MEMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SERIE
Série A, Zoologie
TOME XXXV
FASCICULE UNIQUE
Françoise MONNIOT
ASCIDIES INTERSTITIELLES
DES CÔTES D’EUROPE
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
38, rue GeoiTroy-Saint-Hilaire(V B )
1965
Source : MNHN, Paris
Bl ^co c
MÉ MOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Zoologie
TOME XXXV
FASCICULE UNIQUE
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire (V e )
1965
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Frontispice. — En haut, Psanvnoslyela delamarei Wcinstein dans le sable •
— en bas, la même à un plus fort grossissement.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
Série A, Tome XXXV, fasc. unique.
ASCIDIES INTERSTITIELLES DES CÔTES D’EUROPE
Françoise MONNIOT
Laboratoire d'Écologie Générale du Muséum
SOMMAIRE
Introduction. 1
Méthodes. 5
Chapitre I
Systématique des Ascidies interstitielles :
I. — 0. Stolidobranches.
A. Styelidae • Psammostyela delamarei, F. Weinstein
1961. 11
• Polycarpa pentarhiza n. sp. 14
• Polycarpa arnbackae, F. Monniot 1964 . 20
B. Pyuridae • Heterostigma fagei, Q. et F. Monniot 1961 . 23
• Heterostigma replans, C. et F. Monniot
1963 . 23
• Heterostigma separ, À. C. L. 1924. ... 24
• Heterostigma gonochorica n. sp. 27
C. Molgulidae • Molgula hirta n. sp. 33
• Formes jeunes de Molgulidae . 39
II. — O. Phlébobranches.
A. Ascidiidae • Psammascidia leissieri, F. Monniot 1962. 42
B. Corellidae • Dextrogaster suecica, F. Monniot 1962 . 44
Chapitre II
Examen critique de certaines données éparses dans la litté¬
rature . 47
Chapitre III
Répartition géographique . 59
Chapitre IV
Développement des Styelidae et des Pyuridae interstitielles 67
Source : MNHN, Paris
FRANÇOISE MONNIOT
Chapitre V
Apport des Ascidies interstitielles au schéma classique de
l’évolution branchiale. 83
Chapitre VI
Le gonochorisme chez une Ascidie . gj
Chapitre VII
Écologie :
I. — Le milieu
1° Le sédiment. gg
2° L’eau interstitielle. 101
3° Caractères physiques externes influant sur le sédiment
et son contenu. 103
II. — Observations et expérimentations en aquarium
1° Observations des Ascidies en eau courante dans leur
sable d’origine. IO5
2° Influence des conditions écologiques en élevage. ... 108
III. — Recherche raisonnée des milieux favorables : rôle de la
faune associée. H2
IV. — Les adaptations des Ascidies au milieu mésopsammique :
caractéristiques des « Ascidies interstitielles ». ng
V. — Prédateurs et parasites. 12i
Chapitre VIII
Influence du milieu sur le cycle annuel et la néoténie des
Ascidies endopsammiques :
I. — Les Ascidies interstitielles par rapport aux Ascidies des
eaux libres. 12$
II. — Développement des Ascidies interstitielles en relation
avec les caractéristiques physico-chimiques du milieu . . 126
III. — Action des ions métalliques sur les Ascidies. 123
Chapitre IX
Convergence entre les Ascidies interstitielles et quelques
Ascidies des grands fonds océaniques. 12^
Chapitre X
Place des Ascidies interstitielles dans l’évolution générale
des Ascidiacea . 14-
Conclusions. 14g
Source : MNHN, Paris
INTRODUCTION
D’année en année les travaux sur la faune des sables marins acquièrent
de nouveaux adeptes. Nous avons nous-même consacré nos premières
recherches à l’étude de la microfaune du sable à Amphioxus des environs
de Banyuls-sur-Mer. Nous avons utilisé différents procédés pour extraire
les animaux. Ils avaient le défaut commun de s’appliquer exclusivement
à un type d’organisation particulier. L’extraction restait incomplète jusqu’au
jour où nous avons employé une méthode beaucoup plus brutale : le lavage
en eau courante. Ce procédé s’est immédiatement révélé efïicace. Nous avons
remarque dans les résidus de lavage toute une série d'animaux invisibles
jusqu’alors et plus particulièrement un élément tubulaire, contractile,
incolore, qui ne possédait ni les spiculés des Ëchinodermes, ni la trompe
évaginable des Sipuncles, mais dont l’aspect se rapportait à l’un ou l’autre
de ces deux phylum.
Ce premier exemplaire fixé et disséqué nous a confirmé une hypothèse
que nous avions émise sans trop y croire : ce spécimen libre et mobile était
une Ascidie adulte. Sa forme aberrante laissait supposer que sa biologie
pouvait être interstitielle.
Toute une série de dragages successifs nous apporta quelques individus
de même type. Les essais d’anesthésie, puis de dissection, assez peu réussis
alors, nous engagèrent à poursuivre nos récoltes avant d'entreprendre une
étude morphologique qui s’annonçait délicate.
A la fin de l’été, les animaux adultes se raréfiaient tandis que les jeunes
devenaient abondants, puis ils disparurent complètement. Nous avons
entrepris alors des dissections systématiques. Nous nous sommes rapidement
aperçue que nous n’avions pas une espèce unique, mais deux sortes
d’individus, plus nettement différenciables une fois fixés. Les uns opaques
appartenaient aux Slyelidae et nous les avons placés dans un nouveau genre :
Psammoslyela delamarei; les autres avaient une position systématique plus
discutable puisqu’ils possédaient des stigmates branchiaux spiralés comme
chez les Molgulidae, mais n'avaient pas de rein. Nous avons placé notre
nouvelle espèce dans les Pyuridae, dans un genre créé par Ârnbâck-
Christie-Linde, pour un animal de même type, en lui donnant le nom
de Heterosligma fagei.
Nous possédions donc deux petites Ascidies, vivant dans le sable, appar¬
tenant à deux familles très différentes : les Slyelidae et les Pyuridae, et
pourtant si semblables que nous ne les avions pas différenciées au départ.
Il devenait indispensable de déterminer quels milieux pouvaient coloniser
ces animaux, puisque jusqu’alors aucune Ascidie endopsammique n’avait
été signalée, malgré les examens attentifs de très nombreux chercheurs
spécialisés dans l’étude des sables.
La prospection systématique des fonds devait permettre de définir
le sédiment peuplé de ces Ascidies. 11 devenait nécessaire de connaître la
dispersion de formes aussi adaptées.
Au moment où s'effectuaient ces premières recherches, notre centre
d’intérêt restait axé sur la biocénose des sables à Amphioxus et ces sédiments
Source : MNHN, Paris
FRANÇOISE MONNIOT
ont été prospectés en premier lieu. Nous avons eu la chance que ceux-ci
correspondent à peu près exactement aux exigences de nos petites Ascidies
et qu’elles y soient bien représentées. Aucun autre fond ne s’est montré
favorable à Banyuls. Il restait à préciser les caractéristiques physico-chi¬
miques des fonds abritant les Ascidies interstitielles afin de les rechercher
sur d’autres côtes.
Les techniques essentielles de récolte et de détection des fonds étant
mises au point, nous devions étudier les animaux à tous les points de vue :
morphologique, systématique, écologique et évolutif.
La morphologie et la systématique seront successivement envisagées,
en considérant non seulement les premières espèces découvertes, mais éga¬
lement celles qui ont été trouvées ultérieurement en Europe.
De nombreuses questions viennent à l’esprit en présence d’un groupe
découvert pour la première fois dans le sable. La plus fondamentale consiste
à se demander si l’on se trouve réellement en présence d’animaux « inters¬
titiels ». Pour cela il faut déterminer les critères qui permettent de diffé¬
rencier un animal qui vit dans une microcavité d’une forme simplement
fouisseuse. Remane, et son école, se sont attachés à démontrer l’importance
du monde endopsammique. Ils en ont donné les caractères essentiels. La
succession des travaux de même ordre a nécessité une plus grande précision
dans la définition de l’adjectif « interstitiel ». Delamare Deboutteville
et Swedmark ont tous deux exprimé ce qui permettait de dire qu’un animal
était interstitiel, mais en donnant les limites d’utilisation de ce terme plutôt
qu’une définition précise.
Nous admettrons pour notre part, et nous croyons en cela suivre l'avis
général, qu’un animal a un mode de vie interstitiel quand sa taille lui permet
de se loger dans un interstice, quand il se nourrit de particules en suspension
dans l’eau ou fixées à la surface des grains, vivantes ou non, quand il se
reproduit dans le sable. Ses déplacements ne doivent pas occasionner de
modifications dans la disposition des grains de sable les uns par rapport
aux autres. Ces animaux « interstitiels » peuvent être libres et mobiles
fixés temporairement ou fixés en permanence.
Nous verrons dans quelle mesure les petites Ascidies de sable se
conforment à cette définition générale.
Les Ascidies interstitielles sont-elles nombreuses et diversifiées ? Il
est étonnant qu’elles n’aient jamais attiré l’attention des biologistes marins
surtout sur les côtes européennes dans les stations les plus connues, c’est-
à-dire à l’emplacement même des laboratoires les plus anciens tels que
Kristineberg, Banyuls et Roscoff. L’insuccès de nos collègues dans* la
recherche de ces animaux, même à ce jour, doit avoir des causes techniques
et ce travail a aussi le but de les aider à retrouver les animaux qui les
intéressent.
En effet, en dehors des curiosités d'adaptation réalisées, les Ascidies
interstitielles ont des intérêts multiples :
— Elles font partie d’une biocénose stricte, en dépendant étroitement de
la faunule qui leur est associée.
— L’étude de leur développement pourra éclairer quelques problèmes
restés sans solution pour de plus grosses Ascidies appartenant aux
mêmes familles.
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
— Les adaptations à la vie dans les sédiments meubles existent déjà chez
les jeunes, ou apparaissent au cours du développement.
— Il est naturel de se demander également comment un groupe aussi ancien
que les Ascidies, toujours cité en exemple d’une évolution presque ter¬
minée, peut donner naissance à des formes si particulièrement adaptées
à un milieu qui, en principe, devrait leur être défavorable.
Le but essentiel de ce travail ne consiste pas à faire exclusivement une
étude systématique d’un groupe nouveau. Nous nous attacherons surtout
à donner une idée de la diversité des familles et des types d’organisation
des petites formes psammiques, à montrer comment on peut les rechercher
à partir de leurs exigences biologiques, et quel est leur cycle de développe¬
ment, obligatoirement modifié par rapport à celui des espèces vivant en eau
libre.
Remarque :
Nous ne donnerons pas dans ce travail une bibliographie complète
des travaux effectués sur la faune interstitielle. Ces références peuvent
être facilement retrouvées dans quelques ouvrages principaux dont nous
donnons la liste ci-dessous. Nous donnerons en infrapaginales les références
des articles auxquels le texte fait plus particulièrement allusion, et en fin
de chapitre la bibliographie qui ne concerne pas particulièrement la faune
interstitielle (dans ce dernier cas, s’il existe des ouvrages généraux compre¬
nant eux-mêmes un grand nombre de références, nous ne reprenons que
les plus importantes).
Delamare Deboutteville (C.), 1960. — Biologie des eaux souterraines
littorales et continentales. Suppl. Vie et Milieu, n° 9 (740 p.) Hermann
ed. Paris.
Monniot (F.), 1962. — Recherches sur les graviers à Amphioxus de la région
de Banyuls-sur-Mer. Vie et Milieu, 13, 2, (231-322).
Renaud-Debyser (J.), 1962. — Recherches écologiques sur la faune inter¬
stitielle des sables (bassin d’Arcachon, île de Bimini, Bahamas). Suppl.
Vie et Milieu, n» là, (1-157).
Swedmark (B.), 1964. — The interstitial fauna of marine sand. Biol. rev.,
39, (1-42).
Thorson (G.), 1957. — Bottoin coinmunities (sublittoral and shallow shelf).
Geol. soc. America Mem., 64, 1, (461-534).
Au cours de travaux sur les sables grossiers, nous avons eu la chance
de découvrir un nouveau phylum pour le monde endopsammique, celui
des Ascidies interstitielles qui nous fournit le sujet de ce travail.
Nous remercions Monsieur le Professeur Prenant d’avoir accepté
de présider le jury de notre thèse et de s’être intéressé à un groupe nouveau
pour la faune psammique, à laquelle il a consacré une grande partie de
ses recherches.
Nous remercions très vivement Monsieur le Professeur Drach qui,
le premier, a su nous donner le goût de la recherche et nous a orientée vers
l’océanographie biologique; il s’est intéressé à nos premiers résultats nous
engageant à continuer et à suivi constamment les progrès de notre travail.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOISE MONNIOT
La réalisation de cette thèse à partir de notre découverte des Ascidies
interstitielles est due aux encouragements de Monsieur le Professeur
Delamare Deboutteville qui, non seulement nous a fourni tous les moyens
matériels dont il disposait pour mener à bien nos recherches, mais nous
a toujours fait profiter, sans réserves, de sa grande expérience de la micro-
faune. Nous tenons à le remercier tout particulièrement ici de ses conseils
et de la très grande gentillesse qu’il a toujours manifestée à notre égard.
Nous devons beaucoup aux Directeurs des Laboratoires Marins qui
ont bien voulu nous accueillir en nous faisant profiter de toutes les facilités
propres à leurs stations : nous les en remercions vivement. Monsieur le
Professeur Teissier nous a permis de séjourner à Roscoff aussi souvent
que nous le lui avons demandé. Monsieur le Professeur Petit nous a reçue
plusieurs années de suite à Banyuls, avant même la fin de nos études.
Monsieur le Professeur Swedmark nous a accueillie dans son laboratoire,
s’inquiétant personnellement de nous procurer les facilités maximales pour
les sorties en mer et le travail au laboratoire, nous lui en sommes extrê¬
mement reconnaissante. Nous remercions également Messieurs les Profes¬
seurs Thorson et Brattstrom de leur hospitalité et du souci qu’ils ont
manifesté pour nous permettre le plus grand nombre possible de récoltes.
Nous remercions tout spécialement les chercheurs du laboratoire
d’Écologie du Muséum qui ont amicalement accepté de sacrifier une partie
de leur temps pour nous aider à réaliser les photographies de cette thèse,
grâce à leurs compétences : Madame Cerceau-Larrival, Monsieur Saint-
Girons, Monsieur Vannier. Je n’aurai garde d’oublier dans mes remer¬
ciements tous mes camarades, de Banyuls, de RoscolT et du Muséum qui
ont contribué à ce travail par l’ambiance amicale qu’ils ont su entretenir.
Je dois beaucoup au Centre National de la Recherche Scientifique
qui m’a accordé la mission demandée pour étudier les côtes Scandinaves.
Source : MNHN, Paris
MÉTHODES
Bien que nous ayons déjà eu l’occasion de donner quelques indications
à ce sujet (F. Monniot, 1962) nous pensons qu’il est nécessaire, dans cette
étude monographique, de fournir des renseignements précis et développés
sur les méthodes utilisées. En effet, depuis la découverte de la première
Ascidie interstitielle, de nombreux zoologistes se sont intéressés à ces ani¬
maux. Ils ont recherché ces petites formes, la plupart du temps sans succès.
Certains nous ont fait part de leur déception. Nous croyons que ces échecs
sont dus essentiellement aux méthodes mises en œuvre par ces Chercheurs.
Nous préciserons donc ici quelques détails indispensables à la récolte des
animaux.
1) La récolle.
Les Ascidies interstitielles vivent dans des sédiments très meubles
assez grossiers, de la zone infralittorale. La récolte peut s’effectuer selon
deux procédés : la drague et la plongée.
La drauue
Le moyen de récolte auquel on pense tout d’abord est évidemment
la drague. Il en existe deux types qui peuvent être utilisés séparément ou
simultanément : les dragues à cadre lourd qui pénètrent dans le sédiment,
ou les dragues légères.
Pour les dragues lourdes, que le cadre soit rond (Rallier-Du Baty)
ou rectangulaire, le principe d'utilisation est le même : le cadre lourd s’enfonce
dans le sédiment meuble et celui-ci est amassé dans la poche de la drague.
Cette dernière est constituée d’un filet à mailles assez larges et solides,
doublé intérieurement d’une toile (type toile à sac). Nous avons modifié
légèrement la drague rectangulaire en adaptant obliquement, sur les deux
côtés les plus longs, un peigne découpé dans une plaque de fer épais. La
pénétration dans le sédiment se trouve très nettement améliorée.
Les deux dragues, rondes ou rectangulaires ont été utilisées et donnent
des résultats similaires. Elles ont l’inconvénient de ne prélever que peu
de sable profond par rapport à la quantité de sable de surface. Un autre
ennui provient du lavage du prélèvement au cours de la remontée sur le
bateau, et du tassement dans la poche de la drague. Mais ceci peut être
amélioré avec quelques précautions.
La benne a été essayée, mais les résultats se sont révélés si mauvais
que nous avons abandonné cette méthode. Les graviers, trop grossiers
pour ces sortes d’instruments, en bloquent la fermeture. La surface de
sédiment atteinte à chaque opération ne permet d’obtenir que très rarement
les animaux recherchés.
En fait, le Lri reste de toutes façons l’opération la plus fastidieuse.
Il doit être effectué dans les 24 heures qui suivent le dragage, sinon les
Source : MNHN, Paris
6
FRANÇOISE MONNIOT
animaux meurent. Le tassement du sable est toujours très important après
les manipulations dont il est l'objet. L’extraction des Ascidies s’effectue
par lavage sur filet à plancton de petites portions de sable. Il nécessite
de grandes quantités d’eau de mer et surtout beaucoup de temps. Il abîme
peu les animaux mais provoque une contraction durable. Ceci devient très
gênant quand on dispose de peu de temps. Les fixations d’Ascidies dans
cet état de contraction donnent de très mauvais résultats et sont la plupart
du temps inutilisables. 11 est absolument nécessaire de remettre les animaux
en eau courante pour obtenir leur extension. Elle se produit entre 12 et
24 heures. Si l’on compte encore le temps d’anesthésie, il est évident que
48 heures au moins sont nécessaires, dans les meilleures conditions, pour
l’exploitation d’une station. Mais, bien souvent, il faut effectuer plusieurs
dragages successifs, et ajouter le temps de. tri correspondant avant de
trouver l’animal recherché. Dans une localité bien définie, on peut compter
sur 3 ou 4 Ascidies par coup de drague, à la saison convenable.
La drague légère permet de travailler très différemment. Le but essen¬
tiel est de supprimer le plus possible le tri ce qui diminue aussi le temps
réservé à l'extension des animaux qui ont subi moins de manipulations.
11 existe un type de drague traîneau, sur patins, ou « détritus sledge ». Nous
l'avons utilisée pour la première fois à la station marine d’Helsingor
(Danemark) (1).
Cette drague est une adaptation du système de Mortensen 1925.
Elle a été utilisée par Remane 1933 et Thorson 1957. C’est avec des modi¬
fications apportées par Ockelmann que nous l’avons utilisée. Nous remer¬
cions ici ce collègue des précieux renseignements qu’il nous a fournis et
de son aide pour l’obtension d'un modèle identique au sien, entièrement
en duralumin.
Cette drague, très légère, glisse sur le fond, plat ou irrégulier. On attache
sur le câble de traction un système permettant de brasser le sable : triangle
métallique lourd, chaînes, griffes, etc., suivant la nature du sédiment.
Le sable est soulevé en nuages. Les animaux mis en suspension flottent
un peu plus longtemps que les particules minérales plus denses, et se trouvent
pris pendant leur descente dans le filet trainé dans le cadre de la drague,
au ras du sédiment. Le filet est amovible et il est très facile d’en avoir un
jeu dont les mailles sont de dimensions différentes. Les animaux ainsi
récoltés sont en parfait état. Très peu de particules sableuses pénètrent dans
la drague. En choisissant convenablement l’ouverture des mailles, on ne
conserve dans le filet que des granules de taille presque égale ou supérieure
aux animaux recherchés. Les plus fins passent à travers le filet, les plus
grossiers retombent trop vite sur le fond pour être ramassés en abondance.
Il y a pourtant un cas où les avantages que nous venons de citer sont
en défaut : lorsque le fond est couvert même partiellement de débris orga¬
niques. En fait, pour le milieu qui nous intéresse, cette éventualité est peu
fréquente.
Nous avons beaucoup employé la « détritus sledge », pour de nombreuses
raisons :
— Il est possible de savoir immédiatement après la remontée de la
drague, en observant rapidement le contenu du filet, si le dragage est
(1) Mission C. N. R. S. 1962.
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
réussi ou non, et si les animaux recherchés sont présents. Ceci est évidemment
impossible si l'on rapporte le sédiment in tolo.
— Le tri est beaucoup plus rapide et s'elïectue en général sans lavage
préalable du contenu du filet, puisque ce tri a été effectué en grande partie
au fond.
— Les animaux ne sont ni écrasés, ni frottés, donc beaucoup moins
contractés.
— Le poids réduit de la « détritus sledge » permet de n’utiliser qu'un
très petit bateau et de la remonter à la main sans effort.
Enfin si l’on manque de temps ou de place on concentre le résidu du
dragage dans un bocal et l’on peut même fixer à bord, réservant le tri à
une période ultérieure. Il est certain que cet avantage devient énorme quand
il n’y a pas de laboratoire marin à proximité.
Pourtant la « détritus sledge » a des inconvénients, elle aussi : les
animaux qui agglomèrent les grains de sable sont difficilement mis en
suspension, ou retombent avant le passage du filet. Le réglage de la distance
entre la drague et l’engin pénétrant le sable attaché sur son câble est délicat
et nécessite des essais. Pour des sédiments très grossiers, la difficulté est due
cette fois au système de mise en suspension du sédiment : il est difficile
d'attacher à une drague très légère un engin forcément très lourd pour
pénétrer un gravier assez grossier.
De toutes façons, il est très intéressant d’employer simultanément
les deux types de dragages pour une récolte meilleure quand on en a la
possibilité.
La plongée
La récolte directe paraît peu réalisable pour des animaux interstitiels,
et pourtant nous sommes arrivée à la mettre en pratique. Le plongeur
en scaphandre autonome (Cousteau-Gagnan), allongé sur le fond peut
effectuer exactement les mêmes opérations que la « détritus sledge ». Le
sédiment est très meuble, il est donc facile de prélever une poignée de
sable et de la disperser dans l'eau. Le sable est propre, et les particules
animales ou minérales deviennent très visibles. Avec un peu d’habitude, on
distingue alors assez facilement des animaux ayant une taille de l’ordre du
millimètre. Il suffit de les récolter pendant leur chute. Les Ascidies qui
possèdent un rhizoïde long sont très facilement repérables.
Le sédiment à nouveau déposé, les animaux couverts de graviers
deviennent extrêmement visibles puisqu’ils constituent de petits blocs dépas¬
sant sensiblement la granulométrie moyenne.
En dehors de cette récolte sélective, le plongeur a toute latitude pour
prendre un échantillon complet du milieu à l’endroit convenable.
L’aspect du fond est très important. Il est assez caractéristique pour
que l’on puisse reconnaître a priori s’il peut héberger ou non la faune
recherchée.
Le plongeur peut surtout se rendre compte facilement du mode de vie
des animaux et de leur place dans le sédiment.
Le contrôle du fonctionnement des dragues et le réglage du « train
de pêche » s’effectuent aussi en plongée.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOISE MONNIOT
2) Le tri.
Il est absolument nécessaire. Il n’est pas possible d’examiner direc¬
tement une fraction de sédiment sous la loupe binoculaire, pour en extraire
la matière vivante. Il faut d’abord éliminer une grande partie des particules
minérales.
Le procédé que nous avons retenu est le suivant : on prend dans le
fond d’un bocal d’un litre environ, une fraction de sédiment (1/4 ou 1/5 de
la hauteur du récipient). On lave en envoyant un fort courant d’eau de
mer dans le sable jusqu’au remplissage du bocal, pour mettre en suspension
les éléments les plus légers. On jette rapidement toute la partie supérieure
du liquide sur un filet à plancton. Les animaux sont entraînés, le sable
reste. Cette opération doit être répétée plusieurs fois pour le même échan¬
tillon de sédiment. Le résidu récolté sur le filet est déposé dans des boîtes
de Pétri contenant de l'eau de mer. Le tri s’effectue alors à la pipette. Il
est possible aussi de fixer les animaux une fois concentrés, mais le tri est
beaucoup plus difficile en présence d’animaux immobiles et décolorés.
3) Anesthésie et fixation.
Le seul anesthésique efficace pour les Ascidies est, paraît-il (Lacaze-
Duthiers), le chlorhydrate de cocaïne à 25 grammes au litre. Le prix élevé
de ce produit et les difficultés pour se le procurer nous en ont interdit
l’emploi. Nous n’avons pu trouver pour les Ascidies aucun agent chimique
vraiment efficace. Nous avons essayé toutes sortes de recettes pour Ver¬
tébrés et Invertébrés. Nous nous sommes arrêtée finalement à une solution
de « Ms 222 » (utilisée pour les petits vertébrés) additionnée de quelques
cristaux de menthol (efficace chez les Mollusques). Les résultats sont variables
selon la température, bons pour les Pyuridae et les Molgulidac assez mauvais
pour les Styelidae. L'anesthésie est réversible dans une certaine mesure, mais
elle est très lente.
La fixation est effectuée dans le liquide de Bouin Duboscq chaud
ce qui assure une meilleure pénétration à travers la tunique. Nous avons
employé aussi le Bouin alcoolique (meilleur pour les jeunes), le formol
à 10 %, le Helly, etc. Le Halmi donne de bons résultats pour l’étude
histologique. Il est pratique pour les dissections par la coloration des
animaux qu’il produit et le durcissement des tissus; mais conservés ensuite
en alcool, les animaux deviennent rapidement cassants. Le fixateur le plus
pratique, aussi bien pour l’étude morphologique que pour l'histologie reste
le Bouin.
4) Techniques d'étude des animaux fixés.
a) La dissection.
Nous avons essayé au début, de conserver la tunique des animaux
et de les ouvrir simplement en deux dans le plan dorso-ventral. Cette méthode
a l’avantage de conserver une certaine rigidité à la dissection et de déterminer
très exactement l’emplacement des organes (1). Mais l’observation est très
(1) Cette méthode semble bien avoir été employée par ârnbai
étant donné le mode de présentation de ses ligures.
C-CllniSTIE-LlNDE,
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
difficile : la profondeur du champ d’observation nécessite un éclairage très
délicat, et la tunique, opacifiée par le fixateur, ne peut permettre l’obser¬
vation des détails branchiaux par transparence. Nous sommes donc revenus
aux méthodes classiques pour les Ascidies : la tunique est entièrement
enlevée, le corps ouvert d’un siphon à l’autre le long de l’endostyle. La
branchie est extraite en entier en coupant successivement les ponts dermato-
branchiaux, tandis que le reste du corps est épinglé par des minuties sur
une couche mince de paraffine. La branchie est colorée et montée au baume
du Canada, ce qui est souvent nécessaire aussi pour le reste du corps. De
toutes façons les préparations sont permanentes et beaucoup plus faciles
à réutiliser que les animaux en tubes.
La coloration in tolo prend mal; elle est inutile de toutes façons puisqu’il
faut monter tout de même la branchie séparément et le plus possible à plat.
C’est par une série d’essais sur des Ascidies communes que nous avons
déterminé les colorants à employer. La coloration rouge est de beaucoup
la plus visible pour les tissus aussi fins que les branchies. Elle doit être
précise. H. de Lacaze-Duthiers employait le carmin. Nous l'avons essayé :
le carmin acétique ne donne pas une coloration très intense, mais il ne pro¬
voque aucune contraction tissulaire. Nous ne l’avons pourtant pas retenu.
Nous avons préféré une solution d’hématéine dans l’alun de potasse, addi¬
tionnée d’un peu d’acide acétique. Cet hémalun acide a l’avantage de
colorer le cytoplasme en rose et les noyaux en rouge très foncé. Les images
branchiales deviennent alors très précises sous le microscope et il est possible
de voir la différence entre la lame fondamentale, l’épithélium cilié des stig¬
mates, les vaisseaux sanguins, les points bourgeonnants, etc. Malheureu¬
sement les contractions sont souvent difficiles à éviter, surtout pour les
espèces dont la branchie est riche en fibrilles musculaires. Le montage au
baume du Canada doit être effectué sans passage des tissus dans le toluène
qui provoque des contractions importantes. Ce liquide est avantageusement
remplacé par l’alcool butylique. La même coloration appliquée au reste du
corps colore peu le manteau, intensément le tube digestif et les gonades.
Les conduits génitaux, invisibles avant le traitement, apparaissent nettement.
b ) Histologie.
Les animaux ont été inclus en entier, ou simplement débarrassés de
leur tunique, chargée parfois de particules siliceuses. La taille réduite de
ces Ascidies facilite la sériation des coupes, indispensable pour une recons¬
titution totale. L’orientation est réalisée grâce à une double inclusion
gélose-paraffine selon la méthode de Chatton. Les colorations employées
sont celles de topographie normale, trichromiques. L’hématoxyline ferrique-
éosine-vert lumière de Prenant donne d’excellents résultats, mais cette
technique est longue et nécessite des différenciations. Nous lui avons préféré
un procédé plus rapide : l’Hemalun-picro-indigo-carmin de Masson. En
principe, le picro-indigo-carmin devrait différencier l’imprégnation à
l’hémalun et diminuer la précision de la coloration nucléaire. En réalité,
l'addition d’acide acétique dans l'hémalun le fixe et il n’y a aucune décolo¬
ration par le traitement ultérieur. Les préparations effectuées depuis plu¬
sieurs années n’ont subi ancune décoloration. On obtient ainsi le cytoplasme
rose, les noyaux violets, les nucléoles noirs, les muscles et les lipides verts,
les mucus bleus. Les limites des organes sont donc très nettes. De plus, la
Source : MNHN, Paris
10
SANÇOISE MONNIOT
coloration dure en tout 10 minutes. Les coupes ont été effectuées à 5 n
d’épaisseur.
L’examen des coupes sériées permet d’étudier la disposition de tous les
tissus, sauf lorsque la branchie, trop plissée et trop ajourée, ne peut pas
être reconstituée. C’est ce qui a rendu la dissection absolument nécessaire
dans tous les cas, même pour de très petites formes, les jeunes par exemple.
5) Les élevages.
L'élevage a été tenté et partiellement réussi pour les Slyelidae et les
Pyuridae, en eau courante, dans une faible épaisseur de sédiment (5 cm).
Un courant d’eau assez violent est nécessaire, d’une part pour rendre le
sable meuble et éviter le tassement dû aux vibrations, d’autre part pour
limiter l’extension des bactéries anaérobies. Nous reverrons les problèmes
d’élevage dans un chapitre ultérieur.
6) Elude physicochimique du milieu.
Elle fera l’objet d’un chapitre spécial.
Source : MNHN, Paris
Chapitre Premier
SYSTÉMATIQUE DES ASCIDIES INTERSTITIELLES
Nous emploierons, pour la partie systématique de ce travail, la clas¬
sification actuelle, adoptée dans le traité de zoologie de Grasse. Selon cette
classification, admise par tous les spécialistes, la classe des Ascidiacea se
divise en trois ordres : les Aplousobranchiata, représentés exclusivement
par des Ascidies composées et dont nous ne nous occuperons pas ici, les
Phlebobranchiala (familles des Diazonidae, Cionidae, Perophoridae, Asci-
diidae, Corellidae, Agnesiidae, Hypobythiidae), et les Slolidobranchiata
(Botryllidae, Styelidae, Pyuridae, Molgulidae).
Les deux ordres d’Ascidies simples Slolidobranchiata et Phlebobran¬
chiala ont des représentants interstitiels dont nous donnerons les caracté¬
ristiques. Cette coupure systématique correspond à deux types d’adap¬
tation, en fait bien différents.
I. — ORDRE DES STOLIDOBRANCH1ATA
A. — Famille des styelidae
1° Psammostyela delamarei Weinstein 1961 (fig. I et 1).
Il s’agit de la première forme découverte (1). Cette petite Styelidae
interstitielle est représentée en assez grande abondance dans les graviers
de la « Côte Vermeille » : Argelès, Cap Oullestreil, Elmes, Banyuls, Troc,
Cap d’Abeille et Cap Rederis. Elle a été retrouvée ensuite par II. Massé
à Marseille. Cette forme, qui nous avait paru tout à fait originale et excep¬
tionnelle, a donc une répartition étendue en Méditerranée occidentale.
De plus, nous avons trouvé trois exemplaires d’une petite forme tout à
fait semblable dans le fjord de Bergen en Norvège. Ces exemplaires présen¬
taient tous les caractères de Psammostyela delamarei, mais ils étaient en
très mauvais état. Nous les attribuons provisoirement à la même espèce.
L’espèce, ou tout au moins le genre, aurait donc une répartition relativement
large.
Nous rappellerons, en premier lieu, les caractères anatomiques de
cette espèce, puis nous essaierons de donner un aperçu du développement
et du cycle biologique; nous parlerons ensuite du mode de vie et de l’écologie.
Enfin, nous tenterons, par une comparaison avec d’autres Styelidae psammi-
coles, de situer le genre dans la famille des Styelidae.
(1) Weinstein (F.), 1961. — Psammostyela delamarei n.g., n. sp., Ascidie intersti¬
tielle des sables à Amphioxus. C.lt. Acad. Sri.. 252 (1843-18-14). — Monniot (F.), 1962. —
Recherches sur les graviers à Anwhioxus de la région de Banvuls-sur-Mer. Vie et Milieu,
13, 2, (296-301). 6
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. XXXV 2
Source : MNHN, Paris
12
FRANÇOISE MONNIOT
Psammoslyela delamarei mesure 2 à 3 mm. Son corps ovoïde possède
des siphons opposés coniques. Il est protégé par une tunique assez mince,
lisse mais peu transparente. Souple, elle peut se plisser et suivre tous les
mouvements du manteau auquel elle adhère étroitement. Ce caractère
est très important et explique les possibilités de mouvements de cette
petite espèce. Il ne s’agit pas d’un caractère spécifique, ni même générique,
on le retrouve chez les Pyuridae interstitielles (g. Helerostigma), mais nous
le signalons en raison de son importance. La tunique porte généralement
un seul rhizoïde fixé ou non à un gravier (lig. 1), et dont le rôle n’a pas pu
être défini. S’il est cassé ou arraché, il n’est pas régénéré.
Les caractères internes ne sont pas aussi originaux que l’on aurait
pu le supposer pour un animal aussi adapté. Ils sont, en effet, très carac¬
téristiques de la famille des Slyelidae à laquelle appartient notre espèce.
Chaque organe est un peu adapté et c’est l’addition de toutes ces modi¬
fications de faible importance qui aboutit à faire de cet animal une forme
vraiment interstitielle (fig. 1).
Le manteau est épais. 11 contient de nombreuses granulations de
ptérines. Dans son épaisseur sont placées deux couches de fibres musculaires
bien individualisées et continues. La couche externe se compose de fibres
circulaires disposées en sphincter au niveau des siphons, et dont les anneaux
successifs recouvrent tout le corps d’un siphon à l’autre. La couche interne
est formée de fibres longitudinales partant des siphons. Du côté ventral
ces fibres ont une longueur égale aux deux tiers de la longueur du corps'
Latéralement elles partent des deux siphons, s’entrecroisent et dorsalement
les fibres ne sont pas interrompues d’un siphon à l’autre.
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
13
Les tentacules coronaux simples, arqués, sont isodiamétriqués, leur
extrémité est arrondie. Leur nombre varie de 12 à 18; il peut y en avoir
de deux ou trois ordres. Un mince vélum s’étend à leur base.
Il existe aussi un vélum atrial, plus large que le vélum cloacal. Il
porte à sa base, de façon irrégulière, quelques tentacules atriaux, allongés,
simples. Parfois deux de ces tentacules partent du même point, ce qui
donne l’impression de tentacules bifurqués (lig. 1).
Le raphé est droit, entier, élevé, surtout à proximité de l’œsophage.
Le tubercule vibratile est petit, arrondi, ou ovale, fermé en bouton ou ouvert
en C sur le côté gauche.
La branchie est très simple, typique de la famille des Stijelidae. La
lame fondamentale est percée de stigmates droits, quadrangulaires, assez
courts, régulièrement disposés. Des sinus longitudinaux la parcourent depuis
le sillon péricoronal jusqu’à l’entrée de l’œsophage où ils se resserrent.
Ils sont munis d’une lame membraneuse peu élevée. Ces sinus se groupent
en deux plis de chaque côté de la branchie, séparés par un sinus isolé. On
a généralement à partir du raphé un groupe de quatre à six sinus resserés
en plis, puis un sinus isolé (exceptionnellement deux chez les animaux de
très grande taille), à nouveau un pli de trois ou quatre sinus, un sinus isolé
et l’endostyle. Ceci correspond à la disposition classique à quatre plis des
Slyelidae.
Il existe des sinus transverses de premier ordre, assez larges, qui séparent
nettement les rangées de stigmates. Des sinus transverses de deuxième
ordre sont surtout localisés dans la partie la plus antérieure de la branchie
près du sillon péricoronal.
La branchie de Psammoslijela delamarei a une taille importante par
rapport au volume général de l’Ascidie. Nous avons observé que pour des
animaux fixés, en extension totale, comme pour la plupart des Slyelidae,
la branchie n’est pas étendue comme cela se produit normalement chez
d’autres familles d’Ascidies : les plis sont saillants à l’intérieur du sac bran¬
chial. Sous le sillon péricoronal se forme un pli transversal qui s'enfonce,
lui aussi, dans la cavité respiratoire. La fixation accentue le phénomène.
Il est donc extrêmement difficile d’obtenir des préparations planes et claires.
Le tissu branchial est assez épais et contient de très nombreux noyaux,
ce qui opacifie encore les images. Nous étudierons plus loin comment se
développe la branchie chez le jeune.
Le tube digestif se compose d’un œsophage large mais court, d'un
estomac peu plissé muni d’un cæcum pylorique externe bien individualisé,
placé au tiers postérieur de l’estomac. Celui-ci est entièrement situé sous
la branchie dont le fond s’aplatit à son contact. L’intestin remonte à
gauche du corps en une courte boucle fermée puisque le rectum passe sous
l’estomac. L’anus est simple (fig. 1).
Les polycarpes arrondis, hermaphrodites, sont petits et nombreux
pour la taille générale de l'animal et semblables à ceux que l’on trouve
chez les espèces du genre Polycarpa. Ils sont munis d’un très court oviducte
dirigé vers le siphon cloacal. La partie mâle est externe, située entre le
manteau et la partie femelle. Les polycarpes sont disposés sans ordre sur
la surface du manteau (fig. 1). Les endocarpes sont peu nombreux, globu¬
leux mais non pédiculés. Ils sont dispersés entre les gonades. Les inter¬
valles entre les polycarpes et les endocarpes sont occupés par des œufs
en cours de maturation ou des têtards.
Source : MNHN, Paris
14
FRANÇOISE MONNIOT
2° Polycarpa pentarhiza, n. sp. (fig. 2 et 3).
Cette petite Slyelidae a été récoltée à la drague dans les sables grossiers
littoraux de Banyuls-sur-Mer, à faible profondeur (Troc 20 mètres, Elmes
7 mètres). Les stations sont celles où l’on a trouvé les deux espèces intersti¬
tielles : Psammostyela delamarei Weinstein et Heterosligma fagei C. et
F. Monniot. Au cours de différents dragages, nous avons obtenu cinq
exemplaires adultes de cette nouvelle espèce. L’habitus ne correspond pas
à celui des espèces interstitielles récoltées dans les mêmes stations : tous
les animaux étaient couverts d’un revêtement continu de fins graviers
de dimensions sensiblement égales. Les mesures que nous allons donner
comprennent les siphons étendus, mais non les rhizoïdes. Nous obtenons
ainsi : 3,8 mm; 4 mm; 5 mm; 5,6 mm; (8,6 mm). (La dernière mesure est
donnée à titre indicatif mais l’échantillon avait subi une dilatation énorme
de la tunique après fixation.)
Fig. 2. — Polycarpa pentarhiza n. sp. : A, face interne du manteau; n hahi».,.
C, tentacules atriaux. ’ ' aUltus :
Vivant, l’animal a un corps à peu près sphérique. La face dorsal
légèrement plus aplatie est assez étendue entre les siphons. Les axes d^
ceux-ci délimitent un angle de 90° environ. La face ventrale porte une cou¬
ronne de cinq rhizoïdes ramifiés (fig. 2, B). Très épais à leur base, ces pro ~
longements diminuent progressivement de diamètre vers leur extrémif"
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
15
Ils peuvent atteindre trois à quatre fois la longueur du corps de l’Ascidie.
Leur extrémité peut être libre ou fixée à un grain de sable, mais des parti¬
cules minérales sont le plus souvent attachées en plusieurs points du parcours
des rhizoïdes. Ces prolongements n’ont d’ailleurs pas un diamètre régulier
mais s’épaississent en sortes de nœuds qui correspondent souvent à un point
d'attache sur un gravier. Le chevelu de rhizoïdes, dans son ensemble, est
extrêmement souple.
Les siphons sont susceptibles d’une extension considérable. Le siphon
buccal, quadri-lobé, est aussi long que le reste du corps. Le siphon cloacal,
quadri-lobé également, est nettement plus court. Les muscles qui consti¬
tuent les sphincters de ces siphons sont doublés d’une musculature longi¬
tudinale importante qui se prolonge sur la face dorsale. Au moment de
la contraction on observe non seulement une invagination des siphons dans
le corps, mais aussi un raccourcissement important de l’espace intersiphonal.
Ainsi, pour des animaux contractés au moment de la fixation, les siphons
sont presque contigus.
La tunique présente sur le vivant une coloration grisâtre uniforme
sauf aux ouvertures buccale et cloacale, d’un rouge orangé pâle. Cette
tunique très résistante, d'épaisseur irrégulière, prolifère autour de chaque
petit gravier fixé à sa surface et assure ainsi une fixation solide du revê¬
tement sableux.
Le manteau, très épais, musclé sur toute sa surface, adhère étroitement
à la tunique. Aucun organe n’est visible par transparence.
Les tentacules bien développés sont insérés à la base d’un vélum court.
Simples, arqués, inégaux, on en compte 16, de trois ordres. Entre eux,
prennent place irrégulièrement de petits boutons intermédiaires. La cou¬
ronne tentaculaire s’insère tout à fait à la base du siphon buccal. Le sillon
péricoronal en est très proche.
Polgcarpa penlarhiza possède un vélum atrial très important qui ferme
le siphon cloacal. Il porte un cercle continu de tentacules très développés,
en nombre variable, simples du côté dorsal et du côté ventral, terminés en
boutons, mais très ramifiés à droite et à gauche (fig. 2, C). Chez quelques
individus, ces ramifications prennent un si grand développement qu'elles
peuvent se substituer aux tentacules simples qui occupent le plus fréquem¬
ment les deux pôles : dorsal et ventral. Ces tentacules atriaux existent
aussi chez d’autres espèces du genre Polgcarpa, mais prennent une impor¬
tance accrue chez une espèce d'aussi petite taille.
Le tubercule vibratile se distingue facilement. Grand, élevé, circulaire,
il s’ouvre à gauche. Le sillon péricoronal forme un V peu accentué.
Le raphé est constitué d’une lame épaisse, à bord lisse, d’abord ondulée
près du tubercule vibratile, puis droite. Cette lame s’élève progressivement
vers l’entrée de l’œsophage.
L’endostyle est large, élevé, sinueux.
Comme tous les organes de Polgcarpa penlarhiza, la branchic est formée
d’un tissu épais. Elle porte de chaque côté quatre plis. En réalité deux de
ces plis sont bien marqués, les deux autres plus minces ne sont formés que
de sinus longitudinaux rapprochés. Ceci n’est pas très visible sur une branchie
qui n'a pas été colorée, mais devient très net, surtout chez les individus
les plus jeunes, sur une préparation (fig. 3).
Les stigmates sont droits. Ils percent régulièrement la lame fondamen¬
tale jusqu'à la base du raphé.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
17
La branchie se développe encore beaucoup après la maturité sexuelle;
ce phénomène a été observé chez toutes les petites Ascidies libres psammi-
coles. Il existe, entre les plis, des sinus longitudinaux intermédiaires. Ils
ne sont pas tous complets (fig. 3). Beaucoup s’arrêtent avant d’atteindre
l’entrée de l’œsophage. Ceci est valable aussi bien pour les sinus placés
entre les plis que pour ceux qui constituent les plis.
Nous donnerons deux exemples de formules branchiales.
G-R - 0- 7- 0-
D - R -0-8-0-
7
G-R-0-6-1 -
D - R - 0 - 8 1
7
3
2 -
1
4
3 -
2
1
3
2 -
1
4
3 -
2
1
1
1
- 6 - 1 - 4
0
1 - E
0
1 - E
0
Cette disposition pourrait faire penser à un stade extrêmement âgé
de Psanimoslyela delamarei. Le premier examen des branchies de Polycarpa
pentarhiza nous avait fait supposer qu’il pouvait exister deux générations
de Psammoslyela, dont l’une aurait une durée de vie accrue. La branchie
aurait plus de temps pour se développer, le stade final comprendrait de
plus nombreux sinus longitudinaux. La branchie d'un jeune individu de
Polycarpa pentarhiza (deux observations) est tout à fait comparable à la
branchie d’un adulte âgé de Psammoslyela. Mais la disposition très claire
des sinus et l’absence de papilles chez cette dernière peut difficilement
faire admettre une évolution ultérieure.
Nous reprendrons une discussion plus poussée à ce sujet après la des¬
cription de notre nouvelle espèce.
Le tube digestif de Polycarpa pentarhiza est entièrement localisé au
niveau de la région postérieure de la branchie. Il débute par un œsophage
long, très large. L’estomac plissé (environ 16 plis) possède un cæcum pylo-
rique net, arqué en virgule, placé à la limite de l’estomac et de l’intestin
sur la face externe. Le tube digestif est situé à gauche de la branchie, mais
seulement pour la partie intestinale. L’estomac se place sous la branchie.
L’intestin se replie en boucle très fermée, peu élevée, et se courbe sous l’entrée
de l’œsophage pour remonter à angle droit vers le siphon cloacal. L’anus
en corolle est bordé de lobules arrondis (fig. 2, A). Un mésentère important
relie les deux côtés de la boucle intestinale.
