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Source : MNHN, Parts
Source : MNHN, Pans
MÉMOIRES
DD
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série A, Zoologie
TOME m
FASCICULE 1
C. M. HLADIK
• RECHERCHE DES CARACTÉRISTIQUES
HISTOCHIMIQUES ET CYTOLOGIQUES
DE LA MUQUEUSE INTESTINALE
DES PRIMATES ET DES CORRÉLATIONS
AVEC LE RÉGIME ALIMENTAIRE
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
38, rue Geoffroy-Saint-HUaire (V •)
1968
Source : AfNHN, Paris
Source ; MNHN, Paris
MKMOIUES
DU
MUSihJM NATIONA L
D’HISTOI RE NATU R ELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série A, Zoologie
TOME LU
FASCICULE 1
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
36, rue GcofTroy-Saiut-Hilaire (V«)
1968
Source ; MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL DTIISTOIHE NATURELLE
Série A, Tome LU, Fasc. 1.
RECHERCHE DES CARACTÉRISTIQUES HiSTOCHIMIQUES
ET CYTOLOGIQUES
DE LA MUQUEUSE INTESTINALE DES PRIMATES
ET DES CORRÉLATIONS AVEC LE RÉGIME ALIMENTAIRE
par
C.M. HLADIK
- Laboratoire d'Écologle générale du Muséum — Brunoy
SOMMAIRE
INTRODUCTION.
La muqueu.se intestinale des Primates; généralités et lecliniques il'eluile .. :i
A. Matériel et méthodes . .i
B. I.A MUQUEUSE INTESTINALE ET PYLORIQUE I GÉNÉRALITÉS . G
I. — La cellule à plateau strié (entérocyte) . 12
II. — La cellule caliciforme . 17
ni- — La cellule à pûle muqueux fermé dans la muqueuse pylurique et
duodénale . 20
IV. — La cellule muqueuse des glandes de Brunner . 25
V, — La cellule de Panetii. 30
VI. — La cellule argentafline . 34
VII. — La cellule à microvillosités flcxueuses . 38
VIII. — Corrélations entre les données histologiques, histoctiimiques et le
régime alimentaire . 45
IX. — Le Glycocalyx de la cellule absorbante; description et technique
d'étude . 46
X. — Structure du Glycocalyx de la cellule absorhanlo . 48
XI. — Diversité d’aspect du Glycocalyx et corrélations possibles avec le
régime alimentaire . 59
XII. — Hypothèses sur le rôle du Glycocalyx . 61
CONCLUSION; RÉSUMÉ . 65
SUMMARY . 66
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES . 67
Source ; MNHN, Paris
Source ; MNHN, Paris
INTRODUCTION
La muqueuse intestinale des Primates;
généralités et techniques d'étude.
L'analomie microscopique, étudiée par ies procédés classiques, permet sur¬
tout de constater la similitude des organes homologues des diverses espèces. On
observe cependant que la répartition des différentes catégories cellulaires varie
d'une espèce à l'autre. Les caractéristiques hislochimiques semblent beaucoup
plus significatives, car elles traduisent des différences liées à des variations
dans le métabolisme des substances engagées dans les circuits biochimiques.
De telles différences peuvent être en corrélation avec le régime alimentaire
de l'animal et c’est dans ce sens que nous avons recherché les différences déce¬
lables eiitrn les muqueu.ses digestives de différents Primates. Ce travail préli¬
minaire ne peut constituer qu'une approdie du problème car il serait nécessaire
d’opérer, sur un très grand nombre d’individus d'espèces variées, une série de
réactions hisLochimiques.
Nous nous sommes limité à une petite série de réactions permettant des
caractérisations d'ordre histochimique. sur 14 espèces de Primates, dont nous
avons pu recueillir et fi.xer des échantillons du tractus digestif dans des condi¬
tions suffisamment bonnes. Les comparaisons portent principalement, sur la
muqueuse de l’intestin grêle; mais la région pylorique de l’estomac avec son
passage au duodénum, ainsi que le colon, sont accessoirement examinés. La répar¬
tition des types cellulaires est analysée ainsi que les caractéristiques propres à
chaque type. Pour 4 espèces, pour lesquelles nous disposons d’échantillons
recueillis sur 3 individus différents, nous pourron.s avoir une idée approchée de
la variabilité ainsi que des divers aspects que peut prendre la cellule absorbante
pendant la digestion.
Les interprétations quant aux corrélations possibles avec le régime alimen¬
taire peuvent être mises en parallèle avec celles que nous faisons par ailleurs
(Hladik, 1967) sur la siirface relative des muqueuses chez les mêmes espèces de
l'rimates.
Les ol)servations relatives aux mucopolysaccharides du plateau strié des
entérocytes, en complétant notre étude de microscopie électronique, sont une
contribution aux recherches effectuées actuellement sur la fonction absorbante cl
pourraient éventuellement aboutir à la mise en évidence de nouvelles corrélations
avec ie régime alimentaire.
Les observations cytologiques effectuées au microscope électronique ont été
regroupées en fin de publication, en raison des techniques particulières mises en
jeu, qui seront décrites au chapitre IX.
Source : MNHN, Paris
HI-ADIK
A. MATÉRIEL ET MÉTHODES
i° Matériel recubilli.
La plupart des échantillons utilisés proviennent du Gabon où nous avons
effectué un séjour. Les animaux ont été pris dans la forêt, dans une zone de
lôO km autour de Makokou.
Les platyrrhiniens ont été recueillis en Guyane par M. fi. Dubost (O.R.S.T.O.M.
et Ecologie Générale du Muséum) (|ui a expédié les échantillons de tractus
digestif dans le liquide de (ixalion.
M. J.-J. PtriTER (Muséum d'HisLoire Naturelle) a pu fournir quelques Lému¬
riens provenant de Madagascar. Toutefois, ces animaux ont été sacritlés parce
qu'ils étaient condamnés par une maladie et certaines des images observées
peuvent correspondre à des affections pathologiques.
Les 2i animaux observés se répartissent ainsi, selon leur origine :
3 Oalauo demifUivii (Makukoii et Bélinga - Gabon) (cfcfrf).
2 Gatago alleni (.Makokou et Bélinga - Gabon) (9$).
1 Microcebns murinuK («n élevage; Rouciie de Madagascar) (rf).
1 Lepilernur muslellnus (.Madagascar) (5).
1 Chelrogaleiiit major (Maiagascar) (cf).
1 Cebtis grisem (Guyane) (<f).
1 Alouatla senlnüiis (Guyane) '«■).
1 Colobus polykomos (Bengoué - Gabon) (5).
3 Cercocebus albigena (Makokou et Bengoué - Gabon) (9 5^).
2 Papio leucophacua • (juvéniles en élevage; Makokou - Gabon) (cfi^).
3 Cercopithecns nictilans (Makokou et Bélinga - Gabon) (>ÿif 9).
1 CercopUhecus negleclus (Sud de Loa Loa - Gabon) (9).
3 CercopithecuR talapoîn (Sud de Loa Loa - Gabon) (<f99).
I Pan troglodytes (juvénile en élevage: Makokou - Gabon) (if).
2® Prélèvement des échaxtillo.ns et fixation.
Les prélèvements ont été elTeclués sur place, en îorèt, dès que les animaux étaient
abattus. Pour les animaux d’élevage qui étalent disponibles au laboratoire de Makokou,
nous avons opéré sur les animaux anesthésiés à l’éther, sauf dans le ras du Chimpanzé chez
qui les prélèvements ont été effectués juste après la mort (cet animal étant malade).
Les niveaux de prélèvement se répartissent le long du tractus digestif et sont fixés à
des emplacements géomélriiiuemenl homologues chez les différents animaux.
Dans le duodénum, un prélèvement est fait en aval du pylore; un autre en amont de
l'abouchement du canal cholédoque, et un troisième à mi-distance des deux premiers.
Dans le reste de l’intestin grêle, entre l’aboucliement du canal cholédoque et la valvule
iléo-caecale, trois prélèvements sont effectués de la même façon et deux autres prélèvements
sont efTeclués au milieu des segments ainsi délimités. Nous obtenons donc 5 prélèvements
régulièrement répartis sur cette portion de l’intestin grêle.
Sur le côlon. 5 prélèvements régulièrement répartis sont effectués de la même manière,
Le long de la grande courbure de l’estomac, 5 prélèvements sont effectués de même,
régulièrement répartis entre le cardia et le pylore: mais nous examinerons surtout la région
pylorlque.
Enftn. 3 prélèvements sont faits sur le caecum et un sur l'oe.sophage. an niveau de la
traversée du diaphragme.
Pendant la dissection, des (lis de couleur étaient disposés aux niveaux des prélèvements,
aûn d’éviter toute erreur.
Pour no pas avidr de trop grosses pièces, un seul fragment de l’intestin était recueilli.
Il était découpé aux ciseaux fins et fixé sur un bouchon de liège lesté, aûn d’être plongé
dans le fixateur quelques secnnde.s après le prélèvement.
Lrs « houchnns lestés » sont équilibrés par trois plombs enfoncés à la base du cône de
liège. Ils ont été plongés dans la paraffine avant l’emploi pour éviter toute réaction sur le
plomb des acides contenus dans le fixateur.
A l'aide de t'-ois piquants d'.Mhérure ou de hérisson, les pières étaient fixées à plat à la
face inférieure du bouchon (ftg. 1), oü elles étaient orientées et repérées par nn numéro.
Ce système nous a permis de manipuler rapidement un nombre important de pièces qui
plongeaient Inuionrs intégralement dans le fixateur ou dans les liquides où l’on plaçait les
« bouchons lestés ».
fit II subsiste un léger doute pour la di'ierminallon de eeiie espèce qiif pourrait être
P. sphinx. Les animaux èialcni Jeunes ei peu dlfférenrlés ei la comparaison des caractères
crâniens falle dans la collection du Muséum d’illsiolre Naiureiie ne donne pas une certitude
absolue.
Source ; MNHN, Paris
Mt gCKrsK INTKSTINAI.I-; DES PRIMATES
5
l'Ki. J. - - Pixalion il'une pièce sur un « liniiohon lesté ». lors U’un prélèvement
(Phnt. A. H. Devez. Mission biologiciue au Gabon.)
Pic 2 — Aspect niacrnscnpk[iie des villosités dans le jéjunum de Gliimpanzé. l’an
IroDlodytes (X environ 20). 'Pliot. G. M. Hlatiik. M.H.G.)
Source ; MNHN, Paris
n. M- in-/\i)iK
Un Inoonvénienl de ce procédé, toutefois, a été l'agitation trop grande du liquide llxa-
teur sur les surfaces muqueuses encore mal Ilxées, lorsqu’on devait faire de longues
marclies pour ramener les bocaux au laboratoire : la muqueuse risquait alors d'être partiel¬
lement arrarJiée.
Lors des llxalions au laboratoire, par contre, nous n'avons pas eu cet inconvénient, qu’il
serait nécessaire de pallier sur le terrain en combinant notre procédé avec la « fixation par
extension » effectuée par Vodovah (1%4) pour son élude de l’intestin gréic du porc.
Nous avons utilisé les fixateurs suivants ;
Liquide de Zenker.
• - Bouin Duboscq-Brasil.
- Formol neutre (10 %) salé à 9
Dans la plupart des cas, des échantillons ont été fixés avec deux au moins de ces
liquides fixateurs.
3“ Inclusion, coupe et colorations.
Le système de « bouchons lestés » nous a permis de traiter des lots de pièces qui,
fixées sur leur support pendant toute la durée des opérations, restaient parfaitement plates.
La déshydratation était faite par les alcools de litre croissant, puis l’éclaircissement à
l’essence de cèdre, L’inclusion était faite à la paraffine selon la technique traditionnelle en
orientant les pièces en vue de coupes transversales; les coupes ont été effectuées à 5 a et à
2.5 a dans quelques cas.
Les colorations et réactions suivantes ont été réalisées ;
1) P.A.S. avec coloration nucléaire à la trioxyhématéine et coloration de fond au Picro-
Indigo-Carmin.
2) Digestion salivaire suivie de P.A.S.
3) Métachromasie en pH contrôlé, selon Lisox (1960). Celle réaction a été effectuée à
divers pH.
4) Bleu Alcian avec coloration nucléaire au rouge solide.
5) Sulfatation suivie de réaction mélachromatique.
6) Réaction areeotafflne, selon .Masson (1914) pendant 24 heures, avec coloration nucléaire
au rouge solide.
7) Couplage avec sel de diazonium (Fast Black K Sait) dans le tampon Vérona! sodique-
Acétate de sodium, à pH 9,6,
8) Trichrome de Prenant, variante Gabe.
9) TrieJirome de Cajal.
Les indications du Cours technique supérieur d’Ilistologie de M. Prenant (1956) nous
ont guidés pour l’ensemble de ces ojiérations.
Toutes les réactions n’ont pas été effectuées sur tous les niveaux intermédiaires où nous
avions fait des coupes; nous avons admis a priori qu'il existait une certaine continuité le
long de la muqueuse, el certaines réactions histochimiqiies n’ont été faites qu'à 3 niveaux
de l’intestin grêle (.liiodéniiin; milieu du jéjuno-iléon et fin de l’iléon).
B. LA MUQUEUSE INTESTINALE ET PYLORIQUE :
GÉNÉRALITÉS
1“ Forme oénérale du tube digestif des vertébrés.
Oii retrouve toujours, aux divers niveaux du tractiis digestif, un plan d'or¬
ganisation comparable ; une couche muqueuse tapisse tout l’intérieur du tube
cylindrique constitué par la musculeuse.
Entre ces deux couches, la sous-muqueuse, formée d’un tissu conjonctif lâche,
assure une liaison très souple. Cliacun de ces deux cylindres emboîtés l’un dans
l’autre peut donc être déformé ou se mouvoir avec beaucoup d’indépendance
(Chevremont. 1950).
L'ensemble est enveloppé dans une séreuse (entre l’estomac el l’anus) qui
peut enfermer un tissu sous-séreux adipeux, généralement peu développé.
L'arrivée des vaisseaux sanguins et lymphatiques, ainsi que des nerfs, se
fait par le méso, qui prolonge, la séremse et assure une suspension au traclus
digestif.
La musculeuse est classiquement décrite comme formée de deux couches ;
une externe dont les fibres sont orientées longitudinalement, et une interne dont
les fibres sont orientées circulairemenl. En fait. Carey (1921) avait apporté
à ce sujet quelques précisions qui ne semblent pas avoir été infirmées depuis
Source : MNHN, Paris
MÜQriîUHB tNTESTINALE DES PRIMATES
lors : cliai-iine liR ces couclies présente une légère obliquité quant à l'orienlatioii
de SOS libres. On devrait donc plutôt parler d'une disposition hélicoïdale, dont le
pas est très grand pour la couche externe et très court pour la couche interne.
Une telle disposition explique d’ailleurs aisément la propagation des mouvements
péristaltiques.
