MEMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série A, Zoologie
TOME LXXIII
Nicole GOURBAULT
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
PARIS
EDITIONS DU MUSEUM
38, rue Geofîroy-Saint-Hilaire (V e )
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Série A, Tome LXXIII
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
par
Nicole GOURBAULT
SOMMAIRE GÉNÉRAL
(Les sommaires détaillés sont donnés au début de chacune des trois parties.)
Pages
INTRODUCTION. 3
TECHNIQUES . 5
I. — Récolte et transport des animaux. 5
II. — Élevage. 6
III. — Techniques histologiques. 6
PREMIÈRE PARTIE : ÉTUDE TAXONOMIQUE. 7
— Sommaire . 7
—■ Introduction. 10
— Chapitre I : Les grandes lignes de la classification des Triclades. 11
— Chapitre II : Les Planariidae. 18
— Chapitre III : Les Dendrocoelidae.. 39
— Résumé de la première partie. 87
— Summary of the (irst part. 89
DEUXIEME PARTIE : DONNÉES BIOLOGIQUES. 91
— Sommaire . 91
— Chapitre I : Reproduction sexuée. 94
— Chapitre II : Reproduction asexuée et régénération. 114
— Chapitre III : Métabolisme respiratoire. 123
— Résumé de la deuxième partie. 138
— Summary of the second part. 140
TROISIÈME PARTIE : RECHERCHES ÉCOLOGIQUES. 142
— Sommaire . 142
— Introduction. 145
— Chapitre I : Habitats de quelques Triclades Paludicoles épigés. 146
Bibliothèque Centrale Muséum
1 564 018 6
2
NICOLE GOURBAULT
— Chapitre II : Différents habitats des Triclades Paludicoles hypogés. 159
— Chapitre III : Habitats des Triclades en milieu perméable en petit. 164
— Chapitre IV : Habitats des Triclades au niveau du karst. 179
— Résumé de la troisième partie. 202
— Sumraary of the third part. 204
CONCLUSIONS GÉNÉRALES. 206
INDEX. 211
I. Liste des espèces de Planariidae rencontrées dans le milieu souterrain. 211
Liste des espèces de Dendrocoelidae hypogés. 211
II. Stations de récolte des Triclades hypogés, en Europe. 213
III. Mesures de métabolisme respiratoire, tableaux numériques. 220
INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 232
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
3
INTRODUCTION
L’intérêt d’une étude détaillée des Triclades hypogés est apparu pour la première fois à de
Beauchamp (1932) à la suite des récoltes de Jeannel et Racovitza ; il effectuait alors une révision com¬
plète des espèces européennes de Planaires obscuricoles, dans le cadre de Biospeologica. Depuis, aucun
travail analogue n’a été effectué, bien que de nombreuses recherches fragmentaires entreprises par
de Beauchamp, Hyman, Kenk et Komarek, pour ne citer que quelques-uns d’entre eux, aient accru
nos connaissances dans ce domaine. Il était donc nécessaire d’envisager une mise au point de l’état
actuel des recherches et de vérifier, dans la mesure du possible, certaines hypothèses et conclusions
formulées par les auteurs.
La première partie de ce travail sera limitée à la Systématique du groupe où l’absence de mono¬
graphie entraîne de fastidieuses recherches bibliographiques. Ce catalogue détaillé a pour but d’apporter
quelques simplifications à toute étude taxonomique ou zoogéographique. Le seul aspect morpholo¬
gique sert le plus souvent à caractériser une espèce. Cependant, nous verrons que les processus de
spéciation, dont il importe de tenir compte, sont d’ordre très divers.
L’étude comparée de la Biologie des Triclades qui constitue la deuxième partie, prend en consi¬
dération les milieux dans lesquels ils vivent aussi bien que leurs caractères morphologiques. L’analyse
des phénomènes du développement, des cycles vitaux, de la reproduction sexuée, n’a pu être traitée
qu’iinparfaitement du fait même de l’absence de données pour certaines espèces, ce qui est dû aux
difficultés de récoltes et au petit nombre d’individus généralement recueillis.
A l’étude du développement se rattache celle de la régénération qui, chez les Paludicoles épigés,
a fait l’objet de très importants travaux dont le nombre dépasse largement la somme de tous ceux qui
concernent ces animaux à d’autres points de vue. Ici, la régénération sera envisagée surtout sous l’angle
de la multiplication asexuée avec laquelle elle a des rapports très étroits. Ce phénomène s’observe chez
les formes hypogées comme chez les espèces épigées ; chez ces dernières, il se manifeste en général
à des températures élevées qui sont peu fréquentes dans le domaine souterrain, tout au moins en Europe.
Le point de vue physiologique sera abordé par l’étude du métabolisme respiratoire qui confirme les
observations d’ordre strictement biologique.
Les Données écologiques, troisième partie de ce travail, constituent l’un des apports essentiels,
puisque la connaissance des conditions de vie des Triclades hypogés était jusqu’ici pratiquement nulle.
Afin de réaliser cette étude, j’ai dû me limiter à un secteur assez restreint pour pouvoir approfondir
ces recherches. C’est pourquoi les Pyrénées qui, avec l’Est de la France, sont les régions qui possèdent
la faune hypogée de Triclades la plus riche de notre pays, ont particulièrement retenu mon attention.
Des prélèvements réguliers, en une même station, m’ont amenée à noter les variations saisonnières du
peuplement et surtout à enregistrer l’existence, au sein du domaine souterrain pendant longtemps
considéré comme stable, de continuels remaniements et apports exogènes.
Les recherches qui font l’objet de ce mémoire, entreprises au Laboratoire de Zoologie de l’Univer¬
sité de Toulouse, ont été poursuivies conjointement au Laboratoire souterrain du Centre National
de la Recherche Scientifique à Moulis et au Muséum national d’Histoire naturelle.
Source : MNHN, Paris
NICOLE GOURBAULT
Je remercie très vivement Monsieur le Professeur P. Drach d’avoir accepté de présider le jury
de ma thèse.
Je remercie également Monsieur le Professeur C. Bocquet pour sa bienveillante sollicitude et
sa participation au jury de ma thèse.
Monsieur le Professeur A. Vandel, Membre de l’Institut, m’a orientée vers l’étude des Triclades
hypogés ; il m’a fait bénéficier de sa très grande expérience, guidée et encouragée au cours de ce travail
réalisé sous sa direction. Qu’il veuille bien trouver ici l’expression de ma plus vive gratitude.
Monsieur le Professeur E. Wolff, Membre de l’Institut, a bien voulu me parrainer au C.N.R.S.
Je lui suis tout particulièrement reconnaissante des précieux conseils qu’il m’a toujours prodigués
avec la plus grande bienveillance.
Je tiens à exprimer ma profonde admiration et tous mes remerciements à Monsieur le Profes¬
seur P. de Beauchamp, Correspondant de l’Institut, qui m’a initiée à la systématique des Triclades
et fait profiter de ses vaste connaissances zoologiques.
Monsieur le Professeur C. Delamare Deboutteville, Directeur du Laboratoire souterrain, auprès
de qui j’ai sans cesse rencontré compréhension et soutien, trouvera ici le témoignage de mon attache¬
ment.
J’aimerais également exprimer ma reconnaissance à Monsieur le Professeur A. Chabaud pour
m’avoir accueillie dans son Laboratoire avec une extrême gentillesse, ainsi qu’à Madame F. Stéphan,
Maître de recherche au C.N.R.S., qui a bien voulu relire et critiquer mon manuscrit.
Enfin, je remercie tous ceux, collègues et amis, qui m’ont apporté leur collaboration.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
TECHNIQUES
L’étude des Triclades hypogés exige la mise au point de techniques appropriées pour leur récolte
et leur élevage. Les premières s’avèrent différentes selon le biotope auquel on s’adresse ; dans le cas
des secondes il existe peu de variantes.
I. — RÉCOLTE ET TRANSPORT DES ANIMAUX
1. — L’une des techniques de récolte des Planaires consiste en la chasse à eue. Celle-ci peut
se pratiquer en grotte, dans certains gours peu profonds, dans les sources, les captages. Les animaux
rampent sur le fond, les parois, la surface des pièces d’eau, ou bien encore se logent sous les pierres.
Ils sont prélevés au moyen d’un pinceau, aspirés grâce à une pipette, ou recueillis dans un petit filet.
Cette méthode ne permet pas de récolter un grand nombre d’individus.
Les balancer appâtées de type classique décrites par Jeannel (1926), Chappuis (1950), utilisées
également par Ginet (1960, Planche I, A) concentrent la faune dans ces pièges ; cette technique est
absolument nécessaire dans le cas de puits et d’eau profonde. A l’usage, le meilleur appât s’est révélé
la rate de bœuf dont le sang diffuse vite et attire en quelques heures les animaux.
Lors des crues, j’ai filtré quelques sources au moyen de grands filets, en soie à bluter à mailles
fines, de 60 cm de diamètre et 110 cm de profondeur montés sur une armature souple (Planche 1, 1)
et couramment utilisés par Rouch (1968, p. 15). Peu de formes sont entraînées hors du domaine souter¬
rain ; c’est cependant le cas d’ Alrioplanaria delamarei par exemple.
Les puits tubés, dits puits Norton, consistent en de simples forages destinés à fournir de l’eau
de consommation ou d’irrigation ; dès 1894, Chilton les utilise pour la prospection des eaux souterraines.
Ainsi se récolte Phagocala (= Fonlicola) aff. villa, dans les nappes alluviales des rivières des
Pyrénées-Orientales, dans l’Aude, l’Isère. Dans la Weser et la Leine, Husinann (1956, p. 35) obtient par
cette méthode ücndrocoelum boetlgeri.
Le procédé de sondage Karaman-Chappuis (Chappuis, 1942), remarquable par sa simplicité,
est devenu l’outil de travail principal pour les recherches sur l’interstitiel des alluvions perméables
des rivières. Il consiste à creuser un trou dans les sédiments émergés, jusqu’à l’eau épuisée au fur et
à mesure de son arrivée, et versée dans un filet à plancton avec un bocal (Planche I, 2). Les Biospéo-
logues roumains emploient régulièrement cette méthode (Motas et Serban, 1964, p. 329). En grotte,
l’adjonction d’appât permet d’accroître le nombre d’individus récoltés (Lesclier-Moutoué et Gour-
bault, 1970 a et b).
La méthode de pompage Bou et Rouch procède du même principe que les puits tubés et que
l'appareil mis au point par Delamare Deboutteville, 1954, mais permet, du fait de sa grande mania¬
bilité, la prospection des milieux d’interstices, en dehors des plages et des bancs de graviers exondés
auxquels doit se limiter le sondage KC. Un tube métallique, muni d’une série de perforations dans sa
partie distale obturée par un cône en acier, est enfoncé dans les dépôts de graviers. A l’extrémité supé¬
rieure filetée s’adapte une pompe aspirante à piston (Bou et Rouch, 1967). J’utilise toujours cette tech¬
nique après introduction d’un appât dans les tubes (Planche I, 2).
2. — Le transport des Planaires s’effectue aisément en les plaçant dans des bouteilles isolantes
contenant de l’eau prélevée sur les lieux de récolte. Seule une élévation de température ou un manque
Source : MNHN, Paris
NICOLE GOURBAULT
d’oxygénation pourrait entraîner la mort des individus. 11 faut également veiller à ce que l’eau ne soit
pas trop agitée dans son récipient ; l’introduction de mousses est préconisée pour éviter aux animaux
de se trouver entraînés lorsqu’ils se décollent des parois.
II. — ÉLEVAGE
De nombreux auteurs ont donné les méthodes de culture des Planaires épigées utilisées pour
leurs recherches : ainsi Vandel (1921 b, p. 362), Dubois (1949, p. 220), Lender (1952, p. 147) pour ne
citer qu’eux. En ce qui concerne les Triclades hypogés, seul de Beauchamp peut être consulté.
Mes élevages ont été effectués de préférence au Laboratoire de Moulis dont la grotte reproduit
les facteurs essentiels du domaine aquatique souterrain. Les Triclades sont déposés dans des cristalli-
soirs de verre dont le volume varie de 20 ml à 2 litres, suivant le nombre d’individus. Le récipient est
tapissé d’argile de grotte ou contient des graviers remontés lors des pompages ; il peut encore ne ren¬
fermer que de l’eau. Les animaux montrent le même comportement dans tous les cas. Quelques éle¬
vages ont été effectués en eau courante, dans la grotte.
La nourriture consiste essentiellement en Lumbricidae préalablement coupés en tronçons,
ou en gammares, donnés en excès et enlevés après vingt-quatre heures. Après chaque repas, l’eau est
toujours renouvelée et le cristallisoir nettoyé ; ceci une à deux fois par mois en moyenne, alors que les
Triclades épigés demandent à être nourris une à deux fois par semaine. Des essais d’alimentation plus
fréquente se sont montrés néfastes pour les formes hypogées.
Les animaux sont, dans certains cas, répartis en plusieurs lots et placés dans des enceintes dont
la température varie : 8 à 9°C en réfrigérateur, 11,5 à 12°C dans la grotte-laboratoire, et 13 à 17°C dans
les caves.
III. — TECHNIQUES HISTOLOGIQUES
L’étude des Triclades nécessite une fixation parfaite des animaux ; un grand nombre de fixateurs
ont été préconisés par différents auteurs. Personnellement j’ai utilisé le Carnoy, le Helly et le Bouin
alcoolique ainsi que le liquide de de Beauchamp, surtout lors de la fixation en grotte même et sur le
terrain. Les coupes de 5 à 7 p. d’épaisseur, sagittales, transversales et frontales, sont colorées à l'héma-
lun (ou hématoxyline ferrique) - érythrosine ; dans de nombreux cas j’ai employé le bleu alcian-
hémalun-phloxine (selon Juberthie, 1964) ; le picro-indigo-carmin et l’azan ont également donné de
bons résultats ; le vert de méthyle-pyronine a permis l’identification précise des néoblastes.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR
TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
PREMIÈRE PARTIE
ÉTUDE TAXONOMIQUE
SOMMAIRE
Pages
INTRODUCTION. 10
Chapitre I. — LES GRANDES LIGNES DE LA CLASSIFICATION DES TRICLADES
I. — Historique. 11
IL — Classification des Triclades paludicoles. 12
A. — Reconnaissance des caractères significatifs. 12
1. Pigment. 12
2. Rhabdites. 13
3. Organe adhésif céphalique ventral. 13
4. Yeux. 13
5. Pharynx et système digestif. 13
6. Système reproducteur femelle. 13
7. Système reproducteur mâle et appareil copulateur. 15
B. — Définition des familles, clef de détermination. 15
— Planariidae — Kenkiidae. 15
— Dendrocoelidae. 15
C. — Classification écologique des Triclades Paludicoles hypogés. 16
Chapitre II. — LES PLANARIIDAE
I. — Classification à l’échelon générique. 16
IL — Étude df.s genres et espèces représentés en Europe. 19
1. — Genre Dugesia Girard. 19
D. absoloni.
2. — Genre Plagnolia de Beauchamp et Gourbault. 20
P. vandeli.
3. — Genre Crenobia Kenk. 21
C. alpina, C. montenigrina, C. teratophila, C. anophlhalma.
4. — Genre Planaria Müller. 24
P. torva.
Source : MNHN, Paris
NICOLE GOURBAULT
5. Genre Polycelis Ehrenberg. 25
P. felina, P. nigra, P. tenuis, P. hepta, P. benazzii.
6. — Genre Phagocata Leidy. 27
— Sous-genre Fonticola Komarek. 29
P. vitla, P. albissima, P. illyrica, P. ochridana, P. bosniaca, P. olivacea, P.
paravitla, P. maculata, P. undulala, P. leptophallus.
7. — Genre Atrioplanaria de Beauchamp. 34
A. racovitzai, A. opislhogona, A. noladena, A. delamarei.
III. — Conclusion. 38
Chapitre III. — LES DENDROCOELIDAE
I. — Classification a l’échelon générique. 39
II. — Étude des différents genres et espèces européens. 40
A. — Formes pourvues d’un organe musculo-glandulaire. 41
a) Genre Dendrocoelum Oersted. 41
1. — Sous-genre Dendhocoelides de Beauchamp. 42
D. regnardi, I). luzetae, D. vaillanli, D. barbei, D. lescherae, D. coiffaiti,
D. kenki, D. abditum, I). rnrazeki, D. collini, D. italicum, D. warni-
monli, D. (?) cavalicum, D. spelaeum, D. hankoi, D. carpalhicum,
D. banaticum, D. clujanum, D. alriostrictum, D. debeuuchampianurn,
D. lismanae, D. polymorphum, D. orghidani, D. (?) alexandrinae, D.
slenopliallus, D. chappuisi, D. racovitzai, D. sphaerophallus.
2. — Sous-genre Apodendrocoelum de Beauchamp. 60
D. brachyphallus, D. puleale, D. lipophatlus, D. (?) boetlgeri.
3. — Sous-genre Bolbodendrocoelum de Beauchamp. 61
D. agile.
4. — Sou -genre Polycladodes Steinmann. 62
D. album, D. caecum, D. voinovi, IJ. affine.
5. — Sous-genre Neodendrocoelum Komarek. 65
D. adenodactylosum, D. plesiophthalmum, U. maculatum, D. lychnidi-
cum, D. prespence, IJ. sancli-naumi, D. komareki, D. lacustre, ü. ohri-
dense, D. nausicaae, D. jablanicense, D. cruciferum, D. magnum.
6. — Sous-genre Palaeodendrocoelum Codreanu. 70
U. romanodanubialis, D. gelicum.
7. — Sous-genre Eudendrocoelum Komarek. 71
IJ. sollaudi, D. Iiussoni, IJ. remyi, IJ. gineli, D. bohemicurn, IJ. parvio-
culatum, D. subterraneum, D. (?) beauchampi, U. botosaneanui, IJ.
lubuliferum.
8. — Sous-genre Dendrocoelum s. str. 74
D. lacteum, D. infernale.
b) Genre Miodendrocof.lum de Beauchamp. 75
M. parisi.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS 9
c) Genre Acromyadenium de Beauchamp. 77
A. marocanum.
B. — Formes dépourvues d’organe musculo-glandulaire. 78
a) Genre Dendrocoelopsis Kenk. 78
D. spinosipenis.
— Sous-genre Amyadenium de Beauchamp. 81
D. vandeli, D. beauchampi, D. chattoni, D. brementi, D. garmieri.
b) Genre Bdellocephala de Man. 84
c) Genre Rectocephala Hyman. 84
R. schneideri.
III. — Conclusion. 84
Résumé de la première partie. 87
SuMMARY OF THE FIRST PART. 89
Source : MNHN, Paris
10
NICOI-E GOURBAULT
INTRODUCTION
Les Triclades obscuricoles considérés dans ce travail appartiennent à deux familles distinctes :
les Pianariidae et les Dendrocoelidae, toutes deux inclues dans le sous-ordre des Paludicoles, seul
sous-ordre représenté dans la faune souterraine d’Europe. Les Kenkiidae jusqu’à présent envisagées
comme une troisième famille de Triclades, n’ont été récoltées qu’en Amérique du Nord et en Asie
et ne seront citées que pour mémoire ; je n’ai pas eu l’occasion d’en étudier les représentants.
Avant de fournir la diagnose des différentes espèces connues, j’examinerai leur classification.
Il est à noter que je me suis toujours efforcée, dans la mesure du possible, d’étudier les types des espèces
décrites dans ce travail. Ceci a été possible grâce aux riches collections mises à ma disposition par le
Professeur de Beauchamp ; pour quelques cas, j’ai été obligée de me fier aux descriptions des auteurs.
Dans l’exposé qui va suivre, j’ai régulièrement utilisé le même principe de présentation, consi¬
dérant pour chaque espèce sa synonymie, les différents lieux de récoltes accompagnés de leurs coor¬
données et donnant enfin une diagnose succincte, limitée aux principaux caractères spécifiques.
Pour les localisations, sont précédés d’un astérisque toutes les grottes et sources, tous les puits
et ruisseaux que j’ai prospectés personnellement.
Chaque diagnose des seules espèces que j’ai pu étudier sur coupes histologiques est accompagnée
d’un dessin de la reconstitution de l’appareil copulateur, en vue dorsale 1 effectué à même échelle. Il est à
déplorer que les diagnoses de nombreux auteurs 11e soient illustrées que d’une reconstitution en coupe
sagittale de cet appareil copulateur ; ceci ne rend qu’imparfaitement compte de la morphologie de
l’ensemble et devrait toujours être complété par un schéma en présentation frontale qui définit mieux,
dans l’espace, la position relative des divers organes.
1. Pour la plupart d’entre eux j'ai repris très exactement la topographie des reconstitutions parfaitement rendues
par P. de Beauchamp.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
11
CHAPITRE 1
LES GRANDES LIGNES DE LA CLASSIFICATION DES TRICLADES
I. — HISTORIQUE
Depuis la classification de Hallez (1890-1894) reprise par von GrafT (1912-1917) dans son impor¬
tante révision des Turbellariés, on divise classiquement les Triclades en trois sous-ordres :
Maricoles-Paludicoles-Terricoles.
Cette classification, fondée sur des critères écologiques, est inhabituelle dans le domaine de la
Zoologie. Cependant, nous le verrons, il est démontré que ces subdivisions correspondent, dans la plupart
des cas, aux coupures basées sur des caractères anatomiques.
Par la suite, de nombreux auteurs ont vainement tenté de remanier cette division, considérée
comme simpliste (Wilhelmi, 1909), en introduisant différentes subdivisions qui, en fait, n’apportent
rien de significatif. Steinmann (1911) par contre l’utilise pour sa clef de détermination des formes
suisses. La validité de ce principe de classification a été surtout mise en cause dans le cas des rapports
entre Maricoles et Paludicoles, car le point de vue écologique ne permet plus de classer avec netteté
certaines formes des eaux très peu salées.
Le premier, Steinbock (1925) emploie des caractères morphologiques et se fonde sur des parti¬
cularités secondaires de l’appareil copulateur (position de la bourse copulatricc et conformation de la
différentiation vaginale du canal de la bourse) pour les séparer en Retrobursalia (Procerodidae),
Vaginalia (Bdellouridae et Uteroporidae) et Probursalia (Paludicoles) ; puis en 1926, il ajoute
un quatrième groupe : Abursalia (regroupant quelques autres genres de Maricoles).
Meixner, en 1928, reprend cette étude sur de multiples données morphologiques et aboutit aux
conclusions de Hallez. La comparaison des organes génitaux l’amène à admettre que les divisions
écologiques correspondent aux coupures anatomiques ; les Maricoles sont bâtis sur un type plus primi¬
tif que les Paludicoles qui forment un ensemble homogène. Il considère que l’évolution générale des
Paludicoles a eu comme point de départ des formes dont l’appareil copulateur est simple et qu’il s’est
compliqué ensuite par différenciation ou suppression du pénis, ainsi que par le déplacement de l’abou¬
chement des oviductes dans l’atrium génital.
Komarek (1926) à la suite de Vejdovsky (1895) décrit les Paludicoles tchèques et tente une première
classification des Dendrocoelidae et Planariidae, basée sur la forme de l’appareil génital ; classification
artificielle qui divise les premiers, tout comme les seconds, en cinq genres ayant en commun la même
constitution histologique de l’organe musculo-glandulaire, dans le cas où il existe.
La classification des Paludicoles est à nouveau remaniée, en 1930, par Kenk. En une étude
détaillée, il reprend l’observation de l’anatomie des différentes formes de Triclades décrits et propose
une division basée sur la seule musculature interne du pharynx : les couches musculaires circulaires et
longitudinales sont superposées chez les Planariidae et entremêlées chez les Dendrocoelidae.
C’est en s’appuyant sur ces données nouvelles que de Beauchamp après un « Essai d’une classi¬
fication des Dendrocoelidae » (1931 b) fait paraître, en 1932, son important travail sur les Triclades
Source : MNHN, Paris
12
NICOLE GOURBAULT
obscuricoles. Depuis, aucun changement essentiel n’a été apporté au démembrement des deux familles
en genres et sous-genres, difficiles à définir du fait même de la variabilité incoorclonnée de l’appareil
copulateur. Ce travail, tout particulièrement, a servi de base à mes propres recherches et a grandement
contribué à me faciliter la tâche.
II. — CLASSIFICATION DES TR1CLADES PALVDICOLES
L’observation d’un grand nombre d’espèces de Paludicoles rend compte de la réelle valeur
des coupures effectuées par Kenk et par de Beauchamp.
Avant de présenter la classification des Triclades obscuricoles d’Europe, telle qu’elle apparaît
actuellement, il convient de définir les particularités qui autorisent la distinction, puis le regroupement,
des espèces décrites.
Les Triclades sont des Turbellariés à pharynx tubulaire de type libre dirigé vers l’arrière et à
tube digestif divisé en trois branches intestinales, une médiane antérieure et deux latérales postérieures.
Ils possèdent une paire d’ovaires, des glandes eoquillières s’ouvrant dans les oviductes et des testicules
folliculaires. L’appareil copulateur complexe se situe en arrière du pharynx ; l’orifice génital est commun.
Ils comprennent trois sous-ordres distincts :
a) Les Maricoles, formes les plus simples, littorales, vivent surtout dans le sable. La bourse
copulatrice, lorsqu’elle existe, est toujours située en arrière du pénis et peut être paire. Les deux yeux
possèdent une structure simple. La reproduction est uniquement sexuée, la régénération peut se pro¬
duire.
b) Les Terricoles au corps allongé, subcylindrique, habitent les milieux humides, surtout tro¬
picaux et subtropicaux. La bourse, le plus souvent absente, située en arrière du pénis, s’ouvre par un
pore sur l’extérieur. Nette séparation entre les atriums. La reproduction asexuée est possible.
Ces deux sous-ordres n’ont pas de représentants dans la faune obseuricole qui est seule
envisagée ici.
c) Les Paludicoles peuplent les eaux douces ; ils présentent un appareil copulateur dont la bourse
copulatrice, située entre le pharynx et l’appareil mâle, débouche dans la partie femelle de l’atrium
commun par un long canal.
En dépit des nombreuses classifications proposées que je viens de rappeler, aucune monographie
du groupe n’a été jusqu’ici publiée. C’est pourquoi, tout en me limitant aux formes obscuricoles, je
me devais de signaler aussi, encore que brièvement, l’existence des formes épigées voisines.
A. — Reconnaissance des caractères significatifs
La description de toute espèce doit être précise et détaillée et doit se fonder sur l’étude d’individus
parfaitement sexués, débités en coupes sériées.
Le lecteur trouvera un exposé anatomique général dans le traité de von Graff (1912-1017) ainsi
que dans celui de Hyman (1951) et de de Beauchamp (1961 b) ; certains caractères sont particulière¬
ment importants pour l’étude taxonomique du groupe et seront seuls considérés ici.
1. Le pigment a disparu chez la plupart des formes obscuricoles, sauf au niveau des yeux, lors¬
qu’ils existent.
Chez les formes épigées, il est bien connu que la pigmentation peut être influencée par le jeûne
ou l’obscurité (Berninger, 1911 ; Voigt, 1928).
Williams (1958), dans une note préliminaire sur l’étude du pigment des Planaires obscuricoles,
observe l’effet de l’obscurité sur des régénérats. Il fait remarquer la faible différence entre les espèces
Phagocata subterranea Hyman et P. gracilis (Haldeman) que l’on rencontre dans une grotte et dans le
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
13
ruisseau qui en sort. La première, liée au domaine souterrain, est dépigmentée et perd scs yeux à l’état
adulte.
Toutes les Planaires obscuricoles que j’ai récoltées étaient dépigmentées. Il convient de noter
cependant une particularité propre au sous-genre Neodendrocoelum : neuf espèces, localisées aux envi¬
rons immédiats du lac d’Ohrid (Yougoslavie) sont pigmentées en brun et oculées. De même, on peut
observer dans le genre Dendrocoelopsis l’existence de formes pigmentées ; mais celles-ci semblent alors
mener un mode de vie épigé.
2. Les rhabdites, bâtonnets obtus, lisses et réfringents, que l’on peut rencontrer dans l’épiderme
et le parenchyme, ont fait l’objet de nombreux travaux. Dans les aires sensorielles de la tête, ils varient
en nombre et en taille en fonction de l’époque considérée et ne montrent aucune constance chez des
individus d'une même espèce.
3. L'organe adhésif céphalique ventral présente en revanche une valeur systématique impor¬
tante. Il a servi de base à Hallez pour créer la famille des Dendrocoelidae chez laquelle il atteint la diffé¬
renciation la plus poussée. Sa structure a été bien étudiée par Redfield (1915) chez Dendrocoelum lac-
teum. On retrouvera dans de Beauchamp (1932, p. 130) et Hyman (1951, p. 80) une étude détaillée
de sa constitution et de ses variations. Mitchell (1968, p. 611) reprend cette étude tout particulièrement
pour le genre Sphalloplana. Dans l’exposé systématique qui va suivre je donnerai, pour chaque espèce,
les caractéristiques de cet organe.
4. Les yeux sont souvent absents chez les Triclades obscuricoles et en particulier chez les Dendro¬
coelidae. Lorsqu’ils existent, ils sont toujours épidermiques mais variables selon les espèces. Dès 1888,
Moniez notait : « il ne faudrait toutefois accorder trop d’importance à cette particularité que beaucoup
d’espèces souterraines sont aveugles : on en connaît en effet un bon nombre qui vivent dans les eaux
de surface et qui sont cependant dépourvues d’organe de vision ». Bien connue chez les formes épigées,
leur anatomie a permis à Hesse (1897) de classer les yeux des Triclades en trois groupes, suivant le
degré de complexité de leur structure.
L’âge entraîne l’apparition d’yeux supplémentaires (Abeloos, 1930). Kanatani (1957 a et b)
observe, chez D. gonocephala, que l’effet de groupe entraîne aussi la formation d’yeux supplémentaires.
Ceci serait dû à la présence d’une substance libérée par les individus, qui ne serait autre que l’ammo¬
niaque.
Rohlich et Tar (1968) après avoir maintenu D. tigrina trois semaines à l’obscurité, notent 1 atro¬
phie et la dégénérescence des cônes rétiniens.
La présence d’yeux chez les espèces obscuricoles paraît à Codreanu un caractère différentiel si
important qu’il n’hésite pas à écrire (1967 a, p. 293) qu’il conviendrait d'ériger en genres tous les sous-
genres dont on connaît des espèces oculées. Comment alors faudrait-il classer les espèces qui présentent
des races oculées et d’autres anophthalmes ? ( Atrioplanaria racovilzai par exemple, cf. Gourbault,
1969 a) ; créer une multiplicité d’espèces ne semble nullement souhaitable.
5. Le pharynx dont l’importance pour la systématique est indéniable, autorise la définition
des familles et peut fournir certains caractères génériques. On distingue, en règle générale, trois zones
d’épaisseur variable selon les espèces (de Beauchamp, 1932, p. 133). La disposition des fibres muscu¬
laires de la zone interne permet de différencier les Dendrocoelidae des Planariidae (figure 1).
— Le système digestif montre peu de variations chez les Triclades. Le nombre des ramifications
des branches intestinales, paires inférieures et supérieure impaire, varie dans une certaine mesure,
mais possède cependant une nette valeur spécifique. La structure de cet appareil a été définie par de
nombreux auteurs (de Beauchamp, 1961 b, p. 78).
6. Le système reproducteur femelle varie peu pour l’ensemble des Paludicoles ; les ovaires se
situent au niveau des deuxièmes ou troisièmes caecums digestifs ; ils sont en rapport avec deux ovi-
ductes pairs qui se rejoignent au niveau de l’appareil copulateur. L’abouchement de l’oviducte commun
dans l’appareil copulateur se situe à un niveau variable, caractéristique des différents genres et situé
Source : MNHN, Paris
14
NICOLE GOURBAULT
soit à la base du canal de la bourse ( Dugesia ), soit dans l’atrium commun (Miodendrocoelum), soit dans
l’atrium mâle ce qui est le cas le plus fréquent (Planaria, Polycelis, Pliagocala, Dendrocoelum...).
La position des oviductes pairs par rapport au canal de la bourse copulatrice, chez les Dendrocoe¬
lum, parait pour Kenk revêtir une importance très grande puisqu’il se base sur le fait que ceux-ci se
situent dans la courbure du canal pour créer le sous-genre Paradendrocoelum et opposer ses représen¬
tants aux Dendrocoelum s. str. regroupant toutes les autres formes (1930, p. 300). De Beauchamp,
tout en formulant certaines restrictions, conserve ce caractère spécifique mais Codreanu, par la mise
en évidence, chez D. stenophallus, de l’existence de variations individuelles de ce même caractère, lui
enlève toute valeur sous-générique.
Fie. 1. — Pharynx de Triclades vu en coupe transversale ; ce bloc diagramme laisse apparaître pour les deux familles
les différences existant au niveau de la musculature interne, au centre du schéma — cas particulier pour le sous-
genre Polycladoiles et le genre Acromyadenium à fibres longitudinales supplémentaires visibles dans la musculature
externe.
Personnellement, j’ai étudié six D. stenophallus provenant de la station type où fut aussi récolté
le matériel confié à Codreanu en vue de sa détermination. J’ai examiné par ailleurs sept des quarante
et un individus découverts, en 1966, dans deux grottes voisines de la précédente en Olténie 1 (Roumanie)
et qui appartiennent à cette même espèce, mais je n’ai pu noter cette variabilité : l’oviducte gauche,
sur mes coupes, passe régulièrement entre le canal de la bourse et l’atrium mâle. L’observation de
quelques animaux, chez lesquels la différenciation de l’appareil copulateur est encore incomplète
(l’atrium mâle est alors très long, le pénis court et cylindrique), confirme le bien fondé du point de vue
de de Beauchamp (1932, p. 141) ; l’oviducte commun étant situé « plus haut et plus en avant que la
portion horizontale de l’anse par laquelle le canal rejoint l’atrium copulateur, tout naturellement
l’oviducte pair passera à travers cette anse pour le rejoindre ».
Dans l’état actuel de nos connaissances, il semble donc que ce caractère soit insuffisant pour
définir un sous-genre. Certains auteurs en sont conscients, ce qui explique la présence dans le sous-
genre Dendrocoelides de nombreuses espèces qui présentent cependant ce cheminement particulier des
oviductes.
1. Mission C.N.R.S. effectuée en collaboration avec Monsieur Raymond Rouch (Moulis). Madame Anca Burguelc-
Balacescu a bien voulu nous accompagner dans les grottes de celte province ; je la remercie pour son aide précieuse.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR UES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
15
7. Le système reproducteur mâle montre une grande diversité. Les testicules peuvent varier en
nombre et en position ; cependant, leur extension le long du corps de l’animal doit être tenue pour un
caractère spécifique et même générique. Les gonades présentent une extrême instabilité, régressant
chez certaines espèces épigées en dehors des périodes d’activité sexuelle.
L’appareil copulateur, dans la grande majorité des cas, représente à lui seul un caractère taxo¬
nomique primordial. De Beauchamp (1932, p. 135) en a donné une description détaillée ; depuis lors,
nos connaissances sur la morphologie des parties essentielles de l’appareil copulateur ne se sont guère
modifiées.
Je résumerai la composition de l’appareil copulateur en partant de l’orifice génital, unique dans
la plupart des cas (il existe un orifice supplémentaire chez Bopsula et Acromyadenium) qui fait commu¬
niquer l’atrium génital avec l’extérieur. L’atrium peut être ou non divisé en deux parties qui consti¬
tuent alors l’atrium commun et l’atrium mâle qui entoure la papille pénienne. Dans le premier, débouche
le canal de la bourse (bourse copulatrice située entre le bulbe pénien et le pharynx, et pouvant présenter
des anastomoses avec les caecums digestifs) ; y fait saillie l’extrémité de l’organe inusculo-glandulaire.
Les oviductes, comme déjà dit, pénètrent dans l’un ou l’autre de ces atriums, selon les différents
genres.
Le pénis comprend également deux parties : bulbe musculeux inclus dans le parenchyme et
papille, libre dans l’atrium. Il se complique dans certains genres et peut disparaître dans d'autres
( Mlodendrocoelum) ; le plus souvent sa morphologie seule donne de bonnes indications taxonomiques.
Pour chaque espèce il sera donc nettement défini, tant par sa musculature que par sa conformation,
par l’abouchement des canaux déférents, etc...
L’organe musculo-glandulaire demeure énigmatique et son rôle inexpliqué. De Beauchamp
(1920, p. 203) émet l’hypothèse de son utilité lors de l’accouplement ; cet organe « puiserait le sperme
dans l'appareil mâle du copulant et l’injecterait ensuite dans la bourse copulatrice ou utérus de son
porteur, suppléant ainsi le pénis de celui-là ». Mais ces mécanismes n’ont pu être confirmés par aucune
observation. Selon Lender et Le Moigne (1960, p. 98) la présence ou l’absence de cet organe ne permet
pas de lui attribuer la valeur d’un caractère spécifique, pour Polycelis tenuis.
En résumé, il est donc possible d’affirmer que deux données morphologiques sont essentielles
pour définir un Triclade Paludicole ; ce sont la constitution du pharynx et la disposition des divers
éléments constituant l’appareil copulateur dont le plus important correspond au pénis. Les autres
caractères ne sont, le plus souvent, qu’accessoires et pris séparément ne peuvent apporter aucun cri¬
tère de base valable ; cependant il est nécessaire d’en tenir compte, même s’ils ne permettent pas, à
eux seuls, de déterminer une espèce.
Les différents types morphologiques représentés par les appareils copulateurs se doivent d’être
décrits de façon détaillée dans tout travail systématique.
B. — Définition des familles ; clef de détermination
La classification des Paludicoles en trois familles est basée uniquement sur la disposition des
fibres musculaires de la partie interne du pharynx et sur la différenciation de l’organe adhésif céphalique.
L’utilisation de ces deux caractères permet d’établir la clef suivante :
1. Dans la zone interne du pharynx, les fibres musculaires circulaires sous-épithéliales se séparent
nettement de la couche des fibres longitudinales. 2.
— Dans la zone interne du pharynx les couches de fibres longitudinales alternent régulièrement
avec les couches de fibres circulaires ; l’organe adhésif peut être présent ou non.
Dendrocoelidae Oersted.
2. Pas d’organe adhésif. Planariidae Stimpson... 3.
— Un organe adhésif céphalique antérieur, bien développé. Kenkiidae Hyman. 4.
Source : MNHN, Paris
16
NICOLE GOURBAULT
Les Kenkiidae dont ii ne sera plus question par la suite, sont des Planaires obscurieoles, américaines
pour la plupart (Bail, 1969 b, p. 62) ; quelques espèces peuplent l’Asie. Dépigmentées et anophthalmes, elles
semblent dériver des Phagocala et n’ont jamais été récoltées en Europe. Trois genres composent cette famille
qui n’est pas reconnue par de Beauchamp (1961 b, p. 103).
Kenkia Hyman, 1937 ; Speophila Hyman, 1937 ; Sphalloplana Beauchamp, 1931.
Mitchell (1968) supprime cette famille et l’assimile à l’ensemble des Planariidae ; le genre Speophila
se trouve également éliminé en tant que synonyme de Sphalloplana. Le genre Speophila figure cependant dans
l’arbre généalogique mis au point par Kawakatsu (1968 b , p. 21) où les Kenkiidae prennent place à côté du
groupe des Polycelis et des Phagocala.
Dans ces classifications récentes, comme dans toutes les classifications utilisées depuis Kenk
(1930), il convient de souligner l’utilisation constante d’un caractère qui paraît artificiel, celui qui est
fondé sur la morphologie du pharynx ; l’utilisation de ce caractère permet de reconnaître deux types
absolument distincts, ne comportant aucun intermédiaire entre eux.
Seul le pharynx des Polycladodes, sous-genre de Dendrocoelum, ou celui du genre Acromyadenium ,
dilîère des deux types classiques, sans toutefois représenter une forme de passage entre Dendrocoeli-
dae et Planariidae. Dans ce cas particulier, en effet, des fibres longitudinales supplémentaires apparais¬
sent dans la musculature externe du pharynx. On observe, après la couche de fibres longitudinales,
une couche de fibres circulaires puis une seconde couche de fibres longitudinales, caractéristique de
ces Polycladodes et d’ Acromyadenium (figure 1). Il est impossible, dans l’état actuel de nos connaissances,
d’expliquer les différences de structures du pharynx dans les deux familles ; cependant ces différences
sont nettes et permettent une classification simplifiée des Triclades. Nous verrons, dans la deuxième
partie, que certains caractères biologiques (régénération, par exemple) confirment cette division. C’est
pourquoi je la conserverai telle quelle, jusqu’à ce que la mise en évidence d’autres caractères permette
de dresser un tableau satisfaisant à l’évolution phylogénique.
C. — Classification écologique des Triclades paludicoles iiypogés
L'importance que revêt l’Écologie pour les Triclades ne peut passer inaperçue, puisqu’elle définit
à elle seule les trois sous-ordres de ce groupe de Platodes. Elle permettra, avant d’aborder l’étude
détaillée des représentants des deux familles, Planariidae et Dendrocoelidae, de définir ce qu’il faut
entendre par Triclades Paludicoles hypogés, formes auxquelles est limité ce travail.
Vandel (1964, p. 23) rend compte des classifications proposées successivement par différents
auteurs, retenant une classification écologique admise par la plupart des Biospéléologues. Seule la
nomenclature des habitats semble varier si nous nous limitons aux classifications de Racovitza (1907)
et Thienemann (1925). La terminologie la plus classique étant celle de Racovitza, c’est elle que j’utili¬
serai, tout en opposant le terme d ’épigé à celui d ’hypogé et non pas au terme cavernicole qui, peu à peu,
s’est trouvé restreint aux seuls êtres vivant dans les grottes.
Ainsi, les Triclades étudiés comporteront des formes troglobies, ayant « pour habitat exclusif
le domaine souterrain, où ils se tiennent de préférence dans ses parties les plus profondes » et des formes
Iroglophiles. Ceux-ci « habitent constamment le milieu souterrain... mais ils peuvent être aussi rencontrés
à l’extérieur ». Les trogloxènes qui « sont ou des égarés ou des hôtes occasionnels », seront signalés comme
tels (Racovitza, 1907, p. 437).
Les Triclades hypogés se rencontrent dans un grand nombre de stations souterraines autres
que les grottes et les cavernes où leur présence a été tout d’abord signalée [il existe une profonde simi¬
litude entre ces lieux de récolte et ceux indiqués par Ginet (1960, p. 15) pour la capture de Niphar-
gus]. Ainsi, au cours des années, de nouvelles données géonémiques sont venues accroître notre connais¬
sance de l’habitat des Planaires :
— puits : Moniez, 1888 ; Vejdovsky, 1895.
— sources et résurgences : Mrazek, 1907 ; Vandel, 1920 b et c.
— milieu interstitiel : Angelier, 1953 ; Ilusmann, 1956 ; Gourbault et Leschcr-Moutoué, 1967.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUD1COLES HYPOGÉS
17
— galeries souterraines artificielles : Husson, 1936 ; Hoffmann, 1963 a ; Marvillet, 1967.
— fond des lacs subalpins : Steinmann, 1911 ; Meixner, 1915.
La troisième partie de ce travail approfondira le problème posé par l’écologie des Triclades
hypogés. Mais, dès à présent, nous pouvons noter que si dans certains cas les récoltes ont été effectuées
au sein même du biotope souterrain (milieu interstitiel par exemple) le plus souvent les stations de
capture ne sont situées qu’aux frontières de ce domaine.
Par ailleurs, cette hétérogénéité des stations de capture laisse apparaître déjà qu’il n’existe pas
un peuplement restrictif des eaux souterraines par les Paludicoles. 11 conviendra, cependant, de décider
entre deux alternatives et de vérifier si certaines formes sont caractéristiques de certains biotopes,
ou si une même espèce peut se rencontrer dans plusieurs milieux hypogés.
1 564 018
Source : MNHN, Paris
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NICOLE GOURBAÜLT
CHAPITRE II
LES PLANARIIDAE
Les Planariidae renferment surtout des espèces épigées. On compte douze genres de Planariidae
dont trois seulement sont représentés régulièrement dans le milieu aquatique hypogé *.
L’organe adhésif fait défaut généralement et l’adhésion au substrat est alors assurée par la par¬
tie antérieure ou par les bandes latérales du corps. La pigmentation et la présence d’yeux, multiples
chez les Polycelis, sont des caractères fréquents.
Il n’existe pas, comme c’est le cas chez la majorité des Dendrocoelidae, de critères morpholo¬
giques externes caractérisant les représentants de cette famille. La taille, la forme générale du corps
et de la tête, la pigmentation, les yeux, varient considérablement suivant les espèces envisagées. La
famille ne peut donc être définie que par une étude histologique du pharynx. Cependant, pour certains
genres homogènes et bien caractérisés par quelques détails de leur morphologie, la détermination est
plus aisée.
J’étudierai tout d’abord les différents genres de Planariidae, puis passerai en revue les genres
et espèces d’Europe, en insistant sur les formes hypogées, citant seulement pour mémoire les formes
épigées.
I. — CLASSIFICATION A L'ÉCHELON GÉNÉRIQUE
En tenant compte des données précédentes, l’étude de la morphologie de l’appareil copulateur
et de la position de l’abouchement des oviductes (variant de la base du canal de la bourse jusqu’à l’atrium
mâle) conduit à établir cinq coupures taxonomiques.
1. Les oviductes et les glandes coquillières débouchent à la base du canal de la bourse 2 .
• Testicules nombreux, répartis sur toute la longueur du corps.
— Oviductes pénétrant séparément dans le canal de la bourse. Genre cosmopolite.. . .
Dugexia
— Court oviducte commun. Genre australien. Spalhula
• Testicules peu nombreux et prépharyngiens.
Genre américain et indo-pacifique. Cura (= Curtisia)
2. L’oviducte commun débouche, soit dans la partie terminale et dorsale de l’atrium mâle,
soit du côté antérieur de l’extrémité du canal de la bourse.
Pénis réduit à une petite papille sans bulbe et situé dans un atrium spacieux. Genre
monospécifique nord-américain. HymaneUa
1. Ces genres hypogés sont précédés d’un astérisque.
2. Le genre monospécifique sud-américain Bopsula Marcus, 1946, décrit sur un seul exemplaire, montre une nette
rotation du pénis et la présence d’un pore génital mâle supplémentaire.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PAI.UDICOLES HYPOGÉS
19
3. L’oviducte commun débouche à la fois dans le canal de la bourse et dans l’atrium mâle.
Genre monospécifique nord-pyrénéen. * Plagnolia
4. L’oviducte commun s’ouvre dans un atrium à musculature caractéristique où débouche
également le canal de la bourse. Genre européen. Crenobia
5. L’oviducte commun pénètre dans l’atrium mâle.
— Présence d’un organe musculo-glandulaire de type particulier, différent de celui des
Dendrocoelidae. Genre commun d’Europe et d’Amérique du Nord. Planaria
— Présence non obligatoire de plusieurs organes musculo-glandulaires ; yeux très nom¬
breux, disposés sur deux bandes marginales antérieures. Genre cosmopolite,
surtout holarctique. Polycelis
— Pas d’organe musculo-glandulaire. Présence de spermatophores. Testicules attei¬
gnant au moins le niveau de l’appareil copulateur. Genre holarctique.
* Plia gocata
(au sens large, comprenant les * Fonticola)
— Pas d’organe musculo-glandulaire. L’atrium mâle est nettement distinct de l’atrium
commun. Testicules prépharyngiens, pharynx et appareil copulateur situés
très en arrière du corps. Genre européen. * Atrioplanaria
• Le genre sud-américain Rhodax Marcus, 1946, représenté par la seule espèce R. evelinae,
n’est pas facile à classer du fait des caractères qu’il présente :
— oviductes à branche postérieure parcourant toute la région caudale ; bourse copu-
latrice, en arrière de l’appareil copulateur (comme chez les Maricoles), réduite
à une communication génito-intestinale.
— les testicules sont disposés en cordons ; l’oviducte commun s’ouvre dans l’atrium
génital et non dans le canal de la bourse.
II. — ÉTUDE DES GENRES ET ESPÈCES REPRÉSENTÉS EN EUROPE
1. Genre Dugesia Girard, 1850
Syn. : Planaria Müller, 1776 (in part.) ; Euplanaria Hesse, 1897.
Ce genre très répandu, compte plus d’une cinquantaine d’espèces épigées et possède la réparti¬
tion géographique la plus vaste que l’on connaisse chez les Triclades Paludicoles (Kawakatsu, 1968 b,
p. 17) ; il peuple les lacs, les étangs et cours d’eau de tous les continents.
II est caractérisé par l’abouchement des deux oviductes dans le canal de la bourse ; la présence
d’un organe musculo-glandulaire et les communications génito-intestinales ne sont pas obligatoires.
Les canaux déférents pénètrent séparément dans le bulbe du pénis qui est bien développé ; l’atrium
génital est indivis. Les testicules, nombreux, se répartissent tout le long du corps.
La tête, triangulaire, porte deux oreillettes nettes et deux yeux assez rapprochés.
Le genre Cura Strand, 1942 (= Curlisia Graff, 1916, nom préoccupé) n’en diffère que par le
nombre moins important des testicules prépharyngiens.
Allison Nurse (1950) a créé le genre Spathula pour un groupe d’espèces chez lesquelles les oviductes
s’étendent en arrière de l’appareil copulateur et pénètrent par un court conduit dans le canal de la
bourse. Les testicules sont nombreux ; le bord frontal est droit. Ces deux derniers genres, proches de
Dugesia au point que certains auteurs ne les veulent pas reconnaître, ne sont pas représentés en Europe.
Par contre, les Dugesia proprement dites constituent des groupements d’espèces pigmentées eury-
Source : MNHN, Paris
20
NICOLE GOURBAULT
thermes et lucicoles, très répandues dans notre continent. L’espèce type est Dugesia gonocephala (Dugès,
1830; Hyman, 1939).
Les Dugesia du « groupe gonocephala » comprennent un grand nombre de races et même d'espèces
isolées sur les plans éthologiques et génétiques (cf. Benazzi ; Dahm, 1958) ; la morphologie ne suflit
pas à les séparer. Je n’entrerai pas dans le détail des espèces et super-espèces pour ce genre dont seules
quelques formes exotiques ont été récoltées dans les grottes. Ce sont tout au plus des trogloxènes.
En Europe, où l’on rencontre fréquemment D. gonocephala, D. polychroa (Schmidt), D. lugubris
(Schmidt) et D. ligrina (Girard), on n’a signalé qu’une seule espèce dépigmentée et annphthalme :
Dugesia absoloni (Komarek, 1919)
Syn. : Geopaludicolia absoloni Komarek, 1919 ; Steinbôck (1924) ; Gu planar in ( Geopaludicolia) absoloni
Kenk (1930) ; Euplanaria absoloni de Beauchamp (1932).
Loc. : Yougoslavie.
Dalmatie centrale, grotte Golubiaka, proche de Split.
Diagnose.
Dépigmentée et anophthalme. Taille : 8 à 10 X 3 mm.
Testicules dorsaux, sur toute la longueur du corps. Présence d’une communication génito-
intestinale.
Bulbe pénien peu musculeux à vésicule séminale piriforme ; papille peu importante, déviée
ventraleraent. Atrium indivis où débouche le canal de la bourse. Glandes coquillières
peu développées.
Affinités très nettes avec le groupe Dugesia polychroa-lugubris (Reynoldson et Bellamy, 1970).
2. Genre Plagnolia de Beauchamp et Gourbault, 1964
Ce genre monospécifique n'est connu à l’heure actuelle que des Pyrénées centrales ; récolté
tout d’abord dans une perte de ruisseau, nous savons aujourd’hui qu’il peuple les eaux souterraines de
la région du Couserans, de moyenne altitude.
L’oviducte commun montre un diverticule étroit qui se jette dans l’atrium mâle, alors que la
portion qui reçoit les glandes coquillières s’ouvre à la base du canal de la bourse. Ce double abouche¬
ment caractérise tout particulièrement ce genre.
Plagnolia vandeli de Beauchamp et Gourbault, 1964
(figure 2, 1)
Loc. : France.
Déparlement de l'Ariège ; ‘Gouffre du Plagnol de la Plagne (Biospeologica : LXXV1I, p. 341) [loc. typ.).
— Gouffre du Sauvajou (Biospeologica LXXVI1, p. 343).
— ‘Eaux du sous-écoulement du Nert (Gourbault et Lescher-Moutoué, 1968).
— ‘Puits à Moulis et à Saint-Girons.
Département de la Haute-Garonne ; ‘Grotte du Goueil-di-ller (Biospeologica : XVI, p. 86; XXIV,
p. 545 ; XXXIII, p. 403 ; XXXIX, p. 340 ; LIV, p. 374 ; LXXVII, p. 308 ; Lescher-Moutoué
et Gourbault, 1970, b).
— ‘Grotte de Riusec (Biospeologica : LXXI1, p. 188).
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR I.ES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
21
Diagnose.
Dépigmentée et anophthalme. Taille de 10 à 20 X 2 à 5 mm.
Testicules nombreux, plutôt ventraux, répartis sur toute la longueur du corps.
Pénis petit, hémisphérique, à méat ventral ; ne remplit jamais l’atrium mâle et présente toujours
un aspect juvénile, ce qui pourrait rendre compte d’une manifestation néoténique.
Oviducte commun à branche principale sinueuse et lobée.
3. Genre Crenobia Kenk, 1930
Syn. : Planaria Muller, 1776 (in part.).
Ce genre très homogène peuple l’Europe (figure 3) et l’Asie ; il ne comprend qu’une espèce
hypogée.
L’oviducte commun et le canal de la bourse débouchent côte à côte dans l’atrium mâle qui
présente une série de fibres musculaires longitudinales en feuillets radiaires très caractéristiques. La
papille pénienne est grêle et le bulbe musculeux. Les testicules, antérieurs, ne dépassent pas la région
pharyngienne.
La tête tronquée porte généralement deux oreillettes latérales mobiles et deux petits yeux
rapprochés.
Crenobia alpina (Dana, 1766)
Syn. : Hirudo alpina Dana, 1766; Planaria arelhusa Dalyell, 1814 ; Planaria alpina (Dana) Kennel
(1889).
Thienemann (1950) reconnaît deux races très voisines et trois variétés pour cette espèce, type
du genre.
Races : C. seplentrionalis Thienemann, 1938,
C. meridionalis Thienemann, 1938.
Variétés : C. a. alba (Oye, 1935),
C. a. corsica (Arndt, 1922),
C. a. bathycola (Steinmann, 1911).
Loc. : Cette espèce, monopharyngée, présente une large répartition en Europe (Vandel, 1921 b ; Thiene¬
mann, 1950 ; Dahm, 1958) ; elle a été signalée par Kosswig et Ermin (1950) en Asie Mineure.
De Beauchamp (1932, p. 339) observe la « tendance à l’adaptation obscuricole » de Crenobia
alpina, ce que confirme Ginet (1961, p. 309) par ses récoltes dans quelques grottes françaises :
Département de la Savoie ; grotte du Guiers-vif.
Département de la Drôme ; grotte de Brudour.
Département de l’Isère ; grotte de Gournier ; résurgence La Goule noire.
J’ai pu en observer une population très importante (850 individus) dépigmentée dans l’ensemble
(leg. et coll. J. P. Henry et G. Magniez, 9.06.1970) récoltée dans la station suivante :
Département du Jura ; Saint-Claude, Septmoncel, résurgence du Bief noir (Colin, 1969, p. 68, l’indique
en tant que Dendrocoelum indéterminé).
Benazzi (1961) note également « Quant à C. alpina corsica il est intéressant de souligner que cette
race est caractérisée par le manque de pigment, par ses petites dimensions et par sa préférence pour
les eaux souterraines ».
Source : MNHN, Paris
bc —
Fie. 2. — Schémas d'appareils copulateurs de Planariidae hypogées, en vue dorsale : 1. -— Plagnolia vandeli ; 2._ Poly-
celis benazzii ; 3. — Phagocala ( F ont i cola ) villa ; 4. — P. albissima (schémas 3 et 4 redessinés d'après les coupes
et les figures de de Beauchamp). ac, atrium commun ; a<$, atrium mâle ; bc, bourse copulatrice ; cb, canal de la
bourse ; cd, canal déférent ; oc, oviducte commun ; omg, organe musculo-glandulaire ; ov, oviductes pairs ; p, pénis ;
$(?, orifice génital commun.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
23
Récemment, Wegelin (1966, p. 28) la signale dans les eaux souterraines de la région de Leip¬
zig, entre la Saale et l’Elbe.
Diagnose.
Corps étroit et allongé : 15 à 17 X 2 à 2,5 mm. Brun noir à gris ; deux yeux assez éloignés du
bord antérieur, rapprochés le long de la ligne médiane et deux tentacules céphaliques.
Testicules ventraux.
Pénis grêle et conique, peu musculeux, enveloppé par une puissante gaine constituée par des
fibres musculaires caractéristiques du genre.
Nombre de chromosomes variable, toujours multiple de 7 (28 à 63) selon Dahm (1958, p. 84).
Crenobia montenigrina (Mrazek, 1904)
Syn. : Planaria montenigrina Mrazek, 1904 ; Phagocata cornuta Chichkoff, 1905 ; Crenobia montenigrina
de Beauchamp (1932).
Loc. : Connue de stations généralement épigées, de sources, cette espèce présente une vaste aire de
répartition, située dans la région balkanique (du Sud de l’Italie à la Roumanie). Komarek (1919)
la signale dans une grotte de Dalmatie centrale et Codreanu (1956) fait état de sa large disper¬
sion dans les Carpathes méridionales.
Source : MNHN, Paris
24
NICOLE GOUHBAUI.T
Diagnose.
Espèce polypharyngienne : un pharynx impair supérieur et 11 à 17 latéraux. Brun noir et oculée ;
tentacules peu saillants. Taille 11 X 4 à 5 mm.
Gros testicules ventraux s’étendant jusqu’au dernier pharynx.
Pénis à bulbe musculeux et hypertrophie des fibres longitudinales qui entourent l’atrium mâle.
Crenobia teralophila (Steinmann, 1907 et 1909) serait, selon Beauchamp et Ullyot (1932, p. 200)
une C. montenigrina , signalée à nouveau par del Papa (1952 b) en Italie méridionale. D'après Komarek
(1953 a) il s’agirait d’une sous-espèce de C. alpina, limitée à l’Italie du Sud, alors que C. a. monteni¬
grina serait propre à la péninsule balkanique.
Crenobia anophthalma (Mrazek, 1907)
Seule espèce de Crenobia liée au domaine hypogé, hôte typique du karst balkanique, dans les
ruisseaux de grotte.
Loc. : Yougoslavie.
Monténégro, source près de Negusi.
Herzégovine (Komarek, 1919) et Dalmatie.
Loc. : Espagne.
Alava, Vitoria, Cigoitia, grotte del Manantial de Gorbea (Biospeologica : LIV, p. 350 ; de Beau-
champ, 1932) ?
Diagnose.
Dépigmentée et anophthalme.
La présence de trois pharynx seulement (un ou deux chez quelques jeunes) la différencie de
C. montenigrina.
4. Genre Planaria Millier, 1776
St/n. : Planaria Hallez, 1894 (in part.) ; Dendroplanaria Komarek, 1926.
Ce genre, qui comprenait primitivement toutes les espèces de Planariidae bioculées, se restreint
actuellement à une partie de celles dont les oviductes communs débouchent dans l’atrium mâle.
L’organe musculo-glandulaire, de type particulier, caractéristique de P. lorva, à lumière très
étroite, diffère par sa constitution de celui des Dendrocoelidae. L’atrium mâle ne possède pas de couches
de fibres radiaires.
Espèces d’assez grande taille, fortement pigmentées. La tête tronquée porte deux yeux écartés.
Planaria torva (Muller, 1774)
Espèce type, c’est la seule espèce du genre qui soit représentée en Europe, où elle est très répan¬
due (Luther, 1961) dans toutes les eaux épigées, sauf dans celles des régions du Sud-Ouest.
Kenk (1936 b) décrit d’après un seul individu récolté près de Logatec (Slovénie), la variété
stygia, dépigmentée et à canal éjaculateur étroit.
En Amérique du Nord et en Asie sont connues respectivement :
P. dactyligera dactyligera Kenk, 1935 (Virginie),
P. dactyligera musculosa Kenk, 1969 (Caroline du Nord et Louisiane),
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TR1CLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
25
P. kempi Whitehouse, 1913 (Inde),
P. occulta Kenk, 1969 (Virginie),
P. onegensis Zabusov, 1901, synonyme probable de P. torva.
5. Genre Polycelis Ehrenberg, 1831
Sijn. : Planaria Muller, 1776 (in part.) ; Ijimia Bergendal, 1890 ; Sorocelis Seidl, 1911 (in part.) ; Seidlia
Zabusov, 1911 ; Rjabuschinskia Zabusov, 1916.
Juqu à présent, une seule espèce de ce genre, largement répandu dans l’hémisphère septentrional,
peut être considérée comme hypogée, en Europe. D’autres ne sont que des trogloxènes.
Les Polycelis groupent des Paludicoles pigmentés à yeux multiples, plus ou moins alignés et
punctiformes. Les testicules sont nombreux et prépharyngiens. Le pénis présente un bulbe important
dont la papille peut être bien développée ou absente. L’oviducte commun débouche dans l’atrium
mâle. Les organes musculo-glandulaires sont présents ou absents.
C’est en se basant sur ce dernier caractère que Kenk (1953) a créé trois sous-genres :
Polycelis, sans organe musculo-glandulaire, Seidlia, à épaisse musculature entourant l’atrium
mâle et Ijimia, caractérisé par la présence constante d’organe musculo-glandulaire.
De Beauchamp (1955, p. 123), puis Dahm (1958, p. 62) jugent cette subdivision mal fondée.
En effet, il conviendrait, si l’on adoptait cette classification, de placer dans deux sous-genres diffé¬
rents deux espèces telles P. tenais et P. nigra qui, par ailleurs, sont extrêmement proches l’une de
l’afltre. Le sous-genre Seidlia peut être seul conservé car il ne semble pas exister de variabilité dans la
musculature de l’atrium mâle.
De nombreuses espèces ont été décrites :
— en Amérique du Nord :
P. coronata (Girard, 1894) (Wyoming et Dakota du Sud),
P. borealis Kenk, 1953 (Alaska).
— au Japon :
P. sapparo (Ijima et Kaburaki, 1916) peu pigmentée,
P. (Seidlia) auriculata Ijima et Kaburaki, 1916,
P. (Seidlia) schrnidti (Zabusov, 1916) + P. ijimai Kaburaki, 1917,
P. akkeshi Ichikawa et Kawakatsu, 1963, dépigmentée.
— en Asie :
lie Sakhaline
P. karafto Ijima et Kaburaki, 1916,
Altai
P. receptaculosa (Livanov et Zabusova, 1940),
Kamtchatka
P. elongata (Zabusova, 1929),
P. polyopis (Zabusova, 1936),
P. (Seidlia) relicta (Zabusova, 1929),
P. eudendrocoelides (Zabusova, 1929),
P. (Seidlia) eurantron (Zabusova, 1936),
Turkestan
P. (Seidlia) sabussowi (Seidl, 1911) -f- P. lactea -f- P. stummeri,
Source : MMHN, Paris
26
NICOLE GOURBAULT
Région de la mer d’Aral
P. eburnea (Muth, 1912), sous-espèce de P. koslowi d’après Porfirjeva, I960,
Tibet
P. libellai (Zabusov, 1911) ; Hyman, 1934,
P. koslowi (Zabusov, 1911),
Afghanistan
P. pathan de Beauchamp, 1959,
P. pamirensis de Beauchamp, 1961.
— en Nouvelle Guinée :
P. oculi marginata (Palombi, 1931).
Les espèces européennes sont peu nombreuses :
— en Russie du Sud-Est :
Kazakhstan
P. kulsaika (Zabusova, 1947),
P. alma-atima (Zabusova, 1947),
P. linkoi (Zabusova, 1901).
— en Europe occidentale cinq espèces se rencontrent fréquemment dans tous les cours d’eau ; une
seule est troglobic (P. benazzii). *
Polycelis felina (Dalycll, 1814)|
Syn. : Planaria felina Dalyell, 1814 ; Polycelis cornuta Johnson, 1822 ; P. lothi Méhély, 1927.
Loc. : France.
Déparlement de l'Ariège-, 'Grotte inférieure du Queire (Biospeologica : XVI, p. 158; LIV, p. 412) ;
'Ruisseau souterrain d’Aulot (Biospeologica : XVI, p. 152; LIV, p. 375; LXXVII, p. 364).
Département des Hautes-Pyrénées ; 'Grotte de l’Église, Nistos (Biospeologica : XXXIII, p. 438) ; 'Grotte
de Bétharram (Biospeologica : XXIV, p. 548; XXXIII, p. 495 ; LIV, p. 599).
Loc. : Italie.
Lombardie, Brescia, grotte Buco del Fus et Bus dei Osei (Scatizzi, 1937).
En dehors des grottes, où elles sont rares, les Polycelis felina se rencontrent dans un certain
nombre de sources froides et dans la partie amont des ruisseaux.
Cette espèce a une très vaste répartition européenne (Vandel, 1921 b, p. 354) surtout méridio¬
nale. Cependant, Krysik (1923) la signale près de Dantzig et Wegelin (1966, p. 28) au Nord de Leipzig.
Diagnose.
Espèce pigmentée ; nombreux yeux (une trentaine) répartis sur les bords antérieurs et latéraux
de la tête ; deux tentacules saillants, mobiles et pointus et un bord frontal convexe. Taille
moyenne, 15 X 4 mm.
Atrium génital séparé en un atrium mâle et un atrium commun, différenciés. La base du canal
de la bourse présente un sphincter caractéristique.
Grande variabilité dans le nombre des organes musculo-glandulaires (Vandel, 1921 a, p. 254) :
— forme normale à deux organes musculo-glandulaires contenus dans une seule
poche,
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
27
— variété vaginensis à plusieurs organes musculo-glandulaires isolés en deux groupes,
— variété borellii possédant trois ou quatre organes musculo-glandulaires très postérieurs.
Nombre chromosomique 2n = 18 à 2n = 27 (Dahm, 1958, p. 66).
Polycelis nigra (Müller 1774), Polycelis tenuis (Ijima 1884)
et Polycelis hepta Hausen-Melander, Melander et Reynoldson, 1954
Ces trois espèces voisines se distinguent uniquement par des détails de leur appareil copulateur
et par le nombre de leurs chromosomes :
— papille pénienne courte et massive possédant deux ou trois rangs d’épines chitineuses autour
de son ouverture ; pas d’organe musculo-glandulaire ; bourse copulatrice en H. .
2 n = 16 chromosomes P. nigra
— papille pénienne allongée, dont la surface est recouverte d’épines chitineuses ; deux organes
musculo-glandulaires (?) ; bourse copulatrice en forme de sac. P. tenuis
2 n = 14 chromosomes
— papille pénienne allongée, le tiers de la surface seulement est recouvert de petits corps réfrac¬
tant la lumière; sans organe musculo-glandulaire. P. hepta 1
triploïde avec 21 chromosomes
Extérieurement ces Planaires, de 12 à 15 X 2 à 3 mm, dont le bord frontal présente une petite
pointe médiane, les côtés de la tête sont arrondis, possèdent de nombreux ocelles punctiformes. La colo¬
ration varie du gris brunâtre au noir ; quelquefois le pigment peut se rassembler pour former des taches.
Parfois trogloxènes, ces Polycelis épigées sont eurythermes et limnophiles.
Polycelis benazzii de Beauchamp, 1955
(figure 2, 2)
Loc. : Italie.
Ligurie ; Savona, Toirano, Carpenazzo, Grotte Tana di Spettari.
Diagnose.
Dépigmentée en grande partie, quelques chromatophores présents seulement sur le pharynx ;
neuf à dix yeux, non latéraux. Taille : 6 à 13 X 0,5 à 4 mm.
Testicules ventraux pré-pharyngiens.
Pénis conique dont la papille présente une couche musculaire circulaire. Trois organes musculo-
glandulaires débouchent dans la cavité de l’atrium commun. Abouchement de l’ovi-
ducte commun dans le bas de l’atrium mâle.
6. Genre Phagocata Leidy, 1847
Syn. : Planaria Müller, 1776 (in part.) ; Albiplanaria Komarek, 1926 ; Fonticola Komarek, 1926 ;
Kenk, 1930, 1935 ; Hyman, 1937 ; Penecurva Livanov et Zabusova, 1940.
Phagocata gracilis (Haldeman, 1840) est l’espèce type de ce genre qui comprend une trentaine
d’espèces réparties dans tout l’hémisphère nord, dont beaucoup peuplent les eaux souterraines.
Les Phagocata sont d’assez petite taille, elles atteignent au maximum 15 mm. La partie anté¬
rieure est tronquée, sans auricules nets. Les yeux sont généralement au nombre de deux,
ils peuvent également être absents.
1. I.a validité de cette espèce est discutée par Le Moigne (1962) et Benazzi (1963).
Source : MNHN, Paris
28
NICOLE GOURBAULT
Les testicules s’étendent sur tout le corps, jusqu’à l’extrémité postérieure. Les oviductes pairs
se réunissent en un oviducte commun débouchant dans le haut de l’atrium mâle, sans
entourer le canal de la bourse. Bulbe pénien et papille bien développés ; les canaux défé¬
rents pénétrent séparément dans le bulbe pénien, la vésicule séminale peut être présente
ou non, le sperme est généralement contenu dans un spermatophore secrété par le pénis.
Pas d’organe musculo-glandulaire. Quelques espèces sont polypharyngienncs.
Komarek (1926) distinguait, d’après la taille du pénis et la présence de la vésicule séminale, les
Fonticola et les Albiplanaria. De Beauchamp (1932) montrait que cette distinction était sans objet,
les secondes n’étant que des variétés des premières. D’autre part, Kenk (1930 et 1935 h) introduisait
dans Fonlicola des formes américaines et demandait une nouvelle définition du genre, tout d’abord
défini par la polypharyngie du type. Celle-ci était donnée par Hyman (1937 a) qui a réexhumé le terme
de Phagocata.
Depuis lors, aucune solution valable n’a été fournie permettant de distinguer les Fonlicola, au
sens où l’entend de Beauchamp, des Phagocata s. str.
Reisinger (1960) trouvant le terme pratique, baptisait « Die weissen Planariiden », les Fon¬
ticola que de Beauchamp différenciait pour des raisons d’écologie et de zoogéographie, considérant qu'il
n’y avait pas de Phagocata proprement dites en Europe (1958, p. 13). Cependant Dahm (1964) écrivait
« It is probable that the latter genus (Phagocata) is an unnatural mixture of species with ill-defined
generic characters, but until this is definitely proved by comparative analysis the validity of Ilyman’s
nomenclatorial révision must be accepted ».
11 est bien certain qu’en nous limitant à l’étude de l’appareil copulateur, aucune différence
essentielle n’apparaît entre les espèces d’Europe et celles des autres continents. Toutefois, de Beau-
champ signale que « Dans toutes les Fonlicola il existe une portion du canal éjaculateur qui reçoit des
glandes prenant principalement l’éosine et sécrétant manifestement la substance chitinoïde qui forme
la paroi du spermatophore. Ce spermatophore se rencontre chez les formes européennes, il n’a été signalé,
en Amérique, que pour M. morgani.
Chez les Fonticola également, le canal de la bourse embrasse l’oviduetc gauche, avant qu'il ne
se réunisse avec l’oviducte droit en un tronc commun.
a) Liste des espèces américaines et asiatiques.
Différents auteurs ont donné la description d’une vingtaine d’espèces non européennes.
• Espèces américaines; clef de détermination dans Carpenter (1969, pp. 280-281).
Espèces dépigmenlées :
P. bursaperforala Darlington, 1959 — anophthalme,
P. cavernicola Hyman, 1954,
P. subterranea (= P. gracilis) Hyman, 1937 — polypharyngée,
P. morgani morgani (Stevens et Boring, 1906), Hyman (1937 a),
P. morgani polycelis Kenk, 1935,
P. nivea Kenk, 1953,
P. oregonensis Hyman, 1963,
P. tahoena Kawakatsu, 1968 ; Kenk (1970).
Espèces pigmentées :
P. bulbosa Kenk, 1970,
P. crenophila Carpenter, 1969 ; Kenk (1970),
P. gracilis gracilis (Haldeinan, 1840),
P. gracilis woodworlhi Hyman, 1937,
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
29
P. gracilis monopharyngea Hyman, 1945,
P. velata (Stringer, 1909), Hyman (1937 a),
P. vernalis Kenk, 1944.
• Espèces japonaises et asiatiques.
Espèces dépigmentées :
P. albata Ichikawa et Kawakatsu, 1962,
P. coarctata Arndt, 1922 (= P. pellucida, Ijima et Kaburaki, 1916, d’après Arndt, 1924, p. 245),
P. tenella Ichikawa et Kawakatsu, 1963.
Espèces pigmentées :
P. armeniaca (Komarck, 1916), de Bcauchamp (1958),
P. iwamai Ichikawa et Kawakatsu, 1962,
P. kawakatsui Okugawa, 1956,
P. miyadii Okugawa, 1939,
P. papillifera Ijima et Kaburaki, 1916,
P. teshirogi Ichikawa et Kawakatsu, 1962,
P. uénoi Okugawa, 1939,
P. vii’ida Ijima et Kaburaki, 1916 [= P. ( Penecurva) siverica Zabusov],
Les auteurs russes (Livanow et Zabusova) décrivent un certain nombre d’espèces provenant du
Lac Teletzoë et de ruisseaux environnants de l’Altaï et créent un nouveau genre Penecurva pour cer¬
taines d’entre elles : « Ce sont les formes indigènes qui habitent les confins septentrionaux de l’Asie
centrale et s’étendent à l’Est jusqu’à l’Océan Pacifique; elles manquent totalement dans la faune
européenne » (1940, p. 154) :
P. altaica, P. paravitloides, P. ( Penecurva) mesorchis qui comporte la variété praeputialis,
P. (Penecuroa) teletzkiana avec la variété longopharyngea.
En fait, il est délicat de les différencier des Phagocala s. str. ; le pénis asymétrique, à plus fort
développement dorsal, ne paraît pas correspondre à un caractère générique important, pas davantage
que l’ouverture de la lumière du pénis s’effectuant ventralement, en dessous de l’extrémité de la papille,
caractère que l’on observe chez P. nivea et P. morgani.
b) Les espèces européennes sont peu nombreuses et beaucoup mieux connues que les précédentes.
