BULLETIN
S
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
243
N» 350 JANVIER-FÉVRIER 1976
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : Prs J. Dorst, C. Lévi et R. Laffitte.
Rédacteur général : Dr M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His¬
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum,
36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
Crédit Lyonnais, agence Y-425) ;
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Cuvier, 75005 Paris.
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International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL DLIISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 350, janvier-février 1976, Zoologie 243
Sur quelques Brachiopodes actuels
(océan Atlantique, Méditerranée, Kerguelen)
par Jean-Loup d’Hondt *
Résumé. — Récapitulation des Brachiopodes actuels récoltés depuis 1967 dans l’océan Atlan¬
tique, en Méditerranée et aux îles Kerguelen par un certain nombre d’expéditions océanogra¬
phiques françaises. Description de Gryphus cooperi n. sp. et de Macandrevia americana waldae
subsp. nov.
Zusammenfassung. — Verzeichnis der jetzigen Brachiopoden, die seit 1967 im atlantischen
Ozean, im Mittelmeer, und in der Nâhe von den Inseln Kerguelen wahrend mehreren franzôsischen
oceanographischen Unternehmungen gesammelt wurden. Beschreibung von Gryphus cooperi n. sp.
und Macandrevia americana waldae subsp. nov.
Abstract. — Récapitulation of the recent Bracbiopoda collected since 1967 in the Atlantic
Océan, in the Mediterranean Sea and near the Kerguelen Islands by a number of océanographie
french expéditions. Description of Gryphus cooperi n. sp. and Macandrevia americana waldae
subsp. nov.
Lin certain nombre de missions récentes et de campagnes océanographiques françaises
ont permis de réunir plusieurs collections de Brachiopodes actuels, provenant respecti¬
vement de l’océan Atlantique, de la mer Méditerranée et de l’océan Indien (Kerguelen),
sous des latitudes variées et dans des fonds étagés de la zone intercotidale jusqu’aux abysses.
Ce travail constituera une synthèse des données provenant de l’étude de ce matériel.
Les provenances des diverses collections étudiées sont les suivantes :
1 — Campagnes d’Essais du « Jean-Charcot » (décembre 1968) : golfe de Gascogne. Cote de classe¬
ment dans les collections du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris : BRA-CJC.
2 — Campagne de la « Thalassa » (1967-1973) : golfe de Gascogne. Cotes : campagnes 1967 :
BRA-THA; 1968 : BRA-THB ; 1970 : BRA-THC ; 1971 : BRA-THD ; 1973 : BRA-THF.
3 — Campagne Biogas I (août 1972) : golfe de Gascogne. Cote : BRA-BIO.
4 — Campagnes Polymède I (mai-juin 1971) et Polymède II (juin 1972) du « Jean-Charcot » :
Méditerranée occidentale. Cotes respectives : BRA-POA et BRA-POB.
5 — Campagne Walda du « Jean-Charcot » (1971) : Atlantique ouest-africain ; essentiellement
le golfe de Guinée. Cote : BRA-WAL.
6 — Missions organisées par le Territoire des Terres australes et antarctiques françaises à bord
de « La Japonaise » aux îles Kerguelen durant les campagnes d’été de 1972 (cote BRA-KEA)
et de 1974 (cote : BRA-KEB). Récoltes de A. Guille et D. Desbhuyères.
7 — Mission du Pr Th. Monod (1967) sur le littoral ouest-africain. Cote : BRA-TMO.
8 — Mission de P. Bouchet (1973) sur le littoral du Sénégal. Cote : BRA-PBO.
* Muséum national d’Histoire naturelle, Laboratoire de Biologie des Invertébrés marins et Malacologie,
57, rue Cuvier, 75005 Paris, France.
350 , 1
2
JEAN-LOUP D’HONDT
Nous adressons nos plus sincères remerciements au Dr A. G. Coopf.r du National Muséum
of Natural History, Smithsonian Institution de Washington, qui a bien voulu lire notre manus¬
crit et nous en faire la critique.
L’importance de ces collections est numériquement très inégale. Aussi l’ensemble
du matériel a-t-il été étudié suivant un ordre de systématique zoologique et non pas en
fonction de son origine géographique ou par campagne.
