BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
258
N" 370 MARS-AVRIL 1976
BULLETIN
du
MUSEUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : Prs J. Dorst, C. Lévi et R. Laffitte.
Rédacteur général : Dr M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His¬
toire naturelle, 38, rue Geofîroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum,
36, rue Geofîroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
Crédit Lyonnais, agence Y-425) ;
— pour tout ce qui concerne la rédaction, au Secrétariat du Bulletin, 57, rue
Cuvier, 75005 Paris.
Abonnements pour l’année 1976
Abonnement général : France, 530 F ; Étranger, 580 F.
Zoologie : France, 410 F ; Étranger, 450 F.
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Écologie généralb : France, 70 F ; Étranger, 80 F.
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International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 370, mars-avril 1976, Zoologie 258
Une intéressante collection
de Néréidiens (Annélides Polychètes)
des côtes marocaines du détroit de Gibraltar.
Nereis moroecensis , espèce nouvelle pour la Science
par Louis Amoureux *
Résumé. Analyse d’une collection de plus de 700 Néréidiens provenant des zones maro¬
caines du détroit de Gibraltar ou des régions voisines de l’Atlantique et de la Méditerranée. On y
recense des espèces courantes, mais aussi des individus de formes « hybrides » et un ensemble très
homogène de plus de 100 spécimens d’une espèce nouvelle, Nereis moroecensis , à partir duquel
on donne la diagnose et quelques détails concernant la croissance et la biologie.
Abstract. — llere is an analysis of more tban 700 Nereidae (Annelida Polychaeta) from
Morocco coasts, near Tanger and Ceuta. Many of those Nereids are well-known, some others
are uncertain, perliaps « hybrids », and a new species, with more than 100 specimens, is described,
Nereis moroecensis, with diagnosis and some notations about his growth and biology.
Le présent article analyse un stock de 716 Néréidiens (Annélides Polychètes Errantes)
recueillis lors de croisières patronnées par le Mediterranean Marine Sorting Center de Khered-
dine (Tunisie), en juin et juillet 1969, sur les côtes marocaines du détroit de Gibraltar et,
de part et d’autre de ce détroit, dans l’Atlantique ou la Méditerranée. Ces Néréidiens se
répartissent entre 16 ou 17 espèces, la plupart courantes et déjà bien connues de ces régions ;
quelques exemplaires ont cependant une position systématique plus énigmatique; 119
enfin, très semblables entre eux, sont à classer dans une espèce de Nereis nouvelle pour
la Science.
Indications sommaires sur les stations
Les diverses indications relevées sur les étiquettes des 150 bocaux d’Annélides qui
nous ont été envoyés précisent la longitude, la latitude, le mode de capture (dragage ou
plongée, un chalutage) et la profondeur des points de prélèvements. Nous avons ainsi pu
répartir les vers et donner sommairement la carte des diverses stations prospectées (fig. 1).
Nous avons noté sur cette carte les stations plus profondes (de plus de 50 m jusqu’à 400 m)
à l’aide de croix, tandis que les autres sont figurées par de simples points. Six secteurs diffé¬
rents ont été prospectés. Ils se situent comme suit, d’est en ouest :
* Laboratoire de Zoologie, Université Catholique, B.R. 858, 49005 Angers Cedex.
370, 1
338
LOUIS AMOUREUX
Fig. 1. — Côtes marocaines du détroit de Gibraltar.
N : cap Negro ; C : Ceuta ; T : Tanger ; S : cap Spartel ; L : Larache. Les -j- correspondent aux stations à
plus de 50 m ; les points, aux stations moins profondes.
Stations du cap Negro : st. 1 à 9, les quatre premières s’échelonnant de 400 à 50 m, les
autres moins profondes. Toutes sur fonds rocheux.
Station profonde au nord-ouest de Ceuta, rive sud du détroit : st. 10, entre 200 et 300 m,
dragage sur fond rocheux.
Stations entre Ceuta et Tanger : st. 11 à 17. Cinq s’échelonnent entre les profondeurs de
90 et 350 m.
Stations au nord de Tanger : st. 18 à 34. Trois sont profondes, la station 20 à 160 m, les
stations 21-22 à près de 400 m.