Pour toutes les raisons données par de Beauchamp et par Reisinger, et qui me semblent justifiées, il
convient de regrouper les formes d’Europe. Cette position est également défendue par Stankovic (1960,
p. 176).
11 est difficile cependant de conserver les Fonticola en tant que genre. La présence des sperma-
tophores n’est pas, à elle seul, un critère suffisant pour justifier la validité de ce genre (des spermato-
phores ont été observés chez quelques D. gonocephala ) et pas davantage la dépigmentation et la réduc¬
tion des yeux. Tant qu’une étude comparative de ces espèces européennes et des espèces américaines
n’aura pas permis de résoudre définitivement ce problème, je tiendrai Fonticola pour un sous-genre
strictement européen.
Le sous-genre Fonticola
Les Fonticola doivent peupler de façon homogène l’Europe occidentale car il est certain que nous
manquons encore d’informations pour de nombreuses régions. L’aire de répartition des différentes espèces
apparaît sur la carte de la figure 4. Fonticola oitta est la plus répandue et la mieux connue ; son pénis
présente la structure la plus simple ; c’est par elle que commencera cette énumération, bien que l’espèee
type soit P. olivacea.
Source : MNHN, Paris
.30
N1COI.E GOURBAULT
Phagocala ( Fonticola) villa (Dugès, 1830)
(figure 2, 3)
Syn. : Planaria villa Dugès, 1830 ; P. macrocephala Fries (1879) ; Fonticola villa Komarek (1926) :
de Beauchamp (1932) ; PhagoccUa villa Hyman (1937).
Loc. : P. villa possède une vaste distribution européenne (Gislen, 1946). Elle est signalée des Iles Baléares,
Pologne, Tchécoslovaquie, Suède, Iles Britanniques, Allemagne du Nord, Belgique (Province
de Namur, grotte de Han-sur-Lesse ; Vendrix, 1961), Luxembourg (Lingserbach : « ruisselet en
communication avec les eaux qui sont accumulées à l’intérieur des mines de galène abandon¬
nées d’Allerborn », Hoffmann, 1963 b).
En France, de Beauchamp (1932, p. 274) donne une liste des stations de récoltes de cette espèce.
Dans les Pyrénées elle n’est pas rare et j’ai pu en recueillir à de nombreuses reprises dans les
sources temporaires, les sous-écoulements des ruisseaux et les grottes (assez souvent les individus
étant asexués il est impossible de les rattacher avec certitude à cette espèce car il n’est tenu compte
dans ce cas que de l’aspect extérieur).
Département de l'Ardèche ; grotte des Huguenots, 18 individus sexués (leg. et coll F. Lescher-Moutoué
et L. Juberthie, août 1966).
Département de la Saône-et-Loire ; Louhans, nappe alluviale de la Seille, une cinquantaine d’individus
(leg. et coll. G. Magniez, janvier 1970).
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
31
Diagnose.
La forme de l’extrémité antérieure varie légèrement suivant les populations. Dépigmentée ;
deux petits yeux écartés du cinquième au sixième de la largeur de la tête à leur niveau.
Taille variable : 6 à 14 X 1 à 2 mm.
Coecums = 10 à 12 supérieurs et 20 à 25 inférieurs. Testicules sur toute la longueur du corps.
Pénis court. ; canal éjaculateur plus ou moins bien défini, ouvrant dans une cavité préputiale
caractéristique. Spermatophore à queue courte. Oviducte gauche embrassé par le canal
de la bourse.
Nombre de chromosomes variable :2n = 21à2n=70; multiples de 7, nombre de base (Dahm,
1964, p. 489).
Phagocala (Fonticola) albissima (Vejdovsky, 1883)j
(figure 2, 4)
Syn. : Plunaria albissima Vejdovsky, 1883 ; Albiplanaria albissima Komarek (1926) ; Fonticola albis¬
sima Kenk (1930).
Loc. : Yougoslavie.
Herzégovine ; Rijeka du Cernicko Polje (de Beauchamp, 1937 b).
Loc. : Tchécoslovaquie.
Bohême.
Loc. : France.
Département de la Meurthe-et-Moselle ; Saint-Nicolas-de-Port, source.
Département de la Moselle ; bois de Gondrewange, source (de Beauchamp, 1932, pp. 307-308).
Selon Dahm (coin, pers.) cette espèce a été signalée par erreur du Danemark, lac Esrom (Berg,.
1938, p. 42).
Diagnose.
Dépigmentée, deux petits yeux à écartement variable. Taille = 10 mm.
Coecums supérieurs = 10 à 12, inférieurs = 18.
Pénis long et cylindrique, sans cavité préputiale, à bulbe plat musclé. Canaux déférents à mus¬
culature circulaire. Spermatophore ovoïde à long pédicule distinct.
Nombre de chromosomes 2 n = 36 (Dahm, 1964, p. 491). Montre peu de facilité à régénérer.
Phagocata ( Fonticola ) illyrica (Komarek, 1919)
Syn. : Planaria illyrica Komarek, 1919 ; P. macédonien Stankovic, 1926 ; Albiplanaria macedonica
Stankovic et Komarek (1927) ; Fonticola illyrica Kenk (1930) ; F. albissima var. illyrica de
Beauchamp (1932).
Loc. : Yougoslavie.
Macédoine centrale et occidentale, dans de nombreuses sources de montagne (souvent avec C. mon-
tenigrina ; Stankovic et Komarek, 1927, p. 631).
Herzégovine ; Trebinje, Vrelo Lusac, résurgences temporaires ; nombreuses stations signalées par
de Beauchamp (1937 b, p. 360).
Loc. : Bulgarie.
Sources aux environs de Sofia (Chichkoff, 1924).
Source : MNHN, Paris
32 NICOLE GOURBAULT
Diagnose.
La mise en synonymie de P. illyrica et macedonica est due à Komarek (1953 a, p. 277).
Dépigmentée, deux yeux assez gros et écartés. Taille : 7 à 13 X 5 mm.
Long pénis, à forte musculature circulaire périphérique, faisant saillie par le pore génital ;
petite vésicule séminale ; canaux déférents accolés ; musculature renforcée au niveau
de l’abouchement du canal de la bourse dans l’atrium commun.
Spermatophore à queue bien développée, mais plus courte que pour P. albissima.
Espèce intermédiaire entre P. albissima et P. ochridana.
Phagocata ( Fonticola) ochridana (Stankovic et Komarek, 1927)
Syn. : Fonticola dalmatica Stankovic et Komarek, 1927 ; Fonticola albissima var. dalmatica de Beau-
champ (1932).
Loc. : Espèce balkanique.
Yougoslavie.
Dalmatie ; Sinjski Han, source Kosinac.
Slovénie ; Trieste, Crna Jama (Biospeologica : XXXIX, p. 296 ; L1V, p. 580).
Bord du lac d’Ohrid.
Grèce.
Corinthie ; bord de la mer Égée (Stankovic, 1934).
Diagnose.
Dépigmentée, deux petits yeux. Taille = 4 à 8 mm.
Pénis conique affleurant l’orifice du canal de la bourse. Canaux déférents réunis dans le haut
de la papille pénienne, débouchant dans une ébauche de vésicule séminale à « frange »
en entonnoir, caractéristique, plus longue que pour P. macedonica.
Glandes du canal éjaculateur très nettes.
Nombre de chromosomes 2 n = 32 (Dahm, 1964, p. 497).
Phagocata ( Fonticola ) bosniaca (Stankovic, 1926)
Syn. : Planaria bosniaca Stankovic, 1926 ; Fonticola bosniaca Stankovic et Komarek (1927) ; F. albis¬
sima catalaunica de Beauchamp, 1932 (1937 b, p. 362).
Loc. : Yougoslavie.
Bosnie ; Sarajevo, source de la Bosna, Illidza Banjva (avec C. rnonlenigrina).
Slovénie ; Kocevje, Ljubljana, grottes et sources de la région.
Loc. : France.
Département de la Marne ; Somme, Vesle, sources.
Diagnose.
Dépigmentée, deux petits yeux. Taille = 7 à 10 X 2 à 2,3 mm.
Pénis important à grande vésicule séminale dont les hautes cellules forment un repli qui des¬
cend vers l’extrémité de la papille. Ce septum est caractéristique de l'espèce ; forme de
passage entre P. albissima et P. olivacea.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
33
Phagocata ( Fonticola) olivacea (Schmidt, 1862)
Syn. : Planaria olivacea Schmidt, 1862 ; Fonticola olivacea Stankovic et Komarek (1927).
Espèce type de l’ancien genre Fonticola.
Loc. : Grèce.
Iles Ioniennes : Corfou, en aval de El Canon, dans un fossé, et Céphalonie. Endémique strict.
Diagnose.
Dépigmentée, deux yeux assez grands et écartés. Taille = 10 à 15 mm.
Coecums supérieurs et inférieurs au nombre d’une quinzaine. Testicules ventraux sur toute la
longueur du corps.
Pénis conique, assez trapu à bulbe musculeux ; canaux déférents réunis en T débouchant dans
une vésicule arrondie tapissée de hautes cellules peu distinctes du canal éjaculateur.
Le canal de la bourse débouche du côté droit de l’atrium génital.
Phagocata ( Fonticola ) paravitta (Reisinger, 1923)
Syn. : Planaria paravitta Reisinger, 1923 ; Fonticola paravitta Komarek (1926) ; Kenk (1930).
Loc. : Autriche.
Styrie ; environs de Graz, semble confinée dans les Alpes orientales et absente dans la région dinarique.
Diagnose.
Dépigmentée, deux petits yeux très rapprochés. Taille = 12 mm.
Testicules ventraux.
Pénis court, conique, à vésicule large et canal éjaculateur tapissé d’un épithélium à cellules très
éosinophiles. Spermatophores pédonculés. Glandes éosinophiles très nombreuses, carac¬
téristiques de l’espèce.
Nombre de chromosomes 2 n = 34 (Dahm, 1964, p. 491).
Phagocata ( Fonticola) maculata (Stankovic, 1937)
Loc. : Yougoslavie.
Lac d’Ohrid ; espèce lacustre, endémique strict.
Diagnose.
Large tache brune sur le tiers antérieur du dos de l’animal ; deux petits yeux très rapprochés.
Taille inférieure à 6 ou 7 mm.
Petit pénis conique, étiré, à musculature périphérique puissante ; pas de vésicule séminale.
Phagocata ( Fonticola ) undulata (Stankovic, 1960)
Loc. : Yougoslavie.
Lac d’Ohrid ; espèce lacustre, endémique strict, caractérisée par les bords latéraux du corps ondulés
et dentelés.
1 564 018 6 3
Source : MNHN, Paris
34
NICOLE GOURBAULT
Phagocata (Fonticola) leplophallus (Reisinger, 1962)
Loc. : Autriche.
Styrie ; Radkersburg.
Diagnose.
Papille pénienne effilée et bulbe important ; pas de glandes au niveau du canal éjaculateur.
7. Genre Atrioplanaria de Beauchainp, 1932
Ce genre créé par de Beauchamp pour l’espèce unique A. racovitzai (1932, p. 334), forme isolée à
atrium copulateur précédé par l’atrium mâle et dont le pénis possède une structure particulière, a été
par la suite ramené au rang de sous-genre de Fonticola par Kenk (1936 a). Je pense que cette suppression
du genre est injustifiée. En effet, l’ensemble des caractères qui le définissent (bien qu’ils ne soient pas
remarquables lorsqu’ils sont considérés séparément) constitue un tout homogène qui justifie parfaite¬
ment le maintien de cette coupure systématique. Actuellement, la connaissance d’un plus grand nombre
de Triclades qui présentent de semblables caractères, plaide en faveur de ce maintien.
L aspect extérieur des Atrioplanaria, dépigmentées, permet de les dilTérencier aisément des
autres Planariidae et même des Phagocata avec lesquelles certains auteurs les confondent.
Filiformes, à partie antérieure pourvue de deux petits tentacules mobiles dressés pendant la
marche, elles possèdent un pharynx et un appareil copulateur situés très en arrière du corps. Les tes¬
ticules prépharyngiens s’alignent sur deux rangées parallèles, soit ventralement soit dorsalernent.
Dans le pénis libre, plus ou moins développé, débouchent séparément les canaux déférents en formant
un appendice interne saillant au niveau de la vésicule séminale. L’atrium mâle, dans lequel s’ouvre
l’oviducte impair, est distinct de l’atrium commun. Les spermatophores sont inconnus dans ce genre.
Ce genre, propre à l’Europe, comprend un petit nombre d’espèces (figure 5) dont la dispersion
géographique s’étend actuellement de l’Espagne aux Carpathes (Bihar). Il s'agit de formes hypogées,
liées aux eaux souterraines continentales. Elles ont été récoltées dans des gours de grottes, ou des sources
temporaires.
Atrioplanaria racovitzai (de Beauchamp, 1928)
(figure 6, 1)
Syn. : Planaria racovitzai de Beauchamp, 1928 ; Fonticola prosorchis Kenk, 1937.
Loc. : Roumanie.
Bihar; Vascau : Baita, source Izvorul Crisului negru (Biospeologica : L1V, p. 489; Leruth, 1939a,
p. 36).
• Bradet, grotte Tartaroaei (Biospeologica : LIV, p. 402; Leruth, 1939 a, p. 42).
• Magura, grotte Coliboaia (Biospeologica : LIV, p. 458 ; Leruth, 1939 a, p. 40).
• plasa Beius, Ferice, grotte Ferico (Leruth, 1939 a, p. 43).
Loc. : Autriche.
Aux environs de Gratz, source temporaire. Il s’agit là de la station type de l’espèce décrite par Kenk
sous le nom de Fonticola prosorchis, déjà mise en synonymie avec A. racovitzai par Reisinger
(1960, p. 291) et Dahm (1964, p. 488).
Loc. : Yougoslavie.
Slovénie ; Markovscina, grotte Dimnice (Biospeologica : LIV, p. 579 ; LXX1I, p. 135 ; LXXV11, p. 431).
Race anophthalme (Gourbault, 1969 b).
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
35
Loc. : Espagne.
Madrid ; Guadalajara, Guadarama, nappe alluviale du Hénares (Gourbault, 1971).
Diagnose.
Dépigmentée, deux petits yeux pour le type de l’espèce. Taille 4,5 à 7 X 1 à 2 mm.
Testicules ventraux alignés sur deux rangées, prépharyngiens.
Caecums digestifs au nombre de 25 sur la branche impaire et d’une quinzaine sur les branches
paires.
Pénis court, dévié ventralement, comportant un appendice interne bien développé et une vési¬
cule séminale sphérique. Importante musculature de l’atrium mâle et puissant sphincter
le séparant de l’atrium commun. L’oviducte gauche est embrassé par le canal de la bourse,
l’oviducte impair débouche à l’extrémité de l’atrium mâle.
Nombre chromosomique 2 n = 52 (Dahm, 1964, p. 497).
Atrioplanaria sp. (Benazzi, 1938)
Loc. : Italie.
Sardaigne ; Sassari, petit ruisseau à sec pendant une grande partie de l’année.
Il doit s’agir d’^4. racovitzai puisque Benazzi rapporte à A. prosorchis cette espèce insulaire.
Cependant Dahm (1964, p. 501) observe des différences dans le nombre de chromosomes des
deux espèces puisqu’il obtient pour celle-ci 2 n = 46.
Source : MNHN, Paris
36
NICOLE GOURBAULT
Alrioplanaria opisthogona (Kenk, 1936)
Syn. : Fonticola opisthogona Kenk, 1936 ; Alrioplanaria opisthogona de Beauchamp (1937).
Loc. : Yougoslavie.
Slovénie ; Ljubljana, Petkovec, grotte Godobovska.
Diagnose (d’après un seul individu).
Dépigmentée et anophthalme. Taille de 10 X 1 mm.
Ne diffère d’A. racovitzai que par l’absence d’yeux et le plus grand développement du pénis
et de son appendice interne ; pourrait donc correspondre à la race anophthalme connue
de la grotte Dimnice.
Alrioplanaria notadena de Beauchamp, 1937
(figure 6, 2)
Syn. : Fonticola ( Alrioplanaria ) notadena de Beauchamp (1949).
Loc. : France.
Département de l’Isère ; La Tour du Pin, grotte de la Balme (Ginet, 1951, 1961 ; Ginet et Puglisi, 1964).
Département de la Savoie ; Aix-les-Bains, source captée.
Département du Bas-Rhin ; bras mort de la Bruche entre Entzheim et Holzheim. En forêt de Neuhof,
au Sud de Strasbourg, dans une flaque d’eau.
Diagnose.
Dépigmentée, deux très petits yeux. Taille : 10 à 12 X 1 mm.
Testicules ventraux sur deux rangées régulières. Énorme développement des glandes roses de
la face dorsale.
Bulbe pénien arrondi, un seul canal déférent impair (réunion des deux canaux pairs) qui débouche
dans la vésicule séminale.
Pénis plus long que le bulbe, papille mince. Atrium mâle à musculature circulaire très puissante.
Alrioplanaria delamarei Gourbault, 1969
(figure 6, 3)
Loc. : France.
Département de l’Ariège; * Durban-sur-Arize, source temporaire, en prairie (loc. typ.).
• 'Campet, Moulis, source temporaire (leg. et coll. F. Lescher-Moutoué).
• 'Eaux du sous-écoulement du Nert (Gourbault et Lescher-Moutoué, 1968).
Diagnose.
Dépigmentée, deux petits yeux. Taille : 7 à 8 X 1,5 mm.
Testicules dorsaux, prépharyngiens. Appareil copulateur éloigné de la bouche.
Bulbe dont la musculature longitudinale se prolonge et recouvre l’atrium mâle. Papille trois
fois plus longue que le bulbe, effilée, emplit les atriums ; son appendice interne est très
long et peut même faire saillie par le pore génital. Atrium mâle à musculature très déve¬
loppée qui s’interrompt au niveau de l’atrium commun situé au-dessous de l’oviducte
commun.
Source : MNHN, Paris
Kig. 6. — Schémas d'appareil» copulateum de Planariidac hypogées, en vue dorsale : 1. — Atrioplanaria racovUzai ;
.. - A. noladena -,i.—A. delamarei (schémas 1 et 2 redessinés d'après les coupes et les figures de de Beauchamp).
ap, appendice interne ; od, oviductes pairs ; va, vésicule séminale.
Source : MNHN, Paris
38
NICOLE GOURBAULT
III. — CONCLUSION
Des douze genres de Planariidae définis précédemment (en faisant toutefois abstraction des
genres américains possédant un organe adhésif céphalique antérieur bien développé, regroupés en
Kenkiidae par Hyman), sept sont représentés dans la faune d’Europe et, parmi ceux-ci, trois seulement
sont les hôtes habituels et même exclusifs des eaux souterraines.
Ce sont :
— les Plagnolia, caractérisées par le double abouchement de l’oviducte commun dont un diver¬
ticule étroit se jette dans l’atrium mâle, alors que la portion qui reçoit les glandes coquillières souvre
à la base du canal de la bourse.
— les Phagocata, limitées en Europe au sous-genre Fonlicola isolé pour des raisons écologiques
et biogéographiques, dont l’oviducte commun débouche dans le haut de l’atrium mâle et chez lesquelles
on observe régulièrement la présence d’un spermatophore.
— les Atrioplanarin, voisines des précédentes, mais dépourvues de spermatophores du fail
même de la constitution du pénis à appendice interne saillant au niveau de la vésicule séminale et chez
lesquelles les deux atriums sont nettement distincts.
Ces trois genres possèdent en commun le caractère de dépigmentation qui est une des manifes¬
tations les plus classiques et les plus courantes du type cavernicole (Vandel, 1964, p. 478). Certaines
espèces ou encore certaines races peuvent être anophthalmes ; mais alors que l’absence totale d’yeux
ne s’observe que rarement chez les Planariidae (Plagnolia ), la réduction des yeux est toujours nette
pour ces formes hypogées comme c’est le cas, par exemple, chez toutes les Fonticola.
Les représentants de la famille des Planariidae sont abondants dans les eaux plutôt froides
et courantes (les eaux très froides ne sont supportées généralement que par les Crenobia) et peuplent
surtout la zone tempérée de l’hémisphère boréal. En Europe les formes hypogées s’étendent, comme
l’indiquent les cartes de répartition des espèces, de l’Angleterre à l’Espagne 1 et l’Italie, vers la Pénin¬
sule des Balkans karstiques dont la faune est d’une grande richesse. Par contre, la Russie d'Europe
ne renferme, semble-t-il, aucune de ces formes hypogées ; seuls les genres Polycelis et Dugesia ainsi
que des formes épigées de Phagocata y ont été signalés.
A la lecture de cette revue monographique des Triclades Paludicoles, il apparaît que la famille
des Planariidae est peu représentée dans la faune hypogée d’Europe, puisque, à ce jour, nous ne con¬
naissons que quinze espèces véritablement inféodées aux eaux souterraines continentales ; la grande
majorité des autres formes mène un mode de vie épigé.
En revanche, cette proportion s’inverse totalement pour la famille des Dendrocoelidae.
1. L’Espagne étant jusqu’à présent peu prospectée, il n’est pas possible de conclure à la pauvreté apparente de
son peuplement en Planariidae obscuricoles.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
CHAPITRE III
LES DENDROCOELIDAE
Les Dendrocoelidae sont caractérisés morphologiquement par l’alternance régulière des couches
de fibres longitudinales et circulaires de la zone interne du pharynx. La présence de l’organe adhésif
n est pas obligatoire, pas davantage que celle de l’organe musculo-glandulaire, généralement bien
différencié. Les espèces de Dendrocoelidae actuellement reconnues se répartissent en neuf genres (à
l’exception des genres strictement asiatiques) dont le plus important est le genre Dendrocoelum qui
renferme la plupart des formes hypogées récoltées en Europe et qui n’est représenté sur aucun autre
continent.
I. — CLASSIFICATION A L'ÉCHELON GÉNÉRIQUE
En tenant compte des seuls caractères anatomiques et en prenant pour base de détermination
les caractéristiques de l’appareil copulateur, et tout particulièrement du pénis, ainsi que les variations
de la musculature du pharynx et l’abouchement des oviductes communs, il convient d’envisager la
classification donnée ci-après.
Les Dendrocoelidae constituent un groupe complexe dont l’étude laisse apparaître qu’un moyen
commode de division réside dans la présence ou l’absence de l’organe musculo-glandulaire. L’introduc¬
tion de cet élément permet de distinguer deux groupes dans cette famille représentée en Europe par
certains des genres inclus dans les sections A et B du tableau suivant :
A. — Formes pourvues d’un organe musculo-glandulaire
— Oviductes fusionnés débouchant dans l’atrium commun. Miodendrocoelum,
genre monospécifique de Bourgogne.
— Oviductes fusionnés débouchant dans l’atrium mâle
• Organe musculo-glandulaire saillant directement dans l’atrium commun.
Dendrocoelum,
genre européen.
• Organe musculo-glandulaire ayant migré vers le haut ; présence d’un pore supplé¬
mentaire . Acromyadenium,
genre monospécifique, propre à l’Afrique du Nord.
B. — Formes dépourvues d'organe musculo-glandulaire
— Pénis à papille bien développée et bulbe à structure simple ; organe adhésif très différencié
en forme de ventouse, quand il existe. Dendrocoelopsis,
genre holarctique.
Source : MNHN, Paris
40
NICOLE GOURBAULT
— Pénis rudimentaire ; organe adhésif très développé. Bdellocephala,
genre eurasien.
— Disparition de la papille pénienne ; vésicule glandulaire confondue avec l'atrium mâle.
Rectocephala,
genre holarctique.
— Pénis à bulbe massif cylindrique, à deux couches musculaires concentriques séparées par
une couche qui n’est pas musculaire; papille nette et grande vésicule glandulaire. .
Procotyla,
genre nord-américain.
— Pénis noyé dans ses glandes hypertrophiées. Macrocotyla,
genre monospéciPique nord-américain.
C.
Formes pourvues d’organes musculo- glandulaires multiples (ou dé pour i>
genre holarctique, à l’exception de l’Europe.
d’o. m. g.) ; plurioculées.
Sorocelis ,
La famille des Dendrocoelidae, ainsi délimitée, rassemble des genres 1 possédant en commun,
en dehors des caractères d’anatomie interne déjà signalés, un certain nombre de constantes qui per¬
mettent de reconnaître une morphologie externe commune à l’ensemble des Dendrocoelidae européens.
Cet aspect dendrocoelien, particulier à ces formes, est lié à la dépigmentation, à la taille relativement
grande des individus dont le corps montre de larges lobes céphaliques et des bords latéraux nettement
ondulés, à la présence fréquente d’un organe adhésif antérieur.
Dans l’exposé qui va suivre je traiterai en détail uniquement des genres représentés en Europe.
Les autres genres seront simplement cités pour mémoire.
Ainsi le genre Procotyla Leidy, 1857, ne compte que deux espèces nord américaines : Procotyla
(luvialilis Leidy, 1857, et Procotyla typklops Kenk, 1935 (Hyman, 1945, 1955).
Le genre Macrocotyla Hyman, 1956, est représenté par une seule espèce obscuricole à organe
adhésif très développé : Macrocotyla glandulosa Ilyman, 1956.
Le genre Sorocelis Grube, 1872, groupe des formes très diverses car il rassemble tous les Den¬
drocoelidae plurioculés à organes musculo-glandulaires multiples. En dehors des espèces asiatiques,
surtout nombreuses dans le lac Baïkal où elles sembleraient avoir pris naissance, une espèce dépigmentée
a été signalée en Amérique du Nord : Sorocelis americana Hyman, 1939.
II. — ÉTUDE DES DIFFERENTS GENRES ET ESPÈCES EUROPÉENS
Pour des raisons d’ordre pratique signalées précédemment, cet exposé île la classification des
Dendrocoelidae. débutera par les formes qui possèdent un organe musculo-glandulaire de même type,
caractéristique du genre Dendrocoelum. Parmi ces formes, qui regroupent également, les deux genres
monospécifiques M iodendrocoelurn et Acromyadeniuin, les Dendrocoelum renferment la presque totalité
des espèces, essentiellement hypogées. Ce genre présente une vaste répartition géographique mais
uniquement européenne. C’est le plus diversifié des genres de la famille des Dendrocoelidae.
1. De nombreux genres, tous asiatiques, bien représentés en particulier dans le Baïkal, ne figurent pas dans cette
classification mais doivent cependant être signalés. Ce sont des genres très différents des Dendrocoelum européens et qui
présentent souvent des caractères curieux (ventouses véritables, papilles dorsales...). Ainsi Procotylm, Polycotylus, Poiio-
plana, Archicolylus et Monocotylus Korotneff, Dicolylus Grube, Thysanoplana Gralf, Armilla Livanov, Himaceplialuii
Zabusov. Caspioplana Zabusova, Raicalobia Kenk, llyperbulbina Livanov et Porfierjeva.
Source : MNHN, Paris
ECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
41
A. — Formes pourvues d’un organe musculo-glandulairf.
a) Genre Dendrocoelum Oersted, 1844
Ce genre est représenté par une série de formes de grande taille, dépiginentées dans l’ensemble
I exception faite de certains Neodendrocoelum). L’extrémité céphalique présente deux lobes céphaliques
arrondis. La différenciation de l'organe adhésif peut être plus ou moins poussée. Les yeux sont géné¬
ralement absents : lorsqu’ils existent leur disposition et leur nombre varient.
La forme du pénis, qui est libre dans l’atrium mâle, diffère selon les sous-genres considérés.
Les oviductes se réunissent en un oviducte commun qui débouche dans l’atrium mâle, juste à sa jonc¬
tion avec l’atrium commun. L’organe musculo-glandulaire très différencié se retrouve chez toutes les
espèces, il fait directement saillie dans l’atrium commun et communique avec l’extérieur par le pore
génital. L’atrium génital se divise en deux cavités séparées par un rétrécissement.
Le genre Dendrocoelum se subdivise en huit sous-genres, tous européens (exception faite de l'un
d’entre eux, Dendrocoelides, qui renferme une espèce nord-africaine, D. millanti, comptée ici).
Les soixante quatre espèces décrites du genre Dendrocoelum se répartissent inégalement dans
ces huit sous-genres.
Dendrocoelides : 28 espèces et 1 variété.
Apodendrocoelum : 4 espèces.
Bolbodendrocoelum : 1 espèce.
Polycladodes : 4 espèces.
Neodendrocoelum : 13 espèces.
Pnlaeodendrocoelurn : 2 espèces.
Eudendrocoelum : 10 espèces.
Dendrocoelum : 2 espèces.
Dans la majorité des cas, seule la constitution du pénis définit la position systématique des diffé¬
rentes espèces. Le pénis le plus simple est celui des Dendrocoelides ; celui des Dendrocoelum s. str. a acquis
une grande complexité de par sa différenciation maximale au niveau de la papille pénienne.
Le tableau 1 (~ figure 7) schématise les différentes variations de la forme du pénis dans les
divers sous-genres de Dendrocoelum. Le pénis le plus simple se rencontre donc dans le sous-genre Den¬
drocoelides qui rassemble le plus grand nombre d’espèces. En prenant ce type de pénis comme référence,
nous pouvons envisager un éclatement des formes selon qu’il se produit une réduction du pénis, qui
peut même disparaître comme c’est le cas pour certains Apodendrocoelum, ou encore lorsqu’une diffé¬
renciation de structure apparaît à ce niveau. L’on peut observer une tendance à l’accroissement de la
taille du pénis chez Neodendrocoelum ; le grand développement du bulbe pénien est un phénomène
rare qui ne se rencontre ici que dans le sous-genre monospécifique Bolbodendrocoelum (cette disposition
se rencontre cependant chez certaines formes asiatiques, récemment décrites, d'Hyperbidbina). La
papille pénienne présente une modification de structure de la base vers l’apex chez les Eudendrocoelum,
et atteint, chez Dendrocoelum un maximum de complexité en se différenciant en flagelle.
Les rapports entre les trois genres de Dendrocoelidae à organe musculo-glandulaire apparais¬
sent sur cette même figure 7. Le sous-genre Apodendrocoelum établit un rapprochement entre Dendro-
coeluin et Miodendrocoelum, ce. dernier se différencie en plus par la position de l’abouchement de l’ovi¬
ducte commun. Les Polycladodes constituent un intermédiaire entre Dendrocoelum et Acromyadenium,
par suite de la structure identique de leur pharynx ; leurs pénis par ailleurs sont assez semblables sur
le plan morphologique.
Contrairement à la pratique habituelle qui veut que l’étude du genre Dendrocoelum débute par
la description des Dendrocoelum s. str., j’envisagerai tout d’abord le sous-genre Dendrocoelides puisqu’il
Source : MNHN, Paris
42
NICOLE GOURBAULT
Tableau 1. — Position schématique des sous-genres de Dendroeoelum
en fonction de la constitution du pénis.
possède, semble-t-il, la forme d’appareil copulateur qui est la moins complexe ; il renferme également
les espèces de Dendroeoelum. les plus répandues en Europe (exception faite de l’espèce ubiquiste D. lac-
leum).
1. Sous-genre Df.ndrocoelides (de Beauchamp, 1919)
De Beauchamp a créé le genre Dendrocoelides en raison de l’absence de flagelle caractéristique
de Dendroeoelum s. str. Toutes les espèces qui s’y rattachent sont dépigmentées et hypogées. Ramené
au rang de sous-genre, Dendrocoelides groupe actuellement le plus grand nombre d’espèces de Dendro-
coelum. Il est caractérisé par :
— la faible différenciation du pénis court, peu musclé, sans flagelle,
— la vésicule séminale souvent peu différente du canal éjaculateur,
— l’abouchement des canaux déférents qui se fait généralement dans le haut de la vésicule
séminale.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÊS
43
A l’heure actuelle, vingt-huit espèces de Dendrocoelides ont été décrites. Toutes ne répondent
pas de manière stricte à la définition donnée plus haut, et plusieurs tendances de différenciation se
dessinent à partir de l’espèce type 1 Dendrocoelum regnardi.
Une première tendance se manifeste chez certaines espèces qui montrent un épaississement des
libres circulaires de la papille pénienne. Ce caractère se retrouve de façon exagérée dans les sous-genres
Eudendrocoelum et Dendrocoelum chez lesquels l’extrémité de la papille correspond à un flagelle, dépourvu
de gaine musculaire et très fortement invaginable.
Le sous-genre Dendrocoelides doit inclure également certaines formes se rapprochant du type
D. cavaticum 2 . Chez celles-ci le pénis est plus différencié ; la vésicule séminale se situe au-dessus de l’in¬
sertion des canaux déférents.
1. Il faut noter que l'espèce type désignée par de Bcauchamp peut être également prise comme point de départ
dans cette tentative de classement, car elle correspond à un type morphologique moyen dont on peut faire dériver les autres
2. Pour lequel Kenk, 1930, a créé un sous-genre Paradendrocoelum en se basant sur un caractère (passage des
oviductes entre l’atrium mâle et le canal de la bourse) dont Codreanu a mis en évidence la variabilité dans une meme
espèce. Le sous-genre de Kenk ne peut donc être conservé.
Source : MNHN, Paris
44
NICOLE COURBAULT
Enfin une dernière tendance se manifeste chez des espèces telles que D. carpathicum, qui présen¬
tent une concentration des glandes péniennes au niveau du col de la vésicule séminale, ce qui n’est pas
sans rappeler le sous-genre Apodendrocoelurn.
Ces quelques considérations permettent de classer la majorité des espèces en quatre groupes
assez homogènes ; un petit nombre d’entre elles ne peuvent cependant entrer dans aucune de ces caté¬
gories.
Le premier groupe comprend les espèces les plus proches du type ; certaines sont localisées dans
le Sud-Ouest de la France (il convient d’y joindre une espèce d’Afrique du Nord).
D. regnardi D. abditum
D. luzelae D. mrazeki (+ var. punnonicum)
D. barbei D. stenophallus
Deux autres espèces, pyrénéennes, D. lescherae et D. coiffaiti, s’intégrent dans le second groupe
qui englobe les formes chez lesquelles la musculature de la papille pénienne est développée à des degrés
divers ; épaisse généralement au niveau des culs-de-sac de l'atrium mâle (D. collini, D. ilalicum), elle
peut s’étendre vers l’apex de la papille.
D. warnimonti
D. banaticum
D. clujanum
D. alriostrictum
D. debeauchampianum
D. tismanae
D. polyrnorphuin
D. orghidani
La musculature circulaire de la papille est également présente dans le troisième groupe qui
comprend des espèces dont le pénis est de grande taille, deux fois plus grand que l’organe musculo-
glandulaire ; D. hankoi et D. spelaeum possèdent en commun le passage de l’oviducte entre l’atrium
mâle et le canal de la bourse.
Une dernière tendance, chez les Dendrocoelides, correspond à la concentration des glandes du
pénis à la base du bulbe pénien, comme chez D. carpathicum, espèce dont se rapproche D. racovitzai.
D. chappuisi et ü. sphaerophallus, récoltés en Roumanie comme le précédent Dendrocoelurn,
possèdent chacun une forte individualité au sein des Dendrocoelides.
Je passerai en revue les espèces de cette famille en tenant compte tout d’abord des regroupe¬
ments par affinités mais aussi, dans la mesure du possible, des regroupements biogéographiques.
Dendrocoelurn ( Dendrocoelides) regnardi (de Beauchainp, 1919)
(figure 8, 1)
Syn. : Dendrocoelides regiuirdi de Beauchamp, 1919 ; Dendrocoelurn regnardi Komarek (1926) ; D. ( Den -
drocoelum) regnardi Kenk (1930) ; D. (Dendrocoelides ) regnardi de Beauchamp (1932).
Loc. : France.
Cette espèce semble bien établie dans les eaux souterraines de l’Albigeois où elle a été récoltée à plu¬
sieurs reprises (Bou, 1968, p. 456).
Département du Tarn ; Albi, ‘puits de la Mouline du gô ; ‘puits de Mascrabières.
‘Grotte-résurgence de Cabéou (Biospeologica : XXXIII, p. 453) ; Villeneuve-sur-Vère, puits
de la Cordonnarié (leg. et coll. C. Bou).
Département du Tarn-et-Garonne ; ‘grotte de Saint-Géry (loc. typ.) (Biospeologica : XXXIII, p. 463;
LXXVII, p. 408) ; ‘grotte de Gourgue de Saint-Antonin (Biospeologica : XXXIII, p. 461).
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS 45
Diagnose.
Dépiginenté et anophthalme, bord frontal étroit. Peut atteindre une très grande taille = 40 X
7 mm. Organe adhésif petit et musculeux, peu de glandes.
Testicules dorsaux, très nombreux.
Pénis bien développé, court, conique, à faible musculature et plis longitudinaux caractéristiques
dans sa lumière ; vésicule séminale arrondie recevant latéralement et dorsalement les
canaux déférents.
Atrium mâle long et étroit ; canal de la bourse dilaté dans sa partie postérieure ; organe musculo-
glandulaire présentant une vaste lumière. Long oviducte commun dirigé vers l’arrière.
Dendrocoelum ( Dendrocoelides) tuzetae Gourbault, 1965
(figure 8, 2)
Loc. : France.
Département de l'Aude ; Belvis, ‘source dans la forêt de Callong (loc. typ.) et Rivel, ‘abreuvoir de Matha-
lis (Bouillon, 1964).
Département de l'Ariège ; Bélesta, gouffre des Caoujous (Société spéléologique du Plantaurel, 1961 ;
leg. et coll. R. Rouch).
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 13 à 20 X 2,5 mm. Organe adhésif en cupule.
11 à 13 caecums supérieurs, 16 à 18 inférieurs.
Testicules ventraux, sur toute la longueur du corps.
Pénis court, conique, très simple et parenchymateux ; large canal éjaculateur. Long oviducte
commun dirigé vers l’arrière. Organe musculo-glandulaire deux fois plus grand que le
pénis ; lumière bien visible.
Dendrocoelum ( Dendrocoelides) vaillanti de Beauchamp, 1954
(figure 8, 3)
Loc. : Algérie.
Grande Kabylie ; col de Tagman Yakouren, ruisseau.
Diagnose.
Dépigmenté, deux petits yeux rapprochés. Taille = 9x3 mm. Pas d’organe adhésif, mais un
faible abouchement glandulaire.
Une dizaine de caecums supérieurs, 20 inférieurs.
Testicules peu développés : amas de petites cellules basophiles ventrales.
Bulbe peu musculaire à nombreuses glandes ; papille pénienne longue, pleine et conique ; atrium
mâle en forme de long canal à musculature circulaire doublée de fibres longitudinales.
Organe musculo-glandulaire à lumière spacieuse. Canal de la bourse très mince. Oviducte com¬
mun bifurqué au-dessous du pore génital et glandes coquillières très peu développées.
Dendrocoelum ( Dendrocoelides) barbei de Beauchamp, 1956
(figure 8, 4)
Loc. : France.
Département du Gers ; Lcctoure, Laucate, puits.
Source : MNHN, Paris
Fig. 8. — Schémas, en vue dorsale, d'appareils copulateurB de Dendrocoelidae hypoges du genre Dendrocoelum, sous-
genre Dendrocoelides : 1. — D. regnardi ; 2. — I). tuzetae ; 3. — D. vaillanti ; 4. — D. barbei (schémas 1, 3 et 4
redessinés d’après les coupes et les figures de de Beauchamp).
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TR1CLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
47
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme ; bords ondulés. Taille = 10 à 20 X 3 à 4,5 mm. Organe adhésif
bien développé, plexus musculaire et glandes.
Caecums : 15 à 18 supérieurs, 24 à 28 inférieurs.
Testicules irréguliers, généralement dorsaux.
Pénis long, remplissant l’atrium mâle ; vésicule séminale très dilatée ; canaux déférents débou¬
chant latéralement. Épithélium de l’atrium mâle épaissi au-dessous du pénis et plus
musculeux lorsqu’il communique avec l’atrium commun. Oviducte commun long et
longitudinal ; glandes coquillières peu abondantes.
Organe musculo-glandulaire à gauche du pénis, légèrement plus petit que celui-ci. Canal de la
bourse très large à sa base et présentant une musculature circulaire importante, en arrière
de la bourse.
Dendrocoelum ( Dendrocoelides ) lesclierae Gourbault, 1970
(figure 9, 1)
Loc. : France.
Déparlement de l'Ariège ; * sous-écoulement du ruisseau Le Voip.
Diagnose.
Dépigmenté, deux yeux très réduits. Taille : 16 X 3,5 mm. Organe adhésif apical.
Caecums digestifs : 14 à 16 antérieurs, 20 à 25 postérieurs.
Testicules le plus souvent dorsaux, nombreux et sur toute la longueur du corps.
Pénis à bulbe à musculature en coupole et papille caractérisée par une épaisse musculature
circulaire diminuant vers l’apex. Dans la partie qui ne gaine pas l’atrium mâle, le pénis
est entouré d’une importante musculature : une couche de fibres circulaires, plusieurs
longitudinales ; son épithélium est élevé et papilleux. Organe musculo-glandulaire à
gauche du pénis.
Dendrocoelum ( Dendrocoelides) coifjaili de Beauchamp, 1956
(figure 9, 2)
Loc. : France.
Département des Pyrénées-Atlantiques ; 'grotte supérieure d’Ainharp (Biospeologica : LXXV1I, p. 277).
Diagnose.
Dépigmenté, deux yeux petits et rapprochés. Taille : 18 X 4 à 5 mm. Organe adhésif nettement
glandulaire.
Caecums digestifs très ramifiés et anastomosés.
Petits testicules généralement dorsaux.
Pénis à bulbe court et peu musculeux ; la musculature périphérique circulaire de la papille pré¬
sente un renforcement qui détermine une constriction bien visible in loto ; canal éjacu-
lateur spacieux. Oviducte commun court débouchant à la jonction des atriums. On observe
parfois une communication génito-intestinale au niveau du canal de la bourse.
Dendrocoelum ( Dendrocoelides) kenki de Beauchamp, 1937
(figure 9, 3)
Loc. : Yougoslavie.
Herzégovine ; Bileca, source vauclusienne de la Trebinjisca et source secondaire (avec D. nausicae).
Source : MNHN, Paris
NICOLE GOURBAULT
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Petite taille = 12 mm maximum. Tête étroite et bourrelet adhé¬
sif en croissant, à glandes rouges très développées et faible musculature ventrale.
Caecums digestifs : 15 supérieurs et 25 inférieurs.
Testicules plutôt ventraux, situés nettement plus bas que les ovaires, ne dépassent pas la bourse
copulatrice.
Pénis allongé et compact ; vésicule séminale peu dilatée où aboutit un canal déférent unique
provenant de la réunion, hors du bulbe, des deux canaux pairs ; papille pénienne muscu¬
leuse. Les deux atriums sont séparés par un diaphragme. Organe musculo-glandulaire
situé à droite, sa pointe faisant saillie hors du pore génital. Canal de la bourse contour¬
nant presque transversalement l’atrium et plus large à ce niveau.
Dendrocoelum ( Üendrocoelides) ubditum Kenk, 1940
Loc. : Yougoslavie.
Slovénie ; Ljubljana, Domzale, puits.
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 20 à 30 X 4 à 5 mm. Présence d’un organe adhésif.
Testicules dorsaux, s’étendant jusqu’en arrière de l’appareil copulateur.
Bulbe pénien court, renfermant la vésicule séminale ; papille entourée d’une musculature cir¬
culaire et présentant des fibres longitudinales et radiales dans le parenchyme. Canal
de la bourse à musculature développée. Oviducte gauche passant entre l'atrium mâle
et le canal de la bourse ; nombreuses glandes coquillières. Organe musculo-glandulaire
légèrement plus petit que le pénis et situé à sa droite.
Dendrocoelum ( Dendrocoelides) mrazeki (Vejdovsky, 1895)
Syn. : Planaria mrazeki Vejdovsky, 1895 ; Dendrocoelum mrazeki Bohmig (1909) ; Mcixner (1915) ;
Komarek (1926) ; D. ( Dendrocoelum ) mrazeki Kenk (1930) ; D. ( Dendrocoelides) mrazeki de
Bcauchamp (1932).
Loc. : Tchécoslovaquie.
Prague, monts Brdy, dans des sources froides, souvent temporaires.
Loc. : Autriche.
Lac inférieur de Lunz.
Loc. : Allemagne.
Sud-Ouest de Dresde ; eaux souterraines de l’Elbe (Wegelin, 1966, p. 26).
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 15 à 24 X 2 mm. Organe adhésif peu différencié, quelques
glandes uniquement.
Testicules dorso-ventraux, sur toute la longueur du corps.
Long pénis à papille invaginable ; canaux déférents débouchant côte à côte au milieu de la vési¬
cule séminale qui se continue par un canal éjaculateur à vaste lumière. L’atrium mâle
communique par un orifice étroit avec l’atrium commun qu’emplit l’organe musculo-
glandulaire. Bourse copulatrice de petite taille, éloignée du pénis.
Source : MNHN, Paris
genre Dendrocoelides : 1. — D. lescherae ; 2. — D. coifjaiti ; 3. — D. kenki ; 4. — D. mrazeki /lannonicum (schémas 2,
3 et 4 redessinés d'après les coupes et figures de de Beauchamp).
Source : MNHN, Paris
50
NICOLE GOURBAUI-T
De Beauchamp (1932, p. 150) a ramené à une variété de la précédente l’espèce décrite en tant
que Dendrocoelides pannonicus Méhely (1927).
Dendrocoelum mrazeki pannonicuni de Beauchamp, 1932
(figure 9. 4)
Loc. : Hongrie.
Baranya, Pecs, massif Mecsek hegyseg, grottes Kiilyak.
Les quelques légères différences enregistrées tiennent à la position de l'organe musculo-glandulaire hors
du plan médian, à la petite taille des testicules et à l’extrême développement des vitellogcncs.
Dendrocoelum ( Dendrocoelides ) collini (de Beauchamp, 1919)
(figure 10, 1)
Syn. : Dendrocoelides collini de Beauchamp, 1919, 1920 ; Dendrocoelum collini Komarek (1926) ; D.
(. Dendrocoelum ) collini Kcnk (1930) ; D. ( Dendrocoelides) collini Beauchamp (1932).
Loc. : Dendrocoelum collini est relativement abondant dans l’Est de la France où de nombreuses stations
ont été signalées, ainsi qu’en Belgique. Hoffmann (1963 b) ne parait cependant pas l’avoir
récolté dans le Grand Duché de Luxembourg.
Loc. : France.
Département de Côte-d’Or ; animaux répandus dans le massif calcaire de la Côte-d’Or : puits et sources
à Cestres, Saint-Seine l’Abbaye, Blaisy-Haut, puits à Sainte-Sabine, sources à Lainargelle.
Département de la Meuse ; dans l’Ornain, à Bar-le-Duc.
Département de la Marne ; sources de la Moivre à Malassise, de l’Auve ; sources à Somme-Py, Coole.
Somme-Sous, source de la Soude à Soudé Sainte-Croix.
Département de la Haute-Marne ; près de Langres (de Beauchamp, 1936 a).
Département de la Moselle ; galerie de mine de fer : Moyeuvre-la-grande (Marvillet, 1967).
Loc. : Belgique.
Liège ; puits à Hermalle-sous-Argenteau, eau du gravier de la Meuse (de Beauchamp, 1936 ; Leruth
1938).
Loc. : Italie.
Udine ; grotte de Villanova (del Papa, 1959).
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 15 à 20 X 5 mm. Organe adhésif en ventouse apicale.
Nombreux caecums digestifs = 15 à 20 supérieurs et 25 à 30 inférieurs, plus quelques-uns de
part et d’autre d’un tronc commun inférieur.
Testicules dorsaux et ventraux.
Pénis tubuleux ; couche circulaire périphérique épaisse au niveau des culs-de-sac de l’atrium
mâle ; vésicule séminale spacieuse à nombreuses anfractuosités et dans le fond de laquelle
débouchent les canaux déférents. Musculature circulaire puissante caractéristique de la
base du canal de la bourse. Organe musculo-glandulaire globuleux à large cavité intérieure.
Dendrocoelum (Dendrocoelides) italicum Vialli, 1937
Loc. : Italie.
Brescia ; grotte Buco del Budrio.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÊS
51
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 16 à 18 X 2 mm. Organe adhésif peu différencié.
Caecums digestifs = 10 à 13 antérieurs, une vingtaine postérieurs ; 3 à 5 sur le tronc commun.
Le grand éloignement des stations de récolte paraît à Vialli un fait suffisamment important
pour confirmer la validité de son espèce, très proche de D. collini. Toutefois D. collini
a été signalée près d’Udine.
Dendrocoelum ( Dendrocoelides ) warnimonli Hoffmann 1 , 1963
(figure 10, 2)
Loc. : Grand-Duché de Luxembourg.
Esch-sur-Alzette ; mine Arbed Esch, couche II.
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 13 à 20 X 2 à 3 mm. Fossette adhésive présente.
Testicules nombreux, sur toute la longueur du tronc.
Pénis allongé à bulbe musculeux et papille trois à quatre fois plus longue que le bulbe, entourée
d’une épaisse musculature circulaire ; vésicule séminale étroite. Organe musculo-glan-
dulaire nettement ventral, situé à gauche du pénis.
Nombre des chromosomes compris entre 50 et 60.
Dendrocoelum ( subgen. ?) cavaticum (Fries, 1879)
Syn. : Planaria cavatica Fries, 1879 ; Vejdovsky (1883-1895) ; Dendrocoelum cavaticum Enslin (1906) ;
Dendrocoelides cavatica de Beauchamp (1920) ; D. (Paradendrocoelum ) cavaticum Kenk (9130) ;
de Beauchamp (1932).
Loc. : Allemagne.
Wurtemberg; Jura Souabe, Elzach, grotte de Falkenstein ; Sophienhôhle et sources de l’Alb ; très
nombreuses stations signalées par Spandl (1926).
En amont de Bâle, Dinkelberg, Haslerhôhle, rive droite du Rhin (Steinmann, 1911 ; Bornhauser, 1913).
Loc. : Pologne.
Tatra et Rabotin, près de Zakopane.
Loc. : Tchécoslovaquie.
Puits et sources des environs de Prague.
La position sous-générique de cette espèce demande à être révisée du fait de la suppression
du sous-genre Paradendrocoelum. N’ayant pu l’étudier, je la place provisoirement dans le vaste groupe
des Dendrocoelides. Il en est de même pour les deux espèces suivantes :
Dendrocoelum ( Dendrocoelides ) spelaeum (Kenk, 1924)
Syn. : Dendrocoelides spelea Kenk, 1924, 1925 ; Dendrocoelum ( Paradendrocoelum) spelaeum Kenk
(1930) ; de Beauchamp (1932).
1. Je tiens tout particulièrement à remercier Monsieur Jules Hoffmann, Maître assistant, Zoologie, Université
de Strasbourg, pour m’avoir très aimablement communiqué les coupes sériées de cette espèce.
Source : MNHN, Paris
52
NICOLE GOURBAULT
Loc. : Yougoslavie.
Slovénie ; grotte de Podpec.
Une sous-espèce D. spelaeum causasicum Porfirjeva, 1958, a été signalée dans la faune cauca¬
sienne.
Diagnose.
Dépiginenté et anophthalme. Taille : 13 X 2,5 mm. Organe adhésif faiblement différencié.
Pénis très long, vésicule séminale vaste, supérieure aux canaux déférents ; épaisse couche de
muscles circulaires entourant la papille pénienne. Organe musculo-glandulaire court,
à vaste cavité glandulaire.
Dendrocoelum (Dendrocoelides) hankoi (Gelei, 1927)
Syn. : Dendrocoelides hankoi Gelei, 1927 ; Dendrocoelum ( Paradendrocoelum) hankoi Kenk (1930) ; de
Beauchamp (1932).
Loc. : Hongrie.
Kôvagoors ; nord du lac Balaton, puits et sources.
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 7 à 14 mm. Organe adhésif céphalique à faisceau de
glandes et nœud musculaire.
Pénis de grande taille à lumière spacieuse ; papille à musculature circulaire externe épaisse.
Organe musculo-glandulaire court et globuleux.
Dendrocoelum ( Dendrocoelides) carpathicum Komarek, 1926
(figure 10, 3)
Syn. : Dendrocoelum carpathicum Komarek, 1926 ; Polinski (1926) ; D. ( Paradendrocoelum ) carpathi¬
cum Kenk (1930) ; D. ( Dendrocoelides) carpathicum de Beauchamp (1932).
Loc. : Tchécoslovaquie.
Sources des deux Tissa et des ruisseaux proches. N’est pas rare dans cette partie des Carpathes orien¬
tales dans les sources des deux versants dont il semble être un endémique (Komarek, 1926).
Loc. : Pologne.
Sources du massif Gargany : bassin supérieur du Prut (Polinski, 1926).
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Très grande taille = 13 à 35 X 4 à 5 mm. Organe adhésif de type
classique.
Petit pharynx. Caecums = 13 à 15 supérieurs, 16 à 17 inférieurs, plus 7 à 8 sur le tronc commun.
Testicules dorsaux et ventraux, sur toute la longueur du corps.
Pénis de forme massive ; développement de la vésicule séminale globuleuse avec concentration
des glandes au col de cette même vésicule. Musculature importante du long atrium mâle.
Dilatation du canal de la bourse ; passage d’un oviducte devant le canal.
Source : MNHN, Paris
Fie. 10. — Schémas, en vue dorsale, d'appareils copulateurs de Dendrocoelidae hypoges du genre Dendrocoelum, sous-
genre Dendrucoelides : 1. — D. collini ; 2. — D. warnimonti ; 3. — D. carpalliicum ; — D. banaticum (schémas 1
et 3 redessinés d’après les coupes et figures de de Beauchamp ; 2 d'après celles d’Hoffman).
Source : MNHN, Paris
54
NICOLE C.OURBAULT
Dendrocoelurn ( Dendrocoelides) banaticum Codreanu et Balcesco, 1967
(figure 10, 4)
Syn. : Dendrocoelurn ( Dendrocoelides) codreanui Gourbault, 1967.
Loc. : Roumanie.
Banat ; Oravita, Braduletul de Jos, ‘résurgence Stiririine.
Diagnose.
Dépigmenté, anophthalme. Taille = 9,5 X 4 mm. Organe adhésif à structure musculo-glandulaire
complexe.
Testicules très nombreux, dorsaux, s’étendant jusqu’à l’arrière du corps.
Pénis cylindrique à deux parties nettement distinctes : bulbe court à fibres lâches, papille com¬
pacte à couche circulaire périphérique. Organe inuseulo-glandulaire très allongé. Ovi-
ducte commun très court, embrassé par le canal de la bourse.
Dendrocoelurn ( Dendrocoelides) clujanum Codreanu, 1943
Loc. : Roumanie.
Transylvanie ; Cluj, puits dans la ville même.
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 17 à 24 X 2à4 mm. Organe adhésif différencié.
Testicules dorsaux, très nombreux.
Bulbe pénien creusé par une vésicule séminale recevant, dans sa partie inférieure les canaux
déférents ; papille à musculature circulaire externe très épaisse à sa base et dans sa moitié
proximale. Très large communication entre l’atrium mâle et l'atrium commun. Organe
musculo-glandulaire particulièrement développé.
Dendrocoelurn ( Dendrocoelides ) atriostrictum Codreanu et Balcesco, 1967
(figure 11, 1)
Loc. : Roumanie.
Banat ; Resita, Carasova, ‘source du ruisseau Sereniak.
J’ai récolté une dizaine d’individus de cette espèce. Leur étude m’a amenée à penser qu’il devait
s’agir de D. clujanum, opinion partagée par de Beauchamp. Codreanu, qui a donné de D. clujanum une
excellente diagnose et sommairement défini D. atriostrictum, indique pour les différencier (1968, p. 146)
le fait que les testicules se détachent, avec une netteté exceptionnelle, sur le parenchyme des premiers.
J’ai été frappée, justement, par l’existence de ce même phénomène chez les Dendrocoeles de Sereniak.
N’ayant pu me procurer le type de l’espèce et étudier la papille pénienne je ne peux conclure et conserve
donc, sous toutes réserves, D. atriostrictum comme espèce valide.
Dendrocoelurn ( Dendrocoelides ) debeauchatnpianum Codreanu et Balcesco, 1967
Loc. : Roumanie.
Banat; Orsova, ‘source Ogasul Ulmului, source temporaire (à sec lors de ina visite le 22.09.1966).
Diagnose.
Se rapproche de l’espèce précédente au point que Codreanu (1967 a, p. 287) signale : « nous
avons dû recourir aux différences existant entre leurs organes adhésifs pour les séparer
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS 55
définitivement ». Il est regrettable que de Beauchamp qui possédait, dès 1957, ce maté¬
riel n’ait pu en publier la diagnose.
Taille : 15 à 17 X 4 mm. Pas d’organe adhésif.
Caecums digestifs : 12 à 20 supérieurs et 30 à 40 inférieurs très rapprochés les uns des autres.
Papille pénienne massive.
Dendrocoelum (Dendrocoelides ) lismanae Codreanu et Balcesco, 1967
Loc. : Roumanie.
Olténie ; Gorj, Vulcan, Tismana, ‘grotte de la Mînastirea Tismana (Biospeologica : LXXII, p. 83).
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 18 à 20 X 2 à 3 mm. Organe adhésif peu différencié.
Testicules dorsaux et ventraux, plus rares dans la région postérieure.
Pénis cylindrique à fibres dorso-ventrales et circulaires déterminant une constriction au niveau
médian de la papille, imprégnée d’une dense sécrétion basophile. Oviductes embrassant
le canal de la bourse. Organe musculo-glandulaire puissant, piriforme, très long.
J’ai récolté par piégeage le 11.10.1966 un nombre élevé d’individus. A l’examen miscroscopique,
la différenciation sexuelle s’est montrée insuffisante pour une détermination précise.
Dendrocoelum ( Dendrocoelides) polyrnorphum Codreanu et Balcesco, 1967
(figure H, 2)
St/n. : Dendrocoelum (Dendrocoelides) orghidani Gourbault, 1967.
Loc. : Roumanie.
Ces Planaires se rencontrent en de nombreux points de la province de Dobroudja : en Dobroudja cen¬
trale, ‘puits à Gura Dobrogei et plus au Sud, dans des villages du littoral : ‘puits à Agigea et
à Doi Mai.
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 9 à 12 X là2 mm. Il ne m’a pas été donné de noter de
différences significatives entre la taille des animaux provenant de l’un ou l’autre puits,
mes récoltes personnelles ayant fourni des Dendrocoeles de taille semblable et d’aspect
extérieur classique pour le genre ; d’où l’inutilité de la notion de néoténie introduite par
Codreanu. Organe adhésif nettement différencié.
Caecums = 12 à 17 supérieurs ; 17 à 20 postérieurs.
Testicules dorsaux, sur toute la longueur du corps.
Pénis caractérisé par sa musculature radiaire puissante, avec épaississement en forme de man¬
chon. Long atrium mâle.
Dendrocoelum ( Dendrocoelides ) orghidani Codreanu et Balcesco, 1967
Loc. : Roumanie.
Banat, Lipova, ‘grotte lui Dutu.
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 5 à 6,8 X 3 mm. Puissant organe adhésif.
Pénis massif à bulbe court et longue papille fusiforme à musculature circulaire externe développée.
Source : MNHN, Paris
56
NICOLE GOURBAULT
Parmi les individus que j’ai récoltés le 29.10.1966, aucun ne présentait un développement sexuel
suffisant pour permettre une étude taxonomique.
Dendrocoelum (subgen. ?) alexandrinae Codreanu et Balcesco, 1970
Loc. : Roumanie.
Transylvanie ; Varna Buzaului, résurgence Urlatoarea.
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 18 à 20 mm.
Passage de l’oviducte gauche entre le canal de la bourse et l'atrium mâle.
Aucun dessin n’illustre la brève énumération des caractères morphologiques.
Dendrocoelum ( Dendrocoelides ) sténo phallus Codreanu et Balcesco, 1967
(figure 11, 3)
■ St/n. : Dendrocoelum ( Dendrocoelides ) dumitrescuae Gourbault, 1967.
Loc. : Roumanie.
Olténie ; monts Vulcanului, Runcu, ‘grotte du Tihornir (Orghidan et al., 1965, p. 87 n° 306) ; monts
Mehedinti, ‘grotte nr. 2 din Sohodoalele Mici (P. lui Arion Arjoe) (Orghidan et al., 1965, p. 88
n° 374).
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 9 à 27 X là3 mm. Lobe frontal droit, deux lobes laté¬
raux arrondis. Organe adhésif présent, subterminal.
Testicules nombreux surtout dans la région prépharyngienne.
Pénis à bulbe réduit et très longue papille dépourvue de vésicule séminale ; canaux déférents
débouchant très bas dans un large canal éjaculateur. Oviducte embrassé par le canal
de la bourse. Communication étroite entre les deux atriums, peu musculeux.
Dendrocoelum (Dendrocoelides) chappuisi de Beauchamp, 1932
(figure 11, 4)
Loc. : Roumanie.
Dobroudja ; Tulcea, puits à Babadag.
Diagnose (d’après un seul exemplaire).
Dépigmenté et anophthalme. D’après l’étude des coupes sériées la taille doit être supérieure
à celle indiquée qui est de 4,5 X 1 mm. Organe adhésif peu différencié.
Caecums digestifs très nombreux.
Testicules nombreux, plutôt dorsaux.
Grand pénis conique, remplissant l’atrium mâle ; canaux déférents étroits ; pas de véritable
vésicule séminale ; nombreuses glandes débouchant le long du canal éjaculateur ; fibres
radiaires très caractéristiques à la périphérie de la papille péniennc. Organe musculo-
glandulaire à cavité spacieuse. Canal de la bourse dilaté à sa base, à paroi anfractueuse,
entouré de couches musculaires multiples et alternantes ; il est embrassé par l’oviducte
gauche.
Source : MNHN, Paris
Source : MMHN, Paris
58
NICOLE GOURBAULT
Dendrocoelum ( Dendrocoelides) raeovitzai de Beauchamp, 1949
(figure 12, 1)
Loc. : Roumanie.
Olténie ; Mehedinti ; Closani, 'grotte P. Lazului (Biospeologica : LXXII, p. 98 ; Orghidan et al., 1965,
p. 88 n° 366).
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 11 à 15 X 3,5 mm. Pas d’organe adhésif.
Caecums = 20 à 25 supérieurs, 25 à 28 inférieurs.
Testicules surtout dorsaux, sur toute la longueur du corps.
Bulbe pénien et papille de dimensions semblables ; d’un parenchyme lâche débordent au niveau
du bulbe, quelques fibres musculaires périphériques longitudinales, pénétrant dans la
papille ; vésicule séminale et cavité spacieuse irrégulières ; développement des glandes
du pénis. Atrium mâle musculeux. Oviducte commun assez long, renflé à son extrémité
formé par la réunion des oviductes pairs, embrassés par le canal de la bourse. Ce canal
est dilaté irrégulièrement à partir de sa partie médiane inférieure et sa musculature
s’épaissit ; hypertrophie de la bourse copulatrice. L’organe musculo-glandulairc pré¬
sente un parenchyme glandulaire très développé entourant le bulbe. Large communica¬
tion entre les deux atriums.
Fie. 12. — Schémas, en vue dorsale, d’appareils copulateurs de Dendrocoelidae hypogés, du genre Dendrocoelum, sous-
genre Dendrocoelides : 1. — D. raeovitzai ; 2. — D. s phaero phallus (redessinés d’après les coupes et figures de de
Beauchamp), ce, canal éjaculateur.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
59
Dendrocoelum ( Dendrocoelides ) sphaerophallus (de Beauchamps, 1929)
(figure 12, 2)
Syn. : Dendrocoelides sphaerophallus de Beauchamp, 1929 ; Dendrocoelum ( subg. ?) sphaerophallus Kenk
(1930) ; D. ( Dendrocoelides) sphaerophallus de Beauchamp (1932).
Loc. : Roumanie.
Hunedoara ; Pui, grotte de la Parospestere (Biospeologica : LIV, p. 509).
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 10 à 12 X 3 à 4 mm. Organe adhésif réduit, à dépression
ventrale.
Caecums digestifs = 12 à 15 supérieurs, une vingtaine inférieurs, 3 à 5 sur le tronc commun.
Testicules petits et globuleux, dans tout le parenchyme, surtout dorsaux.
Pénis globuleux ellipsoïdal dont l’orifice est un court canal ventral, à sphincter circulaire. Canal
de la bourse caractéristique, très large et lobé.
La distribution en Europe des vingt-huit espèces décrites du sous-genre Dendrocoelides apparaît
sur la figure 13.
champianum ; 2t. — D. lismanae ; 22. — D. polymorphum ; 23. — D. orghidani ; 24. — D. alexandrinae ; 25. —
D. slenophallus ; 26. — D. chappuisi ; 27. — D. racovilzai ; 28. — D. sphaerophallus.
Source : MNHN, Paris
60
NICOLE GOURBAULT
2. Sous-genre Apodendhocoelum de Beauchamp, 1932
Il semble dériver de Dendrocoelides par raccourcissement du pénis qui, dans le type, Dendrocoe¬
lum lipophaUus de Beauchamp, va jusqu’à l’effacement complet.
Les glandes du pénis se concentrent au-dessous de la vésicule séminale ; celle-ci vers le haut,
peut faire saillie hors du bulbe.
Ce sous-genre n’est représenté que par trois espèces européennes et hypogées (la position d’une
quatrième est incertaine) ; leurs affinités sont très nettes. Dépigmentées et anophthalmes, elles possèdent
un très grand organe musculo-glandulaire, un long oviducte commun vertical et une importante mus¬
culature atriale.
Dendrocoelum ( Apodendrocoelum ) brachyphallus (de Beauchamp, 1929)
(figure 14, 1)
Syn. : Dendrocoelides brachyphallus de Beauchamp, 1929 ; Dendrocoelum brachyphallus Kenk (1930) ;
D. (Apodendrocoelum) brachyphallus de Beauchamp (1932).
Loc. : Roumanie.
Bihar; Vascau, Baita, grotte Portile Biharului (Biospeologica : LIV, p. 490) et grotte de la Varnita
(Biospeologica : LIV, p. 488).
Turda ; Baia de Aries, source de la groapa Herculi (Leruth, 1939 a ; de Beauchamp, 1940).
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Aspect extérieur caractéristique pouvant rappeler les Planariidne.
Taille = 11 X 4 mm ; corps épais (1 mm).
Organe adhésif très développé.
Caecums = 15 supérieurs et 25 inférieurs.
Testicules petits, dorso-ventraux.
Bulbe pénien spacieux, peu musclé renfermant une vésicule séminale montrant un rétrécisse¬
ment médian ; les canaux déférents débouchent dans sa partie supérieure ; le canal éja-
culateur reçoit de nombreuses glandes roses ; la papille est réduite à un simple coussi¬
net arrondi. Atrium mâle à musculature épaisse où fibres longitudinales et circulaires
alternent. L’extrémité du canal de la bourse continue directement la gaine de l’organe
musculo-glandulaire.
Dendrocoelum ( Apodendrocoelum) puteale Kenk, 1930
Syn. : Polycladodes sublerranea Hartmann, 1921 ; Dendrocoelum ( Dendrocoelum ) puteale Kenk (1930) ;
D. (Apodendrocoelum) puteale de Beauchamp (1932).
Non syn. : Dendrocoelum (Eudendrocoelum) sublerraneum Komarek, 1919.
Loc. : Yougoslavie.
Slovénie ; Steiermark, puits à Maribor.
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 12 à 15 mm. Pas d’organe adhésif nettement différencié.
Caecums digestifs = 12 à 15 supérieurs et 16 inférieurs.
Testicules petits, plutôt dorsaux, sur toute la longueur du corps.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
61
Bulbe pénien globuleux, musculeux et court, coiffé par la vésicule séminale complètement
extérieure qui reçoit un canal déférent unique, provenant de la réunion des deux canaux
pairs au niveau de la bourse copulatrice ; papille pénienne à peine distincte et glandes
très développées sortant du bulbe. Long atrium mâle s’ouvrant dans l’atrium commun
par une longue boutonnière verticale.
Dendrocoelum (A podendrocoelum) lipophallus (de Beauchamp, 1929)
(figure 14, 2)
Syn. : Dendrocoelides lipophallus de Beauchamp, 1929 ; Dendrocoelum (subgen. ?) lipophallus Kenk
(1930) ; D. (Apodendrocoelum) lipophallus de Beauchamp (1932).
Loc. : Roumanie.
Turda ; Jara, Izvoarebe, source-abreuvoir Isvorul de la Valau (Biospeologica : LIV, p. 567).
Une sous-espèce D. lipophallus superficialis Porfirjeva, 1958, a été signalée dans la faune cau¬
casienne.
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 15 à 17 X 5 à 6 mm. Fossette adhésive à glandes et muscles
très développés.
Caecums digestifs = 15 à 20 supérieurs et 10 à 22 inférieurs dont une partie située sur le tronc
de fusion impair, constant.
Testicules petits et peu nombreux, ventraux.
Effacement complet du pénis. Grande vésicule séminale aplatie recevant latéralement les canaux
déférents pairs décrivant une anse très accentuée. Le conduit mâle s’étend de la vésicule
à l’orifice génital sans aucune subdivision, entouré d’un manchon glandulaire et mus¬
culaire plus épais dans sa partie supérieure. Très grand organe musculo-glandulaire.
Dendrocoelum ( subgen. ?) boettgeri An der Lan, 1955
Loc. : Allemagne.
Nappe alluviale des rivières Weser et Leine (Husmann, 1956, p. 35).
Diagnose insuffisante.
3. Sous-genre Bolbodendrocoelum de Beauchamp, 1932
Dans ce cas le pénis présente un énorme développement du bulbe aux dépens de la papille :
la musculature y est très importante et la lumière faible.
Sous-genre monospécifique. Seul exemple où l’hypertrophie de l’organe mâle se répercute au
niveau du bulbe ; chez la plupart des espèces, c’est toujours la papille qui montre un plus grand dévelop¬
pement.
Dendrocoelum ( Bolbodendrocoelum ) agile de Beauchamp, 1932
(figure 14, 3)
Loc. : France.
Département du Bas-Rhin ; Strasbourg, Illkirch, Graffenstaden, pompe et puits dans la localité.
Source : MNHN, Paris
62
NICOLE GOURBAULT
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 6 à 10 X 2,5 mm. Animal doué d’une grande vivacité.
Organe adhésif en bourrelet semi-circulaire, large, peu différencié. Lobes auriculaires
anguleux, pointant vers le haut.
Caecums = 10 à 12 supérieurs ; 16 à 18 inférieurs.
Testicules assez gros et peu nombreux, dorsaux et ventraux.
Pénis à bulbe très volumineux, ovoïde et musculeux, où pénètrent les canaux déférents qui
débouchent dans le canal éjaculateur, au niveau de sa moitié inférieure. Papille pointue
à musculature analogue à celle du bulbe ; atrium commun étalé transversalement ; il
communique avec le canal de la bourse au travers d’un renflement musculaire nette¬
ment individualisé formé de fibres circulaires. Organe musculo-glandulaire situé ù droite,
du côté opposé au canal de la bourse.
4. Sous-genre Polycladodes (Steinmann, 1910)
Un caractère essentiel réside dans la présence d’une deuxième couche musculaire longitudinale,
en dedans de la couche circulaire, au niveau de la zone externe du pharynx.
Or, les variations au niveau de la musculature du pharynx revêtent une très grande importance
dans ce groupe, puisque la disposition des couches musculaires de la zone interne est utilisée pour définir
les deux familles de Triclades Paludicoles. Ce caractère, mis en évidence par de Beauehamp, suffit à
justifier le maintien de ce sous-genre chez lequel, par ailleurs, la différenciation de l’appareil copulateur
n’est pas sans rappeler certains Dendrocoelides.
La vésicule séminale est supérieure à l'abouchement des canaux déférents et aussi longue que
le canal éjaculateur. L’organe musculo-glandulaire est presque entièrement libre dans l’atrium com-
L’espèce type Dendrocoelum album (Steinmann) est plurioculée. Ce sous-genre est représenté
par quatre espèces :
Dendrocoelum ( Polycladodes) album (Steinmann, 1910)
(figure 14, 4)
Syn. : Polycladodes alba Steinmann, 1910 ; Steinmann et Bresslau (1913) ; de Beauehamp (1920, 1926) ;
Kenk (1926) ; Dendrocoelum ( Dendrocoelum) album Kenk 1935 ; ? Sorocelopsis decemoculala
Komarek, 1919 ; D. (Polycladodes) album de Beauehamp (1932).
Loc. : France.
Département du Bas-Rhin ; dans 1’ III, lllbccken, au nord de Strasbourg (de Beauehamp, 1924).
Département du Haut-Rhin ; sources à Huningue, Neuweg, Blotzheim et Saint-Louis.
Loc. : Italie.
Embouchure du Tagliamento (Komarek, 1927).
Loc. : Yougoslavie.
Espèce fréquente en Slovénie (Kenk, 1936 b) ; grotte de Planina (Bertarelli et Boegan, 1926, p. 349 ;
leg. et coll. J. P. Durand).
Loc. : Tchécoslovaquie.
Sud de la Moravie (Spandl, 1926).
Loc. : Hongrie.
Nord du Lac Balaton, sources près de Vaszoly (Gelei, 1931).
Source : MNHN, Paris
Fie. 14. — Schémas, en vue dorsale, d'appareils copulateurs de Dcndrocoelidae hypogés, du genre Dendrocoelum : 1._ D.
( Apodendrocoeluni ) brachyphallus ; 2. — D. (X.) lipophallus ; 3. — D. ( Bolbodendrocoelum ) agile ; 4. — D. ( Poly■
cladodes ) album [redessinés d'après les coupes et figures de de Beauchamp] ; bp, bulbe pénien.
Source : MNHN, Paris
NICOLE GOURBAULT
64
Loc. : Suisse.
Canton de Bâle (Steinmann, 1910).
Loc. : Roumanie.
Dans plusieurs sources de Dobroudja (Codreanu et Balcesco, 1970).
Diagnose.
Dépigmenté ; yeux nombreux (15 à 20 de chaque côté, quelquefois 30 ; 4 à 5 seulement chez les
jeunes). Taille = 13 à 15 mm ; corps de faible épaisseur (0,5 mm). Organe adhésif cépha¬
lique caractéristique, à apparence de ventouse.
Caecums digestifs = 9 à 15 supérieurs et 20 à 30 inférieurs.
Testicules essentiellement ventraux.
