apicale (fig. 921). Paramères ventraux prolongés
par deux processus de chaque côté, l’antérieur
peu sclérifié, le postérieur très noir, spiniforme
(c/. fig. 1193, p. 525).
Holotype mâle : Guatemala, San Marcos,
11,5 km NW San Marcos, 15°0T N, 91°48' W,
3 000 m, 24-25.05.1973 ( Herwin & Hevel Central
American Expédition). US National Muséum,
0,2 mm
Fig. 938-940. — Setostylus (holotypes) : 938, S. abdominalis
(Sasakawa & Tamu), aile ; 939, S. pictipennis n. sp., d° ;
940, d°, synsclérite gonocoxal, zones sclérifiées en grisé.
Fig. 938 d’après Sasakawa & Tamu (1961).
Source : MNHN , Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
337
Washington. La localité type représente, à ma
connaissance, le record absolu d’altitude pour un
Keroplatidae.
Setostylus bispinosus n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 4 mm.
Tête : occiput brun-noir, plus clair en arrière
des ocelles. Calus ocellaire noir, nettement dé¬
limité, traversé par un sillon médian profond.
Ocelle médian punctiforme, ocelles latéraux pe¬
tits, éloignés de la marge oculaire par environ le
triple de leur plus grand diamètre. Front brun.
Antennes : scape et pédicelle jaune-brunâtre,
dépourvus de bec ventral. Flagelle brun sombre,
les flagellomères basaux plus clairs sur les deux
tiers dorsaux ; pas de macrochètes ventraux.
Face, trompe et palpes roussâtres, le dernier
palpomère allongé, égal à la moitié de l’ensemble
face + clypéus.
Thorax : prothorax brun-jaunâtre. Scutum
brun-noir, une bande antérieure plus claire,
jaunâtre, s’étendant d’un calus huméral à l’autre.
Scutellum noirâtre, plus clair sur le disque, qui
est dépourvu de soies. Médiotergite jaune-roux.
Pleures jaune-roux, latérotergite brun. Pattes
entièrement jaune-roux. Protarse I 2,5 fois plus
long que le tibia. Ailes jaunâtres, sans taches.
Sous-costale se terminant avant le niveau du
milieu de la fusion radiomédiane, celle-ci un
peu plus longue que le pétiole de la fourche.
Anale interrompue un peu après le niveau de
la perpendiculaire passant par la base de la
fusion radiomédiane. Balanciers roux à capitule
brun-noir.
Abdomen : tergites roux, sternites jaunes, sauf
le segment VII, bruni. Hypopyge (fig. 926) :
tergite IX large, arrondi à l’apex (fig. 937).
Cerques petits, atteignant à peine le niveau de la
base du processus gonostylaire. Synsclérite gono-
coxal à peine encoché à l’apex, des épines peu
nombreuses de part et d’autre de la ligne
médiane. Gonostyles larges à la base, progressi¬
vement rétrécis, un processus apical distinct,
mince, prolongé par une soie courte ; deux fortes
épines basales ventrales, des épines internes
courtes, limitées au tiers basal et situées sur un
processus auriculaire dorsal. Phallosome : para-
mères dorsaux non fusionnés à l’apex.
Holotype mâle : Malaisie, Perak, Larut Hills,
lumière, 4 500', 27.03.1932 (H. M. Pendlebury).
British Muséum (Nat. Hist.), Londres. 5. bispi¬
nosus se distinguera des autres espèces malaises
par son hypopyge, avec ses deux épines gonosty-
laires basales et son lobe dorsal spinuleux, ainsi
que par l’ornementation scutale et l’abdomen
unicolore.
Setostylus rufobrunneus n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 4 mm.
Tête : occiput brun-roux, calus ocellaire brun-
noir, pas de sillon médian. Ocelle médian petit,
mais non punctiforme. Ocelles latéraux moyens,
séparés de la marge oculaire par le double de leur
plus grand diamètre. Front brun, roux sur la
ligne médiane. Antennes : scape et pédicelle roux
marqués de brunâtre, dépourvus de bec ventral.
Flagelle brun, sans macrochètes ventraux. Face
jaune, trompe et palpes jaune-roux, dernier
palpomère petit, environ aussi long que le cly¬
péus.
Thorax : prothorax jaune dorsalement, brun
ventralement, mais le prosternum jaune. Scu¬
tum brun-roux, calus huméraux largement jau¬
nis. Scutellum brun, dépourvu de soies dis¬
cales. Médiotergite roux. Pleures rousses, seuls
le métépisterne et le métépimère bruns. Pattes
jaunes, hanches II légèrement brunies à l’apex, III
plus largement, ainsi que la base des fémurs III.
Protarse I 1,5 fois plus long que le tibia. Ailes
jaunâtres, sans taches. Sous-costale se terminant
au niveau du milieu de la fusion radiomédiane,
celle-ci distinctement plus courte que le pétiole de
la fourche médiane (1 : 1,5). Anale interrompue
peu avant la marge de l’aile. Balanciers à
pédicelle jaune et capitule brun. Abdomen jaune-
roux, les tergites et les sternites III-V avec une
bande apicale brune ; segments VI-VII bruns.
Hypopyge (fig. 924) brun. Tergite IX nette¬
ment plus long que large (fig. 936). Cerques
longs, atteignant presque le niveau de l’apex des
gonostyles. Synsclérite gonocoxal nettement mais
étroitement encoché sur la ligne médiane ; de
part et d’autre, de nombreuses épines s’étendant
jusqu’à la base des gonostyles. Gonostyles étroits
à la base, processus gonostylaire non nettement
individualisé, soie apicale longue ; soies différen¬
ciées courtes, réparties sur les deux tiers basaux.
Paramères dorsaux indépendants l’un de l’autre
(fig. 1194, p. 525).
Holotype mâle : Malaisie, Perak, Larut Hills,
Source : MNHN, Paris
338
LOÏC MATILE
4 500', 15-12.02.1932 (//. M. Pendlebury). British
Muséum (Nat. Hist.), Londres. Sur le plan de la
coloration, S. rufobrunneus est assez proche de
S. stubbsi, dont il se distinguera surtout par
l’absence de bandes scutales. Les gonostyles non
rétrécis à l’apex sont caractéristiques de l’espèce.
Setostylus stubbsi n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 2,5 mm.
Tête : occiput brun à pruinosité grise, calus
ocellaire cordiforme, bien délimité, sillon médian
mousse. Ocelle médian petit mais non puncti¬
forme. Ocelles latéraux de taille moyenne, éloi¬
gnés de la marge oculaire par le double de leur
plus grand diamètre. Antennes : scape et pédi-
celle roux ; flagelle (brisé après le quatrième
flagellomère) brun. Scape et pédicelle avec un
bec ventral distinct, quelques macrochètes flagel-
laires ventraux, courts. Dernier palpomère très
petit, plus court que le clypéus, ovoïde. Face et
trompe jaunes, palpes roux.
Thorax : prothorax jaune, sauf le proépimère,
brun. Scutum roux, sauf le quart antérieur,
jaune, et deux faibles lignes brunes, en V dont les
branches seraient écartées en avant vers les calus
huméraux. Scutellum brun, jaune à la base,
portant de longues soies discales. Médiotergite
jaune. Pleures jaune-roux, Fanépisteme, le mété-
pisteme et le métépimère légèrement brunis.
Pattes jaunes, hanches II faiblement brunies dans
le tiers apical, III plus fortement, presque noires
le long de la marge postérieure. Fémur II étroi¬
tement bruni à la base, III plus largement et plus
fortement. Protarse I de même longueur que le
tibia. Ailes jaunâtres, sans taches. Sous-costale se
terminant très peu après le niveau de la base de
la fusion radiomédiane, celle-ci un peu plus
courte que le pétiole de la fourche médiane. Les
ailes sont déchirées à la marge postérieure et la
termination de la nervure anale n’est pas visible ;
sur un autre exemplaire, cette nervure est pro¬
longée presque jusqu’à la marge. Balanciers à
pédicelle jaune et capitule brun.
Abdomen : tergites bruns, les II-IV avec une
large tache basale jaune de part et d’autre.
Sternite I jaune, étroitement bordé de brun à
l’apex, II jaune au milieu, brun latéralement,
III-IV bruns le long des marges latérales et de la
marge apicale, sternites suivants bruns. Hypo-
pyge (fig. 925) brun. Tergite IX grand, aussi long
que large (fig. 935). Cerques courts, ne dépassant
pas la moitié de la longueur des gonostyles.
Synsclérite gonocoxal non encoché à l’apex, au
contraire formant à ce niveau une petite bosse
médiane ; légèrement désclérifié sur la ligne
sagittale. De courtes épines entre la bosse et la
base des gonostyles. Gonostyles larges à la base
puis rétrécis, formant un processus apical peu
distinct mais large, muni d’une longue soie
apicale ; de courtes soies modifiées sur les deux
tiers basaux.
Holotype mâle : Malaisie occidentale, Penang,
Tebk Bahang, 6.01.1973 (A. E. Stubbs), BMNH
1974-87. Holotype au British Muséum (Nat.
Hist.), Londres.
Un exemplaire sans abdomen (mâle d’après les
griffes) ne diffère de Phototype que par des
détails de coloration ; il appartient très vraisem¬
blablement à cette espèce mais je préfère ne pas
le désigner comme paratype faute d’en connaître
les genitalia. Péninsule malaise, Pahang, Fraser’s
Hill, 4 000', 25.01.1929 (H. M. Pendlebury).
Muséum national d’Histoire naturelle, Paris. S.
stubbsi est la seule espèce malaise dont scape et
pédicelle présentent un bec ventral ; il se distin¬
guera aussi par l’ornementation scutale et abdo¬
minale, et par les genitalia.
Genre Tergostylus Matile
Tergostylus Matile, 1988a : 74. Espèce-type : Euceroplatus plokiophilus Matile, 1973b, par désignation
originale.
J’ai récemment proposé ce genre pour les
espèces afrotropicales classées par Tollet (1955)
dans les Cerotelion : T. alberti et flavifemoratus,
ainsi que pour celles décrites par moi-même
(Matile, 1973b, 1974a) comme Euceroplatus :
brevistylus, incolumis et plokiophilus (Matile,
1988a). J’ai décrit dans le même travail T.
couturier i, de Côte d’ivoire. Le genre est sur¬
tout caractérisé par ses genitalia mâles, avec le
tergite IX recouvrant presque toute la face dor-
Soui'ce : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
339
Fig. 941-951. — Tergostylus : 941. T. plokiophilus (Mat.), tête, vue frontale ; 942, d°, vue latérale ; 943, T. incolumis (Mat.),
pièces buccales et palpes ; a : $ ; b : ; 944, T. plokiophilus , antenne, vue latérale ; 945, d°, thorax, hanches et pre¬
mier segment abdominal, vue latérale ; 946, d°, aile, face dorsale ; 947, d°, hypopyge mâle, vue dorsale (soies ordinaires
non représentées); 948, d°, vue ventrale; 949, d°, vue latérale; 950, d°, phallosome, vue latérale; 951, T. incolumis,
terminalia femelles, vue latérale.
Fig. 943 et 951 d’après Matile (1974a).
Source : MNHN, Paris
340
LOÏC MATILE
sale de l’hypopyge, ainsi que par le prosternum
cilié (nu chez Euceroplatus) et les éperons
externes III réduits.
<2$. — Tête (fig. 941-942) arrondie, légèrement
aplatie d’avant en arrière, plus large que haute.
Yeux grands, occupant environ les deux tiers de
la face latérale de la tête, très légèrement
encochés au niveau de l’insertion des antennes ;
pilosité serrée. Occiput fortement saillant au-des¬
sus du bord dorsal des yeux, couvert de courtes
soies couchées, les postoculaires plus longues et
plus dressées. Trois ocelles sur un calus distinct,
dépourvu de sillon médian. Le plus souvent
ocelles latéraux de grande taille, le médian
moyen (punctiforme chez T. couturieri), les
ocelles latéraux éloignés de la marge oculaire par
environ leur propre diamètre (un peu plus chez
T. couturieri). Chez T. incolumis, ocelles latéraux
plus petits et éloignés des yeux par le double de
leur plus grand diamètre. Front large, sillon
médian indistinct, prolongé par un tubercule
frontal bien développé, dénudé. Antennes : scape
cylindrique et pédicelle en entonnoir, sans bec
ventral chez T. plokiophilus et incolumis , avec un
petit bec ventral chez T. alberti et brevistylus
(très petit), nettement plus long chez T. flavife-
moratus et couturieri. Flagelle (fig. 944) élargi et
aplati, formé de 14 articles à pédoncule très
court. Dernier flagellomère non apiculé. Des
macrochètes dorsaux et ventraux, ces derniers
très courts, sauf chez T. incolumis , où ils sont
presque aussi longs que les dorsaux. Également
quelques macrochètes internes et externes. Sou¬
vent le dernier flagellomère, parfois aussi l’avant-
dernier, jaune ou blanc. Dernier flagellomère
brun chez T. incolumis et flavifemoratus, ainsi
que chez la femelle de T. alberti. Face peu
sclérifiée, large en haut, réduite ventralement à
deux étroites bandelettes latérales. Clypéus indis¬
tinctement séparé dorsalement de la face, ventra¬
lement formant un sclérite saillant nettement en
avant des yeux et longuement cilié, largement
dénudé au milieu chez T. brevistylus, couturieri
et incolumis , plus étroitement chez T. alberti.
Trompe très courte, l'ensemble trompe + palpes
ne dépassant pas le bord ventral des yeux.
Hypopharynx non sclérifié. Labelles très courtes,
ciliées ventralement. Palpes réduits à un très petit
palpifère, seulement sclérifié et cilié ventrale¬
ment. et à un palpomère unique, globuleux,
dressé en avant, la face externe portant de petites
cryptes sensorielles, la face interne membraneuse
(fig. 943b). Chez la femelle de T. incolumis, les
palpes sont beaucoup plus développés que chez
le mâle : ils sont très gros, ovoïdes et couverts
de microchètes ras et serrés (fig. 943a). Ce cas
de dimorphisme sexuel était considéré comme
unique chez les Mycetophiloidea (Matile, 1974a,
Vockeroth, 1981), mais on a vu qu’il existe
aussi, quoique moins prononcé, chez les Eucero¬
platus et les Heteropterna ; c’est aussi le cas chez
T. alberti, où les palpes femelles sont plus gros
que ceux des mâles, mais beaucoup moins que
chez T. incolumis.
Thorax (fig. 945). — Forme générale peu
arquée. Prothorax petit, le postpronotum très
fortement rétréci au milieu. Antépronotum avec
quelques soies dressées. Prosternum peu saillant,
portant de longues soies marginales, dont les
plus dorsales atteignent le bord externe des
hanches antérieures. Angle postéroventral du
proépimère situé au-dessous de la suture ana-
pleurale. Scutum à pilosité serrée, couchée, uni¬
formément répartie, les soies marginales et pré-
scutellaires plus longues ; chez T. flavifemoratus,
pilosité plus serrée et nettement plus longue.
Scutellum semi-circulaire, portant dans la moitié
apicale du disque des soies plus ou moins
longues et nombreuses, apex portant des soies
marginales courtes mêlées de plus longues. Mé-
diotergite dénudé, non anguleux, arrondi, ne
dépassant pas en arrière le niveau du scutellum.
Aire membraneuse sous-scutellaire très réduite.
Pas de soies scabellaires. Pleures dénudées, sauf
le proépisteme et l’anépisteme, ce dernier por¬
tant de longues et nombreuses soies le long du
bord antérodorsal, disposées en plusieurs ran¬
gées. Une fissure anépisternale distincte. Suture
médiopleurale très fortement anguleuse, fosse
médiopleurale profonde. Mésépimère fortement
réduit ventralement, où ne subsiste qu’une mince
bandelette. Latérotergite à grand axe oblique,
fortement saillant ventralement au-dessus du
métépisterne, celui-ci plus long que haut.
Pattes. — Hanches 1 un peu plus courtes que
les II-III, qui sont subégales (fig. 945). Hanches I
ciliées à la face antérieure et à la face externe, II
à la face antérieure sauf à la base. Hanches III
avec quelques apicales externes et une rangée {T.
plokiophilus) ou plus de soies le long du bord
postérieur. Pas de soies postérieures II-III.
Fémurs normaux, à pilosité courte et couchée,
les soies ventrales pas plus longues, ou à peine
plus longues, que les dorsales. De larges bandes
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
341
Fig. 952-957. — Tergosiylus flavifemoratus (Tollet), larve IV, tête : 952, capsule céphalique, vue dorsale ; 953, d°, vue
ventrale ; 954, labre et prémandibules, moitié droite, vue frontale ; 955, mandibule, face dorsale ; 956, maxille, face
ventrale ; 957, complexe labium-hypopharynx, face ventrale.
dénudées subventrales. Tibias régulièrement et
assez fortement élargis de la base vers l’apex,
particulièrement les postérieurs. Microchètes dis¬
posés en rangées régulières toutes semblables.
Éperons 1 : 2 : 2. Éperon antérieur double de la
largeur apicale du tibia chez T. incolumis, entre le
double et le triple chez les autres espèces (triples
chez T. flavifemoratus et couturieri ). Éperon
interne II environ triple du tibia, dépassant le
triple chez T. incolumis. Éperon externe II réduit,
pas plus long que la largeur du tibia, sauf chez T.
incolumis et flavifemoratus , où il atteint respecti¬
vement 1,3 et 1,5 fois cette largeur. Éperon
interne III allant de 2,5 fois {T. alberti, incolumis,
flavifemoratus) à trois fois la largeur apicale du
tibia, externe III égal à cette largeur, un peu plus
court chez T. alberti, flavifemoratus et plokiophi-
lus. Tibia I avec un peigne antérieur serré, bien
distinct. Tibia II avec un peigne postérieur bien
développé et un petit peigne externe entre les
éperons. Tibia III avec les trois jeux de peignes.
Tibia I sans macrochètes, tibias II et III avec des
antérodorsaux, des antérieurs et des antéroven-
traux, ainsi qu’une rangée de postérieurs. Pro¬
tarse I de 1,1 fois {T. flavifemoratus) à 1,4 fois
{T. alberti) la longueur du tibia. Protarses II et
III plus courts que les tibias correspondants,
portant deux rangées de macrochètes ventraux
espacés ; microchètes disposés en rangées régu¬
lières. Griffes fortes et épaisses chez les mâles,
courtes et fines chez les femelles.
Ailes (fig. 946) larges, sombres, plus ou moins
enfumées à la marge antérieure, plus longues que
l’abdomen. Quelques rares macrotriches dressés
dans le champ anal. Costale se terminant au
niveau de l’apex de l’aile, dépassant largement
Source : MNHN, Paris
342
LOÏC MATILE
l’embouchure de R5. Sc longue, se terminant au
niveau de l’apex de la fusion radiomédiane ou
après (T. brevistylus) ; sc2 absente. RI longue,
subrectiligne. R4 relativement longue, oblique,
son apex proche de celui de RI. R4+5 et R5
formant ensemble une courbe continue et peu
prononcée. Cellule basale avec une trace longitu¬
dinale brune. Fusion radiomédiane bien plus
courte que le pétiole de la fourche médiane, n’en
atteignant que le quart (T. couturier i), le tiers
(T. plokiophilus , flavifemoratus), ou au moins la
moitié (maximum 0,7). M2 et M4 interrompues
un peu avant la marge de l’aile. Cul b peu
courbée, Cu2 courte. Anale sclérifiée seulement à
la base, se poursuivant sous forme de trace,
interrompue bien avant la marge de l’aile, au
niveau de la verticale de la base de la fusion
radiomédiane.
Ciliation, face dorsale : C, RI, R4 + 5 (celle-ci
largement dénudée à la base, parfois seulement
un ou deux cils rélictuels apicaux), R5 ; parfois
un ou deux cils sur frm. Quelques macrochètes
sur An. Face ventrale : toutes les nervures nues
sauf la costale.
Abdomen mâle cylindrique aplati, sept seg¬
ments prégénitaux apparents plus la marge pos¬
térieure du VIII. Abdomen femelle cylindrique
un peu aplati, huit segments apparents avant
l'ovipositeur. Pas de segment intercalaire entre
les stemites I et II.
Genitalia mâles (fig. 947-950, 958-966). - —
Tergite IX très bien développé, recouvrant com¬
plètement ou presque complètement la face
dorsale des gonocoxopodites et des gonostyles.
Chez l’espèce-type, T. brevistylus, alberti et inco-
lumis, apex du tergite IX prolongé en un proces¬
sus divisé en deux par un profond sillon longitu¬
dinal, l’extrémité de chacune des digitations ainsi
formées libre et plus fortement sclérifiée (fig. 949,
958-959). Chez T. flavifemoratus, tergite IX
normal dans sa moitié basale, mais moitié api¬
cale divisée en deux larges lobes se subdivisant à
leur tour en deux processus secondaires, l’un
dorsal, l’autre ventral, ce dernier plus court et
plus sclérifié à l’apex (fig. 964). Chez T. coutu-
rieri, tergite IX échancré et fortement sclérifié à
l’apex, où il forme deux processus latéraux
courts et massifs (fig. 962). Sternite IX absent ou
fusionné. Cerques le plus souvent grands, ciliés à
la face dorsale, s’insérant sous le tergite IX et
non à l’apex, la liaison entre les sclérites étant
purement membraneuse. Cerques plus petits chez
Fig. 958-960. — Genitalia mâles des Tergostylus : 958, T.
plokiophilus (Mat.), hypopyge, vue latérale (holotype) ;
959, T. brevistylus (Mat.), d° ; 960, T. incolumis (Mat.),
synsclérite gonocoxal, vue ventrale (allotype); a : gono-
style.
Fig. 958-959 d’après Matile (1973c) ; fig. 960 d’après
Matile (1974a).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
343
T. flavifemoratus où ils sont reportés vers le
milieu de l’hypopyge. Hypoprocte petit, mem¬
braneux, non cilié. Synsclérite gonocoxal le plus
souvent profondément échancré à la base et à
l’apex, mais peu échancré à la base chez T.
flavifemoratus (fig. 965) et au contraire peu
échancré à l’apex chez T. alberti (fig. 961).
Gonocoxopodites portant latéralement une zone
spinuleuse en position apicale, en forme de
brosse chez T. plokiophilus (fig. 949) et brevisty-
lus ; cette zone est réduite à quelques spinules
chez T. alberti. Chez T. incolumis, cette brosse
se trouve en position submédiane et est portée
par un large processus cilié (fig. 960). Chez
T. flavifemoratus, il n’y a pas de zone gono-
coxale spinuleuse, mais la marge est prolongée
de chaque côté en un long processus effilé
formant de chaque côté une sorte de pseudostyle
(fig. 964). Un tel processus, mais spinuleux,
existe chez T. couturieri. Chez toutes les espèces,
marges gonocoxales non rebordées autour des
gonostyles. Gonostyles insérés ventralement dans
l’échancrure des gonocoxopodites. Chez T. plo¬
kiophilus et incolumis, ils sont très fortement
rétrécis à l’apex en un long processus digitiforme
(fig. 958, fig. 1198-1 199, p. 528). La structure est
la même chez T. brevistylus (fig. 1199), mais le
gonostyle est plus court et le processus prend
naissance à sa base même. Chez T. alberti, les
gonostyles sont petits et ovoïdes (fig. 961, 1200).
Les gonostyles sont dédoublés en deux lames,
dont la dorsale est plus courte, et spinuleuse,
chez T. flavifemoratus (fig. 966) et couturieri.
Chez l’espèce-type, structures internes com¬
plexes : apodèmes gonocoxaux en lame large,
assurant dorsalement l’articulation basale du
phallosome. Distalement, les apodèmes émettent
de chaque côté un processus qui vient se fusion¬
ner en lame avec son symétrique sur la ligne
médiane. Cette lame, sans rapports autres que
membraneux avec la face ventrale du phallo¬
some, vient à son tour s’accoler à un large
processus ventral médian, fortement spinuleux à
l’apex, cilié à la base, articulé lui-même avec la
base des gonostyles (fig. 948). Distiphallus légè¬
rement sclérifié, l’apex creusé en demi-sphère de
Fig. 961-963. — Hypopyge mâle des Tergostylus : 961, T. alberti (Tollet), vue ventrale ; 962, T. couturieri Mat., vue dorsale
(holotype) ; 963, d°, vue ventrale.
Fig. 962-963 d'après Matile (1988b).
Source : MNHN, Paris
344
LOÏC MATILE
part et d'autre de l’apodème (fig. 950). Basiphal-
lus membraneux mais portant basalement, à l’in¬
térieur, une très longue soie courbe, paire, dont
l’extrémité est libre et dépasse parfois à l’exté¬
rieur de la cavité gonocoxale, entre les gono-
styles. Ces soies, uniques chez les Keroplatidae,
sont ici appelées soies endophalliques. La struc¬
ture interne de T. couturieri est du même type,
mais les soies endophalliques sont courtes et
épaisses et le tubercule ventral est indépendant
des apodèmes gonocoxaux. T. alberti montre une
structure très semblable, mais le tubercule ven¬
tral n’est pas spinuleux et il est échancré à
l’apex ; les soies endophalliques sont beaucoup
plus épaisses.
Il n’y a pas de soies endophalliques chez les
autres espèces, et le phallosome est moins sclé-
rifié. Le distiphallus porte des cavités largement
ouvertes ventralement mais non hémisphériques
chez T. brevistylus et T. incolumis. Chez ces
deux espèces, le tubercule ventral est particuliè¬
rement large le long de la marge gonocoxale et
spinuleux à l’apex ainsi que de part et d’autre de
la ligne médiane. Chez T. flavifemoratus, le
tubercule ventral est indépendant des apodèmes
gonocoxaux, peu sclérifié, en lame mince dont
la moitié basale porte de courtes soies dont
certaines, plus serrées et spinuleuses, forment
deux plages distinctes.
Genitalia femelles (T. incolumis , fig. 951 ; T.
alberti). — Tergite X non dissimulé sous le VII,
cilié sur toute sa longueur. Sternite VIII entière¬
ment divisé en deux lobes longitudinaux inva¬
ginés dans le VII seulement à la base. Valves
hypogyniales allongées et ciliées à l’apex, particu¬
lièrement chez T. alberti (ce sont elles qui ont
trompé Tollet sur le sexe de son T. congoensis ),
les sclérites génitaux restants membraneux et
invaginés. Tergite X court et large, cerques
uniarticulés, courts et pointus à l’apex, très
fortement sclérifiés chez T. alberti. Sternite X
membraneux.
Larve IV. — La description est effectuée sur
la larve de T. flavifemoratus , brièvement décrite
par Matile (1970c). Les données alors publiées
reposaient sur l’examen d’une larve unique, non
disséquée et sans coloration cuticulaire préa¬
lable. Plusieurs détails m’avaient par conséquent
échappé, et notamment la présence, comme chez
tous les Keroplatini examinés, de zones cuticu-
laires transparentes postoccipitales, sous la mem¬
brane collaire. Les bras tentoriaux antérieurs
Fig. 964-966. — Genitalia mâles de Tergostylus flavifemoratus (Tollet) : 964, hypopyge, vue dorsale ; 965, d°, vue ventrale ;
966, gonostyle, vue paradorsale.
Source : MNHN , Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
345
n’avaient évidemment pas pu être mis en évi¬
dence non plus. Les nouveaux dessins (fig. 952-
954) ont été exécutés après dissection et colora¬
tion au noir chlorazol.
Larve de taille moyenne : environ 15 mm de
long. Segments thoraciques lisses, neuf segments
abdominaux annelés. Propneustique, les stig¬
mates prothoraciques minuscules et non fonc¬
tionnels.
Tête (fig. 952-953). — De forme quadrangu-
laire à angles arrondis, en grande partie rétractile
dans le premier segment thoracique. Couleur
jaune-brunâtre, le clypéofrons et la face ventrale
des gènes jaunes. Incisions épicraniales, marges
postérieures et ventrales des gènes brun-noir.
Incisions épicraniales peu profondes. Ventrale-
ment, gènes ne se rapprochant que sur un court
espace au-dessous des cardo maxillaires. Pont
tentorial postérieur complet, mince, non sclérifié.
Clypéofrons faiblement séparé de la région
labrale en avant, n’atteignant pas en arrière le
niveau de la marge postérieure des gènes. Pas de
suture coronale distincte. Un groupe de trois
sensilles antérieures de part et d’autre de la ligne
médiane, et deux paires de sensilles latérales,
l’une submédiane, l’autre sublatérale. Clypéo¬
frons suivi en arrière d’une zone cuticulaire
transparente formant un large pont dorsal. De
même, gènes prolongées en arrière, le pont
cuticulaire dorsal étroit, la zone ventrale très
étroite. Antennes grandes, en verre de montre
très aplati. Stemmates réduits, peu distincts,
situés dans l’angle formé en avant par le socle
antennaire et le renforcement du cadre oral.
Labre (fig. 954) bien développé dorsalement,
membraneux, soutenu par deux sclérites en
arceau mince mais fortement sclérifié. Appa¬
remment pas de sensilles, ni ventrales, ni dor¬
sales. Pas de filaments hyalins apicaux. Un lobe
médian peu distinct, à peine incisé ventralement,
limites latérales partiellement effacées. Ventrale¬
ment, une zone antérieure striée, de chaque côté
d’un sillon médian peu prononcé. Épipharynx
membraneux, portant de courtes rangées de
spinules et soutenu par un sclérite postérieur en
U. Prémandibules peu développées, réduites de
chaque côté à deux dents sclérifiées et à quatre
dents plus antérieures quasi transparentes.
Maxille (fig. 956) : stipes à apophyse très
courte, représentant un peu plus du dixième de la
longueur du reste de l’article. Suture maxillaire
distincte. Lobe maxillaire bordé de dents fines.
Une sensille circulaire apicale et une trichoïde
médiane. Palpe maxillaire en grande partie mem¬
braneux, portant des sensilles circulaires et une
en bâtonnet. Cardo triangulaire, avec trois soies
fines et claires le long du bord antérieur. Mandi¬
bule (fig. 955) subrectangulaire. Trois ou quatre
dents apicales dont la première et la dernière
sont plus fortes que les médianes, toutes les dents
inclinées dans la même direction. Bord interne
avec quatre ou cinq petites dents horizontales
faisant suite aux grosses dents apicales. Face
ventrale avec une petite sensille circulaire basale
et une large zone transversale striée vers le tiers
antérieur. Face externe portant deux grandes
sensilles circulaires. Face dorsale avec une forte
dent triangulaire subapicale ; prostheca bien déve¬
loppée. Ensemble labium + hypopharynx bien
développé mais peu sclérifié. Cadre hypopharyn-
gien mince, en arceau. Sclérite hypopharyngien
prolongé latéralement en deux longs processus
dorsaux ; ventralement divisé en deux branches
délimitant un espace membraneux dans lequel
s’ouvre le canal salivaire. Sclérite labial en U
largement ouvert (fig. 957).
Thorax. — Segments cylindriques allongés,
lisses, subégaux, le premier d’un blanc translu¬
cide, les II et III entièrement violet foncé (sur le
vivant). Stigmates prothoraciques très petits,
fermés par la cuticule et donc non fonctionnels.
Abdomen. — Régulièrement annelé, les neuf
segments jaunes à brun clair sur le vivant.
Dernier segment avec deux petits lobes apicaux
et deux lobes latéraux triangulaires plus grands.
La larve de T. incolumis diffère peu de celle
de T. flavifemoratus. Sur le vivant, elle s’en
distingue par les deux premiers segments thora¬
ciques blanc translucide à taches longitudinales
irrégulières violacées.
Biologie. — Quelques Tergostylus ont été
élevés du Cameroun et de République Centrafri¬
caine par Ph. Bruneau de Miré et moi-même
(Matile, 1970c, 1974a). Leur biologie demeure
cependant largement inconnue. La larve de T.
flavifemoratus vit sur les Polypores poussant sur
le bois mort, occupant principalement l’angle
formé par la face supérieure du champignon et le
bois. La toile est formée d’une piste centrale
plane amarrée par des fils rares et tous situés
grossièrement dans le même plan. Le cocon, bien
individualisé, est dissimulé dans une anfractuo¬
sité. On notera une durée de nymphose très
brève : à la Station de La Maboké (République
Source : MNHN, Paris
346
LOÏC M ATI LE
Centrafricaine), une larve ayant terminé son
cocon le 2 septembre a donné un mâle dès le
lendemain. La larve de T. incolumis tisse une
toile plus étendue, de type Cerotelion, mais la
piste centrale forme un large film. La forme des
toiles de ces deux espèces est en faveur d’un
régime exclusivement sporophage.
Répartition. — Région afrotropicale : dans
l’état actuel des connaissances, bloc forestier
congolais, Fernando Poo et Côte d’ivoire.
Matériel examiné. — Toutes les espèces con¬
nues.
Clé des espèces
1. — Fémur III bruni au moins sur la moitié basale . 2
— Fémur III bruni seulement à la base, ou entièrement jaune . 3
2. — Tibia III brun, sauf à l’apex ; clypéus avec une bande médiane
dénudée étroite ; Sc ne dépassant pas le niveau de l’apex de la fusion
radiomédiane. Hypopyge mâle : fig. 961. Sous-région congolaise
. alberti (Toll.)
— Tibia III jaune sombre ; clypéus à bande médiane large ; Sc se
terminant après l’apex de la fusion radiomédiane. Hypopyge mâle :
fig. 959. Fernando Poo . brevistylus (Mat.)
3. — Hanches en grande partie jaunes, la III faiblement brunie à l’apex.
Hypopyge mâle : fig. 964-966. Sous-région congolaise .
. flavifemoratus (Toll.)
— Hanches II-III largement brunies sur la moitié basale . 4
4. — Les deux derniers flagellomères antennaires jaunes ; bande médiane
clypéale très étroite ; fémur III entièrement jaune. Hypopyge mâle :
fig. 947-950, 958. Fernando Poo . plokiophilus (Mat.)
— Flagelle entièrement brun-noir ; bande médiane clypéale large ;
fémur III bruni à la base . 5
5. — Macrochètes antennaires ventraux presque aussi longs que les
dorsaux ; fusion radiomédiane atteignant la moitié du pétiole de la
fourche médiane ; tergites abdominaux bruns, sauf le I, jaune à
bande apicale brune. Hypopyge mâle : fig. 960. République Centra¬
fricaine . incolumis (Mat.)
— Macrochètes antennaires ventraux très courts ; fusion radiomédiane
ne dépassant pas le quart du pétiole de la fourche ; tergites
abdominaux jaunâtres, les V-VII assombris. Hypopyge mâle :
fig. 962. Côte d’ivoire . couturieri Mat.
Genre Tolletia Matile
Tolletia Matile, 1973c : 193. Espèce-type : Platyroptilon vrydaghi Tollet, 1955, par désignation
originale.
Platyroptilon : Tollet, 1955 : 11, non Westwood, 1849.
En décrivant son espèce zaïroise, Platyrop¬
tilon vrydaghi, Tollet (1955) a noté les diffé¬
rences entre les caractères de cette espèce et la dia¬
gnose des Platyroptilon néotropicaux d’EDWARDS
(1934a), telle qu’elle ressort de sa discussion de
P. zernyi. Tollet retient pour les Platyroptilon
ainsi émendés les caractères suivants : pièces
buccales pratiquement absentes, palpes à peine
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
347
visibles, latérotergite et médiotergite dénudés,
microchètes tibiaux disposés en rangées régu¬
lières, nervures médianes et cubitale sans macro-
chètes. J’ai proposé le nouveau genre Toiletta
pour P. vrydaghi en me basant sur la structure
des antennes, l’émargination des yeux, la cilia-
tion de l’anépisterne, l’interruption basale de
M4, la réduction des éperons externes III et la
petitesse de la cellule basale.
<£$. — Tête (fig. 967-968) large, aplatie, un peu
plus haute que longue et bien moins haute que
large. Occiput couvert de courtes soies couchées,
un peu plus longues derrière le calus ocellaire,
les postoculaires nettement plus longues. Trois
ocelles, le médian punctiforme, les latéraux
grands, chacun sur un calus, l’ocelle médian situé
peu en avant des latéraux, ces derniers séparés de
la marge oculaire par environ le double de leur
propre diamètre. Un sillon sagittal court, partant
du calus ocellaire médian et se terminant vers le
sommet de la tête. Yeux grands, occupant les
deux tiers de la face latérale de la tête, largement
et régulièrement échancrés au-dessus de l’inser¬
tion des antennes ; pilosité longue, égale au
diamètre d’une ommatidie. Front large, peu
élevé ; un sillon frontal net, profond, mousse,
prolongé par un long tubercule frontal. Calus
frontaux non distinctement soulevés, portant des
soies dressées, dispersées. Antennes (fig. 969-970)
pectinées, de 2+14 articles. Scape et pédicelle
prolongés ventralement par un bec peu pro¬
noncé. Mâle : flagellomères 1 à 8 à prolonga¬
tions ventrales prononcées, les médianes les plus
longues. Flagellomères 9 à 12 aplatis et légère¬
ment prolongés ventralement, ces prolongations
décroissant progressivement vers l’apex ; fla-
gellomère 13 normal. Femelle : pectination bien
moins longue, les prolongements des flagello¬
mères 1 à 7 proportionnellement pas plus longs
que celui du 8, mais plus larges. Articles suivants
aplatis et plus longs ventralement, flagellomère
13 normal. Chez les deux sexes, flagellomère 14
non apiculé. De forts macrochètes dorsaux et
quelques latéraux. Chez le mâle, des macrochètes
courts et épais à l’apex des prolongements 1 à 7.
Tous les articles du flagelle femelle avec des
macrochètes ventraux normaux mais par contre,
chez le mâle, plus de macrochètes ventraux à
partir du huitième flagellomère. Face large et
bien sclérifiée, dénudée. Clypéus petit, mais
saillant, ne dépassant toutefois pas le bord
antérieur des yeux. Pièces buccales extrêmement
réduites, la trompe dépassant à peine le niveau
du bord ventral des yeux. Labre et hypopharynx
bien sclérifiés. Labelles petites, membraneuses à
la face interne. Palpes formés de 1 + 1 articles.
Palpifère très petit, en grande partie membra¬
neux, seul sclérifié un demi-anneau ventral por¬
tant quelques cils. Palpomère unique à peine plus
gros que les labelles, membraneux à la face
interne.
Thorax (fig. 972) peu arqué. Prothorax réduit
à une mince bandelette dorsale au milieu. Pro¬
sternum saillant, portant de longs cils latéraux
mais pas de soies discales. Angle postéroventral
du proépimère situé bien au-dessous de la suture
anapleurale. Scutum uniformément couvert de
microchètes, plus longs sur le côté et en arrière.
Scutellum petit, semi-circulaire, bordé de longues
soies apicales serrées, et portant sur le disque des
soies dressées plus courtes. Médiotergite nu,
modérément anguleux, peu saillant en arrière, ne
dépassant pas le niveau de l’apex du scutellum.
Zone membraneuse sous-scutellaire très mince.
Pas de soies scabellaires. Pleures dénudées, sauf
le proépisterne et l’anépisteme, ce dernier cilié en
haut ; pas de fissure anépisternale. Suture médio-
pleurale très fortement sinueuse, fosse médio-
pleurale peu profonde. Mésépimère fortement
rétréci ventralement, latérotergite à grand axe
très oblique. Métépisterne plus long que haut.
Pattes. — Hanches de longueur moyenne,
subégales (fig. 972). Hanches I ciliées à la face
antérieure et à la face externe, quelques pos¬
térieures apicales. Hanches II ciliées à la face
antérieure et sur la moitié apicale de la face
externe, sauf en arrière. Hanches III avec une
rangée de longues soies le long de la marge
postérieure de la face externe. Pas de soies
postérieures II-III. Fémurs normaux, à soies
couchées, les ventrales nettement plus longues
que les dorsales. Une large bande dénudée
ventrale. Tibias régulièrement élargis de la base
vers l’apex, les microchètes disposés en rangées
régulières toutes semblables. Un peigne I hyalin,
visible seulement en préparation microscopique.
Tibia II avec un peigne postérieur et quelques
chétules entre les éperons, III avec un peigne
postérieur, quelques chétules entre les éperons et
un peigne antérieur distinct mais bien plus petit
que le postérieur. Éperons 1:2:2. Éperon I
dépassant le double de la largeur apicale du tibia.
Éperons internes II-III doubles de cette largeur,
les externes bien plus courts que les internes.
Source : MNHN, Paris
348
LOÏC MATILE
Fig. 967-976. — Tolletia vrydaghi (Tollet) : 967, tête, vue frontale ; 968 : d°, vue latérale ; 969, antenne mâle, vue latérale ;
970, antenne femelle, d° (ciliation non représentée) ; 971, aile, face dorsale ; 972, thorax, hanches et premier segment
abdominal, vue latérale ; 973, hypopyge mâle, vue dorsale ; 974, d°, vue ventrale ; 975, terminalia femelles, vue
ventrale ; 976, d°, vue latérale.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
349
n’atteignant pas la largeur apicale des tibias.
Tibia I sans macrochètes. Tibia II avec quelques
ventraux et quelques postérieurs, tibia III avec
quelques antérieurs, dorsaux et postérieurs api¬
caux. Protarse I un peu plus court que son tibia,
protarses II-III bien plus courts que les tibias
correspondants, mais élargis, portant des micro-
chètes disposés en rangées régulières et des
rangées de macrochètes ventraux spiniformes.
Griffes courtes et fortes, portant de longues
épines basales et des denticules apicaux chez le
mâle, plus fines et non denticulées chez la
femelle.
Ailes (fig. 971) larges et courtes, de même
longueur que l’abdomen. Membrane dépourvue
de macrotriches, sauf quelques-uns, dressés, dans
le champ anal. Costale dépassant largement
l’apex de R5 et atteignant l’extrémité de l’aile. Sc
courte, se terminant un peu après l’apex de la
fusion radiomédiane. Sc2 absente. R4 présente,
longue, oblique, son apex proche de celui de RI,
cette dernière courte et subrectiligne. R4 + 5 et
R5 subrectilignes, formant ensemble une courbe
presque continue, R5 un peu plus courte que
R4 + 5. Cellule basale minuscule, son apex rap¬
proché du niveau de la transverse humérale ;
base de la radiale et transverse basale effacées, à
peine visibles. Fusion radiomédiane longue, mais
plus courte que le pétiole de la fourche médiane,
celle-ci ne débutant que vers le niveau de l’apex
de RI. M4 interrompue à la base, et à ce niveau
orientée vers Culb. Culb régulièrement courbée,
Cu2 longue et fine, anale interrompue dès le
milieu du champ anal, A2 très faible. Angle anal
arrondi.
Ciliation, face dorsale : C, RI, R4 + 5, R5,
quelques macrochètes, surtout basaux, largement
dispersés, sur l’anale. Face ventrale : toutes les
nervures nues sauf la costale. Pédicelle des
balanciers très court.
Abdomen subcylindrique, les segments médians
plus développés en hauteur. Un sclérite intermé¬
diaire entre les stemites I et II. Sept seg¬
ments prégénitaux apparents. Chez le mâle, le
tergite VIII, dissimulé sous le VII, est en bande¬
lette étroite ; le sternite VIII est deux fois plus
long, également dissimulé sous le VII, mais son
apex couvrant l’extrême base du synsclérite
gonocoxal.
Genitalia mâles (fig. 973-974). — Tergite IX
bien développé à la base, fortement rétréci
à l’apex et laissant donc à découvert à ce
niveau toute la face dorsale des gonocoxopo-
dites. Sternite IX absent ou fusionné. Cerques
bien développés, de même que l’hypoprocte, qui
se prolonge en pointe après l’apex des cerques.
Apodème thécal particulièrement bien déve¬
loppé. Gonocoxopodites presque entièrement fu¬
sionnés ventralement mais séparés par une étroite
zone membraneuse sagittale sur plus de la moi¬
tié du synsclérite. Moitié apicale entièrement
rebordée dorsalement, la base des gonostyles
entourée par un large anneau sclérifié complet.
Gonostyles à insertion latéroventrale, relative¬
ment grands et simples, la face dorsale séparée de
la face ventrale par une mince arête. Une épine
apicale et deux épines médianes sur la face
ventrale. Phallosome grand, apodèmes dorsaux
et ventraux particulièrement bien sclérifiés, l’apo-
dème éjaculateur aussi long que les gonocoxopo¬
dites, le reste de l’édéage membraneux.
Genitalia femelles (fig. 975-976) étudiés sur le
néallotype de T. vrydaghi [Nigeria, Western
State, Ile-Ife, may 1973 ( J . T. Medler )], au Mu¬
séum national d’Histoire naturelle, Paris. —
Tergites VIII et IX entièrement membraneux,
ainsi que le sternite IX. Tergite X bien sclérifié,
sauf ventralement, à la base. Cerques grands,
uniarticulés, allongés et pointus à l’apex, ster¬
nite X proportionnellement peu développé. Ster¬
nite VIII entièrement divisé en deux lobes,
chacun d’eux fortement rebordé aux marges
interne et apicale.
Larve et biologie inconnues. Il est à noter que
tous les exemplaires non récoltés par piégeage
ont été pris dans des toiles d’Araignées grégaires
de la famille des Pholcidae (Matile, 1973b). Les
insectes s’y tiennent suspendus par les pattes
antérieures et, lorsqu’ils sont dérangés, s’envo¬
lent vers l 'intérieur de la toile, qui semble ainsi
avoir un rôle protecteur.
Répartition. — Région afrotropicale. L’espèce-
type, seule connue pour le moment, semble res¬
treinte à l’Afrique occidentale et équatoriale.
Matériel examiné. — L’espèce-type.
Source : MNHN, Paris
350
LOÏC M ATI LE
Genre Xenokeroplatus n. gen.
Espèce-type : Xenokeroplatus filitarsis n. sp.
Ce genre est édifié pour trois espèces inédites
de Papouasie-Nouvelle-Guinée et des Iles Salo¬
mon, remarquables par toute une série de carac¬
tères, notamment par l’absence de la nervure
anale, unique chez les Keroplatini, et les tarses
antérieurs démesurément allongés, à eux seuls
plus longs que le corps de l’insecte. Antennes
élargies et peu aplaties, tibias à microchètes
disposés en rangées régulières, dépourvus de
macrochètes en dehors de quelques postérieurs,
latérotergite dénudé. Ce genre présente une
remarquable convergence avec le genre chilien
Dolichodactyla Freeman ( Orfeliini ).
Derivatio nominis : du grec £evoç, étranger, et
de Keroplatus ; nom choisi en raison des grandes
différences présentées avec les autres Keroplatini.
Genre : masculin.
c?Ç. — Tête (fig. 977-9.78) ovoïde aplatie, plus
large que haute. Occiput couvert de courtes soies
serrées et couchées, la rangée préoculaire formée
de chètes plus longs et dressés. Deux ocelles sur
un calus distinct, séparé en deux par un profond
sillon sagittal largement prolongé en arrière.
Ocelles éloignés de la marge oculaire par environ
le double de leur propre diamètre. Calus ocel-
laire avec quelques soies postérieures courtes.
Yeux grands, occupant plus de la moitié de la
face latérale de la tête, à peine encochés au-
dessus de la fosse antennaire. Front non distinc¬
tement séparé de l’occiput par un sillon, la
ciliation occipitale se continuant latéralement sur
le front : quelques soies dorsales chez l’espèce-
type, des soies sur près de la moitié de la hauteur
du front chez X. steffani et riparius. Front large,
dépourvu de calus nets, déprimé sagittalement
mais sans sillon médian distinct ; tubercule fron¬
tal très petit. Antennes de 2+14 articles. Scape
et pédicelle petits, cylindriques, sans bec ventral.
Flagellomères élargis ventralement, mais relati¬
vement peu comprimés ; pédoncules très courts,
distinctement subdorsaux. Premier flagellomère
triangulaire allongé, les suivants quadrangu-
laires, le dernier non élargi, plus long que large
(fig. 979). Des macrochètes dorsaux longs et
nombreux, macrochètes ventraux plus courts et
plus rares, également quelques externes dispersés.
Face moyennement large, dénudée. Clypéus peu
saillant, ne dépassant pas le bord antérieur des
yeux, également dépourvu de cils ou de soies.
Pièces buccales réduites, seuls les labelles dépas¬
sant légèrement le bord ventral des yeux. Hypo-
pharynx et labre peu sclérifiés. Labelles courtes,
sclérifiées et ciliées à la face externe, membra¬
neuses à la face interne. Palpes réduits à deux
articles, le palpifère très petit, sclérifié ventra¬
lement seulement, portant un cil à ce niveau. Le
palpomère unique allongé, dressé vers le haut,
bien sclérifié dorsalement et latéralement, où il
porte des cils, membraneux dorsalement ; apex
avec des cryptes sensorielles circulaires.
Thorax (fig. 980). — Prothorax entièrement
dissimulé sous la marge antérieure du scutum,
très fortement rétréci, sauf latéralement ; proster¬
num dénudé, non saillant, Angle postéroventral
du proépimère situé un peu au-dessous de la
suture anapleurale. Scutum peu bombé, unifor¬
mément recouvert de courtes soies serrées et
couchées, les marginales latérales et préscutel-
laires plus longues. Scutellum très grand, trian¬
gulaire à angles arrondis, uniformément recou¬
vert de soies dispersées, couchées, les marginales
pas plus longues que les discales. Médiotergite
anguleux, comprimé dorsoventralement, dépas¬
sant fortement en arrière l’apex du scutellum,
dépourvu de soies. Zone membraneuse sous-scu-
tellaire mince, en croissant. Pas de soies sca-
bellaires. Pleures entièrement dénudées, sauf
le proépisteme. Pas de macrochètes prostigma-
tiques. Une fissure anépisternale étroite. Su¬
ture médiopleurale modérément sinueuse, fosse
médiopleurale profonde. Mésépimère relative¬
ment peu rétréci ventralement. Grand axe du
latérotergite fortement oblique. Métépisteme plus
long que haut.
Pattes. — Hanches longues, les antérieures un
peu moins que les II-III (fig. 980). Hanches I
ciliées à la face antérieure et à la face externe,
quelques soies postérieures apicales. Hanches II
ciliées à l’apex de la face antérieure et sur la
partie antérieure de la face externe ; hanches III
dénudées sauf une rangée de soies sur la moitié
apicale de la marge postéro-externe. Pas de soies
postérieures II-III. Fémurs normaux, à pilosité
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
351
Fig. 977-985. — Xenokeroplalus : 977, X.filitarsis n.
vue latérale ; 980, d° thorax, hanches et premie. segment aoaominal v
SEÎ* V“ 0rsa1' ; ’83- d’’ ,ue ventrale ; 9H *■ ,le-fani '‘ ‘P- Knninalia femelles;
e dorsale ; 985, d°,
Source : MNHN, Paris
352
LOÏC MATILE
couchée, les soies ventrales pas plus longues que
les dorsales. Fémurs 1 presque entièrement dé¬
nudés à la face postérieure ; fémurs II-III prati¬
quement dénudés sur toute leur moitié ventrale,
cette très large zone nue séparée en deux par une
ou deux rangées de soies ventrales. Tibias régu¬
lièrement élargis de la base vers l’apex. Micro-
chètes tibiaux disposés en rangées régulières
dont certaines, formées de soies plus serrées,
paraissent à faible grossissement former une
ligne noire continue. Tibia I sans zone sensorielle
ni peigne visible. Tibia II avec un peigne pos¬
térieur, III avec un peigne postérieur et un
antérieur. Éperons 1:1:1. Éperon I plus
court que la largeur apicale du tibia (espèce-type,
X. steffani ) ou environ aussi long que cette
largeur (À', riparius). Tibias II et III sans éperons
externes, les internes fortement réduits, plus
courts que la largeur apicale des tibias corres¬
pondants. Tibias sans macrochètes sauf quelques
postérieurs aux II-III. Tarses très allongés, qua¬
siment filiformes, le protarse antérieur à lui seul
de 3.6 ( X . filitarsis, riparius ) à 4 fois la lon¬
gueur du tibia (steffani mâle ; chez la femelle de
cette espèce : 3,5). Ensemble du tarse antérieur
dépassant la longueur totale de l’insecte. Chez les
deux espèces de Papouasie — Nouvelle-Guinée,
le protarse II dépasse légèrement le double de la
longueur du tibia, et le III est un peu plus court
que le double. Chez X. riparius, les protarses II
et III ont environ 1,5 fois la longueur du tibia.
Tarses à microchètes disposés en rangées régu¬
lières, pas de macrochètes. Griffes longues,
épaisses, spinuleuses à la base, dans les deux
sexes.
Ailes (fig. 981) aussi longues que l’abdomen,
étroites, le lobe anal fortement réduit. Pas de
macrochètes sur la membrane, même dans le
champ anal. Costale longue, prolongée jusqu’à
l’apex de l’aile, dépassant largement l’extrémité
de R5. Sous-costale courte, se terminant peu
après le niveau de l’apex de la cellule basale,
celle-ci petite, non divisée en deux par une trace
longitudinale. Sc2 absente. RI longue, rectiligne,
serrée contre la costale. R4 + 5 longue et subrec¬
tiligne, alignée avec la fusion radiomédiane. R4
très courte, très fortement oblique, se terminant
sur la costale après le niveau du milieu de
l’intervalle R1-R5, ou vers le milieu (X. riparius).
R5 très courte, faisant avec R4 + 5 un angle très
peu accusé. Fusion radiomédiane très longue.
Ml et M2 largement effacées à la base. Cul b très
peu courbée, Cu2 longue et fine. Anale totale¬
ment absente, A2 très réduite.
Ciliation, face dorsale : C, RI, moitié apicale
de R4 + 5 ; chez X. steffani, R4 + 5 entièrement
dénudée. Face ventrale : toutes les nervures nues
sauf la costale.
Abdomen mâle allongé, fusiforme. Sept seg¬
ments et la moitié apicale du VIII visibles avant
l’hypopyge (VIII parfois enfoncé plus largement
dans le VII). Abdomen femelle d’abord fusi¬
forme, puis aplati et élargi aux segments IV et V,
les VI et VII plus étroits, VIII entièrement
invaginé. Pas de sclérite intercalaire entre les
stemites I et II.
Genitalia mâles (fig. 982-983, 986-990). —
Hypopyge capable de rotation, de 90 à 180°.
Tergite IX très grand, ovale (X. filitarsis), rec¬
tangulaire allongé (X. riparius) ou encore pen¬
tagonal allongé (X. steffani). Ce sclérite re¬
couvre totalement les gonocoxopodites dorsale-
ment, ainsi que la base des cerques. Chez
l’espèce-type, n’en dépasse que l’apex des gono-
styles, tandis que chez les deux autres la moitié
apicale en reste visible. Stemite IX fusionné ou
absent. Cerques petits, en partie dissimulés sous
le tergite IX, ciliés à l’apex. Hypoprocte mem¬
braneux sauf à la marge apicale et latéralement,
formant à ce niveau un arceau sclérifié dont
l’apex ne dépasse pas celui du tergite IX. Par
contre, chez X. riparius, hypoprocte très petit
mais bien sclérifié et cilié. Gonocoxopodites
presque entièrement séparés ventralement par un
profond sillon chez l’espèce-type, ou au contraire
entièrement fusionnés, chez X. steffani et ripa¬
rius. Face ventrale du synsclérite très largement
encochée pour l’insertion des gonostyles. Gono-
styles grands, en lamelle allongée à insertion
ventrale. Chez l’espèce-type, marge apicale avec
une rangée de petites épines ; face dorsale et bord
interne avec trois zones spinuleuses : apicale,
médiane et basale. Phallosome petit, mais bien
sclérifié, sans structures sensorielles spéciales.
Chez X. steffani et riparius, face dorsale des
gonostyles entièrement ou en grande partie cou¬
verte de courtes épines noires, serrées, obtuses à
l’apex. Entre les gonostyles, un tubercule ventral
portant un lobe sclérifié muni d’un fort peigne
d’épines (X. riparius), ou de deux peignes séparés
(X. steffani), visibles entre les bases des gono¬
styles. Phallosome plus petit chez X. riparius et
steffani que chez l’espèce-type.
Genitalia femelles (fig. 984-985) étudiés chez
Source : MNHN, Paris
Fig. 986-990. — Genitalia mâles des Xenokeroplatus (holotypes) : 986, X. steffani n. sp., hypopyge, vue ventrale ;
987, X. riparius n. sp., hypopyge, vue dorsale; 988, d°, vue ventrale; 989, d°, gonostyle, vue latérale (ciliation
non représentée) ; 990, X. steffani , d°.
X. steffani*'. Tergite VIII entièrement membra¬
neux. Sternite VIII divisé en deux lobes large¬
ment séparés sur toute leur longueur, fortement
rebordés à leur marge interne ; ciliés à la face
externe et sur la marge rebordée, ainsi qu’à
l’apex, où se trouve une soie nettement plus
longue que la ciliation du reste du sclérite.
Tergite et sternite IX membraneux, seul l’apo-
dème vaginal distinct. Tergite X grand, divisé en
deux le long de la ligne médiane, en grande
partie cilié. Sternite X bien développé et sclérifié,
portant des soies ventrales. Cerques petits, uniar-
ticulés, pointus à l’apex, où ils portent une paire
de soies spiniformes.
41. Lors de la rédaction de ma thèse, je ne disposais pas de femelle de l’espèce-type. Le Bishop Muséum m'en a fait
parvenir une depuis, mais l’extrémité de l’abdomen est malheureusement endommagée ; les structures visibles ne diffèrent en
rien de X. steffani.
Source : MNHN, Paris
354
LOÏC M ATI LE
Larve et biologie inconnues. Matériel examiné. — Tous les exemplaires
connus du genre, appartenant aux trois espèces
Répartition. — Région australasienne (Pa- décrites ci-dessous.
pouasie-Nouvelle-Guinée, Iles Salomon).
Clé des espèces
1. — Scutum brun-noir; tergites abdominaux bruns. Hypopyge mâle :
fig. 987-989. Iles Salomon . riparius n. sp.
— Scutum et tergites abdominaux roux . 2
2. — Scutellum, médiotergite, pleures et latérotergite blanc-jaunâtre à
pruinosité argentée ; R4 + 5 nue. Hypopyge mâle : fig. 986, 990.
Nouvelle-Guinée . steffani n. sp.
— Scutellum et médiotergite jaune sombre, pleures jaune clair, latéroter¬
gite roux; R4 + 5 ciliée dans sa moitié apicale. Hypopyge mâle :
fig. 982-983. Nouvelle-Guinée . filitarsis n. sp.
Xenokeroplatus filitarsis n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 4,4 mm.
Tête brune, calus ocellaire noir, flagelle an-
tennaire brun-noir, trompe jaune.
Thorax : scutum roux, luisant. Scutellum et
médiotergite jaune sombre, latérotergite roux, le
reste des pleures jaune clair. Pattes jaunes, tarses
assombris par la ciliation. Protarse I 3,6 fois plus
long que le tibia correspondant ; éperon I plus
court que la largeur apicale du tibia. Ailes
claires, légèrement enfumées à l’apex et le long
de la marge antérieure. R4 + 5 ciliée sur la moitié
apicale. Balanciers brisés sur tous les exemplaires
disponibles ; allotype : le pédicelle, long et mince,
demeure ; il est jaune, puis progressivement
bruni.
Abdomen à tergites roux et stemites jaunes.
Segment VIII court, jaune pâle. Hypopyge
(fig. 982-983) bruni, surtout dorsalement. Gono-
styles à marges externe et interne parallèles, sauf
à la base. Une rangée d’épines apicales et trois
zones spinuleuses.
Allotype femelle (apex de l’abdomen endom¬
magé) et paratypes mâles semblables à l’holo-
type.
Holotype et un paratype mâle : Papouasie-
Nouvelle-Guinée, NE Wau, Hospital Ck., 1 250 m,
piège de Malaise, 10.05.1965 (/. Sedlacek) ;
allotype : d°, le 14.05.1965 ; un paratype mâle :
d°, le 7.05.1965; un paratype mâle : NE, May
River, 6.06. 1963 ( R . Straatman). Holotype,
allotype et paratypes au Bishop Muséum, Hono-
lulu, sauf un paratype mâle au Muséum national
d’Histoire naturelle, Paris.
Xenokeroplatus steffani n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 3,5 mm.
Même coloration que X. filitarsis, mais scutel¬
lum, médiotergite et pleures (y compris les
latérotergites) blanc-jaunâtre à pruinosité ar¬
gentée apparaissant sous certains éclairages. Pro¬
tarse I atteignant quatre fois la longueur du tibia
correspondant. R4 + 5 entièrement dénudée dor¬
salement. Segment abdominal VIII aussi long
que les gonocoxopodites et bruni dans le tiers
basal. Gonostyles fortement rétrécis et pointus à
l’apex, la face dorsale couverte d’épines, sauf à la
base (fig. 986, 990).
Allotype femelle semblable au mâle, protarse I
égal à 3,5 fois la longueur du tibia. Ovipositeur :
figures 984-985.
Holotype mâle et allotype femelle : Nouvelle-
Guinée, NE, Wau, Hospital ck., 1 250 m ; piège
de Malaise, 7.05.1965 (mâle) et 114.05.1965 (fe¬
melle). Bishop Muséum, Honolulu.
Xenokeroplatus riparius n. sp.
Holotype mâle. — Longueur de l’aile : 3,5 mm.
Tête brune, calus ocellaire noir, trompe jaune.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : SYSTÉMATIQUE
355
Thorax : scutum brun-noir, le reste du thorax
jaune-orangé. Pattes : hanches et fémurs jaune-
orangé, assombris par la ciliation. Protarse I
3,6 fois la longueur du tibia correspondant ;
éperon I subégal à la largeur apicale du ti¬
bia. Ailes jaunâtres, indistinctement enfumées à
l’apex et à la marge antérieure. R4 + 5 ciliée dans
sa moitié apicale. Balanciers brun-noir, pédicelle
jauni à la base.
Abdomen à tergites bruns et sternites jaunes.
Segment VIII de taille moyenne, non bruni à la
base. Hypopyge de même type que celui de X.
steffani, mais gonostyles plus longs, moins poin¬
tus, la zone spinuleuse plus étendue (fig. 987-
989).
Holotype mâle : Iles Salomon, Kolombangara,
1 ml inland from Kusi, camp. 1, 5.09.1965 (Roy.
Soc. Exped., Brit. Mus.). Cet exemplaire a été
récolté au piège à aspiration dans une laisse
d’inondation au bord de la rivière Kolombana.
British Muséum (Nat. Hist.), Londres.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
PHYLOGÉNIE
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
INTRODUCTION
Cette Troisième Partie comprend un bref
historique, suivi d’un chapitre consacré au pro¬
blème de la monophylie des Keroplatidae et à la
recherche de leur groupe-frère, puis d’une ana¬
lyse des caractères et des tendances évolutives de
la famille, enfin de l’élaboration des hypothèses
de parenté relatives à tous les niveaux hiérar¬
chiques des Arachnocampinae, Macrocerinae et
Keroplatinae Keroplatini. Elle a été entreprise
selon les principes et les méthodes phylogéné¬
tiques préconisés par le diptériste Willi Hen-
nig de 1936 à 1969 (notamment 1936, 1948,
1950, 1954, 1966a, 1969, 1981), et maintenant
largement acceptés par les systématiciens.
Les auteurs que j’ai consultés, les principes et
les concepts qui m’ont guidés, enfin les méthodes
suivies, sont cités ailleurs, dans un ouvrage
rédigé en collaboration avec deux collègues
paléontologistes (Matile, Tassy & Goujet,
1987); il n’y a donc pas lieu d’y revenir ici.
Quelques points méritent cependant d’être abor¬
dés dans le cadre, plus défini que le manuel cité
plus haut, de cette révision des Keroplatidae. Ils
concernent les critères adoptés, le problème des
groupes polythétiques et celui des homoplasies
de développement. Un bref paragraphe sur la
convention de mise en séquence adoptée ici
termine cette introduction.
Critères d’apomorphie et de plésiomorphie
On distingue généralement dans l’analyse phy¬
logénétique quatre types de critères : paléonto-
logiques, embryologiques, hors-groupe (« out-
group ») et intra-groupe (« in-group »).
J’ai eu assez peu recours dans ce travail aux
critères paléontologiques, et ceci parce que les
assez nombreux fossiles du Tertiaire dont nous
disposons sont très peu différents des espèces
actuelles, tandis que le seul fossile crétacé connu,
Schlueterimyia cenomanica, est incomplet (cf.
p. 187). Cependant, les fossiles jurassiques four¬
nissent de nombreux caractères de nervation
alaire, et donneront donc des éléments précieux
dans la détermination des grandes tendances
évolutives de la nervation des Mycetophiloidea
(p. 426).
Les critères embryologiques sont de peu d’uti¬
lité chez les holométaboles, où les larves repré¬
sentent des organismes autonomes, très diffé¬
rents des imagos, sur lesquels l’essentiel des
recherches phylogénétiques est effectué. Qui plus
est, il n’existe qu’un seul article sur l’embryologie
des Mycetophiloidea : celui d’ABUL-NASR (1950)
sur le développement des ébauches génitales (cf.
p. 68). Je n’ai donc pu m’en servir.
Comme l’on fait remarquer Nelson & Plat-
nick (1981), l’utilisation des critères paléontolo¬
giques et embryologiques peut être considérée
comme une technique directe de classification,
tandis que les critères de comparaison hors-
groupe relèvent de techniques indirectes. En
effet, ces derniers reposent non seulement sur
l’observation de la répartition et des modifica¬
tions des caractères, mais aussi sur des classifica¬
tions déjà établies, que l’on accepte en prémisse.
La règle des comparaisons hors-groupe (« out-
groups rulé) est ainsi énoncé par Wiley (1981) :
« Étant donné deux caractères homologues ren¬
contrés dans un groupe monophylétique, le
caractère qui se rencontre aussi dans son groupe-
frère est le caractère plésiomorphe, tandis que le
caractère qui ne se trouve que dans le groupe
monophylétique est le caractère apomorphe ».
Dans le présent travail, j’ai tenu pour valide au
départ l’hypothèse de phylogénie des Diptères, et
plus précisément des Mycetophiliformia, telle
qu’elle a été émise par Hennig (1954). En ce qui
concerne ces derniers, j’ai extrapolé les conclu¬
sions de Hennig dans le cladogramme de la
figure 992. J’ai donc pris les Bibioniformia
comme groupe-frère plésiomorphe des Myceto¬
philiformia et, pour certains caractères communs
Source : MNHN, Paris
360
LOÏC MATILE
à ces deux taxa, j’ai recherché le groupe de
comparaison chez les Nématocères plus primi¬
tifs, Culicimorpha, Psychodomorpha et Tipulo-
morpha, voire parfois chez les Mécoptères (par
exemple pour les phragmes thoraciques, p. 379).
Les Cecidomyioidea, considérés ici provisoire¬
ment comme le groupe-frère apomorphe des
Mycetophiloidea au sein des Mycetophiliformia,
m’ont été de peu d’utilité en raison du manque
dramatique d’informations phylogénétiques, et
même purement morphologiques, dont nous dis¬
posons sur ce groupe. Par contre, j’ai trouvé
beaucoup de données précieuses dans la mono¬
graphie de De Souza Amorim (1982a) sur les
Scatopsidae, principale famille des Scatopsoidea,
groupe-frère plésiomorphe de l'ensemble Myce¬
tophiloidea + Cecidomyioidea. En ce qui con¬
cerne les Mycetophiloidea eux-mêmes, on verra
que la nature des relations phylogénétiques entre
les différentes familles qui les composent est
loin d’être élucidée. Il semblait toutefois se
dégager jusqu’ici un consensus selon lequel Boli-
tophilidae et Ditomyiidae seraient plus primitifs
que les Keroplatidae, tandis que les Mycetophi-
lidae seraient plus évolués. C’est cette opinion
générale que j’ai prise comme hypothèse de
départ, mais on verra qu’elle a dû être réfutée
par la suite pour les Bolitophilidae (p. 383).
Quant aux critères intra-groupe, ce sont ceux
de complexité, de corrélation et de répartition.
Le critère de complexité énonce que si des états
différents d’un même caractère peuvent être
disposés en une série de complexité croissante, il
est vraisemblable que l’état le plus simple soit
plésiomorphe, sous réserve des cas de régressions
et de pertes. Comme ces cas semblent fréquents
chez les Mycetophiloidea, je m’en suis peu servi.
L’étude morphologique n’a pas mis en évidence
de caractères nettement corrélés, sauf l’épaississe¬
ment du prothorax, concomittant avec l’allonge¬
ment de la trompe (p. 400), qui n’existe que chez
les Orfeliini, et sauf également, pour des raisons
fonctionnelles évidentes, dans les genitalia mâles
(p. 451-470).
Enfin, j’ai dû largement faire appel au critère
de répartition, où l’on pose en hypothèse que
lorsqu'un état de caractère est très répandu dans
le groupe étudié, et que l’autre état est plus rare,
c’est l’état le plus répandu qui a le plus de
chances d’avoir été hérité sans modification de
l’ancêtre commun, et donc d’être plésiomorphe.
Wiley (1981) a fait remarquer qu’appliqué à des
groupes apparentés aux taxa étudiés, ce critère
n’était qu’une autre expression du critère de
comparaison hors-groupe. Par contre, ce même
auteur estime qu’utilisé à l’intérieur d’un taxon,
il s’agit d’un critère ad hoc, parce qu’il pose en
principe que le processus évolutif tend à conser¬
ver les caractères et les taxa plésiomorphes,
principe dont nous ne pouvons prédire qu’il est
valable dans tous les cas, ou même dans la
majorité des cas42.
A l’intérieur des Keroplatidae, le critère de
répartition a donc été employé avec la plus
grande prudence, et testé chaque fois que pos¬
sible par l’étude de caractères dont il était plus
facile d’établir la polarité ; je dois dire avoir
constaté que sa valeur a souvent été confirmée.
En définitive, et en dehors de la nervation
alaire, pour laquelle je me suis beaucoup servi
des critères paléontologiques, c’est surtout aux
critères de comparaison hors-groupe et de répar¬
tition que j’ai fait appel dans cette Troisième
Partie.
Groupes monothétiques et polythétiques
On sait qu’en stricte application des principes
hennigiens, chaque taxon doit être caractérisé
par au moins une autapomorphie, chaque couple
de taxa-frères par au moins une synapomorphie
(l’autapomorphie du couple). Toutes les espèces
formant un taxon doivent posséder la synapo¬
morphie qui indique leur étroite parenté. Les
groupes ainsi définis sont dits monothétiques.
Cependant, il n’est pratiquement pas de clas¬
sification phylogénétique, portant sur un nombre
quelque peu élevé de taxa, où le même caractère
ne soit employé comme synapomorphie dans des
42. Ainsi, l’absence de mâchoire est l’état le plus rare chez les Vertébrés, mais il s’agit pourtant bien d’une
plésiomorphie (Matile, Tassy & Goujet, 1987) !
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
361
sous-ensembles distincts. De plus, un nombre
non négligeable de cladistes acceptent qu’un
groupe soit postulé monophylétique sur la base
d’un ensemble de caractères dont certains élé¬
ments manquent dans l’un ou l’autre des sous-
groupes. On parle alors d’un groupe polythé¬
tique.
Stys (1967) affirme qu’un groupe de taxa (de
niveau élevé) étroitement apparentés ne peut être
défini par la présence invariable d’apomorphies
uniques, mais seulement par une combinaison de
tendances évolutives communes, soit que ces
tendances n’existent pas ailleurs, soit que l’une
ou l’autre existe à l’état isolé dans d’autres
groupes, soit enfin que la combinaison des di¬
verses tendances soit propre au seul groupe
étudié. Dans ce cas d’évolution parallèle, ces
tendances évolutives dont la somme est la carac¬
téristique d’une lignée donnée ne se réalisent pas
chez tous ses membres, mais apparaissent « en
mosaïque ». Pour qu’un groupe soit considéré
comme monophylétique, il n’est donc pas indis¬
pensable que tous ses membres partagent une
tendance évolutive unique.
Cette entorse aux principes de Hennig est due
aux phénomènes de parallélisme et de régression
qui sont si répandus, en particulier chez les
Insectes, et qui ont conduit Gauld & Mound
(1982) à préconiser des classifications renfermant
des groupes polythétiques, qui ne leur paraissent
pas incompatibles avec la monophylie stricte
(holophylie) des taxa formés.
Stys considère que, dans le cas de ces groupes,
le génotype de l’ancêtre a limité les possibilités
futures de ses descendants. En fonction des
différentes pressions de sélection correspondant
Homoplasies de
Je n’ai pas voulu me priver par contre, dans
mon analyse, de caractères apparus parallèle¬
ment dans divers taxa, et je m’en suis notam¬
ment servi dans l’établissement des groupements
génériques et infragénériques. Il ne s’agit plus ici,
en effet, de fonder un groupe présumé mono¬
phylétique sur la base d’apomorphies absentes
chez certains de ses membres, mais bien d’utiliser
ces apomorphies à l’intérieur d’un groupe dont la
monophylie a été établie sur d’autres caractères.
Cette démarche est largement suivie dans la
pratique. C’est ainsi que Brundin (1966) parle
aux divers milieux dans lesquels ont évolué les
descendants, certaines possibilités d’évolution
n’ont pu se réaliser, ou ne se sont réalisées que
partiellement, ou encore certains des descendants
ont acquis de nouvelles apomorphies pour les¬
quelles il n’y avait pas de prédispositions ances¬
trales. Cette explication n’est aucunement tes¬
table ; il demeure cependant que l’existence de
ces évolutions parallèles en mosaïque est un fait
d’observation.
Je pense toutefois que l’on devrait s’abstenir
de fonder un groupe présumé monophylétique
sur la base d’une seule de ces tendances évolu¬
tives. En bonne logique, la présence de plusieurs
d’entre elles devrait entraîner l’émission de plu¬
sieurs hypothèses de phylogénie entre lesquelles
il faudra choisir. Ces hypothèses ne peuvent être
testées favorablement que par la découverte de
quelque synapomorphie discrète, demeurée igno¬
rée lors de l’analyse préliminaire. Le choix de tel
ou tel groupement fondé sur des caractères
soumis au parallélisme ou à la réversion, absents
dans certains cas, ne me paraît donc valable
qu’en tant qu’hypothèse de travail à tester par
la recherche attentive de synapomorphies, et
réfutée si cette recherche reste vaine. Les accepter
définitivement en l’état équivaut à reconnaître
des grades, et non des clades, et se prête à tous
les abus méthodologiques, notamment à quantité
d’explications ad hoc, telle celle de Stys. À mon
sens, l’existence de tendances évolutives com¬
munes à un groupe ne devrait être interprétée
que comme l’éventuelle corroboration d’une hy¬
pothèse de parenté fondée au moins sur une
synapomorphie véritable.
DÉVELOPPEMENT
de genres « indifférents » à certains caractères
qu’il utilise cependant dans l’analyse phylogé¬
nétique d’autres genres de Chironomidae Podo-
nominae. Ainsi encore, pour Cassagneau (1983),
au sujet des Collemboles Neanurinae : « La
plupart des caractères dérivés proposés (...)
peuvent apparaître en fait dans des lignées
manifestement différentes et à des niveaux divers
de leur évolution. Ils semblent traduire ainsi les
potentialités générales au sein de la sous-famille,
potentialités émergeant à différents stades dans
l’histoire de celle-ci, mais dans un contexte bien
Source : MNHN, Paris
362
LOÏC MATILE
défini par l’ensemble des autres caractères, con¬
texte qui permet de débusquer de ce fait d’éven¬
tuels phénomènes de parallélisme ou de conver¬
gence. Plus ils apparaissent tôt dans ces lignées,
plus ils seront susceptibles d’être à l’origine d’une
évolution de type cladique et d’intervenir en
priorité pour la caractérisation des genres. Leur
apparition tardive les fera souvent reléguer au
rang de critères subgénériques ou spécifiques,
subordonnés qu’ils sont alors aux autres carac¬
tères stabilisés depuis plus longtemps».
Ces caractères dérivés sont les homoplasies
de développement parallèle de Wiley (1981).
Comme celui-ci le fait remarquer, les homopla¬
sies ne doivent pas être prises en compte dans
l’établissement des relations de parenté, mais il
prend cependant bien soin d’en distinguer trois
sortes (fig. 991).
Dans le premier cas (a), celui du développe¬
ment parallèle, le caractère triangle est apparu
indépendamment à deux reprises, à partir du
même état plésiomorphe (le carré) ; les deux
triangles sont homologues avec les carrés, mais
ne sont pas homologues entre eux. Le troisième
cas (c) est celui de la convergence : le caractère
cercle est apparu une fois à partir du triangle,
une autre à partir du carré.
Dans le deuxième cas (b), qui nous intéresse
ici, le cercle est apparu à deux reprises dans un
ensemble monophylétique, et à partir du même
état plésiomorphe, le carré (il s’agit en fait d’une
variante plus complexe du premier cas de figure).
Le caractère cercle est homologue pour A-B et
pour F-G, mais non pour AB + FG, dont l’an¬
cêtre commun possédait l’état plésiomorphe
carré, et non cercle. Le cercle est donc bien une
apomorphie que l’on peut utiliser, à l’intérieur
du groupe A... G, pour mettre en évidence deux
sous-groupes présumés monophylétiques, A-B et
F-G.
A B C D
A A □ □
A O O O
Fig. 991. — Les concepts d'homoplasie. Les symboles représentent des caractères, les lettres des taxa. L’évolution des
caractères est représentée par des flèches. D’après Wiley (1981), avec l’aimable autorisation de J. Wiley & Sons.
Notons que le caractère cercle, dans l’exemple
choisi, est bien une tendance évolutive du
taxon A... G, mais que la monophylie de ce taxon
ne peut en aucun cas être établie sur cette
tendance. L’analyse cladistique, en l’absence
d’autres indications, n’aurait d’ailleurs mis en
évidence qu’un taxon monophylétique, ABFG,
et un taxon a priori paraphylétique, CDE, fondé
sur la plésiomorphie « carré ». Les figures de
Wiley ne sont d’ailleurs pas des cladogrammes,
mais des « characters phylogénies ».
A l’instar des plésiomorphies, qui se trans¬
forment en apomorphies lorsque l’on descend
vers la racine du cladogramme, ce type d’homo-
plasies se transforme en apomorphies quand on
va vers les rameaux terminaux. Par conséquent,
ce n’est qu’ après qu’un groupe a été reconnu
comme monophylétique sur la base d’au moins
une synapomorphie véritable (c’est-à-dire par¬
tagée par tous ses membres), qu’est légitimée,
à l’intérieur du groupe, dans les catégories hié¬
rarchiquement inférieures, l’utilisation d’homo-
plasies de développement. Ces caractères suscep¬
tibles d’être apparus à plusieurs reprises peuvent
d’ailleurs être « débusqués », selon le mot de
Chassagneau, par l’existence chez deux taxa
subordonnés, possédant par ailleurs de fortes
apomorphies, des deux états, plésiomorphe et
apomorphe, du caractère en question, ou bien au
contraire par la présence du même état apo-
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
363
morphe du caractère chez deux taxa subor¬
donnés dont des apomorphies différentes mon¬
trent que leur parenté est distante. Si de tels
tests s’avèrent négatifs, les hypothèses émises sur
ces seuls caractères ne peuvent qu’être soumises
au principe de parcimonie. C’est cette démarche
que j’ai adoptée ici.
Mise en séquence
Selon l’application du strict modèle de la
subordination, tous les groupes monophylétiques
reconnus au cours de l’étude d’un taxon donné
devraient être nommés dans le cadre de la
hiérarchie linnéenne. Ce principe aboutit souvent
à une pléthore de catégories et de noms qui
encombrent la littérature, et qui sont en défini¬
tive bien rarement utilisés. En fait, on se sert le
plus souvent d’une combinaison de catégories
linnéennes et de mise en séquence (« sequen -
cing», Nelson, 1972, 1974).
Il existe plusieurs conventions de mise en
séquence, et j’ai trouvé pratique celle proposée
par De Souza Amorim (1982a, b). Selon cette
convention, lorsqu’ils ne sont pas attribués à des
catégories linnéennes, les taxa monophylétiques
sont désignés par leur premier rameau suivi du
signe +. De Souza Amorim explicite ainsi cette
convention :
Groupe A + B + C + D + E = groupe A + .
Groupe B+C+D+E = groupe B4.
Groupe C + D + E = groupe C+.
Groupe D + E = groupe D+.
Cette convention ne peut évidemment se com¬
prendre que par référence aux cladogrammes
donnés. La plupart des cladogrammes de De
Souza Amorim sont dissymétriques (en peigne),
et le « premier rameau » est donc le plus plésio-
morphe. La plupart de ceux que l’on trouvera
plus loin sont symétriques ; dans ce cas, j’ai
choisi comme nom-support du groupe celui du
genre, ou de l’espèce, qui me semblait le plus
plésiomorphe.
HISTORIQUE
Les premières classifications explicitement évo¬
lutionnistes des Diptères ont été proposées par
Brauer (1883), Osten Sacken (1891, 1892) et
Lameere (1906), tandis que des hypothèses de
phylogénie plus ou moins élaborées ont été émises
sur les Mycetophiloidea par Meunier (1904),
Enderlein (1911), Malloch (1917), Edwards
(1926), Fisher (1937, 1941), Hendel (1938), Roh-
dendorf (1946, 1964), Shaw (1948a), Shaw
& Shaw (1951), Sêguy (1951) et Plachter
(1979b). Je ne discuterai pas ici de ces diverses
hypothèses « pré-hennigiennes » ou « non-henni-
giennes» : elles seront évoquées par la suite
lorsque ce sera nécessaire ; le lecteur intéressé
pourra d’ailleurs se reporter à mon travail de
1986b, où elles sont commentées et le plus souvent
traduites par des phylogrammes.
Après la parution de l’ouvrage fondamental de
Hennig (1950) sur la systématique phylogéné¬
tique, deux auteurs seulement ont émis sur la
phylogénie des Mycetophiloidea des hypothèses
conformes à ses principes : ce sont Hennig
lui-même (principalement 1954) et Tuomikoski
(1966a, b, c).
Les hypothèses de Hennig
Hennig consacre 19 pages de son travail de ses hypothèses générales sur ce groupe (Matile,
1954 aux « Fungivoriformia »43. J’ai déjà résumé 1981a, et introduction du présent travail), et je
43. Hennig utilise comme racine des noms du groupe-famille les genres établis par Meigen en 1800, abandonnés plus
tard en faveur de ceux de 1803. Dans la suite de la discussion, je me servirai des noms formés sur ces derniers.
Source : MNHN, Paris
LOÏC MATILE
364
me bornerai ici à en rappeler ce qui porte de près
ou de loin sur les Keroplatidae.
Les Mycetophiliformia de Hennig rassemblent
deux superfamilles, celle des Mycetophiloidea et
celle des Cecidomyioidea. La première renferme
les Pachyneuridae, Mycetobiidae, Ditomyiidae,
Diadocidiidae, Keroplatidae, Bolitophilidae, Scio-
philidae, Manotidae, Lygistorrhinidae, Myceto-
philidae et Sciaridae. La seconde, plus évoluée,
est formée des Corynoscelidae, Scatopsidae et
Cecidomyiidae. L’ensemble des Mycetophilifor¬
mia forme le groupe-frère des Bibioniformia,
dont ils se distinguent par l’affaiblissement ou
la disparition de la partie basale de la ner¬
vure médiane (lorsqu’une nervure longitudinale
occupe la position normale de la base de M, il
s'agit en fait de la transverse basale). L’ensemble
Mycetophiliformia + Bibioniformia représente le
groupe-frère des Anisopodiformia, le tout for¬
mant la section des Bibionomorpha.
Hennig note que les Ditomyiidae, dont la
monophylie est assurée par la réduction de la
sous-costale 44, présentent parfois, comme les
Keroplatidae, une fusion radiomédiane. Il cite à
ce propos le genre Nervijuncta Marshall ; j’ajoute
que ce caractère est également présent chez
d’autres Ditomyiidae : Calliceratomyia Lane,
Rhipidita Edwards et, à un moindre degré,
Celebesomyia Saigusa (où la fusion radiomédiane
est punctiforme). Il pose la question de savoir s’il
s’agit d’une convergence avec les Keroplatidae,
ou bien d’une indication de proche parenté.
Les Keroplatidae sont formés de deux sous-
familles, Keroplatinae et Macrocerinae. Ils sont
plus plésiomorphes que les Ditomyiidae par
leur sous-costale complète et bifurquée, plus
apomorphes au contraire dans le développement
du secteur radial, notamment le raccourcisse¬
ment de R4. Tous les Keroplatidae ont une
fusion radiomédiane, et donc la transverse anté¬
rieure (ta) a disparu45.
Hennig consacre une longue discussion à
la longitudinalisation de tb chez les Bolitophi¬
lidae, qui préfigure ce qui se passe chez les
Sciophilidae, Mycetophilidae et Sciaridae, où
cette transverse en vient à occuper la position
de la base du secteur médian. Ce caractère est
pour lui la preuve que Sciophilidae + Myceto¬
philidae + Sciaridae forment ensemble un groupe
monophylétique.
À propos d' Arachnocampa, il mentionne que
ce genre initialement classé dans les Bolitophi¬
lidae en diffère par la disparition de R4. Si par
ses larves il est proche des Keroplatidae, il s’en
sépare ici aussi par l’absence de R4, et de sur¬
croît par la présence d’un secteur médian basal
bien développé. Pour lui, la position systé¬
matique d 'Arachnocampa demeure inexpliquée.
C’est aussi le cas des Lygistorrhinidae et Mano¬
tidae, dont la nervation est trop fortement
réduite pour que l’on puisse en déterminer les
affinités.
En ce qui concerne les Mycetophiliformia
mésozoïques, Hennig commence par refuser de
prendre en compte les options systématiques de
Rohdendorf (1946), dont il tire cependant les
données fossiles, les genres de cet auteur étant de
toute évidence pour la plupart polyphylétiques 46.
Pour lui, aucun des fossiles du Dogger inférieur
décrits par Rohdendorf dans les Pleciofungivo-
ridae et les Allactoneuridae Mesosciophilinae ne
montre de relations de parenté reconnaissables
avec les Allactoneura 47 ou les Macroceridae +
Keroplatidae actuels. Les Mesosciophilinae appar¬
tiennent au groupe de parenté des Sciophilidae-
Sciaridae-Mycetophilidae, et certains d’entre eux
pourraient même en être les ancêtres directs.
Hennig reste très incertain sur les relations
de parenté des Keroplatidae + Macroceridae ; il
évoque à leur sujet les Ditomyiidae, les Bolito¬
philidae et les Diadocidiidae. Ses hésitations se
traduisent par le fait que, dans son diagramme, il
les place entre Diadocidiidae et Bolitophilidae,
alors que dans le texte ils sont traités entre
Ditomyiidae et Diadocidiidae.
Il est « tenté de supposer » que les Keropla-
44. Colless (1970a) a décrit un genre Crionisca, Ditomyiidae incontestable, dont la sous-costale se termine sur la
costale. Pour Munroe (1974), la famille est fondée sur des caractères qui semblent plésiomorphes, et pourrait donc ne pas être
monophylétique. La famille est ainsi délimitée par Munroe : Ml +2 et M3 + 4 reliées à la base (m-cu des auteurs présente) ;
section basale de M absente ; R4 longue, dépassant généralement la moitié de R5.
45. Le texte mentionne « tb » : il s’agit d’un lapsus ou d’une coquille.
46. Voir aussi, à ce sujet, Matile, 1981a.
47. La reconnaissance de cette famille par Hennig, et son hypothèse de proche parenté avec les Keroplatidae, reposent
sur une erreur de détermination rectifiée par la suite (Hennig, 1955) : la série d' Allactoneura examinée renfermait un
exemplaire d ’Orfelia (Keroplatidae), celui-là même que Hennig prit au hasard pour en dessiner l’aile ! Il n’y a pas de fusion
radiomédiane chez Allactoneura.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
365
tidae et les Diadocidiidae font partie de la souche
(« Stamme ») des Mycetophiloidea. Comme par
ailleurs il évoque au sujet des Bolitophilidae la
longitudinalisation de la transverse basale, qui
selon lui donne la clé de la nervation des
Sciaridae et des Mycetophilidae (ce qui implique
des rapports de parenté plus étroits entre ces
trois familles), j’ai extrapolé ces suggestions dans
le cladogramme de la figure 992. On en retiendra
qu’il n’est pas en accord avec le tableau général
donné par Hennig lui-même en ce qui concerne
les positions respectives des Keroplatidae et des
Bolitophilidae : il s’agit là d’une interprétation
MYCETOPH ILID E A
Fig. 992. — Hypothèse de phylogénie des Mycetophiloidea,
extrapolée d'après la discussion de Hennig (1954).
personnelle de certaines allusions de Hennig, et
ce cladogramme ne saurait objectivement lui être
attribué.
Hennig n’est plus revenu sur la phylogénie des
Mycetophiliformia, même dans son travail de
1968, plus particulièrement consacré aux Néma-
tocères ; il y retire cependant les Pachyneuridae
des Mycetophiloidea, et même des Bibiono-
morpha. Cependant, dans son « Handbuch... »,
en 1973, il reconnaît trois superfamilles de
Mycetophiliformia : Scatopsoidea, Cecidomyioi-
dea et Mycetophiloidea, éliminant de ces derniers
les Mycetobiidae, considérés comme une sous-
famille des Anisopodidae. Les Mycetophiloidea
tels qu’il les conçoit alors comprennent donc les
Ditomyiidae, les Diadocidiidae, les Keroplatidae
(avec les « Macroceridae », auxquels il ajoute les
Lygistorrhinidae, en accord avec Tuomikoski,
1966c), les Bolitophilidae, les Mycetophilidae
(comprenant les Manotidae et les Sciophilidae,
qui ne sont plus reconnus comme des familles
distinctes), et enfin les Sciaridae48.
Au sujet des Keroplatidae, Hennig note qu’au¬
cun caractère fondamental ne leur a été attribué,
et que la fusion des secteurs radial et médian
(« Synneurie ») n’est pas toujours présente chez
eux. Il ajoute cependant que toutes les larves
connues de cette famille sont « apodes » (dépour¬
vues de bourrelets locomoteurs) et apneustiques,
et vivent dans un tube muqueux (rappelons que
les larves des Lygistorrhinidae demeurent incon¬
nues à ce jour). Aucun élément phylogénétique
n’est donné, et Hennig insiste encore à plusieurs
reprises sur la faiblesse des connaissances à ce
sujet.
Comme le révèle l’analyse de ses travaux,
l’éminent entomologiste allemand est donc dans
une grande incertitude en ce qui concerne les
relations internes de parenté des Mycetophiloi¬
dea. Il considère toutefois comme acquis que
l’ensemble Mycetophilidae + Sciaridae forme un
groupe monophylétique plus ou moins apparenté
aux Mesosciophilinae du Secondaire (peut-être
ancestraux) et aux Bolitophilidae actuels. Il
ne semble pas envisager de rapports phylogéné¬
tiques particuliers de ce groupe avec les Keropla¬
tidae.
48. Hennig y ajoute avec doute les Baeonotidae, dont il estime que c'est à juste titre que je les avais moi-même placés
dans les Sciaridae (Matile, 1970b). En fait. Baenolus Byers appartient aux Cecidomyiidae Lestremiinae, où il représente la
tribu monotypique des Baenotini (Gagné, 1981b).
Source : MNHN, Paris
366
LOÏC MATILE
Les hypothèses de Tuomikoski
Tuomikoski s’est intéressé dès 1961 à la
systématique des Bibionomorpha, en leur consa¬
crant d’abord un travail portant sur la position
des Anisopodidae et des Protorhyphidae, travail
qui ne connut malheureusement pas de suite. Il
propose ensuite des hypothèses sur la phylogénie
de deux groupes de Mycetophilidae, les Exechiini
et les Manotinae (Tuomikoski, 1966a, b), puis
sur la position systématique du genre Lygistor-
rhina Skuse (Tuomikoski, 1966c). Les deux pre¬
miers travaux ne relèvent pas de la présente
discussion, mais seront occasionnellement exploi¬
tés dans l’analyse des caractères. Quant au
dernier, il renferme une hypothèse fort intéres¬
sante ici.
Tuomikoski considère les Mycetophilidae sensu
Edwards (1925) comme une superfamille, les
Mycetophiloidea, comprenant les Ditomyiidae,
Diadocidiidae, Bolitophilidae, Sciaridae, Kero-
platidae (Keroplatinae et Macrocerinae des au¬
teurs, plus le genre Arachnocampa) et Myceto¬
philidae (Sciophilinae, Mycetophilinae et peut-
être Manotinae). Il pense que le genre Lygistor-
rhina Skuse (avec ses synonymes Probolaeus
Williston et Palaeognoriste Meunier)49, récent,
pauvre en espèce, à répartition tropicale-subtro-
picale, est un genre fortement apomorphe ayant
pris naissance sous forme d'un groupe spécialisé
de la famille des Keroplatidae, et plus particuliè¬
rement proche de Macrocera et des genres
apparentés (« the macrocerine group of généra »,
que Tuomikoski ne reconnaît pas comme sous-
famille). Il ressort de sa discussion qu’il consi¬
dère ces genres comme le groupe-frère de Lygis-
torrhina et Palaeognoriste, mais il ne donne
aucune indication sur le niveau hiérarchique à
donner à ces taxa.
L’hypothèse de Tuomikoski est fondamentale
en ce sens qu’elle porte sur la monophylie des
Keroplatidae, éventuellement sur l’identité de
leur groupe-frère. Elle sera donc discutée en
détail plus loin (p. 371).
LA MONOPHYLIE DES KEROPLATIDAE
Macrocerinae et Keroplatinae
Depuis le début de ce siècle, tous les auteurs
s’accordent à reconnaître l’étroite parenté exis¬
tant entre Macrocera et ses alliés d’une part,
et les groupes de genres rassemblés autour de
Keroplatus et di’Orfelia d’autre part, c’est-à-
dire entre les Macrocerinae et les Keroplatinae
d’EDWARDS.
La monophylie de l’ensemble Macrocerinae +
Keroplatinae est indiquée par le caractère indu¬
bitablement apomorphe de la fusion partielle
des nervures R4 + 5etMl+2 + 3 dans le secteur
basal de l’aile, accompagné de la disparition de
la transverse antérieure (Hennig, 1954 ; Matile,
1981a). On verra au chapitre consacré aux
relations phylogénétiques entre les sous-familles
(p. 478) qu’il existe de nombreuses autres syna-
pomorphies entre ces deux taxa, par rapport aux
Arachnocampinae. Cependant, un problème em¬
barrassant se pose en raison de l’existence de
deux genres de Keroplatinae appartenant à la
tribu des Orfeliini et dépourvus de fusion ra-
diomédiane, Palaeoplatyura Meunier et Asynaph-
leba Matile. Asynaphleba, d’Afrique du Sud,
possède une transverse antérieure quasi puncti¬
forme ; son cas peut s’interpréter comme la
première étape d’un morphocline conduisant à la
disparition de cette transverse, et qui peut s’obser¬
ver aussi chez le Macrocerini Chiasmoneurella
(fig. 326). Le deuxième état est représenté par
certains Macrocerinae du genre Chiasmoneura, à
fusion radiomédiane très réduite (p. ex. fig. 309).
Par contre, la transverse antérieure est tout à fait
49. Tuomikoski utilise Lygistorrhina au sens large, mais il affirme sans ambiguïté la validité de Palaeognoriste et
l’appartenance de L. asiatica Senior- White à ce genre. Je dois au regretté W. Hennig la communication de l’espèce-type de
Palaeognoriste et confirme ici les vues de Tuomikoski (cf. p. 373).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
367
distincte chez Palaeoplalyura (cf. Vockeroth,
1981, fig. 14, 19), genre actuellement néarctique
mais avec des représentants de l’ambre de la
Baltique ; il nous faut bien ici postuler une
régression. Ce genre, comme Asynaphleba, pos¬
sède tous les autres caractères imaginaux des
Keroplatinae (les larves sont inconnues) ; ils ne
montrent entre eux aucune synapomorphie parti¬
culière et ne peuvent être rapprochés d’aucun
autre groupe de Mycetophiloidea. J’ai donc
considéré dès 1981 qu’il était plus conforme au
principe d’économie de les inclure dans les
Keroplatinae que d’en faire des groupes à part.
On notera par ailleurs que certaines espèces de
Bolitophila montrent une tendance à former une
petite fusion radiomédiane ; il s’agit en fait d’une
section de tb (voir p. 430). Certains genres de
Ditomyiidae ( Calliceratomyia , Nervijuncta, Rhi-
pidita) en possèdent une très comparable à celle
des Macrocerinae et des Keroplatinae. J’inter¬
prète ce fait comme une convergence jusqu’à ce
que les premiers états des Ditomyiidae en ques¬
tion soient connus.
Arachnocampinae
La position des Arachnocampa dans la classifi¬
cation des Mycetophiloidea a été contestée,
puisqu’ils ont longtemps été considérés comme
des Bolitophilidae, principalement en raison de
la présence d’une transverse antérieure distincte.
Depuis Edwards (1934b), qui s’est fondé sur
la morphologie et l’éthologie des larves, leur
étroite parenté avec les Keroplatidae est large¬
ment admise, bien que pour Hennig (1954), leur
position systématique demeure inexpliquée (mais
il les classe sans commentaires dans les Keropla¬
tidae en 1973).
Edwards a comparé les larves & Arachno¬
campa luminosa et de Cerotelion lineatum (sous le
nom générique de Keroplatus) et noté les analo¬
gies suivantes :
* Régime au moins en partie carnivore.
* Corps vermiforme, très allongé.
* Tête complètement rétractile dans le thorax.
* Capsule céphalique au moins aussi longue
que large, de couleur claire ; profondément exca¬
vée ventralement, la marge postérieure des plaques
épicraniales échancrée.
* Labre en capuchon proéminent, avec une
sclérification en arceau, pratiquement libre du
clypéus à la base.
* Mandibules plus longues que larges, avec
quatre dents apicales dont l’une séparée des trois
autres.
* Antennes en verre de montre.
* Absence de stigmates fonctionnels.
* Tégument abdominal avec 6-8 sillons trans¬
versaux par segments, correspondant à des
bandes de cellules pigmentaires hypodermales.
* Dernier segment abdominal extensile et por¬
tant une paire de papilles.
* Tubes de Malpighi plus ou moins dilatés à
l’apex et intimement connectés au rectum.
Edwards ajoute à ces caractères, destinés à
séparer les Keroplatidae des Bolitophilidae, le
fait que chez les premiers la nymphe est immo¬
bile et fixée au réseau filamenteux larvaire, tandis
que chez les derniers la nymphose a lieu dans le
sol et la nymphe est active.
Ces caractères sont tout à fait valables pour
opposer Arachnocampa (et indirectement l’en¬
semble des Keroplatidae) aux Bolitophilidae, et
la démonstration d’EDWARDS est à ce titre
parfaitement convaincante. Par contre, sa liste ne
peut être entièrement utilisée pour définir les
Keroplatidae par rapport à toutes les autres
familles de Mycetophiloidea.
En effet, certains Mycetophilidae Mycomyinae
ont un régime au moins en partie prédateur 50.
Beaucoup d’autres larves de Mycetophiloidea
ont un corps allongé et vermiforme, notamment
les Diadocidiidae et certains Mycetophilidae
Sciophilinae. La plupart ont également la tête
rétractile dans le prothorax. La capsule cépha¬
lique des larves de Diadocidia est nettement plus
longue que large (fig. 995). Les plaques épicra¬
niales des larves de Ditomyiidae sont aussi
profondément échancrées en arrière que celles
des Keroplatidae (fig. 993). Le sclérite labral en
arceau est commun à tous les Mycetophiloidea
sauf les Bolitophilidae, de même que les antennes
en verre de montre existent chez tous sauf les
Bolitophilidae (fig. 994) et les Ditomyiidae.
50. J’ai fait connaître dès 1963 la zoophagie de la larve de Neoempheria striata (Meigen).
Source : MNHN, Paris
368
LOÏC MATILE
993
996
997
995
994
998
Fig. 993-998. — Capsule céphalique des larves des différentes familles de Mycetophiloidea, vue ventrale après potassage :
993, Ditomyia fasciata (Meig.) (Ditomyiidae) ; 994, Bolitophila hybrida (Meigen) (Bolitophilidae) ; 995, Diadocidia
valida Mik (Diadocidiidae) ; 996, Keroplatus heimi Mat. (Keroplatidae) ; 997, Bradysia sp. (Sciaridae) ; 998,
Mycetophila fungorum (De Geer) (Mycetophilidae).
D'après Matile (1981a).
Toutes les larves de Mycetophiloidea sauf
celles des Bolitophilidae et des Mycetophilinae
tissent des toiles dans lesquelles elles se dépla¬
cent, et presque toutes tissent un cocon ou une
toile de nymphose, lâche ou serré. Ces toiles
larvaires renferment toutes des gouttelettes de
sécrétion (c/. Plachter, 1979a). Le caractère
des dents mandibulaires, dont l’une est plus
éloignée des autres, est variable chez les Myceto¬
philoidea. La capsule céphalique est profondé¬
ment échancrée ventralement chez les Diadoci¬
diidae et beaucoup de Mycetophilidae. Chez ces
derniers, il existe des papilles anales bien déve¬
loppées et le labre est souvent saillant en avant.
On retiendra donc comme propre aux Kero¬
platidae, Arachnocampa compris, les mandibules
plus longues que larges, l’absence de stigmates
fonctionnels, le sillonnement abdominal et la
connexion des tubes de Malpighi à la partie
postérieure de l’intestin.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
369
Le caractère de la longueur mandibulaire est
difficile à interpréter phylogénétiquement. Les
Pachyneuridae, les plus primitifs des Bibiono-
morphes, ont des mandibules courtes (fig. 999),
tandis que celles des Bibionidae (fig. 1000)
ressemblent beaucoup à celles des Keroplatidae
(fig. 1001). Comme les mandibules sont courtes
chez la plupart des autres Mycetophiloidea, je
considérerai comme apomorphe le cas d’allonge¬
ment, plus conforme au principe d’économie
puisqu’il n’implique que deux cas d’évolution
parallèle, celui des Bibionidae et des Keropla¬
tidae. On reviendra plus loin (p. 386) sur les
mandibules des Mycetophilidae Mycetophilinae
(fig. 1002) et des Bolitophilidae, dont la structure
implique un développement de nature différente.
Lorsque j’ai proposé explicitement de réunir
Arachnocampinae, Macrocerinae et Keroplati-
nae en une seule famille, celle des Keroplatidae
(Matile, 1981a), je me suis fondé sur le seul
1001 1002
Fig. 999-1002. Mandibules larvaires : 999, Pachyneura;
1000, Bibio ; 1001, Arachnocampa ; 1002, Mycetophila.
Fig. 999-1000 d’après Krivosheina & Mamaev, 1967.
caractère de la réduction du système respiratoire
larvaire, fonctionnellement apneustique, carac¬
tère dont la forte apomorphie ne peut être mise
en doute. En effet, aucune autre famille de
Diptères terrestres n’est apneustique dans ses
derniers stades51.
On connaît cependant une larve de Keropla¬
tidae hémipneustique, celle de Planarivora Hick-
man, de Tasmanie et d’Amérique du Sud. J’ai
interprété ce caractère comme une réouverture
des stigmates, liée au mode de vie très particu¬
lier de ces larves, endoparasites de Planaires
terrestres. Planarivora possède en effet par ail¬
leurs de nombreux caractères propres aux Kero¬
platidae Keroplatinae, bien que sa larve ne soit
pas pigmentée (il s’agit ici aussi, sans doute,
d’une régression liée au parasitisme).
Plachter (1979b) mentionne encore quelques
caractères qui lui paraissent propres aux Macro¬
cerinae et aux Keroplatinae (dans lesquels il
comprend Arachnocampa). Il s’agit là encore de
caractères larvaires. Ainsi, il note le nombre
élevé de sensilles sur la zone sensorielle des
palpes maxillaires (huit, dont trois fusionnées,
chez Arachnocampa), ainsi que l’absence de la
soie, ou du groupe de soies, qu’il baptise S II, et
qui est normalement présente, chez les Myceto¬
philoidea, proximalement à la zone interne denti-
culée des maxilles.
Je soupçonne le premier caractère d’être une
plésiomorphie, car les sensilles sont nombreuses
(huit ou plus) et particulièrement bien dévelop¬
pées sur les palpes maxillaires des larves de
Bibionidae, d’Hesperinidae et même de Pachy¬
neuridae (voir les figures de Krivosheina &
Mamaev, 1967). Quant à la soie S II, elle n’existe
pas chez ces Bibionomorphes. Il est possible
qu’elle représente une apomorphie de l’ancêtre
des Mycetophiloidea et qu’elle ait disparu chez
celui des Keroplatidae, auquel cas nous serions
bien en présence d’une apomorphie relative.
C’est encore une fois une hypothèse fondée sur le
principe d’économie, car S II est bien développée
dans tous les autres groupes de Mycetophiloidea.
Depuis Wheeler & Williams (1915), on sait
que chez Arachnocampa luminosa la partie distale
des tubes de Malpighi de la larve vient s’accoler
le long de la partie postérieure de l’intestin,
formant à ce niveau l’organe lumineux particu-
51. Selon Plachter (1979b) la larve II de Bolitophila est apneustique. Les larves de Ceratopogonidae (Chironomoidea)
le sont aussi : ce sont des aquatiques dont certains sont devenus terrestres, et il ne peut s’agir ici que d’une convergence.
Source : MNHN, Paris
370
LOÏC MATILE
lier à ce genre. Il était permis de penser que cette
structure était due à une modification des tubes
de Malpighi en fonction de la luminescence, mais
le même caractère (cryptonéphridie) a été décrit
par Stammer (1933) chez la larve de Keroplatus
testaceus Dalman 52, et peut s’observer sur celle
d’un Orfelia s. /. figurée par Mansbridge (1933).
Le premier. Edwards (1934b) a cité, on l’a vu,
ce caractère comme étant commun à Arachno-
campa et à Cerotelion. Plachter (1979b) a
étendu cette observation à l'ensemble Macroceri-
nae + Keroplatinae (voir aussi Zaitsev, 1983a).
La cryptonéphridie a également été signalée chez
les Pachyneuridae et les Bibionidae par Krivos-
HEINA (1969).
On sait que la cryptonéphridie (Poll, 1932a,
b) existe chez nombre d’imagos de Coléoptères,
toutes les chenilles de Lépidoptères sauf celles
des Hépiales, ainsi que chez les larves de Fourmi¬
lions et de certaines Tenthrèdes (Wigglesworth,
1972). Il semble peu douteux que cette structure
représente bien un caractère évolué ; selon Wig¬
glesworth, il est lié à la réabsorption de l’eau
au niveau du rectum. Metalnikov (1908) avait
émis l’hypothèse qu’elle pouvait en même temps
jouer un rôle dans la réabsorption de substances
toxiques avant qu’elles ne passent dans la cavité
générale : on pourrait alors se demander si la
cryptonéphridie des Keroplatidae ne serait pas
liée à l’oxalo-sécrétion caractéristique de cette
famille.
Green (1979b) émet l’hypothèse que la cryp¬
tonéphridie d’ Arachnocampa sert à la régulation
de l’environnement ionique du rectum et à la
métabolisation des matières organiques ingérées.
Cette argumentation est fondée sur la vie préda¬
trice d 'A. luminosa, qui provoquerait des apports
brusques et abondants de nourriture ; mais
Green ignore l’existence de cette structure chez
des Keroplatidae sporophages, des Pachyneu¬
ridae xylophages et des Bibionidae saprophages.
Pour Zaitsev (1983a), au contraire, la cryptoné¬
phridie des Keroplatidae permettrait la récupéra¬
tion des substances minérales au profit des
glandes salivaires, via l’hémolymphe ; ces sub¬
stances minérales agiraient alors sur la fraction
hydrosoluble de la salive pour former les sé¬
crétions acides des toiles de cette famille, qui leur
permettent de tuer rapidement leurs proies. Là
encore, c’est ignorer l’existence de Keroplatidae
sporophages, et des Mycetophilidae non cryp-
tonéphridiens et tissant néanmoins des toiles à
contenu acide.
Les arguments de Green et de Zaitsev ne
peuvent s’appliquer aux larves sporophages que
si la cryptonéphridie est chez elles une relique
d’un régime ancestral carnivore. Notons toute¬
fois que pour Zaitsev, l’anatomie du tube diges¬
tif est d’abord commandée par la position sys¬
tématique du groupe, et ensuite seulement par les
spécialisations trophiques, et qu’il tire argument
de l’existence de la cryptonéphridie chez les
Pachyneuridae et les Bibionidae, plus primitifs
que les Keroplatidae, pour avancer que cette
structure est plésiomorphe. Elle est toutefois
inconnue chez les Nématocères plus primitifs que
les Bibionomorphes, et sans doute faut-il y voir
une tendance évolutive particulière à cet infra-
ordre, réalisée parallèlement une fois chez les
Pachyneuriformia, une fois chez les Bibioni-
formia et une fois chez les Mycetophiliformia.
À l’intérieur de ces derniers, il s’agirait donc
d’une autapomorphie des Keroplatidae. Quant à
sa signification fonctionnelle, elle demeurera
inconnue tant qu’il n’aura pas été procédé à des
expérimentations.
Plachter cite encore comme caractère com¬
mun aux larves de Keroplatidae la longueur
inhabituelle de l’œsophage, qui est pratiquement
aussi long que l’intestin moyen. Pour lui, ce fait
est lié au régime carnivore ; il oublie cependant
que les larves de Keroplatus sont surtout spo¬
rophages et possèdent cependant un œsophage
aussi long que les autres. Si son interprétation est
exacte, on aurait ici encore une indication en
faveur de la nature secondaire du régime sporo-
phage chez les Keroplatidae. L’œsophage étant
très court chez tous les autres Mycetophiloidea,
j’interprète son allongement chez les Keropla¬
tidae comme une apomorphie.
D’autres caractères cités par Plachter comme
particuliers aux Keroplatidae se retrouvent en
fait chez d’autres groupes de Mycetophiloidea.
Ainsi, le labre conique, couvert dorsalement de
nombreuses sensilles particulières, existe aussi
chez les Mycetophilidae ; les prémandibules de
52. Dufour (1839a) représente ces tubes libres à l’apex chez K. tipuloides Bosc. J’ai constaté que cette espèce était bien
cryptonéphridienne ; sans doute s’étaient-ils détachés à la dissection, et Dufour n’a-t-il pas attaché d’importance à une
connexion qu’il pouvait penser membraneuse.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
371
ceux-ci et des Sciaridae sont de même type que
celles des Keroplatidae. Certaines larves de
Mycetophilidae présentent aussi une pigmenta¬
tion sous-cutanée (mais sa nature, hypodermique
ou non, n’a pas été établie).
Enfin l’acidité de la sécrétion larvaire, dont
Plachter souligne qu’elle est particulièrement
élevée chez les Keroplatidae, est de nature cli-
nale. Dans cette famille, le pH se situe le plus
souvent entre 1,3 et 1,6, mais celui d'Urytalpa
ochracea (Meigen) est compris entre 3,6 et 4,
rejoignant ainsi ceux de Diadocidia (Diadoci-
diidae) et de Mycomya (Mycetophilidae), qui
vont de 4 à 4,5. Je pense cependant qu’une
acidité inférieure ou au plus égale à 4 peut être
tenue comme un état évolué propre aux Keropla¬
tidae.
On sait que la salive des larves de Keropla¬
tidae étudiée par Buston (in Mansbridge, 1933)
renfermait de l’acide oxalique, métabolite raris¬
sime chez les Insectes. Sa présence n’a pas été
testée chez Arachnocampa, ni chez les autres
Mycetophiloidea à toiles fortement acides ; on ne
peut donc savoir, pour l’instant, s’il peut s’agir
d’une autapomorphie des Keroplatidae.
Autapomorphies des Keroplatidae
Il ressort des pages précédentes que, compte-
tenu de certains parallélismes vraisemblables
avec d’autres Bibionomorphes, l’hypothèse de
monophylie des Keroplatidae repose sur sept
autapomorphies de leurs larves, qui sont :
* fonctionnellement apneustiques ;
* cryptonéphridiennes ;
* à œsophage à peu près aussi long que
l’intestin moyen ;
* à mandibules longues et étroites ;
* à sensille S II absente ;
* à abdomen finement annelé, avec des bandes
hypodermales pigmentées ;
* à sécrétion salivaire fortement acide, au plus
égale à pH 4, dans la grande majorité des cas
inférieure à pH 3.
Cette hypothèse de monophylie ne repose que
sur des caractères larvaires, ce qui est regrettable,
car ils n’ont pu être recherchés que sur une
douzaine des quelque 80 genres qui composent
la famille. S’il me paraît peu douteux que les
Keroplatidae tels qu’ils sont conçus ici représen¬
tent bien un ensemble monophylétique, je suis
conscient que cette hypothèse demande à être
étayée par des synapomorphies imaginales que je
n’ai pas su découvrir. La cause de cette insuffi¬
sance réside sans doute dans les très nombreux
phénomènes de développement parallèle qui se
sont produits chez les Mycetophiloidea. Il se
pourrait aussi que les formes larvaires, dont la
vie est plus longue que celle des imagos, qui sont
soumises à des exigences écologiques précises et
qui doivent accumuler les réserves nécessaires à
la vie imaginale, à l’accouplement et à la ponte,
soient davantage soumises aux pressions de
sélection, et montrent donc seules les premiers
signes de l’apparition des clades. Mais il entre
certainement aussi en jeu une connaissance trop
fragmentaire de la morphologie imaginale du
reste de la superfamille. On en verra la preuve
plus loin dans l’incapacité où je me suis trouvé
de proposer une hypothèse autre que provisoire
sur les relations phylogénétiques entre les diffé¬
rentes familles de Mycetophiloidea.
Ceci m’amène à étudier la position des Ly-
gistorrhinidae, que Tuomikoski (1966c) a pro¬
posé, on l’a vu, d’inclure dans les Keroplatidae,
et dont les larves sont inconnues.
Le problème des Lygistorrhinidae
Thompson (1975) a montré que l’hypothèse de
Tuomikoski reposait à la fois sur des symplésio-
morphies et sur des erreurs d’interprétation. Il ne
nie cependant pas l’importance du caractère sur
lequel l’auteur finlandais se fonde pour recher¬
cher les parentés des Lygistorrhinidae chez les
Keroplatidae ou les Mycetophilidae, à savoir
l’étroitesse de l’insertion de l’abdomen sur le
thorax. Thompson écrit en effet : « The signifi-
cant point in Tuomikoski’s paper is that Lygis-
Source : MNHN, Paris
372
LOÏC MATILE
torrhina has the peculiar narrow insertion of the
abdomen, a condition found only in the highly
specialized families of fungus-gnats ( Keroplatidae
and Mycetophilidae) . However, whether Lygis-
torrhina can be grouped with either or neither' of
these 2 families cannot be determined at the
présent due to the lack of knowledge about the
phylogenetic characters and interrelationships of
these groups ».
J’ai donc estimé nécessaire d’envisager attenti¬
vement le problème des Lygistorrhinidae. Il
s’agit en effet de savoir, au cas où ceux-ci ne
peuvent être inclus dans les Keroplatidae faute
de synapomorphies significatives, si le caractère
Fig. 1003-1006. — Habitus des Lygistorrhinidae : 1003, Lygis torrhina insignis Skuse ; 1004, Probolaeus singularis Williston ;
1005, gen. sp. (Afrique centrale) ; 1006, Palaeognoriste sciariforme Meunier.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
373
de l’insertion abdominale, et d’autres caractères
à rechercher, sont susceptibles d’indiquer des
relations de groupe-frère soit entre Lygistorrhi-
nidae et Keroplatidae, soit entre cette famille
et un ensemble Lygistorrhinidae + Mycetophi-
lidae. J’ai donc entrepris une révision de ce
groupe, dont j’ai pu examiner un matériel très
varié, comprenant notamment les espèces-types
de Lygistorrhina Skuse, Probolaeus Williston
et Palaeognoriste Meunier, ainsi qu’un certain
nombre de taxa inédits.
Palaeognoriste a été mis en synonymie avec
Lygistorrhina par Edwards (1925). Je le rétablis
au niveau générique en raison des différences
suivantes avec le genre de Skuse : trompe
beaucoup plus courte, sous-costale et fourche
médiane entière, M4 prolongée jusqu’à la base
de l’aile, tibia III non fortement élargi à l’apex,
portant une rangée de macrochètes externes et
des microchètes disposés en rangées régulières,
tibia II avec deux éperons (fig. 1006). Sauf la
disposition des microchètes tibiaux (cf. analyse
des caractères, A. 3. 3.1), tous ces caractères sont
plésiomorphes. Le genre comprend deux espèces
fossiles de l’ambre de la Baltique et deux, dont
une inédite, de la région orientale (Sri Lanka).
Probolaeus, également mis en synonymie par
Edwards, mais dès 1912, est considéré par
Thompson comme un sous-genre de Lygistor¬
rhina. Comprenant plusieurs espèces néotropi¬
cales et une néarctique, Probolaeus diffère de
Lygistorrhina par la sous-costale longue, le
plus souvent entière, le tibia II avec deux
éperons, M4 prolongée jusqu’à la base de l’aile et
les hanches postérieures aussi longues que les
médianes (fig. 1004). Dans l’état actuel des
connaissances, ce taxon n’est ainsi caractérisé
que par des plésiomorphies. Je ne le place
donc au niveau générique que pour des raisons
pratiques, en attendant une étude plus complète
de tous ses représentants.
Enfin un genre inédit, avec deux espèces
camerounaises, se situe tout à fait à part des
autres par la trompe minuscule, le thorax parti¬
culièrement bossu, M4 formant avec Cul b une
fourche en position distale, et enfin les yeux
composés distinctement séparés en deux zones,
la dorsale formée d’ommatidies beaucoup plus
grandes que les ventrales. Par ailleurs, les an¬
tennes sont très courtes, la costale forme une
saillie avant l’embouchure de RI, le tibia III est
plus fortement dilaté, et le protarse bien plus
élargi, que chez tous les autres Lygistorrhinidae.
Les hanches postérieures sont aussi longues que
les médianes (fig. 1005).
En ce qui concerne la nervation alaire, il faut
noter deux erreurs d’interprétation de Hennig
(1954), qui ne connaissait probablement Lygis¬
torrhina que par les figures de la nervation
données par Johannsen (1909) et Hendel (1938) ;
or celles-ci ont été recopiées, et mal recopiées,
d’après Skuse (1890). Le dessin de Skuse repré¬
sente bien, à la base de l’aile, entre RI et R5, une
petite nervure transverse qui correspond à Rs.
Johannsen et Hendel, en reproduisant l’origi¬
nal, ont négligé cette nervure, ce qui fait que R5
paraît se prolonger librement jusqu’à l’extrême
base de l’aile, sur leurs dessins comme sur celui
de Hennig. Ce dernier a donc interprété le
segment basal de R 5 comme correspondant aux
transverses antérieure et basale confondues.
Fig. 1007. — Région basalaire de Probolaeus sp.
arc : arculus ; pmp : plaque médiane proximale.
Edwards (1925) avait cependant bien insisté sur
le caractère unique que représentait la position
de Rs au niveau de la transverse humérale. Le
segment de nervure situé en avant de Rs ne
peut en aucun cas appartenir à la transverse
antérieure, encore moins à la basale. De plus,
Hennig considère la nervure longeant Cul b
comme la première anale. Cette nervure est en
fait plus proche de Cul b que ne l’a figuré
Source : MNHN, Paris
374
LOÏC MATILE
Hendel, et suit tout à fait le trajet que parcourt
Cu2 chez tous les autres Mycetophiloidea. Il
s'agit par ailleurs d’une nervure concave, ce qui
indique sans ambiguïté que nous sommes là en
présence de Cu2.
L’étude de la base de l’aile de Probolaeus
(effectuée sur une espèce inédite de la Guade¬
loupe proche de P. urichi Edwards) permet de
résoudre le problème de la nervation alaire des
Lygistorrhinidae (fig. 1007). Rs, petite et verti¬
cale, est précédée d’une faible nervure située en
avant de l’arculus et reliant R5 et Cul b. Il ne
peut s'agir que des transverses antérieure et
basale, alignées et continues du fait de la régres¬
sion de la base du secteur médian. Enfin, une
faible trace basale représente un rudiment de A 1 ,
confirmant ainsi l’interprétation de Cu2. Al est
d’ailleurs nettement visible, bien que peu sclé-
rifiée, chez Palaeognoriste (fig. 1008).
Fig. 1008-1009. — Nervation alaire des Lygistorrhinidae;
1008, Palaeognoriste sciariforme Meunier; 1009, Lygistor-
rhina insignis Skuse.
Edwards (1925) signale une trace basale entre
RI et R5, et l’interprète comme un reste de
R2 + 3 (cf. fig. 1008-1009). Certains Macroce-
rinae présentent le même caractère, mais cette
trace se trouve en position moins basale puisque
Rs est plus distale ( Angazidzia , Chiasmoneura,
certains Macrocera). Il s’agit d’un pli concave.
comme doit l’être R2+3, mais il pourrait être
plus ou moins lié à la mécanique de l’aile. De tels
plis existent chez certains Mycetophilidae Myco-
myinae, entre R5 et Ml ( Neoempheria Osten-
Sacken, Parempheriella Matile), R5-M1 et M2-
M4 ( Syndocosia Speiser) et même R5-M1, Ml-
M2, M2-M4 et M4-Culb ( Dinempheria Matile).
Ces emplacements ne peuvent correspondre à des
reliques de nervures longitudinales, et ces plis ont
d’ailleurs reçu le nom de « fausses nervures ».
Reste à examiner l’interprétation des pièces
buccales des Lygistorrhinidae, fort contradictoire
et résumée par Thompson. Pour Skuse (1890)
et Williston (1896), la trompe de Lygistor-
rhina et de Probolaeus est formée de cinq
filaments allongés. Meunier (1904) et Senior-
White (1922), à propos de Palaeognoriste, y
ajoutent des palpes courts et unisegmentés,
comme le fait Okada (1937b) dans sa descrip¬
tion de Lygistorrhina pictipennis. Cependant
Tuomikoski (1966c), d’après une préparation de
L. brasiliensis Edwards, précise qu’il n’y a pas de
palpes et que la trompe n’est formée que de
quatre filaments. Pour lui, ceux-ci représentent
un labre impair, une paire de labelles flexibles et
dénudés, et un hypopharynx impair ; par consé¬
quent, le labre devait être bifide chez les espèces
décrites par Skuse et Williston.
Après un examen détaillé de L. sanctaecatha-
rinae Thompson, celui-ci affirme que tous les
Lygistorrhinidae ont une trompe formée d’un
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
375
labre impair, court et triangulaire, et de cinq
filaments allongés : deux palpes maxillaires dor¬
saux, deux labelles ventrales et un hypopharynx
central. J’ai examiné un matériel plus abondant
que n'a pu le faire Thompson, et potasser la tête
de plusieurs espèces : je me trouve en plein
accord avec cet auteur. Même le genre africain
à pièces buccales très réduites, qu’il ne pou¬
vait connaître, présente cette structure de base.
Les pièces buccales y demeurent plus proches de
leur aspect habituel, ce qui permet de les iden¬
tifier, notamment grâce aux longues soies des
palpes et aux courtes sensilles apicales des la¬
belles (fig. 1010). Les courts palpes maxillaires
signalés par Meunier et Senior- White chez
Palaeognoriste résultent d’une mauvaise inter¬
prétation du labre, inhabituel pour des Myceto-
philoidea en ce sens qu’il est dressé en avant et
pointu à l’apex.
Cependant, mon attention a été attirée par une
espèce africaine inédite dont les palpes sont
distincts l’un de l’autre basalement, puis se
coaptent en un seul filament (fig. 1011-1012), et
Fig. 1011-1012. — Trompe d’un Lygistorrhinidae inédit
d’Afrique orientale : 1011, vue frontale de la base; 1012,
vue latérale.
hyp : hypopharynx ; L : labre ; La : labelle ; Œ : œil ;
PMX : palpes maxillaires ; PMXfus : partie apicale
fusionnée des palpes maxillaires.
ceci même après potassage de la tête. Un examen
attentif du matériel à ma disposition a montré
que si tous les exemplaires capturés en alcool
avaient les pièces buccales écartées au moins à
l'apex, bon nombre de ceux (plus rares) récoltés
à sec montraient cette coaptation. Nul doute que
la trompe des Lygistorrhinidae soit formée, in
vivo, de quatre pièces coaptées, deux labelles et
deux palpes, enfermant l’hypopharynx, et que les
divergences des auteurs proviennent ici de la
disposition post mortem de ces pièces.
Ces nécessaires mises au point étant effectuées,
il convient maintenant d’analyser les caractères
mentionnés par Tuomikoski et Thompson. Nous
commencerons cette analyse par les sept points
contestés par ce dernier.
1) Présence sur les antennes de macrochètes
dorsaux (Tuomikoski rapproche sur ce point
Lygistorrhina de Burmacrocera Cockerell, Kero-
platinae Orfeliini). Il s’agit ici d’une plésiomor-
phie (voir analyse des caractères, A. 1.9.3), l’état
primitif chez les Diptères étant la présence de
macrochètes dorsaux et ventraux. Par contre, la
disparition du jeu ventral chez les Lygistorrhi¬
nidae est une apomorphie relative, mais la partie
systématique de la présente monographie et
l’analyse des caractères montrent que ces macro¬
chètes sont très variables, soit que les deux jeux
soient présents, soit que le ventral soit réduit ou
absent.
2) Présence d'une trompe allongée, comme chez
certains Keroplatidae. Thompson souligne que ce
caractère ne peut être retenu comme synapomor-
phie entre Lygistorrhinidae et Keroplatidae, puis¬
qu’il existe d’autres Mycetophiloidea à trompe
allongée. Tuomikoski lui-même cite plusieurs
genres de Sciaridae et de Mycetophilidae, mais
souligne que chez ces genres l’allongement est
surtout dû à la croissance de la partie ventrale de
la capsule céphalique, y compris le clypéus, et
non par les pièces buccales elles-mêmes, comme
chez les Keroplatidae Rhynchoplatyura et Antle-
mon. Thompson relève que la similarité de
longueur des pièces buccales est dénuée de
signification en l’absence d’une comparaison
détaillée de tous les genres présentant ce carac¬
tère, comparaison que ni lui ni Tuomikoski,
n’ont faite.
J’ai pu procéder à cet examen, sauf chez les
Sciaridae des genres Eugnorisle et Rhynchohete-
rotricha, dont je n’ai pas vu d’échantillons.
Source : MNHN, Paris
376
LOÏC MATILE
D’après la figure d'Eugnoriste donnée par Stef-
fan (1966), la trompe de ce genre est formée par
le labre sclérifié et les labelles, entièrement
membraneuses à l’exception du sclérite labellaire
lui-même. Chez Rhynchoheterotricha, l’allonge¬
ment de la trompe résulte de celui du clypéus, les
pièces buccales étant insérées à son apex (Free¬
man, 1960). Bien que Freeman ne le précise pas,
on peut supposer que la partie ventrale de la
trompe résulte de l’allongement du prémentum,
comme chez les Mycetophilidae du genre Gno-
riste.
J’ai souligné que l’allongement avec croissance
de labelles sclérifiées était propre aux Lygistor-
rhinidae et à certains Keroplatidae : Rhynchopla-
tyura, Asindulum, Macrorrhyncha et Cloeophoro-
myia (Matile 1976a) 53. Contrairement à l’asser¬
tion de Tuomikoski, la trompe d’ Antlemon n’est
pas formée ventralement par les labelles, mais
bien par le prémentum. On notera que si les
palpes sont courts et s’insèrent à la base de
la trompe chez Antlemon s. str., ils parti¬
cipent à l’allongement dans le sous-genre Antle-
monopsis ; à titre de comparaison, j’ai représenté
figures 1013-1014 les trompes d’ Asindulum et
d’ Antlemonopsis.
Il est difficile de dire si le cas des Lygistorrhi-
nidae africains à trompe réduite, mais dont les
Fig. 1013-1014. — Tête, vue latérale : 1013, Asindulum
nigrum Latr. ; 1014, Antlemon (Antlemonopsis) servulum
Hal.
y p : hypopharynx ; L : labre; La 1, 2 : labelles 1, 2;
P MX : palpe maxillaire ; prm : prémentum.
labelles sont déjà allongées, représente la pre¬
mière étape d’un morphocline menant à une
longue trompe, ou bien s’il s’agit d’une régres¬
sion. En tout état de cause, la structure de la
trompe des Lygistorrhinidae ne peut se comparer
à celle de la grande majorité des Keroplatidae. Si
l’allongement des labelles était une véritable
synapomorphie, héritée de l’ancêtre commun des
deux familles, il faudrait postuler un tel nombre
de régressions que l’hypothèse en paraît réfutée
d’avance.
3. Ciliation tibiale irrégulière, sans macrochètes
différenciés. Ce caractère, d’après Tuomikoski,
rapproche Lygistorrhina de Macrocera. Comme
le note Thompson, il s'agit bien évidemment
d’une plésiomorphie (cf. analyse des caractères,
A.3.3.1). De toutes façons, Palaeognoriste est
muni de rangées régulières de microchètes, et ce
même genre possède une rangée de macrochètes
bien différenciés sur les tibias III, à la différence
de Macrocera (il y a des macrochètes tibiaux
chez Robsonomyia et Hesperodes ). Par ailleurs le
Macrocerinae Srilankana possède des rangées
régulières de microchètes, tandis que de nom¬
breux Keroplatidae et Mycetophilidae montrent
au contraire une disposition irrégulière. Ce
caractère n’est donc en rien utilisable au niveau
hiérarchique envisagé.
4. Présence d’un peigne antérieur simple. Tuo¬
mikoski note que c’est le cas aussi chez les
Ditomyiidae, beaucoup de Bolitophilidae et de
Sciaridae, ainsi que chez les Macrocerinae. Là
encore, Thompson souligne qu’il s’agit d’une
symplésiomorphie. C’est en fait la condition la
plus répandue chez les Keroplatidae, où le peigne
antérieur discret des Keroplatinae a longtemps
échappé à l’observation (Matile, 1982a).
5. Brièveté des hanches postérieures par rap¬
port aux médianes, comme chez Macrocera et
Fenderomyia. D’après Thompson, ce point n’a
guère d’importance, car des hanches postérieures
courtes se rencontrent dans quelques autres
familles (cf. figures in Shaw & Shaw, 1951).
On a vu plus haut que Probolaeus et le genre
africain inédit ont les hanches II et III subégales
(fig. 1004-1005). L’état de Lygistorrhina repré¬
sente cependant probablement une apomorphie
(analyse des caractères, A.3.3.1).
6. Genitalia mâles de type relativement simple.
53. Il faut ajouter à cette liste Rhynchorfelia, décrit récemment (Matile, 1988c).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
377
comme chez Diadocidia, Bolitophila, Macrocera,
Isoneuromyia, Pyrtaula et autres. Il s’agit bien
entendu d’une plésiomorphie (voir plan de base
de cet organe, fig. 68), et l’on s’étonne que
Tuomikoski ait pu le faire entrer en ligne de
compte.
7. Structure du thorax très proche de celle de
Macrocerinae Fenderomyia. Il s’agit ici de l’argu¬
mentation principale de Tuomikoski, notamment
en ce qui concerne la disparition chez les Lygis-
torrhinidae et Fenderomyia de la partie ventrale
du mésépimère. Thompson rappelle que Fendero¬
myia n’est qu’un synonyme de Macrocera, la
structure particulière du thorax, décrite par
Shaw (1948a) étant le fait d’une déformation
post mortem du thorax, qui n’est même pas
constante au sein de la même espèce (Coher,
1963) ; cette structure, opposée à Macrocera, est
reproduite ici (fig. 1015-1016) d’après la publica¬
tion originale de cet auteur. Thompson tient
donc pour nulle et non avenue la comparaison
entre ces deux taxa, d’autant qu’il conteste aussi
l’interprétation des pleures faite par Tuomikoski,
qui n’a pu examiner que quelques exemplaires
conservés à sec.
Fig. 1015-1016. — Thorax, hanches et premier segment
abdominal, vue latérale : 1015, Fenderomyia smithi Shaw ;
1016, Macrocera formosa Lœw.
aes : anépisteme ; em2 : mésépimère ; es3 : métépisteme ;
kes : katépisteme; Itgi : latérotergite.
D’après Shaw, 1948a, mod.
À l’appui de sa thèse, Tuomikoski invoquait
un certain nombre de caractères du thorax des
Lygistorrhinidae ; celui-ci apparaît quelque peu
comprimé dorsoventralement ; le proépisterne,
court, rencontre le mésokatépisteme inhabituel-
lement haut, à proximité de la suture anapleu-
rale ; le mésanépisteme est beaucoup plus large
que haut ; le mésépimère est coupé ventralement
par l’extension vers l’avant du latérotergite ; le
métépimère et le métépisteme sont particulière¬
ment élevés. Pour lui, ces caractères sont de
toute évidence apomorphes et ne sont partagés
qu’avec un seul des genres pour lesquels ces
structures sont décrites en détail, Fenderomyia.
Bien que la structure de ce genre résulte
d’un artefact, il n’en demeure pas moins que
les structures thoraciques décrites comme apo¬
morphes par l’auteur finlandais existent bel et
bien chez les Lygistorrhinidae : si l’on ne peut les
comparer avec Fenderomyia, il faut quand même
rechercher si ces apomorphies présumées pour¬
raient fournir des indications de parenté avec
d’autres taxa. Thompson écrit en effet : « ... had
his interprétation of the structure o/Lygistorrhina
been accurate and had Fenderomyia actually had
the peculiar pleural structure attributed to it by
Shaw (1948a), then this " supposed synapomor-
phic " condition would hâve proven Tuomikoski's
contention ». Thompson ne précise pas quelles
sont les erreurs d’interprétation de ce dernier, et
son schéma de Probolaeus sanctaecatharinae n’est
pas lui-même particulièrement précis. Je donne
donc, figures 1017-1018, des dessins du thorax de
Lygistorrhina insignis et de Palaeognoriste sciari-
forme, qui n’ont encore jamais été illustrés.
La compression dorsoventrale du thorax est
un caractère extrêmement variable, qui n’est
d’ailleurs pas constant chez les Lygistorrhinidae,
puisque le genre africain inédit montre un scu¬
tum particulièrement élevé (fig. 1005). La com¬
pression est clinale chez les Keroplatidae (c/.
analyse des caractères, A.2.2.1); il en va de
même chez les Mycetophilidae, chez lesquels
beaucoup de Sciophilinae, de Gnoristinae et de
Leiinae ont le thorax élevé, tandis qu’il est très
aplati chez certains Mycetophilinae Mycetophi-
lini tels qu’Epicypta, Platurocypta, Platypros-
thiogyne, etc. Cette compression, certainement
apomorphe, n’est l’apanage d’aucune famille
dans sa totalité et s’est produite à de nom¬
breuses reprises ; elle est d’ailleurs relativement
faible chez les Lygistorrhinidae.
La position très dorsale du proépimère des
Lygistorrhinidae par rapport au mésokatépi-
sterne est bien apomorphe, comme on le verra
dans l’analyse des caractères (A.2.1.2), mais il
s’agit d’un caractère clinal qui se rencontre chez
de nombreux Keroplatidae et Mycetophilidae
appartenant à des groupes de parenté variés ; il
ne peut donc être pris en compte ici.
Source : MNHN, Paris
378
LOÏC MATILE
2
Palaeognoriste sciariforme Meunier. ...
aes : anépisterne ; apr : antépronotum ; B : balancier ; em 1, 2, 3 : épinières pro-, méso- et métathoraciques ; es 1, 3 :
épistemes pro- et métathoraciques ; H I, II, III : hanches I, II, III ; kes : katépisterne ; Itgi : latérotergite ; m :
médiotergite ; ppr : postpronotum.
Tuomikoski attire également l’attention sur
le mésanépisterne, qui est beaucoup plus large
que haut. Là encore, il s’agit d’une condition
variable, visible dans un état semblable à celui
des Lygistorrhinidae, selon les figures de Shaw &
Shaw (1951), chez certains Sciophilinae, Gnoris-
tinae, Leiinae et Mycetophilinae. Chez les Kero-
platidae, la condition est la même chez les
Keroplatini des genres Keroplatus (fig. 27), Hika-
noptilon (fig. 641), Mallochinus (fig. 738) et
Paracerotelion (fig. 812), et chez les Orfeliini des
genres Orfelia (fig. 1063), Truplaya (fig. 1064),
Isoneuromyia, Taulyrpa, Rhynchoplatyura, Nichol-
sonomyia, Tamborinea (fig. 1060) et un genre
péruvien inédit proche de Nicholsonomyia. Si l’on
considère que le mésanépisterne est plus haut
que large chez les Mécoptères et les Nématocères
primitifs tels que les Tipulidae et les Tanyde-
ridae, l’état des Lygistorrhinidae et des autres
Mycetophiloidea mentionnés ci-dessus semble
bien apomorphe, mais là encore sa répartition
implique que cette tendance évolutive s’est mani¬
festée à plusieurs reprises, et ne peut être prise en
compte au niveau hiérarchique où nous nous
situons.
Un point fort important de l’argumentation de
Tuomikoski repose sur la structure du mésépi-
mère des Lygistorrhinidae, dont la partie ven¬
trale, entre katépisterne et latérotergite, vient à
disparaître. On sait que l’auteur fait ici état de la
similitude avec Fenderomyia, alors qu’il s’agit
chez ce dernier d’un artefact. Cependant, il existe
bien des Keroplatidae présentant cet état de
caractère, et que ni Tuomikoski ni Thompson ne
pouvaient connaître, puisqu’il s’agit des genres
Vockerothia (fig. 393) et Micrepimera (fig. 415),
appartenant aux Macrocerinae, et du Keropla-
tinae Nauarchia (fig. 748), tous trois décrits ici
pour la première fois. On ne peut donc négliger
d’étudier cet état de caractère.
Chez les Mycetophiloidea, le mésépimère se
prolonge normalement, plus ou moins rétréci,
jusqu’à la base des pleures. L’état primitif est
sans aucun doute celui où la partie ventrale est
aussi large que la dorsale, comme chez les
Mécoptères (c/. analyse des caractères, A. 2.2.8).
L’état apomorphe de ce pleurite chez les Lygis¬
torrhinidae et les trois genres de Keroplatidae
mentionnés ci-dessus ne fait donc aucun doute,
mais nous sommes manifestement ici en présence
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
379
d’une tendance évolutive rare, qui s’est mani¬
festée à plusieurs reprises. Notamment, elle existe
aussi chez les Ditomyiidae, où la partie ventrale
du mésépimère est absente chez Ditomyia, Nervi-
juncta, Rhipidita et Symmerus. Shaw & Shaw
affirment que chez ce dernier le pleurite est en
quelque sorte coupé en deux, seules persistant ses
parties dorsale et ventrale. Je ne suis pas d’ac¬
cord avec cette interprétation : ce qu’ils ont pris
pour un reste ventral du mésépimère est une
partie du katépisterne séparé du reste par une
crête, visible également chez Rhipidita (fig. 1019).
Au contraire, le mésépimère est complet chez
Australosymmerus. Ici encore, étant donné la
répartition de cette forte apomorphie, on ne peut
que postuler le parallélisme.
Fig. 1019. Position du mésépimère chez Rhipidita fusca
Edw. (Ditomyiidae).
em : mésépimère ; kes : katépisterne ; Itgt : latérotergite.
Enfin, Tuomikoski cite comme apomorphe
l’état du métépimère et du métépisterne des
Lygistorrhinidae, particulièrement élevés, comme
chez Fenderomyia. On notera sur la figure 1015
que les hanches sont très fortement conver¬
gentes, alors qu’elles ne le sont qu’au plus
légèrement chez tous les autres Keroplatidae. On
comprend aisément comment la déformation,
après la préparation de certains exemplaires,
peut-être immatures, provoquant le déplacement
des hanches II-III vers l’avant, peut produire
l’aspect figuré par Shaw, la base de la hanche II
repoussant la partie ventrale du mésépimère sous
le latérotergite, et au contraire la base de la
hanche III tirant vers le bas la partie postérieure
de la pleure métathoracique. Ces sclérites ne sont
donc pas particulièrement élevés en réalité. Leurs
modifications sont étudiées dans l’analyse des
caractères (A. 2.3).
Les pages précédentes me paraissent réfuter
sans équivoque l’hypothèse de Tuomikoski,
selon laquelle les Lygistorrhinidae seraient plus
étroitement apparentés aux Keroplatidae qu’à
toute autre famille de Mycetophiloidea. Il de¬
meure cependant à envisager le point le plus
important de son analyse, à savoir l’étroite
insertion de l’abdomen sur le thorax, caractère
qui n’existe d’après lui que chez les Lygistorrhi¬
nidae, les Keroplatidae et les Mycetophilidae, ce
qui l’a amené à ne rechercher les parentés des
premiers que chez les deux derniers. On pourrait
en effet envisager alors que ces trois familles
forment ensemble un groupe monophylétique, et
que le groupe-frère des Keroplatidae, ne pouvant
être les Lygistorrhinidae, serait représenté par
les Mycetophilidae.
Si l’on examine l’insertion de l’abdomen sur le
thorax chez un Sciaridae, on constate que celle-ci
est très large, s’étendant de la base des hanches
postérieures au médiotergite, lequel se termine
ventralement bien au-dessus de la base des
balanciers. Après dissection, on constate de plus
que la partie postérieure du thorax se prolonge
largement en doigt de gant dans la cavité
abdominale (fig. 1020). Il n’en est rien chez les
Mycetophilidae, les Keroplatidae et les Lygi¬
storrhinidae, où le médiotergite est plus haut et
forme un angle rentrant au niveau de l’insertion
de l’abdomen ; par ailleurs la partie postérieure
du thorax ne se prolonge pas en arrière dans la
cavité abdominale (fig. 1021).
Ce problème de l’insertion thoraco-abdomi¬
nale a été très peu étudié chez les Diptères, pour
lesquels on ne dispose que du travail de Young
(1921). Celui-ci, malgré son titre (« Attachment
of the abdomen to the thorax in Diptera »), se
préoccupe surtout des deux derniers segments
thoraciques et du préabdomen, sans accorder
d’attention particulière à l’insertion thoraco-
abdominale proprement dite. Les nombreuses
figures données permettent néanmoins de se
faire une idée de cette structure chez les Dip¬
tères. Young représente un phragme, baptisé
« phragme 2 », pénétrant dans l’abdomen chez
les Nématocères des familles suivantes : Tipu-
lidae, Dixidae, Psychodidae (chez lesquels ce
phragme est particulièrement développé, se pro¬
longeant jusque dans le deuxième segment abdo-
380
LOÏC MATILE
Fig. 1020-1021. — 1020, Sciara sp. (Sciaridae), thorax,
hanches et premier segment abdominal (moitié gauche
enlevée), vue latérale; 1021, Mycetophila fungorum (de
Geer) (Mycetophilidae), méso- et métathorax, premier
segment abdominal, vue interne de la moitié droite.
aes : anépisteme ; apr : antépronotum ; B : balancier ;
eml, 2, 3 : épimères pro-, méso- et métathoraciques ;fur 2,
3 : furcae méso- et métathoraciques ; H I, II, III : hanches
1, II, III ; kes : katépisteme ; Itgt : latérotergite ; med :
médiotergite ; mim : métanotum ; phrg : phragme ; ppr :
postpronotum ; sel bas : sclérites basalaires ; Si I : premier
stigmate abdominal ; stgp : stigmate thoracique postérieur ;
T I : tergite abdominal I.
minai), Chironomidae, Chaoboridae, Sciaridae,
Cecidomyiidae, Bibionidae et Simuliidae. Ce
phragme n’est pas figuré chez les Trichoceridae,
les Culicidae, les Mycetophilidae (genre Leia) et
les Orphnephilidae. Par contre, il est présent chez
tous les Brachycères représentés sauf les Asilidae
du genre Leptogaster, les Conopidae du genre
Myopa, les Rhopalomeridae, les Micropezidae,
les Sepsidae, les Diopsidae et les Hippoboscidae,
Diptères dont on remarquera qu’à l’exception de
la dernière famille ils sont tous remarquables par
leur abdomen pétiolé.
J’ai recherché si le phragme était bien absent
chez les familles de Nématocères pour lesquelles
Young ne les représentait pas. Il existe en fait
chez Trichocera, où il se trouve placé dans le
plan vertical, tout en étant bien développé. Il
se divise nettement en un phragme mésothora¬
cique impair, médian, profondément encoché sur
la ligne médiane, et deux phragmes métathora¬
ciques recouvrant partiellement, de chaque côté,
le phragme mésothoracique (fig. 1022). L’inser¬
tion abdominale est relativement large, puis¬
qu’elle s’étend de la base des hanches à celle des
balanciers. On observe une structure analogue
chez Culex, où toutefois les phragmes méso- et
métathoraciques se recouvrent davantage et sont
réunis dorsalement à la marge interne (fig. 1023).
L’insertion abdominale est large ici aussi, s’éten¬
dant de la base des balanciers au méron métatho-
racique.
On sait depuis Chabrier (1822) que le
phragme postérieur des Diptères porte les puis¬
sants faisceaux des muscles dorsolongitudinaux
qui assurent indirectement l’abaissement des ailes
au cours du vol. Cette structure est donc particu¬
lièrement importante, mais il semble que son
évolution n’ait guère été suivie. Les mécanismes
du vol des Diptères ont surtout été étudiés chez
les Diptères supérieurs et les chercheurs inté¬
ressés ont considéré l’existence du phragme pos¬
térieur comme allant de soi, tandis que les
morphologistes ne paraissent pas s’être attardés
sur son origine.
Ce problème mériterait à lui seul une mono¬
graphie que je ne peux me permettre d’entre¬
prendre. J’ai néanmoins procédé à quelques
sondages dans le but de comprendre la forma¬
tion du phragme proéminent des Sciaridae. On a
vu plus haut que chez les Trichoceridae et les
Culicidae, à phragme non saillant, la nature
double de ce phragme postérieur était évidente
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
381
Fig. 1022-1024. — 1022 . Trichocera regelationis (L.) (Trichoceridae), thorax et premier segment abdominal, vue caudale;
1023, Culex pipiens (L.) (Culicidae), d°; 1024, Limonia nubeculosa Meig. (Limoniidae), métanotum et phragme
postérieur, vue paracaudale.
