BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
i
zoologie
171
N» 247 JUILLET-AOUT 1974
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vaciion.
Comité directeur : Prs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie -— Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His-
toire naturelle, 38, rue Geofïroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
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International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’IIISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 247, juillet-août 1974, Zoologie 171
Note sur quelques Aphyonidae de
l’Atlantique Nord (Téléostéens, Ophidioidei)
par Michel Rannou, J0rgen G. Nielsen, Jean-Claude IIureau *
Résumé. — Treize spécimens d’Aphyonidae appartenant à trois espèces sont comparés aux
individus actuellement connus. Trois Aphyonus gelatinosus permettent d’étendre aux Açores et
à la mer des Caraïbes l’aire de distribution géographique de cette espèce et d’accroître la varia¬
bilité du nombre de rayons dorsaux et anaux. Un Leucochlamys galatheae capturé au large des
côtes de France présente un intérêt : du point de vue systématique, ses caractères confirment
le fait que les genres Leucochlamys et Sciadonus sont très voisins ; du point de vue biogéographique,
cette capture a été faite aux antipodes de la localité-type et il s’agit de l’Aphyonidae capturé à
la plus haute latitude. Enfin, neuf Barathronus bicolor permettent d’étendre l’aire de distribution
de cette espèce et l’un d’eux est le premier individu adulte capturé en pleine eau, très loin du fond.
Abstract. — Thirteen specimens of the family Aphyonidae belonging to three species are
compared to the previously known specimens of these species. The catch of three Aphyonus
gelatinosus extends the area of distribution of this species to the Azores and Caribbean Sea and
also the variation of the number of rays in the dorsal and anal fins is increased. A Leucochlamys
galatheae, taken olï the coasts of France, shows that the généra Leucochlamys and Sciadonus are
very closely related ; it was caught at an antipodical position of the type-locality and is probably
a deep pelagic occuring fish. Nine Barathronus bicolor extend the area of distribution of the species
from the Caribbean Sea to Surinam and one of them is the first adult definitely caught pelagically.
Les Aphyonidae, poissons typiquement bathyaux, ne sont connus qu’en un nombre
très réduit d’exemplaires. L’étude systématique et biologique de la famille entreprise par
Nielsen (1969) fait état de 69 spécimens dont 42 pour une seule espèce ( Barathronus bico¬
lor Goode et Bean, 1886) et 23 pour les 12 autres espèces. Depuis la publication de cette
étude, rien n’a été ajouté, sinon par Nielsen lui-même (1972) qui décrivit deux nouveaux
spécimens.
Des missions océanographiques récentes ont permis de capturer des exemplaires sup¬
plémentaires :
— un Aphyonus gelatinosus Günther, 1878, et un Leucochlamys galatheae Nielsen,
1969, au cours de la mission Biaçores organisée par le Muséum national d’Histoire natu¬
relle, à bord du N.O. « Jean Charcot », en octobre et novembre 1971 ;
— deux Aphyonus gelatinosus et neuf Barathronus bicolor Goode et Bean, 1886, récol¬
tés par différentes campagnes du R/V « Pillsbury » dans la mer des Antilles et conservés à
* M. Rannou et J.-C. Hureau, Laboratoire de Dynamique des Populations aquatiques, Muséum national
d’Histoire naturelle, 57 , rue Cuvier, 75005 Paris.
J. G. Nielsen, Universitetets Zoologiske Muséum, Kobenhavn, Danmark.
247, 1
1250
M. RANNOU, J.-G. NIELSEN, J.-C. HUREAU
1’ « University of Miami, Marine Laboratory ». C’est grâce à l’amabilité de C. R. Robins
et J. C. Staiger que nous avons pu examiner ces spécimens et obtenir les données s’y
rapportant.
Aphyonus gelatinosus Günlher, 1878
(Fig. 1)
Matériel (3 spécimens) 1
LS : 62 mm ($) ; « Jean Charcot », station 204 (37°40'N, 25°15,5'W : sud-est de bile
Sao Miguel) ; profondeur 1 074 à 1 170 m ; chalut à perche de 5,50 m d’ouverture, non
fermant; nature du fond : cailloux volcaniques; 6 novembre 1971; MNHN n° 1973-32.