Les plexus d’AuERBACii, entre les deux couches de la musculeuse, et do
MEtssNEB, au contact de la sous-muqueuse, ont été décrits dans leur structure fine
par Jaüonero (1!)55). Rien que connectés au nerf vague, ils assurent une grande
indépendance dans la motricité intestinale.
La couche muqueuse comprend un épithélium (jiii délimite la lumière intes¬
tinale et s'appuie sur une membrane basale. Des libres musculaires lisses viennent
se rattarher sous cette basale et donnent ainsi à la couche muqueuse une mobilité
propre.
L’ensemble de la muqueuse est soutenu par un tissu conjonctif à large.s
mailles (ctiorion) qui renferme de.s histiocytes, des lymphocytes, des plasmocytes
et des éosinophiles. Ce tissu est plus compact dans la partie interne (Verne, 1960),
A sa base, au contact de la sous-muqueuse, la muqueu.se est limitée par une
couche musculeuse peu épaisse formée de deux strates de libres dont l’orientation
est parallèle à celle des deux couches de la musculeuse.
La muqueuse forme des expansions vers la lumière intestinale : les valvules
connivenies (avec un axe sous-inuqueux) et les villosités (fig. 2) dont nous avons
fait par ailleurs (Hi^dik, 1967) une étude comparative des formes. Les villosités
sont d’abord, chez l'embryon, de simples replis longitudinaux de la muqueuse
apparus en premier lieu dans le duodénum. Ils se fractionnent en.suile en une
multitude de petits tubercules (Berry. 1900). Leux axe contient un vaisseau
lymphatique (chylifère), une artériole et une veinule ramifiés en capillaires.
On remarque également des invaginations de l'épithélium muqueux dans le
cliorion : les cryptes de Lteberkühn ain.si que des follicules lymphoïdes dont la
multiplication donne les plaques de Peyer.
Les di/Térent.s types cellulaires pré,sents dans l’épitliélium muqueux seront
ü.xamiiiés en détail.
— Les e7ilérocyles (cellules à « plateau strié ») forment la plus grande partie
de l’épithélium intestinal.
— Les relltili’s calcifornies leur sont mêlées en proportions variables selon le
segment et l'animal considérés.
— Au fond des cryptes de Lieberkülm de l’intestin grêle, les cellules de
Paneth prédominent.
— Les cellules m'gentaffines sont plus rares, toujours situées près de la
basale et moins hautes que les autres cellules de l'épithélium muqueux.
— Nous devons noter également la présence de lymphocytes infiltrés assez
fréquemment parmi les cellules de cet épithélium.
La description histologique de l’intestin de divers Primates a été présentée
par BiîRKi, (1958) qui a observé les particularités propres à chaque espèce. Pour
l’Homme, on trouve une description détaillée dans Tehtut (1894) et plus
récemment, la monographie de Patzei-t (1936).
2" Croissance de l’épithébium muqueux
Il est nécessaire d’envisager les transformations dans le temps de la couche
muqueuse, afin de pouvoir comparer les formes que nous observons chez les
divers Primates.
Le renouvellement des cellules épithéliales est étonnamment rapide. Il se
produit un mouvement continuel des cellules jeunes, glissant sur la basale, allant
remplacer celles qui tapissaient les villosités, et qui, éliminées, tombent dans la
lumière intestinale.
Leblond cl Stevens (1948) ont étudié ce phénomène dans l’intestin du rat.
Un calcul de la durée de vie moyenne de l’entérocyte a été effectué en comptant
les mitoses observables dans les'cryptes de Lioberkühn. Par ailleurs, le blocage
de la mitose par la colchicine, pendant un temps déterminé, a permis de calculer
la durée de ce phénomène. Ces auteurs ont pu en déduire que 100 % des cellules
Source ; MNHN, Paris
M. iir.AinK
sont eiilrôos ou mitose en 37.7 lieures (1,57 jour) au niveau <iu du(niéiuun et en
32,4 lieures au niveau de l’iléon.
Pendant celle courte période, l’épilliéliuin est donc entièrement renouvelé.
Les zones d'extrusion de.-' cellules séniles ont été localisées par ces auteurs au
sommet des villo.sités. Ils confirment donc et précisent numéri(|uemenl le.s obser¬
vations déjà mentionnées i)ur les auteurs anciens, comme HiitOENHAiN qui dédui¬
saient colle migration cellulaire du l'ail que les mitoses n’étiiienl observables que
dans les cryple.s.
Les comparaison.s ne peuvent donc se faire qu’entre des cellules de l’épitlié-
liiim situées à un m'me niveau de la villosité, ayant appnjximalivement le
même âge.
En général, les cellules les plus liantes se situent près du sommet. C’est le
cas, par exemple, cbez le rat ou chez le pore, dont la muqueuse a été étudiée par
VoDOVAR (l!>6i}. Cel auteur a montré, d’autre pari, qu’en deliors des premiers
mois qui suivent la nai.>isanre de l’animal, la liauteur des entérocytes du porc
est relativement constante : 40 n.
Cbez les Primates que nous avons exaininé.s, plusieurs cas peuvent se
présenter. Entre deux espèces d'un même genre : Cercopillircus niclilnns (l’ig. 5)
et C. npglcrlns (fig. i) on observe une différence notalile : l'épithélium atteint
son. épaisseur maximale au milieu de la face latérale de la villosité chez le premier
tandis que c’est à la base de cette dernière qu'il e.sl le plu.s éjtais chez le second.
Ces différences peuvent être due.s à la poussée des cellules venues renouveler
les anciennes. Cette poussée se répartit différemment selon la forme et l’extension
des villosités qui peut varier eonsidérabloment d'une espèce à l’autre.
Ctiez Mi'-rorrbus miiriiius. la répartition est pins irrégidière; on ob.sorve des
sillons sur une coupe langentielle de la villosité. Il y aurait une plus grande
irrégularité dans la croi.ssance donnant à l’épitliélhim un aspect « crénelé » (fig. 3).
De l’ensemble de ces observations, nous avons déduit qu'une dns seules
méthodes de comparaison diinentinnnelle applicable consistait à ])rcndre les
mesures sur les entérocytes les plus grands de la face latérale de la villo.sité.
Ce sont ces cellules que nous comparerons entre elles, cliez les diverses espèces.
3“ Aspect des celta’i-ks de i.'épithélium muqueux au cours de la digestion
Il est également néce.ssaire de tenir compte des variations de l’a«iieot des
cellules aux différents stades de leur activité.
Les métiiodes que nous avons utilisées pour obtenir notre matériel ne nous
permettent pas de distinguer avec précision les caractcri.stiques cytologique.s de
certaines figures dues à un pliénoraène momentané. Cependant, tous tes animaux
abattus en forci se trouvaient dans un état très comparable : le tracliLs digestif
était toujours partiellement rempli et la digestion en cours.
Nous éviterons donc de tenir compte des aspects de la muqueuse rjui jiiiur-
raienf être uniijuement corrélatifs de l'absorption.
Ces aspects que prend la cellule alisorlianle au cours de la digestion ont été
surtout décrits à propos de l’absorption des graisses : c'e.sl. en efTet, le pliénomène
qui est le plus aisément ob.«ervable en utilisant un fixateur à base d’aeide
osmique. Ciiampy (15>28) en a décrit l’essentiel, montrant la reconstitution de
globules lipidiques après la traversée du plateau strié et leur l'egroupement dans
les espaces inlercellulaires. l'ne récente étude de Vodovab. Flaszy et Er.xxqois
(1966) précise les voies de cheminement grâce à des ob.servations au microscope
électronique.
En ce (|iii concerne l’épithélium Intestinal des Primate.s que nous observoms.
aucun aspect du processu.? d’absorption des lipides ne peut apparaître, toutes les
pièces ayant été incluse.s à la paraffine.
L’absorption des autres matériaux se manifeste surtout par la présence de
vacuoles (Verne. 196(1). Mais les entérocytes perdent leur pouvoir de pinocytose
avant l’âge du sevrage (Clark, 1959) et les grosses vacuoles ne sont jamais très
nombreuses chez l'adulte.
Source ; MNHN, Paris
Kio. — Rfpartilion des cellules à plaleiiu sirié sur les faces latérales des villosités.
Duodénutii de Mitrorihiix murinus. .V.P.?-.. Ii'icixyliéiiialéinc Picro-initifru-carinm (X tlOtl).
Hépartilion irréguliôi'e; éjdlliélium type « crénelé ».
KiG. ’i. néparlilmn des cellules à plateau strié sur les faces latérales des villi>-
silés. Milieu du jéjniin-ilénn lie i:ricopilhi'cns iieiflfrlxs. Irioxyliématéine. l'iero-
mdigo-earniin (X 300). Hauteur maximale à ta base de.s villcisilés.
F(g. T). — HéparlitUm des cellules fi plateau strié sur les faces latérales des villo¬
sités. Milieu du jujéno-iléoti de C'crcopi/ZieCHs niclilanx. Iriclinuiie de l'renaul-Cabé
(X 300). Hauteur maximale au milieu de la face latérale.
Source ; AIMHfJ, fions
10
C. M. HI^DIK
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MUQUEUSE INTESTINAL!
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I. - LA CELLULE A PLATEAU STRIÉ (ENTÉROCYTE)
l" ETLDE PIMENSIDSNELLB
La liauleiir de la cellule à plateau strié, cliez les Primates, peut varier pério-
diqueineiit, donitant à l’épithélium un aspect plus ou moins rrénnlé. Chez certaines
formes, comme le colobe, Colohus polykoims, l'épithélium est pai'failement
régulier en épaisseur, d’aspect plat (fig. 6 A). Au contraire, chez le microcèbe,
Microccbus viurinus, on observe de grandes variations de hauteur entre des
cellules voisines (fig. CD): la surface de la muqueuse s’en trouve fortement
bosselée. Tous les types Intermédiaires existent.
Nous indiquons dans le tableau I les divers aspects que nous avons observés
îi trois niveaux de l’intestin gi‘êle. Nous qualifions de sinusoïde l'épithélium oii
l’irrégularité se manifeste surtout du cété de la basale, donnant à celle-ci un
profil sinusoïdal.
Dans ce tableau, nous remarquons que la forme de l’épithélium varie peu.
chez une même espèce, aux différents niveaux de l’intestin grêle. Par ailleurs,
les formes les plus régulières s’ob.servenl chez Cotobus et Aluualta (remarquon.'^
que tous deux oui un régime à tendance folivore); les formes les plus fortement
crénelées ont trait aux Lémuriens les plus insectivores, sans que la gradation
soit bien nette chez les autres fornie.s.
L’élude de la hauteur de l’épithélium (mesurée .sur les entérocytes les plus
grands, ainsi que nous l'avons défini) ne donne pas de résultats bien nets.
Nous avons examiné la variabilité de cette mesure chez les espèces où nous
disposions de trois exemplaires : elle est de 3 a è 5 a ])our une cellule de 50 a-
Seules des varialions supérieures h 10 % entre deux e.spèces peuvent donc être
considérées comme des caractéristiques. Il n’y a aucun rapport entre la taille
de la cellule et celle de l'animal.
Ici encore, c’est chez les formes follvores que l’on ob.serve des dilférences
marquées par rapport à l’ensemble des autres espèces chez lesquelles la hauteui
de l'entérocyte oscille entre 40 e( 50 a- Mai.s ces variations se font dans un sens
opposé : petite taille chez Cotobus et grande taille chez Alouatla. D’autres dilfé-
renees opposent d’ailleurs ces deux genres chez qui nous avons vu (Hi..-u)ik, 1967.
déjà cité) une adaptation au régime Folivore par deux voies très divergentes, du
moins en ce qui concerne le tractus digestif.
2° l.NCLUSIÜ.NS .VBf-EXT.'VFFI-VES .\ OARACTÈHË PHÉNOUQUE
La réaction argontaffine de Masson (1914) nous a permis de mettre en
évidence certaines granulations présentes à l’inLérieur des entérocytes. C'est dans
l’Intestin grêle de Alouatla scniciilus (fig. 7 et 8) que ce.s granulations sont les
plus abondantes : elles forment un ensemble ovoïde dense, au-dessus du noyau
de tous les entérocytes situés dans la moitié supérieure de la villosité. Elles sont
plus abondantes dans l’iléon que dans le duodénum.
Chez quelques autres espèces (Cliriro-jaleus major principalement) nous
avons retrouvé des granulations du même type dans la partie apicale des enté¬
rocytes. Mais elles y sont toujours en très petite quantité. Par contre, dans un
autre type cellulaire (cellule à pôle muqueux fermé) nous avons observé une
grande abondance de granulations argenlaffmes chez Lepilemur et Cotobus. doni
nous reparlerons.
Le couplage avec un sel de diazonium montre clairement que ces granulations
sont de nature phénolique ou contiennent un corps phénolique. : dipbénol ou poly-
phénol, puisque la réaction argentafline est positive.
3' Mucopoi.ysaccharides dv pl.ateau strié
Des éludes récentes ont montré l’existence d’un revêtement externe sur le.s
microvillosités formant le plateau strié. Ce revêtement ou glycocalyx de nature
mucopolysaccbaridique, affecte des formes varialile.s. Nous avons chei'clié à le
mettre en évidence par les procédés de microscopie optique, sur des coupes de
2,5 g.
Source : MNHN, Paris
Colobris polijkci
C. M. Iir^DlK
Fig. 7. — Epitheîium de la muqueuse de l'iléon de Alouatla seniciUiis. Réaclion argen-
lafllne el muge solide. A ; vue d'tnsemble (x ilüO) ; B : détail (X 1 5UI)/.
Source ; MNHN, Paris
SK INTKSTI.NAl.E
\TES
15
Fig. 8. — Kpilh^lium de la muqueuse de l'ili^on de Atonalla seniculux. Reartion A.P.S..
Irioxyhémateine et Picro-indigo-carmin. A : vue d'ensemble (x 300): H . délail (x 1 500).
I. HI.ADIK
IC
Fto, 9. — Slinu'lure de surface des entérocytes ; la membrane basale, accolée à la
membrane plasmique; au dessous, le ciiorion conjonctif avec un fibroblaste et un plas¬
mocyte (éleotromirrographie, X 10 000).
Source : MNHN, Paris
ML-QrEUSE INTESTINAI.E t)ES
IMATES
17
Dans l'iléon de Papio leucopharux, il apparaîl sous fonue d'iiii liséi'é dense.
A.P.S. po.sitil’. au sommet des microvillosités. Sur celle pi-épunilion, il e.-il nette¬
ment distinct des sécrétions provenant de.s cellules calicirorme.s (|ni dilTu.sent
dans la lumière intestinale. On .sait i)Hr ailleurs {cf. cliH|)ilrn X) <iu'il est formé,
à ce niveau, de sphéruies accolées au sommet de.s microvillosités, en qui explique
la densité du matériel A.P.S. positif qu'on y ohsei've.
l.a réaction mélachromalique do LtsoN sur le plateau strié est po.sitive à
pH 5 et négative il pH 3. Il s’agirait ilonc d'un mueopoly.saccliaride acide simple.
