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MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série A, Zoologie
TOME LXXVII
Irène LANDAU
DIVERSITÉ DES MÉCANISMES ASSURANT LA PÉRENNITÉ
DE L’INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
PARIS
EDITIONS DU MUSÉUM
38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire (V e )
1973
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MEMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Série A, Tome LXXVII
DIVERSITÉ DES MÉCANISMES ASSURANT LA PÉRENNITÉ
DE L’INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
par
Irène Landau
Laboratoire de Zoologie (Vers), associé au C.N.R.S Muséum National d’Histoire Naturelle.
57 rue Cuvier. 75005 Paris
SOMMAIRE
Pages
SOMMAIRE. 1
REMERCIEMENTS. 3
INTRODUCTION. 5
Première partie : ADAPTATIONS DU SYSTÈME DU SPOROZOÏTE (CAS DES COCCIDIES).
KYSTES ASSURANT A LA FOIS LA LATENCE DE L’INFECTION ET LA TRANSMISSION
PAR PRÉDATION. 6
I. _ Kystes endogéniques : mise en évidence chez Hepatozoon . 6
Schéma général du cycle. 6
Interprétation. 9
H, _ Mécanismes apparentés : Recherches personnelles. 9
A. Klossiellidae . 9
Schéma général du cycle. 10
Interprétation. 12
B. Scheüackiidae — Lankesterellidae . 12
Descriptions. 13
a) Schellackia brygooi n. sp. 13
b) Lainsonia iguanae n. g. n. sp. 15
c) Lankesterella sp. 17
Interprétation. 18
C. Cas particulier d’Hepatozoon prodhoni n. sp. — Stockage des gamétocytes —
Convergence avec les mécanismes précédents . 19
Description. 19
Interprétation. 20
III. — Mécanismes apparentés : Interprétation de données bibliographiques_ 21
A. Toxoplasma . 21
B. Karyolysus . 21
2 564 037 6
2
IRÈNE LANDAU
IV. — Discussion. 22
A. Le processus d’enkystement . 22
1) Modalités et rôle. 22
2) Origine et évolution. 23
3) Importance. 23
B. Hypothèses sur l’évolution des Coccidies . 24
Deuxième partie : ADAPTATIONS DU SYSTÈME DU GAMÉTOCYTE (CAS DES HÉMOSPORIDIES).
SCHIZONTES À ÉVOLUTION CHRONIQUE ASSURANT LES RECHUTES SANGUINES 25
I. — Habmoproteidab de Chiroptères — Schizontes vasculaires chroniques.. 25
A. Haemoproteidae de Mégachiroptères — Dualité des schizontes tissulaires chez les
Hepatocystis . 25
1) Schéma général du cycle d’un Hepatocystis à rechutes saisonnières. 25
2) Étude d’Hepatocystis perronae . 27
o) Exposé récapitulatif des observations effectuées. 27
b) Schizontes intra-parenchymateux ; arguments en faveur
de leur évolution aiguë. 27
c) Schizontes intra-vasculaires ; arguments en faveur de leur
évolution chronique. 28
d) Comparaisons avec d’autres Hémoprotéides. 29
B. Haemoproteidae de Microchiroptères — Infections permanentes (Polychromophi-
lus 8p.) — Infections saisonnières (Hepatocystis sp.) . 29
1) Allure des infections dans la nature. 30
Gamétocytémie. 30
Sporogonie. 30
Formes tissulaires. 31
2) Descriptions. 33
Gamétocytes. 33
Sporogonie. 35
Schizogonie. 35
3) Interprétation des différentes formes observées. 37
C. Analogies entre les Hémoprotéides — Infections permanentes — Infections sai¬
sonnières . 39
à) Parasites se classant dans la première catégorie (infections per¬
manentes). 41
6) Parasites se classant dans la seconde catégorie (infections saison¬
nières). 42
II. _ Plasmodiidae de Ronceurs — Schizontes hépatiques chroniques. 44
A. Infections naturelles . 44
1) Infection sanguine. 44
2) Infection tissulaire. 45
a) Morphologie. 45
è) Évolution. 47
B. Infections expérimentales . 48
1) Schizontes hépatiques retardés. 49
a) Rongeurs adultes en homéothermie. 49
b) Rongeurs jeunes et adultes en hypothermie. 49
2) Parasitémie chronique. 51
III. — Discussion. 53
RÉSUMÉ — CONCLUSIONS. 56
BIBLIOGRAPHIE.»..c................. 60
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L'INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
3
REMERCIEMENTS
Je prie le Professeur A. G. Chabaud, mon Directeur de thèse, de trouver ici l’expression de ma
reconnaissance la plus profonde pour avoir guidé et stimulé mes recherches avec patience et compré¬
hension. Qu’il sache à quel point travailler dans le laboratoire qu’il anime est un plaisir et combien
on s’y sent à la fois libre et épaulé.
Je remercie très vivement le Professeur J. Bergerard pour avoir bien voulu présider le jury
de ma thèse et pour l’intérêt qu’il a toujours témoigné à mes recherches.
Que le Professeur P.-P. Grassé trouve ici l’expression de ma gratitude pour l’honneur qu’il
m’a fait en acceptant de faire partie de mon jury et pour l’aide importante qu’il m’a apportée par ses
remarques et ses critiques.
Mes remerciements les plus sincères vont également au Professeur A. Hollande pour sa gentil¬
lesse et ses conseils chaque fois que je les ai sollicités et pour avoir accepté d’être membre de mon jury.
Je voudrais remercier très spécialement le Professeur P. C. C. Garnham, membre de mon jury,
pour avoir été dès le début de mon apprentissage mon maîte et mon guide en Protozoologie. Je lui
exprime toute ma reconnaissance pour la bienveillance et la gentillesse avec laquelle il m’apporte
constamment aide, conseils et renseignements et pour m’avoir fait partager son enthousiasme pour
la Protozoologie parasitaire.
J’adresse également mes remerciements au Docteur R. Killick-Kendrick qui m’a tant appris ;
il a été pour moi constamment un exemple par son savoir, son enthousiasme, sa compétence et son
objectivité ; je lui exprime ici ma gratitude et mon admiration.
Je voudrais remercier mes amis de langue anglaise qui ne m’ont ménagé ni leur aide ni leurs
conseils et critiques amicaux : le Docteur E. U. Canning qui est si souvent venue à mon secours lorsque
j’avais besoin de renseignements ou de matériel, le Docteur R. Lainson qui m’a reçue dans son labora¬
toire de Bélem (Brésil) et m’a permis d’examiner un matériel passionnant, le Professeur R. S. Bray
dont les critiques de mon travail m’ont stimulée et m’ont évité beaucoup d’erreurs, le Professeur
W. Peters qui m’a souvent encouragée et conseillée.
Je suis très reconnaissante au Docteur E. R. Brygoo qui m’a fourni un matériel particulièrement
intéressant, m’a permis, au cours de mon séjour à l’Institut Pasteur de Madagascar, d’effectuer mon
travail sur Hepalozoon domerguei et l’a si souvent discuté avec moi.
Je voudrais remercier très vivement Monsieur J. P. Adam, Inspecteur de Recherches à
l’O.R.S.T.O.M. avec qui j’ai très souvent collaboré ; une grande partie de ce travail est le résultat,
soit de recherches menées en commun, soit de l’étude d’un matériel particulièrement abondant et sou¬
vent rare qu’il m’a envoyé.
Que le Docteur F. Petter, que j’ai si souvent consulté, veuille bien accepter ma reconnaissance
profonde pour l’importance des renseignements qu’il m’a fournis et le matériel considérable qu’il m’a
procuré.
Ce travail n’aurait pas été possible si je n’avais bénéficié de l’aide matérielle de l’Organisation
Mondiale de la Santé et des critiques et conseils des animateurs de la section « Recherches et Informa¬
tions techniques » (Division de l’Éradication du Paludisme). Que les Docteurs Bruce-Chwatt, Lepes,
Haworth et Bertagna trouvent ici l’expression de ma gratitude la plus sincère.
Source : MNHN, Paris
IRÈNE LANDAU
Je tiens à remercier mes collègues et amis du laboratoire pour leur patience, leur gentillesse et
leur aide.
Enfin j’adresse mes affectueux remerciements à mes parents qui m’ont déchargée de tant de
soucis matériels et familiaux et en particulier ma mère qui m’a traduit de très nombreux textes alle¬
mands.
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L'INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
INTRODUCTION
La présence, dans le foie de Rongeurs sauvages paludéens de République Centrafricaine, de
schizontes hépatiques d’aspect chronique, distincts des schizontes pré-érythrocytaires aigus, a consti¬
tué une découverte inattendue dont l’étude s’est révélée difficile du fait qu’il n’est pas possible de les
reproduire dans les conditions expérimentales habituelles. Certains artifices de laboratoire (inocula¬
tion de Rongeurs à thermorégulation imparfaite) ont permis de les obtenir et de démontrer ainsi leur
nature malarique. Leur rôle présumé dans le déterminisme des rechutes du paludisme, reste difficile
à étudier directement, étant donné la chronicité de la parasitémie, même après passage direct de sang
infecté.
Pour mieux approfondir le problème et comprendre le rôle de ces schizontes chroniques, il a
paru nécessaire de tenter d’établir leur signification phylogénétique. Nous avions tout d’abord pensé
qu’il s’agissait d’une schizogonie répétitive, mais l’étude des Coccidies et des Hémosporidies nous a
amenée peu à peu à considérer que la forme chronique, qui nous intéresse n’est pas répétitive, et cons¬
titue un phénomène fondamental, alors que les schizogonies rapides et successives sont des éléments
nouveaux, surajoutés au cycle primitif.
11 nous a paru que l’échelle phylétique s’établissait plus aisément en admettant, chez les Hémo¬
sporidies les plus primitives, l’existence de gamogonies annuelles, séparées par deux schizogonies,
l’une lente inter-saisonnière, l’autre aiguë et saisonnière produisant les gamétocytes.
Parallèlement, l’étude des Coccidies nous a amenée à faire une très large part à la prédation et
aux formes kystiques d’attente, responsables de la pérennité de l’infection, dans l’établissement des
caractères fondamentaux à partir desquels se sont faites les adaptations évolutives.
Dans ce travail, nous avons effectué une synthèse des études expérimentales venant à l'appui
de ces notions en utilisant certains de nos travaux, déjà publiés ailleurs et dont nous ne ferons que rap¬
peler brièvement les résultats, des observations nouvelles et des données bibliographiques. L’hypothèse
proposée au terme de cette étude nous paraît cohérente du fait qu’elle nous a permis de prévoir cer¬
tains résultats expérimentaux (kystes de Klossiella par exemple) et qu’elle autorise à considérer comme
conformes à la règle certains cycles décrits précédemment comme atypiques (ceux de Karyolysus et
de Toxoplasma par exemple).
Le travail est divisé en deux parties qui opposent les mécanismes de pérennité des Coccidies à
ceux des Hémosporidies. Les premiers sont des adaptations du sporozoïte, les seconds des adaptations
de la première génération schizogonique. Il s'agit de processus qui nous paraissent de nature et d’évo¬
lution bien différentes et nous avons été amenée à faire une opposition entre « système du sporozoïte »
et « système du gamétocyte » qui seront définis de façon précise pages 39 et 40.
Source : MNHN, Paris
IRÈNE LANDAU
PREMIÈRE PARTIE
ADAPTATIONS DU SYSTÈME DU SPOROZOITE
(CAS DES COCCIDIES 1 ).
KYSTES ASSURANT À LA FOIS LA LATENCE DE L’INFECTION
ET LA TRANSMISSION PAR PRÉDATION
I. — KYSTES ENDOGÉNIQUES : MISE EN ÉVIDENCE CHEZ HEPATOZOON
Le cycle évolutif d 'Hepatozoon domerguei sera pris comme exemple de cycle où la formation
de kystes permet une contamination directe de Vertébré à Vertébré par simple prédation, car c’est
chez cette espèce qu’elle est la mieux connue.
Les protocoles expérimentaux et l’étude morphologique détaillée ont été publiés précédemment
(Landau, Chabaud, Michel et Brygoo, 1970 a, 1970 b et Landau, Michel, Chabaud et Brygoo, 1972 ;
nous ne traiterons donc ici que des caractères fondamentaux du cycle.
Schéma général du cycle (Fig. I)
Parasite : Hepatozoon domerguei Landau, Chabaud, Michel et Brygoo 1970.
Hôte naturel : Madagascarophis colubrina (Schlegel)
Vecteurs au laboratoire : Culex pipiens fatigans
C. p. pipiens
Anopheles slephensi
Hôtes vertébrés expérimentaux : M. colubrina
Lioheterodon modestus (Günther)
Python sebae (Gmelin)
Oplurus sebae (D. et B.)
Un Culicidé vecteur ingère des gamétocytes (o) enkystés dans une hématie en se gorgeant sur
un Reptile infecté. Les gamétocytes, qui ne présentent pas de dimorphisme sexuel, sont libérés de leur
coque dans l’estomac du Moustique et traversent la paroi digestive pour gagner l’hémocoele où ils sont
présents dès la sixième heure après le repas sanguin.
Le gamétocyte mâle s’accole au gamétocyte femelle (a), puis subit une division ; chacune des
cellules (b), issues de cette division, donne naissance à deux gamètes mâles bi-flagellés (c). L’un des
microgamètes féconde le macrogamète en le pénétrant (d) et forme l’oocyste (e). Cette phase dure
de 2 à 4 jours. Le développement de l’oocyste (f à j) est conforme à celui décrit par d'autres auteurs
(Mackerras 1962, Bail 1967) et aboutit à la formation de sporoblastes et de sporocystes dans lesquels
se différencient des sporozoïtes. Les premiers oocystes mûrs apparaissent vers le 10 e jour ; ils sont
de petite taille (moins de 100 p. de diamètre) et contiennent de 4 à 20 sporocystes. La maturation des
1. Nous désignerons, dans ce travail, sous le nom de Coccidies tous les Coccidiomorphes à l'exclusion des Hémos-
poridies.
Source : MNHN, Paris
)i digestive et atteignent le
IRÈNE LANDAU
8
oocystes se poursuit pendant les 25 jours qui suivent, la taille de ceux qui mûrissent tardivement étant
nettement supérieure à 100 p (atteignant 250 p) et le nombre de leur sporocystes considérablement plus
élevé *.
Lorsque le Moustique est ingéré par un Reptile, l’oocyste et les sporocystes se rompent dans
le tube digestif (k) libérant des sporozoïtes (1). Ceux-ci traversent la paroi digestive et gagnent le foie
où ils envahissent une cellule parenchymateuse ou réticulo-endothéliale. Ils ont deux destinées dis¬
tinctes :
A — les uns se divisent et forment une première génération de schizontes primaires (m) conte¬
nant une trentaine de mérozoïtes ; les premiers mûrissent à 8 jours à 21°C mais beaucoup d’entre eux
ont un développement asynchrone plus lent. Les mérozoïtes libérés envahissent les cellules endothé¬
liales de tous les viscères (poumon, foie, rate, rein, cerveau, tube digestif, muscle) et forment des schi¬
zontes secondaires (n) contenant un nombre élevé de mérozoïtes (plus de cent) ; les plus précoces se
rompent vers le 20 e jour. Les mérozoïtes envahissent les globules rouges du sang et donnent les gamé¬
tocytes ;
B _ les autres se divisent par endogénie et constituent en 10 jours des kystes (m') contenant
rarement plus de 6 endocytes. Ces kystes sont des formes de latence : lorsqu’un Lézard est ingéré
par un Serpent, ils se rompent dans le tube digestif du prédateur et libèrent des endocytes. Ceux-ci
jouent très exactement le rôle des sporozoïtes (1) c’est-à-dire qu’ils peuvent engendrer le cycle A abou¬
tissant à la formation des gamétocytes dans le sang (m, n, o) et le cycle B avec formation de nouveaux
kystes viscéraux (m').
zontes II = schizontes secondaires.
1. Le rôle de ces deux populations d'oocystes paraît, selon des expériences préliminaires, distinct : l'ingestion
de la population précoce par un Oplure parait donner naissance uniquement à la sporogonie, celle d un mélange des deux
populations à la schizogonie et & l'endogénie.
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L'INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
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Interprétation
Ces données expérimentales permettent de comprendre que le cycle dans la nature puisse s’effec¬
tuer, soit par ingestion de Moustiques gorgés sur un porteur quelconque de gamétocytes (Serpent ou
Lézard), soit par ingestion d’un Reptile porteur de kystes (Fig. II). Ce second mode de transmission
parait avoir une importance considérable du fait que nous avons rencontré la souche spontanément
chez des Serpents et non chez des Lézards. Par ailleurs, certains Reptiles sont aptes à la réalisation du
cycle B, alors qu’ils sont réfractaires au cycle A. Ainsi, Lacerla muralis (Laurenti), infecté par l’inges¬
tion d 'Anopheles stephensi, ne présente dans ses tissus que des schizontes primaires et des kystes ; il
n’y a pas de gamétocytémie. Toutefois, il transmet le parasitisme, lorsque ses tissus sont ingérés par
un Reptile réceptif. Il apparaît donc que le cycle B a un spectre d’hôtes plus large.
En résumé : La pérennité du parasitisme dans la nature est assurée de deux façons :
1) Par le double cycle d’ Hepatozoon qui comprend : — un cycle rapide (A) avec multiplication
schizogonique, gamogonie, sporogonie et transmission par l’Arthropode vecteur, — un cycle (B) com¬
prenant une phase d’attente (kystes), dans les tissus d’un premier hôte vertébré et une phase rapide (A),
différée, car elle n’évolue que si le premier hôte est ingéré par un deuxième hôte réceptif, prédateur.
2) Par la persistance des kystes dans les tissus de l’hôte vertébré.
Le phénomène paraît être très général, car des formes que l’on peut morphologiquement rat¬
tacher à des kystes sont retrouvées dans presque toutes les descriptions de formes tissulaires d 'Hepa¬
tozoon (Bail 1958, fig. 17, page 278 ; Clark 1958, fig. 16, page 62 ; Furman 1966, fig. 11, page 378). Par
ailleurs, nous avons trouvé des kystes dans presque toutes les autopsies de Serpents ou de Mammifères
porteurs d’Hémogrégarines. Enfin, citons ici la présence de kystes identiques à ceux d 'Hepatozoon dans
le foie de Microchiroptères du Congo-Brazzaville chez lesquels aucune Hémogrégarine n’a été trouvée
(voir plus loin). Nous interprétons ces formes comme des kystes d’un Hepatozoon, dont l’hôte vertébré
n est pas connu, mais qui serait transmis par l’un des Insectes hématophages dont se nourrissent les
Chauve-souris.
II. — MÉCANISMES APPARENTÉS : RECHERCHES PERSONNELLES
A. — Klossiellidae
Le cycle de Klossiella mabokensis, étudié en collaboration avec Y. Boulard, sera pris comme
exemple de cycle où la formation de kystes ne joue probablement dans la nature qu’un rôle indirect,
par l’intermédiaire d’animaux prédateurs non réceptifs. En effet, la formation de kystes endogéniques
infectants a été observée chez K. mabokensis au laboratoire. Les Klossiella étant généralement des
parasites d’animaux non prédateurs, il semble peu probable qu’un mécanisme analogue à celui qui existe
chez Hepatozoon puisse jouer un rôle important dans la nature. Par contre, les résultats inattendus
de certaines expériences de transmission par ingestion de kystes tissulaires, apportent de très fortes
présomptions en faveur d’un passage en transit digestif de kystes non digérés, qui sont infectants après
excrétion dans le milieu extérieur. La dissémination de formes infectantes par voie stercorale pourrait
ainsi assurer, dans la nature, la diffusion du parasitisme à distance.
Les grandes lignes du cycle expérimental chez la Souris blanche ont été publiées ailleurs (Bou¬
lard et Landau 1971) et les détails des expériences de transmission par ingestion de différents organes
contenant des kystes figurent dans la thèse de Yves Boulard (1972). Nous nous contenterons de com¬
menter le schéma général du cycle tel que nous l’interprétons.
Source : MNHN, Paris
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IRÈNE LANDAU
Schéma général du cycle (Fig. III)
Parasite : Klossiella mabokensis Boulard et Landau, 1971.
Hôte vertébré naturel : Praomys jacksoni (De Winton)
Hôte vertébré expérimental : Praomys jacksoni
Souris blanche
Les gamétocytes libérés lors de la rupture d’un schizonte de troisième génération (q) pénètrent
dans une cellule épithéliale du tube rénal où ils se différencient en gamétocytes mâle et femelle (a).
La cellule parasitée s’hypertrophie dès la pénétration des gamétocytes et fait saillie dans la lumière du
tube à la paroi duquel elle reste rattachée par un pédicule. Le microgamétocyte se divise au contact
du macrogamète en 4 gamètes ronds et sans flagelles (b). Le macrogamète sera fécondé par l’un d’entre
eux (c) et l’oocyste (d) commence son évolution : sa taille augmente jusqu’à remplir toute la lumière
du tube rénal, son noyau se divise en 12 noyaux fils (e) en moyenne, puis le cytoplasme s’individualise
autour de chaque noyau et s’entoure d’une membrane pour former le sporoblaste (g). Ce dernier se
transforme en sporocyste contenant 20 sporozoïtes et l’oocyste mûr (h) se rompt (i) en libérant les
spores (j) dans les conduits urinaires. La durée d’évolution de la sporogonie est de 15 jours, la première
génération étant synchrone, les générations ultérieures asynchrones. Les spores excrétées avec l’urine
dans le milieu extérieur seront ingérées par un deuxième hôte dans le tube digestif duquel elles vont
se rompre (k).
Les sporozoïtes libérés traversent la paroi intestinale et poursuivent une double destinée :
A) les uns se dirigent vers les cellules réticulo-endothéliales de l’axe conjonctif des villosités intes¬
tinales où a lieu une première schizogonie (1) dont la durée est d’environ un mois : les schizontes mesurent
de 15 à 20 p. et contiennent 30 à 100 noyaux. Une deuxième génération schizogonique (m) fait suite
à la première dans la capsule de Bowman du glomérule rénal ; sa durée est d’environ 15 jours ; les schi¬
zontes sont petits, mesurant 19 fx X 14 (x en moyenne et contiennent moins de 70 noyaux ; leur cyto¬
plasme est très peu colorable. Elle donne naissance à une troisième génération de schizontes, envahis¬
sant les glomérules, mais également les cellules réticulo-endothéliales non glomérulaires du rein et celles
des autres viscères (foie, rate, poumon). Cette fois les schizontes sont de grande taille, pouvant atteindre
28 (X X 48 p. dans le glomérule et contiennent un nombre élevé de noyaux (200) et un cytoplasme dense.
Ils donnent naissance aux premiers gamétocytes deux mois après la contamination. L’ensemble du
cycle depuis la contamination jusqu’à l’excrétion des premières spores urinaires dure 2 mois 1/2.
B) les autres pénètrent dans des cellules réticulo-endothéliales du foie, du poumon et de la rate
pour y former de petits kystes (s) dont la morphologie est presque identique à celle des spores excrétées
Fig. III : Cycle biologique de Klossiella mabokensis ; d’après Boulard, 1972.
X : Contamination directe : Le Rongeur se contamine par léchage ou ingestion d'aliments souillés d'urine,
a, b, c : gamétogenèse et fécondation
d : oocyste uninucléé
e, f, g : formation des sporoblastes
h : formation des sporocystes
i : rupture de l'oocyste
j : spores libérées de l’oocyste
k : libération des sporozoïtes dans le tube digestif de l'hôte réceptif
1 : l re génération schizogonique = schizogonie intestinale
m, n : 2 e génération schizogonique = schizogonie rénale
o, p, q : 3 e génération schizogonique = gamogonie
r : gamétocytes
Y : Transit digestif de kystes : Un animal prédateur non réceptif dissémine à distance les kystes ingérés avec une proie
infectée.