Les gonades constituent de chaque côté du corps trois ou quatre rangées
longitudinales de polycarpes hermaphrodites arrondis; chaque polycarpe
comprend une partie centrale femelle sur laquelle sont appliqués des lobules
testiculaires. Il y a un oviducte et un spermiducte courts par gonade.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOISE MONNIOT
dirigés vers le siphon cloacal (fig. 2, A). Des endocarpes arrondis s’inter¬
calent entre les rangées de polycarpes. Ils restent de petite taille.
Les œufs, puis les têtards, sont incubés contre la branchie dans la
cavité atriale, mais se trouvent souvent accumulés sous l’estomac et dans
les replis du mésentère entre, le tube digestif et le manteau.
Cette espèce, Polycarpa pentarhiza a été retrouvée à RoscofT par
J.P. L’Hardy à la station de Bloscon. Nous l’y avons récoltée également
ainsi que dans les sables voisins de Men Guen Braz et à Tercnez. L’habitus
pour les individus de la Manche est exactement semblable à celui de Médi¬
terranée. La taille moyenne est de 4 mm. La tunique porte également
5 rhizoïdes chez l'adulte, I à 5 chez le jeune, mais l’un d'entre eux est toujours
nettement plus gros, les siphons sont également colorés en rouge.
Les tentacules buccaux, le tubercule vibratile, les tentacules atriaux
sont exactement, semblables pour les individus de la Manche et de la Médi¬
terranée. Aucune différence ne peut être mise en évidence en ce qui concerne
le tube digestif. Les formules branchiales sont les mêmes dans les deux cas
ainsi que la disposition des gonades. Le développement du mésentère
si caractéristique, chez les individus de Banyuls est, là aussi, de même impor¬
tance. Il n’y a donc aucun doute sur l’identité des formes des deux régions.
Affinités et discussion.
Comparons maintenant cette nouvelle espèce, Polycarpa pentarhiza
avec Psammostyela delamarei.
Nous avons vu plus haut à propos de la structure branchiale, qu’il
était raisonnable de se demander si Polycarpa pentarhiza ne serait pas un
stade plus évolué, plus âgé, de Psammostyela delamarei. Nous nous sommes
très longuement posé la question. Pour y répondre, nous avons essayé
d’élever les deux espèces dans les mêmes conditions. Malheureusement nous
n'avons eu à notre disposition que deux jeunes « présumés » de Polycarpa
et quelques adultes. La mortalité a été trop rapide pour que nous puissions
faire des observations valables. Nous avons cependant assisté à la ponte
de Polycarpa pentarhiza. Les têtards ne nagent pas, mais s’agitent quelques
secondes en réponse aux excitations externes. Ils se sont fixés presque
immédiatement aux grains de sable et au fond des coupelles. La forme du
têtard, sa taille, les premiers stades de développement sont tout à fait
comparables à ceux de Psammostyela, mais tous les individus sont morts
dans un délai de trois jours et nous n’avons pu suivre leur développement
Les jeunes Psammostyela élevées de la même façon, se développent
normalement. Nous avons gardé un élevage pendant deux mois avec de
jeunes Ascidies en bon état.
Ne réussissant pas à obtenir un développement correct de notre espèce
de Polycarpa en partant des têtards, nous pensions obtenir parmi les jeunes
individus obtenus à la drague, un pourcentage de Psammostyela, mais aussi
quelques formes susceptibles de se développer en Polycarpa.
Cette hypothèse pouvait se justifier : nous récoltions en très grand
nombre de très jeunes Styelidae à siphons opposés tout à fait semblables à
ceux provenant d’une ponte de Psammostyela. Les exemplaires des deux
espèces âgés de quelques jours, obtenus par élevage, ne pouvant être diffé¬
renciés, les adultes habitant le même gravier, nous espérions trouver deux
types d’adultes en élevant tous les jeunes triés par la méthode habituelle
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
19
Malheureusement il n’en a jamais rien été. Tous les jeunes ont donné des
Psammostyela typiques, dans la mesure où ils survivaient. Une réserve
reste à faire : les gonades n’apparaissent chez les Psammostyela que l’année
suivant la ponte. Les adultes existent pendant une courte période seulement,
et ce sont les jeunes qui représentent la plus grande partie du cycle annuel.
Nous n'avons jamais réussi à garder un même élevage pendant un an.
Mais nous avons récolté au printemps des jeunes qui sont devenus adultes.
(Nous avons trouvé par dragage, deux jeunes Ascidies qui pourraient
appartenir à l’espèce Polycarpa pentarhiza. Elles possédaient déjà la
morphologie externe de l’adulte. Nous avons préféré les fixer immédiatement.)
Nous pouvons donc adopter deux solutions : ou considérer que cette
« Polycarpa » n’est en réalité qu’une Psammostyela très âgée et exception¬
nellement développée (une sorte de monstre), ou admettre une nouvelle
espèce. On considère généralement qu’il ne peut y avoir dans la même station
géographique, et dans le même milieu, deux espèces de morphologie et de
biologie voisines qui occupent une position systématique proche. Mais cette
considération générale est tout à fait empirique. C’est elle qui nous a influencée
dans nos réserves et amenée à cette discussion.
Nous nous sommes décidée à créer une nouvelle espèce et nous allons
maintenant en exposer les raisons. Parlons d’abord des différences morpho¬
logiques. En présence d'un adulte de chaque espèce, il est impossible de
les confondre. Rappelons qu’à première vue on peut très bien prendre une
Heterosligma fagei (Pyuridac) pour une Psammostyela (Styelidae ). Nous
n’avons jamais trouvé d’intermédiaire entre Psammostyela delamarei et
Polycarpa pentarhiza. Avant de disséquer un exemplaire on sait déjà à quelle
espèce l’on a à faire.
Les différences de morphologie externe sont les suivantes : les siphons
ne sont pas opposés dans notre nouvelle espèce : la tunique est entièrement
couverte de sable. Les rhizoïdes sont ramifiés dès leur base et beaucoup plus
nombreux. A ces caractères purement morphologiques sont liés des carac¬
tères biologiques. Nous avons vu les possibilités de mouvement exception¬
nelles de Psammostyela (1). Pour les exemplaires de Polycarpa nous n’avons
jamais rien observé de comparable. Les siphons sont rétractiles ce qui pro¬
voque un certain déplacement des animaux dans le sable, puisque les siphons
ont un volume important par rapport au corps. Mais les mouvements ont
une amplitude très faible par rapport à ceux de Psammostyela et ils ne sont
ni orientés, ni rythmiques. Leur efficacité (en élevage) est nulle.
Pour la morphologie interne, les différences sont aussi marquées. La
disposition des sinus diffère dans les deux espèces, mais le caractère important
est à notre avis la présence de sinus longitudinaux incomplets, qui existent
toujours chez Polycarpa pentarhiza, jamais chez Psammostyela.
On ne voit pas comment cette dernière pourrait, elle, acquérir brus¬
quement des sinus supplémentaires.
Les caractères branchiaux sont extrêmement importants du point de
vue systématique, depuis les plus grandes coupures à l’échelon de l’ordre
jusqu’aux différences spécifiques. Il est donc absolument nécessaire d'in¬
sister sur les différences branchiales de nos deux espèces.
(1) Monniot (C. et F.), 1961. — Hecherches sur les Ascidies interstitielles des
gravelles à Amphioxus (2° note).
Vie et Milieu, 12. fasc. 2. (269-2S3).
Source : MNHN, Paris
20
FRANÇOISE MONNIOT
Le tube digestif, semblable chez presque toutes les Styelidae, présente
de faibles différences dans nos deux espèces, l’anus, lobé chez Polycarpa,
est lisse chez Psammoslyela.
En ce qui concerne les gonades, la disposition est différente dans les
deux formes. L’incubation des têtards ne se fait pas de la même façon.
Enfin un dernier caractère éloigne encore les deux espèces, la présence
de tentacules atriaux, ramifiés, très développés chez Polycarpa, alors qu’ils
sont simples chez Psammoslyela.
Si l'on considère la liste de toutes les différences, nous croyons que
l’on ne peut mettre en doute l'existence de deux espèces distinctes, surtout
lorsque les caractères essentiels sur lesquels est basée la systématique,
c’est-à-dire la branchie et les sinus longitudinaux, sont aussi éloignés pour
les deux formes.
La place de notre nouvelle espèce dans le genre Polycarpa était alors
normale : elle se rapproche plus, par tous ses caractères, des très nombreuses
espèces du genre Polycarpa que de Psammoslyela delamarei. Le genre Poly¬
carpa contient actuellement une très grande quantité d’espèces et devrait
être divisé. Notre nouvelle espèce représenterait alors un intermédiaire
certain dans la lignée évolutive allant du genre Psammoslyela aux grosses
Polycarpa typiques.
Comparons maintenant Polycarpa penlarhiza à une autre espèce Poly¬
carpa arnbackae qui ne vit plus dans la même région cette fois, mais dans
un milieu tout à fait semblable.
Nous donnerons d’abord un bref résumé de la description de cette
espèce (1).
3° Polycarpa arnbackae F. Monniot 1964, (2) (PI. II).
Cette Styelidae vit dans les sables coquilliers proches de la station
marine de Krislineberg, à l’entrée du Gullmar fjord (côte ouest de Suède)
Les populations qu’elle constitue là sont importantes mais très localisées
Le corps est globuleux, toujours couvert de graviers ou de débris coquill
liers. II mesure au maximum 5 mm. La tunique porte de courts rhizoïdes
sur toute sa surface et quatre ou cinq longs prolongements ramifiés sur
la face ventrale. Les siphons éloignés l'un de l’autre forment un angle de 90°
environ. Leurs ouvertures à quatre lobes sont légèrement colorées en rou«e
à l’état vivant.
Le manteau épais n’a pas de caractères particuliers.
Les tentacules coronaux simples sont nombreux (32 environ). Ils
sont tous assez longs mais de deux ordres, sauf dans la région dorsale où
ils gardent la même longueur. Us sont insérés à la base d’un vélum mince
et découpé. Au-dessus du vélum, dans le siphon buccal, s’étend une zone
triangulaire dorsale hérissée de papilles molles dont l'extrémité est arrondie
Il existe à la base du siphon cloacal, un vélum atrial étroit bordé dé
quelques tentacules atriaux simples, arrondis à leur extrémité.
il) Monniot (F.). 1964. — Polycarpa arnbackae
des sables coquilliers de la côte ouest de Suède.
Cahiers de Biologie marine. 5, (27-31).
n. sp„ Styelidae Interstitielle
i2) Conformément à l'article 27 du Code de Numencla
l'orthographe de Polycarpa ârbâckae Monniot F. 1964 en
dure nous devi
Polycarpa arn
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
21
Le tubercule vibralile, ouvert en G sur la gauche, surmonte un raphé
entier, dont la hauteur croît vers l’œsophage.
La branchie porle quatre plis bien formés, séparés les uns des autres
par un sinus longitudinal. Les sinus longitudinaux atteignent tous l'œso¬
phage. La lame fondamentale est plane entre les plis mais, sous ceux-ci.
elle est resserrée par le développement de sinus transverses très importants.
Les stigmates, droits à l’origine, se trouvent alors courbés par une compres¬
sion et une soudure des tissus sous les sinus transverses de premier ordre.
Entre ces sinus, sur la face externe de la branchie, le pli reste creux. 11 se
forme donc des sortes d’entonnoirs que nous avons appelés « pseudo infun-
dibula ». Ce terme rappelle l’aspect des branchies de Pyuridae. Cette structure
est constante dans tous les exemplaires de Polycarpa arnbackae.
Le tube digestif a un aspect banal. L’œsophage large est allongé; il
débouche dans un estomac plissé (16 à 18 plis longitudinaux) qui se prolonge
sans séparation nette par une boucle intestinale fermée. II existe un cæcum
pylorique sur la face externe de l’estomac. L’intestin est parcouru d'un
sillon marqué sur sa face interne. L'anus est divisé en lobes arrondis.
Les gonades sont nombreuses. Il s’agit ici de polycarpes hermaphrodit es,
ovales, disposés sans ordre des deux côtés du manteau. La partie femelle
est centrale. Des lobules mâles périphériques s’y superposent et leurs canaux
spermatiques sont visibles sur la face interne des polycarpes. Nous n’avons
pu mettre en évidence de papilles où déboucheraient les spermiductes.
Les oviductes très courts sont généralement tournés vers le siphon cloacal.
mais cette disposition est beaucoup moins nette et bien moins constante
que chez P. pentarhiza, n. sp.
Les endocarpes en forme de feuilles aplaties sont disposés sans ordre
dans les espaces laissés libres par les polycarpes.
4° Comparaison avec P. pentarhiza n. sp.
Les caractères appartenant à P. arnbackae que nous venons de rappeler
montrent à quel point cette espèce se rapproche de P. pentarhiza. Le mode
de vie des deux espèces est tout à fait semblable : le sable coquillier suédois
du Gullmar fjord est tout à fait équivalent au Fin gravier de Banyuls quant
à sa granulométrie, sa mobilité, son tassement. Les deux sédiments sont
rassemblés dans des passes parcourues par de forts courants. Cette similitude
de milieux est d’ailleurs prouvée, par l’identité de la microfaune pour tous
les phylums. Les mêmes espèces caractéristiques y sont présentes. Nous
reprendrons ce point dans un autre chapitre.
Polycarpa arnbackae a une taille moyenne légèrement inférieure à
celle de P. pentarhiza; les rhizoïdes sont comparables, bien que leurs rami¬
fications partent moins près du corps chez P. arnbackae. L'aspect externe
ne peut en aucun cas être un caractère distinctif suffisant entre les deux
espèces.
La morphologie interne diffère au contraire pour tous les organes
malgré les traits communs. On admet, au premier coup d’œil, les deux formes
dans un genre commun, tout au moins tel qu’il est défini actuellement.
Mais il ne peut être question d'en faire une seule espèce.
Les tentacules sont plus fins, plus réguliers et plus nombreux chez
P. arnbackae. P. pentarhiza ne possède pas de papilles dans le siphon buccal.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOISE MONNIOT
Quant au vélum buccal, déchiqueté chez la première espèce, il est entier
chez l’autre. Le siphon cloacal se présente différemment, aussi, dans les
deux cas, puisqu’il porte, pour l’un des tentacules simples, pour l'autre
des tentacules atriaux ramifiés.
La branchie. essentielle pour la systématique, montre un aspect diffé¬
rent chez nos deux Polycarpa. Pour P. penlarhiza, nous avons deux vrais
plis et deux plis incomplets; les sinus longitudinaux n’atteignent pas tous
l'entrée de l’œsophage. Chez P. arnbackae les quatre plis sont bien formés
régulièrement séparés par un sinus longitudinal isolé; la lame fondamentale
est resserrée en une série de « pseudo infundibula » sous chaque pli; les plis
eux-mêmes sont beaucoup plus élevés.
Les gonades, importantes aussi pour la détermination des espèces,
sont dans un cas disposées sans ordre, ovales, tandis que dans l’autre
elles forment des polycarpes sphériques, bien alignés en séries longitudinales!
Tous ces caractères concourent à faire, sans hésitation, deux espèces!
malgré la ressemblance externe qu’elles affectent. Cette similitude n’est
en fait qu’une convergence. Les individus jeunes des deux espèces se ressem¬
blent énormément, avec leurs siphons opposés, leur seul rhizoïde, la simpli¬
cité de leur branchie. Leurs mouvements sont comparables et beaucoup
plus amples et plus variés que ceux des adultes. Ces jeunes ressemblent
tout à fait à des adultes de Psammoslyela. Tout se passe comme si le déve¬
loppement était arrêté pour Psammoslyela, en quelque sorte fixé à une
certaine étape, tandis qu’il continuerait pour les autres. Cet arrêt corres¬
pondrait à une meilleure adaptation aux conditions de vie. Si l’on adopte
cette hypothèse, on devrait considérer que le genre Polycarpa est plus
évolué que le genre Psammoslyela. Mais n’est-il pas plus satisfaisant de
croire que le développement chez Psammoslyela est ralenti avec l’apparition
de la néoténie, caractère qui a toujours été considéré comme très évolué ?
Nous reprendrons cette question au chapitre de l’évolution.
B — Famille des Pyuridae
Toutes les Pyuridae qui ont été récoltées dans les sables grossiers
littoraux appartiennent au genre Heterosliyma. Ce genre avait été créé
en 1921 par Arnbâck-Christie-Linde pour l’espèce H. separ ( 1 ). Le même
auteur en 1928 (2) élargissait le genre pour y inclure une. espèce que Van
Name 1912 avait placée dans les Molyulidae sous le nom de Caesira sinyu-
laris. Pérès (3) en 1955 décrit une troisième espèce II. gravellophila très
proche de H. singularis. Mais c’est la présence d’une quatrième espèce
à Banyuls-sur-Mer qui nous a permis (4) de reprendre la diagnose originale
(1) XRNBXoK-CnmsTiE-I.rNDE (A.), 1924. A remarkable Pvurid Tunicate
Novaya Zemlya - Arkiv f r znologi.. 16. n" 15, (1-7). ' e Irom
(2) Arnbâck-Christie-Linde (A.), 1928. — Tunicata — 3 Molgulidae and Puuriri»
in Northern and arctic invertebrates in lhe collection ot the svredish State M ,
Kungl. Sa. Vel. Akad. Ilandlingar, 4. n” 9, (90-93). USeuni -
(3) PÉnfcs (J. M.). 1955. — Sur une Ascidie nouvelle récoltée dans la Rravelle
Castiglione Ulelerosligmti gravellophila n. sp.). Pull. SI. Aquicult. Peche CasligU 0 ^S
(î) Mon-niot (C.) et Monniot (F.), 1961. — Recherches sur les Ascidies inlepcii
tielles des gravcllcs à Amphinxus (2' note). Vie el Milieu, 12, 2, (269-283). 5U "
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
23
du genre Heterostigma pour y inclure H. fagei C. et F. Monniol, en créant
un nouveau genre pour les espèces de Pérès et Van Name. L'existence des
4 espèces montrait clairement la nécessité d’une division générique. Depuis,
l'apport de nouvelles especes du genre Heterostigma (toutes interstitielles)
est venu confirmer l'unité du genre.
1° Heterostigma fagei, C. et F. Monniot 1961 (4), (PI. I).
Nous ne donnerons ici que les caractères essentiels de la diagnose des
espèces du g. Heterostigma déjà décrit, ce qui nous permettra ensuite une
étude comparée de toutes les espèces de ce genre. Nous ajoutons quand cela
est possible des précisions nouvelles fournies par de plus amples récoltes.
L'animal, arrondi quand il est contracté, prend normalement une
forme de fuseau due aux siphons opposés, 4 lobés et couverts de spinules.
La tunique transparente, mais dont l'épaisseur peut être irrégulière, adhère
étroitement au manteau. Elle porte un rhizoïde ramifié ou non à son extré¬
mité, qui ne contient jamais de prolongement du manteau. Souvent cassé,
ce rhizoïde peut être double ou manquer totalement.
Les tentacules coronaux simples (16 environ) sont alternativement,
courts et longs. Il n'y a pas de tentacules atriaux.
Le raphé, lisse, peu élevé, part du tubercule vibratile en bouton, vers
l'oesophage en augmentant progressivement de hauteur.
La branchie comprend deux sortes de perforations : 7 à 8 protos¬
tigmates non recoupés et deux, au maximum trois rangs de spires non
recoupées, le plus postérieur restant moins développé. Il existe de chaque
côté six sinus longitudinaux dont les plus médians portent des papilles
dirigées vers le raphé. Ces papilles n’existent que chez l’espèce H. fagei
et sont toujours présentes chez les individus adultes (PI. I).
Le tube digestif ne comporte pas de caractères particuliers. Il décrit
une courbe régulière, fermée.
Il existe une seule gonade hermaphrodite à droite, de forme arrondie
qui comprend au centre un ovaire, et à la périphérie quelques lobules tes¬
ticulaires. La cavité incubatrice, présente chez tous les individus adultes,
contient un petit nombre de têtards.
Le développement branchial de cette espèce sera décrit dans le même
chapitre que celui de H. gonochorica n. sp.
2° Heterostigma reptans C. et F. Monniot 1963, (fig. 4 et 5).
Comme pour H. fagei, nous ne reproduirons ici la description de cette
espèce (1) que pour les points importants.
Les siphons quadrilobés, ne sont pas opposés mais font un angle de
120 degrés environ. Le corps porte zéro, un, deux ou trois rhizoïdes et quelques
papilles tunicales. L’aspect externe est très variable, le corps pouvant èlre
nu ou couvert de sable; l’animal mesure 2 à 3,5 mm au maximum. Le raphé
est lisse et élevé; sa hauteur croît régulièrement du tubercule vibratile à
l'œsophage.
(1) Monniot (0.) cl Monniot (F.). 1SH53. — Présence à Bergen el Roscolï de
Pyunaae Psammicoles du genre Helerosligma. Sarsia, 13, (51-57).
Source : MNHN, Paris
24
FRANÇOISE MONNIOT
Fio. 4. — llelerosligma replans : habilus.
La branchie possède 6 sinus longitudinaux élevés. Au-dessus des pro¬
tostigmates indivis (7 à 10) on trouve 3 rangées d’intundibula, dont la
spirale est souvent recoupée. Près du raphé, on distingue le début d’une
7 e rangée de spirales (ce qui n’existe jamais chez H. fageï) (fig. 5).
Les sinus longitudinaux ne portent jamais de papilles.
La gonade massive ovale est hermaphrodite, la partie femelle en occupe
le centre.
La cavité incubalrice généralement très développée contient un grand
nombre de têtards.
Le nombre d’exemplaires trop réduit ne nous a pas permis d’étudier
les jeunes.
3° Heterostigma separ Ârnbâck-Christie-Linde 1924 (1), (fig. g
PI. III).
Nous avons déjà signalé en 1963 à RoscolT, dans les sables coquilliers
de Bloscon, la présence d’une espèce du genre llelerosligma A. C. L. Nous
l’avons attribué à l’espèce H. separ, malgré l’éloignement géographique de
la station d’origine. Nous n’avons pu trouver de caractères permettant une
distinction suffisante. L’ensemble des traits morphologiques est le même
dans les deux localités. Nous nous en sommes assurée grâce à l’examen des
exemplaires récoltés par Arnbâck-Christie-Linde, communiqués par le
Riksmuseum de Stockholm.
Le corps est arrondi, couvert de graviers et de débris coquilliers qui ne
sont parfois que faiblement fixés à la tunique. La taille et l’aspect externe
sont semblables. En Nouvelle-Zemble il existe un rang de ^tentacules atriaux
serrés. Cette formation manque chez les individus de Roscoff, mais pour
certains d’entre eux il existe à la base du siphon un fin liséré, formé d’un
(1) Ârnback-Christie-Linde (A.), 1924. — A remarkablc Pyurid
N’ovaya Zcmlya. Arkiv for zoologi, 16, 15, (1-7).
Tunicate from
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
vélum très bas découpé en festons. Chez un exemplaire, les bords du feston
étaient développés en papilles. Nous ne pouvons donc considérer la présence
ou l’absence de tentacules atriaux comme un caractère spécifique. 11 s’agit
très certainement d’une variation géographique.
Fig. 5. — Hetcrostigma replans : demi-branchie gauche.
Le tubercule vibratilc est toujours petit, arrondi et placé à droite d'un
ganglion nerveux très allongé. Le raphé s’étend en une lame élevée, large à
sa base. L’endostyle droit ne présente aucun caractère particulier. Assez
court, il ne se recourbe pas sous la branchie.
Source : MNHN, Paris
2G
FRANÇOISE MONNIOT
La branehie (PI. III) (comme chez toutes les autres espèces du
g. Helerostigma), montre un aspect variable selon l’âge de l’Ascidie. La
mauvaise conservation et la fixation à l’alcool des exemplaires de Nouvelle-
Zemble ne nous ont pas permis un examen aussi minutieux que nous l’aurions
désiré. Cependant, nous avons pu constater que les exemplaires venant du
Ricksmuseum étaient semblables à ceux de Roscoff. Malgré les contractions
importantes dues à l’alcool, les ligures des infundibula sont plus proches
que celles obtenues sur des animaux récemment fixés que ne le feraient
croire les figures publiées par l’auteur suédois. Il y a toujours six sinus
longitudinaux, et sous ces sinus six rangées transversales (dans le cas général)
d’infundibula, au-dessus d’une dizaine de protostigmates. Ârnback-
Ciiristie-Linde signale dans sa description des spirales très aplaties et doute
même de la présence d’infundibula. Ceci est démenti par l'examen de l’animal.
Dans les exemplaires contractés les spires supérieures sont télescopées
tandis que les plus inférieures sont étirées, le nombre de sinus parastig-
matiques étant élevé.
Au niveau de chaque infundibula, la spirale primitive (qui reste entière
dans les infundibula incomplets du premier rang), se recoupe régulièrement
sous le sinus longitudinal, du côté ventral. Cette régularité représente à notre
avis un bon caractère spécifique.
Fio. 6. — Helerostigma separ : A, tube'digestif — face interne; B, gonade jeune-
C, gonade âgée.
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
27
Ce dessin est très net également dans les deux figures données par
Àrnbàck-Christie-Linde.
Le tube digestif est exactement semblable pour les animaux des deux
stations. 11 porte les mêmes papilles hépatiques, le rectum est marqué du
même pli sur son bord externe (fig. 6, A). La forme et la disposition de la
boucle intestinale sont identiques.
La gonade, par contre, diffère. Dans la description de Àrnbâck-
Christie-Linde, il y a un ovaire et deux faisceaux de lobules testiculaires.
Ayant à notre disposition de plus nombreux exemplaires, nous avons
remarqué une très grande variabilité de proportions entre la partie mâle
et la partie femelle suivant les individus. La gonade, dans son ensemble,
a presque toujours une forme de haricot, telle que la figure l’auteur suédois.
Mais le développement des lobules mâles, très accentué chez l'animal jeune
(fig. 6, B), est considérablement réduit chez une Ascidie âgée (fig. 6, C)
dont la cavité incubalrice est très développée. Le stade représenté pour
l’exemplaire de Nouvelle-Zemble peut très facilement s'intercaler dans la
série observée pour les exemplaires de Roscolï.
La disposition de l’oviducte et du spermiducte correspond exactement pour
les exemplaires de Roscoff à la description de Ârnback-Christie-Linde.
4° Heterostigma gonochorica n. sp., (fig. 7 à 10, PI. IV à VII).
— Description de l'espèce.
Cette petite Ascidie à siphons opposés vit dans le sable grossier à Fon-
dachello (côte Est de Sicile). Elle est localisée très précisément à la base du
talus de déferlement, à 5 mètres de profondeur environ, dans un milieu
constamment agité.
Ces Ascidies ont été récoltées d'une part en plongée en brassant le
gravier à la main, d’autre part en traînant une drague légère type •> Détritus
sledge » à la nage le long du rivage.
Nous avons pu obtenir de cette façon un très grand nombre d'individus
à tous les stades. La taille des individus possédant des gonades varie
de 0,90 mm pour les plus petits à 5,5 mm pour les plus grands.
Tous les caractères qui seront donnés dans la diagnose correspondent
à ceux des plus grands exemplaires. Nous avons remarqué, en eltet, que
les caractères branchiaux surtout, mais tous les autres organes aussi,
évoluent; la croissance continue bien après l’apparition des gonades.
L’habitus ressemble exactement à celui des autres espèces du genre
Helerostigma (PI. IV). Les siphons opposés sont couverts de spinules, ils
sont assez allongés et susceptibles de se rétracter entièrement. La tunique
mince et souple peut se couvrir de graviers grâce à des papilles, ou rester
lisse. Elle est incolore, transparente. Le rhizoïde ventral, long et fin, atteint
généralement le double de la longueur du corps. Son extrémité est fixée ou
non à un gravier, elle peut être ramifiée.
La tunique de cette espèce apparaît régulièrement ponctuée à un faible
grossissement. Un examen plus approfondi permet de distinguer un réseau très
régulier de vaisseaux tunicaux, qui possède des ampoules vasculaires très
développées. Ce sont ces ampoules vasculaires opaques très visibles dans la
tunique transparente qui produisent cette ponctuation (PI. IV). Ce réseau
vasculaire existe aussi dans les autres espèces du g. Heterostigma, mais il est
mémoires ou Muséum. — Zoologie, t. XXXV 3
Source : MNHN, Paris
28
FRANÇOISE MONNIOT
moins développé et moins régulier. Chez H. gonochorica, il est présent chez
les adultes et chez les jeunes.
Les deux siphons sont quadrilobés.
Le manteau épais et musclé, surtout au niveau des siphons, n’adhère
que très peu à la tunique. Il comprend des fibres musculaires régulièrement
disposées longitudinales et transversales (fig. 7, B) les muscles circulaires
(par rapport aux siphons) sont externes.
Les tentacules coronaux présentent une forme particulière (fig. 7, A).
Disposés sur un rang, ils sont de trois ordres, régulièrement alternés. Leur
extrémité libre se divise en deux parties ce qui donne aux tentacules (les
plus grands seulement) une forme de T.
Ce caractère pourrait avoir, à notre avis, de l’importance pour discuter
la place évolutive du genre Helerostigma dans les Pyuridae. Cette forme en T
est peut-être le début, ou au contraire, l’aboutissement d’une régression des
tentacules ramifiés qui sont la règle générale dans la famille.
Fig. 7. — Helerosligma gonochorica n. sp. : A, tentacules coronaux; B, race intérim
du manteau montrant les faisceaux musculaires, le tube digestif et la gonade nulle ; C. Konad'
femelle et cavité incubatrice; D, gonade mille — position par rapport à l’endostyle
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
2 ‘)
Le sillon péricoronal forme un V très profond dans la partie dorsale.
Le tubercule vibratilc, petit, apparaît en bouton peu élevé. La glande hypo-
neurale est très visible ainsi que le ganglion nerveux allongé (fig. 8).
Le raphé, entier, à bord lisse, s’élève progressivement depuis le tubercule
vibratile jusqu’à l'entrée de l’œsophage qui s’ouvre à sa droite. L’endoslyle
Fig. 8. — Helernsligmu gonoclwrica
du raphé et du tubercule vibratile.
sp. : détail de la branchic dans la région
Source : MNHN, Paris
30
FRANÇOISE MONNIOT
est droit, large. Assez court, il est loin d'atteindre l’œsophage. Sa longueur
est généralement égale à celle du raphé. La branchie se présente donc sous
forme de deux champs à peu près rectangulaires.
On y distingue six sinus longitudinaux, surmontés de lames élevées.
Sous ces formations sont centrées les rangées d’infundibula (fig. 8, fig. 9).
Mais il v a 7 rangs d’infundibula, même chez les sujets peu âgés. Le
rang apparaît de chaque côté du raphé entre le dernier sinus et celui-ci
Chez les individus très âgés, on reconnaît aussi de chaque côté de l’endostyle
un début de spiralisation des protostigmales les plus antérieurs (fig. 9).
Mais nous n'avons pas pu observer un 8 e rang d’infundibula.
Fio. 9. — Hc.terosligma gonochorica n. sp. : détail de la branchie au voisinage de
l’endostyle. (e. endostyle; l.m. lame membraneuse; r. rapbé: pr. protostigmate; s.l. sinus
longitudinal; s.lr. sinus transverse; si. spir. stigmate spiralé).
Sur la septième rangée d’infundibula, et de chaque côte de l’endostyle,
on peut découvrir des sinus longitudinaux irréguliers traversant toute là
série de protostigmates. Mais ils ne sont jamais surmontés d'une lame mem¬
braneuse (fig. 8). Les protostigmates (9 ou 10) restent indivis. Leurs extré¬
mités, surtout du côté du raphé, se terminent en crosse. Ils sont réguliè¬
rement séparés par un sinus transverse. Les infundibula, constitués d’un
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
31
seul stigmate montrent jusqu’à 7 tours de spire, selon l’âge. Le stigmate qui
les constitue est irrégulièrement recoupé dans les tours les plus externes.
L’ensemble de l'infundibula est parcouru de sinus radiaires d’ordre plus
élevé. Les sinus transverses entre les infundibula sont très irréguliers.
Le tube digestif forme une boucle fermée. L’œsophage long, hori¬
zontal, débouche dans un estomac semblable à ceux des autres Helerosligma.
L’intestin monte ensuite verticalement jusqu'à la 2 e ou 3 e rangée d’infun-
dibula, puis se replie sur lui-même. Cette 2 e partie de la boucle présente
un renflement en tonnelet. Le rectum forme alors un angle droit et croise
l’œsophage. L’anus est lisse à deux lèvres peu marquées (fig. 7, B).
Fio. 10. — llderosligma gonochurica n. sp. : dissection d’un individu femelle mons¬
trueux.
La face externe de l’estomac est le plus souvent dépourvue de papilles
hépatiques.
Les gonades ne sont pas hermaphrodites. On a réellement ici une espèce
gonochorique. Nous décrirons successivement les gonades des individus 3
et $. Nous donnerons dans une discussion ultérieure, les preuves de ce
gonochorisme.
La gonade 3 apparaît au stade jeune avec 3 lobules spermatiques
(fig. 31, 7). La gonade adulte a une forme générale de haricot. Elle est
composée de très nombreux lobules de structure uniforme. Ces lobules
débouchent à maturité dans de petits canaux spermatiques qui se réunissent
dans le hile du « haricot » en un spermiducte long, parallèle à l’endostyle,
qui débouche par une papille dans la cavité atriale, à la base de la branchie
(fig. 7, B et fig. 7, D).
La gonade des individus $ a une forme variable, généralement ovale;
elle peut être déformée selon l’importance prise par la cavité incubatrice.
Source : MNHN, Paris
Caractères comparatifs des espèces du genre HETEROSTIGMA
II. fagei
II. replans
II. gonochorica
H. separ
Taille max . . . .
2 mm
3,5 mm
5,5 mm
7 mm
Rhizoïde.
0 à 1
1 à 4
0 à 1
0 à 1
Siphons.
opposés
à 120°
opposés
à 90°
Tentacules . . . .
simples 2 ordres
simples 2 ou 3 ordres
en T et simples
simples 2 ordres
T.V.
petit rond
petit rond
petit rond
petit rond
Sinus longit.. . .
6 avec papilles
6 sans papilles
6 sans papilles
6 sans papilles
Protostigmates . .
5 à 6 rangs
10 rangs environ
10 rangs environ
5 à 12 rangs
Infundibula. . . .
6 rangs section ronde
7 rangs section carrée
7 rangs section ronde
8 rangs section ronde
Stigmate spiralé. .
3 tours non recoupés
4 tours non recoupés
7 à 8 tours irrégu¬
liers recoupés
5 à 8 tours réguliers
recoupés
Boucle intestinale.
fermée
ouverte
fermée
fermée
Papilles hépatiques
1 sorte
2 sortes
2 sortes
2 sortes
Rectum.
lisse
lisse
renllé aux 2/3
1 côte saillante
Anus.
entier
entier
bilobé
bilobé
Gonade.
.t ronde
g ovale
réniforme
0 arrondie
£ réniforme
Oviducte.
long
court
court
court
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
33
Située un peu plus haut que ne l'est le testicule chez les individus <J, elle
possède un oviducte de longueur variable parallèle à l’endostyle. La cavité
incubatrice a une paroi propre (fig. 7, C). Elle peut prendre des dimensions
considérables et envahir toute la partie droite du corps de l’Ascidie. Chez
un individu femelle, nous avons compté plus de 100 têtards. Les têtards
mesurent 250 p en moyenne, ils sont pourvus d’une queue droite de même
taille et d’un statocyste. Ils présentent déjà dans la cavité incubatrice une
tunique épaisse (PI. IV et PI. VI).
Nous signalons aussi la présence d’un monstre parmi tous les animaux
disséqués dont nous nous contentons de donner la (igure (fig. 10).
Avant de développer avec plus de détails le caractère exceptionnel
de ce gonochorisme chez une Ascidie simple, il nous semble nécessaire de
comparer les traits morphologiques des espèces contenues dans le genre
Helerostigma, puisque nous avons la chance de les avoir au complet. Ce
genre prend d’ailleurs une importance toute particulière puisque tous les
représentants connus à ce jour sont endopsammiques.
Nous avons récolté jusqu’à présent quatre espèces du genre Hele¬
rostigma : H. fagei, H. replans, H. gonochorica et H. separ. Nous pouvons
donc plus facilement préciser la valeur systématique de différents points
morphologiques. Nous attacherons une importance particulière à la struc¬
ture branchiale, à la forme et à la disposition des gonades. Le tube digestif
représente aussi un caractère important, mais il est en général, peu variable.
Nous donnons ci-contre, un tableau comparatif des caractères
morphologiques des espèces du g. Helerosligma. Nous ne faisons pas de
différences entre les deux populations de H. separ.
Ce tableau montre immédiatement l’homogénéité du genre Hele¬
rosligma (1). Nous pouvons en déduire une clef des espèces en nous basant
sur les caractères les plus nets :
— des papilles sur les sinus longitudinaux, au moins les plus
médians. H. fagei
— pas de papilles sur les sinus longitudinaux
— une gonade seule, ou une gonade $ avec une
cavité incubatrice. H. gonochorica
— une gonade hermaphrodite
+ infundibulum formé d’un stigmate en spirale non
recoupé, le rectum ne croise pas l’œsophage . H. replans
+ stigmates régulièrement recoupés sous le sinus
longitudinal, le rectum croise l’œsophage ... H. separ
C — Famille des Molgui.idae
1° Molgula hirta n. sp. (fig. 11, 12, 13).
Cette petite molgule libre mesure 2 à 4 mm. Elle vit en Suède dans
une passe de sable très grossier dans le Gullmar fjord à Strommaranna.
(1) Nous rappelons que le fi- Itetern.iligma est pris au sens de ÂRN B ack- Ch n I ST i k -
I.inoe 1924, comme nous l’avons précisé plus haut.
Source : MNHN, Paris
34
FRANÇOISE MONNIOT
C’est une espèce interstitielle, enfouie dans des graviers siliceux situés à
quatre mètres de profondeur.
L’animal n’a pas l’aspect d’une Molgule mais plutôt celui d’une Styelidae.
On ne peut pas le confondre, même à première vue, avec Molgula oculala
Eugyra arenosa et E. conneclens qui habitent des sédiments proches. Le
corps du Molgula hirla est entièrement revêtu de graviers, mais la tunique
sp. : A. habitus d'un animal débarrassé de s;
sableuse: B. détail de la branchie; C, détail de la branchie — les
n'ont pas été représentés pour mettre en évidence les pnpillerdersmusTonl'Uudin^ 8
n. tentacules. b*iuuinau\,
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
35
est dure, épaisse, résistante, le revêtement sableux s’étend jusque sur les
siphons. Une fois débarrassée des graviers qui lui sont attachés, la tunique
grise apparaît couverte de petites papilles de longueur et de disposition
irrégulières. Sur les siphons elles sont plus importantes, plus serrées (fig. 11, A)
Le corps arrondi est légèrement aplati sur la face dorsale. Le siphon buccal
long est bordé de six lobes côniques, terminés en pointe, irrégulièrement
développés selon les individus. Les deux lobes buccaux les plus dorsaux
sont les plus longs, dressés dans le prolongement du siphon ou rabattus
à l’extérieur. Immédiatement sous les lobes buccaux, sur la paroi externe
du siphon on rencontre trois ou quatre prolongements triangulaires de même
forme mais plus petits.
Le siphon cloacal porte quatre lobes disposés en croix, plus trapus
que ceux du siphon buccal et plus réguliers. Sous ceux-ci, sur la paroi externe
du siphon commence le revêtement serré de papilles digitiformes cité plus
haut (lig. 11, A).
A la plupart de ces papilles sont fixés des grains de sable. Il n’y a pas
de colmatage par des particules fines dans les interstices. Par contre, les
lobes des siphons restent libres de tout revêtement minéral, ce qui les rend
particulièrement visibles.
Le manteau adhère étroitement à la couche la plus interne de la tunique.
Il est mince, peu musclé, sauf à proximité des siphons où les fibrilles mus¬
culaires prennent un très grand développement (fig. 12, A et B).
Les tentacules (fig. 11, D), peu nombreux, (8 en général), de deux ordres,
sont ramifiés de façon irrégulière et assymétrique, recourbés et séparés
par de petits boutons. Us sont insérés à la base d'un vélum bien différencié.
Le tubercule vibratile est toujours grand, en forme de C. Son ouver¬
ture est dirigée soit vers le raphé, soit à gauche, soit à droite. Nous n’avons
pu trouver deux fois la même disposition dans les quatre exemplaires
disséqués. Le tubercule vibratile saillant est placé au-dessus du ganglion
nerveux.
Le raphé est représenté par une lame mince, très élevée, dont la hauteur
croit du tubercule vibratile à l’entrée de l’œsophage. Son bord interne est
découpé en languettes triangulaires de plus en plus serrées vers la partie
inférieure de la branchie. Dans sa partie terminale, le raphé contourne
l’œsophage à gauche puis se relie directement à la base des sinus longitu¬
dinaux de la branchie. Les sinus qui forment les plis branchiaux, sont eux-
mêmes prolongés en papilles triangulaires semblables à celles du raphé
(fig. 12, G). Une structure semblable a déjà été décrite par H. de Lacaze-
Duthiers à propos de Clenicella lanceplani .
La branchie porte 6 plis de chaque côté surmontant des infundibula.
En réalité un septième rang d’infundibula est présent contre l’endostyle,
mais il n’est pas complet. Chaque pli est constitué de 1 à 4 sinus longitu¬
dinaux. Ils s’élèvent peu au-dessus de la lame fondamentale. Les infun¬
dibula sont donc peu profonds, parfois à peine marqués. Tous les sinus
longitudinaux portent des papilles irrégulières, assez souvent élargies en
bouton à leur extrémité libre (fig. 11, B et C).
Des papilles analogues avaient déjà été signalées chez il/, socialis
Aider par Lacaze-Duthiers mais elles étaient situées non pas sur les sinus
longitudinaux, mais sur les sinus parastigmatiques : « On trouve une dis¬
position spéciale qui est rare et que nous rencontrons pour la première fois
dans le groupe des Molgules. Sur la face interne de la branchie on voit de
Source : MNHN, Paris
36
FRANÇOISE MONNIOT
Fig. 12. — Molgula hirta n. sp. : A, face gauche; B, face droite; C, raphé et groupe¬
ment des plis autour de l’entrée de l’œsophage.
nombreuses papilles s'élever sur les parois des vaisseaux capillaires cons¬
tituant les mailles du filet. »
Ârnbâck-Christie-Linde signale aussi la présence de papilles sur
la lame fondamentale, entre les plis branchiaux chez Molgula malvinensis
Â. C. L. 1938.
A ma connaissance personne n’a signalé, jusqu’à présent, de papilles
sur les sinus longitudinaux chez les molgules. Ce caractère est certainement
important pour la systématique.
Les sinus transverses sont bien développés. Seuls ceux de premier
ordre sont réguliers et larges. 11 en existe aussi de deuxième ordre, mais
ils sont la plupart du temps remplacés par un réseau compliqué de sinus
parastigmatiques qui s’étend en tous sens dans les mailles carrées de la
branchie limitées par les sinus longitudinaux et les sinus transverses de
premier ordre. Les sinus transverses et les sinus parastigmatiques ne portent
pas de papilles.
La lame branchiale dans sa partie plane et mince est peu perforée.
Les stigmates prennent des formes irrégulières (fig. 11, B et C) et se disposent
rarement en spirales. Les infundibula ont deux sommets entre chaque sinus
transverse de façon constante.
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
37
Source : MNHN, Paris
38
FRANÇOISE HONNIOT
Les formules branchiales observées sont les suivantes :
G-R-2-3-3-2-2-1-OE
D-R-2-3 — 3-3-2-1 - O E
G - R - 2 - 4 - 4 - 3 - 2 - 1 - OE
D - H - 2 - 4 - 4 - 3 3 - 2 1 - OE
G - R - 2 - 3 - 2 2 - 2 1 -OE
D-R-2-3 - 3 2-2-1 - OE
C - R- 2- 4- 4- 4- 3-2- / 2 (incomplet) E
D-R-2-4 - l - 3 - 2 - 2 - 1 (incomplet) E
Dans ces formules nous avons représenté par 0 ou 1/2 ce qui correspond
à la septième rangée d’infundibula près de l'endostyle. En effet, il existe
bien une septième spirale chez tous les individus, mais peu développée,
surmontée ou non d'un sinus longitudinal. Si ce sinus existe il n’est jamais
complet. De toutes façons, il n'y a jamais de perforations branchiales entre
ce sinus, quand il existe et l’endostyle.
L’endostyle est droit, assez étroit, il ne présente aucun caractère
particulier.
Le tube digestif a un aspect normal. Entièrement replié sur lui-même
il forme une boucle complètement fermée. La boucle intestinale est elle-
même repliée en forme de C dont la courbure est occupée par la gonade
gauche. L’anus à bord entier est exactement situé sous l’entrée de l’œso¬
phage (fig. 12, A et lig. 13). L’estomac, peu marqué, est allongé et recouvert
du côté ventral externe par le foie, formé de plis larges et irréguliers, colorés
en vert sur le vivant.
Les gonades hermaphrodites sont semblables de chaque côté. Elles
sont allongées, constituées d’un ovaire central et de lobules testiculaires
périphériques. Ces lobules sont surtout disposés du côté ventral de la gonade
aussi bien à gauche qu’à droite (fig. 13).
L'oviducte, long et large, fait avec l’ovaire un angle droit. Les orifices
femelles de chaque côté sont contigus à la base du siphon cloacal. Les canaux
déférents issus des lobules testiculaires se réunissent en un spermiducte
qui suit l’oviducte. Ce conduit s’ouvre par une papille au niveau de l'orifice
femelle.
La gonade gauche occupe toute la boucle secondaire du tube digestif
la gonade droite est allongée sur le rein parallèlement à lui. Le rein, ovale*
parfois presque rectangulaire prend une place importante sur la face droite
de l'Ascidie. 11 contient une ou plusieurs concrétions calcaires sphériques
Cette espèce présente avec des caractères de Molgule typique, quelques
points originaux. Sa morphologie externe est peu étonnante, sauf peut-
être en ce qui concerne la taille vraiment réduite et la dureté de la tunique
Mais la disposition des siphons, la présence des papilles, le revêtement
sableux, sont autant de caractères communs que l’on retrouve aussi bien
chez des animaux de la côte européenne et de la côte américaine de
l’Atlantique.