Stations situées au voisinage du cap Spartel : st. 35 à 71. Les cinq premières se situent sur
le méridien Ouest, 5° 54', avec des profondeurs échelonnées entre 400 et 50 m ; les
autres correspondent à des prélèvements en plongées peu profondes, de moins de 8 m
à la surface.
Stations les plus occidentales : st. 72 à 89 à des profondeurs comprises entre 40-50 et 400 m.
Presque toutes sont indiquées comme stations sur des substrats rocheux.
Liste des espèces
1. Leptonereis glauca (Claparède, 1870).
2. Neanthes caudata (delle Chiaje, 1828).
3. Nereis irrorata (Malmgren, 1868).
4. Nereis falsa Quatrefages, 1865.
NÉRÉIDIENS DES CÔTES MAROCAINES DU DETROIT DE GIBRALTAR
339
5. Nereis falsa x zonata.
6. Nereis zonata x rava.
7. Nereis ? kerguelensis Mc Intosh, 1885.
8. Nereis moroccensi.s n. sp.
9. Ceratonereis costae (Grube, 1840).
10. Ceratonereis ? hircinicola (Eisig, 1870).
11. Ceratonereis sp.
12. Perinereis cultrifera Grube, 1840.
13. Perinereis macropus (Claparède, 1870).
14. Perinereis marionii (Audouin & Milne-Edwards, 1833).
15. Perinereis oliveirae (Horst, 1889).
16. Platynereis dumerïlii (Audouin & Milne-Edwards, 1833).
17. Platynereis ? coccinea (delle Chiaje, 1841).
Notes morphologiques et écologiques sur les espèces
1. Leptonereis glauca (Claparède, 1870)
47 individus, en provenance des six groupes de stations indiquées. Ils mesurent de
4 à 18 mm et se répartissent comme suit, selon les niveaux de profondeur : 6 entre 0 et
20 m ; 31 entre 21 et 50 m ; 6 de 90 à 200 m et 4 entre 200 et 400 m (st. 10 et 35).
Leur morphologie est en plein accord avec la diagnose de la Faune de France de Fauvel,
tant en ce qui concerne l’absence totale de paragnathes que pour la longueur très réduite
des cirres tentaculaires. Près d’un tiers de ces Leptonereis présentent un commencement
d’épitoquie marquée par la dilatation des yeux ; 8 sont pleinement épitoques et ont, en plus
de leurs yeux dilatés, des lamelles parapodiales natatoires et des soies en palettes. Sur deux
exemplaires mâles nous avons pu observer les soies simples postérieures assez épaisses et
en forme de crocs incurvés sur les pieds qui suivent la zone épitoque.
2. Neanthes caudata (delle Chiaje, 1828)
Un seul exemplaire, entier, de 20 mm, en provenance de la station 31 à 24 m de profon¬
deur.
3. Nereis irrorata (Malmgren, 1868)
Un seul individu, de la station 41 (cap Spartel), aux yeux très dilatés. II n’a pas de
serpes homogomphes dorsales aux pieds postérieurs et présente trois languettes dorsales
aux pieds antérieurs. Les cirres tentaculaires postérieurs atteignent le 8 e sétigère et les
paragnathes se distribuent en accord avec la diagnose de la Faune de France (1923 : 341).
4. Nereis falsa Quatrefages, 1865 ( sensu Fauvel, 1923)
La diagnose de Quatrefages est très imprécise. Il en est tout autrement de celle donnée
par Fauvel (1923 : 337-338). Cette dernière exclut toute synonymie entre N. falsa ainsi
comprise et N. diversicolor (O. F. Muller, 1776), comme La justement remarqué J. H. Day
(1962 : 639) et reconnu implicitement O. Hartman dans son supplément au Catalogue
Mondial (1965 : 37).
Nous avons ici 73 individus, tronqués ou entiers, de 8 à 25 mm de longueur, qui appar-
340
LOUIS AMOUREUX
tiennent très certainement à cette espèce. Tous proviennent de stations du cap Spartel
(st. 40 à 70), de niveaux compris entre la surface et 4 m de profondeur. Ils ont l’armature
typicfue de paragnathes que leur attribue Fauvel et que nous reproduisons ici (fîg. 2 F),
avec comme seule variante notable au champ VI la présence de trois paragnathes seulement
au lieu de quatre, sur quelques exemplaires.