Z : Contamination à distance : Un Rongeur réceptif se contamine par ingestion des kystes excrétés par le prédateur (Y).
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L'INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES 11
I
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12
IRÈNE LANDAU
par le rein ; leur membrane est cependant plus épaisse et le nombre moyen d’endocytes (25) supérieur
à celui des sporozoïtes (20) contenus dans une spore.
Ces kystes sont des formes de latence et de résistance : ingérés par une Souris, certains d’entre
eux vont se rompre dans le tube digestif et déterminer une infection tout à fait comparable à celle que
l’on obtient lors des contaminations par spores urinaires. D’autres resteront inaltérés et seront évacués
avec les matières fécales ; ingérés par une troisième Souris, ils sont infectants, et là encore, déterminent
l’apparition d’une infection analogue aux précédentes.
Interprétation
Ces données expérimentales permettent de comprendre que, théoriquement, les kystes pour¬
raient jouer dans la nature le même rôle que ceux d 'Hepatozoon. Or Klossiella étant un parasite d’ani¬
maux non prédateurs, ce n’est pas le cas, et nous avions (Boulard et Landau 1971) interprété ces formes
comme un reliquat non fonctionnel d’un cycle plus primitif, la transmission ayant surtout lieu par
ingestion d’aliments contaminés par les urines et par léchage avec probablement auto-infection. Ainsi
les Rongeurs qui vivent isolément ou par couples, sur un territoire limité, doivent s’infecter et se réin¬
fecter continuellement par les spores urinaires excrétées par eux ou par leurs congénères. La mise en
évidence d’une contamination possible par voie stercorale, à partir de kystes en transit dans le tube
digestif, permet de supposer que ce sont les animaux prédateurs qui sont les responsables de la dissé¬
mination de l’infection à distance.
B. - ScHELLACKIIDAE - LANKESTERELLIDAE
Des sporozoïtes sanguins de parasites appartenant à l’une ou l’autre des deux familles sont
fréquemment rencontrés dans le sang de Lézards, de Batraciens et, dans une plus faible mesure,
d’Oiseaux. Nous les avons observés chez : Rana esculenta L. de Corse, Rana ( Ptychadena ) mascareniensis
(D. et B.) de Madagascar, Bufo regularis (Reuss) et Rana tigrina Daudin du Congo-Brazzaville, Bufo
marinas (L.) de Guyane et du Brésil, Oplurus sebae (D. et B.), O. cyclurus (Merrem) de Madagascar,
Lacerta muralis de France et de Corse, Lacerta sicula Rufînesque d’Italie et Iguana iguana (L.). du Brésil.
Nous avons été frappée par le nombre et la persistance pendant des mois des sporozoïtes sanguins, con¬
trastant avec l’absence presque constante de formes de division tissulaire.
Dans ce chapitre, nous décrirons trois espèces : Schellackia brygooi n. sp., parasite d’Oplures
malgaches, Lainsonia iguanae n. g., n. sp., parasite d’iguanes sud-américains et LankestereUa sp.,
parasite de Grenouilles vertes de Corse. Les organes ont été fixés par le Carnoy ; les frottis colorés par
le Giemsa et les coupes histologiques par la méthode du Giemsa-collophane.
La formation de kystes endogéniques n’a pas lieu chez les Lankesterellidae et Schellackiidae.
Par contre, l’oocyste se forme et se rompt chez l’hôte vertébré et les sporozoïtes libérés pénètrent dans
une cellule sanguine périphérique ou réticulo-endothéliale profonde où ils restent en diapause. Nous
développerons, au cours de l'exposé, les analogies et les différences entre la latence du sporozoïte de
ces parasites et celle de l’endocyte A'Hepatozoon.
Fig. IV.
1 à 8 = Schellackia brygooi ; 9 à 12 = Hepatozoon prodhoni.
1 — Schizonte mûr ; 2, 3 — jeunes microgamétocytes ; 4 — gamètes mâles ; 5 — macrogamète et microgamète accolés ;
6 — jeune oocyste ; 7, 8 — oocystes mûrs —- noter l’absence de membrane limitante ; 9 — gamétocyte dans un
monocyte du sang périphérique ; 10 — accumulation de gamétocytes stockés dans une cellule pigmentaire du
foie ; 11 — môme phénomène en coupe histologique ; 12 — kyste en coupe.
1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8,11,12 — coupes histologiques ;
9, 10 — frottis par apposition ;
(X 1046).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L'INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
13
Descriptions
1. — Scheüackia brygooi n. sp. (Fig. IV, page 12)
Hôtes vertébrés naturels : Opiums sebae (D. et B.) (matériel type)
Opiums cyclurus (Merrem)
probablement aussi : Chamaeleo brevicornis Günther 1
Vôte vertébré expérimental : Opiums sebae
Vecteurs expérimentaux : Culex pipiens fatigans
Culex pipiens pipiens
En mars 1969, l’examen du sang d’Iguanidés malgaches a révélé la présence de sporozoïtes
chez deux espèces : Oplurus cyclurus capturés à Tuléar et à Ihotry, Oplurus sebae provenant de Majunga.
Des Culex pipiens fatigans, récoltés à l’état d’œufs et de larves dans les mares des environs
de Tananarive et éclos au laboratoire, ont été gorgés sur un Oplurus cyclurus infecté ; ils ont été ingérés,
après un délai d’un mois, par un très jeune Oplurus sebae apparemment indemne de toute parasitémie.
Vingt-neuf jours plus tard, le sang de ce dernier a été envahi par des sporozoïtes identiques à ceux
des infections naturelles, et l’animal sacrifié. L’examen histologique des tissus a permis d’observer,
au niveau du début de l’intestin grêle, une multiplication parasitaire active, schizogonique et sporo-
gonique. Par ailleurs, le système réticulo-endothélial des autres organes est le siège d’une accumulation
importante de sporozoïtes, mais aucune forme de division n’a été observée en dehors de l’intestin.
Nous décrirons donc 5. brygooi n. sp. essentiellement chez l 'Oplurus sebae 276 LL infecté expé¬
rimentalement ; le matériel type est constitué par 6 lames déposées au Muséum National d’Histoire
Naturelle, sous les N° PI 230 à 235.
Schizogonie
La jeune forme asexuée, uninucléée, est une petite masse irrégulière et compacte, siégeant au
pôle apical de la cellule épithéliale. Le noyau est constitué par un grand nucléole prenant fortement le
colorant et un nucléoplasme très clair, rose pâle ou incolore. Le cytoplasme, granuleux, se colore en
bleu vif et contient des aggrégats basophiles plus ou moins denses.
Avant la division nucléaire, le futur schizonte grandit jusqu’à occuper parfois tout 1 espace
entre l’apex de la cellule épithéliale et son noyau ; un des pôles du noyau de la cellule hôte peut être
aplati par le schizonte, mais la présence de celui-ci n’entraîne pas de déformation importante. Les
noyaux du schizonte sont généralement périphériques, grands, irréguliers, constitués par des grams
de chromatine de forme et de taille variables. Leur plus grande taille et leur aspect irrégulier permettent
de les distinguer des noyaux du microgamétocyte. À maturité (Fig. IV, 1), le schizonte contient un
nombre élevé de schizozoïtes (20 à 40) allongés, droits, parallèles et un corps résiduel plus ou moins
volumineux.
Gamogonie
Le microgamétocyte évolue généralement dans une cellule épithéliale, mais peut être rencontré
dans l’axe conjonctif de la villosité intestinale. C’est une formation allongée, prenant fortement le colo¬
rant. Le cytoplasme est granuleux et dense, bleu foncé. Les noyaux, nombreux, sont périphériques ;
d’abord compacts, allongés, pointus aux deux extrémités (Fig. IV, 2), ils paraissent se creuser d’une
cavité centrale (Fig. IV, 3) qui, en grandissant, rompt la continuité de la périphérie ; le noyau, ainsi
ouvert, prend une forme en virgule, puis s’allonge et devient filiforme (Fig. IV, 4). Les microgamètes
ont l’aspect de filaments rouges, incurvés, disposés en faisceaux parallèles appliqués à la surface d’un
corps résiduel, formé de masses cytoplasmiques très denses et irrégulières.
1. Brygoo (1965) signale chez le Caméléon des formes sanguines comparables à celles du parasite que nous décri¬
vons ; il les a désignées sous le nom de Schellachia sp.
Source : MNHN, Paris
14
IRÈNE LANDAU
Le gamétocyte femelle se développe habituellement dans une cellule réticulo-endothéliale de
Taxe conjonctif de la villosité, parfois à la base d’une cellule épithéliale. Le macrogamète est une masse
arrondie, à contour régulier, bien limitée par une membrane nettement visible. Il mesure 8,3 p en
moyenne, pouvant atteindre 10,7 p. Le noyau est formé par un nucléole central très dense et prenant
fortement le colorant, entouré par une plage rose mal délimitée. Lorsque la coloration est peu poussée,
le nucléole est rose pâle ; il est limité par un anneau rouge et contient un grain central. Après hydrolyse
acide et coloration par le Giemsa, le nucléoplasme apparaît sous forme de petits grains de chromatine
irréguliers, entourant le nucléole ; ce dernier est invisible, après coloration par le Feulgen. Il n’y a pas
d’espace clair entre le noyau et le cytoplasme. Le cytoplasme est uniformément granuleux, contenant
de petites vacuoles rouges ; peu dense, il se colore en bleu pâle ; les grains azurophiles sont absents
à ce stade.
La localisation réticulo-endothéliale du macrogamète, son contour régulier, la coloration plus
soutenue du nucléoplasme et plus pâle du cytoplasme permettent de le différencier du schizonte encore
uninucléé.
Le macrogamète est souvent entouré par une gaîne rose formée par de nombreux microgamètes ;
ailleurs, un seul gamète mâle (Fig. IV, 5) est accolé au gamète femelle.
L’image de fécondation décrite par Reichenow (1919) avec aspect en fuseau du noyau du futur
oocyste est fréquente.
Sporogonie
Après la fécondation, le cytoplasme clair du macrogamète devient compact, avec apparition
de zones de condensation irrégulières et de grains azurophiles qui rendent difficile l’observation des
noyaux (Fig. IV, 6). Le contour de l’oocyste est irrégulier, un espace clair plus ou moins large apparais¬
sant entre le parasite et la cellule hôte. Par ailleurs, l’oocyste déforme fréquemment le noyau de la cel¬
lule hôte dans lequel il s’encastre.
La formation des sporozoïtes est difficile à suivre, car, malgré la très grande densité du para¬
sitisme dans l’infection que nous avons étudiée, il y a peu d’oocystes ayant dépassé le stade uninucléé.
La division nucléaire en 8 noyaux fils coïncide avec l’apparition de cristalloïdes qui sont disposés
à la périphérie de l’oocyste. Nous n’avons observé ni corps résiduel, ni images de perlage des sporo¬
zoïtes à la périphérie de l’oocyste. Dans l’oocyste mûr (Fig. IV, 7 et 8), les sporozoïtes paraissent libres
dans une cavité de la cellule hôte. Ils sont allongés, légèrement incurvés et contiennent quelques granules
azurophiles et un cristalloïde coiffé par un noyau formé de petits grains de chromatine.
Sporozoïtes libérés de l’oocyste chez l’hôte vertébré
L’oocyste mûr se rompt et libère les sporozoïtes qui pénétreront dans différentes cellules de l’hôte
vertébré : les globules rouges et blancs du sang périphérique, les cellules réticulo-endothéliales des organes
et en particulier les cellules pigmentaires.
Dans le globule rouge, à l’examen à frais, le sporozoïte mesure 13 p en moyenne ; il a une forme
allongée, droite, avec une extrémité plus effilée que l’autre. Il est contenu à l’intérieur d’une membrane
qui présente un renflement à l’une de ses extrémités. On distingue, à l’intérieur du parasite, un cristal¬
loïde unique de forme arrondie et des grains réfringeants.
Sur frottis coloré, certaines formes sont droites, fines, mesurant 10,7 X 2,3 p en moyenne et
ne sont pas entourées par une membrane. La majorité des sporozoïtes est plus globuleuse, mesurant
8 p X 3,8 p ou 9,2 p X 3 p ; ils sont renflés dans leur partie moyenne et plus effilés à l’une de leurs
extrémités qu’à l’autre. Seule la partie périphérique prend bien le colorant, alors que le reste du para¬
site est plus clair. Le cristalloïde, proche de l’extrémité la plus arrondie, occupe toute la largeur du
sporozoïte ; il est homogène et se colore en bleu pâle. Le noyau, généralement médian, est constitué
par des petits grains de chromatine disposés selon une bande transversale, dense au niveau des bords
latéraux, très claire au milieu. Le cytoplasme, très pâle, avec une zone de condensation périphérique,
contient quelques petites vacuoles rondes.
À l'intérieur des monocytes du sang périphérique, sur frottis colorés, le sporozoïte se trouve dans
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L’INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
15
une cavité de la cellule hôte ; on ne distingue ni coque ni membrane. Il est plus globuleux que dans
l’hématie, mesurant 10 pL X 4 p. en moyenne. Son cytoplasme contient quelques grains azurophiles.
Dans les cellules réticulo-endothéliales des organes, les sporozoïtes siègent, comme dans les mono¬
cytes, à l’intérieur d’une cavité arrondie qu’ils n’occupent pas entièrement.
Aucune coque n’est visible. Le polyparasitisme de la même cellule est fréquent, mais chaque
sporozoïte est toujours dans une loge individuelle. Mise à part la forme générale du parasite, qui est
droit, incurvé ou replié sur lui-même, sa morphologie est comparable à celle des éléments sanguins.
Sporozoïtes chez le vecteur (chez Culex pipiens pipiens)
Ils sont situés dans une cellule épithéliale de l’estomac. Là encore, le polyparasitisme est fré¬
quent et chaque parasite est contenu dans une loge individuelle non limitée par une membrane. La
cellule hôte ne paraît pas altérée.
La morphologie du sporozoïte est analogue à celle qu’il a dans le sang ; seul le noyau a une forme
particulière en barre transversale et une chromatine en petits grains très fins.
Nous nommons le parasite, décrit ci-dessus, Schellackia brygooi n. 8p. en hommage au Dr. E. R
Brygoo, directeur de l’Institut Pasteur de Madagascar. S. brygooi, parasite de Reptiles endémiques
de Madagascar, est le seul Hématozoaire de ce genre décrit jusqu’à présent de l’île. S. bolivari Rei-
chenow, 1919, parasite d’ Acanthodactylus vülgaris et de Psammodromus hispanicus, est le seul Héma¬
tozoaire de ce genre dont les formes tissulaires aient été décrites en détail. S. bolivari et S. brygooi
diffèrent par deux caractères morphologiques principaux :
1) présence d’un seul cristalloïde dans le sporozoïte de S. brygooi, de deux dans celui de S. boli¬
vari ; 2) nombre différent de mérozoïtes dans les schizontes (20 à 40 chez S. brygooi, 12 à 16 chez S.
bolivari).
2. — Lainsonia iguanae n. g. n. sp. (Fig. V, page 16)
Hôte vertébré naturel : Iguana iguana (L.)
Hôte invertébré expérimental : Aedes aegypti
En 1967, le sang de 3 Iguana iguana provenant d’Exu dans l’état de Pernambuco (Brésil) a
été examiné au Muséum.
Les trois Lézards étaient parasités par des sporozoïtes sanguins, mais l’autopsie n’a permis de
déceler que chez l’un d’entre eux les formes de multiplication tissulaire.
Par ailleurs, au cours d’une mission en Amérique du Sud, en novembre 1970, des sporozoïtes
identiques à ceux d’Exu ont été observés chez un Iguana iguana capturé à l’îlot La Mère, au large de
Cayenne et chez un autre spécimen capturé à Bélem du Para au Brésil. Des Aedes aegypti ont été gor¬
gés sur le Lézard de Bélem, qui avait une parasitémie très élevée ; un grand nombre de sporozoïtes a
envahi leurs cellules stomacales. N’ayant pas à notre disposition d 'Iguana iguana neuf, nous avons
fait ingérer les Moustiques à des Iguanidés malgaches (Oplurus sebae), mais aucune infection n’est appa¬
rue chez ces animaux.
Nous n’avons pas de preuve de l’identité des parasites provenant des trois localités. Toutefois,
l’hôte vertébré est le même et les parasites sanguins sont morphologiquement identiques dans les trois
cas ; nous considérons donc, provisoirement, qu’il s’agit du même parasite.
Le matériel type est constitué par 13 lames (frottis de sang, coupes et frottis par apposition
d’organes de l’Iguane 336XX capturé à Exu) ; il est déposé au Muséum National d’Histoire Naturelle
sous les n° PI 236 à 248.
La schizogonie et la sporogonie de Lainsonia iguanae évoluent essentiellement dans les cellules
réticulo-endothéliales (surtout pigmentaires) du foie et à un moindre degré de la rate. Il existe de très
nombreuses similitudes morphologiques entre Lainsonia iguanae et Schellackia brygooi ; nous insiste¬
rons donc surtout, au cours de la description, sur les caractères particuliers à Lainsonia.
Source : MNHN, Paris
16
IRÈNE LANDAU
Schizogonie
Les schizontes (Fig. V, 8) sont de petite taille, mesurant 12 p en moyenne. Les noyaux, granu¬
leux, irréguliers, compacts, plus grands que ceux du microgamétocyte, sont régulièrement dispersés
dans un cytoplasme granuleux et bien colorable.
Gamogonie
Le microgamétocyte (Fig. V, 2 et 3) a une forme généralement arrondie, parfois ovalaire. Il
mesure jusqu’à 15,3 p. Les noyaux sont périphériques, laissant libre presque toute la surface cytoplas¬
mique. Ils sont, tantôt allongés en virgule pleine, tantôt arrondis avec un centre clair et une périphérie
granuleuse. Les microgamètes apparaissent comme des filaments accolés à la périphérie du cytoplasme ;
sur frottis par apposition, on note un renflement à une de leurs extrémités.
Le macrogamète (Fig. V, 2) mesure de 17 à 20 p ; il est rond avec un contour régulier souligné
par une membrane ; la teinte du cytoplasme, très claire, contraste avec celle des autres formes para¬
sitaires et des cellules hépatiques environnantes. Le cytoplasme contient fréquemment des inclusions
qui sont de petits grains régulièrement répartis et dont la coloration est identique à celle des grains
de pigment contenus dans les cellules pigmentaires de l’hôte. Le noyau, généralement excentré, est de
grande taille, pouvant attendre 4 p. Il est formé par un nucléole arrondi, très chromophile et un nucléo-
plasme rose très pâle, limité par une membrane nucléaire irrégulière, nettement visible.
Le noyau de la cellule hôte est généralement déformé et souvent réduit à un croissant accolé
au parasite.
Sporogonie
Nous n’avons pas observé d’images de fécondation ; l’oocyste paraît subir la même évolution
que Schellackia. Il devient plus petit et plus compact que ne l’était le macrogamète, son contour devient
irrégulier et un espace clair se creuse entre le parasite et la cellule hôte (Fig. V, 4).
Le cristalloïde apparaît, avant la division nucléaire, sous forme d’une sphère de grande taille,
homogène, se colorant en bleu assez vif. Le noyau se divise, le cristalloïde se fragmente ; noyaux et
cristalloïdes se placent en alternance à la périphérie de l’oocyste (Fig. V, 5).
Le sporozoïte se forme par bourgeonnement à la périphérie d’un corps résiduel de grande taille
(Fig. V, 6 et 7) puis s’en détache. Le corps résiduel persiste dans l’oocyste mûr. Les sporozoïtes, au nombre
de 8, sont plus grands que ceux de Schellackia et sont caractérisés par la forme en bâtonnet compact,
et transversal de leur noyau.
Sporozoïtes libérés de l'oocyste
Leur devenir est le même que celui des sporozoïtes de Schellackia ; ils envahissent les globules
rouges, les monocytes du sang périphérique et les cellules réticulo-endothéliales des organes.
Les sporozoïtes intra-érythrocytaires sont contenus dans une cavité limitée par une membrane.
Leur forme est ovalaire globuleuse ouincurvée ; leurs deux extrémités sont arrondies. Us mesurent 11 p
X 7 p
Fio. V.
t à 8 = Lainsonia iguanae dans le foie ; 9 à 13 = Lankesterella sp. dans le sang et le foie.
1 — deux sporozoïtes dans une cellule réticulo-endothéliale ; 2 — en haut : macrogamétocyte, en bas : microgamétocyte ;
3 — microgamétocyte ; 4 — jeune oocyste ; 5 — oocyste immature avec cristalloïdes et noyaux périphériques ;
6 — bourgeonnement des sporozoïtes j 7 — oocyste mûr ; 8 — schizonte ; 9 — sporozoïte allongé ; 10 — sporo-
zoite replié sur lui-même ; 11,12 — sporozoïtes entourés par une coque, siégeant dans des macrophages ; 13 — accu¬
mulation de sporozoïtes dans un macrophage.
2, 4, 5, 6, 7, 8 — coupes histologiques ;
1, 3, 11, 12, 13 — frottis par apposition d'organes ;
9,10 — frottis de sang.
(x 1046).
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L'INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
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en moyenne. La presque totalité de leur cytoplasme est occupé par deux cristalloïdes de taille sensible¬
ment égale, situés de part et d’autre du noyau. Le noyau, granuleux, triangulaire, s’insinue entre les
deux cristalloïdes (Fig. V, 1).
Sporozoïtes chez Aedes aegypti
Leur morphologie est analogue à celle des sporozoïtes en attente dans les macrophages de l’hôte
vertébré. Comme ceux de S. hrygooi chez C. p. pipiens, ils siègent dans les cellules de l’estomac, à l’inté¬
rieur d’une loge individuelle.
Nous nommons le parasite décrit ci-dessus Laimonia iguanae n. g. n. sp., en hommage au
Dr. R. Lainson, directeur de la Wellcome Parasitology Unit à Bélem, Para (Brésil).
Les caractères de l’oocyste octozoïque asporé permettent de classer L. iguanae dans la famille
des Schellackiidae. Il se différencie du genre Schellackia par la localisation des formes de division tis¬
sulaire : système réticulo-endothélial du foie et de la rate chez Lainsonia, épithélium et conjonctif
de l’intestin grêle chez Schellackia.
Définitions : Lainsonia n. g., Schellakiidae Grassé, 1953 (Eimeridea) ayant une mérogonie, une
gamogonie et une sporogonie dans le système réticulo-endothélial. Espèce type unique : Lainsonia
iguanae n. sp.
3. — Lankesterella sp. (Fig. V, page 16)
Hôte vertébré naturel : Rana esculenta L.
7 Rana esculenta sur les 23 capturées à l’embouchure des rivières de la côte Est de Corse (Fiume
Orbo, La Bravone, Stabaccio) avaient des sporozoïtes dans leurs hématies, en août 1969. Nous n’avons
pas effectué de transmission et nos observations se limitent à l’étude des sporozoïtes chez l’hôte ver¬
tébré, car les seules formes de division tissulaires pouvant être rapportées avec certitude 1 à Lankes¬
terella, sont deux microgamétocytes trouvés dans des frottis par apposition du foie.
Sporozoïtes dans le sang
Ils envahissent essentiellement les globules rouges mûrs, rarement les réticulocytes ; aucune
forme n a été observée dans les mononucléaires du sang périphérique. Sur frottis colorés, les sporo¬
zoïtes sont tantôt allongés, droits ou légèrement incurvés, tantôt repliés à l’intérieur d’une coque de
forme arrondie ou ovalaire.
Dans le premier cas (Fig. V, 9), ils peuvent être tantôt fins, mesurant 9,2 p. X 2,5 p, de moyenne,
avec une extrémité plus effilée que l’autre, tantôt plus globuleux, longs de 7,5 p à 10 p, élargis au niveau
de leur partie moyenne qui atteint 3 p de large et mousses à leurs extrémités. Le noyau, généralement
médian, est allongé, formé de rubans de chromatine transversaux et de petits grains en bâtonnet.