B : balancier ; em 2, 3, épimères méso- et métathoraciques ; H, II, III : hanches H, III ; Itgt : latérotergite ; mer 2,
3 : mérons méso- et métathoraciques ; mtm : métanotum ; phrg 2, 3 : phragmes méso- et métathoraciques ; St I : stemite
abdominal I ; T I : tergite abdominal I.
(fig. 1022-1023). Il en va de même chez les
Limoniidae, où le phragme postérieur fait saillie
dans la cavité abdominale comme chez les
Sciaridae. Chez Dicranomyia comme chez Limo¬
nia, le phragme mésothoracique forme une large
lame sur laquelle vient s’appliquer, postérieure¬
ment, la lame plus étroite, mais arrondie du
phragme métathoracique (fig. 1024, 1025-1026).
Les muscles dorsolongitudinaux s’insèrent en
grande partie sur le médiotergite, mais des
faisceaux s’attachent à la face antérieure de
l’ensemble phragmal, et donc sur sa partie
mésothoracique. Chez les Sciaridae, le phragme
postérieur est unique et porte la majorité (quatre
sur cinq) des faisceaux musculaires dorsolongitu¬
dinaux. Le phragme est également unique chez
les Bibionidae et tous les Brachycères examinés.
Au contraire, chez les Mycetophilidae, si le
phragme est bien unique, il est de petite taille et
ne porte les insertions que de deux sur cinq des
muscles dorsolongitudinaux.
Bien qu’étant loin d’avoir étudié la forma¬
tion du phragme postérieur des Diptères de
façon exhaustive, je crois pouvoir d’ores et déjà
émettre une hypothèse à son sujet. Si l’on
examine le thorax d’un Mécoptère, on constate
qu’il existe dorsalement deux petits phragmes,
méso- et métathoracique, largement éloignés l’un
de l’autre (fig. 1027). Il est aisé de comprendre
comment, à partir de cette disposition initiale,
la réduction du métathorax, concomitante à
l’agrandissement du mésothorax et à l’abaisse¬
ment du médiotergite en position oblique, voire
verticale, ont pu amener les deux phragmes à
proximité l’un de l’autre. Ce rapprochement,
déjà prononcé, peut s’observer chez Trichocera
et chez Culex, un début de fusion des deux
phragmes existant déjà chez ce dernier. Le
morphocline se poursuit par l’accolement des
deux phragmes, comme on peut le constater chez
les Limoniidae. Enfin, à partir des Bibionidae, ne
demeurera plus qu’un phragme que l’on peut à
bon droit considérer comme étant le résultat de
la fusion des phragmes méso- et métathoracique.
Cette double origine du phragme postérieur des
Diptères n’a été mentionnée, à ma connaissance,
Source : MNHN, Paris
382
LOÏC M ATI LE
1025
Fig. 1025-1026. — Partie postérieure du thorax et premiers
segments abdominaux de Dicranomyia sp. (Limoniidae)
(tergite abdominal II enlevé) : 1025, vue latérale ; 1026, vue
dorsale.
que par quelques lignes de Colless & McAlpine
(1970), qui ne l’ont pas argumentée. L’extension
des phragmes mésothoracique et métathoracique
semble bien représenter une autapomorphie des
Diptères, liée au rôle prépondérant du mésotho¬
rax dans la fonction du vol et à la nécessité
fonctionnelle de disposer d'une large insertion
pour les puissants muscles dorsolongitudinaux
assurant une partie de cette fonction. Quant à la
fusion des deux phragmes, elle représente peut-
être (sous réserve de vérification dans tous les
groupes) une autapomorphie de l’ensemble Bibio-
nomorpha + Brachycera.
Fig. 1027. — Vue interne du thorax et des premiers seg¬
ments abdominaux de Panorpa nuplialis Gerst. (Mecop-
tera).
H //, II I : hanches II, III ; phrg 2, 3 : phragmes méso- et
métathoraciques ; seul 2, 3 : scutellum méso- et métathora-
ciques ; Si l, II, III : stemites abdominaux I, II, III ; T I,
II. III : tergites abdominaux I, II, III.
D’après Ferris & Rees (1939), simplifié et mod.
Il convient maintenant de scinder « le » carac¬
tère mis en évidence par Tuomikoski pour réunir
Lygistorrhinidae, Keroplatidae et Mycetophi-
lidae. En effet, il faut distinguer d’une part la
largeur de la base de l’abdomen, d’autre part la
position du phragme, saillant ou non dans la
cavité abdominale, puisque chez les Trichoce-
ridae et les Culicidae, à insertion thoraco-abdo¬
minale large, le phragme n’est pas saillant : ces
caractères ne sont pas corrélés. Tous les Mécop-
tères et la plupart des Diptères présentent une
large insertion de l’abdomen sur le thorax ; il
s’agit ici sans nul doute de l’état plésiomorphe.
Chez les Nématocères, le cas des Lygistorrhi¬
nidae, des Keroplatidae et des Mycetophilidae
correspond donc vraisemblablement à une apo-
morphie, comme l’avance Tuomikoski. Cette
réduction de l’insertion thoraco-abdominale, qui
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
383
ne se présente chez les Nématocères que dans
la superfamille des Mycetophiloidea, s’est par
contre produite indépendamment à de nom¬
breuses reprises chez les Brachycères. On verra
plus loin que le parallélisme sera postulé égale¬
ment pour les Mycetophiloidea. On a dit plus
haut que l’extension des phragmes thoraciques
représentait une autapomorphie des Diptères par
rapport aux autres Mécoptéroïdes. Il s’agit donc
d’une plésiomorphie à l’intérieur de l’ordre lui-
même.
À partir de l’état primitif de deux phragmes
rapprochés, puis accolés, il semble que deux
possibilités principales se soient présentées. La
première est que l’ensemble phragmal se soit
développé en arrière pour pénétrer en doigt de
gant au moins jusque dans le premier segment
abdominal, parfois plus loin (Psychodidae). La
deuxième est que les deux phragmes aient pro¬
gressivement fusionné sans expansion posté¬
rieure, comme c’est le cas chez les Trichoceridae
et les Culicidae. Cette deuxième possibilité peut
être considérée comme plus plésiomorphe que la
première, ne serait-ce que parce que (jusqu’à
plus ample informé) la fusion totale des deux
phragmes ne se réalise pas.
En ce qui concerne l’insertion thoraco-abdo¬
minale proprement dite, on peut penser que,
dans les groupes où elle est étroite, il y a eu
réduction de la métapleure, entraînant un dépla¬
cement vers la base de l’arceau métanotal, sur
lequel s’insère la membrane thoraco-abdominale,
dégageant ainsi en quelque sorte le médiotergite
(dont je rappelle qu’il est d’origine mésothora¬
cique) de cette membrane. Cette réduction de la
hauteur de la pleure peut être attribuée au
développement des latérotergites. Chez les Scia-
ridae, ceux-ci sont encore petits et la métapleure
a conservé sa hauteur primitive. Chez les Kero-
platidae et les Mycetophilidae, le développement
des latérotergites aurait pu repousser la méta¬
pleure, et avec elle le métanotum, écrasant
métépimère et métépisterne entre les latéroter¬
gites et les bases coxales. Il faudrait cependant
imaginer un mécanisme différent pour les Lygi-
storrhinidae : les latérotergites y sont exces¬
sivement bien développés tandis que la méta¬
pleure est aussi haute que celle des Sciaridae.
Par contre, les pleurites métathoraciques se
prolongent ventralement bien au-dessous du
bord ventral du mésokatépisterne, tandis que
les hanches III sont particulièrement courtes
(fig. 1017). Palaeognoriste ne montre pas ce
raccourcissement des hanches (fig. 1018) ; comme
les latérotergites y sont nettement moins déve¬
loppés, on peut se demander si la poussée des
latérotergites ne se serait pas exercée aux dépens
des hanches, au lieu d’empiéter sur la méta¬
pleure.
Quoi qu’il en soit, les principaux caractères
sélectionnés par Tuomikoski ne nous sont guère
utiles. En effet, contrairement à ses assertions, les
Bolitophilidae, les Ditomyiidae et les Diadoci-
diidae ont une insertion thoraco-abdominale
intermédiaire entre celle des Sciaridae et celle des
Mycetophilidae, mais nettement plus proche de
celle de ces derniers. Quant aux latérotergites,
leur état est variable chez les Keroplatidae, et en
particulier ils ne sont pas plus développés chez
Arachnocampa que chez les Sciaridae. J’estime
donc que les conclusions de Tuomikoski sont
réfutées par une analyse plus détaillée des carac¬
tères, et portant sur davantage de taxa qu’il n’en
a examiné.
Le problème du groupe-frère des Keroplatidae
La plus grande incertitude règne actuellement
quant au groupe de Mycetophiloidea à consi¬
dérer comme le plus étroitement apparenté aux
Keroplatidae. Selon les auteurs, ce sont :
* Les Diadocidiidae + les Mycetobiidae (Meu¬
nier, 1904).
* Les Diadocidiidae + Mycetobiidae + Boli¬
tophilidae + Pachyneuridae (Enderlein, 1911).
* Les Mycetophilidae + les Sciaridae (Mal¬
loch, 1917).
* Les Ditomyiidae (Fisher, 1937 ; Shaw,
1948b; Shaw & Shaw, 1951).
* Les Mycetobiidae, puis les Ditomyiidae
(Rohdendorf, 1946, 1964).
* Les Diadocidiidae (Fisher in Shaw &
Shaw, 1951).
* Les Lygistorrhinidae (en tant que membres
des Keroplatidae), puis les Mycetophilidae (Tuo¬
mikoski, 1966c).
Source : MNHN, Paris
384
LOÏC MATILE
L’appartenance des Mycetobiidae aux Myce-
tophiloidea peut être tenue à l’heure actuelle
comme définitivement réfutée, l’unanimité s’étant
faite sur leur position dans les Anisopodoidea,
au sein desquels, selon les auteurs, ils ont rang de
famille distincte ou de sous-famille des Anisopo-
didae (Edwards, 1916, 1926; Edwards & Kei-
lin, 1928; Hennig, 1954; Tuomikoski, 1961;
Baylac & Matile, 1988). Les Pachyneuridae
sont également hors de question : dans les
Bibionomorpha, ils ont rang soit de section
(Hennig, 1973), soit de superfamille (McAlpine
et al., 1981). Nous venons aussi de réfuter
l’hypothèse de proche parenté émise par Tuomi¬
koski entre Lygistorrhinidae et Keroplatidae. Si
nous éliminons ces trois familles, il reste comme
groupe-frère éventuel des Keroplatidae :
1° Les Diadocidiidae (Meunier, 1904 ; Fisher
in Shaw & Shaw, 1951).
2° Les Diadocidiidae + les Bolitophilidae (En-
derlein, 1911).
3° Les Mycetophilidae + les Sciaridae (Mal¬
loch, 1917).
4° Les Ditomyiidae (Rohdendorf, 1946, 1964,
avec ensuite les Pleciofungivoridae ; Shaw,
1948b; Shaw & Shaw, 1951).
5° Les Mycetophilidae (Tuomikoski, 1966c).
Les deux premières hypothèses, celles de Meu¬
nier et d’ENDERLEiN, comme les deux hypothèses
de Fisher, ne sont malheureusement pas argu¬
mentées, ces auteurs ne citant pas les caractères
sur lesquels ils se sont basés pour les émettre. En
ce qui concerne celle de Malloch, elle est
uniquement fondée sur le fait que le Mycetophi¬
lidae Speolepta, à larve propneustique, repré¬
sente pour lui une forme de liaison entre les
Keroplatidae, apneustiques, et les Mycetophi¬
lidae et les Sciaridae, péripneustiques. Toute
question de la valeur des « formes intermé¬
diaires » en phylogénie mise à part, l’argumenta¬
tion de Malloch ne peut tenir, puisque les
larves de Ditomyiidae et de Bolitophilidae sont
elles aussi péripneustiques. S’il avait connu celles
des Diadocidiidae, Malloch n’aurait pas man¬
qué de les situer à proximité de Speolepta,
puisqu’elles sont également propneustiques.
Quant à l’hypothèse selon laquelle les Dito¬
myiidae représentent le groupe-frère des Kero¬
platidae, Shaw et Shaw & Shaw la basent sur le
genre Apemon (= Platyura), dont les sclérites
pleuraux sont plus proches de ceux des Dito¬
myiidae des genres Centrocnemis ( = Australo -
symmerus), Symmerus et Nervijuncta : mésépi-
mère large comme chez Centrocnemis, fissure
anépisternale très distincte comme chez Symme¬
rus et Nervijuncta, chez lesquels le katépisteme
semble en outre avoir un lobe dorsal s’étendant à
la base de l’aile. Les auteurs classent donc
Apemon entre les Ditomyiidae et les autres
Keroplatidae. Ils font remarquer de plus que sur
le plan de la nervation alaire, Apemon est
intermédiaire entre Palaeoplatyura et Platyura
( = Orfelià). En effet, la base de la médiane y est
distincte, dans la cellule basale, comme chez
Palaeoplatyura, tandis qu’il existe une fusion
radiomédiane comme chez « Platyura ». Shaw &
Shaw ajoutent aussi qu’il existe chez Apemon un
aplatissement dorsoventral du thorax comme
chez Proceroplatus et « Platyura ».
Le mésépimère large représente un état plésio-
morphe (voir p. 41 1) du genre Australosymmerus,
état que ne montrent d’ailleurs pas Symmerus et
Nervijuncta, chez lesquels, au contraire, ce sclé-
rite est particulièrement réduit ventralement. La
présence d’une fissure anépisternale est consi¬
dérée par Shaw & Shaw eux-mêmes comme un
caractère primitif, ce qui est très vraisemblable
étant donné sa large répartition chez les Dip¬
tères, mais on verra plus loin (p. 408) qu’il est
logique de penser que plus cette fissure est
longue, plus elle est apomorphe. L’existence de la
base de M est de toute évidence plésiomorphe
(cf. p. 438). La présence de la fusion radiomé¬
diane, au contraire, est une synapomorphie des
Macrocerinae et des Keroplatinae.
La relation de parenté Ditomyiidae-Pleciofun-
givoridae de Rohdendorf repose sur une symplé-
siomorphie : la longueur et la position basale de
R4, et la relation de groupe-frère postulée
ensuite entre ce groupe et les Keroplatidae-
Mycetobiidae est également fondée sur la pré¬
sence de cette nervure, qui ne peut être que
plésiomorphe.
On voit donc que, quand elles sont argumen¬
tées, toutes les hypothèses liant les Keroplatidae
aux Bolitophilidae, aux Ditomyiidae ou aux
Diadocidiidae, pris ensemble ou séparément,
reposent sur des symplésiomorphies, ou sur des
caractères présents dans un genre ou deux et non
dans les autres, et donc sur des convergences, ou
au plus des tendances évolutives.
En ce qui concerne Tuomikoski, il fonde un
groupe présumé monophylétique comprenant les
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
385
Keroplatidae (y compris les Lygistorrhinidae) et
les Mycetophilidae sur les principaux caractères
suivants : insertion thoraco-abdominale étroite,
médiotergite fortement convexe et latérotergites
fortement saillants. Selon lui, tous les autres
Mycetophiloidea ont l’insertion abdominale plus
large, le médiotergite plus vertical et les latéro¬
tergites moins saillants. Ces états de caractères
paraissent bien en effet apomorphes, mais nous
avons vu que l’insertion abdominale était sou¬
mise à des variations clinales ; il en va de même
pour le médiotergite et les latérotergites. Ils ne
peuvent donc être retenus pour une hypothèse de
phylogénie rassemblant Keroplatidae, Lygistor¬
rhinidae et Mycetophilidae.
Une telle hypothèse se heurte d’ailleurs à
l’opinion de Hennig (1954), selon laquelle Scia-
ridae et Mycetophilidae sont étroitement appa¬
rentés entre eux et avec les Bolitophilidae (ç/’.
p. 364). Cette opinion est fondée sur le déplace¬
ment de la transverse basale (tb), longitudinalisée
et prenant la place de la base du secteur médian,
avec migration concomitante de la transverse
antérieure (ta) vers la base de l’aile. Pour
Hennig, il faut y ajouter la réduction de la
nervure anale, mais ce caractère est variable chez
les Mycetophiloidea. La nervation alaire des
Sciaridae peut très aisément être dérivée de celle
des Mycetophilidae par la poursuite des proces¬
sus de longitudinalisation des transverses anté¬
rieure et basale, et de basalisation de l’embranche¬
ment tb-Cu (c/. p. 430). De même, les larves de
Sciaridae sont très proches de celles des Myceto¬
philidae, dont elles ne diffèrent guère que par des
degrés de sclérification au niveau des ponts
tentorial et hypostomien, et par le moins grand
développement des spinules ambulatoires abdo¬
minales.
Si l’on prend en compte le caractère de
l’insertion thoraco-abdominale, nous sommes
donc en présence d’une contradiction profonde,
qui explique sans doute pourquoi les Sciaridae
n’ont jamais été classés de façon satisfaisante
dans le système des Mycetophiloidea. Ou bien ils
sont étroitement apparentés aux Mycetophilidae
comme l’indiquent leur nervation alaire et leur
morphologie larvaire, ou bien ils n’en sont que
des parents éloignés en raison de la plésiomor-
phie de leur insertion abdominale. Dans le
premier cas, la brièveté de leurs hanches est un
phénomène secondaire (c’est l’opinion de Hen¬
nig), et il faut supposer que l’insertion de
l’abdomen sur le thorax montre une régression,
ou que cet état de caractère chez les autres
Mycetophiloidea est apparu après la séparation
des principales souches, auquel cas nous aurions
affaire à des parallélismes. Le deuxième cas
implique que la basalisation et la longitudinali¬
sation des transverses antérieure et basale, par
capture de la transverse médiocubitale, se sont
chacune produite au moins deux fois chez les
Mycetophiloidea.
L’élucidation des relations de parenté entre les
différentes familles de Mycetophiloidea passe
sans doute par une étude de ces familles aussi
attentive que celle menée ici sur les Keroplatidae.
À titre d’hypothèse de départ, et sous toutes
réserves, je propose cependant dès aujourd’hui
un cladogramme de ces familles (fig. 1 028). Dans
ce cladogramme, les Ditomyiidae sont considérés
a priori comme un groupe monophylétique frère
de toutes les autres familles de Mycetophiloidea.
Rappelons toutefois que Munroe (1974) pense
que les Ditomyiidae pourraient être paraphylé-
tiques ou polyphylétiques. En effet, comme on le
voit sur le cladogramme, la famille n’est pour le
moment caractérisée que par des symplésiomor-
phies. Mon collègue D. De Souza Amorim en
étudie actuellement la phylogénie, et il convient
d’attendre ses conclusions sur ce point.
Les Mycetophiloidea moins les Ditomyiidae
sont considérés comme monophylétiques sur la
base de quatre synapomorphies : chez l’imago
la réduction, voire la disparition, de la ner¬
vure R4 (fig. 1028, 1), chez les larves l’extension
de l’apotome clypéofrontal, la réduction des
palpes maxillaires et la perte du stigmate abdo¬
minal VIII (2, 3, 4) M. On pourrait sans doute
ajouter à ces synapomorphies la réduction des
cornes thoraciques nymphales, bien développées
chez les Ditomyiidae et les Bibionidae, comme
chez la plupart des autres Nématocères.
Une relation de groupe-frère est postulée entre
les Diadocidiidae et les Keroplatidae en raison
de la fermeture ou de la disparition des stigmates
abdominaux larvaires (6) chez ces deux familles
(l’état analogue du Mycetophilidae Speolepta
étant attribué à la convergence).
54. Ce dernier caractère a déjà été cité par Steffan (1981) comme indiquant que les Sciaridae représentent le groupe-
frère d’une partie des Mycetophiloidea, plutôt que des Cecidomyiidae.
Source : MNHN, Paris
386
LOÏC MATILE
Fig. 1028. — Hypothèse de phylogénie des familles de
Mycetophiloidea (explications dans le texte).
des Mycetophilidae, des Lygistorrhinidae et des
Sciaridae, dont la monophylie est indiquée par la
longitudinalisation de la transverse basale (5),
comme l’a suggéré Hennig. Ce groupe est aussi
caractérisé par deux tendances évolutives : la
réduction de la transverse médiocubitale chez la
plupart des Bolitophilidae, ou sa disparition chez
quelques-uns d’entre eux, et tous les représen¬
tants des trois autres familles ; l’apparition d’une
mandibule larvaire très particulière chez les
Bolitophilidae et tous les Mycetophilidae, où
cette pièce devient aplatie, dentée sur toute sa
marge interne et munie en outre de rangées de
dents accessoires ( cj . fig. 1002).
La monophylie des Bolitophilidae est basée
notamment sur le développement des antennes
larvaires (9). Ce caractère a été longtemps
considéré comme une forte plésiomorphie ; en
fait, il est certainement secondaire, comme le
pense Plachter (1979b), puisque les antennes
des larves de Bibionidae sont déjà réduites.
Enfin, l’ensemble formé par les Mycetophi¬
lidae, les Lygistorrhinidae et les Sciaridae est
considéré comme monophylétique en raison de la
disparition dans ces trois familles de la transverse
médiocubitale (7) et de la longitudinalisation de
la transverse antérieure (8). Les Lygistorrhinidae
partagent avec les Mycetophilidae le développe¬
ment des latérotergites (11) et l’étroite insertion
thoraco-abdominale (12), comme on l’a déjà vu,
et sont donc plus étroitement apparentés à eux
qu’aux Sciaridae. Ces derniers sont notamment
caractérisés par la présence d’un pont oculaire
imaginai (10), secondairement absent chez les
espèces brachyptères ou aptères.
Cette hypothèse de parenté demande de toute
évidence à être sérieusement étayée : elle n’est
proposée ici qu’à titre de réflexion, car elle
suppose de nombreux phénomènes de dévelop¬
pement parallèle. Des recherches sur ce thème
seront entreprises à l’avenir, mais elles dépassent
le niveau hiérarchique assigné à la présente
monographie.
ANALYSE DES CARACTÈRES ET TENDANCES ÉVOLUTIVES
Les Parties morphologique et systématique de rents genres de Macrocerinae et de Keroplatinae
la présente monographie ont mis en évidence un Keroplatini, ainsi qu’aux Arachnocampa. Parmi
grand nombre de caractères propres aux diffé- ces dizaines de caractères, beaucoup n’ont pu
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
387
être polarisés avec certitude, et l’analyse suivante
ne porte bien entendu que sur ceux dont les états
plésiomorphes et apomorphes ont pu être déter¬
minés suivant les critères mentionnés dans l’intro¬
duction à cette Partie.
11 a été largement fait appel ici à la morpho¬
logie des Keroplatinae Orfeliini et aux autres
familles de Mycetophiloidea. Considérant avec
Hennig (1973), que les Scatopsoidea (Scatop-
sidae + Canthyloscelidae) sont le groupe-frère
plésiomorphe de l’ensemble Mycetophiloidea +
Cecidomyioidea, qui forment avec lui la section
Mycetophiliformia, j’ai eu très souvent recours.
pour les comparaisons hors-groupe, à la mono¬
graphie de De Souza Amorim (1982a) sur les
Scatopsidae. Dans cette thèse ronéotypée (en
voie de traduction pour impression. De Souza
Amorim, comm. pers., 1986), l’auteur consacre de
nombreuses pages à l’analyse phylogénétique des
caractères de la famille, pages qui m’ont été fort
précieuses. Cependant, j’ai souvent poussé mes
investigations aux Diptères en général, voire aux
Mécoptères. J’espère avoir ainsi pu dégager les
principales tendances évolutives non seulement
des Keroplatidae, mais aussi de l’ensemble de la
superfamille des Mycetophiloidea.
A. Imago
A.l. Tête
A. 1.1. Foramen magnum
La position de cet orifice a été étudiée notam¬
ment grâce aux travaux de Crampton (1942) et
de Hoyt (1952). Ils permettent de constater que
chez les Neuroptères et les Mécoptères, le fora¬
men magnum se trouve en position dorsale ou
subdorsale. Il en va de même chez de nombreux
groupes de Diptères Nématocères, tandis que
chez les Brachycères Orthorraphes (Rhagioni-
dae, fig. 1033, Asilidae, Bombyliidae, etc.), il est
en position médiane. Je considère donc la posi¬
tion quasi-centrale du foramen magnum chez les
Arachnocampinae (fig. 1034) comme une apo-
morphie.
1033 1034 1035 1036
Fig. 1029-1036. — Position du foramen magnum, vue caudale de la tête : 1029, Chrysopa (Neuroptera) ; 1030, Nannochorista
(Mecoptera); 1031, Trichocera (Diptera Trichoceridae) ; 1032, Bibio (Bibionidae) ; 1033, Rhagio (Rhagionidae) ;
1034, Arachnocampa (Keroplatidae); 1035, Macrocera (d°); 1036, Keroplatus (d°).
Fig. 1029-1033 d’après Hoyt (1952), mod.
Source : MNHN, Paris
388
LOÏC M ATI LE
A. 1.2 SCLÉRITE CÉRÉBRAL
J’ai déjà souligné à plusieurs reprises que la
présence de ce sclérite chez les Macrocerinae était
unique chez les Diptères et représentait une
autapomorphie de cette sous-famille (Matile,
1973a, 1979a, 1981a). La Partie systématique du
présent travail a montré aussi que ce sclérite
pouvait être incomplet. En effet, chez Paramacr-
ocera (fig. 371, 382) et chez Vockerothia (fig. 390),
les sutures qui le délimitent sont effacées en
avant. Il pourrait s’agir d’une régression, mais je
ne le pense pas, car chez les Macrocerinae les
ocelles sont toujours inclus dans ce sclérite. Or si
l’on prolonge mentalement les sutures cérébrales
1037
1038
1041 1042
de Paramacrocera ou de Vockerothia, elles abou¬
tissent largement en arrière des ocelles. Le
sclérite cérébral peut occuper une partie plus ou
moins étendue de la tête, jusqu’à venir au contact
des yeux ( Srilankana , fig. 426, 1040), condition
évidemment la plus évoluée. Ce morphocline est
illustré figures 1037-1040. D’autre part quatre
genres, Srilankana, Kelneria, Micrepimera et
Robsonomyia, montrent un sclérite cérébral non
seulement complet, mais séparé du reste de la
capsule céphalique par une aire membraneuse
plus ou moins développée. Chez Robsonomyia
(fig. 419-421, 1044), cette zone membraneuse
s’étend même à presque toute la marge posté¬
rieure des yeux composés.
1039 1040
1043 1044
Fig. 1037-1044. — Morphocline du sclérite cérébral : 1037, Keroplatus; 1038, Paramacrocera s. str.; 1039, Angazidzia;
1040, Srilankana; 1041, Chiasmoneura ; 1042, Micrepimera; 1043, Srilankana; 1044, Robsonomyia.
Fig. 1037-1040, vue dorsale; fig. 1041-1044, vue latérale.
La polarité de ce morphocline est donc parti¬
culièrement facile à déterminer. Il va d’un
état plésiomorphe à sutures incomplètes, comme
dans le genre Paramacrocera, à l’état le plus
apomorphe tel qu’il est réalisé chez Robsono¬
myia, en passant par des étapes intermédiaires à
sutures complètes, puis à zones membraneuses
s’étendant progressivement vers l’arrière de la
tête. Il est représenté figures 1041-1044. On
notera quelques autres déviations du plan de
base du sclérite cérébral, dont la plus remar¬
quable est sa structure massive, haute, quadran-
gulaire, avec la face antérieure sillonnée transver¬
salement, chez Hesperodes (fig. 329). Une telle
structure ne se retrouve nulle part ailleurs chez
les Macrocerinae.
La région cérébrale des Mycetophiloidea est
généralement recouverte de microchètes, voire de
macrochètes, et chez tous les Macrocerinae sauf
Chiasmoneura, le sclérite cérébral est couvert de
microchètes dont certains sont plus longs qu’aux
marges antérieure et latérale. Celui de Chiasmo¬
neura est entièrement dénudé (sauf quelques
soies marginales dans le sous-genre Synesostyla),
et cet état de caractère sera considéré comme une
apomorphie.
Enfin, il existe un sillon cérébral très court
chez Chiasmoneurella, long chez Hesperodes,
Paramacrocera, Kelneria, Robsonomyia et Srilan¬
kana. Tuomikoski (1966a) a déjà fait remarquer
que la présence d’un sillon en arrière de l’ocelle
médian était de règle chez tous les Mycetophi-
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
389
lidae sauf les Exechiini, et a interprété l’état de
ces derniers (proche de celui de Chiasmoneura)
comme une apomorphie. Je partage cette opinion
pour les Keroplatidae, en particulier en raison du
fait que le genre Kelneria (fossile de l’ambre
balte) possède un sillon complet, de même que
les deux genres dont le sclérite cérébral n’est pas
entier. L’absence de sillon, et la présence d’un
sillon court, seront donc interprétés comme des
apomorphies. On notera que ce sillon est indé¬
pendant de l’existence de l’ocelle médian, puis¬
qu’il persiste chez Srilankana, qui a perdu ses
ocelles.
A. 1.3. Sclérite médiocellaire
On a noté la présence chez Arachnocampa d’un
sclérite médiocellaire distinct (fig. 3, sel moc) qui
n’existe nulle part ailleurs, à ma connaissance,
chez les Diptères. D’après Snodgrass (1935), la
vraie région frontale de la tête d’un Insecte se
reconnaît au fait qu’elle porte l’ocelle médian (et
les insertions des muscles labraux). L’aspect de
cette région de la tête chez Arachnocampa rap¬
pelle celui des Mécoptères (voir p. ex. Matsuda,
1965, fig. 21) et de certains Hyménoptères (cf.
Snodgrass, 1935, fig. 63), et l’on pourrait penser
qu’il s’agit là d’un caractère plésiomorphe. Il
existe cependant une différence importante entre
ces cas et celui d 'Arachnocampa : c’est que chez
ce dernier le sclérite médiocellaire est séparé du
« front » par une suture, tandis qu’il n’en est rien
chez Panorpa ou Pteronidea, où le front propre¬
ment dit remonte sans interruption jusqu’au
niveau des ocelles latéraux. Ce fait et celui de
l’unicité de ce caractère chez les Diptères m’inci¬
tent à penser qu’il s’agit là d’une division
secondaire, peut-être du même type que celle qui
a abouti à la fragmentation de la région occipi¬
tale chez les Macrocerinae. Nous serions alors en
présence d’une forte apomorphie.
A. 1.4. Ocelles
Comme chez tous les Insectes, le nombre
normal des ocelles des Diptères est de trois, le
plus souvent disposés en triangle. Ces organes se
sont perdus à plusieurs reprises chez les Némato-
cères comme chez les Brachycères (cf. Cramp-
ton, 1942 ; Hennig, 1973) ; c’est aussi le cas chez
les Bibionomorpha. Chez les Cecidomyiidae, en
effet, les ocelles sont présents chez la plupart des
Lestremiinae, et absents chez tous les autres
(Gagné, 1981b). Si les Lestremiinae forment bien
un groupe monophylétique, la perte des ocelles
s’est donc produite au moins deux fois chez les
Cecidomyioidea. Quant aux Mycetophiloidea
eux-mêmes, les ocelles sont absents chez Celebe-
somyia (Ditomyiidae), Syndocosia (Mycetophi-
lidae Mycomyinae) et chez trois genres de Kero¬
platidae Macrocerinae : Hesperodes, Srilankana
et Vockerothia.
Crampton (1942) a souligné que la présence
ou l’absence des ocelles était un caractère d’im¬
portance phylogénétique considérable chez les
Nématocères, mais moins significatif chez les
Brachycères (perte liée au sexe ou au mode de
vie). En ce qui concerne les Mycetophiloidea,
je crois que la perte des ocelles est une forte
apomorphie, mais dont l’expérience montre qu’elle
fait partie des tendances évolutives de la superfa¬
mille (quoiqu’elle ne se soit exprimée que rare¬
ment).
Si le nombre normal des ocelles est de trois, il
est très courant aussi chez les Diptères que
l’ocelle médian se réduise, puis disparaisse. Chez
les Mycetophiloidea, on observe ce cas chez tous
les Mycetophilidae • Mycomyinae, beaucoup de
Mycetophilinae et de Leiinae, les Sciophilinae du
genre Cluzobra et enfin quelques genres de
Keroplatidae. Ce sont Placoceratias et quelques
Keroplatus chez les Keroplatini, Tylparua, Rofe-
lia, Neoditomyia, Platyceridion et un genre tropi¬
cal inédit chez les Orfeliini. Tous ces genres bi-
ocellés ont de toute évidence des affinités étroites
avec des genres ayant conservé leurs trois ocelles,
et la présence des deux cas chez Keroplatus
démontre que la perte de l’ocelle médian est une
tendance relativement commune chez les Myce¬
tophiloidea. Quant à sa réduction, elle est encore
plus répandue. Il arrive également que tandis que
l’ocelle médian disparaît, les ocelles externes eux-
mêmes diminuent de taille ; c’est le cas chez
certaines espèces du genre Euceroplatus.
Si de toute évidence le nombre primitif d’ocelles
est de trois, de taille égale et disposés en triangle,
il faut signaler deux autres morphoclines qui
s’ajoutent à la réduction ou à la perte des ocelles.
Le premier est le déplacement des ocelles laté¬
raux vers les marges oculaires, déplacement qui
peut amener ces ocelles au contact même des
yeux. C’est le cas des Keroplatini du genre
Source : MNHN, Paris
390
LOÏC MATILE
Mallochinus, de quelques Mycetophilidae Gno-
ristinae, de beaucoup de Leiinae et de tous les
Mycetophilinae. On considérera donc ici que
plus les ocelles latéraux sont proches de la marge
oculaire, plus cet état est apomorphe. Enfin, le
deuxième morphocline concerne les calus ocel-
laires. Les Nématocères ocellés les plus primitifs,
Blephariceridae et Deuterophlebiidae, les Sca-
topsoidea et les Bibionomorpha les moins évo¬
lués (Pachyneuroidea, Bibionoidea) possédant
trois ocelles situés chacun sur un calus distinct,
et pratiquement tous les Cyclorrhaphes ocellés
ayant un calus commun, non séparé en trois par
un sillon, je considère que la première condition
est la plus plésiomorphe.
En résumé, en ce qui concerne les ocelles, le
plan de base des Diptères serait donc de trois
ocelles de même taille, disposés en triangle et
chacun sur son propre calus. Seront tenues
comme apomorphes toutes les déviations de ce
plan de base, à savoir :
* Ocelle médian réduit ou absent.
* Ocelles latéraux réduits.
* Ocelles latéraux proches de la marge ocu¬
laire.
* Calus ocellaire absent ou unique.
* Tous les ocelles absents.
A. 1.5. Yeux composés
Si l’on consulte les auteurs qui se sont inté¬
ressés à la morphologie générale des yeux com¬
posés des Diptères, comme Lameere (1936),
Crampton (1942), Hennig (1973) et McAlpine
(1981), il semble que le plan de base des yeux dans
cet ordre soit le suivant : arrondis, dénudés,
occupant la majeure partie de la face latérale de la
tête, mais ne s’étendant pas à ses faces dorsale et
ventrale, dichoptiques, de teinte foncée, à omma-
tidies de grande taille et toutes semblables.
D’après Vockeroth (1981), les yeux sont
généralement densément pileux chez les Myceto-
philoidea ; sur ce point, ils s’écartent donc du
plan de base des Diptères. Par ailleurs, il faut
noter la tendance de divers Mycetophiloidea à
former un pont oculaire dorsal. Celui-ci est
complet chez tous les Sciaridae (sauf régression
liée à l’aptérisme) ainsi que chez certains Myce¬
tophilidae de la tribu des Manotini ( Paramanota
Tuomikoski, 1966b); certains Ditomyiidae pos¬
sèdent un pont oculaire incomplet. Cette ten¬
dance évolutive est partagée par les Cecido-
myiidae et les Scatopsidae (d’après De Souza
Amorim, 1982a, l’absence de pont oculaire chez
certains des genres de cette dernière famille est
une régression). Il semble peu douteux que la
présence d’un pont oculaire soit une apomorphie
\cf. Lameere, 1906), et sa répartition chez les
Nématocères indique que ce caractère est apparu
à plusieurs reprises ; c’est d’ailleurs l’opinion
indirectement exprimée par Lameere. Aucun
Keroplatidae connu ne présente de pont oculaire.
Par contre, l’étude des illustrations du présent
travail montre que les yeux composés de tous les
Keroplatidae débordent au moins quelque peu
sur la face ventrale de la tête, et sont donc
apomorphes sur ce point ; cette partie ventrale
est particulièrement développée chez Duretina
(fig. 511), ce qui représente un état plus forte¬
ment apomorphe. Les yeux composés peuvent
aussi être plus ou moins profondément encochés
au-dessus de l’insertion des antennes. Cet état de
caractère est bien visible chez de nombreux
Keroplatini, comme par exemple Cerotelion
(fig. 438) ou Mallochinus (fig. 734) ; il est moins
net chez la plupart des autres genres (c/. Neoce-
roplatus, fig. 753), ainsi que chez certains Macro-
cerinae ( Chiasmoneura du sous-genre Syneso-
styla, Chiasmoneurella, etc.) et des Orfeliini tels
qu 'Orfelia. On ne peut guère douter de l’état
apomorphe que représente l’échancrure oculaire
puisque, comme l’a fait remarquer Munroe
(1974), l’absence d’échancrure est la plus large¬
ment répandue chez les Nématocères les plus
variés. Cependant, d’une part ce caractère est de
nature clinale, d’autre part il semble bien être
apparu à plusieurs reprises chez les Keroplatidae
(mais une fois seulement chez les Keroplatini).
L’agrandissement des yeux vers l’avant est
naturellement corrélé avec la réduction de la
largeur de la face. C’est le caractère « face
étroite» qui a été utilisé dans les exposés phy¬
logénétiques (voir plus loin), car c’est ainsi
qu’il est exprimé dans les travaux taxinomiques
usuels.
La variation de la longueur des soies oculaires
est elle aussi de nature clinale, et difficile à
mesurer chez les Keroplatidae, car à l’exception
d ' Hesperodes il n’y a pas chez eux d’yeux que
l’on puisse qualifier de « densément pileux ».
D’autre part, cet état n’a pas suffisamment été
étudié dans les autres familles de Mycetophiloi¬
dea : je ne m’en suis donc pas servi. J’ai renoncé
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
391
aussi à utiliser le rapport face latérale des
yeux/face latérale de l’occiput : lorsque les
yeux occupent la plus grande partie de la tête,
comme c’est le cas par exemple chez Micrepimera
(fig. 412), je n’ai aucun moyen de déterminer s’il
s’agit de l'état plésiomorphe des yeux ou d’une
régression (et donc d’une apomorphie) de la zone
postérieure de la capsule céphalique, tendance
évolutive qui s’est manifestée par exemple chez
les Manotini (Mycetophilidae).
A. 1.6. Front
Crampton (1942) a fait remarquer que pour
qu’il soit homologue à celui des Insectes infé¬
rieurs, ce qu’on appelle le front chez les Diptères
devrait être la région s’étendant de l’ocelle
médian aux prétentorina. Cependant lui-même,
comme la majorité des diptéristes (c/. Hennig,
1973, McAlpine, 1981), a préféré par commo¬
dité réserver le terme de « front » à la partie de la
tête comprise entre l’ocelle médian (ou le sommet
de la tête chez les formes sans ocelles) et les
fosses antennaires, attribuant le nom de « face »
à celle située entre les fosses antennaires et le
clypéus et les prétentorina. Ces deux zones cor¬
respondent au postfrons et au prèfrons de
Crampton. L’état le plus simple du front des
Mecopteroidea semble être une zone plane déli¬
mitée par sa position topographique et non par
des sutures : c’est ainsi qu’il se présente chez les
Mécoptères.
Chez les Diptères, le front est individualisé par
des sutures ou sillons qui le délimitent. Son
aspect le plus répandu chez les Nématocères est
sans doute celui des Trichoceridae (c/. Cramp¬
ton, 1942) : un sclérite plan, transverse, plus
large que haut, prolongé en triangle entre les
fosses antennaires. 11 présente cet aspect chez la
grande majorité des Bibionomorpha, où il peut
être soulevé en deux calus latéraux et séparé en
deux par un sillon médian rejoignant ou non la
face. Nous considérerons donc comme des états
apomorphes les déviations suivantes de son plan
de base :
* Front plus haut que large.
* Présence de calus frontaux.
* Présence d’un sillon frontal.
Deux Macrocerinae présentent une structure
qui s’écarte fortement du plan de base du front et
de ses variations les plus habituelles : les genres
Hesperodes et Vockerothia. Chez Hesperodes, les
calus frontaux sont agrandis et soulevés de sorte
que l’ensemble du front forme un gros bourrelet
transverse, saillant, à peine déprimé sur la ligne
médiane par le sillon frontal (fig. 329-330). Chez
Vockerothia (fig. 390-392), le front est extraordi¬
nairement développé et se trouve en continuité
avec le sclérite cérébral, qu’il semble avoir
repoussé vers l’arrière, de sorte que de profil
la tête paraît avoir deux sclérites cérébraux
(fig. 391). Ce développement du front dans les
deux genres ne se retrouve nulle part ailleurs à
ma connaissance chez les Mycetophiloidea, et
même les Nématocères. Il représente sans aucun
doute une forte apomorphie.
Le front des Keroplatidae est le plus souvent
dénudé. Il existe cependant des soies frontales
chez quelques genres, ainsi que chez les Orfeliini
du genre Xenoplatyura. La ciliation frontale se
répartit de façon très variable dans le groupe. Le
seul Macrocerinae à en posséder est Hesperodes,
où il y a quelques cils frontaux ventraux ;
cependant, un des exemplaires examinés en était
dépourvu. En ce qui concerne les Keroplatini,
Nauarchia possède une paire de petites soies
submédianes ; Paracerotelion montre deux ran¬
gées de microchètes le long du tubercule frontal,
de même que certaines espèces de Placoceratias
(et les Orfeliini du genre Xenoplatyura). Chez
l’espèce-type de Setostylus, et chez elle seule¬
ment, il existe deux rangées de soies latérales, le
long des marges oculaires. Tolletia possède des
soies dressées, dispersées sur les calus frontaux,
et enfin le front de Xenokeroplatus porte des soies
plus ou moins nombreuses suivant les espèces.
La répartition des soies frontales dans tous ces
genres, comme le fait qu’elles intéressent des
parties différentes du sclérite, m’incitent à penser
que la présence de soies frontales est plésio¬
morphe chez les Keroplatidae.
A. 1.7. Face
Nous avons vu qu’il s’agissait ici du prèfrons
de Crampton. Si l’on prend encore comme
groupes extérieurs plésiomorphes de comparai¬
son les Mécoptères, les Tipulidae et les Tri¬
choceridae, l’état plésiomorphe de la face paraît
être celui d’une étroite bande transverse s’éten¬
dant d’une fosse tentoriale à l’autre au-dessous
Source : MNHN, Paris
392
LOÏC MATILE
des fosses antennaires et au-dessus du clypéus.
Aucun des Keroplatidae examinés ne présente
cet état primitif de la face.
La tendance la plus commune à s’être expri¬
mée chez eux est le rétrécissement médian de la
face pour loger le clypéus, et dont l’ultime
aboutissement est la séparation complète de la
face en deux sclérites latéraux séparés par le
clypéus. La première étape de ce morphocline est
bien visible par exemple chez Macrocera (fig. 6),
la dernière chez Arachnocampa (fig. 1). Cet
état « face encochée » se voit déjà chez le fos¬
sile éocène-oligocène Kelneria, où l’encoche est
même très profonde (fig. 398). Il est donc facile
de polariser cette série de transformations de
l’encoche moyenne, laissant subsister une part
notable du haut de la face, comme chez Vocke-
rothia (fig. 392, 1045), ou encore Rocetelion
(fig. 897) et Tolletia (fig. 967), à l’encoche
très profonde où ne demeure qu’une très mince
bandelette médiane, comme par exemple chez
les Paramacrocera du sous-genre Freemaniola
(fig. 381, 1046), jusqu’à la séparation complète
de la face en deux parties. Ceci s’est produit
notamment chez Paramacrocera s. str. (fig. 370,
1047) et Nauarchia (fig. 745, 1048). On remar¬
quera que dans le premier cas ne subsistent de la
face que les deux petits sclérites latéraux triangu¬
laires, tandis que dans le deuxième les parties
1045 1046
1047 1048
Fig. 1045-1048. — Morphocline de la face; tête, vue fron¬
tale : 1045, Vockerolhia ; 1046, Paramacrocera (Freema¬
niola) ; 1047, Paramacrocera s. str. ; 1048, Nauarchia.
La face est représentée en noir, les zones membraneuses
en pointillé.
latérales sont bien conservées. L’étude de la
répartition de ces différents états du caractère
montre qu’il a dû souvent apparaître parmi les
divers groupes.
Une autre possibilité d’évolution de la face est
la membranisation, qui semble s’être produite
par différentes voies, en s’intéressant au bord
dorsal ( Euceroplatus , fig. 508, 1049), au bord
ventral ( Paracerotelion , fig. 810, 1050), aux
bords latéraux ( Hikanoptilon , fig. 638, 1051), ou
encore, plus exceptionnellement, à partir de la
ligne médiane ( Platyroptilon collessi, fig. 1052).
La disparition totale du sclérite facial se réalise
chez les Platyroptilon néotropicaux (fig. 843,
1053) et chez Ctenoceridion s. str. (fig. 491). Cette
disparition est bien entendu l’état le plus évolué
du morphocline. Une variation plus exception¬
nelle de la désclérification faciale intéresse tout
le périmètre de la face, qui se trouve ainsi sépa¬
rée par de la membrane à la fois des marges
oculaires et du clypéus. Ce cas ne se présente que
chez les Keroplatini des genres Neoceroplatus
(fig. 753) et Xenokeroplatus (fig. 977).
Enfin, au lieu de se réduire par membranisa¬
tion ou envahissement du clypéus, la face peut
diminuer par croissance antérieure des yeux
composés ; elle prend ainsi l’aspect d’une étroite
bande verticale. C’est le cas chez Heteropterna s.
str. (fig. 542) et Ctenoceridion (Gymnoceridion)
(fig. 504), et à un moindre degré chez Placocera-
tias (fig. 817) et Setostylus (fig. 913).
En résumé, on prendra comme état plésio-
morphe de la face des Keroplatidae un sclérite
transverse, plus large que haut, moyennement
encoché pour le logement du clypéus. Les modi¬
fications possibles, et donc les apomorphies,
seront les suivantes :
* Face fortement encochée, ou même coupée
en deux.
* Face désclérifiée suivant diverses modalités.
* Face rétrécie entre les yeux composés.
Ajoutons que la face, normalement dénudée,
peut exceptionnellement être ciliée ( Euceroplatus
gressittî). On ne connaît pas d’exemple de sclérite
normalement dénudé et ayant acquis des soies, et
la perte de ciliation est généralement tenue pour
irréversible ; il faut donc interpréter la ciliation
de la face comme une plésiomorphie, mais la
rareté de ce caractère chez les Keroplatidae
permet de se demander s’il ne s’agirait pas ici
d’une exceptionnelle régression.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
393
1051 1052 1053
Fig. 1049-1053. — Morphocline de la face; tête, vue frontale : 1049, Euceroplatus ; 1050, Paracerotelion ; 1051,
Hikanoptilon ; 1052, Platyroptilon collessi Mat. ; 1053, P. miersii Westw.
F : face ; zones membraneuses en pointillé.
A. 1.8. Clypéus
McAlpine (1981) met en doute l’existence
chez les Mycetophiloidea d’une division du cly¬
péus en antéclypéus et postclypéus, telle qu’elle a
été illustrée par Crampton (1942) chez le Myce-
tophilidae Boletina. Je ne partage pas cette
opinion ; en effet, il existe bien chez Boletina une
pièce apicale impaire, dorsale aux labelles, qui ne
peut être que le labre. Dans ces conditions, les
deux lobes ciliés et saillants qui surmontent le
labre représentent soit un postclypéus et un
antéclypéus comme le pense Crampton, soit un
clypéus unique auquel s’ajoute un lobe facial
médian, comme l’a sans doute interprété McAl¬
pine. Les tendances évolutives mentionnées plus
haut au sujet de la face des Keroplatidae me font
sans hésitation préférer la première interpréta¬
tion 55.
Une toute autre question est de savoir si
l’antéclypéus et le postclypéus de Crampton sont
bien homologues de ceux des Insectes inférieurs.
Chez la plupart des Orthorrhaphes, le clypéus est
formé d’une plaque unique, et je pense plus
vraisemblable que sa séparation en deux sclérites
soit secondaire. Cette hypothèse semble corro¬
borée par le fait que chez les Keroplatidae
examinés, on rencontre des clypéus uniques (le
cas le plus fréquent), puis indistinctement divisés
transversalement (p. ex. chez Cerotelion, fig. 438,
ou Hikanoptilon, fig. 1051), et enfin complète¬
ment séparés en deux sclérites ( Xenokeroplatus ,
fig. 977). Deux états intermédiaires peuvent se
rencontrer dans le même genre à'Orfeliini, Plana-
55. Hutson, Ackland & Kidd (1980) ont eux aussi commis une erreur en figurant le labre de Mycomya
(Mycetophilidae) comme un sclérite apiculé, alors que ce sclérite est constitué en réalité du clypéus et d’un labre dont seul
dépasse l’apex.
Source : MNHN, Paris
394
LOÏC MATILE
rivora, où la séparation se fait dorsalement ou
ventralement (fig. 1054-1055).
Il existe chez les Mycetophiloidea une très
nette tendance à l’allongement du clypéus, qui
peut ainsi participer à la formation d’une trompe
allongée dans plusieurs genres. Cette tendance
évolutive se manifeste notamment chez les Myce-
tophilidae Gnoristinae et chez les Lygistorrhi-
nidae, mais elle est apparue aussi chez les
Keroplatidae (c/. ante, p. 375, et aussi Matile,
1976a, 1978a), où elle semble particulière aux
Orfeliini du genre Neoantlemon (Matile, 1981c).
Elle ne se manifeste pas dans les groupes étudiés
ici. Nous considérerons l’état plésiomorphe du
clypéus comme un sclérite simple, cilié, peu
encastré dans la face, et tiendrons pour apomor-
phies sa division plus ou moins prononcée dans
le sens de la largeur et sa dénudation (de même
que sa remontée vers le haut de la tête aux
dépens de la face).
A. 1.9. Antennes
Les antennes des Diptères comprennent nor¬
malement trois parties, le scape, le pédicelle et un
flagelle pluriarticulé. Selon Hennig (1973), le
nombre primitif de flagellomères est de 14 chez
les Nématocères, de huit chez les Brachycères les
moins évolués, de trois chez les Asilomorpha et
de quatre chez les Muscomorpha. Dans tout
l’ordre des Diptères, les antennes subissent de
très nombreuses variations qui s’écartent de ce
plan de base. La grande majorité des Mycetophi-
loidea conserve cependant le nombre habituel de
2+14 articles des Nématocères.
A. 1.9.1. Scape.
Le scape est généralement court chez les
Diptères, bien qu’il puisse s’allonger chez cer¬
tains Brachycères. Il ne gagne jamais en lon¬
gueur chez les Mycetophiloidea, où il conserve le
plus souvent son état primitif, celui d’un anneau
à peu près de la taille du pédicelle. Chez les
Keroplatidae, il peut cependant s’épaissir et
devenir plus ou moins globuleux ; c’est le cas
dans la plupart des genres de Macrocerinae, et
tout particulièrement dans le genre Macrocera
(fig. 6-9). Chez les Keroplatinae Keroplatini, il
peut devenir discoïde et acquérir un bec ventral,
comme chez Keroplatus (fig. 14-15), Ctenoceri-
dion s. str. (fig. 491-492), etc. Ces états de
caractère seront bien entendus considérés comme
apomorphes.
A. 1.9. 2. Pédicelle.
Souvent globuleux chez les Nématocères (Culi-
cimorpha p. ex.), le pédicelle des Keroplatidae
peut lui aussi s’aplatir et acquérir un bec ven¬
tral, comme le scape. Ce phénomène se produit
chez de nombreux Keroplatini comme Duretina
(fig. 512), Neoceroplatus (fig. 754), Placoceratias
(fig. 816), etc. Cette tendance évolutive n’est pas
forcément liée au développement d’un bec sca-
pal, et se rencontre aussi chez quelques Orfeliini
(p. ex. Tamborinea, cf Matile, 1981c).
A. 1.9.3. Flagelle.
Le flagelle antennaire des Keroplatidae subit
de nombreuses variations dans le nombre des
articles qui le composent, dans leur forme, leur
ciliation et leur couleur.
Nombre. — La très grande majorité des Ke¬
roplatidae est conforme sur ce plan aux autres
Mycetophiloidea. Les Arachnocampinae, les Ma¬
crocerinae et la plupart des Keroplatinae possè¬
dent en effet 14 flagellomères. Cependant, chez
les Macrocerinae, Micrepimera a perdu son
dernier flagellomère, tandis que les articles termi¬
naux forment un angle avec le reste du flagelle
(fig. 414) ; ce dernier état de caractère est unique
chez les Mycetophiloidea. Chez les Keroplatini,
Duretina n’a plus que 10 flagellomères (fig. 513),
tandis que chez Platyroptilon ce nombre varie de
14 à 10 selon les espèces (cf. p. 314 et fig. 885-
896). De rares Orfeliini ont perdu un flagello¬
mère (Pseudoplatyura, une espèce de Monocen-
trota) ou deux (Antriadophilà). Les mâles du
genre néo-calédonien Dimorphelia ont le nombre
normal de 14 flagellomères, tandis que les fe¬
melles n’en ont que 12; il existe dans cette
même île un genre inédit, connu seulement par
des femelles à 10 flagellomères (cf. Matile,
1988c)56. Le flagelle des Mycetophilidae Exe-
56. On notera qu'assez curieusement ces genres d 'Orfeliini à flagelle réduit sont presque tous australasiens.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
395
chiini du genre Cordyla peut aussi varier, selon
les espèces, entre 9 et 13 flagellomères.
Forme. — Si l’on suit Hennig, le plan de base
des flagellomères est celui que l’on rencontre par
exemple chez Anisopus (Anisopodidae), où ils
sont cylindriques et un peu plus longs que
larges ; c’est l’état le plus courant chez les
Nématocères, et les Mycetophiloidea en particu¬
lier. Il existe cependant chez ces derniers de
nombreuses déviations, et donc autant d’apomor-
phies :
* allongement ;
* raccourcissement ;
* épaississement ;
* aplatissement ;
* prolongation ventrale ;
* pectination ;
* apiculation du dernier flagellomère.
L’allongement des flagellomères se produit
chez quelques Macrocerinae, et en particulier
chez Macrocera ( cf p. 164, et aussi fig. 339-
346), où le flagelle atteint parfois quatre à
cinq fois la longueur du corps chez le mâle. Dans
ce genre, cet allongement peut aussi affecter
principalement les trois premiers flagellomères,
qui constituent alors à eux seuls près des trois
quarts de la longueur totale du flagelle. En règle
générale, les antennes des femelles sont plus
courtes. L’allongement des antennes paraît être
une tendance évolutive particulière aux Macro¬
cerinae, mais il affecte cependant le dernier
flagellomère de certains Platyroptilon (cf. fig. 885-
896).
Le raccourcissement des flagellomères est rare
chez les Keroplatidae, mais il existe chez Para-
macrocera, où le premier flagellomère est encore
plus long que large, mais où les suivants sont
monoliformes (fig. 372). Quelques Keroplatinae
de la tribu des Orfeliini montrent également cette
tendance, par exemple Monocentrota, Pyratula,
qui existe aussi chez les Mycetophilidae Exechiini
comme Brevicornu et surtout Cordyla.
L’épaississement affecte la base du flagelle de
certains Macrocera et se présente aussi chez des
Orfeliini et des Mycetophilidae Exechiini.
L’aplatissement des flagellomères, qui de¬
viennent des sortes de lames quadrangulaires,
existe chez de rares Orfeliini (Taulyrpa, certains
Orfelià). Chez les Keroplatini, cet aplatissement
s’accompagne obligatoirement d’une croissance
vers le bas de la partie ventrale de chaque
flagellomère, sauf chez Xenokeroplatus, où les
deux derniers flagellomères demeurent seulement
aplatis (fig. 979). Tous les autres Keroplatini
montrent ce prolongement ventral, généralement
accompagné d’une expansion dorsale moins pro¬
noncée (cf. fig. 16c), si caractéristique et déjà
remarquée par Réaumur et Bosc.
Le morphocline article aplati — article élargi
vers le bas se poursuit par la pectination
du flagellomère. Ce caractère spectaculaire est
apparu à plusieurs reprises chez les Mycetophi¬
loidea : Ditomyiidae, Keroplatidae, Mycetophi¬
lidae Gnoristinae (cf. Matile, 1981c). Chez les
Keroplatidae, il existe des antennes pectinées
dans cinq genres de Keroplatini : Platyroptilon,
Ctenoceridion, Tolletia, Duretina et Hikanoptilon,
ainsi que chez deux genres à' Orfeliini : Platyceri-
dion et Tamborinea. Il s’agit donc d’une tendance
évolutive particulière aux Keroplatinae. Les pec-
tinations de Ctenoceridion sont nettement moins
prononcées chez la femelle que chez le mâle
(fig. 493-494).
L’apiculation du dernier flagellomère anten-
naire est un phénomène beaucoup plus courant
que la pectination du flagelle. Comme le nombre
primitif de 14 flagellomères est respecté, l’apicule
ne peut s’interpréter que comme le résultat d’un
étranglement secondaire, et non d’une fusion
partielle de deux flagellomères. Chez les Macro¬
cerinae, il n’existe (peu prononcé) que chez le
fossile tertiaire Kelneria. Par contre, il est cou¬
rant chez les Keroplatini, où le fait que le
flagellomère apical soit élargi le rend plus évi¬
dent. L’apicule terminal peut être petit (p. ex.
Keroplatus, fig. 16b), ou représenter un appen¬
dice presque aussi long que le flagellomère (Neo-
ceroplatus, fig. 756) ; dans ce dernier cas, l’api-
cule peut aussi trancher sur le reste de l’antenne
par sa couleur jaune ou blanche. L’apicule peut
aussi porter des soies sensorielles modifiées : c’est
le cas chez Heteropterna (fig. 544).
Ciliation. — D’après Lameere (1936), les
flagellomères des Diptères portent à l’origine
deux jeux de soies : microchètes et macrochètes.
En ce qui concerne les Mycetophiloidea, Thomp¬
son (1975) a donc souligné que la présence de
macrochètes antennaires était une plésiomorphie
(voir p. 375, au sujet des Lygistorrhinidae). Ces
macrochètes ont d’ailleurs une fréquence et une
répartition très irrégulière dans le groupe. Le
plan de base de l’antenne est donc un jeu de
macrochètes dorsaux et un jeu de ventraux.
Source : MNHN, Paris
396
LOÏC M ATI LE
auxquels s’ajoutent éventuellement des internes
et des externes. La disparition des macrochètes
dorsaux seuls n’est pas connue chez les Myceto-
philoidea, tandis que les ventraux ont disparu à
de nombreuses reprises ; comme on l’a déjà noté
dans les généralités p. 24, cependant, les Orfe-
liini des genres Platyura, Proapemon et Nicholso-
nomyia, ainsi qu’un genre néotropical inédit, ont
perdu les deux jeux. Par contre, certains macro¬
chètes, en particulier apicaux, peuvent s’allonger
considérablement. C’est le cas des macrochètes
situés à l’extrémité des pectinations antennaires
de Duretina, Hikanoptilon et Platyroptilon (fig. 513,
632, 835). Ajoutons que les microchètes eux-
mêmes peuvent s’allonger démesurément chez
certains Platyroptilon (cf. p. 315), chez deux
genres à'Orfeliini à antennes pectinées, Platyceri-
dion et Tamborinea et chez le Mycetophilidae
Metanepsiinae Metanepsia (M. pectinissima seu¬
lement). Au contraire, ces macrochètes peuvent
se raccourcir et s’épaissir pour devenir spini-
formes ; c’est le cas chez les Ctenoceridion du
sous-genre nominatif (fig. 495) et chez Tolletia
(fig. 969). Ces deux derniers états, allongement et
épaississement, sont bien entendu apomorphes.
Couleur. — Les antennes des Keroplatidae
sont très généralement de couleur uniforme. J’ai
déjà dit que l’apicule terminal pouvait trancher
sur le reste du flagelle par sa couleur claire : ce
peut être aussi le cas du ou des derniers flagel-
lomères tout entiers, comme chez Ctenoceri¬
dion (fig. 493-494). Chez Heteropterna, certaines
espèces portent un ou plusieurs flagellomères
terminaux jaunes ou blancs, mais aussi un ou
plusieurs flagellomères médians ; c’est aussi le
cas de certains Cerotelion australasiens. Le fla¬
gelle bicolore sera donc tenu comme apomorphe,
l’état étant d’autant plus évolué qu’il intéressera
davantage d’articles.
A. 1.10. Palpes
L’accord est général pour penser que cinq
articles pendants constituent l’état primitif des
palpes maxillaires des Diptères, comme chez les
Mécoptères (voir p. ex. Lameere, 1936 ; Cramp-
ton, 1942; Hennig, 1973, etc.). Par ailleurs, la
présence sur le troisième article de ces palpes
d’une fosse ou crypte sensorielle fait partie du
plan de base des Antliophora (Hennig, 1973).
Il existe cependant un désaccord sur le nombre
de ces articles qui appartiennent morphologique¬
ment aux palpes, le premier ayant souvent été
appelé palpifère, et donc considéré comme rele¬
vant du territoire stipital (Snodgrass, 1935).
Pour Crampton, seuls les Culicidae et les Tany-
deridae possèdent un vrai palpifère (en plus d’un
palpe de cinq articles). Il est en effet évident que
lorsque six articles sont présents à l’emplacement
des palpes, le premier ne peut être qu’un vrai
palpifère. Il n’en va pas de même lorsque les
articles sont réduits à cinq ou moins. Comme le
fait remarquer De Souza Amorim (1982a), il est
alors impossible de dire s’il y a eu perte ou
fusion, et quels articles sont en cause. J’ai déjà
mentionné (p. 32) que je conservais le terme de
palpifère pour le premier « article » des palpes.
C’est ce que fait Séguy (1951) pour les Diptères
en général ou, en ce qui concerne les Mycetophi-
loidea. Edwards (1925), Séguy (1940) et Stef-
fan (1966, au sujet des Sciaridae seulement). La
nomenclature que j’ai adoptée ici tient plutôt à la
position de ce segment qu’à sa nature, mais
cependant le cas des Orfeliini du genre Planari-
vora permet peut-être de nous éclairer sur ce
problème d’homologie.
L’espèce-type de Planarivora (P. insignis Hick-
man) porte des palpes formés d’un « palpifère »,
d’un palpomère 1 entièrement membraneux et
d’un palpomère 2 quelque peu élargi, portant le
sensorium. J’ai montré (Matile, 1981b) que les
espèces néotropicales du genre ont encore un
palpomère 1 sclérifié, et un petit palpomère 3
(comparer fig. 1054 et 1055). Planarivora nous
indique ici que chez les Mycetophiloidea, la
tendance évolutive serait plutôt à la disparition
des palpomères par membranisation (dont nous
Fig. 1054-1055. — Vue frontale de la tête chez Planarivora :
1054, P. insignis Hickm. ; 1055, P. enderleini (Lane).
Cl : clypéus; P : palpes.
D’après Matile, 1981b, mod.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
397
sommes témoins) qu’à la fusion de deux palpo-
mères. L’état des palpes dans ce genre me semble
plus en faveur de la persistance du palpifère vrai
que de sa disparition.
Le plan de base des « palpes » des Némato-
cères est donc un palpifère plus cinq palpomères
(état le plus plésiomorphe, des Mécoptères,
Culicidae et Tanyderidae). Lorsque ne subsistent
que cinq articles (cas le plus fréquent), ceux-ci
représenteraient probablement le palpifère et
quatre palpomères, si mon interprétation de
Planarivora est exacte ; la majorité des Dipté-
ristes, cependant, considèrent que le palpifère a
disparu et numérotent les palpomères de un à
cinq. La solution du problème passe par une
étude de cet appendice chez de nombreux Néma-
tocères, ce que je n’ai pu entreprendre. À ce plan
de base s’ajoute la présence d’une aire sensorielle
sur le deuxième palpomère (ou le troisième,
selon l’interprétation choisie). D’après De Souza
Amorim (1982a), l’état primitif de ce sensorium
est une fosse, alors que son remplacement par
une aire non invaginée ou un sillon refermé sont
des apomorphies. Ce sont bien en tout cas des
fosses que portent les palpes des Mécoptères.
Je n’ai pas trouvé d’autres hypothèses sur le
plan de base des palpomères des Nématocères,
sauf une incidente de De Souza Amorim, qui
estime que les palpomères devaient être à l’ori¬
gine « plus ou moins courts ». Je considère ici
que l’état plésiomorphe des palpomères des
Diptères est représenté par des articles un peu
plus longs que larges, dont le dernier n’est pas
plus long que le précédent, tels qu’ils se présen¬
tent chez les Mécoptères (c/. p. ex. Grasse,
1951). Cet état de caractère existe chez quelques
Macrocerinae comme par exemple les Chiasmo-
neura du sous-genre Prochiasmoneura (fig. 281-
282), ou les Paramacrocera (fig. 370, 381, 383).
Seront donc considérés comme états apomorphes
à la fois l’allongement et le raccourcissement de
l’un ou l’autre des palpomères. Le cas le plus
répandu chez les Keroplatidae est l’allongement
modéré du dernier palpomère. Chez les Orfeliini
tels que les Antlemon du sous-genre Antlemonop-
sis, l’allongement des palpes est remarquable et
intéresse exclusivement le premier ou le troisième
palpomère selon les espèces (Matile, 1978a ;
voir aussi fig. 1014). L’allongement du dernier
palpomère atteint des proportions remarquables
chez certains Mycetophilidae Leiinae, et en parti¬
culier chez Manota, où les palpes peuvent ainsi
dépasser la longueur de la première paire de
hanches.
Le raccourcissement est plus rare ; il se produit
chez les Macrocerinae Angazidzia (fig. 257) Rob-
sonomyia (fig. 420) et Srilankana (fig. 427).
L’épaississement est également un écart du plan
de base et intéresse le plus souvent le deuxième
palpomère (cf Antlemonopsis , in Matile, 1978a,
ou Tamborinea in Matile, 1981c, tous deux
appartenant aux Orfeliini, ainsi que Cordyla chez
les Mycetophilidae).
En ce qui concerne le nombre de palpomères,
Vockeroth (1981), se basant sur l’étude de
45 genres appartenant à toutes les familles de
Mycetophiloidea sauf les Sciaridae, fournit les
données suivantes (rectifiées selon mon inter¬
prétation du premier article) : l’état le plus
répandu est de quatre palpomères. Il en existe
trois seulement chez beaucoup de Mycetophi¬
lidae, deux chez Keroplatus, de un à trois chez
certains Dziedzickia (Mycetophilidae Gnoristi-
nae), un seul, très court, chez Metanepsia (Myce¬
tophilidae Metanepsiinae), et un seul, très long,
chez les Lygistorrhinidae. Steffan (1966) donne
comme plan de base des Sciaridae un palpifère
plus trois palpomères, le sensorium se trouvant
sur le premier palpomère apparent (indice s’ajou¬
tant à celui de Planarivora en faveur de la
disparition du premier palpomère).
Toute disparition sera donc considérée ici
comme une apomorphie. Arachnocampinae et
Macrocerinae possèdent tous le nombre primitif
de palpomères, tandis que tous les Keroplatini
n’en ont plus que deux au plus, dont le dernier
porte le sensorium ( Cerotelion , Keroplatus, Mal-
lochinus Neoceroplatus, Paracerotelion, Placoce-
ratias et Rocetelion), tous les autres genres n’en
ayant plus qu’un. Il s’agit sans doute ici de la
perte des deux palpomères apicaux. Le dernier
palpomère des Keroplatini est en outre épaissi et
dressé vers l’avant (voir p. ex. fig. 15). Le nombre
des palpomères peut exceptionnellement dimi¬
nuer chez les Orfeliini, mais dans ce cas le dernier
n’est pas épaissi mais monoliforme ( Planarivora ,
déjà mentionné, Chetoneura, Asynaphleba). Dans
ces conditions, l’état des Keroplatini, avec leur
palpomère 1 de taille réduite (voire en partie ou
entièrement membraneux) et le deuxième épaissi
et dressé, semble fortement apomorphe. Sous sa
forme la plus répandue, cet appendice se présente
comme chez certains Keroplatus (fig. 12, 13,
15), avec un palpomère terminal épais, mais
Source : MNHN, Paris
398
LOÏC MATILE
court. Le fort allongement de celui-ci, comme
chez d’autres Keroplatus et chez Neoceroplatus
(fig. 753-754) et son fort raccourcissement (Pla-
tyroptilon, fig. 843) seront l’un et l’autre tenus
comme des écarts du plan de base des Keropla-
tini.
J’ai signalé (Matile, 1974a) chez les Keropla-
tidae un cas de dimorphisme sexuel concernant
les palpes, en l’occurrence celui de Tergostylus,
où les palpes femelles sont démesurément épais¬
sis, alors que ceux des mâles sont normaux (cf
fig. 943). Cette tendance évolutive se manifeste
également, mais moins prononcée, chez Eucero-
platus et Heteropterna. Mentionnons en pas¬
sant que le phénomène adaptatif le plus extraor¬
dinaire ayant affecté les palpes des Mycetophi-
loidea est assurément leur transformation en
organes préhensiles dans le genre australien
Paramorganiella Tonnoir (Mycetophilidae).
A. 1.11. Pièces buccales
Il a déjà été signalé (p. 37) que tous les
Macrocerinae avaient les labelles bisegmentées,
ce qui en est l’état plésiomorphe, puisque c’est
celui des Mécoptères et de la plupart des Néma-
tocères. J’ai fait remarquer que des labelles
bisegmentées existaient aussi chez les Orfeliini ;
c’est le cas du genre-type, Orfelia, et de tous les
genres de cette tribu jusqu’ici examinés sur ce
plan. Les labelles unisegmentées représentent
donc un état apomorphe partagé par les Arach-
nocampinae et les Keroplatinae Keroplatini.
Le labium est susceptible de s’allonger dans des
proportions considérables chez les Orfeliini (voir
p. 376 et fig. 1013, ainsi que Matile 1976a) ; ce
phénomène ne se produit pas chez les taxa
étudiés ici ; il est donc inutile d’en envisager les
modalités.
L’ensemble des pièces buccales peut se réduire
considérablement chez quelques Macrocerinae
comme les Chiasmoneura du sous-genre Pro-
chiasmoneura et chez certains Keroplatini, où la
trompe finit par ne pas dépasser le bord ventral
des yeux. C’est le cas par exemple de Ctenoceri-
dion (fig. 491, 504) ou d ' Hikanoptilon (fig. 638) ;
ce fait sera bien entendu compris comme apo¬
morphe. Il en va de même pour l’élargissement
en lobe volumineux du labre de Nauarchia
(fig. 745).
Dans la présente étude, les pièces buccales ne
m'ont fourni qu’un seul autre caractère dont j’ai
pu préciser la signification phylogénétique, celui
de la présence ou de l’absence du postmentum.
Celui-ci (mentum de Peterson, 1916, Crampton,
1942 ; submentum de Gouin, 1950) est souvent
fortement réduit ou absent chez les Diptères en
raison du grand développement de l’hypostome
(Hennig, 1973). D’après McAlpine (1981), il
existe sous forme de plaque distincte chez les
Anisopodidae du genre Sylvicola, et il est même
très long chez les Tanyderidae chiliens du genre
Tanyderus ; il s’agit là de Bibionomorpha plus
primitifs que les Mycetophiloidea, et sa présence
peut donc être tenue pour plésiomorphe. C’est
comme un reste de postmentum qu’a été inter¬
prété le petit sclérite situé immédiatement en
arrière du prémentum chez Macrocera (fig. 7,
pom) et l’espace quadrangulaire légèrement sclé-
rifié situé au même emplacement chez Keropla¬
tus, cette pièce ayant disparu chez Arachno-
campa. Chez certains Orfeliini tels qu ' Asindulum,
le postmentum est bien plus fortement développé
que chez Macrocera et Keroplatus, mais il s’agit
certainement là d’un allongement secondaire lié à
celui de l’ensemble de la trompe. L’absence de
postmentum chez Arachnocampa ne peut être
interprétée que comme une disparition.
Source : MNHN , Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
399
A.2. Thorax
A.2.1. Prothorax
A.2.1.1. Postpronotum.
L’évolution de ce sclérite a été peu étudiée
chez les Diptères. Celle du pronotum en général
a été résumée par Matsuda (1970). Cet auteur
fait remarquer que chez la plupart des Némato-
cères, le pronotum est repoussé vers le bas par
l’expansion de la partie antérieure du mésono-
tum ; ceci est particulièrement bien visible chez
les Mycetophiloidea. L’étude du thorax antérieur
de quelques Nématocères me permet de penser
que la position primitive est celle illustrée par
exemple chez Limnophila (Limoniidae, Tipuloi-
dea) par Crampton (1925) ; c’est celle que j’ai
schématisée dans la reconstitution du plan de
base du thorax des Diptères (fig. 1 8). Dans cette
position, le pronotum est séparé par la suture
transnotale en un antépronotum et un postpro¬
notum, tous deux situés en avant du mésoscutum
(fig. 1056). L’avancée de celui-ci, particulière¬
ment prononcée chez les Mycetophiloidea, a
provoqué la disparition de la partie médiane du
postpronotum (et souvent aussi la réduction de
cette même partie sur l’antépronotum), et en a
repoussé les restes vers le bas, comme chez
Arachnocampa. Dans ce genre, ces restes latéraux
demeurent en contact avec le proépisterne, et le
postpronotum se conserve de chaque côté du
thorax (fig. 1057). Cet aspect du postpronotum
chez Arachnocampa reste proche de celui des
Tipulidae (Rees & Ferris, 1939; Crampton,
1925, 1942); il est donc plus primitif que celui
qu’il prend chez les autres Keroplatidae.
Au lieu d’être repoussé ventralement, le post¬
pronotum peut au contraire fusionner latérale¬
ment avec le préscutum pour former le «calus
huméral », comme c’est le cas par exemple pour
Tabanus (Bonhag, 1949 ; Matsuda, 1970). C’est
apparemment ce qui s’est produit chez Macro-
cera (fig. 1058), où ne persistent plus d’éléments
dorsaux du postpronotum, et où les éléments
latéraux ont perdu leur identité pour s’intégrer
au mésoscutum. Ceci nous est démontré par les
états intermédiaires de quelques Macrocerinae,
chez lesquels persiste un petit élément latéral.
comme chez Chiasmoneura s. str. (fig. 267), ou
encore où la fusion avec le mésoscutum est
incomplète : Chiasmoneura du sous-genre Syne-
sostyla (fig. 308), Paramacrocera du sous-genre
Freemaniola (fig. 384) et Vockerothia (fig. 393).
Le morphocline va ici d’ Arachnocampa à Chias-
1058 1059
Fig. 1056-1059. — Partie antérieure du thorax, vue laté¬
rale : 1056, Limnophila (Limoniidae) ; 1057, Arachnocampa
(Keroplatidae) ; 1058, Macrocera (d°) ; 1059, Keroplalus
(d°).
apr : antépronotum ; ppr : postpronotum.
Fig. 1056 d’après Crampton (1925), mod.
Source : MNHN, Paris
400
LOÏC MATILE
moneura s. str., puis aux autres Macrocerinae
mentionnés ci-dessus, enfin à Macrocera et aux
genres restants. Angazidzia (fig. 258) représente
apparemment une variante particulière où la
fusion se serait produite par l’avant, avec pour
résultat un calus huméral saillant vers la tête. Ce
cas, unique, sera considéré comme une apomor-
phie de ce genre.
Enfin Keroplatus (fig. 27, 1059) présente en¬
core un petit bourrelet postpronotal coincé entre
l’antépronotum et le calus huméral, qui doit
probablement incorporer aussi des éléments post-
pronotaux. Cependant, les Keroplatini montrent
tous les intermédiaires en ce qui concerne le
développement des parties latérales et dorsales
du postpronotum, et il est certain qu’il y a eu là
de nombreuses évolutions parallèles, comme
c’est le cas chez Chiasmoneura et Paramacro-
cera, et aussi chez les Ditomyiidae, où le post¬
pronotum est de type tipulidien chez Ditomyia,
alors que celui de Symmerus est en partie
incorporé au mésothorax. On notera cependant
la forte réduction médiane du sclérite chez
Xenokeroplatus.
Ces morphoclines postpronotaux peuvent se
résumer ainsi :
— Éléments dorsaux 4- latéraux -» dispari¬
tion des éléments dorsaux et persistance des
latéraux.
— Éléments dorsaux + latéraux -*■ dispari¬
tion partielle ou totale des éléments latéraux et
persistance partielle des éléments dorsaux.
La nature clinale de ces modifications, le
parallélisme auquel elles sont fréquemment sou¬
mises, comme la difficulté d’interprétation de ces
fusions et disparitions, qui ne s’observent bien
que sur des exemplaires potassés, nous empêche¬
ront de faire un large usage de ce caractère.
Le postpronotum subit une autre modifica¬
tion, qui n’intéresse pas les taxa étudiés ici, mais
seulement les Orfeliini à trompe allongée, comme
Asindulum, Macrorrhyncha, Antlemon, Cloeopho-
romyia et Tamborinea : dans tous ces genres, et
quel que soit le type morphologique de la trompe
(allongement du clypéus, du labre, des labelles,
etc.), le postpronotum forme un gros bourrelet
antérieur, donnant comme un demi-collier en
arrière de la tête. En même temps, l’antéprono-
tum, lui même agrandi, bascule en avant et
forme angle droit avec le proépisterne (fig. 1060).
moni Mat.
D’après Matile (1981c), mod.
Ce phénomène est sans aucun doute fonctionnel,
probablement lié à la nécessité d’insertions mus¬
culaires puissantes destinées à soutenir la tête.
A.2.1.2. Proépimère.
Le problème de la position du proépimère par
rapport à la suture anapleurale, qui sépare
l’anépisterne mésothoracique du katépisterne, a
déjà été mentionné au sujet des relations phy¬
logénétiques éventuelles entre Lygistorrhinidae
et Keroplatidae. Tuomikoski (1966c) remarque
que chez les Lygistorrhinidae, le proépimère
rencontre le mésokatépisterne au niveau de la
suture anapleurale, ce qui est d’après lui inhabi¬
tuel. Cependant, selon les figures de Shaw &
Shaw (1951), ce phénomène se rencontre égale¬
ment chez les Mycetophilidae Mycomyinae, chez
les Sciophilinae des genres Phthinia et Eudicrana,
le Leiinae Procycloneura, les Mycetophilinae
Exechiini des genres Exechia, Allodia, Brachy-
peza et Cordyla, ainsi que chez tous les Myceto-
philini illustrés.
La partie systématique du présent travail
montre qu’une disposition analogue existe chez
les Macrocerinae Angazidzia (fig. 258), Chias-
moneurella (fig. 325), Paramacrocera s. str.
(fig. 373), Micrepimera (fig. 415), Robsonomyia
(fig. 422) et Srilankana (fig. 428). Il en va de
même chez les Keroplatini des genres Ctenoceri-
dion (fig. 496), Keroplatus (fig. 27), Neoceroplatus
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
401
(fig. 757) et Tergostylus (fig. 945). Chez Placoce-
ratias, l’épimère I est en rapport avec le mésané-
pisterne bien au-dessus de la suture anapleurale,
plutôt qu’avec le katépisterne (fig. 820). Chez les
Orfeliini, sur les quelques 40 genres examinés,
seul Laurypta a l’angle postéroventral du proépi-
mère situé au niveau de la suture anapleurale ;
chez tous les autres, il est en-dessous, comme par
exemple chez Tamborinea (fig. 1060), où il est
cependant particulièrement ventral ; c’est aussi le
cas des Arachnocampinae.
L’étude du thorax des Nématocères (cf. Cramp-
ton, 1925) montre que la position du proépimère
par rapport à la suture anapleurale est assez
variable, mais que son angle postéroventral se
situe le plus souvent au-dessous de la suture. Si
l’on tient compte du fait que c’est aussi le cas
chez les Mécoptères, on peut avancer qu’une
position au niveau de la suture, a fortiori au-
dessus, est en effet apomorphe comme le pensait
Tuomikoski. Cependant, la répartition de cette
apomorphie chez les Mycetophiloidea montre
qu’elle est apparue à de très nombreuses reprises,
tant chez les Keroplatidae que chez les Myceto-
philidae.
A.2.1.3. Présternite.
On a vu dans la Partie morphologique que la
partie ventrale du prothorax de Keroplatus et de
Macrocera s’opposait à celle d’ Arachnocampa
par la présence de restes du présternite, seul le
basisternite existant chez Arachnocampa. McAl-
pine (1981) se contente d’écrire à ce sujet que le
prosternum des Diptères « peut » se diviser en un
présternite, antérieur, et un basisternite, posté¬
rieur, et de renvoyer au travail de Speight
(1969). Celui-ci n’a étudié que les Acalyptères,
mais il a passé en revue les quelques données sur
ce sujet disponibles dans la littérature : Cramp-
ton (1942) signale un présternite vrai chez
Musca, mais doute de sa présence chez les
Diptères inférieurs ; chez Tabanus, il découvre un
présternite « apparent » que Bonhag (1949) con¬
sidère, lui, comme un présternite vrai.
Pour Speight, ce sclérite, quand il est présent
chez les Acalyptères, est presque toujours associé
à l’organe cervical et prend des formes variées.
L’auteur irlandais suppose qu’il pourrait donc
s’agir d’une structure secondaire qui aurait pu se
développer à plusieurs reprises en réponse aux
exigences de l’organe cervical. Ceci rendrait
compte de l’absence de présternite chez de
nombreux Diptères inférieurs, où l’organe cervi¬
cal n’est pas si hautement différencié que chez
les Acalyptères, ou même parfois absent. Cepen¬
dant, l’organe cervical a très peu été étudié
chez les Nématocères, où l’on ne connaît que
la structure de Sylvicola (Anisopodidae), dont
Fig. 1061-1062. — 1061, régions cervicale et prostemale de
Sylvicola fenestralis (Anisopodidae), vue frontale; 1062,
vue frontale du thorax de Bolitophila cinerea Meig.
(Bolitophilidae).
apr : antépronotum ; bast I : probasistemite ; em I :
proépimère ; es I : proépisteme ; fust I : profurcasternite ;
H I : hanche I ; prst 1.2 : pro- et mésopréstemites ; sell ;
sella ; sic cl : sclérite collaire ; sel clat : sclérite cervical
latéral ; sel cv : sclérite cervical ventral.
Source : MNHN, Paris
402
LOÏC M ATI LE
Speight dit qu’elle montre une sella et quelques
sensilles dispersées. Speight n’ayant pas illustré
cette disposition, je la figure chez Sylvicola
fenestralis (fig. 1061).
Ni Arachnocampa, ni Macrocera, ni Keropla-
tus ne montrent de sclérification entre les sclé-
rites cervicaux latéraux. On peut donc penser que
l’organe cervical est absent dans les trois groupes,
alors que le préstemite est absent dans les deux
derniers. Ceci va à l’encontre de l’hypothèse de
Speight, liant l’existence d’un présternite au
développement de l’organe cervical. Par ailleurs,
dans les trois genres, le mésosternum est nette¬
ment divisé en présternite et basisternite. Je suis
donc d’opinion que le présternite 1 est normale¬
ment présent dans le plan de base des Keropla-
tidae, et donc que son absence est une autapo-
morphie des Arachnocampinae. Un présternite
est d’ailleurs bien distinct chez les Ditomyiidae,
dont nous avons vu qu’ils étaient les plus
primitifs des Mycetophiloidea actuels. Dans cette
famille, le présternite est accompagné d’un tout
petit sclérite médian qui correspond sans doute à
une sella. Les Bolitophilidae (fig. 1062) et les
Mycetophilidae présentent le même aspect, ainsi
que les Diadocidiidae, mais ceux-ci n’ont pas de
sella.
A.2.1.4. Basisternite.
Ce sclérite peut être entièrement dénudé, entiè¬
rement ou partiellement couvert de microchètes,
ou encore muni de macrochètes. Il est nu chez
Arachnocampa et tous les Macrocerinae, ainsi
que chez la plupart des Keroplatinae Orfeliini
(font exception les Truplaya du sous-genre Tru-
playella et le genre Lutarpya). Il est cilié chez
tous les Keroplatini, sauf Nauarchia, Xenokero-
platus et Euceroplatus tel qu’il a été émendé dans
la Partie systématique, ainsi que chez Heterop-
terna ( Scrobicula ) et Ctenoceridion {Gymnoceri-
dion).
La plupart des Mycetophiloidea primitifs de la
famille des Ditomyiidae ont un basisternite cilié,
mais il est nu chez Ditomyia. Chez les Scatop-
soidea. De Souza Amorim (1982a) a mis en
évidence que les taxa les moins évolués possé¬
daient des soies ou une pubescence sternales,
et que la tendance générale du groupe allait
vers une réduction quasi totale de la ciliation.
C’est dans ce sens que j’interpréterai ce carac¬
tère chez les Keroplatidae, où la dénudation du
basisternite semble bien s’être réalisée à plu¬
sieurs reprises.
A. 2. 2. Mésothorax
A.2.2.1. Scutum.
Suture transverse. — La nature de cette suture,
plus correctement appelée suture transcutale, a
été discutée notamment par Hendel (1928),
Matsuda (1970) et McAlpine (1981). Tandis
qu’elle est complète chez les Tipuloidea et les
Ptychopteroidea, Nématocères primitifs, elle s’ef¬
face dans la plupart des autres familles de
Nématocères ; McAlpine souligne qu’elle est à
peine visible chez les Bibionomorpha. L’état
« suture transverse complète » est donc sans
ambiguïté le plus plésiomorphe. Chez les Kero¬
platidae, elle ne persiste à l’état distinct que
chez les Arachnocampinae (fig. 19-20 : st) ; les
autres sous-familles sont donc apomorphes sur
ce point.
Microchètes. — Je n’ai pas trouvé dans la
littérature générale d’hypothèse sur le plan de
base des microchètes scutaux des Diptères. Rap¬
pelons tout d’abord que ce que l’on appelle
scutum « dénudé » en systématique correspond à
un scutum ne portant que la micropilosité
commune à tous les sclérites, et que la «pubes¬
cence » est le résultat de microchètes serrés et
plus ou moins allongés. De Souza Amorim
(1982a) aborde le sujet de la pilosité chez les
Scatopsidae en affirmant que la résolution du
problème est délicate, tant le caractère est
variable dans le groupe. D’après son analyse,
cependant, la tendance évolutive de la famille va
vers la pilosité (mais dispersée). En effet, le
scutum est entièrement dénudé chez les Aspis-
tinae, sous-famille la plus primitive, partielle¬
ment pileux dans le groupe des Ectaetiinae, et
entièrement pileux chez les Scatopsinae, plus
évolués. De Souza Amorim accepte aussi la
possibilité d’une régression vers la dénudation
totale, puisqu’il interprète cet état de carac¬
tère comme une autapomorphie du genre Ako-
rhexosa.
Les Scatopsoidea représentant la superfamille
la plus primitive des Mycetophiliformia, je pose-
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
403
rai ici a priori que la dénudation fait partie du
plan de base de cette section, tandis que la
pilosité appartiendrait à celui des Scatopsinae,
des Mycetophiloidea et des Cecidomyioidea.
Comme les Mycetophiloidea les plus plésio-
morphes, Ditomyiidae et Diadocidiidae, pos¬
sèdent des microchètes peu développés et lar¬
gement espacés, comme chez les Scatopsinae, je
considérerai que la pubescence serrée, telle
qu’elle se présente chez les Keroplatini, est relati¬
vement apomorphe, tandis que celle, longue,
dressée et dorée, du scutum d ' Hesperodes ( Ma -
crocerini) est plus fortement apomorphe. La
présence de bandes scutales dénudées, contraire
au plan de base des Mycetophiloidea, sera
également tenue pour une apomorphie, encore
que celle-ci devrait être largement soumise au
parallélisme, comme le prouve l’existence d’es¬
pèces à bandes dénudées (bandes paracrosti-
cales), de taille variable, et d’espèces sans
bandes, dans le genre Ralytupa (Matile, 1975c).
Macrochètes. — L’acquisition de macrochètes
scutaux résulte de l’allongement des microchètes
dans certaines zones privilégiées. C’est une ten¬
dance évolutive des Diptères, ayant atteint son
apogée chez les Muscomorpha ; elle affecte no¬
tamment les régions dorsocentrales et acrosti-
cales. Il est logique d’assumer que plus les
macrochètes de ces régions sont longs et nom¬
breux, plus le scutum est apomorphe sur ce
point. En ce qui concerne les Mycetophiloidea,
on notera cependant que le genre fossile Kelneria
(Macrocerinae) possède de longues soies acrosti-
cales et dorsocentrales : le caractère est donc
apparu depuis longtemps chez les Keroplatidae.
Or tous les Keroplatinae (sauf quelques rares
genres dû Orfeliini, tels que Rypatula et Pyratula)
sont dépourvus de ces macrochètes ; je pense que
nous sommes ici en présence d’une régression, et
donc d’une apomorphie.
Forme. — Le scutum est très généralement
arqué chez les Mycetophiloidea (c/. Shaw,
1948b ; Shaw & Shaw, 1951), comme on peut le
voir par exemple figures 20 et 23. Cet état, le plus
répandu, est sans ambiguïté plésiomorphe ; il
existe une tendance à l’aplatissement du scu¬
tum chez les Keroplatini, comme le montre la
figure 27 ( Keroplatus ). Cette tendance est sur¬
tout prononcée, outre Keroplatus, chez Duretina
(fig. 514), Hikanoptilon (fig. 641), Nauarchia
(fig. 748) et Neoceroplatus (fig. 757). Cet aplatis¬
sement se produit de façon clinale dans cette
tribu, et il existe tous les intermédiaires entre le
scutum de Cerotelion (fig. 439), aussi arqué que
celui des Macrocerinae, et celui de Duretina et
autres. Il en va de même chez les Orfeliini, où la
tendance se manifeste toutefois beaucoup plus
fortement chez le couple formé par les genres
Tamborinea et Nicholsonomyia, comme on peut
en juger par la figure 1060. Cet état est bien
entendu fortement apomorphe, comme je l’ai
déjà fait remarquer (Matile, 1981c).
Couleur. — Le scutum est le plus souvent
unicolore chez les Mycetophiloidea. Cependant,
il est assez fréquent qu’il porte trois bandes
longitudinales discales d’une couleur différant de
celle du fond, plus rarement une seule, sagittale
(la présence de deux bandes sagittales provient
certainement d’un effacement secondaire de la
bande médiane). À ma connaissance, il n’y a
jamais de bandes de ce type chez les Scatopsidae,
ni chez les Bibionidae. Je tiendrai donc l’état
« scutum unicolore » comme faisant partie du
plan de base, bien que de toute évidence des
bandes scutales soient apparues à de très nom¬
breuses reprises chez les Diptères.
La couleur d’ensemble des Mycetophiloidea
est généralement jaune ou brune, ou un mélange
des deux, mais le noir n’est pas rare. Cette
dernière couleur est plus fréquente chez les
Orfeliini que chez les autres Keroplatidae, c’est
aussi la coloration dominante des Bibionidae et
des Scatopsidae. Il me paraîtrait aventuré de
faire une hypothèse sur la couleur primitive du
scutum chez les Bibionomorpha : le jaune est
moins répandu, et pourrait donc être relative¬
ment apomorphe, d’autant que d’après De
Souza Amorim (1982a), la coloration jaune du
scutellum est le résultat d’une désclérotinisation
de celui-ci, mais rien ne me permet de choisir
entre le brun et le noir. Les couleurs plus rares
sont sans aucun doute apomorphes, l’orangé
étant relativement fréquent (p. ex. Ralytupa chez
les Orfeliini, bon nombre de Mycetophilidae).
J’ai sans doute été le premier à signaler le bleu
violacé sur les bandes scutales d’un Keroplatidae
Orfeliini, Taulyrpa coerulea, et chez les Myceto¬
philidae Mycomyinae Dinempheria cobaltiella et
giselae, ainsi que le jaune citron d’un autre
Orfeliini, Tamborinea commoni (pl. h.-t., fig. 3).
On considérera ici la présence de bandes
scutales colorées comme apomorphe par rapport
au scutum unicolore. Dans les groupes étudiés,
ces bandes sont jaunes, noires ou brunes, et
Source : MNHN, Paris
404
LOÏC MATILE
aucune hypothèse sur la signification des cou¬
leurs ne sera exprimée.
A.2.2.2. Scutellum.
De Souza Amorim (1982a) a retracé l’évolu¬
tion de la ciliation du scutellum chez les Scatop-
sidae. L’état le plus primitif est un scutellum
uniformément couvert de petites soies subégales,
puis apparaissent des soies plus longues, dispo¬
sées en rangée transversale à peu près régulière,
environ aux trois quarts de la longueur du
scutellum, tandis que les microchètes se restrei¬
gnent progressivement à l’emplacement de la
rangée de macrochètes. Ce morphocline est
parfaitement en accord avec celui observé chez
les Keroplatidae. L’état primitif est chez eux le
plus rare : Hikanoptilon, certaines espèces de
Keroplatus. Les autres genres se répartissent à
peu près également en genres à disque cilié et
genres à disque dénudé, mais l’extrême du
morphocline (qui ne se présente pas chez les
Scatopsidae) s’est réalisé chez deux Macrocerinae
dont le scutellum est entièrement dépourvu de
soies, même marginales : Angazidzia et Chiasmo-
neura s. str. Cet état est bien entendu fortement
apomorphe. Placoceratias représente un cas par¬
ticulier : il existe des microchètes au-dessus et au-
dessous de la rangée marginale de macrochètes.
Chez tous les autres Keroplatidae examinés, les
microchètes post-marginaux sont absents, et ii
semble donc bien qu’ils soient les premiers à
disparaître chez les Keroplatidae. Leur persis¬
tance serait donc fortement plésiomorphe chez
Placoceratias.
La répartition du caractère, comme le fait que
certains genres renferment des espèces à disque
dénudé et d’autres à disque cilié, indiquent qu’il
est fortement soumis au parallélisme ; il sera
donc utilisé avec prudence. En résumé, les
états de caractères du scutum seront considérés
comme de plus en plus apomorphes dans l’ordre
suivant :
* Disque partiellement cilié au-dessous des
soies marginales.
* Disque partiellement cilié en avant des soies
marginales.
* Disque nu.
* Rangée marginale longue et mélangée de
microchètes et de macrochètes.
* Rangée marginale composée seulement de
macrochètes.
* Rangée marginale réduite à une ou deux
paires de macrochètes.
* Scutellum entièrement nu.
A.2.2.3. Médiotergite.
Rappelons que ce sclérite représente la région
médiane du postnotum, les régions latérales
formant les latérotergites. Tous les Arachnocam-
pinae, les Macrocerinae et les Keroplatinae Kero-
platini ont le médiotergite dénudé, tandis qu’une
minorité d'Orfeliini possède des soies ou des cils
médiotergaux, de disposition variable (plages
latérales, pubescence dorsale, rangée transver¬
sale, groupe de fortes soies apicales). Ce carac¬
tère n’entre donc en jeu que pour cette seule
tribu, et ne sera par conséquent pas envisagé ici
(notons cependant qu’une espèce de Keroplatini,
Cerotelion johannserti, possède quelques micro¬
chètes médiotergaux). Deux types de caractères
de signification phylogénétique ont été relevés
sur le médiotergite des taxa étudiés ; ils portent
sur l’aire sous-scutellaire et la forme du médio¬
tergite lui-même.
Aire sous-scutellaire. — L’aire membraneuse
sous-scutellaire correspond à la suture entre le
vrai notum (« eunotum »), c’est-à-dire la plaque
portant les ailes, et le postnotum ; elle fait partie
du plan de base de tous les Insectes (Crampton,
1931, 1942). Elle est le plus souvent linéaire, ce
qui est son aspect primitif chez les Diptères, si
l’on en juge par des données comme celles de
Young (1921) et de Crampton (1925, 1931,
1942). Son élargissement ne peut être que secon¬
daire, donc apomorphe. Toutefois, l’examen des
figures de Young et de Crampton montre que
cet élargissement s'est réalisé à plusieurs reprises
chez les Nématocères : Blephariceridae, Hesperi-
nidae, Psychodidae, certains Bibionidae...
La zone membraneuse sous-scutellaire est liné¬
aire sur tous les Mycetophiloidea figurés par
Shaw (1948b) et Shaw & Shaw (1951), ainsi que
tous les genres que j’ai examiné. Seuls certains
Keroplatidae font exception : Macrocera (fig. 23,
asset), où l’élargissement demeure modéré, com¬
parable par exemple à celui du Bibionidae Plecia
figuré par Crampton, mais surtout chez Ctenoce-
ridion (fig. 497, 505) et Heteropterna s. str.
(fig. 546-547), les Heteropterna du sous-genre
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
405
Scrobicula (fig. 629) représentant un état inter¬
médiaire. On considérera donc que cet agrandis¬
sement de l’aire membraneuse sous-scutellaire
fait partie des tendances évolutives des Macroce-
rinae et des Keroplatinae, chez lesquels elle ne
s’est exprimée que rarement.
Forme. — Chez les Mycetophiloidea les plus
primitifs, Ditomyiidae et Diadocidiidae, le médio-
tergite se présente comme un sclérite quasi-verti¬
cal, grand, régulièrement et légèrement arrondi
de haut en bas. L’examen des figures de Shaw
(1948b) et de Shaw & Shaw (1951) montre à
l’évidence que la tendance évolutive du médioter-
gite, à partir de l’état plésiomorphe des Dito¬
myiidae et des Diadocidiidae, est une réduction
de la hauteur, l’extrême du morphocline se
rencontrant chez les Mycetophilidae Mycetophi-
linae, en particulier la tribu des Mycetophilini.
C’est le cas de Sceptonia, figuré par Shaw &
Shaw, et de genres encore plus évolués, Platy-
prosthiogyne et Aspidiona, chez lesquels le médio-
tergite n’est pas plus haut que le scutellum. Par
ailleurs, chez la plupart des Mycetophiloidea, le
médiotergite, régulièrement arrondi, ne dépasse
pas, ou très peu, le niveau de l’apex du scutel¬
lum. C’est notamment le cas des Ditomyiidae et
des Diadocidiidae. Tout en restant au niveau de
cet apex, il est cependant à la fois aplati et
anguleux chez les Mycetophilini mentionnés plus
haut.
Nous retiendrons donc comme plan de base du
médiotergite des Mycetophiloidea un sclérite de
type ditomyiidien, dont la principale tendance
évolutive va vers une diminution de la hauteur,
tendance souvent exprimée dans la superfamille.
Deux tendances plus rares se manifestent : l’ac¬
quisition d’un angle apical aigu et l’allongement
en arrière du scutellum, ces deux modifications
du plan de base n’étant pas nécessairement
corrélées.
Les Arachnocampinae et la plupart des Macro-
cerinae montrent l’état plésiomorphe. On note
toutefois dans cette dernière sous-famille une
nette prolongation vers l’arrière chez Robsono-
myia (fig. 422), où elle s’accompagne d’un angle
apical prononcé. Srilankana, à un faible degré
(fig. 428), et plus nettement Kelneria (fig. 397) et
Micrepimera (fig. 415), sont sur ce plan inter¬
médiaires entre Robsonomyia et Macrocera. On
observe aussi les deux états chez les Keroplatini,
l’état le plus apomorphe étant représenté chez
Durelina (fig. 514), Nauarchia (fig. 748), Para-
cerotelion (fig. 812), et surtout Xenokeroplatus
(fig. 980). Rocetelion (fig. 901) représente un état
intermédiaire. Le médiotergite varie aussi chez
les Orfeliini. Ainsi, il est anguleux et légèrement
prolongé en arrière chez Orfelia (fig. 1063) et
Truplaya (fig. 1064), fortement chez Ralytupa
(fig. 1065) et surtout le couple Nicholsonomyia -
Tamborinea (cf. fig. 1060).
1064, Truplaya calogastra (Speis.) ; 1065, Ralytupa gromieri (Mat.).
mtg : médiotergite.
Fig. 1064 d’après Matile (1978c), mod.
Source : MNHN, Paris
406
LOÏC MATILE
A. 2.2.4. Latérotergite.
Ce sclérite pair correspond, on l’a déjà dit, aux
parties latérales du postnotum. Chez les Myceto-
philiformia, il est toujours unique, non divisé en
un latérotergite dorsal (anatergite) et un latéro¬
tergite ventral (katatergite). Nous envisagerons
successivement sa forme et sa ciliation.
Forme. — Si l’on consulte les données de
Young (1921), Crampton (1925), Shaw (1948b)
et Shaw & Shaw (1951), il est évident que
l’allongement de ce sclérite, qui vient à occuper
une partie importante de la pleure postérieure,
est caractéristique du groupe. L’analyse de ces
mêmes données montre que l’état primitif du
latérotergite des Mycetophiloidea est un sclérite
étroit et vertical, tel qu’on peut le voir chez
Arachnocampa (fig. 1066), et à un moindre degré
chez Ditomyia (fig. 1068). L’extension en largeur
du latérotergite et son inclinaison par rapport à
la verticale forment un morphocline aisément
polarisable (fig. 1066-1072), qui s’est réalisé à
plusieurs reprises chez les Mycetophiloidea, la
condition la plus large et la plus oblique repré¬
sentant l’état le plus évolué. Chez Keroplatus,
l’extension du latérotergite est telle que la base
des balanciers est largement dissimulée par ces
sclérites (fig. 27). Chez les Mycetophilidae My-
cetophilini, ce morphocline est poussé chez cer¬
tains genres à une réduction secondaire de la
largeur, le latérotergite devenant de petite taille
et presque transverse (fig. 1072).
A cet égard, le latérotergite d’ Arachnocampa
Fig. 1066-1072. — Inclinaison du latérotergite par rapport à la hanche postérieure : 1066, Arachnocampa luminosa (Skuse)
(Keroplatidae) ; 1067, Bolitophila cinerea Meig. (Bolitophilidae) ; 1068, Ditomyia fasciata Meig. (Ditomyiidae) ; 1069,
Macrocera lutea Meig. (Keroplatidae) ; 1070, Orfelia fasciata (Meig.) (d°) ; 1071, Keroplatus tipuloides Bosc (d°) ; 1072,
Epicypta aterrima (Zett.) (Mycetophilidae).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
407
représente une forme particulièrement plésio-
morphe. La tendance à l’élargissement et à
l’oblicité s’est manifestée à de nombreuses re¬
prises chez les Keroplatidae, parfois à l’inté¬
rieur même d’un genre, comme le démontre
Chiasmoneura, où le sous-genre Prochiasmo-
neura (fig. 284) possède un latérotergite bien plus
large et oblique que dans les deux autres sous-
genres, Chiasmoneura s. str. (fig. 267) et Syneso-
styla (fig. 308). Bien entendu, ces états de
caractère sont non seulement soumis au paral¬
lélisme, mais encore de nature clinale : ils ne
seront donc utilisés qu’avec prudence.
Ciliation. — La ciliation du latérotergite est un
caractère très variable chez les Mycetophiloidea.
Munroe (1974) a émis l’hypothèse que la pré¬
sence de longues soies latérotergales chez certains
Ditomyiidae du genre Australosymmerus était
apomorphe par rapport à la dénudation, étant
donné que si c’était l’inverse, la perte des soies
aurait dû se produire à de très nombreuses
reprises dans le genre. Au contraire, Vâisànen
(1984), chez les Mycetophilidae Mycomyinae,
considère la dénudation du latérotergite comme
une synapomorphie entre Mycomya et Echino-
podium. L’argumentation de Munroe ne me
convainc pas, car l’étude du latérotergite des
Mycetophiloidea, et même des Bibionomorpha,
montre que quel que soit son état apomorphe,
cilié ou nu, la tendance évolutive a dû se réaliser
à de nombreuses reprises.
Je déciderai donc en faveur de l’hypothèse de
Vàisânen. En effet, scutum, scutellum, médioter-
gite et latérotergites appartiennent tous au terri¬
toire mésonotal, et il ne semble pas y avoir de
raison, a priori, de penser que l’évolution de la
ciliation du latérotergite se soit produite dans
une direction inverse de celle des autres sclérites
mésonotaux, qui va vers la dénudation. L’argu¬
ment demanderait à être testé par une étude
exhaustive au moins des Mycetophiliformia, dans
l’espoir de découvrir des états intermédiaires du
morphocline, et sous réserve de ne prendre en
compte le caractère de ciliation que sur des
groupes dont la monophylie est assurée par
d’autres caractères. En effet, beaucoup de cou¬
pures génériques ont été établies sur les états
« latérotergite cilié » et « latérotergite nu ».
À titre d’hypothèse provisoire, je considérerai
donc l’état dénudé du latérotergite comme une
apomorphie. Cet état est celui de tous les
Macrocerinae, et semble donc y représenter une
tendance évolutive réalisée depuis longtemps (au
moins l’Eocène supérieur). Tous les Arachno-
campinae possèdent des soies latérotergales, qui
s’ajoutent ainsi à la forme plésiomorphe du
sclérite. En ce qui concerne les Keroplatinae,
l’état le plus courant est l’absence de ciliation,
une minorité de genres, dans chaque tribu,
possédant des cils ou soies latérotergales : Hika-
noptilon, Keroplatus, Mallochinus, Neoceroplatus
et Placoceratias chez les Keroplatini, Lapyruta,
Lutarpya, Monocentrota, Neoditomyia, Procero-
platus, Rofeiia et un genre afrotropical inédit
chez les Orfeliini. La perte des soies latéroter¬
gales s’est donc effectuée au moins à deux
reprises dans cette sous-famille.
A. 2.2.5. Suture médiopleurale.
Chez les Insectes cette suture, encore appelée
mésopleurale, sépare le mésépimère du mésépi-
sterne. Chez les Diptères, où ce dernier est divisé
en katépisterne et anépisterne, elle se situe donc
entre ces deux pleurites en avant et le mésépi¬
mère en arrière (fig. 20, 23, 27 : smp ; voir aussi
fig. 18). Young (1921) et Crampton (1925, 1942)
ont montré que la suture médiopleurale était
pratiquement rectiligne chez les Mécoptères et
les Diptères primitifs (« Tipuloïdes »), et qu’elle
était fortement anguleuse chez les Diptères les
plus évolués (« Muscoïdes »). Que l’état « suture
médiopleurale rectiligne et verticale » soit haute¬
ment plésiomorphe chez les Diptères nous est en
effet indiqué par la mésopleure des Mécoptères,
comme on peut le voir par exemple chez Panorpa
commuais (fig. 1075). Cette idée a été adoptée
par Shaw (1948b) et Shaw & Shaw (1951)
dans leur étude des sclérites thoraciques des
Mycetophiloidea. Parmi ceux-ci, la plupart des
Ditomyiidae montrent une suture médiopleurale
verticale, quoique légèrement anguleuse ; les
Diadocidiidae ont une suture un peu oblique et à
peine encochée par la fosse médiopleurale, une
dépression située dans la suture au niveau de la
jonction anépisterne-katépisteme (suture ana-
pleurale). Tous les autres Mycetophiloidea ont
une suture oblique, mais elle l’est relativement
peu chez les Bolitophilidae et les plus plésio-
morphes des Mycetophilidae, ceux de la sous-
famille des Sciophilinae, tandis qu’au contraire
elle est fortement inclinée, et anguleuse, chez les
Source : MNHN, Paris
408
LOÏC MATILE
Sciaridae et beaucoup de Mycetophilidae Myce-
tophilinae. L’inclinaison et la courbure de la
suture médiopleurale ont donc dû se produire à
de nombreuses reprises dans la superfamille.
En ce qui concerne les Keroplatidae, la suture
n'est jamais aussi profondément modifiée que
chez les Sciaridae et les Mycetophilinae. Il s’agit
ici d'un caractère clinal, difficile à subdiviser en
étapes distinctes. On notera cependant que la
suture est proche de la verticle chez les Arachno-
campinae et les Macrocerinae de la tribu des
Robsonomyiini, mais même dans ce cas, il existe
toujours un décrochement distinct au niveau de
la fosse médiopleurale ; dans cette tribu, Srilan-
kana montre en outre un effacement ventral de la
suture (fig. 428) qui ne peut être qu’apomorphe.
Les Keroplatinae montrent une répartition variée
des états de caractères, dans l’une comme dans
l’autre des deux tribus qui les composent. Chez
les Keroplatini, seul Cerotelion montre un effa¬
cement prononcé de la suture, mais dorsal
(fig. 439) ; un effacement ponctuel se manifeste
aussi chez trois des quatre espèces de Rocetelion
(fig. 901). Chez certains Keroplatidae, comme
d’ailleurs chez la plupart des Ditomyiidae, la
suture médiopleurale ne sépare plus, ventrale-
ment, le mésépisteme du mésépimère, mais bien
du latérotergite. Cet état de caractère provient de
la disparition partielle du mésépimère, et sera
discuté quand nous étudierons ce pleurite.
A.2.2.6. Anépisterne.
Forme et fissuration. — L’anépisterne méso¬
thoracique est représenté par une simple plaque
chez les Mécoptères, où il est d’ailleurs incom¬
plètement séparé du katépisterne, comme on
peut le voir chez Chorista (fig. 1073), Bittacus
(fig. 1074) et Panorpa (fig. 1075). Chez les
Insectes de cet ordre, il peut être plus court que
le katépisterne, comme c’est le cas de Bittacus et
Panorpa, ou de taille équivalente {Chorista).
D’après Crampton (1925), Chorista fait partie
des Mécoptères les plus primitifs, et il y a donc
tout lieu de penser qu’à l’état plésiomorphe, ce
pleurite est sensiblement de même taille que le
katépisterne, dont il est incomplètement séparé.
L’une des tendances évolutives des Mécoptères
semble être la réduction de ce pleurite par
désclérification de la marge antérieure, qui se
confond alors avec la membrane péristigmatique.
Ceci peut se voir dans les trois genres déjà
mentionnés, ainsi que chez le Diptère Tanyde-
ridae Protoplasa, fortement plésiomorphe par
ailleurs, et également figuré par Crampton
(fig. 1076).
Chez les Diptères Nématocères, il semble que
deux phénomènes de membranisation puissent
réduire la largeur et la hauteur de l’anépi-
sterne, l’un à partir de la marge antérieure,
l’autre à partir de la marge dorsale. Ces deux
phénomènes s’observent très bien par exemple
sur le Sciaridae représenté figure 1020. La mem¬
branisation dorsale se traduit par l’apparition
d’une « fissure anépisternale » qui peut s’allonger
jusqu’à couper en deux l’anépisterne, qui se
divise ainsi en un anépisterne antérieur et
un anépisterne postérieur. C’est le cas chez
les Culicimorpha, les Blepharicerimorpha (cf.
Young, 1921 ; Crampton, 1925, 1942), les Axy-
myiidae (Wood, 1981a) et les Scatopsidae (De
Souza Amorim, 1982a). Dans le cas des Culi-
cidae, l’anépisteme postérieur n’est pas séparé du
katépisterne, et Crampton interprète ce fait
comme une régression de la suture. Au contraire,
Crampton a montré que chez les Diptères
supérieurs l’anépisterne mésothoracique envahis¬
sait les aires membraneuses qui lui sont dorsales
et antérieures, pour venir au contact du scutum
et du prothorax.
L’étude des variations du pleurite en question
chez les Diptères montre donc le sens dans lequel
doit être établie la polarité des morphoclines :
plus l’anépisteme est petit par rapport au katé-
pisteme, plus il est apomorphe, et plus la fissure
anépisternale est longue, plus elle est apomorphe.
L’anépisterne est d’ailleurs grand et pourvu
d’une fissure minuscule chez les Mycetophiloidea
les plus primitifs, les Ditomyiidae. La fissure
anépisternale est un peu plus longue chez les
Diadocidiidae. Elle est de longueur relativement
variable chez les Mycetophilidae, où elle peut
être aussi courte que chez les Diadocidiidae, ou
même absente, ce qui est le cas notamment de
beaucoup de Mycetophilinae. Dans ce dernier
cas, toutefois, l’anépisterne vient au contact du
scutum, et il s’agit d’un autre morphocline, celui
de la croissance dorsale, que l’on rencontre chez
des Diptères plus évolués. De Souza Amorim
note à ce propos que les Scatopsidae ne semblent
pas suivre la tendance générale des Nématocères,
puisque chez eux ce sont les sous-familles les plus
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
409
Fig. 1073-1079. — Vue latérale partielle du mésothorax et des hanches : 1073, Chorista (Mecoptera) ; 1074, Bittacus (d°) ;
1075, Panorpa (d°) ; 1076, Protoplasa (Diptera Tanyderidae) ; 1077, Arachnocampa (Keroplatidae); 1078, Macrocera
(d°) ; 1079, Keroplatus (d°),
em 2 : mésépimère ; es 2 : mésanépisterne ; H I, II, III : hanches I, II, III ; m 2 : méron 2.
Fig. 1073-1076 d’après Crampton (1925), simpl. et mod.
primitives qui possèdent une fissure anépister-
nale complète. Peut-être son absence chez les
Scatopsinae provient-elle d’un phénomène du
même type que celui des Mycetophilinae. La
fissure anépisternale est bien développée chez les
Sciaridae (cf. fig. 1020). Quant aux Lygistor-
rhinidae, ils peuvent avoir une fissure ou non, ce
dernier cas étant en particulier celui du genre
plésiomorphe Palaeognoriste, fossile oligocène et
actuel (cf. fig. 1016).
Shaw (1948b) a interprété la présence d’une
fissure anépisternale comme une plésiomorphie.
Ceci résulte d’une hypothèse de phylogénie des
familles de Mycetophiloidea que je considère
réfutée (voir p. 384), où les Sciaridae, les Boli-
tophilidae et les Keroplatidae sont tenus comme
les plus plésiomorphes de la superfamille, les
Ditomyiidae étant considérés comme plus apo-
morphes que les Keroplatidae. Shaw & Shaw
(1951) semblent être revenus implicitement sur la
nature plésiomorphe de cette fissure.
L’état de celle-ci est très variable au sein des
Keroplatidae ; elle peut être absente, courte ou
longue. Cependant, si elle est présente chez les
Arachnocampinae et tous les Keroplatinae exa¬
minés, elle est absente chez tous les Macroce-
Source : MNHN, Paris
410
LOÏC MATILE
rinae. Si l’interprétation émise ici est correcte, la
fissure anépisternale a donc dû apparaître à deux
reprises au moins chez les Keroplatidae. En tout
cas, la disparition de cette fissure s’est cer¬
tainement produite indépendamment à de nom¬
breuses reprises chez les Mycetophiloidea, et sa
signification phylogénétique est donc de por¬
tée limitée. Chez tous les Keroplatidae, l’anépi-
steme est nettement plus court que le katé-
pisterne, un seul genre, Robsonomyia, fai¬
sant exception. Dans son cas, l’anépisterne est
presque aussi long que le katépisterne, et cet état
coexiste avec une réduction des zones membra¬
neuses péristigmatiques (fig. 422) ; il est permis
de se demander s’il ne s’agit pas là d’une
croissance dorsale de type mycétophilidien, et
donc d’une apomorphie.
J’ai déjà discuté (p. 378) du raccourcissement
de l’anépisteme à propos des Lygistorrhinidae, et
énuméré les Mycetophilidae et les Keroplatidae
chez lesquels cette apomorphie était apparue. Je
rappellerai seulement ici qu’elle se présente chez
les Keroplatini des genres Keroplatus (fig. 27),
Hikanoptilon (fig. 641), Mallochinus (fig. 738) et
Paracerotelion (fig. 812).
Ciliation. — Ce caractère varie beaucoup chez
les Mycetophiloidea, comme d’ailleurs dans l’en¬
semble des Bibionomorpha. Ainsi, dans la sec¬
tion la plus primitive de ces derniers, celle des
Pachyneuriformia, l’anépisteme est cilié chez les
Axymyiidae (Wood, 1981a) et dénudé chez les
Pachyneuridae (Wood, 1981b). Chez les Sca-
topsoidea, les Canthyloscelidae, les Scatopsidae
Ectaetinae et les Psectrosciarinae du genre Psec-
trosciara, l’anépisteme est entièrement couvert
de soies (De Souza Amorim, 1982a). Comme ces
derniers taxa sont les plus primitifs des Scatop¬
sidae, De Souza Amorim est amené à penser
qu’il s’agit du plan de base du groupe. D’après
lui, dans les formes plus évoluées, les soies
disparaissent d’abord à la partie antéroventrale,
puis à la marge opposée. La présence de nom¬
breuses soies dans certains genres fortement
apomorphes serait le fait d’une apparition secon¬
daire, tandis que la perte de la ciliation se serait
produite « un nombre énorme de fois » au cours
de l’évolution des Scatopsini.
En ce qui concerne les Mycetophiloidea, leur
famille la plus primitive, celle des Ditomyiidae,
montre aussi une ciliation variable. Ainsi, l’ané¬
pisterne est nu chez Ditomyia et Rhipidita,
cilié chez Symmerus et Australosymmerus. Chez
ce dernier genre, il y a même apparition de soies
modifiées dans leur taille et leur couleur (Mun-
roe, 1974). Chez les Diadocidiidae, l’anépisterne
est dénudé chez Diadocidia s. str. et cilié dans le
sous-genre Adidocidia (LaStovka & Matile,
1972). La variation est la même dans tout le reste
de la superfamille, avec de fortes soies modifiées
chez les Mycetophilidae Mycetophilini. Tuomi-
koski (1966b) se prononce expressément sur
l’état apomorphe des fortes soies anépisternales
de cette dernière tribu et chez les Exechiini du
genre Cordyla, mais ne formule pas d’hypothèses
sur le cas des soies ordinaires.
Au vu de la répartition de ce caractère, je
suis d’avis que la ciliation de l’anépisterne des
Mycetophiloidea a suivi la même évolution que
celle des Scatopsoidea. Les Keroplatidae ne
montrent jamais de soies modifiées, mais seule¬
ment des microchètes dorsaux ou antérodorsaux,
dont on considérera que plus ils sont nombreux,
plus l’état du pleurite est plésiomorphe, l’autre
extrême du morphocline étant évidemment la
dénudation de l’anépisteme. Comme chez les
Scatopsoidea, les macrochètes les derniers à
disparaître sont ceux situés le long de la marge
dorsale. L’anépisterne d'Arachnocampa est dé¬
nudé (fig. 20), tandis que tous les Macrocerinae
possèdent au moins un ou deux cils dorsaux.
Chez les Keroplatini, le caractère est variable :
dénudation chez Ctenoceridion (fig. 496), Eucero-
platus (fig. 522), Nauarchia (fig. 748), Platyropti-
lon (fig. 845) et Xenokeroplatus (fig. 980), cilia¬
tion plus ou moins étendue chez les autres
genres. Il en va de même chez les Orfeliini,
comme on peut le voir sur les figures 1063-1065,
où Orfelia et Truplaya ont l’anépisterne nu,
tandis qu’il est cilié chez Ralytupa. De même que
chez les Scatopsoidea, la dénudation de l’anépi-
sterne a dû se produire à de très nombreuses
reprises ; cette apomorphie n’est sans doute
significative qu’au niveau infragénérique.
A.2.2.7. Stigmate antérieur.
Le stigmate antérieur ne semble porter qu’un
seul caractère significatif, portant plus exacte¬
ment non sur lui-même, mais sur les microchètes
qui l’entourent. Ceux-ci sont toujours fins et
dressés, mais certains de ces cils sont modifiés en
soies sombres et plus épaisses chez les Keroplatus
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
411
du groupe militaris. Cet état de caractère est
unique chez les Keroplatini, et n’existe que chez
quatre des genres à'Orfeliini examinés : Neopla-
tyura, Ralytupa, Rutylapa et Taulyrpa. Il sera
considéré comme apomorphe sur la base du cri¬
tère de rareté.
A.2.2.8. Épimère.
Ce pleurite peut être large ventralement, entre
katépisterne et latérotergite, ou plus ou moins
rétréci. Chez les Mécoptères, Pépimère a la
forme d’une plaque verticale de largeur à peu
près uniforme (c/. fig. 1073-1075) ; il n’y a pas de
doute que cet état soit le plus plésiomorphe chez
les Diptères. C’est d’ailleurs le plus répandu chez
les Nématocères, si l’on en juge par les illustra¬
tions de Young (1921) et de Crampton (1925).
Par conséquent, plus Pépimère sera rétréci ven¬
tralement, plus il sera tenu pour apomorphe. Au
sein des Keroplatidae, il n’y a que chez Arach-
nocampa où la partie ventrale de ce pleurite
soit presque aussi large que la dorsale : cet état
est évidemment le plus plésiomorphe (comparer
fig. 1077-1079).
On a déjà discuté le terme de ce morphocline,
où la partie ventrale de ce sclérite vient à
disparaître, au sujet des rapports de parenté
éventuels entre Lygistorrhinidae et Keroplatidae
(p. 378). Je rappellerai simplement que cette
disparition s’est produite non seulement chez
les Lygistorrhinidae, mais aussi chez la plu¬
part des Ditomyiidae, ainsi que chez Vockero-
thia (fig. 393) et Micrepimera (fig. 415) pour
les Keroplatidae Macrocerinae, et Nauarchia
(fig. 748) pour les Keroplatinae Keroplatini. Chez
Vockerothia et Nauarchia, cette disparition s’ac¬
compagne d’un élargissement dorsal empiétant
sur le katépisterne. Cette tendance évolutive s’est
donc réalisée au moins à deux reprises chez les
Keroplatidae. Les trois genres qui l’ont subie en
représentent d’ailleurs trois étapes, la première
étant celle de Nauarchia, où katépisterne et
latérotergite ne se touchent que sur une courte
distance, la suivante étant celle de Vockerothia et
l’ultime celle de Micrepimera, où ne subsiste du
mésépimère qu’un tout petit fragment subalaire.
On notera une autre apomorphie de l’épimère
mésothoracique, unique à ma connaissance, chez
Vockerothia (fig. 393). La pleure y montre en
effet que ce sclérite, absent ventralement, est
large dorsalement. Il ne peut s’agir ici, en ce qui
concerne la partie dorsale, de la persistance de
l’état plésiomorphe tel qu’il se présente chez les
Mécoptères et les Nématocères primitifs : en
effet, cette partie large est profondément en¬
castrée dans le katépisterne, qui se trouve ainsi
fortement réduit dans sa moitié dorsale, struc¬
ture que je n’ai jamais rencontrée chez un autre
Mycetophiloidea. Il s’agit là d’une forte autapo-
morphie du genre. Enfin, une réduction générale
de la largeur et de la hauteur de ce pleurite existe
chez Setostylus (fig. 916).
A. 2.3. Métathorax.
Les parties métathoraciques qui nous inté¬
ressent ici sont le métépisterne et le métépimère,
le métanotum étant extrêmement réduit chez les
Mycetophiloidea. Dans cette superfamille, le
métépisterne est toujours beaucoup plus grand
que le métépimère, et les deux pleurites varient
en même temps : ils seront donc étudiés en¬
semble.
Forme. — Chez les Trichoptères, les Mécop¬
tères et nombre de familles de Diptères Némato¬
cères moins évolués que les Mycetophiloidea
(Tipulidae, Trichoceridae, Tanyderidae, Psycho-
didae, Anisopodidae, etc. cf. fig. 1080-1081), le
métépisterne est au moins deux fois plus haut
que large, parfois beaucoup plus ; il en va de
même pour le métépimère (voir Young, 1921 ;
Crampton, 1925, 1942). Il s’agit donc de leur
état plésiomorphe, et l’on tiendra que plus
l’ensemble métépisterne + épimère est court, plus
il est apomorphe. L’extrême de ce morphocline
est réalisé chez certains Mycetophilidae de la
tribu des Mycetophilini, tels Platurocypta, où le
métépisterne est réduit à une étroite bande
transverse, tandis qu’il ne subsiste du métépi¬
mère qu’un minuscule sclérite (fig. 1087). Cet
état de caractère se présente aussi chez un seul
genre de Mycetophilidae Sciophilinae, Cyclo-
neura, ce qui est d’ailleurs l’une des raisons pour
lesquelles Shaw & Shaw (1951) ont proposé
d’établir la tribu des Cycloneurini.
La largeur de la pleure métathoracique est
corrélée avec celle de la hanche correspon¬
dante, et celle des Mycetophiloidea est natu¬
rellement élargie par rapport à des groupes dont
Source : MNHN, Paris
412
LOÏC MAT1LE
les hanches sont moins développées (comparer
fig. 1080-1081 et 1082-1087). On notera que dans
cette superfamille, c’est le métépisterne seul qui
croît en largeur, le métépimère gardant son état
plésiomorphe de pleurite étroit (il existe un faible
élargissement du métépimère chez certains Orfe-
liini). On a vu que les Lygistorrhinidae et les
Sciaridae conservaient un état relativement plé¬
siomorphe du métépisterne (fig. 1082-1083). C’est
aussi le cas des Arachnocampa (fig. 1084) et
à un moindre degré des Macrocera, où il est
aussi haut que large (fig. 1085), tandis que ce
pleurite est fortement raccourci chez Keroplatus
(fig. 1086).
La condition du métépisterne est cependant
variable à l’échelon supragénérique chez les
Macrocerinae. En effet, tandis que tous les
Macrocerini ont ce pleurite au moins aussi large
que haut, bien plus large que haut chez Parama-
crocera s. str. (fig. 373), les Robsonomyiini ont
conservé un métépisterne plus haut que large ;
ceci est particulièrement net chez Micrepimera
(fig. 415). Par contre tous les Keroplatinae ont
un métépisterne nettement plus long que haut
(pour les Orfeliini, voir par ex. fig. 1060, 1063-
1065).
Ciliation. — Chez les Scatopsidae et les Can-
thyloscelidae, De Souza Amorim (1982a) sou¬
ligne combien il est difficile de préciser quel est
l’état primitif, cilié ou nu, du métépisterne, cette
région du thorax étant fortement soumise au
parallélisme. L’auteur brésilien constate cepen¬
dant que les formes les plus primitives présentent
un groupe dorsal de soies métépi sternales et
suggère qu’à partir de cet état plusieurs ten¬
dances ont pu se manifester : extension des soies
Fig. 1080-1087. — Vue latérale partielle du métathorax et des hanches : 1080, Trichocera (Trichoceridae) ; 1081, Axymyia
(Axymyiidae) ; 1082, Lygistorrhina (Lygistorrhinidae) ; 1083, Bradysia (Sciaridae) ; 1084, Arachnocampa (Keropla-
tidae); 1085, Macrocera (d°) ; 1086, Keroplatus (d°) ; 1087, Platurocypta (Mycetophilidae).
em : épimère ; ep : épisteme.
Fig. 1080-1081 d’après Crampton (1925), mod. ; fig. 1082 d’après Thompson (1975), mod.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
413
à tout le pleurite, ou au contraire limitation à la
partie antérieure de la zone dorsale, enfin dispa¬
rition totale, cette dernière s’étant produite à de
très nombreuses reprises.
Ceci est plus ou moins en accord avec les
tendances évolutives notées pour le reste du
thorax, encore que l’on pourrait se demander si
le cas des genres Ectaetia et Psectrosciara, où
tout le métépisteme est cilié, ne serait pas l’état
plésiomorphe : le morphocline serait plus écono¬
mique s’il ne se développait que par disparitions
successives. Quoi qu’il en soit, parmi les taxa
étudiés ici, un seul genre, Placoceratias, possède
un métépisteme cilié (fig. 820), ainsi que les
espèces non holarctiques de Keroplatus. Chez les
Orfeliini, de rares genres montrent également ce
caractère : Pyrtaula, Ralytupa (fig. 1065), Ruty-
lapa, Tamborinea (fig. 1060) et Taulyrpa. La
ciliation du métépisteme est également rare chez
les autres Mycetophiloidea, où elle intéresse
quelques genres de Mycetophilidae Sciophilinae
et Mycetophilinae. Le métépimère est cilié seule¬
ment chez les Macrocera du groupe nobilis
(Vockeroth, 1976), dont certaines espèces por¬
tent aussi quelques soies métépisternales. Tous
les autres Keroplatidae ont le métépimère dé¬
nudé.
En fonction de l’hypothèse de De Souza
Amorim pour les Scatopsoidea, et compte tenu
des tendances évolutives thoraciques déjà mises
en évidence chez les Mycetophiloidea, la ciliation
du métépisteme sera tenue comme plésiomorphe.
Étant le fait respectivement d’un seul genre et
d’un seul groupe d’espèces, elle n’aura d’ailleurs
pas beaucoup à être prise en compte dans les
analyses phylogénétiques. Si la polarité du mor¬
phocline a été bien établie, la dénudation de ces
pleurites a dû se produire à plusieurs reprises
dans le groupe.
A.3. Pattes
De Souza Amorim (1982a) souligne à propos
des Scatopsidae combien l’analyse des caractères
des pattes est difficile, la majeure partie de leurs
modifications étant graduelles, soumises au paral¬
lélisme et aux variations secondaires masquant
les synapomorphies éventuelles. Il en va de même
pour les Mycetophiloidea, comme je l’ai déjà fait
remarquer au chapitre morphologique. J’ai ce¬
pendant pu mettre en évidence un certain nombre
de tendances évolutives de ces appendices, qui
sont énumérées ci-dessous.
A.3.1. Hanches
A.3.1.1. Longueur.
L’allongement des hanches est une autapo-
morphie des Mycetophiloidea, et il serait tout
simple de dire que plus les hanches sont longues,
plus elles sont apomorphes. Mais Rohdendorf
(1964) et Hennig (1973) ont déjà suggéré que les
hanches relativement courtes des Sciaridae et des
Bolitophilidae étaient sans doute le fruit d’une
régression. Ils n’ont cependant pas argumenté
cette hypothèse, que les comparaisons « hors-
groupe » ne permettent pas de tester, puisque
nous sommes en présence d’une autapomorphie.
Nous disposons heureusement de fossiles suscep¬
tibles de nous éclairer.
Le plus ancien Mycetophiloidea fossile que
l’on puisse rapporter avec certitude aux familles
actuelles est le Keroplatidae Schlueterimyia ceno-
manica Matile, du Crétacé moyen 57. L’échantil¬
lon, incomplet, a cependant fort heureusement
gardé la face postérieure de la troisième hanche
gauche (fig. 1088). Celle-ci est aussi longue que le
scutellum et le médiotergite ensemble (ce dernier
étant dans sa condition plésiomorphe, c’est-à-
dire bien développé en hauteur et vertical).
Comme par ailleurs cette longueur de hanche est
de loin la plus commune dans les représentants
fossiles plus récents, et actuels, de la famille, il y
a tout lieu de penser qu’il s’agit là de son état
plésiomorphe. Enfin, dans la très grande majo¬
rité des Keroplatidae actuels, les hanches I
57. Les hanches paraissent courtes chez Mangas exilis Kovalev, Mycetophiloidea du Crétacé inférieur, du moins si l'on
en juge par la figure ; cette partie du fossile n’est pas bien conservée.
Source : MNHN, Paris
414
LOÏC MATILE
Fig. 1088. — Partie antérieure de Phototype de Schlueteri-
myia cenomanica Mat.
F : fémur ; H III : hanche III ; mtgt : médiotergite ; seul :
scutellum ; St I : stemite abdominal I ; T I : tergite
abdominal I.
et II sont au moins égales à la longueur des
hanches III, et il est légitime (mais non cer¬
tain) de penser que l’allongement visible sur les
hanches postérieures de Schlueterimyia intéres¬
sait aussi les deux autres paires. C’est cette
condition qui règne chez les Keroplatidae Kero-
platinae éocènes-oligocènes que j’ai pu exami¬
ner : les genres encore actuels Platyura et
Palaeoplatyura, ainsi que quelques genres de
position douteuse (en raison de l’état des pièces)
ou inédits. Chez les Ditomyiidae, dont je rappelle
qu’ils sont les plus primitifs des Mycetophiloidea
actuels, les trois paires de hanches sont égale¬
ment de même longueur, atteignant au moins la
hauteur médiotergite + scutellum, tant chez leurs
représentants actuels que chez la seule espèce
fossile connue, de l’ambre de la Baltique ( Sym -
merus balticus Edwards). Il en va de même pour
les Diadocidiidae (dont on ne connaît pas de
fossile).
La conclusion s’impose que dans leur état
plésiomorphe les Mycetophiloidea ont toutes les
hanches de même longueur et au moins égales à
celle du scutellum et du médiotergite ensemble.
La tendance évolutive la plus commune dans la
superfamille a été celle du raccourcissement, et à
ce titre ce caractère doit être tenu pour une
apomorphie soumise au parallélisme, non seule¬
ment chez les Sciaridae, comme l’avait pensé
Hennig, et chez les Bolitophilidae, mais aussi
dans d’autres familles, où quelques genres le
possèdent, telles les Keroplatidae et les Myceto-
philidae. La hanche antérieure est déjà rac¬
courcie au Miocène chez le Keroplatidae Orfe-
liini Proapemon infernus Melander. Il existe un
raccourcissement, plus ou moins prononcé, chez
les Keroplatini des genres Euceroplatus (fig. 522),
Hikanoptilon (fig. 539), Nauarchia (fig. 748),
Placoceratias (fig. 820), Tergostylus (fig. 945) et
Xenokeroplatus (fig. 980).
Les Keroplatidae Macrocerinae représentent
cependant un cas particulier : chez tous leurs
représentants actuels comme chez les fossiles
de l’Éocène-Oligocène ( Kelneria , et les genres
Macrocera et Hesperodes, qui existent encore
de nos jours), les hanches antérieures sont
encore plus longues que les médianes et les
postérieures. L’allongement se serait donc pour¬
suivi aux hanches I chez cette sous-famille, tandis
qu’il s’arrêtait chez les autres (mais on notera
que quelques genres de Keroplatini : Ctenoceri-
dion, Duretina, Heteropterna et Mallochinus,
montrent un léger allongement par rapport aux
II-III). Ce caractère doit faire partie du plan de
base des Macrocerinae, et en représenter une
apomorphie.
En ce qui concerne les hanches postérieures, le
fait qu’elles soient nettement plus courtes que
l’ensemble scutellum + médiotergite sera consi¬
déré comme une apomorphie. C’est le cas de
Macrocera (fig. 23) chez les Macrocerini, de
Micrepimera (fig. 415) chez les Robsonomyiini et
d’ Heteropterna s. str. (fig. 545) chez les Kerola-
tini. Que cet état se présente dans trois tribus
différentes montre qu’il fait partie des tendances
évolutives de la famille ; il ne s’est toutefois pas
réalisé chez les Orfeliini.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
415
A. 3. 1.2. Élargissement.
Les hanches des Mécoptères, comme celles de
la plupart des Diptères, sont à la fois courtes et
étroites (voir p. ex. Young, 1921 ; Crampton,
1925), et il y a toutes raisons de penser que,
comme le premier, le deuxième caractère est
plésiomorphe. Il se présente, chez les Mycetophi-
loidea, dans les familles les plus primitives,
Ditomyiidae et Diadocidiidae, comme dans la
plupart des autres genres connus. Dans le cas de
raccourcissement des hanches postérieures, il y a
parfois en corrélation un élargissement que l’on
peut constater chez le Robsonomyiini Micrepi-
mera (fig. 415). Ce phénomène est également
visible chez de nombreux genres de Mycetophi-
lidae Mycetophilinae ( cf \ Shaw & Shaw, 1951) ;
cet état de caractère sera bien entendu considéré
comme apomorphe. Les hanches III sont specta¬
culairement épaissies, et à un moindre degré, les I
et II, chez Keroplatus tipuloides Bosc (fig. 27),
mais ce caractère n'apparaît pas chez les autres
espèces du genre.
A. 3. 1.3. Ciliation.
De Souza Amorim (1982a) note la haute
variabilité de la répartition des soies coxales des
Scatopsidae, non seulement selon les genres,
mais encore d’une paire de hanches à l'autre, et
remarque que la pubescence n’apparaît que dans
les groupes les plus évolués. Il en va de même
chez les Mycetophiloidea, où les Ditomyiidae et
les Diadocidiidae ne possèdent que des macro-
chètes dispersés. La pubescence coxale sera donc
considérée comme une apomorphie. Elle n’inté¬
resse d’ailleurs que Hesperodes (fig. 331) chez les
Macrocerinae Macrocerini et Keroplatus (fig. 27)
chez les Keroplatinae Keroplatini. Un état inter¬
médiaire est représenté par des macrochètes plus
courts et plus serrés, tels qu’ils se présentent chez
d’assez nombreux Keroplatini , comme Cerotelion
(fig. 439) ou Hikanoptilon (fig. 641) ; il s’agit sans
doute d’une apomorphie moins prononcée, mais
cet état de caractère étant de nature clinale, il
n’en sera pas tenu compte au niveau générique.
Par contre Schlueterimyia démontre sans am¬
biguïté que la présence de longues soies posté¬
rieures sur toute la longueur de la hanche III
(fig. 1088) est une plésiomorphie (on ne possède
pas de données sur les hanches I-II de ce genre).
Comme les Arachnocampinae, les Macrocerinae
de la tribu des Macrocerini, ainsi que quelques
Keroplatinae possèdent des soies postérieures
aux trois paires de hanches, il est permis de
penser qu’il s’agit de l’état plésiomorphe. On
considérera donc que moins il y a de soies
coxales postérieures, plus les hanches sont apo-
morphes. Aucun Keroplatidae actuel ne possède
comme Schlueterimyia des soies coxales sur toute
la hauteur de la face postérieure. Le genre
éocène-oligocène Kelneria a déjà perdu les soies
postérieures II-III, alors que ses contemporains
Macrocera et Hesperodes les ont conservées
jusqu’à nos jours. Le morphocline semble se
diriger de l’arrière vers l’avant, seul le Macroce¬
rinae Micrepimera n’ayant perdu que les soies
postérieures de la hanche I. Tous les Keroplatini
ont cependant perdu toutes leurs soies coxales
postérieures II-III, sauf Keroplatus, certains Ro-
cetelion et la plupart des espèces de Cerotelion.
A.3.2. Fémurs
Les fémurs subissent peu de modifications
chez les Keroplatidae, où ils ne s’épaississent
jamais commme chez certains Mycetophilidae (p.
ex. Epicypta). Trois modifications du plan de
base ont cependant été observées.
La première consiste en une modification de
certaines soies ventrales en spinules plus sombres
et plus épaisses chez les mâles de quelques
espèces de Macrocera (fig. 47 : epv). Ce carac¬
tère est unique chez les Keroplatidae, et à ma
connaissance chez les Mycetophiloidea. Il est
sans doute lié à quelque comportement sexuel et
ne peut qu’être apomorphe. On n’en tiendra
cependant pas compte ici, le genre Macrocera
n’ayant pas pu être révisé dans le présent travail.
La deuxième concerne la présence de soies
ventrales nettement plus longues que les dorsales
(fig. 39, 47, 51), également une apomorphie si
l’on considère l’état de Schlueterimyia et de la
plupart des Nématocères les moins évolués. Le
caractère est cependant réparti à peu près égale¬
ment entre états plésiomorphe et apomorphe,
que ce soit chez les Macrocerinae ou les Keropla¬
tinae. Il varie aussi de façon clinale, à partir de
soies ventrales à peine plus longues que les
Source : MNHN, Paris
416
LOÏC MATILE
dorsales jusqu’à plus du double de celles-ci : il
est donc malaisé à utiliser et ne sera employé
qu’au niveau spécifique.
Enfin, il existe chez la plupart des taxa
examinés des bandes « dénudées » (la micropilo¬
sité habituelle demeure), qui sont ventrales,
antéroventrales ou postéroventrales. Elles vont
de bandes très étroites à des bandes très larges,
ce dernier état se présentant notamment chez
Micrepimera dans les Macrocerini, et Xenokero-
platus chez les Keroplatini. Seuls font exception
les Macrocerini du genre Hesperodes et les
Keroplatini du genre Paracerotelion, qui sont
dépourvus de toute bande dénudée. Ces bandes
ne sont pas signalées chez les Nématocères
primitifs et leur présence semble donc apo-
morphe. Elles sont cependant hautement va¬
riables. Ainsi, dans le genre Keroplatus, peu¬
vent-elles être absentes, ou présentes seulement
sous les fémurs II (ce cas est aussi celui d'Hika-
noptilon), sous les fémurs II-III ou sous tous les
fémurs, selon les espèces. C’est donc seulement
au niveau spécifique qu’elles seront prises en
compte.
A.3.3. Tibias
A.3.3.1. Microchètes.
Les microchètes tibiaux des Keroplatidae peu¬
vent être disposés uniformément (fig. 49) ou
s’aligner en rangées régulières (fig. 52, 54), avec
tous les intermédiaires possibles en ce qui con¬
cerne la longueur des zones régulières. On a déjà
abordé ce caractère au sujet des Lygistorrhinidae
(p. 376), et il a déjà été souligné que la disposi¬
tion irrégulière des microchètes était une plésio-
morphie (Thompson, 1975 ; Matile, 1984a). Cet
état de caractère est en effet le plus répandu chez
les Nématocères, et c’est aussi celui de Schluete-
rimyia. Au sein des Mycetophiloidea, la disposi¬
tion régulière des microchètes tibiaux est appa¬
rue à de nombreuses reprises (elle est précédée de
celle des protarses, jamais irrégulière dans les
groupes étudiés ici). C’est l’une des autapomor-
phies des Mycetophilidae Mycomyinae, mais on
la rencontre aussi chez certains Leiinae ( cf
Matile, 1978b, où les variations dans cette sous-
famille sont discutées), ainsi que chez tous les
Mycetophilinae.
En ce qui concerne les Keroplatidae, cette
apomorphie n’apparaît qu’une fois chez les Ma-
crocerinae, dans le genre Srilankana, avec toute¬
fois chez Micrepimera une courte rangée de
microchètes allongés et plus dressés à l’apex des
tibias postérieurs. Cinq genres de Keroplatini
seulement ont conservé l’état plésiomorphe des
microchètes tibiaux : Cerotelion, Ctenoceridion,
Heteropterna, Mallochinus et Paracerotelion. En¬
core Cerotelion et Paracerotelion montrent-ils
une tendance à l’alignement, à l’apex des ti¬
bias II-III chez les premiers, sur les deux tiers
apicaux de la face externe des tibias II chez les
derniers. Le morphocline est poussé plus loin
avec l’apparition de microchètes plus épais et
plus serrés formant des lignes noires et conti¬
nues lorsqu’on les examine à faible grossissement
Fig. 1089. — Tibia postérieur de Nicholsonomyia vespifor-
mis Tonn.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
417
(fig. 52). C’est le cas chez Euceroplatus, Hikanop-
tilon, Keroplatus, Neoceroplatus et Xenokeropla-
tus. Il existe des états intermédiaires, par exemple
dans le genre Euceroplatus, où le tibia I conserve
des lignes indifférenciées, alors que les tibias II
et III, eux, portent des rangées modifiées. Chez
Rocetelion, les trois états de caractère sont
présents à la fois : disposition irrégulière à la
base des tibias II-III, rangées indifférenciées sur
le reste du tibia I, rangées différenciées sur tout le
tibia II et à l’apex du III (Matile, 1988b).
Jamais l’alignement ne débute à la base des
tibias.
Les mêmes modalités se rencontrent chez les
Orfeliini, où l’alignement des microchètes est
toutefois moins répandu, de même que, lorsqu’ils
sont alignés, l’apparition de rangées différenciées.
Ce dernier cas n’existe que chez Nicholsonomyia,
Orfelia, Tylparua et un genre péruvien inédit.
Cette tribu nous montre cependant un phéno¬
mène surprenant chez les genres australasiens
Lutarpyella et Nicholsonomyia (Matile, 1988c) :
les microchètes y sont disposés en rangées très
régulières, dont certaines différenciées, tandis
qu’ils sont très serrés et irréguliers à l’apex
(fig. 1089). Chez tous les Mycetophiloidea, la
formation en rangées est apicale, et non basale,
et les microchètes irréguliers assez largement
dispersés ; il devrait s’agir, dans le cas de ces
genres par ailleurs fortement évolués, d’une
apparition secondaire. C’est bien l’impression
que donnent ces tibias, où il semble que les
microchètes « mangent » les macrochètes.
Dans les analyses phylogénétiques, on consi¬
dérera que plus les rangées régulières sont nom¬
breuses, et plus elles comprennent de lignes
différenciées, plus les tibias sont apomorphes.
A. 3. 3. 2. Macrochètes.
Les Nématocères les plus primitifs, Tipulo-
morpha et Psychodomorpha, ont en règle géné¬
rale les tibias dépourvus de macrochètes, et il
s’agit donc très probablement là de l’état plésio-
morphe. Des macrochètes tibiaux sont cepen¬
dant présents chez les Psychodomorpha de la
famille des Nymphomyiidae, et chez la plupart
des Culicimorpha et des Bibionomorpha. Je
pense donc que l’apparition de macrochètes
tibiaux fait partie du plan de base de ces deux
infra-ordres.