Quelques restrictions s’imposent cependant ([uant à la loealisalion précisa
de la métachromasie observée : la teinte mauve prise par le bleu de loluidine se
répartit de manière un peu diffuse autour des microvillosités. Pai' ailkuir.s. elle
n’esl pas toujours observable à tous les niveaux de l'intestin grêle, ce qui
pourrait s’expliciuer par les dilférences de densité du glycocalyx; mais il n’est
pas exclu que la composition même des mucopoly.saccliarides qiii le forment soit
variable.
Nous avons noté égaieinent (tableau 1) la hauteur du plateau strié chez les
diverses espèces. De cette linuteur dépend l'importance du glycocalyx. Le maxi¬
mum s’observe chez Aloualta et le minimum cliez le Lapilrmiir oi'i les microvillo¬
sités semblent de forme irrégulière, parfois spliériqucs et visibles en microscopie
optique; mais il pourrait s'agir là d'un aspect pathologique.
4“ Discussion.
Les entérocytes ont été décrits chez de nombreux mammifères et chez
l'Homme. Peu d'études cependant portent sur les autres Primates et Burki, (1958)
ne relève aucune dilférence entre les entérocytes des espèces ([u’il observe.
Prenant et Douin (1911) font mention d'une remarque de Heidenhain : l'épi¬
thélium est généralement plus épais c.hcz les espèces dont l'aliineiitalion est
azotée et riche en graisse; il est jilus mince étiez les lierbivores.
Ce fait général semble partiellement conlirmé chez les Lémuriens et les Catar-
rhinlens. Par contre, sur les deux e.spère.s de Plalyrrhiniens dont nous disposons,
le phénomène inverse se produit. Nous l’avons expliqué par le fait d'un mode
d'adaptation différente où la partie postérieure du tube digestif est la plus déve¬
loppée. entraînant probablement une inversion partielle dans l'ordre d'absorption
des métabolites.
Les structures de la cellule à plateau strié sont .surtout connues depuis le
développement de la microscopie électronique. La thèse de Zetterqvist (1956)
est une analyse très détaillée do l'entérocyte de la souris. De nombreux travaux
plus récents (Pai-ay et Karlin, 1959; Rhudin, 1963) ont précisé l'aspect de cer¬
taines inclusions.
Les gramilalion.s de nature phénotiiiue dont nous faisons mention ne semblent
pas avoir été rencontrées chez les animaux étudiés jii.s(|u’à présent et leur
signilication n'est pas claire.
Nous discuterons de leur rôle possible à propos ile.s problèmes posé.? par les
cellules argcntaffines qui présentent des granulations très semblaliles.
Les microvillosités formant le plateau strié sont des cléments «ue l'on
retrouve dans de nombreux autres types cellulaires: on observe des formations
assez semblables, de dimensions romparables. sui' les faces latérales des enté-
rocyle.s, dans les e.sj)accs intercellulaire.s. Le glycocalyx. ainsi cpie lu membrane
basale (lig. 9) sont considérés comme un revêtement externe produit par l'enté¬
rocyte. Qn pourrait le comparer à une sécrétion mùqupuse dont les granules
encore enfermés dans leur membrane, restent au contact des microvillosités de la
cellule absorbante.
II. - LA CELLULE CALICIFORME
l" Observations.
Nous avons cherché si la proportion des cellules caliciformes présente.?
dans la muqueu.se variait d’une espèce à l’autre, chez les Primates. La méthode
utilisée consiste à compter tous les noyaux de l’épitliétium des cryptes visibles
Source ; MNHN, Paris
18
Fig. Il - Baso d'une eelUiie ealieifnrme, dans le côlon de Cercopitlivciis niclUans
(élecfromicrographie, x environ 13 000).
FiG. 12. — Jonction entre Jes enlerocyles, en coupe lungcnlitOle à travers l'épithé¬
lium colique de Cerrocebus alblyena. En lia'ut on distingue un desmosome: puis la jonc¬
tion est plus lâche et les cellules émettent des processus assez comparables a des micro¬
villosités dans l'espace qui les sépare (éleclromicrographie. X environ 20 000).
Source : MNHN, Pans
20
M. HIwVDIK
sur une coupe, cl à tlt^nombrer, d'autre part, les cellules caliciformes visibles
dans le même cliamp. Les pourcentages indiqués sur le tableau II correspundenl
au nombre de cellules caliciformes pour 100 noyaux celluiaires comptés sur la
même coupe. Ce chiffre (à 5 % près) ne correspond pas forcément au pourcen¬
tage réel de cellules caliciformes dans répithélium en raison de leur forme plus
ou moins allongée, mais il nous permet des comparaisons entre les diverses
espèces.
La taille maximale de la gouttelette de mucus est également indiquée sur
ce tableau.
On remarque une augmentation généralement progressive de la proportion
de cellules caliciformes, du duodénum à l'iléon, et une plus forte concentration
dans le côlon. Ce dernier fait ne s’applique pas aux IMatyrrhiniens chez lesquels
on note une très grande abondance dans l’iléon (fig. 8) suivie d'une décroissance
dans le côlon. On note également la très faible quantité de cellules mucigènes
dans l’intestin de Lcpilamur mustelinus.
Nous avons clierché si la composition du mucus pouvait varier d'une espèce
à l'autre. Mais le procédé de recherche utilisé (métachromasie à pH contrôlé)
ne nous a pas permis de faire apparaître des différences. La métachromasie a
toujours lieu iv pH très has (2,99) et traduit donc la présence de mucopolysaccha-
rides acides complexes mlorahles également au bleu Alcian.
2° Discussion.
Des descriptions récentes (Sëdar, 1964) ont montré que les granules de
mucus des cellules caliciformes, d’abord entourés d'une fine membrane, se joignent
en une seule niasse dans la région apicale. Lorsque la cellule est pleine, les
microvillosités de son plateau strié di.sparaisscnt.
Le mucus rejeté dans la lumière intestinale a une composition qui n’est
pas encore déterminée avec précision. Il s'agit soit d’un mucopolysaccharide
.sulfaté A.P.S.-posilif encore inconnu, soit d’un mélange d'un mucopolysaccharide
.sulfaté A.P.S.-négatif et d'une mucoprotéine neutre (Lison, 1960). Sur la série
de Primates examinés, ce mucus semble avoir une composition assez constante,
mais, s’il s’agit d'un mélange, les proportions pourraient éventuellement varier.
Nous avons observé quelques variations dans la répartition des cellules cali¬
ciformes mais nous ne pouvons pas les mettre en corrélation avec une quel¬
conque adaptation au régime alimentaire. Notons qu'en général une faible
proportion dans l'intestin grêle est compensée par une forte proportion dans le
côlon.
III. - LA CELLULE A POLE MUQUEUX FERME
DANS LA MUQUEUSE PYLORIQUE ET DUODÉNALE
1 “ ObSERVATIONS-
La région pylorique présente un aspect très variable chez les différentes
espèces que nous examinons. D’autre part, l'épithélium type « stomacal », formé
de cellules à pôle muqueux fermé peut s'étendre dans le duodénum morpholo¬
gique, Jusqu’à l’abouchement du canal cholédoque.
L'aspect le plus courant de la muqueuse est celui de Ccrroccbus : des cryptes
formées d’un épithélium à pôle muqueux fermé rejoignent les glandes pyloriques
réparties dans le chorlon. Cette disposition se retrouve chez Cercopithecus,
Papio, Pan.
Chez les Lémuriens du genre Microcebus et Galago, les cryptes sont plus
profondes, séparant des massifs semblables à de petites villosités. Nous avons
remarqué, en outre, la présence de cellules bordantes sur le « collet » des glandes
nu mêlées aux cellules des glandes pyloriques.
Pour le genre Lepilemur, on peut parler de véritables villosités stomacales
possédant un axe conjonctif bien développé. On note encore la présence de
quelques cellules bordantes dans les glandes pyloriques. Chez cet animal, nous
remarquons surtout l’extension des cellules à pôle muqueux fermé dans toute la
Source ; MNHN, Paris
MUyUEUSE INTESTINALE DES PRIMATES
I
21 I
C. M. IILADIK
Fie. i:i- — l.l■|lil^■mlll• muslelijim. H(5giim iiylDi'i.jiie : gninulaliims argiiilatllnes dans îs
muqueuse pylorique. (.\ : x 300; B ; x 3 000).
Source : MNHN, Paris
MCOl'El ^K INTBSTINAI.K l>KS 1>K!MA
23
Frc. M- — Li’i'ilnmir m
hémaléine. l’ioi'u-indifrri-c’arm
muqueux frimô .. (x 1 5(10);
plateau strii' (x 1 500).
Ejiilhélium de la région duodénale, A.P.S., trioxv-
liii. A : épithélium de surface avec cellules type « pôle
I! : dans les cryptes, formes de transition avec les cellules à
Source : MNHN, Pans
24
I. HI.ADIK
première iiioilié du iluodéiiiuii oii elles oui un aspecl plus allongé, avec une
moindre épaisseur de mucus dans leur zone apicale (iig. 14). On trouve des formes
de transition entre ce type cellulaire possédant une moindre (]uanlité de mucus
et les cellules à plateau .strié.
On observe une disposition assez comparable de la région pylorique chez
Alouatta seniculus et Colobus polyhomos où de véritables villosités stomacales
couvertes de cellules à pôle muqueux fermé prolongent la muqueuse au-dessus
des cryptes. Chez le Colohe, on retrouve des cellules à pôle muqueux fermé dans
le duodénum, mais elles sont unu|ueinenl localisées dans les canaux joignant les
glandes de Brunner aux cryptes de Lieberkühn.
.Nous indiquons sur le tableau lit les mensurations effectuées sur les cellules
les plus grosses. L’épaisseur du mucus varie d'une espèce à l’autre sans qu’on
puisse établir de règle à ce sujet, llemarquons simplement sa faible épaisseur
chez le Golobe, dont l’estomac est très développé et subdivisé en poches où
s’opèrent des fermentations.
Des granulations argentaflines ont été trouvées dans les cellules à pôle
muqueux fermé de Colobus pohjkomos et de Lepilrmur miisteiinux. Nous avons
rapproché ce fait de nos observations sur l’entérocyte de Alouatta seniculus
(chapitre I, 2). Un même tvpe de granulation se retrouve en grand nombre dans
la muqueuse du Iractus digestif des trois espèces folivores que nous avons
examinées et ne se retrouve pas (ou en très faible quantité) chez les autres especes.
Comme chez Aloualla, ces granulations argentaflines contiennent des pro¬
duits phénoliques : La diazotation par couplage avec le « FasL Black K Sait >■
met en évidence des ginnulalions en position infra-nucléaire aussi nettes que
celles qu’on peut observer avec la réaction argentaffme, dans l’épilhélium pylo¬
rique de Lcpilomur muslclinus (fig. 13). La réaction est positive, mais moins
nette, pour Colobus potykomos chez qui les granulations sont plus fines et loca¬
lisées entre le noyau et le pôle muqueux. (Ou note d'ailleurs chez ce dernier la
présence de granulations analogues dans certaines cellules des glandes pyloriques.)
Nous avons essayé de déterminer par ailleurs la nature du mucus sécrété,
mais nous n’aboutissons pas à un résultat valable. Ce mucus, fortement A.P.S--
positif (et non digestible par l’amylase salivaire), ne présente aucune métachro¬
masie. Après sulfatation dans le mélange acide .sulfiiriiiue — acide acétique, une
légère métachromasie se manifeste dans de rares cas : cliez CcrcopHhecus talapoin
et très légèrement, en surface, chez Lepilemur mustelinus. I.e mucus contiendrait
un iiuicopoly.saccharide neutre, dans ces deux cas.
2" Discussion.
Dans une élude de Ki hn (1964) sur l’estomac des Colohinae. la structure de
la région pylorique (Pars pylorica) a été décrite, et la disposition histologique
que nous avons ob.servée chez divers primates à régime folivore semble être
constante chez les Colobes.
La distribution des diverses catégories cellulaires dans l’estomac pylorique
a été étudiée par Miyarawa (1921) sur une série de mammifères. Il a noté la
présence de cellules principales dans les glandes pyloriiiue-s. Nous ne les avons
retrouvées qu’en faible quantité. Par contre, la présence de cellules bordantes en
nombre imporlanl semble être une caractéristique propre aux Lémuriens.
Des granulations argenlo-réduclrices ont été signalées par D.wvson (1948;
dans les cellules bordantes du rat. Mais la technique utilisée (Protargol) pour
leur mise en évidence, ne permet pas de faire de rapprochement avec les granu¬
lations que nous observons dans la muqueuse pylûri<[ue des Primates folivores.
Il ne semlile guère possible de préciser le rôle de ces granulalions; une
expérimentation phvsiologique serait à entreprendre pour déterminer s’il est
lié aux processus de sécrétion. Par contre, il nous semble intéressant de noter
une concomitance entre leur présence et un régime alimenlaire très spéeialisc-
Dans la sécrétion des cellules à pôle muqueux fermé de l’homme, Garbo-
NELi- (1962) a identifié un mucopolysaccharide neutre. Les métachromasies-sulfa¬
tations que nous avons tentées sur les cellules de.s autres Primates ne donnent
pas de résultat positif, sauf chez deux espèces, et la coinpo.«ition du produit de
sécrétion reste à déterminer.
Source ; A1DHN, Par is
Ml'gUGfSIO ISTËSTINAl-K DES l'HIMATES
25
IV. - LA CELLULE MUQUEUSE DES GLANDES DE BRUNNER
I ' OUSERVATIONS.
Le tableau IV indique les di/Térenls aspects iiris par la cellule des glandes
de Brunner.
Les variations portant sur la taille de la cellule chez les diverses espèces
(nous avons mesuré uniquement les cellules les plus îzrandes) sont peu carac¬
téristiques si l’on lient compte du fait qu’il y a de grandes dilïérences de taille
entre les cellules rl’une même glande.
Par contre, nous noton.s des différences sur (a répartition du mucus dans
la cellule et. dans certains cas, sur la nature même de ce mucus (lig. 15).
Le lype le |)kis courant (genres Gnlago et Cercopilbocus) est une cellule
cubique dans la(|iu‘lle un mucus qui prend une teinte rose par 1'A.P.S. est unifor¬
mément diffu.s.
Le mucus est plus étroitement localisé dans une zone supra-nucléaire chez
le Lepilcmur et le Colohiis (lig. 15).
On note chez le C<‘bns ainsi que chez l^apio une légère concentration clans la
région apicale.
Cette zone de concentration est plus nette chez le Chimpanzé. Pan trogloih/lrs
où la cellule .sécrétrice pi'end un a.spccl (lui rappelle celui des cellules à pôle
muqueux fermé (lig, 15 I)).