Les caractères branchiaux, par contre, font de Molgula hirla une
espèce originale. Les plus frappants sont, sans aucun doute, la présence
de papilles sur les sinus longitudinaux. Nous n’avons rien trouvé d’équi-
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITI
39
valent dans la bibliographie. Mais il est intéressant de signaler aussi la
position intermédiaire de notre nouvelle espèce entre les Molgules à six
plis branchiaux et celles qui en possèdent sept. On ne peut parler ici d’une
croissance non terminée. Il n’existe pas sur la dernière rangée d’infundibula
de papilles annonçant la formation d’un nouveau sinus. Il y a des vaisseaux,
mais pas de lame élevée sur la dernière rangée de stigmates. Enfin la liaison
des sinus longitudinaux dans leur partie inférieure et leur développement
en papilles allongées des deux côtés de l’œsophage est encore un caractère
peu fréquent. Cependant, chez les Pyuridae (g. Pyura et Halocynlhia ) des
papilles existent en prolongement des sinus longitudinaux. Ceci correspond
tout à fait à la description remarquable de Lacaze-Duthiers pour Cteni-
cella lanceplani, mais cette dernière espèce n’a que très peu de rapports
avec la nôtre.
Le développement de Molgula hirta n’a pu être étudié, faute de matériel.
Il en est de même pour sa biologie. Nous pouvons simplement préciser
que l’animal est très peu mobile. Les siphons ne peuvent se rétracter entiè¬
rement, ni même s’invaginer à cause du revêtement sableux qu’ils portent.
Par contre leur musculature est très développée.
2° Formes jeunes de Molgulidae.
Dans tous les sables grossiers qui contiennent à Banyuls-sur-Mer,
des Ascidies interstitielles, nous avons trouvé de jeunes individus appar¬
tenant au genre Molgula. Mais les molgules adultes sont rares dans le même
milieu. On a trouvé Molgula oculata Forbes, mais nous ne possédons aucun
animal de taille intermédiaire entre les formes jeunes, à mode de vie inters¬
titiel, et les Molgules adultes. Nous ne pouvons donc dire avec certitude
s’il s’agit de la même espèce.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOISE MONNIOT
40
D’autre part, dans les mêmes sédiments, il existe à Banyuls une espèce
du genre Eugyra. Les très jeunes individus de ce genre ne peuvent se dis¬
tinguer de ceux du genre Molgula, et il est fort possible que l’on ail à la fois
dans le sable Molgula oculata et lùigyra arenosa.
L’habitus de ces petites Ascidies est constant (lig. 14) et correspond
tout à fait à celui de formes réellement interstitielles telles que Psammos-
luela delamarei et Heterosligma fagei. La taille de ces exemplaires varie entre
0 5 et 3 mm. La forme générale, avec des siphons opposés, un allongement
du corps, la présence d’un long et fin rhizoïde, correspond exactement aux
adaptations à la vie interstitielle vues plus haut; mais ces animaux sont tout
de même difficiles à confondre avec les précédents : leur tunique extrêmement
transparente permet de voir facilement les organes internes et en particulier
le granule sphérique contenu dans le rein et coloré en jaune. Cette concrétion
existe même chez les individus les plus jeunes, qui possèdent seulement
deux stigmates. ....
Les siphons sont pourvus de lobes lumcaux, développes surtout à
l’extrémité du siphon buccal en C papilles pointues. Le siphon cloacal
présente seulement 4 festons peu marqués. Ces lobes ressemblent à ceux que
l'on trouve chez Molgula hirla n. sp. La face ventrale est plus bombée que
la face dorsale et porte un ou deux fins rhizoïdes. Sur les faces gauche et
droite, le réseau vasculaire est très développé, disposé en étoile (lig. 14 ,
res. vase.). , .
Ces ampoules vasculaires sont le siégé d une circulation intense, visible
à travers la tunique. Elles subsistent sous la même forme dans tous les
stades observés, même quand l’ébauche des gonades est déjà apparue.
Les tentacules assez gros sont alternativement courts et longs à rami¬
fications de deux ordres. Le raphé en lame élevée, continue, est net même
chez les individus qui ne possèdent que 4 rangs de stigmates.
La branchie représente les stades normaux d’évolution chez les Molgules
tels qu’ils ont été décrits par Berrill. Les stigmates sont disposés par
paires dans la partie supérieure de la jeune branchie, au-dessus de proto-
stigmates indivis. Les sinus transverses sont peu marques. Les sinus longi¬
tudinaux commencent à se dédoubler par la poussée de papilles pour former
de véritables plis.
Le tube digestif débute par un œsophage long, courbe, ce qui porte
l’estomac et le foie du côté gauche de l’Ascidie. L’intestin isodiamétral se
relève en une boucle fermée, haute (lig- 14, C). Chez les très jeunes individus
cette boucle reste simple. Chez les animaux un peu plus âgés, l’intestin subit
une deuxième courbure vers le côté dorsal. Le siphon cloacal a subi alors
une légère migration qui le rapproche du siphon buccal, la croissance des
sinus étant plus rapide sur la face ventrale que sur la face dorsale.
Les gonades apparaissent chez des individus de 2 à 3 mm. Ce sont les
éléments môles qui se différencient les premiers et qui permettent à un stade
très jeune de déterminer l’emplacement des gonades. Les vésicules sper¬
matiques sont disposées autour d’un cylindre dans lequel sont contenus des
centres générateurs d’ovocytes. La gonade droite est située au-dessus du
rein, la gauche suit le tube digestif, mais à l’extérieur de la boucle intes¬
tinale, position caractéristique, du g. Molgula.
Cette jeune Molgule dont nous venons de donner les principaux carac¬
tères, ne présente aucun traiL vraiment spécifique. Pour Banyuls nous
l’attribuons à l’espèce Molgula oculata Forbes.
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
Mais, ces jeunes Molgulidae n’existent pas seulement en Méditerranée.
Dans les sables grossiers de la Manche (Roscoff) et de l’Atlantique Nord
(Kristineberg, Espegrend), nous avons récolté des animaux tout à Fait
semblables par leur habitus, leur taille, leur stade d’évolution branchiale
et sexuelle.
Voyons d'abord les stations de Roscoff. A Bloscon, Men guen braz,
Terenez, nous trouvons, en été seulement, des jeunes Molgula, semblables
en tous points à l'espèce que nous venons de voir provenant de Banyuls.
Mais nous avons aussi des exemplaires très voisins, difTérenciables seulement
par la présence d'un fin chevelu de rhizoïdes sur la tunique, et une ébauche
de gonade dans la boucle intestinale et non plus à l’extérieur de celle-ci.
Nous pensons qu’il s’agit vraisemblablement de jeunes Eugyra arenosa
Aider et Hancock. Les adultes sont assez communs dans les mêmes fonds.
Mais comme pour les Molgula, nous n’avons pas trouvé d’intermédiaires
entre les exemplaires de 3 mm et ceux qui mesurent 8 à 10 mm. Nous
tenterons de donner une explication à ce phénomène un peu plus loin.
Étant donné le nombre élevé d’espèces de Molgules signalées à RoscolT,
nous ne voulons pas tenter d’attribuer l’un des jeunes exemplaires du sable
à une espèce déterminée puisque, cette fois encore, aucun caractère systé¬
matique précis n’est développé chez ces individus. Il est très possible d’ailleurs
que ces formes à siphons opposés, douées d’une certaine mobilité et d’un mode
de vie véritablement interstitiel, constituent une étape normale du cycle
de vie de certaines Molgulidae.
En effet, si nous les trouvons à Banyuls et à Roscoff, nous les rencontrons
encore dans les sables des côtes de Suède et de Norvège. Là encore, la forme
externe est toujours la même; siphons opposés terminés par des lobes pointus,
présence d’un rhizoïde, développement précoce des fibres musculaires, donc
grande mobilité, tunique sans revêtement sableux. Comme à Roscoff, il
n’est pas possible d’attribuer un nom d’espèce à ces formes trop jeunes. Mais
il s’agit certainement de plusieurs espèces, peut-être plusieurs genres.
Comment peut-on expliquer l’abondance de ces jeunes individus,
parallèlement à la faible fréquence des adultes puisqu’il s’agit vraisembla¬
blement des mêmes animaux? Deux possibilités sont à envisager :
1) Soit les adultes n’habitent pas le même milieu que les jeunes. Les
têtards nageurs auraient une activité suffisante pour coloniser une étendue
plus vaste que celle où se trouvent les adultes. 11 faut imaginer alors une
mortalité accrue et assez importante de ces petites Ascidies au moment de
la formation des gonades. Ceci expliquerait la brusque diminution du nombre
d’individus à partir d’une certaine taille.
2) Il est possible que les jeunes individus récoltés proviennent de la
ponte d’animaux de moins d'un an, et que l’on ait affaire à une deuxième
génération. Celle-ci se développerait plus lentement que la précédente et
serait bloquée à un certain stade de croissance.
Les deux hypothèses peuvent d’ailleurs être combinées. Une étude
prolongée sur les Molgules serait nécessaire pour élucider cette question.
Mais il n’en reste pas moins que les jeunes, quelle que soit l’espèce à laquelle
ils appartiennent, ont bien un mode de vie interstitiel. Il serait intéressant
de savoir comment se présentent et où vivent les jeunes des Molgules qui
vivent dans des sédiments plus fins. Mais les divers stades de croissance ne
sont jamais décrits dans la littérature et l’étude du développement des
Source : MNHN, Paris
42
FRANÇOISE MONNIOT
nombreuses espèces de Molgules dépasse le cadre de ce travail. Les difficultés
sont dues essentiellement au cycle annuel de ce groupe, puisque ces animaux
disparaissent totalement en hiver, au moins en Europe. Lacaze-Duthiers
l’avait déjà remarqué.
D’après tout ce que nous venons de dire, il est permis de penser qu’il
existe des Molgulidae interstitielles adultes. Nous avons vu déjà Molgula
hirla n. sp. Mais il y en a certainement d’autres, car il semble que l’adap¬
tation à la vie dans le sable soit plus facile pour une famille qui vit déjà sur
ce milieu. La néoténie, de règle chez les autres familles d'Aseidies inters¬
titielles, si elle se réalise chez les Molgules, aboutit directement à des formes
réellement interstitielles pour toute la durée de leur cycle.
Mais il est permis de penser aussi que les Molgulidae constituent un
groupe déjà très évolué. 11 aurait alors des difficultés plus grandes pour
s’adapter. On constate, en effet, que l’ensemble des Molgulidae constitue
un tout homogène, d’habitus et d’organisation interne très semblables.
Les différences génériques sont elles-mêmes faibles. On est peut-être eii
présence d’une famille plus jeune qui n’a pas encore eu le temps de se diviser
en plusieurs directions évolutives. En réalité, nous croyons plutôt que les
formes interstitielles à l’état adulte des Molgulidae restent à découvrir.
IL — ORDRE DES PHLÉBOBRANCHES
A. — Famille des Ascidiidae
1° Psammascidia teissieri F. Monniot 1962 (1), (fig. 15, pj_ jjj
La découverte de cette espèce à la station biologique de RoscolT a
permis d’ajouter une nouvelle famille au groupe des Ascidies interstitielles •
celle des Ascidiidae. Mais il s’agit aussi d’un ordre, les Phlébobranches, dont
on ne connaissait pas de forme interstitielle. Nous avons vu jusqu'à présent
des Slyelidae, des Pyuridae et des Molgulidae qui font partie des Slolido-
branches. Nous avons remarqué la convergence morphologique des repré¬
sentants de ce groupe. Nous allons maintenant examiner successivement
une Ascidiidae et une Corellidae qui se ressemblent beaucoup en vue externe
et qui se sont adaptées de façon similaire à la vie interstitielle, mais dans une
direction opposée à celle du groupe précédent.
Donnons d'abord une brève description de ces formes.
Psammascidia teissieri mesure à l’état adulte de 1,5 à 3,5 mm (Pl. m
Cette espèce se trouve dans les sables grossiers, près de Roscoff, à une
profondeur d’environ 10 mètres, sous le zéro des cartes, aussi bien dans le
sable coquillier de Bloscon que dans l'arène granitique de l’anse de Terenez
La tunique, très mince, est molle, extrêmement transparente. Quelques
grains de sable sont irrégulièrement fixés à sa surface. Le corps rétractile
dans la tunique, mais sans pouvoir l’entraîner dans ses mouvements est
(1) Monniot (F.), 1962. — Presence à RoscolT d’une Ascidiidae inlcrslitiellp .
Psammascidia teissieri n.g.. n. sp. 1 •
C.R. Acad. Sci. Paris. 255. (2656-2658).
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
43
aplati, même à l'état vivant. La tunique, ne pouvant se déplacer, la seule
mobilité de l’Ascidie est duc au siphon cloacal, contractile parce qu’il porte
un champ de bandelettes musculaires (lig. 15, A et B). Les siphons, éloignés
l’un de l’autre ne sont pas saillants mais le plus souvent invaginés dans une
dépression de la tunique.
Fig. 15. — l'sammascidia leissicri : A, habitus face droite; B, face gauche tunique
enlevée; C, branchic; D, tube digestif et gonade face interne.
Cet animal est extrêmement fragile et la tunique se déchire avec une
grande facilité. Il n’a pas été possible, d’obtenir des animaux en assez bon
état pour les conserver en aquarium plus de trois jours. Après ce laps de
temps, les tissus subissent une involution, la tunique se gonfle, les organes
se désorganisent et ne forment plus qu’un amas de tissus, sphérique.
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. XXXV 4
Source : MNHN, Paris
44
FRANÇOISE MONNIOT
Nous n’avons obtenu, jusqu’à présent, que huit individus en tout.
Les tentacules, le tubercule vibratile, le ganglion nerveux n’ont pas
de caractères particuliers. Le manteau, très mince ne possède pas de lon¬
gues libres musculaires, sauf dans la région du siphon cloacal.
La branchie ressemble tout à fait à une branchie de Phlébobranche,
mais elle diffère un peu de celle des Ascidia. Elle est très fine et très régulière,
parcourue de sinus longitudinaux uniformément recoupés de sinus trans-
verses de 1 er et de 2 e ordre. Mais les sinus transverses, s’ils sont nets, ne
se détachent pas de la lame fondamentale pour former des ponts comme c’est
le cas chez les espèces du genre Ascidia. Ce caractère branchial, générique
est important surtout quand on l’ajoute aux autres caractères anatomiques’
que nous verrons plus loin. A l’intersection des sinus longitudinaux et trans¬
verses, s’élèvent des papilles longues, à une ou deux lêtes, parfois très étirées
(fig. 15, C). On ne compte généralement qu’un stigmate ou deux par maille.
Le raphé est constitué d'une membrane fine et très basse, mais hérissée
de lobes triangulaires très développés, en languettes.
Le tube digestif, placé à gauche de la branchie décrit une boucle ouverte
dans laquelle se place la gonade hermaphrodite. L’oviducte est élargi en
fuseau et bourré d’œufs (fig. 15, D). Son orifice est situé contre l'anus.
L’ovaire est formé de 3 ou 4 lobes dont les extrémités s’étirent en pointe
et se disposent en éventail, tandis que leurs centres sont réunis en une seule
masse, sur l'estomac et l’intestin. La partie mâle de la gonade est située
sur le post-estomac entre l'ovaire et celui-ci. Elle est invisible sans dissection.
L’estomac est couvert d’un réseau de très fines ampoules, révélées
sous forme d’une granulation par les colorants : cc sont les vésicules parié¬
tales. Le post-estomac qui existe dans le genre Psammascidia . contribue
à l’éloigner du genre Ascidia. Il est net chez tous les individus.
Les jeunes de Psammascidia leissieri n’ont pu être trouvés dans le
sable. On suppose que l’espèce est ovipare : les œufs séjournent dans l’ovi¬
ducte, mais nous n’y avons jamais trouvé de têtards. Nous n’avons pas pu
observer la ponte. L'animal semble avoir un cycle annuel, car il n’a pu
être trouvé à Roscoff qu’en août, septembre et octobre. Des recherches
prolongées en hiver n’ont pas permis d’extraire du sable un seul individu
B. — Famille des Corellidae
Dextrogaster suecica F. Monniot 1962 (1), (fig. 16).
Plus petite que la précédente (0,8 à 1,3 mm) cette espèce ressemble
beaucoup à Psammascidia leissieri. La consistance de la tunique, sa trans¬
parence, la disposition des siphons, la branchie, la forme de la boucle intes¬
tinale, tout concourt à donner à ces animaux le même habitus (lig. jc, \\
Ils appartiennent pourtant à deux familles différentes. Le tube digestif"
situé à droite de la branchie chez Dextrogaster, ne peut laisser aucun doute
à ce sujet. Un examen attentif montre cependant quelques différences •
6 ou 7 lobes tunicaux prolongent le siphon buccal chez Dextrogaster, mais
(1) Monniot (F.), 1962. — Dextrogaster suecica n.R.
graviers du Skagerrak, C.H. Acad. Sci., 255, (2820-2822)
'■ s P-> Ascidie interstitielle des
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES
4TERSTITIELLES
45
la musculature cloacale manque totalement. Par contre on distingue quel¬
ques très fines bandelettes musculaires longitudinales sur le siphon buccal,
invisibles chez Psammascidia.
Dexlrogaster suecica a d'abord été trouvée dans les graviers de la côte
Ouest de Suède à 25 mètres de profondeur environ. C,ette espèce a été
retrouvée ensuite en 5 exemplaires dans des graviers proches de la station
Fig. 16. — Dexlrogaster suecica : A, habitus face droite; B, tube digestif et gonade
face interne; C, détail de la branchic.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOISE MONNIOT
marine d’Espegrend (Norvège) à 4 mètres de profondeur dans la même
localité que la petite Pyuridae, Helerostigma reptans. Les individus de
Norvège récoltés à la fin du mois d’Août possèdent tous des gonades. Ils
sont identiques à ceux de Suède.
Comme chez Psammascidia, le corps est aplati latéralement et n’adlière
à la tunique que par les siphons.
La structure branchiale est très simplifiée : il existe des ponts longi¬
tudinaux complets seulement dans la partie moyenne de la branchie. Ils
sont réduits ailleurs à des papilles trifurquées. Il n’existe pas de ponts
transverses, mais des sinus régulièrement disposés. Aux angles de chaque
maille s’élèvent des papilles simples mais très développées (fig. 16, C).
Les stigmates sont droits, disposés en 8 rangs, chaque maille en contient
deux ou trois.
Le raphé est court en languettes.
Le tube digestif (fig. 16, H) est situé à droite de la branchie. L’œso¬
phage est long, arqué. Il débouche dans un estomac divisé en deux parties :
la première est bien individualisée, cylindrique, séparée de la deuxième
plus petite par un étranglement. L’intestin se replie pour former une boucle
ouverte. Il est divisé lui aussi en deux parties par un étranglement.
La gonade hermaphrodite est logée dans l’anse intestinale, et déborde
le tube digestif du côté externe. La partie mâle est placée contre l’estomac,
elle n’est jamais très étendue. L’oviducte n’est pas visible sur nos échan¬
tillons. Nous n’avons pas trouvé d’embryons en incubation.
Le genre Dextrogasler présente plusieurs convergences avec le genre
Psammascidia : aspect externe, tube digestif divisé, structure branchiale
simplifiée. La taille de ces deux genres est considérablement réduite par
rapport à toutes les autres Phlébobranches connues.
Source : MNHN, Paris
Chapitre II
EXAMEN CRITIQUE DE CERTAINES DONNÉES ÉPARSES
DANS LA BIBLIOGRAPHIE
L’existence d'Ascidies réellement interstitielles n’a été reconnue, que
depuis notre note de 1%1 à l'Académie des Sciences. Mais on peut se demander
si des descriptions anciennes d’animaux récoltés par dragages, publiées
dans certains ouvrages, après avoir été trouvés par hasard, ne correspondent
pas à ce type biologique. Il faut se souvenir en effet de ce que la plupart
des auteurs n’avaient pas récolté eux-mêmes le matériel sur lequel ils
travaillaient et étudiaient des collections conservées dans des liquides
fixateurs après avoir été collectées au cours d’expéditions lointaines ou
par des zoologistes isolés.
Les prélèvements des expéditions modernes sont extrêmement minu¬
tieux et le tri permet de trouver maintenant de très petits animaux. D’autre
part, les sédiments qui n’ont pu être examinés sur place, sont actuellement
fixés in loto et réexaminés par la suite. Ces recherches très fines ont surtout
porté sur les milieux rocheux et les vases qui ont été assez fréquemment
explorés. Par contre, les graviers ne sont que très rarement examinés. Il
est vrai que ces milieux sableux grossiers ou coquilliers n’existent que sur
des étendues réduites, généralement dans des passes parcourues par des
courants, ou à proximité des côtes. Ils sont de toutes façons localisés dans
la zone infralittorale. Ils ont toujours été considérés jusqu’à ces dernières
années comme un milieu très pauvre. Les dragages y sont difficiles avec
de gros bateaux; les modèles habituels de dragues ne sont pas adaptés
aux gros sédiments; les dragues mordent toujours par leur simple poids
dans les vases, mais ceci ne se produit plus dans un sédiment grossier.
Contrairement à ce qui se passe pour les Ascidies des milieux rocheux,
les formes libres qui vivent dans les sédiments meubles ne sont pas groupées
en populations denses. Ce sont des individus isolés. Leur découverte devient
plus difficile même si on explore une grande étendue de sédiment. Il existe
encore une difficulté supplémentaire pour récolter les petites epèces du
sable. Ces animaux sont assez fragiles, et quand on brasse le sable, ils se
trouvent frottés contre les graviers, ce qui les fait le plus souvent éclater.
Ceci est valable plus particulièrement pour les Ascidies à tunique molle :
les Phlébobranches. Quand on a l’habitude d’examiner des prélèvements
de sable, on rencontre souvent des lambeaux et il est alors très difficile
de déterminer à quel phylum ils appartiennent, tubes de Polychètes, d’Am-
phipodes, Siponcles ou tunique d’Ascidie.
Afin de tenir compte de toutes les espèces déjà décrites dans la litté¬
rature, nous avons décidé d’examiner toutes les Ascidies simples dont la
taille ne dépasse pas un centimètre. Nous nous sommes limitée aux Ascidies
simples. Les Polystyelidées ont été exclues, car nous estimons qu’une colonie
ou un agrégat ne peut être interstitiel. La taille d’un centimètre est déjà
très grande pour une Ascidie vivant dans le sable; nous l’avons choisie
Source : MNHN, Paris
48
FRANÇOISE MONNIOT
pour ne pas risquer de manquer une espèce interstitielle dont ce serait la
taille maximale, graviers compris. Nous avons examiné chaque espèce
de cette liste en recherchant dans quel milieu elle avait été trouvée. De
ce fait, nous en avons déjà éliminé un grand nombre.
Plusieurs de nos éminents collègues étrangers ont recherché, depuis
nos premières trouvailles, les Ascidies interstitielles dans diverses régions.
Nous pensons que leurs insuccès tiennent avant tout aux méthodes utilisées.
Ceci n’exclut nullement que certaines espèces décrites, que nous allons
maintenant passer en revue, puissent être réellement interstitielles.
Nous donnerons tout d’abord une liste de ces espèces, famille par famille.
Puis nous analyserons quand cela sera possible, le milieu dans lequel elles
vivent. Les indications à ce sujet sont très réduites. Nous essaierons enfin
de juger si ces espèces possèdent des caractères anatomiques ou des adap¬
tations semblables à celles que nous avons trouvées nous-même chez les
Ascidies réellement interstitielles.
LISTE DES ESPÈCES RETENUES
1) O. DES Stolidobranchiata.
— Famille des Slyelidae.
Slyela schmilli Van Name 1945.
Slyela sclimilli f. simplex Millar 1960.
Cnemidocarpa rhizopus var. murmanensis Redikorzev 1911.
Cnemidocarpa mollispina Àmbâck-Christie-Linde 1922.
Cnemidocarpa psarnmophora Millar 1962.
Polycarpa fibrosa (non Stimpson), Ârnbâck-Christie-Linde 1923.
= Polycarpa arnbackae F. Monniot 1964.
— Famille des Pyuridae.
Helerosliyma separ Ârnbâck-Christie-Linde 1924.
— Famille des Molgulidae.
Molgula minuta Kott 1952.
Molgula braziliensis Millar 1958.
Eugyra woermanni Michaelsen 1914.
Eugyra arcloa Ârnbâck-Christie-Linde 1928.
Eugyra brewinae Millar 1960.
Paraeugyrioïdes macquariensis, Kott 1954.
2) O. des Phlebobranchiata.
— Famille des Corellidae.
Corella halli Kott 1951.
PARTICULARITÉS MORPHOLOGIQUES DES ESPÈCES
ET NATURE DU FOND FRÉQUENTÉ
— Slyela schmilli, espèce dont la plus grande dimension est 8 mm
est un animal de corps arrondi, couvert de sable grossier. Il vit sur la côte
de l’Uruguay, sur un fond de sable et de coquilles à 20 mètres de profondeur
Source : MNHN, Paris
ujuj -V
ASCIDIES INTERSTITIELLES
49
Fig. 17. — Slyela schmilli Van
habitus de trois spécimens; D, spéci
(D’après Millar 1960).
Name 1945, forme simplex Millar 1960 ; A, B et C.
men dont la partie droite du corps a été enlevée.
Source : MNHN, Paris
50
FRANÇOISE MONNIOT
Van Name, signale une tunique dure et résistante, un rhizoïde nu. Les
caractères anatomiques internes n'ont rien de particulier. La branchie possède
4 plis, mais le 4« est aplati.
La taille importante de cette espèce ne nous permet pas de dire que son
mode de vie peut être interstitiel; il est possible d’ailleurs qu’elle soit fixée
à un caillou ou une coquille; il n’y a aucune précision de l’auteur à ce sujet.
Il nous est toutefois permis de supposer, d'après l’habitus de l'adulte, que
les jeunes peuvent avoir une période de vie endopsammique, mais c’est
une pure hypothèse.
Pour la forme simplex de la même espèce, Millau donne des dessins
que nous reproduisons ici (fig. 17). Un peu plus petite que la précédente,
7 à 5 mm, l'espèce est allongée. Le corps adhère à quelques graviers, mais il
reste presque nu. Le rhizoïde est beaucoup plus fort que dans la forme
normale de Styela schmitti et fixe quelques particules minérales sur ses
ramifications. La forme de l’habitus ressemble énormément aux petites
Polycarpa que nous avons décrites comme interstitielles. L’anatomie interne
est simplifiée par rapport à l’espèce de Van Name : par exemple le nombre
de tentacules est réduit, la branchie n’a plus que deux plis, dont un rudi¬
mentaire, au lieu de quatre. Cette simplification de l’anatomie interne,
qui n’afïècte pas les gonades, plaiderait en faveur d’un animal interstitiel.
Mais pour l’une ou l’autre forme, aucune indication n’est donnée sur le
mode de vie. D’autre part, les siphons dans les deux cas sont rapprochés
mais il faut tenir compte de la contraction; le corps est allongé dans le sens
dorso-ventral et il est très possible dans ce cas que les siphons affleurent la
surface du sable. Il serait très intéressant de retrouver cetLe forme et de
vérifier si elle ne pourrait être une forme plus jeune de la Styela schmitti
Van Name. Les lieux de récolte sont éloignés, ce qui justifierait 2 formes
géographiques. S’il y a un cycle annuel, il est possible que Millar n’ait
obtenu que des individus jeunes à peu près tous au même stade de déve¬
loppement, mais déjà mûrs.
Les différences anatomiques entre les deux formes de cette espèce ne
sont pas très importantes. Le nombre de tentacules est réduit chez la forme
simplex, le tubercule vibratile a une forme différente, mais ceci est un
caractère toujours variable chez les Ascidies. La branchie présente des plis
peu développés chez la forme simplex mais rien ne prouve qu’à un âge plus
avancé, le développement branchial ne puisse continuer, bien que les gonades
soient déjà formées. La boucle intestinale et le nombre de plis stomacaux
sont les mêmes. Millar signale chez la forme simplex un anus à 2 lèvres,
dont chacune est lobée. Van Name, chez la forme typique décrit des lobes
marqués. Là aussi, il ne s’agit peut-être que d’une croissance en cours. Les
gonades confirment encore l’hypothèse d’un développement non terminé
de la forme simplex par rapport à la forme typique. Pour les deux, il existe
deux gonades de chaque côté avec des ovaires tubulaires. Pour la première,
les testicules sont groupés dans la partie apicale des ovaires. Pour la
deuxième, les testicules sont logés à la fois à l’extrémité de l'ovaire, mais
également tout le long et de chaque côté de celui-ci.
Nous considérerons donc, pour l’espèce Styela schmitli, que les deux
formes, si elles correspondent à deux étapes différentes du développement
pourraient représenter les stades terminaux de la croissance d’une espèce
néoténique. Il y aurait dans ce cas, une correspondance nette avec nos
espèces réellement interstitielles. Il serait nécessaire de découvrir maintenant
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
51
des stades encore plus jeunes de la même espèce qui, eux, risqueraient fort
d’avoir un mode de vie réellement endopsammique. Le cycle ressemblerait
alors à celui que nous avons tracé pour Polycarpa arnbackae F. Monniot.
De toutes façons, la précision des diagnoses et l’absence d’indications
écologiques au sujet de ces animaux sont tout à fait insuffisantes pour nous
permettre une interprétation précise, nous dirons qu'il s'agit d’une simple
hypothèse.
Cnemidocarpa rhizopus.
Examinons maintenant quelques espèces du genre Cnemidocarpa :
C. rhizopus var. murmanensis, récoltée dans la Mer Blanche, présente un
habitus similaire à celui que nous venons de voir pour Styela schmilli. La
forme est allongée dans le sens dorso-ventral. Le corps muni d’un long et
fin rhizoîde, est couvert de sable mais le rhizoïde reste nu. Cette Ascidie a
été retrouvée par ArnbaCk-Ciimstie-Lindf. en 1922 à une profondeur
de 28 à 90 m sur un fond de sable et de coquilles (mer de Kara). Deux spé¬
cimens appartenaient à la forme typique, un à la variété murmanensis de
4 mm. Ce dernier est considéré par l'auteur suédois comme un individu
jeune. Pourtant elle signale qu’il existe de nombreuses gonades de chaque
côté du corps. Ayant vu à la fois la forme typique et la variété murmanensis,
l’auteur prétend que tous les caractères anatomiques principaux sont sem¬
blables. Dans l’individu considéré comme jeune, la branchie possède des
plis plus réduits que dans la forme typique. Ârnback-Christie-Lindf.
signale : « In the individual in question tliey are more redueed than in any
other known Cnemidocarpa. Tliey are substituted by longitudinal vessels
which are distributed as follow : Right = D 3 1 - 1 - 1 E
Left = D 2 - 1 - 1 - 1 E».
D’autre part, l'auteur signale que les gonades sont peu développées.
Nos conclusions pour l’espèce Cnemidocarpa rhizopus et pour la variété
murmanensis seront les mêmes que pour Styela schmilti. Il s'agit peut-être
d’une espèce dont les stades jeunes sont interstitiels. L’hypothèse est
cependant moins vraisemblable dans ce cas puisque la forme normale de
Cnemidocarpa rhizopus atteint 12 mm de longueur pour les individus du
Kattegat.
Nous préférons signaler les possibilités d’un stade endopsammique
pour ce genre d’animaux, mais en réalité nous ne pouvons les classer avec
certitude comme tels.
Cnemidocarpa mollispina.
Une autre espèce Cnemidocarpa mollispina vit aussi dans le sable.
Elle a été décrite d'après un seul exemplaire de 6 mm/7 mm provenant de
la péninsule de Kola à 60 m de profondeur environ. Son seul caractère ana¬
tomique particulier est la réduction de la branchie, le pli n° 2 est rudimentaire
puisque la formule branchiale serait d’après Arnback-Christie-Linde :
R - 4 - 1 - 4- 3-E.
Cette espèce a été retrouvée par Millar en 1959 dans l'Oresund.
Les animaux se trouvaient cette fois dans du sable grossier à la limite de
la vase et des zostères par 30 ou 40 m de profondeur. Les spécimens étaient
nombreux, la taille maximale signalée est de 7 à 8 mm. Comme dans le
premier exemplaire le corps est couvert de sortes d’épines souples et il existe
Source : MNHN, Paris
52
FRANÇOISE MONNIOT
un rhizoïde basal plus fort. La branchie est assez simple : elle a quatre plis,
mais le deuxième à partir du raphé est toujours réduit à un seul sinus.
Mi Lear donne cette fois quelques indications sur la biologie de cette espèce.
11 signale en particulier : « It will be locally restricted to bottoms of sand,
mud and broken shell ».
Là, moins encore que pour les espèces précédentes, on ne peut décider
si ces animaux vivent au-dessus du sable ou s’ils s’y enfoncent. De toutes
façons, la taille des Cnemidocarpa mollispina l’exclut des Ascidies inters¬
titielles.
Il est possible que les Ascidies étudiées aussi bien par Ârnbâck-Christie-
Linde que par Millar soient les exemplaires les plus grands de l’espèce,
visibles à l’œil nu, alors que de plus petits échappent à l’observation sans
une technique de tri spéciale. Les représentations de cette espèce ressemblent
tout à fait aux habitus des Slyelidae interstitielles que nous avons décrites
dans un chapitre antérieur.
Cnemidocarpa psammophora (fig. 18).
Une autre espèce de petite taille a été décrite récemment d'après
3 spécimens par Millar en 1962 : Cnemidocarpa psammophora provenant
d’Afrique du Sud. Là encore il s’agit d’un animal couvert de sable, mais qui
mesure 1 centimètre environ. Six forts rhizoïdes sont insérés sur la face
ventrale. L’anatomie interne ne présente rien de particulier pour le genre
Mais à propos de cette espèce, Millar remarque : « Several species of
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
53
Cenmidocarpa are adapted to 1 ife on sandy bottoms. Cnemidocarpa psammo-
phora is one of these and shows the adaptative feathures of this ecological
group namely small size, spherical form, and rooting processus of the test ».
En ce. qui concerne toutes les espèces de Cnemidocarpa que nous avons
vues, nous ne pouvons conclure à des espèces interstitielles. Il s’agit de
formes d’allure très voisine de celles-ci, présentant des adaptations de
même ordre, avec une néoténie plus ou moins marquée, mais certaine.
Nous avons vérifie chez les Slyelidae de petite taille, mais cette fois fixées,
qu'il y avait de très faibles différences entre les caractères des individus
juste matures et ceux d'animaux plus âgés et de plus grande taille. Toutes
les Ascidies continuent à croître après l’apparition des gonades, mais sans
modifications importantes : les tissus grandissent, mais il n’y a plus d’acqui¬
sitions anatomiques nouvelles.
Polycarpa arnbackae.
Voyons maintenant ce qui concerne Polycarpa arnbackae F. Monniot.
Nous avions signalé au cours de la description de celle espèce en 1964
qu’il s’agissait certainement du spécimen trouvé dans la même région par
Arnback-Christie-Linde en 1923 et interprété comme jeune Polycarpa
fibrosa (Stimpson). Cet individu avait 5 mm. Ceux que nous avons récoltés
en Suède ont une taille généralement inférieure, mais il est possible qu’ils
puissent devenir plus gros. Le seul exemplaire connu avant nos récoltes était
peut-être au maximum de sa taille, et a pu être découvert pour cette raison.
Cette fois, nous avons trouvé les jeunes en même temps que les adultes,
puisque nous avons fait nous-même les dragages et le tri nécessaires. Nous
avons déjà signalé en décrivant cette espèce que les jeunes ressemblent tout
à fait, dans leurs grands lignes, aux adultes de Psammoslyela delamarei.
Par contre, nous ne savons pas exactement quelle position occupent dans
le sable les adultes de grande taille de Polycarpa arnbackae.
Il est certain que cette espèce est interstitielle au moins pendant la
plus grande partie de son cycle. On pourrait penser qu’il s’agit d'une deuxième
étape dans un passage possible de Slyelidae. du milieu endopsammique à
une vie en eau libre au-dessus du sable.
II. — Pyuridae
Aucune Pyuridae de petite taille n’est citée dans la littérature, sauf
Helerosliyma separ dont nous avons déjà repris la description plus haut,
nous n’en reparlerons donc pas ici.
III. — Molgulidae
Au cours de l’étude des Ascidies interstitielles, nous avons été extrê¬
mement prudente en ce qui concerne les Molgulidae. En effet, il existe
de très nombreuses petites Molgules n’ayant parfois que 3 ou 5 mm, qui
vivent fixées ou agglomérées entre elles. Il y a aussi un très grand nombre
de formes de 1 cm ou moins, vivant sur le sable ou à moitié enfouies, sans
aucune différence adaptative avec les Molgules plus grosses. Il est donc
très délicat de préciser si les petites Molgules vivent réellement à l’intérieur
Source : MNHN, Paris
54
FRANÇOISE MONNIOT
du sable ou simplement dans les creux de surface. Tant que des élevages
n’auront pas été réalisés, nous ne pourrons pas dire si les petites Molgulidae
de la littérature sont interstitielles ou non.
Eugyra woermanni.
Mesure 5 mm et provient de 8 mètres de profondeur à Walfish bay,
Sud-Ouest Africain. Un an après sa première description Michaelsen
reprend l’étude de cette espèce. Elle a les caractères externes des petites
Molgulidae, couverte de sable, avec des rhizoïdes surtout ventraux, des
siphons assez éloignés. L’anatomie interne est banale, sauf la branchie
qui est d’une remarquable simplicité.
Eugyra brewinae (fig. 19).
A 5 mm de diamètre. L’habitus est semblable à celui de l’espèce
précédente. La branchie est sans caractère bien marquant si ce n’est le
petit nombre de tours de stigmates spiralés. Cette espèce a été draguée
en Nouvelle-Zélande à 50 mètres de profondeur.
Fio.^19.^ — Eugyra brewinae Millar 1960 : détail de la branchie et gonade. (D'après
Eugyra arcloa.
Est une espèce plus profonde (400 in) de la mer de BafTin. Elle n’est
connue que par un seul spécimen : l’animal mesure 3,5/4,5 mm, il est couvert
de sable et de vase. La branchie est ici très originale. Àrnbâck-Christie-
Linde la décrit très soigneusement : elle signale 7 rangs longitudinaux
de spirales stigmatiques, le 1 er , le 2 e et le 7 e beaucoup plus réduits que les
autres. Dans la partie antérieure du corps les stigmates ont une grande
longueur, tandis que dans la partie postérieure et sur les faces dorsale
et ventrale, les stigmates sont courts et les spirales peu développées. Il n ’v
a que 5 sinus longitudinaux et pas d’infundibula. ^
L’auteur attire notre attention sur cette branchie primitive : « jj
might be suggested that E. arcloa represents, as it were, an original stage
in the phylogenelic development of Eugyra areriosa answering lhe condi¬
tions from anatomical and zoogeographical point of view. This specimen
is thus important from a phylogenetic point of view, though lhe scantv
material allows only of hypothelical statements for the présent ». Cette
conclusion nous semble tout à fait justitiée.
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
55
Molgula minuta.
Récoltée en Australie ne mesure que 3,2 mm. Kott signale que les
individus sont agrégés, parfois avec un rhizolde. Il apparaît difficilement
conciliable d’admettre une agrégation des individus et un mode de vie
interstitiel. Il est vrai que l'auteur ne précise pas si les animaux sont très
nombreux, ni s’ils adhèrent à un support.
Molgula braziliensis.
A toujours la même forme, arrondie avec des rhizoïdes et couverte
de sable. Il n’en existe que deux spécimens dont le plus grand mesure
5 mm. La branchie ne possède pas de vrais plis, mais 6 sinus longitudinaux.
Les infundibula n'ont que 3 tours de spire. Il s’agit encore d'une branchie
extrêmement simple, d’allure juvénile.
Paraeugyrioides macquariensis.
Provient du sable littoral de l’île Macquaric. Les 3 spécimens repré¬
sentant cette espèce mesurent 3 mm de diamètre. L’anatomie n'a rien
de particulier et nous n’avons aucun renseignement sur la biologie.
Dans l’ensemble, on peut remarquer que toutes les petites Molgulidae
libres citées ci-dessus ont des caractères branchiaux extrêmement primitifs
ou juvéniles, tandis que les gonades sont normalement développées. On
peut alors parler aussi de néoténie. Quant au mode de vie interstitiel,
il existe peut-être, mais l’absence totale d’indications écologiques ne nous
permet pas d’en parler.
IV. — Lf.s Phlébobranches, famille des Corellidae
Nous n’avons retenu dans la littérature qu’une seule espèce de Phlébo¬
branches, Corclla halli, mais elle nous a paru particulièrement intéressante
à plusieurs points de vue. Malheureusement, dans ce cas encore, il n’existe
qu’un seul spécimen dragué dans la Manche. Les figures qui accompagnent
sa description sont reproduites ici (fig. 20). Cet animal, libre, n’a que 4 mm.
de diamètre et 2 seulement sans tunique. Sur cette tunique, sont fixés quel¬
ques grains de sable. La branchie, puisque c’est toujours elle qui constitue
le centre d’intérêt, est restée à un stade vraiment très juvénile. Kott elle-
même, signale que les stigmates ressemblent à ceux de jeunes Corella paral-
lelogranima. Les gonades sont présentes sans aucun doute. Kott, après
sa description, conclut à une forme primitive dans l’évolution des Corella.
Il est cette fois très possible que cette espèce ait un mode de vie interstitiel.
Il est dommage que la nature du fond, encore une fois, ne soit pas précisée
à l’endroit de la récolte. Par contre, nous avons une précision inhabituelle :
la date du prélèvement. Il se trouve que cela présente une grande impor¬
tance : il s’agit du 30 août. Cette, date correspond justement à l’époque
où l’on peut trouver des Phlébobranches interstitielles à Roscoff, puisqu'elles
ne sont visibles dans le sable qu’à la fin de l’été. Nous pensons que le cycle
pourrait être semblable pour Corella halli et les espèces de Roscoff et cela
expliquerait pourquoi un seul exemplaire ait été signalé malgré les récoltes
intensives effectuées dans toute la Manche.
Source : MNHN, Paris
56
FRANÇOISE MONNIOT
En conclusion, nous dirons que vraiment peu d’espèces déjà décrites
ont la possibilité d’être interstitielles. Il doit pourtant en exister un assez
«rand nombre, et il n’y a aucune raison pour qu'elles soient limitées à l’Europe.
Fio. 20. — Corella halli Kott 1951 : reproduction de la figure originale.
Elles ont certainement échappé aux récoltes, pour différentes raisons :
les dragages sont difficiles près des côtes à faible profondeur, ou dans les
passes de sable étroites, parcourues de forts courants et semées d’écueils.
Les animaux contractés sont difficiles à voir : immobiles, ils prennent des
formes arrondies et leur coloration se rapproche beaucoup de celle du
sédiment.
L’exploration des sables grossiers littoraux reste entièrement à faire
et apportera très certainement un grand nombre de spécimens.
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
57
PUBLICATIONS
OU SONT DONNÉES LES DIAGNOSES DES ESPÈCES CITÉES
ÂrnbXck-Christik-Linde (A.), 1922. Northern and arctic invertebrates
in the collection of the swedish State Muséum — VIII Tunicala 1.
Slyelidae and Polyzoidac. Kungl. Sv. Vet. Akad. Handlingar, 63, n° 2,
(5-62), 3 pl.
Ârnback-Christie-Linde (A.), 1923. — A list of Ascidians collected oil
Gothenburg. Meddel. Gôteborgs Mus. Zool. avdel., 29, (1-9).
Ârnback-Christœ-Linde (A.), 1921. — A rcmarkable Pyurid Tunicate from
Novaya-Zcmlya. Arkiv /or Zoologi, 16, - 15, (1-7).
ÂrnbXck-Christie-Linde (A.), 1928. — Northern and arctic invertebrates
in the collection of the Swedish State Muséum. IX Tunicala 3. Molgu-
lidae and Pyuridae. Kungl. Sv. Vet. Akad. Handlingar, n° 9, (1-99), 3 pl.
Kott (P.), 1951. — Corella halli n. sp. a new ascidian from the English Channel.
J. Mar. Biol. Ass. U.K., 30, (33-36), 1 fig.
Kott (P.), 1952. The Ascidians of Australia I. Slolidobranchiala Lahille
and Phlcbobranchiala I.ahille. Auslr. j. Mar. Fresh. res. Melbourne, 3,
n° 3, (205-236).
Kott (P.), 1954. Tunicata Ascidians — in Antarctic research expédition
1929-1931. Reports, ser. H, 1, part. 4, (123-182).
Michaelsen (W.), 1914. Über einigc westafrikanische Ascidien. Zool. Anz.
Leipzig, 43, (423-432).
Millar (K. H.), 1958. — Soine Ascidians from Brazil. Ann. Mag. Nat. Hisl.,
ser. 13, 1, (497-514).
Millar (R. H.), 1960. — Ascidiacea. In Discovery reports, 30, (1-160).
Millar (R. IL), 1962. — Further descriptions of South African Ascidians.
Ann. South A/rica Mus., 46, 7, (113-221).
Redikorzkv (\V.), 1911. — Thethyum rhizopus var. murmanense eine neue
Ascidie von der Murmanküste. Ann. Mus. zool. Sl-Petersburg, 16,
(61-64), 1 pl.
Van Name (W. G.), 1954. The North and South American Ascidians. Bull.
Amer. Mus. Nat. Hisl., New York, 84, (1-476).
Source : MNHN, Paris
58
FRANÇOISE MONNIOT
Fig. 21. — Emplacement des stations étudiées.
Source : MNHN, Paris
Chapitre III
RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE
Il est encore difficile de parler avec beaucoup de détails de la réparti¬
tion géographique des Ascidies interstitielles. Même en Europe nous n’avons
pas pu faire une prospection de. toutes les côtes, même aux profondeurs
limitées de 0 à 50 mètres. La nécessité de disposer d’un bateau et d’une
loupe binoculaire pour le tri, qui, nous l’avons vu, doit être immédiat,
limite les possibilités de prospection.
Nous nous bornerons donc pour l’instant à donner sous forme de cartes
la liste des stations où nous avons rencontré une ou plusieurs espèces d’As-
cidies interstitielles.