LS : 85 mm (Ç) et 100 mm (<J) ; « Pillsbury », station 844 (11°30'N-11°44'N, 60°14,5'W-
60°11,2'W) ; profondeur 1 817 à 1 847 m ; chalut à panneaux de 41 pieds (environ 14 m) ;
1 er juillet 1969 ; UMML n° 26946.
Fig. 1. — Aphyonus gelatinosus (d’après Nielsen, 1969).
Description
Les caractères méristiques et morphométriques sont donnés dans le tableau I et com¬
parés avec les trois seuls exemplaires précédemment connus et décrits par Nielsen (1969).
L’exemplaire de 62 mm de longueur, capturé par le « Jean Charcot », est en très mau¬
vais état : la queue est légèrement mutilée, les plaques hypurales sont intactes mais les
rayons caudaux manquent ; la région ventrale est endommagée et ne permet pas la mesure
de la hauteur du corps. 11 s’agit d’un poisson Ophidioidei mâle, adulte, avec des corps ver¬
tébraux subrectangulaires en vue latérale. Ce caractère permet de dire qu’il s’agit d’un
Aphyonidae. Parmi les quelques caractères reconnaissables, on peut observer les trois
longues branchiospines médianes de l’arc antérieur, ce qui indique que ce poisson peut être
rapporté à Aphyonus gelatinosus, seul Aphyonidae possédant trois branchiospines bien
développées. L’autre espèce d’ Aphyonus, A. brevidorsalis Nielsen, 1969, possède neuf
longues branchiospines sur l’arc antérieur. Les quelques autres caractères dont l’observation
1. Grâce à l’amabilité de Nigel R. Merrett du National Institute of Oceanography, Grande-Bretagne,
nous pouvons signaler une nouvelle capture d’Aphyonus gelatinosus (cette information a été reçue alors
que cette note était sous presse). Capture faite parle « Discovery » à la station 7991 (24°12,08'N, 17°07,14'W)
au moyen d’un chalut à perche épibenthique à la profondeur de 1 500-1 520 m, le 23 juillet 1972. Longueur
standard : 109 mm. Rayons des nageoires : D 108, C 7, A 71, P 19 ; 13 branchiospines sur l’arc antérieur
dont 3 sont allongées ; 33 -j- 53 vertèbres.
QUELQUES APHYONIDAE DE L’ATLANTIQUE NORD
1251
est possible sur ce mauvais échantillon correspondent tous à ceux d’A. gelatinosus (tabl. I) :
1 seul rayon aux pelviennes, 18 rayons pectoraux, 31 -f- 52 vertèbres, 1 —(— 3 8 (9) bran-
chiospines sur l’arc antérieur. Le second arc branchial ne porte que des hranchiospines
courtes. Aucune gonade n’a pu être distinguée parmi les viscères déchiquetés, mais l’appa¬
reil copulateur ressemble à celui d’un mâle mature d ’Aphyonus gelatinosus (cf. Nielsen,
1969, fig. 4).
Fig. 2. — Otolithes (sagitta) d’Aphyonus gelatinosus (a : vue latérale, face interne de l’otolithe droit ;
b : vue en coupe après polissage de l’otolithe gauche) et de Leucochlamys galatheae (c : vue en place
de l’otolithe droit après dissection du crâne ; d : vue latérale, face externe de l’otolithe gauche).
Les otolithes (sagitta) sont relativement gros (longueur : 3 mm, largeur : 2 mm, épais¬
seur : 0,8 mm) et leur forme générale est ovalaire. La face externe, aplatie, est légèrement
déprimée en son centre par un ombilic et à la partie inférieure par un sillon antéro-posté¬
rieur. La face interne, convexe, possède une ornementation très réduite : ostium très fai¬
blement déprimé et peu visible, cauda absente (fig. 2 a et b).
247, 2
1252
M. RANNOU, J.-G. NIELSEN, J.-C. HUREAU
Les deux spécimens provenant de la mer des Caraïbes, tous deux en excellent état de
conservation, ne diffèrent des trois autres spécimens déjà connus que par deux caractères :
plus petit nombre de rayons aux nageoires dorsale et anale (D : 93-97 au lieu de 106-116 ;
A : 61-63 au lieu de 65-68).