Des macrochètes tibiaux sont normalement
présents chez tous les Mycetophiloidea, et à ce
titre leur présence y est plésiomorphe. Le fossile
crétacé Schlueterimyia montre d’ailleurs sur le
seul tibia conservé, le postérieur, quelques soies
antérieures et une rangée régulière de macro¬
chètes dorsaux (fig. 434). Ces macrochètes peu¬
vent disparaître dans certains groupes, ou au
contraire se développer en fortes épines, par
exemple chez les Mycetophilidae Mycetophilini :
disparition comme allongement sont considérés
comme apomorphes (voir notamment Tuomi-
koski, 1966a). La répartition des macrochètes
tibiaux des Mycetophiloidea indique que le plan
de base est un « jeu complet » de quatre rangées,
à peu près antérieures, postérieures, dorsales et
ventrales ; il semble que la dorsale, déjà présente
chez Schlueterimyia, soit apparue la première,
probablement par un processus de redressement
et d’allongement des microchètes, tel qu’on peut
le voir chez certains Kelneria de l’ambre de la
Baltique ; à ce titre Schlueterimyia est plus
apomorphe que Kelneria. Les tibias antérieurs
montrent toujours moins de macrochètes que les
médians et postérieurs ; il ne paraît pas possible
pour le moment de dire s’ils ont été les premiers
à disparaître ou s’ils n’ont jamais réalisé le « jeu
complet». Les fossiles nous montrent que si la
plupart des Macrocerinae sont dépourvus de
macrochètes tibiaux, il ne s’agit pas de la
persistance chez eux de l’état plésiomorphe des
Tipulomorpha, mais bien d’une régression. Les
genres Robsonomyia et Vockerothia ne l’ont pas
pleinement réalisée : ils possèdent encore des
macrochètes sur les tibias postérieurs, ce que
nous considérerons comme une plésiomorphie.
La perte totale des macrochètes tibiaux de¬
meure rare en dehors des Macrocerinae, puis¬
qu’elle est limitée aux Orfeliini du genre chilien
Dolichodactyla. Un seul genre de Keroplatini,
Xenokeroplatus, a perdu presque tous ses macro¬
chètes, dont ne demeurent que quelques posté¬
rieurs, ce qui représente évidemment une forte
apomorphie. Par contre, la disparition de telle ou
telle rangée est extrêmement courante chez les
Keroplatinae, où elle varie souvent même à
l’intérieur des genres (p. ex. chez Euceroplatus,
Heteropterna, Keroplatus, Setostylus...). Ce ca¬
ractère est donc fortement soumis au parallé¬
lisme et ne sera employé qu’au niveau interspé¬
cifique.
Source : MNHN, Paris
418
LOÏC MATILE
A. 3. 3. 3. Éperons.
La présence d’éperons tibiaux allongés et
articulés est une autapomorphie des Mycetophi-
loidea ; l’étude des variations de ce caractère ne
peut donc être menée par des comparaisons hors-
groupe. On rappellera que Hennig (1973) a
suggéré que leur brièveté chez les Sciaridae était
le fait d’une régression. J’ai déjà abordé ce
problème au sujet des éperons courts des Macro-
cerinae (Matile, 1984a). Dans cette publication,
je soulignais que nous étions en présence d’une
variation clinale de la longueur des éperons, et
que les Ditomyiidae, bien plus primitifs que les
Keroplatidae, en possédaient de longs, tout
comme le Keroplatidae fossile Schlueterimyia.
J’en concluais que l’ancêtre des Mycetophiloidea
devait lui aussi porter des éperons allongés, et
que cet état était donc plésiomorphe au sein de la
superfamille. Aucun élément nouveau n’est venu
depuis réfuter cette hypothèse, et l’on tiendra ici
la brièveté des éperons, a fortiori leur absence,
comme des états apomorphes.
L’étude des éperons des Mycetophiloidea
montre que les externes II-III sont davantage
sujets à la réduction, éventuellement à la dis¬
parition, que les internes. Seul le Keroplati¬
dae Orfeliini chilien Dolichodactyla a tous ses
éperons très fortement réduits, pratiquement
absents (Freeman, 1951). Chez tous les autres
Mycetophiloidea, l’éperon antérieur est toujours
présent, plus ou moins développé. Les éperons
externes II-I11 disparaissent rarement chez les
Mycetophiloidea en général : Pseudoalysiina et
certains Tetragoneura (Chandler, 1979) chez les
Mycetophilidae, Scatopsciara, Allopnyxia, chez
les Sciaridae. Par contre, ils disparaissent ou se
réduisent très fortement chez un Keroplatinae
Keroplatini, Xenokeroplatus, et de nombreux
genres d’ Orfeliini : Lapyruta, Laurypta, Lutar-
pya, Micrapemon, Monocentrota (fig. 1095), Neo-
ditomyia, Platyceridion, Proceroplatus, Rofelia,
Taulyrpa et Trigemma, genres qui ne sont pas
tous étroitement apparentés, ce qui démontre
que cette perte est une tendance évolutive des
Keroplatinae, qui s’est réalisée à de nombreuses
reprises.
Si la perte des éperons est facile à déceler en
tant qu’apomorphie, il n’en va pas de même pour
leurs variations de longueur. Les éperons des
Mycetophiloidea peuvent aller en effet du quart
de la largeur apicale du tibia au quadruple de
cette largeur. On en voit quelques exemples
figures 1090-1096, où l’état le plus avancé du
morphocline est représenté par celui d'Aspidiona
(fig. 1096), qui est aussi celui de beaucoup
d’autres Mycetophilini. Dans ces conditions, il
semble évident qu’il existe deux morphoclines
opposés : réduction allant jusqu’à la disparition,
et aussi allongement.
1094 1095 1096
Fig. 1090-1096. — Éperons tibiaux : 1090, Bolitophila (Boli-
tophilidae) ; 1091. Macrocera (Keroplatidae); 1092, Rob-
sonomyia (d°) ; 1093, Plalyura (d°) ; 1094, Keroplatus (d°) ;
1095, Monocentrota (d°) ; 1096, Aspidionia (Mycetophi¬
lidae).
L’état le plus répandu dans la superfamille, et
en particulier chez ses représentants les plus
primitifs, est d’avoir l’éperon I environ aussi long
que la largeur apicale du tibia, et les éperons
internes et externes II-III à peu près doubles de
cette largeur ; ce dernier cas est aussi celui du
fossile crétacé Schlueterimyia. Ces proportions
font sans doute partie du plan de base des
Mycetophiloidea. Les variations à partir de ce
plan de base, que ce soit dans le sens de la
réduction ou dans celui de l’allongement, sont
hautement clinales et de toute évidence soumises
à de nombreux cas de parallélisme. En dehors
des cas de disparition pure et simple, leur prise
en compte dans les analyses phylogénétiques doit
donc faire l’objet de la plus grande prudence,
voire de la méfiance. Je me suis décidé à ne les
utiliser que dans les cas suivants, correspondant
très probablement à des apomorphies :
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
419
* Éperons I et externes II-1II inférieurs à la
moitié de la largeur apicale des tibias.
* Éperons internes II-III au plus 1,2 fois plus
longs que cette largeur.
* Éperons internes II-III au moins triples de
cette largeur.
Ce dernier état de caractère apparaît assez
souvent chez les Keroplatini, le « record » étant
tenu par les Cerotelion, chez lesquels les éperons
internes atteignent quatre fois la largeur apicale
des tibias correspondants.
Certains Orfeliini néotropicaux du genre Lapy-
ruta présentent une modification très curieuse
de l’éperon interne III. Chez l’espèce type,
L. fasciventris (Williston), cet éperon se ter¬
mine chez le mâle par une sorte de griffe noire
(fig. 1097) ; l’éperon est normal chez la femelle.
Une espèce inédite du Pérou est encore plus
modifiée, l’éperon étant en palette (fig. 1098),
tandis qu’une autre espèce de la même localité a
des éperons normaux. Ce type d’éperon est
unique chez les Mycetophiloidea.
1
4
1098
Fig. 1097-1098. — Modifications de l’éperon tibial chez
Lapyruta : 1097, L. fasciventris (Will.) ; 1098, espèce
péruvienne inédite.
A.3.3.4. Crypte sensorielle et peigne antérieur.
Les tibias antérieurs des Mycetophiloidea por¬
tent le plus souvent, à l’apex, une zone plus ou
moins déprimée, triangulaire ou ovale, renfer¬
mant des soies sensorielles denses, dont l’impor¬
tance en systématique a été mise en évidence chez
les Sciaridae par Tuomikoski (1960). Cet auteur
pense que l’existence de cette zone est l’une des
meilleures preuves de la monophylie de la super¬
famille ; d’après lui, elle sert au nettoyage des
antennes et des palpes (Tuomikoski, 1966c).
Cette zone, que j’appellerai crypte sensorielle,
n’existe cependant pas chez les Ditomyiidae et
n’apparaît, bien distincte, que chez les Dia-
docidiidae. Elle existe chez les Keroplatidae
Arachnocampinae, la plupart des Macrocerinae,
quelques Keroplatinae Keroplatini (seulement
certaines espèces de Cerotelion), et de nombreux
genres d 'Orfeliini. La crypte est encore absente
chez les Bolitophilidae et les Lygistorrhinidae,
tandis qu’elle existe ou non, selon les genres, chez
les Sciaridae et les Mycetophilidae. On ne peut
donc, à mon avis, prétendre qu’elle représente
une autapomorphie des Mycetophiloidea sans
analyse plus précise. Freeman (1983) affirme
que, chez les Sciaridae, elle peut être «rempla¬
cée » par un peigne antérieur. En fait, l’étude de
ce caractère chez les Mycetophiloidea montre
que le phénomène n’est pas si simple, ce qui nous
contraint à étudier ensemble crypte sensorielle et
peigne antérieur.
Notons d’abord que les Keroplatidae Arach¬
nocampinae possèdent une crypte sensorielle
profonde et remplie de soies irrégulièrement
disposées, et pas de peigne antérieur (fig. 1099).
Si l’on examine la zone sensorielle d’un Diadoci-
diidae, ou d’un Macrocerinae tel que Robsono-
myia, on constate que la dernière rangée de soies
sensorielles est allongée et disposée régulière¬
ment, formant un peigne plus ou moins distinct
(fig. 1100). Chez Macrocera, au contraire, la
crypte est dépourvue de soies et seule persiste
la dernière rangée, formant un peigne régulier
(parfois plus serré que chez l’espèce représentée,
Macrocera lutea Meigen ; fig. 1101). Chez un
autre Macrocerinae, Srilankana, la crypte est
petite, nue, et pourvue d’un peigne plus petit et
plus serré, mais plus régulier, que chez Macro¬
cera (fig. 1102). Enfin, chez Keroplatus (fig. 1103),
il n’y a pas de crypte mais un véritable peigne
formé de petites soies noires très serrées. Hespe-
rodes réalise un cas particulier où les soies de la
crypte sont modifiées en plusieurs rangées de
petits peignes. On pourrait se demander s’il y a
bien homologie entre la présence de peignes
antérieurs sans cryptes et celle de peignes formés
par la dernière rangée de soies de la crypte, si
Srilankana, ainsi que certaines espèces de Cerote-
1097
Source : MNHN, Paris
420
LOÏC MATILE
Fig. 1099-1103. — Cryptes et peignes tibiaux antérieurs
chez les Keroplatidae : 1099, Arachnocampa ; 1100, Robso-
nomyia ; 1101, Macrocera ; 1102, Srilankana; 1103, Kero-
lion, ne montraient des états intermédiaires entre
les deux cas.
Le morphocline suivant paraît donc logique :
une crypte remplie de soies, mais sans peigne
( Arachnocampa ), puis crypte à dernière rangée
modifiée en peigne (Diadocidiidae, Lygistorrhi-
nidae, certains Macrocerinae), perte des soies
non modifiées de la crypte ( Macrocera ), réduc¬
tion de la zone dénudée ( Srilankana , certains
Cerotelion), enfin perte de la crypte et apparition
d’un peigne serré {Keroplatus et autres, Bolito-
philidae, de nombreux Mycetophilidae et Scia-
ridae).
La répartition de ces caractères chez les Dito-
myiidae, les Keroplatidae, les Mycetophilidae et
les Sciaridae, indique qu’ils ont été fortement
soumis au parallélisme. Sans perdre de vue ce
fait qui doit inciter à la prudence, on consi¬
dérera donc chez les Keroplatidae que la pré¬
sence d’une crypte bien développée est plésio-
morphe, tandis que sa réduction et sa disparition
sont apomorphes. De même, plus le peigne anté¬
rieur sera serré et régulier, plus il sera tenu pour
apomorphe. Ceci est en accord avec l’hypothèse
de Thompson (1975), selon laquelle la présence
d’un peigne antérieur simple représenterait le
plan de base des Mycetophiloidea, à cette nuance
près que ce caractère n’est valable qu’à partir des
Diadocidiidae. Lorsqu’elles sont présentes, les
soies de la crypte sensorielle peuvent être particu¬
lièrement denses et donner à cette zone un aspect
velouté, noir, brun, roux ou jaune d’or selon la
couleur de ces soies. Ce caractère est utile en
systématique, mais je n’ai pu en établir la
polarité.
On notera une déviation du plan de base de la
crypte sensorielle chez le Mycetophilidae néarc-
tique Synapha tibialis (Coquillett), où elle s’al¬
longe jusqu’à occuper les cinq septièmes de la
longueur du tibia (Johannsen, 1910; Vocke-
roth, 1981). Aucun allongement de ce type ne
s’est produit chez les Keroplatidae. Enfin, il faut
remarquer que les mâles de certains Mycetophi¬
lidae ( Tetragoneura , Ectrepesthoneura, Synapha,
Coelophthinia, Polylepta et Speoleptd) possèdent
sur les tibias II ou III des cryptes remplies de
soies sensorielles (voir Chandler, 1979) ; elles
sont très semblables aux cryptes antérieures des
Keroplatidae. Liées au sexe et éloignées de l’apex
du tibia (au premier ou au deuxième tiers), ces
cryptes sont analogues, et non homologues, aux
précédentes.
Le problème des Ditomyiidae n’est pas résolu
ici : ils sont dépourvus de crypte, mais certains
possèdent des peignes ( Symmerus , Australosym-
merus) et d’autres non (Ditomyia, Rhipidita). Les
peignes sont-ils apparus de novo chez eux, sans
passer par « l’état crypte », ou bien l’état des
Ditomyia et des Rhipidita est-il le fruit d’une
régression ? Dans cette dernière hypothèse, le cas
des deux autres genres est-il homologue, par
exemple, à celui de Keroplatusl On notera que
si l’hypothèse de Tuomikoski (1966c) sur l’auta-
pomorphie de la présence d’une crypte senso¬
rielle chez les Mycetophiloidea est fondée, elle
implique qu’elle a dû disparaître secondairement
chez ces Ditomyiidae.
Le cas des Chironomidae et des Anisopodidae,
phylogénétiquement éloignés mais montrant tous
deux des peignes antérieurs non accompagnés de
cryptes, semble indiquer que l’apparition de ces
peignes fait partie du potentiel évolutif des
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
421
Diptères. Aucune crypte sensorielle n’a jamais
été signalée à l’apex des tibias II et III,
qui portent des peignes chez ces deux familles
comme chez tous les Mycetophiloidea. Je serai
donc tenté de croire que les peignes antérieurs
serrés des Symmerus et des Australosymmerus
sont apparus indépendamment, comme ceux des
Chironomidae et des Culicidae. Dans ce cas, ils
ne seraient pas réellement homologues de ceux
des Keroplatidae, de même que les peignes
médians et postérieurs de ces derniers ne seraient
pas homologues à leurs peignes antérieurs. L’évo¬
lution de ces caractères n’a pas été suffisamment
étudiée chez les Nématocères pour que l’on
puisse trancher aujourd’hui en la matière.
A. 3. 3. 5. Peignes médians et postérieurs.
J’ai déjà abordé le problème du plan de
base des peignes des Mycetophiloidea après
avoir découvert que, contrairement à l’opinion
d’EDWARDS (1925), la présence de peignes anté¬
rieurs n’était pas l’apanage des seuls Macroce-
rinae (Matile, 1982a). Cette sous-famille se
distingue de presque tous les autres Mycetophi¬
loidea par l’absence de peignes médian et pos¬
térieurs, caractère qu’elle ne partage en effet
qu’avec les Lygistorrhinidae, comme l’ont fait
remarquer Tuomikoski (1966c) et Thompson
(1975). La question se pose donc de savoir si
l’absence de peignes II-III est apomorphe ou
plésiomorphe. Il est facile d’y répondre en ce qui
concerne les Lygistorrhinidae, puisque Palaeo-
gnoriste, fossile tertiaire que ni Tuomikoski ni
Thompson n’ont examiné, possède des peignes
tibiaux très distincts : il y a tout lieu de penser
que l’absence de ceux-ci chez les Lygistorrhinidae
actuels est secondaire. Il n’en va pas de même
pour les Macrocerinae, puisque les fossiles du
Crétacé et du début du Tertiaire que nous
connaissons sont dépourvus de peignes II-III
comme les genres actuels. On pourrait donc
légitimement penser que ces espèces n’ont jamais
acquis de peignes, et donc que leur condition est
plésiomorphe. On doit toutefois prendre en
considération le fait que chez les Diadocidiidae
et certains genres de Ditomyiidae ( Ditomyia ,
Rhipidita, certains sous-genres A' Australosymme¬
rus), il existe un peigne postérieur III très net,
même s’il n’est pas formé de chétules serrés, et
une rangée régulière de soies à l’emplacement des
peignes antérieur III et postérieur II.
Par ailleurs, la présence de peignes tibiaux II-
III est la plus répandue, non seulement chez les
Keroplatidae, mais aussi chez les Mycetophiloi¬
dea, où nous avons la preuve paléontologique
(Palaeognoriste) que leur absence chez les Lygi¬
storrhinidae est le fait d’une régression. Il
n’existe jamais de peigne antérieur II chez les
Arachnocampinae, les Macrocerinae et les Kero-
platinae Keroplatini. Par contre, on en trouve
parfois un petit chez certains Orfeliini, y compris
chez Palaeoplatyura, un genre actuel mais déjà
connu de l’ambre de la Baltique. On peut se
demander s’il n’y a pas eu là aussi perte, à tout le
moins chez les Keroplatini. Le morphocline le
plus économique semble être le suivant : peigne
postérieur III -*■ peignes postérieurs II-III -*
peignes postérieurs II-III et peigne antérieur III
-* jeu complet de peignes.
Tous les Keroplatinae possèdent en outre un
petit peigne supplémentaire, plus ou moins bien
développé, entre les éperons internes et externes
II-III. Dans cette sous-famille, le plan de base
semble donc être un jeu complet de deux peignes
postérieurs (II-III), un peigne antérieur (III) et
deux peignes inter-éperons (II-III), le peigne
antérieur II ayant été perdu chez les Keroplatini
et certains Orfeliini. Chez les Keroplatini, le genre
Nauarchia s’écarte de ce plan par le remplace¬
ment du vrai peigne postérieur III par une rangée
de soies. Il est logique de penser qu’il s’agit d’une
régression, de même que la réduction des peignes
postérieurs II-III et l’absence d’antérieur III chez
Rocetelion. Ces états de caractères seront donc
considérés comme apomorphes, de même que la
perte du peigne inter-éperon II chez Xenokero-
platus.
Il en ira de même pour l’état des Macroce¬
rinae, où l’absence de tout peigne médian et
postérieur sera interprétée comme une perte.
C’est en effet l’hypothèse la plus économique :
elle ne suppose que deux régressions, chez eux et
chez les Lygistorrhinidae, alors que l’hypothèse
contraire implique que ces peignes soient appa¬
rus indépendamment chez les Ditomyiidae, les
Diadocidiidae, deux fois chez les Keroplatidae
(Arachnocampinae et Keroplatinae), et au moins
une fois dans le groupe Bolitophilidae + Myce-
tophilidae + Lygistorrhinidae (avec perte chez
les représentants actuels de cette dernière sous-
famille) et les Sciaridae. La conséquence logique
Source : MNHN, Paris
422
LOÏC MATILE
d’une telle hypothèse est que l’absence de peignes
chez certains Ditomyiidae est aussi le résultat
d'une perte. En définitive, on ne peut exclure que
la Nature n’ait pas ici suivi la voie la moins
économique, d’autant qu’il existe des peignes
tibiaux, forcément apparus indépendamment,
chez les Culicidae et les Anisopodidae.
A. 3. 3.6. Forme.
Chez la majorité des Keroplatidae, comme
d’ailleurs des Mycetophiloidea, les tibias sont
soit cylindriques allongés, soit légèrement et
progressivement élargis de la base vers l’apex. Ce
dernier état est probablement plus apomorphe
que le premier, qui est le plus répandu chez les
Nématocères, mais je n’en ai pas tenu compte
dans les analyses en raison de sa nature clinale. Il
existe cependant une modification (assez cou¬
rante chez les Mycetophiloidea), qui consiste en
un fort épaississement du tibia postérieur. Ce
phénomène, bien entendu apomorphe, se pré¬
sente dans deux genres de Keroplatini : Cteno-
ceridion et Heteropterna. Dans ces deux genres,
l’épaississement peut se faire progressivement
(fig. 490, 550, 631), ou bien brusquement, à
partir du tiers apical (fig. 507, 549). Comme ce
dernier état s’écarte plus fortement du plan de
base des Keroplatini (élargissement progressif), il
sera considéré comme plus apomorphe que le
premier.
A. 3.4. Tarses
Les tarses subissent tant de modifications chez
les Diptères qu’il semble difficile de reconsti¬
tuer leur plan de base, en dehors du fait que dans
leur état le plus répandu ils sont minces et
cylindriques. C’est notamment le cas chez les
Nématocères les plus primitifs, et c’est aussi
l’aspect que prennent les tarses II-III de Schluete-
rimyia (dont les pattes antérieures ne sont pas
conservées). L’étude des tarses des Mycetophiloi-
dea n’apporte aucun élément contredisant l’hypo¬
thèse selon laquelle l’état du fossile crétacé est
bien l’état plésiomorphe de la superfamille.
Comme par ailleurs le protarse I est le plus
souvent plus long que les II-III, il devait sans
doute en être de même chez Schlueterimyia.
Je considérerai donc jusqu’à plus ample in¬
formé que le plan de base des tarses des Myceto¬
philoidea est le suivant : tarses allongés, minces,
cylindriques, le protarse I environ de la taille du
tibia correspondant, les protarses II-III plus
courts que leurs tibias respectifs. Microchètes
irrégulièrement disposés, des macrochètes ven¬
traux largement séparés, disposés en deux ran¬
gées régulières au moins sur les protarses II-III
(ceci est déjà visible chez Schlueterimyia). Ces
états de caractères sont les plus répandus chez les
Keroplatidae. Les modifications de ce plan de
base concernent la longueur (principalement aux
tarses antérieurs), l’épaisseur et la disposition des
microchètes et des macrochètes.
A.3.4.1. Longueur du protarse I.
Chez la plupart des Keroplatidae, le protarse I
est aussi long, un peu plus long ou un peu plus
court que le tibia correspondant. Le rapport de
longueur protarse I/tibia I varie souvent de façon
clinale à l’intérieur des genres, et il est d’ailleurs
souvent utilisé dans les clés de détermination des
espèces. Je n’ai donc tenu compte de ce carac¬
tère, au niveau générique, que lorsqu’il s’écartait
très nettement de un. À ce niveau, seront donc
interprétés comme apomorphes le raccourcisse¬
ment du protarse antérieur lorsque ce rapport
sera voisin de 0,5 et son allongement quand il
sera voisin ou supérieur à deux.
Le raccourcissement est peu commun chez les
Keroplatidae : il se produit chez quelques Orfe-
liini (par exemple certaines espèces de Xeno-
platyura ) et chez deux Keroplatini seulement,
Mallochinus et Tolletia. Par contre, la plupart
des Macrocerinae ont un protarse I plus court
que le tibia, ce qui semble représenter une des
tendances évolutives de la sous-famille ; elle n’est
vraiment prononcée que chez Angazidzia, où le
protarse est moitié moins long que le tibia.
Au contraire, la majorité des Keroplatini ont
un protarse nettement plus long que le tibia,
souvent double ou plus : Duretina, Euceroplatus,
Hikanoptilon, Placoceratias, certains Rocetelion,
et surtout Xenokeroplatus, où les tarses anté¬
rieurs sont plus longs que le corps de l’insecte, le
protarse représentant à lui seul 3,6 à 4 fois la
longueur du tibia chez le mâle. Exceptionnel¬
lement, chez ce genre, les protarses II et III
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
423
sont également de 1,5 à 2 fois plus longs que
leurs tibias. Comme chez Xenukeroplatus, l’al¬
longement des protarses chez Arachnocampa est
plus prononcé chez le mâle que chez la femelle :
2,8 fois chez le premier, 2,2 chez la dernière.
A. 3.4.2. Épaisseur.
Les tarses des Keroplatidae sont le plus sou¬
vent filiformes, mais il arrive que les protarses II
et III, ou III seulement, s’épaississent fortement ;
ceci ne se produit que chez les Keroplatini. C’est
notamment le cas chez eux lorsque les tibias III
eux-mêmes sont épaissis, et l’épaississement est
alors souvent corrélé avec un raccourcissement
pouvant aller jusqu’à la moitié de la longueur du
tibia. Le cas se présente chez Ctenoceridion
(fig. 490, 507) et Heteropterna s. str. (fig. 549-
550). Cependant, les protarses III des Heterop¬
terna du sous-genre Scrobicula ne sont pas
épaissis : il faut dire que l’épaississement des
tibias eux-mêmes est bien moins prononcé que
dans le sous-genre nominatif (fig. 631). L’élargis¬
sement des pro tarses III ne s’accompagne cepen¬
dant pas forcément de celui des tibias : ainsi se
présente-t-il chez Setostylus, Platyroptilon et Tol-
letia (où il intéresse également les protarses II).
A. 3.4.3. Microchètes.
Comme sur les tibias, les microchètes des
tarses des Keroplatidae peuvent être irrégulière¬
ment disposés, ou en rangées régulières, dont
certaines sont plus serrées. Bien entendu, le
morphocline est ici le même que pour les tibias.
Les Arachnocampinae et les Macrocerinae n’ont
jamais de rangées régulières de microchètes
tarsaux. C’est par contre le cas de tous les
Keroplatinae sauf ceux du genre Platyura. Il est
permis de se demander à ce propos si ce dernier
genre ne représenterait pas le groupe-frère plésio-
morphe des autres Keroplatinae.
A. 3.4.4. Macrochètes.
On a déjà dit que Schlueterimyia possédait
deux rangées régulières de macrochètes tarsaux
ventraux. C’est aussi le cas de la grande majo¬
rité des Keroplatidae, et donc très probable¬
ment l’état plésiomorphe. L’absence de ces ma¬
crochètes doit donc être interprétée comme une
perte, et par conséquent comme une apomor-
phie. La disparition des macrochètes ventraux ne
se produit que rarement, sauf chez les Macroce¬
rinae, où elle intéresse les genres Angazidzia,
Chiasmoneura, Chiasmoneurella, Macrocera et
Srilankana. Chez Paramacrocera, le sous-genre
nominatif est dépourvu de spinules, alors que
Freemaniola en montre quelques-unes, mais non
disposées en rangées. Il n’y a pas de vrais
macrochètes chez Robsonomyia, mais il y a des
soies un peu plus longues que les microchètes : il
s’agit sans doute d’étapes intermédiaires du
morphocline conduisant à la perte de ces spi¬
nules, perte qui semble une tendance évolutive
bien marquée de la sous-famille. Enfin, de tous
les Keroplatinae examinés, seul le Keroplatini
Xenokeroplatus est dépourvu de macrochètes
ventraux, et donc fortement apomorphe sur ce
point.
A. 3.4.5. Acropode.
Deux caractères significatifs ont été relevés sur
les acropodes des Keroptidae : la présence ou
l’absence de pulvilles bien développées, et la taille
plus ou moins grande des griffes.
A.3.4.5.1. Pulvilles.
Les pulvilles sont absentes chez les Némato-
cères les moins évolués : Tipulomorpha et
Psychodomorpha (Hennig, 1973 ; McAlpine,
1981), et extrêmement répandues chez les autres
Diptères. Il est vraisemblable que ces pulvilles
représentent une autapomorphie de l’ensemble
Culicimorpha + Bibionomorpha + Brachycera.
À l’intérieur de ce groupe de parenté, leur
présence est donc plésiomorphe. C’est donc le
cas chez les Mycetophiloidea et en particulier
les Keroplatidae. J’ai déjà fait remarquer que
malgré l’opinion de Vockeroth (1981), tous les
Mycetophiloidea n’étaient pas dépourvus de pul¬
villes. En effet, il en existe chez la plupart des
Macrocerinae, y compris chez le fossile crétacé
Schlueterimyia, où elles sont même particulière¬
ment longues, puisqu’elles y atteignent près de
quatre fois la longueur des griffes.
Source : MNHN, Paris
424
LOÏC MATILE
La réduction des pulvilles apparaît donc chez
tous les Mycetophiloidea (cf. Arachnocampa,
fig. 43 ; Keroplatus, fig. 56) sauf la grande
majorité des Macrocerinae (cf. fig. 50, Ma-
crocera). Mais elle s’est produite aussi dans
trois genres de cette sous-famille : Hesperodes
(fig. 333), Srilankana et Vockerothia. Cette ré¬
duction est donc apparue au moins une fois dans
chacune des sous-familles de Keroplatidae, pro¬
bablement deux fois chez les Keroplatinae, car
les pulvilles sont encore relativement bien déve¬
loppées chez les Orfeliini du genre Platyura. Il
faut postuler aussi qu’elle est apparue indépen¬
damment chez les Ditomyiidae, les Diadocidiidae
et l’ensemble Bolitophilidae + Mycetophilidae +
Lygistorrhinidae + Sciaridae.
A.3.4.5.2. Griffes.
Les griffes des Mycetophiliformia sont le plus
généralement de taille moyenne (à peu près aussi
longues que la largeur apicale du dernier tarso-
mère), fines et non spinuleuses à la base. Cet
état, qui est par exemple celui de la plupart des
Macrocerinae (cf. fig. 50) est sans aucun doute le
plus plésiomorphe ; c’est d’ailleurs ainsi que se
présentent les griffes de Schlueterimyia.
Chez le Macrocerinae Vockerothia, il appa¬
A.4.
Les ailes fournissent chez les Diptères d’innom¬
brables caractères significatifs du point de vue
phylogénétique, d’autant que ce sont le plus
souvent les seuls organes conservés chez les
formes fossiles pré-tertiaires. Nous disposons
d’ailleurs de belles séries de celles-ci, débutant au
Rhétien pour les Diptères, au Jurassique pour les
Mycetophiloidea et au Cénomanien pour les
Keroplatidae ( Schlueterimyia ). De plus, Hennig
(1954) a analysé avec rigueur l’évolution de l’aile
des Diptères, et en a souligné les principales
tendances. L’interprétation des états plésiomor-
phes ou apomorphes des ailes des Keroplatidae,
et des -Mycetophiloidea, ne présente donc pas de
difficultés majeures. En dehors de quelques points
tels que la forme, la couleur, la ciliation, la
présence ou l’absence d’alule, le principal de ce
chapitre sera consacré à la nervation. Nous en
raît à la base des griffes de fines denticula-
tions. Elles deviennent beaucoup plus fortes par
exemple chez Arachnocampa (fig. 44-46), et peu¬
vent s’étendre à la quasi-totalité de la griffe, y
compris sa face dorsale, comme chez Keroplatus
(fig. 57). Ce morphocline peut se poursuivre par
l’épaississement et la serrulation de la face
interne de toute la griffe, chez les mâles seule¬
ment. Ce phénomène apparaît chez les Keropla-
tini des genres Ctenoceridion, Duretina, Heterop-
terna (surtout dans le sous-genre Scrobicula ),
Hikanoptilon (où les griffes sont par ailleurs
presque aussi longues que le dernier tarsomère),
Paracerotelion, Placoceratias, Platyroptilon, Roce-
telion et Tolletia. Chez les Orfeliini, je ne l’ai noté
que dans le genre Rhynchoplatyura. Ces diffé¬
rents états seront considérés comme de plus en
plus apomorphes.
Une autre déviation du plan de base des
griffes, et donc une apomorphie, est représentée
par l’allongement, plus rare que la spinulation ou
la serrulation. Il se produit surtout de façon nette
chez Arachnocampa, où il n’intéresse que les
griffes antérieures (fig. 44) et, nous l’avons dit,
chez Hikanoptilon. Les griffes s’allongent égale¬
ment chez quelques Orfeliini tels que Lutarpya
(où il y a également deux longues spinules
sinueuses) et Antriadophila.
Aile
examinerons d’abord les tendances générales, ce
qui nous permettra de ne traiter que brièvement
les différentes nervures, qui seront envisagées
tour à tour. Bien qu’ils n’entrent pas directement
dans les analyses phylogénétiques, j’évoquerai
aussi les phénomènes de brachyptérisme et d’ap-
térisme chez les Keroplatidae, récemment décou¬
vert en ce qui concerne le premier, encore inédit
pour le deuxième.
A.4.1. Forme
Si l’on étudie la forme des ailes fossiles des
Diptères (Rohdendorf, 1938 et seq. ; Hennig,
1954) et celle des ailes actuelles (p. ex. Hennig,
1954; Mc Alpine et al., 1981), on constate que
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
425
chez les plus primitifs elles sont longues et
étroites, avec un angle anal peu marqué : c’est la
forme qu’elles ont dans le plan de base proposé
par Hennig (c/. fig. 16). Elles commencent à
s’élargir, à se raccourcir et à présenter un angle
anal proche de l’angle droit chez les Culicifor-
mia, en particulier les Simuliidae et certains
Ceratopogonidae et Chironomidae. C’est cet
aspect qu’elles prennent le plus généralement
chez les Bibionomorpha les moins évolués, les
Bibionoidea et, chez les Mycetophiliformia, les
Scatopsoidea. Nous considérerons donc que c’est
là l’état plésiomorphe de l’infra-ordre ; c’est
d’ailleurs celui du Macrocerinae Schlueterimyia.
La plupart des Macrocerini conservent cet état,
surtout les Macrocera (fig. 33, 339-346) ; seuls les
genres Paramacrocera et Vockerothia montrent
un angle anal arrondi (fig. 374, 385, 394).
La réduction du lobe anal s’est de toute
évidence manifestée à plusieurs reprises, dans
toutes les tribus composant les Keroplatidae.
Chez les Keroplatini, elle est particulièrement
manifeste chez Duretina (fig. 515), Euceroplatus
(fig. 523), Nauarchia (fig. 749) et Xenokeroplatus
(fig. 981), avec des états intermédiaires, comme
Rocetelion (fig. 900). Il s’agit d’une tendance
évolutive générale des Orfeliini, où elle semble
atteindre son apogée chez Cloeophoromyia. Chez
les Keroplatini la réduction du lobe cubital ne se
produit que chez Duretina, Xenokeroplatus et
Nauarchia.
A.4.2. Couleur
Si l’on met à part le cas du ptérostigma, qui
fait partie du plan de base des Diptères, et qui a
d’ailleurs disparu chez la plupart des Mycetophi-
loidea, il est évident que les taches alaires
colorées représentent des apomorphies. Chez les
Bibionomorpha, de véritables taches n’apparais¬
sent que chez les Mycetophiloidea ; encore ne
sont-elles pas communes, les ailes étant le plus
souvent grisâtres ou jaunâtres. L’étude de ces
taches dans la superfamille montre que l’état le
plus fréquent est une ombre, ou une ou plusieurs
taches, dans la région apicale ou subapicale. On
considérera donc que plus l’aile est fortement
tachée, et plus la coloration s’étend vers la base
de l’aile, plus sont état est apomorphe. Ainsi, des
marques grisâtres seront-elles tenues pour moins
apomorphes que des taches brunes ou noirâtres,
et une tache basale plus évoluée qu’une apicale.
Le blanc, lorsque les nervures sont également
blanches à son niveau, sera présumé lui aussi
apomorphe. La coloration normale des nervures
des Mycetophiloidea est en effet sombre, parfois
jaune, jamais blanche ; il est donc logique que le
blanc soit ici secondaire, et donc apomorphe.
Les ailes des Arachnocampinae ne sont jamais
colorées, mais l’état est fréquent chez les Macro¬
cerinae, où se distinguent surtout les Chiasmo-
neura (fig. 274-277, 291-296) et les Macrocera
(fig. 339-346). Chez ces derniers la couleur et la
disposition des taches permettent de reconnaître
sans hésitation des groupes de parenté, dont les
plus marqués sont celui de M. ephaemaeroformis
Alexander (pl. h.-t., 6, fig. 340, M. puncticosta
Edwards), avec sa marge antérieure jaune mar¬
qué de noir, qui regroupe des espèces afrotropi-
cales et orientales, et le groupe de M. ornata
Brunetti (fig. 341), formé de plusieurs espèces
orientales. Chez les Keroplatini, les ailes à marge
antérieure brune marquée de taches blanches
bien délimitées sont caractéristiques de certains
Ctenoceridion (fig. 506) et Heteropterna s. str.
(fig. 584-586). On trouve aussi des ailes vivement
maculées chez Euceroplatus (fig. 645-656), Neoce-
roplatus (fig. 759) et Placoceratias (fig. 822). Les
Orfeliini ne montrent pas, en général, de taches
aussi vives que chez les Keroplatini ou les
Macrocerini, mais il en existe de très bien
marquées, par exemple chez Tamborinea, Proce-
roplatus, Isoneuromyia, Lyprauta, etc. Certains
Neoditomyia ont des ailes presque entièrement
noirâtres, ce qui représente une forte déviation
du plan de base. La répartition des taches alaires
indique qu’elles sont apparues à de nombreuses
reprises, et en dehors de quelques cas bien
tranchés, comme ceux de Chiasmoneura, Cteno¬
ceridion et Heteropterna, ce caractère ne sera
guère utilisé qu’au niveau spécifique.
A. 4. 3. ClLIATION DE LA MEMBRANE
On sait depuis longtemps que le plan de base
de la membrane alaire des Diptères et des ordres
apparentés comprend un jeu de microchètes et
un jeu de macrochètes (Tillyard, 1918, 1919 ;
Edwards, 1926). Les macrochètes ont disparu à
plusieurs reprises chez les Nématocères, et dispa¬
raissent définitivement chez les Brachycères. En
ce qui concerne les Mycetophiloidea, ils sont
Source : MNHN, Paris
426
LOÏC MATILE
conservés chez les Ditomyiidae, les Diadoci-
diidae, certains Keroplatidae, tous les Myceto-
philidae Sciophilinae (sous-famille fondée sur ce
caractère, et donc sur une symplésiomorphie) et
certains Sciaridae.
Dans tous les groupes de Keroplatidae, il reste
presque toujours quelques macrochètes dressés,
au moins dans le champ anal ; plus ils occupe¬
ront une zone étendue, plus l’aile sera considérée
comme plésiomorphe sur ce point. En dehors de
ces macrochètes relictuels, on ne trouve d’aire à
macrotriches que chez les Macrocerini des genres
Angazidzia, Chiasmoneura, Paramacrocera s. str.,
et chez bon nombre de Macrocera. L’exemple
des deux derniers genres, où des espèces sont
pourvues de macrotriches et d’autres non, et
celui de Schlueterimyia et Kelneria, qui les ont
perdus respectivement dès le Crétacé et l’Eocène,
montre que leur disparition s’est produite à de
nombreuses reprises.
Les macrochètes subsistant sur la membrane
alaire sont fins et dressés, mais Colless (1966) a
signalé chez certaines espèces micronésiennes du
groupe Orfelia une modification de ces soies, qui
sont courbes, et plus nombreuses qu’il n’est de
règle. Colless classait ces espèces dans le genre
Neoplatyura ; j’en ai mentionné d’autres, du
même groupe, de Nouvelle-Calédonie, Papouasie-
Nouvelle-Guinée et Sulawesi 58.
A.4.4. Alule
D’après Hennig (1973), l’alule représente une
acquisition récente des Diptères. Elle est habi¬
tuellement absente ou peu développée chez les
Nématocères, à l’exception des Anisopodidae,
mais relativement grande chez les Brachycères.
La présence d’une alule séparée de l’aile par une
profonde incision alulaire représente donc une
apomorphie quand elle se manifeste chez les
Nématocères. C’est ce dernier état qui est le plus
fréquent chez les Mycetophiloidea, où il apparaît
chez les plus primitifs d’entre eux, les Dito¬
myiidae et les Diadocidiidae. Une incision alu¬
laire est toujours visible chez les Keroplatidae
Macrocerinae (fig. 32) et Keroplatinae (fig. 34),
les Mycetophilidae et les Sciaridae, sauf dans les
quelques genres ou espèces dont le lobe anal est
secondairement réduit : Xenokeroplalus chez les
Keroplatinae ; Phthinia, Baeopterogyna (femelle),
une espèce de Boletina (Vockeroth, 1981), chez
les Mycetophilidae ; Zygoneura, Pseudosciara et
quelques autres chez les Sciaridae (Steffan,
1981).
Seuls les Arachnocampinae (fig. 30) et les
Bolitophilidae montrent une alule quasi nulle,
non séparée du reste de l’aile par une incision
alulaire. La répartition du caractère chez les
Mycetophiloidea indique que selon toute proba¬
bilité l’alule distincte est une autapomorphie de
la superfamille, et que sa réduction est secon¬
daire chez Arachnocampa et les Bolitophilidae.
A. 4.5. Nervation
A.4.5.1. Tendances générales.
Parmi les tendances évolutives de l’aile des
Diptères, Hennig (1973) cite la « costalisation »,
c’est-à-dire la remontée vers le bord antérieur des
nervures radiales et médianes, et la réduction du
renforcement du bord anal de l’aile par recul de
la costale, qui dans le plan de base entoure
complètement l’aile ( cj . fig. 29). L’étude de son
beau travail de 1954 comme des autres données
sur les Diptères actuels et fossiles permet de
mettre en évidence d’autres tendances : ce sont
des disparitions de nervures, des captures, et
surtout des déplacements vers la base de l’aile,
que j’appellerai « basalisations » (les « apicali-
sations » existent aussi, mais semblent plus rares).
11 s’y ajoute des changements de direction des
nervures longitudinales et transverses : « trans-
versalisation » des nervures longitudinales et
« longitudinalisation » des nervures transverses.
Compte tenu des données fossiles, principale¬
ment sur les Pleciofungivoridae jurassiques, et de
celles fournies par les Mycetophiloidea actuels
les plus primitifs, Ditomyiidae et Diadocidiidae,
je présente figure 1104 le plan de base hypothé¬
tique de l’aile des Mycetophiloidea. L’énuméra¬
tion de ses composants donne les états plésio-
morphes suivants :
58. Avec d'autres, dépourvus de ces soies, mais fortement apomorphes sur le plan des genitalia mâles, elles méritent
sans doute un statut générique (Matile, 1988c).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
427
* Costale longue, dépassant le niveau de
l’apex de l’aile, mais non l’embouchure de R5.
* Sel allongée, mais ne dépassant pas le
milieu du bord costal.
* Sc2 présente, située après le milieu de Sel.
* Rs subverticale, proche du milieu de l’aile.
* RI longue, dépassant largement le milieu de
l’aile.
* R4 présente, longue, son apex proche de
celui de RI, et sa base proche de Rs, donc
R4+5 courte.
* Celule basale grande, divisée en deux par la
base du secteur médian, fermée à l’apex par
toutes les transverses.
* R5 se terminant sur la costale au-dessous du
niveau de l’aile (en réalité, cette nervure repré¬
sente la fusion de R5 et de la médiane antérieure,
fusion qui fait partie du plan de base des
Diptères).
* Pétiole de la fourche médiane long.
* Branches de la fourche médiane parallèles à
l’apex.
* Base du secteur médian présente, prolongée
jusqu’à la base de l’aile.
* M4 régulièrement et faiblement courbée
(rappelons que cette nervure résulte en fait de la
fusion de M4 et de Cula, partie du plan de base
des Diptères).
* Culb faiblement courbée.
* Cu2 longue et bien sclérifiée.
* Anale 1 prolongée jusqu’à la marge.
* Anale 2 présente et relativement longue.
* Transverse antérieure (ta) courte, peu oblique,
située avant la transverse basale.
* Transverse basale (tb) courte et subverticale.
* Transverse médiocubitale (meu) présente et
transversalisée.
1107
Fig. 1105-1107. — Ailes de : 1 105, Architipula clara Handl.
(Architipulidae) ; 1 106, Proloplasa filchii O. S. (Tanyde-
ridae) ; 1107, Pachyneura fasciata Zett. (Pachyneuridae).
D’après Hennig (1954), mod.
Les écarts à ce plan de base seront étudiés au
sujet de chacune de ces nervures. Parce que je
n’ai pu évoquer que brièvement ce problème
dans ma note de 1981 (Matile, 1981 a), je
montrerai cependant dès maintenant comment, à
partir des Diptères les plus primitifs, ont pu
évoluer ensemble les secteurs médian et cubital
pour aboutir à la nervation des Mycetophiloidea
actuels. Cet exposé donnera également des exem¬
ples des différentes tendances évolutives entrant
en jeu à l’intérieur de la superfamille comme des
Keroplatidae.
La figure 1108a montre ces secteurs et leurs
rapports avec le secteur basal postérieur chez un
Diptère très primitif de type Architipulidae,
comme Architipula, du Lias supérieur, dont la
nervation réelle est représentée figure 1105. La
cellule discale est présente, limitée en dehors par
la transverse postérieure (tp) et en dedans par la
base de M. Les nervures Ml et M2 forment
ensemble une fourche, de même que M3 et M4
+ Cula. La nervure R4 est en position basale,
tandis que meu est en position apicale. Les
Source : MNHN, Paris
428
LOÏC MATILE
Fig. 1108. — Reconstitution schématique des morphoclines ayant pu, à partir du type architipulidien, aboutir à la nervation
alaire des Mycetophiloidea. a : type architipulidien ; b : type tanydéridien ; c : type pachyneuridien ; d : type
ditomyiidien-diadocidiidien ; e : type kéroplatidien ; f : d°, état plus apomorphe ( Robsonomyia ). La direction des
nervures a été arbitrairement maintenue d’une figure à l’autre.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
429
flèches de la figure 1108 représentent les phéno¬
mènes de costalisation et de basalisation néces¬
saires pour arriver au type des Tanyderidae, les
plus primitifs des Diptères actuels, tels les Proto-
plasa (fig. 1106) : basalisation corrélée de la
fourche et de la transverse médiocubitales, costa¬
lisation de la base de cette fourche, dont la par¬
tie basale de M4 + Cula devient la transverse
basale. Le modèle tanydéridien est représenté fi¬
gure 1108 b.
On notera que dans cette figure et les suivan¬
tes, la direction générale des nervures longitudi¬
nales a été arbitrairement conservée comme sur
la première (fig. 1 108 a), de façon à ne mettre en
évidence que les modifications fondamentales :
aucune aile réelle ne conserve telle quelle cette
disposition. La structure des Pachyneuridae (fig.
1107), les plus primitifs des Bibionomorpha, est
atteinte par les séries de phénomènes suivants :
disparition de tp, avec fusion de M3 et M4 ;
costalisation du pétiole de la fourche médiane ;
basalisation de cette fourche et de la postérieure,
cette dernière étant accompagnée de mcu ; pour¬
suite de l’apicalisation de R4 ; affaiblissement
de la base du secteur médian (les étapes inter¬
médiaires n’ont pas été représentées ; on les
trouve cependant toutes dans les nervations de
familles actuelles ou fossiles). Le type pachyneu-
ridien ne comprend donc plus de cellule discale,
et les trois transverses ta, tb et mcu se sont
rejointes pour former l’apex de la cellule basale
(fig. 1108 c). Ce type est déjà proche de celui des
Mycetophiloidea actuels les plus primitifs, les
Ditomyiidae et certains Diadocidiidae, qui est
atteint par la simple poursuite des morphoclines :
apicalisation de R4, basalisation de la fourche
médiane et costalisation de son pétiole, dispari¬
tion de la base du secteur médian, auxquels
s’ajoute un début de transversalisation de mcu
(fig. 1 108 d).
Une évolution un peu plus poussée de ces
morphoclines amène directement aux Keropla-
tidae (fig. 1 1 08 e) : la costalisation du pétiole de
la fourche médiane aboutit à la disparition de la
transverse ta et à la capture du pétiole par R4 +
5, formant ainsi la fusion radiomédiane carac¬
téristique de cette famille. Ce modèle es celui de
la grande majorité des Keroplatidae. De nom¬
breuses variations sont possibles à partir de ce
type, dont celle représentée figure 1108 f, qui
correspondrait par exemple aux Macrocerinae
du genre Robsonomyia (fig. 423), où R4 a
disparu, la fusion radiomédiane s’est allongée, le
pétiole de la fourche cubitale s’est effacé, tandis
que tb et mcu sont alignées et presque longitudi¬
nales.
À partir du type diadocidiidien, plusieurs
morphoclines ont pu donner naissance à la lignée
Bolitophilidae + Mycetophilidae + Lygistorrhi-
nidae + Sciaridae. La première étape, commune à
tous, serait du type des Diadocidiidae du genre
Pterogymnus, ou plus exactement d’un « pr ë-Ptero-
gymnus » hypothétique à longitudinalisation nette¬
ment moins poussée que dans ce genre. Peu
différente du modèle diadocidiidien, l’apicalisation
de R4 y est accentuée, et surtout la longitudinalisa¬
tion des transverses tb et mcu (fig. 1109 a).
Culb--" Q
I
Fig. 1109. — Reconstitution schématique des morphoclines
ayant pu, à partir du type ditomyiidien-diadocidiidien,
aboutir à la nervation alaire des Bolitophilidae. a : type
ditomyiidien-diadocidiidien ; b : premier type bolitophili-
dien ; c : deuxième type bolitophilidien. La direction des
nervures a été arbitrairement maintenue d’une figure à
l’autre.
430
LOÏC MATILE
Les phénomènes ultérieurs impliquent tous la
longitudinalisation des transverses. Celle de tb
seulement aboutit au type bolitophilidien (fig.
1109b); elle s’accompagne d’une costalisation
de la base de M4 + Cula, qui s’insère sur mcu au
lieu de Culb. Chez certaines espèces de Bolito-
phila, cette costalisation se poursuit par la
capture de la base de M4 + Cula par la trans¬
verse tb, aboutissant ainsi à la formation d’une
« fausse » fusion radiomédiane, non homologue
de celle des Keroplatidae puisqu’elle intéresse tb,
et non Rs (fig. 1109 c).
Le type mycétophilidien est obtenu par une
longitudinalisation partielle de ta et tb et une
transversalisation de Rs, accompagnées de la
capture de M4 + Cula par Culb, avec dispari¬
tion concomitante de mcu (fig. 1110 b). La
variante sciaridienne suit les mêmes lignes, mais
la longitudinalisation de ta et tb est totale, et la
capure de M4 + Cula par Culb n’implique que
l’extrême base de ces nervures (fig. 1 1 10c). Enfin,
le type lygistorrhinidien peut être atteint à par¬
tir de l’un ou l'autre des modèles précédents.
Il implique l’intervention d’une basalisation
extrême de Rs, ta et tb, ces dernières confondues
en une seule section par la disparition de la base
du pétiole de la fourche médiane ; la base de
M4 + Cula disparaît également (fig. 1110 d).
L'étude des grandes lignes de cette évolution
montre combien les morphoclines de basalisa¬
tion, costalisation, transversalisation et longitu¬
dinalisation sont importants pour la compréhen¬
sion de la nervation alaire des Mycetophiloidea.
Fig. 1110. — Reconstitution schématique des morphoclines ayant pu, à partir d’un type diadociidien « pr è-Pterogymnus »,
aboutir à la nervation alaire des familles les plus évoluées des Mycetophiloidea. a : type diadocidiidien ; b : type
mycétophilidien ; c : type sciaridien. La direction des nervures a été arbitrairement maintenue d’une figure à l’autre.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
431
A.4.5.2. Costale.
Dans le plan de base des Diptères, la nervure
costale entoure complètement l’aile (fig. 29).
Lorsque ce n’est pas le cas, cette nervure se
termine un peu au-dessous de l’apex de l’aile, et
l’on notera qu’aucune forme fossile ou actuelle
ne montre d’intermédiaire entre les deux : la
disparition du secteur costal postérieur a dû se
produire d’un seul coup. Chez les Diptères à
costale incomplète, une tendance générale, apparue
à maintes reprises, est celle du raccourcissement de
cette nervure, dont l’apex « remonte » le long du
bord externe de l’aile, pour se confiner à la
marge antérieure, puis à une partie de celle-ci
seulement. Plus la costale sera courte, plus elle
Fig. 1111. — Morphoclines de basalisation de R4 et de
costalisation de RI et R5.
sera donc considérée comme apomorphe. Ce
morphocline est illustré figure 1111.
Chez les Keroplatidae, l’état le plus plésio-
morphe est celui des Arachnocampinae (fig. 31,
252). Un état fortement apomorphe, avec la
costale n’occupant pas toute la longueur de la
marge antérieure de l’aile, se rencontre chez les
Macrocerinae du genre Chiasmoneura (fig. 268,
285, 209), et surtout chez certains Keroplatini :
Keroplatus (fig. 35) et à un moindre degré
Mallochinus (fig. 739). Il est présent aussi chez
certains Orfeliini (groupes Truplaya et Tambo-
rinea).
A. 4. 5. 3. Sous-costale.
Le raccourcissement de la sous-costale est
également une tendance évolutive très générale
chez les Diptères, dans le plan de base desquels
elle dépasse largement le milieu de l’aile (fig. 29).
Les Mycetophiloidea du Secondaire montrent
déjà une sous-costale abrégée, ne se prolongeant
guère au-delà de la base du secteur radial. L’état
le plus plésiomorphe à cet égard semble être celui de
certaines espèces de Rhaetofungivoridae (prémycé-
tophiloïdes à secteur radial trifurqué), tels que
Rhaetofungivora subcos talis Rohdendorf (fig. 1112),
mais on notera que d’autres espèces du même
genre, comme Rh. reticulata Rohd., montrent
déjà une sous-costale raccourcie. Chez les Myce¬
tophiloidea jurassiques comme Antefungivora, la
sous-costale ne dépasse pas, ou très peu, la base
de Rs. Dans les formes actuelles, cette nervure
s’est fortement raccourcie à plusieurs reprises,
puisque cet état de caractère existe chez certains
Ditomyiidae (où, de plus, elle est libre à l’apex),
chez les Diadocidiidae, des Keroplatidae, des
Sciaridae, la plupart des Lygistorrhinidae (c/.
fig. 1003-1006, 1008) et de nombreux Mycetophi-
lidae, en particulier tous les Mycetophilini.
Au sein des Keroplatidae, la sous-costale
demeure le plus souvent longue, peu éloignée du
milieu de l’aile (p. ex. Arachnocampa, fig. 31 ;
Macrocera, fig. 33 ; Keroplatus, fig. 35). On
observe cependant une forte réduction de la
sous-costale chez les Macrocerinae des genres
Angazidzia (fig. 259), Chiasmoneura (fig. 268,
285, 309), Chiasmoneurella (fig. 326), Paramacro-
cera s. str. (fig. 374), Vockerothia (fig. 394) et
même le genre fossile Kelneria (fig. 401) ; la
courte sous-costale de Srilankana est effacée à
Source : MNHN, Paris
432
LOÏC M ATI LE
l’apex (fig. 429). Cet état est surtout fortement
prononcé chez Robsonomyia (fig. 423), où l’apex
de la nervure a même été capturé par la base de
R, ce qui représente bien entendu une forte
apomorphie 59.
Fig. 1112-1113. — Ailes de : 1112, Rhaelofungivora sub-
coslalis Rohd. (Rhaetofungivoridae) ; 1113, Transversiple-
cia transversinervis Rohd. (Pleciofungivoridae).
Fig. 1112 d’après Rohdendorf (1964), mod. ; fig. 1113
d’après Rohdendorf (1962), mod.
La réduction de la sous-costale n’est pas si
courante chez les Keroplatinae. On ne l’observe
chez les Keroplatini que dans le genre Nauarchia
(fig. 749), et chez quelques genres d 'Orfeliini tels
que Macrorrhyncha et Pyratula, où elle est libre à
l’apex, Micrapemon et Monocentrota. La sous-
costale des Keroplatidae peut donc se raccourcir
en demeurant liée à la costale, ou bien la radiale
peut en capturer l’apex. Elle peut aussi se
terminer librement, cette modification du plan de
base s’accompagnant ou non d’une réduction de
longueur. Le cas ne se présente ni chez les
Arachnocampinae, ni chez les Macrocerinae, ni
chez les Keroplatinae Keroplatini , mais il existe
chez les Orfeliini, où la sous-costale est libre non
seulement chez Macrorrhyncha et Pyratula, comme
on l’a dit plus haut, mais aussi chez Antlemon et
Apyrtula, où elle n’est cependant pas fortement
abrégée, au contraire des genres précédents. En
résumé, on tiendra compte pour cette nervure
des apomorphies suivantes :
* Sel courte, se terminant avant l’apex de la
cellule basale.
* Sel libre à l’apex.
* Sel se jetant sur la radiale.
A.4.5.4. Transverse sous-costale.
En ce qui concerne cette nervure, j’ai con¬
servé la nomenclature traditionnelle « Sc2 »,
mais Hamilton (1972 a) affirme qu’il s’agit en
réalité d’une transverse radio- sous-costale.
D’après cet auteur, l’interprétation de la sous-
costale comme une nervure bifurquée ne provient
que de l’étude du trajet des trachées chez les
Plécoptères, où un rameau adventice de la sous-
costale pénètre dans une transverse costale.
McAlpine (1981) nomme cette nervure «trans¬
verse sc-r », et ajoute que l’étude de ce problème
n’a guère d’importance en systématique : on n’a
aucune preuve de l’existence d’une véritable
nervure Sc2 chez les Diptères, et par conséquent
autant n’y faire aucune référence.
Rohdendorf (1946, 1962 et seq.), le seul à
nous informer sur les Mycetophiloidea du Secon¬
daire, n’a pas observé, ou a négligé d’observer,
cette nervure (Matile, 1981 a). On notera toute¬
fois dans la détermination de sa nature l’impor¬
tance d’un fossile décrit par cet auteur. Il s’agit
de Transversiplecia transversinervis, Pleciofungi¬
voridae jurassique qui montre une transverse
radiocostale distincte à proximité de l’apex de Sel
(fig. 1113) : une légère basalisation de cette
transverse aboutirait de toute évidence à une
radio-sous-costale, ce qui serait naturellement en
faveur de l’hypothèse de Hamilton. Quoi qu’il en
soit de la véritable nature de « Sc2 », sa position
59. La sous-costale paraît se jeter sur la radiale chez certains Mycetophilidae ; dans le cas de quelques Mycomyinae, et
sans doute du Sciophilinae Synapha, cet aspect correspond en fait à une disparition de l’apex de la nervure, avec persistance de
Sc2 à ce niveau.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
433
plésiomorphe, telle qu’elle nous est montrée par
exemple chez les Tipulomorpha, est à l’apex de
Sel. Sa tendance à la basalisation, puis à la
disparition, est parfaitement évidente. Sc2 ne
conserve sa position apicale que chez de rares
Mycetophilidae, notamment les Mycomyinae, où
Sel demeure longue. Chez les Sciophilinae, sa
position subapicale semble ne résulter que d’un
raccourcissement de Sel.
Chez les Keroplatidae actuels, Sc2 est toujours
en position sub-basale ; elle est déjà fortement
basalisée chez le genre tertiaire Kelneria (fig.
401). En ce qui concerne le fossile crétacé
Schlueterimyia, seul l’apex de Sel est conservé,
mais il persiste une section importante de la base
de R (fig. 432). Aucune amorce de Sc2 n’y est
visible, ce qui indique que cette transverse devait
se situer au plus au niveau du premier tiers de R
(fig. 433). La transverse Sc2 a disparu à de
multiples reprises chez les Mycetophiloidea, où
les Ditomyiidae l’ont déjà perdue. Présente chez
les Arachnocampinae, elle est absente chez tous
les Macrocerinae sauf Hesperodes (fig. 332),
Kelneria (fig. 401) et Macrocera (fig. 33). De
même, beaucoup de Keroplatini en sont dépour¬
vus : certains Cerotelion et beaucoup d 'Heterop-
terna, Ctenoceridion (fig. 498), Hikanoptilon (fig.
642), Mallochinus (fig. 739), Nauarchia (fig. 749),
Neoceroplatus (fig. 758), Rocetelion (fig. 900),
Setostylus (fig. 917), Tergostylus (fig. 946), Tolle-
tia (fig. 971) et Xenokeroplatus (fig. 981). La
tendance s’exprime aussi chez les Orfeliini, où
Sc2 disparaît chez Burmacrocera, Orfelia, Pyra-
tula, Rypatula, etc. La répartition de ce carac¬
tère, qui peut être dans son état plésiomorphe ou
dans son état apomorphe au sein du même genre,
montre que la disparition de Sc2 est une ten¬
dance évolutive très fréquente dans la famille et
hautement soumise au parallélisme.
A.4.5.5. Base de la radiale.
L’état plésiomorphe de la base du secteur
radial (Rs) est une nervure oblique et entière,
comme il ressort de toute évidence de l’examen
des formes fossiles et de la plupart des formes
actuelles. Sa transversalisation, telle qu’elle se
présente dans le genre Neoceroplatus (fig. 758),
représente donc un état apomorphe. La nervure
Rs a fréquemment subi aussi un phénomène plus
ou moins poussé de longitudinalisation. C’est
notamment le cas chez beaucoup de Macroce¬
rinae (p. ex. Chiasmoneura, fig. 268, 285, 309), et
de nombreux Keroplatini, où cette tendance est
manifeste, et la plus prononcée chez Paracerote-
lion (fig. 813) et Placoceratias (fig. 821). Les
Orfeliini y sont moins sujets, mais des genres
comme Cloeophoromyia, Neoantlemon et Tru-
playa montrent une longitudinalisation partielle.
Chez les Macrocerinae, Rs peut assez fréquem¬
ment être interrompue à la base : Chiasmoneura
du sous-genre Synesotyla (fig. 309), Srilankana
(fig. 429), et même le fossile cénomanien Schlue¬
terimyia (fig. 548) et, chez les Keroplatini, Xeno¬
keroplatus (fig. 981), mais je ne l’ai pas observé
chez les genres d 'Orfeliini examinés. Rs peut
aussi s’affaiblir sur toute sa longueur, son trajet
n’étant plus marqué que par une trace. C’est le
cas chez le Macrocerinae Robsonomyiini Micrepi-
mera (fig. 416), et chez les Keroplatinae Keropla¬
tini Nauarchia (fig. 749) et Toile tia (fig. 971), Rs
étant de plus particulièrement abrégée chez ce
dernier genre. Un état intermédiaire s’observe
chez certains Chiasmoneura du sous-genre Pro-
chiasmoneura (fig. 292). La tendance à l’affaiblis¬
sement de Rs est manifeste dans des groupes très
variés d'Orfeliini.
A.4.5.6. Radiale antérieure.
Chez les Diptères actuels les plus primitifs
comme chez les formes fossiles du Secondaire, la
radiale antérieure (RI) dépasse largement le
milieu de l’aile. En ce qui concerne les Myceto¬
philoidea, la plupart des Pleciofungivoridae et
des Pleciomimidae montrent cette nervure se
jetant sur la costale au niveau du dernier tiers de
celle-ci, encore que certains d’entre eux possè¬
dent déjà une radiale antérieure plus courte, mais
dépassant quand même le milieu de l’aile, comme
Pleciofungivora major Rohdendorf. Dans le plan
de base de la superfamille (fig. 1104), j’ai donc
représenté la radiale antérieure se terminant
environ au niveau des deux tiers de la longueur
de l’aile. Plus cette nervure sera courte, plus elle
sera tenue pour apomorphe, (c/. Matile, 1979 a,
au sujet de Kelneria). Il en ira de même pour sa
costalisation.
On observe un net raccourcissement de RI
chez les Macrocerinae de la tribu des Robsono-
Source : MNHN, Paris
434
LOÏC MATILE
myiini, où cette nervure se termine vers le milieu
de l’aile ( Micrepimera , fig. 416; Srilankana, fig.
429), un peu avant le milieu de l’aile ( Robsono -
myia, fig. 423, ou nettement avant {Kelneria, fig.
401). Il n’est jamais si prononcé chez les Macro-
cerini, ni chez les Keroplatini, où l’état le plus
apomorphe se réalise chez Xenekeroplatus (fig.
981), où RI dépasse quand même le milieu de
l’aile. Il en va de même chez les Orfeliini, mais
certains genres tels qu’Antriadophila, Laurypta et
Lyprauta ont RI ne dépassant pas le milieu de
l’aile.
A.4.5.7. Pétiole de la fourche radiale.
Chez les Pleciofungivoridae du Secondaire, le
pétiole de la fourche radiale (R4+5), se termine
le plus souvent à peu de distance de l’apex de RI,
parfois avant celui-ci ; c’est aussi l’état des
Ditomyiidae actuels. La longueur de R4 + 5 est
liée à l’évolution de R4, qui sera étudiée plus
loin, et je me bornerai à dire ici que plus R4 + 5
sera longue, plus elle sera considérée comme
apomorphe : le morphocline est illustré figure
1111. Comme il s’agit d’un caractère clinal peu
susceptible d’être nettement subdivisé, j’ai fixé les
limites de sa prise en compte à l’état où ce pétiole
est plus long que R5 (apomorphie), ou inférieur
d’un tiers au moins à cette longueur (plésiomor-
phie). Le caractère n’entre bien entendu pas en
jeu chez les Arachnocampinae et les genres de
Macrocerinae et de Keroplatinae dépourvus de
la petite radiale (R4), puisqu’il n’est plus possible
d’y distinguer les territoires relevant de R4 + 5 ou
de R5.
L’état le plus plésiomorphe est visible chez
les Macrocerinae des genres Chiasmoneurella
(fig. 326), Paramacrocera (fig. 374, 385), Vocke-
rothia (fig. 394), Kelneria (fig. 401) et Srilankana
(fig. 429) ; il est un peu plus évolué chez
Schlueterimyia (fig. 432-433). La quasi-totalité
des Keroplatini possède l’état apomorphe, seul
Euceroplatus (fig. 523) montrant une nervure
R4 + 5 un peu plus courte que R5. C’est aussi le
cas chez les Orfeliini, mais la nervure R4 + 5 y est
un peu plus souvent courte, notamment chez
Platyura et Palaeoplatyura.
A.4.5.8. Petite radiale.
Bien que la plupart des auteurs ayant étudié
les Mycetophiloidea considèrent cette nervure
comme représentant le quatrième rameau de la
radiale (R4), McAlpine (1981) et Vockeroth
(1981) le tiennent comme étant R2 + 3. L’examen
du fossile mésozoïque Rhaetofungivora (fig. 1112)
permet sans doute de comprendre l’évolution de
la petite radiale : chez les prémycétophiloïdes, R4
est d’abord située vers l’apex de l’aile, entre
R2 + 3 et R5. Rappelons que cette nervure est
primitivement longitudinale et à insertion basale,
comme par exemple chez Architipula (fig. 1105)
Fig. 1114-1116. — Partie antérieure de l’aile des Pleciofun¬
givoridae : 1114, Eopachyneura trisectoralis Rohd. ; 1115,
Pleciofungivorella binerva Rohd. ; 1116, Eohesperinus mar-
tynovi Rohd.
D’après Rohdendorf (1962), mod.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
435
et Protoplasa (fig. 1106) : elle s’est par con¬
séquent apicalisée (et donc raccourcie) et légère¬
ment costalisée pour aboutir à la structure de
Rhaetofungivora. La nervure R2 + 3 se basalise
ensuite, accompagnée dans ce mouvement par
R4, comme le montrent bien d’autres Pleciofun-
givoridae comme Eopachyneura (fig. 1114) et
Pleciofungivorella (fig. 1115); ce déplacement
s’accompagne d’un début de transversalisation.
Enfin, R2 + 3 disparaît et R4 prend sa place,
comme chez Eohesperinus (fig. 1116), Archihespe-
rinus ou les Palaeopleciidae. Cette nervure aurait
donc subi chez les Diptères primitifs, d’abord
une apicalisation, puis une transversalisation —
basalisation.
La condition primitive des Mycetophiloidea
est donc R4 relativement longue, oblique, son
apex proche de celui de R 1 , et sa base proche de
Rs, comme illustré sur le plan de base de leur
nervation (fig. 1104). L’étude de cette nervure
chez les représentants fossiles et actuels de la
superfamille montre qu’elle est ensuite soumise à
deux morphoclines (fig. 1111). Le premier inté¬
resse la base de R4, qui poursuit son apicalisa¬
tion, tandis que le second, au contraire, est
représenté par la poursuite de la basalisation de
l’apex. Le jeu simultané de ces déplacements
entraîne la transversalisation et le raccourcisse¬
ment de la nervure, éventuellement la capture de
son apex par RI.
J’ai déjà montré (Matile, 1962) comment R4,
transversalisée, se rapprochait de Rs pour finale¬
ment disparaître, au sein d’une même espèce de
Mycetophilidae, Speolepta leptogaster (Winnertz).
Ce morphocline de basalisation, puis de dispari¬
tion, est commun chez les Mycetophilidae, et
notamment les Mycomyinae. Chez les Keropla-
tidae, cependant, il n’est jamais représenté par
des formes intermédiaires : il existe des genres où
R4, courte, se termine sur RI à proximité de son
apex, et des genres où R4 a disparu, mais on n’a
pas encore observé de morphocline semblable à
celui de Speolepta. L’état le plus plésiomorphe de
la petite radiale, tel qu’il existe chez les Dito-
myiidae, ne se présente jamais chez les Keropla-
tidae, et même Schlueterimyia a une R4 courte,
quoiqu’encore fortement oblique (fig. 432).
Les états successivement apomorphes de R4
chez les Keroplatidae sont donc les suivants :
* R4 longue, oblique, son apex éloigné de
celui de RI.
* R4 courte, peu oblique, son apex proche de
RI.
* R4 courte, transverse, se jetant sur RI.
* R4 absente.
Tous les Arachnocampinae sont dépourvus de la
nervure R4. J’ai déjà fait remarquer (Matile,
1981 a) que chez Arachnocampa, la nervure R5
restait fort éloignée de RI, donc en position
plésiomorphe, comme on le verra plus loin,
tandis que la disparition de R4 représentait une
forte apomorphie. Compte tenu de ceci, il paraît
probable que la disparition de R4 dans ce genre
s’est produite il y a fort longtemps, et probable¬
ment pas suivant les modalités exposées plus
haut : l’absence de R4, alors que R5 demeure en
position primitive, représenterait alors une auta-
pomorphie du genre.
Bon nombre de Macrocerinae montrent encore
un état relativement plésiomorphe : Chiasmoneu-
rella (fig. 326), Hesperodes (fig. 332), Macrocera
(fig. 33), Paramacrocera (fig. 374, 385) et Vocke-
rothia (fig. 394), mais par contre R4 disparaît
souvent dans cette sous-famille : Angazidzia (fig.
259), Chiasmoneura (fig. 268, 285, 309), Micrepi-
mera (fig. 416) et Robsonomyia (fig. 423). On
remarquera que cette nervure disparaît aussi
chez certaines espèces de Macrocera, voire sur
certains spécimens la possédant normalement : il
s’agit donc bien d’une tendance évolutive de la
sous-famille, susceptible de se manifester à plu¬
sieurs reprises. En ce qui concerne les Keropla-
tini, ils montrent tous un état relativement
apomorphe. R4 ne disparaît jamais, mais elle se
termine sur RI chez Keroplatus (fig. 35) et
Neoceroplatus (fig. 758). Quant aux Orfeliini,
R4 y est très variable, allant de l’état allongé et
oblique de Palaeoplatyura, Planarivora et Neo-
ditomyia, à une courte transverse se terminant
sur la radiale (chez Rhynchoplatyura, Platyura,
Maborfelia, Micrapemon ), ou enfin nulle ( Cheto -
neura, Trigemma, certains Tylparua).
A.4.5.9. Radiale postérieure.
L’étude des Mycetophiloidea fossiles comme
des familles actuelles les plus primitives, tels que
les Ditomyiidae, montre sans équivoque que la
nervure radiale postérieure (R5), dans son état
plésiomorphe, est largement séparée de RI et se
termine vers l’apex de l’aile (c/. fig. 1112-1116).
C’est ce qui a été représenté dans le plan de base
Source : MNHN, Paris
436
LOÏC MATILE
de la superfamille (fig. 1104). La nervure R5 60
demeure en position plésiomorphe non seule¬
ment chez les Ditomyiidae, mais aussi chez les
Bolitophilidae, les Arachnocampinae, des Myce-
tophilidae tels que les Mycomyinae et certains
Sciaridae. L’étude de cette nervure dans la
superfamille montre qu’à partir de cet état, elle
est soumise à un morphocline de costalisation
qui n’a pu que se présenter à plusieurs reprises,
et dans lequel son apex remonte le long du
bord externe de l’aile, l’ensemble se rappro¬
chant de plus en plus de RI et parallèlement à
cette nervure. Ce morphocline est représenté
figure 1111.
L’état le plus apomorphe est bien distinct chez
Keroplatus (fig. 35), où R5 se termine très
largement avant l’apex de l’aile. Chez Macrocera
(fig. 33), l’apex de R5 est proche de l’apex
de l’aile, mais fortement costalisé. C’est aussi le
cas d’autres Macrocerinae, comme Hesperodes
(fig. 332), Micrepimera (fig. 416) et Robsonomyia
(fig. 423). Sur ce point, Schlueterimyia (fig. 432-
433) est lui aussi relativement apomorphe.
R5 se termine avant l’apex de l’aile chez tous
les Keroplatini, mais la costalisation demeure
modérée, le cas le plus prononcé étant celui de
Xenokeroplatus (fig. 981). Le caractère est très
variable chez les Orfeliini, les fortes costali-
sations n’étant pas rares, et particulièrement
avancées dans le couple Nicholsonomyia-Tambo-
rinea (fig. 1128-1129).
La nervure R5 se basalise le plus souvent
avant la costale, ce qui fait que chez la majorité
des Keroplatidae cette dernière nervure dépasse
plus ou moins l’apex de R5, vers l’extrémité de
l’aile. Cet état sera tenu pour d’autant plus
plésiomorphe que la costale dépassera davantage.
Lorsque les deux nervures évoluent ensemble, il
n’y a pas dépassement costal, et cet état sera
considéré comme apomorphe. Un tel état évolué
ne se présente, chez les Macrocerinae, que dans
le genre Hesperodes (fig. 332). La costale dépasse
très légèrement R5 chez les Keroplatini du genre
Hikanoptilon (fig. 642), un peu plus chez Kero¬
platus (fig. 35) et Paracerotelion (fig. 813), mais
elle n’est jamais exactement interrompue au
niveau de R5 dans cette tribu de Keroplatinae.
Ce dernier cas se produit toutefois chez les
Orfeliini des genres Nicholsonomyia et Tambori-
nea (fig. 1128-1129), tandis que la costale se
prolonge très peu au-delà de R5 chez plusieurs
genres : Asindulum, Ralytupa, Taulyrpa, Tru-
playa, etc.
A.4.5.10. Fusion radiomédiane et transverse an¬
térieure.
On a vu dans les tendances générales de la
nervation des Mycetophiloidea comment la fusion
radiomédiane (frm) s’était formée par capture de
la base du pétiole de la fourche médiane et
disparition de la transverse antérieure (ta) (fig.
1108); il est parfaitement évident, dans ces
conditions, que plus la fusion radiomédiane est
longue, plus elle est dans un état apomorphe. Ce
caractère a aussi été évoqué au sujet de la
monophylie de l’ensemble Macrocerinae + Kero¬
platinae, qui possèdent presque tous une fusion
radiomédiane. La présence d’une telle fusion chez
certains Ditomyiidae ( Ditomyia , Nervijuncta) a été
interprétée comme une convergence et le cas de
Palaeoplatyura, dépourvu de fusion radiomé¬
diane, a été considéré a priori comme une
régression.
Le début du morphocline est représenté par le
Macrocerinae Chiasmoneurella (fig. 326) et Y Orfe¬
liini Asynaphleba (fig. 1117), chez lesquels sub¬
siste un embryon de transverse antérieure (il n’est
pourtant pas exclu qu’il s’agisse ici aussi d’une
régression à partir de l’état punctiforme). L’étape
suivante nous est démontrée par quelques Macro¬
cerinae à fusion radiomédiane punctiforme :
beaucoup de Chiasmoneura (fig. 268, 276, 291-
296, 309, 314-316), Micrepimera (fig. 416) et
Srilankana (fig. 429). Cet état de caractère existe
aussi chez les Orfeliini du genre Neoantlemon.
Son étape ultime est réalisée chez les Orfeliini du
genre Plautyra, ou frm est aussi longue que la
nervure R4 + 5 (fig. 1118), et surtout Rhynchopla-
tyura, où elle est plus longue que cette nervure.
Certains Isoneuromyia montrent aussi frm sub¬
égale à R4 + 5. Mis à part le cas du genre
Asynaphleba, aucun Keroplatinae ne possède de
fusion radiomédiane punctiforme, mais ils présen¬
tent tous les intermédiaires entre une fusion très
courte et une fusion dépassant plusieurs fois la
longueur du pétiole de la fourche médiane (p. ex.
60. Bien entendu, pour les auteurs qui interprètent la petite radiale comme R2 + 3, le rameau postérieur est considéré
comme R4 + 5, et non R5 (McAlpine, 1981 ; Vockeroth, 1981).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
437
Nauarchia, fig. 749) ; il n’existe cependant pas
d’intermédiaires entre ce dernier cas et celui de
Plautyra.
Sc RI R 4
Fig. 1117-1118. — Ailes de : 1117, Asynaphleba slucken-
bergi Mat.; 1118 : Plautyra macilenta (Lynch Arrib.).
La longueur de la fusion radiomédiane peut
varier légèrement au sein d’une même espèce
(voir p. ex. Chiasmoneura anthracina de Meijere,
p. 148), et assez fortement au sein d’un même
genre, où ces différences servent souvent à ca¬
ractériser les espèces. À la fois variable et clinal,
ce caractère sera donc surtout pris en compte au
niveau spécifique, au niveau générique seulement
quand il présentera des états extrêmes.
A.4.5.11. Transverses basale et médiocubitale.
Les deux sections de nervure reliant M2 + 3
sont classiquement considérées comme formant
une seule transverse indifféremment nommée
transverse basale (Hennig, 1954) ou trans¬
verse médiocubitale (McAlpine, 1981). Dans
le présent travail, j’ai utilisé le nom de trans¬
verse basale (tb) pour la section comprise entre
M2 + 3 et M4 + Cula, et celui de transverse
médiocubitale (mcu) pour celle reliant M4 + Cula
à Culb. Il convient d’expliquer ici pourquoi je me
suis écarté de l’usage.
Si l’on examine le secteur médiocubital d’un
Tipulomorpha très primitif tel qu’ Architipula, du
Lias supérieur (fig. 1105, 1108 a), on constate
qu’il n’existe qu’une seule transverse en plus de
la transverse postérieure (tp), qui ferme la cellule
discoïdale ; il s’agit de celle reliant le pétiole de la
fourche M3 - M4 + Cula à Culb. C’est celle que
je nomme médiocubitale. La nervation tanydé-
ridienne (fig. 1108 b), où la fourche M3 -
M4 + Cula s’est basalisée, montre que la base
de M4 + Cula s’est transversalisée, formant une
deuxième transverse, celle que j’ai appelée trans¬
verse basale ; la même structure s’observe par
exemple chez Rhaetofungivora (fig. 1112).
Après Tillyard (1919), Hennig (1954) a
suggéré que la transverse « basale » (ou «médio¬
cubitale ») des Diptères représentait peut-être en
fait la base de la fourche de M4 ou de Cula mais
jamais, à ma connaissance, a-t’on émis l’hypo¬
thèse que les deux sections de cette nervure
étaient de nature différente : une « fausse »
transverse (tb) et une « vraie » (mcu). Cette
hypothèse demande à être fondée sur une étude
de la nervation des Nématocères fossiles et
actuels beaucoup plus approfondie que celle que
je puis entreprendre dans le cadre du présent
travail. On se bornera pour le moment à consi¬
dérer que la division de cette transverse en deux
sections, tb et mcu, est basée sur des raisons
purement topologiques : elles sont effectivement
séparées l’une de l’autre par la « base » de
M4 + Cula61. L’examen des figures 1108 et 1109
montre que les tendances de ces transverses sont
à la basalisation, à la longitudinalisation et à
l’allongement, l’angle qu’elles forment s’atté¬
nuant progressivement pour arriver à l’aligne¬
ment dans le sens longitudinal. Une exception
notable est celle des Bolitophilidae, où mcu
échappe à ces phénomènes (fig. 1109). Par
conséquent, plus tb et mcu seront proches de la
base et de l’horizontale, et plus elles seront
alignées, plus elles seront tenues pour apo-
morphes.
À l’exception d 'Hesperodes (fig. 332), tous les
61. Chandler (sous presse) adopte une tout autre interprétation, et considère que ce que j’ai appelé « tb » chez les
Bolitophilidae représente en réalité la continuation de la base de la médiane ; la véritable transverse basale serait celle que j’ai
appelée médiocubitale. C’est aussi l’opinion de Vockeroth (1981).
Source : MNHN, Paris
438
LOÏC MATILE
Macrocerinae montrent une nette évolution vers
la longitudinalisation et l’alignement, auxquels
s’ajoute un effacement très sensible chez les
Robsonomyiini (fig. 416, 423, 429), sauf chez le
fossile Kelneria (fig. 401). Par contre, tous les
Keroplatini montrent l’état plésiomorphe : les
deux nervures courtes et formant un angle
prononcé. Seuls font exception Neoceroplatus
(fig. 758) et, à un moindre degré, Paracerotelion
(fig. 813) et Setostylus (fig. 917). Tolletia représente
un état fortement apomorphe, très particulier, où
les deux transverses sont réduites, alignées et très
basalisées (fig. 971). On remarque un autre écart
du plan de base, et donc une apomorphie, chez
Euceroplatus (fig. 523), où tb est punctiforme. La
tendance à l’alignement et à la longitudinalisa¬
tion n’est pas rare chez les Orfeliini, par exemple
chez Neoantlemon, Nicholsonomyia, Truplaya,
certains Isoneuromyia, etc.
Les deux sous-genres $ Arachnocampa représen¬
tent un cas très à part en ce sens que tb, alignée
avec mcu et subverticale, a perdu ses rapports
avec la transverse antérieure, rapports existants
chez tous les Mycetophiloidea actuels et fossiles
chez lesquels ta s’est conservée. Chez Arachno-
campa s. str. (fig. 31), tb et mcu sont proximales
à ta, tandis que c’est l’inverse chez Compara, où
elles sont distales (fig. 252). Il semble qu'il y ait
eu ici basalisation le long de la base du secteur
médian, ou au contraire apicalisation le long du
pétiole de la fourche médiane, mcu « suivant » tb
dans l’un et l’autre cas. Cette rupture de la
liaison avec la transverse antérieure représente
un écart notable du plan de base des Mycetophi¬
loidea, et à ce titre peut être considérée comme
une apomorphie s’étant exprimée dans deux
directions.
A.4.5.12. Base de la médiane.
L’affaiblissement ou la perte de la base de la
médiane (M) fait partie du plan de base des
Mycetophiliformia (Hennig, 1954), mais cette
section de nervure persiste cependant plus ou
moins nettement chez certains d’entre eux, ce qui
constitue naturellement une plésiomorphie. C’est
le cas des Bolitophilidae, et de quelques Keropla-
tidae, dont surtout les Arachnocampinae, où
cette nervure est aussi bien développée que le
reste des nervures basses (fig. 30-31, 252). Chez le
Macrocerinae du Crétacé Schlueterimyia, M est
déjà réduite à une trace n’atteignant pas l’apex
de la cellule basale (fig. 432-433), mais plu¬
sieurs Macrocerinae actuels ont conservé un état
plus plésiomorphe, particulièrement Hesperodes
(fig. 332) et Vockerothia (fig. 394), chez lesquels
M est peu affaiblie à l’apex ( Hesperodes ), ou pas
du tout ( Vockerothia), et débouche véritablement
sur la transverse basale, qui fait même un angle
plus ou moins prononcé à ce niveau, comme chez
les Keroplatinae Orfeliini du genre fossile et
actuel Palaeoplatyura.
Cet état de caractère existe aussi chez certaines
espèces de Macrocera (les synonymes Promacro-
cera Speiser, Promacrocera Armbruster et Fende-
romyia Shaw ont été en partie fondés sur lui),
mais il n’est jamais aussi prononcé que dans les
deux genres précédents : il y a toujours dans ces
cas un affaiblissement apical de M, qui ne se jette
pas vraiment sans discontinuité sur tb (c/. fig. 35,
268). La base de la médiane est présente à l’état
de trace chez tous les autres Macrocerinae sauf
Robsonomyia (fig. 423). Srilankana (fig. 429)
représente un cas particulier : la base de la
médiane, incomplète proximalement comme chez
les autres Macrocerinae à M réduite, a été
capturée par Rs, visiblement épaissie sur son
trajet. Cette capture, en tant que phénomène
inhabituel de réduction du secteur basal de la
médiane, représente une apomorphie relative.
Au contraire des Arachnocampinae et des
Macrocerinae, la base de la médiane ne persiste
que rarement chez les Keroplatinae. En ce qui
concerne les Keroplatini, M est nette, bien qu’in¬
complète, chez Cerotelion (fig. 440) ; elle est
courte et fine chez Ctenoceridion (fig. 498),
absente dans tous les autres genres. Le cas n’est
pas fréquent non plus chez les Orfeliini, où M
n’est très distincte, on l’a dit, que chez Palaeo¬
platyura. Elle est indiquée par un pli scléri-
fié coupant la cellule basale en deux chez cer¬
tains Isoneuromyia, chez Platyura, Schizocyttara
et le couple Nicholsonomyia + Tamborinea (c/.
fig. 1128-1 129) ; sa trace persiste cependant chez
bon nombre d’autres genres non étroitement
apparentés.
A.4.5.13. Fourche médiane.
Pétiole. — L’examen des prémycétophiloïdes
et des Mycetophiloidea du Secondaire montre
que le pétiole de la fourche médiane est le plus
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
439
souvent à peu près de la même longueur que ses
branches ( cf '. fig. 1112). Cependant, ce pétiole est
fréquemment plus court, comme chez certains
Pleciomimidae ( Antefungivora ) et la plupart
des Pleciofungivoridae. Si j’ai proposé un pétiole
à peu près aussi long que la fourche dans le
plan de base de la nervation des Mycetophiloidea
(fig. 1 104), il est cependant évident que ce pétiole
a pu se raccourcir très tôt, et à de nombreuses
reprises. La très grande majorité des Keropla-
tidae possèdent un pétiole très court, représen¬
tant moins du quart de la longueur des branches
de la fourche, et sont donc apomorphes sur ce
point, comme d’ailleurs beaucoup de Mycetophi-
lidae, les Sciaridae étant ici demeurés fortement
plésiomorphes. La longueur du pétiole de la
fourche médiane par rapport à ses branches varie
de façon clinale, et l’on ne l’utilisera que dans les
cas de raccourcissement ou d’allongement pro¬
noncés.
Le premier de ces cas est celui du Keroplatini
Paracerotelion (fig. 813), qui est donc ici apo-
morphe ; le même état existe chez les Orfeliini des
genres Platyura, Plautyra, Pyrtulina, Rhyncho-
platyura. Le pétiole est demeuré long chez le
Macrocerinae Micrepimera (fig. 416), Schlueteri-
myia (fig. 432-433) étant sur ce point intermé¬
diaire entre ce genre et les autres Macrocerinae.
L’effacement du pétiole de la fourche médiane
est un phénomène peu fréquent chez les Keropla-
tidae ; lorsqu’il se produit, il intéresse aussi la
base des branches de la fourche. Cette tendance
évolutive s’observe chez certains Macrocerinae
du genre Chiasmoneura (sous-genre Chiasmo-
neura s. str., fig. 268), et chez les Keroplatini
du genre Xenokeroplatus (fig. 981). Elle n’est pas
rare chez les Orfeliini, mais il y subsiste toujours
des traces distinctes du pétiole.
Branches. — La principale modification des
branches de la fourche médiane porte sur leur
interruption, soit basale, soit apicale. L’inter¬
ruption apicale de la branche antérieure de
la fourche médiane (Ml) ne se produit ni chez
les Arachnocampinae ni chez les Macrocerinae.
Elle s’observe nettement chez les Keroplatini
des genres Hikanoptilon (fig. 642), Keroplatus
(fig. 35) et Neoceroplatus (fig. 758), moins visible¬
ment chez les Heteropterna du sous-genre Scro-
bicula (fig. 630). L’interruption basale de la
branche antérieure se rencontre chez les Chias¬
moneura s. str. et les Xenokeroplatus, comme on
l’a dit au sujet de l’effacement du pétiole ; les
Orfeliini des genres Apyrtula, Antlemon et Ly-
prauta, à un moindre degré Orfelia, montrent
aussi cette apomorphie.
L’interruption de la branche postérieure de la
fourche (M2 + 3) avant la marge de l’aile est plus
courante que celle de la branche antérieure.
Comme dans les cas précédents, il s’agit bien
entendu d’une apomorphie d’autant plus pro¬
noncée que la nervure sera interrompue sur une
plus grande distance. Ce phénomène n’intéresse
pas non plus les Arachnocampinae et les Macro¬
cerinae. En ce qui concerne les Keroplatini, il
affecte les genres Ctenoceridion (fig. 498, 506),
Euceroplatus (fig. 523, 537-541), Heteropterna
(fig. 548, 630), Hikanoptilon (fig. 642), Keroplatus
(fig. 35), Mallochinus (fig. 739), Neoceroplatus
(fig. 758), Placoceratias (fig. 821) et Tergostylus
(fig. 946). Le cas où les deux branches de la
fourche sont effacées avant la marge est bien
entendu le plus apomorphe ( Keroplatus , Hika¬
noptilon, Neoceroplatus). L’interruption apicale
de M2 + 3 n’est pas rare non plus chez les
Orfeliini : Cloeophoromyia, Plautyra (fig. 1118),
Truplaya, Xenoplatyura, etc. Par contre, l’inter¬
ruption basale de cette nervure est peu fréquente.
Dans les groupes étudiés, elle n’intéresse qu’une
seule espèce de Macrocerini du genre Chias¬
moneura, Ch. anthracina de Meijere (fig. 268),
et deux genres de Keroplatini, Neoceroplatus
(fig. 758) et Toile tia (fig. 971).
Une modification beaucoup plus rare de la
fourche médiane est la convergence de ses deux
branches à l’apex : cet état de caractère, encore
une fois, ne se présente que chez les Keroplati-
nae : Duretina (fig. 515) chez les Keroplatini, et
quelques Orfeliini tels que Tamborinea, Tylparua,
certains Isoneuromyia et Asindulum, et surtout les
Neoplatyura australiens à macrochètes mem¬
branaires longs et courbes mentionnés p. 426 {cf.
Colless, 1966, fig. 2a).
Seront donc considérés comme apomorphes
les états de caractères suivants de la fourche
médiane :
* Pétiole de la fourche effacé.
* Pétiole de la fourche interrompu.
* Base de Ml interrompue.
* Apex de Ml interrompu.
* Base de M2 + 3 interrompue.
* Apex de M2 + 3 interrompu.
* Ml et M2 + 3 convergentes.
Source : MNHN, Paris
440
LOÏC MATILE
A.4.5.14. Rameau postérieur de la médiane.
Comme les précédentes, cette nervure, qui
représente en réalité M4 + Cula “, peut être
effacée à la base et à l’apex. L’effacement basal
est une tendance évolutive typique des Macroce-
rinae, où il s’accompagne le plus souvent d’un
infléchissement de la base de la nervure vers
Cul b. Effacement et infléchissement vont de
pair chez les Macrocerini des genres Angazidzia
(fig. 259), Chiasmoneura (fig. 268, 285, 309),
Chiasmoneurella (fig. 326), et Paramacrocera s.
str. (fig. 374), ainsi que chez tous les Robsono-
myiini (fig. 401, 416, 423, 429), et même chez le
plésion Schlueterimyia (fig. 432-433). Dans les
rares genres de Macrocerini restants, M4 + Cula
n’est pas interrompue mais quand même inflé¬
chie vers Cul b, sauf chez Vockerothia (fig. 394),
ce qui empêche de considérer cette déviation du
plan de base comme une autapomorphie des
Macrocerinae (Matile, 1982b). L’interruption
basale de la nervure, courante comme on l’a vu
chez les Macrocerinae, est rare au contraire chez
les Keroplatinae. Elle n’affecte que deux genre de
Keroplatini : Neoceroplatus (fig. 758) et Tolletia
(fig. 971), et quelques genres d 'Orfeliini comme
Lyprauta, Pyrtulina et les Neoplatyura australa-
siens (cf. p. 426).
Ni les Arachnocampinae ni les Macrocerinae
ne montrent d’interruption apicale de M4 +
Cula. Celle-ci n’est pas rare chez les Keropla¬
tinae : elle se présente, plus ou moins prononcée,
chez les Keroplatini des genres Euceroplatus
(fig. 523), Keroplatus (fig. 35), Placoceratias
(fig. 821) et surtout Neoceroplatus (fig. 758),
ainsi que chez certaines espèces d ’ Heteropterna
(fig. 586). Le caractère est courant chez les
Orfeliini : Plautyra (fig. 1118), Ralytupa, Pyr¬
tulina, Truplaya, Cloeophoromyia, etc.
A.4.5.15. Rameau postérieur de la cubitale anté¬
rieure.
Dans son état plésiomorphe, la branche pos¬
térieure de la cubitale antérieure (Cul b) est
entière et peu courbée (voir le plan de base des
Diptères, fig. 29). L’état peu courbé est le plus
répandu chez les formes fossiles (p. ex. fig. 1105)
et chez les familles actuelles primitives (p. ex.
les Tanyderidae, fig. 1106, les Pachyneuridae,
fig. 1107), mais les mycétophiloïdes du Secon¬
daire montrent déjà, parfois, une nervure Cul b
fortement recourbé à l’apex vers la base de l’aile
(Mesosciophila, Rhaetofungivora, fig. 1112). Cette
courbure apicale est donc apparue très tôt, et
très souvent. On n’en tiendra donc compte que
lorsqu’elle s’écartera très nettement de l’aspect
général de cette nervure chez les Keroplatidae.
C’est le cas des Macrocerinae des genres Chias¬
moneura (fig. 268, 285, 309), des Keroplatini
des genres Duretina (fig. 515) et Hikanoptilon
(fig. 642), ainsi que de quelques Orfeliini tels que
les Neoplatyura australasiens.
Comme pour les branches de la fourche mé¬
diane, l’interruption apicale de Cul b ne se
présente jamais chez les Arachnocampinae et les
Macrocerinae. Chez les Keroplatini, outre Neoce¬
roplatus (fig. 758), elle ne se produit que chez
Keroplatus (fig. 35). Chez les Orfeliini, cette
nervure est nettement interrompue avant la
marge chez Apyrtula et Pyrtulina, moins large¬
ment chez Neoplatyura et Truplaya. Je ne con¬
nais pas de cas d’interruption basale de Cul b.
A.4.5.16. Cubitale postérieure.
Entière dans le plan de base des Diptères ( cf
fig. 29; Architipulidae, fig. 1105; Tanyderidae,
fig. 1106; Pachyneuridae, fig. 1107), la cubitale
postérieure (Cu2) n’atteint jamais la marge de
l’aile chez les Mycetophiloidea du Secondaire où
elle est observable, ni même d’ailleurs chez
d’autres Bibionomorpha fossiles encore plus plé-
siomorphes, comme les Protoligoneuridae (Roh-
dendorf, 1962). C’est pourquoi l’aspect de l’apex
de cette nervure, figuré en pointillé par Rohden-
dorf (1946) chez Mesosciophila venosa Rohd. ne
correspond sans doute pas à la réalité. Dans le
plan de base des Mycetophiloidea (fig. 1 104), je
l’ai donc figurée s’interrompant un peu avant
la marge de l’aile. Cette nervure s’est raccourcie
à plusieurs reprises chez les Mycetophiloidea
actuels, puisqu’elle est courte chez les Diadoci-
62. Comstock (1918) recommande de ne jamais faire référence à M4 chez les Diptères. Cette nervure n'est jamais
indépendante dans cet Ordre. D'après McAlpine (1981), sa convexité indique qu’elle appartient au secteur cubital ; Byers
(1989) est d’une opinion contraire. Comme je l’ai expliqué plus haut, je n’ai utilisé M4 que pour faciliter la référence à Hennig
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
441
diidae, courte ou longue chez les Keroplatidae,
les Sciaridae et les Mycetophilidae (très rac¬
courcie, notamment, chez les Mycetophilinî). Sa
longueur n’a donc pas une très grande impor¬
tance phylogénétique.
Chez les Keroplatidae, l’état le plus fortement
plésiomorphe s’est conservé chez les Arachno-
campa du sous-genre Compara (fig. 252) et les
Keroplatini du genre Placoceratias (fig. 821). En
règle générale, Cu2 est courte chez les autres
Keroplatidae. Elle l’est particulièrement chez
Chiasmoneurella (fig. 326) pour les Macrocerini,
Micrepimera (fig. 416) et Robsonomyia (fig. 423)
pour les Robsonomyiini, Cerotelion (fig. 440),
Tergostylus (fig. 946) et surtout Xenokeroplatus,
où elle est vraiment rudimentaire (fig. 981), pour
les Keroplatini. Chez les Orfeliini, Cu2 est par¬
ticulièrement longue (plésiomorphe) chez des
genres par ailleurs fortement évolués comme
Rhynchoplatyura et Nicholsonomyia ; elle est for¬
tement abrégée chez quelques autres genres :
Antlemon, Lutarpya, Macrorrhyncha, Neoantle-
mon, Pyrtulina et Rypatula.
A.4.5.17. Anale.
Comme pour les nervures précédentes, l’anale
(Al) est prolongée jusqu’à la marge de l’aile dans
son état plésiomorphe. Son interruption apicale
est extrêmement commune chez les Mycetophi-
loidea, et peut aller jusqu’à la disparition totale,
comme chez la plupart des Lygistorrhinidae.
Chez les Arachnocampinae, Al est entière
chez Arachnocampa s. str. (fig. 31) et largement
effacée chez Compara (fig. 252). Chez les Macro-
cerinae, cette nervure atteint la marge, ou est
interrompue peu avant, dans la plupart des
genres. Elle est nettement raccourcie chez Chias-
moneura s. str. (fig. 268), Paramacrocera s. str.
(fig. 374), certains Macrocera ( M . pulchra Tonn.,
kaingangi Lane) et Micrepimera, où elle ne
subsiste qu’à l’état de trace (fig. 416). Les fossiles
de l’ambre de la Baltique appartenant au genre
Kelneria démontrent la première étape du mor-
phocline d’effacement : Al est largement effacée
à l’apex, mais son trajet est jalonné par ses
macrochètes (fig. 401). Le plus souvent, les
Keroplatini montrent eux aussi une nervure anale
complète ou brièvement effacée, mais Al est
fortement abrégée chez Hikanoptilon (fig. 642) et
Neoceroplatus (fig. 758), très fortement chez
Toile tia (fig. 971), tandis qu’elle est véritablement
rudimentaire chez Xenokeroplatus (fig. 981). Ce
cas d’extrême réduction existe aussi dans plu¬
sieurs genres d 'Orfeliini : Antlemon, Apyrtula,
Pyrtulina et Tylparua, tandis qu’on observe une
large interruption chez Laurypta, Lyprauta, Ma¬
crorrhyncha, Micrapemon, Neoditomyia, Orfelia,
Pyratula, Rhynchoplatyura et Rypatula. Bien
entendu, plus Al sera réduite, plus elle sera
considérée comme apomorphe, mais la réparti¬
tion du caractère montre que sa réduction a été
largement soumise au parallélisme.
A.4.5.18. Axillaire.
Cette nervure (A2, Ax) est elle aussi complète
dans le plan de base des Diptères (fig. 29), mais
elle est déjà réduite chez des Nématocères primi¬
tifs comme Protoplasa (fig. 1106), et chez des
Bibionomorpha peu évolués comme les Pachy-
neuridae (fig. 1 107) ; c’est aussi le cas, pour
autant que l’on puisse en juger, chez les prémycé-
tophiloïdes et les mycétophiloïdes du Secondaire
(c/. fig. 1112), avec cette restriction que le lobe
postérieur de l’aile en est la partie la plus fragile,
et a pu ne pas se conserver intégralement.
La nervure axillaire est réduite ou absente chez
tous les Mycetophiloidea, et n’est mentionnée ici
que pour souligner l’état particulièrement plésio¬
morphe d’ Hikanoptilon (fig. 642 ; la courte «ner¬
vure » entre Al et A2 est une sclérification
secondaire correspondant à un pli), Mallochinus
(fig. 739) et Platyroptilon (fig. 846). Encore
s’agit-il d’un caractère à variation clinale, qui
sera donc peu utilisable.
A.4.5.19. Cellule basale.
Dans son plan de base, la cellule basale
de l’aile des Diptères est relativement grande
puisque, limitée à l’origine par Rs et les trans¬
verses ta et tb, et divisée en deux par la base
de M, elle s’étend jusqu’à la cellule discoïdale
(fig. 29). La réduction progressive de cette cellule
par basalisation des transverses ressort à l’évi¬
dence du travail de Hennig (1954) comme de
l’étude des tendances générales de la nervation
menée pages 426 à 430. La cellule basale des
Keroplatidae est de taille grande ou moyenne,
mais quelques genres présentent une forte réduc-
Source : MNHN, Paris
442
LOÏC MATILE
tion : Kelneria, Robsonomyia et Srilankana chez
les Macrocerinae Robsonomyiini (fig. 401, 416,
423, 429), et surtout Tolletia chez les Keropla-
tinae Keroplatini (fig. 971). Cet état de caractère
sera bien entendu tenu pour apomorphe.
A.4.5.20. Ciliation des nervures.
Tillyard (1918, 1919) a fait remarquer que
dans le complexe panorpoïde les formes les plus
primitives de chaque ordre portaient des macro-
chètes sur les principales nervures longitudinales,
tandis que les transverses en étaient dépourvues
(c’est l’un des critères par lesquels il affirme la
nature longitudinale de la « transverse médiocu-
bitale» de Comstock, 1918, chez les Diptères).
Edwards (1926) souligne cependant que lors¬
qu’une nervure longitudinale se transversalisé,
elle peut perdre ses macrochètes et, inversement,
que lorsqu’une transverse se longitudinalise, elle
peut en acquérir (Edwards cite ici le cas des
Sciaridae). Quoi qu’il en soit, il est clair que
la situation plésiomorphe de la ciliation des
nervures longitudinales est un jeu dorsal et un
jeu ventral de macrochètes. Il ne semble pas que
les auteurs ayant abordé le problème de la
ciliation des nervures se soient beaucoup inté¬
ressés à la face ventrale de l’aile, probablement
parce que sur cette face les nervures portent
beaucoup moins de macrochètes que sur la face
dorsale. Son étude chez les Keroplatidae a
cependant révélé quelques faits intéressants.
En effet, les Arachnocampinae et les Keropla-
tinae Keroplatini se distinguent des autres Kero¬
platidae par le fait que chez eux toutes les
nervures sont dénudées à la face ventrale, sauf la
costale. Il existe deux exceptions chez les Kero¬
platini, Placoceratias, où la base de la sous-
costale et la fusion radiomédiane sont ciliées
ventralement, ainsi que Rs dans le groupe longi-
manus, et surtout Hikanoptilon, qui porte des cils
ventraux sur Sc, frm, R4 + 5 et R5. Ces deux
genres sont donc sur ce plan fortement plésio-
morphes.
La situation de la face ventrale des nervures
chez les Macrocerinae est très variable, aucune
d’entre elles n’étant dénudée, ou ciliée, chez tous
les genres composant la sous-famille. Cependant,
si l’on examine la répartition par tribus, on
constate que RI, R4 + 5 et R5 sont dénudées à la
face ventrale chez tous les Robsonomyiini actuels.
La très grande majorité des Orfeliini montre au
moins R5 ciliée ventralement ; il est rare que
toutes les nervures soient dénudées à la face
ventrale (certains Isoneuromyia), mais autant que
je puisse en juger par les sondages effectués, les
nervures basses (médianes, cubitales et anales)
sont toujours dénudées.
En ce qui concerne la face dorsale des ner¬
vures, RI, R4 + 5 et R5 sont presque toujours
ciliées. Les quelques exceptions sont représentées
chez les Keroplatini par Tergostylus, où la cilia¬
tion dorsale de R4 + 5 peut se réduire à quelques
cils apicaux, et Xenokeroplatus, où R4+5 est
ciliée ou dénudée sur la moitié basale selon les
espèces, et R5 toujours entièrement dépourvue
de macrochètes. La sous-costale est le plus
souvent dénudée dorsalement aussi bien que
ventralement, mais des Macrocerinae tels que
Paramacrocera et Chiasmoneurella, le Keropla¬
tini Hikanoptilon, YOrfeliini Palaeoplatyura, ont
une sous-costale entièrement ciliée, tandis que
d’autres genres montrent au moins quelques cils
apicaux. Les nervures basses sont nues à la face
dorsale chez la quasi-totalité des Keroplatini,
à l’exception de quelques cils sur Cul b chez
certains Heteropterna, et sur l’anale chez les
genres Cerotelion, Ctenoceridion, Hikanoptilon et
quelques Keroplatus, l’anale étant plus largement
ciliée chez Mallochinus, Rocetelion et certains
Setostylus. La condition est très variable chez
les Orfeliini, mais la dénudation dorsale des
nervures basses est l’état le plus courant.
La distribution des macrochètes des nervures
alaires des Keroplatidae indique qu’en dehors
d’une tendance générale à la dénudation dorsale
des nervures basses, les pertes de ciliation ont été
très nombreuses. On considérera que moins une
nervure porte de macrochètes, plus elle est dans
un état apomorphe, mais il est évident que ce
type de caractère ne peut permettre de proposer
de synapomorphies bien significatives.
A.4.6. Réduction alaire
Hackman (1964) définit les Insectes brachyp-
tères comme ceux à ailes nettement réduites, ne
permettant pas le vol, mais sur lesquelles les
nervures radiales sont encore distinctes. Les
sténoptères ont des ailes longues et très étroites,
à nervures antérieures bien marquées, et les
microptères possèdent des ailes rudimentaires à
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
443
nervures généralement effacées. Les aptères ne
possèdent au plus que de petites « écailles » au
niveau des ailes.
Chez les Mycetophiloidea, les cas de réduction
alaire n’ont longtemps été connus que chez
divers Sciaridae ( Allopnyxia , Epidapus, Hyper-
lasion, Pnyxia...). En dehors de cette famille, on
ne connaissait aucun Mycetophiloidea à ailes
réduites63, jusqu’à ce que Vockeroth (1972)
décrive le genre Baeopterogyrta, du Yukon et de
l’Alaska, retrouvé ensuite en Hongrie (Matile,
1975a). Chez ce Mycetophilidae Sciophilinae, le
mâle a des ailes normales, tandis que la femelle
est sténoptère, avec la médiane simple et la
fourche postérieure réduite à Culb (fig. 1119).
La découverte par Davies et Dreux de la
femelle de l’espèce antarctique Macrocera croze-
tensis Colless m’a ensuite permis de signaler
le premier Keroplatidae brachyptère (Matile,
1975b ; cf. fig. 348-350). Comme chez Baeoptero-
gyna, l’aile du mâle est normale, tandis que celle
de la femelle est réduite, le secteur médian
n’étant plus représenté que par une trace apicale,
M4 largement effacée, ainsi que Culb, mais Cu2
et l’anale encore distinctes (fig. 1120). Lors d’une
mission en République populaire du Congo, j’ai
récolté une femelle sténoptère d’un Mycetophi¬
lidae Mycomyinae pour laquelle j’ai établi le
genre Moriniola (Matile, 1976b), dont l’aile a
perdu son champ anal et les nervures M4 et R4
(fig. 1122). Un autre Mycetophilidae sténoptère,
appartenant cette fois aux Leiinae, a été décrit
d’Amérique du Nord par Vockeroth (1981);
chez cette espèce, le sténoptérisme affecte les
deux sexes, ce qui est tout à fait exceptionnel. Il
s’agit d’un Boletina (genre dont les autres repré¬
sentants ont des ailes normales), chez lequel le
sténoptérisme est un peu moins prononcé que
chez la femelle de Moriniola (fig. 1121). Contrai¬
rement à Baeopterogyna et à Macrocera crozeten-
sis, les deux dernières espèces ne montrent pas de
resserrement des nervures longitudinales le long
du bord costal, ni la réduction du champ
médian ; à ce titre, elles sont nettement moins
apomorphes. Enfin, j’ai reçu de mon collègue et
ami J. R. Vockeroth des échantillons d’un genre
encore inédit d 'Orfeliini, du Népal, dont les
mâles sont normalement ailés, mais les femelles
totalement aptères (fig. 1123); en dehors des
Sciaridae, il s’agit du premier Mycetophiloidea à
présenter ce phénomène.
La réduction alaire fait donc partie des possi¬
bilités évolutives non seulement des Mycetophi¬
loidea, mais aussi des Keroplatidae ; c’est pour¬
quoi j’ai tenu à traiter brièvement ce point, bien
qu’il n’entre pas en jeu dans les analyses phy¬
logénétiques du présent travail.
On sait depuis longtemps que la perte de la
fonction du vol est une réponse adaptative à des
1120
SC RI
Fig. 1119-1122. — Réduction alaire chez les Mycetophiloi¬
dea : 1119, Baeopterogyna nudipes Vock. ; 1120, Macrocera
crozetensis Colless; 1121, Boletina sp. ; 1122, Moriniola
grilloti Mat.
Fig 1119-1120 d’après Matile (1975b) ; fig. 1121 d’après
Vockeroth (1981), mod. ; fig. 1 122 d’après Matile (1976b).
63. Le genre Pnyxia , autrefois classé dans les Mycetophilidae Leiinae, appartient aux Sciaridae ; les genres à femelles
aptères introduits dans les «Mycetophilidae» par Venturi (1970) appartiennent eux aussi à cette famille.
Source : MNHN, Paris
444
LOÏC MATILE
pressions sélectives dont les principales, lorsqu’il
ne s’agit pas de parasitisme, de commensalisme,
de phorésie ou de colonisation de milieux parti¬
culiers comme les grottes ou les terriers, sont le
vent et le froid (Bezzi, 1916; Brauns, 1938;
Hackman, 1964; Byers, 1969; Mani & Gid-
dings, 1980; Brunhes & Dufour, 1984). Cette
pression sélective a sûrement joué pour M.
crozetensis et le nouveau genre du Népal, l’un
antarctique, l’autre montagnard. On aurait pu
penser qu’il en irait de même pour Baeoptero-
gyna, découvert dans le Grand Nord américain,
si ce genre n’avait été retrouvé à basse altitude en
Hongrie. La femelle de l’espèce hongroise n’est
pas encore connue : elle pourrait être normale¬
ment ailée, sinon l’espèce représente sans doute
une « relique » glaciaire. Vockeroth ne donne
pas la localité de ses Boletina sténoptères. Le cas
le plus curieux est certainement celui de Mori-
niola, capturé dans le massif forestier congolais
du Mayombe, et donc à basse altitude. Les larves
connues des Mycomyinae tropicaux tissent leurs
toiles sur ou sous les carpophores des Champi¬
gnons et les adultes sont tous normalement ailés ;
on peut se demander quelle niche écologique
inattendue, où joueraient de fortes pressions
sélectives, peuvent bien occuper les Moriniola.
Fig. 1123. — Femelle aptère d’un genre inédit d 'Orfeliini
du Népal.
A.5. Préabdomen
J’ai déjà donné dans la Partie morphologique
(p. 61) le plan de base du préabdomen des
Keroplatidae : cylindrique, comptant huit seg¬
ments non modifiés chez le mâle, sept chez
la femelle. Segment I plus court que le II,
segments II-VII subégaux, chez le mâle le VIII
plus court que le VIL Sept stigmates abdomi¬
naux. Soies abdominales indifférenciées. On a
aussi discuté, au sujet des Lygistorrhinidae et
des Sciaridae (p. 379), le fait que la membrane
intersegmentaire thoraco-abdominale n’englobait
pas le métanotum.
Le préabdomen du Keroplatidae le plus ancien
connu, Schlueterimyia cenomanica, montre bien
ce plan de base où le segment VIII, entièrement
visible, est déjà raccourci, le tergite l’étant davan¬
tage que le stérilité (fig. 435). L’état du fossile ne
permet pas de distinguer les stigmates, ni les
stemites I à IV, plaqués contre leurs tergites.
En ce qui concerne les stigmates, ceux-ci sont le
plus souvent aussi invisibles sur les exemplaires
conservés à sec ; je n’ai pas voulu ajouter à la
mutilation d’exemplaires dont il fallait déjà
éclaircir la tête et les genitalia, et les données
concernant les stigmates seront par conséquent
limitées aux espèces pour lesquelles je dispose de
spécimens en alcool : elles n’auront donc valeur
que de sondage.
La discussion qui suit la description du pré¬
abdomen chez Arachnocampa, chez Macrocera
et chez Keroplatus (p. 63) a mis en évidence
quelques écarts du plan de base : réduction des
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
445
segments V à VIII et du sternite I, perte de la
première paire de stigmates, développement en
hauteur des segments II à IV. Nous y ajouterons
ici d’autres caractères de forme, de couleur et de
ciliation du préabdomen tout entier, ainsi que de
réduction des segments basaux et terminaux.
A.5.1. Forme
On a vu que le plan de base des Keroplatidae,
et des Nématocères en général, comprenait un
préabdomen allongé, cylindrique et étroit ; c’est
la condition la plus répandue dans le sous-ordre.
La tendance générale au raccourcissement est
évidente dans tout l’ordre des Diptères, comme
l’a souligné Mc Alpine (1981). Selon cet auteur,
ce raccourcissement a lieu par coalescence des
segments basaux, réduction ou coalescence des
segments terminaux, rétraction télescopique des
segments terminaux dans les segments basaux,
flexion vers le bas et l’avant des segments
terminaux, ou encore par combinaison de ces
différents processus. Tous les Keroplatidae ont
conservé un abdomen allongé, avec toutefois un
segment I le plus souvent plus petit que les
suivants et un télescopage plus ou moins pro¬
noncé du segment VIII dans le VII (mâle) ou
dans les genitalia (femelle). Le préabdomen peut
encore subir d’autres modifications, étudiées suc¬
cessivement ci-dessous.
A. 5. 1.1. Aplatissement dorsoventral.
Chez les Arachnocampinae, l’abdomen est
grêle et cylindrique, donc dans son état plésio-
morphe. C’est aussi le cas le plus répandu chez
les Macrocerinae, mais les segments peuvent
parfois être élargis et aplatis dans cette sous-
famille. C’est le cas de Chiasmoneura (dont le
préabdomen est plus court que chez les autres
genres) et de Chiasmoneurella, genres où tous les
segments sont aplatis. Un état intermédiaire est
réalisé chez Hesperodes, Robsonomyia et Srilan-
kana, dont les premiers segments abdominaux
sont subcylindriques et les suivants aplatis.
Le préabdomen des Keroplatini est beaucoup
plus fréquemment aplati. C’est le cas chez Cero-
telion (fig. 436), Ctenoceridion, Hikanoptilon,
Mallochinus, Paracerotelion, Setostylus et Ter-
gostylus. L’état intermédiaire, avec les seg¬
ments I et II cylindroconiques et les suivants
aplatis, est réalisé chez Heteropterna et Neoce-
roplatus. L’aplatissement des segments préabdo¬
minaux peut affecter les femelles seulement ; c’est
ce qui se produit chez Euceroplatus, Heterop¬
terna, Placoceratias, Platyroptilon, Xenokeropla-
tus et, à un moindre degré, Tergostylus. Si
l’aplatissement dorsoventral du préabdomen re¬
présente sans nul doute une apomorphie, la
répartition de ce caractère et sa nature cli-
nale obligent à l’utiliser avec précaution. Cette
apomorphie est courante chez les Orfeliim, dans
des genres non étroitement apparentés comme
Orfelia et Platyura M.
A. 5. 1.2. Aplatissement latéral.
Cet écart du plan de base n’est mentionné ici
que pour mémoire, car il s’agit d’une tendance
évolutive propre aux Keroplatinae Orfeliini. Elle
affecte notamment le groupe Cloeophoromyia,
formé outre ce genre de Truplaya, Urytalpa et
Fig. 1124-1125. — Pétiolation de l’abdomen chez les Orfe¬
liini : 1124, Truplaya ; 1125, Urytalpa.
Fig. 1124 d’après Matile (1978c).
64. Ce dernier nom générique vient évidemment de cet état de caractère.
Source : MNHN, Paris
446
LOÏC MATILE
Xenoplatyura, dont elle représente I’autapomor-
phie (Matile, 1978c). Chez ces genres, l’apla¬
tissement latéral du préabdomen est corrélé
avec une croissance en hauteur des tergites
postmédians, ce qui lui donne un aspect pétiolé
(fig. 1124). Il s’accompagne aussi d’une courbure
ventrale plus ou moins prononcée des segments
terminaux, qui peut atteindre plus de 90° chez
certains mâles d 'Urytalpa (fig. 1125), et d’un
certain développement en hauteur des stemites
postmédians. J’ai déjà fait remarquer (Matile,
Fig. 1126-1127. — Modifications de l’abdomen chez les
Orfeliini : 1126, Lapyruta ; 1127, Tamborinea.
Fig. 1127 d’après Matile (1981d).
1978c) que l’abdomen de Lapyruta fasciventris
(Williston) avait lui aussi une forme pétiolée,
provenant de modifications d’un autre type. Il
s’agit chez ce genre d’une expansion corrélée des
faces latérales des tergites et des sternites mé¬
dians (fig. 1126). Une structure analogue existe
aussi chez certains Isoneuromyia mimétiques
d’Hyménoptères, comme le néotropical I. sesii-
formis (Edwards), où l’aspect pétiolé du pré¬
abdomen vient de ce que l’expansion des ster¬
nites n’affecte pas les deux premiers.
A. 5. 1.3. Expansion latéroventrale.
Une autre tendance évolutive du préabdomen,
propre aux Orfeliini, se présente chez certaines
autres espèces mimétiques d’Hyménoptères. Il
s’agit de deux espèces australiennes, Nichol-
sonomyia vespiformis Tonnoir et Tamborinea
commoni Matile et de deux espèces orientales,
Isoneuromyia polybioides (Edwards) et une espèce
inédite du même genre, mimétique d’Ichneumo-
nide. Chez ces espèces, les tergites forment des
expansions latérales qui se replient au-dessus des
sternites, élargissant ainsi les segments médians
de l’abdomen, dont le pétiole est formé par les
segments basaux non ou peu modifiés. Cet aspect
est celui des Isoneuromyia mentionnés plus haut
et de Tamborinea (fig. 1127). La poursuite du
morphocline est démontrée par Nicholsonomyia,
où les expansions latérales des tergites III-V du
mâle sont particulièrement développées, donnant
au préabdomen une forme d’abord longuement
pétiolée, puis ovoïde, tout à fait caractéristique
des Vespides (fig. 1 128). La femelle, quant à elle,
mime plutôt les Ichneumonides, l’élargissement
tergal étant apical (fig. 1129).
Un seul des taxa étudiés dans cette monogra¬
phie présente un phénomène comparable, Kero-
platus tipuloides Bosc, dont on a déjà dit que par
son comportement et son habitus il minait les
Guêpes du genre Polistes (pl. h.-t., 4). Le
préabdomen de la femelle de K. tipuloides montre
une croissance latérale démesurée des tergites II-
IV, qui s’exerce aussi en largeur, les segments
suivants étant très nettement raccourcis (fig. 66) ;
les sternites sont saillants comme chez Nichol¬
sonomyia. Le mâle présente les mêmes carac¬
tères, mais moins développés (fig. 64). Il s’agit ici
d’une autapomorphie de K. tipuloides, les autres
espèces du genre ayant un abdomen normal,
cylindrique.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
447
1129
Fig. 1128-1129. — Habitus de Nicholsonomyia vespiformis Tonn. : 1128, mâle; 1129, femelle.
Source : MNHN, Paris
448
LOÏC MATILE
A.5.2. Couleur
Le principe est ici le même que celui exposé au
sujet de la coloration du scutum (p. 403) : un
abdomen bicolore, soit qu’un segment ou plus
porte des bandes transversales, soit qu’un ou
plusieurs segments soient d’une couleur diffé¬
rente du reste, sera considéré comme apomorphe
par rapport à l’abdomen unicolore. Aucune
hypothèse ne sera émise sur la signification des
couleurs noire, brune ou jaune terne (rappelons
cependant que l’abdomen de Schlueterimyia est
brun-noir). Les couleurs plus rares, et les orne¬
mentations moins simples que les bandes trans¬
versales seront tenues pour apomorphes. On
notera que l’ornementation abdominale est sou¬
vent plus distincte chez les mâles que chez les
femelles, comme l’ont fait remarquer Hutson,
Ackland & Kidd (1980).
L’apparition du blanc argenté et du rouge est
une tendance évolutive propre aux Orfeliini,
et à deux genres seulement dans cette tribu.
Des bandes transversales argentées sont pré¬
sentes chez de nombreuses espèces de Truplaya
(fig. 1124), et quelques espèces de ce genre
présentent aussi une coloration rouge sombre des
derniers segments (T. erythropyga Matile, pl.
h.-t., 8), assez exceptionnelle chez les Mycetophi-
loidea (Matile, 1978c). Des bandes transversales
jaune vif ou blanc argenté existent aussi chez de
nombreux Isoneuromyia, tandis qu’une espèce
est-africaine inédite de ce genre possède des
bandes médianes et les deux segments prégéni¬
taux rouge orangé. La présence de bandes trans¬
versales jaune vif corrélée à des modifications
morphologiques du préabdomen traduit bien
entendu une tendance au mimétisme d’Hyménop-
tères parasites ou prédateurs, propre aux Kero-
platinae, mais n’étant apparue qu’une fois chez
les Keroplatini.
A. 5. 3. Ciliation
De Souza Amorim (1982a) donne comme
condition primitive des segments abdominaux
des Scatopsidae la présence de soies longues et
au contraire une pubescence quasi absente. La
tendance évolutive de cette famille aboutit à une
inversion de cet état, les sclérites, moins sclérifiés,
devenant en majeure partie pubescents. Comme
le préabdomen de Schlueterimyia est couvert de
longues soies dressées et dispersées, de même que
celui de Kelneria et des autres genres oligocènes
connus, il est vraisemblable que l’interprétation
de l’auteur brésilien est valable aussi pour les
Keroplatidae, et les Mycetophiloidea en général.
Étant donné la nature clinale de ce caractère,
où varient à la fois le nombre, la taille et la
répartition des soies, on ne prendra ici en compte
comme apomorphies que la longue pilosité, ser¬
rée et dressée, des Hesperodes, et la pubescence
courte, serrée et couchée, de Keroplatus tipuloides
Bosc. Chez certains Orfeliini ( Truplaya , quelques
Isoneuromyia), les soies abdominales se modifient
plus ou moins en écailles serrées et couchées, et
certains Neoplatyura portent des groupes de soies
abdominales plus serrées formant comme des
taches, mais ces phénomènes n’apparaissent pas
chez les Keroplatidae étudiés ici.
A.5.4. Stigmates
Le nombre primitif des stigmates abdominaux
des Diptères est de huit paires, mais il est le
plus souvent réduit à sept, au moins chez les
mâles, par perte de la première paire ; celle
des stigmates VII et VIII n’est pas rare non
plus (Young, 1921 ; Hennig, 1973 ; McAlpine,
1981). Entre autres arguments pour exclure les
Anisopodoidea des Bibionomorpha, Tuomikoski
(1961) note que dans cette superfamille les
stigmates sont placés à la partie supérieure de la
membrane intersegmentaire, sous le bord des
tergites, alors que chez les Bibionomorpha ils se
trouvent au milieu de cette membrane. Hennig
(1973) ne semble pas avoir retenu ce caractère,
puisqu’il continue à placer les Anisopodiformia
dans les Bibionomorpha. McAlpine et al. (1981),
au contraire, placent ce groupe comme l’une des
superfamilles des Psychodomorpha. Les explica¬
tions concernant leur classification doivent mal¬
heureusement attendre la parution du troisième
volume du « Manual... », auquel Hennig lui-
même a collaboré en ce qui concerne la classifica¬
tion et la phylogénie ( cf . Hennig, 1968 ; McAl¬
pine et al, 1981).
Vockeroth (1981) a signalé la perte des
stigmates I, et parfois celle des II, chez certains
Mycetophiloidea, sans préciser dans quels genres
il avait observé cette disparition. Ce problème
demande de toute évidence à être étudié dans
toute la superfamille, ce que je n’ai pu faire pour
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
449
des raisons matérielles, comme je l’ai exposé plus
haut (l’étude des stigmates antérieurs exige le
plus souvent, outre le simple potassage de l’abdo¬
men, une dissection et une coloration au noir
chlorazol). Quoi qu’il en soit, la présence des
stigmates I chez Arachnocampa et Macrocera ne
peut être que plésiomorphe. Je n’ai pas trouvé
trace de ces stigmates chez les Keroplatinae
examinés, et cette perte représente sans doute
une autapomorphie de la sous-famille. Notons
cependant qu’elle a dû se produire à plusieurs
reprises chez les Mycetophiloidea, puisque les
stigmates I sont absents chez Ditomyia et Myce-
tophila. Ils sont présents au contraire chez Bolito-
phila où, comme les II et III, ils ne sont pas
entourés d’un anneau sclérifié ; ils ne peuvent
être vus qu’après coloration. C’est aussi le cas
des stigmates I lorsqu’ils sont présents chez les
Keroplatidae ; ils sont alors également en posi¬
tion dorsale. Je propose ici le morphocline allant
du stigmate entouré d’un anneau sclérifié, et en
position médiane, au stigmate dépourvu d’an¬
neau, et en position dorsale, puis à la disparition.
Dans ces conditions, les stigmates abdominaux
dorsaux des Anisopodoidea représenteraient bien
une apomorphie relative de cette superfamille,
comme l’a suggéré Tuomikoski (1961).
A.5.5. Sternite I
On a vu dans la Partie morphologique que ce
sternite, entier chez Arachnocampa (fig. 21, 59),
se trouvait plus ou moins réduit chez Macrocera
(fig. 24, 62) et Keroplatus (fig. 28, 65). Young
(1921) a montré que le sternite I était souvent
réduit chez les Diptères, et même parfois entière¬
ment membraneux. Chez les Mycetophiloidea,
Vockeroth (1981) signale que sa taille est
souvent réduite et qu’il peut prendre une forme
en V, mais pas plus que pour les stigmates il ne
cite la répartition de cet état de caractère. En ce
qui concerne les Scatopsidae, De Souza Amorim
(1982a) souligne que dans l’état le plus plésio¬
morphe, les sternites du préabdomen sont bien
sclérifiés et aussi grands que les tergites. La taille
des sternites diminue ensuite, l’ultime étape du
morphocline étant représentée par un sternite en
bande étroite, parfois divisé en deux par une
zone désclérifiée. Ce dernier cas se présente
notamment chez les Sciaridae (Steffan, 1966) et
chez certains Mycetophilidae, mais il n’existe
jamais chez les Keroplatidae.
En ce qui concerne cette famille, la plésiomor-
phie des Arachnocampinae, à sclérite complet, ne
paraît pas faire de doute par rapport à la
réduction apicale de Macrocera ou à la réduction
basale de Keroplatus. Cependant, le caractère est
très variable chez les Macrocerinae. Ainsi, Chias-
moneura, Chiasmoneurella et Vockerothia ont un
sternite entier, tandis qu’il est plus ou moins
échancré à la base chez les autres genres (je n’ai
pu l’observer chez Schlueterimyia, ni chez Kelne-
ria). Par contre, tous les Keroplatinae examinés
ont un sternite plus ou moins profondément
échancré en V à la base. Cet état de caractère
est particulièrement marqué chez Mallochinus
(fig. 738) et Nauarchia (fig. 748), où ce sclérite est
réduit à un étrier. Cette apomorphie est cepen¬
dant apparue de nombreuses fois chez les Myce¬
tophiloidea, comme le démontre sa répartition
chez les Keroplatidae et le fait qu’elle est égale¬
ment présente chez les Ditomyiidae (fig. 1130).
Chez les Mycetophilidae du genre Mycetophila,
l’état est aussi apomorphe que chez Mallochinus
et Nauarchia (fig. 1131). Clinale et soumise au
parallélisme, la désclérification du sternite I ne
sera donc que de peu d’utilité dans les analyses
phylogénétiques.
1130 1131
Fig. 1130-1131. — Base de l'abdomen, vue ventrale : 1130,
Ditomyia (Ditomyiidae); 1131, Mycetophila (Mycetophi¬
lidae).
A. 5.6. Segment II
A.5.6.1. Tergite.
D’après De Souza Amorim (1982a), la divi¬
sion du tergite abdominal II en un petit pré-
tergite et un grand post-tergite représente l’une
Source : MNHN, Paris
450
LOÏC MATILE
des synapomorphies indiquant la monophylie de
l’ensemble formé par les Bibionomorpha et tous
les Brachycères. L’auteur brésilien attribue cette
hypothèse à Hennig (1958), mais je n’ai pu la
retrouver dans cette publication, ni dans les
travaux de Hennig évoquant ce problème (1954,
1969, 1973, 1981) ; la seule synapomorphie men¬
tionnée par celui-ci, et encore, avec réserves et
sur la suggestion de Brundin, est le grand
développement des latérotergites dans ces taxa.
Hennig (1973) n’évoque pas ce problème dans
son chapitre du « Handbuch... » consacré au
préabdomen, et je n’ai pu en trouver mention
dans la littérature se trouvant à ma disposition.
De Souza Amorim indique que chez les Scia-
ridae, pré-tergite et post-tergite ne sont séparés
que latéralement, et que les deux sclérites ainsi
formés sont uniformément pubescents. Chez les
Canthyloscelidae du genre Araucoscelis, le tergite
est séparé de la même manière, mais le pré-
tergite est dénudé. Chez les Scatopsidae Aspis-
tinae, la séparation est très fine, ce que De
Souza Amorim interprète comme secondaire, et
donc apomorphe. C’est le même état que celui
des Aspistinae que l’on rencontre chez les Kero-
platidae, comme on peut le constater dans les
trois genres étudiés dans la Partie morpholo¬
gique (fig. 59, 62, 65), mais l’examen de ce
caractère requiert non seulement le potassage de
l’abdomen, mais encore sa dissection et sa
coloration, le prétergite étant très difficile à voir
et dissimulé par la marge postérieure du tergite I.
Ce caractère ne sera donc pas utilisé par la suite,
mais j’ai cru devoir le mentionner ici en raison de
son intérêt phylogénétique au niveau de la
classification supérieure des Diptères. On notera
que Young (1921) et Steffan (1966), chez
les Sciaridae, ont interprété le pré-tergite II
comme un post-tergite I ; les structures déce¬
lables chez les autres Mycetophiloidea semblent
bien, cependant, en faveur d’une fragmentation
du tergite II, plutôt que du I.
A. 5. 6.2. Sternite.
Young (1921) signale que le sternite II se
subdivise communément en deux parties chez les
Diptères, et cite à ce sujet Nephrotoma (sous le
nom de Pachyrrhina ; Tipulidae), Plecia (Bibio-
nidae) et plusieurs Brachycères. L’examen de ses
figures montre en tout cas qu’il s’agit du cas le
plus général chez les Tipuloidea. Il semble toute¬
fois y avoir confusion, là aussi, entre la division
du sternite I et celle du sternite IL L’examen de
cette région chez les Keroplatidae comme chez
d’autres Mycetophiloidea (p. ex. Mycetophila,
fig. 1131) laisse à penser que c’est le deuxième
sternite qui est en cause. Cependant, l’aspect de
Ditomyia (fig. 1130) est ambigu : le sclérite
intercalaire dépend-il du sternite I ou du ster¬
nite II ? Là encore, une étude beaucoup plus
attentive s’impose.
Faute d’avoir pu l’entreprendre dans le présent
travail, lorsqu’il existe une pièce entre sternite I
et sternite II, elle a été nommée sans autre
précision « sclérite intercalaire ». Comme je l’ai
dit plus haut, je pense qu’il s’agit du deuxième,
mais je n’exclus pas la possibilité de divisions ou
de fusions secondaires. En principe, comme l’un
des deux stemites est nettement divisé chez les
Tipuloidea, comme chez les Ditomyiidae, les plus
primitifs des Mycetophiloidea, et sous toutes
réserves, j’interpréterai la présence d’un « sclérite
intercalaire » distinct comme une plésiomorphie.
C’est le cas des Keroplatini des genres Cerotelion,
Ctenoceridion, Hikanoptilon et Mallochinus.
A.5.7. Segment VIII mâle
Le plan de base du segment VIII est bien
entendu qu’il soit aussi long que le VII et non
télescopé dans ce dernier. On a vu que chez les
Mycetophiloidea, le huitième segment était déjà
raccourci par rapport au septième. Il convient ici
de distinguer le préabdomen mâle de celui de la
femelle. La tendance évolutive du segment VIII
mâle est en effet de se raccourcir et de s’invaginer
dans le septième, sans autres modifications. Chez
la femelle, le sternite VIII au moins est annexé
par les genitalia, ce sclérite se divisant longi¬
tudinalement en deux parties, séparées par une
zone membraneuse. Les bords internes des deux
sclérites ainsi formés se recourbent à l’apex pour
former les valves hypogyniales, de part et d’autre
de l’atrium génital. Le segment VIII femelle sera
donc étudié avec le postabdomen.
Il n’y a aucune difficulté à concevoir le sens de
l’évolution du segment VIII mâle : à partir d’une
condition primitive telle que celle des Arachno-
campinae (fig. 58), où le segment est environ
moitié plus court que le précédent, et à peine
enfoncé à la base sous celui-ci, le segment devient
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
451
de plus en plus court et se dissimule de plus en
plus sous le VII, comme chez Macrocera (fig. 77),
pour finir par se rétracter quasi entièrement sous
le segment VII, comme chez Keroplatus (fig. 80-
82), ce dernier état étant bien entendu le plus
apomorphe.
Dans les taxa étudiés ici, le segment VIII,
presque entièrement visible chez les Arachno-
campinae, dépasse largement du VII chez la
plupart des Macrocerinae. Toutefois, seul l’apex
en est visible chez Micrepimera et Chiasmoneura,
tandis qu’il est totalement télescopé chez Anga-
zidzia, genre à ce titre fortement apomorphe.
Chez les Keroplatini, le segment VIII reste bien
développé chez Heteropterna, Paracerotelion, Pla-
coceratias et Xenokeroplatus ; les autres genres
n’en laissent voir que l’apex, sauf Rocetelion et
Duretina, chez lesquels ce segment est entière¬
ment invisible, et Tergostylus, où seul l’apex du
sternite dépasse du septième segment. La condi¬
tion est également variable chez les Orfeliini. Au
cours de cette évolution, le tergite se réduit
davantage que le sternite, fait déjà constaté par
Munroe (1974) pour les Ditomyiidae du groupe
Symmerus. Il s’agit ici d’une règle générale, et
plus le tergite sera réduit par rapport au sternite,
plus il sera tenu pour apomorphe.
A.6. Postabdomen mâle
J’ai déjà donné les éléments du plan de base du
postabdomen mâle des Mycetophiloidea (p. 65),
ainsi qu’un schéma de celui-ci (fig. 68). En raison
de la complexité des organes en cause, il était en
effet impossible d’aborder la nomenclature et la
description des différentes pièces sans définir au
préalable ce plan de base. Comme je l’ai précisé
alors, aucune espèce ne présente en même temps
tous les états plésiomorphes du postabdomen
mâle. Par ailleurs, les variations du plan de base
sont innombrables dans toute la superfamille,
sauf chez les Bolitophilidae et les Diadocidiidae,
familles monotypiques, et chez les Lygistorrhi-
nidae et les Sciaridae, qui sont relativement
homogènes sur ce plan.
La rotation de l’hypopyge, discutée page 67,
est bien évidemment apomorphe. Elle ne se
présente que chez trois genres de Keroplatini,
Keroplatus, Neoceroplatus et Placoceratias. Quant
aux tendances évolutives des différentes pièces,
elles seront envisagées ici successivement, quel¬
ques points de détail n’étant mentionnés que lors
des analyses proprement dites.
A.6.1. Épiprocte
On a vu (p. 64) que le dixième segment
abdominal des Diptères portait primitivement,
au-dessus de l’anus, un épiprocte s’ajoutant aux
surstyles, aux cerques et à l’hypoprocte (fig. 67).
Chez les Diptères actuels, l’épiprocte est généra¬
lement peu développé ou absent (McAlpine,
1981). La sclérification sagittale et dorsale des
Arachnocampinae, étroite et dénudée chez Arach-
nocampa s. str. (fig. 69), plus large et ciliée chez
Compara (fig. 253), a été interprétée comme
représentant l’épiprocte, dont elle occupe l’empla¬
cement théorique. Je l’aurais volontiers consi¬
dérée comme une simple sclérification secon¬
daire, si elle n’avait été sétifère dans l’un des
deux sous-genres. Si mon analyse est correcte, la
persistance de ce sclérite chez les Arachnocam¬
pinae représenterait donc une forte plésiomor-
phie ; il a disparu chez tous les autres Mycetophi¬
loidea. On notera qu’il existe chez certains
Cerotelion (espèces néo-zélandaises), à l’empla¬
cement de l’épiprocte, entre les cerques, un petit
sclérite allongé ; je ne peux dire s’il s’agit là aussi
de la persistance d'un épiprocte, mais je serais
plutôt en faveur d’une sclérification secondaire.
A.6.2. Tergite X et surstyles
On a vu dans la Partie morphologique (p. 64)
que, comme l’épiprocte, les surstyles faisaient
partie du plan de base des Diptères (fig. 67),
et qu’ils étaient primitivement articulés au ter¬
gite X. Cette condition plésiomorphe se ren¬
contre chez les Ptychopteridae, où le tergite X
persiste dans son état complet (Crampton,
1942 ; Hennig, 1973 ; McAlpine, 1981). Il existe
des surstyles de ce type chez d’autres Némato-
cères tels que les Blephariceridae et certains
Tipulidae (Byers, 1961 ; McAlpine, 1981). Hen¬
nig (1973) signale des surstyles chez certains
Mycetophiloidea, en l’occurrence les Ditomyii-
Source : MNHN, Paris
452
LOÏC MATILE
dae du genre Symmerus. Cependant Munroe
(1974) a interprété ces structures, chez le même
groupe, comme des cerques, tandis que l’absence
de surstyles est implicite dans les caractères
généraux du postabdomen mâle des Mycetophi-
loidea donnés par Vockeroth (1981) et Steffan
(1981). Les surstyles sont surtout bien déve¬
loppés chez les Brachycères, où ils peuvent plus
ou moins fusionner avec des lobes secondaires du
tergite IX.
Il paraît exister plusieurs interprétations des
surstyles (voir p. ex. la discussion de Griffiths,
1972), et la répartition de ces structures chez les
Diptères semble autoriser à s’interroger sur leur
homologie à travers l’ordre, comme le montre la
confusion entre cerques et surstyles au sujet des
Ditomyiidae. Chez ces derniers, l’ambiguïté pro¬
vient du fait qu’il n’existe que deux lobes
dorsolatéraux au proctigère : ou les surstyles
n’existent pas, ou les cerques ont disparu. Ce
n’est pas le cas chez Arachnocampa, où les
deux paires de sclérites sont présentes ensemble
(fig. 69, 253), et je ne pense pas m’égarer en
interprétant les deux petits sclérites latéraux
articulés au tergite IX comme des restes du
tergite X.
Celui-ci est demeuré présent chez de nombreux
Diptères Nématocères, et même chez des Bra¬
chycères primitifs tels que les Rhagionidae. Chez
les Bibionomorpha, il a disparu chez les Myceto-
philoidea (encore que Vockeroth, 1981, en
mentionne l’existence chez quelques-uns, sans
préciser lesquels) et les Cecidomyioidea. Il est
cependant distinct chez des Bibionomorpha pri¬
mitifs tels que les Aximyiidae (Wood, 1981a),
certains Anisopodidae (Peterson, 1981) et Sca-
topsidae (De Souza Amorim, 1982a), où il
forme une plaque dorsale, à l’apex du tergite IX.
Sa présence est donc sans aucun doute primi¬
tive. Dans mon travail de 1986, j’avais inter¬
prété avec doute les sclérites latéraux à' Arachno¬
campa comme des surstyles. Cependant, ces
sclérites sont articulés aux cerques, et ceux-ci ne
sont jamais en relation directe avec les surstyles
(McAlpine, comm. per s., 1989) ; ils ne peuvent
donc représenter que le tergite X, réduit et divisé
en deux.
A. 6.3. Hypoprocte
L’hypoprocte est généralement présent chez les
Diptères, mais il n’est pas possible de savoir.
quand il n’existe qu’une seule pièce dans sa
position, s’il n’inclut pas aussi des restes du
stemite X, comme je l’ai déjà dit (p. 65). C’est
certainement pourquoi Munroe (1974), Vocke¬
roth (1981) et Steffan (1981) parlent de la
présence d’un sternite X chez les Mycetophiloi-
dea, sternite qui peut être sclérifié ou membra¬
neux, dénudé ou cilié. J’ai préféré suivre ici
l’interprétation plus classique, considérant la
pièce ventrale à l’anus comme un hypoprocte,
auquel sont peut-être incorporés des restes du
sternite X. L’état le plus courant de ce sclérite, et
donc probablement le plus primitif, chez les
Mycetophiloidea, est une simple plaque scléri-
fiée ventralement. L’hypoprocte largement enco¬
ché basalement des Arachnocampinae représente
donc une apomorphie, de même que sa désclérifi-
cation, ne laissant à son emplacement qu’une
zone membraneuse, comme c’est notamment le
cas de Keroplatus.
La plupart des Macrocerinae actuels montrent
la condition plésiomorphe de l’hypoprocte, seuls
faisant exception Paramacrocera s. str. et Sri-
lankana, où ce sclérite est réduit à une bande¬
lette bien plus courte que les cerques. Chez les
Keroplatini, outre Keroplatus, deux autres genres,
Neoceroplatus et Tergostylus, ont un hypoprocte
entièrement membraneux. Chez Nauarchia et
Xenokeroplatus, la région sclérifiée est réduite à
un étrier. Il existe des conditions intermédiaires
chez Placoceratias et Platyroptilon, tandis que
Rocetelion se distingue en possédant des espèces
avec chacun des trois états, ce qui montre à
l’évidence que la désclérification de l’hypoprocte
est fortement soumise au parallélisme.
Le cas de Cerotelion est particulier. En effet, le
groupe de l’espèce-type possède un hypoprocte
relativement plésiomorphe, cilié et bilobé, mais
toutefois de taille réduite (fig. 441-442). Par
contre, les espèces de la sous-région chilienne
montrent une remarquable déviation du plan de
base, l’hypoprocte, bien sclérifié, s’étant allongé
et plus ou moins profondément bilobé à l’apex,
qui peut porter des soies différenciées (fig. 472-
473). Il est également modifié, mais moins forte¬
ment, dans le groupe néo-zélandais, où il s’al¬
longe vers le bas, formant deux lames latérales
verticales ciliées à l’apex (fig. 488-489). Une autre
modification de l’hypoprocte se rencontre chez
Toiletta, où ce sclérite est prolongé en pointe
au-delà des cerques (fig. 973). Ces écarts sont
bien entendu autant d’apomorphies.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
453
On retrouve les mêmes variations chez les
Orfeliini, à l’exception de celles des Cerotelion
chiliens, qui sont uniques dans la famille des
Keroplatidae. Il y a cependant un dévelop¬
pement extraordinaire de l’hypoprocte chez
certaines espèces des genres Cloeophoromyia
(fig. 1 165), et surtout Xenoplatyura, où ce sclérite
s’allonge de façon hypertélique, corrélativement
avec le tergite IX, pour former un tube tergo-
proctal presque aussi long que le préabdomen
(Matile, 1970c, 1984b). Ce caractère fortement
apomorphe ne se présente toutefois que chez
certaines espèces afrotropicales et néotropicales.
Enfin, chez la plupart des Mycetophiloidea,
tergite IX et hypoprocte ne sont reliés que par
une zone membraneuse. Chez deux genres de
Keroplatini, Heteropterna et Ctenoceridion, une
liaison sclérifiée peut exister entre tergite IX et
hypoprocte. Elle prend la forme d’un pont apico-
latéral plus ou moins développé (fig. 619-624);
cette apomorphie se présentant sous différents
états dans les genres en question, elle sera étudiée
dans les analyses phylogénétiques appropriées.
En résumé, les conditions suivantes de l’hypo-
procte seront tenues pour apomorphes :
* Hypoprocte échancré, bilobé ou prolongé en
pointe.
* Hypoprocte dénudé.
* Hypoprocte réduit à un étrier sclérifié, ou
entièrement membraneux.
* Hypoprocte prolongé et bilobé à l’apex.
* Hypoprocte développé ventralement en deux
lames latérales.
* Hypoprocte relié au tergite IX par un pont
sclérifié.
A. 6.4. Cerques
Dans leur condition primitive les cerques,
appendices du segment XI, se présentent sous la
forme de deux lobes ciliés situés de part et
d’autre de l’anus (McAlpine, 1981) ; ce sont
les éléments baptisés « tergite X » chez les My¬
cetophiloidea (Sciaridae exclus) par Hutson,
Ackland & Kidd (1980). Présents chez presque
tous les Diptères, ils sont absents ou fusionnés
au reste du proctigère chez tous les Tipulo-
morpha (Hennig, 1973), ce qui représente sans
doute une autapomorphie de cet infra-ordre.
Toujours présents chez les Mycetophiloidea, ils y
conservent l’état plésiomorphe uniarticulé, mais
ils peuvent être biarticulés chez certains Myceto-
philidae tels que Boletina (fig. 1132) ou de
nombreux Exechiini (Tuomikoski, 1966a). Dans
cette superfamille, ils ont subi quantité d’autres
modifications de leur plan de base : allongement,
apparition de processus diversement situés, de
soies modifiées en spinules, etc.
Fig. 1132. — Cerques de Boletina conformis Siebke (Myce-
tophilidae).