La carte de l’Ouest de l'Europe (fig. 21) indique les principaux centres
où nous avons pu rechercher des Ascidies mésopsammiques.
Nous savons que les sables grossiers propres se localisent dans des
stations d’étendues très limitées. Ceci nous amène donc à donner des cartes
détaillées de chaque zone prospectée, pour la plupart situées à proximité
de laboratoires marins.
En France, les fonds à proximité de Roscofï ont pu être étudiés à
partir de la Station Biologique, où de nombreux travaux sur les sédiments
meubles avaient été déjà entrepris. Il nous a donc été plus facile de trouver
là les sables de granulométrie convenable au cours de différents séjours.
Pour Banyuls-sur-Mer, des dragages systématiques ont été entrepris
depuis Argelès jusqu’à la frontière espagnole, pendant plusieurs années.
L’essentiel des études sur les Ascidies interstitielles provient du laboratoire
de Banyuls-sur-Mer où ces animaux ont été recherchés pendant plusieurs
années consécutives et élevés en aquarium. Enfin H. Massé nous a envoyé
les mêmes espèces que celles de Banyuls : H. fagei et P. delamarei trouvées
par lui dans des sables meubles de la région de Marseille (passe entre les
Iles de Riou et Calseragne).
La station d’Ascidies mésopsammiques la plus méridionale se situe
sur la côte de Sicile. Elle a été exploitée au cours d’un voyage touristique
grâce à des moyens de fortune, mais c’est de loin celle qui s’est révélée
la plus riche quant au nombre d’individus.
Voyons maintenant si l'on peut tirer des conclusions biogéographiques
de ces récoltes fragmentaires, mais disposées le long d’une ligne Nord-Sud.
— A 60° 15" de latitude Nord, près d’Espegrend en Norvège, nous
avons une Psammoslyela sp., (Styelidae), Helerostigma replans (Pyuridae)
et Dexlrogasler suecica (Corellidae) (fig. 22).
— De 58° 13" à 58° 16" de latitude Nord près de Kristineberg en Suède:
Polycarpa arnbackae (Styelidae), Molgula hirta (Molgulidae), Dexlrogasler
suecica (Corellidae) (fig. 23).
— A 48° 42" de latitude Nord, près de RoscofT : Polycarpa penlarhiza
(Styelidae), Heierosligma separ (Pyuridae), Psammascidia leissieri (Ascidii-
dae) (fig. 24).
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. XXXV 5
Source : MNHN, Paris
60
FRANÇOISE MONNIOT
Fig. 22. — Carte de la région d’Espcgrend (Norvège).
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
61
Source : MNHN, Paris
62
FRANÇOISE MONNIOT
Fig. 24. — Carte
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
63
Fig. 25. — Carte de la région de Banyuls-sur-Mer (France côte méditerranéenne).
Source : MNHN, Paris
64
FRANÇOISE MONNIOT
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES 65
— A 42° de latitude Nord, près de Banyuls et à Marseille : Psammoslyela
delamarei, Polycarpa penlarhiza, Heterostigma fagei (fig. 25).
—■ A 37° de latitude Nord à Fondachello, Sicile : Heterostigma gono-
chorica et deux exemplaires de Polycarpa jeunes indéterminables (fig. 26).
Plusieurs remarques s’imposent : dans chaque station, il y a au moins
une Slyelidae et une Pyuridae (sauf à Kristineberg, mais tous les fonds
n’ont pas été prospectes) et cela au Nord comme au Sud. Par contre les
Phlébobranches Corellidae et Ascidiidae semblent être limitées aux stations
atlantiques et manquer totalement en Méditerranée. Ceci correspond bien
à la répartition géographique des familles d’Ascidies fixées : les Slyelidae,
Pyuridae, Molgulidae sont abondantes au Sud de l’Océan Atlantique et plus
encore en Méditerranée. Au contraire les grandes Ascidiidae et Corellidae
surtout, sont très rares en Méditerranée, par rapport à leur fréquence dans
les mers nordiques.
La seule conclusion pour l’instant consistera à remarquer que la répar¬
tition des grandes familles d’Ascidies est semblable pour les grandes formes
d’eau libre et les micro-ascidies psammiques.
SYMBOLES DES ESPÈCES SUR LES CARTES
Slyelidae • Psammoslyela delamarei . O
• Polycarpa penlarhiza n. sp. ©
• Polycarpa arnbackae . ®
Pyuridae • Heterostigma /agei . □
• Heterostigma reptans . H
• Heterostigma separ .
• Heterostigma gonochorica n. sp. H
Molgulidae • Molgula hirta n. sp. X
Ascidiidae • Psammascidia leissieri . /\
Corellidae • Dexlrogasler suecica. A.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Chapitre IV
DÉVELOPPEMENT
DES STYELIDAE ET PYURIDAE INTERSTITIELLES
Nous avons voulu surtout faire part dans ce chapitre d’observations
sur les têtards et leur mode d’incubation, leur ponte, la métamorphose en
jeunes Ascidies qui pourront peut-être donner des indications à des asci-
diologues spécialisés en embryologie. Mais le but essentiel consistait à
élucider le mode de développement de la branchic, l’apparition des stigmates
et des sinus longitudinaux, essentiels, aussi bien pour les discussions sys¬
tématiques que pour les interprétations évolutives.
I. — Les Styelidae
L’étude portera exclusivement sur l’espèce Psammoslyela delamarei.
Les premières étapes sont tout à fait analogues chez les petits Polycarpa
jusqu’à l’apparition des plis branchiaux.
a) Développement embryonnaire.
Les premiers stades de développement des œufs se rencontrent toujours
à proximité du manteau, tandis que les têtards plus âgés migrent dans la
cavité cloacale et se rapprochent de la branchie. Leur croissance déforme la
lame branchiale et provoque la formation de sorte de poches. Les têtards
sont alors entourés d’une très fine membrane qui se déchire quand ils vont
être libérés. Ils sont peu nombreux et ne sont émis à l’extérieur que tardi¬
vement. Leur queue, à ce moment, a déjà subi une régression. Ils ne sont plus
capables de nager activement dans l’eau de mer. Leur fixation est immédiate
(expérimentalement). La dispersion des jeunes est très faible. Les dragages
pendant la période de ponte donnent des récoltes de jeunes abondantes pour
un ou deux adultes seulement. Il semble que la dispersion à ce stade soit
réduite dans la nature comme en aquarium.
b) Ponte et métamorphose.
Dans les conditions expérimentales, dès qu'il est libéré, le jeune se laisse
tomber sur le fond des coupelles. Il ne se fixe pas par le moyen de papilles
exsertiles, mais sa tunique est adhésive et possède des ampoules vasculaires.
L’animal est en quelque sorte collé au verre ou aux petits graviers. Si des
grains de sable sont présents, le têtard se loge entre eux et s’y attache très
légèrement, beaucoup plus faiblement que sur le verre. Cette fixation est
de courte durée (quelques jours). La queue se résorbe immédiatement dans
sa gaine tunicale qui seule subsiste quelques heures.
La « fixation » s’effectue par n’importe quel point de l’animal et ne
dépend que de sa position au moment de la libération.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOISE MONNIOT
Les femelles adultes perturbées émettent assez souvent des têtards qui
n’ont pas terminé leur période d’incubation et ont une queue développée.
Cette queue, d’abord enroulée autour du corps, devient droite dès la libé¬
ration. Les têtards sont susceptibles de vibrations mais on ne peut pas
parler de nage. Nous n’avons jamais pu obtenir leur développement : après
deux ou trois jours ils possèdent toujours une queue mais meurent.
c) Les jeunes ascidies (fig. 27, 28, 29).
Les jeunes individus examinés pour effectuer cette étude proviennent
autant de dragages que d’animaux obtenus par élevage à partir de l’Ascidie
adulte.
Fig. 27. — Développement de Psammoslyela delamarei : A, B, C et D. stades suc¬
cessifs de l’organogenèse.
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
69
Dès les premières quarante-huit heures, l’organisation interne est définie.
Le tube digestif apparaît d’abord comme une masse compacte qui se divise
rapidement en un estomac (est.) à droite et un intestin (i.) à gauche. Cette
masse occupe la moitié postérieure du corps de l’Ascidie, déjà étirée, où l’on
distingue l’emplacement du siphon cloacal. Le statocyste, bien visible,
se situe à ce moment au milieu du corps.
Très tôt, l’endostyle (e.) s’individualise. Le statocyste migre vers la
paroi dorsale du corps. Le tube digestif se différencie mais ne s’accroît pas.
La branchie n’est pas encore bien définie mais on aperçoit déjà de chaque
côté une première perforation (pr. 1).
Le deuxième protostigmate (pr. 2) se perce indépendamment du premier,
entre celui-ci et l’ébauche du tube digestif. Les siphons bien formés ne sont
pas encore fonctionnels à ce stade. Ils portent déjà des fibrilles muscu¬
laires (m.).
Au moment où se perce le troisième protostigmate (pr. 3), toujours
de façon indépendante, la circulation d’eau est effective et les siphons sont
ouverts. Selon les individus et les conditions du milieu, le développement
jusqu’à ce stade peut avoir une durée variable. En moyenne, il faut une
semaine en aquarium à 20° environ, pour obtenir des jeunes à trois proto¬
stigmates. Mais il semble bien que la croissance très rapide du début subisse
un ralentissement très net ensuite.
Dès l’apparition du deuxième protostigmate. Les sinus longitudinaux
(s.l.) commencent à se former. Le premier apparaît sous forme d’une papille
située entre les deux premiers protostigmates. Cette papille prolifère et fonne
un pont membraneux longitudinal au-dessus des perforations branchiales.
Quand un troisième protostigmate apparaît, on assiste à la formation d’un
deuxième sinus longitudinal, ventral par rapport au premier et parallèle
à lui. Le même phénomène se reproduit du côté dorsal pour le troisième sinus
longitudinal. Donc lorsqu’on observe quatre protostigmates (fig. 27, A),
le troisième sinus commence à s’élever, et l’apparition du cinquième pro¬
tostigmate coïncide avec l'édification du quatrième sinus longitudinal (s. 1. 4).
Mais cette dernière étape se complique : au moment où se perce le
cinquième protostigmate transversal, le premier formé commence à se
recouper dans le sens antéro-postérieur; il est maintenant repoussé contre le
sillon péricoronal (sil. per.) qui commence à s’édifier.
Pendant ce temps, des modifications ont eu lieu sur la paroi du siphon
buccal. Le ganglion nerveux (s.n.) s’individualise et au-dessus de lui
apparaît un petit bouton qui représente le tubercule vibratile (t.v.). Au-
dessus, à la base du siphon, poussent des tentacules (t.), deux d’abord à
droite et à gauche, puis deux autres : un dorsal et un ventral.
Au stade de cinq protostigmates l’Ascidie comprend donc tous les
organes de l'adulte, au moins à l’état d’ébauches : les tentacules, le tuber¬
cule vibratile, le ganglion nerveux, un épaississement qui donnera le
raphé (r.), l’endostyle, la branchie déjà fonctionnelle, le tube digestif. Seules
les gonades restent invisibles. Elles n’apparaîtront que beaucoup plus tard.
Quand il n’existe encore que des protostigmates et des sinus longitu¬
dinaux, les sinus transverses (s.tr.), de premier ordre parcourent déjà la
branchie et se relient aux vaisseaux antéro-postérieurs (fig. 28).
Nous allons maintenant assister au découpage des protostigmates en
stigmates vrais (st.). Certains points de la bordure des perforations (pap. st.)
bourgeonnent et prolifèrent vers l’intérieur de la perforation jusqu’à ce
Source : MNHN, Paris
70
FRANÇOISE MONNIOT
qu’ils atteignent l’autre bord (fig. 28, B). Ces expansions se forment aussi
bien sur le bord supérieur que sur le bord inférieur des prolostigmates, mais
toujours dans le plan de la lame fondamentale.
Ces cloisonnements des protostigmates ne se placent pas de façon précise
par rapport aux sinus longitudinaux, ils se situent sous ceux-ci ou entre
eux. Nous verrons plus loin qu’il s’agit d’un caractère très différent du mode
de cloisonnement normal chez les Pyuridae.
Pendant que les trémas s’étirent longitudinalement toute une série de
cloisons prend ainsi place d’abord sur le. premier protostigmate puis sur le
deuxième et ainsi de suite : au fur et à mesure qu’un protostigmate se
découpe, une nouvelle perforation apparaît contre le tube digestif On
obtient alors une branchie en deux parties : la partie antérieure qui possède
les stigmates de l’adulte, rectangulaires, petits, régulièrement disposés
Source : MNHN, Paris
Fio. 29. — Développement de Psammoslyela delamarei :
état de la branchie à l'apparition des gonades — début de la formation des plis branchiaux.
Source : MNHN, Paris
72
FRANÇOISE MONNIOT
et une partie postérieure restée à l’état de protostigmates. Les sinus longi¬
tudinaux, eux, sont continus; le premier, en partant du raphé, et le troisième
sont bordés de papilles sur leur face dorsale (lig. 29). Ces papilles qui prennent
leur origine sur la lame fondamentale s'allongent pour donner à leur tour
en se soudant les unes aux autres de nouveaux sinus longitudinaux.
Les plis se forment ensuite par adjonction de nouveaux sinus de la
môme manière. Au moment où les plis se constituent, il ne se perce plus
de protostigmates à la base de la lame branchiale. Les protostigmates
continuent à se diviser. Dans la partie la plus proche du sillon péricoronal,
sur les stigmates apparaissent de lins sinus parastigmatiques, d'abord
partiels, puis beaucoup plus étendus, allant d'un sinus longitudinal à un
autre. Â un stade avancé du développement, les stigmates se recoupent sous
les sinus transverses de second ordre ainsi formés.
Chez l’adulte la branchie continue à évoluer; de nouveaux sinus longi¬
tudinaux accroissent l’épaisseur des plis branchiaux, tandis que les sinus
transverses de second ordre continuent à apparaître de plus en plus près de
l'iEsophage. Cette évolution continue pendant la maturation sexuelle et
l’incubation des têtards.
Nous avons donné une description de l’évolution branchiale qui pourrait
faire croire à un phénomène se déroulant de façon continue. Il n’en est rien,
la ponte a lieu d’août à septembre à Banyuls. Elle dure environ un mois.
En novembre tous les adultes ont disparu. Nous supposons qu’ils meurent
après la ponte, dans la nature comme en aquarium. Nous trouvons, par
contre, à cette époque, des jeunes sans gonades, avec une branchie peu déve¬
loppée qui comprend seulement deux protostigmates déjà recoupés et les
quatre premiers sinus longitudinaux formés.
Des dragages ont été effectués au cours des mois de novembre,
décembre, janvier, février, mars, avril. Ils n’ont permis de récolter que des
jeunes Psammoshjela au même stade d’évolution et de même taille. Tout se
passe comme s’il y avait un arrêt de la croissance pendant les mois d’hiver.
Il y a des variations individuelles dans le nombre des stigmates, bien
entendu, mais on peut considérer que la branchie reste à l’état jeune pendant
plus de la moitié de l’année. La reprise de la croissance se fait d’abord
lentement puis elle s’accélère de plus en plus.
En mai ou juin, l’aspect externe de l’animal change : transparente au
départ, la tunique devient opaque et adhère quelquefois à des grains de
sable. Le manteau épaissit beaucoup et sur sa face interne apparaissent les
ébauches des polycarpes. La branchie à ce moment ne possède pas encore
de plis, mais elle montre toujours des protostigmates dans sa partie ventrale.
Le tube digestif s’allonge et prend son volume définitif en juillet. Au cours
de ce mois, les polycarpes se développent et l'on peut considérer qu’ils
sont adultes. Il n’y a pas encore cependant de têtards. Mais si les
Psammoslyeta sont sexuellement mûres à ce stade, la branchie n’a pas terminé
son développement; les plis commencent seulement à apparaître ainsi q Ue
les sinus transverses de 2° ordre et on assiste ici à un véritable phénomène
de néoténie.
Au début du mois d’août, la croissance des gonades, l’apparition de
très nombreux polycarpes et la maturation des produits sexuels deviennent
très rapides. On trouve brusquement dans les sables une grande quantité
d’individus incubateurs. Leur aspect externe esL plus massif, ils portent
souvent 3 à 4 grains de sable fixés au hasard sur la tunique, mais jamais sur
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
73
les siphons. La branchie commence alors à évoluer nettement plus vite :
la lame fondamentale grandit et se perce de nombreux stigmates, à tel point
qu’elle ne peut plus s’étendre totalement dans le corps de l’Ascidie. Mais
il est tout de même fréquent de trouver encore des protostigmates dans la
partie ventrale d’une telle branchie.
Au début du mois de septembre, les Psammoslyeta ont déjà pondu de
nombreux têtards. La branchie des différents individus n’est pas toujours
au même stade, mais les sinus se rassemblent en plis. De nouveaux sinus
peuvent venir grossir les plis et la croissance n’est toujours pas terminée.
Il faut attendre la fin du mois de septembre pour trouver des individus ayant
à peu près tous le même développement branchial. Beaucoup ne possèdent
plus alors que des polycarpes vides. La branchie elle-même est très abîmée
à ce moment là par les logettes creusées par les têtards dans sa paroi, succes¬
sivement au cours de leur incubation.
Je crois qu’il est vraiment permis de parler ici d’une néoténie.
La néoténie se définit par l’acquisition de gonades fonctionnelles chez un
animal dont les organes sont encore à l’état jeune. Cet état jeune est déterminé
par comparaison avec les mêmes organes chez les autres spécimens de la
même famille. Or, Psammoslyela est bien dans ce cas. Nous venons de voir
que la branchie est encore embryonnaire au début de la maturation sexuelle.
Mais il en est encore de même pour le tube digestif qui continuera à s’épaissir,
s’allonger, et dont la courbure se modifie. De même les endocarpes peu
nombreux à l’apparition des premiers têtards se multiplient pendant toute
la période de ponte. La tunique elle-même change, la jeune Ascidie adulte
et incubatrice possède un corps assez lisse, libre, tandis que des individus
plus gros, plus âgés, contenant plus de têtards ont tendance à former des
papilles tunicales qui adhèrent à quelques grains de sable.
Ce sont toutes ces raisons qui me permettent de conclure à la néoténie
vraie de cette espèce interstitielle.
II. — Développement des Pyuridae du genre Heterostigma
Cette élude a été possible pour deux espèces du genre Heterostigma :
H. fagei et H. gonochorica dans des conditions particulièrement favorables.
Le nombre d’individus récoltés était suffisant pour permettre à la fois une
étude morphologique des stades jeunes et une étude histologique des pre¬
miers stades enbryonnaires. Nous n’avons pas l’intention, dans ce travail,
de détailler la structure fine des têtards, ce qui nécessiterait une compétence
d’embryologiste. Nous nous attacherons surtout au développement des
caractères qui interviennent constamment dans la systématique des Ascidies.
a) La ponte et ta fécondation.
Les œufs semblent être émis directement dans la cavité incubatrice,
toujours située au contact de l’ovaire, par l’intermédiaire d'un oviducte
plus ou moins long selon les espèces. Les ovocytes sont alors très chargés
en vitellus. La fécondation se produit soit à la sortie de l’oviducte au moment
du passage des ovocytes dans la cavité incubatrice, soit dans cette cavité
elle-même. On ne trouve pas sur les coupes de spermatozoïdes dans la
cavité atriale. Par contre ils sont présents dans la poche incubatrice, mais
ils peuvent y avoir été entraînés par les œufs. En effet, les très jeunes
Source : MNHN, Paris
74
FRANÇOISE MONNIOT
embryons qui n’ont encore que quelques cellules sont entourés sur les coupes
d’une couronne de spermatozoïdes au contact de la membrane externe
de l’œuf.
b) Le développement embryonnaire.
Les premières divisions de l’œuf sont extrêmement rapides, on ne
les trouve qu’exceplionnellement sur les coupes. En général, on observe
dans la cavité incubatrice, des embryons à partir du stade « Gastrula ».
Toutes les cellules sont encore chargées de vitellus. La taille de ces embryons
est semblable à celle de l’œuf (PI. VI). A côté de ces stades très jeunes,
et disposés sans ordre particulier dans la poche incubatrice, se trouvent
des têtards d’évolution plus ou moins avancée. Les têtards ovales possèdent
une queue très développée généralement droite ou très peu enroulée autour
du corps. Ils sont munis de deux corpuscules : le pliotolithe et l'otolithe
plus gros (PI. IV). La tunique se développe pendant l’incubation et prend
l’aspect exact de la tunique de l’adulte. Son épaisseur est à peu près égale
au 1/5 du diamètre du corps. Sous cette tunique le manteau est déjà diffé¬
rencié. Les papilles de fixation caractéristiques des têtards d’ascidies sont
ici invisibles sous la tunique. Par contre des ampoules vasculaires (a.v.)
très caractéristiques (8 le plus souvent) sont régulièrement réparties dans
la tunique (iig. 8(1). A un stade assez avancé, les siphons sont discernables
sous forme d’invaginations de la tunique et du manteau; la cavité atriale
s’individualise ainsi que la cavité branchiale. Le tube digestif apparaît
seulement sous forme d’une masse arrondie dans une accumulation de réserves
vitellines (fig. 30, D 2).
Les fibres musculaires du manteau commencent a se différencier quand
les têtards sont encore dans la cavité incubatrice (PI. VII).
Les têtards âgés s’orientent chez IL replans; ils ne le font pas dans
les autres espèces. Leur émission dans l'eau de mer est successive, un seul
têtard à la fois franchit le siphon cloacal et en obture complètement le
diamètre. . , . . ,
Les embryons énns dans leau de mer de façon normale sont munis
d’une queue mais ne nagent pas. Pour les espèces observées en élevage
(//. fagei, IL separ) les jeunes se collent près de l'individu mère ou même
sur sa tunique (PI. III). L’agitation de l’eau, les vibrations provoquent
la formation de papilles tunicales qui dépendent des ampoules vasculaires
dont nous avons parlé et qui fixent le jeune au substrat, dans une orienta¬
tion quelconque.
c) Développement des jeunes (fig. 30 à 32).
La métamorphose est très rapide (quelques heures). La queue régresse
et disparaît ainsi que la tunique qui l'entoure. Les siphons sont déjà nette¬
ment formés mais ne s’ouvrent pas. Le tissu branchial est présent et se
perce immédiatement d’un stigmate de chaque côté. Ce stigmate grandit
tandis qu’un deuxième apparaît contre le tissu digestif. Les siphons s’ouvrent
à ce moment. Les réserves vitellines (vit.) sont encore très importantes.
L'endostyle (c.) est marqué par un épaississement tissulaire. Opposé à
lui, le statocyste (st.) est très visible et s’est rapproché du manteau par
rapport à celui du têtard dans la cavité incubatrice. Le ganglion nerveux (s.n.),
peu net, est représenté par une accumulation de noyaux antérieure au
statocyste (fig. 30).
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES 75
Ce développement représente la répétition exacte de ce que nous avons
vu pour Psammosltjela.
A partir du moment où la branchie est fonctionnelle, la forme Ascidie
est réalisée. On distingue de chaque côté de la branchie le premier proto-
stigmate (pr.) très élargi sur lequel on peut déjà observer un pont cellulaire
très fin, antéro-postérieur (fig. 30, D2). Sous ce premier protostigmate
apparaît une petite perforation, au milieu d’une accumulation cellulaire.
L’estomac (est.) est visible ainsi que l’œsophage (ces.) et l’intestin (i.).
Au contact de l’estomac et de la branchie une vésicule arrondie représente
l’ébauche du cœur (c.). Dès ce premier stade l’animal est contractile, les
muscles des siphons sont fonctionnels et capables de les fermer et de les
rétracter.
Fio. 30. — Développement de Helcrosligma gonochorica n. sp. : Tl, têtard dans
la cavité incubatrice; T2, têtard au moment de la ponte; 1,2 et 3, premiers stades de
l'organogenèse; D2 et D3, détails des stades 2 et 3.
Source : MNHN, Paris
76
FRANÇOISE MONNIOT
Dans un deuxième slade, le deuxième protostiginale s’élargit tandis
qu’une condensation de cellules apparaît plus postérieurement annonçant
le troisième protostigmate. Le pont membraneux qui barrait la première
Fio. 31. — Développement de Heleroslignia gonochi
successifs à 4, 5, 7 et 8 protostigmates.
n. sp. : 4, 5, 6 et 7, stades
perforation se prolonge au-dessus de la deuxième sur la face interne de la
branchie. Les réserves vitellines diminuent tandis que sur la face dorsale
le statocyste se déplace vers le siphon cloacal. Les deux siphons sont
parfaitement opposés.
Source : MNHN, Paris
CID1ES INTERSTITIELLES
77
Dans le stade à trois protostigmates, il n’y a pas de modifications essen¬
tielles. Sur le premier protosligmate formé, apparaît dorsalement par
rapport au premier, un deuxième sinus longitudinal (s.l.). Le développement
est absolument symétrique des deux côtés. L’animal au troisième stade
présente parfois de petites expansions de la tunique à partir de ce moment,
mais le phénomène s’accentuera ultérieurement. La branchie semble pivoter
autour de l’estomac. Ceci n’est pas une véritable rotation : en réalité l’accrois¬
sement des protostigmates est plus rapide du côté dorsal que du côté ventral.
Le tissu branchial atteint rapidement la paroi constituée par le manteau.
La boucle intestinale se développe en môme temps et repousse aussi la
branchie dorsalement. Les protostigmates qui suivent le tissu bran¬
chial se courbent donc en croissant (fig. 30, D 3). L’estomac reste médian
et postérieur mais l’intestin commence à s’incliner vers la gauche.
Avec quatre protostigmates, la jeune Hclerosligma acquiert deux tenta¬
cules (t.) (en position latérale) et un troisième sinus longitudinal commence
à s’élever du côté de l'endostyle (fig. 31).
Au stade de cinq stigmates (fig. 31, 5) cinq sinus longitudinaux sont
formés, et le premier protostigmate prend une allure ondulée. Il existe
à ce moment quatre tentacules. Le statocyste est toujours présent. Le réseau
musculaire (m.) couvre maintenant l’ensemble du corps. La taille de l’animal
a très nettement augmenté. Mais les mesures effectuées sur plusieurs ani¬
maux au même stade d’évolution branchiale ne donnent pas les mêmes
résultats. La forme du corps n’est pas toujours la même et passe, selon les
individus, d’une sphère à un fuseau allongé.
Pendant que de nouveaux protostigmates apparaissent, le premier
se découpe et les tronçons se spiralisent. Les coupures n’ont pas lieu sous
les sinus longitudinaux, mais entre ceux-ci, régulièrement (fig. 31, 6 et 7).
Contrairement à ce que nous avons vu pour les Styelidae, les stigmates
ainsi constitués prennent une forme arquée, les deux extrémités latérales
prolifèrent vers la face postérieure mais l’une des deux progresse beaucoup
plus vite.
Le dernier sinus longitudinal apparaît du côté du raphé dorsal qui
n’est toujours pas formé, alors que l'endostyle glandulaire présente une
morphologie adulte.
C’est à ce stade que l’on commence à distinguer les gonades.
On peut résumer l’ordre d’apparition des sinus longitudinaux par
le schéma suivant :
6
5
4
3
E
Source : MNHN, Paris
78
FRANÇOISE MON NIOT
Il semble bien qu'il y ait une différence dans la structure de la branchie
entre le côté dorsal par rapport au premier sinus longitudinal formé et le
côté ventral. Dès la formation des premiers infundibula on constate que
les stigmates du côté dorsal s’enroulent dans le sens des aiguilles d’une
montre, et dans le sens inverse du côté ventral, sous le sinus le plus proche
de l’endostyle (fig. 32). C’est aussi au-dessous de ce sinus ventral que se
développe la gonade.
Les sinus transverses, dont nous n’avons pas parlé jusqu’à présent
prennent naissance dès le troisième et le quatrième stade. Ils s’étendent
en même temps que les protostigmates.
Les lames qui surmontent les sinus longitudinaux apparaissent immé¬
diatement avec ceux-ci puis s’élèvent progressivement.
Le raphé ne commence à se former qu’au cinquième stade. Son déve¬
loppement sera plus particulièrement étudié chez Heterosligma fagei.
La branchie divisée en deux plans, droit et gauche, par le raphé et
l’endostyle, forme un sac fermé dans sa partie postérieure contre l’estomac
Cette sorte de poche est ouverte largement dans sa partie supérieure bordée
par le sillon péricoronal. Les deux plans branchiaux, soudés sur leur face
postérieure s’écartent l'un de l'autre formant un angle dièdre de 90° au
moins dans les tout premiers stades de développement (4 à 5 protosligmatesl
Au cours de la croissance, cet angle se réduit progressivement. Les portions
dorsales et ventrales de la lame fondamentale qui n’étaient pas percées
sont atteintes par la prolifération des stigmates. Les deux plans perforés
se rapprochent l’un de l’autre mais ne deviennent jamais complètement
parallèles, un angle dièdre de 40° environ subsiste.
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
79
Le développement qui vient d’être décrit se rapportait jusqu'à pré¬
sent à l'espèce Helerostigma gonochorica dont les très nombreux exemplaires
permettaient des dissections répétées d’individus jeunes. Les branchies
ont été colorées à l'hémalun acide de Masson et montées au Baume du
Canada.
Remarque
Chez 11. fagei, on constate une différence dans l’ordre d'apparition
des sinus longitudinaux. Si l’on numérote les sinus comme pour //. gono¬
chorica, on obtient le schéma suivant, à gauche R5-4-2-1 - 3 - 6 - E
(voir les fig. 33, A et B et 3-1). Mais dans le cas le plus général, les cinquième
et sixième sinus apparaissent en même temps. Il y a là une différence
nette avec //. gonochorica où il n'apparaît plus de sinus longitudinal dans
l’intervalle compris entre le troisième sinus et l'endostyle.
Le développement n’a pu être suivi de façon complète pour les deux
autres espèces du genre Hetcrostigma. Nous n’avons eu que très peu d’exem¬
plaires de H. replans, seulement deux jeunes, dont le développement était
déjà trop avancé. Pour H.separ, nous n’avons pas récolté d’Ascidies jeunes;
nous avons seulement assisté à la ponte et au développement des têtards
jusqu’au stade à trois protostigmates.
d) Formation du raphé (fig. 33 et 34).
Les figures du développement branchial de Helerostigma gonochorica
ne montrent pas l’importance ni l’emplacement du raphé. En effet, les
premiers stades en sont dépouvus. Le raphé semble apparaître à un âge
avancé, brusquement. En réalité il n’en est rien. La lame dorsale de l’adulte
provient de la soudure de papilles formées successivement. Ces papilles
apparaissent de bas en haut, la première étant située près de l'entrée de
l’œsophage, la dernière sous l’extrémité du premier protostigmate.
Les figures qui correspondent à la description donnée ci-dessous appar¬
tiennent à l’espèce II. fagei. Les images données par H. gonochorica sont
semblables, mais nous avons choisi des préparations de l’espèce française
pour des raisons techniques : les préparations de H. fagei sont d'une qualité
supérieure. Il est nécessaire, pour voir les détails branchiaux, de disséquer
des individus très jeunes et très petits, et les fixations successives pendant
plusieurs années de l’espèce de Banyuls permettaient une dissection et
une coloration meilleures. Les dessins présentés ici ne sont jamais une
interprétation mais reproduisent exactement, par le moyen de la chambre
claire, les structures existantes.
La première ébauche du raphé se manifeste au moment où se perce
le cinquième protostigmate. 11 y a alors du côté dorsal, entre les deux faces
droite, et gauche de la branchic une étendue assez large de tissu non perforé,
parcourue seulement par un filet nerveux (s.n.) (fig. 33, A). Ce nerf arrive
jusqu’à l’entrée de l'œsophage (œs.). Sur sa gauche, bordant ce qu'il est
convenu d’appeler la bouche vraie de l’Ascidie, s’élève un bourrelet du tissu
digestif. Ce bourrelet se prolonge par une ride qui borde la partie posté¬
rieure de la laine branchiale gauche. Cette ride marque le contact de l’es¬
tomac et de la branchie. Au même stade une papille ciliée (pap. r.) pousse
entre les extrémités dorsales des troisième et quatrième protostigmates
gauches. Cette papille ressemble tout à fait aux bourgeons (non ciliés cette
fois) destinés à former les sinus longitudinaux. Elle apparaît comme une
prolifération de la paroi interne du troisième sinus transverse.
Source : MNHN, Paris
80
FRANÇOISE MONNIOT
Au stade suivant (6 protostigmates), la crête œsophagienne s’est
élevée. Elle se sépare de la ride de contact branchie-tube digestif. Au-dessus
de la première papille dorsale qui s’est allongée, une deuxième formation
analogue également ciliée pousse entre le deuxième et le troisième protostig¬
mate gauche (fig. 33, A).
n
Pr.i
pr. 2
pr.3
Pr.4
Pr.5
Pr-6
Fig. 33. — Formation du raphé chez llelerostigma fagei : deux stades successifs
Quand le premier protostigma le se découpe et commence à former
des spirales, la crête œsophagienne s’est totalement isolée du côté posté
rieur, mais s’est, par contre-soudée, à la première papille dorsale. Cett"
première papille se soude elle-même à la deuxième (lig. .33, B), tandis "qu’un
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES 81
troisième expansion du même ordre s’élève entre les extrémités du premier
et du deuxième protostigmate. On obtient alors à ce stade une lame
lobée et ciliée, surmontée d’une papille longue, ciliée également.
Enfin dans une dernière étape, la troisième papille s’unit à la lame
dorsale (lig. 34). Celle-ci ne présente plus que de faibles traces des papilles
qui l’ont formée. Le raphé prend sa forme définitive.
Le raphé prend donc entièrement son origine dans la partie gauche
de la branchie. C’est une position qu’il conservera d’une façon moins
accentuée chez l'adulte.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Chapitre V
APPORT DES ASCIDIES INTERSTITIELLES
AU SCHÉMA CLASSIQUE DE L'ÉVOLUTION BRANCHIALE
I. Bref historique des travaux
sur le développement des Ascidies
Le développement des larves, et surtout 1’embryogencse des Ascidies
ont fait l’objet de très nombreux travaux, depuis 1880 environ. Mais les
études se rapportant à la branchie, n'ont pas suscité dans ce groupe autant
d’intérêt que la morphogenèse générale, en particulier des diverses lignées
cellulaires et la recherche des trois feuillets : ectoderme, endoderme et méso¬
derme. Ces recherches menées parallèlement à celles qui se faisaient sur
l'Amphioxus avaient aussi un intérêt évolutif puisque les Ascidies constituent
le groupe de Chordés le plus primitif.
Ce n'est que plus tard, après les travaux de Krohn et de Van Beneden
et Julin, qu’une véritable école d’ascidiologistes se constitua pour étudier
la formation des stigmates de la branchie des Ascidies. Des Anglais (Gars-
tang, Willey), des Allemands (Seemger, Traustedt), des Français
(Pizon, Damas), ont dirige leurs efforts dans le même sens. Üne collaboration
s’est alors établie entre Damas et les Belges De Selys Longchamp et
Julin. C’est à ce moment, c’est-à-dire vers 1904, que s’établirent les premières
conclusions sur l’évolution de la branchie des Ascidies, en ne considérant
pas seulement les espèces composées, bourgeonnantes, mais toute une série
d’Ascidies simples choisies dans toutes les familles. Ces résultats, qui étaient
le sujet de polémiques interminables à cette époque, ont été repris et admis
de nos jours. L’essentiel des travaux de Damas et De Selys Longchamp font
encore autorité en ce qui concerne l’apparition et l’évolution de la branchie,
l’organisation essentielle des stigmates qui s’y développent.
Pour comparer ces données classiques, à ce que nous avons observé
nous-même pour les Ascidies interstitielles, nous avons essayé de suivre
le développement branchial à partir du massif cellulaire indifférencié de
l’embryon. Nous avons préféré étudier ce tissu plus que tout autre parce
qu’il est vraiment propre aux tuniciers et qu’il constitue toute la base de
la systématique. Nous avons donc tenté de déterminer le plus nettement
possible le passage d'un tissu épais à la fine trame branchiale définitive
en suivant la percée successive des stigmates, l’accroissement de la lame
fondamentale et l’irrigation sanguine progressive des tissus en voie de diffé¬
renciation par l’intermédiaire de deux sortes de sinus : transversaux et
longitudinaux. Enfin, nous parlerons du rôle inducteur des sinus longitu¬
dinaux, sur la trame branchiale.
Malheureusement si des travaux similaires ont toujours constitué une
masse importante des publications sur les Ascidies, ils concernent presque
tous les Ascidies composées. Les Ascidies simples sont en effet plus difficiles
à récolter et à étudier. Généralement ovipares, alors que les zoïdes de
Source : MNHN, Paris
8-1
FRANÇOISE MONNIOT
nombreuses colonies sont vivipares, la récolte des embryons est délicate.
D'autre part, les animaux coloniaux ont l’intérêt de susciter une étude
parallèle de la reproduction sexuée et de la reproduction asexuée.
Des auteurs actuels ont entrepris à leur tour des études un peu plus
variées sur le développement des Ascidies, en envisageant l'action d’hormones
ou de facteurs physico-chimiques externes (Berrill). Mais l'essentiel
des publications concerne toujours les Ascidies composées. Il n’y a pas eu
d’apports, ni de modifications importantes par rapport aux travaux anciens.
Quelques systématiciens ont parfois précisé une particularité de dévelop¬
pement des espèces qu’ils rencontraient (ex. : Millar) (1).
Nous ne parlerons, par la suite, que des données classiques de Damas
et Berrill qui résument les opinions les plus généralement admises. Nous
comparerons nos observations à celles-là. Les publications tout à fait
récentes sur les Ascidies ne concernent pratiquement plus que la systématique,
sauf quelques études de Millar en Angleterre, et l'école du Professeur
Abbott aux U. S. A. Mais là encore, les Ascidies composées sont le plus
souvent employées et la plupart des observations ne sont pas publiées.
II. — Quelques données sur les embryons et les têtards
Chez les Slyelidae et les Pyuridae, les deux familles qui nous intéressent
plus particulièrement ici, la règle générale est l’oviparité. Nous ne connaissons
pas de Slyelidae possédant une cavité incubatrice différenciée et le dévelop¬
pement des têtards dans la cavité atriale est tout à fait exceptionnel [ Slyela
yakulalensis Ritter, Polycarpa tinelor (Quoy et Gaimard)]. Chez les Pyuridae,
il n’existe que trois exemples de viviparité : Dollmia echinata (L.), Cratos-
ligma gravellophila (Pérès), Cralosligma regularis C. Monniot. Il est intéressant
de remarquer à cette occasion que les stades jeunes du genre Cralosligma
sont certainement interstitiels, bien que les récoltes soient insuflisantes pour
pouvoir prendre une position nette à ce sujet. Les autres genres cités vivent
sur les sables.
Actuellement toutes les Slyelidae et les Pyuridae interstitielles sont
vivipares. Leur développement est particulièrement condensé. On ne
peut distinguer les structures larvaires transitoires étudiées par Berrili
Il n’existe qu’une cavité et qu’un seul orifice atrial. Le premier protostigmate
percé est visible dans l’embryon encore situé dans la cavité incubatrice
Il n’est pas cilié au début, mais l’apparition des cils se fait au moment de
la ponte. Sous ce premier protostigmate, toujours chez le têtard, on aperçoit
une condensation de noyaux, et cet amas sera à l'origine du deuxième pro¬
tostigmate, immédiatement après la ponte ou la métamorphose, puisque
les deux phénomènes sont simultanés ou presque.
La métamorphose des Ascidies interstitielles n’apporte pas de rema¬
niements internes importants par rapport à la structure du têtard. Elle
est marquée seulement par la régression totale et rapide de la queue et l’ou-
(1) La bibliographie relative au développement branchial des Ascidies simples
sera donnée en fin de chapitre. Celle qui concerne les Ascidies composées est tellement
importante qu’elle nous éloignerait beaucoup de notre sujet. Nous avons étendu les réfé¬
rences à toutes les familles d'Ascidics simples, mais cette bibliographie essentielle reste
volontairement très incomplète.
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
85
verture plus lente des deux siphons : branchial d'abord, puis atrial. La
musculature, Fendostyle, l’ébauche du tube digestif étaient déjà présents
chez le têtard ainsi que la tunique, munie de ses ampoules vasculaires.
III. Le développement post-embryonnaire. — Les protostigmates
Chez les Slyetidac, comme chez les Pyuridae interstitielles, les stigmates
apparaissent successivement. On ne peut distinguer aucune différence dans
les tous premiers stades, entre les jeunes des deux familles. Il est nécessaire
d’isoler les parents au moment de la ponte pour savoir quel est le
type d’animal étudié. A la métamorphose, sous la première fente branchiale
se place une accumulation de noyaux dans la lame fondamentale. Ce nodule
se perce en son centre et s’agrandit pour former un nouveau protostigmate
sous le premier, tandis qu’un troisième bourgeon apparaît sous les deux
premières fentes. C’est ce que nous avons déjà décrit (fig. 27 à 32).
Les protostigmates se percent donc indépendamment et successivement
d’avant en arrière. Cela correspond exactement à la classification donnée
par Damas 1904, pour les différentes familles de tuniciers, classification
que nous résumons ici :
Polyprosli y mata
— Formes à nombre indéterminé de protostigmales ;
ouvertures formées successivement et régulièrement
d’avant en arrière.
Hexaprostigmata
— Formes pourvues de six paires de protostigmates.
T elraprostigmata
— Formes pourvues de quatre paires de protostigmates.
, Pyuridae
1 Styelidae
j (Polystyelidae)
I (Botryliidae)
, Molgulidae
) Corellidae
j Ascidiidae
' Cionidae
(Perophoridae)
Diprostigmala ^ (Clavelinidae)
— Formes pourvues de deux paires de protostigmates, \ (Polyclinidae)
( (Didemnidae)
Nous regrettons beaucoup de n’avoir pu obtenir la ponte et le dévelop¬
pement post-embryonnaire des Phlébobranches qui auraient pu donner
une précieuse vérification à la division des Ascidies en Polyprosligmata,
Hexaprostigmata, Telraprostigmata, et Diprostigmala.
Nous espérons poursuivre ce travail ultérieurement.
IV. Évolution des protostigmates en stigmates vrais
La règle du polyprostigmatisme admise, voyons comment Damas a
interprété la transformation des protostigmates (terme créé par Garstang
1892) en stigmates vrais, cette évolution ne suscitant aucune discussion
d’ordre général jusqu'à présent.
« Ces protostigmates se subdivisent en stigmates ovalaires d’abord,
transversaux, puis s’orientent longitudinalement, constituant enfin
des rangées transversales de stigmates droits »... « le nombre total de
Source : MNHN, Paris
86
FRANÇOISE MONNIOT
protostigmates et celui des replis sont choses variables suivant les genres
et les espèces et forment par conséquent des éléments de diagnose
excellents ».
Cette division progressive des protostigmates est valable pour les
Styelidae et les Pytiridae interstitielles jusqu’au sladc où la branchie comporte
six protostigmates. Nous séparons à partir de là l’évolution ullérieure de la
branchie dans les deux familles.
1) Les Styelidae :
Les premiers proLostigmales formés sont ceux qui se divisent en
premier lieu selon le schéma de Damas cité plus haut. Les Protosligmates
se divisent par l'apparition de bourgeons de chaque célc (antérieur et
postérieur) du protostigmate transversc. Ces bourgeons s’accroissent se
rejoignent et se soudent séparant ainsi deux tronçons du protostiginate
comme l’indique de Selys Longchamp. Les divisions successives abou¬
tissent à des stigmates droits séparés par des cloisons perpendiculaires aux
stigmates transverses.
Nous n’avons pas trouvé de références indiquant le rôle joué par les
sinus longitudinaux dans l’apparition des bourgeons à l’origine de la division
des fentes primordiales en stigmates vrais. Chez les Styelidae inters¬
titielles ces coupures apparaissent de façon irrégulière, en n’importe quel
point du protostigmate, entre les sinus longitudinaux, mais à n’importe
quelle distance de ceux-ci (lig. 28). Cette division irrégulière au départ semble
caractéristique des Styelidae. Chaque fragment de protostiginate ainsi
divisé va pousser vers l’avant eL vers l’arrière pour former le stigmate longi¬
tudinal. Une fois les stigmates longitudinaux constitués, il apparaît encore
des protostigmales dans la partie postérieure de la branchie. Mais ces néo¬
formations ont une limite (variable probablement selon les espèces).
Les stigmates vrais ainsi formés sont disposés en rangées, séparées
par les sinus transvcrscs dits de 1 er ordre, ceux qui parcouraient les espaces
intermédiaires entre les protostigmates.
De nouvelles subdivisions, mais celte fois perpendiculaires aux
premières, vont découper en deux les stigmates par extension progressive
de ponts très fins. Ceux-ci sont formés par la soudure de papilles qui s’élèvent
au-dessus des sinus longitudinaux interstigmatiques jusqu'à diviser coirmlè
tement une rangée transversale de stigmates longitudinaux. Ces ponts
se rejoignent petit à petit, les sinus sanguins qu’ils portent entrent en
communication et l’on obtient de cette manière les sinus transverses de
second ordre (lig. 29). De la même façon, on peut obtenir des sinus
de troisième ordre. Chez les Styelidae interstitielles l’évolution branchial
s’arrête aux sinus transvcrscs de premier ou de second ordre. Il D ~. .
exister des sinus parastigmatiques, c’cst-à-dire des ponts équivalents à
ceux qui forment les sinus transverses de second ordre, mais qui n „
couvrent que quelques stigmates, sans parcourir la branchie d’un sinus
longitudinal au suivant.
Ce mode de développement branchial est très net chez les Sluelidae
interstitielles parce qu'elles subissent un retard et sont bloquées à un sta 1
jeune. Il correspond à la description classique de l'évolution post-embryon¬
naire des Styelidae. y
Source : MNHN, Paris
ES INTERSTITIELLES
87
2) Cas des Pyuridae :
Pour les espèces du g. Heterosligma, seules Pyuridae interstitielles
jusqu’à présent, le développement ne suit pas celui que nous venons de
décrire pour les Styelidae.