Deux cristalloïdes de petite taille (1 p à 1,5 p) siègent de part et d’autre du noyau. Le cytoplasme,
peu dense, est bleu pâle. La membrane kystique, si elle est présente, ne prend pas le colorant.
Dans le second cas, le plus fréquent, le sporozoïte est replié sur lui-même à l’intérieur d’une coque
thromophile parsemée de petits granules roses (Fig. V, 10). Le contour général du parasite est arrondi,
ou, le plus souvent, ovalaire ; cependant, une des extrémités du sporozoïte dépasse l’autre et forme
une petite saillie. L’ensemble mesure en moyenne 6 p X 4,6 p. Le noyau est compact et granuleux,
le cytoplasme peu dense.
Dans les hématies, nous n’avons pas observé, comme dans les tissus, de parasite entouré par une
épaisse gangue de granules rouge vif.
1. La plupart des Grenouilles étudiées étaient également parasitées par Da ctylosoma ranarum (Kruse 1890)et par
Haemogregarina magna (Grassi et Filetti 1891) dont les gamétocytes sanguins sont de grande taille et morphologi¬
quement différents des sporozoïtes de Lankesterella. À part les microgamétocytes caractéristiques des Lankesterellidae, nous
n’avons observé que quelques rares schizontes qui font probablement partie du cycle de la seconde Hémogrégarine.
2 564 037 6
Source : MNHN, Paris
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IRÈNE LANDAU
Sporozoïtes dans les cellules réticulo-endothéliales des tissus (Fig. V, 11, 12, 13)
L’examen de coupes de foie et de rate montre que les sporozoïtes siègent avec prédilection dans
les cellules des amas pigmentaires, mais étant donné la petite taille des parasites, leur étude morpho¬
logique n’est possible que sur frottis par apposition.
Dans les frottis, de nombreux sporozoïtes paraissent libres, extra-cellulaires et non enkystés.
Leur morphologie est variable : certains sont fins et ont une forme de banane, dont les deux extrémités
sont pointues et symétriques ; ils mesurent 10 à 12 p. de long sur 2,3 p. de large ; la plupart, de forme
ovalaire, aux extrémités arrondies, mesure 8,3 p. X 5 p. en moyenne ; enfin, tous les intermédiaires existent
entre ces deux formes. Le noyau médian est diffus et le cytoplasme, peu dense, contient deux et par¬
fois trois cristalloïdes identiques à ceux des parasites érythrocytaires.
Un grand nombre de parasites apparemment extra-cellulaires et tous les parasites intra-cellu¬
laires sont à l’intérieur d’une loge, arrondie ou ovalaire, mesurant 7,7 p X 9,2 p de moyenne et limitée
par une membrane ; le sporozoïte est appliqué contre un des bords de celle-ci. La membrane externe
et l’intérieur du kyste sont plus ou moins chromophiles ; certains sont peu colorables et le sporozoïte
paraît siéger dans une simple cavité, d’autres contiennent de très nombreux granules rouge vif, les
deux aspects pouvant être observés dans une même cellule hôte. Le polyparasitisme est fréquent et
l’on peut rencontrer jusqu’à dix parasites dans un même macrophage (Fig. V, 13). La morphologie
du sporozoïte à l’intérieur du kyste est celle des formes extra-cellulaires. 11 n’y a pas de division, chaque
sporozoïte étant toujours contenu dans une loge individuelle.
Nous avons rattaché provisoirement le parasite décrit ci-dessus aux Lankesterella, en raison de
son hôte (Batracien) et de la présence de microgamètes dans le foie.
Le caractère le plus saillant de Lankesterella sp. est la membrane kystique fortement colorable
qui entoure les sporozoïtes tissulaires. Tous les intermédiaires sont présents entre le sporozoïte sié¬
geant, comme Schellackia brygooi, dans ce qui paraît être une cavité du macrophage et celui qui est
entouré par une épaisse gangue granuleuse et très chromophile.
Interprétation
Dans le cas des Schellackiidae, comme dans celui des Lankesterellidae, le sporozoïte est en attente,
aussi bien dans les tissus de l’hôte vertébré que dans ceux de l’invertébré vecteur. Il ne se divise pas
pour former des kystes endogéniques, mais il est lui-même capable de jouer le rôle d’un endocyte. En
effet, l’ingestion, par un hôte vertébré réceptif, de sporozoïtes contenus dans l’estomac d’un Moustique
ou, comme l’a montré Reichenow 1919, dans le cas de S. holivari, de tissus d’un Lézard, détermine
l’apparition, chez le nouvel hôte, d’une schizogonie suivie d’une sporogonie.
Nous avons donc deux problèmes à analyser :
1) Analogies des sporozoïtes intra-cellulaires avec les kystes : Dans notre conception, une pro¬
priété normale et fondamentale du sporozoïte est de donner une forme de latence qui est dans presque
tous les cas un kyste. Les cycles de Schellackia et de Lankesterella nous paraissent donc être des cycles
primitifs, puisque le sporozoïte ne se divise pas et devient lui-même directement l’équivalent d’un
endocyte. En outre, il n’a pas de spécificité tissulaire, car il peut se loger dans les macrophages aussi
bien que dans les globules rouges du sang périphérique ; il peut pénétrer activement dans l’épithélium
digestif d’un Moustique ou être phagocyté par les cellules de l’intestin des Acariens comme dans le
cas de Liponyssus saurarum (Reichenow, 1919). Quelle que soit la cellule hôte, le sporozoïte semble
pouvoir y persister indéfiniment.
2) Pérennité de l'infection.
Elle est assurée de façon particulièrement efficace :
o) chez l’hôte vertébré, l'accumulation de sporozoïtes dans le système réticulo-endothélial
permet :
D’une part, la transmission par prédation ; elle pourrait jouer un grand rôle chez les Batraciens,
où adultes et têtards sont réceptifs (Noller, 1920).
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L’INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES 19
D’autre part, le réapprovisionnement du sang périphérique aux dépens des macrophages pro¬
fonds. En effet, la membrane entourant les sporozoïtes est fragile et l’on peut supposer que, lorsqu’un
macrophage meurt, les sporozoïtes libérés puissent pénétrer activement dans les globules rouges 1 .
Ceci expliquerait pourquoi, malgré l’absence de formes de division, les Oplures parasités par S. bry-
gooi restent infectés très longtemps.
b) chez l’Arthropode vecteur, le sporozoïte persiste non modiiié pendant toute la durée de
vie de l’hôte. Dans le cas d’un Moustique, dont la vie est courte, il n’y a pas pérennité de l’infection.
Par contre, celle-ci pourrait être assurée par des Argasidés ou Ixodidés pendant des années.
En conclusion, le cycle des Lankesterellidae et Shcllackiidac nous paraît être primitif en raison
du rôle important joué par le sporozoïte, de sa plasticité, de sa latence et de la brièveté de la schizo¬
gonie. Dans notre conception, la latence du sporozoïte se place tout naturellement à l’origine du phé¬
nomène d’enkystement et d’endogénie rencontré chez la plupart des autres Coccidies.
C. — Cas particulier d 'Hepatozoon prodhoni n. sp.
Stockage des gamétocytes — Convergence avec les mécanismes précédents
Ce parasite d’Iguanidé malgache est décrit ici, en raison de l’évolution particulière des gamé¬
tocytes mûrs qui s’accumulent dans les macrophages des organes profonds (foie et rate) où ils semblent
avoir été phagocytés et stockés à l’état latent. H. prodhoni étant un parasite des monocytes du sang
périphérique, on conçoit aisément un mécanisme simple, permettant à la parasitémie de se maintenir
indéfiniment : le système réticulo-endothélial constituerait une réserve de gamétocytes ; la mort d’un
macrophage libère de nombreux parasites qui pourront être phagocytés par les monocytes du sang
périphérique et y persister jusqu’à ce que ceux-ci meurent à leur tour. Le gamétocyte libéré à nouveau,
pourra être tantôt phagocyté par un autre monocyte, tantôt par un macrophage des organes profonds.
Description (Fig. IV, page 13)
Parasite : Hepatozoon prodhoni n. sp.
Hôte vertébré naturel : Oplurus quadrimaculatus Duméril
L Oplure parasité, provenant de la Baie de Loukaro, a été examiné en février 1969 & l’Ins¬
titut Pasteur de Tananarive. Son sang présentait de nombreux gamétocytes, enkystés exclusivemen
dans les globules blancs. Des Culex pipiens fatiguas ont été gorgés sur lui, mais aucun développement
parasitaire n a été observé chez cet hôte. L’autopsie a permis l’étude des formes tissulaires. Le maté¬
riel type est constitué par 6 lames déposées au Muséum National d’Histoire Naturelle sous les n° P111
151 à 156.
Schizogonie
Les schizontes d 'H. prodhoni observés sont peu nombreux et siègent presque tous dans l’endothé¬
lium pulmonaire, quelques-uns ayant été trouvés dans le foie.
En coupe histologique, les formes jeunes sont très comparables à celles des schizontes secondaires
d’H. domerguei : elles ont déjà approximativement la taille d’un schizonte mûr, alors qu’elles ne con¬
tiennent que 4 à 6 noyaux. Ceux-ci sont de grande taille, triangulaires, un de leurs bords longeant
celui du schizonte, et sont formés de grains de chromatine très dense. Des noyaux en division sont fré¬
quemment rencontrés. Le cytoplasme bleu est granuleux et contient souvent des grains d’un pigment
analogue à celui des cellules pigmentaires des tissus. Il n’y a pas de granulations azurophiles. Les schi-
1. L'examen de sang parasité montre très fréquemment l’existence de sporozoïtes libres dans le plasma ; dans
certaines espèces, presque tous les parasites sont extra-cellulaires.
Source : MNHM, Paris
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IRÈNE LANDAU
zontes mûrs mesurent 23 (X X 10 fz de moyenne et contiennent, au plus, une soixantaine de méro-
zoïtes.
Dans les frottis par apposition, le schizonte mûr contient deux groupes de mérozoïtes paral¬
lèles, disposés en palissade et séparés par un corps résiduel mal limité. Les noyaux sont grands et allon¬
gés, mesurant 3,5 p. à 4 (i. de long.
Endogénie
Quelques kystes (Fig. IV, 12) ont été observés dans des coupes et appositions de foie et de pou¬
mon. Ils sont ovalaires, mesurant 30 p X 23 p (sur frottis par apposition) et siègent dans des cellules
endothéliales ou macrophagiques. Ils contiennent de 2 à 10 endocytes droits et parallèles, groupés contre
un bord du kyste. Le cytoplasme des endocytes est rose, homogène, le cristalloïde n’est pas visible
et le noyau rond et compact est plus proche d’une extrémité que de l’autre. Un résidu cytoplasmique de
la cellule mère est situé entre le groupe des endocytes et la paroi opposée du kyste.
Gamétocytes sanguins
Les gamétocytes sanguins (Fig. IV, 9) siègent dans les globules blancs du sang périphérique,
en particulier les monocytes. Ceux-ci ont un noyau généralement déformé, tantôt aplati sur un côté
et plus compact que normalement, tantôt, au contraire, augmenté de volume et contenant le parasite
encastré. Enfin, le noyau est souvent bilobé de part et d’autre du gamétocyte, les lobes étant réunis
par un fin pont de chromatine ; il est alors difficile de déterminer s’il s’agit d’un monocyte ou d’un
polynucléaire.
Le gamétocyte jeune est ovalaire et sans coque ; il a un cytoplasme clair et un grand noyau médian,
en grosses mottes de chromatine reliées par des rubans transversaux.
Le gamétocyte mûr est entouré par une membrane épaisse, dont il est souvent séparé par un
espace clair. L’ensemble est allongé, avec des extrémités arrondies et mesure 14 p. X 4,5 p, de moyenne.
L’une des extrémités du parasite est repliée dans la coque sur une longueur d’environ 6 p. Le cytoplasme
homogène se colore en bleu. Le noyau siège généralement en regard de la queue repliée du parasite ;
il est rectangulaire, ovale ou triangulaire et formé de grosses mottes de chromatine très rapprochées.
Gamétocytes stockés dans les cellules réticulo-endothéliales (Fig. V, 10 et 11)
Une accumulation importante de gamétocytes a lieu dans les cellules macrophagiques, et en
particulier pigmentaires du foie et de la rate, qui peuvent contenir jusqu’à dix parasites. Dans les frottis
par apposition, ceux-ci sont morphologiquement presque identiques aux gamétocytes du sang et ne
paraissent jamais être en voie de destruction. Les seules différences décelables sont la forme du noyau
plus ronde et régulière, sa chromatine plus diffuse dans les organes que dans le sang, et la membrane
qui laisse moins bien pénétrer le colorant.
En coupe, les parasites siégeant dans les amas pigmentaires, sont difficiles à voir, car masqués
par le pigment ; par contre, ceux qui ont pénétré dans des cellules macrophagiques isolées sont aisés
à distinguer, car ils sont dans une cavité mal délimitée ; le cytoplasme de la cellule hôte, repoussé vers la
périphérie, forme un anneau dense très chromophile, coloré en rouge vif et contient quelques grains
de pigment. Le gamétocyte a un noyau rond, formé par une couronne régulière de grains de chromatine
entourant une masse centrale très dense, un cytoplasme colorable en rose clair et une enveloppe nette,
rose vif.
Interprétation
Nous avons nommé le parasite décrit ci-dessus Ilepatozoon prodhoni en hommage au Dr. Jacques
Prod’hon, chargé de Recherches au centre O.R.S.T.O.M. de Tananarive. Il diffère des deux autres espèces
décrites à Madagascar, H. domerguei (voir plus haut) et H. chabaudi Brygoo, 1963, parasite de Camé¬
léons, par de nombreux caractères morphologiques et en particulier par les gamétocytes qui évoluent
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L'INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
21
dans les globules blancs du sang chez H. prodhoni et dans les globules rouges chez les deux autres espèces.
Comme chez les autres Hepatozoon , la présence de kystes endogéniques assure la latence de
l’infection et la transmission par prédation.
Par ailleurs, le stockage des gamétocytes dans les tissus assure, comme celui des sporozoïtes
des Lankesterellidae et des Schellackiidae, la permanence de l’infection sanguine. Cependant, il s’agit là
d’une convergence et non d’une identité entre les deux phénomènes. En effet, le sporozoïte des Lan¬
kesterellidae et Schellackiidae pénètre activement dans les cellules, alors que les gamétocytes mûrs
d'H. prodhoni sont phagocytés passivement.
III. — MÉCANISMES APPARENTÉS :
INTERPRÉTATION DE DONNÉES BIBLIOGRAPHIQUES
A. — Toxoplasma
Alors que pour presque toutes les Coccidies les phases schizogoniques et sporogoniques étaient
les seules connues, chez Toxoplasma, au contraire, seule la forme kystique et pseudo-kystique était
mise en évidence. La découverte, par Hutchinson et collaborateurs (1971), du cycle complet de Toxo¬
plasma gondii Nicolle et Manceaux, 1909, très proche de celui d’une Coccidie intestinale du genre Isos-
pora, montre les grandes analogies entre deux parasites aussi différents que Toxoplasma et Hepato¬
zoon et fait concevoir le caractère général du phénomène.
On sait que chez Toxoplasma les kystes peuvent se former directement à partir d’endocytes,
issus d'autres kystes, ingérés par un hôte vertébré (Lainson 1958). D’autre part, rien de ce que l’on
connaît chez Toxoplasma ne contredit l’hypothèse que les kystes puissent se former directement à partir
du sporozoïte.
Dans notre conception, le cycle de Toxoplasma est donc conforme à celui des autres Coccidies
et se déroule de la façon suivante :
— mérogonie, gamogonie et sporogonie chez l’hôte réceptif ; ces stades n’ont été observés jus¬
qu’à présent que chez le Chat ;
— formation de kystes endogéniques chez de très nombreux animaux ayant ingéré des oocystes
excrétés dans le milieu extérieur et chez les prédateurs ingérants des kystes endogéniques contenus
dans les tissus de leurs proies ;
— il semble très vraisemblable que, comme chez Klossiella, des kystes infectants peuvent être
éliminés après transit intestinal simple et contribuer ainsi à la dissémination de l’infection ;
— enfin, nous considérons que la prolifération de pseudokystes dans tout le système réticulo¬
endothélial est une manifestation anormale due à des souches hypervirulentes et survenant le plus
souvent dans les conditions particulières du laboratoire.
B. — Karyolysus
Le cycle de K. lacertae (Danilewsky, 1886), reproduit au laboratoire par Reichenow (1920),
est très comparable, chez l’hôte vertébré, à celui d 'Hepatozoon. Sa sporogonie, chez l’Acarien Liponys-
sus saurarum, est, par contre, très particulière : l’oocyste mûr se rompt chez l’Arthropode et libère des
vermicides mobiles ou « sporokinètes » qui pénètrent dans les œufs du vecteur. Ils se divisent chez la
larve après la ponte et forment des « sporokystes » infectants pour l’hôte vertébré.
Notre interprétation du cycle est la suivante :
— la sporogonie a lieu chez l’Acarien-mère où se forment des oocystes qui se rompent et libèrent
les sporozoïtes (sporokinètes) ;
Source : MNHN, Paris
22
IRÈNE LANDAU
— les formes de division chez la larve (sporokystes), par leurs caractères morphologiques, leur
origine et leur pouvoir infectant, sont, à notre avis, l’homologue, chez le vecteur de Karyolysus, des
kystes tissulaires d 'Hepatozoon chez l’hôte vertébré. Comme ces derniers, ils assurent une plus longue
durée et une plus grande diffusion du parasitisme.
IV. — DISCUSSION
Le cycle biologique connu chez la majorité des Coccidies de Vertébrés comprend une schizogonie
une gamogonie et une sporogonie se déroulant chez un seul hôte ou chez un hôte vertébré et un vec¬
teur. Dans un tel type de cycle, la destinée du sporozoïte paraissait donc jusqu’à présent simple : don¬
ner naissance au cycle parasitaire chez un hôte réceptif ou être détruit s’il est introduit chez un hôte
réfractaire.
La mise en évidence de kystes, issus directement des sporozoïtes, nous a permis de montrer
que ceux-ci ont une double potentialité : — donner directement naissance au cycle schizogonique chez
les hôtes réceptifs, — former des kystes endogéniques ou formes infectantes d’attente, même chez
des hôtes chez lesquels la schizogonie ne se produit pas.
Le rôle du sporozoïte apparaît donc beaucoup plus complexe qu’on ne le supposait, car il peut
assurer à la fois, la transmission du cycle parasitaire à partir de l’oocyste, la pérennité du parasitisme,
la transmission par prédation.
L’existence de kystes ou de formes infectantes en diapausc chez des parasites aussi différents
que Toxoplasma, Hepatozoon, Klossiella, Karyolysus, les Lankesterellidae et les Schellackiidae, nous
a amenée à admettre la généralité du phénomène chez les Coccidies.
Dans une première partie, nous tenterons d’analyser le processus d’enkystement du sporozoïte :
1) ses modalités et son rôle chez les parasites où il est connu, 2) son origine et son évolution, 3) son
importance. Dans une seconde partie, nous tenterons de confronter les données nouvelles acquises sur
le cycle biologique des Coccidies avec les hypothèses sur l’évolution générale de ce groupe de parasites.
A. — Le processus d’enkystement
1. — Modalités et rôle
Le devenir du sporozoïte dépend des conditions dans lesquelles il est libéré de l’oocyste chez
un hôte donné.
a) Le cas le plus simple est celui des Lankesterellidae et des Schellackiidae où l’oocyste se rompt
spontanément dans les tissus de l’hôte vertébré où il est formé. Les sporozoïtes pénètrent dans diffé¬
rentes cellules (globules rouges et macrophages). Ils y siègent dans une loge individuelle, n’évoluent
plus et en particulier ne se divisent pas ; ils sont infectants par prédation. En outre, la membrane limi¬
tant leur loge, lorsqu’elle existe, paraît fragile et l’on conçoit aisément que, lors de la mort d’une cellule
hôte, le sporozoïte puisse pénétrer dans un globule rouge ou dans une cellule réticulo-endothéliale. La
même forme assure ainsi la permanence du parasitisme, la transmission par un vecteur hématophage,
la transmission par prédation.
b) Chez la plupart des Coccidies, l’oocyste mûrit chez un vecteur ( Hepatozoon ) ou est excrété
dans le milieu extérieur (Toxoplasma, Klossiella) et les sporozoïtes sont libérés dans le tube digestif
du Vertébré qui ingère l’oocyste. La double potentialité du sporozoïte se manifeste alors, puisque chez
le même hôte, certains sporozoïtes sont à l’origine des schizogonies et d’autres forment des kystes endo¬
géniques.
Pour donner le kyste, le sporozoïte s’entoure d’une enveloppe épaisse et résistante et se divise
en endocytes ; ceux-ci, véritables formes infectantes d’attente, ne pourront être libérés à leur tour que
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L'INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES 23
dans le tube digestif d’un deuxième hôte vertébré prédateur. La pérennité de l’infection et la trans¬
mission par prédation sont ainsi assurées.
c) Le cas de Karyolysus est très particulier et traduit un troisième type d’adaptation. L’occyste
se forme et s’ouvre chez un premier Acarien et les sporozoïtes gagnent les œufs pour y poursuivre leur
développement. Ils se divisent et forment des kystes mûrs et infectants chez les larves issues de la femelle
qui a fait le repas infectant. Bien que chez Karyolysus les kystes se forment chez le vecteur, ils assurent
là encore la multiplication, la dissémination et la pérennité de l’infection.
2. — Origine et évaluation
Nous sommes tentée d’interpréter la diapause simple du sporozoïte des Lankesterellidae dans
la cellule qui l’héberge comme étant un phénomène plus primitif que l’enkystement avec division par
endogenèse des autres Coccidies. En effet, dans les deux cas, la forme d’attente est répartie dans presque
tout l’organisme et infectante par prédation, mais le sporozoïte des Lankesterellidae ne subit pas de
modifications, ne se divise pas et a un rôle moins spécialisé que celui de l’endocyte. Il parait donc logique
de considérer qu’il est à l’origine du processus plus compliqué qui est celui de l’enkystement. Cette
conception rend bien compte de la série d’adaptations survenues au niveau de la forme infectante
des Coccidies : 1) une première étape est constituée par la latence du sporozoïte qui a plusieurs fonc¬
tions — maintien de la parasitémie et transmission par un vecteur ; — transmission par prédation.
2) La formation de kystes constitue un perfectionnement qui rend plus efficace la transmission par
prédation. La forme infectante s’est multipliée et a acquis une plus grande résistance qui pourrait
éventuellement lui permettre de survivre à la mort de la cellule hôte ou de l'hôte lui-même et d’être
disséminée par des prédateurs chez lesquels elle passe en transit digestif. 3) Dans le cas apparemment
encore plus spécialisé de Karyolysus, le kyste joue un rôle important dans le succès de la transmission
par le vecteur hématophage.
3. — Importance
L’importance de ces mécanismes n’apparaît clairement que si l’on distingue deux phases essen¬
tielles dans le cycle des Coccidies, chacune ayant subi des adaptations et une évolution propre.
a) La première phase comprend le sporozoïte et ses dérivés évolutifs, c’est-à-dire :
— le sporozoïte enfermé dans l’oocyste
— le sporozoïte en diapause dans les tissus d’un hôte (Lankesterellidae — Schellackiidae)
— l’endocyte contenu dans un kyste et qui a exactement le même rôle que le sporozoïte (Hepatozoon,
Klossiella, Toxoplasma, Karyolysus, par exemple).
Ces formes infectantes peuvent fréquemment survivre, sans perdre leur infectivité dans le milieu
extérieur et chez un hôte non réceptif. Elles sont caractérisées par leur latence, leur absence de spéci¬
ficité et la possibilité de vivre sur leurs propres réserves et non aux dépens de l’hôte.