Liste systématique des espèces étudiées et stations de récolte
La fréquence des récoltes de plusieurs des espèces étudiées ici est telle que nous esti¬
mons inutile de donner le détail des stations où elles ont été collectées ou draguées. Nous
ne préciserons le numéro et les coordonnées de ces stations que dans le cas des espèces
les plus intéressantes, ou récoltées accidentellement.
Phylum BRACHIOPODA Duméril, 1806
Classe Articulata Huxley, 1869
Ordre Rhynchonellida Kiihn, 1949
Super-famille Rhynchonellacea Gray, 1848
Famille Frielleidae Cooper, 1959
Hispanirhynchia cornea (Fischer, 1886)
THF, 3 stations (Z. 400, Z. 409, Z. 452). Profondeur : 1 035-1 470 m. Golfe de
Gascogne.
Ordre Terebratulida Waagen, 1883
Sous-ordre Terebratellina Muir-Wood, 1955
Super-famille Terebratellacea King, 1850
Famille Dallinidae Beecher, 1893
Dallina septigera (Lovén, 1846)
CJC, 1 station (26) ; THA, 1 station (T. 474) ; THB, 1 station (U. 862) ; THC,
10 stations ; THD, 8 stations ; THF, 14 stations ; BIO, 1 station (DS 04). Pro¬
fondeur : 440-1 910 m. Golfe de Gascogne.
Famille Macandreviidae Cooper, 1973
Macandrevia cranium (Millier, 1776)
THA, 6 stations ; THB, 1 station (U. U62) ; THC, 7 stations ; THD, 4 stations ;
THF, 19 stations; BIO, 1 station (DS 05). Profondeur : 330-2 070 m. Golfe de
Gascogne.
Macandrevia americcina Dali, 1895, subsp. waldae subsp. nov.
WAL, 3 stations ; Atlantique Ouest-Africain : Station 17, CY 12, 3 975 m de pro¬
fondeur, 14°31,8' S et 9°46' W. Station 37, CW 02, 3 694 m de profondeur, 2°49,1' N
et 4°24,9' E. Station 38, CW 03, 3 225 m de profondeur, 3°59' N et 3°42,9' E.
Famille Terebratellidae King, 1850
Terebratella enzenspergeri Blochmann, 1906
KEA, 15 stations (golfe du Morbihan) ; KEB, 6 stations (golfes des Baleiniers
et du Morbihan). Profondeur : 18-41 m. Kerguelen.
Famille Kraussinidae Dali, 1870
Megerlia truncata Linné, 1767
THA, 9 stations ; THC, 27 stations ; THD, 32 stations ; THF, 11 stations. Pro¬
fondeur : 141-1 080 m. Golfe de Gascogne.
Famille Megathyridae Dali, 1870
SUR QUELQUES BRACHIOPODES ACTUELS
3
Megathyris decollata (Chemnitz, 1785)
POB, 1 station (70) par 84 m de profondeur ; 36°31,3' N et 02°50,3' W. Médi¬
terranée.
Sous-ordre Terebratulidina Waagen, 1883
Super-famille Terebratulacea (Gray, 1840)
Famille Terebratulidae Gray, 1840
Terebratulina retusa (Linné, 1758) (= T. caputserpentis Linné, 1767)
THA, 11 stations ; THB, 1 station ; T1IC, 19 stations ; THD, 13 stations ; THF,
14 stations. Profondeur : 176-1 150 m. Golfe de Gascogne.
Famille Dyscoliidae Fischer et Oehlert, 1891
Dyscolia wyvillei (Davidson, 1878)
THC, 1 station (W. 407) par 960-1 200 m ; 43°54,2' N et 06°06,5' W. Golfe de
Gascogne.
Famille Cancellothyrididae Thomson, 1926
Gryphus sphenoideus (Philippi, 1844)
THA, 2 stations ; THB, 1 station ; THC, 6 stations ; THD, 6 stations ; THF,
1 station ? Profondeur : 300-1 080 m. Golfe de Gascogne.
Gryphus vitreus (Born, 1778)
POB, 2 stations ; THA, 1 station ; THB, 2 stations ; THC, 3 stations, THD, 3 sta¬
tions. Profondeur : 235-1 100 m. Méditerranée, golfe de Gascogne.
Gryphus cooperi n. sp.