Fig. 2. — Distribution des paragnathes à la face, dorsale (au-dessus) et à la face ven trale (en dessous)
dans les trois Nereis : N. falsa (F), N. rava (R) et N. zonata (Z).
Sur ces 73 individus, un certain nombre est déjà en commencement d’épitoquie comme
l’attestent leurs yeux dilatés ; quatre sont pleinement épitoques avec yeux dilatés, lamelles
parapodiales et soies natatoires en palettes ; deux sont des femelles avec cirres dorsaux
lisses, les deux autres sont des mâles avec cirres dorsaux nettement crénelés.
A ces 73 Nereis falsa très certains, nous rattachons deux autres individus de même
provenance. Ils diffèrent des précédents par le nombre et la disposition des paragnathes
dans le champ VI : ici, nous trouvons trois paragnathes coniques relativement gros en ligne
transversale suivis de 3-4 plus petits, le tout formant un vague ensemble en ovale. Cette
disposition des trois paragnathes plus gros rappelle celle de N. rava tandis que l’ensemble
en amas évoque plutôt N. zonata, mais tout le reste de l’armature buccale, la forme, la dis¬
position des parapodes et de leurs soies plaident en faveur de N. falsa.
5. Nereis falsa x zonata (fîg. 3)
Nous désignons sous cette appelation, comme nous l’avions déjà fait pour un Néréidien
d’une autre collection (1974 : 444), un individu qui apparaît comme tout à fait intermé¬
diaire entre ces deux espèces. Il est presque entier, de 4 cm de longueur, avec des cirres
tentaculaires très courts, les plus longs atteignant à peine le 3 e sétigère.
NÉRÉIDIENS DES CÔTES MAROCAINES DU DETROIT DE GIBRALTAR
341
Fig. 3. — Nereis falsa x zonata (le la station 73 : parapode postérieur, soies non figurées ;
serpe homogornplic dorsale ; serpe hétérogomphe ventrale.
Les paragnathes, tous coniques, se distribuent comme suit : I : 2 gros en ligne sagittale ;
II : deux lignes obliques ; III : un seul paragnathe ; IY : amas arqués de deux à trois rangs
irréguliers ; V : 0 ; VI : amas circulaires ou ovales de 10-12 assez petits ; VII-VIII : une ligne
de 8-9 paragnathes assez gros suivie de 2 à 3 lignes irrégulières de paragnathes beaucoup
plus nombreux et un peu plus petits. Cette distribution est tout à fait intermédiaire entre
les deux espèces N. falsa et N. zonata ; la serpe homogomphe dorsale que l’on observe aux
pieds postérieurs est nettement de type N. falsa.
Cet exemplaire présente une autre particularité : il est en début d’épitoquie avec des
yeux dilatés, une languette dorsale supérieure extrêmement développée et surmontée d'une
lamelle natatoire (fig. 3). Par ce dernier détail il ressemble beaucoup aux Perinereis
macropus de l’actuelle collection.
6. Nereis zonata x rava (fig. 4)
Trois exemplaires de la collection sont compris sous cette désignation : l’un provient
du cap Negro (st. 9), les deux autres du cap Spartel (st. 56 et 68) ; tous trois sont d’horizons
peu profonds, de 3 ni ou moins.
De Nereis rava ils ont l’armature buccale de paragnathes notamment aux champs VI
de l’anneau maxillaire avec 3 ou 4 paragnathes en ligne transversale et seulement quelques
gros points coniques sur une seule ligne aux champs VII-VIII ventraux. Mais leurs cirres
tentaculaires sont très courts : les plus longs ne se rabattent pas au-delà des 2 e ou 3 e sétigères.
Leurs serpes homogomphes dorsales postérieures sont tout à fait du type attribué à N. zonata
(fig. 4).
342
LOUIS AMOUREUX
Fig. 4. — Nereis zonata x rava : 3 serpes homogomphes dorsales (N.z.). Ceratonereis sp. :
serpe homogomphe dorsale (C. sp.).
Après Pérès, Bellan (1964 : 68) et moi-même (1975) avons déjà signalé
la dilîiculté de séparer ces différentes formes qui ne sont peut-être que des phénotypes divers
d’une même espèce.