La ti'ansition entre les glandes de Brunner et les cryptes de Lieherkühn
est brutale chez le Golayo (lig. Ki H) chez qui on observe un rnnlact direct
entre les deux types cellulaires, les cryjites de Liel)ei'külin pénétrant dans la sous-
muqueuse.
Dans la plupart des autres cas, la ti'ansition est progressive et l’on trouve
des cellules de forme intermédiaire dans les canaux de raccordement.
Chez le Lrpilemvr, on remarque, que les cellules de ces canaux de raccor¬
dement et certaines cellules des glandes de Hiamner situées au contact de la
muqueu.se présentent une métaebromasie intense à bas pH et .sont colorables au
bleu Alcian. On retrouve, en moins marqué, une même réaclion dans les cellules
des canaux de jonction des glandes de Brunner aux cryptes de Lie.berkühn. chez
CheirogalcHs mojor. Un nnicopolysacchai'ide acide complexe peut donc apparaître
dans ce type cellulaire.
L’épaisseur totale des glandes de Brunner a été appréciée grossièrement
(tableau IV). Il semble que la quantité totale de glandes de Brunner soit légè¬
rement plus forte cliez les types folivores.
2° Discussion.
Les glandes de Brunner proviennent d’invaginations des cryples de Lieber-
kübn dans le eborion (Paiut. Ih24j. Il .semble donc normal de retrouver chez les
Lémuriens des Iraces de cette origine : dans certains cas. les canaux pénélrant
dans la sous-inuqueuse ont conservé leur a.specl de cryptes de Lieberkiihn.
Le cytopla.sine de ces cellules contient do la mucine et, chez riiomme, une
enzyme protéolytique (Ham et Leeson. 1961).
Les différents a.specls îles cellules ijuc nous observons pourraient évenliielle-
menl correspondre îi des .stades fonctionnels. Pourlant les cellules sont toujours
très semblable.s, chez une même espèce, en divers points des glandes de Brunner
et les animaux que noms utilisons se trouvaient dans des états physiologiques
sensiblement analogues.
II pourrait donc s'agir (le types cellulaires qui donnent une sécrétion de
nature différente chez différentes espèces, ce qui expliquerait la réaction A.P.S.-
posilive plus intense observée à l’apex des cellules chez les genres Crbus. Papio
et Pan. La sécrétion plus acide observée dans cerlaines cellules du Lepilemur
serait un cas particulier de celte diversification.
Les travaux de Viulemin (1922) et de Cari-eton (1935) ont montré une
certaine corrélation entre l’extension des glandes de Brunner et le régime ali¬
mentaire. Chez les herbivores, ces glandes sont amplement réparties le long du
Source ; MNHN, Paris
26
C. M. HI^DIK
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Pan troglodytes (juvé¬
nile).
Cototius polijkonn
Fie. 16, — A : Uaccordement des glandes de Brunner sur les fr>p3es de LàflhPrtcLUn.
i-liez le Cotobus pobjkomox = transition progressive entre les deiix Iî7«es nsDuittlre-
'X 600).
• aueim t>']*e ■MÜtalatre de
A.P.S.. trloxyhdmateine, Picro-indigo-carmin.
Source ; MNHN, Paris
C. M. lll.ADIK
duodénum; elles dépassenl souveiil raboui'lmnient des i-aiiaux eliolédoque el
pancréatique el s'étendent parfois au début du jéjniiuiri. Chez les carnivores elles
restent localisées au début du duodémini; elles n'atleignonl pas, riiez le chien,
l’abouchement du canal pancréatique.
Chez les Primates on n'observe pas de variations aussi grandes et la répai-
tition est toujours voisine de celle qui est classiquement décrite pour l’Homnii-
et pour Macaca mulatta : les glandes s'étendent Jusqu'à l'ampoule de Vuter el
quelques îlots isolés se situent dans la seconde moitié du duodénum. Une légère
régression de leur aire d’extension s'observe cliez les Lémuriens à régime insec¬
tivore tandis qu'on observe un plus grand développement en longueur el en
épaisseur chez les formes folivores. en particulier Lepilcmuv iniisfelinus.
V. - LA CELLULE DE PANETH
1 " UnSERV.ATlÜSS.
Les dimensions des cellules de Panelh soni forl peu variables d'une espèce
à l'autre (tableau V;. La seule différence nolable s’observe chez Aloiiatia seni-
riilus dont les autres cellules de l'épithélium sont également liautes et larges,
comme les cellules de Panelli. Cependant, comparé à celui de Ccbiis yriseus, le
volume de ces cellules est extrêmement important (dix fois plus gros chez
Aloualta que chez Ccbtix).
Nous avons estimé l’abondance de ces cellules d’après le nombre moyen que
nous Observons dans les cryptes de Lieberküiin coupées longitudinalement sur
une coupe de 5 g d'épaisseur. Ici encore on trouve la diJTérence la plus nette entre
Alouatla et Cebus, le premier possédant un nombre beaucoup plus élevé de
cellules de ce type, en parUculier dans son jéjuno-iléon. Les Catarrliiniens
semblent posséder un plus grand nombre de ces cellules que les Lémuriens.
Lepilcmur mustelimis fait ligure d’exception. Nous n'avons pas observé chez
lui de cellule de Panetli. Ce fait serait à vérifier sur d'autres spécimens.
Les granulations présentes dans les cellules de Panelh des Primates exami¬
nés ont été généralement bien conservées par la fixation au formol. Le Bouin
alcoolique et le Zenker, au contraire, les dissolvent et laissent à la cellule un
aspect spongieux.
Une exception s'observe encore chez Alouatta : le formol lais.se à la cellule
de Paneth une allure spongieuse, sans granulation, très dilTérenle de ce qu'on
peut observer cliez le Cebus (fig. 18),
2° DlSCUSSlO.N.
La description des cellules de Panclli est généralement faite sur le rat ou
la souris (Paneth, 1888; Dalton, 1951; Hhddin, 1963; Sedak. La topogra¬
phie semble assez analogue chez les Primalos (lig. 17i ; on remarque un
ergastoplasme granuleux dans le cytoplasme basal, el. <lans le oyltiplasme ,siq)ni-
luicléaire, des corps de (lolgi à partir desquels les granules semblent être formés.
Hintzsuje el Andebeoc; (1938; distinguent deux types de cellules de Panelh ;
un type purement séreux et un type « .séro-muqueux » dans lequel une sécrétion
de munis est visible entre les granulations de nature protéique. Ce dernier type
a été observé chez les Hongeurs.
Nos observations nous amèneraient à considérer les cellules de Panelh des
Primates comme d'un type « séro-inuqueux ». Toutefois la réaelion A-P.S.-positivc
que l'on observe entre les granules n’est Jamais bien nette.
La solubilité différente des granulations au cours de la lixalion au formol
pourrait être utilisée comme moyen d'idenlilier une dilfércnce de composition. I!
semblerait que chez Alouada la nature des granulations soit différente de celle
des autres espèces de Primates, puisque ses propriété.s de solubilité .sont
différentes.
T .a distribution des cellules de Paneth est variable dans l'intestin des Mam¬
mifères où elles apparaissent souvent longtemps avant la naissance (Parat, 1923).
On a constaté qu'elles étaient rares chez les carnivores (Policabd, 1934). Nous
Source ; MNHN, Paris
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33
LADIK
Fro. 11. — Cellule de Panetli dans le duoJénum de Cercocebus albigena. Coupe lan-
fçenlielle à la partie supérieure du noyau (é'-ectramicrograpliie, X 20 000).
Source ; MNHN, Paris
INTKSTINAI.li
33
MlgtliCSE
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Pic. 18. — A : Cellules de Panetli dans le duodénum .ie CtOus griseus (x 3 000).
B : dans Tlléon de Atomlta senicutus (x 1 500). Fixadcn au formol.
Source ; MNHN, Paris
34
M. Ilt^DIK
pouvons rappiwlier ce fait de leur rareté relative ctiez Microccbus nitirinus et
chez Papio U-uruphaaiis qui ont tous les deux un régime plus riche en proies
vivantes que les autres Primates.
Burkl (195K) a regi'oupé les informations connues sur la répartition de ees
cellules dans l’inteslin des Primates : leur présence a été reconnue à tous les
niveaux de l'intestin grêle. Notre tableau V complète ces données; mais il ne
conlirme pas l'ob.servallon de Burkl selon laquelle ces cellules seraient plus
rares dans l’inle.stin moyen, llhez le LcpUcmur. oii leur absence est constatée, il
pourrait s’agir d'uiie anomalie pathologique; mais cet animal est particulier à
bien des égards et leur absence pourrait être expliquée par le fait que la digestion
s'opère en grande pai-tie, cliez lui coinme chez d’aulre.s folivorcs, au niveau du
côlon.
VI. - LA CELLULE ARGENTAFFINE
1 " ÜUBERVATIO.NS
On remarque que l'abondance des cellules argeutaffines dans 1 intestin des
Primates semble correspondre à l’abondance des aliments végétaux (feuilles et
pousses) qui entrent dans leur régime alimentaire (Tableau VT).
Nous avons dénombré ces cellules, sur les coupes à 5 g on ne considérant que
les cryptes de Lieberkiilm coupées tJ'ansversalement. Nous indiquons le nombre
moveri de cellules argentaffines par crypte.
' Dans le duodénum de Colobus polykowos et de Aloualta semculus on ob.serve
les plus forte.s concentrations. Cliez le Lepilemur miistelinus elle est as.sez faible,
mais elle est supi-rieure à ce qu’on observe chez les autres animaux dans le
jéjuno-iiéon.
Pour obtenir une donnée unique de comparaison, nous avons additionné les
chiffres trouvés aux divers niveaux du Iractus digestif; nous obtenons
Colobus polylcoiiios : 3,7
Corcocebus albiyona : 3.2
Papio leucophæus : 2,3
Cercopilhrcus lalopoin : 2,2
Pour ces Catarrliiniens on remarque une concordance as.sez nette entre le
chiffre obtenu et la proportion d’aliments végétaux entrant dans le régime (cf.
définition du régime alimentaire in Hi.adik, 1967, déjà cité), le Colobe étant
presque exclusivement folivore tandi.s que C. tnlapoin se nourrit pour moitié de
petites proies.
Parmi les Lémuriens, Lepilemur musleiinus, essentielleinent folivore, donne
un chiffre analogue à celui du Colobe (3.5), neltement plu.< élevé que chez les
formes à régime insectivore.
Chez les Platyrrhiniens, le cliiffre obtenu pour Alounllit seniculus (3,1), peut
être également corrélatif de son alimentation riche en feuilles et en pousses, mais
moins riche que celle du Colobe ou du Lepilemur.
Les dimensions maximales relevées sur les cellules argentaffines traduisent
surtout une grande variabilité. Chez Colobus et Alouatta, cependant, ces dimen¬
sions sont neltement supérieures à celles que nous avons notées chez les autres
espèces et la quantité totale de granulations argentaffines présentes dans leur
muqueuse intestinale s'en trouve considérablement augmentée.
2” Discussion
En 1926, CoRbiER a clairement décrit les corrélations qui semblaient exister
entre la quantité de cellules argentaffines dans la muqueuse intestinale de diffé¬
rents vertébrés et leur régime alimentaire : elles sont plus abondantes chez les
animaux à régime frugivore ou folivore (Cobaye) que chez les granivores (rat,
souris). Il a rattaché ces variations surtout à la consistance physique du régime.
Source ; MNHN, Paris
MUOl'El SE INTESTINAI.E
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30
C. M. III^DIK
I-'iG. 11). — Cellules arjtenlafrmeti dans l'iléon île Mowillu aenSculus ayant l'aspect
de cellules sécrétrices exocrines, réaclinn argenlafllne de Masson '24 heures et rouge
solide (X 1 500).
FiG. '20. — Cellules argenlufflnes au milieu du jéjuno-iléon de CcrcopUlipciis laUipoin
(X t 300). aspect d'une crypte où ces cellules sont exceptionnellement abondantes.
Source ; MNHN, Paris
I.NTIÎSTIXALE DES PRIMATES
37
ML’QIEUSE
11 a pu oblonir en 3 mois, cliez une souris, la même aliondance de eellules argoti-
taffines eu la suiuiietlant à un n-giino entièrement formé d'orge geniié ou de
viande crue.
Aucune expérience de ce type ne semble avoir été de nouveau réalisée jiar lu
suite, et les tiypothèses concernant le réle de la cellule argentaffine sont encore
très contradictoires acluellemenl.
Son rôle endocrine est souvent évotjué, à cause de .sa di.sposilion .sur la basale
et de sa forme pyramidale, toutes les granulations étant groujiéps à la base
(tig. 19 et 20). Masson (19141 fut l'instigateur de cette idée au moment même où
il mettait au point la réaction argentaffine caractérisant ces cellules par leur.s
propriétés argento-réductrices. Plus récemment Wermel et Kacharova (1948)
ont montré le rôle que jouaient les cellules argenlaffines dans la i)roduclion de la
sécréline, et la formation rapide de nouveaux granules argenlaffines après le
passage d’une solution acide dans le duodénum de cobaye.
Cependant les objections formulées par Curdier (1926) restent loujouis
valables : les cellules argenlaffines sont répandues dans tout le tractus dige-stif.
et non exclusivement au niveau du duodénum, seul emplacement où la sécréline
est produite. Il cite en particulier l’exemple du rliien. utilisé dans les expérience.'^
physiologiques sur la sécréline : citez cet animal, aucune, trace de sécréline ne
peut être mise en évidence, dans la inuqueu.se intestinale, en dehors de la région
duodénale; or un dénombrement jtrécis des cellules argenlaffines montre qu'elle.s
sont réparties dans les mêmes proportions dans la muqueuse du duodénum et
dans celle de l’iléon.
jVnlérieuremcnl Cordier (1923) avait mis en évidence les projtriéfés sécré¬
trices exocrines de ces cellules, chez le cobaye. Après injection de nitrate de pilo-
l'arpine provoquant une intense diarrhée, toutes les granulations apicales de ces
cellules disparaissent, et l’auteur pense (|u'elles tombent dans la lumière intes-
I inale et jouent un rôle dans le catabolisme des substances alimentaires.
dette interprétation n'a pas été confirmée dans les publications plus récente.^
et l’on fait surtout mention du rôle endocrine des cellules argentaffines.
Nous présentons la pholomicrogrupbio d'une crypte de Lieberkühn de l'iléon
d'AloHnlla scniculus dans laipielle l’aspect des cellules argenlaffines semble bien
être celui de cellules exocrines en cours de sécrétion ffig, 19;, Cet a-spect s’observe
très rai'ement, et, si les cellules argenlaffines jouent réellement un rôle exocrine,
il paraît normal de l’observer plus fréquemment dans l’iléon (VAIoualla où les
autres cellules exocrines (caliciformes et rellules de Paiieth) s(jnt particulièrement
nombreuses et actives.