Bulbe pénien traversé par les canaux déférents qui aboutissent h la hase de la vésicule séminale
étroite et y délimitent un court appendice ; papille à musculature périphérique longi¬
tudinale et circulaire peu développée. Atrium mâle long et mince, débouchant dans
l’atrium commun par une fente sans sphincter.
Nombre chromosomique 2 n = 28 (Dahm, 1961, p. 5).
üeridrocoelum ( Polycladodes) caecum (Kornarck, 1926)
Syn. : Dendrocoelides caeca Komarek, 1926 ; Dendrocoelum (subgen. ?) caecum Kenk (1930) ; D. ( Poly¬
cladodes ) caecum de Beauchamp (1932).
Loc. : Tchécoslovaquie.
Prague ; Librice, en un point du ruisseau de Zahorany (avec D. mraseki).
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 20 X 2 mm. Organe adhésif en forme de pseudoventouse.
Caecums digestifs = 10 supérieurs et 20 inférieurs (dont 8 sur le tronc commun impair).
Testicules en deux couches, ventrale et dorsale.
Pénis traversé par les canaux déférents ; le bulbe comprend un tiers de la longueur totale, le
second tiers est également musculeux ; le dernier renferme le canal éjaculateur dilaté.
Organe musculo-glandulaire libre dans un vaste atrium commun ; canal de la bourse
et bourse, tous deux étroits.
Dendrocoelum ( Polycladodes) voinovi (Codreanu, 1929)
Syn. : Polycladodes voinovi Codreanu, 1929 ; Dendrocoelum ( Dendrocoelum) voinovi Kenk (1930) ; D.
(Dendrocoelides ?) voinovi de Beauchamp (1932).
Loc. : Roumanie.
Prahova ; Sinaïa, torrent Tufa (loc. typ.) sources et tributaires de la rivière Prahova (Codreanu et Bal¬
cesco, 1970).
Diagnose.
Seulement en 1967, Codreanu signale la présence de fibres longitudinales supplémentaires dans
la musculature externe du pharynx de cette Planaire ; ceci permet de classer définitivement cetle
espèce dans le sous-genre Polycladodes dont l'appareil copulateur est proche du précédent.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 20 à 25 X 3 à 4 mm. Organe adhésif bien développé,
à fort plexus musculaire.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
65
Caecums digestifs = 12 supérieurs, 15 à 22 inférieurs, 5 à 8 sur le tronc commun impair.
Testicules globuleux s’étendant jusqu’à l’extrémité postérieure.
Pénis à papille tronconique longue, massive, et bulbe réduit. Atrium mâle ouvrant par une papille
proéminente dans l’atrium commun.
Dendrocoelum ( Polycladodes) affine Codreanu et Balcesco, 1970
Loc. : Roumanie.
Versant sud des Monts de Fagarasi ; bassin de l’Arges et Valea eu Pesti.
Diagnose.
A ma connaissance aucun schéma ne complète une brève énumération de caractères. Taille
de 12 à 14 mm.
Longue papille pénienne à large cavité centrale et canal de la bourse étroit terminé par un
puissant sphincter.
5. Sous-genre Neodendrocoelum (Komarek, 1926)
Les espèces de ce sous-genre sont très proches des Dendrocoelides ; elles forment un groupe
homogène d’espèces toutes oculées, limitées à la région dinarique, localisées dans le lac d’Ohrid et ses
alentours, à la frontière de la Yougoslavie et de l’Albanie. Elles sont caractérisées par le grand développe¬
ment du pénis et de l’organe musculo-glandulaire et possèdent toutes en commun deux caractères
particuliers :
— trompe des oviductes à cellules piriformes nombreuses,
— présence de glandes autour du pore génital.
Les Neodendroceolum comptent treize espèces dont quatre seulement sont dépigmentées ; chez
les neuf autres la pigmentation forme sur la face dorsale un dessin caractéristique de chaque espèce.
Les différences anatomiques sont dans l’ensemble faibles entre ces espèces qui sont des endémiques
stricts, d’où leur grand intérêt.
Dendrocoelum ( Neodendrocoelum ) adenodactylosuni (Stankovic et Komarek, 1927)
(figure 15, 1)
Syn. : Neodendrocoelum adenodactylosum Stankovic et Komarek, 1927 ; Dendrocoelum ( Dendrocoe¬
lum ) adenodactylosum Kenk (1930) ; D. (Neodendrocoelum) adenodactylosum de Beauchamp
(1932, 1937 b).
Loc. : Yougoslavie.
Lac d’Ohrid ; dans les sources des environs et dans le lac lui-même (source Sum, source de Sveti Naum...).
Lac de Prespa.
Diagnose.
Mise en synonymie avec D. nausicae s. lato par Stankovic, en 1932, cette espèce conserve
cependant sa validité, reconnue à nouveau par cet auteur (1969, p. 427).
Dépigmenté ; deux lobes auriculaires arrondis et deux yeux assez écartés. Taille = 10 à 13 X
4 mm. Petit organe adhésif.
Testicules petits et ventraux.
1 564 018 6 5
Source : MNHN, Paris
66
NICOLE GOURBAULT
Pénis à bulbe déprimé, peu musculeux, et papille conique très effilée. Grand développement
de l’organe musculo-glandulairc, saillant par le pore génital, mais présentant une cer¬
taine variabilité (de Beauchamp, 1937 b, p. 356). Quelques glandes, peu développées,
autour de l’orifice génital.
Dendrocoelum ( Neodendrocoeluin ) plesiophthalmum de Beauchamp, 1937
(figure 15, 2)
Syn. : Neodendrocoelum plesiophlalmum Stankovic (1969).
Loc. : Yougoslavie.
Herzégovine ; Rijeka du Cernicko Polje, source karstique (+ P. alhiisima).
Diagnose.
Dépigmenté ; deux grands yeux rapprochés. Taille = 8 à 13 X 4 mm. Tète étroite. Organe adhé¬
sif : une traînée de glandes rouges et un petit plexus musculaire ventral.
Testicules surtout ventraux.
Pénis long, conique, la musculature périphérique circulaire s’atténue vers la pointe. Canaux
déférents perdus dans un parenchyme central spongieux ; canal éjaculateur net à l'extré¬
mité de la papille pénienne. Oviductes à grandes trompes et cellules accessoires. Large
communication entre les atriums.
Dendrocoelum ( Neodendrocoelum) maculatum (Stankovic et Komarek, 1927)
(figure 15, 3)
Syn. : Neodendrocoelum maculatum Stankovic et Komarek, 1927 ; Dendrocoelum ( Dendrocoelum) macu¬
latum Kenk (1930) ; D. ( Neodendrocoelum ) maculatum de Beauchamp (1932, 1937 b) ; Neoden¬
drocoelum maculatum Stankovic (1969).
Loc. : Yougoslavie.
Sources karstiques des environs du lac d'Ohrid et zone littorale supérieure du lac.
Diagnose.
Pigmenté ; dessin dorsal constant, différent chez le jeune de celui de l’adulte ; pigmentation
brune et taches claires. Deux yeux noirs entourés d’un espace clair. Taille = 18 X 4 mm.
Pelote adhésive bien individualisée.
Testicules très petits, surtout dorsaux.
Topographie de l’appareil copulateur très proche de celle de D. adenodaclylosum. Pénis très
grand. Glandes au-dessous de l’orifice génital.
Dendrocoelum (Neodendrocoelum) lychnidicum (Stankovic, 1969)
Loc. : Yougoslavie et Albanie.
Zone sublittorale du lac d’Ohrid.
Diagnose.
Pigmenté de brun, sauf la tête et une tache en forme de croix sur la partie dorsale ; deux yeux.
Taille = 6 à 7 mm.
Pénis plus petit et à droite de l’organe musculo-glandulairc très allongé.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
67
Dendrocoelum (Neodendrocoelum) prespense (Stankovic, 1969)
Loc. : Yougoslavie.
Région littorale du lac de Prespa.
Diagnose.
Espèce voisine de D. maculalum.
Pigmentation brune sauf sur le lobe frontal et les bords latéraux du corps ; deux yeux rapprochés ;
pas de différenciation du pénis en flagelle.
Dendrocoelum ( Neodendrocoelum ) sancti-naumi (Stankovic et Komarek, 1927)
(figure 15, 4)
Syn. : Neodendrocoelum sancti-naumi Stankovic et Komarek, 1927 ; Dendrocoelum ( Dendrocoelum)
sancti-naumi Kenk (1930) ; D. ( Neodendrocoelum) sancti-naumi de Beauchamp (1932) ; Neoden¬
drocoelum sancti-naumi Stankovic (1969).
Loc. : Yougoslavie.
Sources des environs du lac d’Ohrid et zone littorale du lac lui-même.
Diagnose.
Pigmentation brune et taches claires régulières et allongées ; des yeux rapprochés. Taille =
8 X 4 mm.
Caecums digestifs très peu nombreux, 4 à 6 supérieurs, une douzaine inférieurs.
Testicules très petits, surtout ventraux.
Épais coussinet circulaire de glandes s’ouvrant autour de l’orifice génital. Large communica¬
tion entre les atriums effectuée par une boutonnière verticale.
Dendrocoelum (Neodendrocoelum) komareki (Stankovic, 1969)
Loc. : Yougoslavie.
Nord-Est du Lac d’Ohrid.
Diagnose.
Seul le dessin dorsal le différencie de D. sancti-naumi ; il comporte cinq à six taches claires
inégales, de chaque côté de la ligne médiane.
Dendrocoelum (Neodendrocoelum ) lacustre (Stankovic, 1937)
Syn. : Neodendrocoelum lacustre Stankovic 1937, 1969.
Loc. : Yougoslavie.
Région sublittorale du lac Ohrid.
Diagnose.
Pigmentation brune en quelques traînées éparses ; deux yeux rapprochés. Organe adhésif peu
différencié.
Pénis dont l’extrémité présente l’aspect d’un flagelle simple.
Source : MNHN, Paris
IICOLE COURBAUI.T
Dendrocoelum (Neodendrocoelurn) ohridense (Stankovic et Komarek. 1927)
Syn. : N eodendrocoelurn ohridense Stankovic et Komarek 1927, Stankovic (1937, 1969).
Loc. : Yougoslavie.
Lac d’Ohrid.
Diagnose.
Pigmenté, à dessin dorsal caractéristique ; deux petits yeux.
Papille pénienne légèrement différenciée en flagelle simple.
Organe musculo-glandulaire très long, d’aspect vermiforine.
Dendrocoelum [Neodendrocoelurn) nausicaae Schmidt, 1862
(figure 15, 5)
Syn. : Dendrocoelum nausicaae Schmidt, 1862 ; N eodendrocoelurn nausicaae Stankovic et Komarek
(1927) ; D. ( Dendrocoelum) nausicaae Kenk (1930) ; D. (Neodendrocoelurn) nausicaae de Ilcau-
champ (1932).
Loc. : Yougoslavie.
Herzégovine ; dans de nombreuses sources (de Beauchamp, 1937 b).
Région dinarique : lac de Skutari et sources des environs (Stankovic, 1932), lac d’Ohrid.
Loc. : Grèce.
Iles Ioniennes ; Corfou.
Loc. : Turquie.
Bosphore (Kosswig et Batalgil, 1942).
Diagnose.
Dépigmenté, deux grands yeux peu écartés (trois cupules distinctes). Taille 10 à 20 x 3 mm.
Organe adhésif à glandes très nombreuses. 12 à 13 caecums supérieurs et 21 à 22 inférieurs.
Testicules exclusivement ventraux.
Pénis conique à flagelle ; vésicule séminale spacieuse dans le fond de laquelle aboutissent les
canaux déférents. Organe musculo-glandulaire de taille variable mais très développé
généralement (manquait chez un individu : de Beauchamp, 1937 b, p. 356). Glandes
entourant l’orifice génital.
Dendrocoelum (Neodendrocoelurn ?) jablariicense (Stankovic et Komarek, 1927)
Syn. : N eodendrocoelurn jablanicense Stankovic et Komarek, 1927 ; Dendrocoelum (Dendrocoelum)
jablanicense Kenk (1930) ; D. ( Eudendrocoelum ?) jablanicense de Beauchamp (1932, 1937 b) ;
Neodendrocoelum jablanicense Stankovic, 1969.
Loc. : Yougoslavie.
Près du lac d’Ohrid ; source Sum, Struga (avec D. maculatum).
Diagnose.
Pourrait être un D. nausicaae s. lato.
Dépigmenté ; deux yeux légèrement rapprochés ; petite taille.
Source : MNHN, Paris
Fie. 15. Schémas, en vue dorsale, d'appareils copulateurs de Dendrocoelidae hypogés du genre Dendrocoelum, sous-
genre NeoiUndrocoelum ■. 1. — D. adcnodaclylosum ; 2. — D. plesiophthalmum ; 3. — D. maculutum ;_4. D. sancti-
naumi ; 5. — D. nausicaae [redessines d’après les coupes el ligures de de Beauchamp] ; f, flagelle.
Source : MNHN, Paris
70
NICOLE GOURBAULT
Pénis présentant un aspect de champignon ; papille analogue à un flagelle ; les deux canaux
déférents semblent se réunir à leur point d’abouchement dans le bulbe, au niveau de la
vésicule. Le fond de l’organe musculo-glandulaire d’assez petite taille, orienté presque
transversalement, est situé à droite.
Dendrocoelurn (Neodendrocoelum) cruciferum (Stankovic, 1969)
Loc. : Yougoslavie et Albanie.
Zone sublittorale du lac d’Ohrid.
Diagnose.
Dépigmenté en partie : trois étroites bandes de pigment, plus deux taches formant une croix ;
deux yeux. Taille = 20 à 23 mm. Organe adhésif bien différencié.
Pénis à bulbe volumineux musclé et papille invaginable. Long atrium mâle. Organe musculo-
glandulaire piriforme. Nombreuses glandes autour de l’orifice génital.
Dendrocoelurn (Neodendrocoelum) magnum (Stankovic, 1969)
Loc. : Yougoslavie.
Région sublittorale du lac d’Ohrid.
Diagnose.
Pigmentation brune à taches claires ramifiées, une bande médio-dorsale ; deux yeux rapprochés.
Taille = 24 à 26 mm. Organe adhésif peu développé.
Pénis à bulbe peu musclé ; papille invaginée. Puissant organe musculo-glandulaire piriforme.
Nombreuses glandes entourant l’orifice génital.
6. Sous-genre Palaeodendrocoelum (Codreanu, 1949)
L’indéniable parenté de cette forme avec les formes précédentes ne permet en aucun cas de la
soustraire à l’ensemble du genre Dendrocoelurn. Les caractères externes ne peuvent h eux-seuls justifier
cette séparation générique.
Sous-genre représenté par deux espèces roumaines dont la première est l’espèce type.
Dendrocoelurn (Palaeodendrocoelum) romanodanubialis (Codreanu, 1949)
Loc. : Roumanie.
Banat ; Portes de Fer, défilé du Danube (Codreanu, 1949 et 1950).
Diagnose.
Coloration beige, translucide ; 14 à 31 yeux punctiformes. Petite taille = 9x1 mm. Organe
adhésif différencié.
Caecums digestifs = 11 antérieurs, 11 postérieurs ; 4 à 7 sur le tronc commun.
Testicules uniquement ventraux.
Pénis massif, piriforme, à musculature compacte ; longue papille terminée par un flagelle non
invaginable ; pas de vésicule séminale ; atrium mâle à paroi épaisse. Grand organe mus¬
culo-glandulaire ; bulbe extrêmement haut et papille rétrécie. Oviducte embrassant le
canal de la bourse, long et mince, qui s’ouvre dans l'atrium commun par un considérable
sphincter vaginal.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
71
Dendrocoelum ( Palaeodendrocoelum) geticum Codreanu et Balcesco, 1970
Loc. : Roumanie.
Puits des environs de Bucarest.
Diagnose.
Incomplète, dépourvue de dessin.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 10 à 12 mm.
Pénis à papille conique ; musculature de l'atrium mâle peu épaisse.
7. Sous-genre Eudendrocoelum Komarek, 1926
Komarek créait le genre Eudendrocoelum pour les espèces lacteum, infernale et subterraneum.
De Beauchamp (1932) isolait les deux premières dans le sous-genre Dendrocoelum, conservant la dernière
comme type du sous-genre Eudendrocoelum qui regroupe actuellement un ensemble de dix espèces.
Il apparaît une dilliculté constante à rapprocher ces formes, qui résulte de la variabilité observée
au sein même de chaque espèce. En effet, les espèces de ce sous-genre sont caractérisées par la structure
contrastée de leur pénis qui présente, à la base du bulbe, une couche circulaire très épaisse qui disparaît
progressivement vers l’apex. Déjà chez quelques Dendrocoelides s’observe l’ébauche de cette différen¬
ciation ( D. warnirnonti, D. lescherae) et il est évident que se retrouvent tous les termes de passage entre
le pénis simple de D. regnardi et celui de D. lacteum qui atteint un maximum de complexité. Cependant,
dans le but de rendre plus commode et maniable la classification, je conserverai la coupure Eudendro¬
coelum — Dendrocoelum.
Dendrocoelum ( Eudendrocoelum) sollaudi (de Beauchamp, 1931)
(figure 16, 1)
Syn. : Dendrocoelum ( Dendrocoelides ) cavalicum sollaudi de Beauchamp, 1931, 1971.
Loc. : France.
Departement du Jura ; grotte de Cernois (Colin, 1964) ; grotte des Foules (de Beauchamp, 1954, 1971 ;
Colin, 1964).
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme ; deux lobes céphaliques arrondis rejettés vers les flancs. Taille =
12 à 22 X 4,5 mm. Organe adhésif très développé.
Caecums digestifs = 11 à 18 supérieurs et 21 à 30 inférieurs dont un certain nombre se situe
sur un tronc commun constant.
Testicules ne dépassant pas l'appareil copulateur, généralement dorsaux.
Pénis long et musclé ; papille à musculature périphérique épaisse sauf à l’extrême pointe, pou¬
vant s'invaginer (forme une « tulipe » analogue à celle de D. infernale mais moins impor¬
tante chez un individu de la grotte des Foules) ; séparation complète des deux atriums.
Organe musculo-glaudulairc deux fois plus petit que le pénis.
Dendrocoelum ( Eudendrocoelum) hussoni Sauber, 1970
Loc. : Grand-Duché de Luxembourg,
llautbellain ; source captée à Schucklai.
Source : MNHN, Paris
72
NICOLE GOURBAULT
Diagnose.
Dépiginenté et anophthalme. Taille = 15 à 19 X 3 à 4 mm.
Caecums ramifiés et testicules nombreux.
Pénis à bulbe très musculeux et papille invaginable dont la musculature circulaire disparait
vers l’extrémité. Etroite communication entre les atriums.
Une comparaison précise de cette espèce et de Dendrocoelurn collini s'impose car seule la longueur
de la papille pénienne semble les différencier.
Dendrocoelurn {Eudendrocoelum) remyi de Beauchamp, 192(5
(figure 16, 2)
Syn. : Dendrocoelurn remyi de Beauchamp, 1926 ; D. ( subgen. ?) remyi Kenk (1930) ; D. (Eudendrocoe¬
lum) remyi de Beauchamp (1932).
Loc. : France.
Département de la Haute-Saône ; Servance, le Menisot, sources.
Département de Meurthe-et-Moselle ; Saint Nicolas-de-Port (4- P. albissima ).
Département de la Haute-Marne ; Châteauvillain, dans l’Aujon.
Loc. : Belgique.
Liège ; Ramet, source de Ramioul (Gourbault, 1971).
Diagnose.
Dépigmenté, anophthalme. Taille = 12 à 18 X 3 mm ; bords peu ondulés. Organe adhésif bien
développé, en cupule.
Caecums = 10 à 12 supérieurs, 16 à 20 inférieurs.
Testicules sur tout le corps, plus rares du côté dorsal.
Pénis à bulbe ovoïde musculeux ; papille en deux parties, épaisse musculature circulaire péri¬
phérique dans la partie supérieure, la partie terminale s'amincit en flagelle invaginable ;
long atrium mâle à faible musculature. Canal de la bourse présentant une musculature
circulaire très épaisse dans son tiers inférieur. Organe musculo-glandulairc grand et
vertical, situé franchement à droite, à cavité spacieuse.
Dendrocoelurn ( Eudendrocoelum) gineti de Beauchamp, 1954
(figure 16, 3)
Loc. : France.
Département de l’Isère; Saint-Mesme, grotte du Guiers-vif (Ginet, 1953, 1961).
Département de la Savoie ; grotte de la Balme et résurgence de la Goule noire (avec C. alpina) (Ginet
1961).
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 13 à 18 X 3 à 3,5 mm ; épaisseur du corps très faible.
Organe adhésif de type classique.
Caecums digestifs = 20 supérieurs et 30 inférieurs.
Testicules peu nombreux, dorsaux et ventraux, atteignant le milieu du pharynx.
Pénis grand et piriforme, à large bulbe musculeux, vésicule séminale spacieuse; papille pénienne
dont l’extrémité constitue un flagelle eflilé. Atrium mâle à épithélium mince et faible
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
73
musculature, communiquant avec l’atrium commun par une fente étroite caractéristique,
qui débute au niveau de ses culs-de-sac et se prolonge par l’oviducte commun vers le bas.
Canal de la bourse extrêmement mince ; sa musculature circulaire s’épaissit lorsqu’il s’inflé¬
chit pour pénétrer dans l’atrium commun. Organe musculo-glandulaire à droite, oblique,
saillant par le pore génital, bien pourvu en fibres musculaires.
Dendrocoelum (Eudendrocoelum) bohemicum Komarek et Kunst, 1956
Syn. : Dendrocoelum hercynicum Flôssner, 1959 (d'après Dahm, 1967).
h»c. : Allemagne.
Krzgefairge ; Bade, Vapenka.
Diagnose.
Dépigmenté, dépourvu d’organe adhésif. Taille = 15 à 20 X 2 à 2,5 mm.
Papille pénienne très développée, à musculature circulaire très forte dans sa partie supérieure
et plus faible vers la pointe dont l’extrémité est invaginée ; grande vésicule séminale.
Dendrocoelum (Eudendrocoelum) parvioculatum de Beauchamp, 1932
Imc. : Yougoslavie.
Herzégovine ; Monts Zlatibor, Paljevina, source Gora Voda.
Diagnose (établie sur un unique exemplaire).
Dépigmenté ; deux petits yeux rapprochés. Taille = 5 à 7 X 2à3 mm. Organe adhésif présent.
Caecums digestifs au nombre d’une quinzaine sur chaque branche.
Testicules petits et ventraux.
La topographie de l’appareil copulateur n’est pas sans rappeler D. nausicuae : pénis à demi-
invaginé, de façon irrégulière dans la vésicule séminale. Atrium mâle ouvrant dans l’atrium
commun, peu spacieux, par un léger rétrécissement. Organe musculo-glandulaire trapu,
situé à droite du pénis ; la portion épithéliale, très développée et excentrique, a rejetté
dorsaleinent la musculature.
Dendrocoelum (Eudendrocoelum) subterraneum Komarek, 1919
Syn. : Dendrocoelum subterraneum Komarek, 1919 ; Eudendrocoelum subterraneum Komarek (1926) ;
D. (subgen. ?) subterraneum Kenk (1930) ; D. (Eudendrocoelum) subterraneum de Beauchamp
(1932) ; Eudendrocoelum subterraneum Stankovic (1969).
Loc. : Yougoslavie.
Croatie ; Ogulin, grotte Medjvjedica.
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 16 à 20 X 3 à 5 mm. Organe adhésif très réduit.
Pénis libre aussi long que le bulbe mais divisé en deux moitiés très différentes : la proximale
trapue, enveloppée de 5 à 6 couches de fibres circulaires, la distale sans musculature, à
lumière dilatée. Long atrium mâle divisé en deux parties également : la seconde très
musculaire, rétrécie au niveau de l’abouchement avec l’atrium commun dont la partie
droite, qui se continue par le canal de la bourse, possède une musculature très épaisse.
Organe musculo-glandulaire à musculature très dense.
Source : MNHN, Paris
74
NICOLE GOURBAUI.T
Dendrocoelum ( Eudendrocoelum ?) beauchampi del Papa, 1952
Loc. : Italie.
Gênes ; grotte Carassola, galerie artificielle.
Diagnose (basée sur l’examen d’un seul exemplaire).
Dépigmenté et anophthalme ; taille = 9x3 mm.
Caecums digestifs = 25 à 30.
Bulbe pénien court et musculeux et longue papille à large canal éjaculaluur dilaté vers la base.
Dendrocoelum (Eudendrocoelum ) botosaneanui del Papa, 1965
Loc. : Roumanie.
Banat ; Anina, ‘grotte Marghitas et ‘grotte Ponor-Plopa (Orghidan et al., 1965, p. 91). Lors de mes
visites les 29 et 30 septembre 1966, aucun Triclade n’a pu être récolté.
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 17 X 6 min.
Caecums digestifs = 9 à 10 supérieurs et 16 à 18 inférieurs.
Pénis à bulbe large et musculeux; papille péniennc allongée et piriforme (flagelle?); large
canal éjaculateur.
Dendrocoelum ( Eudendrocoelum) Uibuliferum de Beauchamp, 1919
(figure 16, 4)
Syn. : Dendrocoelum tubuliferum de Beauchamp, 1919, (1920) ; Dendrocoelides tubuliferum Spandl
(1926) ; Dendrocoelum ( Paradendrocoelum) tubuliferum Konk (1930) ; D. ( Eudendrocoelum ?)
tubuliferum de Beauchamp (1932).
Loc. : Yougoslavie.
Slovénie; Postojna, Crna Jama (avec D. lacteum et P. ochridana) (Biospeologica : XXXIX p 296 •
LIV, p. 580).
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 8 à 14 X 3 à 4,5 mm. Organe adhésif en coussinet saillant.
Caecums digestifs = 10 à 14 supérieurs ; 13 à 18 inférieurs.
Testicules dorsaux et ventraux, petits et sur toute la longueur du corps.
Bulbe peu musculeux recevant de très nombreuses glandes ; papille cylindrique à musculature
périphérique épaisse qui disparaît totalement au niveau de la partie invaginable ; fla¬
gelle en forme de tube plus ou moins net. Véritable sphincter à la limite entre les deux
atriums. Organe musculo-glandulaire très riche en glandes.
Nombre chromosomique 2 n = 32 (Dahm, 1961, p. 23).
8. Sous-genre Dendrocoelum s. str.
Un flagelle, nettement différent du reste du pénis et présentant vers l’intérieur des épaississe¬
ments en bourrelet, caractérise ce sous-genre.
Le pénis est alors court, globuleux, et renferme une vaste vésicule séminale dans laquelle s’épa¬
nouit le flagelle.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TR1CLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
75
La communication entre les deux atriums se fait au travers d’un orifice étroit.
Espèce type : Dendrocoelum lacteum (Müller, 1774).
Cette espèce, largement répandue en Europe (Luther 1961), ne peut être considérée tout au
plus que comme trogloxène ; on la rencontre quelquefois dans les sources et les lacs. Elle est trop
connue pour qu’il soit utile de revenir sur sa morphologie.
Dendrocoelum ( Dendrocoelum ) infernale (Steinmann, 1907)
(figure 16, 5)
Syn. : Planaria infernalis Steinmann, 1907, 1909 ; Dendrocoelum infernale Bôhmig (1909) ; Steinmann
(1911) ; Bornhâuser (1913) ; Eudendrocoelum infernale Komarek (1926) ; Dendrocoelum (Paraden-
drocoelum infernale) Kenk (1930) ; D. ( Dendrocoelum) infernale de Beauchamp (1932 et 1971) ;
Aeppli (1951).
Loc. : France.
Département du Haut-Rhin ; Massevaux, source.
Canton de Berne ; Beatenhôhle (Strinati, 1966, p. 118), eaux profondes du lac d’Oeschinen et Pass-
wang, source Goldbrünn (Schmassmann, 1920).
Canton de Saint-Gall ; Kristalhôhle (Strinati, 1966, p. 182).
Canton de Schwyz ; Hôlloch et Lauiloch (Steinmann, 1907 ; Strinati, 1966, p. 200). Environs de Bâle
(Bornhâuser, 1913).
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 11 à 18 mm. Organe adhésif à nombreuses glandes roses.
Caecums digestifs = 13-14 supérieurs et 20-22 inférieurs.
Testicules sur toute la longueur du corps, plus gros dorsalement.
Bulbe arrondi peu musculeux ; les canaux déférents débouchent dans le plan médian ; papille
courte conique et flagelle en forme de tulipe dont l’intérieur est garni de 5 à 6 bourrelets
circulaires. Atrium mâle en canal rétréci dans sa moitié inférieure. Organe musculo-
glandulaire, à lumière très développée, situé à droite du pénis.
Nombre chromosomique 2 n = 32 (? Aeppli, 1951, p. 512 et Dahm, 1961, p. 6).
h) Genre Miodendrocoelum de Beauchamp, 1929
Ce genre, inonospécifique, est caractérisé par les trois particularités suivantes :
— les oviductes fusionnés débouchent en un oviducte impair dans l’atrium commun,
— l’organe musculo-glandulaire correspond à celui défini pour le type Dendrocoelum, très diffé¬
rencié et saillant directement dans l’atrium commun.
— le pénis est pratiquement inexistant. C’est le sous-genre Apodendrocoelum qui réalise l’inter¬
médiaire, sous ce rapport, entre Dendrocoelum et Miodendrocoelum.
Miodendrocoelum parisi de Beauchamp, 1929
(figure 17, 1)
Syn. : Dendrocoelum (subgen. ?) parisi Kenk (1930).
Loc. : France.
Département de la Côte-d'Or ; Dijon, puits.
Source : MNHN, Paris
— cb -
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS 77
Diagnose.
Dépigineuté et anophthalme. Aspect extérieur aberrant, corps étroit et épais. Taille = 7 à 9,5 X
1,5 mm. Pharynx très court, inséré au milieu du corps. Fossette adhésive assez profonde
et éloignée du bord antérieur.
Testicules très en arrière des ovaires, dorsaux et ventraux.
Absence totale de pénis ; vésicule large et aplatie et conduit indivis à musculature périphérique
se différenciant sur sa longueur, séparé de l’atrium commun par un simple rétrécissement ;
au-dessous débouche l’oviducte commun extrêmement court. Oviducte gauche embrassé
par le canal de la bourse. Organe musculo-glandulaire effilé, à cavité spacieuse et mus¬
culature très enchevêtrée.
c) Genre Acromyadenium de Beauchamp, 1931
Genre monospécifique d’Afrique du Nord. Le pharynx rappelle celui des Polycladodes. L’appa¬
reil copulateur est caractérisé par :
l’allongement de la gaine de l’organe musculo-glandulaire,
— la réduction de la bourse copulatrice à une anastomose génito-intestinale.
Fie. 17. —- Schémas, en vue dorsale, d’appareils copulateurs de Dendrocoelidae liypogés des genres : 1. — Miodendro-
coelum et 2. — Acromyadenium [redessinés d’après les coupes et figures de de Beauchamp].
Source : MNHN, Paris
NICOLE GOURBAULT
Acromyadenium marocanum de Beauchamp, 1931
(figure 17, 2)
Loc. : Maroc.
Moyen-Atlas ; au sud d’Azrou : Bekrit., dans l’Oued Amergons et Itzer (altitude 1500 à 2000 m).
Diagnose.
Teinte générale brun clair due aux rhabdites ; yeux nombreux (4 à 7) disposés en arc de cercle,
de chaque côté. Taille = 7 à 10 X 3,5 mm ; corps épais (1 mm). Organe adhésif : simple
plexus musculaire diffus.
Caecums digestifs = 7 à 8 supérieurs ; 18 inférieurs.
Testicules répandus dans tout le corps, dans le même plan frontal que les caecums.
Pénis conique, court et peu musclé ; abouchement des canaux déférents vers le milieu du pénis
libre.
La distribution, en Europe, des espèces signalées des genres Dendrocoelum (à l’exception du
sous-genre Dendrocoelides) et Miodendrocoelum apparaît sur les figures 18 et 19.
B. — Formes dépourvues d'organe musculo-glandulaihe
à) Genre Dendrocoelopsis Kenk, 1930
Ce genre créé par Kenk (1930) pour une espèce européenne, épigée, compte à l’heure actuelle
un petit nombre de représentants holarctiques. D’après Hyman (1935) ce genre, du fait de sa réparti¬
tion très vaste, issu des Phagocata, serait plus ancien que le genre Dendrocoelum.
Les Dendrocoelopsis sont caractérisés par :
— l’absence d’organe musculo-glandulaire,
— le pénis à papille bien développée et bulbe dont la structure demeure simple,
— l’organe adhésif, qui peut être très peu ou au contraire extrêmement différencié.
Six espèces sont connues d’Amérique du Nord et du Japon.
Amérique du Nord :
D. vuginatus Hyman, 1935, dépigmenté ; 2 yeux ; organe adhésif peu différencié.
D. alaskensis Kenk, 1953, dépigmenté ; 2 yeux ; pas d’organe adhésif.
D. piriformis Kenk, 1953, pigmenté ; 2 yeux ; organe adhésif développé.
D. hymanae Kawakatsu, 1968, dépigmenté ; anophthalme ; organe adhésif développé.
Japon :
D. ezensis Ichikawa et Okugawa, 1958, pigmenté ; 2 yeux.
D. lac.le.us Ichikawa et Okugawa, 1958, dépigmenté ; 2 yeux ; pas d’organe adhésif.
En Europe, à l’espèce type D. spinosipenis doivent être rattachées cinq espèces hypogées fran¬
çaises ; celles-ci ont été décrites en tant que représentants de l’ancien genre Amyadenium de Beauchamp,
1931, qui ne diffère en rien des Dendrocoelopsis de par la topographie de son appareil copulateur. Une
simple particularité, à noter cependant chez toutes les espèces d'Amyadenium, réside dans la présence
d’une couche de fibres longitudinales en dedans de la couche circulaire, au niveau de la musculature du
canal de la bourse.
Source : MNHN, Paris
affine), Bolbodendrocoelum, Neodendrocoelum et Palaeodendrocoelum.
Source : MNHN, Paris
80
NICOLE GOURBAULT
Nous retrouvons ici un problème analogue à celui qui se pose pour le groupe des Fonticola.
Ces espèces sont toutes obscuricoles et dépigmentées, anophthalmes à l’exception de A. chattoni. Elles
peuplent exclusivement les eaux souterraines (contrairement aux Dendrocoelopsis s. str., oculés pour
la plupart) et jusqu’à ce jour n’ont été récoltées que dans les Pyrénées (une sous-espèce a été décrite
de Russie) et la Bourgogne (figure 20). Je les tiens donc pour un sous-genre de Dendrocoelopsis, à mœurs
obscuricoles dont elles diffèrent par un seul détail d’ordre anatomique.
Fig. 20. — Distribution, en Europe, de Dendrocoelidae hypogée dépourvus d’organes musculo-glandulaires : genre
Dendrocoelopsis et Ilectocephala.
Dendrocoelopsis spinosipenis (Kenk, 1926)
Syn. : Dendrocoelopsis spinosipenis de Beauchamp (1932) ; (?) Digonoporus macroposthia An der Lan
1941 (d’après Dahm, 1960).
Loc. : Yougoslavie.
Slovénie ; Ljubljana, dans deux petits ruisseaux et dans des sources des environs de la ville.
Loc. : Suède.
Scania ; lac Ivosjon (Holmquist, 1953).
Loc. : Danemark.
Lac Esrom (An Der Lan, 1941).
Diagnose.
Dépigmenté ; deux yeux écartés. Taille = 17 X 2,5 mm. Ventouse véritable analogue à celle
des Trématodes.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
81
Caecums = 7 à 8 supérieurs ; 20 à 26 inférieurs.
Pénis à bulbe peu musculeux et vésicule dorsale ; canal éjaculateur mince ; papille à épithélium
externe aplati, renfermant des aiguilles saillantes d’aragonite. Oviducte commun tota¬
lement entouré de glandes qui se prolongent sur les deux oviductes pairs. Canal de la
bourse formant une anse très vaste et dilatée au-dessous de l’orifice génital.
Nombre chromosomique 2 n = 10 (Dahm, 1960, p. 17).
Sous-genre Amyadenium (de Beauchamp, 1931)
Dendrocoelopsis ( Amyadenium) vandeli (de Beauchamp, 1931)
(figure 21, 1)
Loc. : France.
Département des Pyrénées-Orientales ; 'Baillaury, rivière temporaire, Banyuls-sur-Mer.
Malgré de nombreuses prospections je n’ai jamais pu récolter à nouveau cette espèce signalée
cependant par Angelier (1953) dans le milieu interstitiel de la vallée du Tech. Espèce type du sous-
genre.
Diagnose.
Dépiginenté et anophthalme. Taille = 8x2 mm. Organe adhésif analogue à celui des Dendro-
coelum.
Caecums digestifs = 15 supérieurs ; 20 à 25 inférieurs ; tronc commun constant.
Testicules petits, uniquement dorsaux. Pénis ovoïde peu musculeux. Les deux atriums ne peu¬
vent être différenciés.
Dendrocoelopsis ( Amyadenium ) beauchampi (Gourbault, 1969)
(figure 21, 2)
Loc. : France.
Département des Hautes-Pyrénées ; 'grotte de Montalibet (Biospeologica : LXXVII, p. 291) ; * grotte
de Bétharram (Biospeologica : XXIV, p. 548; XXXIII, p. 495; LIV, p. 599).
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Petite taille =7x1 mm. Organe adhésif peu musculeux.
Caecums digestifs = 10-12 supérieurs et même nombre d’inférieurs.
Testicules dorsaux, sur toute la longueur du corps.
Pénis petit et sphérique ; bulbe à parenchyme lâche et vaste vésicule séminale, supérieure à
l’abouchement des canaux déférents. Papille à parenchyme dense et une couche muscu¬
laire externe. Oviducte commun très court. Canal de la bourse très mince, élargi en large
boucle dans sa partie postérieure.
Dendrocoelopsis ( Amyadenium) chattoni (de Beauchamp, 1949)
(figure 21, 3)
Loc. : France.
Département des Hautes-Pyrénées ; 'grotte de l’Église (Biospeologica : XXXIII, p. 438) ; 'galerie arti¬
ficielle de captage de la vallée de l’Arize (Gourbault, 1965 b, p. 478).
1 564 018 6 6
Source : MNHN, Paris
82
NICOLE GOURBAULT
Diagnose.
Dépigmenté et plurioculé (3 à 14 yeux de chaque côté, mais souvent asymétriques). Grande
taille = 12-20 X 3 à 6 mm ; corps épais. Organe adhésif en crypte profonde.
Caecums digestifs = 15 à 20 supérieurs et 25 à 30 inférieurs ; possibilité de tronc commun.
Testicules ventraux, s’arrêtant à la base du pharynx.
Pénis conique peu musclé, grande vésicule séminale ; partie inférieure du canal de la bourse
hypertrophiée en une anse aussi longue que l’organe mâle tout entier.
Dendrocoelopsis (Amyadenium) brementi (de Beauchamp, 1019)
(figure 21, 4)
Syn. : Planaria brementi de Beauchamp, 1919, 1920 ; Amyadenium brementi de Beauchamp (1932).
Loc. : Espagne.
Huesca ; Boltana, Torla, grotte Bujaruelo (Biospeologica : XXXIX, p. 312).
Loc. : France.
Département des Pyrénées-Atlantiques ; 'grotte d’Oxibar (Biospeologica : II, p. 529 ; VI, p. 391 ; XVI
p. 97; XXXIII, p. 485; LXXII, p. 209; LXXVII, p. 235). Lors de ma visite de la grotte]
le 10 novembre 1964, aucune Planaire n’a pu être récoltée.
Une sous-espèce Dendrocoelopsis (Amyadenium) brementi oculatum (Porfirjeva, 1958) a été signa¬
lée dans la faune caucasienne.
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Petite taille : 3,5 à 7 X 1,2 mm ; corps épais. Organe adhésif bien
développé, en crypte profonde.
Caecums digestifs peu ramifiés = 11-12 supérieurs ; 13-15 inférieurs, sans anastomoses.
Testicules en une rangée dorsale.
Pénis nettement divisé au niveau d’une constriction ; gland dépourvu de musculature. Canal
de la bourse peu renflé.
Dendrocoelopsis (Amyadenium) garmieri (de Beauchamp, 1950)
(figure 21, 5)
Loc. : France.
Département de Saône-et-Loire ; la Clayette, puits.
Diagnose.
Dépigmenté et anophthalme. Taille = 13 X 2,5 mm. Organe adhésif bien développé, profonde
dépression.
Caecums digestifs = 30 supérieurs, 25 inférieurs ; quelques-uns sur un tronc commun.
Testicules dorsaux, petits et nombreux.
Grand pénis effilé à petit bulbe peu musculeux renfermant la vésicule séminale où les canaux
débouchent latéralement ; l’oviducte commun, simple réunion des deux oviductes pairs,
débouche très haut dans l’atrium mâle. Canal de la bourse, sans anse terminale, carac¬
térisé cependant par sa musculature.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
84
NICOLE GOURBAULT
b) Genre Bdellocephala de Man, 1874
Ce genre regroupe cinq espèces.
— Quatre espèces se rencontrent en Asie :
B. angarensis (Gerstfeld, 1858) ; B. annandalei Ijima et Kaburaki, 1916 ; B. brunnea Ijirna
et Kaburaki, 1916 ; B. parva Zabusova, 1936.
— Une seule espèce peuple toute l’Europe non méditerranéenne, mais de façon sporadique
(Luther, 1961) :
B. punctala (Pallas, 1774), espèce type.
Ce sont des Dendrococlidae épigés caractérisés par un appareil copulateur dépourvu d’organe
musculo-glandulaire et à pénis rudimentaire.
Ce genre est tenu pour hétérogène par de Beauchamp (1932, p. 265). Hyman a isolé certaines
formes attribuées au genre suivant.
c) Genre REcrocEPiiALA Hyman, 1953
Le caractère distinctif tient au fait que la vésicule séminale, glandulaire, se confond avec l’atrium
mâle (d’ailleurs très réduit), au lieu d’en être séparée par un bulbe musculeux.
Dans ce genre créé à l’occasion de la description de B. exolica et dont l’espèce type est B. niedio-
buccalis, Hyman inclue l’espèce obscuricole européenne B. schneideri. C’est la seule espèce européenne
du genre ; trois autres sont asiatiques : B. baicalensis (Zabusov, 1903), B. kamtschalica (Zabusova, 1929),
B. mediobuccalis (Zabusova, 1929), et une est connue d’Amérique du Nord : B. exolica Hyman, 1953.
Beclocephala schneider i (Komarek, 1930)
Syn. : Bdellocephala schneideri Komarek, 1930 ; de Beauchamp (1932) ; Beclocephala schneideri Hyman
(1953).
Loc. : Allemagne.
Harz ; anc’erme galerie de mine à Grumbach, entre Clausthal et Goslar.
Diagnose.
Dépigmentée et anophthalme. Taille = 8 mm. Organe adhésif très développé en crypte glan¬
dulaire.
Papille pénienne réduite à un simple repli ; vésicule séminale spacieuse et canaux déférents laté¬
raux. Atrium à épithélium épais se réunissant à l'orifice avec le canal de la bourse.
De Beauchamp (1932, p. 266) suggère de l’envisager comme une mutation régressive d’un Apoden-
drocoelum ayant perdu brusquement son organe musculo-glandulaire.
111. — CONCLUSION
Les Dendrocoelidae, contrairement aux Planariidae, peuvent présenter un aspect extérieur assez
caractéristique du fait de leur dépigmentation, de l’absence très fréquente d’yeux, mais surtout en
raison de l’aspect sinueux de la région marginale du corps et de la différenciation du bord frontal où
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
se situe l’organe adhésif ; leur taille est relativement grande et peut atteindre jusqu’à 4 cm, chez les
formes européennes.
L — En Europe, cette famille comprend tout d’abord deux genres dont les représentants sont
tous pourvus d’organes musculo-glandulaires. 11 s’agit du genre monospécifique Miodendrocoelum,
dont le pénis est réduit et chez lequel l’oviducte impair débouche dans l’atrium commun, et du genre
Dendrocoelum qui regroupe la plupart des espèces décrites de la famille des Dendrocoelidac puisque,
à lui seul, il en possède actuellement soixante-trois.
Huit sous-genres de Dendrocoelum ont été créés en se fondant sur la morphologie de l’appareil
copulateur ; cette classification repose en particulier sur la structure du pénis, qui est simple chez les
Dendrocoelides. Le pénis se réduit et disparaît chez Apodendrocoelum ; il présente un grand développe¬
ment du bulbe chez Bolbodendrocoelum et de l’ensemble de l’organe chez N eodendrocoelum. La papille
pénienne se termine par un flagelle simple chez Palaeodendrocoelum et chez Eudendrocoelum ; ce flagelle,
nettement différencié, présente une série d’épaississements en bourrelet dans le sous-genre Dendrocoe¬
lum. Enfin, Polycladodes, dont l’appareil copulateur rappelle celui des Dendrocoelides, se différencie
essentiellement par la présence d’une deuxième couche musculaire longitudinale placée en dedans
de la couche circulaire, au niveau de la zone externe du pharynx.
En Europe encore, trois genres possèdent un petit nombre de représentants dépourvus d’organe
musculo-glandulaire.
Le genre Dendrocoelopsis dont le pénis présente une papille bien développée et un bulbe à struc¬
ture simple, compte six espèces ; cinq d’entre elles, toutes hypogées, peuvent être regroupées dans
le sous-genre Atnyadenium.
Le genre Bdellocephala possède une espèce européenne épigée ; une espèce hypogée s’inscrit
dans le genre Bectocephala, voisin du précédent et dont la vésicule séminale glandulaire se confond
avec l’atrium mâle très réduit.
2. —- Le recensement des différentes espèces de Dendrocoelidae m’a amenée à étudier la distri¬
bution de ces formes en Europe. Étant donnée la discontinuité des recherches et l’aspect fragmentaire
des prospections, il est impossible de dresser une répartition géographique définitive des espèces. Tou¬
tefois, l’état des connaissances actuelles permet d’apporter quelques précisions concernant ce problème
biogéographique.
Lemée (1967) reconnaît, selon leurs caractéristiques, cinq principales aires de distribution. Les
aires cosmopolites sont peu fréquentes chez les Paludicoles en général et inexistantes chez les Dendro¬
coelidae. Au contraire, à l’autre extrémité de cette classification, les aires endémiques, dont la surface
est très variable selon l’entité taxonomique considérée, représentent la majorité des cas ; les différences
reconnues d’un point de vue évolutif se retrouvent au niveau des diverses espèces.
a) Répartition des Dendrocoelidae épigés
Le nombre de ces espèces est faible ; deux d’entre elles ( Dendrocoelum lacteum et Bdellocephala
punctata ) présentent une vaste répartition européenne. Une troisième ( Dendrocoelopsis spinosipenis)
se rencontre en des stations très éloignées (Suède — Yougoslavie) ; aucune localité isolée n’est connue
entre ces deux aires. Cette disjonction pourrait avoir pour origine la fragmentation d’une aire initia¬
lement continue, fait qui plaiderait en faveur de l’ancienneté du genre.
Enfin les N eodendrocoelum, pigmentés et lacustres, portent à seize le nombre des espèces de
Dendrocoelidae épigés. Stankovic (1960) a délimité avec précision la répartition de ces endémiques
reliques, survivants de formes anciennes antérieures à l’époque glaciaire et strictement limitées à la
région balkanique. Six sont les hôtes exclusifs du lac d’Ohrid ; une espèce très proche (D. prespense)
s’est différenciée au niveau du lac de Prespa, sans doute à partir d’une souche commune. L’espèce
dépigmentée D. adenodactylosum peuple les deux lacs. Ceux-ci, qui devaient communiquer (au Plio¬
cène) par le lac de Korca, actuellement desséché, ne présentent plus que des connections par voie
souterraine. L’origine lacustre de ces N eodendrocoelum apparaît nettement à l’observation de l’impor¬
tante série d’espèces ayant évolué au niveau du bassin yougoslave. Une très grande similitude de situa-
Source : MNHN, Paris
NICOLE GOURBAULT
tion se retrouve pour la faune des Paludicoles du lac Baikal (Kozhov, 1963) à endémisme prononcé
et qui compte présentement plus de 80 espèces oculées (Livanov, 1962) réparties des zones littorales
aux zones abyssales. A la suite de l’assèchement des anciens lacs dinariques, certains Neodendrocoelum
semblent avoir trouvé refuge dans les sources (D. nausicaae ) où leur implantation s’est produite secon-
diarement. En revanche, ils ne sont pas signalés dans les eaux souterraines de ces mêmes régions.
Delamare Deboutteville et Botosaneanu (1970, p. 103) ont montré la profonde originalité des
formes des grands lacs anciens, endémiques qui tout particulièrement mettent en lumière le problème
de la spéciation.
b) Répartition des Dendrocoelidae hypogée
La grande majorité des Dendrocoelidae est constituée par des formes hypogées ; leur nombre
est beaucoup plus élevé que celui des formes épigées puisqu’il dépasse une cinquantaine d'espèces.
Le sous-genre Dendrocoelides dont les représentants proviennent tous exclusivement des eaux
souterraines, comporte à lui seul plus de la moitié des espèces de Triclades bypogés. A l'exception de
l’Espagne, des péninsules italiennes et helléniques où ils n’ont jamais été signalés (alors qu’on en con¬
naît une espèce en Algérie), les Dendrocoelides sont largement répartis en Europe mais se sont plus parti¬
culièrement différenciés aux abords des régions montagneuses, des Pyrénées aux Carpathes (figure 13).
Il apparaît une grande diversité au niveau de la dispersion géographique des Dendrocolidae
qui présentent des aires plus ou moins étendues selon les espèces considérées. Quatre d’entre elles sont
représentatives d’un type de répartition assez vaste : Dendrocoelurn collini peuple l’Est de la France,
atteint la Belgique dans sa limite septentrionale et l’Italie au Sud. I). ravaticuni , fréquentai! Nord du
Jura, se retrouve aux sources de l'Alb et jusqu’à Prague. I). mrazeki apparaît en divers points, de Tché¬
coslovaquie en Pologne. Enfin, D. album est signalé sur un territoire s’étendant du fossé Rhénan à
la Roumanie et serait, pour de Beauchamp (1932), une forme balkanique ayant suivi la bordure nord
des Alpes.
Le plus souvent les répartitions sont beaucoup plus strictes. Ainsi, par exemple, I). regnardi
s’est établi dans les eaux souterraines de l’Albigeois, D. tuzetae à la limite des départements de l'Aude
et de l’Ariège. D. remyi peuple les nappes de l’Est de la France et D. polymorpbum celles de la province
de Dobroudja.
Mais ce type de répartition peut, encore se réduire ; les espèces se trouvent alors localisées sur
quelques kilomètres carrés. Un grand nombre d’entre elles, peut-être en raison de l'insuffisance de notre
connaissance de leur dispersion véritable, semblent, entrer dans cette catégorie.
L’étroite parenté entre les Dendrocoelopsis français d'une part et la forme épigce de Yougoslavie
d’autre part, rend compte de leur isolement au cours des temps. Les premiers ont éclaté en un petit
nombre d’espèces dont quatre s’échelonnent tout au long de la chaîne des Pyrénées, d'Est en Ouest :
D. vandeli, D. chattoni, D. beauchampi et D. brementi. L’endémisme apparaît donc également, et eu de
multiples exemples, au sein des Triclades hypogés. C’est encore le cas pour D. carpathicum, limité aux
Carpathes Orientales, et pour de nombreuses espèces, propres à la Roumanie.
Le domaine hypogé qui a donné refuge aux Paludicoles ne semble toutefois pas être habité de
façon homogène. Certaines régions sont qualitativement plus riches que d’autres en Dendrocoelidae ;
l’Est de la France (des Alpes à la Belgique) compte dix espèces, huit formes différentes se rencontrent
dans les Pyrénées ; une seule espèce est signalée dans les Causses. De Roumanie, dix-neuf espèces ont
été décrites.
En conclusion, le bilan des connaissances actuelles concernant les Dendrocoelidae hypogés
d’Europe (bilan dont l’aspect positif est consigné en Index) laisse donc apparaître des différences impor¬
tantes au niveau de la répartition des espèces. Dès 1932, de Beauchamp posait la question (p. 347)
« les observations dans la nature et les élevages permettent-ils de définir les raisons de leur occurrence ? »
Les chapitres suivants contribueront à fournir quelques précisions dans ce domaine. Le même auteur
(1932, p. 360) désirant apporter une conclusion à la question de la répartition des Dendrocoelidae esti¬
mait que « la densité des stations de la même espèce et d’espèces différentes paraît dépendre beaucoup
moins de la nature du terrain que de l’activité avec laquelle ils ont été recherchés ». Nous verrons dans
la troisième partie, que ceci n’est que partiellement exact.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
87
RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE
Le recensement des diverses espèces décrites nous autorise à considérer comme riche la faune
d’Europe des Triclades Paludicoles. Elle possède les représentants des deux familles Planariidae et
Dendrocoelidae qui composent ce sous-ordre et se différencient essentiellement par la disposition des
filires musculaires de la zone interne de leur pharynx. Les couches musculaires circulaires et longitu¬
dinales sont superposées chez les premières et entremêlées chez les secondes. La topographie générale
de l’appareil copulateur et la morphologie de ses éléments constitutifs permettent d’effectuer, pour
chaque genre, les coupures nécessaires à leur classification ; le plus souvent, la structure du pénis cons¬
titue un élément primordial de cette dernière, au niveau même de l’espèce.
Les formes ohscuricoles m’ont tout particulièrement intéressée ; l’hétérogénéité des biotopes
hypogés dans lesquels ces formes ont été récoltées laisse apparaître qu’il n’existe généralement pas de
peuplement restrictif des eaux souterraines par les Paludicoles. J’essaierai toutefois de déterminer
dans la troisième partie de ce travail, dans quelle mesure certaines formes sont caractéristiques de
différents biotopes et s’il est possible qu’une même espèce puisse se rencontrer indifféremment dans
plusieurs milieux hypogés.
I. En Europe, les Planariidae sont représentées par sept genres : Dugesia, Plagnolia, Crenobia,
Planaria, Polycelis, Phagocata, Atrioplanaria. Trois d’entre eux seulement se rencontrent fréquemment
et même exclusivement dans les eaux souterraines : Plagnolia, Phagocata (Fonticola ) et Atrioplanaria.
Les espèces épigées possèdent une vaste aire de répartition ; elles sont abondantes dans
la plupart des cours d’eau, sources et étangs d’Europe (D. gonocephala, D. lugubris-polychroa, C. alpina,
C. montenigrina, P. lorva, P. felina, P. nigra, P. tenuis).
L’extension de D. tigrina, américaine d’origine et introduite en Europe, s’accroît régulièrement
au cours des années. Au contraire deux Phagocata, espèces lacustres cantonnées au lac d’Ohrid, sont
des endémiques stricts.
A quelques exceptions près ( Phagocata villa, P. albissima) les Planariidae hypogées sont, dans
leur ensemble, plus localisées que les espèces épigées. Toutefois, au niveau du genre, Atrioplanaria
présente une vaste répartition européenne en aires disjointes, et semble établie dans les îles méditer¬
ranéennes. L’espèce A. notadena montre une répartition réduite à la région qui s’étend de la Tour-
du-Pin à Strasbourg, et Plagnolia vandeli peuple les eaux souterraines limitrophes des départements
de la Haute-Garonne et de l’Ariège.
Enfin, Dugesia absoloni d’une part et Polycelis benazzii d’autre part, seules espèces hypogées
de deux grands genres cosmopolites, n’ont été signalées chacune que dans une unique grotte.
En Europe, la famille des Planariidae laisse donc apparaître une faible représentation, quali¬
tative aussi bien que quantitative, au sein de la faune hypogée aquatique. Quinze espèces uniquement
mit été signalées en tant qu’habitantes exclusives des eaux souterraines.
II. Les genres européens de Dendrocoelidae sont au nombre de cinq. Quatre d’entre eux possèdent
îles représentants dans la faune hypogée ( Dendrocoelunt , Miodendrocoelum, Dendrococlopsis et Recto-
cephala). Le cinquième genre, le genre Bdellocephala, renferme une seule espèce épigée qui peuple l’Eu¬
rope non méditerranéenne, de façon très sporadique.
Le genre Dendrocoelum est celui qui présente la diversité la plus grande puisque, à lui seul, il
groupe (en tenant compte de l’espèce algérienne D. vaillanli) 64 des 73 espèces qui ont été décrites au
Source : MNHN, Paris
NICOLE GOURBAULT
total à l’intérieur de la famille. Ces 64 espèces (voir Index I) se répartissent inégalement dans les 8 sous-
genres qui ont été définis. Le genre Miodendrocoelum est monospécifique ; le genre holarctique Rec-
tocephala n’est représenté que par une espèce en Europe. Enfin, les Dendrocoelopsis comptent une espèce
épigée et cinq espèces hypogées. Seules les espèces épigées (Dendrocoelum lacteurn, Dendrocoelopsis
spinosipenis, Rdellocephala punclata) offrent une vaste répartition géographique. Les N eodendrocoe-
lum, pigmentés et lacustres, apparaissent comme des formes reliques, endémiques stricts du lac d’Ohrid
ou de la région balkanique.
Les formes hypogées possèdent tout au plus une aire de répartition régionale, les plus étendues
étant toutefois celles de Dendrocoelum collini (de l’Italie à la Belgique), de D. cavaùcum (Nord du Jura,
sources de l’Alb), de D. mrazeki (quelques stations en Tchécoslovaquie et Pologne).
L’aire d’extension peut se réduire chez d’autres espèces, telles D. regnardi (eaux souterraines
de l’Albigeois), D. tuzetae, D. remyi. Cependant la majorité des espèces sont cantonnées en des stations
uniques ou en quelques localités très proches les unes des autres.
Le bilan des prospections biospéologiques effectuées en Europe au cours des dernières années
se traduit donc, comme l’on pouvait s’y attendre, par une nette augmentation du nombre des formes
décrites et par l’apport de nouvelles données géonémiques permettant d’accroître les connaissances
biogéographiques concernant les Triclades Paludicoles hypogés.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
89
SUMMARY OF THE FIRST PART
A general survey of speeies has shown that Tricladida Paludicola are ahundant in the Euro-
peau fauna. Speeies from both the Planariidae and Dendrocoelidae families are présent. The two
families from tins su border are differentiated by the arrangement of their pharyngeal muscle fibers.
In the internai part of the pharynx, the cireular and longitudinal muscle layers are distinct from one ano-
ther in tlie lirst family and are intermingled in the second one. The general anatomy of the copula-
tory apparatus and the morphology of its main components make possible the séparation and classi¬
fication of the généra. For most of them, the pénis structure is the distinctive feature of the speeies.
I hâve focused my interest rnainly on cavernicolous speeies ; the fact that these forms hâve
been collected from highly diversified biotopes strongly suggests an unrestricted colonization of sub-
terranean waters by Paludicolous speeies. In the third part of this work 1 shall try to assess liow some
forms might be considered as characteristic speeies of distinct biotopes and whether il might be possible
or not for the same speeies to occur in several hypogeous biotopes simultaneously.
I. — In Europe, seven généra of Planariidae are to be found ; they include : IJugesia, Plagnolia,
Crenobia, Planaria, Polycedis, Phagocala, Atrioplanaria. Only three of them are found in subterra-
nean waters cxclusively : Plagnolia, Phagocala (Fonlicola) and Atrioplanaria.
The epigeous speeies are widely distributed and are common in most European rivers, springs
and ponds, they include : D. gonoccphala, D. lugubris-polychroa, C. alpina, C. montenigrina, P. torva,
P. felina, P. nigra, P. tenuis.
An amorican form, D. tigrina, has been introduced into Europe and becomes more widely spread
every year. In contrast, two speeies of Phagocata are restricted to Lake Ohrid and are to be considered
as strictly endemie forms. As a whole and with a few exceptions ( Phagocala villa and P. albissima )
hypogeous Planariidae are more narrowly distributed than the epigeous one. However as far as
the généra are concerned, Atrioplanaria is to be considered as widely distributed in Europe, but occur-
ring in disconnected areas ; it also occurs in mediterranean islands. The speeies A. notadena is restricted
to the région between La Tour-du-Pin and Strasbourg. Plagnolia vandeli is to be found in subterra-
nean waters in tbc vicinity of the Ariège and the higher Garonne basins.
Dugesia absoloni on the one liand and Polycelis benazzii on the other hand are the only hypo¬
geous speeies of these two cosmopolitan and widespread généra ; but each of them has been collected
only from a single cave.
Quantitative and qualitative results hâve shown that the Planariidae family is poorly distributed
among the hypogeous aquatic fauna. Only fifteen speeies hâve been recorded as exclusive dwellers
of subterranean waters.
II. — Five généra of Dendrocoelidae are to be found in Europe. Four of them hâve been
recorded as inhabitants of the hypogeous System ( Dcndrococlurn , Miodendrocoelum, Dendrococlopsis
et Reclocephaln). The fifth one ( Bdellocephala) includes a single epigeous speeies which occurs sporadi-
cally in Europe, except the Mediterranean.
The highest diversity is found in the genus Dendrocoelum since it includes 64 speeies 1 out of
the 73 which are included in the family. These 64 speeies are separated unevenly into eight subgenera
1. Including algérien speeies D. vaillanti atso.
Source : MNHN, Paris
90
NICOl.E GOURBAULT
(see Index I). The genus Miodendrocoelum is monospecific and the holarctic genus Rectocephala includes
one species that can be found only in Europe. One epigeous and five hypogeous species are classi-
fied into the genus Dendrocoelopsis . The epigeous species are the only ones to be widely distributed
(Dendrocoelum lacteum, Dendrocoelopsis spinosipenis , Bdellocephala punctala). The piginented and
lake-dwelling species of Neodendrocoelum are to be considered as relict forms which are strictly restric-
ted to Lake Ohrid or the Balkan area.
The hypogeous forms are narrowly distributed inside géographie areas. The inost widely
distributed species are the following :
Dendrocoelum collini which extends from Italy to Belgium, D. cavaticum from Northern Jura
to Alb springs ; D. mrazeki which is scattered in Tchecoslovakia and Poland. Other species are restric-
ted to even narrower limits, such as D. regnardi in subterranean waters from the vicinity of the city
of Albi, D. tuzetae and D. remyi. Nevertheless most of the species hâve been collected from a single
station or from localities very close to one another.
The biospeleological investigations, which were undertaken in Europe a few years ago, hâve
resulted in the finding of a great number of new species, as expected, and also they provide many new
data on the geonemy and biogeography of hypogeous Tricladida Paludicola.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
91
DEUXIÈME PARTIE
DONNÉES BIOLOGIQUES
SOMMAIRE
Pages
Chapitre I. — REPRODUCTION SEXUÉE
I. — L’appareil génital. 94
1. Les testicules. 94
2. Les ovaires. 94
a) structure des ovaires. 94
b) nombre des ovules. 95
II. — L’accouplement. 96
1. Mécanisme de la copulation. 96
2. Étude histologique. 9/
3. Durée de la copulation. 98
4. Période et rythme des copulations. 98
III. — La ponte des cocons. 99
1. Cocons de Triclades épigés. 99
2. Cocons de Triclades hypogés. 190
IV. — Les époques de pontes. 194
1. Époques de pontes des espèces épigées. 194
2. Influence des facteurs externes. 194
3. Données acquises concernant les formes hypogées. 195
4. Rythme et périodes de pontes des Paludicoles hypogés en élevage. 196
5. Discussion. 198
V. — Le développement et l’f.closion des cocons. 198
1. Durée du développement embryonnaire. 108
2. Pourcentage de fertilité des pontes. 199
3. Nombre de jeunes par ponte. 199
VI. — La croissance des triclades hypogés. 111
1. Taille des jeunes à l’éclosion. 111
2. Durée du développement jusqu’au stade adulte. 111
3. Longévité des Triclades hypogés. 112
VII. — Conclusion. 118
Source : MNHN, Paris
92
NICOLE GOURBAULT
Chapitre II. — REPRODUCTION ASEXUÉE ET RÉGÉNÉRATION
I. — La reproduction asexuée. 114
1. Résultats des observations d’élevages. 114
2. Influence de la température. 115
3. Discussion et conclusion. 116
II. — La régénération. 117
1. Introduction. 117
2. Matériel et techniques. 117
3. Résultats des amputations. 118
4. Résultats histologiques. 121
5. Discussion et conclusion. 122
Chapitre III. — MÉTABOLISME RESPIRATOIRE
I. — Techniques. 123
1. Méthode chimique. 124
2. Méthode manométrique, microrespiromètre. 124
3. Expression des résultats. 124
II. — Historique. 125
III. — Résultats expérimentaux, valeurs du métabolisme respiratoire. 126
1. Métabolisme respiratoire de Triclades épigés : Polycelis felina et autres espèces. 126
2. Métabolisme respiratoire de Triclades hypogés : Plagnolia varuleli, Dendrocoelopsit
(Amyadenium) chattoni et autres espèces. 127
3. Comparaison et discussion des résultats. 130
a) Influence de la température. 131
b) Influence de la méthode. 131
c) Variations de l’intensité respiratoire en fonction du poids. 131
d) Variations de l’intensité respiratoire en fonction du temps. 133
e) Distribution des valeurs de l’intensité respiratoire. 133
IV. — Action des facteurs externes sur le métabolisme respiratoire. 135
1. Action de la température. 135
2. Action de la lumière.. 136
3. Action d’une section ; intensité respiratoire de Triclades en régénération. 136
V. — Conclusion. 137
Résumé de la deuxième partie. 138
SuMMARY OF THE SECOND PART. 140
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES
LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
93
La biologie des Triclades hypogés n’a été abordée que par les seules recherches de de Beauchamp
(1932) qui, dans son travail de 1935 (b, p. 289), concluait de façon peu encourageante : « la biologie
des troglobies témoigne d’une très faible fécondité et viabilité des embryons... et d’une période génitale
qui devra être élucidée par des cultures à température constante ».
L’une des difficultés majeures pour l’étude des phénomènes biologiques réside dans le petit
nombre d’individus récoltés en des stations uniques pour la majorité des espèces. Cet énorme handicap
ne pourra être surmonté que par une meilleure connaissance des conditions de vie des espèces, permet¬
tant de déterminer les biotopes préférentiels, et par l’utilisation de nouvelles techniques offrant un accès
immédiat à ces mêmes biotopes. J’ai essayé de résoudre partiellement ce double problème, comme il
apparaît dans la troisième partie de ce travail.
C’est en effet sur les élevages que repose l’essentiel des données biologiques qui ont pu être ras¬
semblées. Après en avoir déjà fourni les modalités (dans le chapitre traitant des techniques, p. 6),
je vais en exposer les résultats.
Source : MNHN, Paris
94
NICOLE GOURBAULT
CHAPITRE I
REPRODUCTION SEXUÉE
Il convient d’admettre que la grande majorité des Triclades Paludicoles hypogés se reproduit
par ce processus pour deux raisons : les individus récoltés dans les eaux souterraines sont le plus souvent
sexués (ce qui est indispensable pour leur identification) et, par ailleurs, ils appartiennent pour la plu¬
part à la famille des Dendrocoelidae et présentent donc un faible pouvoir de régénération, ce qui semble
exclure le mode de reproduction par scissiparité.
Des études traitant de cas particuliers, jointes à mes résultats personnels, permettent de définir
le cycle biologique des Paludicoles épigés dont certains présentent une alternance des deux modes de
reproduction, sexuée et asexuée. Ces données, base de référence pour l'étude de la biologie des espèces
hypogées, autorisent la comparaison entre les différents types écologiques.
J’envisagerai successivement les phases essentielles du phénomène de la reproduction sexuée
auxquelles il m’a été possible d’apporter quelques données précises.
I. — L'APPAREIL GÉNITAL
Chez les Triclades, animaux hermaphrodites dont la fécondation est réciproque et qui sont tous
ovipares, les ovaires et les testicules apparaissent généralement simultanément et en premier lieu
lors de la maturation ; le vitellogène atteindra son développement complet au moment de la ponte.
Par ailleurs, l’appareil copulateur se constitue selon le processus défini par Vandel (1921 b, p. 456) ;
son développement semble se trouver sous la dépendance des testicules.
Les organes génitaux des Triclades ont été décrits pour de multiples espèces et j’en ai rappelé
les caractéristiques essentielles dans la première partie de ce travail.
1. Les testicules
Nombreux et dispersés sur toute la longueur de l’animal, ils sont entourés d’une membrane à
épithélium très aplati ; les éléments les plus différenciés, spermatides et spermatozoïdes, se situent au
centre, et les spermatocytes et spermatogonies à la périphérie (Planche II, 1).
2. Les ovaires
a) structure des ovaires
Curtis (1902, p. 545) décrit les ovaires de Dugesia ligrina ( D. maculala) et Hyman (1925, p. 71)
ceux de D. dorolocephala.
Les ovaires, toujours situés entre les premiers caecums digestifs, constituent deux masses arron¬
dies, composées de nombreuses cellules. La taille de ces cellules diminue graduellement du centre, où
les ovocytes en fin de prophase ou de métaphase sont plus ou moins isolés, vers la périphérie où sonl
situés les ovogonies et les ovocytes jeunes. Les ovules mûrs possèdent un important noyau ; ils sont
dépourvus de vitellus.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
95
De Beauchamp (1932, p. 300) a signalé une anomalie particulière à la souche de Phagocata vitta
de Laneuveville chez laquelle les ovaires ont tendance à se multiplier ; on en compte quatre à cinq
de chaque côté, les premiers en position normale et les autres échelonnés au-dessous et de taille décrois¬
sante. C’est la seule espèce hypogée chez laquelle à ma connaissance les ovaires, qui généralement con¬
servent une très grande stabilité à l’intérieur du sous-ordre, montrent une irrégularité caractérisée par
la multiplication des organes.
En revanche un phénomène inverse a été constaté pour diverses formes interstitielles chez les¬
quelles la réduction du nombre des ovaires aboutit, au stade ultime, à un seul ovaire impair (Delamare
Deboutteville, 1960, p. 115). Cette manifestation d’une asymétrie des ovaires peut être liée, dans de
nombreux cas, à l’allongement du corps de l’animal. Ainsi, pour Bathynella chappuisi Delachaux,
Crustacé souterrain, les œufs avortent dans l’ovaire droit ; l’ovaire gauche est seul fonctionnel et chaque
ponte fournit un unique œuf.
h) nombre des ovules
Pour l’ensemble des Paludicoles, la taille des ovaires diffère légèrement d’une espèce à l’autre,
en fonction des dimensions de l’individu lui-même, mais il n’y a pas de différences notables liées aux
N -i|i
N
0
0-1 - 1 - 1 - 1 -►
100 150 200 250
Fig. 22. — Nombre (N) et taille (Tp) des ovules (observés en coupe sagittale médiane) en fonction de la taille de l'ovaire
(longueur du grand axe) : 0. — Dendrocoelopsis beauchampi ; 1. — Dendrocoelum regnardi ; 2. — D. tuzetae ; 3. — D.
lescherae ; 4. — Dendrocoelopsis chattoni ; 5. — Plagnolia vandeli ; 6. — Atrioplanaria racovitzai ; 7. — A. delamarei ;
8. — Phagocata vitta ; 9. — Polycelis felina.
Source : MNHN, Paris
NICOLE GOURBAULT
96
caractéristiques écologiques. Cependant le nombre et la taille des ovules subissent des variations qui
semblent plus particulièrement nettes chez les formes souterraines. Chez celles-ci, les ovaires à maturité
possèdent de gros ovules formant deux taches de couleur blanche, opaque, bien visibles sur le vivant
en raison de la dépigmentation de l’animal. Dans certains cas, le nombre des cellules est remarquable¬
ment faible et leur taille supérieure à celle des ovules des formes épigées. D. (Amyadenium) beauchantpi
illustre parfaitement la tendance à la réduction du nombre d’ovules chez les formes hypogées
(Planche II, 2). C’est le stade le plus caractéristique que j’ai pu observer jusqu'à présent chez les Tri-
clades : quatre gros ovules constituent l’ovaire de cette espèce hypogée, alors que celui de D. doroto-
cephala, d’après Hyman (foc. cil.), en renferme plus de quarante.
Sur les coupes histologiques dont je dispose, j’ai effectué une série de mesures de la taille maxi¬
male des ovules et du nombre de cellules situées dans le plan sagittal médian de l’organe de diverses
espèces hypogées. Bien que les résultats soient insuffisants pour être statistiquement pris en considération,
ils donnent un aperçu des positions dans l’échelle relative aux conditions de reproduction de quelques
espèces (figure 22). L’espèce épigée Polycelis felirui est prise comme élément de référence au niveau
de la dispersion des points représentatifs des formes hypogées, points qui rendent compte de la faible
quantité d’ovules constituant chacun des deux ovaires.
Ainsi, s’il n’apparaît pas de différences entre espèces épigées et hypogées en ce qui concerne la
structure des organes génitaux, il n’en est pas de même pour le nombre des ovules contenus dans chaque
ovaire. Celui-ci montre une nette diminution qui coïncide avec la réduction du nombre des œufs, mani¬
festation très répandue dans le domaine souterrain (Vandel, 1964, p. 419).
II. — L'ACCOUPLEMENT
1. Mécanisme de la copulation
— Espèces épigées
Chez de nombreuses espèces épigées, von Bacr (1827), Dugès (1828), puis Burr (1912), Vandel
(1921 b) et de Beauchamp (1932, p. 239) ont décrit le mécanisme de la copulation entre deux individus ;
Jenkins et Brown (1964) reprennent cette étude avec l’espèce Dugesia dorotocepkala (Woodworth, 1897),
très commune en Amérique du Nord. Us multiplient le nombre des observations et photographient
le comportement des Planaires pendant les différentes phases de l’accouplement. Yanagita (1964)
précise ces mêmes phases pour Polycelis sapporo. Bail, Reynoldson et Warwick (1969) décrivent, l’accou¬
plement de Planaria toron, espèce européenne.
Les descriptions de tous ces auteurs concordent. Comme le résume Vandel (1921 b, p. 436) :
« les deux individus sont placés ventre à ventre, l’un sur le dos, l’autre sur le ventre, et les têtes dirigées
en sens inverse ; l’accouplement est réciproque ». C’est ce que confirment les planches photographiques
de Jenkins et Brown, et les schémas de Burr; toutefois, certaines variantes interviennent suivant les
différents genres considérés.