D’après Matile, 1984c.
L’étude des tendances évolutives des cerques
montre que l’une des plus fréquentes est la
basalisation de leur insertion sur le tergite IX,
qui les dissimule ainsi partiellement ou entière¬
ment. Chez les Macrocerinae, ce phénomène ne
se produit que chez les espèces australiennes du
sous-genre Paramacrocera s. str. (fig. 377-380). Il
est plus courant chez les Keroplatinae. Chez les
Keroplatini, il intéresse Paracerotelion (fig. 814-
815), Tergostylus (fig. 947-948) et Xenokeroplatus
(fig. 982), ainsi que les Heteropterna du sous-
genre Scrobicula (fig. 632-633). Dans cette tribu,
cet état de caractère est souvent lié à l’allonge¬
ment du tergite IX lui-même, comme si l’inser¬
tion des cerques n’avait pas « suivi » l’apex du
tergite. Le même processus n’est pas rare chez
les Orfeliini, tels qu' Antlemon, Asindulum, Neo-
platyura, Orfelia, Ralytupa (fig. 1133), etc. La
basalisation des cerques par rapport au ter¬
gite IX n’est cependant pas obligatoirement
corrélée à l’allongement du tergite, puisqu’ils
demeurent en position apicale chez les Cloeopho¬
romyia et les Xenoplatyura à tube tergoproctal.
Chez les Macrocerinae, les cerques ne subis¬
sent guère que de faibles modifications clinales
de forme et de longueur, sans grande significa¬
tion phylogénétique. Tout au plus peut-on noter
leur fort rétrécissement apical chez Srilankana
(fig. 430). Il existe un rétrécissement moins
Source : MNHN , Paris
454
LOÏC MATILE
prononcé chez Angazidzia, mais les cerques s’y
singularisent par leur fusion basale (fig. 260).
Les cerques des Keroplatini varient davantage.
On remarquera leur allongement chez Euceropla-
tus et certains Placoceratias, où ils atteignent au
moins la moitié de la longueur des gonostyles
(fig. 525, 830-831), chez les Keroplatus du
groupe caribai et chez les Tergostylus des
groupes plokiophilus et brevistylus (fig. 947, 958-
959, 961). Ils sont élargis et aplatis chez les
espèces holarctiques du genre Cerolelion (fig. 456,
459, 462). Chez les Neoceroplatus, ils sont allon¬
gés chez certaines espèces et aplatis chez les
autres (fig. 790-801), tandis que chez les Keropla¬
tus du groupe testaceus ils sont à la fois élargis et
rebordés ventralement, soit largement (fig. 673-
675), soit seulement à l’apex, où ils forment
un petit processus (fig. 693, 716). La répartition
des caractères d’allongement et d’aplatissement
montre qu’ils sont apparus à plusieurs reprises
dans les groupes étudiés. La déviation la plus
remarquable s’observe chez Keroplatus heimi
Matile, où les cerques possèdent une paire de
processus latéraux minces et fortement sclérifiés
Fig. 1133. — Ralytupa penicillaia Mat. (Keroplatidae),
hypopyge, vue dorsale.
D’après Matile (1975c).
(fig. 720-721); il s’agit évidemment d’une forte
apomorphie. À l’exception de cette dernière, on
observe les mêmes variations chez les Orfeliini.
Nous ne noterons qu’une apomorphie qui ne se
présente pas chez les autres Keroplatidae, la
présence de spinules serrées à la face dorsale des
cerques chez la plupart des espèces du genre
Ralytupa (fig. 1133; voir aussi Matile, 1975c).
Ce phénomène se présente aussi chez les Myceto-
philidae du genre Boletina (fig. 1 132) et quelques
autres.
En résumé, dans les analyses phylogénétiques,
nous prendrons en compte les apomorphies
suivantes des cerques :
* Cerques allongés.
* Cerques aplatis.
* Cerques aplatis et rebordés.
* Cerques cornus.
* Cerques insérés à la face ventrale du ter-
gite IX.
A.6.5. Tergite IX
D’après Hennig (1973), le plan de base
des Diptères comprend les « restes », séparés l’un
de l’autre, du tergite IX (épandrium) et du
sternite IX (hypandrium). Il faut sans doute
entendre par là que pour lui le segment IX est
déjà raccourci par rapport au VIII, comme je l’ai
représenté figure 67. Hennig mentionne d’ail¬
leurs que le tergite IX peut s’agrandir, et il faut
donc comprendre que pour lui ce tergite peut
regagner (ou dépasser) secondairement la taille
qu’il avait chez les formes ancestrales des Dip¬
tères. Munroe (1974) se borne à préciser que
dans le plan de base des Nématocères, le tergite
IX devait être à peu près de la même taille que le
sternite IX, et De Souza Amorim (1982a) qu’il
devait être présent et bien sclérifié. McAlpine
(1981) et Vockeroth (1981) n’émettent pas
d’hypothèse sur son état plésiomorphe et se
limitent à souligner ses variations.
Griffiths (1972) pense que l’épandrium des
Nématocères n’est pas homologue au sclérite
ainsi nommé chez les Cyclorrhaphes, pour lequel
il propose le terme de périandrium. Il estime
cependant que les genitalia des Rhagionidae sont
proches du plan de base des Brachycères. Ces
genitalia comprennent un tergite IX transverse et
un tergite X quadrangulaire et cilié chez le
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
455
Rhagio figuré par Griffiths, mais plus petit,
moins sclérifié et dépourvu de macrochètes chez
la plupart des espèces (fig. 1134). Comme ils sont
très primitifs par la présence du sternite IX et
du tergite X comme par la forme des cerques et
des gonostyles, je pense qu’il est possible que ce
plan corresponde aussi au plan de base du
Fig. 1134. — Rhagio scolopaceus L., face dorsale de l’hypo-
pyge. Cq : cerques; T IX, X : tergite IX, X.
groupe-frère des Brachycères, c’est-à-dire les
Bibionomorpha, ce qui rejoindrait l’hypothèse
de Hennig. L’étude des genitalia mâles des
Mécoptères (c/. Grasse, 1951) ne donne pas
d’éléments de décision, car chez eux le tergite IX
peut être bien développé ou réduit de différentes
façons selon les groupes. L’hypothèse de Hen¬
nig, confortée par celle de Griffiths, me paraît
cependant la plus acceptable, d’autant que le
Keroplatidae crétacé Schlueterimyia montre un
tergite IX peu développé latéralement et plus
court que les gonocoxopodites (fig. 435). Je
considérerai donc que le tergite IX des Némato-
cères, dans son état plésiomorphe, est un sclérite
de petite taille, ne débordant pas sur la face
latérale des genitalia, ne dépassant pas le niveau
de l’apex du synsclérite gonocoxal, et sans doute
rectangulaire transverse comme chez les Rhagio-
nidae.
Dans les taxa étudiés, cet état plésiomorphe
n’existe que chez quelques Macrocerinae, en l’oc¬
currence Vockerothia (fig. 395) et les Chiasmo-
neura des sous-genres Prochiasmoneura (fig. 286)
et Synesostyla (fig. 310). Si l’on compare la
structure du tergite IX chez ces taxa à celle de
certains Paramacrocera (fig. 377, 379), où il est
aussi en bandelette transverse, mais plus longue,
on pourrait se demander si l’état de ces Parama¬
crocera n’est pas le plus plésiomorphe, le tergite
s’étant raccourci chez les Chiasmoneura et Vocke¬
rothia, et allongé dans tous les autres genres.
Cependant, chez les Paramacrocera en question,
les cerques sont insérés ventralement à l’apex du
tergite IX. En fonction de la tendance évolutive
de ceux-ci, j’ai choisi la première hypothèse,
posant a priori que l’insertion cerquale était
demeurée à son emplacement originel chez ces
Paramacrocera. À partir de ce plan de base en
courte bandelette transverse, le tergite IX a subi
chez les Keroplatidae quantité de modifications
qui représentent bien entendu autant d’apomor-
phies. Celles-ci sont si nombreuses et variées, et
se sont produites à tant de reprises, qu’elles
devront être étudiées genre par genre, lors des
analyses phylogénétiques. Je n’en mentionnerai
ici que les différents types.
L’encochement apical du tergite, où sont logés
les cerques, est très répandu et plus ou moins
prononcé (voir p. ex. les diverses formes chez
Keroplatus, fig. 671 et suivantes). Bien entendu,
plus l’encoche apicale sera profonde, plus elle
sera considérée comme apomorphe.
L’encochement basal est également commun,
et de profondeur variable, comme on peut le voir
sur les mêmes figures. Il peut être simple, comme
chez Angazidzia (fig. 260), ou le plus souvent il
est encadré de courts processus latéraux, comme
chez Cerotelion (fig. 441).
La désclérification médiane est nettement plus
rare, et aboutit à la formation de deux plaques
tergales séparées par un espace membraneux plus
ou moins large ; c’est le cas des Arachnocam-
pinae (fig. 69, 253). Le phénomène se présente
aussi chez les Macrocerini du genre Hesperodes,
chez lequel s’ajoute encore une division transver¬
sale et basale secondaire (fig. 334). Il existe aussi
une désclérification médiane du tergite IX chez
une espèce de Paramacrocera, mais elle est
incomplète, tandis que de part et d’autre se sont
développés deux processus munis d’un éventail
de spinules apicales (fig. 380).
Des processus latéraux plus ou moins déve¬
loppés, ciliés à l’apex, apparaissent aussi chez le
Source : MNHN, Paris
456
LOÏC M ATI LE
genre oligocène Kelneria (fig. 403, 406-409),
tandis que des processus médians, différenciés à
l’apex, forment des « pseudostyles » caractéris¬
tiques de la plupart des Keroplatini du genre
Tergostylus (fig. 949, 958-959, 962).
Il existe aussi parfois des processus basaux et
latéraux assurant l’articulation du tergite IX avec
la base du synsclérite gonocoxal, articulation
normalement membraneuse. Ces processus sont
particulièrement longs chez Angazidzia (fig. 260)
et une espèce de Paramacrocera (fig. 378), courts,
épais et orientés latéralement chez Chiasmoneu-
rella (fig. 327) en ce qui concerne les Macroce-
rinae, et Ctenoceridion (fig. 499, 510) pour les
Keroplatini. Lorsqu’ils sont présents, ils sont
courts et épais chez les autres genres {cf. surtout
Scrobicula, fig. 632).
Enfin, une tendance existe pour le tergite IX à
croître en même temps latéralement et apicale-
ment jusqu’à recouvrir la plus grande partie, ou
la totalité, de la face dorsale des éléments
ventraux des genitalia. Ce phénomène se mani¬
feste chez Duretina (fig. 518), Heteropterna s.
str. (fig. 551), et surtout le sous-genre Scrobicula
(fig. 632), chez Tergostylus (fig. 947) et Xenokero-
platus (fig. 982).
On observe chez les Orfeliini les mêmes ten¬
dances évolutives que chez les Keroplatini. S’y
ajoute dans les groupes de genres Cloeophoro-
myia-Neoplatyura la croissance latérale du ter¬
gite IX, qui vient recouvrir en toit les côtés de
l'hypopyge (Matile, 1978c). Chez Cloeophoro-
myia et son genre-frère, Xenoplatyura, le tergite
peut également s’allonger de façon spectaculaire
pour participer à la formation du tube tergo-
proctal (fig. 1165).
En résumé, nous prendrons en compte, dans
les analyses phylogénétiques, les apomorphies
suivantes du tergite IX :
* Tergite IX désclérifié médialement.
* Tergite IX plus long que les gonocoxopo-
dites.
* Tergite IX encoché à l’apex.
* Tergite IX encoché à la base.
* Tergite IX avec des processus basaux, laté¬
raux ou médians.
* Tergite IX recouvrant la plus grande partie
ou la totalité du synsclérite gonocoxal.
A.6.6. Sternite IX
On a déjà vu que la présence d’un sternite IX
entier faisait partie du plan de base des genitalia
mâles des Diptères. Cependant, chez les Myceto-
philoidea, il a tendance à être absorbé par les
gonocoxopodites jusqu’à ne plus être reconnais¬
sable, formant avec ceux-ci ce que Fisher (1937)
avait appelé le zygostemum, ici le synsclérite
gonocoxal. Ce morphocline est aisé à com¬
prendre si l’on examine les rapports du ster¬
nite IX et des gonocoxopodites chez des Néma-
tocères moins évolués que les Mycetophiloidea.
Ainsi, chez Trichocera (Tipulomorpha, Tricho-
ceridae), le sternite IX est en forme de demi-
anneau, comme un sternite préabdominal nor¬
mal. La fermeture ventrale des genitalia est
assurée par un prolongement apical des gono¬
coxopodites (la « volsella » de Matsuda, 1976),
et principalement par un large espace membra¬
neux (fig. 1135). Chez un autre Tipulomorpha,
Erioptera (Limoniidae), le sternite IX est égale¬
ment en demi-anneau, mais la fermeture ventrale
Fig. 1135-1138. — Hypopyge, face ventrale : 1135, Tricho¬
cera (Trichoceridae) ; 1136, Cramptonomyia (Cramptono-
myiidae); 1137, Erioptera (Limoniidae); 1138, Anisopus
(Anisopodidae).
gcx : synsclérite gonocoxal ; gst : gonostyles ; intcx :
intercoxalia ; st IX (en noir) : sternite IX ; vols : volsellae.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
457
des genitalia, apicale comme chez Trichocera, est
assurée cette fois par des lames sclérifiées éma¬
nant de la face interne de chaque gonocoxopo-
dite, les « intercoxalia » (fig. 1 1 37 ; noter aussi
sur cette figure la circumversion partielle des
genitalia).
Si l’on considère maintenant les Bibiono-
morpha Anisopodiformia, on constate que les
Cramptonomyia (Cramptonomyiidae) possèdent
un sternite IX rétréci latéralement, légèrement
allongé sur la ligne médiane, qui recouvre en
partie la base des gonocoxopodites et participe
à la fermeture ventrale des genitalia, qui est
complétée par une zone membraneuse réduite
(fig. 1136). Anisopus (Anisopodidae) nous montre
une autre variante : le sternite IX, en bandelette,
est partiellement soudé aux gonocoxopodites et
participe aussi à la fermeture ventrale des genita¬
lia, qui est cette fois complétée par de grands
intercoxalia ; la zone intermédiaire peut appar¬
tenir aux gonocoxopodites ou aux intercoxalia
(fig. 1138); la base des genitalia est recouverte
par le sternite VIII, non représenté sur cette
figure. Chez les Scatopsidae Ectaetiinae (De
Sou z a Amorim, 1982a), le sternite IX est nette¬
ment reconnaissable, mais il a migré entre les
gonocoxopodites ; il se réduit, ou fusionne avec
eux, chez les membres plus évolués de la famille.
Il en va de même pour les Bibionidae où, chez
Bibio, le sternite IX est réduit à une bande
basale invaginée sous le synsclérite gonocoxal.
Par contre, le sternite IX demeure parfaite¬
ment identifiable chez les Mycetophiloidea les
moins évolués, les Ditomyiidae, ce qui démontre
que ce sclérite, quoique presque toujours soumis
aux mêmes tendances évolutives de réduction et
de fusion dans tout le groupe, s’est modifié
indépendamment à plusieurs reprises (il est d’ail¬
leurs sous une forme analogue à celle des
Bibionidae et des Ditomyiidae chez les Brachy-
cères Rhagionidae). Je représente figures 1139-
1 142 les principaux aspects de ce sternite chez les
Ditomyiidae. Chez Symmerus, le sternite IX est
grand, développé en deux lobes postérieurs ; il
assure à lui seul la fermeture ventrale des
genitalia (fig. 1139). Au contraire, chez les
Australosymmerus du sous-genre Vellicocauda, il
est petit et transverse et ne ferme les genitalia
qu’à la base (fig. 1140). Chez Ditomyia, il est
étroit, allongé et soudé aux gonocoxopodites sur
toute sa longueur, assurant ainsi la quasi-tota¬
lité de la fermeture, mais seulement sur une
étroite zone sagittale (fig. 1141). Enfin, chez les
Australosymmerus du sous-genre Melosymmerus
(fig. 1142), seule subsiste du sternite IX une
étroite arête basale au synsclérite gonocoxal
(Munroe, 1974).
Dans ces conditions, il n’est pas difficile
d’interpréter la base du synsclérite des Arach-
1139
1140
1141
1142
Fig. 1139-1143. — Genitalia mâles : 1 139, Symmerus (Dito¬
myiidae), hypopyge, face ventrale ; 1 140, Australosymme¬
rus (Vellicauda) (d°) ; 1141, Ditomyia (d°) ; 1 142, Australo¬
symmerus ( Melosymmerus) (d°) ; 1143, Hadroneura pullula
(Coq.) (Mycetophilidae), synsclérite gonocoxal, face ven¬
trale. Sternite IX en noir.
Fig. 1142 d’après Munroe (1974), mod.
Source : MNHN, Paris
458
LOÏC MATILE
nocampinae comme comprenant encore un ster-
nite IX distinct, mais partiellement fusionné
latéralement aux gonocoxopodites (fig. 70-71,
253). Il est donc ici dans son état plésiomorphe
par rapport aux Macrocerinae et aux Keropla-
tinae. Il est à noter que cet état plésiomorphe
persiste, dans un état tout à fait comparable,
chez des Mycetophilidae tels que Hadroneura
(fig. 1 143). Chez les Macrocerinae, il en subsiste
une nette crête interne comme chez Melosymme-
rus, chez Angazidzia (fig. 1150), les Chiasmoneura
du sous-genre Synesostyla (fig. 311) et chez
Srilankana (fig. 431). Une sclérification margi¬
nale existe chez les Keroplatini des genres Dure-
tina (fig. 517) et Paracerotelion (fig. 815), ainsi
que chez certains Keroplatus (fig. 657-658, 682,
695, 699, 701), mais je ne suis pas sûr qu’il ne
s’agisse pas dans ces cas d’un épaississement
secondaire de la base du synsclérite gonocoxal.
Le sternite IX semble persister sous cette forme
chez certains Orfeliini, tels les Truplaya (Matile,
1978c). Toute persistance d’éléments du ster¬
nite IX sera bien entendu considérée comme une
plésiomorphie d’autant plus forte que ce sclérite
demeurera reconnaissable.
A.6.7. Synsclérite gonocoxal
Dans le plan de base des genitalia mâles (c/.
ante et fig. 68), les gonocoxopodites se présentent
sous forme de deux tubes en cône, réunis l’un à
l’autre par l’intermédiaire des apodèmes gono-
coxaux (paramères dorsaux) et de l’édéage dor-
salement, et ventralement par le sternite IX,
ou des extensions internes. Edwards (1929c)
considère que le type le plus plésiomorphe de
genitalia chez les Keroplatidae est celui du genre
Macrocera. Dans ce type, d’après Fisher (1937),
le sternite IX et les gonocoxopodites sont réunis
pour ne former qu’un seul sclérite, le zygoster-
num, mais le territoire sternal y demeure recon¬
naissable (cf p. 66). Pour Fisher, en effet, la
partie ventrale étroite reliant ventralement les
gonocoxopodites appartient au sternite IX. On a
vu que j’ai préféré utiliser le terme de synsclérite
gonocoxal, car l’évolution du sternite IX ne
permet pas d’affirmer que l’intégralité de cette
partie ventrale relève du territoire sternal. Bien
au contraire, il est probable que ce territoire est
représenté au maximum, chez les Macrocerinae
et les Keroplatinae, par une simple crête basale.
Comme on l’a dit, la persistance d’éléments
sternaux très distincts chez les Arachnocampinae
indique que sur ce plan leurs genitalia sont plus
fortement plésiomorphes que ceux de Macrocera.
Ces derniers sont bien, cependant, fortement
plésiomorphes sur le plan des gonocoxopodites
eux-mêmes. Ils se rapprochent en effet de ceux de
Nématocères plus primitifs tels que les Trichoce-
ridae (fig. 1135, 1144) et les Cramptonomyiidae
(fig. 1136, 1145), où ils sont courts et subparal¬
lèles chez les premiers, plus longs et divergents
chez les seconds.
1144
1145
Fig. 1144-1145. — Hypopyge, face dorsale, tergite IX et
proctigère enlevés : 1144, Trichocera (Trichoceridae) ;
1 145, Cramptonomyia (Cramptonomyiidae).
À partir de ce plan de base, deux cônes
divergents reliés à la base (et dépourvus de
ciliation modifiée), les gonocoxopodites des Ke¬
roplatidae (et des autres Mycetophiloidea) ont
subi de nombreuses modifications.
A.6.7. 1. Face dorsale.
Chez les Keroplatidae, la tendance générale à
la réduction, puis à la disparition, de la face
dorsale du synsclérite gonocoxal est évidente. Le
morphocline en cause est parfaitement recon¬
naissable par exemple chez les Macrocerinae
(fig. 1146-1151), qui nous serviront de référence.
L’état plésiomorphe de Macrocera montre une
cavité gonocoxale peu étendue et des tubes go-
nocoxaux divergents et bien développés (fig. 1 146).
Chez Chiasmoneurella, le tube gonocoxal se
raccourcit, davantage apicalement (en arrière de
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
459
l’apodème gonocoxal) que basalement (fig. 1 147).
Chiasmoneura s. str. montre une étape ulté¬
rieure où la partie apicale du tube gonocoxal ne
forme plus qu’un demi-anneau étroit autour de
la moitié interne de l’insertion des gonostyles
(fig. 1 148).
Chez Robsonomyia, la face dorsale du tube
gonocoxal se réduit encore, surtout distalement,
où ne subsiste plus qu’un mince processus péri-
gonostylaire (fig. 1 149) ; le même phénomène
semble exister chez Kelneria. Angazidzia montre
la poursuite du morphocline, où la face dorsale
du synsclérite a entièrement disparu, à l’excep¬
tion d’un pont périgonostylaire étroit reliant la
face latérale à la face ventrale (fig. 1 1 50). Enfin,
Srilankana représente une réduction d’un modèle
plus rare, qui n’affecte que la base des faces
dorsales du synsclérite (fig. 1151).
Un certain nombre de Macrocerinae ont con¬
servé le type macrocérien : Hesperodes (fig. 334),
Paramacrocera (fig. 375) et Micrepimera (fig. 417).
Vockerothia (fig. 395) représente un état intermé¬
diaire entre le type Macrocera et le type Srilan¬
kana. Les Chiasmoneura des sous-genres Pro-
chiasmoneura (fig. 286) et Synesostyla (fig. 310)
sont du type Srilankana, tandis que certains
Paramacrocera (fig. 380) sont de type Robsono¬
myia ; pour autant que je puisse en juger sur les
deux fossiles disponibles, c’est aussi le cas de
Kelneria. On notera qu’à l’intérieur même du
genre Macrocera, comme chez Paramacrocera et
Chiasmoneura, apparaissent d’autres types que le
plus répandu. Ainsi, M. aegaea Matile (fig. 354)
montre une réduction de la face dorsale du
synsclérite intermédiaire entre celles de Robsono¬
myia et A' Angazidzia.
La réduction de la face dorsale des gonocoxo-
podites s’est également produite chez les Arach-
nocampinae, qui sont sur ce plan du type
Robsonomyia (fig. 70-71, 253). Plus primitifs que
les autres Keroplatidae par la persistance du
sternite IX, ils sont donc plus apomorphes que
beaucoup d’entre eux par la modification dorsale
du synsclérite. En effet, des gonocoxopodites de
type Macrocera existent chez certains Keroplatini
et chez certains Orfeliini.
Chez les premiers, le type macrocérien ne
persiste que chez Mallochinus (fig. 741) et chez
quelques Cerotelion comme C. racovitzai Matile
& Burghele-Balacesco (fig. 458). La plupart des
autres genres sont du type Chiasmoneurella ou
Chiasmoneura, ou intermédiaires entre ces deux
modèles. Cependant, quelques genres de Kero¬
platini sont plus évolués. Duretina (fig. 518) et
Euceroplatus (fig. 525) ont la face dorsale du
synsclérite réduite comme chez Robsonomyia,
tandis que Xenokeroplatus est plus apomorphe
encore, de type Angazidzia. Enfin, trois genres se
singularisent par la disparition de tout pont
sclérifié périgonostylaire reliant les faces latérales
à la face ventrale du synsclérite ; ce sont Placoce-
ratias (fig. 1152), Tergostylus (fig. 1153) et Xeno¬
keroplatus (fig. 983). Les deux premiers genres
sont caractérisés par ailleurs respectivement par
une modification unique des apodèmes gono-
coxaux, et l’apparition d’une aire spinuleuse
gonocoxale latérale ou ventrale. Deux espèces
d 'Euceroplatus ont également perdu leur pont
gonostylaire.
Chez les Orfeliini, de plus nombreux genres
encore sont de type Macrocera : Isoneuromyia,
Monocentrota, Palaeoplatyura, Platyura, Proce-
roplatus, Pyrtaula, Pyrtulina, Rutylapa, Taulyrpa
(fig. 1154), etc. Les modifications dorsales du
synsclérite notées chez les Macrocerinae existent
chez d’autres genres d 'Orfeliini. Ainsi le type
Chiasmoneurella est représenté par exemple par
Asynaphleba (fig. 1 1 55), et un type voisin de celui
d' Angazidzia par Orfelia (fig. 1156) ou Asin-
dulum (fig. 1157), avec en ce qui concerne ce
dernier genre d’autres apomorphies particulières
comme la réduction de la face ventrale du
synsclérite et l’invagination des gonostyles. Cer¬
tains Orfeliini montrent aussi, comme Tergosty¬
lus, des soies spinuleuses latérales ou latéroven-
trales, par exemple dans le genre Macrorrhyncha
(cf. Matile, 1976a).
En résumé, plus la face dorsale du synsclérite
gonocoxal sera réduite, plus elle sera considérée
comme apomorphe ; il en ira de même pour la
présence de soies modifiées en spinules. On
rappellera seulement que, comme le montrent
Macrocera et quelques membres de la même
tribu, la désclérification dorsale n’a pu qu’appa¬
raître à diverses reprises.
A. 6.7.2. Face ventrale.
L’étude des morphoclines de réduction de la
face dorsale du synsclérite gonocoxal montre
qu’au fur et à mesure que les tubes gonocoxaux
primitifs se raccourcissent, sa face ventrale croît
vers l’apex. Ainsi, cette face primitivement en V
Source : MNHN, Paris
1150 1154 1158
Fig. 1146-1158. — Hypopyge des Macrocerinae et des Keroplatinae, face dorsale, tergite IX et proctigere enleves :
1146, Macrocera ; 1147, Chiasmoneurelta ; 1148, Chiasmoneura s. str. ; 1149, Robsonomyia ; 1150 : Angazidzia ;
1151, Srilankana; 1152, Placoceratias ; 1153, Tergostylus ; 1154, Taulyrpa ; 1155, Asynaphleba ; 1156, Orfeha ;
1157, Asindulum ; 1158, Chiasmoneura stylata Mat.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
461
plus ou moins ouvert devient-elle quadrangu-
laire, plus ou moins faiblement encochée à la
base et à l’apex. En effet, si la face ventrale du
synsclérite est profondément échancrée à l’apex
dans son état plésiomorphe (fig. 1146-1147), le
raccourcissement, puis la quasi-disparition des
tubes gonocoxaux sont corrélés avec la diminu¬
tion, puis l’effacement, de l’angle formé par la
marge distale du synsclérite (fig. 1148-1151).
C’est cet état qui devient plésiomorphe dans les
groupes à tubes gonocoxaux réduits ou absents,
bien qu’il soit évidemment apomorphe par rap¬
port au type macrocérien. Dans ces groupes,
ce nouveau plan de base subit de nombreuses
modifications. Ce sont l’apparition d’encoches
membraneuses plus ou moins étendues, de dé¬
pressions longitudinales ou discales, et de réduc¬
tions d’ampleur variable des marges distale et
proximale du synsclérite ; ces dernières aboutis¬
sent parfois à une réduction secondaire consi¬
dérable de la surface ventrale des gonocoxopo-
dites.
À ces modifications de taille et de forme,
s’ajoute l’apparition de soies, ou de groupes de
soies plus ou moins fortement modifiées, phéno¬
mène beaucoup plus courant à la face ventrale
du synsclérite qu’à ses faces latérales ou dorsales.
On notera en passant que l’étendue de la zone
basale du synsclérite normalement invaginée
sous le segment prégénital est indiquée par la
perte de la ciliation normale de cet organe.
A.6.7.2.1. Aires membraneuses.
Dans les taxa étudiés, les aires membraneuses
les plus particulières sont celles présentées par les
Macrocerini du genre Chiasmoneura, qui ont une
forme triangulaire et sont situées en position
distale (fig. 270, 278-280, 287, 300, 302-305, 311,
317, 319). L’aspect de cette zone chez Chiasmo¬
neura s. str. (fig. 1 148) pourrait faire penser à une
persistance du sternite IX, telle qu’elle se pré¬
sente chez Arachnocampa (comparer fig. 254 et
270), si ce n’est tout d’abord que la surface en
cause est nettement plus importante. La question
est tranchée par l’examen des Chiasmoneura du
sous-genre Prochiasmoneura ; chez ceux-ci, en
effet, comme on l’a déjà vu, le sternite IX persiste
sous forme d’une crête interne basale fort dis¬
tincte. On constate alors que l’encoche membra¬
neuse apicale est indépendante du territoire
sternal (fig. 1158). La présence de cette zone
membraneuse très particulière, que je n’ai pas
retrouvée chez d’autres Keroplatidae, est donc
sans aucun doute une autapomorphie des Chias¬
moneura.
Les zones membraneuses du synsclérite se
présentent le plus souvent sous forme d’encoches
sagittales plus ou moins larges et plus ou moins
longues, et sont très répandues chez les Kero¬
platidae. On pourrait penser que ces lignes
sagittales résultent d’une séparation incomplète
des deux gonocoxopodites. Cependant, le mor-
phocline illustré figures 1146-1151 montre sans
équivoque que même dans les états les plus
primitifs des Macrocerinae, l’union basale des
tubes gonocoxaux est complète. La croissance
distale de la face ventrale du synsclérite se fait
sans fissuration préalable : la fermeture ventrale
du synsclérite va de pair avec son ouverture
dorsale. L’hypothèse d’une séparation secon¬
daire du synsclérite est renforcée par l’aspect,
unique chez les Keroplatidae, que prend celui-ci
chez Setostylus pictipennis n. sp. (fig. 940). Chez
cette espèce, en effet, la face ventrale du syn¬
sclérite est occupée par une large bande membra¬
neuse sagittale portant des macrochètes. Or nulle
part ailleurs chez les Mycetophiloidea, les zones
membraneuses ne portent de macrochètes. Chez
S. pictipennis, d’ailleurs, des digitations scléri-
fiées se prolongent encore jusqu’aux soies laté¬
rales de la zone membraneuse. Cette espèce nous
démontre ici un processus de désclérification en
voie de réalisation.
Toute encoche membraneuse du synsclérite
gonocoxal sera donc tenue comme apomorphe,
et ce d’autant plus qu’elle sera plus étendue. Il en
existe chez quelques Macrocerinae : Hesperodes,
où elle est longue et sagittale (fig. 335), et
Paramacrocera. Dans ce dernier genre, l’aire
membraneuse est courte, large et arrondie chez
Freemaniola (fig. 387), très petite chez Parama¬
crocera s. str. (fig. 376). Cette tendance évolutive
s’est largement manifestée chez les Keroplatinae,
où les zones membraneuses sont de largeur et de
longueur variées, parfois au sein d’un même
genre. Ainsi Cerotelion lineatum (F.) possède
une encoche sagittale étroite, mais très longue
(fig. 442), alors qu’elle est plus courte, mais plus
large, chez d’autres espèces, en particulier chez
C. tapleyi Edwards (fig. 478). Certains Euce-
roplatus ont une encoche (fig. 531-532, 534),
d’autres en sont dépourvus (fig. 526, 530, 533-
Source : MNHN, Paris
462
LOÏC MATILE
536). Chez les Keroplatini, la mieux développé est
celle de Mallochinus, triangulaire, séparant prati¬
quement le synsclérite en deux (fig. 742). Le
caractère est de toute évidence clinal et soumis
au parallélisme, et ne sera le plus souvent utilisé
qu’au niveau des relations interspécifiques.
A.6.7.2.2. Dépressions et saillies.
Cette forme d’apomorphie est beaucoup plus
rare que la précédente et, dans les groupes
étudiés ici, n’affecte qu’un Macrocerini, Angazid-
zia, où la dépression du synsclérite est sagittale et
profonde (fig. 261) et un Keroplatini, Nauarchia,
où elle est discale et très large (fig. 751). Il
s’agit d’autapomorphies de ces genres monospé¬
cifiques. De même, chez certains Chiasmoneura,
le synsclérite est soulevé en bosse avant la zone
membraneuse apicale (fig. 278-280).
A.6.7.2.3. Tubercule ventral.
On a vu au sujet de Keroplatus tipuloides Bosc
(p. 72, fig. 83) que les faces dorsales et ventrale
du synsclérite gonocoxal étaient reliées par un
pont périgonostylaire mince, mais qui émet dista-
lement, de chaque côté, un bras venant se
fusionner avec son homologue pour former un
tubercule ventral, saillant en arrière du syn¬
sclérite, entre les deux gonostyles. Ce tubercule
est entièrement sclérifié ventralement et apicale-
ment, et sa face dorsale est reliée à l’édéage par
une membrane qui sépare ainsi complètement la
cavité gonocoxale du phallosome et du procti-
gère. Cette structure tout à fait inhabituelle est
bien entendu fortement apomorphe.
On peut comprendre la genèse de ce tubercule
en examinant ce qui se passe dans cette région,
notamment chez le genre Keroplatus. Dans un
état relativement plésiomorphe comme celui des
Cerotelion, les tubes gonocoxaux, bien déve¬
loppés, sont largement séparés à l’apex (fig. 1159).
Il n’en subsiste qu’un pont périgonostylaire de
part et d’autre chez Keroplatus , mais au lieu de
rester indépendantes, les marges internes de
Fig. 1159-1164. — Hypopyge des Keroplatini, vue caudale,
gonostyles enlevés : 1159, Cerotelion lineatum (F.); 1160,
Keroplatus ornativentris Mat.; 1161, K. militaris Coq.;
1162, K. reaumurii Duf. ; 1163, K. tipuloides Bosc; 1164,
Neoceroplatus minimax Edw.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
463
chaque pont fusionnent l’une à l’autre sur la
ligne médiane. C’est ce qui se passe chez les
Keroplatus néotropicaux comme K. ornativentris
Matile (fig. 1160). Dans certains cas, la partie
fusionnée des deux ponts va s’étendre vers la face
dorsale, où elle pourra s’élargir en tubercule,
comme chez K. militaris Coq. (fig. 1161). Plus
couramment, cette partie s’étend vers l’arrière
des genitalia, distalement à la marge postérieure
du synsclérite, pour former un processus posté¬
rieur, d’abord peu développé, comme dans le
groupe testaceus (fig. 1162, K. reaumurii Duf.),
puis élargi en tubercule entre les gonostyles ; c’est
le cas de K. tipuloides (fig. 1163). Seulement
sclérifié et dénudé chez Keroplatus, le tubercule
gonocoxal peut se couvrir de soies spinuliformes,
plus ou moins épaisses, comme chez la plupart
des Neoceroplatus (fig. 1164, N. minimax Edw.).
Ce type de tubercule ne doit pas être confondu
avec une simple convexité distale de la marge du
synsclérite gonocoxal, telle qu’on peut la voir par
exemple chez les Macrocerinae Robsonomyiini
des genres Micrepimera (fig. 418) et Srilankana
(fig. 431). Il est évidemment beaucoup plus
fortement apomorphe, et n’existe ni chez les
Arachnocampinae, ni chez les Macrocerinae,
sauf chez Angazidzia, où il demeure petit.
En ce qui concerne les Keroplatini, un tuber¬
cule gonocoxal existe, on l’a vu, chez certains
Keroplatus et Neoceroplatus, avec dans ce dernier
genre une spinulation caractéristique (fig. 766-
769, 771-775, 777). Deux espèces de Neocero¬
platus sont dépourvues de tubercule ventral
(fig. 770, 776) ; elles présentent une condition
analogue à celle des Keroplatus néotropicaux
sans tubercules (fig. 1160), ce qui prouve que les
processus entrés en jeu dans la formation de cette
structure ont été les mêmes dans les deux genres.
Il existe un très fort tubercule ventral chez les
Heteropterna du sous-genre Scrobicula ; il est
couvert ventralement de rangées de spinules
disposées en peignes, caractère unique chez les
Keroplatidae (fig. 633). Un tubercule spinuleux
est également présent chez Tergostylus (fig. 948,
963). Dans ce genre, cependant, le pont périgo-
nostylaire a disparu dorsalement ; seul persiste ce
tubercule, fortement élargi, et dont la double
origine est nettement visible (fig. 1153). Il en va
de même chez deux des trois espèces de Xenoke-
roplatus (fig. 986, 988), où ce tubercule est
toutefois beaucoup moins développé que dans le
genre précédent. Je ne connais pas de tubercule
gonocoxal chez les Orfeliini. Il s’agit ici d’une
tendance évolutive propre aux Keroplatini.
A. 6.7.3. Ciliation.
On a vu que le synsclérite gonocoxal, dans son
état plésiomorphe, était uniformément couvert
de soies ordinaires dispersées, et que celles-ci
disparaissaient (comme d’ailleurs sur le ter-
gite IX) lorsque la base du synsclérite était
invaginée sous le segment VII. Les soies gono-
coxales peuvent aussi couramment se modifier en
spinules plus ou moins longues ou autres chètes
différenciés. Il s’agit cependant d’une tendance
évolutive propre aux Keroplatinae : elle ne se
manifeste pas chez les deux autres sous-familles.
En ce qui concerne les Keroplatini, la seule
modification notable est celle des soies de la
marge postérieure du synsclérite, sur une lon¬
gueur plus ou moins grande, de part et d’autre de
la ligne médiane. C’est ce qui se produit dans les
genres Ctenoceridion (fig. 500, 509), Euceroplatus
(fig. 526, 530-536), Paracerotelion (fig. 815),
Platyroptilon (fig. 852-862, 877, 879, 881, 883),
Rocetelion (fig. 903, 907, 909, 911) et Setostylus
(fig. 919, 921-928), ainsi que chez les Heterop¬
terna du sous-genre nominatif (fig. 552, 571-575,
587, 589, 591, 594, 595, 597-598, 600, 602, 604,
606). Les Orfeliini du genre Orfelia montrent le
même type de soies modifiées, au même emplace¬
ment. 11 arrive aussi que certaines des soies
gonocoxales soient par place plus serrées et plus
dressées que les autres, formant ainsi des plages
plus denses ; c’est le cas de certains Cerotelion
paléarctiques et australasiens (fig. 457, 475, 478,
481, 484). Chez les Orfeliini, exceptionnellement,
certaines soies allongées se disposent en rangées
gonocoxales régulières : c’est le cas de certaines
espèces du genre Cloeophoromyia (fig. 1165).
Fig. 1 165. — Hypopyge de Cloeophoromyia mirei Mat., vue
latérale.
D’après Matile (1970c).
Source : MNHN, Paris
464
LOÏC MATILE
A.6.7.4. Lobes et processus.
Le synsclérite gonocoxal des Keroplatidae
peut porter des lobes ou des processus, posté¬
rieurs, dorsaux ou latéraux. Le cas est rare chez
les Macrocerinae, où nous citerons les processus
de longueur variable situés de part et d’autre de
l’échancrure membraneuse ventrale du synsclé¬
rite des Chiasmoneura du sous-genre Synesostyla
(fig. 311, 317, 319); chez Angazidzia, les faces
latérales du synsclérite sont prolongées en pro¬
cessus indifférenciés (fig. 260). Chez les Keropla-
tini, certaines espèces du genre Tergostylus por¬
tent des processus latéraux ou ventraux muni
d’une brosse spinuleuse apicale (fig. 948-949,
960). Les processus munis de soies modifiées sont
beaucoup plus courants chez les Orfeliini, en
particulier chez les groupes de genres Cloeopho-
romyia-Neoplatyura, où ils ont une grande valeur
dans l’identification des espèces (c/. Matile,
1978c).
A.6.8. Gonostyles
Dans leur plan de base, les gonostyles des
Nématocères, et aussi des Mycetophiloidea, sont
des tubes simples, cylindriques, fermés à l’apex
et à peu près de même taille que les gonocoxo-
podites (Munroe, 1974). D’après Edwards
(1929c), ils sont les plus primitifs dans le com¬
plexe Orfelia lorsqu’ils appartiennent au type
Macrocera-, ce sont alors deux tubes grands,
simples et terminés à l’apex par deux fortes
dents. Ce type est assez répandu chez les Macro¬
cerinae : Chiasmoneura s. str, (fig. 269-270),
Paramacrocera (fig. 375-376, 386-389), Vockero-
thia (fig. 395-396) et la plupart des Macrocera,
mais il se rencontre rarement sans quelques
modifications : dents supplémentaires, raccour¬
cissement, épaississement, etc. ( cj . fig. 351-358).
Il existe aussi chez de nombreux Orfeliini 6S, mais
en fait il est rare qu’il ne soit pas accompagné de
quelques modifications. Les gonostyles ne sont
jamais dans l’état intégralement plésiomorphe
chez les Keroplatini, même chez Cerotelion et
Mallochinus, où s’y ajoutent des rangées de
denticules internes (fig. 441, 741-742).
Aucun organe des Mycetophiloidea n’est plus
variable que le gonostyle, dont on peut dire qu’il
est le véritable « signal » de la différenciation
spécifique. Il ne saurait être question de citer
toutes les variations possibles, et je me bornerai à
en énumérer les principaux types chez les Kero¬
platidae étudiés ici.
A.6.8. 1. Allongement.
Ce caractère est tout relatif, car il est mesuré
par rapport à la longueur du synsclérite gono¬
coxal. Lorsque celui-ci se réduit, les gonostyles
peuvent alors se trouver dans un aspect secon¬
dairement plésiomorphe, de même taille que les
gonocoxopodites. Il en est ainsi chez les Keropla¬
tini du genre Heteropterna, mais il semble bien
qu’il y ait eu quand même croissance en longueur
des gonostyles chez certaines de leurs espèces,
comme H. cressoni (Fisher) (fig. 591). Cette
croissance est certaine chez Keroplatus militaris
Johannsen (fig. 688) et certains Keroplatus néo¬
tropicaux (fig. 694, 698-700), ainsi que chez tous
les Xenokeroplatus, où elle est corrélée avec celle
de l’ensemble de l’hypopyge (fig. 983, 986-990).
A. 6.8.2. Raccourcissement.
Il s’agit d’une tendance évolutive des Keropla¬
tidae beaucoup plus répandue, en particulier
chez les Keroplatinae, où les gonostyles sont
fréquemment plus courts que le synsclérite gono¬
coxal. Comme le caractère précédent, il s’agit
d’un caractère relatif, que l’on prendra surtout
en compte dans son état le plus apomorphe, qui
est celui des Macrocerinae Robsonomyiini du
genre Kelneria. Chez les espèces de ce genre, les
gonostyles sont réduits à deux lobes peu distincts
situés à l’angle externe de chaque gonocoxopo-
dite (fig. 404-405). J’ai déjà attiré l’attention sur
cette forte apomorphie de ce genre oligocène
(Matile, 1979a). Les gonostyles ne sont jamais
fortement réduits chez les Keroplatini, mais le cas
est fréquent chez les Orfeliini des groupes de
genres Cloeophoromyia-Neoplatyura.
65. Edwards cite Orfelia, Isoneuromyia et Pyriaula, mais il y en a bien d’autres, y compris des genres par ailleurs
fortement apomorphes comme Nicholsonomyia et Tamborinea.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
465
A. 6.8. 3. Aplatissement.
Lorsqu’ils ne sont pas cylindriques, les gono-
styles des Keroplatidae sont le plus souvent
aplatis de dedans en dehors. Seuls les Macroce-
rinae du genre Hesperodes (fig. 334-335) et les
Keroplatini des genres Paracerotelion (fig. 814-
815) et Rocetelion (fig. 902-903, 907, 909, 911)
ont des gonostyles aplatis dorso-ventralement.
Cet état de caractère, plus rare, sera donc
considéré comme plus apomorphe que l’aplatisse¬
ment latéral (Matile, 1988b).
A.6.8.4. Dédoublement longitudinal.
Normalement en tubes cylindriques, les gono¬
styles peuvent se dédoubler sur tout ou partie de
leur longueur. L’une des voies par laquelle ils
peuvent atteindre cet état est démontrée par
certaines espèces du genre Heteropterna (cf.
fig. 611-618) et sera discutée lorsque les relations
phylogénétiques au sein de ce genre seront
envisagées (p. 504). Mentionnons seulement ici
que chez les Heteropterna australasiens, la divi¬
sion commence à l’apex des gonostyles, puis
s’étend à la base, et enfin à la face dorsale. Chez
les Macrocerinae, l’espèce-type des Chiasmo-
neura du sous-genre Prochiasmoneura a des
gonostyles fissurés longitudinalement sur toute la
longueur de la face dorso-interne (fig. 286), de
même que Robsonomyia (fig. 425). Le même
phénomène se produit chez les Keroplatini du
genre Ctenoceridion (fig. 499-500, 503, 509) et
chez certains Heteropterna, comme on l’a vu plus
haut, et à un moindre degré chez Paracerotelion
(fig. 814) et Rocetelion (fig. 902) ; chez Tolletia, la
division, peu marquée, affecte la face dorsale des
gonostyles (fig. 973). Un gonostyle fissuré longi¬
tudinalement sera bien entendu considéré comme
plus apomorphe qu’un gonostyle entier.
A. 6.8. 5. Rétrécissement apical.
Il s’agit ici d’un écart du plan de base courant
chez les Keroplatinae, où l’apex des gonostyles
est réduit à un mince processus, souvent muni
d’une longue soie apicale, tranchant ainsi sur la
base, plus large, dont il est plus ou moins
nettement séparé. Chez les Keroplatini, cette
tendance évolutive apparaît chez Euceroplatus
(fig. 525-526, 530-536) et Setostylus (fig. 918-919,
921-928), où elle est peu prononcée, et surtout
chez Platyroptilon (fig. 848-849, 863-867). Un
phénomène de ce type se produit chez Tergosty-
lus, mais suivant des modalités particulières ; il
sera étudié plus en détail au sujet de la phy¬
logénie des espèces de ce genre (p. 527).
A. 6.8. 6. Lobes, processus, digitations et dépres¬
sions.
Les lobes, processus et digitations des gono¬
styles prennent chez les Keroplatidae les aspects
les plus divers. Chez les Macrocerinae, les gono¬
styles les plus complexes sont ceux des Macroce-
rini du genre Angazidzia, où leur face ventrale
est divisée en deux lobes, tandis que la face
dorsale, concave, en porte un troisième (fig. 260-
261). Chez les Chiasmoneura du sous-genre Pro¬
chiasmoneura et chez Paramacrocera, certaines
espèces ont des gonostyles simples, de type
macrocérien (fig. 302-305, 375-376), tandis que
d’autres présentent des digitations ou des lobes,
avec parfois apparition de soies plus ou moins
fortement différenciées (fig. 297-301, 377-380).
Chez les Chiasmoneura du sous-genre Syneso-
styla, il peut y avoir un seul lobe, portant
une brosse de soies (fig. 317-318) ou un denticule
(fig. 319-320), ou encore à la fois un lobe et des
digitations (fig. 310-311). Srilankana est moins
fortement modifié : les gonostyles portent seule¬
ment une digitation basale (fig. 430-431).
En ce qui concerne les Keroplatini, les gono¬
styles sont particulièrement variables dans le
genre Neoceroplatus (fig. 778-789), où ils portent
des lobes et des processus de toutes sortes, qui
seront étudiés plus en détail au chapitre de la
phylogénie des espèces de ce genre (p. 517).
Keroplatus est également hétérogène sur ce plan ;
la modification la plus fréquente des gonostyles
dans ce genre est l’apparition d’un petit lobe
accessoire basal cilié, éventuellement spinuleux
(fig. 658, 661-670, 682-689, 696-697, 715, 717).
Il peut aussi apparaître une forte dent sclérifiée
(fig. 717). Les espèces néotropicales de Keropla¬
tus sont caractérisées par leurs gonostyles bi-
lobés, le lobe externe, plus ou moins allongé,
portant des soies ordinaires, et le lobe interne des
spinules (fig. 694-695, 698-701) ; l’espèce afro-
tropicale K. heimi Mat. a elle aussi des gono-
Source : MNHN, Paris
466
LOÏC MATILE
styles bilobés, mais le lobe interne est fortement
sclérifié et dépourvu de soies modifiées, tandis
que le lobe externe porte une forte dent dorsale
(fig. 720).
Duretina et Nauarchia ont tous deux des
gonostyles dont la base forme un large lobe plus
ou moins quadrangulaire muni de rangées spinu-
leuses au bord interne (fig. 517, 750-751). Les
Heteropterna du sous-genre Scrobicula portent,
au bord interne des gonostyles, des digitations
dentées à l’apex (fig. 633). Enfin, une seule des
espèces d ' Euceroplatus (E. bistylus n. sp.) pos¬
sède un petit lobe basal bidenté à l’apex (fig. 530).
Seul le genre Placoceratias se distingue de tous
les autres Keroplatidae par la présence d’une
nette dépression dorsale sur les gonostyles, où
elle forme une sorte de crypte (fig. 823). Toutes
ces modifications des gonostyles seront bien
entendu considérées comme autant d’apomor-
phies, mais elles seront souvent de peu d’utilité
car, propres à chaque espèce, elles en constituent
les autapomorphies.
A. 6.8. 7. Dents sclérifiées.
On a vu que la condition plésiomorphe des
gonostyles était qu’ils portent deux fortes dents
apicales comme chez Macrocera. Les modifica¬
tions de ce plan de base, outre celles mentionnées
précédemment, sont représentées par la perte ou
la réduction de l’une des dents, ou des deux, leur
changement de position ou d’orientation, ou
encore l’acquisition de dents supplémentaires
plus ou moins développées.
Certains Macrocera ont perdu leurs deux dents
apicales (p. ex. M. aegaea Mat., fig. 354 ;
M. pilosa Landrock, fig. 358), ou en ont acquis
une troisième (M. caudata Mat., fig. 352), ou
ces dents se sont modifiées de diverses façons
(fig. 355-368). Chez Micrepimera, il ne demeure
plus qu’une petite dent apicale (fig. 417-418).
Chez les Keroplatini, le genre Rocetelion ne
possède plus de dents apicales (fig. 902-903, 907,
909, 911), comme je l’ai déjà fait remarquer
(Matile, 1988b). Il semble que les Heteropterna
les aient également perdues, mais les espèces
australiennes en possèdent une en position
préapicale (fig. 611-618) ; je pense qu’il s’agit là
d’une acquisition secondaire plutôt que de la
persistance de l’une des dents primitives. Parace-
rotelion montre des dents réduites (fig. 814-815),
tandis qu’au contraire Cerotelion (fig. 441) et
Mallochinus (fig. 741) ont acquis des rangées de
denticules supplémentaires. Enfin Tolletia pos¬
sède une paire de dents médianes (fig. 973-974),
et le lobe gonostylaire externe de K. heimi Mat.
porte une très forte dent dorsale, comme on l’a
vu plus haut.
A.6.8.8. Soies modifiées.
Celles-ci sont souvent portées, on l’a déjà
dit, sur les lobes, processus et digitations gono-
stylaires. Ainsi, Neoceroplatus (fig. 778-789)
montre de très fortes soies internes et apicales,
ou au contraire des spinules courtes, parfois en
bouton. Certaines soies gonostylaires, les in¬
ternes, peuvent se modifier même en l’absence de
division secondaire des gonostyles. C’est le cas
chez l’espèce-type du genre Euceroplatus, où
il en existe une rangée (fig. 525-526), et aussi de
Xenokeroplatus, où les spinules sont disposées
en zones bien délimitées (fig. 983), ou encore
forment des brosses (fig. 986-988).
A. 6. 8. 9. Insertion.
Les gonostyles s’insèrent normalement, chez tous
les Nématocères, à la face latérale des gonocoxo-
podites. Il peut cependant arriver que cette
insertion se déplace vers la face ventrale du
synsclérite gonocoxal, ce qui représente évidem¬
ment une apomorphie d’autant plus forte que
l’insertion est plus ventrale. Ce phénomène ne se
produit chez les Macrocerinae que dans le genre
Angazidzia (fig. 260-261). Chez les Keroplatinae
Keroplatini, il est surtout notable chez Neocero¬
platus. Dans ce genre, ce déplacement est corrélé
avec un « encastrement » dans le synsclérite
gonocoxal (fig. 761, 766-771) ; il existe cependant
des espèces de Neoceroplatus à insertion gonosty¬
laire latérale (fig. 772, 776), et d’autres inter¬
médiaires entre l’insertion latérale et l’insertion
ventrale « encastrée » (773-775, 777). Chez Ter-
gostylus, également, les gonostyles sont plus ou
moins ventraux et enfoncés dans le synsclérite
(fig. 948, 961-963, 965). Enfin, chez Xenokeropla¬
tus, les gonostyles sont profondément encastrés
et ne sont qu’étroitement séparés l’un de l’autre
de part et d’autre de la ligne médiane (fig. 983,
986, 988) ; ce dernier état est bien entendu le plus
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
467
fortement apomorphe. Le Macrocerinae Vocke-
rothia représente une variante particulière où
l’insertion des gonostyles s’est déplacée à la face
dorso-interne (fig. 395-396).
A.6.9. Phallosome
Ce terme se rapporte ici à l’ensemble formé
par l’édéage (organe intromittent proprement
dit) et les apodèmes qui le soutiennent, comme il
a déjà été dit dans la Partie morphologique du
présent travail (p. 64). Le phallosome des Dip¬
tères est très variable et peu étudié, surtout
chez les Orthorrhaphes, où se posent plusieurs
problèmes d’homologie (Hennig, 1973, 1976a,
b). Munroe (1974) a renoncé à en établir le plan
de base pour les Nématocères, et même les
Mycetophiloidea, les variations étant trop nom¬
breuses pour pouvoir être prises en compte dans
son étude des Ditomyiidae des genres Symmerus
et Australosymmerus. Il me semble cependant
possible d’en retracer les grandes lignes.
D’après Hennig, le phallosome le plus proche
du plan de base des Diptères est probablement
celui des Trichoceridae, dont les genitalia ont été
étudiés notamment par Neumann (1958), Hen¬
nig (1976a) et McAlpine (1981). Leur phallo¬
some comprend une paire d’apodèmes gono-
coxaux courts et basaux, des gonapophyses très
bien développées, saillant en arrière de la ca¬
vité gonocoxale, des paramères (plaques ali-
formes de Neumann) fusionnés en un pont
dorsal à l’édéage, celui-ci non distinctement
divisé en distiphallus et basiphallus et portant
un court apodème éjaculateur (fig. 1166). On
a déjà vu (p. 454) que les genitalia mâles
des Rhagionidae (Brachycères Orthorrhaphes)
étaient proches du plan de base des Brachycères,
groupe-frère, peut-on penser, des Nématocères
Bibionomorpha ; c’est du moins l’opinion de
Griffiths (1972), à laquelle s’est rallié Hennig
(1976a, b). Je redonne, figure 1167, un dessin de
la face dorsale des gonocoxopodites et du phallo¬
some de Rhagio, celui de Hennig souffrant de
quelques inexactitudes. Chez Rhagio, l’ensemble
du phallosome est reporté (par rapport à Tricho-
cera) vers l’apex du synsclérite gonocoxal, où le
stemite IX est distinct. Les apodèmes gono-
coxaux et l’apodème éjaculateur sont allongés,
tandis que l’édéage se divise nettement en un
basiphallus membraneux, recouvrant dorsale-
Fig. 1166-1168. — Hypopyge, face dorsale, tergite IX et
proctigère enlevés : 1166, Trichocera regelationis (L.)
(Trichoceridae); 1167, Rhagio scolopaceus (L.) (Rhagio¬
nidae); 1168, Symmerus annulatus (Meig.) (Ditomyiidae).
ap ej : apodème éjaculateur ; ap gcx : apodème gono¬
coxal ; ap gon : apodème des gonapophyses ; bas :
basiphallus ; dist : distiphallus ; ed : édéage ; gcx : gono¬
coxopodites ; gon : gonapophyses ; par : paramères ; p par :
pont des paramères ; Si IX : stemite IX ; vol : volsellae.
Source : MNHN, Paris
468
LOÏC MATILE
ment l’apodème éjaculateur, et un distiphallus
fortement sclérifié et indistinctement séparé du
pont formé par les paramères dorsaux. Les
gonapophyses sont réduites à deux petits sclérites
ventraux et ne font plus saillie en arrière de la
cavité gonocoxale.
Une situation analogue s’observe chez un
Ditomyiidae comme Symmerus, où le sternite IX
est encore très distinct comme chez les espèces
précédentes, mais où les apodèmes gonocoxaux
sont plus robustes, la face dorsale de l’édéage
entièrement sclérifiée, davantage encore à l’apex,
tandis que la face ventrale est entièrement mem¬
braneuse ; il n’y a plus de gonapophyses (fig. 1 168).
Le phallosome des Ditomyiidae a cependant subi
de très nombreuses variations (Munroe, 1974),
et en particulier la membranisation du plancher
de l’édéage doit être considérée non comme un
élément du plan de base des Mycetophiloidea,
mais comme une apomorphie. Ce caractère se
présente aussi chez Ditomyia, où de plus le
phallosome est très réduit et reporté en avant du
sternite IX.
Il semble cependant raisonnable de considérer
que le plan de base du phallosome des Myceto¬
philoidea comprend des apodèmes gonocoxaux
allongés et insérés peu avant le milieu de la
marge dorsale des gonocoxopodites ; un phallo¬
some reporté vers l’arrière, avec un pont sclé¬
rifié dorsal formé de la fusion de la paire de
paramères dorsaux, un distiphallus distinct du
basiphallus et des gonapophyses (ici, paramères
ventraux) peu développées. La face dorsale de
l’édéage n’est plus distincte du pont dorsal
comme chez Trichocera ou Rhagio, mais acco¬
lée à celui-ci. Une étude attentive de cet organe
dans tout le groupement s’impose cependant, et
on ne mentionnera ici que les déviations les plus
évidentes de ce plan de base hypothétique.
A.6.9.1. Apodèmes gonocoxaux.
L’examen des figures 1146-1151 montre que les
apodèmes gonocoxaux sont de forme relative¬
ment constante, mais de taille et de position
variable. En fonction de ce qui a été dit plus haut
sur le plan de base présumé, plus leur insertion
sera distale, plus elle sera tenue comme apo-
morphe. Il s’agit toutefois d’un caractère clinal
difficile à apprécier lors d’une analyse phylogé¬
nétique, et qui ne sera donc pas utilisé ici.
Il existe un écart exceptionnel du plan de base
chez les Macrocerinae du genre Robsonomyia, où
les apodèmes gonocoxaux, réduits, sont dirigés
verticalement vers la face ventrale du synsclérite
gonocoxal (fig. 1 149) au lieu d’être allongés
longitudinalement vers la base de l’hypopyge. Il
s’agit bien entendu d’une forte autapomorphie
de ce genre. De même, chez les Keroplatini,
Placoceratias montre une déviation remarquable
des apodèmes gonocoxaux. Ceux-ci, très bien
développés, ont leur moitié apicale élargie en
triangle et portant des macrochètes à ce niveau
(fig. 835-841) ; il existe encore des digitations
ventrales spinuleuses à l’apex. Enfin, on ren¬
contre une apomorphie d’un type différent chez
un autre Keroplatini, Tergostylus. Dans ce genre,
les apodèmes gonocoxaux sont modifiés en larges
lames dont chacune émet un processus distal, les
deux processus se fusionnant sur la ligne mé¬
diane et pouvant entrer en rapport avec le
tubercule gonocoxal médian (fig. 948). On notera
pour mémoire la disparition des apodèmes gono¬
coxaux chez Truplaya et ses alliés ( Orfeliini ),
dont le phallosome est par ailleurs profondément
modifié (fig. 1169).
A. 6.9.2. Édéage.
A.6.9.2.1. Taille.
Les figures données plus haut de certains
édéages de type primitif, Trichocera (fig. 1166) et
Rhagio (fig. 1167) montrent que dans son état
plésiomorphe il est environ de la taille de la
cavité gonocoxale. Deux déviations de ce plan de
base peuvent se produire chez les Keroplatidae,
soit la réduction de l’édéage, soit au contraire
son allongement hors de la cavité gonocoxale.
Réduction. — Cette tendance évolutive est
manifestement apparue à de nombreuses reprises
(on a déjà noté son existence chez Ditomyia).
C’est la plus courante chez les Macrocerinae.
Dans cette sous-famille, l’édéage n’occupe le plus
souvent que la moitié caudale de la cavité
gonocoxale, comme on peut le voir chez Macro-
cera (fig. 78). Il est relativement moins réduit
chez Robsonomyia (fig. 424-425) et Srilankana
(fig. 430-431). Chez les Keroplatini, le phallosome
est également soumis à des réductions de taille,
notamment chez certaines espèces de Cerotelion
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
469
(fig. 441-443), mais il occupe toute la cavité
gonocoxale dans d’autres espèces. Euceroplatus
(fig. 526), Mallochinus et Xenokeroplatus présen¬
tent également ce caractère.
Allongement. — Ce phénomène ne se produit,
dans les groupes étudiés, que chez Nauarchia, où
l’allongement de l’édéage est caudal, tandis que
celui des apodèmes est proximal (fig. 752). Chez
les Orfeliini du groupe Truplaya (fig. 1169), au
contraire, l’édéage, comme les apodèmes, s’al¬
longe démesurément vers la base de l’abdomen,
où il pénètre profondément (il existe d’ailleurs
d’autres modifications, en particulier la perte
des apodèmes gonocoxaux et l’apparition d’une
furca).
Fig. 1169. — Abdomen de Truplaya calogastra (Speis.), vue
latérale, moitié gauche des tergites et des sternites V-VII
enlevée.
/ : furca ; gcx : gonocoxopodites ; p : paramère.
D’après Matile (1978c).
A.6.9.2.2. Membranisation.
Sur ce point, l’état plésiomorphe est un disti-
phallus sclérifié et un basiphallus membraneux,
les deux pièces étant séparées par un pont
sclérifié dorsal formé de la fusion antérieure des
apodèmes gonocoxaux. La membranisation de la
quasi-totalité du phallus, notamment de sa face
dorsale, est une apomorphie qui apparaît sou¬
vent chez les Keroplatidae. En particulier, elle
affecte tous les Macrocerinae de la tribu des
Macrocerini , qui ont au moins le distiphallus
entièrement membraneux, même si, comme chez
Macrocera (fig. 78), le basiphallus est bien
sclérifié par accroissement du pont dorsal. À ce
titre, les Robsonomyiini, plus apomorphes que les
Macrocerini à bien des égards, sont plus plésio-
morphes par leur distiphallus entièrement sclé¬
rifié, contrairement à ce que j’ai écrit en 1984
(Matile, 1984a). La membranisation de l’édéage
se présente aussi chez les Keroplatini. Ainsi, il est
en majeure partie membraneux chez Keroplatus
(fig. 83), Paracerotelion, Rocetelion, la plupart
des Euceroplatus et certains Xenokeroplatus.
A.6.9.2.3. Sclérification.
Il s’agit du morphocline inverse du précédent ;
il conduit à la sclérification complète d’une des
faces de l’édéage, dorsale ou ventrale, y compris
le basiphallus. Cette tendance évolutive s’est
manifestée chez les Arachnocampinae (fig. 72-74)
et chez quelques Keroplatini du genre Keropla¬
tus, où elle affecte la face dorsale, ou Neoceropla-
tus, où elle agit au contraire sur la face ventrale
(fig. 802-808), ou encore certains Euceroplatus.
Les variations de cette sclérification ventrale chez
Neoceroplatus seront étudiées plus en détail lors
de l’analyse des relations phylogénétiques des
espèces qui le composent.
A. 6.9. 2.4. Apodème éjaculateur.
L’apodème éjaculateur est modérément déve¬
loppé, faiblement sclérifié, et en position basale,
chez la très grande majorité des Keroplatidae ; il
y a donc lieu de penser que c’est là sa condition
plésiomorphe. Nous ne prendrons en compte ici
que quatre modifications de ce plan de base.
La première concerne Arachnocampa où, si
mon interprétation est correcte, l’apodème éjacu¬
lateur se trouve réduit à une languette peu
sclérifiée et située sur la face dorsale de l’édéage
(fig. 72, 74). Il s’agit là d’un caractère unique
chez les Keroplatidae. La deuxième se manifeste
chez les Macrocerinae du genre Robsonomyia,
chez lesquels l’apodème éjaculateur est longue¬
ment bifide à l’extrémité (fig. 424-425). Ce carac¬
tère est exclusif au genre. La troisième se produit
chez le Keroplatini Nauarchia, où cet apodème
est allongé et pénètre largement dans le segment
prégénital (fig. 752). L’apodème éjaculateur de
Tolletia est moins développé, mais il atteint
quand même la longueur du synsclérite gono-
coxal. L’allongement de cette pièce, corrélé avec
celui des paramères, se produit aussi chez les
Orfeliini, notamment dans le groupe de genres
alliés à Truplaya (fig. 1169). Enfin, la quatrième
se rencontre chez Platyroptilon, où l’apodème
éjaculateur est libre dans l’hypopyge, indépen¬
dant du reste du phallosome.
A.6.9.2.5. Paramères dorsaux.
Ceux-ci, on l’a vu, sont normalement reliés
l’un à l’autre par un pont dorsal distal. Le
Source : MNHN, Paris
470
LOÏC M ATI LE
Keroplatini Duretina, et quelques espèces du
genre Setostylus, s’écartent de ce plan de base
par leurs paramères dorsaux libres à l’apex. Il
arrive aussi que ces paramères se prolongent à
l’apex par des processus ou cornes plus ou moins
prononcés, dépassant en arrière du synsclérite
gonocoxal. De telles apomorphies, au demeurant
faibles, se produisent chez Arachnocampa, où
existent des cornes postérieures (fig. 72-74), de
même que chez certaines espèces australes de
Keroplatini du genre Cerotelion (fig. 487). Chez
Arachnocampa, en outre, la base des paramères
dorsaux se recourbe fortement en un apodème
ventral (fig. 73). D’autres modifications se mani¬
festent chez les Keroplatini, tels que Duretina,
où les paramères saillent en arrière du synsclérite
sous forme de deux pointes aiguës (fig. 518), chez
certains Setostylus, où ils sont élargis en T à
l’apex, avec d’autres modifications qui seront
énumérées lors de l’analyse des relations phy¬
logénétiques à l’intérieur de ce genre. Nauarchia
montre une très forte apomorphie avec la perte
des paramères dorsaux (fig. 752) ; chez Placoce-
ratias, les paramères sont présents, mais forte¬
ment réduits en longueur.
A.6.9.2.6. Paramères ventraux.
Les paramères ventraux subissent peu de
modifications notables chez les Keroplatidae.
Notons leur prolongement en deux bras basaux
chez certaines espèces de Cerotelion, leur fort
allongement dans la cavité abdominale chez
Nauarchia, l’apparition de processus spinifères
chez certains Setostylus, ainsi que, chez le même
genre, leur fort élargissement basal, enfin leur
disparition chez certains Euceroplatus et chez
Duretina, Heteropterna et Ctenoceridion.
A.6.9.2.7. Liaison entre paramères.
Les faces latérales de l’édéage sont normale¬
ment membraneuses. Chez les Keroplatinae seu¬
lement, il arrive cependant que les paramères
dorsaux et ventraux se rejoignent sur ces faces,
qui deviennent ainsi entièrement ou partiel¬
lement sclérifiées. C’est le cas de Cerotelion
(fig. 444), de Rocetelion et de Setostylus. Cette
condition sera considérée comme apomorphe.
Un état intermédiaire se rencontre chez Arachno¬
campa, où la croissance des paramères dorsaux
vers le bas forme latéralement une sorte d’en¬
coche arrondie dans laquelle vient se loger la
base des paramères ventraux (fig. 73).
A.6.9.2.8. Soies endophalliques.
Il s’agit ici d’un caractère unique, à ma
connaissance, chez les Mycetophiloidea. Il se
présente chez trois espèces de Keroplatini du
genre Tergostylus (fig. 949-950) qui seront dis¬
cutées plus loin (p. 527).
A.6.9.2.9. Modifications diverses.
Parmi les autres écarts du plan de base de
l’édéage, je citerai en premier lieu l’apparition
de cavités distales, ouvertes ou hémisphériques
(fig. 950), caractère unique, comme le précédent,
du genre Tergostylus.
Une espèce de Cerotelion, C. pendleburyi n.
sp., présente deux larges lobes auriculaires dor¬
saux et préapicaux, d’autres espèces du même
genre des lobes apicaux plus petits, tandis que
certaines espèces de Xenokeroplatus (X. riparius
n. sp. et X. steffani n. sp.) portent un lobe
sclérifié muni d’un ou deux peignes spinuleux,
visibles entre les gonocoxopodites (fig. 986, 988).
Il s’agit ici aussi de fortes apomorphies, mais qui
se situent au niveau spécifique plutôt que géné¬
rique.
A.7. Postabdomen femelle
Pour des raisons de terminologie, j’ai déjà
abordé le problème des homologies du post¬
abdomen femelle des Diptères (p. 74) et élaboré
le plan de base hypothétique de celui des Kero¬
platidae (fig. 104). Beaucoup des taxa étudiés ici
ne sont connus que par les mâles {Chiasmoneu-
rella, Paramacrocera, Vockerothia, Micrepimera,
Robsonomyia, Srilankana et Schlueterimyia chez
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
471
les Macrocerinae, Hikanoptilon, Nauarchia, Pa-
racerotelion et Setostylus chez les Keroplatinae
Keroplatinî), ce qui limite l’utilité des genitalia
femelles dans les analyses phylogénétiques, d’au¬
tant que ce sexe, dans les autres genres, peut
n’être connu que pour une ou deux espèces
seulement. Sous réserve d’inventaire, cependant,
un certain nombre de caractères semblent pou¬
voir fournir dès maintenant des informations de
portée phylogénétique.
A.7.1. Tergite VIII
Dans le plan de base, le tergite VIII est bien
développé et plus grand que le sternite corres¬
pondant. Il ne conserve cette situation que chez
les Arachnocampinae (fig. 87), où il est, de plus,
quasiment entièrement libre. Il s’invagine partiel¬
lement chez les Macrocerinae, particulièrement
chez Hesperodes (fig. 336), mais se réduit con¬
sidérablement chez les Keroplatinae. Dans cette
sous-famille, en effet, le tergite VIII, invaginé
sous le VII, est le plus souvent entièrement
membraneux. Chez les Keroplatinî, il est sclérifié
latéralement chez Keroplatus (fig. 99), une espèce
de Neoceroplatus (N. lauroi Lane) et Platyropti-
lon. Chez les Orfeliini, il forme un mince anneau
sclérifié chez Proceroplatus, son emplacement
peut être marqué par quelques soies résiduelles
( Ralytupa ), ou bien il est entièrement membra¬
neux. Sur ce plan, la forte réduction ou la
disparition du tergite VIII peut être considérée
comme une autapomorphie des Keroplatinae.
A. 7.2. Sternite VIII
On a vu dans le plan de base des Keroplatidae
(fig. 104) que ce sclérite était profondément
encoché à l’apex et entièrement libre du ster¬
nite VII. Chez tous les Keroplatidae sauf les
Arachnocampinae, il est même entièrement di¬
visé en deux parties qui ne sont plus reliées que
par une aire membraneuse sagittale. La persis¬
tance d’un anneau basal complet représente donc
une forte plésiomorphie des Arachnocampinae
(fig. 89, 91). Dans cette sous-famille, par ailleurs,
et comme dans le cas du tergite, le sternite VIII
est entièrement libre, tandis qu’il est légèrement
enfoncé sous le VII chez les Macrocerinae, et
invaginé au moins aux deux tiers chez les
Keroplatinae 66. La condition invaginée sera bien
entendu considérée comme plus apomorphe que
la condition libre.
Les marges apicales et internes des deux
moitiés du sternite VIII se recourbent pour
former les valves hypogyniales. Celles-ci subis¬
sent des variations clinales de taille dont il ne
sera pas tenu compte. Chez une espèce de
Keroplatini, Neoceroplatus lauroi Lane, une forte
modification du plan de base se présente, en ce
sens que les valves hypogyniales sont absentes,
tandis que chaque demi-sternite porte à sa place
un processus muni d’une soie apicale conique
(fig. 765). Chez Tergostylus, les valves hypogy¬
niales sont au contraire très développées, et
ciliées, surtout chez T. alberti (Tollet).
A.7.3. Tergite IX
Le tergite IX montre chez les Keroplatidae le
même morphocline que le tergite VIII. Chez
Arachnocampa, il est bien développé, sclérifié, et
recourbé en arche à faces latérales bien dévelop¬
pées (fig. 87, 89). Il se réduit à une plaque
ventrale au tergite X chez Macrocera (fig. 92, 95-
96). C’est aussi le cas des autres Macrocerinae,
où il peut en outre se désclérifier sagittalement
(Angazidzia) ou devenir entièrement membra¬
neux ( Hesperodes ). Dans cette même sous-fa¬
mille, il subit aussi une fusion partielle avec le
tergite X, chez Chiasmoneura s. str. (fig. 272-273)
et le sous-genre Prochiasmoneura (fig. 288-289),
tandis qu’il disparaît dans le sous-genre Synesos-
tyla. Le tergite IX est entièrement membraneux
chez tous les Keroplatinae examinés ; il s’agit
certainement d’une autapomorphie de la sous-
famille, sa disparition chez quelques Macroce¬
rinae devant être attribuée au parallélisme.
A.7.4. Sternite IX
On a vu dans la Partie morphologique (p. 74)
que cet élément était représenté par l’insula,
66. On notera que certaines des figures d’ovipositeurs publiées, par exemple celles d 'Orfelia trisiis et nemoralis in
Hutson, Ackland & Kidd (1980) donnent l’impression que cette pièce est entièrement libre. Il n’en est rien, il s'agit en fait
d’exemplaires potassés dont le sternite a été tiré pour mieux le dessiner. Comme pour Phypopyge mâle, la zone normalement
télescopée sous le segment VII peut se reconnaître à sa dénudation.
Source : MNHN, Paris
472
LOÏC M ATI LE
reliée au tergite IX par les latérosternites. Cette
structure plésiomorphe est encore visible chez les
Arachnocampinae et les Macrocerinae des genres
Angazidzia et Macrocera, mais les latérosternites
disparaissent chez Chiasmoneura et Hesperodes,
ainsi que chez tous les Keroplatinae. Chez ces
derniers, par contre, se trouve un arceau ventral
à Pinsula (voir Keroplatus, fig. 102), arceau que je
n’ai pu rechercher chez tous les genres mais qui
persiste, plus ou moins rétréci, chez tous les
Keroplatini et, chez les Orfeliini, à tout le
moins dans les genres Monocentrota, Neopla-
tyura, Orfelia et Proceroplatus. Il s’agit proba¬
blement là d’une plésiomorphie.
A.7.5. Tergite X
Chez les Arachnocampinae, le tergite X est
bien sclérifié, et développé latéralement, ce qui
correspond au plan de base. C’est également le
cas de la plupart des autres Keroplatidae, mais il
existe quelques modifications chez les Macroce¬
rinae et les Keroplatini. Ainsi, chez les Macroce¬
rinae du genre Chiasmoneura, certaines espèces
ont un tergite X réduit et membraneux à la base
(espèces néo-zélandaises du sous-genre Prochias-
moneura). Chez Ctenoceridion, le tergite est dé-
sclérifié au milieu, de même que chez certaines
espèces du genre Heteropterna (fig. 556), chez
Keroplatus (fig. 100) et Xenokeroplatus (fig. 984).
Cette membranisation, partielle chez les Keropla¬
tini, peut aboutir à la désclérification totale du
tergite, tendance évolutive propre aux Orfeliini.
Dans cette tribu, en effet, quelques genres seule¬
ment ont conservé un tergite X en arceau sclérifié
(Laurypta, Micrapemon, Monocentrota, Orfelia,
Ralytupa), tandis que le sclérite peut se déscléri-
fier partiellement ( Neoplatyura , Rutylapa, Tru-
playa, Xenoplatyura), ou encore devenir entière¬
ment membraneux ( Asindulum , Cloeophoromyia,
Macrorrhyncha). Il s’agit bien entendu ici de
l’état le plus apomorphe.
A.7.6. Sternite X
Ce sternite, ou plaque postgénitale, est prati¬
quement toujours présent et cilié chez les Kero¬
platidae, quoique sa taille et sa forme soient fort
variables. Il n’existe que deux exceptions, chez
les Keroplatini, où ce sternite est membraneux
chez Placoceratias et Tergostylus. Cet état est
naturellement apomorphe.
A.7.7. Cerques
La modification la plus importante de ces
organes, bisegmentés dans le plan de base des
Diptères (Hennig, 1973), est leur réduction à un
seul article, par perte ou fusion de l’article
terminal. Tous les Arachnocampinae, et tous les
Macrocerinae dont les femelles sont connues, ont
des cerques bisegmentés, tandis qu’ils sont uni-
segmentés chez tous les Keroplatinae. Il s’agit
sans aucun doute ici d’une autapomorphie de
cette dernière sous-famille, mais on notera que la
perte du deuxième article des cerques s’est
produite aussi chez de nombreux Mycetophi-
lidae.
La taille des cerques est variable, les cerques
allongés représentant sans doute un écart du
plan de base. Cependant, comme il s’agit d’un
caractère clinal, il n’en sera tenu compte que
dans les cas extrêmes, comme celui de Keroplatus
mexicanus Lane ou du genre Rocetelion (fig. 905-
906). On notera en outre quelques modifications
mineures des cerques, comme la membranisation
ventrale du dernier segment chez Angazidzia, la
désclérification secondaire produisant un aspect
bisegmenté chez certaines espèces de Neoceropla-
tus (fig. 764), leur forte sclérification, au con¬
traire, chez Tergostylus alberti (Tollet), la pré¬
sence d’un processus chez Keroplatus mexicanus,
ou de soies spiniformes chez Xenokeroplatus
(fig. 984-985), etc., modifications qui seront
envisagées s’il y a lieu dans les analyses phy¬
logénétiques.
A. 7.8. Spermathèques
On a déjà vu que le nombre primitif de
spermathèques chez les Diptères était de trois.
On pensait jusqu’ici que tous les Mycetophiloi-
dea n’en possédaient plus que deux (Vockeroth,
1981), mais j’ai découvert que Chiasmoneura
anthracina de Meij. en avait trois, tandis qu’il
n’en restait plus qu’une chez Cerotelion lineatum
(F.). Le premier cas représente bien entendu une
plésiomorphie exceptionnelle, le deuxième une
forte apomorphie.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
473
B. Nymphe
Les formes nymphales connues chez les Kero-
platidae sont trop peu nombreuses pour que
l’on puisse en tirer beaucoup de caractères de
signification phylogénétique, d’autant que, on
l’a dit, ce stade possède peu de caractères
propres. À titre indicatif, j’énumèrerai ci-des¬
sous quelques caractères qui pourraient à l’ave¬
nir se révéler dignes d’attention.
B.l. Notothèque
La notothèque d’ Arachnocampa porte une
crête sagittale (fig. 105-107) sur laquelle s’insère
l’extrémité de l’éventail de son fil suspenseur ;
cette crête n’existe nulle part ailleurs chez les
Mycetophiloidea, ni même, à ma connaissance,
chez les Bibionomorpha. Elle peut donc être
considérée comme une autapomorphie des Arach-
nocampinae.
B. 2. Stigmates
Les stigmates thoraciques et abdominaux sont
simples chez Macrocera (fig. 115), à ouvertures
multiples chez Arachnocampa (fig. 109-110) et
Keroplatus (fig. 118-119). Les stigmates nym-
phaux sont simples chez tous les Mycetophiloi¬
dea connus, y compris les Orfeliini (Plachter,
1979c), ainsi que chez les Cecidomyiidae, et l’on
peut donc penser qu’il s’agit ici de leur état
plésiomorphe. Dans ces conditions, ceux d' Arach¬
nocampa (que Plachter n’a pu observer) et
de Keroplatus seraient apomorphes (et seraient
apparus dans ces deux groupes par parallélisme).
C. Larve
J’ai déjà analysé, à propos de la monophylie
des Keroplatidae (p. 366-371), de nombreux
caractères larvaires qui mettent en relief l’impor¬
tance phylogénétique de ce stade pour lequel,
malheureusement, nous ne disposons encore que
de peu de données. Il est cependant possible de
tirer quelques enseignements des larves connues,
soit au niveau des relations entre les sous-fa¬
milles de Keroplatidae, puisque nous possédons
des larves de chacune d’entre elles, soit à celui
des relations entre Keroplatinae, où nous dispo¬
sons des données de Madwar (1937), de Plach¬
ter (1979a) et de quelques-unes fournies par
moi-même sur les Keroplatini (Matile, 1970c,
1971, 1974a et présent travail) et les Orfeliini
(Matile, 1977b, 1979c).
C.l. Tête
C.l.l. Forme
Les larves d' Arachnocampa possèdent une
capsule céphalique remarquablement allongée,
et étranglée au milieu (fig. 123-124). Par contre
celles des Macrocerinae sont pentagonales (fig. 152-
153) et celles des Keroplatinae sont quadrangu-
laires (Keroplatini : fig. 180-181, 448-449, 559-
560, 724-725, 729-730, 952-953; Orfeliini :
fig. 1170-1175). Les têtes des autres larves
connues des Mycetophiloidea sont globuleuses
ou sub-globuleuses chez les Ditomyiidae, les
Bolitophilidae, les Sciaridae et les Mycetophi-
lidae (fig. 993-994, 997-998), ou allongées, mais
non étranglées en arrière des antennes chez les
Diadociidae (fig. 995). Chez les autres Bibiono¬
morpha, la tête est également globuleuse ou
semi-globuleuse, sauf chez les Cecidomyiidae,
dont les formes les plus évoluées montrent de
nombreuses variations allant dans le sens de
l’allongement et de la désclérification (Mamaev,
1968, 1975; Baylac, 1982).
LOÏC MATILE
1172
Fig. 1170-1175. — Capsules céphaliques larvaires des Orfeliini : 1170, Xenoplalyura beaveri Mat., vue dorsale; 1171, d°,
vue ventrale ; 1172, Neoditomyia troglophila Mat., vue dorsale ; 1173, d°, vue ventrale ; 1174, Orfelia fasciata (Meig.),
vue dorsale; 1175, d°, vue ventrale.
Fig. 1170-1171 d’après Matile (1979c); fig. 1172-1173 redessinées d’après Matile (1977b); fig. 1174-1175
redessinées d’après Plachter (1979b).
La forme de la tête des larves de Keroplatidae
s’écarte donc de ce que l’on peut légitimement
considérer comme le plan de base des Bibiono-
morpha, et dans cette famille, la tête des Arach-
nocampinae, allongée et étranglée, doit être
tenue comme plus fortement apomorphe que
celle des Macrocerinae et des Keroplatinae, qui
s’écartent moins de la forme plésiomorphe.
C.l. 2. Stemmates
La présence de deux paires de stemmates est
tout à fait exceptionnelle chez les larves de
Diptères. Le fait que les stemmates dorsaux des
Arachnocampinae (fig. 127) ne soient marqués
sur la surface cuticulaire externe par aucune
modification ou sclérification, sur la face interne
par aucun phragme ou renforcement, m’incline à
penser qu’il pourrait s’agir ici d’un œil imaginai
précoce tel qu’il en existe chez certaines larves de
Chaoboridae et de Culicidae. Dans ces cas, seul
le dernier stade larvaire en porte, et cette hypo¬
thèse serait testée favorablement si les larves
jeunes d’ Arachnocampa ne possédaient pas de
stemmates dorsaux. Je ne dispose malheureuse¬
ment que de larves au dernier stade, et la
littérature reste muette sur les stemmates des
larves plus jeunes. En tout état de cause, vu la
rareté du caractère, il ne peut être qu’une
autapomorphie des Arachnocampinae.
C.l. 3. Antennes
Chez tous les Mycetophiloidea sauf les Bolito-
philidae et les Ditomyiidae, les antennes de la
larve sont réduites à de simples verres de montre.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
475
On a déjà vu (p. 386) que si celles des Dito-
myiidae étaient dans un état plésiomorphe, proche
de celui des Bibionidae, celles des Bolitophilidae
s’étaient certainement secondairement allongées.
Les antennes larvaires de Macrocera sont beau¬
coup plus grandes que celles de tous les autres
membres de la superfamille, puisque leur dia¬
mètre atteint près de la moitié de la longueur des
plaques génales (fig. 152-155). Les plus grandes
antennes connues chez les Mycetophiloidea, en
dehors de celles de Macrocera, semblent être
celles du Mycetophilidae Gnoristinae Speolepta
leptogaster (Winnertz), où elles n’atteignent qu’en-
viron le tiers de la longueur des gènes (Matile,
1962). D’après Plachter (1979b), celles d'Ury-
talpa ochracea (Meigen) sont également bien
développées, mais l’auteur ne donne ni figures ni
chiffres.
Les antennes des Scatopsidae et des Bibio¬
nidae ne sont pas plus grandes que celles de
l’ensemble des Mycetophiloidea ; la forte taille de
celles de Macrocera représente sans ambiguïté
une apomorphie. À l’inverse, les antennes de
Keroplatus tipuloides sont particulièrement petites,
même par rapport à celles des autres espèces
connues du genre (comparer fig. 180-183 avec les
fig. 724-725 et 729-730). Je ne doute pas qu’il
s’agisse là d’une réduction, et donc d’une autapo-
morphie de cette espèce ; il en va de même de
leur position très antérieure, unique chez les
M ycetophiloidea.
C.1.4. Lobes labraux latéraux
Les Arachnocampinae se distinguent des autres
Keroplatidae par l’absence de lobes labraux
latéraux. C’est aussi le cas des Ditomyiidae, et
sans doute leur présence chez les Macrocerinae et
les Keroplatinae (fig. 156, 187) est-elle apo-
morphe. Il serait cependant nécessaire d’étudier
ces organes, dont Plachter (1979b) ne parle
pas, dans le reste de la superfamille, avant
d’arriver à une conclusion définitive.
C.l. 5. Cardo maxillaire
La forme très allongée sagittalement du cardo
maxillaire de Macrocera (fig. 161) est unique
dans la superfamille, et à ma connaissance chez
les Bibionomorpha dans leur ensemble. Selon le
critère de rareté, cet état de caractère serait une
autapomorphie du genre.
Fig. 1 176-1177. — Apotomes clypéofrontaux (exuvies) : 1176,
Keroplatus tipuloides Bosc ; 1177, K. carbonarius Bosc.
C.l. 6. Zone désclérifiée postoccipitale
L’état apomorphe de ce caractère, unique chez
les Bibionomorpha, ne fait aucun doute. Il s’agit
d’une tendance évolutive propre aux Keroplatini,
mais non d’une autapomorphie de cette tribu. En
effet, cette zone est très bien développée chez les
Keroplatus (fig. 180-182, 724-725, 729-730); elle
est plus discrète chez Heteropterna (fig. 559-560)
Source : MNHN, Paris
476
LOÏC MATILE
et Tergostylus (fig. 952-953), tandis qu’elle
n’existe pas chez Cerotelion (fig. 448-449). Plus la
zone postoccipitale sera étendue, plus elle sera
considérée comme évoluée.
C.l. 7. Incisions génales
Ces incisions sont absentes ou peu développées
chez les Scatopsoidea, les Bibionoidea et les
Mycetophiloidea autres que les Keroplatidae (c/.
fig. 993-998). Par conséquent, plus les incisions
génales seront profondes, plus elles seront tenues
pour apomorphes. C’est particulièrement le cas
chez Keroplatus (fig. 180-182), de même que
chez Orfelia (fig. 1175), ce qui prouve que
cet encochement a pu se produire à plusieurs
reprises.
C.l. 8. Apotome clypéofrontal
Le problème de ce sclérite a déjà été évoqué
(p. 109) au sujet de sa séparation très nette en
une zone frontale et une zone clypéale chez
Keroplatus tipuloides Bosc et carbonarius Bosc
(fig. 1176-1177), cette division étant beaucoup
moins distincte chez les autres espèces du genre
(fig. 724, 729). Compte tenu du fait que cette
division ne se présente nulle part ailleurs chez les
Bibionomorpha, il s’agit très probablement ici,
comme je le suggérais dans la Partie morpholo¬
gique du présent travail, d’une division secon¬
daire, et donc d’une apomorphie.
C.l. 9. Tentorium
On a vu que les bras tentoriaux à'Arachno-
campa (fig. 133) étaient mieux développés que
ceux de Macrocera et de Keroplatus, ainsi d’ail¬
leurs que des autres Keroplatidae pour lesquels
ce caractère, découvert ici, a été observé. La
robustesse des bras antérieurs du tentorium
n’est plus prononcée que chez les Ditomyiidae
(fig. 1 1 78), les représentants les plus primitifs de
la superfamille. Compte tenu que le tentorium
des Bibionidae est encore plus développé, il fait
peu de doute que celui des Arachnocampinae
soit dans un état plus plésiomorphe que celui du
reste de la famille.
Fig. 1178. — Tentorium de Ditomyia fasciata (Meig.). La
plus grande partie de la plaque génale droite a été enlevée.
C.2. Thorax
C.2.1. Stigmates prothoraciques
On a vu que les stigmates prothoraciques des
Keroplatidae étaient réduits, ce qui constituait
l’une de leurs autapomorphies. Ils peuvent ce¬
pendant demeurer ouverts ( Arachnocampa , Ma¬
crocera), ou bien se fermer ; ce dernier cas est
bien entendu le plus évolué, mais les deux états
coexistent dans le genre Keroplatus, puisque ceux
de K. tipuloides Bosc sont fermés et ceux de K.
testaceus Dalman ouverts (Plachter, 1979b).
C.2.2. Spinulation
L’étude de la spinulation thoracique (comme
celle de l’abdominale) chez les Diptères n’est pas
suffisamment avancée pour que l’on puisse tirer
des conclusions phylogénétiques de la nature et
de la répartition des spinules chez les trois genres
étudiés sur ce point. Il est cependant déjà permis
de dire que la disposition des spinules prothora¬
ciques de Macrocera fasciata Meigen, avec ses
quatre sillons longitudinaux (fig. 217), absolu¬
ment unique jusqu’ici, ne peut qu’être apo-
morphe.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
477
C.3. Abdomen
C.3.1. Stigmates abdominaux
Le morphocline est ici évidemment le même
que pour les stigmates prothoraciques, mais les
stigmates abdominaux ont entièrement disparu
chez Arachnocampa, qui est donc sur ce plan plus
apomorphe, de même que, relativement, Macro-
cera, à stigmates obturés, est plus évolué que
Keroplatus, où ils demeurent ouverts (fig. 243).
C.3.2. Lobes anaux
Ces lobes posent un problème difficile. Les
Mycetophiloidea en possèdent normalement une
seule paire, tandis qu’il en existe quatre chez les
Keroplatini (fig. 247). Les Tipuliformia, les Ani-
sopodiformia, les Bibioniformia, en possèdent
deux paires, tandis que les Scatopsidae n’en ont
qu’une (Brauns, 1954a), si bien qu’il est diffi¬
cile de proposer ici un plan de base pour les
Mycetophiloidea.
Si l’on se fie au critère de répartition, les deux
paires de lobes anaux des Keroplatini devraient
être considérées comme apomorphes. Par contre,
si l’on fait appel à la comparaison hors-groupe,
une plésiomorphie serait plus vraisemblable (avec
disparition d’une paire chez les Scatopsidae et la
majeure partie des Mycetophiloidea). On peut
encore se demander si les lobes auriculaires
supplémentaires, munis d’une seule sensille, des
Keroplatini, sont bien homologues de ceux des
Diptères primitifs tels que les Tipulidae. Faute
d’une étude plus approfondie sur ces organes
chez les Nématocères, il ne m’est pas possible de
trancher. Ce caractère n’a été évoqué ici qu’en
raison de son intérêt purement systématique,
puisqu’il permet de séparer les larves de Keropla¬
tini de celles de tous les autres Keroplatidae.
C.3.3. Organes lumineux
Ces organes sont bien évidemment apomorphes
et celui, complexe, d' Arachnocampa, formé par
l’extrémité cryptonéphridienne des tubes de Mal-
pighi, avec un réflecteur trachéen, représente une
forte autapomorphie du genre. Rappelons qu’il
existe une autre structure fortement apomorphe
des organes lumineux chez un Orfeliini, Neopla-
tyura fultoni, avec ses corps noirs accrochés sur
des fibres musculaires (Bassot, 1978), tandis que
la luminescence des larves de Keroplatus ne
provient pas d’organes déterminés, mais de gra¬
nules protéiques du corps gras (Bacetti, Cro-
vetti & Santini, 1987).
C.4. Toiles et cocons de nymphose
La formation par la larve d’un cocon de
nymphose abritant l’insecte au cours de cette
période délicate de son existence représente bien
entendu une apomorphie dont la valeur adapta¬
tive est indéniable. On sait depuis Dufour
(1839b) que les Bolitophilidae sont dépourvus de
cocon de nymphose ; il en va de même pour les
Ditomyiidae (Keilin, 1919) et le Mycetophili-
dae Gnoristinae Speolepta leptogaster (Winnertz)
(Schmitz, 1913). Tous les autres Mycetophiloi¬
dea en construisent un, plus ou moins élaboré
(voir notamment Plachter, 1979a). Les plus
évolués, des Mycetophilidae Mycetophilini des
genres Epicypta et Phronia, recouvrent encore ce
cocon d’une coque solide formée des excréments
durcis de la larve (voir Steenberg, 1924).
En ce qui concerne les Keroplatidae, on a vu
qu’ Arachnocampa et Macrocera se métamorpho¬
saient directement dans leur toile, sans tisser de
cocon. Edwards (1925) a le premier fait remar¬
quer que Cerotelion ne construisait pas de véri¬
table cocon, la nymphe étant abritée par une
toile lâche, contrairement à Keroplatus, argu¬
ment repris par Matile & Burghele-Balacesco
(1969) et Matile (1971) pour séparer les deux
genres. J’ai déjà décrit (Matile, 1988c ; fig. 570)
le cocon imparfait, protégé d’une toile spéciale,
des Heteropterna. Il est donc facile de proposer
un gradient de comportement débutant par la
nymphose dans une toile larvaire, sans cocon, se
poursuivant par une toile lâche et simple ( Cerote¬
lion] ) et aboutissant au cocon bien individualisé
de Keroplatus et Tergostylus.
Heteropterna se singularise par le fait que son
Source : MNHN, Paris
478
LOÏC MATILE
cocon est rudimentaire chez Heteropterna s. str.,
et complet comme Keroplatus, mais également
muni d’une toile de protection, dans le sous-
genre Scrobicula. Comme la larve d 'H. chazeaui
est capable de profiter du substrat pour y tisser
son cocon, je suis tenté de penser qu’il s’agit ici
d’une apomorphie plus prononcée que celle du
type Keroplatus, son état imparfait étant secon¬
daire.
Les quelques cocons connus chez les Orfeliini
sont beaucoup moins élaborés que ceux des
Keroplatus. Ils se rapprochent davantage de ceux
de la plupart des Mycetophilidae, qui ne sont en
fait formés que de filaments de même type que
ceux de la toile larvaire, mais plus serrés ( cf.
Plachter, 1979a). Les cocons des Mycetophi¬
lidae Mycetophilinae sont plus élaborés, et sont
plus proches de ceux du type Keroplatus.
Plus le réseau construit par la larve protégera
la nymphe, plus il sera considéré comme apo-
morphe. La variété des cocons des Mycetophiloi-
dea montre bien, toutefois, que celui-ci a évolué
indépendamment à plusieurs reprises.
HYPOTHÈSES DE PHYLOGÉNIE
Les hypothèses de phylogénie présentées dans
ce chapitre découlent tout naturellement de
l’analyse des caractères qui précède. Pour chaque
apomorphie présumée, on renverra donc à la
numérotation de cette analyse. Les niveaux des
sous-familles et des genres seront envisagés suc¬
cessivement, éventuellement aussi ceux des tribus
d’une part, des sous-genres et des espèces d’autre
part. Les analyses seront complétées par des
matrices (annexe en fin de volume) des états de
caractères reconnus et de leur répartition, y
compris ceux qui n’ont pas été retenus pour
l’édification des cladogrammes.
SOUS-FAMILLES
Pour la commodité de l’exposé, j’ai dû donner
dès le début de la Partie phylogénétique propre¬
ment dite (p. 366-371) les premiers éléments qui
permettaient de penser que les Arachnocampinae
d’une part, les Macrocerinae et les Keroplatinae
d’autre part, formaient deux groupes mono-
phylétiques. Ces éléments ont déjà été cités
sommairement en 1981 (Matile, 1981a). Les
paragraphes suivants permettront de mieux pré¬
ciser les caractères indiquant que les trois sous-
familles de Keroplatidae sont bien monophylé-
tiques, et que les Arachnocampinae représentent
le groupe-frère des deux autres. L’hypothèse de
phylogénie des Keroplatidae au niveau des sous-
familles est résumée par le cladogramme de la
figure 1179.
Fig. 1179. — Relations phylogénétiques entre les trois sous-
familles formant les Keroplatidae. Explications dans le
texte.
Monophylie des Arachnocampinae
En 1981, je citais pour cette sous-famille
mono typique deux autapomorphies. La première
était représentée par l’absence de la nervure R4,
avec en même temps RI et R 5 très éloignées
l’une de l’autre, et la deuxième par la modifica¬
tion en appareil lumineux des tubes de Malpighi
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
479
de la larve. L’analyse beaucoup plus détaillée des
caractères menée ici permet de porter à 15 le
nombre d’autapomorphies indiquant la mono-
phylie des Arachnocampinae (fig. 1179, 1-15).
Imago
* Foramen magnum en position centrale
(A. 1.1).
* Présence d’un sclérite médiocellaire (A. 1.3).
* Absence de tout postmentum, même rudi¬
mentaire (A. 1.11).
* Absence du présternite I (A.2.1.3).
* Absence d’incision alulaire (A.4.4)
* Perte de R4, avec éloignement concomitant
de RI et R5 entre elles (A.4.5.8).
* Perte <Jes rapports de la transverse basale
avec la transverse antérieure (A.4.5.11).
* Mâle : hypoprocte largement encoché basa-
lement (A.6.3).
* Mâle : édéage sclérifié à la face dorsale
(A.6.9.2.3).
* Mâle : apodème éjaculateur réduit à une
languette peu sclérifiée et située dorsalement à
l’édéage (A.6.9.2.4).
Nymphe
* Notothèque portant une crête sagittale (B.l).
Larve
* Capsule céphalique allongée et étranglée au
milieu (C. 1.1).
* Deux paires de stemmates (C.1.2).
* Perte des stigmates abdominaux (C.3.1).
* Présence d’un organe lumineux spécialisé,
formé des tubes de Malpighi, photogènes, et
d’un réflecteur trachéen (C.3.3).
Monophylie des Macrocerinae
J’ai déjà souligné combien l’hypothèse de
monophylie des Macrocerinae était confortée par
la présence d’un sclérite cérébral, probablement
unique chez les Diptères, à laquelle on pouvait
ajouter la perte des peignes tibiaux médians et
postérieurs (Matile, 1973a, 1979a, 1981a, etc.).
L’analyse des caractères permet d’en ajouter
trois autres dont deux, larvaires, n’ont qu’une
valeur prédictive puisque nous ne connaissons
que les larves du genre Macrocera. Les autapo-
morphies de la sous-famille seraient donc les
suivantes (fig. 1179, 30-35) :
Imago
* Présence d’un sclérite cérébréal (A. 1.2).
* Hanches I plus longues que les II-III
(A.3.1.1).
* Perte des macrochètes tibiaux (quelques-
uns, relictuels, aux tibias III, chez Robsonomyia
et Schlueterimyià) (A. 3. 3.2).
* Perte des peignes tibiaux II-III (A. 3. 3. 5).
Larve
* Antennes de grande taille, atteignant près
de la moitié des gènes (C.1.3).
* Cardo maxillaire étiré sagittalement (C.1.5)
Monophylie des Keroplatinae
J’ai fait remarquer dès 1973 qu’une fois les
Arachnocampinae et les Macrocerinae isolés en
tant que sous-familles, il n’existait guère d’élé¬
ments permettant d’étayer la monophylie des
Keroplatinae (Matile, 1973a). Faute d’avoir pu
réviser les Orfeliini, je ne veux pas exclure
totalement la possibilité qu’ils soient en effet
polyphylétiques, mais je signale d’ores et déjà
un certain nombre de synapomorphies présu¬
mées qui, quoique moins prononcées que les
précédentes, me semblent en faveur d’une hypo¬
thèse de monophylie. Elles portent toutes sur les
imagos, et surtout sur les femelles (fig. 1179,
36-40).
* Métépisterne nettement plus long que haut
(A.2.3).
Source : MNHN, Paris
480
LOÏC MATILE
* Perte du premier stigmate abdominal (A.8.4).
* Femelle : tergite VIII réduit ou entièrement
membraneux, complètement invaginé sous le VII
(A. 7.1).
* Femelle : tergite IX entièrement membra¬
neux (A.7.3).
* Femelle : cerques unisegmentés (A. 7. 7).
Relations entre sous-familles
Les relations de groupe-frère entre Arach-
nocampinae et Macrocerinae + Keroplatinae, par¬
tiellement résolues dès 1981 (Matile, 1981b),
puis reprises ici au sujet de la monophylie des
Keroplatidae (p. 366), sont largement corrobo¬
rées par l’analyse détaillée des caractères,
puisque de très nombreuses synapomorphies
se sont révélées entre Macrocerinae et Kero¬
platinae. Elles sont en effet au nombre de 14
(fig. 1179, 16-29) :
Imago
* Postpronotum plus ou moins fusionné, dor¬
sal (A. 2. 1.1).
* Suture transverse effacée (A.2.2.1).
* Latérotergite large et oblique (A.2.2.4).
* Mésépimère étroit ventralement, parfois nul
(A.2.2.8).
* Costale non prolongée après l’apex de l’aile
(A.4.5.2).
* Une fusion radiomédiane (A.4.5.10).
* Mâle : segment VIII court et largement,
parfois entièrement, enfoncé sous le VII (A. 5. 7).
* Mâle : épiprocte absent (A.6.1).
* Mâle : tergite X absent (A.6.2).
* Mâle : sternite IX fusionné ou disparu
(A. 6.6).
* Femelle : sternite VIII entièrement divisé en
deux (A. 7.2).
* Femelle : tergite IX réduit ou entièrement
membraneux (A.7.3).
Larve
* Des lobes labraux latéraux (C.1.4).
* Bras tentoriaux antérieurs très réduits
(C.l. 9).
Remarque. — On notera que l’apomorphie
présumée de la présence chez la larve de lobes
labraux latéraux demande à être contrôlée par
une étude élargie au reste des Mycetophiloidea.
SOUS-FAMILLE DES ARACHNOCAMPINAE
Les Arachnocampinae n’étant formés que de
deux sous-genres ne comprenant chacun que
deux espèces représentent forcément un taxon
monophylétique composé de deux couples d’es-
pèces-sœurs ; en donner un cladogramme serait
donc superflu. Le cas serait plus intéressant s’il
existait bien une cinquième espèce d 'Arachno-
campa aux Iles Fidji, comme le suggère Harvey
(1952). On notera simplement que le sous-genre
Arachnocampa s. str. est plus apomorphe que
Compara par son sclérite médiocellaire mieux
développé, son sternite IX moins largement
séparé des gonocoxopodites et son édéage plus
allongé, tandis qu’il est plus plésiomorphe par la
persistance de soies acrosticales postérieures et la
non-réduction des éperons tibiaux.
SOUS-FAMILLE DES MACROCERINAE
Rappelons que nous avons ici séparé les
Macrocerinae en deux tribus, Macrocerini et
Robsonomyiini (p. 137). Nous envisagerons suc¬
cessivement le problème de la monophylie des
différents genres et sous-genres qui composent la
sous-famille, puis celui des relations de parenté
entre espèces des quelques genres plurispécifi-
ques, celui de la monophylie des deux tribus
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
481
reconnues, et enfin celui des relations phylogé¬
nétiques entre les différents genres de Macroce-
rini et de Robsonomyiini. Au cours de l’analyse,
l’état apomorphe est mentionné en premier ;
l’état plésiomorphe suit en italiques puis, entre
parenthèses, la référence à l’analyse des carac¬
tères ; le numéro correspondant au cladogramme
est indiqué en gras.
MONOPHYLIE DES GENRES ET SOUS-GENRES
Sauf pour les sous-genres, je ne donnerai ici
que les apomorphies uniques et exclusives, au
moins au sein des Macrocerinae. Les apomor¬
phies apparues parallèlement seront évoquées si
nécessaire au sujet des relations intertribales et
intergénériques et seront toutes mises en évidence
par la présentation des matrices de caractères (en
annexe).
Genre Angazidzia Matile
Ce genre est l’un des plus apomorphe de la
sous-famille. Sa monophylie est en effet étayée
par neuf autapomorphies, dont la plupart por¬
tent sur les genitalia mâles (fig. 1181, 22-30).
* Calus huméral saillant vers la tête. Calus
huméral non saillant (A.2.1.1).
* Mâle : segment VIII entièrement télescopé
dans le VII. Segment VIII libre à l’apex (A. 5.7).
* Mâle : cerques rétrécis à l’apex et fusionnés
à la base. Cerques larges et entièrement séparés
(A.6.4).
* Mâle : tergite IX avec de longues apophyses
articulaires basales. Tergite IX simple (A. 6.5).
* Mâle : synsclérite avec une forte dépression
sagittale ventrale. Synsclérite non déprimé (A.6.7.
2.2).
* Mâle : synsclérite prolongé latéralement par
deux processus saillants en arrière. Synsclérite
sans processus (A.6.7.4).
* Mâle : gonostyles concaves et trilobés.
Gonostyles simples, cylindriques (A. 6. 8. 6).
* Femelle : tergite IX invaginé et désclérifié
latéralement. Tergite IX libre et entièrement
sclérifié (A. 7.3).
Remarque. — Le tergite IX mâle d’une espèce
de Paramacrocera (fig. 378) est prolongé en
arrière comme celui & Angazidzia ; il s’agit cepen¬
dant davantage ici de la conséquence d’une large
échancrure postérieure que de la formation de
deux véritables processus articulaires que porte le
tergite IX à’ Angazidzia (fig. 260).
Genre Chiasmoneura de Meijere
Trois autapomorphies ont été relevées pour ce
genre (fig. 1181, 31-33), dont je rappelle que je
l’ai divisé en trois sous-genres, Chiasmoneura s.
str., Prochiasmoneura et Synesostyla (Matile,
1988a).
* Sclérite cérébral entièrement dénudé ou seu¬
lement avec quelques soies marginales. Cérébral
entièrement cilié (A. 1.2).
* Costale fortement raccourcie, interrompue
bien avant l’apex de l’aile. Costale prolongée
jusqu’à l’apex de l’aile (A.4.5.2).
* Culb fortement recourbée à l’apex. Cul
faiblement courbée (A.4.5.15).
Sous-genre Chiasmoneura s. str.
Ce sous-genre se distingue de Prochiasmoneura
et de Synesostyla par les huit synapomorphies
suivantes (fig. 1180, 1-8) :
* Antennes à flagelle bicolore. Flagelle unico-
lore (A. 1.9.3).
* Soies scutales réduites. Soies scutales grandes
(A. 2.2.1).
* Ailes très vivement colorées, avec une bande
médiane blanche nettement délimitée. Ailes moins
vivement colorées, sans bande médiane très dis¬
tincte (ailes hyalines dans le plan de base)
(A.4.2.)
* Pétiole de la fourche médiane largement
effacé. Pétiole entier (A.4.5.13).
* Anale courte et anguleuse. Anale longue et
régulièrement courbée (A.4.5.17).
* Nervure M2 nue à la face ventrale. M2 ciliée
ventralement (A.4.5.19).
* Nervure M4 nue à la face ventrale. M4 ciliée
ventralement (d°).
* Mâle : présence d’une bosse gonocoxale
avant l’aire membraneuse ventrale. Synsclérite
gonocoxal non soulevé (A.6.7.2.2).
Source : MNHN, Paris
482
LOÏC MATILE
Remarques. — La nervure anale est également
raccourcie chez Kelneria, Paramacrocera s. str. et
quelques espèces de Macrocera, mais elle n’est
pas fortement anguleuse comme chez Chiasmo-
neura s. str. Le parallélisme a été postulé ici en ce
qui concerne le raccourcissement. Dans le genre
Macrocera, le flagelle antennaire est parfois
bicolore, et les soies scutales sont souvent ré¬
duites, voire absentes.
Sous-genre Prochiasmoneura Matile
Ce sous-genre ne porte que trois autapomor-
phies (fig. 1180, 14-16) ; encore ne sont-elles pas
uniques et exclusives, et n’ont-elles valeur qu’à
l’intérieur du genre Chiasmoneura lui-même.
* Ocelle médian réduit. Ocelle médian aussi
grand que les externes (A. 1.4).
* Trompe fortement raccourcie. Trompe longue
(A. 1.11 ; 15).
* Latérotergite à grand axe plus oblique. La-
térotergite plus proche de la verticale (A.2.2.4).
Sous-genre Synesostyla Matile
J’ai relevé quatre synapomorphies, également
non exclusives, pour les espèces de ce sous-genre
(fig. 1180, 10-13).
* Yeux émarginés au-dessus des antennes.
Yeux entiers (A. 1.5).
* Une bande pleurale luisante prolongée sur
la hanche IL Pleures et hanches unicolores.
* Mâle : une paire de processus gonocoxaux
apicaux. Pas de processus gonocoxaux (A. 6. 7.4).
* Mâle : gonostyles bilobés ou trilobés. Gono-
styles simples, cylindriques (A.6.8.6).
Remarque. — Le deuxième caractère (11), qui
intéresse à la fois le mésépisteme, le mésokatépi-
sterne et la hanche, n’a pas été exposé dans
l’analyse ; quelques espèces du genre Macrocera
le portent aussi, ainsi que des Keroplatinae.
Genre Chiasmoneurella Matile
Ce genre est particulièrement plésiomorphe ;
deux apomorphies seulement ont été relevées,
dont seule la dernière est unique et exclusive
pour les Macrocerinae (Fig. 1181, 20-21).
* Membrane alaire nue. Membrane alaire avec
des macrotriches (A.4.3).
* Mâle : tergite IX avec des apodèmes basaux
courts et épais. Tergite IX simple (A. 6.5).
Genre Hesperodes Coquillett.
Contrairement au précédent, Hesperodes est
un genre fortement apomorphe, pour lequel huit
caractères uniques et exclusifs ont été reconnus
(fig. 1181, 34-41).
* Sclérite cérébral haut, massif, sillonné en
avant. Cérébral aplati, lisse (A. 1.2).
* Front soulevé en bourrelet transverse. Front
plat (A. 1.6).
* Scutum et abdomen à longue pilosité dres¬
sée et dorée. Scutum et abdomen non pileux
(A. 2.2.1 ; A. 5.3).
* Hanches pubescentes. Hanches à soies dis¬
persées (A.3.1.3).
* Zone sensorielle du tibia I formée de petits
peignes superposés. Zone sensorielle en crypte
dépourvue de peigne (A. 3. 3.4).
* Costale ne dépassant pas R5. Costale dépas¬
sant largement R5 (A.4.5.9).
* Mâle : tergite IX divisé en deux plaques et
une bande basale. Tergite IX entier (A.6.5).
* Mâle : gonostyles aplatis dorsoventrale-
ment. Gonostyles cylindriques ou aplatis latérale¬
ment (A. 6. 8. 3).
Remarque. — On pourrait ajouter à ces
apomorphies deux états de caractères portant sur
la femelle, mais comme celle-ci demeure inconnue
chez le genre-frère d 'Hesperodes, ils n’ont pas été
introduits dans le cladogramme :
* Tergite VIII en grande partie invaginé.
Tergite VIII en grande partie libre (A. 7.1).
* Tergite IX entièrement membraneux. Ter¬
gite IX bien sclérifié (A.7.3).
Genre Macrocera Meigen
J’ai déjà suggéré que ce genre était probable¬
ment polyphylétique, quelques espèces n’y étant
pas à leur place. Tel qu’il est actuellement conçu,
il montre trois autapomorphies exclusives pour
les Macrocerinae (fig. 1181, 9-11).
* Antennes à scape fortement globuleux. Scape
cylindrique (A. 1 .9. 1 ).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
483
* Flagelle antennaire très allongé. Flagelle
antennaire plus court que le corps (A. 1.9.3).
* Zone membraneuse sous-scutellaire élargie.
Zone sous-scutellaire en bandelette étroite (A.2.2.3).
Remarque. — Le dernier état de caractère se
présente aussi chez certains Keroplatini ( Ctenoce -
ridion et Heteropterna) ; le parallélisme ne fait
pas de doute en l’occurence.
Genre Paramacrocera Edwards
Deux apomorphies seulement (fig. 1181, 13-14)
ont été relevées pour ce genre, que j’ai divisé en
deux sous-genres, Paramacrocera s. str. et Free-
maniola.
* Face réduite à une très mince bandelette
médiane ou séparée en deux parties. Face large et
entière (A. 1.7).
* Flagellomères antennaires 2-14 monoliformes.
Flagellomères plus longs que larges (A. 1.9).
Sous-genre Paramacrocera s. str.
Quatre autapomorphies étayent la monophylie
de ce sous-genre, étant entendu que seule celle
portant sur le métépisterne est unique dans la
sous-famille, les trois autres n’étant valables qu’à
l’intérieur du genre.
* Métépisterne très large. Métépisterne plus
haut que large (A.2.3).
* Éperons II-III réduits, à peine plus longs
que le diamètre apical des tibias. Eperons doubles
de la largeur apicale des tibias (A. 3. 3. 3).
* Sous-costale courte, ne dépassant pas la
base de Rs. Apex de la sous-costale proche du
milieu de l'aile (A.4.5.3).
* Anale réduite. Anale complète (A.4.5.17).
Sous-genre Freemaniola n. subg.
A l’inverse du précédent, ce sous-genre ne
porte pas d’apomorphie unique pour les Macro-
cerinae. Trois ont été reconnues à l’intérieur du
genre.
* Latérotergite à grand axe très oblique. Grand
axe du latérotergite proche de la verticale (A.2.2.4).
* Membrane alaire sans macrotriches. Mem¬
brane alaire avec des macrotriches (A.4.3).
* Mâle : synsclérite gonocoxal avec une large
zone membraneuse. Synsclérite entièrement sclérifié
ventralement (A.6.7.2.1).
Genre Vockerothia n. gen.
Ce genre présente trois autapomorphies seule¬
ment, mais toutes trois uniques dans la sous-
famille, la première étant de surcroît unique chez
les Mycetophiloidea (fig. 1181, 42-44).
* Front très développé. Front petit (A. 1.6).
* Mésépimère absent ventralement, sa partie
dorsale élargie. Mésépimère entier et non élargi
dorsalement (A. 2.2.8).
* Mâle : gonostyles à insertion dorso-inteme.
Gonostyles à insertion latérale (A. 6.8. 9).
Remarque. — Deux autres genres, l’un appar¬
tenant aux Macrocerinae Robsonomyiini ( Micre-
pimera), l’autre aux Keroplatinae Keroplatini
(Nauarchia) ont la partie ventrale du mésépimère
absente, mais cet état de caractère ne s’accom¬
pagne pas d’un élargissement dorsal.
Genre Kelneria Matile
Bien qu’il s’agisse d’un genre fossile, Kelneria
possède trois apomorphies uniques chez les
Macrocerinae (fig. 1182, 13-15).
* Dernier flagellomère antennaire apiculé.
Dernier flagellomère sans apicule (A. 1.9. 3).
* Mâle : tergite IX portant des processus
latéraux ciliés. Tergite IX simple (A.6.5).
* Mâle : gonostyles très réduits. Gonostyles
grands (A.6.8.2).
Genre Micrepimera n. gen.
Ce genre, comme les deux suivants, fait partie
des Macrocerinae les plus évolués. Il porte en
effet, outre plusieurs apomorphiques uniques
chez les Macrocerinae, un état de caractère
unique chez les Keroplatidae, celui de la très
forte réduction du mésépimère (fig. 1182, 20-26).
* Antennes : flagelle réduit à 13 articles.
Quatorze flagellomères (A. 1.9.3).
Source : MNHN, Paris
484
LOÏC MATILE
* Les trois derniers flagellomères réduits et
formant un angle apical. Derniers flagellomères
de même taille que les précédents et en continuité
avec eux (A. 1.9.3).
* Mésépimère réduit à un petit sclérite dorsal.
Mésépimère grand et prolongé jusqu'aux hanches
(A.2.2.8).
* Hanches III élargies dorsalement. Hanches
III étroites (A. 3. 1.2).
* Rs réduite à une trace. Rs entièrement
sclérifiée (A.4.5.5).
* Anale affaiblie sur tout son trajet. Anale au
plus affaiblie à l’apex (A.4.5.17).
* Mâle : gonostyles pointus à l’apex, avec une
seule petite dent terminale. Gonostyles non rétrécis,
avec deux dents terminales (A.6.8.7).
Genre Robsonomyia Matile & Vockeroth
Toutes les apomorphies de ce genre mention¬
nées ci-dessous (fig. 1182, 34-40) sont uniques et
exclusives pour les Macrocerinae, sauf la deuxième,
qui se rencontre aussi chez les autres Robsono-
myiini, mais dans un état moins évolué.
* Zone membraneuse céphalique étendue le
long de la plus grande partie de la marge
postérieure des yeux composés. Seulement la
marge dorsale bordée par une zone membraneuse
(A. 1.2).
* Médiotergite fortement prolongé en arrière
et anguleux à l’apex. Médiotergite moins prolongé
et arrondi à l’apex (A.2.2.3).
* Anépisterne presque aussi long que le katé-
pisterne, avec croissance aux dépens de la zone
membraneuse péristigmatique. Anépisterne plus
court que le katépisterne (A.2.2.6).
* Sous-costale très courte et se jetant sur la
radiale. Sous-costale longue et se terminant sur C
(A.4.5.3).
* Base de la médiane totalement absente. Base
de la médiane visible au moins sous forme de trace
(A.4.5.12).
* Mâle : apodèmes gonocoxaux réduits et
dirigés verticalement. Apodèmes gonocoxaux longs
et horizontaux (A.6.9.1).
* Mâle : apodème éjaculateur longuement
bifide à l’extrémité. Apodème éjaculateur simple
(A.6.9.2.4).
Genre Srilankana n. gen.
Comme le genre précédent, Srilankana pré¬
sente de nombreuses apomorphies qui ne se
rencontrent nulle part ailleurs chez les Macroce¬
rinae (fig. 1182, 27-33).
* Suture médiopleurale effacée ventralement.
Suture médiopleurale entière (A.2.2.5).
* Microchètes tibiaux disposés en rangées
régulières. Microchètes tibiaux irrégulièrement
disposés (A.3.3.1).
* Sous-costale effacée à l’apex. Sous-costale
entière (A.4.5.3).
* Transverse basale presque entièrement effacée.
Transverse basale entièrement sclérifiée (A.4.5.11).
* Base de la médiane capturée par Rs. Base de
la médiane indépendante de Rs (A.4.5.12).
* Mâle : cerques fortement rétrécis à l’apex.
Cerques non rétrécis (A. 6.4).
* Mâle : base des faces dorsales du synsclérite
gonocoxal absente. Faces dorsales du synsclérite
complètes (A.6.7.1).
Relations phylogénétiques au niveau spécifique
Genre Chiasmoneura de Meijere
Ce genre comprend trois sous-genres, Chias-
moneura s. str. (quatre espèces), Prochiasmoneura
(neuf espèces) et Synesostyla (trois espèces). Sont
donc à envisager les relations phylogénétiques
entre les espèces des différents sous-genres d’une
part, et des sous-genres entre eux d’autre part
(fig. 1180).
Sous-genre Chiasmoneura s. str.
Deux groupes caractérisés par plusieurs syna-
pomorphies sont immédiatement mis en évidence
à la lecture de la description du sous-genre et à
l’examen des figures correspondantes (fig. 264-
280). Le premier est formé par Ch. cyclophora et
quinquemaculata, réunis par les trois synapomor-
phies suivantes (39-41) :
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
486
LOÏC MATILE
* Sous-costale courte, se terminant bien avant
la base de Rs. Sous-costale se terminant après Rs
(A.4.5.3).
* Fusion radiomédiane relativement longue,
non punctiforme. Fusion radiomédiane puncti¬
forme (A.4.5.10).
* Perte des soies externes des hanches pos¬
térieures. Hanches postérieures avec des soies
externes (A.3.1.3).
Le second n’est représenté que par Ch. anthra-
cina, l’espèce-type, caractérisée par les trois
autapomorphies suivantes (34-36) :
* Pétiole de la fourche médiane entièrement
effacé. Pétiole de la fourche médiane au moins en
partie sclérifié (A.4.5.13).
* Base de M2 largement effacée. Base de M2
complète (A.4.5.13).
* Mâle : zone membraneuse de la face ven¬
trale du synsclérite gonocoxal grande. Zone
membraneuse ventrale petite (A. 6.7.2. 1).
Le seul problème demeure donc de savoir si la
dernière espèce. Ch. concinna, est plus proche de
Ch. anthracina que du couple cyclophora-quin-
quemaculata. Il est facile de décider en faveur de
la deuxième hypothèse, les trois espèces en
question partageant la présence d’une petite
tache alaire blanche et ronde entre M2 et M4,
inconnue à cet emplacement chez les autres
Macrocerinae à ailes colorées, et donc probable¬
ment apomorphe en raison du critère de réparti¬
tion (37). S’y ajoute la bande médiane blanche
prolongée jusqu’à la costale (38). Ch. concinna,
quant à lui, est caractérisé par son tergite IX
mâle, pentagonal et mieux développé que dans le
reste du sous-genre (42).
L’hypothèse de phylogénie de la figure 1180
implique quelques parallélismes, tels celui du
développement indépendant d’une bande blanche
médiane complète et l’envahissement du champ
anal par la couleur blanche chez Ch. cyclophora
et Ch. concinna.
Sous-genre Prochiasmoneura Matile
Depuis l’achèvement de ma thèse (Matile,
1986b), j’ai eu l’occasion d’examiner trois
espèces inédites qui se sont ajoutées aux quatre
espèces afrotropicales et aux deux néo-zélan¬
daises que comprenait alors ce sous-genre. Il
s’agit de Ch. pulchella, de Côte d’ivoire (Matile,
1988a), de Ch. collessi, d’Australie, et de Ch.
bougainvillei, des Iles Salomon, les deux der¬
nières décrites dans le présent travail. Ces nou¬
velles données m’amènent naturellement à révi¬
ser l’hypothèse de phylogénie précédemment
émise. Avec les espèces afrotropicales, j’avais en
effet formé un groupe présumé monophylétique
en raison de trois synapomorphies : antennes
élargies à la base (A. 1.9.3), sous-costale ré¬
duite (A.5.5.3) et gonostyles bi- ou trifurqués
(A. 6.8.6). Or Ch. pulchella, connu par une seule
femelle, n’a pas les antennes élargies, tandis
qu’elles le sont distinctement chez le mâle de Ch.
collessi (mais pas chez la femelle). Il semble donc
que j’ai accordé trop d’importance à ce carac¬
tère. Par ailleurs, ces deux espèces australa-
siennes ont la sous-costale abrégée, et même libre
à l’apex chez l’une d’entre elles {Ch. bougainvil¬
lei).
La monophylie du groupe néo-zélandais {Ch.
fenestrata et milligani) reposait sur deux syna¬
pomorphies, qui demeurent valides après l’ad¬
jonction de Ch. collessi et bougainvillei (formant
ainsi le groupe australasien milligani*). Ce sont :
* La zone désclérifiée ventrale du synsclérite
gonocoxal étendue. Zone gonocoxale membra¬
neuse petite (A. 6.7.2. 1 ; 18).
* La membranisation au moins partielle du
tergite X femelle. Tergite X entièrement sclérifié
(A. 7. 5 ; 19) (noter que la femelle de Ch. collessi
possède un tergite X presque entièrement mem¬
braneux, mais que celle de Ch. bougainvillei reste
inconnue).
Regrouper les espèces afrotropicales et Ch.
collessi et bougainvillei sur la base de la réduc¬
tion de la sous-costale paraît peu raisonnable (et
moins économique) en raison des fortes synapo¬
morphies contradictoires présentées par les geni-
talia mâles et femelles. Par conséquent, et jusqu’à
plus ample informé, la monophylie du groupe
afrotropical {bipunctata*) ne devient plus fondée
que sur la division des gonostyles (A. 6.8. 6 ; 17).
Dans le groupe milligani*, un couple d’es¬
pèces-sœurs paraît formé par Ch. collessi et
bougainvillei, en raison de la réduction de la
sous-costale (A.4.5.3 ; 22), présumée apparue
parallèlement dans le groupe bipunctata* , et de
la compression inhabituelle des gonostyles (com¬
parer fig. 302-303 et 304-305 ; 23). Ch. collessi se
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
487
distingue par sa coloration alaire plus pro¬
noncée, proche de celle des Chiasmoneura s.
str. (A.4.2), la brièveté de la costale (A.4.5.2)
et l’épaississement basal des antennes mâles
(A. 1.9.3). Ch. bougainvillei est caractérisé par sa
zone membraneuse sous-scutellaire plus étendue
(A.2.2.3), l’effacement apical de la sous-cos¬
tale (A.4.5.3) et l’interruption basale de M2
(A.4.5.13). Le couple formé par Ch. milligani et
fenestrata est caractérisé par la présence d’une
bande pleurale prolongée sur la hanche II (20),
apparue parallèlement chez le sous-genre Syne-
sostya (c/. p. 482) et par les flagellomères
antennaires 5-6 annelés (A. 1.9.3 ; 21 ; également
chez Chiasmoneura s. str.). Ch. fenestrata est plus
apomorphe par la présence de bandes scutales
(A.2.2.1) et surtout par la plus grande étendue de
sa zone gonocoxale membraneuse, tandis que
Ch. milligani a comme autapomorphie sa colora¬
tion antennaire plus vive.
Au sein du groupe afrotropical bipunctata* ,
un sous-groupe formé de Ch. tripunctata, flavi-
coxa, pulchella et vittata semble monophylétique
sur la base de deux apomorphies, la présence de
trois taches blanches à l’apex de l’aile (24 ; deux
chez Ch. bipunctata) et celle de trois bandes
scutales longitudinales (25). J’avais précédem¬
ment donné comme autapomorphie de Ch. bi¬
punctata le fait qu’il avait un protarse I bien plus
réduit que les trois autres espèces, puisqu’il
n’atteignait que la moitié de la longueur du tibia
(A.3.4.1), mais Ch. pulchella présente le même
état de caractère. Je n’ai pas encore découvert
d’apomorphie susceptible de caractériser l’es¬
pèce.
Trois autres espèces. Ch. tripunctata, vittata
et pulchella, se distinguent en outre par leurs
bandes scutales vivement colorées (A.2.2.1 ; 26),
tandis que Ch. flavicoxa est fortement apo¬
morphe par ses gonostyles profondément trilobés
(A.6.8.6 ; 27). Ne connaissant Ch. tripunctata
que par le sexe mâle, et Ch. vittata et pulchella
que par le sexe femelle, il m’est difficile de
présenter une hypothèse de parenté pour ce sous-
groupe, très homogène dans ses caractères non
génitaux. Ch. pulchella se singularise par son
flagelle antennaire non épaissi (plésiomorphie) et
la nette interruption de la transverse basale
(apomorphie ; 29). Je suis donc tenté de l’isoler
comme espèce-sœur des deux autres, dont l’auta-
pomorphie serait l’épaississement du flagelle
antennaire (28). En dehors des genitalia, qu’il est
impossible de comparer. Ch. tripunctata posséde¬
rait deux autapomorphies, l’effacement de Rs
(A.4.5.5) et la brièveté de la costale (A.4.5.2), et
Ch. vittata une, la très large interruption basale
de M4 (A.4.5.13) (mais celle-ci existe aussi chez
Ch. pulchella). Cette hypothèse sera testée par la
découverte des sexes manquants.
Sous-genre Synesostyla Matile
Des trois espèces du sous-genre, deux, Ch.
stylata et tsacasi, se distinguent immédiatement
par leurs brosses serrées de soies gonostylaires,
caractère unique chez les Macrocerinae (A.6.8.6 ;
30) , auquel s’ajoutent les processus (A. 6. 7.4 ;
31) encadrant distalement la zone membraneuse
gonocoxale. Ch. marcellae, dont l’hypopyge est
dépourvu de brosses et les processus distaux à
peine saillants, est caractérisé à son tour par ses
ailes nettement plus vivement colorées (A.4.2 ;
32) et la costale interrompue à l’extrémité de R5
(A.4.5.2 ; 33). Je propose donc de considérer ce
sous-genre comme formé d’un couple d’espèces-
sœurs, Ch. stylata et tsacasi, dont Ch. marcellae
est à son tour l’espèce-sœur. Aucun phénomène
notable de parallélisme ne semble impliqué par
cette hypothèse.
Relations entre sous-genres
Une seule synapomorphie présumée permet de
penser que les sous-genres Prochiasmoneura et
Synesostyla sont plus étroitement apparentés
entre eux qu’avec Chiasmoneura s. str., la réduc¬
tion des protarses I (A.3.4.1 ; 9), qui sont au
plus légèrement supérieurs à la moitié de la
longueur des tibias. Chiasmoneura s. str. est
évidemment fortement apomorphe par rapport
aux deux autres, puisque huit synapomorphies le
caractérisent.
Les relations phylogénétiques postulées pour
les sous-genres de Chiasmoneura impliquent no¬
tamment deux parallélismes, celui de la dispari¬
tion des soies du sclérite cérébral indépendam¬
ment chez Chiasmoneura s. str. et Prochiasmo¬
neura (A. 1.2), et celui de la réduction de la sous-
costale à la fois chez Ch. cyclophora et quinque-
maculata d’une part, et chez certains Prochiasmo¬
neura d’autre part. On notera que les espèces
afrotropicales du sous-genre Prochiasmoneura,
Source : MNHN, Paris
488
LOÏC MATILE
comme les Synesostyla, ont des gonostyles plus
ou moins divisés. Dans le premier cas, il s’agit de
processus situés dans le même plan, qui résultent
sans doute de la division plus ou moins profonde
des gonostyles primitifs (fig. 286-287, 297-299),
dont le premier état est visible chez Ch. bipunc-
tata (fig. 286-287). En ce qui concerne Syneso¬
styla, il s’agit manifestement de l’apparition de
lobes supplémentaires (fig. 310-311, 317-320).
Genre Macrocera Meigen
Ce genre n’ayant pas été révisé, il n’est pas
possible de proposer une hypothèse de phy¬
logénie pour les espèces qui le composent. Celles-
ci, auxquelles s’ajoutent de nombreuses espèces
inédites, approchent aujourd’hui les 200, et il est
par conséquent improbable qu’il en soit jamais
établi une. J’ai cependant déjà fait allusion aux
taches alaires très caractéristiques du groupe
oriento-afrotropical ephaemaeroformis (p. 164,
425 ; cf. aussi fig. 340, M. puncticosta, qui
appartient à ce groupe) et du groupe oriental
ornata (p. 425 ; fig. 341), dont la disposition
et la couleur ne peuvent manquer d’être apo-
morphes et donc de délimiter des ensembles
monophylétiques. Ces groupes comprennent ce¬
pendant des espèces inédites, et je pense préma¬
turé de les évoquer ici.
Par ailleurs, Vockeroth (1976) a reconnu un
groupe holarctique nobilis, et j’ai donné quelques
informations sur un groupe néotropical concinna
(Matile, 1982b). Si mon interprétation de la
plésiomorphie des soies métépistemales (A.2.3),
caractéristiques du groupe de M. nobilis, est
correcte, ce groupe semble relativement plésio-
morphe, du moins si l’on en juge par la diagnose
de Vockeroth (je n’ai eu sous les yeux aucune
de ses espèces). Sa seule autapomorphie, en effet,
serait la brièveté de la costale, qui ne dépasse
qu’à peine l’apex de R5 (A.4.5.2). Les autres
apomorphies signalées, scutum à bandes longi¬
tudinales, membrane alaire dépourvue de macro-
triches, anale entièrement nue, se présentent chez
de nombreuses autres espèces du genre. Ce
groupe renferme quatre espèces, M. insignis,
nobilis, summatis et grandis, les deux premières
néarctiques, les deux dernières paléarctiques.
Le groupe concinna comprend quatre espèces
d’Amérique centrale et méridionale, M. concinna,
matilei, unica et shannoni. Comme l’a souligné
Edwards (1934a) dès la description originale de
son M. nobilis (= matilei ), ce groupe est très
distinct de toutes les autres espèces américaines
par sa coloration alaire. Elle comprend trois
fortes taches brunes bien délimitées, dont l’api¬
cale peut renfermer une ou deux fenêtres claires.
J’ai suggéré que M. shannoni, dont la membrane
alaire est dépourvue de macrotriches (A.4.3),
était sans doute l’espèce-sœur des trois autres
(Matile, 1982b); n’ayant pas examiné d’exem¬
plaires de M. matilei et unica, je ne peux
proposer d’autre hypothèse phylogénétique.
Genre Paramacrocera Edwards
Ce genre a été divisé en deux sous-genres,
Paramacrocera s. str. et Freemaniola. Le premier
comprend cinq espèces, dont l’espèce-type, P.
brevicornis, néo-zélandaise, et quatre espèces
australiennes encore inédites. Le second, néotro¬
pical, ne renferme que deux espèces, P. anomala
et P. lanei. Seules les relations phylogénétiques
entre espèces de Paramacrocera s. str. seraient
donc à envisager. Toutefois les espèces austra¬
liennes devant être ultérieurement décrites par
mon collègue D. Colless, il ne me semble pas
possible d’anticiper sur ses conclusions. Je me
bornerai à signaler ici que la monophylie du
groupe australien est assurée en raison de la très
forte apomorphie de leurs genitalia mâles par
rapport à l’espèce-type : les quatre espèces
présentent en effet des gonostyles portant des
lobes et processus divers, pourvus de soies
modifiées, alors que P. brevicornis possède un
hypopyge de même type que Macrocera. Enfin,
cette dernière espèce possède un caractère très
remarquable dans l’insertion des antennes, qui se
fait bien en-dessous du niveau habituel chez les
Keroplatidae ; il s’agit sans aucun doute d’une
forte autapomorphie.
Genre Kelneria Matile
Ce genre fossile contient quatre espèces dé¬
crites, K. abundare, ciliata, filiformis et setosa,
ainsi qu’au moins une espèce inédite (non décrite
ici parce que la pièce qui la contient doit d’abord
être retaillée et repolie). J’ai dû renvoyer les
échantillons des trois espèces de Meunier avant
d’avoir pu procéder à une étude détaillée de leurs
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
489
caractères ; l’analyse phylogénétique doit donc
être remise à une révision ultérieure qui devra
aussi prendre en compte le genre Macrocera,
avec lequel sont certainement inclus, dans les
collections, des échantillons de Kelneria. On
notera seulement que K. setosa et ciliata forment
sans doute un couple d’espèces-sœurs en raison
de leur tergite IX mâle plus profondément
échancré que chez les autres espèces (A.6.5 ;
fig. 407, 409).
Monophylie des tribus
Le problème des tribus qui forment les Macro-
cerinae a déjà été brièvement abordé (Matile,
1984a), et je soulignais alors que les genres
appartenant à cette sous-famille montraient des
caractères systématiques importants qui permet¬
taient trois groupements génériques contradic¬
toires :
— Présence d’éperons allongés chez Parama-
crocera, Robsonomyia, Hesperodes et Kelneria.
— Absence d’ocelles chez Hesperodes, Vocke-
rothia et Srilankana.
— Présence d’une aire membraneuse occipito-
frontale chez Kelneria, Robsonomyia et Srilan¬
kana (auxquels il convient maintenant d’ajouter
Micrepimera, qui était alors inconnu).
On a vu dans cette publication, ainsi que lors
de l’analyse des caractères (A. 3. 3. 3), que la
longueur des éperons était probablement dans ce
cas une symplésiomorphie, les deux autres carac¬
tères représentant de fortes apomorphies. Ceci
met naturellement en évidence un autre groupe
fondé sur l’état apomorphe des éperons, courts
chez tous les Macrocerinae sauf Paramacrocera,
Robsonomyia, Hesperodes et Kelneria. J’ai cepen¬
dant déjà souligné à quel point la réduction de la
longueur des éperons était sujette au parallélisme
chez les Keroplatidae. Un groupement générique
établi sur cette base paraît peu vraisemblable en
regard des deux autres possibilités, qui sont
étayées par de très fortes apomorphies. Comme
je l’ai déjà dit en 1984 et dans le présent travail,
nous savons que la perte des ocelles s’est pro¬
duite à plusieurs reprises chez les Mycetophiloi-
dea, alors que la présence d’une aire membra¬
neuse occipito-frontale est un cas unique dans la
superfamille, et probablement dans tout l’ordre
des Diptères. Il est donc plus conforme au
principe d’économie de donner la prédominance
à ce dernier caractère et de tenir la disparition
des ocelles comme une tendance évolutive s’étant
exprimée à plusieurs reprises. C’est sur cette base
que j’ai proposé ici de reconnaître deux tribus
chez les Macrocerinae, les Macrocerini et les
Robsonomyiini.
Les Macrocerini portent donc les quatre apo¬
morphies suivantes (fig. 1182, 6-9), dont trois
déjà citées en 1984 :
* Suture médiopleurale sinueuse. Suture mé-
diopleurale proche de la verticale (A.2.2.5).
* Métépisteme plus large que haut. Mètépi-
sterne au moins aussi haut que large (A.2.3).
* Peignes tibiaux antérieurs bien développés.
Peignes antérieurs rudimentaires (A.3.3.4).
Il convient d’ajouter, comme je l’ai déjà dit, un
état de caractère que j’avais interprété comme
plésiomorphe, mais que je tiens maintenant pour
apomorphe :
* Distiphallus entièrement membraneux. Dis-
tiphallus au moins en partie sclérifié (A.6.9.2.2).
En ce qui concerne les Robsonomyiini, je
donnais en 1984 quatre synapomorphies en plus
de l’aire membraneuse occipito-frontale. L’une
de celles-ci était la sclérification du distiphallus, à
éliminer maintenant puisque plésiomorphe. Par
ailleurs une autre, la réduction de la cellule
basale, n’existe pas chez Micrepimera, genre de
Robsonomyiini qui m’était inconnu à l’époque.
Ne demeurent de ces quatre états de caractère
que le raccourcissement de la radiale antérieure
et la perte des soies coxales postérieures. L’ana¬
lyse des caractères a révélé deux synapomorphies
supplémentaires de cette tribu, l’allongement du
médiotergite et l’affaiblissement des transverses
tb et mcu (ces transverses sont partiellement
effacées dans les trois genres actuels, seulement
décolorées chez Kelneria). C’est donc finalement
cinq autapomorphies qui permettent d’étayer
l’hypothèse de monophylie des Robsonomyiini
(fig. 1182, 1-5) :
* Une aire membraneuse occipito-frontale.
Pas d’aire membraneuse occipito-frontale (A. 1.2).
* Médiotergite dépassant en arrière le scutel-
490
LOÏC MATILE
lum. Médiotergite ne dépassant pas l’apex du
scutellum (A.2.2.3).
* Pas de soies coxales postérieures II-III. Des
soies coxales postérieures II-III (A.3.1.3).
* RI courte. RI longue (A.4.5.6).
* tb et mcu affaiblies. Transverses tb et mcu
bien sclérifiées (A.4.5.11).
Relations phylogénétiques au niveau générique
Tribu des Macrocerini (fig. 1181)
Groupe Hesperodes- Vockerothia
L’étude des genres composant les Macrocerini
permet tout d’abord d’isoler deux d’entre eux,
qui partagent un état fortement apomorphe de
caractère, celui du développement du sclérite
frontal (A. 1 .6) ; il s’agit d 'Hesperodes et de
Vockerothia. Ce sclérite est en forme de gros
bourrelet transverse chez Hesperodes (fig. 329-
330), et extraordinairement saillant chez Vocke¬
rothia (fig. 391-392). Tous les autres Keropla-
tidae ont le front plat ou au plus soulevé en deux
calus latéraux plus ou moins saillant. Chez
Hesperodes, ces calus sont agrandis et soulevés
de sorte que l’ensemble représente un bourrelet
saillant, à peine déprimé sur la ligne médiane par
le sillon frontal. Il s’agit sans doute là d’une
variante d’un morphocline ayant conduit à la
structure si particulière de Vockerothia, chez
lequel le bourrelet frontal a envahi la région
occipitale, repoussant en arrière le sclérite cé¬
rébral. Ces structures frontales sont uniques non
seulement chez les Keroplatidae, mais aussi chez
les Mycetophiloidea. Il y a donc tout lieu de
penser que Vockerothia et Hesperodes forment
ensemble un couple de taxa-frères, d’autant que
d’autres apomorphies viennent s’ajouter à la
précédente.
Ainsi, leur suture médiopleurale est particu¬
lière par sa forte sinuosité (A. 2. 2. 5). Chez Hespe¬
rodes, elle forme un angle rentrant, encochant le
mésépimère sur la moitié de sa plus grande
largeur, puis entamant le katépisteme (fig. 331).
Il s’agit ici d’un caractère clinal, puisque chez
Vockerothia (fig. 393), le mésépimère disparaît
ventralement, la suture médiopleurale rejoignant
perpendiculairement le latérotergite et réduisant
profondément la partie dorsale du katépisteme
(voir plus loin). Ce caractère est exclusif pour les
Macrocerinae (la suture médiopleurale est forte¬
ment sinueuse chez le Keroplatinae Nauarchia).
Ces genres ont aussi en commun la très petite
taille de leurs pulvilles (A. 3.4.5. 1). Celles-ci
sont en effet bien développées, au moins aussi
longues que les griffes, chez tous les autres
Macrocerinae (ce fait était d’ailleurs classique¬
ment employé pour séparer les Macrocerinae des
Keroplatinae). Il s’agit d’un morphocline qui va
des pulvilles presque quadruples de la longueur
des griffes chez le fossile crétacé Schlueterimyia à
celles, doubles, du fossile oligocène Kelneria, et
enfin aux pulvilles quasi invisibles d’ Hesperodes
(fig. 333). Enfin, ils partagent encore la perte des
ocelles (A. 1 .4), caractère commenté plus haut, et
dont il a été postulé qu’il était apparu à deux
reprises chez les Macrocerinae, une fois chez les
Macrocerini et une fois chez les Robsonomyiini
(genre Srilankana).
En résumé, la monophylie du couple de genres-
frères Hesperodes-Vockerothia semble assurée
par une synapomorphie exclusive pour les Myce¬
tophiloidea, deux exclusives pour les Macroce¬
rinae et une pour les Macrocerini (fig. 1181, 1-4) :
* Sclérite frontal très développé. Sclérite fron¬
tal avec au plus deux calus (A. 1.6).
* Suture médiopleurale fortement sinueuse.
Suture médiopleurale peu sinueuse (A.2.2.5).
* Pulvilles fortement réduites. Pulvilles de
grande taille (A. 3.4.5. 1).
* Ocelles absents. Ocelles présents (A. 1.4).
J’ai déjà dit que Vockerothia n’étant connu
que par le sexe mâle, il n’est pas possible de
savoir si les deux caractères portant sur les
genitalia femelles (p. 482), considérés comme des
autapomorphies du genre Hesperodes, ne sont
pas en réalité communs aux deux genres.
La formation d’un couple de genres-frères
Hesperodes-Vockerothia implique trois parallé¬
lismes. Le premier est la terminaison de la sous-
costale bien avant la base du secteur radial
(A.4.5.3) chez Vockerothia, caractère qui n’existe
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
491
Fig. 1181. — Relations phylogénétiques entre les genres formant la tribu des Macrocerini. Explications dans le texte.
Source : MNHN, Paris
492
LOÏC MATILE
pas chez Hesperodes, où cette nervure atteint
presque l’apex de la cellule basale. Cette réduc¬
tion de la longueur de la sous-costale, on l’a vu
lors de l’analyse des caractères, s’est produite à
diverses reprises chez les Keroplatidae. Chez les
Macrocerinae, elle existe, outre Vockerothia,
chez Angazidzia, Chiasmoneura, Chiasmoneurella
et les Paramacrocera du sous-genre nominatif.
Le second est représenté par le fait que la costale
ne dépasse pas l’embouchure de R5 (A.4.5.2)
chez Hesperodes. Cette forte apomorphie n’est
pas courante chez les Keroplatidae, et en particu¬
lier, chez les Macrocerinae, elle ne se présente
que chez Hesperodes et une seule espèce de
Chiasmoneura du sous-genre Synesostyla, Ch.
marcellae. Ce caractère ne peut qu’être apparu à
deux reprises dans la sous-famille, comme le
prouvent les parentés étroites mises en évidence
entre Ch. marcellae et les autres représentants
du genre. Le dernier parallélisme concerne la
présence de macrochètes tibiaux chez Hespe¬
rodes, caractère qu’il partage avec Robsonomyia.
Cet état de caractère a été interprété comme
plésiomorphe (A.3.3.2). Dans ces conditions, il
faut postuler que la perte des macrochètes
tibiaux s’est produite au moins à deux reprises
chez les Macrocerini et au moins une fois chez les
Robsonomyiini.
On notera à ce sujet que contrairement à
Robsonomyia, le genre Hesperodes, déjà connu à
l’état fossile de l’Oligocène, présente de fortes
plésiomorphies : présence de macrochètes ti¬
biaux, absence de véritables macrochètes thora¬
ciques, allongement des éperons, position de R5,
relativement peu costalisée (encore que cet état
de caractère soit moins net chez l’espèce fossile,
H. concinnus), longueur de la sous-costale, etc.
La parenté phylogénétique entre ce genre et le
genre Vockerothia, dont l’habitus diffère par
ailleurs de façon spectaculaire, ne paraît pas très
étroite ; ce groupe est probablement paraphylé-
tique.