THA, 1 station (T. 503 ; 490 m ; 44°00,7' N et 07°06,9' W) ; TIIC, 2 stations
(W. 444 ; 452 à 580 ; 44°10,5' N et 08°38,5' W. W. 388 : 750-850 m ; 44°04,5'N
et 04°28,3' W) ; THD, 2 stations (X. 349 : 570 à 615 m ; 44»07' N et 04°43,8'W.
X. 374 : 582 à 570 m ; 44°07,2' N et 04°43,0' W). Golfe de Gascogne.
Classe Inarticulata Huxley, 1869
Ordre Acrotetida Kühn, 1949
Sous-ordre Acrotetidina Kühn, 1949
Super-famille Discinacea Gray, 1840
Famille Discinidae Gray, 1840
Discinisca lamellosa (Broderip, 1833)
TMO : Walwis Bay. Zone intercotidale.
Ordre Neotremata (Beecher, 1891)
Sous-ordre Craniidina Waagen, 1885
Super-famille Craniacea Menke, 1828
Famille Craniidae Menke, 1828
Crania kermes (Da Costa et Ilumphrey, 1770) (= C. anomala Millier, 1776, var . turhi-
nata Poli, 1795)
THA, 1 station (T. 453 : 344 à 354 m ; 47°57,3' N et 07°51,0' W) ; THF, 2 sta¬
tions (Z. 397 : 511 m ; 47°33,8' N et 07°12,6' W. Z. 399, 825 m ; 47°34,8' N et
07°18,1' W). Golfe de Gascogne.
Crania sp. aff. C. huttoni Thomson, 1916
PBO, « Le Virage » (plage de Dakar, près de l'aéroport), dans la zone intercotidale.
Remarques sur quelques espèces
Plusieurs espèces étudiées sont bien connues et elles font partie de la faune de l’Atlan¬
tique Nord : « Caudan » (Locart, 1896), « Travailleur » et « Talisman » (Fischer et Oehlert,
1892 a), « Hirondelle » et « Princesse Alice » (Fischer et Oehlert, 1890 et 1892 b ; Joubin,
1907), campagne Noratlante du « Jean-Charcot » (d’Hondt, 1973) ; les espèces récoltées
aux cours de ces diverses expéditions et missions, ainsi que lors des campagnes récentes,
sont récapitulées dans le tableau f.
4
JEAN-LOUP d’hONDT
Nos remarques concerneront quelques espèces intéressantes : Macandrevia americana
Dali, 1895, subsp. waldae subsp. nov., Gryphus cooperi n. sp., Discinisca lamellosa (Brode-
rip, 1833) et Cranin sp. aff. C. huttoni Thomson, 1916.
Macandrevia americana Dali, 1859, subsp. waldae subsp. nov.
(Fig. 1)
Bibliographie fondamentale sur M. americana (forme typique) : Dall, 1895 : 721 ; Dall, 1908 :
444-445 ; Jackson, 1912 : 382-383 ; Thomson, 1918 : 40-41 ; Dall, 1920 : 356-357 ; Hertlein
et Grant, 1944 : 154-156 ; Coopf.r, 1973 b : 23-24.
Diagnose
Macandrevia americana dont la valve ventrale, plus arrondie que chez la forme typique, pos¬
sède un crochet saillant. La bandelette transversale du brachidium ne présente pas d’apophyses ;
vue de face, la suture intervalvaire est sinueuse et présente une portion rectiligne centrale, sensi¬
blement égale au tiers de la largeur de la coquille.
Description
La coquille est pentagonale vue de dessus et sa largeur maximale est à peine plus réduite
que la longueur : pour le plus grand des individus étudiés, la longueur est de 29 mm et la
largeur de 26,5 mm ; pour plusieurs exemplaires de 27 mm de long, la largeur est constam¬
ment de 24 mm et la longueur totale du brachidium varie de 18 à 19 mm ; pour le plus
petit des individus dragués, la longueur est de 16 mm, la largeur de 15 mm et la longueur
du brachidium de 9 mm ; la taille du brachidium semble donc augmenter plus rapidement,
au cours de la croissance, que les dimensions externes de la coquille. La coquille est plus
ou moins largement tronquée à l’arrière suivant les individus.