— Espèces hypogées
Mes observations ont porté sur cinq espèces hypogées : Dendrocoelopsis chattoni, Dendrocoelurn
regnardi, Plagnolia oandeli, Phagocata vitta et Atrioplanaria delamarei.
Chez cette dernière espèce l’accouplement n’a jamais pu être observé ; je n’ai d’ailleurs pas
trouvé non plus, dans les notes de de Beauchamp, la description de la copulation chez l’espèce proche
A. noladena. Il conviendrait cependant de fixer deux individus in copula, pour rendre compte des moda¬
lités de l’accouplement, étant donnée la morphologie particulière de l’appareil copulateur de ce genre
où le pénis présente un appendice interne, caractéristique, qui semble empêcher la formation d'un
spermalophore. Ce spermalophore est déposé dans la bourse copulatrice du partenaire chez P. toron
et chez les Phagocata.
Chez les quatre autres espèces hypogées, l’accouplement a pu être observé à de multiples reprises.
Il correspond exactement à la description qu’en a donnée Burr pour IJendrocoeluni lacteum : les deux
Source : MNHN, Paris
ECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
97
individus reposent sur le substratum toujours sur leur face ventrale, les parties postérieures, redressées
à angle droit étant accolées. A ce niveau, l’on voit une nette dépression dorsale due à l’extension des
pénis. Dans mes élevages, l’accouplement ventre à ventre avec enroulement des deux partenaires,
comme chez les formes épigées, n’a pas été observé. Chez ces dernières, en effet, ce n’est que lors de la
phase ultime «le l’accouplement, lorsque les deux individus sc séparent, qu’ils se trouvent dans la posi¬
tion habituelle des hypogées, parties postérieures accolées et têtes dirigées en sens inverse.
2. Étude histologique
Pour l’espèce I). challoni , j’ai fixé par deux fois deux exemplaires in copida. Ceux-ci sont étroite¬
ment et solidement liés l’un à l’autre : il est aisé de les recueillir avec un pinceau et de les placer dans
le fixateur, ce qui est impossible en revanche pour P. vandeli, car les deux Planaires se séparent toujours
au moindre contact. Ce contraste peut trouver son explication dans la morphologie même du pénis,
très petit et parenchymateux, de cette espèce chez laquelle l’abouchement des oviductes est réalisé
â la fois dans le canal de la bourse et dans l’atrium mâle.
L’étude des coupes histologiques de D. challoni permet l’interprétation du mécanisme, schéma¬
tisé sur la figure 23. Celle-ci correspond h la reconstitution des appareils copulateurs de deux individus
fixés pendant leur accouplement ; deux autres exemplaires de D. challoni ont pu être photographiés
sur le vivant (Planche II, 4). Lors de la copulation, le pénis de l’un des animaux pénètre dans la bourse
. 23. — Dendrocoetofisis ( Amyatlenium ) challoni. Reconstitution des appareils copulateu
en copulation (d'après des coupes sagittales).
Source : MNHN, Paris
N ICO1.10 GOURBAULT
copulatrice du partenaire ; les deux pénis s’entrecroisent au niveau du pore génital puisque l’accouple¬
ment n’a pas lieu en position tète-bèche.
A l’observation des coupes effectuées sagitlalement au travers des individus 1 et 2 pris comme
exemple, les détails du processus peuvent être analysés. Le pénis de l’individu 2 s’est engagé profondé¬
ment dans le canal de la bourse de l’individu 1. Ce canal, très distendu, ne présente plus l’anse hyper¬
trophiée caractéristique de l’espèce. De même, chez l’individu 2, l’anse a également disparu, bien que
le pénis i ne soit visible qu’au niveau de l’atrium commun ; toutefois, sans modifier le diamètre du canal,
le pénis de l’individu 1 a refoulé, vers la bourse, la partie correspondante à l’anse qui présente un aspect
très sinueux, en arrière de la bourse. L’épithélium du canal, à l’exception de la partie de faible diamètre
située près de la bourse et de celle encombrée par la papille pénienne, est formé de hautes cellules papil¬
leuses. Seuls les canaux déférents de l’individu 2 renferment des amas de spermatozoïdes ; au contraire
l’individu 1, dont la vésicule séminale est pleine (Planche II, 3) semble avoir éjaculé un important
amas de sperme à l’intérieur même du parenchyme, entre le canal de la bourse et le pénis (ceci n'est
pas imputable ici aux contractions dues à la fixation ; j’ai pu l’observer h de multiples reprises chez
d’autres formes). Cette dispersion du sperme peut expliquer le fait qu’un très grand nombre de copula¬
tions ne conduisent pas à la ponte de cocon, puisqu’elles sont imparfaites. 11 est possible d’illustrer
cette observation par un exemple : un mois après un accouplement, j’ai fixé l’un des deux partenaires.
La bourse copulatrice est vide, son canal montre l’aspect classique de l’espèce, aucun changement n’appa¬
raît au niveau des glandes génitales.
— A cette occasion toutefois il est intéressant de noter que la papille pénienne est complètement inva¬
ginée à l’intérieur de la vésicule séminale (Planche II, 6), ce qui donne au pénis une morphologie toute diffé¬
rente de celle qui s’observe chez un individu au repos.
Je ne saurais donc trop insister à nouveau sur le fait qu’il convient toujours d’être très prudent lors de
l’établissement de la diagnose d’une espèce, puisque l’état physiologique entraîne d’importantes modifications
au niveau de l’appareil copulateur.
3. Durée de la copulation
Chez les Triclades épigés, l’accouplement ne dépasse pas quelques minutes : il s’accomplit en
sept minutes chez D. dorotocephala.
Chez d’autres Turbellariés, l’on a relevé des durées de 40 à 60 minutes pour les Acoeles, une
heure et plus chez les Polyclades.
Au contraire, maintes observations permettent de considérer que la durée de l’accouplement
est beaucoup plus longue chez les Triclades hypogés : elle est de l’ordre de 24 heures chez D. [Amya-
denium) chattoni et toujours supérieure à plusieurs heures chez les autres espèces souterraines.
4. Période et rythme des copulations
Chez l’espèce épigée P. felina, pas plus que Vandel, je n’ai pu observer de période d’accouple¬
ment, que ce soit en élevage ou dans la nature. En général, selon les données de IJurr, les Triclades
s’accouplent principalement la nuit, à l’aube, ou au crépuscule. Mais pas davantage que Jenkins et
Brown, je n’ai pu mettre en évidence le fait qu’une lumière faible les incitait à la copulation.
Chez les espèces hypogées l’accouplement s’observe en cours de journée dans les élevages qui,
il est vrai, sont effectués à l’obscurité ; toutefois, l’apport d’une lumière peu violente n’entraîne aucune
modification du phénomène. Une lumière vive, au contraire, est responsable de la séparation des parte¬
naires chez Plagnolia vandeli. Aucune période préférentielle ne peut être mise en évidence pour P. (Fort-
ticola) cilla, D. (Amyadenium) chattoni et P. vandeli dont j’ai pu observer l’accouplement à différentes
périodes de l’année, indépendamment des saisons. La date de ces copulations relevée pour chaque éle¬
vage est consignée sur les figures 24, 25 et 26.
11 n’est pas rare que des individus s’accouplent plusieurs fois, à brefs intervalles. Ainsi, dans
un élevage de D. chattoni, j’ai isolé le 17 février 1966 deux individus en copulation. De nouveaux accou-
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUD1COLES HYPOGÉS
plcments avaient lieu les 17 mars, 20 avril, 15 mai, et 9 juin de la même année ; cependant ces deux
animaux, n’ont jamais pondu de cocon. Mais il est certain toutefois que les rythmes de copulations
doivent être plus accélérés que ne l’indiquent mes observations, qui n’ont pas toujours été quotidiennes.
En résumé, l’accouplement des Triclades hypogés rappelle parfaitement celui du Dendrocoele
épigé, D. lacteum ; le mécanisme est identique, les copulations s’observent indépendamment de la
période considérée tout au long de l’année ; mais la durée de la copulation est supérieure à celle des
formes épigées.
III. — LA PONTE DES COCONS
— La formation du cocon, bien étudiée chez les espèces épigées, s’effectue dans l’atrium où
sont réunis les œufs fécondés, accompagnés de très nombreuses cellules vitellines ; celles-ci au nombre
de 10 000 environ se disposent autour de l’embryon par des mouvements amoeboïdes. Le cocon expulsé
présente une membrane blanche, qui brunit rapidement après son émission dans l’eau.
— La taille des cocons est fonction de celle de l’espèce.
1. Cocons de Triclades épigés
Dans le tableau 2 sont consignés les résultats concernant quelques espèces banales, ainsi que
Dendrocoelum album et D. romanodanubialis qui ont été tout particulièrement étudiés.
Tableau 2. — Reproduction sexuée chez quelques espèces de Triclades.
Espèces
Longueur
du grand axe
du cocon
(en mm)
Cocons
fixés
Durée
du développement
embryonnaire
Nombre
de jeunes
Auteurs de référence
Dugesia gonocephala. . .
1 à 2,5
Pédonculé
2 à 4 semaines
(12° à 15»)
D. Ittgubris-polychroa. . .
1,5
Pédonculé
10 à 20 jours
4 à 6
Hallez, 1887
D. dorolocephala .
Pédonculé
3 à 4 semaines
(à 1805)
14 à 20
Jenkins et Brown, 1964
Planaria torva .
0,5 à 1,5
Sessile
2 à 5 semaines
2 à 17
Vlattiesen, 1904 ; Bail, Rey-
noldson, Warwick, 1969
Crenobia alpina .
2
Sessile
10 semaines
7 à 30
Bohming, 1909 ; Vandel, 1921
P. nigra et P. tennis . . .
0,5 à 1,5
Sessile
24 à 28 jours
(à 18°)
Le Moigne, 1963
Polycelis felina .
0,5 à 2
Sessile
5 à 10 semaines
5 à 6
Vandel, 1921
Dendrocoelum lacteum..
2-3 à 4
Sessile
2 à 5 semaines
max. (à 4o)
20 à 40
Hallez, 1887
D. romanodanubialis. . .
1 à 1,4
Sessile
1 mois et plus
(à 12°)
3 à 9
2 à 8
Codreanu, 1949, p. 285
Codreanu, 1950, p. 636
U. album .
3 à 3,2
Sessile
3 mois
(à 8»)
7 Beauchamp, 1925 ; Stéphan-
(1 à 19) 1 Dubois et Samsel, 1962
Source : MMHN, Paris
100
NICOLE GOURBAUI.T
A l’exception du cocon de D. lacleum qui est libre, tous les cocons pondus, de couleur brune,
sont fixés au substratum par une sécrétion des glandes voisines du pore génital qui forme un pédoncule
dans le genre Dugesia. Les cocons sont généralement de forme ellipsoïdale ; la taille du grand axe varie
de 0,5 à 4 mm selon les espèces considérées.
2. Cocons de Triclades hypogée
Il résulte des travaux de de Beauchamp que Üendrocoelum collini dépose des cocons sphériques
de 1,5 à 2 mm de diamètre, peu colorés. D. remyi pond des cocons libres, sub-sphériques de 1,3 mm
de diamètre.
Parmi les Triclades que j’ai élevés, seule l’espèce Plagnolia vandeli n’a jamais fourni de pontes.
Il n’a pas non plus été possible de mettre en évidence les cocons de cette espèce lors des récoltes en grotte
ou dans les sous-écoulements de ruisseaux, bien que j’aie toujours trié à la loupe les sédiments remontés
lors des pompages et prospecté méticuleusement les différents biotopes accessibles.
En revanche, les autres espèces hypogées ont fourni quelques résultats. Atrioplanaria delama-
rei dépose des cocons très peu pigmentés de couleur beige à miel clair, permettant de suivre aisément
le développement des embryons par transparence à travers l’enveloppe muqueuse. Ces cocons sont
pondus librement parmi les débris végétaux et les sécrétions de mucus et ne sont jamais fixés au subs¬
tratum (la non fixation du cocon peut être considérée comme un caractère dégénératif). Ils sont ellip¬
soïdaux et de petite taille ; celle-ci toutefois peut varier en fonction de la taille des adultes. Les plus
petits cocons mesurent 0,55 mm de grand axe ; les plus grands, pondus par des individus maintenus
en élevage pendant trois années, atteignent 1 mm de grand axe et 0,7 mm de petit axe. Les cocons
obtenus de février à mai 1966, par exemple, étaient au nombre de 68 ; la moyenne calculée de la longueur
du grand axe est de 0,72 mm. Le détail pour les pontes fertiles obtenues de février à mai est reporté
dans le tableau 3.
Chez P. villa les cocons sont toujours fixés au substratum par une goutte de sécrétion, mais
sans pédoncule. Leur taille est supérieure à celle des cocons d'Atrioplanaria : 1 à 1,2 mm de grand axe
en moyenne. Ils sont également ellipsoïdaux et leur pigmentation est faible. Le détail des pontes fertiles
est donné par les tableaux 3 et 4.
Chez Dendrocoelopsis chattoni, trois cocons seulement ont pu être observés ; un a été récolté dans
la grotte de l’Église à Bas-Nistos et les deux autres obtenus en élevage. Sphériques et plus pigmentés
que les précédents, ils mesurent 3 min de diamètre et sont en général fixés lors de la ponte sur le bord
du cristallisoir ou sous une pierre.
Chez Dendrocoelum regnardi, les pontes semblent relativement fréquentes car j’ai pu en obtenir
malgré le petit nombre d’animaux élevés ; les cocons fixés aux parois des cristallisoirs d’élevage, sont
semblables à ceux de D. chattoni ; leur taille varie de 2,5 mm à 3 mm ; ils sont de couleur brune.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
101
Tableau 3. — Reproduction sexuée chez Atrioplanaria delamarci.
Ponte
Taille des cocons
(en mm)
Durée développement
embryonnaire (en mois)
Nb. jeunes éclos
par ponte
Taille des jeunes
(en mm)
1
0,75 x 0,70
2 y 2
3
1,8 à 2 x 0,2
2
0,70 x 0,60
2 y 2
2
2 x 0,3
3
0,60 X 0,55
2 y 2
1
3 x 0,3
4
0,85 X 0,80
4
1
4 x 0,4
5
0,70 X 0,60
3
3
0,5 à 4,5
6
0,80 x 0,75
3
2
1,5 et 4
7
0,55 X 0,50
3 i/ 2
3
2 à 3 X 0,2
8
0,55 X 0,55
4
3
2 à 2,5
9
0,70 X 0,65
6
1
3 X 0,2
10
0,65 x 0,55
3
3
2 X 02,
11
0,75 x 0,60
3
3
2,5 à 3
12
0,80 x 0,80
2 »/ 2
4
2 à 3
13
0,90 x 0,90
2 y 2
2
3 et 3,5 X 0,2
14
0,80 X 0,80
3
4
2 à 2,5
15
0,80 x 0,75
3
3
2 x 0,2 à 0,3
16
0,75 x 0,70
3
3
1,5 à 3
17
0,70 x 0,70
2 >/ 2
3
2 à 2,5
18
0,70 x 0,70
2 y 2
3
2 à 2,5
19
0,70 x 0,55
4
3
1,5 à 3
20
0,75 x 0,70
3 y 2
2
2 et 3,5
21
0,75 x 0,75
3 y 2
3
1,2 à 1,5 X 0,2
22
0,90 x 0,90
3 >/ 2
1
4 x 0,3
23
0,80 x 0,75
4
2
2 et 3,5
24
0,70 X 0,60
4
2
2,5 et 3
25
0,80 x 0,80
3 y 2
2
1,5 et 3
26
0,90 x 0,90
3 y 2
2
2,5 X 0,2
27
0,70 X 0,65
3 >/ 2
1
3 X 0,5
28
0,85 x 0,85
3
1
2,5 x 0,5
29
0,75 x 0,65
/,
2
2,5 X 0,3
30
0,75 X 0,60
3 y 2
2
2 et 3
31
0,70 x 0,65
4
2
2,5 X 0,3
32
0,70 x 0,65
3 y 2
2
1,5 et 2
33
0,55 x 0,50
3 y 2
2
2 x 0,2
34
0,80 x 0,70
3 y 2
2
1,5 et 2,5
35
0,55 X 0,50
3 y 2
3
2 à 3
36
0,70 x 0,55
3
2
2,5 et 3 X 0,2
37
0,80 X 0,70
3 y 2
4
1 à 3 x 0,2
38
0,65 X 0,60
3
2
2,5 X 0,2
39
0,90 x 0,90
3 y 2
1
3,5 x 0,3
40
0,80 x 0,70
3
4
1,5 à 2 x 0,2
41
0,85 x 0,85
3
2
2 et 3
42
0,70 x 0,65
3
2
1,5 et 3
43
0,75 X 0,70
3 y 2
2
2,5 X 0,2
Moyenne
arithmétique
0,74 X 0,68
3 < X < 3 y 2
2
Source : MNHN, Paris
102
NICOLE GOURBAULT
Tableau 4. — Reproduction sexuée chez Phagocata vitta.
Ponte
Taille des cocons
Durée développement
embryonnaire (en mois)
Nb. jeunes éclos
par ponte
Taille des jeunes
(en mm)
Souche Abères ; température 9°C
1
1,20 X 0,80
4
8
1 à 2
2
1,20 X 0,90
3 »/*
8
1 à 2
3
1,35 X 1
3 y 2
1
3 x 0,5
4
1,40 x 1
3 >/ 2
8
0,7 à 2 x 0,4
5
1,95 X 1,10
3
8
1 à 2 x 0,3
6
1,50 X 1
3
8
1 à 2 x 0,3
7
1,20 X 0,80
4
6
2 à 2,5 x 0,4
8
1,30 x 1,10
2
6
2 à 2,5 x 0,4
9
1,20 x 0,95
3 y 2
8
0,7 à 1 x 0,3
10
1,20 x 0,95
3
4
2,5 x 0,5
11
1,35 x 1,10
3
7
1 à 2 x 0,4
12
1,20 X 1
2
5
2 à 3,5 x 0,4
13
1,20 x 0,95
2 Yl
5
2 à 3,5 x 0,4
14
1 X 0,75
2
3
2 à 3,5 x 0,4
15
1,20 x 1
2
8
1 à 1,3 x 0,3
Moyenne
arithmétique
1,30 x 0,95
2 y 2 < x < 3
6
Souche Callong ; température 9°C.
1
1,30 x 1,20
5
5
1,2 à 2,5 X 0,5
2
1,20 X 1,10
5 %
6
1 à 3 x 0,6
3
1,20 x 1,20
4
7
1,3 à 2 x 0,4
4
1,60 x 1,40
4
7
1,3 à 2 x 0,4
5
1,20 x 1,15
^ y 2
5
2 à 3
6
1,20 x 1,20
6 y 2
1
4,5 x 1,2
7
1,20 X 1,20
4 H
5
1,7 à 2,5
Moyenne
arithmétique
1,27 x 1,20
4 y 2 < X < 5
5
La formation et la ponte des cocons sont donc semblables chez les espèces épigées et hypogées.
Chez ces dernières toutefois la membrane qui enveloppe le cocon est peu pigmentée. Très transparente
chez A. delamarei, elle atteint son maximum de pigmentation chez D. regnardi. Mais, même alors, la
pigmentation demeure moins forte que celle des cocons des formes épigées. La taille ne subit aucune
modification en relation avec les conditions écologiques. Le nombre d’œufs varie de deux à trois à une
quarantaine selon les espèces, les espèces hypogées en comportant le nombre le plus faible.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR
LES TRICLADES PALUDICOI.ES HYPOGÉS
103
50
Copulation
Rjnte fertile
Ponte stérile
<0
' 2 ' 3 ' 4 ' 5'6'7'8'
2 ' 3 ' 4 ' 5 ' 6 ' 7 ' 8 ' 9 ’10
' 2' 3 '4 ' 5 '6 '7 '8 ' 9'10'1
Fie. 24. —- Phagocata villa (Abères) ; évolution d’un élevage de 31 individus placés à 9°C (F, = première génération ;
F a = seconde génération).
Source : MNHN, Paris
r
104
NICOLE GOURBAULT
IV. — LES ÉPOQUES DE PONTES
1. Époques de pontes des espèces épigées
Le tableau 5 récapitule quelques données concernant la reproduction sexuée d’espèces en majo¬
rité épigées. Selon les espèces envisagées, l’époque de ponte ne se situe pas à la même période. Il semble¬
rait donc ne pas exister de réponse concluante à la question posée par Vandel (1921 b , p. 437) « La ponte
a-t-elle lieu toute l’année ou ne se produit-elle qu’à certaines époques déterminées ? »
Chaque individu possède un cycle biologique qui lui est propre mais, au niveau de l’espèce se
dégage un cycle de reproduction caractéristique de l’ensemble. Ainsi, le groupe Dugesia lugubris-poly-
chroa ne dépose pas de cocons en fin d’été et début d’automne, contrairement à Planaria lorva ; de
nombreuses espèces se reproduisent toute l’année, bien que leurs pontes soient plus abondantes à certaines
périodes.
D’après Jenkins et Brown (1963) la ponte ne suit pas un cycle saisonnier chez D. dorotocephala,
mais dépend de l’âge de l’animal, ce qui a été étudié par Balazs et Burg (1962) pour I). lugubris en éle¬
vage. Dans la nature il in’a été fréquemment donné de récolter en une même station des exemplaires
asexués, scissipares, en même temps que des pontes, pour P. felina.
Tableau 5. — Époques de pontes de quelques Triclndes.
Espèces
Reprod.
Époques de pontes
Tempér
Auteurs de référence
JFMAMJJASOND
Dugesia gonocephala ....
+
toute l'année et -+■ -(- +
15°C
Abeloos, 1929
D. lugubris-polychroa. . .
+ + + + + + + + +
10-18°C
Vandel, 1921
ü. dorotocephala .
+
toute l’annce
—
Jenkins et Brown,
1963
Planaria torva .
+ + + + +
_
Bail, Reynoldson,
Warwick, 1969
Crenobia alpina .
+
-(- + -+- et toute l'année -f-
6°C
obs. personnelle
P • ™g ra .
+ + + -J- toute l’année
14-16°C
Le Moigne, 1963
Polycelis felina .
+
toute l’année
10-U°C
obs. personnelle
Dendrocoelum lacteum . . .
-J- + + + + et toute l'année -f-
15-17°C
Halles, 1887
D. romano danubialis. .
+
13°C
Codreanu, 1949
D. album .
+ +
10-12OC
de Beauchamp, 1932
2. Influence des facteurs externes
A la suite des travaux de Stoppenbrink (1905), Abeloos a étudié les facteurs déterminant la ponte
des cocons qui, chez D. gonocephala, ... « n’est pas nécessairement liée à une saison déterminée. Elle
ne dépend pas non plus d’un rythme interne annuel. Elle se produit toujours à la fin d’une période
de croissance et semble déterminée par l’équilibre physiologique qui en résulte, le déclenchement de
la ponte est nettement favorisé par l’inanition qui se présente comme un facteur adjuvant (1929,
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS 105
p. 296 )», ... « l’élévation de température semble déterminer la ponte, en même temps que la diminu¬
tion de poids » (1930, p. 43).
La ponte n’est inhibée que temporairement par une nourriture abondante et c’est pourquoi,
étudiant l’influence de la nutrition sur la ponte des espèces Polycelis nigra et Dugesia lugubris, Dubois
(1946 b, p. 884) conclut au contraire : « Dans le cadre du rythme annuel de ponte, le facteur externe
de l’alimentation joue un rôle très important. L’inanition prolongée provoque un arrêt de la ponte :
pour entretenir celle-ci, une nutrition régulière est indispensable, mais elle doit être intermittente... »
C’est en me basant sur ces résultats que j’ai entretenu mes élevages, nourrissant les Triclades hypogés
une fois à deux fois par mois, les épigés tous les six jours.
Par ailleurs, l’action d’une température constante sur la production des cocons et le cycle bio¬
logique est incontestable ; elle a été étudiée par Reynoldson, Young et Taylor (1965) pour quatre espèces
épigées, en tant que responsable de la distribution géographique de ces Triclades.
3. Données acquises concernant les formes hypogées
De Beauchamp a publié les résultats qu’a pu lui procurer l’observation de ses élevages de Tri¬
clades obscuricoles ; les divers éléments sont schématisés dans le tableau 6.
Tabi.f.au 6. — Époques de pontes de Triclades, d'après les données de P. de Beauchamp.
Espèces
Provenance
Époqu
de pon
Tempé-
J
F
M
A M
J
J A
S 0
N
D
Phagocata ( Fonticola) bosniaca. . . .
Sarajevo
+ +
+
+
11-12°C
I‘. albissima .
St-Nicolas-de-
Port
+
+ +
10°C
P. Alla .
Strasbourg
+
+
+
+
^ 13°C
Concarneau
+
+ +
+
+
Banyuls
+
Atrioplanaria notadena .
Tresserve et
Neuhof
+
+
+
+
Dendrocoelum collini .
Champagne
+
+ +
+ +
+ +
D. remqi .
Servance
+
+ +
1). album .
Illbecken
+
+
+
< 12°C
D. lacteum .
Illbecken
+
+
+
+
+
+
Ces données sont trop fragmentaires pour que l’on puisse en tirer une loi générale ; mais ce sont
les seules dont il est possible de disposer. D’après cet auteur, A. notadena est une espèce hypogée chez
laquelle les pontes sont abondantes et les éclosions faciles ; trois générations ont pu être suivies. Ces
Atrioplanaria présentent une reproduction asexuée qui peut exister seule, chez les individus placés
à des températures élevées. Chez l’espèce de Sardaigne, Benazzi (1942 b) a obtenu quelques rares pontes
stériles (un seul cocon a éclos, libérant un jeune).
Source : MNHN, Paris
NICOLE GOURBAULT
l(x;
4. Rythme et périodes de pontes des Paludicoles hypogés en élevage
Il est intéressant de noter que l’effet de groupe semble important pour déclencher la ponte des
Triclades. Je n’ai jamais obtenu de cocons pondus par des individus isolés par couple après la copula¬
tion, mais uniquement dans des bacs d’élevages renfermant un minimum d’une dizaine d’individus.
De ce fait, il n’est pas possible de noter le rythme de ponte d’une Planaire hypogée ; cependant celui-ci
doit être très faible, si l’on en juge d’après le nombre de cocons déposés, comparé au total des individus
en élevage. De Beauchamp a obtenu cinq cocons à partir de deux D. collini ; nous sommes loin d’atteindre
le nombre enregistré pour les formes épigées (jusqu’à 60 cocons pondus au cours de la vie d’un individu).
Le nombre de cocons pondus par les Triclades hypogés est variable en effet selon les espèces considé¬
rées (tableau 7).
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
107
Tableau 7. — Nombre de pontes déposées en fonction de l'époque considérée.
Espèces
Nb.
Époques de pontes
Total
Nb.
individus
Année JFMAMJJASOND
.4. delamarei. . . .
n „ rK „
400
1966 7 11 29 16 5
»
1967 4 22 38 11 3
) 192
»
1968 2 17 22 5
)
P. villa .
Abères
200
1966 5 2 2 6 1 1 1 2
20
Callong
30
1968 1 2 2 2 3 1
11
ü. chattoni .
Nistos
85
1965 1 1
3
1968 1
D. regnardi .
Cabéou
7
1968 1 1 1
3
Chez Atrioplnnnria delamarei, une récolte effectuée en juin 1965 a permis d’obtenir, au cours
des années suivantes, d’abondantes pontes. Celles-ci, dans les élevages placés à 8-9°C, ont commencé
à se produire à la fin du mois de janvier 1966 et se sont poursuivies régulièrement jusqu’au 20 mai ;
ensuite, elles se sont interrompues comme l’indique la figure 27 pour ne reprendre qu’en février 1967,
s’interrompre en avril, et ainsi de suite, de façon régulière. 11 semblerait donc exister un cycle
annuel chez cette espèce, les pontes ayant lieu surtout à la fin de l’hiver. Ce phénomène s’observe
également pour les individus élevés dans les caves du laboratoire ; toutefois, il est à noter alors un léger
retard à la ponte, qui ne débute que fin mars pour s’achever fin avril, et un plus faible nombre de cocons
déposés. Mais A. delamarei est la seule espèce chez laquelle un cycle saisonnier annuel ait pu être mis
en évidence.
Fie. 27. — Nombre N de pontes et d'éclosions obtenues sur trois ans à partir d'un élevage de 400 Atrioplanaria dela-
Source : MNHN, Paris
108
NICOLE GOURBAUI.T
Au contraire, les deux souches sexuées de P. villa que j’ai élevées ont pondu tout au long de
l’année; mes données rejoignent donc parfaitement celles de Carpenter (1928, p. 105).
Dendrocoelopsis chattoni a fourni deux pontes en élevage : l’une en octobre I960, l’autre en
septembre 1968 ; un troisième cocon avait été récolté dans la grotte de l’Église le 24.08.1965.
Chez Dendrocoelum regnardi deux cocons ont été déposés les 31.01.1968 et 5.02.1968 par des
individus mis en élevage le 3 janvier précédent ; le troisième cocon a été pondu le 17.04.1968. Aucun
cocon n’a été récolté dans la nature.
5. Discussion
L’influence des facteurs externes dans le cas des formes hypogées est très peu sensible ; l’ali¬
mentation est en général suffisante et. les faibles variations de la température représentent un fait tan¬
gible lié aux eaux souterraines. Cependant, les observations dans la nature, comme je l’exposerai dans
la troisième partie de ce travail, ne permettent pas d’apporter de conclusions à la question de la pério¬
dicité des pontes. Les seules données résultent des élevages. Toutefois, il n'est pas exclu que des condi¬
tions d’élevage, même les plus favorables, n’entraînent des modifications au niveau du cycle que peut
présenter l’animal dans son milieu naturel souterrain. Chez les espèces épigées il est vrai, Dubois (1946 a)
a montré que le cycle annuel s’observe toujours, et même en élevage, chez les espèces qu’il caractérise.
11 est donc possible de considérer que l’espèce hypogée A. delamarei possède un cycle biologique
saisonnier, contrairement à P. villa.
Le problème de la périodicité dans la reproduction des animaux souterrains a été soulevé à
maintes reprises et nous retrouverons, dans la littérature traitant de divers groupes zoologiques, un
ensemble d’éléments les uns confirmant (Ginet, 1960 ; Dussart, Graf, Husson, 1966), les autres infir¬
mant (Deleurance-Glaçon, 1963), l’existence d’un cycle biologique saisonnier chez les formes hypo¬
gées. En raison de ces données contradictoires, il est normal de conclure qu’eu ce qui concerne ces
formes « certains groupes ou certaines espèces sont caractérisés par la présence d'un cycle de reproduc¬
tion saisonnière, d’autres par l’absence de ce cycle ». Lorsque ce cycle existe, « ... il est atténué par rap¬
port à celui des formes de surface. En revanche, toutes les formes souterraines sont remarquables par
leur rythme de ponte très ralenti par rapport à celui des formes épigées » (Rouch, 1968, p. 118).
V. — LE DÉVELOPPEMENT ET L'ÉCLOSION DES COCONS
On n’observe point, semble-t-il, de différences notables dans les manifestations du développe¬
ment des œufs des divers genres de Paludicoles épigés. La formation de l’embryon, à partir de filas-
tomères noyés dans les cellules vitellines, est caractéristique de ce groupe riche en vitellogènes. Les
jeunes, lors de l'ouverture de la capsule, cessent de se nourrir aux dépens du vitellus pour s'alimenter
normalement. Chez quelques espèces les yeux n’apparaissent qu’après un certain laps de temps comme
j’ai pu l’observer chez P. vitta, par exemple.
Le développement embryonnaire des Paludicoles hypogés ne semble pas différent de celui décrit
dans de nombreux travaux pour les espèces épigées (Le Moigne, 1963). La durée du développement
embryonnaire est au minimum deux fois plus longue chez les espèces hypogées que chez les formes
épigées.
1. Durée du développement embryonnaire
Le tableau 2 donne la valeur de celle-ci chez quelques espèces épigées ; elle varie de deux è dix
semaines pour des températures de 4 à 18°C. Selon de Beauchamp, pour les espèces hypogées, l’intervalle
de temps qui sépare la ponte de l’éclosion du cocon est de quarante jours minimum pour A. noladena,
de deux mois et demi à trois mois pour D. collini.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS 109
De la même façon, j'ai noté des différences importantes dans le temps requis pour l’éclosion
des cocons des espèces hypogées envisagées.
Un cocon d ' Atrioplanaria delamarei peut éclore en deux mois s’il est conservé à la température
de 12-13°C. Son éclosion varie de deux mois et demi à quatre mois à 8-9°C (tableau 3) comme l’indique
la ligure 28, 1, qui donne le pourcentage de cocons éclos entre deux mois et demi et six mois (cas
extrêmes). .J’ai constaté que le développement des pontes de février et mars paraît plus rapide que celui
des cocons déposés par la suite ; en effet, la moyenne arithmétique calculée est comprise entre trois
mois et trois mois et demi.
Dans le cas de Phagocata villa (figure 28, 2), l’éclosion a lieu deux à quatre mois après la ponte,
chez les individus provenant de la galerie de mines des Abères (la moyenne arithmétique calculée est
comprise entre deux mois et demi et trois mois) ; le temps requis pour ceux provenant de la source de
Callong est nettement supérieur (moyenne arithmétique voisine de cinq mois).
Enfin les deux pontes de D. regnardi ont éclos après trois mois (17.04.1968 au 18.07.1968) et
cinq mois (fi.02.1968 au 31.07.1968) de maintien en élevage.
Il apparaît donc que la durée du développement embryonnaire est plus longue chez les Planaires
hypogées que chez les épigées.
2. Pourcentage de fertilité des pontes
La stérilité des pontes n’est pas un phénomène lié aux conditions d’élevage puisqu'elle s’observe
dans la nature chez les espèces épigées où les pourcentages de pontes stériles recueillies varient de 20
h 60 % en période favorable (Young et Reynoldson, 1966).
Quarante cocons de P. villa (souche de Strasbourg) n’ont fourni à de. Beauchamp (1935 a) que
huit jeunes, ce qui dénote une fertilité très faible ; selon ce même auteur, les individus d’autre prove¬
nance ont tous donné des pontes stériles. Il n’en est toutefois pas de même dans mes élevages : les vingt
cocons pondus par la souche des Abères ont éclos dans une proportion de 75 %. Les onze pontes de la
souche de Callong ont également atteint le même pourcentage de fertilité puisque sept cocons ont
éclos.
Cinq individus récoltés par pompage dans l’interstitiel du sous-écoulement de l’Aude (en amont
de Quillan), le 5 octobre 1968, ont pondu deux cocons (les 23.04 et 20.05.1969), fertiles, qui ont éclos
les 7 et 24.09.1969, libérant neuf jeunes.
Chez A. delamarei les pontes, plus nombreuses, présentent un degré de fertilité moindre puisqu’il
atteint en moyenne moins de 50 %. Les conditions observées dans l’élevage réalisé à partir de la récolte
de juin 1965 sont reportées sur la figure 27 ; celle-ci fournit également les données relatives au nombre
et à l’époque d’éclosion des cocons.
Deux seulement des trois pontes déposées par D. regnardi se sont développées.
La fertilité des pontes des espèces hypogées est donc très variable selon l’espèce considérée ;
alors qu’elle atteint 75 à 100 % chez P. villa , elle est nulle pour D. chattoni. En conséquence, la conclu¬
sion de de Beauchamp ne s'applique pas à l’ensemble des Triclades hypogés.
3. Nombre de jeunes par ponte
Chez les espèces épigées, le nombre de jeunes par ponte peut varier, selon les espèces et les indi¬
vidus (en fonction de l'alimentation qui conditionne le nombre d’œufs), de un à quarante.
Selon les observations de de Beauchamp le nombre de jeunes issus d’un cocon de D. collini
varie de trois à cinq, celui fourni par D. remyi est égal à un (pour une seule éclosion). Il ne lui a pas
été possible d'apporter de données valables pour P. vitta.
Mes résultats différent suivant les espèces auxquelles l’on s’adresse :
— Le nombre de jeunes issus de cocons dM. delamarei est faible, de un à quatre. Ainsi, les 30
éclosions de 1966 libèrent 70 jeunes, les 43 éclosions de l’année suivante en fournissent 100 (tableau 3),
soit une moyenne arithmétique calculée de deux jeunes par cocon.
Source : MNHN, Paris
110
NICOLE GOURBAULT
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
111
—- Le nombre de jeunes est supérieur dans le cas de P. villa, il varie de un à huit. Les quinze
pontes de la souche des Abères ont fourni 93 jeunes et les sept provenant de Callong 36 jeunes (tableau 4),
ce qui, en moyenne arithmétique, donne un nombre de six pour les premiers et de cinq pour les seconds.
— Enfin les cocons de D. regnardi renferment chacun deux jeunes.
Si le nombre de jeunes obtenus lors de l’éclosion des cocons de Triclades épigés ou hypogés est
comparable pour les valeurs minimales, il n’en est. pas de même en ce qui concerne les maxima relevés
qui ne dépassent pas le chiffre de huit pour P. villa, quatre pour A. delamarei et deux pour/), regnardi.
VI. — LA CROISSANCE DES TRICLADES HYPOGÉS
1. Taille des jeunes à l’éclosion
Les jeunes Planaires épigées mesurent 1 à 2 mm de longueur. Chez les formes hypogées, la taille
«les jeunes à l’éclosion est très variable ; elle dépend en général du nombre de jeunes renfermés dans
chaque cocon, les deux données étant inversement proportionnelles. Selon de Beauchamp, les jeunes
de /). collini atteignent 5 mm de longueur à la naissance.
Dans mes élevages, un jeune de P. villa provenant de Callong, unique dans son cocon, mesure
4,5 X 1,2 mm ; lorsque le cocon libère cinq animaux ceux-ci n'atteignent que 1,2 mm de longueur.
La taille des jeunes Atrioplanaria et Phagocala éclos est consignée dans les tableaux 3 et 4.
Les valeurs minimales et maximales varient de 0,5 à 4,5 mm en longueur et 0,2 à 0,5 mm en largeur.
Les quatre jeunes de D. regnardi mesuraient 3 à 4,5 X 0,9 mm.
Je conclurai en reconnaissant que la taille des jeunes hypogés semble un peu plus grande que
celle des jeunes d’espèces épigées présentant un poids comparable au stade adulte.
2. Durée du développement jusqu’au stade adulte
Le jeune Triclade épigé, dans des conditions normales, s’accroît rapidement. Abeloos (1930)
a étudié le développement post-embryonnaire de D. gonocephala qui atteint le stade adulte en deux
mois.
Pour les formes hypogées, et plus particulièrement pour D. collini, il semble que quatre mois
au minimum soient nécessaires pour atteindre le stade adulte. Un jeune, éclos en novembre 1931,
présente en mars 1932 une taille double de celle de l’éclosion, soit 11 mm, et des organes génitaux bien
développés (de Beaui hamp, 1932). Ce laps de temps, de quatre à cinq mois, apparaît comme la durée
exigée par certaines espèces hypogées pour atteindre la maturité génitale.
— Tel est le cas d 'Atrioplanaria delamarei. Il est intéressant de noter que les individus main¬
tenus en élevage présentent une augmentation de la taille très importante, puisque les jeunes de pre¬
mière génération ont atteint, après une année, la taille de 12 X 2 mm au stade adulte (l’accroissement
se retrouve au niveau des cocons qui peuvent mesurer alors jusqu’à 1,3 X 1,2 mm).
— Une dizaine de jeunes Phagocala villa (Abères) éclos en août 1965 ont été isolés. Ils attei¬
gnaient une longueur moyenne de 2 mm en octobre, et ont augmenté régulièrement de taille pour acqué¬
rir, après cinq mois d’élevage, celle qui est fréquente pour les immatures de l’espèce, soit 7 mm. Ln
mai 1966 les individus étaient sexués ; en août ils déposaient leurs premières pontes et en janvier 1967
les secondes (figure 24). Il semble donc que, pour cette espèce, neuf à dix mois soient nécessaires à l’appa¬
rition des glandes sexuelles et de l’appareil copulateur, dans le cas particulier de ces élevages à la tem¬
pérature de 9°C ; dix-sept mois se sont écoidés entre la naissance du jeune et celle des jeunes de sa pre¬
mière descendance.
Les changements morphologiques qui accompagnent la croissance sont parfaitement analogues
à ceux décrits par Abeloos. Au cours du développement post-embryonnaire la longueur totale des jeunes
Source : MNHN, Paris
112
NICOLE GOUBBAULT
Phagocata passe de 1,5 ou 2 mm h 8 ou 10 mm au maximum, alors que le poids frais, voisin de 0,3 mg
à la naissance, peut atteindre 6,2 mg à l'état adulte.
Des modifications dans les dispositifs anatomiques, dans leur emplacement et leur volume se
produisent chez toutes les espèces étudiées. Chez le jeune, le système digestif présente un grand déve¬
loppement et les caecums envahissent le parenchyme très réduit. L’accumulation des néohlastes pré¬
lude à la formation des organes génitaux. Après l'apparition de l’appareil copulati •ur, la période de
maturation des gonades et du vitellogènc demande encore un certain temps avant que ne se déclenche
la ponte.
— Bien que les trois cocons de D. chaUoni n’aient jamais éclos, la récolte dans les sédiments de
la galerie de captage de la vallée de l’Arize de très petits individus permet d’apporter quelques préci¬
sions pour cette espèce. Ceux-ci, en raison de leur taille et du nomhre de leurs yeux ne peuvent être
que très jeunes.
Ils mesuraient 3 à 5 mm de long et 0,1 à 0,9 mm de large : les yeux étaient au nombre de 6 et 8
(3 et 4 de chaque côté) pour les plus grands individus et de 5 (3 droits et 2 gauches) pour le plus petit.
Leur croissance s’est montrée extrêmement lente : au bout d’un an les Dendrocoeles, toujours imma¬
tures, n'atteignent que 8 mm ; après dix-huit mois ils mesurent 15 à 18 mm île longueur. Cette taille
correspond îi celle des individus récoltés le 24.08.1965 dont le poids moyen est de 18 mg (10 à 22 mg).
Ils sont en majorité adultes dès le mois de décembre et leur taille augmente jusqu’en mai 1966 où ils
atteignent 23 X 4 mm, pour un poids moyen de 45 mg. La période de sénilité débute alors, marquée par
des divisions pathologiques, suivie de la désintégration des trois quarts de l’élevage en janvier 1968,
et de la totalité de ce dernier en mars.
En faisant correspondre les résultats des deux données précédentes, élevage et récolte, il appa¬
raît évident que, chez cette espèce, la durée du développement post-embryonnaire est beaucoup plus
longue que chez D. collini. Quatre mois sont nécessaires pour passer du stade de grand immature au
stade adulte, ce qui doit exiger plus de deux années pour qu’un jeune issu d’un cocon ponde à son
— La taille moyenne de Plagrioliu vandeli lors des récoltes est de 8x2 mm pour les grands
immatures ; leur poids n’excède pas 7,5 mg. Les plus petits animaux capturés mesurent 5 mm. L'appa¬
rition du stade sexué a été observée pour un lot comportant 54 individus récoltés en juin 1963 et placés
dans la grotte-laboratoire à la température de 11,5°C. Les premières manifestations de la sexualité
apparaissent dix mois après la mise en élevage. Le nombre des individus sexués augmente considé¬
rablement sans toutefois atteindre la totalité de l’élevage comme c’est le cas pour les U. chaUoni. Ce
nombre d’individus présente deux maximums, d'abord en septembre, puis en mai (ligure 26, histo¬
gramme B). Les sexués atteignent alors la taille maximale de 20 X 5 mm qui se rencontre rarement
dans la nature.
Pour cette espèce, il n’est possible que de fournir une évaluation présumée de la durée de la
croissance. Dix mois sont nécessaires pour qu’un immature atteigne le stade sexué ; un jeune issu du
cocon ne doit donc atteindre ce stade qu’après au moins une année.
3. Longévité des Triclades hypogés
Les données relatives à la longévité des Triclades sont peu nombreuses. Pour les formes épigées,
Vandel fait état de la grande résistance des individus asexués, peu diflerenciés. En ce qui concerne les
Paludicoles sexués, il note (1921 b, p. 497) l’existence d’un cycle sexuel d’une année suivi de la mort
de l’animal chez Polycelis felina 1 (il en serait de même pour Dendrocoelurn lacteum). Au contraire, Duge-
sia polychroa présente plusieurs cycles annuels successifs et certains individus peuvent vivre trois
années.
1. 12 individus adultes, de grande taille, de cette espèce épigée récoltée dans la grotte de Bas-Nistos, le 24.08.1965
se sont maintenus en élevage à 9°C jusqu’en février 1968, sans manifester aucun signe de reproduction ; ils ont donc vécu
au moins trois années, ce qui ne s'observe pas chez les individus provenant des cours d'eau subaériens.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUD1COLES HYPOC.ÉS
113
De Beauchainp (1932) établit que Dendrocoelum remyi et D. album peuvent se maintenir jusqu’à
quatre ans en captivité et à température variable (16-19°C en été, températures auxquelles je n’ai
pu conserver plus de quelques mois les espèces pyrénéennes).
Mes élevages à 9°C de D. chattoni montrent que, par exemple, sur quinze individus immatures
récoltés le 24.08.1965, cinq sont encore en vie et sexués après cinq années.
La longévité maximale atteint le même ordre de grandeur pour Plagnolia vandeli, que ce soit à
9 ou à ll,5oC.
Des Atrioplanaria delamarei capturées en juin 1965 et maintenues à 9°C, sont encore actuelle¬
ment en élevage, Enfin certaines Phagocata récoltées en juillet 1964 ont vécu jusqu’en février 1968,
toujours à 9°C, ce qui correspond à une durée de vie d’au moins quatre ans.
D’une façon générale, la longévité des Triclades hypogés paraît donc supérieure à celle des
épigés. Les durées de vie minimales des premières sont toujours plus longues que les durées maximales
des secondes, à température semblable. Ce. phénomène se retrouve pour d’autres groupes zoologiques
(Ginet, I960). Chez les Crustacés il a tout particulièrement été envisagé pour quelques taxa. Les Copé-
podes épigés vivent tout au plus quelques mois (un à treize) alors que les formes hypogées peuvent
atteindre vingt à trente mois (Rouch, 1968, p. 139). La durée moyenne de vie d’un Niphargus est de
six ans ; elle n’est que d’une année et demi pour les Gammares. Enfin, selon Magniez (1971), les Slena-
sellus virei femelles peuvent atteindre quinze ans d’âge et les mâles douze années.
VII. — CONCLUSION
La reproduction sexuée s’observe régulièrement chez les Triclades Paludicoles hypogés dans
la nature. Par ailleurs, ù température basse et constante qui est celle de la plupart des biotopes où
ces espèces sont capturées et qui se trouve toujours voisine de 10°C, les espèces hypogées maintenues
en élevage présentent ce même mode de multiplication. La sexualité apparaît chez des animaux en
général de grande taille pour l’espèce et convenablement nourris. L’influence de la nutrition se montre
prépondérante pour la ponte et l’inanition qui, de brève durée, peut apparaître comme un facteur
adjuvant mais provoque l’arrêt de la ponte lorsqu’elle se prolonge.
Rien ne différencie nettement le mécanisme de la copulation et les phases essentielles du phé¬
nomène de la reproduction sexuée chez les Triclades, qu’ils mènent un mode de vie épigé ou hypogé.
Toutefois, à tous les niveaux, le facteur temps joue un rôle important. Ainsi la durée de la copulation,
dont le déroulement chez les hypogés rappelle celui de D. lacleum, est toujours de plusieurs heures pour
les formes souterraines et de quelques minutes seulement chez les épigés. Le rythme de pontes, le déve¬
loppement embryonnaire et post-embryonnaire subissent un ralentissement notable. Le faible nombre
de jeunes éclos peut être compensé par la longévité accrue de l’animal et, semble-t-il, par la fertilité
«les pontes pour certaines formes. Car il est bien évident que chaque espèce conserve ses propres parti¬
cularités et son évolution individuelle au sein du groupe. Toutefois, sur un plan général, reste acquise
l’existence du ralentissement de l’ontogenèse et de l’accroissement de la longévité des Paludicoles hypogés.
A priori, il est possible de supposer que la température seule puisse rendre compte des diffé¬
rences enregistrées entre ces données strictement liées au point de vue temporel. En effet, tous les temps
d’éclosion sont fournis pour des températures d’élevage de 9°C. Cependant pour P. vitta il n’est pas
apparu de différence significative entre les résultats obtenus pour des lots d’individus placés à une
température supérieure (les pontes y sont simplement moins nombreuses) et ceux des élevages à 9°C ;
ce facteur n’agit que faiblement. Par ailleurs, C. cdpina qui vit dans des eaux plus froides généralement
que les eaux souterraines, ne montre pas ce ralentissement ontogénique essentiellement caractéris¬
tique des formes hypogées.
Ce facteur temps n’est pas limité aux Triclades. Il se retrouve au niveau de l’ensemble des formes
hypogées et s’étend aux espèces aériennes comme aux aquatiques (Vandel, 1964, p. 438) qui présentent
une réduction du nombre des œufs, de grande taille, un rythme de ponte et une durée de développe¬
ment très lents.
1 564 018 6 8
Source : MNHN, Paris
114
NICOLE GOUEBAULT
CHAPITRE II
REPRODUCTION ASEXUÉE ET RÉGÉNÉRATION
I. — LA REPRODUCTION ASEXUÉE
Le phénomène de la scissiparité est connu chez les Triclades depuis le début du xix® siècle.
Vandel (1921 b) a donné l’historique des recherches et a précisé le mécanisme de la division pour Poly-
celis felina. En Europe, d’autres espèces épigées sont capables de se reproduire par scissiparité, telles
Crenobia alpina, Dugesia gonocephala et D. ligrina.
Le fait que des fragmentations anormales et pathologiques apparaissent chez certaines formes
ne doit en aucun cas être tenu pour des manifestations de la reproduction asexuée ; ces phénomènes
s’observent généralement chez des individus âgés, maintenus dans de mauvaises conditions.
Pour les espèces hypogées, les résultats consignés par de Beauchamp (1932, 1935), Pedersen
(1956) et Dahm (1958) concernent la seule Phagocala villa : en élevage, les périodes de division alternent
avec les périodes sexuelles et se situent en été chez certaines races ; chez d’autres races la reproduction
est exclusivement asexuée et la division spontanée équilibre les pertes dues à la mortalité. Cette espèce
présente, en outre, la possibilité de se diviser à l’intérieur d’un kyste qui lui permettrait de résister b
la dessication (Sekera, 1925). De Beauchamp a signalé l’existence de ce kyste chez les P. villa qu'il a
observées.
Parmi les espèces que j’ai conservées en élevage deux seulement ont laissé voir les manifestations
de la multiplication asexuée. Plusieurs souches de Phagocala , qui n’ont jamais acquis de caractères
sexuels, représentent la première espèce asexuée ; Plagnolia vandeli est la seconde. Dans la grotte du
Plagnol cette espèce possède un très fort pourcentage de régénérats.
1. Résultats des observations d’élevages
— Espèces épigées
— Les modalités de la division spontanée ont été décrites chez les espèces épigées. La scission
« est le résultat des réactions indépendantes qui animent les deux parties, antérieure et postérieure,
et qui amènent une brusque déchirure entre ces deux régions ; dans tous les cas, la scission est un phé¬
nomène extrêmement rapide » (Vandel, 1921 b, p. 378).
— Le niveau du plan de scission est variable selon les individus. Chez Polycelis felina, lors des
périodes de division active, la scission prépharyngienne, surtout fréquente en été, peut être considérée
comme une conséquence de l’accélération du rythme de la division. En effet, pour cette espèce, l’inter¬
valle d’une scission à l’autre varie en moyenne d’une à quatre semaines (3 à 77 jours ; Vandel, 1921 b,
p. 384).
— Espèces hypogées
— Le niveau du plan de scission semble très variable chez les deux espèces hypogées qui pré¬
sentent ce phénomène de division ; il se situe soit en avant, soit en arrière du pharynx, ou même au
milieu de la cavité pharyngienne ; le pouvoir de régénération de ces deux espèces est effectivement très
grand. Cependant, chez P. vandeli, les sections post-pharyngiennes sont proportionnellement les plus
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUD1COLES HYPOGÉS
115
abondantes. C’est ce que l’on peut conclure de l’observation de cultures de plusieurs lots comportant
au total une centaine d’individus, placés dans la grotte-laboratoire et suivis pendant trois années con¬
sécutives. Toutes les divisions ont eu lieu après six à sept mois d’élevage, aux époques indiquées sur le
tableau 8, à partir du mois de janvier 1964.
Tableau 8. — A pparition des scissions chez Piagnolia vandeli en élevage dans la grotte-laboratoire depuis juin 1963 ;
observations portant sur trois années consécutives.
Mois
JFMAMJ JAS
0
N D
Total
Nombre total de scissions.
1 1 0 0 2 0 3 2 11
12
3 0
35
Nombre de scissions post-pharyngiennes.
0 0- 1—12 9
7
1 —
21
L'autonomie de chaque partie du corps autorise la scission en n’importe quel point.
— Les individus sectionnés une première fois se sont rarement scindés à nouveau. Cependant,
chez trois Piagnolia, une première scission prépharyngienne a été suivie par une seconde scission du
régénérât décapité 1 ; chaque fragment s’est, reconstitué entièrement et a atteint la maturité sexuelle
après plus d'une année d’élevage (l’un des individus s’est sectionné à nouveau après 19 mois).
— La taille des individus scissipares varie selon les espèces. Les races de P. vitla qui présentent
exclusivement ce type de multiplication, sont de petite taille, 5 à 6 mm, comparées aux races sexuées
dont les adultes atteignent une longueur de 8 à 9 mm. Chez Piagnolia, au contraire, il ne semble pas
que le phénomène de la reproduction asexuée soit lié à une souche particulière ; en effet, les individus
récoltés au Plagnol, qui présentent un fort pourcentage de régénérats, laissent apparaître les manifes¬
tations de la sexualité. La scission se produit indifféremment chez les jeunes immatures comme chez
les formes qui viennent d’acquérir la maturité sexuelle, mais jamais chez les vieux adultes.
2. Influence de la température
Plusieurs lots de toutes les espèces capturées en nombre suffisant ont été placés dans des enceintes
dont la température est différente : réfrigérateur à 8-9°C, grotte-laboratoire à 11-12°C, cave du labora¬
toire à 13-17°C.
— Pour Piagnolia, les nombres les plus élevés de scissions ont été observés dans la grotte
(tableau 8). Les variations de la température de l’eau des cristallisoirs d’élevage mesurée sur deux années
consécutives sont faible (11,1 à 11,8°C) ; l'amplitude annuelle est de 7/10 e de degré, la température la
plus élevée est atteinte en fin d’été. C’est alors que se situe la période de maximum de fréquence des
scissions ; toutefois l’élévation de la température, dans ce cas, paraît insuffisante pour expliquer la
recrudescence de la division active.
L’observation, dans l’un de mes premiers élevages, de 54 individus tous asexués (taille moyenne
= 8x2 mm, poids ^ 7,5 mg) dont l’évolution a été décrite précédemment pour l’analyse de l’appa¬
rition des ébauches génitales (figure 26, B) met en évidence le fait qu’une des périodes d’apparition en
grand nombre des organes génitaux coïncide avec la période de fréquence maximum des scissions :
certains individus sexués sont ainsi amenés à se diviser, tout comme les immatures. Chacun des frag¬
ments régénère parfaitement et il est très rare, même lorsque les individus meurent en grand nombre,
de noter la disparition des régénérats.
1. Il est bien connu (Child, 1941) que la décapitation, par section expérimentale, accélère le rythme des scissions
chez les Triclades.
Source : MNHN, Paris
116
NICOLE GOURBAULT
Dans les élevages maintenus en réfrigérateur, le phénomène de scission peut également se pro¬
duire, mais il est peu fréquent. Par ailleurs, il ne semble lié à aucun cycle saisonnier (février = une sec¬
tion prépharyngienne, avril = une section post-pharyngienne, octobre et décembre = une et deux
sections prépharyngiennes).
Enfin, les lots placés dans les caves du laboratoire et soumis à une élévation de température
atteignant 17°C en fin d’été, vivent moins longtemps que ceux isolés aux températures basses et cons¬
tantes (ainsi des dix individus immatures mis en culture le 9.06.1966 huit seulement subsistaient en
septembre, six en novembre et cinq en décembre ; ils ne se sont jamais scindés. Ces derniers ont résisté
pendant toute la période hivernale à la température moyenne de 13°C et sont morts en octobre de
l’année suivante).
Statistiquement, l’époque de forte mortalité se situe régulièrement en octobre-novembre pour
les trois lots.
— Les Phagocala se comportent différemment en élevage selon la souche considérée. Celles
provenant de la galerie de mine des Abères, de la source de Callong et de l’interstitiel de l’Aude par
exemple, toutes sexuées, n’ont présenté quelques rares scissions que dans les lots isolés aux tempéra¬
tures les plus élevées et jamais à 9°C ; ce faible nombre de scissions est apparu en fin de période esti¬
vale.
D’autres races, au contraire, récoltées à l’état asexué (sources proches du Portel, interstitiel
du Lasset...) sont toujours demeurées immatures et ne se sont maintenues en élevage que par multi¬
plication, quelle que soit la température, bien que les scissions soient très rares à 9°C.
— Atrioplanaria, à température variable uniquement, présente quelques scissions isolées.
Chez les autres espèces hypogées ce phénomène est tout a fait accidentel.
3. Discussion et conclusion
La reproduction asexuée se manifeste très peu fréquemment chez les Triclades Paludicoles
hypogés. Cette grande rareté du phénomène tient au fait que l’existence de formes ohscuricoles est
beaucoup plus faible au sein de la famille des Planariidae que chez les Dendrocoelidae, famille qui
présente une évolution d’ensemble orientée vers un mode de vie hypogé. Or, seules les Planariidae sont
susceptibles de posséder ce type de reproduction, en raison de leur fort pouvoir île régénération.
Chez Plagnolia vandeli , il est intéressant de noter qu’une des périodes maximales d'apparition
des ébauches génitales coïncide avec le moment où les scissions sont les plus fréquentes ; certains indi¬
vidus sexués sont alors amenés à se diviser, exactement comme le font les immatures. Le niveau de
rupture se situe, le plus souvent, immédiatement en arrière du pharynx ; l'appareil copulateur, visible
dans le fragment postérieur, va régresser en même temps que se produit le phénomène de la régéné¬
ration. Or, d’une manière générale, les deux modes de reproduction sexuée et asexuée s’excluent réci¬
proquement et, même lorsqu’il y a coexistence des deux phénomènes chez une espèce, ceux-ci ne se
produisent pas simultanément mais sont alternés. Le réflexe de la scission persiste donc encore pour
P. vandeli chez des individus sexués ; l’inhibition de la division par l'apparition des organes génitaux
n’existe pas. Le cas est rare et mérite d'être signalé ; il se produirait chez D. paramensis (Furh-
mann) 1914 et est connu pour le genre monospécifique brésilien lihodnx.
Dans leurs grandes lignes, les modalités de la division spontanée ne diffèrent pas chez les Tri¬
clades en fonction des conditions écologiques. L’élévation de la température accélère peu la fréquence
des scissions qui sont plus nombreuses à 11-12°C pour les espèces hypogées étudiées.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PAI.UD1COLES HYPOGÉS
117
II. — LA RÉGÉNÉRATION
1. Introduction
Malgré le faible nombre d’individus vivants dont je disposais, il m’a paru nécessaire d’effectuer
quelques expériences de régénération sur les Triclades liypogés. En effet, d’une part il est intéressant
d’apporter des données concernant les espèces obscuricoles qui n’ont encore fait l’objet d’aucune
recherche de ce genre, d’autre part, la comparaison entre les modalités de la régénération de Triclades
peuplant des biotopes différents permet de compléter et préciser les résultats fournis par l’étude de la
physiologie de ce groupe.
L’espèce épigée Polycclis felina sera prise comme témoin pour la série d’observations qui vont
suivre ; elle sert de base de référence pour les comparaisons qui s’imposent. Les manifestations de la
régénération chez cette espèce ont, rappelons-le, déjà fait l’objet d’une analyse précise, due notamment
à Vandel (1921 b). Par ailleurs, sont fort nombreuses les recherches sur la régénération des Planaires
épigées en général, car celles-ci constituent un matériel de choix pour l’analyse du phénomène qui se
traduit ainsi : un fragment dépourvu d’organes différenciés se montre capable de les reconstituer et de
reprendre l’apparence spécifique du taxon. Un récent ouvrage de Br 0 ndsted (1969) synthétise l’ensemble
des données actuelles et expose les hypothèses formulées sur ce sujet ; le lecteur pourra s’y reporter
utilement aussi pour toute référence d’ordre bibliographique.
Avant d’aborder les résultats d’expériences, je rappellerai les points essentiels de la régénéra¬
tion des Planaires.
— La plupart des Planariidae ont un pouvoir de régénération total, c’est-à-dire que, chez ces
espèces, n’importe quel fragment du corps peut régénérer un individu entier ; c’est le cas de Dugesia
gonocephala et IJ. lugubris par exemple. La courbe qui exprime la possibilité, pour un fragment décapité,
de régénérer une tête suivant le niveau du plan de section, caractérise pratiquement chaque groupe
d'espèces.
Au contraire, es Dendrocoelidae ne régénèrent leur tête que si le plan de section est antérieur
au pharynx. Ainsi, des fragments de Dendrocoelurn lacteum, amputés en arrière du pharynx, ne régé¬
nèrent pas de tête, alors que la partie antérieure forme une nouvelle queue ; Bdellocephala punclata
se comporte de façon identique.
— La vitesse moyenne de régénération varie, chez les Planaires, avec l’emplacement de la sec¬
tion et la température ; elle décroît de la tête vers la queue et en fonction inversement proportionnelle
de la température.
2. Matériel et techniques
Espèces étudiées
•l’ai étudié les phénomènes de régénération et plus particulièrement leur durée, chez les Tri¬
clades peuplant en général des biotopes différents. Comme je viens de le signaler, l’espèce épigée Poly-
celis felina constitue le terme de référence pour la comparaison effectuée avec des espèces hypogées
telle Phagocata villa qui peuple essentiellement le milieu hypotelminorhéique, ainsi que Plagnolia
vandeli et IJ. (Arnyadenium) chattoni liées à divers biotopes souterrains.
— Techniques
L’ensemble des techniques histologiques et de celles ayant trait aux élevages a été exposé dans
le chapitre général traitant de cette question (p. 000 ) ; aussi ne seront indiquées ici que les seules
techniques particulières à la régénération.
a) Chaque sujet mis en observation est isolé dans un petit cristallisoir, rempli d’eau de grotte
et recouvert d’une plaque de verre. Toutes les Planaires sont élevées dans la grotte-laboratoire. Le
Source : MNHN, Paris
118
NICOLK GOURBAULT
manque de lumière et la température régnante (11,5°C) conviennent parfaitement aux espèces hypo¬
gées. Les Polycelis sont installées au jour, dans le sas de la grotte-laboratoire.
Des contre-expériences ont. permis de vérifier que le facteur lumière ne peut h lui seul se montrer
responsable des différences enregistrées dans la durée du phénomène de régénération : les Polycelis
régénèrent de façon analogue dans la grotte.
b) Pour les amputations nécessitées par l’étude des phénomènes de régénération, les individus
sont posés sur une feuille de carton recouverte d’une mince couche d’eau ; la section, réalisée à l'aide
de petits morceaux de lame de rasoir, est pratiquée perpendiculairement au corps, lorsque l'animal
est en extension ; aucun anesthésique n’est utilisé.
En raison des variations enregistrées dans la vitesse de régénération, la section a toujours été
faite de façon analogue et au même niveau pour toutes les espèces, de façon à obtenir des résultats
comparables. Tous les individus ont donc été sectionnés environ au tiers antérieur du corps, nette¬
ment en arrière du cerveau et en avant du pharynx. Ainsi, même les Dendrocoelidae sont capables de
régénérer une tête.
c) Du fait de la rareté de la plupart des espèces, la méthode photographique est utilisée pour
observer, sur un même individu, le processus de croissance du bourgeon de régénération et les change¬
ments de forme du régénérât. Les photographies sont prises au flash, de manière à réduire au maxi¬
mum l’exposition à la lumière et à la chaleur de ces animaux sensibles à toute élévation de température.
Il est certain que les Planaires ne sont pas un matériel de choix à ce point de vue, du fait de leur grandi-
contractilité ; aussi toutes les photographies d’un fragment sont-elles prises lorsque celui-ci est au
maximum d’extension, lorsqu’il rampe sur le fond d’une boîte de Pétri remplie d’eau.
d) Puisque c’est tout particulièrement, la durée de la régénération qui diffère selon les espèces,
il convient de définir conventionnellement dès à présent cette période. Pour des raisons d’ordre pratique,
Abeloos (1930, p. 63), comme de nombreux autres auteurs, propose de limiter la durée de la régénéra¬
tion au temps de différenciation des yeux, « temps qui s'écoule entre la section et le moment où les veux
se présentent comme deux taches noires nettement indiquées ». Bien entendu, la régénération n’est pas
achevée à ce stade ; deux à quatre jours sont encore nécessaires chez les formes épigées, comme le montre
l’étude histologique.
Dans le cas d’espèces anophthalmes, il est nécessaire d’avoir recours aux changements de mor¬
phologie externe et pour Plagnolia ù l’apparition des organes auriculaires sous la forme de deux lignes
transparentes situées de part et d’autre du lobe frontal. Ces organes s’observent h la loupe aussi facile¬
ment que les taches oculaires.
Pour l’étude histologique des individus en régénération le Hellv s’est montré supérieur au Bonin
en tant que liquide fixateur.
3. Résultats des amputations
A. Polycelis felina
Cette espèce, très connue et bien étudiée, possède un pouvoir de régénération totale.
Les individus soumis à expérimentation proviennent du déversoir du Pcsquct (Moulis, Ariège) ;
leur taille varie de 7 à 10 mm. Les divers fragments sont photographiés régulièrement tous les quatre
jours et les différentes mesures utilisées sont prises sur les clichés.
Le déroulement de la régénération se montre comparable à celui qui s’observe chez toutes les
Planariidae.
— Après amputation de la tète se produit la cicatrisation de la blessure qui est achevée dès
Je quatrième jour.
— Les bords de la plaie se rapprochent ; une fine membrane apparaît puis un liseré blanc
dépourvu de pigment, se développe en blastème ; celui-ci est nettement visible huit jours après la sec-
Source : MNHN, Paris
CHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
119
— L’épiderme se reconstitue, puis le blastème s’accroît. Au bout de seize jours ce blastème a
terminé sa croissance. Le cerveau s’est différencié tout d’abord, les yeux apparaissent ; le blastème ne
se distingue plus alors de la souche qui lui a donné naissance.
Les mesures des longueurs successives des blastèmes de régénération ont permis de construire
les courbes de croissance, en fonction du temps, de régénérats de Polycelis felina. Une courbe moyenne
(correspondant à dix courbes élémentaires successives) a été établie (figure 29, B, a). Cette courbe,
très faiblement concave, montre un angle de pente très ouvert. La vitesse de croissance est régulière
et rapide.
Fig. 29. — A. Courbes de variations pondérales de fragments de P. vandeli en régénération ; B. Courbes de croissance
en longueur des blastèmes de régénération de fragments postérieurs de Triclades.
Aux premières manifestations d’épimorphose succède un processus de refonte, transformant les
parties anciennes et donnant au fragment l’apparence d’une petite Planaire. A la température de 9°C
le déroulement complet de ce phénomène demande en moyenne vingt jours.
IL Espèces hypogées
a) Plagnolia vandeli
Une série d’expériences porte sur des individus provenant de la grotte du Plagnol et dont la
l aille est comprise entre 7,8 et 11,7 inm de longueur, 2 et 3,5 mm de largeur. Les divers fragments sont
photographiés tous les quinze jours et comme précédemment les différentes mesures utilisées sont prises
sur les clichés.
—• Accroissement du blastème
La régénération d’un fragment de Plagnolia vandeli se produit toujours selon le processus
général schématisé figure 30.
• A, a — En quinze jours s’effectue la cicatrisation de la blessure.
• B, b — En un mois se forme le blastème de régénération qui apparaît comme une ligne
blanche et opaque ; après six semaines il est suffisamment développé pour qu’il soit possible de mesurer
sa taille.
Source : MNHN, Paris
120
NICOLE GOURBAULT
• C, c — Ce blastème continue à s’accroître ; en 90 jours il atteint sa longueur maximale.
C’est alors que débute la transformation du fragment ; le blastème de régénération ne se distingue
plus de la souche qui lui a donné naissance.
Les courbes de croissance, en fonction du temps, de régénérats de Plagnolia vandeli, ont. été
construites en mesurant les longueurs successives des blastèmes de régénération ; ces courbes présen¬
tent un grand angle de pente entre le 45 e et le 75 e jour. La vitesse de croissance est maximale à cette
période de la régénération puis elle diminue par la suite (figure 29, B, c).
a b c d
Fie. 30. — Plagnolia vandeli ; schéma de l'évolution de deux fragments en régénération à la suite d'une section trans¬
versale, d'après des photographies prises au flash (A.a = 15 e , 13.1» = '15 e , C.c = 75 e , D.d 105 e jour).
— Évolution du fragment en régénération
Pendant que se forme le blastème de régénération et que se différencient les cellules de la Pla¬
naire, celle-ci subit des changements de formes accompagnés d’une diminution de taille. La réduction
de la taille est l’effet de l’inanition à laquelle est soumis le fragment et des remaniements de toute l’orga¬
nisation. Ces phénomènes sont visibles sur les clichés photographiques qui permettent de suivre l’évo¬
lution de régénérats antérieurs et postérieurs d’une même Plagnolia vandeli au cours de la régénération.
Une étude quantitative utilisant la méthode par pesée (pesée des clichés découpés sur carton)
a été faite sur dix individus ; la perte de poids des régénérats est évidente et régulière depuis le moment
de l’opération jusqu’à ce que l’animal, ayant régénéré tous ses tissus, puisse être à nouveau alimenté.
Ce phénomène se traduit par la courbe de variation pondérale des régénérats (figure 29, A).
— Croissance de l’individu régénéré
Placé dans des conditions normales d’alimentation, un régénérai ayant atteint ce stade croit
et se développe comme le font les jeunes issus d’un cocon, pour atteindre la taille habituelle de l’adulte.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
121
b) Selon les mêmes procédés et avec les mêmes méthodes, l’évolution morphologique et le temps
de croissance des blastèmes de régénération ont été suivis chez Phagocata villa (dans ce cas les clichés
photographiques sont pris tous les huit jours).
J’ai pu constater que les processus de régénération sont semblables du point de vue morpholo¬
gique à ceux mis en évidence chez Plagnolia ; seule la durée du phénomène est différente.
— La cicatrisation demande un temps inférieur à huit jours.
— Le quinzième jour le blastème de régénération peut déjà être mesuré.
— Il s'accroît rapidement jusqu’au 45 e jour, où il a atteint sa taille maximale.
Les courbes de croissance des régénérais ont la même allure générale que celles obtenues pour
Plagnolia ; leur angle de pente est cependant plus grand et la vitesse de croissance est maximale entre
le quinzième et le trentième jour (ligure 29, B, b).
Les phénomènes de réduction de taille se manifestent dès le 45 e jour lorsque l’individu s'ali¬
mente ; il se développe très vite et acquiert la taille de la Planaire adulte.
c) Une série d’expériences complémentaires concernent les formes obscuricoles et portent sur
D. ( Amyadenium) chattoni.
La cicatrisation, comme chez P. vandeli, a lieu en quinze jours ; le blastème est constitué au bout
d'un mois et ce n’est qu’après 90 jours que les yeux apparaissent au nombre de deux ou trois.
La courbe de croissance en longueur du blastème rappelle encore celle obtenue pour Plagnolia :
la vitesse de croissance présente un maximum entre les 60 e et 90 e jours.
Toutefois, alors que P. vandeli et P. villa possèdent un pouvoir de régénération totale qui per¬
met à tout fragment d'édifier un individu complet, D. ( Amyadenium) chattoni se comporte de la même
façon que Dendrocoelum lacteum en régénération. Les régénérats se cicatrisent, mais les fragments
postérieurs constituent une masse plus ou moins arrondie qui ne se différencie pas. L’un de ces régéné¬
rats a pu être conservé pendant plus d’un an avant d’être fixé, sans présenter la moindre transformation
apparente.
Cette durée de survie est remarquable et n’a jamais été atteinte chez D. lacteum ; ceci est encore
un exemple manifeste de la longévité des formes hypogées.
Par ailleurs, il convient de noter dans ce cas précis, que si les expériences portent sur des indi¬
vidus sexués, la section est suivie le plus souvent par la mort des deux parties, à plus ou moins brève
échéance. Ce phénomène particulier (dilliculté de régénérer liée à un état physiologique déterminé)
ne, s’observe que pour cette seule espèce, semble-t-il, et n’a pas été relevé chez les autres Triclades
hypogés.
4. Itésullals histologiques
Les très nombreuses recherches histologiques sur la régénération des Triclades épigés sont résu¬
mées dans l’ouvrage de Br 0 ndsted ( op. cil.). Elles établissent que la cicatrisation s'effectue grâce à des
mouvements musculaires, puis à l’apparition d’une fine membrane anhyste. Un nombre élevé de cellules
de régénération, les néoblastes, s’activent dès les premières heures qui suivent l'amputation ; elles
migrent à travers le parenchyme, sous l’influence d’un stimulus lié à la blessure et s'accumulent au
niveau de la plaie pour former le blastème de régénération. Ayant atteint la région blessée, les néo¬
blastes se divisent par mitose ; leur différenciation est rapide. Ces cellules sont à l’origine de tous les
organes de régénération.
J’ai vérifié les processus histologiques de la régénération chez Plagnolia vandeli amputée selon
les conditions expérimentales exposées dans le paragraphe précédent.
Après la section, les tissus lésés se désagrègent avant d’être éliminés. Ceci confère à la plaie un
aspect irrégulier qui persiste jusqu’à la constitution d'une fine membrane cicatricielle lisse, sur laquelle
s’édifie par la suite l’épithélium typique, selon le processus défini par Dubois (1949). Cette cicatrisa¬
tion dure une quinzaine de jours chez Plagnolia et quatre jours chez P. felina dans les conditions d’expé¬
rience.
