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^ MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série A, Zoologie
TOME XL
FASCICULE 2
A. KIENER et M. MAUGÉ
CONTRIBUTIONS A L'ÉTUDE SYSTÉMATIQUE
ET ÉCOLOGIQUE DES POISSONS CICHLIDAE
ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire (V e )
1966
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DD MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
Série A, Zoologie. Tome XL. Fascicule 2. — 1966
CONTRIBUTIONS A L’ÉTUDE SYSTÉMATIQUE
ET ÉCOLOGIQUE DES POISSONS CICHLIDAE
ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR
par
A. K1ENER et M. MAUGÉ
SOMMAIRE
Introduction .
Chapitre I. — Etude systématique . 52
Chapitre II. — Remarques biogéographiques et écologiques. 83
Chapitre III. — Phylogénie des genres endémiques. 96
Conclusion . 97
Résumé . 98
INTRODUCTION (1)
La découverte, en 1963, d’une forme endémique nouvelle apparte¬
nant à la famille des Cichlidae, la nécessité de lui trouver une place dans
la taxonomie et la phylogénie des espèces locales sont à l’origine de
c ette note.
Dans sa récente étude systématique des formes ichtyologiques
dulcaquicoles de Madagascar, J. Arnoult (1959), reprenant les travaux
de Pellegrin, répartit également les Cichlidés endémiques en trois genres
d il eut l’occasion, depuis la parution de son ouvrage, de décrire une
nouvelle espèce de Parelroplus (1960).
L’importance en nombre d’espèces de ces genres s’établit donc
actuellement comme suit :
Paratilapia Bleeker 1868 : 1 espèce,
, U) Ce travail a été commencé en 1963, à Tananarive, au Centre technique forestier
£°Pical. il a été poursuivi au laboratoire « Heptiles et Poissons • du Muséum de Pans,
tlue M. le Professeur Guibé, directeur de ce laboratoire, soit remercié ici pour son accueil,
les encouragements prodigués et les facilités de travail mises à notre disposition.
52
k. KIENER ET M. MAUGÉ
Paretroplus Bleeker 1868 : 4 espèces,
Ptychochromis Steindachner 1880 : 2 espèces.
Pellegrin (1933) avait déjà attiré l’attention sur le caractère endé¬
mique des Cichlidés malgaches : sur trois genres, deux sont propres
à l’île et seul le genre Paratilapia est aussi africain. Avec la création de
deux nouveaux genres, que nous aurons l’occasion de décrire dans cette
étude, le nombre de genres endémiques sera de quatre sur cinq genres
au total. Les sept espèces mentionnées sont toutes particulières à l’île
et, avec la description de deux nouvelles formes, la proportion d’espèces
endémiques sera toujours égale à 100%.
Rappelons aussi qu’en matière de systématique des Cichlidae, M.
Blanc a fait paraître en 1962 le catalogue des types en collection au
Muséum National d’Histoire Naturelle.
Nous sommes heureux de pouvoir remercier ici l’un de nos collègues
de Madagascar, Y. Therezien, qui a complété nos propres récoltes au
cours de ses tournées dans la Grande Ile, et le dessinateur E. Rakoto-
niary qui, avec intérêt et minutie, a mis au propre plusieurs dessins
illustrant ce travail. Nous sommes également tout particulièrement
heureux d’avoir l’occasion de dédier une nouvelle espèce de Cichlidé
malgache à M. le Professeur Max Poll dont les travaux sur les Cichlidés
africains nous ont fort utilement guidés dans nos propres recherches.
Chapitre I
ÉTUDE SYSTÉMATIQUE DES CICHLIDÉS MALGACHES
Nous avons pensé qu’il était utile, au début de ce chapitre, de discuter
de certains statuts de genres ou d’espèces décrits anciennement. Nous
avons donné ensuite les caractéristiques générales des Cichlidés malgaches,
un essai de clé des genres endémiques et la description détaillée des divers
genres et espèces connus actuellement.
A. — STATUTS DE CERTAINS GENRES ET ESPÈCES
DÉCRITS ANCIENNEMENT. DISCUSSION
Ptychochromis Steindachner, 1880
Espèce type : P. oligacanthus (Bleeker), Vers/. Ak. Amsterd., II.
1868, p. 309.
Si les genres Paratilapia et Paretroplus sont parfaitement établis
et admis, il n’en est pas de même de Ptychochromis, dont la validité a
Source : MNHN, Paris
POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR 53
été contestée par Boulenger. Cet auteur ne l’estimait pas différent de
Tilapia A. Smith.
Les Cichlidés autochtones possèdent, du côté externe de l’os antérieur
des pharyngiens supérieurs, un coussinet muqueux. Cette « papille » est
annexée à la partie supérieure du premier arc branchial et est visible en
arrière des branchiospines. Son importance relative chez Tilapia oliga¬
canlhus incita Steindachner à isoler cette espèce dans un nouveau
genre. Boulenger, auteur d’une espèce présentant, avec T. oligacanlhus,
une grande similitude de dentition aux mâchoires, mais à coussinet
nioins volumineux, invalida le genre. Pellegrin le rétablit en 1904.
Il est intéressant de souligner que cet auteur ne mentionne qu’accessoi-
rement la présence de dents molariformes sur les pharyngiens. Ni dans
sa clé dichotomique des genres, ni dans sa diagnose et pas davantage
dans son étude sur les « Poissons des Eaux douces de Madagascar »
(1933), il ne fait intervenir ce caractère. Outre l’existence de la papille,
Pellegrin ne retient, pour séparer Ptgchochromis de Tilapia, que la
longueur relative de la troisième épine de l’anale et le maxillaire non
totalement dissimulé par le préorbitaire chez Ptychochromis.
Si l’on admet que Tilapia ne possède jamais de dents molariformes
sur les pharyngiens, le genre créé par Steindachner doit être considéré
comme valable, sans qu’il soit nécessaire de faire intervenir le caractère
contestable de l’importance relative du coussinet muqueux annexé en
haut du premier arc.
Cas de Tilapia betsileanus Boulenger, 1899
Pellegrin, en 1904 (p. 311), place cette espèce dans la synonymie
de Ptychochromis oligacanlhus Blkr. pour des raisons « logiques » qui sont
loin d’être apparentes. En 1933, il admet, sans plus d’explications, cette
espèce comme valable. Dans les deux ouvrages, il introduit cette forme
dans le genre Ptychochromis, sur le vu, semble-t-il, de la dentition bicus-
pidée des mâchoires, alors que le coussinet muqueux, annexé au premier
arc, est loin d’avoir une extension susceptible de le distinguer des autres
endémiques.
Cette contradiction, jointe à des minimes différences de la dentition
des mâchoires, nous a conduit à une comparaison minutieuse des deux
lormes. Le tableau ci-dessous fait ressortir celles des différences entre
ces deux espèces qui nous semblent principales :
Source : MNHN, Paris
54
A. KIENER ET M. MAUGÉ
Comparaison de certains caractères de Plychochromis oligacanthus
et de Tilapia belsileanus (fig. 18 à 22)
OS ANTÉRIEUR DU PHARYN¬
GIEN SUPÉRIEUR
OS MÉDIAN DU PHARYNGIEN
SUPÉRIEUR
Os POSTÉRIEUR DU PHARYN¬
GIEN SUPÉRIEUR
P. oligacanthus lilkr.
En triangles scalènes, sy-
narthrose à engrènement
postérieur, dents petites
et nombreuses, au nom¬
bre de 14 dans chacune
des séries longitudinales
médianes
Massif, surface dentée trian¬
gulaire, portant de 6 à 7
séries de petites dents
Portant près d’une centaine
de dents, les postéro-in-
ternes très agrandies, à
couronne très usée
Apparemment sans bourrelet
postérieur de dents séti-
formes (*)
T. betsileanus Bout.
En triangles équilatéraux,
synarthrose ilexueuse,
dents moyennes, relati¬
vement peu nombreuses,
au nombre de 6 dans
chacune des séries longi¬
tudinales médianes
En lame verticale, surface
dentée réduite à l'extré¬
mité supérieure de la
lame, portant une seule
série de dents
Portant une trentaine de
dents, les antéro-internes
très agrandies, à couronne
peu ou pas usée
Avec un bourrelet posté¬
rieur de minuscules dents
sétiformes
Apophyse des prémaxil-
GlBBOSITÉ FRONTALE DES
Plus longue que l’os pro¬
prement dit
Non distincte
Plus courte que l’os propre¬
ment dit
Accentuée
" partir de la 3*
Interopercule
Légèrement croissantes jus¬
qu’à la dernière
Nu
Légèrement décroissantes
jusqu’à l’avant-dernière
Avec une rangée d’écailles
Les caractères de forme des os pharyngiens, de nombre de dents,
de forme et de répartition des dents molariforines sur l’os médian de
la meule supérieure, s’ils justifient amplement l’espèce belsileanus en
l’éloignant d’ oligacanthus, nous ont semblé la rapprocher d’autant de
Paratilapia. Etant donné l’importance particulière que nous attachons
à la dentition pharyngienne, nous avons cru devoir séparer belsileanus
de Plychochromis et de le proposer comme type d’un nouveau genre r
Ptychochromoïdes.
Paracara Bleeker
Espèce type : P. typus Bleeker, Versl. Ak. Amsterd., XII, 1878 p. 193.
Bleeker, en 1878, a proposé, pour un Cichlidé originaire de la baie
d’Antongil, le genre Paracara. Ce genre repose, selon la diagnose copiée
par Sauvage, sur deux caractères principaux : écailles antérieures du
(•) La présence de ces dents n’est discernable qu’à fort grossissement (40 X). Elles
sont extrêmement fragiles ; nous ne pouvons écarter l’hypothèse qu’elles aient disparu,
lors de la dissection, sur les deux spécimens examinés en détail.
Source : MNHN, Paris
POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR
55
tronc cycloïdes, « processus du premier arc branchial denticulé ». Sauvage
a rapproché le coussinet muqueux de Plychochromis du processus s’éle¬
vant sur l’arc antérieur de Geophagus. Nous pensons que le terme « pro¬
cessus » utilisé, en ce qui concerne Paracara, est peut-être impropre ;
la figure qu’il donne des arcs branchiaux et des pharyngiens inférieurs
de P. lypus ne nous semble pas différer essentiellement de l’aspect que
présente un Paralilapia.
Bleeker assimile les écailles du corps à des écailles cycloïdes, nous
ne pensons pas pouvoir le suivre dans cette voie. La lunule de ces écailles
présente des dents minuscules et très émoussés. Elles nous semblent
être des écailles cténoïdes dégradées sans spinules distales. L’ensemble
de ces raisons nous incite à penser que Paracara typus, forme jeune,
n’est pas distinct de Paralilapia polleni dont il possède l’allure, la formule
radiaire, la coloration.