La parenté des cellules argenlaffines avec certains éléments ihi syslèmi*
nerveux autononie {cellules ebromaffines) a également été fréquemment évoquée
à cause de la similitude des réactions hlstochimiqnes qui caractérisent leur.®
granulations. Simard (1932) a observé des relations de continuité entre les cellule.®
argentaffines et certains neurites dos ])loxus. Il a montré par ailleurs l’origine
endodermique de ces cellules et pense pouvoir prouver l’existence du “ neuren-
toderme d d'où seraient issus les éléments afférents du système autonome.
Dans le caecum de certains singes cynomorphes, Gmokmaxn (1946'i a observé
des formations ganglionnaires argentaffines où l'apparition de gramilalions semble
être en l'apport avec certains mouvements de contraction.
Nos observations ne nous ont apjiorté aucune information sur ce point
particulier.
Quant à la nature clés granulations, elle semble .connue avec davantage de
précision que leur rôle. Nicot-ss (1891). le premier, a détecté ces granulations par
leurs propriétés acidopliües. en les colorant h la safranine. Ciaccio (1906) retrouva
le même type cellulaire en le caractéri.sant par les propriétés ebromaffines de
ses granulations. Puis Masso.n (1914), en utilisant la réaction argentaffine. a mis
en évidence la propriété argento-réductrice des cellules ainsi icâentifiées,
Ce même auteur (Masson. 1932) a ensuite perfectionné la technique de détec¬
tion des cellules argentaffines. en appliquant la réaction argentaffine sur pièce.
II a en effet explhiué l'irrégularité de la rc*action .sur lame : il se produirait une
dissolution partielle de certaines granulations par le toluène.
La technique que nous avons utilisée (éclaircissement par l'es.sence de cèdre)
ne semble pas avoir les Inconvénients du toluène, et les cellules argentaffines oni
été régulièrement colorées en un temps relativement court .moins de 24 heures,
à la température du laboratoire).
Source ; MNHN, Paris
38
C. M. HI-ADIK
différence entre cellules arg>Topliiles et cellules argeiitaffines est une
notion plus récente (Dawson, 1948). L’utilisation du Protargol (méthode de
Bodian) permet d'imprégner, outre les cellules argentaffines, d’autres cellules
morphologiquement identiques, qu’on nomme ■< argjTophiles ». Ce second type
cellulaire possède des granulations dépourvues de propriétés argento-réductrices,
qui pourraient être les précurseurs des granulations argentafllnes.
D’autre part, deux types de cellules ont été rnis en évidence par Ito et
Winchester (1963) dans la muqueuse de l’estomac de la chauve-souris. Des obser¬
vations au microscope électronique ont été faites sans chercher à reconnaître
le type argentaffine ou le type argyrophile. Cependant deux types morphologiques
sont distincts : le premier pyramidal, avec éventuellement un prolongement vers
la lumière, couvert de microvillosités. Il contient des granules de 0,4 n entourés
d’une membrane qui ne leur est pas attachée. Le second type, assez semblable
d’aspect, contient des granules de densité variable entourés d’une membrane qui
leur est attachée, parfois discontinue.
L’ensemble de ces observations semble donc montrer un cycle de formation
de ces granules qui peuvent être rapidement consommés et reformés, comme l’ont
montré Cordier (1926), et Wermel et Kacharova (1948).
La nature phénolique des granulations des cellules argentaffines a été
reconnue en 1930 par Cordier et Lison (cités par LisoN, 1960) : elles réagissent
avec les sels de diazonium pour former un colorant azoïque; un radical phénolique
est donc présent dans la substance qui les constitue. Par ailleurs, la réaction
chromaffme traduit la présence de polyphénols, ou de polyamines, ou d’amino-
phénols en position ortho ou para et la réaction argentaffine, par l’hydroxyde
d’argentodiammine, s’applique entre autres aux polyphénols en ortho ou para.
Nous n’entrerons pas dans les détails de la discussion exposés par Lisox
(1960) sur ies corps pouvant engendrer ces réactions. Une conclusion certaine est
qu’il s'agit au moins d’un polyphénol en ortho ou para.
La corrélation qui semble assez nette, chez les Primates, entre la quantité
de ces produits dans la muqueuse intestinale et le régime alimentaire plus ou
moins riche en feuilles et en pousses végétales ne semble guère explicable à
priori, puisque le rôle exact des granulations argentaffines est mal connu. Dans
la mesure où il pourrait s’agir d'une sécrétion exocrine, son puissant pouvoir
réducteur serait à invoquer, pour le catabolisme des aliments végétaux.
Il nous semble assez probable, de toutes façons, que les granulations de
nature phénolique trouvées dans les entérocytes d'Aloiiatta (chapitre I) et dans
l’épithélium pylorique de Lepilemur et de Colobus (chapitre III) aient un rôle
parallèle à celui des granulations des cellules argentaffines.
VJI. - LA CELLULE A MICROVILLOSITÉS FLEXUEUSES
1" Observations es microscupie élegtrüMücë et définition
Au cours de notre étude sur la structure du glycocalyx (cf. chapitre IX), nous
avons remarqué dans l'épithélium duodénal de Cercopithecus nictitaiis, un type
cellulaire dont la forme des microvillosités élait fort différente de celle des
cellules voisines (fig. 21).
L’ensemble des petites sphérules que nous observons à la surface de cette
cellule, traduit une série de flexuosités dans les microvillosités qui se trouvent
recoupées plusieurs fois transversalement, sur notre préparation. On peut voir
qu’il ne s’agit pas de vésicules détachées de la cellule par le fait que ces sphérules
restent aussi serrées les unes contre les autres dans la lumière intestinale qu’au
contact de la cellule : s’il s’agissait de corps isolés, ils se disperseraient et l’écart
qui les sépare serait proportionnel au carré de la di.stance de ces sphérules à la
surface cellulaire.
Il ne peut pas s’agir non plus de microvillosités en voie de dégénérescence
car les figures que l’on observe sont alors très différentes : des sphérules s’isolent
des microvillosités et la membrane plasmique s’effare peu à peu; le reste de la
cellule offre alors un aspect pycnotique.
Source : MNHN, Paris
Fig. 21. — Cellules à microvillosités flexiieuses dans le duodénum de Cercopilltecus
nictitans. B : interruption du plateau strié (x 20 000); A : aspect des microvillosités
(X environ C5 000).
Source ; MNHN, Paris
riii. 22. C'iiiipai'aison du choniIrUinie de la l'elliile à micrüvillosil*'s Qexiieuses avec
celui de la celliile alworhante. sur la nii'iiie préparation. A : cellule absorbante (x envi¬
ron 05 000). Peliles mitochondries à mulrire dense.
B : cellule à mirrovillosilés flexueuses ;x environ .Il iiiki,. (irossc' inilochoudries
(compte tenu de l'échelle) avec une matrice très peu opaque.
Source : MNHN, Paris
MigC ECHE INTESTINALE I>ES PRIMATES
41
L’observation des inilocliondries do oette cellule quo nous oomparoiis à celles
d’un entérocyte ordinaire (lig. 22) sui- la même préparation, ne laisse guère de
doute sur la différence de nature et probablement de fonction entre celte cellule
à microvillosités flexueuses et la cellule à plateau strié (entérocvLej, ainsi que
nous l'avons déjà exposé (Hi^dik, 11)66. b).
La matrice des mitochondries de la cellule à microvillosités flexueuses est
très claire (même densité optique que le fond, sur réleolromicrograplue} alors
que celle des mitochondries de l’entérocyte est assez dense sur la même prépa¬
ration (fixation à l'acide osmique tampoiiné; coloration à l’acétate d’uranyle et au
citrate de plomb).
La taille des mitochondries de la cellule à microvillosités flexueu.ses est
nettement supérieure à celle des mitochondries de l'entérocyte (environ deux fois
plus grande en dimensions linéaires).
La forme de la cellule paraît assez semblable à celle de l’entérocyle : dans la
région apicale, une bandelette obturante unit sa membrane à celle des entéro¬
cytes voisins ou, dans certains cas que nous avons observés, à celle d'une cellule
à microvillosités flexueuses voisine. L’ectoplasme, au-dessous des mierovillo.sités
apparaît avec la même netteté que chez les entérocytes et l’on y distingue des
bandes verticales plu.s denses correspondant aux racines des microvillosités. Mous
représentons (fig. 23j l’aspect présumé de celte cellule vue par sa partie apicale.
Le revêtement externe, mucopolysaccliarldique, des microvillosités semble
également revêtir une forme comparable à celui des microvillosités de i’entérocyle
(fig. 24). Nous observon.s des points de l’accordemcnt à la strate externe de la
membrane pla.smique.
La forte densité des matériaux colorables à l’intérieur des microvillosités est
très remarquable, en parliculier dams la partie distale de ces microvillosités
flexueuses.
2° OUSEKVATÎONS EN MICRUSCOPtK ÜI>T1ÜI E
Nous avons cherclié à retrouver ce type cellulaire sur les coupes obtenues
avec les techniques classiques d'histologie. Il nous est apparu très difficile do
reconnaître avec certitude les cellules à inici'ovillosités flexueuses. Il n'est guère
possible de discerner, d'une part, les interruptions du plateau strié dues à leur
présence et, d'autre part, les artefacts qui jieuvent survenir localement, ou même
encore, les cellules en voie de dégénérescence.
D’autre part, dans l’épaisseur de la coupe, le plateau strié des cellules adja¬
centes apparaît. Même sur les coupes à 2,5 n, la cellule à microvillosités flexueu.ses
a peu do chances de se trouver coupée juste en son milieu et le plateau strié des
cellules -situées en avant ou en arrière apparaît.
Nous avons néanmoins observé des images qui semblent correspondre aux
cellules à microvillosités flexueuses (fig. 25). Sur ces figui'es, l’ectoplasme semble
assez net. ce qui signifie qu’il ne s’agit ])as d'une cellule en voie de dégéné¬
rescence.
Le corps cellulaire et le noyau ont le môme aspect que ceux des entérocytes
avoisinants.
Ces cellules semblent a.ssez é])arses dans le duodénum de Conopilhecus
nictitans, près du sommet des villosités.
Nous avons retrouvé une cellule qui semble correspontire à ce type au milieu
du jéjuno-iléon d'Aloualla si'niculus.
3° DiscirssiüN
Depuis la (lesri'ii)tion des cellules du type argentaffine ))ai' Nicolas, en 1891,
aucun type nouveau bien neltement caractérisé n’avait été observé dans l’épi¬
thélium intestinal des vertébrés.
Seule une étude de microscopie électronique pouvait mettre en évidence cette
forme cellulaire car toutes les observations que l’on peut faire en microscopie
optique ne sont pas très probantes et. à notre connaissance, aucune coloration
spécifique n’a jamais permis de discerner celte cellule des entérocytes voisins.
Nous avons pensé qu’il pouvait s’agir d'une cellule argentaffine très déve¬
loppée et possédant peu de granulations. Mais les descriptions de Ito et
Source : MNHN, Paris
42
C. M. HLADtK
WiNCHESTEit inonlrcnt poui' ces cellules un aspect très «lifTcrenl, avec des
mitochondries longues et fines à matrice dense et des microvillosités ordinaires.
Par ailleurs, dans l’étude détaillée de Gi^ra (1933) sur les cellules argen-
laffines des vertébrés, nous voyons des images (dessins à partir d’observations
en microscopie optique) sur lesquelles le plateau strié des cellules argentaffines
a une constitution absolument identique à celui des entérocytes voisins. C’est le
cas. par exemple, pour Crrrorrbux hitiuinius.
Fio. 23. — Uepi'ésentatioii schématique dans l'espace, de la surface d’une cellule k
microvtllusilés llexueiises intercalée entre des entérocytes.
Sur iio.ç pi'éparaliuns, la réaction ai'gentafline ne révèle aucune concentration
de granulation dans le.s régions oii se situent les cellules à microvillosités
flexueuses.
En ce qui concerne le rôle joué j)ar ces cellules, on ne peut faire que des
hypothèses hasardeuses. Leur aspect comparable à celui des entérocytes voisins
laisse supposer qu’elles jouent un rôle dans l'absorption.
Par ailleurs, les particularités qui différencient profondément ces cellules
(microvillosités flexueuses et grosses mitochondries à matrice peu dense) font
penser qu’elles ont une fonction spécialisée. Nous avons noté une certaine simili¬
tude d’aspect avec, les cellules du tube contourné proximal du rein. Il pourrait
donc s’agir de cellules servant à ab.sorber sélectivement certains ions.
Une série de travaux récents ayant montré que le calcium e.st absorbé unique¬
ment au niveau duodénal chez l'Homme, il serait intéressant de faire des
recherches dans ce sens.
La répartition de ces cellules chez les différents Primates n'a pu être étudiée.
Nous ne pouvons que signaler sa présence chez Ccrropilkcrux nirlilans et peut-
être aussi chez Alonatta seniculus.
Source : MNHN, Paris
44
M. iir.ADiK
Frr. 25. - Cellules dont l’aspect correspond aux formes à « microvillosités
flexueusess. A : Dans le duodénum de Cercopilhecus nlclitans (on observe aussi queiques
(çranuies argento-réducteurs (X 3 000); B : Au milieu du jéjuno-liéon de /lloiial/a seni-
culus (X 3 000).
Source ; MNHN, Paris
l.\TESTtNAI,E DIÎK PlUMATES
VIII. - CORRÉLATIONS ENTRE LES DONNÉES HISTO¬
LOGIQUES, HISTOCHIMIQUES ET LE RÉGIME ALIMENTAIRE
Lu plujiai'l (Jes oliservatioiis ([up ncms avons fait.p.s inimtrenl ([u'il n'y a pas
de parlieuliirit.' histologiipie ou cytologiiiue (MiloTito tTadnisant l'adiiptation an
régime alimeiilaire, chez les Primates.
Cependant les animaux à régime très spéciali.sé présentoiil des caractéris¬
tiques (jui les séparent nettement des autres. Les variations portent en particulier
sur le dévelfipi>etnent des glande.s de Brunner et le nomlire des cellules de Panetli.
Enfin, une partimdarité histochimique semble étroitement associée aux pro¬
portions de végétaux verts dans le régime alimentaire : la pré.sence. dan,-< la
muqueuse, de granulations argenlo-réductrices contenant des eorp,« pliénoli((ues.
Mous pouvons ré.eumer ainsi les caractéristiques associées aux divers types
de régime alimentaire, chez les Primates :
1" HÉCilME A nO.Ml.NAXCE INBECTIVOBE.
— Epithélium généralement crénelé et épais.
— Peu de glandes de Brunner (îlots glandulaires déjà isolés avant l'ampoule de
Vater).
— I-'aible proportion de cellules de Panetli.
— Très peu de cellules argentaffines et de granules phénoliques dnn.s répithéliiim.