A partir de 5 ou 6 protostigmates, le premier formé (comme nous
l'avons vu dans le chapitre antérieur) se divise entre les sinus longitudi¬
naux (fig. 31). Il se découpe ainsi en 6 tronçons seulement. Chaque tronçon
évoluera de la même façon, sous un sinus longitudinal, les plus centraux
avec une vitesse un peu plus grande. Au fur et à mesure de la différenciation
du premier protosligmate, le deuxième, puis le troisième, etc... subissent
la même évolution, tandis que de nouvelles perforations apparaissent dans
la partie postérieure du sac branchial.
Une différence importante entre les Slyelidae et les Pyuridae se mani¬
feste très tôt. Chacun des six tronçons provenant d'un protostigmate
prolifère par ses extrémités dorsale et ventrale, qui se courbent vers la
partie postérieure de la branchie pour atteindre une première forme en
arc de cercle. A partir de cet arc, dont le centre se trouve toujours sous
un sinus longitudinal, une des extrémités du stigmate prolifère beaucoup
plus que l’autre et s’enroule en une spirale dont les tours deviennent de
plus en plus serrés. L'autre extrémité du stigmate pousse en sens inverse
(fig. 32). Le développement de la spirale entraîne donc une élévation des
tissus au-dessus du niveau primitif en soulevant le sinus longitudinal. Donc
la structure fondamentale du stigmate vrai des Pyuridae interstitielles
est une spirale, plus ou moins développée.
Cette spirale, ininterrompue est doublée d’un sinus équivalent, longi¬
tudinal, interstiginatique, qui se spiralise en même, temps que le stigmate.
Comme dans le cas des Slyelidae ces sinus peuvent bourgeonner et
former des ponts ou sinus parastigmatiques au-dessus des perforations.
On atteint alors le stade final chez le genre Heterostigma, en ajoutant une
précision : la lame fondamentale s’étend elle aussi pendant l’accroissement
circulaire du stigmate; elle est plus resserrée entre les spirales, ce qui accentue
l’enfoncement de la spirale en cône vers la partie interne de la branchie.
Ce cône est plus ou moins profond suivant le nombre, de tours de spire et
le mode d’enroulement : lâche ou serré. Il porte le nom d’« infundibulum ».
Une deuxième différence importante entre les Pyuridae et les Slyelidae
interstitielles consiste en un arrêt de la transformation des protostigmates
en infundibula à un stade donné. Il subsiste toujours des protostigmates
indivis chez les Helerosligma adultes. Mais ce n’est plus vraiment une struc¬
ture fondamentale des Pyuridae, il s'agit simplement d’un caractère géné¬
rique.
La structure spiralée n'est pas toujours aussi régulière dans toutes
les espèces. La spirale peut se diviser de plusieurs façons, par l’apparition
de sinus parastigmatiques : soit le long d'une ligne définie, par exemple
sous le sinus longitudinal, cas de II. separ ; soit de façon irrégulière dans
les derniers tours de spire : II. gonodwrica et II. replans pour les individus
très âgés. Ces tronçons ont une tendance à devenir rectilignes.
Claude Monniot (1) a monlré que cette structure spiralée provenant
(t) Monniot (C.), 106. r >. — Étude systématique et évolutive de la famille des
Pyuridae. Mém. Mus. Nul. llist. Nat. Sous presse.
Source : MNHN, Paris
gg FRANÇOISE MONNIOT
directement des protostigmates était fondamentale dans la famille des
Pyuridae. 11 a pu suivre toutes les étapes intermédiaires entre le passage
de la structure primitive du g. Helerosligma et la branchie à stigmates
droits, ressemblant beaucoup à celle des Styelidae. En eiïet, le g. Cratosligma
à biologie « semi-interstitielle » a une branchie constituée exclusivement
d’infundibula : tous les protostigmates ont subi une évolution. Puis, dans
le g. Harlmeyeria, les infundibula existent toujours sous les plis branchiaux,
tandis que les parties externes des spirales se sont découpées pour former
des stigmates droits entre les plis. Chez Microcosmus, les spirales sont encore
visibles sur les branchies d'individus jeunes, tandis que le découpage du
stigmate primitif en stigmates droits prend la plus grande importance.
Enfin, pour le g. Pyura, le développement est très condensé et même chez
de très jeunes exemplaires on ne retrouve que très rarement une indication
de spirale au sommet des plis.
L’étude du développement branchial des Ascidies interstitielles a
donc permis d’apporter des données nouvelles très importantes sur l’évo¬
lution de la famille des Pyuridae, et permet de comprendre la différence
essentielle entre la signification des stigmates droits dans les adultes des
deux familles : Styelidae et Pyuridae.
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Source : MNHN, Paris
Chapitre VI
LE GONOCHORISME CHEZ UNE ASCIDIE
« Ascidians are hermaphrodite without exception if a whole individual
or entire life cycle of a colony is considered. » Berrill 1950 (1).
Jusqu’à présent, il n’existe pas dans la littérature d’Ascidies simples
à sexes séparés. Les gonades peuvent être chez certaines Styclidae entière¬
ment mâles ou femelles, mais les ovaires et les testicules sont toujours présents
ensemble dans un seul individu, même s’ils occupent des positions éloignées.
Nous allons examiner les faits qui nous ont amenée à la certitude d’un gono¬
chorisme chez Helerostigma yunochorica. Nous avons disséqué un grand
nombre de spécimens pour vérifier s’il n’y avait pas dans quelques cas un
ovaire plus un testicule. Nous avons procédé à des coupes histologiques
pour divers stades de développement. Enfin nous avons essayé de déter¬
miner le se.t ratio et la répartition des mâles et des femelles en fonction
de la taille pour tous les individus en notre possession.
1. — Examen morphologique
Dès la récolte de ces ascidies, nous avons constaté, grâce à la trans¬
parence de la tunique, la présence de gonades de deux formes différentes.
Nous avons remarqué aussi que, pour une taille semblable, certains exem¬
plaires possédaient de très importantes cavités incubatrices, chargées
d’embryons, alors que d’autres n’avaient pas un seul têtard. Nous pensions
alors à des cycles successifs de maturation sexuelle et d’incubation. La
dissection de plusieurs spécimens des deux types nous a montré que lorsqu’il
existait une gonade en forme de haricot, avec des lobules mâles très nets,
il n’y avait jamais de têtards. Au contraire la présence d’une cavité incu-
batrice était toujours liée à une gonade massive qui semblait constituée
uniquement d’ovocytes. Cette observation, faite sur des individus de grande
taille surtout, a été poursuivie sur des Ascidies plus petites, avec le même
résultat. Mais chez les très jeunes femelles, la cavité incubatrice n’était
pas toujours développée. Parmi tous les spécimens examinés, nous n’avons
jamais rencontré une seule Ascidie possédant deux gonades. Nous avons
cité au cours de la description de H. yonochorica, l’existence d’un monstre,
cet animal présentait d’importantes anomalies de la branchie, mais la
gonade, femelle dans ce cas, avait une structure normale. Chez tous les
individus observés, non seulement il n’y a qu’une seule gonade, mais elle
apparaît toujours unisexuée.
Cette constatation morphologique était, bien entendu, insuffisante
pour décider si, dans toute leur épaisseur, ces gonades étaient entièrement
mâles ou femelles. Il fallait faire appel à l’histologie pour étudier les parties
internes de ces organes.
(1) Beriui.l (N. J.), 1950. - British Tunicata with an account to british species.
Ray Society, London.
Mémoires du Muséum. — Zoologie, I. XXXV 7
Source : MNHN, Paris
92
KKANÇOISE MONNIOT
2. — Données histologiques (PI. V, VI, VII)
Pour des raisons techniques nous avons enlevé la tunique des exem¬
plaires que nous devions couper. Nous avons choisi 3 « males » qui appa¬
raissaient morphologiquement comme tels : un très jeune et très petit de
1,8 mm, un de 2,4 mm et un de 4 mm.
D'autre part, nous avons décidé de prendre 4 « femelles » (surtout pour
vérifier s’il ne subsistait pas de conduits mâles) aux tailles suivantes :
!,8 mm ; 2,6 mm ; 3 mm ; 4,25 mm. Il nous a semblé que le nombre d'indi¬
vidus et la variété de taille étaient suffisants pour vérifier s’il y avait un
passage possible entre la phase mâle et la phase femelle. J.a morphologie,
d’autre part, nous avait déjà montré l’absence d’intermédiaires entre les
contours caractéristiques des gonades mâles et ceux des gonades femelles
(iig. 7).
Pour vérifier s’il n’y avait pas d autres gonades dans le reste du corps
à des emplacements différents, les exemplaires ont été coupés entièrement
(coupes sériées à 5 n d’épaisseur).
Chez les individus présumés mâles, nous trouvons des ligures de sper¬
matogenèse nettes, tout à fait incontestables (PI. V, PI. VII). La gonade
se présente en lobules polyédriques, aux angles arrondis. Selon l’âge de
l’animal, il existe un plus ou moins grand nombre de ces lobules, qui peuvent
devenir confluents. On distingue, sur les coupes, la partie périphérique
formée de petites cellules : les spermatogonies (PI. V). A cette couche suc¬
cèdent, de l’extérieur vers l’intérieur de la gonade, une strate de sperma¬
tocytes, cellules beaucoup plus grosses où l’on peut observer de fréquentes
ligures de division et de migration des chromosomes; on arrive ensuite à
des cellules plus petites, intensément colorées par l’hématéine, qui repré¬
sentent les spermatides. Enfin, dans la partie la plus interne des lobules
testiculaires, on distingue les spermatozoïdes flagellés dont la tète a une
forme de croissant.
Tous les lobules testiculaires d’une même gonade sont fonctionnels en
même temps. Ces lobules se prolongent en canaux spermatiques qui se
joignent entre eux pour constituer un spermiducte long à paroi plus épaisse.
Les spermatozoïdes sont présents sur toute la longueur des voies génitales
mâles.
Nous avons cherché, entre les lobules testiculaires, des îlots cellulaires
qui auraient pu représenter des traces de gonades femelles à un stade
embryonnaire ou en évolution. Nous n'avons pas pu mettre en évidence de
semblables tissus. En effet, les lobules testiculaires sont isolés entre eux
et isolés de la cavité atriale par une très fine membrane appliquée contre la
couche la plus externe de spermatogonies (PI. VII).
Les figures présentées par les gonades femelles sont tout aussi nettes
Il n'y a qu’un seul ovaire contenant peu d'ovocytes chez la jeune femelle
(PI. VII) et beaucoup plus chez la femelle âgée (PI. VI). L’ovaire, comme le
testicule, est entouré d'une paroi propre qui l'isole du milieu extérieur
Il existe plusieurs centres d’ovogenése, situés dans la partie la plus interné
de la gonade. Au centre de cette gonade se creuse une cavité ramifiée à
paroi mince qui n’est autre que l’épithélium germinatif (e.g.), qui prolifère en
certains points, origine de l'ovogenèse. Les ovogonies sont de petites cellules
à gros noyaux fortement chromophiles. Elles se transforment en ovocytes
qui grossissent jusqu’à une taille considérable. Ceux-ci sont alors constitués
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
93
d’un noyau central qui contient un nucléole excentrique, d'une couche de
cytoplasme qui se charge peu à peu de globules de vitellus et d’une enveloppe
externe de cellules thécales aplaties. Cette évolution cellulaire est visible
sur la planche VI.
A partir d’un stade très jeune, et déjà pour le plus petit individu femelle
que nous ayons coupé, il existe une cavité incubatrice (c.i.), accolée à
l'ovaire, et constituée d’une membrane d’aspect semblable à l’enveloppe
ovarienne externe. Cette cavité contient des œufs qui commencent à se
diviser et des embryons à tous les stades jusqu’aux têtards à tunique très
développée (PI. VI). On y trouve aussi des spermatozoïdes.
L’incubation n’est pas très fréquente chez les Ascidies simples, par
contre elle semble de règle pour les Pyuridae et Slyelidae interstitielles. Chez
les espèces du genre Heterosligma, la poche incubatrice, creusée dans un tissu
différencié, marquerait une adaptation et une évolution importantes. Les
figures histologiques de cet organe chez H. fagei sont tout à fait semblables
à celles données pour H. gonochorica.
L’ovaire de II. gonochorica ne montre donc aucune trace de tissus
mâles. Il n’y a ni spermatogenèse, ni subsistance de conduits qui pourraient
longueur totale
Source : MNHN, Paris
94
FRANÇOISE MONNIOT
faire penser à une phase mâle antérieure (donc à une protandrie) et cela à
aucun stade de la croissance. Les figures ovariennes sont semblables pour
les quatre spécimens de taille croissante étudiés.
On peut donc affirmer que les sexes sont séparés chez H. gonochorica.
Il y a non seulement des gonades mâles et des gonades femelles mais des
individus mâles et des individus femelles distincts.
Nous avons eu la chance d’avoir en notre possession une centaine
d’individus, ce qui nous permet une étude statistique valable. Nous avons
compté et mesuré tous les individus sexués. Les résultats sont donnés dans
le tableau p. 95. Dans quelques cas les gonades, étaient abîmées ou non
visibles. Nous n’avons pas tenu compte de ces spécimens dans les calculs.
On remarque que la sex-ratio est égale à 50 %.
Nous avons cherché à représenter la croissance continue, des gonades
mâles et femelles au cours de la vie des animaux de façon mathématique. Le
nombre de spécimens particulièrement élevé, la transparence de la tunique,
permettaient des mesures directes de la longueur totale du corps et de la
dimension des gonades pour chaque individu. Les causes d’erreur sont de
deux sortes : d’une part les animaux ne sont pas fixés en extension mais à
divers degrés de contraction. C’est pour cela que nous donnons les mesures
du corps à 0,05 mm près. D’autre part la gonade n’est pas toujours bien visible
sous la tunique surtout dans le cas des femelles. Pour ces dernières nous
avons compté seulement les individus possédant une cavité incubatrice,
et la taille de la gonade représente alors la somme des tailles de l’ovaire
et de la cavité incubatrice. A partir d’une certaine taille, la ponte est souvent
provoquée accidentellement et fausse les résultats.
Nous représentons sur le graphique 1 la dimension totale de l’animal en
fonction de la taille de la gonade, elle-même fonction de l'âge. Nous obtenons
des points qui se groupent le long d’une droite. La croissance de la gonade
est proportionnelle à celle du reste du corps, pour les mâles comme pour
les femelles. Il ne peut donc y avoir d’alternances de périodes mâles et
femelles.
En appliquant à ces données quelques relations mathématiques
employées en statistique, nous pouvons calculer la « régression linéaire ».
Nous prenons pour références le nombre d’individus : N, la taille de l’animal :
Y et la dimension de la gonade : X.
L’équation de régression se présentera sous la forme :
L’équation de régression devient :
(Y — ÿ) = r (X — ï)
si :
a = ÿ — r x y et z représentent les
b = + r moyennes de Y et X
r est le coefficient de régression :
= ^ ( x ~ x) ( Y — g)
6 (X — x)*
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
95
94 INDIVIDUS
taille
dimension de la
en mm gonade en mm
0,90. 0,10
0,95. 0,10
1,10.
1.15 . 0,16
1,20. 0,16
1,25. 0,20
1,25. 0,16
1,25. 0,16
1.25 . 0,18
1,30. 0,16
1.50 . 0,20
1.55 . 0,36
1.70 . 0,36
1,75. 0,40
1,75.
1,80.
1,90. 0,44
2,00. 0,40
2,00. 0,44
2,05. 0,40
2,05. 0,30
2,05. 0,48
2,05. 0,48
2,05. 0,72
2,10. 0,48
2,10. 0,48
2.20 . 0,36
2.25 . 0,42
2,40. 0,48
2,40. 0,54
2,40. 0,44
2,40. 0,48
2.40 .
2.50 . 0,52
2.55 . 0,52
2.60 . 0,64
2.70 . 0,80
2,85. 0,72
2,85. 0,80
3,00. 0,90
3.15 . 0,80
3.20 . 0,94
3.40 . 1,12
3.60 . 1,20
3,80. 1,12
4,00. 1,52
taille
?
en mm
ovaire
cavité
incu-
batrice
0.V.+
1,05
0,05
1,25
0,10
1,30
0,10
1,30
0,10
1,30
0,10
1,30
0,10
1,30
0,12
1,40
0,12
1,40
0,12
1,40
0,18
1,45
0,18
1,50
0,14
0,20
0,34
1,55
0,10
0,20
0,30
1,55
0,12
0,20
0,32
1,60
0,24
0,20
0,44
1,60
0,18
0,30
0,48
1,60
0.18
0,20
0,38
1,65
0,12
0,24
0.36
1,70
0,28
0,22
0,50
1,80
0,24
0.20
0,44
1,80
0,24
0,25
0,49
1,80
0,20
0,20
0,40
1,85
1,85
1,90
0,14
0,32
0,46
2,00
0,20
0,40
0,60
2,00
0,32
0,20
0,52
2,05
0,24
0,26
0,50
2,05
2,10
0,20
0,16
0,36
2,15
0,24
0,36
0,60
2,25
0,28
0,36
0,64
2,30
0,44
0,60
1,04
0,20
0,48
0,68
2,50
0,28
0,40
0,68
2,60
0,24
0,24
0,48
2,60
0,28
0,56
0,84
2,80
0,36
0,40
0,76
2,85
0,28
0,40
0.68
2,90
2,95
3,05
0,52
0,88
1,40
3,40
0,52
0,88
1,40
3,90
0,44
0,80
1,24
4,25
0,56
0,84
1,60
4,65
1,12
1,16
2,28
5,35
2,00
5,50
3,08
total 46 individus. total 48 individus.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOISE MONNIOT
pour les mâles : Y <? = 2,18 + 2,26 (X (J — 0,52)
Y $ = 2,18 — (2,26 x 0,52) + 2,26 X
|y* - 1 + 2,26 X <?|
pour les femelles : Y $ = 2,25 — (1,81 X 0,65) + 1,81 X Ç
Y $ = 1,07 + 1,81 X $
la taille des gonades est donc proportionnelle à l’âge des individus.
L’application du test de signification montre que le coefficient de
régression linéaire est hautement significatif, aussi bien pour les femelles
que pour les mâles.
A l'origine on constate une taille sensiblement supérieure des femelles
par rapport aux mâles. Il y a deux explications possibles; ou la gonade
femelle apparaît un peu plus tard au cours du développement, ou la gonade
femelle très jeune est moins bien individualisée que le testicule pour un
animal de même taille, et elle échappe à l'examen morphologique. D’autre
part il semble que les femelles atteignent une plus grande taille que les
mâles. Pour cette dernière remarque, nous ne pouvons donner d'interpré¬
tation, trop de facteurs sont en jeu. Il y a certainement une influence des
moyens de récolte, car les femelles très âgées, à cavité incubatrice énorme
sont le plus souvent entourées de gros graviers maintenus par la tunique
(PI. IV). Elles sont donc plus facilement discernables en plongée et ont pu
être récoltées préférentiellement. Il faut penser aussi que les têtards
distendent énormément le corps de la femelle et gênent, au cours de la
fixation, la contraction générale de l’animal. Enfin, la quantité d'individus
examinés est trop faible pour que nous puissions interpréter des différences
aussi minimes.
3. — Y a-t-il d'autres ascidies gonochoriques?
La découverte de //. gonochorica nous met en présence d’une Ascidie
simple à sexes séparés. Nous avons insisté sur ce point car il était nécessaire
de fournir des preuves à cette affirmation : le gonochorisme n’a jamais été
signalé chez les Ascidies simples, ni pour les Phlébobranches, ni pour les
Stolidobranches. Par contre, l’existence de sexes séparés a été discutée
longuement par plusieurs auteurs chez certaines espèces d’Ascidies composées
de la famille des Potgciloridae.
Arnbâck-Christie-Linde (1) en 1949 a effectué une mise au point sur
ce problème à propos du matériel récolté par l’expédition du Discovery
M ais on doute encore de l’existence d’un gonochorisme permanent dans lé
genre Sycozoa seulement. Hartmf.yer Michaelsen, Van Beneden
1)e Selys Longchamp, Herdman, Van Name, Arnbâck-Christie-Linde'
Mii-lar, etc., tous les auteurs spécialistes d’Ascidies, se sont intéressés au
problème. Ces auteurs signalaient des colonies de Polycitoridae mâles et
d’autres femelles. A propos de Holozoa cylindrica . À. C. L. déclare : « The
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
97
resuit of this investigation réfuté the above mentioned view of Hartmeyer
and Michaelsen, and gives proofs for an opinion opposite to that of these
authors, for as will be shown below, the species in question prove to be
hermaphrodites ». Cet auteur conclut à une protandrie chez les espèces des
genres Holozoa et Distaplia. Â. C. L. signale ensuite que pour le genre
Sycozoa, Van Name en 1945 admet le gonochorisme. Elle ne le croit pas
certain mais possible, n'ayant pas pu étudier elle-même ce matériel. Van
Name dit lui-même qu'il reprend d’anciennes descriptions sans avoir vu
personnellement de colonies de ce type.
En 1960, Millar (1) réétudiant le matériel du « Discovery » rignale
une espèce hermaphrodite de Sycozoa et participe à la discussion : « The
main reason for separating Sycozoa from Distaplia has hitherto been the
unisexual nature of the colonies of Sycozoa and the hermaphrodite nature
in Distaplia. But the new species S. anomala from the « Discovery » col¬
lections which in ail other respects agréés well with otlier species of Sycozoa,
has hermaphrodite colonies as well as unisexual ones ». Millar admet
en même temps qu’il ignore s’il existe ou non des changements de sexe
au cours de l’année. Cependant il insiste sur le fait que les zoïdes, même
dans les colonies mâles, ne présentent jamais en même temps de gonades
mâles et femelles: « None of the zoids showed any sign of liermaphroditism,
and this youngest buds in which any gonads was visible were clearly either
male or female ».
Des descriptions plus récentes de plusieurs espèces du genre Sycozoa
ne résolvent pas le problème, certaines espèces ont des colonies différentes
pour chaque sexe, d’autres sont hermaphrodites.
Nous considérerons donc pour l’instant qu’il existe deux genres
comprenant des espèces gonochoriques :
g. Sycozoa
fam. Polycitoridae
O. Aplousobranches
Asc. composées
g. Helerostigma
fam. Pyuridae
O. Stolidobranches
Asc. simples
Dès à présent il est permis de penser que la découverte d’une Ascidie
simple à sexes séparés présente une grande importance vis-à-vis des théories
évolutives et des possibilités d’adaptation de ce groupe.
L’abondance des individus de Helerostigma gonochorica et leur facilité
de récolte pourrait permettre d’entreprendre des études sur le détermi¬
nisme du sexe, l’influence des facteurs externes, les variations histochi-
miques possibles de la glande hyponeurale et de l’endostyle.
Le genre Helerostigma avec des espèces hermaphrodites et une espèce
gonochorique pourrait aussi servir les études extrêmement modernes de
la médecine sur l’apparition et la localisation de la « sex-chromatine »,
puisqu’il s’agit de Prochordés. De telles études jouent actuellement un
rôle dans les recherches sur le cancer.
(1) Millar (II. H.). 1960. — Ascidiacea. Discooenj reports , 30, (1-160).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Chapitre VII
ÉCOLOGIE
I. — LE MILIEU
1° Le sédiment.
Toutes les Ascidies interstitielles décrites jusqu'à présent vivent dans
des sables grossiers ou des graviers fins qui correspondent aux « sables
à Amphioxus » en France. Ce sont réellement des sables qui contiennent
des Amphioxus à Banyuls-sur-Mer, à RoscofT, à Kristineberg et à Espegrend.
Ils sont appelés aussi, selon leur nature, sables coquilliers, sables détritiques
grossiers.
De toutes façons il sont bien caractérisés par leur aspect et leur granu¬
lométrie malgré leurs dénominations diverses. Dans les stations marines,
on ignore généralement les emplacements de cette sorte de sédiment. Sa
réputation de « milieu pauvre » n’attire ni les zoologistes, ni les écologistes.
Cette conception, tout à fait injustifiée en ce qui concerne les animaux
de petite taille, provient surtout de l’absence d’animaux macroscopiques.
Aspect du fond
Tous les fonds que nous avons pu observer en plongée libre ou en
scaphandre autonome avaient des caractéristiques communes. Ces fonds
ont pourtant une composition minéralogique extrêmement différente d’une
station à l’autre, puisque le sable peut être constitué presque exclusivement
de quartz, de particules de schistes, d'une arène granitique ou d’une accu¬
mulation de coquilles brisées avec une proportion presque nulle d’éléments
étrangers. Les fonds de sables calcaires non coquilliers sont beaucoup plus
rares pour les granulométries qu’exigent les Ascidies interstitielles. La
couleur du fond peut donc passer d'un blanc éblouissant au gris presque
noir, ou prendre une belle couleur ocre rouge (Terenez).
Mais, bien que les variations de couleur soient généralement l'indice
de milieux écologiques différents, le plongeur n’y attache qu’une valeur
tout à fait secondaire puisqu’il évolue toujours dans des gris plus ou moins
intenses et cherche les animaux qui rompent cette uniformité; son atten¬
tion sera attirée par d’autres facteurs que la couleur, trop variable selon
la profondeur, et c’est pour cette raison que je signale l’unité d'aspect des
fonds à Ascidies interstitielles.
Tout d’abord ces fonds sont très rarement inclinés, tout à fait plats
le plus souvent. Leur surface paraît lisse. Quand on s’approche suffisamment,
on décèle des rides (ripple marks) parallèles, très régulières, plus ou moins
hautes, mais dont l'espacement est toujours de même ordre, un peu plus
d’un mètre.
Quand un plongeur autonome se tient à proximité d’un fond meuble
quelconque, ses palmes soulèvent un tel nuage de particules fines qu’il
est obligé de s’élever au-dessus du fond pour avoir une visibilité suffisante.
Source : MNHN, Paris
1U0
FRANÇOISE MONNIOT
S’il veut prélever un animal sur ce fond, le seul fait de dégager sa base
du sédiment, provoque un tourbillon qui entraîne les particules fines, la
visibilité devient alors pratiquement nulle. Au contraire, sur un sable à
Ascidies interstitielles, le plongeur peut rester en contact avec le fond,
y ramper, ce qui lui permet de déceler de très petits animaux. Aucun nuage
voçeux n'apparaît. D’autre part il est facile de prélever une poignée du
sédiment et de l'examiner avec attention dans une eau qui reste limpide.
Cette propreté du sable, et la limpidité de l’eau à son contact, sont des
traits caractéristiques tout à fait constants des milieux à Ascidies intersti¬
tielles.
Il est nécessaire de parler aussi d un facteur peu courant dans les
eaux littorales qui apparaît régulièrement ici : l’aspect du sédiment est
celui d’un désert. Rien n’y bouge. Il n'y a pas de Mollusques vivants, pas
de Crustacés (en particulier de Pagures), aucune Actinie, pas de grandes
Polychêtes errantes. Les Ophiures y sont très rares, les grandes Holothuries
exceptionnelles. Dans la station d'Argelès, des Amphioxus seulement sont
visibles en eau libre.
La plupart du temps la houle ou des courants sont sensibles sur le
fond. Les débris végétaux s’accumulent dans les creux des ripple marks
et sont animés d’un balancement, ou bien entraînés lentement d’une ride
à l'autre. Mais ces gros débris organiques ne sont présents que dans la zone
tout à fait côtière jusqu’à une dizaine de mètres de profondeur, ou dans
les chenaux intermattes des herbiers de Posidonies.
Nous n’avons trouvé qu’une seule exception à cet aspect très constant
du fond, sur la côte Est de Sicile. Là, Helerostigma yonochorica vit à la base
du talus de déferlement, très important à cet endroit aussi bien par son
extension que par sa pente. Le gravier est plus gros et les cailloutis de
taille irrégulière sont roulés pendant les périodes de vent fort. Cette fois
la macrofaune est importante en surface, avec des Crustacés, des Poly-
chètes, des Lamellibranches et de très nombreuses Aplysies.
Granulométrie et forme des grains (PI. VIII, IX, X)
De nombreuses mesures granulornétriques ont été elïecluées à Banyuls (1)
et à Roscoff (2) (3). Nous ne reprendrons pas ici le détail de ces études,
mais seulement les constatations qui nous ont amenée à différencier les
sables contenant les Ascidies interstitielles de ceux qui n’en contiennent
pas. Il faut signaler en premier lieu que la présence de particules tle grande
taille, n'a que peu d’importance. Il est cependant nécessaire que leur abon¬
dance ne soit pas trop grande de façon à ce que le sédiment reste meuble.
Par contre, la présence de particules fines joue un très grand rôle dans
l’écologie de nos petites Ascidies. Ces animaux sont filtreurs, donc les par¬
ticules minérales doivent nécessairement avoir une taille supérieure au
diamètre du siphon buccal.
(1) Monniot (F.), 1962. — Recherches sur les graviers à Amphioxus de la région
de Banyuls-sur-Mer. Vie el Milieu. 13. faso. 2. (231-322).
(2) Cabioch (L.). 1961. — Étude de la répartition des peuplements benthiques
au large de Roscolï. Cah. biol. mur., RoscotT, 2. 1. (1-40).
(3) Ru lu i:n (F.), 1959. — Étude bionomique de l'Aber de Roscolï. Trao. Sial
biol. fioscofl. N.S., 10. (1-350).
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
101
D’autre part la dimension du corps de l’Ascidie nécessite l’existence
d’interstices assez grands, non colmatés qui leur permettent une certaine
mobilité et favorisent la circulation rapide de l’eau. Cette circulation intersti¬
tielle est tout à fait nécessaire pour les Ascidies qui filtrent des quantités
d’eau très importantes en peu de temps, phénomène très classique.
Nous avons délimité la taille minimale des grains à la suite de nombreuses
mesures, elle se situe environ à 0,4 mm. La granulométrie moyenne est
de 2 mm environ. CeLte moyenne ne peut donner une idée de la taille des
interstices si elle est seule mise en cause. 11 est nécessaire de tenir compte
aussi de la forme des particules. La granulométrie peut être plus fine pour
des particules anguleuses que pour des grains de sable arrondis dont le
tassement est plus grand, sans que le volume des interstices en soit réduit
pour cela.
Dans un sable donné, la dimension des interstices est très variable.
On peut mesurer leur importance en couvrant d’eau le sédiment de façon
à remplir toutes les cavités. Puis on assèche le sable en étuve. La différence
de poids entre le sable imbibé et le sable sec mesure ainsi la proportion d’eau
interstitielle. Ceci donne déjà une idée de la taille des interstices. La mesure
directe à travers une paroi de verre permet de calculer la dimension moyenne
des espaces libres. On trouve fréquemment des cavités de 1 mm de diamètre,
beaucoup ont une taille bien supérieure.
Tassement du sédiment et influence des courants
Le sable qui contient les micro-Ascidies n'est jamais tassé. Les particules
minérales sont toujours lamellaires ou anguleuses, jamais exclusivement
arrondies. Même pour le sable d’Argelès le plus régulier, les grains qui
semblent arrondis à l’œil nu se révèlent anguleux sous la loupe; les formes
en languettes ou en lamelles sont seulement moins fréquentes. Le sédiment
est extrêmement meuble, non seulement en surface, mais aussi en profon¬
deur jusqu’à 20 cm au moins. Un plongeur y enfonce la main sans difficulté.
Le faible tassement est lié à la mobilité du sédiment. Tous ces gros sables
propres sont le siège de remaniements constants par la houle ou les
courants. Les animaux interstitiels peuvent donc s’y déplacer avec beaucoup
plus d'aisance. Le renouvellement de l’eau est plus rapide. Les courants
sont assez forts. En dehors de la houle et des courants de marée, il existe
des grands courants parallèles aux côtes comme ceux qui se font sentir dans
la région de Banyuls, ou encore des courants dus à la morphologie même
du littoral, dans les passes entre les îles, aux extrémités des caps, etc.
2° L’eau interstitielle.
L'eau interstitielle est difficile à prélever sur place. Mais il est encore
plus problématique de remonter en surface le sable et l'eau, puis d’extraire
j’eau. Les différentes opérations dans ce cas sont autant de causes d'erreurs
et les résultats ne sont plus valables. Nous avons donc effectué les prélè¬
vements à la seringue (voir F. Monniot, 1962) à 4 cm de profondeur environ.
Ces opérations ont été poursuivies en scaphandre autonome en prenant
toutes les précautions possibles, l’immobilité de l’opérateur pendant un
certain temps pour agiter le moins possible l’eau en surface du sédiment.
Source : MNHN, Paris
102
FRANÇOISE MONNIOT
le rinçage de la seringue par un premier prélèvement d’eau interstitielle
puis une deuxième prise définitive qui reste dans la seringue elle-même
et sert au dosage.
Salinité
Nous avons effectué deux sortes de dosages. Nous avons mesuré la
chlorinité et la quantité d'oxygène dissous. Les résultats concernant la
salinité n’ont montré (à Banyuls) aucune différence sur une même verticale
entre l’eau de surface, l'eau juste au-dessus de sédiment et l’eau intersti¬
tielle. Nous verrons d’ailleurs plus loin que la salinité ne joue certainement
aucun rôle pour des variations de faible amplitude. Des variations équiva¬
lentes à celles que l’on observe dans la nature, même à Banyuls où l’hydro¬
logie est très modifiée par de grandes crues périodiques, ne semblent avoir
aucune influence sur ces Ascidies.
Oxygène
Les dosages d’oxygène répétés dans les stations méditerranéennes ont
permis de vérifier qu’il y avait une nette diminution du taux d’oxygène
depuis l'eau de. surface jusqu’à l’eau interstitielle. Le pourcentage moyen
d'oxygène est de 7,2 mg au litre pour l’eau libre. Pour les prises effectuées
à un centimètre au-dessus du sédiment, les valeurs varient de 4,70 mg/l
à 7 mg/l. Mais il est nécessaire de préciser que. les causes d’erreurs sont
très importantes juste au-dessus du sédiment. Malgré la lenteur des prises
l’immobilité relative du plongeur, il se crée forcément un courant d’eau au
niveau de la seringue. Il est nécessaire pour la précision du dosage de prélever
20 cm 3 environ d’eau à analyser. Cela représente une grande quantité pour
les conditions de prélèvement, mais un volume plus faible augmente l’erreur
au niveau du dosage. De toutes façons, l’erreur sur les chiffres donnés ci-
dessus ne peut être évaluée : mais, si grande soit-elle, les mesures donnent
tout de même une précieuse indication. Le pourcentage d’oxygène a nettement
diminué par rapport à celui de l’eau de surface.
Dans le sédiment lui-même, l’erreur est moindre. L'effet de l’eau de
surface, entraînée dans le sable avec la seringue est limité en appliquant
une feuille de papier sur le sédiment avant de piquer l’aiguille dans le sable
Le prélèvement dure dix minutes environ. La mobilité du gravier permet
l’arrivée facile de l’eau interstitielle. Des expériences en aquarium avec des
colorants ont prouvé que la seringue prélevait bien exclusivement l’eau
interstitielle. Les teneurs en oxygène ont cette fois beaucoup diminué
Quand il y a en surface plus de 7 mg/l, environ 5 mg/l sur le sédiment
nous trouvons des valeurs qui varient de 1,5 mg/l à 4,8 mg/l dans les inters¬
tices, le chiffre le plus général se situe aux environs de 2,5 mg/l. Toutes
ces mesures ont été effectuées pendant la période où les Ascidies sont adultes
en août et septembre et dosées selon la méthode de Winckler (1).
(1) Depuis nos éludes, i
dosages et les teneurs en oxygi
Animal Ecology ». Cette publication comprend toute une bibliographie
s’agit de : Brafield (A. E.), 1964. —The oxygen content of interstitiel
shores. J. anim. ecol., 33, 1, (97-116).
travail très intéressant concernant les méthodes de
interstitielle a été publié dans le « Journal of
U,.-.,- le SU jg t jj
er in sandy
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
103
Matières organiques
Le dosage des matières organiques n’a pas été effectué. Il est possible
qu’elles soit assez importantes étant donné l'abondance de micro-organismes
vivants dans l'eau interstitielle (très grand nombre de Diatomées, Proto¬
zoaires, Bactéries).
3° Caractères physiques externes influant sur le sédiment et
son contenu.
La profondeur
Nous avons trouvé jusqu’à présent des Ascidies interstitielles depuis
■1 mètres de profondeur jusqu’à 22 mètres en Méditerranée, de 10 à 15 mètres
à Roscoff, de 4 à 25 mètres en Scandinavie. Ces chiffres pourraient indiquer
un rôle de la profondeur sur l'écologie des Ascidies endopsammiques. En
réalité nous n'en croyons rien. La différence de pression ne joue aucun rôle.
L’éclairement pourrait devenir un facteur plus important, puisque la
luminosité diminue rapidement avec la profondeur, surtout dans les premiers
mètres sous la surface. Mais cette supposition est à rejeter puisque dans
la région de Banyuls-sur-Mer, on trouve à la fois Helerosligma fagei et Psam-
moslgela delamarei à 1 mètres de profondeur devant la plage d’Argelès par
exemple, alors que ces deux memes espèces vivent aussi dans la baie du
Troc à quelques kilomètres seulement, mais cette fois à une profondeur de
20 mètres.
Si la limite de profondeur semble fixée à une vingtaine de mètres,
elle n’est pas due, à notre sens, à des exigences particulières des animaux.
En réalité nous n’avons pu trouver sur les côtes qui ont été prospectées,
de graviers coquilliers ou non, situés plus profondément. Il existe des sables
qui s’étendent très loin dans l’étage infralittoral, mais tous ceux que nous
avons prospectés avaient une granulométrie trop fine ou un pourcentage
d’éléments fins trop élevé par rapport aux particules de grosse taille, dans
les sédiments qui paraissaient grossiers. Il est normal, dans ces conditions,
de ne pas trouver la faune recherchée.
La profondeur n’intervient donc pas directement dans l’écologie des
Ascidies endopsammiques. Nous espérons trouver un sédiment de type
« sable à Amphioxus » à plus grande profondeur et y trouver la même sorte
d'animaux. Mais le sable grossier doit devenir de plus en plus rare au fur et
à mesure que l’on s’éloigne des côtes.
De toutes façons, il est probable que les Ascidies ne dépassent pas
l’étage infralittoral, zone où commencent les vases. Cependant, très loca¬
lement, des éboulis pourraient peut-être constituer un milieu analogue à
celui que nous recherchons.
La lumière
La lumière sous quelques centimètres de sédiment peut être consi¬
dérée comme à peu près nulle. Ce facteur n’infiue certainement pas direc¬
tement sur les Ascidies, que ce soit à 5 ou 20 mètres de profondeur. Par contre,
la lumière peut avoir un rôle considérable sur les micro-organismes qui leur
Source : MNHN, Paris
101
FRANÇOISE MONNIOT
servent de nourriture. Dans les analyses du contenu du tube digestif, nous
avons reconnu la présence de nombreuses diatomées et d’algues unicellu-
laires en même temps que des débris animaux. Ces algues, en partie mobiles,
mais surtout entraînées par les courants d’eau interstitielle ont besoin de
lumière pour se développer. Il serait intéressant de savoir si les micro-
organismes sont ingérés simplement parce que les Ascidies filtrent l'eau qui
les contiennent où s'ils constituent réellement leur nourriture. Ceci reste
sans réponse actuellement. Plusieurs auteurs ont parlé sans aucune précision
d’une nourriture bactérienne des Tuniciers. Cela est extrêmement vraisem¬
blable. Mais nous ne savons pas en réalité quels sont les constituants nutritifs
essentiels de nos Ascidies. Les organismes photosynthétiques ne sont pro¬
bablement pas indispensables, puisque d’autres especes vivent dans les grands
fonds océaniques où ils n’existent pas.
La luminosité pourrait avoir une importance plus grande pour les
larves. Mais dans le cas d’Ascidies interstitielles nous ne l’admettrons pas.
Des expériences ont montré que les larves sont émises au contact des parents,
dans le sable. Même dans le cas où elles seraient amenées en surface acci¬
dentellement, leur poids suffirait à les faire retomber sur le fond puisque
leurs mouvements sont pratiquement nuis. Il est possible qu’elles aient un
léger phototropisme négatif, mais nous n’avons pas pu le mettre en évi¬
dence. Si on place dans une coupelle des têtards venant d’être pondus,
en ayant soin d’en laisser la moitié à la lumière et l’autre à l'obscurité,
on ne constate aucune différence. Les larves grandissent également, en se
fixant ou non, mais aucune ne se déplace dans une direction précise. Elles
restent immobiles sans excitation. En touchant les têtards avec une aiguille
on obtient (si ils sont très jeunes) quelques vibrations, mais sur place, sans
orientation.
La température
Tous les Ascidiologues ont prétendu qu’il y avait une influence nette
de la température sur les Ascidies en particulier sur leur développement
et sur leur répartition.
Pour les Ascidies interstitielles il faut considérer à la fois une action
possible sur les adultes, une action sur le développement, une influence sur
la répartition géographique.
Dans la région de Banyuls-sur-Mer, les animaux sont adultes en aoùl-
scptemhre. A cette saison la différence de température entre l’eau de surface
et l’eau plus profonde est très importante : à 4 mètres on mesure 18 à 20° C,
à 20 mètres, 15° seulement, parfois 13°. Or, comme nous l'avons vu pour le
paragraphe concernant la profondeur, les Sltjelidae et les Pyuridae vivent
aussi bien à 4 m qu'à 20 m. Donc une différence de 7° C n’a aucune influence
sur le mode de vie des adultes ni sur leur ponte.
En hiver, au contraire, dans les mêmes stalions, l’eau de surface est
aussi froide que l'eau de profondeur : 10° C à 1 mètres et 10 à 11° C à 20 m.
Or, le développement des larves est exactement comparable.
Nous considérerons donc que la température en Méditerranée ne joue
pas un rôle très important pour les espèces qui y vivent. Il y a certainement
un ralentissement du métabolisme pour des températures décroissantes,
ce phénomène est général pour tous les invertébrés (loi de Van’t UofT).
Source : MNHN, Paris
ES INTERSTITIELLES
105
Voyons maintenant ce qui se passe sur les côtes de Scandinavie. Nous
retrouverons dans les mers nordiques les mêmes genres qu'en Méditerranée
et probablement la même espèce en ce qui concerne Psammoslyela delamarei
(voir le chapitre sur la systématique). Les températures de l’eau en été et
en hiver sont cette fois très différentes. L’eau en surface et en été, jusqu'à
plusieurs mètres de profondeur, a une température de 10° C en moyenne.
En hiver, il arrive que la mer gèle au-dessus du sédiment, la température
de l’eau à 20 m descend au-dessous de 0°. Or, le cycle des Ascidies est le
même. Nous n’avons pu vérifier si la période de maturité sexuelle était aussi
étalée qu’en Méditerranée, mais le fait est très vraisemblable.
En conclusion, nous pouvons dire que même si les différentes parties
du cycle annuel n’ont pas exactement la même durée, la température n’a
aucune influence sur la morphologie externe ou interne.
Si la température de l’eau peut varier dans de telles proportions sans
affecter le mode de vie des Ascidies interstitielles cela nous confirme dans
l’idée que, s’il existe des sédiments grossiers et propres à des profondeurs
supérieures à celles enregistrées jusqu’à présent, ils peuvent être colonisés
par des Ascidies du même type.
IL — OBSERVATIONS ET EXPÉRIMENTATIONS EN AQUARIUM
1° Observation des Ascidies en eau courante dans leur sable
d’origine.
Pour conserver en aquarium pendant un certain temps le sable gros¬
sier et les Ascidies interstitielles qui y vivent, il est nécessaire de créer un
courant dans le sédiment. Nous avons employé des bacs de matière plas¬
tique assez grands (50 litres environ) contenant un fond de sable de 5 à
7 centimètres d’épaisseur. Le bac est entièrement rempli d’eau de mer.
L’eau courante arrive au fond du bac avec un débit assez fort, et à ses deux
extrémités. Le sable ne subit aucun mouvement visible sauf aux points
d’arrivée d’eau, dans une zone très limitée.
Des prélèvements réguliers dans ce sable, tous les huit jours environ,
montrent que la microfaune survit très bien. L’analyse quantitative n’a
pas été eflectuée, mais il semble qu’il n’y ait aucune diminution du nombre
des animaux. Beaucoup s’y reproduisent.
Pour observer les Ascidies, nous avons récolté des exemplaires adultes
ou sur le point de l’être. Nous les avons conservés quelques jours en eau
courante mais avec très peu de sable pour obtenir leur extension totale
et nous assurer qu’ils n’étaient pas lésés. Pendant ce temps, le sable était
préparé dans le bac d’élevage, comme nous venons de l’indiquer. Il est
préférable d’effectuer cette opération 15 jours avant d’introduire les Ascidies
pour que l’équilibre de la microfaune ait le temps de se réaliser. Le sable
doit provenir de la même station que les Ascidies si possible, et ne doit
pas être lavé.
On immerge les Ascidies dans le. bac d'élevage avec le récipient qui
les contient (Psammoslyela delamarei et Helerosligma fagei). L’eau des
deux récipients est à la température du laboratoire. En opérant suflisam-
Source : MNHN, Paris
106
FRANÇOISE MONNIOT
ment lentement, les Ascidies ne se contractent pas. En saisissant le rhi-
zoïde avec une pince fine, il est possible de disposer les animaux à l’endroit
voulu. Pour une moitié du bac d’élevage (A) j’ai réparti 5 exemplaires
de chaque espèce sur la surface du sable, par rapport à des repères. Avec
un peu d’habitude on reconnaît très facilement à l’œil nu les animaux des
grains de sable (1), et on distingue les espèces grâce à l’aspect et à la trans¬
parence légèrement différente de la tunique. Dans l’autre moitié du bac,
6 exemplaires ont été placés dans des cavités de 0,5 cm de profondeur
préparées à l’avance, puis recouverts de sédiment.
Quelques heures plus tard, du côté (A), les Ascidies sont toujours
visibles. Il est possible de déceler des contractions de leur corps, mais la
hauteur d’eau au-dessus du sable et ses mouvements ne permettent pas
une observation précise. On constate cependant que les rhizoïdes ne sont
plus dans la position initiale et deux Ascidies sont légèrement déplacées
par rapport aux repères.
Un peu plus tard, toujours dans la partie (A), les animaux se distin¬
guent plus difficilement sur le sédiment. Us ne sont plus posés sur les granules,
mais intercalés entre eux : c'est-à-dire qu'ils ne font plus saillie au-dessus
de la surface (le sable était préparé de façon à ce que son plan supérieur
soit bien régulier).