L'invalidation de Pellegrin ne fait aucune allusion à un éventuel
examen du type qui se trouve en Hollande (Musée de Leide). Nous avons
examiné les échantillons du Muséum cités par Sauvage (p. 439) et qui
avaient été pêchés par Grandidier dans la région voisine de celle où
avait été capturé le type. Ces échantillons, probablement réétiquetés
par Pellegrin, portent actuellement le nom de Paratilapia polleni. Les
coussinets muqueux s’élevant au haut du premier arc branchial présen¬
tent, en effet, des denticulations, mais celles-ci ne sont visibles que sous
un très fort grossissement et paraissent minuscules à côté des branchio-
spines voisines (qui, elles aussi, peuvent présenter des denticulations de
ce genre). De l’examen de plusieurs échantillons de Paratilapia polleni,
en provenance des diverses régions de l’Ile, les sujets de la région de la
Pointe à Larrée, Mananara et Baie d’Antongil, présentent de façon la
Plus nette ces denticulations, mais insistons sur le fait qu’elles sont
Irès petites et que bien d’autres Cichlidés malgaches présentent, sur leurs
coussinets muqueux, des stries, des ondulations ou des denticulations
Plus ou moins régulières et nettes. Certains de ces coussinets comportent
aussi des petites taches gris foncé étoilées et, suivant les cas, le bord
du coussinet est lisse, ondulé ou irrégulièrement denticulé. Mais ces
denticules, dont l’importance semble avoir été exagérée par Bleeker,
n’ont rien à voir avec ceux des Geophagus américains, par exemple, et
nous adopterons la position de Pellegrin après ces nouvelles précisions.
B. — CARACTÉRISTIQUES GÉNÉRALES
DES CICHLIDÉS MALGACHES
Les Cichlidés autochtones peuvent être reconnus aux caractères
suivants :
Corps recouvert d’écailles généralement faiblement cténoïdes, sou¬
vent cycloïdes sur la nuque, la tête, la base des pectorales et la région
prépelvienne. Museau nu. Ligne latérale en deux parties ; la portion
inférieure, de longueur variable, parcourt l’axe du pédoncule caudal.
Une écaille axillaire développée ou non à l’aisselle de la pelvienne. Mem-
Source : MNHN, Paris
56
l. KIENER ET M. MAUGÉ
branes entre les rayons de la caudale avec un processus de petites écailles.
Des écailles similaires, mais plus petites, peuvent apparaître sur les
membranes interradiaires des portions molles des autres nageoires
verticales. Dorsale ou anale dépressibles ou non dans une gaine écailleuse.
Une seule narine de chaque côté de la tête. Bouche protractile à fortement
protractile ; maxillaire exclu du bord buccal, non denté, entièrement
dissimulé ou non par le préorbitaire, lorsque la bouche est fermée. Dents
unisériées ou plurisériées, sur les mâchoires, variables en forme et en
nombre. Plafond buccal nu. Pharyngiens inférieurs comportant toujours
des dents agrandies molariformes dans la portion postéro médiane, apex
des dents dirigé vers l’avant de la bouche ; généralement une lame nue
en avant de la plaque dentaire ; suture des os soit à peine llexueuse,
soit plus ou moins engrenée. Pharyngiens supérieurs constitués de chaque
côté par trois os articulés entre eux dont l’antérieur, parfois réduit à
une lame, est toujours nettement distant de la masse principale ovalaire
constituée par les deux os postérieurs qui sont faiblement articulés
entre eux. Plaque dentaire médiane portant sur son bord interne des
dents agrandies molariformes. Apex des dents dirigé vers l’arriére du
pharynx. L’articulation de l’os antérieur sur l’angle interne de l’os
médian se fait par une apophyse plus ou moins développée à l’angle
basal interne du premier os. Caudale 7 + 7 ; dorsale : X-XX, 10-20 ;
anale I1I-X ; 7-16 ; pectorales : I, 13-17 : ventrales : I, 5 ; bran-
chiospines peu nombreuses.
C. — ESSAI DE CLÉ DES GENRES ENDÉMIQUES
la. — Dents sur les mâchoires unisériées. Apophyse du prémaxillaire
très allongée (1), sensiblement égale au double de l'os proprement
dit. Pharyngiens inférieurs constitués par deux triangles rectan¬
gles. Synarthrose fortement engrenée postérieurement. Os
antérieurs des pharyngiens supérieurs massifs. Pelvienne avec
un processus axillaire écailleux. Dorsale et anale dépressibles
dans une gaine écailleuse. Anale comportant de 7 à 10 épines
. Paretroplus Bleeker
16. — Dents plurisériées sur les mâchoires, la série externe toujours
agrandie. Os antérieur des pharyngiens supérieurs portant soit
une seule rangée de dents, rarement deux soit beaucoup plus de 3.
Pelvienne sans processus axillaire écailleux. Dorsale et anale
non dépressibles dans une gaine écailleuse. Anale avec 3 épines
2 a. —- Pharyngiens inférieurs constitués par deux triangles sensible¬
ment équilatéraux. Synarthrose légèrement llexueuse ou à
engrènement faible. Os antérieur des pharyngiens supérieurs
constitué par une lame verticale à apophyse basale distincte.
Dents pharyngiennes peu nombreuses.3
(1) Sur les dessins, l’extrémité postérieure de l'apophyse est représentée non déga¬
gée de son coussinet.
Source : MNHN, Paris
POISSONS C1CHL1DAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR 57
3 a. — Dents agrandies de la série externe des mâchoires coniques ou
à apex comprimé, mais jamais bicuspidé. Dents des séries inter¬
nes des mâchoires coniques très allongées.4
4 a. — Indice de forme (1) inférieur à 3. Adulte au-delà de 16 cm de
longueur standard avec une gibbosité frontale. Apophyses des
prémaxillaires plus courtes que l’os proprement dit. Dorsale
molle avec lobe à bord postérieur émarginé-falciforme. Lobe
constitué par la portion molle de l’anale, semblable. Caudale à
bord distal convexe. Dents agrandies de la série externe des
mâchoires coniques, peu nombreuses, recourbées vers l’intérieur
de la bouche. Bande constituée par les séries internes de dents
plus petites peu reculée vers l'intérieur de la bouche. Synarthrose
des pharyngiens inférieurs à engrènement rudimentaire. Cou¬
ronne des dents agrandies des pharyngiens peu émoussée, plus
ou moins en griffe. Paraiilapia Bleeker
4 6. — Corps allongé, indice de forme supérieur à 3,5. Adultes sans
gibbosité frontale. Apophyses des prémaxillaires sensiblement
double de l’os proprement dit. Epines de la dorsale décroissan¬
tes à partir de la cinquième ou sixième jusqu’à l'avant-dernière.
Portion molle de la dorsale formant un lobe étroit, allongé, à
bord distal convexe. Lobe constitué par la portion molle de
l’anale semblable. Caudale à bord distal émarginé. Dents anté¬
rieures de la série externe des mâchoires fortement agrandies,
comprimées, quelque peu spatulées, à apex généralement arrondi.
Dents internes des deux mâchoires peu nombreuses, minuscules,
coniques, à cuspide très élancée, fortement inclinée vers l’inté¬
rieur de la cavité buccale. Ces dents sont disposées en une seule
série très reculée vers l’intérieur de la bouche. Synarthrose des
pharyngiens inférieurs flexueuse. Dents molariformes des
pharyngiens à couronne très émoussée, conique ou en calotte
sphérique. Oxylapia nov. gen.
3 6. — Dents agrandies de la série externe des mâchoires comprimées,
quelque peu spatulées, à apex généralement bicuspidé, parfois
tricuspidé. Dents des séries internes non uniformément bicuspi-
dées à la mâchoire supérieure. Indice de forme inférieure à 2,3.
Adultes avec une gibbosité frontale à croissance allométrique.
Apophyses des prémaxillaires sensiblement aussi longues que
l’os proprement dit. Epines de la dorsale légèrement décrois¬
santes entre la troisième et l’avant-dernière. Lobe constitué par
la dorsale molle à bord distal postérieur émarginé. Lobe constitué
par l’anale molle, semblable. Séries internes de dents des mâchoi¬
res peu reculées vers l’intérieur de la bouche, disposées en trois
séries à la mandibule et en quatre séries à la mâchoire supérieure.
Synarthrose des pharyngiens inférieurs flexueuse. Dents agran¬
dies des pharyngiens à couronne peu émoussée, visiblement
en griffes. Ptychoehromoïdes nov. gen.
(1) Nous avons toujours pris comme indice de forme le rapport Longueur standard :
hauteur max. du corps.
Source : MNHN, Paris
58
l. KIENER ET M. MAUGÉ
2 b. — Pharyngiens inférieurs constitués par deux triangles scalènes.
Synarthrose à engrènement postérieur. Os antérieur des pharyn¬
giens supérieurs massif. Dents pharyngiennes nombreuses.
Indice de forme inférieur à 3 ; adultes sans gibbosité frontale.
Apophyse des prémaxillaires environ égale à une fois et demie
la longueur de l’os proprement dit. Epines de la dorsale crois¬
santes. Portion molle de la dorsale ne formant généralement
pas de lobe nettement prolongé, à bord distal convexe. Anale
molle semblable. Pelvienne insérée légèrement en arrière de la
base de la pectorale. Dents agrandies de la série externe des
mâchoires nombreuses, régulièrement bicuspidées. Bande interne
antérieure trisériale, exclusivement composée de dents bicuspi¬
dées, reculée vers l'intérieur de la bouche d’une distance au
moins égale à sa largeur .... Ptychochromis Steindachner.
D. — DESCRIPTION DÉTAILLÉE DES DIVERS GENRES
ET ESPÈCES ENDÉMIQUES MALGACHES
(Fig. 1 à 23)
1) Genre PARETROPLUS Bleeker, 1868
Description de deux espèces inédites de Chromidés de Madagascar :
Verls. Akad.. Amsterdam, II, 1868, p. 313 ; espèce type : P. dami Bleeker.
Fio. 1. —- Parelroplus dami Bleeker. Pharyngien intérieur (face interne) et synarthrose.
Corps court et élevé, couvert d’écailles très faiblement cténoïdes.
Ecailles prédorsales atteignant ou dépassant le bord antérieur de l’orbite.
Source : MNHN, Paris
POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR 59
Joues avec 3-8 séries d'écailles s’étendant sur le préopercule à partir de
la sixième ; partie antérieure du limbe toujours nue. Opercule, suboper¬
cule et interopercule couverts d’écailles. Anale et dorsale dépressibles
dans une gaine écailleuse ; rarement un processus écailleux de minuscules
écaillés cycloïdes sur les membranes interradiaires de l’anale et de la
dorsale molles. Pelvienne avec une écaille axillaire. Ligne latérale en
Jeux parties, l’inférieure débutant à l’aplomb ou un peu en arrière de
l’aplomb de l'extrémité de la supérieure. Profil souvent avec une cavité
au niveau de l’œil. Bouche moyenne ou grande ; maxillaire visible
lorsque la bouche est fermée ; apophyse du prémaxillaire sensiblement
double de l’os proprement dit. Dents unisériales sur les mâchoires, les
Source : MNHN, Paris
60
A. KIENER ET M. MAUGÉ
antérieures incisiformes : celles placées de part et d’autre de la symphyse
des prémaxillaires fortement agrandies ; leurs homologues des dentaires
réduites (absentes chez P. kieneri). Dentition pharyngienne remarquable
par son uniformité d’une espèce à l’autre. Pharyngiens inférieurs consti¬
tués de deux triangles rectangles ; synarthrose à fort engrènement.