Nous avons vu (Ht.ADiK, 1967) que la surface épithéliale de l'intestin grêle
était assez grande pour ce type. L’essentiel de la digestion et de l'absorption se
ferait donc dans la première partie du tractus digestif. On note d'ailleurs que les
cellules à pèle muqueux fermé pré.sentent ujie épaisse courbe de mucus pro¬
tecteur, Irailuisant sans doute une activité plus grande et un pH plus bas au
niveau de l'estomac.
2° RÉOIME a nOMINANCE FRUGIVORE.
Type généralement intermédiaire : on observe chez Calago nlleni un épithé¬
lium moins épais que celui de Galago demidovii ou de Mirrocebus murinus qui
ont un régime plus pauvre en fruits et plus riche en petites proies.
Le nombre des cellules argentaffines réparties dans l’épithélium est inler-
médiaire entre celui du type insectivore et celui du type folivore.
3° Régime a domixa-nce folivore.
— Epithélium régulier ou sinusoïde, généralement peu épais.
— Glandes de Brunner bien développées, surtout en épaisseur.
— Cellules de Panetli nombreuses.
— Cellules argentaffines en grand nombre.
Chez ces espèce.s, le tractus digestif est surtout développé dans sa partie
postérieure. L’intestin grêle est davantage glandulaire que chez les insectivores,
traduisant un catabolisme intense à ce niveau; l’absorption a sans doute lieu
pour une assez large part dans la partie caeco-côlique. On note le cas particulier
des Golobes, chez lesquels l’estomac, joue un peu le rôle du côlon où les fermen¬
tations entrent pour une grande part dans les mécanismes de fractionnement
chimique des aliments.
Chez ces formes folivores, la grande quantité de produits phénoliques réduc¬
teurs dans la muqueu.se est un trait particulièrement remarquable qui deman¬
derait à être interprété sur le plan physiologique. Cette interprétation pourrait
alors contribuer à éclaircir nos idées sur le rôle de la cellule argentaffine.
Source ; MNHN, Paris
4(5
C. M. HI^DIK
IX. — LE GLYCOCALYX DE LA CELLULE ABSORBANTE ;
DESCRIPTION ET TECHNIQUES D'ÉTUDE
En nous rc'féranl aux t^ludes de Itu (lü6r>) sur la slruelure de la surface
de contact entre la muqueuse intestinale et les matières nutritives, nous avons
cherché les dilTérences qui peuvent exister à ce niveau entre diverses espèces
de Primates. Ces différences pourraient être liées aux variations morphologiques
corrélatives du régime alimentaire, bien que celte idée ait été fortement mise
en doute par Ito.
Par ailleurs, au cours des observations que nous avons faites, le matériel
choisi s'est révélé très favorable à l’étude de ces ultrastructures de surface dési¬
gnées sous le terme général de glyrocalyx. Nous avons pu ainsi observer certaines
dispositions qui pourraient avoii' une importance primordiale dans le ])rocessus
d'absorption.
1° ItÉNÉRAI-ITÉS.
La muqueuse de l’intestin grêle présente une immense surface de contact
avec les particules alimentaires qui cheminent dans la lumière intestinale. En
effet, aux différentes échelles auxquelles nous pouvons rexaminer, nous trouvons
divers types d’expansions, de forme généralement cylindi'ique, qui augmentent
(le façon considérable la surface de la muqueuse.
A_ Los villosités sont des expansions cla.ssiquemenl décrites comme cylin¬
driques ou coniiiues (cf. Introduction), mais dont la forme est très variable chez
les Primates. Nous montrons (tig. 2) l’aspect de ces villosités dans le jéjuniim
de Chimpanzé afin de faire observer le parallélisme qui peut exister, au point
de vue forme, avec les éléments de la structure des cellule.s. Cette fi^re évoque
la disposition dans l’espace des microvillosités dont l’effet le plus visible, comme
pour les villosités, est l'accroissement de la surface de contact entre les cellules
et le liquide nutritif. L’accroissement de la surface de contact dû à la seule pré¬
sence des villosités est de l’ordre de x7 chez la souris (Jacquot et coli. 1958).
B _ Los micruviilosités apparaissent sur la surface externe des cellules
muqueuses et accroissent la surface de contact de façon encore plus importante :
Granceb et Baker (1950) ont calculé un acrroiss(!ment de x3ü chez le rat. Ce.«
auteurs ont été les premiers à décrire de façon précise ces i)rocessus cylindriques
serrés sur la face apicale des cellules épithéliales, .sans toutefois pouvoir certi¬
fier. avec les techniques dont ils disp<jsaient, si la membrane plasmique les
enfermait ou s’ils la traversaient. Une interprétation analogue par Brettaueb et
Steinach remonte à 1857, mais leurs ob.servations étaient alors sujettes à caution
et des polémiques sur celte question ont persisté pendant près d’un siècle, jusiiu'à
l'avènement de la microscopie électronique.
Le plateau strié était considéré en premier lieu comme une bordure percée
de fins canalicules (Fu.nke, 185(3>. En effet, le pouvoir séparateur du microseopi
optique est trop faible pour discerner des formes cylindriques qui font 0,1 g de
diamètre et sont .serrées les unes contre les autres. Les observations que l’on
peut en faire avec un objectif à Immersion montrent en fait des ensembles de
micrcvlllosilés plus ou moins agglomérées entre elles par la llxation au formol.
Postérieurement à la description de Granger et Baker, des aspects différents
ont été décrits, par exemple par Goldin (1956) et il semble bien que les diffé¬
rences d’interprétation soient dues à l'emploi de fixateur à base de formol.
La structure des microvillosités est maintenant bien connue. Rhouin (1963.1
a fait le point d'une série de travaux qui montrent la continuité du cytoplasme
dans les microvillosités entourées par la membrane plasmique. Celle-ci apparaît
formée de trois strates sur les préparations fixées au tétroxyde d’osmium (Zet-
TERQVIST, 1956). Certaines structures internes, filamenteuses (Zetterovist, 1956;
MtLLTNGToN et FiNEAN, 1962) vont s’implanter dans le cytoplasme apical (ecto¬
plasme) de la cellule : ce sont les racines des microvillo.silés (fig. 26).
La forme des microvillosités ne semble pas différer sensiblement d’une
espèce à l’autre, chez les Mammifères. En ce qui concerne l’Homme, on peut en
Source ; MNHN, Pans
■yrEVSE INTESTINALE DES PRIMATES
47
voir l'aspect dans la déinnnstralion de Hartman et Coll, (l!)r)Hj. Une l'lude précise
des variations an niveau du Jéjunum (Brown, 1962) nionlre que la longueur des
microvillosités s'accroît, tandis que leur diamètre diminue sensiblement, depuis
les cryptes de Lieberkülm jusqu’au sommet des villosités. A cet endroil leur
densité est maximale : pour 1 de surface cellulaire, Brown calcule une sur¬
face totale des parois des microvillosités égale à 39,2 r-,
G — Le Glycocalyx est un revêtement de surface partant de la strate externe
de la membrane plasmique. Yamada, en 1955, décrivit le premier une telle for¬
mation sur les microvillosités des cellules épithéliales de la vésicule biliaire.
L'ensemble est un lin réseau qu’il a comparé à de la dentelle. Il est formé de
filaments de diamètre inférieur à 40 A et dont la longueur peut atteindre 0,2 r.
L’auteur a nommé ces lilamenls Anteiniulae micruvillares. C'est Bë.snet, en 1963,
qui proposa le terme de Gtyrt/r(ily.c pour tout une série de formations extra¬
cellulaires parmi lesquelles peut se ranger la sti'uclure décrite par Yam.vda.
L'ensemble de ces formations est caractéri.sé par la présence de poly.saccha-
rides. et un même produit, riche en polysaccharides, pourrait .se retrouver à la
surface de toutes les cellules. Bennet a regroupé les descriptions de nombreux
auteurs, montrant les analogies qu'elles présentaient : les membranes basales,
le revêtement externe des staiihylocoques, le mur cellulaire formé par les
plantes ligneuses... toutes ces structures ont en pai'ticulier le.s points communs
de se situer h l'extérieur de la membrane plasmi(|ue et d'être polysaccharidiques.
Itü (1065) a fait une étude très détaillée de.s formations situées sur les
mierovillosilés de l'épithélium muqueux intestinal. Il a montré de façon certaine
la nature mucopolysaccharidique de ce revêtement de surface et le fait donc
entrer dans la catégorie délinie par Bennct comme glycocalyx. Ces formations
ülamenteuses avaieni d'abord été signalées sur certaines cellules de l'estomac de
chauves-souris (Ito et Winohestek. 1963). puis comme un trait général à l'intestin
des Mammifères (Ito. 1964).
Le revêtement lilainenteux est .surtout développé au sommet des microvillo¬
sités oü son épaisseur atteint O.t à O.â r. Sur les faces latérales, l'épaisseur de
la couche est de 300 à 600 A. Ito a montré la résistance remarquable de ces
lilamenls inucopolysaccharidiques : un lavage elfectué par un courant de .sérum
physiologique traversuiil l'intestin pendant plusieurs heures ne les affecte pas;
le glycocalyx se maintient donc avec l'intégrité de la cellule.
i'ourlant, le problème était de savoir si ces formations faisaieni partie inté¬
grante de la cellule, puisqu'on les localise à l'extérieur de la strate externe de
la membrane pla.smiiiue.
L’expérimentation, dont une partie .>ieulement est publiée à ce jour (Irn et
ItEVEL. 1964). montre que les coiislituants du glycocalyx provieimenl de la cellule :
Des précurseurs des muoopoly.saccharides dont les molécules étaient niar(|uées par
(les isotopes radio-actifs y ont été retrouvés après avoir Iraversé les cellules
absorbantes.
Des observations portant sur le glycocalyx de la mu(|ueuse du côlon humain
ont pu être faites et la description conlirme celle d» Ito (11i1''.v.vt. Iseri et Gutt-
LIED, 1965).
2“ Technkji es; .matériel ÉrrniÉ,
Les prélèvements ont été effectués sur des Primates anesthésiés k l'éther.
La inu(|ueuse était découpée sur l'anima! vivant et des fragments étaient aussitôt
plongés dans le lixaleur h 4 '’C. La composition du lixateur est celle ulilisée par
Ito et Wi.NCHESTER (1963) : Acide osinique à 1 %. laniiionné îi pH 7,4 par de
l’acétate de Véronal auquel on ajoute 0,25 M de saccharose.
La déshydratation des pièces et leur inclusion dans l’épon étaient ensuite
menées selon les indications de Lcft (1961). L'orienlution des pièce.s, lors de
l'inclusion, a été tentée. Elle n’a donné que des résultats partiels; une technique
précise (I’ittman et Pittman, 1966) publiée depuis lors, devrait permettre d'ob¬
tenir des ré.sultals plus constants.
Les coupes montrant des couleurs d’interférence du jaune pôle au blanc ont
été recueillies .sur des grilles revêtues de cello'idine et traitées au carbone.
La <i coloration » du glycocalyx a été diflicile à rcaliser de façon satisfai¬
sante. Comme le fait remarquer Ito (1965), l’acétate ifuranyle donne souvent
Source : Paris
48
G. M. HI-ADIK
de bons résullats. Une solution saturée dans l’alcool à ôO' ne nous donnait cepen¬
dant pas te contraste désiré pour l’observation line. L’utilisation d’iiydroxyde de
plomb (méthode de Dorotiiy et Coll., 1962) n’a donné aucune linesse dans le
détail. La méthode B. de Kar.\ovsky (1961) a fourni des images plus précises.
Enlin, le meilleur contraste a pu être obtenu avec une surcoloration au citrate de
plomb (Reynoi,i5S, 1963) utilisée après un ■■ mordanvage >i à l'acétate d'uranyle.
Les observations ont été effectuées sur les microscopes élcctroni([ues O.P.L. et
It.achi.
Les Primates sur lesquels ont été prélevés les échantillons provenaient, pour
la plupart, du Gabon (M.B.G.) où les fixations et inclusions ont été effectuées.
Ce sont : Vcrcocebus albigena; Cercopithccus nictitans; Papio Icucophaeutt.
(Il subsiste un léger doute sur la détermination de ce dernier animal encore juvé¬
nile et peu différencié). Ces singes étaient gardés en élevage, ayant été ramenés
depuis plusieurs mois par des chasseurs.
Un Lémurien malgache : Microcebus niurinus, provenant de l'élevage de
M. et Mme Petter (Paris) a également été utilisé dans les mêmes conditions.
Sur chaque animal, quatre prélèvements ont été opérés dans l'intestin grêle :
1' Dans la première moitié du duodénum, là où les glandes de Bruimer .sont
toujours présentes.
2) Dans la seconde moitié du duodénum, après l’abouchement du canal
cholédoque.
3) Au milieu du Jéjuno-Iléon.
4) A la fin de l’Iléon.
Il a, en outre, été effectué un prélèvement de la inuqueu.se du côlon et de
celle de l’estomac, mais nous n’en parlerons qu’accessoirement.
X. - STRUCTURE DU GLYCOCALYX DE LA CELLULE
ABSORBANTE
Notre matériel nous permet d'observer certaines particularités du glycocalyx.
1 “ I...\ membrane du glycocalyx.
Une structure jusqu'alors inconnue apparaît sur certaines de nos prépa¬
rations : c’est une très fine membrane, dont l’épaisseur e.sl à peine la moitié
de celle de la membrane plasmique. Elle entoure les formations les plus impor¬
tantes du glycocalyx (cf. Hladik, 1966-a).
Celte membrane est visible, en particulier, dans l'iléon de Cercorrbus albi¬
gena. A ce niveau, les microvillosités sont de gros diamètre et de longueur
moyenne ( ~ 1 p) — Le glycocalyx forme une. couche de 0.1 à 0,2 p au-dessus
des microvillosités (fig. 26) et il est composé de processus très épais (200 à 300_A).
Un fort grandissement au sommet des microvillosités (fig. 27) fait apparaître,
sur le pourtour des éléments du glycocalyx, un liséré formé d’une bande claire
interne et d’une bande sombre externe. Une troisième bande interne, un peu
plus dense que les matériaux environmints, est visible en quelques points.
La moyenne des mensurations effectuées sur celte préparation a donné ;
— Bande sombre externe . 13 A (20 mesures)
— bande claire intermédiaire . 14 A (20 mesures)
— bande sombre interne . 15 A (20 mesures)
Total . 42 A
Notons que nous nous trouvons très près des limites du pouvoir séparateur de
l’appareil utilisé. Ces chiffres peuvent donc seulement noms permettre d'évaluer
l'ordre de grandeur des strates de la membrane que nous avons détectée.
D’autre part, l’épai-sseur de la coupe ne permet de distinguer cette membrane
que de façon exceptionnelle, lorsque les expansions du glycocalyx se trouvent
exactement à la perpendiculaire du plan de coupe. Il est donc probable que toutes
Source ; MNHN, Paris
Fio. 2G. — Microvillosités des cellules absorbautes de t'épitliélium inufiaeux, iléon
de Cercocebus alblgena. I/ectoplasme est bien visible, traversé par les racines des iiiicrn-
villosités. Un remarque la forte densité du giycocaivx dont les ramlf!calions sont très
épaisses (x ôOOOO).