Ces stades du cycle biologique constituent un ensemble ayant une évolution et un rôle propre ;
nous proposons de les désigner sous le nom de « système du sporozoïte ».
b) La deuxième phase comprend le reste du cycle, c’est-à-dire l’ensemble des formes parasi¬
taires issues du développement du sporozoïte chez les hôtes réceptifs, ce développement aboutissant
à la formation des gamétocytes, puis du zygote et de la sporogonie. Ces formes parasitaires sont norma¬
lement peu résistantes 1 ; elles sont beaucoup plus spécifiques que les précédentes, car elles ne se déve¬
loppent souvent que chez un hôte et dans un organe déterminé ; elles se nourrissent aux dépens de l’hôte ;
1. Les gamétocytes des Hémogrcgarines, protégés par leur membrane dans les globules du sang périphérique
constituent une exception, car ce sont de véritables formes de latence. Il s’agit là, à notre avis, d'un phénomène de con¬
vergence avec renkystement du sporozoïte.
Source : MNHN, Paris
24
IRÈNE LANDAU
chaque stade du cycle peut donner lieu à de multiples adaptations. Nous désignerons l’ensemble de
ces formes parasitaires sous le nom de « système du gamétocyte ».
La distinction entre ces deux parties fondamentales du cycle nous paraît essentielle si l’on
veut tenter de comprendre les voies évolutives que les Coccidies ont pu emprunter.
B. — Hypothèses sur l’évolution des Coccidies
Si, comme nous le croyons, le cycle des Lankesterellidae et des Schellackiidae est plus primitif
que celui des Coccidies intestinales et des Hémogrégarines, la seule hypothèse qui puisse expliquer
l’origine des Coccidies est celle qui les ferait dériver des Grégarines coelomiques.
Cette conception se heurte aux théories classiques de l’évolution des Coccidies qui d’une manière
générale les font dériver des Grégarines intestinales. Les formes les plus primitives seraient les Coccidies
intestinales transmises par oocystes résistants, excrétés dans le milieu extérieur (voir par exemple
Baker 1965) ; des adaptations auraient permis à certaines espèces de se développer dans des tissus non
digestifs à condition d’utiliser la voie urinaire pour l’excrétion des formes infectantes ou la voie san¬
guine accessible à des vecteurs hématophages qui assurent la transmission. Si ce schéma évolutif est
compatible avec ce que l’on observe au niveau du système du gamétocyte, il ne rend pas compte des
adaptations subies par le système du sporozoïte, qui nous paraissent trop primitives et trop générales
pour pouvoir être négligées.
Si, par contre, nous supposons que toutes les Coccidies dérivent des Grégarines coelomiques,
il devient possible d’élaborer un schéma évolutif qui paraît cohérent.
Ainsi, lorsque l’on imagine le premier cycle parasitaire de type Coccidien issu d’une Grégarine
coelomique, il semble que la prédation doive jouer un rôle essentiel. La multiplication du sporozoïte
chez un Invertébré tel qu’une Blatte, par exemple, peut assurer la conservation de l’espèce, si le cadavre
de celle-ci est ingéré immédiatement par un grand nombre de congénères. Un tel cycle semble pouvoir
se perfectionner de deux manières :
1) La protection des sporozoïtes par l’élaboration d’une paroi résistante de l’oocyste ; ce méca¬
nisme conduit à tous les cycles de Vertébrés où l’oocyste est expulsé dans le milieu extérieur et à la
grande réussite évolutive que constituent les Coccidies parasites de l’épithélium digestif.
2) La seconde série évolutive, qui constitue le centre de notre travail, consiste en une élabora¬
tion des mécanismes de transmission sans que le sporozoïte acquière la possibilité d’être régulièrement
excrété par l’organisme parasité.
La première adaptation qu’il est possible d’imaginer serait réalisée par une diapausc des formes
infectantes, telle que les sporozoïtes contenus chez l’animal parasité, n’évoluent pas directement chez
le prédateur qui les ingère, mais soient disséminés avec ses matières fécales (cf. Klossiella).
Cependant, le mécanisme fondamental qui va permettre à des sporozoïtes emprisonnés dans
l’organisme de sortir à l’extérieur, sera l’adaptation de ces formes au sang circulant et la transmission
par Invertébré hématophage, d’où la réussite des familles Schellackiidae et Lankesterellidae.
Quelle que soit la solution adoptée, des adaptations facilitent les mécanismes précédents :
1) le sporozoïte, vivant aux dépens de ses réserves, va être facilement hétéroxène et le passage
d’un animal à l’autre sera presque toujours aisé ;
2) une série de mécanismes vont permettre au sporozoïte de survivre, même lorsque la cellule
parasitée meurt : soit parce qu’il est ingéré passivement par des cellules macrophages, soit parce qu’il
est capable de gagner activement d’autres cellules et en particulier celles du sang circulant ;
3) il va acquérir dans certains groupes un pouvoir de multiplication conduisant à la formation
de kystes répartis dans tout l’organisme du sujet parasité.
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L’INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
25
DEUXIÈME PARTIE
ADAPTATIONS DU SYSTÈME DU GAMETOCYTE
(CAS DES HEMOSPORIDIES).
SCHIZONTES À ÉVOLUTION CHRONIQUE
ASSURANT LES RECHUTES SANGUINES
I. — HAEMOPROTEIDAE DE CHIROPTÈRES —
SCHIZONTES VASCULAIRES CHRONIQUES
A. — Haemoproteidae de Mégachiroptères
Dualité des schizontes tissulaires chez les Hepatocystis
De nombreuses espèces d’ Hepatocystis ont été décrites chez des Primates, des Ongulés, des
Écureuils et des Chiroptères capturés dans la nature. Une dualité des formes de division tissulaires
a été mise en évidence chez deux espèces : H. rayi Tokura et Wu, 1961 (Ray 1960), parasite de 1 Écu¬
reuil volant Petaurista inornatus et H. perronae Landau et Adam, 1972 a, parasite de Megachiroptères
africains. Chez l’espèce que nous avons étudiée, H. perronae, l’infection est saisonnière et nous soupçon¬
nons chaque type de schizonte d'avoir un rôle bien defini : les uns intraparenchymateux, auraient une
durée d’évolution brève, les autres, intravasculaires, plus durables, seraient à l’origine des rechutes
saisonnières de la gamétocytémie.
Nous allons tenter de tracer le schéma du cycle évolutif d’un Hepatocystis à rechutes saisonnières
en utilisant les données obtenues par nous chez les Mégachiroptères parasites par H. perronae. Le seul
cycle d Hepatocystis bien connu étant celui A'H. kochi (Laveran, 1899), nous nous sommes inspirée
de la description de sa sporogonie chez Culicoides adersi (Garnham et coll. 1961 et 1962). Malheureuse¬
ment, les Hepatocystis de Primates sont ceux pour lesquels le caractère saisonnier de l'infection paraît
le plus douteux. Nous avons cependant, par raison de commodité et à titre provisoire, utilisé dans notre
schéma co qui est connu de leur sporogonie.
1. — Schéma général du cycle d'un Hepatocystis à rechutes saisonnières (Fig. VI)
Au cours de la saison de transmission, un Diptère vecteur ingère les gamétocytes contenus dans
le sang de l’hôte vertébré. Dans son estomac ont lieu l’exflagellation (s) du microgamète, la fécondation
du gamète femelle (a) et la formation de l’ookinète (b). Celui-ci traverse la paroi digestive pour gagner
l’hémocoele et se transformer en oocyste (c, d, e). Les oocystes sont répartis dans tout le vecteur, mais
prédominent à sa partie antérieure, la tète en particulier (f). À maturité, l’oocyste se rompt (f) et cer¬
tains des sporozoïtes libérés pénètrent dans les glandes salivaires (g) et sont inoculés à un nouvel hôte
vertébré. Ils gagnent alors, par voie sanguine, les cellules parenchymateuses du foie où ils se trans¬
forment en schizontes de deux types : — les uns se développent entièrement sur place (h, i, j, k), au
sein du parenchyme hépatique ; leur évolution est relativement rapide et à maturité ils se rompent (o)
Source : MNHN, Paris
Cycle biologique d' Hepalocystis.
a - fécondation ; b - ookinito tr.vct.ant la paroi .tornade do vcctcor ; o, d, o - format,on d. 1 oocy.te : t — rupture d on oocy.tc rnùr d„„
la téta do vcctcor ; g — .porozolte ; h, i, j — .chizogonie rapide inlr.par.ochymatcn.a ; k - roptoro d on .chr.onto à évolution r.p.da
libérant la. mérozolte. dao. la circol.tion t o — méroaoitc. libre, dan. le .ang ; p - jeune gamétocyte ; q — gamétocyte noir ; , __
ex flagellation do microgamétocyte ; . - microg.mètc. , h', i', j', k' - .chizogonie lent, mtr.va.cnl.trc : ..hr.onte. .hron,,„,, c,rcul,„
librement dan. 1. lumière de. v.i....ux ; 1' - .chir.onte cbromqoc ayant obturé on v.mc.u cl provoqué une réactron cellola,,.
.igné i m' - schizonte chronique entouré par une réaction m.croph.gtque ,ob-.,goé ; n — .chrzonte ohromqo. mûr libérant de,
mérozolte. dan. la circulation t L'étude d'HeptUoey.li» .p. (voir plu, Iran] indique que le. mérozo.te. ne pénètrent probablement p„
directement dan. le. globule, rouge., mai. donnent auparavant on. .chi.ogonre rapide. Non. n avon. P a. d. document, à e. au,et pour
H. ptrronae et avon. donc préféré ne pa. représenter cette schizogonie supplémentaire.
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L'INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
27
libérant dans les capillaires avoisinants un grand nombre de mérozoïtes. Ceux-ci pénètrent dans les
globules rouges du sang (p) où ils formeront les gamétocytes (q) ; — les autres évoluent dans la lumière
(h', i', j', k') des vaisseaux ; certains paraissent circuler librement dans les veines du foie (j' k') d’autres
sont immobilisés dans un vaisseau de diamètre insuffisant pour leur permettre de passer ; ils peuvent
alors provoquer de véritables infarctus par embolie, avec invasion massive de la zone infarcie par les
macrophages (1’). Les scliizontes eux-mêmes ne sont pas attaqués par les phagocytes et il semble que
les lésions aiguës du début se réparent progressivement. Seule persiste une couronne histio-macropha-
gique d’épaisseur variable, entourant un schizonte intact (m'). Dans notre conception, ces schizontes
sont latents ou à évolution lente, mûrissant (n') au début de la période de transmission pour assurer
les rechutes sanguines des espèces à gamétocytémie saisonnière.
2. — Élude d' Hepatocystis perronae
La dualité de la schizogonie et le rôle respectif de chaque type de schizonte reposent sur l’étude
d’infections naturelles et leur interprétation reste hypothétique. Nous allons donc rappeler les obser¬
vations effectuées à ce propos sur H. perronae (Landau et Adam, 1972 a) et indiquer l’argumentation
que nous présentons à l’appui de notre conception.
a) Exposé récapitulatif des observations effectuées
33 Myonycteris torquata Dobson ont été capturés à la station expérimentale de la Maboké en
République Centrafricaine, pendant la saison des pluies, en septembre 1966. Vingt-six d’entre eux
étaient porteurs d’Hématozoaires pigmentés dans les globules rouges, la morphologie de ces parasites
étant identique chez tous les spécimens. L’examen histologique du foie de 7 Myonycteris a permis de
déceler la présence de schizontes exo-érythrocytaires chez cinq individus. C’est dans ce lot que nous
avons observé, seuls ou en association, des schizontes intra-parenchymateux et des schizontes intra¬
vasculaires. Par ailleurs, 7 Lissonycteris angolensis Bocage, provenant de la grotte de Matouridi à 80 km
de Brazzaville, nous sont parvenus en mai 1968 (saison des pluies au Congo) peu après leur capture.
Tous étaient négatifs le jour de leur arrivée. Le sang de l’un d’entre eux était envahi, 4 jours plus tard,
par des gamétocytes pigmentés, mûrs et immatures, identiques à ceux des Myonycteris. Une première
biopsie de foie a été effectuée le jour où la gamétocytémie a été décelée, une deuxième 24 h. plus tard
et 1 animal a été autopsié le 7 e jour de sa parasitémio. De nombreux schizontes mûrs étaient présents
dans les biopsies ; tous étaient intra-parenchymateux ; malgré l’examen d’un matériel beaucoup plus
abondant que celui des biopsies, l’autopsie a été totalement négative.
La présence d’un seul et même parasite en R.C.A. et au Congo-Brazzaville nous parait démon¬
trée par 1 identité morphologique des gamétocytes et des schizontes mûrs.
L’appartenance des deux types de schizontes au même parasite, si elle n’est pas démontrée expé¬
rimentalement, nous parait très probable. En effet, il s’agit dans les deux cas de schizontes que leur
morphologie permet de rattacher à un Haomoproteidac. Par ailleurs, un seul type de gamétocytes a été
observé dans le sang des Mégachiroptères examinés. Enfin,T existence d’une dualité des formes tissulaires
(cf. plus loin) a déjà été mise en évidence chez d’autres Haemoproteidae.
b) Schizontes intra-parenchymateux ; arguments en faveur de leur évolution aiguë
Nous avons pu suivre leur évolution morphologique chez les Myonycteris de R.C.A. où ils sont
relativement synchrones et l’on retrouve chez un même hôte des tranches d’âge assez bien délimitées.
Aucune forme très jeune n’a été observée, le plus petit schizonte trouvé mesurant 31 (x X 23 p.
Les schizontes les moins évolués siègent dans un hépatocyte et sont morphologiquement très proches
des schizontes pré-érythrocytaires des Plasmodiums de Rongeurs.
Au cours de leur croissance, ils semblent détruire la cellule hépatique qui les contient, car on
ne retrouve aucun vestige de celle-ci autour des schizontes plus âgés ; la disparition de la cellule hôte
Source : MNHN, Paris
IRÈNE LANDAU
coïncide avec l’apparition d’une paroi nette autour du parasite 1 . Celle-ci devient de plus en plus épaisse
et chromophile et des vacuoles pouvant atteindre une grande taille, constituées par une substance
colloïdale d’aspect identique à celle de la paroi, apparaissent à l’intérieur du schizontc.
Quelques rares formes mûres ont été trouvées ; elles sont identiques à celles du Lissonycteris
du Congo-Brazzaville — leur taille peut atteindre 150 p ; leur forme générale est arrondie, leur contour
régulier ; les noyaux très nombreux sont répartis de façon régulière et, bien qu’ils paraissent parfois
groupés, on ne note aucune formation nette de cytomères ; il n’y a pas de réaction histiomacrophagique
environnante, les cellules hépatiques étant simplement écartées et écrasées autour du parasite.
L’apparition brutale de la gamétocytémie chez le Lissonycteris du Congo-Brazzaville et la dispa¬
rition rapide et synchrone de tous les schizontes hépatiques sont difficilement interprétables, si l’on
n’admet pas qu’il s’agit de schizontes primaires, appartenant à un cycle rapide 2 , et évoluant d’un seul
tenant vers la maturation, la rupture et l’envahissement du sang par les futurs gamétocytes.
Les observations faites sur les formes intra-parenchymateuses de la même espèce chez les Myo-
nycteris de R.C.A. sont moins précises, car nous n'avons pas suivi leur évolution à l’aide de biopsies ;
elles sont cependant tout à fait compatibles avec l’hypothèse d’une évolution rapide.
c) Schizontes intra-vasculaires ; arguments en faveur de leur évolution chronique
Ils sont présents en grand nombre dans les veines intra-hépatiques de deux Myonycleris.
Chez l’un d’entre eux, ils coexistent avec des formes intra-parenchymateuses ; là encore, on
est frappé par le synchronisme des schizontes. Les plus petits mesurent 40 p. X 12 p, les plus grands
50 p X 23 p, tailles qui correspondent à peu près à celles des formes intra-parenchymatcuses chez
le même hôte.
Ils sont entourés par une enveloppe rose plus ou moins épaisse et les plus grands contiennent
des trainées de substance colloïdale. Ils diffèrent des formes intra-parenchymateuses par leur forme
allongée, leur contour irrégulier et parfois plissé aux extrémités, par leur cytoplasme beaucoup moins
dense et surtout par le nombre et la distribution des noyaux. Ceux-ci, beaucoup moins abondants que
dans les formes intra-parenchymateuses do même taille, sont groupés par cytomères.
Leur évolution a pu être appréciée chez un deuxième Myonycteris où tous les schizontes obser¬
vés sont intravasculaires. Leur taille est plus grande que celle des précédents (200 p. X 50 p en moyenne),
le nombre de cytomères et de noyaux plus élevé, mais leur morphologie, chez les deux hôtes, est très
comparable.
Quelques schizontes de grande taille circulent encore librement dans les vaisseaux ; d’autres sont
arrêtés au niveau de veines de plus petit calibre et ont provoqué des lésions aiguës d’infarcissement
du tissu environnant, avec extravasations sanguines et envahissement massif par les macrophages ;
enfin quelques schizontes sont entourés par des lésions plus chroniques, limitées à une couronne de
macrophages entourant un schizonte intact.
L’origine des schizontes vasculaires reste obscure. Un certain nombre d’arguments est en faveur
d’une origine commune avec les schizontes intra-parenchymateux (tous les schizontes se développeraient
d’abord dans un hépatocyte qu’ils détruiraient en grandissant. Ceux qui se trouvent à proximité d’un
vaisseau pourraient y pénétrer par effraction, les autres continuant leur évolution sur place et donnant
des formes aiguës). En effet, aucun parasite n’a jamais été observé dans une cellule endothéliale vas¬
culaire ; par ailleurs, tout vestige de cellule hôte a disparu des schizontes ayant atteint une certaine
1. L’origine de la paroi entourant les schizontes d'H. perronae n’a pu être précisée. Son aspect est analogue à celui
de la paroi d'Hepatocystis sp. (voir plus loin) où il apparaît nettement que celle-ci entoure la cellule hôte et non le para¬
site. Dans le cas d'H. perronae cependant, elle semble ne se former qu’autour des parasites devenus extra-cellulaires.
Le terme de colloïde, habituellement réservé à la substance éosinophile contenue à l’intérieur des schizontes d'Hepa¬
tocystis , sera également utilisé par nous pour désigner la substance qui forme la paroi épaisse de certains schizontes, car,
dans les deux cas, la coloration et l’aspect sont identiques.
2. Le terme de cycle rapide est employé ici par opposition à celui de cycle lent utilisé pour désigner la schizogonie
vasculaire qui paraît beaucoup plus chronique. En fait, nous ignorons leur durée réelle.
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L'INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
29
taille, qu’ils soient vasculaires ou parenchymateux. Enfin, dans le foie où les deux types coexistent,
leurs tailles sont très comparables.
Par ailleurs, l’hypothèse d’une évolution plus lente des formes vasculaires paraît compatible
avec les faits observés : plus d’une trentaine de schizontes ont été examinés sans qu’aucune forme mûre
n’ait été décelée ; à taille égale, les schizontes vasculaires sont beaucoup moins mûrs que les schizontes
parenchymateux.
d) Comparaisons avec d'autres Hémoprotéides 1
L’existence de deux types de schizontes a déjà été signalée chez Hepatocystis. Ainsi, Hepato-
cyslis rayi a deux types de schizontes tissulaires (Ray, 1960) : — les uns, multiloculaires siègent dans
les cellules endotheliales du foie par groupes de schizontes de petite taille, contenant à maturité une
vacuole de colloïde, centrale ; Us ne provoquent pas de réaction histiomacrophagique ; — les autres,
monoloculaires, immatures, sont retrouvés dans le foie, la rate et le poumon, ils contiennent une masse
colloïdale centrale et sont entourés par une substance hyaline ; ils provoquent fréquemment une reac¬
tion histiomacrophagique environnante 2 .
Par ailleurs, chez H. epomophori (Rodhain, 1926), espèce très proche d 'H. perronae, nous soup¬
çonnons l’existence, à côté des schizontes intra-parenchymateux, décrits par Rodhain (1953), de schi-
zonte intra-vasculaires. Ainsi, le schizonte figuré in Garnham 1966, Planche LXXIV, fig. 2, en face
de la page 691, a tous les caractères des formes vasculaires d 'H. perronae (paroi épaisse et irrégulière,
forme allongée, présence de cytomères, réaction macrophagique).
Une dualité des schizontes tissulaires à également été mise en évidence chez Leucocytozoon
simondi Mathis et Léger, 1910 ; Desser et coll. (1968) ont décrit dans le poumon de Canards des schi¬
zontes de rechute différents des mégaloschizontes rencontrés pendant les périodes de transmission.
Ces formes sont libres, dans la lumière des vaisseaux ou au centre d’une zone macrophagique réaction¬
nelle. Leur morphologie est très proche de celle des formes vasculaires d 'H. perronae.
La similitude, qui sera développée plus loin, entre le siège et la morphologie des formes vascu¬
laires d 'H. perronae et celles de Leucocytozoon, constituent à notre avis un argument essentiel pour leur
attribuer le même rôle dans les rechutes saisonnières de la gamétocytémie.
B. — Haemoproteidae de Microchiroptères
Infections permanentes (Polychromophilus sp.)
Infections saisonnières (Hepatocystis sp.)
De 1965 à 1971, le sang de nombreux Microchiroptères capturés dans 24 grottes des régions de
Kindamba, Loudima, Sibiti et Divcnie, a été examiné au Congo-Brazzaville (Adam et Landau, 1971).
Un Haemoproteidae a été trouvé chez les espèces : Miniopterus minor minor Peters, Rhinolo-
phus sylvestris Aellen, R. landeri Martin, R. adami Aellen et Brosset, Hipposideros cafter Sundewall ;
le sang des espèces Hipposideros commersoni gigas (Wagner), Triaenops persicus Dobson et Nycteris
macrotis Dobson était négatif.
La présence de cet Hématozoaire nous a amenée à faire l’étude histologique des organes de
Microchiroptères infectés, ainsi que l’examen de leur ectoparasites avec les résultats suivants :
1 — dans les tissus, ont été observés : — des schizontes hépatiques et pulmonaires que leur
morphologie permet de rattacher à un Hémoprotéide, — des stades évolutifs d’une Klossiella, — des
kystes hépatiques d’une Coccidie, analogues à ceux d 'Hepalozoon ;
1. = Leucocytozoidae et Haemoproteidae.
2. Dasgupta (1967) considère qu'il s'agit de deux parasites différents ; il a nommé Rayella rayi Daggupta 1967
celui qui correspond aux schizonteB multiloculaires du foie en raison de leur aspect atypique et de leur siège endothélial.
Nous avons conservé, à titre provisoire et par raison de commodité, le nom A'Hepatocystis rayi on attendant que la dualité
ou l’unicité des schizontes trouvés chez l'Écureuil volant soit démontrée.
Source : MNHN , Paris
30
IRÈNE LANDAU
2 — parmi les ectoparasites inféodés aux Microchiroptères, une espèce de Nyctéribic, Peni-
cillidia fulvida Bigot, 1885 a été trouvée porteuse d’oocystes et de sporozoïtes d’Hémosporidie (Adam
et Landau 1972) ;
3 — des dissections de glandes salivaires d 'Anophdes caroni et d’^4. hamoni ont révélé des
infections par sporozoïtes : Plasmodium voltaicum Van der Kaay, 1964 et P. alheruri Van den Berghe
et coll., 1958, ayant été décelés respectivement chez Lissonycteris angolensis et Atherurus africanus
Gray dans les mêmes grottes, ces parasites sont considérés comme étant probablement responsables
de l’infection des Moustiques (cf. Adam et Landau 1969 et 1970).
Dans ce chapitre, nous décrirons essentiellement les formes parasitaires pouvant être rattachées
aux Haemoproteidae : gamétocytémie, schizogonie et sporogonie.
