y
MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série A, Zoologie
TOME VI.
FASCICULE 2
F. GRANDJEAN
SUR LES GENRES « HEMILEIUS » Berl.
et « SICULOBATA » n.g.
ACARIENS, ORIBATES.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DD MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
Série A. Zoologie. Tome VI, fascicule 2. — Pages 117 à 138
SUR LES GENRES « HEMILEIUS » Berl.
et « SICULOBATA » n. g.
(Acariens, Oribates)
par F. Grandjean.
Les Acariens des genres Hemileius, Siculobata el Dometorinn sont
des Schéloribatidés dépourvus de ptéromorphes et de saillies angu¬
leuses aux épaules de leur notogaster. A cet égard ils se ressemblent.
Les types des 3 genres, d’autre part, sont des espèces de Berlese an¬
ciennement et mal décrites, ou mal classées, ou qui ont été confondues
avec d’autres. Aussi est-il particulièrement nécessaire de redécrire ces
types et de donner des 3 genres des diagnoses par lesquelles on sache
avec précision en quoi ils diffèrent.
•le me suis occupé déjà du genre Dometorina et j’ai redécrit son
type, D. plantiuaga (5, p. 224 à 234). Dans le présent travail j’étudie
Hemileius initialis et Siculobata sicula, qui sont les types des deux
autres genres. Mes redescriptions sont sûres car j’ai eu entre les mains
les préparations de Berlese. En 1946 le Professeur Melis, Directeur
de la Station entomologique agraire de Florence, Conservateur de la
collection Berlese, a eu l’obligeance de me les envoyer en communica¬
tion.
I. — HEMILEIUS INITIAUS (Berl. 1908).
Cette espèce a d’abord été décrite par Berlese sous le nom de
Protoribates (Scheloribates) initialis. La description est d’une remar¬
quable simplicité. Elle se compose de 9 mots. Berlese nous apprend
que l’animal est jaune, que son abdomen est subcirculaire, que ses
ptéromorphes sont presque nuis et que son sensillus est allongé, cla-
viforme. En outre il indique la taille (490 X 340 u.) et le pays de pro¬
venance (la Norvège). L’espèce est tridactyle puisqu’elle appartient à
la section II du genre Protoribates (1, p. 2). Il n’y a pas de figure.
Berlese avait certainement l’intention, en 1908, de donner plus
tard une vraie description d 'initialis, avec des figures. Il ne l’a pas fait
Mémoires du Muséum, Zoologie, t. VI. 9
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118
F. GRANDJEAN.
et il s’est permis néanmoins, en 1916, de prendre initialis pour type
d’un nouveau sous-genre. Celui-ci, appelé Hemileius, est placé dans
le genre Oribatula (2, p. 322).
Faire d’initialis un Oribatula alors qu’auparavant, beaucoup mieux
inspiré, Berlese en avait fait un Scheloribates, était une erreur.
Berlkse l’a commise parce qu’il attachait trop d’importance à la di¬
mension des ptéromorphes. Sa diagnose d’Hemileius revient à dire,
en effet, q u'Hemileius ne diffère de Scheloribates que parce qu’il a des
ptéromorphes rudimentaires. Il a bien cru indiquer, dans cette diagno¬
se, d’autres différences, mais elles n’ont pas de valeur, notamment
celle des aires poreuses du notogaster. Ces aires poreuses, au lieu d’être
« percées de pores fins », seraiént des « pseudopores à contour réni-
forme », c’est-à-dire seraient des saccules. Or, de nombreux genres
sont à saccules chez les Schéloribatidés et le genre Scheloribates est
l’un d’eux.
Tout cela est trop imprécis pour nous contenter et il faudrait
rayer de la nomenclature à la fois l’espèce initialis et le sous-genre
Hemileius si la préparation type d'initialis n’avait pas été conservée.
J’ai eu entre les mains cette préparation, comme il a été dit plus haut.
Elle ne contient qu’un exemplaire, monté au baume du Canada.
L'étiquette est ainsi libellée : Oribatula ( Hemileius) initialis Berl.
Tipico. Norvegia 1901 (Thor). L’exemplaire était brisé, ou plutôt fen¬
du. Il a presque repris sa forme normale après le démontage et l’im¬
prégnation par l’acide lactique froid.
J’ai reconnu alors un Oribate représenté abondamment dans mes
récoltes et qui figurait dans ma collection sous un nom provisoire.
Hemileius initialis est un Oribate commun en Europe et beaucoup
d’Acarologues ont dû le capturer sans savoir son vrai nom. Il vit
à terre dans les débris végétaux de toute nature et dans les mousses.
Je le décris d’après une de mes récoltes. Entre les exemplaires de
cette récolte et le type je n’ai constaté aucune différence, même de
détail, allant au delà des variations individuelles. C’est à cela seulement
que le type m’a servi. J’ai donc pu renvoyer celui-ci, intact, à Flo¬
rence.
Je crois que ce procédé est le meilleur car on a du type, par
l’intermédiaire des individus frais qui lui sont identiques, une redes¬
cription complète. Une redescription directe serait incomplète, no
exemplaire type étant généralement écrasé, entre le porte-objet et le
couvre-objel, dans la préparation où l’on a prétendu le conserver. Et
si, par extraordinaire, il était en bon étal, on aurait l’avantage de ne
pas avoir besoin de le diviser en plusieurs morceaux ('). Une descrip¬
tion sérieuse d’Oribatc exige en effet que l’on détache au moins I e
(i) U esl souvent nécessaire de démonter la préparation type et par consé¬
quent de in remonter. On n'aurait pas à faire cette double opération, toujours
longue et ennuyeuse, parfois difficile, si les Acarologucs avaient perdu la fâcheuse
habitude de garder leurs Acariens entre lame et lamelle et s’ils se bornaient a
les mettre en tubes dans des liquides convenables (alcool, acide lactique, mélange
d’Anmnn, essence de cèdre, etc...), les préparations ne jouant qu’un rôle tempo¬
raire, pendunt les observations, et étant ouvertes (4, p. 3f>3 à 370).
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SUR LES GENRES tHF.MII.EIVS » BERL. ET * S1CVB0LATA » N. G. 119
notogaster, le subcàpiiulnm, les mandibules, les palpes et les pattes,
pour examiner toutes ces pièces à part dans plusieurs orientations.
Voici une diagnose à’Hemileius. Je ne fais intervenir, dans cette
diagnose, que les caractères d’initinlis, bien qu’il y ait d’autres espèces
d’Hcmileius. J’en ai récolté plusieurs, principalement en Europe méri¬
dionale. Je n’ai malheureusement pas trouvé jusqu’ici le temps de
les étudier.
Genre Hemileius (Berl. 1916).
Notogaster à bord antérieur convexe et à épaules saillantes, mais
non anguleuses. Pas de ptéromorphes. Sensillus coudé, terminé par
une massue allongée. Bothridies placées haut, touchant les lamelles.