Chacune des séries médianes de dents avec une très forte molaire posté¬
rieure à couronne aplatie, plus ou moins déprimée. Cette dent est
entourée latéralement par trois dents molariformes plus petites et
précédée par une douzaine de dents, de taille décroissante vers
l’avant et évoluant vers la forme en griffe. Autres dents très nom-
Source : MNHN, Paris
POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR 61
breuscs, à apex plus ou moins en grille, disposées en 7-8 rangées
convergentes vers les apophyses. Os antérieur des pharyngiens supérieurs
à surface dentée triangulaire portant au maximum une trentaine de
dents coniques à apex en griffe et disposées en 3-(4) rangées. Deuxième
pharyngien à bord interne fortement incurvé et portant trois fortes
molaires à couronne très émoussée occupant la portion médiane ; une
rangée plus interne d’environ cinq dents molariformes plus petites ;
autres dents en griffe nombreuses. Troisième pharyngien avec un bourre¬
let postérieur de dents sétiformes. Dorsale : XV-XX, 11-20 ; A :
VIII-X, 9-16. Un coussinet muqueux parfois proéminent annexé au
premier arc (papille).
Nous n'avons pas pensé pouvoir donner à l’écaillure des joues l’im¬
portance que lui accorde Pellegrin et nous avons noté que les écailles
du limbe du préopercule peuvent disparaître. Dans notre tentative de
clé de séparation des diverses espèces, nous avons aussi fait intervenir
des caractères de coloration en alcool des adultes.
Clé des diverses espèces de Paretroplus
la- — Caudale faiblement émarginée. Ecaille axillaire de la pelvienne
plus courte que le prémaxillaire. Bouche relativement grande.
Limbe du préopercuîe entièrement nu. Généralement cinq séries
d’écailles ou moins sur la joue.2
2 a. — Une petite tache noire à la partie supérieure de l’aisselle de la
pectorale. Poissons vivants de teinte générale brun-jaune. Lon¬
gueur de la base de la dorsale molle comprise plus de deux fois
dans celle de la partie épineuse. Rayons médians de la dorsale
Source : MNHN, Paris
62
L. KIENER ET M. MAUGÉ
et de l’anale molles les plus longs ; lobes de la dorsale et de l’anale
molles pointus mésaleinent. D : XVIII-XX, (11) 12-15 (16);
A : IX-X, 9-12. Branchiospines 11+1 + 12.
. P. dami Bleeker (Fig. 1 à 4 et 23)
Fio. 5. —- Parelroplus polyaclis Bleeker. A : Pharyngien inférieur, face interne et synar-
throse. B : Pharyngien inférieur, face externe. C : Perspective des I dents médianes gau¬
ches. D : Pharyngien supérieur, vue de dessus. E : Vue de 3/4 avant.
2 b. — Pas de tache noire à l’aisselle de la pectorale Partie supérieure
des flancs avec 6-7 barres transversales foncées. Sujets vivants
Source : MNHN, Paris
POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR
63
d’une belle teinte générale brun-jaune d’or. Longueur de la
base de la dorsale molle comprise moins de deux fois dans celle
de la partie épineuse. Dorsale molle à bord distal convexe ne
Fig. 6. — Paretroplus polyaclis (suite). A : Mandibule. I! : Dents symphyséennes 4- 2
dents gauches, face interne. C : Mandibule, vue latérale. D : mâchoire supérieure. Iï :
Dents symphyséennes, vue de face. F : Mâchoire supérieure, vue latérale. G : 1 er arc
branchial et papille.
formant pas un lobe distinct. Dorsale : XVI-XVIII, 17-18 ;
A : VII-IX, 13-14. Branchiospines 9-11 + 1 -f 10-12.
. P. polyaclis Bleeker (Fig. 5-6 et 23)
Source : MNHN, Paris
64
A. KIENER ET M. MAUGÉ
1 b. — Caudale très fortement émarginée. Bouche relativement petite.
Ecaille axillaire de la pelvienne plus longue que le prémaxillaire.
Généralement des écailles sur la partie postérieure du limbe du
préopercule dont la partie antérieure est toujours nue. Généra¬
lement plus de cinq séries d’écailles sur la joue.3
3 a. — Lobe de la dorsale molle nettement agrandi par rapport à la
partie épineuse. Dents médianes réduites à la symphyse des
dentaires. Corps avec des bandes minces claires et foncées par¬
courant les séries longitudinales d’écailles.4
4 a. — Profil du museau régulièrement convexe, sans concavité marquée
en avant de l’orbite. Hauteur du préorbitaire plus grande que le
Fio. 7. — Paretroplus pelili Pellegrin. A : Pharyngien inférieur, face interne et synar-
throse. B : Pharyngien inférieur, face externe. C : Pharyngien supérieur, vue de dessus.
D : Vue de 3/4 avant.
diamètre de l’orbite et plus petite que la largeur de l’interorbi-
taire osseux qui est très fortement convexe. Coloration terne en
alcool, avec bandes longitudinales claires, plus larges que les
Source : MNHN, Paris
POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR 65
intervalles foncés, constituées par la jonction des taches claires
de la partie centrale de chaque écaille. La coloration naturelle
varie beaucoup avec l'âge des poissons et les alevins portent
une livrée passagère de bandes ou de taches irrégulières gris-
Fio. 8— Paretroplus petiti (suite). A : Mandibule et 2 premières dents droite, face interne.
0 : Mâchoire supérieure. C : Mâchoire supérieure, vue latérale. D : Dents symphyséennes
+ dent gauche. K : 1" arc branchial et papille.
noir sur fond clair. Les sujets moyens sont d’un gris-jaune uni¬
forme et les adultes portent une livrée d’un rouge vineux vif
caractéristique (voir Kiener, 1963, p. 37 et PI. 16). D : XVII-
17-18; A : IX, 12-14. Branchiospines 8-12 + 1 + 10 ...
. P. petiti Pellegrin (Fig. 7-8 et 23)
Source : MNHN, Paris
66
L. KIENER ET M. MAUGÉ
4 b. — Profil du museau avec une concavité accentuée en avant de
l’orbite. Hauteur du préorbitaire plus petite que le diamètre de
l’orbite et que la largeur de l’interorbitaire osseux qui est très
faiblement convexe. En alcool, comme sur les sujets vivants.
bandes longitudinales claires, plus étroites que les intervalles
foncés. Les flancs peuvent comporter plusieurs bandes transver¬
sales grises, généralement très atténuées. Une assez grande
tache gris-noire sur les flancs, au-dessus du milieu de la pectorale.
Source : MNHN, Paris
POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR
67
Cette tache, de taille variable, s’étend vers le haut jusqu’à la
ligne latérale ou un peu au-delà. Sujets vivants ayant une colo¬
ration générale brun-jaune. D : XV-XVII, 18-20 ; A : VIII-X,
13-16 ; Branchiospines 9-12 + 1 + 10.
. P. maculalus nov. sp. (Fig. 9-10 et 23)
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. XL. 5
Source : MNHN, Paris
68
i. KIEN'ER ET M. MAUGÉ
3 b. — Lobe de la dorsale molle peu marqué. Pas de dents médianes à
la symphyse de la mandibule. Sujets vivants de couleur gris-
terne, avec des reflets bruns et de larges bandes jaunes longitu¬
dinales. En alcool coloration générale gris-terne, le centre de
chaque écaille est plus clair que le bord distal, donnant au corps
une faible apparence réticulée. D : XVIII-XIX, 12-14, A : X-ll,
Source : MNHN, Paris
POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR
69
Br. 7-8 + 1 + 9-10.
. P. kieneri Arnoult (1960) (Fig. 11-12 et 23)
m!?' *?■ ' Puretroplus kieneri (suite). A : Mandibule et dernière dent latérale droite. B :
Mâchoire supérieure. C : Mâchoire supérieure, vue latérale. U : Dent symphyséenne et 1”
dent latérale droite, face interne. E : 1" arc branchial et papille.
Paretroplus maculatus n. sp.
Dorsale : XV-XVII, 18-20 ; Anale : VIII-X ; 14-15 ; Pectorale :
I-i-16. Ecailles dans la série longitudinale médiane : 37 ; lignes latérales :
24-25 et 10 ; 6-7 écailles entre la ligne latérale supérieure et l’origine de
•a dorsale, 14-15 écailles entre cette même ligne et l’origine de l’anale.
Source : MNHN, Paris
70
l. KIENER ET M. MAUGÉ
Branchiospines : 9-12 -f 1 + [10. Profil du museau convexe avec une
concavité au niveau de l’orbite. Joue avec 5-7 séries d’écailles dont 1-2
sur le limbe du préopercule. Dents unisériées aux deux mâchoires avec
cinq à sept dents de chaque côté de la symphyse mandibulaire ; sur ces
dents, plusieurs sont de taille réduite. Epines de la dorsale croissantes.
Lobe de la dorsale molle à bord distal convexe, celui de l’anale semblable.
Bord distal de la caudale crescentique.
Indice de forme : 1,6-1,8. Par rapport à la longueur de la tête, on
obtient les rapports de dimensions suivants : museau 3,1-3,6 ; œil :
2,9-2,1 ; hauteur du préorbitaire : 3,2-3,5 ; longueur du prémaxillaire :
4,1-4,6 ; longueur de la région post-orbitaire de la tête : 2,2-2,8 ; largeur
de l’interorbitaire : 2,6-3,1 ; hauteur du pédoncule caudal : 1,8-2,7,
longueur du pédoncule : 4,4-6,9 ; longueur de la base de la dorsale molle
0,9-1,1 ; longueur de la portion épineuse de la dorsale : 0,6-0,7. Pédoncule
caudal 2,4-2,9 fois plus haut que long. Base de la dorsale molle dans
celle de la portion épineuse : 1,2-1,4. Outre les caractères mentionnés
dans la clé, précisons que les nageoires verticales sont de coloration
uniforme, les pectorales sont translucides et les pelviennes ont la moitié
distale des rayons noirâtre.