Source : MNHN, Paris
122
NICOLE GOURBAULT
Sur les coupes de neuf jours, la membrane cicatricielle est encore présente (Planche III, P.
A douze jours s’observe la première apparition de l’épiderme (Planche III. 2) ; les cellules de régé¬
nération, au contact de la membrane de cicatrisation, sont piriformes ou fusiformes.
Le blastème de régénération s’accroît régulièrement à partir du 30 e jour (Planche III, 3);
il s’allonge au cours des semaines qui suivent comme le montrent les coupes des 48® et 60® jours de
la planche III.
C’est à compter du troisième mois après l’amputation que les premiers signes de différenciation
se produisent ; un régénérât caudal de cent jours possède un pharynx à musculature non encore diffé¬
renciée (Planche III, 7) ; le cerveau est recontitué dans un régénérât céphalique de même âge
(Planche III, 8) qui ne montrera la morphologie classique de l’espèce que cinq mois après la section.
Ensuite, l’apparition de la sexualité exige une durée équivalente â celle requise par un jeune immature
de même taxon, soit une année.
5. I) inc us.s ion et conclusion
Le nombre de Triclades hypogés que j’ai pu utiliser pour réaliser des expériences «le régénéra¬
tion est insuffisant pour que certains résultats soient pris en considération et jugés comme quantita¬
tivement valables : tel est le cas de la fréquence de tète, ou de la dispersion et de la quantité des néo-
blastes.
Des données préliminaires permettent cependant d’établir quelques comparaisons entre la régéné¬
ration des Planaires hypogées et celles des espèces épigées.
o) Les processus morphologiques et histologiques de la régénération céphalique sont analogues
dans les deux groupes : la cicatrisation se produit à partir d’une membrane anhyste ; la migration
de néoblastes indifférenciés et totipotents est suivie par la formation d’un blastème «le régénération qui
s’accroît régulièrement avant l’organogenèse. Celle-ci se traduit par la différenciation successive du
cerveau, des yeux et organes sensoriels, puis de l’ensemble des éléments étrangers au système repro¬
ducteur.
b) Le pouvoir de régénération est indépendant du biotope. Les différences observées ne sont
pas fonction du mode de vie des Planaires mais elles sont liées à leur appartenance taxonomique. Ainsi,
chez Plagnolia vandeli et Phagocata villa, Planariidae hypogées, quel que soit le niveau du plan de
section, tout fragment régénère une tête. Au contraire, le Dendrocoelidae I). (Arnyadenium) chaUoni
possède un pouvoir de régénération céphalique limité au territoire prépharyngien.
c) Le pouvoir de régénération n’est pas influencé par l’état sexuel des sujets chez les Triclades
épigés. La qualité et la vitesse de la régénération demeurent identiques, que les individus soient en
période de ponte ou non. Chez les formes hypogées, le phénomène est comparable en ce qui concerne
les Planariidae ; en revanche, les Dendrocoelidae en pleine maturité régénèrent difficilement.
d) L’importance du facteur temps apparaît encore une fois nettement dans les résultats. La durée
de la régénération est six fois plus élevée chez les espèces hypogées que chez les épigées. Il est cependant
à noter que les expériences sont effectuées h 11°C, température à laquelle les processus de régénération
sont lents ; mais cette basse température n’explique pas entièrement cette lenteur. A la même tempé¬
rature de U°C, en effet, l’espèce épigée P. felina régénère ses yeux au bout de dix-huit jours et P. villa
après un mois et demi. Trois mois sont nécessaires pour que les auricules soient visibles chez P. vandeli
et que les premières taches oculaires apparaissent chez D. chatloni.
On constate le même phénomène en ce qui concerne le début des manifestations de réduction
de taille consécutive au jeûne qui se situe au même moment, légèrement plus tôt.
Enfin, il est remarquable que des fragments postérieurs de D. chatloni puissent survivre pendant
plusieurs mois, voire une année, alors qu’ils sont incapables de s alimenter ; rappelons qu un frngment
analogue de D. lacleum ne survit que deux mois tout au plus. On retrouve dans ce résultat une mani¬
festation de l’augmentation de la longévité constaté chez toutes les Planaires hypogées (cf. chapitre i,
p. 112).
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
123
CHAPITRE III
MÉTABOLISME RESPIRATOIRE
Les données exposées dans les deux précédents chapitres mettent en évidence le ralentissement
général de l’ontogenèse des Triclades hypogés, qu’il s’agisse du développement embryonnaire, de la
croissance post-embryonnaire ou encore de la régénération. Ce point de vue temporel peut trouver
en partie son explication dans l’étude de la physiologie du groupe. En effet, il était normal de supposer
qu’une différence d’intensité du métabolisme entre espèces hypogées et épigées pouvait rendre compte
des variations importantes des valeurs enregistrées pour la durée des divers phénomènes biologiques.
La respiration donne une image des mécanismes de transformations et d’échanges qui se pro¬
duisent dans un organisme. Le métabolisme respiratoire s’exprime en général par la valeur de l’inten¬
sité respiratoire (I. R.), qui est calculée en fonction de la quantité d’oxygène absorbé ou d’anhy¬
dride carbonique dégagé pendant une heure, par unité de poids de l’animal. Cette valeur dépend
étroitement des facteurs externes dont elle suit les variations, ainsi que des facteurs internes, propres
à l’individu.
La valeur du quotient respiratoire (Q. R.), c’est-à-dire le rapport C0 2 /0 2 rend également compte
de la nature du métabolisme respiratoire.
I. — TECHNIQUES
Il existe de nombreuses méthodes permettant la mesure du métabolisme respiratoire. Pour les
animaux aquatiques, Pattee (1962) a effectué une mise au point sur la question ; il met en lumière les
avantages et les inconvénients relatifs des techniques employées par les différents auteurs. La compa¬
raison des résultats obtenus par les diverses méthodes l’amène à conclure que les valeurs données par
une seule d’entre elles ne sont pas valables dans l’absolu. « C’est à l’expérimentateur de choisir celle
qui lui permet de jouer sur les facteurs qu’il tient pour les plus importants dans chaque cas ». Toutefois,
il convient de considérer que « les conditions faites à l’animal sont les plus importantes et qu’il est inu¬
tile de mesurer avec précision un métabolisme anormal ».
Ainsi, pour mes expériences, ai-je procédé par deux méthodes permettant d’effectuer toutes les
mesures en milieu confiné, dans une enceinte close d’où 0 2 disparaît, alors que C0 2 apparaît. La pré¬
cision des mesures, dans ces conditions, est supérieure à celle obtenue en milieu renouvelé ; cette der¬
nière est en effet trop faible en raison des volumes à considérer. Par ailleurs, un type de substrat parti¬
culier ne semble pas nécessaire ; le contact du verre n’influe pas sur les données d’expériences, contrai¬
rement à ce qu’ont montré Wautier et Pattee (1955) dans le cas des larves d’Ephéméroptères et ceci
bien que l’importance du facteur substrat paraisse générale (Pattee, 1965, p. 330). En revanche, la
température doit nécessairement être basse, de l’ordre de 9° à 13° C, pour que son action ne se fasse
pas sentir de façon significative sur l’individu en observation.
Source : MNHN, Paris
124
NICOLE GOURBAULT
1. Méthode chimique
Les animaux pour lesquels on veut mesurer l’intensité du métabolisme respiratoire 1 sont placés
individuellement (ou par groupe, selon leur taille) dans des flacons en verre à large ouverture, remplis
d’eau analogue à celle des bacs d’élevage, et fermés hermétiquement par un bouchon île verre rodé.
Le volume des flacons utilisés pour mes expériences varie de 13 à 17 ml. La durée de l’expérience est
calculée de telle sorte que la quantité d’oxygène dissous restant soit compatible avec la respiration des
animaux. Un échantillon d’eau de 1,4 ml est prélevé pour analyse au moyen d’une seringue de Van
Dam (1935).
Les dosages sont effectués selon la méthode classique de Winkler, modifiée par Fox et Wing-
field (1938), et basée sur un même principe : oxydation en milieu sodique d’un chlorure manganeux
en hydroxyde manganique qui, en milieu acide, agit alors comme oxydant et libère quantitativement
l’iode d’une solution titrée ; l’iode libéré est dosé par l’hyposulfite de soude, grâce à une microburette
à micromètre. On dose la quantité d’oxygène avant et après l’expérience. Comme j’elfectuc des mesures
différentielles, il n’est pas nécessaire de pratiquer des corrections pour la teneur en oxygène des réactifs
utilisés.
2. Méthode manomélrique, microrespiromètre
Cette seconde méthode permet l’établissement des courbes du gradient île 0 2 en fonction du temps
par lecture directe de l’absorption de l’oxygène.
L’appareillage utilisé est simple : l’animal est placé dans une salière dont le bord supérieur est
rodé et qui renferme un volume connu d’eau. Au-dessus, un entonnoir à bord rodé également se pro¬
longe par un tube thermométrique de 1 mm de diamètre interne et 10 cm de longueur (Planche 1, 4).
Une solution de rouge de thiazine constitue l’index ; la lecture de ses déplacements permet de calculer
la valeur de la consommation d’Ü 2 de l’animal. Sur la face intérieure de l'entonnoir, un papier filtre
imbibé d’une solution d’hydroxyde de potassium à 8 % absorbe le C() 2 dégagé pendant l'expérience.
Ce. type de respiromètre 2 est le seul qui m’ait fourni une série de résultats probants, car il s'est
avéré bien adapté pour le groupe ; plusieurs autres appareils de type manométrique ont été expéri¬
mentés sans succès. Dans quelques cas, les chambres à respiration présentaient simplement un volume
trop vaste, étant donnée la taille des Triclades. Adaptés de la technique de Warburg qui consiste à
mesurer la pression du gaz qui est absorbé en maintenant constant le volume gazeux de la chambre
à respiration, ces petits respiromètres, modifiant ce dispositif original, ont l’avantage d’être très
maniables et permettent d’effectuer des mesures dans la grotte elle-même. Très sensibles, ils doivent
toujours être utilisés dans une enceinte dont la température demeure constante.
Un grand avantage de la méthode liée au respiromètre tient à la possibilité d’un enregistrement
continu de l’intensité respiratoire en fonction du temps puisque, comme nous l’avons vu, les relevés
sont possibles directement par lecture de la variation de l’index donnant autant de valeurs ponctuelles
que de lectures. La méthode chimique ne fournit qu’une seule valeur globale ; elle est également plus
longue.
3. Expression des résultats
La consommation d’oxygène par les Triclades est relativement élevée ; elle s'exprime donc
en ml d'0 2 absorbé pendant une heure rapporté au gramme-poids. En raison de la faible quantité de
1. Madame Louise Dresco, Maître de recherche au C.N.R.S., a bien voulu m'initier à l'étude de la respiration ;
je tiens à la remercier pour l'aide matérielle et les judicieux conseils qu'elle m’a toujours trêB aimablement prodigués.
2. Monsieur le Professeur Etienne Wollï m'a signalé l’existence de ce type de chambre à respiration utilisée par
les chercheurs de son laboratoire, ce dont je le remercie vivement.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
125
matériel vivant dont je dispose, il n’est pas possible d’obtenir une série de mesures de poids sec. Les
poids frais utilisés sont déterminés par double pesée à la micro-balance Mettler au l/100 e de mg, après
séchage des Planaires sur papier filtre.
Pattee (1968 6) a établi les relations existant entre le poids sec et le poids frais chez quelques Pla¬
naires ; le second vaut quatre à sept fois le premier, pour les espèces qu’il a étudiées. Toutes mes mesures
étant effectuées de façon semblable sont comparables, en dépit des erreurs absolues ; les poids frais
des Triclades sont compris entre 1 et 54 mg. L’expression des résultats en ml d’0 2 absorbé par gramme
et par heure (ml/g/h) permet d’établir directement des comparaisons entre animaux de taille et d’espèce
différentes.
IL — HISTORIQUE
A partir de 1919, en une série de notes complémentaires (jusqu’en 1932), Hyman déterminait, par
mesures chimiques essentiellement, la consommation d’0 2 de quelques Triclades épigés d’Amérique du
Nord, soumis à l’action de différents facteurs. Ses travaux, en accord avec les conclusions de Child
(1919), mettaient en évidence un certain nombre de points : le taux de consommation d’0 2 s’élève
pendant le jeûne, quelques semaines après l’arrêt de l’alimentation. De même, lorsqu’une section est
pratiquée en vue de la régénération, le taux de consommation d’0 2 s’accroît sous l’action de la blessure
(ce que confirme Fraps, 1930). Il augmente ensuite pour atteindre chez l’individu régénéré une valeur
comparable à celle des jeunes organismes. Cette dernière est variable selon les espèces ; les jeunes ont
cependant toujours un métabolisme nettement supérieur à celui des grandes formes, adultes et vieux
immatures.
Les mesures données par Shearer (1930) selon des méthodes manométriques sont effectuées sur
Polycelis nigra et Oendrocoelum lacteum, ce qui correspond parfaitement aux conditions d’expérimen¬
tation de Krajnik (1922). Les résultats obtenus par ces deux auteurs diffèrent et sont difficiles à com¬
parer. Le premier indique une intensité respiratoires de 0,42 ml/g/h, alors que le second, ne signalant
pas les poids respectifs des individus, ramène les mesures à l'animal entier : 2,37 ml/h pour D. lacteum
et. 0,99 ml/h pour P. nigra.
L’existence d’un gradient métabolique antéro-postérieur, longtemps objet de controverses,
a été infirmé par Lpvtrup (1953) à la suite d’une étude de Dugesia lugubris effectuée par la technique
du ludion de Linderstrpm Lang (1943) et Ilolter (1943). Cette même méthode, modifiée par Zeutlien
(1943, 1950) a permis une analyse précise des variations du taux du métabolisme respiratoire de Plia-
gocata villa par Pcderscn (1956) qui n’a pu noter d’influence significative liée à une scission ou une
blessure de l’animal, aux premiers stades de régénération, et pas davantage au jeûne. Flicklinger et
Iflount (1957) utilisent une méthode électrique et déterminent directement par polarographie le poten¬
tiel bioélectrique de Dugesia dorotocephala, confirmant les résultats de L0vtrup.
Blasing (1953) a étudié le métabolisme respiratoire des espèces Crenobia alpina et Dugesia gono-
cephala provenant de milieux différents puisque la première vit généralement en altitude dans les
sources froides et la seconde en plaine. Il aboutit à la conclusion suivante : D. gonocephala est un eury-
therme résistant à métabolisme « thermostable » pendant plusieurs heures ; C. alpina est beaucoup
plus sensible, son métabolisme suit les moindres variations thermiques. Pattee (1965) a repris cette
même étude basée sur la comparaison de l’importance de la réaction métabolique provoquée par le
réchauffement et obtient des résultats voisins de ceux de Blasing. Toutefois, pour Pattee, C. alpina
apparaît nettement moins sensible et moins strictement sténotherme d’eau froide que ne l’avaient signalé
ses prédécesseurs, ce qu’il explique par la complexité de cette espèce et de D. gonocephala qu’il est
possible de considérer comme la réunion de multiples « micro-espèces ».
Source : MNHN, Paris
126
N1COLK GOURBAULT
III. — RÉSULTATS EXPÉRIMENTAUX ,
VALEURS DU MÉTABOLISME RESPIRATOIRE
Les taux de l’intensité respiratoire obtenus pour les formes obscuricoles ne prennent toute leur
valeur qu’au terme d’une comparaison avec ceux qui résultent de mesures effectuées pour les espèces
épigées ; c’est pourquoi il convient de débuter par l’étude de celles-ci.
1. Métabolisme respiratoire de Triclades épigés
a) Polycelis felina
Les animaux utilisés pour l’expérimentation proviennent du déversoir de l’étendue d’eau du
Pesquet (Moulis). Leur poids varie de 1 mg à 17,6 mg.
Méthode chimique
Une première série de mesures a été effectuée à la température de 14°C et à l’obscurité ; ces mesures
ont porté sur 37 lots différents d’individus. La valeur de la moyenne arithmétique de l’I. R. est calculée
d’après les données consignées dans le tableau I (toutes les mesures utilisées pour l’obtention des diffé¬
rentes valeurs de 1*1. R. sont réunies en appendice, Index III).
I. R. = 0,224 ± 0,016 1 ml/g/h
Je n’ai pas pu noter de différences significatives en relation avec la durée des expériences, celles-ci
ayant varié de 12 à 42 heures. Les valeurs de l’I. R. pour un même individu après 12, 24, 36 et 42 heures
de maintien en flacon d’expériences se montrent respectivement égales à 0,197 — 0,220 — 0,219 et
0,170 ml/g/h.
Une seconde série d’expériences a été effectuée à la température de 9°C. La valeur de la moyenne
arithmétique de l’intensité respiratoire a été calculée d’après les données consignées dans le tableau I
également.
I. R. = 0,155 ± 0,014 inl/g/h.
Méthode manométrique
Quelques résultats comparatifs sont obtenus à partir des lectures effectuées sur une série de
inicrorespiromètres. Les différences enregistrées sont moins importantes que celles indiquées par Pat-
tee (1962, p. 48) pour sa comparaison des méthodes chimiques et manométriques employées pour la
mesure de la consommation d’0 2 chez trois espèces de Triclades. Celle-ci est exprimée en mm® d'O,
par heure et par individu ; les moyennes calculées sont rappelées ci-après pour mémoire :
Espèces Température
Méthode chimique
Méthode
manométrique
Dendrocoelum lacteum . 12,5°C
4,04
5,33
Dugesia gonocephala . 12,5°C
2,54
2,36
Crenobia alpina . 5,5°C
0,158
0,217
1. Pour chaque mesure la valeur moyenne de l’intensité respiratoire T. R. est complétée par la valeur de l'erreur
type de la moyenne.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
127
Pour Polycelis felina, maintenue à l'obscurité et à la température de 14°C, j’ai effectué plusieurs
expériences (les valeurs calculées sont reportées sur le tableau II). Une courbe moyenne est établie
à partir des courbes élémentaires représentant chacune une série de mesures échelonnées d’heure en
heure (figure 31, A, P. f.). Chaque point indique la consommation d’0 2 , exprimée en pi, enregistrée
pendant l’heure qui précède la lecture. Les résultats globaux sont reportés dans le tableau III. La
moyenne arithmétique calculée est égale à :
I. R. = 0,272 ± 0,038 ml/g/h.
b) Quelques mesures données à titre indicatif portent sur trois autres espèces épigées.
— Dugesia ligrina
Ces individus, tous asexués, ont été récoltés dans l’Ariège (Venerque, Haute-Garonne) avec
Dugesia gorwcephala. Quelques mesures d’intensité respiratoire, à 14°C, sont effectuées par méthode
chimique :
L R. = 0,285 ± 0,151 ml/g/h.
D'autres résultent de la lecture des variations manométriques (tableau IV) :
î. R. = 0,260 ± 0,047 ml/g/h.
— Pour Dugesia gonocephala, deux dosages chimiques ont indiqué, à 14°C, une valeur moyenne
«le l’intensilé respiratoire égale à 0,349 ± 0,013 nil/g/h.
— Dendrocoelum lacteum
Cette espèce se rencontre aux environs de Toulouse ; son poids varie pour les sujets d’expérience
«le 7,7 à 25,1 mg.
Les résultats sont obtenus uniquement par la méthode de Winckler ; la moyenne arithmétique
de l’intensité respiratoire à 14°C est calculée d’après les mesures reportées sur le tableau V :
I.'Tü = 0,128 ± 0,018 ml/g/h.
2. Métabolisme respiratoire de Triclades hypogés
a) Plagrwlia vandeli
Les mesures portent essentiellement sur des animaux capturés dans le gouffre du Plagnol de
la Plagne ; quelques données sont relatives à des individus provenant de prélèvements effectués dans
le sous-écoulement du Nert. Le poids des individus varie de 1 à 12 mg.
Méthode chimique
Les séries de valeurs obtenues sont reportées sur le tableau VI. Je n’ai pas noté de différences
significatives en relation avec la provenance des individus de l’espèce étudiée.
Gouffre du Plagnol : I. R. = 0,033 ± 0,022 ml/g/h.
Sous-écoulement du Nert : I. R. = 0,036 ± 0,010 inl/g/h.
Toutes ces mesures ont été effectuées à l'obscurité et à la température de 9°C.
Méthode manométrique
Une série de dix respiromètres sur lesquels ont été relevées les variations de l’index d’heure en
heure, a permis d’obtenir les valeurs de l’I. R. consignées dans le tableau VI.
Source : MNHN, Paris
128
NICOLE GOURBAULT
La valeur moyenne île l’intensité respiratoire calculée pour une température de 14°C, à l’obscu¬
rité est :
OC = 0,038 ± 0,007 ml/g/h.
La courbe moyenne établie d’après les données d’expériences est reportée sur la figure 31, A (P. p.).
b) Le métabolisme respiratoire a également été mesuré pour deux espèces de Planariidae hypo¬
gées = Atrioplanaria delamarei et Phagocata villa. La première est recueillie dans une source temporaire
à Durban (Ariège) et la seconde dans une source de la forêt de Callong (Aude).
Les taux obtenus pour Atrioplanaria, espèce de faible poids (0,4 à 4,1 mg), sont de ce fait, élevés,
comparés à ceux enregistrés pour d’autres espèces obscuricoles (tableau Vil). La valeur moyenne cal¬
culée de l’intensité respiratoire à l’obscurité et à la température de 9°C est égale à 0,151 dr 0,041 ml/g/h ;
à 14°C mesurée par méthode manométrique, cette même valeur moyenne atteint 0,284 ± 0,059 ml/g/h.
Enfin, quelques valeurs obtenues pour P. villa dont les poids sont compris entre 3 et 6,2 mg
(tableau VII) indiquent une valeur moyenne de l’intensité :
riL = 0,144 ± 0,024 ml/g/h.
c) Dendrocoelopsis (Amyadeniurn) chattoni
Tous les individus ont été récoltés à Bas-Nistos (Hautes-Pyrénées), soit, dans la grotte de l’Église,
soit dans la galerie voisine ; leur poids se situe entre 14 et 59 mg.
Méthode chimique
Le tableau VIII indique les valeurs de l’intensité respiratoire obtenues pour des animaux main¬
tenus à l’obscurité et à la température de 9°C. La moyenne arithmétique calculée est :
I. R. = 0,033 ± 0,004 ml/g/h.
Méthode manométrique
A la température de 14°C, l’intensité respiratoire atteint la valeur moyenne de :
I. R. = 0,055 ± 0,006 ml/g/h.
Les dix séries de mesures effectuées sont reportées sur le tableau IX. Le détail des valeurs est
fourni à titre indicatif pour quelques individus.
d) Valeurs de l’intensité respiratoire pour quelques Dendrocoehun hypogés.
Les valeurs qui concernent l’intensité respiratoire de Dendrocoelum luzelae, U. regnardi et I). album
sont données comparativement, pour confirmer les résultats obtenus pour les deux espèces précé¬
dentes. Elles sont mesurées par méthode chimique (tableau X) à 9°C.
I. R. = 0,050 d; 0,006 ml/g/h pour D. luzelae.
I. R. = 0,043 ± 0,010 ml/g/h pour D. regnardi.
I. R. = 0,049 d; 0,002 ml/g/h pour IJ. album.
Seule l’espèce D. luzelae a été soumise à une étude par méthode manométrique. Cette espèce
provient, comme Phagocata, de la source de la maison forestière de la forêt de Callong (Aude). D. regnardi
a été récolté dans un puits d’Albi ; quant aux D. album, ils ont été maintenus en élevage pendant plu¬
sieurs semaines avant l’expérimentation et proviennent de la grotte de Planina (Yougoslavie). Les
poids des deux dernières espèces sont voisins (30 à 50 mg) et nettement supérieurs à celui de D. luzelae
(6 à 17,5 mg).
Les résultats obtenus pour D. luzelae, par la méthode manométrique à 14°C différent peu de
ceux fournis par le dosage chimique (tableau XI) :
ITr: = 0,055 d: 0,013 ml/g/h.
Source : MNHN, Paris
Ooml/h/Ax
A
Fig. 31. — Consommation horaire d'O,, par individu, en fonction du temps et pour une température de 14°C ; méthode
manométrique. A — Courbes moyennes établies pour Polycelia felina IP. f.) et Plagnolia vandeli (P. v.). B — Cas
particulier de deux espèces de même poids.
1 564 018 6 9
Source : MNHN, Paris
130
NICOLE GOUHBAULT
3. Comparaison et discussion des résultats
Les Paludicoles hypogés se prêtent mal à une étude expérimentale en raison de causes multiples,
telles le petit nombre d’individus récoltés et la fragilité des espèces, mais aussi parce que leur faible
tolérance aux variations de température cause, en deçà de 7° et au-delà de 14°C, de graves perturba¬
tions au niveau de la physiologie de l’animal. Celles-ci sont nettes et s’observent aisément in vivo,
se traduisant par l’expulsion du pharynx hors de sa gaine, suivie de l'autotomie des individus. Un
inconvénient majeur réside essentiellement dans le fait que, pour la plupart des formes, il n'est pas
possible d’obtenir tous les stades successifs du développement, depuis le cocon jusqu'à l'adulte.
Les individus étudiés proviennent donc toujours de récoltes antérieures, ce qui entraîne une
grande hétérogénéité dans les lots. De nettes variations individuelles dues à îles états physiologiques
et biologiques différents se répercutent, au niveau des mesures. Le fait de pouvoir disposer d’individus
de même stade aurait évidemment permis d’obtenir des résultats plus homogènes et répartis par classes
successives.
C’est pourquoi j’ai entrepris l'analyse de la variance (Lison, 1968) ou moyenne des carrés des
écarts à la moyenne S 2 et de l’écart type S. Le. coefficient de variation représente le rapport de l’écart
type à la moyenne exprimé en pourcentage ; n équivaut au nombre de mesures ; s m est l’erreur-type
de la moyenne. Le calcul des paramètres statistiques des dillérentes séries de mesures est consigné
dans le tableau 9.
Ces différentes séries de mesures sont ordonnées selon l’espèce considérée et en tenant compte
de la température d’expérience et de la méthode employée.
Tableau 9. — Calcul des paramétres statistiques des difjérentes séries de mesures.
Espèces
Température
et méthode
IR
DL
(n - 1)
SC
CM = S* 1 S
V
Polycelis felina .
14° ; C
0,224
36
0,405301
0,011250 0,100
44 %
0,016
— .
9° ; C
0,155
7
0,011919
0,001700 0,041
26 %
0,014
— .
14° ; M
0,272
3
0,017624
0,005870 0,076
27 %
0,038
— (Nistos).
90; c
0,175
12
0,352348
0,029362 0,170
97 %
0,047
Dendrocoelum lacteum .
14»; C
0,128
6
0,014288
0,002380 , 0,048
37 %
0,018
Plagnolia vandeli .
9° ; C
0,033
15
0,007837
0,000522 , 0,022
66 %
0,005
— .
140; C
0,034
9
0,001765
0,000196 0,014
41 %
0,004
— .
140 . M
0,038
9
0,004862
0,000540 1 0,023
60 %
0,007
- (Nert).
90; C
0,036
7
0,006410
0,000916 0,030
83 %
0,010
A trioplanaria delamarei .
9°; C
0,151
11
0,240647
0,021877 ; 0,145
96 %
0,041
— .
14°; M
0,284
3
0,042374
0,014124 0,118
41 %
0,059
Phagocata villa (Callong)....
90; C
0,144
4
0,012328
0,003082 0,054
37 %
0,024
Dendrocoelopsis chattoni .
9«; C
0,033
16
0,004895
0,000305 0,017
51 %
0,004
— .
140; M
0,055
9
0,003922
0,000435 0,020
36 %
0,006
Dendrocoelum tuzetae .
9°; C
0,050
9
0,004507
0,000500 0,022
44 %
0,006
— _
140; M
0,055
5
0,005095
0,001019 1 0,032
58 %
0,013
— regnardi .
90; c
0,043
9
0,010385
0,001153 0,034
79 %
0,010
— album .
90; C
0,049
3
0,000090
0,000030 0,054
11 %
0,002
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
131
Dans un premier temps j’ai voulu vérifier si toutes les données étaient comparables, d’une part
malgré l’utilisation de deux méthodes différentes mais à température semblable et, d’autre part, bien
que la majorité des mesures aient été effectuées à deux températures différentes (9 et 14°C).
a) Influence de la température
11 est bien connu que l’intensité respiratoire varie proportionnellement à la température. Toute¬
fois, les différences enregistrées peuvent être ou non significatives, ainsi que le met en évidence le test
d’homogénéité.
Ce test permet de comparer les résultats obtenus pour le taux du métabolisme d’une même
espèce, placée dans de semblables conditions d’expérimentation, mais à différentes températures.
Les deux espèces Polycelis felina et Plagnolia vandcli ont fait l’objet de ce test.
Pour Polycelis felina, les valeurs de l’intensité respiratoire mesurées à 14°C (I. R. =
0,224 ml/g/h) et à 9°C (1. R. = 0,155 ml/g/h) ne révèlent entre elles aucune différence significative.
En effet, j’ai calculé la variance standard et le seuil t qui a été comparé au t de Student pris dans les
tables. o 2 = 0,00970 ; S 2 d = 0,00147 ; t = 1,855 ; t Student = 2,021 (probabilité à 0,05).
Pour Plagnolia vandeli, les résultats obtenus pour les valeurs moyennes de l’intensité respira¬
toire à 9°C (t. R. = 0,033 ml/g/h) et à 14°C (L R. = 0,034 ml/g/h) sont très proches. o 2 = 0,00040 ;
S 2 d = 0,00065 ; t = 0,125 ; t Student = 2,06 (probabilité à 0,05).
Il n’existe donc aucune différence significative entre les valeurs de l’I. R. mesurées pour des
Triclades maintenues à des températures comprises entre 9° et 14°C, ce qui fournit la possibilité de
considérer comme comparables les taux métaboliques des individus du même taxon placés à différentes
températures.
b) Influence de la méthode
Une récente étude de Lawton et Richards (1970) a montré qu’il n’existe pas de différences signi¬
ficatives entre les valeurs obtenues pour l’I. R. des Invertébrés aquatiques (larves d’Odonates et Mol¬
lusques Prosobranches) en fonction des méthodes utilisées : technique du ludion, du Warburg, de
Winkler.
Aussi, comme pour la température, ai-je réalisé un test d’homogénéité pour comparer les moyennes
des deux séries de mesures effectuées.
Polycelis, à 14° et à l’obscurité, présente une I. R. de 0,224 (méthode chimique) ou de 0,272
ml/g/h (méthode manométrique).
a 2 = 0,010844 ; S 2 d = 0,0030 ; t = 0,864 ; t Student = 2,021 (probabilité à 0,05).
Plagnolia dans des conditions analogues montre une I. R. de 0,034 (méthode chimique) ou
0,038 inl/g/h (méthode manométrique).
a 2 = 0,006627 ; S 2 d = 0,000073 ; t = 0,47 ; t Student = 2,10 (probabilité à 0,05).
Les différences, en relation avec les méthodes, entre les valeurs calculées pour l’I. R. de Triclades
ne sont donc pas non plus significatives.
c) Variations de l'intensité respiratoire en fonction du poids
La consommation d’oxygène est étroitement liée à la taille et au poids des animaux, ainsi que
le démontre Zeuthen (1947 et 1953). Il est reconnu que les individus de petite taille, donc de poids
plus faible, possèdent en général un métabolisme respiratoire plus élevé que ceux de poids supérieur.
Mes résultats viennent confirmer ces données générales comme il apparaît sur la figure 32.
Il est possible de comparer les valeurs obtenues pour les deux espèces Polycelis felina et Plagnolia
Source : MNHN, Paris
132
NICOLE GOURBAULT
vandeli dont les poids sont semblables et qui sont représentées par des individus asexués ; Dendrocoe¬
lum lacteum et D. tuzelae sont également comparables.
Les valeurs moyennes de poids et de consommation d’0 2 ont été calculées pour quelques espèces
(tableau 10).
Tableau 10. — Valeurs moyennes du poids
et de la consommation d'oxygène de différentes espèces de Triclades.
Espèces
Moyenne poids
mg
Moyenne consom.
Oj jil/ind.
nr
Nombre
de mesures
Espèces épigées .•
Polycelis felina .
6,5
1,3
0,22
37
Dendrocoelum lacteum .
16,1
2
0,12
7
Espèces hypogées :
Plagnolia vandeli .
6,9
0,2
0,03
16
Alrioplanaria delamarei .
1,8
0,17
0,15
12
Dendrocoelum regnardi .
36,3
1,5
0,04
10
Dendrocoelum tuzelae .
12,6
0,6
0,05
10
IJendrocoelopsis chattoni .
23,1
0,7
0,03
17
A poids sensiblement égaux les espèces hypogées montrent une consommation d’oxygène tou¬
jours très nettement inférieure à celle des formes épigées.
Les variations de la consommation d’oxygène en fonction du poids de l’animal suivent la rela¬
tion 0 2 = a Pb soit en coordonnées logarithmiques : log 0 2 = log a -f- b log F 1 . Lorsque P = 1, le coeffi¬
cient a représente l’I. R. d’individus pesant l’unité de masse choisie qui s’obtient à partir de l’ordonnée
à l’origine de la droite de régression construite sur les points expérimentaux correspondant aux mesures
effectuées (figure 32). Pour les espèces hypogées, le coefficient de corrélation est toujours très faible.
ml O, /g/h
Fig. 32. — Variations de la consommation d'O,, exprimée en ml/g/h, chez Polycelis felina, en fonction du poids ; coeffi¬
cient de corrélation = 0,70 ± 0,08.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
133
d) Variations de l'intensité respiratoire en fonction du temps
L’enregistrement continu de l’I. R. en fonction du temps est possible avec des mesures par
méthode manométrique. Les lectures, heure après heure, rendent compte des variations de la consom¬
mation d’un animal pendant la durée de l’expérience. Les moyennes d’une série de valeurs obtenues
pour Polycelis felina (P. f.) ont été reportées sur le graphique A de la figure 31 où sont consignées éga¬
lement les valeurs moyennes de la consommation horaire de quelques Plagnolia vandeli [P. v.).
Tableau 11. — Comparaison de la consommation d'oxygène (exprimée en p.1)
de deux espèces de Triclades en fonction du temps.
Temps
Espèce épigée
Espèce hypogée
lr« heure
3,925
1,570
2e —
0,392
0,785
3e
9,027
1,570
4 e —
3,925
0,392
5® -
1,570
0,392
fie —
1,177
0,392
De façon à enregistrer des données parfaitement comparables trois microrespiromètres ont été
mis en expérience; cet exemple (tableau 11) fournit le graphique B comportant les courbes établies
pour deux espèces de même poids (24 mg) l’une épigée, l’autre hypogée.
11 apparaît après la première heure pendant laquelle la consommation d’0 2 est toujours élevée
une chute plus ou moins forte et durable selon les cas. Par la suite, l’intensité respiratoire semble se
stabiliser ; j’ai pu observer toutefois des périodes pendant lesquelles la consommation de 0 2 pouvait
être nulle.
Pourriot et Deluzarches (1970) notent, chez les Rotifères qu’ils étudient que l’allongement de la
durées d’expérience entraîne simultanément la diminution de la concentration en 0 2 du milieu et l’action
de l’influence du jeûne sur les animaux. Ce dernier facteur ne peut intervenir pour les Triclades.
e) Distribution des valeurs de l'intensité respiratoire
L’étude de la distribution des points correspondants aux différentes valeurs de l’I. R. pour
six des espèces analysées, reportés sur la figure 33, permet de conclure que le métabolisme respiratoire
est nettement moins élevé chez les espèces hypogées que chez les formes épigées voisines ; et pas seule¬
ment à poids et taille semblables car les valeurs les plus élevées de l’I. R. des premières sont encore
inférieures aux plus petites valeurs obtenues pour les secondes.
Les nuages de points se situent de part et d’autre d’une valeur moyenne qui peut être consi¬
dérée comme limite supérieure pour l’intensité respiratoire des formes hypogées et limite inférieure
pour les formes épigées ; cette limite est de l’ordre de 0,09 à 0,10 ml/g/h.
La valeur moyenne calculée de l’intensité respiratoire est. quatre à sept fois supérieure chez les
espèces épigées à ce qu’elle est chez les hypogées et ceci apparaît comme un phénomène général dans
le domaine souterrain, tout au moins pour les Invertébrés.
En effet, un certains nombre de données relatives au métabolisme respiratoire des animaux obs-
curicoles rend compte des exigences physiologiques de ces formes, étudiées dès le début du siècle.
Des résultats concordants ont été obtenus pour différents groupes.
Des Décapodes américains, Cambarus setosus Faxon (Smallin’s cave) et C. rusticus Girard
(forme épigée), montrent une égale sensibilité au manque d’oxygène, mais la première espèce possède,
selon Burbanck, Edwards et Burbanck (1948) une intensité respiratoire trois fois inférieure à la seconde.
Source : MNHN, Paris
NICOLE GOURBAULT
Jegla (1964) note pour Orconectes pelucidus, à yeux réduits, une inttensité respiratoire de 0 035
ml/g/h et pour C. bartoni, espèce épigée dont certaines sous-espèces ont été trouvées dans des grottes
une valeur deux fois et demi supérieure, soit 0,090 ml/g/h. Dans ce cas les animaux étaient maintenus
inactifs pendant l’expérience. Les données concernant les Amphipodes sont essentiellement dues à
Derouet (1949, 1953) et à Wautier et Troiani (1960). La première indique pour l’intensité respiratoire
de Gammarus pulex calculée par mesure chimique à 10°C des valeurs comprises entre 0,2 et 0,3 rng/g/h
et 0,02 à 0,04 mg/g/h pour l’espèce hypogée Niphargus orcinus virei. Les seconds auteurs obtiennent
des résultats qui sont comparables pour les Gammares, mais supérieurs pour les Niphargus de quelques
10 à 15 %.
L’Isopode sphéromien hypogé Caecosphaeroma burgundum possède une intensité respiratoire
de 0,01 à 0,025 mg/g/h alors que celle de l’espèce marine littorale Sphaeroma serratum varie de 0,1 à
0,3 mg/g/h (Dresco-Derouet, 1959).
Les Crustacés hypogés présentent donc en moyenne une intensité respiratoire cinq à quinze
fois inférieure à celle des espèces épigées de taille comparable ; cette marge de variation s’avère plus
restreinte dans le cas des Triclades puisque la valeur maximale de l’intensité respiratoire des formes
hypogées n’est que quatre à sept fois inférieure au taux minimum de l’intensité respiratoire mesurée
pour les espèces épigées.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
135
IV. — ACTION DES FACTEURS EXTERNES
SUR LE MÉTABOLISME RESPIRATOIRE
Deux facteurs essentiels, basse température et obscurité, ont pendant longtemps été considérés
comme facteurs déterminant la faible intensité respiratoire des formes hypogées. En fait, les études
des auteurs précédemment cités montrent que, pour les Crustacés en particulier, le métabolisme ralenti
des cavernicoles est propre à ces formes et que l'influence incontestable des conditions externes, qui
s’exerce aussi bien sur les espèces hypogées qu’épigées, n’entraîne pas de modifications profondes.
Le fait que le métabolisme respiratoire ne soit pas une conséquence directe de l’action des facteurs
externes amène Dresco-Derouet (1959, p. 331) à conclure : « Le faible métabolisme respiratoire des
cavernicoles n’est donc pas seulement une conséquence immédiate des facteurs du milieu, mais le résul¬
tat d’une longue adaptation d’animaux qui, initialement, devaient être déjà plus ou moins préadaptés
à de telles conditions de vie ».
J’ai voulu vérifier si ces conclusions pouvaient s’appliquer également aux Paludicoles.
1. Action de la température
La température indue sur le métabolisme respiratoire de façon directement proportionnelle
puisqu’une élévation de la température conditionne une augmentation de l’intensité respiratoire.
Toutefois Newell (1966) suggère qu’il peut exister une valeur assez stable comprise entre deux limites
(7,5° et 20°C) où se situe un palier correspondant au métabolisme de base des poïkilothermes, relati¬
vement indépendant de la température. Davies et Tribe (1969) observent le phénomène général de
l’influence de la température chez des Mollusques et Crustacés marins. Lasserre et Renaud-Mornant
(1971) concluent qu’entre 10 et 22°C l’I. R. d’un Crustacé interstitiel varie peu.
Chez les formes obscuricoles Wautier et Troiani ( op. cit.) indiquent les variations de l'I. R.,
pour Niphargus orcinus virei, entre 1°C (= 64 mm 3 /g sec/h) et 26°C (= 776 mm 3 /g sec/h). La courbe
obtenue laisse apparaître que jusqu’à 10°C environ les consommations augmentent au fur et à mesure
que la température croît ; de 10 à 20°C la courbe forme un palier montrant que le métabolisme respira¬
toire, entre ces deux limites, n’est guère influencé par la température ; enfin, à partir de 20°C, on voit
les consommations croître à nouveau avec la température.
Les Triclades suivent la règle générale :
— Polycelis felina, pour un poids de 6,5 mg, présente une intensité respiratoire égale à 0,120
à 9°C, 0,190 à 11,5°C, 0,207 à 14°C, exprimée en ml/g/h et mesurée par méthode chimique.
— De même, chez Plagnolia vandeli, pour un même poids de 6,5 mg, l’I. R. calculée par méthode
chimique est égale à : 0,018 à 9°C, 0,028 à 11,5°C, 0,032 à 14°C. L’étude des résultats expérimentaux
exposés précédemment montre les variations individuelles observées pour quelques espèces.
— Les données écologiques font apparaître la préférence des Triclades hypogés pour les basses tempé¬
ratures. Toutes les indications relevées tant dans la littérature 1 que lors de mes divers prélèvements tendent
à situer la température moyenne préférentielle dans un intervalle compris entre 8 et 11°C. Les températures
extrêmes que j’ai notées se situent pour Plagnolia vandeli dans la grotte de Riusec (= 5°C) et pour Dendrocoe-
lum polymorphum au niveau des puits du littoral de la mer Noire, en Dodroudja (=16°C).
1. Hubault (1931) récolte Dendrocoelum cullini dans des sources de l’Est de la France dont la température varie,
lors des captures, de 10,5° à 11°C. Pour D. mrazeki la température de l'eau est de 6,5 à 8,7°C ; 6,6 à 9,2°C pour D. bohe-
micum ; 8,8 à 11,9°C pour D. agile.
Source : MNHN, Paris
136
NICOLE GOUHBAULT
2. Action de la lumière
Alors que les Triclades hypogés présentent une zone thermique étroite les classant parmi les
sténothermes d’eau froide, ils semblent peu sensibles à l’action de la lumière. En effet, certaines espèces
se récoltent en front de sources, d’autres dans la partie éclairée des grottes, d’autres enfin, mais très
rarement, dans les cours d’eau subaériens. Cependant, la lumière est toujours dilîuse et les animaux,
en raison de leur tendance à se dissimuler sous la face inférieure des pierres ou à l’intérieur des sédiments,
n’y restent exposés que quelques instants.
En ce qui concerne les autres groupes hypogés nous savons que, chez Niphargus, l’action de la
lumière se fait sentir par une faible activation du métabolisme (Dresco-Derouct, 1959). Selon Wautier
et Troiani (1960) l’influence de ce facteur est plus nette puisqu’il entraîne une augmentation de consom¬
mation d’0 2 de 72,2 % pendant la première heure et de 68,2 % pendant la seconde heure. Des résul¬
tats également contradictoires sont fournis par l’étude de l’influence de l’éclairement sur la respiration
d’espèces épigées du zooplancton. Récemment, Pourriot cl Deluzarches (1970, p. 238) notent que chez
les Rotifères « les écarts observés entre la quantité d’0 2 consommée à la lumière et celle consommée
à l’obscurité sont généralement inférieurs ou égaux au degré de confiance accordé à la technique utili¬
sée ».
J’ai soumis deux lots de Plagnolia vandeli et D. chaltoni à la lumière et à la température de
14°C, durant dix heures. Pour les Plagnolia , la consommation d’0 2 , très élevée pendant les deux pre¬
mières heures pour la majorité des individus, semble stoppée ensuite. Au contraire, les secondes mon¬
trent une consommation sensiblement égale au cours de l’expérience.
La valeur moyenne de l’intensité respiratoire est calculée d’après les mesures reportées sur le
tableau XII (un exemple de consommation horaire est détaillé pour les deux espèces).
Plagnolia vandeli : I. R. = 0,066 ± 0,009 ml/g/h.
D. ( Amyadenium) chaltoni : 1. R. = 0,069 ± 0,002 ml/g/h.
Les écarts relevés entre la quantité d’0 2 consommée à la lumière et celle consommée à l’obscu¬
rité, dans les mêmes conditions de température et mesurée avec la i méthode, sont peu importants
pour D. chaltoni. L’I. R. à l’obscurité est de 0,055 ml/g/h ; le seuil calculé 1,60 est inférieur au t lu dans
les tables = 2,14 (probabilité à 0,05). Au contraire, pour P. vandeli, la différence s’avère significative ;
l’I. R. à l’obscurité est de 0,038 ml/g/h, t = 2,29 > 2,10 (probabilité à 0,05).
Comme pour les Niphargus (Ginet, 1960), il est possible de noter que la réaction des Triclades
à la lumière se traduit par une augmentation de l’activité motrice qui va entraîner en conséquence un
accroissement de l’I. R.
L’action de la lumière sur les Planaires hypogées n’est pas aussi nocive que l'on a voulu le recon¬
naître ; à moins d’être exposés à une forte intensité, les individus ne présentent aucune lésion impu¬
table à ce facteur.
J’ai pu conserver normalement D. chaltoni dans la grotte-laboratoire et observer la régénération
de Plagnolia, alors que ces deux lots d’espèces hypogées étaient soumis à une lumière intermittente
à cycle de 12 heures et 40 lux d’intensité en lumière rouge, 100 à 200 lux en lumière blanche '.
3. Action d'une section ; métabolisme respiratoire de Triclades en régénération
Comme je l'ai déjà signalé, le problème de l’existence d’un gradient métabolique antéro-posté¬
rieur (théorie de Child) a longtemps fait l’objet de nombreuses controverses. Reprenant cette hypo-
1. Monsieur Jacques P. Durand, Attaché de recherche (Laboratoire souterrain du C.N.R.S.) a toujours mis & ma
disposition ses installations techniques en grotte, ce dont je le remercie, ainBi que de son aide.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
137
thèse, j’ai effectué une série de mesures sur des fragments de Plagnolia vandeli en régénération. Les
animaux sont sectionnés à différents niveaux le long de l’axe antéro-postérieur ; les sections se situent
respectivement au tiers, à la moitié, ou aux deux tiers du corps de la Planaire. Dans le tableau XIII
sont consignées les mesures de la consommation d’0 2 qui permettent le calcul de la valeur moyenne
de l’intensité respiratoire d’un fragment après section.
Fragments antérieurs, I. R. = 0,057 ± 0,019 ml/g/h.
Fragments postérieurs, I. R. = 0,046 ± 0,12 ml/g/h.
t = 0,48 < 2,12 (probabilité à 0,05).
Aucune différence significative n’apparaît dans les variations du taux du métabolisme ; comme
il est de règle générale, celui-ci est plus élevé pour les fragments de petite taille. Le fait que les parties
postérieures demeurent moins actives que celles qui conservent une tête peut rendre compte des diffé¬
rences notées. Les mesures fragmentaires qu’il m’a été possible d’obtenir tendent à prouver l’inexis¬
tence d’un gradient métabolique antéro-postérieur décelable par cette méthode d’approche, comme
cela a pu être démontré chez Phagocata (Pedersen, 1956). Les résultats obtenus pour les valeurs de
l’I. R. de régcnérats de Plagnolia vandeli ( = 0,052 ml/g/h) et de Planaires intactes (= 0,036 ml/g/h)
placées dans des conditions analogues ne présentent pas non plus de différence significative (t = 1,51
< 2,02, probabilité à 0,05).
V. — CONCLUSION
Comme la majorité des animaux hypogés étudiés jusqu’à présent, les Triclades obscuricoles dont
j’ai pu mesurer l’intensité respiratoire présentent un net ralentissement du métabolisme. Quelles que
soient les conditions physiologiques, pour des animaux de poids semblables placés dans des conditions
analogues, le taux de l’intensité maximale des espèces hypogées est encore quatre à sept fois inférieur
au taux d’intensité minimal des formes épigées.
L’influence de certains facteurs écophysiologiques sur le métabolisme respiratoire d’invertébrés épigés
est reconnue d’ores et déjà comme il apparaît dans la littérature. Chez un grand nombre d'espèces de divers
groupes, le régime alimentaire ne semble pas toujours responsable des variations constatées entre taxa carni¬
vores et ceux dont l’alimentation est strictement à base de débris végétaux. De même, les conditions d’éclaire¬
ment agissent de manière différente, selon l’espèce considérée. En revanche, la température influe de façon
directement proportionnelle sur l’intensité respiratoire ; la nature du milieu, essentiellement la teneur en CO*,
peut également rendre compte des taux différents du métabolisme.
Toutefois, chez les Triclades, tous ces facteurs dont l’influence est en général incontestable sur
la consommation d’oxygène ne peuvent entraîner la transformation du type métabolique caractéris¬
tique des hypogés. C’est pourquoi Vandel (1964, p. 407) réfute que le métabolisme extrêmement ralenti
soit une « adaptation » aux conditions du milieu souterrain mais pense qu’il représente une manifes¬
tation de « sénilité phylétique ».
Phénomène indéniable, le ralentissement du métabolisme des Paludicoles hypogés peut donc
être en partie tenu pour responsable de l’allongement des valeurs enregistrées pour la durée des dix erses
manifestations d’ordre biologique, tout particulièrement de la régénération, des phases successives
de la reproduction sexuée et de la longévité exceptionnelle de ces formes.
Source : MNHN, Paris
NICOLE GOURBAULT
m
résumé de la deuxième partie
L’essentiel des données biologiques rassemblées repose sur les élevages ; les observations effec¬
tuées sur le terrain permettent de vérifier les résultats d’expériences.
I. La reproduction sexuée fait l’objet d’une étude particulière car il semble que ce mode de
reproduction soit le plus répandu, si l’on tient compte que les Triclades hypogés récoltés sont générale¬
ment sexués et appartiennent pour la plupart à la famille des Dendrocoelidae qui présentent un faible
pouvoir de régénération.
— On note peu de différences au niveau des organes génitaux ; les ovaires des espèces hypo¬
gées possèdent un nombre de cellules peu élevé et de grande taille.
— La copulation s’observe régulièrement chez les espèces hypogées où elle dure toujours plu¬
sieurs heures, alors qu’elle n’est que de quelques minutes chez les épigées. Les accouplements peuvent
se succéder à brefs intervalles chez deux mêmes individus et se produisent en général tout au long de
l’année.
La ponte des cocons a été obtenue ; les cocons, ellipsoïdaux ou sphériques selon les espèces, sont
peu pigmentés et dépourvus de pédoncule.
— La période de ponte s’avère différente suivant les espèces hypogées ; certaines (telle A. delà-
marei) présentent un cycle saisonnier et la ponte s’échelonne de février à mars, les autres déposent leurs
cocons indépendamment de la saison.
— Alors que le développement embryonnaire en lui-même ne diffère pas chez les Triclades il
convient de noter que le temps requis pour l’éclosion des cocons des espèces hypogées est plus long
que celui nécessaire à l’éclosion des cocons d’espèces épigées voisines. La durée du développement
embryonnaire est de deux à dix semaines chez les dernières, de deux à six mois pour les premières.
— Le nombre de jeunes par ponte est faible (toujours inférieur à 8) ; leur taille très variable
est comprise entre 0,7 et 4,5 mm.
— La croissance est lente ; elle demande deux années pour D. chatloni et neuf mois pour P.
( Fonticola ) vitta.
— La longévité des hypogés est supérieure à celle des épigés.
IL La reproduction asexuée ne semble pas fréquente dans le milieu souterrain, toutefois cer¬
taines souches de P. vilta présentent cet unique mode de reproduction ; Plagrwlia varuleli en une seule
station possède une forte proportion de régénérats, alors que partout ailleurs le mode de reproduction
sexuée paraît être la règle.
Les modalités de la division spontanée et le niveau du plan de scission sont analogues chez les
Triclades épigés et hypogés.
L’influence de la température est moins sensible chez ces dernières : le pourcentage de scissions
le plus élevé est obtenu pour Plagnolia maintenue à la température de 11-12°C ; pour Phagocata, les
races asexuées présentent ce seul mode de reproduction quelle que soit la température d’élevage ;
au contraire les races sexuées, qui se maintiennent plus difficilement à 13-17°C, ne se scindent pas.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
139
La régénération est intimement liée au phénomène précédent car ne peuvent posséder un mode
de reproduction asexué que les seules espèces à pouvoir de régénération totale, c’est-à-dire chez les¬
quelles n’importe quel fragment du corps régénère un individu complet.
— Les processus de la régénération sont semblables du point de vue morphologique chez toutes
les espèces considérées.
— Les sujets en expérience, étudiés sur le vivant et sur clichés photographiques, montrent des
variations de forme et de taille en cours de régénération. Les courbes traduisant la vitesse de régéné¬
ration du blastème laissent apparaître clairement les différences qui se manifestent entre les espèces :
la durée de régénération est la plus courte pour l’espèce épigée P. felina (quinze jours) ; en revanche,
Funticola exige un temps trois fois supérieur pour régénérer et Plagnolia et Ainyadenium une durée
six fois supérieure.
— L’étude histologique rend compte de la lente migration des néoblastes chez les formes hypo¬
gées.
III. Une différence d’intensité du métabolisme entre espèces épigées et hypogées peut expli¬
quer en partie le ralentissement général des divers phénomènes biologiques chez ces dernières.
Les taux de l’intensité respiratoire observés pour les formes hypogées ne prennent toute leur
valeur qu’au terme d'une comparaison avec ceux qui découlent de mesures effectuées pour les espèces
épigées :
0,15 < I. R. < 0,22 pour P. felina,
0,03 ^ 1. R. ^ 0,05 pour la plupart des Triclades hypogés.
Ces données expérimentales sont tributaires des récoltes. De ce fait, une importante hétéro¬
généité s’observe parmi les lots d’individus et en découlent de nettes variations individuelles, dues à
des états physiologiques et biologiques différents, qui se répercutent sur les mesures.
— L’influence de la température à laquelle ont été faites ces mesures et celle de la méthode
ont été testées (t de Student) ; les différences enregistrées ne se montrent pas significatives.
— L’I. R. varie en fonction du poids de l’animal et de la durée de l’expérience.
— Quelles que soient les conditions physiologiques, il apparaît qu’à température semblable la
valeur moyenne calculée de 1*1. R. est quatre à sept fois inférieure chez les espèces hypogées à ce qu’elle
est chez les espèces épigées. Les valeurs les plus élevées de l’I. R. des premiers sont encore plus faibles
que celles des plus petites valeurs obtenues pour les secondes. Les nuages de points se situent de part
et d’autre d’une valeur moyenne de l’ordre de 0,09 à 0,10 ml/g/h.
— L’action des facteurs température et lumière, qui s’exercent aussi bien chez les formes épi¬
gées, n’entraîne pas de modifications profondes du métabolisme respiratoire.
Enfin il n’apparaît pas non plus chez les Triclades hypogés de variations métaboliques tra¬
duisant l’existence d’un gradient antéro-postérieur.
Source : MNHN, Paris
140
NICOLE GOUHBAUI.T
SUMMARY OF THE SECOND PART
The most important biological data herein hâve been obtained from animais which hâve been
reared in the subterranean laboratory. Field observations enabled the anlhor to check her experi¬
mental results.
I — Particular attention lias been given to sexual reproduction. This seems to be the most
common reproductive process among the species collected. In fact, most of the hypogeous triclads
are found sexually mature and belong to the Dendrocoelidac which display a very reducnd power of
régénération.
Very few différences are noted in the génital apparatus of hypogeous and epigeous species.
In hypogeous forma the ovaries produce a reduced number of large-sized cells. Copulation occurs
frequently and lasts several hours contrasting wilh thaï of epigeous forms in which il lasts a few minutes
only. Mating may occur repeatedly and frequently between two individuels, at any time of year.
Breeding and egg-laying were observed. Coeoons are ellipsoidal or spherical aoeording to species,
slightly pigmented and lacking a peduncle. Breeding period is different among hypogeous species.
Some (sucli as A. delamarei) follow a seasonal cycle and egg-laying takes place Troni Februarv to Mardi,
others may lay eggs at any time of year.
Even though the course of embryonic development is the sarne for ail triclads, il is important
to note that it is much slower for hypogeous species. Two to six months are needed for full develop¬
ment of hypogeous forms, whereas only two to six weeks are necessary for epigeous species.
The number of youngs hatchiug from every cocoon is low (always less than eighl) ; their length
ranges between 0,7 and 4,5 mm.
Growth is slow. Two years are necessary to attain full size in I). chaUoni and six months for
P. ( Fonticola ) villa.
Longevity is greater in hypogeous species than in epigeous species.
II — Asexual reproduction docs not occur frequently in the subterranean environment, how-
ever it is the only method of reproduction of some strains of P. villa. Some Plagnolia vandeli collected
from one unique station may produce a high proportion of individuals by régénération, but at ail olher
stations sexual reproduction is the common rule.
The mechanism of fission and the level of the fission plane are similar in ail epigeous and
hypogeous triclads.
For the latter species température is a factor of less importance than in the epigeous forms.
The highest percentage of fission occurs at 11-12°C for Plagnolia, but in asexual varieties of
Phagocata fission is not affected by the température at which they are maintained. In conlrasi.
sexual strains which are unable to tolerate a température of 13 to 17° C do not undergo fission.
The régénération process is closely related to the above phenomenon. In fact, asexual repro¬
duction occurs only in species for which régénération is possible, i. e. in which any separated portion
of the body can regenerate a complété and new individual.
The régénération processes are morphologically similar in ail the species studied. Régénéra¬
tion was observed in living experimental specimens and many photographs were taken. They show
Source : MMHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
141
variations of size and shape during the regenerating process. Curves constructed up from data on
the speed of régénération of the blastema clearly display great disparity between the different species ;
fastest régénération occurs in the epigeous species P. felina where it takes only fifteen days. It is
three times slower for Fonticola species, and six times for both Plagnolia and Amyadenium.
Histological sections hâve demonstrated that the migration of neoblasts is very slow in hypo-
geous forins.
III — Great différences in metabolic rates of epigeous and hypogeous species were observed
by the author. These différences could explain the general slowness of biological phenomena obser¬
ved in these species.
The following results were obtained :
0.15 R. R. ^ 0.22 for P. felina (epigeous),
0.03 ^ R. R. ^ 0.05 for most of the hypogeous species.
In the interprétation of these experiments the fact that most of the specimens were collected at ran-
dom in the natural environment has to be taken into account. The considérable diversity observed
among groups of specimens results from individual variation due to different physiological and bio¬
logical characters of each animal. Both the method used and the influence of température hâve
been tested (t of Student), the effects are not significant.
The R. R. varies according to the weight of the animais and the length of the experiment.
Independently of physiological conditions, and for the same température, the mean value of respira¬
tion is four to seven times lower in hypogeous species than in epigeous ones. The highest values obtai¬
ned for the former are even lower than the lowest obtained for the latter. The clusters of points are
located in the vicinity of a mean value of 0.09 to 0.10 ml/g/h.
Factors such as température and light, which regularly influence both the epigeous and the
hypogeous species, do not affect the respiratory rate of the hypogeous species significantly.
The lack of variation in metabolism suggests the absence of any antero-posterior gradient.
Source : MNHN, Paris
142
NICOLE GOURBAULT
TROISIÈME PARTIE
RECHERCHES ÉCOLOGIQUES
SOMMAIRE
Page*
INTRODUCTION. 145
Chapitre 1. — HABITATS DE QUELQUES TRICLADES PALUDICOLES ÉPICÉS
I. Rappel de données classiques concernant l’écologie des Triclades épicés ; influence
DES PRINCIPAUX FACTEURS. 146
1. La température. 146
2. La vitesse du courant. 147
3. Les facteurs chimiques. 148
4. La faune accompagnatrice. 149
IL — ÉTUDE DE QUELQUES BIOTOPES PYRÉNÉENS. 149
1. Dispersion ; exemple de la vallée d’Aure (Hautes-Pyrénées). 150
2. Stations au contact des biotopes souterrains étudiés. 151
а) Le Nert. 151
б) L’Escalette. 154
c) Résurgences de Bernatas. 156
3. Conclusion. 158
Chapitre II. — DIFFÉRENTS HABITATS DE TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
I. — Les eaux souterraines continentales . 159
1. Terrains perméables en petit. 159
2. Terrains perméables en grand. 160
IL — Présence des Triclades dans les terrains perméables en petit . 160
1. Recherches biologiques concernant ces terrains. 160
2. Historique des recherches limitées aux Triclades. 161
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÊS 143
III. — Présence des Triclades dans i.es terrains perméables en grand. 162
1. Études biologiques des karsts. 162
2. Historique des recherches concernant les Triclades. 162
IV. — Conclusion. 163
Chapitre III. — HABITATS DES TRICLADES EN MILIEU PERMÉABLE EN PETIT
I. — Le sous-écoulement des rivières . 164
1. Le sous-écoulement du Nert. 164
a) Faunistique. 165
b) Caractéristiques physico-chimiques des eaux du sous-écoulement. 165
c) Étude du peuplement par les Planariidae. 167
— Plagnolia vandeli . 167
— Alrioplanaria delamarei . 170
— Phagocata sp . 170
2. Le sous-écoulement du Voip. 170
a) Faunistique. 172
b) Caractéristiques physico-chimiques des eaux du Voip. 172
c) Présence de Dendrocoelum ( Dendrocoelides) lescherae . 172
3. Autres exemples de la présence des Triclades au niveau des sous-écoulements. 173
a) Stations des Prépyrénées. 173
b) Pliagocata villa, au niveau du Tarn. 173
IL — Les nappes. 174
1. Nappes accessibles par un puits. 174
а) Nappe alluviale du Salat. 174
б) Nappe alluviale de l’Isère. 174
c) Nappes de l’Albigeois. 174
— Nappe alluviale du Tarn. 174
— Nappes mollassiques. 175
2. Nappes accessibles par une source. 175
a) Milieu hypotelminorhéique. 175
b) Nappes de l’Aude. 170
III. — Conclusion. 177
Chapitre IV. — HABITATS DES TRICLADES AU NIVEAU DES KARSTS
I. — Les habitats de l’espèce Plagnolia vandeli . 179
1. Le gouffre du Plagnol de la Plagne. 179
a) Topographie. 179
b) Faunistique. 179
Source : MNHN, Paris
144
NICOI.E GOURBAULT
c) Caractéristiques physico-chimiques des eaux. 180
— Alimentation en eau de la grotte
— Température
— Analyses physico-chimiques
d) Récoltes de Plagnolia . 181
e) Discussion. 182
2. Le gouffre du Sauvajou. 183
à) Topographie et faunistique. 183
b) Interprétation du biotope, discussion. 183
3. Les grottes de Riusec. 183
4. La grotte du Goueil-di-Her. 184
a) Topographie. 184
b) Faunistique. 184
c) Circulation de l’eau dans la grotte. 185
d) Caractéristiques physico-chimiques des eaux. 185
— Relevés thermiques
— Analyses physico-chimiques
e) Caractéristiques des biotopes interstitiels réalisés dans la grotte. 187
f) Étude du peuplement par les Triclades. 188
— Peuplement des Plagnolia au niveau du ruisseau souterrain ; détail des
récoltes; discussion des résultats. 190
— Habitat des Plagnolia au niveau de la voûte mouillante. 192
— Maintien des Triclades dans la grotte. 193
5. Comparaison des différents habitats de Plagnolia vandeli au niveau des karsts. 193
a) Habitats en zone supérieure, d’infiltration. 194
b) Habitats en rivière souterraine. 194
IL — Autres exemples d’habitats des Triclades dans les Karsts. 196
1. Les habitats de Dendrocoelopsis ( Amxjadenium ) chattoni . 196
o) La grotte de l’Église à Bas-Nistos. 196
— Topographie et faunistique. 196
— Interprétation de l’habitat. 196
6) Galerie de captage de la vallée de l’Arize. 197
2. Les habitats de Dendrocoelum regnardi . 198
La grotte de Saint-Géry, la grotte de Gourgue de Saint-Antonin, la rivière souterraine
de Cabéou. 198
III. — Considérations générales, discussion des résultats. 199
Résumé de la troisième partie. 202
SuMMARY OF THE THIRD PART. 204
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
145
INTRODUCTION
L’importance que revêt l’Écologie en ce qui concerne l’ordre des Triclades ne peut être ignorée ;
en effet, j’ai déjà signalé, à propos de l’étude systématique du groupe, qu’une classification à base
écologique intervient et permet de séparer les Triclades en Maricoles, Paludicoles et Terricoles.
L’Écologie, par définition discipline biologique consacrée à l’étude des rapports qui s’instituent
entre les êtres vivants et leur milieu, exige donc, dans le cas présent, outre une parfaite connaissance
des différentes espèces de Triclades Paludicoles susceptibles d’être rencontrées, l’apport de données
précises ayant trait à la nature des biotopes souterrains. Chacun de ces biotopes, domaines dont l’éten¬
due peut varier mais qui conservent toujours les mêmes caractéristiques, hébergent des populations
animales qui généralement leur sont propres.
Cependant, avant de définir les relations qui s’établissent entre les Triclades Paludicoles hypo-
gés et le milieu souterrain, il est nécessaire d’effectuer une rapide mise au point des connaissances
acquises à l’heure actuelle quant à l’habitat de quelques formes épigées et aux facteurs qui régissent
leurs distributions ; ceci dans le but d’établir une comparaison entre les composantes essentielles des
conditions auxquelles sont soumis des Triclades peuplant des biotopes différents.
10
Source : MNHN, Paris
146
NICOLE GOURBAULT
CHAPITRE I
HABITATS DE QUELQUES TRICLADES PAU PICOLES ÉPIGÉS
Les régions tempérées et montagneuses semblent convenir tout particulièrement aux animaux
d’eaux courantes froides que sont les Paludicolcs. Ce groupe peuple en abondance l’Europe où il est
reparti en aires plus ou moins vastes selon les espèces, comme il est apparu dans la première partie
de ce travail.
Un certain nombre de facteurs paraît régir l’implantation des différentes populations ; ce sont
principalement la température, l’oxygénation et la vitesse du courant du cours d’eau. La qualité de
la faune propre à un biotope est ensuite déterminée par le facteur dominant.
Sans être toutefois applicable à tous les cours d’eau, un schéma d’étagement îles espèces peut,
être dressé ; il présente un profil classique dont la succession, à partir de la source, est la suivante (Voigt,
1904) : Crenobia alpina, Polycelis felina, Dugesia gonocephula, Polycelis nigra. Les recherches récentes
de Giudicelli (1968) l’amènent à retrouver, en quelques réseaux hydrographiques de la Corse centrale
l’étagement particulier des Triclades. Dugesia benazzii Lepori, 1951, se rencontre dans tous les cours
d’eau situés au-dessous de 1000 in (ceci se retrouve en Sardaigne, ainsi que dnns Elle de Capraja) ;
au-dessus de 1000 m, les mêmes ruisseaux abritent l’espèce endémique C. alpina corsica. Il existe donc
une distribution hydrographique qui s’ordonne en fonction de l'altitude et de la latitude.
Ce phénomène d'étagement des espèces a été fréquemment signalé par les Limnologistcs. En effet il
n'est pas rare que les espèces d’un même groupe se remplacent d’amont en aval avec régularité. Ceci se produit
pour les Poissons par exemple et pour de nombreux Invertébrés. En nous limitant au Sud-Ouest de la France
il est possible de signaler que Barthélémy (1966) met en évidence la position relative de diverses espèces de Plé-
coptères et de Coléoptères des eaux courantes des Pyrénées ; Décamps (1968) considère, dans ces mêmes eaux
l’existence du phénomène de vicariance chez les Trichoptères.
Mes observations dans la nature portent tout particulièrement sur les stations épigées (sources
et ruisseaux) en contact ou au voisinage immédiat des eaux souterraines abritant des Triclades hypo-
gés. Un petit nombre de résultats relatifs aux biotopes des espèces récoltées dans les Pyrénées sert
de référence pour cette étude.
I. — RAPPEL DE DONNÉES CLASSIQUES CONCERNANT L'ÉCOLOGIE
DES TRICLADES ÉPICÉS; INFLUENCE DBS PRINCIPAUX FACTEURS
1. La température
Le facteur température revêt une grande importance dans le domaine naturel : « There are many
animais and plants whose range appears to be limited by température » (Macan, 1966, p. 141). Cette
influence s’exerce sur les Planaires de façon déterminante en agissant sur les phénomènes biologiques
(reproduction, développement) ainsi que sur la physiologie de l’animal.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES THICI.ADKS PALUDICOLES HYPOGÉS
147
L’habitat de Planaires d’espèces différentes pourrait pratiquement caractériser chacune d’entre
elles. Les quelques Paludicoles donnés en exemple sont classés suivant le schéma d’étagement classique
établi pour les espèces rhéophiles (Beauchamp et Ullyott, 1932 ; Illies, 1952).
— Crenobia alpina se rencontre dans les sources froides (4 à 10°C) et le cours supérieur des ruis¬
seaux de montagne, ainsi que dans la profondeur des grands lacs, rarement à une température supé¬
rieure à 15°C (Pattee, 1965, p. 307 et 1966) car, bien qu’elle soit capable de supporter pendant quelques
temps des températures qui l'élimineraient si elles étaient permanentes (25°C), elle meurt lorsque l’eau
se maintient à plus de 14 ou 15°C pendant plusieurs mois, ce dont rend compte son qualificatif de
sténotherme d’eau froide.
— Polycelis felina peuple la majorité des ruisseaux et étangs des régions tempérées de l’Europe,
ainsi que de nombreuses sources ; elle tolère des températures en moyenne plus élevées que celles dans
lesquelles vit C. alpina.
Vandel (1921 b , p. 362), en indiquant que tous les processus vitaux entrent en jeu régulièrement
entre 7 et 17°C, délimite les températures des biotopes dans lesquels on peut rencontrer cette espèce ;
les données apportées par d’autres auteurs (dont Krysik, 1923 et Reynoldson, 1953) se montrent con¬
cordantes ; la température maximale limitante est de l’ordre de 20°C.
— Dugesia gonocephala. La limite thermique supérieure est ici plus élevée que pour les deux
espèces précédentes; elle peut atteindre 24 à 27°C (Blasing, 1953; Becker, 1960; Pattee, 1968a).
D’où la vaste distribution de cette espèce qualifiée d’eurytherme, qui supporte très bien également les
basses températures, et que, dans la nature, on a pu récolter dans des eaux atteignant 31°C (Leloup,
1944). Elle subit sans inconvénient une variation brusque de température, ce qui n’est pas le cas pour
les deux espèces précédentes.
— Dugesia tigrina est une espèce très commune en Amérique du Nord, à l’exception des sources
froides. Son introduction en Europe est le premier cas, signalé chez les Triclades, de dispersion par
transport passif dù à l’homme 1 . Elle se rencontre dans des eaux dont la température varie de 9 à 25°C
(elle supporte 28 à 30°C en laboratoire) ; sa résistance thermique a été testée par Russier et Lascoinbe
(1970). En Europe où son aire d’extension s’étend régulièrement (Gourbault, 1969 c; Légier, 1969 6)
son habitat est semblable à celui de D. gonocephala. Souvent même, elle semble avoir réussi à faire
reculer cette dernière ; elle se comporte donc « en envahisseur » (Tuzet et Perrugia, 1957) et s’installe
en donnant naissance à d’abondantes populations.
2. La vitesse du courant
Elle dépend du débit et de la section du cours d’eau. On sait que la répartition des vitesses pour
un débit donné et pour une section déterminée n’est pas homogène, notamment au voisinage du subs¬
trat où la forme et la nature du lit du ruisseau jouent un rôle déterminant, ce qui fait dire à Macan
(1966, p. 116) : « It is impossible to consider separately the influence on the distribution of organisms
of current and the nature of the substratum ». Par ailleurs le courant est généralement variable dans
le temps, en une station donnée. Bournaud (1963) a analysé son action en tant que facteur écologique
et éthologique de la vie aquatique. Des études expérimentales dues à Dorier et Vaillant (1954) il est
possible de retenir les résultats énoncés dans le tableau suivant :
1. Hirao, Kawakatsu et Teshirogi (1970) signalent son introduction récente au Japon, où elle a été observée dan»
des aquariums.
Le second exemple de ce phénomène est celui de l'implantation de Z), lugubris en Amérique du Nord (Bail, 1969 a).
Source : MNHN, Paris
148
NICOLE GOURBAULT
Vitesse observée en cm/s
dans la
nature
en laboratoire
Espèces
minimum
maximum
max. remonté
à contre-courant
entraîné après 1 g
10
14
140
143
D. gonocephala .
10
48
125
P. felina .
10
44
99
D. lacteum .
10
37
76
'' .
10
21
37
Pattee (1969 a, p. 270) obtient comme moyenne de vitesse limite pour C. alpina 79 cm/s et sou¬
ligne cependant la relative indifférence au courant de cette espèce qui peut se reproduire aussi en eau
stagnante. Dans ses travaux de 1933, Beauchamp rassemble une bibliographie importante concernant
les premières données relatives aux réactions des Planaires vis-à-vis du courant. Récemment Légier
(1969 a) analyse la répartition des espèces provençales en fonction du degré d’agitation de l’eau et
signale la présence de P. felina, par exemple, dans des eaux dont la vitesse est comprise entre 30 et
50 cm/s. Ces résultats se montrent nettement supérieurs à ceux obtenus par Dorier et Vaillant dans
la nature mais correspondent à leurs données d’expériences. Pattee et Bournaud (1970) admettent que
le courant joue le rôle de facteur limitant, ce qui permettrait d’expliquer certaines anomalies de l'habi¬
tat et de la succession des Triclades épigés le long d’un cours d’eau.