Extrémité du rostre arrondie. Prolamelle dépassant le poil rostral et
atteignant le boni du camérostome. Saccules gastronotiques normaux,
au nombre de 8. Sillon sternal comme chez Scheloribntes. La carène
péripodale postérieure n’est représentée que par un court et faible
fragment. Fémurs comme chez Scheloribntes. Pattes et palpe à chaeto-
taxie normale.
Hemileius est beaucoup plus voisin de Scheloribntes, qui a des
ptéromorphes, que des deux genres Dometorinn et Sic.ulobntn, qui n’en
ont point. Il diffère de Dometorinn par la convexité du bord antérieur
du notogaster, par la forme du sensillus, par l’emplacement de la
bothridie. par le petit tectum paraxial et dorsal qui protège, à la base
des fémurs I et II. l’articulation avec le trochanter (') et par la pré¬
sence des deux poils primiventraux pv à tous les tarses, celui du palpe
compris (*).
Redescription d'Hemileius initialis.
Les exemplaires que j’ai choisis pour cette redescription (parce
qu’ils sont identiques au type) ont été recueillis en juin 1928 dans les
Alpes de la Chartreuse (Isère) à 1300 m. d’altitude environ, à terre,
sous des arbres, dans de vieux cônes de pin enfoncés dans l’humus et
pourris.
Taille : 480 à 515 -a. Couleur assez claire, jaunâtre. Par réflexion
l’animal est brillant sur toute sa surface. Chez quelques individus le
notogaster porte une üaufrure vaguement polygonale très fine et effa¬
cée, à peine discernable. Chez d’autres individus cette gaufrure ne
semble pas exister.
Le faciès est exactement celui d’un Scheloribntes dont on aurait
supprimé les ptéromorphes.
0) J'ai appel* ce tectum une «arête surplombante» dans la diagnose de
Dometorinn (5, „. 225). Je l’ai appel* aussi un «nm Les enspins sont des tecta
en collerette h I-, base des articles. Une articulation il cnspin est une articulation
protêt par un eiKnin comme celles des pattes dans le genre Ucnodamaeus f 3 .
p. 228 h 230. fig. 2C. 2D).
(2) Ces poils sont désignés par ni ou tarse du palpe.
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F. GKANDJEAN.
Prodorsum et trichobothries. — La lamelle et la prolamelle, de
chaque côté, sont de fortes carènes (fig. IA, 2A). Sur le contour appa¬
rent, dans les orientations dorsale et ventrale, le passage de la pro¬
lamelle est marqué par une saillie nette, anguleuse, juste derrière l’in¬
sertion du poil rostral (fig. IA, IB). Au delà du poil rostral la prola¬
melle continue jusqu’au bord du camérostome. Elle atteint ce bord
franchement et elle en affecte le tracé (fig. 2A). La sous-lamelle est
normale, un peu sous-cavée (surplombante) dans sa moitié antérieure.
Ftg. 1. Ilemileiu* initiait* (Buni..). A (X 205), dorsal. — (B x 215), ven¬
tral. — C et D. coupes en travers de la cuticule ventrale, perpendiculairement
au plan de symétrie, entre l’ouverture génitale et le gnntnosoma.
La bothridie porte deux carènes à sa surface extérieure. Ce sont
de grandes carènes laminiforines, désignées par ke et kp sur la figure
3D ('). La carène antiaxiale ke part du bord de la bothridie tandis que
(') Des carènes semblables, moins fortes, existent chez 1). plantivaya.
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SUR LES GENRES « HEMILEIUS > BERL. ET « SICUBOLATA » N. G. 121
la . c arène postérieure kp est indépendante du bord. La figure 3D
fail bien voir les carènes mais elle présente le fond de la boihridie
dans une orientation défavorable. On voit mieux la forme générale
de cet organe sur la figure 2A.
La bothridie est placée plus haut et moins en arrière que dans le
genre Dometorina. Elle adhère par sa paroi à la lamelle. Elle n’est
cachée qu’en partie par l’épaule du notogaster.
L’extrémité du rostre est assez épaisse et forme une sorte de bour¬
relet incolore, arrondi, arqué, entre les deux limbes latéraux symé¬
triques (fig. 2C, en br). Si l’on regarde ce bourrelet dans l'orientation
latérale on constate qu’il est creux (fig. 2B). Ce n’est pas un épaississe¬
ment de la chitine. C’est un élargissement du mince intervalle entre
la cloison du rostre et la cuticule dorsale (*).
Transversalement, dans une bande étroite qui passe devant les
poils in, la cuticule du dorsovertex est striée, tandis qu’elle est lisse
ailleurs. J’ai représenté cette bande sur la figure IA, à droite seule¬
ment, et je l’ai désignée par rs. Les stries sont discrètes, interrompues,
et la bande striée n’a pas de bords précis. Je la signale parce que j’ai
remarqué à plusieurs reprises, chez des Oribates appartenant à des
familles diverses, une ligne très pâle occupant la même place que la
bande striée à'initialis. Cette bande ou cette ligne, bien qu’elle ne soit
pas dans un sillon, ne serait-elle pas un vestige de l’ancienne segmen¬
tation ? Une observation que j’ai faite récemment sur un Palaeacaroïde,
celle du sillon sa de Stomacarus Tristani, donne un certain poids à
cette hypothèse. Le sillon sa est devant les poils in et il est bien mar¬
qué. Au fond de ce sillon, du côté interne de la cuticule, il y a une
nervure que l’on peut qualifier d’apodématique (6. p. 363, fig. IA, 2A).
Les poils in, la et ro sont barbelés assez faiblement. Le sensillus
est terminé par une petite pointe. Le poil exobothridique ex est présent
(fig. 2A).
Notogaster. - Le notogaster est limité très nettement, à son extré¬
mité antérieure, par une ligne convexe (fig. IA), mais il ne se sépare
pas souvent du propodosoma selon cette ligne, même après forte cuis¬
son dans l’acide lactique, quand on l’arrache. En un point ou un
autre, selon les individus et la manière dont on s’y prend, une cassure
apparaît et Je notogaster est ébréché, ou bien, au contraire, il emporte
avec lui un morceau de la cuticule du propodosoma. L’ébréchure, dans
les deux cas, est anguleuse et quelconque. Rien ne peut faire prévoir,
sur l’animal intact, oii elle aura lieu. Le notogaster est donc soudé en
avant, d’une façon médiocre, irrégulière et partielle, au propodosoma.
Plus loin le long de son bord huméral, le notogaster est relevé
horizontalement. Il a une bordure étroite et presque plate qui se pro¬
jette sur sa tranche quand on observe l’Acarien dans l’orientation laté¬
rale. On voit la bordure en épaisseur dans cette orientation. Sur la
(') Le même intervalle
I extrémité du rostre, mais
mité qu’il faut de bonnes
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F. ORANDJEAN.
figure 2A je l’ai couverte de hachures. Dans l’orientation dorsale on ne
voit pas franchement la bordure, bien que j’aie marqué sa limite, sur
la figure IA, par une ligne en trait plein. Cette ligne représente, à titre
conventionnel, la place d’un sillon vague entre la bordure et la partie
bombée du notogaster.