Cette espèce, originaire du nord-ouest de Madagascar, est couram¬
ment capturée dans la zone du lac Amparihibe-Sud, Tsaramandroso,
Kamoro. Aucune confusion n’est possible avec P. dami, car les deux
espèces diffèrent considérablement par leur formule radiaire, leur colo¬
ration, le nombre de dents et de nombreux autres caractères. Elle est,
par contre, assez proche de Parelroplus pelili dont elle diffère par la colo¬
ration, la concavité au niveau de l’orbite du profil de la tête et, parmi
d’autres caractères méristiques, par les grandeurs relatives du préorbi¬
taire, de l’interorbitaire et de l’orbite :
P. petili P. maculalus
Diamètre horizontal de l'orbite dans la hauteur
du préorbitaire 0,92-0,97 1,03-1,35
Largeur de l’interorbitaire dans la hauteur du
préorbitaire 1,01-1,12 1,05-1,25
Deux syntypes de P. maculalus n. sp. ont été déposés au Muséum
sous le n° M.N.H.N. 1965-315. Leurs dimensions respectives sont :
— I. tôt. = 15,8 cm et 1. st. 12,8 cm ;
— 1. tôt. = 11,2 cm et 1. st. 9 cm.
2) Genre PARAT1LAPIA Bleeker
(Fig. 13 à 15 et 23)
Espèce type : P. polleni Bleeker, Versl. Ak. Amsterd., II, 1868, p. 307.
Corps couvert d’écailles moyennes et faiblement cténoïdes. Ecailles
prédorsales atteignant le milieu de l’orbite. Joues avec (4) 5-6 rangées
d’écailles. Préopercule nu. Opercule, sub-opercule et interopercule
Source : MNHN, Paris
DES POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR 71
couverts d’écailles. Ligne latérale en deux parties ; la supérieure, com¬
portant de 16 à 19 écailles perforées, s’arrête sous le milieu de la dorsale
molle ; l’inférieure avec 11-14 écailles, débute à l’aplomb ou un peu en
arrière de l’aplomb de l’extrémité de la ligne supérieure. Bouche grande
à maxillaire visible. Apophyse du prémaxillaire pas plus longue que l’os
proprement dit. Profil du museau droit ; adultes avec généralement une
gibbosité frontale. Dents exclusivement coniques aux mâchoires, au
moins trisériales ; la série externe, agrandie, est constituée, de chaque
côté des symphyses, par une quinzaine de dents. Dents internes au moins
Source : MNHN, Paris
72
l.. KIENER ET M. MAUGÉ
bisériales dans la partie antérieure des mâchoires et devenant unisériales
en arrière de la bouche. La série la plus interne comporte une quarantaine
de dents sur les dentaires et sensiblement le double sur les prémaxillaires.
Les os des pharyngiens inférieurs ont la forme de triangles équilatéraux ;
leur synarthrose est faiblement engrenée. Chacune des rangées médianes
de dents comporte deux dents molariformes sub-égales à couronne
émoussée en griffe et quatre dents molariformes plus petites à couronne
conique ; les autres dents sont en griffe. Lame antérieure des pharyngiens
Source : MNHN, Paris
POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR
73
supérieurs portant l-(2) série irrégulière de 3-5 dents coniques à apex
en griffe. Bord latéral interne de l’os médian portant 7-8 dents en griffe
agrandies, les trois antérieures les plus grandes ; autres dents en griffe.
Deuxième pharyngien avec environ quarante dents. Troisième pharygien
bordé dans sa partie postérieure par un large bourrelet de dents sétifor-
mes. Pédoncule caudal souvent un peu plus haut que long. Bord distal
de la caudale convexe. D : X-XII, 10-12 ; épines croissantes, bord distal
du lobe constitué par la dorsale molle émarginé-falciforme, sa base
comprise moins de deux fois dans celle de la dorsale épineuse ; A : III,
8-11, lobe de la partie molle semblable à celui de la dorsale. Rayons
antérieurs mous de la pelvienne généralement prolongés. Coussinet
annexé au premier arc branchial développé.
Sauvage a décrit et figuré un Paratilapia bleekeri de la région Tanana-
rivienne. Nous ne pouvons nous fier à l’exactitude de son dessin, car son
Paratilapia polleni possède des écailles sur le limbe du préopercule. Ce
dessin, toutefois, est remarquable par l’absence totale de lobes de la
dorsale et de l’anale molles. Cependant, ce caractère n’est pas repris
dans sa diagnose qui indique seulement « les nageoires impaires sont
moins allongées ». Le seul autre caractère de sa description qui diffé¬
rencie véritablement cette espèce de P. polleni est constitué par les
dents internes des mâchoires à la fois unisériales et très petites. L’espèce,
connue par quatre exemplaires envoyés au Muséum de Paris, a été admise
par Boulenger, puis placée par les auteurs suivants dans la synonymie
de P. polleni. L’examen des sujets du Muséum ne laisse aucun doute
sur cette synonymie et les trois syntypes portent la livrée de noces
caractéristique des P. polleni. Les exemplaires ont des nageoires très
mutilées, d’où l’inexactitude du dessin de Sauvage (Echantillons
M.N.H.N. A. 4195).
Source : MNHN, Paris
74
k. KIENËR ET M. MAUGÉ
L’examen de nombreux spécimens nous fait supposer l'existence
d’au moins deux sous-espèces : l’une côtière, à lèvres peu charnues, dents
internes bisériales sur les mâchoires ; l’autre propre à la région Tanana-
rivienne, à lèvres plus charnues, plus de deux séries de dents internes
sur les mâchoires. Une collection importante de nombreux P. polleni en
provenance de toutes les régions de l’Ile serait intéressante à constituer
en vue de leur confrontation.
3) Genre OXYLAPIA n. gen.
Espèce type : Oxylapia polli n. gen. et n. sp.
Corps allongé, couvert d’écailles cténoïdes ; écailles prédorsales attei¬
gnant à peine le bord postérieur de l’orbite. Joues avec une rangée d’écail¬
les bordant le suborbitaire et amorce postérieure d’une seconde rangée.
Préopercule et interopercule nus. Ligne latérale double et à tubules sim¬
ples ; la ligne supérieure perce 17-18 écailles et n’atteint pas la portion
molle de la dorsale ; l’inférieure perce 19-20 écailles et débute à deux ou
trois écailles en avant de l’aplomb de l’extrémité de la ligne supérieure.
Bouche petite, maxillaire dissimulé par le préorbitaire lorsque la bouche
est fermée. Apophyse du prémaxillaire sensiblement double de l’os
proprement dit. Profil du museau convexe. Pas de gibbosité frontale.
Dents des mâchoires bisériales ; la série externe fortement agrandie,
surtout au prémaxillaire ; de chaque côté une dizaine de dents, les laté¬
rales coniques, les antérieures comprimées, incisiformes, à couronne
arrondie. La série interne, très reculée vers l’intérieur de la bouche, est
composée de chaque côté de 3-5 dents très espacées, à cuspide conique,
grêle et allongée. Pharyngiens inférieurs constitués par deux triangles
équilatéraux. Séries médianes des dents comportant six dents molari-
formes très émoussées, à taille décroissantes vers l’avant, à couronne en
calotte sphérique vers l'arrière et conique vers l’avant ; autres dents
coniques, certaines en griffe, peu nombreuses et disposées en quatre
rangées convergentes vers les apophyses.
Lame antérieure du pharyngien supérieur portant une série irrégu¬
lière de 6-7 dents coniques. Deuxième pharyngien avec une vingtaine
de dents ; la rangée interne comporte 5-6 dents dont les trois antérieures,
fortement agrandies, sont molariformes, à couronne émoussée ; dents
homologues de la deuxième rangée comparables en taille et en forme ;
autres dents coniques. Troisième pharyngien bordé dans sa partie posté¬
rieure par un bourrelet de dents sétiformes. Pédoncule caudal beaucoup
plus long que haut. Bord distal de la caudale émarginé. D : XIII-XIV,
9-10 ; épines légèrement décroissantes à partir de la cinquième ou
sixième ; lobe constitué par les rayons mous, très étroit et allongé, sa base
contenue environ trois fois dans celle de la portion épineuse. A : III, 8-9,
lobe constitué par la partie molle de l’anale semblable à celui de la
dorsale. Coussinet annexé au premier arc assez volumineux.
Branchiospines, coniques peu nombreuses.
Source : MNHN, Paris
POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR
75
Le type de cette nouvelle espèce, dédiée au D r Max Poll, est par
l’ensemble de ses caractères très nettement distinct de Paratilapia sp.
Le nombre, la forme des dents tant aux mâchoires qu’aux pharyngiens,
ne nous semble laisser aucun doute quant à la séparation générique que
nous proposons.
Oxylapia polli n. sp.
(Fig. 16-17 et 23)
Dorsale : XIII-XIV, 9-10; anale : III, 8-9 ; pectorale : 1, i, 12 ;
écailles dans la série longitudinale médiane 36-38 ; lignes latérales :
17-18 et 19-20. Branchiospines 5 + 1+6. Profil du museau convexe.
Joue avec une rangée d’écailles et l’amorce postérieure d’une seconde.
Source : MNHN, Paris
76
l. KIENER ET M. MAUGÉ
Dents bisériales sur les mâchoires, la série externe agrandie comporte
9-10 dents de chaque côté des symphyses. Ecailles cycloïdes sur la tête,
une rangée d’écailles cycloïdes le long de la base de l’anale, quelques
Fio. 17. — Oxylapia polli (suite). A : Mandibule. B : Mâchoire supérieure. C : Dent sym-
physéenne et 1" dent droite. D : Mâchoire supérieure, vue latérale. 1-1 : 1 er arc branchial
écailles cyloïdes le long de la base de la dorsale épineuse. Caudale émar-
ginée. Indice de forme : 3,5-3,7. Par rapport à la longueur de la tête, on
obtient les rapports de dimensions suivants : museau 3,3-3,5 ; œil : 3,4-
3,5 ; hauteur du préorbitaire : 3,9-4,6 ; longueur du prémaxillaire 3,3-
3,9 ; longueur de la région postorbitaire de la tête : 2,2-2,4 ; largeur de
Source : MNHN, Paris
POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR 77
l’inlerorbitaire : 3,6; hauteur du pédoncule caudal : 2,1-2,2 ; longueur
du pédoncule : 1,1-1,5 ; longueur de la base de la dorsale molle : 2,3-2,6 ;
longueur de la portion épineuse de la dorsale 0,7. Longueur du pédoncule
caudal dans sa moindre hauteur : 0,5-0,75. Base de la dorsale molle dans
celle de la portion épineuse : 2,9-3.
En alcool, la coloration générale est brun foncé, s’éclaircissant sur
la partie inférieure du corps et la moitié inférieure de la tête. Le centre
de chaque écaille comporte une tache claire. Il existe une tache foncée
autour du bord supérieur de l’opercule et une petite tache brun-noirâtre
sur la partie supérieure de l’œil. Une ligne brune, partant du bord anté¬
rieur de l’œil, passe sous la narine et se termine sur le museau. Pelviennes
claires, pectorales, translucides, caudale brunâtre uniforme, moitié
basale de l’anale molle grisâtre, moitié distale brunâtre. Dorsale épineuse
avec une bande submarginale foncée. Apex des dents brun rouge.