Groupe Macrocera*
Ce groupe est formé des cinq genres subsis¬
tants des Macrocerini, une fois le groupe Hespe¬
rodes- Vockerothia défini ; il s’agit donc de leur
groupe-frère, formé d’ Angazidzia, Chiasmoneura,
Chiasmoneurella, Macrocera et Paramacrocera. Il
n’est caractérisé que par une seule synapomor-
phie, la réduction ou l’absence de la base de la
médiane (A.4.5.12; fig. 1181, 5). Cette nervure
est en effet dans un état fortement plésiomorphe
chez Hesperodes et Vockerothia. On a vu que la
base de la médiane était distincte chez certaines
espèces de Macrocera, mais qu’elle n’était jamais
aussi forte. Cette synapomorphie est toute rela¬
tive, puisque cet état de caractère est particuliè¬
rement répandu chez les Keroplatinae. Il est
permis de se demander si ce n’est pas en raison
de la polyphylie du grand genre Macrocera que
je n’ai pas découvert de synapomorphies plus
satisfaisantes. On reviendra plus loin sur ce
point.
Si l’on met Macrocera à part, les quatre genres
restants, Angazidzia, Chiasmoneura, Chiasmoneu¬
rella et Paramacrocera sont par contre bien
caractérisés par trois synapomorphies (fig. 1181,
6-8), qui laissent présumer qu’il s’agit bien d’un
groupe monophylétique :
* Mésépimère fortement rétréci sur au moins
les deux tiers ventraux. Mésépimère rétréci seule¬
ment à l’apex (A.2.2.8).
* Sc2 absente. Sc2 présente (A.4.5.4).
* Nervure M4 plus ou moins effacée à la base.
M4 entière et bien sclérifiée (A.4.5.14).
Le premier caractère est particulièrement net
chez les quatre genres en cause, où la plus grande
partie du mésépimère forme une mince bande
verticale comme coincée entre katépisterne et
latérotergite (fig. 258, 267, 325, 373). Les deux
autres, portant sur Sc2 et M4, correspondant à
des disparitions partielles ou complètes, et donc
à des apomorphies, sont moins exclusifs. Sc2 est
en effet absente non seulement chez tous les
Robsonomyiini sauf Kelneria, mais aussi chez le
Macrocerini Vockerothia ; le caractère n’est pas
rare non plus chez les Keroplatinae. La dispari¬
tion de Sc2 s’est certainement produite à de très
nombreuses reprises chez les Keroplatidae, et il
faut donc invoquer le parallélisme en ce qui
concerne Vockerothia et ces quatre genres. Il en
va de même pour l’effacement de la base de M4,
qui s’est produit aussi chez les Robsonomyiini.
À l’intérieur du groupe formé par Angazidzia,
Chiasmoneura, Chiasmoneurella et Paramacro¬
cera, les deux premiers genres forment un couple
dont la monophylie est indiquée par cinq syna¬
pomorphies (fig. 1181, 15-19).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
493
* Pas de soies scutellaires. Au moins des
scutellaires marginales (A.2.2.2).
* Calus ocellaires effacés. Calus ocellaires pré¬
sents (A. 1.4).
* R4 absente. R4 présente (A.4.5.8).
* R5 se terminant bien avant l’apex de l’aile.
R5 se terminant à l’apex de l’aile (A.4.5.9).
* Mâle : segment VIII enfoncé sous le VII.
Segment VIII largement libre à l’apex (A. 5.7).
La première synapomorphie, celle de la dénu¬
dation totale du scutellum, est exclusive non
seulement pour les Macrocerinae, mais pour les
Keroplatidae. La deuxième (calus ocellaires) est
unique pour les Macrocerinae, si l’on fait excep¬
tion, bien entendu, des genres ayant perdu leurs
ocelles. R4 a disparu également chez deux genres
de Robsonomyiini, Micrepimera et Robsonomyia.
R5 se termine bien avant l’apex de l’aile chez
tous les Robsonomyiini sauf Kelneria. On re¬
marquera enfin qu’en ce qui concerne le seg¬
ment VIII mâle, celui d’ Angazidzia est entière¬
ment dissimulé sous le VII, état unique dans la
sous-famille, tandis que l’apex demeure visible
chez Chiasmoneura, comme chez le Robsono¬
myiini Micrepimera.
Il faut sans doute ajouter à ces cinq synapo-
morphies l’allongement des antennes (A. 1.9.3) :
celles de l’unique mâle connu d 'Angazidzia sont
brisées, mais celles des femelles étant déjà aussi
longues que le corps, il y a des chances pour que
comme chez Chiasmoneura les antennes mâles
soient encore plus longues. Cette hypothèse
supposerait un parallélisme avec Macrocera,
parallélisme imposé par le principe d’économie
au vu des autres états apomorphes de caractères
partagés par Angazidzia et Chiasmoneura. N’ayant
pas de certitude sur ce point, ce caractère ne sera
cependant pas pris en compte dans le clado-
gramme. L’hypothèse selon laquelle ces deux
genres forment un groupe monophylétique im¬
plique notamment que le sillon du sclérite céré¬
bral ait disparu à plusieurs reprises chez les
Macrocerinae (A. 1.2).
Je n’ai pas trouvé entre les deux genres
restants, Chiasmoneurella et Paramacrocera, de
synapomorphies significatives d’une relation de
groupe-frère. Par contre, Chiasmoneurella et le
groupe Angazidzia-Chiasmoneura montrent une
synapomorphie présumée dans l’absence de soies
acrosticales (A.2.2.1, 12), caractère que j’ai
interprété comme une régression. Ce phénomène
ne se montre nulle part ailleurs chez les Macroce-
rini (sauf quelques espèces de Macrocera, le
parallélisme ne faisant ici pas de doute ; il en va
de même pour la perte des macrochètes de la
membrane alaire chez certains Macrocera d’une
part, et Chiasmoneurella d’autre part), mais ce
caractère existe chez un Robsonomyiini, à savoir
Micrepimera. Chiasmoneurella représente donc
sans doute le groupe-frère des deux genres pré¬
cédents, Paramacrocera étant à son tour le
groupe-frère de l’ensemble formé par les genres
Angazidzia, Chiasmoneura et Chiasmoneurella.
Le groupe-frère de ces quatre genres est bien
entendu Macrocera. Je rappelle toutefois que ce
genre devra certainement être révisé, la plupart
de ses espèces étant insuffisamment décrites.
Certaines d’entre elles, de plus, se distinguent par
des caractères aberrants tels que l’absence de R4,
les antennes plus ou moins modifiées, des struc¬
tures génitales s’écartant fortement du plan
de base (c/. la Partie systématique de ce tra¬
vail, p. 164). Quelques espèces en ont déjà été
extraites, telles que les trois Macrocera fossiles de
Meunier, transférés à Kelneria, M. quinquemacu-
lata Sasakawa à Chiasmoneura comme les deux
espèces australiennes de Tonnoir et Edwards,
M. fenestrata et milligani, enfin M. insolita
Matile, pour lequel j’ai proposé le genre Angazid¬
zia. Il est quasi certain qu’après révision, notam¬
ment de ses représentants tropicaux, le genre
Macrocera tel qu’il est actuellement conçu se
révélera polyphylétique. Son émendation devrait
permettre une évaluation des relations de parenté
entre Macrocerini plus précise que celle proposée
sur le cladogramme de la figure 1181 67.
Tribu des Robsonomyiini (fig. 1182)
Trois des quatre genres qui forment cette tribu
sont remarquables par le fait que le sclérite
cérébral est séparé par une aire membraneuse
non seulement du front, mais aussi, au moins
partiellement, des yeux composés. Il s’agit de
67. Coher (1988) a proposé implicitement une tribu des Chiasmoneurini, renfermant Chiasmoneura (avec son synonyme
Laneocera) et Chiasmoneurella -, pour qu’elle soit monophylétique, il faudrait y ajouter Angazidzia (cf. fig. 1181). Cette
division, qui amènerait à reconnaître quatre tribus à la place de celle des Macrocerini, me paraît superflue.
Source : MNHN, Paris
494
LOÏC MATILE
texte.
Micrepimera, Robsonomyia et Srilankana. La
zone de séparation est large et courte chez
Micrepimera (fig. 412-413) et Srilankana (fig. 427),
tandis qu’elle est longue et étroite chez Robsono¬
myia (fig. 420). Cette structure ne peut être qu’un
état encore plus évolué du morphocline d’indivi¬
dualisation du sclérite cérébral (A. 1.2; 10) et
donc une forte apomorphie laissant présumer
que ces trois genres forment ensemble un groupe
monophylétique (groupe Micrepimera +) frère du
genre de l’ambre de la Baltique, Kelneria. Ces
trois genres partagent encore trois apomorphes
(10-12) :
* Angle anal ouvert à plus de 90°. Angle anal
ouvert à 90° (A.4.1).
* Transverses basale et médiocubitale effacées.
Transverses au plus affaiblies (A.4.5.11).
* RI, R4 + 5 et R5 sans macrochètes ven¬
traux. RI, R4 +5 et R5 ciliées ventralement
(A.4.5.20).
Les deux derniers caractères sont uniques et
exclusifs pour les Macrocerinae, le premier est
unique pour les Robsonomyiini : il se présente
aussi chez les Macrocerini Paramacrocera et
Vockerothia. La monophylie du groupe Micrepi¬
mera* fait donc peu de doute ; cependant Robso¬
nomyia et Kelneria ont en commun la perte des
macrochètes antennaires (A. 1.9.3), et l’hypothèse
émise ici suppose le parallélisme pour ce carac¬
tère.
A l’intérieur de ce groupe de parenté, Robsono¬
myia et Micrepimera partagent la perte de la
nervure R4 (A.4.5.8), tandis que Micrepimera et
Srilankana ont en commun l’allongement des
flagellomères antennaires (A. 1.9. 3) ainsi que
deux tendances évolutives : la disparition {Micre¬
pimera) ou l’effacement {Srilankana) de la partie
ventrale du mésépimère, et la tendance à l’aligne¬
ment des microchètes tibiaux, pleinement réalisée
chez Srilankana , ne prenant la forme que d’une
rangée aux tibias postérieurs chez Micrepimera.
D’un autre côté, Robsonomyia et Srilankana
partagent quatre apomorphies (16-19) :
* Face réduite à une bandelette transverse.
Face haute (A. 1.7).
* Palpomères monoliformes. Palpomères plus
longs que larges (A. 1.10).
* Mâle : tergite IX plus long que large. Ter-
gite IX transverse (A. 6.5).
* Mâle : pont périgonostylaire étroit. Pont
périgonostylaire large (A. 6. 7.1).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
495
Les deux apomorphies portant sur les genitalia
mâles sont uniques pour les Robsonomyiini.
Robsonomyia et Srilankana ont aussi en commun
une tendance à la réduction de la sous-costale
(A.4.5.3), qui se manifeste chez eux de deux
manières rares chez les Keroplatidae, sa capture
par la radiale chez Robsonomyia et son efface¬
ment apical chez Srilankana. L’importance rela¬
tive des caractères génitaux comme le principe
d’économie me conduisent à trancher en faveur
d’une relation de groupe-frère entre Robsono¬
myia et Srilankana, bien qu’un groupe rassem¬
blant les deux genres orientaux, Srilankana et
Micrepimera soit plus satisfaisant sur le plan
biogéographique.
On considérera donc les Robsonomyiini comme
formés d’un couple de genres-frères, Robsono¬
myia et Srilankana, dont à son tour Micrepimera
est le groupe-frère, Kelneria étant le genre-frère
plésiomorphe de l’ensemble. Ce dernier, outre les
caractères exclusifs déjà mentionnés, possède
une apomorphie unique chez les Robsonomyiini,
l’absence de soies acrosticales ; cette perte, on l’a
vu, s’est déjà produite chez les Macrocerini des
genres Chiasmoneura et Angazidzia. Cette hy¬
pothèse de phylogénie est résumée par le clado-
gramme de la figure 1182.
SOUS-FAMILLE DES KEROPLATINAE (. KEROPLATINI) 68
MONOPHYLIE DES GENRES ET DES SOUS-GENRES
En dehors de quelques-uns, les genres de la
tribu des Keroplatini forment un groupe de
parenté nettement plus étroit que ceux compo¬
sant les Macrocerinae, et où le parallélisme
semble avoir joué à plein (voir les matrices de
caractères), ce qui explique que beaucoup d’entre
eux soient demeurés longtemps au niveau sous-
générique, dans un grand genre Keroplatus.
Plusieurs sont typiquement polythétiques, leurs
autapomorphies étant faibles, ou même absentes,
comme on le verra plus loin. Dans le désir de
bouleverser le moins possible la classification,
j’ai adopté ici une position intermédiaire entre
le rassemblement et la pulvérisation. Ceci ne
change rien aux relations phylogénétiques sup¬
posées exister entre les différents groupes nom¬
més, mais porte naturellement sur la hiérarchie
des taxa en cause. Je proposerai donc à la fin de
ce travail (p. 537) deux classifications alternatives
à celle, relativement conservatrice, adoptée ici.
Genre Cerotelion Rondani
Ce genre est caractérisé par deux apomorphies
uniques et exclusives pour les Keroplatini :
* Effacement, sur une distance notable, de la
suture médiopleurale. Suture médiopleurale entière
(A.2.2.5).
* Grand allongement des éperons internes II-III,
qui atteignent quatre fois la largeur apicale des
tibias correspondants. Eperons internes environ
doubles de la largeur des tibias (A.3.3.3).
Genre Ctenoceridion Matile
Bien qu’il soit bien défini par plusieurs combinai¬
sons de caractères (voir p. 536, 74-76), ce genre ne
montre qu’une seule autapomorphie, portant sur
les genitalia mâles : la marge basale du tergite D(
renforcée en arceau très distinct et prolongée de
chaque côté par un long processus recourbé
{Marge basale du tergite IX simple -, A.6.5, 73).
Sous-genre Ctenoceridion s. str.
Ce sous-genre porte quatre apomorphies dont
aucune n’est unique pour les Keroplatini :
* Présence sur le flagelle antennaire mâle de
macrochètes ventraux spiniformes. Flagelle sans
macrochètes modifiés (A. 1.9.3).
68. Comme précédemment, l’état plésiomorphe des caractères est indiqué en italique ; les chiffres en gras renvoient aux
divers cladogrammes.
Source : MNHN, Paris
496
LOÏC MATILE
* Membranisation quasi totale de la face.
Face entièrement sciérifièe (A. 1.7).
* Fort raccourcissement du protarse III, qui
ne dépasse pas la moitié de la longueur du tibia
correspondant. Protarse III à peu près aussi long
que le tibia (A. 3.4.2).
* Fissuration dorsoventrale des gonostyles.
Gonostyles non fissurés (A. 6.8.4).
Le premier état de caractère existe aussi chez
Tolletia, le deuxième chez les Platyroptilon néo¬
tropicaux, et les deux derniers chez certains
Heteropterna.
Sous-genre Gymnoceridion Matile & Duret
Par rapport au sous-genre nominatif, Gymno¬
ceridion présente toute une série d’apomorphies,
mais dont aucune, là encore, n’est exclusive pour
les Keroplatini :
* Face étroite. Face large (A. 1.7).
* Prostemum dénudé. Prosternum cilié (A. 2.
1.4).
* Scutellum dépourvu de soies discales. Scu-
tellum avec des soies discales (A. 2.2.2).
* Médiotergite saillant en arrière du scutel¬
lum. Médiotergite non saillant (A.2.2.3).
* Tibia III brusquement épaissi. Tibia III au
plus régulièrement épaissi (A. 3.3. 6).
* Ailes plus vivement colorées à la marge
antérieure. Ailes hyalines ou à coloration diffuse
(A.4.2).
* Tergite IX du mâle beaucoup plus déve¬
loppé. Tergite IX étroit (A.6.5).
Genre Duretina n. gen.
Ce genre, démembré de Platyroptilon, possède
trois apomorphies uniques chez les Keroplatini :
* Grand développement ventral des yeux.
Yeux dépassant à peine le bord ventral de la tête
(A. 1.5).
* Convergence des nervures Ml et M2 à
l’apex de l’aile. Ml et M2 parallèles à l’apex
(A.4.5.13).
* Paramères dorsaux du mâle non réunis en
pont postérieur, libres à l’apex. Paramères dor¬
saux réunis à l’apex (A.6.9.2.5).
Genre Euceroplatus Edwards
Très plésiomorphe, Euceroplatus ne montre
qu’une seule autapomorphie unique pour la
tribu, portant sur la transverse basale, et une
autre, sur le prosternum, partagée par deux
autres genres par ailleurs très fortement apo-
morphes, Nauarchia et Xenokeroplatus, et par
les Ctenoceridion du sous-genre Gymnoceridion
(fig. 1204, 46-47) :
* Prosternum dénudé. Prosternum cilié (A.2.
1.4).
* Transverse basale réduite. Transverse basale
longue (A. 4. 5. 11).
Genre Heteropterna Skuse
Plus encore que le précédent, ce genre est
polythétique, et ne peut être défini que par
des plésiomorphies et des apomorphies non
exclusives. Divisé en deux sous-genres, Heterop¬
terna s. str. et Scrobicula, il est probable qu’il
faudra à l’avenir élever ce dernier au rang
générique. La seule synapomorphie relevée, en
effet, entre les deux taxa, est représentée par le
fait que la larve tisse pour son cocon une toile de
protection (B. 3 ; fig. 1204, 78) ; or nous ne
connaissons les larves que d’une espèce de
chaque sous-genre, et rien ne garantit que celles
d’autres genres, encore inconnues, n’ont pas le
même comportement. L’apomorphie des soies
fémorales ventrales longues signalée figure 1204
(77) n’est valable que par rapport à son genre-
frère, Ctenoceridion.
Sous-genre Heteropterna s. str.
Ce sous-genre porte une apomorphie unique
pour les Keroplatini, celle de la réduction de
la hauteur des hanches, avec notamment les
postérieures, qui ne dépassent pas la moitié de
la hauteur du médiotergite et du scutellum
ensemble ( hanches aussi longues que le médioter¬
gite plus le scutellum -, A. 3. 1.1).
Sous-genre Scrobicula Matile
Scrobicula est particulièrement distinct par le
tubercule gonocoxal du mâle, qui porte des
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
497
rangées cténiformes de spinules bien dévelop¬
pées ( tubercule gonocoxal sans soies modifiées ;
A.6.7.2.3). Cet état de caractère est à ma
connaissance unique chez les Keroplatidae. S’y
ajoutent les processus basaux, courts et larges,
du tergite IX ( tergite IX simple ; A. 6. 5), que l’on
ne rencontre nulle part ailleurs chez les Keropla-
tini.
Genre Hikanoptilon n. gen.
Ce genre, une fois encore, est surtout carac¬
térisé par quelques plésiomorphies et combinai¬
sons de caractères, et ne possède qu’une seule
apomorphie, mais unique pour la tribu, la
longueur des griffes, qui atteignent presque celle
du dernier tarsomère (griffes courtes ; A.3.4.5.2 ;
fig. 1204, 26). Une autre apomorphie porte sur le
mode de membranisation de la face, qui se fait
par les bords latéraux (face entièrement sclé-
rifiée ; A. 1.7; 27); il s’agit cependant ici d’une
apomorphie relative, puisque d’autres Keropla-
tini ont la face membranisée, mais selon d’autres
modalités. Il possède deux autres états apo-
morphes non exclusifs (voir p. 534 ; 28-29).
Rappelons que les genitalia mâles $ Hikanoptilon
sont inconnus ; sans doute portent-ils quelque
autapomorphie.
Genre Keroplatus Bosc
La monophylie du genre de Keroplatidae le
plus anciennement reconnu est solidement étayée
par quatre autapomorphies exclusives pour la
tribu à laquelle il appartient :
* Base des balanciers largement recouverte
par la partie ventrale, saillante, des latérotergites.
Base des balanciers non recouverte par les latéro¬
tergites (A.2.2.4).
* Hanches presque entièrement pubescentes.
Hanches à macrochètes dispersés (A. 3. 1.3).
* Costale dépassant à peine l’embouchure de
R5. Costale dépassant largement R5 (A.4.5.2).
* Fort raccourcissement de R5. Apex de R5
proche de celui de l'aile (A.4.5.9).
Remarque. — À ces apomorphies s’ajoutent
sans doute, chez les larves, les mandibules créne¬
lées, avec une prostheca réduite, et les lobes
labraux latéraux réduits ou absents, caractères
qui n’existent pas chez les quelques autres genres
de Keroplatidae dont les larves sont connues.
Genre Mallochinus Edwards
Trois apomorphies uniques dans la tribu des
Keroplatini définissent le genre Mallochinus :
* Ocelles latéraux contigus à la marge ocu¬
laire. Ocelles proches du sommet de la tête
(A. 1.4).
* Mésépimère très fortement rétréci, le katé-
pisterne et le latérotergite se touchant ventrale-
ment. Mésépimère séparant ventralement le katé-
pisterne du latérotergite (A.2.2.8).
-* Présence d’une aire membraneuse gono-
coxale ventrale très large, coupant pratiquement
le synsclérite en deux. Synsclérite entièrement
sclérifié ventralement (A. 6.7.2. 1).
Remarque. — Le deuxième état de caractère,
encore plus prononcé, existe chez Nauarchia,
chez lequel la partie ventrale du mésépimère a
entièrement disparu. Les genitalia mâles des
deux genres diffèrent si profondément que le
parallélisme n’a pu qu’intervenir dans ce cas.
Genre Nauarchia n. gen.
La monophylie de ce genre est particulière¬
ment bien étayée par de nombreuses apomor¬
phies uniques au sein des Keroplatini :
* Face complètement séparée en deux. Face
entièrement sclérifiée (A. 1.7).
* Labre élargi en un volumineux lobe mem¬
braneux. Labre non élargi (A. 1.11).
* Disparition de la partie ventrale du mésépi¬
mère, avec la marge postérieure du katépisterne
formant un angle rentrant. Mésépimère attei¬
gnant la marge pleurale ventrale, katépisterne sans
angle rentrant (A.2.2.8).
* Régression du peigne tibial postérieur III.
Peigne tibial postérieur bien développé (A. 3. 3. 5).
* Réduction de la longueur de la sous-costale,
qui ne dépasse qu’à peine la base de Rs. Apex de
la sous-costale proche du milieu de l’aile (A.4.5.3).
* Mâle : pas de paramères dorsaux. Para-
mères dorsaux présents (A.6.9.2.5).
* Mâle : paramères ventraux longuement pro¬
longés dans le segment prégénital mâle. Para¬
mères ventraux ne dépassant pas dans la cavité
abdominale (A. 6.9. 2.6).
Source : MNHN, Paris
498
LOÏC MATILE
Genre Neoceroplatus Edwards
Neoceroplatus est remarquable par deux apo-
morphies uniques dans la famille des Keropla-
tidae :
* Allongement du dernier palpomère, dressé
et non pendant, et devenant aussi long que la
face et le clypéus ensemble, exceptionnellement
un peu plus court. Palpomère ne dépassant pas,
au plus, la moitié de la longueur face + clypéus
(A. 1.10).
* Transversalisation presque totale de la base
de la radiale. Base de la radiale oblique (A.4.5.5).
Genre Paracerotelion Matile
Ce genre ne porte qu’une apomorphie unique
pour sa tribu, celle du fort raccourcissement du
pétiole de la fourche médiane (pétiole de la
fourche médiane long ; A.4.5.13). On peut cepen¬
dant ajouter à cet état de caractère le mode de
membranisation de la face, qui s’accomplit par le
bord ventral (face entièrement sclérifiée ; A. 1.7 ;
même remarque que pour Hikanoptilon). Enfin,
parmi les Keroplatini à dents gonostylaires api¬
cales, il est le seul à avoir ces dents fortement
réduites (dents gonostylaires bien développées ;
A. 6.8.7).
Genre Placoceratias Enderlein
Placoceratias montre trois apomorphies uniques
pour les Keroplatini, qui sont également exclu¬
sives pour toute la famille :
* Position de l’angle postérieur du proépimère
bien au-dessus de la suture anapleurale. Angle
postérieur du proépimère au-dessous de la suture
anapleurale (A.2.1.2; fig. 1204, 31).
* Mâle : des cryptes dorsales gonostylaires.
Gonostyles simples (A.6.8.6 ; 33).
* Mâle : moitié apicale des apodèmes gono-
coxaux élargie en triangle et portant des macro-
chètes et des digitations spinuleuses. Apodèmes
gonocoxaux simples et dénudés (A.6.9.1 ; 34).
Remarque. — La monophylie de ce genre
paraît très bien étayée, d’autant qu’à ces autapo-
morphies s’ajoute celle de la forte réduction des
paramères dorsaux mâles (A.6.9.2.5 ; 32), mais
on a vu que ces apodèmes avaient complètement
disparu chez Nauarchia.
Genre Platyroptilon Westwood
Comme Euceroplatus, et malgré ses antennes
pectinées, ce genre, même une fois émendé, est
surtout caractérisé par des plésiomorphies et des
combinaisons d’apomorphies non exclusives. Il
porte cependant une autapomorphie, celle de
l’apodème éjaculateur, qui se trouve libre dans la
cavité hypopygiale (apodème relié au phallosome ;
A.6.9.2.4). On peut y ajouter le rétrécissement
brutal de l’apex des gonostyles, qui est nettement
plus prononcé que chez Setostylus et Euceropla¬
tus (apex des gonostyles régulièrement rétréci ;
A. 6.8. 5).
Genre Rocetelion Matile
Bien que Rocetelion diffère par de nombreux
caractères de Cerotelion, dont les espèces qui
le composent ont été démembrées, ce genre ne
montre que deux apomorphies exclusives, por¬
tant toutes deux sur les peignes tibiaux :
* Réduction des peignes postérieurs II-III.
Peignes postérieurs bien développés (A.3.3.5).
* Pas de peignes antérieurs II-III. Peignes
antérieurs présents (d°).
Genre Setostylus n. gen.
Il s’agit encore ici d’un genre surtout carac¬
térisé par des combinaisons d’apomorphies non
exclusives, et la seule autapomorphie relevée est
celle de la réduction, à la fois en largeur et en
hauteur, du mésépimère (mésépimère plus large et
plus long ; A.2.2.8).
Genre Tergostylus Matile
À l’inverse du précédent, ce genre porte plu¬
sieurs apomorphies uniques et exclusives pour les
Keroplatini (fig. 1204, 67-70, 72) :
* Développement des palpes femelles par rap¬
port aux mâles. Palpes mâles et femelles sem¬
blables (A. 1.10).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
499
* Mâle : des aires spinuleuses gonocoxales
dorsales ou latérodorsales. Face dorsale du syn-
sclérite sans soies modifiées (A. 6. 7.1).
* Mâle : apodèmes gonocoxaux élargis en
lames et formant un processus médian. Apo¬
dèmes gonocoxaux simples (A.6.9.1).
* Mâle : des cavités distales sur l’édéage.
Édéage sans cavités dorsales (A. 6. 9. 2.9).
* Femelle : valves hypogyniales très bien
développées. Valves hypogyniales petites (A. 7.2).
Remarques. — On notera qu’ Euceroplatus et
Heteropterna montrent une légère tendance au
dimorphisme sexuel des palpes, tandis que les
cavités de l’édéage et le développement des valves
hypogyniales sont uniques pour les Keropla-
tidae. On peut ajouter aux autapomorphies de
Tergostylus l’hypoprocte mâle entièrement mem¬
braneux (A. 6.3 ; 71), état de caractère probable¬
ment apparu parallèlement chez Nauurchia (cf.
p. 536).
Genre Tolletia Matile
Tolletia porte trois apomorphies dont la pre¬
mière est unique pour les Keroplatidae et les
deux autres pour les Keroplatini (fig. 1204) :
* Forte réduction et extrême basalisation des
transverses tb et mcu. Transverses grandes et
distales (A. 4. 5. 11 ; 4).
* Mâle : hypoprocte prolongé en pointe.
Hypoprocte en plaque simple (A. 6.3 ; 5).
* Mâle : gonostyles avec une paire de fortes
dents médianes. Dents gonostylaires en position
apicale (A.6.8.7 ; 6).
Tolletia présente aussi de nombreuses apomor¬
phies uniques pour son groupe de parenté ( cf.
p. 533 ; caractères 7-13).
Genre Xenokeroplatus n. gen.
Ce genre est sans conteste le plus fortement
apomorphe de la tribu des Keroplatini, et sa
monophylie est appuyée par de nombreuses
autapomorphies (fig. 1204, 51-64) :
* Forte réduction médiane du prothorax. Pro¬
thorax large au milieu (A.2.1.1).
* Bandes dénudées fémorales très larges. Bandes
fémorales absentes ou étroites (A.3.2).
* Pas de macrochètes tibiaux II. Des macro-
chètes tibiaux II (A. 3. 3.2).
* Éperons internes II réduits. Éperons in¬
ternes II aussi longs que la largeur apicale du tibia
(A.3.3.3).
* Pas de peignes I ni d'inter-éperons II. Un jeu
complet de peignes (A.3.3.5).
* Protarses extrêmement allongés. Protarses
plus courts (A.3.4.1).
* Pas de macrochètes tarsaux ventraux. Des
macrochètes tarsaux ventraux (A. 3.4.4).
* RI très courte. RI se terminant vers les 2/3
de l’aile (A.4.5.6).
* Pétiole et base de la fourche médiane effa¬
cés. Pétiole et base de la fourche médiane sclérifiès
(A.4.5.13).
* Al fortement réduite. Al prolongée jusqu’à
la marge (A.4.5.17).
* Rs dénudée dorsalement. Rs ciliée dorsale-
ment (A.4.5.20).
* Cu2 rudimentaire. Cu2 longue (A.4.5.16).
* Mâle : gonostyles avec des aires spinuleuses
très bien délimitées. Gonostyles sans soies modi¬
fiées (A.6.8.8).
* Mâle : gonostyles très proches de la ligne
médiane. Gonostyles éloignés de la ligne médiane
(A. 6.8.9).
Relations phylogénétiques au niveau spécifique
Genre Cerotelion Rondani
Une première hypothèse de phylogénie de ce
genre a été donnée par Matile & Goujet (1981).
Dans ce travail, les différentes espèces de Cerote¬
lion étaient divisées en deux groupes monophylé-
tiques, le premier comprenant les espèces holarc-
tiques, le second formé de deux groupes-frères,
les espèces chiliennes d’une part et les espèces
néo-zélandaises d’autre part. L’émendation du
genre, dont sont exclus C. humerale, placé dans
le nouveau genre Rocetelion, et l’espèce douteuse
Source : MNHN, Paris
pleyi
500
LOÏC MATILE
69. Rappelons que trois espèces de cette région n’c
C. apicalis, la découverte dans la région orientale
de C. pendleburyi, ainsi que la mise en évidence
de nouveaux caractères, amènent évidemment à
remettre en question l’hypothèse de 1981. Ses
grandes lignes demeurent cependant valides,
puisque l’on reconnaît aisément au sein des
Cero'telion trois groupes monophylétiques formés
respectivement par les trois espèces holarctiques
et l’espèce malaise (groupe pendleburyi*), les
deux espèces chiliennes (groupe funereum*) et
les quatre espèces néo-zélandaises examinées
(groupe bimaculatum*)69. La nouvelle hypothèse
est illustrée par le cladogramme de la figure 1183
(voir aussi fig. 1233).
Le groupe pendleburyi * se distingue par sept
synapomorphies portant sur la nervation alaire
et surtout les genitalia mâles (1-7) :
* R4 courte. R4 plus longue (A.4.5.8).
* Mâle : hypoprocte encoché à l’apex. Hypo-
procte en plaque simple (A. 6. 3).
* Mâle : cerques aplatis et disposés dans le
plan latéral. Cerques non aplatis et disposés dans
le plan dorsoventral (A.6.4).
* Mâle : apex du tergite IX excavé pour le
logement des cerques. Apex du tergite IX recti¬
ligne (A. 6.5).
* Mâle : édéage n’occupant au plus qu’un peu
plus de la cavité hypopygiale. Édéage plus long
que la cavité hypopygiale (A. 6.9. 2.1).
* Mâle : distiphallus membraneux. Distiphal-
lus sclérifié (A. 6. 9. 2.2).
* Mâle : paramères dorsaux formant à leur
réunion des lobes apicaux pointus, de taille
variable. Paramères simples (A.6.9.2.5).
L’encochement apical du tergite IX est assez
courant chez les Keroplatini, où il est parfois
beaucoup plus prononcé ( Ctenoceridion du sous-
genre Gymnoceridion, Neoceroplatus, Placocera-
tias, certains Keroplatus), mais les autres carac¬
tères y sont uniques. On notera que la base de ce
tergite est également excavée, apomorphie qui se
présente aussi chez certaines espèces du groupe
bimaculatum* (voir plus loin).
Le groupe pendleburyi * est composé de C.
pendleburyi (Malaisie), C. lineatum et racovitzai
(paléarctiques) et de C. johannseni (néarctique).
Fig. 1183. — Relations phylogénétiques entre les espèces
formant le genre Cerotelion. Explications dans le texte.
pu être examinées, C. dendyi, niger et vitripennis.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
501
C. pendleburyi s’y singularise par de nombreuses
apomorphies (23-27) :
* Hanches II presque entièrement dénudées à
la face externe. Hanches II avec de nombreuses
soies externes (A. 3. 1.3).
* Pétiole de la fourche médiane long. Pétiole
de la fourche médiane court (A.4.5.13).
* Anale interrompue avant la marge. Anale
entière (A.4.5.17).
* Mâle : tubes gonocoxaux courts. Tubes
gonocoxaux longs (A. 6. 7.1).
* Mâle : édéage avec deux lobes auriculaires.
Édéage simple (A. 6.9. 2.9).
Tous ces caractères sont uniques dans le genre
Cerotelion, le dernier étant, de plus, exclusif pour
la tribu des Keroplatini.
Les trois espèces restantes du groupe pendle¬
buryi* sont moins aisément définies, et par
conséquent probablement plus étroitement alliées.
Elles se distinguent de tous les autres représen¬
tants du genre par la disposition régulière des
microchètes apicaux des tibias II-III (microchètes
irrégulièrement disposés ; A. 3. 3.1 ; 22). Seul le fait
que, chez C. lineatum et racovitzai, le médioter-
gite soit légèrement allongé en arrière du scutel-
lum ( médiotergite ne dépassant pas le scutellum ;
A.2.2.3 ; 29), indique que ces deux espèces sont
probablement plus étroitement alliées entre elles
qu’à C. johannseni. Cette dernière espèce se
distingue des deux autres par l’agrandissement
considérable des pointes apicales formées par les
paramères dorsaux (pointes des paramères dor¬
saux petites ; A.6.9.2.5 ; 28).
Le groupe funereum* , formé par les deux
espèces néotropicales de la sous-région chilienne,
est remarquable à première vue par une forte
plésiomorphie, la persistance de la transverse Sc2
(A.4.5.4), qui est bien distincte et proche du
milieu de la sous-costale, mais sa monophylie est
étayée par une synapomorphie non moins forte,
puisqu’unique chez les Keroplatidae, l’allonge¬
ment de la bifurcation de l’hypoprocte (hypo-
procte en plaque simple ; A. 6.3 ; 13), qui porte en
outre, chez C. flavicorne, des soies modifiées en
spinules.
Enfin, les espèces néo-zélandaises sont réunies
par quatre synapomorphies portant sur les geni-
talia mâles (14-17) :
* Hypoprocte élargi dorsoventralement. Hy-
poprocte non élargi (A. 6.3).
* Gonocoxopodites avec un groupe de soies
dressées et serrées à la marge interne de la face
ventrale. Soies gonocoxales non dressées et uni¬
formément réparties (A. 6.7.3).
* Paramères ventraux prolongés jusqu’à la
marge basale du synsclérite gonocoxal. Para¬
mères ventraux courts (A.6.9.2.6).
* Une paire de cornes latéro-apicales prolon¬
geant les paramères dorsaux. Paramères dorsaux
simples (A.6.9.2.5).
On peut y ajouter la courbure des gonostyles
(18 ; non envisagée au niveau de l’analyse des
caractères), inhabituelle lorsque ceux-ci sont,
comme c’est le cas chez Cerotelion, de type
relativement plésiomorphe.
Chez ce groupe, la formation d’un couple C.
bimaculatum-leucoceras s’impose en raison de la
coloration des antennes, dont les flagellomères
médians et apicaux tranchent par leur couleur
jaune-orangé sur le reste du flagelle (flagelle
unicolore ; A. 1.9.3 ; 20) ; ce caractère est surtout
fortement marqué chez C. leucoceras. Ces deux
espèces sont également réunies par la présence
très inhabituelle d’un sclérite supplémentaire,
allongé, entre les cerques mâles (21 ; fig. 482,
485) ; il s’agit probablement d’une sclérification
secondaire de la membrane, la persistance d’un
épiprocte (comme on l’a supposé chez Arachno-
campa; cf A. 6.1) paraissant peu vraisemblable
dans le groupe des Keroplatini. Enfin, C. bimacu-
latum et leucoceras ont tous deux la base du
tergite IX excavée, comme dans le groupe linea¬
tum : il s’agit sans doute là d’une apomor-
phie apparue indépendamment dans les deux
groupes ; le caractère est nettement plus pro¬
noncé chez C. bimaculatum (comparer fig. 482 et
485) et n’a pas été inclus dans le cladogramme.
C. hudsoni et tapleyi forment sans doute un
groupe monophylétique en raison du fort rac¬
courcissement de la sous-costale (sous-costale
longue ; A.4.5.3 ; 19), qui se termine chez ces
espèces avant l’apex de la cellule basale. C’est
probablement dans ce groupe que se situent les
trois espèces néo-zélandaises que je n’ai pu
examiner, mais dont les descriptions originales
n’auraient pas manqué de mentionner un carac¬
tère aussi frappant que les antennes bicolores.
Le dernier problème posé par les Cerotelion est
de savoir quels sont les rapports de parenté entre
les groupes pendleburyi* , funereum* et bimacula¬
tum* . Principalement en raison des caractères
Source : MNHN, Paris
502
LOÏC M ATI LE
portés par les genitalia mâles, Matile & Goujet
(1981) avaient pris comme hypothèse que le
groupe chilien était plus étroitement apparenté
au groupe néo-zélandais qu’au groupe holarc-
tique. Sans rien changer à cette hypothèse,
l’analyse ultérieure des caractères a mis en
évidence que certaines apomorphies génitales
présumées représentaient en fait des symplésio-
morphies, tandis que quelques apomorphies non
génitales étaient mises en évidence. En effet, ces
deux groupes ont en commun les cinq apomor¬
phies suivantes (8-12) :
* Ocelles externes très proches de la marge
oculaire. Ocelles externes proches du sommet de
la tête (A. 1.4).
* Dernier flagellomère antennaire raccourci et
apiculé. Dernier flagellomère long, sans apicule
(A. 1.9).
* RI courte. RI proche des 2/3 de l'aile
(A.4.5.6).
* Mâle : apodème éjaculateur fortement sclé-
rifié. Apodème éjaculateur faiblement sclèrifiè
(A.6.9.2.4).
* Mâle : lame reliant les paramères dorsaux et
ventraux fortement sclérifiée. Pas de lame, ou
alors faiblement sclérifiée (A.6.9.2.7).
Une apomorphie va à l’encontre de cette
hypothèse en suggérant que le groupe chilien est
plus étroitement apparenté au groupe pendlebu-
ryi*. Il s’agit de l’allongement du protarse I
(A.3.4.1), mais celui-ci est relativement négli¬
geable, puisque ce tarsomère ne dépasse pas
1 ,2 fois la longueur des tibias dans le plus net des
cas, celui de C. funereum, alors que le protarse
atteint 0,8 fois la longueur du tibia chez C.
hudsoni et tapleyi. Une autre, au contraire,
indique un rapport de proche parenté entre le
groupe pendleburyi* et le groupe bimaculatum* :
la disparition de Sc2 dans ces deux groupes
(A.4.5.4). On sait cependant que cette transverse
disparaît chez bien d’autres Keroplatini, et que sa
présence est variable dans certains genres. Ces
deux apomorphies ne font pas le poids devant
celles, plus nombreuses, et souvent plus fortes,
relevées ci-dessus. Le parallélisme est donc sup¬
posé en ce qui les concerne, ainsi que pour
d’autres caractères de moindre signification (voir
matrice des caractères en annexe). La présente
hypothèse est peu différente de celle exprimée en
1981 ; on n’oubliera pas qu’elle ne tient pas
compte de trois des espèces néo-zélandaises ;
l’examen de celles-ci permettra d’en tester la
validité.
Genre Euceroplatus Edwards
L’hypothèse de phylogénie présentée ici diffé¬
rera quelque peu de l’analyse présentée dans ma
thèse : il convient en effet d’ajouter aux espèces
de ce genre E. officiosus, qui m’était alors
inconnu, tandis que la recherche de caractères
supplémentaires permettant de le placer m’a
permis de reconnaître quelques synapomorphies
nouvelles. L’examen des neuf espèces que com¬
prend ce genre une fois émendé permet aisément
de mettre trois groupes en évidence, dont chacun
est caractérisé par au moins trois synapomor¬
phies (fig. 1184; voir aussi fig. 1244).
Le couple formé par E. notaticoxa et E.
cantrelli est établi sur trois synapomorphies
(5-7) :
* Fusion radiomédiane double du pétiole de
la fourche médiane. Fusion radiomédiane au plus
un peu plus longue que le pétiole (A.4.5.10).
* Mâle : pas de pont périgonostylaire. Au
moins un mince pont gonostylaire (A. 6.7.1).
* Mâle : forte sclérification non seulement du
distiphallus, mais aussi du basiphallus. Phallo-
some en grande partie membraneux (A.6.9.2.3).
On peut ajouter à ces fortes synapomorphies,
selon le critère de répartition, les hanches II-III
tachées, alors qu’elles sont unicolores dans le
reste du genre (8).
Un autre groupe de deux espèces-sœurs est
formé par E. fascipennis et E. hutsoni, ainsi
caractérisé (2-4) :
* Clypéus dénudé. Clypéus cilié (A. 1.8).
* Coloration alaire très vive, presque autant
que chez les Macrocerinae du genre Chiasmo-
neura. Aile claire ou au plus enfumée (A.4.2).
* Face ventrale du synsclérite gonocoxal dé-
sclérifiée sur toute la longueur de la ligne
médiane. Synsclérite désclérifié sur au plus la
moitié apicale (A.6.7.2.1).
Un dernier ensemble est formé par E. paucima-
culatus, rivalis, gressitti et bistylus (groupe pauci-
maculatus*). Sa monophylie est fondée sur les
apomorphies suivantes (9-12) :
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
503
* Éperon tibial externe II très fortement
réduit. Éperon externe H au moins égal à la moitié
de la largeur apicale du tibia (A. 3. 3. 3) (éperon
interne III en même temps réduit).
* Protarse I atteignant au moins 2,5 fois la
longueur du tibia, avec en même temps allonge¬
ment du protarse II, qui est plus long que son
tibia (j’ai supposé que ces deux caractères étaient
corrélés, et que le protarse I d 'E. bistylus, brisé
sur le seul exemplaire connu, était allongé dans
les mêmes proportions que les autres espèces).
Protarses /-// peu différents de la longueur du
tibia (A. 3. 4.1).
* Cul b sinueuse en S à l’apex. Cul b régulière¬
ment courbée (A.4.5.15).
* Anale abrégée, interrompue bien avant la
marge de l’aile. Anale prolongée presque jusqu'à
la marge (A.4.5.17).
On notera que les macrochètes tibiaux anté¬
rieurs II ont disparu (A. 3.4.4) dans ce groupe
(comme dans le précédent), sauf chez E. gressitti
et officiosus, où il en subsiste un ou deux. Il faut
aussi remarquer que trois de ces espèces mon¬
trent une symplésiomorphie dans la persistance
de quelques soies anépisternales : E. rivalis,
gressitti et bistylus (A.2.2.6).
En ce qui concerne les relations phylogéné¬
tiques entre ces trois groupes, une première
hypothèse serait que les deux derniers d’entre
eux (groupes hutsoni* et paucimaculatus +) re¬
présentent le groupe-frère du premier (groupe
notaticoxa*). Cette hypothèse mettrait en jeu
trois phénomènes de parallélisme : disparition
des macrochètes tibiaux antérieurs III chez E.
hutsoni, fascipennis et paucimaculatus ; dénuda¬
tion du disque scutellaire (A. 2.2.2) chez E.
cantrelli, hutsoni, fascipennis, officiosus, rivalis,
gressitti et bistylus ; réduction du lobe anal
(A.4.1) dans le groupe notaticoxa * et le groupe
paucimaculatus*. Une deuxième possibilité est
représentée par une relation de groupe-frère
entre l’ensemble groupe notaticoxa* - groupe pau¬
cimaculatus* et le couple hutsoni-fascipennis.
Cette hypothèse repose sur la réduction du lobe
anal de l’aile chez les deux premiers groupes ; elle
suppose le parallélisme dans la perte des macro¬
chètes tibiaux antérieurs II-III et dans la dénuda¬
tion discale du scutellum.
Fig. 1184. — Relations phylogénétiques entre les espèces
formant le genre Euceroplatus. Explications dans le texte.
Source : MNHN, Paris
504
LOÏC MATILE
Les deux hypothèses impliquent que la dispa¬
rition des soies anépistemales se soit accomplie à
trois reprises. La fondation d’un groupe sur ce
caractère entraîne un tel nombre de parallélismes
supplémentaires (voir matrice des caractères)
qu'elle ne saurait être retenue. Les pertes de
macrochètes tibiaux s’étant accomplies à de très
nombreuses reprises chez les Keroplatidae, et E.
gressitti et officiosus possédant encore quelques
macrochètes antérieurs II alors qu’ils sont de
toute évidence étroitement apparentés à E. riva¬
lis, j’incline donc à penser que le caractère de
réduction du lobe anal, beaucoup moins ré¬
pandu, est plus significatif (A.4.1 ; 1). Je poserai
donc en hypothèse que le groupe paucimacula-
tus + et le groupe notaticoxa* forment ensemble
le groupe-frère du groupe hutsoni* .
A l’intérieur du groupe paucimaculatus* , l’es¬
pèce nominative se distingue par trois autapo-
morphies (15-17) :
* Protarse I extrêmement allongé, dépassant
le triple de la longueur du tibia. Protarse I ne
dépassant pas, au plus, le triple chez les autres
Euceroplatus (A. 3.4. 1).
* Ailes distinctement enfumées à la marge et à
l’apex. Ailes au plus légèrement enfumées chez les
autres espèces du groupe (A.4.2).
* Ocelles . externes proches de la marge ocu¬
laire. Ocelles externe éloignés par plus du double
de leur propre diamètre (A. 1.4).
Les quatre espèces restantes sont réunies par
deux synapomorphies (13-14) :
* Pas d’ocelle médian, et réduction des ocelles
externes. Ocelle médian présent, externes grands
(A. 1.4).
* Réduction de l’éperon externe II. Éperon
externe II double de la largeur apicale du tibia
(A.3.3.3).
Le groupe formé par E. rivalis, officiosus et E.
gressitti porte deux synapomorphies (19-20) :
* Raccourcissement prononcé de Cu2. Cu2
longue, dépassant la concavité de Culb (A.4.5.16).
* Mâle : gonostyles avec de longues et fortes
soies ventrales et internes. Gonostyles sans soies
différenciées ventrales, internes plus courtes (A.6.
8.8).
E. bistylus se distingue de toutes les autres
espèces par ses gonostyles munis d’un lobe
interne {gonostyles simples ; A. 6.8.6 ; 18). Enfin,
si l’on en juge par le fort raccourcissement de
l’anale {anale moins courte dans le reste du
groupe ; A.4.5.17 ; 21) et les ailes enfumées à la
marge et à l'apex {ailes hyalines ; 22), E. gressitti
et officiosus forment un coule d’espèces-sœurs ; je
n’ai pu mettre en évidence une autapomorphie
permettant de caractériser E. rivalis par rapport
à ce couple.
Le cladogramme ainsi obtenu est très provi¬
soire : le fait que huit espèces sur neuf soient
inédites, l’existence de trois espèces sympatriques
dans la péninsule malaise, l’énorme discontinuité
dans la répartition géographique de l’un des
groupes reconnus {E. notaticoxa : Sri Lanka ; E.
cantrelli : Queensland), montrent que les faunes
orientale et australasienne A' Euceroplatus sont
appelées à révéler de. nombreuses autres espèces
(voir p. 590). Le cladogramme semble cependant
avoir une bonne valeur prédictive, car E. gressitti
ne m’est parvenu qu’après une première élabora¬
tion, et s’est aisément inséré dans le clado¬
gramme primitif, qui était quasi identique à celui
représenté ici, tandis qu’is. officiosus, reçu après
l’achèvement de ma monographie de 1986, n’a
pas présenté lui non plus de difficultés particu¬
lières.
Genre Heteropterna Skuse
Nous n’envisagerons ici que la phylogénie du
sous-genre nominatif, puisque le sous-genre Scro-
bicula ne comprend que deux espèces. En ce
qui concerne Heteropterna s. str., ses repré¬
sentants se séparent immédiatement en deux
groupes (fig. 1185; voir aussi fig. 1252) en
fonction du mode de division des gonostyles
mâles. En effet, chez toutes les espèces austra¬
liennes sauf H. annulipes, les lobes gonosty-
laires, incomplètement séparés, sont situés dans
un plan dorsoventral, le lobe dorsal recouvrant
ainsi au moins partiellement le lobe ventral,
moins développé (fig. 552-554). Ce groupe sera
nommé macleayi + 70.
Chez tous les autres Heteropterna, la division
des gonostyles est presque toujours complète et
70. Il est intéressant de constater que le même phénomène se produit dans le genre apparenté Ctenoceridion, où le sous-
genre nominatif est de type macleayi (fig. 499-500), tandis que Gymnoceridion (fig. 509) ressemble à certains des autres
Heteropterna.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
505
se fait dans le plan transversal, avec formation
d’un lobe dorso-externe et d’un lobe ventro-
inteme, ce dernier toujours moins développé. Ces
espèces d 'Heteropterna forment un groupe au
sein duquel je n’ai pu élucider certaines relations
de parenté, comme on le verra plus loin, et que je
nommerai donc, dans ce chapitre, groupe oriento-
afro-américain, sans utiliser la convention de
séquençage de De Souza Amorim.
Les deux états représentent bien entendu des
écarts du plan de base, à gonostyle simple.
À partir de celui-ci, deux modalités de fissuration
se sont exprimées : soit le long de la face
ventrale, soit le long de la face interne. Ce
dernier mode est beaucoup plus rare que le
premier chez les Keroplatidae ; il s’accompagne
de membranisation, également très rare, et sera
donc considéré comme plus fortement apo-
morphe. L’espèce micronésienne H. annulipes,
dont les gonostyles sont divisés longitudinale¬
ment, n’appartient pas au groupe macleayi* ,
mais au groupe oriental, comme Colless (1966)
l’a souligné lors de sa description. En dehors de
la forte apomorphie gonostylaire, il existe dans
le groupe australien une deuxième apomorphie
potentielle, le fait que chez toutes les femelles
disponibles ( H . macleayi, chazeaui et flavovittata )
le sternite X est réduit, alors qu’il est bien
développé (comparer fig. 555-556 et 557-558)
chez les trois espèces de l’autre groupe pour
lesquelles je dispose de femelles ( H . abdominalis,
caraibeana et major).
En bref, l’hypothèse de monophylie du groupe
macleayi * est donc étayée par deux synapomor-
phies (fig. 1185, 7-8) :
* Mâle : lobes gonostylaires fissurés le long de
la face interne. Lobes gonostylaires non fissurés
ou (dans ce genre) fissurés le long de la face
ventrale (A.6.8.4).
* Femelle : tergite X réduit. Tergite X bien
développé (A.7.6).
La monophylie du groupe oriento-afro-néo-
tropical repose sur six apomorphies (1-6) :
* Face très étroite. Face relativement plus
large (A. 1.7).
Fig. 1185. — Relations phylogénétiques entre les espèces
à' Heteropterna du groupe macleayi* . Explications dans le
Source : MNHN, Paris
mu
506
LOÏC MATILE
* Pas de soies scutellaires discales. Au moins
quelques scutellaires discales (A. 2.2.2).
* Aire membraneuse sous-scutellaire très bien
développée. Aire sous-scutellaire moins grande
(A.2.2.3).
* Ornementation alaire vive, taches blanches
très bien marquées, avec décoloration des ner¬
vures qu’elles recouvrent, et coloration brune le
plus souvent non limitée au bord costal. Taches
blanches plus diffuses, ou des taches hyalines,
coloration brune limitée au bord costal (A. 4.2).
* Mâle : hypoprocte relié au tergite IX par un
apodème sclérifié. Liaison tergite IX-hypoprocte
membraneuse (A.6.3).
* Mâle : tergite IX profondément échancré à
l’apex pour le logement des cerques. Tergite IX
au plus faiblement échancré à l’apex (A.6.5).
En ce qui concerne la liaison tergite IX-hypo-
procte, il s’agit de l’extension des bords tergaux
de l’échancrure logeant les cerques, qui se pro¬
longent ventralement en un pont sclérifié plus ou
moins large ; cette liaison est seulement membra¬
neuse dans le groupe macleayi* (comparer
fig. 619-620 et 621-622). Il faut cependant noter
que deux espèces de ce genre, H. interrupta et
laterociliata, sont quelque peu intermédiaires,
puisqu’elles montrent une très mince liaison
sclérifiée hypoprocte-tergite (fig. 623) ; leur ter¬
gite IX est également fortement échancré (ces
deux états de caractères sont sans doute cor¬
rélés), et j’ai postulé ici une apparition indépen¬
dante dans chacun des groupes. Ici encore, on
peut remarquer le parallélisme frappant des
variations du tergite IX et de l’hypoprocte chez
les deux sous-genres de Ctenoceridion, où le sous-
genre nominatif possède l’état plésiomorphe,
tandis que Gymnoceridion a un tergite IX forte¬
ment échancré, relié à l’hypoprocte par un
robuste apodème.
Il y a encore parallélisme pour deux autres
caractères. Chez toutes les espèces oriento-afro-
néotropicales, les antennes sont bicolores, avec
au moins un flagellomère jaune ou blanc. Dans
le groupe macleayi* , ceci ne se produit que chez
deux espèces, H. chazeaui et laterociliata. Encore
faut-il noter qu'H. chazeaui montre des spéci¬
mens intermédiaires, et même à flagelle unico-
lore. Cette potentialité n’est probablement pas
encore bien fixée, et je pense préférable de ne pas
l’ajouter aux autapomorphies du groupe oriento-
afro-néotropical, contrairement à ce que j’ai fait
en 1986.
Groupe macleayi *
Ce groupe comprend H. affinis et macleayi,
tous deux d’Australie 71 , ainsi qu'H. chazeaui, de
Nouvelle-Calédonie, et les espèces nouvelles sui¬
vantes : H. flavovittata (Fidji), H. interrupta,
montana et laterociliata (Papouasie-Nouvelle-
Guinée), et H. vicina (Vanuatu). J’ai précisé plus
haut que l’espèce micronésienne, H. annulipes,
n’appartenait pas à ce groupe mais à celui des
espèces orientales.
J’avais présenté en 1986 une hypothèse de
phylogénie pour ce groupe, que l’on peut résu¬
mer ainsi :
Groupe chazeaui* ( H . chazeaui et vicina)
Groupe interrupta*
H. interrupta-flavovittata
H. macleayi-affinis
La découverte de deux espèces de Papouasie-
Nouvelle-Guinée qui m’étaient alors inconnues,
H. montana et laterociliata, m’amène à en
présenter une nouvelle, d’ailleurs peu différente,
ces deux espèces étant, pour certains états de
caractères, intermédiaires avec une partie des
autapomorphies présumées des sous-groupes mo-
nophylétiques reconnus dans ce travail.
J’avais alors formé un groupe monophylétique
avec H. chazeaui et vicina sur la base de quatre
synapomorphies (9-12) :
* Réduction de l’ocelle médian. Ocelle médian
grand (A. 1.4).
* Rapprochement des ocelles latéraux du bord
des yeux. Ocelles latéraux éloignés du bord des
yeux. (A. 1.4).
* Large interruption apicale de M2. M2
entière ou au plus interrompue très peu avant la
marge (A.4.5.13).
* Mâle: épines gonostylaires internes fortes,
aussi longues que les gonocoxales. Épines gono¬
stylaires moins longues que les épines gonocoxales
(A.6.8.8).
71. Une troisième espèce existe en Australie et se distingue des deux premières par sa couleur d’un
(D. Colless, comm. pers.).
de charbon
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
507
On verra que l’interruption apicale de M2 sera
présumée être apparue parallèlement chez H.
laterociliata, interrupta et montana ; d’autre part,
H. laterociliata possède des épines gonostylaires
intermédiaires entre celles des autres espèces de
son sous-groupe et celles d'H. chazeaui et vicina.
Au sein du groupe macleayi *, H. affinis
et macleayi se distinguent immédiatement par
quatre apomorphies (15-18) :
* Tibias III claviformes. Tibias III régulière¬
ment épaissis (A.3.3.6).
* Protarses III fortement épaissis. Protarses
III faiblement épaissis (A. 3.4.2).
* Tibias II-III sans macrochètes postérieurs.
Tibias II-III avec des macrochètes postérieurs
(A.3.3.2).
* Flagellomères antennaires 7-14 sans macro¬
chètes ventraux. Tous les flagellomères avec des
macrochètes ventraux (A. 1.9.3).
Les deux premiers caractères ne sont pas
corrélés, puisque H. vicina présente un tibia
claviforme et un protarse normal (comparer
fig. 549 et 596), et H. laterociliata un tibia
normal et un protarse III épaissi ; ces états sont
considérés ici comme le fait du parallélisme, une
hypothèse de synapomorphie sur ce point étant
contradictoire avec des caractères génitaux que
j’estime plus significatifs (voir plus loin). La perte
des macrochètes tibiaux postérieurs III est unique
chez les Heteropterna, alors que les espèces
néotropicales H. abdominalis et caraibeana ont
perdu ceux des tibias II. La perte de macrochètes
antennaires ventraux s’est produite chez la plu¬
part des espèces du groupe oriento-afro-améri-
cain, parfois sous une forme plus apomorphe
encore (perte de tous les macrochètes ventraux) ;
sa présence dans le couple affinis-macleayi résulte
indubitablement d’une apparition indépendante.
Le groupe flavovittata-interrupta, reconnu en
1986, doit comprendre en outre H. montana et
laterociliata. Il est établi sur la présence d’une
forte épine sclérifiée subapicale que l’on ne
retrouve nulle part ailleurs chez les Heteropterna
( pas d’épine . ou une épine apicale ; A. 6. 8. 7 ; 14).
J’ai déjà dit lors de l’analyse des caractères que je
considérais cet état comme une acquisition secon¬
daire ; il s’agit donc d’une autapomorphie de ce
groupe. Chez H. affinis et macleayi, les gono-
styles sont sclérifiés en pointe à l’apex : il s’agit
d’une condition assez courante chez les Keropla-
tidae, que j’estime plus apomorphe qu’un lobe
non sclérifié, mais plus plésiomorphe qu’une dent
subapicale (sur la base du critère de répartition).
À l’intérieur de ce groupe, un couple d’es-
pèces-sœurs se distingue immédiatement, celui
formé par H. laterociliata et interrupta. Ces deux
espèces ont en effet, comme je l’ai mentionné
plus haut, l’hypoprocte relié au tergite IX par un
mince apodème sclérifié {hypoprocte relié au
tergite IX par une membrane ; A. 6.3 ; 22), le
tergite étant lui-même profondément échancré
par le logement des cerques (A. 6.5 ; 23), états de
caractères que je pense apparus parallèlement
dans le groupe oriento-afro-américain. L’autapo-
morphie d'H. interrupta réside dans ses gono-
styles fissurés latéralement (gonostyles non fis¬
surés ; A. 6.8.4) ; il faut sans doute lui ajouter,
en accord avec le critère de rareté, l’ornementa¬
tion des bandes scutales, coupées en deux par
une bande brune ( bandes scutales monochromes ;
A.2.2.1). Celle d'H. laterociliata réside dans ses
protarses III distinctement épaissis (protarses III
minces ; A.3.4.2), le parallélisme avec H. affinis
et macleayi étant présumé. Ces deux espèces
partagent avec H. montana la large interruption
de la nervure M2 avant la marge de l’aile (A/2
entière ou au plus interrompue très peu avant la
marge -, A. 4. 5. 13; 20); ce caractère serait alors
apparu indépendamment chez H. chazeaui et
vicina, ainsi que chez de nombreuses espèces non
australasiennes. H. montana représenterait dans
ce cas l’espèce-sœur des deux autres ; son auta¬
pomorphie réside dans la disparition de Sc2 (Sc2
présente ; A.4.5.4 ; 21), qui s’est produite parallè¬
lement chez les espèces néotropicales. Enfin, H.
flavovittata est l’espèce-soeur des trois autres,
caractérisée par la perte de l’ocelle médian (ocelle
médian présent -, A. 1.4; 19), perte qui ne s’est
produite dans le genre que chez l’espèce inédite
des Iles Salomon 72.
Reste à déterminer les relations entre les
trois sous-groupes présumés monophylétiques
qui viennent d’être discutés, macleayi + s. str.,
flavovittata * et chazeaui* . Il est facile de remar-
72. Il s’agit probablement de son espèce-sœur. L’unique exemplaire n’a pas d'abdomen ; il possède toutes les
plésiomorphies non génitales du groupe macleayi* , sauf que les ailes sont vivement colorées. Ce dernier état de caractère serait
alors apparu parallèlement aux espèces afro-oriento-néotropicales.
Source : MNHN, Paris
508
LOÏC MATILE
quer que les deux premiers sous-groupes ont en
commun le fait que la face dorsale des gonostyles
est presque entièrement membraneuse (fig. 611-
614, 617-618). Chez les Heteropterna australa-
siens, il semble que la division dorsoventrale des
gonostyles commence par l’apex, pour s’étendre
vers la base, comme on peut le voir dans le sous-
groupe chazeaui + (fig. 615-616), puis se pour¬
suive aux dépens de la face dorsale, ne laissant
plus subsister qu’un étroit pont dorsocentral
sclérifié (A. 6.8.4 ; 13). Si ce morphocline est
correctement interprété, les sous-groupes ma-
cleayi* s. str. et flavovittata* forment alors un
groupe monophylétique frère du sous-groupe
chazeaui + .
L’hypothèse de phylogénie exprimée ci-dessus
est traduite par le cladogramme de la figure 1185,
qui est finalement peu différent, au nombre
d’espèces près, de celui de 1986. Il faut cepen¬
dant remarquer que cette hypothèse implique de
nombreux parallélismes dans les caractères non
génitaux, comme on peut le constater en exami¬
nant la matrice des caractères donnée en annexe.
Groupe oriento-afro-américain
La monophylie de ce groupe est fortement
étayée par les six synapomorphies relevées plus
haut, compte tenu du parallélisme supposé, sur le
plan des caractères génitaux, chez H. interrupta
et laterociliata. Il est donc formé d’espèces très
étroitement apparentées pour lesquelles il est
difficile d’établir une hypothèse de phylogénie en
raison de leur grande homogénéité en même
temps que de l’évolution parallèle de plusieurs
caractères. Je n’ai pu en élaborer une qui soit
satisfaisante pour l’ensemble du groupe, que je
scinderai donc, exceptionnellement, selon la ré¬
partition géographique des espèces.
Groupe américain ( abdominalis +)
Ce groupe réunit les espèces néotropicales
suivantes : H. abdominalis, caraibeana, gagnei,
imperfecta, major, perdistincta, tetraleuca, trian-
gularis et trileuca, ainsi que l’espèce néarctique
H. cressoni (fig. 1186). L’hypothèse formulée ici
est que ces espèces forment un groupe mono¬
phylétique, sur la base de la disparition, ou au
moins de l’évanescence, de la transverse Sc2 (Sc2
bien sclérifiée ; A.4.5.3 ; 1). On notera toutefois
que l’espèce afrotropicale H. ghesquierei possède
aussi cette apomorphie (voir plus loin).
J’ai déjà envisagé les relations phylogénétiques
de certains Heteropterna néotropicaux dans le
cadre d’une étude sur les Keroplatidae des
Caraïbes (Matile, 1982b). J’y distinguais un
groupe chez lequel les quatre derniers flagello-
mères antennaires sont blancs (A. 1.9.3) : il s’agit
d 'H. major et tetraleuca. Toutes les autres
espèces américaines ont au plus trois flagello-
mères blancs ou jaunes. Par ailleurs, je notais
l’existence de deux types de genitalia mâles, l’un
avec des gonostyles élargis et aplatis à l’apex
(H. tetraleuca et trileuca), l’autre à gonostyles
minces, renfermant H. abdominalis, caraibeana
et une espèce argentine encore non décrite à
l’époque (H. perdistincta du présent travail). Enfin,
H. imperfecta formait un troisième groupe, diffé¬
rant des deux autres par la séparation incom¬
plète des lobes gonostylaires. À titre d’hypo¬
thèse, je proposais alors de distinguer deux
groupes-frères, celui formé par H. trileuca et
tetraleuca et celui formé par H. abdominalis et
caraibeana ; ce dernier groupe était à son tour
considéré comme le groupe-frère d 'H. perdis¬
tincta. La seule espèce H. imperfecta était pos¬
tulée représenter le groupe-frère de cet ensemble,
en raison de la forte plésiomorphie des gono¬
styles incomplètement séparés. La place d 'H.
major n’était pas précisée, l’espèce n’étant con¬
nue que par son holotype femelle. Cette hypo¬
thèse préliminaire et incomplète peut se résumer
ainsi :
H. imperfecta
H. perdistincta
H. abdominalis-caraibeana
H. trileuca-tetraleuca
J’ai maintenant pu examiner des mâles de
toutes les espèces américaines (toujours à l’excep¬
tion d 'H. major, de la Jamaïque). Après avoir
envisagé de nombreux caractères, j’ai dû consta¬
ter que si l’on considérait l’état des gonostyles
d'H. imperfecta comme plésiomorphe, et quel
que soit le type de caractères que l’on privilé¬
giait, toute hypothèse de phylogénie aboutissait
à de nombreux cas de parallélismes (en particu¬
lier la supposition que les gonostyles se soient
divisés au moins à trois reprises chez les Heterop¬
terna), et aussi à la construction d’au moins un
groupe paraphylétique, comme on peut le cons-
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
509
tâter en inversant la polarisation de la ligne 39 de
la matrice des caractères. Par contre, l’hypothèse
que les gonostyles d'H. imperfecta soient secon¬
dairement fusionnés, et dont fortement apomor-
phes, supprime les parallélismes les plus impor¬
tants (division des gonostyles) et permet de
proposer des groupes tous fondés au moins sur
une synapomorphie. C’est donc la dernière hypo¬
thèse qui a été adoptée ici.
Une première constatation au sujet de la
phylogénie proposée en 1982 est que l’élargisse¬
ment du lobe gonostylaire interne est tout relatif
chez H. tetraleuca. Au contraire, une nouvelle
espèce, H. triangularis, montre un fort élargisse¬
ment, comparable à celui d'H. trileuca, mais
apical au lieu de médian (fig. 580, 583). Sur cette
base, je considère que ces deux espèces forment
un couple, d’autant qu’elles présentent un autre
caractère commun, unique dans le genre et sans
doute apomorphe. Chez elles, en effet, l’apodème
sclérifié reliant le tergite IX à l’hypoprocte porte
un groupe de soies, nombreuses chez H. trileuca,
plus rares chez H. triangularis. J’ai le plus
souvent pris comme hypothèse qu’un sclérite
cilié était plus plésiomorphe qu’un sclérite dé¬
nudé, mais il s’agit ici d’une structure nouvelle,
n’appartenant pas au plan de base des Myceto-
philoidea, et qui a sans doute commencé par une
sclérification de la membrane ; l’apparition de
macrochètes à cet emplacement ne peut donc
être antérieure à la formation du sclérite lui-
même. Le couple H. triangularis-trileuca porte
donc deux synapomorphies (fig. 1186, 10-11) :
* Mâle : lobe gonostylaire interne fortement
élargi. Lobe gonostylaire interne non élargi, ou
faiblement.
* Mâle : apodème reliant le tergite IX à
l’hypoprocte cilié. Apodème dénudé.
Le couple abdominalis-caraibeana me paraît
devoir être maintenu du fait de trois apomor-
phies (2-4) :
* Pas de macrochètes tibiaux postérieurs II.
Des macrochètes tibiaux postérieurs (A.3.3.2).
* Mâle : lobe gonostylaire externe fortement
rétréci à l’apex et terminé en pointe. Lobe
gonostylaire externe non rétréci et arrondi à
l’apex (A. 6.8. 5).
* Mâle : lobe interne des gonostyles largement
inférieur à la moitié de l’externe. Lobes gonosty-
laires de même taille.
La perte des macrochètes tibiaux postérieurs
II ne s’est produite que chez ces deux espèces et
chez le couple H. macleayi-affinis dans le groupe
australasien. En ce qui concerne le troisième
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.§ si -S S
Fig. 1186. — Relations phylogénétiques entre les espèces
d ’ Heteropterna du groupe abdominalis' . Explications dans
Source : MNHN, Paris
510
LOÏC MATILE
caractère, j’ai pris comme hypothèse la plus
vraisemblable que les deux lobes gonostylaires
étaient sensiblement de même taille au début de
leur division. Faute de connaître les genitalia
mâles d’H. major, je suppose ici qu’il s’agit de
l’espèce-sœur d'H. tetraleuca en raison de la
couleur blanche des quatre derniers flagellomères
antennaires (A. 1.9. 3; 7) chez ces deux espèces.
Un autre couple est sans aucun doute formé
par H. cressoni et gagnei, qui partagent trois
apomorphies (16-18) :
* Nervure Cul b fortement enfumée sur une
courte distance. Culb au plus faiblement enfumée
(A.4.2).
* Abdomen avec des marques claires, obliques,
en plus des bandes transversales. Seulement des
bandes abdominales transversales (A. 5. 2) 73.
* Mâle : spinules gonocoxales ventrales nom¬
breuses, s’étendant tout le long de la fissure
membraneuse médiane. Spinules gonocoxales moins
nombreuses (A.6.7.3).
H. perdistincta semble se placer à proximité de
ce groupe, avec lequel il partage le fort raccour¬
cissement des cerques mâles, bien plus courts que
l’hypoprocte ( cerques aussi longs ou un peu plus
courts que Vhypoprocte ; A. 6.4 ; 14). Au sein de
cet ensemble, l’espèce se distingue par la grande
taille de son encoche gonocoxale, qui coupe
presque complètement le synsclérite en deux
(encoche gonocoxale courte ; A.6.7.2.1 ; 15).
Quand à H. imperfecta, cette espèce est carac¬
térisée par la division incomplète des gonostyles,
dont on a vu qu’elle avait été finalement in¬
terprétée comme une forte apomorphie (gono¬
styles complètement divisés ; 12). S’y ajoute la
perte de la plupart des soies anépisternales
(A. 2.2.6 ; 13), dont il ne subsiste qu’une, deux ou
trois selon les exemplaires examinés ; tous les
autres Heteropterna (sauf les espèces australa-
siennes H. affinis et macleayi) portent des soies
anépisternales beaucoup plus nombreuses, cou¬
vrant parfois le tiers, ou même la moitié, du
pleurite. Le parallélisme est supposé sur ce point
entre H. imperfecta et le couple australien. Enfin,
cette espèce paraît devoir se rattacher au groupe
perdistincta* , puisque toutes les quatre se distin¬
guent de tous les autres Heteropterna par la
présence de fortes bandes scutales jaunes, à
limites bien précises, dont la médiane est encore
séparée en deux par une ligne brune ou noire
(au plus des bandes longitudinales indécises, la
médiane non séparée ; A.2.2.1 ; 9).
Le groupe ainsi formé est réuni au couple
triangularis-trileuca par le raccourcissement des
cerques, moins prononcé chez les deux der¬
niers, mais toujours plus courts que l’hypoprocte
(cerques au moins aussi longs que l’hypoprocte ;
A.6.4 ; 8). Je considère tout cet ensemble comme
monophylétique en raison du fait que chez toutes
ces espèces, la tache alaire apicale blanche
dépasse largement la nervure R5, de même que la
tache médiane concolore atteint R4 + 5 (tache
alaire apicale dépassant à peine R5, tache médiane
n’atteignant pas R4 + 5; A.4.2; 5-6). Le pa¬
rallélisme est ici postulé avec trois espèces orien¬
tales, H. fenestralis, quadripunctata et septentrio¬
nale, qui partagent ce même caractère (fig. 585-
586). Chez H. abdominalis et caraibeana, la tache
apicale dépasse à peine R5, tandis que la tache
médiane est punctiforme. Ce couple, caractérisé
par les trois synapomorphies mentionnées plus
haut, représente donc le groupe-frère du reste des
Heteropterna américains.
Groupe afrotropical
Ce groupe ne comprend à présent qu’une seule
espèce d’ Heteropterna s. str., H. ghesquieri, du
Bassin congolais et du Nigeria. On a vu qu’il
possédait en commun avec le groupe américain
l’apomorphie de la petite transverse Sc2 évanes¬
cente ou, en l'occurrence, absente. Une seule
apomorphie l’oppose à ce groupe, le fait que
cette espèce est la seule de tout l’ensemble
oriento-afro-américain à avoir le lobe interne des
gonostyles plus long que l’externe (fig. 594). Par
ailleurs, H. ghesquierei partage avec deux espèces
orientales, H. nigrescens et annulipes, le caractère
fortement apomorphe que constitue la présence
d’un flagellomère antennaire médian concolore
aux articles apicaux (A. 1.9. 3). Ce dernier état de
caractère étant beaucoup plus rare que la dispa¬
rition de Sc2 (A.4.5.4), je suis tenté de postuler
l’appartenance d’H. ghesquierei au groupe orien¬
tal plutôt qu’au groupe américain. Dans ce cas,
la disparition de Sc2 se serait effectuée à deux
reprises au moins dans le groupe oriento-afro-
américain.
73. On notera que deux espèces orientales montrent elles aussi des bandes abdominales obliques (voir plus loin).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
511
Groupe oriental
Ce groupe renferme, outre H. ghesquierei si
mon hypothèse est exacte, les espèces suivantes :
H. fenestralis (Sri Lanka), nigrescens (Suma¬
tra) et quadripunctata (Bengale), ainsi que deux
espèces inédites représentées par des femelles
seulement et provenant respectivement de Ma¬
laisie et des Philippines. J’y ajoute une espèce
paléarctique, H. septentrionalis, du Japon. Cette
dernière était signalée de Honshu et de Shikoku
(Okada, 1938) ; j’en ai vu un exemplaire de
Kyushu (Muséum de Paris), et surtout une série
d’Okinawa (U. S. National Muséum, Washing¬
ton), qui démontre que l’aire de répartition de
cette espèce déborde sur les deux régions, orien¬
tale et paléarctique, dont la limite au 30e degré
nord n’est que théorique. Enfin, j’ai dit plus haut
que c’est avec ce groupe oriental que je classais
H. annulipes, qui bien qu’appartenant théorique¬
ment à la région australienne (Micronésie,
Palau) ne présente aucune des caractéristiques du
groupe australasien macleayi* .
Je ne connais les genitalia mâles que de trois
seulement de ces espèces : H. fenestralis, nigres¬
cens et septentrionalis. Ceux d 'H. annulipes ont
été correctement figurés par Colless (1966), mais
ces dessins ne permettent cependant pas de
contrôler certains détails. Par ailleurs, H. quadri¬
punctata ne m’est connu que par la description
originale de Brunetti (1912), nettement insuffi¬
sante dans le cadre de la présente étude, et que je
n’ai donc pas inclus dans la matrice des carac¬
tères. Les figures de l’aile et de l’abdomen
données par cet auteur permettent cependant
d’en tirer quelques éléments significatifs.
Je n’ai trouvé aucune synapomorphie permet¬
tant de penser que ce groupe, avec ou sans
l’espèce africaine, est monophylétique ; une hy¬
pothèse détaillée de phylogénie serait donc pré¬
maturée. Tout au plus peut-on dire que trois de
ses espèces, H. fenestralis, quadripunctata et
septentrionalis, forment sans doute un groupe¬
ment monophylétique, sur la base de l’étendue
des taches alaires blanches apicale et médiane,
qui sont dans un état comparable à celui de la
majorité des espèces américaines, c’est-à-dire
dépassant largement R4 + 5 et R5. L’espèce
inédite des Philippines se placerait dans ce
groupe, à l’intérieur duquel H. fenestralis et
quadripunctata pourraient former un couple d’es¬
pèces-sœurs en raison des marques abdominales
supplémentaires. L’ensemble formé par l’espèce
afrotropicale, H. ghesquierei, et H. nigrescens,
annulipes ainsi qu’une espèce malaise non dé¬
crite, serait monophylétique sur la base de la
présence d’un flagellomère antennaire médian
concolore aux apicaux.
Si la monophylie du groupe australasien et
du groupe oriento-afro-américain est solidement
étayée, on voit donc qu’il n’en est rien pour les
sous-ensembles que renferme le deuxième. Les
Heteroptena s. str. représentent un excellent
exemple de ces cas où des synapomorphies
importantes sur les genitalia mâles, ici le mode de
fissuration des gonostyles et la liaison hypo-
procte-tergite IX, démontrent que de nombreux
phénomènes de parallélisme ont dû impérative¬
ment se produire lors de l’évolution des espèces,
phénomènes qui en masquent la phylogénie.
Genre Keroplatus Bosc
L’hypothèse de phylogénie présentée en 1986
et brièvement évoquée récemment (Matile,
1989a) au sujet des espèces néotropicales, doit
être modifiée en fonction de la découverte de K.
tergatus, de Papouasie-Nouvelle-Guinée, décrit
dans le présent travail. Dans cette version, je
distinguais au sein des Keroplatus deux en¬
sembles supposés monophylétiques. Le premier
était caractérisé par la dénudation du métépi-
steme (A.2.3), le deuxième par la réduction ou la
perte de l’ocelle médian (A. 1.4) et la présence
d’un bec au pédicelle antennaire (A. 1.9.2). K.
tergatus n’a ni ocelle médian, ni bec pédicellaire ;
le cladogramme a été modifié en conséquence
(fig. 1187-1188; voir aussi fig. 1239, 1241).
D’autre part, les genitalia mâles m’avaient
permis de reconnaître six groupes monophylé¬
tiques d’espèces. K. tergatus n’entre dans aucun
d’entre eux, et je dois donc en reconnaître en
septième. J’envisagerai ci-dessous successivement
ces groupes et leurs relations mutuelles.
L’étude des genitalia mâles des Keroplatus
permet aisément de diviser le genre en quatre
ensembles. Le premier (groupe caribai*) est
formé d’espèces néotropicales dont les gono¬
styles sont divisés en deux lobes indépendants
jusqu’à la base. Le lobe externe est mince et
allongé, l’interne, plus court et plus massif, porte
des soies différenciées en spinules, au moins à la
Source : MNHN, Paris
512
LOÏC MATILE
marge interne (fig. 694-695, 698-701). Le carac¬
tère hautement apomorphe de cette division des
gonostyles ne fait aucun doute. Le deuxième est
représenté par K. tipuloides seul, qui se classe à
part de toutes les autres espèces du genre par ses
gonostyles non divisés, même partiellement, pre¬
nant la forme d’une sorte d’entonnoir complexe
muni d’un bec dorsal (fig. 85) ; aucun autre
Keroplatidae, à ma connaissance, ne montre une
structure semblable. On y adjoindra cependant,
d’après d’autres caractères, K. biformis, pour
former le groupe tipuloides* . K. heimi (fig. 719-
721) est également très particulier par ses cerques
munis de fortes cornes latérales (A.6.4), ainsi que
par ses gonostyles divisés en deux lobes forte¬
ment sclérifiés dont l’externe, de plus, porte un
fort processus dorsal (A.6.8.6) ; je lui ajoute
provisoirement une espèce zaïroise non décrite
dont les genitalia mâles sont encore inconnus.
Enfin, les autres espèces du genre se caracté¬
risent par des gonostyles triangulaires plus ou
moins allongés et munis d’un appendice ventral
interne et cilié (voir p. ex. fig. 662, 664, 666-667).
Ce type de gonostyles sera nommé ici type
testaceus. Comme pour les espèces précédentes,
aucun autre Keroplatidae ne présente une telle
structure, qui peut donc être considérée comme
apomorphe. Plus simple, répartie chez de nom¬
breuses espèces couvrant toute l’aire de réparti¬
tion, elle est ici considérée comme relativement
plésiomorphe à l’intérieur du genre. On imagine
mal, cependant, comment cette structure, ou une
structure proche, aurait pu donner naissance aux
gonostyles si particuliers observés chez K. tipu¬
loides et heimi, et dans le groupe caribai*. La
structure réellement primitive à partir de laquelle
auraient pu évoluer les quatre types de gono¬
styles de Keroplatus reste à découvrir. L’en¬
semble des espèces à genitalia de type testaceus
sera divisé plus loin en quatre groupes : testa¬
ceus* , fiebrigi* , militaris* et un groupe formé de
K. tergatus seul.
Groupe caribai * (fig. 1187)
Ce groupe néotropical comprend K. caribai,
ornativentris, papaveroi, striatus, townsendi et
trinidadensis. Fondé sur le dédoublement des
gonostyles (gonostyles simples ; A.6.8.6 ; 9), j’y
ajouterai K. mexicanus, dont le mâle est inconnu.
En dehors de la structure des gonostyles, la
monophylie du groupe est étayée par quatre
synapomorphies (10-13) :
* Ailes avec deux fortes taches quadrangu-
laires. Ailes avec au plus des taches diffuses
(A.4.2).
* Mâle : cerques minces et allongés. Cerques
courts (A.6.4).
* Mâle : tergite IX profondément échancré
pour le logement des cerques, l’échancrure étant
prolongée de part et d’autre par une digitation
sclérifiée. Tergite IX non échancré à l’apex
(A.6.5).
* Mâle : phallosome nettement allongé, plus
long que le synsclérite gonocoxal, dépassant en
arrière entre les lobes internes des gonostyles.
Phallosome court (A.6.9.2.1).
En étudiant les Keroplatidae des Petites An¬
tilles et de Trinidad (Matile, 1982b), j’avais
supposé que la disparition de l’ocelle médian
(A. 1.4) chez K. caribai, fiebrigi, golbachi, mexica¬
nus et l’espèce indéterminée décrite plus haut
sous le nom de K. ornativentris pouvait être une
synapomorphie indiquant que ces espèces for¬
maient un groupe de parenté. L’étude des genita¬
lia mâles de K. fiebrigi et golbachi, qui m’étaient
alors inconnus, montre que ceux-ci ne peuvent se
rattacher au groupe caribai* ; la perte de l’ocelle
médian doit être ici attribuée au parallélisme,
d’ailleurs fréquent en ce qui concerne cet organe.
Par ailleurs, j’émettais l’hypothèse que le K.
mexicanus de Lane pouvait être la femelle de K.
ornativentris. En fait, K. mexicanus se distingue
de tous les autres Keroplatus néotropicaux par
l’étendue de sa première tache costale et repré¬
sente donc une espèce valide (Matile, 1989a).
Au sein du groupe caribai* , un groupe d’es¬
pèces semble formé par K. caribai, ornativentris
et trinidadensis, qui ont perdu leur ocelle médian
(au moins un ocelle médian punctiforme ; A. 1 .4 ;
18) et dont les lobes gonostylaires externes sont
fortement sclérifiés, de couleur brune (lobes
externes pas plus sclérifiés que les internes ; 19).
L’hypothèse que K. caribai et ornativentris for¬
ment un couple d’espèces-sœurs est fondée sur
le grand développement du lobe gonostylaire
externe, double de l’interne (fig. 694, 699) (lobe
gonostylaire externe plus court ; 20). K. trinida¬
densis se distingue de ce couple par sa tache
costale plus longue, recouvrant l’apex de la sous-
costale (tache costale n’atteignant pas l’apex de
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
513
! î ) 1 ! 1 1 1 1 1 ! !
Sc ; 21). Un autre couple est représenté par K.
papaveroi et striatus, chez lesquels les taches
costales sont plus étendues que chez les autres
espèces du groupe (sauf K. mexicanus et trini-
dadensis), englobant l’apex de sc pour la tache
médiane, R4 tout entière pour l’apicale (23).
Toutes ces espèces peuvent être rassemblées dans
un sous-groupe caribai + s. str.
Si l’on en juge par le phallosome particulière¬
ment développé, dépassant le niveau du milieu
du lobe gonostylaire interne {phallosome plus
court -, A.6.9.2.1 ; 17), K. townsendi représente
l’espèce-sœur du couple papaveroi-striatus. Elles
forment donc le sous-groupe townsendi +. Les
deux sous-groupes sont enfin réunis par la perte
des macrochètes flagellaires ventraux {des macro-
chètes ventraux-, A. 1.9.3; 15). K. mexicanus,
dont le mâle est inconnu, est ici considéré comme
le groupe-frère plésiomorphe de ces six espèces,
auxquelles je le rattache plutôt qu’au groupe
fiebrigi* en raison de ses très fortes taches
costales, plus prononcées encore que chez les
espèces précédentes (16).
Groupe fiebrigi + (fig. 1187)
Ce groupe est composé des deux espèces-sœurs
K. fiebrigi et golbachi, d’Amérique centrale, chez
lesquelles les gonostyles sont de type testaceus,
mais qui présentent la symplésiomorphie du
métépisteme cilié (A.2.3). Leur autapomorphie
est représentée par le phallosome fortement et
entièrement sclérifié dorsalement {phallosome en
partie membraneux dorsalement ; A.6.9.2.3 ; 14).
Groupe tipuloides + s. str. (fig. 1188)
Ici encore, il s’agit d’un groupe ne renfermant
que deux espèces-sœurs, paléarctiques, K. tipu¬
loides et biformis. On a vu plus haut que les
genitalia mâles du premier étaient d’un type
unique pour les Keroplatidae. K. biformis pos¬
sède, quant à lui, des genitalia mâles du type
relativement plésiomorphe de K. testaceus, à
l’exception de la profonde excavation des gono¬
styles et de celle du synsclérite. L’hypothèse
Fig. 1187. — Relations phylogénétiques entre les espèces
néotropicales, afrotropicales et australasienne du genre
Keroplatus. Explications dans le texte.
Source : MNHN, Paris
514
LOÏC MATILE
que les deux espèces forment un couple est
principalement fondée sur le fait que toutes deux
ont un processus gonocoxal ventral volumineux,
et relié par une zone membraneuse à la face
ventrale du phallosome (voir fig. 83, 657-658).
Cet état de caractère est unique chez les Keropla-
tus ( tubercule petit, non relié au phallosome ;
A.6.7.2.3 ; 6). Par ailleurs, ces deux espèces sont
les seules (avec K. tergatus) à posséder un scape
antennaire prolongé par un bec long et épais ( au
plus un petit bec, A. 1.9.1 ; 7) et un basisternite
dénudé sur tout le disque ( basisternite cilié sur
le disque -, A. 2. 1.4; 8). On peut ajouter à
ces synapomorphies le fait que les ailes sont
vivement colorées de jaune, de brun et de blanc
(fig. 645-648) ( ailes au plus brunies ; A.4.2 ; 9),
mais on notera que K. carbonarius et terminalis,
placés dans le groupe testaceus*, possèdent
des ailes se rapprochant de ce type, tandis que
K. heimi montre un fort processus gonocoxal
médian. Le parallélisme est ici postulé pour ces
deux caractères.
Groupe heimi* (fig. 1187)
Ce groupe n’est composé que de l’espèce
afrotropicale K. heimi, dont les genitalia mâles
présentent des gonostyles bifides (gonostyles
simples ; A. 6. 8. 6 ; 5) et des cerques cornus
(cerques au plus rebordés ; A. 6.4 ; 6), caractères
uniques et exclusifs dans le genre comme on l’a
déjà vu plus haut. K. heimi n’a pas d’ocelle
médian, de même qu’une espèce du Zaïre dont le
mâle est inconnu ; je la rattache provisoirement à
K. heimi d’après ce seul caractère.
Groupe testaceus* (fig. 1188)
Le groupe testaceus * renferme les espèces
paléarctiques K. dispar, nipponicus, reaumurii et
testaceus, ainsi que le néarctique K. clausus et
l’oriental K. rufus. Les gonostyles de ces espèces
sont triangulaires et munis d’un bec basal ; il
existe un processus gonocoxal ventral de forme
variable, saillant en arrière du synsclérite. La
monophylie du sous-groupe repose sur la forme
très particulière des cerques mâles, élargis et
rebordés ventralement, soit largement (fig. 673-
675, 693), soit sous forme d’un processus apical
(fig. 676, 716) ( cerques simples -, A.6.4 ; 10). Les
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
515
espèces qui le forment sont morphologiquement
si proches qu’on ne peut guère les distinguer que
par la forme du processus gonocoxal médian des
mâles (Matile, 1986c).
Celui-ci est fortement élargi à la base chez K.
nipponicus et rufus (fig. 669, 715) {processus
étroit -, 11) : il paraît raisonnable d’estimer que
cet écart du plan de base du groupe représente
une synapomorphie et que ces deux espèces
forment un couple, au sein duquel K. rufus serait
l’espèce la plus apomorphe par ses gonostyles
globuleux et déprimés à la face interne (fig. 715).
En ce qui concerne les quatre espèces res¬
tantes, elles semblent former deux couples d’es-
pèces-sœurs. Le premier, formé par K. testaceus
et dispar, est caractérisé par un processus gono¬
coxal court et triangulaire (fig. 661, 663), alors
qu’il est long et mince chez K. reaumurii (avec ses
deux sous-espèces) et K. clausus (fig. 665, 668,
686). Je ne peux dire a priori si l’un de ces deux
états est plus apomorphe que l’autre, ou s’ils
dérivent tous deux d’un état initial à découvrir ;
sur ce point, les deux couples sont établis sur une
ressemblance dont je n’ai pas établi la polarité.
Cependant, le couple reaumurii-clausus présente
une synapomorphie en la longueur de la fusion
radiomédiane, qui atteint au moins 1,7 fois celle
du pétiole de la fourche médiane, alors qu’elle est
au plus égale à cette longueur chez K. dispar,
testaceus, nipponicus et rufus (A.4.5.10; 14).
Peut-être faut-il considérer que le processus
gonocoxal triangulaire de K. testaceus et dispar
représente une apomorphie relative (13), inter¬
médiaire entre un processus mince et allongé et
celui, très élargi, de K. nipponicus et rufus. C’est
l’opinion adoptée ici, encore que je ne me
dissimule pas qu’elle puisse s’interpréter comme
une hypothèse ad hoc.
Les quatre espèces précédentes s’opposent au
couple nipponicus-rufus par leurs cerques mâles
très largement rebordés ventralement (fig. 673-
675, 693 ; 12), alors que ce retour ventral est
limité à l’apex chez K. nipponicus et rufus
(fig. 676, 716). J’ai choisi ici entre deux synapo-
morphies contradictoires. En effet, K. testaceus,
dispar, nipponicus et rufus se caractérisent par
l’allongement du protarse I (A.3.4.1), qui atteint
au moins 1,7 fois la longueur du tibia, alors qu’il
ne dépasse pas 1,5 fois cette longueur chez K.
reaumurii et clausus. Cette différence de longueur
m’a semblé moins significative, et avoir plus de
chances de résulter du parallélisme, que le carac¬
tère des cerques. Je propose donc de considérer
le couple K. nipponicus-rufus comme le groupe-
frère des quatre autres espèces du groupe testa¬
ceus* .
Groupe militaris* (fig. 1188)
Ce groupe est formé de trois espèces néarc-
tiques, K. militaris, terminalis et carbonarius,
dont les gonostyles sont de type testaceus, mais
sans processus ventral. Elles se distinguent par
ailleurs de tous les autres Keroplatus par la
présence d’épines courtes et épaisses à la face
interne des gonostyles ( seulement des soies gono-
stylaires ; A.6.8.8 ; fig. 683, 685, 689; 3). Le
groupe est aussi caractérisé par la modification
de certaines des soies ciliformes qui entourent
normalement le stigmate thoracique antérieur, et
qui prennent chez eux l’aspect de soies bien
développées {toutes les soies ciliformes ; A. 2.2.7 ;
4). Cette dernière apomorphie est unique chez les
Keroplatini.
K. terminalis et carbonarius ont en commun le
fait que leurs gonostyles mâles soient profon¬
dément excavés dans la région médiane (fig. 682-
685) {gonostyles non excavés ; A.6.8.6 ; 16). K.
rufus montre aussi, à un moindre degré, cet état
de caractère, et là encore je présume qu’il s’agit
d’un parallélisme. Chez ces deux espèces, en
outre, le tergite IX est fortement échancré à
l’apex (fig. 690-691) {tergite IX au plus faiblement
échancré ; A. 6. 5 ; 17) ; il s’agit vraisemblablement
d’une synapomorphie supplémentaire, le même
phénomène étant apparu indépendamment dans
les groupes fiebrigi* et caribai* , ainsi que chez
K. tergatus (où il est beaucoup plus prononcé).
Il en va de même de la vive coloration alaire
(fig. 653-654) {ailes au plus brunies ; A.4.2 ; 18),
qui existe aussi dans le groupe tipuloides* . K.
carbonarius se distingue de toutes les autres
espèces du genre par son flagelle antennaire
bicolore {flagelle unicolore ; A. 1.9.3). Quant à K.
militaris, il se sépare de tous les autres Keroplatus
par la répartition des spinules gonostylaires,
disposées en groupes serrés nettement délimités
(fig. 689) {spinules gonostylaires dispersées ; 15).
Cette espèce est considérée comme l’espèce sœur
de K. terminalis et carbonarius.
Source : MNHN, Paris
516
LOÏC MATILE
Keroplatus tergatus (fig. 1187)
Cette espèce se distingue de tous les autres
membres du genre à hypopyge de type testaceus
par l’apomorphie du tergite IX mâle très pro¬
fondément échancré (fig. 723) ( tergite IX au plus
faiblement échancré ; A. 6.5 ; 1) et par la plésio-
morphie de l’absence de processus gonocoxal
sclérifié (A.6.7.2.3) ; la structure du synsclérite et
des gonostyles est semblable. Par ailleurs, elle se
sépare de toutes les autres espèces par son
protarse I un peu plus du double du tibia
( protarse I inférieur au double du tibia ; A. 3.4. 1 ;
2).
Relations entre groupes
J’ai dit plus haut que les différents groupes
qui composent le genre peuvent assez simple¬
ment être rassemblés en deux ensembles, chacun
caractérisé par une apomorphie. Le premier
rassemble les groupes fiebrigi* , caribai* et
heimi* , ainsi que K. tergatus ; chez tous, il n’y a
pas de calus ocellaire médian, et l’ocelle médian
est absent, ou à tout le moins réduit ( calus et
ocelle médian présents, l’ocelle non punctiforme ;
A. 1.4; fig. 1188, 1). Le second comprend les
groupes tipuloides * s. str., testaceus * et milita¬
risé ; chez ces espèces, le métépisterne est entière¬
ment dénudé ( métépisterne avec un groupe de
cils ; A.2.3; fig. 1188, 2).
Les groupes fiebrigi* et caribai * (fig. 1187)
paraissent étroitement apparentés entre eux en
raison de l’échancrure apicale du tergite IX
{tergite IX non échancré ; A. 6.5 ; 7) et de l’or¬
nementation alaire comprenant deux taches cos¬
tales quadrangulaires, moins prononcées dans le
groupe fiebrigi* , mais cependant fort distinctes
{au plus des taches diffuses : A.4.2 ; 8). Bien que
très particulier, K. heimi se rapproche de l’en¬
semble fiebrigi* -caribai* par l’apomorphie du
pédicelle antennaire, qui porte un bec ventral
aussi long que celui du scape {pédicelle discoïde ;
A. 1 .9.2 ; 1) ; il faut sans doute y ajouter le fait
que ses ailes sont assez vivement colorées, bien
que non tachées, apomorphie qui n’est valable
que dans le groupe de parenté que forment
toutes ces espèces avec K. tergatus {ailes hya¬
lines ; A.4.2 ; 2). L’espèce du Zaïre à mâle
inconnu partage ces deux états de caractères. Je
considère donc le groupe heimi* comme le
groupe-frère de fiebrigi* -caribai* et K. terga¬
tus comme, à son tour, le groupe-frère de cet
ensemble.
Dans l’ensemble à métépisterne dénudé, les
groupes tipuloides* s. str. et testaceus* (fig. 1188)
sont réunis par la présence d’un processus gono¬
coxal ventral, présumé apparu indépendamment
chez K. heimi {pas de processus gonocoxal ;
A.6.7.2.3 ; 5) ; le groupe militaris* représenterait
donc le groupe-frère des deux autres.
Deux espèces ne peuvent être classées dans le
cladogramme ainsi obtenu. K. fuscomaculatus
(afrotropical) possède un ocelle médian bien
développé et des soies métépisternales ; il n’entre
par conséquent dans aucun des deux grands
ensembles définis au début de ce paragraphe.
L’espèce indienne, connue par un seul spécimen
sans abdomen, a le métépisterne nu et un ocelle
médian bien développé ; elle se place donc dans
l’ensemble testaceus*- tipuloides* s. str. -milita¬
ris* . La coloration alaire peu prononcée l’exclut
des deux derniers de ces groupes. Le groupe
testaceus* et les deux sous-groupes qui le com¬
posent sont définis par des synapomorphies
génitales ; cette espèce peut donc soit représenter
le groupe-frère du groupe testaceus*, soit lui
appartenir en tant que sous-groupe distinct ou en
tant que membre de l’un ou l’autre des sous-
groupes. Il serait cependant tentant de la classer
avec le couple nipponicus-rufus (Japon et Java).
L’hypothèse de phylogénie présentée fi¬
gures 1187-1188 est quelque peu différente de
celle élaborée en 1986, et ceci en raison de
l’inclusion de K. tergatus. Je n’en suis pas plus
satisfait que de l’ancienne, car elle implique tout
autant de phénomènes de parallélisme (ocelles,
coloration alaire, processus gonocoxal, échan¬
crure ou dédoublement du tergite IX, excavation
des gonostyles, etc.), comme le montre la matrice
des caractères. Cependant, toutes les autres
hypothèses se sont révélées largement moins
économiques. De plus, elle est testée favorable¬
ment, à divers niveaux, sur le plan biogéogra¬
phique. Pour l’affiner, il faudrait sans doute
découvrir d’autres formes larvaires ; il serait par
exemple intéressant de savoir quel groupe de
parenté pourrait être établi sur la forte apomor¬
phie que représente la désclérification partielle du
clypéofrons (C.1.8), présente à la fois chez K.
tipuloides et carbonarius (fig. 1176-1177) et, à un
moindre degré, chez K. heimi (fig. 729), trois
espèces classées ici dans des groupes différents.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
517
Genre Neoceroplatus Edwards
(fig. 1189, 1238)
Dès avant 1986, j’avais brièvement évoqué les
relations phylogénétiques des espèces de ce genre
(Matile, 1982b) et avancé l’hypothèse que N.
delamarei était étroitement apparenté à N. pai-
coenai, un autre couple d’espèces étant formé par
N. minimax et lauroi, de parenté plus lointaine.
Cette hypothèse résultait de l’examen des genita-
lia mâles des holotypes de N. paicoenai et lauroi,
et de ceux du seul exemplaire de « N. minimax »
dont Lane ait préparé l’hypopyge. La révélation
que les séries de « paicoenai » et de « minimax »
de la collection Lane comprenaient chacune trois
espèces distinctes, et différentes du vrai minimax
d’ Edwards (dont le néotype est désigné dans la
Partie systématique), la découverte de N. punc-
tipes n. sp. et arnaudi n. sp., ainsi que l’inclusion
dans le genre de « Keroplatus » samiri Khalaf,
m’ont naturellement conduit à abandonner l’hy¬
pothèse de 1982.
Les Neoceroplatus constituent un ensemble
d’espèces très homogènes par la plupart de leurs
caractères, à l’exception de ceux portés par leurs
genitalia mâles. Ceux-ci, par contre, sont parti¬
culièrement variés par la forme et l’ornementa¬
tion des gonostyles et du tubercule gonocoxal,
qui représentent pratiquement pour chaque espèce
autant d’autapomorphies, et ne peuvent donc
être utilisés pour la recherche des relations de
parenté.
Les quelques synapomorphies potentielles que
l’on peut relever dans la nervation alaire portent
sur l’interruption de M4 à la base et à l’apex, la
brièveté de la nervure anale et la longueur de la
fusion radiomédiane par rapport au pétiole de la
fourche. Elles conduisent à mettre en évidence un
groupe formé de toutes les espèces sauf N.
delamarei et samiri, groupe caractérisé par M4 et
Al largement interrompues avant la marge de
l’aile (A.4.5.13, A.4.5.17), alors que ces deux
nervures sont plus longues chez N. delamarei et
samiri, plus particulièrement ce dernier. Par
contre, M4 n’est largement interrompue à la
base, état fortement apomorphe, que chez N.
arnaudi, hodeberti, minimax et spinosus. Elle l’est
étroitement ou moyennement (voir matrice des
caractères) chez toutes les autres espèces, sauf N.
paicoenai et delamarei, où elle est entière. La
fusion radiomédiane atteint le triple du pétiole de
la fourche (A. 4. 5. 10) chez N. punctipes, dépasse
1,3 fois cette longueur chez N. arnaudi et hode¬
berti ; elle est égale ou un peu plus longue chez
N. minimax, dissimilis et dureti, plus courte chez
les autres espèces.
En ce qui concerne les palpes, le dernier
palpomère est aussi long que la face et le clypéus
ensemble (A. 1.10) chez toutes les espèces sauf N.
punctipes, samiri et delamarei, où il est un peu
plus court et par conséquent relativement plésio-
morphe. Tous les Neoceroplatus sauf N. arnaudi,
minimax, hodeberti et punctipes possèdent un
sillon frontal bien marqué et des calus frontaux
bien développés (A. 1.6). Les caractères de colo¬
ration tels que ceux des hanches, des pattes, de
l’aile, semblent répartis au hasard.
Chacune des synapomorphies potentielles ba¬
sées sur ces caractères est en contradiction avec
des apomorphies beaucoup plus fortes portant
sur les genitalia, et en particulier ceux de deux
groupes d’espèces, l’un formé par N. minimax,
monostylus, hodeberti et punctipes, l’autre par
N. lauroi, arnaudi et spinosus (voir plus loin). Je
suis donc amené à considérer les caractères non
génitaux comme largement soumis au parallé¬
lisme dans ce genre. L’étude des genitalia mâles
(fig. 766-808) ne conduit pas pour autant à une
hypothèse de phylogénie aisée à proposer. En
effet, plusieurs groupements sont possibles, basés
chacun sur des apomorphies indiscutables.
Le premier reposerait sur la présence d’un
tubercule gonocoxal spinuleux (A.6.7.2.3) (séti-
fère seulement chez N. delamarei ) chez toutes
les espèces, sauf N. dissimilis et paicoenai. Le
deuxième peut se faire selon que les gonostyles
sont trilobés ( N . arnaudi, lauroi, paicoenai, dela¬
marei, samiri), bilobés ( N . dureti, minimax, dissi¬
milis, punctipes, hodeberti, spinosus) ou unilobés
(N. monostylus) (A.6.8.6). Enfin, le troisième
rassemblerait les espèces chez lesquelles le syn-
sclérite gonocoxal est fortement encoché à l’apex,
les gonostyles s’insérant bien au-dessous de la
marge latérale du synsclérite (A.6.8.9). Ce groupe
comprendrait N. minimax, dureti, hodeberti et
punctipes. Le synsclérite est également encoché,
mais moins fortement, chez N. arnaudi, spinosus,
delamarei et dissimilis, à peine encoché chez les
autres espèces (N. lauroi, samiri, monostylus et
paicoenai).
Aucun de ces groupements ne permet de
mettre en évidence d’autres synapomorphies
décisives, qu’ils reposent sur des caractères géni¬
taux ou non génitaux, comme le montre la
Source : MNHN, Paris
518
LOÏC MATILE
matrice des caractères. Il serait délicat de choisir
entre ces trois possibilités contradictoires si la
structure du phallosome mâle n’imposait un
groupe de trois espèces et un groupe de quatre,
fondés sur des synapomorphies uniques et exclu¬
sives pour la tribu des Keroplatini.
Le premier de ces groupes ( lauroi + s. str.)
comprend N. arnaudi, lauroi et spinosus. Chez ces
espèces, la face ventrale du phallosome est très
fortement sclérifiée transversalement (A. 6.9. 2. 3 ;
fig. 806-808). Le deuxième (groupe minimax*)
est formé de N. hodeberti, punctipes, minimax
et monostylus , où cette face ventrale, moins
Fig. 1189. — Relations phylogénétiques entre les espèces
formant le genre Neoceroplatus. Explications dans le texte.
fortement sclérifiée, est plus ou moins élargie
et intègre la base de l’apodème éjaculateur
(fig. 802-805). Toute hypothèse de phylogénie
ne renfermant pas ces deux groupes d'espèces
comme des entités monophylétiques serait donc
réfutée, vu le caractère exceptionnel de ces
sclérifications du phallosome. Il est quand même
possible que ces structures soient apparues indé¬
pendamment, par parallélisme, car elles présen¬
tent un aspect bien différent et intéressent ou non
l’apodème éjaculateur, ce qui n’impose donc pas
leur regroupement.
Il convient aussi de noter qu’en ce qui con¬
cerne la division des gonostyles, N. paicoenai se
distingue des autres espèces à gonostyles trilobés
par le fait que la division s’y est faite dans le plan
transversal, dans lequel se trouvent disposées
trois digitations (fig. 776, 783). Chez les autres
espèces, la division s’est faite dans le plan
dorsoventral, et je pense tout à fait légitime
l’hypothèse que le processus de division des
gonostyles se soit accompli suivant deux moda¬
lités, celle de N. paicoenai, plus rare, étant
a priori plus apomorphe {gonostyles divisés dans
le plan dorsoventral ; A. 6.8. 6 ; 1). Cette espèce
est par contre fortement plésiomorphe en ce sens
que les gonostyles ne portent pas de soies
modifiées. Je propose donc de la considérer
comme le groupe-frère de tous les autres Neoce¬
roplatus. Elle se distingue d’eux par une autre
apomorphie, la costale ne dépassant qu’à peine
l’apex de R5 {costale dépassant largement R5 ;
A.4.5.2 ; 2).
La monophylie du groupe dissimilis * , ainsi mis
en évidence, n’est assurée que par la présence
dans toutes les espèces de soies gonostylaires
modifiées en épines ou spinules {soies gonosty¬
laires non modifiées ; A.6.8.8 ; 3). Au sein de ce
groupe, N. dissimilis se sépare de toutes les autres
espèces par l’absence de tubercule gonocoxal,
état de caractère très plésiomorphe, et par un
lobe gonostylaire ventral très fortement sclérifié,
état au contraire apomorphe {lobe ventral pas
plus sclérifié que le reste ; A. 6.8. 6 ; 4). On peut
probablement ajouter à cette autapomorphie le
fait que la nervure Rs soit pratiquement verticale
{Rs oblique ; A.4.5.5 ; 5) ; N. arnaudi montre
aussi cet état de caractère, mais il a toutes
chances d’être apparu indépendamment, puis¬
qu’il est étroitement apparenté à N. lauroi et
spinosus par la structure du phallosome, alors
que Rs n’est pas complètement transversalisée
Source : MNHN, Paris
LES K.EROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
519
(comme chez les autres espèces du genre) chez
ces deux espèces.
Les Neoceroplatus restants sont bien entendus
caractérisés par la forte apomorphie de la pré¬
sence d’un tubercule gonocoxal ventral (pas de
tubercule gonocoxal ; A.6.7.2.3 ; 6), et nous re¬
trouvons ici le premier groupe mis en évidence
au début de l’analyse. Le deuxième se retrouve
aussi, une fois éliminé N. paicoenai, et permet de
rassembler N. lauroi, arnaudi, spinosus, samiri et
delamarei, qui ont tous les cinq les gonostyles
trilobés (gonostyles uni- ou bilobès ; A.6.8.6 ; 7).
On a vu que dans ce groupe, les trois pre¬
mières espèces formaient un groupe de parenté
(lauroi* s. str.) en raison de la structure particu¬
lière de leur phallosome. Dans ce groupe, N.
arnaudi et spinosus semblent former un couple
d’espèces-sœurs, si l’on en juge par la forte
interruption basale de la nervure M4 (M4 au plus
étroitement interrompue à la base ; A.4.5.14 ; 18),
le parallélisme étant supposé ici avec N. minimax
et hodeberti, qui possèdent le même état de
caractère. Il s’y ajoute la forte encoche basale du
tergite IX (tergite IX non ou peu encoché à la
base ; A.6.5 ; 19). N. lauroi se distingue de ces
deux espèces par la forme très particulière de son
processus gonocoxal, cordiforme et nettement
détaché du synsclérite (20).
Quant à N. samiri et delamarei, ils semblent
former un couple d’espèces-sœurs si l’on en juge
par la très forte émargination basale du syn¬
sclérite, ne laissant subsister sur la ligne médiane
qu’un étroit pont ventral, l’une des espèces
montrant une encoche particulièrement profonde
(N. samiri, fig. 774), l’autre une encoche moins
développée mais un pont gonocoxal plus étroit
(N. delamarei, fig. 771) (base du synsclérite
faiblement émarginée ; A. 6.7.2 ; 16).
Le groupe restant (groupe dureti*), formé de
N. dureti, hodeberti, minimax et punctipes, est
caractérisé par une seule synapomorphie, la très
profonde excavation du synsclérite gonocoxal,
dans laquelle sont logés les gonostyles, qui se
trouvent ainsi presque contigus sur la ligne
médiane (fig. 766-769) (synsclérite non ou peu
excavé ; A. 6.8.9 ; 8), et l’on retrouve ici le
troisième groupe mentionné en début d’analyse.
Je ne place N. monos t y lus avec ces quatre espèces
qu’en désespoir de cause, après l’avoir «pro¬
mené » dans tous les groupes possibles de Neoce¬
roplatus. Caractérisée par un processus gono¬
coxal exceptionnellement développé, cette espèce,
en effet, n’a pas le synsclérite profondément
échancré, que ce soit à la base ou à l’apex, et les
gonostyles ne sont ni lobés, ni digités (fig. 772).
Le seul élément de décision a été ici l’analogie du
phallosome, encoché à la base et tuberculé à
l’apex, avec celui de N. minimax (cf fig. 804-
805), qui me conduit à les considérer comme
deux espèces-sœurs (phallosome moins découpé ;
15). On notera aussi que N. monos ty lus partage
avec les trois espèces précédentes le grand allon¬
gement du tergite IX (tergite IX plus court -,
A.6.5 ; 9). Une autre possibilité aurait été de
tenir N. monostylus comme l’espèce-sœur plésio-
morphe de tout le groupe à tubercule gonocoxal,
la structure du phallosome et l’allongement du
tergite IX étant censés apparus parallèlement
chez cette espèce et le groupe minimax. Cette
hypothèse est presque aussi vraisemblable que
l’autre.
La très grande similitude des phallosomes, en
large lame sclérifiée à l’apex, de N. hodeberti et
punctipes (fig. 802-803 ; 14) ne laisse aucun doute
sur leur étroite parenté, tandis que N. dureti
représenterait l’espèce-sœur des quatre autres,
dont elle diffère par deux apomorphies exclusives
pour le genre, l’épine portée par le lobe gonosty-
laire ventral (pas d'épine gonostylaire ; A.6.8.6 ;
11) et la différenciation apico-ven traie des lobes
gonostylaires (fig. 769) (lobes gonostylaires diffé¬
renciés dorso-ventralement ; A.6.8.6 ; 12). On
peut y ajouter la rupture de la liaison entre
tubercule gonocoxal et face ventrale du synsclé¬
rite, qui ne reste que membraneuse (pas de
membrane entre tubercule et synsclérite ; A.6.7.2.3 ;
13) ; N. samiri possède le même état de caractère,
mais les genitalia sont par ailleurs si différents
que le parallélisme est ici très vraisemblable.
L’hypothèse de phylogénie proposée n’est pas
très satisfaisante en raison du placement de N.
monostylus et des parallélismes supposés. Les
Neoceroplatus ont jusqu’ici été profondément
méconnus, puisque sept espèces sont décrites ici
pour la première fois, sur les douze que renferme
actuellement le genre. Il faut s’attendre à ce que
de nombreuses autres espèces soient découvertes
en région néotropicale, qui permettront sans
doute de mieux apprécier la variation du genre,
et de proposer, je l’espère, une meilleure hypo¬
thèse.
Source : MNHN, Paris
520
LOÏC MATILE
Genre Placoceratias Enderlein
(fig. 1190, 1236)
J’ai déjà envisagé les relations phylogénétiques
de ce genre à propos des Keroplatidae des
Antilles (Matile, 1982b), alors que je pensais,
avec Lane (1950a), que P. longimanus, barettoi et
imitans étaient probablement synonymes. Je pro¬
posais dans ce travail de considérer P. longima¬
nus (avec éventuellement P. barettoi et imitans)
comme le groupe-frère du couple formé par P.
bimaculipennis et uaracui. Après une étude plus
détaillée du matériel à ma disposition, et en
particulier des holotypes de toutes ces espèces,
j’ai pu reconnaître P. longimanus, barettoi et
imitans, auxquels s’ajoutent P. confusus et gor-
gasi, comme des espèces très voisines mais
distinctes, et il est apparu que ma première
hypothèse était fondée.
En effet, le couple P. bimaculipennis-uaracui
est fondé non seulement sur la forte maculation
des ailes, indubitablement apomorphe comme je
l’écrivais à propos de ces deux espèces en 1982
(i ailes au plus enfumées ; A. 4.2 ; 1), mais aussi sur
la dénudation ventrale de la base du secteur
radial ( base du secteur radial ciliée ; A.4.5.20 ; 2)
et la dilatation apicale des gonostyles, qui por¬
tent dans cette région une petite dent triangulaire
unique dans le genre (fig. 828-829) (gonostyles
simples à l’apex ; 3).
Le groupe barettoi +, quant à lui, est très bien
individualisé par quatre synapomorphies (4-7) :
* Costale abrégée, se terminant nettement
avant l’apex de l’aile. Costale proche de l’apex de
l’aile (A.4.5.2).
* Abdomen fortement annelé. Abdomen au
plus faiblement annelé (A. 5. 2).
* Cerques aussi longs que les gonostyles.
Cerques plus courts que les gonostyles (A. 6.4).
* Apodème gonocoxal avec un lobe addition¬
nel spinuleux. Apodème sans lobe spinuleux
(A.6.9.1); comparer fig. 835-836 et 837-841).
Les cinq espèces du groupe barettoi + sont très
semblables, mais P. barettoi se tient à part du fait
que les ailes sont nettement enfumées de brun le
long de la marge costale (ailes hyalines ; A.4.2 ;
9). Toujours chez P. barettoi, les soies métépi-
stemales sont réduites à un petit groupe d’une
dizaine (une zone à nombreux microchètes serrés ;
A.2.3 ; 10). Ces deux caractères n’existent chez
aucune autre espèce du genre. Chez P. barettoi
comme chez bimaculipennis et uaracui, les palpes
sont seulement un peu plus longs que la trompe,
tandis que chez P. imitans, confusus, gorgasi et
longimanus, ils atteignent au moins le double de
Fig. 1190. — Relations phylogénétiques entre les espèces
formant le genre Placoceratias. Explications dans le texte.
Source : MNHN , Paris
{HMfH
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
521
cette longueur par modification du dernier pal-
pomère. Ce dernier caractère, indubitablement
apomorphe (A. 1.10; 8), montre que ces quatre
espèces forment un groupe monophylétique, lon¬
gimanus* , dont P. barettoi est l’espèce-sœur.
Au sein de ce groupe, P. longimanus se
distingue par un état de caractère unique chez les
Placoceratias, la longueur de la fusion radiomé-
diane, qui dépasse celle du pétiole de la fourche
( fusion radiomêdiane plus courte que le pétiole de
la fourche ; A.4.5.10; 11). Les trois espèces
restantes, P. imitons, confusus et gorgasi, ont
en commun le lobe ventral de l’apodème gono-
coxal, muni de nombreuses épines serrées, et
distinctement séparé par une encoche du lobe
dorsal (fig. 831-833, 838-841 ; 13-14). Cet état
de caractère se présente aussi chez P. barettoi :
j’attribue ce fait au parallélisme. Les spinules du
lobe ventral sont nettement plus serrées chez ces
trois espèces que chez P. longimanus, et cet état
est ici tenu comme relativement plus apomorphe.
Ajoutons à ces caractères l’allongement du pro¬
tarse I (protarse I plus court -, A. 3.4.1 ; 12), qui
atteint 2,4 fois la longueur du tibia chez P.
imitans et 2,6 fois cette longueur chez P. gorgasi ;
les pattes I manquent sur l’holotype unique de P.
confusus, et le caractère a ici une valeur prédic¬
tive.
De ces trois dernières espèces, deux semblent
plus étroitement apparentées ; ce sont P. confusus
et gorgasi, chez lesquels le synsclérite gonocoxal
est nettement plus désclérifié que chez P. imitans
(synsclérite moins désclérifié ; comparer fig. 83 1 et
832-833 ; A.6.7.2.1 ; 15), où cette zone suit la
ligne médiane. Ce dernier se distingue de toutes
les autres espèces du genre par son apodème
gonocoxal élargi et relevé en un lobe triangulaire
saillant et pointu (apodème non élargi en lobe
saillant ; 16).
Cette hypothèse de phylogénie semble bien
étayée et n’implique pas de parallélismes ma¬
jeurs, comme le montre la matrice des caractères.
En tout cas, aucune hypothèse contradictoire ne
m’a paru plus économique.
Genre Platyroptilon Westwood
Dans mon travail de 1986 (Matile, 1986b), je
n’avais pu fournir d’hypothèse de phylogénie
argumentée pour ce genre. Quatre espèces néo-
tropicales, en effet (P. inca, penai, vockerothi et
lanei ), ne m’étaient connues que par leur des¬
cription originale, excellente sur le plan systéma¬
tique mais pas assez détaillée pour une analyse
phylogénétique. D’autre part, une espèce de
Malaisie et une autre de Papouasie-Nouvelle-
Guinée n’étaient représentées que par le sexe
femelle. J’ai pu depuis recevoir le mâle de
l’espèce néo-guinéenne, ainsi que ceux de deux
espèces orientales inédites. Il m’est donc mainte¬
nant possible de proposer une hypothèse de
phylogénie plus détaillée pour les représentants
oriento-australasiens du genre.
Il était tentant dans ce genre d’utiliser le
nombre et la prolongation des flagellomères
antennaires, variables comme on l’a vu page 314,
pour effectuer les premières dichotomies. Le
nombre primitif de flagellomères, qui est de 14
(A. 1.9.3), se rencontre chez deux Platyroptilon
seulement, P. zernyi et lanei. Tous les autres en
ont moins et possèdent sans aucun doute l’état
apomorphe de ce caractère. La diminution a pu
se faire par fusion, si l’on se réfère à l’aspect d’un
exemplaire de P. vockerothi possédant dix flagel¬
lomères (Duret, 1979 : fig. 22a).
Il est moins évident de savoir si le fait qu’une
partie seulement des flagellomères présents soient
prolongés ventralement représente une apomor-
phie ou une plésiomorphie, autrement dit si la
prolongation ventrale est apparue après la perte
des flagelles terminaux, en même temps ou
avant. Comme tous les flagellomères sauf le
dernier sont prolongés chez P. zernyi et lanei
(fig. 894-896), on peut penser que le dernier cas
est le plus probable. L’état primitif de l’antenne
des Platyroptilon serait donc de 1 4 flagellomères,
dont 13 pectinés, et la non-pectination d’un
certain nombre de flagellomères serait secon¬
daire.
En raison de la nature clinale de ces états
de caractères, et leur prise en compte dès la
base d’un cladogramme entraînant de nom¬
breuses synapomorphies contradictoires, j’en ai
fait abstraction dans l’hypothèse de départ. J’ai
pu constater alors que les Platyroptilon se divi¬
saient assez aisément en deux groupes présumés
monophylétiques. L’un rassemble les espèces
oriento-australasiennes, l’autre les espèces néo¬
tropicales. Je propose de nommer les premières
groupe collessi* , les dernières groupe miersii +.
Source : MNHN, Paris
522
LOÏC MATILE
Groupe collessi * (fig. 1191, 1247)
Ce groupe est bien caractérisé par cinq syna-
pomorphies (1-5), dont trois (3-5) sont citées ici
pour la première fois.
* Ailes distinctement tachées, la marge anté¬
rieure portant deux fenêtres. Ailes claires, au plus
enfumées avec des taches diffuses (A.4.2).
* Soies scutellaires discales clairsemées. Soies
scutellaires discales serrées (A.2.2.2).
* Pas d’éperon et de peigne tibial externe II.
Un éperon et un peigne externe II (A. 3.3.3).
* Microchètes alaires longs, fins et courbés.
Microchètes alaires courts et droits (A. 1.9. 3).
* Yeux largement émarginés au-dessus des
antennes. Yeux faiblement émarginés (A. 1.5).
Il faut noter que P. zernyi possède lui aussi
des microchètes antennaires hérissés et courbés.
Comme cette espèce partage avec les autres
représentants néotropicaux du genre, à micro¬
chètes normaux, deux autres apomorphies, le
parallélisme est ici présumé. Les ailes de P. lanei
portent des taches diffuses, moins nettes que
dans le groupe collessi*.
L’espèce malaise, dont les genitalia mâles sont
inconnus, se distingue de tous les autres Platy-
roptilon par sa fusion radiomédiane dépassant le
double de la longueur du pétiole {fusion radiomé¬
diane au plus un peu plus longue que le pétiole)
(A.4.5.10 ; 8). On a déjà signalé la variabilité de
cette longueur dans le genre, mais il s’agit ici
d’un état allant du simple au double, et je pense
donc justifié de le tenir comme une autapomor-
phie de l’espèce, qui représenterait donc ainsi le
groupe-frère des quatre autres. La découverte du
mâle testera bien entendu cette hypothèse.
Les quatre autres espèces, P. collessi, papua,
scurror et kirkspriggsi, se distinguent de l’espèce
malaise, en plus de la plésiomorphie de la fusion
radiomédiane, par la modification de la marge
interne des gonostyles mâles ; ceux-ci, en effet,
portent une dent subapicale, ou bien la marge est
plus ou moins élargie et porte à ce niveau des
soies modifiées. Il est légitime de penser qu’il
s’agit là de deux états évolués divergents, à partir
du même état plésiomorphe où la marge gono-
stylaire est simple (9). On peut ajouter à la
caractérisation du groupe deux synapomorphies
(10-11), qui ne portent que sur la coloration.
Fig. 1191. — Relations phylogénétiques entre les espèces de
Platyroptilon du groupe collessi ’. Explications dans le
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
523
* Marge interne des gonostyles modifiée en
dent ou en lobe spinuleux. Marge gonostylaire
simple (A. 6.8. 7).
* Marge postérieure de l’aile colorée. Marge
postérieure hyaline (A. 4.2).
* Hanches II-III tachées. Hanches //-/// non
tachées.
Ce dernier caractère a déjà été discuté au sujet
du thorax (A.2.2.1) et de l’aile (A.4.2) ; il me
semble de valeur générale, mais ne répond
cependant pas ici au critère de répartition, car
tous les autres Platyroptilon ont les hanches plus
ou moins tachées.
Si l’on considère les modifications gonosty-
laires comme deux apomorphies divergentes, ces
quatre espèces se divisent en deux couples. Le
premier est formé par P. scurror et kirkspriggsi,
qui se caractérisent par un état unique dans le
genre, la présence d’un lobe gonostylaire basal
spinuleux ; s’y ajoutent aussi des caractères de
coloration.
* Un lobe gonostylaire interne plus ou moins
prononcé, portant des soies modifiées en spi-
nules. Marge gonostylaire simple, à soies indiffé¬
renciées (12 ; A. 6.8.7).
* Ailes brunies sur le disque. Ailes hyalines sur
le disque (13 ; A.4.2).
* Scutum avec des bandes longitudinales bien
marquées. Scutum au plus avec des taches laté¬
rales (14; A.2.2.1).
P. collessi et papua se distinguent de toutes
les autres espèces du genre par un autre carac¬
tère exclusif, la présence d’une dent gonostylaire
pré-apicale. On peut y ajouter la couleur des
hanches.
* Gonostyle mâle muni d’une dent pré-api-
cale. Gonostyle sans dent (15 ; A. 6.8. 7).
* Hanches II-III très largement et fortement
brunies. Hanches II-III au plus tachées de brun
clair (16 ; cf. ci-dessus).
On notera que P. zernyi, ramicornis et mendax
portent des bandes longitudinales scutales, plus
nettes chez le premier ; les autres caractères
mentionnés ici sont exclusifs pour le genre.
Groupe miersii* (fig. 1246)
Par rapport au groupe collessi* , ce groupe est
nettement plus plésiomorphe, puisque sa mono-
phylie ne repose que sur deux synapomorphies
présumées (6-7) :
* Sillon frontal court, peu profond 74. Sillon
occipital long et profond (A. 1.2).
* Gonostyles brusquement rétrécis 75 . Gono¬
styles progressivement amincis (A.6.8.5).
Faute d’avoir pu examiner quatre des espèces
qui le forment, je ne puis ici, comme en 1986,
qu’en donner une hypothèse de parenté prélimi¬
naire, qui ne sera pas illustrée par un clado-
gramme argumenté, et qui ne peut être con¬
sidérée que comme le point de départ de futures
recherches. On a vu plus haut que le nombre
primitif de flagellomères chez Platyroptilon de¬
vait être de 14. Dans ces conditions, P. mendax,
miersii, misionensis et ramicornis, chez lesquels ne
subsistent que dix flagellomères, pourraient for¬
mer un groupe monophylétique, le sous-groupe
miersii * s. str. Celui-ci s’opposerait au sous-
groupe lanei* , formé de P. vockerothi, lanei,
penai, inca et zernyi, à flagellomères plus nom¬
breux, mais qui sont également porteurs d’une
synapomorphie en la perte de l’ocelle médian
(A. 1.4).
Au sein du sous-groupe miersii* , P. ramicornis
et mendax, forment peut-être un couple, si l’on se
fonde sur la présence chez eux de bandes scutales
(A.2.2.1), le parallélisme étant supposé ici avec
P. zernyi. Il pourrait s’opposer à un couple
formé de P. miersii et misionensis, mais je n’ai
trouvé pour ceux-ci aucune synapomorphie exclu¬
sive pour le groupe.
Dans le sous-groupe lanei*, l’espèce nomina¬
tive occupe une place à part en raison de
l’absence de soie apicale sur les prolongations
ventrales des flagellomères : cette soie est pré¬
sente chez toutes les autres espèces du genre. Je
pense qu’il s’agit ici d’une perte, et non d’une
plésiomorphie, cette soie existant non seulement
chez tous les autres Platyroptilon, mais égale¬
ment chez d’autres genres à antennes pectinées
( Duretina , Hikanoptilon) 76. P. lanei est encore
74. Caractère non observé chez les quatre espèces décrites par Duret en 1979.
75. Caractère peu prononcé chez P. lanei.
76. Dans ce cas, la condition existant chez Ctenoceridion et Tolletia, où cette soie est absente, serait relativement
apomorphe.
Source : MNHN, Paris
524
LOÏC MATILE
remarquable par ses ailes tachées, sa fusion
radiomédiane faible et courte et son protarse I
plus court que le tibia correspondant. Le pre¬
mier de ces états de caractères est apomorphe
(A.4.2), les deux derniers plésiomorphes (A.3.4.1 ;
A.4.5.10). L’espèce se distingue enfin par ses
gonostyles amincis, mais dépourvus d’un proces¬
sus apical vraiment distinct. Elle représente sans
doute l’espèce-sœur plésiomorphe du reste du
groupe.
Dans celui-ci, un couple semble formé par P.
inca et penai, chez lesquels la partie apicale
amincie du gonostyle est nettement séparée de la
partie basale, elle-même élargie (fig. 860-861).
Un autre couple pourrait être représenté par P.
zernyi et vockerothi, dont les gonostyles portent
chez le premier un lobe dorsal bien développé
(fig. 857-858), chez le deuxième un lobe dor¬
sal faible, mais muni d’une « ampoule » claire
(fig. 859). Je n’ai cependant aucun élément
permettant de décider si ces deux couples sont
plus étroitement apparentés entre eux qu’avec P.
lanei, si ce n’est en les opposant aux plésiomor-
phies de ce dernier.
Genre Rocetelion Matile (fig. 1192)
L’hypothèse de phylogénie émise à propos de
ce genre en 1986 a déjà été mentionnée plus
récemment (Matile, 1988b). Bien que sur les
quatre espèces qu’il renferme, R. fenestrale,
humerale, fasciatum et fasciolum, la dernière ne
soit connue que par le sexe femelle, elles se
répartissent cependant aisément en deux couples
d’espèces-sœurs. Le premier, formé de R. fenes¬
trale et humerale, est surtout fondé sur des
caractères des genitalia mâles, tandis que le
second est évidemment basé sur des caractères
non génitaux. L’hypothèse très simple émise ci-
dessous sera bien entendu testée par la décou¬
verte du mâle de R. fasciolum.
Le couple R. fasciatum-fasciolum est basé sur
les cinq synapomorphies suivantes (1-5) :
* Ocelles latéraux éloignés de la marge ocu¬
laire par au plus 1,5 fois leur propre diamètre.
Ocelles plus proches du sommet de la tête (A. 1.4).
* Basistemite dénudé sur le disque. Basister-
nite cilié sur le disque (A.2.1.4).
* Pas de soies scutellaires discales. Des soies
scutellaires discales (A.2.2.2).
* Pas de soies coxales postérieures III. Des
soies coxales postérieures (A. 3. 1.3).
* Fusion radiomédiane environ aussi longue
que le pétiole de la fourche. Fusion radiomédiane
plus courte que la fourche (A.4.5.10).
Quant au couple R. fenestrale-humerale, ses
synapomorphies sont les suivantes (6-9) :
* Métépisterne fortement bruni. Métépisterne
concolore au reste des pleures (cf. A.2.2.1).
* Mâle : zone membraneuse gonocoxale élar¬
gie en triangle à l’apex. Zone membraneuse
gonocoxale non élargie (A. 6.7.2. 1).
* Mâle : spinules gonocoxales apicales nom¬
breuses et serrées. Spinules moins nombreuses et
plus espacées (A.6.7.3).
* Mâle : gonostyles arrondis à l’apex. Gono¬
styles pointus à l’apex.
Fig. 1192. — Relations phylogénétiques entre les espèces
formant le genre Rocetelion. Explications dans le texte.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
525
En ce qui concerne le dernier caractère, il n’a
pas été étudié dans l’analyse. J’ai ici utilisé le
critère de répartition, la forme arrondie étant, et
de beaucoup, la moins commune chez les Kero-
platini à gonostyles non lobulés ou digités.
L’hypothèse de phylogénie adoptée est certai¬
nement la plus économique. Comme le montre la
matrice des caractères, elle entraîne cependant
un certain nombre de parallélismes, mais aucun
d’entre eux ne semble improbable.
Genre Setostylus n. gen. (fig. 1197, 1249)
Les Setostylus forment un groupe d’espèces
très proches, chez lesquelles le parallélisme
semble s’être donné libre jeu. Il est cependant
possible de répartir les neuf espèces du genre
en trois groupes fort probablement monophylé-
tiques, pictipennis* , innotatus * et bispinosus* .
Groupe pictipennis*
Ce groupe comprend quatre espèces néotropi¬
cales de Setostylus : S. bellulus, bifidus, pictipen¬
nis et singularis. Il est caractérisé par trois
synapomorphies (9-11) :
* Pas de macrochètes antérieurs au tibia III.
Des macrochètes antérieurs III (A. 3. 3.2).
* Mâle : gonostyles rétrécis non seulement
l’apex, comme dans les autres espèces du groupe,
mais aussi à la base. Gonostyles larges à la base.
* Mâle : paramères ventraux fortement élargis
(fig. 1193, 1195). Paramères ventraux en baguette
(fig. 1194) (A.6.9.2.6).
Remarque. — Le rétrécissement basal des
gonostyles est considéré ici comme apomorphe
au même titre que le rétrécissement apical
(A.6.8.5).
Au sein de ce groupe, S. pictipennis se dis¬
tingue d’abord par ses ailes vivement colorées
(A.4.2), mais c’est aussi le cas de S. abdominalis,
et bien que le parallélisme ne fasse ici aucun
doute, le caractère n’a pas été inclus dans le
cladogramme. Trois apomorphies uniques et
exclusives (12-14) s’ajoutent à ce caractère :
* Mâle : synsclérite gonocoxal désclérifié en
longue encoche irrégulière. Synsclérite désclérifié
en petite encoche régulière (A.6.7.2.1).
Fig. 1193-1196. — Phallosome des Setostylus : 1193, S. pictipennis n. sp., vue latérale; 1194, S. rufobrunneus n. sp., d°;
1195, S. bifidus n. sp., d°; 1196, id., vue dorsale.
aped : apodème de l’édéage ; pd : paramère dorsal ; prm : processus médian ; pT : processus en T ; pv : paramère
ventral.
Source : MNHN, Paris
526
LOÏC MATILE
* Mâle : paramères dorsaux de Fédéage pro¬
longés en T à l’apex. Paramères non prolongés à
l'apex (A.6.9.2.5).
* Mâle : ces mêmes paramères avec des
processus ventraux pointus. Paramères sans pro¬
cessus (A.6.9.2.5).
Par contraste, les espèces restantes du groupe,
S. bifidus, bellulus et singularis, ne sont ca¬
ractérisées que par une synapomorphie relative¬
ment faible, l’allongement des spinules préapi¬
cales ventrales du synsclérite gonocoxal ( spinules
courtes) (15 ; A. 6.7.3).
De ces trois espèces, deux semblent plus
étroitement apparentées par un caractère exclusif
pour le genre, la perte de l’ocelle médian ( trois
ocelles) (17 ; A. 1.4) ; ce sont S. bifidus et singula¬
ris. S. bellulus s’oppose à ce couple d’espèces-
sœurs par l’apomorphie unique de l’allongement
de l’éperon antérieur du tibia I, qui atteint trois
fois la largeur apicale de ce tibia ( Éperon I au
plus double de la largeur apicale du tibia) (16 ;
A. 3. 3.3).
Groupe innotatus*
Ce groupe est formé de S. abdominalis (Ja¬
pon), innotatus (Sumatra) et stubbsi (Malaisie).
Sa monophylie paraît bien appuyée par quatre
synapomorphies (5-8) :
* Scape antennaire prolongé par un bec ven¬
tral. Scape globuleux (A. 1.9.1).
* Pédicelle antennaire prolongé par un bec
ventral. Pédicelle discoïde (A. 1.9.2).
* Mâle : digitation gonostylaire courte. Digi¬
tation gonostylaire longue (j’ai utilisé ici le critère
de rareté, toutes les autres espèces du genre
ayant cette digitation plus longue).
* Mâle : une longue soie apicale sur le lobe
gonostylaire. Pas de longue soie gonostylaire
apicale (A.6.8.8).
Dans ce groupe, S. abdominalis et stubbsi
semblent former un couple d’espèces-sœurs en
raison du raccourcissement de la nervure sous-
costale, qui ne dépasse pas le niveau de la base de
la fourche médiane, alors qu’elle atteint au moins
celui du milieu chez les autres Setostylus (18 ;
A.4.5.3). S. innotatus s’oppose à toutes les autres
espèces par ses tibias postérieurs porteurs d’un
large anneau basal brun (19; cf. A.2.2.1).
Groupe bispinosus*
Ce groupe ne contient que le couple formé par
S. bispinosus et rufobrunneus, tous deux décrits
de Malaisie. Sa monophylie semble bien étayée
par deux synapomorphies uniques et exclusives
pour le genre, la perte des macrochètes flagel-
laires ventraux ( des macrochètes ventraux) (1 ;
A. 1.9.3) et la disparition de la liaison antérieure
des paramères dorsaux de l’édéage (paramères
dorsaux reliés à l’apex par un pont transversal)
(2 ; A.6.9.2.5). On peut y ajouter la perte des
soies scutellaires discales (des soies scutellaires
discales) (3 ; A.2.2.2), qui s’est certainement
produite par parallélisme chez S. bifidus.
Dans ce couple d’espèces-sœurs, 5. bispinosus
est nettement la plus apomorphe par la présence
d’un lobe gonostylaire dorsal porteur de nom¬
breuses spinules (A. 6.8. 6), les deux fortes épines
gonostylaires basales (A. 6. 8.7) et la réduction
de la nervure anale (A.4.5.17); ici encore le
parallélisme est supposé, pour le dernier carac¬
tère, avec S. bifidus, dont l’anale est égale¬
ment réduite. S. rufobrunneus se distingue par
la digitation apicale médiane du distiphallus, non
homologue de la digitation en T de S. pictipen-
nis, puisque cette dernière est formée par les
paramères dorsaux soudés à l’apex, alors que ces
paramères sont indépendants chez S. rufobrun¬
neus (fig. 1193-1196).
Relations entre groupes
Un seul élément permet de décider que l’un des
trois groupes de Setostylus reconnus est plus
étroitement apparenté à l’un des deux autres : il
s’agit de la perte de la plus grande partie des
macrochètes de la nervure anale (A.4.5.20). Cet
état, relativement peu apomorphe, est partagé
par le groupe pictipennis* et le groupe innota¬
tus* (4).
Cette hypothèse de phylogénie est exprimée
par le cladogramme de la figure 1197. L’examen
de la matrice de 39 des caractères étudiés montre
cependant que cette hypothèse, la plus écono¬
mique, implique de nombreux parallélismes ou
régressions. On a la certitude que nombre de ces
évolutions parallèles se sont souvent produites
dans d’autres groupes de Keroplatidae : raccour¬
cissement des palpes, diminution de la taille de
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
527
Fig. 1197. — Relations phylogénétiques entre les espèces
formant le genre Setostylus. Explications dans le texte.
l’ocelle médian, apparition de taches alaires,
perte des macrochètes tibiaux, etc. Deux carac¬
tères génitaux sont plus embarrassants. Le pre¬
mier est la présence d’un petit processus gonosty-
laire dorsal chez S. bifidus, les trois espèces du
groupe innotatus +, et chez S. bispinosus. Selon
l’hypothèse émise ici, ce processus aurait dû
apparaître indépendamment à trois reprises. On
notera cependant, en ce qui concerne S. bispino¬
sus, que chez cette espèce le processus est en
position plus basale que chez les autres, et porte
de nombreuses spinules. Le lobe des espèces du
groupe innotatus est une large digitation ciliée et
munie d’une longue soie apicale, tandis que celui
de S. bifidus n’est qu’un petit processus auricu¬
laire. L’apparition de ce lobe pourrait donc faire
partie du potentiel génétique du genre et s’être
matérialisée trois fois sous des formes légèrement
différentes. L’autre caractère est l’absence de
soies gonostylaires internes modifiées chez S.
pictipennis. Ceci peut être le fait d’une régression
chez cette espèce par ailleurs fortement apo-
morphe, sinon, il faut postuler que les soies
gonostylaires se sont épaissies indépendamment
à trois reprises.
Genre Tergostylus Matile (fig. 1202)
L’émission d’une hypothèse de phylogénie
pour les espèces de ce genre est grandement
facilitée par le fait qu’un groupe s’impose, celui
formé par T. alberti, couturieri et plokiophilus,
dont les genitalia mâles sont caractérisés par la
présence d’une paire de soies endophalliques
(14 ; A.6.9.2.8). Bien qu’anatomiquement situées
comme les « paramères » des Bolitophilidae, elles
ne sauraient en être homologues, puisqu’il s’agit
de véritables soies, dont la base d’insertion est
typique, et non d’apodèmes. Ces soies endophal¬
liques sont uniques chez les Keroplatidae, et un
bref survol de la littérature ne m’a pas fourni de
citation de tels organes chez les Nématocères.
Nul doute, dans ces conditions, que nous soyons
ici en présence d’une très forte apomorphie. Par
conséquent, toute hypothèse de phylogénie qui
n’incluerait pas T. alberti, couturieri et plokiophi¬
lus en tant que groupe monophylétique (groupe
couturieri +) devrait être rejetée, d’autant que ces
trois espèces partagent un autre caractère unique
et exclusif, les cavités paires, hémisphériques,
profondes, situées de part et d’autre du distiphal-
lus ( cavités distiphalliques peu profondes ou nulles )
(15; A.6.9.2.9).
Au sein de ce groupe, T. alberti et plokiophilus
possèdent deux synapomorphies portant sur les
Source : MNHN, Paris
528
LOÏC MATILE
genitalia et la coloration antennaire (16-17). Elles
semblent donc former un couple d’espèces-sœurs.
* Les deux flagellomères antennaires apicaux
d’un jaune vif, tranchant sur la coloration brune
du reste du flagelle. Flagelle unicolore (A. 1.9. 3).
* Mâle : soies endophalliques très longues.
Soies endophalliques courtes (A.6.9.2.8).
Ces deux caractères sont uniques et exclusifs
dans le genre. T. couturieri, dont le flagelle
antennaire est unicolore et les soies endophal¬
liques courtes, s’oppose au couple alberti-coutu-
rieri par trois apomorphies (18-20), également
uniques :
* Ocelle médian punctiforme. Ocelle médian
grand (A. 1.4).
* Mâle : tergite IX fortement sclérifié à l’apex.
Apex du tergite IX pas plus sclérifié que le reste
(A.6.5).
* Mâle : gonocoxopodites avec une lame spi-
nuleuse triangulaire dorsale. Gonocoxopodites
sans lame dorsale spinuleuse (A.6.7.1).
Le groupe couturieri + partage quatre synapo-
morphies (4-7) avec T. brevistylus et incolumis :
* Mâle : tergite IX portant deux processus
apicaux terminés par une forte sclérification
punctiforme ; ces processus sont situés côte à
1198 1199
1200
1201
Fig. 1198-1201. — Gonostyles des Tergostylus, vue ventrale, sauf fig. 1201, dorsale : 1198, T. plokiophilus (Mat.);
1199, T. incolumis (Mat.); 1200, T. brevistylus (Mat.); 1201, T. alberti (Toll.).
Source : MNHN, Paris
LES K.EROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
côte, sauf chez T. couturieri, où ils sont large¬
ment écartés. Tergite IX simple (A. 6.5).
* Mâle : synsclérite gonocoxal portant des
brosses spinuleuses au bord dorsal. Synsclérite
sans brosses spinuleuses (A. 6.7.1).
* Mâle : synsclérite profondément échancré
à la base. Synsclérite très faiblement échancré
(A. 6.7.2).
* Mâle : distiphallus muni de nombreux mi-
crochètes apicaux et de cavités latérales. Disti¬
phallus sans microchètes ni cavités latérales
(A.6.9.2.9).
Remarque. — Les cavités distiphalliques sont
largement ouvertes ventralement chez T. brevi-
stylus et incolumis, et non hémisphériques comme
dans le groupe couturieri* . On notera également
la grande taille des cerques mâles, dont l’inser¬
tion est reportée à la face ventrale du tergite IX
(A. 6.4), et qui dépasse latéralement de ce tergite
chez toutes les espèces de ce groupe sauf T.
couturieri ; peut-être la condition de cette der¬
nière espèce est-elle le fruit d’une régression,
auquel cas il s’agirait d’une synapomorphie
supplémentaire du groupe couturieri* -brevisty-
lus.
Il semble peu douteux que ce groupe soit
monophylétique. En son sein, T. brevistylus
partage avec le groupe couturieri * la forte réduc¬
tion des macrochètes flagellaires ventraux des
antennes (11; A. 1.9. 3); macrochètes ventraux
presque aussi longs que les dorsaux chez T.
incolumis ; T. flavifemoratus partage aussi cet
état de caractère, et je postule ici le parallélisme.
Le groupe couturieri* et T. brevistylus ont aussi
en commun la réduction de l’éperon externe II,
qui ne dépasse pas la largeur apicale du tibia.
Éperon externe II plus long (12 ; A.3.3.3). Je
considère donc T. brevistylus comme l’espèce-
sœur du groupe couturieri*, espèce caractérisée
par le raccourcissement de la partie amincie de
ses gonostyles (13). T. incolumis se singularise,
par rapport aux autres espèces, par trois apo-
morphies (8-10) :
* Ocelles latéraux réduits. Ocelles latéraux
grands (A. 1.4).
* Mâle : aire spinuleuse gonostylaire grande.
Aire spinuleuse gonostylaire petite.
* Mâle : brosse gonocoxale spinuleuse, pédon-
culée et située en position submédiane. Brosse
gonocoxale non pédonculée, apicale (cet état de
529
Fig. 1202. — Relations phylogénétiques entre les espèces
formant le genre Tergostylus. Explications dans le texte.
Source : MNHN, Paris
530
LOÏC M ATI LE
caractère a été tenu comme apomorphe en
fonction du critère de complexité).
Le groupe formé par ces cinq espèces ras¬
semble cependant, et pratiquement par obliga¬
tion en raison des soies endophalliques et des
cavités du phallosome, une espèce à gonostyles
ovoïdes et très petits, T. alberti (fig. 1201), deux
espèces à gonostyles larges à la base, puis très
fortement amincis en un long processus, T.
plokiophilus et incolumis (fig. 1198-1199), une
espèce à gonostyles intermédiaires, T. brevistylus
(fig. 1200), tandis que T. couturieri (fig. 963) a
des gonostyles normalement développés. L’exa¬
men de cet organe permet de reconstituer un
morphocline d’amincissement par désclérifica-
tion allant d’un gonostyle aminci, mais entière¬
ment sclérifié, chez T. plokiophilus, puis à un
gonostyle partiellement désclérifié sur toute la
partie amincie chez T. incolumis, et enfin à un
gonostyle raccourci, désclérifié latéralement et à
l’apex chez T. brevistylus. Il est permis d’ima¬
giner la poursuite de la désclérification telle
qu’elle apparaît chez T. brevistylus, conduisant à
ne laisser subsister que la partie basale de
l’appendice, comme chez T. alberti. Dans ces
conditions, l’état des gonostyles de cette dernière
espèce ne serait pas causé par un simple raccour¬
cissement, mais par la réalisation de l’extrême du
morphocline démontré par les autres espèces.