Tableau I. — Aphyonus gelatinosus : caractères méristiques et morphométriques.
UMML
26946
UMML
26946
MNHN
1973-32
Nielsen (1969)
3 spécimens
Sexe
c?
?
<2
2 ? T 1 (J
Longueur standard LS (mm)
100
85
62
82 — ? — 132
Caractères méristiques
Dorsale
93
97
111 + ?
106-111
Caudale
7
6-7
Anale
63
61
67 + ?
65-68
Pelviennes
1-1
1-1
1-1
1-1
Pectorales
18
18
18
17-18
Branchiospines droites
1/3/7
1/4/7
1/3/8
1/3-4/9-10
gauches
1/3/8
1/4/8
1/4/9
1/3/9-10
Rayons branehiostèges droits/gauches
8/8
9/9
8/8
8/8
Vertèbres
33 + 51
32 + 50
31 + 52
31-33 + 51-53
Vertèbres totales
84
82
83
84-85
1 er rayon anal sous le ray. dorsal n°
35
37
39
42-46
1 er rayon anal sous la vertèbre n°
36
35
36-38
1 er rayon dorsal au-dessus de la vertèbre n°
9
10
9
8-10
Caractères morphométriques (% de LS)
Longueur tête
25,0
26,5
24,0-25,5
Hauteur au début de la dorsale
15,0
16,5
16,0-17,5
Museau
9,0
9,4
8,4-8,7
Mâchoire supérieure
14,0
16,0
• —
13,0-14,5
Longueur postorbitaire
15,5
17,0
15,5-16,5
préventrale
18,5
21,0
■-
19,0-22,0
préanale
52
53
- -
52-56
prédorsale
29,0
30,5
28,0-29,5
Distance pelvienne-anale
33,0
35,0
33,0-35,5
Longueur 10 premiers rayons dorsaux
6,2
5,1
4,8-5,1
10 premiers rayons anaux
6,4
7,4
6,1-7,7
Distribution géographique
Les tiois nouveaux spécimens recueillis permettent d’étendre l’aire de distribution
d'Aphyonus gelatinosus qui est maintenant connu des Açores, du golfe du Mexique, de la
mer des Caraïbes et de la localité-type au nord de l’Australie. Les profondeurs des diverses
QUELQUES APHYONIDAE DE L’ATLANTIQUE NORD
1253
localités varient de 914 à 2 560 m mais les profondeurs de capture sont difficiles à préciser
car les chaluts utilisés ne sont pas fermants. Souvent ces engins gardent dans leurs mailles
(10 à 15 mm) des poissons bathypélagiques.
Leucochlamys galatheae Nielsen, 1969
(Fig. 3)
Matériel (1 spécimen)
LS : 93 mm ($) ; « Jean Charcot », station 251 (47°38'N, 8° 56'W: à l’ouest du banc
de La Chapelle) ; profondeur 3 360-3 600 m ; chalut à perche de 5,50 m d’ouverture, non
fermant ; fond de vase avec galets ; 17 novembre 1971 ; MNHN n° 1973-33.
Description
Une comparaison entre quelques-uns des caractères méristiques et morphométriques
de cet exemplaire et du matériel-type de Leucochlamijs galatheae est faite dans le tableau IL
Les deux spécimens du matériel-type constituaient les seuls individus connus de l’espèce.
La seule différence essentielle parmi les caractères méristiques se rencontre dans le nombre
plus élevé de rayons anaux (58 au lieu de 47-48). Ce chiffre 58 doit modifier la clé de déter¬
mination donnée par Nielsen (1969 : 13). Cependant, à l’intérieur même du matériel-
type, il y a également une grande différence entre les nombres de rayons dorsaux (88 et
104) ; aussi les variations rencontrées pour les rayons anaux ne justifient pas une distinc¬
tion spécifique pour notre nouvel exemplaire. Parmi les caractères morphométriques,
exception faite de la longueur de la base des dix premiers rayons dorsaux et anaux, il n’existe
aucune différence significative entre cet exemplaire et les types de Leucochlamys galatheae.