3. Les facteurs chimiques
— La concentration des eaux en oxygène qui est variable en fonction de la vitesse de l’eau et
de la température, a été analysée par Hubault (1927) tout particulièrement pour deux affluents de la
Meurthe et pour dix sources situées au nord de la Marne (1931). Les valeurs calculées pour ces dernières
sont peu élevées et comprises entre 4,2 et 5 ml d'0 2 dissous par litre. Leloup (1944, 1952) résume en
quelques tableaux les résultats de l’analyse chimique des eaux prélevées en certains cours d’eau de
Belgique (Forêt de Soignes). Dahm (1958, p. 94) fournit également des données concernant les bio¬
topes à C. alpina en Suède et au Danemark. En fait, il semble que l’oxygénation ne puisse être un fac¬
teur limitant, d’une part, parce que le taux de concentration en oxygène des eaux courantes dépasse
toujours largement le seuil critique pour les espèces les plus exigeantes et, d’autre part, en raison de la
dépendance de ce dernier facteur envers les deux facteurs précédemment envisagés, qui sont la tempé¬
rature et le courant. Le chapitre traitant du métabolisme respiratoire rend compte, dans ce travail
des différences enregistrées pour les consommations en oxygène des espèces étudiées, en majorité hypo¬
gées, et indique les impératifs de chacune d’entre elles.
— Alause (1968, 1969) a effectué une analyse du gradient d’acidité carbonique dans les eaux
courantes, par dosage de l’anhydride carbonique ; il conclut que le C0 8 , plus abondant dans les eaux
naissantes, est à l’origine d’un net chimiotropisme.
Le pH, considéré par les valeurs absolues de données ponctuelles, paraît dépourvu de signifi¬
cation et ne peut expliquer le peuplement préférentiel de certaines eaux par les Triclades ’, car les
Planaires se rencontrent dans des eaux présentant aussi bien une forte acidité qu’une forte alcalinité
(pH compris entre 5 et 8).
— La teneur en sels dissous présente également de notables variations selon les biotopes consi¬
dérés. Rcynoldson s’est tout particulièrement attaché à rechercher la distribution d’espèces banales
1. Ce point de vue est toutefois contraire à l'opinion de Van Oye (1941).
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
149
de Triclades Paludicoles dans 122 lacs du Nord de la Grande-Bretagne, en fonction de leur teneur en
calcium. Les résultats obtenus l’ont autorisé à classer ces lacs en cinq catégories d’après les espèces
qu’ils renferment (1958 a). Il conclut : « as lakes become more productive judged by their chemistry,
the number of species increases from none to commonly five » (1958 b, p. 133). Les Planaires rhéophiles
se montrent assez indifférentes à la teneur en calcium qui peut varier dans de grandes proportions
(0,1 à 140 mg/1). Pour Thienemann (1912 et 1925) la richesse des eaux en calcium serait l’une des raisons
qui conditionnent la nature de la faune (présence de Crustacés et de Mollusques dans les eaux à haute
teneur en Ca).
4. La faune accompagnatrice
De nombreux auteurs ont établi des listes exhaustives de formes rencontrées en divers milieux
aquatiques. Ainsi par exemple, Berg (1948) caractérise, en faisant appel à un certain nombre d’espèces
toujours présentes, les différents biotopes d’une rivière danoise ; parallèlement Illies (1952), Dittmar
(1955) et Ilynes (1961) fournissent des monographies précises de petits cours d’eau d’Allemagne occi¬
dentale et de Grande-Bretagne. Hubault (1927) décrit les associations torrenticoles caractéristiques
de l'Est de la France. Il classe la majorité des Triclades rencontrés ( D. gonocephala, D. lugubris et Den-
drocoelum lacleum) dans la faune des pierres, par opposition à la faune des mousses (P. felina y est
fréquente), des sables, et aux organismes nageurs ; C. alpina se rencontre dans les sources, associée
à deux espèces de Niphargus et de Gammarus et à quelques formes d’Hydracariens et de Trichoptères.
La faune des ruisseaux est plus variée ; les Ilirudinées ( Glossosiphonia , Herpobdella) ne sont pas rares,
ainsi que les Ephéméroptères et les Plécoptères ; les Trichoptères (Rhyacophilo), Coléoptères (Limnius),
Diptères ( Simulium ) abondent par ailleurs.
Le problème de la concurrence entre espèces a également retenu l’attention des auteurs (Polinski,
1926 ; Thieneman, 1950). Les Paludicoles semblent posséder un faible nombre de prédateurs ; ceux-ci
n'ont, jusqu’à présent, été observés qu’en laboratoire (Young et Reynoldson, 1965 ; Davies et Reynold-
son, 1969). En revanche, pour s’alimenter ils capturent des Vers et des Crustacés grâce au piège de leurs
sécrétions muqueuses ; dans un récent travail (basé sur une étude sérologique) Reynoldson et Davies
(1970) définissent les types alimentaires de certains taxa.
En résumé, le rappel des données essentielles qu’ont apportées les recherches écologiques con¬
cernant les Triclades épigés laisse apparaître l’influence prépondérante du facteur température qui est
en grande partie responsable de la distribution des espèces. Dans la nature, il est très malaisé de déter¬
miner la vitesse du courant auquel est soumis l’animal ; ce dernier se déplace généralement sous les
pierres et sur le fond des cours d’eau. Enfin, les variations étendues observées au niveau du taux des
principaux éléments chimiques mettent en évidence l’importance des possibilités d’adaptation des
formes épigées dont j’ai étudié quelques biotopes pyrénéens.
II. — ÉTUDE DE QUELQUES BIOTOPES PYRÉNÉENS
Dans les Pyrénées, peu de travaux rendent compte de la présence de Triclades épigés. Quelques
stations ont été signalées par Borelli (1905) ; elles sont dispersées tout au long de la chaîne, de Gavar-
nie au Canigou, et hébergent C. alpina et P. felina dont les variétés ont été étudiées par Vandel (1921 a,
p. 255).
Dans les Pyrénées-Orientales, Hoffmann et Combes (1965) ont récolté ces deux mêmes espèces
dans les cours d’eau et les sources de la Carença situés entre 2 100 et 2 260 m d’altitude (la température
de l’eau lors de leur récolte était de l’ordre de 10 et 11°C).
Dans les Hautes-Pyrénées, Despax (1927) signale la présence de C. alpina en amont de la tour¬
bière d’Aumar, autour des points d’émergence des sources où elle n’a pas été retrouvée lors de récentes
prospections.
Source : MNHN, Paris
150
NICOLli GOURBAULT
1. Dispersion ; exemple de la vallée d’Aure (Haules-Pyrénées)
J’ai pu, en de multiples occasions, récolter ces deux mêmes formes dans les vallées des Pyrénées
et plus particulièrement aux environs de la station biologique du lac d'Orédon. Les Polycelis s’observent
en grand nombre dans la plupart des sources et ruisseaux ; il s’agit toujours de la variété P.felina horcllii ;
C. alpina est nettement moins fréquente. Un certain nombre de remarques peuvent être formulées
en ce qui concerne la distribution de ces deux espèces dans la vallée d’Aure.
— Crenobia se rencontre exclusivement dans les sources et les parties supérieures de ruisseaux ayant
un bassin versant d’étendue réduite, dont l'altitude moyenne excède 1 600 ni (source de la Gela, 9.1 1 ; source
du vallon d’Estibère, 2.24, 2.31). Cependant, toutes les stations répondant à ces conditions ne sont pas obliga¬
toirement peuplées par cette espèce ; certaines hébergent uniquement P. felina (ruisseau de la Gela, 9.5 ; sources
et ruisseau du vallon d’Estibère, 2.15, 2.3 ; sources du plateau d’Aumar, 3.18, 3.21, 3.22). Enfin les deux espèces
peuvent cohabiter en une même station (sources de la vallée du Lavedan, 16.2 et d’Estibère, 2.(5 ; ruisseau
Fig. 34. — Profil longitudinal de la Neste d'Aure et de ses affluents (selon Décampa) : 1. — Bassin de l'Oule ; 2. _Val¬
lon de l’Estibére ; 3. — Bassin d’Aumar; 4. — Bassin de Cap de Long; 5. — Vallon d'Fistarngnc ; 7. _ Neste
de Couplan ; 8. — Vallée de la Neste de Badct ; 9. — Vallée de la Neste de la Gela ; 10. — Vullée de la Neste de
Saux ; 11. — Vallée de la Neste de Moudang ; 13. — Vallée de la Neste do Rioumajou ; 14. Ruisseau de
l’Espiaube ; 15. — Vallée de la Neste de la Mousquère ; 16. — Vallée du Ruisseau du Lavedan ; 17. — Vallée de
la Neste di Lourou ; 18. — Ruisseau d'Aspin ; 19. — Vallée du Ruisseau de Lastic ; 20. — Vallée du Ruisseau
d'Ardcngoust ; 22. — Vallée du Ruisseau de Baricave ; 24 .— Ruisseau de Beyrède ; 25. — Vallée du Ruisseau
de Nistos.
• Stations à Crenobia alpina ; O Station à Polycelis felina borellii. 1 600 m = limite inférieure de l'habi¬
tat des Crenobia dans la vallée d’Aure.
1. La numérotation des stations correspond à celle donnée par Décamps (1967, p. 550) qui en a déterminé les
composantes écologiques ; le premier chilîre définit le ruisseau (figure 34), le second nombre indique la station des prélè¬
vements effectués dans le même cours d'eau.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
151
d’Estaragnc 5.4, 5.5, 5.12, 5.15 et de la Gela 9.3). Les caractéristiques physico-chimiques de l’eau de ces diffé¬
rentes stations rendent compte de la nature des terrains traversés (1 — granité seul pour l’Estibère et le plateau
d'Aumar, 2 — granité et calcaires massifs du Dévonien moyen pour la Géla, 3 — granité et formation détri¬
tiques et calcaires métamorphisés du Dévonien pour l'Estaragne, 4 — formations détritiques et carbonatées
du Dinantien et dépôts morainiques pour le Lavedan) mais les mesures obtenues ne permettent pas d’expliquer
la répartition des deux espèces. Les vitesses de circulation ne peuvent davantage être considérées ici comme
un facteur limitant. Reste la température, dont les données fragmentaires recueillies ne permettent pas de
préciser les variations annuelles mais uniquement les maximums relevés qui sont de 5 à 12°C pour les stations
à Crenobia.
— Au-dessous de 1600 m, P. felina borellii subsiste seule, comme le montre la carte de répartition
(figure 34) des Triclades de la vallée d’Aure en fonction de l’altitude ; cette espèce peuple de façon continue
la majorité des cours d'eaux pyrénéens de moyenne altitude. C’est pourquoi les prospections effectuées dans le
but d’élargir le champ de nos connaissances des formes hypogées liées aux sous-écoulements de ruisseaux et
aux nappes m’ont conduite à prendre conscience de la vaste dispersion de cette espèce épigée (présente tout au
long de la chaîne, de la Méditerranée à l’Atlantique) au voisinage ou sur les lieux mêmes de récolte des précé¬
dentes.
2. Stations au contact des biotopes souterrains étudiés
Les caractéristiques de quelques stations des Pyrénées ariégeoises situées au contact des habitats
des Triclades hypogés feront l’objet d’une brève étude. Mais il s’agit moins d’entreprendre une analyse
des différentes caractéristiques de trois stations précises que de réunir, à titre indicatif, des données
qui vont être utilisées à titre de référence pour l’étude des biotopes souterrains. Les trois stations choi¬
sies (qui hébergent P. felina) consistent en une rivière de moyenne altitude dont le sous-écoulement est
habité par le Triclade hypogé Plagnolia vandeli, un ruisseau et une source liés h un même système
karstique, à l’intérieur duquel se rencontre également P. vandeli.
a) Le Nert
Affluent de rive droite du Salat, ce cours d’eau prend sa source à 1100 m d’altitude dans un cirque encaissé
formé de séricitoschistes et de cbloritoschistes siluriens sub-verticaux. Sur 13 km, il a creusé une étroite vallée,
orientée d’Est en Ouest, dans une série carbonatée dévonienne (Barrouquère, 1968). Son confluent avec le Salat
se situe à 4 km au Sud de Saint-Girons à l’altitude de 414 m. P. felina borellii peuple le Nert tout au long des
8 km du cours que j’ai prospectés.
Quelques données concernant les caractères physico-chimiques de l’eau du Nert précisent les
conditions de vie de ces Triclades épigés et servent de point de comparaison pour l’étude des peuple¬
ments des sous-écoulements envisagés au chapitre m. Les résultats obtenus proviennent essentielle¬
ment de mesures effectuées en la station 16 (figure 35) étudiée de façon régulière en raison de prélève¬
ments hebdomadaires de faune interstitielle qui ont été pratiqués (Gourbault et Lescher-Moutoué,
1968) : les autres stations n’ont donné lieu qu’à des relevés sporadiques.
Relevés thermii/ues (température exprimée en degré C).
Station 1 — 24.04.1968 : 9,5°.
Station 3 — 23.04.1968 : 10,1°; 24.04.1968 : 9,3°; 25.04.1968 : 9,5°; 26.04.1968 : 8,9°; 27.04.1968 : 9,7°.
Station 6 — 15.04.1968 : 8,8°.
Station 11 — 12.04.1968 : 8°.
Station 14 — 11.04.1968 : 8,9°; 12.04.1968 : 8,2°.
Station 16 —- températures moyennes (des mois de juillet 1967 à août 1968).
07.1967 : 13,2°; 08.1967 : 12,7°; 11.1967 : 8,5°; 12.1967 : 6,5°.
01.1968 : 7,2° ; 02.1968 : 7° ; 03.1968 : 7,6° ; 04.1968 : 9,6° ; 05.1968 : 9,8° ; 06.1968 : 11,4° ;
07.1968 : 12,5° ; 08.1968 : 13°.
température minimale : 4° (12.12.1967).
température maximale : 13,6° (09.07.1968).
Source : MNHN, Paris
152
NICOLE GOURBAULT
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O *
0U«!IRN>mc
Fig. 35. — Le Nert : 1. — Situation des stations prospectées ;
station 16.
— Coupe géologique de
vallée au
de la
L’amplitude annuelle de ces températures est de 9,6°C. La ligure 36 indique, par un exemple,
l’aspect général des variations journalières de la température ; l’amplitude thermique pour 24 heures
est inférieure à 2°C ; le maximum est atteint vers 16 h 30. La température baisse sensiblement lors des
crues. Celles-ci sont fréquentes et se répartissent en deux périodes : l’une pendant les mois de décembre
et janvier, l’autre en fin de printemps, pendant les mois de mai et juin. Les crues présentent une grande
amplitude et, en l'absence de mesure de débits, les variations limnimétriques en une même station
rendent compte des fluctuations du niveau (figure 37).
Fig. 36. — Exemple de variations journalières de la température de l'eau du Nert au niveau de la station 16 (du 17
au 20.11.1970).
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS 153
Fig. 37. Limnigrammc du ruisseau Le Nert, au niveau de la station 16, établi en fonction des mesures effectuées, indi¬
quées par les points cotés.
Plusieurs analyses 1 de l’eau du Nert ont été effectuées en période de crue, de moyennes eaux
et d’étiage. Sont ainsi obtenues quelques valeurs extrêmes des divers paramètres, reportées à titre
indicatif dans le tableau 12.
Tableau 12. — Caractéristiques physico-chimiques des eaux du cours subaérien du Nert.
Dates
TAC
O, ppm
P H
p à 20° C
*"C
8.01.70
7,5
7,8
11000
8,30
5.02.70
<i,5
11
8,4
8558
8,60
5.03.70
7
12
8697
7.04.70
7
11
9341
*7.05.70
6,8
11406
8,70
*8.05.70
5
8
9806
10,50
28.05.70
9587
11
**14.08.70
9
11
7,9
5828
13,20
17.11.70
7
11
7,75
6881
17.11.70
TH total
TH Ca++
TH Mg++
S0 4 mg/1
»
s
"I
1
7
6 1
16
9
* Cours d'eau en crue ; ** étiage.
1. T. A. C. : Titre alcalin complet (nombre de ml de HCl N/10 utilisé pour 100 ml d'eau) correspond à la teneur
de l’eau en alcalis libres, carbonates et bicarbonates. Dureté totale (titre hydrotimétrique) mesurée h l'aide du com-
plexon III.
pH : lecture sur le terrain avec pHmètre portatif à électrode de verre Tacussel.
Mesures effectuées par Monsieur René Armengaud, Ingénieur Chimiste, Laboratoire souterrain du C.N.R.S.
Source : MNHN, Paris
NICOLE GOUR0AULT
154
La résistivité p, exprimée en Q-cm, rend compte de la quantité de sels dissous ; ses valeurs aug¬
mentent considérablement lors de fortes précipitations atmosphériques et présentent leur minimum
en période d’étiage.
En résumé, le Nert ne se distingue guère des cours d'eau de même type existant dans les Pyré¬
nées (étudiés par les Limnologistes toulousains). Il s'agit d'une rivière de moyenne altitude, à bassin
versant d’étendue réduite. La faible minéralisation relevée paraît liée au fait, que les eaux du bassin
d’alimentation ne traversent que sur un bref parcours les dolomies île la série carbonatée. Polycelis
felina borellii s’y récolte en toute saison.
b) L'EscaleUe
C’est encore l’espèce P. felina borellii qui peuple le ruisseau tout au long de la partie de son eours
que j’ai prospectée.
Affluent de rive gauche de l’Arbns (où se retrouve Polycelis) lui-même tributaire île la Garonne, ce ruis¬
seau prend sa source à l'altitude de 900 in dans les calcaires de l’Urgo-Aption. Avant son confluent, il parcourt
4 km au contact des dolomies du Jurassique et des formations du Crétacé supérieur. Il reçoit, dès l’altitude
de 480 m, de multiples apports d’eau correspondant aux exutoires du système karstique dont dépend la grotte
du Goueil-di-Her (Chapitre iv). La station G, pour laquelle quelques précisions d’ordre physico-chimique
sont apportées, est située une dizaine de mètres en amont du talweg en relation avec le trop-plein que constitue
la galerie d’accès de la grotte du Goueil-di-Her (figure 38). Je l’ai choisie de préférence aux autres stations étu¬
diées (Lescher-Moutoué et Gourbault, 1970 b) car elle représente le biotope le moins stable envisagé puisque
ses paramètres subissent d’importantes variations et aurait, donc pu correspondre à des conditions de vie limite
pour l’espèce.
Fie. 38. — I.’Escalettc ; situation de la grotte du Goued-di-Her, des pertes et résurgences de la vallée
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUD1COLES HYPOGÉS
155
Tableau 13. — Températures relevées à 10 heures et résistivités de l'Escalette, en G,.
Mois
Moyenne
des températures
Minimum
Maximum
Moyenne
des résistivités
Minimum
Maximum
12. G9
6,02
(5)
2,90
7,80
2964
(1)
01.70
4,80
(6)
3,60
6,30
3636
(5)
3119
4267
02.70
6,42
(5)
5,20
7,10
3813
(5)
3102
5010
03.70
5,96
(6)
3,30
7,40
3472
(7)
3009
3842
04.70
7,48
16)
5,50
9,20
3610
(15)
3226
4122
05.70
8,71
(8)
7,30
11,10
3458
(8)
3143
3843
06.70
12,29
(6)
10,90
14,50
3112
(6)
2795
3720
07.70
13,42
(4)
11
14,90
2792
(3)
2653
2943
08.70
13,87
(4)
12,20
14,60
2958
(4)
2301
4573
09.70
13,95
(4)
13,40
14,90
2212
(i)
* Les moyennes sont calculées sur tin mois, en fonction du nombre indiqué entre parenthèses de relevés de
température et de mesures de résistivité à 20°C.
Le tableau 13 donne les valeurs moyennes calculées pour les relevés des températures et les
mesures de résistivités, ainsi que les minimums et maximums enregistrés.
Ces valeurs moyennes de température présentent une grande importance pour les Triclades
puisqu’il est reconnu que ce sont elles qui influent en conditionnant les divers habitats de ces animaux
alors que, dans une certaine mesure, des valeurs extrêmes peuvent être subies sans dommage pendant
un court laps de temps. L’amplitude annuelle est de 12°C.
Les variations journalières de la température ont été mesurées en ; entre 9 h et 19 h (le 5.09.
1970) elles ne dépassent pas 2°C (13,35 à 15,20°C ; maximum à 16 h 30).
Les résultats obtenus par analyse de l’eau sont consignés dans le tableau 14.
Tableau 14. — Caractéristiques physico-chimiques des eaux de l'Escalette en G r
Dates
TAC
O t ppra
pH
P à 20® C
t® C
11.12.69
7,8
2964
4,50
5.02.70
16,5
11
3387
6,50
3.03.70
15,5
8
3226
7.04.70
15
9
3364
6,80
*8.05.70
14
10
3843
8,60
**30.06.70
15
5
8,2
2795
11,90
30.06.70
TH total
TH Ca++
TH Mg++
S0 4 mg/1
Si0 2 ~ mg/1
19,5
15,5
4
45
5,25
* Cours d'eau en
rue ; ** étiage.
Source : MNHN, Paris
156
NICOLE GOURBAULT
Enfin, à la suite de la mise en place d’une échelle limnimétrique en cette même station, il a été
possible de noter les hauteurs d’eau du ruisseau (figure 39) en amont des résurgences. Mesuré en période
d’étiage (le 17.10.1969) le débit du ruisseau est de 0,012 m s /s 1 .
Alors que les deux rivières étudiées, le Nert et l’Escalette, sont comparables en ce qui concerne
la température (la seconde atteint toutefois des valeurs minimales peu élevées et une amplitude annuelle
de 12°C) elles diffèrent nettement par la composition chimique de leurs eaux. Le taux de minéralisation
est souvent triple pour l’Escalette de ce qu’il est pour le Nert.
c) Résurgences de Bernalas (figure 38)
Plusieurs résurgences s'écoulent directement dans l'Escalette à Bematas. Elles constituent certains des
exutoires du système karstique du Goueil-di-Her ; par ailleurs elles sont également alimentées par une partie
des eaux de l’Escalette qui se perdent quelques centaines de mètres en amont. L’une de ces sources, qui peut
s’assécher lors d’étés exceptionnellement secs (le 21.09.1970), jaillit en prairie à l’altitude de 435 m sur la rive
gauche du ruisseau ; comme le ruisseau, elle est peuplée par P. felina bore.llii. Dans cette source sont obtenues
lors de filtrages sur 12 h, principalement des formes jeunes ; en effet le rhéotropisme positif de cette espèce
l’amène jusqu’à l’ouverture du filet, mais elle ne doit pas vivre en arrière du front de source.
1. Monsieur Alain Mangin, Attaché de Recherche (Laboratoire souterrain du C.N.R.S.), m'a toujours accordé
aide et conseils dans le domaine de l’Hydrogéologie ; je lui en suis extrêmement reconnaissante et le remercie vivement.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
15 '
Roques (1963, p. 144) a effectué huit séries de mesures physico-chimiques de ces eaux que vien¬
nent compléter mes propres résultats (tableau 15). Comme précédemment ont été mesurées les variations
de la température et de la résistivité (tableau 16) ; l’amplitude annuelle de la température est de 3,4°C
et les variations journalières de l’ordre de 6/10 e de degré C (10°C le 5.09.1970 à 7 h 30 et 10,6°C de
17 h 30 à 19 h). L’analyse de l’eau fournit des résultats très comparables à ceux obtenus pour l’Escalette.
Tableau 15. — Bernalas. Caractéristiques physico-chimiques des eaux de la source en prairie.
Date
TAC
O, ppm
P H
p à 200 C
t° C
28.07.69
15,1
8,3
3307
10
12.09.69
15,1
7,9
3280
10,50
1.10.69
17
8,2
3140
9,80
2.10.69
16
8,2
3900
9,50
11.12.69
15
7,8
3744
8,60
5.02.70
12
11
4700
8,40
3.03.70
14,5
11
3453
8,20
7.04.70
14,5
10
3554
8,50
8.05.70
14
11
3848
8,90
30.06.70
14,5
10
7,8
2895
9,30
30.06.70
TH total
TH Ca++
TH Mg f+
so 4 —
SiO a —
19
15,5
3,5
40
3
Tableau 16. — Benmtas. Températures et résistivités de la source en prairie.
Date
Moyenne
des températures
Minimum
t" C
Maximum
t° C
Moyenne
des résistivités
Minimum
à 20° C
Maximum
à 20® C
07.69
9,68
(4)
9,40
10
3463
(5)
3008
3946
08.69
10,23
(3)
9,80
10,70
3236
(4)
2895
3586
09.69
9,93
(3)
9,30
10,50
3370
(2)
3280
3460
10.69
9,78
(6)
9,40
10,10
3393
(5)
2857
3900
11.69
9,4
(4)
9
9,80
2809
(4)
2730
2975
12.69
8,69
(10)
7,30
9,40
3952
(4)
2792
4972
01.70
8,25
(6)
7,60
8,90
4043
(6)
3778
4478
02.70
8,49
(5)
8,05
9,30
4169
(5)
3595
4907
03.70
8,4
(6)
8.20
8,50
3978
(7)
3256
4879
04.70
8,28
(16)
7,95
8,60
4424
(16)
3554
5109
05.70
8,43
(8)
8,10
8,95
4340
(8)
3589
4795
00.70
9,26
(6)
8,90
9,50
3295
(6)
2895
3773
07.70
9,82
(4)
9,30
10,40
3234
(4)
3006
3548
08.70
10,38
(5)
10,30
10,55
2881
(5)
2804
2948
09.70
10,52
(4)
10,20
10,70
2827
(i)
Mais, du fait de la double origine de ses eaux, la source de Bernatas apparaît comme un biotope
différent de la station voisine G 1. Elle est caractérisée par une plus grande stabilité essentiellement du
point de vue de la température (amplitude annuelle de 3,4°C au lieu de 12°C). La résistivité, ainsi que
le taux de minéralisation, montre des valeurs comparables ; l’oxygénation y est légèrement supérieure.
Source : MNHN, Paris
158
NICOLE GOURBAULT
3. Conclusion
Crenobia alpina est, dans les Pyrénées, une espèce montagnarde, sporadique, confinée au-dessus
de 1600 m d’altitude. En revanche l’espèce semi-cosmopolite d’Europe Polycelis felina, dans sa variété
borellii, peuple en abondance les biotopes épigés (rivières de moyenne altitude et sources) au contact
des milieux souterrains étudiés. La multiplicité des stations et la diversité de leurs caractéristiques
résultent de la tolérance de cette espèce qui requiert une température optimale voisine de 10 à 11°C
(température limitante de l’ordre de 20°C) mais peut très bien supporter une variation thermique
journalière de 2 à 5°C, aussi bien qu’annuelle de 10 à 12°C. La température, facteur écologique de grande
importance, agit non seulement de façon directe sur la physiologie de l’animal, mais encore intervient
sur quelques autres facteurs physico-chimiques du milieu.
Les valeurs du pH et la teneur en oxygène dissous subissent des variations analogues dans les
trois stations. Les premières sont comprises entre 7,8 et 8,4 ; la seconde oscille entre 8 et 11. Une valeur
minimale de 5 ppm 0 2 a été obtenue en période d’étiage pour l’Escalettc. Cette valeur anormalement
basse peut trouver son explication dans le fait qu’en étiage le débit est très faible et l’eau pratiquement
stagnante dans la station où sont effectuées les mesures ; l’élévation de la température n'est pas suf¬
fisante, à elle, seule, pour entraîner cette chute.
Dans les diverses stations étudiées, une notable différence s’observe au niveau des mesures
calculées pour la résistivité et l’alcalinité. Ceci tient essentiellement à la nature géologique des terrains
sur lesquels circulent les cours d’eau, étroitement soumis par ailleurs aux conditions atmosphériques
extérieures.
La minéralisation moyenne des eaux du Massif calcaire d’Arbas correspond à des valeurs de la
résistivité de l’ordre de 3000Q-em environ à 20°C. Le taux de minéralisation est faible pour le Nert
qui, même en période d’étiage, n’atteint pas celui de l’Escalette en crue. Le titre hydrotimétrique suit
cette même règle, aussi, au niveau du Nert, les valeurs obtenues sont-elles deux à trois fois inférieures
à celles des eaux de l’Escalette qui sont situées entre 14 et 16°. La dureté totale exprimant les mêmes
éléments que l’hydrotimétrie, les différences observées restent constantes.
L’habitat le plus stable se trouve réalisé en front de source ; la source représente en effet un
milieu limite entre le monde épigé et le domaine souterrain.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES
LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
159
CHAPITRE 11
DIFFÉRENTS HABITATS DES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
En 1879, Fries décrit. Dendrocoelum cavaticum, premier Triclade hypogé anophthalnie récolté
ni Europe, dans une grotte du Jura Souabe ; cette espèce est signalée par la suite par Vejdovsky (1895)
flans quelques puits et sources de Bohême, aux environs de Prague. Ainsi débute l’inventaire des formes
obscuricoles dont les caractères distinctifs viennent d’être rappelés.
Lits eaux souterraines continentales 1 constituent par définition leur habitat, mais encore con¬
vient-il de délimiter dans quelle mesure les Planaires les peuplent. De Beauchamp (1932, p. 354) indique
leur présence en dehors des grottes aux « affleurements de la nappe souterraine, source ou simples flaques
stagnantes aux points les plus déclives, là où celle-ci n’est pas directement accessible par un puits ou
une caverne ». En même temps il insiste sur le fait qu'il ne faut pas imaginer « une nappe étendue et
abondamment peuplée d’animaux qui s’échappent seulement en ces quelques points ».
J’envisagerai la possibilité de concevoir ces biotopes en fonction de données récentes fournies,
d’une part par certaines recherches hydrogéologiques et d’autre part., à la suite d’études purement écolo¬
giques effectuées au niveau du milieu aquatique souterrain (celles-ci portent sur de nombreux groupes
/.oologiques mais plus particulièrement sur des Crustacés).
I. — LES EAUX SOUTERRAINES CONTINENTALES
Un certain nombre de notions sont devenues classiques en ce domaine à la suite des travaux de Raco-
vitza (1907) et Jeannel (1926). Cuénot (1932), Leruth (1939 c), Chappuis (1950) adoptent la classification de
Racovitza concernant le milieu souterrain, tout en y apportant quelques modifications de détail. Vandel (1964,
p. 7) sépare les milieux solides des milieux liquides et retient pour ces derniers la différenciation en grottes
marines, rivières souterraines, fond des lacs, milieu interstitiel et sources.
Dclainare Debouttevillc (1960) utilise la notion de perméabilité en petit ou d’interstices et de perméa¬
bilité en grand, distinction introduite par Daubrée (1887). Ultérieurement, Rouch (1968) reprend une classi¬
fication analogue lors de son étude du peuplement des eaux souterraines par les Harpacticides. Aux deux types
de perméabilités correspondent des vitesses et. des régimes de circulation différents.
Schœller (1962) et Castany (1963) ont donné les caractéristiques essentielles des eaux souterraines.
1. 7'errains perméables en petit
Les sables dans leur ensemble, les grès par exemple qui présentent une perméabilité d’interstices
sont des aquifères typiques dans lesquels se produit la formation de nappes.
Dans un aquifère à perméabilité d’interstices « ... la circulation de l’eau peut se faire suivant
des zones privilégiées où la perméabilité est plus grande qu’ailleurs. L’eau y circule donc avec un plus
grand débit, suivant des courants souterrains » (Schœller, 1962, p. 155).
1. J'utilise ce terme par opposition à celui d’eaux souterraines littorales, à la suite de Delamare Deboutteville, 1960.
Source : MNHN, Paris
160
NICOLE GOURBAULT
2. Terrains perméables en grand
Ils sont constitués par des roches compactes dont les vides sont essentiellement formés par des
fissures ouvertes et donnent naissance à un aquifère en réseau.
Deux types de terrains à perméabilité de fissures peuvent être distingués : les terrains kars¬
tiques liés aux formations calcaires où les fissures naturelles peuvent parfois être localement agrandies
créant ainsi une grande hétérogénéité dans la répartition des vides ; un deuxième groupe comprend
les terrains fissurés non karstiques tels les granités par exemple où la répartition des vides est plus
homogène. Parmi ces terrains je n’ai eu à m’intéresser qu’aux seuls terrains karstiques.
Depuis Cvijic (1918) un système karstique est divisé en plusieurs zones superposées caractérisées
par la circulation des eaux souterraines. Gèze (1958, p. 16 et 1965, p. 67) en une récente mise au point
rappelle l’existence d’une zone supérieure généralement sèche ou à écoulement libre où prédomine le
mouvement vertical des eaux. La zone moyenne, tantôt à écoulement libre tantôt à conduites forcées,
zone d’oscillation aquifère, de circulation permanente où prédomine l’écoulement subhorizontal des
eaux en direction des sources, est le domaine des rivières souterraines. Enfin une zone inférieure cons¬
tamment noyée avec eau statique « dormante » peut parfois atteindre un grand développement.
La distinction entre réseau de fentes et de fissures et réseau de conduits a été reconsidérée par
Renault (1959, 1970) après que les premiers Biospéléologues aient attiré l’attention sur l’importance
de ces réseaux pour la délimitation des biotopes souterrains.
IL — PRÉSENCE DES TRW LAD ES
DANS LES TERRAINS PERMÉABLES EN PETIT
1. Recherches biologiques concernant ces terrains
Ce sont tout particulièrement les nappes à perméabilité d’interstices liées è ces formes de terrains qui,
depuis la fin du xix® siècle, attirent l'attention des Zoologistes, à la suite des recherches de Vejdovsky (1882).
Rouch (1968, p. 40) donne un aperçu de la terminologie relative à ces systèmes et met en évidence sa complexité.
Depuis lors, aucune solution définitive n’a pu être adoptée. L'historique des travaux effectués sur la faune de
ces milieux est retraçé de façon précise dans quelques ouvrages dont ceux de KulTo (1961), Motas, Botosanennu
et Negrea (1962), Husmann (1966, 1967, 1970) et Schwrerbel (1967), pour n’en citer que quelques-uns.
— Pour Daubrée (1887) la nappe « phréatique » est la nappe qui alimente les puits ordinaires.
Chappuis (1950, p. 10) l’assimile à l’eau qui circule dans les alluvions remplissant les vallées et qui
accompagne les fleuves et les rivières. Ce point de vue élargit beaucoup le champ de recherches faunis¬
tiques ; fermement défendu par Delainare Deboutteville (1957, p. 55) et par Motas (1962) il a amené
la découverte, par de nombreux chercheurs, de groupes zoologiques entiers et plus particulièrement
de Crustacés dont on ne soupçonnait même pas la présence dans ce milieu d’interstices. Ainsi, à la suite
du travail de précurseur d’Angelier (1953), a pu être mise en évidence l'importance quantitative de
la faune hypogée du sous-écoulement de cours d’eau de moyenne altitude dans les Pyrénées (Rouch,
1968, p. 89 ; Gourbault et Lescher-Moutoué, 1967 et 1968 ; Coineau, 1971) et de haute montagne dans
les Alpes (Tilzer, 1968).
— Le milieu hypotelminorhéiquc (Mestrov, 1962 a) correspond simplement à un aquifère
d’interstices superficiel ; il abrite une faune aquatique hypogée hétérogène. Mestrov pensait y retrouver
« le milieu originel dans lequel vivent un nombre de types aquatiques considérés jusqu’ici comme caver¬
nicoles » (1962 b, p. 87). Ce biotope est localisé sur les collines, proche de la surface. Rouch (1968, p. 81)
entreprend la première étude des Harpacticides peuplant ces biotopes, mais c’est à Lescher-Moutoué
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
161
(1968) que nous devons une analyse précise et rigoureuse de la faune obtenue en filtrant de façon con¬
tinue les points d’émergences de ces types de nappes. Ces filtrages lui permettent non seulement de
retrouver les genres et espèces caractéristiques déjà mentionnés par Mestrov ( Niphargus , Stenasellus
virei) mais encore d’y noter la présence de Microcharon et Bathynella, hôtes habituels des nappes allu¬
viales des vallées et des sous-écoulements de rivières. Ce qui tend bien à prouver que le milieu hypotel-
minorhéique doit être considéré comme un cas particulier, de par sa position géographique, du biotope
représenté par les nappes d’interstices et non comme un nouveau milieu souterrain.
— Il est évident qu’il ne sera tenu aucun compte dans cette étude du milieu interstiel des plages
littorales marines, nettement défini à la suite des travaux de Delamare Deboutteville (1960), Renaud-
Debyser (1963) et Coineau (1971), pour ne citer que ces quelques auteurs français, puisqu’il n’abrite
aucun Triclade Paludicole. Ces animaux se rencontrent en revanche, bien qu’en faible nombre, dans la
biocénose du milieu interstiel des plages lacustres (Juget, 1967) mais encore s’agit-il là d’espèces banales.
2. Historique des recherches limitées aux Triclades
La mise en évidence des Planaires au sein de la biocénose des nappes alluviales est liée tout
d’abord à l’étude des puits. Ainsi Moniez, pour la première fois en 1888, récolte un Triclade anophthalme
dans un puits, à Lille ; puis Raspail (1893) signale Planaria ignorata dans un puits de l’Oise. Ces récoltes
retiennent tout particulièrement l’attention de de Beauchamp (1920, p. 180) : « L’observation a un
grand intérêt parce qu’elle montre que les Planaires obscuricoles peuvent s’observer à distance des
massifs calcaires superficiels percés de grottes accessibles ». Par la suite de nombreuses espèces sont
recueillies dans ces biotopes (dont l’inventaire peut être reconstitué d’après les lieux de récoltes des
espèces consignées en Index). Comme l’indique Leruth (1939 c) ce biotope anormal est souvent envahi
par des éléments ubiquistes épigés qui n’existent pas, du moins en aussi grand nombre, dans le domaine
phréatique normal. C’est ainsi que s’expliquent les récoltes de formes banales relevées par Garbini
(1896) ou Ruffo (1955).
Comme nous l’avons vu dès le début de ce travail, différentes techniques permettent d’accéder aux nappes
alluviales en l’absence de puits maçonnés :
— Les puits tubés, instantanés (puits Norton), qui autorisent d’abondantes récoltes faunistiques four¬
nissent Dendrocoelum agile à Hertzog (1930, p. 364) et de Beauchamp, dans la banlieue de Strasbourg, entre le
Rhin et 1’III. « Véritable sonde, enfoncée au cœur de l’habitat phréatique » ce type de puits trouble peu les
conditions du milieu (Leruth, 1938, p. 4).
— La méthode de sondage Karaman-Chappuis 1 permet à Angelier (1953, p. 67) d’envisager un habitat
interstitiel pour D. ( Arnyadenium) vandeli qu’il rencontre dans les sables submergés (sans précision de station,
vallée du Tech ?) de cours d’eau des Pyrénées-Orientales et considère comme un authentique psammobie.
— L’étude des sources vient compléter les informations fournies par celle des puits et accroître le volume
des données relatives à la faune des nappes à perméabilité d’interstices. Après Vejdovsky (1895), Mrazek (1907),
Bornhauser (1913), de nombreux auteurs dont Vandel (1920 b, c), Spandl (1926), Polinski (1926), Komarek
(1926) et Hubault (1931) apportent leur contribution à la connaissance de ces biotopes fréquentés par les Tri¬
clades. Leruth (1939 b) pratique le filtrage direct des eaux à leur point d’émergence. Or, s’il est vrai que le fil¬
trage des sources de façon continue constitue une des meilleures méthodes d’étude de la faune aquatique hypo¬
gée, dans le cas général, il est malheureusement à noter que celle-ci ne s’applique guère pour les Triclades ;
ces animaux ne se laissent pas entraîner facilement hors du domaine souterrain. Leur récolte s’explique toute¬
fois par le fait que (tout comme les Niphargus qui semblent cependant être rejetés en bien plus grand nombre)
les rares individus entraînés peuvent subsister s’ils trouvent dans la source qui les héberge des conditions favo¬
rables à leur existence. Wegelin (1966) effectuant des prospections en Allemagne orientale récolte Dendrocoe¬
lum mrazeki et I). hercynicum (— D. bohemicum) dans des sources du Vogtland et de l’Erzgebirge.
1. An Der Lan (1967) recueille ainsi quelques Turbellariés (uniquement Eulécitophores, Périlécitophores et Arclioo-
pliores) dans le milieu d'interstices des cours d'eau do Forêt Noire.
1 564 018 6 11
Source : MNHN, Paris
162
NICOLE GOURBAULT
La nature du terrain intervient bien évidemment dans la définition de la source, les exutoires des sys¬
tèmes karstiques ne pouvant en aucune façon s’identifier aux émergences des nappes d'aquifères ; d’où la néces¬
sité de toujours définir avec précision les lieux de récolte.
Ainsi, quels que soient les modes d’accès, les nappes des terrains perméables en petit laissent
voir qu’elles abritent, au sein de leur biocénose, un certain nombre d’espèces de Triclades Paludicoles.
J’essaierai de déterminer, dans les chapitres suivants, si celles-ci peuvent être considérées comme hùtes
exclusifs de ces biotopes dont plusieurs exemples seront étudiés.
III. - PRÉSENCE DES TRICLADES
DANS LES TERRAINS PERMÉABLES EN CRA ND
I. Études biologiques des karsts
De nombreuses investigations portent sur le peuplement des circulations d'eaux souterraines en massif
karstique. Cependant, il apparaît à l'analyse de ces données que, le plus souvent, les auteurs (dont Leruth
1939 c, p. 114) se sont limités à l’observation des collections d’eau présentes dans les grottes sans envisager le
peuplement du massif dans son ensemble. Ainsi Ginet (I960, p. 163) considère d’un simple point de vue mor¬
phologique l’environnement des bassins aquifères des grottes, constitué exclusivement par des composantes
minérales (éboulis, blocs, galets ou graviers, calcite, sédiments meubles et fins). De façon très restrictive Cho-
dorowski (1962, p. 71) note que « l'hétérogénéité des biotopes cavernicoles se fonde avant tout sur le type de
substratum qui tapisse le lit des rivières et le fond des bassins ».
Nous devons à Rouch (1968) le premier travail rendant compte du peuplement des massifs
karstiques dans chacune de ses parties caractéristiques. Cette étude des Copépodes Harpacticides
infirme l’opinion répandue jusqu’alors de la pauvreté de la faune cavernicole et met en évidence l’abon¬
dance des individus entraînés hors des massifs. Il n’est plus alors question d’étudier le seul point d'eau
de la station de récolte mais il convient de le replacer dans le contexte aquatique environnant.
Les classifications proposées par les Limnologistes pour les eaux de surface ne peuvent donner aucune
satisfaction dans le domaine souterrain et Vandcl (1964, p. 349) conclut : « ... il n’est pas possible d’établir de
distinctions tranchées entre les différents types de milieux liquides. Ils sont d'ailleurs confondus au moment
des crues qui noient périodiquement la plupart des cavités souterraines... ». Toutefois, comme pour les eaux
de surface, il est possible de noter à l’intérieur du massif karstique la présence de biotopes préférentiels peuplés
par certains troglobies ; ainsi Rouch établit que dans la zone supérieure des karsts les Harpacticides vivent
dans le réseau de fentes et se retrouvent secondairement dans les parties qui nous sont accessibles où ils peuvent
n’apparaître que de façon très épisodique. Dans le cas de ce groupe, le filtrage continu des exutoires des sys¬
tèmes karstiques, en raison de 1’ « hémorragie » qui s’y observe, permet une meilleure connaissance du peuple¬
ment de ces derniers.
2. Historique des recherches conceriuint les Triclades
L’étude des Planaires inféodées aux eaux souterraines karstiques a débuté assez tardivement
du fait des difficultés à récolter et fixer convenablement ce matériel. Quelques espèces ont été signalées
au niveau des exutoires des systèmes karstiques, en dehors des cavités.
En Europe, la première découverte est, nous l’avons vu, celle de Dendrocoeluni cavaticum par
Wiedersheim et Fries, en 1873, puis par Enslin (1905) dans d’autres cavités et quelques sources «le la
même région d’Allemagne ; Dendrocoeluni infernale est signalé par la suite dans plusieurs grottes de
Suisse par Steinmann (1907 et 1909). Le nombre des espèces récoltées augmente régulièrement au fur
et à mesure des prospections dont les plus importantes sont celles de Jeannel et Racovitza qui fournis¬
sent la majorité du matériel de Biospeologica. Aucune donnée écologique précise ne vient compléter
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
163
la description de grottes, le plus souvent visitées une seule fois, et dont nous ne possédons qu’un inven¬
taire faunistique très général (Leruth, 1939 a ; Coiffait, 1959 ; Strinati, 1966) ; Ginet cependant fournit
les premiers résultats concernant les biotopes réalisés au niveau de la grotte de la Balme et étudie un
gour peuplé par l’espèce Atrioplanaria notadena (1951, 1964).
IV. — CONCLUSION
A l’analyse des données bibliographiques il apparaît que, jusqu’à présent, les Triclades hypogés
ne font l’objet d’aucune recherche écologique ; seules quelques rares indicat ons sont fournies sur leurs
lieux de capture.
Toutefois la présence de ces formes dans le milieu souterrain est prouvée non seulement au
niveau des cavités situées dans les massifs calcaires mais encore dans les nappes. C’est consciente de
cette vaste dispersion au sein des eaux souterraines continentales que j’ai entrepris l’étude de l’habitat
des Triclades, en tenant compte par ailleurs des processus d’approche envisagés par Rouch (1968,
1970) en ce qui concerne le domaine karstique.
Cet auteur prône le cadre de classification donné par Gèze (1965) et distingue dans les karsts
plusieurs zones superposées caractérisées par la nature de l’écoulement des eaux, tout en réfutant le
principe qui consiste à étudier les seuls aspects présentés par ces mêmes eaux à l’intérieur des grottes.
Se trouve ainsi élargi le champ d’investigation concernant la faune souterraine et mise en évi¬
dence la richesse insoupçonnée de certains groupes, en particulier des Crustacés.
Source : MNHN, Paris
164
NICOLE GOURBAULT
CHAPITRE III
HABITATS DES TR1CLADES EN MILIEU PERMÉABLE EN PETIT
Les recherches concernant la présence des Triclades dans ce domaine ont été entreprises de
deux façons différentes, mais complémentaires :
— de multiples prospections permettent d’acquérir un aperçu de l’extension de ce groupe au
sein des aquifères à perméabilité d’interstices.
— une étude suivie, en quelques stations bien délimitées, laisse apparaître les variations enregis¬
trées aussi bien pour les paramètres caractéristiques du biotope qu’au niveau de la biocénose.
Cette dernière étude a porté sur la région du Saint-Gironnais qui englobe le Laboratoire souter¬
rain du C.N.R.S. et où les recherches de spécialistes ont trait à l’analyse des composants tant biolo¬
giques qu’hydrologiques des divers milieux aquatiques rencontrés. J’ai pu y mettre en évidence la
présence de trois espèces de Triclades hypogés appartenant à trois genres différents : Plagnolia vandeli
Atrioplanaria delamarei et P. ( Fonticola ) villa.
Le milieu perméable en petit, ainsi qu’il est défini de façon théorique, peut présenter de mul¬
tiples aspects. Pour faciliter cet exposé j’envisagerai les deux distinctions suivantes :
• les sous-écoulements de rivières,
• les nappes.
— Par sous-écoulement de rivière, il faut entendre les circulations d’eau s’écoulant relative¬
ment vite dans les sédiments situés immédiatement sous le lit du cours d’eau et près de celui-ci. Ce
milieu possède en général une porosité forte, seul paramètre qui amène à le distinguer de la nappe
alluviale proprement dite ; Orghidan (1959) le nomme biotope hyporhéique.
— Les nappes correspondent à l’ensemble de l’eau saturant la couche aquifère qui les définit.
Je considérerai les nappes liées aux rivières, ou nappes alluviales, indépendamment de celles des forma¬
tions sableuses ou mollassiques ; le milieu hypotelminorhéique sera traité dans cette catégorie d’aqui¬
fères.
I. — LE SOUS-ÉCOULEMENT DES RIVIÈRES
1. Le sous-écoulement du Nert
En juillet 1967, à la suite de la récolte d’une partie antérieure de Triclade (leg. R. Rouch) dont l'apparte¬
nance à l’espèce P. vandeli me parut probable, j’entreprenais d’appâter régulièrement et en différents points
les eaux du Nert, procédant à des échantillonnages tout au long du cours du ruisseau. Les prélèvements effec¬
tués selon la technique de pompage Bou-Rouch 1 se trouvent disséminés en 17 stations, sur les huit derniers
1. Étude effectuée en collaboration avec M ,,c F. Lescher-Moutoué.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
165
kilomètres du cours d’eau comme l’indique la figure 35. Lors de chaque récolte, 60 litres d’eau sont filtrés,
14 à 15 h après que les appâts aient été introduits dans des tubes enfoncés à des profondeurs variant de 0,70
à 1,10 m.
Les Triclades sont représentés par trois espèces dans 12 des 17 points de prélèvements : les
Phagocata se rencontrent au niveau des stations de l’amont (st. 1, 2, 3, 6, 9, 10 et 12) ; Atrioplanaria
delarnarei se récolte en grand nombre dans les stations intermédiaires (9 et 11 ; elle apparaît quelque¬
fois en 16) ; Plagnolia vandeli s’observe uniquement dans le sous-écoulement de l’aval du ruisseau
(st. 12 à 16).
La station 16 est celle qui a été choisie, et étudiée avec régularité, dans le but de préciser si
les populations que l’on y rencontre sont constantes ou si elles subissent des fluctuations en cours d’année.
A. Faunistique 1
Outre les trois espèces de Triclades, de nombreuses formes aquatiques ont pu être déterminées.
Deux genres de Gastéropodes, Horatia (Hydrobiidae), Moitessieria (Micromelaniidae), ont été récoltés
ainsi que 26 espèces de Crustacés répartis de la façon suivante :
Ostracodes : Candona aff. neglecla Sars et Potamocypris aff. wolfi Brehm.
Cyclopides : six genres et neuf espèces dont quatre hypogées : Acanthocyclops stammeri west-
phalicus Kiefer, Speocyclops racovitzai (Chappuis), S. kieferi Lescher-Moutoué et Graeterieüa rouchi
Lescher-Moutoué.
Harpacticides : six genres et neuf espèces dont trois hypogées : Nitocreüa subterranea Chap¬
puis, N. gracilis Chappuis et Parastenocaris dianae Chappuis.
Isopodes : Stenasellus virei boui Magniez et Microcharon rouchi Coineau.
Amphipodes : Ingolfiella sp., Niphargus gineli Bou et Niphargus kochianus Bâte, Salentinella
gineti Balazuc.
B. Caractéristiques physico-chimiques des eaux du sous-écoulement
Du fait de son étroite vallée encaissée, creusée dans une série carbonatée dévonienne, le Nert
ne semble avoir permis en aucun point de son cours le développement d’une nappe alluviale ; celle-ci
se réduit alors au seul sous-écoulement. En effet, dans la partie la plus large de la vallée (st. 8) ont été
effectués en prairie de nombreux sondages qui n’ont jamais rencontré l’eau (les forages creusés de
10 à 1 m de distance de la berge atteignent la profondeur de 2 m au-dessous du niveau du lit du ruis¬
seau).
Les données qui vont suivre portent sur les caractères de l’eau du sous-écoulement, prélevée
directement par pompages effectués pour la plupart en un point de la station 16, à 0,70 m de profon¬
deur.
— Le relevé des températures (figure 40) indique un maximum de 13,2°C et un minimum de
5°C, d’où une amplitude annuelle de 8,2°C. En comparant ces résultats à ceux obtenus pour le cours
d’eau subaérien, nous voyons que les mesures peuvent être identiques à certaines époques. Le plus
souvent, en période hivernale, la température du sous-écoulement est supérieure d’un demi à un degré
à celle du ruisseau ; lorsque la température extérieure se réchauffe le phénomène s’inverse et l’eau du
sous-écoulement présente environ un degré de moins que celle du ruisseau.
1. Je suis redevable de la détermination des différents groupes à de nombreux spécialistes qui voudront bien
accepter mes remerciements : Hans Boeters (Gastéropodes), Jeanne Renaud-Mornant (Tardigrades), Dan Danielopol
(Ostracodes), Françoise Lescher-Moutoué (Cyclopides), Raymond Rouch (Harpacticides), Nicole Coineau (Syncarides-
Microparasellidae), Guy Magniez et Jean-Paul Henry (Asclloidea), Claude Bou (Amphipodes), Gaude Berthélémy
(Plécoptères).
Source : MNHN, Paris
166
NICOLE GOURBAULT
Fig. 40. — Température de l’eau du Nert au niveau de la station 16 ; valeurs instantanées relevées pour le sous-écou¬
lement et pour le cours subaérien.
— En raison des variations journalières de la température, les relevés sont efTectués aux mêmes
heures (9 h à 9 h 30), à l’aide d’un thermomètre à mercure gradué au 1/10®. Les fluctuations de tempé¬
rature du cours subaérien et de l’inferoflux sont enregistrées pendant une durée de trois jours (du
17 au 20.11.1970) au moyen d’un téléthermographe Lambrecht. Les courbes établies (figure 36) per¬
mettent de relever les faits suivants : la différence entre la température de l’eau du sous-écoulement
et celle du ruisseau est la plus grande au moment du passage des maximums thermiques ; au contraire,
cette différence est nulle ou presque lors du passage des minimums. Aucun déphasage n’apparaît en
ce qui concerne le moment de passage des températures extrêmes des deux niveaux.
Le tableau ci-dessous résume les données de la figure 36.
Dates
18.11.1970
19.11.1970
20.11.1970
Température moyenne
cours subaéricn.
8,7
9
8,4
sous-écoulement.
8,9
9,2
8,5
Amplitude journalière
cours subacricn.
1,5
1
1,3
sous-écoulement.
1,9
0,9
1,6
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS 167
En plus des variations saisonnières, la température du sous-écoulement présente donc des varia¬
tions journalières en relation directe avec les changements de température du cours aérien.
— Entre les résultats obtenus pour les analyses chimiques de l’eau de sous-écoulement, à
différentes périodes (tableau 17), et pour celles du cours subaérien du Nert, il apparaît des
différences infimes ; la circulation souterraine de l’eau n’entraîne des modifications que pour les mesures
de résistivité qui sont toujours inférieures à celles du ruisseau. En période de crue il est possible de
suivre l’accroissement des valeurs respectives de la résistivité des deux parties du cours d’eau ; ainsi
lors de la crue des 7 et 8 mai 1970 la résistivité atteignait la valeur de 11 406 £2-cm dès le début de la
crue pour redescendre à 9 806 Ci -cm 36 h plus tard. Au contraire, la résistivité de l’eau du sous-écoule¬
ment qui était, de 9 014 iî-cm le 7 mai n’a augmenté faiblement qu’après un temps de latence de 24 h ;
ceci s'explique par la vitesse plus réduite de l’écoulement au niveau des sédiments profonds. En période
d’éliage s’observent les valeurs minimales de la résistivité ; elles sont encore deux fois supérieures
aux taux moyens de minéralisation signalés pour les eaux d’origine karstique.
Tableau 17. — Caractéristiques physico-chimiques des eaux de sous-écoulement du Nert.
Dates
TAC
O, ppm
P H
P à 20°C
t» C
8.01.70
8,5
7,5
9900
7,70
5.02.70
6
11
8,2
8131
8,80
5.03.70
7,5
11
8233
7.04.70
6,5
11
8858
•7.05.70
9014
8,90
*8.05.70
5,5
8
9126
10,25
28.05.70
9297
10,60
*•14.08.70
9
11
7,9
5682
13,20
17.11.70
8
11
7,7
5880
9,50
17.11.70
TH total
TH Ca++
TH Mg++
so 4 —
i.
c
en
9
7
2
19
9
C. Etude du peuplement par les Planariidae
a) Plagnolia vandeli.
Les prospections ont permis de localiser cette espèce sur 1 500 m du cours d’eau ; 114 prélève¬
ments y ont été opérés au niveau de la station 16.
Recensement et abondance des récoltes
Les prélèvements hebdomadaires portent sur le tube 1 (— 1,10 m) et le tube 2 (— 0,70 m).
Le graphique de la figure 41 rend compte de l’abondance de Plagnolia vandeli dans les prélèvements
effectués depuis le mois d’août 1967 jusqu’au mois d’août. 1968. Bien que peu abondantes, les Plagnolia
ont été régulièrement récoltées par 1,10 m de profondeur ; 68 individus proviennent de pompages du
tube 1 et 17 seulement des prélèvements du tube 2 (tableau 18).
Le tube 1 a fourni 80 % du total des récoltes, ce qui indique l’horizon préférentiel fréquenté par
cette espèce. La température ne peut expliquer cette localisation. 11 apparaît à ce niveau un appau¬
vrissement de la macrofaune représentée par Niphargus (48 individus) et Stenasellus (622 individus)
Source : MNHN, Paris
168
NICOLE GOURBAULT
que l’on récolte en abondance au tube 2 (484 Niphargus, 2 976 Slenasellus) ; en raison des faibles besoins
alimentaires des Triclades hypogés, la prédation ne peut être tenue pour responsable de cette manifes¬
tation. Il se pourrait donc que la très grande concentration de ces Crustacés à la profondeur de 0,70 ni
soit néfaste à l’implantation des Triclades.
Fréquence du stade adulte
J’ai noté lors de chaque récolte, le nombre d’individus sexués ainsi que celui des régénérats recueil¬
lis ; ces derniers sont au nombre de deux. Toutefois, ces résultats ne permettent pas de conclure à l’exis¬
tence d’une reproduction asexuée au sein de la population du sous-écoulement du Nert ; en effet, les
deux fois, les fragments montraient une section très récente, sans aucune cicatrisation ou blastème.
Il se peut que seule la méthode de récolte employée soit responsable de la section.
Tableau 18. — Recensement des Plagnolia vandeli récoltées par pompages
dans le sous-écoulement du Nert.
Date
t., ta
N. sexués
N. régénérais
3.08.67
3
3
5.08.67
4
/,
6.08.67
1
1
10.08.67
3
2
22.08.67
3
2
29.08.67
1
0
5.09.67
2
2
19.09.67
2
2
26.09.67
2
2
3
4.10.67
1
1
11.10.67
1
0
18.10.67
3
1
3
24.20.67
7
0
8.11.67
1
3
1
1
14.11.67
4
2
22.11.67
2
2
12.12.67
3
2
25.01.68
3
1
1.02.68
1
1
26.03.68
1
0
9.04.68
3
2
2
17.04.68
1
1
23.04.68
5
1
4
25.04.68
1
0
27.04.68
1
1
1
1.05.68
4
3
8.05.68
2
2
9.07.68
2
1
16.07.68
1
1
1
9.08.68
2
0
21.09.68
3
1
2
Total.
68
17
49
2
Total général.
85
Immatures
34
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
Fie. 41. — Le Nert ; variations du nombre N. de Plagnolia vandeli récoltées, en fonction du temps. Le nombre d'indi¬
vidus récoltés est consigné en ordonnée ; la ligne brisée concerne les résultats obtenus au niveau du tube 1, les
points isolés correspondent aux données du tube 2. Les points zéro, reportés également en ordonnée, indiquent
les prélèvements négatifs.
Le nombre des individus sexués est élevé ; il représente 57 % de la totalité des récoltes. Les
stades immatures, de très petite taille, sont plus rares ; quant aux cocons, ils semblent absents de ce
biotope puisque je n’ai jamais pu en observer dans les sédiments rejetés par la pompe ; je ne les ai pas
davantage observés par transparence, au niveau de l’atrium des adultes, ni obtenus en élevage *.
Action du phénomène de crue
Lors des périodes de crue, les Triclades ne viennent plus aux appâts ; l’eau des pompages est
trouble et riche en débris végétaux, ce qui permet de supposer que de profonds remaniements doivent
se produire dans les sédiments immergés.
Cette disparition provisoire de certains groupes de l’interstitiel proche de la surface a été signalée par
Angelier (1953, p. 96) qui l’explique par une migration en profondeur, migration qui correspondrait à l’appari-
lion de ces mêmes formes au niveau des puits par exemple. Motas et Serban (1964, p. 328) discutent cette inter¬
prétation et considèrent que « pendant les périodes de crue, il est possible que la faune phréatobie soit entraî¬
née vers la surface de la nappe phréatique des rivières par la force de l’eau. Il s’agirait par conséquent non seu¬
lement. d’une circulation de cette faune mais aussi d’une action hydrodynamique ». Ils appuient cette hypothèse
sur le fait, qu’il leur a été donné de récolter des Planaires souterraines (non déterminées) sous plusieurs dalles,
submergées pendant la crue et exondées ensuite, ainsi que dans des sondages effectués dans un dépôt alluvion¬
naire en forme d'île situé sur les berges de la rivière Motru (Olténie). Contrairement à ces auteurs, je n'ai pas
remarqué, après les crues, une abondance plus gronde de Triclades dans les prélèvements ; en revanche mes
observations concordent lorsqu’il s’agit des divers types de Crustacés.
La méthode de récolte utilisée permet d'accéder, même pendant les crues, au biotope étudié
et il est toujours possible de comparer les résultats des prélèvements effectués par pompages, ce que
n’autorisent pas les sondages creusés sur les berges, submergées par période. L’appauvrissement de la
faune lors des crues est donc un phénomène effectif et non pas imputable à l’emplacement des prélève¬
ments dans le cas précis de cette étude.
1. Il convient de noter que fort peu d'individus prélevés par la méthode de pompage se maintiennent en élevage.
Ceci doit être attribué à deux causes : la fragilité extrême des animaux gorgés de nourriture et le traumatisme dû au pas¬
sage du clapet de la pompe. Les animaux utilisés pour l'expérimentation proviennent de récoltes faites par chasse à vue
ou par piégeage en grotte.
Source : MNHN, Paris
170
NICOLE GOUHBAULT
Discussion des résultats
La multiplicité des pompages effectués après l’introduction d’appât n’entraîne pas un épuise¬
ment rapide de la faune ; un exemple précis est fourni par des récoltes quotidiennes échelonnées du 23
au 27 avril 1969 (tableau 19). Ce phénomène plaide en faveur de la présence d’abondantes populations
aux abords de la station 16 qui ne constitue donc pas une colonie isolée en ce point ; la faune s’y renou¬
velle régulièrement.
Tableau 19. — Le Nert. Prélèvements au niveau de la station 16.
Récoltes
tube 1 (-
-1,10 ir
)
tube 2 (-
0,70 a
)
Dates
23.04 | 24.04
25.04
26.04
27.04 1 1.05
23.04
24.04
25.04
26.04
27.04
1.05
Plagnolia .
5 0
1
0
1 4
1
0
0
0
1
0
Stenasellus ....
14 1 4
7
13
4 11
9
14
47
14
27
100
Niphargus .
2 2
0
0
0 0
5
1
2
1
6
3
La population la plus importante (exception faite des Copépodes) est constituée par les Stena-
sellus dont une récolte a fourni le nombre remarquable de 350 individus à différents stades (le 6.08.1967).
Les Plagnolia sont capturées fréquemment mais en petit nombre ; cependant, l’existence d’un fort
pourcentage d'animaux sexués montre que cette espèce est implantée dans ce biotope où elle se développe
de façon normale.
L’association Stenasellus-Niphargus semble établie en de nombreux points du sous-écoulement ;
les Plagnolia participent à cette association, et la biocénose réalisée demeure stable au cours des sai¬
sons (en dehors des périodes de crues). Cette biocénose se développe largement au sein du milieu inters¬
titiel de la vallée où vivent également deux autres espèces de Planariidae.
b) Atrioplanaria delamarei
Ces Triclades sont les seuls représentants de la macrofaune recueillie au niveau des stations 9
et 11. La plupart des individus sont immatures, de taille moyenne pour l’espèce.
Aucun cocon n’a été obtenu par pompage mais la trentaine d’individus récoltés placés en élevage
à basse température s’est reproduite exactement comme l’espèce type provenant de la source de Durban.
c) Phagocata sp.
Cette dernière espèce demeure indéterminée en raison de l’absence d'individus sexués. Elle est
constante dans les stations du Nert situées en amont ; ces stations sont voisines de la 5 e galerie de
mines des Abères (Biospeologica : LXXVIII, p. 371) dont elles sont distantes de 200 m, en altitude.
Une Phagocata aff. villa s’observe fréquemment dans la laisse d’eau de l’entrée de cette galerie. L’espèce
du sous-écoulement en diffère extérieurement par l’absence d’yeux.
2. Le sous-écoulement du Voip
Affluent de rive droite de la Garonne, le Voip prend sa source à l'altitude de 530 m. Son cours, orienté
d'Est en Ouest, de faible pente (1 à 3 %), est creusé dans des marnes schisteuses cénomaniennes avant de péné¬
trer sous un « tue » de calcaire compact aptien à faciès urgonien où il se perd pour réapparaître à l'altitude de
445 m, 1500 m en aval ; il coule alors à nouveau dans le flysh cénomanien.
Cinq tubes implantés permettent, d’effectuer des pompages dans le sous-écoulement du Voip : trois se
situent en amont de la perte, deux en aval de la résurgence (ligure 42).
Source : MNHN, Paris
AVRIL MAI JUIN JUILLET AOUT SEPTEMBRE 1969
f TUBE 2
• s/écoulement
AVRIL MAI JUIN JUILLET AOUT SEPTEMBRE 1969
Fie. 43. — Température de l'eau du Voip au niveau du tube 1 et du tube 2 ; valeurs instantanées relevées pour le sous-
écoulement et pour le cours subaérien. Variation du nombre N. de Dendrocoelum lescherae, à la station 2.
Source : MNHN, Paris
172
NICOL15 GOURBAULT
A. Faunistique
Outre Dendrocoelum lescherae et le Tardigrade Macrobiotus macronyx Dujardin, quelques Crus¬
tacés ont été capturés. Les Ostracodes sont représentés par l’espèce Cryplocandona ouvrai Kaufmann.
Des Bathynelles et Slenasellus oirei virei Magniez se récoltent ainsi que des Niphargus.
B. Caractéristiques physico-chimiques des eaux du Voip
— Le cours d’eau se trouve soumis à un régime pluvial. Les fluctuations des températures rele¬
vées à diverses périodes sur six mois sont consignées sur le graphique de la figure 43 où sont reportées
les mesures 1 prises dans le sous-écoulement et le ruisseau aux stations 1 et 2 ainsi qu'au niveau de la
résurgence. Une anomalie se produit régulièrement en 2 : la température de l’eau du sous-écoulement
est supérieure à celle du ruisseau subaérien, en toute saison ; elle est encore de l’ordre de 9°C en hiver.
Des mesures chimiques n’ont mis en évidence aucune particularité, tout au moins pour la résistivité
qui se situe entre 2 000 et 3 500 fl-cm (tableau 20).
Tableau 20. — Valeurs calculées à 20 °C de la résistivité de Veau du Voip en trois stations.
Dates
Résurgence
Voip
Sous-écoulement
t, t,
Dates
Voip
Sous-écoulement
t, t.
14.04.69
2483
2289
2283
25.06.69
2517
2192
2390
17.04.69
2543
2239
2384
10.07.69
2503
2155
2590
24.04.69
3209
2388
2575
11.08.69
2641
2179
2398
30.05.69
2476
2166
2175
24.09.69
2609
2227
2274
6.06.69
2286
2135
2288
15.01.70
2641
2264
2476
12.06.69
2492
2109
2375
22.01.70
3576
2393
2835
pli = 7,5 ; TAC = 24 ; TH total = 25 (Ca = 20,5 ; Mg = 4,5) au niveau de la résurgence du Voip (le 22.01.1790.)
C. Présence de Dendrocoelum (Dendrocoelides) lescherae
Cette espèce a été recherchée le long du parcours souterrain du Voip, dans les eaux libres et le
milieu interstitiel. Je ne l’y ai pas rencontrée et pas davantage dans le cours du ruisseau situé en amont
de la perte. Elle semble uniquement localisée en aval de la résurgence, en la station 2 où l’on peut penser
qu’une arrivée d’eau souterraine latérale serait à l’origine de son implantation. Cette hypothèse est
avancée en raison de l’anomalie thermique relevée en ce point.
Ce phénomène n’est pas sans rappeler la présence de D. (Amyadenium) oandeli dans la Baillaurv
où, seulement en période de hautes eaux, l’eau souterraine affleure parmi les schistes métamorphisés
et apparaît en « petits filets d’eau qui sourdent au milieu de graviers et de galets # (Vandel, 1922, p. 167).
Détail des récoltes
Le nombre de Dendrocoelum lescherae récoltés est reporté sur la figure 43 ; dix individus ont été
capturés, d’avril à septembre 1969, en douze prélèvements obtenus par pompage du tube de la station 2,
1. Étude effectuée en collaboration avec Mademoiselle F. Lescher-Moutoué.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR
TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
173
après pose d’appâts ; en janvier 1970, par deux fois un Dendrocoele était rejeté en cette même station *.
U. lescherae était recueilli pour la première fois en la station 1, le 22.01.1970 (sous-écoulement = 7,5°C ;
ruisseau = 7,05°C).
Parmi les treize individus capturés, six étaient sexués et cinq représentaient des formes jeunes
(un récolté le 6.06.1969 et quatre le 10.07.1969). Alors que la taille des individus sexués atteint 14 à
16 X 3,5 mm, les immatures placés en élevage ne mesuraient que 9 X 1,2 mm et les plus jeunes
6 X 1,1 mm.
Discussion des résultats
Etant donné le petit nombre de Dendrocoeles récoltés, il est difficile de parler d’un peuplement
du sous-écoulement du Voip ; les Triclades, comme les Stenasellus, ne semblent pas fréquents à ce
niveau, bien que régulièrement présents. Ces derniers ont été signalés dans la grotte des Trois Frères
(galeries supérieures fossiles du cours souterrain du Voip) où ils ont été capturés par deux fois en un seul
exemplaire, ce qui tend à prouver, selon Magniez (1967), que cette grotte constitue un habitat tempo¬
raire pour quelques individus égarés (mais il s’agit alors de la sous-espèce S. virei hussoni et non pas
île S. virei virei, qui se retrouve par ailleurs dans la nappe alluviale du Tarn). Seuls des Stenasellus
adultes ont été obtenus ; au contraire chez les Dendrocoeles les individus sont à des stades d’âge dif¬
férents.
3. Autres exemples de la présence des Triclades au niveau des sous-écoulements
Du bilan de mes prospections, je ne retiendrai que les données positives qui sont de beaucoup
les moins nombreuses ; et encore toutes les récoltes signalées concernent-elles uniquement l’espèce
Phagocata villa.
A. Stations des Prépyrénées
Une souche asexuée de Phagocata a été récoltée dans le Lasset, affluent de rive gauche de l’Hers,
en deux stations proches du confluent où elle cohabite avec des Niphargus (le 22.10.1969, sous-écoule¬
ment — 10°C et 10,7°C). Une dizaine d’individus, après plus d’une année d’élevage, ne portent toujours
pas trace d’appareil copulateur.
Des P. vitta se retrouvent dans le sous-écoulement de l’Aude, à deux km en amont de Quillan,
associées à des Niphargus et à de nombreux Mermithidae. Six individus, placés en élevage à basse tempé¬
rature, se sont comportés comme les Fonticola capturées à Callong (ces deux stations sont distantes,
à vol d’oiseau, d’environ sept km).
B. Phagocata vitta au niveau du Tarn
J'ai étudié le matériel récolté par Bou (1968) qui a fourni une analyse détaillée des biotopes pros¬
pectés dans la région située en bordure sud-ouest du Massif Central et défini leur peuplement.
P. vitta n'a été obtenue qu’en une seule des quarante stations de récoltes. Il s’agit de la station
de Pont de Courris (st. 3, Carmaux ; 604,90 X 182,40 ; ait. 210 m) où les Triclades ont été capturés
au niveau de la plage constituée par les sédiments alors émergés du Tarn, par 0,40 m de profondeur.
Les variations thermiques sont importantes : la température qui est de 6,5°C en janvier, atteint 17,5°C
en août, ce qui implique une amplitude annuelle de l’ordre de 11°C pour l’eau de sous-écoulement : celle-ci est
de 18°C pour le cours subaérien du Tarn, colonisé par Dugesia tigrina.
1. Le 16.01.1970 : sous-écoulement = 9,15°C; ruisseau = 6,2°C.
Le 22.01.1970 : sous-écoulement = 9, 2°C ; ruisseau = 7,05°C.
Source : MNHN, Paris
174
NICOLE G0URBAUL1
En dehors de quelques Oligochètes et larves d’insectes, des Crustacés se trouvent également associés
à P. vitta : Stenasellus i ûrei virei, Niphargus gineti et N. longicaudatus (Costa). Les genres Elaphoidella, Speo-
cyclops et Acanthocyclops sont régulièrement représentés au niveau de la microfaune.
En résumé, ces quelques exemples montrent que le sous-écoulement, des rivières peut consti¬
tuer l’un des habitats des Triclades hypogés ; ceux-ci trouvent dans les sédiments immergés des condi¬
tions particulièrement, favorables à leur développement.
II. — LES NAPPES
1. Nappes accessibles par un puits
A. Nappe alluviale du Salat
Accessible par un puits maçonné creusé sur la rive gauche du Salat, à Eycheil (Saint-dirons ;
5,05 X 75 ; ait.. 405 rn), cette nappe héberge l’espèce hypogée Plagnolia vandeli qui peuple également
vers l’aval le sous-écoulement du Nert, à 5 km au Sud-Est de cette station.
Les six individus récoltés étaient immatures (leg. C. Bou) ; maintenus en élevage pendant une
année, trois d’entre-eux ont atteint le stade adulte. Stenasellus virei a été signalé dans un puits situé
à 50 m du précédent (Magniez, 1968).
B. Nappe alluviale de l’Isère
A Châteauneuf, des pompages effectués sans appât (le 08.09.1969) fournissent des individus
sexués appartenant à l’espèce P. vitta, associés à des Bathynelles et des Cyclopides.
C. Nappes de l'Albigeois
Les prospections de C. Bou l'ont conduit à recueillir, outre les Amphipodes objet de ses recherchés
l'espèce Dendrocoelum regnardi. Considéré comme le plus grand des Paludicoles hypogés, puisqu'il peut atteindre
40 mm de long, alors que la taille moyenne du genre ne dépasse guère 20 mm, il a été récolté pour la première
fois en janvier 1913 dans deux grottes du Bas-Causse de Limogne, dans les gorges de 1a Bonnette ; j’ai pu l’y
retrouver lors d'une visite des grottes de cette région (le 19.08.1963).
La présence de D. regnardi dans les nappes de l’Albigeois et dans une rivière souterraine de la vallée de
l’Aveyron (grotte de Cabéou) a permis de montrer la répartition régionale de cette espèce.
a) Nappe alluviale du Tarn
La première station de D. regnardi consiste en un des deux puits de la Mouline du Gô à Albi
(Carmaux ; 585,80 X 181,60 ; ait. 165 m) ouverts sur la nappe alluviale 1 .