Comme il s’agirait alors d’étapes différentes,
clinales, l’état des gonostyles de T. alberti,
plokiophilus et couturieri, à première vue si
différents, se trouve beaucoup moins en contra¬
diction avec l’hypothèse, fondée sur les soies
endophalliques, que ces trois espèces forment un
groupe monophylétique.
Un autre point notable est que chez T. alberti
la brosse spinuleuse gonocoxale est nettement
moins étendue que chez les quatre autres espèces.
Il y a là ou réversion chez T. alberti, ou
parallélisme de développement chez les autres.
La première hypothèse, où la régression serait
corrélée avec celle du gonostyle lui-même, est la
plus vraisemblable.
Enfin, T. flavifemoratus s’oppose à toutes les
autres espèces de Tergostylus, dont il représente
le groupe-frère, par trois autapomorphies (1-3) :
* Mâle : tergite IX avec des digitations api¬
cales. Tergite IX sans digitations (A.6.5).
* Mâle : un pseudostyle gonocoxal long,
pointu et dénudé. Pas de pseudostyle gonocoxal
(A.6.7.5).
* Mâle : gonostyles dédoublés en deux lames
accolées. Gonostyles non dédoublés (A. 6.8.4).
L’hypothèse de phylogénie du genre est ré¬
sumée par le cladogramme de la figure 1202.
Genre Xenokeroplatus n. gen. (fig. 1203)
Les trois espèces formant ce genre, X. steffani,
filitarsis et riparius, sont de toute évidence très
étroitement apparentées, et je n’ai trouvé que
très peu de caractères variant chez elles de façon
significative (voir matrice).
X. filitarsis et steffani partagent trois états
apomorphes de caractères (2-4) :
* Éperon tibial antérieur plus court que la
largeur apicale du tibia. Éperon tibial plus long
(A.3.3.3).
* Protarses II-III atteignant presque, ou dé¬
passant, le double de la longueur des tibias
correspondants. Protarses II-III ne dépassant pas
1,5 fois la longueur des tibias (A.3.4).
* Mâle : hypoprocte membranisé sur le disque.
Hypoprocte entièrement sclérifié et cilié (A. 6.3).
Fig. 1203. — Relations phylogénétiques entre les espèces
formant le genre Xenokeroplatus. Explications dans le
texte.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
531
On aurait donc toutes raisons de les considérer
comme deux espèces-sœurs, auxquelles X. ripa¬
rius s’opposerait par la position relativement
apomorphe de R4, plus proche de RI que chez
les deux autres (1 ; A. 4. 5. 8), si X. steffani et
riparius ne partageaient une forte apomorphie en
la présence sur les genitalia mâles d’un tubercule
ventral porteur d’un ou deux peignes spinuleux
(A.6.7.2.3).
Le principe d’économie me conduit à choisir la
première hypothèse, d’autant que X. filitarsis et
steffani sont tous deux de Papouasie-Nouvelle-
Guinée, alors que X. riparius provient des Iles
Salomon. Une relation d’espèces-sœurs entre X.
steffani et riparius n’en est pas exclue pour
autant, étant donné en particulier que deux des
trois synapomorphies présumées entre X. filitar¬
sis et steffani sont de nature clinale. Il existe
certainement dans la région australienne d’autres
espèces de Xenokeroplatus, qui pourront peut-
être nous éclairer sur la possibilité d’évolution
parallèle des caractères pris en compte. L’hypo¬
thèse de phylogénie provisoirement favorisée est
exprimée par le cladogramme de la figure 1203.
Relations phylogénétiques au niveau générique (fig. 1204)
Les Keroplatini forment un groupe de parenté
où le parallélisme semble s’être donné libre
cours, et il convient de se montrer vigilant à cet
égard dans l’émission d’une hypothèse de phy¬
logénie. Une première tentation serait de prendre
en compte la forte apomorphie que représente la
pectination des antennes (A. 1.9.3), première di¬
chotomie des clés d’identification des genres, et
de former ainsi un groupe renfermant Ctenoceri-
dion, Duretina, Hikanoptilon, Platyroptilon et
Tolletia. J’ai déjà souligné (Matile, 1981c;
A. 1.9. 3) qu’il s’agissait là d’une tendance évolu¬
tive propre aux Keroplatinae, et qui avait dû
apparaître à plusieurs reprises. En effet, cer¬
tains genres à antennes pectinées sont mani¬
festement plus proches de genres à antennes
simples, notamment Ctenoceridion et Heterop-
terna, comme on le verra plus loin. La matrice
des caractères montre à l’évidence qu’un tel
groupement serait loin d’être le plus économique.
Il en va de même si l’on tente d’utiliser deux
caractères classiques dans les clés de détermina¬
tion, la dénudation des latérotergites (A. 2.2.4) et
la disposition régulière des microchètes tibiaux
(A.3.3.1). Il devient par contre relativement facile
de mettre en évidence, chez les Keroplatini, deux
grands groupes de genres, selon toute vraisem¬
blance monophylétiques, si l’on se fonde sur la
structure dès genitalia mâles, relativement plésio-
morphes dans l’un, fortement apomorphes dans
l’autre.
J’appellerai groupe Keroplatus sensu lato l’en¬
semble des genres chez lesquels le tube gonocoxal
a disparu, la face dorsale du synsclérite s’étant
réduite à un mince pont périgonostylaire, qui
peut même disparaître complètement (un tube
gonocoxal ) (fig. 1204, 1; A.6.7.1). Ce groupe
renferme la majorité des genres de la tribu :
Ctenoceridion, Duretina, Euceroplatus, Heterop-
terna, Keroplatus, Nauarchia, Neoceroplatus, Pla-
coceratias, Platyroptilon, Setostylus, Tergostylus
et Xenokeroplatus. Il faudra sans doute ajouter à
l’autapomorphie de ce groupe la zone désclérifiée
post-occipitale des larves (C.1.6), présente chez
tous les genres où celles-ci sont connues.
Le groupe Tolletia + comprend les cinq genres
restants, Cerotelion, Mallochinus, Paracerotelion,
Rocetelion et Tolletia. Chez eux, le tube gono¬
coxal subsiste, plus ou moins bien développé.
Fondé a priori sur une plésiomorphie, ce groupe
porte quand même deux synapomorphies : la
forte échancrure marginale des yeux au-dessus de
l’insertion des antennes (yeux au plus faiblement
échancrés) (2; A. 1.5), et la modification par
sclérification de la face interne des gonostyles
(bord interne des gonostyles pas plus sclérifié que
le reste) (3 ; A. 6.8.7). Cette dernière modifi¬
cation prend d’ailleurs différentes formes : for¬
mation d’une rangée de denticules ou d’une lame
interne (denticules fusionnés ?), ou encore de
deux fortes dents internes. Ces états de caractère
sont uniques et exclusifs pour les Keroplatini, et
la monophylie du groupe Tolletia + semble ainsi
bien assurée.
Groupe Tolletia *
Dans ce groupe, le genre afrotropical Tolletia
se classe immédiatement à part grâce à ses trois
autapomorphies, déjà signalées (4-6) :
* Réduction et basalisation des transverses tb
et mcu. Transverses grandes et distales (A.4.5. 1 1).
Source : MNHN, Paris
532
LOÏC MATILE
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
533
* Mâle : hypoprocte prolongé en pointe.
Hypoprocte en plaque simple (A. 6.3).
* Mâle : gonostyles avec une paire de fortes
dents médianes. Dents gonostylaires en position
apicale (A. 6. 8. 7).
S’y ajoutent au moins sept apomorphies uniques
pour le groupe Tolletia * (7-13), mais appa¬
rues indépendamment chez certains membres du
groupe Keroplatus :
* Antennes pectinées. Antennes simples (A.l.
9.3 ; cf ante).
* Flagellomères antennaires à macrochètes
spiniformes. Macrochètes antennaires simples
(A. 1.9. 3 ; modifiés aussi chez les Ctenoceridion s.
sir.).
* Palpes réduits à un seul palpomère. Deux
palpomères (A. 1.10 ; également la majeure partie
des genres du groupe Keroplatus).
* Trompe réduite, ne dépassant pas le niveau
du bord ventral des yeux. Trompe dépassant le
bord ventral des yeux (A. 1.11 ; également Platy-
roptilon et genres alliés).
* Protarses III épaissis. Protarses III minces et
cylindriques (A. 3.4.2 ; aussi quatre genres du
groupe Keroplatus*).
* Base du secteur radial affaiblie. Base du
secteur radial bien sclérifiêe (A.4.5.5 ; aussi chez
Nauarchia).
* Mâie : apodème éjaculateur aussi long que
le synsclérite gonocoxal. Apodème éjaculateur
plus court que le synsclérite (A.6.9.2.4 ; encore
plus développé chez Nauarchia).
L’ensemble formé par les quatre genres res¬
tants, Cerotelion, Mallochinus, Paracerotelion et
Rocetelion, ne s’oppose à Tolletia que par deux
synapomorphies (14-15).
* Au plus une paire de soies scutellaires
discales. Disque scutellaire largement cilié (A. 2.
2.2).
* Femelle : stemite VIII totalement ou forte¬
ment invaginé. Au moins le quart du sternite VIII
libre (A.7.2).
On notera que la première de ces apomor¬
phies n’est exclusive que pour le groupe Tolle¬
tia* , puisque les soies scutellaires discales sont
absentes chez les Ctenoceridion du sous-genre
Gymnoceridion et peuvent disparaître chez cer¬
taines espèces d 'Euceroplatus, Heteropterna et
Setostylus. Quant à la deuxième, on n’oubliera
pas que la femelle de Paracerotelion est in¬
connue, de même que celle de plusieurs genres du
groupe Keroplatus s. I. (voir matrice des carac¬
tères).
On peut diviser à leur tour ces quatre genres
en deux groupes-frères, l’un formé par Cerotelion
et Mallochinus, l’autre par Rocetelion et Parace¬
rotelion.
Rocetelion et Paracerotelion sont unis par trois
synapomorphies uniques pour les Keroplatini, et
une unique pour le groupe Tolletia* ; elles
portent toutes sur les gonostyles mâles (16-19) :
* Gonostyles aplatis dorsoventralement. Go¬
nostyles coniques (A. 6. 8. 3).
* Bord interne des gonostyles modifié en
mince lame sclérifiée. Pas de lame gonostylaire
interne (A. 6. 8. 7).
* Pas de dents gonostylaires apicales. Deux
dents gonostylaires apicales (A.6.8.7).
* Gonostyles fissurés longitudinalement ( go¬
nostyles non fissurés) (A.6.8.4 ; aussi chez Cteno¬
ceridion et certains Heteropterna).
Probablement la modification en spinules de
certaines soies gonocoxales ventrales (A. 6.7. 3)
représente-t-elle aussi une véritable synapomor-
phie, mais ce dernier caractère, très fréquent
chez les Keroplatidae en général, n’a pas été pris
en compte dans le cladogramme.
Quant à Cerotelion et Mallochinus, ils n’ont en
commun qu’une synapomorphie exclusive pour
les Keroplatini, celle des nombreuses petites dents
qui garnissent le bord interne des gonostyles
{marge gonostylaire interne simple (20 ; A.6.8.7).
Si l’on songe que ces denticules pourraient bien
représenter l’état le plus primitif de la transfor¬
mation de la face interne des gonostyles, il est
possible que la parenté entre ces deux genres, qui
partagent par ailleurs un grand nombre de
plésiomorphies, ne soit pas très étroite ; elle
demande en tout cas à être plus amplement
testée.
Groupe Keroplatus sensu lato
Ce grand groupe se divise immédiatement en
deux ensembles dont la monophylie ne fait guère
de doute. Le premier, en effet, formé de Keropla¬
tus, Neoceroplatus et Placoceratias (sous-groupe
Placoceratias*), se distingue de tous les autres
Keroplatidae par l’hypopyge mâle, obligatoire-
Source : MNHN, Paris
534
LOÏC MATILE
ment tourné d’au moins 90° ( hypopyge non
rotatoire) (24 ; A. 6). On peut y ajouter l’aplatisse¬
ment du scutum ( scutum bombé) (25; A.2.2.1),
qui apparaît cependant aussi chez deux genres du
groupe suivant, sans aucun doute par parallé¬
lisme.
Quant au second, formé de tous les genres
restants (sous-groupe Platyroptilon), il est ca¬
ractérisé par trois synapomorphies (21-23) non
exclusives pour la tribu :
* Perte du deuxième article des palpes. Deux
palpomères (A. 1.10).
* Trompe fortement réduite, ne dépassant pas
le bord ventral des yeux. Trompe plus longue
(A. 1.11).
* Latérotergites dénudés. Latérotergites ciliés
(A.2.2.4).
On a vu que les deux premiers caractères
(probablement corrélés) étaient censés être appa¬
rus indépendamment chez Tolletia ; quant au
dernier, il est aussi présent chez trois genres du
groupe Cerotelion. Il faut noter que la trompe
n’est pas si fortement raccourcie dans le genre
Nauarchia que dans le reste du sous-groupe
Platyroptilon. J’ai supposé ici que ce genre
avait subi un allongement secondaire des pièces
buccales, corrélé avec le développement si parti¬
culier du labre.
Les genitalia mâles d’ Hikanoptilon ne sont pas
connus, mais comme ce genre ne présente aucune
des synapomorphies du sous-groupe Platyropti¬
lon, je le rattache provisoirement au sous-groupe
Placoceratias* , dont il se rapproche d’ailleurs
par son scutum aplati (25) et par sa forte taille ;
je n’ai pu établir si ce dernier caractère était
plésiomorphe ou apomorphe. Les mâles de ce
genre testeront cette hypothèse, selon que leur
hypopyge sera inversé ou non.
Sous-groupe Placoceratias *
Ce sous-groupe renferme un couple de genres
manifestement très étroitement apparentés, Ke-
roplatus et Neoceroplatus, qui présentent trois
synapomorphies exclusives pour les Keroplatini
et portant sur la nervation alaire, et une unique
pour le sous-groupe et concernant les genitalia
mâles (35-38) :
* R4 se terminant sur Rl. R4 se terminant sur
C (A.4.5.8).
* R5 fortement raccourcie. R5 se terminant
vers l'apex de l’aile (A.4.5.9).
* Cul b nettement interrompue à l’apex. Culb
se terminant à la marge (A.4.5.15).
* Mâle : hypoprocte entièrement membra¬
neux. Hypoprocle sclérifié et cilié (A. 6.3 ; aussi
dans le sous-groupe Platyroptilon* , chez Tergos-
tylus).
Placoceratias est un genre bien caractérisé par
ses trois autapomorphies (31-33) :
* Angle postérieur du proépimère bien au-
dessus de la suture anapleurale. Angle postérieur
du proépimère au-dessous de la suture (A.2.1.2).
* Mâle : gonostyles portant des cryptes dor¬
sales. Pas de cryptes gonostylaires (A. 6. 8. 6).
* Mâle : moitié apicale des apodèmes gono-
coxaux élargie en triangle et portant des macro-
chètes et des digitations spinuleuses. Apodèmes
gonocoxaux simples et dénudés (A.6.9.1).
On peut y ajouter la forte réduction de
longueur des paramères dorsaux (paramères dor¬
saux bien développés) (34 ; A. 6.9. 2.5), unique
dans la tribu, sauf pour le genre Nauarchia, qui
les a entièrement perdus. Je le rattache au couple
Keroplatus-Neoceroplatus en raison de l’apicula-
tion du dernier flagellomère antennaire ( dernier
flagellomère simple) (30 ; A. 1.9.3). Cette apomor-
phie est relativement faible et se présente aussi
dans le groupe Cerotelion (Mallochinus, Para-
cerotelion, certains Rocetelion), chez quelques
espèces de Setostylus et, faiblement, chez les
Heteropterna du sous-genre Scrobicula. La pa¬
renté de Placoceratias avec Keroplatus et Neoce¬
roplatus n’est donc probablement pas très étroite.
Enfin Hikanoptilon ne montre aucune synapo-
morphie avec soit Placoceratias, soit le couple
Keroplatus-Neoceroplatus. Je le considère donc
comme le groupe-frère des trois autres genres du
sous-groupe Keroplatus, en attendant que ses
genitalia mâles soient connus. Le genre est bien
défini par ses deux autapomorphies (26-27) et
par deux apomorphies non exclusives (28-29) :
* Mâle : griffes presque aussi longues que le
dernier tarsomère. Griffes bien plus courtes que le
dernier tarsomère (A. 3.4.5. 2).
* Face membranisée par les bords latéraux
(A. 1.7).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
535
* Antennes pectinées. Antennes simples (A.l.
9.3).
* Pas d’éperons externes III. Des éperons
externes III (A.3.3.3).
Le troisième caractère, on l’a vu, est apparu à
plusieurs reprises, mais Hikanoptilon est le seul à
le présenter dans le groupe Hikanoptilon* , qu’il
forme avec Placoceratias* ; le dernier n’existe
encore que dans le genre Xenokeroplatus, qui
appartient au sous-groupe Platyroptilon.
Sous-groupe Platyroptilon
Trois ensembles de genres peuvent se distin¬
guer assez aisément dans ce sous-groupe. Le
premier est formé par Euceroplatus, Setostylus et
Platyroptilon ( Euceroplatus +), le deuxième par
Duretina, Nauarchia et Xenokeroplatus ( Xenoke¬
roplatus +), et le troisième par Ctenoceridion et
Heteropterna ( Heteropterna +). Le genre Tergos-
tylus est plus difficile à classer dans cet ensemble,
de même qu’il est assez délicat de déterminer les
relations de parenté entre les trois lignées recon¬
nues.
Euceroplatus, Setostylus et Platyroptilon sont
réunis par leurs gonostyles mâles rétrécis à l’apex
et terminés par une longue soie apicale ( apex des
gonostyles simples, sans soie particulière) (43 ;
A. 6.8. 5). À l’intérieur de ce groupe, Setostylus et
Platyroptilon semblent plus étroitement appa¬
rentés entre eux qu’à Euceroplatus, si l’on en juge
par deux synapomorphies non exclusives (44-
45) : les soies fémorales ventrales plus longues
que les dorsales ( soies ventrales pas plus longues
que les dorsales ; A. 3. 2), état qui se présente ici et
là dans la tribu, et notamment chez Heteropterna
(voir matrice des caractères), et l’épaississement
des protarses III (protarses III minces, cylin¬
driques ; A. 3.4.2), qui existe aussi chez Tolletia
et les deux sous-genres nominatifs de la lignée
Heteropterna* . Le parallélisme est postulé ici,
mais en tout état de cause la relation entre
Setostylus et Platyroptilon ne semble pas très
étroite.
Quant à Euceroplatus, ce genre s’oppose aux
deux autres par son autapomorphie, la réduction
de la transverse basale (transverse basale longue)
(46; A.4.5.11) et la dénudation du basistemite
(basisternite cilié) (47 ; A.2.1.4), état de caractère
que l’on retrouve également chez Nauarchia,
Xenokeroplatus, Heteropterna (Scrobicula) et Cte¬
noceridion (Gymnoceridion), et dont la répartition
indique qu’il est forcément apparu à plusieurs
reprises dans le sous-groupe Platyroptilon* .
Duretina, Nauarchia et Xenokeroplatus possè¬
dent en commun trois apomorphies (48-50), dont
deux uniques pour les Keroplatini :
* RI fortement costalisée. RI éloignée de C
(A.4.5.6).
* Aile à lobe anal réduit. Lobe anal bien
développé (A. 4.1).
* Aile à lobe cubital réduit. Lobe cubital bien
développé (A.4.1) ; aussi chez Placoceratias, qui a
donc dû développer indépendamment cette apo-
morphie).
Parmi les trois genres de la lignée Xenokeropla¬
tus* , deux semblent former un couple de genres-
frères. Ce sont Duretina et Nauarchia, qui parta¬
gent les gonostyles mâles très particuliers, avec la
base élargie en lobe quadrangulaire dont la
marge interne porte des rangées de spinules
(gonostyles simples et non spinuleux) (65 ; A.6.
8.6). Ils présentent encore un net aplatissement
du scutum (scutum bombé) (66; A.2.2.1), état
apomorphe qui n’apparaît nulle part ailleurs
dans le sous-groupe Platyroptilon, mais dont on
a vu qu’il était aussi caractéristique du sous-
groupe Keroplatus.
Xenokeroplatus se distingue du couple Dure-
tina-Nauarchia par la longue liste de ses autapo-
morphies, énumérées page 499 (51-63) :
* Prothorax fortement rétréci au milieu. Pro¬
thorax non rétréci (A.2.1.1).
* Bandes fémorales dénudées très larges. Bandes
fémorales absentes ou étroites (A.3.2).
* Pas de macrochètes tibiaux II. Des macro-
chètes tibiaux II (A. 3. 3.2).
* Éperons internes II plus courts que la
largeur apicale du tibia. Éperons internes II aussi
longs (A.3.3.3).
* Peignes I et inter-éperons II absents. Peignes
présents (A. 3. 3. 5).
* Protarses extrêmement allongés. Protarses
pas plus long que les tibias (A.3.4.1).
* Pas de macrochètes tarsaux ventraux. Des
macrochètes tarsaux ventraux (A. 3. 4.4).
* RI très courte. RI atteignant les deux tiers
de l'aile (A.4.5.6).
* Pétiole et base de la fourche médiane effa¬
cés. Pétiole et base de la fourche médiane entiers
(A.4.5.13).
536
LOÏC MATILE
* Al fortement réduite. AI entière (A.4.5.17).
* Rs dénudée dorsalement. Rs ciliée (A.4.
5.20).
* Mâle : gonostyles portant des aires spinu-
leuses très délimitées. Pas de spinules, ou celles-ci
diffuses (A.6.8.8).
* Mâle : gonostyles très proches de la ligne
médiane. Gonostyles éloignés de la ligne médiane
(A. 6.8.9).
On peut encore ajouter à ces autapomorphies
la forte régression de Cu2 ( Cu2 longue) (65 ;
A.4.5.16), qui ne se présente encore, chez les
Keroplatini, que dans le genre Cerotelion.
Heteropterna et Ctenoceridion forment eux
aussi un groupe uni par trois synapomorphies
(39-41) :
* Une grande aire sous-scutellaire triangu¬
laire. Aire sous-scutellaire petite, en bandelette
(A.2.2.3).
* Tibias III épaissis. Tibias III minces et
cylindriques (A. 3. 3. 6).
* Mâle : pas de paramères ventraux. Des
paramères ventraux (A.6.9.2.6).
La première de ces synapomorphies est exclu¬
sive pour les Keroplatinae, la deuxième pour les
Keroplatini. La dernière est certainement appa¬
rue indépendamment chez Duretina et quelques
espèces d 'Euceroplatus.
Comme on l'a vu plus haut (p. 496), une seule
autapomorphie caractérise Heteropterna ; encore
est-elle fort douteuse, puisqu’elle porte sur le
mode de construction du cocon nymphal (77 ;
B3). On peut sans doute y ajouter la longueur
des soies fémorales ventrales (78 ; cf. ante), mais
comme je l’ai déjà écrit, j’ai des doutes sur la
valeur de cet ensemble.
De même, Ctenoceridion ne possède qu’une
seule autapomorphie, mais mieux fondée, puis¬
qu’elle porte sur les genitalia mâles, et plus
précisément sur le tergite IX, dont la base est
renforcée en arceau et prolongée par un long
processus ( tergite IX simple) (73 ; A. 6. 5). Par
contre, trois apomorphies supplémentaires, non
uniques, peuvent contribuer à étayer l'hypothèse
de monophylie du genre (74-76) :
* Scape antennaire avec un bec plus ou moins
bien développé. Scape sans bec (A. 1.9.1).
* Antennes pectinées. Antennes simples (A.l.
9.3).
* Éperons tibiaux internes II à peine plus
longs que la largeur apicale des tibias. Éperons
bien plus longs que cette largeur (A. 3. 3. 3).
Pour la lignée Heteropterna* , ces apomorphies
sont exclusives, mais elles apparaissent çà et là
dans le sous-groupe Platyroptilon.
La place de Tergostylus, je l’ai dit, est difficile
à trouver dans le système de ces trois groupes. Le
genre est bien caractérisé par ses cinq synapo¬
morphies exclusives pour les Keroplatini (67-71) :
* Femelle : palpes beaucoup plus développés
que chez les mâles. Palpes égaux dans les deux
sexes (A. 1.10).
* Mâle : des aires gonocoxales spinuleuses
dorsales ou latérodorsales. Pas d’aires gonocoxales
spinuleuses, ou des aires ventrales (A.6.7.1).
* Mâle : apodèmes gonocoxaux élargis en
lame et formant un processus médian. Apodèmes
simples (A.6.9.1).
* Mâle : édéage avec des cavités distales.
Edèage sans cavités (A.6.9.2.9).
* Femelle : valves hypogyniales très dévelop¬
pées. Valves hypogyniales courtes (A. 7. 2).
On peut encore y ajouter l’hypoprocte entière¬
ment membraneux ( hypoprocte entièrement sclé-
rifié et cilié) (72 ; A. 6.3), cas unique dans le sous-
groupe Platyroptilon *. Comme le montre la
matrice des caractères, Tergostylus est intermé¬
diaire entre les lignées Xenokeroplatus * et Hete¬
ropterna* , réuni par quelques apomorphies non
uniques à l’un ou l’autre des membres de ces
groupes, mais non à tous.
On pourrait le rattacher à la lignée Heterop¬
terna* en raison de l’aplatissement de l’abdomen
(A. 5. 1.1), qui demeure cylindrique dans la lignée
Xenokeroplatus* , mais cet état de caractère est
courant chez les Keroplatinae, où il est certaine¬
ment apparu à de nombreuses reprises ; cette
synapomorphie présumée est peu convaincante.
Par ailleurs, les lignées Xenokeroplatus* et
Euceroplatus* partagent avec Tergostylus la dis¬
tribution régulière des microchètes tibiaux II-III,
avec des rangées plus serrées ( microchètes irrégu¬
liers, ou à rangées indifférenciées) (42; A. 3.3.1).
C’est aussi le cas du groupe Placoceratias* ,
mais les fortes synapomorphies relevées entre
les genres formant le sous-groupe Platyroptilon
obligent à considérer que le caractère est apparu
au moins à deux reprises dans la tribu. Dans ces
conditions, évidemment, cet état de caractère
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : PHYLOGÉNIE
537
serait aussi à ajouter aux apomorphies du groupe
Placoceratias* . Je rattache donc provisoirement
le genre Tergostylus aux lignées Xenokeroplatus *
et Euceroplatus* , l’ensemble étant, sur la base de
la disposition des microchètes tibiaux, le groupe-
frère d 'Heteropterna* .
Par contre, comme le montre la matrice des
caractères, je n’ai trouvé aucune synapomorphie
permettant d’affirmer que Tergostylus serait plus
étroitement apparenté à l’un ou l’autre des deux
groupes, ou que ceux-ci forment un ensemble
monophylétique ; je me suis donc résigné à
laisser non résolue cette partie du cladogramme
(fig. 1204).
Discussion
Comme je l’ai dit en préambule, les nombreux
phénomènes de parallélisme qui ont joué chez les
Keroplatini obscurcissent les relations de parenté,
du moins au niveau des infra-groupes. La mono-
phylie des groupes Tolletia* et Keroplatus sensu
lato, celle de Placoceratias* et du groupe Platy-
roptilon demeurent sérieusement étayées ; l’hypo¬
thèse implique peu de parallélismes importants
(réduction de la trompe et des pièces buccales
chez Tolletia et le groupe Euceroplatus * et
allongement secondaire chez Nauarchia, disposi¬
tion des microchètes tibiaux dans les groupes
Placoceratias * et Euceroplatus*). La monophylie
des lignées Heteropterna* et Xenokeroplatus*
semble également très vraisemblable, mais il
convient sans aucun doute de tester par d’autres
caractères, à découvrir, celle des autres en¬
sembles reconnus, et les relations existant entre
eux.
L’hypothèse de phylogénie traduite par le
cladogramme de la figure 1204 est donc toute
provisoire, et les conclusions à en tirer doivent
être modulées selon ceux de ses éléments qui sont
sérieusement fondés et ceux qui demeurent dou¬
teux.
J’ai évoqué également en préambule le pro¬
blème du niveau hiérarchique des groupements,
et souligné que la position retenue ici était
relativement conservatrice. Une possibilité plus
« diviseuse » consisterait à élever au niveau gé¬
nérique Scrobicula, dont la proche parenté avec
Heteropterna s. str. n’est pas étayée par une
synapomorphie très convaincante, et peut-être
même de séparer, dans le sous-genre nominatif.
les espèces australasiennes (lignée macleayi*) du
groupe oriento-américo-africain. Gymnoceridion
est sans doute suffisamment différent de Ctenoce-
ridion pour mériter le niveau générique. Par
ailleurs, le groupe Tolletia * et l’ensemble de
genres constituant le groupe Keroplatus au sens
large justifieraient probablement l’édification de
deux sous-tribus. Cette classification serait donc
la suivante :
Sous-tribu Cerotelionina
Genre Cerotelion
Genre Mallochinus
Genre Rocetelion
Genre Paracerotelion
Genre Tolletia
Sous-tribu Keroplatina
Genre Keroplatus
Genre Neoceroplatus
Genre Placoceratias
Genre Hikanoptilon
Genre Euceroplatus
Genre Setostylus
Genre Platyroptilon
Genre Duretina
Genre Nauarchia
Genre Xenokeroplatus
Genre Tergostylus
Genre Heteropterna
Sous-genre Heteropterna s. str.
Sous-genre oriento-afro-américain
Genre Scrobicula
Genre Ctenoceridion
Genre Gymnoceridion
La solution la plus conservatrice, au contraire,
retiendrait moins de genres et davantage de sous-
genres. Mallochinus deviendrait sous-genre de
Cerotelion, Rocetelion de Paracerotelion, Neoce¬
roplatus de Keroplatus et Setostylus (peut-être
aussi Euceroplatus) de Platyroptilon. Scrobicula,
Ctenoceridion et Gymnoceridion pourraient être
ajoutés à un grand genre Heteropterna. Il
demeure probable qu’un partisan de cette clas¬
sification minimaliste maintiendrait cependant
au niveau générique Tolletia, Placoceratias, Hi¬
kanoptilon, Duretina, Nauarchia, Xenokeroplatus
et Tergostylus :
Genre Cerotelion
Sous-genre Cerotelion s. str.
Sous-genre Mallochinus
Source : MNHN, Paris
538
LOÏC MATILE
Genre Paracerotelion
Sous-genre Paracerotelion s. str.
Sous-genre Rocetelion
Genre Keroplatus
Sous-genre Keroplatus s. str.
Sous-genre Neoceroplatus
Genre Euceroplatus (?)
Genre Platyroptilon
Sous-genre Platyroptilon s. str.
Sous-genre Setostylus
Genre Duretina
Genre Nauarchia
Genre Xenokeroplatus
Genre Tergostylus
Genre Heteropterna
Sous-genre Heteropterna s. str.
Sous-genre Scrobicula
Sous-genre Ctenoceridion
Sous-genre Gymnoceridion
Cette question de niveau hiérarchique, pour
moi liée à la notion d’âge absolu minimum
comme l’a proposé Hennig (1966a), sera évo¬
quée dans ma conclusion, après l’analyse bio¬
géographique qui sera menée dans la Quatrième
Partie de cette monographie.
Source : MNHN, Paris
BIOGÉOGRAPHIE
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
INTRODUCTION
Selon E. G. Munroe (1963), la biogéographie
se définit comme l’étude de la répartition des
Êtres vivants dans l’espace et dans le temps,
et des principes, paramètres et processus qui
influent sur cette répartition. Tout comme la
méthodologie systématique est à l’heure actuelle
en pleine remise en cause, la biogéographie
moderne est « en transition apparente, remuée en
plusieurs courants de pensée plus ou moins
ouvertement antagonistes, et divisée par des
barrières conceptuelles assez profondes » (Vuil-
LEUMIER, 1978).
Comme celle de la systématique, la méthodo¬
logie biogéographique a fait l’objet de bon
nombre d’ouvrages d’optique souvent diver¬
gente, et qu’il n’est pas dans mon propos de
passer en revue ici. Des livres comme ceux de
Darlington (1957, 1965), Croizat (1958, 1964),
Simpson (1953, 1965), MacArthur & Wilson
(1967), Mayr (1969), Udvardy (1969), MacAr¬
thur (1972), Piélou (1979), Wiley (1981), Nel¬
son & Platnick (1981), Humphries & Parenti
(1986), les ouvrages collectifs édités par Keast,
Erk & Glass (1972), Hecht, Goody & Hecht
(1977) et Nelson & Rosen (1981), pour ne citer
que les principaux, permettront de suivre l’évolu¬
tion de la biogéographie, de ses principes et de
ses tendances depuis de Candolle (1820) jusqu’à
nos jours, et renverront à une pléthore d’articles
sur ce sujet. Pas plus que pour la systématique, je
ne me propose d’en faire ici une étude épistémo¬
logique et, comme dans les chapitres précédents,
je me bornerai à exposer brièvement les concepts
adoptés dans la rédaction de ce chapitre.
Les trois biogéographies
Je souscris volontiers à l’idée d’UDVARDY
(1981), selon lequel les biogéographes voyagent à
travers le temps et l’espace vers au moins trois
destinations différentes, transportant avec eux
trois sortes de valises contenant des données, des
tâches et des méthodes d’amplitude et de nature
variées. C’est à mon sens parce que l’on tente
encore de faire monter ces voyageurs et leurs
bagages dans le même train que perdurent les
antagonismes constatés par Vuilleumier.
Cet auteur reconnaissait dans la biogéographie
un premier volet, où le chercheur ne se préoccupe
que de la répartition spatiale actuelle des orga¬
nismes, le plus souvent étendue tout au plus sur
quelques générations. Ce volet correspond à
l’équilibre non-interactif de MacArthur & Wil¬
son (1967). Vuilleumier admettait toutefois que
de telles recherches relèvent plutôt de l’écologie
que de la biogéographie, et c’est en tout cas
l’opinion d’UDVARDY, qui ne retient pas cette
première division comme partie de cette disci¬
pline.
La première « valise » d’UDVARDY est celle de
la biogéographie écologique ; à titre indicatif, il
lui assigne une échelle spatiale de 100 kilomètres
et une échelle temporelle d’un siècle. Le champ
d’étude de l’écobiogéographie est la dynamique
de la répartition, l’expansion des aires et la
dispersion des organismes. Ce domaine d’activité
est envisagé comme l’étude d’une série de phéno¬
mènes biologiques et comprend de forts éléments
d’écologie (plus précisément de synécologie). Il
s’agit du second exemple de Vuilleumier (équi¬
libre interactif ou assortatif de MacArthur &
Wilson), qui note d’ailleurs à son sujet que
« comme nous avons affaire à une biocénose en
formation, le domaine d’étude à ce niveau peut
être, tout aussi bien, celui de la succession
écologique ».
Udvardy baptise biogéographie postpléisto-
cène sa deuxième « valise » ; son champ d’étude
est celui des fluctuations des aires de répartition
des organismes, provoquées par les glaciations
de cette période. Il lui fixe des échelles approxi-
Source : MNHN, Paris
542
LOÏC MATILE
matives de 1 000 km et de 12 000 ans, et souligne
la liaison étroite de ce domaine avec la paléoéco¬
logie. Le concept d’UDVARDY est ici plus res¬
treint que celui du troisième exemple de Vuil-
leumier (équilibre évolutif), qui prend aussi en
compte la spéciation allopatrique et ne men¬
tionne pas d’époque géologique précise.
Enfin, la dernière et la plus grande des
« valises » d’UDVARDY est celle de la paléobio¬
géographie, ou biogéographie historique. Son
échelle spatiale est planétaire et son échelle
temporelle théorique remonte à l’origine de la
vie. Ici, l’écologie ne peut être prise en compte,
tandis qu’entre en jeu la géophysique, avec la
révolution apportée par la théorie de la tecto¬
nique des plaques, relativement récente, mais où
Jeannel (1943, 1950), par sa défense de la dérive
des continents, a joué un rôle ingrat de pionnier.
Le concept de biogéographie adopté ici corres¬
pond à la biogéographie historique. La mise à
l’écart de l’aspect écologique de la biogéographie
dans la présente monographie ne relève pas
d’une position de principe ni d’un manque
d’intérêt ; c’est d’ailleurs par l’étude de deux
biocénoses, celle du milieu cavernicole et celle
des carpophores des champignons supérieurs,
que j'ai commencé mes recherches sur les Dip¬
tères, puis sur les Mycetophiloidea. Cependant,
l’esprit du travail entrepris ici est d’embras¬
ser l’ensemble d’un groupe, à l’échelle mon¬
diale, et d’élucider des relations non pas écolo¬
giques, mais phylogénétiques. Entreprendre des
recherches détaillées sur la biologie et l’écologie
des Keroplatidae, domaines où les connaissances
sont particulièrement fragmentaires, m’aurait
forcément limité à quelques espèces et à la ré¬
gion ouest-paléarctique, c’est-à-dire que cette
démarche aurait conduit à une monographie
entièrement différente de celle proposée au¬
jourd’hui.
La biogéographie postpléistocène a aussi été le
plus souvent évitée par la force des choses. En ce
qui concerne un groupe aussi ancien que les
Mycetophiloidea, en effet, cet échelon de la
biogéographie reste, au plus, au niveau spé¬
cifique (rappelons que la faune de l’ambre de la
Baltique est très peu différente de l’actuelle). Or
un travail rigoureux sur la mise en place des
espèces actuelles exige d’abord une systématique
sinon « achevée », du moins très sérieusement
élaborée, puis une connaissance approfondie de
la chorologie, impossible à atteindre tant que les
révisions systématiques n’ont pas été publiées,
permettant ainsi à de nombreux entomologistes
d’identifier leurs récoltes.
Connaissances systématiques et données cho-
rologiques, réunies chez certains groupes de
Mycetophiloidea, principalement Mycetophilidae,
ne le sont pas encore chez les Keroplatidae
étudiés ici (ni d’ailleurs chez les Orfeliini) dont
beaucoup ne sont connus que par quelques
spécimens, voire le seul holotype. Nul doute, par
exemple, que la révision des espèces holarctiques
du grand genre Macrocera, qui demeure à
entreprendre, ne donne d’intéressants résultats,
comme cela s’est produit pour les Mycetophi¬
lidae holarctiques de certains genres (voir plus
loin au sujet du tracé transatlantique septen¬
trional, p. 563), mais même ces monographies
ont surtout révélé des relations de type laura-
sien, plutôt que des données postpléistocènes.
Quelques reliques boréo-alpines ont été mises en
évidence par des travaux récents, mais ponctuels,
comme ceux que j’ai effectué sur quelques Myce¬
tophilidae Gnoristinae ou Sciophilinae (Matile,
1983, 1984c), mais un travail de synthèse sur la
biogéographie postpléistocène des Keroplatidae
serait actuellement prématuré. Quelques élé¬
ments seront cependant fournis occasionnelle¬
ment au niveau spécifique, sous réserve d’un
inventaire qui ne demeure qu’ébauché.
C’est en fait la biogéographie historique qui
fut, dès l’origine, le but ultime de mon travail, et
c’est par l’analyse phylogénétique que j’ai tenté
de l’atteindre. Les principes essentiels de cette
synergie entre phylogénie et biogéographie ont
déjà été brièvement résumés (Matile & Goujet,
1981), principalement d’après les travaux de
Hennig (1950, 1966a), Brundin (1965, 1966) et
Croizat (1958, 1 964) 11 , développés et précisés,
voire modifiés, par des auteurs tels que Nelson
(1973, 1974, 1975), Croizat, Nelson & Rosen
(1974), Cracraft (1973, 1975a, 1980), Ball
(1975), Platnick (1976), Platnick & Nelson
(1978), Nelson & Platnick (1978) et Rosen
(1976, 1978) (voir aussi les mises au point plus
récentes de Humphries & Parenti, 1986, et
Janvier, 1988).
77. Il est à noter que Croizat (1982) voit les principes systématiques de Hennig comme « impraticables, en fait
nocifs », et refuse avec indignation toute confusion entre sa « panbiogéographie » et la biogéographie de la vicariance.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
543
Rappelons que dans son stade analytique la
biogéographie historique, telle qu’elle est conçue
par la plupart de ces auteurs, repose sur deux
postulats :
1) Il est possible d’émettre des hypothèses
adéquates sur le degré de parenté des organismes :
il serait déraisonnable d’envisager l’histoire spa¬
tiale d’un groupe sans avoir établi au préalable
qu’il y a effectivement des raisons de penser qu’il
a une histoire temporelle autonome. En systéma¬
tique, ce postulat entraîne l’adoption du concept
de monophylie stricte (holophylie) aux dépens de
la monophylie partielle (paraphylie) de l’école de
Mayr.
2) Il existe un mécanisme de l’évolution abou¬
tissant à la répartition de formes étroitement
apparentées sur des aires géographiques diffé¬
rentes. Ce postulat a comme conséquence le rejet
de la dispersion aléatoire en tant qu’explication
générale des répartitions, au profit de la spécia¬
tion allopatrique.
Précisons ici, pour éviter une ambiguïté qui
persiste chez les anglo-saxons avec les termes de
« dispersion » et de « dispersai » (c/. Piélou,
1979; Udvardy, 1981), que j’entends la disper¬
sion comme l’extension d’une aire de répartition
par le franchissement d’une barrière (suivi d’une
éventuelle spéciation), par opposition à {'expan¬
sion, extension d’une aire originellement réduite
grâce au dynamisme naturel d’une espèce, et sans
franchissement d’une barrière. La dispersion
précède la spéciation, l’expansion la suit. Quant
à la vicariance, elle représente la naissance de
deux taxa-frères (sous-espèces, espèces) par frag¬
mentation de l’aire de répartition d’un taxon
ancestral, suite à l’apparition d’une barrière
(Platnick & Nelson, 1978).
Il convient au sujet du deuxième postulat de
remarquer que des chercheurs tels que Hennig
(1950, 1966a) et Brundin (1965, 1966, 1981) se
séparent ici de la biogéographie de la vicariance
défendue par Platnick & Nelson (1978) et
Rosen (1978), en ce sens qu’ils tiennent la
dispersion pour aussi importante que la vica¬
riance, et tentent de reconstituer les aires d’ori¬
gine grâce à la progression géographique de
l’apomorphie (règle de progression de Hennig).
Brundin (1981) propose le nom de biogéogra¬
phie phylogénétique (ou plus justement de « bio¬
géographie phylogénétique selon le modèle vica¬
riance/dispersion ») pour cette variante de la
biogéographie historique. La biogéographie de la
vicariance, au contraire, ne reconnaît la disper¬
sion qu’en cas de tracés particuliers contradic¬
toires au tracé général du groupe, et ne cherche
pas à déterminer les aires d’origine.
Centre d’origine, vicariance et dispersion
Dans la notion de « centre d’origine », il
convient de bien distinguer si l’on prend comme
hypothèse de départ le modèle de la dispersion
ou celui de la vicariance. Le centre d’origine n’a
de signification réelle que dans l’hypothèse de
dispersion : une population (ou une fondatrice)
d’une espèce ancestrale a a franchi une barrière,
provoquant la division de a en deux espèces-
filles, A et B, la première plus plésiomorphe
(peut-être morphologiquement identique à a), la
deuxième plus apomorphe. Le centre d’origine
du couple AB est bien l’aire ancestrale de a, dont
s’est détachée la population ancestrale de B. Le
centre d’origine est aisément reconnaissable si les
espèces-filles sont demeurées allopatriques.
Il n’en va pas de même si la barrière initiale¬
ment franchie a disparu, ou si B l’a franchie en
sens inverse pour envahir l’aire de A, et donc que
les espèces-filles sont devenues parapatriques. On
considère généralement que l’espèce la plus
apomorphe, porteuse d’une nouveauté évolutive
qui a été sélectionnée parce que plus compéti¬
tive, va dans ce cas repousser A jusqu’au-delà de
son aire originale. C’est cette hypothèse qui a
entraîné Darlington (1970) et son école à
poser en principe que ce sont les formes les plus
apomorphes qui occupent le centre d’origine
d’un taxon.
Au moment où se place l’observateur, com¬
ment savoir si l’espèce B a déjà repoussé A au-
delà de son territoire, ou bien si elle n’en occupe
encore qu’une partie, ou enfin si elle ne s’est pas
répandue dans plusieurs directions ? On notera
tout d’abord que si une hypothèse de dispersion
a été émise, c’est que le chercheur a décelé dans
l’aire actuelle de répartition du couple AB la
trace d’une barrière passée. Dans ces conditions,
deux régions paléogéographiques maintenant réu-
Source : MNHN, Paris
544
LOÏC MAT! LE
ni
t
l
Fig. 1205. — Spéciation par dispersion et parapatrie subséquente des espèces-filles A (plésiomorphe) et B (apomorphe). En 1,
une population fondatrice de l’espèce ancestrale a franchit la barrière entre les aires 1 et 2 ; en II. Pespèce-fille
apomorphe ainsi isolée commence son expansion sur l’aire 2. En Ilia, par suite de la disparition de la barrière, l'espèce
B envahit l’espace ainsi disponible, mais ne peut pénétrer l’aire d’origine 1 ; en Illb, l’espèce B, plus compétitive,
reconquiert l’aire d’origine 1 occupée par son espèce-sœur A, qu’elle repousse en périphérie ; en IIIc, elle poursuit
également son expansion sur son aire d’origine 2. Les petites flèches indiquent les directions de l’expansion.
nies demeurent reconnaissables. Deux cas peu¬
vent alors se présenter (fig. 1205) :
— Ou bien A et B occupent chacune l’une de
ces régions, et il existe une allopatrie de fait ; le
centre d’origine est l’aire de répartition de l’es¬
pèce plésiomorphe A (fig. 1205a).
— Ou bien B occupe en même temps tout ou
partie des deux régions ; le centre d’origine
est alors l’aire où les deux espèces cohabitent
(fig. 1205b, c). C’est un raisonnement de ce type
qui a conduit de nombreux auteurs à penser que
le centre d’origine d’un taxon est celui où se
rencontre le plus grand nombre des espèces qui
le composent.
La notion de centre d’origine est moins signifi¬
cative dans le modèle de la vicariance. L’aire
d’origine des descendants de a, le couple d’es¬
pèces-sœurs AB, est en effet dans cette hypothèse
représentée par la somme de celles des popula¬
tions de a séparées par l’apparition d’une bar¬
rière. C’est pourquoi des biogéographes tels que
Platnick & Nelson (1978) et Rosen (1978)
affirment ne pas s’intéresser à ce type de pro¬
blème et se bornent, dans leurs hypothèses, à
additionner les aires de répartition des espèces
actuelles pour reconstituer celle de leur espèce
ancestrale : quelle que soit la structure des aires
de répartition une fois la barrière disparue, le
centre d’origine du couple AB demeure métho¬
dologiquement la totalité de ces aires, même
si autrefois celle de a a été plus restreinte
(fig. 1206).
En fait, et que l’on choisisse le modèle de la
dispersion ou celui de la vicariance, ce problème,
comme en phylogénie, ne devient intéressant que
si l’on prend en compte trois taxa et trois régions
géographiques. Le raisonnement s’effectue alors
sur le couple AB et son espèce-sœur C (ou sur
son groupe-frère, composé par exemple d’un
couple CD). Ce n’est que ce cas précis qu’a voulu
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
545
Fig. 1206. — Spéciation par vicariance et parapatrie subséquente des espèces-filles A (plésiomorphe) et B (apomorphe). En I,
l'apparition d’une barrière divise l’espèce ancestrale a en deux populations ; en II, ces deux populations, maintenant
isolées, deviennent deux espèces-filles, A (plésiomorphe) et B (apomorphe) ; en III, suite à la disparition de la barrière,
on retrouve la même configuration que dans le cas de la figure 1205. Les petites flèches indiquent les directions de
l’expansion.
envisager Hennig en énonçant sa règle de pro¬
gression, qui donne bien un centre d’origine
dans le modèle dispersionniste, mais surtout une
direction de spéciation dans ce cas comme dans
celui de la vicariance.
Pour les deux modèles, si les trois aires
demeurent séparées, et donc le couple AB et
l’espèce C allopatriques, on se trouve ramené au
cas précédent, c’est-à-dire que le centre d’origine
est marqué par l’espèce la plus plésiomorphe.
En cas d’hypothèse de dispersion, la fi¬
gure 1207 suppose que l’espèce A est la plus
plésiomorphe, puis B, C étant la plus apo¬
morphe, et partageant avec B l’ancêtre commun
p. La dispersion s’est faite de la gauche vers la
droite, et le centre d’origine de A + B + C est la
zone 1. Si au contraire C est l’espèce la plus
plésiomorphe, la dispersion s’est faite de la droite
vers la gauche et le centre d’origine se situe en 3.
Si enfin c’est B la plus plésiomorphe, les événe¬
ments de dispersion se sont accomplis dans les
deux sens à partir de la zone 2. Au-delà des
données phylogénétiques, les hypothèses de bio¬
géographie ne sont toutefois pas testables,
puisque les événements de dispersion sont par
nature aléatoires.
Le même schéma se présente avec le modèle de
vicariance (fig. 1208), à cette différence près
qu’ici les hypothèses biogéographiques sont tes¬
tables par la datation des barrières ayant provo¬
qué les événements de vicariance. Dans le cas
représenté, où A est l’espèce la plus plésio¬
morphe et où les spéciations se sont accomplies
de 1 vers 3, la barrière entre 1 et 2 ne peut être
plus récente que celle existant entre 2 et 3.
La démarche est la même en cas de parapatrie
de deux espèces, ou des trois, le cladogramme
donnant l’ordre et la direction des événements de
vicariance ou de dispersion. Dans le modèle de
dispersion, le cladogramme donne comme pré¬
cédemment l’ordre des événements et leur direc¬
tion primitive. Dans tous les cas de parapatrie, il
Source : MNHN, Paris
546
LOÏC M ATI LE
Fig. 1207. — Formation d’un groupe monophylétique de
trois espèces allopatriques selon le modèle de dispersion.
À la suite d’une dispersion au-dessus d’une barrière,
l’espèce ancestrale se divise en deux espèces-filles, l’une
plésiomorphe (A), l’autre apomorphe ([}) ; un deuxième
franchissement de barrière divise à son tour l’espèce
ancestrale (3 en deux populations qui deviendront deux
espèces-filles de |3, B (plésiomorphe) et C (apomorphe). Le
centre d’origine de A + B+C est la zone 1.
est impossible de savoir si B et C ont gagné les
aires voisines par dispersion, ou par expansion
après disparition des barrières.
Dans le modèle de vicariance, par contre, le
cladogramme peut là encore être testé par la
datation des barrières. Il sera corroboré si la
barrière entre A et B est antérieure à celle ayant
existé entre B et C. Si c’est l’inverse, il sera
réfuté, ce qui entraînera à réviser l’hypothèse
de phylogénie primitive, et en cas d’échec, à
postuler un événement de dispersion. C’est cette
démarche que suivent Nelson & Platnick et les
Fig. 1208. — Formation d’un groupe monophylétique de
trois espèces allopatriques selon le modèle de vicariance.
L’apparition de deux barrières successives fragmente l’aire
ancestrale en trois espèces-sœurs, dont A est la plus
plésiomorphe, son espèce-sœur (3 représentant à son tour
l’espèce ancestrale de B et C. Le centre d’origine de
A+B + C est représenté par la totalité des aires actuelle¬
ment occupée par ces espèces.
autres biogéographes de la vicariance pour
reconnaître les dispersions : lorsque le clado¬
gramme obtenu n’est pas congruent avec les
événements géologiques qui se sont produits
dans l’aire de répartition des taxa étudiés.
Partisans de la biogéographie de la vicariance
comme de la biogéographie phylogénétique s’ac¬
cordent sur un changement conceptuel d’ordre
structural. Ils n’envisagent plus les flores et les
faunes en général, comparées deux à deux pour
rechercher leurs points communs, ainsi que l’ont
fait les premiers De Candolle (1820) pour les
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
547
Plantes, Wallace (1863) pour les Animaux.
Pour eux, les problèmes de la biogéographie
historique portent (comme ceux de la systéma¬
tique), sur trois éléments :
Les zones 2 et 3 sont considérées comme plus
étroitement apparentées entre elles qu’à la zone 1
non plus parce qu’elles ont le plus de taxa en
commun, mais parce que les lignées qui les
peuplent se partagent les ancêtres communs les
plus récents (Platnick & Nelson, 1978 ; Rosen,
1978 ; Patterson, 1981). Il y a ici analogie avec
le rejet, en systématique, du concept de simili¬
tude générale au profit de la synapomorphie.
Si la dispersion à courte distance, tout comme
l’expansion, font partie des prémisses de la
biogéographie de la vicariance (que l’on tente ou
non de les mettre en évidence), les adeptes de
cette discipline ne prétendent pas pour autant
que la dispersion à longue distance n’existe pas,
ou n’a jamais existé, mais ils se refusent à en faire
un modèle général, à accepter l’argument des
dispersalistes : « des espèces peuvent se déplacer
sur de longues distances au-dessus d’une bar¬
rière, on peut démontrer que certaines d’entre
elles l’ont fait, donc toutes l’ont fait ». Ce
refus de la dispersion aléatoire en tant que
modèle n’est d’ailleurs pas nouveau : c’est lui
qui a conduit autrefois beaucoup de biologistes
opposés à la théorie de la dérive des continents à
concevoir de fantastiques « ponts continentaux »
pour justifier les nombreuses répartitions large¬
ment disjointes qu’ils constataient, et pour les¬
quelles ils rejetaient les explications ad hoc que
sont les « radeaux » et les « cyclones », transpor¬
tant des fondateurs hypothétiques sur plusieurs
milliers de kilomètres d’océan.
Sur le plan de la biogéographie historique, où
les événements de spéciation ne peuvent être
datés qu’à des millions d’années près, il est
évident que rien ne peut être dit sur la nature
exacte des barrières et des voies de passage (mers
épicontinentales, archipels, etc.), sur les régimes
de vents et de courants, ayant régné au moment
précis de ces événements, et une hypothèse de
migration est rigoureusement non-testable. Par
ailleurs, la dispersion des milliers d’espèces
apparentées dont les aires sont actuellement
disjointes, s’exerçant sur des dizaines de millions
d’années, ne devrait mettre en évidence que des
répartitions aléatoires. Tous les travaux de bio-
géographie historique, et en tout premier lieu
ceux de Croizat, montrent à l’évidence qu’il
n’en est rien et qu’il est aisé de reconnaître, au
contraire, des « patterns » (tracés généralisés de
Croizat) qui se répètent régulièrement pour les
groupes les plus divers. C’est à mon sens la
réfutation de la dispersion à longue distance en
tant que modèle général.
Il est cependant évident que de tels phéno¬
mènes se sont produits épisodiquement, comme
ils se produisent à l’heure actuelle. Le peuple¬
ment des îles océaniques ne peut s’expliquer
autrement. C’est pourquoi Matile & Goujet
(1981) affirment que dans la biogéographie his¬
torique, les grands triomphateurs seront les
groupes endémiques spécialisés, exclusivement
terrestres ou d’eau douce, peu susceptibles d’être
transportés sur de longues distances, et pour
lesquels on pourra en outre obtenir des hypo¬
thèses de phylogénie à fort degré de corrobora¬
tion (voir aussi Kraus, 1966).
Les Keroplatidae répondent aux premières
conditions et j’espère avoir montré dans la Partie
phylogénétique de ce travail que des hypothèses
cohérentes pouvaient être émises sur leurs rela¬
tions de parenté, même s’il persiste encore de
nombreux points obscurs. La Partie biogéogra¬
phique montrera que les tracés particuliers des
espèces et des genres de cette famille appar¬
tiennent à des tracés généraux pour la plupart
parfaitement reconnaissables, et surtout datables
à la lumière des données géologiques récentes.
En effet, la démarche même de la biogéogra¬
phie historique est simple : l’hypothèse de phy¬
logénie combinée aux données chorologiques
permet d’émettre une hypothèse sur l’ancienneté
relative de la rupture des connexions spatiales
entre les localités actuelles. Ceci conduit à son
tour à d’autres hypothèses portant sur l’histoire
des lieux géographiques eux-mêmes et de leurs
connexions, et donc sur la répartition passée des
aires continentales. La méthode est testable par
la confrontation des hypothèses de proximité
géographique (cladogrammes de zones) avec les
données géologiques et notamment, à l’échelle où
nous nous plaçons, par celles de la tectonique des
plaques (Matile & Goujet, 1981). Mackerras
(1974) va encore plus loin en écrivant au sujet de
la tectonique des plaques : « The most fundamen-
tal implication to the biologist is that, if one
defines systematics as the study of the évolution of
taxa in time and space, as many do, then the
relevant findings of modem plate tectonics must be
regarded as an intégral part of systematics. If
Source : MNHN, Paris
548
LOÏC MATILE
one's reconstruction of phylogeny is inconsistent
with those findings, the inference should be that it
is probably wrong ... biogeographical evidence is
no longer relevant to palaeogeography, except as
an aid in dating the times of events and as a guide
to palaeoclimates ». Cette position demande cer¬
tainement à être nuancée, car bien des données
de la géophysique actuelle sont encore peu sûres,
et il existe des lacunes considérables (voir plus
loin). C’est sans doute ce qui a amené Humphries
& Parenti (1986) à affirmer que les hypothèses
géologiques ne peuvent tester les structures bio¬
géographiques. En ce qui me concerne, je pense
que lorsque les données géologiques sont fiables,
il n’y a pas lieu de s’en priver comme tests de la
phylogénie, tandis que lorsqu’il existe des incerti¬
tudes sur l’histoire géologique d’une région, la
biogéographie peut contribuer à l’éclaircir.
Il est bien entendu que la méthode biogéogra¬
phique ne permet pas d’expliquer tous les proces¬
sus entrés en jeu, mais elle fournit au moins une
datation approximative de l’ancêtre commun le
plus récent des taxa envisagés, un terminus post
quem non. Je n’ai pas tenté de lui en faire dire
beaucoup plus, et notamment en raison d’un
problème qui se pose pour la plupart des
Diptères sans intérêt médical ou économique
connu, à savoir les immenses progrès à accom¬
plir dans la connaissance des espèces et des
genres, et de leur chorologie. Ainsi, entre le
début de ma carrière de systématicien et la
rédaction définitive du présent travail, j’ai décrit
425 taxa appartenant aux Mycetophiloidea, dont
34 genres et sous-genres, tandis que huit genres
et 52 espèces de Keroplatidae sont nommés ici.
Non seulement un grand nombre d’espèces nous
demeurent inconnues, mais si nous pouvons être
certains de la présence des taxa connus en
certains lieux (sous réserve de révision systéma¬
tique), nous ne pouvons pas encore, contraire¬
ment aux Vertébristes, être certains de leur
absence. L’histoire systématique du genre Platy-
roptilon (p. 312) en est la démonstration. Que
l’on pense aussi à ce qu’aurait été une hypothèse
biogéographique sur les Macrocerini émise avant
1960, lorsque trois genres seulement en étaient
connus ( Macrocera , Chiasmoneura et Paramacro-
cera ) au lieu de douze !
Les données géologiques
La prudence en matière biogéographique est
encore justifiée sur le plan méthodologique par le
fait que l’hypothèse biogéographique ne vaut
que ce que vaut l’hypothèse phylogénétique qui a
permis de l’émettre, tandis qu’une datation est
liée à la valeur de l’hypothèse géologique. Celle-
ci n’est elle-même pas plus « certaine » qu’une
hypothèse biologique, surtout en cette période
où de nouvelles mesures, de nouvelles observa¬
tions et de nouvelles interprétations remettent en
cause au moins des portions des cartes paléo¬
géographiques disponibles. Hallam (1981) rap¬
pelle que le paléomagnétisme ne fournit de
données hautement fiables que jusqu’à 80 mil¬
lions d’années. Les éléments concernant le Cré¬
tacé moyen 78 sont peu nombreux, cette période
correspondant à un intervalle de quiescence
magnétique. Il existe encore des données fiables
pour le Crétacé inférieur et le Jurassique supé¬
rieur, les hypothèses antérieures ne représentent
que des « extrapolations raisonnables ».
L’imprécision, voire l’absence, de certaines
données m’a déjà conduit à abandonner l’un des
volets de la biogéographie, celui de l’écobiogéo-
graphie et à effleurer seulement le deuxième,
celui de la biogéographie postpléistocène. Ces
mêmes lacunes, auxquelles s’ajoute l’incertitude
inhérente à la méthode elle-même, m’incitent à
ne donner de la paléobiogéographie des Keropla¬
tidae qu’une esquisse tracée à grands traits. Elle
ne pourra être améliorée que par l’étude d’un
matériel plus abondant et l’élaboration de révi¬
sions de plus en plus fines. Il n’en demeure pas
moins que l’étude de la phylogénie des Keropla¬
tidae telle qu’elle a été exposée ici permet un
certain nombre de déductions raisonnablement
sûres, en tout cas testables, et de tracer ainsi les
grandes lignes de leur histoire, ainsi que de
proposer pour certains taxa des hypothèses plus
détaillées, comme le chapitre suivant le mon¬
trera.
En ce qui concerne la paléogéographie, je n’ai
pu suivre en détail l’évolution récente des hypo¬
thèses géophysiques. Mes principaux outils gé¬
néraux de travail ont été les atlas de Smith,
Hurley & Briden (1981) 79 et d’OwEN (1983) en
78. J'utilise ce terme par commodité : il correspond à peu près à l’Albien (fin du Crétacé inférieur) et au Cénomanien
(début du Crétacé supérieur).
79. Dans ma thèse (Matile, 1986b), j’avais utilisé une publication plus ancienne, celle de Smith & Briden (1977) ; les
données ont été rectifiées en conséquence.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
549
ce qui concerne la tectonique des plaques, de
Termier & Termier (1952, 1979) pour les événe¬
ments épicontinentaux, de Barron et al. (1981)
et Barron (1987b, Crétacé seulement) pour leur
superposition aux plaques, et de Harland et al.
(1982) pour les échelles géologiques.
Bien que ne pouvant entrer dans l’analyse de
théories qui relèvent d’une autre discipline que la
mienne, il me faut cependant rappeler au sujet
des cartes paléogéographiques qui m’ont servi de
bases que trois hypothèses géophysiques princi¬
pales sont actuellement en concurrence.
La première est actuellement la plus largement
admise, et porte parfois le nom de « tectonique
globale », ou « hypothèse de la Pangée » (Hum-
phries & Parenti, 1986). Elle assume que les
dimensions de la Terre il y a 200 millions
d’années étaient les mêmes que ses dimensions
actuelles. Cette hypothèse entraîne l’apparition
dans la reconstitution des continents issus de la
rupture de la Pangée, et hors de la ceinture
médiane, de brèches triangulaires (« gores » de
Carey, 1975, 1976) séparant des régions dont on
a la preuve géologique qu’elles étaient pourtant
en contact direct.
Cette théorie maintenant « classique » entraîne
des conséquences très importantes quant à la
structure de la région du Pacifique, car elle
impose, vers la fin du Secondaire, un immense
océan, la Téthys, séparant le Gondwana oriental
de la Laurasie, océan dont la géologie ne semble
pas conserver la trace, et qui implique une
subduction trop importante pour le modèle de la
tectonique des plaques. Malgré cet inconvénient,
les cartes de Smith, Hurley & Briden (1981), de
Barron et al. (1981) et de Barron (1987a, b)
sont basées sur la théorie des dimensions cons¬
tantes.
La deuxième hypothèse, celle de l’expansion
lente, a été émise en premier par Hilgenberg
(1933), sur les données de Wegener (1915), et
reprise notamment par Carey (1975, 1976),
Owen (1976, 1981, 1983) et Shields (1979,
1983), qui constatent que les continents succé¬
dant à la Pangée ne peuvent s’ajuster que si le
diamètre terrestre au Jurassique moyen ne repré¬
sentait que 80 % du diamètre actuel (voir Ter¬
mier & Termier, 1979, et le volume collectif
dirigé par Carey, 1983). Cette théorie a notam¬
ment été résumée par Humphries & Parenti
(1986) et Rage (1988).
Pour la biogéographie historique, la consé¬
quence la plus importante de l’hypothèse d’expan¬
sion porte sur les rapports de la région orientale,
notamment de l’arc indo-malais, avec la région
australasienne, rapports qui sont beaucoup plus
étroits que dans l’hypothèse du diamètre cons¬
tant. Entre le Trias supérieur et le Jurassique
inférieur, le Sud-est asiatique comble ainsi la
Téthys en se plaçant entre l’Inde et l’Australie ;
il serait ensuite remonté vers le nord en même
temps que la plaque indienne, pour heurter la
plaque asiatique vers le Paléocène. L’atlas d’OwEN
(et la mise au point sur le Secondaire de
Howarth, 1981) a l’avantage de présenter les
cartes paléogéographiques selon les deux hypo¬
thèses concurrentes ; il est fondé sur les données
paléomagnétiques publiées, mais selon une pro¬
jection cartographique particulière. Cependant,
les cartes paléogéographiques de base du présent
travail ont été choisies selon la théorie la plus
largement admise, celle de la fixité du diamètre
terrestre.
Sans faire référence à la théorie de l’expansion,
Burton (1970) et Ridd (1971) comblent égale¬
ment la Téthys par le Sud-est asiatique, en se
fondant sur certains éléments stratigraphiques
(notamment des tilloïdes) communs entre l’Inde,
la Malaisie et la Thaïlande, sur la présence au
nord de ce dernier pays d’une flore (fragmen¬
taire) à Glossopteris, et enfin sur le fait que la
correspondance géographique du Sud-est asia¬
tique, à l’isobathe 1 000, est très bonne pour
l’Inde et satisfaisante pour l’Australie.
Rappelons aussi que suivant le modèle expan¬
sionniste, le nord de l’Inde gondwanienne devait
être prolongé sur une très grande distance
(« Greater India » d’OwEN), incluant ce qui est
maintenant la Chine occidentale et centrale. Sur
le plan paléontologique, cette hypothèse est
étayée par la répartition des reptiles prémamma-
liens du genre Lystrosaurus, dont il existe des
fossiles en Inde, en Afrique, en Antarctique et en
Chine (Sinkiang et Shansi). Notons toutefois que
l’attribution à ce genre de l’unique spécimen du
Sud-est asiatique (Laos), de même que son âge,
sont douteux (Buffetaut, 1981, 1984 ; Colbert,
1982; Blieck et al., 1988; Rage, 1988).
Il faut encore souligner qu’il existe une diffé¬
rence considérable entre les reconstitutions paléo-
géographiques d’auteurs tels qu’OwEN (1983) et
Shields (1979, 1983). Le premier, en effet, sépare
l’Australie de la côte occidentale de l’Amérique
du Sud par un immense Éopacifique (fig. 1209),
Source : MNHN, Paris
550
LOÏC MATILE
Fig. 1209. - La Terre au Jurassique supérieur (Oxfordien. — 146 MA) dans l’hypothèse de l’expansion (ici 84 % du diamètre
terrestre actuel). D'après Owen (1983), modifié, avec l’aimable autorisation de Cambridge University Press.
tandis que le second ne laisse persister entre ces
deux régions qu'un Éopacifique étroit, divisé en
deux par la Tasmantis et fermé au nord par la
région péruvienne, les éléments de la Nouvelle-
Guinée et le Queensland (fig. 1210 ; voir aussi
p. 609).
Il existe encore une troisième hypothèse, forte¬
ment contestée elle aussi, celle du «continent
perdu », la Pacifica. Accolé au Gondwana orien¬
tal à la fin du Primaire, ce continent qui occupait
la partie méridionale de la Téthys se serait
disjoint au Jurassique inférieur sur le même
modèle que le Gondwana au Crétacé. Ses dif¬
férents éléments seraient ensuite venu s’intégrer
aux côtes de la Laurasie et des deux Amériques
vers la fin du Crétacé ou le début du Paléocène
(Dietz & Holden, 1972; Larson & Chase,
1972; Hayes & Ringis, 1973; Stevens, 1977;
Nur & Ben Avraham, 1977, 1981 ; Melville,
1981).
Hamilton (1969) a noté, du Permien au
Paléocène, les éléments faunistiques et floris¬
tiques communs aux « terranes » de l’Amérique
du Nord et à la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-
Calédonie, l’ Antarctique et le Chili. Melville
(1981) envisage également les données paléonto-
logiques étayant cette théorie : flore chinoise à
Gigantopterida, au Permien, faune de Vertébrés
de Gashato, en Mongolie. Balouet (1985) cite
encore les répartitions actuelles, congruentes, de
Joleaud (1931) sur les Foraminifères benthiques
et, pour les Vertébrés, de Wegener (1937) sur les
Eusuchiens, Martin (1977) sur les Marsupiaux
et Kielan Jawarowska (1974) sur les Multitu-
berculés.
Les modèles de l’éclatement de la Pacifica et
sa chronologie diffèrent cependant suivant les
auteurs [voir les reconstructions qu'en donne
Craw (1982), d’après K amp (1980) et Nur &
Ben Avraham (1981) d’une part, et Melville
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
551
(1981) de l’autre]. L’hypothèse de la Pacifica
est loin d’être actuellement acceptée (ce qui
ne constitue pas forcément une réfutation !),
mais de toute façon l’époque reculée (Trias) à
laquelle se serait scindée la Pacifica n’est guère
compatible avec l’âge présumé des Keroplatidae
actuels. Qui plus est, comme le fait remarquer
Shields (1979), le long voyage accompli dans
l’isolement par les fragments de la Pacifica, du
Trias au Crétacé inférieur, aurait dû entraîner
l’apparition de biotes hautement endémiques et
particuliers, ce qui ne semble pas s’être produit.
Les Keroplatidae à répartition trans-pacifique,
en tout cas, représentent tout au plus des groupes
de genres, souvent de simples groupes d’espèces.
Source : MNHN, Paris
552
LOÏC MATILE
Remarques
La première partie de cette étude biogéo¬
graphique est consacrée aux principaux tracés
généralisés suivis par les Keroplatidae, à leur
datation selon les données fournies par la tecto¬
nique globale, et aux autres Diptères, particuliè¬
rement Mycetophiloidea, qui les partagent. Dans
la deuxième partie, je tente d’émettre une hypo¬
thèse sur l’histoire particulière de chaque groupe,
à la lumière de la tectonique globale et en tenant
compte des principaux événements épicontinen-
taux susceptibles d’avoir joué un rôle dans cette
histoire. Dans ces deux sections, l’influence éven¬
tuelle des modèles concurrents de la tectonique
globale, Pacifica et surtout expansion, sera briè¬
vement évoquée. Une troisième partie est con¬
sacrée à une esquisse du peuplement de la Terre
par les Keroplatidae, avec la chronologie de
l’apparition des groupes et la composition de la
faune de cette famille au Crétacé moyen-supé¬
rieur, il y a 100 millions d’années (- 100 MA),
époque choisie parce que c’est l’âge du fossile le
plus ancien actuellement attribuable aux Kero¬
platidae. Enfin, j’envisagerai le cas de certaines
lignées dont l’histoire semble réfuter la tecto¬
nique globale et corroborer l’un ou l’autre des
modèles de l’expansion terrestre.
Dans l’étude des tracés, et en présence de
plusieurs possibilités d’explications, j’ai systéma¬
tiquement utilisé le principe d’économie en favo¬
risant l’hypothèse entraînant l’âge le plus récent
et le nombre le moins élevé de dispersions
aléatoires. Dans les diagrammes qui sont donnés
de l’évolution spatio-temporelle présumée des
taxa, la base des arbres phylogénétiques ne
représente en aucune façon une hypothèse sur
leur centre d’origine précis, celui-ci étant métho¬
dologiquement considéré comme la somme des
aires actuellement occupée par le taxon, comme
je l’ai dit plus haut.
En ce qui concerne l’évolution des Keropla¬
tidae sur les plateformes continentales tropicales
d’Afrique et d’Amérique du Sud, les hypothèses
émises sur les Keroplatidae, insectes essentielle¬
ment inféodés aux zones forestières, sont des
plus succintes. En effet, de nombreux événements
de vicariance et de dispersion ont dû s’y produire
lors des alternances glaciaires-interglaciaires du
Pléistocène; ainsi, d’après Tuxen (1978), les
limites forestières des Andes ont pu s’abaisser de
1 200 à 1 500 m lors de la dernière glaciation.
Ces forêts ayant été continues à une époque très
proche, et faute du grand nombre de localités de
capture nécessaire à la délimitation d’éventuels
refuges interglaciaires, il est impossible de distin¬
guer les isolements récents d’éventuels événe¬
ments de vicariance plus anciens, liés à l’isostasie
ou à l’orogénie.
LES TRACÉS GÉNÉRALISÉS ET LEUR DATATION
Les Keroplatidae suivent cinq tracés géné¬
ralisés principaux, dont certains se divisent
en sous-tracés. Ce sont les tracés gondwaniens,
oriento-australasien, circum-tasmanien, transat¬
lantiques et enfin transpacifiques. De nombreux
biotes appartenant à ces tracés peuvent se trou¬
ver notamment chez Jeannel (1943) et surtout
Croizat (1958, 1964), mais ces données ne sont
pas fondées sur des révisions phylogénétiques des
taxa en question ; il est donc difficile de savoir si
l’on a affaire à des groupes monophylétiques ou
non ; j’ai préféré ne pas en faire état.
Les tracés gondwaniens
Le tracé gondwanœn généralisé chilienne, l’Australie et ses dépendances, dont
l’arc Timor — sud Sulawesi, l’Inde péninsulaire,
Pris au sens le plus large, ce tracé couvre Madagascar, l’Afrique et la péninsule arabique
l’Amérique du Sud, y compris la sous-région (fig. 1211). Classiquement, ces masses réunies à
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
553
la Laurasie pour former la Pangée, ont com¬
mencé à se séparer de ce super-continent au
Jurassique moyen, pour s’en couper au début du
Crétacé.
L’hypothèse de l’expansion ajoute aux régions
gondwaniennes citées ci-dessus tout le reste du
sud-est asiatique, comblant ainsi la partie méri¬
dionale de la Téthys. Cette région est indiquée en
tireté sur la figure 1211. Rappelons aussi que
suivant le modèle expansionniste, le nord de
l’Inde péninsulaire devait être prolongé sur une
très vaste distance (« Greater India »), incluant
ce qui est maintenant la Chine occidentale et
centrale. L’ignorance totale où nous sommes de
la faune mycétophiloidienne chinoise permet
pour le moment d’éviter ce problème. Enfin,
l’hypothèse de la Pacifica, sans combler la
Téthys, en occupe la partie méridionale par un
continent triasique dont les éléments se seraient
ensuite disjoints, comme ceux du Gondwana.
Fig. 1211. — Le tracé gondwanien généralisé (le Sud-est
asiatique, dont la participation à ce tracé est contestée, a
été représenté par un figuré différent).
Quelles que soient les théories, il est admis
que les éléments gondwaniens étaient encore en
contact vers la fin du Jurassique, au moins par
l’intermédiaire de l’Antarctique, l’Afrique s’en
étant séparée la première, au tout début du
Crétacé. C’est donc au plus tard de la fin
du Jurassique au début du Crétacé que l’on
doit dater le tracé gondwanien généralisé. La
séquence de l’éclatement du Gondwana serait la
suivante, établie principalement d’après Barron
et al. (1981) et Barron (1987a, b), et les
datations étant approximatives :
— Afrique-Antarctique : Crétacé infé¬
rieur (Berriasien, - 140 MA).
— Inde- Antarctique : Crétacé inférieur
(Hauterivien-Barrémien, - 120 MA).
— Inde-Madagascar : Crétacé supérieur
(Turonien-Santonien, - 90/80 MA) 80.
— Afrique-Amérique du Sud : Crétacé
supérieur (d°).
— Nouvelle-Zélande-Antarctique : Cré¬
tacé supérieur (Santonien, - 85 MA).
— Australie-Antarctique : Crétacé supé¬
rieur (Maastrichtien, - 70 MA) à Eocène
(- 50 MA).
— Amérique du Sud-Antarctique : Paléo¬
gène (Éocène, - 55/- 40 MA, ou début Oligo¬
cène, - 38/- 35 MA).
Le tracé gondwanien au sens large est suivi par
les Macrocerinae du groupe Paramacrocera +
(fig. 1226), qui comprend un genre d’Afrique
orientale, Chiasmoneurella, et un genre mal¬
gache, Angazidzia, tandis que les Chiasmoneura
se répartissent entre les régions afrotropicale,
australasienne et orientale, et que les Paramacro¬
cera, groupe-frère des autres genres, couvrent la
région néotropicale et l’australasienne (où ils
suivent le tracé amphinotique). Chez les Orfeliini,
et sous réserve d’analyse phylogénétique, le genre
Isoneuromyia appartient aussi à ce tracé. Il
occupe en effet l’Amérique du Sud (y compris sa
partie australe), l’Australie et la Nouvelle-
Zélande, l’Inde et l’Afrique intertropicale. Il
existe quelques Isoneuromyia paléarctiques, mais
aucune espèce néarctique, ce qui implique une
origine récente de ces éléments, probablement à
partir de l’Asie méridionale.
La plupart des Keroplatidae gondwaniens sont
cependant restreints à l’une ou l’autre des sec¬
tions du tracé au sens large : tracé gondwanien
pantropical, tracé transantarctique, tracé amphi¬
notique. En ce qui concerne les autres insectes
suivant ces tracés, on trouvera notamment des
commentaires d’intérêt dans les alinéas intitulés
« Spécial Features of the Australian Fauna »,
consacrés à chaque ordre, dans le volume collec¬
tif édité par le CSIRO (1970), The Insec ts of
Australia.
80. Barron et al. (1981) assignent le Crétacé moyen (- 100 MA) à cet événement, mais Barron (1987b) montre les
deux plaques distinctement séparées au Turonien supérieur, et Howarth (1981) au Sénonien, dans l’hypothèse des dimensions
constantes.
Source : MNHN, Paris
554
LOÏC M ATI LE
Le tracé gondwanien pantropical
Le tracé pantropical (Harrison, 1928) corres¬
pond au tracé gondwanien généralisé moins les
régions tempérées à froides de la sous-région
chilienne et de la Nouvelle-Zélande. Impliquant
tous les éléments du Gondwana, il doit être daté
lui aussi du tout début du Crétacé. Il est suivi en
général par des lignées contenant de nombreuses
espèces. C’est le cas du groupe Heteropterna*
qui montre cependant chez le genre nominatif
deux extensions récentes aux régions paléarc-
tique et néarctique (H. septentrionalis au Japon,
H. cressoni aux États-Unis). Les Orfeliini des
genres Proceroplatus et Xenoplatyura ont le
même type de répartition (avec une espèce
néarctique pour le premier). Les Lygistorrhi-
nidae suivent également ce tracé, et présentent
eux aussi deux extensions tempérées, probable¬
ment récentes, au Japon et aux États-Unis ; le
genre Palaeognoriste a des représentants actuels
à Sri Lanka, tandis qu’une espèce fossile est
connue de l’ambre de la Baltique81 (Matile,
1986a).
Le tracé transantarctique
Il représente l’élément tempéré du tracé gé¬
néralisé et concerne les lignées « cool-adapted »
de Brundin (1965, 1966); il est marqué le plus
souvent par de petits groupes à répartition
ponctuelle sur tout ou partie de son aire, la plus
pauvre en espèce étant généralement l’Afrique
du Sud (c/. Brundin, 1966). Ce tracé (fig. 1212)
entraîne des relations de groupes-frères entre les
biotes africains et ceux occupant l’Australie + la
Nouvelle-Zélande, puisque la plaque africaine a
été la première à se séparer de I’Antarctique ; il
ne peut être plus récent que le Berriasien. En ce
qui concerne les Keroplatidae, il est suivi par les
Chiasmoneura du sous-genre Prochiasmoneura,
dont des représentants existent bien en Australie
comme je l’avais prédit en 1986.
Le tracé amphinotique
Ce tracé relie la région andine de l’Amérique
du Sud à l’Australie et à la Nouvelle-Guinée 82
d’une part, à la Nouvelle-Zélande et la Nouvelle-
Calédonie d’autre part (fig. 1213). C’est la plus
anciennement connue des sections du tracé gond¬
wanien généralisé, puisque dès 1845 Hooker
postulait une liaison terrestre entre ces régions,
via l’Antarctique, pour expliquer la répartition
des Araucarias et autres conifères austraux (voir
notamment Harrison, 1928 ; Jeannel, 1943 ;
Croizat, 1958, 1964; Brundin, 1965, 1966;
Cracraft, 1975b; Humphries, 1981; Hum-
phries & Parenti, 1986). Comme ce tracé n’in¬
clut ni l’Afrique ni l’Inde, il ne peut être
antérieur au Barrémien-Hauterivien, date limite
de la séparation Inde-Antarctique. L’Amérique
du Sud ne s’est séparée de l’Antarctique occiden¬
tal que vers la fin de l’Éocène ou le début de
l’Oligocène (Dalzel & Elliot, 1971 ; Foster,
1974 ; Kennett et al., 1974 ; Barron et al..
81. Jeannel (notamment 1943, 1961) a cité de nombreux exemples de lignées gondwaniennes possédant quelques
représentants paléarctiques ou néarctiques. Le plus connu est celui des Coléoptères Chiasognathes, dont il existe aussi une
espèce fossile de l’ambre balte.
82. Dans les discussions biogéographiques, j’utiliserai ce terme dans son sens géographique, c’est-à-dire Irian-
Jaya + Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
555
1981 ; Owen, 1983), mais la séparation de l’Aus¬
tralie, et celle de la Nouvelle-Zélande, remontent
au Crétacé supérieur, vers le Santonien. Le
créneau du tracé amphinotique se situe donc
entre le Barrémien-Hauterivien et le Maastrich-
tien-Santonien.
L’étude de la phylogénie et de la répartition
des Chironomidae Podonominae et Aphrotenii-
nae transantarctiques conduit Brundin (1965,
1966) à trois constatations importantes :
1. Le groupe-frère d’un groupe de Nouvelle-
Zélande vit toujours en Amérique du Sud, ou en
Amérique du Sud et (c’est Brundin qui sou¬
ligne) en Tasmanie + Australie.
2. Il n’existe pas de connexions phylogéné¬
tiques directes entre un groupe australo-tasma-
nien et un groupe néo-zélandais.
3. Un groupe australo-tasmanien représente
toujours une lignée apomorphe de la faune
chilienne-patagonienne.
Colless (1970a) et D. D. Munroe (1974) ont
mis en évidence l’accord de la phylogénie des
Ditomyiidae avec les points 1 et 2 de Brundin.
En ce qui concerne les Vertébrés, Cracraft
(1975a, 1980) doute lui aussi de l’existence d’un
tracé reliant directement l’Australie et la Nou¬
velle-Zélande seule ; pour lui, un tel tracé devra
être relié dans le futur à Lord Howe et à la
Nouvelle-Calédonie lorsque les relations phy¬
logénétiques des Oiseaux et des Chauves-souris
seront mieux connues. Il s’agit là en fait
de la reconnaissance d’un tracé déjà donné par
Croizat (1958), comprenant une branche trans¬
versale reliant la côte est de l’Australie à la
Nouvelle-Calédonie par l’intermédiaire de Nor¬
folk et Lord Howe. Craw (1979, 1982) a
également proposé un tracé reliant l’Australie à
la Nouvelle-Zélande, mais incluant l’arc mélané¬
sien interne (voir plus loin, p. 560).
La raison de l’absence de tracé direct Aus¬
tralie-Nouvelle-Zélande réside bien entendu dans
le fait que la Nouvelle-Zélande s’est séparée de
l’Antarctique à une époque où l’Australie et
l’Amérique du Sud y étaient encore reliées. La
découverte de taxa montrant une relation de
groupe-frère entre Australie + Nouvelle-Zélande,
puis Amérique du Sud impliquerait soit un
événement de dispersion de l’Australie vers la
Nouvelle-Zélande via le tracé de Croizat et
Cracraft, soit l’existence à un certain moment
d’une barrière entre Amérique du Sud et Aus¬
tralie -(-Nouvelle-Zélande avant l’isolement de
cette dernière. Cette configuration pourrait en¬
core correspondre à l’hypothèse d’une Nouvelle-
Zélande composite (Howell, 1980 ; Craw, 1982)
telle qu’elle est discutée notamment par Hum-
phries & Parenti (1986). Il me semble cependant
que l’on n’a pas assez pris en considération un
certain nombre de barrières susceptibles d’être
intervenues dans l’histoire des biotes austraux.
On sait que les éléments constituant l’Antarc¬
tique n’ont ni la même nature ni la même
histoire (voir la mise au point de Zinsmeister,
1987), et Brundin a déjà signalé la différence
entre les chaînes montagneuses de Nouvelle-
Zélande, de l’Antarctique occidental et du Chili,
d’une part, et les boucliers continentaux que
représentent l’Australie et l’Antarctique oriental
(voir aussi King & Downard, 1964 ; Zwick,
1977). Les géologues pensent actuellement que
l’Antarctique occidental est formé d’un certain
nombre de microplaques, dont la Péninsule
Antarctique, qui fut sinon reliée directement, du
moins adjacente à la pointe de l’Amérique du
Sud pendant tout le Crétacé supérieur. D’autre
part, la chaîne transantarctique a pu jouer un
rôle de barrière pour certaines espèces à la même
époque. Enfin, Zinsmeister cite des arguments
géophysiques et paléontologiques récents sug¬
gérant l’existence de mers épicontinentales tra-
Source : MNHN, Paris
556
LOÏC M ATI LE
versant l’Antarctique occidental au Crétacé ter¬
minal ou au tout début du Tertiaire. En tout cas,
l’étude des ammonites de la Péninsule Antarc¬
tique a montré que des liaisons marines épiconti-
nentales ont existé entre le Pacifique sud et
l’Atlantique sud dès le Crétacé supérieur (Thom¬
son, 1981). Trois éléments distincts ont ainsi pu
séparer les deux Antarctiques pendant le Cré¬
tacé.
Il ne faut pas perdre de vue non plus que la
mer de Magellan, couvrant l’est de la pointe de
l’Amérique du Sud pendant tout le Crétacé (cf.
Riccardi, 1987) et la plus grande partie du
Tertiaire, n’a laissé entre Antarctique et Amé¬
rique qu’un chapelet occidental d’îles ; avec la
Péninsule Antarctique, ce chapelet formait un
arc insulaire comparable à celui des Antilles.
L’appauvrissement de ces dernières à l’heure
actuelle, comparé à la richesse des faunes conti¬
nentales voisines, montre que l’arc insulaire
magellanien a certainement joué autrefois un rôle
similaire de filtre, démontré par le fait que les
biotes suivant le tracé amphinotique sont quand
même en nombre relativement peu élevé. Il
semble que le rôle de barrière de la mer de
Magellan et de l’arc insulaire qui la bordait a
été largement sous-estimé en raison de la ten¬
dance des biogéographes à ne prendre en compte
que les positions respectives des plaques conti¬
nentales, le plus souvent à l’isobathe 1000.
Parmi les taxa étudiés dans le présent travail,
le genre Paramacrocera suit ce tracé, qu’il
emprunte jusqu’à la Nouvelle-Zélande et à l’Aus¬
tralie, mais sans atteindre ses deux extrêmes, la
Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Calédonie (Hen-
nig, 1960 ; Matile & Goujet, 1981). Le groupe
funereum+ du genre Cerotelion en occupe une
partie (Nouvelle-Zélande et sud de l’Amérique
australe). En ce qui concerne les Orfeliini,
Hennig cite les genre Rypatula et Pyrtaula,
qui couvrent l’Australie, la Nouvelle-Zélande et
l’Amérique du Sud. Je connais un genre inédit de
la sous-région chilienne qui est proche de Neo-
antlemon, d’Australie et de Tasmanie. Après
révision, il faudra certainement y ajouter certains
groupes d’espèces appartenant aux genres Iso-
neuromyia et Neoplatyura.
Le genre Planarivora, parasite de Planaires
terrestres, qui habite la Tasmanie et la sous-
région brésilienne, appartient sans doute à une
section du tracé amphinotique. Son hôte n’est
connu que pour l’espèce tasmanienne et appar¬
tient au genre Geoplana ; il s’agit d’un des plus
plésiomorphes du groupe, avec une répartition
typiquement gondwanienne (voir discussion in
Harrison, 1928), et la découverte de Planari¬
vora dans d’autres éléments de l’ancien Gond-
wana n’aurait rien de surprenant.
D’autres Mycetophiloidea occupent le tracé
Amérique du Sud tempérée, Australie (et/ou
Tasmanie) et Nouvelle-Zélande (Freeman, 1951 ;
Hennig, 1960; D. D. Munroe, 1974; Matile,
1989c). Ce sont Australosymmerus (sous-genres
Australosymmerus s. str. et Crionisca, Ventri-
lobus et Araeostylus) pour les Ditomyiidae, Sy-
napha, Aneura et Neoaphelomera, et le couple
de genres-frères Trizygia-Paratrizygia pour les
Mycetophilidae. Deux de ces genres, Neoaphelo¬
mera et Synapha prolongent ce trajet jusqu’en
Nouvelle-Calédonie (Matile, sous pressé). Les
Ditomyiidae du genre Nervijuncta habitent l’Amé¬
rique du Sud, la Nouvelle-Zélande et la Nou¬
velle-Calédonie (Matile, 1988d). Les Myceto¬
philidae du genre Parvicellula et les Ohakunea
(de position systématique indéterminée) existent
en Amérique du Sud et en Nouvelle-Zélande. On
peut certainement ajouter à ce tracé les espèces
australes du genre Phthinia (Mycetophilidae),
genre qui, dans son ensemble, montre par ail¬
leurs une répartition typiquement amphitropi-
cale. L’Amérique du Sud tempérée et l’Australie
se partagent les Mycetophilidae des genres Para-
leia, Paratrizygia et Stenophragma ; ce dernier
genre a également été rencontré en Nouvelle-
Calédonie. La révision de genres de Mycetophi¬
lidae tels que Mycomya, Neoempheria, Tetrago-
neura, Mycetophila, Phronia, Trichonta, etc., ne
manquera pas de révéler d’autres groupes d’es¬
pèces amphinotiques.
En dehors de certains Mycetophiloidea, Hen¬
nig (1960) cite de nombreux autres groupes de
Diptères (« groupes AS ») appartenant à tout ou
partie du tracé amphinotique : Tipulidae, Chiro-
nomidae, Corynoscelidae (voir aussi Hutson,
1977), Psychodidae, Dixidae, Thaumaleidae, Si-
muliidae, Blephariceridae (voir aussi Zwick,
1977), pour les Nématocères ; Stratiomyiidae,
Tabanidae, Empididae, Rhagionidae, Nemestri-
nidae, Asilidae, Bombyliidae, pour les Brachy-
cères Orthorrhaphes, Sciadoceridae et Anthomy-
zidae seulement pour les Cyclorrhaphes. Hennig
pense toutefois que tous ces groupes ne sont pas
encore assez connus phylogénétiquement, et ne
prend donc pas position sur le rôle éventuel
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
557
de PAntarctique comme voie de dispersion ou
centre évolutif. Il faut encore ajouter aux Bra-
chycères Orthorrhaphes amphinotiques les Pele-
corhynchidae (Nagatomi, 1962b). Brundin (1966)
donne évidemment de très nombreux taxa sui¬
vant le tracé amphinotique et appartenant aux
Chironomidae Podonominae Podonomini, aux
Aphroteniinae et aux Diamesiinae, Vockeroth
(1969), au sujet des Syrphidae Syrphini (absents
du tracé), N. Bernardi (1973), à propos des
Nemestrinidae, et Zwick (1977), pour les Ble-
phariceridae, ont discuté des « groupes AS » de
Hennig.
Il existe bien entendu beaucoup de groupes
animaux et végétaux qui appartiennent au tracé
généralisé amphinotique. Le plus célèbre est sans
doute celui des Nothophagus (voir Brundin,
1966 ; Melville, 1973 ; Cracraft, 1975a ; Hum-
phries, 1981). Il ne saurait être question de tous
les énumérer ici, d’autant que bien peu de ces
groupes ont fait l’objet de recherches phylogé¬
nétiques récentes, comme Hennig le regret¬
tait déjà pour les Diptères en 1960 (et encore
vingt ans plus tard Humphries, pour tous les
groupes...).
Le tracé oriento-australasien
Il s’agit du tracé classique reliant le sous-
continent indien à la région australasienne via la
péninsule indomalaise, en traversant les lignes de
Wallace et de Weber (fig. 1214). La limite de la
région orientale n’est manifestement pas la même
pour tous les groupes, et il semble bien en tout
cas que ces célèbres lignes n’ont pas la même
signification pour les Vertébrés que pour les
Invertébrés. Gressitt (1974) pense d’ailleurs
qu’il serait plus « réaliste » de prolonger la région
orientale de façon à y inclure la Papouasie, la
Mélanésie, la Micronésie et la Polynésie, en tout
cas en ce qui concerne les Insectes. C’est aussi
l’opinion d’HoLLOWAY & Jardine (1968), qui
constatent qu’une partie de ce tracé, celle reliant
la Malaisie à l’Australie, correspond à deux
tracés temporels, l’un du Miocène, l’autre du
Pliocène-Pléistocène (fig. 1215, 1216; voir aussi
l’important travail de Harrison, 1928). Le tracé
miocène va de la péninsule malaise et aux
Philippines à l’arc mélanésien, en épargnant
Fig. 1214. — Le tracé oriento-australasien.
Java, Sumatra, les Célèbes et la majeure partie
de Bornéo (fig. 1215). Il correspond à des
groupes ayant évolué dans les forêts tropicales de
basse altitude de ces régions, et donc adaptés à la
chaleur et à l’humidité. Le tracé pliocène-pléisto-
cène correspond au maximum des régressions
marines, et relie notamment la péninsule malaise
1216
Fig. 1215-1216. — Les tracés oriento-australasiens d’HoL-
loway & Jardine (1968). 1215 : le tracé miocène ; 1216 : le
tracé pliocène-pléistocène.
Source : MNHN, Paris
558
LOÏC M ATI LE
aux petites îles de la Sonde (Terre de Sunda),
puis à la Nouvelle-Guinée, au Queensland et à
l’arc mélanésien (fig. 1216); il représente une
voie montagneuse et tempérée (Winterbourne,
1980). Ces deux voies récentes du tracé oriento-
australasien, d’après Holloway & Jardine, ne
se prolongent ni vers la péninsule indienne à
l’ouest, ni vers la Nouvelle-Calédonie à l’est. Il
existe cependant des Mycetophilidae du genre
Stenophragma qui suivent le deuxième de ces
tracés jusqu’en Nouvelle-Calédonie (Matile, sous
presse).
Lorsqu’un taxon suit le tracé oriento-australa-
sien jusqu’à l’Inde, le problème qui se pose est
qu’une autre section temporelle du tracé peut
être mise en cause, beaucoup plus ancienne : celle
provenant de la dérive de l’Inde, qui partie de
l’ Antarctique au Crétacé inférieur, est venue
heurter la plaque eurasienne à une date d’ailleurs
contestée : limite Crétacé-Paléocène pour Gayet,
Rage & Rana (1984), Éocène pour Hallam
(1981), fin Éocène-début Oligocène pour Mol-
nar & Tapponnier (1977), Oligocène pour Bar-
ron et al. (1981). Seule la configuration du
cladogramme permet alors de décider en faveur
d’une occupation ancienne de l’Inde, ou d’une
dispersion récente sur la péninsule à partir du
sud-est asiatique. Dans le premier cas, l’élément
indien représentera le groupe-frère des éléments
du sud-est asiatique + les australasiens ; l’aire
d’origine est représentée par l’Inde + l’Austra¬
lie (+ l’Antarctique). Dans le deuxième cas,
l’élément indien sera plus étroitement apparenté
à l’élément sud-est asiatique qu’à l’australasien ;
l’aire d’origine est australienne. Le troisième
cladogramme possible, qui impliquerait une rela¬
tion de groupe-frère entre l’Inde et l’Australasie,
avec un élément sud-est asiatique plus ancien,
serait inexplicable selon la tectonique classique,
puisqu’à l’époque où l’Inde et l’Australie for¬
maient, par l’intermédiaire de PAntarctique, une
aire géographique unique, c’est-à-dire au Crétacé
inférieur, l’Asie du Sud-est s’en trouvait séparée
par toute la largeur de la Téthys.
Comme je l’ai dit dans l’introduction à la
présente Partie, la théorie de l’expansion ter¬
restre a d’importantes répercussions sur le tracé
oriento-australasien, puisque l’Asie du Sud-est,
selon cette théorie, serait un élément gondwa-
nien comblant la Téthys entre la « Grande Inde »
et l’Australie au moins jusqu’en Hauterivien
(fig. 1217). Le cladogramme que je viens de
mentionner serait alors tout à fait possible.
La Pacifica de Nur & Ben Avraham (1981) a
ici encore un intérêt direct. En effet, bien que
d’après ces auteurs aucune collision continentale
majeure ne soit associée à la plaque Pacifique,
l’un de ses fragments aurait heurté la plaque
eurasiatique à la fin du Crétacé ou au début de
P Éocène ; bien que cela ne ressorte pas claire¬
ment des schémas donnés, cette microplaque
semble correspondre à celle des Philippines.
Dans ces conditions, elle représenterait donc une
voie de passage entre régions australasienne et
orientale, le fragment en question s’étant détaché
de l’Australie au Trias. La Pacifica de Melville
(1981), au contraire, n’entraîne pas de relations
terrestres entre la Pacifica septentrionale (Indo¬
chine, Asie du Sud-est, Chine, Corée...) et la
région australasienne.
Parmi les Keroplatidae étudiés, les Chiasmo-
neura s. str. suivent le tracé oriento-australasien
de l’Inde péninsulaire à Vanuatu. Au contraire,
les Euceroplatus n’y participent, vers l’Est, que
jusqu’à la péninsule malaise. Chez les Orfeliini, le
genre Rhynchorfelia, de Nouvelle-Calédonie, est
sans doute étroitement apparenté à Rhynchopla-
tyura, oriental ; les Rutylapa néo-calédoniens
semblent proches des orientaux (Matile, 1988c).
Ces insectes suivent donc une partie du tracé. Il
existe certainement d’autres Orfeliini à réparti¬
tion de ce type, chez des genres très largement
répartis, tels Tylparua ou Xenoplatyura, où des
groupes d’espèces pourraient être oriento-austra-
lasiens ; il faudrait pour en être sûr étudier la
phylogénie de ces espèces. La révision de genres
de Mycetophilidae tels que Mycomya, Neoem-
pheria, Mycetophila, Epicypta, Aspidiona, etc.,
révélera sans doute d’autres membres du tracé.
Le tracé circum-tasmanien
Ce tracé inclut l’est de l’Australie, la Tas¬
manie, la Nouvelle-Zélande et la Nouvelle-Calé¬
donie (fig. 1218). La séparation de la Nouvelle-
Zélande et de l’Antarctique (et par conséquent
l’interruption de ses communications avec l’Aus¬
tralie) est datée du Crétacé supérieur, et plus
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
559
précisément du Santonien, il y a 85 millions assurée par l’intermédiaire de la Terre de Marie
d’années (Harrison, Barron & Hay, 1979; Byrd, celle-ci ayant en commun avec la Nou-
Barron et al., 1981), datation confirmée par la velle-Zélande une pénéplaine d’âge Crétacé su-
découverte d’un dinosaure en Nouvelle-Zélande périeur (Molnar et al., 1975 ; Zinsmeister,
(Molnar, 1981). La connexion était auparavant 1987 ; Lawver & Scotese, 1987). La rupture
Fig. 1217. — Rapports de l'Asie du sud-est et du Gondwana oriental au Crétacé inférieur (Hauterivien, — 120 MA) dans
l’hypothèse de l’expansion terrestre. D’après Owen (1983), simplifié, avec l’aimable autorisation de Cambridge
University Press.
Source : MNHN, Paris
560
LOÏC MATILE
définitive des connexions terrestres entre Antarc¬
tique et Australie s’est produite à PÉocène
inférieur (Weissel & Hâves, 1972 ; Kennett et
al., 1980 ; Coleman, 1980), ou peut-être au début
du Maastrichtien (Barron, 1987a, b ; Frakes et
al., 1987). L’isolement de la Nouvelle-Calédonie
par l’ouverture de la mer de Tasman date de la
même période. L’âge du tracé circum-tasmanien
ne peut donc être postérieur à la fin du Crétacé
supérieur ou au début de PÉocène.
Fig. 1218. — Le tracé circum-tasmanien.
Quant à la Tasmanie, elle a fait partie inté¬
grante des terres émergées australiennes pendant
tout le Crétacé, même lors de la plus grande
ouverture du rift formé à la marge méridionale
de l’Australie lors de l’éclatement du Gondwana
(voir les cartes paléogéographiques de Frakes et
al., 1987). Les deux régions ne se sont séparées,
au Tertiaire, qu’à l’Oligocène supérieur (Wil¬
liams, 1974), puis le détroit de Bass s’est périodi¬
quement ouvert et fermé pendant le Pliocène-
Pléistocène ; d’après Robinson (1974), toutefois,
des faciès marins existent dans le bassin de Bass
dès PÉocène supérieur. Il est probable cepen¬
dant que ce bassin ait joué pendant un temps
assez considérable, et bien avant le Tertiaire,
un rôle de barrière entre Tasmanie et Australie.
En effet, la Tasmanie compte un grand nombre
d’endémiques; ainsi Williams (1974) a souli¬
gné que 200 des 1 250 espèces d’Angiospermes
de Tasmanie étaient endémiques (ainsi que dix
genres), comme la plupart des conifères. Quatre
genres de Mycetophilidae sont endémiques en
Tasmanie : Austrosciophila, Paramorganiella, Tas-
manina et Pseudoalysiina (Matile, 1989c). On
verra plus loin que la phylogénie des Arachno-
campinae impose une interruption de la section
Tasmanie- Australie du tracé pendant l’existence
de la section Tasmanie-Nouvelle-Zélande.
L’Amérique du Sud ne s’étant définitivement
séparée de l’Antarctique qu’à PÉocène, il faut
postuler que les biotes qui suivent le tracé
circumtasmanien plutôt que l’amphinotique n’ont
pas atteint ce continent parce qu’une barrière a
joué pour eux à un certain moment (voir p. 555,
au sujet du tracé amphinotique), ou parce que
leur expansion a été très lente.
On a vu plus haut que Croizat (1958),
Cracraft (1975a) et Humphries & Parenti
(1986) proposent un tracé Australie-Nouvelle-
Calédonie-Nouvelle-Zélande par l’intermédiaire
des rides de Norfolk et Lord Howe. Ce tracé est
du Miocène inférieur à moyen et est également
invoqué par Balouet (1985) pour la «vica¬
riance intra-Tasmantis » de certains Vertébrés. Je
préfère cependant, en ce qui concerne les Myce-
tophiloidea, l’explication de ce tracé par des
événements de vicariance subséquents à la rup¬
ture de la Tasmantis, à la fin du Crétacé ou au
début du Tertiaire, à l’hypothèse d’une disper¬
sion récente à travers la mer de Corail. Le tracé
circum-tasmanien ne doit pas être confondu non
plus avec le tracé trans-tasmanien de Craw
(1979, 1982). Celui-ci, en effet, part de la Nou¬
velle-Guinée et se divise en deux branches dont
l’une traverse l’arc mélanésien interne et la
Nouvelle-Calédonie pour aboutir en Nouvelle-
Zélande, tandis que l’autre couvre les chaînes
australiennes orientales et se termine en Tas¬
manie. Ce type de tracé a généralement été
expliqué par une dispersion récente d’origine
septentrionale (Brundin, 1965, 1966; Winter-
bourne, 1980 ; Craw, 1982), encore que Craw
n’exclut pas une explication de type vicariant ; il
ne correspond qu’à un très petit nombre de
tracés particuliers.
Quoiqu’il en soit, le tracé circum-tasma¬
nien correspond très bien à la carte paléogéo¬
graphique de l’Albien supérieur-Cénomanien
(- 100 MA) donnée par Barron et al. (1981), où
la Tasmantis est accolée à l’ Antarctique et à la
côte orientale de l’Australie, celle-ci elle-même
coupée en deux par la mer de Tambo, ce qui isole
l’Australie occidentale et le fragment subsistant
de la Nouvelle-Guinée (fig. 1219, 1254).
Chez les Keroplatidae, le tracé circum-tasma¬
nien est suivi par le genre Arachnocampa et les
quatre espèces de Paramacrocera du sous-genre
nominatif (ces genres n’existent cependant pas en
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
561
Fig. 1219. — L’hémisphère sud au Crétacé moyen (Albien
supérieur - Cénomanien, — 100 MA). D’après Barron et
al. (1981), avec l’aimable autorisation de la Rédaction
d 'Eclogae geol. Helv.
Nouvelle-Calédonie) ; c’est aussi celui de Pseudo-
platyura (Keroplatidae Orfeliini), jusqu’ici connu
uniquement d’Australie et de Nouvelle-Zélan¬
de 83, mais que j’ai cité récemment de Nouvelle-
Calédonie (Matile, 1988c). Un groupe probable¬
ment monophylétique d’espèces du genre Eudi-
crana (Mycetophilidae) suit le tracé circum-
tasmanien jusqu’en Nouvelle-Calédonie (Matile,
sous pressé). La section Australie-Tasmanie-Nou¬
velle-Zélande est sans doute suivie par les Neo-
platyura ( Orfeliini ) du groupe monticola (c/.
Edwards, 1929c), tandis que celle Tasmanie-
Nouvelle-Zélande porte le couple Morganiella-
Paramorganiella (Mycetophilidae). La section
Nouvelle-Zélande-Nouvelle-Calédonie est occu¬
pée par un groupe d’espèces du genre Macrocera
(Keroplatidae) (Matile, 1988c) et un groupe
d’espèces du genre Mycomya (Mycetophilidae
Mycomyinae ; Matile, sous pressé) ; on peut
y ajouter les Leiinae des genres Sigmoleia et
Anomalomyia, jusqu’ici connus uniquement de
Nouvelle-Zélande, et dont je connais plusieurs
espèces néo-calédoniennes. La section Australie-
Nouvelle-Zélande est représentée par le couple
Ateleia-Cawthronia (Mycetophilidae), sous ré¬
serve de ré-examen de ces genres. Hennig (1960)
a donné un nombre relativement peu élevé
d’autres Diptères suivant tout ou partie de la
section Australie-Tasmanie-Nouvelle-Zélande.
Il existe également une relation Tasmanie-
Nouvelle-Calédonie avec les Mycetophilidae du
genre Neoallocotocera, mais il est probable que
celui-ci existe aussi en Nouvelle-Zélande.
L’hypothèse de l’expansion terrestre ne semble
pas avoir de conséquences directes sur le tracé
circum-tasmanien ; elle situe en effet elle aussi au
début du Tertiaire la séparation de l’Australie, de
l’Antarctique, de la Nouvelle-Zélande et de la
Nouvelle-Calédonie.
Celle de la Pacifica au sens de Nur & Ben
Avraham (1981) n’entre pas en jeu non plus,
l’appartenance de la Tasmantis au domaine
australien n’étant pas contestée par ces auteurs,
pour lesquels les éléments de l’éventuelle Pacifica
en étaient largement séparés dès le début du
Jurassique. Pour Melville (1981), la Tasmantis
est un élément de la Pacifica, qu’il situe au
Jurassique le long de la dorsale du Pacifique Sud,
mais Craw (1982), partisan de la Pacifica lui
aussi, a rectifié cette incompatibilité avec les
données stratigraphiques et, dans sa reconstitu¬
tion de l’hypothèse de Melville, a réattribué la
Tasmantis (diphylétique) à l’Australie et à l’An-
NZ
Mag Cbl LHNC Aus
Fig. 1220. — Cladogramme de zone pour la Magellania
(Mag), le Plateau de Campbell (Cbl), Lord Howe + la
Nouvelle-Calédonie (LHNC), l’Australie (Aus) et La Nou¬
velle-Zélande diphylétique (NZ), dans l’hypothèse de la
Pacifica de Melville (1981) modifiée par Craw (1982).
L’Antarctique n’a pas été pris en compte.
83. Pseudoplatyura souzai Lane, du Brésil, dont j’ai vu le type, n’appartient pas à ce genre.
Source : MNHN, Paris
562
LOÏC MATILE
tarctique. Dans cette hypothèse de Melville
modifiée par Craw, et en faisant abstraction
de FAntarctique, d’où nous ne pouvons disposer
de Keroplatidae en Fabsence de fossiles, il y a
une relation de zones-sœurs entre le sud de
l’Amérique du Sud (j'adopterai dorénavant pour
celui-ci le terme de Magellania, employé par
Melville) + le plateau de Campbell et la ride de
Campbell + la Nouvelle-Calédonie + l’Australie, la
Nouvelle-Zélande, composite, chevauchant les
deux lignées (fig. 1220). Les biotes suivant un
tracé en accord avec cette hypothèse se reconnaî¬
traient alors au fait qu’ils ne pourraient former
un groupe monophylétique sans l’adjonction
d’un taxon magellanien frère d’un taxon néo-
zélandais, et non frère d’un taxon couvrant
la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Calédonie et
l’Australie. Dans l’hypothèse de Kamp (1980),
où une partie de la Nouvelle-Zélande et une
partie de la Nouvelle-Calédonie appartiennent à
la Pacifica, et où par conséquent la « Canterbury
Suite » de Nouvelle-Zélande était au contact de
la Pacifica magellanienne, on aboutirait à un
cladogramme de même type.
Les tracés transatlantiques
Ces tracés sont au nombre de deux, l’un
méridional, unissant l’Amérique du Sud à
l’Afrique, l’autre septentrional, reliant la Néarc-
tis à la Paléarctis.
Le tracé transatlantique méridional
Ce tracé (fig. 1221), qui relie l’Amérique du
Sud et l’Afrique, est bien connu (lignées afri-
cano-brésiliennes de Jeannel, 1943, 1950) et
remonte évidemment au plus tard à la rupture
définitive entre les deux continents. De l’avis de
tous les auteurs, commencée au Néocomien, vers
- 130 MA, l’ouverture de l’Atlantique Sud s’est
achevée au début du Crétacé supérieur. Hallam
(1981) la place entre le Turonien et le Santonien,
vers - 90/85 MA, mais les cartes d’OwEN (1983)
situent cet événement dès le début du Turonien,
dans l’hypothèse de l’expansion comme dans
celle de la constance du diamètre terrestre, tan¬
dis qu’HowARTH (1981) le place au Cénoma¬
Fig. 1221. — Le tracé transatlantique méridional.
nien. Reyment & Dingle (1987), en tout cas,
montrent la dorsale océanique bien établie, et
un système de courants océaniques développés,
sur leur carte paléogéographique du Turonien
moyen ; ces auteurs, cependant, considèrent qu’il
a existé une voie possible de migration pour les
animaux et les plantes terrestres jusqu’au Conia-
cien, par l’intermédiaire des rides de Walvis et du
Rio Grande. Le créneau porte sur moins d’une
dizaine de millions d’années ; il est donc sans
conséquences au niveau où nous nous situons ici.
Deux groupes seulement de Keroplatini suivent
ce tracé. Le premier est le groupe Hikanoptilon* ,
où le genre nominatif a des relations de groupe-
frère avec deux genres exclusivement néotropi¬
caux, Placoceratias et Neoceroplatus, et un genre
cosmopolite, Keroplatus. L’autre est formé de
Ctenoceridion, dont un sous-genre est néotropi¬
cal, l’autre afro-oriental. Enfin, le tracé est suivi
par deux groupes-frères d’espèces appartenant
au genre Keroplatus.
Seuls les Orfeliini du genre Lyprauta, avec
plusieurs espèces néotropicales et afrotropicales
(dont une espèce malgache) suivent le tracé
transatlantique méridional, tandis que je n’ai
trouvé aucun autre genre de Mycetophilidae
susceptible de lui appartenir. Il existe très pro¬
bablement des groupes d’espèces africano-brési-
liennes dans de grands genres tels que Neoem-
pheria ou Leia, mais leur mise en évidence
doit attendre leur révision phylogénétique. En
tout état de cause, peu de Mycetophiloidea
appartiennent à ce tracé.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
563
LE TRACÉ TRANSATLANTIQUE SEPTENTRIONAL
Ce tracé relie l’est de l’Amérique du Nord à
l’Europe à travers l’Atlantique Nord (fig. 1222).
La rupture définitive entre les deux plaques est
datée différemment suivant les auteurs. Si l’on en
croit les données de McKenna (1975), obtenues
sur les Mammifères fossiles, elle est de l’Éocène
inférieur (- 55/50 MA) ; c’est également la da¬
tation de Harland et al. (1982). Elle est de
l’Éocène supérieur (vers - 40 MA) pour Hal-
lam (1981), du Paléocène (- 65/55 MA) pour
Fig. 1222. — Le tracé transatlantique septentrional.
Smith, Hurley & Briden (1981). La datation la
plus ancienne de la rupture des connexions
terrestres entre Amérique du Nord et Europe a
été fixée au Crétacé supérieur par Dietz &
Holden (1970), et les cartes paléogéographiques
de Barron et al. (1981) montrent les deux
continents isolés dès le cours des transgressions
du Campanien (- 80 MA) ; celles de Barron
(1987b) font encore remonter la séparation au
Turonien (vers - 90 MA). Sans doute faut-il
voir dans ces considérables différences une con¬
séquence du fait que certains auteurs n’ont pris
en compte que les mouvements de plaques, sans
considérer les transgressions et les régressions.
En l’occurrence, j’aurai tendance ici à privilégier
les documents paléontologiques de McKenna,
qui démontrent que des relations par voie ter¬
restres ont été possibles, au moins par de courts
événements de dispersion (« islands hopping »),
jusqu’à la fin de l’Éocène.
Vers cette époque, les régions boréales de la
Laurasie, à l’est comme à l’ouest, étaient tempé¬
rées et recouvertes par la forêt arcto-tertiaire qui,
à la fin de l’Eocène, remontait jusque vers 65° de
latitude nord. De son côté, l’isthme de Behring
était situé plus au nord, et supportait donc des
Fig. 1223. — La Terre à l’Éocène supérieur ( — 40 MA). D’après Barron et al (1981), avec l’aimable autorisation de la
Rédaction d 'Eclogae geol. Helv.
Source : MNHN, Paris
564
LOÏC MATILE
jours plus courts et des températures plus basses :
le passage euraméricain était donc plus facile que
l’amérasien M. En même temps, l’Asie était plus
ou moins complètement séparée de l’Europe par
le bras de mer russe et/ou le détroit de Turgai et
son prolongement, la mer d’Obik (fig. 1223), la
barrière ne devant s’effacer que vers le milieu de
l’Oligocène, période à laquelle, au contraire, la
plateforme russe était coupée du sud de l’Europe
par la mer transeuropéenne, reliant la mer du
Nord à l’Océan Indien (Termier & Termier,
1952, 1979 ; McKenna, 1975 ; Barron et al.,
1981 ; Adams, 1981).
Les hypothèses de la Pacifîca ou de l’expan¬
sion n’ont pas d’influence significative sur le
tracé transatlantique septentrional, sauf que la
dernière exclut une séparation des deux conti¬
nents au Crétacé supérieur.
J’ai déjà énuméré les Mycetophiloidea qui
suivent ce tracé (Matile, 1988b). Pour les Kero-
platidae étudiés ici, il s’agit des taxa suivants : les
deux espèces du genre Hesperodes, dont l’une
fossile de l’ambre de la Baltique (fin Éocène-
début Oligocène), ce qui correspond très bien à
la datation proposée par McKenna ; les trois
espèces de Cerotelion du groupe johannseni + ; le
genre Rocetelion et le couple formé par Keropla-
tus clausus et reaumurii. Y appartiennent encore
les Macrocera du groupe nobilis (p. 488), et
sans doute plusieurs autres groupes d’espèces de
ce grand genre. Pour les Orfeliini, j’ai cité les
Orfelia du groupe discoloria, les lsoneuromyia
du groupe semirufa, ainsi que les genres Pla-
tyura, Macrorrhyncha, Asindulum et Urytalpa.
En ce qui concerne les autres Mycetophiloidea,
ils sont nombreux à lui appartenir : tous les
Bolitophilidae, les Diadocidiidae (à l’exception
d’une ou deux espèces néotropicales et d’une
espèce tasmanienne probablement introduite),
les Ditomyiidae du sous-genre Symmerus s. str.,
les Mycetophilidae des genres Paratinia, Baeop-
terogyna, Syntemna, Anaclileia, Ectrepesthoneura,
Speolepta, Impleta, Gnoriste, Novakia, Apoleph-
thisa et Tarnania (Matile, 1984c, 1988b). Il faut
y ajouter des groupes d’espèces de Mycetophila
(Laffoon, 1957 ; Lâstovka, 1972), de Phronia
et Trichonta (Gagné, 1975, 1981a), Pseudexechia
et Epicypta (Chandler, 1978a, 1981), Acnemia,
Monoclona et les Allodia du sous-genre Brachy-
campta (Zaitsev, 1982a, b ; 1983b ; 1984) ; enfin
des groupes d’espèces de Sciophila (Zaitsev,
1982c ; Matile, 1983) et de Mycomya (Vâisâ-
nen, 1984). Parmi ces Mycetophilidae, l’âge du
tracé transatlantique septentrional est encore
corroboré par des fossiles de l’ambre apparte¬
nant aux genres Syntemna et Symmerus (Matile,
1988b).
L’étude d’autres genres de Mycetophiloidea
riches en espèces paléarctiques et néarctiques
révélera sans aucun doute de nombreux couples,
ou des groupes entiers d'espèces présentant cette
répartition transatlantique, qui doit être très
commune dans la superfamille. Vàisânen a fait
remarquer que les espèces holarctiques de Myco¬
mya sont plus nombreuses dans les régions
septentrionales que dans les méridionales, et que
les régions les plus au nord de l’Holarctis
partagent environ les deux tiers de leur faune de
Mycomya. Les répartitions transatlantiques sont
congruentes entre les couples d’espèces-sœurs de
Mycomya de Vàisânen et les Phronia et Tri¬
chonta de Gagné, les deux auteurs s’accordant
pour reconnaître que les glaciations pléistocènes
n’ont joué aucun rôle dans les spéciations, mais
bien qu’elles sont dues à la vicariance entre les
deux régions en cause. Leurs constatations con¬
cordent très bien avec l’aire d’origine septentrio¬
nale, au moins fin Éocène, proposée plus haut.
Le tracé transatlantique septentrional est sans
doute celui le plus largement suivi par les
Diptères, et en ce qui concerne les Bibiono-
morpha, les mêmes remarques ont pu être faites
pour les Cecidomyiidae par Roskam (1977, 1979)
et Gagné (1984).
Les tracés transpacifiques
Deux tracés suivis par certains Keroplati- soit à l’Amérique du Sud, à travers le Pacifique
dae sont d’interprétation délicate ; ils relient (fig. 1224).
la région orientale soit à l’Amérique du Nord,
84. Il s’agit du moins de l’hypothèse la plus généralement admise. Voir p. 604 au sujet du climat de la terre d’Ellesmere,
et la remise en cause par Wolfe (1975) et Matthews (1980), notamment, du concept de végétation arcto-tertiaire.
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
565
Le tracé transpacifique septentrional
Ce tracé relie l’Est des États-Unis à la région
orientale et se distingue du tracé trans-behringien
classique par le fait que les taxa qui l’occupent ne
peuplent pas en même temps l’Asie paléarctique.
Le passage par l’isthme de Behring ayant été
possible pendant le Paléocène, puis du Miocène
supérieur au Pliocène, cette absence ne peut
s’expliquer que par des disparitions le long de la
marge orientale de l’Asie, par exemple lors des
glaciations pléistocènes (ou par des récoltes
insuffisantes dans cette région). En effet, aucune
des hypothèses géophysiques en concurrence ne
place l’Asie du sud-est à proximité de l’ouest de
l’ Amérique du Nord sans impliquer en même
temps le continent asiatique.
Le tracé transpacifique nord n’est suivi que
par la tribu des Robsonomyiini, avec Robsono-
myia à l’ouest de l’Amérique du Nord, Srilan-
kana de Sri Lanka et Micrepimera de l’Ile
Christmas (Océan Indien). Le genre-frère de cet
ensemble est représenté par Kelneria, fossile de
l’ambre de la Baltique. Je n’en ai pas trouvé
d’autres exemples.
Le tracé transpacifique méridional
Il implique la région orientale, éventuellement
la Nouvelle-Guinée et le Queensland, mais pas la
Nouvelle-Zélande, d’une part, et l’Amérique du
Sud tropicale d’autre part (fig. 1224) ; de fait, il
s’agit d’un tracé gondwanien tropical moins
l’Afrique, ce qui le date du Crétacé inférieur
(Berriasien, - 120 MA ; cf. p. 553) ; il suppose la
disparition des biotes qui le suivent, et sans
doute pour des raisons climatiques, dans la
Magellania et le sud de la région australasienne.
Ce type de tracé peut aussi s’expliquer dans
l’hypothèse de Nur & Ben Avraham (1981), par
la disjonction d’une aire ancestrale comprenant
l’Australasie et la plaque de Phoenix, cette der¬
nière destinée à heurter la Magellania à la fin du
Jurassique ou au début du Crétacé, mais il exige
aussi une hypothèse de disparition pour raisons
climatiques, cette hypothèse incluant normale¬
ment la Nouvelle-Zélande, comme celles de
Kamp (1980), Melville (1981) et Craw (1982).
Il en va de même avec l’hypothèse de l’expan¬
sion d’OwEN (1983). Par contre, ce tracé est
cohérent avec celle de Shields (1979, 1983), qui
met les régions en cause en connexion, au nord
de l’équateur du Jurassique supérieur, comme le
montre la figure 1210. En ce qui concerne le tracé
transpacifique sud, l’hypothèse de Shields est
donc plus économique dans son âge absolu et
dispense de postuler des disparitions.
Le tracé transpacifique sud est suivi par les
genres Platyroptilon et Setostylus, ainsi que par
le groupe Euceroplatus* , formé de ce couple et de
son genre-frère, Euceroplatus, par le groupe
Xenokeroplatus * {Xenokeroplatus , Nauarchia et
Duretina), et par les Heteropterna oriento-néo-
tropicaux si l’on considère que leurs extensions
hors de ces régions sont le fait d’une expansion
récente. Ce tracé, et ces répartitions, seront
discutés plus loin (p. 609 et seq.).
LES TRACÉS PARTICULIERS
Je tenterai ici d’élucider dans la mesure
du possible l’histoire des différentes lignées de
Keroplatidae, en me limitant aux catégories
inférieures à la sous-famille. On verra en effet
qu’il me sera possible d’assigner à certains genres
un âge minimum remontant au moins au Juras¬
sique supérieur. La séparation des sous-familles
doit donc remonter au plus tard au Jurassique
Source : MNHN, Paris
566
LOÏC MATILE
moyen, plus probablement au Jurassique infé¬
rieur. De cette époque, nous connaissons par les
fossiles de nombreuses formes de Mycetophiloi-
dea de position systématique indéterminée (c/.
généralités, p. 20). La période du Jurassique
moyen et inférieur est elle-même obscure pour le
biogéographe, puisqu’elle n’implique que la rup¬
ture de la Pangée en deux super-continents,
Laurasie et Gondwana, comme événement sus¬
ceptible d’avoir provoqué des vicariances, par la
force des choses entre grandes lignées australes et
septentrionales. Sans aucun doute d’autres bar¬
rières liées à l’eustasie et à l’orogénèse sont
intervenues à cette époque et ont joué un rôle
important dans la mise en place des faunes et des
flores, mais nous ne disposons ici que de données
fragmentaires. Dans l’état actuel de nos connais¬
sances, il serait donc aventuré d’émettre une
hypothèse sur les parentés de l’espèce ancestrale
des Keroplatidae, et par conséquent sur l’origine
de la famille, non plus que sur l’origine de sa
séparation en trois lignées, Arachnocampinae,
Macrocerinae et Keroplatinae : ces événements
se perdent dans le brouillard jurassique.
Sous-famille des Arachnocampinae
Les Arachnocampinae appartiennent au tracé
circum-tasmanien, sauf qu’ils ne gagnent pas la
Nouvelle-Calédonie ; leur âge minimum remonte
donc environ à l’Albien supérieur-Cénomanien,
vers - 100 MA ( cf. p. 558). Ils présentent une
configuration biogéographique à deux taxa,
puisqu’ils sont formés de deux couples d’es¬
pèces-sœurs appartenant au seul genre Arachno-
campa, et classés chacun dans un sous-genre,
Arachnocampa s. str. et Compara (fig. 1225). Ce
type de cladogramme ne permet pas d’inférer une
aire d’origine ou une direction de spéciation. Le
seul renseignement biogéographique que nous
donne cette sous-famille est la curieuse relation
de régions-sœurs entre la Tasmanie et la Nou¬
velle-Zélande par rapport à l’Australie, alors que
la Tasmanie est considérée comme ayant tou¬
jours fait partie du domaine australien.
Fig. 1225. — Relations phylogénétiques et répartition des
espèces formant le genre Arachnocampa.
On ne peut en effet envisager que le genre
Arachnocampa participe au tracé généralisé trans-
tasmanien de Craw, ni à celui de Croizat et
Cracraft (cf p. 560), car dans ce cas A.
tasmaniensis serait plus étroitement apparenté
aux deux espèces australiennes du sous-genre
Compara, alors qu’il appartient aux Arachno¬
campa s. str., comme A. luminosa. Le détroit de
Bass (entre Australie et Tasmanie) ne s’est ouvert
définitivement qu’après le Pléistocène, et la pos¬
sibilité d’une migration récente entre Nouvelle-
Zélande et Tasmanie, suivie d’une spéciation,
paraît exclue en raison de la biologie des Arach¬
nocampa, toujours liés à des conditions sévères
d’hygrométrie et d’obscurité. Le problème ne
sera pas résolu si le genre existe bien en Nou¬
velle-Guinée, comme l’a suggéré Harvey (1952) :
il est probable que l’espèce néo-guinéenne se
révélerait appartenir aux Compara, mais s’il
s’agissait d’un Arachnocampa s. str., la rela¬
tion Nouvelle-Guinée-Nouvelle-Zélande-Tasma-
nie n’en serait pas élucidée pour autant.
En l’état actuel des connaissances, le clado¬
gramme des Arachnocampinae implique qu’une
barrière ait existé entre l’Australie et la Tasmanie
avant que la Nouvelle-Zélande ne se sépare
définitivement de l’Antarctique. Le Bassin de
Bass, qui a commencé de se former au Jurassique
supérieur, a dû avoir une histoire très tour¬
mentée en raison de l’ouverture du rift ; il a été
soumis à d’intenses phénomènes de volcanisme,
surtout au Crétacé supérieur et au Miocène
supérieur (Robinson, 1974 ; Ludbrook, 1978), et
je suggère ici qu’il a pu représenter au Crétacé, et
pour certaines espèces fragiles, telles les Arachno¬
campa, une barrière efficace entre l’Antarctique
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
567
et l’Australie. Ainsi, l’origine des deux sous-
genres proviendrait de la discontinuité apparue
entre l’Australie d’une part, et la Nouvelle-
Zélande + la Tasmanie d’autre part, ces deux
dernières étant au contact, avant la rupture du
Gondwana, par l’intermédiaire de la ride de
Lord Howe.
Reste à expliquer encore pourquoi si, en raison
de sa relation de groupe-frère des Macrocerinae +
Keroplatinae, l’espèce ancestrale des Arachno-
campinae remonte au moins au Jurassique supé¬
rieur, ou plus vraisemblablement moyen, la sous-
famille n’a pas peuplé les autres éléments du
Gondwana, et en particulier l’Amérique du Sud,
qui ne s’est séparée de l’Antarctique occidental
que vers la fin de l’Éocène ou le début de
l’Oligocène. Il ne faut pas sous-estimer ici le rôle
de la mer épicontinentale de Magellan pendant
presque tout le Crétacé (c/. p. 556). II est pos¬
sible encore que la souche ancestrale des Arach-
nocampinae, apparue sur l’Antarctique oriental
et les régions adjacentes, n’ait jamais gagné
l’Antarctique occidental, dont on sait qu’il n’a
pas la même histoire que l’oriental. Enfin, on
peut faire jouer l’hypothèse ad hoc d’une dispa¬
rition du genre dans la Magellania au cours des
glaciations pléistocènes. Quoi qu’il en soit,
comme je l’ai noté plus haut, l’événement de
vicariance à l’origine de l’apparition de la sous-
famille est sans doute trop ancien pour qu’il
puisse être reconnu.
SOUS-FAMILLE DES MACROCERINAE
Tribu des Macrocerini
On a vu dans l’analyse phylogénétique que
cette tribu pouvait se diviser en un grand groupe
Macrocera * et un petit groupe Hesperodes* . Le
groupe Macrocera * se divise à son tour en sous-
groupes Paramacrocera* (à répartition gondwa-
nienne s. lat.), puis Chiasmoneurella * (gondwa-
nien moins l’Amérique du Sud), puis Angazid-
zia+ (d°) (fig. 1226). Si l’on fait abstraction
du grand genre Macrocera, cosmopolite et donc
de peu d’intérêt biogéographique tant que les
groupes d’espèces qui le forment ne sont pas
révisés, trois taxa sont à prendre en compte : le
groupe Chiasmoneurella* , le genre Paramacro¬
cera et le groupe Hesperodes* . Les deux pre¬
miers forment ensemble un groupe monophylé-
tique et représentent un fort élément austral
relativement plésiomorphe, le second un petit
groupe plus évolué à prédominance holarctique.
Groupe Chiasmoneurella *
Ce groupe comprend à la fois des éléments
tempérés et des éléments tropicaux. Deux de ces
genres sont monotypiques et endémiques d’une
seule région : Chiasmoneurella dans les mon¬
tagnes d’Afrique orientale, et Angazidzia à
Madagascar et aux Comores. C’est donc Chias-
moneura, avec ses trois sous-genres, Chiasmo-
neura s. str., Prochiasmoneura et Synesostyla,
répartis dans les régions afrotropicale, australa-
sienne et orientale (fig. 1227), qui fait l’intérêt
biogéographique du groupe.
Prochiasmoneura se divise en trois lignées,
la première constituée de Ch. bipunctata seul
(Afrique occidentale), la deuxième, flavicoxa* ,
comprenant des espèces afrotropicales, et la
troisième, fenestrata* , des espèces australa-
siennes. Les deux dernières lignées ont entre elles
des relations de groupes-frères, au lieu que le
sous-genre ne se divise en deux groupes, l’un
afrotropical, l’autre australasien, comme le vou¬
drait la logique biogéographique. Le clado-
gramme implique une origine africaine du taxon,
mais l’événement de vicariance susceptible d’avoir
provoqué la première division de l’espèce ances¬
trale est du domaine de la conjecture ; on
pourrait toutefois le situer à l’ouverture du
chenal trans-érythréen, au Jurassique moyen à
supérieur (Termier & Termier, 1952 ; Barron et
al., 1981), qui aurait isolé une lignée est-orientale
à l’origine de flavicoxa* -fenestrata* . Quoi qu’il
en soit, les relations de parenté entre ces deux
derniers impliquent que leur ancêtre commun ne
saurait être plus récent que le tout début du
Crétacé, avant le Berriasien, au cours duquel les
plaques antarctique et africaine se sont séparées.
Le groupe flavicoxa* , est-oriental, occupe sans
doute une répartition montagnarde relicte, mais
la découverte récente d’une espèce de cette lignée
en Côte d’ivoire (Matile, 1988a) indique qu’il
Source : MNHN, Paris
568
LOÏC MATILE
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE* : BIOGÉOGRAPHIE
569
Fig. 1227. — Relations phylogénétiques et répartition des espèces formant le genre Chiasmoneura.
Source : MNHN, Paris
570
LOÏC M ATI LE
faut s’attendre à découvrir d’autres espèces, non
seulement au pied des chaînes orientales et le
long de la dorsale camerounaise, mais sans doute
aussi en basse altitude en Afrique occidentale et
centrale.
Le groupe-frère de flavicoxa + est représenté
par le groupe fenestrata* , composé de deux
espèces néo-zélandaises et de deux autres, l’une
du Queensland, l’autre de Bougainville. Il est
probable, là aussi, que d’autres espèces soient à
découvrir, notamment en Nouvelle-Guinée, à
partir de laquelle une souche a pu gagner
Bougainville dès le Paléocène, par l’intermédiaire
de l’arc insulaire des Salomon. Il est donc
prématuré de tenter de rentrer dans le détail de
l’histoire australasienne du sous-genre.
Le sous-genre Synesostyla habite les Comores
et la Réunion. Groupe-frère de Prochiasmoneura,
il doit avoir le même âge, et ne peut être
originaire de ces îles, trop jeunes. Il faut donc
qu’il se trouve à Madagascar, comme Angazidi-
zia insolita, qui habite à la fois la Grande
Comore (La Grille, 800 m) et Madagascar
(Ambatolampy, 1 400 m). La faune kéroplati-
dienne de la Grande Ile est quasi inconnue, mais
c’est sans doute à partir d’elle que se sont faites
les migrations, forcément récentes, des Syneso¬
styla vers la Réunion d’une part, les Comores
d’autre part. Cette hypothèse sera bien entendu
testée par la présence ou l’absence de ce sous-
genre à Madagascar (encore que son absence, vu
la déforestation dramatique de la Grande Ile, ne
serait guère un test défavorable...).
La répartition du sous-genre tropical Chiasmo-
neura s. str. peut aisément s’expliquer par une
série de migrations, soit à partir de l’Australie,
soit à partir de l’Inde. On sait en effet qu’en
raison des régressions marines, le passage de la
région australasienne à l’Asie du Sud-est était
plus facile au Miocène qu’il ne l’est actuellement.
Holloway & Jardine (1968), en se fondant
principalement sur la répartition des Lépidop¬
tères Rhopalocères, des Oiseaux et des Chauves-
souris, et sur les données géologiques de Van
Bemmelen (1949), ont reconnu à cette époque
deux tracés, l’un miocène, l’autre pliocène-
pléistocène, comme on l’a vu plus haut (p. 557 ;
fig. 1215-1216). La répartition actuelle du sous-
genre est parfaitement cohérente avec leur tracé
pliocène-pléistocène.
L’ordre du cladogramme (fig. 1226) nous
donne d’abord l’Inde et l’arc indomalais {Ch.
anthracina), puis l’Australie plus l’arc mélanésien
externe, et enfin les Philippines et Taiwan. C’est
donc dans la région indomalaise que devrait se
situer l’aire d’origine du sous-genre. Vu ses
relations avec les autres sous-genres, austraux, il
est vraisemblable que l’ancêtre de Ch. anthracina
soit originaire de l’Inde ; il aurait gagné le sud de
l’Asie au Messinien, lorsque s’est accomplie la
soudure définitive de la péninsule au continent
asiatique (Termier & Termier, 1979), puis se
serait répandu dans l’arc indomalais au Plio-
cène-Pléistocène. Ses différentes populations se
seraient isolées dans leurs localités insulaires
actuelles (Java, Sarawak, très probablement Su¬
matra) lors de la transgression post-pléistocène.
L’âge récent de cet isolement est corroboré par
le fait que les populations continentales et insu¬
laires de cette espèce, maintenant largement
séparées, n’ont absolument pas divergé morpho¬
logiquement. Les populations de Ch. quinquema-
culata existant actuellement à Taiwan et aux
Philippines n’ont pas divergé non plus, de même
que celles de Macrocera ephaemaeroformis, espèce
connue du Japon, de Chine 8S, de Malaisie, de
Bornéo et de l’Inde.
Quant au groupe continua* , la relation d’es-
pèces-sœurs mise en évidence entre Ch. cyclo-
phora (Vanuatu) et quinquemaculata (Philippines
et Taiwan) indique de toute évidence des données
chorologiques incomplètes. Comme pour les
Prochiasmoneura de cette région, une analyse
détaillée est sans doute prématurée, mais si l’on
se fie à l’esquisse paléogéographique de la région
au Pléistocène, donnée par Termier & Termier
(1952), sur laquelle j’ai reporté le cladogramme
des espèces (fig. 1228), on peut prédire que
Ch. quinquemaculata ou une espèce étroitement
apparentée existe à Bornéo et aux Célèbes, et que
Ch. cyclophora, ou une espèce étroitement appa¬
rentée, est à découvrir en Nouvelle-Guinée 86.
En tout état de cause, la répartition du sous-
genre couvre entièrement, et même dépasse le
tracé pliocène-pléistocène de Holloway & Jar¬
dine, qui doit donc être prolongé à la côte est de
85. Première citation ; Yunnan, Wuding, N de Kunming, 2 100 m, 18.X.1987, I <J (Z). Goujet ). Muséum Paris.
86. Voir aussi les cladogrammes de zones de Schuh & Stonedahl (1986) sur les Hétéroptères Miridae, qui mettent en
évidence à plusieurs reprises une relation de zones-sœurs entre les Philippines et Bornéo.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
571
(1952).
l’Inde d’une part, et à l’arc mélanésien externe
d’autre part.
L’histoire du genre Chiasmoneura lui-même
pose problème : d’une part Synesostyla, mal¬
gache, n’est le groupe-frère ni des espèces afri¬
caines, ni des espèces indo-australiennes, mais
bien de Prochiasmoneura, d’origine africaine
et comprenant en outre des espèces australa-
siennes ; d’autre part Chiasmoneura s. str. étant
le groupe-frère des deux autres sous-genres, son
espèce ancestrale devait exister en même temps
que leur ancêtre commun. La division des Chias¬
moneura en trois sous-genres ne pourrait s’expli¬
quer que si la plaque indienne s’était détachée du
reste du Gondwana oriental avant la plaque
africaine, ce qui n’est pas le cas. Il nous faut ici
remettre en cause les données géologiques 87 ou
les données phylogénétiques, ou émettre des
hypothèses ad hoc de dispersion. Je préfère m’en
abstenir et tenir seulement pour acquis que les
trois lignées de Chiasmoneura étaient en place au
plus tard dès la fin du Jurassique.
En ce qui concerne les modèles expansion¬
nistes, celui de Shields est réfuté, puisqu’il
intercale l’Amérique du Sud entre les aires de
répartition australo-orientale et africaine ; par
contre, ces aires sont en continuité selon le
modèle d’OwEN (voir fig. 1261-1262).
Quant à l’espèce ancestrale de l’ensemble du
groupe Chiasmoneurella* , son terminus post
quem non est forcément antérieur à la séparation
de Chiasmoneura en trois sous-genres. Ce groupe
représente donc un élément gondwanien très
ancien, et largement réparti à l’origine. Son
espèce ancestrale a dû se diviser en deux lignées
bien avant le Crétacé, probablement au Juras¬
sique moyen.
Genre Paramacrocera
Ce genre se divise en deux, le sous-genre
nominal, australasien, et le sous-genre Freema-
niola, néotropical (fig. 1229); sa répartition est
donc typiquement amphinotique, et son âge
remonte donc au Hauterivien-Barrémien, vers
- 120 MA ( cf p. 554). P. anomala occupe la
sous-région chilienne, tandis que P. lanei se
trouve en altitude au Pérou. Sans doute cette
dernière espèce est-elle remontée le long de la
chaîne des Andes à partir du sud du continent,
après le Pliocène-Pléistocène : elle représente-
Fig. 1229. — Relations phylogénétiques et répartition des
espèces formant le genre Paramacrocera.
87. Ainsi, la carte de l’Oxfordien (vers - 150 MA) donnée par Barron et al. (1981) et celle du Kimméridgien
(- 145 MA) de Howarth (1981) montrent toutes deux l’Inde accolée à l’Antarctique par toute sa côte orientale, tandis que
celle d’OwEN (1983 ; diamètre constant ou 84 % du diamètre actuel) ne l’y maintient plus que par l’intermédiaire de
Sri Lanka.
Source : MNHN, Paris
572
LOÏC MATILE
rait la vicariante septentrionale de P. anomala,
Brundin (1981) a donné de nombreux exemples
de ce type d’événements. Les Chironomidae Po-
donominae et Diamesiinae cités par cet auteur ne
se rencontrent toutefois qu’à partir de 1 700 m,
alors que P. lanei n’a été capturé qu’à 800 m ;
sans doute s’agit-il là de la limite inférieure de sa
répartition.
L’espèce ancestrale du genre aurait donc
occupé le Gondwana au Crétacé inférieur. Les
deux sous-genres se seraient individualisés au
plus tard à PEocène-début Oligocène, lorsque
l’ Amérique du Sud s’est séparée définitivement
de l’Antarctique. Cependant, puisque la lignée
australasienne ( Paramacrocera s. str.) n’a pu se
scinder qu’au Crétacé supérieur (Santonien),
lorsque la Nouvelle-Zélande s’est séparée de
l’Antarctique, et donc des espèces australiennes,
il faut postuler que l’événement de vicariance à
l’origine de Freemaniola et Paramacrocera est
antérieur à l’Éocène. Sans doute les deux souches
se sont-elles isolées en fait depuis l’élargissement
de la mer de Magellan, au Crétacé inférieur (voir
p. 556). Une alternative serait que l’espèce
ancestrale du genre ait appartenu à l’arc antarc¬
tique occidental (Magellania, Antarctique Ouest,
Nouvelle-Zélande), et que les représentants aus¬
traliens du sous-genre nominatif proviennent
d’une dispersion miocène à travers les rides de
Fig. 1230. — Reconstitution schématique de l’évolution
spatio-temporelle du genre Paramacrocera.
Norfolk et Lord Howe {cf. p. 560) ; dans ce cas,
le terminus post quem non de Paramacrocera
serait reporté au Crétacé supérieur. Je suis
cependant en faveur de la première hypothèse ;
en effet, les quatre espèces australiennes ont très
fortement divergé de l’espèce néo-zélandaise sur
le plan des genitalia mâles {cf. p. 488), beaucoup
plus que ne l’ont fait les espèces du sous-genre
Freemaniola. D’autre part, on ne voit pas quel
événement de vicariance aurait pu, après le
Miocène, provoquer l’apparition de ces quatre
espèces fort distinctes. Par contre, si les Parama¬
crocera occupaient l’Australie dès le Crétacé
inférieur, les transgressions marines qui l’ont
divisée en plusieurs blocs au cours de l’Aptien et
de l’Albien {cf. Frakes et al., 1987) pourraient
être à l’origine de ces lignées. Cette hypothèse
est résumée par la figure 1230; elle correspond
bien, du point de vue datation, à l’âge présumé
du groupe-frère de Paramacrocera, Chiasmoneu-
rella* .
Groupe Hesperodes *
Ce petit groupe ne comprend que deux genres,
Hesperodes et Vockerothia. Le premier est un
élément tempéré froid connu d’Amérique du
Nord {H. johnsoni ) et, à l’état fossile, d’Europe
du Nord {H. concinnus, de l’ambre de la Bal¬
tique). Comme je l’ai déjà écrit (Matile, 1980a),
il s’agit donc d’un genre typiquement laurasien ;
l’ancêtre commun de ses deux espèces ne peut
être plus récent que l’époque à laquelle l’Amé¬
rique du Nord s’est séparé définitivement de
l’Europe, soit l’Eocène inférieur si l’on en croit
les données obtenues grâce aux Mammifères
fossiles par McKenna (1975).
Hesperodes suit donc le tracé transatlantique
septentrional, comme de nombreux autres Myce-
tophiloidea (voir p. 564). Son intérêt est qu’il
étaye, avec les Orfeliini du genre Palaeoplatyura,
le niveau spécifique de l’âge de ce tracé, au moins
pour les Keroplatidae. De tels couples sont à
rechercher, par exemple, entre les nombreux
Mycomya (Mycetophilidae) de l’ambre de la
Baltique, dont l’étude moderne est encore à faire,
et les représentants holarctiques actuels de ce
genre, récemment révisés par Vâisânen (1984).
On notera que l’ambre balte étant daté fin
Éocène-début Oligocène (Larsson, 1978), l’an¬
cêtre commun du couple H. johnsoni-concinnus
Source : MNHN, Paris
LES K.EROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
573
est sans doute bien antérieur à la rupture de la
Laurasie 88 .
En ce qui concerne le genre Vockerothia, il
n’est connu que par une seule espèce péruvienne
capturée à relativement basse altitude (800 m), et
j’ai fait remarquer dans l’analyse phylogénétique
que ses affinités avec Hesperodes n’étaient sans
doute pas très étroites. Brundin (1966, 1981) a
déjà mis en évidence dans les Andes la présence
d’éléments septentrionaux tels que certains Chi-
ronomidae Diamesiini, provenant de migrations
post-pléistocènes ; ce ne saurait être le cas de
Vockerothia, qui doit avoir le même âge que son
groupe-frère.
Sans doute faut-il voir dans le groupe Hespe¬
rodes * un vicariant septentrional très ancien de
l’espèce ancestrale des Macrocerini, qui a produit
des formes hautement apomorphes (notamment
par le développement du sclérite frontal, unique
au moins chez les Bibionomorpha), mais peu
nombreuses, ou bien dont il ne nous reste que
des reliques en voie de disparition, comme ce fût
le cas de Y Hesperodes des forêts à Pinus succifer.
L’aire ancestrale du groupe aurait débordé, au
Secondaire, au moins sur le nucléus centraméri-
cain, et l’une des ruptures anciennes entre les
deux plaques américaines aurait provoqué la
vicariance à l’origine de ses deux genres.