Deux Hématozoaires différents sont probablement présents : l’un sera désigné sous le nom de
Polychromophilus sp., le second d 'Hepalocystis sp. Nous rattachons au premier les stades observés chez
les Nyctéribies, ainsi que les gamétocytes sanguins présents tout au long de l’année et qui sont morpho¬
logiquement proches de Polychromophilus melaniferus Dionisi, 1899 ; un deuxième type de gaméto¬
cytes, observé une seule fois chez deux spécimens, et les schizontes exo-érythrocytaires seront ratta¬
chés à Hepalocystis sp.
Nous sommes consciente de l’impossibilité, dans une infection probablement mixte et en l’absence
de données expérimentales, de rattacher, avec certitude, les différentes formes observées à un para¬
site déterminé. L’interprétation proposée reste donc hypothétique ; nous exposerons plus loin les argu¬
ments qui nous incitent à la retenir.
Le détail des enquêtes effectuées dans différentes grottes a été exposé par Adam et Landau, 1971.
Nous indiquerons ici successivement 1) l’allure des infections observées dans la nature, 2) la description
morphologique des formes parasitaires chez les hôtes vertébrés et invertébrés, 3) l’interprétation des
observations.
1) Allure des infections dans la nature
Gamétocytémie
Elle est présente en toutes saisons, car de 1965 à 1971, les captures ont permis de couvrir tous
les mois de l’année.
Au cours des enquêtes, les frottis de sang, confectionnés à l’intérieur ou à la sortie des grottes,
s’ils permettent de détecter la présence d’un hématozoaire pigmenté, sont souvent de trop mauvaise
qualité pour l’étude morphologique du parasite. Nous rapporterons ici les résultats de 44 examens
de sang effectués à partir des Microchiroptères capturés dans les grottes de la région de Kindamba,
à proximité du laboratoire de Meya, où les conditions techniques ont permis d’obtenir un matériel de
bonne qualité. En avril 1966, 7 individus ont été capturés, dont 4 étaient positifs (1/2 Hipposideros et
3/5 Miniopterus) ; — en septembre 1967 : 43 individus ont été capturés, dont 11 étaient positifs (1/7 Rhi-
nolophus , 0/6 Hipposideros, 0/7 Triaenops, 10/23 Miniopterus ) ; — en mars 1969 : 35 individus ont
été capturés, dont 13 étaient positifs (0/1 Rhinolophus, 0/4 Hipposideros, 13/30 Miniopterus).
Par ailleurs, un certain nombre de frottis de Microchiroptères positifs, confectionnés dans les
mêmes conditions que les précédentes, nous ont été envoyés : 6 Minioptères en février 1967, 1 en août
1971, 6 en novembre 1971 ; un Rhinolophe en juillet 1971 et 2 en février 1972.
En dehors des deux Rhinolophes capturés en février 1972 et qui avaient une infection mixte
à Polychromophilus sp. et Hepalocystis sp., la morphologie des gamétocytes nous a toujours paru être
celle de Polychromophilus sp. Cependant, si une infection concomitante et légère par Hepalocystis sp.
était présente, elle pourrait ne pas avoir été détectée.
Sporogonie
Elle a été découverte chez la Nyctéribie Penicillidia fulvida Bigot, 1885 (Adam et Landau 1972).
Les Microchiroptères des grottes étudiés sont parasités par deux espèces de Nyctéribies :
Source : MNHN, Paris
Tableau récapitulatif des observations
Mois de l'année J
gamétocytes de
Polychromophilus sp
m gamétocytes de
' 0 ) Hepatocystis sp.
s
P
8
- 2 -,
MAMJJASOND
4 13 1 1 11 6
0 0 0 0 0 0
S schizontes rapides,
m hépatiques
1.
0 0
4*
g schizontes rapides,
^ pulmonaires,immatures
2-
0 0
g schizontes rapides
s pulmonaires,mûrs
c
.1
0 0
•u schizontes vasculaires
œ lents,immatures
u
2-
1 0
1 =
schizontes vasculaires
lents mûrs
Nombre de Chauve-souris (+ ou -)
dont les organes ont été examinés
de façon détaillée
Nombre de Nyctéribies (+ ou -)
examinées
1 0 0
4 + 1 + 0 +
8 - 1 - 6 -
1 + 8 + 2 +
7 - 1 -
Seuls les résultats correspondant aux frottis de sang de bonne qualité et que nous avons pu conserver
figurent dans le tableau. Les crochets indiquent la coexistence de différentes formes chez un meme individu.
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L’INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
31
1) Nycteribia schmidlii scotti Falcoz, 1923 — plus d’une centaine de spécimens a été disséquée
et examinée sans qu’aucune infection n’ait été décélée.
2) Penicillidia fulvida, récolté sur Microchiroptère infecté, a été trouvé, par contre, porteur
de sporozoïtes et d’oocystes que nous rapportons à Polychromophilus sp. Il s’agit d’une Nyctéribie
assez ubiquiste, puisque sa présence a été signalée (Théodor, 1967) aussi bien sur Macrochiroptère(jEirfo-
lon helvum) que sur Microchiroptère. Au Congo, l’espèce a été récoltée uniquement sur des Microchirop¬
tères où elle est du reste assez rare (1 individu pour 4 Minioptères examinés en moyenne). En dehors
de Miniopterus minor minor, son hôte le plus régulier, elle parasite également les diverses espèces de
Rhinolophus du groupe sylvestris et dans une plus faible mesure les Hipposideros caffer. P. fulvida se
déplace très activement sur son hôte et passe rapidement d’un individu à l’autre au sein des groupes
de Minioptères au repos.
Si la densité des populations de P. fulvida est toujours faible, leur taux d’infection par sporo-
zoïte semble par contre élevé.
C’est ainsi que nous avons noté dans les glandes salivaires :
— en septembre 1967 : 1 spécimen positif sur 1 disséqué (capturé sur M. m. minor)
— en novembre 1967 : 2 spécimens positifs sur 3 disséqués (capturés sur Rhinolophus landeri)
— en octobre 1970 : 4 spécimens positifs sur 9 disséqués (capturés sur M. m. minor).
Dans tous les cas cités ci-dessus, l’infection est massive.
Par ailleurs, 2 sur les 3 Nyctéribies examinées histologiquement en octobre 1970 avaient des
oocystes.
Formes tissulaires
Deux types de schizontes ont été observés : — les uns sont fixes dans le tissu pulmonaire ou
hépatique ; ils sont de grande taille et mûrissent en donnant des mérozoïtes petits et très nombreux ;
dans notre interprétation leur évolution est rapide ; — les autres sont vasculaires, tantôt circulant
librement dans la lumière des vaisseaux, tantôt arrêtés dans un petit vaisseau ; ils restent de petite
taille et les mérozoïtes produits sont vermiculaires, grands et peu nombreux ; leur évolution serait
lente.
Nous avons indiqué sur un tableau récapitulatif (page 32) la façon dont les différentes formes
sont associées chez les 5 Chauve-souris hébergeant des schizontes. Signalons que si les schizontes vas¬
culaires sont rares (au maximum 3 schizontes pour 100 à 300 coupes examinées) les schizontes paren¬
chymateux sont plus fréquents ; un des individus, très riche, a en moyenne 3 schizontes par coupe de
0,5 X 0,5 cm. Enfin, la répartition des formes tissulaires dans un organe est très irrégulière et peut
varier beaucoup d un lobe à l’autre ; les examens négatifs n’ont donc pas une grande signification.
Nous avons, par ailleurs, examiné sans succès le foie et la rate d’une vingtaine de Chauve-souris,
à la recherche de petits schizontes analogues à ceux décrits par Mer et Goldblum (1947) chez Polychro¬
mophilus melaniferus. Toutefois, peu de coupes de ces deux organes ayant été étudiées chez chaque
individu, les résultats n’ont pas été inclus dans le tableau.
Autres parasites observés
Une infection à Klossidla a été décelée dans les reins de 4 Microchiroptères : 1 Rhinolophe cap¬
turé en novembre 1967, 2 en février 1972 et un Hipposideros en avril 1966. De petits schizontes extra¬
rénaux comparables à ceux décrits par Boulard et Landau (1971) chez K. mabokensis ont été observés
dans le foie d’un Rhinolophe et dans la rate d’un Minioptère.
Par ailleurs, des kystes siégeant dans la cellule hépatique et contenant un nombre fixe (deux)
d’éléments en forme de banane ont été trouvés chez plusieurs individus. Ils n’ont pu être rattachés
à aucun parasite de l’hôte. Leur morphologie est identique à celle des kystes d 'Hepatozoon et ils repré¬
sentent probablement des formes kystiques latentes d’une Hémogrégarine dont l’hôte n’est pas connu.
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ
L’INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
33
2) Descriptions
Gamétocytes
Polychromophilus sp. (Fig. VII, 3 et 4, page 00)
Les formes jeunes sont rondes, bien limitées, avec un cytoplasme bleu pâle, parsemé de petites
vacuoles. Le pigment est encore absent à ce stade. Le noyau est en granules irrégulièrement disposés,
occupant environ le 1/4 du parasite.
3
4
10 /L|
Fio. VII.
1 — macrogamétocyte d 'Hepatocystis sp.
2 — microgamétocyte d'Hepatocystis sp., en haut ; hématie non parasitée dans le même frottis, en bas.
3 — macrogamétocyte de Polychromophilus sp.
4 — microgamétocyte de Polychromophilus sp.
2 564 037 6
Source : MNHN, Paris
34
IRÈNE LANDAU
Les gamétocytes apparemment mûrs mesurent 7,65 p. de moyenne. Ils sont arrondis, parfois
légèrement ovalaires ; ils occupent généralement presque toute l’hématie.
Le macrogamétocyte a un cytoplasme bleu et un noyau de forme variable : tantôt il est arrondi,
compact (mesurant 1,5 p de diamètre), tantôt il forme une petite bande allongée. Dans certains cas,
il est plus diffus, composé de masses de chromatine peu dense, mais son contour est toujours bien limité.
Le microgamétocyte se colore entièrement en rose avec une zone plus dense, mal limitée et de
taille variable qui correspond au noyau.
Dans les deux sexes le pigment 1 2 est sous forme de grains et de bâtonnets séparés, noirs à frais,
bruns ou jaunâtres sur frottis colorés. Il occupe généralement une zone limitée à environ la moitié
de la surface du gamétocyte.
L’exflagellation est rapide ; elle survient pendant les 5 premières minutes de l’examen.
Les gamétocytes de Polychromophilus sp. sont proches de ceux de l’espèce type du genre, P.
melaniferus, par les caractères suivants :
— taille comparable
— noyau du microgamétocyte diffus
— pigment relativement grossier
— régularité du contour.
Ils en diffèrent par :
— l’absence de granule chromatinien plus dense que le reste du noyau chez le microgamétocyte
— la répartition non périphérique du pigment
— la forme plus souvent arrondie qu’ovalaire
— la rapidité de l’exflagellation.
Hepatocystis sp. (Fig. VII, 1 et 2, page 33)
Les deux Rhinolophes chez lesquels il est décrit, étant porteurs d’une infection mixte, il nous a
été impossible de distinguer entre elles les formes jeunes des deux parasites. Hepatocystis sp. semble
cependant acquérir du pigment plus tôt que Polychromophilus sp. ; ce pigment est en petits grains,
parfois agglomérés.
Les gamétocytes mûrs mesurent 7, 65 p de diamètre en moyenne. Leur forme générale, est gros¬
sièrement arrondie et leur contour souvent irrégulier. Ils ne remplissent pas l’hématie qui est fréquem¬
ment augmentée de taille ; en outre, le globule rouge parasité est tantôt plus clair que les hématies
voisines, tantôt plus foncé, prenant une teinte rose plus ou moins vive, qui contraste avec la coloration
grise des autres cellules du frottis.
Le noyau du microgamétocyte est de grande taille, occupant presque toute la surface du parasite ;
il est de texture homogène et peu dense ; sa forme est généralement irrégulièrement carrée ou rectan¬
gulaire ; il est limité par des bords très nets. Le cytoplasme du gamétocyte mâle, bleu clair ou gris,
forme une bande périphérique contenant les grains de pigment. Cette disposition en couronne du pig¬
ment est très caractéristique. Le gamétocyte femelle est plus comptact et a un pourtour plus régulier
que le microgamétocyte. Son noyau est plus petit, plus compact, arrondi et régulier ; il est très souvent
en position centrale. On note alors, du centre vers la périphérie : le noyau, une couronne claire de cyto¬
plasme bleu pâle, une zone cytoplasmique périphérique un peu plus dense et qui contient les grains
de pigment. L’exflagellation est survenue entre 14 et 15 minutes.
1. Notons ici que l'examen macroscopique et microscopique de la rate d’animaux ayant une forte gamétocytémie
n’a jamais permis de décéler de surcharge en pigment paludéen.
Fio. VIII : Pohjchromophilus sp.
1 — oocyste mûr.
2 — oocyste immature.
(X 1046)
Source : MNHN, Paris
a
Fig. VIII
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L'INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
35
Sporogonie
Examinés à frais dans des dissections de glandes salivaires de Nyctéribies, les sporozoïtes sont
plus épais que ceux des Plasmodiums et leurs extrémités sont émoussées ; ils mesurent 13 p de long
en moyenne ; ils sont peu actifs. En coupe histologique d’une Nyctéribie, ils apparaissent très nombreux
aussi bien dans les acini que dans les canaux collecteurs des glandes salivaires (Adam et Landau 1973).
Les oocystes n’ont pas été observés à frais. Sur coupes histologiques, ils siègent le plus souvent
entre l’épithélium de l’intestin moyen et la lame basale. Quelques formes peuvent être libres dans l’hémo-
coele, mais elles sont accolées à l’intestin. Enfin de rares oocystes sont intra-épithéliaux.
Le plus petit oocyste immature observé mesure 31 p X 18 p. Il a une forme générale arrondie
et sa membrane limitante, épaisse, irrégulière et plissée par endroits, se teinte en rose. Les noyaux
régulièrement répartis sont de taille variable ; certains forment des masses de chromatine assez grandes,
irrégulières, denses ; d’autres sont plus petits. Le cytoplasme est granuleux et forme des aggrégats
fortement basophiles ; il contient des grains azurophiles.
Les oocystes plus âgés (Fig. VIII, 2, page 34) contiennent des noyaux plus nombreux, plus petits,
mais là encore de forme irrégulière. Le cytoplasme devient moins abondant et basophile et les granules
azurophiles disparaissent.
Un oocyste mûr (Fig .VIII, 1) a été trouvé : il mesure 56 p. X 47 p ; sa forme est ovalaire et
son contour régulier, souligné par une membrane nette. Les sporozoïtes, très nombreux, sont parallèles,
en rangées qui semblent avoir une disposition hélicoïdale à l’intérieur de l’oocyste. Les noyaux des
sporozoïtes sont petits, arrondis, réguliers, colorés en rose vif et leur cytoplasme est rose pâle. On note
dans l’oocyste quelques granules de chromatine dense et irrégulière. Il n’y a plus de cytoplasme résiduel.
Schizogonie
a) Schizontes tissulaires à évolution aiguë
Ils ont été observés dans le poumon de deux Minioptères et dans le foie d’un Rhinolophe (Landau
et Adam 1972 b).
Schizontes hépatiques jeunes
La plus jeune forme observée (Fig. X, 1) siège dans un hépatocyte dont le noyau hypertrophié
(9 p) a un grand nucléole (3,5 p), un nucléoplasme très clair et un pourtour densifié. Le schizonte mesure
21,4 p x 17 p et contient des noyaux de taille variable, tantôt tout petits, tantôt plus grands et irré¬
guliers. Le cytoplasme est abondant et très basophile.
En vieillissant (Fig. X, 2), la taille des schizontes augmente et leur pourtour devient polylobé.
Leur membrane limitante s’épaissit et se charge de colloïde. Les noyaux, de petite taille, ont une dis¬
position régulière. Ils sont difficiles à distinguer, car le cytoplasme est très chromophile. Ce dernier,
parsemé de vacuoles rondes, de taille relativement grande (3 p de diamètre en moyenne), a un aspect
spongieux très caractéristique.
Le plus grand schizonte observé (Fig. X, 3), mesure 123 p X 92 p ; il est très irrégulier, et émet
des prolongements lobaires dans le tissu hépatique. Le cytoplasme, moins dense que dans les formes
plus jeunes, contient un nombre moins élevé de vacuoles de grande taille (4,5 p). Les noyaux, après
hydrolyse, sont petits et arrondis. On note quelques grandes masses de chromatine irrégulières dans
le schizonte. L’enveloppe rose pâle, présente, par endroits, des zones très éosinophiles. Quelques rares
macrophages l’entourent.
Fio. IX : Hepatocystis sp.
1, 2,3, 4 —schizontes aigus pulmonaires ; noter les modifications et la position latérale du noyau de la cellule hôte (2 et 4).
(X 1046).
Source : MNHN, Paris
36
IRÈNE LANDAU
Schizontes pulmonaires
Leur évolution est remarquablement synchrone. De très nombreux schizontes immatures
(Fig. IX, 4), d’aspect presque identique, ont été trouvés dans les deux poumons d’un Minioptère (3 par
coupe de 0,5 X 0,5 cm). Ils mesurent entre 70 et 100 p, leur contour est irrégulier, souvent indenté,
parfois lobé ; ils sont entourés par une substance annulaire fortement éosinophile, bien limitée sur ses
deux bords, analogue à celle qui entoure les schizontes d 'Hepatocystis perronae. Les noyaux sont denses,
arrondis ou allongés, à contour régulier ; leur nombre est relativement faible et ils sont groupés dans
le schizonte de façon très particulière, en laissant de grandes plages irrégulières libres de tout noyau.
Le cytoplasme, très peu colorable, apparaît sous forme de travées rose pâle, entourant les zones conte¬
nant des noyaux. Le noyau de la cellule hôte siège à l’intérieur du parasite, en position excentrique.
Il est beaucoup plus grand que celui des cellules voisines, pouvant atteindre 12 p et contient un ou
deux grands nucléoles très chromophiles contrastant avec le nucléoplasme très clair. La membrane
nucléaire, par contre, est très chromophile.
Une dizaine de schizontes mûrs ou presque mûrs (Fig. IX, 1, 2, 3) ont été trouvés à l’examen
d’une centaine de coupes consécutives de l’un des lobes pulmonaires d’un Minioptère. L’examen d’autres
coupes du même lobe ou du second poumon a été négatif. La forme générale des schizontes est le plus
souvent allongée ; les deux plus grands atteignent 62 p X 64 p et 93 p X 50 p. Ils sont entourés par une
membrane rose, plus mince que celle des formes immatures et beaucoup moins chromophile. La limite
interne de la paroi masquée, par les noyaux, n’est pas visible. Sa limite externe est généralement régu¬
lière. Les noyaux sont très nombreux, régulièrement répartis, groupés parfois en amas, mais ne for¬
mant pas de vrais cytomères. Ils sont compacts, réguliers, arrondis ou allongés. La densité des noyaux
rend peu visible le cytoplasme propre du schizonte. Sur les bords d’un schizonte mûr, on peut distinguer
de petits mérozoïtes ronds.
Le noyau de la cellule hôte est tantôt de taille légèrement supérieure à celle des cellules voisines
tantôt nettement plus grand, comme celui des formes immatures.
Les schizontes aigus ne déterminent aucune réaction macrophagique environnante.
b) Schizontes intra-vasculaires à évolution chronique
Formes immatures (Fig. X, 4)
Elles circulent avec leur cellule hôte dans la lumière des gros vaisseaux du foie et du poumon.
L’ensemble forme une masse arrondie constituée de l’extérieur vers l’intérieur 1) par un anneau épais
(4,5 p) formé d’une substance analogue à celle qui entoure les schizontes tissulaires pulmonaires ;
quelques cellules aplaties, d’aspect endothélial, peuvent lui être accolées ; 2) par une zone annulaire
claire et optiquement vide ; 3) par une zone de cytoplasme, mal limitée, homogène, peu dense, faible¬
ment colorée en rose, qui contient le noyau de la cellule hôte et le parasite proprement dit. Le noyau
de la cellule hôte est latéral et extérieur au parasite ; il est ovalaire, indistinguable de celui d’un hépa¬
tocyte, bien qu’il soit légèrement plus grand ; il contient un gros nucléole et une chromatine qui parait
raréfiée. Les noyaux du schizonte sont arrondis ou allongés, à contour régulier, compacts ; le cyto¬
plasme granuleux est peu dense et vacuolé. On ne distingue pas de membrane entre le parasite et le
cytoplasme de la cellule hôte.
La plus petite forme vasculaire observée mesure 17 p (le schizonte proprement dit mesure
9 p X 7,6 p) ; la plus grande 31 p (le schizonte mesurant 20 p X 11 p). Le nombre de leurs noyaux
est respectivement de 35 et 85.
Dans certains parasites plus âgés, le schizonte occupe tout l’espace limité par la capsule éosino¬
phile ; le noyau de la cellule hôte siège entre le parasite et la capsule.
Fio. X : Hepatocystis sp.
1, 2, 3 — Schizontes hépatiques aigus.
4 — Schizonte vasculaire chronique immature.
5, 6 — Schizontes vasculaires chroniques mûrs.
(X 1046).
Source : MNHN, Paris
.5
Fig. X
6
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L'INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
37
Formes mûres (Fig. X, 5, 6)
Deux schizontes vasculaires mûrs ont été trouvés, à l’exclusion de toute autre forme tissulaire,
dans les poumons d’un Rhinolophe, porteur d’une infection mixte à Polychromophüus sp. et Hepato¬
cystis sp.
Ils mesurent 27 p et 31 p. X 18 (x et contiennent respectivement 45 et 63 mérozoïtes.
La capsule périphérique, analogue à celle des schizontes pulmonaires aigus, est large, pouvant
atteindre 8 p. d'épaisseur ; elle est fortement éosinophile et sa structure est lamellaire. Cette enveloppe
limite une cavité où se trouvent les mérozoïtes ; il ne subsiste aucune trace de cytoplasme résiduel du
schizonte.
Les mérozoïtes sont allongés, légèrement incurvés, mesurant en coupe longitudinale 11 p ; ils
ont une extrémité plus pointue que l’autre ; le noyau rond et compact paraît médian et le cytoplasme
se teinte en rose.
Le noyau de la cellule hôte, extérieur au schizonte, est plaqué entre celui-ci et la capsule.
3) Interprétation des différentes formes observées
Trois genres d’Haemoproteidae ont été décrits jusqu’à présent chez les Chauves-souris : Hepa-
tocystis chez les Mégachiroptères. Polychromophüus et Nycteria chez les Microchiroptères.
En nous fondant sur les caractères établis par Garnham (1966), nous avons indiqué sur le tableau
(page 38) les éléments les plus caractéristiques de ces parasites ainsi que ceux des Microchiroptères du
Congo-Brazzaville. Il apparaît que ces derniers ont des caractères communs (encadrés dans le tableau)
avec chacun des trois genres connus.
Il faut donc admettre l’existence, soit d’un polyparasitisme chez les Microchiroptères du Congo-
Brazzaville, soit d’un parasite unique à caractères intermédiaires entre ceux des autres genres.
Nous nous rallions à la première de ces hypothèse qui constitue la base de l’interprétation pro¬
posée dans la suite de l’exposé et nous exposerons brièvement les raisons pour lesquelles nous ne croyons
pas à la seconde.
Nous avons classé les différentes formes décrites en deux groupes :
7 er groupe (Polychromophüus sp.)
Il comprend d’une part, les gamétocytes ronds rencontrés en toutes saisons dans le sang des
Microchiroptères infectés, d’autre part, les oocystes et sporozoïtes parasitant les Nyctéribies
Il s’agit, semble-t-il, d’un Polychromophüus, car la sporogonie est analogue à celle qui a été
décrite par Garnham, Lainson et Shaw (1971) chez Polychromophüus deanei.