Fig. 2. - Ile mil ei us initialis (Beiii..). — A IX 290), latéral, moitié antérieure :
le gnathosqma est enlevé ainsi <|Ue les pattes ; gx, orifice de glande : bug.
bord du notogaster ; bpu, bord de la plaque ventrale. — li (x 735), id.,
extrémité du rostre, plus grossie ; br, bourrelet rostral. - C (x 735), la même
extrémité, vue de devant et dorsalement. I) (x 735), trochanter et fémur
III gauches, dans ronéotât ion latérale. K (X 735), trochanter IV guuche,
id. — F (X 735), fémur IV guuche, id.
La bordure humérale occupe l’emplacement d’un ptéromorphe.
Doit-on l’appeler un très petit ptéromorphe ? Je préfère, pour le mo¬
ment, réserver le mot ptéromorphe à des formations tectales plus
accentuées et dire d 'initialis, ainsi que de tous les Oribates ayant la
même bordure humérale que lui, qu’il n’a pas de ptéromorphes. Cette
Source : MNHN, Paris
Sun LES GENRES « IIEM/LEWS . BERL. ET « SICUBOLATA » N. G. 123
question de mots n'a d’ailleurs pas beaucoup d’importance. Il serait
plus intéressant de connaître la signification évolutive de la bordure.
Si elle est homologue d'un ptéromorpbe, en est-elle une ébauche, dans
le temps phylogénétique, ou un vestige ? La première hypothèse a
plus de chances que l’autre d’être juste, car les ptéromorphes sont
évidemment des formations secondaires. On aimerait cependant dis¬
poser d’arguments plus particuliers et plus concrets.
Un autre sillon, latéral et postérieur, prend la suite du .sillon
huméral ('). Il est d’abord net, facile à observer. Sur la figure 2A il est
représenté par la ligne sb. Plus loin il s’efface graduellement en se
rapprochant du bord. On le suit jusqu’à l’extrémité du notogaster.
Entre ce sillon et le bord, une bordure latérale et postérieure, très
étroite, existe donc. A la différence de la bordure humérale, elle n’est
pas relevée, ni aplatie. On passe d’une bordure à l’autre derrière la
fissure ia (fig. 2A).
La chaetotaxie gastronotique est identique à celle du genre Dome-
torina. J’ai donné aux 20 poils les notations définies par la figure IA
de plantivaga (5, p. 229). Sur un exemplaire le poil ta manquait à
droite.
Les 8 saccules sont désignés par Sa, S,, S s et S s comme sur la
figure précitée. Les postérieurs ont des emplacements assez variables.
Le saccule S„ au lieu d’être au niveau du poil r„ du côté antiaxial,
est souvent plus bas, entre r, et la fissure ip, ou sous r„ à la même
distance du plan de symétrie que ce poil.
Les 10 fissures sont normales à tous égards. On voit im et ip sur
la figure 1 A. La fissure ia, l’antérieure, est cachée et ne serait visible
que par transparence, sur cette figure. On la voit sur la figure 2 A,
sous le bord huméral, au même endroit que chez plantivaga. Chez les
Oribates à ptéromorphes iu est placé semblablement, sous le ptéro-
morphe. Les fissures iJi et ips sont au bord latéral du notogaster, assez
voisines l’une de l’autre, au niveau du poil p„ approximativement.
Elles ne sont pas dans la bordure, mais au delà, tout près du sillon sb.
Région latérale de l’idiosoma. — Le tutorium est absent et il n’y a
pas non plus de formation custodiale ou discidiale. Le pedotectum I
est peu développé, comme toujours chez les Schéloribatidés (fig. 2 A).
Sa surface est finement striée. Les mêmes stries (non dessinées sur les
figures.) ornent la cuticule, derrière ce pedotectum, jusqu’à la patte II.
Le pedotectum II a les caractères habituels.
La carène péripodale postérieure n’est représentée que par un
fragment isolé, faible et variable, derrière la patte IV. Ce fragment est
quelquefois un peu plus long, en avant, que sur la figure 1 B. Il peut
atteindre et même dépasser légèrement le niveau du poil 4 c.
La carène kf (fig. 2 A) est une falaise très peu élevée, mais
abrupte, et même surplombante, à arête aiguë. Sa forme et sa lon-
(') Je ne sois pus si les deux sillons se prolongent exactement ou s'il y a entre
eux un très petit décainge.
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124
K. GRANDJEAN.
gueur varient beaucoup d’un individu à l’autre. C'est devant kf que
la surface de la cuticule est en saillie.
Les aires poreuses Al et Ah de Dometorina (5, p. 23, fig. 2 E) se
retrouvent chez initialis, aux mêmes places. Elles ont des pores plus
médiocres. L'aire poreuse Ah d’initialis diffère notablement de celle
de Dometorina par sa forme vaguement triangulaire (quand on la
regarde à plat) et par ses bords moins précis.
Région ventrale de l'idiosoma. — Les caractères de cette région
sont tout à fait normaux (fig. 1 B). On compte 4 poils génitaux, 1 poil
aggénital, 3 poils adanaux et 2 poils anaux, de chaque côté. Un exem¬
plaire n’avait à droite que 3 poils génitaux. Un autre avait à gauche
3 poils anaux. Les poils adanaux ont des implantations très variables.
Le poil ad, peut être caché ou non par les volets anaux dans l’orienta¬
tion ventrale.
L’ovipositeur est long. Les mâles sont aussi nombreux que les
femelles.
La formule coxisternale (3-1-3-3) est normale aussi. Elle diffère
de celle de plantivaga par la présence du poil coxal 3 c (absent chez
plantivaga). Le poil coxal 4 c est implanté, chez initialis, au delà du
morceau de carène péripqdale qui est en face des pattes III et IV (il
est en deçà chez plantivaga).
Le sillon sternal, semblable à celui de Scheloribates, va de l’ou¬
verture génitale aux poils 1 a, dans le plan de symétrie. En face de ces
poils il se divise en deux sillons symétriques qui divergent et qui s’ef¬
facent à la base de la mentonnière. Le sillon sternal ne manque sur
aucun individu et il est bien visible par transparence. Il est très
visible aussi en lumière réfléchie, malgré le faible grossissement. J’ai
représenté ce sillon en coupe transversale (un peu schématiquement)
sur la figure 1 C. La figure 1 I) est une coupe parallèle à la précédente
qui passerait entre les poils 1 a et la base de la mentonnière.