PiG, 21. — .\spect du glycocalyx au sommet d'une microvillosité, iléon de i'errncehut.
alblgena. gauche et à droite, les microvillosités sont hors du plan de coupe, mais
leur glycocalyx est visible. Les points oü la « meinbrane du glyeocalyx » est lu plus
apparente ont été soulignés par des (lèches, ainsi que certaines' interruptions dans la
strate externe de la membrane plasmique (x 200 000).
Source : MNHN, Paris
50
C. M. HI.ADIK
les mensuralions soient l'ailes par exciV, la projection de la meinbi-ane étant
étalée dès que la coupe est un peu oblique.
L'épaisseur de la strate externe, dense, .«cinble comprise entre 10 et tô A,
ainsi que celle do la strate intermédiaire, claire. L’existence d'une troisième
strate interne demande à êti'O eonllnnée, par e.veinpie à l'aide d'une lixalion au
permanganate de potassium.
Au total, l'épais-seur de celle membrane ne semblerait pas dépas.ser 50 à ■10 A.
Nous avons relrouvé la trace de cette membrane ilans toutes les pré|)aralions
où le glycücalyx se présente sous forme d'expansions très épui.sses ou gloluileuses
(les var'iation.s de forme du glycocalyx seront examinées au chapitre -XI).
Dans l'Iléon de Papio Ifuroplininis (lig. 28i où les microvillosités sont longues
, ~ 2 a) et a.ssez Unes, le glycocalyx prend des foi'ines île .•<j)liérnles aci'olée.s au
sommet des microvillosités; ’ sa membrane e.st fréquemment visible .sur le bord
de ces sphères. Sur une coupe tangeiitielle au sommet des microvillosités (lig. 2i>).
sa présence est parliculièrement évidente. Les inen.suralions de.s diverses strates
correspondent à celles que nous avons olitemies chez le Cercocèbe.
Dans le duodénum du même animal (lig. 50) oi'i les microvillosités .sont très
;i p) 1*1 ti'ès Unes, le glycocalyx e.st plus efUlé mais des memln'anes
sont encore visibles par endroil.s.
La présence de celte memln-ane est également visible sur cei'tains clichés
de la muqueuse intestinale de Ci‘rcopilli‘'cus nictitnns et de Micro<''’bus mtiriiiiix.
Indiquons, à litre comparatif, le.s me.sures portant .sur d'autres meinhrane.s
de la cellule épithéliale du jéjunum de souris, calculées par Sjostkaxd (li)6U) :
— .Membrane plasmique des microvillosités . 05 A
_ Membrane plasmique des faces latérales des cellules ... 80 A
— Membrane des saccules golgiens . CO à 70 A
— Membrane milochondriale . a 60 A
La membrane du glvcocalvx n'ayant pas plus de 40 A d'épaisseur, nous pou¬
vons immédiatement en déduire ((uelle est de tout autre nature que les mem¬
branes qui se situent autour ou à l'intérieur de la cellule.
Par ailleurs. D.vniei.i.i et D.wson (1952) ont cherehé les différents lype.s
d’édifices moléculaires pouvant con.stiluer une membrane, l'ne des rares formes
stables se compose de deux couches de molécules lipidiques disposées perpendi¬
culairement îi la surface, selon le schéma classi(|UP de Gouter et (iRENOEL (1025).
des protéines étant adsorbées sur cliacune des face.s.
Ici, la nature lipoproléique de cofle membrane n'est pas ab.soluinent certaine,
mais très probable, étant donné la simililude d’a,sppct avec les autres types de
menbraues. Le.s molécules d’acides gras qui peuvent entrer dans sa composition,
sont nécessairement des chaînes assez courtes, puisque l'épais-seur totale est
faible. Ces corps sont très fluides à la teuipérature de l'organisme, l'agitation
thermique étant incomplètement compensée par les forces de cohésion qui
unissent ces petites molécules. On coiivoil donc qu'une des caractéristiques de
cette membrane puisse être une très grande perméabilité aux solutés.
2“ Les exi>.\nsions du 4' ordre.
La muipieuse est caractérisée par une série d'expansions dirigées vers la
lumière intestinale, qui ont pour effet d'augmenter la surface absorbante : le.s
villosités sont visibles à l'échelle macroscopique; .sur celles-ci, les microvillosités
forment des expansions de 2' ordre. Le glycocalyx, <|ui s’implante sur les micro¬
villosités, peut être considéré comme une forme d'expansions de 3' ordre de la
muqueuse, puisqu’il est .structuré par une membrane externe, ainsi qu'élaboré
par la cellule, comme l’ont montré les premières expérieni'e,s de Ito (1064).
Il est alors tentant de chercher s’il existe une forme d’expansions du 4' ordre,
(lui se situerait au niveau de la molécule et viendrait complétei' cette série de
structures qui pré.senlent le maximum de surface de contact avec l'extérieur.
Nous avons cherclié cette structure et, dans certains c'hs. nous l'avons efTec-
llvement observée. Mais elle se situe très près des limites d'cibservation auto¬
risées par le pouvoir séparateur du micro.scope éleclroni(|ue. D'autre iiarl, I im-
présuation des coupes avec des sels de métaux lourd.s donne aux préparations un
a.spect granuleux, et il est très difficile de distinguer, à cette edielle, les art(‘iacls
des structures cellulaires.
Source : MNHN, Paris
Fio. 28. — Sommet des microvillosités, à la limite de deux cellules de l’épithélium
imuiiieu.x. iléon de l''tpio leucophaeus. Le {rlycocalyx apparaît principalement sous forme
de spliérules attachées à l'extrémité (X environ (15 000).
Pic. 29. Coupe langentielle au sommet des microvillosités, iléon de /'a/uo leuco-
phaeus. On remarque certains points où la « membrane du glycocalyx » est apparente
(dèches). des points de pénétration dans la strate externe de la membrane plasmique, et
aiielques « expansions du 4' ordre » dont la taille semble supérieure aux artefacts
dus à la « coloralion » (x environ 135 000).
Source ; MNHN, Paris
C. M. Hl^DlK
&2
I
ï
MllyUKUSE INTESTINALE ÜES l’RIMATES
53
Sur les coupes les plus minces, où ie grain dû à la « coloralion « esl le plus
fln, nous obsci'vons cependant des structures que nous pouvons qualilier
d' .. expansions du 4' ordre (lig. 29 - lig. 32). Nous avons reirouvo cet a.spocl
sur de nombreuses coupe.s; mais il ne semble pas possible d'afllrmer déliniti-
vement que toutes ces structures ne sont pas des artefacts.
Leur présence et leur existence probable pose cependant le problème de leur
interprétation. La taille des particules observées est de l’ordre de 20 A sur 50 A.
Il pourrait s agir de inacromolecules de nature mucopolysaccliaridique, adsorbées
en surface, de même que sur toute la strate externe de la membrane plasmique
où l’on délecte une ■■ croûte » (jui semble de môme nature. l.a réaction P.A.S.
positive, bien localisée par Ito (1965) au .sommet des rnicrovillosilés et sur le
glycocalyx, justilierail ce point de vue.
Notons qu il reste à déterminer si les matériaux présents à l’intérieur des
sphérules ou des formations les plus épaisses du glycocalyx sont bien rnucopo-
lysaccbaridiques; et le terme môme de “ membrane du glycocalyx >i que nous
définissons ci-dessus, pourrait ôtre tout à fait impropre si' ces formations fai¬
saient partie intégrante de la cellule.
Dans les cas où le glycocalyx a une structui'e (llamenteuse (lig. 33) ainsi
qu’il a été le plus fréquemment décrit, il est difficile d'analyser le détail des formes,
car le diamètre des filaments est de 20 à 80 A. Nous avons cependant observé une
membrane et iiuelques structures externes dans le duodénum de Papio l'-uco-
pkaeun (fig. 30) où le glycocalyx esl formé de très fines expansions.
La figure 30 représente la synthèse la plus probable des données dont
nous disposons, d’après l’ensemble de nos préparations. La forme des expansion.»
du glycocalyx peut varier, depuis l’aspect globuleux jusqu’à celui de longs fila¬
ments plus ou moins anastomosés. -Nous avons représenté sur notre schéma un
aspect moyen où les expansions du !'■ ordre tapisseraient la surface des forma¬
tions du 3* ordre, elles-mêmes issues de la strate externe de la membrane cou¬
vrant les microvillosités.
3® Les jonctions avec la strate intermédiaire de la memür.ane dlas.miql'e.
L’existence des pores dans la membrane plasmique des microvillosités a été
signalée par plusieurs auteurs. Mili.ingtün et Finean (1962) notent en particulier
que ces interruptions de la membrane s’élargissent lorsque la cellule absorbante
est plongée dans une solution hypotonique, ce qui les distinguerait nettement des
artefacts de préparation.
Nous observons (fig. 27) que des interruptions marquent surtout la strate
externe de la membrane plasmique. Elles sont généralement située.» au point
d’attache d'une importante formation du glycocalyx qui .se trouve ainsi au contact
direct de la strate intermédiaire (lig. 30 et 31). Dans certains cas, il y a une
dépression ou même une interruption dans la strate interne, au point qui lui
fait face. Il semblerait que les digitations du glycocalyx peuvent pénétrer la
membrane (fig. 29), ainsi que nous l’avons représenté sur la figure 30.
Les pores qui ont été décrits pourraient n’être qu’un aspect de la dispo¬
sition du glycocalyx, car peu d’auteurs, avant Jto, se sont attachés à mettre en
évidence ces formations qui semblaient extérieures à la cellule.
Le diamètre des pores les plus visibles est de l’ordre de 50 A.
Les interruptions qu’on observe dans la strate externe pourraient être expli¬
quées par la disposition des molécules que nous avons schématisée (lig. 35). Il
n’y aurait pas d’interruption réelle dans la membrane plasmique où les molécules
lipidiques s’affrontent par leurs chaînes hydroearbonées. Par contre, la strate
externe de cette membrane, dont la trace est certainement dûe aux molécules
adsorbées en surface, se trouverait interroinpue.
ün comprendrait aisément que la fine membrane supposée lipidique aille se
raccorder à la strate Intermédiaire de la membrane plasmique, dont la nature
lipidique est bien établie (Robertson. 1957; Sjostrand, 1959).
L’arrangement des molécules dans le cas où un pore est visible (lig. 35)
pourrait dériver de cette disposition primitive.
Ces deux schémas, très hypothétiques, traduisent les deux aspects que nous
observons. Il pourrait s’agir de deux stades fonctionnels. Nous examinerons au
chapitre XII les hypothèses relatives à la fonction d'absorption.
Source : MNHN, Paris
Dii^lliHÜni
1. HU
Fig. 33. — Sommet des microvillosités, au milieu du jéjuno-iléon de Oroocçi/us
alOii/ena. Le Riycocalyx apparaît sous la forme de longs filaments, tel qu'il est décrit
habituellement (x tOOOOO).
Source ; MNHN, Paris
l'HIMATKS
Fig. .'U. lîiiupe tangentlelle de la surface cellulaire de l'épilliéliiim inunieux.
Ouodéniiiii de t>rco;iff/iecus niclilaii!:. On remarque la pi'esence du glvcorulvx sur ia
liase des microvillosités,- ainsi que sur toute la membrane plasmique. La bandeielte obtu¬
rante séparant deux cellules apparaît sur une grande longueur, ainsi que les racines
des microvillosités, dans les zones où la coupe passe en dessous de la membrane
plasmique (x 100 000).
Source ; MNHN, Paris
Fio. 35. — A ft R : Schéma
raccord de la « membrane du glyc
expltqiierail les interrujitluns de la
livpülliétiques de la disposilkm des molécules au
icalvx avec la membrane plasmique. Celle dispusilion
drale exierne observées sur la membrane plasmique.
Fig. 36. — Représentation dans l'espace des structures hypothétiques du glycocalyx
au sommet d’une microvillosité (commentaire dans le texte).
MUyiEl’SE INTESTINAI.li DES
XI. - DIVERSITÉ D'ASPECT DU GLYCOCALYX
ET CORRÉLATIONS POSSIBLES
AVEC LE RÉGIME ALIMENTAIRE
Nous avons analysé systéinatiqueinoiit la séria (le pi’éléveinenls que noua
mentionnons au eliapilre IX.
Pour comparer ces divers éoliaiilülons, il efiL été néce-ssaire de coniiaîlre l'âge
de la cellule sur laquelle nous observons le glycocalyx. On peut l'évaluer grossiè¬
rement d’après la position de la cellule sur la villosité, les cellules les plus vieilles
se trouvant au sommet. En efl'et, les mitoses ont lieu à la ba.se des villosités et
les cellules plus âgées sont repoussées vers le sommet (Vodovar et Fléciion, 1966>,
Dans beaucoup de cas, la position des cellules n'a pu être précisée. D’autre
part, la disposition et la forme des villosités sont variables chez les dilférents
Primates que nnu.s examinon.s. Dans l’iléon de ('l'rcucpbiis, par exemple, les villo¬
sités étant beaucoup plus espacées, lu répartition des cellules selon leur âge est
nécessairement différente.
Nous avons donc fait une série de coupes dans cha(|ue cas, et choi-si les
cellules absorbantes dont les microvillosités étaient les mieux dévcdoppées, (pii
sont considérées comme les cellules les plus vieilles. Les coupe.s provenant de
blocs différents, d'un même niveau de prélèvement, ont montré lies formes très
comparables.
La rareté du matériel n'a pus permis d'ob.servcr plusieurs animaux de la
même espèce dans des stades pliysiologitpies différents. Dans tous les cas. l'esto¬
mac et l’intestin de l'animal étaient partiellement remplis; la digestion était en
cours.
Les différences que nous ob.servons entre e.spèces semblent donc .«ignilica-
Lives. Toutefois, ii n’est pas certain que les divers a.specls du glycneulyx que nous
décrivons correspondent aux caractères moyens de cluique espèce.
Les mensurations des microvillosités et de.'^ expansions du 3"'” ordre (Glyco-
calyxj sont rassemblées dans le tableau VIL
1° MiCRüCEBi's MimiM S possède duns son duodénum do longues microvillosités,
groupées fréquemment par faisceaux de trois ou quatre ((ig. 37 A). Le glycocalyx
est composé de petites digitations en massue, formant un bouquet au sommet, et de
quelques sphérules sur les face.s latérales.
Dans le jéjuno-iléon (fig. 37 B), les formations du glycocalyx son! sensiblement
plus épaisses. Elles prennent l’aspect de sphérules pouvant atteindre 300 A de
diamètre, vers la fin de l’iléon, où les niicrovillosités sont légèrement plu.s courtes
(fig. 37 G).