Les sujets vivants ont une coloration générale gris-brun et un ventre
clair. Le dessous de la tête est jaunâtre, ainsi que la base des pectorales,
des ventrales et de l’anale.
Origine : province de Tamatave, région de Marolambo. Altitude d’en¬
viron 450 m.
La longueur standard maximum constatée est de 110 mm. Nous
n’avons pas disposé de spécimens d’une taille inférieure à 80 mm.
Deux syntypes ont été déposés au Muséum d’Histoire Naturelle de
Paris : n° M.N.H.N. 1965-317. Le plus grand d’entre eux, désigné comme
lectotype, a les dimensions suivantes : 1. tôt. = 12,8 cm et 1. st. = 10,8 cm.
Autres syntypes envoyés à : — Station Marine de Tuléar, Madagas¬
car ; — Musée Royal de l’Afrique, Bruxelles ; — University of Michigan,
Ann Arbor.
4) Genre PTYCHOCHROMOIDES n. gen.
(Fig. 18 et 19)
Espèce type : P. belsileanus (Boulenger) Pr. Zool. Soc. 1899, p. 139.
Corps court, élevé, comprimé, couvert d’écailles faiblement cténoïdes.
Ecailles sur la nuque s’étendant jusqu’au milieu de l’orbite. Ligne laté¬
rale en deux parties et à tubules simples ; la supérieure avec 21 écailles
perforées ; l’inférieure, avec 14 tubules, débute 5 ou 6 écailles avant
l’aplomb de l’extrémité de la ligne supérieure. Joue et interopercule
avec des écailles ; limbe du préopercule nu. Bouche grande ; maxillaire
visible. Apophyse du prémaxillaire sensiblement aussi longue que l’os
Proprement dit. Profil du museau droit ; adultes avec gibbosité frontale
parquée. Dents des mâchoires plurisériales, la série externe agrandie,
irrégulière ; environ 25 dents de chaque côté de la mandibule, une dizaine
sur les prémaxillaires ; couronnes bicuspides, parfois tricuspides. Dents
Source : MNHN, Paris
78
l. KIENER ET M. MAUGÉ
internes trisériales et régulièrement bicuspidées à la mandibule et quadri-
sériales sur les prémaxillaires avec un nombre variable de dents coniques
ou à apex spatulé. Ces bandes deviennent unisériales sur les parties pos¬
térieures des mâchoires.
Fio. 18. - - Plychochromoïdes n. gen. belsileanus (Boulenger). A : Pharyngien inférieur,
face interne et synarthrose. B : Pharyngien inférieur, face externe. C : Pharyngien supé¬
rieur, vue de dessus. D : Vue de 3/4 avant.
Triangles des os pharyngiens inférieurs sensiblement équilatéraux ;
synarthrose flexueuse. Séries médianes de dents comportant 6 dents
dont la taille est décroissante vers l’avant ; couronne de ces dents en
griffe ; autres dents peu nombreuses, coniques ou en griffe, en 4 rangées
convergentes vers les apophyses. Lame antérieure du pharyngien supé¬
rieur portant une série de 6-7 dents coniques à apex en griffe. Rangée
interne de l’os médian portant 6 dents agrandies, peu émoussées, en
griffe ; les 3 antérieures sont les plus grandes ; dents homologues de la
Source : MNHN, Paris
POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR
79
deuxième rangée à peine plus petites. Troisième pharyngien bordé sur
sa face postérieure par un bourrelet de dents sétiformes. Pédoncule caudal
généralement plus haut que long. D : XIII-XV, 12-14, les épines décrois-
Fio. 19. — Plycliocliromoïdes belsileanus (suite). A : Mandibule. Dents (a) série externe,
(b) série interne. B : Mâchoire supérieure. Dents (a) série externe, (b) série médiane, (c)
série interne. C : Mâchoire supérieure avec les dents externes, vue latérale. D : Dent latérale,
vue de 3/4. Ë : 1" arc branchial et papille.
santés de la troisième à l’avant-dernière ; troisième rayon de la dorsale
molle allongé, donnant au lobe constitué par la portion molle une forme
pointue ; bord postérieur émarginé, base comprise sensiblement deux
Source : MNHN, Paris
80
i. KIENEK ET M. MAUGÉ
fois dans celle de la portion épineuse. A : III, 10-12, lobe constitué par
l’anale molle semblable à celui de la dorsale. Branchiospines 4 -(-1 + 11.
Coussinet annexé au premier arc développé vers le bas, mais ne s’étendant
pas vers l’arrière au-delà de la deuxième branchiospine.
La présence d’une gibbosité frontale marquée est un fait assez cou¬
rant dans la famille des Cichlidés et l’on peut signaler sa présence chez
plusieurs genres (dont Tilapia : Poll et Audenaerde, 1960).
Il est curieux de signaler, au point de vue biologique, les analogies
de mœurs entre deux espèces ayant toutes deux des gibbosités frontales
marquées à l'état adulte (môme stades juvéniles sans gibbosité) : l’une
africaine, Cyphotilapia (Paratilapia) jrontosa (Boulenger) et l’autre mal¬
gache, Ptychochromoïdcs belsileanus (Boulenger) qui semblent toutes
deux aimer les eaux relativement propres et bien oxygénées et qui vont
toutes deux pondre sur des fonds rocheux.
Deux nouveaux échantillons ont été déposés au Muséum sous
n° M.N.H.N. 1965-314 (1. tôt. X 19 cm, 1. st. x 15,3 et 1. Lot. x 15,7,
1. st. X 12,7).
5) Genre PTYCHOCHROMIS Steindachner, 1880
Espèce type : Plychochromis oligacanthus (Bleeker) (Fig. 20 à 22 et 23).
Corps court, élevé, couvert d’écailles faiblement clénoïdes. Ecailles
prédorsales atteignant le milieu de l’orbite. Joue couverte de 4-5 séries
d’écailles ; limbe du préopercule et interopercule antérieurement nus.
Ligne latérale en deux parties, la supérieure perçant 20-22 écailles, se
terminant sous la moitié postérieure de la dorsale molle, l’inférieure
comportant 12-15 écailles et débutant 5-6 écailles en avant de l’aplomb
de l’extrémité de la supérieure. Bouche grande ; partie postérieure du
maxillaire visible. Apophyse du prémaxillaire sensiblement 1,5 fois la
longueur de l’os proprement dit. Profil du museau droit. Pas de gibbosité
frontale ou exceptionnelle. Dents exclusivement bicuspidées aux mâchoi¬
res ; la série externe comporte environ 25 grandes dents de chaque côté
des mâchoires. Bandes constituées par les 3 séries internes de petites
dents reculées à l’intérieur de la bouche sur une distance au moins
égale à son épaisseur. Ces bandes deviennent unisériales en arrière de la
bouche par disparition des autres séries. Triangles des pharyngiens
inférieurs scalènes, synarthrose à engrènement. Dents des séries médianes
de tailles décroissantes vers l’avant, les 3 postérieures étant molariformes,
sub-égales, à couronne très usée ; ces dents sont bordées latéralement
par 3 dents molariformes plus petites, en griffe, et prolongées en avant
par une dizaine de dents évoluant vers un type en griffe ; autres dents
nombreuses, en griffe, disposées en une douzaine de rangées convergentes
vers les apophyses. Premier pharyngien supérieur en large triangle,
portant 7 à 8 rangées de dents en griffe. Deuxième pharyngien portant
près d’une centaine de dents, son bord interne avec une douzaine de
dents dont 5 molariformes agrandies à couronnes très usées, la plus
Source : MNHN, Paris
POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR 81
antérieure située au début du deuxième tiers du bord interne ; une
deuxième rangée similaire de 4 dents borde latéralement cette première
rangée ; autres dents en griffe. Troisième pharyngien apparemment non
Fig. 20. — Plychochromis oligacanthus (Bleeker). A : Pharyngien inférieur, face interne
synarthrose. H : Pharyngien inférieur, face externe, (a) dent antérieure, (b) perspective
des dents de la série médiane gauche. : Pharyngien supérieur, vue de dessus. I) : Vue
de 3/4 avant.
bordé par un bourrelet de dents sétiformes. Pédoncule caudal générale¬
ment plus haut que long. D : XIII-XIV, 10-13 ; base de la dorsale molle
comprise plus de 2 fois dans celle de la portion épineuse de la dorsale.
Source : MNHN, Paris
82
i. KIENER ET M. MAUGÉ
A : III, 10-13. Portion molle de l’anale semblable à celle de la dorsale.
Coussinet du premier arc s’étendant sur presque toute la longueur de
l’arc supérieur. Br : 8 -f- 1 + 9.
Fio. 21. — Ptychochromis oligacanthus (suite). — A : Mandibule ; (a) 3° dent latérale, vue
externe. B : Mâchoire supérieure. : Mâchoire supérieure, vue latérale ; (a) dent latérale.
Rien dans les diagnoses de P. grandidieri, ni de P. rnadagascariensis
décrits par Sauvage ne semble justifier ces espèces qui diffèrent essen¬
tiellement de P. oligacanthus par un grand développement des dorsales
et anales molles. Nous pensons que la longueur de ces dernières est
souvent liée au sexe et à la période de reproduction. Il serait intéressant
d’étudier de plus près ces phénomènes. Nous admettrons donc également
ces deux dénominations dans la synonymie de P. oligacanthus. Les types
Source : MNHN, Paris
POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCj
83
examinés au Muséum ne laissent aucun doute à ce sujet. Il est cependant
nécessaire de signaler que les 2 échantillons de P. madagascariensis
Sauvage sont indiqués comme originaires du « Lac Itasy, à l’est d'Anta¬
nanarivo » (Sauvage, p. 442). Il s’agit très certainement d’une erreur
sur l’origine exacte de ces poissons, car, d’une part, le lac Itasy ne contient
pas cette espèce et, d’autre part, ce vaste plan d’eau est situé très nette¬
ment à l’ouest de la capitale malgache.
P. oligacanthus a 4 variétés de coloration correspondant à des zones
géographiques distinctes. Il n’est pas interdit de penser que la spéciation
n’est pas terminée en ce qui concerne ce genre.
Chapitre II
REMARQUES BIOGÉOGRAPHIQUES ET ÉCOLOGIQUES
Dans l’ouvrage de l’un de nous (Kiener, 1963, pp. 31 à 38 et 166 à
169), les caractéristiques biologiques générales relatives à la famille
des Cichlidés ainsi que la biologie détaillée de chaque espèce (habitat,
exigences écologiques, dimorphisme sexuel, croissance, reproduction,
régime alimentaire) ont été largement développées. Nous nous limiterons
ici à l’élude des deux aspects particuliers relatifs à la biologie de ces
espèces :
— d’une part l’étude de leurs localisations géographiques et,
— d’autre part, leurs répartitions dans les eaux côtières douces et
saumâtres ; cette répartition nous donnera un aperçu de la résistance
à la salinité des diverses espèces malgaches et nous avons jugé intéressant
de comparer cet aspect biologique à celui de quelques Cichlidés introduits.