Gnathosoma et palpe. —- Le palpe a la formule normale (0-2-1-3-9)
et 4 eupathidies. Les deux poils ventraux du dernier article sont pré¬
sents. L’épine elep est implantée à faible distance du trochanter. Je
n’ai pas dessiné le palpe, car la figure aurait reproduit presque exac¬
tement celle que je donne pour Siculobata sicula (fig. 5 C). Le palpe
d’initialis est seulement un peu plus allongé que celui de sicula, et son
dernier article, dans la région des eupathidies, est terminé plus obli¬
quement.
La surface ventrale du capitulum porte en arrière une petite
carène transversable, faible et arrondie, parallèle au bord de la men¬
tonnière, assez variable d’un individu à l’autre (non figurée).
Pattes. — Leurs griffes sont tridaotyles avec des ongles latéraux
beaucoup plus minces que le central (fig. 3 B). Aux pattes postérieures,
surtout aux pattes IV, l’ongle central est moins épais que sur la figure
3 'B. Tous les tarses ont un foramen d’enfilage pour le tendon abais-
seur de la griffe.
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SUR LES GENRES « H EMILE/VS » REEL. ET « S1CUBOLATA » N. G. 125
L’articulation trochantéro-féniorale, aux pattes I et II, est proté¬
gée par un petit tectum implanté sur le fémur (fig. 3 A, 3 C). Cette
structure n’existe pas chez plantivaga.
Fig. 3. Hemileius initiait* (Behl.). A (X 740), fcmur et génuai I droits, dans
l’orientation latérale. B (X 740). tibia, tarse et nmbulacre I droits, dans
la même orientation ; «./»., aire poreuse. — C (X 740), fémur II droit, id. —
U (X 780). bothridie gauche : l’animal est vu dorsalement mais il est pen¬
ché fortement h gauche ; le notogaster est enlevé ; la ligne lui est un frag¬
ment de sa limite antérieure : la ni, lamelle.
II faut distinguer le tectum t et l’épaulement c (fig. 3 A). Le tec¬
tum est une lame sous laquelle s’introduit 1 extrémité du trochanter
C). L’épaulement est une saillie large et arrondie, parfois surplom¬
bante, du corps fémoral, derrière laquelle ou au pied de laquelle est
0) On voit cette lame (assez mal) sur les figures 3 A et 3 C. Les
et 5 E. relatives â Siculobala stcnla, la montrent dans des conditions
rahlcs. La ligne i est le fond de l’espace libre qui est sous te tectum.
figures 5 D
plus favo-
Source : MNHN, Paris
F. GRANDJKAN.
le pédoncule. Il n’y a de tectum qu’à la patte 1 ou à la patte II, comme
il a été dit plus haut, et ce tectum est paraxial et dorsal. L’épaulement
existe au contraire à toutes les pattes et il est antiaxial et dorsal. Chez
initialis l’épaulement est faible à I (fig. 3 A), plus développé à II (fig-
3 C) et fort à III et IV (fig. 2 D, 2 E, 2 F).
Tous les fémurs sont carénés ventrale ment. Au fémur I la carène
occupe seulement la moitié antérieure du bord. Aux autres fémurs elle
va rejoindre, à l’extrémité postérieure de ce bord, l’épaulement anti¬
axial.
Il y a des vergetures sur la face paraxiale des fémurs et des tro¬
chanters, surtout à IV (fig. 2 F, 2 E), moins à III (fig. 2 D). Je les ai
indiquées sur les figures par des lignes pointillées (').
Les aires poreuses des fémurs et des trochanters sont belles, à
limites nettes, à gros pores accentués. Leurs emplacements sont nor¬
maux, c’est-à-dire qu’elles sont paraxiales aux trochanters III et IV et
dorsoparaxiales aux fémurs. Aux fémurs I et II elles sont plus grandes
qu’aux fémurs III et IV et elles dépassent un peu le plan de pseudo-
symétrie, de sorte qu’on les voit sur le contour apparent dorsal quand
les pattes sont orientées latéralement. Elles n’atteignent pas le plan
de pseudosvmétrie, ou à peine, aux fémurs III et IV (fig. 2 D, 2 E, 2 F,
3A.3C). ‘
Chaque tibia et chaque tarse porte aussi, ce qui est normal, une
aire poreuse à sa surface ventrale, mais ces aires poreuses ne sont pas
aussi belles que celles des fémurs et des trochanters, aux pattes pos¬
térieures surtout. Elles donnent des signes certains de régression, à
ces pattes, car leurs pores sont fréquemment pâles et indistincts,
comme s’ils étaient en voie de se boucher.
Les formules numériques des phanères sont les suivantes, article
par article, de I à TV, pour les poils : trochanters Cl-1-2-1 ) ; fémurs
C5-5-3-2) ; génuaux 13-2-1-2) ; tibias (4-4-3-.3) ; tarses (19-15-15-12) ;
et pour les solénidions : génuaux (1-1-1-0) ; tibias (2-1 -1-1) ; tarses
( 2 - 2 - 0 - 0 ).
Elles diffèrent de celles de plantivagn ( 5, p. 232) par la présence
des poils primiventraux pv’ et pt>” à tous les tarses, par celle du poil
ft’ au tarse III, par celle du poil « accessoire » w’A au tarse I et par
celle du poil ventral />’ au génual I (fig. 3 B, 3 A).
Je n’énumère pas ces différences dans un ordre quelconque. Le
poil ventral du génual I et le poil désigné par v’A sur la figure 3 B sont
des poils de formation très tardive dans l’ontogenèse. Ils n’apparais¬
sent qu’à la stase adulte ( 2 ). Qu’ils manquent ou non n’a qu’une iw-
0) J’appelle vergetures les ontlulations «le la cuticule, aux pattes, lorsqu’elles
donnent naissance à des côtes et sillons alternants dont la direction est h peu près
perpendiculaire à la longueur d'un article. On peut dire aussi que la cuticule est
ridée transversalement. C’est le plus souvent ti la face paraxiale des fémurs et des
trochanters HT et IV que l’on observe, chez les Orikntcs supérieurs, le plus erand
développement des vergetures. Dans le détail, les vergetures sont très irrégulières,
variables d’un individu il l’autre. Elles ne traversent pas les aires poreuses.
(!) Je ne connais pas le développement d 'initialis. Je présume cela d'après
Scheloribales et d’autres Oribates, sans risque sérieux d'erreur.
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SUR LES GENRES *HEM1LEIUS » BERL. ET « S1CVBOLATA » N. G. 127
portance minime. Les poils po au contraire et le poil //’ du tarse III
sont de formation larvaire chez les Oribates et chez les Acariens acti-
nochitincux en général. Leur absence chez plantioaga est un caractère
de grande importance.
Les formes des poils n’ont rien de particulier, ni leurs implanta¬
tions. On remarque, mais c’est général chez les Schéloribatidés, que
les fémurs I et II ont des chaetotaxies différentes. Le poil o du fémur
II n’est pas toujours placé comme sur la figure 3 C. Il est souvent plus
près du bord ventral et il est parfois sur le bord lui-même.