Les exemplaires dragués au cours de la campagne Walda correspondent parfaitement
à la description de la forme habituelle de Macandrevia americana ; ils ne s’en différencient
que par trois caractères, dont les photographies publiées par Cooper (1973 b) permettent
d’apprécier l’importance :
1 — La morphologie du crochet. Le crochet est plus saillant que chez la forme typique
et son arc de cercle (vu de profil) avec la valve qu’il prolonge a un rayon de courbure plus
réduit.
2 — La forme générale et les proportions des diverses parties de l’appareil brachial.
Le squelette brachial de M. americana subsp. waldae ne se distingue de celui de la forme
typique que par l’absence des deux apophyses figurées par Cooper, et sur l’existence des¬
quelles cet auteur insiste dans sa description ; ces apophyses sont portées, chez la forme
typique, par les angles latéraux de la bandelette transversale reliant les crura. Chez M. ame¬
ricana subsp. waldae, les crura sont plus minces chez les plus grands individus, et la photogra¬
phie de Cooper correspond certainement à celle d’un individu déjà âgé. Une autre espèce, diffé¬
rente par ailleurs, Notorygmia abyssa Cooper, 1972, présente aussi un brachidium ressem¬
blant à celui de M. americana waldae.
3 — La ligne de suture des valves. La coquille étant vue de face, la ligne de suture
des valves présente la même sinuosité chez tous les individus, juvéniles ou âgés ; elle est
caractérisée par une flexure marquée en direction de la valve inférieure. Cette inflexion,
très peu accentuée chez la forme typique, est nettement plus prononcée chez l’espèce voi-
SUR QUELQUES BRACHIOPODES ACTUELS
5
Fig. 1. — Macandrevia americana subsp. waldae , subsp. nov. Échelle : 5 mm.
A, Valve dorsale (vue de dessus) ; B, brachidium en place, coquille ouverte ; C, coquille vue de profil
(valve dorsale vers le bas) ; D, coquille vue de face (valve dorsale vers le haut).
sine, M. diamantina Dali, 1895 ; elle est régulièrement arrondie dans les deux cas. Chez
M. americana subsp. waldae, la suture présente une portion rectiligne, sensiblement égale
au tiers de la largeur de la coquille, dans sa partie centrale. M. diamantina, espèce abyssale,
se différencie de M. americana par une forme générale plus losangique, un brachidium plus
petit et également de forme différente ^branches remontantes plus écartées et plus courtes)
et une taille presque deux fois plus réduite (15-17 mm). Vue de profil, la courbe de la suture
est aussi peu marquée chez M. americana subsp. waldae que chez la forme typique.
Chez les jeunes individus, la bandelette transversale du brachidium est courte et forme
une boucle régulièrement arrondie, alors qu’elle comporte une partie centrale rectiligne
chez les spécimens plus âgés.
6
JEAN-LOUP d’hONDT
La forme typique de M. americana est signalée de la côte pacifique américaine, du
golfe de Panama au Chili ; elle se rencontre sur les fonds du talus continental et dans les
abysses (3 043 m dans le golfe de Panama). La sous-espèce récoltée par le « Jean-Charcot »
n’a été trouvée que sur les fonds abyssaux (3 225-3 975 m).
Hertlein et Grant (1944) ont publié des photographies de M. americana var. diegen-
sis, rapidement décrite par Dall (1920) de la côte californienne. Cette forme est très peu
différente de la forme typique : la coquille est plus élargie à la partie antérieure, plus lenti¬
culaire, mais demeure très différente de la nouvelle sous-espèce, M. americana subsp. waldae.
Gryphus cooperi n. sp.
(Fig. 2)
Diagnose
Gryphus à coquille pentagonale de petite taille (14 mm de longueur pour 12 mm de largeur),
au braehidium court, à bande transversale concave vers l’intérieur de la coquille.