7. Nereis cf. kerguelensis Mc Intosh, 1885
Quatre individus, dont l’un est entier, sont attribués, avec hésitation, à cette espèce.
Ils mesurent de 6 à 12 mm ; leurs cirres tentaculaires les plus longs atteignent le 5 e , 7 e
ou même 11 e sétigère. On compte 6-7 dents aux mâchoires ; il n’y a pas de paragnathes
aux champs I et Y, un seul est présent en chaque champ VI et seulement de 2 à 5 en une
seule ligne transversale aux champs ventraux VII-VIII. L’absence de toute serpe
homogomphe dorsale aux pieds postérieurs exclut leur appartenance à l’espèce N. rava
à laquelle ils s’apparentent par les autres détails.
Trois de ces exemplaires proviennent de la région de Tanger (st. 18, 29, 34), le qua¬
trième du cap Spartel (st. 60), à des profondeurs comprises entre 4 et 30 m. L’exemplaire
de la station 18 a les yeux dilatés, témoignage d’une épitoquie débutante.
8. Nereis moroccensis n. sp.
Celte espèce sera analysée plus loin.
9. Ceratonereis costae (Grube, 1840)
22 individus, la plupart tronqués, appartiennent à cette espèce. Ils s’accordent pleine¬
ment avec la diagnose-type : absence totale de paragnathes cornés à l’anneau oral : cirres
tentaculaires courts, atteignant au plus le 4 e ou 5 e sétigère ; parapodes antérieurs à trois
languettes dorsales et parapodes postérieurs dépourvus de serpe homogomphe à la rame
dorsale. Le plus grand mesure 30 mm de longueur ; un très petit exemplaire ne dépasse pas
3 mm ; les autres ont de 6 à 12 mm.
NÉRÉIDIENS DES CÔTES MAROCAINES DU DETROIT DE GIBRALTAR
343
Ils proviennent exclusivement des régions de Tanger et du cap Spartel. de profondeurs
situées entre 0 et 50 m [st. 18, 48, 50, 54, 56 (3), 58 (4), 59, 61 (2), entre 0 et 20 m ; st. 23, 24,
25, 29 (4), 31, entre 20 et 50 m],
10. Ceralonereis cf. hircinicola (Eisig, 1870)
Un exemplaire légèrement tronqué, de 8 mm de longueur. Il est dépourvu de para-
gnathes cornés à l’anneau oral et n’en possède que dans les champs II. III et IV comme les
C. costae ci-dessus ; mais ses parapodes antérieurs n’ont que deux languettes dorsales et
s’accordent fort bien, quant à leur forme générale, avec la diagnose et les dessins de Fauvel
pour l’espèce C. hircinicola. Il n’a pas non plus de serpes homogomphes dorsales ce qui
concorde également avec la diagnose de C. hircinicola. Par contre, les serpes hétérogomphes
ventrales ont un article terminal beaucoup plus allongé qu’on ne l’observe et figure habituelle¬
ment pour cette espèce.
Il provient de la région du cap Spartel (st. 37) d’un fond rocheux à 160 m de profondeur.
11. Ceratonereis sp.
Dix exemplaires demeurent d’attribution spécifique imprécisée : ils appartiennent
certainement au genre Ceratonereis par la présence de paragnathes coniques exclusivement,
et uniquement dans les champs II-III et IV de l’anneau maxillaire. Leurs cirres tentacu¬
laires les plus longs atteignent au mieux le cinquième sétigère. Ces Néréidiens ne possèdent
que deux languettes dorsales aux rames antérieures, comme dans l’espèce C. hircinicola.
Mais ici, même sur les individus tronqués, apparaît plus ou moins tôt à la rame dorsale,
à côté des soies homogomphes en arête, une ou deux soies en serpe homogomphe avec article
terminal très allongé (fig. 4). Ce trait les rapproche de C. mirabilis mais ils n’ont pas le pros-
tomium bilobé ni les longs cirres dorsaux antérieurs de celui-ci.
Ils mesurent de 6 à 14 mm et proviennent des diverses zones prospectées, de profondeurs
très diverses, entre 25 et 350 m [st. 5, 17, 19 (2), 25 (2), 29, 36 (2), 74].