L’immersion des animaux avait eu lieu le matin. L’après-midi malgré
les petites différences signalées, les animaux restaient visibles.
Le soir, l'aspect devient différent. Les Ascidies sont cette fois nette¬
ment intercalées dans le sable et occupent une position exactement sem¬
blable aux gravillons : elles ont la même taille et se placent dans ce que
l’on pourrait déjà appeler un interstice. En effet, les animaux sont légère¬
ment enfoncés par rapport au plan défini par les grains voisins de la sur¬
face du sable. A ce moment, il n’est plus possible de distinguer pour un
animal les deux siphons en même temps. Au départ, Psammostyela et
Helerosligma étaient disposées de telle sorte que les deux siphons et le
rhizoïde formaient un plan parallèle à la surface. Maintenant les positions
varient selon les individus.
Le lendemain matin, c'est-à-dire 24 heures environ après avoir dis¬
posé les Ascidies sur le sable, deux individus restaient nettement visibles,
un troisième pouvait se deviner, son rhizoïde dépassant le sable. Donc
sur 10 exemplaires déposés au début dans la partie (A), 4 Helerosligma
s'étaient enfoncées et 3 Psammoslgela.
Dans la partie (B) il n'y avait aucun changement visible à la surface
du sédiment.
Après 18 heures, il restait seulement un exemplaire de Psammostyela
en surface.
Nous avons alors recherché avec précautions où se trouvaient les
Ascidies par rapport aux repères d’origine. I.a plupart ont été retrouvées
facilement, immédiatement sous la surface du sable, couvertes d'une couche
de sédiment d’épaisseur égale à deux particules superposées. Deux exem-
(1) Nous avons choisi le gravier de la station des Elmcs (près de Banyuls-sur-Meri
parce que sa granulométrie est très régulière et les grains qui le constituent sont surtout
schisteux, donc de couleur foncée. I.a forme, très anguleuse ou lamellaire, des grains
permettait aussi un repérage plus facile des animaux.
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
107
plaires étaient enfoncés à 1/2 cm de profondeur. Toutes les Ascidies ont été
retrouvées.
Les individus de la partie (B) du bac d’élevage, enfouis au départ,
ne semblaient pas avoir changé de place, sauf l'un d'entre eux qui n’a pas
été retrouvé. Pour poursuivre l'expérience nous n’avons pas voulu boule¬
verser l'organisation des particules dans cette région. En réalité, les Ascidies
après plusieurs jours étaient orientées différemment, mais elles restaient
localisées dans la partie (B) aux environs de 0,5 cm sous la surface du sable.
Cette expérience nous prouve qu’il existe une migration des animaux
vers l’intérieur du sable, à partir de la surface. Le bac d’élevage était par¬
couru d’un courant d’eau qui, à la rigueur, pourrait être responsable des
mouvements des Ascidies constatés au début, en surface. Etant donné
la rapidité de l'enfouissement des animaux, nous avons pensé que les condi¬
tions seraient peu changées en reprenant les mêmes individus, mais en les
plaçant cette fois dans un cristallisoir en eau calme. Ce contrôle a été pour¬
suivi sous une couche d’eau plus mince de façon à annuler l’agitation possible
des grains de sable par des facteurs externes en assurant une oxygénation
tout de même suffisante. L’observation sous la loupe binoculaire devenait
possible. 11 était cette fois difficile d'empêcher l’élévation de température
de l'élevage, mais les animaux provenant de la crique des Elmes, à 7 mètres
de profondeur seulement, devaient pouvoir supporter les variations de
température.
Nous avons pu observer le mode d’enfoncement entre les particules
minérales. Les mouvements des Ascidies débutent par des contractions
rythmiques des siphons, plus prononcées pour le siphon cloacal, séparées
par des périodes de repos. Les contractions ne sont pas simultanées : il
s'agit d’une sorte d’onde, d’amplitude irrégulière qui affecte tout le corps :
le siphon buccal se dilate puis se resserre lentement, sans se fermer. Le
corps s’élargit alors un peu dans la région buccale mais reste contracté du
côté du siphon cloacal. Quand le siphon buccal se resserre, le siphon cloacal
s’ouvre brusquement et se referme aussi vite, pendant que le corps à sa
base est le siège d’une violente contraction. Après ces deux phases succes¬
sives qui durent deux secondes environ, commence une période de repos,
d’immobilité (ceci est valable pour les deux espèces considérées).
Le sable sur lequel est posée l’Ascidie se trouve très légèrement déplacé
par ces mouvements. Les particules sont repoussées dans la phase d’extension
de départ et la contraction brusque de l’Ascidie la fait pénétrer dans l’in¬
terstice ainsi formé. Il y a un premier enfoncement, faible. Les mouvements
se produisent de façon rythmique, toutes les deux ou trois minutes, ou plus
suivant les animaux et îes conditions externes. Si le sable est suffisamment
mobile, à chaque mouvement, l’Ascidie s’enfouit un peu plus. A partir
d’un certain moment, l’Ascidie se trouve presque enfermée dans un interstice.
Sa mobilité diminue, ses mouvements deviennent moins brusques et moins
coordonnés. Les siphons peuvent alors subir des contractions indépen¬
damment l’un de l'autre, le corps reste à demi contracté.
Cette description correspond au cas où l’Ascidie dès le départ est située
sur une fente entre deux ou plusieurs granules. Si elle rencontre une résis¬
tance plus forte, malgré ses mouvements elle ne pourra commencer à s’en¬
foncer. Dans ce cas, les siphons très souples, peuvent s’orienter, se courber
dans une certaine mesure. Les mouvements persistent et l’animal tourne
sur lui-même, change d’orientation et peut progresser de quelques
Mémoires r»u Muséum. — Zoologie, t. XXXV 8
Source : MNHN, Paris
FRANÇOISK MONNI
108
millimètres. Il est bien rare alors qu’il ne se présente pas un interstice de
taille plus ou moins réduite. Dès qu’un des siphons ne rencontre plus de
résistance, il s'allonge, agrandissant la cavité qu’il rencontre. Les mou¬
vements redeviennent ceux que nous avons décrits plus haut.
Une fois placée dans un interstice de sa taille, la petite Ascidie se moule
sur les parois de la cavité par toute la surface de sa tunique. Cette dispo¬
sition est obtenue peu à peu grâce à des mouvements péristaltiques qui
se succèdent d’un siphon à l’autre. C'est ainsi que peut se réaliser le passage
d’un interstice à un autre. Ces mouvements sont lents, et séparés par de
longues périodes d’immobilité. Ils ne sont pas véritablement orientés mais
plutôt conditionnés par la résistance des grains de sable à la pénétration
de l’animal. Après un certain temps, très variable, semble-t-il, les Ascidies
interstitielles restent logées dans l’un des interstices traversés. Celui-ci
doit répondre à plusieurs conditions : sa taille doit être à peu près égale
à celle de l’animal, il est nécessaire que le corps touche les grains de sable.
Les siphons dans les positions stables des animaux sont toujours placés
en face d’un intervalle entre deux particules (PI. IV). Enfin la taille des
granules au contact de la tunique est importante, assez grande : l’interstice
est limité par 4 ou 5 granules au maximum, le plus souvent 3 seulement
(fig- I).
La position du rhizoïde ne semble avoir aucune importance, il peut
être droit ou replié. Nous n’avons pu déceler aucun rôle du rhizoïde au
cours des mouvements observés. Sa place est déterminée au hasard. Il
n’en est peut-être pas de même dans la nature.
Des schémas montrant les positions successives de l’Ascidie par rapport
aux graviers ont été publiés dans Vie et Milieu, fasc. 2, 1961.
En ce qui concerne Heleroslitjrna far/ei, la locomotion plus rapide
est aidée par la présence de spinules externes sur les deux siphons. Mais
le comportement des deux espèces étudiées est Loul à fait identique.
Cette locomotion est exceptionnelle chez les Ascidies, et aucun phé¬
nomène de ce genre n’a été décrit jusqu’à présent. Il est curieux de remar¬
quer, ici encore, la convergence étonnante entre les adaptations de deux
familles systématiquement éloignées (Slyelidae et Pytirirlae), à la péné¬
tration dans un milieu aussi particulier que le milieu endopsammique.
2° Influence des conditions écologiques en élevage.
— La lumière ne semble pas gêner les Ascidies en aquarium, lorsqu’on
les observe hors du sable. En l’absence de stimuli, elles restent en parfaite
extension, tout en s’animant de mouvements rythmiques que nous avons
décrits plus haut. Un éclairage artificiel violent et brusque provoque leur
contraction, mais avec un temps de latence de l’ordre d'une à deux secondes.
La lumière, dans ce cas n’est sans doute pas seule en cause, réchauffement
rapide de l’animal est peut-être à l'origine de cette réaction.
Si on laisse une coupelle contenant des Ascidies interstitielles au soleil
celles-ci supportent bien la lumière et s’étendent. L’éclairement ne doit
pas être un facteur écologique important.
— La salinité à Banyuls, pour l’eau de mer libre atteint environ 38 %„
Pour étudier l’influence de la salinité nous avons constitué une série
de cristallisoirs contenant le même sédiment, mais dont la salinité de l'eau
Source : MNHN, Paris
CiniES INTERSTITIELLES
109
variait de 34 %„ à 42 %,. Nous avons pris la précaution d'agiter le sable
dans chaque cristallisoir pour que l’eau des interstices prenne une salinité
égale à celle de l’eau de surface. Nous avons placé dans chaque bac des
Ascidies jeunes et adultes (la température de 20° C était à peu près
constante).
La survie de la inicrofaune initiale diminue progressivement dans tous
les aquariums, le renouvellement de l’eau n’étant pas possible. Cependant
après 15 jours d'expérience, la proportion d’animaux vivants restait éton¬
nante. Bien que nous n’ayons pas effectué d’analyse quantitative de cette
microfaune, la salinité ne semble pas intervenir pendant cette période sur
le nombre des individus, ou leur comportement, si l’on compare les bacs
les uns aux autres.
Pour les Ascidies, aucune différence n’a pu être observée entre les
divers crislallisoirs. Le comportement est le même à 34 %„, 42 ou à 38 %,.
Nous avons eu la chance d'avoir une mortalité nulle pendant cette période
(ce qui est difficile à obtenir dans des conditions normales d’élevage).
Nous admettrons donc que dans la nature, où les variations de salinité
sont beaucoup plus faibles que celles de nos élevages, ce facteur n'inter¬
vient pas ou peu dans l’écologie des Ascidies interstitielles. La durée de
l’expérience était assez courte mais nous ne pouvions la prolonger : sans
eau courante la mortalité augmente très rapidement après ce délai, et le
développement très rapide des bactéries fausse les résultats.
— La quantité d'oxygène nécessaire doit être faible pour obtenir
une survie aussi prolongée en eau non renouvelée, comme le montrent les
expériences précédentes. Mais le sable et l’eau contenaient leur microflore
d’origine. La couche de sédiment dans chaque cristallisoir était mince
et les élevages étaient exposés à la lumière. La production d’oxygène par
cette microilore doit être importante : si on garde dans les mêmes conditions
le même sable, mais lavé sommairement à l’avance, les bactéries anaé¬
robies apparaissent après deux ou trois jours et envahissent rapidement
l’ensemble du récipient. Dans les élevages en eau courante, on n’observe
jamais de formations bactériennes importantes, même pour une épaisseur
de 10 cm de sable. Par contre, si le sable a été préalablement lavé, même
en eau courante, le sédiment noircit et ne peut plus être repeuplé par la
microfaune ajoutée. Il s’agit probablement de deux phénomènes combinés;
l’action d’une microflore mobile et photosynthétique qui fournit de l’oxygène,
et la nutrition bactériophage d'une grande proportion de la microfaune.
Ceci à condition que le sable reste meuble. Mais de toutes façons l’activité
de la faune interstitielle ne semble pas nécessiter une teneur élevée en
oxygène. Au cours de l’analyse des conditions physiques dans le sédiment,
nous avons déjà parlé de prélèvement d’eau interstitielle in situ dans diffé¬
rentes stations et de la diminution rapide de la teneur en oxygène en pro¬
fondeur dans le sédiment.
La faible quantité d’oxygène dans l’eau interstitielle et la résistance
des Ascidies à ce facteur permettent d'expliquer aussi leur survie dans
des récipients en eau non renouvelée et ne contenant même pas de sable,
à condition que les colonies bactériennes ne se développent pas trop vite.
On pourrait supposer qu’une teneur élevée de l’eau en oxygène serait
toxique; il n’en est rien, au moins pendant quelques jours. L’effet de
l’oxygène ne peut être étudié que sur plusieurs générations d'Ascidies
interstitielles. Ces ions doivent certainement agir davantage sur le sédiment
Source : MNHN, Paris
110
FRANÇOISE MONNIOT
lui-même en modifiant de nombreux caractères physico-chimiques plutôt
que directement sur les animaux.
_ l. a mobilité du sédiment est absolument indispensable à la survie
des animaux. Nous avons vu plus haut que l’arrivée d’eau devait se pro¬
duire sous le sable. Si l'apport d’eau courante s’effectue par simple écou¬
lement en surface, d’un côté du bac. et l’évacuation par un siphon à l’extré¬
mité opposée (dispositif normal pour les élevages de gros animaux), la
faune planctonique, et celle qui habile sur la surface du sable gardent un
mode de vie normal. Par contre, la faune interstitielle meurt très rapide¬
ment et les colonies bactériennes, sulfureuses surtout, se développent.
Ceci n’est pas dû au manque d'oxygène, puisque nous avons déjà remarqué
la faible consommation d’oxygène dans les élevages dont on ne renouvelle
pas l’eau. La réorganisation des particules sableuses les unes par rapport
aux autres, et le tassement non négligeable de l’ensemble du sédiment sont
responsables de la disparition de la faune interstitielle. Ce tassement est
encore accentué si l’eau provient d'un robinet en position élevée par rapport
à la surface de l'eau dans le bac d’élevage. Les vibrations agissent alors
activement, les interstices diminuent rapidement de taille. La microfaune
ne peut plus circuler d’une microcavité à une autre, elle n’a même plus
la possibilité de monter en surface du sable pour acquérir à la fois l’oxygène
nécessaire à son métabolisme, et une nourriture suffisante. La circulation
d’eau interstitielle devient pratiquement nulle (la vérification en a été
effectuée au moyen de colorants injectés dans le sable). Les animaux meurent
sur place, facteur supplémentaire pour que la floraison bactérienne s’accélère.
Si au contraire, l’eau arrive sous le sédiment, la circulation est forcée
entre les particules, le tassement ne peut plus atteindre les mêmes propor¬
tions. Les animaux, plus libres, aggrandissent eux-mêmes les interstices
par leurs mouvements. Les vibrations ont une amplitude bien moins forte
que celles qui sont provoquées par la chute d’un filet d’eau. On observe
dans ce cas un classement relatif des granules minéraux, en tous cas à la
surface du sable où se rassemblent des particules de plus grande taille.
Sous la surface le sédiment ne semble pas plus classé qu’à l’origine.
In situ, le plongeur remarque aussi ce phénomène de rassemblement
des grains les plus grossiers en surface, puis une couche de composition
homogène sur une épaisseur assez grande (ce qui ne veut pas dire que les
grains de sable aient une taille égale). Le sable ou le gravier sont très peu
tassés, comme nous l’avons déjà dit.
Donc le faible tassement et la mobilité du sable sont essentiels à la
survie du type de microfaune qui accompagne les Ascidies interstitielles
dans les sédiments grossiers, et au développement de ces Ascidies elles-
mêmes. Il est d’ailleurs évident que des animaux de taille relativement
élevée ne puissent vivre dans des interstices trop petits ou encore de taille
suffisante mais séparés entre eux par des microcavités trop abondantes
à travers lesquelles il ne peut y avoir de « migration ».
— La granulométrie, liée à la mobilité est un facteur écologique impor¬
tant. Elle conditionne la taille des interstices et l’absence de particules
assez fines susceptibles de pénétrer à travers les siphons. Les deux condi¬
tions sont liées. Si le pourcentage de particules fines est trop élevé, les
interstices laissés par les grains les plus gros sont comblés par des grains
plus fins. La porosité devient insuffisante et nous sommes ramenés au
cas précédent. Donc le sable doit être grossier. Mais cela ne suffit encore
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTIT
111
pas. 11 existe des graviers constitués uniquement de grosses particules,
mais à travers lesquels circule un faible pourcentage d’argiles. Cette granu¬
lométrie à deux maxima très inégaux, ne peut pas convenir aux Ascidies
interstitielles. La circulation est active puisque les interstices sont impor¬
tants, mais elle entraîne les très lins granules qui sont absorbés par fil¬
tration par les Ascidies et risquent de colmater les tissus internes de l’animal.
C’est ce qui arrive à la station du Troc près de Banyuls-sur-Mer à la limite
du sédiment favorable. On y trouve des Ascidies dont la branchie est remplie
d'une sorte de vase. De nombreux individus sont morts, beaucoup sont
en quelque sorte étranglés, avec une partie de branchie qui commence
à dégénérer.
S’il ne s’agit plus d’argiles mais de particules sableuses très fines, leur
circulation est possible aussi. Mais cette fois l’Ascidie ne les absorbe pas.
Ses siphons se ferment et l'animal ne peut plus se nourrir ni respirer (1).
Nous avons essayé de reproduire ces conditions défavorables en élevage.
Nous avons mis dans une boite de Pétri assez haute une mince couche de
sable de granulométrie convenable. Une Ascidie placée sur ce sable s’oriente
dans l’interstice après un certain laps de temps, de façon à ce que chaque
siphon soit situé en face de l’intervalle entre deux granules. On établit
une circulation d’eau horizontale dans la coupelle. L’animal garde son
siphon buccal ouvert (en dehors des contractions rythmiques qui le ferment
à moitié seulement). Le siphon cloacal, la plupart du temps fermé, expulse
l'eau périodiquement et brusquement, à des intervalles réguliers. Dans
ces conditions que nous assimilons à des conditions normales, il arrive
qu’une particule plus fine, minérale ou organique, soit attirée vers le siphon
buccal par le courant d’eau qu’il produit. Dans ce cas, suivant la taille
de la particule il se produit, soit une contraction brutale de l’ensemble du
corps qui expulse violemment par rejet d’eau buccale la particule venue
au contact du siphon, l’Ascidie reprenant ensuite son activité normale,
soit la fermeture du siphon cloacal dans un premier temps, le siphon buccal
restant ouvert, puis une contraction du corps rapide, mais progressive,
partant du siphon cloacal pour atteindre le siphon buccal qui se ferme.
L’animal, dans ce cas, reste beaucoup plus longtemps contracté.
Voyons ce qui se passe maintenant si l’on introduit des particules
fines dans la circulation d’eau. Si leur nombre n'est pas grand, les phéno¬
mènes sont semblables à ceux que nous venons de décrire. Si la fréquence
des particules rejetées par les Ascidies augmente, l’animal commence à
se déplacer en gardant ses siphons presque fermés. Le déplacement a lieu
par mouvements péristaltiques, aidés chez les Pyuridae par la présence
des spinulcs sur les siphons. Si l’on augmente encore la quantité de parti¬
cules de petite taille, on obtient une contraction générale de l’animal qui
peut durer de plus en plus longtemps, et finalement entraîner la mort.
On comprend donc aisément que les Ascidies interstitielles ne vivent
que dans des sables grossiers très propres.
(1) Quelques références à propos du mode de nutrition des Ascidies : Hecut (S.),
1916. —■ The water current produced by Ascidia alra I.esiieur. .7. ex p. Zoo!.. 20. (129-434).
Mac: Gtnitie (G. E.), 1939. — The method of feeding of tunicatcs. Biol. Bull.,
77, (443-447).
Ohton (.1. H.), 1913. — The ciliary mechanisms on the gill and the mode of feeding
in Ampliioxus, Ascidians and Solenomija Inhala. J. mar. biol. Ass. U.K, N.S., 10, 19.
Source : MNHN, Paris
112
FRANÇOISE MONNIOT
111. — RECHERCHE RAISONNÉE DES MILIEUX FAVORABLES
RÔLE DE LA FAUNE ASSOCIÉE
Toutes les exigences écologiques que nous venons de voir vont nous
permettre de rechercher beaucoup plus facilement les stations qui peuvent
abriter des Ascidies interstitielles. On procède alors par élimination. Citons
quelques milieux défavorables :
_ les sédiments qui contiennent des particules inférieures à 400 i±;
_les sédiments trop grossiers à interstices trop grands, où les Ascidies
sont entraînées par les courants d’eau;
_ les sédiments grossiers situés en zones câlines et par conséquent
peu meubles;
— les sables encombrés de débris d’algues.
Il faut ajouter une condition dont nous n’avons pas parlé jusqu’à
présent : les Ascidies interstitielles ne peuvent supporter une émersion
prolongée. Contrairement à ce qui se passe pour les Ascidies de grande
taille, qui sont parfois susceptibles de rester à sec pendant plusieurs jours,
une émersion de cinq minutes suffit à tuer n’importe quelle Ascidie inters¬
titielle. Ceci doit être dû à la faible épaisseur de la tunique, très vascularisée,
et d’autre part à la petitesse des animaux qui ne leur permet pas de conserver
dans leur cavité branchiale une réserve d’eau suffisante. On ajoutera donc
aux milieux défavorables les sédiments qui peuvent émerger.
11 serait pourtant logique de s’attendre à trouver des Ascidies intersti¬
tielles dans la zone des marées où les graviers existent fréquemment. Ces
sédiments, mêmes s’ils se déssèclient en surface gardent, en effet, une quan¬
tité d'eau importante en profondeur. Mais cette eau capillaire est retenue
seulement dans le cas où les interstices sont partiellement comblés de
particules fines. Nous n’avons en tout cas jamais trouvé d’Ascidiesendop-
sammiques dans la zone des marées. Il est possible aussi que l'agitation
due aux vagues soit trop forte pour que ces animaux non fixés et de densité
faible ne soient pas entraînés.
Il existe certainement bien d’autres limites à la colonisation des sédi¬
ments meubles par les Ascidies, mais l’étude de ce groupe n’est pas encore
assez avancée pour pouvoir les déterminer. On peut seulement supposer
qu’un rôle important doit être réserve aux facteurs chimiques.
Nous venons de voir les milieux à éliminer. Mais il existe aussi des
indices d’habitats favorables. En dehors des aspects physiques du sédiment,
il faut considérer aussi l’ensemble de la microfaune qui habite ce milieu.
En effet, dans toutes les stations, nous avons retrouvé les mêmes types
d’associations, les mêmes types d'organisation, les mêmes pourcentages
des groupes les uns par rapport aux autres, généralement les mêmes genres
et souvent les mêmes espèces. Donnons quelques exemples :
— les Foraminifères sont en majorité des Miliolidae, des Rolaliidae
et des Lageniidae ;
_une petite forme d’Actinie non déterminée est présente partout ;
_ les Polycliètes sont extrêmement voisines : il s'agit essentiellement
de Microsyllidiens, de Glyceridne, Lumbrinerinae, Pisionidae,
Opheliidae et du genre Ditrupa ;
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
113
— les Archiannélidcs, Polygordius, et Saccocirrus, sont constantes.
Par contre les Psammodrilus sont plus rares ;
— les Opisthobranches sont toujours les mêmes : Microhedylidae,
Embldonia, Hedylopsis, Pliiline, Tenéllia, ainsi que le Prosobranche
Caecum ;
— les Crustacés : (’.opépodes, Oslracodes, Isopodes, Anisopodes,
Amphipodes, Cumacés ont une morphologie très semblable dans
chaque station ;
— les Iialacariens appartiennent aux mêmes genres ;
— les Leplosynapta, et en particulier L. minuta, existent toujours
ainsi que Ophiothrix fragilis et Echinocardium flavescens ;
— enfin YAmphioxus est presque toujours présent.
Donc dans un sable de granulométrie apparemment convenable, une
analyse rapide de la microfaune indiquera si le milieu est proche de ceux qui
abritent les Ascidies ou s’il est très différent. Ceci n’est évidemment valable
que pour les côtes européennes. Mais ce critère est très important et très
fidèle. Il est, d'autre part, beaucoup plus facile de faire un inventaire
sommaire de la faune que de procéder à toutes les analyses physico-chimiques.
IV. — LES ADAPTATIONS DES ASCIDIES
AU MILIEU MÉSOPSAMMIQUE
Caractéristiques des « ASCIDIES INTERSTITIELLES »
Nous venons de voir dans un chapitre antérieur les caractéristiques
physico-chimiques des milieux où l'on trouve de petites Ascidies psammiques.
Nous avons dénommé ces espèces « Ascidies interstitielles », parce qu’elles
habitent à l’intérieur du sable, et qu’elles ont une taille suffisamment
réduite pour pouvoir vivre dans les interstices. Depuis plusieurs années, la
faune mésopsammique a fourni de nombreux sujets d’études. Quelques
auteurs ont élaboré une synthèse des critères auxquels répondent à peu près
tous les animaux à mode de vie interstitiel, quel que soit le phylum auquel
ils appartiennent. Ils sont arrivés ainsi à une sorte de définition.
Les convergences des adaptations morphologiques sont tout à fait
remarquables, elles ont permis d’établir une liste de caractères modifiés
par rapport à ceux des animaux libres des mêmes groupes. Ces caractères
concernent aussi bien la morphologie, l’anatomie, la biologie, que le compor¬
tement de la faune mésopsammique.
En ce qui concerne les petites Ascidies de sable, nous allons citer les
traits de leurs adaptations en suivant à peu près le plan proposé par Dela-
mare Deboutteville dans son ouvrage sur la « Biologie des eaux souter¬
raines littorales et continentales » (1960). Pour chaque paragraphe, nous
citerons les opinions généralement parallèles de Swedmark (1) résumées
(1) Swedmark (B.), 1964. — Marine nterstilial fauna of marine Sand. liiologica
Reviens, 39, (1-42).
Source : MNHN, Paris
111
FRANÇOISE MONNIOl
dans un article récent (1964). Malgré les répétitions inévitables que nous
serons obligée de faire, nous avons jugé utile de comparer les adaptations
de nos Ascidies avec celles des animaux considérés comme interstitiels
sans contestation possible, par deux des spécialistes européens les plus
autorisés dans ce domaine. Les particularités morphologiques et anato¬
miques 11 e seront que. brièvement citées quand il y a déjà été fait allusion
dans le chapitre de systématique. Nous ne parlerons pour l’instant que
d’observations directes, sans essais d’interprétation phylogénique ou évo¬
lutive, réservant une place spéciale à ces discussions, afin d’avoir le maximum
d'arguments possibles pour conclure.
1° Les adaptations morphologiques.
Elles concernent en premier lieu la taille. Les animaux dont nous
avons donné les descriptions représentent les plus petites Ascidies simples
qui existent, puisqu’elles mesurent à l’état adulte de 1 à 4 mm. Norma¬
lement en milieu rocheux, les individus appartenant aux mêmes familles
mesurent de 1 cm au moins jusqu’à 20 cm et atteignent parfois des tailles
énormes. D'après Svvedmahk « in general, bodies 2-3 mm long mark the
average upper size limit in the intcrstitial fauna ». On peut donc considérer
que nos Ascidies entrent dans ces limites, elles vivent d’ailleurs dans des
sédiments plus grossiers que ceux envisagés par Delamare Deboutteville
OU SWEDMARK.
Delamare Deboutteville attache une importance particulière à
l'allongement du corps. Ici le phénomène est peu sensible, les Ascidies de
forme générale globuleuse et non segmentées ne se prêtent pas à un allon¬
gement comparable à celui des autres groupes zoologiques. Chez Hete-
rosligma et Psammostyela l’animal en extension prend une forme cylindrique,
le corps ovoïde porte sur le même axe les siphons largement ouverts. Cette
forme est tout à fait exceptionnelle chez les Ascidiacées où l'on rencontre
surtout des especes sphériques, aplaties sur le substrat ou encore dressées
sur des pédoncules. Nous admettrons donc que dans les genres Psammoslyela
et Helerostigma (moins chez les Potycarpa) l’allongeinenL est bien dû à une
convergence avec les formes observées dans les autres phylums (Protozoaires
Cnidaires, Turbellaires, Gastrotriches, Annelides, Crustacés, Échinodermes'
Mollusques, etc.).
Swedmark fait remarquer que les formes aplaties sont communes
aussi dans le sable; c’est ce qui se produit pour le deuxième ordre d’Ascidies
psammiques représenté par les genres Psammascidia et Dextrogasler. Us
n’ont plus une forme allongée mais plus ou moins circulaire, tellement aplatis
latéralement qu’il devient difficile de les trouver quand leur tunique est
couverte de grains de sable. Le phénomène est accentué par le choix des
particules fixées sur le corps, lamellaires elles aussi, débris de coquilles
plaquettes de micas, de schistes, etc.
Delamare Deboutteville fait allusion ensuite à la dépigmentation
des animaux qui vivent enfouis dans les sédiments. « Cette dépigmentation
peut être tellement poussée, comme dans le cas des Crustacés, que ces animaux
sont totalement transparents lorsqu'ils sont en vie ». Celte remarque
s’applique de façon toute particulière aux Ascidies. Les genres Psammostyela
Heterosligma (sauf II. separ dont les siphons sont plus colorés) Molgula '
Psammascidia, Dextrogasler sont tout à fait incolores.
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
115
En eau libre, au contraire, les Ascidies forment un groupe très pigmenté
où les couleurs sont 1res diversifiées. Prenons quelques exemples dans les
familles que nous venons de citer : Les Styelidae possèdent des pigments à
la fois sur les siphons et le manteau (jaune, rouge, orangé, brun). Rappelons
ici la magnifique couleur rouge de l'énorme Polycarpa aurata de Nouvelle-
Calédonie. Nous avons signalé au cours de la description des espèces du genre
Polycarpa (P. penlariza, P. arnbackae) une faible coloration rouge des
siphons. A la différence de ce qui se passe pour les Ascidies des milieux
rocheux, cette coloration est non seulement atténuée, mais diffuse sur toute
la surface des siphons : il n’y a pas de disposition pigmentaire définie, pas
plus de bandes que de taches. On n’observe pas non plus le liséré plus foncé
qui borde souvent les siphons des espèces qui vivent sur le sable : gros
Polycarpa de sable et Molgula.
Les Pyuridae constituent la famille la plus vivement colorée. On y
rencontre toutes sortes de rouges, jaunes, violets, verts, bruns, etc. Pour les
espèces des côtes de France seulement, il suffit de penser aux bandes violettes,
ou jaunes, qui marquent les siphons des Microcosmus, à la magnifique couleur
rouge de la tunique des Halocynthia, au manteau rouge de certaines Pyura
ou aux points jaune et rouge, nets mais plus petits, placés en bordure des
siphons du genre Cralosligma, qui vit à demi enfoncé dans le sable des mêmes
stations que les Helerosligma. Pour les Pyuridae comme pour les Styelidae,
il semble bien que la couleur soit d’autant plus vive que l’animal est plus
exposé à la lumière (C. Monniot, 1965).
Les Molgulidae se répartissent soit sur les substrat rocheux soit sur les
sables. Les uns comme les autres possèdent des pigments sur les siphons
(appelés « taches oculaires »), ou dans le manteau (siphons et totalité du
corps d’un beau rouge vif) chez Molgula eomplanala. Les pigments jaunes
sont les plus fréquents.
Parmi les Phlébobranches, les Ascidiidae, à tunique beaucoup moins
chargée d’éléments étrangers, montrent une grande variété de couleurs;
nous nous bornerons à citer quelques exemples très communs : Ascidia
meniula (rouge), Ascidiella conchylega (jaune), Phallusia fumigata (noire).
Or tous les exemplaires de Psammascidia récoltés dans le sable étaient tota¬
lement transparents et incolores.
Les Corellidae ne sont pas colorées de façon massive comme les Ascidiidae
mais elles possèdent aussi des pigments; Corella parallelogramma a de
nombreuses taches rouges ou blanches. Dextrogasler qui porte un revêtement
sableux est aussi transparente et incolore que Psammascidia.
Quelques remarques s'imposent au sujet de cette pigmentation :
1° parmi les Ascidies que nous appellerons « d’eau libre », la coloration
diminue avec la profondeur. L'éclairement semble donc jouer un rôle phy¬
siologique au moins.
2° ce rôle est confirmé par la répartition des pigments : Chez Halo-
cynlhia par exemple, les parties exposées à la lumière sont rouge vif, la base
est jaunâtre, la partie « à l’ombre •> est moins intensément colorée et reste
jaunâtre. La plus grande partie des pigments est formée d'éléments pyuriques,
qui existent chez toutes les Ascidies. Il est intéressant de remarquer que ces
pyurines (produits de déchet) sont éliminées par des organes spécialisés
dans certaines familles (rein des Molgulidées, vésicules pariétales des
Source : MNHN, Paris
FRANÇOISE MONNIOT
116
Phlébobranches). Or ccs groupes ont des colorations beaucoup moins
intenses (pie les Slyelidae ou les Pyuridae dont les pyurines restent blo¬
quées dansles tissus (manteau et branchie).
Nos Ascidies interstitielles possèdent des pyurines qui existent chez
toutes les Ascidiacées, visibles sous forme de granules blancs dans le manteau
et la branchie des Slyelidae et des Pyuridae. Mais les autres colorations font
défaut, probablement par manque de lumière, les tissus sont seulement
opaques (il faut signaler cependant que cette perte de coloration est peut-être
définitive, car des individus élevés pendant plus de 3 mois à la lumière n’ont
pas présenté la moindre trace de coloration).
La présence d’une musculature bien développée est aussi un caractère
morphologique des formes mésopsammiques. Il est curieux de remarquer
l’importance des fibres musculaires dans des groupes où les déplacements
ne sont ni très rapides, ni de grande amplitude. Mais la locomotion dans le
sable nécessite une spécialisation musculaire : pour la reptation, la fixation
aux grains de sable, la résistance aux courants d’eau interstitielle, à l’arra¬
chement par d’autres grains de sable, ou tout simplement pour écarter deux
particules afin de passer d’un interstice à un autre. Si l’on admet facilement
la nécessité d’une musculature puissante et très spécialisée, sa présence
est cependant étonnante. Si l’on pense à la taille très réduite des animaux,
la proportion des cellules du corps différenciées en cellules musculaires est
énorme, puisque la taille des cellules est sensiblement la même chez les
individus endopsammiques comparés aux autres, dans un même groupe.
Les Ascidies suivent la même règle. Leurs muscles sont puissants, extrê¬
mement développés au niveau des siphons. Ils couvrent tout le corps chez
les Pyuridae et les Slyelidae. Cette musculature est beaucoup plus importante
pour ces petites formes que pour les Ascidies fixées. Mais on ne constate
pas seulement un accroissement de la masse du réseau musculaire. Sa dis¬
position est bien différente si l’on compare des Ascidies interstitielles à
des Ascidies d'eau libre. Prenons quelques exemples. Chez Psammascidia
il existe un champ musculaire cloacal tout à fait original pour la famille des
Ascidiidae, avec des fibres nettes, parallèles entre elles, disposées en faisceaux
denses sur une aire très précisément limitée. Chez Psammoslyela, Heteros-
tigma, et à un degré moindre chez Polyearpa, la structure des muscles n’est
pas celle que l’on trouve habituellement; elle correspond à des mouvements
plus variés. Pour une Ascidie fixée, les seules actions musculaires consistent
en une rétraction des siphons, généralement simultanée pour les siphons
buccal et cloacal, accompagnée d’un gonflement du corps par la pression
de l’eau qui s'y trouve enfermée. La réextension de l'animal est passive
Chez les Ascidies interstitielles, au contraire, si la contraction a lieu de là
même façon (en dehors d’une coordination des mouvements) l’extension
des siphons est active. Un animal décontracté est susceptible d’allonger ses
siphons en réduisant leur diamètre. Ceci ne se produit jamais dans les espèces
courantes. D’autre part, le corps peut aussi avoir des mouvements propres
indépendants de ceux des siphons et susceptibles d'agir dans une région
limitée. Il est possible que ces contractions des fibres musculaires pariétales
existent chez d’autres Ascidies, mais elles ne provoquent pas des mouvements
visibles extérieurement. Pour les Ascidies psammiques, la tunique est accolée
au manteau sur toute sa surface et suit tous ses mouvements. Pour les autres
l’animal subit des déplacements par rapport à sa tunique, il n’y esl fixé
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
117
que par quelques points bien définis, mais cette tunique ne suit pas les mou¬
vements du corps.
Swedmark voit dans cette adaptation une forme de protection « one
form of mechanical protection in fragile organisms is ability to contract ».
Le fait est encore accentué par une possibilité de fixation temporaire de
grains de sable sur des papilles tunicales, rendues elles aussi mobiles par les
contractions et le plissement du corps.
La locomotion et la protection assurées par le revêtement externe du
corps sont citées aussi par Delamare Deboutteville qui y attache une
égale importance. Les organes adhésifs, fréquents dans les groupes mésop-
sammiques manquent chez les petites Ascidies adultes. Pourtant, les rhizoïdes
courts ou longs terminés par des ampoules vasculaires élargies se collent
aux particules par secrélions épithéliales. Elles sont susceptibles de régresser
aussi vite qu’elles sont apparues. Leur adhérence n’est pas aussi efficace
que celle des ventouses, de griffes ou d’organes bien spécialisés, mais elle est
assez forte pour entraîner des grains de sable.
La protection de ces petits organismes ne peut être assurée par une
ciliature, une cuticule rigide ou des spiculés, mais on remarque que la
tunique des Ascidies interstitielles est adaptée à bien des points de vue :
elle est plus épaisse que la normale, plus souple, mais garde une grande
résistance, bille est capable de régénérer rapidement après une blessure.
La possibilité de fixer à sa surface des particules minérales en fait un revê¬
tement vraiment très protecteur pour la vie dans les interstices.
2° La reproduction.
La réduction du nombre de gonades et du nombre d’œufs semble générale
pour les animaux endopsammiques. Delamare Deboutteville insiste
sur ce fait, particulièrement net chez les Crustacés. Cette fois on ne peut
en dire autant des Tuniciers. Les Styelidae ont de nombreux polycarpes,
et les têtards envahissent tout le manteau pendant leur période d'incubation.
Si les Pyuridae ne possèdent qu’une gonade à droite, ce qui représente une
réduction pour la famille, le nombre d’œufs est élevé. Les gonades des
Molyulidae, n’ont rien de particulier par rapport aux animaux fixés. Celles
des Ascidiidae, Corellidae, semblent plus différenciées, par leur forme lobée
définie. Delamare Deboutteville dit encore « Dans l’ensemble, les animaux
des eaux souterraines littorales semblent se reproduire toute l’année ».
Or, la période de ponte des Ascidies est de courte durée (1 mois) elle est
annuelle. Swedmark, et avant lui Remane, ont montré aussi que la repro¬
duction s’étale sur toute l’année pour la plupart des espèces du sable, avec
une production très faible de gamètes. Le phénomène exactement inverse
pour les Ascidies interstitielles est d’autant plus curieux qu’il s’oppose aussi
au mode de reproduction le plus commun chez les Ascidies fixées, il est
plus proche des Molyulidae libres sur le sable.
3° Le développement larvaire.
En ce qui concerne les premiers stades de développement, les Ascidies
interstitielles ont acquis exactement les mêmes adaptations que l’ensemble
des groupes mésopsainmiques. Parallèlement Delamare Deboutteville
Source : MNHN, Paris
118
FRANÇOISE MONNIOT
et Swedmark citent la réduction des stades larvaires pélagiques, le déve¬
loppement plus direct, et l’acquisition d’une cavité incubatrice. Voyons
quelques détails concernant les Ascidies.
Les larves des Ascidies sont normalement pélagiques, la durée de nage
du têtard est plus ou moins longue, mais l'existence même de ce têtard avec
une queue développée en nageoire est fondamentale pour le groupe. Il n’v
a que deux exceptions : les têtards anoures de certaines Molgules et les
têtards à queue régressée des Ascidies interstitielles. Cela correspond exac¬
tement au résumé de Swedmark de tout ce que l’on connaît dans les formes
psammiques : « Among interstitial représentatives of such groups of inver-
tebrates as normally bave pelagic larvae, \ve find morphologically or bio-
logically modified larvae in conjunction with a suppression of lhe pelagic
phase in the development cycle » — le développement direct est fréquemment
cité par Delamare Deboutteville pour presque tous les groupes. Chez
les Ascidies, il n’est pas entièrement direct puisque le stade têtard existe
mais il est réduit. Le têtard n’a plus de structures internes propres chez les
Styelidae et les Pyuridae, mais régresse pour laisser la place aux structures
adultes. Ces structures sont directement mises en place et la métamorphose
n’est plus représentée que par la disparition de la queue du têtard. Chez les
Ascidiidae et les Corellidae normalement ovipares, les œufs sont conservés un
certain temps dans l’oviducte très développé pour les espèces de sable. De plus,
comme le remarque Swedmark « the benthic larvae contain more yolk, and
are more un wieldy and less active than the corresponding pelagic larvae ».
Delamare Deboutteville, de la même façon, parle de « cette tendance au
développement direct qui se produit par accroissement du développement
embryonnaire au détriment du développement postembryonnaire ».
Enfin la présence d’une cavité incubatrice dilïérenciée, dont nous avons
déjà parlé dans la description des Slyelidae et des Pyuridae est un caractère
typique des animaux du sable et cela d’autant plus que la viviparité est
tout à fait exceptionnelle dans ces deux familles. Swedmark attache un sens
particulier à cette incubation, et à la protection des jeunes. Il considère
que cela a une grande importance pour éviter la disparition d'une espèce
à faible pouvoir de reproduction.
4° Néoténie.
« La néoténie est la propriété qu’ont certains animaux de se reproduire à un
stade juvénile. Il semble que ce phénomène soit assez général chez les animaux
de la faune interstitielle. Cette néoténie peut d’ailleurs jouer à des niveaux
très variés du développement ontogénique et se répercuter de façon inégale
sur la morphologie de l’adulte. » (Delamare Deboutteville).
Nous avons déjà parlé à plusieurs reprises de la néoténie des Ascidies
interstitielles et nous tenterons de l’expliquer plus loin. Nous n’y revien¬
drons pas dans ce chapitre. II sufiit de dire que, là encore, les Ascidies
s’intégrent parmi les animaux à biologie interstitielle.
5° Léthargie ou enkystement.
C’est le titre d’un paragraphe de l'ouvrage de Delamare Deboutte¬
ville qui commence ainsi : « Un certain nombre d’animaux de la faune
Source : MNHN, Paris
RS INTERSTITIELLES
119
interstitielle peuvent avoir des périodes de vie latente ». C'est exactement
le cas pour les Ascidies. Cette vie ralentie est accompagnée ou non d’un
enkystemcnt. Odhneu signale simplement une rétraction des animaux
pour les Microhedylidae (Mollusques), tandis que Jâgersten décrit l'enkys-
tement des jeunes Dinophilidae (Archiannélides). Ce sont les deux seuls
groupes, avec les Ascidies interstitielles, qui présentent un arrêt prolongé
de développement.
6° Eurythermie et euryhalinité.
Ces deux facteurs démontrés pour l'ensemble de la faune interstitielle
ont été réétudiés dans un chapitre antérieur pour les Ascidies. Les animaux
supportent les variations de température et de salinité aussi bien que
l’ensemble de la faune mésopsanimique.
7° Les mouvements.
Décrits plus haut, ces mouvements par leur existence même prouvent
une adaptation à la vie interstitielle. Rien de semblable n’est connu chez
les Ascidies simples. Les déplacements observés chez certaines colonies
d’Ascidies sont dus seulement à l'émission de diverticules vasculaires
cutanés d’une mince pellicule lunicale qui se fixent au substrat, puis par
leur rétraction, entraînent l'animal. C'est un phénomène que nous avons
observé personnellement chez une espèce de Diplosoma non déterminée,
trouvée dans le sable (1). Les mouvements étaient très rapides, mais sans
aucun rapport avec les mouvements dirigés et coordonnés des Ascidies
simples. La migration de jeunes Ciona par le même moyen d’ampoules
vasculaires a été observée à plusieurs reprises par d’anciens auteurs et
assimilée à celle des Diplosoma. Les déplacements des jeunes Ciona ont
été réétudiés par Carliste en 1961 (2). Les extensions et retraits des ampoules
vasculaires existent aussi dans les tout premiers stades (1 à 2 jours) des
genres Psammoslyela, Polycarpa et Helerostigma. Mais ces prolongements
vasculaires, avec leurs sécrétions adliésives disparaissent très vite chez
ces animaux, c'est alors que commence la véritable locomotion : extension
alternée des siphons, reptation sur le substrat par ondes de contraction,
et mouvements de chenilles arpenteuses pour les espèces munies de spinules
sur leurs siphons.
Cette locomotion des Ascidies interstitielles est étonnante, car parmi
la faune mésopsammique, la mobilité n’est pas un phénomène général.
» The great majority of the inlerstitial animal species are freemoving, but
they are also a few semi-sessile or coinpletely sedentary forms » (Swedmark).
8° Le thigmotactisme.
Comme l’a très bien décrit Delamahe Deboutteville (p. 147-148)
les animaux ont un comportement désordonné en l’absence de grains de
(1) Monniot (F.), 19112. - Recherches sur les graviers Amphioxus de la région
de Banyuls-sur-Mer. Vie et Milieu, 13 . 2, (231-322).
(2) Caki.isi.e (D. B.). - J.ocomotorv powers of adult ascidians. I’roc. Zool.
Soc. Lontl., 136, 1, (141-Mfi).
Source : MNHN, Paris
120
FRANÇOISE MONNIOT
sable. Les Ascidies se comportent à la façon de tout autre animal. Une
petite Pyuridae dans une coupelle, se glisse facilement entre les particules,
mais en l’absence de ce sable, elle ne progresse pas sur le verre, roule, et
devient rapidement immobile. La description du choix de l’interstice que
nous avons donnée plus haut montre que chez les Ascidies, le thigmo-
tactisme doit jouer un rôle de toute première importance. Il intervient
aussi dans le mode de nutrition de façon indispensable.
9° La nourriture.