Cet exemplaire est une femelle mature : les ovaires, longs de 28 mm, contiennent plusieurs
ovules brun-rouge d’un millimètre de diamètre et l’appareil copulateur est constitué par
une paire de longues pinces souples de 5 mm.
En ce qui concerne la dentition, le prémaxillaire est garni d’une bande de 3 à 4 rangées
de dents pointues. Ces bandes deviennent plus étroites vers l’arrière. Le vorner porte deux
groupes de 6 à 10 dents, petites et légèrement recourbées, les plus antérieures constituant
des crochets très légèrement plus grands que les dents voisines. La mandibule porte des
dents pointues, disposées en bandes de 3 à 4 rangées qui s’interrompent à la symphyse
où ne subsistent que quelques dents isolées.
La distinction entre les vertèbres précaudales et caudales est assez difficile car le pas¬
sage des unes aux autres est graduel. Cependant, des processus ventraux courts appa-
1254
M. RANNOU, J.-G. NIELSEN, J.-C. HUREAU
raissent dès la vertèbre n° 40 ; leur taille s’accroît vers l’arrière et ne devient constante
qu’à partir de la 49 e vertèbre ; c’est sous cette vertèbre qu’est situé le premier rayon de
l’anale.
Les otolithes sont très petits mais présents. Leur longueur n’est que de 0,8 mm, leur
largeur de 0,6 mm et leur épaisseur de 0,3 mm. Leur forme générale est presque circulaire ;
la face externe est fortement convexe, sans structure, et la face interne est légèrement
concave avec une très légère dépression en son centre.
Tableau II. — Leucochlamys galatheae : caractères méristiques et morphométriques.
MNHN
1973-33
Matériel-type
2 spécimens
ZMUC P 77456
et P 77457
Longueur standard (mm)
93
61-84
Caractères méristiques
Dorsale
102
88-104
Caudale
6
6
Anale
58
47-48
Pelviennes
0
0
Pectorales
14-14
11/12-12/13
Branchiospines droites/gauches
14/14
13-14/14
Rayons branchiostèges
10
9
Vertèbres
48 + 39
48 + 38
1 er rayon anal sous le rayon dorsal n°
53
44-55
1 er rayon anal sous la vertèbre n°
49
49
fer rayon dorsal au-dessus de la vertèbre n°
18
18-20
Caractères morphométriques (% de LS)
Longueur tête
15,5
14,5-16,5
Museau
5.8
5,1-5,7
Mâchoire supérieure
9,7
7,9-9,0
Diamètre orbitaire
ca 0,3
0,4-0,5
Distance préanale
67
65-66
prédorsale
31,0
31,0-33,0
Longueur base 10 premiers rayons dorsaux
6,4
5,0-5,4
Longueur base 10 premiers rayons anaux
5,7
6,4-6,7
Longueur pédoncule pectoral
6,0
6,0-6,4
Discussion
L’allure grêle et allongée de ce poisson, de même que son pédoncule pectoral pédicellé
et la structure de son appareil copulateur font qu’on peut le rapprocher avec certitude
du genre Sciadonus ou du genre Leucochlamys ; ces deux genres d’Aphyonidae sont très
voisins l’un de l’autre. D’après Nielsen (1969 : 63), les deux genres peuvent être séparés
QUELQUES APHYONIDAE DE L’ATLANTIQUE NORD
125S
par la présence de petites nageoires pelviennes, d’une narine antérieure tubiforme et l’absence
de crochets sur le vomer dans le genre Sciadonus alors que chez Leucochlamys on constate
l’absence de pelviennes, une narine antérieure courte et la présence de deux crochets sur
le vomer.
Notre spécimen possède une narine antérieure non tubiforme, n’a pas de nageoires
pelviennes et le vomer porte deux groupes de 6 à 10 très petites dents, mais on note l’ab¬
sence des deux crochets vomériens caractéristiques des Leucochlamys. La combinaison de ces
caractères, chez cet exemplaire, contribue à atténuer la différence entre les genres Leuco¬
chlamys et Sciadonus. Ceci va dans le sens de la remarque de Nielsen (1969 : 69) et l’exa¬
men d’un matériel plus abondant conduira vraisemblablement à réunir les deux genres,
notre spécimen étant plus proche du genre Leucochlamys tel qu’il est actuellement défini.
Trois espèces de Leucochlamys ont jusqu’à présent été décrites : L. jonassoni Nybelin,
1957, possède des valeurs méristiques faibles (68 rayons dorsaux et 9 rayons pectoraux,
68 vertèbres) ; L. cryptophthalmus Zugmayer, 1911, a une forme assez massive et une pig¬
mentation noire sous la nageoire dorsale et sur le péritoine. Il ne reste plus que L. galatheae
dont les spécimens-types sont comparés à notre exemplaire dans le tableau II et dans la
description.
Distribution géographique
Leucochlamys galatheae est maintenant connu de deux localités : la fosse de Kermadec
dans le Pacifique Sud-oriental (36°31'S, 178°38'W) et à l’ouest du banc de La Chapelle,
au large de la France (47°38'N, 8°56'W). Cette dernière localité se trouve dans la zone
tempérée, ce qui est exceptionnel pour la famille des Aphyonidae ; c’est la capture effectuée
à la plus haute latitude dans les deux hémisphères. Les sondes aux points de capture étaient
respectivement à 4 410 m et 3 600-3 360 m. Les engins utilisés aux deux stations ont tous
deux travaillé sur le fond mais, n’étant pas munis de système fermant, ils ont rapporté
des poissons abyssaux, henthiques et pélagiques, si bien qu’aucune précision ne peut être
donnée sur le mode de vie de L. galatheae.
On notera pourtant que, contrairement aux Barathronus sp. qui n’ont été récoltés
que dans un océan, L. galatheae a été capturé dans des régions situées pratiquement aux
antipodes l’une de l’autre. Ces positions extrêmes des lieux de capture et la présence de
plusieurs caractères néoténiques renforcent l’hypothèse (Nielsen, 1969) suivant laquelle
le genre Leucochlamys, comme certains aùtres Aphyonidae, peut avoir une vie pélagique
profonde. En revanche, la présence d’otolithes (très petits) n’avait jusqu’à présent été
observée que chez des Aphyonidae probablement benthiques (Nielsen, 1969 : 83).
Barathronus bicolor Goode et Bean, 1886
(Fig. 4)
Au cours d’une récente visite à F « University of Miami, Marine Laboratory », l’un
de nous (J. G. N.) a eu la possibilité d’examiner neuf spécimens de Barathronus bicolor
qui n’avaient pas été étudiés par Nielsen en 1969. Comme ils apportent des précisions
sur la distribution de cette espèce et les variations des caractères méristiques, leur étude
est introduite ici.
1256
M. RANNOU, J.-G. NIELSEN, J.-C. HUREAU
Matériel (9 spécimens)
LS : 103 mm ; « Pillsbury », station P-381 (10°17'N, 75°59,9'W-10°15,2'N, 75°59,9'W) ;
604-733 m ; chalut à panneaux de 41 pieds ; 14 juillet 1966 ; UMML n° 22755.
LS : 102 et 105 mm ; « Pillsbury », station P-388 (10°16'N, 76°03'W-10°10,4'N, 76°
08,8'W) ; 824-1 061 m ; chalut à panneaux de 41 pieds ; 15 juillet 1966 ; UMML n° 22576.
LS : 95 mm ; « Pillsbury », station P-478 (11°34,4'N, 62°10,7'W-11°32'N, 62°07,2'W) ;
576-598 m ; chalut à panneaux de 41 pieds ; 2 août 1966 ; UMML n° 22651.
LS : 110 mm ; « Pillsbury », station P-673 (7°56,5'N, 54°39'W-8°08'N, 54°27'W) ;
1 042-1 070 m ; chalut à panneaux de 41 pieds ; 11 juillet 1968 ; UMML n° 28552.
LS : 90 mm ; « Pillsbury », station P-679 (9°28'N, 55°35'W) ; capture à 100 m avec
chalut pélagique Isaacs-Kidd ; sondage à 3 505-3 569 m ; 12-13 juillet 1968 ; UMML n° 27526.
LS : 110 mm ; « Pillsbury », station P-747 (11°46'N, 67°05,7'W-11°54,7'N, 67°05'W) ;
1 098-1 175 m ; chalut à panneaux de 41 pieds ; 24 juillet 1968 ; UMML n° 30384.