12. Perinereis cultrifera (Grube, 1840)
42 exemplaires, tous des régions de Tanger et du cap Spartel, et de stations peu profondes,
entre la surface et 25 m. Ils mesurent de 6 à 25 mm et sont très typiques. Sept d’entre eux
n’ont qu’un paragnathe au lieu des trois habituels disposés en triangle dans le champ V ;
ils appartiennent ainsi à la variété floridcina (Ehlers, 1868).
Stations : 18, 32 (3), 40 (12), 44 (5), 47 (11), 54 (4), 55, 56, 69 (2), 70.
13. Perinereis macropus (Claparède, 1870)
41 exemplaires ; les plus longs ont près de 3 cm. Tous s’accordent pleinement avec la
diagnose de Fauvel (1923 : 356). Ils proviennent de la zone de balancement des marées ;
cinq d’entre eux, du cap Negro (st. 8), les autres du cap Spartel [st. 42, 43, 44 (24), 45 (10)].
344
LOUIS AMOUREUX
14. Perinereis marionii (Audouin & Milne-Edwards, 1833)
Les six représentants de cette espèce viennent de la zone du cap Spartel [st. 44 (2),
45, 63 (3)]. Le plus long mesure 12 mm. Ils s’apparentent aux P. macropus par leurs para-
podes postérieurs à languette dorsale supérieure hypertrophiée et très allongée. Ils en diffè¬
rent par la présence, à côté de gros paragnathes, d’un abondant semis de paragnathes très
fins.
15. Perinereis oliveirae (Horst, 1889)
Quatre exemplaires de la même station 63, dans la zone des marées, au cap Spartel.
Le plus gros est tronqué et sa partie antérieure, seule présente, mesure 3 cm de longueur.
16. Platynereis dumerilii (Audouin & Milne-Edwards, 1833)
C’est le Néréidien de beaucoup le plus abondant et le plus fréquent dans cette collec¬
tion : 336 individus (46 % des Néréidiens) en 28 stations différentes. Beaucoup sont tronqués ;
les longueurs des individus entiers ou des fragments antérieurs varient entre 2 et 30 mm,
les longueurs les plus habituelles se situant entre 7 et 18 mm. Line vingtaine ont les yeux
dilatés, amorce certaine d’épitoquie plus ou moins avancée : beaucoup, du reste, à l’ouver¬
ture de la trompe, laissaient échapper leurs gamètes, le plus souvent encore en amas plus
ou moins sphériques.
Le nombre et la visibilité des fins paragnathes pectinés des divers champs sont très
variables ; ceci était déjà bien connu. Par contre, il nous semble que, ici, les cirres tentacu¬
laires soient, statistiquement, nettement plus courts qu’à l’ordinaire. Fauvel (1923 : 359)
indique que les plus longs « atteignent le 10-15 e sétigère ». Seuls, une dizaine de nos individus
vérifient ce détail ; pour plus de la moitié, les cirres les plus longs atteignent seulement
les 6 e -8 e sétigères ; les autres sont encore plus courts... et cette longueur des cirres ne semble
pas en corrélation avec la longueur totale.
Tous proviennent de stations de faibles profondeurs, entre 0 et 30 m, à l’exception
de 7 individus de la station 87 à 400 m, selon les indications de l’étiquette.
17. Platynereis cf. coccinea (delle Chiaje, 1841)
Trois petits individus des stations 23, 25, 72, de profondeurs comprises entre 22 et 50 m.
Ils sont rapportés à cette espèce plutôt qu’à la précédente parce que nous n’avons pas observé
de paragnathes en dehors du champ IV.
Nereis moroccensis n. sp.
Diagnose a partir de l’ensemble des 119 individus observés
Corps assez mince, convexe en sa région dorsale antérieure, aplati sur sa face ventrale,
postérieurement effilé et terminé par deux mites divergents ; de 40 à 50 sétigères et de 14
à 18 mm de longueur pour les plus grands exemplaires observés. Antennes dépassant légè¬
rement les palpes, coniques, un peu plus longues que la moitié du prostomium. Palpes très
épais, ovoïdes, avec palpopbores subsphériques. Cirres tentaculaires courts, les trois paires
NÉRÉIDIENS DES CÔTES MAROCAINES DU DÉTROIT DE GIBRALTAR
345
Fig. 5-6. — Nereis moroccensis il. sp. 5 : Région antérieure, face dorsale.