Les seules eupathidies sont les poils p’ et p" au tarse I. Le poil s
du même tarse, eupathidique chez plantioaga, est ici un poil ordinaire.
Il est implanté derrière les poils antélatéraux a (fig. 3 B), tandis qu’il
est devant ces poils chez plantioaga (5, fig. 2 A), conformément à la
règle.
Les solénidions sont semblables à ceux des genres Dometorina et
Scheloribates.
Aux tarses, la fissure dorsoproximale est déversée du côté anti¬
axial à toutes les pattes.
VARIATIONS.
Hemileius initialis est une grande espèce qui a certainement de
nombreuses races ou sous-espèces. Dans la description qui précède
interviennent seulement les exemplaires de la récolte choisie. J’ai
signalé quelques variations. En voici d’autres que j’ai constatées sur
des exemplaires des environs de Strasbourg, de Mont-Dore (Puy-de-
Dôme) et de Montreux (Suisse, Vaud). Elles sont de natures diffé¬
rentes et je les cite pêle-mêle car je n’en ai pas fait une étude spéciale.
Dissymétriquement, le nombre des poils génitaux peut être 5 ; le
poil nggénital peut manquer ; une aire poreuse tibiale ou tarsale, aux
pattes III el IV, est quelquefois si faible qu’on ne la voit pas dans
l’orientation latérale.
Dissymétriquement ou symétriquement, le sensillus. peut être
arrondie à son extrémité et dépourvu de la petite pointe distale habi¬
tuelle.
Les deux poils de la paire r, peuvent avoir le même écartement
que ceux de la paire p,. au notogaster.
Symétriquement, dans certaines récoltes, la forme des fémurs
diffère de relie dessinée pour les exemplaires de la Chartreuse. Aux
fémurs I ou II le profil dorsal postérieur (entre le poil d et l’épaule-
ment), au lieu d’être convexe comme sur les figures 3 A et 3 C, est
rectiligne. Il est même nettement concave au fémur I sur des exem¬
plaires de Suisse.
La taille varie au total entre 430 et 555 R.
Source : MNHN, Paris
128
F. GRANDJEAN.
n. — S1CULOBATA S1CULA (Berl. 1892).
Berlese est le seul auteur qui ait parlé de cette espèce. Il l’a
d’abord décrite sous le nom d ’Oppia tibialis (Nie.) var. sicula, d’après
des exemplaires qu’il avait reçus de Targiont-Tozzetti (A. M. S., fasc.
LXIV, PI. 1, fig. 2 à 5). Ces exemplaires avaient été récoltés en grand
nombre sur des citronniers et des orangers aux environs de Palerme.
Un peu plus tard Berlese rectifia le nom spécifique et l’animal
devint la variété sicula de YOribatula plantivaga. J’ai raconté (5, p.
226) que dans les préparations de VAcarotheca italien, sous l’étiquette
« Oribatula plantivaga Berl. Super aurantiaceas, Italia >, Berlese a
mis des sicula. Il substituait ainsi, sans s’en rendre compte, à une
espèce très commune et très répandue, dans toute l’Europe occidentale,
plantivaga, une espèce localisée très différente. II a certainement em¬
pêché des Acarologues, spécialement ceux qui avaient confiance dans
ï’Acarotheca, de reconnaître le vrai plantivaga.
En 1916 la variété sicula fut promue au rang spécifique et attri¬
buée au sous-genre Hemileius, ex Oribatula. Une description nouvelle
en fut donnée (2, p. 322).
La préparation type est montée au baume de Canada. Sur son
étiquette on lit, écrit de la main de Berlese : « Oribatula ( Hemileius)
sicula Berl. tipico. Palermo. Su piante di Agrumi » et sur une autre
étiquette, plus ancienne : « Sicilia, sugli agrumi ». Elle contient plu¬
sieurs exemplaires, tous complètement écrasés. Elle m’a servi à déter¬
miner des Oribates que j’ai trouvés autrefois en Algérie et que je pen¬
sais bien être des sicula, car les figures initiales de Berlese, celles de
1892, sont assez bonnes, quoique sommaires. Mes exemplaires ne dif¬
fèrent en rien des types, ou plutôt de leurs morceaux. Ils sont iden¬
tiques aussi aux exemplaires de l’Acarotheca, lesquels ont la même
provenance que ceux de la préparation type.
Sicula est un Oribate qui ressemble beaucoup à plantivaga. Il a
des pattes plus allongées, une couleur plus claire et une cuticule aussi
brillante sur le notogaster que sur le propodosoma, et cela suffit à l’en
distinguer, mais il a le même faciès, la même taille moyenne, la même
position basse des trichobothries, les mêmes sensilli et le même noto¬
gaster coupé droit en avant, caractère peu répandu. En outre il vit
aussi sur les arbres. J’ai dû cependant renoncer à l’introduire dans le
genre Dometorina car il diffère de plantivaga par des caractères im¬
portants. Il a même, malgré son aspect banal, deux caractères si excep¬
tionnels que je ne les ai rencontrés jusqu’ici chez aucun autre Acarien,
celui de ses saccules gastronotiques (en surnombre) et celui de ses
solénidons 9 III et 9 IV (microcéphales).
J’attribue sicula à un genre nouveau que j’appelle Siculobata.
Pour le moment ce genre ne contient pas d’autre espèce.
Source : MNHN, Paris
SUR LES GENRES « H EM ILEUS » BERL. ET c SICUBOLATA » N. G. 129
Genre Siculobata n. g.
Notogaster à épaules effacées, non anguleuses et sans ptéro-
morphes, à bord antérieur quasi rectiligne, transversal. Sensillus
court, non coudé, à tête sphérique. Bothridies placées très bas, loin
des lamelles. Rostre pointu. Prolamelles dépassant le poil rostral et
atteignant le bord du camérostome. Au notogaster il y a plus de 8
saccules respiratoires. Comme chez Scheloribates et Hemileius les
fémurs I et II ont â leur base, du côté paraxial et dorsal, un petit tec¬
tum pour la protection (très incomplète) de l’extrémité du trochanter.
Ces fémurs sont allongés, spécialement le fémur IV. Pattes et palpe
à chaetotaxie normale. Le solénidion du tibia, aux pattes III et IV, est
très long, tactile, mais terminé par une petite boule creuse qui est un
élargissement de son canal.
D’après cette diagnose le genre Siculobata diffère des genres Do-
metorina et Hemileius par son rostre pointu et par les deux caractères
dont j’ai signalé plus haut la rareté, celui des saccules et celui des
solénidons des tibias.
Il diffère en outre de Dometorina par la présence des deux poils
prjmiventraux pu h tous les tarses (celui du palpe compris), par la
présence du petit tectum à ses fémurs I et II, et par la présence, à ses
tibias, d’une aire poreuse.