La nutrition des Ascidies est assez peu connue. Ces animaux sont fil-
treurs, et on a coutume de dire qu’ils absorbent essentiellement des diatomées
et des bactéries. Mais les coupes histologiques d’Ascidies interstitielles
font apparaître dans le tube digestif des morceaux de cuticule d’arthropodes,
des pattes, des soies. Il est probable qu’il n’y a pas une sélection très active :
toutes les particules organiques de l'eau interstitielle doivent être filtrées
par les Ascidies. On rencontre parfois, ainsi, dans l'estomac, des œufs,
toujours de petite taille, et qui ne sont pas des œufs d’autres Ascidies.
Ils doivent être digérés, puisqu'on ne les retrouve jamais dans la partie
terminale du tube, digestif. Swedmark classe les Ascidies interstitielles
dans les « Suspension-feeders », et cela correspond bien au contenu digestif
de ces animaux.
Les observations que nous avons faites « in vivo » montrent de façon
certaine que le courant d’eau qui sort du siphon cloacal n’est jamais repris
par le siphon buccal, les deux ouvertures correspondant à deux interstices
différents, même pour les petites Polycarpa dont les siphons ne sont pas
opposés. De toutes façons les excréments sont rejetés sous forme de boulettes
solides, de taille suffisante pour être refusées à coup sûr à l’entrée du
siphon buccal.
10° Convergences.
Il est tout à fait remarquable que les différentes espèces d’Ascidies
appartiennent à des familles différentes. Il y a là des convergences ana¬
tomiques et biologiques tout à fait exceptionnelles. 11 est rare de trouver
dans un phylum plusieurs familles adaptées de la même façon à un milieu
aussi particulier. Il est nécessaire de signaler cependant une différence
entre les deux grandes divisions d’Ascidies simples : Stolidobranches et
Phlébobranches. Les premiers sont des animaux mobiles (semi-vagiles)
tandis que les seconds sont franchement sédentaires. Celte différence corres¬
pond à deux des trois modes d’adaptation à la vie interstitielle cités par
Swedmark : animaux libres, semi-sessiles, sédentaires.
11° Conclusion.
Nous avons pris soin d’étudier successivement tous les caractères
adaptés cités jusqu'à présent au sujet de la biologie des animaux mésop-
sammiques. Pour chacun d’eux nous avons vu que les Ascidies trouvées
dans le sable présentaient les mêmes tendances, aussi bien pour la mor¬
phologie que pour la biologie, le développement des jeunes, la néoténie
le comportement et l’éthologie. Une seule différence est signalée : la période
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
121
de reproduction et le nombre d'œufs pondus. Mais ce caractère est lui-méme
variable dans les groupes considérés depuis très longtemps comme inters¬
titiels. Nous pouvons donc admettre sans réserves que les Ascidies du sable
sont bien des « Ascidies interstitielles » et qu’elles représentent un nouveau
phylum dans le monde mésopsammique déjà si varié. La présence des
Tuniciers parmi la microfaune du sable est d’autant plus intéressante que
les Prochordés constituent un phylum très ancien et très peu plastique,
dont les grandes directions adaptatives semblaient tout à fait fixées.
V. — PRÉDATEURS ET PARASITES
La quantité d’Ascidies adultes récoltées dans les sables grossiers est
très faible dans la plupart des stations par rapport à celle des autres groupes.
Sur la côte Ouest, de Méditerranée, de Marseille à Banyuls, les milieux favo¬
rables ne manquent pas. Cependant, il est souvent nécessaire d’effectuer
plusieurs dragages pour obtenir deux ou trois individus adultes en bon
état. Par contre, au début de l’hiver, aux mêmes points, il est beaucoup
plus facile de trouver les jeunes. Dans un sable reconnu comme favorable,
un seul dragage suffit pour obtenir à coup sûr de très jeunes Ascidies :
Psammostyela et surtout Heterostigma.
Nous nous sommes demandé si le nombre réduit d’adultes par rapport
au nombre de jeunes n’était pas dû à l’action de prédateurs. II est fréquent
de trouver en été des tuniques vides d’Ascidies interstitielles. Elles sont
bien reconnaissables grâce à leurs rhizoïdes et aux siphons qui subsistent
souvent. Ces tuniques sont alors peuplées d'Amphipodes de différentes
espèces (surtout des jeunes) et de Copépodes Harpacticides. Ces crustacés
sont peut-être des prédateurs d'Ascidies, mais nous admettons difficile¬
ment cette hypothèse : nous n’avons jamais trouvé en aucune station,
d’Ascidie à demi consommée. Quand les crustacés sont présents dans la
tunique, il reste tout au plus des lambeaux courts du manteau de l’Ascidie
au niveau des siphons. Nous envisageons plutôt une attaque des Amphi-
podes, puis des Copépodes après la mort de l’Ascidie. La tunique est alors
gonflée, beaucoup moins résistante et les tissus internes liistolysés. Les
produits de la décomposition très rapide de la branchie, du tube digestif
et du manteau pourraient attirer la microfaune voisine. Mais on ne peut
plus parler dans ce cas de prédateurs.
Pour les larves et les jeunes, il est très probable, au contraire, qu'ils
subissent une attaque de nombreux animaux. La tunique des adultes est
épaisse, résistante, et surtout, moule complètement la micro-cavité qu’elle
occupe : cela assure une protection efficace. Il en est de même pour les jeunes
qui ont acquis la morphologie de l’adulte, et qui possèdent très tôt une
tunique résistante (stade où les protostigmates se recoupent). Pour les
têtards et les larves, pour les œufs des Phlébobranches interstitielles, la
question est différente. Beaucoup d'animaux mésopsammiques se nour¬
rissent d'œufs, et ceux des Ascidies de sable ne flottent pas, comme cela
se produit dans le cas général, mais restent dans le sable, grâce à leur densité
forte. De même les têtards, pendant la très courte période où ils sont libres,
sont immobiles, non fixés, ainsi que nous l'avons vu. Ils constituent une
proie facile. Les jeunes Ascidies qui ne possèdent encore que deux ou trois
Source : MNHN, Paris
122
FRANÇOISE MONNIOT
protostiginates ont une tunique développée mais molle, fixée ou non à un
grain de sable par des ampoules vasculaires très fragiles. Elles n’occupent
pas la totalité d’un interstice. Elles sont à la merci de n’importe quel car¬
nivore. En élevage, elles attirent les Microsyllidiens, et il est probable qu’il
en est de meme dans la nature. Les Turbellariés, les Némcrtes, les Néma¬
todes. les Polychètes, les Crustacés (Copépodes, Amphipodes, Isopodes,
Décapodes), les Sipunculiens, les Halacariens, les Ophiures, sont suscep¬
tibles de se nourrir d’Ascidies jeunes.
Le rôle des prédateurs dans les tout premiers stades de développement
est certainement très important, bien qu'il ne puisse être démontré pour
l’instant, et cela pour plusieurs raisons :
_ Les carnivores constituent la majorité de la microfaune mobile.
- La protection des jeunes stades d'Ascidies est pratiquement nulle.
Les premiers stades de développement s’ils sont fixés, le sont d'une
façon temporaire en étant susceptibles de se libérer rapidement.
Mais ils ne sont que très peu mobiles.
_ Les jeunes sont beaucoup moins denses que les adultes et le
remaniement du sédiment peut les amener près de la surface, là
où les prédateurs sont plus nombreux.
— La mortalité entre le stade têtard et l’adulte est énorme chez les
Ascidies interstitielles, qui semblent avoir pourtant un taux de
reproduction plus élevé que la majorité des autres groupes de la
faune du sable, et une adaptation très poussée au mode de vie
endopsammique.
Si les prédateurs jouent un rôle important dans la mortalité, ils sont
peut-être beaucoup aidés par la flore bactérienne du sédiment. Il est très
probable qu’un individu blessé, malgré ses possibilités de régénération rapide,
soit attaqué immédiatement par les bactéries. Cette hypothèse n’est pas
émise au hasard. Au cours des récoltes, il est fréquent de trouver des déchi¬
rures mêmes minimes, envahies par des colonies bactériennes plus ou moins
colorées. Ce phénomènes s’observe aussi en élevage. Deux cas peuvent alors
se présenter : ou l’envahissement bactérien progresse et l’hôte meurt par
dégénérescence progressive des tissus à partir du pôle de départ, ou ces
bactéries attirent une faunule de microphages qui agrandissent la place.
Mais en dehors de l’attaque externe par les prédateurs, il existe une
attaque interne : les Ascidies interstitielles hébergent des Copépodes para¬
sites. Malgré la petite taille de l’hôte, les Copépodes atteignent une taille
normale. Habituellement les Ascidies hébergent un plus ou moins grand
nombre de Copépodes dans leur branchie. Ces Copépodes n’attaquent pas
les tissus de l’Ascidie, ils se nourrissent seulement des particules enrobées
par le mucus au cours de la filtration de l'eau, amenées peu à peu vers
l’endostyle. De même, les Copépodes Enlérocoliens vivent dans le tube
digestif en se nourrissant du boudin alimentaire qu’il contient. Une
troisième sorte de Copépodes semi-parasites, les Lichomolgides vivent
dans la cavité atriale où ils nagent librement.
Les trois sortes de Copépodes ascidicoles se retrouvent chez les Ascidies
interstitielles. Les Lichomolgides sont rares, petits. Par contre, les Copépodes
de la cavité atriale ( Notodclphyidae ) et ceux du tube digestif ( Enlerocolidae)
ont des tailles normales quand ils sont adultes. Peu fréquents chez les
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
123
Ascidies interstitielles, ces parasites ont cependant été récoltés à plusieurs
reprises. Leur étude a été confiée à C. Monniot. La plupart du temps il s’agit
d'individus jeunes ou de taille assez réduite, mais parfois un adulte est
également présent. Dans ce cas il occupe la totalité de la cavité branchiale,
la branchie elle-même est déchirée. La circulation d’eau à travers les stigmates
ne peut être qu’extrêmement réduite et le Copépode fait littéralement
éclater l'Ascidie. Comme les jeunes Copépodes sont tout de même fréquents
surtout dans les Pyuridae, il est très possible que la mortalité des Ascidies
soie due, pour une part non négligeable, à l’accroissement de taille du Copé¬
pode qui l'habite. La dernière mue de celui-ci surtout, qui le transforme en
adulte, traumatise l’Ascidie. Cela est d’autant plus accentué que les femelles
sont numériquement beaucoup plus représentées que les mâles, et qu’elles
possèdent une cavité incubatrice énorme. La femelle de Copépode adulte est
généralement plus grosse que la moyenne de taille de l’espèce d’Ascidie
hôte, tunique comprise.
Nous n’avons pas trouvé d ’Enlerucolidae adultes dans le tube digestif.
Nous donnons ci-dessous un tableau des Copépodes parasites avec leurs
hôtes respectifs. 11 ne semble pas y avoir de spécificité parasitaire.
Ascidies hôtes et stations
Parasites
Psammostyela delamarei : Banyuls
Polycarpa pentarhiza : Banyuls
Polycarpa pentarhiza : RoscolT
Polycarpa arnbackue : Kristineberg
Heterostigma fagei : Banyuls
Heterostigma separ : Roscoff
Heterosligma replans : Espegrend
Molgula hirta : Kristineberg
Dextrogaster sueeica : Espegrend
Bonnierilla sp.
Gunenotophorus globutaris Buchholtz,
jeunes.
Lichomolgides.
très jeunes indéterminables dans la
branchie.
Bonnierilla sp.
Gunenotophorus globutaris B., jeunes.
Enterocolidés, jeunes.
Bonnierilla sp.
parasite enkysté (1)
parasite enkysté.
Lichomolgides.
très jeune indéterminable.
En dehors des Copépodes, les Ascidies montrent parfois de grandes
quantités de ciliés parasites, situés surtout dans le siphon buccal et sur les
tentacules coronaux, et parfois, dans la partie antérodorsale de la branchie,
côté interne. Ces ciliés sont très solidement fixés sur les tissus de l’hôte.
Ils sont beaucoup plus fréquents dans les Ascidies des stations méridionales.
Us existent toujours chez Heterostigma gonochorica de Sicile où ils semblent
provoquer des déformations des tentacules coronaux au cours de la crois¬
sance. Ils existent aussi, mais moins fréquemment, chez Heterostigma fagei
et Psammostyela delamarei à Banyuls mais sont encore abondants dans cette
station chez Polycarpa pentarhiza. A Roscoff on ne les trouve plus que chez
Polycarpa pentarhiza. exceptionnellement chez Heterostigma separ. Nous
n’en avons pas trouvé dans les Phlébobranches. Plus au Nord nous n’avons
retrouvé nulle part ces ciliés.
(1) Des kystes à l’intérieur des sinus branchiaux ressemblant à ceux formés par
Gonophysema gnltmarensis Hresclani et Lfitzen 1960, ont été trouvés dans H. separ de
Roscoll et II. reptans de Bergen. I.eur étude est en cours.
Mémoires nu Muséum. — Zoologie, t. XXXV 9
Source : MNHN, Paris
124
FRANÇOISE MONNIOT
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Source : MNHN, Paris
Chapitre VIII
INFLUENCE DU MILIEU SUR LE CYCLE ANNUEL
ET LA NÉOTÉNIE DES ASCIDIES ENDOPSAMMIQUES
Après avoir décrit une dizaine d’espèces d’Ascidies interstitielles nous
pouvons nous demander quelle peut être l’impression d’ensemble laissée
par cette étude. Imaginons l’état d’esprit d’un zoologiste qui se représente
facilement une Ascidie normale, vis-à-vis de ce groupe endopsammique
encore nouveau, et d’aspect si peu habituel.
I. — LES ASCIDIES INTERSTITIELLES
PAR RAPPORT AUX ASCIDIES DES EAUX LIBRES
Je pense que ce qui frappe en premier lieu, est la convergence des
habitus et des adaptations réalisées pour coloniser le sable, dans chacun des
deux ordres d’Ascidies : d’une part les Slolidobrunchiala et d’autre part les
Phlebobrancliiala. On se félicite qu’une coupure systématique se justifie
par une différence écologique. Mais il faut dépasser la description des espèces
prises une à une et comparées d’organe à organe pour qu’un nouveau sujet
d’étonnement s’impose : toutes les formes examinées paraissent juvéniles.
Nous avons considéré successivement des Styelidae, des Pyuridae,
des Molgulidae. Pour toutes les espèces nous sommes arrivée à résumer
leurs principaux caractères en parlant de « néoténie ». Pour les Ascidiidae,
les Corellidae, la conclusion est semblable mais un peu moins nette. Il est
remarquable, qu’au-delà de la diversité familiale, un phénomène aussi ori¬
ginal soit à ce point constant.
Il faut signaler néanmoins, que chez les autres Ascidies, l’évolution
de la branchie continue souvent un peu après l’apparition des gonades,
mais jamais on ne rencontre une telle néoténie. Chez les Ascidies intersti¬
tielles, ce trait est constant pour toutes les familles, et c’est cela qui est
vraiment très curieux.
D’autre part, cette néoténie porte sur la branchie, organe essentiel des
Ascidies, mais aussi sur le tube digestif et les gonades elles-mêmes. En effet,
la forme des gonades reste toujours très simple, ainsi que les conduits
génitaux. La maturation des œufs et l'incubation se font pourtant de façon
évoluée. Il existe, dans la plupart des cas, une poche incubatricc différenciée
ou des logettes creusées dans la paroi branchiale. On aurait donc pu s’attendre
à une complication plus grande de la forme des gonades.
Une remarque s’impose : aucune de ces Ascidies interstitielles qui
paraissent étonnantes à première vue, ne présente en réalité de caractère
vraiment exceptionnel pour une Ascidie. II n’y a dans ce groupe aucun
trait inédit que l’on ne puisse rencontrer au niveau de la famille, du genre
ou de l’espèce. II y a des réductions d’organes, des dispositions spécifiques,
mais on ne décèle jamais l’apparition d’une acquisition nouvelle.
Source : MNHN, Paris
126
FRANÇOISE MONNI
Chaque organe est fonctionnel et utilisé de la même façon par les
Ascidies interstitielles et les autres. Mais pour les premières, il semble toujours
fonctionner dans la forme la plus simple possible, la plus simple qui existe
pour la famille considérée. En somme, tout se passe comme si la croissance
était arrêtée dés que l'organe a une fonction suffisante, sans améliorations
ou ornementations ultérieures. Le développement lui-même est raccourci,
condensé, simplifié.
Finalement pour chaque famille, l'Ascidie interstitielle repré¬
sente l'individu jeune de type moyen, qui a acquis des gonades sans
grandir, possédant des organes simples, mais typiques.
II. — LE DÉVELOPPEMENT
DES ASCIDIES INTERSTITIELLES
EN RELATION
AVEC LES CARACTÉRISTIQUES PHYSICO-CHIMIQUES DU MILIEU
Remarquons que chaque espèce subit à un stade jeune, un arrêt réel
de développement puisque la croissance est très rapide pendant un mois
au plus, puis pratiquement stoppée. Lorsqu’elle reprend, les gonades appa¬
raissent. La croissance d’un individu est habituellement un phénomène
continu, sauf dans le cas où il existe des formes de résistance, avec des
adaptations spéciales. Par exemple chez les Clavelinidae, ou de nombreuses
autres Ascidies composées, le corps subit une désorganisation totale dans
de mauvaises conditions du milieu. La tunique s’épaissit et les tissus se
différencient pour se rassembler en une masse uniforme embryonnaire.
Cette sorte d’enkystement peut durer pendant plusieurs mois, puis les tissus
se réorganisent pour reconstituer une Ascidie de forme normale. Or, on
n’a jamais observé de modifications de ce genre pendant une période de
l’année pour les Ascidies interstitielles.
Celles-ci se reproduisent pendant un mois environ. Aussi bien pour les
premiers têtards pondus que pour les derniers, l'arrêt de croissance se produit
exactement au même stade (1). La ponte ayant lieu à la fin de l’été, les
conditions hydrologiques de l’eau libre sont différentes pour les premiers
embryons pondus et les derniers. Le blocage de la croissance ne peut donc
pas être dû uniquement à de mauvaises conditions hydrologiques de surface.
Il s’agit certainement d’une action plus complexe qui touche le métabolisme
interne. Nous pouvons nous demander alors ce qui provoque ce blocage.
Nous envisagerons plusieurs solutions :
1° L’arrêt de croissance pourrait être dû simplement à un manque
de place dans les interstices et à une croissance différentielle des tissus
(1) Sabiiadin, 1957-1958. a remarqué à propos de plusieurs espèces : Ciona intes-
linalis, Molgula mnnhattensis et Slyela plicutu, un arrél de croissance pendant l'hiver,
les animaux restant bloqués à un stade jeune.
Mais dans ce cas, il précise que le phénomène n'a lieu que pour les derniers têtards
nondus à la lin de la saison de reproduction qui est très longue. Cet auteur attribue la
durée du développement des larves tardives à un changement important de la tempé¬
rature de l’eau de mer. Les études ont été eltectuées à Venise (Italie). Nous verrons plus
loin une toute autre interprétation.
Source : MNHN, Paris
ASC1
ES INTERSTITIELLES
127
internes et de la tunique. Le développement plus rapide de la branchie
provoquerait une compression, cette fois d'origine interne. Ceci avait déjà
été supposé par Millar, mais nous avons du mal à admettre cette hypothèse
pour la raison suivante : il n'est pas rare de trouver dans le corps de ces très
petites Ascidies des Copépodes parasites de taille normale. Il en existe chez
les jeunes comme chez les adultes, on en trouve même parfois plusieurs
(Copépodites et adultes) dans la même Ascidie interstitielle. On ne peut
observer dans ces exemplaires parasités aucune réduction d'organes, aucune
anomalie, sauf des déchirures de la branchie provoquées par les mouvements
des Copépodes. Or, le volume du parasite est parfois égal au 1/3 ou au 1/4
du volume total de l’Ascidie. Le manque de place pour le développement
des organes, dû au manque d’élasticité de la tunique, ou au tassement du
sable devrait donc se faire sentir; on devrait pouvoir constater une diffé¬
rence dans l’état de développement entre les animaux parasités et ceux qui
ne le sont pas, d’autant plus que la croissance de l’Ascidie est extrêmement
rapide au moment de l'infestation. Cette différence n'existe pas.
2° Dans une deuxième hypothèse, il pourrait s'agir d’une impasse
évolutive. Certains individus ayant appartenu à un archétype ancien,
auraient acquis des caractères les menant dans un cul-de-sac, en les empêchant
d’évoluer. Ces espèces garderaient des caractères primitifs et coloniseraient
des milieux très spécialisés et d’étendues réduites. Elles constitueraient
des sortes de « fossiles vivants » dans un milieu limite, impropre à la survie
des Ascidies. Il est certain que les Ascidies interstitielles vivent dans des
sables ou des graviers agités, dans des conditions difficiles; mais la concur¬
rence est faible, d’où leur possibilité de subsistance. Cette survie est elle-
même accompagnée d'adaptations qui constituent une évolution non négli¬
geable, surtout pour un groupe aussi peu plastique que les Tuniciers. Cette
théorie de « fossile vivant » devient très discutable dans la mesure où il
existe au moins une espèce dans ce cas pour chaque famille et pour chaque
type d’organisation des Ascidies. Cette régularité choque un peu, mais la
notion de fossile vivant ne doit pas être totalement rejetée. Nous la discu¬
terons dans un chapitre sur l’évolution. En tous cas, elle n’explique pas le
blocage du développement, puis sa reprise.
3° On pourrait encore envisager une réduction de taille et une régression
généralisée des Ascidies interstitielles, dues à une barrière géographique.
Des genres nordiques coloniseraient des milieux de plus en plus particuliers
à la limite de leur répartition, en atteignant des eaux plus chaudes; ou au
contraire, des animaux tropicaux, ayant à subir des variations saisonnières,
prendraient des formes réduites. Ces arguments ne sont pourtant pas à
envisager. Les familles et les genres auxquels appartiennent les Ascidies
interstitielles sont bien développés dans les mêmes régions et dans
des conditions écologiques normales. On peut éliminer sans hésitation le
rôle du facteur climatique.
Nous venons d’envisager sans les retenir trois hypothèses pour tenter
d’expliquer l’action du milieu sur le blocage de la croissance des Ascidies
interstitielles et l’apparition de leur néoténie. Nous exposerons maintenant
le raisonnement et les observations qui nous ont conduite à envisager une
quatrième, hypothèse. Puis nous tenterons d’interpréter à la lumière des
faits précis les points restés inexplicables jusqu’à présent.
Source : MNHN, Paris
128
FRANÇOISE MONNI
4» Il reste à étudier l’influence possible de conditions chimiques sur
les organes des Ascidies, conditions dues à un milieu très particulier : le
milieu endopsammique. Un arrêt du développement pourrait être dû à
une action directe du milieu, ('.'est en un sens un mode d’adaptation, puisque
l’animal suivit et se reproduit. On peut difficilement invoquer la lumière
et la température qui pourraient tout aussi bien agir sur les espèces des
milieux rocheux voisins. Pour la même raison, on ne peut parler ni de
profondeur, ni de salinilé. Il faut donc chercher des conditions différentes
pour les Ascidies fixées des milieux voisins, et les Ascidies endopsammiques.
Celte différence, bien entendu, est celle qui existe entre l’eau libre et l’eau
interstitielle. Ce facteur est d’autant plus important que les animaux envi¬
sagés sont filtreurs. De nombreux auteurs ont insisté sur la quantité d’eau
de mer énorme qui traverse la branchie d'une Ascidie en très peu de temps.
Il devient donc normal qu'une différence même très faible dans la compo¬
sition de l’eau de mer, influe énormément sur la physiologie des Ascidies.
D’autre part, des éludes sur le sang des Tuniciers ont montré (pie les Ascidies
sont capables d'extraire et d’accumuler des ions, contenus dans l’eau de mer
en proportions infimes, et je pense aux célèbres exemples, anciens et modernes
du Titane, du Vanadium et du Chrome, mais aussi aux métaux plus communs :
Cuivre, Fer, Zinc.
HI. — ACTION DES IONS MÉTALLIQUES SUR LES ASCIDIES
La composition de l'eau de mer libre est extrêmement constante,
pour une région donnée. Mais il n'en est pas de même quand il s'agit d'eau
interstitielle. L’eau de mer a un très grand pouvoir de dissolution, elle peut
se charger très facilement en ions métalliques par exemple (il suffit de
placer un objet de cuivre dans un aquarium pour qu’une grande quantité
d’animaux y meurent). D’autre part, celle dissolution est augmentée dans
l’eau interstitielle par l'action très étendue des bactéries. Enfin, dans un
sédiment, même très meuble et très bien irrigué, la circulation de l’eau n'est
pas très rapide et cela est démontré facilement par les dosages d'oxvgène,
dont la teneur diminue de moitié environ dans les cinq premiers centimètres
de sédiment. L’action chimique peut s'exercer aussi de façon directe, par
les catégories de micro-organismes servant à la nutrition des Ascidies endop¬
sammiques qui, eux aussi, habitent le sable et concentrent peut-être parti¬
culièrement certains ions.
Des expériences américaines ont montré que les Ascidies sont parti¬
culièrement sensibles aux ions métalliques au cours de leur développement.
A propos de Ascidia nigra, Goodbody déclare : « They are probably acti-
vely attracted towards iron, as submerged iron structures, wich are not
painted, often hâve dense, growths of this species attached to them. Grave
and Nicoll (1940) showed that iron accélérâtes metamorphosis in A. nigra ».
En réalité Goodbody se réfère à des travaux anciens et ne considère
qu'un seul métal : le fer. Nous allons voir que d'autres métaux ont un rôle
biologique important dans l'eau de mer.
Toute une série d'études ont été effectuées dans ce sens sur plusieurs
phylums animaux. Il a été possible, grâce à des dosages de très grande
précision, de réaliser des élevages et de démontrer une action très nette
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
129
sur la croissance et la survie de divers organismes par l’adjonction d'ions
métalliques divers.
La plupart des travaux effectués jusqu’à présent sur l’influence des
ions métalliques ont concerné presque exclusivement le cuivre. Les auteurs
se sont intéressés à l'action des métaux sur les animaux marins depuis de
nombreuses années. Ce sont surtout Chow et Thompson en Amérique qui
ont rassemblé toutes les données antérieures à 1954 et contribué à la connais¬
sance de l'effet biologique du cuivre. Jusqu’à une époque tout à fait récente
(1965), Bougis a repris ces études sur les larves d’oursins, en faisant varier
les proportions de cuivre dans les eaux d’élevage des larves pluteus. 11
a pu confirmer les résultats précédents et apporter des données nouvelles.
Une mise au point générale sur l’action du cuivre a été publiée par
Bougis (1). Nous jugeons inuLile de parler de tous les travaux précédents
que l'on peut retrouver dans cet article. Nous préférons citer ici plus lon¬
guement les résultats et les conclusions actuelles, en donnant un résumé
de cet article, extrêmement important pour nous.
1° Teneur en cuivre des eaux européennes.
Eau de surface de 0,5 à 25 p g/litre.
Ces valeurs sont données pour des eaux de surface. Dès que l’on
mesure la teneur en cuivre à une plus grande profondeur, on obtient des
valeurs beaucoup plus élevées. Des mesures dans l'eau interstitielle du sable
de Roscoff à marée basse en août (Bougis) ont montré des teneurs en cuivre
beaucoup plus élevées que dans l'eau de surface.
A Plymouth si on a 8,1 p g/l en surface, à 50 mètres de profondeur
la concentration atteint 18,3 p g/l. En Atlantique nord, les mesures attei¬
gnent 30 (A g/l en profondeur.
La mer Méditerranée a été très peu étudiée en ce qui concerne le cuivre,
des dosages de Bougis à Villefranche-sur-Mer donnent une moyenne de
1 ia g/l. Il existe des variations saisonnières : à Plymouth, la teneur en
cuivre est maximale en hiver, 20 à 25 p g/l. elle diminue jusqu’à 10 p g/l
au printemps, elle esl minimale au début d'octobre avec 1,5 t* g/l.
Chow et Thompson en 1954 ont mesuré la teneur en cuivre de l'eau
située immédiatement au-dessus du sédiment : 21,5 p g/l. A cet endroit
les sédiments eux-mêmes contiennent 37 |xg au Kg de cuivre.
Ces auteurs signalent qu’au même endroit l'eau interstitielle atteint
cette fois 55 ix g/l. L'eau interstitielle contiendrait au moins deux fois plus
de cuivre que l'eau située immédiatement au-dessus du sédiment, elle même
plus riche que l'eau de surface.
2 ° État physico-chimique du cuivre dans l’eau de mer.
Il y a trois possibilités : soluble ou ionique, organique ou contenu dans
le plancton et les détritus.
3° Organismes marins contenant du cuivre.
(Bougis utilise surtout les travaux de Vinogradov.)
Chez les Tuniciers qui nous intéressent tout particulièrement, le cuivre
a été délecté et signalé par de très nombreux auteurs. Malheureusement
nous n’avons pas de données quantitatives.
(1) Bougis (P.), 1962. — Le cuivre en écologie marine. Publ. Staz. zont. Napoli,
32, suppl., (497-514).
Source : MNHN, Paris
130
FRANÇOISE MONNIOT
4° Toxicité du cuivre.
Elle est généralement reconnue puisqu'on utilise depuis très longtemps
le cuivre pour protéger les coques des bateaux contre la salissure.
Des expériences plus scientifiques ont été poursuivies sur plusieurs
sortes d’animaux.
Pour les espèces les plus sensibles, Bougis remarque que le seuil de
toxicité égale des concentrations que l’on trouve normalement dans l’eau
de mer. Le cuivre a donc un rôle imporlanl en écologie marine.
Il serait extrêmement intéressant d’étendre ces études à la faune
interstitielle.
En contradiction avec cette toxicité, il faut envisager l'existence
de complexants naturels, mais on n'a pas encore réussi à les découvrir
dans la nature. Quelques-uns agissent expérimentalement. La métamor¬
phose des larves est accélérée dans de nombreux cas (Jlydraires, Mol¬
lusques, Balanes), par une dose élevée de. cuivre dans l’eau de mer. Bougis
à Villefranche-sur-Mer a montré que l’augmentation de la teneur en cuivre
de l'eau d'élevage provoque un retard dans la croissance des larves pluteus
d’oursins. Le retard est de plus en plus sensible de 5 à 20 jig/1./
Enfin, il faut signaler des travaux parallèles poursuivis sur les Ascidies.
Bertholf et Mast ont étudié des têtards de Styela partita placés pendant
3' dans de l’eau de mer contenant 126 n g/l de Cu. Les têtards se fixent
et se métamorphosent de façon accélérée. Grave obtient les mêmes résultats
avec des doses plus élevées sur les espèces : Amaroucium constellâtum,
Ascidia nigra, Polyandrocarpa sp.
Pour les Ascidies, l’action du cuivre est nette et correspond à ce qui
se passe pour les autres phylums animaux.
Bougis conclut :
L’eau de mer étant très enrichie en cuivre au niveau des sédiments, le
rôle écologique du cuivre est extrêmement important pour la fixation
des larves chez les peuplements fixés.
5° Rôle du zinc.
Bougis a montré que le zinc agit exactement comme le cuivre, mais
la concentration nécessaire pour atteindre le même eiïet doit être quatre
fois plus grande.
On remarquera que l’eau de mer contient normalement quatre fois
plus de zinc que de cuivre.
Enfin il faut signaler que les effets du zinc et du cuivre s'ajoutent.
Le résumé que nous venons de donner sur les très importants travaux
de Bougis pourrait faire croire que, seules, les actions du Cuivre et du Zinc
sont fondamentales. Ce n’est certainement pas le cas, ni l’opinion de Bougis
lui-même. Tous les métaux sont présents dans l’eau de mer, à des concen¬
trations très diverses. Certains sont extraits électivement par un groupe
d’animaux, concentrés pour édifier un système d’oxydo-réducteurs localisés
dans le sang ou tout autre tissu (Prenant), ou participer à un mode d’excré¬
tion. Les dosages des corps simples ont été entrepris dans quelques groupes.
Mais il y a souvent des difficultés de dosage considérables, et la nécessité
de posséder de nombreux individus de la même espèce, d’autant plus nom¬
breux que la taille est plus réduite, ne facilite pas les recherches dans
ce domaine.
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
131
Nous donnerons une liste forcément incomplète mais déjà longue des
éléments minéraux isolés chez les Ascidies. Les métaux sont classés selon
leur structure, ionique, c'est-à-dire à leur place respective dans la classi¬
fication périodique des éléments.
Na, Sodium
K, Potassium
Nb, Niobium
Mo, Molybdène
Mg, Magnésium
Ca, Calcium
Ag, Argent
Al, Aluminium
Ti, Titane
Sn, Étain
Si, Silicium
V, Vanadium
Au, Or
P, Phosphore
Mn, Manganèse
Fe, Fer
Cu, Cuivre
Zn, Zinc
Hg, Mercure
Pb, Plomb
Un certain nombre parmi ces métaux ont une importance particulière
en biologie. Ce sont ce que l’on appelle les métaux de transition. Ils forment
facilement des » complexes » parce qu’ils donnent des ions positifs à couche
externe incomplète. Mais nous ne pouvons exposer ici le mode d’action
de ces corps, nous les citerons simplement : Ti, V, Mn, Fe, Cu, Zn, Mo.
Le cuivre a une importance particulière, il est le seul avec le Chrome à
n’avoir qu’un électron sur la couche la plus externe. Nous venons de citer
6 métaux de transition présents chez les Ascidies. Il en existe d’autres qui
n’ont pas encore été signalés : le Cr recherché par Levine mais il n’a pu
être décelé chez les Ascidies, le Co et le Ni. Il est important de remarquer
surtout la place privilégiée du Cuivre dans cette liste d'éléments.
La plupart des recherches sur la composition biochimique des Ascidies
sont anciennes. Cependant un auteur américain Estees P. Levine reprend
actuellement des études dans ce sens, faisant l’objet d’une thèse malheu¬
reusement non encore publiée. Une note préliminaire parue en 1961, donne
déjà quelques indications intéressantes bien que le matériel envisagé
comprenne essentiellement des Ascidies composées. Levine pense aussi
que les métaux mis en évidence jusqu'à maintenant ne sont pas les seuls
présents chez les Ascidies : elle dit à ce propos « The reports of quantifies
of manganèse in several ascidians, the discovery that individuals of Mol-
gula manhaitensis may concentrate either vanadium or niobium, and
the finding that Pyura slolonifera accumulâtes iron, suggested thaï other
related métal might also be présent in ascidians ».
De la même façon, le sang faisait seul l’objet de recherches biochimiques
pour les anciens auteurs. Levine montre que toute la couche épidermique
réagit aux mêmes tests. Elle précise que la tunique à pH très bas (1,5)
contient une forte proportion d'acide sulfurique. Cet acide fort peut per¬
mettre un grand nombre de réactions s’il se trouve sous une forme ionisée.
Une autre remarque du même auteur nous a paru intéressante : « Ti,
V, Nb, Cr, Mn, Fe ail belong to the « related metals » class and hâve a similar
number of électrons in the outermost and the next to the outermost shells ».
Il est possible que l'action biologique de ces métaux soit fonction de la
disposition superficielle de leurs électrons et que cette action soit similaire
pour des métaux différents mais de micro-structure proche.
Levine semble partager cet avis : « The Chemical similarities among
at least some of the substances listcd suggests the possibility that these
Source : MNHN, Paris
132
FRANÇOISE MONNIOT
mêlais may play more or less interchangeable physiological rôles ». 11 est
dommage que Levinf. ne fasse pas mention du Cuivre et du Zinc. Ces deux
métaux, appartiennent à une même catégorie, différente de la précédente
et leur rôle similaire a été largement démontré.
Il y aurait là un sujet d'étude très intéressant et peut-être une compa¬
raison possible entre les métaux favorables cl défavorables au métabolisme
des Ascidies.
p- n dehors des travaux précis qui incitent en évidence 1 action indis¬
cutable du Cuivre et du Zinc sur le développement de certains animaux
marins, et en particulier les Ascidies, et ceux qui démontrent la présence
de métaux divers dans les tissus des Tuniciers, des études purement chi¬
miques ont été poursuivies sur les échanges d’ions et leurs proportions
diverses entre l’eau interstitielle et l’eau qui recouvre le sable : Cai.lame
1960-1961.
Enfin des études biochimiques très importantes sont en cours depuis
plusieurs années, en ce qui concerne le Vanadium et le Molybdène. Didier
Bertrand, à l'institut Pasteur, a réussi à mesurer les proportions de ces
éléments d'ans les tissus de diverses espèces d’ascidies et a constaté l’énorme
pourcentage de Vanadium par rapport au poids sec de certains animaux.
Ces teneurs très élevées (jusqu’à 6 % du poids sec chez Ascidia) sont d’autant
plus étonnantes que l'eau de mer environnante contient des doses faibles
de cet élément. Il en est de même pour le molybdène. L’intérêt de ces métaux
provient de leur intervention dans les réactions enzymatiques. Leur plus
ou moins grande abondance dans un organe pourrait provoquer le rempla¬
cement du métal intervenant normalement dans une réaction enzymatique
par un autre, mais on ne connaît pas l'effet biologique de cette substitution
chez les Ascidies. La dominance d’un élément sur un autre provoque dans
une série de réactions enzymatiques le blocage du premier élément; son
remplacement est possible dans une certaine mesure, mais il ne peut être
total. On aboutit vite à un effet léthal. On ne sait pas encore dans quels
tissus se localise le vanadium chez les Ascidies. Harant prétendait qu’il
était contenu dans les cellules sanguines, line communication personnelle
de Monsieur D. Bertrand nous permet de dire qu’il n’en est rien. Des
recherches en cours nous permettront peut-être, grâce aux méthodes de
dosages modernes, très précises, de pouvoir donner les concentrations
existant dans chacun des principaux organes des Tuniciers.
Tous les résultats que nous venons de citer nous autorisent à penser
que dans la nature, pour une différence de concentration en ions métalliques
(fer. cuivre, zinc, etc.) même faible, entre l'eau au-dessus du sédiment
et | eau interstitielle, le développement des Ascidies peut être modifie.
Nous avons vu que l'eau interstitielle est beaucoup plus riche en ions métal¬
liques que l’eau libre. Le rôle des métaux sera d’autant plus grand si les
animaux vivent plus enfouis dans le sédiment. Les Ascidies étant des ani¬
maux filtreurs, se nourrissent d’animaux ou de végétaux qui vivent dans
leur milieu. Dans le cas des Ascidies interstitielles, la nourriture est aussi
interstitielle, donc elle-même plus chargée en ions que pour une Ascidie
d’eau libre.
Nous avons vu que les eaux littorales sont plus riches en métaux que
les eaux du large. Les sédiments grossiers sont essentiellement littoraux,
et cela ajoute encore un argument à la proportion exceptionnellement
élevée de ceux-ci en cuivre et autres métaux communs.
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
133
La toxicité du cuivre et du zinc, ou le blocage de certaines réactions
enzymatiques nous fournissent une explication extrêmement simple à
l’arrêt du développement que nous avons signalé chez les Ascidies inter¬
stitielles européennes. Nous avons cité les variations saisonnières de la teneur
de l’eau de mer en cuivre à Plymouth, la proportion minimale se situant
au début du mois d’octobre. Ce résultat n’a aucune raison de ne pas être
général sur les côtes françaises. Or, cette faible teneur en cuivre correspond
justement pour les Ascidies interstitielles à la période d’activité cellulaire
intense : croissance très rapide et reproduction. Au contraire, en hiver,
la teneur en cuivre est maximale. Cette teneur deviendrait toxique et pro¬
voquerait l'arrêt du développement des jeunes que nous avons constaté,
justement en hiver. Au printemps, la croissance reprendrait lentement
avec la diminution du taux de cuivre dans l’eau. De plus, si on imagine
que cette toxicité ne s’exerce pas de la même manière sur les différents
organes, si le seuil est dilîérent pour la brancliie, le tube digestif et les gonades,
la néoténie s’explique. Les gonades subiraient moins l’action du cuivre
et du zinc. Enfin l’action des métaux sur la fixation et la métamorphose
expliquerait très bien aussi la biologie des têtards, qui, pour les espèces
interstitielles, ne nagent pas et effectuent leur métamorphose de façon très
accélérée.
Presque tous les caractères qui faisaient l’originalité biologique des
Ascidies interstitielles se trouveraient donc expliqués de façon rationnelle.
Les convergences entre les formes des diverses familles sont moins étonnantes
puisque l’action du milieu joue un rôle essentiel.
Nous verrons ultérieurement que ce raisonnement s’applique aussi
en ce qui concerne les Ascidies des grands fonds.
Il serait très intéressant d’entreprendre des séries d'élevages pour
vérifier l'influence de ces actions chimiques.
Mais aussi séduisante que soit l’action des ions métalliques, nous ne
devons pas encore y attacher trop d'importance pour l'instant. Il est cer¬
tain qu'une action biologique s'exerce par l’intermédiaire des métaux, mais
les expérimentations ne sont pas suflisanlcs pour une allirmation caté¬
gorique. Bien que de nombreux problèmes semblent trouver une solution,
il ne faudrait pas considérer un seul facteur intervenant dans l’évolution
des Ascidies, phénomène impensable en biologie animale.
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Chapitriî IX
CONVERGENCES ENTRE LES ASCIDIES INTERSTITIELLES
ET QUELQUES ASCIDIES DES GRANDS FONDS OCÉANIQUES
Nous avons déjà parlé de la bibliographie nécessaire pour la compa¬
raison des espèces interstitielles, aux espèces décrites. Nous avons en même
temps prêté une attention particulière aux genres aberrants de la littérature.
Bien entendu nous ne parlons toujours que d'Ascidies simples.
Au cours de nos lectures successives, nous avons appris l'existence
d’animaux d'habitus parfois très semblables à ceux que nous trouvions
nous même. Nous avons été tout particulièrement frappée par les travaux
effectués par les grandes expéditions, ceux de Millar surtout, qui décrivent
les Ascidies récoltées dans les grands fonds océaniques au-dessous de 2 000
ou 3000 mètres et jusqu’à plus de 6 000 mètres de profondeur. La biologie
de ces Ascidies des grands fonds était évidemment très attirante, mais
aussi la variété de leurs adaptations morphologiques. Habituée à porter
une attention toute, particulière aux petites espèces, au cours de la lecture
de ces travaux, nous avons remarqué une division nette des Ascidies des
grands fonds en deux groupes : de grandes espèces de l’ordre du centi¬
mètre et plus, et de plus petites, de taille parfois très inférieure au centi¬
mètre. Cette distinction n’apparaît évidemment pas dans les descriptions
et les listes d’espèces publiées par les grandes expéditions. Elle n’apparaît
pas non plus dans les chapitres qui concernent leur répartition géographique
ou les conditions écologiques où elles vivent. Pour nous cependant, la diffé¬
rence entre les deux catégories de taille va prendre une toute autre signi¬
fication. La petitesse de quelques espèces (par exemple Dicarpa simplex
Millar 1955, ou Dicarpa pacifica Millar 1961, ou bien encore Cncmidocarpa
plalybrancliia Millar 1955) a tout d’abord attiré notre attention. Il n’est
pas du tout question pour nous de considérer comme interstitielles ces
espèces des grands fonds qui vivent dans la vase. Pourtant une comparaison
s’impose. La réduction de taille n’est pas seule en cause dans les ressemblances
entre les petites formes des deux milieux. Pour les formes de sable comme
pour les animaux de fines vases profondes, nous ne considérons que des
Ascidies simples. Les Ascidies composées sont rares à grande profondeur.
Millar avaiL déjà remarqué ce caractère en 1955, dans son étude de la
collection rapportée par l’expédition suédoise : « A high proportion of the
species of abyssal ascidians are simple forms and a low proportion compound.
The collection made by the Swedish Deep-sea Expédition contains no
compound ascidians, a resuit whicli confirms the view that the simple
forms arc belter adapted to abyssal conditions ».
Les Ascidies simples de très petite taille ont des habitus extrêmement
proches les uns des autres. J’ai donc repris systématiquement tous les
ouvrages se rapportant aux Ascidies des grands fonds (1). J’ai retrouvé
(1) Voir la bibliographie en fin île chapitre.
Source : MNHN, Paris
138
FRANÇOISE MONNIOT
à peu près exactement les mômes types d’organisation externe pour les
animaux des sables et pour ceux des vases (il ne s’agit ici évidemment que
des petites espèces). Par exemple, chez Dicarpa simplex nous avons un
animal de deux millimètres environ, dont les siphons sont opposés, situés
aux extrémités du corps, qui possède un long rhizoïde de 6 mm environ
Fio. 35. — Dicarpa simplex Millar 1955 : A, spécimen entier; B, individu dont la
partie droite a été enlevée; C, détail de la branchic; D, gonade. (D’après Millar 1955).
inséré au milieu de la face ventrale (fig. 35). Cette forme est tout à fait
comparable à ce que nous avons décrit dans les genres interstitiels Psam-
moslyela et Helerosligma.
Pour Dicarpa pacifica (fig. 36), Cnemidobranchia platybranchia (fig. 37, A)
Hemislyela pilosa, nous n’avons plus un fin pédoncule, mais une série de
rhizoïdes, denses ou plus ou moins espacés, en bouquets ou en couronnes
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
139
des siphons un peu plus rapprochés l’un de l’autre. Ces habitus font penser
immédiatement à nos espèces du genre Polycarpa. Le corps a une tunique
ferme, souvent couverte de débris divers, ce qui constitue une ressemblance
supplémentaire. Par contre, les siphons sont toujours nus, pour les formes
de sable, comme pour celles de vase.
Fig. 36. — Dicarpa pacifia Millar 1964 : A et B, habitus; C, rhizoïde; D, tentacules
atriaux d'un spécimen; E, tubercule vibratile; F, partie gauche de l'animal; G, détail de
la branchie; H, gonade. (D’après Millar 1964).
Chez Balhyslyeloïdes enderbyanus, une espèce beaucoup plus ancienne,
puisqu’elle a été décrite par Michaelsen en 1904, les siphons sont aussi
opposés, l’animal est couvert d’un chevelu de rhizoïdes. Cette forme
ressemble aussi bien aux petits Polycarpa de sable qu’à la Molgula hirla
décrite plus haut.