Gamétocytes et sporozoïtes pourraient entretenir respectivement l’infection chez le vecteur
et chez l’hôte vertébré. Les Nyctéribies étant des ectoparasites permanents, s’infectent sur leurs hôtes
et assurent la pérennité de l’infection par un apport régulier de sporozoïtes tout au long de l’année.
On conçoit donc, que dans un tel type de cycle, non saisonnier, la schizogonie, qui est alimentée
toute l’année par réinfection, puisse être peu abondante, éphémère et échapper aux observations.
Cette interprétation permettrait de comprendre pourquoi les recherches de schizontes tissulaires
de Polychromophüus par Corradetti et coll. (1961) et par nous n’aient pas abouti ; les seuls schizontes
de ce genre décrits restent ceux de Mer et Goldblum (1947).
2 e groupe (Hepatocystis sp.)
Il comprend les gamétocytes décrits chez les deux Rhinolophes capturés en février 1972, et
l’ensemble des formes tissulaires observées.
Si nous supposons, qu’à l’inverse du groupe précédent, la transmission par insecte piqueur est
saisonnière, cette hypothèse permettrait d’expliquer d’une part, le fait que la gamétocytémie n’ait
été rencontrée qu’en février, d’autre part, la présence d’une schizogonie aiguë et d’une schizogonie
chronique, pouvant être à l’origine de rechutes.
Les analogies des formes tissulaires de notre parasite avec Hepatocystis perronae sont nombreuses,
leurs caractères différentiels avec Polychromophüus et Nycteria nets.
Source : MNHN, Paris
Parasite
Po1y chromophiIy
Parasites des Microchiroptèi
du Congo-Brazzaville
Hepatocysti:
Nycteria
&
(*)
gamétocytes
I - ronds~| | - ronds | | ronds| avec excrois¬
sances filamenteuses
_ l i _ de l'hématie para-
|- ou irréguliers] [- ou irréguliers] sitée
exflagellation
1 lente |
| lente | (15 ')*"
|rapide| (5*)
|lente[
vecteur
jNyctérï
|Nyctéribie|
Culicoïde
?
oocystes dans l'abdomen
oocystes dans l'abdomen
- oocystes surtout dans
sporogonie
la tête et le thorax ?
sporozoîtes trapus
sporozoîtes trapus
- sporozoîtes fins
hôte vertébré
| Microchiroptère|
|Mlcrochiroptère|
Megachiroptère
Microchiroj
iptère|
petits schizontes dans
Schizontes
Schizontes
Schizontes
le tissu réticulo-
-intra-hépatocytiques
-intra-hépatocytiques
endothélial
polylobés
polylobés
(petits noyaux)
(grands noyaux)
1 -intra-tissulairesi
1 -intra-tissulaires 1
f-intra-vascul aires]
T-intra-vasculaires |
(*) : Nous ne nous référons qu'à l'espèce type, Nycteria meduslformis .
Tableau des principaux caractères différentiels des Haemoproteidae de Chiroptères.
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L'INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
39
a) Les formes aiguës sont, comme celles d’Hepalocystis perronae, fixes dans les tissus ; elles ont
un cytoplasme abondant lorsqu’elles sont jeunes et atteignent de grandes tailles à maturité ; une enve¬
loppe colloïdale nette, souvent épaisse, les entoure ; elles produisent un nombre élevé de mérozoïtes,
petits, arrondis, disposés en groupes et très serrés. Ces formes aiguës peuvent siéger dans le foie ou
le poumon. Malgré le caractère polylobé, particulièrement marqué des schizontes hépatiques, ceux-ci
diffèrent de Nycteria 1 par la petite taille des noyaux et la présence d’une enveloppe chargée de col¬
loïde autour des formes âgées. En outre, leur grande taille les différencie très nettement des petits
groupes de schizontes réticulo-endothéliaux décrits chez Polychromophilus.
b) Les formes chroniques sont intra-vasculaires, de petite taille, avec un cytoplasme très peu
dense ; le nombre de leurs noyaux est faible et correspond déjà, dans les formes immatures observées,
à celui des futurs mérozoïtes. Les schizontes mûrs sont entourés par une capsule épaisse et contiennent
des mérozoïtes allongés, vermiculaires et de grande taille.
Aucune forme de ce type n’a jamais été signalée chez Nycteria ou Polychromophilus. Par contre,
des schizontes vasculaires à évolution lente ont été décrits chez Hepalocystis perronae (Landau et Adam,
1972 a). Les deux espèces ont une enveloppe épaisse, des noyaux plus clairsemés que les formes aiguës
et un cytoplasme très peu abondant. Les schizontes chroniques d 'Hepatocyslis perronae diffèrent de
ceux d'Hepalocystis sp. par leur plus grande taille et l’intense réaction histiomacrophagique provoquée
lors de leur embolie.
En conclusion, tous les faits observés sont compatibles avec l’hypothèse d’un double parasitisme
chez les Microchiroptères du Congo-Brazzaville, l’un à gamétocytémie permanente, l’autre à gaméto-
cytémie saisonnière. Chez Polychromophilus sp. la schizogonie étant alimentée par une réinfection régu¬
lière par sporozoïtes, pourra être rare et labile ; à l’inverse, chez Hepatocystis sp. la pérennité de l’infec¬
tion sera liée à des mécanismes assurant des rechutes sanguines par l’intermédiaire de schizontes
chroniques.
L’hypothèse d’un parasite unique n’est pas totalement à rejeter, sur le seul aspect morpholo¬
gique, puisqu’on pourrait admettre, à la limite, des modifications morphologiques des gamétocytes,
selon l’âge et selon l’hôte. Elle impliquerait cependant la transmission d 'Hepalocystis par Nyctéribie,
ce qui n’est pas conforme à ce que l’on connaît jusqu’à maintenant. Nous préférons donc l’hypothèse
de deux parasites distincts, l’un à transmission permanente, l’autre à transmission saisonnière, hypo¬
thèse qui concorde mieux avec ce que l’on observe chez les autres Haemoproteidae et qui sera dévelop¬
pée dans le chapitre suivant.
C. — Analogies entre les Hémoprotéides
Infections permanentes — Infections saisonnières
Nous avons fait un tableau comparatif des principaux caractères des Hémoprotéides : hôtes
vertébrés et invertébrés, tailles des oocystes et types de schizontes exo-érythrocytaires (Fig. XI).
Il apparaît sur ce tableau que les divers Haemoproteidae et Leucocytozoidae peuvent, pour la plupart,
être classés dans l’une ou l’autre des deux catégories suivantes :
l Te catégorie : Parasites à transmission permanente.
— Les caractères des parasites de ce groupe sont :
— une transmission par un ecto-parasite permanent de l’hôte qu’il ne quitte que pour passer
d’un hôte à l’autre (Puppipares etc...)
— la grande taille des oocystes (> 20 p) et le nombre élevé de sporozoïtes formés (> 100)
1. Le parasite décrit par Garnham (1966) sous le nom de Nycteria congolensis (Krampitz et Anciaux de Faveaux,
1960), nous parait plus proche des Hepatocystis que de N. medusiformis (grande taille de schizontes exo-érythrocytaires,
contour non lobé, enveloppe colloïdale).
Source : MNHN, Paris
IRÈNE LANDAU
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PÉRENNITÉ DE L'INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
41
— une multiplication schizogonique dans les cellules réticulo-endothéliales avec prolifération
le long des capillaires des vaisseaux et formation de cytomères, qui s’isolent et mûrissent
en donnant des mérozoïtes petits et ronds.
2 e catégorie : Parasites à transmission saisonnière.
— Les caractères des parasites de ce groupe sont :
— la transmission par un vecteur ne vivant pas en permanence sur l’hôte vertébré (Simulies,
Culicoïdes, etc.)
— la petite taille des oocystes (< 20 p.) et le faible nombre de sporozoïtes (< 100)
— la dualité des schizontes tissulaires qui se répartissent en formes aiguës et en formes chro¬
niques.
Formes aiguës : Ce sont des schizontes ayant un cytoplasme abondant et basophile lorsqu’ils
sont immatures et des noyaux nombreux et tassés les uns contre les autres lorsqu’ils sont âgés. À quelques
exceptions près ( Hepatocystis ), la membrane, limitant les formes mûres, est mince. Enfin, les méro¬
zoïtes sont petits et arrondis.
Formes chroniques 1 : Ce sont des schizontes ayant un cytoplasme toujours très peu abondant
et des noyaux beaucoup moins nombreux et plus espacés que ceux des formes aigues. Une paroi nette,
souvent épaisse, les limite. Ils sont intra-vasculaires dans les trois cas où ils ont été signalés ( Hepa¬
tocystis perronae, Hepatocystis sp. et Leucocytozoon simondi). Hepatocystis sp. est le seul parasite chez
lequel des formes chroniques mûres aient été observées : les mérozoïtes sont allongés, vermiculaires et
de grande taille ; ils sont probablement à l’origine d’autres schizontes, leur grande taille paraissant incom¬
patible avec la formation d’un anneau érythrocytaire. Si ce caractère se révélait général chez les Hémo-
protéides, il permettrait d’affirmer l’existence d’une schizogonie supplémentaire, donnant naissance
aux gamétocytes.
a) Parasites se classant dans la première catégorie (infections permanentes). Ce sont :
— Haemoproteus : Le vecteur est une Hippoboscide. Les schizontes botuliformes ont tendance
à s étendre en cordons de cytomères le long des capillaires des vaisseaux (cf. la description d’H. colum-
bae par Aragao, 1908). L’infection sanguine persiste pendant des mois (Coatney, 1933) chez les Pigeons
maintenus en captivité et à l’abri des vecteurs ; elle subit d’importantes fluctuations, avec des recru¬
descences brusques. En l’absence d’ectoparasites, celles-ci sont probablement dues à la maturation
et à la rupture de schizontes tissulaires, continuant à se développer à bas bruit, dans les tissus, après
le premier accès. Les modalités de cette schizogonie sont mal connues et en particulier le déterminisme
des recrudescences ; on sait cependant qu’au cours d’une phase aiguë, il y a plusieurs générations de
schizontes de moins en moins nombreux (Garnham, 1966). Selon Coatney (1933), les fluctuations de
l’infection seraient sous contrôle immunitaire.
— Polychromophilus : Le vecteur est une Nyctéribie. Les schizontes siègent par petits groupes
dans l’endothélium vasculaire et dans les macrophages de différents organes ®. Ils évoquent, selon
Mer et Goldblum (1947) qui les ont décrits, une schizogonie, avec formation de cytomères, analogue
1. Signalons ici que la plupart des caractères indiqués pour ces formes se retrouve dans les schizontes hépatiques
retardés des Plasmodiums de Rongeurs.
2. Nous avons pu examiner dans la collection du Professeur P. C. C. Garnham une des lames originales de Mer
et Goldblum, contenant des schizontes hépatiques : leur morphologie diffère de celle des schizontes extrarénaux de Klos-
siella rencontrés dans le foie et la rate de Microchiroptères du Congo-Brazzaville.
Fin. XI : Principaux caractères des Hémoprotéides — Corrélations vecteurs-schizontes.
— Schizontes schématisés à partir de 1) Garnham 1966, 2) documents originaux, 3) Desser 1967, 4) Desser, Fallis et
Garnham 1968, 5) descriptions de de Giusti 1965 et Garnham 1966, 6) Ray 1966.
— Les cases blanches correspondent à des stades dont nous soupçonnons l'existence, mais qui ne sont pas connus.
— Les cases grises correspondent à des stades qui, dans notre hypothèse n’existent pas.
Source : MNHN, Paris
42
IRÈNE LANDAU
à celle d ’Haemoproteus. La schizogonie est éphémère, car elle n’a été observée que chez deux Chauve-
souris par les auteurs cités plus haut.
— Haemocystidium : Le vecteur est inconnu : s’il s’agit effectivement d’un ectoparasite perma¬
nent, ce pourrait être l’une des espèces de petits Acariens qui vivent fixés sur les Lézards. Ce genre,
bien que très répandu, est très mal connu, car les formes de multiplication tissulaires sont presque
introuvables. Mackerras (1961) les a recherchées, sans succès, chez un Heteronola ayant une parasitémie
très élevée. Short (1962) a examiné les tissus d’un Hemidactylus d’Hyderabad et n’a trouvé qu’un seul
schizonte de petite taille à l’intérieur d’une cellule de Kupffer du foie. Enfin, nous avons examiné les
tissus de 5 Oplurus sebae de Madagascar parasités, sans observer de schizontes. La rareté des formes
tissulaires et la petite taille du schizonte trouvé par Short (1962) et figuré par Garnham (1966), nous
incitent à le rapprocher de Polychromophüus et à le classer dans les parasites à infection permanente.
b) Parasites se classant dans la seconde catégorie (infections saisonnières). Ce sont :
— Leucocytozoon simondi : Le vecteur est une Simulie. Son cycle tissulaire étant le mieux connu,
nous l’avons pris comme type des infections à transmission saisonnière.
La gamétocytémie est absente ou très faible pendant l’hiver et des rechutes se produisent au
début du printemps (Garnham, 1967).
Trois types de schizontes ont été décrits :
1 — deux types pendant la saison de transmission (Huff, 1942) — 1) une première génération
de petits schizontes hépatiques (mesurant jusqu’à 20 p de diamètre) et contenant des cytomères —
2) une deuxième génération constituée par des mégaloschizontes répandus dans tout l’organisme, de
grande taille (mesurant jusqu’à plus de 170 p de diamètre) et contenant de très nombreux cytomères.
Leur évolution est aiguë (6 jours pour la première génération, 3 jours pour les mégaloschizontes, selon
Desser, 1967).
2 — un troisième type de schizontes a été trouvé peu avant les rechutes printanières par Desser,
Fallis et Garnham (1968) chez un Canard (Anas platyrhynchus ), capturé dans la nature l’année précé¬
dente. Ces schizontes ont les caractères des formes chroniques décrites plus haut. L’Oiseau chez lequel
ils ont été observés, n’ayant pu acquérir son infection en captivité, les auteurs interprètent ces formes
tissulaires comme étant des schizontes de rechute.
— Parahaemoproteus : Le vecteur est un Culicoïde. La gamétocytémie présente des rechutes
saisonnières (cf. l’étude des rechutes de P. nettionis par Desser, Fallis et Garnham, 1968). Les schizontes
ont été décrits par Wenyon (1932) chez le Moineau de Bagdad ( Passer sp.). Ils sont de grande taille
pouvant atteindre plus de 170 p et sont formés de nombreux cytomères bien individualisés. Sur le
tableau, nous les avons apparentés aux mégaloschizontes.
— Akiba : Le vecteur est un Culicoïde. Akiba caullery (Mathis et Léger, 1908) cause des épi¬
zooties parmi les Poussins de ferme au Japon (Akiba et al., 1958 cités par Garnham, 1966) entre juin
et octobre. Les schizontes (Garnham, 1966) peuvent être rattachés aux mégaloschizontes des espèces
citées plus haut.
— Simondia : Le vecteur est inconnu. Les schizontes découverts par de Giusti (1965) sont lobés
et s’apparentent, selon Garnham (1966) aux schizontes du type Hepatocystis, tels que ceux d 'H. pteropi.
Nous les avons donc classés avec les parasites à transmission saisonnière.
— Hepatocystis : Les Hepatocystis constituent un ensemble de parasites peu homogène, compre¬
nant des espèces souvent très différentes les unes des autres. Il semble que celles-ci puissent être classées
en deux groupes :‘l) celui des Hepatocystis de Primates, H. kochi étant son représentant le mieux connu,
2) celui des Hepatocystis de petits Mammifères, dont nous avons fait figurer 3 espèces sur le tableau :
H. rayi, H. perronae et Hepatocystis sp., parasites respectivement de l’Écureuil volant ( Petaurisla inor-
nalus), de Mégachiroptères africains et de Microchiroptères du Congo-Brazzaville.
1) Hepatocystis kochi. Le vecteur est un Culicoïde.
La sporogonie (Garnham et coll., 1961 et 1962) est atypique, car elle a lieu dans l’hémocoele du
vecteur et en particulier dans la tête. En outre, les oocystes sont de grande taille (60 p), et contiennent
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L’INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES 43
de très nombreux sporozoïtes. Seul un petit nombre de ceux-ci va pénétrer dans les glandes salivaires
et pourra être inoculé à un hôte vertébré.
Les schizontes d’H. kochi, comme ceux des autres espèces parasites de Primates, sont géants
(ils peuvent atteindre 2 mm) et produisent un nombre extrêmement élevé de mérozoïtes.
La parasitémie est fluctuante et peut persister pendant des mois, chez des animaux maintenus
en captivité et à l’abri des vecteurs.
En résumé, le vecteur est saisonnier, mais l’allure de la parasitémie et la morphologie des stades
de la sporogonie (oocystes de grande taille, sporozoïtes nombreux) sont ceux des parasites à transmis¬
sion permanente. Nous avons, sur le tableau, apparenté les schizontes d’H. kochi aux mégaloschizontes
des espèces à transmission saisonnière, en raison de leur grande taille et de leur forme générale globu¬
leuse. Toutefois, cette interprétation provisoire ne nous satisfait pas entièrement ; en effet, certaines
espèces, comme H. cercopitheci (Theiler, 1930) ont des lobes proliférant vers l’extérieur du schizonte ;
ces lobes pourraient peut-être s’isoler et se rompre indépendamment du reste du schizonte.
Le gigantisme des schizontes hépatiques et les caractères atypiques de la sporogonie semblent témoi¬
gner d’adaptations particulières n’ayant affecté que les Hepatocystis de Primates.
2) Hepatocystis rayi. Le vecteur n’est pas connu.
Ray (1960) a décrit deux types de schizontes — les uns sont des groupes de schizontes isolés
chacun par une membrane ; leur évolution paraît aigue, car on les rencontre fréquemment mûrs ;
bien qu'aucune membrane commune ne les entoure, nous pensons qu’un groupe de schizontes peut
être assimilé à un mégaloschizonte et chaque schizonte à un cytomère ; — les autres sont de grands
schizontes siégeant dans le foie, la rate ou le poumon ; ils sont entourés par une épaisse membrane
à double contour, chargée de colloïde et contiennent une large masse centrale de colloïde. Les noyaux
espacés, le cytoplasme peu abondant et le fait qu’aucune forme mûre n’ait été rencontrée par Ray,
évoquent une évolution plus lente que celle des schizontes multiloculaires *.
3) Hepatocystis perronae. Le vecteur n’est pas connu.
L’infection sanguine d’une espèce très proche, H. epomophori, est saisonnière (Garnham, 1966) ;
les gamétocytes disparaissent rapidement du sang des animaux maintenus en captivité. Deux types
de schizontes ont été décrits par Landau et Adam (1972), les uns, aigus, peuvent, à notre avis, bien qu’ils
ne présentent pas de cytomères, être apparentés à des mégaloschizontes de Leucocytozoon, les autres,
chroniques, sont morphologiquement identiques aux formes de rechute de Leucocytozoon.
4) Hepatocystis sp. : Le vecteur n’est pas connu.
Nous avons décrit trois types de schizontes : — des schizontes hépatiques aigus, que nous pen¬
sons pouvoir être des schizontes tissulaires de première génération, analogues à ceux de Leucocytozoon
en raison de leur localisation et du fait qu’ils ne sont pas associés à d’autres formes tissulaires ; — des
schizontes aigus pulmonaires, que nous avons classés avec les mégaloschizontes ; — des schizontes
vasculaires chroniques, que nous interprétons comme étant des formes de rechute.
— Nycteria medusiformis : Ce parasite est très mal connu. On ignore quel est son vecteur et les
schizontes décrits par Garnham et Heisch (1953) ont une morphologie très particulière, qui rend ses
affinités difficiles à préciser ; ils sont de petite taille (60 p), polylobés et les noyaux des formes imma¬
tures sont grands et paraissent être en mitose ininterrompue. Ils semblent avoir une évolution aiguë
et sur le tableau, ils occupent provisoirement une case correspondant à celle des schizontes hépatiques
polylobés d 'Hepatocystis sp.
De nombreuses inconnues persistent dans le cycle biologique des Hémoprotéides et le tableau
que nous avons élaboré est incomplet et provisoire. Cependant, il semble y avoir une corrélation entre
vecteur saisonnier, gamétocytémie brève et pluralité des schizontes, ou bien, entre vecteur permanent,
gamétocytémie de longue durée et unicité des schizontes.
1. Cette partie do la description est basée sur l'étude que nous avons pu faire de schizontes déposés dans la collec¬
tion du professeur P. C. C. Garnham.
Source : MNHN, Paris
44
IRÈNE LANDAU
II. — PLASMODIIDAE DE RONGEURS —
SCHIZONTES HÉPATIQUES CHRONIQUES
Nous avons découvert et étudié l’infection paludéenne des Rongeurs de l’espèce Thamnomys
rutilans en République Centrafricaine et au Congo-Brazzaville. Deux espèces sont en cause dans chaque
région géographique. Leur transmission à des Rongeurs de laboratoire par Anophdes stephensi a pu
être effectuée, ce qui nous a permis de décrire leurs sporogonies et schizogonies pré-érythrocytaires et
érythrocytaires. Des différences morphologiques et biologiques étant apparues entre les parasites des
deux localités, nous avons décrit 4 sous-espèces :
2 en R.C.A. — Plasmodium vinckei chabaudi Landau, 1965
— Plasmodium berghei yoelii Landau et Killick-Kendrick, 1966
2 au Congo-Brazzaville — P. v. lentum Landau et coll., 1969
— P. b. killicki Landau, Michel et Adam, 1968.
Certaines des souches isolées dans ces deux localités sont particulièrement aisées à manipuler
au laboratoire et constituent un matériel de choix pour les études expérimentales sur les Plasmodiums
de Rongeurs.
Par ailleurs, la longue durée de l’infection naturelle, qui se prolonge pendant toute la vie du
Thamnomys sauvage maintenu en captivité, donne l’espoir d’obtenir des modèles expérimentaux pour
l’étude du paludisme chronique des Mammifères.
Enfin, la découverte dès 1965 chez les Thamnomys capturés en R.C.A., de schizontes hépatiques
d’aspect et d’évolution chroniques, ont orienté notre expérimentation vers la recherche d’une relation
entre ces formes tissulaires et des rechutes de la parasitémie.
Dans un premier temps, nous décrirons l’allure dos infections naturelles sanguines et tissulaires ;
nous exposerons ensuite les données expérimentales actuellement acquises dans l’étude des infections
chroniques ; nous discuterons enfin les mécanismes pouvant intervenir dans le maintien du parasitisme.
A. — Infections naturelles
La majorité des observations faites sur des infections naturelles ont été publiées précédemment
(Landau et Chabaud, 1965 ; Adam, Landau et Chabaud, 1966 ; Landau, 1966 a et b ; Landau et Killick-
Kendrick, 1966 ; Landau, Michel et Adam, 1967 ; Garnham, Landau, Killick-Kendrick et Adam, 1967 ;
Landau et Chabaud, 1968 a et b ; Landau et coll., 1968). Nous nous bornerons à rappeler ici les princi¬
pales constatations faites chez les Thamnomys de République Centrafricaine et du Congo-Brazzaville.
1) Infection sanguine
— au moment de leur capture, la presque totalité des Thamnomys adultes de R.C.A. sont palu¬
déens, la parasitémie étant le plus souvent très faible. Les jeunes sont négatifs jusqu’à 2 mois. Dans
environ la moitié des cas, l’infection est mixte à P. o. chabaudi et à P. b. yoelii, dans l’autre moitié
elle est unique à P. v. chabaudi.
Fio. XII.
— Schizontes hépatiques chroniques chez des Thamnomys rutilons capturés danB la nature.
SHS = schizontes hépatiques secondaires ; nous pensons actuellement qu’il s’agit de schizontes chroniques
issus directement du sporozoite ;
— d'après Landau, Chabaud, Michel et Boulard, 1968.