Ou peut rapproclier ces aspects du glycocalyx des ol)s(>rvalions concernant
l’aspect macroscopique des villosités : chez cet animal, la (aille des villosités décroît
uniformément le long de l’intestin grêle; l'extension en surface du glycocalyx suit
une décroissance analogue. Ce type de tube iligeslif semble èti'e le moin.s diffé-
l'encié.
Dan.s le côlon, nous avons retrouvé un glycocaiyx sur le même modèle : expan¬
sions courtes et épaisses où la membrane est souvent visible, snppni'tées par des
microvillosités assez courtes « 1 g).
2” GERCOCEors ALBKiE.s'A présente une diversité d’aspect beaucoup plus éten¬
due, aux différents niveaux do son intestin grêle. Dans le duodénum, les micro¬
villosités sont tiTS grandes et de gros diamètre (fig. 38 Aj. Le glycocalyx qui s’y
raUach(j est composé de très fins filaments formant un réseau jieu .serré.
C’c.sl au milieu du jéjuno-iléon qiie l’on ol)serve le réseau le plus dense,
occupant une hauteur de O.'i g au-dessus des microvillosilés. Celles-ci sont beau¬
coup plus fines et moins longues que dans le duodénum; leurs .sommets sont
entourés par ce ré.scau dont les filaments s'ana.slomosenl en formant des épaissis¬
sements aux points de jonction (fig. 38 B et 33).
Source : MNHN, Paris
C. M- HI^DIK
F,G 37 — Aspect du glvcocalvx sur les microvillosités de rintestin grêle de .Wirro-
cebus murlnun. A : duodénum; B ; milieu du jéjuno-iiéon; C ; Un de 1 iléon.
Source : MNHN, Paris
MUQIJIÎUSK l.NTESTINAI.E DES PKIMATËS
61
A la fin de l'iléoa, les digilaliyns du glycocaljx sont beauroup plus épaisses
(fig. 38 G et 26). Elles s’anastomoseiil encore entre elles en formant un ensemble
dense au-dessus des microvillosités.
L’étonnante diversité trouvée dans le revêtement de la surface muqueuse,
oliez cet animai, est peut-être fonction de la spéciali.sation de son régime
alimentaire.
3“ Cercopithecus nictitans : Dans le duodénum de cet animal (fig. 39 A;,
les microvillosités possèdent des renflements que l’on différencie aisément du
glycocalyx par la présence de la membrane plasmique. Le glycoealyx est bien
développé, en larges digitations pouvant s'anastomoser II forme une couche
épaisse de 0,2 a-
Cette couche est nettement plus mince dans le jéjuno-iléon (lig. 39 B), où
elle est supportée par des microvillosités de dimension moyenne (1,5 a).
Dans l'iiéon, les digitations du glycocalyx sont plus grosses et mieux séparées,
sans anastomose entre elles (llg. 39 G).
Le glycocalyx que nous avons observé sur les microvillosités du chlon semblait
encore plus réduit en volume, avec surtout des formes de massues et de .sphérules.
4° Papio leucopuaeus : Par la moins grande diversité d'aspect qu’il présente,
et l’accentuation des formes globuleuses du glycocalyx, il semble montrer une
différenciation dans un sens opposé à celui de Cercocebus.
Dans le duodénum (lig. 40 A), sur des microvillosités extrêmement longues
et fines, groupées en faisceaux de quatre ou cinq, le glycocalyx est peu dense,
formé de filaments, parfois de gros diamètre (200 A). Ici encore, les microviilo-
silés ont tendance à former des diverticules et même des microvillosités colla¬
térales. Les filaments du glycocalyx sont répartis sur le.s faces latérales des
microvillosités, peu serrées entre elles. A leur sommet, souvent renflé, les fila¬
ments ont tendance à donner des formes en massue.
Dans le jéjuno-iléon, on ne rencontre plus que des formes globuleuses
réparties sur toute la paroi de la microvillosité (fig. 40 B),
A la fin de l'iléon, ces formes sont plus amples, et les sommets des micro¬
villosités sont couronnés par une série de sphérules pouvant atteindre 600 A
de diamètre (flg. 40 G).
Gette tendance à une différenciation vers des formes globuleuses, pourrait
être corrélative d'un régime alimentaire riche en apports d’origine animale. En
effet, on raproche ces formes de celles du rnicrocèbe; alors qu’à l’opposé, le
Cercocèbe chez qui le glycocalyx s’étire en filaments, aurait tendance à s'accom¬
moder d'un régime riche en végétaux verts. Mais l’examen de nombreuses autres
espèces serait nécessaire pour aboutir à une conclusion certaine dans ce sens.
Un trait général des structures du glycocalyx, relevé chez ces quatre espèces
de Primates, est la tendance à donner des ramifications plus épaisses au niveau
de l’iléon (tableau VII). Quelle que soit leur forme de différenciation, il y a
toujours un épaississement des structures depuis le duodénum jusqu'à l’iléon.
Ce phénomène pouiTail être mis en parallèle avec l’absorption intestinale, plus
active au niveau duodéno-jéjunal.
XII. - HYPOTHÈSES SUR LE RÔLE DU GLYCOCALYX
Le glycocalyx joue un rêle certain, actif ou passif, au cours du jirocessus
d’absorption. En effet, comme le montre la (ignre 34, il recouvre la totalité de la
membrane plasmique, et les métabolites doivent nécessairement le traverser pour
entrer dans le milieu intérieur,
Bennet (1963) a suggéré le mode d’action possible des formations polysac¬
charidiques extérieures à la membrane plasmique. Il se ramène à deux types :
1) Ces formations peuvent avoir les propriétés de la phase stationnaire d’une
colonne à chromatographie.
Source : MNHN, Paris
C. M. HI.AIHK
63
MLÜIEI'SB INTESTINAI.K DES PRIMATES
KlO.
pilhi-cux
39- — Aspect du glycocalyx sur les microvDlosités de l'iulestin grt'Ie de Cerco-
nlchlam. : duodénum: 13 ; milieu du jéjuno-iléon: C ; Un de l'iléon.
Fie. 40. — Aspect du glycocalyx sur les microvillosilés de l’intestin grêle de J’apio
leucopnaeus. A ; duodénum; B : milieu de jéjimo-iléon; C ; lin de l'iléon.
Source ; MNHN, Paris
C. M. HLADIK
2) Les groupt'tnenls chargés des polysaccharides peuvent prcsenler les propriétés
des résines échaageuses d’ions.
Grâce à ces deux propriétés combinées, le revêtement mucopolysacciiaridique
exercerait une influence sur le milieu prorlie de la surface externe de la
membrane pla.smique.
La matière tapissant toute la .surface cellulaire, que nous avons décrite comme
expansions du 4* ordj'e », pourrait jouer le rôle d’adsorbaut, comme une
colonne à chromatographie. Elle pré.sente un maximum de surface de contact,
car les structures tpie nous avons observées (expansions de 3' ordre), peuvent
augmenter de 2 à 5 fois la surface des microvillosités. En tenant compte des
coefficients que nous avons déjà cités, relatifs à l'accroissement de .surface dû
aux villosités et aux microvillosités, nous arrivon.s à utie surface de contact
1000 fois supérieure à celle de la muqueuse .supposée étalée.
Plusieurs auteurs ont attribué au l'éseau filamenteux du glycoealyx, la fonc¬
tion de retenir les bactéries en avant de la membrane cellulaire. Les image.s
publiées par Hifpat et coll. (i965). sont assez démonstratives en ce qui concerne
la muqueuse du côlon humain. Mais nos observations ont montré le côlon d'autres
Primates pourvu de formations beaucoup moins denses et moins filamenteuses,
qui n'éloigneraient guère les bactéries des microvillosités. D’autre part, les bac¬
téries ne pullulent guère dans le début de l'intestin grêle et. en particulier, dans
le duodénum où le pH est très bas. On observe pourtant dans ces zones les rami¬
fications les plus développées du glycoealyx.
L'existence des pores dans la membrane plasmique, en continuité avec les
formations les plus iinportanle.s du glycoealyx. ne laisse guère de doute sur
le rôle important que ces dernières doivent jouer dans le processus d’absorption.
Les deux schémas que nous proposons (fig. 35) pourraient correspondre à deux
stades fonctionnels mais il n'est pas exclu que des trouées permanentes existent
dans la membrane plasmique.
Le rôle du glycocalvx, dans ces deux cas, serait celui de capteur (adsorption;
et de transporteur des ‘molécules et des ions vers les pores membranaires. Son
revêtement par la fine membrane dont nous avons montré l’existence, pourrait
permettre une différence de pression osmotique entre le milieu où il baigne et
l'intérieur de ses ramifications. Il s'établirait donc une sorte de gradient de concen¬
tration osmotique où le glycoealyx jouerait le rôle d’intermédiaire entre le milieu
extérieur et le milieu intra-cellulaire.
Le passage des matières absorbées pourrait ensuite .se réali.eer, ainsi que
l'ont suggéré Millington et Fine.an (1962), grâce aux structures filamenteuses ou
liibulaires de l'axe central des microvillosités, qui sont peut-être contractiles.
En ce qui concerne l'absorption des graisses, il semble exister un pliénomène
de tout autre nature, décrit par Vooovar et coll. (1966), qui ont montré leur
cheminement sou.s forme de gouttelettes, dans les espaces inlermicrovilleux.
VoDov.AR et Fr.ÉCHON (ifl66) ont décrit par ailleurs, les ultrastructures où se
déroule ce phénomène.
Par contre, les acides aminés et les glucides sont vraisemblablement absorbés
en un même lieu, et une même structure cellulaire interviendrait pour leur
absorption (Gobi, 1926. cité par Kayser. 1963). Ces corps sont précisément
absorbés dans la partie de l'intestin grêle où le glycoealyx est le plus développé.
On a constaté, d'autre part, que des dipeptides pouvaient traverser la barrière
intestinale, et l’existence des pores dans la membrane pourrait seule permettre
le passage de ces grosses molécules.
Bien qu’il ne soit pas po.ssible d'expliquer son mécanisme .d'action, tout
porte donc à supposer que la structure décrite sous le terme de «glycocalvx».
en rapport avec les pores membranaires, intervient en tout premier lieu dans le
processus d’ab.sorption des glucides et des acides aminés.
Source ; MNHN, Paris
MrOI’El SE INTESTINALE DES PRIMATES
65
CONCLUSION
L’eiispinble des observations portant sur quatre espères tie Primates ne peut
pas nous permettre d'établir des relations rertaines entre la morphologie du
glycoralyx et le régime alimentaire, mais des corrélations dans ce sens semblent
être décelables.
En outre, le rôle important que semble jouer le glycocalyx dans le processus
d absorption des glucides et des protides, nous porte à penser que cette structure
pourrait être adaptée à la nature des produits en digestion dont elle assure le
contact avec la cellule. Les variations que nous observons chez les divers Primate.^
auraient alors une signU'ication fonctionnelle.
Mission Biologique au Gabon,
Laboratoire de microscopie électronique du C.N.R.S., et
Laboratoire d'Ecologie Générale du Muséum Xallonal
d’Histoire Naturelle.
Nous tenons à exprimer notre reconnaissance à M, le Professeur P. P. Grassé,
grâce à qui nous avons pu poursuivre notre travail, tant au Gabon, sur le terrain,
qu’au laboratoire de microscopie électronique du C.N.R.S.; à M. le Professeur
G. Dela.mare Deboutteville, et à MM. les Professeurs M. Prenant et R. Cou-
TE.Aux qui nous ont guidé et conseillé dan.« celte étude.
RÉSUMÉ
L’examen détaillé dp la muqueuse intestinale de quatorze espèces de Primates
nous permet d'aboutir à une série de corrélations avec le régime alimentaire des
espèces considérées, portant notamment sur la structure de l’épithélium, l’abon¬
dance des glandes de Bmnner et des cellules de Panelh, et surtout l'abondance
des cellules argenlaflines et des granules phénoliques. Ce dernier caractère, défini
numériquement, est en corrélation très nette avec l’abondance des végétaux verts
dans le régime alimentaire.
Les six Lype.s rellulaires formant la surface de la muqueuse ont été exarniné.s
le long du tractas digestif de chaque espèce. Un septième t.\pe (cellule à micro¬
villosités tlexueuses) a été observé et décrit.
Par ailleurs, les observations faites au micro.scope électronique sur le revê¬
tement de surface (glycocalyx) des microvillosités des cellules absorbantes de ta
muqueuse inte.slinale de quelques Primates, nous ont permis de mettre en évi¬
dence plusieurs nltraslructures :
1) Une très fine membrane recouvre le.s ramiUcalions du gbcocalyx.
2) Les raniiliciitions les plus importantes du glycocalyx se raccordent à des pores
de la membrane plasmique des microvillosités.
3) Les ramifications du glycocalyx sont couvertes par de.« sirnrtures plus fine.s
(expansions du 4' ordre); mais il n’est pas absolument certain que ces fine.*
expansions observées ne soient pas des artefacts.
L’importance fonctionnelie de ces diverses structures est discutée en fonction
des liypothèses et des observations publiées sur celte question,
Par ailleurs, nous avons comparé l'aspect du glycocalyx à divers niveaux
de l’intestin grêle des espèces étudiées. Les variations observées pourraient être
en rapport avec l'adaptation de ces espèces à leur régime alimentaire,
Source : MNHN, Paris
66
C. M. III-Al)IK
SUMMARY
The mucosa of Uie gui of 14 speeies of Primates was cxaminecl ami a sei'ie
of corrélations with the diet of those different species wero foiind oui; especially
about the structure of the epiUieliutn, proportions of Bruniier glands and Panelli
cells; and inosllv about répartition of argentaflin ceils and plienolic granules.
A quantitative estimation of this oharacterislic will indicate the proportion
of green végétais in the diet of tlie species considered.
The six types of cells al the surface of the mucosa had been examined along
the digestive tract of each species. A sevenlh type (llexuous microvilli cell) was
observed and described.
Besidcs this, observations witli an électron microscope on the surface coal
(glycocalyx) of the microvilli of tlie absorbing cells of intestinal mucosa of
certain species of Primates, liave revealed the presence of the following ultra-
structures:
1) A very Ihin membrane covering the ramifications of llie glycocalyx.
2) The most important ramifications of the glycocalyx are directly related to
pores of tlie plasma membrane of tlie microvilli.
3) The ramifications of Ibe glycocalyx are covered by tliinner structures (Expan¬
sions of the 4th order); but it is not absolutely certain lhat these thin
observated expansions are not artefacts.
The functional importance of these different sti-uctures and previous hypo-
thesis and observations, are discussed.
We hâve aiso compared the appearence of tlie glycocalyx at different levels
of the small intestine nf the species we studied. The variations observed may be
related to the adaptation of tlie species lo tlieir pecular diet.
Source : MNHN, Paris
MUOIECSE INTESTINALE
'HIMATES
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