6 : a, armature buccale après ouverture de la trompe invaginée ;
b, armature buccale, face dorsale ; c, face ventrale.
les plus longues subégales dépassant de peu l’extrémité des palpes et des antennes vers
l’avant, atteignant à peine le troisième sétigère vers l’arrière. Prostomium en écusson, à quatre
yeux noirs disposés en rectangle, les yeux postérieurs recouverts par le segment buccal
(%• 5 ).
Mâchoires à 6-7 dents, de couleur jaune pâle sur les petits individus, brune sur les plus
grands. Paragnathes tous coniques, distribués comme l’indique la figure 6(1:0 paragnathe ;
II : amas de 2 rangs obliques ; III : amas ovale assez irrégulier ; IV : amas arqués sur deux
rangs ; V : amas de nombre très variable, nul seulement en quatre individus ; VI : 3 à 5
plus ou moins en ligne transversale ; VII-VIII : 4 à 5 rangs très irréguliers de paragnathes
nombreux et peu inégaux).
Parapodes uniramés aux deux premiers sétigères, biramés ensuite, avec deux acicules
noirs. Rames dorsales à deux languettes subégales, avec cirre dorsal légèrement plus long.
Rames ventrales à mamelon sétigère entre deux lames subégales, l’antérieure arrondie,
la postérieure un peu plus longue et acuminée ; languette inférieure à peu près de même
taille et cirre ventral conique plus court (fig. 7).
Soies : aux pieds antérieurs, soies en arêtes homogomphes exclusivement, aux rames
dorsales ; arêtes homogomphes et serpes hétérogomphes au faisceau supérieur ventral ;
arêtes et serpes hétérogomphes avec article terminal assez court, à extrémité incurvée,
au faisceau inférieur ventral.
346
LOUIS AMOUREUX
8
Fig. 7-8. — Nereis moroccensis n. sp. 7 : Pied antérieur (le 14 e ) et postérieur (le 40 e ) d’un exemplaire adulte.
8 : Pied postérieur d’un exemplaire juvénile (J) et d’un adulte épitoque (E).
A partir des 13-15 e pieds, chez les adultes, à la rame dorsale, les soies en arêtes homo-
gomphes disparaissent. Il ne subsiste à cette rame qu’une, exceptionnellement 2, plus rare¬
ment encore 3 serpes homogomphes à article terminal très spécial (fig. 7 et 9). Chez les indi¬
vidus juvéniles, on observe à cette rame dorsale un passage progressif de la soie en arête
allongée à cette soie spéciale (fig. 9).
Localisation
Les 119 Nereis moroccensis ici décrits ont tous été recueillis en plongées réparties du
17 au 25 juin 1969, à des profondeurs très faibles : niveaux des marées ou encore 2 m, 6 m,
4 à 8 m. Toutes les stations sont données avec une même indication de longitude et de lati¬
tude : 5°55'04" Ouest et 35° 46' 03" Nord ; l’une d’elle (st. 45) est explicitement indiquée :
cap Spartel.
NÉBÉIDIENS DES CÔTES MAROCAINES DU DÉTROIT DE GIBRALTAR
347
Fig. 9. — Nereis moroccensis n. sp. Passage de la soie dorsale en arête homogomphe à la soie homogomphe
dorsale typique. Le nombre porté par chaque soie indique le numéro d’ordre du pied. s.v. : serpe hété-
rogomphe ventrale du même.
L’espèce, à sa découverte, apparaît donc comme une endémique de niveaux super¬
ficiels.
Distribution des tailles, « loi de croissance », épitoquie
Sur les 119 individus, 75 étaient entiers. On a pu y compter exactement le nombre
de sétigères, faire la mesure approximative de la longueur malgré le mauvais état de con¬
servation de certains d’entre eux.
En regroupant ces 75 vers en 13 classes en fonction du nombre de sétigères, depuis
celui qui en compte le moins (10), jusqu’à celui qui en a le plus (47), on aboutit à la distri-
Fig. 10. — Nereis moroccensis n. sp. Répartition en 13 classes, en fonction du nombre de sétigères, des
75 individus entiers. Le chiffre indiqué correspond au nombre d’individus de la classe. Au-dessus, on
indique la longueur moyenne par classe, à l’aide d’une ligne de points.