(X 825).
Source : MNHN, Paris
1. — Schizonte
|>r<'• -éry t hrocyIaire mur
dp Plasmodium rhabaudi.
2. — Coupe de l’extrémité
d’un SHS contenant
4. — SHS de 70 noyaux
5. — SIIS d’environ
J 00 noyaux.
7. — SIIS d’environ
150 noyaux.
S. — SIIS de 250 noyaux
après hydrolyse.
10. — SHS d’aspect mûr
11. — SUS de 242 noyaux
après hydrolyse.
.1. — SHS de 29 noyau-
après hydrolyse.
(i. — SHS d’environ
150 noyaux.
12. — SHS trouvé
chez un Thamnomys,
8 mois après sa capture.
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L'INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
45
Le taux d’infection est plus faible au Congo-Brazzaville, où il n’atteint pas 50 % des Thamno¬
mys capturés. P. v. lenturn est généralement seul en cause, P. b. külicki n’ayant été trouvé que deux fois.
— en captivité, la parasitémie des Thamnomys est remarquablement chronique et reste très
faible. C’est ainsi que la sub-inoculation de sang d’un Thamnomys sauvage infecté, à des Souris blanches,
permet d’isoler des souches de P. vinckei pendant toutes la durée de vie du Rongeur. L’infection à
P. berghei paraît plus fluctuante et des périodes, où les passages de sang sont positifs, alternent avec
des périodes où les passages sont négatifs.
2) Infection tissulaire
Nous avons trouvé des schizontes hépatiques dans le foie de 15 Rongeurs, examinés dans les
premiers jours suivant leur capture. Ces formes sont très difficiles à détecter car, peu nombreuses et peu
chromophiles, elles se distinguent difficilement des nombreuses vacuoles de stéathose de même taille,
qui parsèment souvent le foie de ces Rongeurs. Il ne nous a donc pas paru possible de déterminer la
fréquence de ces schizontes qui peuvent très facilement passer inaperçus.
Une enquête effectuée en septembre 1967 en R.C.A. pendant une période de transmission 1
a donné les résultats suivants :
Sur les 42 Thamnomys rutilons adultes capturés :
— 13 avaient un sang négatif (mais aucune inoculation à la Souris blanche n’a été effectuée)
— 24 avaient un sang positif
— 5 avaient une parasitémie élevée
— 5 avaient des schizontes hépatiques de type chronique
— 1 avait des schizontes de type pré-érythrocytaire.
Signalons enfin, qu’au Congo-Brazzaville où le foie d’une quinzaine de Thamnomys a été examiné,
aucune forme tissulaire hépatique n’a été trouvée.
a) Morphologie
Les schizontes hépatiques chroniques sont le plus souvent de forme arrondie. Leur cytoplasme
est peu abondant ; plus dense dans les formes jeunes, il disparaît presque totalement des formes âgées.
Ils sont entourés par une membrane limitante nettement visible et souvent par un espace clair plus
ou moins large les séparant du cytoplasme de la cellule hépatique. Ils sont intracellulaires et modifient
peu le noyau de la cellule hôte qui est rarement augmenté de taille.
Un jeune schizontc de 30 noyaux (Fig. XII, 3) mesure 14 p, son cytoplasme est granuleux,
réticulé, coloré en bleu. Il est parsemé de petites vacuoles disposées surtout en son centre. Les noyaux
sont petits, assez compacts et réguliers, formés de masses de chromatine dense, et n’ont pas de nucléole
visible.
À 70 noyaux (Fig. XII, 2, 4), le schizonte hépatique chronique a peu augmenté de taille (16 p),
son cytoplasme est assez dense, granuleux, avec de nombreuses petites vacuoles mal limitées. Les
noyaux restent petits, mais les masses de chromatine qui les constituent se fragmentent. La plupart
d’entre eux contiennent un nucléole.
De 70 à 150 noyaux (Fig. XII, 5), la taille des schizontes passe de 16 à 21 p. Le cytoplasme reste
granuleux et vacuolé ; il peut être parsemé de petites granulations, quelque fois très nombreuses, qui
se colorent en pourpre, mais disparaissent le plus souvent après hydrolyse acide.
Les noyaux ont augmenté de taille. Ils sont de forme et de taille irrégulière, contenant des masses
1. Nous supposons qu’il s'agit d'une période de transmission, car des schizontes pré-érythrocytaires ont été trou¬
vés dans le foie d'un spécimen et que le nombre de parasitémies aiguës était relativement élevé.
Source : MNHN, Paris
46
IRÈNE LANDAU
de chromatine plus ou moins denses. Ailleurs, ils ont un aspect très caractéristique : autour d’un nucléole
central de grande taille et prenant fortement le colorant, on trouve une couronne de grains de chroma¬
tine, tantôt très fins, formant un anneau régulièrement arrondi autour du nucléole, tantôt plus grossiers,
et irréguliers.
De 150 à 250 noyaux (Fig. XII, 6, 7, 8, 10, 11), l’aspect du schizonte hépatique chronique est
variable et sa taille se situe aux environs de 26 à 30 p.
Plusieurs types de schizontes sont trouvés :
1) l’aspect précédemment décrit avec perlage de la chromatine autour du nucléole est fréquent ;
2) le plus souvent, les noyaux, tout en ayant la même forme, sont plus petits ; l’espace séparant le
nucléole de sa couronne de chromatine est très réduit. Dans un même schizonte, on peut noter
quelques noyaux beaucoup plus grands et irréguliers que les autres. Ces noyaux sont répartis
de façon homogène dans un cytoplasme encore relativement abondant.
Au-delà de 250 noyaux (Fig. XII, 11, 12), la taille du schizontes change peu ; elle reste autour
de 30 à 32 p.
Le cytoplasme se raréfie considérablement et, dans certains cas, disparait presque complète¬
ment, ne subsistant que sous forme de quelques travées bleu pâle.
Ces schizontes hépatiques ont un test d’immuno-fluorescence positif avec des sérums de lapin
anti -chabaudi et anti -yoelii (El Nahal, 1967).
Afin de suivre leur évolution, nous avons effectué des biopsies de foie sur des Thamnomys récem¬
ment capturés pour sélectionner les animaux à foie positif : chez ceux-ci, nous avons pratiqué des biop¬
sies répétées à intervalles de temps variables.
Une expérience préliminaire (Landau, Michel et Adam, 1967) avait permis de comparer les
schizontes existant dans la biopsie du foie d’un Rongeur à ceux qui s’y trouvaient 48 heures plus tard,
Fie. XIII. — Nombre de noyaux des schizontes hépatiques chroniques au cours de biopsies successives chez les trois
Thamnomys 93 XX, 658 ZZ et 231 ZZ. Chaque schizonte est indiqué par un triangle. En abscisse : jours de la biop¬
sie ; en ordonnée : nombre de noyaux. (D’après Landau, Chabaud, Michel et Boulard, 1968).
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L’INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES 47
au moment où l’animal avait été sacrifié. Il semblait y avoir une croissance synchrone lente, le dia¬
mètre des schizontes passant en moyenne de 20 p à 24,3 p. et l’aspect histologique étant un peu différent.
Par la suite (Fig. XIII, nous avons choisi comme critère d'évolution l’augmentation du nombre
des noyaux, qui nous a paru plus significative que celle de la taille. Avant de compter les noyaux,
nous avons hydrolysé les préparations par l’acide chlorhydrique.
Le développement de ce type d’expérience est laborieux, car, comme nous l’avons déjà signalé,
les schizontes chroniques sont rares et difficiles à voir. Ceux qui ont moins de 30 noyaux échappent
pratiquement toujours à l’examen, ceux qui ont plus de 300 noyaux ont un cytoplasme qui se confond
avec le parenchyme hépatique, et passent, eux aussi, très facilement inaperçus.
Il est donc indispensable de travailler sur une infestation spontanée relativement riche (c’est-
à-dire au minimum 100 schizontes au cm®, ou 1 schizonte sur 25 coupes). De telles infestations sont
assez rares, et beaucoup d’animaux doivent être examinés avant d’obtenir un matériel utilisable.
Les Thamnomys doivent être étudiés dans les quelques semaines qui suivent leur capture car,
en règle générale, les schizontes paraissent se raréfier plus ou moins rapidement et deviennent introu¬
vables après 2 ou 3 mois d’expérience. Les résultats obtenus (Fig. XIII) sont donc encore peu nombreux.
Ils nous paraissent cependant suffisamment significatifs pour qu’il soit possible de comprendre approxi¬
mativement quels sont les caractères essentiels de la schizogonie hépatique chronique.
b) Évolution (Fig. XIII).
Le Thamnomys 93 XX a subi 8 biopsies et une autopsie en 20 jours. On note pendant les 4 pre¬
miers jours une croissance lente et régulière, l’écart entre le nombre de noyaux du schizonte le plus
jeune et celui du plus âgé varie peu dans chaque biopsie. À partir du 4 e jour, apparaissent quelques
schizontes plus vieux. Dans la biopsie du 8 e jour, malheureusement petite, nous n’avons trouvé que
4 schizontes, mais ceux-ci ont un nombre de noyaux élevé. Ensuite, les résultats des biopsies des 12 e
et 20 e jours paraissent paradoxaux ; en particulier, le nombre moyen de noyaux baisse. Au 12 e jour,
les chiffres se dispersent en éventail, avec un grand écart. Au 20 e jour, par contre, ils sont regroupés,
à l’exception d’un seul schizonte plus grand.
Pour tenter de comprendre ces résultats, nous proposons l’hypothèse suivante (fig. XIV) :
chaque schizonte a une croissance identique (100 noyaux le jour J, 140 noyaux le jour J -f- 12, 180
noyaux le jour J -f 20, 210 noyaux le jour J + 24, puis maturité et disparition rapides).
Fig. XIV. — Schéma destiné à expliquer les résultats obtenus chez 93 XX. Un faisceau formé de 4 courbes de crois¬
sance, identiques mais ayant au jour O un nombre de noyaux différent, est coupé par des lignes verticales corres¬
pondant aux jours où sont effectuées deB biopsies. Les points d'intersection donnent le nombre de noyaux des
schizontes hépatiques chroniques trouvés dans chaque biopsie. (D'après Landau, Chabaud, Michel et Boulard,
1968).
Source : MNHN, Paris
IRÈNE LANDAU
Si nous traçons un faisceau de 4 courbes de ce type, qui, au jour J, débutent à 80, 100, 120 et
140 noyaux, et que nous coupions ce faisceau par des lignes verticales (correspondant à des biopsies),
les points d’intersection donnent un ensemble de chiffres comparable au nombre de noyaux des schi-
zontes que nous trouvons au cours des biopsies successives : au départ, schizontes nombreux, avec
un nombre de noyaux relativement faible et constant ; à J + 12, une dispersion en éventail des résultats :
à J -f- 20, des schizontes moins nombreux et regroupés à un niveau moyen plus élevé qu’au jour J.
Le Thamnomys 658 ZZ a subi 6 biopsies. Les dernières phases de la croissance sont rapides,
car les schizontes de la dernière biopsie sont histologiquement mûrs, alors que 4 jours auparavant,
ils avaient moins de 200 noyaux et étaient immatures.
Le Thamnomys 231 ZZ a subi 2 biopsies et une autopsie rapprochées. Il y a coexistence de 2 géné¬
rations schizogoniques d’âge très différents.
Les résultats des expériences sont donc cohérents, si l’on admet l’hypothèse de vagues schizo¬
goniques constituées par un groupement de schizontes à peu près synchrones, accompagnées de quelques
formes plus tardives et de formes plus avancées.
Nous avons tenté de tracer une courbe approximative de la croissance d’après les indication
des graphiques.
Chez 93 XX, les formes les plus âgées paraissent mûrir et disparaître au cours de l’expérience.
On peut estimer que les schizontes d’environ 145 noyaux trouvés à l'autopsie proviennent des plus
jeunes schizontes du jour 0. Les schizontes hépatiques chroniques passeraient donc de 80 à 145 noyaux
en 20 jours. (La forte densité qui apparaît sur le graphique au 20 e jour est liée au fait que le matériel
étudié a été beaucoup plus abondant ; en réalité, la densité en schizontes est plus faible qu’au début
de l’expérience). En considérant la partie comprise entre 0 et 12 jours, moment où la croissance est
régulière et où les schizontes sont abondants, les éléments de 100 noyaux au jour 0 paraissent corres¬
pondre à ceux de 140 noyaux du 12 e jour, et les éléments de 130 noyaux du jour 0 à ceux de 190 noyaux
du 12 e jour.
Chez 658 ZZ, les schizontes de 150-190 noyaux mûrissent en 4 jours.
231 ZZ montre que la croissance des jeunes schizontes hépatiques chroniques n’est pas rapide.
En récapitulant ces résultats, nous obtenons donc une courbe qui serait lentement et réguliè¬
rement croissante au début, puis se relèverait de plus en plus rapidement dans sa partie terminale.
Nous pensons donc avoir établi que la schizogonie hépatique chronique chez les Thamnomys
n’est pas constituée par des formes de latence, mais par des schizontes évoluant lentement et se rom¬
pant lorsqu’ils arrivent à maturité.
Les schizontes deviennent généralement introuvables après 2 à 3 mois de captivité ; dans deux
cas cependant, ils étaient relativement nombreux à trois mois et demi chez un Thamnomys et à 8 mois
chez l’autre.
Ces deux observations nous avaient incitée à conclure (Landau, Chabaud, Michel et Boulard
1968) à l’existence probable de générations schizogoniques successives dans le foie. Ceci n’était pas
établi de façon définitive, car les plus petits schizontes observés ont déjà une taille minimale de 14 p
et l’on ignore la durée de l’évolution (peut-être très longue) des formes jeunes.
Aujourd’hui nous avons démontré que les schizontes d’aspect chronique peuvent dériver direc¬
tement du sporozoïte (voir plus loin). Cette constatation, ainsi que ce que nous avons appris sur l’évolu¬
tion des Hémosporidies, nous incitent & changer d’opinion et à penser qu’il n’y a qu’une seule généra¬
tion de schizontes chroniques.
B. — Infections expérimentales
— Notre hypothèse de travail a été tout d’abord, que la chronicité de l’infection naturelle était
liée à la présence de schizontes hépatiques chroniques déterminant des rechutes de la parasitémie.
— Notre expérimentation a donc été orientée vers :
1) la reproduction expérimentale de schizontes hépatiques morphologiquement identiques à
ceux des Thamnomys sauvages de R.C.A., dans le but de démontrer leur nature paludéenne et de com¬
prendre le mécanisme de leur formation.
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L'INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
49
2) la mise en évidence du rôle éventuel des schizontes hépatiques chroniques dans le déterminisme
des rechutes sanguines de l’infection.
1) Schizontes hépatiques retardés
a) Rongeurs adultes en homéothermie
La recherche de schizontes hépatiques chroniques à été effectuée chez de nombreux Rongeurs
adultes de laboratoire (Rats, Souris, Thamnomys surdaster, T. rutilons) inoculés par des doses massives
de sporozoïtes de P. b. yoelii et P. v. chabaudi. Des biopsies successives de foie ont été faites et examinées
histologiquement à intervalles de temps pouvant varier de quelques jours à quelques semaines ou à
quelques mois.
Quelques rares schizontes pré-érythrocytaires d’aspect chronique ont été observés dans des
infections riches, au cours des 60 premières heures : au-delà de ce délai, aucun schizonte n’a jamais été
trouvé dans le foie de ces animaux.
b) Rongeurs jeunes et adultes en hypothermie
Nous analyserons ici quelques expériences au cours desquelles des schizontes hépatiques retar¬
dés ont été obtenus dans le foie de différents Rongeurs, en hypothermie spontanée ou provoquée.
La morphologie des parasites tissulaires est variable :
— Certains ont tous les caractères morphologiques de schizontes pré-érythrocytaires immatures nor¬
maux ; leur seule particularité est de paraître beaucoup plus jeunes que les formes habituelles
du même âge. Leur évolution, malgré sa lenteur, diffère peu de celle des schizontes pré-érythro¬
cytaires chez la Souris blanche.
— D’autres ont une morphologie très particulière, identique à celle des schizontes chroniques des
Thamnomys sauvages (Fig. XV).
— Certains enfin, sont intermédiaires entre les deux types précédents.
Steatomys 1
Nous avons réussi à obtenir expérimentalement chez des Steatomys (Dendromurinae), la repro¬
duction de schizontes hépatiques, identiques à ceux que l’on observe chez les Thamnomys rutilons
sauvages de République Centrafricaine : ceci a permis (Landau et Michel, 1970) de démontrer la nature
paludéenne de ces formes, ainsi que la propriété du sporozoïte de les engendrer directement.
La biologie du Steatomys est très particulière et diffère considérablement de celle des Muridés
utilisés avant lui. En effet, sa thermorégulation est très imparfaite (F. Petter, 1966) : placé en élevage
à des température voisines de celles de son biotope, sa température rectale reste voisine de celle du
milieu ambiant, à l’exception d’une courte période d’activité, en fin de journée, au cours de laquelle
elle remonte et atteint 34°6. Si l’animal est placé à faible température ambiante, sa température cen¬
trale baisse parallèlement pour remonter lorsque le Rongeur est réchauffé.
Nous avons tenté de savoir si ce comportement pouvait expliquer les particularités du dévelop¬
pement des schizontes pré-érythrocytaires chez ces animaux. Les expériences suivantes semblent con¬
firmer cette hypothèse :
6 Steatomys ont été inoculés avec les glandes salivaires de 30 à 60 Anopheles stephensi infectés
par P. b. yoelii.
1) Steatomys 236 VE — Maintenu à 25°C. Dans la biopsie de 65 heures, la majorité des schi¬
zontes est mûre ; à 90 heures, tous ont éclaté et disparu du foie 2 .
1. On connaît deux espèces de Steatomys en Haute-Volta : Steatomys opimus Pouzargucs et Steatomys caurinus
Thomas. Malheureusement, l'espèce que nous avons infectée n’a pu être déterminée.
2. Rappelons que les schizontes pré-érythrocytaires de P. b. yoelii chez la Souris blanche adulte mesurent 37 p
de moyenne et que leB premiers schizontes mûrs apparaissent entre la 43 e et la 45e heure. Ils ont généralement disparu
après la 55 e heure.
2 564 037
Source : MNHN, Paris
50
IRÈNE LANDAU
2) Steatomys 299 VE — Maintenu à 25°C. Dans une biopsie pratiquée à 64 heures, la majorité
des schizontes est mûre et mesure 42,5 p de moyenne. Quelques-uns sont immatures, mesurant de 23 p
à 30 p. Le sang était infectant pour la Souris blanche au moment de la biopsie.
3) Steatomys 300 VE — Maintenu à 15°C. Dans la biopsie de 64 heures, tous les schizontes sont
petits (13 p en moyenne) et très immatures. Ils contiennent peu de cytoplasme et un faible nombre de
noyaux, ce qui les classe dans la catégorie des schizontes intermédiaires entre les pré-érythrocytaires
jeunes et les schizontes chroniques chez les Thamnomys sauvages. À 114 heures, on ne trouve que des
amas de mérozoïtes dans les capillaires du foie.
4) Steatomys 352 VE — Mis à 18°C à partir de la 16 e heure après l’inoculation. Une biopsie à
67 h. 30 montre des formes retardées identiques à celles de 300 VE.
5) Steatomys 351 VE — Mis à 18°C pendant les 16 premières heures après l’inoculation, puis
placé à 25°C. Une biopsie à 71 h. montre que le foie contient des schizontes mûrs et immatures, cer¬
tains de ces derniers étant très petits. À l’autopse, à 92 h., le foie est négatif, mais le sang est positif.
6) Steatomys 11 VE — Maintenu à 25°C. Il a subi une biopsie à 46 h. 30, qu’il a très mal sup¬
portée et a été tué à 64 h., alors qu’il paraissait très malade et était donc probablement refroidi. Dans
la biopsie, les schizontes sont petits (23 p au maximum) 1 et contiennent peu de noyaux ; dans l’autop¬
sie, ils sont presque tous identiques à ceux que l’on trouve dans le foie des Thamnomys sauvages.
Il apparaît donc :
a) que, chez un animal dont la température centrale est maintenue à un niveau inférieur (25°C)
à celui des Rongeurs homéothermes, le cycle pré-érythrocytaire de P. b. yoelii est plus long chez le
Steatomys que chez la Souris blanche et le Rat adultes.
b) qu’un abaissement plus poussé de la température centrale retarde encore l’évolution des
schizontes hépatiques et ceci, de façon plus marquée, lorsque le refroidissement est tardif ; en elTet :
— avant la 16 e heure, l’abaissement de la température a retardé l’évolution de quelques schizontes,
mais est resté sans effet sur la majorité d’entre eux ; — après la 16 e heure, l’évolution de tous les schi¬
zontes pré-érythrocytaires a subi un retard important ; — enfin, chez un Steatomys (11 VE), dont la
température centrale a baissé de façon brutale à partir de 46 h. 30, car il était moribond, presque tous
les schizontes hépatiques ont la morphologie des formes chroniques des Thamnomys sauvages.
c) que malgré leur évolution plus lente, les schizontes de type immature ou intermédiaire attei¬
gnent la maturité et se rompent.
Thamnomys surdaster — rats — souris
Nous avons inoculé des sporozoïtes de P. b. yoelii et tenté d’obtenir des schizontes hépatiques
retardés chez différents Rongeurs nouveaux-nés ou jeunes, âgés de moins de 2 mois. Leur thermorégu¬
lation est très imparfaite et l’hypothermie est particulièrement facile à obtenir chez les nouveau-nés,
qui se refroidissent dès qu’ils ne sont pas en contact direct avec leur mère.
Les expériences sont encore peu nombreuses et les résultats fragmentaires, mais certaines d’entre
elles nous paraissent suffisamment significatives pour être rapportées ici :
— Thamnomys surdaster (souche du Katanga)
1) Un jeune, âgé de 20 à 30 jours, a présenté à 48 h. dans le foie, des schizontes mûrs et un cer¬
tain nombre de schizontes identiques à ceux des Thamnomys sauvages.
1. Cette expérience est relatée dans une note préliminaire (Landau et Michel, 1970). Il faut lire 23 p, et non 43 p,
pour la taille maximale des schizontes à 46 h. 30 (page 1628, ligne 15).
Fio. XV. — 1 et 3 — schizontes chroniques dans le foie de Thamnomys sauvages ; 2 — schizonte dans le foie d'un Stea¬
tomys & 46 h 30 ; 4 — schizonte dans le foie d’un Steatomys à 64 h, d'après Landau et Michel, 1970.
(X 1046).
Source : MNHN, Paris
m 4
Fig. XV
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L'INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
51
2) Un jeune, âgé de 18 jours, rais, 24 h. après l’inoculation à -{- 6°C pendant 1 h. 30, a subi
une biopsie à 48 h. et a été autopsié à 69 h. À 48 h., certains schizontes sont mûrs, d’autres sont beau¬
coup plus petits que la normale ; enfin, on note la présence de quelques schizontes chroniques (iden¬
tiques à ceux des infections naturelles). À 69 h., il reste encore de nombreux schizontes mûrs, immatures
et chroniques. Les formes mûres de l’autopsie sont plus petites que celles de la biopsie.
Un témoin du même âge a été inoculé de la même façon que l’animal précédent, mais n’a pas été
soumis au froid ; à 48 h., son foie contient moins de schizontes hépatiques retardés que le précédent.
— Rats blancs
Deux jeunes Rats, âgés de 15 jours, ont été maintenus après l’inoculation, l’un à 25°C, l’autre
à 18°C, de la 16 e à la 50 e heure. Tous les schizontes pré-érythrocytaires trouvés dans leur foie à 47 h.
étaient retardés, ceux du Rat placé à 18°C étant les plus petits.