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. XL. 6
Source : MNHN, Paris
4
Source : MNHN, Paris
A. KIENER ET M. MAUGÉ
A. — LOCALISATION GÉOGRAPHIQUE
DES CICHLIDÉS MALGACHES
Dans son remarquable travail sur les Cichlidés du lac Tanganyika
(1956), Max Poll met en évidence, dans son introduction, le caractère
Source : MNHN, Paris
POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR 87
particulièrement endémique des Cichlidés de la région du lac dont deux
espèces seulement, sur 133 au total connues actuellement, ont une
Fio. 25. — Carte schématique des bassins versants.
très large répartition. Il est intéressant de suivre également dans cet
ouvrage la répartition des Cichlidés suivant les profondeurs du lac.
Source : MNHN, Paris
A. KIENER
M. MAUGÉ
Mais de tels problèmes ne se posent pas dans notre grande Ile qui ne
comporte pas de vastes lacs très profonds.
A Madagascar, les 9 espèces que nous avons décrites et schématisées
sur la figure 23 sont toutes endémiques et plusieurs d’entre elles ont
une répartition relativement limitée. Nous avons essayé de schématiser
leurs aires de répartition par les cartes de la figure 24 et, pour Plycho-
chromis oligacanthus, nous avons établi une carte supplémentaire (fig. 26)
indiquant les répartitions des diverses races géographiques de ce poisson.
Avant de donner, pour chaque espèce, les principales données de sa
localisation géographique, voyons comment nous pouvons expliquer le
phénomène d’endémisme très marqué dans la Grande Ile.
1) Considérations générales sur l’endémisme a Madagascar
R. Paulian, dans son important ouvrage (1961) où il trace les grandes
lignes et les schémas d’ensemble de la zoogéographie de Madagascar
dans le cadre de la région Indo-africaine, met souvent en relief le carac¬
tère endémique de nombreux groupes animaux ou de certaines espèces
rencontrés à Madagascar : endémisme dans l’île, mais surtout endémisme
accusé par suite de nombreuses localisations dans certains secteurs
du pays. A la page 230, l’auteur nous parle très brièvement de la zoogéo¬
graphie des espèces ichtyologiques dulcicoles ; nous avons pensé qu’il
serait utile de développer ici ces questions pour les espèces étudiées.
La figure 25, qui nous donne la carte schématique des bassins versants,
nous fait deviner aisément comment ont pu se faire, pour les poissons,
certaines répartitions et certaines ségrégations géographiques (cas de
vicariances), d’une part par l’exisLence d’une ligne nord-sud de partage
des eaux bien marquée et, d'autre part, par la séparation topographique
généralement très nette entre grands bassins versants (ou groupes de
bassins) voisins. Pour simplifier la carte, nous avons plusieurs fois groupé
en une même zone plusieurs petits bassins contigus. Enfin signalons,
fait bien connu, la fort curieuse capture de la Mahajamba par un affluent
de la Betsiboka, le tronçon commun étant appelé le Kamoro. Nous avons
là un vaste bassin versant avec deux ouvertures sur la mer (bassin n° VI
du versant ouest de l’Ile). Madagascar est, dans son ensemble, un pays
à relief tourmenté et les « hauts-plateaux », par leurs vallonnements
innombrables et leurs chaînes de montagnes, ne présentent pas, comme
on le pense quelquefois, l’aspect de vastes étendues plates occupant
la partie centrale de 1*Ile. Les divers bassins versants sont souvent séparés
par des chaînes escarpées bien difficiles à franchir par l’homme.
Rappelons combien certaines espèces, ou même certains genres,
sont nettement localisés, soit sur la côte Est, soit sur la côte Ouest.
Cette ségrégation s’explique assez facilement pour les espèces typique¬
ment dulcicoles pour lesquelles un séjour un peu prolongé en mer est
fatal. C’est ainsi que la zone littorale extrême-Nord de l’Ile, avec passage
devant la baie largement ouverte de Diégo-Suarez, et la zone littorale
Sud qui ne reçoit que des fleuves semi-permanents et à courants très
violents en saison des pluies, constituent deux barrières biologiques
pour les espèces sténohalines qui voudraient passer d’une côte à l'autre.
Source : MNHN, Paris
POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR
89
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Formes de Jeunesse:
Fig. 26. — Races géographiques de Ptychochromis oligacanthus (Bleeker).
(1) Région de Mandritsara. Espèce multicolore aux couleurs très vives. Tête
bleutée, corps gris-bleu clair, ventre clair, dorsale bleue-violacée avec extrémité rouge-
vineux, caudale et anale rouge-vineux.
(2) Région Est. Adultes avec taches noires sur fond jaune-brun ou verdâtre. Tête
gris-brun, ventre clair, nageoires claires, jaune-verdâtre.
(3) Région Nord-Ouest. Forme intermédiaire entre (1) et (2).
(4) Région Sud-Ouest. Adultes avec coloration uniforme gris-brun, ventre clair,
caudale brun-clair.
Source : MNHN, Paris
90
L. K1ENER ET M. MAUGÉ
Ainsi le gradient de résistance à la salinité permettra à une espèce côtière
d’aller « coloniser » une plus ou moins grande zone côtière et le gradient
de résistance aux variations de température, lié à d’autres exigences,
permettra une conquête plus ou moins importante des zones intérieures
de l’Ile.
2) Localisations géographiques des neuf espèces signalées
(F ig. 24)
Quatre espèces de Parelroplus, sur cinq au total, sont localisées dans
la zone nord-ouest de F Ile.
Parelroplus maculatus semble avoir l’aire de répartition la plus limi¬
tée : zone du lac Amparihibé-Sud (où il est abondant) au nord de Maeva-
tanana, lacs voisins, partie de la Betsiboka et Kamoro. Parelroplus
petiti a une assez large répartition, en bande fragmentée, allant de la
région de Maintirano jusqu’à Ambanja. Il est absent de la région côtière
ouest du cap Saint-André, zone comportant pourtant plusieurs beaux
plans d’eau. Son aire de répartition chevauche, au nord, avec celle de
P. dami et, au centre, avec celle de P. maculalus (sur une zone très res¬
treinte) et de P. kieneri. Avec cette dernière espèce, P. pelili est relative¬
ment abondant dans toute la zone du lac Kinkony, mais P. kieneri
pénètre beaucoup plus à l’intérieur des terres, au-delà de la zone du
Kamoro et de Tsaramandroso.
Pour ces quatre espèces, aux biologies très voisines les unes des
autres, il semble que nous ayons affaire à des espèces sympatriques,
étroitement affines. La spéciation s’est faite, ici, par isolement côte à
côte, dans une même zone, et s’oppose à la spéciation géographique
d’espèces dites vicariantes ayant des localisations nettement séparées
par des frontières physiques. Nous avons, en effet, chevauchements
partiels entre les diverses aires de répartition de ces espèces dont l’en¬
semble occupe une grande partie de la zone côtière du nord-ouest de
l’Ile. C’est dans la région du Kamoro que l’on rencontre trois espèces de
Parelroplus : maculalus, petiti et kieneri, espèces aux régimes alimentaires
très voisins. Nous avons déjà vu, à ce sujet, que tous les Parelroplus
possédaient une remarquable uniformité quant à leurs dentitions des
mâchoires et leurs dentitions pharyngiennes.
Nous devons a priori accepter, avec Darwin et Gause, l’axiome que
dans chaque écosystème comprenant un certain nombre de « niches » (1)
chacune de ces dernières ne peut être occupée que par une seule espèce
et que deux formes occupant la même niche écologique sont fatalement
en compétition intense, l’une d’elles devant être obligatoirement éli¬
minée. Il serait donc intéressant, en ce qui concerne nos espèces voisines
de Paretroplus, de déceler par une étude minutieuse de leurs biologies
(1) La notion rte niche a été dégagée par Darwin et développée par Gause (The
stuggle tor existence. 1934). Elle précise les relations rte l’espèce avec le milieu, les possi¬
bilités de nourriture ambiante, les biocénoses existantes (problèmes de concurrence
vitale, de prédation...).
Source : MNHN, Paris
POISSONS CICHL1DAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR 91
et de leurs régimes alimentaires, en particulier, ce qui permet, effective¬
ment, d’expliquer leur coexistence dans un même biotope.
La formation de ces espèces sympatriques peut s’expliquer par une
spéciation sur place, mais il est plus probable que nous ayons affaire à
plusieurs espèces initialement séparés géographiquement et dont les
aires de répartition, en s'étendant, ont été amenées à se chevaucher
partiellement. Il n’a pas été trouvé jusqu’ici d’hybrides entre ces formes
voisines, ce qui permet de penser que nous avons également affaire à
des espèces ne pouvant se croiser (suivant la définition même du terme).
Paretroplus polyactis est limité à une fort longue bande côtière orientale
allant pratiquement de la baie de Diégo-Suarez au lac Anony, au sud-
ouest de Fort-Dauphin. Cette espèce, légèrement euryhaline, a pu
facilement, semble-t-il, passer d’un bassin versant à l’autre tout au long
de la côte est par la zone littorale superficielle quelque peu dessalée, en
saison des pluies, par les pluies elles-mêmes et l’apport d’eau douce des
fleuves. La zone centre-est des bassins versants 5 à 9 (fig. 25) compor¬
tant les actuels « Pangalanes » (ensemble d’environ 18 000 ha portant
sur tout un chapelet de lacs et de canaux s’étendant sur plus de 550 km
le long de la côte, derrière la dune côtière) fut, en plus, en saisons des
pluies, une région de facile propagation de l'espèce par les eaux côtières
continentales. Mais il semble que l’espèce n’est pas assez euryhaline pour
avoir pu franchir les deux barrières salées que nous avons déjà évoquées
pour l’extrême nord et l’extrême sud de l’Ile.
Paratilapia polleni, espèce la moins sténohaline et la plus eurytherme
des Cichlidés malgaches, possède une aire de répartition recouvrant plus
des deux tiers de l’île. Seules, les régions très montagneuses, les cours
d’eau à courant rapide et les zones arides à cours d’eau semi-permanents
en sont dépourvus. Elle monte à plus de 1 500 m d’altitude.
Oxylapia polli, à l’opposé de l’espèce précédente, semble pouvoir
être rangé parmi les vertébrés ayant des aires de répartition excessive¬
ment limitées. Il s’agit là probablement d’un cas de spéciation très
poussée avec exigences écologiques strictes. Un cas très analogue, parmi
les poissons malgaches, peut être cité pour Rheocloïdes pellegrini Nichols
et La Monte (Atherinidé) localisé dans la cuvette d’Andapa (du moins
à notre connaissance).