Les récoltes faites par piégeage à la balance appâtée ont fourni Niphargus gineti et N. kochia-
nus pachypus Schellenberg ainsi que Geocenlrophora boui de Bcauchamp et Gourbault.
Cette dernière espèce appartient à l’ordre des Périlécitophores dont les représentants sont très
répandus dans les eaux douces et saumâtres, les mousses et la terre humide. Les formes hypogées sont
très rares ; un puits profond de Nouvelle-Zélande a donné les deux espèces connues = Prorhynchus
putealis Haswell et P. haswelli Steinbôck. L'étude histologique de cette nouvelle espèce a montré la
coexistence de certains des caractères génériques isolant Geocenlrophora de Man de Prorhynchus Schulze,
dont il diffère peu. La canule est incontestablement droite ( Prorhynchus) chez G. boui, alors que le bulbe
et l’appareil copulateur sont semblables à ceux des Geocenlrophora ; ceci pourrait donc remettre en
cause la distinction des deux genres.
1. Température comprise entre 11®C (mars) et 13°C (octobre). Le 25.05.1970 : pli = 6,8 ; O, ppm —- 8 ; p A 20°C.
3 100 n-cm ; TAC = G ; TH total = 14 ; TH Ca = 12 ; TH Mg = 2 ; So 4 ~ = 70 et Cl— = 17,5 mg/l.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
175
Une quarantaine de D. regnardi (leg. Bou, le 25.02.1964) a vécu quelques mois au laboratoire
de Toulouse ; transportés dans la grotte de Moulis ils sont morts rapidement. D’autres essais infruc¬
tueux d’élevage ont montré l’impossibilité de conserver les formes provenant des eaux souterraines de
l'Albigeois dans les eaux de l’Ariège ; l’analyse physico-chimique des deux types d’eaux 1 indique cepen¬
dant des différences de valeurs non significatives.
Le pourcentage des jeunes D. regnardi, jamais observés dans les habitats karstiques, est supé¬
rieur à 50 %. La taille des adultes est inférieure à celle des animaux capturés dans les grottes ; la lon¬
gueur en extension atteint 18 mm, elle est de 0,7 mm chez le jeune.
b) Nappes mollassiques
— le puits de la Cordonnarié (Albi : 575,50 X 191 ; ait. 280 m), atteint une de ces nappes. La
porosité très faible du substrat ne permet pas la formation dans ces terrains d’une nappe profonde
importante. D. regnardi s’y rencontre, associé à Niphargus longicaudatus ; trois individus ont été récol¬
tés en avril 1967 et trois le 10.02.1969.
— le puits de Mascrabières est situé dans le hameau de la Crouzalié, commune de Castelnau-dc-
Lévis, Albi (Tarn).
Quatre D. regnardi capturés par Bou en février 1969 ont été étudiés ainsi que les trois recueillis
lors de mes prélèvements du 25.05.1970 2 .
2. Nappes accessibles par une source
A. Milieu hypotelminorhéique
J’envisagerai tout d’abord ce que Mestrov a défini en tant que milieu hypotelminorliéique
puisqu’il a voulu y voir le milieu d’origine de quelques espèces aquatiques hypogées. J’ai étudié le maté¬
riel que cet auteur a récolté en divers points de sortie d’eau superficielle aux abords de la grotte du
Plagnol de la Plagne (Chapitre iv).
Les Planaires qui peuplent ces biotopes appartiennent toutes au sous-genre Fonlicola que nous retrou¬
vons aussi dans des stations identiques le long de l’anticlinal de Moulis. Selon Mestrov (1962 b, p. 86) ces Planaires
« entrent directement dans la grotte du Plagnol par son ouverture, avec l’eau qui s’écoule du sol et qui glisse
sur les roches imperméables, elles subsistent dans toutes les parties où l’eau s’écoule lentement. Le milieu d’ori¬
gine des espèces vivant dans cette grotte est donc cette couche du sol, ou biotope hypotelminorliéique et le
contact direct entre ce biotope et la grotte explique la richesse faunistique de cette dernière ». Mais les Fon-
ticola n’ont, jamais été observées dans la grotte ; celle-ci héberge l’espèce Plagnolia vandeli, à l’exclusion de toute
autre forme de Turbellariés. Au niveau des Triclades, l’interprétation et l’exemple donnés par Mestrov ne
peuvent donc être retenus.
La présence des Triclades dans les petites nappes superficielles a été signalée par Remy (1926)
qui récolte Dendrocoelum remyi et Phagocala albissima dans les sources temporaires des environs de
Servance et Saint-Nicolas-de-Port, dans l’Est de la France.
Dans les Pyrénées, en dehors des deux stations signalées par Mestrov, il est possible de rencon¬
trer P. villa dans un certain nombre de sources qui correspondent aux exutoires de ces nappes super¬
ficielles.
a) Fontaine des Oiseaux (Saint-Girons : 498,60 X 72,20 ; ait. 480 m). P. afT. villa, asexuée est
associée dans cette source temporaire à Stenasellus virei hussoni et à des Niphargus.
1. Eau de la grotte-laboratoire : pH = 8 ; p à 20°C = 3 068 fl-cm ; TAC = 19,5 ; TH total = 19 ; TH Ca = 13 ;
TH Mg = 6 ; S0 4 — - 22 et Cl— = 3 mg/1.
2. t = 11,6°C ; pH = 7,8 ; O, ppm = 4 ; p à 20°C = 1 050 D-cm ; TAC = 14,5 ; TH total = 33 ; TH Ca = 22 ;
TH Mg = 11 ; SO,— = 110 mg/1.
Source : MNHN, Paris
N ICO!.
176
•OURBAULT
b) Sources de Durban (Mas d’Azil : 520,24 X 80,60; ait. 367 m).
Deux sources jaillissent en prairie, de part et d'autre d'un petit ruisseau tributaire de l’Arize, a (Huent
de rive droite de la Garonne. Il s’agit dans les deux cas de sources temporaires affleurant dans les alluvions
recouvrant une série carbonatée. Ces deux sources se mettent à couler en début d’hiver et sont alimentées jus¬
qu'au printemps ; elles peuvent tarir pendant quelques jours et se remettre en eau. Mais à partir du mois de juin
elles sont sèches jusqu’à l’hiver suivant, comme l'ont montré de nombreuses visites ; de violents orages et des
pluies d’été n'entraînent pas leur remise en eau.
La source n° 1, dès sa sortie, s’étale en une zone marécageuse : les Triclades se récoltent aussi
bien par filtrage (ainsi que Stenasellus virei virei, Niphargus sp. et des Cyclopides représentés par deux
espèces hypogées) que dans les terrains temporairement gorgés d’eau 1 où ils viennent aux appâts.
Il s’agit d’individus, toujours asexués, du genre Phagocata.
La source n° 2 située quelques mètres en aval héberge une espèce différente de Planariidae :
Alrioplanariu delamarei ; celle-ci est rejetée en abondance lorsque le débit de la source * est à son maxi¬
mum. Lorsqu’il se stabilise les individus demeurent à l’intérieur de l’exutoire, circulant le long des
radicelles. Par filtrage se récoltent Stenasellus v. virei, Niphargus et des Copépodes dont une seule forme
est hypogée.
Le nombre de Triclades entraînés vers l’extérieur est très élevé ce qui plaiderait en faveur de la
présence d’une population importante au sein de la nappe. Mais il est évident que ces deux sources sont
alimentées à partir de deux aquifères différents car il est impossible qu’il puisse y avoir sélection des
espèces uniquement au niveau de l’exutoire (ce que confirment les analyses physico-chimiques des eaux).
B. Nappes de l'Aude
a) Source de Mathalis (Lavelanet : 572,20 X 69,5 ; ait. 461 m).
Située dans les grès du Maestrichien moyen, cette source jaillit en bordure de la route et ses eaux sont
collectées dans un abreuvoir. Les animaux pris au piège de ce dernier peuvent survivre tant que les conditions
demeurent constantes. C'est ainsi qu’était récolté Dendrocoelum tuzetae, associé à d’abondants Nipliargus et
à l’Isopode Faucheria [aucheri dont cette source représente la station la plus occidentale reconnue à ce jour.
Ceuthonecles gallicus Chappuis, Harpaclicide à vaste distribution pyrénéenne s’y capture avec Elaplioidelta
bouilloni Rouch récoltée par ailleurs en Ariège.
Les sept D. tuzelae recueillis le 17.04.1964 étaient tous sexués ; depuis lors, la source est captée.
Cette même espèce de Triclade se rencontre en une autre source distante de Mathalis d’une
vingtaine de kilomètres :
b) Source de la Maison Forestière, forêt de Callong (Lavelanet : 580 X 63,5 ; ait. 900 m).
Cette source se situe dans les marnes de l’Aptien supérieur, à faible porosité, permettant cependant la
formation de nappes. Son débit, faible en période estivale, peut être nul et l’eau stagne dans le bassin (4.10.1968)
ce qui n’entraîne cependant pas la disparition des Planaires ; la source aménagée coule dans un bassin couvert
où les Triclades rejetés s'observent, sur le fond et sur les parois de l’auge. La faune accompagnatrice est d’ori¬
gine épigée, mais P. ( Fonlicola) villa se capture également à ce niveau.
Les animaux sont entraînés vers l’extérieur lors du gonflement de la nappe, comme dans tous les cas
précédents ; et c’est ainsi que s’explique la présence de diverses espèces de Planaires au niveau de captages,
celle de P. villa dans une cave nancéenne (Husson, 1939) ou de Dendrocoeles en quelques dépressions du Banal
(Botosaneanu, 1970, p. 253).
1. La température varie de 10,5°C (le 25.02.1970) à 12°C (le 17.01.19G9). Le 18.02.1971, t - 11,3®C ; pH = 7,6 ;
0 2 ppm = 10 ; p à 20°C = 2 630 fi-cm ; TAC = 23 ; TH total = 24 ; S0 4 ~ = 18 et Cl - = 6 mg/1. Le 30.03.1971
pH 7,35 ; O, ppm = 9 ; p à 20°C = 2 450 Q-cm ; TAC = 25 ; TH total = 25 (Cn = 9,5 ; Mg - 15,5) ; SU, ,3 et
Cl- = 4 mg/1.
2. La température varie de 7,5°C (le 6.03.1970) à 10,4«C (le 25.01.1970). Le 18.02.1971, t = 9,3°C ; pli - 7,6 ;
Oj ppm = 9 ; p à 20»C = 2 360 Q-cm ; TAC = 22 ; TH total = 29 ; S0 4 -= 55 et Cl- = G mg/1, Le 30.03.1971, pII
7,4 ; O, ppm = 8 ; p à 20°C = 2 060 fl-cm ; TAC = 25 ; TH total = 33 (Ca = 26 ; Mg = 7) ; S0 4 “ = 65 et Cl"- =
9 mg/1.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
177
A Callong, les Trielades ont été récoltés à différentes reprises :
le 17.04.1964, dix D. tuzelae dont six sexués et onze Fonticola,
le 21.03.1965, trois D. tuzelae dont deux sexués et treize Fonticola,
le 16.09.1965, trente-cinq D. tuzelae tous immatures,
le 4.10.1968, trois D. tuzelae dont un sexué,
le 12.11.1968, seize D. tuzelae dont un sexué et sept Fonticola.
Le cas de coexistence de deux espèces en une même station souterraine, sans toutefois être excep¬
tionnel, est assez rare pour mériter d’être relevé. J’ai déjà signalé le phénomène en une des stations
du sous-écoulement du Nert. Ainsi A. notadcna et D. gineti s’observent dans la grotte de la Balme,
D. remyi et P. albissima dans les sources de Saint-Nicolas-de-Port, A. notadena et P. vitta dans la Bruche.
La plus remarquable association de Trielades se trouve réalisée dans les eaux du lac d’Ohrid.
En certains points se produit une pénétration d’espèces épigées dans un habitat de formes hypo¬
gées : P. félina se rencontre dans le ruisseau souterrain de la grotte de l’Église, où vit D. chattoni, et
dans celui de la grotte de Bétharram qui abrite l’espèce D. beauchampi. C. alpina est signalée delà grotte
du Guiers vif et de la résurgence de la Goule noire qui toutes deux hébergent D. gineti.
Une autre particularité de cette station réside dans le fait que les espèces de Planaires qui s’y
récoltent sont toutes deux parasitées 1 par une Grégarine ; la proportion d’individus infestés est forte.
Sur le vivant ces Grégarines apparaissent sous la forme de petits glomérules blanc mat ; sur coupe les
cellules à gros noyau sont au stade végétatif.
III. — CONCLUSION
Au niveau des terrains perméables en petit j’ai envisagé les diverses possibilités écologiques
offertes aux Trielades hypogés.
1. Le milieu interstitiel réalisé par les sous-écoulements de rivières constitue un biotope favo¬
rable au développement de ces formes. L’obscurité régnante est totale, l’amplitude thermique annuelle
est toujours inférieure à celle des cours d’eau subaériens ; de même les valeurs de la résistivité sont
moins élevées pour l’inferoflux que pour le ruisseau auquel il est lié. Toutefois, lors des crues, peuvent
se produire de profonds remaniements au sein des sédiments immergés.
De nombreux prélèvements montrent à l’évidence que le sous-écoulement des rivières de moyenne
altitude est peuplé de façon continue mais non pas homogène. Quelques stations particulièrement riches
peuvent être reconnues et les biocénoses qui les composent ne sont en général pas semblables.
L’étude régulière d’une de ces stations tout au long d’une année permet de relever certains
points (exemple du Nert).
• Des populations d’espèces de grande taille, pendant longtemps tenues pour des types inféo¬
dés aux eaux de grotte, sont constituées au niveau de l’interstitiel du sous-écoulement (3 598 Stena-
sellus et 532 Nipltargus ont été récoltés en 112 prélèvements).
• Des 85 Plagnolia vandeli capturées, 80 % l’ont été par pompages à 1,10 m de profondeur,
ce qui précise l’horizon préférentiel de cette espèce (les Crustacés se trouvent surtout à 0,70 in).
1. Outre ce cas, je n'ai pu observer que deux autres exemples de parasites de Planaires hypogées. Un kyste de
métacercaire de Tréinutode se trouve chez D. banaticum et des Nématodes infestent abondamment les tissus de D. album.
Mais il me semble intéressant de signaler que nous sommes alors toujours en présence d’espèces hypogées associées à des
formes épigées dans des habitats situés aux frontières du domaine souterrain. Bien que les modalités du parasitisme ne
soient pas modifiées du fait que leur hôte mène un mode de vie hypogé, il se pourrait que certaines formes ne puissent
effectuer tout leur cycle au sein des eaux souterraines, ee qui expliquerait la particularité qui vient d’être relevée.
1 56-1 018 6 12
Source : MNHN, Paris
178
NICOLE GOURBAULT
• Un certain parallélisme s’observe entre les fluctuations des populations recensées. Cependant
il n’apparaît pas de variations saisonnières et les espèces hypogées peuvent être récoltées tout au long
de l’année, à l’exception des périodes de crues.
• Le pourcentage d’individus sexués atteint 57 % de la totalité des Plagnolia capturées.
• La multiplicité des prélèvements après introduction d’appât dans les tubes n’entraîne pas
l’épuisement de la faune, ce qui implique un renouvellement de celle-ci et un large peuplement de l’inters¬
titiel.
En raison de ce mode de vie interstitiel, la mise en évidence des populations de Triclades est
fortement dépendante des techniques utilisées. Dans le cas du sous-écoulement le sondage Karaman-
Chappuis et surtout le pompage Bou-Rouch permettent un accès continuel à ces biotopes.
2. Je n’ai pu aborder que succinctement l’étude du peuplement des nappes pour lesquelles l’on
ne dispose que de données ponctuelles très limitées.
Les puits et les sources offrent les seuls moyens d’atteindre ce domaine souterrain ; quelques
individus colonisent les premiers et les seconds abritent les animaux entraînés vers l’extérieur lors
du gonflement de la nappe. C’est pourquoi nous ne pouvons, à l’heure actuelle, envisager d’étude éco¬
logique complète des nappes ; seul l’aspect qualitatif de la faune peut être analysé. Les Triclades doivent
y être fréquents.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
179
CHAPITRE IV
HABITATS DES TRICLADES AU NIVEAU DES KARSTS
Cette étude est traitée comme précédemment, en complétant les données fragmentaires recueil¬
lies lors des prospections par une observation régulière de quelques stations déterminées.
C’est l’habitat de l’espèce Plagnolia vandeli qui tout d’abord retiendra notre attention.
I. — LES HABITATS DE L’ESPÈCE PLAGNOLIA VANDELI
Cette espèce peuple, comme je l’ai déjà montré, les aquifères perméables en petit au niveau
des nappes et des sous-écoulements de rivières. En domaine karstique, sa présence est signalée dans
quatre grottes dont la situation est reportée sur la figure 44 qui correspond à la partie des Pyrénées
centrales où cette espèce a pu être mise en évidence, du Saint-Gironnais à l’Est, jusqu’au Massif de
Paloumère à l’Ouest. La première de ces cavités est le gouffre du Plagnol de la Plagne, situé dans la
partie nord du Massif de Sourroque d’où provient le type de Plagnolia vandeli.
1. Le gouffre du Plagnol de la Plagne
A. Topographie
Commune et canton de Saint-Girons (Ariège) ; 502,25 X 72,9 ; ait. 820 m.
Cette cavité, située dans les calcaires de l’Aptien supérieur, à proximité du contact des marnes
noires de l’Albien, débute par un aven de 16 m de profondeur. Un plan incliné de 6 m de dénivelé
mène à un relais permettant d’accéder à une verticale de 10 m ; celle-ci constitue un puits de 1,50 m
de diamètre qui domine une salle inclinée Est-Ouest dont le haut est encombré par de gros blocs d’ébou-
lis et dont la partie basse descend régulièrement après un premier ressaut de 2 m.
Sur environ 85 m il est possible de progresser dans une fissure de 7 à 10 m de hauteur qui se rétré¬
cit jusqu’à ne plus avoir qu’une largeur de 0,60 à 0,70 m et qui est parcourue par un ruisseau. A une
vingtaine de mètres du puits une seconde salle, à gauche du couloir, renferme un gour alimenté en
partie par l’eau qui tombe en pluie depuis la voûte. Le cours du ruisseau présente une succession de
cuvettes étagées, creusées dans la roche et tapissées, dans les zones calmes, de limon riche en matière
organique provenant de l’humus superficiel ; le remplissage (sable et graviers) n’excède pas quatre à
cinq centimètres.
B. Faunistique
Cette grotte, visitée à de multiples reprises depuis sa première exploration, abrite une faune
aquatique composée, outre Plagnolia vandeli, de l’Oligochète Pelodrilus leruthi Hrabé et de Crustacés
— les Cyclopides sont représentés par des formes épigées uniquement,
— les Harpacticides comptent quatre espèces dont une seule hypogée, Nitocrella subterranea.
— Slenasellus virei hussoni et Niphargus gineti sont peu abondants.
Source : MNHN, Paris
180
NICOLE GOURBAULT
C. Caractéristiques physico-chimiques des eaux
a) Alimentation en eau de la grotte
Deux arrivées d’eau alimentent le ruisseau souterrain ; la plus importante se situe à la base
du premier ressaut, la seconde dans la salle latérale. Cette dernière est inexistante en période d’étiage.
De façon à pouvoir mettre en évidence la provenance des Triclades j’ai placé une cuvette sous
l’arrivée d’eau de la salle latérale ; aucun animal n’y est observé et pourtant, quelques individus peuvent
être récoltés au niveau du filet d’eau qui s’écoule vers le ruisseau. L’apport des Plagnolia serait
lié essentiellement à l’écoulement, du ruisseau, écoulement pérenne dont le débit peut devenir infime
lors de l’étiage estival. Cette hypothèse est renforcée par quelques observations in situ : lors de
périodes de basses eaux, j’ai prélevé tous les Triclades rencontrés dans la grotte ; après d’abondantes
précipitations atmosphériques les Triclades se récoltent à nouveau tout au long du cours d’eau qu’ils
occupent dès les premiers mètres.
J’ai signalé que, selon Mestrov, cette eau proviendrait directement de l’écoulement d’une nappe
superficielle correspondant au milieu qu’il a défini. Si cela était, nous aurions au niveau du Plagnol
un peuplement riche en Fonticola, ce qui n’est pas le cas puisqu’aucun individu n’a été récolté dans
cette cavité. C’est donc selon toute vraisemblance que, en dehors des périodes de fortes précipitations
atmosphériques où l’eau de ruissellement s’engouffre directement dans le puits, la grotte est alimentée
par une nappe qui se développe dans la partie supérieure des formations détritiques de l'Albien, attei¬
gnant le réseau de fentes contigu, et qui diffère de la circulation superficielle dont elle doit être séparée
par une couche imperméable.
b) Température
La température du ruisseau présente en cours d’année des variations dont l’amplitude, d’après
quelques données fragmentaires, n’atteint pas 2,5°C. Son maximum est de l’ordre de 9,6°C (le 31.08.
1965) son minimum de 7,2°C (le 16.11.1970) (toutefois la neige pénétrant dans le gouffre à certaines
périodes hivernales, il est probable qu’elle entraîne un refroidissement plus important, mais alors la
grotte est difficilement pénétrable).
Les différences de température enregistrées aux divers niveaux du ruisseau sont faibles, de un
à deux dizième de degrés en moyenne ; les relevés thermiques effectués le 23.09.1966 indiquaient 8,65°C
en amont du cours d’eau et 8,55°C en aval (température de l’air = 8,70°C) et le 16.11.1970, 7,4°C au
niveau du gour latéral, 7,2°C en aval (température de l'air = 7,6°C).
c) Analyses physico-chimiques
Une analyse de l’eau a été effectuée en période d’étiage (le 28.08.1970) et après une récente
alimentation en eau de la grotte ; les résultats sont reportés dans le tableau 21.
Tableau 21. — Caractéristiques physico-chimiques de l'eau du gouffre du Plagnol :
Pj (gour latéral), P 2 (partie profonde).
Dates
TAC
TH
total
TH
Ca++
TH
Mg ++
so 4 —
SiO,—
ppm , pH
p à 20°C
toc
28.08.70
P,
14,5
16,5
16
0,5
24
4
7,35
3252
8,3
28.08.70
P 2
14,5
16
15
1
27
2,8
7,5
3346
8,2
16.11.70
P,
10
13
12
1
40
2,2
10 8
4018
7,4
16.11.70
P 2
14
16,5
16
0,5
38
2,4
8 ! 8,05
3130
7,2
Source : MNHN, Paris
,R de R'.ëNARIS
Æ 1
i
!
1
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
181
En période d’étiage le gour latéral n’est plus alimenté ; l’eau stagne, ce qui explique sa plus forte
minéralisation, comparable à celle des eaux de l’écoulement principal ; le phénomène inverse a lieu lors
des précipitations. En revanche le ruisseau conserve sensiblement ses caractéristiques.
D. Récolles de Plagnolia
A partir de l’année 1962, en moyenne deux fois par an, j’ai effectué des prélèvements de Tri-
clades dans cette grotte 1 . Pour une récolte maximale des individus, la chasse à vue est une technique
suffisante dans ce cas étant donné la constitution du biotope où aucun remplissage important n’existe.
Trois points se sont avérés particulièrement intéressants en période de moyennes eaux car les
Planaires semblent s’y concentrer ; le gour de la salle de gauche est essentiellement peuplé par les
Crustacés, les Plagnolia y sont peu nombreuses ; au niveau d’un premier bassin elles s’observent dans
les anfractuosités de la paroi rocheuse ; enfin une cuvette de 0,80 m de large située au pied d’un res¬
saut de 2 m où le ruisseau forme une cascade est la partie de la grotte la plus riche en Planaires. Il est
cependant possible de récolter quelques individus isolés dans le cours du ruisseau, sous les pierres, en
dehors de ces trois stations.
Recensement des récoltes de Triclades
Les résultats numériques des divers prélèvements sont reportés dans le tableau 22.
Tableau 22. — Recensement des Plagnolia vandeli récoltées par chasse à vue
dans le gouffre du Plagnol de la Plagne.
Dates des récoltes
Température
en °C (P.)
N. individus
sexués
N. individus
immatures
N. régénérats
Cas
tératologiques
Total
19.06.1962
48
,
55
23.11.1962
6
2
8
1.06.1963
34
15
5
54
1.11.1963
8,4
43
18
61
1.03.1964
4
28
15
47
31.08.1965
9,6
4
20
12
36
25.02.1966
7,8
8
38
46
28.06.1967
32
4
36
24.10.1967
8,6
3
2
5
16.01.1968
7,8
4
20
3
27
4.07.1968
5
38
7
1
51
24.07.1970
8,3
7
33
19
59
28.08.1970
8,2
4
2
1
7
16.11.1970
7,2
16
14
7
37
Total.
52
359
112
6
529
%.
9,8
67,9
21,2
1,1
Il est tenu compte, pour chaque récolte, du nombre d’individus sexués et de régénérats recueillis.
Les cas anormaux consistent en général en des fragments ayant régénéré une seconde partie caudale
ou encore présentant deux têtes (ce qui n’a été observé qu’une seule fois).
1. Toutefois il convient de signaler qu'à la suite d'un ébranlement de l'éboulis dominant le puits d'accès il fut
impossible pendant deux années consécutives (juillet 1968 à juillet 1970) d'accéder au ruisseau. Cet éboulis a dû être sup¬
primé par dynamitage.
Source : MNHN, Paris
182
NICOLE COURBAULT
— Fréquence des individus sexués
Il apparaît immédiatement à l’observation de ce tableau que le nombre de Plagnolia sexuées
capturées dans la grotte est très faible, nettement inférieur à celui des individus s’étant sectionnés.
En effet les régénérats atteignent 21,2 % du total des individus récoltés, alors que les sexués ne consti¬
tuent que 9,8 % du lot. Il est à noter que les premiers individus parfaitement sexués, ainsi que les copu¬
lations, ont été obtenus en élevage et ont alors permis la diagnose du genre, et de l’espèce ; la petite
taille du pénis jointe à l’apparence juvénile de l’appareil copulateur avaient laissé supposer tout d’abord
qu’il pouvait s’agir de stades présentant une maturité imparfaite.
La grande majorité des formes (67,9 %) consiste en individus ne possédant pas la moindre diffé¬
renciation sexuelle et dont la taille moyenne est de 7,8 X 2 mm. Certains des plus grands individus
qui mesurent alors 11,7 X 3,2 mm ont été fixés et coupés ; ils ont montré, sur lame, un net développe¬
ment des testicules et une spermatogenèse avancée, mais une absence totale d’ovaires et d'appareil
— Fréquence des régénérats
Les individus en régénération sont indifféremment des régénérats de fragments antérieurs
ou postérieurs ; ainsi par exemple, lors de la récolte du 31.08.1965 était notée la présence de dix frag¬
ments reconstituant une partie postérieure. Chez trois d’entre eux seulement la scission était prépha¬
ryngienne ; pour les sept autres elle s’était produite en arrière du pharynx. Ceci vérifie in situ les obser¬
vations d’élevage : il n’y a pas de règle générale lors de l’apparition de la scissiparité bien qu’il semble
que le plan de scission soit dans un grand nombre de cas postérieur à la région pharyngienne. Il arrive
également que la scission se produise chez les individus sexués ; certains régénérats portent encore trace
d’un appareil copulateur.
E. Discussion
La récolte du 16.11.1970 présente l’intérêt de se situer après une longue époque de sécheresse,
au début de la période d’écoulement rapide des circulations souterraines. Les individus récoltés pro¬
viennent directement de ce que je suppose constituer le biotope primitif et ne sont pas des individus
qui ont préalablement séjourné dans le ruisseau qui ne serait alors qu’un habitat secondaire et même
de simple transit. Ceci se traduit par un pourcentage plus élevé d’individus sexués comparé à celui
obtenu lors des récoltes en basses ou moyennes eaux (tableau 22).
Le fait que les sexués soient très peu représentés en général permet de supposer que nous sommes
en présence de conditions de maintien précaire pour les Triclades.
On retrouve une parfaite analogie de situation au niveau des Oligochètes qui représentent les
proies les plus facilement accessibles aux Planaires. Delay (1970) a étudié la population de Pelodrilus
leruthi en place dans cette cavité et établi que cette population présentait un excès de formes jeunes ;
il n’existe pas un échantillonnage complet d’individus mais une répartition bimodale lorsque l’on observe
l’histogramme donnant le pourcentage d’individus présentant un nombre déterminé de segments.
Cet auteur explique ce type de répartition par le fait qu’il y a entraînement des Pelodrilus par l’eau
et entraînement préférentiel des animaux de certaines classes, ainsi que le propose Mestrov.
En conclusion, le gouffre du Plagnol de la Plagne constitue un lieu de capture, relativement
facile d’accès, de l’espèce hypogée Plagnolia vandeli. De l’étude des différentes récoltes que j’y ai effec¬
tuées il résulte qu’il n’y a pas à ce niveau de populations en place ; mais il est impossible de définir
le lieu d’origine des formes hypogées qui s’y rencontrent. Une interprétation plausible permet d’admettre
que les hôtes de cette station se localiseraient dans le système de fentes réalisé dans cette partie supé¬
rieure du massif, au contact des formations détritiques de l’Albien. La grotte, dans ce cas particulier,
est une des voies empruntées par quelques groupes zoologiques (Pelodrilus, Stenasellus) se déplaçant
(de façon active ou passive ?) à l’intérieur du massif karstique.
Il est intéressant de noter que seule l’espèce P. vandeli a été récoltée dans la cavité ; P. villa
s’observe dans les écoulements de surface et un Dendrocoelidae a été obtenu également dans une arrivée
Source : MMHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
183
d’eau superficielle située quelques mètres au-dessus de l’ouverture du gouffre. L’unique exemplaire
en ma possession (leg. C. Bou) présente un appareil copulateur de type classique, à pénis et organe
mnsculo-glandulaire bien développés, que l’on peut rapprocher de celui de D. lescherae par exemple.
11 montre en outre de nombreuses communications génito-intestinales ; mais la grande particularité
de cet individu réside dans la présence de six yeux réduits apparaissant comme trois taches oculaires
de chaque côté de la tète peu différenciée.
2. Le gouffre du Sauvajou
Commune d’Eycheil, canton de Saint-Girons (Ariège) : 502,68 X 72,2 ; ait. 810 m.
A. Topographie et faunistique
Constitué par une succession de puits et de galeries atteignant la profondeur de — 230 m, ce
gouffre 1 s’ouvre au voisinage de celui du Plagnol de la Plagne, au contact des calcaires aptiens et des
marnes de l’Aptien supérieur — Albien du Massif de Sourroque. L’exutoire du système se situe au niveau
de la rivière le Lez, à la Fontaine de Ribcns (Aubert).
Bou (1971) distingue deux parties dont il met en évidence les caractéristiques, d’une part la
perte qui se développe de façon le plus souvent verticale depuis la surface jusqu’à la côte — 210 m,
et le collecteur occupé par un ruisseau permanent limité en amont et en aval par des voûtes mouillantes ;
le ruisseau s’enfonce dans les alluvions précédant une vaste salle, pour réapparaître le long d’une gale¬
rie de 200 in, avant de se perdre à nouveau.
La perte proprement dite renferme une faune épigée, à l’exception de Niphargus gineti très
localisé, qui ne se retrouve pas dans la partie profonde de la grotte. Le collecteur, en revanche, abrite
une faune hypogée voisine de celle du Plagnol ( Stenasellus virei hussoni, Pelodrilus leruthi, Ceuthonectes
gallicus Chappuis) ; Bou a pu y récolter plusieurs individus sexués appartenant à l’espèce P. vandeli.
B. Interprétation du biotope, discussion
D’après les données qui m'ont été fournies, il semble que les Triclades puissent trouver au niveau
du collecteur un biotope convenant parfaitement à l’établissement d’une population. En effet, ce collec¬
teur se situe, dans le Massif de Sourroque, à la base de la région où prédomine l’infiltration des eaux
météoriques, au niveau où leur écoulement devient subhorizontal. Nous sommes alors en présence
d’un drain alimenté en partie par la perte où s’engouffrent les eaux du petit ruisseau de Bouychat.
Les remplissages de limons sont très faibles tout au long de la perte. Les épaisseurs d’alluvions seraient
de l’ordre de 3 à 4 m dans la salle du collecteur ; c’est au niveau de ces remplissages alluvionnaires,
parcourus par le ruisseau souterrain, que se constitue un peuplement de type interstitiel.
D’un simple point de vue topographique, la première partie du gouffre du Sauvajou rappelle
les conditions que l’on observe au Plagnol ; c’est une cavité le long de laquelle s’effectue une infiltration
rapide des eaux issues de la surface. En revanche, le collecteur, situé plus profondément dans le karst,
doit se rapprocher de ce qui est envisagé comme dernier exemple d’habitat de Triclades en domaine
karstique ; il s’agit de la grotte du Goueil-di-Her qui correspond à un drain pénétrable du réseau Trombe.
3. Les grottes de Riusec
Ces grottes se situent dans la zone supérieure d’un massif du Haut-Comminges (Trombe. 1943) ;
elles consistent en deux cavités voisines qui s’ouvrent aux altitudes de 1335 et 1350 m. Commune de
Razecveillé, canton d’Aspet (Haute-Garonne) : 477,4 X 74,1 et 477,5 X 74,2.
1. .le dois à Monsieur Claude Bou les renseignements concernant cette cavité ainsi que le matériel collecté, n'ayant
pas visité moi-méme ce gouffre, en raison des difficultés de l'exploration.
Source : MNHN, Paris
184
NICOLE GOURBAULT
La grotte supérieure très vaste comprend de nombreuses galeries et deux salles de grande dimen¬
sion. La salle « Trombe » dont !a voûte atteint une centaine de mètres, au contact de l’Albien, est par¬
courue en partie par un ruisseau qui se perd rapidement. Un second écoulement se situe dans la salle
« de la Pluie » (puits de 10 à 12 m de diamètre) au sommet de laquelle l’eau arrive et forme une cascade. La
température de la grotte est basse, de l’ordre de 6 à 7°C ; celle de l’eau (10.06.1970) atteint 5°C. 17 indi¬
vidus asexués de P. varuleli 1 (leg. F. Lescher-Moutoué et B. Delay) ont été récoltés en ces deux points
de la cavité.
La grotte inférieure, moins imposante, présente de multiples galeries distribuées à la base d’un
premier puits de 10 m. Quinze Plagnolia asexuées dont deux régénérats y ont été capturés.
Ces grottes, qui se développent dans la zone supérieure du massif karstique, sont alimentées
en eau par infiltration directe à travers les calcaires et par l'écoulement de l’aquifère réalisé au niveau
de l’Albien. Comme dans le cas du Plagnol, c’est à ce niveau et dans le réseau de fentes du système
que pourrait se trouver le peuplement initial d’où proviennent les individus associés il Pe.lodrilus lerutlii
et capturés à Riusec.
4. La grotte du Goueil-di-Her
Ce dernier exemple d’un habitat de Plagnolia vandeli au niveau d’un karst est fourni par l’étude
du peuplement de cette grotte située dans le massif d’Arbas. J’ai effectué, en collaboration avec F. Les¬
cher-Moutoué 2 des recherches écologiques portant sur l’un des systèmes karstiques de ce massif. Ce
travail a fait l’objet d’une note et d’une publication extensive 3 auxquelles je prie le lecteur de se repor¬
ter ; il y trouvera une analyse qualitative et quantitative du peuplement d’un drain situé au niveau
de la zone de circulation permanente d’un karst, soumis à de brutales mises en charge.
Seuls les points essentiels pour la compréhension de l’étude concernant les Paludicoles seront
repris ici.
A. Topographie
Commune d’Arbas, canton d’Aspet (Haute-Garonne) ; Aspel : 482,6 X 76,7 ; ait. 495 m.
Cette cavité, située dans les formations carhonatées du Jurassique-Crétacé, constitue l’un des
drains pénétrables du système kartstique connu sous le nom de réseau Trombe ou réseau de la Coume
Ouarnède. La galerie d’accès est une galerie de trop-plein, séparée du ruisseau pérenne par une voûte
mouillante 4 . De ce fait, trois parties sont distinguées dans cette étude : la galerie de trop-plein, la voûte
mouillante où l’écoulement s’effectue en conduite forcée, et le ruisseau à écoulement libre. Ce dernier
n’est pas accessible en temps normal ; je n’ai pu y effectuer des prélèvements que dans les premiers
250 m, un bief profond rendant difficile ensuite toute progression (passage Dufour).
B. Faunistique
La faune mise en évidence compose une biocénose comparable à celle signalée pour le gouffre
du Plagnol de la Plagne, mais nettement plus riche ; les Crustacés y sont plus diversifiés et 29 espèces
au total ont pu être recensées en dehors des Triclades (et des Hydracariens qui demeurent indéterminés).
Le Gastéropode Moitessieria simoniana Saint-Simon et l’Oligochète Pelodrilus lerulhi se montrent
très abondants ; ont été également capturés :
1. Une connaissance approfondie de cette espèce m'autorise à lui attribuer ces individus asexués, après étude
morphologique in vivo.
2. Mademoiselle Françoise Lescher-Moutoué (Attaché de recherche, Laboratoire souterrain du C.N.R.S.) voudra
trouver ici mes remerciements.
3. Lescher-Moutoué et Gourbault, 1970 a et b.
4. En accord avec la terminologie utilisée par A. Mangin, je dénomme ainsi une voûte de galerie plongeant dans
l’eau et formant siphon, au sens spéléologique du terme.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES
LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
185
— deux espèces d’Ostracodes,
— cinq genres et neuf espèces de Cyclopides dont trois hypogées,
— sept genres et dix espèces d’Harpacticides dont quatre hypogées.
— Ainsi que :
— Bathynella sp.,
— Niphargus sp. et Niphargus du groupe longicaudatus,
— Proasellus racovitzai Henry et Magniez,
— Slenasellus virei hussoni,
et des larves aquatiques de Plécoptères : Leuctra despaxi Mosely.
C. Circulation de l'eau dans la grotte
L’eau du ruisseau souterrain trouve en partie son origine dans le cours d’eau de la Coume Ouar-
nède qui se perd sur le Massif d’Arlias, à l’altitude d’environ 1350 m. En période d’étiage, seule époque
pendant laquelle cette partie de la grotte est accessible, le débit du ruisseau est de l’ordre de 15 à 20 1/s,
pour un tirant d’eau d’environ 10 cm. Lors de violents orages, ou au moment de la fonte des neiges,
on observe de brutales mises en charge à la suite desquelles l’eau peut atteindre une vingtaine de mètres
de hauteur dans la galerie.
Une dérivation du ruisseau atteint la voûte mouillante. A cet endroit s’est constituée une réserve ;
en moyennes eaux, cette réserve se vidange à la fois par un déversoir latéral et par infiltration dans sa
partie inférieure. Lorsque le ruisseau est en crue, l’eau envahit la galerie d’accès et peut même parfois
jaillir par le porche d’entrée ; lors de la décrue, subsistent de nombreuses flaques résiduelles tout au
long de la galerie d’accès. Une étude suivie, portant sur une année, a permis, d’une part d’estimer la
fréquence des phénomènes de crue, et d’autre part, d’évaluer les variations de l’extension des mises
en charge de la galerie d’accès.
L’exutoire de ce système karstique apparaît, complexe. 11 comprend un certain nombre de sources
étagées le long du cours du ruisseau subaérien de l’Escalette : trois d’entre elles, désignées sous le nom
vernaculaire « d’Yeux », s’étalent sur 10 m au niveau d’un joint de stratification, à 250 m en aval de la
grotte ; plusieurs autres coulent à l’altitude de 435 m au lieu dit « Bernatas ». Il convient d’y joindre
l’entrée de la grotte du Goueil-di-Her, qui fonctionne temporairement comme trop-plein. Cette der¬
nière exceptée, les résurgences possèdent une double alimentation qui a pu être mise en évidence au
moyen de colorations ; une partie de leur eau provient du ruisseau du Goueil-di-Her et l’autre de pertes
situées en amont de Bernatas (figure 38).
Le ruisseau souterrain ne draine pour sa part qu’une partie des eaux du système karstique, ce
qui laisse supposer l’existence de conduits de drainage inférieurs au niveau de la galerie accessible.
Les phénomènes d’infiltration, permanents sous la voûte mouillante et périodiques lors des crues en
différents points le long de la galerie d’entrée, appuient cette supposition.
D. Caractéristiques physico-chimiques des eaux
a) Relevés thermiques
De réguliers relevés de température portant sur une année (juillet 1969 à août 1970) ont été
effectués au niveau de la voûte mouillante. Lorsque, par suite de mise en charge de la grotte, celle-ci
demeure inaccessible, les mesures sont prises aux résurgences supérieures (trop-plein et « Yeux »).
Les températures absolues extrêmes de l’ordre de 7,2°C (minimum du 15.04.1970) et 8,6°C (maximum
du 18.03.1970) sont relativement basses, ce qui s'explique par le fait qu’une partie du bassin versant
du système s’étend à une altitude supérieure à celle de la cavité. Il apparaît à l’observation des résultats
(figure 45) que les températures sont influencées par les variations atmosphériques saisonnières : les
températures moyennes inférieures correspondent aux crues d’hiver et de printemps, chacune entrai,
nant de brutales chutes thermiques. L’amplitude annuelle qui est de 1,4°C pour la voûte mouillante-
Source : MNHN, Paris
NICOLE GOURBAULT
Juillst 1 Août 'Saptambra' Octobre 'Novembre ' Décembre I Jonvier ' Février ' Mors 1 Avril Mal ' Juin 1 Juillet ' ÂÔ5Î
Fig. 46. — Valeur» calculées de la résistivité p, exprimée en ft-cm, de l'eau de la grotte du Goueil-di-Hcr et des résur¬
gences : « Yeux » (Y) et Bernatas (BP) source en prairie ; les crues sont indiquées en trait daté.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR UES TR ICI. AD ES PALUDICOI.ES HYPOGÉS 187
et de 2,7°C pour les résurgences des « Yeux », atteint rappelons-le 3,4°C au niveau des sources de Ber-
natas.
b) Analyses physico-chimiques
Les valeurs absolues de la résistivité présentent une amplitude annuelle de l’ordre de 3 344 Q-cm
pour l’eau de la grotte (minimum = 2 548 Q-cm le 1.12.1969, maximum = 5 892 Q-cm le 15.04-1970)
et de 3 576 Q-cm pour les résurgences supérieurs. Au moment des crues, la résistivité augmente de
façon sensible en raison de l’arrivée d’eaux d’origine exogène. L’amplitude est moindre qu’au niveau
de la source de Bernatas et que pour les eaux de l’Escalette en G 4 (cf. chapitre i) qui donnent une réponse
immédiate lors des précipitations atmosphériques ; l’on enregistre, pour les eaux souterraines, un
temps de latence imputable, semble-t-il, aux eaux d’emmagasinement présentes dans ce système
(figure 46).
Différentes mesures concernant les principales caractéristiques de l’eau de la grotte et des résur¬
gences supérieures sont reportées sur le tableau 23.
Tableau 23. — Caractéristiques physico-chimiques de l'eau du Goueil-di-Her.
Dates
TAC
O,
PP 01
P H
P à
20°C
t°C
Stations
G
' Y
G
Y
G
Y
G
Y
G
Y
28.07.69
15,2
15,1
8,2
8,3
4381
3703
8,4
8,2
“12.09.69
15,1
8,1
3670
10,5
*01.10.69
15
! 15
8,4
8,5
3900
4000
9
8,7
*02.10.69
14,8
14,5
8,4
8,4
4300
4380
8,6
8,6
11.12.69
14,5
14
7,8
7,8
3900
4056
8,7
8,8
05.02.70
10
11
10
12
5642
5256
7,5
7,7
03.03.70
13,5
14
9
4053
3877
8,8
8,8
*07.04.70
14
14,5
12
4014
3985
8,2
8,2
08.05.70
12,5
13,5
11
12
4287
4190
8,6
8,6
30.06.70
13
1 13
11
7,9
8
3294
3294
8
8,2
TH total
TH Ca++
TH Mg++
so 4 -
mg/1
SiO
— mg/1
30.06.70
G
Y
G
Y
G
Y
G
Y
G
Y
15
1 16
13
13
3
3
40
30
3
2,8
* Période de
= Grotte ; Y
= résurgence «
Yeux ».
E. Caractéristiques des biotopes interstitiels réalisés dans la grotte
Le ruisseau coule sur un lit de galets d’origine actuelle de 3 à 5 cm de diamètre et forme parfois
des plages atteignant près de 0,40 m de profondeur. La voûte mouillante fonctionne comme bassin
de décantation et renferme d’importants dépôts argilo-limoneux.
L’étude granulométrique des échantillons prélevés en ces deux parties de la grotte laisse appa¬
raître l’existence d’une porosité irrégulière mais forte, en relation avec le mélange d’éléments fins et
grossiers de sédiments, traduisant l’alternance des circulations dans les galeries (tableau 24).
Source : MNHN, Paris
188
NICOLE GOURBAULT
Tableau 24. — Pourcentage en poids des divers éléments :
1) prélèvement dans les graviers grossiers pris dans l’axe du ruisseau ; 2) prélèvement superficiel de graviers de plage ;
3) argile résiduelle prélevée au point le plus bas de la voûte mouillante ;
4) graviers prélevés dans la partie basse de la voûte mouillante.
Diamètre des grains
Échantillons
1
2
3
4
30,0
8,1
0,8
25,0
17,7
1,2
2,0
20,0
21,6
2,8
9,3
16,0
24,1
8,6
10,9
12,0
9,9
7,3
8,9
10,0
5,9
7,8
6,2
7,6
3,9
9,6
6,4
6,3
2,8
9,5
4,8
5,0
1,8
8,3
5,3
4,0
1,1
6,0
4,1
3,2
0,7
5,1
3,4
2,5
0,4
3,7
2,7
2,0
0,5
5,4
3,0
1,2
0,6
8,1
12,2
0,56
6,6
8,5
0,245
5,3
4,8
0,155
1,7
1,0
0,07
1,3
0,7
0,068
0,9
0,3
0,3
0,001
1,3
88,5
4,1
F
0,06
0,2
11,5
0,5
C’est au niveau de ces remplissages alluvionnaires que sont établies les populations menant un
mode de vie interstitiel. De ce fait, il était intéressant de connaître la valeur granulométrique 1 des
stations où sont essentiellement localisés les Triclades.
F. Étude du peuplement par les Triclades
Les Triclades ont été recherchés dans la grotte au niveau des trois parties précédemment délimi¬
tées, à la fois dans le milieu interstitiel et les eaux libres de l’écoulement permanent et de la voûte
mouillante, ainsi que dans les laisses résiduelles de la galerie d’entrée.
a) Peuplement des Plagnolia au niveau du ruisseau souterrain
L’accès à ce ruisseau a été rendu possible par suite de la construction d’un barrage en amont de la voûte
mouillante permettant de détourner toutes les eaux dans un puits adjacent. Toutefois je n'ai pu y effectuer
des prélèvements que lors de quatre périodes s’étendant sur trois années (les 31.08.1967 et 01.09.1967 • du
23.07.1968 au 28.07.1968 ; du 15.07.1969 au 24.07.1969 et du 15.10.1969 au 20.10.1969). Ces prélèvements sont
espacés d’environ cinq mètres tout au long de la partie du cours d’eau explorée ; les stations de récoltes sont
reportées sur la figure 47 et numérotées en chiffres arabes, de 1 à 40.
1. Monsieur Philippe Renault, Chargé de recherche au C.N.R.S., m’a communiqué les résultats des analyses
granulométriques qu’il a effectuées lui-même. Je l'en remercie vivement, ainsi que des judicieux conseils qu’il m’a tou¬
jours prodigués.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÊS
189
Fig. 47. — Grotte du Goueil-di-Her ; localisation des stations des divers prélèvements effectués le long de la partie
du ruisseau comprise entre le barrage et le passage Dufour (topographie de MM. Alain Mangin et Bernard Delay).
1. Détail des récoltes
• Récoltes du l ei septembre 1967
La chasse à vue sous les pierres du ruisseau a fourni huit P. vandeli. Deux d’entre elles, de grande
taille (16 X 4 mm), ont été fixées et coupées pour identification ; elles étaient parfaitement sexuées ;
deux autres, de taille moyenne, portaient également trace d’appareil copulateur ; une cinquième pré¬
sentait la cicatrisation récente d’une section postpharyngienne, en arrière de l’appareil copulateur
encore net ; les trois autres semblaient immatures.
Un pompage, après pose d’appâts, du tube t 2 proche de la station 3, a permis de récolter deux
Plagnolia dont une nettement sexuée.
Cette première prospection de la grotte au niveau du ruisseau souterrain m’a incitée à entre¬
prendre une étude appronfondie des différents biotopes réalisés dans cette cavité. En effet, il m’était
donné de récolter pour la première fois des Plagnolia, en majorité sexuées, ce qui n’avait jamais été
le cas lors des récoltes dans le gouffre du Plagnol de la Plagne.
• Récoltes du 23 au 25 juillet 1968
La chasse à vue dans la première partie du ruisseau procurait quatre Triclades le 23.07.1968.
Par cette même technique je récoltais onze individus le 24.07.1968, en aval du passage Dufour, aux
abords des stations 39 et 40.
Des balances appâtées disséminées dans les biefs calmes du ruisseau et dans les laisses du cours
d’eau ont fourni un total de 109 individus aux stations 11, 15, 23 et 39.
Source : MNHN, Paris
190
NICOLE GOURBAULT
Aucune Planaire n’a été récoltée directement par sondage Karaman-Chappuis. Toutefois, si
des appâts sont introduits dans le fond des sondages déjà effectués, ceux-ci peuvent attirer quelques
individus comme le font les balances. C’est ce qui s’est produit aux stations 3, 7, 12 et 18.
Les pompages après pose d’appâts ontégalement permis de recueillir un grand nombre de Triclades.
11 est à noter que ceux-ci semblent alors localisés en des stations très précises du cours d’eau : st. 8
35 et 40. Les pompages au niveau de ces mêmes stations, mais sans l’utilisation d’appât, n’ont cependant
fourni aucune Planaire.
• Récoltes du 15 au 24 juillet 1969
La chasse à vue permettait de récolter, au niveau de la station 15, une Plagnolia sexuée le 15.07.
1969 et six, dont quatre immatures, le 19.07.1969.
Les balances appâtées placées au niveau des deux stations déjà reconnues comme les plus riches
en Triclades (st. 15 et 40) donnaient un total de 43 individus.
Les sondages K. C. après avoir été appâtés ont permis de récolter un individu immature le 18.07.
1968 (st. 26) et deux, dont un sexué, le 19.07.1968 (st. 36).
Les pompages sans appâts ne fournissent toujours aucun Triclade ; en revanche il a été possible
de récolter quelques individus, après pose d’appâts, aux stations 14 et 35.
Le tableau 25 rend compte du nombre d'individus récoltés aux différentes stations, soit au total
274 P. vandeli (exception faite des individus récoltés par chasse à vue).
Tableau 25.
Stations
Dates
Total
01.09.1967 I 24.07.1968
25.07.1968
16.07.1969
17.07.1969
18.07.1969 19.07.1969
21.07.1969
24.07.1969
2 1
2
St. 3
1
st. 7
2
st. 8
11
11
st. 11
33
33
st. 12
2
st. 14
2
2
st. 15
21
8
2
24
3
st. 18
1
st. 23
4
st. 26
1
st. 35
71
18
4 3
st. 36
2
st. 39
43
43
st. 40
2
11
3
16
• Lors de la période du 15 au 20 octobre 1969, une série de filtrages du cours d’eau souterrain
n’a jamais autorisé la récolte des Triclades ; il n’en est donc pas tenu compte dans la récapitulation des
résultats.
2. Discussion des résultats
Ainsi de multiples prélèvements 1 effectués le long des 250 m accessibles du ruisseau m’ont ame¬
née à récolter un total de 304 P. vandeli. Le nombre d’individus obtenus varie selon la méthode de
1. 5 chasses à vue, 13 poses de balances, 19 sondages K. C., plus 4 appâtés sans filtrage préalable, 18 pompages
directs et 34 pompages après introduction d'appâts dans les tubes.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
191
récolte utilisée comme l’indique le tableau récapitulatif 26 où il est tenu compte du nombre d’animaux
sexués, immatures et en régénération.
Tableau 26. — Nombre de Plagnolia capturées en fonction de la méthode de récolte utilisée.
Méthodes de récoltes
N. individus sexués
N. individus
immatures
N. régénérats
Total
Chasse à vue.
12
16
2
30
Balances.
58
94
0
152
Sondages (-f appâts).
3
6
0
9
Pompages ( + appâts).
47
61
5
113
Total.
120
177
7
304
— Nécessité de l'utilisation des appâts
La chasse à vue qui permet de recueillir les animaux circulant en eau libre (10 % des récoltes)
est la seule des méthodes non liée à l’utilisation d’un appât qui se soit montrée efficace. Toutes les
autres méthodes, pour s’avérer rentables, ont nécessité l’adjonction de ce dernier.
— Mise en évidence du biotope préférentiel
La relation qui s’établit entre la méthode de récolte et le nombre d’individus recueillis permet
de prendre conscience du biotope préférentiel de l'espèce. Aussi, s’il est vrai que P. vandeli se capture
pratiquement d’un bout à l’autre du ruisseau, et à tous les niveaux, sa présence est cependant rare
dans le domaine interstitiel marginal puisque seulement 3 % des formes ont été récoltées au moyen
de sondages K. C. au niveau des plages émergées.
En revanche, le sous-écoulement au sens strict semble convenir parfaitement à l’établissement
de cette espèce. En eiîet, 50 % du nombre total des individus proviennent de l’interstitiel proche de
la surface et 37 % du même biotope, mais à une profondeur de 0,30 à 0,40 m.
De plus, j’ai pu noter que certaines stations se sont montrées particulièrement favorables à la
présence d’une concentration d'individus. Ceci est très net au niveau des stations 15, 35 et 39.
La station 15 consiste en une laisse d’eau du ruisseau, située au pied d’une concrétion, très fai¬
blement alimentée par un diverticule du cours d’eau (Planche I, 3). J’ai recensé au total 58 individus
vivant dans les premiers centimètres du remplissage, ainsi que 5 Stenusellus.
A la station 35, des pompages ont été effectués dans le sous-écoulement du ruisseau, à la pro¬
fondeur de 0,40 m. Ce biotope s’est avéré d’une richesse exceptionnelle ; j’y obtenais 96 P. vandeli,
92 Stenusellus et 44 Niphargus, soit respectivement 31,6 %, 29,8 % et 52,4 % du total des récoltes
pour chaque groupe.
Enfin la station 39 fournissait 43 (+ 14 par chasse à vue) Planaires, 15 Stenasellus et 2 Proa-
sellus. A ce niveau le ruisseau s’étale largement dans la galerie avant le bief profond du passage Dufour.
Il ne m’a toutefois pas été possible de mettre en évidence un quelconque facteur pouvant expli¬
quer la localisation de la faune et sa forte densité en ces points.
— Fréquence des individus sexués
A partir du tableau 26, pour chacune des trois catégories envisagées, il est possible de traduire
les données en pourcentage d’individus obtenus selon la méthode de récolte utilisée. Ces pourcentages
sont voisins pour chaque cas (tableau 27), ce qui prouve qu’il n’exite pas de biotope préférentiel en rela¬
tion avec l’âge des individus chez les Plagnolia, alors que ceci s’observe pour les Stenasellus dont les
formes jeunes peuplent de préférence l’interstitiel à caractère relativement stable.
Source : MNHN, Paris
NICOLE GOURBAULT
192
Tableau 27. — Pourcentage du nombre de Plagnolia capturées
en fonction de la méthode de récolte utilisée.
Méthodes de récoltes
% individus sexués
% individus
immatures
% régénérât»
Chasse à vue.
40
53,3
6,6
Balances.
38,2
61,8
—
Sondages (+ appâts).
33,3
66,6
—
Pompages (+ appâts).
41,6
54
4,4
% total des individus.
39,5
58,2
2,3
Pour la totalité des récoltes, au niveau du ruisseau souterrain, le nombre d’individus sexués
atteint 39,5 %. Ce pourcentage, dans le cas de la perte du Plagnol de la Plagne est, rappelons-le, de
9,8 %. Il semble donc, bien qu’ici encore il ne m’ait pas été possible de mettre en évidence la présence
de cocons, que le ruisseau souterrain du Goueil-di-Her, en raison du remplissage et des conditions éco¬
logiques qu’il offre, permette l’établissement et le maintien de populations normales de Triclades.
Ces populations cohabitent avec celles d’autres groupes de Crustacés de grande taille Slenasellus,
Proasellus et Niphargus. Les Niphargus peuplent exclusivement l’interstitiel alors que les Slenasellus
peuvent être parfois récoltés en eau libre où vit toujours Proasellus. Enfin Pelodrilus leruthi constitue
dans le ruisseau souterrain un peuplement important ; cinq cents individus ont été décomptés (Delay,
1970, p. 631). Je les ai observés à tous les niveaux de la galerie jusqu’à deux mètres de hauteur dans les
placages argileux (associés aux Slenasellus). Le 15.10.1969 étaient récoltés (coll. F. Lescher-Moutoué)
deux cocons enfouis à 3 cm de profondeur dans des limons de crue déposés sur les parois à 1,20 m au-des¬
sus du niveau d’étiage du ruisseau, ce qui permet d’admettre que les Pelodrilus sont parfaitement
capables de se reproduire dans ce milieu.
b) Habitat des Plagnolia au niveau de la voûte mouillante
C’est à ce niveau que, pour la première fois en 1967, j’ai mis en évidence la présence de Triclades
dans la grotte du Goueil-di-Her où ils n’avaient jamais été observés *.
Un tube enfoncé à 0,80 m de profondeur et préalablement appâté fournissait trois P. vandeli
immatures. Un quatrième individu de grande taille et sexué (permettant la détermination de l’espèce)
a été récolté de la même façon par 0,40 m de profondeur le 11.08.1967.
Deux balances, plongées dans une flaque d’eau profonde située au point le plus bas, attiraient
81 (51 -|- 30) individus dont 21, de 10 à 12 mm de longueur, étaient sexués (le 19.07.1968).
Une balance immergée (le 14.01.1969) permettait la capture de deux Plagnolia de grande taille
dont une nettement sexuée.
Lors d’assèchements artificiels effectués au niveau de la voûte mouillante j’ai prélevé, quelques
heures après la disparition de l’eau, des échantillons de dépôt limoneux au point bas de la galerie.
Aucune Plagnolia ne s’y trouvait, ni sur le limon argileux, ni dans les sédiments prélevés sur 0,10 m
de profondeur. Un seul individu avait subsisté dans une (laque résiduelle. Peut-on en conclure que
cette espèce suit l’infiltration de l’eau soutirée au niveau de ce remplissage ? 11 est impossible d’étayer
cette affirmation sur des faits précis. Cependant, il semble que, si les Plagnolia ne pénétraient pas à
l’intérieur des sédiments, j’aurais dû en découvrir sur le substratum ou à l'intérieur de celui-ci, dans
la position adoptée lors de la résistance à la dessication : il se forme alors, autour de l’animal qui s’immo-
1. MM. Raymond Rouch et Claude Bou me procurant aide et technique m'ont permis d'eltectuer cette première
récolte ; je les en remercie vivement.
Source : MNHN, Paris
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ia;
bilise, non pas un kyste comme chez certaines Pliagocala, mais une très fine pellicule muqueuse d’aspect
vernissé. Celle-ci retarde la dessication sans toutefois l’empêcher lorsque la teneur en eau du biotope
devient inférieure à 20 %. J’ai étudié expérimentalement la possibilité de survie des Triclades en milieu
exondé. Ainsi que Ginet et Puglisi (1964) j’ai observé que les individus peuvent vivre dans des dépôts
argilo-limoneux présentant une teneur en eau supérieure à 20 %. Après sept mois d’observations, la
remise en eau des substrats a entraîné la reprise d’activité immédiate des animaux. La mortalité est
toujours liée à un assèchement supérieur à ce taux d’humidité de 20 % (qui s’avère également critique
pour Pelodrilus leruthi comme l’ont montré Juberthie et Mestrov, 1965 b). Lors des expériences prati¬
quées sur des individus immatures d’une race sexuée de P. vitta et sur D. chattoni aucune scission ne
s’est produite, contrairement à ce qui fut noté pour A. notadena. L’étude histologique d’un exemplaire
de D. cliattoni en position de survie (coloré au bleu alcian-hémalun-phloxine) laisse voir la couche
muqueuse, bleue, enveloppant l’épiderme.
La présence de Slenasellus et de P. leruthi dans les sédiments exondés a toujours pu être démon¬
trée. Les Copépodes épigés et Proasellus, qui mènent un mode de vie benthique, se rencontrent égale¬
ment dans les prélèvements superficiels de limons.
11 convient toutefois de signaler que l’assèchement de la nappe au niveau de la voûte mouillante
du Goueil-di-Her est un phénomène extrêmement rare, qui ne peut se produire que lorsque l’alimenta¬
tion en eau devient inférieure, ou tout au plus égale, à l’infiltration ; ceci, à ma connaissance, s’est
produit le 5.09.1943 (Nègre et Ilenrot, 1947) et le 23.07.1968 où il m’a été donné de l’observer.
Normalement, la réserve d’eau constituée au niveau de la voûte mouillante, tout en subissant
des fluctuations de hauteur, demeure permanente. L’important remplissage sédimentaire qui y est
constitué favorise l’implantation de populations par ailleurs établies dans le ruisseau. Les Stenasellus
doivent trouver dans ce biotope des conditions favorables car ils y sont très abondants ; les formes
jeunes mènent un mode de vie interstitiel, associées aux Niphargus, et les adultes se récoltent plus fré¬
quemment en surface, ainsi que les Proasellus.
c) Maintien des Triclades dans la grotte
L’adaptation de certaines formes à la vie interstitielle va leur permettre de se maintenir au
sein des sédiments et de ne pas être entraînées au moment des crues. C’est pourquoi les récoltes effec¬
tuées dans les laisses d’eau de la galerie d’accès n’ont jamais fourni ni Plagnolia, ni Pelodrilus, ni même
Niphargus qui, au Goueil-di-Her, ne se rencontre pas en eau libre.
Il ne m’a pas été donné davantage de recueillir ces formes lors du filtrage du trop-plein au niveau
du porche ou des éboulis de l’entrée.
Enfin, par filtrage de façon continue des trois principales résurgences du système ont été récoltées
sept des espèces de Crustacés hypogés présentes dans la grotte, mais jamais de Triclades ni d’Oligo-
chètes. Les Planaires capturées au niveau des exutoires, comme nous l’avons vu, sont représentées par
l’espèce épigée P. felina borellii qui semble demeurer en front de source et n’a jamais été retrouvée
dans la grotte.
5. Comparaison des divers habitats de Plagnolia vandeli au niveau des karsts
A partir des quatre exemples relatifs à mes prospections dans les Pyrénées, il est possible d’envi¬
sager les conditions nécessaires à l’établissement de Plagnolia vandeli dans un massif karstique. En
aucun cas le milieu hypotelminorhéique, tel qu’il a été illustré par Mestrov (1962), ne peut être consi¬
déré comme le milieu d’origine de cette espèce. Toutefois, il est évident que l’apparition de Plagnolia
dans certaines cavités ne s’explique que par sa migration ou son entraînement passif à partir d’un
biotope initial différent du lieu de capture.
La figure 48 correspond à un essai de synthèse, en un même massif hypothétique, des diverses
possibilités de localisation des Plagnolia en ses habitats tels qu’ils apparaissent à l’heure actuelle. Les
quatre grottes se situent à des niveaux caractéristiques du massif : deux d’entre elles se trouvent dans
la zone supérieure du karst, les deux autres recoupent les circulations horizontales des eaux.
1 564 018 6 13
Source : MNHN, Paris
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NICOLE GOURBAULT
A. Habitais en zone supérieure, d'infiltration
La grotte de Riusec présente sans conteste les caractéristiques de la zone d’infiltration. Les
individus récoltés sont tous asexués mais il est impossible de dire si ce sont des formes jeunes ou des
animaux soumis à de mauvaises conditions (jeûne). Leur existence y est précaire en raison même de la
configuration du milieu.
Les « pertes » semblent toujours avoir causé des difficultés aux Biospéléologues lorsqu'il s’est
agi de les classer au niveau d’un massif karstique. Il convient de différencier les pertes qui correspondent
à des percées hydrogéologiques (pertes et résurgences du Voip, ou de Cabéou) de celles qui consistent
en des points d’absorption à la surface d’un karst. Le gouffre du Plagnol de la Plagne, de par sa constitu¬
tion, est parfaitement conforme à ce second type. Il correspond bien en effet à un « réseau de montagne,
où les eaux absorbées dans les entonnoirs gagnent l’émergence par une succession de cascades, suivies
en général d’un bief plus ou moins long... Il s’agit en général de cours ne dépassant pas une certaine
longueur, relativement proche des versants de vallées, ou alors d’affluents convergeant vers un drain
majeur » (Renault, 1970, p. 88).
Le Plagnol est assimilable à cette définition et l’on sait que ses eaux rejoignent rapidement les
galeries subhorizontales du gouffre du Sauvajou dont la partie supérieure rappelle, à plus vaste échelle
toutefois, la première cavité. Les Plagnolia se récoltent dans cette grotte mais nous avons vu qu’il ne
s’agissait là que d’un habitat secondaire ne permettant pas le développement d’une population. Les
individus capturés sont représentés généralement par des formes immatures et des régénérais qui
m’avaient tout d’abord incitée à penser (1967 a) que seule la reproduction asexuée assurait le main¬
tien de l’espèce. A la suite de nombreuses visites et en raison de l’apparition périodique de quelques
individus sexués j’ai été amenée à supposer, au contraire, que le maintien de l’espèce est la conséquence
d’une arrivée régulière d’animaux lors de l’alimentation en eau de la cavité, en période d’écoulement
abondant. Le problème de l’origine de ces animaux demeure entier. Comme dans le cas de la grotte de
Riusec il est possible de noter cependant, au contact des lieux de capture, la présence d’un aquifère
à perméabilité d’interstices réalisé dans la partie superficielle altérée des affleurements de terrains
albiens. A ce niveau peuvent se former de petites nappes en rapport direct avec le réseau de fentes de la
zone supérieure du massif qu’elles alimenteraient en partie, au moment de leur gonflement, lors des crues.
Quoi qu’il en soit, les stations localisées dans la zone supérieure des karsts semblent donc cons¬
tituer un habitat précaire pour Plagnolia ; le nombre d’individus récoltés y est en général peu élevé
et les sexués peu fréquents.
B. Habitats en rivières souterraines
En revanche, les rivières souterraines réalisent dans certains cas des milieux particulièrement
favorables à l’implantation et au développement des Triclades. Les remplissages alluvionnaires repro¬
duisent, à l’intérieur des karsts, les conditions offertes par les formations en terrains perméables en
petit. Les Plagnolia trouvent dans les sédiments immergés un biotope stable qui rend possible l'éta¬
blissement de véritables populations. Ceci s’observe pour le drain du gouffre du Sauvajou qui s’enfonce
profondément à l’intérieur du massif, ainsi que pour la grotte du Goueil-di-Her qui illustre remarqua¬
blement ce type d’habitat. Les récoltes de 71 individus en un seul pompage effectué en un point du
sous-écoulement, de 43 autres attirés par des appâts et provenant de l’interstitiel proche de la surface,
mettent bien en évidence la richesse de ces circulations souterraines. Constamment renouvelé, sans
présenter les profonds remaniements consécutifs aux forts courants qui peuvent animer les eaux libres,
cet aquifère interstitiel abrite une biocénose diversifiée dont certains groupes assurent les besoins
nutritifs des Triclades prédateurs essentiellement d’Oligochètes et de Crustacés (la nourriture est en
effet un facteur limitant du milieu souterrain, Barr, 1968).
C’est tout particulièrement au niveau du sous-écoulement que se localisent les individus : les
sondages effectués dans les plages émergées ainsi que les chasses à vue rendent imparfaitement compte
de l’abondance de l’espèce. Mais les techniques de récolte utilisant les appâts donnent d’excellents
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
195
Fie. 48. — Schéma synthétique de la situation des différents habitats de Plagnolia vandeli au niveau d'un karst
(les proportions ne sont pas respectées).
résultats et provoquent une importante concentration de la faune répartie au sein des sédiments. Ces
méthodes ne peuvent s’appliquer pour les cavités situées dans la zone supérieure où les remplissages
sont inexistants : les pertes comportent un étagement de cuvettes entaillées dans la roche et les grottes
« sèches » présentent des gours calcifiés ou parfois tapissés d’argile. Les Planaires demeurent alors en
surface ou bien encore se tiennent sous la face inférieure des graviers. Les peuplements de ces points
se font et se défont en fonction de l’importance des infiltrations ; ils sont rarement abondants, alors
que leur implantation au niveau des dépôts alluvionnaires des ruisseaux souterrains demeure stable.
En effet, d’une part nous retrouvons toujours la biocénose en place lors de prélèvements successifs
et d’autre part, les pêches dans les galeries de trop-plein et le filtrage des résurgences n’ont jamais
permis d’observer la présence de Plagnolia. Une seule fois, et en un seul exemplaire, cette espèce a été
récoltée dans un filtrage de l’eau provenant du massif de Moulis, voisin de celui de Sourroque où s’ouvrent
les gouffres du Plagnol de la Plagne et du Sauvajou. Une balance appâtée, plongée dans le regard sur
cette circulation que constitue un puits atteignant le ruisseau souterrain qui alimente la grotte-labora¬
toire, n’a fourni aucun Triclade.
En conclusion, l’espèce Plagnolia vandeli qui, comme nous l’avons déjà vu, peuple les terrains
perméables en petit dans le milieu interstitiel réalisé au niveau du sous-écoulement et de la nappe
alluviale des rivières de moyenne altitude, se rencontre dans les karsts, indifféremment depuis la zone
supérieure jusqu’aux rivières souterraines. Cependant, c’est uniquement dans les remplissages réalisés
dans les galeries parcourues par ces rivières souterraines qu’ont été mises en évidence de véritables
populations.
Source : MNHN, Paris
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NICOLE GOURBAULT
II. — AUTRES EXEMPLES D'HABITATS DE TR1CLADES DANS LES KARSTS
Dans le but de vérifier s’il était possible de généraliser les données écologiques fournies par
l’étude des biotopes d’une seule espèce, j’ai noté, au cours de nombreuses prospections, les caracté¬
ristiques de quelques autres habitats karstiques.
1. Les habitats de Dendrocoelopsis (Amyadenium) chattoni
Cette espèce a été récoltée pour la première fois dans la grotte de l’Église par Bourgoin et Colas
(les 15.12.1945 et 29.08.1948).
A. La grotte de l’Église, à Bas-Nistos
Commune de Nistos, canton de Saint-Laurent-de-Neste (Hautes-Pyrénées) ; Arreau : 448,7 X 560 ;
ait. 545 m.
a) Topographie et faunistique
La cavité est située au pied d’une falaise de calcaires de l’Urgo-Aptien. A une quarantaine de
mètres de l’entrée se situe une salle, haute de plafond, dont le sol incliné est en grande partie recouvert
d’une épaisse couche d’argile sur laquelle se sont individualisées quelques laisses d’eau. Dans la partie
basse est creusé un puits de 2 m de diamètre environ, qui débouche sur un coude du ruisseau souterrain
auquel on peut accéder par une galerie basse et étroite s’ouvrant à l’autre extrémité de la salle.
Les Oligochètes (Pelodrilus leruthi, Dendrobaena rubida (Savigny), Allolobophora caliginosa ( Savi-
gny), Eophila pyrenaica Cognetti abondent dans la grande salle où ils sont la proie des Testacelles
(Juberthie et Mestrov, 1965 a).
Les Harpacticides sont représentés par des espèces troglophiles, Limocamptus echinatus (Mra-
zeck) et Paracamptus schmeili (Mrazeck) ; Stenasellus virei virei se rencontre à la fois dans les laisses
de la grande salle ainsi que dans celles formées par les crues du ruisseau où il cohabite avec Niphargus
longicaudatus robustus (Chevreux).
b) Interprétation de l'habitat
Cette zone submersible de la cavité demeure encore mal connue n’ayant jamais pu être totale¬
ment explorée. L’on sait toutefois que, quelques cents mètres en amont de la falaise, une partie des
eaux de la rivière Le Nistos se perd et traverse le massif pour réapparaître ensuite en prairie et rejoindre
la rivière. Cette eau, d’origine épigée, circule dans le réseau actif auquel on peut accéder, soit par le
puits de la grande salle d’où proviennent les premières récoltes de Planaires, soit directement par deux
étroites galeries. L’une d’elles, dont le sol est recouvert d’une épaisse couche d’argile, présente une suc¬
cession de laisses de crue. C’est à ce niveau que, sur un banc d’argile d’où l’eau venait manifestement
de se retirer, j’ai récolté une quinzaine d’individus en position de résistance à l’assèchement, ainsi
qu’un cocon déposé directement sur le substratum (le 24.08.1965) ; le ruisseau était alors à sec et toute
la faune se rassemblait dans une même marmite d’eau profonde. Outre les Amyadenium était capturée
une dizaine de P. felina de grande taille et à faible pigmentation 1 dont l’habitus se différencie peu
de celui de cette même espèce peuplant le cours subaérien du Nistos. En moyennes eaux les Triclades
se récoltent dans les laisses marginales et dans le cours d’eau qui, dans sa partie accessible, circule
1. Ont été recueillis dans l'un des exutoires du système des Cent Fous (Rouch, Juberthie et Juberthie, 1968)
six exemplaires sexués de P. felina borellii également peu pigmentés mais qui présentent la remarquable particularité
de ne plus posséder que quelques rares taches oculaires, réduites à 3, au lieu des yeux multiples marginaux du type du
genre.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
197
directement sur la roche et ne constitue que des dépôts très grossiers ; la chasse à vue y est rendue diffi¬
cile en raison de la vitesse du courant. En période de hautes eaux, le ruisseau atteignant le haut du
puits peut inonder la partie basse de la grande salle et les galeries qui y mènent.
Les eaux de percolation alimentent les gours de la partie élevée de la salle et les plaques argi¬
leuses de la paroi limitrophe de la partie basse.
Les récoltes de Triclades effectuées lors de mes différentes visites sont reportées sur le tableau 28 ;
la présence d’Amyadenium semble constante.