LOUIS AMOUREUX
3 48
bution du graphique (fig. 10). La taille moyenne pour chaque classe ne peut donner qu’une
indication très approximative de la croissance en longueur, en raison du petit nombre des
individus ; on l’a portée au-dessus du graphique des classes.
Il semblerait, au vu de ce graphique des classes, cju’on soit ici en présence de deux sous-
ensembles distincts d’individus : l’un regroupe les formes juvéniles, l’autre les formes « adul¬
tes » dont un bon nombre présente déjà des signes d’épitoquie mâle... Quelques différences
morphologiques appuient, du reste, cette indication du graphique : sur les « juvéniles »
(10 à 24 sétigères), la languette supérieure dorsale est nettement réduite par rapport à la
languette dorsale inférieure, au point même de disparaître presque complètement sur quel¬
ques vers (fig. 8). Ceci apparente ces individus aux Nereis persica Fauve], 1911, et encore
plus aux Nereis jacksoni Kinberg, 1866 ; mais ils diffèrent des N. persica par leur armature
de paragnathes et de N. jacksoni par la serpe homogomphe dorsale postérieure.
Autre différence morphologique entre les formes juvéniles et les adultes : sur les juvé¬
niles, il y a passage progressif de Ja soie dorsale en arête allongée à la soie spéciale en serpe
homogomphe (fig. 9) ; sur les adultes, il n’y a que des arêtes homogomphes dorsales typiques
aux pieds antérieurs et d’emblée apparition de la serpe dorsale caractéristique au 13 e , 14 e ou
15 e pied, comme nous l’avons indiqué dans la diagnose. Cette transition a été observée sans
aucune exception sur tous les individus juvéniles (28 à 30) et n’a jamais paru sur les adultes :
les soies intermédiaires seraient donc exclusivement de la phase post-larvaire ou juvénile.
25 des individus adultes présentaient des marques très nettes d’épitoquie plus ou moins
avancée, à savoir une forte dilatation des yeux et l’inclinaison des palpes vers la face ventrale.
Trois seulement avaient en plus une rame dorsale de soies en palettes natatoires du 18 e
sétigère au 34 e inclus, tandis que les derniers segments en étaient dépourvus mais avaient
conservé la serpe homogomphe dorsale, disparue sur les segments avec palettes (fig. 8).
Tous ces individus en approche de maturité sexuelle étaient des mâles et nous n’avons pas
remarqué un seul porteur d’ovules. En faudrait-il conclure que l’espèce est à sexes séparés
ou à hermaphrodisme avec protandrie, la phase femelle n’apparaissant que sur des individus
plus âgés et plus grands, comme cela est connu de plusieurs espèces d’Annélides Polvchètes ?
Ce serait, croyons-nous, conclusion trop rapide à partir d’un ensemble très insuffisant
et de données trop restreintes.
Une partie de ces 119 Nereis moroccensis a été remise au Muséum national d’Histoire naturelle,
Laboratoire de Zoologie (Vers), où elle a été enregistrée sous les numéros AH 223, AH 224, AH 225.
Les autres sont conservés au Laboratoire de Zoologie et Biologie Animale de l’Université
Catholique d’Angers.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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1960. Bull. Mus. nain. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 217, Zool., 145 : 425-462.
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et Géphyriens. Tome Premier. Paris, Librairie Encyclopédique De Roret : 588 p.
Manuscrit déposé le 16 mai 1975.
Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 370, mars-avril 1976,
Zoologie 258 : 337-349.
Achevé d'imprimer le 30 juillet 1976.
IMPRIMERIE NATIONALE
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travail a été effectué figurera sur la première page, en note infrapaginale.
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seulement. Pas de mots en majuscules, pas de soulignages (à l’exception des noms de genres
et d’espèces soulignés d’un trait).
Il convient de numéroter les tableaux et de leur donner un titre ; les tableaux compli¬
qués devront être préparés de façon à pouvoir être clichés comme une figure.
Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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légendes seront regroupées à la fin du texte, sur un feuillet séparé.
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