Plychochromoïdes betsileanus, localisé dans la zone centre et centre-
sud des plateaux du versant ouest de l’Ile, possède une aire de répartition
en forme de croissant. C’est une espèce aimant tout particulièrement
les eaux propres, fraîches et oxygénées.
La neuvième espèce autochtone, le Plychochromis oligacanlhus,
espèce légèrement moins sténotherme que Paretroplus polyactis (monte
un peu plus haut en altitude) et possédant un gradient d’euryhalinité
voisin de celui de Paratilapia polleni, appelle les réflexions suivantes
quant aux races géographiques qu’elle présente.
Sauvage, dans son « Histoire Naturelle des Poissons » (1891), distingue
Source : MNHN, Paris
92
A. Kl EN ER ET M. MAUGÉ
déjà nellcment deux races géographiques de Plychochromis oligacanlhus :
— L’une de la région du Sainbirano vivement colorée, avec une
tête bleu-violet, un corps violacé et des nageoires dont les extrémités
sont rouge-vineux;
— L’autre, qui est la race orientale, de coloration générale jaune-
brun ou jaune-vert et dont les bandes transversales, caractéristiques de
l’état jeune, disparaissent avec l’âge et l’apparition progressive de trois
ou quatre taches très marquées chez les formes adultes.
Grâce à des pêches systématiques faites à travers tout Madagascar,
nous avons pu constater la grande variation de couleur (y compris la
variation des taches) de cette espèce suivant sa localisation géographique.
L’étude des diverses populations nous permet d'affirmer que nous avons
affaire à quatre races géographiques bien nettes (fig. 26) vivant dans les
conditions écologiques qui leur sont propres et dont l’étude serait fort
intéressante à poursuivre. Il faut noter que la description de Sauvage
et la précision des couleurs qu’il donne pour la variété du Sambirano
s’appliquent de façon parfaite à la variété vivement colorée et très
localisée de la région de Mandritsara (?). Cette espèce très colorée avait-
elle, autrefois, des représentants dans la zone côtière nord-ouest ? Les
nombreux exemplaires pêchés aussi bien à Nossi-Bé (en particulier dans
le grand lac d’Amparihibe) que sur la côte nord-ouest de Madagascar,
représentent bien une forme intermédiaire entre celle de l’est et celle
de Mandritsara que notre collègue Y. Therezien a eu l’occasion de
pêcher lors d’une de ses tournées.
La variété du nord-ouest porte les grandes taches noires caractéris¬
tiques des flancs de la race orientale, mais sa coloration plus vive, ses
reflets verts-bleutés, la présence de nombreuses petites taches très
claires sur le corps et une partie des nageoires (rappelant les taches
vert clair ou bleu clair du « Marakely » ou Paralilapia potleni Blkr, por¬
tant sa livrée de noces) et notamment une tête foncée aux couleurs
chatoyantes bleu-acier, semblent faire la transition de la forme de
l’Est vers la forme très colorée de Mandritsara.
Dans la vallée de l’Onilahy, et tout particulièrement à Ambohimaha-
velona (région sud-ouest de Madagascar, au sud de Tuléar), existe une
quatrième race locale de Plychochromis oligacanlhus qui se différencie
nettement des trois variétés déjà citées par une robe beaucoup plus
uniforme brun foncé, l’absence de bandes transversales nettes chez les
jeunes et la présence, sur quelques alevins seulement, de une à trois
taches claires beaucoup moins nettes que celles de la race orientale et
disparaissant avec l’âge.
G. Petit signalait déjà, dans son ouvrage « L'industrie des pêches à
Madagascar » (1930), la présence de cette espèce dans le sud-ouest de
Madagascar. Par ailleurs H. Poisson, ancien Inspecteur Général des
Services Vétérinaires de Madagascar, avait eu l’occasion de dessiner
lors d'une de ses tournées au lac Ihotry (près de Moroinbé) une espèce
dénommée « Trako » par les pêcheurs Mikea. Il s’agit presque sûrement,
au vu du dessin, de Plychochromis oligacanlhus.
La figure 26 nous précise les différentes colorations qui distinguent
ces races locales ainsi que leurs répartitions géographiques.
Dans la vaste zone nord-ouest, dans laquelle nous englobons la région
Source : MNHN, Paris
POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR 93
centre-nord de Mandritsara faisant partie du versant ouest de l’Ile, il
semble bien qu’une souche se soit séparée de la race côtière et soit allée
coloniser, à la suite de conditions favorables, la région de Mandritsara
en remontant la Sofia et son affluent la Mangarahara. Isolée dans cette
plaine, qui n’est d’ailleurs qu’à 350 m d’altitude, elle s’y esL individualisée
e t y a créé, avec le temps, une variété endémique caractérisée par ses
vives couleurs.
Les quatre variétés géographiques ont été radiographiées (1) : elles
présentent une parfaite idendilé entre leurs squelettes. Nous avons
affaire, pour Plychochromis oligacanlhus, à une sorte de « spéciation en
mosaïque » dans laquelle les diverses formes diffèrent apparemment
entre elles par leur seule coloration. Des cas de ce genre liés à des types
de coloration et à une spéciation géographique sont bien connus à
Madagascar pour les Lémuriens. Mais il est difficile d’expliquer ces
différences de colorations par la seule influence du milieu, telle que la
composition chimique des eaux, par exemple, même en sachant que les
eaux des quatre zones intéressées sont fort différentes les unes des
autres (en particulier eaux acides et fort peu minéralisées de la côte Est
et eaux calcaires et beaucoup plus minéralisées de la côte ouest).
B. — RÉSISTANCE A LA SALINITÉ
DES CICHLIDÉS MALGACHES
Les marges plus ou moins larges de tolérance à la salinité des diverses
espèces nous ont expliqué les possibilités de colonisation plus ou moins
grande des côtes malgaches et il nous a paru intéressant de développer
!ci cet aspect biologique en le comparant rapidement à celui de quelques
Cichlidés introduits.
Paratilapia polleni et Plychochromis oligacanlhus sont certainement
les deux espèces de Cichlidés autochtones les moins sténohalines. Dans
les Pangalanes est, aussi bien que dans certaines lagunes (Ampahana
près d’Antalaha, Tampolo près de Fénerive, Masianaka au sud de Van-
gaindrano, lagunes de la région de Fort-Dauphin) et dans les mangroves
de l’ouest, ces deux espèces pénètrent dans des eaux légèrement saumâ¬
tres (oligohalines et mésohalines), mais ce n’est qu’à titre exceptionnel
fiue l’on peut les capturer, dans les eaux libres, dans des zones dépassant
15°/a© de salinité. Il faut cependant signaler que l’on peut les rencontrer.
Par suite de circonstances tout à fait particulières, dans des eaux polyha-
lines, mais ces cas sont rares pour l'ensemble de Madagascar. En voici
fiuelques-uns décelés au cours de centaines de pêches d’inventaires faites
à travers l’Ile :
■— Près d’Andavakamenarana (au sud de Tamatave, à quelques
kilomètres d’Ambila-Lemaitso), les Pangalanes présentent une petite
(1) Grâce à l’obligeance du Médecin-chef de l’hôpital Gérard et Robic, M. le Médecin-
colonel Chippaux.
Source : MNHN, Paris
94
l. KIENER ET M. MAUGÉ
zone à salinité élevée (S°/ O o voisine de 15°/ 0 o) par suite d’infiltrations
d’eau de mer à travers la dune côtière. Les pêcheurs, qui pratiquent
dans les Pangalanes la capture au « Vovomora » (c’est-à-dire au piège
constitué par des amas de fougères et de végétation) où les poissons
viennent trouver abri ou refuge en cas de danger, disposent également
des pièges dans cette petite zone polyhaline. Or celle-ci, par la présence
Espèces
Eau
douce
Eaux saumâtres (avec salinité %o)
J 1» 15 20 25 30
Mer
(î)Cichlidés côtiers malgaches
Paratilapia polleni et
Ptychochromis oligacanthus
+
- eaux libres
Paratilapia polleni et
Ptychochromis oligacanthus
+
à Andavakamenarana
eau de mer
Paretroplus polyactis
+
(2)Quelques Cichlidés introduits
Tilapia melanopleura
+ ■
T.me/anop/eura
37.5]
du lac Ihotry- Morombé
1
lac fermé,hyperhalin en saison sèche |- 1
T. mossambica
+
eaux libres |
Fio. 27. — Résistance à la salinité.
de petits herbiers et par sa richesse en faune à affinités marines (mollus¬
ques, crevettes...) attire tout particulièrement le Paratilapia et le Ptycho-
chromis qui viennent des zones voisines peu salées en quête de nourriture.
Le Paretroplus polyactis, qui partage l’habitat des Pangalanes avec ces
deux espèces, s’aventure beaucoup moins dans cette poche salée.
—• Au lac d’Anony (au sud-ouest de Fort-Dauphin) Ptychochromis
oligacanihus et Paretroplus polyactis peuvent être capturés en milieu
mésohalin et plus rarement en milieu polyhalin en saison sèche, mais
il est facile d’expliquer cette présence par le fait que la zone nord de la
lagune est alimentée par une rivière, la Tarantsy, qui ne tarit jamais
et qui constitue une zone dessalée où l’eau est oligohaline la majeure
partie de l’année.
Source : MNHN, Paris
POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR 95
— Au lac Ihotry-Morombé (côte ouest), G. Petit (1930) signalait
que la population ichlyologique du lac ne comprenait que des Plycho¬
chromis oligacanlhus, seule espèce parmi les poissons présents à l’ori¬
gine (?) qui a pu survivre aux très larges variations saisonnières de
salinité que connaît ce milieu fermé. Le fond de ce lac est très plat et la
superficie du plan d’eau varie assez souvent dans les proportions de
10 à 1 de la saison des pluies, fin novembre à mai, à la saison sèche,
(très forte évaporation et affluents tous à sec). Le milieu du lac, d’oli-
gohalin devient alors périodiquement hyperhalin (S°/ 00 voisine de 37, 5°/ 00 )-
C’est au cours d’une période particulièrement chaude et sèche (octobre
et novembre) que, autour des années 1937, le Plychochromis oligacanlhus
fut totalement éliminé, n’ayant pu résister dans une eau devenue beau¬
coup plus salée que l’eau de mer.
—■ Enfin, quelques sujets de Plychochromis oligacanlhus ont été
capturés récemment dans la mangrove de Sarodrano, en milieu polyha-
lin, et sur la plage de Tuléar, mais il est à peu près certain que ces derniers
exemplaires provenaient du fleuve Fiherenana, entraînés par le courant
et en « survie » pour quelques heures dans le milieu marin.
Plusieurs expériences poursuivies à Andevoranto (côte est), en 1963,
nous ont montré que si Paratilapia polleni et Plychochromis oligacanthus
pouvaient être facilement adaptés à l’eau de mer par progression lente
de la salinité, ils ne pouvaient survivre que plusieurs heures en eau de
mer dans le cas d’un transfert brutal dans ce dernier milieu.