— Souris blanches
Quatre jeunes de 15 jours, inoculés avec des sporozoïtes de P. b. yoelii, n’avaient, dans les biop¬
sies de 47 h. et 50 h., que des schizontes hépatiques petits et immatures.
2) Parasitémie chronique
La parasitémie a été suivie chez des Thamnomys sp. proches de surdaster 1 (souche de Ippy),
noculés au laboratoire.
Cet hôte expérimental a été choisi pour les raisons suivantes :
— contrairement à T. rutilans de R.C.A. ou de Brazzaville, son élevage au laboratoire est facile ;
— contrairement à T. surdaster du Katanga, l’inoculation d’un Plasmodium de Rongeurs ne
provoqua pas sa mort par infection suraiguë.
La plupart des renseignements que l’on possède sur l’évolution de la parasitémie des Plasmo¬
dium de Muridés, concerne des infections dont la durée a été déterminée par examen direct du sang.
Nous nous sommes aperçue que les résultats étaient très différents lorsque la parasitémie était contrôlée
par sub-inoculations de sang à des Souris blanches ; l’infection sanguine des Thamnomys sp. de Ippy,
en particulier, peut être très prolongée.
Nous avons reporté sur un tableau (page 52) la durée des parasitémies de Thamnomys sp.
proches de surdaster. Cette durée est très variable, pouvant aller de 38 jours à plus de 5 mois.
Les expériences destinées à établir une corrélation entre schizontes hépatiques chroniques et
parasitémie à rechutes, devront donc être de très longue durée, puisqu’une transmission par simple
passage de sang détermine une maladie, qui dans certains cas peut dépasser 5 mois. L’état de nos expé¬
riences n autorise actuellement aucune conclusion.
En résumé
— L’infection paludéenne des Thamnomys rutilans sauvages est remarquablement chronique
et peut durer plus de deux ans.
— Des schizontes chroniques existent dans le foie de Rongeurs capturés dans la nature ; leur
évolution, étudiée par biopsies de foie successives, est très lente, mais ces formes se rompent et disparais¬
sent du foie en quelques mois.
— Des schizontes hépatiques retardés, identiques à ceux des Thamnomys sauvages, ont été
reproduits directement à partir du sporozoïte chez des Rongeurs en hypothermie ; ces formes ont cepen¬
dant disparu rapidement du foie des animaux infectés.
1. La souche a été rapportée de Ippy en R.C.A., par Francis Petter, qui en fait actuellement l'étude : elle se rat¬
tache, selon lui, au groupe surdaster, mais diffère de T. surdaster du Katanga par le nombre de chromosomes (2N = 52
chez les Rongeurs du Katanga ; 2N = 68 chez ceux de Ippy).
Source : MNHN, Paris
N° du
Thamnomys
Age du
Thamnomys
Inoculum
Durée de la parasitémie
Parasite
448 VE
6 mois
Sporozoïtes
90 jours
P.b.yoelii
449 VE
6 mois
Sporozoïtes
90 jours
P.b.yoelii
669 VE
- 15 jours
Sporozoïtes
77 jours
P.b.yoelii
671 VE
- 15 jours
Sporozoïtes
47 jours
P.b.yoelii
871 VE
53 jours
Sang
161 jours
P.b.yoelii
872 VE
53 jours
Sang
51 jours
P.b.yoelii
467 SS
7 mois
Sang
38 jours
P.v.chabaudi
468 SS
7 mois
Sang
+ le 7/4/72 à
152 jours
P.v.chabaud}
470 SS
12 jours
Sang
100 jours
P.v.chabaud:
473 SS
12 jours
Sang
100 jours
P.v.chabaud:
471 SS
35 jours
Sang
100 jours
P.v.chabaud:
472 SS
35 jours
Sang
+ le 7/4/72 à
152 jours
P.v.chabaud:
Tableau : Durée de la parasitémie chez Thamnomys sp. proches de surdaster, inoculés expérimentalement.
La parasitémie a été contrôlée par des sub-inoculations régulières de sang des Thamnomys & des Souris blanches.
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L'INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
53
Il reste à établir la corrélation entre schizontes chroniques et rechutes sanguines. La parasi¬
témie expérimentale des Thamnomys sp. proches de surdasler pouvant être très chronique nos résultats
actuels ne sont pas significatifs.
En dépit des incertitudes qui subsistent, la présence de schizontes chroniques dans un cycle
de Plasmodiidae de Mammifères s’explique lorsque l’on considère quels sont les caractères fondamen¬
taux de l’ensemble du groupe des Hémosporidies.
Dans la discussion qui suit, nous chercherons donc à établir quelles sont les homologies les plus
vraisemblables entre les cycles évolutifs des Haemoproteidae et ceux des Plasmodiidae, dans le but de
comprendre la signification du schizonte chronique de ces derniers.
III. — DISCUSSION
En étudiant les Hémoprotéides d’une part, les Plasmodiidae d’autre part, nous avons rencontré
des schizontes d’un type morphologique particulier, à cytoplasme très peu abondant, noyaux espacés
et membrane limitante épaisse, que nous interprétons comme des formes chroniques. Il reste à détermi¬
ner si ces formes sont homologues, ou s’il s’agit de convergences entre les deux groupes de parasites.
Si l’on cherche à déterminer l’homologie entre un cycle d’Hémoprotéide et celui d’un Plasmo¬
diidae, nous pensons qu’il est raisonnable de faire les assimilations suivantes :
— l re schizogonie tissulaire de Leucocytozoon (hépatique)
= schizogonie cryptozoïque (chancre d’inoculation) de Plasmodium gallinaceum.
— Mégaloschizonte de Leucocytozoon
= schizogonie métacryptozoïque de P. gallinaceum.
— La schizogonie sanguine apparaît comme une acquisition nouvelle propre aux Plasmodiidae.
11 se produit donc, dans les deux groupes, deux schizogonies successives constantes et, chez les
Plasmodiidae, apparaît une troisième schizogonie surajoutée.
Le schizonte d’aspect chronique paraît appartenir à la première génération, puisque nous avons
démontré chez les Plasmodium de Rongeurs qu’il peut dériver directement du sporozoïte. Le seul
schizonte chronique mûr qui soit actuellement connu, (celui d ’Hepatocystis sp.) a des mérozoïtes de
grande taille, qui paraissent incompatibles avec la formation directe de gamétocytes ; il semble donc
qu’une deuxième génération de schizontes (aigus) fasse suite à la première pour donner les gaméto¬
cytes.
Ainsi, que le cycle soit chronique, ou qu’il soit aigu, la notion de deux schizogonies successives
apparaît.
En nous appuyant sur ces éléments et en schématisant à l’extrême, nous proposons l’interpréta¬
tion suivante :
a) Cycle primitif (vecteur annuel)
— Sporozoïte ^ Schizontes chroniques ^ Schizontes — G amétocytes
qui mûrissent en un an aigus une fois
par an
Source : MNHN, Paris
54
IRÈNE LANDAU
b) Cycle de type Hepatocystis sp. et Leucocytozoon (vecteur annuel)
. Sporozoi'te
i
■Schizontes chroniques—*
qui mûrissent en un an
ichizontes aigus —
(1ère génération)
Ifr-S.
►Gamétocytes
peu après la piqûre
■chizontes aigus
ou mégaloschizontes
(2ème génération)
^Gamétocytes
peu après la
piqûre
Ce type de cycle permet une libération de gamétocytes peu de temps après la piqûre du vecteur
et une rechute un an après.
c) Cycle de type Haemoproteus et Polychromophilus (vecteur permanent)
Sporozoi'te
►Schizontes aigus —
(1ère génération)
Schizontes aigus—►-Gamétocytes
2ème génération) peu après
la piqûre
•n Schizontes ^ Gamétocytes
aigus pendant toute
l'année
La deuxième génération aiguë donne des schizontes asynchrones qui mûrissent de façon subin-
trante, puis se rompent ; la gamétocytémie est fluctuante et un ectoparasite, tel qu’Hippoboscide
ou Nyctéribie, peut s’infecter pendant toute l’année.
d) Cycle de type Plasmodium d'Oiseaux (vecteur piquant à différentes
saisons)
-Sporozoïte ►Schizontes aigu.
ou cryptozoïtes
(lère généra¬
tion)
ichizontes aigus-^K3amétocyte
ou métacrypto-
zoïtes (2ème gé¬
nération)
t
Schizontes >
érythrocytaires
et exo-érythro-
cytaires
(n générations)
peu après la
piqûre
►Gamétocytémie
prolongée
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L’INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
55
Chez les Plasmodium d’Oiseaux, les deux premières générations aiguës sont maintenues et la
schizogonie chronique a disparu ; des schizogonies aiguës et répétitives se sont surajoutées, permettant
à la gamétocytémie de se maintenir longtemps dans le sang.
e) Cycle de type Plasmodium de Rongeurs (vecteur piquant à différentes
saisons)
—Sporozoïte
C i
.
ichizontes chroniques ■
—►{Rechutes annuelles?)
chizontes aigus
-^►Gamétocytes peu après
=Schizontes pré-érythrocytaires la piqûre
(homologues 2ème génération)
►n Schizogonies ~~
sanguines aiguës
►Gamétocytémie pro¬
longée
Nous pensons donc que les schizontes pré-érythrocytaires des Plasmodium de Mammifères
correspondent aux schizontes aigus de deuxième génération (métacryptozoïtes des Plasmodium
d’Oiseaux).
Comme chez les Plasmodium d’Oiseaux, la schizogonie sanguine assure une gamétocytémie
de longue durée.
L’existence de schizontes chroniques semble indiquer une parenté plus directe entre Haemo-
proteidae et Plasmodiidae de Mammifères, d’une part, qu’entre Plasmodiidae d’Oiseaux et Plasmodii-
dae de Mammifères, d’autre part. Mais ceci n’a rien de paradoxal, car aucune donnée ne permet d’affir¬
mer une filiation directe des Plasmodium d’Oiseaux aux Plasmodium de Mammifères.
Ainsi, l’analyse du cycle des Plasmodiidae conduit à admettre deux évolutions distinctes à
partir des Haemoproteidae :
1) disparition de la première génération aiguë aux dépens d’une schizogonie sanguine sura¬
joutée, disparition complètement réalisée chez les Plasmodium de Mammifères.
2) passage d’un cycle annuel à un cycle plus rapide avec disparition de la schizogonie chronique,
qui subsiste pourtant chez les Plasmodium de Rongeurs de R.C.A.
Cette schizogonie chronique des Plasmodium de Rongeurs est issue directement du sporozoïte
et nous n’avons aucune raison de supposer qu’elle diffère fondamentalement des formes homologues
des autres Hémosporidies.
Source : MNHN, Paris
56
IRÈNE LANDAU
RÉSUMÉ — CONCLUSIONS
Le but de ce travail est de chercher à comprendre quels sont les mécanismes qui assurent la péren¬
nité de l’infection chez les Sporozoaires Coccidiomorphcs.
Ce travail comprend d’une part, une série d’expérimentations faites de façon aussi complète
que possible (Hepatozoon domerguei, Klossiella mabokensis, Schellackia brygooi, Plasmodium vinckei
chabaudi, P. berghei yoelii), d’autre part, un certain nombre d’observations partielles dues à des cir¬
constances favorables, et enfin, l’analyse de quelques documents bibliographiques. L’ensemble des
données est destiné à chercher à établir les mécanismes généraux permettant à une infection de se main¬
tenir d’une année à l’autre.
Dans la première partie du résumé, nous nous bornerons à énumérer les faits nouveaux 1 , qu’ils
résultent d’expérimentations suivies ou d’observations fragmentaires et, dans la deuxième partie, nous
résumerons l’interprétation que nous donnons de ces faits.
Transmission de Schellackia brygooi n. sp., parasite d’Oplures malgaches par Culex pipiens
fatigans.
Description de Lainsonia iguanae n. g., n. sp., parasite d 'Iguana iguana au Brésil, qui est ratta¬
ché aux Schellackiidae en raison de ses oocystes octozoïques asporés ; il se différencie, de Schellackia
par la localisation des formes de multiplication : foie et rate chez Lainsonia, épithélium et conjonctif
digestifs chez Schellackia.
Les phénomènes de latence du sporozoïte et d’accumulation dans le système réticulo-endothé¬
lial s ont décrits chez Lankesterella sp., parasite de Pana esculenta de Corse.
Reproduction du cycle biologigue d'Hepatozoon domerguei, parasite de Colubridés malgaches,
chez des Culicidés (Anopheles stephensi, Culex pipiens pipiens et C. p. fatigans) et différents Serpents
et Lézards ( Oplurus, Lacerta, Python, Lioheterodon, Madagascarophis).
Description de deux populations d’oocystes chez H. domerguei, les uns petits et précoces, les
autres grands et tardifs. L’ingestion des premiers par Oplure donne naissance uniquement à la schi¬
zogonie, celle d’un mélange des deux populations à la schizogonie et aux kystes.
Mise en évidence de la double destinée du sporozoïte d 'H. domerguei chez des animaux examinés
au cours des 15 jours qui suivent une inoculation massive d’oocystes mûrs : — certains sporozoïtes
donnent naissance au cycle schizogonique, qui comprend une schizogonie primaire hépatique, suivie
d’une schizogonie secondaire généralisée gamogonique — d’autres sporozoïtes se différencient en kystes
endogéniques, qui, après division, restent à l’état latent dans les tissus.
Mise en évidence de la nature kystique des macroschizontes ou « schizontes Y » décrits par diffé¬
rents auteurs chez les Hepatozoon.
Description en microscopie optique du processus de division endogénique des kystes d 'H. domer-
guei.
Mise en évidence du rôle des kystes endogéniques d 'Hepatozoon : assurer la transmission du
parasitisme lorsqu’ils sont ingérés par un animal prédateur.
1. Beaucoup des travaux ont été fait en collaboration avec de nombreux collègues ; le détail de cette collaboration
est indiqué dans le texte et la bibliographie et n'est pas rappelé dans le Résumé.
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L'INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
57
Mise en évidence de l’identité des rôles du sporozoïte et de l’endocyte qui donnent naissance aux
mêmes stades parasitaires chez l’hôte vertébré : schizontes et kystes chez un Reptile réceptif, kystes
seuls chez un animal réfractaire à la gamogonie et réceptif aux kystes ( Lacerta muralis, par exemple).
Description d’une Hémogrégarine, Hepatozoon prodhoni n. sp., dont les gamétocytes s’accu¬
mulent dans le système réticulo-endothélial et y restent en état de latence.
Description, en collaboration avec Y. Boulard, du cycle biologique de Klossiella mabokensis,
parasite de Praomys jacksoni.
Mise en évidence, chez K. mabokensis, d’une première génération schizogonique dans l’axe
conjonctif des villosités du début du grêle.
Détermination de la succession chronologique des stades schizogoniques et sporogoniques de
K. mabokensis chez la Souris blanche.
1 à 30 jours : l re génération : schizogonie intestinale
30 à 45 jours : 2 e génération : schizogonie rénale
45 à 60 jours : 3 e génération : schizogonie rénale et extrarénale dans tout le système réticulo¬
endothélial ; les mérozoïtes de cette génération donnent les gamétocytes
60 à 75 jours : sporogonie aboutissant à l’excrétion des premières spores urinaires
75 jours à 6 mois : asynchronisme des schizogonies et de la sporogonie
6 e mois : extinction de l’infection urinaires.
Mise en évidence, chez K. mabokensis, de kystes endogéniques dans le foie et le poumon de Sou¬
ris blanches inoculées expérimentalement.
Transmission de K. mabokensis par prédation, après ingestion de tissus de Souris blanches
contenant des kystes.
Transmission de K. mabokensis, par ingestion de fèces de Souris blanches contenant des kystes
en transit digestif.
Définition de deux types de schizontes chez les Hémosporidies :
1) type aigu — noyaux nombreux et serrés les uns contre les autres
— cytoplasme abondant, chez les formes immatures
— membrane limitante fine
2) type chronique — noyaux espacés
— cytoplasme très peu abondant
— membrane limitante épaisse
Deux types de schizontes tissulaires sont décrits chez Hepatocystis perronae, parasite de Méga¬
chiroptères africains :
— des schizontes hépatiques aigus intra-parenchymateux (leur disparition du foie d’une Chauve-
souris, examinée deux fois à 7 jours d’intervalle, a été observée) ;
— des schizontes vasculaires chroniques, morphologiquement très proches des schizontes de
rechute de Leucocytozoon simondi.
Description A'Hepatocystis sp. chez des Microchiroptères du Congo-Brazzaville.
Deux types de schizontes tissulaires sont décrits chez Hepatocystis sp.
— des schizontes aigus dans le foie et le poumon
— des schizontes chroniques dans les vaisseaux.
Les mérozoïtes des schizontes vasculaires chroniques mûrs A’Hepatocystis sp. sont vermiculaires
et de grande taille et paraissent inaptes à donner directement des gamétocytes sanguins ; ce fait implique
l’existence d’une schizogonie aiguë succédant à la phase chronique.
Description des gamétocytes de Polychromophüus sp. dans le sang de Microchiroptères du Congo-
Brazzaville et de la sporogonie de ce parasite chez la Nyctéribie Peniciüidia fulvida.
Découverte, en République Centrafricaine et au Congo-Brazzaville, de deux foyers de Paludisme
des Muridés épidémiologiquement très différents du seul foyer connu auparavant, celui du Katanga.
Source : MNHN, Paris
58
IRENE LANDAU
Mise en évidence du rôle du Thamnomys comme principal réservoir de virus des Plasmodium
de Rongeurs.
Réalisation du cycle biologique expérimental et description de 4 sous-espèces de Plasmodiums
de Rongeurs : deux en R.C.A. (P. vinckei chabaudi et P. berghei yoelii), deux au Congo-Brazzaville
(P. v. lentum et P. b. killicki).
Chronicité de l’infection naturelle des Plasmodiums de Rongeurs, la parasitémie durant pendant
toute la vie du Thamnomys maintenu en captivité.
Description de schizontes hépatiques chroniques dans le foie de Thamnomys sauvages de Répu¬
blique Centrafricaine ; l’étude de leur évolution, par biopsies de foie successives, à intervalles variables,
montre que celle-ci est très lente.
Démonstration de la nature paludéenne de ces schizontes chroniques par la reproduction expé¬
rimentale, chez des animaux en hypothermie ( Steatomys et jeunes Thamnomys surdaster d’élevage),
de formes morphologiquement identiques à celles des Thamnomys sauvages de R.C.A.
Mise en évidence d’une chronicité de l’infection transmise par passage de sang chez des Tham¬
nomys sp. de Ippy : le contrôle de la positivité étant fait par sub-inoculation de sang du Thamnomys
à des Souris blanches, l’infection dure plus de 6 mois pour P. v. chabaudi, 2 mois 1/2 pour P. b. yoelii
(dans un cas elle a duré 5 mois 1/2 pour cette sous-espèce).
Les mécanismes assurant la pérennité de l’infection se révèlent avoir une grande diversité et
ont même à notre avis, un intérêt phylogénique de tout premier plan, car ils apparaissent comme des
mécanismes encore plus fondamentaux que certains processus schizogoniques aigus qui paraissent sura¬
joutés. En outre, en ce qui concerne le maintien de l’espèce, ce sont eux qui non seulement assurent la
permanence de l’infection, mais encore semblent permettre, dans de nombreux cas, sa dissémination
à grande distance.
L’idée directrice de notre travail est que la résistance et la pérennité sont assurées par le sporo-
zoïte ou ses dérivés évolutifs chez les Coccidies et par la première génération schizogonique chez les
Hémosporidies.
Pour nous, le cycle de base d’une Coccidie ne comprend qu’une sporogonie et les mécanismes
qui permettent au sporozoïte de résister et de contaminer de nouveaux hôtes. Il est donc logique que
ces mécanismes aient donné lieu à une grande diversité évolutive. La prédation serait le mécanisme
de base ; l’adaptation à l’épithélium digestif (permettant l’excrétion immédiate dans le milieu exté¬
rieur) ou l’adaptation au sang circulant (permettant la transmission par Insecte hématophage) ne
seraient que des adaptations secondaires.
Il peut paraître un peu paradoxal de faire dériver les Coccidies des Grégarines coelomiques,
mais le caractère tout à fait général du processus d’enkystement nous conduit à cette hypothèse. En
effet, le sporozoïte d’une Lankestereüa, bien qu’il ne subisse aucune différenciation morphologique
particulière, a déjà le rôle d’un kyste. La division par endogenèse va apporter à toute la lignée des
possibilités de résistance et de dissémination très étendues. Nous avons vu que la persistance du germe
par ce processus peut se faire, même chez des animaux non réceptifs à la schizogonie et à la gamogonie.
La résistance de ces formes par simple transit intestinal paraît également un facteur très important
pour la dissémination à longue distance. Les processus évolutifs qui ont joué sur la forme infectante
constituent donc une part essentielle de l’évolution des Coccidies. Vu sous cet angle, le cycle de Toxo-
plasma qui a paru atypique est, au contraire, parfaitement conforme à la règle (avec pour seule parti¬
cularité, la présence de multiplications anormales des endocytes, les pseudokystes, qui apparaissent
le plus souvent comme un artifice expérimental) et ce sont les Coccidies ayant perdu le pouvoir de pro¬
duire des kystes qui doivent être considérées comme des formes atypiques hyperévoluées.
Nous interprétons le caractère annuel des gamétocytémies de parasites transmis par un vec¬
teur saisonnier comme un phénomène fondamental, ce qui implique, dans les cycles les moins évolués,
l'existence de schizontes chroniques mûrissant vraisemblablement sous une influence endocrinienne.
Le schéma d’un cycle peu évolué chez l’hôte vertébré sera donc le suivant :
Source : MNHN, Paris
PÉRENNITÉ DE L’INFECTION CHEZ LES SPOROZOAIRES COCCIDIOMORPHES
59
f
.schizonfe
;es chroniques"
toute l'année
J L
ichizontes aigus.-
sporogonie chez un
vecteur
ocytes
une fois par an
L’évolution se ferait par l’acquisition d’une schizogonie aiguë, surajoutée à la précédente, per¬
mettant l’apparition des gamétocytes peu de temps après la piqûre infectante. Ce type de cycle nous
paraît être celui de Parahaemoproteus, Leucocytozoon, Akiba, Simondia et des Hepatocystis de Chi¬
roptères.
Des adaptations multiples peuvent se produire qui tendent à alimenter le sang de façon régu¬
lière en gamétocytes et donnent les meilleures conditions possibles pour la transmission par des vec¬
teurs piquant souvent ou par des ectoparasites permanents ( Hâemoproteus, Polychromophilus, Haemo-
cystidium). Les Plasmodiidae appartiennent à ce dernier groupe ; nous retrouvons chez les Plasmodium
de Rongeurs l’existence de schizontes chroniques dont le rôle et la signification peuvent être
interprétés en admettant leur homologie avec les schizontes chroniques primitifs des Hémoprotéides.
En conclusion, ce que l’on sait sur la biologie des Sporozoaires Coccidiomorphes concerne essen¬
tiellement les stades aigus car, le plus souvent, seuls les animaux considérés comme positifs, après une
enquête préliminaire, sont examinés de façon plus attentive. Les mécanismes assurant la pérennité
de l’infection sont donc relativement peu connus, car ils évoluent généralement à bas bruit.
La synthèse de nos résultats expérimentaux, d’observations faites sur des animaux capturés
dans la nature et de certaines données bibliographiques nous incitent à croire que les mécanismes assu¬
rant la pérennité du parasitisme, bien qu’ils puissent varier dans leurs modalités, obéissent à certains
impératifs ancestraux, sur lesquels se sont greffées de nombreuses adaptations particulières.
Les Coccidies s’opposent aux Hémosporidies du fait que la forme de pérennité des premiers
est une adaptation du sporozoïte, alors que chez les Hémosporidies, au contraire, c’est la première
génération schizogonique qui est en cause.
Source : MNHN, Paris
IRÈNE LANDAU
60
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Source : MNHN, Paris
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