Si l’on en croit les données paléontologiques,
l’origine des Macrocerini se situe au plus tard à
la fin de l’Éocène, puisque les genres Macrocera
et Hesperodes étaient déjà individualisés, avec
toutes leurs apomorphies, dans la faune de
l’ambre de la Baltique. Toutefois les éléments
biogéographiques, et notamment ceux fournis
par le groupe Chiasmoneurella* , nous imposent
de reporter bien en arrière l’origine de la
tribu. Ces répartitions impliquent en effet que
l’espèce ancestrale remonte au moins au Juras¬
sique moyen. L’événement de vicariance à l’ori¬
gine de la séparation des Macrocerini en deux
lignées (sans prendre Macrocera en compte),
l’une australe, Paramacrocera* (Paramacrocera +
Chiasmoneurella * ), l’autre septentrionale, Hespe¬
rodes *, serait donc tout simplement la rupture
entre les deux super-continents, Gondwana et
Laurasie.
Tribu des Robsonomyiini
De tous les groupements de rang générique
examinés ici, cette tribu est sans aucun doute
celle dont la monophylie est la plus solidement
étayée, puisqu’elle est fondée sur une apomor-
phie probablement unique chez les Diptères, la
fragmentation dorsale de la capsule céphalique
imaginale. Les Robsonomyiini montrent cepen¬
dant une répartition particulière (fig. 1231),
Robsonomyia, de l’Ouest de l’Amérique du Nord,
a comme genre-frère Srilankana, de la région
orientale, le couple ainsi formé étant à son tour
frère de Micrepimera, de l’Ile Christmas (Océan
Indien), et le genre fossile de l’ambre balte,
Kelneria, représentant le groupe-frère de l’en¬
semble. Nous sommes donc en présence d’un
tracé trans-pacifique avec une extension paléarc-
Fig. 1231. — Cladogramme des genres formant la tribu des
Robsonomyiini reporté sur la carte ( Kelneria : genre fossile
de l’ambre de la Baltique).
L’examen du cladogramme de la figure 1182
montre que les genres actuels sont caractérisés
par un nombre exceptionnel d’autapomorphies ;
on ne peut manquer d’évoquer le cas du groupe
Hesperodes* , qui partage d’ailleurs avec les
Robsonomyiini une partie de leur tracé, celui
reliant l’Amérique du Nord et l’Europe oligo¬
cène. Toutefois, le genre fossile est ici le groupe-
frère de tout le reste de la tribu. Sans doute son
tracé, impliquant une relation de zones-sœurs
entre la région paléarctique (à l’Oligocène) et
l’Asie + l’Amérique du Nord, est-il le résultat de
88. Il existe d’autres exemples d’insectes vivant actuellement en Amérique du Nord et représentés par la même espèce,
ou une espèce très étroitement alliée, dans l’ambre de la Baltique : le Coléoptère Cicindelidae Megacephala carolina, et
deux espèces de Trichoptères du genre Phylocentropus (Larsson, 1978 ; Ross, 1953 ; Noonan, 1986).
Source : MNHN, Paris
574
LOÏC MATILE
disparitions, et faut-il penser, comme pour Hes-
perodes* , à l’avertissement de Brundin (1981) :
« Monotypic généra showing marked morphologi-
cal gaps in relation to their recent sister groups
are often problematical links in biogeographical
reconstructions, for there might be reason to
suspect that the high degree of déviation signifies
earlier extinctions ».
Groupe-frère des Macrocerini, les Robsono-
myiini doivent avoir le même âge, et donc
remonter au Jurassique moyen. Deux hypothèses
sont possibles sur leur histoire. On peut les
envisager comme un groupe primitivement palé-
arctique qui se serait scindé en deux lignées, l’une
européenne, actuellement éteinte, et l’autre asia¬
tique ; de nombreuses barrières se sont élevées
entre ces deux aires depuis la première ouverture
du bras de mer russe, et l’une ou l’autre serait à
l'origine de cette vicariance. La lignée asiatique
aurait gagné l’ouest de l’Amérique du Nord par
la Behringia, au plus tard vers la fin du Miocène,
lorsque l'isthme était encore boisé. Le haut degré
de divergence entre Robsonomyia et Srilankana
(en comparaison avec les deux espèces d'Hespe-
rodes, très semblables bien que séparées au plus
tard à l’Éocène) m’incline cependant à émettre
l’hypothèse que l’événement de vicariance à
l’origine des deux lignées est beaucoup plus
ancien, et se situe peut-être au Crétacé. L’isole¬
ment du bouclier Scandinave par l’ouverture du
Bras de Mer Russe aurait alors pu donner
naissance à Kelneria, l’Amérasie étant couverte
par le groupe Micrepimera + . Cette hypothèse qui
correspond bien à l’âge présumé, jurassique, de
l’espèce ancestrale de la tribu, trouverait un test
favorable avec la découverte en Asie paléarctique
d’un genre plus étroitement apparenté à Robso¬
nomyia que celui-ci ne l’est à Srilankana. Il est
également possible que Kelneria ait couvert
l’Euramérique et ait disparu de part et d’autre de
l’Atlantique, ne nous laissant de traces que dans
l’ambre de la Baltique. En l’absence de formes
américaines fossiles, cette hypothèse n’est évi¬
demment pas testable ; c’est elle, cependant, qui
correspond le mieux au modèle général de
répartition des Mycetophiloidea septentrionaux.
Sous-famille des Keroplatinae, tribu des Keroplatini
Nous envisagerons successivement ici les diffé¬
rents groupes composant la tribu : Tolletia* ,
Hikanoptilon* , Tergostylus* , Xenokeroplatus * et
Heteropterna* .
Groupe Tolletia *
Ce groupe cosmopolite comprend le sous-
groupe Cerotelion* , formé de deux couples de
genres, Cerotelion et Mallochinus d’une part
(sous-groupe Cerotelion * s. str.), Rocetelion et
Paracerotelion d'autre part (sous-groupe Parace-
rocetelion +), le genre Tolletia étant à son tour le
groupe-frère de ces deux couples (fig. 1232).
Sous-groupe Cerotelion * s. str.
Le genre Mallochinus est un endémique austra¬
lien qui ne comprend que deux espèces, l’une de
Nouvelle-Galles du Sud (A/. mastersi ), l’autre de
Tasmanie ( M . mangalorensis). Il ne pose donc
pas de problème biogéographique particulier.
Comme je l’ai dit au cours de l’étude de la
1austr.II cosm. |holarc.| f
sauf AFR
sauf AFR,
( > i
t. AFROTROP. |
\ \
cerotelion Tolletia
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
575
phylogénie du genre Cerotelion, l’analyse plus
précise entreprise ici remet en question l’hypo¬
thèse émise par Matile & Goujet (1981). Les
éléments nouveaux sont principalement l’émenda-
tion du genre, dont certaines espèces ont été
transférées à Rocetelion, et la découverte d’une
espèce orientale, C. pendleburyi. S’ils changent
quelque peu de composition, les trois lignées
reconnues demeurent néanmoins valides : une
lignée holarctique (johannseni+ ), une lignée néo-
zélandaise ( bimaculatum* ) et une lignée chilienne
( funereum +), les deux dernières étant plus étroite¬
ment apparentées entre elles qu’à la première.
L’espèce orientale représente le groupe-frère de
la lignée johannseni+ , formant avec elle le groupe
pendleburyi + (fig. 1233).
Un élément significatif de la répartition des
Cerotelion est l’absence du genre en Afrique,
dans la sous-région brésilienne et en Australie. Il
s’agit là d’une répartition amphitropicale aty¬
pique, en ce sens que le taxon tropical (C.
pendleburyi ) est le groupe-frère du taxon septen¬
trional, tandis que les groupes amphitropicaux
au sens de Brundin (1966) et d’HuMPHRiES &
Parenti (1986) forment un couple nord-sud dont
le frère est tropical. Notons cependant que C.
pendleburyi a été capturé à plus de 1 100 m
d’altitude, ce qui implique sous ces latitudes des
affinités tempérées.
En ce qui concerne les datations, le terminus
post quem non de l’ancêtre du groupe holarctique
nous est donné, comme dans le cas d 'Hesperodes,
par la séparation définitive de l’Europe et de
ï’ Amérique du Nord, au début de l’Éocène (cf.
p. 563, tracé transatlantique septentrional). La
dichotomie des groupes bimaculatum* et fu-
nereum + correspond à la répartition amphino-
tique du genre Paramacrocera, absent d’Afrique
comme Cerotelion. Nous avons vu plus haut
(p. 554) qu’une telle répartition impliquait un âge
remontant au Crétacé inférieur. Contrairement à
Paramacrocera, les Cerotelion austraux n’occu¬
pent pas l’Australie, où ils sont remplacés par
Mallochinus. Ils appartiennent donc à la branche
du tracé couvrant l’arc antarctique occidental ;
leur terminus post quem non se situe au Santo-
nien. La présence de quatre espèces du genre en
Nouvelle-Zélande s’explique aisément par des
isolements dûs aux dissections subies par cette
région de l’Oligocène au Miocène, et la réunion
des deux îles au Pléistocène (cf. Fleming, 1962,
1975).
Un problème se pose pourtant pour expliquer
la répartition actuelle du genre : c’est la position
phylogénétique du groupe pendleburyi + . Aux
époques envisagées, les relations terrestres entre
la Patagonie et le sous-continent brésilien ont
toujours été possibles, quoique sans doute plus
ou moins difficile (voir p. 555). Si l’ancêtre de
ce groupe avait gagné l’hémisphère nord via
l’Amérique du Sud, le groupe pendleburyi + serait
le groupe-frère du groupe chilien funereum +,
et non de l’ensemble funereum* -bimaculatum* .
L’ancêtre du groupe pendleburyi* étant du même
âge que celui de son groupe-frère, il doit remon¬
ter au Crétacé inférieur et, ne peuplant pas
l’Afrique, ne peut avoir gagné la Laurasie que
par l’intermédiaire de la plaque indienne. Cette
espèce ancestrale vicariante du groupe austral
aurait pu, vers la fin du Miocène, lorsque l’Inde
péninsulaire s’est définitivement soudée au conti¬
nent asiatique, donner une branche vers le sud-
est asiatique et une autre vers l’Asie paléarctique.
On devrait alors découvrir une espèce indienne
sœur du groupe pendleburyi* .
À partir de ce moment, deux solutions sont
possibles. La première serait une progression
vers l’ouest, l’espèce ancestrale du groupe johann-
seni* envahissant toute l’Europe et gagnant l’est
de l’Amérique du Nord, où demeure à l’heure
actuelle C. johannseni. Cet événement aurait dû
se produire au début de l’Éocène, date la plus
récente assignée à la séparation définitive de
l’Amérique du Nord et de l’Europe (ou à
l’Éocène supérieur selon Hallam, 1981). Mais ce
scénario, envisagé en 1986, ne peut tenir, le Bras
de Mer Russe ou le détroit de Turgai et la Mer
d’Obik ayant séparé l’Asie paléarctique de l’Eu¬
rope de la fin du Crétacé au début de l’Oligocène
(fig. 1223). Il faut donc, et c’est la seconde
solution, qu’à partir de l’Asie paléarctique, la
souche johannseni* ait gagné d’une part l’Europe
vers l’ouest, à la disparition de la barrière russe,
et d’autre part l’Amérique du Nord vers l’Est,
par la Behringia. Ces deux dispersions dans des
directions opposées ont été possibles dès le
Miocène supérieur.
Je suis d’autant plus en faveur de la deuxième
hypothèse que le tracé transatlantique septen¬
trional est généralement marqué par un couple
d’espèces-sœurs de part et d’autre de l’Atlan¬
tique, comme chez Hesperodes et bien d’autres,
tandis qu’ici C. johannseni est l’espèce-sœur de
deux espèces paléarctiques. Ce scénario amène à
Source : MNHN, Paris
576
LOÏC MATILE
lAUSTR. | | NOUVELLE- ZELANDE] |s. R. CHILIEnTI [ÔrT| | R. HOLARCTIQÜeI
Fig. 1233. — Relations phylogénétiques et répartition des genres et des espèces formant le groupe Cerotelion* s. str.
prédire l’existence de C. johannseni, jusqu’ici
connu de l’est de l’Amérique du Nord (du New
Hampshire à la Géorgie, également de l’Iowa ;
Laffoon, 1965), ou d’une espèce étroitement
alliée, dans l’ouest de l’Amérique du Nord, et
d’une espèce voisine nord-asiatique.
L’une des espèces paléarctiques, C. lineatum,
est répandue de l’Europe du Nord à la région
méditerranéenne et aux forêts de la rive iranienne
de la Caspienne. L’autre, C. racovitzai, est
sympatrique avec C. lineatum dans ses deux
localités connues, la Caspienne et la Roumanie
(une grotte du Banat). Sans doute la séparation
de ces deux espèces est-elle récente et d’ordre
écologique.
Il est permis de penser que la souche ancestrale
du groupe Cerotelion + s. str. s’est divisée en deux
avant la fin du Crétacé inférieur ; Mallochinus
aurait alors occupé l’Australie, Cerotelion l’An-
tarctique, l’Inde péninsulaire, la Magellania et la
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
577
Nouvelle-Zélande. Un tel événement de vica¬
riance aurait pu se produire entre le Hauteri-
vien et l’Aptien (approximativement - 130/
-110 MA). Vers cette époque, en effet, les
marges de l’Antarctique sont caractérisées par
des dépôts marins, tandis que l’Australie elle-
même est fortement disséquée par des mers
épicontinentales (Termier & Termier, 1952;
Ludbrook, 1978 ; Barron et al., 1981 ; Thom¬
son, 1983 ; Frakes et al., 1987). Cette hypothèse
sur l’évolution du sous-groupe Cerotelion * est
retracée sur la figure 1280.
Il est bien évident qu’il n’est nul besoin d’avoir
recours à une espèce indienne hypothétique de
Cerotelion dans les modèles de l’expansion ter¬
restre (fig. 1209-1210). Dans l’hypothèse de
Shields (1983) comme dans celle d’OwEN (1983),
l’Asie du sud-est, au Crétacé inférieur, se trouve
au contact d’un arc allant de la Nouvelle-Guinée
à la Magellania, via l’Antarctique occidental et
la Nouvelle-Zélande pour Owen (et ce jusqu’au
Crétacé supérieur), via l’Australie orientale pour
Shields. Dans ce cas, l’événement de vicariance
se trouvant à l’origine de la lignée johannseni * se
situerait lors de l’éclatement de la partie septen¬
trionale de cet arc, au Crétacé supérieur ou au
Paléocène. On se retrouve ensuite devant le
scénario précédent. Dans les deux cas, toutefois,
on n’a pas de traces de la présence du genre dans
la zone de passage supposée.
Sous-groupe Paracerotelion* et genre Tolletia
Le sous-groupe Paracerotelion* est formé du
genre holarctique Rocetelion, avec trois espèces
néarctiques et une paléarctique (Matile, 1988b),
et du genre afrotropical Paracerotelion, confiné à
l'Afrique du Sud (fig. 1234).
Une relation d’espèces-sœurs existe entre Ro¬
cetelion humerale, d’Europe du Nord, et R. fe-
nestrale, de l’Est de l’Amérique du Nord. Comme
pour les deux espèces du genre Hesperodes,
l’âge des Rocetelion remonte donc au plus
tard à l’Éocène inférieur, date limite de la
rupture définitive de la Laurasie. La localisation
actuelle de Paracerotelion pourrait alors s’expli¬
quer comme l’aire relicte d’un groupe tempéré
ayant autrefois gagné l’Afrique du Sud à travers
le continent lors d’une période froide. Cepen¬
dant, la relation de groupe-frère existant entre
Cerotelion* et Paracerotelion* implique que la
naissance de l’ancêtre commun de Paracerote¬
lion* ne saurait être postérieure au Crétacé
inférieur.
Fig. 1234. — Relations phylogénétiques et répartition des
genres et des espèces formant le groupe Paracerotelion' .
La souche ancestrale de Paracerotelion* aurait
alors occupé le continent africain, voisin de l’aire
ancestrale de Cerotelion* , et aurait pu se diviser
en deux lors de l’apparition du détroit de la
Bénoué, qui a séparé le bouclier africain du
bouclier du Niger pendant le Crétacé moyen et
supérieur. Les populations ayant gagné l’Europe
et l’Amérique du Nord avant l’Eocène se seraient
divisées entre un groupe holarctique (R. hume¬
rale et fenestrale) et un groupe purement néarc-
tique (R. fasciatum et fasciolum) ; ceci corres¬
pond bien à la liaison terrestre ayant existé
entre l’Europe et l’Afrique à la limite Crétacé
supérieur-Paléocène (Afreurasie de Termier &
Termier, 1979). Le couple fasciatum-fasciolum
montre une répartition typiquement néarctique
occidentale (Colombie Britannique, État de Wash¬
ington, Californie), ce qui m’a amené à sérieuse¬
ment mettre en doute la localité de l’Arkansas
citée pour R. fasciolum par Fisher (1941) ( cj .
Matile, 1988b). L’origine de la vicariance du
couple ne peut être que post-crétacée, au plus tôt
surrection des Laramides à l’Éocène, au plus
tard surrection des Rocheuses au Pliocène.
Source : MNHN, Paris
578
LOÏC MATILE
J’ai exprimé en 1988 une hypothèse légère¬
ment différente en ce sens que je supposais alors
que la souche ancestrale de Paracerotelion *
couvrait à la fois l’Afrique et la Laurasie occi¬
dentale. L’événement de vicariance ayant provo¬
qué l’apparition des deux genres aurait été la
séparation de l’Europe et de l’Afrique au Paléo¬
cène. La présente hypothèse me paraît plus
économique. Le test entre les deux sera fourni
par la présence éventuelle de Rocetelion, ou d’un
genre plus étroitement apparenté à lui qu’à
Paracerotelion, en Afrique occidentale ou du
Nord, ou alors de Paracerotelion ou d’un genre
plus étroitement apparenté à lui qu’à Rocetelion
dans l’une ou l’autre de ces régions.
Quant au genre Tolletia, frère de l’ensemble
Cerotelion * -Paracerotelion * , son origine ne peut
être postérieure à celle de ces deux groupes, et il
faut donc la situer au plus tard au début du
Crétacé. Il n’y a pas lieu de penser que son aire
d’origine soit autre que celle qu’il occupe actuel¬
lement, à savoir l’Afrique centrale et occidentale.
On verra cependant plus loin que l’espèce ances¬
trale du genre nominatif du groupe Keroplatus
au sens large ne peut être plus récent que le
Jurassique supérieur ; celle du groupe Tolletia *
doit donc être du même âge.
Groupe Hikanoptilon*
Ce groupe renferme le couple Neoceroplatus-
Keroplatus, le premier néotropical, le second
cosmopolite, dont le genre-frère est Placocera-
tias, et le groupe-frère du sous-groupe Placocera-
tias* ainsi formé est représenté par le genre
Hikanoptilon, qui ne renferme qu’une seule
espèce, d’Afrique Centrale. Le cladogramme de
la figure 1235 implique une relation de zone-sœur
entre l’Afrique et l’Amérique du Sud, ce qui
donne au groupe Hikanoptilon * un terminus
post quem non du Crétacé supérieur, date limite
de la séparation totale des deux continents (voir
p. 553).
Genre Placoceratias
Ce genre est exclusivement néotropical ; absent
de la sous-région chilienne, il occupe principale-
Fig. 1235. — Relations phylogénétiques et répartition des
genres formant le groupe Hikanoptilon' .
ment la sous-région brésilienne, une espèce, P.
gorgasi étant endémique de l’Amérique Centrale
et une autre, P. longimanus, habitant à la
fois cette sous-région et les Petites Antilles89
(fig. 1236). Le cladogramme montre que le genre
se divise en deux lignées, bimaculipennis* et
barettoi* . La première est purement brésilienne ;
la seconde se divise à son tour en une espèce
brésilienne, P. barettoi, et un sous-groupe lon¬
gimanus* ( P . longimanus, imitons, confusus et
gorgasi), brésilien avec un vicariant en Amérique
Centrale.
Dans mon travail sur les Keroplatidae des
Petites Antilles et de Trinidad (Matile, 1982b),
je citais P. longimanus du Brésil, sur la foi
d’un exemplaire ainsi identifié par Lane (1960)
de Sâo Paulo, et d’un autre, déterminé par moi-
même de l’État de Para. Je suggérais aussi, à
l’instar de Lane, que P. barettoi et imitons
pouvaient bien être synonymes de P. longimanus.
Après révision du genre, il s’avère que ces trois
noms correspondent à des espèces distinctes.
L’exemplaire de Para appartient en fait à P.
imitons, tandis que celui de Sâo Paulo a été décrit
dans la Partie systématique sous le nom de P.
confusus.
89. Lane (1961) cite P. imitons de Panama ; il s’agit d’une unique femelle qui ne peut être déterminée à l’heure actuelle.
C’est probablement celle de P. gorgasi.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
579
Fig. 1236. — Relations phylogénétiques et répartition des
espèces formant le genre Placoceratias.
P. longimanus, censé être largement réparti, ne
suit donc plus maintenant qu’un tracé Petites
Antilles-Amérique Centrale, avec une extension à
Trinidad et une autre au Pérou 90 . L’espèce
rejoint ainsi le tracé trans-caraïbe que je décrivais
pour Macrocera concinna et Lyprauta defecta
(Orfeliinî). Ce tracé correspondrait à un âge
Crétacé supérieur, tout au plus Éocène inférieur,
du moins d’après mon hypothèse de 1982 sur
l’origine des Keroplatidae des Petites Antilles.
Rappelons que cette hypothèse était fondée sur
celle des géophysiciens Malfait & Dinkelman
(1972), soutenue par Rosen (1976) principale¬
ment d’après la répartition des Vertébrés.
Des données plus récentes, résumées par Don-
nelly (1988), contestent que les Petites Antilles
soient autre chose qu’un arc volcanique récent
(Miocène) dont les parentés faunistiques ont été
principalement avec les Grandes Antilles, et très
accessoirement avec l’Amérique du Sud. Il est
donc plus probable que nous avons ici un tracé
Petites Antilles-Grandes Antilles-Amérique Cen¬
trale, dissimulé par la grande ignorance où nous
sommes de la faune mycétophiloïdienne des
Grandes Antilles. Un tel tracé serait au plus tard
du Tertiaire moyen selon la mise au point de
Donnelly. C’est donc également le terminus post
quem non du groupe-frère de P. longimanus, le
groupe imitons* .
La mise en place du genre Placoceratias dans
la région néotropicale ne peut cependant être
aussi récente. Ce genre, en effet, est le groupe-
frère du sous-groupe Keroplatus* , dont l’un des
éléments, Keroplatus, doit être daté au plus tard
du Jurassique supérieur. La répartition réelle des
espèces brésiliennes de Placoceratias, pour les¬
quels nous ne possédons que quelques localités
(fig. 1237), est encore trop mal connue pour
que l’on puisse ici émettre une hypothèse bio¬
géographique. Sans doute la séparation du genre
en deux lignées, bimaculipennis * et barettoi* ,
tient-elle à la séparation de l’Archiguyane et de
l’Archibrésil, mais tenter une analyse plus fine en
l’état des connaissances relèverait de la spécula-
Fig. 1237. — Cladogramme des espèces du genre Placocera¬
tias reporté sur la carte, ba : barettoi ; bi : bimaculipennis ;
C : confusus ; g : gorgasi ; i : imitons ; 1 : longimanus ; u :
uaracui.
90. L’exemplaire cité par Lane de ce pays ne figure plus dans sa collection ; il n’est pas exclu qu’il ait été mal identifié.
Source : MNHN, Paris
580
LOÏC MATILE
Genre Neoceroplatus
Comme les précédents, les Neoceroplatus sont
principalement néotropicaux ; cependant une
espèce, N. samiri, a gagné l’Amérique du Nord
subtropicale, en l’occurrence le Mississipi. Les
autres espèces se répartissent entre l’Amérique
Centrale ( N . minimax, arnaudî), les Petites An¬
tilles ( N . delamarei ) et la sous-région brésilienne
(N. dureti, monostylus, lauroi, punctipes, hode-
berti, spinosus, paicoenai et dissimilis ). Le genre
se divise en deux lignées principales, dureti + et
lauroi + (fig. 1238). Groupe-frère de Keroplatus,
l’espèce ancestrale du genre ne peut être posté¬
rieure au Jurassique supérieur.
Fig. 1238. — Relations phylogénétiques et répartition des espèces formant le genre Neoceroplatus.
Source : MNHN, Paris
LES K.EROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
581
La découverte de nombreuses espèces inédites
rend caduque l’hypothèse biogéographique, fon¬
dée sur trois espèces seulement, émise en 1982
(Matile, 1982b). Par ailleurs, la répartition
actuellement connue de toutes ces espèces est
presque uniquement celle des holotypes, ce qui
doit bien entendu inciter à la plus grande
prudence ! Une indication biogéographique est
toutefois donnée par le couple delamarei-samiri,
dont le tracé relie le sud de l’Amérique du Nord
et les Petites Antilles, formant ainsi un élément
du tracé généralisé Nord-américain-Caraïbe de
Rosen (1976), que cet auteur date de la fin
du Crétacé ou du début du Paléocène. Cepen¬
dant, s’appuyant sur des données récentes, Don-
nelly (1988) postule une liaison Amérique du
Sud-Nucléus Centraméricain, via les Proto-An-
tilles, dès le Crétacé moyen, liaison interrompue
à la fin du Crétacé. Cette rupture pourrait être à
l’origine de la formation du couple delamarei-
samiri. Cette hypothèse sera testée par la pré¬
sence aux Grandes Antilles — ou en Amérique
Centrale — d’une espèce plus proche de N.
delamarei ou de N. samiri.
D’autre part, le groupe dureti * comprend un
couple formé de N. monostylus, du Pérou, et
de N. minimax, d’Amérique Centrale. L’espèce
ancestrale de ce couple, à partir du nord-ouest
du continent, aurait pu gagner le Nucléus Cen¬
traméricain lors de la collision entre ces deux
régions au début du Tertiaire (Donnelly, 1988).
L’événement de vicariance à l’origine du couple
serait alors la réouverture de l’isthme de Panama
vers le Miocène. Comme pour Placoceratias,
j’estime prématuré d’aller plus loin dans la
reconstitution de l’histoire du genre.
Genre Keroplatus
Par rapport à mon travail de 1986, une seule
modification est à effectuer, mais non des
moindres : la découverte de K. tergatus en
Australie, qui rend le genre cosmopolite et recule
considérablement son terminus post quem non.
Keroplatus est formé de deux groupes, l’un
principalement afro-néotropical, l’autre en ma¬
jeure partie holarctique (fig. 1187-1188). Le
groupe afro-néotropical peut se diviser à son
tour en trois sous-groupes, le néotropical (lignées
fiebrigi * et mexicanus+), l’afrotropical (lignée
heimi*) 91 et l’espèce isolée australienne, K. ter¬
gatus, espèce-sœur de ces deux sous-groupes. Le
groupe holarctique renferme les sous-groupes
militaris * (néarctique), tipuloides * s. str. (pa-
léarctique) et testaceus* (holarctique). Deux
espèces asiatiques, K. nipponicus et rufus, for¬
ment le groupe rufus* , frère de testaceus *
(fig. 1239).
Le genre se divise donc sans ambiguïté en deux
grandes lignées, l’une laurasienne, l’autre gond-
wanienne. Cette structure classique implique que
leur origine se situe à la rupture définitive de
la Pangée, au Jurassique supérieur (alors que
j’avais fixé le terminus post quem non du genre au
Crétacé inférieur dans l’hypothèse précédente).
Le cladogramme du groupe afro-néotropical et
sa relation de groupe-frère avec K. tergatus
entraînent une relation de zones-sœurs entre le
Gondwana occidental (boucliers africain et sud-
américain), puis entre celui-ci et l’Australie,
en épargnant l’Inde, puisque la seule espèce
indienne connue n’appartient pas au groupe
gondwanien, mais bien au groupe oriento-ho-
larctique, dont elle possède l’autapomorphie du
métépisteme dénudé (cf. p. 516). Il s’agit d’ail¬
leurs d’une espèce himalayenne (Simla), et non
de l’Inde péninsulaire ; la découverte d’un mâle
permettra sans doute de l’attribuer à l’un ou
l’autre des sous-groupes de la lignée testaceus*.
La répartition actuelle du genre implique néan¬
moins l’existence d’une espèce au moins de la
lignée gondwanienne sur l’Inde péninsulaire (et
d’une sur Madagascar), puisque celle-ci s’est
séparée de l’Antarctique après la plaque afri¬
caine.
L’espèce ancestrale du groupe afro-néotropi¬
cal, quant à elle, ne peut être plus récente que la
séparation des deux plaques au début du Crétacé
supérieur (vers - 80 MA). Des hypothèses chro¬
nologiques et biogéographiques plus précises
peuvent être tirées de la structure phylogénétique
des différents groupes formés par les Keroplatus ;
elles nous sont fournies par la répartition des
espèces holarctiques et néotropicales. Par ail¬
leurs, l’Australie ne s’étant séparée de l’ Antarc¬
tique qu’au plus tôt à la fin du Crétacé supé¬
rieur, c’est-à-dire après la rupture des relations
Amérique du Sud-Afrique, il faut ici encore
91. Rappelons que je n’ai pu classer dans aucun groupe l’une des espèces afrotropicales, K. fuscomaculatus.
Source : MNHN, Paris
582
LOÏC MATILE
Fig. 1239. — Relations phylogénétiques et répartition des espèces holarctiques (plus K. rufus, orientale) du genre
Keroplalus.
postuler que l’ouverture de la mer de Magellan
soit à l’origine de la rupture des deux lignées
gondwaniennes.
Groupe laurasien. — Il convient de noter en
premier lieu au sujet des Keroplatus laurasiens
qu’une grande incertitude règne encore sur la
répartition réelle de certaines espèces holarc¬
tiques. Les identifications des espèces euro¬
péennes publiées avant mon travail de 1986,
fondé sur l’examen des types (Matile, 1986c)
doivent être contrôlées, tandis que les principales
données sur les espèces nord-américaines nous
viennent de Fisher (1937, 1941), qui s’avoue
incapable de trouver des différences entre les
genitalia mâles de K. clausus et terminalis. Dans
l’état actuel des connaissances, et sur la base des
échantillons que j’ai pu étudier personnellement,
la chorologie des espèces holarctiques s’établit
ainsi :
K. carbonarius, aisément reconnaissable et
pour lequel on peut donc se fier aux localités
publiées, occupe l’est des États-Unis, des Grands
Lacs à la côte et de l’Indiana au Texas. Il en va
de même pour K. militaris (j’ai pu contrôler bon
nombre des déterminations de Fisher), mais
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
583
cette espèce s’étend encore au sud jusqu’en
Floride et au nord jusqu’au Nouveau Bruns¬
wick 92.
K. clausus a été décrit du New Hampshire, et
j’en ai identifié des exemplaires du Canada
(Ontario et Québec) ainsi que du nord-est des
Etats-Unis. Quant à K. terminalis, sa localité-
type se trouve en Colombie Britannique, et j’ai
déterminé des spécimens du sud de l’Alaska, de
Californie et de Terre-Neuve 93. Dans ma thèse,
j’exprimais des doutes sur les échantillons cités
du Texas par Fisher (1941), avec un point
d’interrogation (des femelles seulement) ; j’ai pu
depuis identifier des mâles de la même localité
que celle citée par Fisher (Victoria, au bord
du Golfe de Mexico ; US National Muséum).
Laffoon (1965) cite aussi le Kansas ; l’espèce
est donc largement répandue, et non typique¬
ment circum-arctique, avec une extension aux
Montagnes Rocheuses, comme je l’avais cru tout
d’abord.
En ce qui concerne les espèces paléarctiques
(Matile, 1986c), K. tipuloides habite l’Europe
occidentale de la Suède à l’Italie et à l’Alle¬
magne, mais il existe aussi dans les forêts de la
rive iranienne de la Caspienne, répartition qui
coïncide avec celle de Cerotelion lineatum.
K. testaceus n’est connu avec certitude que de
Suède, d’Allemagne Fédérale, de Grande-Bre¬
tagne et de France 94. K. dispar s’étend de la
Suède et de l’URSS aux Pyrénées. Ces espèces
ayant été longtemps confondues, il convient
d’attendre de nouvelles données avant d’émettre
une hypothèse sur l’origine du couple qu’elles
forment. Tout au plus peut-on dire que le fait
qu’elles soient sympatriques en Europe moyenne
et du nord plaide en faveur de la fragmentation
d’une aire ancestrale pré-pléistocène, suivie d’une
migration une fois la divergence génétique irré¬
versible. La vicariance aurait pu se produire à
l’Oligocène, lorsque la plateforme russe a été
entièrement séparée du sud de l’Europe par une
mer épicontinentale transeuropéenne. K. testa¬
ceus représenterait alors la souche septentrio¬
nale, chassée vers le sud lors des glaciations
pléistocènes, et K. dispar la souche méridionale.
J’ai divisé K. reaumurii en deux sous-espèces.
La sous-espèce nominative se trouve en France
continentale et dans les forêts iraniennes des
rives de la Caspienne, où elle cohabite avec K.
tipuloides et Cerotelion lineatum ; la sous-espèce
pentophthalmus est citée de Corse, d’Italie et de
Roumanie (Olténie), ainsi que du Maroc. Cette
répartition est curieuse, et je ne suis pas en
mesure d’en proposer une explication tant que
les données chorologiques demeureront aussi
fragmentaires ; peut-être avons nous ici deux
bonnes espèces.
L’espèce japonaise K. nipponicus a été décrite
d’Hokkaido et de Honshu, tandis que K. biformis
habite à la fois le Japon (Hokkaido, Honshu) et
Sakhaline. K. rufus n’est connu que de Java.
Le cladogramme de ces Keroplatus (fig. 1239)
met en évidence trois couples significatifs d’es-
pèces-sœurs : reaumurii-clausus (Europe-Amé¬
rique du Nord), tipuloides-biformis (Europe +
ouest de l’Asie-est de l’Asie) et nipponicus-rufus
(Japon-Java). Il faut noter que l’existence d’une
lignée purement néarctique ( militaris+ ) et d’une
espèce néarctique au sein du groupe paléarctique
( testaceus +) implique deux événements de vica¬
riance au sein de ce groupe.
Le couple-clé est ici encore celui formé par K.
clausus et reaumurii, qui suit le tracé transatlan¬
tique nord, et dont l’ancêtre ne peut être posté¬
rieur à la rupture définitive de la Laurasie, c’est-
à-dire au plus tard à l’Éocène inférieur (p. 563).
Comme chez les deux autres genres, la réparti¬
tion est-américaine de K. clausus plaide en faveur
d’une population ancestrale séparée lors de la
rupture des relations Europe-Amérique, plutôt
qu’à celle de la disparition de l’isthme de Behring
en tant que voie de passage entre Amérique et
Eurasie. Ceci date en même temps l’ancêtre du
couple testaceus-dispar, qui doit être du même
âge minimum. Les ancêtres des autres groupes ne
peuvent donc être postérieurs à l’Éocène.
En ce qui concerne le couple biformis- tipu¬
loides, il est probable que sa souche ancestrale
n’a vicarié qu’après l’ouverture de la mer du
Japon, à la limite de l’Oligocène et du Miocène
(Karig & Ingle, 1975 ; Termier & Termier,
1979; Barron et al., 1981).
La relation de groupe-frère entre le couple
92. Nouvelle localité, sans lieu précis de récolte, ni date; US National Muséum.
93. Nouvelle localité : Romaine Brk., 3.vm. 1961 (C. P. Alexander ; US National Muséum).
94. La figure de K. testaceus donnée par Edwards (1913) ne permet pas de trancher entre cette espèce et
K. reaumurii ; la confirmation que l’espèce britannique du groupe est bien K. testaceus m’a été donnée par P. Chandler.
L’espèce est nouvelle pour la France : Forêt de Paimpont (35), ex larvae , éclosions en juillet 1987 et 1988 (L. Matile ; Muséum
de Paris).
584
LOÏC MATILE
rufus-nipponicus et la lignée holarctique testa¬
ceus * implique que l’ancêtre commun de ce
couple ne peut être postérieur à FÉocène : la
naissance de ces deux espèces ne peut être
attribuée à une dispersion récente via la pénin¬
sule indochinoise et l’arc insulaire de la Sonde,
ou par les Philippines (tracés d’HOLLOWAY &
Jardine, 1968 : cf p. 557). Sans doute faut-il
voir dans la répartition actuelle de ce couple les
deux extrémités d’une aire ancestrale pré-éocène
couvrant la marge orientale du Pacifique, l’événe¬
ment de vicariance s’étant produit, comme dans
le cas du couple biformis-tipuloides, à l’ouverture
de la Mer du Japon ; il a pu aussi se produire
bien avant, lors de l’une des nombreuses suites
de transgressions et de régressions qui ont dis¬
séqué cette région depuis le début du Crétacé.
Quant au groupe mili taris*, il présente lui
aussi un couple significatif avec K. terminalis et
carbonarius. Les deux espèces sont sympatriques
à l’est des Rocheuses, et comme dans le cas de K.
testaceus-dispar, ce fait plaide en faveur d’un
événement de dispersion après une vicariance
ayant séparé leur souche ancestrale, celle de K.
terminalis à l’Est, celle de K. carbonarius à
l’Ouest. Cette répartition est classique et peut
s’attribuer à la formation de la mer nord-améri¬
caine, qui a persisté de la fin du Crétacé infé¬
rieur à FÉocène inférieur (Termier & Termier,
1952; McKenna, 1975; Hallam, 1981; Bar-
ron, 1987b, etc.). Le terminus post quem non de
l’ancêtre du groupe militaris* doit donc se situer
à la fin du Crétacé inférieur.
La datation proposée, avec les divers événe¬
ments correspondants, est schématisée par la
figure 1240. Dans ma thèse, je n’avais pu
identifier et dater l’événement de vicariance qui
aurait été à l’origine de la séparation des Kero-
p la tus holarctiques en deux lignées principales.
La découverte d’une espèce australienne qui
recule, on Fa vu plus haut, le terminus post quem
non du genre au Jurassique, permet d’avancer
que cette vicariance entre les deux souches a pu
se produire à cette période avec l’ouverture du
détroit de Verkhoiansk, qui a séparé la Laurasie
occidentale de l’orientale de la fin du Jurassique
moyen au milieu du Crétacé inférieur ; la trans¬
gression arctique séparait en même temps (ou
ensuite ?) l’Amérique du Nord du Bouclier Scan¬
dinave et celui-ci de l’Asie par le Bras de Mer
Russe (voir les cartes de Termier & Termier,
1952, 1979; Barron et al., 1981; Howarth,
1981 ; Noonan, 1986; Barron, 1987b); la mer
de Sundance, qui s’est ouverte à peu près à la
même époque, a pu aussi jouer ce rôle. Cette
hypothèse serait testée favorablement par la
découverte d’une espèce du groupe militaris* en
Asie orientale95.
Les éléments paléarctiques du groupe devaient
déjà être individualisés en trois lignées distinctes
lors de la rupture définitive des connexions
terrestres entre Amérique du Nord et Laurasie,
sans quoi leurs espèces formeraient ensemble un
groupe monophylétique. Il est permis de penser
que l’espèce ancestrale de K. tipuloides et bifor-
mis occupait la partie orientale de la Laurasie
jusqu’à la fermeture partielle du Bras de Mer
Russe, à l’Oligocène. K. tipuloides se serait alors
progressivement étendu vers l’est pour envahir la
Plateforme Russe, tandis que la population
japonaise, séparée du continent par Fouverture
de la Mer du Japon, aurait alors donné K.
biformis, sur l’un ou l’autre des fragments de
l’archipel Japon-Sakhaline. La vicariance entre
K. rufus et nipponicus se situe à la même époque
(ou encore plus tôt) ; les deux lignées ancestrales
auraient alors été sympatriques. Quant à la
lignée testaceus*, elle a dû se diviser en deux
avant la séparation définitive de l’Europe et de
l’Amérique du Nord. Ceci a pu se produire lors
de la formation du Bras de Mer Russe, au
Crétacé supérieur-Paléocène, séparant l’espèce
ancestrale de rufus-nipponicus à l’est de celle de
testaceus * s. str. à l’ouest.
Les hypothèses émises ci-dessus sont résumées
par la figure 1281. Faute de mâle, il n’a pas été
possible de déterminer si l’espèce indienne non
décrite appartient au groupe testaceus* s. str. ou
au groupe rufus. De même, l’espèce de Sibérie
orientale et de Sakhaline 95 n’a pu être située, et il
existe certainement d’autres Keroplatus à décou¬
vrir en Asie paléarctique et tropicale. La nature
des relations phylogénétiques de ces espèces
permettra de tester ces hypothèses.
95. Ostroverchova (1979) signale de Sibérie orientale et de Sakhaline un Keroplatus « testaceus » dont elle figure les
genitalia mâles. Le processus ventral ne correspond pas à cette espèce, ni à K. biformis , déjà connu de Sakhaline, ni à
K. nipponicus, géographiquement voisin. Les dessins de cet auteur sont notoirement imprécis, mais les épines gonostylaires
pourraient être disposées en groupe, caractère autapomorphe du groupe militaris*. Je n’ai pu me faire communiquer cette
espèce.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
585
Fig. 1240. — Cladogramme daté des Keroplatus holarctiques (plus K. rufus, oriental) et événements géologiques ayant pu
jouer un rôle dans leur évolution.
Source : MNHN, Paris
586
LOÏC MATILE
Si ce scénario est exact dans ses grandes lignes,
c’est-à-dire si le groupe tipuloides + est bien
d’origine asiatique, et que K. tipuloides n’a gagné
l’Europe occidentale qu’après la fermeture du
Bras de Mer Russe à l’Oligocène, il est possible
d’en tirer une conséquence sur la vitesse avec
laquelle un tel insecte peut étendre son aire de
répartition. Cette espèce, en effet, est inféodée au
Polypore Fomes fomentarius (p. 266), qui existe
en Grande-Bretagne, alors que ce Keroplatus
spectaculaire n’y a jamais été rencontré. Les
connexions terrestres entre la Grande-Bretagne
et le continent n’ayant été définitivement rom¬
pues qu’il y a moins de 7 000 ans (Termier &
Termier, 1979), on pourrait penser que K.
tipuloides n’a pas atteint la France avant cette
date ; il aurait donc fallu 20 à 30 millions
d’années à l’espèce pour s’étendre sur une dis¬
tance de 5 à 6 000 km ! Il est cependant beau¬
coup plus vraisemblable que l’espèce occupait
autrefois la Grande-Bretagne et en a disparu lors
des glaciations pléistocènes. À cette époque, bien
que le sud en fut libre de glaces, il n’était couvert
que de toundra, comme d’ailleurs la France, et
donc dépourvu d’arbres susceptibles de porter
son champignon-hôte. L’insecte n’aurait donc pu
suivre le repeuplement des Iles Britanniques par
celui-ci avant l’ouverture de la Manche. La ligne
des arbres, au maximum des glaciations wur-
miennes, ayant été repoussée au sud des Pyré¬
nées, et au sud et à l’est des Alpes (cf.
Schwarzbach, 1961 ; Braque, 1987), sa vitesse
d’expansion serait alors au maximum de l’ordre
de trois km par an.
Groupe néotropical. — Les Keroplatus néotro¬
picaux occupent les régions forestières de cette
zone à l’exception de celles de la Magellania et
des Antilles (fig. 1241). Ils forment deux groupes,
l’un limité au sud-ouest de la sous-région brési¬
lienne, et qui n’est formé que de deux espèces
( fiebrigi +), l’autre, plus diversifié ( mexicanus +),
occupant l’Amérique Centrale et la sous-région
guyanaise (Trinidad jusqu’à plus ample informé).
L’absence de ce genre dans la sous-région
antillaise est significative en ce sens qu’elle nous
fournit pour les représentants actuels un terminus
ante quem non, celui des Proto-Antilles (ou de
l’arc américano-antillais), entre la fin du Crétacé
et le début de l’Éocène (cf. p. 579). K. mexicanus
et striatus, d’Amérique Centrale, n’ont sans
doute atteint leur répartition actuelle qu’après
le rétablissement de l’isthme de Panama, au
Pliocène. Cette hypothèse de dispersion récente
est fondée sur le fait que ces espèces prati¬
quement sympatriques (Oaxaca et Vera-Cruz)
appartiennent à deux lignées différentes, de
parenté brésilienne, et que les espèces nord-
américaines ne sont pas apparentées étroitement
aux espèces néotropicales : le Proto-isthme de
Panama pré-Paléocène n’a donc pas joué le rôle
de pont entre les deux sous-continents. La
relation de groupe-frère entres groupes néotropi¬
cal et afrotropical implique que la séparation de
la lignée holarctique soit plus ancienne que la
division en deux souches de la lignée néo-afro-
tropicale. Ceci est très compatible avec l’âge
minimum inféré pour les espèces holarctiques,
dont les deux principaux groupes ont été datés
plus haut du Jurassique supérieur. À cette
époque, les connexions terrestres septentrionales
entre Afrique et Amérique du Sud avaient en
effet encore plus de 60 millions d’années à
persister.
L’hypothèse de l’expansion terrestre au sens
d’OwEN (1983) n’implique pas de changements
significatifs dans l’histoire présumée des Keropla¬
tus afro-néotropicaux, ni de leur groupe-frère,
l’espèce australienne K. tergatus. Les cartes
d’OwEN, au contraire, donnent entre le sous-
continent indien et l’Antarctique, au Jurassique
supérieur, des relations plus étroites que dans
l’hypothèse du diamètre constant (voir fig. 1209).
Or je rappelle que l’espèce indienne (dont les
genitalia mâles sont inconnues, et qui n’a donc
pu être située dans le cladogramme), appartient
au groupe holarctique, et non à l’afro-néotropi-
cal. La découverte d’un exemplaire complet
permettra peut-être de savoir si les caractères
non génitaux utilisés à la base du cladogramme
ont été surestimés ; si l’espèce se révélait plus
proche de K. tergatus ou des afro-néotropicaux,
l’hypothèse d’OwEN ne serait plus réfutée.
Le modèle d’expansion de Shields (1979), qui
place au Jurassique moyen l’Amérique du Sud au
contact de l’Australie via la Nouvelle-Guinée, est
par contre très cohérent avec les relations phy¬
logénétiques présumées entre K. tergatus et les
groupes afrotropical et néotropical de Keroplatus
(voir fig. 1264). Il en va de même de la Pacifica
de Nur & Ben Avraham (1981) : la souche
originelle du genre se serait trouvée sur l’en¬
semble Australie-Pacifica ; une branche méridio¬
nale occupant l’Australie et la plaque de Phoenix
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
587
serait à l’origine de la lignée afro-néotropicale,
une branche septentrionale aurait donné par
exemple le groupe néarctique ( militaris +) via la
plaque de Farallon et le groupe oriento-holarc-
tique par celle de Kula. Selon ce modèle, il
faudrait cependant reculer l’origine du genre au
Trias.
roplatus, c’est-à-dire le sous-groupe Platyroptilon
de la page 535, moins la lignée Heteropterna* .
Rappelons que ce groupe se divise à son tour en
trois lignées monophylétiques, dont l’une est
formée du seul genre Tergostylus et les deux
autres par Euceroplatus* et Xenokeroplatus* .
Les relations de parenté entre ces trois lignées
n’ont pu être élucidées (fig. 1204).
Groupe Tergostylus *
Nous appellerons ainsi l’ensemble formé par
les genres Tergostylus, Xenokeroplatus, Nauar-
chia, Duretina, Platyroptilon, Setostylus et Euce-
Genre Tergostylus
Dans l’état actuel de nos connaissances, ce
genre est typiquement inféodé aux forêts hygro-
Source : MNHN, Paris
588
LOÏC MATILE
philes de basse altitude de l’Ouest africain (sous-
région congolaise au sens large). Trois de ses
espèces couvrent les forêts du Zaïre, de Centra-
frique et du Cameroun, et donc probablement
tout le bloc forestier congolais proprement dit,
tandis que deux d’entre elles sont connues uni¬
quement de Fernando Poo (où elles ne forment
pas un couple d’espèces-sœurs), et que la der¬
nière habite le bloc forestier guinéen (en l’oc¬
currence la forêt de Taï, en Côte d’ivoire)
(fig. 1242).
Fig. 1242. — Relations phylogénétiques et répartition des
espèces formant le genre Tergostylus.
L’allure cténiforme du cladogramme de ces
espèces indique soit un manque de récoltes, soit
un groupe relativement ancien dont plusieurs
représentants auraient disparu. La plupart des
événements de spéciation portant sur des lignées
forestières afrotropicales sont classiquement expli¬
qués par des pulsations glaciaires-interglaciaires,
au cours desquels les blocs forestiers sont succes¬
sivement isolés et mis en contact. Les principaux
blocs montagneux servent de refuges lors des
inter-pluviaux, refuges à partir desquels la faune
survivante ré-envahit la nouvelle forêt de basse
altitude. Dans ces conditions, il faudrait attri¬
buer à T. couturier i, endémique de Taï, un âge
pléistocène, les Keroplatidae communs à cette
forêt et au bloc congolais {Toile tia vrydaghi,
Heteropterna balachowskyi et plusieurs Orfeliini )
ayant reconquis le bloc forestier guinéen après
cette période.
Quant aux autres espèces de Tergostylus,
plus ou moins sympatriques dans la région
congolaise au sens large, elles seraient les té¬
moins des fluctuations climatiques ayant frappé
cet immense bloc forestier lors des inter-gla¬
ciaires. La relation de groupes-frères entre d’une
part le couple alberti-plokiophilus, et d'autre part
T. brevistylus, implique deux événements de
dispersion de la ligne du Cameroun à Fernando
Poo. L’aspect cténiforme du cladogramme serait
donc plutôt dû à des récoltes insuffisantes, et il
faut s’attendre à trouver plusieurs Tergostylus
inédits dans les régions forestières isolées de
l’ouest de l’Afrique.
Sous-groupe Euceroplatus *
Cette lignée est formée de trois genres, Eucero¬
platus, Platyroptilon et Setostylus. Chacun de ces
genres a des représentants dans la région orien¬
tale ; Euceroplatus habite en outre la région
australasienne, Setostylus la région néotropicale
Fig. 1243. — Relations phylogénétiques et répartition des
genres formant le sous-groupe Euceroplatus* .
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
589
et Platyroptilon ces deux régions (fig. 1243).
Le cladogramme de zone est typiquement trans¬
pacifique et conforme au modèle de dispersion
plutôt qu’à celui de la vicariance, puisqu’il donne
deux hypothèses de parenté contradictoires : une
relation de zones-sœurs entre la région orientale
et Paustralasienne d’une part, entre la région
orientale et la néotropicale d’autre part.
Genre Euceroplatus. — Ce genre renferme
trois groupes d’espèces : les couples hutsoni-
fascipennis ( hutsoni +), exclusivement malais, no-
taticoxa-cantrelli ( notaticoxa * s. str.), le premier
de Sri-Lanka, l’autre d’Australie (Queensland),
et le groupe paucimaculatus* , qui comprend une
autre espèce du Queensland et des espèces de
Malaisie, des Philippines, de Nouvelle-Guinée et
des Iles Salomon (fig. 1244). La présence en
Malaisie d’une part, en Australie d’autre part,
de deux espèces appartenant à deux lignées
différentes, implique que des événements de
dispersion sont intervenus dans l’histoire des
Euceroplatus.
La répartition du groupe paucimaculatus +
implique une aire ancestrale indomalaise s’éten¬
dant peut-être de la péninsule malaise à l’Indo¬
chine et à la Chine tropicale, aire qui a pu se
disjoindre lors de l’ouverture de la mer de Chine
méridionale, avant la fin du Miocène. Cet événe¬
ment de vicariance aurait ensuite été suivi d’une
dispersion, au plus tôt Miocène supérieur, vers la
Nouvelle-Guinée et l’Australie d’une part, les
Iles Salomon d’autre part. Il s’agit du premier
tracé d’HoLLOWAY & Jardine, mentionné plus
REGION ORIENTALE | | REGION AU STR AL ASIE NNE
Fig. 1244. — Relations phylogénétiques et répartition des espèces formant le genre Euceroplatus.
590
LOÏC MATILE
haut (p. 570) au sujet du genre Chiasmoneura. Il
correspond parfaitement à la répartition de
paucimaculatus* (fig. 1245).
Le couple hutsoni-fascipennis est sympatrique
dans la péninsule malaise, et plus précisément
dans les Fraser’s Hills, à une altitude atteignant
ou dépassant 1 300 m ; ces deux espèces doivent
occuper des niches distinctes, ou l’une d’entre elle
n’a gagné que récemment cette aire de réparti¬
tion.
Fig. 1245. — Cladogramme des espèces d ' Euceroplalus du
groupe paucimaculatus + reporté sur la carte.
Au contraire, la répartition de la lignée notati¬
coxa* s. str. sur une aire disjointe entre Sri
Lanka et le Queensland pose problème. Une
répartition de ce type peut en effet avoir deux
causes : ou bien ce couple est apparu par
vicariance lorsque la plaque indienne s’est sé¬
parée de la plaque australienne à la fin du
Crétacé moyen, ou bien il représente les deux
extrêmes du deuxième tracé, pliocène-pléisto-
cène, d’HoLLOWAY & Jardine, qui relie la
péninsule malaise aux îles de la Sonde, et serait
prolongé jusqu’à l’Inde méridionale, comme on
l’a vu pour les Chiasmoneura du sous-genre
nominatif (p. 570), et ici, en l’occurrence, jusqu’à
Sri Lanka.
Il est difficile de choisir entre les deux hypo¬
thèses. Comme on le verra plus loin, il existe des
raisons de penser que les deux autres genres du
groupe Euceroplatus* ont un terminus post quem
non remontant au moins au Crétacé supérieur. Si
l’origine du couple notaticoxa-cantrelli doit être
attribuée à la fin des connexions entre la plaque
indienne et l’Australie via l’Antarctique, il fau¬
drait faire remonter cet événement au plus tôt au
Hauterivien, c’est-à-dire au Crétacé inférieur, et
dans ce cas le couple serait le groupe-frère
plésiomorphe du reste du genre, et non de
paucimaculatus + seulement. Il paraît donc plus
raisonnable de retenir la deuxième hypothèse ;
c’est donc du Pliocène-Pléistocène qu’il faudrait
dater l’origine du couple notaticoxa-cantrelli.
Dans les deux cas, d’autres espèces apparentées
doivent exister en Inde, en Malaisie et dans
l’archipel de la Sonde.
Sous réserve d’inventaire, on peut donc propo¬
ser le déroulement suivant. Le genre Eucero¬
platus aurait eu une aire ancestrale pré-miocène
en Asie tropicale. La souche primitive aurait
d’abord donné l’ancêtre du couple hutsoni * et
celui de notaticoxa* . Si l’on en juge par l’altitude
de capture du premier couple (vers 1 300 m),
cette première vicariance serait d’ordre écolo¬
gique. L’aire ancestrale du groupe notaticoxa * se
serait ensuite fragmentée en deux zones, l’une
occidentale (ancêtre de notaticoxa + s. str., cou¬
vrant l’Inde péninsulaire et Sri Lanka), l’autre
orientale (ancêtre de paucimaculatus +). Cet évé¬
nement ne peut être antérieur à l’Éocène, lorsque
la plaque indienne est venue heurter la plaque
eurasiatique ; il y a pu avoir là spéciation par
dispersion, par-deçà le front de la plaque in¬
dienne (rappelons que sa suture définitive avec le
continent n’a eu lieu qu’à la fin du Miocène).
Vers la fin du Miocène, à l’ouverture de la mer
de Chine méridionale, l’ancêtre du groupe pauci¬
maculatus* s’est séparé en un élément philip¬
pin et un élément malais (des populations de
l’un ou de l’autre, ou des espèces apparentées,
sont à rechercher dans la péninsule indochi¬
noise). Enfin, deux dispersions fin Pliocène-début
Pléistocène, via l’arc mélanésien externe, seraient
à l’origine de la lignée australasienne rivalis* et
d 'E. cantrelli. Cette hypothèse est représentée
par le diagramme de la figure 1282 ; elle implique
un grand nombre de dispersions, et sera testée
par la découverte d’espèces géographiquement
intermédiaires et conformes ou non au clado¬
gramme proposé ici.
Les deux modèles expansionnistes mettent les
différentes aires occupées par le genre en conti¬
nuité, jusqu’au Crétacé inférieur pour Owen ; ils
conviennent donc mieux à une explication de la
répartition actuelle du genre (fig. 1266-1267).
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
591
L’événement de vicariance entre la lignée méri¬
dionale notaticoxa* s. str. et la lignée septentrio¬
nale paucimaculatus + serait alors la séparation
récente (dans l’hypothèse de l’expansion) des
deux aires.
Genre Platyroptilon. — Les éléments nou¬
veaux obtenus depuis 1986 m’ont permis d’éta¬
blir pour les représentants oriento-australasiens
de ce genre une hypothèse de phylogénie argu¬
mentée. Faute d’avoir pu examiner toutes les
espèces néotropicales, je n’ai pu donner pour
les Platyroptilon de cette région qu’une hypo¬
thèse très provisoire. Il semble cependant acquis
que le genre est formé de trois groupes mono-
phylétiques dont deux, néotropicaux, ont des
relations de groupes-frères, l’ensemble représen¬
tant le groupe-frère des éléments oriento-austra¬
lasiens (fig. 1246-1247).
En ce qui concerne les Platyroptilon néotropi¬
caux, le cladogramme proposé (fig. 1246) n’est
pas suffisamment argumenté pour qu’il soit
raisonnable d’en analyser la biogéographie. L’un
des groupes, miersii* , occupe exclusivement la
sous-région brésilienne, tandis que l’autre, lanei*
est plus occidental, avec une extension brési¬
lienne : une hypothèse de phylogénie regroupant
les espèces occidentales d’une part, les espèces
orientales d’autre part, serait plus satisfaisante
pour l’esprit. Tout au plus peut-on dire, comme
pour les Keroplatus, que les Platyroptilon néotro¬
picaux n’habitant pas les Antilles (jusqu’à plus
ample informé), leur âge ne peut être antérieur à
la fin du Crétacé ou au début de l’Éocène.
La répartition des Platyroptilon oriento-aus¬
tralasiens (fig. 1247) est du même type que celle
des Euceroplatus ; on pourrait donc les dater du
deuxième tracé d’ Holloway & Jardine, plio-
| _ REGION NEOTROPICALE _ |
| S. R. BRESILIENNE | | PEROU |[ EQ.|
Fig. 1246. — Relations phylogénétiques et répartition des espèces néotropicales du genre Platyroptilon.
Source : MNHN, Paris
592
LOÏC MATILE
cène-pléistocène. Ils n’en occupent cependant
que la partie orientale, ce qui entraîne à prédire
l’existence d’une espèce indienne à découvrir.
Dans cette hypothèse, ce serait donc lors de la
transgression post-pléistocène que se seraient
isolées, par une série de migrations, les souches
des différentes espèces du groupe collessi* .
R. AUSTRAL~| | R. ORIENTALE |
Fig. 1247. — Relations phylogénétiques et répartition des
espèces oriento-australasiennes du genre Platyroptilon.
Ce scénario est sans aucun doute le plus
économique sur le plan de la datation. Il en
existe cependant un autre, plus économique cette
fois sur le plan paléogéographique : c’est celui
qui situerait l’origine du groupe au Crétacé.
Certains géologues pensent en effet qu’à cette
époque Timor et toutes les îles de l’Arc externe
de Banda, dont les portions est et sud-est du
Sulawesi, appartenaient à la marge continen¬
tale de l’Australie-Nouvelle-Guinée (Audley-
Charles, 1978 ; fig. 1248). L’ancêtre du groupe
collessi* aurait alors occupé une aire émergée
continue, les spéciations ayant été provoquées
par leur isolement ultérieur.
La validité de cette hypothèse repose sur la
position phylogénétique du Platyroptilon malais,
qui n’est connu que par une seule femelle, mais
dont cependant l’appartenance à la lignée col¬
lessi* est étayée par cinq synapomorphies non
génitales {cf p. 522). Si l’aire d’origine du groupe
était gondwanienne, et que cette espèce se soit
différenciée à la suite d’une migration lors de la
régression pléistocène, elle devrait en effet être
plus étroitement apparentée au couple scurror-
kirkspriggsi, et non former l’espèce-sœur du
groupe collessi* s. str. La séparation de celui-ci
en deux couples repose largement sur les geni-
talia mâles, et la découverte d’un exemplaire de
ce sexe permettra de choisir entre les deux
hypothèses. Je suis cependant davantage en
faveur de la deuxième en raison de l’âge mini¬
mum présumé du genre, et aussi parce que si les
Platyroptilon néotropicaux n’ont pu gagner les
Antilles par dispersion, on voit mal pourquoi
ceux du groupe oriento-australasien auraient pu
accomplir sans difficulté la série de migrations
impliquées par la première.
Les Platyroptilon posent un problème impor¬
tant en ce sens que leur répartition implique un
tracé transpacifique tropical. Dans l’état actuel
de nos connaissances, un tel tracé ne peut
s’expliquer que par une aire ancestrale couvrant
le Gondwana, au plus tard au Paléocène, époque
à laquelle des liaisons terrestres existaient encore
entre l’Amérique du Sud, l’Antarctique et l’Aus¬
tralie, tandis qu’elles étaient rompues entre
l’Amérique et l’Afrique. Si le genre existe bien en
Nouvelle-Zélande, comme l’a prétendu Osten-
Sacken {cf p. 3 1 3), nous pourrions même dater
l’origine des espèces australasiennes au plus tard
du Crétacé supérieur, époque à laquelle la
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
593
Tasmantis s’est séparée de l’Australie : ceci
expliquerait l’absence du genre dans la région
afrotropicale et correspondrait bien également
à l’âge présumé du groupe collessi * dans la
deuxième hypothèse. Il est inutile de s’étendre
sur ce point avant d’avoir procédé à une étude
phylogénétique plus détaillée du genre, et en
particulier d’avoir confirmé son existence en
Nouvelle-Zélande et surtout d’avoir découvert le
mâle de l’espèce de Malaisie. On prendra cepen¬
dant note de cette étonnante relation de zones-
sœurs entre la région néotropicale (moins la
sous-région chilienne) et les régions australa-
sienne et orientale. Ce tracé n’est pas unique chez
les Keroplatidae : le genre-frère de Platyroptilon,
comme on le verra ci-dessous, démontre le même
type de relations biogéographiques.
Le modèle d’expansion d’OwEN est cohérent
avec le cladogramme des Platyroptilon oriento-
australasiens, mais n’explique pas pour autant la
disjonction entre ceux-ci et le groupe néotropical.
Il faut ici encore, comme pour les Keroplatus
austraux, recourir à l’hypothèse ad hoc d’une
disparition dans la Magellania, disparition qui
pourrait provenir de son refroidissement, le
genre étant de toute évidence tropical (sous
réserve de l’éventuelle espèce néo-zélandaise).
Par contre, l’hypothèse de Shields (voir fig. 1269)
situe en continuité, au sud de l’équateur juras¬
sique, les régions où vivent actuellement les
Platyroptilon , et il n’y a plus lieu de postuler de
disparitions.
Dans l’hypothèse de la Pacifica, on pourrait
présumer que la souche ancestrale du genre
occupait l’Australie, la Nouvelle-Guinée et la
partie adjacente de la Pacifica, et qu’elle n’aurait
jamais atteint la portion magellanique de ce
continent. L’ancêtre des Platyroptilon néotropi¬
caux se serait alors différencié lors de la sépara¬
tion de la « Pacifica péruvienne », d’où il aurait
envahi le bouclier brésilien après que ce fragment
se soit intégré à l’Amérique du Sud, vers la fin du
Crétacé ou le début du Paléocène (Nur & Ben
Avraham, 1981). Cette datation est congruente
avec l’âge présumé de ce groupe néotropical.
Encore que l’explication soit séduisante, on se
heurte là encore au grand âge attribué à la
Pacifica.
Genre Setostylus. — Les espèces de ce genre
couvrent la région néotropicale, sauf les Antilles
et la sous-région chilienne, ainsi que la région
orientale (Sumatra, Malaisie), avec une extension
au Japon. Elles forment trois groupes mono-
phylétiques, pictipennis* , innotatus* et bispino-
sus+, le premier néotropical et les deux autres
orientaux. Le groupe innotatus * a des relations
de groupe-frère, non avec l’autre groupe orien¬
tal, mais bien avec le groupe néotropical pictipen¬
nis* , le groupe bispinosus* , étant à son tour le
groupe-frère de cet ensemble (fig. 1249). En
dehors de leur absence de la région australa-
sienne, les Setostylus posent donc le même
problème que les Platyroptilon, celui du tracé
transpacifique tropical.
Dans le groupe pictipennis* , S. singularis a été
décrit du Brésil, État de Sào Paulo, puis cité de
Trinidad (Lane, 1960) et du Costa-Rica (Matile,
1982b). J’ai identifié depuis des exemplaires du
Nicaragua et de l’État de Para (Brésil) ; il s’agit
donc d’une espèce largement répandue. S. bellu-
lus est également largement réparti : décrit du
Mexique, il existe aussi au Brésil (Santa Cata-
rina, localité-type de son synonyme, S. fuscitho-
rax). Les deux autres espèces du groupe, décrites
dans le présent travail, ont une répartition plus
ponctuelle : Panama pour S. bifidus et Guate¬
mala (à 3 000 m d’altitude) pour S. pictipennis.
Là encore, comme on l’a vu pour les Keropla¬
tus et les Platyroptilon, l’absence du genre aux
Antilles, alors qu’il habite l’Amérique Centrale et
Trinidad (localité douteuse, toutefois, puisque
nous ne disposons que d’une unique femelle),
permet d’assigner aux espèces qui le composent
un terminus ante quem non situé vers la fin du
Crétacé ou le début du Paléocène. Ces quatre
espèces étant en outre sympa triques sur l’isthme
de Panama, leur histoire peut s’interpréter de la
façon suivante :
La souche ancestrale du groupe pictipennis*
aurait eu son aire d’origine sur le Nucléus
centraméricain, et une première divergence se
serait produite par vicariance géographique, S.
pictipennis représentant la forme d’altitude et
l’ancêtre de la lignée bellulus * une forme fores¬
tière de plaine. Un deuxième événement de vica¬
riance a pu être provoqué par l’apparition du
proto-isthme de Panama, vers la fin du Crétacé
(Donnelly, 1988), isolant d’abord S. bellulus de
l’ancêtre du couple bifidus-singularis. La frag¬
mentation de ce proto-isthme au début de l’Oligo¬
cène (Termier & Termier, 1952; Malfait &
Dinkelman, 1972) serait à l’origine de ces deux
dernières espèces. Enfin, à la fermeture du
Source : MNHN, Paris
594
LOÏC M ATI LE
«AL.
(JAPON)
détroit, les deux espèces bénéficiant de la plus
grande tolérance écologique, S. singularis et S.
bellulus, auraient envahi progressivement le mas¬
sif forestier guyano-brésilien.
Le groupe bispinosus + est formé du couple
bispinosus-rufobrunneus, sympatriques dans la
même localité d’altitude, en Malaisie (Perak,
Larut Hills). Sauf recolonisation, la séparation
de ces deux espèces ne peut être attribuée à
aucun événement de vicariance géographique, et
il faut postuler ici une divergence d’ordre écolo¬
gique.
Le groupe inno ta tus* comprend S. abdomina-
lis, de l’extrémité méridionale de l’archipel japo¬
nais (Kyushu : Iles Tushima), S. innotatus (Su¬
matra) et S. stubbsi (Malaisie). Cette répartition
implique une aire ancestrale couvrant les rives de
la mer de Chine méridionale, qui s’est ouverte à
l’Oligocène. Peut-être faut-il attribuer à l’espèce
ancestrale des Setostylus orientaux un âge mini¬
mum remontant au Crétacé supérieur, époque à
laquelle une terre quasi continue s’étendait à
l’emplacement de la mer de Chine méridionale
(Ménard & Hamilton, 1963 ; Durham, 1963 ;
Barron, 1987a). La fragmentation de cette terre
serait alors à l’origine des groupes bispinosus * et
innotatus* . La sympatrie en Malaisie du premier
groupe et d’une espèce du second (5. stubbsi)
implique une conquête récente de la péninsule
malaise à partir de Sumatra ; une telle migration
Source : MNHN, Paris
LES K EROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
595
aurait pu se produire au Pléistocène, lorsque
s’est asséché le détroit de Malacca (Termier &
Termier, 1952).
À moins de postuler une aire ancestrale cir-
cum-pacifique, et une quantité de disparitions
ultérieures, la répartition des trois lignées de
Setostylus entre la région néotropicale et le sud-
est asiatique est totalement inexplicable, que
ce soit dans le modèle de la tectonique globale
ou dans celui de l’expansion d’OwEN (voir
fig. 1270). Seul le modèle de Shields donne pour
le genre une aire ancestrale continue, jurassique
(voir fig. 1271).
Sous-groupe Xenokeroplatus *
Ce sous-groupe renferme trois genres décrits
dans la présente monographie, Xenokeroplatus,
Nauarchia et Duretina. Les deux premiers sont
australasiens ( Xenokeroplatus : Nouvelle-Guinée
et Iles Salomon ; Nauarchia : Iles de l’Amirauté),
le dernier est néotropical (sous-régions brési¬
lienne et caraïbe). L’hypothèse de phylogénie
exprimée indique une relation de groupes-frères
entre le genre néotropical et l’un des australa¬
siens {Nauarchia), et non entre lui et les deux
australasiens (fig. 1250). Nous sommes donc
encore une fois en présence d’un tracé trans¬
pacifique du même type que celui des Platyropti-
lon et des Setostylus, même si, comme dans le
| R. AUSTRALASIENNE | | R. NEOTR~|
1 1 I
Fig. 1250. — Relations phylogénétiques et répartition des
genres formant le groupe Xenokeroplatus *.
cas des Robsonomyiini (p. 573), le haut degré de
divergence morphologique (14 autapomorphies
pour Xenokeroplatus, par rapport à deux pour le
couple Dur etina-Nauar chia) incite à évoquer la
possibilité de disparitions.
Les genres Nauarchia et Duretina sont mono¬
spécifiques (mais il existe peut-être une deuxième
espèce du dernier), et ne posent donc pas de
problème biogéographique particulier.
En ce qui concerne Xenokeroplatus, trois
espèces de ce genre sont actuellement connues,
X. steffani et filitarsis, sympatriques en Pa-
pouasie-Nouvelle-Guinée (Wau), et X. riparius,
des Iles Salomon (Kolombangara). En émettant
mon hypothèse de phylogénie (p. 530), j’ai
provisoirement considéré les deux espèces néo¬
guinéennes comme formant un couple, frère de
celle des Iles Salomon. L’hypothèse inverse,
c’est-à-dire une relation d’espèces-sœurs entre
X. steffani et riparius, impliquerait un événement
de vicariance qui pourrait être post-pléistocène,
dans la mesure où Nouvelle-Guinée et Iles
Salomon étaient en contact terrestre au moment
du maximum des glaciations (Termier & Ter¬
mier, 1952).
Même si l’hypothèse de phylogénie proposée
pour ce groupe est mal fondée, c’est-à-dire si
Nauarchia et Xenokeroplatus forment en réalité
un groupe monophylétique frère de Duretina, la
répartition de l’ensemble demeure transpaci¬
fique. Comme dans le cas précédent (et le
suivant), elle se conforme mieux à l’hypothèse
d’expansion de Shields (voir fig. 1272-1273).
Groupe Heteropterna +
Ce groupe presque exclusivement tropical n’est
formé que des genres Heteropterna et Cteno-
ceridion, chacun divisé en deux sous-genres
(fig. 1251). Heteropterna s. str. est cosmopolite,
tandis que le sous-genre Scrobicula n’est connu
que par une espèce afrotropicale, peut-être deux
(c/. p. 250). Quant à Ctenoceridion, ne compre¬
nant qu’une seule espèce d’Afrique du Sud à sa
description, il en compte maintenant trois, à la
suite de la découverte d’une espèce néotropicale
pour laquelle a été proposé le sous-genre Gym-
noceridion (Matile & Duret, 1987) et de
la description d’une espèce orientale de Cteno¬
ceridion s. str. dans la présente monographie
(p. 208).
Source : MNHN, Paris
596
LOÏC MATILE
Fig. 1251. — Relations phylogénétiques et répartition des genres et sous-genres formant le groupe Heteropterna* .
Genre Ctenoceridion
Ce genre est formé du sous-genre nominatif,
avec Ct. freemani, d’Afrique du Sud, et Ct.
wallacei, du Sarawak, et du sous-genre Gymnoce-
ridion, ne renfermant que Ct. inexpectatum, du
Mexique. Comme on l’a déjà fait remarquer
(Matile & Duret, 1987), la répartition transat¬
lantique méridionale des deux sous-genres donne
à ce taxon un terminus post quem non du Crétacé
moyen, époque de la séparation définitive de
l’Afrique et de l’Amérique du Sud. Cependant
l’âge minimum de son genre-frère, Heteropterna ,
sera estimé plus loin du Jurassique supérieur : ce
doit être au plus tard à cette époque que se
situe l’espèce ancestrale des Ctenoceridion. Quant
au sous-genre nominatif, il suit un tracé au plus
tard pliocène-pléistocène qui laisse à penser que
des espèces intermédiaires jalonnent le trajet
d’Afrique du Sud au Sarawak.
Genre Heteropterna
Heteropterna est divisé en deux sous-genres,
dont Scrobicula ne contient qu’une espèce afro-
tropicale, peut-être deux. Le sous-genre nomina¬
tif contient trois groupes présumés monophylé-
tiques, macleayi* , australasien, abdominalis* ,
néotropical (sauf la Magellania) avec une exten¬
sion en Amérique du Nord (H. cressoni), et un
groupe oriental non nommé, car les relations
phylogénétiques des espèces qui le composent
sont loin d’être élucidées (c/. p. 508) ; ce dernier
gagne aussi la région afrotropicale (//. ghesquie-
rei) et le Japon (//. septentrionalis). Le groupe
macleayi + représente le groupe-frère des groupes
abdominalis + et oriental (fig. 1252).
Ces relations phylogénétiques entre groupes
impliquent une relation de zones-sœurs entre la
région australasienne d’une part et les régions
orientale (plus afrotropicale) et néotropicale
d’autre part. Il s’agit ici du contraire de ce que
nous avons vu pour le genre Platyroptilon, qui a
la même répartition mais pour lequel c’est le
groupe néotropical qui est le groupe-frère des
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
597
| R. AFROTr] I R. PALE arc] | R. NEARC.|
| R. AUSTRALASIENNE | | REGION ORIENTALE | | REGION NEOTROPICA L I~
Fig. 1252. — Relations phylogénétiques et répartition des espèces formant le sous-genre Heteropterna s. sir.
deux autres. La répartition des trois lignées
monophylétiques d’ Heteropterna donne une aire
ancestrale couvrant la région australienne,
l’Amérique du Sud, l’Afrique et l’Inde, ce qui
situe l’origine du genre au Jurassique supérieur.
L’absence du genre dans les régions méridionales
tempérées de l’ancien Gondwana, notamment de
la Nouvelle-Zélande et de la Magellania, ne
semble pas pouvoir être attribuée à des impéra¬
tifs climatiques, puisque des Heteropterna appar¬
tenant à deux lignées différentes dépassent le
40e parallèle dans l’hémisphère nord.
Groupe macleayi* . — Ce groupe est formé de
trois couples : macleayi-affinis, tous deux austra¬
liens (Queensland et Nouvelle-Galles du Sud),
flavovittata-interrupta (Fidji et Nouvelle-Guinée),
et chazeaui-vicina (Nouvelle-Calédonie et Va¬
nuatu) (fig. 1252). Il faut sans doute y ajouter
une espèce inédite des Iles Salomon (c/. p. 507) et
598
LOÏC M ATI LE
l’espèce australienne de coloration noire signalée
de Canberra par Colless {comm. pers.).
Le cladogramme montre que le couple cha¬
zeaui-vicina est le groupe-frère du reste du
groupe macleayi * . Ceci implique une relation de
zones-sœurs entre la Nouvelle-Calédonie + Va¬
nuatu d’une part, et l’Australie + La Nouvelle-
Guinée + Fidji d’autre part (on notera que l’es¬
pèce inédite des Iles Salomon est probablement
l’espèce-sœur d'H. flavovittata, de Fidji, avec
laquelle elle partage la perte de l’ocelle médian ;
cf p. 507).
Le genre Heteropterna n’existe pas (jusqu’à
plus ample informé) en Nouvelle-Zélande, qui
aurait pu faire relais entre Australie et Nouvelle-
Calédonie, avant la fin du Crétacé ou au Mio¬
cène inférieur par l’intermédiaire de la Ride de
Lord Howe. On pourrait expliquer la répartition
actuelle du groupe macleayi* par une hypothèse
de dispersion (ou de vicariance) par l’intermé¬
diaire de la Ride de Rennel et de l’arc Salomon-
Vanuatu au Miocène inférieur ; celle-ci devrait
pourtant aboutir à des relations de parenté du
couple chazeaui-vicina avec le couple flavovittata-
interrupta, ce qui n’est pas le cas.
Seule l’existence en Nouvelle-Zélande d’une
espèce d’ Heteropterna appartenant au groupe
macleayi * est susceptible de rendre congruentes
données phylogénétiques et données géologiques,
dans l’hypothèse de dispersion récente comme
dans celle d’une vicariance ancienne due à la
rupture de la Tasmantis. La faune des Keropla-
tidae néo-zélandais n’a pas été revue depuis le
travail de Tonnoir & Edwards (1927), et la
découverte de cette espèce hypothétique est
toujours possible. Dans ce cas, elle devrait être
plus étroitement apparentée au couple chazeaui-
vicina qu’au groupe macleayi* s. str. Nous
serions alors en présence d’une lignée tasman-
tienne et d’une lignée australienne dont l’origine
se situerait à la séparation de la Nouvelle-
Zélande de l’Australie-Antarctique, au Santo-
nien, il y a 85 millions d’années. Les espèces de la
lignée macleayi * se seraient isolées après la
régression miocène, tandis que celles de la lignée
tasmantienne auraient d’abord pour origine la
fragmentation de la Tasmantis, au Crétacé su¬
périeur, puis un événement de dispersion Nou-
velle-Calédonie-Vanuatu au Miocène, par la
Ride des Loyautés. C’est sur l’existence de cette
espèce hypothétique qu’est fondée en partie la
figure 1283.
Groupe abdominalis* . — Comme le genre
Neoceroplatus, le groupe abdominalis * est néo¬
tropical avec une extension en Amérique du
Nord, mais H. cressoni s’étend presque jusqu’aux
Grands Lacs, tandis que N. samiri est confiné au
Mississipi. Le groupe comprend également un
élément caraïbe. H. major, de la Jamaïque. H.
caraibeana et imperfecta sont jusqu’ici connus
seulement de Trinidad, mais cette île, du point de
vue biogéographique, n’est qu’une extension du
Vénézuéla, où il faut s’attendre à retrouver ces
deux espèces. Le genre Heteropterna n’est pas
encore signalé d’Amérique Centrale, mais sa
répartition implique qu’il y est présent.
On notera que l’espèce nord-américaine forme
un groupe monophylétique avec H. gagnei et
perdistincta (lignée perdistincta +), ces dernières
étant les deux seules espèces néotropicales occi¬
dentales (Pérou et Argentine). Toutes les autres
occupent la sous-région brésilienne, selon un
schéma phylogénétique entrecroisé qui implique
plusieurs événements de dispersion, à attribuer
aux fluctuations climatiques ayant affecté les
aires forestières de l’Archiguyane et de l’Archi-
brésil. La répartition de la lignée perdistincta*
suggère que son espèce ancestrale a pu s’étendre
à l’Amérique du Nord lors de l’établissement du
proto-isthme de Panama, fin Crétacé-début Pa-
léocène, et s’y isoler à la rupture de cet isthme
vers le milieu du Tertiaire. Le couple major-
tetraleuca suit le tracé sud-américain-caraïbe de
Rosen du Brésil à la Jamaïque, ce qui le date
également du Crétacé supérieur ou du début du
Paléocène. Comme ce couple n’est pas le plus
étroitement apparenté à la lignée perdistincta* , il
est probable qu’il ne partage pas la même
histoire, et que cette dernière a gagné l’Amérique
du Nord après la formation de l’isthme de
Panama actuel.
L’espèce ancestrale du groupe abdominalis*
occupait sans doute l’ensemble Archibrésil-Ar-
chiguyane avant la fin du Crétacé supérieur, où
les fluctuations des massifs forestiers ont donné
ses différents rameaux, dont celui du couple
tetraleuca-major vers le Paléocène. C’est vers la
même époque que s’est probablement séparée en
deux éléments, l’un oriental, l’autre occidental,
l’espèce ancestrale du groupe imperfecta* , dont
la souche occidentale a donné le groupe perdis¬
tincta* .
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
599
Groupe oriental. — Nous ne sommes pas
assurés de la monophylie de ce groupe, dont
plusieurs espèces sont insuffisamment connues,
et les relations de parenté entre les deux groupes
présumés monophylétiques qui le forment et le
groupe néotropical abdominalis * n’ont pas été
élucidées. On ne peut dater l’événement à l’ori¬
gine de la relation présumée d’espèces-sœurs
entre H. quadripunctata (Inde) et H. fenestralis
(Sri Lanka) en raison des multiples possibilités
de relations terrestres et de dispersion entre l’île
et l’Inde péninsulaire. Tout au plus peut-on dire
que la répartition d'H. septentrionalis (Okinawa
et Japon) et de l’espèce des Philippines, qui est
peut-être son espèce-sœur, correspond au tracé
pliocène-pléistocène d’HoLLOWAY & Jardine,
tout comme celle formée par H. nigrescens, de
Sumatra, et l’espèce malaise non décrite, dont la
répartition se prolonge jusqu’en Micronésie, en
l’occurrence à Palau96 avec H. annulipes.
Les espèces orientales actuelles du genre Hete-
ropterna seraient donc d’âge relativement récent.
La liaison entre le continent africain et la région
orientale pourrait s’être effectuée au plus tard
lors des circonstances climatiques favorables qui
régnaient au Moyen-Orient au Pléistocène. Les
relations phylogénétiques entre toutes ces espèces
restant imprécises, il n’est pas possible d’émettre
une opinion sur le centre d’origine du groupe et
le sens des dispersions que ses constituants ont
pu suivre. On notera toutefois qu’il est divisé en
deux sous-groupes, dont l’un est exclusivement
oriental, tandis que l’autre renferme une espèce
africaine (fig. 1252). L’histoire du groupe doit
donc comprendre deux séries d’événements. Par
commodité, j’appellerai ces deux lignées ghes-
quierei * et quadripunctata* .
La relation de groupe-frère entre ces deux
sous-groupes et le groupe néotropical est étayée
par six synapomorphies (p. 505) ; elle paraît donc
peu douteuse. Elle permet d’élaborer un scénario
sur l’évolution de l’ensemble du sous-genre Hete-
ropterna.
L’aire ancestrale gondwanienne, jurassique,
d ' Heteropterna subit une première rupture lorsque
l’Inde se détache de l’Antarctique, au Crétacé
inférieur, séparant ainsi une aire Australie-An-
tarctique oriental-Tasmantis, qui portera la
souche macleayi* , d’une aire Inde-Madagascar-
boucliers africain et brésilien, habitée par la
lignée quadripunctata* + abdominalis* . Au Turo-
nien-Santonien, la séparation de l’Inde de Mada¬
gascar isole la lignée quadripunctata* sur la
péninsule indienne. Au Crétacé supérieur, un
troisième événement de vicariance divise le
groupe macleayi* lorsque la Nouvelle-Zélande se
sépare de l’Antarctique, et un quatrième isole la
lignée abdominalis* de la lignée ghesquieri* à
la rupture définitive des relations Afrique-Amé¬
rique du Sud. Interviendront ensuite les diffé¬
rentes dispersions et migrations postulées plus
haut, pour les différents groupes, entre le Mio¬
cène et le Pléistocène.
Ce scénario, retracé figure 1283, implique que
la tritomie du cladogramme des Heteropterna
soit résolue en faveur d’une relation de groupes-
frères entre le groupe afro-oriental ghesquierei*
et le groupe néotropical abdominalis* . La con¬
naissance des genitalia mâles manquant dans le
premier, ainsi que la découverte d’espèces orien¬
tales jalonnant son trajet pléistocène, permet¬
tront de tester cette hypothèse. Elle implique
cependant toute une série de dispersions à plus
ou moins longue distance, et suppose encore une
espèce néo-zélandaise hypothétique, ainsi qu’une
série de populations, ou d’espèces, intermédiaires
entre les localités actuelles des groupes ghesquie¬
rei* et quadripunctata* (voir fig. 1277).
Cependant, si l’on reporte la répartition des
Heteropterna sur la carte de la Pangée au
Jurassique (voir fig. 1278) de l’hypothèse d’OwEN
(1983), on obtient une répartition tout à fait
cohérente, n’exigeant ni dispersion ni espèce
hypothétique. À ce titre, l’hypothèse de l’expan¬
sion explique mieux la répartition actuelle du
genre. L’âge minimum jurassique moyen impli¬
qué pour l’espèce ancestrale n’est pas très éloigné
de celui estimé dans l’hypothèse classique, et
correspond également à celui déterminé pour
deux autres genres de Keroplatidae, Chiasmo-
neura et Keroplatus. L’hypothèse de Shields est
plus parcimonieuse sur le plan temporel, puis¬
qu’elle montre l’aire de répartition actuelle de
ghesquierei* continue par l’intermédiaire de la
« Grande Inde » (voir fig. 1279). Dans aucun des
cas, l’absence du sous-genre Heteropterna de la
pointe de l’Amérique et de l’Afrique du Sud n’est
expliquée.
96. Ces îles sont estimées au plus tard du Paléocène (Ménard & Hamilton, 1963).
Source : MNHN, Paris
600
LOÏC MATILE
LE PEUPLEMENT DE LA TERRE PAR LES KEROPLATIDAE
J’examinerai ici successivement deux points la structure de la faune kéroplatidienne au
résultant de l’étude précédente : la chronologie et Crétacé moyen.
Chronologie
En me fondant sur la tectonique globale, j’ai
pu donner un terminus post quem non à un
nombre significatif de groupes de genres, de
genres et de groupes d’espèces de Keroplatidae
étudiés ici. Il est important de souligner que les
datations attribuées dans la liste ci-dessous aux
différents taxa correspondent à l’estimation pour
chacun d’un âge minimum, obtenu par l’étude de
la répartition géographique de celui-ci. Cet âge
n’est pas rectifié, dans la liste, en fonction de
l’âge minimum de son taxon-frère, dont le type
de répartition peut parfois permettre de le fixer à
une époque plus reculée (voir fig. 1253).
Jurassique supérieur
Chiasmoneura s. str.
Chiasmoneura (Prochiasmoneura), puis groupe
flavicoxa +fenestrata
Chiasmoneura (Synesostyla)
Keroplatus afro-néotropicaux + K. tergatus
Keroplatus holarctiques
Heteropterna
Crétacé inférieur
Paramacrocera, puis P. s. str. et Freemaniola,
puis espèces australiennes
Chiasmoneura (Pro.) du groupe flavicoxa *
Chiasmoneura (Pro.) du groupe fenestrata *
Groupe Cerotelion* , puis Cerotelion des groupes
bimaculatum* et funereum*
Keroplatus afro-néotropicaux
Keroplatus du groupe mili taris*
Heteropterna, espèce ancestrale du groupe
macleayi*
Heteropterna, espèce ancestrale du groupe
quadripunctata* + abdominalis*
Crétacé moyen (cf note 78, p. 548)
Schlueterimyia (fossile cénomanien de France)
Arachnocampa
Ctenoceridion
Heteropterna du groupe quadripunctata*
Crétacé supérieur
Cerotelion du groupe funereum*
Groupe Hikanoptilon*
Platyroptilon du groupe collessi*
Neoceroplatus delamarei-samiri
Setostylus, espèce ancestrale des orientaux
Setostylus bellulus-bifidus + singularis
Heteropterna du groupe macleayi *
Heteropterna du groupe abdominalis*
Heteropterna du groupe ghesquierei *
Paléocène
Chiasmoneura du groupe fenestrata*
Keroplatus du groupe testaceus *
Heteropterna major-tetraleuca (fin Crétacé-dé-
but Paléocène)
Heteropterna, espèces du groupe abdominalis*
Éocène
Macrocera du groupe nobilis
Hesperodes
Cerotelion du groupe johannseni*
Rocetelion humer ale-fenestr ale
Keroplatus néotropicaux (fin crétacé-début
Éocène)
Platyroptilon néotropicaux (d°)
Setostylus du groupe pictipennis* (d°)
Keroplatus clausus-reaumurii
Euceroplatus, espèce ancestrale du groupe no-
taticoxa *
Euceroplatus, espèce ancestrale du groupe pau-
cimaculatus*
Fin Éocène-début Oligocène (fossiles de l’ambre
balte)
Macrocera
Hesperodes concinnus-johnsoni
Kelneria
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
601
Oligocène
Keroplatus testaceus-dispar
Keroplatus du groupe tipuloides * s. str.
Keroplatus du groupe nipponicus*
Setostylus bifidus-singularis
Miocène
Cerotelion des groupes pendleburyi + et johann-
seni*
Neoceroplatus du groupe dureti*
Keroplatus tipuloides-biformis (limite Oligo¬
cène-Miocène)
Keroplatus rufus-nipponicus (d°)
Placoceratias longimanus-imitans +
Euceroplatus du groupe paucimaculatus*
Pliocène-Pléistocène
Chiasmoneura s. str. (espèces)
Paramacrocera anomala et lanei
Rocetelion fasciatum-fasciolum
Tergostylus couturieri-plokiophilus + alberti
Euceroplatus notaticoxa-cantrelli
Euceroplatus du groupe riva lis*
Heteropterna du groupe perdistincta *
Heteropterna septentrionalis - sp. (Philippines)
Heteropterna nigrescens-annulipes - sp. (Ma¬
laisie)
Heteropterna ghesquierei
Il ressort de cette liste que si seulement
quelques groupes d’espèces de Macrocerini sont
présents sous la forme de leur espèce ancestrale
dès le Jurassique supérieur, d’autres, plus nom¬
breux et appartenant aux Keroplatini comme aux
Macrocerini apparaissent au Crétacé inférieur et
moyen, et surtout au Crétacé supérieur, tandis
qu’un certain nombre s’échelonnent de l’Éocène
à l’Oligocène. Des couples d’espèces encore
vivantes apparaissent à l’Éocène (rupture des
relations Europe-Amérique du Nord), mais l’âge
minimum de la plupart des espèces actuelles,
lorsqu’il a pu être déterminé, se situe au Plio¬
cène-Pléistocène.
Compte tenu du principe de l’équivalence
d’âge des groupes-frères, il est également possible
de dater l’ensemble des genres et des groupe¬
ments supra-génériques étudiés, comme on le
voit sur le cladogramme de la figure 1253.
Celui-ci reporte au minimum au Jurassique
moyen l’origine des principales lignées de Kero-
platidae, encore qu’il s’agisse là d’une estimation
subjective, la base du groupe Chiasmoneurella +
n’ayant été située à cette période que parce que
les trois sous-genres de Chiasmoneura devaient
déjà être différenciés au Jurassique supérieur
(p. 571).
À cette époque, tous les Macrocerini sont
présents en tant que genres, ainsi que beaucoup
de Keroplatini : Keroplatus, Neoceroplatus, Hi-
kanoptilon, Heteropterna et Ctenoceridion. Les
autres genres de cette dernière tribu apparaissent
au plus tard au Crétacé inférieur ( Cerotelion ,
Mallochinus, Tolletia) ou supérieur ( Euceropla¬
tus , Setostylus, Platyroptilon). Les déductions
biogéographiques ne permettent d’assigner à
deux genres de Keroplatini, Rocetelion et Para-
cerotelion, qu’un âge éocène, mais leur souche
ancestrale commune remonte au moins au Cré¬
tacé inférieur. De même, la répartition trop
discontinue des Robsonomyiini n’a pas permis
d’assigner à leurs genres un terminus post quem
non, mais leur espèce ancestrale ne peut être plus
récente que celle de leur groupe-frère, les Macro¬
cerini, et doit donc être datée à tout le moins du
début du Jurassique supérieur.
Les quelques éléments fournis sur les Keropla-
tidae de la tribu des Orfeliini, non révisée ici,
dans l’étude des tracés généraux, permettent en
outre d’énumérer un certain nombre de datations
génériques :
Jurassique supérieur
Isoneuromyia
Crétacé inférieur à moyen
Rypatula, Pyrtaula, Neoantlemon, Neoplatyura,
Planarivora et Lyprauta.
Crétacé supérieur à Êocène
Platyura, Pseudoplatyura, Orfelia, Macror-
rhyncha, Asindulum et Urytalpa.
Source : MNHN, Paris
602
LOÏC MATILE
Fig. 1253. — Cladogramme daté des genres de Keroplatidae étudiés. Lettre F dans un cercle : document fossile ; lettre B dans
un carré : datation biogéographique.
Source : MNHN, Paris
Tarfostylus
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
603
La faune kéroplatidienne du globe au Crétacé moyen
Les hypothèses émises sur l’évolution spatio-
temporelle des Keroplatidae Macrocerinae et
Keroplatini (les Arachnocampinae restant depuis
l’origine confinée aux domaines australien et
néo-zélandais) permettent de retracer schémati¬
quement la composition de la faune kéroplati¬
dienne au moment où un fossile appartenant
avec certitude à la famille nous est connu : le
Crétacé moyen (ou le début du Crétacé supé¬
rieur), avec le plésion Schlueterimyia cenomanica,
du Cénomanien de l’Ouest de la France, il y a
près de 100 millions d’années.
La figure 1254 retrace à grands traits l’aspect
qu’ont pu avoir à cette époque les terres émer¬
gées de la planète. Le fond de carte est celui
donné par Barron et al. (1981) pour - 100 MA,
c’est-à-dire à l’Albien, celui-ci s’étendant de
- 113 à - 97,5 MA (Harland et al., 1982). Les
contours côtiers ont été partiellement modifiés en
fonction des données plus récentes de Barron
(1987b) pour l’Albien supérieur et le Turonien
supérieur, qui « encadrent » le Cénomanien. La
différence la plus importante entre ces cartes
porte sur la Mer des Rocheuses, partiellement
fermée à l’Albien in Barron et al. (1981), et
entièrement ouverte au moins de l’Albien au
Maastrichtien in Barron (1987b); cette mer
sépare ainsi complètement les Névadides (termi¬
nologie de Termier & Termier, 1952), à l’ouest,
de l’ensemble bouclier canadien-Groënland à
l’est. Celui-ci est représenté séparé de l’Europe,
ce qui correspond au maximum de la transgres¬
sion cénomanienne (cf. Tyson & Funnel, 1987),
mais les communications terrestres entre les deux
continents resteront possibles au moins jusqu’à
l’Éocène, au cours des régressions, que ce soit
par la voie septentrionale ou par la voie méridio¬
nale (Termier & Termier, 1952; McKenna,
1975; Matthews, 1980). L’Europe méridionale
est disséquée par des bras de mer épicontinen-
taux entre la mer de la Craie et la Mésogée. Au
nord, le bouclier fenno-scandinave est séparé de
la plateforme russe par le bras de mer russe. Sur
le plan biogéographique, il est ainsi possible de
distinguer dans l’hémisphère nord deux grandes
régions. L’Amérasie est formée des Névadides et
Fig. 1254. — La Terre au début du Crétacé supérieur. Fond de carte d’après Barron et al. (1981) pour l’Albien, modifié
suivant les explications données dans le texte.
Source : MNHN, Paris
604
LOÏC MATILE
de l’immense plateforme asiatique; le passage
des faunes terrestres de l’un à l’autre est assuré
de l’Albien supérieur au Maastrichtien (Termier
& Termier, 1952, 1979), ou au moins au Santo-
nien (Barron et al., 1981) 91 . L’Euramérique
comprend le bouclier fenno-scandinave, le Groën-
land et le bouclier canadien. Les deux régions,
dont la paléopalynologie indique qu’elles avaient
des flores distinctes (Wolfe, 1975), sont séparées
par le bras de mer russe.
Dans l’hémisphère sud, la mer de Tambo
coupe l’Australie en deux ; elle disparaîtra au
Cénomanien (Frakes et al., 1987). La continuité,
figurée sur la carte, de la côte orientale de
l’Australie et de la Tasmantis, par l’intermédiaire
de la ride de Lord Howe, n’est assurée ni au
Cénomanien, ni au Turonien (Frakes et al., loc.
cit.). L’aspect de l’Afrique est celui correspon¬
dant au maximum de la transgression cénomano-
turonienne (Reyment & Dingle, 1987) : le
massif du Hoggar forme une île au centre du
bassin de la Bénoué, le bouclier africain est
séparé de celui du Niger. La Lémurie s’est
fragmentée, Madagascar s’étant détachée de
l’Inde péninsulaire au Santonien-Turonien (Bar¬
ron, 1987b). Le bassin de Magellan sépare
l’Amérique du Sud de la Péninsule antarctique,
mais des chaînes volcaniques occidentales (re¬
présentées par commodité comme un arc con¬
tinu) permettent encore des liaisons entre celle-ci
et la Magellania. L’Amérique du Sud ne possède
plus de liaisons terrestres avec l’Afrique qu’au
niveau du bouclier nigérien, par « island-hop-
ping » à travers le rift séparant les deux plaques.
En ce qui concerne les relations des deux Amé¬
riques, largement séparées dans les cartes de
Barron et d’HowARTH (loc. cit.), elles ont été
symbolisées par un arc des Proto-Antilles tel
qu’il est postulé à l’Albien par Donelly (1988).
En ce qui concerne les conditions abiotiques,
les pôles du Crétacé sont peu éloignés de leur
position actuelle (Windley, 1984; Zinsmeister,
1987, pour l’ Antarctique), mais le climat de
la planète est généralement plus chaud (cf.
Schwarzbach, 1961 ; King, 1961) 98. 11 y a des
palmiers au Groënland et en Alaska ; la flore
d’Ellesmere, dans l’archipel arctique canadien,
comprend au Maastrichtien-Eocène des arbres
atteignant jusqu’à 1,5 m de diamètre, et la faune
contient notamment des restes de crocodiles et de
lémuriens volants (Dawson et al., 1976 ; West et
al., 1977 ; McKenna, 1980 ; Estes & Hutchin-
son, 1980). Tout porte donc à croire que ces
régions de haute latitude étaient au moins tempé¬
rées, peut-être même subtropicales ; il en va de
même pour le Groënland et le Spitzberg (voir la
mise au point de Donn, 1982). La faune de l’état
de Victoria, tout au sud de l’Australie, comprend
notamment des dinosaures et des tortues, tandis
que la flore inclut elle aussi des formes tempérées
(Douglas & Williams, 1982). Parmi les fossiles
cités de l’ Antarctique par Harrington (1965) de
la fin du Crétacé au Miocène inférieur, figurent
notamment des coraux, des Nothofagus, des
Araucarias, des fougères, etc. La température
des fonds océaniques va de 22° à l’Aptien à 20°
entre le Cénomanien et le Turonien, avec une
baisse à 1 6° au Cénomanien, mais la température
va ensuite diminuer régulièrement de la fin du
Crétacé au Quaternaire (Termier & Termier,
1979).
L’Antarctique et la Behringia peuvent donc
parfaitement avoir été peuplées par des Keropla-
tidae à affinités subtropicales ou tempérées,
comme présumé sur les cartes de répartition
présentées figures 1259 à 1263. J’ai également
indiqué sur les cartes les gisements de Transbaï-
kalie et de Mongolie occidentale où les Manga-
sinae, parents des Mycetophiloidea actuels du
groupe Heterotricha, ont été découverts du
Crétacé inférieur au Crétacé supérieur. Les cartes
ne sont bien entendu que des esquisses, et en
particulier, les limites des aires de répartition
continentales correspondant à l’époque figurée
pouvaient être beaucoup plus restreintes que je
ne l’ai indiqué.
97. Cette liaison est toutefois indiquée par un point d’interrogation sur toutes les cartes du Crétacé de Barron (1987b).
Sur celles d’HowARTH (1981), elle n’est assurée que dans l’hypothèse de l’expansion.
98. La nature tempérée, voire subtropicale, des terres émergées de hautes latitudes au Crétacé et au début du Tertiaire,
semble démontrée par la paléontologie, mais on n’en comprend pas la raison si les pôles géographiques se trouvaient, comme
postulé, à proximité des pôles magnétiques. Ceci conduit Donn (1982) à proposer pour les premiers des positions, océaniques,
fort éloignées de celles généralement admises (voir aussi Douglas & Williams, 1982).
Source : MNHN, Paris
□ □□1
LES KEROPLATIDAE : BIOGÊOGRAPHIE
605
Macrocerinae (fig. 1255)
Au début du Crétacé supérieur, les Macroce-
rini couvrent principalement les fragments du
Gondwana, avec le groupe Chiasmoneurella + ".
Les Paramacrocera du sous-genre Freemaniola
occupent la pointe de l’Amérique du Sud, ceux
du sous-genre nominatif l’Antarctique occiden¬
tal, la Nouvelle-Zélande et la partie orientale de
l’Australie. Les Chiasmoneura du sous-genre
nominatif sont isolés sur la plaque indienne, ceux
du sous-genre Synesostyla à Madagascar, tandis
que les Prochiasmoneura occupent le bouclier
africain, l’Antarctique oriental et la partie occi¬
dentale de l’Australie l0°. Les genres monoty¬
piques Angazidzia, de Madagascar, et Chias¬
moneurella, d’Afrique orientale, occupent sans
doute déjà ces régions, mais n’ont pas été
reportés sur la carte. Hesperodes couvre l’Eu-
ramérique et Vockerothia, actuellement connu
seulement du Pérou habite le nucléus centre-
américain, voire tout ou partie du bouclier sud-
américain. Quant aux Robsonomyiini, ils cou¬
vrent l’Amérasie. Schlueterimyia habite au moins
les terres émergées de l’extrême ouest européen.
Hesperodes
Fig. 1255. — Répartition hypothétique des Macrocerinae au début du Crétacé supérieur. Le gisement des Mangasinae,
Mycetophiloidea du Crétacé (inférieur à supérieur) proches des espèces actuelles du groupe Heterotricha , a été
représenté par une croix.
99. Le genre Macrocera , cosmopolite et non révisé, est exclu de ce scénario.
100. Cette délimitation est subjective : Prochiasmoneura et Paramacrocera peuvent très bien être sympatriques sur
toute l’Australie et tout l’Antarctique.
Source : MNHN, Paris
606
LOÏC MATILE
Keroplatinae
Les Keroplatinae sont déjà largement en place,
et les principales lignées de Keroplatini coha¬
bitent sur les éléments de la Laurasie et surtout
du Gondwana.
Groupe Tolletia * (fig. 1256)
Mallochinus occupe la plaque australienne,
tandis que son genre-frère, Cerotelion, s’est déjà
divisé en trois lignées : funereum* sur la Magella-
nia et bimaculatum* sur la Tasmantis, T Antarc¬
tique étant occupé par une lignée indéterminée,
et enfin pendleburyi* sur la plaque indienne.
L’ancêtre du couple Paracerotelion-Rocetelion
couvre l’Afrique ou bien, plus probablement,
l’aire ancestrale a déjà été coupée par le détroit
de la Bénoué et Paracerotelion est confiné à
l’est de la plaque africaine tandis que Rocetelion
en occupe l’ouest. Tolletia, non représenté, et
actuellement ouest-africain, habite tout ou partie
du continent africain. Le groupe Tolletia * est
donc exclusivement gondwanien.
Groupe Hikanoptilon*
Au Crétacé moyen, les grandes lignées du
genre Keroplatus sont déjà en place (fig. 1257) :
tipuloides * sur la partie orientale de l’Asie,
séparée de testaceus* s. /., euraméricaine, par le
dernier reste du bras de mer russe ; militaris * est
confinée aux Névadides, à l’ouest de l’Amérique
du Nord, et peut-être sympatrique avec la lignée
tipuloides + à l’est de la Laurasie. Les Keroplatus
afro-néotropicaux sont en voie de séparation sur
ces deux plaques, et la souche de K. tergatus
[j-Htlil Mallochinus Cerotelion bimaculatum'*' Ijjjjjjjjjjl Paracerotelion
Ë-E-E-jl Cerotelion funereum + L 1 >• pendieburyi + Rocetelion
Fig. 1256. — Répartition hypothétique du groupe Tolletia * au début du Crétacé supérieur. Croix : Mangasinae.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
607
militaris~
Isihidl testaceus +
1 1 tipuloides+ tergatus
m afronéotropicaux
Fig. 1257. — Répartition hypothétique des lignées du genre Keroplatus au début du Crétacé supérieur. Croix : Mangasinae.
habite l’Australie, avec sans doute tout ou partie
de PAntarctique. Neoceroplatus et Placoceratias
occupent déjà l’Amérique du Sud et Hïkanoptilon
l’Afrique. À ce propos, la carte de la figure 1257
montre les Keroplatus occupant tout le conti¬
nent ; il est plus vraisemblable que Keroplatus et
Hikanoptilon, à cette époque, se trouvent de part
et d’autre du détroit de la Bénoué, comme
Rocetelion et Paracerotelion.
Groupe Euceroplatus (fig. 1258)
Ce groupe est formé d’un élément austral de
répartition transantarctique, Platyroptilon, et de
deux éléments septentrionaux, Euceroplatus et
Setotylus. En ce qui concerne Platyroptilon, la
lignée collessi * peuple l’Australie et ses annexes
occidentales, PAntarctique et peut-être la Tas-
mantis (espèce hypothétique de Nouvelle-Zélande),
mais n’a pas encore gagné la région orientale par
l’intermédiaire de la dérive de l’Arc de Banda ; la
lignée néotropicale occupe l’Amérique du Sud.
Euceroplatus occupe la région indo-malaise, et
Setostylus est écartelé entre le Nucléus centra-
méricain et les rives de la mer de Chine. Il est
bien évident que dans l’hypothèse de la tecto¬
nique classique, ces deux dernières régions n’ont
jamais été au contact, et que cette répartition est
inexplicable.
Groupe Heteropterna +
Ce groupe comprend seulement deux genres,
Heteropterna et Ctenoceridion. Ce dernier est
afro-néotropical avec une extension orientale
présumée récente ; au Crétacé moyen, le genre est
Source : MNHN, Paris
608
LOÏC MATILE
fcSal mac!eayi + ghesquierei + ★ Ctenoceridion
abdominalis + [ I quadripunctata +
Fig. 1259. — Répartition hypothétique du groupe Heteropterna' au début du Crétacé supérieur. Croix : Mangasinae.
Source : MhJHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
609
en voie de se séparer en ses deux sous-genres,
Ctenoceridion s. str. sur la plaque africaine,
Gymnoceridion sur le bouclier américain. Hete-
ropterna, lui, est déjà divisé en quatre lignées :
abdominalis* , néotropicale, ghesquierei* , afrotro-
picale, quadripunctata* , indienne, et macleayi *
en Australie et en Antarctique, peut-être sur la
Tasmantis (fig. 1259). Le groupe Heteropterna *
est donc purement gondwanien au- Crétacé
moyen.
Les genres de Keroplatini restants ne comptent
qu’une espèce, ou deux ou trois, à répartition
très localisée ; ils sont sans doute en place dès
cette époque, mais il n’est pas possible d’en dire
plus. Il en va de même pour les douze genres
d 'Orfeliini, non révisés, dont on a , estimé plus
haut (p. 601) l’âge minimum au Crétacé et au
début du Tertiaire.
KEROPLATIDAE ET EXPANSION TERRESTRE
Dans les chapitres précédents, j’ai examiné la
répartition des Keroplatidae dans l’optique de la
tectonique globale, et tenté de déterminer le
terminus post quem non de taxa présumés mono-
phylétiques en appliquant le principe simple
d’établir le cladogramme de zones actuel grâce à
la phylogénie, puis de remonter dans le temps
jusqu’à ce que les aires de répartition n’en fassent
plus qu’une. À de nombreuses reprises, des non-
congruences sont apparues, qui m’ont contraint
à avoir recours à des migrations à longue
distance, et à des espèces hypothétiques ; j’ai
souligné plusieurs fois que d’autres hypothèses
géologiques, presque toujours expansionnistes,
évitaient d’avoir recours à ces solutions ad hoc.
Les modèles de l’expansion terrestre ont une
grande importance sur la reconstitution de l’évo¬
lution spatio-temporelle de tous les taxa ayant
des représentants dans le sud-est asiatique,
puisque selon cette théorie celui-ci se rattache au
Gondwana {cf. p. 549 et fig. 1209-1210), et c’est
précisément dans l’histoire de ces groupes qu’ap¬
paraissent des réfutations potentielles de la tecto¬
nique globale. Le modèle de Shields (1983) à en
outre des conséquences fondamentales sur les
répartitions transpacifiques, puisqu’au contraire
de celui d’OwEN (1981, 1983), il ferme l’Éopa-
cifique jurassique. En raison de l’existence dans
le Pacifique actuel de croûte océanique d’âge
fin Jurassique moyen-début Jurassique supérieur
(Sclater, Parsons & Jaupart, 1981 ; Owen,
1983 ; Weijermars, 1986), ce modèle implique un
âge au plus tard du début du Jurassique moyen.
Il faut également noter que le modèle d’OwEN
implique des relations Magellania-Australie via
P Antarctique (fig. 1209), comme dans la tecto¬
nique globale, tandis que celui de Shields sup¬
pose encore, en plus de la voie Magellania-
Antarctique-Australie, une relation quasi directe
entre Amérique du Sud et Australie par deux
routes possibles, la Nouvelle-Guinée, elle-même
au contact de la terre de la Sonde, et la Nouvelle-
Zélande (fig. 1210). Ce même modèle isole l’Inde
de Madagascar, alors que les correspondances
géologiques entre ces deux plaques, et entre
Madagascar et l’Afrique, semblent bien établies
pour le Jurassique. L’hypothèse de Shields est
surtout fondée sur la biogéographie (formes
fossiles et actuelles), mais prend aussi en compte
la tectonique et la stratigraphie de certaines
régions. Elle est appuyée sur une cartographie
ingénieuse, mais qui n’est pas satisfaisante en ce
qui concerne la position de Madagascar et de
celle de la Nouvelle-Zélande ; je prendrai avec sa
carte primitive la liberté de replacer cette der¬
nière à proximité de P Antarctique (fig. 1262,
1267, etc.), position qui semble à l’heure actuelle
incontestée (cf. p. 558). Le problème de la
disjonction de la Lémurie dans ce modèle reste
posé.
Les lignes qui suivent confronteront donc
Paire de répartition de certains taxa aux modèles
de la tectonique globale (cartes « modem dimen¬
sions Earth » d’OwEN), de l’expansion terrestre
selon Owen (cartes en % du diamètre actuel), et
de l’hypothèse de Shields sur le Pacifique du
Jurassique. Les groupes non étudiés ci-dessous
habitent une seule plaque, ou leur répartition est
congruente avec la tectonique globale ; ces der¬
niers sont principalement transatlantiques et
transantarctiques, et ne peuvent donc être tes¬
tés significativement par les modèles expansion¬
nistes.
Source : MNHN, Paris
610
LOÏC MATILE
Genre Chiasmoneura
On a vu (p. 571) que les trois sous-genres de
Chiasmoneura devaient déjà être individualisés
dès la fin du Jurassique. Cependant, si l’on
reporte leur répartition sur la carte « globale »
de cette époque, elle forme trois zones disconti¬
nues (même compte tenu du fait que l’absence
du genre en Indochine, en Nouvelle-Guinée, à
Sumatra, aux Célèbes, etc., comme déjà noté,
peut sans inconvénient être attribuée à l’insuffi¬
sance des récoltes). Deux de ces zones peuvent
être réunies par l’ Antarctique oriental (fig. 1 260),
mais la troisième, indomalaise, n’a été au contact
avec les deux premières qu’au Miocène (avec
l’Australie seulement, via la Nouvelle-Guinée). Si
le groupe oriental (sous-genre Chiasmoneura s.
str.) était le fruit d’une dispersion vers l’Asie du
sud-est à partir d’une espèce ancestrale australa-
sienne. Ch. concinna, d’Australie, serait l’espèce-
sœur du reste du sous-genre, ce qui n’est pas le
cas (fig. 1227); le cladogramme implique au
contraire une origine indo-malaise.
Dans l’hypothèse de l’expansion, la carte de
l’Oxfordien d’OwEN met les trois aires actuelles
en continuité (fig. 1261). Congruente avec la
répartition de Chiasmoneura, elle ne résout pas
pour autant l’énigme du sous-genre malgache,
Synesostyla, plus étroitement apparenté à Pro-
chiasmoneura, afro-australasien, plutôt qu’à Chias¬
moneura s. str. Au contraire, dans l’hypothèse de
Shields (telle que je l’ai modifiée en dépla¬
çant la Nouvelle-Zélande), les aires australa-
sienne et orientale du genre se trouvent en
continuité, mais il y a rupture avec l’aire afri-
cano-malgache (fig. 1262).
Aucun modèle géophysique n’explique donc
de façon satisfaisante la répartition des Chiasmo¬
neura, ce qui conduit, comme je l’ai déjà dit,
ou à évoquer quelque dispersion aléatoire, ou à
remettre en question l’analyse phylogénétique.
Fig. 1260. — Aire de répartition potentielle actuelle du genre Chiasmoneura reportée sur la carte du Jurassique supérieur
d’OwEN (1983), hypothèse de la tectonique globale.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
611
Fig. 1261. Aire de répartition potentielle actuelle du genre Chiasmoneura reportée- sur la carte du Jurassique supérieur
d’OwEN (1983), hypothèse de l’expansion (84% du diamètre actuel).
Fig. 1262. — Aire de répartition potentielle actuelle du genre Chiasmoneura reportée sur la carte du Jurassique de Shields
(1983), hypothèse de l’expansion.
Source : MNHN, Paris
612
LOÏC M ATI LE
Keroplatus DU GROUPE TERGATUS +
Ce groupe rassemble les Keroplatus afrotropi-
caux et néotropicaux et leur groupe-frère austra¬
lien, K. tergatus. Cette répartition reportée sur la
carte de l’Oxfordien dans le modèle global donne
deux aires qui ne peuvent être reliées que par
l’Antarctique oriental, et alors le groupe aurait
dû gagner la Lémurie, ou par FAntarctique
occidental, et il devrait habiter au moins la
Magellania (fig. 1263). Le problème n’est pas
différent dans l’hypothèse d’expansion d’Owen.
Par contre, Faire de répartition devient unique
sur la carte de Shields, si l’on excepte la
Nouvelle-Guinée (fig. 1264). Le modèle de
Shields rend donc compte de façon plus écono¬
mique des relations phylogénétiques et de la
répartition du groupe tergatus +, mais l’éven¬
tuelle présence d’un de ses représentants en
Nouvelle-Guinée serait dénuée de signification,
vu les relations étroites ayant toujours existé
entre celle-ci et l’Australie.
Genre Euceroplatus
Le report de la répartition des Euceroplatus
sur la carte globale du Jurassique supérieur
donne deux aires, l’une orientale, l’autre indo¬
australienne (fig. 1265), qui devraient avoir des
relations de zones-sœurs, ce qui est réfuté par le
cladogramme (fig. 1244, 1265). Il n’en va pas de
même avec le modèle de l’expansion, dans lequel
Faire du genre se trouve en continuité. Celle-ci
est assurée par la Grande Inde dans l’hypothèse
d’OwEN (fig. 1266) ; elle est directe dans celle de
Shields (fig. 1267).
J’ai présumé que la vicariance à l’origine des
deux grandes lignées d 'Euceroplatus, hutsoni + et
notaticoxa + était d’origine écologique (p. 590).
Dans l’hypothèse de l’expansion, celle des lignées
notaticoxa + s. str. et paucimaculatus* serait
alors la rupture de la connection Inde-Australie
(directe ou via FAntarctique), située par Owen
au Crétacé supérieur. Cette explication élimine
quantité d’hypothèses de dispersion dans la
Fig. 1263. — Aire de répartition potentielle actuelle des Keroplatus du groupe tergatus* reportée sur la carte du Jurassique
supérieur d’OwEN (1983), hypothèse de la tectonique globale.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
613
KEROPLATUS DU GROUPE TERGATUS'
Fig. 1264. — Aire de répartition potentielle actuelle des Keroplatus du groupe tergatus ’ reportée sur la carte du Jurassique de
Shields (1983), hypothèse de l’expansion.
Fig. 1265. — Aire de répartition potentielle actuelle du genre Euceroplaïus reportée sur la carte du Jurassique supérieur
d’OwEN (1983), hypothèse de la tectonique globale.
Source : MNHN, Paris
614
LOÏC MATILE
Fig. 1266. — Aire de répartition potentielle actuelle du genre Euceroplatus reportée sur la carte du Jurassique supérieur
d’OwEN (1983), hypothèse de l’expansion (84% du diamètre actuel). Chiffres comme sur la fig. 1265.
Fig. 1267. — Aire de répartition potentielle actuelle du genre Euceroplatus reportée sur la carte du Jurassique de Shields
(1983), hypothèse de l’expansion. Chiffres comme sur la fig. 1265.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
615
région oriento-australasienne, mais ne dispense
pas d’y avoir recours en ce qui concerne l’origine
du couple notaticoxa-cantrelli.
Genre Platyroptilon
Le problème de ce genre à répartition transpa¬
cifique tropicale a déjà été évoqué (p. 592) : son
aire actuelle, reportée sur la carte du Jurassique
supérieur dans l’hypothèse globale, donne trois
zones distinctes, Amérique tropicale, Australie-
Nouvelle-Guinée et Sud-est asiatique (fig. 1268).
Le genre se rencontrant au Sulawesi, qui appar¬
tient partiellement à l’Arc externe de Banda, j’ai
postulé que la liaison oriento-australasienne
aurait pu se faire au cours de la dérive de celui-ci,
primitivement adjacent à la plaque australienne.
Quant à celle-ci, elle ne peut être reliée à
l'Amérique du Sud que par l’Antarctique occi¬
dental, ce qui m’a amené à penser que la
présence du genre en Nouvelle-Zélande était
vraisemblable ; cette hypothèse implique une
disparition ultérieure du genre dans la Magella-
nia. Le schéma est le même dans le modèle
expansionniste d’OwEN.
Par contre, j’ai déjà souligné que l’aire ances¬
trale de Platyroptilon devient continue au sud de
l’équateur du Pacifique jurassique de Shields
(fig. 1269). La première vicariance aurait alors
été provoquée par l’ouverture de l’Éopacifique,
la deuxième par celle de la mer de Banda. Ce
modèle est le plus économique, puisqu’il dis¬
pense de postuler des disparitions et une espèce
néo-zélandaise hypothétique ; il serait par contre
réfuté par la découverte d’une telle espèce.
Genre Setostylus
J’ai déjà dit (p. 593, 595) qu’il était totalement
impossible d’expliquer l’écartèlement de ce genre
entre la région néotropicale et la région orientale,
que ce soit dans le modèle de la tectonique
globale (fig. 1270) ou dans celui de l’expansion
d’OwEN. Il faudrait alors postuler une réparti¬
tion circum-pacifique à l’origine, suivie de dispa¬
ritions sur d’immenses régions. Ici encore, seule
l’hypothèse de Shields permet d’obtenir une aire
ancestrale continue, semblable à celle des Platy¬
roptilon, sauf qu’elle n’inclut pas la région aus¬
tralienne (fig. 1271).
Fig. 1268. — Aire de répartition potentielle actuelle du genre Platyroptilon reportée sur la carte du Jurassique supérieur
d’OwEN (1983), hypothèse de la tectonique globale.
Source : MNHN, Paris
616
LOÏC M ATI LE
GENRE PLATYROPTILON
©Groupe néotropical ©Groupe kirksprrggsi+® Groupe collessr+
Fig. 1269. — Aire de répartition potentielle actuelle du genre Platyroptilon reportée sur la carte du Jurassique de Shœlds
(1983), hypothèse de l’expansion.
Fig. 1270. — Aire de répartition potentielle actuelle du genre Setostylus reportée sur la carte du Jurassique supérieur d’OwEN
(1983), hypothèse de la tectonique globale.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
617
GENRE SETOSTYLUS
©Groupe bispinosus+ © Groupe innotatus+ ©Groupe pictipennis +
Fig. 1271. — Aire de répartition potentielle actuelle du genre Setostylus reportée sur la carte du Jurassique de Shields (1983),
hypothèse de l’expansion.
Comme dans le cas d 'Euceroplatus, la pre¬
mière branche du cladogramme, représentée par
le groupe bispinosus+ est composée de deux
espèces à affinités tempérées. La première vica¬
riance à l’origine de la séparation du genre en
deux lignées, bispinosus + et pictipennis* -innota-
tus+ , pourrait être d’ordre écologique (encore
qu’une espèce du groupe innotatus+, S. stubbsi,
soit également d’altitude). Quant à la séparation
de pictipennis* -innotatus* en deux lignées, elle
aurait bien entendu été provoquée par l’ouver¬
ture de l’Éopacifique.
Groupe Xenokeroplatus +
Le groupe Xenokeroplatus + présente une confi¬
guration tout à fait surprenante, puisqu’il est
formé de deux genres australasiens, Xenokeropla¬
tus et Nauarchia, et d’un genre néotropical,
Duretina, ce dernier étant le frère de Nauar¬
chia. Comme je l’ai déjà fait remarquer (p. 595),
même s’il faut préférer l’hypothèse de phylogénie
inverse, et postuler des disparitions, cette réparti¬
tion demeure transpacifique et discontinue même
sur la carte globale du Jurassique (fig. 1272). 11
en va de même dans l’hypothèse d’OwEN, tandis
que celle de Shields est parfaitement congruente.
L’étrange relation de groupes-frères entre Dure¬
tina et Nauarchia trouve même ici une élé¬
gante explication dans une première séparation
de la Nouvelle-Guinée occidentale de l’ensemble
Nouvelle-Guinée orientale-bouclier sud-améri¬
cain (fig. 1273).
Groupe Tergostylus +
J’appellerai ainsi l’ensemble des trois genres
Euceroplatus, Platyroptilon et Setostylus, for¬
mant le sous-groupe monophylétique Euceropla-
tus+ , du groupe Xenokeroplatus + et du genre
Tergostylus, afrotropical. Il y a de bonnes rai¬
sons de penser que ces trois taxa forment
ensemble un groupe monophylétique, mais leurs
relations réciproques ne peuvent être déterminées
pour l’instant ; c’est pourquoi les cartes présen¬
tées ne comprennent pas de cladogrammes.
La superposition des aires actuelles occupées
par Tergostylus + dans l’hypothèse globale abou-
Source : MNHN, Paris
618
LOÏC MATILE
Fig. 1272. — Aire de répartition potentielle actuelle du groupe Xenokeroplatus' reportée sur la carte du Jurassique supérieur
d'OwEN (1983), hypothèse de la tectonique globale.
©
GROUPE XENOKEROPLATUS’*’
Fig. 1273. — Aire de répartition potentielle actuelle du groupe Xenokeroplatus * reportée sur la carte du Jurassique de Shields
(1983), hypothèse de l’expansion.
Source : MNHN , Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
619
tit à quatre zones discontinues, le genre Tergo-
stylus s’intercalant sur le bouclier africain entre
les aires d’ Euceroplatus* et celles de Xenokero-
platus* (fig. 1274). Le modèle d’OwEN réduit ces
aires à deux, mais toujours avec l’interposition
de Tergostylus (fig. 1275). Au contraire, la carte
de Shields donne une aire ancestrale sans dis¬
continuité, la lignée Tergostylus se trouvant en
position correcte par rapport à l'un ou l’autre
groupe-frère possible (fig. 1276). À cet égard,
l’hypothèse de Shields est beaucoup plus satis¬
faisante pour la lignée Tergostylus* que tout
autre modèle, comme on a vu que c’était le cas
de chaque genre constituant ses deux compo¬
sants polytypiques, Euceroplatus* et Xenokero-
platus* .
Fig. 1274. — Aire de répartition potentielle actuelle du groupe Tergostylus * reportée sur la carte du Jurassique supérieur
d’OwEN (1983), hypothèse de la tectonique globale.
Groupe Heteropterna *
Ce groupe est constitué de deux genres seule¬
ment, Heteropterna et Ctenoceridion. Reportée
sur la carte du Jurassique supérieur dans l’hypo¬
thèse de la tectonique globale, la répartition du
groupe forme trois aires, l’une réunissant l’Amé¬
rique du Sud, l’Afrique et l’Inde (si son absence à
Madagascar est tenue comme peu significative),
l’autre en Australasie et la troisième en région
orientale (fig. 1277). On a vu que cette réparti¬
tion ne pouvait être expliquée que si le groupe
afro-oriental ghesquierei* se révélait être plus
étroitement apparenté au groupe néotropical
abdominalis* qu’au groupe oriental quadripunc-
tata* (p. 599); le scénario retracé figure 1283
implique encore une espèce néo-zélandaise hypo¬
thétique et de nombreuses dispersions. Le mo¬
dèle global entraîne donc l’émission de plusieurs
hypothèses ad hoc.
On obtient une aire ancestrale continue dans
les deux modèles expansionnistes, l’un par l’in¬
termédiaire de la Grande Inde (Owen, fig. 1278),
l’autre directement (Shields, fig. 1279). Dans
l’un comme l’autre cas, l’exigence de la relation
de groupes-frères ghesquierei* -abdominalis* est
maintenue, mais il n’est pas besoin d’invoquer
une espèce néo-zélandaise et des séries de disper¬
sions.
Source : MNHN, Paris
620
LOÏC MATILE
Fig. 1275. — Aire de répartition potentielle actuelle du groupe Tergostylus * reportée sur la carte du Jurassique supérieur
d’ÔwEN (1983), hypothèse de l’expansion (84% du diamètre actuel).
Fig. 1276. — Aire de répartition potentielle actuelle du groupe Tergostylus ' reportée sur la carte du Jurassique de Shœlds
(1983), hypothèse de l’expansion.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
621
Fig. 1277. — Aire de répartition potentielle actuelle du groupe Heieroplerna ' reportée sur la carte du Jurassique supérieur
d’OwEN (1983), hypothèse de la tectonique globale.
Fig. 1278. — Aire de répartition potentielle actuelle du groupe Heieroplerna' reportée sur la carte du Jurassique supérieur
d’OwEN (1983), hypothèse de l’expansion (84 % du diamètre actuel).
Source : MNHN, Paris
622
LOÏC M ATI LE
Fig. 1279. — Aire de répartition potentielle actuelle du groupe Heteropterna' reportée sur la carte du Jurassique de Shields
(1983), hypothèse de l’expansion.
Discussion
Les lignes qui précèdent ont montré que neuf
des dix-huit genres de Keroplatini, formant
ensemble un groupe monophylétique, ont des
répartitions qui réfutent les reconstitutions pa¬
léographiques du Jurassique selon l’hypothèse de
la tectonique globale. Des exemples biogéogra¬
phiques réfutant ces mêmes modèles ont été
donnés par certains paléontologistes pour les
mêmes périodes, celles de la Pangée. Ce sont
notamment les exemples classiques des Lystro-
saures, et des flores à Glossopteris, évoqués plus
haut (p. 549). La répartition de ces formes et de
celles qui leur sont associées trouve une explica¬
tion biogéographique plus logique et plus satis¬
faisante lorsqu’elle est placée sur des reconstitu¬
tions paléogéographiques à rayon terrestre plus
petit, c’est-à-dire, pour cette époque, de l’ordre
de 80 % du rayon actuel. Ces données paléonto-
logiques soulignent également l’inconvénient
d’une Paléotéthys orientale de type bassin océa¬
nique large, qui semble géologiquement mal
documentée (Stôcklin, 1983) et qui à coup
sûr aurait constitué une barrière infranchissable
pour des animaux terrestres (sauf à envisager
toute une série d’hypothèses de dispersion ad
hoc).
En ce qui concerne les genres de Keroplatidae
restants, ils sont principalement septentrionaux,
et les éléments austraux de l’un d’eux ( Keroplatus
du groupe tergatus +) correspondent au même
modèle. Il est bien évident au vu des cartes que
les deux hypothèses expansionnistes ne peuvent
être testées par les répartitions de type holarc-
tique (ou transantarctique), les rapports entre les
régions en cause n’étant pas sensiblement diffé¬
rents de ce qu’ils sont dans la tectonique globale.
Nelson (1985) a bien fait remarquer que ce sont
sur les seules aires pacifiques tropicales qu’inter¬
viennent les modèles alternatifs à la tectonique
globale, expansion terrestre et Pacifica, et les
tracés énumérés plus haut en sont une démons¬
tration.
Par ailleurs, l’hypothèse d’OwEN est fondée à
la fois sur la géométrie, la cartographie, l’étendue
et l’âge des planchers océaniques, notamment
l’absence de certains d’entre eux le long de
marges passives (sans subduction) 101 . La ma¬
jeure partie de la croûte océanique est mainte-
101. Owen propose des taux d’expansion lents, à l’inverse de Carey et Shields qui, eux, envisagent des taux
d’expansion rapide ; c’est d’ailleurs une pomme de discorde dans le « camp expansionniste ».
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
623
nant cartographiée, et l’âge des fonds océaniques
est connu : rappelons qu’il n’en existe pas de plus
anciens que le Jurassique moyen, vers — 160-
180 MA. L’absence de terrains plus âgés serait
due au fonctionnement des zones de subduction
dans les marges actives, subduction déjà requise
au départ pour rendre compte de la loi de
conservation des aires et de l’absence de fonds
océaniques pré-jurassiques qui auraient constitué
le plancher de la Panthalassa ; aucune explica¬
tion n’est donnée de cette absence au niveau des
marges passives. S’il comble la Téthys par la
« Grande Inde », Owen maintient précisément
un immense Éopacifique dans ses reconstruc¬
tions du Jurassique, et ne fait pas allusion à
la biogéographie. Au contraire, le modèle de
Shields supprime à la fois Téthys et Éopacifique
au Jurassique inférieur. Il repose principalement
sur les répartitions de type transpacifique d’ani¬
maux et de plantes actuels et fossiles : c’est une
hypothèse de biogéographe plus que de géologue
(encore qu’il ne manque pas de fournir des
arguments géologiques en sa faveur), et il est
donc tout à fait naturel qu’elle soit testée
favorablement par les Keroplatidae transpaci¬
fiques. Leur exemple s’ajoute à ceux cités par cet
auteur, mais il constitue aussi un test de son
hypothèse dans la mesure où ceux qu’il présente
n’ont pas été analysés dans le cadre méthodolo¬
gique précis de la biogéographie de la vicariance.
Le problème des répartitions transpacifiques
n’est pas nouveau pour les biogéographes, et il
paraît difficile de nier qu’elles correspondent bien
à un tracé généralisé que Croizat (1958, 1964) a
sérieusement argumenté. Il semble cependant que
les géologues ne sont pas disposés, actuellement,
à accepter des hypothèses d’expansion rapide
telles que celles de Carey (1975, 1976) et de
Shields, ni même celle, plus lente, d’OwEN ; tout
au plus toléreraient-ils une expansion de l’ordre
du millimètre par an (c/. Weijermars, 1986).
Je ne prétends pas ici prendre parti en faveur
de l’une ou l’autre de ces hypothèses, car comme
Nelson (1985), je ne considère pas que le but de
la biogéographie soit nécessairement de tester la
validité des hypothèses géologiques. Tout au
plus me contenterai-je de noter avec lui que,
comme les anchois, les Keroplatidae ne mentent
pas. De fait, ce que traduit la congruence des
tracés transpacifiques qu’ils suivent avec le
modèle de Shields, ce n’est pas que celui-ci est
forcément conforme à la réalité passée, mais tout
au moins que l’Éopacifique n’a pas joué le rôle
de barrière quasi infranchissable qu’implique
l’étendue que les géologues « orthodoxes » lui
attribuent ; il en va de même pour la Téthys. Le
paradoxe ici est que nous sommes finalement
contraints pour expliquer ces répartitions d’avoir
recours, comme avant la reconnaissance «offi¬
cielle» de la mobilité des continents, vers les
années soixante, à d’hypothétiques ponts conti¬
nentaux, chapelets d’îles, etc., commodément
dévorés par la subduction.
624
LOÏC MATILE
Fig 1280 — Reconstitution schématique de l’évolution spatio-temporelle du groupe Cerotelion * s. str. Genre Mallochinus en
bleu, groupe pendleburyi * en rouge, groupe funereum' en vert. Les flèches noires représentent des événements de
dispersion.
Source : MNHN, Paris
LES K.EROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
625
Fig. 1281. — Reconstitution schématique de l’évolution spatio-temporelle des Keroplaïus holarctiques (plus K. rufus, oriental).
Groupe militaris' en bleu, groupe tipuloides' s. str. en orangé, groupe testaceus ' s. str. en jaune, groupe rujus' en vert.
La flèche noire représente un événement de dispersion.
Source : MNHN, Paris
626
LOÏC MATILE
Actuel
Miocène
Oligocène
Fig. 1282. — Reconstitution schématique de l’évolution spatio-temporelle du genre Euceroplatus. G roupe notaticoxa * s. str.
en vert, groupe paucimaculatus * en rouge, groupe hutsoni* en bleu. Les flèches noires représentent des événements de
dispersion.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : BIOGÉOGRAPHIE
627
Fig. 1283. — Reconstitution schématique de l’évolution spatio-temporelle du sous-genre Heteropterna s. str. Groupe
abdominalis' en vert, groupe macleayi* en rouge, groupe ghesquierei* en bleu ; groupe quadripunctata' en violet.
Tireté : espèce néo-zélandaise hypothétique. Les flèches noires représentent des événements de dispersion.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
CONCLUSIONS
Les résultats obtenus et les hypothèses émises
dans ce travail sur les Keroplatidae permettent
d’en tirer un certain nombre de conclusions — et
de poser quelques questions — d'ordre morpho¬
logique, systématique, phylogénétique, paléonto-
logique, géophysique et biogéographique, ainsi
que des enseignements de portée plus générale
sur ces disciplines, conclusions et enseigne¬
ments qui mettront en évidence en même temps
le programme des futures recherches à entre¬
prendre.
Morphologie
Dans la Partie consacrée à ce sujet, j’ai surtout
procédé à un travail descriptif, la plupart des
structures analysées et illustrées l’étant pour la
première fois. Il m’a semblé important d’établir
par la même occasion une nomenclature cohé¬
rente avec celle des travaux généraux récents, et
notamment avec l’important ouvrage de réfé¬
rence que constitue le Manual of Nearctic Dip-
tera. Ainsi les futures descriptions morpholo¬
giques et systématiques sur les Mycetophiloidea
pourront-elles être uniformisées et donc se prêter
mieux aux études comparatives. Les problèmes
d’homologie n’ont été qu’effleurés dans cette
perspective ; ils sont repris en détail dans l’ana¬
lyse phylogénétique des caractères, fondement de
la Partie phylogénétique.
La détermination du sens de l’évolution de
près de 200 morphoclines, l’élucidation des
grandes tendances évolutives de la nervation
alaire, la détermination du plan de base des
genitalia mâles et femelles, ne manqueront pas
d’être utiles à la poursuite des recherches sur la
phylogénie des Mycetophiloidea et plus générale¬
ment, je l’espère, sur celle des Bibionomorpha.
Quelques problèmes particuliers seraient à étu¬
dier dans le cadre de ces futures recherches.
Chez les imagos, il serait intéressant de savoir
si des structures telles que le sclérite médiocel
laire des Arachnocampinae, le front excessive¬
ment développé d ' Hesperodes et de Vockerothia,
les soies génitales endophalliques de certains
Tergostylus, et surtout le sclérite cérébral des
Macrocerinae, ont des équivalents chez d’autres
familles. Le clypéus, lorsqu’il est divisé en deux,
est-il homologue à l’antéclypéus et au postcly-
péus des Insectes inférieurs, ou bien s’agit-il
d’une division secondaire comme je l’ai sup¬
posé ? Lorsque les palpes des Nématocères com¬
prennent cinq articles ou moins, le premier
d’entre eux représente-t-il bien le palpifère ou
est-ce, comme on le croit plus généralement, un
vrai palpomère? Peut-on établir le plan des
modalités d’allongement de la trompe des Dip¬
tères? La dénudation des latérotergites, et en
général des pleurites, est-elle bien toujours apo-
morphe? Les peignes et les cryptes des tibias
antérieurs sont-ils homologues, et la crypte
représente-t-elle bien l’état primitif? La petite
nervure Sc2 est-elle bien, comme je le crois, une
transverse radio-costale basalisée, ou bien une
bifurcation de la nervure longitudinale Sel ?
L’étude des nervations fossiles et actuelles per¬
mettrait-elle de corroborer l’hypothèse émise ici,
selon laquelle la « transverse basale », ou «mé-
diocubitale » est de nature composite : une fausse
transverse, tb, et une vraie, meu? En ce qui
concerne l’abdomen, le sclérite intercalaire re-
lève-t-il du territoire du premier segment, ou du
deuxième ? Le phallosome des Bibionomorpha,
encore peu connu, a-t-il un plan de base con¬
forme à celui déterminé ici pour les Keropla¬
tidae ?
Chez les larves, est-il possible de reconstituer
le plan de base des sensilles céphaliques ? Existe-
t-il quelque part des structures homologues à la
région coronale désclérifiée de certains Keropla-
tini ? Quelle est la signification fonctionnelle des
spinules et des zones écailleuses thoraciques et
abdominales, et ces dernières ont-elles des équi¬
valents dans les autres groupes ? Les lobes péri-
anaux des Keroplatini sont-ils homologues à ceux
Source : MNHN, Paris
630
LOÏC MATILE
des Diptères primitifs ou bien, comme je le
pense, des structures secondaires?
Les réponses à toutes ces questions, et à bien
d’autres posées dans la Partie morphologique ou
l’analyse des caractères, ne peuvent venir que
d’études de morphologie comparée menées sur
toutes les familles de Bibionomorpha : la com¬
préhension de la phylogénie de ce grand groupe
de Diptères, et notamment l’étude féconde des
nombreuses formes fossiles dont nous disposons,
passe d’abord par ce type d’études. L’immense
banque de données que représente la morpho¬
logie externe est demeurée bien faiblement
exploitée après les travaux de la fin du xixe siècle
et de la première moitié du xx' siècle. La lecture
de mes commentaires, et en particulier de l’ana¬
lyse des caractères, montre à l’évidence combien
faible est le nombre de travaux morphologiques
modernes disponibles, insuffisance qui amène à
citer sans cesse une dizaine de publications,
toujours les mêmes, portant souvent sur des
groupes bien éloignés des Mycetophiloidea.
Il est pourtant illusoire de penser que l’on
pourra à l’avenir élaborer un système phylogé¬
nétique de l’ensemble des familles de Diptères, et
des autres Insectes, sans développer ce corpus
morphologique qui fait encore défaut. Dans
leurs ouvrages généraux sur la morphologie des
Diptères, Hennig (1973), McAlpine (1981) et
Teskey (1981), les auteurs, surtout le premier,
ont consulté une bibliographie exhaustive : il est
frappant de constater à leur lecture combien peu
d’articles sont de portée générale, c’est-à-dire
font référence à la variation et à l’homologie, et
que l’exposé des connaissances acquises pose
beaucoup plus de questions qu’il ne résoud de
problèmes. Il faut y voir le résultat du désintérêt
pour la morphologie de la communauté des
biologistes, qui, parce qu’il existe des ouvrages
généraux tels ceux de Snodgrass et de Mat-
suda, des manuels comme le Traité de Zoologie
et le Handbuch fur Zoologie, ont acquis l’idée
fausse que le principal de la morphologie des
Insectes est connu.
Je ne peux résister ici à citer in extenso un
passage du grand morphologiste que fut Gordon
Floyd Ferris (Ferris in Ferris & Rees, 1939) :
« ... it is the conviction of the présent writer that
when — far in the future — the task has been
substantially completed, we shall hâve in the
comparative morphology of the Insecta a body of
fact that in its cohérence and unity of principle will
exceed in beauty anything that has yet been
developed in connection with any other group of
organisms. Those hundreds of thousands of spe-
cies, which in the past hâve been something of a
deterrent to a genuine advance of knowledge, will
with their very richness and variety of form afford
the materials with which to work on a scale
elsewhere unrivalled. Upon the stage of that
magnificent theater of biological process which
hâve produced the greatest of ail the animal phyla,
the Arthropoda, we shall be able to see the
unfolding and flowering of the processes of évolu¬
tion with a clarity and a degree of detail that can
nowhere else be attained. We shall hâve a spec¬
tacle that may — dare we hope ? — even compel
the attention of biologists of the type that now sets
the insects aside and only reluctantly admits an
entomologist within the thinnest fringe of Bio-
logy ». Voici un but propre à éveiller bien des
enthousiasmes, si la morphologie retrouve au
sein de la Biologie comparée la place qu’elle
n’aurait jamais dû perdre.
Systématique
Comme pour la morphologie, le premier cons¬
tat qui s’impose en matière de systématique est
celui de l’insuffisance des recherches menées
jusqu’ici, même sur le plan de la simple connais¬
sance des espèces (sans parler des populations,
où tout reste à faire). Si l’on ne compte que celles
décrites ici, c’est à 52 sur 159 que s’élèvent les
espèces nouvelles, tandis que huit genres sont
inédits sur un total de 31. C’est donc le tiers des
espèces, et le quart des genres des Keroplatidae
étudiés qui sont révélés par le présent travail.
Il y a une quinzaine d’années, Charles-Paul
Alexander, qui a décrit dans sa longue carrière
plus de 1 1 000 espèces de Tipuloidea, m’écrivait
qu’à son avis seuls les Mycetophiloidea pou¬
vaient rivaliser avec eux en nombre d’espèces.
Pour la seule faune australienne, Colless (1970a)
estime qu’un tiers au plus des espèces a été
répertorié. L’étude de la faune afrotropicale n’a
fait qu’effleurer l’Afrique orientale, et le grand
centre d’endémisme qu’est Madagascar reste
pratiquement terra incognito ; pourtant, alors
que 80 espèces de Mycetophiloidea afrotropi-
caux étaient connues avant 1960, j’ai pu depuis
en ajouter 278, toutes inédites ! La faune néo¬
tropicale demande à être entièrement révisée
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : CONCLUSIONS
631
(voir Neoceroplatus !) ; des dizaines d’espèces
ont été décrites récemment de la Magellania, que
l’on pouvait pourtant croire bien connue après la
monographie de Freeman (1951). Les Myceto-
philoidea néarctiques, certainement aussi diver¬
sifiés que les paléarctiques, n’ont pas été revus
dans leur ensemble depuis Johannsen (1910,
1912) et la monographie bien incomplète, et
demeurée confidentielle, de Fisher (1937); chez
les quelques genres révisés depuis, plus du tiers
des espèces se sont révélées nouvelles, tandis que
Vockeroth (1972, 1980) faisait connaître neuf
genres inédits (dont certains holarctiques). Nous
ne connaissons rien de la faune des Mycetophi-
loidea de la péninsule indochinoise et de l’im¬
mense Chine, orientale comme paléarctique.
C’est donc littéralement des milliers d’espèces
qu’il reste à découvrir avant que leur habitat ne
se dégrade irrémédiablement. Ce travail d’inven¬
taire et de systématique descriptive doit être
accompli même dans notre pays, dont pourtant
j’ai déjà fait connaître 250 espèces non citées
comme françaises dans la Faune de Séguy
(1940).
Ces remarques s’appliquent tout aussi bien
aux Diptères en général, dont seuls ceux d’intérêt
immédiat pour la société humaine sont à peu
près à jour sur le plan de l’inventaire et
de l’identification. L’expérience montre qu’une
faune, un catalogue, un manuel d’identification,
sont à refaire environ tous les demi-siècles.
L’absence de tels ouvrages pour beaucoup de
régions biogéographiques, comme la date de
publication de ceux qui existent déjà (même pour
la faune paléarctique en général, et la France en
particulier), indiquent assez l’ampleur des tâches
futures 102.
Phylogénie
En ce qui concerne la Partie phylogénétique de
ce travail, il est évident que les lacunes de la
systématique descriptive ont leur retentissement
sur la valeur des schémas donnés par l’analyse
phylogénétique. De nombreuses espèces, et sans
doute quelques genres, viendront s’intercaler
dans les cladogrammes présentés ici. J’ai cepen¬
dant pu constater qu’après leur élaboration,
l’introduction de trois genres, Micrepimera,
Nauarchia et Xenokeroplatus, ainsi que d’assez
nombreuses espèces, parvenus tardivement, ne
posait pratiquement pas de problème : ils ont
tous aisément trouvé leur place, sans provoquer
de bouleversement des hypothèses déjà émises.
C’est sans doute un test favorable de la signifi¬
cation phylogénétique des caractères retenus.
Ceux-ci sont déjà nombreux pour les imagos. Si
d’autres sont certainement à découvrir, je crois
avoir suffisamment mis en évidence les tendances
évolutives du groupe pour ne pas en attendre de
changements radicaux dans la classification pro¬
posée. Il n’en demeure pas moins de nombreux
points à résoudre.
Beaucoup d’hypothèses de parallélisme ont
été avancées dans ce travail. Ces parallélismes
portent surtout sur des phénomènes de perte
(ocelles, nervures Sc2 et R4, macrochètes tibiaux,
scutellaires, etc.) ; ils sont mis en évidence par les
matrices de caractères données en annexe. Ces
hypothèses devront être testées par l’étude plus
approfondie de la variation au sein des Orfeliini,
et du plus grand nombre possible d’autres Myce-
tophiloidea. Les relations phylogénétiques entre
les Keroplatini des groupes Euceroplatus* et
Xenokeroplatus + n’ont pas été élucidées. Une
étude plus poussée des espèces du genre Platy-
roptilon est nécessaire, de même que des Heterop-
terna orientaux, des Keroplatus du groupe testa-
ceus +, tandis que le grand genre Macrocera, sans
doute polyphylétique, attend d’être révisé.