Description
La coquille, de couleur jaune pâle, est de forme intermédiaire entre celles figurées
(pi. 1) par Davidson (1886) pour les espèces G. arcticus et G. affinis ( = G. vitreus var.
minor ). Elle est pentagonale, moins bombée que chez chacune de ces deux espèces, et plus
ou moins tronquée à sa partie antérieure comme chez C. vitreus minor (elle est plus arrondie
chez G. arcticus) ; mais elle présente un crochet absolument identique (saillie ; rayon de
courbure) à celui de G. arcticus. La coquille, qui mesure de 12 à 14 mm de long, est aussi
longue ou très légèrement plus longue que large (12 mm de largeur pour une coquille de
14 mm de longueur) ; son épaisseur varie de 7 à 8 mm ; le point de largeur maximale se
situe sensiblement à mi-longueur (entre 7 et 8 mm en partant du crochet dans le cas d’un
exemplaire de 14 mm, entre 6 et 7 mm chez un individu de 12 mm). Les valves sont lisses,
uniquement marquées de stries d’accroissement. Le foramen est large de 1,5 mm et long
de 1,2 à 1,4 mm ; la région deltidiale (symphytum) est très réduite. Pour un exemplaire
de 14 mm, le braehidium mesure 3 mm de long et 2,3 mm de large ; les apophyses crurales
sont situées à mi-longueur ; contrairement à la plupart des Gryphus chez lesquels la branche
transversale du braehidium est convexe, dirigée vers l’intérieur de la boucle brachidiale,
elle est concave chez G. cooperi.
Discussion
Cette forme est caractérisée par la morphologie de son braehidium, court et propor¬
tionnellement très élargi et dont la branche transversale est arrondie et concave comme
chez les Terebratulacea du genre Eucalathis. La brièveté de ce braehidium, sa courbure
en une boucle simple et l’ornementation très réduite de la coquille ne laissent cependant
planer aucun doute sur sa classification dans le genre Gryphus.
Actuellement, deux espèces de Gryphus présentent un braehidium concave et plus
étroit dans les deux cas que chez C. cooperi : C. africanus Cooper, 1973 a (chez les formes
juvéniles) et G. indianensis Cooper, 1973 a (chez tous les stades). Ces deux espèces ont une
coquille plus étroite et plus triangulaire ; les apophyses crurales sont situées peu avant la
SUR QUELQUES BRACHIOPODES ACTUELS
7
Fig. 2. — Gryphus cooperi n. sp. Échelles : a, b, c, d : 5 mm ; e : 1 mm.
a, Valve dorsale (vue de dessus) ; b, brachidium en place, coquille ouverte; c, coquille vue de profil (valve
dorsale vers le haut) ; d, coquille vue de face (valve dorsale vers le haut) ; e, brachidium.
branche transversale du brachidium. Elles ont, comme l’espèce de la « Thalassa », une
coquille sensiblement lisse, uniquement marquée de stries d’accroissement. La forme de
la coquille, l’étroitesse du brachidium et la position des apophyses crurales ne permettent
pas de rattacher l’espèce nord-atlantique à l’une de ces deux espèces de l’océan Indien,
qui sont par ailleurs de plus petite taille qu’elle (6,5 X 4,7 mm chez G. africanus ; 11,3 X
8,7 mm chez G. indianensis).
Les coquilles de deux espèces, G. affinis Calcara, 1845 = G. vitreus (Born, 1778) var.
minor Davidson, 1886 (non Philippi, 1836, selon Cooper, 1973 b), et G. arcticus (Friele,
8
JEAN-LOUP D HONDT
1877) sont morphologiquement proches de celle de G. cooperi. G. affîiiis, draguée dans la
région du Cap et dont le hrachidium n’a pas été figuré par Davidson, serait selon Helmcke
(1940) à mettre en synonymie avec G. agulhasensis Helmcke, 1938 ; G. agulhasensis, espèce
antarctique et subantarctique, présente un hrachidium étroit et non concave, contraire¬
ment à celui de G. cooperi, et une coquille plus piriforme que chez ce dernier. G. arcticus
appartient à la faune de l’Atlantique Nord ; elle présente aussi un hrachidium non concave,
selon Davidson (1886), Eichler (1911) et Thompson (1918). Ces deux espèces sont sensi¬
blement de même taille que G. cooperi ; celui-ci, dont le hrachidium est concave, ne semble
donc pas pouvoir en être considéré comme un stade juvénile.
Fig. 3. — Discinisca larnellosa (Broderip). Échelle : 5 mm.
Coquille vue par la face ventrale, et portant des individus juvéniles.