Les Parelroplus semblent plus sténohalins que les deux espèces précé¬
dentes. Il est intéressant, à ce sujet, de faire les inventaires des captures
opérées par « vovomara » dans diverses zones saumâtres calmes et à
salinités différentes des Pangalanes. C’est toujours en eau oligohaline
que les pêches de cette espèce sont les plus belles.
Parmi les Cichlidés introduits limitons-nous à deux cas. Le Tilapia
rnelanopleura semble avoir une résistance à la salinité assez voisine de
celui de Paratilapia ou de Plychochromis et l’on constate, dans le lac
Ihotry-Morombé, où il a été introduit avant 1960, qu’il résiste fort bien
en milieu périodiquement hyperhalin. Le cas d’accoutumance analogue
fie Tilapia nilotica est bien connu dans certains lacs égyptiens. Par
contre, il est intéressant de signaler que le Tilapia melanopleura (et aussi
le macrochir), qui émigre vers les embouchures aux moments de la
marée basse, en restant dans des eaux généralement oligohalines, meurt
fùpidement dans les engins fixes de capture (barrages notamment) où
il est surpris par la marée montante (eaux mésohalines).
Le Tilapia mossambica, de par ses origines des lagunes saumâtres
fiu Mozambique portugais, possède une large euryhalinité et on le ren¬
contre fréquemment maintenant dans les mangroves de la région de
Majunga, tout près des embouchures. Il est probable que la résistance
à la salinité de cette espèce est voisine de celle des Etroplus indiens.
Nous venons de voir que certains Cichlidés malgaches ont une assez
grande résistance à la salinité, notamment Paratilapia que l’on sait
être un genre à la fois malgache et africain. On peut donc penser que la
Source : MNHN, Paris
.. K a: N K Fi ET M. X
i;gé
forme ancestrale de Paratilapia polleni ait pu profiter, à l’époque ter¬
tiaire, de l’existence d’une mer saumâtre séparant la grande Ile de l’Afri¬
que et que ce Cichlidé ait pu relativement facilement gagner Madagascar
à partir de la côte est de l’Afrique, par progressions successives entre
les diverses îles qui pouvaient exister à cette époque dans l’actuelle
zone du Canal de Mozambique (Bertin et Arambourg, 1958). II est
possible d’expliquer, par le même processus de peuplement de l'île,
l’origine des Parelroplus malgaches à partir des Elroplus indiens. Il est
intéressant de constater que plusieurs espèces endémiques ont peu à peu
subi, par suite de leur adaptation progressive en eau douce, une régres¬
sion quant à leurs possibilités de résistance à la salinité. Parmi ces espèces
nous noterons particulièrement les divers Parelroplus de la côte ouest.
Chapitre III
PHYLOGÉNIE DES DIVERS GENRES MALGACHES
Les Cichlidés peuvent être considérés comme l’une des étapes d’une
évolution qui, par suture progressive des pharyngiens inférieurs, conduit
aux véritables pharyngognathes. Nous sommes par suite amenés à
admettre, comme primitifs, ceux des Cichlidés endémiques dont la
synarthrose est flexueuse ou à engrènement faible des os. Ce caractère
est régulièrement associé à la forme en triangle de chacun des os pharyn¬
giens inférieurs. Il est également associé à la présence aux pharyngiens
supérieurs d’un os antérieur souvent réduit à une lame verticale.
Les formes endémiques malgaches peuvent se répartir en deux groupes
nettement distincts. D’une part les Parelroplus, très voisins des Elroplus
de l’Inde, qui ne possèdent aucun des caractères considérés, ici, comme
primitifs. D’autre part, un groupe de genres dont le plus ancien semble
être Paratilapia. Ptychochromoïdes, qui possède à la fois une dentition
pharyngienne proche de Paratilapia et la dentition aux mâchoires de
Plychochromis, nous semble être le terme intermédiaire entre ces deux
genres. Oxylapia, dont la dentition pharyngienne est moins spécialisée
que celle de Paratilapia, mais de même type, présente par ailleurs cer¬
tains caractères plus spécialisés : meilleure adaptation à la nage, réduction
de l’écaillure sur la tête, extension du préorbitaire. La localisation de
ce genre, sur une aire géographique très restreinte, nous amène à penser
qu’il s’agit d’une spéciation à partir d’une forme à plus vaste répartition,
en l’occurence Paratilapia ou une forme proche plus ancienne.
On peut supposer que quelques éléments de Paratilapia ont émigré
très tôt de la côte vers la cuvette de Marolambo (altitude 450 m) où ils
ont évolué rapidement vers la forme Oxylapia au centre d’un bassin
versant (bassin n° 8 de la figure 25) bien individualisé et où cette popu¬
lation s’est adaptée à des conditions très particulières (température, pH
et oxygénation des eaux) pour l’espèce. II est, en effet, bien difficile
d’expliquer une aire géographique aussi restreinte que celle d 'Oxylapia
Source : MNHN, Paris
POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR
97
polli et nos pêches faites dans les bassins versants voisins n’ont, jusqu’ici,
donné aucun résultat. Il est plausible de penser aussi que la cuvette
de Marolambo, après colonisation par cette forme ancienne de Paralilapia,
a pu être complètement isolée par suite d’un événement tectonique
(peut-être même simple glissement de terrain ?) et que ce n'est que bien
plus tard que la cuvette a été à nouveau reliée à la côte est par le passage
du Mangoro. Ce ne serait qu’après ce nouveau passage que le Paratilapia
polleni côtier aurait atteint la région de Marolambo, comme il a gagné
•a presque totalité de la zone des plateaux.
Nous sommes donc amenés à proposer le schéma suivant pour la
phylogénie des genres malgaches :
Genre africain
I
Paratilapia - -*
i, Oxylapia
Plychochromoides
l
Ptychochromis
1
i
Parelroplus
Aucune trace de poissons n’a été, jusqu’ici, trouvée dans les forma¬
tions tertiaires (peu abondantes dans l’Ile) dont l’époque a connu l’épa¬
nouissement des Téléostéens. Il est probable que ce «vide géologique»
ne permettra jamais, à Madagascar et sauf découvertes extraordinaires,
de rattacher nos formes actuelles à des formes ancestrales bien définies.
CONCLUSION
L’étude des dentitions des maxillaires et plus particulièrement celle
des dentitions pharyngiennes sur lesquelles nous basons, en grande
partie, la révision systématique proposée, nous permet de ranger les
Cichlidés endémiques malgaches en deux groupes :
— D’une part celui des Parelroplus, comprenant actuellement cinq
espèces, caractérisé par une remarquable uniformité de la dentition
pharyngienne ;
— D’autre part celui des quatre autres genres malgaches, actuelle¬
ment encore tous monospécifiques, caractérisés chacun par un type bien
défini de dentition pharyngienne.
Les six dernières années ont permis de trouver, dans la grande Ile,
trois espèces nouvelles pour la science et il est permis de penser que de
nouvelles investigations seront encore fructueuses dans ce domaine. Le
nord-ouest de Madagascar, en particulier, compte parmi les régions les
moins propesetées au point de vue des poissons d’eau douce et nous ne
serions pas étonnés par la découverte de nouvelles espèces de Parelroplus
étroitement affines avec celles déjà existantes. De plus, l’étude systé¬
matique des diverses populations de Paralilapia polleni, seule espèce
très largement répartie à travers toute l’île, amènera fort probablement
la mise en évidence de plusieurs races géographiques. Il sera alors inté¬
ressant d’étudier de près les divers facteurs écologiques qui déterminent
leurs conditions d’existence.
Source : MNHN, Paris
L. KIENER ET M. MAUGÉ
RÉSUMÉ
Dans la révision systématique que nous proposons pour les Cichlidés endémiques de
Madagascar, nous nous sommes tout particulièrement basés sur les caractères des dents
pharyngiennes. Nous avons ainsi été amenés à séparer l’espèce belsileanus (Boulenger)
du genre Ptychochromis et de la proposer comme espèce type d’un nouveau genre : Pty-
chochromoïdes. Par ailleurs, grâce à de nouvelles découvertes, nous avons pu décrire un
genre nouveau Oxylapia et deux espèces nouvelles. Ce travail se termine par un essai de
phylogénie des genres endémiques basé sur l’évolution de la ligne de suture des pharyn¬
giens Inférieurs.
SUMMARY
Emphasizing the characters of the pharyngeal dentition, the authors attemp a révision
of the endemic species belonging to the Cichlidae family at Madagascar. On basis of theses
characters, they propose to separate Ptychochromis belsileanus (Boul.) from the généra
Ptychochromis and to erect it as the type of a new généra. Besides, on basis of recent dis-
coveries, they describe two spccies and a généra as new. At last, they set up a tentative
of phylogeny of the autochton généra.
— Laboratoire de Biologie générale et d’Ecologie
Faculté des Sciences, Marseille.
•— Laboratoire de Zoologie, Faculté des Sciences
de l'Université de Tananarive.
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POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR
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s*
Printed in France Achevé d’imprimer le 30 juin 1966
Pierre André, imp., 3, rue Leverrier, Paris 6*
Dépôt légal : 2* trimestre 1966
Source : MNHN
Source : MNHN, Paris
POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES
DE MADAGASCAR
Planches
PLANCHE I
Fig. 1. — Paretroplus polyaclis Bleeker.
Espèce très commune tout au long de la côte Est, notamment
dans les Pangalanes.
Fig. 2 — Paretroplus petiti Pcllegrin.
Espèce jouant un rôle économique au lac Kinkony (N-W).
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POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR
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PLANCHE II
Fig. 1. — Parelroplus maculatus n. sp.
Espèce abondante dans le lac Amparihibe-Sud (près de Mae-
vatanana).
Fig. 2. — Paratilapia polleni Bleeker.
Vieux mâle avec sa livrée de noces et une légère gibbosité frontale.
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MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série A. Tome XL. PI. II
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POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR
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PLANCHE III
Fig. 1. — Ptychochromoïdes belsileanus (Boulenger).
La gibbosité frontale, marquée chez les adultes, apparaît chez les
jeunes vers la taille de 13 cm (long, totale). Cette espèce était très
abondante autrefois au lac Itasy (zone centrale des Hauts Plateaux).
Fig. 2. — Plychochromis oligacanthus (Bleeker).
Race géographique vivement colorée de la région de Mandritsara
(N-W), mais ne présentant pas les taches caractéristiques de la
race orientale.
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MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série A. Tome XL.
PI. III
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POISSONS CICHLIDAE ENDÉMIQUES DE MADAGASCAR
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PLANCHE IV
Fig. 1. — Ptychochromis oligacanthus (Bleeker).
Race orientale caractérisée par des taches noires sur les côtés
(la photo comporte aussi un Paratilapia polleni en livrée de noces).
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PI. IV
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