Nombre de ces points demeurés obscurs se¬
raient sans doute éclaircis par la découverte de
nouveaux caractères. Je ne pense pas que l’étude
des imagos puisse en révéler davantage, sauf
sans doute dans les genitalia femelles, impar¬
faitement connus, mais la connaissance de nou¬
velles formes larvaires se montrerait certaine¬
ment fructueuse. On a vu que les larves portaient
de nombreuses structures, céphaliques surtout,
riches de synapomorphies potentielles, mais dont
la valeur est diminuée par l’ignorance dans
laquelle nous sommes des premiers stades de la
plupart des genres. Il est donc de la plus grande
importance, sur le plan de la systématique
comme sur celui de l’éthologie, de provoquer un
102. Je n’en veux pour preuve que la toute récente Faune de France des Sciomyzidae (Vala, 1989), qui porte le nombre
d’espèces françaises de cette famille de 53 à 82.
Source : MNHN, Paris
632
LOÏC MATILE
renouveau d’intérêt pour les formes larvaires.
Ces études ne peuvent se développer fructueuse¬
ment que sur place : des missions ponctuelles ne
donnent que des résultats ponctuels. Ainsi, en
deux séjours de six semaines à la Station de
Recherches de La Maboké (République Centra¬
fricaine), j’ai bien pu découvrir les larves de
quatre des cinq espèces de Keroplatini de la forêt
ombrophile entourant la Station, mais aucune de
celles des 18 espèces d 'Orfeliini qui en sont
signalées.
En ce qui concerne la méthodologie, j’ai déjà
dit (p. 361) combien l’utilisation des homoplasies
de développement était sujette à caution pour
édifier des taxa ; il convient cependant de souli¬
gner le rôle indicatif qu’elles peuvent jouer dans
la recherche des groupes monophylétiques.
Bien que des systématiciens tels que Saether
(1983) ou Tillier (1986) affirment que les phy-
logénéticiens ne peuvent reconnaître le parallé¬
lisme, l’analyse des caractères d’un groupe
montre en général toute une série d’états apo-
morphes de caractères que l’on peut qualifier de
peu significatifs, car on peut démontrer qu’ils se
sont développés indépendamment à plusieurs
reprises. C’est le cas par exemple de l’ocelle
médian, qui peut disparaître ou non dans des
groupes d’espèces dotés par ailleurs de synapo-
morphies assurant leur monophylie {Keroplatus
néotropicaux), des rangées de microchètes ti¬
biaux, etc. Ces parallélismes sont ainsi «débus¬
qués » par une sorte d’analyse hors-groupe des
caractères. Par contre, certains états sont plus
exceptionnels et portent sur des organes habi¬
tuellement de « bonne valeur » phylogénétique.
Ceci s’est produit dans les genres Heteropterna et
Ctenoceridion, que trois synapomorphies pro¬
noncées rassemblent dans le groupe de parenté
Heteropterna + (p. 536). Toutes les espèces du
sous-genre Heteropterna s. str., et l’unique espèce
de Ctenoceridion du sous-genre Gymnoceridion
portent une coloration alaire particulière, brune
à taches costales blanches {cf. fig. 507, 585-586),
tandis que les Heteropterna s. str. australasiens et
le sous-genre Ctenoceridion s. str. partagent le
mode exceptionnel de fissuration dorsoventrale
des gonostyles {cf. fig. 499-500, 551-552). Ces
deux fortes apomorphies sont donc uniques et
exclusives à des groupes d’espèces qui semblent
par ailleurs plus étroitement apparentées à
d’autres, qui portent l’état plésiomorphe de ces
caractères. Il est tout à fait légitime de penser
que ces nouveautés évolutives font partie du
potentiel génétique de la lignée Heteropterna* , et
qu’elles viennent ainsi, en quelque sorte, renfor¬
cer l’hypothèse de monophylie du groupe. Mais
leur présence pourrait tout aussi bien attirer
l’attention sur la possibilité que deux genres
paraphylétiques aient été édifiés. On a vu epi' Hete¬
ropterna et Ctenoceridion étaient fondés chacun
sur une seule synapomorphie ; un groupement
rassemblant les Heteropterna australasiens et
Ctenoceridion s. str. a d’ailleurs été envisagé, et
n’a été rejeté qu’en vertu du seul principe
d’économie.
Les homoplasies de développement ne sont
présumées telles que parce qu’elles réfutent une
hypothèse de monophylie fondée sur d’autres
caractères, ou parce qu’elles viennent soutenir
une hypothèse de monophylie pour laquelle on
n’a pas découvert de synapomorphies convain¬
cantes. À ce titre, elles pourraient être tenues
pour des explications ad hoc. Elles sont donc fort
intéressantes à mettre en évidence, car elles
pourraient représenter de véritables synapomor¬
phies, masquées par des états apomorphes de
caractères plus nombreux, ou plus spectaculaires
(je pense ici à la pectination des antennes chez les
deux sous-genres de Ctenoceridion), mais dont la
possibilité d’apparition parallèle aurait été sous-
estimée.
Sur un plan plus général, j’ai émis une pre¬
mière hypothèse sur les relations phylogéné¬
tiques des différentes familles que renferment
les Mycetophiloidea. Elle demande à être testée
de façon beaucoup plus approfondie par la
recherche de nouvelles synapomorphies. Il fau¬
dra encore à l’avenir se pencher sur le problème
des Cecidomyiidae. Cette famille a été considérée
comme étroitement apparentée aux Sciaridae par
Enderlein (1911), qui s’était fondé pour cela sur
la présence dans les deux familles d’un pont
oculaire imaginai. Elle a été confortée par
les recherches cytogénétiques de White (1949,
1973), qui met en évidence dans les cellules
somatiques des Sciaridae une élimination chro¬
mosomique qui se produit aussi chez les Cecido¬
myiidae, de même qu’un mécanisme particulier
de la détermination du sexe. J’ai préféré tenir les
Cecidomyiidae comme groupe-frère des Myceto¬
philoidea, mais il y a là des recherches à
accomplir, en premier lieu cytogénétiques.
Il faut enfin regretter le peu d’applications
qu’a encore la systématique phylogénétique en ce
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : CONCLUSIONS
633
qui concerne les Diptères, alors surtout qu’elle a
été fondée par un diptériste, Willi Hennig, et
qu’un autre diptériste, Lars Brundin lui a donné
le retentissement qui lui manquait pour des
raisons linguistiques, raisons que l’on ne peut
plus invoquer en France depuis que plusieurs
auteurs, et en premier un autre encore, Claude
Dupuis, en ont donné les fondements dans notre
langue (Dupuis, 1979; Matile, Tassy & Gou-
jet, 1986 ; Goujet et al., 1988 ; voir aussi
plusieurs chapitres de l’ouvrage coordonné par
Tassy, 1986). Au niveau des grandes familles, ces
révisions menées dans une optique phylogéné¬
tique ne peuvent se conduire qu’à l’échelle
mondiale et, à ma connaissance, aucune n’a
encore été publiée au sein de l’un ou l’autre des
infra-ordres constituant les « Nématocères ». J’au¬
rais mauvaise grâce à critiquer ce fait, puisque la
présente révision des Keroplatidae est amputée
de la grande tribu des Orfeliini, contrairement à
ce que j’avais prévu à l’origine ; j’espère pouvoir
compléter cette lacune ultérieurement. Il est
certain qu’une monographie portant sur la phy¬
logénie et la biogéographie d’une famille com¬
portant plusieurs centaines, voire plusieurs mil¬
liers d’espèces, exige le rassemblement d’un
matériel considérable, et que la collecte et
l’interprétation des données peut demander de
longues années de travail. Il me semble cepen¬
dant que des entreprises de ce type seraient
particulièrement enrichissantes pour la compré¬
hension de l’évolution en tant que phénomène
historique.
Enfin Janvier (1986) a souligné à juste titre
que la phylogénie moléculaire n’a longtemps joué
qu’un rôle d’appoint à la morphologie comparée,
et par conséquent à la systématique phylogéné¬
tique : au moment où ces recherches commen¬
cent à fournir des résultats crédibles, sans doute
est-il temps de passer au stade de l’illumina¬
tion réciproque chère à Hennig, en dévelop¬
pant ensemble ces champs d’investigations, par
exemple au sujet de la place des Cecidomyiidae,
ou encore des relations phylogénétiques entre les
différentes superfamilles de Bibionomorpha, qui
sont loin d’être élucidées (voir discussion in
Hackman & Vàisànen, 1982). C’est bien proba¬
blement à la coopération des systématiciens
morphologistes et des systématiciens molécula-
ristes, aucun des deux champs n’étant tenu pour
subordonné à l’autre, que seront dues les percées
futures de la discipline.
Paléontologie
On a déjà beaucoup épilogué sur le rôle des
fossiles dans les recherches phylogénétiques, et
beaucoup de cladistes semblent d’opinion que les
fossiles n’apportent pas grand-chose à l’établisse¬
ment des relations phylogénétiques entre taxa
actuels (voir Schaeffer, Hecht & Eldredge,
1972 ; Nelson, 1978 ; Patterson, 1982 ; Jan¬
vier, 1988). Il n’est pas dans mon propos de me
lancer ici dans des réflexions théoriques, mais de
donner l’opinion d’un praticien engagé dans un
tel programme, sur un groupe où des fossiles
existent, bien qu’avec d’énormes lacunes, du
Trias supérieur au Miocène.
En l’absence de ces fossiles, je ne crois pas
qu’il existe un seul des morphoclines étudiés dont
je n’aurais pu résoudre l’orientation par des
comparaisons hors-groupe. Ceci est d’ailleurs
démontré par l’analyse de caractères inacces¬
sibles sur les formes fossiles, telle celle des
structures fines des genitalia. Cependant, la pré¬
sence de données fossiles permet à tout coup
d’orienter l’hypothèse de départ, et de mettre
ainsi en évidence quelles seront les structures
réfutantes à rechercher dans les formes actuelles,
si nombreuses et si variées qu’il est bien long et
difficile de les analyser sans cette orientation
préliminaire. Ce fut surtout le cas, ici, pour la
nervation alaire, puisque les ailes sont bien
souvent les seules structures lisibles préservées
sur les fossiles les plus anciens. La discussion des
pages 426 à 442 de cette monographie montre à
l’évidence combien la connaissance des formes
fossiles m’a facilité la détermination des ten¬
dances évolutives de la nervation des Mycetophi-
loidea.
S’ils sont étudiés par des chercheurs fami¬
liers des formes actuelles du groupe, les fossiles
apportent des éléments précieux, tant qu’est évité
le piège consistant à considérer automatique¬
ment les états fossiles comme plésiomorphes. On
le voit bien avec le genre Kelneria, dont les
excellents fossiles révèlent trois fortes apo-
morphies : aire membraneuse occipito-frontale,
et chez les mâles, processus tergaux latéraux
et gonostyles réduits, ces deux derniers états
uniques et exclusifs au sein de la sous-famille.
Comme le soulignent Eldredge & Cracraft
(1980), les erreurs en la matière viennent le plus
souvent de la confusion entre chronocline (évolu-
Source : MNHN, Paris
634
LOÏC MATILE
tion temporelle d’un caractère) et lignée d’an¬
cêtres-descendants. Ces mêmes auteurs ajoutent
que la paléontologie ne donnera pas, le plus
souvent, de résultats aussi fiables que l’analyse
hors-groupe, mais que la congruence des don¬
nées corrobore fortement les hypothèses émises.
Les recherches menées sur les Keroplatidae et
leurs alliés vont tout à fait dans ce sens.
Sur le plan systématique, les fossiles ont
également leur intérêt parce qu’ils fixent aux taxa
un âge absolu minimum. Ce fait pourrait fournir
un critère objectif à la détermination de leur rang
dans la hiérarchie linnéenne, comme l’a proposé
Hennig (1954, 1966a). Cette idée ne semble avoir
suscité qu’indifférence ou critiques, peut-être en
raison de l’échelle proposée. J’ai déjà dit combien
je la trouvais intéressante (Matile, 1981a; voir
aussi Baylac & Matile, 1988). Ce point de vue
est intimement lié à la biogéographie historique,
qui permet elle aussi des datations, et sera
développé plus loin.
Géophysique et biogéographie
Les recherches de biogéographie historique
représentent le prolongement logique des résul¬
tats de la systématique phylogénétique. Là en¬
core, il faut souligner les progrès qui doivent au
préalable être accomplis dans la simple connais¬
sance de la chorologie, sans laquelle il est difficile
de proposer des hypothèses sur les événements
mettant en cause des facteurs abiotiques tels
que le rôle de voie de passage de la Behringia,
si important dans l’étude des tracés circum-arc-
tiques, ou les fluctuations des zones forestières,
auxquelles sont inféodés les Keroplatidae.
En ce qui concerne la congruence des données
géophysiques et des répartitions des lignées, on a
vu que les tracés transpacifiques ne pouvaient
s’expliquer que par le modèle de l’expansion
terrestre, ou toute autre explication réduisant
Paléotéthys et Éopacifique. Humphries & Pa-
renti (1986) assurent qu’ « il n’y a pas de théorie
unique de rupture continentale, que ce soit la
Pacifica, l’expansion terrestre ou la Pangée l03,
qui agrée totalement avec ce que les parentés
entre taxa nous suggèrent sur les anciennes
connexions terrestres ». Je crois pour ma part, en
l’état actuel des connaissances sur la phylogénie
des Keroplatidae, que celle-ci réfute l’une d’entre
elles, celle de la Pangée de la tectonique globale,
avec son immense Éopacifique ; celle de la
Pacifica n’a pas été retenue en fonction de la
grande antiquité présumée du continent primitif,
tandis que celle de l’expansion résiste au test
kéroplatidien.
Humphries & Parenti soulignent également
que les groupes pantropicaux s’accordent plutôt
avec la Pangée, au contraire des groupes amphi-
tropicaux. Je remarquerai à cet égard que la
tectonique globale implique une migration de
l’Inde, de l’Antarctique à l’Eurasie. Ce sous-
continent joue donc le rôle d’un immense radeau
sur lequel auraient pu migrer ces espèces amphi-
tropicales, à condition que des chaînes de mon¬
tagnes suffisamment élevées leur aient permis
d’échapper au climat tropical, pour lequel ils ne
sont pas adaptés, en tout cas actuellement. Il en
va de même dans le modèle de l’expansion, où il
y a cette fois deux voies de relais, l’Inde et le
Sud-Est asiatique, avec en plus, au nord de
l’Inde, une énorme masse continentale ( Greater
India) ; la Pacifica fournit encore davantage de
voies sud-nord, et il me semble par conséquent
que les répartitions amphitropicales ne peuvent
tester les théories mobilistes actuellement en
concurrence.
C’est plus probablement dans la chorologie et
la phylogénie des espèces circum-pacifiques que
résident les tests biologiques possibles de ces
hypothèses, si tant est, comme je l’ai dit plus
haut, qu’un des buts de la biogéographie puisse
être de tester les hypothèses géologiques. Ross
(1967) souligne qu’au niveau des événements
paléogéographiques très anciens, un bon maté¬
riel biogéographique doit remplir trois condi¬
tions : avoir un âge d’origine suffisamment
reculé, posséder des capacités de dispersion sévè¬
rement limitées, et enfin être présent dans les
faunes actuelles en nombre suffisant, réparti sur
de larges aires. Matile & Goujet (1981) ajou¬
tent que ce matériel doit se prêter à des analyses
phylogénétiques rigoureuses. Je crois avoir mon¬
tré au cours de ce travail que les Keroplatidae, et
plus généralement les Mycetophiloidea, répon¬
daient parfaitement à ces quatre critères. Il en va
de même de la plupart des Bibionomorpha, et en
fait des Diptères non anthropophiles. Le champ
d’investigations futures est donc très vaste.
103. Ces auteurs nomment «hypothèse de la Pangée», ou «Pangée», le modèle de la tectonique globale.
Source : MNHN, Paris
LES KEROPLATIDAE : CONCLUSIONS
635
Pour le moment, je ne saurais dissimuler la
préférence que les Keroplatidae m’imposent pour
le modèle de l’expansion terrestre, et plus par¬
ticulièrement celui de Shields, comme le der¬
nier chapitre de la Partie biogéographique le
démontre à l’évidence. Il me semble en tout cas
que l’existence de répartitions transpacifiques ne
devrait pas échapper à la réflexion des géophysi¬
ciens : il y a là une exigeante demande d’explica¬
tions. En attendant, l’étude de la répartition
actuelle des Keroplatidae, tout imparfaites que
soient encore nos connaissances, a permis d’assi¬
gner à certains groupes d’espèces, à des genres
et à des groupes de genres, un âge minimum
relativement précis, même s’il demande à être
modulé en fonction des hypothèses géophysiques
actuellement en concurrence. Je souligne à cette
occasion à quel point la biogéographie historique
pourrait être utile à l’avenir pour l’étalonnage de
1’ « horloge moléculaire ».
Antiquité des Keroplatidae
Il peut paraître surprenant de faire remonter à
une époque aussi éloignée que le Jurassique
moyen l’origine de groupes actuels d’insectes, et
de les faire « voyager sur des plaques ». Il faut
tout d’abord remarquer que si quelques millions
d’années, voire moins, peuvent suffire à assurer
la spéciation d’une population isolée, comme le
montre le peuplement d’archipels volcaniques
récents, on a de bonnes raisons de croire que des
espèces d’insectes peuvent persister pendant des
dizaines de millions d’années, durée suffisante
pour l’ouverture d’un océan, la formation d’une
mer épicontinentale ou la surrection d’une chaîne
montagneuse.
Nous avons en effet avec la faune de l’ambre
de la Baltique la preuve paléontologique que des
espèces peuvent se maintenir morphologique¬
ment identiques pendant plus de 40 millions
d’années, ce qui correspond, par exemple, au
temps qu’a mis l’Atlantique Sud à s’ouvrir
définitivement. Hennig (1966b) cite plusieurs
espèces encore actuelles d’insectes de l’ambre
balte : une blatte, Euthyrrhapha pacifica Coq.,
un Coléoptère Cicindélide, Tetracha carolina L.,
et un Silphide, Nemadus colonoides Kr., ainsi
qu’un Hyménoptère Mymaride, Petiolaria ano-
mala Blood & Kryg. Il décrit aussi minutieu¬
sement un mâle de la « petite mouche domes¬
tique», Fannia scalaris F. Celui-ci ne diffère
des exemplaires actuels de l’espèce que par la
présence d’une soie en crochet sur les hanches II,
absente chez les spécimens actuels, et la forme
légèrement différente de la saillie médiotibiale. Il
s’agit de deux caractères liés au sexe mâle ; les
genitalia du fossile sont identiques à ceux des
mâles actuels. On ne peut évidemment affirmer
que nous sommes ici en présence de la même
espèce biologique, plutôt que d’une espèce-sœur
disparue, ou d’une forme ancestrale que l’anagé-
nèse a légèrement modifiée, mais il est certain
que si des exemplaires actuels portant les mêmes
caractères que le fossile de l’ambre étaient
découverts, ils seraient tenus pour conspécifiques
de Fannia scalaris. Si des éléments biologiques
devaient contredire cette conspécificité, ils se¬
raient quand même tenus pour plus étroitement
apparentés à cette espèce qu’à Fannia coracina
Loew, espèce actuelle la plus proche de F.
scalaris.
Il n’y a donc rien d’invraisemblable à faire
remonter l’espèce ancestrale d’un couple d’es¬
pèces de Mycetophiloidea actuel au Paléocène et
celle d’un genre au Jurassique, si l’on tient
compte du fait que nous analysons ici une
structure, et non un processus, et qu’il n’est pas
nié que les espèces actuelles ne sont très proba¬
blement que les survivantes de lignées autrefois
foisonnantes, et donc séparées de leurs ancêtres
lointains par plusieurs événements de spéciation
dont il ne s’est pas conservé de traces.
On se souviendra également que nous avons
des preuves paléontologiques de l’existence des
Sciadoceridae (Phoroidea), et même des Diptères
les plus évolués, les Calyptères, dès le Crétacé
(McAlpine & Martin, 1966 ; McAlpine, 1970),
époque à laquelle vivaient des genres encore
actuels, et fort répandus, de Ceratopogonidae :
Culicoides et Ceratopogon (Remm, 1976). Les
données paléontologiques et biogéographiques
permettent à Cranston, Edwards & Colless
(1987) d’assigner un âge d’origine au moins
Jurassique supérieur au genre actuel de Chirono-
midae Archaeochlus. La belle analyse de biogéo¬
graphie comparée entre Oestridae et Mammi¬
fères menée par Papavero (1977) a permis
d’assigner le même âge à cette famille de Dip¬
tères parasites ; les Calyptères, dont font partie
les Oestridae, occupant le sommet de l’arbre
phylogénétique des Diptères, il est donc quasi
certain que toutes les familles d’Orthorrhaphes
636
LOÏC MATILE
étaient déjà individualisées depuis longtemps à
cette époque. Ceci m’amène tout naturellement à
discuter du rang des taxa dans la hiérarchie
linnéenne, rang que Hennig (1954, 1966a) pro¬
posait de fixer en fonction de leur âge.
Âge absolu et hiérarchie linnéenne
J’ai déjà fait allusion plus haut à ce critère
d’âge absolu. Le fondateur de la systématique
phylogénétique proposait notamment d’assigner
le rang générique aux taxa apparus à partir du
Miocène, celui de tribu à ceux datés du Crétacé
supérieur à l’Oligocène, et celui de famille à
ceux remontant entre le Trias et le Crétacé
inférieur. Un coup d’œil au cladogramme daté de
la figure 1253 montre quels bouleversements
seraient apportés par cette proposition, puis-
qu’ainsi la plupart des genres de Keroplatidae
devraient constituer autant de tribus, et les
groupes supragénériques devenir des familles.
Pour éviter de tels bouleversements, en parti¬
culier dans la classification des Vertébrés, Hen¬
nig suggérait de se servir d’un certain nombre
d’échelles différentes en fonction des groupes
zoologiques envisagés. Il semble cependant qu’il
ait ici largement sous-estimé l’âge absolu des
Diptères actuels, et les conséquences graves que
l’application rigoureuse de son système entraîne¬
raient dans la classification de l’ordre, comme
dans celle de la plupart des autres Insectes. Il est
permis de penser que cette erreur d’appréciation
tient au fait que Hennig était surtout un spécia¬
liste des Muscoidea, Diptères très évolués, plus
récents que les Nématocères. C’est peut-être
pourquoi il n’a plus fait allusion à sa proposi¬
tion, et peut-être non plus à l’application de la
systématique phylogénétique à la biogéographie.
En particulier, on peut se demander s’il n’a
pu parvenir à des conclusions satisfaisantes sur
les problèmes biogéographiques posés par la
Nouvelle-Zélande (Hennig, 1960) parce que les
groupes transantarctiques impliqués dans cette
région sont surtout des Nématocères (voir
p. 556), au sujet desquels il ne pouvait se référer
à son expérience personnelle, mais seulement à
une littérature dépourvue de travaux phylogé¬
nétiques sérieux.
J’ai déjà préconisé l’application du principe de
l’âge absolu de Hennig en raison de ses poten¬
tialités d’objectivité (Matile, 1981b; voir aussi
Baylac & Matile, 1988). L’un des buts d’une
classification étant la stabilité, il me semble que
l’échelle proposée ne convient pas en l’occur¬
rence, et qu’il faudrait la modifier en fonction
des résultats biogéographiques obtenus d’une
part, et de la pratique diptérologique d’autre
part. Il serait donc prématuré d’en proposer ici
une nouvelle, fondée sur les résultats procurés
par une seule famille. Il convient d’attendre pour
ce faire que des monographies du même type
soient entreprises sur au moins une grande
famille de chacun des infra-ordres de Némato¬
cères. En attendant, attribuer le niveau familial à
un taxon apparu au moins dès le Jurassique
moyen, comme le proposait Hennig, me paraît
tout à fait raisonnable. La question des catégo¬
ries du groupe-genre est beaucoup plus délicate,
et exige un certain consensus de la communauté
des diptéristes.
Malgré les nombreuses incertitudes qui demeu¬
rent, et qui imposent la poursuite et l’exten¬
sion des recherches entreprises, la monographie
présentée ici montre déjà que l’enchaînement
méthodique de la morphologie comparée, de la
systématique phylogénétique et de la biogéogra¬
phie historique permet d’aboutir à des enseigne¬
ments fructueux sur l’évolution d’une famille
d’insectes apparue au plus tard au Jurassique
moyen, il y a 160 millions d’années, et qui
comprend encore des représentants nombreux et
divers sur tous les continents. J’ai ainsi pu
proposer pour les Keroplatidae une première
épure de la synthèse idéale de Léon Croizat, qui
marie la forme, l’espace et le temps. Parvenir à
un tableau plus élaboré demandera encore bien
des recherches morphologiques, systématiques,
phylogénétiques et biogéographiques, comme l’in¬
diquent les lacunes que je me suis fait un devoir
de souligner dans cette monographie.
Source : MNHN, Paris
REMERCIEMENTS
C’est à Eugène Sêguy, puis à Alfred Balachowsky et à
Jacques Carayon, Directeurs successifs du Laboratoire
d’Entomologie du Muséum, que je dois d’avoir pu présenter
ma thèse, première version de cette monographie. Je ne
saurai assez dire à quel point leur aide, leurs encourage¬
ments, et la confiance qu’ils m’ont témoignée, m’ont été
précieux, et la reconnaissance que je leur dois. Je remercie
vivement Madame J. Raccaud-Schoeller de m’avoir fait
l’honneur d’en présider le jury, ainsi que MM. le Recteur
R. Paulian, J. Carayon, J. Auber, Ph. Dreux, Cl. Dupuis
et Ph. Janvier, qui ont bien voulu accepter d’en faire partie.
Je suis particulièrement reconnaissant à MM. Dupuis et
Janvier, Rapporteurs, ainsi qu’aux lecteurs qui en ont revu
la version définitive, des améliorations qu’ils m’ont permis
d’apporter à mon travail ; je n’ai pas toujours suivi leurs
suggestions, et j’en porte bien entendu seul la responsabilité.
Je remercie mon épouse, Danièle Matile-Ferrero, de
toute l’aide matérielle, morale et scientifique qu’elle m’a
apportée pendant la conception et la réalisation de cette
monographie. Je doute fort, en effet, qu’elle eût jamais vu le
jour sans elle. Qu’elle trouve ici l’expression de mon affec¬
tueuse reconnaissance.
Gilbert Hodebert a assuré en grande partie l’illustration
de ce mémoire, avec le talent qui fait de lui un dessinateur
d’entomologie de niveau international. Marcelle Lacaisse a
assuré avec beaucoup de compétence la préparation, longue
et délicate, de la plupart des Keroplatidae mentionnés ici.
Aïcha Bouchelaala a entré en machine la majorité du texte,
et notamment l’ingrate Partie systématique. Jacques Boudi-
not a tiré le meilleur parti, au MEB, d’un matériel difficile,
tandis que Madeleine Franey et Danièle Dousseau ont
réalisé le tirage des planches photographiques. Pendant de
nombreuses années, l'aide de Dany Bonora m’a été pré¬
cieuse dans mes recherches bibliographiques. À eux tous, mes
remerciements sincères pour leur conscience professionnelle.
J’ai cité dans le chapitre « matériel et méthodes » (p. 25)
les nombreux collègues qui ont récolté des Mycetophiloidea à
l’intention des collections nationales. Les quelques missions
que j’ai pu entreprendre outre-mer, parfois dans des condi¬
tions difficiles, m’ont bien montré à quel point je leur dois de
la reconnaissance pour avoir entrepris ce travail de terrain
supplémentaire.
Cette monographie n’aurait pu être réalisée sans le secours
d’une véritable Internationale de Diptéristes, et de conserva¬
teurs, responsables de collections de toute importance. Ces
collègues, auxquels je suis redevable de communications de
types de Keroplatidae, de prêt de matériel de cette famille,
déterminé ou indéterminé, de documentation ou renseigne¬
ments divers, ont été si nombreux depuis vingt ans que je
crains fort d’en oublier quelques-uns, que je prie à l’avance
de me pardonner.
Je voudrais mentionner tout d’abord Raymond Gagné
(U.S. Muséum of Natural History, Washington), Nelson
Papavero (Muséo de Zoologia, Sâo Paulo) et Richard
Vockeroth (Canadian National Collection, Ottawa), qui
m’ont confié l’intégralité du matériel de Keroplatidae à leur
disposition.
Je remercie pour leur aide précieuse à l’un ou l’autre
titre MM. H. Andersson (Zoological Institute, Lund),
A. P. Ariani (Istituto i Museo di Zoologia, Naples),
P.-H. Arnaud Jr (Californian Academy of Sciences, San
Francisco), R. A. Beaver (University of Zambia, Lusaka),
P. Brinck (Université de Lund), B. Cantrell (Indoo-
ropilly), P. Chandler (Weston Research Laboratories L“*,
Maidenhead), D. H. Colless (CSIRO, Canberra), Mme R.
Contreras-Lichtenberg (Naturhistorisches Muséum, Vienne),
MM. P. Cranston (British Muséum, Nat. Hist., Londres),
L. Davies (University of Durham), J. Decelle (Musée Royal
du Congo Belge, Tervuren), V. Decu (Institut de Spéologie
«E. Racovitza», Bucarest), M. Dorn (Martin-Luther-Uni-
versitât, Halle), G. Demoulin (Institut Royal des Sciences
naturelles, Bruxelles), Ph. Dreux (École Normale Supérieure,
Paris), C. Dunn (Academy of Natural Sciences, Philadel¬
phia), P. Duret (Buenos-Aires), N. Eldredge (American
Muséum of Natural History, New York), N. Evenhuis
(Bishop Muséum, Honolulu), P. Freeman (British Muséum,
Nat. Hist., Londres), A. Freidberg (Tel Aviv University),
M"* L. F. B. Green (Department of Zoology, Oxford Uni¬
versity), MM. R. E. Griffiths (The Academy of Natural
Sciences, Philadelphia), R. A. Harrison (Lincoln College,
Canterbury, Nouvelle-Zélande), A. M. Hutson (British
Muséum, Nat. Hist., Londres), A. Kirkspriggs (National
Muséum of Wales, Cardiff), F. Kühlhorn (Zoologisches
Sammlung des Bayerischen Staates, Munich), P. LaStovka
(VÛPP CAZ, Prague), Th. van Leeuwen (Zoologisch
Muséum, Amsterdam), M™ Br. May (Department of Scien-
tific and Industrial Research, Plant Diseases Division, Auck¬
land), MM. F. Mihalyi (Musée Hongrois d’Histoire Natu-
Budapest), W. Mikolajczyk (Institut Zoologique, Var¬
sovie), G. Morge (Deutsches entomologisches Institut,
Eberswalde), P. I. Persson (Naturhistoriska Riksmuseet,
Stockholm), H. Plachter (Garching, RDA), R. Reiss (Zoo-
logische Staatssammlung, Munich), M”1 A. Richards (Uni¬
versity of New South Wales), MM. S. Ritzkowski (Geolo-
gisch-Palâontologisches Institut, Gôttingen), L. Santini (Isti¬
tuto di Difensa delle Piante, Viterbo), H. Sasakawa (Kyoto
Prefectural University), W. Schacht (Zoologische Staat-
sammlung, Munich), Th. Schlüter (Institut fur Paléonto¬
logie, Freie Universitat Berlin), H. Schuman (Zoologisches
Muséum, Berlin), W. A. Steffan (Bishop Muséum, Hono¬
lulu), B. Stuckenberg (Natal Muséum, Pietermaritzburg),
S. Takagi (Entomological Institute, Hokkaido University,
Sapporo), A. Teran (Fondaciôn Miguel Lillo, San Miguel de
Tucumân), W. B. Townsend (British Muséum, Nat. Hist.,
Londres), P, Vanschuytbroeck (Institut Royal des Sciences
naturelles, Bruxelles) et M. Zunino (Museo ed Istituto di
Zoologia Sistematica, Turin).
Bien que la plupart des figures de cette monographie soient
originales, un certain nombre ont été reprises de mes propres
publications antérieures, ou empruntées à des collègues
étrangers. Je suis très reconnaissant des autorisations de
reproduction aimablement données par Cambridge University
Press, Elsevier Science Publishers et John Wiley & Sons, ainsi
que par les Editeurs des périodiques suivants : Annales
Source : MNHN, Paris
638
LOÏC MATILE
Entomologici Fennici, Anna/es de la Société entomologique de
France, Bulletin de l'Institut Fondamental d'Afrique Noire,
Bulletin de la Société entomologique de France, Canadian
Entomologist, Eclogae Geologiae Helvetiae, Journal of the
Australian entomological Society, Kontyû, Mémoires du Mu¬
séum national d’Histoire naturelle, Palaeogeography , Palaeo-
climatology, Palaeoecology, Revue française d' Entomologie,
Scientific Reports of the Kyoto Prefectoral University of
Agriculture, Revista de la Sociedad Entomologica Argentina.
Je remercie également mes collègues phylogénéticiens du
Muséum, du CNRS et de l’Université, zoologistes et paléon¬
tologistes, qui m’ont généreusement fourni informations et
documentation, et particulièrement Jean-Philippe Balouet,
Daniel Goujet, Jean-Pierre Hugot, Philippe Janvier,
Hervé Lelièvre, Pascal Tassy et Simon Tillier.
Enfin, c’est pour moi un agréable devoir de remercier ici
tout le personnel du Laboratoire d’Entomologie du Muséum.
Depuis plus d’un quart de siècle que j’y travaille, je ne crois
pas qu’il se trouve un seul chercheur ou un seul technicien à
qui je ne sois redevable d’une idée, d’une suggestion, d’une
discussion stimulante, d’une technique ou d’une « astuce »,
qui ne se retrouve aujourd’hui dans le travail présenté.
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
ANNEXE
On trouvera ci-après les matrices des caractères étudiés
lors des analyses phylogénétiques des différents taxa pris en
compte dans cet ouvrage ; ils ne figurent pas tous dans les
cladogrammes, et n'ont parfois pas été discutés dans le texte.
Les signes conventionnels sont les suivants :
+ : état apomorphe du caractère.
0 : état plésiomorphe du caractère.
V : état variable dans le taxon envisagé.
? : état de caractère n’ayant pu être examiné chez le taxon
en question.
e : état faiblement apomorphe du caractère (par rapport
aux autres taxa de la matrice). Exemple : dans la
matrice 1, caractère 19, les Chiasmoneura ont les
antennes relativement allongées (s), un peu plus que
dans les autres genres (0), mais moins que chez
Macrocera ( + ).
— : état ne pouvant exister chez certains des taxa de la
matrice en question. Exemple : dans la matrice 1,
caractère 7, les Macrocerini (genres A à J) n’ont pas
de zone membraneuse occipitale (6), celle-ci étant une
autapomorphie des Robsonomyiini (genres K à N) ; il
n’y a pas lieu de remplir pour eux la ligne 7.
Matrice 1
Caractères étudiés lors de l’analyse phylogénétique de la sous-famille des Macrocerinae.
: Macrocera ; B : Paramacrocera s. str. ; C : P. ( Freemaniola) ; D : Chiasmoneurella ; E : Chiasmoneura s.
F : Ch. ( Prochiasmoneura) ; G : Ch. ( Synesostyla) ; H : Angazidzia ; I : Vockerothia ; J : Hesperodes ;
K : Kelneria ; L : Micrepimera ; M : Robsonomyia ; N : Srilankana.
ABCDEFGH I J KL
0000+000000000
000000+00
ipito-oculaire 00000000000 +
0000000++0000
Extension dorsale i
+00000000
Séparation en deux de la face
0+000000000000
000000000+0000
+00000000
0 0 0 0 0 + + 0 0 0 +
000000000000
Longueur du flagelle
OOcicOOOOOOO
Nombre de flagelloniè
0000000000+
0000000+000
ABCDEFGH I J KLMN
0 - 34
00000+0000000
000000000+
0 0 0 0 0
0 0 + 00
+0000000000000
0000000000+
Longueur et angle apical mèdiotergite 0000000000 0 0
000000000000+
00000000+
Réduction partie dors.
0000000+00
Rétréciss. partie vi
Forte oblicité du latérotergite
Oblidté du latérolergite
+0+000000000
Forte largeur du métépisti
0+000000000000
++++++++++0000
eOOOOO+OOOOOOO
0000+++0000000
Source : MNHN, Paris
656
LOÏC MATILE
_ ABCDEFGH I J KLMN
49. Apex costale/RS _ 000000000*0000
50. Longueur de Sc _ 0+0++++++000++
51. Sc se lerminanl surR _ 000000000000*0
52. Sc libre à Pape» _ 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 -*
53. Sc2 absente 0 + + + + + + + + 00***
54. Brièveté de RI _ 0000000000****
55. Effacement de Rs _ 0000000000*000
56. R4 absente _ 0000****000**0
57. Longueur de RS 0000 + + + + 000 + + +
58. Réduction de la base de M ++++++++00e0+0
59. Base de M absente 000000000000 + 0
60. Capture de M par Rs _ 000000000000 — +
61. Effacement partiel de tb et mcu 0000000000 + + + +
62. tb absente _ 0000000000000 +
63. Effacement pétiole base fourche médiane 000000 + 0000000
64. Effacement de la base de M4 _ 0 + + * + * + + 0 0 + + + +
65. Courbure apicale de Culb 00000 + + + 000000
66. Interruption apicale de Al _ 0 + 0000 + 000 + + 00
67. Angle apical de Al _ 000000 + 0000000
68. Affaiblissement général de Al 00000000000 + 00
69. Dénudation dorsale de Sc _ 0 0 0 0 0 0 + 0 ******
70. Dénudation ventrale de Sc _ +000 + + + + + 0 + + + +
71. Dénudation ventrale de RI _ 00000 + 00000***
72. Dénudation ventrale de R4+5 00000000000 + + +
73. Dénudation dorsale de R4 _ 0000 - 0 + 0 - +
74. Dénudation ventrale deR4 V000 - 0 + 0 - 0
75. Dénudation ventrale deR5 00000000000 + + +
76. Dénudation dorsale de Ml _ 0000000000000 +
77. Dénudation ventrale de Ml +000 + V + + 0 + 0 + + +
78. Dénudation dorsale de M2 0000000000000 +
79. Dénudation ventrale de M2 _ +00000 + + 0 + 0 + + +
80. Dénudation dorsale deM4 0000000000000 +
81. Dénudation dorsale de Culb 0000000000000 +
82. Dénudation ventrale de Culb + + 00 + + + * + + + + + +
83. Dénudation dorsale de Cu2 + + 0 + + 0 + + + + + + + +
84. Dénudation ventrale de Cu2 _ +0 + 0 + + + 0 + + + + + +
85. Dénudation dorsale de Al +00000000 + 0 + 0 +
86. Dénudation ventrale de Al +00000 + 0 + + 0000
87. Macrotriches membrane alairc _ V0 + + 0000 + + + + + +
88. Ouverture angle anal 0 + + 0 0 0 0 0 + 0 0 + + *
ABCDEFGH I J KLMN
Source : MNHN, Paris
ANNEXE
657
Matrice 2
Caractères étudiés lors de l’analyse phylogénétique du genre Chiasmoneura.
A : bougainvillei ; B : collessi ; C : milligani ; D : fenestrata ; E : bipunctata ; F : flavicoxa ; G : pulchella ;
H : tripunctata ; I : vitlata ; J : marcellae; K : stylata; L : tsacasi ; M : concinna ; N : cyclophora -,
O : quinquemaculata ; P : anthracina.
ABCDEFGH I JKLMNOP
24. Interruption médiane bande cost.
25. Couleur lobe anal
26. Tache ronde très définie entre M2
M4
27. Bande supplémentaire brun-jaune
28. Nombre taches alaires blanches
29. Soies coxales externes III
30. Réduction protarse I
31. Réduction prononcée protarse I
32. : tergite IX, forme
33. i : présence processus gonocoxaux
34. S : taille processus gonocoxaux
35. : taille aire membr. gonocoxale
36. 3 : grande taille aire membr. go¬
nocoxale
37. t? : présence bosse gonocoxale
38. cj : étendue bosse gonocoxale
39. o : gonostyles bi- ou trilobés
40. (J : gonostyles branchus
41. o : gonostyles à trois branches
42. o : gonost. avec brosse de soies
43. 2 : réduction du tergite X
44. 2 : nombre de spermalhcqucs
ABCDEFGH I JKLMNOP
- * *0»
- - ♦ s- 0 0
0000000000000+
0000+0+0000
000000707000+00
00000070
0000++?+
0000007070++0000
Matrice 3
Caractères étudiés lors de l’analyse phylogénétique du genre Cerotelion.
A : pendleburyi ; B : lineatum ; C : racovitzai ; D : johannseni ; E : funereum ;
F : flavicorne ; G : bimaculatum ; H : leucoceras ; I : hudsoni ; J : tapleyi.
1. Distance ocelles extemes/œil
2. Apicule antennaire
3. Coloration antennaire _
4. Longueur trompe
5. Longueur médiotergite
6. Ciliation médiotergite
7. Longueur protarsc I
8. Disposition microchètes tibiaux apicaux
ABCDEFGH I J
7000++++++
000000++00
0++0000000
9. Ciliation hanches II (moitié)
10. Ciliation hanches II (quart)
IL Zone sensorielle tibia I
12. Longueur Sc (avant apex cellule basale)
13. Longueur Sc (niveau apex)
14. Présence Sc2
15. Longueur RI (< 0,63)
16. Longueur R4
A B C D E F GH I J
+000++++++
+ - 0 0 0 0 0 0
00000000++
Source : MNHN, Paris
658
LOÏC MATILE
17. Longueur fusion radiomédianc
18. Longueur pétiole fourche médiane
19. Longueur anale
20. Coloration apex alaire
21. Présence tache submédiane
22. 3 ■. apex tergite IX
23. o : base tergite IX _
24. <J : aplatissement cerques
23. o" : sclérite additionnel entre cerques
26. o" : hypoprocte allongé et fourchu
27. 3 : longueur branches hypoprocte _
28. 3 : modification soies hypoproctales
29. 3 : encochement apical hypoprocte
30. S '■ élargissement dorsoventral hypoprocte
31. i? : longueur tube gonocoxal
32. S : fort raccourcissement tube gonocoxal
33. 3 : zone sélifère hérissée sur gonocoxites
ABCDEFGH I J
00*0000000
*000000000
*000000000
****000000
****00*t00
****000000
000000**00
00000*0000
0 0 0 0 - * * * *
*0-0000000
000000***+
ABCDEFGH I J
34. 3 ■ disparition denticuies apicaux intermédiaires + 0 0 0 i i *00 +
35. 3 : courbure des gonostyles _ 0 0 0 0 0 0 * + + +
36. 3 ^ apodémes gonocoxaux élargis et sclérifiés 00000 + 0000
37. o* : longueur édéage _ * + + * 0000 0 0
38. 3 ■ scarification distiphallus _ + + * + 0 0 0 0 0 0
39. (3 : cornes apicales paramères dorsaux 000000 + + + +
40. 3 : longueur cornes apicales paramères dorsaux - + 0 + +
41. 3 : présence pointes apicales +* + + 00 0 0 0 0
42. 3 : pointes apicales grandes ou très grandes + 0 * + -
43. cî : pointes apicales très grandes 0 — 0 + -
44. 3 '• des lobes auriculaires préapicaux +000000000
45. 3 : sclérification paramères dorsaux _ 000000*000
46. 3 : jonction paramères dorsaux et ventraux 0000 + + + + + +
47. 3 ■ prolongement basal paramères ventraux 000000 + + + +
48. 3 : sclérification apodème éjaculateur 0000 + + + + + +
49. 3 : forte sclérification apodème éjaculateur - 0000 + 0
Matrice 4
Caractères étudiés lors de l’analyse phylogénétique du genre Euceroplatus.
A : hufsoni ; B : fascipennis ; C : paucimaculatus ; D : rivalis ; E : gressiti ;
F : officiosus ; G : bistylus ; H : notaticoxa ; I : cantrelli.
ABCDEFGH I ABCDEFGH I
Source : MNHN, Paris
ANNEXE
659
Matrice 5
Caractères étudiés lors de l’analyse phylogénétique du genre Heteropterna.
A : macleayi ; B : affinis ; C : Jlavoviiiaia ; D : mortiana ; E : lalerociliata ; F : interrupta ;
G : chazeaui ; H : vicina ; I : triangularis ; J : Irileuca ; K : cressoni ; L : gagnei ; M : perdistincta ; N : imperfecta ;
O : tetraleuca ; P : major ; Q : abdominalis ; R : caraibeana ; S : ghesquierei ; T : nigrescens ; U : annulipes ;
V : feneslralis ; W : septentrionalis.
ABCDEFGH I JKLMNOPQRSTUVW
Source : MNHN, Paris
660
LOÏC MATILE
43. S '• déni gonostylaire subapicale
44. cj i dent gonostylaire apicale
45. {J : élargissement lobe externe gonostyles
46. S : rétrécissement lobe externe
49. g : tergite X
ABCDEFGHI JKLMNOPQRSTUVW
00++++00000000070000000
+ + - 0 0000000070000000
- + +0000070000000
- 0 00007++0000 0 -
- 0 0000007++00000
- 0000000700*0000
+?+++??????????000????7
Matrice 6
Caractères étudiés lors de l’analyse phylogénétique du genre Keroplatus.
: reaumurii; B : clausus ; C : testaceus ; D : dispar ; E : nipponicus ; F : rufus ; G : biformis ; H : lipuloides ;
I : tergatus ; J : terminales ; K : carbonarius ; L : militaris ; M : golbachi ; N : fiebrigi ; O : mexicanus ;
P : trinidadensis ; Q : caribai ; R : ornativentris ; S : papaveroi ; T : striatus ; U : townsendi ; V : heimi ;
W : sp. (Zaïre); X : fuscomaculatus.
ABCDEFGHI JKLMNOPQRSTUVWX
00000000000+
2. Nombre ocelles
00000000000+
3. Taille ocelle médian
00000000000-
00000++00000000000000+
00000000000+
0000000000000007
Couleur flagelle
000000000+000000700
+0000+000+0
Dénudation clypcus
0+0000000000000000000000
Ciliation clypéus (quelques cils)
Ciliation clypéus (moitié)
Coloration hanches ll-III (face)
00000000000000000 0000+00
000+00+0000+
Tache coxale II (petite)
Tache coxale III (grande)
Tache coxale 111 (petite)
Ciliation prostemum
+0000000000000000
Ciliation discale scutellum
0000000+000 0000000000000
Soies prostigmatiques
00000000+++00000000000+0
Soies métépistemales
+0000000000000
Forme hanches
0000000+000000 0000000000
Bandes dénudées fémorales i
0000000000+
00000000000+
Bandes dénudées fémorales i
Bandes dénudées fémorales i
Macrochétes antérieurs tibia
0000000+0000 000000000000
Longueur protarse I
Grande longueur protarse I
0000000000000000000000+0
Coloration alaire (tricolore)
+00000000000000
Coloration alaire (2 taches)
Source : MNHN, Paris
ANNEXE
661
ABCDEFGH I J K LMNO P Q R S T U V WX
Intensité taches costales
Étendue deuxième tache costale
000000+0000000000000000
00000+000000000000000
fusion radiomèdianc (2.5 « pfm)
+0000000000000000
n radiomédiane (1,5 à 2* pfm)
+00000-00+00000000000+
00000000000 + 000000000 0 0 +
000000000++-0000000000+—
Longueur Sc (apex frm)
+ 0 0 + 0 0 0 0 -
Dénudation totale anale
0+0000+000+
Forme abdomen
0000000+0000000000000000
00000000+
profondeur échancrure T I)
très profonde échancrure T IX
— 7000000 — ?
processus latéraux T IX
cerques (élargis et rebordés)
00000070000000
cornes latérales cerques
00000000000007000000 + 7 0 0
excavation gonocoxale
000000+000000
0000000700
processus gonocoxal
007000000+
taille processus gonocoxal
processus en lame triangulaire
processus en baguette
Lobes gonostylaires
0000000000000
sclérificalion lobe e:
spinules gonostylaires
disposition spinules gonostylaires
excavation gonostylairc
développement excavation
forme gonostylairc (entonnoir)
0000000+00000
forme gonostylaire (globuleux)
00000+0-00000
0000000000000
longueur phallosomc
0000000000000
grande longueur phallosomc
00000000000+
70000000
Larve : lobes labraux latéraux
O707777+7+777777777?
Larve : apotome dypéofrontal
Source : MNHN, Paris
662
LOÏC MATILE
Caractères étudiés lors de l'analyse phylogénétique du genre Neoceroplaïus.
: dureti ; B : minimax ; C : monostylus ; D : hodeberti ; E : punctipes ; F : lauroi ; G : arnaudi ; H : spinosus ;
I : samiri ; J : delamarei ; K : dissimilis ; L : paicoenai.
BCDEFGH 1 J KL
Fissure anépislcmale
000000000+0+
Longueur coslale
Longueur fusion radiomédiane (3 * pfm)
Inlcrruplion apicale M4
Interruption basale M4
n basale M4 (moyt
Interruption basale M4 (forte)
Interruption apicale ;
000000+00
000000000+00
Couleur abdomen
d : apex tergite IX
0++++0+00
- 0 — 000 + 0
0- + - 45
ABCDEFGH I J KL
c émarg. apex synselérite
-0 0 - 0
processus gonocoxal
ongueur processus
n proc. gonocoxal./synscléritc
00000+00
division latérale lobes gonostylaires 000000000 — 0 +
ts gonostylaires modifiées
e gonostylaire ventral
séparation basale lobes gonostylair
apicoventrale lobes goni
<S : articulation lobes gonostylaires
face ventrale phallosome
Matrice 8
Caractères étudiés lors de l’analyse phylogénétique du genre Placoceralias.
: bareltoi ; B : imitons; C : gorgasi ; D : confusus ; E : longimanus ; F : uaracui ; G : bimaculipennis.
ABCDEFG
I. Distance ocelles-yeux (presque contigus)
S. Longueur des palpes
Étendue tache hanche lit
Source : MNHN, Paris
ANNEXE
663
13. Anneau basai fémoral
14. Longueur protarse I (> 2,2)
15. Longueur protarse l (> 2,4) _
16. Longueur protarse 1 (> 2,6)
17. Maculation alaire (taches distinctes)
18. Maculation alaire (marge enfumée)
19. Longueur de la costale
20. Longueur de la sous-costale
21. Ciliation ventrale de Rs
A BCDE FG
0**?00+
OOOOOrt
22. Longueur fusion radiomédiane _
23. Coloration abdominale _
24. j : longueur des cerques
25. S : division apodème gonocoxal _
26. o : séparation lobes apodème gonocoxal
27. 0~ : spinulation lobe ventral apodème gonocoxal
28. j : forme apodème gonocoxal _
29. J : sclèrification synsclèrite _
30. o~ : apex des gonostyles
A B CDE FG
Matrice 9
Caractères étudiés lors de l’analyse phylogénétique du genre Platyroptilon *.
A : sp. (Malaisie) ; B : scurror ; C : kirkspriggsi ; D : collessi ; E : papua ; F : zernyi ; G : vockerothi ; H : penai ;
I : inca ; J : lanei ; K : miersii ; L : misionensis ; M : mendax ; N : ramicornis.
• Quatre espèces n’ont pu être examinées : P. vockerothi. penai, inca et lanei ; la matrice a été partiellement remplie grâce aux descriptions et aux figures
originales.
Source : MNHN, Paris
664
LOÏC M ATI LE
Matrice 10
Caractères étudiés lors de l’analyse phylogénétique du genre Rocetelion.
A : fenestrale ; B : humerale ; C : fasciatum ; D : fasciolum.
ABCD
OOtt 18. Longueur fusion radiomèdiane _
OOP* 19. Cilialion anale _
0 0 0 » 20. Soies coxales postérieures III _
0 » 0 0 21. Cilialion coxale externe 111 (au moins */■) _
0 + 0 0 22. Cilialion coxale externe 111 {'/,) _
+ + + 0 23. Tache coxale 111 _
+ 0 0 0 24. Alignement microchètcs tibiaux _
0 0 + + 2S. Ornementation tergiles abdominaux _
0 0 + + 26. s : taille lergile VIII _
+ + 0 + 27. J : mcmbranisalion hypoprocle _
+ + + 0 28. tJ : prolongement zone membraneuse gonocoxale
0 + + + 29. tî : spinules gonocoxales apicales _
+ + 0 0 30. j : invaginalion plaque gonoslylaire _
0 + + 0 31. <? : ape» gonostyles _
+ 0 0 0 32. S '■ pilosité gonoslylaire _
0 0 0 + 33. j : jonction lalérale paramères dorsaux et ventraux
0 - +
0 + 0 ?
Matrice 11
Caractères étudiés lors de l’analyse phylogénétique du genre Setostylus.
A : bifidus ; B : singularis ; C : bellulus ; D : pictipennis ; E : innotaïus ; F : stubbsi ; G : abdominalis ;
H : rufobrunneus ; I : bispinosus.
ABCDEFGH I ABCDEFGH 1
Source : MNHN, Paris
ANNEXE
665
Matrice 12
Caractères étudiés lors de l’analyse phylogénétique du genre Tergostylus.
A : couturieri ; B : plokiophilus ; C : alberti ; D : brevistylus ; E : incolumis ; F : flavifemoratus.
ABCDEF _ A B C DE F
Matrice 13
Caractères étudiés lors de l’analyse phylogénétique du genre Xenokeroplatus.
A : steffani ; B : filitarsis ; C : riparius.
1. Ciliation frontale _
2. Distance R1-R4 _
3. Ciliation R4+5
4. Réduction éperon I
5. Longueur protarse 1
6. Longueur protarses II-III
7. S : taille segment VIII
ABC
0 + 0 8. S : membranisation hypoprocte
0 0+ 9. S : taille tergite IX _
+ 00 10. S '■ encoche membraneuse synselérite gonocoxal
+ + 0 11. S : tubercule ventral spinuleux _
+ 00 12. j : disposition spinules gonostylaires _
0 + 0 14, S '■ rétrécissement apical gonostyles _
Source : MNHN, Paris
666
LOÏC MATILE
Matrice 14
Caractères étudiés lors de l’analyse phylogénétique de la tribu des Keroplatini.
A : Cerotelion ; B : MaUochinus ; C : Rocetelion ; D : Paracerolelion ; E : Tolletia ; F : Keroplatus ;
G : Neoceroplatus ; H : Placoceratias ; I : Hikanoptilon ; J : Euceroplatus : K : Setostylus ; L : Platyroptilon ;
M : Duretina ; N : Nauarchia ; O : Xenokeroplatus ; P : Tergoslylus ; Q : Heteroplerna s. sir. ;
R : Heteroplerna ( Scrobicula) ; S : Ctenoceridion s. sir. ; T : Clenoceridion (Gymnoceridion).
ABCDEFGH I JKLMNOPQRST
Ocelles latéraux contigus marge oculaire
000000000
le médian punctiforme ou absent
Ocelle médian absent
Nombre calus ocellaires
0000000+
Échancrure oculaire
+000000000000000
Développement ventral des y<
000000000000+0000000
0000000000+
Face membranisée p;
000000 + 000 0000 + 00000
Face membranisée pi
000000-0
Face complètement séparée ei
0000000000
0000000000000000+
+OV+000000+
+ 0 0 V + 0 0 0 V0 0 0 0
Antennes pectinées
Macrochètes apicaux des pectinations
00000000000
Apiculation dernier flagellomère
+00V007000.
Des macrochètes ventraux spiniformcs
0000+0000000000000+
Nombre de palpoméres
Fort dimorphisme se
0 0 0 7 0 0 0 0 ?
Allongement dernier palpomére
+0000000000000
0000000000000+000000
Réduction médiane prothorax
0 0 0 0 0 0 00000000 + 00000
Ciliation prostemale
000000000
0000000+000000000000
Ciliation discale scutellum
■OOOOOVVOOOOOVOOt
•e membraneuse sous-sculellaire
0000000000000000+
Angle médiotergite
Ciliation anépisteme
000000000V0+0+
Fissure anèpislcmalc
+000+000000+
Raccourcissement anépisteme
0000000000
+0.00000000000000000
Absence partie ventrale mésépimère
0000000000000+000000
ventral mésépimère
0 + 0 0 0 0 0 0 0 0000-000000
41. Réduction hauteur et largeur mésépimère
0000000000+000000000
Source : MNHN, Paris
ANNEXE
667
ABCDEFGH I J KLMNOPQRST
Ciliation latèrotergite
Axe latérotergite
+0*000000*
Hauteur mélépistcrnc
00000+00000000000000
Ciliation métépistcme
Largeur de l’aile
00+00000.000+++
Réduction lobe cubital
000000000000+
Longueur costale
0+000000000000000000
Distance costale a]
00000+00000000000000
Réduction sous-costale
0000000000000
Longitudinalisation Rs
+000+000000000000
Transversalisation Rs
-000000000000
Raccourcissement RI
00000000000000+00000
Costalisation RI
0.0000000000+
Affaiblissement Rs
000+0000 0000+
+0000000000000
+0000000000000
Absence base de M
Interruption apicale N
+0+00000000.00
Interruption apicale M2
+0000000000000
Interruption apicale h
Forte interruption apicale M4
pétiole fourche médiane
000+0000000000000000
le fourche médiane et
00000000000000+00000
Ml et M2 convergentes
000000000000+0000000
Forte courbure Cul b
00000000+000+0000000
Interruption apicale Cul b
+0000000000000
Réduction et basalisation tt
0000+000000000000000
000000000+0000000000
Interruption apicale AI
Forte interruption apicale Al
- 0 0 + 0 + 0000-+0-0-
Dénudation dorsale Sc
Dénudation ventrale Sc
Dénudation partielle dorsale R4 + 5
000000000000++0000
Dénudation ventrale R4 + 5
Dénudation dorsale R
00000000000000+00000
Dénudation ventrale RS
Dénudation dorsale A
O000OV+0Q+0+
Pubescence hanches
00000+00000000000000
Longueur hanches II
00000000000000 0 0 + 0 0 0
s fémorales ventral»
00000000000000+00000
Source : MNHN, Paris
668
LOÏC MATILE
ABCDEFGH I JKLMNOPQRST
Source : MNHN, Paris
ANNEXE
669
ABCDEFGH 1 J KLMNOPQRST
44. d : présence tubercule gonocoxal
45. d : tubercule gonocoxale à peignes spinuleux
46. S ' 4>rc spinuleuse gonocoxale latérale ou ventrale
47. d : modification soies gonocoxalcs ventrales
48. d '■ aplatissement dorsoventral gonostyle
49. d : rétrécissement apical gonostyle
50. à : fort rétrécissement apical gonostyle _
51. d : modification bord interne gonostyle
52. d : lame gonostylaire interne
53. d ■ réduction ou perte dents gonostylaires
54. d : perte dents gonostylaires
55. d : dents internes gonostyles
56. d : paire de dents médianes gonostylaires
57. ,j : base gonost. en lobe quadrangulaire spinuleux
58. d : digitations apicales dentées gonostyle
59. d : crypte gonostylaire dorsale
60. d : zones ou brosses spinuleuses gonostyle
61. d : insertion latêroventrale ou ventrale
62. d : gonostyles insérés vcntralement. encastrés
63. d : gonostyles, proximité ligne médiane
64. S '• fissuration longitudinale gonostyles
65. (J : fissuration longitudinale totale gonostyles
66. S : membranisation édéage
67. d : sclérification latérale édéage
68. (J : cavités distales édéage
69. d : apodémes gonocoxaux élargis, spinuleux
70. d : apodémes gonocoxaux en lame, processus médian
71. d : apodème éjaculateur libre
72. d : allongement apodème éjaculateur
73. d : réduction ou perte paramères dorsaux
74. d : perte paramères dorsaux
75. d - séparation apicale paramères dorsaux
76. d : perte paramères ventraux
77. d : allongement paramères ventraux
78. î : tergite VIII membraneux
79. 2 : stemite VIII fortement invaginé
80. 2 : stemite VIII entièrement invaginé
81. 5 : développement valves hypogyniales
82. Ç : stemite X entièrement membraneux
83. Larve tissant une toile de protection
0 0 0 0 0 VV0 ?
00000000?
00++0000?
00++0000?
00000000?
00++0000?
ooooov+o+oo
- 0 0 — * -
000000+0000
+++0000+0++
00000000000
+++00000000
0 0 + -
00000000000
00000000000
00000000000
0 0 - + 0 0 0
00000000
00000000
0000000+
00000000
0 0 0 0 0 0 + e
700000000000
? 000 + + 000000
700000000+00
700000000000
700000+00000
70000+++S+++
000070000000V0+
- 0 0 -
voooovooooo
+000000000
00000000
000000+0000
00000000000
00000000
00000000
00+00000000
0000+000000
00000000
000+-000000
0 0 0 0 0 0 0 c
00000000
1700700070?
0007000s
Source : MNHN, Paris
ADDENDUM
Le présent travail était déjà en majeure partie composé
lorsque j’ai eu connaissance de la description, remontant
pourtant à 1975, de l’espèce japonaise (Honshu et Shikoku)
« Cerotelion pectinatus » Kimura *. II s’agit de toute évidence
d’un Ctenoceridion appartenant au sous-genre nominatif. Il
faut donc ajouter la région paléarctique à sa répartition.
Ctenoceridion (Ct.) peclinalum (n. comb. : Cerotelion
pectinatus Kimura, 1975 : 1) se distingue notamment des
deux autres espèces, Ct. freemani Mat. et i vallacei n. sp. par
deux apomorphies : la longue pectination du flagellomère
antennaire 13 et l’interruption de la nervure anale avant la
marge de l’aile. Il pourrait s’agir de leur espèce-sœur
apomorphe.
Sur le plan biogéographique, le tracé pliocène-pléistocène
de Ctenoceridion s. str. doit donc être prolongé jusqu’à
l’Asie paléarctique. Si Ct. pectinatum est bien l’espèce-
sœur des deux autres espèces du sous-genre, il est intéressant
de constater la coïncidence du tracé du sous-genre avec le
tracé généralisé bien connu des migrations continentales
pléistocènes, partant de l’Afrique du Sud pour se diviser au
niveau de la Chine méridionale en deux voies, l’une vers le
Sud-est asiatique, l’autre vers la Chine du Nord et le Japon.
* Kimura, T., 1975. — A new species of the genus Cerotelion Rondani (Diptera, Mycetophilidae). Akitu, N. S., 2 : 1-2.
Source : MNHN, Paris
INDEX DES TAXA NOUVEAUX, NOUVELLES COMBINAISONS, SYNONYMIES, ETC.
Macrocerini. emend .
Robsonomyiini n. trib .
Laneocera Lane = Chiasmoneura de Meijere, n. syn .
Laneocera magnifica Lane = Chiasmoneura amhracina de Meijere. n. syn.
Chiasmoneura concinna n. sp .
Chiasmoneura ( Ch.) anthracina de Meijere, néallotype c? .
Chiasmoneura ( Ch.) cyclophora Edwards, néallotype .
Chiasmoneura ( Prochiasmoneura) collessi n. sp .
Chiasmoneura ( Prochiasmoneura) bougainvillei n. sp .
Chiasmoneura ( Synesostyla) marcellae n. sp .
Chiasmoneura (Synesostyla) tsacasi n. sp .
Hesperodes johnsoni Coquillett, néallotype ? .
Promacrocera Armbruster = Macrocera Meigen, n. syn .
Freemaniola n. subg. ( Paramacrocera ) .
Paramacrocera (Freemaniola) lanei n. sp .
Vockerothia n. gen .
Vockerothia frontalis n. sp .
Micrepimera n. gen .
Micrepimera punctipennis n. sp .
Srilankana n. gen .
Srilankana mirabilis n. sp .
Keroplatini. emend .
Orfeliini, emend .
Cerotelion, emend .
Cerotelion pendleburyi n. sp .
Ctenoceridion (Ct.) wallacei n. sp .
Ctenoceridion (Ct.) pectinatum (Kimura), n. comb .
Duretina n. gen .
Duretina dureti (Lane), n. comb .
Euceroplatus Edwards, emend .
Euceroplatus hutsoni n. sp .
Euceroplatus fascipennis n. sp .
Euceroplatus paucimaculatus n. sp .
Euceroplatus bistylus n. sp .
Euceroplatus rivalis n. sp .
Euceroplatus gressitti n. sp .
Euceroplatus cantrelli n. sp .
Euceroplatus officiosus n. sp . . .
Heteropterna gagnei n. sp .
Heteropterna perdistincta n. sp .
Heteropterna triangularis n. sp .
Heteropterna flavovittata n. sp .
Heteropterna interrupta n. sp .
Heteropterna montana n. sp .
Heteropterna laterociliata n. sp .
Heteropterna vicina n. sp .
Heteropterna fenestralis n. sp .
Heteropterna nigrescens (Edwards), n. comb., lectotype .
Hikanoptilon n. gen .
Hikanoptilon demoulini n. sp .
Keroplatus Bosc, emend .
Keroplatus tergatus n. sp .
Nauarchia n. gen .
Nauarchia excavata n. sp . .
Neoceroplatus minimax Edwards, néotype .
Neoceroplatus samiri (Khalaf), n. comb .
Neoceroplatus arnaudi n. sp .
Neoceroplatus dissimilis n. sp .
Neoceroplatus dureti n. sp .
137
137
142
142
147
148
148
152
152
155
157
162
162
174
175
176
177
180
182
185
187
189
189
193
204
208
670
210
210
214
220
221
221
221
222
223
223
224
238
239
240
242
244
245
246
247
247
248
252
255
255
274
280
282
291
292
292
294
295
Source : MNHN, Paris
672
LOÏC MATILE
Neoceroplatus hodeberti n. sp .
Neoceroplalus monostylus n. sp .
Neoceroplatus punctipes n. sp .
Neoceroplatus spinosus n. sp .
Placoceratias confusus n. sp .
Placoceratias gorgasi n. sp .
Platyroptilon Westwood, emend .
Platyroptilon mendax n. sp .
Platyroptilon kirkspriggsi n. sp .
Platyroptilon scurror n. sp .
Platyroptilon papua n. sp .
Setostylus n. gen .
Setostylus singularis (Lane), n. comb .
Setostylus bellulus (Williston), n. comb .
Setostylus innotatus (Edwards), n. comb .
Setostylus abdominalis (Sasakawa & Tamu), n. comb .
Keroplatus fuscithorax Enderlein = K. bellulus Williston, n. syn.
Setostylus bifidus n. sp .
Setostylus pictipennis n. sp .
Setostylus bispinosus n. sp .
Setostylus rufobrunneus n. sp .
Setostylus stubbsi n. sp .
Toile lia vrydaghi (Tollet), néallotype $ .
Xenokeroplatus n. gen .
Xenokeroplatus filitarsis n. sp .
Xenokeroplatus steffani n. sp .
Xenokeroplatus riparius n. sp .
Ctenoceridion pectinatum (Kimura), n. comb .
296
299
300
301
311
312
312
319
320
322
322
329
329
329
329
329
329
335
336
337
337
338
349
350
354
354
354
670
Source : MNHN, Paris
INDEX SYSTÉMATIQUE
Les chiffres en gras renvoient aux passages principaux, les chiffres en italique à des illustrations.
abdominalis, Cerotelion, 329.
abdominalis, Heteropterna, 225, 230, 235 , 236, 246, 505, 507,
508, 509, 659.
abdominalis * (Heteropterna), 508, 509, 596, 598, 599, 600,
608, 609, 619, 621-622, 627.
abdominalis, Setostylus, 329, 331, 332, 333, 334, 336, 525,
526, 594, 664.
abundare, Kelneria, 178, 179, 180, 488.
Acalyptera, 38, 401.
Acnemia, 564.
Aculéates, 269.
Adidocidia, 410.
Aedes, 81.
aegaea, Macrocera, 164, 167, 459, 466.
aerospicator, Neoditomyia, 132.
aerospicator , Orfelia, 132.
affinis, Heteropterna, 225, 226, 227, 228, 230, 237, 238, 245,
506, 507, 510, 597, 659.
africana, Macrocera, 164.
Agaricaceae, 20.
Akorhexosa, 402.
alberti, Euceroplatus, 214.
alberti, Tergostylus, 338, 340, 341, 342, 343, 344, 346, 471,
472, 527, 528, 530, 588, 601, 665.
Allactoneura, 364.
Allactoneuridae, 364.
Allodia, 400, 564.
Allopnyxia, 418, 443.
Ammonites, 556.
Anaclileia, 564.
Anchois, 623.
andina, Neoditomyia, 90.
Aneura, 556.
Angazidizia, 79, 136, 139-142. 388, 397, 400, 404, 422, 423,
426, 431, 435, 440, 451, 454, 455, 456, 458, 459, 460, 462,
463, 464, 465, 466, 471, 472, 481, 492, 493, 495, 553, 567,
605, 655.
Angazidzia* , 567.
Angiospermes, 560.
anglica, Macrocera, 89, 167, 169.
Anisopodidae, 68, 129, 365, 366, 384, 395, 398, 401, 41 1, 420,
422, 426, 452, 456, 457.
Anisopodiformia, 364, 448, 457, 477.
Anisopodoidea, 39, 384, 448, 449.
Anisopus, 41, 395, 456, 457.
annula tus, Symmerus, 467.
annulipes, Heteropterna, 228, 230, 235, 237, 504, 505, 506,
510, 511, 599, 601, 659.
anomala, Paramacrocera, 171, 174, 175, 176, 488, 571, 572,
601.
anomala, Petiolaria, 635.
anomala, Platyura, 257.
Anomalomyia, 561.
Antefungivora, 431, 439.
Anthomyzidae, 556.
anthracina, Chiasmoneura, 134, 142, 143, 144, 145, 146, 148,
437, 439, 472, 486, 570, 657.
Antlemon, 375, 376, 397, 400, 432, 439, 441, 453.
Antlemon s. str., 376.
Antlemonopsis, 376, 397.
Antliophora, 396.
Antriadophila, 23, 24, 394, 424, 434.
Apemon, 40, 82, 135, 384.
Aphroteniinae, 555, 557.
apicalis, Cerotelion, 193, 500.
Apioceridae, 60.
Apolephthisa, 82, 564.
Apyrtula, 432, 439, 440, 441.
Arachnocampa, 19, 21, 22, 37, Al, 49, 50, 54, 55, 60, 63, 64,
65, 79, 81, 86, 87, 88, 91, 109, 111, 120, 126, 168, 279, 364,
366, 367, 368, 369, 370, 371, 383, 386, 387, 389, 392, 398,
399, 401, 402, 406, 410, 411, 412, 420, 423, 424, 426, 431,
435, 438, 441, 444, 449, 452, 461, 469, 470, 471, 473, 474,
476, 477, 480, 501, 560, 566, 600.
Arachnocampa s. str., 54, 124, 127-132, 438, 441, 451, 480,
566.
Arachnocampinae, 17, 21, 25, 47, 54, 73, 79, 80, 83, 91, 111,
117, 124, 125, 126-133, 359, 367, 369, 387, 394, 397, 402,
404, 405, 407, 408, 409. 415, 419, 421, 423, 425, 426, 431,
432, 433, 434, 435, 436, 438, 439, 440, 441, 442, 445, 449.
450, 451, 452, 455, 457, 458, 459, 463, 469, 471, 472, 473,
474, 475, 478-480. 560, 566-567. 603, 629.
Araeostylus, 556.
Araucarias, 554, 604.
Araucoscelis, 450.
Archaeochlus, 635.
Archaeomacrocera, 134, 135, 136, 159.
archaica, Promacrocera, 163
Archihesperinus, 435.
Architipula, 427, 434, 437, 440.
Architipulidae, 427.
Archizelmiridae, 20.
arnaudi, Neoceroplatus, 283, 284, 285, 286, 288, 290, 292, 293,
294, 297, 298, 517, 518, 519, 580, 662.
Arthropodes, 124.
Aschiza, 65.
asiatica, Lygistorrhina, 366.
asiatica, Palaeognoriste, 366.
Asilidae, 60, 380, 387, 556.
Asilomorpha, 394.
Asindulum, 24, 30, 40, 66, 67, 73, 376, 398, 400, 436, 439, 453,
459, 460, 472, 564, 601.
Aspidiona, 405, 418, 558.
Aspistinae, 402, 450.
Asynaphleba, 125, 366, 367, 398, 436, 459, 460.
Ateleia, 561.
aterrima, Epicypta, 406.
aterrima, Macrocera, 164.
A ustralosymmerus , 379, 384, 407, 410, 420, 421, 457, 467,
556.
Australosymmerus s. str., 556.
Austrosciophila, 560.
Axymyia, 412.
Axymyiidae, 408, 410, 412, 452.
Baeonotidae, 19, 365.
Baeonotini, 19, 365.
Baeonotus, 365.
Baeopterogyna, 426, 443, 444, 564.
Source : MNHN, Paris
674
LOÏC MATILE
balachowskyi, Heteropterna, 225, 248, 249. 250, 251, 588.
balticus, Symmerus, 414.
barettoi, Placoceratias, 305, 307, 308, 309, 310, 311, 312, 520,
521, 578, 662.
barettoi ' (Placoceratias) , 520, 578, 579.
Beauveria, 131.
beaveri, Xenoplatyura, 22, 474.
bellulus, Euceroplatus, 214.
bellulus, Keroplatus. 329.
bellulus, Setostylus, 305, 329, 331, 332, 333, 334, 525, 526,
593, 594, 600, 664.
bellulus * (Setostylus), 593.
Bibio, 87, 369, 387, 457.
Bibionidae, 42, 60. 369, 370, 380, 381, 385, 387, 403, 404.
450, 457, 475, 476.
Bibioniformia, 18, 359, 364, 370, 477.
Bibionoidea, 18, 19, 29, 390, 425, 476.
Bibionomorpha, 18, 19, 29. 42, 67, 87. 364, 365, 366, 369,
370, 371, 382, 384, 389, 390, 391, 398, 402. 403, 407, 410,
417, 423, 425, 429, 440, 441, 448, 450, 452, 455, 457, 467,
473, 474, 475, 476, 564, 573, 629, 630, 633, 634.
bifidus, Setostylus, 329, 331, 332, 333, 334, 335, 525, 526, 527,
593, 600, 601, 664.
biformis, Keroplatus. 90, 257, 258, 259, 260, 262, 273, 512,
513, 583, 584, 601, 660.
bimaculatum, Cerotelion, 194, 196, 197, 203, 204, 501, 657.
bimaculatum * (Cerotelion), 500, 501, 502, 575, 600, 606
bimaculipennis, Placoceratias, 305, 306, 307, 308, 309, 310,
311, 520, 662.
bimaculipennis * (Placoceratias), 578, 579.
binerva, Pleciofungivorella, 434.
bipunctata, Chiasmoneura, 142, 148, 149, 150, 151, 487, 488,
567, 657.
bipunctata * (Chiasmoneura), 486, 487.
bispinosus, Setostylus. 329, 331, 332, 333, 334, 335, 337, 526,
577, 594, 664.
bispinosus* (Setostylus), 525, 526, 593, 594, 616, 617.
bistylus, Euceroplatus, 216, 217, 218, 219, 221, 466, 502, 503,
504, 658.
Bittacomorphinae, 65.
Bittacus, 408, 409.
Blattaria, 635.
Blephariceridae, 390, 404, 451, 556, 557.
Blepharicerimorpha, 408.
Boletina, 82, 123, 393, 426, 443, 444, 453, 454.
Bolitophila, 37, 82, 126, 131, 134, 367, 369, 377, 418, 430, 449.
Bolitophilidae, 19, 20, 21, 30, 40, 54, 66, 67, 81, 82, 1 1 1, 126,
131, 134, 163, 360, 364, 365, 366, 367, 368, 369, 376, 383-
386, 401, 402, 406, 407, 409. 413, 414, 418, 419, 420, 421,
424, 426, 429, 436, 437, 438, 451, 473, 474, 475, 477, 564.
Bombyliidae, 387, 556.
bougainvillei, Chiasmoneura, 150, 151, 152, 153, 486, 487, 657.
Brachycampta, 564.
Brachycera, 29, 30, 32, 60, 65, 380, 381, 382, 383, 387, 389,
394, 423, 425, 426, 450, 452, 454, 455, 457, 467, 556, 557.
Brachypeza, 400.
Bradysia, 38, 87, 368, 412.
brasiliensis, Lygistorrhina, 374.
brevicornis, Paramacrocera, 171, 172, 173, 174, 175, 488.
Brevicornu, 395.
brevistylus, Euceroplatus, 214, 338.
brevistylus, Tergostylus, 338, 340, 342, 343, 344, 346, 454,
528, 529, 530, 588, 665.
Burmacrocera, 135, 136, 375, 433.
Calliceratomyia, 364, 367.
calogastra, Truplaya, 405, 469.
Calyptrata, 635.
Compara, 54, 124, 132-133, 438, 441, 451, 480, 566.
Canthyloscelidae, 19, 387, 410, 412, 450.
cantrelli, Euceroplatus, 216, 217, 218, 219, 220, 222, 223, 502,
503, 504, 589, 590, 601, 658.
caraibeana, Heteropterna, 225, 228, 230, 234, 235, 236, 505,
507, 508, 509, 598, 659.
carbonarius, Keroplatus, 109, 256, 257, 258, 259, 260, 263,
264, 265, 266, 269, 273, 475, 476. 514, 515. 516. 582. 584.
660.
caribai, Keroplatus, 256, 259, 260, 267, 268, 454, 512, 660.
caribai * (Keroplatus), 511-513. 515, 516.
caribai ' s. str. (Keroplatus), 513.
carolina, Megacephala, 573.
carolina, Tetracha, 635.
caudata, Macrocera, 167, 466.
Cawthronia, 561.
Cecidomyiidae, 19, 30, 142, 163, 364, 365, 380, 385, 389, 390,
473, 564, 632, 633.
Cecidomyioidea, 18, 19, 29, 360, 364, 365, 387, 389, 403, 452.
Celebesomyia, 364, 389.
cenomanica, Schlueterimyia, 21, 23, 187, 188, 359, 413, 414,
444, 603.
Centrocnemis , 384.
Ceratopogon, 635.
Ceratopogonidae, 369, 425, 635.
Ceroplatina, 189, 193.
Ceroplatus, 255.
Cerotelion, 66, 79, 89, 90, 1 1 1, 1 17, 120, 124, 128, 189, 191,
193-205. 214, 225, 250, 255, 302, 305, 324, 346, 370, 390,
393, 396, 397, 403, 408. 415, 416, 419, 420, 433. 438, 441,
442, 445, 450, 451, 452, 453, 455, 459, 462, 464, 466, 468,
470, 475, 477, 495. 498, 499-500-502. 531, 533, 534, 536,
537, 556, 564, 575, 576, 577, 600, 601, 606, 657, 666.
Cerotelion*. 574, 577, 578, 600.
Cerotelion * s. str., 574-576-577, 624.
Cerotelionina, 537.
Chaoboridae, 380, 474.
Chauves-souris, 555, 570.
chazeaui, Heteropterna, 225, 226, 228, 229, 231, 232, 233, 237,
241, 245, 247, 252, 478, 505, 506, 507, 597, 598, 659.
chazeaui* (Heteropterna), 506, 507, 508.
Chetoneura, 398, 435.
Chiasmoneura, 37, 79, 134. 135, 136, 137, 139, 142-157, 366,
388, 389, 390, 397, 398, 399, 400, 407, 423, 425, 426, 431,
433, 435, 436, 439, 440, 445, 449, 451, 455, 458, 459, 461,
462, 464, 465, 470, 472, 481-482, 484-485-488, 492, 493,
495, 548, 553, 554, 567, 569, 571. 590, 599, 600, 601, 605,
610, 611, 655, 657.
Chiasmoneura s. str., 137, 139, 143-148, 152, 399, 404, 407,
439, 441, 459, 460, 464, 471, 481, 482. 484-486. 487, 558,
567, 570, 571, 600, 601, 605, 610, 655.
Chiasmoneurella, 136, 137, 143, 157-159, 366, 388, 390, 400,
423, 431, 434, 435, 436, 440, 441, 442, 445, 449. 456, 458,
459, 460. 482. 492, 493, 533, 567, 605, 655.
Chiasmoneurella *. 567, 569- 571, 572, 573, 601, 605.
Chiasmoneurini, 137, 493.
Chiasognathus, 554.
chilena, Macrocera, 165.
Chironomidae, 60, 66, 68, 74, 76, 361, 380, 420, 421, 425,
555, 556, 557, 572, 573, 635.
Chironomoidea, 66, 369.
Chorista, 408, 409.
Chrysopa, 387.
Cicindelidae, 573, 635.
ciliata, Kelneria, 178, 179, 180, 488, 489.
cinerea, Bolitophila, 401,406.
cingulum, Mycetophila, 68, 74.
clara, Architipula, 427.
clausus, Keroplatus, 225, 256, 257, 258, 259, 265, 266, 273,
514, 515, 564, 582, 583, 600, 660.
Cloeophoromyia, 67, 73, 376, 400, 425, 433, 439, 440, 445,
453, 456, 463, 464, 472.
Cluzobra, 389.
cobaltiella, Dinempheria, 403.
Coelophthinia, 420.
Source : MNHN, Paris
INDEX SYSTÉMATIQUE
675
coerulea, Taulyrpa, 403.
Coleoptera, 126, 370, 554, 573, 635.
Collembola, 203, 361.
collessi, Chiasmoneura, 149 , 150, 152, 153, 486, 657.
collessi, Platyropiilon, 313, 315, 316, 318, 321, 323, 324, 392,
393, 522, 523, 663.
collessi’ (Platyropiilon), 521, 522, 523, 592, 593, 600, 607,
608, 616.
collessi ' s. str. (Platyropiilon), 592.
colombiana, Neoditomyia, 90.
colonoides, Nemadus, 635.
commoni, Tamborinea, 403, 446.
commuais, Panorpa, 407, 409.
concinna, Archaeomacrocera, 159.
concinna, Chiasmoneura, 143, 144, 145, 146, 147, 486, 610,
657.
concinna ' (Chiasmoneura), 570.
concinna, Macrocera, 488, 579.
concinnus, Hesperodes, 24, 160, 161, 162, 492, 572, 600.
conformis, Boletina, 453.
confusus, Placoceratias, 305, 309, 310, 311, 312, 520, 521,
578, 662.
congoensis, Euceroplatus, 214.
congoensis, Tergostylus, 344.
Conifères, 554, 560.
Conopidae, 380.
coracina, Fannia, 635.
Coraux, 604.
Cordyla, 395, 397, 400, 410.
Corynoscelidae, 364, 556.
couturieri, Tergostylus, 214, 338, 340, 341, 342, 343, 344, 346,
527, 528, 529, 530, 588, 601, 665.
couturieri ' (Tergostylus), 527, 528, 529.
Cramptonomyia, 456, 457, 458.
Cramptonomyiidae, 456, 457, 458.
cressoni, Heteropterna, 226, 235, 236, 240, 464, 508, 510, 554,
596, 598, 659.
Crionisca, 364, 556.
Crocodiles, 604.
crozetensis, Macrocera, 22, 55, 164, 166, 170, 443, 444.
Crustacés, 56.
Ctenoceridion, 189, 205-210, 392, 395, 396, 400, 402, 404, 410,
414, 416, 422, 423, 424, 425, 433, 438, 439, 442, 445, 450,
453, 456, 463, 465, 470, 472, 483. 495-4%. 500, 504, 506,
523, 531, 533, 535, 536, 537, 538, 562, 595, 5%, 600, 601,
607, 608, 619, 621-622, 632, 666, 670.
Ctenoceridion s. str., 189, 190, 205-209, 392, 394, 396, 398,
495-4%, 533, 537, 595, 609, 632, 666, 670.
Culex, 380, 381.
Culicidae, 41, 48, 65, 80, 81, 123, 129, 380, 381, 382, 383, 396,
397, 408, 421, 422, 474.
Culiciformia, 425.
Culicimorpha, 42, 360, 394, 408, 417, 423.
Culicoides, 635.
Culiseta, 48.
Cycloneura, 41 1 .
Cycloneurini, 411.
cyclophora, Chiasmoneura, 135, 142, 143, 144, 145, 146, 147,
148. 484, 486, 487, 570, 657.
Cyclorrhapha, 65, 80, 81, 114, 390, 454, 556.
debilis, Tanypus, 129.
decorosa, Macrocera, 165.
defecta, Lyprauta, 579.
delamarei, Neoceroplatus, 283, 285, 286, 287, 288, 290, 291,
292, 294, 297, 517, 519, 580, 581, 600, 662.
demoulini, Hikanoptilon, 252, 253, 255.
dendyi, Keroplatus, 193.
dendyi, Cerotelion, 193, 204, 500.
Deuterophlebiidae, 390.
Diadocidia, 37, 82, 367, 371, 377, 410.
Diadocidiidae, 19, 20, 30, 82, 364, 365, 366, 367, 368, 383-
386, 402, 403, 405, 407, 408, 410, 414, 415, 419, 420, 421,
424, 426, 429, 431, 440, 451, 473, 564.
Diamesiinae, 557, 572.
Diamesiini, 573.
Diapriidae, 131.
Dicranomyia, 381, 382.
Dimorphelia, 394.
Dinempheria, 374.
Dinosaures, 559, 604.
Diopsidae, 380.
Diptera, 30, 39, 40, 41, 48, 50, 51, 54, 56, 60, 64, 65, 66, 74,
80, 81, 82, 88, 91, 114, 123, 124, 359. 363. 369, 375, 379,
380, 381, 382, 383, 384, 387, 388, 389, 390. 391, 394, 395,
396, 398, 399, 401, 402, 403, 404, 407, 408. 41 1, 415, 421,
422, 424, 425, 426, 427, 431, 432, 433, 435. 437, 440, 441.
442, 445, 448, 449, 450, 451, 453, 454, 456, 467, 470, 472,
474, 476, 477. 479, 489, 542, 548, 552, 556, 557, 561, 564.
573, 629, 630, 631, 633, 634, 635, 636.
discoloria, Orfelia, 564.
dispar, Keroplatus, 89, 90, 256, 257, 258, 259, 261, 262, 263,
264, 269, 271, 273, 514, 515, 583, 601, 660.
dissimilis, Neoceroplatus, 285, 286, 288, 290, 291. 294, 297,
517, 518, 580, 662.
dissimilis’ (Neoceroplatus), 518.
Ditomyia, 40, 379, 400, 402, 406. 410, 420, 421, 436, 449, 450,
457, 468.
Ditomyiidae, 19, 20, 40, 61, 66, 81, 82, 111, 360, 364, 365,
366, 367, 379, 383-386, 389, 390, 395, 400. 402, 403, 405,
406, 407, 408, 409, 410, 411, 414, 415, 418, 419, 420, 421,
422, 424, 426, 429, 431, 433, 434, 435, 436, 449, 450, 451,
452, 457, 467. 468, 473. 474, 475, 476, 477, 555, 556, 564.
Dixidae, 379, 556.
Dolichodactyla, 350, 417, 418.
Drosophilidae, 123.
dureti, Duretina, 189, 211, 212, 312.
dureti, Neoceroplatus, 285, 286, 288, 289, 290, 294, 295, 297,
517, 519, 580, 662.
dureti' (Neoceroplatus), 519, 580, 581, 601.
dureti, Platyropiilon, 189, 210, 312, 313.
Duretina. 189, 191, 210-213, 313, 322, 390, 394, 395, 396, 403,
405, 414, 422, 424, 425, 439, 440, 451, 456, 458, 459, 466,
470, 496. 523, 531, 535, 536, 537, 538, 565, 587, 595, 617,
618, 666.
Dziedzickia, 397.
Echinopodium, 407.
Ectaetia, 413.
Ectaetiinae, 402, 410, 457.
Ectrepesthoneura, 82, 420, 564.
edwardsi, Macrocera, 164, 167.
edwardsiana, Chiasmoneurella, 157, 158, 159.
Empididae, 556.
Enchytreidae, 203.
enderleini, Planarivora, 396.
Eohesperinus, 435.
Eopachyneura, 435.
Eosciophila, 23.
ephaemaeroformis, Macrocera, 164, 425, 488, 570.
Ephémères, 129.
Epicypta, 377, 415, 477, 558, 564.
Epidapus, 443.
Erioptera, 456.
erythropyga, Truplaya, 448.
estonica, Macrocera, 167.
Euceroplatus. 90, 189, 192, 193, 214-224, 255, 324, 329, 338,
340, 389, 392, 393, 398, 402, 410, 414, 417, 422. 425, 434,
438, 439, 440, 445, 454, 459. 461, 463, 465, 466, 469, 470,
4%. 498, 499, 502-503-504. 531, 533, 535, 536, 537, 538,
558, 565, 587, 588, 589, 590, 591. 600. 601, 607, 608, 612,
613, 614, 615, 617, 626, 658, 666.
Euceroplatus'. 535, 536, 537, 565, 587. 588- 595, 607, 608,
617, 619, 620, 631.
Source : MNHN, Paris
676
LOÏC MATILE
Eudicrana. 400, 561.
Eugnoriste, 375, 376.
Euphrosyne, 162.
Eusuchiens, 550.
excavata. Nauarchia, 280, 281, 282.
Exechia. 400.
Exechiini. 366, 389, 394, 395, 400, 410, 453.
exilis, Mangas, 413.
fasciata, Ditomyia, 368. 406. 476.
fasciata. Macrocera. 62. 84, 85, 89, 99-104, 112, 113, 1 14,
117, 118, 130, 163, 164, 167, 168, 169, 170, 476.
fasciata. Orfelia. 79, 90, 405, 406. 474.
fasciata. Pachyneura, 427.
fasciata, Platyura, 23.
fasciatum, Rocetelion. 324, 325, 326, 327, 328, 524, 577, 601,
664.
fasciatus, Cerotelion, 324.
fasciatus, Euceroplatus, 214.
fasciatus fenestralis, Euceroplatus. 214.
fasciatus, Keroplatus, 214.
fasciolum, Rocetelion, 324, 326, 328, 524, 577, 601, 664.
fasciolus, Euceroplatus. 214.
fasciolus. Keroplatus, 214, 324.
fascipennis. Euceroplatus. 216, 217 , 218, 219, 221, 222, 502,
503, 589, 590, 658.
fasciventris, Lapyruta, 419, 446.
fémorale, Asindulum, 30.
Fenderomyia. 40, 135, 162, 163, 164, 376, 377, 378, 379, 438.
fenestrale, Rocetelion. 324, 326, 327, 328, 524, 573, 600, 664.
fenestralis. Ceroplatus, 214, 324.
fenestralis, Euceroplatus, 214.
fenestralis, Heteropterna, 230, 237, 238, 241, 247, 510, 511,
599, 659.
fenestralis. Keroplatus, 214, 324.
fenestralis, Sylvicola, 401, 402.
fenestrata, Chiasmoneura, 143, 150, 152, 153, 486, 487, 600,
657.
fenestrata * (Chiasmoneura), 567, 570, 600.
fenestrata, Macrocera, 493.
fiebrigi, Keroplatus, 256, 257, 259, 260, 267, 268, 512, 513,
660.
fiebrigi* (Keroplatus), 512, 513, 515, 516, 581, 586.
filiformis, Kelneria, 178, 179, 180, 488.
filitarsis, Xenokeroplatus, 350, 351, 352, 353, 354, 530, 531,
595, 665.
fitchii, Protoplasa, 427.
flava, Arachnocampa, 130, 132.
flavicauda, Paracerotelion, 302, 303.
flavicorne, Cerotelion, 194, 196, 197, 201, 501, 657.
flavicoxa, Chiasmoneura, 142, 149, 150, 151, 487, 600, 657.
flavicoxa * (Chiasmoneura), 567, 570, 600.
flavifemoratus, Euceroplatus, 214.
jlavifemoratus, Tergostylus, 338, 340, 341, 342, 343, 344, 345,
346, 529, 530, 665.
flavovittata, Heteropterna, 226, 228, 230, 236, 242, 243, 245,
505, 506, 507, 597, 598, 659.
flavovittata* (Heteropterna), 507, 508.
flexa, Macrocera, 164, 167.
fomentarius, Fomes, 266, 586.
Fomes, 269.
Foraminifères, 550.
formosa, Macrocera, 377.
Fougères, 604.
Fourmi-lions, 370.
freemani, Ctenoceridion, 205, 207, 208, 209, 596, 621-622
Freemaniola. 137, 138, 171, 174-176, 392, 399, 423, 461. 483.
488, 571, 572, 600, 605, 655.
frontalis, Vockerothia, 176- 178.
fryeri, Macrocera, 167.
fultoni, Neoplatyura, 82, 90, 477.
fultoni, Platyura, 90, 91.
fulva, Betyla, 131.
funereum, Cerotelion, 194, 196, 197, 201, 204, 502, 657.
funereum* (Cerotelion), 500, 501, 556, 575, 600, 606, 624.
Fungivoriformia, 363.
Fungivoritidae, 20.
fungorum, Mycetophila, 30, 11, 368, 380.
fusca, Rhipidita, 379.
fuscithorax, Keroplatus, 329.
fuscithorax, Placoceratias, 305.
fuscithorax, Setostylus, 329, 593.
fuscomaculatus, Keroplatus, 256, 257, 259, 260, 270, 516, 581,
660.
gagnei, Heteropterna, 226, 234, 235, 236, 238. 246, 508, 510,
598, 659.
Geneja, 162.
Geoplana, 22, 556.
ghesquierei, Heteropterna, 226, 227, 230, 240, 508, 510, 511,
596, 601, 659.
ghesquierei* (Heteropterna), 599, 600, 608, 609, 619, 621-
622, 627.
Gigantopterida, 550.
giselae, Dinempheria, 403.
Glossopteris, 549, 622.
Gnoriste, 30, 37, 376, 564.
Gnoristinae, 55, 82. 168, 377, 378, 390, 394, 395, 397, 475,
477, 542.
golbachi, Keroplatus, 256, 259, 260, 267, 268, 512, 513, 660.
gorgasi, Placoceratias, 305, 309, 310, 311, 312. 520, 521, 578,
662.
grandis, Macrocera. 488.
gressitti, Euceroplatus. 216, 217, 218, 219, 220, 223, 392, 502,
503, 504, 658.
grilloti, Moriniola, 443.
gromieri, Ralytupa, 405,
guarani, Macrocera. 165.
Gymnoceridion, 189, 190, 205, 209-210, 392, 402, 496, 500,
504, 506, 533, 535, 537, 538, 595, 609, 632, 666.
Hadroneura, 458.
heimi, Keroplatus, 90, 256, 257, 260, 263, 264, 270, 271, 368,
454, 465, 466, 512, 514, 516, 660.
heimi* (Keroplatus), 514, 516, 581.
Heleomyzidae, 168.
Hepialidae, 370.
Hesperinidae, 369, 404.
Hesperinus, 159.
Hesperodes. 24, 37, 60, 79, 136, 137, 159-162, 376, 388, 389,
390, 391, 403, 414, 415, 416, 419, 424, 433, 435, 436, 437,
438, 445, 448, 455, 459, 461, 465, 471, 472, 482. 489, 490,
492, 564, 572, 573, 574, 575, 577, 600, 605, 629, 655.
Hesperodes *, 567, 572-573, 574.
Heteropterna. Al. 90, 111, 124, 191, 193, 205, 225-252, 255,
340, 395, 396, 398, 402, 404, 414, 416, 417, 422, 423, 424,
433, 439, 440, 442, 445, 451, 453, 463, 464, 465, 466, 470,
472, 475, 477, 483, 496-497. 499, 504-511. 531, 533, 534,
535, 536, 537, 538, 565, 595, 596-599. 600, 601, 607, 609,
619, 631, 632, 659, 666.
Heteropterna*. 535, 536, 537, 554, 574, 587, 595-596-599,
607, 608, 609, 619, 621, 622, 632.
Heteropterna s. str., 191, 225, 226-248, 250, 392, 404, 414,
423, 425, 456, 463, 478, 496, 504-511, 537, 538, 595, 597,
627, 632, 666.
Heterotricha, 20, 21, 604.
Hikanoptilon, 189, 190, 252-255, 378, 392, 393, 395, 396, 398,
403, 404, 407, 410, 414, 415, 416, 417, 422, 424, 433, 436,
439, 440, 441, 442, 445, 450, 471. 497. 498, 523, 531, 534,
535, 537, 538, 578, 601, 607, 666.
Hikanoptilon*, 535, 562, 574, 578-587, 600, 606.
Hippoboscidae, 380.
hodeberti, Neoceroplatus. 283, 284, 285, 286, 289, 290, 294,
296. 297, 298, 299, 301. 517, 518, 519, 580, 662.
hudsoni, Cerotelion, 194, 196, 197, 202, 204, 501, 502, 657.
Source : MNHN, Paris
INDEX SYSTÉMATIQUE
677
humerale, Cerotelion, 193, 499.
humerale, Roceielion, 324, 326, 327, 328, 499, 524, 577, 600,
664.
humeralis, Keroplatus, 324.
hutsoni. Euceroplatus. 216, 217, 218, 219, 222, 502, 503. 589,
590, 658.
hutsoni' (Euceroplatus), 503, 504, 569, 590, 612, 613, 614,
626.
hybrida, Bolitophila, 368.
hybrida, Macrocera, 163.
Hymenoptera, 269, 389, 635.
Hyperlasion, 443.
imitans, Placoceratias, 305, 309, 310, 311, 312, 520, 521, 578,
662.
imitans' ( Placoceratias) , 579, 601.
imperfecta, Heteropterna, 225, 228, 234, 235, 236, 508, 509,
510, 598, 659.
imperfecta * (Heteropterna), 598.
Impleta, 564.
inaequalis, Macrocera, 164.
inca, Platyroptilon, 313, 315, 318, 323, 521, 523, 524, 663.
incarnata, Macrocera, 163.
incolumis, Euceroplatus, 214, 338.
incolumis, Tergostylus, 338, 339, 340, 341, 342, 343, 344, 345,
346, 528, 529, 530, 665.
inexpectatum, Ctenoceridion, 205, 209, 210, 621-622.
infernus, Proapemon, 24, 414.
infumata, Pyrtaula, 193.
innotatus, Euceroplatus, 329.
innotatus, Keroplatus, 214, 329.
innotatus. Setostylus, 329, 331, 332, 333, 335, 526, 594, 664.
innotatus' (Setostylus), 525, 526, 527, 593, 594, 616, 617.
Insectes, 38, 47, 74, 81, 361, 389, 391, 393, 404, 407, 442, 557,
629, 630, 636.
insignis, Lygistorrhina, 372, 374, 377, 378.
insignis, Macrocera, 488.
insignis, Planarivora, 22, 90, 111, 396.
insolita, Angazidzia, 139, 141, 570.
insolita, Macrocera, 139, 493.
interrogationnis, Promacrocera, 134.
interrupta, Heteropterna, 226, 228, 231, 237, 243, 244, 245,
246, 506, 507, 597, 598, 659.
interrupta * (Heteropterna), 506.
inversa, Macrocera, 167.
Isoneuromyia, 66, 377, 378, 425, 436, 438, 439, 442, 446, 448,
459, 464, 553, 556, 564, 601.
Isopodes, 129.
johannseni, Cerotelion, 194, 196, 197, 200, 404, 500, 501, 575,
576, 657.
johannseni* (Cerotelion) , 564, 575, 577, 600, 601.
johnsoni, Hesperodes, 24, 159, 160, 161, 162, 572, 600.
kaingangi, Macrocera, 164, 167, 441.
Kelneria, 24, 37, 60, 79, 136, 138, 163, 178-180. 183, 185, 388,
389, 392, 395, 403, 405, 414, 415, 417, 426, 431, 433, 434,
438, 441, 442. 448, 449, 456, 459, 464, 482, 483, 488-489.
490, 493, 494, 495, 565, 573, 574, 600, 633, 655.
Keroplatidae, 17, 18, 19, 20, 21-24. 29. 40. 41, 47, 51, 55, 56,
60, 61, 66, 67, 73, 74, 79, 80, 82, 88, 90, 1 1 1, 1 14, 123, 124,
126, 127, 129, 132, 134, 136, 163, 255, 359, 360, 364, 365,
366, 367, 368, 369, 370, 371, 372, 373, 375, 376, 377, 378,
379, 382, 383-386, 387, 389, 390, 391, 392, 393, 394, 395,
398, 400, 401, 402, 403, 404, 406, 407, 408, 409, 410, 411,
413, 414, 415, 416, 418, 419, 420, 421, 422, 423, 424, 425,
426, 429, 430, 431, 432, 433, 435, 436, 438, 439, 440, 441,
442, 443, 444, 445, 448, 449, 450, 453, 455, 458, 459, 461,
463, 464, 465, 466, 468, 469. 470, 471, 472, 473, 474, 475,
476, 477. 478- 480. 483, 488, 489, 492, 493, 497, 512, 542,
543, 548, 551, 552, 553, 554, 558, 561, 564, 565, 566, 572,
599, 600-623. 629, 630, 633, 634, 635, 636.
Keroplatina, 537.
Keroplatinae, 18, 21, 25, 47, 54, 73, 79, 80, 81, 82, 88, 111,
117, 124, 125, 126, 134, 135, 136, 168, 189, 359, 364, 366,
367, 369, 370, 377, 378, 384, 386, 387, 394, 395, 398, 402,
403, 404, 405, 407, 408, 41 1, 412, 414, 415, 417, 418, 419,
421, 423, 424, 426, 432, 434, 436, 438, 440, 442, 448, 449.
453, 458, 461, 464, 465, 466, 470, 471, 472, 473, 474, 475,
478, 479-480. 483, 490, 492, 495, 536, 566, 567, 574, 606.
Keroplatini, 21, 24, 25, 54, 79, 117, 120, 124, 135, 170, 189-
192, 252, 255, 257, 280, 285, 305, 324, 344, 359, 378, 386,
389, 390, 391, 392, 394, 395, 397, 398, 400, 402, 403, 404,
405, 407, 408, 410, 41 1, 414, 415, 416, 417, 418, 419, 421,
422, 423, 424, 425, 431, 432, 433, 434, 435, 436, 438, 439,
440. 441, 442, 445, 448, 450, 451, 452, 453, 454, 456, 458,
459, 462, 463, 464. 465, 466, 468, 469, 470, 471, 472, 473,
475, 477, 483, 495-532-538, 562, 574-599, 601, 603, 606-
609, 622, 629, 631, 632, 666.
Keroplatus, 17, 18, 22, 37, 40, 47, 50, 54, 55, 60, 64, 66, 67,
73,79, 82, 87, 88, 90,91, 109, 111, 112, 114, 117, 120, 124,
126, 128, 136, 189, 192, 193, 197, 202, 214, 225, 250, 252,
255-276, 279, 283, 303, 305, 308, 310, 366, 367, 370, 378,
387, 388, 389, 394, 395, 396, 397, 398, 399, 400, 401, 402,
403, 404, 406, 407, 409, 410, 412, 413, 415, 416, 417, 418,
419, 420, 424, 431, 435, 436, 439. 440, 442, 444. 449, 451,
452, 454, 455, 458, 462, 463, 464, 465, 469, 471, 472, 473,
475, 476, 477, 478, 495, 497. 500, 511-5/3-5/4-516, 531.
533, 535, 537, 538, 562, 578, 579, 581-582-5S5-5S7, 591,
593, 599, 600, 601, 606, 607, 612, 625, 631, 632, 660, 666.
Keroplatus s. str., 225, 283.
Keroplatus s. l„ 89, 531, 533-537.
Keroplatus ', 533, 579.
kirkspriggsi, Platyroptilon, 313, 315, 316, 318, 320, 321, 322,
522, 523, 592, 663.
kirkspriggsi*, (Platyroptilon), 616.
lacrymans Serpula, 198.
Lampyridae, 132.
lanei, Paramacrocera, 171, 174, 175, 176, 488, 571, 572, 601.
lanei, Platyroptilon, 313, 315, 318, 320, 323, 521, 522, 523,
524, 663.
ei* (Platyroptilon), 523, 591.
Laneocera, 137, 142, 493.
Lapyruta, 189, 407, 418, 419, 446.
laterociliata, Heteropterna, 226, 228, 231, 235, 237, 243, 244,
245, 246, 506, 507, 659.
laticornis, Platyura, 193.
lauroi, Neoceroplatus, 283, 284, 285, 286, 287, 288, 290, 291,
294, 297, 298, 301, 471, 517, 518, 519, 580, 662.
lauroi * (Neoceroplatus), 580.
lauroi* s. str. (Neoceroplatus), 518, 519.
Laurypta, 401, 418, 434, 441, 472.
Leia, 380, 562.
Leiinae, 20, 377, 378, 389, 390, 397, 400, 416, 443, 561.
Lémuriens, 604.
Lepidoptera, 370, 570.
Leptogaster, 380.
leptogaster, Speolepta, 68, 89, 168, 435, 475, 477.
Leptomorphus, 55, 82.
Lestremiinae, 19, 365, 389.
leucoceras, Cerotelion, 194, 196, 197, 203, 204, 501, 657.
Limnophila, 399
Limonia, 381.
Limoniidae, 381, 399, 456.
lineata, Tipula, 193.
lineata, Platyura, 255.
lineatum, Cerotelion. 89, 90, 112, 126, 193, 194, 195, 196, 197,
198, 199, 200, 205, 269, 367, 461, 462, 472, 500, 501, 576,
583, 657.
longibrachiata (Macrocera), 167.
longimanus, Keroplatus, 305.
longimanus, Placoceralias, 305, 308, 309, 310, 311, 312, 442,
520, 521, 578, 579, 601, 662.
longimanus* (Placoceratias), 521, 578.
luminosa, Arachnocampa, 30, 31, 38, 41, 42, 49, 50, 51, 53, 54,
Source : MNHN, Paris
678
LOÏC MATILE
55, 56, 57, 61, 62, 69, 70, 73, 75, 83, 88, 89, 91- 98, 112, 1 14,
116, 117, 126, 127-132, 367, 369, 370, 406, 566.
luminosa, Bolitophila, 126, 127, 279.
Lutarpya, 189, 402, 407, 418, 424, 441.
Lularpyella, 417.
lutea, Macrocera, 32, 33, 38, 43, 44, 49, 52, 53, 55, 57, 58, 61,
62, 67, 69, 71, 76, 77, 84, 89, 162, 163, 164, 406.
Lycoria, 23.
Lycoriella, 30, 38, 74, 82.
Lygistorrhina, 366, 371, 373, 374, 376, 412.
Lygistorrhinidae, 19, 20, 21, 61, 135, 364, 365, 371-383, 383-
386, 394, 395, 397, 400, 409, 410, 411, 412, 416, 419, 420,
421, 424, 429, 431, 441, 444, 451, 554.
Lyprauta, 425, 434, 439, 440, 441, 562, 601.
Lystrosaurus, 549, 622.
Maborfelia, 435.
macilenta, (Plautyra), 437.
macleayi, Heteropterna, 225, 226, 227, 228, 230, 232, 233,
236, 245, 246, 505, 506, 507, 510, 597, 659.
macleayi ' (Heteropterna). 504, 505, 506, 507, 511, 537, 596,
597, 598, 599, 600, 608, 609, 621-622, 627.
macleayi ' s. str. (Heteropterna), 507, 508.
Macrocera, 21-24, 33, 37, 40, 44, 47, 50, 54, 55, 60, 64, 66, 73,
79, 80, 82, 83, 84, 87, 88, 89, 91, 109, 111, 112, 120, 124,
134, 135, 136, 137, 138, 139, 142, 143, 162-170, 171, 173,
174, 366, 376, 377, 387, 392, 394, 395, 398, 399, 400, 401,
402, 404, 405, 409, 412, 413, 414, 415, 418, 419, 420, 423,
424, 425, 426, 431, 433, 435, 436, 438, 441. 444. 449, 451,
458, 459, 460, 464, 466, 468, 469, 471, 472, 473, 475, 476,
477, 479, 482-483, 488, 489, 492, 493, 542, 548, 561, 564,
567, 573, 600, 605, 631, 655.
Macrocera' . 492-493, 567.
Macroceridae, 21, 40, 135, 365.
Macrocerina, 134.
Macrocerinae, 17, 21, 23, 25, 30, 37, 47, 54, 56, 73, 79, 81,
117, 124, 125, 126, 134-188. 359, 364, 366, 369. 370, 376,
378, 384. 386, 388, 389, 390, 391, 394, 395, 397, 398, 399,
402, 403, 404, 405, 407, 408, 409, 410, 411, 412, 414, 415,
416, 417, 418, 419, 420, 421, 422, 423, 424, 425, 426, 429,
431, 432, 434, 435, 436, 438, 439, 440. 441, 442, 445, 449,
451, 452, 453, 455, 458, 459, 461, 463, 464, 465, 466, 467,
468, 469, 471, 472, 473, 474, 475, 478, 479-495. 566, 567-
574. 603. 605. 629, 655.
Macrocerini, 21, 136, 137, 139-178, 187, 366, 403, 412, 414,
415, 416, 425, 426, 431, 433, 434, 439, 440, 441, 455, 461,
462, 465, 469, 480, 481. 489. 490-49/-493. 494, 495.
Macrochile, 66.
Macropezinae, 142.
Macrorrhyncha, 376, 400, 432, 441, 459, 472, 564, 601.
magnifica, Laneocera, 142, 143.
major, Cerotelion, 225.
major, Heteropterna, 226, 235, 505, 508, 510, 598, 600, 659.
major Keroplatus, 24.
major, Pleciofungivora, 433.
Mallochinus, 124, 191, 225, 255, 276-280, 378, 390, 397, 407,
410, 414, 416, 422, 431, 433, 439, 441, 442, 445, 449, 450,
459, 462, 464, 466, 469, 497, 531, 533, 534, 537, 574, 575,
576, 601, 606, 624, 666.
Mammifères, 563, 635.
mangalorensis, Mallochinus, 276, 574.
Mangas, 21.
Mangasinae, 21, 604.
Manota, 397.
Manotidae, 19, 364, 365.
Manotinae, 19, 366.
Manotini, 19, 390, 391.
marcellae, Chiasmoneura, 143, 155, 156, 487, 492, 657.
marginata, Platyura, 90, 112.
Marsupiaux, 550.
martynovi, Eohesperinus , 434.
mastersi, Keroplatus, 276.
mastersi, Mallochinus, 276, 277, 279, 280, 574.
matilei, Macrocera, 488.
Mecoptera, 66, 360, 378, 381, 382, 387, 389, 391, 396, 397,
398, 401, 407, 408, 409, 411, 415, 455.
Mecopteroidea, 66, 383, 391.
melanopoda, Macrocera, 23.
Melosymmerus, 457 , 458.
mendax, Platyroptilon, 313, 314, 316, 317, 319, 320, 323, 523,
663.
mendosa, Platyura, 40.
mesenterica, Auricularia, 198.
Mesosciophila, 440.
Mesosciophilidae, 21.
Mesosciophilinae, 20, 364, 365.
Metanepsia, 396, 397.
Metanepsiinae, 396, 397.
mexicanus, Keroplatus, 256, 259, 263, 472, 512, 513, 586, 660.
mexicanus * (Keroplatus), 581, 586.
Micrapemon, 418, 432, 435, 441, 472.
Micrepimera, 136, 138. 178, 180-182, 378, 388, 391, 394, 400,
405, 411, 412, 414, 415, 416, 433, 434, 435, 436, 439, 441,
451, 459, 463, 466, 470. 483, 489, 493, 494, 495, 565, 573,
631, 655.
Micrepimera' , 494, 574.
Micropezidae, 380.
Microporaceae, 233.
miersii, Platyroptilon. 312, 313, 314, 315, 316, 317, 318, 319,
320, 323, 393, 663.
miersii' (Platyroptilon), 521, 523, 591.
miersii, Platyura, 312.
miersii' s. str. (Platyroptilon), 523.
militaris, Keroplatus, 225, 257, 258, 259, 260, 263, 265, 266,
274, 410, 462, 464, 515, 582, 660.
militaris ' (Keroplatus), 512, 515, 516, 581, 583, 584, 600,
606, 607, 625.
milligani, Chiasmoneura, 143, 150, 153, 486, 657.
milligani* (Chiasmoneura), 486, 487.
milligani, Macrocera, 493.
minimax, Keroplatus, 283.
minimax, Neoceroplatus, 283, 284, 285, 286, 287, 288, 289,
290, 291. 292, 293, 294, 295, 296, 297, 298, 299, 300, 301,
462, 463. 517, 518, 519, 580, 581, 662.
minimax ' (Neoceroplatus), 518.
mirabilis, Srilankana, 185, 187.
mirei, Cloeophoromyia, 463.
misionensis, Platyroptilon, 312, 313, 314, 316, 317, 319, 320,
323, 523, 663.
Monocentrota, 394, 395, 407, 418, 432, 459, 472.
Monoclona, 123, 564.
monostylus, Neoceroplatus, 285, 286, 288, 290, 294, 297, 298,
299. 517, 518, 519, 580, 581, 662.
montana, Macrocera, 164.
montana, Heteropterna, 226, 228, 230, 231, 235, 237, 243,
244, 245, 506, 507, 659.
montanum, Asindulum, 40.
monticola, Neoplatyura, 561.
Morganiella, 561.
Moriniola, 443, 444.
Multituberculés, 550.
Musca, 48, 401.
Muscidae, 48.
Muscoidea, 407, 637.
Muscomorpha, 65, 394, 403.
Mycetobia, 39, 40, 189, 193.
Mycetobiidae, 364, 365, 383, 384.
Mycetophila, 30, 37, 68, 74, 82, 88, 123, 369, 449. 450, 556,
558, 564.
Mycetophilidae, 19, 20, 21, 30, 32, 37, 40, 48, 55, 61, 68, 79,
82, 87, 88, 11 1, 134, 168, 360, 364, 365, 366, 367, 368, 370,
372, 373, 374, 375, 376, 377, 379, 380, 381, 382, 383-386,
389, 390, 393, 394, 395, 396, 397, 400, 401, 402, 403, 405,
Source : MNHN, Paris
INDEX SYSTÉMATIQUE
679
406 , 407, 408, 410, 411, 413, 414, 415, 416, 417, 418, 419,
420, 424, 426, 429, 431, 432, 433, 435, 436, 439, 441, 443,
449. 453, 458, 472, 473, 475, 477, 478, 542, 556, 558, 560,
561, 562, 564, 572.
Mycetophiliformia, 18, 19, 20, 359, 360, 364, 365, 370, 387,
402, 406, 407, 424, 425, 438.
Mycetophilinae, 37, 82, 366, 368, 369, 377, 378, 389, 390,
400, 405, 408, 409, 413, 415, 416, 478.
Mycetophilini. 79, 377, 400, 405, 406, 410, 41 1, 417, 418, 431,
'441. 477.
Mycetophiloidea, 17, 18-21, 29, 30, 37, 38, 39, 40, 48, 51, 54,
55, 56, 61, 64, 66, 68, 74, 79, 81, 82, 84, 87, 88, 91, 111.
112, 114, 123, 131, 134, 142, 163, 168, 359, 360, 363, 364,
365, 366, 367, 368, 369, 370, 374, 375, 378, 379, 383-386,
387, 388, 389, 390, 393, 394, 395, 396, 397, 398, 399, 401,
402, 403, 404, 405, 406, 407, 408. 409, 410, 41 1, 413, 414.
415, 417, 418, 419, 420, 421, 422, 423, 424, 425, 426, 427,
428, 429, 430, 432, 433, 434, 435, 436, 438, 439, 440, 441,
443, 448, 449, 450, 451, 452, 453, 456, 457, 458, 461, 464,
467, 468. 470, 472, 473, 474, 475, 476, 477, 478, 480, 483,
489, 542, 548, 552, 556, 560, 562, 564, 566, 574, 604, 629,
630, 631, 632, 633, 635.
Mycomya, 30, 34, 37, 82, 371, 393, 407, 556, 558, 561, 564,
572.
Mycomyinae, 20, 37, 55, 82, 367, 374, 389, 400, 403, 407, 416,
432, 433, 435, 436, 443, 561.
Mydidae, 60.
myersi, Hendea, 131.
Mymaridae, 635.
Myopa, 380.
Nannochorista, 387.
Nauarchia, 189, 192, 280-283, 378, 391, 392, 398, 402, 403,
405, 410, 41 1, 414, 421, 425, 432, 433, 437, 449, 452, 462,
466, 469, 470, 471, 483, 490, 496, 497, 498, 499, 531, 533,
534, 535, 537, 538, 565, 587, 595, 617, 618, 631, 666.
Neanurinae, 361.
Nematocera, 29, 30, 32, 39, 41, 60, 66, 67, 68, 73, 74, 80, 88,
91, 95, 129, 135, 360, 365, 370, 378, 379, 380, 382, 383, 385,
387, 389, 390, 391, 394, 395, 397, 398, 399, 401, 402, 404.
408, 411, 415, 416, 417, 421, 422, 423, 425, 426, 437, 441,
445, 451, 452, 454, 455, 458, 464, 466, 467, 477, 556, 629,
633, 636.
Nemestrinidae, 556, 557.
nemoralis, Orfelia, 471.
Neoallocotocera, 561.
Neoantlemon, 394, 433, 436, 438, 441, 556, 601.
Neoaphelomera, 556.
Neoceroplatus, 37, 79, 192, 255, 283-301. 390, 392, 394, 395,
397, 398, 400, 403, 407, 417, 425, 433, 435, 438, 439. 440,
441, 445, 451, 452, 463, 465, 466, 471, 472, 498, 500, 517-
518-519, 531, 533, 537, 538, 562, 578. 580- 581. 598, 601,
607, 631, 662, 666.
Neoditomya, 22, 90, 132, 189, 389, 407, 418, 425, 435, 441.
Neoempheria, 374, 556, 558, 562.
Neoplalyura, 22, 40, 66, 90, 41 1, 426, 439, 440, 448, 453, 456,
464, 472, 556, 561, 601.
Neosciara, 82.
nepalensis, Macrocera, 164, 167.
Nepenthes, 22.
Nephrotoma, 65, 450.
Nervijuncta, 364, 367, 379, 384, 436, 556.
Neuroptera, 387.
Nichotsonomyia, 24, 378, 396, 403, 405, 417, 436, 438, 441,
446, 464.
niger, Cerotelion, 204, 500.
nigrescens, Heteropterna, 231, 237, 239, 248, 510, 511, 599,
601, 659.
nigrescens, Keroplatus, 225.
nigrescens, Keroplatus (Heteropterna) , 225.
nigrum, Asindulum, 30, 376.
nipponicus, Keroplatus, 90, 256, 257, 258, 259, 262, 263, 273,
514, 515, 516, 583, 584, 601, 660.
nipponicus * (Keroplatus), 601.
nobilis, Macrocera, 168, 413, 488, 564, 600.
noda, Platyura, 23, 24.
notaticoxa, Ceroplatus, 214.
notaticoxa, Euceroplatus, 214, 215, 216, 217, 218, 222, 502,
504, 589, 601, 658.
notaticoxa' (Euceroplatus), 503, 504, 590, 600, 612.
notaticoxa ' s. str. (Euceroplatus), 589, 590, 591, 612, 613,
614, 626.
Nothofagus, 557, 604.
Novakia, 564.
nubeculosa, Limonia, 381.
nudipes, Baeopterogyna, 443.
nuptialis, Panorpa, 382.
Nymphomyiidae, 417.
obscurus, Keroplatus, 193.
ochracea, Urytalpa, 90, 170, 371, 475.
Oestridae, 635.
officiosus, Euceroplatus. 216, 217, 218, 219, 220, 224, 502,
503, 504, 658.
Ohakunea, 556.
Oiseaux, 555, 570.
Orfelia. 17, 18, 22, 23, 24, 37, 40, 56, 66, 67, 82, 90, 1 1 1, 135,
170, 189, 312, 364, 366, 370, 378, 384, 390, 395, 398, 405,
410, 417, 426, 433, 439, 441, 445, 453, 459, 460, 463, 464,
472, 476, 564, 601.
Orfeliini, 18, 21, 22, 23, 24, 37, 54, 55, 73, 79, 117, 120, 136,
189. 190, 193, 257, 350, 360, 366, 375, 378, 387, 389, 390,
391, 393, 394, 395, 396, 397, 398, 400, 401, 402, 403, 404,
405, 407, 410, 411, 412, 413, 414, 417, 418, 419, 421, 422,
424, 425, 431, 432, 433, 434, 435, 436, 438, 439, 440, 441,
442, 443, 444, 445, 446, 448, 451, 453, 454, 456, 458, 459,
463, 464, 468. 469, 471, 472, 473, 474, 477, 478, 479, 542,
553, 554, 556, 558, 561, 562, 564, 572, 579, 587, 601, 609.
631, 632, 633.
ornata, Macrocera, 165, 425, 488.
ornativentris, Keroplatus, 256, 257, 259, 260, 267, 268, 462,
463, 512, 660.
Orphnephilidae, 380.
Orthoptera, 39.
Orthorrhapha, 18, 60, 65, 80, 81, 387, 393, 467, 556, 557, 635.
Pachyneura, 369.
Pachyneuridae, 1 14, 364, 369, 370, 383, 384, 410, 427, 429,
440 441
Pachyneuriformia, 370, 410.
Pachyneuroidea, 390.
Pachyrrhina, 450.
pacifica, Euthyrrhapha. 635.
paicoenai, Neoceroplatus, 283, 285, 286, 288, 290, 293, 294,
295, 296, 297, 517, 518, 519, 580, 662.
Palaeognoriste, 366, 373, 374, 375, 376, 383, 409, 421, 554.
Palaeoplatyura, 24, 30, 40, 66, 125, 135, 366, 367, 384, 414,
421, 434, 435, 436, 438, 442, 459, 572.
Palaeopleciidae, 20, 435.
Palmiers, 604.
Panorpa, 389, 408, 409
papaveroi, Keroplatus, 256, 257, 259, 260, 267, 268, 512, 513,
660.
papua, Platyroptilon, 313, 315, 316, 318, 321, 322, 522, 523,
663.
Paracerotelion, 189, 191, 302-303. 324, 378, 391, 392, 393,
397, 405, 410, 416, 424, 433. 436, 438. 439. 445, 451, 453,
458, 463, 465, 466, 469, 471, 498, 531, 533, 534, 537, 538,
574, 577, 578, 601, 606, 607, 666.
Paracerotelion* , 574, 577- 578.
Paraleia, 556.
Paramacrocera, 37, 60. 134, 135, 136. 137, 138, 157, 171-176.
388, 392, 395, 397, 399, 400, 423, 425, 431, 434, 435. 442,
455, 456, 459. 461. 464, 465, 470, 481. 483. 488. 489, 492,
Source : MNHN, Paris
680
LOÏC MATILE
493, 494, 548, 553, 556, 560, 567, 571-572, 573, 575, 600.
601, 605, 655.
Paramacrocera* , 533, 567, 573.
Paramacrocera s. sir., 137, 138, 171-173, 388. 392, 400, 412,
426, 440, 441, 452, 453, 461, 482, 483, 488, 492, 560, 571,
572, 600, 655.
Paramanoia, 390.
Paramorganiella, 398, 560, 561.
Paratinia, 564.
Paralrizygia, 556.
Parempheriella, 374.
Parvicellula, 556.
paucimaculatus, Euceroplaïus, 215, 216, 217, 218, 219, 221,
222, 502, 503, 658.
paucimaculatus * ( Euceroplatus) , 503, 504, 589, 590, 591, 600,
601, 612, 613, 614, 626.
pectinatum, Ctenoceridion, 670.
pectinatus, Ceroielion, 670.
pectinissima, Metanepsia, 396.
Pelecorhynchidae, 557.
penai, Platyroptilon, 313, 314, 318, 320, 323, 521, 523, 524,
663.
pendleburyi. Ceroielion, 193, 194, 195, 196, 197, 200, 204. 470,
500, 501, 575, 657.
pendleburyi' (Ceroielion). 500, 502, 575, 601, 606, 624.
penicillata, Macrocera, 164.
penicillata, Ralytupa, 454.
pentophlhalmus, Keroplalus reaumurii, 261 , 263, 583.
perdistincta, Heteropterna, 225, 234, 235, 236, 239, 242, 508,
510, 598, 659.
perdistincta ' (Heteropterna) , 510, 598, 601.
’ ’ ta. Macrocera, 89, 165, 167, 170.
phalerata,
Pholcidae,
349.
635.
Phronia, 82, 477, 556, 564.
Phthinia, 82, 400, 426, 556.
Phylocentropus, 573.
ara. 82.
is, Lygistorrhina, 374.
is, Macrocera, 165.
iis, Setostylus, 329, 331, 332, 333, 334, 336, 461, 525,
, 527, 593/664.
(Setostylus), 525, 526, 593, 600, 616, 617.
piaula, Macrocera, 164.
pilosa, Macrocera, 167, 466.
pipiens, Culex, 381.
Placoceratias, 192, 255, 305-312, 389, 391, 392, 394, 397, 401,
404, 407, 413, 414, 422, 424, 425, 433, 439, 440, 441, 442,
445, 451, 452, 454, 459, 460, 466, 468, 470, 472, 498. 500,
520- 521, 531, 533, 534, 535, 537, 538, 562, 578-579, 607,
662, 666.
Placoceratias- . 5 33, 534, 535, 536, 537, 578.
Planaires, 22, 90.
Planarivora, 22, 112, 143, 369, 393, 396, 397, 398, 435, 556,
601.
Plastosciara, 82.
Platurocypta, 377, 411, 412.
Platyceridion, 189, 389, 395, 396, 418.
Platypezidae, 65.
Platypezina, 65.
Platyprosthiogyne, 377, 405.
Platyroptilon, 189, 191, 21 1, 214, 252, 312-324. 329, 346, 392,
394, 395, 396, 398, 410, 423, 424, 441, 445, 452, 463, 465,
469, 471, 496, 498, 521-522-524-525, 531, 533, 534, 535,
536, 537, 538, 548, 565, 587, 588, 589, 591, 592, 595, 596,
600, 601, 607, 608, 615, 616, 617, 631, 663, 666.
Platyroptilon* , 534, 535, 536.
Platyura, 17, 23, 24, 40, 66, 67, 82, 135, 159, 189, 193, 384,
396, 414, 418, 423, 424, 434, 435, 438, 439, 445, 459, 564,
601.
Platyuridae, 40, 189.
Platyurinae, 111, 112.
Plautyra, 436, 437, 439, 440.
Plecia, 42, 404, 450.
Pleciofungivorella, 435.
Pleciofungivoridae, 20, 21, 364, 384, 426, 432, 433, 434, 435,
439.
Pleciomimidae, 21, 433, 439.
Plecoptera, 129, 432.
plokiophilus, Euceroplatus, 214, 338.
plokiophilus, Tergostylus, 338, 339, 340, 341, 342, 343, 346,
454, 527, 528, 530, 588, 601, 665.
Pnyxia, 443.
Podonominae, 66, 361, 555, 557, 572.
Podonomini, 557.
Polistes, 269, 446.
polybioides, Isoneuromyia, 446.
Polylepta, 420.
Polyporaceae, 20, 22, 310.
Proapemon, 24, 396.
Probolaeus, 366, 373, 374, 376.
Proceroplatus, 24, 40, 66, 384, 407, 418, 425, 459, 471, 472,
554.
Procycloneura, 400.
Prochiasmoneura, 137, 139, 143, 148. 149-154. 155, 397, 398,
407, 433, 455, 459, 461, 465, 471, 472, 481. 482. 484. 486-
487. 554, 567, 570, 571, 600, 610, 655.
Promacrocera, 134, 135, 162, 163, 164, 438.
Protoligoneuridae, 440.
Protoplasa, 408, 409, 429. 435, 441.
Protopleciidae, 21.
Protorhyphidae, 366.
Psectrosciara, 410, 413.
Psectrosciarinae, 410.
Pseudexechia, 564.
Pseudoalysiina, 418, 560.
Pseudoplatyura, 394, 561, 601.
Pseudosciara, 426.
Psychodidae, 129, 379, 383, 404, 411, 556.
Psychodomorpha, 360, 417, 423, 448.
Pterogymnus, 429.
Pteronidea, 389.
Ptychopteridae, 65, 451.
Ptychopteroidea, 402.
pulchella, Chiasmoneura, 137, 143, 149, 151, 486, 487, 657.
pulchra, Macrocera, 164, 441.
Pulex, 30.
pullata, Hadroneura, 457.
pumilio. Macrocera, 167.
punctata, Mycetophila, 30.
puncticosta, Macrocera, 165, 425, 488.
punctipennis, Micrepimera, 180, 181, 182.
punctipes, Neoceroplatus, 283, 284, 285, 286, 288, 289, 294,
297, 298, 299. 300. 517, 518, 519, 580, 662.
pusillus, Trichoniscus, 203.
Pyratula, 395, 403, 432, 433, 441.
Pyrtaula, 377, 413, 459, 464, 556. 601.
Pyrtulina, 439, 440, 441, 459.
quadripunctata, Heteropterna, 232, 235, 237, 248, 510, 511,
599.
quadripunctata* (Heteropterna) , 599, 600, 608, 609, 619, 621-
622, 627.
quadripunctata septentrionalis, Heteropterna, 225.
quadripunctatus, Ceroplatus, 225, 248.
quadripunctatus septentrionalis. Cerotelion, 225.
quinquemaculata, Chiasmoneura, 143, 144, 145, 146, 147, 484.
486, 487, 570, 657.
quinquemaculata, Macrocera, 143, 493.
racovitzai, Cerotelion, 194, 195, 196, 197, 200, 459, 500, 501,
576, 657.
radiata, Brachypeza, 112.
Ralytupa, 403, 410, 411, 413, 436, 440, 453, 454, 471, 472.
Source : MNHN, Paris
INDEX SYSTÉMATIQUE
681
ramicornis, Platyroptilon, 312, 313, 314, 316, 317, 319, 320,
323, 523, 663.
reaumurii, Keroplatus, 38, 45, 46, 55, 63, 78, 79, 90, 108, 111,
114. 115, 202, 256, 257, 258, 259, 260, 262, 263, 264, 269,
271, 272, 274, 462, 463, 514, 515, 564, 583, 600, 660.
reducta, Robsonomyia, 183, 184.
regelationis, Trichocera, 467.
reliculata, Rhaetofungivora, 431.
Rhaetofungivora, 434, 435, 437, 440.
Rhaetofungivoridae, 431, 432.
Rhagio, 387, 455, 467, 468.
Rhagionidae, 60, 65, 387, 452, 454, 455, 457, 467, 556.
Rhipidila, 364, 367, 379, 410, 420, 421.
Rhopalocera, 570.
Rhopalomeridae, 380.
Rhynchoheterolricha, 375, 376.
Rhynchoplatyura, 189, 375, 376, 378, 435, 436, 439, 441, 558.
Rhynchorfelia, 189, 376, 558.
richardsae, Arachnocampa, 73, 132, 133, 280.
riparius, Xenokeroplatus, 350, 352, 353. 354, 470, 530, 531,
595, 665.
rivalis, Euceroplatus, 216, 217, 218, 219, 220, 222, 502, 503,
504, 658.
rivalis' (Euceroplatus), 590, 601, 613, 614
Robsonomyia, 37, 54, 136, 138, 176, 183-184, 185, 376, 388,
397, 400, 405, 410, 417, 418, 419, 420, 423, 428, 429, 432,
434, 435, 436, 438, 441, 442, 445, 459, 460. 465, 468, 469.
470, 479, 484, 489, 492, 493, 494, 495, 565, 573, 574, 655.
Robsonomyiini, 21, 124, 136, 137, 178-187. 180, 187, 408, 412,
414, 415, 433, 438, 440, 441, 442, 463, 464, 469, 480, 483,
484, 489, 490, 492, 493 -494, 495, 565, 573- 574, 595, 601,
605, 655.
robur, Quercus, 266.
Rocetelion, 79, 192, 193, 214, 324-328, 392, 397, 405, 408,
415, 417, 421, 422, 424, 425, 433, 442, 451, 452, 463, 465,
466, 469, 470, 472, 498, 499, 524- 525, 531, 533, 534, 537,
538, 564, 574, 575, 577, 578, 601, 606, 607, 664, 666.
Rofelia, 189, 389, 407, 418.
rufobrunneus , Setostylus, 329, 331, 332, 333, 334, 335, 337,
525, 526, 594, 664.
rufus, Euceroplatus, 214,
rufus, Keroplatus. 214, 257, 259, 260, 270, 514, 515, 516, 583,
584, 601, 625, 660.
rufus' , Keroplatus, 581, 625.
rugosum, Stereum, 198.
rustica, Sama, 134, 163.
Rutylapa, 411, 413, 459, 472, 558.
Rymosia, 74.
Rypalula, 403, 433, 441, 556, 601.
Sama, 134.
samiri, Keroplatus, 283.
samiri, Neoceroplatus, 283, 285, 286, 288, 290, 291, 292, 294,
297, 517, 519, 580, 581, 598, 600, 662.
sanctaecatharinae, Lygistorrhina, 374.
sanctaecatharinae , Probolaeus, 377.
scaber, Porcellio, 203.
scalaris, Fannia, 635.
Scatopsciara, 418.
Scatopsidae, 19, 360. 364, 387, 390, 402, 403, 404, 408, 410,
412, 413, 415, 448, 449. 450, 452, 457, 475, 477.
Scatopsinae, 402, 403, 409.
Scatopsini, 410.
Scatopsoidea. 18, 19, 360, 365, 387, 390, 402, 410, 413, 425,
476.
Sceptonia, 405.
Schizocyttara, 438.
Schlueterimyia, 24, 60, 136, 137, 187-188, 414, 415, 416, 417,
418, 422, 423, 424, 425, 426, 433, 434, 435, 436, 438, 439,
440, 448, 449, 455, 470, 479, 490, 600, 605.
Sciadoceridae, 556, 635.
Sciara, 38, 40, 87, 380.
Sciaridae, 19, 20, 21, 30, 38, 40, 51, 54, 55, 56, 61, 66, 79, 82,
87, 88, 92, 98, 111, 135, 169, 364, 365, 366, 370, 375, 376,
379, 380, 381, 383-386. 390, 396, 397, 408, 409, 412, 413,
414, 418, 419, 420, 421, 424, 426, 429, 431, 436, 439, 441,
442, 443, 444, 449, 450, 451, 453, 473, 632.
sciariforme, Palaeognoriste, 372, 374, 377, 378.
Sciomyzidae, 631.
Sciophila, 82, 123, 169, 564.
Sciophilidae, 364, 365.
Sciophilinae, 37, 55, 61, 82, 88, 366, 367, 377, 378, 389, 400,
407, 411, 413, 426, 433, 443, 542.
Sciophilini, 82.
scolopaceus, Rhagio, 455, 467.
Scrobicula, 124, 191, 225, 248-252, 402, 405, 423, 424, 439,
453, 456, 463, 466, 478, 496-497, 504, 534, 537, 538, 595,
596, 666.
scurror, Platyroptilon, 313, 315, 318, 321, 322, 522, 523, 592,
663.
Scythropochroa, 82.
semirufa, Isoneuromyia, 112, 564.
semilugens, Stereum, 233.
Sepsidae, 380.
septentrionalis, Heteropterna, 226, 231, 237, 238, 239, 510,
511, 554, 596, 599, 601, 659.
servulum, Antlemon, 376.
sesiiformis, Isoneuromyia, 446.
sesioides, Keroplatus, 90, 258, 279.
setosa, Kelneria, 178, 179, 488, 489.
Setostylus. 189, 192, 305. 329-338, 391, 392, 411, 417, 423,
433, 438, 442, 445, 463, 465, 470, 471, 498, 525- 527, 531,
533, 534, 535, 537, 538, 565, 587, 588, 593-594-595, 600,
601, 607, 608, 615, 616, 617, 664, 666.
shannoni, Macrocera, 488.
Sigmoleia, 561.
Silphidae, 635.
simbhanjangana, Macrocera, 164, 167.
Simuliidae, 123, 380, 425, 556.
Sinemediidae, 20.
singularis, Ceroplatus, 214.
singularis, Euceroplatus, 214.
singularis, Keroplatus, 214, 329.
singularis, Probolaeus, 372.
singularis, Setostylus, 329, 330, 331, 333, 334, 525, 526, 593,
594, 600. 601, 664.
smithi, Fenderomyia, 162, 377.
souzai, Pseudoplatyura, 561.
Speolepta, 30, 48, 49, 82, 384, 385, 420, 435, 564.
Sphaerocera, 48.
Sphaeroceridae, 48.
spinosus, Neoceroplatus, 285, 286, 288, 290, 291, 294, 297,
298, 301, 517, 518, 519, 580, 662.
Srilankana, 60, 136, 137, 178, 183, 185-187, 376, 388, 389,
397, 400, 405, 408, 416, 419, 420, 423, 424, 431, 433, 434,
436, 438, 442, 445, 452, 453, 458, 459, 460, 463, 465, 468,
470, 484, 489, 490, 494, 495, 565, 573, 574, 655.
steffani, Xenokeroplatus, 350, 351, 352, 353, 354. 355, 470,
530, 531, 595, 665.
Stenophragma, 556, 558.
stigma, Macrocera, 89, 166, 167, 170.
stigmoides, Macrocera, 170.
Stratiomyiidae, 81, 556.
striata, Neoempheria, 367.
striatus, Keroplatus, 256, 259, 260, 267, 268, 512, 513, 586,
660.
stubbsi, Setostylus, 329, 331, 332, 333, 334, 335, 338, 526, 594,
617, 664.
stuckenbergi, Asynaphleba, 437.
stylata, Chiasmoneura, 142, 143, 154, 156, 460, 487, 657.
subcostalis, Rhaetofungivora, 431, 432.
succifer Pinus, 573.
summatis, Macrocera, 488.
Source : MNHN, Paris
682
LOÏC MATILE
Sylvicola, 398, 401.
Symmerus, 40, 66, 82, 379, 384, 400. 410, 420, 421, 451, 452,
457, 467, 468, 564.
Symmerus s. str., 564.
Synapha. 420, 432, 556.
Syndocosia, 374, 389.
Synesostyla, 137, 139, 143. 154-157, 388, 390, 399, 407, 433,
455, 458, 459, 464, 465, 471, 481. 482, 484, 487. 488, 492,
567, 570, 571, 600, 610, 655.
Synneuridae, 19.
Synlemna, 564.
Syrphidae, 74, 80, 557.
Syrphini, 557.
Tabanidae, 48, 556.
Tabanus, 48, 399, 401.
Tamborinea, 189, 378, 394, 395, 396, 397, 400 , 401, 403, 405,
413, 425, 431, 436. 438, 439. 446. 464.
tamoyoi, Macrocera, 165.
Tanyderidae, 66, 378, 396, 397, 398, 408, 409, 411, 427, 428,
440.
Tanyderus, 348.
tapleyi, Cerotelion. 194, 196, 197, 202, 461, 501, 502, 657.
Tarnania, 564.
lasmaniensis, Arachnocampa, 126, 127, 132, 566.
Tasmanina, 560.
Taulyrpa. 193, 378, 395, 411, 413, 418, 436, 459, 460.
Tenthredinidae, 370.
lergatus, Keroplatus, 256, 257, 259, 260, 270 , 274, 511, 512,
514, 515, 516, 581, 586. 600, 606, 607. 613, 660.
lergatus' (Keroplatus), 612, 613, 622.
Tergostylus, 79, 90, 111, 124, 189, 192, 214, 338-346, 398,
401. 414, 433, 439. 441, 442, 445, 451, 452, 453, 454, 456,
459, 460, 463, 464, 465, 466, 468, 470, 471. 472, 475, 477,
498-499. 527-528-539-530. 531, 534, 535, 536, 537, 538,
587-588. 601, 617, 619, 620, 629, 665, 666.
Tergostylus', 574, 587-595, 617, 619, 620.
terminalis, Keroplatus, 257, 258, 259, 260, 265, 266, 273, 514,
515, 582, 583, 584, 660.
testaceus, Keroplatus, 90, 112, 114, 117, 202, 252, 256, 257,
258, 259, 260, 261, 262, 263, 264, 271, 272, 273, 370. 454.
463, 476, 512, 513, 514, 515, 583, 601, 660.
testaceus' (Keroplatus), 512, 514-515, 516, 581, 583, 584,
600, 606, 607, 631.
testaceus ' s. str. (Keroplatus), 584, 625.
Tetragoneura, 418, 420, 556.
tetraleuca, Heteropterna. 225, 226, 235, 508, 509, 510, 598,
600, 659.
Thaumaleidae, 60, 556.
thomae, Lycoria, 30.
Thysanura, 65.
tibialis, Synapha, 420.
Tipula, 41, 42, 48, 162.
Tipulidae, 48, 60, 65, 66, 75, 129, 378, 379, 391, 399, 411,
450, 451, 477, 556.
Tipuliformia, 477.
Tipuloidea, 38, 66, 399, 402, 407, 450, 630.
tipuloides, Keroplatus, 22, 35, 36, 38, 45, 49, 50, 52, 53, 55, 59.
63, 67, 69, 72. 76, 78. 85. 86, 89. 90, 104-109, 112, 114, 115,
117, 119, 202, 255, 256, 251, 258, 259, 260, 262, 263, 266,
269, 273, 279, 370, 406, 415, 446, 448, 462, 463, 475, 476,
512, 513, 516, 583, 584, 586, 601, 660.
tipuloides ' (Keroplatus) , 512, 515, 586, 606, 607.
tipuloides ' s. str. (Keroplatus), 513-514, 516, 581, 601, 625.
Tipulomorpha, 42, 360, 417, 423, 433, 437, 453, 456.
Tipulopleciidae, 20.
Toile tia, 189, 190, 232, 312, 346-349, 391, 392, 395, 396, 422,
423, 424, 433, 438, 439, 440, 441, 442, 452, 465, 466, 469,
496, 499, 523, 531, 533, 534, 537, 538, 574, 578, 601, 606,
666.
Toile tia' , 531-533, 537, 574-578, 606.
Tortues, 604.
townsendi. Keroplatus, 256. 257, 259, 260, 267, 268, 512, 660.
townsendi ' , Keroplatus, 513.
transversinervis, Transversiplecia, 432.
triangularis, Heteropterna. 234, 235, 236, 240, 508, 509, 510,
659.
Trichocera, 41, 66. 381, 387, 412, 456, 457, 458, 467, 468.
Trichoceridae, 65, 66, 380, 382, 383, 387, 391, 41 1, 412, 456,
458, 467.
Trichonta, 556, 564.
Trichoptera, 66, 129, 411, 573.
Trichosia, 82.
Trigemma, 418, 435.
trileuca. Heteropterna. 235, 236, 239, 240, 242, 508, 509, 510,
659.
trinidadensis, Keroplatus, 256, 259, 260, 267, 268, 512, 513,
660.
tripunctata, Chiasmoneura, 142, 149, 150, 151, 487, 657.
trisectoralis, Eopachyneura, 434.
tristis, Orfelia, 471.
Trizygia, 556.
troglophila, Neoditomyia, 474.
Truplaya, 189, 378, 402, 405, 410, 431, 433, 436, 438, 439.
440, 445, 446, 448, 458, 468, 469, 472.
Truplayella, 189, 402.
tsacasi, Chiasmoneura, 143, 155, 156, 157, 487, 657.
tumida, Megalopsalis, 131.
tusca, Macrocera, 164, 167.
Tylparua. 389, 417, 435, 439, 441, 558.
uaracui, Placoceratias, 305, 307, 308, 309, 310, 311, 520, 662.
uncinata, Macrocera. 164, 167.
unica, Macrocera, 488.
urichi, Probolaeus, 374.
Urytalpa, 66, 82, 445, 446, 564, 601.
valida, Diadocidia, 368.
Vellicocauda, 457.
venosa, Mesosciophila, 440.
Ventrilobus, 556.
versicolor, Trametes, 233.
Vertébrés, 360, 550, 555, 560, 579, 636.
vespiformis, Nicholsonomyia, 416, 446, 447.
vicina, Heteropterna. 228, 230, 231, 237, 241, 245, 247, 506,
507, 597, 598, 659.
vitripennis, Cerotelion, 204, 500.
vit lata, Chiasmoneura, 142, 149, 487, 657.
vittata, Macrocera, 89, 112, 114, 151, 167, 170.
vockerothi, Platyroptilon, 313, 314, 316, 318, 320, 323, 521,
523, 524, 663.
Vockerothia, 37, 54, 136, 138, 176-178, 378, 388, 389, 391,
392. 399, 411,417, 424, 425, 431. 434. 435, 438. 440. 449.
455, 459, 464, 467, 470, 483. 489, 490, 492. 494, 572, 573,
605, 629, 655.
vrydaghi, Platyroptilon, 312, 313, 346.
vrydaghi, Tolletia, 346, 347, 348, 349, 588.
wallacei, Ctenoceridion, 205, 206, 208, 209, 596, 621-622.
xanthopus, Microporus, 233.
Xenokeroplatus, 189, 190, 191, 252, 350-355, 391, 392, 393,
395, 400, 402, 405, 410. 414, 416, 417, 418, 421, 422, 423,
425, 426, 433, 434, 436, 439, 441, 442, 445, 451, 452, 453,
456, 459, 463, 464, 466, 469, 470, 472, 496, 499, 530- 531.
535, 537, 538, 565, 587, 595, 617, 618, 631, 665, 666.
Xenokeroplatus', 535, 536, 537, 565, 574, 587, 595, 617, 618,
619, 620, 631.
Xenoplatyura, 23, 391, 422, 439, 446, 453, 456, 472, 555, 558.
Xylosciara, 82.
zealandicus, Chironomus, 129.
Zelmiridae, 21.
zernyi, Platyroptilon, 312, 313, 315, 316, 317, 319, 320, 323,
346, 521, 522, 523, 524, 663.
zonaria, Volucella, 80.
Zygoneura, 82, 426.
Source : MNHN, Paris
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EN JUILLET 1990
SUR LES PRESSES
DE
L’IMPRIMERIE F. PAILLART
À ABBEVILLE
Date de distribution : 31 juillet 1990.
Dépôt légal : Juillet 1990.
N° d’impression : 7416.
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m 1990
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Loïc Matile est Sous-Directeur au Laboratoire d’Entomologie du Muséum national d’Histoire
naturelle, où il est responsable du Service des Diptères depuis 1963. Ses recherches ont surtout porté sur
les Mycetophiloidea, qu’il a étudiés au laboratoire et sur le terrain, notamment au cours de plusieurs
missions en Afrique tropicale, dans les îles de l’Océan Indien, aux Antilles et en Nouvelle-Calédonie.
Au sein des Mycetophiloidea, Loïc Matile s’est surtout consacré aux Keroplatidae du monde. En
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