Il diffère en outre d 'Hemileius par le bord antérieur du notogaster
coupé droit, par l’emplacement de la bothridie, par son sensillus non
coudé et par la forme plus allongée de scs fémurs, de son fémur IV
en particulier.
Redescription de Siculobata sicula.
Mes exemplaires proviennent d’une récolte que j’ai faite en mars
1935 sur des branches et des feuilles dans les taillis qui bordent le lac
Oubeïrah, à l’Est de Bône (département de Constantine, Algérie). Je
les décris par comparaison à D. plantiuaga et H. initialis, sans men¬
tionner les caractères qui sont à la fois communs aux 3 espèces et
normaux dans la famille des Schéloribatidés.
Taille : 385 à 425 n. Couleur claire. Par réflexion l’animal est
brillant sur toute sa surface. La gaufrure du notogaster, quoique très
fine et pâle, se voit nettement sur tous les individus.
En lumière transmise et à fort grossissement la gaufrure est
observable par le procédé de mise hors du point. Il s’agit d’impres¬
sions en creux analogues à celles du notogaster de plantiuaga, mais
moins accentuées et plus petites, moins arrondies, vaguement poly¬
gonales.
A la base des poils dorsaux, sur la cuticule, on remarque une
sorte d’anneau entourant l’alvéole. La chitine est vraisemblablement
plus épaisse dans cet anneau.
Source : MNHN, Paris
130
F. GRANDJEAN.
Prodorsum et trichobothries. - Les lamelles et les prolamelles ne
diffèrent presque pas de celles d’initiait s (fig. 4 A, 5 A, 5 B). La saillie
anguleuse du contour apparent, dans les orientations dorsale et ven¬
trale, est un peu plus forte (fig. 4 A, 4 B).
La sous-lamelle est imprécise. C’est un talus fortement déclive
mais non limité à son sommet par une arête. Ce talus part de la
lamelle au voisinage du point d’insertion du poil lamellaire et se
dirige en s’effaçant vers la bothridie. Dans l’orientation exactement
latérale (c’est-à-dire en projection sur le plan de symétrie) on ne le
voit qu’en avant et il est flou. J’ai mis sur la figure 5 A une ligne con-
Source : MNHN, Paris
Sim l/ES GENRES < HEMU.EIÜS » BERL. ET « SICU/IO/.ATÀ » N. G. «31
ventionnelle interrompue à la place de cette partie floue. Sous cette
ligne la surface latérale du propodosoma est déprimée.
La bothridie est placée très bas, plus bas que dans le genre Dome-
torina. Elle est cachée tout entière dans l’orientation dorsale. Les deux
lignes qui la joignent à la lamelle, sur la figure 5 A, sont de fines
carènes quasi parallèles. Elle n’a pas à sa surface les grandes carènes
A - e et kp que j’ai signalées chez initialis.
Le sensilius est identique à celui de planlivaga.
Le rostre est terminé en pointe aiguë. Pour bien voir cela il faut
regarder l’animal de face (fig. 5 B). Enlever préalablement le gnatho-
soma facilite l’observation.
Les poils sont à peine barbelés, plutôt rugueux, à aspérités
courtes.
Notogaster. Comme celui de plantivaga il a une limite recti¬
ligne en avant, transversale, et il est soudé au propodosoma, de la
même façon inconstante et médiocre, le long de cette limite.
Sa bordure a les mêmes caractères que chez plantivaga mais elle
est beaucoup plus large dans la région humérale. Elle se rétrécit len¬
tement en arrière. Le changement est graduel et on ne distingue pas
les deux zones différentes (celle qui est seulement humérale et celle
qui est latérale et postérieure) que montre, pour initialis, la figure 2 A.
Sa ehaetotaxie diffère un peu de celle d 'Hemileius et de Dome-
torina à cause des poils te, ti et ms (fig. 4 A). De ta à r, la tendance à
réaliser un alignement périphérique de 14 poils est très nette. La nota¬
tion Dometorina paraît applicable sans ambiguïté. Il serait utile, tou¬
tefois, de pouvoir la confirmer, pour les poils te et ti, par l’observa¬
tion d’autres espèces. Un individu avait à gauche un 11' poil qui était
plus petit que les autres. Ce 11* poil, peu éloigné de ta, était implanté
moins en avant que ta et plus près du plan de symétrie.
Ses saccules ont des formes quelconques et des orifices qui sont
généralement ronds ou en courte fente. Ils ne sont pas très faciles à
bien voir à cause de leur petitesse. Le notogaster doit être propre,
bien éclairci par l’acide lactique chaud, et, de préférence, séparé et
examiné isolément. Ils sont surtout remarquables par ce qu’il y en a
toujours, de chaque côté, plus de 4. L’exemplaire dessiné en a 5 à
droite et fi à gauche. J’ai examiné d’autres exemplaires. Les nombres
de saccules observés sont 5, fi et 7. Les nombres fi et 5 dominent avec
<> en tête, mais de peu. Le nombre 7 est rare et je ne l’ai vu qu’une
fois, du côté gauche d’un individu.
Partant de la notation orthotaxique Sa, S,, S, et S_, (5, p. 229, fig.
I A) on obtient le cas de 5 saccules en remplaçant le saccule normal
Sa par 2 saccules (les deux plus antérieurs, de chaque côté, sur la
figure 1 A du présent travail), et celui de fi saccules en remplaçant,
en outre, le saccule normal S l par les 2 saccules qui encadrent le poil
ms sur la même figure, à gauche. Le 7* saccule était en avant, près du
poil te.
Pour expliquer ces nombres anormaux et cette inconstance nous
pouvons faire deux hypothèses :
Source : MNHN, Paris
132
F. GRANDJEAN.
La première est de les attribuer à un phénomène évolutif de mul¬
tiplication des saccules, lequel serait accompagné, selon la règle habi¬
tuelle, d'un effacement de l’orthotaxie et d’un amoindrissement de la
taille. Faire cette hypothèse est logique car tous les organes sont sus¬
ceptibles, pourvu que cela ne soit pas contraire aux exigences de la
vie, d’entrer en pléthotaxie après une période phylogénétique où ils
sont en nombre fixe et occupent des positions constantes. Sicula nous
montrerait cela pour les saccules.
La multiplication, dans cette hypothèse, ne serait en général
qu’un doublement et n’aurait agi que sur les deux saccules Sa et S r
Les deux saccules postérieurs de sicula, de chaque côté, seraient les
Source : MNHN, Paris
SUR LES GENRES « UEMILEIUS » BERL. ET « SIC VBOL A TA » N. G. 133
saccules normaux S, et S a eux-mêmes. Or, ces caractères sont ceux
que l’on doit s’attendre à trouver dans une multiplication commen¬
çante. On sait, par de nombreux exemples, que dans une série homéo-
type d’organes la multiplication n’alTecte pas simultanément tous les
organes. Elle commence dans un territoire et s'étend ensuite (plus tard
dans le temps phylogénétique) à d’autres territoires. Ici elle commen¬
cerait en avant.
Nous avons un argument favorable, mais pourquoi, si l’hypothèse
est juste, les saccules ont-ils une apparence rabougrie, vestigiale ?
J’en ai observé qui étaient presque réduits à leur orifice, c’est-à-dire
à un pore. Dans une multiplication commençante les organes nou¬
veaux n’ont aucune raison, malgré leur taille plus petite, de montrer
des signes aussi francs de régression. L’hypothèse doit donc être
accompagnée d’une autre, celle de la régression des saccules.
La deuxième hypothèse est d’attribuer la variation à une frag¬
mentation irrégulière des aires poreuses qui ont précédé les saccules.
Une aire poreuse peut se diviser et chaque morceau devenir un sac-
cule en s'invaginant. Les ancêtres de sicula, dans cette hypothèse,
n’auraient jamais eu à leur notogaster les 8 saccules normaux. Us
auraient eu les 8 aires poreuses normales et 2 paires d’entre elles, les
antérieures, se seraient plus tard irrégulièrement morcelées.
Je préfère la première hypothèse mais rien ne permet de rejeter
la deuxième. Attendons d’avoir étudié d’autres Oribates ayant à leur
notogaster un nombre anormal de saccules. Il y en a certainement.
Région latérale de l'idiosoma. Les pedotecta sont pareils à
ceux d’initialis et de plantivaga, à de légères différences près, et on
constate la même absence de formation custodiale et discidiale (fig.
5 A, 4 13). La carène péripodale postérieure est nulle comme chez
plantinaga.
La falaise kf d'iniiialis se retrouve chez sicula, à la même place
(fig. 5 A). Elle a une forme différente, assez variable d’un exemplaire
à l’autre. Comme chez initialis c’est devant kf que la surface de la
cuticule est en saillie. Cette falaise, ou carène, manque chez planti-
naga.
Les aires poreuses Al et Ah sont belles et ont les mêmes formes
que dans le genre Domelorina.
Région ventrale de l'idiosoma. Sa seule originalité chez sicula
consiste dans un vallonnement longitudinal de la cuticule des épi-
mères, au voisinage du plan de symétrie. A la place du sillon sternal
franc d’initialis on a plusieurs sillons et plusieurs côtes. Le vallonne¬
ment est doux comme le montre la figure 4 C, mais il est suffisamment
accentué pour qu’on le voie même par transparence. Bien entendu, on
le voit mieux par réflexion.
D’un individu à l’autre les variations sont considérables. Le plus
souvent on ne discerne que 2 petites côtes vaguement parallèles et
Mémoiiies du Muséum, Zoologie, 1. VI. 10
Source : MNHN, Paris
134
F. GRANDJEAN.
symétriques. Fréquemment on en discerne une 3’. Sur un exemplaire
il y en avait nettement 4. Dans leur ensemble ces côtes vont de l’ou¬
verture génitale à la mentonnière. Elles divergent plus ou moins en
avant (fig. 4 B).
Le poil 3 c existe. Le poil 1 c est très écarté du plan de symétrie.
Le poil ad u plus rapproché au contraire de ce plan, est caché à sa base,
en projection ventrale, par les volets anaux (fig. 4 B). J’ai observé
des variations, toutes dissymétriques : l’absence des poils 4a et 4b,
l'absence et le doublement du poil ag.
Gnathosoma et palpe. Le palpe, comme celui d'inilialis, est
tout à fait normal au point de vue chaetotaxique. La figure 50 le repré¬
sente mais elle n’est pas bonne pour le trochanter, qui est vu trop en
raccourci (1).
Pattes. — Elles sont plus allongées que celles de plantivaga. Leurs
griffes ont l’hétérodactylie habituelle (fig. 6B). Comme d’habitude aussi
l’ongle central est moins épais aux pattes postérieures. J’ai vérifié
à toutes les pattes que les tarses ont un foramen d’enfilage pour le
tendon abaisseur de la griffe.
On retrouve, aux fémurs I et II, le même petit tectum protecteur
que chez inilialis et les mênjes épauleinents à tous les fémurs (fig. 6A,
60, 5D, 5E, 6D, 6E).
Les fémurs sont carénés à leur bord ventral mais moins large¬
ment et moins complètement que chez initialis. A en juger par l’accen¬
tuation ou la finesse, dans l’examen latéral, des contours apparents,
la carène occupe (à peu près, car il y a beaucoup de variations indi¬
viduelles) la moitié antérieure du bord ventral aux fémurs I et II et
un peu plus de la moitié aux fémurs III et IV. Elle va plus loin
en arrière, en réalité, car si l’on examine les fémurs de dessous on
constate qu’à I et II la carène oblique du côté antiaxial et qu’au total
sa longueur est d’environ les trois quarts de celle du bord ventral
(fig. 5E). Aux fémurs III et IV elle est aussi longue mais ne change
pas de direction.
Les vergetures sont fortes à la face paraxiale des fémurs III et IV.
Les aires poreuses sont toutes très belles et aux fémurs I et II
elles se distinguent de celles d’inilialis et de plantivaga parce qu’elles
ont une partie paraxiale (la plus grande) qui est séparée de leur partie
dorsale. On voit cela sur les figures 6A et 60. On le voit aussi sur la
figure 5D pour le fémur II.
Elles se distinguent de celles de plantivaga d’une autre manière,
car elles sont au complet (plantivaga n’a pas d’aires poreuses à ses
tibias) et de celles d’inilialis parce qu’elles sont aussi belles aux tibias
et aux tarses qu'aux fémurs et aux trochanters. J’ai représenté l’aire
poreuse du tibia IV, petite et ovale (fig. 5F), à bords précis. On pour-
(1) Sur la ligure 5C je u'ni pas mis les notations «les phnnircs, sauf celles
«le ut’ et de i>I". Le poil ni' est celui <|ui manque dans le genre Dometorina. l.a
paire ni est homologue de la paire pu des tarses pédieux.
Source : MNHN, Paris
SUR LES GENRES * HEMILEIUS » BERL. ET < S1CUB0LATA » N. G. 135
rait facilement compter ses pores. Le tibia III en a une semblable et
semblablement placée. Aux tibias I et II l’aire poreuse n’est pas fran¬
chement derrière les poils v, mais plutôt entre eux (fig. 6A). L’aire
poreuse tarsale est placée de la même façon à toutes les pattes, juste
devant le foramen d’enfilage (fig. 5F).
r lg. 6. - Siculobata nie,lia (Behl.). — A (X 540) patte I droite vue latérale¬
ment • fémur eénual et tibia. — B (X 740), rrf., tarse et ambulacre : a.p.,
aire poreuse C (X 540). fémur II droit, latéral. — D (X 470), patte III
Rouelle vue latéralement : trochanter, fémur et «énual. — E (X 540) fémur
IV gauche, latéral. - F (X 470). extrémité du tibia I\ gauche vu la érale-
inent, pour montrer le soiénidion tactile microcéphale. — G (X 1500), I extré¬
mité du même soiénidion, plus grossie.
Les formules des poils sont celles d’initialis, sauf au tarse I, où
le nombre est 18 au lieu de 19. C’est à cause de l’absence, chez sicula,
du poil v’A. J’ai constaté plusieurs absences, d’un seul côté, celles des
poils y’GI, dFIV et w’TIV, et deux présences, d’un seul côté également,
Source : MNHN, Paris
130
F. GRANDJEAN.
sur les fémurs I et IV, d’un petit poil supplémentaire antiaxial. Je
ne décris pas ces présences, que je crois être des anomalies.
Les différences d’implantation sont minimes. On remarque seule¬
ment, chez sicula, qu’au trochanter III le poil /’ est à l’extrémité posté¬
rieure de l’article, aligné longitudinalement sur le poil u’ (üg. 6D),
ce qui est exceptionnel, et qu’au tarse I le poil ft' est en projection
latérale derrière le solénidion u>x (fig. t»B). Le poil ft’ est aussi derrière
dix chez plantiuaga mais il est devant chez initialis (fig. 3B).
Le poil u du fémur II a chez sicula une implantation très variable.
Sa base est du côté antiaxial de la carène ventrale sur l’individu repré¬
senté par les figures 6C et 5E, tandis qu’elle est du côté paraxial sur
d'autres individus. Cette variation est à rapprocher de celle du même
poil chez initialis. Elle est plus forte chez sicula. Je lui attribue beau¬
coup d’importance car le poil v devrait être, par comparaison du
fémur II au fémur I et compte tenu de l'ontogenèse (j’ai étudié celle-ci
chez Dometorina et Scheloribates), un poil v’. A en juger par sa posi¬
tion habituelle sur les adultes de Schéloribatidés que j'ai vus jusqu’ici,
c’est un poil v”. Je reviendrai sur cette difficulté.
Les eupathidies sont comme chez initialis.
Les solénidions des tibias III et IV, bien qu’ils soient très longs
et comparables en cela aux solénidions tactiles ordinaires, ne sont pas
effilés à leur pointe, ils sont terminés par un petit renflement sphéri¬
que. Le renflement est creux. C’est une expansion du canal (fig. 6F et
60). Les solénidions tactiles des tibias I et II n’ont pas ce renflement.
Par leurs autres caractères morphologiques les solénidions de
sicula sont semblables à ceux d’Hemileius, de Dometorina ou de
Scheloribates. Ils sont implantés aux mêmes places et de la même
manière, à l'exception de o 2 . Ce solénidion peut avoir sa base à l’extré¬
mité de la proéminence dorsodistale du tibia I, comme chez initialis
(fig. 3B), ou bien l'avoir, plus discrètement, du côté paraxial de cette
proéminence, comme chez sicula (fig. 6A). Dans le premier cas la
proéminence est le plus marquée à la base de ? 2 et l’on voit simultané¬
ment les bases de ©j et de <?■>, dans l’orientation latérale, sur le con¬
tour apparent du tibia. Dans le deuxième la proéminence est le plus
marquée à la base de ç, et elle ne semble porter ? 2 qu’à titre accessoi¬
re. A cet égard plantioaga est plus voisin i\’initialis que de sicula
(5, fig. 2A).
RÉSUMÉ.
D’après son espèce type le genre Hemileius se distingue des gen¬
res Dometorina et Siculobata par des caractères très apparents comme
la position haute (normale) de ses bothridies, la forme de ses sensilli
et la convexité du bord antérieur de son notogaster. Il s’en distingue
aussi par ses mœurs, car il vit à terre. Il est moins évolué qu’eux pour
l’ensemble de ses caractères. Il est plus voisin qu’eux du genre Sche¬
loribates.
Source : MNHN, Paris
SUR UES GENRES < HEMILEIUS » BERL. ET « SICUBOLATA » N. G. 137
Les genres Dometorina et Siculobata doivent être classés près
l’un de l'autre. Ils sont également xérophiles, arboricoles ou saxicoles.
Us ont le même faciès. Entre eux les différences ne se voient pas au
premier coup d’œil, mais elles sont importantes et précises.
Dometorina se distingue de Siculobata par des caractères régres¬
sifs ou non progressifs. Il a perdu des poils qui existent normalement
chez les Schéloribatidés et plusieurs de ces poils sont de formation
larvaire. Il a perdu aussi les aires poreuses tibiales. Inversement il
n’a pas acquis deux caractères progressifs que possède Siculobata,
celui du petit tectum qui protège partiellement, aux pattes I et II,
l’articulation trochantéro-fémorale, et celui de la carène kf, au-dessus
du premier acetabulum, bien que ces deux caractères ne soient pas
rares (on les trouve chez d’autres Oribates, et notamment chez Hemi-
leius).
Siculobata se distingue au contraire par des caractères progres¬
sifs, ou de spécialisation. Son rostre est pointu. Ses saccules gastronoti-
ques sont en surnombre. Les solénidions tactiles de ses tibias III et IV
sont terminés par un renflement de forme sphérique. Avoir plus de 8
saccules ou avoir des solénidions microcéphales, à tête d’épingle, est
extrêmement particulier. Je n’ai même observé cela, jusqu’ici, chez
aucun autre Oribate.
(Laboratoire de Zoologie du Muséum).
TRAVAUX CITÉS.
1. Behi.esk (A.). — Klenco di generi e specie nuovi di Acari (Redia, t. 5,
p. 1 à 15, 1908).
3. Ut. Centuria terza di Acari nuovi (Redia. t. 12, p. 289 a 338, 1916).
3. GranPjean (F.). Le genre Licneremaeus Paoli (Rail. Soc. Zool. Fran¬
ce, t. 56, p. 221 à 250, 1931). .... , „
4. Id. — Observation et conservation des très petits Arthropodes (Rnll.
Mus. Hist. natur. Paris. 2" série, t. 21, p. 363 à 370, 1949).
5. Id. — Sur deux espèces du genre Dometorina n. g. et les mœurs de
D. plantlvaqa (Berl.) (Rail. Soc. Zool. France, t. 75, p. 224 à 242,
. 1950 ri95lj). .. ... ,
6. Id . — Observations sur les Palaeacaroides. l re sérié (liait. Mus. Hist.
natur. Paris. 2' série, t. 24, p. 360 à 367. 1952).
Source : MNHN, Paris
Achevé d'imprimer le 15 mars 1953.
'tSlVÈÎr* Lons-le-Saunier. - U92-52-160.
Mars 19.>3 «Dépôt légal 1" trimestre 1953 — n ° 4126».
Source : MNHN, Paris
Source : MNUN, Paris
Source : MNHN, Paris