Discinisca larnellosa (Broderip, 1835)
(Fig- 3)
Broderip, 1835 : 142 ; Davidson, 1886 : 197-200 ; Dall, 1920 : 275 ; Stiasny. 1933 : 129-148 ;
Hertlein et Grant, 1944 : 32-35.
9
SUR QUELQUES BRACHIOPODES ACTUELS
Cette espèce a été récoltée à la côte, le 30.V 1.1967, entre Walvis Bay et Swakopmund
(Sud-Ouest-Africain) par le Pr Th. Monod. L’importante collection ainsi réunie est consti¬
tuée par de nombreux individus de tailles très variables, fixés les uns sur les autres par
l’intermédiaire de leurs pédoncules.
La compilation de Dall (1920), tout en redéfinissant les particularités spécifiques
de D. lamellosa par rapport à celles de l’espèce voisine, D. laevis, rectifie d'anciennes erreurs
de détermination et donne la liste des localités connues. Toutes les stations alors réperto¬
riées s’étendent le long des côtes du Pérou et du Chili et l’espèce paraîtrait donc spéci¬
fique du Pacifique oriental ; Stiasny (1933) signale sa présence dans les collections du
Musée de Leiden sous la référence : « Cab. Dalen, Mer du Sud. Ex. Marguier ». Les échan¬
tillons recueillis par le Pr Monod étendent la dispersion de cette espèce à l’Atlantique
sud-occidental et sont identiques à ceux de la collection Fischer et Oehlert conservée
au Muséum national d’IIistoire naturelle de Paris (« Callao, Pérou »).
Zezina (1970), dans un travail général sur la répartition des Brachiopodes actuels,
signale la présence du genre Discinisca sur les côtes atlantique et pacifique américaines
et le long des côtes asiatiques de l’océan Indien et de l’océan Pacifique, et mentionne son
absence le long du continent africain ; la présente récolte comble donc une lacune h
Crania afî. C. huttoni Thomson, 1916
(Fig. 4)
Matériel étudié
Deux valves supérieures, provenant chacune d’un individu étroitement solidaire du
rocher sur lequel ils ont été récoltés in vivo, dans la zone intercotidale.
Description
Les valves, de couleur brun orangé, sont épaisses, très calcifiées et dépourvues de
granulations, intérieurement comme extérieurement. Presque rectangulaires, elles présentent
des angles arrondis ; le côté est un peu convexe vers l’extérieur. L’aspect des deux valves
étudiées n’est pas identique, sans doute sous l’effet d’une érosion plus intense de l'une
d’entre elles ; l’une (valve 1) est conique et son sommet, décalé vers barrière, est situé
au 3/4 de la longueur ; la seconde (valve 2) est plus aplatie, son apex est peu saillant et
perforé à sa partie centrale (relativement usée) ; cet apex est situé vers les 4/5 de la lon¬
gueur de la coquille. Extérieurement, les deux valves présentent des stries d’accroissement,
concentriques au sommet. De ce dernier partent, chez la coquille la moins usée (valve 1), des
stries radiaires, fines et serrées, au nombre de 40-45, délimitant autant de côtes et qui se
prolongent sur presque toute la valve.
L’intérieur de chaque valve est lisse et de couleur brun orangé comme la face externe.
Les impressions musculaires sont soulignées par la présence, à leur niveau, de plaques
1. Toutefois, la famille Discinidae est représentée le long des côtes libériennes par Discina striata
Schumacher, 1817, à la valve supérieure conique, convexe, à apex central, à orifice pédonculaire étroit
et réduit, à valves épaisses et à striation radiaire. D. lamellosa est aplatie, à apex décalé vers l’arrière, à
orifice pédonculaire large et de grande taille, à striation circulaire, et aux valves fines et de structure papy-
racée.
10
JEAN-LOUP d’hONDT
Fig. 4. — Crama sp. afï. C. huttoni. Échelle : 5 mm.
a, valve 1 (extérieur) ; b, valve 1 (intérieur) ; c, valve 2 (extérieur) ; d, valve 2 (intérieur).
blanchâtres de calcaire. Les impressions des adducteurs postérieurs sont presque au contact
interne des angles postérieurs ; elles sont allongées, mais inégalement suivant les échantil¬
lons. Les impressions des adducteurs antérieurs sont sensiblement situées au niveau de la
mi-longueur de la valve ; elles sont en forme de croissant. L’implantation musculaire impaire
axiale, comprise entre les insertions des adducteurs antérieurs et postérieurs est fusiforme
et plus large à l’avant ; aplatie chez la valve 1, elle forme un « pied de biche » saillant à
l’intérieur de la valve 2, dans le prolongement de la perforation apicale de la coquille (réac¬
tion de défense de l’animal à la lésion de la valve ?) ; cette valve 2 est recouverte de dépôts
calcaires, plus larges et plus épais au niveau des implantations musculaires que chez la
valve 1.