Cette espèce ne paraît pas exister au niveau du sous-écoulement du cours d’eau subaérien du
Nistos. En effet, plusieurs pompages ont fourni des Stenasellus et Niphargus, mais jamais de Planaires.
Cependant cette espèce doit peupler le massif de façon extensive car elle se retrouve quelques kilomètres
en amont.
B. Galerie de captage de la vallée de VArize
Arreau : 449,1 X 80,8 ; ait. 576 m.
Cette galerie de 10 m de longueur débouche sur un plan d’eau profonde dont le substrat est
constitué de graviers grossiers et de blocs.
Les récoltes de Triclades ont été effectuées en général à la balance ; les pompages donnent éga¬
lement des Niphargus. Le détail des divers prélèvements est reporté sur le tableau 28.
Tableau 28. — Dendrocoelopsis (Amyadenium) chattoni.
Source : MNHN, Paris
198
NICOLE GOURBAULT
La constitution de cet habitat diffère de celle de la grotte de l’Église car il existe ici un remplis¬
sage qui ne s’observe pas dans la partie accessible du ruisseau (à l’exception de la marmite dans laquelle
se trouvaient plus de 50 % de la faune). Les individus semblent vivre dans les premiers centimètres
de sédiments. J’y ai récolté de très jeunes Amyadenium, de 3 à 4 mm de long, ne montrant que trois
paires de taches oculaires, donc nouvellement éclos. Cependant, les récoltes ne peuvent fournir qu’une
idée très imparfaite du peuplement de cette zone où seuls sont accessibles les premiers mètres de la
berge.
En conclusion, D. chattoni n’est connu, à l’heure actuelle, que dans deux cavités des Pyrénées
centrales situées au niveau des circulations des rivières souterraines. Les formes adultes, de grande
taille, s’observent seules dans le ruisseau, en plein courant ; les très jeunes individus se capturent essen¬
tiellement dans les sédiments de remplissages. Cette espèce ne semble pas dispersée à l’extérieur du
massif qu’elle peuple, car on ne la retrouve ni dans le sous-écoulement de la rivière Le Nistos qui tra¬
verse la grotte ni dans les sources environnantes.
2. Les habitats de Dendrocoelum regnard i
Cette espèce s’est établie dans les eaux souterraines du Sud-Ouest du Massif central ; je l’ai
signalée dans les terrains perméables en petit des environs d’Albi. Dans le karst, elle se retrouve dans
trois grottes des Causses des Gorges de l’Aveyron et de la Bonnette, au Nord-Ouest d’Albi.
— La grotte de Saint-Géry
Commune de Loze, canton de Caylus (Tarn-et-Garonne) ; Cahors : 556,55 X 201,60 ; ait. 185 m.
Dans un cirque de falaises de calcaires jurassiques en bancs minces s’ouvrent deux étages de
grottes, dont l’inférieure peut fonctionner comme trop-plein d’un cours d’eau souterrain alimenté en
partie par la perte du Cros.
Cette cavité abrite, outre des Cyclopides épigés, Bylhinella opaca (Ziegler), Asellus meridianus
Racovitza, et Niphargus longicaudalus (Costa). Une visite (le 19.08.1963) m’a permis de récolter en
chassant à vue deux individus adultes de 21 X 6 mm et 18 X 4 mm ainsi qu’une partie antérieure
montrant une section prépharyngienne.
Le même jour, les recherches effectuées dans la grotte de Gourgue de Saint-Antonin, en hautes
eaux, ne donnaient aucun résultat.
— La grotte de Gourgue de Saint-Antonin
Commune et canton de Saint-Antonin (Tarn-et-Garonne) ; Cahors : 552,40 X 210,75 ; ait. 170 m.
Après une vingtaine de mètres d’éboulis, le sol de la galerie, située dans les calcaires jurassiques,
est occupé par des gours plats à bords onduleux de structure classique. L’eau se perd en amont des
éboulis pour jaillir à l’extérieur, dans le talweg qui mène à la grotte. D’après Jeannel et Racovitza
(1914, p. 463), les Planaires se trouvent dans les gours argileux proches de l’entrée. Bon a pu y récolter
des Niphargus.
— La rivière souterraine de Cabéou
Commune de Penne, Canton de Vaour (Tarn) ; Montauban : 546,50 X 198,45 ; ait. 185 m.
Le cours d’eau souterrain s’écoule vers l’extérieur à partir de la vasque d’eau profonde d’une
voûte mouillante. Dans cette dernière, à la suite d’une crue importante (le 17.08.1963), Bou a mis en
évidence, pour la première fois, la présence de Tridades associés à Bylhinella reyniesi (Dupuy) et Niphar¬
gus longicaudalus.
Lors de ma visite (le 25.05.1970) 1 une simple chasse à vue n’a permis la capture d’aucun Den¬
drocoelum.
1. Température de l’eau 13,6<>C ; pH : 7 ; TAC : 30,5 ; TH total : 31 ; TH Ca** : 31 ; S0 4 ~ : 12 et SiO,“ : 5 mg/l.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES
LES TRICI.ADES PALUDICOLES HYPOGÉS
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En conclusion, au niveau des karsts, l’habitat des Triclades dans les Causses semble plus limité
que celui que l’on observe dans les Pyrénées. Les individus, peu nombreux, n’ont été récoltés que dans
les rivières souterraines ; il ne m’a jamais été possible de mettre en évidence les Planaires dans la zone
supérieure qui a cependant fait l’objet de nombreuses prospections.
III. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES, DISCUSSION DES RÉSULTATS
« ... une Planaire ne se trouvera jamais dans toutes les grottes d’un même massif, comme telle
espèce de Coléoptère ou d’Amphipode, mais (que) deux points voisins pourront en héberger de très
différentes » (de Bcauchamp, 1932, p. 354). Le premier terme de cette affirmation est indéniable, le second
se vérifie pour quelques espèces.
L’étude écologique des Triclades présente une difficulté majeure qui réside dans l’impossibilité
d’accéder régulièrement au biotope. Ce problème n’est toujours que partiellement résolu à l’heure
actuelle. Les grottes recoupant la zone d’un massif karstique traversée par les infiltrations issues de
la surface et celles qui se situent dans la région où prédomine l’écoulement subhorizontal des eaux
offrent le moyen d’atteindre une partie des circulations du système. L’accès aux circulations de la
zone noyée est très rarement possible, aussi la seule méthode d’approche consiste-t-elle parfois à fil¬
trer les exutoires. Mais, alors que les Triclades peuvent se laisser entraîner lors des débordements des
nappes d’interstices et se retrouvent en front de sources ou en une aire réduite d’un cours d’eau sub¬
aérien, il semble qu’ils réagissent de façon différente et résistent lors des mises en charge importantes
des drains des systèmes karstiques. Barr (1968, p. 91) suppose également que : « Positive rheotaxis
would prcsumably prevent aquatic cavernicoles from accidentally swimming out of the caves, espe-
cially when combined with light sensitivity ». Les Triclades n’apparaissent que très occasionnellement
au niveau des résurgences ; le seul cas que j’ai pu observer est fourni par Dendrocoelum atriostrictum
que l’on récolte sous les pierres d’une émergence karstique, à Sereniak, dépression de Carasova (Banat,
Roumanie).
En multipliant le nombre des exemples étudiés il est possible d’arriver à circonscrire le domaine
habité par les Triclades : un massif karstique semble pouvoir abriter en n’importe quelle zone des repré¬
sentants de ce groupe ; cependant les peuplements de Planaires obscuricoles occupent des régions
préférentielles.
Les cavités de la zone supérieure d’infiltration, domaine des gours alimentés temporairement
par les eaux météoriques, hébergent dans certains cas des Triclades. Mais il s’agit toujours d’individus
récoltés en nombre peu élevé, en des points très précis de la grotte, et jamais d’abondantes populations
dispersées dans les divers bassins résiduels.
Dans les Pyrénées de tels habitats sont réalisés pour Plagnolia vandeli dans la grotte de Riusec.
D. ( Amyadenium) beauchampi se capture sous les pierres, dans de petites collections d’eau, alimentées
par un très faible ruissellement qui s’écoule en période sèche dans la partie basse de la grotte de Mon-
talibet (Commune de Peyrouse, canton de Saint-Pé-de-Bigorre, Hautes-Pyrénées). Cette espèce a été
également récoltée dans un gour proche de l’entrée de la grotte de Bétharram (Commune d’Arthez-
d’Asson, canton de Nay-Ouest, Pyrénées-Atlantiques), alors que, au niveau de la rivière souterraine
qui parcourt l’étage inférieur, seule l’espèce épigée Polycelis felina est présente. D. ( Amyadenium)
bremenli a été décrit d’un habitat semblable, de la grotte d’Oxibar (Commune de Camou-Cihigue,
canton de Tardets-Sorholus, Pyrénées-Atlantiques) où toutefois je ne l’ai jamais retrouvé.
Enfin, dans une perte rappelant par sa constitution le gouffre du Plagnol, se récolte régulière¬
ment Dendrocoelum coifjaiti ; le ruisseau souterrain d’Ainharp (Commune d’Ainharp, canton de Mau-
léon, Pyrénées-Atlantiques) coule souvent directement sur la roche où se sont individualisées quelques
cuvettes à très faible remplissage. Les Triclades, toujours très rares, se situent alors dans un habitat
transitoire qui ne leur permet aucune extension.
Mes prospections, au niveau des karst, se sont limitées au Sud de la France. Cependant, alors
que dans ces régions la présence des Triclades se signale comme un phénomène sporadique, quelques
Source : MNHN, Paris
200
NICOLE GOURBAULT
visites de cavités, en Roumanie, m’ont permis de me rendre compte de la richesse de la faune des Triclades
de cette partie des Carpathes. De nombreuses espèces sont susceptibles d’habiter les zones supé¬
rieures des massifs karstiques, contrairement à ce qui s’observe dans les Pyrénées. Tel est le cas par
exemple pour Dendrocoelurn orghidani et D. stenophallus capturés respectivement dans une grotte du
Banat et deux grottes d’Olténie.
Les cavités recoupant les rivières souterraines hébergent également des Triclades et offrent
en outre à ce groupe la possibilité de s’établir au sein des dépôts alluvionnaires pour former de véritables
populations. Ceci n’est pas l’apanage des seuls Triclades car on retrouve dans le milieu interstitiel de
nombreuses espèces qui constituent une biocénose variée.
La grotte du Goueil-di-Her représente le plus bel exemple qu’il in’ait été donné d’analyser.
De l’étude préliminaire qu’il en avait entreprise, Rouch (1968, p. 78) concluait : « Le milieu d’inters¬
tices réalisé par les alluvions grossières déposées par les cours d’eau souterrains s’avère riche en Copé-
podes. C’est là que des populations abondantes doivent être recherchées ». L’analyse rigoureuse des
Harpacticides fournis par les prélèvements ultérieurs qui y furent effectués lors de ce travail a confirmé
la véracité de cette première affirmation et a conduit l’auteur (Rouch, 1971) à délimiter la dispersion
des espèces en fonction des différents biotopes : eau libre, sédiments superficiels, interstitiel profond.
Les Oligochètes, les Cyclopides, Niphargus et Stenasellus peuplent abondamment cette partie
d’un drain. Cependant, dans le cas des Stenasellus et des Planaires, il convient d’employer des méthodes
de récoltes utilisant des appâts, afin de mesurer l’abondance des peuplements ou simplement pour
rendre compte de la présence de l’espèce. Il est ainsi démontré que 87 % des Plagnolia vivent dans les
sédiments immergés du sous-écoulement lui-même (50 % dans les sédiments proches de la surface
et 37 % à la profondeur de 0,30 à 0,50 m) ; 3 % se trouvent au niveau des plages latérales et 10 %
dans l’eau libre (récoltés par chasse à vue, seule méthode utilisée dans beaucoup de cas) ; le total des
individus étudiés correspond à 304 taxa.
Un certain nombre de rivières souterraines hébergent des Triclades dans les régions que j'ai
prospectées (en leur partie accessible, elles ne présentent pas toutes des remplissages alluvionnaires
permettant l’implantation d’abondantes populations et leur maintien dans la grotte, lors des crues).
Tel est le cas de la grotte de l’Église à Bas-Nistos, de Saint-Géry, de Gourgue de Saint-Antonin et de
Cabéou. En Roumanie encore, j’ai retrouvé ce type d’habitat dans la grotte de Ponor-Plopa (Banat)
mais surtout dans celle de la Mànastirea Tismana. Cette grotte est parcourue par un ruisseau souter¬
rain dont la galerie s’élargit en une vaste salle, après l’entrée. Le sol est en grande partie recouvert
par de grossières alluvions et montre une série de laisses. La chasse à vue dans le ruisseau (où pénètre
Dugesia) et sous les pierres de la salle a fourni six Dendrocoelurn tismanae. Le fait d’appâter les laisses
pendant quelques heures permettait, pour la première fois, la remarquable récolte, dans ce biotope,
d’une soixantaine d’individus ; la majorité de ces formes consistait en de très jeunes animaux immatures.
Ainsi est mise en évidence l’importance du substrat pour la constitution du peuplement
des cavités souterraines puisque c’est au sein même des sédiments que peuvent s’établir la plupart
des populations. En revanche, le substrat, considéré comme une entité isolée, n’apparaît pas essen¬
tiel pour définir la diversité des biotopes aquatiques. De ce fait, il est difficile d’envisager comme rece¬
vable l’étude expérimentale sur les « niches écologiques » de Dendrocoelurn album, hôte de la rivière
souterraine de Planinska Jama (Yougoslavie) de Chodorowski et Aljancic (1969, p. 48) ; ces auteurs
affirment que le Dendrococle se déplace de préférence sur les surfaces dures tandis qu’il fréquente
rarement le gravier et évite généralement les surfaces couvertes de limon. 11 s’agit ici de simples don¬
nées offertes à l’observation, lors de chasse à vue, et nous savons que celle-ci ne rend compte que d’une
proportion très faible du pourcentage des individus présents dans l’interstitiel des rivières souterraines.
Enfin, dans les Pyrénées, un seul exemple peut être retenu, confirmant l’existence de Planaires
dans les circulations noyées ; c’est celui de l’espèce Dendrocoelurn tuzetae dans le gouffre des Caoujous.
Les conclusions formulées par Vandel (1964, p. 335) peuvent donc s’appliquer pour les Triclades
hypogés : « Il serait faux d’imaginer que les cavernicoles demeurent strictement liés à un biotope déter¬
miné. Tout spécialement de nombreux aquatiques sont capables de se maintenir dans des milieux
différents les uns des autres ». Mais ce maintien peut s’effectuer à titre individuel et nous sommes en
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
201
présence de quelques rares formes isolées dans les cavités accessibles de la zone supérieure où elles sub¬
sistent semble-t-il de façon précaire ; au contraire, dans le cas des rivières souterraines, il peut s’étendre
à toute une population qui s’établit au sein de l’interstitiel.
Le maintien des Triclades est lié, par ailleurs, à la possibilité de trouver dans les eaux souterraines
les éléments nutritifs nécessaires à ces animaux carnivores. Ainsi, dans tous les cas étudiés, apparaît
l’association Tridadr,-Pelodrilus, Triclad e-Stenasellus ou Niphargus-Tnclade.
La présence d’Oligochètes et de Crustacés de grande taille semble donc une condition nécessaire,
mais non suffisante, pour assurer la présence des Triclades : les cavités qui abritent les proies sont
beaucoup plus nombreuses que celles habitées par les Planaires prédatrices. Les Planaires se montrent
pourtant tolérantes vis-à-vis du milieu puisque Holsinger (1966) les a signalées dans une grotte polluée
de Virginie, associées à Tubifex tubifex.
La comparaison entre les peuplements de l’interstitiel de grotte et ceux d’un inferoflux de ruis¬
seau subaérien démontre sans conteste la très grande richesse faunistique des deux milieux, comparables
quant à leur constitution. Mais, bien que les Triclades puissent se rencontrer dans les deux types de
sédiments, je n'ai jamais pu observer une continuité de peuplement dans le cas où une circulation en
terrain perméable en petit succède à une circulation dans les karsts ; l’étude des habitats des formes
hypogées et des formes épigées immédiatement voisines n’a pas montré de différences marquantes
entre les eaux des deux domaines qui, le plus souvent, s’interpénétrent.
Les stations de récoltes des Paludicoles hypogées sont rares, tout au moins en France ; leur
mise en évidence, au sein du domaine aquatique souterrain, est intimement liée à la technique utilisée.
Celle-ci n’a pas permis jusqu’à ce jour de déceler (en admettant qu’elles existent, comme je suis ame¬
née à le supposer) ces formes au niveau des réseaux de fentes des massifs karstiques, ni d’évaluer l’abon¬
dance des populations des aquifères des terrains perméables en petit. A mon sens, ce sont ces difficultés
techniques, jointes à un ensemble de conditions complexes, qui permettent d’expliquer le caractère
sporadique des Triclades hypogés et non pas uniquement l’insuffisance des prospections.
Source : MNHN, Paris
202
NICOLE GOURBAULT
RÉSUMÉ DE LA TROISIÈME PARTIE
I. Les facteurs écologiques qui régissent l’implantation des différentes populations de Triclades
épigés sont bien connus ; l’analyse, à titre indicatif, de trois stations au contact de biotopes souterrains
montre à l’évidence leurs limites de variations. Ces stations hébergent l’espèce Polycelis felina qui
peuple abondamment les cours d’eau de moyenne altitude ; elle peut être associée à l’espèce monta¬
gnarde, sporadique, Crenobia alpina ou remplacée par celle-ci au-dessus de 1600 m.
IL Les eaux souterraines continentales sont caractérisées par la nature de leur terrain support :
les terrains perméables en petit sont distincts des terrains perméables en grand, parmi lesquels seuls les
milieux karstiques ont été étudiés. Les Triclades liypogés se rencontrent dans le domaine aquatique
souterrain qui n’est pas limité aux simples aspects qu’offrent les eaux dans les grottes.
III. Au niveau des terrains perméables en petit, les sous-écoulements de rivières et les nappes
constituent des biotopes favorables à l’établissement des Triclades. L'étude du peuplement du Nert
fournit un exemple précis des conditions d’existence de la faune interstitielle ; cette étude, effectuée
de façon suivie durant une année, laisse apparaître les fluctuations enregistrées pour les paramètres
caractéristiques du milieu et pour la biocénose. Trois espèces de Planariidae, deux genres de Gastéro¬
podes et 26 espèces de Crustacés ont été mis en évidence dans le sous-écoulement du Nert. Alors que
certaines de ces formes étaient déjà bien connues en tant qu’hôtes des nappes parafluviales ( Niphargus ,
Copépodes, ...) certaines autres, tenues pour des formes rares et inféodées aux eaux de grottes (Pla-
gnolia, Stenasellus), apparaissaient pour la première fois et en grand nombre dans les récoltes ; leur
abondance résulte de l'efficacité de la méthode employée.
Les Triclades peuplent l’interstitiel à un mètre de profondeur sous le lit du ruisseau ; le pourcen¬
tage des formes adultes récoltées est de 57 % ; les captures ont lieu toute l’année, à l'exception des
périodes de crues.
Des données fragmentaires, résultant de nombreuses prospections, fournissent un aperçu de
l’extension des Triclades au sein des aquifères à perméabilité d’interstices : présence de Dendrocoelum
lescherae dans le sous-écoulement du Voip, de Phagocata villa dans celui des rivières des Pyrénées et
celui du Tarn. La nappe alluviale peut également abriter diverses espèces : Plagnolia vandeli se trouve
dans la nappe alluviale du Salat, P. villa dans celle de l’Isère, D. regnardi dans celle du Tarn.
Enfin certaines nappes laissent échapper en leur point d’émergence les espèces qu’elles hébergent.
IV. L’étude des terrains perméables en grand est limitée aux observations faites pour les
massifs karstiques.
Dans la zone supérieure d’infiltration, quelques cavités constituent un lieu de capture de Tri¬
clades, en majorité asexués, peu nombreux et très localisés aux points d’arrivée de l'eau dans la grotte
(Riusec, Plagnol de la Plagne, Montalibet et Bétharram) ; celle-ci ne serait qu’une des voies emprun¬
tées par la faune déplacée à l’intérieur d’un système karstique.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TR1CLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
203
En revanche, les rivières souterraines abritent de véritables populations de Triclades. L’étude
du peuplement de la grotte du Goueil-di-Her au niveau du cours d’eau souterrain, de la voûte mouil¬
lante et des laisses d’eau de la galerie d’accès, rend compte du mode de vie des Triclades en eau libre,
sédiments superficiels, et interstitiel profond. C’est uniquement dans les remplissages alluvionnaires
qu’ont été mises en évidence les populations en place ; 87 % des Plagnolia y sont récoltées et résistent,
en s’enfonçant, à l’entraînement consécutif aux crues. En effet aucun Triclade hypogé n’apparaît lors
des filtrages des exutoires du système.
Source : MNHN, Paris
204
NICOLE GOURBAULT
SUMMARY OF THE THIRD PART
I — The ecological factors influencing the distribution of the epigeous triclads are known ;
but for further comparable information their different types of distribution hâve been studied in Ihree
stations which are located in the vicinity of sonie subterranean biotopes. In thèse places Polycelis
felina is a frequent inhabitant of rivers at 400 to 1000 rn altitude, and assoeiated wilh the sporadic
and mountainous species, Crenobia alpina ; the former is less numerous than the latter beyond 1 600 m
altitude.
II — The continental subterranean waters can be classified according to the type of sedimen-
tary rock which surrounds them. The low-permeability interstitial sédiments are different from the
high-permeability ground Systems such as karsts. Hypogeous triclads are to be fnund in the general
subterranean aquatic System and are not restricted to the underground pools and streams waters usually
examined for turbellarians.
III — In low-permeability sédiments, such as those fourni urider certain rivers and the
water tables, there are numerous biotopes favorable to the hypogeous triclads. A year-around study
of the populations of the Nert River yielded much data on the biotopes and biocénoses and the rôle
of different factors influencing the establishment of an interstitial fauna. Three species of Planariidae
two généra of Gastropoda and 26 species of Crustacca hâve been collected in the Nert underllow. Sonie
of these forms were already known as dwellers of the water tables assoeiated with the river syslem
(Niphargus, Copepoda), while others which were considered as very rare and restricted to the cave
water ( Plagnolia , Stenasellus) were collected in great number for the first time, because of the very
efficient method used by the author.
Triclads were distributed in the interstitial System of the river underflow down a depth of 1 m
and 57 % of the individuals collected were adults. Collecting was possible throughout the year except
during the flood season.
Fragmentary data obtained from numerous stations showed the following distribution of tri¬
clads in the subterranean waters in the underflow itself : Dendrocoelum le.scherae in the Voip River,
Phagocala villa in some Pyrenean Rivers, and in the Tarn. Some triclads are fourni in the alluvial
water table : Plagnolia vandeli in the Salat River, P. villa in the Isère and D. regnardi in the Tarn.
The species which live in these water tables are often swept out of their biotopes by intermit¬
tent outflowing springs.
IV — The study of high-permeability sédiments has been restricted to the karstic Systems.
In the caves of the upper, filtration area, some triclads can be captured occasionnally, but
they are restricted to the point where the water passes into the cave (Riusec, Plagnol de la Plagne,
Montalibet and Betharram stations). These planarians are not very numerous and most of them are
immature. They are thought to be transient specimens which hâve been displaced from their original
biotope through the karstic system.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
205
In contrast to this, cave rivers are suitable for the establishment of normal triclad populations
which include ail stages in the life cycle (except cocoons). This was demonstrated by the studyofthe
Goucil-di-Her cave. The cave river, the siphons and the pools of the main gallery hâve been prospec-
ted and the conditions of life of the triclads in running waters, in surface-layer sédiments and deep
interstitial lacunar Systems hâve been described. It is in alluvial sedimentary biotopes only that
normal populations can be maintained ; 87 % of the Plagnolia specimens collected were found in these
biotopes. By moving into the deeper layers of the sédiments they can escape being displaced by the
current during the flood season. In fact no hypogeous triclads can be found by filtering the water
flowing out from this karstic system.
Source : MNHN, Paris
206
NICOLE GOURBAULT
CONCLUSIONS GÉNÉRALES
Cette étude monographique des Triclades Paludicoles est limitée aux formes peuplant les eaux
souterraines d’Europe. Trois options ont guidé mes recherches : aux documents d’ordre taxonomique
et biogéographique, qui constituent la première partie de ce mémoire, succèdent des données biolo¬
giques et écologiques auxquelles sont consacrées la deuxième puis la troisième partie de ce travail.
A la suite de l’exposé de chacune d’entre elles, j’ai donné un résumé des résultats acquis ; je rappelle¬
rai brièvement les notions essentielles qui se dégagent de l’ensemble du sujet.
I. Aucun ouvrage de synthèse ne traite actuellement de la taxonomie des Triclades, aussi me suis-je
attachée, tout en effectuant la révision des espèces qu’il m’a été possible de me procurer, à réaliser
un catalogue dans lequel sont consignées toutes les formes hypogées citées dans la littérature.
La distinction entre les deux familles, Planariidae et Dendroeoelidae, repose sur la disposition
des fibres musculaires de la partie interne du pharynx : chez les premières, les fibres musculaires cir¬
culaires sous-épithéliales se séparent nettement de la couche des fibres longitudinales ; chez les secondes,
les couches de fibres longitudinales alternent régulièrement avec les couches de fibres circulaires.
Alors que les Planariidae ne sont représentées en Europe que par trois genres ( Plagnolia , Pha-
gocata et Atrioplanaria ) et quinze espèces véritablement inféodées aux eaux souterraines continentales,
les Dendroeoelidae renferment quatre genres ( Dendrocoelum , M iodendrocoelum, Dendrocoelopsis et
Rectocephala) dont la majorité des espèces sont hypogées. L’un de ces genres, le genre Dendrocoelum
s’est tout particulièrement différencié au sein du domaine souterrain ; les 6é Dendrocoelum actuelle¬
ment décrits se répartissent de façon inégale en huit sous-genres.
L’aire de répartition des formes hypogées n’est jamais très vaste ; tout au plus ces formes possè¬
dent-elles une dispersion de type régional et le plus souvent sont-elles cantonnées en des stations uniques
ou très proches les unes des autres. Mais en raison de la discontinuité des recherches et de l’aspect
fragmentaire des prospections il semble difficile de pouvoir actuellement établir avec précision les limites
d’extension absolues d’une espèce.
II. Les récoltes, bien que rarement abondantes, ont permis d’effectuer des élevages, sur lesquels
repose l’essentiel des données biologiques retenues. Jusqu’à ce jour la biologie des Triclades hypogés
était connue par les seules observations de de Beauchamp. J’ai complété ces résultats préliminaires
et établi des comparaisons entre les divers aspects que présente le cycle biologique des espèces épigées
et hypogées.
A — Sexualité. Il n’existe pas de différences notables entre Planaires épigées et hypogées en
ce qui concerne la structure des organes génitaux, mais le nombre d’ovules contenus dans les ovaires
est réduit chez les formes hypogées et leur taille est supérieure à celle des ovules des épigées ; ce carac¬
tère apparaît en relation avec la diminution du nombre des œufs. L’étude des espèces hypogées, appar¬
tenant aux genres Plagnolia, Pkagocata, Atrioplanaria, Dendrocoelum et Dendrocoelopsis, a permis
de dégager quelques constantes fondamentales des Triclades inféodés aux eaux souterraines. Leur
copulation est caractérisée par une durée de l’ordre de plusieurs heures et s’observe tout au long de
l’année indépendamment de la période annuelle considérée. Les cocons, dépourvus de pédoncule de
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
207
fixation, sont entourés d’une membrane peu pigmentée. Il n’existe pas de cycle annuel chez la plupart
des espèces, à l’exception d’ Atrioplanaria delamarei qui pond pendant les mois de février et mars.
La durée du développement embryonnaire est tout particulièrement significative ; alors qu’elle
varie de deux à dix semaines chez les formes épigées, elle est de deux mois chez A. delamarei et atteint
cinq mois chez Dendrocoelum regnardi, dans les mêmes conditions de température, ce qui montre à
l’évidence le net allongement du temps requis pour l’éclosion des cocons des formes hypogées. La fer¬
tilité des pontes est variable selon les espèces, mais ne paraît pas moindre chez ces dernières, contraire¬
ment à ce que supposaient les anciens auteurs. Alors que chez les espèces épigées, le nombre maximum
de jeunes par cocon est de quarante, il ne dépasse pas huit chez les espèces hypogées ; dans la majorité
des cas, seuls deux à trois jeunes éclosent par cocon. La taille des jeunes est en général plus grande
chez les Triclades hypogés dont le développement, jusqu’au stade adulte, demande de six mois à plus
d’une année tandis qu’une espèce épigée se développe en deux mois. La longévité suit la même règle
générale et se montre supérieure chez les espèces hypogées.
B — Scissiparité. Bien que la reproduction sexuée semble le mode de reproduction le plus
répandu chez les Triclades hypogés, j’ai noté l’apparition de la scissiparité chez certaines races de
Phagocata vitta et chez Plagnolia vandeli. La mutiplication asexuée s'observe uniquement chez des
espèces de la famille des Planariidae qui, nous le savons, est peu représentée au sein des eaux souter¬
raines. Les modalités de la division spontanée sont analogues, chez les Triclades hypogés où ce mode
de multiplication a été décrit, à celles des formes épigées scissipares.
Le niveau du plan de scission est très variable et la température optimale pour les manifesta¬
tions du phénomène se situe entre 11 et 12°C.
Il est à noter une particularité de l’espèce P. vandeli chez laquelle le réflexe de la scission persiste
encore chez des individus sexués alors que les deux modes de reproduction s’excluent réciproquement.
C — Régénération. Il a paru intéressant d’effectuer quelques expériences de régénération chez
les Triclades hypogés, car ces espèces n’avaient fait l’objet à ce jour d’aucune recherche de ce genre.
L’espèce épigée Polycelis felina a été prise comme témoin pour une comparaison entre les formes sou¬
terraines d’une part et superficielles d'autre part. Les processus morphologiques et histologiques de la
régénération céphalique sont les mêmes chez les deux groupes et se montrent donc indépendants du
biotope et des conditions écologiques ; toutefois, la durée du phénomène est étroitement liée à ces
facteurs. En effet, la lenteur de la régénération des espèces hypogées est caractéristique : ù la même
température, l’apparition des yeux, après amputation de la tête, exige 16 jours chez P. felina, 45 jours
chez P. vitla et 90 jours chez Dendrocoelopsis chaltoni ; les auricules sont visibles également après 90 jours
chez l’espèce non oculée P. vandeli.
D — Le ralentissement général de l’ontogenèse des Triclades hypogés pourrait trouver en partie
son explication dans les variations du métabolisme respiratoire dont j’ai mesuré les taux d’intensité,
très bas, par dosages chimiques et au moyen de micro respiromètres. L’intensité respiratoire (I. R.)
qui varie selon la température de 0,155 à 0,224 ml/g/h chez P. felina, espèce épigée, n’est que de 0,03
à 0,05 ml/g/h pour la plupart des formes hypogées. Ainsi, chez des individus de poids semblables placés
dans des conditions comparables, le taux maximal de l’I. R. des hypogés est quatre à sept fois inférieur
aux plus petites valeurs obtenues pour les épigés. L’influence de la température sur l’I. R. est sensible
chez les Triclades hypogés, pourtant, dans les limites des conditions d’expériences (températures com¬
prises entre 9 et 14°C) les différences enregistrées ne sont pas significatives ; il en est de même pour les
taux obtenus avec les diverses méthodes de mesures utilisées.
Enfin, il semble bien établi que les facteurs externes, température et éclairement, longtemps
tenus pour responsables de la faible intensité respiratoire des espèces hypogées, ne puissent entraîner
directement la transformation du type métabolique caractéristique de ces formes.
Donc, si dans l’ensemble le déroulement des processus biologiques demeure comparable chez
les diverses Planaires que j’ai étudiées, il apparaît, à tous les stades de la comparaison entre espèces
épigées et hypogées, qu'un ralentissement général soit caractéristique des manifestations biologiques
Source : MNHN, Paris
208
NICOLE GOURBAULT
de ces dernières. Cette lenteur représente l’un des aspects fondamentaux de la biologie des formes
souterraines déjà mis en évidence par quelques auteurs pour certains Invertébrés (Ginet, 1960 ; Deleu-
rance-Glaçon, 1963 ; Juberthie, 1964 ; Rouch, 1968).
III. Plusieurs biotopes du domaine aquatique souterrain, habités par les Triclades, ont fait
l’objet d’une étude détaillée.
A — Avant d’en entreprendre l’analyse, il m’a paru utile de rappeler brièvement l’essentiel
des données qui régissent la dispersion des espèces épigées et l’implantation des différentes populations ;
ces facteurs principaux sont la température, l’oxygénation et la vitesse du courant.
Dans les Pyrénées, Polycelis felina borellii, espèce semi-cosmopolite, se rencontre au contact
de biotopes souterrains, tout particulièrement dans trois stations étudiées dont la température varie
de 3 à 15°C ; les valeurs du pH sont comprises entre 6,8 et 8,4, celles de l’oxygène dissous entre 8 et
11 ppm. Ces valeurs sont sensiblement les mêmes dans les trois stations. En revanche, les mesures
de la résistivité laissent apparaître des différences importantes car la minéralisation moyenne des
eaux rend compte de la nature géologique des terrains dans lesquels elles circulent. Aussi pour le Nert
qui traverse des dolomies sur un bref trajet, la résistivité est trois fois plus élevée que pour l’Escalette
qui parcourt une partie du Massif karstique d’Arbas et dont la résistivité est d’environ 3 000 Q-cm.
L’habitat le plus stable se trouve réalisé en front de source.
B — Les eaux souterraines continentales peuvent être classées suivant la nature de leur terrain
support ce qui permet d’établir la distinction entre les terrains perméables en petit, et les terrains per¬
méables en grand essentiellement représentés par les karsts. 11 apparaît à l’observation des données
bibliographiques qu’aucune recherche écologique ne porte sur les Paludicoles hypogés dont la présence
a été signalée non seulement au niveau des grottes mais encore dans les nappes.
C — J’ai entrepris l’étude du milieu perméable en petit et de son peuplement en prospectant
les aquifères à perméabilité d’interstices au niveau des sous-écoulements de rivières d’une part et dans
les nappes d’autre part. Le Nert a été pris comme exemple pour l’analyse des paramètres caractéris¬
tiques de l’inferoflux. Les différents prélèvements effectués en 17 stations le long des 8 km prospectés
et 114 pompages réalisés en une même station ont permis de relever les points suivants :
— Le sous-écoulement d’une rivière de moyenne altitude abrite une faune diversifiée ; il est
peuplé de façon continue mais non homogène ; quelques stations s’avèrent particulièrement favorables
au développement d’une biocénose caractéristique.
— Certains des taxa récoltés avaient déjà été signalés dans les nappes alluviales ; au contraire,
des populations d’espèces de la macrofaune (Plagnolia, Stenasellus ), tenues pour des formes inféodées
aux eaux de grottes, ont été mises en évidence pour la première fois et en grand nombre (3 598 Stena¬
sellus).
— Les Plagnolia sont présentes en aval du ruisseau ; 85 individus ont été capturés au niveau
d’une seule station ; la plupart des exemplaires ont été récoltés à un mètre de profondeur, alors que
les Crustacés s’observent dans l’interstitiel plus proche de la surface (de 0,40 à 0,70 m). Aucune varia¬
tion saisonnière n’apparaît pour la faune qui disparaît toutefois en période de crue.
— Le renouvellement continuel des animaux aux divers points de prélèvements traduit un
peuplement généralisé de ce milieu interstitiel montré à l’évidence par la méthode de récolte
utilisée.
Il apparaît donc que les Triclades se rencontrent dans les sédiments immergés situés sous le
lit des ruisseaux qui constituent un habitat favorable au développement de populations riches en
espèces.
Les Triclades peuvent s’établir également dans les nappes dont l’étude est rendue possible par
les puits et les sources. Ces dernières abritent les individus entraînés vers l’extérieur lors du gonflement
de la nappe mais ne rendent compte que d’une manière fragmentaire de son peuplement.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
D — Parallèlement à l’étude des biotopes à perméabilité d’interstices, j’ai poursuivi des recherches
portant sur l’habitat des Triclades en terrains perméables en grand, uniquement en massif karstique.
Ici encore la difficulté majeure réside dans l’impossibilité d’accéder directement au biotope dans la
plupart des cas. Les grottes recoupant la zone du massif traversée par les infiltrations et celles qui se
situent dans la partie du karst où prédomine l’écoulement subhorizontal des eaux offrent le moyen
d’atteindre seulement une fraction des circulations du système. Les Triclades s’observent dans ces
différents types de circulation.
Dans la zone supérieure, les habitats semblent précaires. En général, le nombre des individus
récoltés est peu élevé et le pourcentage des sexués est faible. Les Triclades se trouvent en des points
très limités de la cavité (grotte de Montalibet, de Bétharram, de Riusec) où ils sont entraînés lors de
l’alimentation en eau de la grotte. En effet, les peuplements des gours se font et se défont en fonction
de l’importance des infiltrations qui assurent la présence de la faune aquatique à ce niveau ; les Pla¬
naires n’y constituent pas de populations en place.
Aussi se pose la question du biotope d’origine de ces animaux. Bien que ce problème demeure
encore entier, diverses observations dans la nature permettent de supposer que, dans la partie supé¬
rieure des massifs, les Planaires peupleraient soit de petites nappes en rapport étroit avec le réseau
de fentes, soit directement le réseau de fentes, et accéderaient secondairement aux lieux de capture
(gouffre du Plagnol de la Plagne). Ces derniers constituent un habitat souvent transitoire où la bio¬
cénose ne peut se développer et ne se maintient que temporairement.
Au niveau des rivières souterraines, en revanche, peuvent être mises en évidence de véritables
populations do Triclades.
L’étude de la grotte du Goueil-di-Her a servi d’exemple pour ce type de peuplement. Des
recherches suivies, au cours d’une année complète, ont permis d’une part d’estimer la fréquence des
phénomènes de crue et, d’autre part, d’évaluer les variations de l’extension des mises en charge de la
galerie. Le cours d’eau souterrain, à régime torrentiel, présente un cycle annuel saisonnier qui apparaît
dans les mesures physico-chimiques effectuées. Mais bien que ces conditions peu stables ne semblent
guère propices à l’établissement de populations hypogées dans la cavité, il a été possible de montrer
l’existence d’une riche association d’espèces aquatiques représentées par plus de 15 000 Crustacés,
capturés en 176 prélèvements (Lescher-Moutoué et Gourbault, 1970) par différentes méthodes de récoltes.
Celles-ci soulignent les biotopes préférentiels des diverses espèces. Ainsi, 10 % seulement des Plagnolia
sont recueillies par chasse à vue, alors que la presque totalité des individus peuple le milieu interstitiel
constitué par les remplissages alluvionnaires du ruisseau, restreints au seul sous-écoulement. C’est
pourquoi certains types de récoltes (chasse-à-vue, sondage Karaman-Chappuis) rendent le plus souvent
imparfaitement compte de l’importance d’un peuplement au sein du domaine souterrain.
L’adaptation à la vie interstitielle, liée à la possibilité d’adhérer fortement au substrat, va per¬
mettre aux Planaires de se maintenir dans un même biotope souterrain et de ne pas être entraînées vers
les exutoires des systèmes karstiques comme le sont beaucoup d’autres formes recueillies par filtrages.
Il est à noter que les techniques utilisées dans ce travail, dont l’efficacité se trouve accrue par
adjonction d’appâts, représentent actuellement les seuls moyens d’investigation possible dont nous
disposons pour l’étude des habitats des Triclades hypogés dans les karsts ; elles n’offrent aucun moyen
d’accès au réseau de fentes qui, à l'instar du milieu interstitiel des rivières souterraines, pourrait être
un des biotopes préférentiels fréquenté par les Planaires.
Quoiqu’il en soit, et bien que les Triclades se rencontrent dans les karsts, indifféremment depuis
la zone supérieure d’infiltration jusqu’aux circulations subhorizontales des rivières souterraines, c’est
seulement à ce dernier niveau que s’observent des populations en place.
Celles-ci, nous l’avons vu, se trouvent également dans l’interstitiel des sous-écoulements de
cours d’eau subaériens. Toutefois ne s’observe jamais, semble-t-il, de continuité de peuplement lorsqu’une
circulation en terrain perméable en petit succède à une circulation en terrain perméable en grand,
alors que les Planaires peuvent peupler également ces deux milieux souterrains.
1 564 018 6 14
Source : MNHN, Paris
210
NICOLE GOURBAULT
En résumé, il apparaît à l’issue de cette étude que ce ne sont pas tant les seuls critères de dépig¬
mentation et d’anophthalmie (prônés depuis longtemps par de nombreux Biospéologues) que la lenteur
des processus biologiques, dont le faible métabolisme respiratoire, qui confèrent aux Triclades Palu-
dicoles leur qualification écologique d’hypogés. Une meilleure connaissance de l’habitat de ces espèces
tend à prouver que ces formes ne sont pas limitées à « quelques mètres cubes d’eau habitables » (de
Beauchamp, 1932) ; en effet, la mise en évidence de leur mode de vie interstitiel permet d’admettre
un peuplement étendu aussi bien au niveau des terrains à perméabilité d’interstices que dans les karsts.
Toutefois des techniques appropriées seront nécessaires pour permettre d’évaluer l’abondance des
populations et d’expliquer leur caractère sporadique.
Muséum national d'Histoire naturelle, Paris
et Laboratoire souterrain du C.N.R.S., Moulis (Ariige).
Septembre 1971.
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HVPOGÉS
211
INDEX I
LISTE DES ESPÈCES DE PLANARI1DAE RENCONTRÉES
DANS LE MILIEU SOUTERRAIN
Pages
. 27
. 36
. 32
l .
. 33
. 36
. 33
. 34
. 27
. 24
P .
. 24
. 33
. 20
montenigrina .
. 23
. 30
LISTE DES ESPÈCES DE DENDROCOELIDAE HYPOGÉS
—- Espèces du genre Dendrocoelum.
abditum .
adenodactylosum .
<#««.
agile .
album .
alexandrinae .
atrioslriclum .
banalicum .
barbei .
beauchampi .
boellgeri .
bohemicum .
botosaneanui .
brachyphallus .
caecum .
carpathicum .
cavaticum .
clin p puis i .
clujunum .
codreanui (= banalicum) .
coiffaili .
48 collini .
65 cruciferum .
65 debeauchampianum .
61 decemoculatum (= album) .
62 dumitrescuae (= stenophallus )....
56 geticum .
54 gineti .
54 hankoi .
45 hercynicum (= bohemicum) .
74 hussoni .
61 infernale .
73 italicum .
74 jablanicense .
60 kenki .
64 komareki .
52 lacteum .
51 lacustre .
56 lescherae .
54 lipophallus (+ var. superficialis).
54 lychnidicum .
47 maculatum .
50
70
54
62
56
71
72
52
73
71
75
50
68
47
67
75
67
47
61
66
66
Source : MNHN, Paris
212
NICOLE GOURBAULT
magnum .
mrazeki .
. .
ohridense .
orghidani .
orghidani (= polymorphum) .
pannonicum (variété de mrazeki) .
parvioculatum .
plesiophthalmum .
polymorphum .
prespeme .
racovitzai .
regnardi .
— Autres espèces de Dendrocoelidae.
beauchampi .
brementi .
chattoni .
garmieri .
Page*
remyi . 72
romanodanubialis . 70
sancti-naumi . 67
soUaudi . 71
spelaeum (+ var. caucasicum) . 51
sphaerophallus . 59
stenophallus . 56
subterraneum . 73
tismanae . 55
lubuliferum . 74
luzetae . 45
vaillanti . 45
voinovi . 64
warnimonti . 51
parisi . 75
schneideri . 84
spinosipenis . 80
vandeli . 81
Pages
70
48
68
68
55
55
50
73
66
55
67
60
58
44
81
82
81
82
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
213
INDEX II
STATIONS DE RÉCOLTE DES TRICLADES HYPOGÉS, EN EUROPE
Je reprends ici le premier index mis au point par de Beauchamp (1932, p. 268), avec les addenda qui
découlent des découvertes de ces quarante dernières années.
Seules les stations de récoltes des Phagocala ( Fonticola) vitta ont été réduites aux quelques points où
cette espèce a pu être identifiée avec certitude par mes soins ; pour la liste des nombreuses autres stations il
convient de se reporter au texte (p. 30).
Au contraire j’ai signalé toutes les localitées connues pour les autre Planariidae et Dendrocoelidae hypo-
gés récoltés en Europe, en les classant par pays et provinces géographiques. Cette liste débute par la France où
les régions sont classées d’Ouest en Est et du Sud au Nord ; les pays suivent l’ordre alphabétique.
France
— Département des Pyrénées-Atlantiques.
‘Grotte d’Oxibar
‘Grotte supérieure d’Ainharp
— Département des Hautes-Pyrénées
‘Grotte de Bétharram
‘Grotte de Montalibet
‘Grotte de l’Église
‘Galerie artificielle (vallée de l’Arize)
— Département de la Haute-Garonne
‘Grotte du Goueil-di-Her
‘Grotte de Riusec
— Département de l’Ariège
‘Sous-écoulement du Voip
‘Gouffre du Plagnol de la Plagne
Gouffre du Sauvajou
‘Sous-écoulement du Nert
‘Puits à Saint-Girons et Moulis
‘Sources temporaires à Campet et à Durban-sur-
Arize
‘Grotte inférieure du Queire
‘Ruisseau souterrain d’Aulot
Gouffre des Caoujous
— Département de l’Aude
‘Sources à Callong et Mathalis
D. ( Amyadenium) brementi
D. ( Dendrocoelides) coifjaiti
D. ( Amyadenium) beauchampi et Polycelis felina
Dendrocoelopsis beauchampi
D. ( Amyadenium) chattoni et P. felina
Dendrocoelopsis chattoni
Plagnolia vandeli
P. vandeli
D. ( Dendrocoelides) lescherae
Plagnolia vandeli
P. vandeli
P. vandeli et Alrioplanaria delamarei
P. vandeli
A. delamarei
Polycelis felina
P. felina
D. ( Dendrocoelides) tuzetae
Dendrocoelum tuzetae
Source : MNHN, Paris
214
NICOLE GOUKBAULT
— Département des Pyrénées-Orientales
‘Dans la Baillaury
— Département du Gers
Puits à Laucate
— Département du Tarn-el- Garonne
‘Grotte de Saint-Géry
‘Grotte de Gourgue de Saint-Antonin
— Département du Tarn
‘Puits à Albi, Mascrabières et Villeneuve-sur-
Vère
‘Grotte résurgence de Cabéou
— Département de l’Ardèche
Grotte des Huguenots
— Département de la Drôme
Grotte du Brudour
— Département de l'Isère
Grotte de la Balme
Résurgence de la Goule noire
Grotte de Gournier
— Département de la Savoie
Source captée à Aix-les-Bains
Grotte du Guiers vif
— Département de l'Ain
Source de la Lavanche
— Département de la Saône-et-Loire
Puits à la Clayette
Nappe alluviale de la Seille, à Louhans
— Département du Jura
Grotte de Cernois
Grotte des Foules
Résurgence du Bief noir
— Département de la Côte-d'Or
Puits à Dijon
Puits à Sainte-Sabine, Saint-Seine-1’Abbaye
Sources à Lamargelle et Cestres
Puits à Blaisy-Haut, au Charmoy
— Département de la Haute-Saône
‘Captage en forêt de Cherlieu
Sources à Servance et le Menisot
D. ( Amyadenium) vandeli
D. ( Dendrocoelides) barbet
D. ( Dendrocoelides) regnardi
Dendrocoelum regnardi
D. regnardi
D. regnardi
P. ( Fonticola) vitta
Crenobia alpina
Atrioplanaria notadena et D. ( Eudendrocoelum ) g ineti
D. gineti et C. alpina
C. alpina
A. notadena
Dendrocoelum gineti et Crenobia alpina
Dendrocoelum ?
D. ( Amyadenium ) garmieri
Phagocala villa
D. ( Eudendrocoelum) sollaudi
Dendrocoelum sollaudi
Crenobia alpina
Miodendrocoelum pariai
D. ( Dendrocoelides) collini
Dendrocoelum collini
D. collini
Dendrocoelum ?
D. ( Eudendrocoelum) remyi
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES
LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
215
Département de la Haute-Marne
Dans l’Aujon à Chateauvillain Dendrocoelum remyi
Source près de Langres Dendrocoelum collini
Département de la Marne
Sources de la Moivre, de l’Auve, à Somme-Py,
Coole, Somme-Sous et Soudé Sainte-Croix
Sources aux Sommes et à Vesle
Département de la Meuse
Dans POrnain, à Bar-le-Duc
Département de la Meurthe-et-Moselle
Sources à Saint-Nicolas-de-Port
Département du Bas-Rhin
Puits à Graffenstaden
Dans P111, près de Strasbourg
Dans la Bruche, près d'Entzheim
Flaque en forêt de Neuhof, Strasbourg
Département de la Moselle
Galerie de mine, à Moyeuvre-la-Grande
Source dans le bois de Gondrexange
D. collini
P. ( Fonticola) bosniaca
D. collini
D. remyi et Phagocata albissima
D. ( Polycladodes) album
D. ( Dendrocoelum) infernale
D. ( Bolbodendrocoelum) agile
Dendrocoelum album
Atrioplanaria noladena et Phagocata vitta
A. notadena
Dendrocoelum collini
Phagocata albissima
Département du Haut-Rhin
Sources à Neuweg, Blotzheim et Saint-Louis
Source à Massevaux
Hanovre
Allemagne
Nappe phréatique des rivières Weser et Leine Dendrocoelum boettgeri
T burin ge, Vogtland, Erzgebirge
Eaux souterraines de l’Elbe
Sources au Sud de Karl Marx Stadt
Source près de Plauen
Source de Vapenka
H an
Galerie de mine de Grumbach
Wurtemberg
Falkensteinerhôhle
Sophienhôhle et Harleshôhle
Sources de l’Alb
D. ( Dendrocoelides) mrazeki
D. mrazeki et D. ( eudendrocoelum) bohemicum
D. mrazeki
Deudrocoelum bohemicum
Rectocephala schneideri
D. ( Dendrocoelides) cavaticum
Dendrocoelum cavaticum
D. cavaticum
Basse Autriche
Lac inférieur de Lunz
Autriche
Dendrocoelum mrazeki
Source : MNHN, Paris
216
NICOLE GOURBAULT
— Styrie
Sources aux environs de Gratz
Nombreuses sources
Atrioplanaria racovitzai
Phagocata paravitta et Phagocata leptophallus
— Carinthie
Sources et alluvions de la Drave
Dendrocoelum album
— Province de Namur
Belgique
Grotte de Han-sur-Lesse
Phagocata vitta
— Province de Liège
Puits à Hermalle-s/Argenteau
Source de Ramioul
Dendrocoelum collini
Dendrocoelum remyi
Sofia
Bulgarie
Phagocata illyrica
Lac Esrom
Danemark
Dendrocoelopsis spinosipenis et Phagocata albissima
— Province d'Alava
Espagne
Grotte del Manantial de Gorbea
Crenobia anophthalma ?
— Province d’Huesca
Grotte de Bujaruelo
Dendrocoelopsis brementi
— Province de Madrid
Nappe alluviale du Hénares, à Guadalajara Atrioplanaria racovitzai
Grèce
— Corinthie
Phagocata ochridana
— Iles Ioniennes
Corfou, Céphalonie
Phagocata olivacea
Dendrocoelum nausicaae
— Monts Mecsek hegyseg
Grotte Kôlyak, près de Pecs
Hongrie
D. mrazeki pannonicum
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES
LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
217
Lac Balaton
Sources et puits au nord du lac, à Kôvagoôrs D. (Dendrocoelides) hankoi
Sources près de Vaszoly Dendrocoelum album
Italie
Ligurie
Grotte Cavassola Dendrocoelum beauchampi
Grotte Tana di Spettari Polycelis benazzii
Lombardie
Grotte Buco del Budrio D. ( Dendrocoelides) italicum
Grotte Buco del Fus et Bus dei Osei Polycelis felina
Vénétie
Grotte de Villanova Dendrocoelum collini
Embouchure du Tagliamento Dendrocoelum album
Sardaigne
Ruisseau temporaire, à Sassari
Atrioplanaria sp.
Grand-Duché de Luxembourg
Source captée à Hautbellain
Galerie de mine à Esch-sur-Alzette
Mines d’Allerborn
Taira
Zakopane
Carpathes
Sources du massif Gargany
D. ( Eudendrocoelum) hussoni
D. ( Dendrocoelides) warnimonli
Phagocata vitta
Dendrocoelum cavaticum
D. ( Dendrocoelides) carpathicum
Dobroudja
‘Puits à Gura Dobrogci
‘Puits à Agigea
‘Puits à Doi Mai
Puits à Babadag
Nombreuses sources
Valachie orientale
Puits des environs de Bucarest
Ollénie
‘Grotte de la Mânfistirea Tismana
‘Grotte de la Tihomir
‘Grotte n° 2 din Sohodoalele Mici
‘Grotte P. Lazului
D. (Dendrocoelides) polymorphum
Dendrocoelum polymorphum
D. polymorphum
D. (Dendrocoelides) chappuisi
Dendrocoelum album
D. (Palaeodendrocoelum) geticum
D. ( Dendrocoelides) tismanae
D. ( Dendrocoelides) stenophallus
Dendrocoelum stenophallus
D. ( Dendrocoelides) racovitzai
Source : MNHN, Paris
218
NICOLE GOURBAULT
“Grotte Lui Dutu
“Grotte Mfirghitas
“Grotte Ponor-Plopa
“Résurgence Stîrmine
“Source du ruisseau Sereniak
“Source Ogasul Ulmului
“Dans le Danube, aux Portes de Fer
— Transylvanie
Puits à Cluj
Bassin de l’Arges
Résurgence Urlatoarea
Grotte de la Parospestere
Dans le torrent Tufa, près de la Sinaïa, et
tributaires de la Prahova
— Bihar
Source Crisului negru
Grotte TSrtàroaei
Grotte Coliboaia
Grotte Ferice
Grotte Portile Biharului
Grotte de la Varnita
Source de la groapa Herculi
Source de la Valôu
— Lac Ivosjon
— Canton de Bâle
Sources à Muttenz
— Canton de Berne
Beatenhôhle
Eaux profondes du Lac Oeschinen
Source Goldbrünn
— Canton de Schwyz
Hôlloch
Lauiloch
— Canton de Saint-Gall
Kristalhôhle
D. ( üendrocoelides ) orghidani
D. (Eudendrocoelum) botosaneanui
Dendrocoelum botosaneanui
B. ( Dendrocoelides) banaticum
D. (üendrocoelides) atriostrictum
D. ( Dendrocoelides) debeauchampianum
D. (Palaeodendrocoelum) romanodanubialis
D. ( Dendrocoelides) clujanum
D. (Polycladodes) affine
Dendrocoelum alexandrinae
D. ( Dendrocoelides) sphaerophallus
les
D. ( Polycladodes) voinovi
Atrioplanaria racovitzai
A. racovitzai
A. racovitzai
A. racovitzai
D. (A podendrocoelum) brachyphallus
Dendrocoelum brachyphallus
D. brachyphallus
D. (A podendrocoelum) lipophallus
Suède
Dendrocoelopsis spinosipenis
Suisse
D. ( Dendrocoelum) infernale
Dendrocoelum album
Dendrocoelum infernale
D. infernale
D. infernale
D. infernale
D. infernale
D. infernale
Tchécoslovaquie
Sources des environs de Prague
Puits et sources des environs de Praguf
Dans le ruisseau de Zahorany
Dendrocoelum mrazeki
Dendrocoelum cavaticum
D. ( Polycladodes) caecum et D. mrazeki
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS 219
Moravie
Nombreuses sources
Dendrocoelum album
Carpathes Orientales
Source de la Tissa
üendrocoelum carpathicum
Slovénie
Yougoslavie
Grotte Crna Jama
Dendrocoelum tubuliferum, D. lacteum et Phagocata
ochridana
Grotte de Podpec
Grotte de Planina
Grotte Dimnice
Grotte Godobovska
Grottes et source près de Kocevje
Puits à Domzale
Puits à Maribor
Sources près de Ljubljana
D. ( Dendrocoelides ) spelaeum
Dendrocoelum album
Atrioplanaria racovitzai
Atrioplanaria opisthogona
Phagocata bosniaca
D. ( Dendrocoelides) abditum
D. (Apodendrocoelum) puteale
D. album, Phagocata bosniaca et Dendrocoelopsis
Croatie
spinosipenis
Grotte Medjvjedica
D. (Eudendrocoelum) subterraneum
Dalmatie
Grotte Golubiaka
Nombreuses sources
Source Kosinac
Dugesia absoloni
Crenobia anophthalma
Phagocata ochridana
Bosnie-Herzégovine
Source de la Bosna
Source de la Trebinjisca
Phagocata bosniaca et Crenobia montenigrina
D. (Neodendrocoelum) nausicaae et D. ( Dendrocoelides)
kenki
Nombreuses sources
C. anophthalma
Sources de Rijeka du Cernicko Polje D. ( Neodendrocoelum ) plesiophthalmum et Phagocata
albissima
Source Gora Voda (Monts Zlatibor)
D. ( Eudendrocoelum ) parvioculatum
Monténégro
Source à Negusi
Crenobia anophthalma
Macédoine
Nombreuses sources
Lac d’Ohrid et sources voisines
Phagocata illyrica
P. maculata ; P. undulala ; P. ochridana ; Dendrocoe¬
Lac de Prespa
lum ( Neodendrocoelum) adenodactylosum ; D. macu-
latum ; D. lychnidicum ; D. sancti-naumi ; D. koma-
reki ; D. lacustre ; D. ohridense ; D. jablanicense ;
D. cruciferum ; D. magnum ; D. nausicaae.
D. adenodactylosum ; D. prespense.
Source : MNHN, Paris
220
NICOLE GOURBAULT
INDEX III
MESURES DE MÉTABOLISME RESPIRATOIRE; TABLEAUX NUMÉRIQUES
Tableau I. — Mesures du métabolisme respiratoire, compte tenu du poids de l’animal.
Poids en
mg
Consom.O-
jjl/h/ind.
I.R.
Poids en
mg
Conscm.0 ?
\il/h/ind.
I.R.
Polycelis felina à 14°C (méthode chimique)
1
0,670
0,670
6,1
0,910
0,149
2,3
0,890
0,383
6,2
1,320
0,211
3
1,188
0,470
6,4
1,225
0,170
3
0,700
0,230
6,5
1,295
0,197
3,1
0,717
0,220
6,9
0,964
0,139
3,4
0,751
0,210
7
1,232
0,176
3,7
0,921
0,240
7,2
1,577
0,219
3,9
1,188
0,300
7,4
2,151
0,297
4
0,848
0,200
7,5
1,277
0,168
4,5
1,312
0,280
8
1,262
0,157
4,7
0,720
0,176
8,4
2,426
0,285
4,9
0,864
0,176
9
1,053
0,110
5
0,890
0,169
9,5
2,453
0,250
5,3
1,681
0,310
9,8
1,680
0,170
5,4
1,104
0,200
10,1
2,092
0,200
5,5
1,440
0,226
11,6
1,676
0,144
5,5
1,254
0,220
15,3
1,681
0,109
5,9
1,466
0,240
17,6
1,680
0,095
6
0,894
0,149
Polycelis felina à 9°C (méthode chimique)
4
0,960
0,240
6,6
0,858
0,130
5
0,750
0,150
6,9
0,759
0,110
6
0,858
0,143
7,2
0,936
0,130
6,2
0,930
0,150
10
1,900
0,190
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
221
Tableau II. — Consommation d'oxygène (exprimée en jj. 1 )
par individu en fonction du temps : Polycelis felina.
Lots
Temps
I
II
III
IV
1ère heure
9,420
3,140
4,710
2,355
2e "
1,570
1,570
1,570
0,785
3e "
0,785
0,785
0,140
1,570
4e »
0
0,785
1,570
0,785
5e "
0
0
0,785
1,570
6e "
2,355
1,570
2,355
0,785
7e "
0,785
1,570
8e "
0,785
2,355
9e "
4,710
2,355
10e "
1,570
2,355
lie "
0,785
2,355
Tableau III. — Mesures du métabolisme respiratoire, compte tenu du poids de l’animal :
Polycelis felina à 14°C (méthode manomélrique).
Poids en mg
Durée en heures
Consom.O-
pl/h/ind.
I.R.
4,3
6
1,308
0,304
6,5
6
2,355
0,362
7,3
11
1,712
0,234
11
11
2,069
0,188
Source : MNHN, Paris
222
NICOLE GOURBAULT
Tableau IV. — Mesures du métabolisme respiratoire, compte tenu du poids de l'animal.
Poids en mg
Durée en heures
Consom. 0»
pl/h/ind.
I.R.
Dugesia tigrina
à 9°C (méthode chimique)
1,5
64
0,880
0,587
1,7
48
0,268
0,158
3,5
64
0,388
0,111
Dugesia tigrina
à 11°C (méthode manométrique)
1,03
11
0,214
0,207
1,03
9
0,392
0,381
1,03
21
0,355
0,344
6,05
21
0,728
0,120
6,6
11
1,641
0,248
Dugesia gonocephala à 14°C (méthode manométrique)
11,9
6
4,317
0,362
14,4
6
4,840
0,336
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
223
Tableau V. — Mesures du métabolisme respiratoire, compte tenu du poids de l'animal :
Dendrocoelum lacteum, à 14°C.
Poids en mg
Consom. 0»
pi/h/ind.
I.R.
7,7
1,694
0,220
14,2
1,562
0,110
14,8
1,924
0,130
15,3
1,683
0,110
16,6
2,656
0,160
19,3
1,930
0,100
25,1
1,757
0,070
Tableau VI. — Mesures du métabolisme respiratoire, compte tenu du poids de l’animal.
Poids en
mg
Consom.0„
pl/h/ind.
I.R.
Poids en
mg
Consom.0„
pl/h/ind.
I.R.
Plagnolia vandeli à 9°
(Plagnol, méthode chimique)
2,8
0,253
0,080
7,6
0,130
0,017
3,5
0,306
0,080
7,8
0,199
0,025
3,5
0,165
0,048
8,4
0,240
0,028
4,5
0,254
0,056
8,5
0,125
0,014
5,1
0,151
0,029
8,8
0,205
0,023
6
0,086
0,014
8,8
0,135
0,015
6,7
0,194
0,020
10
0,215
0,021
6,8
0,375
0,055
12
0,176
0,014
Source : MNHN, Paris
NICOLE GOURBAULT
Tableau VI ( suite ).
Poids en
mg
Consom. 0
(i,l/h/ind.
I .R.
Poids en
mg
Consom. 0^
ixl/h/i nd.
I .R.
Plagnolia vandeli à 9°
(Nert, méthode chimiqu
)
2,9
0,255
0,088
6
0,078
0,013
4,9
0,338
0,069
6,2
0,068
0,011
5,2
0,135
0,026
7
0,098
0,014
5,9
0,336
0,057
8,2
0,123
0,015
Plagnolia vandeli à 14°C (Plaenol. méthode chimiaue)
4,3
0,172
0,040
6
0,120
0,020
4,5
0,216
0,048
7,9
0,237
0,030
4,8
0,105
0,022
8,4
0,184
0,022
5,5
0,209
0,038
8,5
0,501
0,059
5,7
0,273
0,048
8,7
0,174
0,020
Plagnolia vandeli à 14
C (Plagnol, méthode manométrique)
1
0,076
0,076
5,7
0,273
0,048
3
0,168
0,055
6
0,096
0,015
3
0,199
0,065
6
0,069
0,010
3,1
0,160
0,051
7
0, 168
0,023
3,2
0,120
0,035
7,1
0,076
0,010
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICI.ADES PALUDICOLES HYPOGÉS
225
Tableau VII. — Mesures du métabolisme respiratoire, compte tenu du poids de l’animal.
Poids en
mg
Consom.0 7
pl/h/ind.
I.R.
Poids en
mg
Consom.0„
pl/h/ind.
I.R.
Atrioplanaria delamarei
à 9°C (méthode chimique)
0,4
0,234
0,585
1,2
0,126
0,105
0,5
0,130
0,260
1,5
0,133
0,089
0,8
0,082
0,103
3,1
0,421
0,136
0,9
0,135
0,150
3,3
0,122
0,037
1
0,116
0,116
4
0,188
0,047
1 , 1
0,110
0,100
4,1
0,344
0,084
Phagocata
vitta
à 9°C
(méthode chimique)
3
0,510
0,170
6
0,432
0,072
3,2
0,704
0,220
6,2
0,868
0,140
5,5
0,649
0,118
Atrioplan
aria delamarei à 14°C (mé
.hode manométrique)
Poids ei
mg
Durée
Consom.0„
I.R.
ul/h/ind.
1,1
11
0,499
0,440
2,6
11
0 ,
355
0,173
3,26
6
0 ,
697
0,213
4,85
6
1 ,
504
0,310
Source : MNHN, Paris
226
NICOLE GOURBAULT
Tableau VIII. — Mesures du métabolisme respiratoire, compte tenu du poids de l animal.
Poids en mg
Consom.O-
pl/h/ind.
I.R.
Poids en mg
Consom.0„
pl/h/ind.
I.R.
Dendrocoelopsis (Amyadenium) chattoni à 9°C (méthode chimique)
14,1
0,550
0,039
21,3
0,518
0,024
14,6
0,263
0,018
22,6
0,318
0,014
15,3
0,628
0,041
22,8
0,615
0,027
16,4
1,140
0,031
24,5
0,196
0,080
17,5
0,405
0,023
28,1
1,293
0,046
18,2
0,200
0,011
28,9
1,099
0,038
20,9
0,530
0,025
32,4
0,811
0,025
20,9
1,256
0,060
54
1,135
0,021
21,3
0,917
0,043
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
227
Tableau IX. — Consommation d'oxygène (exprimée en jx I )
par animal en fonction du poids : D. chattoni.
Source : MNHN, Paris
228
NICOLE GOURBAULT
Tableau X. — Mesures du métabolisme respiratoire compte tenu du poids de quelques Dendrocoelum hypogé
(méthode chimique).
Poids en mg
Consom.O,,
pl /h/'ind.
I.R.
Poids en mg
Consom.O.
pl/h/ind.
I.R.
Dendrocoelum
tuzetae à
9°C
6
0,570
0,095
13,5
0,553
0,041
7,5
0,540
0,072
15,1
0,709
0,047
10,3
0,319
0,031
16,7
1,135
0,068
11,4
0,285
0,025
17
0,765
0,045
11,7
0,620
0,053
17,5
0,490
0,028
Dendrocoelum
regnardi à
9°C
5,7
0,729
0,128
40,8
1,754
0,043
28
1,876
0,067
41
0,779
0,019
32
1,344
0,042
41,5
1,079
0,026
36,2
1,267
0,035
47,3
0,804
0,017
39
1,755
0,045
52,3
0,575
0,011
Dendrocoelum
album à 9°
C
35,5
1,953
0,055
52
2,652
0,051
46,7
1,962
0,042
53
2,544
0,048
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
229
Tableau XI. — Mesures du métabolisme respiratoire,
compte tenu du poids de Dendrocoelum tuzetae (méthode manométrique) à 14°C.
Poids en mg
Durée en heures
Consom. 0_
pl/h/ind.
I.R.
10,5
8
0,687
0,065
10,8
8
1,276
0,098
11
12
0,394
0,035
11,4
8
0,984
0,008
12,7
12
0,656
0,051
15
10
1,178
0,078
Source : MNHN, Paris
230
NICOLE GOURBAULT
Tableau XII. — Mesures du métabolisme respiratoire de Triclades soumis à un éclairement.
Poids en mg
Consom.0_
pl/h/ind.
I.R.
Poids en mg
Consom.0_
pl/h/ind.
I.R.
Plagnolia vandeli à 14°C
(méthode manométrique)
6,5
0,507
0,078
10,1
0,470
0,046
8,5
0,940
0,110
11,1
0,235
0,021
8,6
0,706
0,082
11,4
0,400
0,034
9
0,882
0,098
12,3
0,785
0,062
9,2
0,828
0,090
12,6
0,530
0,042
D. (Amyaden
um) chattoni
à 14°C (méthode manomét
ique)
24
1,900
0,078
41,8
2,845
0,068
31,3
2,276
0,072
48,5
3,210
0,066
35
2,470
0,070
51
3,065
0,060
Consommation 0 ^ en pl/h/
individu
Espèce
Temps
Plagnolia vandeli
D. (Amyad
enium)
chattoni
1ère heure
3,925
3,140
2e "
2
,355
0,785
3e "
1,570
4e
2,355
5e
1,570
6e "
3,140
7e
3,925
8e "
0
,785
0,785
9e "
0
,785
0,785
10e "
0,785
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES SUR LES TRICLADES PALUDICOLES HYPOGÉS
231
Tableau XIII. — Mesures du métabolisme respiratoire de fragments de Plagnolia vandeli en régénération,
à 14°C, compte tenu du poids de l’animal.
Poids en mg
(fragment
ant.)
Consom.O»
pl/h/ind.
I.R.
Poids en mg
(fragment
post.)
Consom.0_
pl/h/ind.
I.R. .
Mesures effectuées après
amputation
(méthode chimique)
0,8
0,140
0,170
°,9
0,083
0,092
1,1
0,155
0,140
1,4
0,133
0,095
2,3
0,165
0,070
2,6
0,220
0,083
4,5
0,226
0,049
3,2
0,246
0,077
5,1
0,102
0,020
4
0,090
0,020
6,2
0,188
0,030
5,7
0,050
0,008
7,5
0,113
0,015
5,9
0,060
0,010
7,7
0,130
0,017
7,8
0,150
0,019
9,2
0,086
0,009
10,3
0,145
0,014
Mesures effectuées un mois après amputation (méthode manométrique)
0,9
0,080
0,088
1,6
0,148
0,090
1,5
0,105
0,069
3,2
0,155
0,048
5
0,211
0,042
4,5
0,138
0,030
7,3
0,078
0,010
10
0,410
0,041
Source : MNHN, Paris
232
NICOLE GOURBAULT
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3. Grotte du Goucil-di-Hcr ; Station 15.
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ni: II. I, Dendroco-lum alriostricluni, teslicnle y 2'iO ; liématoxyline Ferri |uc-érvllirosiur. 2, D. lAniyadcnittni)
beaucliampi, ovaire x 400; bleu alcian-hcmalun-phloxine. 3 el 5, />. ( Amyadcniitw | challoni, coupes sagittales
d'appareils copulaleurs de deux individus en copulation X 45 ; bleu aleian-liéinalun-phloxine. 4, I). challoni,
accouplement X 4, in vivo, li, D. challoni, coupe sagiltalc du pénis un mois après une copulalion > 45 ; bleu alciau-
hémalun-phloxine. ch, canal de la bourse ; p, p, el p t , pénis ; sp, sperme ; vu, vésicule séminale.
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I'i.ancii i: III. Plagnolia vantleli x 200, fragments cil régénération après amputation céphalique : I et 2, après !l
et 12 jours; bleu alcian-liénialuii-pliloxine. 3 et 'i, après 30 et '18 jours ; vert île inélliyle-pyronine. 5 et (i, après
•'18 et tîO jours ; bleu alcian-hémalun-phloxine. 7, régénérât 100 jours après amputation postérieure : bleu aleian-
hcmalun-pliloxine. 8, régénérât céphalique «le 100 jours ; vert de méthyle-pyroninc. r, cerveau.
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NATIONALE
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
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t5 OC i. îà/2
En vente à la Bibliothèque centrale du Muséum,
38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, Paris (5 e )
C.C.P. : Paris 9062-62
Annuaire du Muséum national d'Histoire naturelle (paraît depuis 1939).
Archives du Muséum national d'Histoire naturelle (depuis 1802. In-4°, sans périodicité).
Bulletin du Muséum national d'Histoire naturelle (depuis 1895 ; 6 numéros par an).
Grands naturalistes français (depuis 1952. Sans périodicité).
Mémoires du Muséum national d’Histoire naturelle (depuis 1936. Depuis 1950, nouvelle série en 3
(puis 4) parties : A. Zoologie ; B. Botanique ; C. Sciences de la terre ; D. Sciences physico-chi¬
miques. Sans périodicité).
Notes et Mémoires sur le Moyen-Orient (depuis 1933. In-4°, sans périodicité).
Publications du Muséum national d'Histoire naturelle (depuis 1933. Sans périodicité).
PUBLICATIONS DES LABORATOIRES DU MUSÉUM
En vente & l’adresse de chaque laboratoire
Bulletin du Laboratoire maritime de Dinard (Ille-et-Vilaine). Depuis 1928.
Objets et Mondes. La revue du Musée de l’Homme. Directeur : M. J. Millot, Palais de Chaillot, Paris (16 e ) ;
depuis 1961 ; trimestriel.
Mammalia. Morphologie, Biologie, Systématique des Mammifères. Directeur : M. J. Dorst, Labora¬
toire de Zoologie des Mammifères, 55, rue Buffon, Paris (5 e ) ; depuis 1936 ; trimestriel.
Index Seminum Horti parisiensis. Service des Cultures, 61, rue Buffon, Paris (5°) ; depuis 1882 ;
échange.
Journal d'Agriculture tropicale et de Botanique appliquée, suite de Revue internationale de Botanique
appliquée et d’Agriculture coloniale, depuis 1954. Laboratoire d’ethnobotanique, 57, rue Cuvier,
Paris (5 e ).
Adansonia (suite aux Nolulae Systemalicae). Directeur : M. A. Aubréville, Laboratoire de Phanéro-
gamie, 16, rue Buffon, Paris (5 e ) ; sans périodicité.
Revue Algologique. Directeur : M. R. Lami, Laboratoire de Cryptogamie, 12, rue Buffon, Paris (5 e ) ;
depuis 1924.
Revue Bryologique et Lichénologique. Directeur : M me V. Allorge, Laboratoire de Cryptogamie ; depuis
1874.
Revue de Mycologie. Directeur : M. Roger Heim, Laboratoire de Cryptogamie ; depuis 1928.
Cahiers de La Mabohé. Directeur : M. Roger Heim, Laboratoire de Cryptogamie, 12, rue Buffon,
Paris (5 e ) ; depuis 1963.
Pollen et Spores. Directeur : M me Van Campo, Laboratoire de Palynologie, 61, rue Buffon, Paris (5 e ) ;
depuis 1959 ; semestriel.
Source : MNHN, Paris