Les Phlébobranches de petite taille sont aussi représentées dans les
grands fonds : je pense particulièrement à deux espèces : Agnesia depressa
Millar 1955 (fig. 37, B) et Abyssascidia pediculata Sluiter 1904. Mais en
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. XXXV 10
Source : MNHN, Paris
140
FRANÇOISE MONNIOT
profondeur comme dans le sable, les Phlébobranches ne présentent pas
une morphologie externe beaucoup plus caractéristique pour les espèces
de petite taille libres, que pour les espèces de grande taille fixées.
En ne parlant toujours que de l’habitus, les grandes espèces de pro¬
fondeurs sont beaucoup plus variées de forme et beaucoup plus aberrantes
que les formes naines; elles possèdent, soit d’immenses prolongements les
soulevant au-dessus du fond (g. Culeolus Herdman 1881) et des siphons
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
141
rapprochés sur la face dorsale, ou encore de grandes expansions tunicales
qui bordent les siphons : disposées en ailes chez Dicopia fimbriata Sluiter
1904; étirées en lambeaux multiples chez Octacnemus bythius Moseley 1876;
lobées et épaissies le long d'une fente chez Hexacrobylus indicus Oka. Pour
Plerygascidia mirabilis Sluiter, les orifices sont couverts d'une sorte de
cupule membraneuse, formant casque.
Au contraire, pour les petites espèces la forme est toujours ramassée,
arrondie, et sans expansions autres que les rhizoïdes. Les siphons, en parti¬
culier, sont toujours simples et assez courts.
Voyons maintenant comment se présente l’organisation interne des
formes naines des grands fonds. Certaines convergences nous ont, là encore,
laissée un peu étonnée, et cela d’autant plus que les caractères les plus proches
les uns des autres pour les animaux des deux milieux sont justement ceux
auxquels on avait attribué le plus d’importance dans le chapitre systématique
des Ascidies endopsammiques littorales. Voyons quelques exemples : les
siphons dans les petites espèces de vase sont écartés, et toute la morphologie
interne s’en trouve modifiée. C’est surtout le tube digestif qui est concerné
en premier lieu. L’estomac se trouve placé dans la partie tout à fait posté¬
rieure de la branchie, on pourrait presque dire : sous la branchie. Au lieu
d’avoir la forme d’un S, la plus commune chez les Ascidies, il a souvent la
forme d’une simple boucle disposée de telle sorte que la partie terminale de
l'intestin, le rectum, atteint directement le siphon cloacal. De toutes façons,
la boucle intestinale est très basse ( Dicarpa simplex, Dicarpa pacifica,
Cnemidocarpa plalybranchia, Cnemidocarpa bathyphila, Balhystyeloïdes
enderbyanus, Hemislyela pilosa, etc.).
L’estomac reste simple, typique de la famille à laquelle appartient
l’Ascidie. Il faut signaler ici que presque toutes les petites Stolidobranches
des fonds océaniques appartiennent à la famille des Slyelidae. Or, dans cette
famille, le tube digestif est très peu susceptible de variations. Il existe
cependant une exception pour Hemislyela pilosa Millar 1955, qui possède sur
l’estomac des sortes de papilles rappelant un peu celles des Pyuridae. Cette
espèce est d’ailleurs considérée par Millar comme pouvant être un inter¬
médiaire entre les Styelidae et les Pyuridae. En dehors des papilles dont nous
venons de parler elle possède un raphé en languettes, une gonade de chaque
côté, mais la gonade gauche placée sur l’estomac n’a aucune trace d’endo¬
carpes. Cette espèce est de toutes façons très primitive.
Il est dommage que les auteurs qui ont décrit les Ascidies de profondeur
n’aient jamais parlé des tissus conjonctifs. Il serait très intéressant de savoir
s’ils sont aussi bien représentés que chez les Ascidies interstitielles. Le rôle
de ces tissus n’est certainement par le rôle habituel d’emballage qu’on leur
attribue puisqu’il occupe un volume important dans des individus extrê¬
mement petits, déjà très comprimés dans leur tunique (1).
Chez les Ascidies des grands fonds la branchie devient soit très simplifiée,
soit aberrante. On constate, soit une réduction du nombre de plis branchiaux
[Polycarpa albalrossi (Van Name) 1912], soit leur suppression complète
fCnemidocarpa plalybranchia, g. Dicarpa). Les stigmates eux-mêmes sont
simples ou transverses (g. Balhystyeloïdes).
(1) Pour les Ascidies des grands fonds provenant de l’expédition américaine :
■ ATLANTIS II . que nous venons de recevoir, ['importance du tissu conjonctif confirme
notre hypothèse.
Source : MNHN, Paris
142
FRANÇOISE MONNIOT
Très souvent, il y a aussi une simplification chez les Phlébobranches,
par exemple des stigmates spiralés de quelques tours seulement chez Agnesia
depressa Millar 1955, des papilles en languettes régulières chez Abyssascidia
pediculata.
Il y a des simplifications plus étonnantes encore; par exemple chez
Cnemidocarpa bylhia (Herdman) 1882, le raplié est resté à l’état de languettes
isolées. Nous avons vu que ces languettes représentent le stade jeune et
primitif du raphé au cours du développement du genre Heterostigma. Il en
est peut-être de même chez les Styelidae, mais nous n’avons pas réussi
à le démontrer.
Les organes sexuels sont aussi atteints par cette simplification géné¬
rale : la plupart du temps il n'y a plus qu’une gonade de chaque côté (g.
Dicarpa, Cnemidocarpa platybranchia, C. bylhia, C. bathyphila, Hemistyela
pilosa, Balhystyeloïdes enderbyanus) ou un nombre réduit de polycarpes
(3 à droite et 2 à gauche chez Polycarpa albatrossî).
En conclusion, la simplification générale des organes est commune
aux espèces vivant dans le sable littoral et aux espèces situées au niveau
de la vase des grands fonds, jusque dans les caractères les plus variables,
les tentacules par exemple, très peu nombreux dans les deux cas, tubercule
vibratile en bouton arrondi, les endocarpes très peu développés.
A un premier degré nous avions attribué les ressemblances des espèces
psammiques entre elles, de familles pourtant différentes, à une adaptation,
dans une direction donnée, à un milieu très caractérisé et très constant.
Ce milieu est si bien défini et si isolé parmi les autres sédiments qu’il nous
semblait pouvoir abriter seulement les espèces capables de s'adapter dans
un seul sens, quelle que soit leur position systématique. Pour les Stoli-
do branches on considère alors les modifications suivantes ; allongement
du corps, croissance de rhizoïdes, simplifications internes et néoténie,
condensation du développement. Pour les Phlébobranches, la fixation
s’effectue non plus sur un support unique par toute une face du corps mais
par de multiples points, fixation faible, adaptée à un milieu très fragmenté.
L’organisation interne est aussi juvénile, mais la présence d’un début d’incu¬
bation est certaine. Tout se résume pour ces deux ordres et dans le milieu
interstitiel, à une néoténie, comme nous l’avons déjà vu dans un chapitre
antérieur.
Observons maintenant ce qui se passe dans les vases des grands fonds,
extrêmement fines et toutes en eau peu renouvelée. Cette fois les animaux
ne vivent certainement pas dans le sédiment, mais à sa surface (une sorte
de preuve nous en est donnée puisque personne n’a jamais signalé la pré¬
sence de vase dans le tube digestif ou la branchie). Pourtant on constate
pour les petites formes, le même écartement des siphons, le même déve¬
loppement de rhizoïdes, la simplification de l’anatomie interne. Ici aussi
la branchie paraît juvénile ou aberrante.
Ces animaux, géographiquement très éloignés présentent des conver¬
gences remarquables, bien qu’ils peuplent des milieux meubles il est vrai,
mais très différents. Les adaptations réalisées dans le même sens, ont la
même « efficacité ». C’est à dessein que j'emploie ce dernier terme. Nous
avons déjà discuté des avantages que représentent les dispositions ana¬
tomiques des Ascidies interstitielles pour le mode de vie endopsammique.
Voyons si cette morphologie similaire des Ascidies des grands fonds pos¬
sède le même intérêt ou s’il s’agit d’une phylogénie commune, ou tout
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
143
simplement d'un hasard. Malheureusement, ce genre de discussion devient
très difficile si l’on pense que les deux groupes ont été extrêmement peu étudiés.
Les Ascidies interstitielles sont de découverte très récente et elles n’ont
été récoltées jusqu’à présent qu’en Europe. Pour les Ascidies des grands
fonds, leur répartition est actuellement plus étendue, mais elles n’ont été
rapportées que par les grandes expéditions, dont le nombre est réduit.
Ces expéditions suivaient un parcours défini et leurs prélèvements sont
sporadiques par rapport à la surface de sédiment habitable. Il est d’ailleurs
remarquable de constater que dans chaque compte rendu publié, le pour¬
centage d’espèces nouvelles est très élevé par rapport au nombre d’espèces
déterminées.
Des études physicochimiques poussées des conditions de vie dans les
grands fonds sont actuellement en cours. Il a déjà été démontré que les
interactions ioniques avaient une importance considérable à grande pro¬
fondeur, dans la zone de dépôt des micro-organismes, radiolaires, globi-
gérines, etc... Cette zone est le siège d’une activité chimique intense. Les
articles de vulgarisation sur ce sujet se sont eux-mêmes multipliés; ils ont
cité le phénomène curieux des accumulations de nodules de manganèse
formés par attractions ioniques, qui avaient été récoltés par l’expédition
de H.M.S. Challenger. Or nous savons que les Ascidies contiennent du man¬
ganèse.
Ces connaissances modernes sur les activités biochimiques intenses
du fond des mers nous confirment dans l’idée qu’une influence des ions
libres doit agir tout particulièrement sur le développement des Ascidies.
C’est ici qu’intervient l’importance de la séparation arbitraire que nous
admettons entre les espèces de petite taille et les grandes espèces pour les
Ascidies profondes. Les Ascidies naines incapables de se soulever au-dessus
du sédiment subiraient une action chimique importante, due à la division
du sédiment et à sa composition très particulière (action qui peut s’exercer
soit directement, soit par l'ingestion de micro-organismes ayant absorbé
des ions). Elles seraient alors freinées dans leur développement et leur évo¬
lution, au même titre que les Ascidies endopsammiques comme nous l’avons
supposé dans le chapitre précédent. Au contraire, les Ascidies de grande
taille, sur des vases aussi profondes mais soulevées sur de longs pédoncules
ou tout simplement des animaux qui ont des siphons sur leur face supé¬
rieure, protégés par des lobes ou des systèmes filtrants, écartés du sédiment
par l’épaisseur importante de leur corps, subiraient l’action directe des
vases avec un effet amoindri. Les formes aberrantes que l’on rencontre
chez ces espèces témoignent d’une évolution cette fois très poussée. La
concentration des ions à quelques centimètres au-dessus du sédiment plus
faible qu’à sa surface favoriserait alors le développement et la croissance
des grandes Ascidies.
Le phénomène est très bien connu, dans le règne animal comme dans
le règne végétal : un agent chimique favorable à une faible concentration
peut devenir très nocif à une concentration légèrement supérieure. On peut
appliquer ce principe aux Ascidies des grands fonds. Parmi les auteurs
qui ont étudié ces animaux si particuliers, aucun n’a tenté d’interpréter
l’étrangeté des formes ni la diversité morphologique. Nous n’avons jamais
trouvé de références à ce sujet. Il est techniquement très difficile de prélever
de l’eau à la surface même du sédiment et à une dizaine de centimètres
au-dessus à de pareilles profondeurs pour effectuer des dosages très précis.
Source : MNHN, Paris
144
FRANÇOISE MONNIOT
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Source : MNHN, Paris
Chapitre X
PLACE DES ASCIDIES INTERSTITIELLES
DANS L'ÉVOLUTION GÉNÉRALE DES ASCIDIACEA
Toutes les fois que nous avons dû préciser des détails d’anatomie,
de développement, d’embryologie, ou de mode de vie, nous avons été tentée
de parler d'animaux évolués dans un chapitre, regressés dans l’autre.
Maintenant que nos connaissances sur le groupe des Ascidies interstitielles
ont été exposées, il nous semble nécessaire de faire le point sur un pro¬
blème qui s’avère toujours délicat, et qui n'aboutit pas forcément à une
solution définitive : celui de l’évolution.
Envisageons en premier lieu les caractères anatomiques, les plus
faciles à étudier :
1) L’animal est symétrique chez les Slyelidae (sauf pour le tube
digestif qui l’est au départ, puis passe sur la face gauche), les gonades,
la branchie, les endocarpes sout semblables des deux côtés. Chez les Pyuridae,
la symétrie est altérée par la présence d’une seule gonade à droite, ainsi
qu’une cavité incubalrice. Elle est plus nette chez Molgula hirla. Les Phlé¬
bobranches sont asymétriques, caractère normal pour les familles aux¬
quelles elles appartiennent.
Donc il faut abandonner la symétrie comme caractère primitif, puisque
l’on trouve les deux cas opposés.
2) Par contre, la simplification du tube digestif est plus constante
mais là, nous devons séparer Stolidobranches et Phlébobranches. Chez
les Stolidobranches, il n'y a ni complication de courbures, ni ornementa¬
tions, ni variations de diamètre... Les plis et le cæcum pylorique des Slyelidae
représentent la forme la plus simple pour la famille, le foie des Pyuridae
constitué de papilles isolées régulièrement réparties est un organe simple
aussi, et la Molgulidae possède une boucle intestinale banale. Chez les
Phlébobranches, au contraire, aussi bien pour Dexlrogasler que pour Psam-
mascidia l’intestin est différencié en plusieurs parties. Or, cette compli¬
cation ne représente pas la structure commune des deux familles Ascidiidae
et Corcllidae. Nous avons à faire dans ce cas à deux facteurs importants :
une convergence remarquable entre les deux genres d'Ascidies interstitielles,
et une différenciation qui pourrait marquer un passage, ou un reste évolutif
entre les Phlébobranches et une famille tout à fait différente et stoloniale,
les Perophoridae.
Pour le tube digestif, il nous faut donc conclure à une structure pri¬
mitive chez les Stolidobranches, et à un état soit évolué, soit régressé chez
les Phlébobranches, mais nous pensons plutôt à un caractère évolué.
3) Les gonades des genres d'Ascidies mësopsammiques ne sont pas
toutes caractéristiques de la famille à laquelle elles appartiennent. Les
Styelidae à polycarpes arrondis hermaphrodites, sont banales à ce point
de vue ainsi que la Molgule. Mais il en est tout autrement chez les Pyuridae.
Source : MNHN, Paris
FRANÇOISE MOKNIOT
146
Les gonades, dans cette famille, sont le plus souvent symétriques, la gonade
gauche prenant place sur le tube digestif. Ici la gonade gauche a disparu.
Mais la gonade droite au lieu de s'étaler et de s’appliquer sur le manteau,
est rassemblée en une seule masse, bien isolée, étroitement appliquée à la
branchie. Sa forme est très nettement définie dans chaque espèce et les
conduits génitaux sont différenciés. Donc, dès maintenant, ces caractères
permettent de dire que cette gonade est évoluée.
Chez les Phlébobranches il en est de même. La gonade est normalement
diffuse sur la boucle intestinale. Or, celle de Psammascidia est divisée en
lobes $ dans sa portion périphérique, réunis en une masse compacte au
niveau de l’oviducte, tandis que les éléments restent en contact avec
l’estomac et l’ovaire, sans s’y mêler. Il y a dans cette disposition une dif¬
férenciation nette par rapport aux autres genres de la famille. De même
chez Dextroaasler la gonade bien isolée à éléments (J et $ accolés mais
séparés, l’oviducte dilaté en une cavité de maturation des œufs, montre
une évolution par rapport au type moyen des Corellidae.
i) Enfin la branchie, point essentiel de la discussion, peut être inter¬
prétée dans un sens comme dans l’autre. Sans prendre position, on peut
dire que dans tous les cas elle représente un stade jeune pour les spécimens
de chaque famille, et cela pour les Stolidobranches comme pour les Phlé¬
bobranches. Aucune complication, aucune ornementation ne vient s’ajouter
sur cette branchie. Nous avons vu précédemment que cette structure de
larve était due probablement à une néoténie, due à l’intervention de fac¬
teurs physicochimiques du milieu.
Cette hypothèse d’individus jeunes, néoténiques parce qu’ils ont subi
un arrêt de développement, est séduisante : elle correspond très bien aux
dispositions morphologiques que l’on rencontre. Malheureusement, il est
difficile de l’accorder avec les notions que l’on a sur l’évolution. D’après
ce que nous venons de dire de la branchie, il faudrait considérer les Ascidies
interstitielles comme des animaux extrêmement primitifs, situés à la base
de chaque famille. Leur habitat commun, mais géographiquement très
morcelé, très spécialisé, les isolerait par groupes dans une sorte d’endémisme
(voir chapitre sur le milieu). En un sens, chaque genre d’Ascidie inters¬
titielle serait proche d’un « archétype ».
Malheureusement, cette théorie très satisfaisante par sa simplicité
se heurte à quelques critiques que l’on ne peut manquer de faire : comment
considérer que cette néoténie est elle-même primitive ? Elle a toujours
été admise comme un signe d’évolution dans tous les groupes animaux
et elle ne peut être mise en doute pour les Ascidies interstitielles. Il y a
là une contradiction importante.
Il deviendrait alors beaucoup plus simple et plus commode de dire
que les caractères que nous avons considérés comme primitifs sont en
réalité régressés. Mais il ne reste aucun signe d’une évolution antérieure
de la branchie. Chez les animaux considérés comme évolués de nombreux
stades du développement branchial sont condensés au départ. Au contraire,
pour les Ascidies interstitielles, ils semblent développés. L’explication
chimique, d’une action très active sur la vitesse de développement même
si elle agit sur la branchie tout particulièrement, ne nous paraît pas tout
à fait suffisante pour élucider le problème. Il faut penser que pour les autres
organes, et en particulier pour les gonades il n’y a pas de structures primi¬
tives, mais bien au contraire des formations particulièrement évoluées.
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
147
beaucoup plus différenciées que dans la plupart des Ascidies fixées. Nous
allons voir maintenant que cette évolution poussée du système reproduc¬
teur n’est pas simplement une forme et une disposition des gonades, mais
qu'elle concerne tout le développement.
•5) Les Slyelidae et les Pyuridae sont incubatrices. Chez les premières
les têtards sont fixés isolément dans des logettes creusées dans la paroi
branchiale elle-même. Cela n’existe nulle, part ailleurs. C’est une structure
particulièrement bien adaptée, donc évoluée, puisque les œufs et les têtards
se trouvent dans la position la plus favorable pour une bonne oxygénation
Chez les Heterostigma, il existe une cavité incubatrice différenciée, limitée
par un tissu parfaitement isolé, ce qui n’existe dans aucune autre Pyuridae
sauf dans le g. Cratosligma très proche et qui vit aussi dans le sable, sans
être interstitiel. Cette cavité incubatrice bien isolée constitue un véritable
organe; il n’est vraiment pas possible de le considérer autrement que comme
très évolué.
D’autre part, les larves après leur période d’incubation, dans les deux
familles, ont perdu la faculté de nager. Au lieu d’être pélagiques ce qui
représente le cas normal, elles sont benthiques. Là encore il faut se rendre
à l’évidence d’une évolution non négligeable. C’est d’ailleurs l’opinion de
Delamare Deboutteville (1960, p. 130).
D’autres facteurs plaident en faveur d’animaux évolués, par exemple
le gonochorisme de H. yonochorica. Mais une discussion est possible à ce
sujet, le cas reste exceptionnel. Des détails pourraient plus sûrement jouer
un rôle : nous pensons par exemple aux tentacules des Pyuridae. Ils sont
simples chez les Ascidies interstitielles et composés dans le cas général.
Est-ce en faveur d’un animal primitif ou régressé ? Chez H. gonochorica,
pour quelques exemplaires, les tentacules sont bifides. Il y a donc bien
eu évolution ou régression puisqu'il existe au moins un intermédiaire. Là
encore on pourrait invoquer la néoténie : les jeunes Pyuridae ont des tenta¬
cules simples.
Toute cette discussion à propos de la morphologie peut se résumer
en deux éléments principaux et opposés : la structure primitive incontes¬
table de la branchie, et la marque d’évolution avancée du système repro¬
ducteur.
Si la morphologie ne peut nous dire si les Ascidies interstitielles sont
vraiment évoluées ou très primitives, l’écologie de ces animaux apportera
peut-être quelques précisions par de nouveaux éléments de discussion.
Les Tuniciers sont fort anciens, bien qu’on ne les connaisse malheu¬
reusement pas à l’état fossile. Il serait pourtant très intéressant de savoir
si les toutes premières Ascidies qui ont existé vivaient fixées sur les rochers,
ou libres dans les sédiments meubles. Il est d'ailleurs possible que les deux
cas aient été simultanés ou presque. Cependant, il y a une raison au moins
qui nous incite à penser que les premières Ascidies étaient fixées : toutes
les larves, qu’elles appartiennent aux ascidies simples de n’importe quelle
famille, ou aux Ascidies composées, possèdent des organes de fixation
qui entrent en action à la métamorphose. Quelle que soit la forme sous
laquelle l’embryon se présente, têtards planctoniques ou larves anoures de
certaines Molgules, ou encore têtards benthiques des Ascidies interstitielles,
la métamorphose s’efTectue quand l'animal se fixe, qu’il se libère ou non
par la suite. Donc le stade fixé est tout à fait fondamental et ne souffre
aucune exception chez les Ascidies
Source : MNHN, Paris
148
FRANÇOISE MONNIOT
Si on imagine alors, à l’origine, une vie fixée des Ascidies, les formes
libres en dériveraient, probablement de façon précoce, mais certainement
à plusieurs époques successives, les divisions systématiques étant déjà
constituées.
On pourrait admettre, mais nous rentrons ici dans le domaine des
hypothèses, que les Ascidies interstitielles se seraient isolées séparément
de chaque groupe systématique, au niveau de la famille. Elles auraient
colonisé les milieux meubles grossiers et s’y seraient adaptées. Primitives
au départ elles auraient évolué dans le sens de la famille mais inégalement
pour tous leurs organes. Les conditions difficiles du milieu auraient provoqué
à la fois leur néoténie, et une évolution indispensable du système reproduc¬
teur et musculaire. Les difficultés de survie les confinent obligatoirement
dans des stations de faible extension et très éloignées les unes des autres.
Cette survie en micro-milieux d’animaux d’origine ancienne et très iné¬
galement répartis, fait penser aux « fossiles vivants ». L’interprétation est
séduisante mais se heurte encore à de nouvelles critiques. Si l’hypothèse
des fossiles vivants est admise, comment se fait-il que la faune d’Ascidies
interstitielles soit si diversifiée, et qu’il existe un exemplaire au moins,
adapté à la vie dans le sable dans chacune des familles d’Ascidies simples ?
En conclusion nous admettrons provisoirement que les Ascidies inters¬
titielles proviennent des différentes familles d’Ascidies simples dès la cons¬
titution de leurs souches, qu’elles ont subsisté avec des caractères pri¬
mitifs tout en subissant une évolution propre et une série de régressions
quant à la taille par exemple, la simplification ou à l’arrêt de la croissance
de la branchie. Elles auraient acquis indépendamment, mais d’une façon
convergente, la possibilité de se déplacer, d’incuber leurs embryons, et
de se mettre en état de vie latente pendant une grande période de l’année.
Source : MNHN, Paris
CONCLUSIONS
A la fin de cette étude morphologique, embryologique et écologique
des Ascidies interstitielles découvertes par nous voici cinq ans (avec adjonc¬
tion de quelques espèces nouvelles), il nous est possible de brosser un tableau
des points essentiels qui contribuent à donner à ce groupe un caractère
hautement original parmi les Tuniciers.
Diversité, adaptations et homogénéité profonde des Ascidies interstitielles.
Nous avons déjà signalé la diversité des genres d'Ascidies endopsam-
miques. Ils appartiennent à toutes les grandes familles d’Ascidies simples.
Cette diversité dans la position systématique s’oppose à une convergence
poussée de la morphologie.
Les Ascidies interstitielles forment deux groupes dont chacun possède
un habitus commun. Cette division correspond d’une part, à des animaux
à tunique épaisse et résistante, adhérente au manteau, dont le corps arrondi
est muni de siphons opposés ou très éloignés l’un de l’autre, extrêmement
contractiles. L'animal est libre, même si des rhizoïdes fixent quelques
grains de sable : il peut se déplacer par rapport au sédiment environnant.
A ce premier groupe appartiennent les Styelidae, les Pyuridae et les Mol-
gulidae.
Un deuxième groupe est constitué d’Ascidies sans forme externe bien
définie, à tunique molle et très transparente, reliée au manteau seulement
au niveau des siphons. Immobiles, sans rigidité, ces animaux enrobent
partiellement dans leur tunique les particules minérales environnantes;
les rhizoïdes n’existent pas. Leurs seuls mouvements consistent en une
rétraction du corps à l’intérieur de la tunique qui ne change ni de forme,
ni de place. Dans ce groupe nous trouvons les Ascidiidae et les Corellidae.
Ces deux types d'Ascidies interstitielles, d’allures très différentes
correspondent à la grande coupure des Ascidies simples en deux ordres :
les Stolidobranchiala pour les premières, les Phlebobranchiata pour les
secondes.
Malgré la présence de deux aspects morphologiques, l’unité des Asci¬
dies interstitielles est profonde et leurs adaptations à la vie dans les inters¬
tices conduisent à des convergences remarquables. Reprenons rapidement
les modifications réalisées chez ces animaux par rapport à ceux des eaux
libres :
— La taille est réduite, à un tel point que les organes sont souvent
comprimés et déformés chez les adultes en dépit de leur simplification.
— La morphologie propre à chaque famille est abandonnée pour
réaliser l’un des deux types dont nous venons de parler. Les convergences
très poussées des habitus correspondent à des convergences dans l’orga¬
nisation interne : disposition du tube digestif, du réseau musculaire, des
tentacules, etc.
— Le moulage du corps sur la forme d'un interstice est réalisé grâce
à une tunique molle ou déformable parce qu’elle suit la musculature.
Source : MNHN, Paris
150
FRANÇOISE MON MOT
— Le développement condensé et le petit nombre des jeunes
existent dans les deux groupes d'Ascidies interstitielles.
— L’incubation est générale.
— La néoténie constante est indubitable quelle que soit l’espèce
considérée.
— Les exigences écologiques sont identiques (granulométrie, pro¬
preté du sédiment, mobilité et courants d’eau, richesse en micro-organis¬
mes). Les stations de récolte, dans chaque région abritent plusieurs espèces.
Nous pouvons donc affirmer que toutes les espèces décrites au cours
de ce travail sont réellement interstitielles et qu'elles ont réalisé des adap¬
tations de même ordre pour coloniser le sable, mais en choisissant deux
formes de résistance au lessivage du sédiment : soit le développement de
la musculature et des rhizoïdes, soit leur prolifération tunicale assurant
une lixation permanente. Ces différences, qui correspondent à des structures
typiques des deux ordres Stolidobranches et Phlébobranches n'ont que peu
d'importance. Chez les grandes Ascidies d’eau libre, il existe d’ailleurs des
intermédiaires.
L'unité des Ascidies interstitielles s’oppose à la diversité des adap¬
tations que l’on rencontre chez les autres Tuniciers. Les principales oppo¬
sitions entre les animaux endopsammiques et les Ascidies qui étaient connues
précédemment concernent essentiellement la néoténie, l’incubation, l’absence
de larves planctoniques.
D’autre part fa vie dans les interstices, pour le groupe d’animaux
filtreurs le plus efficace représente un véritable tour de force.
Rôle des Ascidies interstitielles dans la compréhension des Ascidies en général.
— La branchie.
Toutes les études du développement branchial des Pyuridae et des
Styelidae ont été fondées jusqu’à présent sur l’embryogenèse et la croissance
de grandes espèces évoluées. La branchie des Ascidies interstitielles s’édifie
lentement et se stabilise à un stade encore très primitif. Chez les grandes
espèces, au contraire, les premiers stades sont escamotés ou se succèdent
très rapidement par condensation du développement. L’étude des Ascidies
interstitielles a permis d’observer la branchie depuis son origine en suivant
tous les stades successifs de son évolution, ce qui n’avait jamais pu être
réalisé.
La succession des stades jeunes a permis de mettre en évidence la
différence fondamentale qui justifie au tout premier chef la séparation des
deux familles Styelidae et Pyuridae. Les adultes sont pourtant assez proches
les uns des autres, mais cette ressemblance entre les branchies des espèces
communes n’est que superficielle et secondaire : une Pyura ou une Slyela
possèdent des sinus longitudinaux groupés en plis au-dessus d’une lame
fondamentale percée de stigmates droits. Voyons maintenant comment
s’explique cette structure finale.
Les Pyuridae interstitielles montrent l’ouverture successive de pro¬
tostigmates selon un gradient antéro-postérieur, puis la spiralisation qui
résulte de la coupure des premières perforations en six tronçons qui pro¬
lifèrent. Chaque spirale, puis chaque infundibula se situe sous un sinus
longitudinal principal. Cette spirale formée d'un seul stigmate se découpe
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES
151
régulièrement ou non, de plus en plus fréquemment dans les espèces les
moins primitives. On arrive ainsi à des infundibula dont le centre comprend
toujours une spirale, mais dont la périphérie n’est plus constituée que de
tronçons qui s’étendent entre les sinus longitudinaux et prennent l’allure
de stigmates droits. Par la suite, chez les grandes espèces adultes, la spirale
centrale arrive à disparaître complètement. Cependant, chez les jeunes des
genres les plus évolués, on retrouve des spirales au sommet des plis branchiaux
constitués de sinus longitudinaux secondaires venus s’ajouter au premier
sinus fondamental.
Chez les Slyelidae, au contraire, les protostigmates transversaux apparus
comme chez les Pyuridae, se découpent simultanément en de très nombreux
points. Chaque stigmate ainsi formé ne se spiralise pas, mais s’allonge dans
le sens antéro-postérieur. La multiplication des stigmates s’effectue par
cloisonnements transverses successifs, et allongement antéro-postérieur de
chaque orifice. Les sinus longitudinaux se multiplient pour constituer des
plis. Les stigmates des Slyelidae sont donc fondamentalement droits.
La coupure systématique entre Slyelidae et Pyuridae se trouve renforcée
par l'étude des Ascidies interstitielles, mais ces dernières ont surtout servi
à démontrer (1) l’unité profonde de la famille des Pyuridae qui n’avait
jamais été entrevue.
Pour les autres familles, les Ascidies interstitielles apportent moins
de renseignements. Elles rendent seulement compte, à l’état adulte, de la
structure des jeunes de la même famille vivant en eau libre. Les très jeunes
Phlébobranches interstitielles n’ayant pu être trouvées jusqu’à présent,
aucune autre précision ne peut être donnée actuellement.
— Appareil reproducteur.
Si les Ascidies interstitielles montrent une structure branchiale extrê¬
mement primitive, il en va tout autrement pour le développement.
Les Slyelidae sont généralement ovipares. Dans le milieu psammique
nous assistons au contraire à une incubation très particulière. Les œufs
restent d’abord au voisinage de l’ovaire après la fécondation, puis au cours
du développement, les têtards se rapprochent de la branchie et y creusent
des sortes de logettes. Ils subsistent là jusqu’au début de leur métamorphose.
Ce mode d’incubation n’a jamais été décrit.
Les Pyuridae interstitielles réalisent, elles aussi, un nouveau mode
d’incubation. Après la ponte, les œufs sont accumulés dans une véritable
cavité incubatrice, qui possède une paroi propre. Cette cavité existe chez un
schI autre genre de Pyuridae : Cralosligma, mais il s’agit d’animaux enfouis
dans le sable, très proches du genre Ilelcrosligma et dont les jeunes sont très
certainement interstitiels. Nous assistons donc ici à la formation d’un
nouvel organe.
Les deux exemples que nous venons de donner témoignent d’une évo¬
lution très avancée. A un degré moindre un phénomène parallèle s'ébauche
chez les Ascidiidae et les Corellidae interstitielles, qui incubent leurs œufs
pendant un certain temps dans l’oviducte dilaté.
En dehors des particularités d’incubation des œufs et de dévelop¬
pement condensé, rappelons ici le cas tout à fait aberrant de Helerostigma
(1) Monniot (C.), 1965. — Étude systématique et évolutive de la famille des
Pyuridae. Mém. Mus. Nul. tJisl. Nat., Paris, (Sous presse).
Source : MNHN, Paris
152
FRANÇOISE MONNIOT
gonochorica, dont les individus sont mâles ou femelles. L’existence d’une espèce
à sexes séparés est unique chez les Tuniciers. Le gonochorisme avait été
supposé chez quelques Polycitoridae (Ascidies composées). Mais les études
récentes démentent ces résultats. Notre nouvelle espèce, Helerostigma
gonochorica, est donc la seule Ascidie qui ne soit pas hermaphrodite.
Importance des Ascidies interstitielles au point de vue évolutif.
Les Ascidies endopsammiques présentent à la fois des caractères très
primitifs (la structure branchiale par exemple) et des caractères très évolués
dans leur mode de reproduction.
A notre avis, on peut considérer qu’il s’agit bien d’espèces primitives,
mais ces espèces, dilïérenciées très tôt, auraient acquis séparément des
caractères adaptatifs évolués, nécessaires à leur survie dans le milieu inters¬
titiel. Ces adaptations ont d’ailleurs eu lieu dans le même sens que celles
réalisées par tous les autres groupes interstitiels.
Il est curieux de remarquer que nos petites Ascidies appartiennent
sans doute possible, à des familles déjà existantes. Il semble qu’elles se soient
isolées dans ces familles au moment où celles-ci étaient déjà très nettement
séparées les unes des autres. Tous les auteurs sont d’accord pour admettre
une différenciation très ancienne des Tuniciers. Les Ascidies psammiques
auraient donc eu tout le temps nécessaire pour s’adapter.
11 est fort probable que cette adaptation n’a pas eu lieu dans tous les
sédiments meubles, mais seulement dans un type de sable très particulier
en raison de la différenciation déjà poussée de ces Ascidies au moment dé
la conquête du milieu meuble.
Nous avons la chance dans la famille des Styelidae de voir plusieurs
intermédiaires dans l’adaptation à la vie psammique, avec des espèces qui
vivent en profondeur dans le sable et y effectuent tout leur cycle, tandis que
d’autres se rapprochent progressivement de la vie en eau libre. En partant
de la surface du sable vers la profondeur nous trouvons tout d’abord de nom¬
breuses espèces libres, posées sur le sédiment plus ou moins fin. Ensuite
nous rencontrons le genre Cnemidocarpa dont les individus adultes, plus
gros, possèdent une partie de leur corps dans le sable, l’autre hors du sable-
malheureusement, nous ne connaissons par les stades jeunes de ces formes'
Un peu plus profondément se situent des espèces du genre Polgcarpâ
( P. penlarhiza, P. arnbackae,) dont les jeunes ont la situation et la morpho¬
logie des Psammostyela tandis que les adultes se rapprochent de l’eau libre.
En dernier lieu, nous trouvons le genre Psammostyela qui effectue la totalité
de son cycle en profondeur dans le sédiment.
La série hypothétique que nous venons d’envisager n’a pas la prétention
de représenter l’évolution de la famille des Styelidae dans les milieux meubles
On pourrait imaginer également la même série, mais en sens inverse.
Il est plus raisonnable de penser qu’il existe des intermédiaires entre
les espèces franchement interstitielles et des espèces qui vivraient plus en
surface du sable à l’état adulte. Mais cette hypothèse ne pourrait être vérifiée
que sur des fonds accessibles en plongée. Il faudrait observer sur place s’il
y a des jeunes dans les couches inférieures de sable et des individus de taille
et de maturité croissante en remontant vers la surface du sédiment. Ce
travail est assez difficile à entreprendre puisqu’il faudrait trouver une espèce
en assez grande abondance, et facilement repérable dans le sable.
Source : MNHN, Paris
ASCIDIES INTERSTITIELLES 153
Emploi possible des Ascidies interstitielles par les différentes disciplines de
la biologie.
Les recherches d’embryogenèse semblent particulièrement indiquées sur
ce type de matériel : l’incubation des têtards jusqu'à leur métamorphose,
réunis dans une poche incubatrice ou isolés au contact de la branchie,
permet d’obtenir tous les stades sans dispersion des animaux. Les artefacts
dus aux élevages sont supprimés puisque l’adulte peut être fixé dès sa récolte.
Les têtards ne subissent pas les conséquences d'un séjour en milieu artificiel.
Les conditions strictes de l'habitat permettent de reproduire un milieu
voisin du milieu naturel et favorisent ainsi les expériences de biochimie.
Toutes sortes d'influences peuvent être envisagées sur les jeunes comme sur
les adultes. Les physiologistes qui se sont intéressés à un type d’organe :
tunique, foie, organes excréteurs, gonades, système nerveux, peuvent tenter
des analyses histochimiques après expérimentations, facilitées par le nombre
réduit des cellules chez les Ascidies interstitielles.
Des études sur la détermination du sexe ou l’existence d’hormones
sexuelles seraient à entreprendre parallèlement sur les individus herma¬
phrodites et l’espèce gonochorique.
Un sujet beaucoup plus moderne a été envisagé et nous allons en
entreprendre maintenant l’étude. Il s’agit de la « sex-chromatine ». Cette
substance encore mal connue existe dans tous les noyaux des cellules de
mammifères et se présente différemment selon le sexe. Chaque tissu,
quel qu'il soit, est orienté chez les vertébrés dans une voie mâle ou femelle.
Les Ascidies, à la base des chordés, possèdent peut-être des substances
nucléaires similaires. Il serait particulièrement intéressant de les rechercher
dans divers organes, à la fois dans les espèces hermaphrodites et les espèces
gonochoriques. Cette étude sera entreprise en collaboration avec des médecins.
Enfin, nous avons parlé longuement de l’aclion des ions métalliques
sur la croissance des Ascidies. Les résultats acquis pour les grandes espèces
d'eau libre devraient être vérifiés pour les Ascidies interstitielles. Ces expé¬
riences n'ont pas encore été entreprises pour plusieurs raisons : les diffi¬
cultés d’élevage, la collaboration des biochimistes pour les dosages, la pré¬
sence indispensable dans un laboratoire marin pendant une très longue
période. Nous comptons cependant reprendre cette question plus tard.
Biogéographie des Ascidies interstitielles.
Celles-ci semblent liées aux sédiments grossiers, propres, meubles
et situés dans des courants. La répartition, avec de pareilles exigences,
est forcément discontinue. Les fonds peuplés par ces petites Ascidies se
réduisent parfois à quelques dizaines de mètres carrés. Or, nous retrouvons
les mêmes espèces dans des stations très éloignées. Comment un animal
très adapté, exclusivement endopsammique pendant la totalité de son cycle,
peut-il s’étendre dans la zone infralittorale essentiellement constituée de
fonds où sa vie est impossible ? Comment admettre une évolution stricte¬
ment parallèle en chaque point ? Il faut imaginer des séries d’hypothèses sur
des transformations des fonds au cours des temps géologiques. Nous n’abor¬
derons pas ces problèmes d’autant plus ardus que les fossiles n’existent pas.
La biocénolique, actuellement en pleine évolution, devrait nous amener
à replacer les Ascidies interstitielles dans un ensemble faunistique avec
Source : MNHN, Paris
154
MONNIOT
lequel elles auraient des relations réciproques. Malgré l’abondance de ces
types de travaux, surtout dans le cas de milieux bien déiinis, nous ne par¬
lerons pas de faune associée aux Ascidies interstitielles. Dans un travail
antérieur (1), nous avons donné la liste des espèces qui habitent le même
milieu que nos Ascidies. Aucune n’a des exigences aussi strictes. Ces nom¬
breuses espèces vivent aussi dans les sédiments grossiers, voisins qui ne
contiennent pas d'Ascidies. Il n’y a donc pas d’association stricte entre les
animaux. Ceux-ci sont beaucoup plus liés aux conditions du milieu qu’à
une vie en commun. La nourriture des formes endopsammiques semble
d’ailleurs similaire et n'est pas assez stricte pour agir dans les sables voisins.
Les facteurs physiques du sédiment jouent à notre avis un plus grand
rôle.
Nous dirons seulement, avec beaucoup de précautions, que l’action
filtrante des Ascidies interstitielles peut agir sur l’eau interstitielle. Mais
la densité des populations est sans doute trop faible pour que ce rôle soit
pris sérieusement en considération.
Inversement la microfaune du sable peut favoriser la vie des Ascidies
en évitant le tassement du sédiment et en favorisant la circulation de
l'eau. Mais, à notre sens, le seul rôle important de la faunule du sable est
de débarrasser le sédiment d’un excès de bactéries par son mode de nutri¬
tion. Ce résultat a été vérifié expérimentalement. Mais ce rôle de la micro¬
faune est le même, quelles que soient les espèces considérées.
Peul-on imaginer d'autres li/pes d'Ascidies interstitielles ?
Nous n'avons étudié au cours de ce travail que les côtes européennes.
11 est possible qu’il existe d'autres Tuniciers, plus primitifs ou beaucoup
plus adaptés, dans des régions où les conditions climatiques diffèrent
là où les saisons n’existent pratiquement pas. Nous sommes malheureu¬
sement seule pour l’instant à avoir récolté des Ascidies interstitielles et
nous n’avons aucune idée de la faune qui peut vivre en zone tropicale.
II nous est cependant possible d’envisager un autre type d’Ascidies inters¬
titielles dans les zones chaudes et dans l'hémisphère sud. En effet, ces régions,
contrairement à celles de l’hémisphère nord, possèdent peu d'Ascidies
simples comparativement à la diversité d’Ascidies composées qu'elles
abritent. Il est possible de soupçonner l’existence de formes bourgeonnantes
agrégées en petites masses, appartenant à diverses familles à'Aptouso-
branchiata (Ascidies composées). Des formes stoloniales pourraient aussi
coloniser des sédiments plus stables. Si elles existent, ces Ascidies supposent
des conditions de milieu différentes de celles que nous avons envisagées
jusqu’à présent, et une prospection systématique devra être entreprise.
Nous espérons avoir l’occasion de poursuivre nos recherches dans ce sens"
(1) Monniot (F.), 1962. — Recherches sur les graviers à Amphioxus
de Banyuls-sur-Mer; Vie et Milieu, 13, 2, (231-322).
de la région
Source : MNHN, Paris
PLANCHES
I à X
Source : MNHN, Paris
PLANCHE I
En haut à gauche : Psammoslgela delamarei x 20; en haut à droite :
Ilelerostigma fagei x 20; en bas : demi-branchie droite de Heterosligma
fagei.
Source : MNHN, Paris
Mi- mou
m; Mi
i, Zoologie, Tome XXXV
Pi.. I
Source : MNHN, Paris
PLANCHE II
De gauche à droite et de haut en bas : trois stades successifs de dévelop¬
pement de Polijcarpa arnbackae x 20; individu de Psammascidia leissieri
débarrassé des grains de sable.
Source : MNHN, Paris
Mémoires nr Muséum, Zoom
Tome XXXV
Pi.. II
Source : MNHN, Paris
PLANCHE III
Hclerosligma separ
En haut à gauche : deux adultes x 5, l’individu du bas émet des têtards
par son siphon cloacal; en haut à droite : détail d’un individu et
têtards; en bas : branchie d’un adulte.
Source : MNHN, Paris
Mémoires du Muséum
Zoologie, Tome XXXV
Pl. III
Source : MNHN, Paris
PLANCHE IV
Helerosligma gonochorica n. sp.
De gauche à droite et de haut en bas : femelle adulte x 20; disposition
d’un siphon entre les grains de sable fixés sur la tunique; ampoules vas¬
culaires de la tunique vues par transparence; coupe d’un têtard dans la
cavité incubatrice.
Source : MNHN, Paris
Pl. IV
Mémoires iju Muselai, Zoologie, Tome XXXV
Source : MNHN, Paris
PLANCHE V
Heterosligma gonochorica n. sp.
De gauche à droite et de haut en bas : un lobe testiculaire; bordure d’un
lobe testiculaire et spermiducte contenant des spermatozoïdes; deux détails
de la spermatogenèse; début de la formation de l’ovaire; développement
de l’épithélium ovarien.
Source : MNHN, Paris
PLANCHE VI
Ilelerosligma gonochorica n. sp.
De gauche à droite el de haut en bas : ovaire mûr, au centre : l’épithé¬
lium germinatif; ovaire et début de la cavité incubatrice; ovaire surmonté
de la cavité incubatrice et gradient d’évolution des têtards.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
PLANCHE VII
Heterosligma gonochorica n. sp.
De gauche à droite et de haut en bas : testicule mûr; coupe in loto d’un
très jeune mâle : on distingue deux lobules testiculaires prolongés par des
canaux déférents ainsi que la branchie avec protostigmates et infundibula;
détail de la glande hépatique montrant les deux types cellulaires et les
globules de sécrétion; coupe d’un têtard dans la cavité incubatrice mon¬
trant la formation des fibres musculaires et l’épaisseur de la tunique.
Source : MNHN, Paris
Mémoires ou Muséum, Zoolo
Jf)
_
Source : MNHN, Paris
PLANCHE VIII
De gauche à droite et de haut en bas : sables des stations de Bonden;
de Strommaranna ; de Byxeskâren (Suède) et d’Espegrend (Norvège).
Source : MNHN, Paris
un:. Tome XXXV
Pi.. VIII
n n m iiuiujj.jiijji!! iiii ii)
0 1 |rTcluu 1 2 3 cm
Mémoires ur Muséum, Zoomk
Source : MNHN, Paris
PLANCHE IX
De gauche à droite et de haut en bas : sables
12 m; de Bloscon 8 m; de Térénez (Roscofï) et
des stations de Bloscon
de Fondachello (Sicile).
Source : MNHN, Paris
Mémoires du Muski
Zoo loi; h;. Tome XXXV
Pl. IX
Source : MNHN, Paris
PLANCHE X
De gauche à droite et de haut en bas : Sables de Banyuls-sur-Mer des
stations d’Argelès; d’OuIlestreil; des Elmes et du Troc.
Source : MNHN, Paris
Mémoires
h Muséum, Zoologie, Tome XXXV
Pi.. X
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Achevé d’imprimer le 30 Septembre 1905.
Le Directeur-Gérant : Professeur Ciiabaud.
58î49- — l'np. Labure, 9, rue de Fleuras. Paris (6*).
Dépit légal : 3 * trimestre 1965.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris