BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
N 29
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
JANVIER-FÉVRIER 1972
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : P r M. Vachon.
Comité directeur : P rs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr. M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr. N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
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toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris, (C.C.P.,
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BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’IIISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 29, janvier-février 1972, Zoologie 23
SOMMAIRE
Sabine Renous-Lécuru et Robert Jullien. — Les grands troncs nerveux du zeu-
gopode des Lacertiliens (Reptiles, Squamates). 167
Robert Jullien et Sabine Renous-Lécuru. — Variations du trajet du nerf ulnaire
( ulnaris ) et de l’innervation des muscles dorsaux de la jambe chez les Lacerti¬
liens (Reptiles, Squamates) : valeur systématique et application phylogénique. 207
Robert Jullien et Sabine Renous-Lécuru. — Réflexions sur la distribution sys¬
tématique des pores préanaux et fémoraux dans le sous-ordre des Lacertiliens
(Reptiles, Squamates). 247
Sabine Renous-Lécuru et Robert Jullien. — Contribution à la connaissance de
l’histoire des Iguanidés (Reptiles, Squamates) par la confrontation de divers
critères : types d’innervation reconnus aux deux membres, présence ou absence de
pores fémoraux et préanaux. 253
29 , 1
Les grands troncs nerveux du zeugopode des Lacertiliens
(Reptiles, Squamates)
par Sabine Renous-Lécuru et Robert Jullien *
Résumé. — La présente étude illustre les divergences introduites par les processus évolutifs
entre des formations que l’on suppose avoir été initialement semblables : celles des membres tho¬
racique et pelvien. Ces divergences sont partout présentes dans le segment étudié. Légères encore
dans la loge musculaire ventrale où les nerfs homotypes conservent, de part et d’autre, un rôle
et une situation sensiblement analogues, elles deviennent très fortes dans la loge dorsale où les
correspondances entre les deux membres ont le plus souvent disparu. Seul un examen des autres
Tétrapodes nous permet d’imaginer à peu près ce qu’a pu être ici le dispositif initial commun.
Nerfs dorsal du stylopode et interosseux devaient desservir simultanément cette loge, selon des
modalités identiques d’un membre à l’autre. Un problème subsiste, qui parait d’ailleurs insoluble
pour l’instant, pour tous les Tétrapodes : celui du péronier ou sciatique poplité externe dont on
ne sait dire s’il est le vestige d’un nerf depuis longtemps disparu au membre thoracique ou bien
une nouveauté au membre pelvien. Quoi qu’il en soit, partant de ce qui semble avoir été commun,
au départ, à tous les animaux ayant conquis le milieu terrestre, nous pouvons bien juger de la sin¬
gularité des tendances évolutives apparues dans la lignée des Lacertiliens : en particulier l’orien¬
tation différente des axones innervant la loge dorsale de l’avant-bras et la variabilité de cette orien¬
tation à la jambe. Ces tendances les différencient; de tous les autres Tétrapodes, excepté peut-être
des Amphisbéniens.
Abstract. — This study illustrâtes evolutionary divergences in structures assumed to liave been
initialy similar : the thoracic and pelvic limbs. These divergences are présent throughout the
segment studied still slight in the ventral musculature where the homotypie nerves retain approxi-
mately analogous rôles and positions in the two limbs, they become very strong in the dorsal mus¬
culature where the correspondances between the two limbs hâve most often disappeared. Only
an examination of the other tetrapods permits us to imagine what the initial connnon disposition
coulcl hâve been here. The dorsal nerve of the stvlopod and the interosseous nerve came to serve
this région simultaneously and in the saine manner in both limbs. One problem remains which
appears, besides, to be insoluble for the instant for ail Tetrapods : that of the peroneus or ischia-
dicus dorsalis. One cannot say whether it is a vestige of a nerve long gone in the thoracic limb or,
rather, an innovation in the pelvic limb. An any case, we can well appreciate the singularity
of evolutionary tendencies in Lacertilians (considering that which seems to hâve been commun
to ail animais having conquered the terrestrial field) : in particular the different orientation of
axons innervating the dorsal région of the forearm and the variability of this orientation in the
leg. These tendencies differenciate the Lacertilians from ail other Tetrapods with the possible
exception of the Amphisbenians.
Resumen. — El présente estudio pone de manifiesto las divergencias introducidas por los
procesos evolutivos entre formaeiones que se ha supuesto fueron inicialmente semejantes : las
de los miembros torâcieo y pelviano. Estas divergencias estân présentes en cualquier parte del
* Laboratoire d’Anatomie comparée du .Muséum national d’Histoire naturelle, 55 rue de Bufjon ,
75005 Paris,.
168
SABINE RENOUS-LECURU ET ROBERT JULLIEN
segmento estudiado. Poco notables aün en la logia muscular ventral, en donde los nervios homo-
tipos conservan por una y otra parte un papel y una situaciôn sensiblemente anâlogas, se hacen
importantes en la logia dorsal, en la que las correspondencias entre los dos miembros desaparecen
ammenudo. Solo un examen de otros Tetrâpodos nos permitiria entrever, aproximadamente,
cual ha podido ser en este caso el dispositivo inicial comûn. Los nervios dorsal del estilopodio e
interôseo deberian inervar simultâneamente esta logia, segûn las idénticas modalidades de un miem-
bro y del otro. Un problema subsiste, que parece, por otro lado, insoluble por el momento para
todos los Tetrâpodos : el del peronéo o ciâtico popliteo externo, del que no se puede deeir si es el
vestigio de un nervio hace mucho tiempo dcsaparecido del miembro torâcieo, o bien una novedad
del miembro pelviano. Cualquiera que sea este problema y, partiendo de lo que parece haber sido
comûn al principio a todos los animales que han conquistado el medio terrestre, podemos constatar
la singularidad de las tendencias evolutivas en la linea de los Lacértidos, particularmente, la dife-
rente orientaciôn de los axones que inervan la logia dorsal del « antebrazo » y la variabilidad de esta
orientaciôn en la « pierna ». Estas tendencias los diferencian de todos los otros Tetrâpodos, a excep-
ciôn, posiblemente, de los Anfisbé — nidos.
SOMMAIRE
I. _ INTRODUCTION. 170
II. — DESCRIPTION DES TRONCS NERVEUX. 171
Troncs DESSERVANT LA MUSCULATURE ANTIBRACHIALE . 171
a) Le radial. 171
b) L’ulnaire. 173
c) Le médian. 177
d) L’interosseux . 177
Troncs desservant la musculature jambière. 178
a) Le péronier. 180
b) Le fibulaire externe. 181
c) Le médian. 183
d ) L’interosseux . 183
III. — LISTE DES ESPÈCES ÉTUDIÉES. 185
Lacertiliens. 185
1. Iguanidés. 185
2. Agamidés. 186
3. Chaméléonidés . 187
4. Geckonidés . 187
5. Eublépharidés. 188
6. Uroplatidés. 188
7. Pygopodidés. 188
8. Xantusiidés. 189
9. Scincidés. 189
10. Gerrhosauridés. 189
11. Cordylidés. 189
12. Lacertidés. 189
13. Téiidés. 190
14. Anguidés. 190
15. Xénosauridés. 191
16. Hélodermatidés. 191
17. Varanidés. 191
18. Lanthanotidés. 191
Autres Tétrapodes disséqués pour comparaison. 191
IV. _ EXAMEN DES PROBLÈMES POSÉS PAR L’INNERVATION DE LA LOGE
DORSALE DU ZEUGOPODE DES LACERTILIENS DANS LE CADRE PLUS
GÉNÉRAL DES TÉTRAPODES. 191
Documents fournis par les Tétrapodes autres que les Lacertiliens. 191
Particularités des Lacertiliens et leur place parmi les Tétrapodes. 197
y. _ CONCLUSIONS . 200
NOMS LATINS DES NERFS ET DES MUSCLES CITÉS DANS LE TEXTE. 202
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES. 203
I. — INTRODUCTION
Le premier objectif de ce travail est de compléter, à travers une grande série de dis¬
sections, la connaissance des troncs responsables de l’innervation des musculatures anti-
brachiale et jambière chez les Lacertiliens. Les premières observations sur ce sujet avaient
été entreprises par des auteurs comme Gadow (1881), Kuhne (1913), Rabl (1915), Rib-
bing (1938), et Haines (1950). Nous leur devons, entre autres enseignements, celui d’avoir
montré l’intérêt, pour la systématique, de recherches de ce genre, généralement peu pra¬
tiquées. Toutefois, leurs conclusions se fondaient sur l’étude d’un nombre restreint de
formes. On était donc en droit d’attendre, d’investigations nouvelles, des renseignements
inédits sur les variations d’origine, de trajet et de destination de ces troncs. C’est dans
cet espoir que nous avons abordé cette étude, étendant à près de deux cents genres de Lacer¬
tiliens les observations amorcées jadis sur quelques-uns d’entre eux. Toutes les familles
de cet ordre sont ici représentées, à l’exception de celles qui, actuellement, ne groupent
que des animaux parfaitement apodes. De plus, l’unique genre, très rare, des Shinisauridés,
n’a pu être disséqué. Cependant, comme cette famille fait partie du vaste ensemble des
Anguioïdes, bien figuré par ailleurs dans notre matériel, nous pouvons considérer que nos
conclusions concernent toutes les superfamilles de l’ordre. Quoiqu’une quarantaine de
genres, environ, manquent encore, il nous est possible de fournir aujourd’hui des informa¬
tions assez complètes sur les variations des nerfs concernés.
Ce premier travail, proprement anatomique, a été réalisé en deux temps. L’un, il y
a quelques années, a été marqué par la publication de deux notes distinctes, traitant du
membre thoracique (Lécuru, 1967), et pelvien (Jullien, 1967). Nos recherches se déve¬
loppaient alors séparément, à partir d’un nombre de spécimens encore restreint. Aujour¬
d’hui, la situation est toute différente. D’une part, en effet, l’accroissement considérable
du matériel nous permet de compléter largement nos premières observations ; d’autre part,
la confrontation permanente de nos résultats nous donne l’occasion de revenir, avec des
données nouvelles, sur certains problèmes posés par l’innervation de la loge dorsale du
zeugopode. Pour les considérer toutefois, le cadre offert par les Lacertiliens s’avère assez
étroit. Nous l’avons élargi à l’ensemble des Tétrapodes et cet examen constituera la seconde
et dernière partie de ce travail.
A la base de l’étude que nous entreprenons, nous avons posé une sorte de postulat.
En effet, nous supposons, au départ, qu’une organisation commune a existé aux deux mem¬
bres du « Tétrapode primitif ». Cette hypothèse, défendue par maints auteurs et qui s’appuie
sur de nombreux travaux d’anatomie et d’embryologie, facilitera grandement la descrip¬
tion des troncs nerveux.
Dans ce but aussi nous avons toujours considéré les deux membres dans une posi¬
tion identique : celle qu’ils occuperaient dans un plan transversal, le zeugopode fléchi à
TRONCS NERVEUX DU ZEUGOPODE DES LACERTILIENS
171
angle droit sur le stylopode horizontal. Le même souci de clarté nous a enfin conduit à
adopter, pour bras et jambes, une nomenclature homogène, proposée par Ribbing (1938)
pour l’ensemble des Tétrapodes. Les termes en sont communément utilisés aujourd’hui
pour tous ces animaux au membre antérieur ; ils le sont beaucoup moins, en revanche,
pour le membre pelvien, et nous donnerons, lorsque ce sera nécessaire, les appellations
qui leur correspondent dans les nomenclatures concurrentes. Dans un tableau placé en fin
d’article seront portés les noms latins des nerfs et des muscles cités dans le texte.
Dans notre exposé nous envisagerons d’abord l’avant-bras auquel nous comparerons
ensuite la jambe.
Précisons que lorsque nous dirons d’un nerf qu’il est extenseur ou fléchisseur, nous
entendrons exclusivement qu’il se distribue aux muscles dorsaux ou, au contraire, ventraux
du zeugopode.
Nous donnerons la liste des animaux disséqués à la fin de la partie descriptive L .
II. — DESCRIPTION DES TRONCS NERVEUX
Troncs desservant la musculature antibrachiale
On a, depuis longtemps, écrit qu’ils étaient quatre : radial, ulnaire, médian et interos¬
seux, que le premier était surtout destiné au bras, que le second présentait des variations
de trajet exploitables en systématique ; enfin que les deux derniers naissaient, au niveau
du coude, d’un tronc commun dit fléchisseur brachial. Nos dissections sur l’ensemble des
Lacertiliens confirment ces données classiques. Mais elles apportent, en outre, un certain
nombre d’informations nouvelles qui permettent de donner de ces nerfs des descriptions
désormais très complètes. L’illustration est fournie par les quatre premières figures.
a) Le radial
C’est un nerf exclusivement extenseur, essentiellement destiné au triceps brachial, il
émane toujours de la région moyenne du plexus et emprunte dès ce niveau une voie invariable
qui lui est propre. D’abord caché par le chef superficiel du dentelé puis par le grand dorsal,
il sort de l’épaule caudalement au tendon distal de ce dernier muscle. Plongeant très pré¬
cocement entre les couches superficielles et profondes du triceps, il pénètre dans son fais¬
ceau le plus antérieur et le plus ventral. Là, il se dirige vers le bord cranial du membre
pour atteindre le foramen ectépicondylien de l’humérus. Dorsal jusqu’à cet orifice et ayant
1. La plupart des spécimens nous ont été obligeamment confiés par le Professeur J. Guibé, Directeur
du Laboratoire d’Herpétologie du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris. Nous tenons à le remer¬
cier ici bien vivement.
172
SABINE RENOUS-LÉCURU ET ROBERT JULLIEN
td.ch.c.t.br
Fig. 1. — Iguana iguana. Trajets généraux des nerfs radial et interosseux, membre antérieur droit,
extenseurs.
abd.m.5, abducteur du cinquième métacarpien ; brl, brachial ; br.rd, brachio-radial ; car.pr, carré
pronateur ; ch.c.t.br, chef coracoïdien du triceps brachial ; ch.h.l.t.br, chef huméral latéral du triceps
brachial ; ch. h. m. t. br, chef huméral médian du triceps brachial ; ch.sc.t.br, chef scapulaire du
triceps brachial ; ext.uln, extenseur ulnaire du carpe ; fl.com.dg , fléchisseur commun des doigts ; fl.uln,
fléchisseur ulnaire du carpe ; Int, nerf interosseux ; Rd, nerf radial ; r. fl.Int, rameau fléchisseur du
nerf interosseux ; td.ch.c.t.br, tendon du chef coracoïdien du triceps brachial ; td.ch.sc.t.br, tendon du
chef scapulaire du triceps.
TRONCS NERVEUX DU ZEUGOPODE DES LACERTILIENS
173
innervé toute la loge dorsale du stylopodo, il devient ventral après l’avoir emprunté. Il
se dirige alors vers le brachio-radial et se distribue à son chef antérieur, quelquefois dédou¬
blé.
b) L’ulnaire
Exclusivement fléchisseur, il est particulièrement instable dans son origine et son
trajet. Issu de la région caudale du plexus, comme le tronc fléchisseur brachial, il est quel¬
quefois totalement indépendant de celui-ci. Mais, la plupart du temps, il constitue l’une
de ses branches et le niveau auquel il s’en détache n’est pas sans incidence sur son trajet
Fig. 2. — Iguana iguana. Trajet du nerf ulnairc, membre antérieur droit, fléchisseurs. (Type lacertide)
bcp, biceps brachial ; brl, brachial ; ch.c.t.br, chef coracoïdien du triceps brachial ; ch.h.m.t.br, chef
huméral médian du triceps brachial ; ch.pfd.fl.com.dg, chef profond du fléchisseur commun des doigts ;
ch.sc.t.br, chef scapulaire du triceps brachial ; ch.sup.fl.corn.dg, chefs superficiels du fléchisseur commun
des doigts ; cor.br, coraco-brachial ; ep.anc, épitrochléo-anconé ; ext.uln, extenseur ulnaire du carpe ;
Fl.br, nerf fléchisseur brachial ; fl.rd, fléchisseur radial du carpe ; fl.uln, fléchisseur ulnaire du carpe ;
pr.ac, pronateur accessoire ; rd.pr, rond pronateur ; Uln, nerf ulnaire.
174
SABINE RENOUS-LECURU ET ROBERT JULLIEN
Fig. 3. — Coupes d’un membre antérieur droit d’Iguana iguana (type L) faites au tiers externe du bras (1),
au niveau de l’articulation du coude (2) et au quart supérieur de l’avant-bras (3). Les dessins réalisés
correspondent à la face de la coupe qui regarde la racine du membre.
bcp, biceps ; brl, brachial ; br.rd, brachio-radial; car.pr , carré pronateur ; ch.c.sc.t.br, chefs cora-
coîdien et scapulaire du triceps brachial ; ch.h.l.t.br, chef huméral latéral du triceps brachial ; ch.h.m.t.
br. chef huméral médian du triceps brachial ; ch.moy. fl.com. dg, chef moyen du fléchisseur commun des
doigts ; ch.pfd. fl.com. dg, chef profond du fléchisseur commun des doigts ; c.rd, condyle radial ; ch.sup.
fl.corn.dg, chef superficiel du fléchisseur commun des doigts ; c.uln, condyle ulnaire ; ep.anc, épitrochléo-
anconé ; exl.com. dg, extenseur commun des doigts ; ext.uln, extenseur ulnaire du carpe ; Fl.br, nerf
fléchisseur brachial ; fl.rd, fléchisseur radial du carpe ; fl.uln, fléchisseur ulnaire du carpe ; h, humérus ;
Int, nerf interosseux ; ol, olécrane ; pr.ac, pronateur accessoire ; Rd, nerf radial ; rd, radius ; rd.pr,
rond pronateur ; r.Med, rameau du nerf médian ; r.Rd, rameau du nerf radial ; t.d.t.br, tendon distal
du triceps brachial ; t. cor.br, tendon d’origine du coraco-brachial ; Uln, nerf ulnaire ; uln, ulna ( =
cubitus).
TRONCS NERVEUX DU ZEUGOPODE DES LACERTILIENS
175
ultérieur. Nous allons le montrer après avoir brièvement rappelé la situation, dans le mem¬
bre, du fléchisseur brachial qui servira en quelque sorte d’axe de référence. Au sortir de
l’épaule, il pénètre dans la fissure qui sépare le triceps du coraco-brachial, dans la région
ventro-caudale du bras. Cheminant au fond de cet espace intermusculaire sur la première
moitié du stylopode il prend ensuite une direction plus ventrale, croise, par-dessous, le
coraco-brachial et atteint la faille qui le sépare du biceps. Il la suit un moment puis devient
tout à fait ventral en s’engageant sous le dernier de ces muscles auquel il reste ensuite
Fig. 4. — Coupes d’un membre antérieur droit de Tupinambis nigropunctatus (type V) faites au tiers
externe du bras (1), au niveau de l’articulation du coude (2) et au quart supérieur de l’avant-bras (3).
Les dessins réalisés correspondent à la face de la coupe qui regarde la racine du membre.
bcp, biceps ; brl, brachial ; br.rd, brachio-radial ; car.pr, carré pronateur ; ch.c.sc.t.br, chefs cora-
coïdien et scapulaire du triceps brachial ; ch.h. Lt.br, chef huméral latéral du triceps brachial ; ch.h.m.t.br,
chef huméral médian du triceps brachial ; cor.br, coraco-brachial ; ct.ep, crête ectépicondylienne de
l’humérus ; ep.anc, épitrochléo-anconé ; ext.com.dg, extenseur commun des doigts ; ext.uln, extenseur
ulnaire du carpe ; Fl.br, nerf fléchisseur brachial ; fl.com. dg, fléchisseur commun des doigts ; fl.rd,
fléchisseur radial ; fl.uln, fléchisseur ulnaire du carpe ; h, humérus ; Int, nerf interosseux ; Md, nerf
médian ; pr.ac, pronateur accessoire ; Rd, nerf radial ; rd, radius ; rd.pr, rond pronateur ; r.Rd, rameau
du nerf radial ; Uln , nerf ulnaire ; uln, ulna (— cubitus).
176
SABINE RENOUS-LECURU ET ROBERT JULLIEN
constamment sous-jacent. Il ne le quitte qu’au pli du coude en sortant entre ses deux ten¬
dons distaux. En ce point, il se scinde en deux nerfs, médian et interosseux (auxquels
vient s’ajouter quelquefois l’ulnaire). En aucune partie de son parcours, le fléchisseur
brachial n’est superficiel.
L’ulnaire, qui s’en détache à des niveaux variables et qui, même, peut en être distinct
dès le plexus, montre deux types de trajet. Dans l’un, il apparaît momentanément en sur¬
face, dans l’autre, il demeure toujours caché. On observe le premier lorsque le nerf s’indi¬
vidualise avant l’épiphyse humérale distale. Il monte alors des régions profondes où cir¬
cule le tronc fléchisseur brachial et aborde toujours le coude superficiellement. Il le fran¬
chit près du bord postérieur en passant cranialement ou caudalement à l’entépicondyle.
Ensuite, il plonge vers les muscles antibrachiaux les plus proches, épitrochléo-anconé et
fléchisseur ulnairc, et disparaît généralement en amont du premier. Il les innerve successi¬
vement puis descend sous le second jusqu’au carpe, en longeant le cubitus. Le second type
de trajet est lié au cas où l’ulnaire constitue l’une des terminales du tronc fléchisseur bra¬
chial. Il se différencie alors au niveau du pli du coude, c’est-à-dire après l’épiphyse humérale
1 2 3
Fig. 5. — Types d’innervation rencontrés au membre antérieur des Lacertiliens : type lacertide ou L (1),
variante du type lacertide ou L' (2) et type varanide (3). Ces types reposent sur le trajet du nerf ulnaire
dans la région du coude.
ch.c.sc.t.br, chefs coracoïdien et scapulaire du triceps brachial ; ch.h.m.t.br, chef huméral médian
du triceps brachial ; eut, nerf cutané ; ep.anc, épitrochléo-anconé ; Fl. br ,nerf fléchisseur brachial;
fl.com. dg, fléchisseur commun des doigts ; fl.uln, fléchisseur ulnaire du carpe ; h, humérus ; t.d.t.br
tendon distal du triceps brachial ; uln, nerf ulnaire.
TRONCS NERVEUX DU ZEUGOPODE DES LACERTILIENS
177
distalc. La portion du tronc fléchisseur brachial qui se situe en regard de cette épiphyse
constitue donc une zone de non-émergence pour l’ulnaire. Celui-ci, an sortir de la fourche
formée par le tendon distal du biceps, se dirige vers la partie postérieure de l’articulation
et atteint aussitôt la face profonde des muscles antibrachiaux précédemment cités, qu’il
innerve toujours. Ici, toutefois, il aborde le fléchisseur ulnaire avant l’épitrochléo-anconé.
Il retrouve ensuite un parcours identique à celui décrit plus haut.
Les deux types de trajet ont été respectivement qualifiés de Lacertide et de Varanide
par Haines qui n’a pas signalé les variantes du premier. L’une d’elles nous paraît parti¬
culièrement intéressante (fig. 5) : elle permet à l'ulnaire de s’introduire dans la muscula¬
ture antibrachiale, entre épitrochléo-anconé et fléchisseur ulnaire. En rapprochant le
point de pénétration du nerf du second de ces muscles, premier abordé dans le type vara-
nide, elle constitue, en quelque sorte, un intermédiaire morphologique entre les deux modes
de trajet. Nous l’appellerons L' ; on ne la trouvera que chez quelques Geckonidés.
c) Le médian
C’est un nerf uniquement fléchisseur, dont l’origine est invariable. Il constitue toujours,
en effet, l’une des terminales du fléchisseur brachial qu’il quitte au pli du coude. Légère¬
ment oblique de haut en bas et d’arrière en avant, ce nerf chemine dans l’avant-bras du côté
radial. Il pénètre dans le zeugopode entre le rond pronateur et le pronateur accessoire qui
appartiennent respectivement aux couches musculaires superficielle et moyenne du segment.
Quelquefois il innerve le premier de ces muscles et toujours le second. Puis il s’introduit
dans le fléchisseur commun des doigts qui forme la quasi totalité de la couche moyenne et
qui est le muscle le plus volumineux de la loge ventrale. 11 le commande totalement et cir¬
cule jusqu’à la main entre ses faisceaux moyen et profond. Avant d’atteindre l’autopode,
il envoie souvent un rameau à un faisceau plus profond, le carré pronateur.
Nous voyons donc que le médian joue un rôle considérable dans la loge ventrale par
l’étendue du territoire qu’il contrôle. Nous avons dit qu’il se distribuait quelquefois au
rond pronateur, en partie superficiel ; il innerve aussi sporadiquement un muscle voisin,
le fléchisseur radial du carpe. Toutefois, ces deux unités musculaires sont le plus souvent
prises en charge par un filet directement issu du tronc fléchisseur brachial, le radial mar¬
ginal, lequel se destine par ailleurs à la peau.
d) L’interosseux
C’est un nerf mixte qui se différencie toujours en même temps que le précédent et
qui, comme lui, pénètre dans l’avant-bras entre le rond pronateur, superficiel, et le prona¬
teur accessoire, plus profond. Après avoir cheminé un moment entre eux, il passe sur le
bord caudal du pronateur accessoire pour atteindre, dans le plan musculaire sous-jacent,
le carré pronateur, tendu entre le radius et l’ulna. Ce muscle ventral se trouve à la limite
de la loge dorsale ou des extenseurs. Il reçoit son innervation tantôt de l’ulnaire, tantôt
de l’interosseux qui le traverse toujours à la jonction des tiers supérieur et moyen du zeu¬
gopode pour atteindre la loge dorsale. Sitôt dans celle-ci, l’interosseux se divise en deux
branches : l’une qui retraverse aussitôt le carré pronateur pour descendre vers l’autopode,
Taure qui tse distribue à tous les muscles extenseurs du segment, brachio-radial excepté ;
178
SABINE RENOUS-LÉCURU ET ROBERT JULLIEN
celui-ci, en effet, est innervé partie par le radial, partie par un petit rameau issu du fléchis-
seur brachial, le brachial accessoire.
En définitive, sur les quatre troncs qui se partagent pratiquement l’innervation de
l’avant-bras : radial, ulnaire, médian et interosseux, seul le second est instable dans son
origine et son trajet. Deux revêtent une particulière importance par l’étendue des terri¬
toires qu'ils contrôlent : l’interosseux dans la loge dorsale, le médian dans la loge opposée.
Troncs desservant la musculature jambière
Ils sont au nombre de quatre : péronier, fibulaire externe 1 , médian et interosseux.
Le premier peut quelquefois manquer et son territoire d’innervation est alors dévolu à
l’interosseux. De plus, il ne connaît pas d’équivalent au membre thoracique. Signalons
enfin que le crural, homotype du radial, n’atteint pas la jambe. A la différence de ce que
nous observons au bras, tous les nerfs sont groupés au départ en un complexe dit sciatique,
et l’ensemble chemine, comme le tronc fléchisseur brachial, sous la pièce squelettique du
stvlopode : ces données sont depuis longtemps connues. Les nombreuses dissections que
nous avons effectuées nous permettent de les compléter largement. On pourra suivre la
description sur les figures 6, 7, 8 et 9.
tb.t
i.d g
Fig. 6. — Iguana. Trajet du nerf péronier dans la loge dorsale de la jambe, côté droit ; l’extenseur com¬
mun des doigts et le faisceau antérieur de l’extenseur fibulaire du tarse ont été légèrement écartés l’un
de l’autre pour découvrir le nerf.
ext.com. dg, extenseur commun des doigts ; ext.fb.t, extenseur fibulaire du tarse ; ext.tb.t, extenseur
tibial du tarse ; il.ext, ilio-extenseur ; il.fb, ilio-fibulaire ; Pr, nerf péronier.
1. Le fibulaire interne, ou nerf plantaire latéral des Mammifères (cf. Ribbing) , ne jouant aucun rôle
dans la jambe ne sera pas considéré ici.
TRONCS NERVEUX DU ZEUGOPODE DES LACERTILIENS
179
AV
Fig. 7. — Iguana. Membre postérieur droit ramené vers l’avant pour montrer la région postérieure du
genou ; nous avons écarté l’un de l’autre ilio-fibulaire et arcual et résséqué partiellement les deux chefs
du gastrocnémien pour mettre en évidence le trajet du sciatique et de ses terminales principales.
arc, arcual ; AV, avant ; ext.fb.t, extenseur fibulaire du tarse ; ext.tb.t, extenseur tibial du tarse ;
Fb.ext, nerf fibulaire externe ; fl.pfd.dg, fléchisseur profond des doigts ; fl.tb.pt, fléchisseur postérieur
du tibia ; fl.tb.pm, fléchisseur primordial du tibia ; gtrc.ext.,int, gastrocnémien externe, interne ; il.ext,
ilio-extenseur ; il.fb, ilio-fibulaire ; Int, nerf interosseux ; Md, nerf médian ; o.cl, orifice cloacal ; Pr,
nerf péronier ; pr.pfd, pronateur profond ; Sc, nerf sciatique ; Ib, tibia.
180
SABINE RENOUS-LÉCURU ET ROBERT JULLIEN
a) Le péronier (tronc IV de la nomenclature de Gadow, 1881, sciatique poplité externe
des Mammifères, d’après Ribbing, 1938)
C’est un nerf extenseur, inconstant, qui montre lorsqu’il est présent un niveau de
différenciation très variable, sans incidence toutefois sur son parcours ultérieur qui reste
très stable. Il fait partie jusqu’au genou du complexe sciatique, bien qu’il soit parfois indi¬
vidualisé dès le plexus. C’est dire que les fibres qui le composent proviennent de la région
postérieure du plexus lombo-sacré, sortent du bassin caudalement à 1 'ilion, croisent super-
Fig. 8. — Coupes d’un membre postérieur gauche d ’lguana (type A), à mi-cuisse (1), à peu près au niveau
du genou (2) et à mi-hauteur de la jambe (3). Les dessins sont faits en regardant vers la racine du mem¬
bre.
arc, arcual ; ext.com. dg, extenseur commun des doigts ; ext.fb.t, extenseur fibulaire du tarse ;
ext.tb.t, extenseur tibial du tarse ; f, fémur ; Fb.ext, nerf fibulaire externe ; fl.pfd.dg, fléchisseur pro¬
fond des doigts ; fl.tb.pm, fléchisseur primordial du tibia ; fl.tb.pt, fléchisseur postérieur du tibia ;
g trc, gastrocnémien ; il.fb, ilio-fibulaire ; il.ext, ilio-extenseur ; Md, médian ; p.f, pore fémoral ; Pr,
nerf péronier ; pr, péroné ; rt.d, rétracteur dorsal ; Sc, nerf sciatique ; tb, tibia.
ficiellement le puissant muscle rétracteur dorsal, dit encore caudo-fémoral, et se dirigent
vers la jambe en empruntant la fissure limitée dorsalement par le fémur et caudalement
par les muscles ilio-fibulaire et arcual. Ces derniers sont, dans cette région postérieure de
la cuisse, les unités les plus dorsales de la loge des fléchisseurs. Pour certains auteurs, comme
Appleton (1928), le premier d’entre eux devrait même être considéré, par son innervation,
comme un extenseur. Quoi qu’il en soit, il joue un rôle essentiel dans la divergence du nerf
péronier vis-à-vis du reste du sciatique. C’est, en effet, de part et d’autre de son tendon
TRONCS NERVEUX DU ZEUGOPODE DES LACERTILIENS
181
distal que passent les deux lots d’axones avant de quitter la cuisse. Le péronier emprunte
la plus dorsale des voies et apparaît sur la face caudale du membre, à proximité du genou.
Croisant l’articulation de haut en bas et obliquement d’arrière en avant, il atteint bientôt
le sommet de la loge dorsale du zeugopode où il va pénétrer. Celle-ci comprend, du tibia
au péroné, quatre muscles formant une seule couche : l’extenseur tibial du tarse, l’extenseur
commun des doigts et les deux extenseurs fibulaires, antérieur et postérieur, du tarse.
Le nerf péronier disparaît très précocement entre l’extenseur commun des doigts et l’exten¬
seur fîbulaire antérieur du tarse pour se diriger vers le pied. Avant d’y parvenir, il innerve
généralement tous ces muscles. Quelquefois, cependant, il partage cette fonction, en pro¬
portion variable (fig. 10) avec une branche nerveuse venue, entre tibia et péroné, du nerf
interosseux. Il peut ou non s’anastomoser avec elle. Quelquefois, enfin, cette dernière
persiste seule et assure alors toute l’innervation de la loge. Ce cas, signalé par d’autres
auteurs, correspond à notre type d’innervation B (Jullien, 1967) ; il s’oppose au type A
(du même auteur) caractérisé par la présence exclusive du nerf péronier. Comme nous l’avons
dit, ce nerf, issu du complexe sciatique, et qui aborde le zeugopode en passant caudalement
à sa pièce squelettique post-axiale, ne présente évidemment aucun équivalent au membre
antérieur. Nous discuterons plus longuement du problème qu’il pose dans la seconde partie
de ce travail.
b) Le fîbulaire externe (tronc III de la nomenclature de Gadow ; nerf sural des Mam¬
mifères, d’après Ribbing)
Généralement il est exclusivement fléchisseur mais il peut, exceptionnellement, prendre
en charge un muscle extenseur, comme nous le verrons. Comme le nerf précédent, il émerge
du sciatique à des niveaux très variables et se trouve parfois individualisé dès le plexus.
Toutefois il accompagne le tronc principal appelé parfois nerf tibial (Appleton, 1928)
ou plus fréquemment sciatique poplité interne jusqu’aux abords du genou. Dans la profon¬
deur du stylopode les deux lots d’axones montrent une première divergence : ils passent
de part et d’autre d’un long ruban tendineux qui, issu de la puissante lame aponévrotique
fixant le rétracteur dorsal au fémur, va s’attacher sur l’épiphyse supérieure du tibia. Les
deux nerfs sortent néanmoins de la cuisse par une même fissure mais pénètrent dans la
jambe par deux voies différentes. Tandis que le tronc sciatique principal disparaît entre
les deux chefs du muscle ventral le plus superficiel, le gastrocnémien, le nerf fîbulaire con¬
tourne caudalement ce muscle pour se glisser ensuite sous lui. Il descend ainsi jusqu’au
pied en longeant le péroné. Avant d’atteindre l’autopode il innerve quelquefois (cf. Gadow)
le faisceau postérieur du gastrocnémien, sous lequel il chemine ; mais il peut se distribuer
aussi au muscle extenseur le plus proche, l’extenseur fîbulaire postérieur du tarse, comme
chez Agama atra (observation personnelle). La plupart du temps, toutefois, il ne donne
plus aucun rameau à la jambe et se destine exclusivement au pied.
Signalons que chez les Téiidés, et chez eux seulement, il ne contourne pas le chef pos¬
térieur du gastrocnémien mais le traverse pour retrouver ensuite son trajet habituel.
Ce nerf présente de grandes ressemblances avec Tulnaire du membre antérieur :
— origine à partir du grand tronc, surtout fléchisseur, qui descend sous l’axe osseux
du stylopode ;
29, 2
Int
Fig. 9. — Coupes d'un membre postérieur gauche de Tupinambis (type B) à mi-cuisse (1), au niveau du
genou (2) et à mi-hauteur de la jambe (3). Les dessins sont faits en regardant vers la racine du mem¬
bre.
arc, arcual ; ext.com. dg, extenseur commun des doigts ; ext.fb.t, extenseur fibulaire du tarse ;
ext.tb, extenseur du tibia ; ext.tb.t, extenseur tibial du tarse ; f, fémur ; Fb.ext, nerf fibulaire externe ;
fl.pfd.dg, fléchisseur profond des doigts ; fl.tb.ant, fléchisseur antérieur du tibia ; fl.tb.pm, fléchisseur
primordial du tibia ; fl.tb.pt, fléchisseur postérieur du tibia ; gtrc, gastrocnémien ; li.ext, ilio-extenseur ;
il.fb, ilio-fibulaire ; Int, interosseux ; Md, médian ; Pr, nerf péronier ; pr, péroné ; pr.pfd, pronateur
profond ; rot, rotule ; rt.d, rétracteur dorsal ; Sc, nerf sciatique ; tb, tibia.
Fig. 10. — Dispositif nerveux initial et étapes de son évolution vers les types A et B chez les Gerrhosauridés
1, Tracheloptichus madagascariensis Peters ; 2, Zonosaurus madagascariensis Boettg. ; 2', Gerrhosaurus
nigrolineatus Flallow ; 3, Tetradactylus tetradactylus (Laeep.).
a, extenseur tibial du tarse ; b, extenseur commun des doigts ; c, extenseur fibulaire du tarse ;
I, nerf interosseux ; P, nerf péronier.
TRONCS NERVEUX DU ZEUGOPODE DES LACERTILIENS
183
— zone d’émergence extrêmement étalée ;
— enfin situation très comparable vis-à-vis de la pièce squelettique post-axiale du
zeugopode. Le fait que le fibulaire externe montre des variations de trajet moins fréquentes
que l’ulnaire, et surtout moins importantes, ne doit pas voiler les traits importants qui les
rapprochent. Ribbing les a homologués entre eux et sa nomenclature reflète largement
ce fait. Notons toutefois que le fibulaire externe ne doit pas être confondu avec le péronier,
bien que tous deux tirent leur nom d’une même pièce squelettique ; le péroné ou fibula.
Il y a là une source possible d’équivoque, qui constitue le seul point contestable de la nomen¬
clature de Ribbing.
c) Le médian (tronc I de la nomenclature de Gadow ; nerf plantaire médian des Mammi¬
fères d’après Ribbing)
Exclusivement fléchisseur il forme généralement l’une des deux branches terminales
du sciatique ventral, ou sciatique poplité interne, ou encore nerf tibial. Mais il peut émaner
aussi directement du nerf interosseux, ce qui lui a fait donner quelquefois le nom de rameau
médian. 11 est toujours différencié, en tous cas, au moment de pénétrer dans la musculature
jambière, entre les deux chefs du gastroenémien. Ce muscle rappelons-le, constitue la couche
superficielle de la loge ventrale du segment. Le nerf médian, qui se dirige vers l’autopode,
chemine entre lui et les muscles de la couche moyenne : fléchisseur profond des orteils et
fléchisseur du 5 e orteil. Souvent il les innerve tous. Quelquefois, cependant, le chef caudal
du gastroenémien passe sous le contrôle du nerf fibulaire, comme nous l’avons dit plus
haut ; enfin certains faisceaux du fléchisseur profond peuvent être pris en charge par l’inter-
osseux.
Le médian présente de grandes ressemblances avec son homonyme du membre ante¬
rieur : tronc d’origine et niveau de différenciation comparable, situation générale dans le
membre identique. Pour Ribbing, que nous suivons, ces nerfs sont homonymes. Notons,
toutefois, que leurs territoires d’innervations diffèrent quelque peu. Si tous deux débordent
de la couche musculaire moyenne qui, à l’origine, semble leur avoir été impartie, l’un,
celui du membre thoracique, étend son influence à la couche profonde alors que l’autre
au contraire accroît la sienne dans la direction opposée. Signalons enfin que le médian du
membre postérieur est quelquefois partiellement chassé de la couche moyenne par un nerf
concurrent, l’interosseux.
d) L’interosseux (tronc II de la nomenclature de Gadow, interosseux de certains Mam¬
mifères — cf. Ribbing — comme Dcisypus, Erinaceus et Proccivia ; toutefois chez
la plupart des animaux de cette classe il serait englobé dans le nerf tibial qui
groupe les fibres du médian et du fibulaire interne)
C'est un nerf le plus souvent uniquement fléchisseur qui constitue l’une des deux
branches terminales du sciatique. 11 envoie parfois quelques rameaux aux muscles des cou¬
ches superficielle et moyenne du zeugopode ventral, mais il est surtout destiné aux unités
de la couche profonde. Plongeant très rapidement vers celle-ci, il l’atteint au niveau de son
élément le plus proximal, le faisceau antérieur du pronateur profond. Lorsque le nerf péro¬
nier prend en charge la totalité de la loge dorsale du zeugopode, l’interosseux ne traverse
184
SABINE RENOUS-LÉCURU ET ROBERT JULLIEN
généralement pas ce muscle. Il l’innerve seulement et descend ensuite vers le pied. Lorsque
le péronier, au contraire, fait défaut ou ne contrôle seulement qu’une partie des muscles
qu’il dessert habituellement, l’interosseux perce alors le plan musculaire profond et pénètre
dans la loge des extenseurs. Suivant le cas, il fournit à celle-ci tout ou partie de son inner¬
vation. Une portion de ses libres descend toujours, ensuite, vers le pied.
Le nerf interosseux, comme le précédent, présente de grandes ressemblances avec son
homonyme du membre antérieur, surtout lorsqu’il doit assurer l’innervation de la loge
dorsale. Pour Ribbing ils sont homotypes et nous adoptons pleinement son point de vue.
Toutefois, malgré de grandes ressemblances, des différences notables les séparent ; elles
résultent probablement, comme nous le verrons, de l’évolution divergente des deux membres.
En avant, en effet, le territoire d’innervation de l’interosseux dans la loge des extenseurs
est rigoureusement stable, alors qu’à l’arrière il est non seulement instable, mais aussi
inconstant : à l’avant-bras, un seul muscle, le brachio-radial, échappe toujours à son con¬
trôle alors qu’à l’arrière, généralement, lorsqu’il intervient, la totalité de la loge lui es!
soumise.
Enfin, au membre antérieur, il ne se distribue que rarement aux unités de la couche
profonde des fléchisseurs, alors que ce rôle lui revient toujours à la jambe.
En définitive, sur les quatre troncs qui se partagent généralement l’innervation de la
jambe : médian, interosseux, fibulaire externe et péronier, seuls les deux premiers sont à
peu près stables quant à leur origine. Tous ont une distribution plus ou moins variable ;
le dernier, enfin, est inconstant.
Dans la loge v entrale, l’instabilité n’est pas plus importante que dans la portion homo-
type du membre antérieur. Dans les deux cas elle nous parait procéder de la rivalité qui
semble exister entre les différents nerfs qui interviennent dans ces territoires : ulnaire,
médian et interosseux à l’avant, fibulaire externe, médian et interosseux à l’arrière. L’un
d’eux, en effet, le médian, tend à déborder aux deux membres le territoire qui, à l’origine,
semble lui avoir été imparti. Toutefois, cette tendance revêt de part et d’autre un aspect
différent puisqu’elle s’exerce aux détriments de nerfs non homotypes : interosseux à l’avant-
bras, fibulaire externe à la jambe.
Ici, en outre, le médian est quelquefois plus ou moins remplacé à son tour dans la couche
moyenne par l’interosseux. L'étude de la loge ventrale montre donc nettement les diver¬
gences introduites par les processus évolutifs, dans des structures et sur des matériaux
que l’on suppose avoir été, initialement, semblables. Néanmoins, quels que soient les écarts,
les ressemblances restent encore nombreuses de part et d’autre. La situation est toute
différente pour la loge dorsale. Remarquons d’abord que la grande instabilité de son inner¬
vation, à la jambe, contraste singulièrement avec sa fixité à l'avanl-bras. Là, en effet, le
partage entre radial et interosseux paraît immuable : au premier revient le contrôle d’une
partie du brachio-radial, au second tout le reste de la musculature dorsale. A l’arrière par
contre, tantôt le péronier l’emporte, tantôt l’interosseux, quelquefois, enfin, tous deux
se partagent de façon variable le territoire à innerver. Constatons ensuite que la recherche
des homotypes est plus difficile que dans les loges ventrales. Le crural, qui correspond au
radial, n’intervient pas dans le zeugopode. A-t-il quitté secondairement cette région pour
se cantonner à la loge dorsale du stylopode, ou bien est-ce le radial qui, débordant son pre¬
mier territoire au membre antérieur, a étendu son action au zeugopode ? L’étude des seuls
TRONCS NERVEUX DU ZEUGOPODE DES LACERTILIENS
185
Lacertiliens ne permet pas de se prononcer. Enfin, rappelons que le nerf péronier ne connaît
même pas d’équivalent au membre thoracique. La seule ressemblance qui apparaisse parfois
entre les deux loges est liée à l’intervention occasionnelle de l’interosseux au membre pos¬
térieur. Encore la correspondance est-elle imparfaite, puisque manque toujours, à ce niveau,
la participation du nerf dorsal du stylopode. Enfin, comment savoir si cette prise en charge
des muscles dorsaux par l’interosseux est primitive ou secondaire ? Le caractère de la
similitude relevée plus haut nous ferait plutôt incliner vers la première de ces hypothèses,
mais nos documents sont insuffisants pour nous fournir une certitude. Visiblement le cadre
offert par les Lacertiliens pour la résolution des problèmes que pose l’innervation des loges
dorsales s’avère trop étroit. 11 nous faut l’élargir à l’échelle des Tétrapodes pour tenter de
les éclairer mieux. C’est ce que nous allons essayer de faire dans la seconde et dernière par¬
tie de ce travail.
Précisons, avant de l’aborder, que nombre de variations signalées dans ce texte ont
une réelle importance systématique, en particulier celles que constituent les types Lacer-
tide (L) et Varanide (V) au membre antérieur, A et B, au membre pelvien. On peut le cons¬
tater dans la liste du matériel figurée ci-dessous. Toutefois, les observations et conclusions
bien trop amples auxquelles l’étude de leur répartition conduirait, ne pourraient être expo¬
sées dans ce travail qui se veut surtout anatomique. Elles seront reprises et développées
dans une note ultérieure à vocation essentiellement systématique.
III. — LISTE DES ESPÈCES ÉTUDIÉES
Lacertiliens
Dans cette liste, la première colonne groupe les noms d’espèces par famille ; la seconde
correspond à la répartition géographique des genres ; la troisième, au mode d’innervation.
Les flèches qui accompagnent quelquefois les types A ou B indiquent leur inachèvement.
La flèche double qui parfois les relie indique que le choix vers l’un ou l’autre n’est pas encore
sensible. Rappelons que L' symbolise la variante du trajet Lacertide dont nous avons parlé
au début de ce travail. On ne la trouvera que chez les Geckonidés.
1. Iguanidés
Amblyrhynchus cristatus Bell Galapagos LA
Anolis auratus (Daud.) Amérique intertropicale, Antilles LB
Anolis equestris Merr. Sud-est de l’Amérique du .Nord L15
Anolis princeps Blgr. LB
Basiliscus vittatus Wieg. Amérique intertropicale LB
Brachylophus fasciatus (Brong.) Fidji, Tonga LA
Callisaurus draconoides Blainv. Sud-est de l’Amérique du Nord LA
Chalarodon madagascariensis Peters Madagascar \ B
Chamaeleolis chamaeleonides (D. et B.) Cuba LB
186
SABINE RENOUS-LÉCURU ET ROBERT JULLIEN
Conolophus subcnstatus Gray
Corytophanes hernandezi Wieg.
Crotaphytus collaris collons Holbr.
Ctenosciura acanthura Shaw
Cupriguciîius achalensis Gallardo
Cyclura carinata Harlan
Diplolaemus bibroni Bell
Dipsosaurus dorsalis Baird et Girard
Enyalioides laticeps festae Paracca
Enyaliosaurus quinquicarinatus (Gray)
Enyalus bibroni Blgr.
Holbrookia texa.na (Troschel)
Iguano iguana (Linné)
Laemanctus longipes Wieg.
Leiocephalus carinatus Gray
Liolaemus kingi (Bell)
Liolaemus nigromaculatus (Wieg.)
Liolaemus nitidus Gravcnh.
Liosaurus belh D. et B.
Morunasaurus annularis (O’Shang)
Oplurus sebae D. et B.
Phenacosaurus heterodermus (A. Dum.)
Phymaturus palluma (Molina)
Phrynosoma cornutum Gray
Plica plica (Linné)
Polychrus marmoratus Merr.
Proctotretus pectinatus (D. et B.)
Sauromalus citer A. Dnm.
Sceloporus undalatus Fitzing.
Stenocercus roseiventris d’Orb.
Stenocercus hurneralis Günth.
Strobilurus torqucitus (Wieg.)
Tropidurus albemarlensis Baur.
Tropidurus delanonis Baur.
Tropidurus peruvianus Lesson
Tropidurus torqucitus hispidus (Spix)
Uma scoparia Cope
Uracentron azureum Kaup.
Uraniscodon superciliosa (Linné)
Urosaurus graciosus Ilallow
Urostrophus vautieri D. et B.
Uta elegans Yarrow
Uta thalassina Cope
2. Agamidés (tous LB)
Acanthosaura armata (Hardwick et Gray)
Acanthosaura crneigera Blgr.
A ganta atra Daud.
Agama bibronii A. Dum.
Agarna stellio (Linné)
Amphibolurus barbatus Wiegm.
Aphaniotis fnsea Peters
Galapagos LA
Amérique intertropicale LB
Amérique du Nord LB
Amérique centrale LA
Amérique du Sud LB
Antilles, Amérique centrale LA
Patagonie LB
Sud-ouest de l’Amérique du Nord LA
Amérique du Sud LB
Amérique centrale LA
Amérique du Sud LB
Amérique du Nord LA
Amérique intertropicale LA
Amérique centrale LB
Bahamas, Amérique du Sud, Antilles LA
Amérique au sud de l’équateur LB
LB
LB
Amérique du Sud LB
Amérique du Sud LB
Madagascar YB
Colombie LB
Chili LB-
Amérique du Nord LA
Amérique du Sud LA
Amérique intertropicale LB
Amérique du Sud LA
Amérique du Nord LA
Amérique du Nord et centrale LB
Ouest de l’Amérique du Sud LA
LA
Amérique du Sud LA
Galapagos, ouest de l’Amérique du
Sud LA
LA
LA
LA
Amérique du Nord LA
Amérique du Sud LA
Amérique du Sud LB
Amérique du Nord, Mexique LB
Amérique du Sud LB
Amérique du Nord, Mexique LA
LA
Asie du sud-est, Thaïlande LB
LB
Europe, Asie, Afrique LB
LB
LB
Australie LB
Asie du sud-est LB
TRONCS NERVEUX DU ZEUGOPODE DES LACERTILIENS 187
Ceratophora stoddartii Gray Région indienne LB
Calotes marmoratus (Peters) Région indienne, Indonésie LB
Charasia blanfordiana (Blanf.) Région indienne LB
Chlamydosaurus kingii Gray Nouvelle Guinée, Australie LB
Cophotis ceylanica Peters Région indienne, Indonésie LB
Diporiphora australis (Steind.) Australie LB
Draco macülatus Cantar Asie, Indonésie LB-*-•
Draco volans Linné LB<-
Harpesaurus beccarii Doria Asie, Indonésie LB
Japalura polygonata (Hallow) Asie LB
Liopehs bellii Cantar Asie LB
Lophura amboinensis (Schlosser) Asie, Indonésie LB
Lyriocephalus scutatus Wagl. Région indienne LB
Moloch horridus Gray Australie, Tasmanie LB
Otocryptis bivittata Wiegm. Asie LB
Paracalotes poilani Bourret Asie LB^-
Phrynocephalus helioscopus Wagl. Eurasie LB
Phrynocephalus mystaceus (Pallas) LB
Physignathus cochinchinensis Günth. Asie, Australie LB
Salea anamallayana Beddome Région indienne LB
Tympanocryptis cephalus Günther Australie LB
Sitana ponticeriana Cuvier Région indienne LB
Uromastix acanthinurus Bell Afrique, Asie LB
Uromastix hardwickii Gray LB
3. Ch améléonidés (VB)
Chamaeleon lateralis Gray Madagascar, Afrique, Eurasie VB
Chamaeleon pardalis Cuvier VB
Chamaeleon parsonii Cuvier VB
Chamaeleon oerrucosus Cuvier VB
Chamaeleon chamaeleon (Linné) VB
Leandria perarmata Angel Madagascar VB
Brookesia spectrum (Buchholz) Afrique VB
4. Geckonidés (LA)
Aeluronyx seychellensis (D. et B.) Région malgache LA
Agamura persica (A. Dum.) Asie LA
Alsophylax tuberculatus (Blanf.) Asie LA
Alsophylax pipiens (Pallas) LA
Ancylodactylus spinicollis Millier Afrique LA
Aristelliger praesignis Cope Amérique centrale et Antilles LA
Ceramodactylus doriae Blanf. Asie LA
Cnemaspis africana Werner Afrique tropicale, Asie du sud-est L'A
Cosymbotus craspedotus (Mocq.) Asie du sud-est, Archipel indo-austra¬
lien LA
Blaesodactylus boivinii A. Dum. Archipel malgache LA
Dactychilikion braconnieri Thom. Afrique LA
Diplodactylus vittatus Gray Australie L'A
Ebenavia inunguis Boettg. Madagascar LA
Gecko verticillatus Linné Asie, Indonésie, région néoguinéenne LA
Geekolepis mandata Peters Madagascar LA
188 SABINE RENOUS-LÉCURU ET ROBERT JULLIEN
Geckonia chazaliae Mocq. Nord-ouest de l’Afrique LA
Gehyra vorax Girard Indonésie, Australie, océans Indien et
Pacifique, côtes ouest du Mexique LA
Gonatodes albogularis fuscus A. Dum. Toutes les régions chaudes du monde LA
Gymnodactylus arnauxii A. Dum. LA
Hemidactylus bowringii (Blyth.) Eurasie, Amérique, Polynésie LA
Hemidactylus frenatus D. et B. LA
Hemidactylus platyurus Wiegm. LA
Holodactylus africanus Boettg. Est et nord-est de l’Afrique LA
Homonota darwini (Bell) Afrique LA
Homopholis fasciata (Blgr.) Afrique L'A
Hoplodactylus pacificus Gray Asie, Pacifique LA
Lepidactylus lugubris Fitzing. Australie, Indonésie et Polynésie LA
Lepidactylus cyclurus Blgr. L'A
Lygodactylus grandisonae Pasteur Afrique tropicale, Madagascar LA
Naultinus elegans Gray Nouvelle Zélande LA
Oedura ocellata Blgr. Australie LA
Pachydactylus bibronii Smith. Afrique LA
Phelsuma cepedianum Gray Région malgache LA
Phelsuma madagascariense (D. et B.) Madagascar LA
Phyllodactylus bastardi Mocq. Amérique, Australie, Afrique, Europe LA
Ptenopus garullus (Smith) Afrique LA
Ptychozoon homalocephalum Kuhl Indonésie LA
Ptyodactylus lobatus Gray Afrique, Asie LA
Pristurus insignis Blanf. Afrique, Asie LA
Quedenfeldtia trachyblepharus (Boettg.) Nord-ouest de l’Afrique LA
Rhacodactylus leachianus Bocage Nouvelle Calédonie LA
Saurodactylus mauritanicus (D. et B.) Nord-ouest de l’Afrique LA
Sphaerodactylus copei Steind. Amérique et Antilles LA
Stenodactylus stenodactylus (Licht.) Afrique, Asie LA
Stenodactylus guttatus Cuvier LA
Stenodactylus Iripolitanus (Peters) LA
Tarentola senegalensis (Steind.) Afrique, Europe, Amérique, Antilles LA
Teratolepis fasciata Günth. Asie LA
Teratoscincus scincus (Schleg.) Asie LA
Thecadactylus rapicaudus (Houtt.) Amérique, région néoguinéenne LA
Tropiocolotes helenae Nikolski Afrique du Nord, Asie du sud-ouest LA
5. Eubléph arides
Coleonyx elegans Gray Amérique LB-s—>A
Eublepharis macularius Theob. Asie, Amérique LA
Psilodaclylus caudicinctus A. Dum. Afrique LA
6. Uroplatidés
Uroplates fimbriatus (Schneid.) Région malgache LA
7. Pygopodidés
Pygopus lepidopus Merr. Région australo-néoguinéenne A
TRONCS NERVEUX DU ZEUGOPODE DES LACERTILIENS
189
8. Xantusiidés
Lepidophyma flavomaculatum A. Dum. Amérique
Xantusia vigilis Baird Amérique
Xantusia riversiana Cope
LA
LA
LA
9. Scincidés (LA)
Ablepharus boutonii Strauch.
Chalcides ocellatus (Forsk.)
Chalcides chalcides (Linné)
Egerma cunninghami Gray
Eumeces algeriensis (D. et B.)
Lygosoma telfairi I Desjard.)
Mabuia maculilabris (Müller)
Macroscincus coctaei Bocage
Mochlus fernandi (Burton)
Ophiomorus breviceps (Blanf.)
Scelotes astrolabi (D. et B.)
Scincus fasciatus Peters
Scincus ofpcinahs Laur.
Tiliqua scincoïdes Fitzing.
Trachydosaurus rugosus Gray
Tropidophorus berdmorii Theob.
Eurasie, Afrique, Australie LA
Eurasie, Afrique LA
LA
Australie LA
Amérique, Asie, Afrique LA
Amérique, Afrique LA
Afrique, Madagascar, -Asie, Amérique,
Antilles LA
Iles du Cap Vert LA
Australie, Indonésie, Asie LA
Eurasie, Afrique LA
Afrique, Madagascar LA
Afrique, Asie LA<-
LA
Asie, Malaisie, Australie LA
Australie LA
Asie, Indonésie LA
10. Gerrhosauridés
Gerrhosaurus nigrolineatus Hallow
Tetradactylus seps (Linné)
Tetradactylus tetradactylus (Laccp.)
Tetradactylus tetradactylus lacepedii (D. et B.)
Tracheloptychus madagascariensis Peters
Zonosaurus madagascariensis Boettg.
11. CoRDYLIDÉS
Charnaesaura anguina Schneid.
Cordylus cataphractus Boie
Cordylus giganteus Smith
Platysaurus guttatus Smith
Pseudocordylus microlepidotus (Cuvier)
Afrique intertropicale et australe
LB<-
Afrique australe
LA
LA
LA-
Madagascar
LA- -
Madagascar
LA-
-Afrique
du Sud
L (?
Afrique,
région malgache
LA
LA
Afrique
du Sud
LB
Afrique
du Sud
LA
12. Lacertidés
Acanthodactylus vulgaris (D. et B.)
Algiroides alleni Barb.
Eremias guttulata D. et B.
Péninsule ibérique, Afrique au nord
de l’équateur, Asie du sud-est VA
Europe méridionale, Afrique tropicale LA
Afrique du centre, de l’est et du sud-
ouest, .Asie centrale et ouest, sud-
est de l’Europe
VA
190
SABINE RENOUS-LÉCURU ET ROBERT JULLIEN
Holaspis guentheri Cray Afrique tropicale VA
Ichnotropis squamulosa Peters Afrique tropicale et australe VA
Lacerta muralis Licht. Europe, Afrique du Nord et tropicale,
Asie du nord-ouest LA
Lacerta lepida Daud. LA
Lacerta oiridis D. et B. LA
Latastia spmalis Peters Afrique tropicale et du nord-est, Ara¬
bie, Asie du sud-ouest VA
Latastia longicaudata (Reuss) VA
Nacras delalandii (M. Edw.) Afrique tropicale et australe VA
Ophisops elegans Ménétr. Afrique du Nord, Asie du sud-ouest,
Europe du sud-est VA
Poromera fordii Ilallow Afrique do l’ouest VA
Psammodromus algirus (Linné) Afrique du Nord, Europe du sud-ouest LA
Scapteira knoxii (M. Edw.) Asie centrale, Afrique du Sud VA
Takydromus tachydromoides (Schelg.) Asie, Archipel indien LA
Tropidosaura montana 1). et B. Afrique du Sud VA
13. Téiidés (VB)
Aloploglossus ccirinicaudatus Cope Equateur, Pérou VB
Ameiva chrysoloema Cope Amérique tropicale VB
Ameiva surinamensis Cope VB
Arthrosaura kockii (V. Lidth de Jeude) Équateur VB
Bachia intermedia Cray Amérique du Sud VB
Callopistes mandatas Cravensh. Est des Andes, Pérou VB
Cnemidophorus gullaris Baird et Girard Amérique intertropicale et australe VB
Crocodilurus lacertinus Daud. Guyanes, Brésil VB
Dicrodon guttulatum D. et B. Pérou VB
Echinosaura horrida Blgr. Amérique du Sud VB
Ecpleopus affinis Peters Amérique du Sud VB
Euspondylus brevifrontalis Blgr. Nord de l’Amérique du Sud VB
Heterodactylus imbricatus Spix Brésil VB
Iphisa elegans Gray Brésil, Guyanes VB
Neusticurus bicarinatus D. et B. Amérique du Sud VB
Pantodactylus schreidersii (Wiegm.) Sud-est de l’Amérique du Sud VB
Pholidobolus montium (Peters) Equateur VB
Placosoma cordylinum (Iscudi) Brésil VB
Prionodactylus oshanghnessgi (O’Shaughn) Amérique du Sud VB
Proctoporus striatus Peters Équateur, Pérou VB
Teins teyou Fitzing. Sud-est de l’Amérique du Sud VB
Tretioscincus bifasciatus Cope Colombie, Amérique centrale VB
Tretioscincus laevicaudatus Cope VB
Tupinambis nigropunctatus Spix Amérique du Sud VB
Tupinambis teguixin (Linné) VB
14. Anguidés
Diploglossus fasciatus Wiegm. Amérique intertropicale LA
Gerrhonotus coeruleus Wiegm. Ouest et sud de l’Amérique du Nord,
Amérique centrale LA
LA
Gerrhonotus fimbriatus (Cope)
TRONCS NERVEUX DU ZEUGOPODE DES LACERTILIENS
191
15. Xénosauridés
Xenosaurus grandis Cope Amérique centrale
16. Hélodermatidés
Heloderma horridum Wiegm. Mexique
Heloderma suspectum Baird
LA
LB
LB
17. Varanidés
Varanus bengalensis D. et B.
Varanus griseus (Daud.)
Varanus niloticus D. et B.
Varanus exanthematicus Merr.
Inde, Afrique, Asie VA.
VA
VA
VA
18. Lantu anotidés
Lanthanotus borneensis Steind. Bornéo VA
Autres Tétrapodes disséqués pour comparaison
Urodèles
Anoures
Rhynchocéphales
Crocodiliens
Chéloniens
( Axolotl sp.
I Salamandra salamandra (Linné)
Leptodactylus pentadactylus (Laur.)
Sphenodon punctatus (Gray)
Crocodilus niloticus Laurenti
Terrapene sp.
IV. — EXAMEN DES PROBLÈMES POSÉS PAR L’INNERVATION
DE LA LOGE DORSALE DU ZEUGOPODE DES LACERTILIENS
DANS LE CADRE PLUS GÉNÉRAL DES TÉTRAPODES
Documents fournis par les Tétrapodes autres que les Lacertiliens
Ils sont surtout bibliographiques ; toutefois, pour compléter notre information, nous
avons entrepris quelques dissections dont on trouvera mention dans la liste du matériel
étudié.
Pour tenter d’éclairer les problèmes qui se posent, nous nous placerons dans une pers¬
pective évolutive. Nous commencerons donc notre investigation par l’étude des animaux
192
SABINE RENOUS-LÉCURU ET ROBERT JULLIEN
qui sont susceptibles de nous fournir l’image la plus approchée possible du Tétrapode primitif.
On les rencontre, actuellement, chez les Urodèles, groupe dont la situation phylogénique
est controversée mais qui offre l’avantage de posséder, à côté de genres qui ont conquis
le milieu terrestre, des formes encore aquatiques. L’une d’elles va retenir tout particu¬
lièrement notre attention, l’Axolotl, larve néoténique de l’Amblystome.
Cet animal qui a fait l’objet de nombreuses recherches a été bien étudié par Ribbing
(1938) qui le décrit sous le nom de Siredon. Cet auteur a pu faire à son sujet, deux consta¬
tations importantes :
— en position de repos, les membres antérieur et postérieur sont, à peu de choses près,
transversaux ;
— cette orientation pratiquement identique des deux membres va de pair avec une arbo¬
risation à peu près semblable des nerfs métazonaux.
Ces caractères, très évocateurs des communautés d’orientation et de structure aux¬
quelles devaient être assujettis les membres antérieur et pelvien des premiers Tétrapodes
avant la sortie des eaux, c’est-à-dire avant que les impératifs de la locomotion quadrupède
ne les aient entraînés dans des évolutions divergentes, font de l’Amblystome un animal
intéressant. Par son archaïsme il nous fournit en effet un point de départ précieux pour
l’étude de tous les animaux de sa classe. Nous emprunterons à Ribbing l’essentiel des des¬
criptions concernant l’innervation de la loge dorsale, la seule qui nous intéressera ici.
Pour cet auteur, elle recevrait deux nerfs à l’avant, trois à l’arrière. Au membre tho¬
racique, le nerf dorsal du stylopode, le radial, passerait dans le zeugopode et prendrait
en charge le muscle le plus cranial de la loge dorsale, le brachio-radial ; les autres se trou¬
veraient sous le contrôle d’un nerf d’origine ventrale, l’interosseux. En fait, nous aurions
ici une disposition presque identique à celle de l’avant-bras des Lacertiliens. A la jambe,
par contre, il en irait autrement. D’une part, péronier et interosseux qui, chez ces derniers,
innervaient généralement alternativement cette loge, interviendraient ici toujours con¬
jointement ; d’autre part, un troisième élément, nouveau pour la loge, participerait cons¬
tamment à l’innervation : le crural, homologue du radial. Comme lui, il contrôlerait le
muscle extenseur le plus cranial du zeugopode, l’extenseur tibial du tarse. Ici, toutefois,
il se joindrait ensuite à l’interosseux, et au péronier, pour se distribuer avec eux à d’autres
muscles dorsaux.
Cette description, très différente de celle vue à propos des Lacertiliens, fait ressortir,
en contrepartie, de grandes ressemblances entre les loges dorsales des zeugopodes de l’Amblys-
tome :
— intervention, dans les deux cas, du nerf dorsal du stylopode, radial ou crural, qui prend
en charge le muscle le plus cranial de la loge ;
— présence, à l’avant comme à l’arrière, d’un nerf interosseux.
Deux différences persisteraient :
— à l’arrière la présence d’un nerf péronier toujours sans équivalent antibrachial ;
— au membre antérieur, l’absence de liaison entre le nerf dorsal du stylopode et l’interos-
seux.
TRONCS NERVEUX DU ZEUGOPODE DES LACERTILIENS
193
Nous avons repris la dissection de l’Axolotl. Nos observations confirment toutes
celles de Ribbing, sauf sur un point que nous jugeons important : il existe, à l’avant, une
liaison ténue mais permanente entre le radial et l’interosseux. Ce trait, qui augmente les
ressemblances existantes entre les deux membres (fig. 11), réduit donc les différences à la
seule présence d’un nerf péronier, sans équivalent au membre thoracique 1 . Grâce à l’Axolotl,
nous voyons ainsi que primitivement nerf dorsal du stylopode et interosseux interviennent
tous deux dans la loge dorsale des deux zeugopodes et selon des modalités qui sont les mêmes
I 2
Fig. 11. — Schématisation des grands troncs nerveux desservant le zcugopode de l’Axolotl (Urodèles),
membre antérieur (1) et membre postérieur (2).
C'r, nerf crural ; Fl, nerf fléchisseur brachial ; Int, nerfs interosseux ; Pr, nerf péronier ; Rd, nerf
radial.
aux deux membres. Que devient cette identité chez les autres Tétrapodes dont nous excluons
provisoirement les Lacertiliens ? Elle s’estompe et disparaît sous l’effet de modifications
qui simplifient l’innervation, mais différemment selon le membre. C’est tout près de l’Axo¬
lotl, au sein des Urodèles, que nous allons trouver la première illustration de cette évolution.
Comme on pourra le constater, on est déjà très éloigné des conditions de départ.
Dès la Salamandre terrestre, en effet, la divergence entre les deux membres est très
1. Il faut noter, cependant, que radial et crural occupent ici, comme chez tous les Tétrapodes, une
position différente vis-à-vis de la pièce dorsale de leur ceinture respective. Le radial sort de l’épaule toujours
caudalement à la scapula qui ne le sépare donc pas du grand tronc fléchisseur du membre ; le crural, au
contraire, sort du bassin cranialement à l’ilion et se trouve ainsi séparé par cet os du sciatique.
194
SABINE RENOUS-LÉCURU ET ROBERT JULLIEN
grande (fig. 12). Chez cet animal, pratiquement libéré du milieu aquatique pour sa locomo¬
tion, les axones que nous avons vu dispersés chez l’Axolotl tendent à être captés par l’un
des nerfs préexistants : le radial à l’avant-bras, le péronier à la jambe. Déjà le premier de
ces nerfs assure à lui seul le contrôle de la loge dorsale ; le second toutefois n’est encore que
prépondérant : si la branche interosseuse a disparu, des fibres arrivent encore par la voie
du nerf crural. Elles ne vont plus se joindre au péronier mais se distribuent toujours au
muscle extenseur le plus cranial de la loge, qu’elles tenaient déjà sous leur dépendance
exclusive chez l’Axolotl.
A
Fig. 12. — Schématisation des grands troncs nerveux desservant le zeugopode de Salamandra (Urodèles).
Cr, nerf crural ; Fl, nerf fléchisseur brachial ; Int, nerfs interosseux ; Pr, nerf péronier ; Rd, nerf
radial.
Chez les Anoures cette réminiscence elle-même disparaît, et le péronier commande
désormais à tous les extenseurs, comme le radial à l’avant-bras. Le groupement, encore
incomplet au membre pelvien de la Salamandre, est devenu ici total aux deux membres
(fig. I 3 ).
C’est ce mode d’innervation qui est le plus répandu chez les Tétrapodes. Outre les
Anoures, on le retrouve en effet chez les Rhynchocéphales, les Crocodiliens, les Oiseaux
et les Thériens (fig. 14). Chéloniens et Monotrèmes s’v rattachent aussi mais chez eux l’un
des membres montre un certain retard dans le groupement des fibres et laisse ainsi percevoir
quelque indice de dispositions antérieures. Chez les premiers (fig. 15), c’est le membre
thoracique où persiste un filet, parfois dédoublé (observation personnelle) et venu de l’inter-
osseux, qui se joint au radial ; chez les seconds, c’cst le membre pelvien où le crural continue
Fig. 13. — Schématisation des grands troncs nerveux desservant le zeugopode de Leptodactylus (Anoures).
Cr, nerf crural ; Fl, nerf fléchisseur brachial ; Int, nerf interosseux ; Pr, nerf péronier ; Rd, nerf
radial.
Fig. 14. — Schématisation des grands troncs nerveux desservant le zeugopode des Rhynchocéphales,
des Crocodiliens, des Oiseaux et des Mammifères.
Cr, nerf crural ; Fl, nerf fléchisseur brachial ; Int, nerf interosseux ; Pr, nerf péronier ; Rd, nerf
radial.
Fig. 15. — Schématisation des grands troncs nerveux desservant le zeugopode des Chéloniens.
Cr, nerf crural ; Fl, nerf fléchisseur brachial ; Int, nerf interosseux ; Pr, nerf péronier ; Rd, nerf
radial.
Fig. 16. — Schématisation des grands troncs nerveux du zeugopode des Lacertiliens au membre antérieur(1)
et au membre postérieur (2a — type d’innervation A ; 2b — type d’innervation B).
Cr, nerf crural ; Fl, nerf fléchisseur brachial ; Int, nerfs interosseux ; Pr, nerf péronier ; Rd, nerf
radial ; Rd.ac, nerf radial accessoire.
TRONCS NERVEUX DU ZEUGOPODE DES LACERTILIENS
197
de jouer dans la jambe un rôle plus ou moins actif : tantôt comparable à celui qu’il a chez
la Salamandre, tantôt plus important. Dans le territoire qu’il contrôle se trouve toujours
incluse, bien sûr, l’unité musculaire la plus craniale de la loge. Celle-ci, innervée exclusive¬
ment aux deux membres par le nerf venu de la région dorsale du stylopode, est la dernière
à être abandonnée par lui lorsqu’il quitte le zeugopode.
En résumé, de l’examen qui précède, deux enseignements importants peuvent être
dégagés. L’un concerne le regroupement des axones, phénomène qui affecte tous les Tétra¬
podes étudiés jusqu’à présent excepté certains Urodèles comme l’Amblystome. Provisoi¬
rement, la coupure semble passer entre les formes qui sont restées confinées au milieu aqua¬
tique et celles qui ont conquis le milieu terrestre (même si ultérieurement elles l’ont délaissé).
Dans la plupart des cas le groupement est parfaitement réalisé et toutes les libres d’un
membre prennent une orientation commune. Le second des faits qui doit être remarqué
a justement trait à cette orientation : elle est différente aux deux membres, mais invariable
pour tous au niveau de chacun d’eux : c’est celle qu’impose le radial à l'avant-bras, le péro¬
nier à la jambe.
Face à une telle communauté de tendances, que nous offrent les Lacertiliens ? Un
ensemble de traits qui les caractérisent seuls et les classent en marge de tous les autres
Tétrapodes (fig. 16).
Particularités des Lacertiliens et leur place parmi les Tétrapodes
Disons tout de suite que ces animaux (fig. 17), comme la plupart de ceux que nous
venons de voir, montrent une tendance très nette au groupement des axones de leur loge
dorsale en un seul tronc. Au membre antérieur, toutefois, le processus ne s’achève jamais
et deux nerfs interviennent constamment, bien qu’inégalement : le radial et Tinterosseux.
De prime abord, on pourrait croire que nous avons ici une situation comparable à celle
observée à l’avant-bras des Chéloniens ; à mieux y regarder on se rend compte que c’est
exactement l’inverse qui se présente : c’est Tinterosseux qui devient prépondérant et non
le radial, qui réduit son champ d’action à quelques faisceaux du brachio-radial. Un tel
mode d’innervation isole ces animaux de tous les autres Tétrapodes, excepté de l’Amphis-
bénien Bipes, seul de son groupe à posséder encore des rudiments de membres.
Au membre pelvien, le regroupement des libres nerveuses est achevé dans la plupart
des cas mais le nerf qui les a captées n’est pas toujours le même. Très souvent c’est le péro¬
nier, exclusivement adopté chez les autres Tétrapodes, mais parfois aussi Tinterosseux.
Nous retrouvons alors, à peu de choses près, ce que Ton observe au membre antérieur.
Cette dualité au membre postérieur des Lacertiliens le différencie d’une part radicalement
de l’autre membre, d’autre part ne se retrouve nulle part ailleurs chez les autres Tétrapodes.
Notons que le singulier mode d’innervation choisi à l’avant-bras se manifeste aussi à la
jambe, mais qu’il n’a pu pénétrer partout. Y aurait-il une raison d’ordre adaptatif à l’exis¬
tence de ce type B ? Ce dernier se serait différencié à l’arrière au moment où une convergence
fonctionnelle apparaissait entre les deux membres ? Nous ne le pensons pas. La seule hypo¬
thèse qui paraisse vraisemblable, si Ton examine la répartition systématique du type B,
est la suivante : ce type, produit d’une mutation, se serait manifesté plutôt au membre
thoracique qu’au membre pelvien ; à l’avant il aurait eu le temps de coloniser entièrement
29, 3
Fig. 17. — Essai de reconstitution schématique de révolution du dispositif nerveux desservant la loge dorsale
du zeugopode des Tétrapodes ; l’Axolotl illustre l’étape la plus archaïque connue.
Anou., Anoures ; Chel., Chéloniens ; Cr, nerf crural ; Croc., Crocodiliens ; incon., inconnu ; Int ,
nerf interosseux; Lac., Lacertiliens; Mam., Mammifères; m.ant, membre antérieur; Monot., Mono-
trèmes ; m.post, membre postérieur ; Ois., Oiseaux ; Pr, nerf péronier ; Rd, nerf radial ; Rhync., Rhyn-
chocéphales ; Sal., Salamandre ; Ther., Thériens.
TRONCS NERVEUX DU ZEUGOPODE DES LACERTILIENS
199
la souche lacertilienne, encore indivise ; à l’arrière, le morcellement déjà amorcé de la
souche aurait rapidement bloqué son extension. Comme le type B ne peut dériver que d’un
dispositif synthétique capable d’engendrer les divers modes d’innervation vus chez les
Tétrapodes, il faut admettre que le dispositif synthétique s’est maintenu plus longtemps
à la jambe qu’au bras. Ce fait, naturellement, pourrait expliquer l’inachèvement des types
A et B de certains Lacertiliens : l'évolution vers A ou B s’effectuant dans un groupe en cours
de dislocation géographique et génétique a pu acquérir par place des rythmes plus lents,
parfois s’arrêter même. Ceci permettrait de comprendre la persistance du dispositif originel
chez quelques rares Lacertiliens. Mais ce retard du membre pelvien pourrait surtout expli¬
quer que ce membre ait, dans l’ensemble, mieux réussi le groupement de ses axones que
l’autre. Cette tendance au groupement touchant au membre antérieur un organisme encore
fruste (l'organisme que constitue en quelque sorte la collectivité des Lacertiliens) n'aurait
pu être conduite à son terme ; se manifestant par contre plus tard au même pelvien, elle
aurait trouvé un terrain plus propice pour se développer.
Quoiqu’il en soit, constatons que les Lacertiliens se placent en marge de tous les Tétra¬
podes vus jusqu’à présent par le type d’innervation de leur membre thoracique (que l'on
ne retrouve que chez les Amphisbéniens) et la diversité d’innervation du membre pelvien.
On doit, évidemment, s’interroger sur les raisons qui sont à l'origine de ces groupements
de libres et de leurs cheminements divers. 11 faut bien constater, toutefois, que dans l’état
actuel de nos connaissances, trop de données manquent encore, ou sont trop souvent étran¬
gères à notre discipline pour pouvoir valablement conclure. Nous devons nous contenter,
la plupart du temps, d’enregistrer des faits ; ainsi par exemple, pour ce premier phénomène
qu’est la tendance très générale au groupement. Nous avons dit plus haut que son apparition
semblait coïncider avec le passage de la vie aquatique à la vie terrestre. C’est ce qui semblait
effectivement ressortir de l’examen d’animaux autres que les Lacertiliens, et il n’était pas
illogique de penser que cette manifestation ait pu s’apparenter aux modifications entraînées
par l’acquisition de la locomotion quadrupède. L’étude des Lacertiliens nous incite à plus
de prudence. Si ces animaux, en effet, montrent comme les autres cette tendance au grou¬
pement, avec quel retard néanmoins celle-ci semble-t-elle apparaître au membre postérieur,
et pendant combien de temps les Lacertiliens ont-ils marché avant qu’elle ne se produise !
Visiblement, si elle est née de l’adaptation à la locomotion, elle n’était pas indispensable
à son exercice : les imperfections que l’on peut relever à son sujet çà et là chez les Tétrapodes
en sont une nouvelle preuve. Pour l’instant donc on ne peut que constater l’existence de
cette tendance dans la loge dorsale du zeugopode de ces animaux et l'ignorance où nous
sommes du facteur qui l’a déclenchée. Des travaux sur les autres régions du membre, actuelle¬
ment en cours, pourront peut-être nous éclairer davantage sur ce point.
S’interroger sur les raisons des divers trajets pris par ces groupements de fibres débou¬
che aussi, pour l’instant, sur des résultats négatifs. On aurait pu croire, de prime abord,
qu’il en irait autrement. A ne considérer que le nerf radial qui, chez les Tétrapodes autres
que les Lacertiliens, véhicule tous les axones du zeugopode dorsal, on pourrait penser qu’une
séparation entre fibres antagonistes était recherchée. Ce nerf, en effet, se trouve séparé dès
le plexus des troncs qui desservent la loge ventrale et la ségrégation est donc ici parfaite.
Malheureusement, au membre postérieur de ces mêmes animaux la discrimination paraît
déjà moins nette. Si un seul nerf, le péronier, convoie toujours les fibres de la loge dorsale
200
SABINE RENOUS-LECURU ET ROBERT JULLIEN
du zeugopode, celui-ci se détache souvent du même tronc que les nerfs desservant la loge
antagoniste. Même si chacun des lots possède sa gaine propre qui l’isole du voisin au sein
du tronc commun, on peut se demander pourquoi les fibres de la loge dorsale ne passent
pas par la voie du nerf crural homologue du radial. Celle-ci, distincte dès le plexus de toute
autre, assurerait une ségrégation parfaite des deux lots. Mais ce qui ruine l’hypothèse d’une
telle ségrégation, c’est l’exemple des Lacertiliens. Chez ceux-ci, en effet, au membre anté¬
rieur toujours, au membre pelvien quelquefois, les deux lots de fibres circulent ensemble
dans un même canal sans qu’aucune cloison ne les sépare. Des coupes histologiques prati¬
quées en regard de l’articulation stylo-zeugopodique chez un certain nombre de genres
en font foi. Il nous faut donc abandonner cette hypothèse et chercher ailleurs d’autres
causes à ces orientations. Nous avons essayé d’en trouver dans l’adaptation ; en vain. En
définitive, seule une constatation d’un ordre très différent peut être faite : les nerfs radial
et péronier, généralement choisis, passent tous deux sur la face externe de l’articulation
stylo-zeugopodique de leur membre respectif. C’est dire que, sur ces articulations, ces deux
nerfs se trouvent parfaitement symétriques l’un par rapport à l’autre vis-à-vis du plan
transversal vers lequel se rabattent les membres au cours de l’évolution. Y a-t-il à cela des
raisons mécaniques ? Dans l’affirmative il faudrait admettre que l’Axolotl dont les membres
sont, grosso modo, transversaux, montre déjà l’indice d’une telle évolution puisqu’il possède
au membre pelvien un nerf déjà sans équivalent à l’avant et appelé à jouer chez les autres
Tétrapodes un rôle capital, le péronier. Enfin, pourquoi d’autres voies ont-elles pu être
utilisées par les Lacertiliens, au membre antérieur toujours, au membre pelvien quelque¬
fois ? Voilà des questions auxquelles il nous est impossible de répondre pour l’instant.
V. — CONCLUSIONS
Au terme de cette étude sur l’innervation du zeugopode des Lacertiliens, des consta¬
tations de deux types peuvent être dégagées. Les unes concernent exclusivement ces animaux ;
les autres sont tirées de leurs comparaisons avec les autres Tétrapodes. L’ensemble nous
permet de mieux connaître le groupe concerné et de le mieux situer dans le courant évolutif
général.
Quatre troncs innervent habituellement le zeugopode des Lacertiliens mais l’un d’eux,
le péronier, peut quelquefois manquer. Tous se reconnaissent aisément à un certain nombre
de traits ; la plupart, toutefois, sont sujets à variation. Les deux nerfs médians, l’interosseux
jambier et le péronier, sont instables par leur destination, et les deux derniers voient en
outre varier, respectivement, leur trajet et leur origine. Ces deux éléments, en revanche,
sont conjointement fluctuants chez l’ulnaire. Le radial, lui, ne montre aucune variation,
alors que le fibulaire externe les présente toutes. Enfin l’interosseux antibrachial, dont la des¬
tination peut changer dans la loge ventrale devient parfaitement stable dans la loge opposée.
Si donc l’instabilité n’est pas générale, elle est quand même largement répandue. Les deux
loges ventrales montrent à ce sujet un comportement identique et toutes deux présentent
des fluctuations d’ampleurs moyennes. La situation est très différente dans les loges oppo-
TRONCS NERVEUX DU ZEUGOPODE DES LACERTILIENS
201
sées : à la fixité qui paraît toujours à l’avant-bras répond une variabilité particulièrement
marquée à la jambe.
Ressemblances et différences que nous venons de mettre en relief pour ces diverses
loges, à propos de. l’instabilité nerveuse, se retrouvent exactement vis-à-vis du choix des
troncs qui véhiculent l’innervation. Sur ce point, en effet, les deux loges ventrales sont
de nouveau très comparables et leur examen confirme tout à fait l’hypothèse émise au début
de ce travail et qui le sous-tend tout entier : visiblement, départ et d’autre, des nerfs homo-
types sont concernés. On trouve, certes, des différences de part et d’autre, mais, les membres
ayant subi depuis longtemps des évolutions fort divergentes, il est naturel que leurs nerfs
en portent les traces. On peut, toutefois, comparer avec une relative facilité médian et
interosseux antibrachiaux à leurs homonymes jambiers, et ulnaire à fibulaire externe.
Aux loges dorsales, par contre, les modes d’innervation sont tout à fait disparates.
De temps à autre, quand les deux interosseux ont une destinée semblable, une ressemblance
apparaît. Mais pour le reste, on peut voir que le crural, homologue du radial, ne pénètre
jamais dans le zeugopode, et qu’enfîn, à la jambe, le péronier, souvent seul présent, ne
possède même pas d’équivalent au membre antérieur. Doit-on supposer que notre hypo¬
thèse de départ est fausse, et que les correspondances observées entre les loges ventrales
sont dues au hasard ? Doit-on au contraire la conserver et admettre alors que, pour une
raison que nous ne connaissons pas, la divergence évolutive s'est manifestée avec beaucoup
plus de force dans les loges dorsales que dans les loges opposées, masquant plus fortement
ici les correspondances initiales ou les faisant même totalement disparaître ? Nous inclinons
plus volontiers vers la seconde proposition. Tout nous y incite : d’abord, d’un point
de vue théorique, le grand intérêt explicatif de l’hypothèse de départ pour la compréhension
de l’histoire des Tétrapodes, hypothèse dont la vraisemblance est étayée par de nombreux
travaux tant anatomiques qu'embryologiques ; ensuite, dans le cadre de notre travail, les
similitudes indéniables observées entre les loges ventrales des deux membres ; enfin, dans
les loges opposées, les concordances qui surgissent de loin en loin (pour l’interosseux) ou
que Ton pressent (rôles très voisins des nerfs dorsaux des stylopodes) et qui évoquent incon¬
testablement un schéma initial commun.
l T n élément important nous confirme dans cette idée : c’est la découverte de disposi-
tions très voisines de celle dont nous supposons ci-dessus l’existence dans un autre groupe
de Tétrapodes, les Urodèles. Là, chez des formes aquatiques comme l’Axolotl, on observe
de part et d’autre une distribution semblable, à quelques détails près, des nerfs métazo-
naux. Comme ce trait, jugé primitif, va de pair avec une orientation estimée également
primitive des membres (ils sont à peu près transversaux en position de repos) et qu’enfin,
dans la nature actuelle, cet animal nous donne, avec ceux de son groupe, l’image la plus
approchée possible des premiers Tétrapodes, nous pouvons raisonnablement le considérer
comme primitif cl le prendre comme base de départ pour toutes nos comparaisons.
Nous voyons d’abord que, chez lui, nerfs dorsaux du stylopode et nerfs interosseux
interviennent de façon tout à fait semblable aux loges dorsales des deux membres (ef. lig. 11) ;
nous constatons aussi que, dès ce niveau systématique, le nerf péronier ne possède pas
d’équivalent au membre antérieur ; enfin, à partir de lui nous pouvons juger des évolutions
ultérieures. Après, en effet, l’un des axes nerveux est toujours préféré aux autres, pour
desservir les loges dorsales. Chez les Lacertiliens c’est Tinterosseux à l’avant, tandis qu’à
barrière c’est quelquefois ce nerf mais plus souvent le péronier. Chez les autres Tétrapodes
202
SABINE RENOUS-LÉCURU ET ROBERT JULLIEN
c’est toujours le radial au membre thoracique, le péronier au membre pelvien. Les Lacer¬
tiliens se particularisent donc par un membre antérieur singulier et un membre pelvien
variable et les Tétrapodes nous apparaissent ainsi composés de deux lots très inégaux :
l’un comprenant les Lacertiliens auxquels se rallient les Amphisbéniens (cas de Bipes),
l'autre le reste des Tétrapodes. Ceux des Urodèles qui ne présentent pas de disposition
synthétique s’intégreraient naturellement au dernier puisqu’ils possèdent un nerf péro¬
nier prépondérant. Les autres s’y rattacheraient nettement, pensons-nous, à cause de ce
nerf qui, bien que faible encore, est déjà sans équivalent au membre thoracique. L’élément
correspondant a-t-il disparu ? ou bien le péronier est-il une néo-formation ? Nous ne le
savons pas. Il n’est pas possible non plus de préciser la cause ni le moment du déclenche¬
ment de cette tendance au groupement. Tout au plus, pour l’instant, peut-on constater
que, dans le cas général, les voies choisies des deux membres se trouvent exactement symé¬
triques l’une par rapport à l’autre, vis-à-vis du plan transversal vers lequel se rabattent
ces membres au cours de l’évolution. Ceux des Urodèles, qui montrent au repos des appen¬
dices presque transversaux, porteraient donc déjà, inscrite dans leur innervation, la con¬
dition qui paraît liée à un tel mouvement : la présence d’un nerf péronier. Pourquoi les
Lacertiliens ont-ils préféré d’autres voies bien que leurs membres aient adopté une orien¬
tation semblable à celle des autres Tétrapodes ? Nous l’ignorons et malgré nos tentatives
il n’a pas été possible de mettre ce phénomène en relation avec l’adaptation (Jullien,
1967). Nous pouvons signaler seulement deux faits : le groupement, presque toujours achevé
à l’arrière, reste toujours incomplet à l’avant; enfin, le mode d’innervation au membre
thoracique s’avère d’acquisition beaucoup plus ancienne que ceux du membre pelvien.
La disposition singulière du membre antérieur est, en effet, commune aux Lacertiliens
et aux Amphisbéniens (puisque Bipes la possède) et sa mise en place remonte donc à une
date antérieure à la séparation des souches de ces deux Ordres. Cette grande ancienneté
pourrait d’ailleurs expliquer la constante imperfection de groupement observée à l’avant,
la tendance conduisant à celui-ci apparaissant là trop tôt, dans un organisme encore fruste.
Touchant beaucoup plus tard le membre pelvien, elle aurait eu alors beaucoup plus de chan¬
ces d’arriver à son terme, l’intégration organique, plus achevée, permettant do mieux
répondre à cette sollicitation.
Noms latins des nerfs et muscles cités dans le texte
Nerfs
brachial accessoire
crural.
fîbulaire externe.. .
fibulaire interne . .
fléchisseur brachial
interosseux.
médian.
péronier.
plantaire latéral . .
plantaire médian. .
brachialis accessorius
cruralis
fibularis externus
fibularis internus
flexor brachialis
interosseus
medianus
peroneus
plantaris lateralis
plantaris medialis
TRONCS NERVEUX DU ZEUGOPODE DES LACERTILIENS
203
radial.
radial marginal.
rameau médian.
saphène externe .
sciatique.
sciatique poplité externe,
sciatique poplité interne
sural.
tibial .
ulnaire.
radialis
radialis marginalis
ramus medialis
saphenus externus
ischiadicus
ischiadicus dorsalis
ischiadicus ventralis
suralis
tibialis
ulnaris
Muscles
abducteur du cinquième métacarpien
arcual .
biceps .
brachial.
brachio-radial.
carré pronateur.
coraco-brachial.
dentelé.
épitrochléo-anconé .
extenseur commun des doigts.
extenseur fibulaire du tarse.
extenseur du tibia.
extenseur tibial du tarse .
extenseur ulnaire du carpe.
fléchisseur antérieur du tibia.
fléchisseur commun des doigts.
fléchisseur du 5 e orteil.
fléchisseur postérieur du tibia.
fléchisseur primordial du tibia .
fléchisseur profond des doigts.
fléchisseur radial du carpe.
fléchisseur ulnaire.
gastrocnémien.
grand dorsal.
ilio-extenseur.
ilio-fibulaire.
pronateur accessoire.
pronateur profond .
rétracteur dorsal.
rond pronateur.
triceps brachial.
abductor ossis métacarpe quinti
arcualis
biceps brachii
brachialis anticus
brachio-radialis
pronator quadratus
coraco-brachial.is
serratus
epithrochleo-anconeus
extensor digitorum communes
extensor tarsi fibularis
extensor tibiae
extensor tarsi tibialis
extensor carpe ulnaris
/lexor tibiae anterior
flexor digitorum communes
flexor digiti quinti
flexor tibiae posterior
flexor tibiae primordialis
flexor digitorum profundus
flexor carpi radialis
flexor ulnaris
gastroenemius
latissimus dorsi
ilio-extensorius
ilio-fibularis
pronator ceccessorius
pronator profundus
retractor dorsales
pronator teres
triceps brachii
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Manuscrit déposé le 1 er avril 1971.
Achevé d’imprimer le 15 octobre 1972.
Variations du trajet du nerf ulnaire ( ulnaris )
et de l’innervation des muscles dorsaux de la jambe
chez les Lacertiliens (Reptiles, Squamates) :
valeur systématique et application phylogénique
par Robert Jullien et Sabine Renous-Lécuru *
Résumé. — L’étude des variations du trajet du nerf ulnaire et de l’innervation des muscles
dorsaux de la jambe chez les Lacertiliens nous a permis de mettre en évidence un certain nombre
de faits intéressants pour la systématique de cette catégorie de Reptiles : l'isolement, au sein des
Iguanidés, des formes malgaches, la subdivision des représentants américains de cette famille
en trois lots, Iguaninés, Anolinés-Basiliscinés, Tropidurinés-Scéloporinés, l’archaïsme des Ger-
rhosauridés et leur hétérogénéité, ce dernier trait caractérisant aussi les ('.ordylidés et les Lacertidés.
Chez les Anguimorphes enlin, les Hélodermatidés s’avèrent totalement différents des deux familles
avec lesquelles on les range habituellement dans le groupe des Yaranoïdes : les Lanthanotidés
et les Varanidés. Par contre, ils montrent certaines affinités avec le second groupe d’Anguimorphes,
les Anguioïdes. Ce fait illustre bien les difficultés qu’éprouvent les auteurs à ranger les Héloder¬
matidés dans l’une ou l’autre de ces superfamilles.
En dehors de ces constatations d’ordre systématique, cette étude nous a permis de formuler
un certain nombre d’hypothèses concernant la paléobiogéographie et la phylogénie des Lacertiliens.
Tout d’abord, il semble que trois de leur quatre infra-ordres, Iguaniens, Seincomorphes et Angui¬
morphes, aient formé, à un moment donné de leur histoire, un ensemble homogène sur un conti¬
nent austral dont devaient sortir notamment l’Amérique du Sud, l’Afrique et Madagascar. Cette
île, qui paraît avoir abrité, dès sou individualisation, les Iguanidés qu’elle nous présente encore
aujourd’hui et qui nous ont paru totalement différents de ceux du reste du monde, n’aurait été
que secondairement envahie par les Chaméléonidés. Ces derniers pourraient avoir une origine
uniquement africaine, totalement distincte donc de celle des Agamidés qui ont trois genres afri¬
cains mais qui paraissent avoir eu un foyer de dispersion différent, beaucoup plus oriental, indo¬
malais peut-être. Les affinités que les Agamidés présentent avec les Chaméléonidés à propos de
l’acrodontie et celles que nous avons mises en évidence entre cette dernière famille et les Iguanidés
malgaches pourraient s’expliquer, à notre avis, par la situation géographique intermédiaire occupée
initialement par les Chaméléonidés entre les deux autres groupes.
Parmi les Seincomorphes, enfin, les Lacertidés se composeraient de deux lots très tôt sépa¬
rés : l’un, africain, présentant avec les Téiidés un caractère commun, l’autre, eurasiatique ne mon¬
trant aucune ressemblance avec la grande famille américaine de Lézards.
Abstract. — The study of the ulnar nerve course and of the nerves supply for the dorsal
muscles in the leg of the Lacertilia, leads to interesting systematical remarks : among Iguanidae,
the malagasian forms are isolated, and the american forms subdivided into three parts : Iguani-
nae, Anolinae-Basiliscinae, Tropidurinae-Sceloporinae, we may notice also the archaism of Ger-
rhosauridae and the heterogeneity of Cordylidae and Lacertidae. In Anguimorpha, the Helo-
* Laboratoire d’Anatomie comparée du Muséum national d’Histoire naturelle, 55, rue de Buffon,
75005 Paris.
208
ROBERT JULLIEN ET SABINE RENOUS-LECURU
dermatidae are very different from the two other Varanoidea families : Lanthanotidae and Vara-
nidae. On the other liand, they show some affinities with Anguioidea.
This study also permited us to State palaeobiogeographical and phylogenical hypothèses.
First, three of the four Lacertilian infra-orders, Iguania, Scincomorpha and Anguimorpha, seem
to hâve formed, in a précisé moment of their history, one homogeneous mass on an austral conti¬
nent, at the origin of South America, Africa and Malagasy. The latter région, which sheltered,
since its formation, among the Iguanidae those which now look very different of the others, whould
had receive more lately the Chameleonidae. The latter family whould hâve had an african origin
entirely distinct of the Agamidae origin. Although this family possessed three african genus, it
seems that its center of dispersion must l>e looked for in the east. The geographical situation
initially occupied by the Chameleonidae, whould be able to explain the affinities between them and
the Agamidae, and between them and the malagasian Iguanidae.
In Scincomorpha, Lacertidae would consists of two parts, the african part presenting a cha-
racter common with the Teiidae, the eurasiatical part without any resemblance to this large ame-
rican family of lizards.
Pendant longtemps la systématique des Vertébrés inférieurs s’est nourrie, essentielle¬
ment, de deux types de critères : les uns externes, fournis par l’observation attentive des
animaux en peau, les autres internes, tirés de l’examen de la charpente osseuse et des dents.
L’importance de ces deux niveaux traditionnels d’investigation n’échappe évidemment
à personne : l’un, superficiel, donnant au zoologue la matière la plus immédiatement acces¬
sible de ses reconnaissances, l’autre procurant au paléontologue le fondement de ses compa¬
raisons avec les faunes disparues. Toutefois, un animal ne se réduit pas à la peau et aux
os et l’examen des viscères a déjà montré tout le bénéfice que l'on pouvait attendre de
recherches effectuées sur les autres éléments de l’organisme qui forment l’essentiel de la
masse animale. L’étude des muscles, et celle des nerfs qui leur apportent l’influx, ne déçoit
pas cette espérance ; par certains de leurs traits ils constituent de bons guides systéma¬
tiques.
Dans une note précédente (1971) nous avons montré que le mode d’innervation de la
loge dorsale de l’avant-bras permettait de distinguer les Lacertiliens de tous les autres
Tétrapodes excepté des Amphisbéniens. Nous allons voir maintenant quelles incidences
systématiques engendre au sein même de l’ordre l’étude des variations de trajet de certains
nerfs métazonaux. Il n’est pas question, bien sûr, de remettre en cause ici les grands traits
de la classification de ce groupe; nos caractères n’y suffiraient pas. Il s’agira seulement
d’en préciser quelques détails et surtout de susciter à son sujet un certain nombre de
réflexions, source elles-mêmes, nous l’espérons, de nouvelles recherches.
Nous distinguerons dans ce travail quatre chapitres. Nous présenterons dans le premier
les caractères concernés et dans le second leurs répartitions systématique et géographique.
Les constatations auxquelles nous aboutirons nous permettrons de discuter, dans un troi¬
sième chapitre, de la valeur de ces caractères. Ceci nous amènera à formuler en dernier
lieu un certain nombre de remarques sur la classification et l’évolution des Lacertiliens.
L INNERVATION CHEZ LES LACERTILIENS
209
LISTE DES ESPÈCES ÉTUDIÉES
Amblyrhynchus cristatus Bell
Anolis ciuratus (Daud.)
Anolis equestris Merr.
Anolis princeps Blgr.
Basiliscus vittatus Wieg.
Brachylophus fasciatus (Brong).
Callisaurus draconoides Blainv.
Chalarodon madagascariensis Peters
Chamaeleolis chamaeleonides (D. et B.)
Conolophus subcristatus Gray
Corytoplianes hernandezi Wieg.
Crotaphytus collaris collaris Holbr.
Ctenosaura acanthura Shaw
Cupriguanus achalensis Gallardo
Cyclura carinata Harlan
Diplolaemus bibroni Bell
Dipsosaurus dorsalis Baird et Girard
Enyalioides laticeps festae Paracca
Enyaliosaurus quinquicarinatus (Gray)
Enyalus bibroni Blgr.
Holbrookia texana (Troschel)
1 guana iguana (Linné)
Laemanctus longipes Wieg.
Leiocephalus carinatus Gray
Liolaemus kingi (Bell)
Liolaemus nigromaculatus (Wieg.)
Acanthosaura armata (Hardwick et Gray)
Acanthosaura crucigera Blgr.
Agama atra Daudin
Agarna bibronii A. Dum.
Agama stellio (Linné)
Amphibolurus barbatus Wiegm.
Aphaniotis fusca Peters
Ceratophora stoddartii Gray
Calotes marmoratus (Peters)
Charasia blanfordiana (Blanf)
Clamydosaurus kingii Gray
Cophotis ceylanica Peters
Diporiphora australis (Steind.)
Draco maculatus Cantar
Draco volans Linné
Harpesaurus beccarii Doria
Iguanidés
Liolaemus nitidus Gravenh.
Liosaurus belli D. et B.
Morunasaurus annularis (O’Shang)
Oplurus sebae D. et B.
Phenacosaurus heterodermus (A. Dum.)
Phymaturus palluma (Molina)
Phrynosoma cornutum Gray
Plica plica (Linné)
Polychrus marmoratus Merr.
Proctotretus pectinatus (D. et B.)
Sauromalus ater A. Dum.
Sceloporus undulatus Fitzing.
Stenocercus roseiventris d’Orb.
Stenocercus humeralis Güntli.
Strobilurus torquatus (Wieg.)
Tropidurus albemarlensis Baur.
Tropidurus delanonis Baur.
Tropidurus peruvianus Lesson
Tropidurus torquatus hispidus (Spix)
Uma scoparia Cope
Uracentron azureum Kaup
Uraniscodon superciliosa (Linné)
Urosaurus graciosus Llallow
Urostrophus oautieri D. et B.
U ta elegans Yarrow
U la thalassina Cope
Agamidés
Japalura polygonata (Hallow)
Liolepis bellii Cantar
Lophura amboinensis (Schlosser)
Lyriocephalus scutatus Wagl.
Moloch horridus Gray
Otocryptis bivittata Wiegm.
Paracalotes poilani Bourret
Phrynocephalus helioscopus Wagl.
Phrynocephalus mystaceus (Pallas)
Physignathus cochmchinensis Günth.
Salea anamallayana Beddome
Tympanocryptis cephalus Günther
Sitana ponticeriana Cuvier
Vromastix acanthinurus Bell
Uromastix hardwickii Gray
210
ROBERT JULLIEN ET SABINE RENOUS-LÉCURU
Chaméléonidés
Chamaeleo lateralis Gray Chamaeleo chamaeleon (Linné)
Chamaeleo pardalis Cuvier Leandria perarmata Angel
Chamaeleo parsonii Cuvier Brookesia spectrum (Buch.)
Chamaeleo verrucosus Cuvier
Aeluronyx seychellensis (D. et B.)
Agamura persica (A. Dum.)
Alsophylax tuherculatus (Blanf)
Alsophylax pipiens (Pallas)
Ancylodactylus spinicollis Millier
Aristelliger praesignis Cope
Ceramodactylus doriae Blanf.
Cnemaspis africana (Werner)
Cosymhotus craspedotus (Mocq.)
Blaesodactylus boivinii A. Dum.
Dactychilikion hraconnieri Thom.
Diplodactylus vittatus Gray
Ebenavia inunguis Boettg.
Gecko verticillatus Linné
Geckolepis maculata Peters
Geckonia chazaliae Mocq.
Gehyra vorax Girard
Gonatodes albogularis fuscus A. Dum.
Gymnodactylus arnouxii A. Dum.
Hemidactylus bowringii (Blyth.)
Hemidactylus frenatus D. et B.
Hemidactylus platyurus Wiegm.
Holodactylus africanus Boettg.
Homonota darwini (Bell.)
Homopholis fasciata (Blgr.)
Geckonidés
Hoplodactylus pacificus Gray
Lepidactylus lugubris Fitzing.
Lepidactylus cyclurus Blgr.
Lygodactylus grandisonae Pasteur
Naultinus elegans Gray
Oedura ocellata Blgr.
Pachydactylus bihronii Smith.
Phelsuma cepedianum Gray
Phelsuma madagascariensis (D. et B.)
Phyllodactylus bastardi Mocq.
Ptenopus garullus (Smith)
Ptychozoon homalocephalum Kuhl
Ptyodactylus lobatus Gray
Pnsturus insignis Blanf.
Quedenfeldtia trachyblepharus (Boettg.)
Rhacodactylus leachianus Bocage
Saurodactylus mauritanicus (D. et B.)
Sphaerodactylus copei Steind.
Stenodactylus guttatus Cuvier
Slenodaclylus tripolitanus
Tarentola senegalensis (Steind.)
Teratolepis fasciata Günth.
Teratoscincus scincus (Schleg.)
Thecadactylus rapicaudus (Houtt.)
Tropiocolotes helenae Nikolski
Coleonyx elegans Gray
Eublepharis macularius Theob.
Uroplates fimbrialus (Schneid.)
Eublépharidés
Psilodactylus caudicinclus A. Dum.
Uroplatidés
Xantusiidés
Lepidophyma flavomaculatum A. Dum. Xantusia riversiana Cope
Xantusia vigilis Baird
Pygopus lepidotus Merr.
Pygopodidés
l’innervation chez les lacertiliens
211
Ablepharus boutonii Strauch.
Chalcides ocellatus (Forsk.)
Chalcides chalcides (Linné)
Egernia cunninghami (Gray)
Eumeces algeriensis (D. et B.)
Mochlus fernandi (Burton)
Lygosoma telfairi (Desjard.)
Mabuia maculilabris (Müller)
Scincidés
Macroscincus coctaei Bocage
Ophiomorus breviceps (Blanf.)
Scelotes astrolabi (D. et B.)
Scincus fasciatus Peters
Scincus officinalis Laur.
Tiliqua scincoïdes Fitzing.
Trachydosaurus rugosus (Gray)
Tropidophorus berdmorii Theob.
Gerrhosauridés
Gerrhosaurus nigrolineatus Hallow Tetradactylus tetradactylus lacepedii (D. et B.)
Tetradactylus seps (Linné) Tracheloptychus madagascariensis Peters
Tetradactylus tetradactylus (Lacep.) Zonosaurus madagascariensis Boett.
CORDYLIDÉS
Chamaesaura anguina Schneid. Platysaurus guttatus Smith
Cordylus cataphractus Boie Pseudocordylus microlepidotus (Cuvier)
Cordylus giganteus Smith
Lacertidés
Acanthodactylus vulgaris (D. et B.)
Algiroides alleni Barb.
Eremias guttulata D. et B.
Holaspis guentheri Gray
Ichnotropis squamulosa Peters
Lacerta muralis (Laurenti)
Lacerta lepida Daud.
Lacerta viridis D. et B.
Latastia spinalis Peters
Latastia longicaudata (Reuss)
Nucras delalandii (M. Edw.)
Ophisops elegans Ménétr.
Poromera fordii Hallow
Psammodrommus algirus (Linné)
Scapteira knoxii (M. Edw.)
Takydromus tachydromoides (Schelg.)
Tropidosaura montana D. et B.
Téiidés
Aloploglossus carinicaudatus Cope
Ameiva chrysoloema Cope
Ameiva surinamensis Cope
Arthrosaura kockii (V. Lidth de Jeude)
Bachia intermedia Gray
Callopistes maculatus Gravensh.
Cnemidophorus gullaris Baird et Girard
Crocodilurus lacertinus Daud.
Dicrodon guttulatum D. et B.
Echinosaura horrida Blgr.
Ecpleopus affinis Peters
Euspondylus brevifrontalis Blgr.
Heterodactylus imbricatus Spix
Iphisa elegans Gray
Neusticurus bicarinatus D. et B.
Pantodactylus schreibersii (Wiegm.)
Pholidobolus montium (Peters)
Placosoma cordylinum (Iscudi)
Prionodactylus oshanghnessgi (O’Shanghn.)
Proctoporus striatus Peters
Teius teyou Fitzing.
Tretioscincus bifasciatus Cope
Tretioscmcus laevicaudatus Cope
Tupinambis nigropunctatus Spix
Tupinambis teguixin (Linné)
212
ROBERT JULLIEN ET SABINE RENOUS-LECURU
Anguidés
Diploglossus fasciatus Wiegm. Gerrhonoius flmbriatus (Cope)
Gerrhonotus coeruleus Wiegm.
Xenosaurus grandis Cope
Xénos au ridés
Heloderma horndum Wiegm.
HÉ LO DE RM A TI DÉS
Heloderma suspectum Baird
Lanthanotus borneensis Steind.
Lanthanotidés
Varanidés
Varanus bengalensis D. et B.
Varanus griseus (Daud.)
Varanus niloticus D. et B.
Varanus exanthematicus Merr.
l’innervation chez les lacertiliens
213
I. — VARIATIONS ÉTUDIÉES
1) Bref historique
Depuis longtemps ces variations ont retenu l’attention de certains anatomistes. Hai¬
nes (1950), au membre thoracique, et Gadow (1881), au membre pelvien, ont montré,
sur un matériel pourtant restreint, leur intérêt systématique. Aucune recherche depuis
lors n’étant venue relayer la leur, nous avons résolu de la reprendre et de l’étendre au plus
grand nombre possible de Lacertiliens. Dans un premier temps nous avons travaillé et
publié indépendamment l’un de l’autre sur le membre thoracique (Lécuru, 1967) et pelvien
(Jullien, 1967). Depuis, notre matériel s’étant considérablement enrichi, nous avons résolu
d’élargir notre champ d’investigation. Grâce à l’obligeance de M. le Professeur Guibé,
qui a mis à notre disposition les riches collections de son Laboratoire d’Herpétologie, au
Muséum, pratiquement toutes les familles de Lacertiliens entrant dans le cadre de cette
étude sont maintenant représentées et souvent abondamment. Une seule nous manque,
celle des Shinisauridés dont l’unique genre, très rare et absent des collections parisiennes,
n’a pu nous être communiqué. Toutefois, comme cette famille fait partie du vaste ensemble
des Anguioïdes, bien illustré par ailleurs dans notre matériel, nous pouvons considérer que
nos conclusions concernent toutes les superfamilles de Tordre. Dans les descriptions qui
vont suivre, les noms des nerfs et des muscles seront empruntés à Ribbing (1938). Les
cartes de répartition géographique que nous donnerons ont été essentiellement élaborées
à partir du catalogue de Boulenger (1887). Comme cet ouvrage est déjà ancien, elles sont
peut-être incomplètes et donc susceptibles d’amélioration.
2) L’ulnaire
(Fig. 1)
11 se destine à des muscles de la loge ventrale du zeugopode. Parfois issu directement
du plexus, il forme le plus souvent Tune des branches du grand tronc fléchisseur du membre
( n. flexor brachialis). C’est le niveau auquel il en émerge qui conditionne son trajet ultérieur.
Deux cas peuvent se présenter : dans l’un, il apparaît momentanément en surface, dans
l’autre il reste toujours caché. On observe le premier lorsque le nerf s’individualise avant
l’épiphyse humérale distale. Il monte alors des régions profondes du membre où circule
le fléchisseur brachial et aborde le coude superficiellement. Il le franchit près du bord pos¬
térieur en passant crânialement ou caudalement à Tentépicondyle. Ensuite, il plonge vers
les muscles antibrachiaux les plus proches, épitrochléo-anconé (m. epitrochleo-anconeus)
et fléchisseur ulnaire (m. flexor ulnaris) et disparaît généralement en amont du premier.
Il les innerve successivement puis descend sous le second jusqu’au carpe. Le second type
29 , 4
214
ROBERT JULLIEN ET SABINE RENOUS-LECURU
Fig. 1. — Membre antérieur. Représentation schématique des muscles de la loge ventrale du zeugopode
et du trajet des nerfs fléchisseur brachial, médian et ulnaire. Le dernier est figuré en trait plein
pour le type lacertide et en tirets pour le type varanide.
car.pr, carré pronateur ; cor.br., coraco-brachial ; ep.anc., épitrochléo-anconé ; Fl. br., nerf fléchisseur
brachial ; fl.com. dg., fléchisseur commun des doigts ; fl.rd., fléchisseur radial du carpe ; fl.uln., fléchis¬
seur ulnaire du carpe ; h., humérus ; Int., nerf interosseux ; Aid., nerf médian ; pr.ac., pronateur acces¬
soire ; rd., radius ; Rd.mg., nerf radial marginal ; rd.pr., rond pronateur ; tcp., triceps ; t.d.bcp., tendon
distal des muscles biceps et brachial ; uln., ulna (= cubitus) ; Uln., nerf ulnaire ; (L) Uln., trajet du
nerf ulnaire dans le type lacertide ; Uln. (V), trajet du nerf ulnaire dans le type varanide.
de trajet apparaît lorsque l’ulnaire constitue l’une des terminales du tronc fléchisseur bra¬
chial. Il se différencie au niveau du pli du coude, c’est-à-dire après l’épiphyse humérale
distale. Emergeant de la fourche formée par le tendon distal du biceps brachial (m. biceps
brachii), il se dirige vers la partie postérieure de l’articulation et atteint aussitôt la face
profonde des muscles brachiaux précédemment cités, qu’il innerve toujours. Ici, toutefois,
l’innervation chez les lacertiliens
215
il aborde le fléchisseur ulnaire avant l’épitrochléo-anconé. Il retrouve ensuite un parcours
identique au premier.
Ces deux types de trajet ont été respectivement qualifiés de « Lacertide (L) » et de
« Varanide (V) » par Haines qui n’a pas signalé les variantes du premier. L’une d’elles nous
paraît particulièrement intéressante : elle permet à l’ulnaire de s’introduire dans la muscu¬
lature antibrachiale, non pas en amont de l’épitrochléo-anconé, mais entre lui et le fléchis¬
seur ulnaire. En rapprochant le point de pénétration du nerf du second de ces muscles,
premier abordé dans le type Varanide, cette variation constitue en quelque sorte un inter¬
médiaire morphologique entre les deux types de trajet. Nous l’appellerons L'.
3) L’innervation des muscles dorsaux de la jamiîe
(Fig- 2)
Elle dépend quelquefois de deux nerfs, péronier (n. peroneus) et interosseux (n. interos-
seus ) mais le plus souvent de l’un d’eux. Le premier, quand il existe, est exclusivement
destiné à ces muscles qu’il innerve entièrement ou en partie. Il est parfois individualisé
dès le plexus, mais le plus souvent il forme l’une des branches du grand sciatique ( n. ischia-
dicus ) qu’il abandonne toujours avant le genou. Alors que le tronc principal poursuit son
chemin dans les régions profondes et ventrales du membre, le péronier apparaît sur la face
caudale de la cuisse, à proximité de l’articulation stylo-zeugopodique, entre les tendons
des muscles ilio-fibulaire (m. ilio-fibularis) et ilio-extenseur ( m. ilio-extensorius ). De là,
il se dirige vers la loge dorsale de la jambe dans laquelle il disparaît précocement entre le
faisceau antérieur de l’extenseur fibulaire du tarse (m. extensor tarsi fibularis ) et l’exten¬
seur commun des doigts (m. extensor digitorum cammunis ).
L’interosseux, lui, est toujours présent. Prolongement du tronc grand sciatique dans
la loge ventrale de la jambe, il ne dessert généralement que des muscles ventraux. Quelque¬
fois, cependant, il émet un rameau qui passe, entre tibia et péroné, dans la loge dorsale
pour prendre en charge tout ou partie de son innervation. Quand le péronier est absent
il contrôle entièrement cette loge et nous avons affaire au type d’innervation B (Jullien,
1967) ; quand le péronier est seul présent, au type d’innervation A. A la différence de ce
que nous avons vu au membre antérieur, l’un des deux types ne dérive pas de l’autre, puisque
ce qui caractérise l’un fait défaut à l’autre et vice-versa ; tous deux proviennent d’un troi¬
sième (cf. Lécuru et Jullien, 1971) qui peut les engendrer par la réduction, puis par la
disparition du rameau de l’interosseux ou du nerf péronier.
Comme nous le verrons, quelques rares Lacertiliens possèdent encore le dispositif
synthétique initial ; un plus grand nombre montre des dispositions intermédiaires entre
celui-ci et les types achevés qui sont, de loin, les plus fréquents. Une flèche double reliant
A et B indiquera, dans les tableaux qui vont suivre, la présence d’un type synthétique ;
une flèche dirigée vers A ou B signalera l’inachèvement de ceux-ci.
216
ROBERT JULLIEN ET SABINE RENOUS-LÉCURU
Fig. 2. — Représentation du type d’innervation A (en trait plein) et B (en tirets). On remarquera qu’un
petit nerf longeant le nerf péronier (tirets) est figuré en trait plein : il s’agit du rameau peaucier du
péroné qui persiste chez tous les animaux de type B, excepté, semble-t-il, chez les Chaméléonidés.
ext.com. dg., extenseur commun des doigts ; ext.fb.t., extenseur fibulaire du tarse ; ext.tb.t., exten¬
seur tibial du tarse ; il.ext, ilio-extenseur ; il.fb., ilio-fibulaire ; Int , nerf interosseux ; pr, péroné ; pr.pfd,
pronateur profond ; tb, tibia.
II. — RÉPARTITION SYSTÉMATIQUE ET GÉOGRAPHIQUE
DES CARACTÈRES ÉTUDIÉS
Nous examinerons successivement les Iguaniens ( Iguania ), les Geckotiens ( Gekkota ),
les Scincomorphes ( Scincomorpha ) et les Anguimorphes ( Anguimorpha ).
Les Iguaniens (fîg. 3)
Ils groupent trois familles, Iguanidés, Agamidés et Chaméléonidés et montrent une
vaste répartition. Les Iguanidés peuplent tout le Nouveau Monde et deux régions qui en
sont fort éloignées, Madagascar d’une part, les archipels voisins des îles Fidji et Tonga
l’innervation chez les lacertiliens
217
Fig. 3. — Répartition géographique approximative (les Iguaniens dans le monde.
Ig, Iguanidés ; Ag, Agamidés ; Ch, Chaméléonidés. Les archipels de Fidji et Tonga sont repré¬
sentés par deux semis d’îles situés au nord, nord-est de la Nouvelle-Zélande.
218
ROBERT JULLIEN ET SABINE RENOUS-LECURU
d’autre part. Les Agamidés vivent à peu près partout ailleurs. Fait remarquable, les zones
de distribution de ces deux familles, très étendues pourtant, ne se recouvrent pas. Les
Iguanidés, dont l’habitat actuel est très morcelé, pourraient avoir reflué (cf. Hoffstetter)
devant la pression des Agamidés qui, à l’exception de Madagascar, couvrent d’une nappe
pratiquement continue tout l’Ancien Monde, notamment l’Indo-Malaisie, l’Australie et
la Mélanésie jusqu’aux confins des îles Fidji et Tonga. Les Chaméléonidés se rencontrent
surtout à Madagascar et en Afrique. Le genre principal, Chamaeleo, déborde assez largement
ce continent vers l’est pour atteindre l’Inde. On le trouve aussi dans une province sud-
européenne, l’Andalousie. Hors de celle-ci, cette famille occupe donc des aires peuplées
soit d’Iguanidés, soit d’Agamidés.
1) Les Iguanidés
Nous avons disséqué 43 des 53 genres actuellement reconnus dont la liste nous a été
obligeamment communiquée par R. Etheridge. Nous avons observé en particulier les
formes malgaches, Oplurus et Chalarodon, celles des Galapagos, Tropidurus, Conolophus
et Amblyrhynchus, et l’Iguanidé des îles Fidji et Tonga, Brachylophus. Enfin, la plupart
des genres antillais ont pu être comparés à ceux du continent américain.
Liste du matériel étudié
Types d’innervation
L A
A
L B
Genres étudiés 1
Répartition géographique des genres
Am blyrhynch us
Galapagos
Brachylophus
Fidji, Tonga
Callisaurus
Sud-est de l’Amérique du Nord
Conolophus
Galapagos
Ctenosaura
Amérique centrale
C y dura
Antilles, Amérique centrale
Dipsosaurus
Sud-ouest de l’Amérique du Nord
Enyaliosaurus
Amérique centrale
Holbrookia
Amérique du Nord
Iguana
Amérique intertropicale
Leiocephalus
Amérique du Sud, Antilles, Bahamas
Phrynosoma
Amérique du Nord
Plica
Amérique du Sud
Proctotretus
Amérique du Sud
Sauromalus
Amérique du Nord
Stenocercus
Ouest de l’Amérique du Sud
Strohüurus
Amérique du Sud
Tropidurus
Amérique du Sud, Galapagos
U ma
Amérique du Nord
U racentron
Amérique du Sud
U ta
Amérique du Nord, Mexique
Anolis
Amérique intertropicale, Antilles
Basiliscus
Amérique intertropicale
1. Pour toutes les familles la liste des espèces disséquées figure en début d’article.
l’innervation chez les lacertiliens
219
Types d’innervation
Genres étudiés
Répartition géographique des genres
Chamaeleolis
Cuba
Corytophanes
Amérique intertropicale
Crotaphytus
Amérique du Nord
Cupnguanus
Amérique du Sud
Üiplolaemus
Patagonie
Enyalioides
Amérique du Sud
Enyalus
Amérique du Sud
Laemanctus
Amérique centrale
Liolaemus
Amérique au sud de l’Equateur
Liosaurus
Amérique du Sud
Morunasaurus
Amérique du Sud
B *-
Phenacosaurus
Colombie
Phymaturus
Chili
Polychrus
Amérique intertropicale
Sceloporus
Amérique du Nord et centrale
U raniscodon
Amérique du Sud
B <-
Urosaurus
Amérique du Nord, Mexique
Urostrophus
Amérique du Sud
V B
Chalarodon
Madagascar
Opiums
Madagascar
De la lecture de ce tableau trois faits ressortent immédiatement : les quatre types
étudiés existent dans cette famille, tous ne sont pas également abondants, enfin sur les
quatre associations possibles, trois seulement sont réalisées : LA, T,B et VB. Le type L est
beaucoup plus répandu que le type V qui caractérise les seules formes malgaches. A et B, par
contre sont, à peu de choses près, également représentés. Si le premier se trouve seul aux
îles Fidji et Tonga et le second à Madagascar, tous deux se rencontrent et se mêlent dans
le Nouveau Monde. Caractérisent-ils, sur ce continent, deux groupes morphologiquement
distincts ? 11 ne le semble pas et l’examen de la classification la plus récemment proposée
pour ces animaux, celle de R. Etheridge (1964), va nous donner une idée extrêmement
précise à ce sujet. Pour cet auteur, la quasi-totalité des Iguanidés américains se répartirait
en cinq sous-familles : Iguaninés, Seéloporinés, Tropidurinés, Basiliscinés et Anolinés. Les
quelques genres qui n’entrent pas exactement dans ces subdivisions systématiques peuvent
néanmoins y être plus ou moins rattachés. Nos observations confirment l’unité de la sous-
famille des Iguaninés, telle que la conçoit cet auteur, c’est-à-dire groupant, à côté de for¬
mes continentales et antillaises, Amblyrliynchus et Conolophus des Galapagos et Brachy-
lophus des îles Fidji et Tonga. Tous, en effet, sont de type A. Comme Etheridge, nous
avons trouvé C-rotaphytus différent des Iguaninés parmi lesquels Savage le plaçait anté¬
rieurement. Par son type B, ce genre s’isole nettement de cette sous-famille sans constituer
pourtant, comme le voudrait Etheridge, un bon intermédiaire entre elle et les Seélopo¬
rinés. A nos yeux, en effet, ce dernier groupe est composite. Si son chef de file, Sceloporus,
est bien de type B comme Crotaphytus et si ce type est presque achevé chez Urosaurus,
les autres genres disséqués, Callisaurus, Holbrookia, Uma, Uta présentent tous le type A.
Comme les Seéloporinés, les Tropidurinés aussi sont disparates et là encore A 1 emporte
sur B. Ce dernier type, par contre, règne exclusivement chez les Anolinés et les Basiliscinés.
Vis-à-vis de nos caractères, donc, les Iguanidés américains se répartissent non en deux
groupes mais en trois : un de type A (Iguaninés), un autre de type B (Anolinés — Basilisci-
220
ROBERT JULLIEN ET SABINE RENOUS-LÉCURU
nés) et un troisième où tous deux se mélangent (Tropidurinés — Scéloporinés). La distri¬
bution systématique n’est donc pas quelconque. Néanmoins, la séparation entre les deux
types A et B n’est pas aussi nette qu’on l’aurait souhaitée, à moins évidemment de consi¬
dérer le troisième lot dans un ensemble (où A et B se mélangent) faisant frontière entre les
deux autres. Dans ce cas, effectivement, les deux premiers s’opposent indiscutablement :
d’un côté les Anolinés — Basiliscinés, de l’autre les fguaninés. Comme ces deux groupes ont,
sur le terrain, des répartitions différentes, il en résulte évidemment une distribution parti¬
culière des types qu’ils portent : A se trouve surtout sur le bloc nord-américain avec les
fguaninés, B sur le bloc opposé avec les Anolinés et les Basiliscinés. Deux phénomènes,
toutefois, viennent voiler ces différences sans les cacher tout à fait : l’interpénétration de
ces groupes dans la zone intertropicale, enfin la possession par chacun des blocs américains
de l’une des deux familles composites : au nord les Scéloporinés, au sud les Tropidurinés.
Ainsi, de part et d’autre trouve-t-on des types A et B. Au sud, toutefois, les seconds l’empor¬
tent en densité et au nord ce sont les premiers. Là, de plus, A, dominant, dépasse largement
les limites boréales de B. Nous essaierons d’expliquer dans un chapitre ultérieur les raisons
de cette distribution particulière. Notons que dans quelques genres les types A et B ne sont
pas tout à fait achevés.
2) Les Agamidés
Nous les avons presque tous examinés. Beaucoup proviennent de la région indo-malaise,
centre de peuplement essentiel de cette famille. Nous avons pu étudier aussi la majorité
des nombreux genres australiens et deux des trois genres africains. Malgré la diversité
d’origines et d’adaptations, tous les animaux disséqués montrent le groupement LB. Les
Agamidés se différencient donc très nettement des fguanidés où plusieurs associations
coexistaient. Rappelons que LB ne se retrouve, parmi les Iguanidés, qu’au Nouveau Monde,
et qu’il est dominant dans le bloc sud-américain. Chez quelques Agamidés le type B est
inachevé.
Liste du matériel étudié
Types d’innervation
Genres disséqués
Répartition géographique des genres
L B
Acanthosaura
Asie du sud-est, Thaïlande
B <
A gaina
Europe, Afrique, Asie
Amphibolurus
Australie
Aphaniotis
Asie du sud-est
Ceratophora
Région indienne
Calotes
Région indienne, Indonésie
Charasia
Région indienne
Chlamydosaurus
Nouvelle-Guinée, Australie
Cophotis
Région indienne, Indonésie
Diporiphora
Australie
B <-
Draco
Asie, Indonésie
Harpesaurus
Asie, Indonésie
Japalura
Asie
lÀolepis
Asie
Lophura
Asie, Indonésie
Lyriocephalus
Région indienne
l’innervation chez les lacertiliens
221
Types d’innervation Genres disséqués
Moloch
Otocryptis
B <- Paracalotes
Phrynocephalus
Physignathus
S aléa
Tym panocryptis
Sitana
U romastix
Répartition géographique des genres
Australie, Tasmanie
Asie
Asie
Eurasie
Asie, Australie
Région indienne
Australie
Région indienne
Afrique, Asie
3) Les Chaméléonidés
Nous avons examiné les quelques genres de cette petite famille dont les nombreuses
espèces peuplent surtout l’Afrique et Madagascar. Ils nous apparaissent homogènes comme
les Agamidés mais présentent une association de caractères différente de la leur : VB au
lieu de LB. VB ne se retrouve parmi les autres Iguaniens que chez deux Iguanidés. Comme
ceux-ci vivent justement à Madagascar, très isolés du reste de leur famille et au plus dense
de la nappe des Chaméléonidés, nous pensons qu’il y a là plus qu’une coïncidence. Nous
nous expliquerons là-dessus ultérieurement.
Genres
Chamaeleo
Leandna
Brookesia
Liste du matériel étudié
Répartition géographique des genres
Madagascar, Afrique, Eurasie
Madagascar
Afrique
Les Geckotiens (fig. 4)
Ils groupent cinq familles 1 : Geckonidés, Eublépharidés, Uroplatidés, Xantusiidés
et Pygopodidés. Les Geckonidés sont cosmopolites : ils peuplent tous les continents et de
nombreuses îles, dont Madagascar, mais sont surtout abondants dans les régions indienne
et australienne. Ce sont les Lézards qui s’aventurent le plus loin dans le Pacifique. Certains,
venus d’Asie, auraient même réussi à traverser cet océan d’ouest en est et se seraient ins¬
tallés sur la côte californienne (par exemple : Gehyra). Les autres familles de Geckotiens
sont moins répandues. Les Eublépharidés montrent encore les vestiges d’un habitat très
vaste, aujourd’hui morcelé : on les trouve en effet en Amérique centrale, en Asie méridio¬
nale et dans l’ouest de l’Afrique. Quant aux autres groupes, on peut presque les qualifier
de locaux : les Uroplatidés se cantonnent à Madagascar, les Xantusiidés à l’Amérique
1. Nous avons utilisé ici la nomenclature de Camp, mais actuellement Eublépharidés et Uroplatidés
sont généralement rangés parmi les Geckonidés.
222
ROBERT JULLIEN ET SABINE RENOUS-LECURU
Fig. 4. — Répartition géographique approximative dans le monde des familles de Geckotiens que nous
avons pu étudier.
Eu, Eublépharidés ; Ge, Geckonidés ; Py, Pygopodidés ; Ur, Uroplatidés, ; Xa, Xantusiidés.
l’innervation chez les lacertiliens
223
intertropicale, les Pygopodidés à l’Australie et à la Nouvelle-Guinée. Les trois premières
familles constituent la superfamille des Geckonoïdes et les deux dernières en forment deux
autres : les Pygopodoïdes et les Xantusioïdes.
1) Les Geckonidés
Nous en avons examiné une quarantaine de genres. Malgré leurs origines extrêmement
diverses tous présentent une même association : LA. Le second des types est toujours par¬
faitement achevé mais le premier montre quelquefois une variante, signalée au début de
ce travail, que nous avons appelée L' : l’ulnairc pénètre dans l’avant-bras, non pas en amont
de l’épitrochléo-anconé, mais entre celui-ci et le fléchisseur ulnaire. Ce caractère affecte
un certain nombre de genres : Cnemaspis, Diplodactylus, Homopholis, Lepidodactylus et
Rhacodactylus, tous distribués dans l’hémisphère sud : Afrique méridionale, Australie,
Nouvelle-Calédonie. Il n’a pas pénétré chez toutes les espèces de ces genres.
Liste du matériel étudié
Types d’innervation Genres disséqués
L A Aeluronyx
Agamura
Alsophylax
Ancylodactylus
Aristelhger
L' < - Ceramodactylus
Cnemaspis
Cosymbotus
Blaesodactylus
< - Dactychihkion
Diplodactylus
Ebenavia
Gecko
Geckolepis
Geckonia
Gehyra
Gonatodes
Gymnodactylus
H emidactylus
Holodactylus
Homonota
— Homopholis
Hoplodactylus
Lepidactylus
Lygodactylus
Naultinus
Oedura
P achydactylus
Phelsuma
Phyllodactylus
Ptenopus
Répartition géographique des genres
Région malgache
Asie
Asie
Afrique
Amérique centrale et Antilles
Asie
Afrique tropicale, Asie du sud-est
Asie du sud-est, Archipel indo-australien
Archipel malgache
Afrique
Australie
Madagascar
Asie, Indonésie, région néoguinéenne
Mad agascar
Nord-ouest de l’Afrique
Indonésie, Australie, océans Indien et Paci¬
fique, côte ouest du Mexique
Toutes les régions chaudes du monde
Toutes les régions chaudes du monde
Eurasie, Afrique, Amérique et Polynésie
Est et nord-est de l’Afrique
Afrique
Afrique
Asie, Pacifique
Australie, Indonésie, Polynésie
Afrique tropicale, Madagascar
Nouvelle-Zélande
Australie
Afrique
Région malgache
Amérique, Australie, Afrique et Europe
Afrique
224
ROBERT JULLIEN ET SABINE RENOUS-LÉCURU
Types d’innervation Genres disséqués
Ptychozoon
Ptyodac.tylus
Pristurus
Quedenfeldtia
Rhacodactylus
Saurodactylus
Sphaerodactylus
Stenodactylus
Tarentola
Teratolepis
Teratoscincus
Thecadactylus
T ropiocolotes
Répartition géographique des genres
Indonésie
Afrique, Asie
Afrique, Asie
Nord-ouest de l’Afrique
Nouvelle-Calédonie
Nord-ouest de l’Afrique
Amérique et Antilles
Afrique et Asie
Afrique, Europe, Amérique, Antilles
Asie
Asie
Amérique, région néoguinéenne
Afrique du Nord, Asie du sud-ouest
2) Les Eublépharidés
Nous avons disséqué les trois genres de cette petite famille : Coleonyx, d’Amérique
centrale, Eublepharis de la même région mais que l’on trouve aussi en Asie méridionale
et Ilemitheconix de l’Ouest africain. Les deux derniers montrent des types L et A parfaits.
Chez le premier, au membre postérieur, se trouve une disposition que nous avons estimée
synthétique. Il faudrait pouvoir examiner plusieurs spécimens de ce genre pour voir si
certains ne montrent pas une tendance plus ou moins marquée vers A ou B.
Liste du matériel étudié
Types d’innervation
Genres
I. B *—> A
Coleonyx
L A
Eublepharis
L A
P silodactylus
Répartition géographique des genres
Amérique
Asie, Amérique
Afrique
3) Les Uroplatidés
Ils se réduisent au genre Uroplates qui vit à Madagascar et qui montre la même asso¬
ciation que les Geckonidés : LA.
4) Les Xantusiidés
Cette famille, longtemps classée parmi les Scincomorphes, se cantonne à la zone inter¬
tropicale du Nouveau Monde. Elle comprend quatre genres dont deux seulement ont été
disséqués. Ils montrent la même association de type que les Geckonidés (LA).
l’innervation chez les lacertiliens
225
Liste du matériel étudié
Types
d’innervation
L A
Genres
Lepidophyma
Xantusia
Répartition géographique des genres
Amérique
Amérique
5) Les Pycopodidés
Ces Lézards serpentiformes dont les membres antérieurs ont disparu et dont les membres
postérieurs sont devenus rudimentaires peuplent l’Australie et la Nouvelle-Guinée. Nous
avons disséqué un spécimen de Pygopus qui était de type A comme les Geckonidés.
Comparés aux Iguaniens, si diversifiés pour les caractères qui nous intéressent, les
Geckotiens apparaissent remarquablement homogènes : A s'associe toujours à L ou à L'
lorsque le membre antérieur est présent. Chez l’Euhlépharidé Coleonyx seulement, le type B
pourrait exister virtuellement puisque ce genre possède encore un dispositif nerveux syn¬
thétique, mais nous n’y croyons guère. Nous verrons pourquoi ultérieurement.
Les Scincomorphes (fig. 5)
Ils comprennent un assez grand nombre de familles. Certaines toutefois ne rassemblent
que des animaux apodes et nous ne les retiendrons pas ici : ce sont les Anelytropsidés, les
Feylinidés et les Dibamidés. Nous ne nous occuperons que des Scincidés, Gerrhosauridés,
Cordylidés, Lacertidés et Téiidés, familles diversement marquées par la tendance à la
régression des membres mais moins toutefois que les groupes de Scincomorphes précédem¬
ment cités. Les Scincidés montrent dans le monde une assez vaste répartition et sont très
diversifiés en Afrique, surtout dans sa moitié nord, en Indonésie, en Australie et dans
nombre d’îles du Pacifique. On en trouve à Madagascar. Ils ont peu pénétré l’Eurasie ;
l’Amérique du Sud est assez pauvre en genres et l’Amérique du Nord en est totalement
dépourvue. L’aire de distribution des Gerrhosauridés et des Cordylidés est beaucoup plus
restreinte et couvre seulement l’Afrique australe et Madagascar. Les Lacertidés, eux,
peuplent toute l’Afrique et débordent largement ce continent vers l’Eurasie mais ils ne
sont pas passés à Madagascar. Les Téiidés sont les équivalents américains des Lacertidés ;
ils vivent surtout dans la zone intertropicale du Nouveau Monde. On divise généralement
les Scincomorphes en trois superfamilles : les Scincoïdes, avec les Scincidés, les Cordy-
loïdes avec les Cordylidés et les Gerrhosauridés et les Lacertoïdes qui comprennent les deux
dernières familles, Lacertidés et Téiidés.
1) Les Scincidés
Nous en avons disséqué un assez grand nombre de genres, de provenances diverses,
et dont certains sont très cosmopolites, comme on pourra en juger d’après la liste suivante.
ROBERT JULLIEN ET SABINE RENOUS-LECURU
e>
Fig. 5. — Répartition géographique approximative dans le monde des familles de Scincomorphes
que nous avons pu étudier.
Co-Ger, Cordylidés-Gerrliosauridés ; Lac, Lacertidés ; Sc, Scincidés ; Te, Téiidés.
l’innervation chez les lacertiliens
227
Tous présentent la
association : LA. Les types sont toujours très conformes à leur
définition, excepté chez
Scincus fasciatus où
A est inachevé : un filet nerveux très ténu
venu de l’interosseux se
joint encore au nerf
péronier pour l’innervation des muscles dor-
saux de la jambe.
Liste du matériel étudié
Types d’innervation
Genres étudiés
Répartition géographique des genres
l a
Ablepharus
Eurasie, Afrique et Australie
Chalcides
F.urasic, Afrique
Egernia
Australie
Eumeces
Amérique, Asie, Afrique
Lygosoma
Amérique, Afrique
Mabuia
Afrique, Madagascar, Asie, Amérique et
Antilles
Macroscincus
Iles du Cap Vert
Mochlus
Australie, Indonésie, Asie
Ophiomorus
Eurasie, Afrique
Scelotes
Afrique, Madagascar
A
Scincus
Afrique et Asie
Tüiqua
Asie, Malaisie, Australie
Trachydosaurus
Australie
Tropulophorus
Asie, Indonésie
2) Les Gerrhosauridés
Nous avons examiné la plupart des genres de cette petite famille sud-africaine et mal¬
gache. Tous montrent un même type au membre antérieur mais pas au membre pelvien
comme on peut en juger par la liste suivante.
Liste du matériel étudié
d’]
INNERVATION
Genres étudiés
L
Il - -
Gerrhosaurus
L
L
A t
A <— r • • •
Tetradactylus
L
A 11
T racheloptychus
L
A
Zonosaurus
Répartition géographique des genres
Afrique tropicale et australe
Afrique australe
Madagascar
Madagascar
Cette famille est intéressante en ce qu’elle montre différents stades de réalisation des
types A et B (fig. 6), généralement achevés ailleurs, ainsi que le dispositif initial dans lequel
tous deux s’enracinent probablement. Elle donne l’impression d’ètre en train d’expliciter
actuellement des tendances depuis longtemps manifestées ailleurs et de se cliver sous nos
yeux en deux groupes : l’un qui tend à acquérir le type A, l’autre le type B. Certains genres,
enfin, n’auraient même pas opté encore dans un sens ou dans l’autre comme le montre la
figure ci-contre. Mais il se pourrait aussi que tout ceci ne soit justement qu’une impression
et que cette famille, ayant commencé son évolution en même temps que les autres, se soit
trouvée bloquée, pour une raison indéterminée, dans l’état où nous la trouvons aujour-
228
ROBERT JULLIEN ET SABINE RENOUS-LECURU
Fig. 6. — Dispositif nerveux initial et étapes de son évolution vers A et 11 chez les Gerrhosauridés : 1,
Trachelo[itiehus madagascariensis Peters ; 2, Zonosaurus madagascariensis Boettg. ; 2', Gerrhosaurus
nigrolineatus Hallow ; 3, Tetradactylus tetradactylus (Lacep.).
a, extenseur tibial du tarse ; b, extenseur commun des doigts ; c, extenseur fibulaire du tarse ;
I, nerf interosseux ; P, nerf péronier.
d’hui. Nous ne pouvons incliner vers l’une ou l’autre de ces hypothèses. Notons qu’aujour-
d’hui il n’y a pas de séparation géographique entre les types. Si Madagascar ne recèle, dans
l’état actuel des connaissances, qu’un animal porteur du type synthétique et un du type A
incomplètement réalisé, l’Afrique australe possède à la fois A et B. Enfin, il n’y a pas de
relation entre le type présenté et le degré de régression des membres.
3) Les Cordylidés
Nous avons examiné la plupart des genres de cette famille qui a, pratiquement, la même
répartition que la précédente et qui forme avec elle la superfamille des Cordyloïdes. Chez
elle aussi les formes étudiées présentent l’association du type L avec A ou B. Comme chez
les Gerrhosauridés, ces types ne sont pas géographiquement séparés. Ici, toutefois, A et
B sont parfaitement achevés. Nous n’avons pas pu disséquer le membre pelvien trop rudi¬
mentaire de Chamaesaura.
Liste du matériel étudié
Types d’innervation Genres Répartition géographique des genres
L ?
Chamaesaura
Afrique
du
Sud
L A
Cordylus
Afrique
du
Sud, Madagascar
L B
Platysaurus
Afrique
du
Sud
L A
P seudocordylus
Afrique
du
Sud
l’innervation chez les lacertiliens
229
4) Les Lacertidés
Nous en avons vu beaucoup et d’origines très diverses comme on pourra en juger par
la liste suivante.
Liste du matériel étudié
Types d’innervation Genres
L A Algiroides
Lacerta
Psammodromus
Tdkydromus
V A Acanthodactylus
Eremias
Holaspis
Ichnotropis
Latastia
Nucras
Ophisops
Poromera
Scapteira
T ropidosaura
Répartition géographique des genres
Europe méridionale, Afrique tropicale
Europe, Afrique du Nord et tropicale,
Asie du nord-ouest
Europe du sud-ouest, Afrique du Nord
Est de l’Asie
Afrique au nord de l’Équateur, Asie du
sud-est, Espagne et Portugal
Afrique centrale, de l’est et du sud-ouest,
Asie centrale et de l’ouest, Europe du
sud-est
Afrique tropicale
Afrique tropicale et australe
Afrique tropicale et du nord-est, Arabie,
Asie du sud-ouest
Afrique tropicale et australe
Afrique du Nord, Asie du sud-ouest, Europe
du sud-est
Afrique de l’ouest
Afrique du sud, Asie centrale
Afrique du sud
Cette famille montre un mélange intéressant de types nerveux. D’abord, on peut cons¬
tater qu’elle n’est pas homogène, comme le croyait Haines, et que le type L qui, pour
lui, la représentait est en fait très minoritaire. Ensuite, elle possède V, peu fréquent chez
les Lacertilia ; enfin, fait remarquable, L et V s’associent avec un seul type au membre
pelvien : A. Comme chez les Iguanidés, L et Y caractérisent des lots de répartition géogra¬
phique bien particulière. Sur les quatre genres de type L étudiés : Algiroides, Lacerta,
Psammodromus, Tachydromus, les trois premiers vivent au moins en Europe : en dehors
de cette zone, Lacerta atteint le sud de l’Asie et couvre la moitié nord de l’Afrique, alors
que Psammodromus et Algiroides débordent le sud de l’Europe vers l’Afrique du Nord.
Tachydromus est exclusivement asiatique. Aucune des formes examinées de ce premier lot,
relativement restreint, n’est donc proprement africaine. Dans le second lot, par contre,
le plus important et constitué de formes de type V, tous les genres englobent une portion
d’Afrique dans leur répartition et la moitié se cantonnent exclusivement à ce continent.
Parmi ceux qui ne s’y confinent pas, nous trouvons surtout des formes qui peuplent aussi
l’Asie. Deux genres, Ophisops et Acanthodactylus, s’étendent à l’Europe. Si donc, à la diffé¬
rence de ce que nous avions vu chez les Iguanidés, il y a chevauchement des aires de répar¬
tition des types L et V, en particulier en Afrique du Nord, les centres de distribution les
plus importants de ces types paraissent quand même nettement séparés : Europe ou Eurasie
29 , 5
230
ROBERT JULLIEN ET SABINE RENOUS-LECURU
d’un côté, Afrique de l’autre. Nous distinguerons donc, dans la suite du texte, un groupe
de Lacertidés eurasiatiques et un groupe africain.
5) Les Téiidés
Plus des deux tiers des genres de cette importante famille de la zone intertropicale
américaine ont été disséqués. Tous, quel que soit l’état de réduction de leur membre et leurs
adaptations, montrent la même association : VB. Celle-ci, très rare, n’est présente que chez
les Iguanidés malgaches et chez les Chaméléonidés qui sont surtout malgaches et africains.
Parmi les autres Scincomorphes, le type B ne s’observe que chez les Gerrhosauridés et les
Cordylidés qui se cantonnent également dans ces régions de l’Ancien Monde ; dans cet
infra-ordre, enfin, V se rencontre seulement dans la famille la plus proche, systématiquement,
des Téiidés, les Lacertidés, et dans celle-ci il n’apparaît que dans le groupe africain qu’il
caractérise. De cet ensemble d’observations naît évidemment le sentiment que ces carac¬
tères ont pu circuler, à un stade précoce de l’évolution des Lacertiliens, chez les ancêtres
des Téiidés et des divers groupes africains et malgaches, à une époque où ils formaient
encore un ensemble homogène et indivis. Une telle idée était déjà suggérée par la distri¬
bution dans le monde des Iguanidés et le tout s’accorderait fort bien avec l’hypothèse qui
connaît actuellement un regain de faveur, selon laquelle les blocs aujourd’hui séparés de
l’Amérique du Sud, de l’Afrique et de Madagascar auraient formé jadis un même continent b
Nous en discuterons plus longuement ultérieurement. Qu’il nous soit permis, pour l’instant,
de constater que les Téiidés, qui ont en commun avec les Lacertidés du groupe africain
le type V, n’ont aucun rapport, pour les caractères qui nous intéressent, avec les Lacertidés
du groupe eurasiatique. Ces derniers ont dû avoir, très tôt, une histoire différente de celle
de leurs congénères africains.
Liste du matériel étudié
Types d’innervation Genres
V B Aloploglossus
Ameiva
Arthrosaura
Bachia
Callopistes
Cnemidophorus
Crocodilurus
Dicrodon
Echinosaura
Ecpleopus
Euspondylus
Heterodactylus
Iphisa
Neusticurus
P antodactylus
Répartition géographique des genres
Equateur, Pérou
Amérique tropicale
Equateur
Amérique dy Sud
Pérou, est des Andes
Amérique
Guyanes, Brésil
Pérou
Amérique du Sud
Amérique du Sud
Du Vénézuela au Pérou
Brésil
Brésil, Guyanes
Amérique du Sud
Sud-est de l’Amérique du Sud
1. Ce continent se serait disloqué à la fin du Jurassique selon Dietz et Holden (1970).
l’innervation chez les lacertiliens
231
Types d’innervation Genres
Pholidobolus
Placosoma
Prionodactylus
Proctoporus
Teins
Tretioscmcus
T upmam bis
Répartition géographique des genres
Equateur
Brésil
Amérique du Sud
Equateur, Pérou
Sud-est de l’Amérique du Sud
Colombie, Amérique centrale
Amérique du Sud
Les Scincomorphes, à la différence des Geckotiens et comme les Iguaniens, possèdent
les quatre types nerveux. Eux, toutefois, réalisent les quatre associations possibles dont
trois seulement se rencontraient chez les Iguaniens.
Les Anguimorphes (fig. 7)
Ils se composent de six familles : Anguidés, Xénosauridés, Shinisauridés, Héloderma-
tidés, Lanthanotidés, Varanidés, dont la première est la seule à être représentée par plu¬
sieurs genres. Les autres n’en possèdent qu’un, illustré parfois par une seule espèce. On
distingue généralement deux groupes au sein des Anguimorphes : les Anguioïdes et les
Varanoïdes. Les trois premières familles relèvent du premier, les autres du second.
Les Anguidés sont cosmopolites : ils peuplent le Nouveau Monde, surtout dans sa partie
centrale, l’Europe, l’Afrique du Nord, le sud et le sud-est de l’Asie. Les Xénosauridés vivent
dans la partie méridionale du bloc nord-américain et les Shinisauridés, que nous n’avons
pas étudiés, en Chine. Les Hélodermatidés montrent à peu près la même répartition que
les Xénosauridés : on les trouve surtout dans le sud des Etats-Unis et à l’ouest du Mexique.
Les Lanthanotidés se cantonnent à Bornéo mais les Varanidés peuplent l’Afrique, le sud
de l'Asie, l’Indonésie et l’Australie.
1) Les Anguidés
Nous avons étudié deux des quatre genres pourvus de membres de cette petite famille :
Gerrhonotus et Diploglossus. Tous deux sont américains et présentent la même association :
LA.
2) Les Xénosauridés
La seule espèce de cette famille, Xenosaurus grandis Cope, montre le même groupement
que la précédente. N’ayant pu disséquer le Shinisaurus sinensis, unique représentant des
Shinisauridés, nous ne pouvons savoir si tous les Anguioïdes possèdent le groupement LA.
3) Les Hélodermatidés
Ils se réduisent à un seul genre, mexicain, dont nous avons étudié les deux espèces.
Le membre antérieur est de type L comme celui des Anguidés et des Xénosauridés, mais
le membre postérieur présente le type B.
l’innervation chez les lacertiliens
233
4) Les Lantiianotidés
Ils possèdent une seule espèce, Lanthanolus borneensis Steind., qui montre le groupe¬
ment VA. Celui-ci, très rare, n’a été retrouvé que chez les Lacertidés du « groupe africain »
qu’il caractérise et chez les Varanidés, comme nous allons le voir.
5) Les Varanidés
Le seul genre de cette famille qui peuple l’Afrique, l’Asie, l’Indonésie et l’Australie,
et dont nous avons vu plusieurs espèces, présente le groupement VA comme Lanlhanotus.
Les Varanoïdes apparaissent donc composites pour les caractères qui nous intéressent
et formés de deux lots totalement différents : dans l’un on trouve les formes de l’Ancien
Monde, Lanthanotidés et Varanidés, tous VA, et dans l’autre les Hélodermatidés, du Nou¬
veau Monde, LB. Cette dernière famille, qui ne présente aucun point commun avec les
précédentes, en montre un, le type L, avec les deux groupes d’Anguioïdes américains étu¬
diés. Ce fait qui tendrait à les rapprocher de ces Anguioïdes illustre bien, en tous cas, la
difficulté qu’éprouvent les auteurs à ranger les Hélodermatidés dans l’un ou l’autre des
deux ensembles d’Anguimorphes.
En définitive, et en attendant de connaître les Shinisauridés, trois ensembles appa¬
raissent chez les Anguimorphes : l’un LA, l’autre LB, tous deux du Nouveau Monde, et
enfin le dernier, VA, présent seulement dans l’Ancien Monde.
Tableau I. — Distribution systématique des types d’innervation A, B, L et V.
Iguaniens
Geckotiens
Scincomorphes
Anguimorphes
Iguanidés
Iguaninés L,A
Tropidurinés L,A-B
Seéloporinés L,A-B
Basiliseinés L,B
Anolinés L,B
Iguanidés
malgaches V,B
Agamidés L,B
Geckonoïdes Scincoïdks L,À
Geckonidés L,A Scincidés
SphaerodactylidésL,À Cordyloïdes
Eublépharidés L,À«*-B Cordylidés L,A-B
Luoplatidés L,A GerrhosauridésL,A»*B
Pygopodoïdes ?,A Lacertoïdes
Pygopodidés Lacertidés L-V,A
Téiidés V,B
Xantusioïdes L,A
Anguioïdes
Anguidés L,A
Xénosauridés L,A
(Shinisauridés)
\ ARANOÏDES
Hélodermatidés L,B
Lanthanotidés V,A
Varanidés V,A
Chaméléonidés V,B
Xantusiidés
234
ROBERT JULLIEN ET SABINE RENOUS-LECURU
III. — CONCLUSIONS SUR LA DISTRIBUTION SYSTÉMATIQUE
ET GÉOGRAPHIQUE DES CARACTÈRES ÉTUDIÉS
(Tableau I)
Nous avons vu que les quatre combinaisons possibles, LA, LB, VA, VB, étaient réali¬
sées. Nous avons constaté que ces combinaisons n’étaient pas également représentées,
LA apparaissant dans onze familles, LB dans six, VA et VB dans trois. Il en résulte une
fréquence différente des divers caractères : L existe dans treize familles et A dans quatorze,
mais B ne se montre que dans huit et V dans six. Un élément domine de loin à chaque mem¬
bre : L à l’avant, A à l’arrière. Tous deux sont abondants dans chacun des quatre sous-
ordres : Iguaniens, Geekotiens, Scincomorphes et Anguimorphes. B moins commun est
assez bien représenté partout, excepté chez les Geekotiens où seul un genre pourrait éven¬
tuellement donner B, à partir de son dispositif synthétique. Ce groupe, enfin, est le seul où V
ne se manifeste pas. Ce type, plus rare que B, ne s’allie qu’avec A chez les Iguaniens et B
chez les Anguimorphes. Chez les Scincomorphes seulement il se combine aux deux. Chaque
famille enfin possède généralement un seul groupement : douze sur dix-sept sont dans ce
cas. Quatre des cinq autres en ont deux : Eublépharidés, Cordylidés, Gerrhosauridés et
Lacertidés : seuls les Iguaniens en ont trois.
La répartition géographique (fig. 8) de ces caractères reflète évidemment leur distri¬
bution systématique. L et A, les plus répandus et souvent unis dans des groupes de vaste
dispersion, couvrent tout l’espace occupé par les Lacertiliens. Les autres ne font qu’occuper
une partie de cette surface. Au sein de celle-ci, sur les continents, B est présent partout
entre les tropiques et au sud de cette zone mais au nord une large bande de territoire lui
échappe, particulièrement en Amérique et en Europe. En Extrême-Orient le phénomène
est moins net ; néanmoins la Chine du Nord et la Corée restent en dehors de l’aire de répar¬
tition de ce caractère. Il n’y a qu’en Asie centrale où les frontières boréales de B tendent
à se confondre avec celles de L et A. En dehors des continents, nombre d’îles et non des
moindres, Nouvelle-Guinée, Nouvelle-Zélande, Archipel japonais, ne possèdent pas B.
Les limites boréales du caractère V se trouvent nettement en retrait par rapport à
celles de B comme il en était de ce dernier vis-à-vis de L et de A. Ainsi, presque partout
dans le monde, en se dirigeant du nord au sud on rencontre d’abord la nappe des caractères
L-A puis, se superposant à la première, celle du type B et, en dernier lieu, celle du type V.
En Chine du Nord seulement, V, apporté par les Varanidés, dépasse B. Nous essaierons
très bientôt d’expliquer ce curieux étagement des divers caractères. Qu’il nous soit permis,
pour l’instant, de situer pour chacun les zones de densité maximale (fig. 9-13), précisions
qui seront bien utiles pour les futures tentatives d’explications.
236
ROBERT JULLIEN ET SABINE RENOUS-LECURU
0
!
Fig. 9. — Densité approximative dans le monde du type L.
Le type L (fig. 9), nous l’avons dit, est partout présent et abondant ; toutefois, il
montre une concentration particulière dans deux régions du globe : l’Amérique centrale
et l’Indo-Malaisie. Il est apporté dans la première par les Iguanidés, les Geekonidés, les
Eublépharidés, les Xantusiidés, les Scincidés, les Anguidés, les Xénosauridés et les Hélo-
dermatidés, et dans la seconde par les Agamidés, les Geekonidés, les Eublépharidés, les
Scincidés et les Lacertidés. Trois familles sont communes aux deux lots : les Geekonidés
et les Scincidés, plus nombreux en Asie qu’en Amérique, et les Eublépharidés, mieux
représentés au Nouveau Monde.
l’innervation chez les lacertiliens
237
s
Le type V (fig. 10) est surtout répandu en Afrique avec les Chaméléonidés, Lacerti-
dés et Yaranidés et, à un degré moindre, à Madagascar. Ailleurs il est rare. Dans le Nouveau
Monde on ne le rencontre que chez les Téiidés et, en Asie, chez les Lacertidés, les Chamé¬
léonidés et les Varanidés. Lacertidés et Chaméléonidés, venus semble-t-il des parties ouest
de l’Ancien Monde, s’arrêtent aux Indes mais les Varanidés peuplent tout le sud-est asia¬
tique et s’étendent, par l’Indonésie et la Nouvelle-Guinée, jusqu’à l’Australie. A Bornéo
ce caractère est, de plus, représenté par Lanthanotus, proche parent des Varanidés. En
Europe, V est pratiquement inexistant : on ne le trouve que dans la moitié sud de la pénin¬
sule ibérique où il est apporté par deux animaux africains : un Cliaméléon et un Lacertidé,
Acanthodactylus.
238
ROBERT JULLIEN ET SABINE RENOUS-LÉCURU
Fig. 11. — Densité approximative dans le monde du type A.
Le type A (fig. 11), comme L, abonde partout mais sa concentration est maximale
dans les régions où les caractères avec lesquels il se combine sont les mieux représentés :
Amérique centrale et Indo-Malaisie pour L et Afrique pour V.
Le type B (fig. 12) est moins commun et se rencontre surtout en Amérique centrale
et en Amérique du Sud, en Afrique et à Madagascar.
l’innervation chez les lacertiliens
239
Comme on le voit, chaque type a une ou plusieurs zones de densité maximale dont la
localisation est généralement particulière : Amérique centrale et Indo-Malaisie pour L,
Afrique pour V, ces trois parties du monde pour A, Afrique, Amérique centrale et du Sud
et Madagascar pour B.
Comment expliquer ces particularités de distribution, tant géographiques que systé¬
matiques ? En nous interrogeant sur l’ordre d’apparition dans le temps de ces divers carac¬
tères, c’est-à-dire, en fait, sur leur valeur.
240
ROBERT JULLIEN ET SABINE RENOUS-LECURU
IV. — VALEUR SYSTÉMATIQUE DES TYPES L, V, A ET B
Nous avons dit que les deux types de trajet de l’ulnaire, L et V, avaient été décrits
par Haines. Cherchant lequel des deux avait donné l’autre, cet auteur avait été amené à
comparer les Lacertiliens à un groupe apparu plus tardivement, les Mammifères. Ne trou¬
vant chez ceux-ci que L, il en avait déduit que ce type devait être plus évolué que V et
qu’il fallait le faire dériver de ce dernier. Nous croyons le contraire. Ayant disséqué des
représentants de tous les autres groupes de Tétrapodes L nous n’avons trouvé que le type
L. Nous pensons donc que celui-ci a dû constituer le fond commun sur lequel est venu se
greffer ensuite le type V, mais seulement chez les Lacertiliens.
Il en est de même pour B et nous avons montré dans une note précédente que ce type
tendait à se réaliser seulement dans cet ordre à partir d’un dispositif qui ailleurs conduit
toujours vers A.
V et B apparaissent donc comme des caractères nouveaux, surgis seulement au sein
des Lacertiliens. Sont-ils le produit de l’adaptation ? Nous ne h' pensons pas. En effet,
il n’a pas été possible de mettre en relation la présence et l'absence de ces caractères avec
une quelconque spécialisation. Ils doivent être considérés, à notre avis, comme le résultat
de mutations survenues dans la lignée lacertilienne au même titre, par exemple, que l’aero-
dontie. Toutefois, comme leur propagation dans cette lignée est plus importante que celle
de ce caractère dentaire, il faut admettre qu’ils s’y sont manifestés à un stade plus précoce
de son évolution. L’acrodontie, qui n’apparaît que chez certains Iguaniens, a dû naître
seulement dans la souche de ce sous-ordre. V et B, présents dans plusieurs groupes très
différents ont dû se manifester beaucoup plus tôt, avant même que ces groupes 11 e se soient
séparés les uns des autres. De ces deux caractères c’est celui qui a eu le plus de temps pour
se diffuser dans la souche qui s’est différencié le plus tôt : c’est donc B.
La distribution bien particulière des types V et B dans le monde évoque indiscuta¬
blement une pénétration de la nappe initiale LA du sud vers le nord. Comme V et B ont
pu se combiner l’un à l’autre d faut admettre qu’ils ont circulé au sein d’une même popula¬
tion. Comme, enfin, aujourd’hui leur densité est maximale dans des régions distinctes,
Madagascar, Afrique, Amérique du Sud, qui passent pour avoir été jadis unies, nous sommes
conduits à émettre l’hypothèse suivante : c’est sur le continent que ces blocs formaient
alors que ces caractères ont pu naître et se répandre 1 2 .
Pour s’imposer à L et A, ils devaient être dominants et seul le morcellement géogra¬
phique et génétique de la souche lacertilienne a pu, semble-t-il, arrêter leur extension.
Surgis avant les caractères qui devaient donner aux divers groupes de Lacertiliens la phy-
1. Urodèles (Axolotl pisciformis, Salamandra salamandra ) ; Anoures ( Leptodactylus leptodactylus ) ;
Rhynchocéphales (Sphenodon putictatus) ; Crocodiliens ( Crocodilus niloticus) ; Chéloniens (Terrapene sp.).
2. Rappelons que nous raisonnons uniquement d’après les données que nous fournissent les carac¬
tères étudiés et non en fonction des renseignements apportés par la Paléontologie des Lacertiliens, malheu¬
reusement encore bien insuffisants.
L INNERVATION CHEZ LES LACERTILIENS
241
sionomie qu’on leur connaît, doivent-ils être considérés, du fait de cette plus grande ancien¬
neté, comme plus importants, pour la systématique, que les autres ? Nous ne le croyons
pas. Nos caractères n’étaient pas de nature à dresser des barrières génétiques entre ceux
qui les possédaient et les autres. Pour cette raison, il semble qu’ils doivent céder le pas
aux traits qui importent habituellement en systématique, c’est-à-dire à ceux qui permettent
de distinguer les groupes les uns des autres : les traits morphologiques externes. Ce rôle
secondaire ne leur enlève pourtant pas toute importance pour la compréhension de
l’histoire du morcellement des Lacertiliens. Nous allons le voir ci-dessous.
V. — CONTRIBUTION APPORTÉE PAR L’ÉTUDE DE CES CARACTÈRES
A LA COMPRÉHENSION DE L’HISTOIRE DES LACERTILIENS
Elle est sensible à divers niveaux systématiques.
Au niveau de l'ordre.
Nous avons vu que le type B se trouvait en relative abondance chez les Iguaniens,
les Scincomorphes et les Anguimorphes mais que chez les Geckotiens, à part Coleonyx dont
le cas est douteux, aucun genre ne le possédait. Ce fait nous induit à penser qu’au moment
de l’extension de ce caractère, ce sous-ordre se trouvait déjà séparé de la souche commune
aux trois autres. Nous arrivons à la même constatation avec le type V ; moins répandu
que B il est présent partout sauf chez les Geckotiens. Il semble donc bien que ce groupe se
soit détaché le premier du tronc commun des Lacertiliens actuels. Si l’on admet que V et B
sont apparus sur le continent qui, jadis, englobait notamment Madagascar, l’Afrique et
l’Amérique du Sud, il faut admettre que la souche qui les contenait s’y trouvait aussi.
Iguaniens, Scincomorphes et Anguimorphes en seraient donc originaires. Les Geckotiens,
différenciés plus tôt, auraient pu, avant l’apparition de V et B, acquérir une localisation
différente des trois autres sous-ordres.
Au niveau des superfamilles et de leurs subdivisions la contribution apportée par ces
caractères est. aussi notable.
a — Les Iguaniens (fig. 13)
On trouve B dans toutes les familles de ce sous-ordre. Il a totalement remplacé A
chez les Agamidés, les Chaméléonidés et les Iguanidés malgaches. Chez les Iguanidés amé¬
ricains, par contre, il s’est introduit sans pour autant pénétrer partout. Il est en particulier
absent dans une bonne partie de l’Amérique du Nord comme on le voit sur la figure 8.
Sans doute le groupe s’est-il morcelé très tôt, géographiquement ou génétiquement, voire
242
ROBERT JULLIEN ET SABINE RENOUS-LECURU
Cham.
Fig. 13. — Tentative d’explication schématique de la répartition actuelle des types L, V, A, B,
pleurodonte et acrodonte chez les Iguaniens.
L’acrodontie et les caractères V et B sont supposés se développer au sein d’une nappe initiale
(en blanc) pleurodonte, de type L et où A devait apparaître partout. Les scissions représentées d’abord
sont, pensons-nous, géographiques. Celles d’un même plan ne sont pas forcément synchrones. Elles
doivent être seulement considérées comme des projections d’évènements survenus antérieurement ou
postérieurement au plan concerné. Pour bien montrer les particularités de répartition de B chez les
Iguanidés américains nous avons imaginé deux étapes intermédiaires entre le plan initial où les Iguaniens
constituent un ensemble géographiquement indivis et le plan final qui montre la répartition actuelle
des Iguaniens dans le monde. Les flèches qui partent des Chaméléonidés et des Agamidés illustrent le
passage de ces animaux vers des blocs continentaux qu’ils n’occupaient pas, d’après notre hypothèse,
initialement : l’Afrique pour les Agamidés, Madagascar et l’Asie pour les Chaméléonidés.
Agam., Agamidés ; Anol ., Anolinés ; Bas., Basiliscinés ; Cham., Chaméléonidés ; Ig. amer., Igua¬
nidés américains ; Ig. malg., Iguanidés malgaches ; Ig.nés. Iguaninés ; Sc., Scéloporinés ; Trop., Tro-
pidurinés.
l’innervation chez les lacertiliens
243
sous l’effet de ces deux facteurs réunis, dressant une série d’obstacles à la libre circulation
et à l’extension de ce caractère. Rappelons que s’il a totalement remplacé A chez les Ano-
linés et les Basiliscinés, il est- inconnu chez les Iguaninés ; enfin, il est en minorité chez
les Scéloporinés et les Tropidurinés où sa diffusion a dû être bloquée là aussi par une frag¬
mentation très précoce des lignées.
Le type V, plus tard venu, n’a pas pu pénétrer dans les fragments de souche iguanienne
qui allaient donner les Iguanidés américains et les Agamidés. Par contre, il a colonisé en
totalité les populations dont devaient dériver Iguanidés malgaches et Chaméléonidés.
Comme ces deux groupes se trouvent actuellement mêlés à Madagascar où les Chaméléo¬
nidés sont très abondants, on pourrait penser que tous s’enracinent dans une même portion
de la souche iguanienne emprisonnée dans cette île et que les Chaméléonidés n’ont que
secondairement peuplé l’Afrique. Un fait va à l’encontre d’une telle hypothèse, nous semble-
t-il : l’acrodontie des Chaméléonidés. On sait, en effet, que ce caractère a chez les Aga¬
midés, totalement supplanté la pleurodontie. 11 aurait dû en être de même dans le morceau
de souche isolé à Madagascar si les ancêtres des Chaméléonidés s’y étaient trouvés aussi,
puisque la libre circulation des caractères dans cette zone est attestée par le remplacement
total de L et A par V et B. Or, les Iguanidés malgaches ne sont pas touchés par l’acrodontie ;
ce fait indique, à notre avis, que les Chaméléonidés ne sont pas originaires de cette région.
Comme ils abondent en Afrique, d’où les Iguanidés sont absents et où les Agamidés sont
rares (trois genres seulement) on peut penser que ce continent, au départ, abritait l’évolu¬
tion d’un seul groupe iguanien, celui qui devait donner les Chaméléonidés, et que ceux-ci
n’ont que secondairement envahi Madagascar comme les Agamidés l’ont peut-être fait
pour l’Afrique. La figure 13 nous donne une image schématique de l’évolution des Iguaniens
selon notre hypothèse. D’après celle-ci, les Chaméléonidés ne s’enracineraient pas dans
les Agamidés mais dériveraient d’un morceau de souche iguanienne déjà partiellement
envahi par le caractère d’acrodontie (qui se répandra ici comme chez les Agamidés) et par
les caractères V et B (que les Chaméléonidés auront en commun avec les Iguanidés mal¬
gaches) L
b — Les Geckotiens
Très homogènes pour les caractères qui nous intéressent, ils suscitent peu de commen¬
taires. Il faudrait effectuer plusieurs autres dissections du genre Coleonyx pourvoir si le dispo¬
sitif synthétique que nous avons observé chez lui n’est pas instable et si, parfois, une ten¬
dance vers A ou B n’est pas décelable. L’option vers B nous paraîtrait très improbable
étant donné qu’elle ne s’observe nulle part ailleurs dans ce groupe. Le type V, nous le savons,
n’est pas présent chez les Geckotiens. Toutefois certains Geckonidés présentent une alté¬
ration du type L (L') dont nous avons parlé au début de ce travail et qui nous paraît inter¬
médiaire entre L et Y. L’est-elle vraiment et y a-t-il réellement une relation entre son appa¬
rition et celle de V ? Nous ne le savons pas. Toujours est-il que ce caractère L' est porté
par des genres vivants dans l’hémisphère sud (Afrique méridionale, Australie, Nouvelle-
Calédonie) et qu’il pourrait avoir une origine australe comme V.
1. Le morphotype Chamaeleo a germé en d’autres points de la nappe iguanienne mais nulle part il
n’a connu un succès évolutif comparable à celui qui est le sien dans le bloc afro-malgache.
244
ROBERT JULLIEN ET SABINE RENOUS-LÉCURU
c — Les Scincomorphes
Le type B a assez largement pénétré dans la souche de sous-ordre mais il est inconnu
chez les Scincidés et les Lacertidés. Au sein des Cordylidés et des Gerrhosauridés sa pro¬
gression s'est trouvée aussi bloquée et un certain nombre de genres ne le possèdent pas.
Il n’a colonisé entièrement que les Téiidés. Cette famille est aussi la seule parmi les Seinco-
morphes où V ait partout remplacé L. Ailleurs ce caractère n’a pénétré que chez les Lacer-
Fig. 14. — Tentative d’explication schématique de Ja répartition actuelle des caractères L, V, A et B.
Les conventions de représentation sont les mêmes que pour la figure 13.
Lacert. afr., Lacertidés africains ; Lacert. miras., Lacertidés eurasiatiques ; Teii., Téiidés.
tidés mais une partie de la famille lui a cependant échappé. Sans doute une scission géogra¬
phique est-elle responsable de ce phénomène, puisque Lacertidés L et V montrent entre
eux des répartitions géographiques sensiblement différentes (fîg. 14). Le groupe a semble-t-il
été coupé très tôt en deux lots, africain et eurasiatique, qui sont revenus plus tard au con¬
tact l’un de l’autre mais à une époque où la libre circulation des caractères n’était plus
possible.
L INNERVATION CHEZ LES LACERTILIENS
245
d — Les Anguimorphes
Parmi les familles étudiées, seuls les Hélodermatidés, qui vivent dans le Nouveau
Monde, possèdent le type B. V, par contre, n’est connu que chez deux familles de l’Ancien
Monde : les Lanthanotidés, de Bornéo, et les Varanidés africains et asiatiques. En fait,
des deux superfamilles d’Anguimorphes étudiées jusqu’à présent (Anguioïdes et Varanoï-
des), seule la seconde nous paraît touchée, et diversement, par les caractères nouveaux
venus.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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192 p., 12 fig.
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Manuscrit déposé le 27 mai 1971.
29, 6
Achevé d’imprimer le 15 octobre 1972.
Réflexions sur la distribution systématique des pores préanaux
et fémoraux dans le sous-ordre des Lacertiliens
(Reptiles, Squamates)
par Robert Jullien et Sabine Renous-Lécuru *
Résumé. — Les pores préanaux et fémoraux ne se rencontrent pas chez tous les genres de
Lacertiliens. Les Iguaniens, les Geckotiens, les Scincomorphes ont des pores mais les Anguimorphes
en sont dépourvus. Dans la première superfamille, ils ne caractérisent pas les Chaméléonidés ni les
Iguanidés malgaches. Chez les Geckotiens, les Sphaerodactylidés et les Uroplatidés n’en montrent
pas non plus. Chez les Scincomorphes, ce sont les Scincidés qui n’en possèdent pas. Nous avons
tenté d’expliquer le degré de dillusion de ce caractère dans le sous-ordre.
Abstract. — The preanal and fémoral pores are not found in ail the lacertilian genus. Iguania,
Geckotia, Scincomorplia, hâve pores but Ànguimorpha are deprived of them. In the first super-
Family, they do not characterize Chameleonidae and malagasian Iguanidae. Among Geckotia,
Sphaerodactylidae and Uroplatidae do no more show them. Among Scincomorpha, they miss
in the Scincidae. We hâve attempted to explain the degree of diffusion of this character in the
infra-order.
Les pores préanaux et fémoraux représentent les orifices de glandes cutanées qui
s’ouvrent dans les régions anale et ventro-caudale de la cuisse. Ils sont faciles à recon¬
naître sur l’animal et ont de ce fait très tôt retenu l’attention des systématiciens. Bou-
lenger (1885), dans son « Catalogue of the lizards in the British Muséum », note leur pré¬
sence, leur nombre et leur situation pour chaque espèce. Cole (1966) leur consacre plu¬
sieurs travaux, mais c’est à Gabe et Saint Girons (1965) que nous devons les études his¬
tologiques et histochimiques les plus précises. Leur rôle est actuellement encore discuté.
Gasc, Lageron et Schlumberger (1970) avancent l’hypothèse d’un marquage odorant
des territoires.
Nous ne rechercherons pas ici une distinction entre ces deux catégories de glandes
que seule, jusqu’à présent, la distribution topographique permet de séparer. Nous ne déter¬
minerons pas non plus avec exactitude leur répartition dans les différentes familles.
Nous considérons la présence de pores 1 , qu’ils soient préanaux ou fémoraux, comme
un caractère intéressant pour les Lacertiliens. Il semble, d’ailleurs, n’avoir fait son appa-
* Laboratoire d’Anatomie comparée du Muséum national d'Histoire naturelle, 55, rue de Buffon ,
75005 Paris.
1. Pour nous limiter au caractère extérieurement décelable.
248
ROBERT JULLIEN ET SABINE RENOUS-LECURU
rition que dans ce phylum mais ne se rencontre pas chez tous les genres constituant les
superfamilles. C’est ce degré de pénétration que nous nous proposons d’examiner ici. L’ob¬
servation de sa distribution nous amènera en outre à corriger une hypothèse émise, au
cours d’un précédent travail, sur la situation géographique des Geckotiens vis-à-vis des
autres Lacertiliens au moment de l’apparition d’autres caractères dans la souche commune.
Distribution des pores dans les diverses superfamilles
Le tableau I nous montre que les pores préanaux et fémoraux se rencontrent chez
les Iguaniens, les Geckotiens et les Scincomorphes mais non chez les Anguimorphes.
Leur présence est symbolisée par la lettre P.
Ce caractère P, très fréquent chez les Iguaniens, en particulier dans la famille des
Iguanidés, ne s’est, toutefois, nullement manifesté chez les Iguanidés malgaches et chez
les Chaméléonidés. Nous reviendrons plus loin sur ce fait. Remarquons simplement qu’il
rapproche deux groupes qui, malgré leurs différences sur le plan de la systématique, n’en
présentent pas moins certains points communs dans leur répartition géographique.
Parmi les Geckotiens, tous les Eublépharidés, les Pygopodidés, les Xantusiidés et une
partie des Geckonidés semblent pourvus de pores ; en revanche les Sphaerodactylidés
américains et antillais, parfois rattachés à la dernière famille, et les Uroplatidés, exclusi¬
vement malgaches, n’en possèdent aucun.
Chez les Scincomorphes, les Cordylidés, les Gerrhosauridés et un grand nombre de
Lacertidés et de Téiidés ont acquis des pores ; seule la famille des Scincidés, cosmopolite
et très bien représentée en Australie, en Inde et en Afrique, fait exception. D’autre part,
ce caractère n’a jamais été observé chez les représentants des cinq familles d’Anguimorphes
que nous avons étudiés. Les descriptions très sommaires des quelques spécimens mâles et
femelles de Shinisaurus sinensis, non disséqués parce que très rares (Shinisauridés), ne
mentionnent pas l’existence de ces pores.
Réflexions sur la distribution systématique des pores
Deux remarques intéressantes peuvent être faites. L’une concerne les Iguaniens,
l’autre les Geckotiens.
Les aires de répartition géographique des Iguaniens totalement privés de pores se
recouvrent partiellement. A Madagascar vivent, en effet, deux genres d’Iguanidés ainsi
Tableau I. — Répartition des caractères L, V, A, R, fournis par l’innervation des membres
antérieur et postérieur, P et sP, correspondant à la présence ou à l’absence de pores
préanaux et fémoraux dans les quatre superfamilles de Lacertiliens : Iguaniens, Gecko¬
tiens, Scincomorphes et Anguimorphes.
l\v a\b sP\P
Iguaninés.!—
□ P
l! i..l
Scéloporinés.!...
\3 ü
Basiliscinés L._.
□ :N
IGUANIENS.
Anolinés L.
□ S
Iguanidés malgaches 1
□ [ ]
□ P
■
GECKOTIENS
Geckonoïdés
Uroplatidés.
r- 1
l - 1
.
Gerrhosaurides.
SCINCOMORPHES
Çordyloïdes
Lacertoïdes
Lacertides
Téiidés
1
□
Anguioïdés
ANGUIMORPHES^
Varanoïdes
il n
Varanidés. B
Tableau I.
250
ROBERT JULLIEN ET SABINE RENOUS-LÉCURU
caractérisés. Quant aux Chaméléonidés, apores, ils y sont de même abondamment repré¬
sentés. Nous pouvons donc raisonnablement supposer ici l’établissement d’une relation
entre la localisation géographique et l’absence de pores. Un fait renforce cette hypothèse.
Dans un travail antérieur 1 nous avons décrit plusieurs modes d’innervation aux deux
membres des Lacertiliens. Un type B tend à remplacer un type A au membre pelvien.
Un type V, résultant d’un trajet particulier du nerf ulnaire, se substitue, chez un certain
nombre de lézards, à un type initial L déterminé par un trajet différent de ce nerf. Ce
type V, n’apparaissant que dans ce seul sous-ordre, comme semble le faire le caractère P,
reste confiné, chez les Iguaniens, aux Iguanidés malgaches et aux Chaméléonidés. Il y a
totalement supplanté L. Or, il est évident qu’il n’a pu coloniser ces deux groupes systéma¬
tiquement différents qu’à une époque où il circulait librement dans la souche lacertilienne.
Il n’y avait pas encore, pour ainsi dire, de différenciation. Comme il n’a pas gagné les
populations d’origine des autres Iguaniens, il faut admettre qu’elles se trouvaient séparées
des populations qui devaient donner Iguanidés malgaches et Chaméléonidés. La barrière
responsable de ces isolements, probablement d’ordre géographique, a dû évidemment
jouer dans les deux sens. Si elle empêchait d’une part le passage du caractère V, elle pou¬
vait interdire d’autre part l’extension du caractère P qui nous intéresse ici. Ainsi pour¬
rait s’expliquer l’absence de pores chez les Chaméléonidés et les Iguanidés malgaches.
La deuxième remarque intéressante se rapporte aux Uroplatidés, eux aussi dépourvus
de pores. On peut penser que des raisons également d’ordre géographique sont à l’origine
de cette absence et qu’un isolement précoce à Madagascar a pu empêcher cette famille
d’acquérir le caractère en question, en voie de propagation dans le reste de la souche
geckotienne.
Correction d’une hypothèse concernant les Geckotiens
Ch ez les Geckotiens, à la différence des Iguaniens, aucune corrélation ne peut être
établie entre la présence ou l’absence de pores et l’apparition du type d’innervation V au
membre antérieur, du type d’innervation B au membre postérieur ou des deux à la fois.
Ce fait, loin d’être négatif, nous permet de corriger une hypothèse émise au sujet des
Geckotiens. Constatant que les types V et B s’étaient introduits dans trois des quatre super¬
familles de Lacertiliens, Iguaniens, Scincomorphes et Anguimorphes, mais non chez les
Geckotiens, nous avions supposé que ce dernier groupe devait se trouver séparé des trois
autres avant l’extension de ces caractères. L’étude de la répartition systématique des
pores montre que notre hypothèse, ainsi formulée, ne tient plus. En admettant que le carac¬
tère P ait circulé dans la souche lacertilienne à peu près en même temps que V et B, com¬
ment comprendre qu’il ait pu pénétrer seul dans la souche geckotienne alors que V et B
en restaient exclus. Certes, le caractère P pouvait apparaître aussi avant l’isolement des
Geckotiens, c’est-à-dire avant la différenciation de Y et B. Peut-être, mais comment expli¬
quer alors que P n’ait pas atteint les Anguimorphes qui ont pourtant reçu plus tard V et B ?
1. Variations du trajet du nerf ulnaire ( ulnaris ) et de l’innervation des muscles dorsaux de la jambe
chez les Lacertiliens (Reptiles, Squarnates) : valeur systématique et application phylogénique. Bull. Mus.
Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 29, janv.-févr. 1972, Zoologie 23 : 207-246.
PORES PRÉANAUX ET FÉMORAUX DES LACERTILIENS
251
Fig. 1. — Schéma explicatif de la répartition des caractères V, B et P dans les différentes superfamilles
de Lacertiliens.
Les lignes pointillées délimitent les souches des superfamilles actuelles au moment du morcelle¬
ment du bloc lacertilien initial. Elles coupent comme à « l’emporte-pièce » les taches en extension des
caractères B, Y et P. La répartition de ces derniers permet de comprendre que les Geckotiens n'aient
que P, les Anguimorphes V et B, et que les Scincomorphes et les Iguaniens possèdent P, V et B. Nous
n’entrerons pas ici dans le détail des morcellements ultérieurs qui permettraient d’expliquer, toujours
schématiquement, les répartitions de V, B et P dans chaque superfamille.
Nous voyons que, dans l’un et l’autre cas, fonder le raisonnement sur l’exclusion des
Geckotiens de la souche lacertilienne au moment de la diffusion des caractères V et B
conduit à une impasse. Si nous admettons par contre que les Geckotiens, sans être séparés
de la souche, ont occupé dans celle-ci une situation telle qu’ils ne pouvaient recevoir les
caractères V et B, nous comprenons alors beaucoup mieux la répartition générale des
caractères. Le schéma (fïg. 1) permet de résoudre d’une manière très simple les problèmes
soulevés dans le cadre de ce travail, à la fois par les Geckotiens dépourvus des caractères Y
et B et par les Anguimorphes qui ne possèdent pas de pores.
252
ROBERT JULLIEN ET SABINE RENOUS-LECURU
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Boulenger, G. A., 1885. — Catalogue of the lizards in the British Muséum (Natural History).
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valeur systématique et application phylogénique. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 3 e sér.. n° 29,
janv.-févr. 1972, Zoologie 23 : 207-246.
Lécuru, S., 1968. — Myologie et innervation du membre antérieur des Lacertiliens. Mém. Mus.
nat. Hist. nat., Paris, série A, Zool., 48 : 127-215, 70 fig.
Renous-Lécuru, S., et R. Jullien, 1971. — Les grands troncs nerveux du zeugopode des Lacer¬
tiliens. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 29, janv.-févr. 1972, Zoologie 23 : 165-206.
Manuscrit déposé le 4 novembre 1971.
Bull. Mus. Ilist. nat., Paris, 3 e série, n° 29, janv.-févr. 1972,
Zoologie 23 : 247-252.
Achevé d’imprimer le 15 octobre 1972.
Contribution à la connaissance de l’histoire des Iguanidés
(Reptiles, Squamates) par la confrontation de divers critères :
types d’innervation reconnus aux deux membres,
présence ou absence de pores fémoraux et préanaux
par Sabine Renous-Lécuru et Robert Jullien *
Résumé. — Les Iguanidés donnent une impression de grande homogénéité, mais si nous abor¬
dons l’étude de divers systèmes anatomiques, nous mettons rapidement en évidence divers groupes
dans ce vaste ensemble. Nous comparons ici les résultats obtenus par l’étude du trajet des nerfs
desservant les muscles des loges dorsale et ventrale du zeugopode et ceux résultant de l’examen
de la présence ou de l’absence de pores. Nous avons étudié séparément les Iguanidés américains
et les Iguanidés du Pacifique, divisés en trois lots, ceux qui peuplent l’archipel des Galapagos,
celui des îles Fidji et Tonga et les formes malgaches.
Abstract. — The Iguanidae give an impression of great homogeneity, but after study of diffe¬
rents anatomical Systems, various groups may be obviously seen in this important mass. In the
présent work, we compare the results obtained by the study of the course of the nerves supplying
the muscles of the dorsal and ventral parts of the zeugopod with those from the presence or absence
of pores. The American and Pacific Océan Iguanidae hâve been studied separately ; the latter
being divided into three parts : Galapago islands, Fiji and Tonga, Malagasy.
1
INTRODUCTION
La famille des Iguanidés appartient à l’infra-ordre des Iguaniens qui constitue incon¬
testablement un ensemble homogène. Il comprend encore les Agamidés et les Chaméléo-
nidés, déjà très spécialisés dans l’arboricolisme. Les documents paléontologiques suscep¬
tibles de nous éclairer sur les relations qui existaient autrefois entre ces trois familles de
Lacertiliens restent malheureusement fort peu nombreux, trop peu pour nous permettre
de retracer les principales étapes de l’histoire de la lignée qu’ils composent. De ce fait, il
devient extrêmement difficile de comprendre la répartition géographique actuelle de ces
groupes et surtout celle, très particulière, des Iguanidés, sur laquelle nous allons nous
arrêter. Ces animaux occupent, en effet, outre la presque totalité du continent américain
* Laboratoire d’Anatomie comparée du Muséum national d'Histoire naturelle, 55, rue de Buffon,
75005 Paris,.
254
SABINE RENOUS-LÉCURU ET ROBERT JULLIEN
et des îles qui s’y rattachent plus ou moins étroitement (Galapagos et Antilles), Madagascar
d’une part et les îles Fidji et Tonga d’autre part. Ces zones de peuplement sont, nous le
voyons, très éloignées les unes des autres et d’ailleurs approximativement équidistantes
sur une carte du monde. Les Iguanidés ne se retrouvent actuellement en nul autre endroit
et il convient de remarquer que les Agamidés ne pénètrent pas là où les représentants de
la famille précédente sont installés. Cette étrange distribution n’a pas été sans retenir
l’attention de beaucoup d’auteurs et certains pensent que les Iguanidés ont dû refluer
devant les Agamidés, sans doute plus compétitifs, pour se maintenir seulement dans les
régions où nous les rencontrons aujourd’hui.
Les Iguanidés donnent une impression d’homogénéité. Cependant, si nous abordons
l’étude de divers systèmes anatomiques, nous mettons rapidement en évidence des varia¬
tions dont l’importance est appréciable. Celles qu’offre le trajet des nerfs desservant les
muscles des loges dorsale et ventrale du zeugopode ont déjà fait l’objet d’une première
note (Jullien et Renous, 1972). L’observation d’autres types de variations, comme la pré¬
sence ou l’absence de pores, conduit également à la création de groupes au sein de la famille.
Aussi, la confrontation de quelques-uns de ces critères responsables de cette diversification
est-elle souhaitable pour une meilleure compréhension des Iguanidés et, par là, des Igua-
niens.
C’est dans cette optique que nous plaçons ce travail, sans toutefois nous aventurer
très loin dans le raisonnement, tant le problème reste dès l’abord d’interprétation délicate.
Tout au plus souhaitons-nous montrer que des caractères empruntés à la morphologie
interne, et paraissant a priori mineurs aux systématiciens, peuvent apporter quelques
lumières nouvelles, sans aucun doute importantes pour l’histoire d’une lignée.
Matériel
Les animaux que nous avons disséqués nous ont été, pour la plupart, obligeamment
prêtés par M. le Professeur Guidé, Directeur du Laboratoire d'Herpétologie du Muséum.
Dans la liste qui suit, les animaux ont été groupés selon leurs types d’innervation.
Nous avons tenu compte de la répartition géographique de chaque genre et mentionné
les espèces examinées.
Types d’innervation LA
Galapagos
Fidji, Tonga
Sud-est de l’Amérique du Nord
Galapagos
Amérique centrale
Amblyrhynchus
[A. cristatus Bell)
Brachylophus
(B. fasciatus (Browg.))
Callisaurus
( C. draconoides Blainv.)
Conolophus
(C. subcristatus Gray)
Ctenosaura
(C. acanthura Shaw)
CONTRIBUTION À LA CONNAISSANCE DE L’HISTOIRE DES IGUANIDÉS
255
Antilles, Amérique centrale
Sud-ouest de l’Amcrique du Nord
Amérique centrale
Amérique du Nord
Amérique intertropicale
Amérique du Sud, Antilles, Bahamas
Amérique du Nord
Amérique du Sud
Amérique du Sud
Amérique du Nord
Ouest de l’Amérique du Sud
Amérique du Sud
Amérique du Sud, Galapagos
Amérique du Nord
Amérique du Sud
Amérique du Nord, Mexique
Types d’innervation LB
Amérique intertropicale, Antilles
Amérique intertropicale
Cuba
Amérique intert.ropicale
Cyclura
( C. carinata Harlau)
Dipsosaurus
(D. dorsalis Baird et Birard)
Enyaliosaurus
(E. quinquicarinatus Gray)
Holbrookia
(II. texana Troschel)
Iguana
(/. iguana Lin.)
Leiocephalus
(L. carinatus Gray)
Phrynosoma
(P. cornutum Gray)
Plica
(P. plica Linné)
Proctotretus
(P. pectinatus D. et B.)
Sauromalus
(S. ater A. Dum.)
Stenocercus
(S. roseiventri.s d’Orb.)
(S. humeralis Günth.)
Strobilurus
(S. torquatus Wieg.)
T ropidurus
(T. albemarlensis Baur)
(T. delanoms Baur)
(T. peruvianus Lesson)
(T. torquatus hispidus Spix)
Uma
(U. scü paria Cope)
IJracentron
(U. azureum Cope)
U ta
(U. elegans Yarrow)
(U. thalassina Cope)
Anolis
(.-1. princeps Blgr.)
(A. valencienni D. et B.)
Dasiliscus
(B. çittatus Wieg.)
Chamaeleolis
(C. chamaeleonides D. et B.)
Corytophanes
(C. hernandezi Wieg.)
256
SABINE RENOUS-LÉCURU ET ROBERT JULLIEN
Amérique du Nord
Amérique du Sud
Patagonie
Amérique du Sud
Amérique du Sud
Amérique centrale
Amérique, sud de l’Equateur
Amérique du Sud
Amérique du Sud
Colombie
Chili
Amérique intertropicale
Amérique du Nord et centrale
Amérique du Sud
Amérique du Nord, Mexique
Amérique du Sud
Types d’innervation VB
Madagascar
Madagascar
Crotaphytus
( C. collaris collaris Holbr.)
Cupnguanus
( C. achalensis Gallardo)
Diplolaemus
(D. bibroni Bell)
Enyalioides
( E. laticeps festae Paracca)
Enyalus
(E. bibroni Blgr.)
Laemanctus
(L. longipes Wieg.)
Liolaemus
(. L. kingi Bell)
(L. nigromaculatus Wieg.)
Liosaurus
[L. belli D. et B.)
Morunasaurus
(A/, annularis O’Shang)
Phenacosaurus
(P. heterodermus A. Dum.)
Phymaturus
(P. palluma Molina)
Polychrus
(P. marmoratus Merr.)
Sceloporus
(S. undulatus Fitzing.)
Uraniscodon
(U. superciliosa Lin.)
Urosaurus
(U. graciosus Hallow)
Urostrophus
(U. vautieri D. et B.)
Chalarodon
( C. madagascariensis D. et
Oplurus
(O. sebae L). et B.)
CONTRIBUTION À LA CONNAISSANCE DE L’HISTOIRE DES IGUANIDÉS
257
I. — RAPPEL DE CARACTÈRES ÉTUDIÉS RESPONSARLES
D’UNE CERTAINE HÉTÉROGÉNÉITÉ DES IGUANIDÉS
Comme nous l’avons annoncé dans l’introduction, les caractères dont nous tiendrons
compte sont divers. Nous les aborderons successivement.
a ) Types d’innervation déterminés par les variations du trajet de nerfs des¬
servant LES MUSCLES DU ZEUGOPODE
Au membre antérieur des Lacertiliens, le nerf ulnaire, dont dépendent les muscles
fléchisseur ulnaire et épitrochléo-anconé, peut emprunter deux voies. Dans l’une, il s’in¬
corpore au tronc fléchisseur brachial jusqu’au coude ; là, il s’isole en même temps que
les nerfs médian et interosseux, innerve les deux muscles cités plus haut puis circule sous
le fléchisseur ulnaire jusqu’au carpe. Dans ce cas, le nerf demeure toujours profond. C’est
un type d’innervation que Haines a nommé Varanide et que nous avons symbolisé
(Lécuru, 1968) par la lettre V. Dans l’autre, il se sépare plus rapidement du tronc flé¬
chisseur, émerge de la musculature avant le coude et contourne l’entépicondyle avant
de s’enfoncer de nouveau sous les muscles fléchisseur ulnaire et épitrochléo-anconé pour
retrouver ensuite la fin du trajet précédent. Ici, le nerf ulnaire est superficiel sur une partie
de son parcours ; c’est un type d’innervation que Haines a qualifié de Lacertide et que
nous avons symbolisé par la lettre L.
Au membre postérieur, les fibres nerveuses destinées aux muscles de la loge dorsale
du zeugopode peuvent aussi emprunter deux voies. Elles utilisent, dans Tune, le canal,
du nerf péronier ; c’est un premier type de trajet auquel a été attribué (Jullien, 1968)
la lettre A. Dans l’autre, elles cheminent en profondeur avec les fibres du nerf interos¬
seux ; c’est alors un nouveau type d’organisation appelé B.
Nous dirons donc, pour résumer, que deux types de trajets sont possibles à chacun
des membres des Lacertiliens, L ou Y au membre thoracique, A ou R au membre pelvien,
si bien que chaque animal se trouve caractérisé par l’une quelconque des quatre associa¬
tions : LA, LB, VA ou VB. Nous verrons ultérieurement lesquelles se rencontrent chez les
Iguanidés.
b ) Présence ou absence de pores fémoraux ou préanaux
Ces pores, représentant le débouché de véritables glandes, s’ouvrent généralement
au niveau d’un pli de la face ventrale de la cuisse, qui peut entrer en contact avec le sup¬
port. Cette situation très particulière justifie l’emploi de « pores fémoraux » que l’on uti¬
lise couramment pour les désigner. Parfois, cependant, ces pores se situent dans la région
258
SABINE RENOUS-LÉCURU ET ROBERT JULLIEN
cloacale (en avant du cloaque) et l’on parle alors de pores préanaux. Il faut ajouter que
certains Lacertiliens possèdent ou des glandes fémorales ou des glandes préanales, tandis
que d’autres les présentent toutes. Cependant, les auteurs semblent ne faire aucune dis¬
tinction entre elles. Le rôle exact de ces glandes n’est d’ailleurs pas encore bien connu
(J. P. Gasc, A. Lageron et J. Schlumberger, 1970). L’emplacement de chaque pore est
fréquemment indiqué extérieurement par un produit de sécrétion qui forme une petite
excroissance plus ou moins jaunâtre qui fait saillie. Le nombre de ces pores est extrême¬
ment variable ; parfois un seul, parfois toute une rangée marque le pli de la face ventrale
de la cuisse. Si la présence de glandes fémorales ou préanales, caractère facile à reconnaître
sur l’animal, a été retenue par les systématiciens, il faut cependant constater que la décep¬
tion est grande si l’on étudie leur répartition systématique. Nous reviendrons sur cette
image peu cohérente de la distribution de ces pores à travers les diverses familles, et ceci
fera l’objet d’une autre note. Les Iguanidés que nous examinerons dans ce travail sont
peut-être les seuls à présenter une répartition systématique intéressante de cette formation.
IL — RÉFLEXION SUR CES CARACTÈRES
Si les pores n’apparaissent pas chez tous les représentants de cette famille, les quatre
types d’innervation L, V, A et B y existent par contre. Ils constituent d’ailleurs, comme
l’indique la liste p. 254, trois des quatre associations possibles, LA, LB et VB.
Nous avons montré dans des travaux précédents que les types L et A étaient les plus
répandus chez les Lacertiliens et qu’ils couvraient tout l’espace occupé par eux actuelle¬
ment dans le monde. Les types B et V n’en occupent par contre qu’une partie. L et A se
rencontrent aussi chez tous les autres Tétrapodes, mais Y et B n’apparaissent que chez
les Lacertiliens et c’est pourquoi nous estimons qu’ils représentent des caractères nouvelle¬
ment acquis venus se greffer sur le fond commun LA. L’étude de la distribution de ces
divers types nous a permis de supposer que la pénétration de la nappe initiale LA par V
et B avait pu se faire du sud vers le nord et que V et B, dominants, s’étaient imposés à
L et A. Seuls les morcellements géographique et génétique auraient pu freiner leur extension.
Chez les Iguaniens, nous avons vu dans une note précédente que le type B avait sup¬
planté A chez les Agamidés, les Chaméléonidés et les Iguanidés malgaches. Le remplace¬
ment n’a, par contre, pas été total chez les Iguanidés américains et A et B se mêlent dans
les diverses sous-familles : les Iguaninés possédant A, les Anolinés et les Basiliscinés B, les
Tropidurinés et les Scéloporinés surtout A cl un peu B.
Le caractère L, initial comme A, s’est beaucoup mieux maintenu chez les Iguaniens
puisqu’il caractérise encore la plupart des Iguanidés et la totalité des Agamidés. Le carac¬
tère V ne se rencontre, lui, que chez les Chaméléonidés et les Iguanidés malgaches. Ce seul
fait isole ces deux groupes de tous les autres Iguaniens du monde. Par l’étude de la répar¬
tition de ce type V, plus tard venu que L, nous avons conclu que les Chaméléonidés ne
s’enracineraient pas dans les Agamidés mais qu’ils dériveraient plutôt d’une partie de la
nappe iguanienne où les trois caractères suivants auraient pénétré : les caractères Y et B,
CONTRIBUTION À LA CONNAISSANCE DE L’HISTOIRE DES IGUANIDÉS
259
actuellement retrouvés chez les Iguanidés malgaches, et l’acrodontie qui marque, on dehors
des Chaméléonidés, les Agamidés.
Les glandes fémorales et préanales, quant à elles, semblent n’apparaître que chez les
Lacertiliens et nous ne pensons pas qu’elles puissent être rapprochées des nombreuses
glandes cutanées des Batraciens. Quant à la ressemblance morphologique avec les glandes
sébacées des Mammifères, il n’v a probablement là qu’une analogie de structure. Comme
l’ont appelé J. P. Gasc, A. Lageron et J. Schlumberger (1969) de nombreux auteurs
rattachent « ces organes à un ensemble de glandes épidermoïdes, de forme variable suivant
les groupes, qui caractérisent les Lépidosauriens (Rhynchocéphales et Squamates) ». Aussi
la présence de pores (c’est-à-dire de glandes) nous paraît être un caractère nouvellement
acquis, comme la possession des types nerveux V et B, et ceci par rapport au caractère
plus général et plus ancien : l’absence de pores (= de glandes). Cette apparition ne se serait
faite que dans une seule lignée, correspondant à la souche lacertilienne.
Les Chaméléonidés et les Iguanidés malgaches sont dépourvus de glandes fémorales
et préanales, les Iguanidés américains, comme les Agamidés, par contre, peuvent en avoir.
Pour plus de précision nous ajouterons que les Iguaninés, dans lesquels Etiieridge inclut
les genres Amblyrhynchus et Conolophus des îles Galapagos et le genre Brachylophus des
îles Fidji et Tonga, comme la plupart des Scéloporinés, montrent des pores. Quelques genres
d’Anolinés et de Basiliscinés en ont aussi. Quant aux Tropidurinés, des pores préanaux
existent chez les mâles de plusieurs espèces.
En résumé, nous voyons que par le jeu de ces deux catégories de caractères, types
de trajet nerveux au bras et à la jambe d’une part, et présence ou absence de pores fémo¬
raux et préanaux au membre postérieur d’autre part, l’ensemble homogène que constituent
les Iguanidés se scinde en un certain nombre de groupes. Les formes malgaches s’isolent
d’emblée, et en bloc, par le type V présent au membre thoracique et l’absence de pores
au membre pelvien. Ce sont cependant les Iguanidés américains très composites qui
retiennent davantage l’attention et nous les étudierons en premier. Ceux de Madagascar
ne seront abordés qu’en dernier lieu et ils nous permettront plus facilement d’étendre notre
discussion à l’ensemble des Iguaniens, par le jeu des comparaisons avec les familles des
Chaméléonidés et des Agamidés.
III. — LES IGUANIDÉS DU CONTINENT AMÉRICAIN ET DES ANTILLES
a) Examen de la répartition des types nerveux A et B (fig. 1)
Tous les Iguanidés du continent américain sont de type L au membre antérieur et de
type A ou B au membre pelvien. Si les Iguanidés A et B se mêlent étroitement sur tout le
bloc sud-américain, les animaux de type A débordent largement vers le nord les autres
du bloc opposé. Les premiers atteignent vers l’est la région des grands lacs et vers l’ouest
l’Orégon. En outre, au nord du Tropique du Cancer, c’est-à-dire aux États-Unis et au
nord du Mexique, les formes de type A dominent nettement dans la zone où A et B se
Fig. 1. — Répartition géographique approximative des types d’innervation A et B
chez les Iguanidés américains. (Noter la superposition des deux types de population)
CONTRIBUTION À LA CONNAISSANCE DE L’HISTOIRE DES IGUANIDES
261
mêlent encore, tandis qu’au sud B l’emporte sur A. Le fait que ce dernier type déborde
B vers le nord ne nous étonne pas, si nous rappelons ici que, d’après nos travaux précé¬
dents, B serait apparu dans l’hémisphère sud au sein d’une population de type A. Plus
récent que l'autre, il n’aurait pu se généraliser à l’ensemble de la souche et atteindre
notamment la frange nord des populations iguaniennes installées au Nouveau Monde.
Si bien que, lors de la jonction des deux Amériques, ce sont surtout des animaux de type
A qui sont passés sur le bloc opposé. Les animaux de type B, peut-être en totalité,
et un certain nombre d’animaux de type A (comme certains Tropidurinés) auraient pu
rester cantonnés au sud. Après une nouvelle période de séparation des blocs nord et sud-
américains, au cours de laquelle chacun des ensembles aurait évolué séparément, une
réunion aurait permis une nouvelle diffusion et interpénétration des Iguanidés dans la zone
intertropicale. L’ampleur de ces mouvements a probablement été très faible, sur le bloc
nord-américain, notamment, qui se situe presque entièrement au nord des Tropiques.
L’isolement génétique, accentué au cours de la séparation des blocs, a dû, en outre, freiner
cette extension.
b ) Examen de la répartition des Iguanidés à pores et sans pores (fig. 2)
L’Amérique du Nord abrite beaucoup d’animaux pourvus de pores fémoraux. Ceux
qui n’en possèdent pas semblent davantage liés à l’Amérique du Sud. Cependant on trouve
là aussi quelques espèces où les mâles ont des pores préanaux. Les Iguanidés dépourvus
de pores s’étendent de la Patagonie jusqu’au nord du Mexique ; ceux qui en ont, qu’ils soient
fémoraux ou préanaux, vont de la Patagonie jusqu’à la région des grands lacs et dépassent
donc largement les premiers vers le nord. On pourrait, pour expliquer cette différence
d’extension, supposer l’existence, au début, de deux populations, l’une à pores fémoraux,
originaire du bloc nord-américain, l’autre sans pores et sud-américaine. Elles se seraient
largement interpénétrées lors de la jonction des deux Amériques. Le contact s’étant sans
doute effectué dans la zone intertropicale, des migrations auraient probablement eu lieu,
de part et d’autre, entre des animaux inféodés à cette région climatique très particulière.
Une telle hypothèse ne saurait cependant expliquer que des animaux pourvus de pores,
supposés nord-américains, aient pu franchir les Tropiques et atteindre la Terre de Feu.
Il nous faut donc reprendre l’hypothèse exposée plus haut, selon laquelle les Iguanidés
proviendraient tous du bloc sud-américain. II nous faut aussi admettre que si les Igua¬
nidés à pores fémoraux semblent tous être originaires du bloc nord-américain, c’est uni¬
quement parce qu’ils appartiennent aux sous-familles des Scéloporinés et des Iguaninés
actuellement nord-américaines. Dans cette hypothèse, la répartition géographique des
pores fémoraux, en particulier, s’expliquerait de la façon suivante. Les (ou la) mutations
responsables de ce caractère se seraient produites sur la frange nord de la nappe iguanienne,
parmi les populations appelées à passer les premières sui' le bloc nord-américain. Naturelle¬
ment il n’y a aucune raison d’envisager une migration sélective concernant les seules formes
pourvues de pores fémoraux. Car la situation particulière, voire même accidentelle, dans
cette frange nord, d’animaux dépourvus de pores, a pu faire qu’ils aient migré sur le bloc
opposé alors que certains, pourvus de ces pores, soient restés sur place. Ainsi pourrait
s’expliquer les superpositions que l’on observe actuellement.
29, 7
Fig. 2. — Répartition géographique approximative des Iguanidés sans pores et des Iguanidés pourvus de
pores fémoraux et de pores préanaux, vivant en Amérique : p. F., Iguanidés à pores fémoraux ; p. P.,
Iguanidés à pores préanaux ; s. P., Iguanidés sans pores. (Noter la superposition des trois types de
population).
CONTRIBUTION À LA CONNAISSANCE DE L’HISTOIRE DES IGUANIDÉS
263
Il faut bien se garder d’établir une correspondance parfaite entre l’hypothèse de
migration des caractères A et B et celle des caractères présence ou absence de pores fémo¬
raux. Les animaux de type A ne sont pas tous pourvus de ces pores et ceux de type B
peuvent parfois en avoir.
Nous avons dit plus haut que B serait apparu dans l’hémisphère sud au sein d’une
population de type A. On comprend donc que, lors de la migration des Iguanidés vers le
nord, seraient surtout passées les formes caractérisées par le « type d’innervation A » et
« la présence de pores ». Une séparation puis une nouvelle jonction des blocs nord et sud-
américains ont pu entraîner d’autres migrations. C’est ainsi que des animaux de type A,
nord-américains, porteurs ou non du caractère « présence de pores », ont pu migrer secon¬
dairement vers le sud, tandis que des animaux de type B, dont quelques-uns peut-être por¬
teurs de pores, pouvaient s’aventurer vers le nord dans les limites de la zone intertropicale.
Ces déplacements secondaires nous auraient conduits à la répartition actuelle des divers
caractères A, B, absence et présence de pores fémoraux.
Il est beaucoup plus difficile d’expliquer la présence d'Iguanidés à pores préanaux
au sud de l’Amérique du Sud. Il est incontestable que la tendance à l’acquisition de pores,
qu’ils soient fémoraux ou préanaux, procède des mêmes ou d’une même mutation. Si cette
dernière a circulé dans la frange nord de la souche iguanienne, c’est-à-dire, comme nous
le supposons, dans le nord du bloc sud-américain, il faut donc admettre qu’il y a eu d’abord
différenciation entre formes à pores fémoraux et formes à pores préanaux et que ces der¬
nières, contrairement aux autres, se sont dirigées vers le sud. La possibilité de différencia¬
tion entre formes à pores fémoraux d’une part, préanaux d’autre part, ne pose en soi aucun
problème. On constate en effet qu’elle s’est produite dans d’autres familles de Lacertiliens.
La migration vers le sud, par contre, ne va pas sans soulever quelques difficultés. Pourquoi
cette direction, en effet, plutôt que celle suivie par les formes à pores fémoraux ? La dis¬
tribution des premières va peut-être nous aider à répondre à cette question. Quelle est
effectivement leur répartition ? Pratiquement tout le continent au sud du tropique du
Capricorne et, entre celui-ci et l’Equateur, une mince bande qui longe le Pacifique. Or,
cette bande n’est pas quelconque et ne jouit pas, dans son ensemble, d’un climat tropical,
puisque nous sommes en pleine zone andine, mais plutôt tempéré et voire froid. On peut
très bien imaginer qu’au départ, le nord de cette zone andine a abrité une partie des popu¬
lations de la frange iguanienne touchée par la tendance à l’acquisition de pores ; qu’ensuite,
isolement ou mutation, peut-être même les deux conjugués, ont conduit dans cette région
à l’adoption des seuls pores préanaux et uniquement chez les mâles ; qu’enfin ces popula¬
tions qui vivaient dans un milieu plutôt tempéré, voire froid, ont tenté de coloniser des
régions de climats comparables. Ne pouvant s’étendre vers le nord de l’Amérique du Sud
où régnaient des conditions franchement tropicales, elles n’ont pu que s’aventurer vers le
sud du continent par le couloir tempéré froid des Andes. Ainsi pourrait s’expliquer la répar¬
tition actuelle des Iguanidés à pores préanaux.
Quoiqu’il en soit, les remarques concernant les quatre types A et B, présence et absence
de pores, que nous avons rencontrées chez les Iguanidés nous permettent d’établir quelques
séparations à l’intérieur de la famille.
264
SABINE RENOUS-LECURU ET ROBERT JULLIEN
c) Répercussion de l’étude de ces quatre caractères sur la systématique des
SOUS-FAMILLES AMÉRICAINES (fig. 3)
Trois groupes se détachent nettement. Nous rangeons dans le premier les animaux pour¬
vus de pores fémoraux, dans le second ceux qui n’en possèdent pas et, enfin, dans le troisième
les quelques Iguanidés à pores préanaux. Dans les deux premiers nous distinguons deux
ensembles, l’un de type A et l’autre de type B. Ces séparations ont été reportées sur un
tableau où nous avons placé en face de chacun des genres étudiés l’extension en longitude
de leur zone de répartition géographique. Du début à la fin des catégories d’Iguanidés
ainsi définis, nous observons un déplacement très net du nord vers le sud.
Groupe des Iguanidés à pores fémoraux
Comme nous l’avons dit précédemment, il pourrait descendre d’animaux en majorité
de type A qui se situaient sur la frange nord de la nappe iguanienne, là où probablement
a diffusé le caractère « glandes fémorales ». On y trouve aussi des Iguanidés probablement
localisés, eux, à la limite de cette frange, et où le caractère B est venu supplanter A.
Le premier sous-groupe contient surtout des animaux nord-américains, et est formé
de deux tribus, l’une et l’autre caractérisées par le type d’innervation A et la présence
de pores fémoraux : celle de l’Iguane, avec les genres Cyclura, Enyaliosaurus , Ctenosaura,
Iguana, Sauromalus et Dipsosaurus — au voisinage de laquelle il faut placer Phrynosoma —
et celle qui réunit les genres Uma, Callisaurus, Holbrookia et U ta. De tous ces genres, seul
Iguana a largement pénétré en Amérique du Sud.
Dans le deuxième sous-groupe nous trouvons des genres dont les répartitions sont
beaucoup plus variées, Crotaphytus, Sceloporus et Urosaurus d’une part, centre et nord-
américains, Polychrus, Enyalioides et Morunosaurus d’autre part, très nettement sud-amé¬
ricains.
Groupe des Iguanidés sans pores
11 comprend la plupart des animaux de type B et quelques-uns de type A. Le groupe
aurait été, à l’origine, éloigné de la bordure nord de la nappe iguanienne où, selon notre
hypothèse, serait apparu le caractère « pores fémoraux ». Ces Iguanidés ont très bien pu
subir par la suite des migrations vers le Nord, d’amplitude probablement plus faible que
Tableau I. — Divisions réalisées chez les Iguanidés américains, en tenant compte des
types A, B et de la présence ou de l’absence de pores.
En face de chacun des genres, leur extension en latitude est figurée sous la forme de
fuseaux. La région maximale du ventre du fuseau correspond à la densité la plus grande.
Le fuseau est noir si la répartition est uniquement continentale et blanc si le genre est
localisé aux Antilles. Un hachuré indique une répartition continentale et antillaise, sous une
même latitude.
Iguaninés
Scéloporinés
Scéloporinés
Anolinés
Tropidurinés
60 " 45 ” 30 “
FORMES A PORES FEMORAUX
Dipsosaurus
Sauromalus
Ctenosaura
Enyaliosaurus
Cyclura
Iguana
Phrynosoma
Uma
Cal I isaurus
Holbrookia
Uta
FORMES A PORES FEMORAUX
Crotaphytus
Sceloporus
U rosaurus
Polychrus
Enyalioides
Morunasaurus
FORMES SANS
Tropidurus
Liocephalus
Uracentron
Plica
Proctotretus
Stenocercus
S trobilurus
15 “ 0 " 15 “
zone intertropicale
PORES FEMORAUX OU PREANAUX ET DE TYPE A
A nolinés
Basiliscinés
FORMES SANS PORES FEMORAUX
Phenacosaurus
Anolis
Chamaeleolis
Urostrophus
Laemanctus
Corytophanes
^Ba siliscus
Enyalius
Tropidurinés[Uraniscodon
Liosaurus
Diplolaemus
Cupri guanus
FORMES
Tropidurinés [Liolaemus
Phymaturus
TYPE B
A PORES PREANAUX
Tableau I.
266
SABINE RENOUS-LECURU ET ROBERT JULLIEN
celles effectuées, en sens inverse, par d’autres animaux, l’Iguane par exemple. Cela peut
d’ailleurs s’expliquer assez facilement. La zone intertropicale offerte aux Lacertiliens tro¬
picaux sud-américains au nord de leur continent était très restreinte ; elle était très vaste
au contraire pour ceux venus du bloc nord qui allaient vers le sud. Ceci n’empêche pas
que certaines formes sud-américaines, liées à un biotope plus montagneux, donc moins tro¬
pical, aient pu par les cordillières centre-américaines, remonter assez haut en Amérique
du Nord. Nous verrons que certains animaux, en effet, atteignent presque le nord du
Mexique.
Dans le premier sous-groupe, plusieurs genres appartenant à la tribu du Tropidure
se trouvent réunis : Tropidurus, Liocephalus, Uracentron, Plica, Proctotretus et Stenocer-
cus. Strobilurus est systématiquement un peu à l’écart de tous ces genres.
Dans le deuxième sous-groupe, à côté de la tribu de l’Anole, avec Anolis et les genres
qui lui sont étroitement apparentés comme Phenacasaurus, Urostrophus et Chameleolis de
Cuba, et celle du Basilique, avec Basiliscus, Laemanctus et Corytophanes, nous trouvons
un certain nombre d’autres genres comme Enyalius, Liosaurus, Diplolaemus, Cupriguanus
et enfin le Tropiduriné Uraniscodon.
Troisième groupe
11 comprend les genres Liolaemus et Phymaturus, de type B, chez qui les mâles des
différentes espèces possèdent des pores préanaux.
d ) Discussion sur les groupes créés
Les groupes que nous avons créés ne doivent pas effacer les anciens. Nous ne vou¬
lons apporter, en fait, aux classifications systématiques bien établies que des indications
nouvelles de rapports possibles entre les composants d’une même famille. Cependant, une
première constatation nous paraît frappante, c’est que certains des groupes séparés ici
correspondent, à peu de choses près, à ceux établis récemment par divers auteurs, sur
d’autres critères. C’est ainsi qu’ETHERiDGE range dans les Iguanidés les genres : Brachy-
lophus, Conolophus, Amblyrhynchus, Sauromalus, Enyaliosaurus, Dipsosaurus, Ctenosaura,
Cyclura, Iguana et en sépare le genre Crotaphytus anciennement rattaché aux autres. Nos
résultats s’accordent parfaitement aux siens puisque tous ces Iguaninés sont de type A
et pourvus de pores fémoraux, sauf Crotaphytus qui est de type B. Ce même auteur a reconnu
trois sous-groupes de Scéloporinés. Un premier constitué par Holbrookia, Callisaurus et
U ma, un second formé par U ta, Urosaurus, Sator et Sceloporus, un dernier avec Petro-
saurus. Nous confirmons l’homogénéité du premier groupe, de type A et à pores fémoraux,
mais nous avons trouvé le second hétérogène. En effet, Uta est de type A, mais Urosaurus
et Sceloporus sont B. Quant au genre Petrosaurus nous n’avons malheureusement pas pu
l’obtenir pour en faire la dissection. Ajoutons encore que Phrynosoma a été enlevé, par
Ethehidge, des Scéloporinés. Il nous est difficile de prendre parti ici, en fonction des cri¬
tères que nous avons reconnus, car ce genre, par la présence d’un type A et celle de pores
fémoraux, rappelle à la fois et la totalité des Iguanidés et le premier groupe cité des Scé-
CONTRIBUTION À LA CONNAISSANCE DE L’HISTOIRE DES IGUANIDÉS
267
loporinés. Etheridge a notamment rangé dans les Basiliscinés les genres Basiliscus, Lae-
manctus et Corytophanes. Nous avons trouvé les mêmes caractéristiques : absence de pores
et type B. Les Tropidurinés groupant les genres : Phrynosoma, Ophryoessoides, Ctenoble-
pharis, Uraniscodon, Liolaemus , Proctotrelus, Uracentron, Phca, Tropidurus, Stenocercus et
Liocephalus, nous semblent assez hétérogènes. Un groupe constitué des six derniers genres
cités, de type A et dépourvu de pores, se détache très nettement. Les autres genres, du
moins ceux que nous avons pu disséquer, sont B ; certains, de plus, montrent des pores
préanaux. Dans les Anolinés, Etheridge place plusieurs genres : Polychrus, Anolis, Cha-
maelinorops, Charnaeleolis, Phenacosaurus, Anisolepis , Apticholaemus et Urostrophus. Ils
sont tous de type B mais Polychrus seul possède des porcs fémoraux. Tous les autres en sont
dépourvus. Cette remarque nous semble extrêmement intéressante.
IV. — LES IGUANIDÉS DU PACIFIQUE
Les Iguanidés du Pacifique sont, comme tous ceux du Nouveau Monde, de type L
au membre antérieur. Mais s’ils sont de type A ou B au membre postérieur en Amérique,
ils sont exclusivement A dans le Pacifique. Cette identité de trajet nerveux au membre
pelvien ne doit cependant pas faire illusion. Car là aussi, comme sur le continent améri¬
cain, il est possible de distinguer deux groupes d’animaux, ceux qui possèdent des pores
fémoraux et ceux qui en n’ont pas.
a) Archipel des Galapagos
Iguanidés sans pores et pourvus de porcs se mêlent sur cet archipel. Les premiers
sont représentés par Tropidurus, les autres par Conolophus et Amblyrhynchus. Tropidurus
est une forme typiquement sud-américaine, abondante sur la côte pacifique et qui se
rattache au premier sous-groupe du deuxième ensemble que nous avons distingué précé¬
demment : animaux de type A, sans pores. Conolophus et Amblyrhynchus appartiennent,
eux, à la tribu de l’Iguane, essentiellement nord-américaine. Ces îles Galapagos pourraient
ainsi abriter des animaux d’origines diverses ayant colonisé l’archipel à des moments diffé¬
rents. La très grande spéciation du genre Tropidurus — chaque île ou presque possédant
son espèce — laisse à penser que l’installation de ce Lézard n’est pas récente, certaine¬
ment moins que celle des deux autres genres. L’Iguane terrestre ( Conolophus ) ne com¬
porte encore que deux espèces et n’occupe qu’une fraction de l’archipel. L’Iguane marin
{Amblyrhynchus ), dont on ne connaît qu’une seule espèce, a très bien pu atteindre à la
nage la plus grande partie des îles. Ces faits, sans être décisifs, plaident quand même en
faveur d’une arrivée plus tardive de ces deux genres qui ont peut-être emprunté pour venir
une voie différente de celle de Tropidurus. Mais peut-être dérivent-ils aussi d’un ancêtre
de factuel Iguane américain déjà introduit en Amérique du Sud, ou de formes apparentées
à celui-ci (si elles ont existé, elles ont en tous cas complètement disparu aujourd’hui).
268
SABINE RENOUS-LÉCURU ET ROBERT JULLIEN
Quoiqu’il en soit, si les deux Iguanes des Galapagos ont atteint cet archipel à partir de
l’Amérique du Sud ils ont pu suivre alors la même voie que Tropidurus. Ceci n’implique
évidemment pas qu’ils soient venus en même temps que lui.
b) Iles Fidji et Tonga
Alors que les problèmes soulevés par la présence d’Iguanidés aux îles Galapagos peuvent
être assez facilement résolus, compte tenu de la proximité du continent américain, ceux
que pose le genre Brachylophus, le seul Iguanidé des îles Fidji et Tonga, ne sont certes
pas près de l’être. En effet, cet animal, isolé dans le sud-ouest du Pacifique, se trouve éloi¬
gné de tous les autres Iguanidés et situé à peu près à mi-distance des régions où ceux-ci
se rencontrent, le Nouveau Monde et les Galapagos d’une part, Madagascar d’autre part.
Nous savons toutefois que ce genre présente de grandes ressemblances avec l’Iguane amé¬
ricain, tant par l’allure générale que par la présence de pores fémoraux et les types d’in¬
nervation L et A, mais aucune, par contre, avec les formes malgaches. Aussi, Brachylo¬
phus nous paraît-il s’apparenter nettement aux Iguanidés américains en particulier à la
tribu de l’Iguane, ce qui rejoint l’opinion d’ETHERiDGE fondée sur d’autres observations.
Le genre dériverait-il directement, par migration, des formes américaines ? Représente-t-il
le vestige d’une extension beaucoup plus vaste des Iguaniens qui aurait pu, à un moment
donné, couvrir initialement l’Asie et ses archipels ? La tribu de l’Iguane, si l'on en croit
divers auteurs, parait s’être différenciée sur le bloc nord-américain, même si selon notre
hypothèse tous les Iguanidés d’Amérique du Nord ont une origine sud-américaine. Aussi
est-il très difficile de prendre parti ; la parole sur ce sujet des liens possibles entre Brachy¬
lophus et la tribu de l’Iguane reste aux paléontologues, aux biogéographes et aux géophy¬
siciens L
c) Région malgache
Les Iguanidés malgaches s’éloignent de tous les autres par leur membre antérieur de
type Y. Le membre postérieur, de type B, et l’absence de pores fémoraux chez ces animaux,
font songer au deuxième sous-groupe du second ensemble des Iguanidés américains qui
rassemble des formes essentiellement sud-américaines. Cette liaison suggère une compa¬
raison avec les Boïnés malgaches que l’on retrouve aussi en Amérique du Sud. Mais la valeur
à accorder au type d’innervation B du membre pelvien nous paraît moins grande que celle
que nous devons reconnaître au type d’innervation V du membre thoracique. Celui-ci
semble une acquisition plus récente (Jullien et Renous-Lécuru, 1971) qui fait d’ailleurs
de ce groupe malgache un îlot au sein de l’ensemble des Iguanidés. Dans cette famille, en
effet, ce type V n’évoque aucun autre animal. Il ne rappelle pas non plus la famille des
Agamidés, dont tous les représentants sont LB comme beaucoup d’Iguanidés. Par contre
1. Les îles Fidji et Tonga ont pu, à un moment donné de l’histoire du Monde, se trouver rattachées
au bloc Afrique, Madagascar, Amérique du Sud, ensemble qui, selon certains comme Dietz et Holden
(1970), aurait existé avant le Jurassique.
CONTRIBUTION À LA CONNAISSANCE DE L’HISTOIRE DES IGUANIDÉS
269
ce petit groupe malgache s’avère, de ce point de vue, identique aux Chaméléonidés qui
vivent, on le sait, en grand nombre à Madagascar. Les Iguanidés malgaches nous offrent
donc la possibilité d’étendre nos comparaisons à l’ensemble des Iguaniens.
V. — CONTRIBUTION DES DIVERS CARACTÈRES ÉTUDIÉS
A LA CONNAISSANCE DE L’HISTOIRE DES IGUANIDÉS ET DES IGUANIENS
Nous avons brièvement rappelé, dans le premier chapitre, les résultats auxquels nous
étions parvenus dans une précédente note. Les types d’innervation L et A qui se ren¬
contrent chez tous les autres Tétrapodes nous ont semblé représenter le fonds commun
sur lequel les caractères V et B seraient venus se greffer, dans la seule lignée lacertilienne.
Ces derniers sont une nouveauté en regard des autres. Nous avions de plus examiné la répar¬
tition des deux types d’implantations dentaires, pleurodonte, initial, et acrodontc, plus
tardif et apparu, semble-t-il, dans le seul infra-ordre des Iguaniens. Les types V et B sont
eux, par contre, présents partout. Aussi, nous avons dû admettre que la propagation des
caractères V et B, plus importante que celle du caractère responsable de l’acrodontie,
s’est faite à un stade plus précoce de l’évolution de la lignée lacertilienne. Ces types V
et B ont dû se manifester avant la séparation des divers groupes de cette lignée et leur
diffusion a dû, ensuite, être bloquée par les fragmentations qui ont suivi. Le type V moins
ancien que L a seulement colonisé les populations dont devaient dériver les Iguanidés
malgaches et les Chaméléonidés. A notre avis (Jullien et Renous-Lécuru, 1972) ces der¬
niers ne s’enracineraient pas dans les Agamidés, contrairement à ce que pensent certains
auteurs, mais dans une fraction de la souche iguanienne, déjà touchée par l’acrodontie
qui caractérisera aussi les Agamidés et les caractères V et B qui se rencontreront seuls chez
les Iguanidés malgaches.
L’acquisition de pores représenterait aussi (nous l’avons dit plus haut) un caractère
nouveau, puisque en dehors de cette lignée, chez aucun autre Tétrapode, nous n’avons
rencontré des glandes ayant ces caractéristiques et cette situation particulière. Ces pores,
nous les avons rencontrés sporadiquement chez les Iguanidés américains. Tous les Iguanidés
et les Scéloporinés en ont. Il en existe chez quelques Tropidurinés, Anolinés et Basiliscinés
et une partie des Agamidés en possède aussi. Par contre, fait important, ni les Iguanidés
malgaches, ni les Chaméléonidés n’en montrent. Ceci pourrait confirmer une fois encore,
s’il en était besoin, les liaisons étroites de ces deux groupes. Les pores sont apparus seule¬
ment chez les Agamidés et les Iguanidés américains, et non dans les populations dont ont
dérivé Iguanidés malgaches et Chaméléonidés.
Pour comprendre la propagation de ces divers caractères dans la souche iguanienne,
il nous faudra tout d’abord placer l’apparition des pores, dans le temps, à une période voi¬
sine de celle des types V et B et un peu plus tôt que celle de l’acrodontie, puisque ces pores,
comme V et B, se sont étendus à toute la lignée lacertilienne. Nous en trouvons dans d’autres
infra-ordres, chez les Geckotiens et les Scincomorphes. Les Anguimorphes paraissent en
être tous dépourvus, mais le lieu d’apparition de cette mutation dans la souche lacerti¬
lienne pourrait expliquer cette situation (Jullien et Renous-Lécuru, 1971).
Fig. 3. — Tentative d’explication schématique de la répartition actuelle des types L, V, A, B, pleuro-
donte, acrodonte, présence et absence de pores chez les Iguaniens.
L’acrodontie (grisé) et les caractères V (hachuré serré), B (hachuré large) et la présence de pores
(pointillé) sont supposés se développer au sein d’une nappe initiale (en blanc), pleurodonte, de types L
et A, et très probablement dépourvue de pores. Les scissions représentées sont soit géographiques, soit
génétiques. Celles d’un même plan ne sont pas forcément synchrones. Elles doivent être seulement consi¬
dérées comme des projections survenues antérieurement ou postérieurement au plan concerné. Pour bien
montrer les particularités de répartition des caractères B et « présence de pores », chez les Iguanidés
américains, nous avons imaginé deux étapes intermédiaires entre le plan initial où les Iguaniens cons¬
tituent un ensemble géographiquement indivis et le plan final qui montre la répartition actuelle des
Iguaniens dans le monde. Les flèches qui partent des Chaméléonidés et des Agamidés illustrent le
passage de ces animaux vers des blocs continentaux qu’ils n’occupaient pas, d’après notre hypothèse,
initialement : l’Afrique pour les Agamidés, Madagascar et l’Asie pour les Chaméléonidés.
Ag.j Agamidés ; Anol. , Anolinés ; Basilisc ., Basiliscinés ; Cham ., Chaméléonidés ; 7g., Iguanidés
malgaches ; Iguan ., Iguaninés ; Scélop., Scéloporinés ; Trop., Tropidurinés.
A, type d’innervation A ; Acr, dents acrodontes ; B, type d’innervation B ; L, type d’innervation
L ; P , présence de pores ; PI, dents pleurodontes.
CONTRIBUTION À LA CONNAISSANCE DE L’HISTOIRE DES IGUANIDÉS
271
Toujours cst-il qu’en ce qui concerne l’histoire des seuls Iguaniens, ces pores semblent
s’être individualisés sur la frange nord de la nappe au Nouveau Monde et que très tôt sont
établies des combinaisons variables des caractères considérés. Les isolements géographiques
et génétiques qui ont suivi, à l’origine de coupures importantes et de remaniements, ont
conduit progressivement à la répartition actuelle.
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Achevé d’imprimer le 15 octobre 1972.
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compliqués devront être préparés de façon à pouvoir être clichés comme une figure.
Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
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