LS : 93 mm ; « Pillsbury », station P-847 (11°37,3'N, 60°59,4'W-11°41'N, 61°01,3'W) ;
920-1 244 m ; chalut à panneaux de 41 pieds ; 2 juillet 1969 ; UMML n° 30698.
LS : 90 mm ; « Pillsbury », station P-1261 (17°13'N, 77°50'W-17°18'N, 77°45'W) ;
722-768 m ; chalut à panneaux de 10 pieds ; 15 juillet 1970 ; UMML n° 30699.
Fig. 4. — Barathronus bicolor .(d’après Nielsen, 1969).
Commentaires sur le tableau III
Le tableau III réunit les caractères méristiques de B. bicolor, d’une part pour les 42
spécimens étudiés par Nielsen en 1969, d’autre part pour 8 des 9 spécimens étudiés ici
et enfin pour le neuvième (UMML n° 30384). Ce dernier offre en effet un nombre très faible
de rayons aux nageoires dorsale et anale. Sauf pour le nombre (51) de rayons anaux de
l’un d’eux, les caractères méristiques des 8 exemplaires supplémentaires entrent parfai¬
tement à l’intérieur de la gamme des variations des 42 premiers individus. Cela signifie
que la première colonne du tableau III donne une bonne image de la variabilité des carac¬
tères métriques de l’espèce. L’exemplaire n° 30384 est sans doute une anomalie.
QUELQUES APHYONIDAE DE L’ATLANTIQUE NORD 1257
Tableau III. — Caractères
méristiques de
B. bicolor.
Nielsen
« Marine Laboratorv », Miami
(1969)
— --
^-—
42 spécimens
8 spécimens
UMML 30384
Longueur standard (mm)
58-140
90-110
110
Nageoires dorsale
65-78
65-72
62
caudale
9-10
9
anale
52-59
51-58
46
pelviennes
1-1
1-1
1-1
pectorales
22-25
--
23-23
Branchiospines sur arc antérieur
28-33
31-31
Rayons branchiostèges droits/gauches
7/8
8/8
Vertèbres (total)
70-75
70-72
70
Vertèbres précaudales
31-35
32-34
33
Vertèbres caudales
38-41
36-38
37
1er ra y 0n anal sous rayon dorsal n°
15-20
15-20
17
1 er rayon anal sous vertèbre n°
32-35
33-35
34
1 er rayon dorsal au-dessus de la vertèbre n°
23-26
24-26
25
Distribution géographique
Jusqu’à présent B. bicolor n’était connu que du golfe du Mexique et de la mer des
Caraïbes, mais deux exemplaires furent pris au large du Surinam, ce qui étend l’aire de
répartition de l’espèce à près de 1 000 km en direction du sud-est.
Huit exemplaires furent capturés au moyen de chaluts de fond, à des profondeurs
variant de 576 à 1 244 m. Mais un spécimen pélagique fut pris par 100 m au-dessus d’un
fond de plus de 3 500 m. Jusqu’à présent, les seuls spécimens de B. bicolor pélagiques avaient
été des jeunes (Nielsen, 1969 : 30) ; or ce nouveau spécimen (UMML n° 27526) est une
femelle mature de 90 mm de long, contenant de nombreux ovules d’un diamètre d’environ
un millimètre.
RÉFÉRENCES RIRLIOGRAP1IIQUES
Nielsen, J. G., 1969. — Systematics and biology of the Aphyonidae (Pisces, Ophidioidea). Gcda-
thea Rep., 10 : 1-90, 57 fig., 4 pi.
— 1972. — Rare Northeast Atlantic Aphyonid Fishes (Ophidioidei). « Meteor » Forsch.-
Ergebn., sér. D, n° 12 : 52-55, 3 fig.
Manuscrit déposé le 19 août 1973.
| Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 247, juillet-août 1974,
Zoologie 171 : 1249-1257.
Achevé d’imprimer le 15 février 1975.
IMPRIMERIE NATIONALE
564 003 5
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compliqués devront être préparés de façon à pouvoir être clichés comme une figure.
Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
Bauchot, M.-L., J. Dao.et, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. -— The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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