SUR QUELQUES BRACHIOPODES ACTUELS
11
Longueur
Largeur
Hauteur
Dimensions
Valve supérieure 1
11,5 mm
11 mm
4 mm
Valve supérieure 2
13,5 mm
11 mm
4 mm
Di SCUSSION
Parmi les diverses espèces actuelles décrites dans le genre Crania, trois seulement
montrent une striation radiaire externe de la valve supérieure :
1. C. suessei Reeve, 1855, présente, comme l’espèce étudiée ici, une coquille de cette
couleur orangée très rare chez les Crania. Mais les contours de la valve supérieure sont
orbiculaires chez C. suessei, alors qu’ils sont presque carrés chez la forme de Dakar. Chez
cette dernière, l’apex de la coquille est moins saillant et non situé en position centrale
comme chez C. suessei ; chez celle-ci, les carènes sont moins nombreuses et moins serrées.
2. C. patagonica Dali, 1902, présente une disposition différente des insertions mus¬
culaires, et sa valve supérieure possède de courts tubercules simulant des épines, absents
chez la forme de Dakar.
Tableau I. — Récapitulation des Brachiopodes
signalés du golfe de Gascogne.
Espèces
Campagnes
1
2
3
4
5
s
Crania kermes
+
+
+
+
+
Pelagodiscus atlanticus
+
Hispanirhynchia cornea
+
+
Terebratulina retusa
+
+
+
+
+
Terebratulina septentrionahs
+
Macandrevia cranium
+
+
+
+
+
Dallina septigera
+
+
+
+
+
Gryphus vitreus
+
+
+
+
Gryphus sphenoideus
+
+
+
Gryphus cooperi
+
Dyscolia wyvillei
+
+
+
+
Eucalathis tuberata
+
Eucalathis ergastica
+
Platidia davidsoni
+
+
+
Platidia anomioides
+
Megerlia truncata
+
+
+
+
Megerlia monstruosa
+
Megathyris decollata
+
1 : « Caudan » ; 2 : navires
du Prince Albert de Monace
. ; 3 :
« Travailleur
» et
« Talisman » ;
4 : dra-
gages dans la fosse de Cap-Breton ; 5 : campagne Noratlante du « Jean-Charcot » ; 6 : campagnes de la
« Thalassa » ; campagnes d’essai et Biogas du « Jean-Charcot ».
12
JEAN-LOUP D’HONDT
3. C. huttoni Thomson, 1916, présente une valve supérieure qui, vue de dessus, est
absolument identique à celle de l’animal de Dakar ; ses contours, sa taille, la région apicale,
la longueur, la finesse et le nombre des crêtes radiaires se correspondent parfaitement chez
les deux formes. La couleur de C. huttoni , variable, est le plus souvent « light brown » (Thom¬
son). Chez C. huttoni, et contrairement à la forme sénégalaise, les impressions des adducteurs
antérieurs sont plus étendues que celles des adducteurs postérieurs (qui ne sont pas cir¬
culaires) ; le muscle impair axial ne laisserait aucune trace sur la coquille. Mais ces diffé¬
rences ne nous paraissent pas fondamentales, et il n’est pas impossible que l’étude d’un
matériel plus abondant permette de considérer les échantillons africains comme une « forme »
de Crania huttoni. Cooper (in litt.) ne pense pas qu’il puisse exactement s’agir de la même
espèce.
C. huttoni n’a jusqu’à présent été signalée que des côtes de la Nouvelle-Zélande, donc
dans un bassin océanique et sous une latitude très différents de la région de Dakar.
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Manuscrit déposé le 18 mars 1975.
Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 350, janv.-févr. 1976,
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Achevé d’imprimer le 30 avril 1976.
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Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304
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