BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
263
N° 375 MARS-AVRIL 1976
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : Prs J. Dorst, C. Lévi et R. Laffitte.
Rédacteur général : Dr M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l 18 série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His-
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum,
36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
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Cuvier, 75005 Paris.
Abonnements pour l’année 1976
Abonnement général : France, 530 F ; Étranger, 580 F.
Zoologie : France, 410 F ; Étranger, 450 F.
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International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 375, mars-avril 1976, Zoologie 263
Contribution à l’étude des liatliypteroidae
(Pisces, Iniomi) de l’Atlantique et de la Méditerranée
par Michel Hannou et Michèle Gaborit-Rezzouk *
Résumé. — De nouvelles captures de Bathypterois mediterraneus sont signalées. L’analyse
des correspondances montre qu’il n’y a pas lieu de maintenir une variété géographique dans l’espèce.
L’observation des gonades confirme que l’espèce est hermaphrodite. D’autres observations con¬
cernent B. phenax , B. pectoral in et Benthosaurus grallator, tous capturés dans l’Atlantique.
Introduction
« The several species of Bathypterois are widely distributed throughout the major océans.
Although certain species, for exemple B. longipes are now thought to be among the more common
of the deep-sea bottom fishes, nothing is known of the life-history and biology of any. »
Depuis que Mead a fait cette remarque, en 1966, bien peu de travaux sont venus
augmenter notre connaissance de la biologie des Bathypteroidae, si ce n’est l’étude écolo¬
gique et biographique de Buli.is et Rivas (1971). Les auteurs rappellent que le principal
obstacle à de tels travaux est la faiblesse des effectifs récoltés. Or, les récoltes suffisamment
abondantes du N.O. « Jean Charcot » en Méditerranée (1970-1972) nous ont permis d’entre¬
prendre une étude biogéographique de Bathypterois mediterraneus, qui est l’essentiel de la
présente note. On y trouvera également une contribution à l’étude des espèces de l’Atlan¬
tique 1 : B. phenax, B. pectoralis et Benthosaurus grallator.
Liste des stations
Campagne Polymède II du N.O. « Jean Charcot » en Méditerranée, avril-juin 1972.
Station 12. 36°17'N, 22°39,8'E. 1 540 m. Chalut à panneaux Marinovich.
Campagne Walda du N.O. « Jean Charcot » en Atlantique du sud-est, mai-août 1971.
Chalut à deux perches Blake.
* M. Rannou : Laboratoire de Dynamique des Populations aquatiques, Muséum national d’Histoire
naturelle, Paris, et Laboratoire d’Hydrobiologie Marine, Université des Sciences et Techniques du Languedoc,
■34060 Montpellier-Cedex.
M. Gaborit-Rezzouk : Laboratoire de Mathématiques, U.E.B. des Sciences exactes et naturelles, Univer¬
sité de Itouen, 76130 Mont-Saint-Aignan.
1. Résultats Scientifiques de la Campagne Biaçores (Muséum national d’Histoire naturelle, Paris).
Contribution n° 9.
375 , 1
454
MICHEL RANNOU ET MICHÈLE GABORIT-REZZOUK
Station 32. 0°45,01', 8°27,2'E. 2 231 m.
Station 36. 4°18'N, 4°34,1'E. 1 275 m.
Campagne Biaçores du N.O. « Jean Charcot ». Chalut à perche.
Station 171. 37°58,5'N, 26°07’W. 3 215 m (ouest de Sao Miguel)
Station 185. 38°00,5'N, 24°57,5'W. 2 240 m (nord-ouest de Sao Miguel).
I. BATHYPTEROIS MEDITERRANEUS
Dans son étude des Bathypterois de la Méditerranée, Bauchot (1963) signale deux
espèces : B. dubius Vaillant représenté par un exemplaire provenant du Détroit de Messine,
et B. mediterraneus Bauchot. Tous les exemplaires capturés depuis cette date ont été rap¬
portés à celte dernière espèce (Tortonese et Orsi, 1970 ; Geistdoerfer et Rannou,
1972) : on connait au total 34 exemplaires provenant tous de Méditerranée occidentale
(Geistdoerfer et Rannou, 1972 : 103, lig. 2).
La Méditerranée orientale, moins explorée, n’avait fourni jusqu’à présent qu’un Bathyp¬
terois sp., mais ce spécimen a été égaré (Bauchot, 1963 : 635). Un chalutage profond effec¬
tué au cours de la campagne Polymède II du N.O. « Jean Charcot » (station 12) a rapporté
cinq B. mediterraneus dont les caractères biométriques sont donnés par le tableau I.
La figure 1 indique pour chaque classe de taille de 10 mm l’effectif des captures pour
l’ensemble de la Méditerranée. Les fréquences sont largement tributaires des conditions
de capture et ne donnent guère d’indication sur les populations échantillonnées.
10
8
6
4
60
I
I
80 100 120 140
_Polymède I
. Bauchot 1963
_ Polymède I I
. . • > Raimbault
mmm Tortonese & Orsi
_J_:
160 180 LS mm
Fig. 1. — Bathypterois mediterraneus. Nombre de spécimens connus pour
des classes de taille de 10 mm de longueur standard.
A. — Recherche d’une variété géographique par l’analyse des correspondances
Plusieurs exemplaires ayant été capturés au large de l’Afrique du Nord (Geistdoerfer
et Rannou, 1972 : 103), nous avons cherché si la variété géographique B. mediterraneus
algeriensis proposée par Bauchot dans l’attente de nouvelles captures (1963 : 639) devait
être maintenue.
BATHYPTEROIDAE DE L’ATLANTIQUE ET DE LA MEDITERRANEE
455
Matériel et méthode
Les B. mediterraneus décrits par Geistdoerfer et Rannou (1972 : 103 et tableau IV
p. 104-105) ont été numérotés de 1 à 21 et les exemplaires étudiés par Bauchot (1963 :
642, tableau IV), de 22 à 30.
Ils ont été capturés dans les régions suivantes : n os 1, 2, 5, 7, 11 à 14, 17 à 19 : entre
la Sardaigne et la Tunisie ; n os 3, 4, 8 à 10, 15, 16, 20 : entre les Baléares et l'Algérie ; n os 6,
21 : au nord des Baléares ; n° 22 : devant Rosas ; n° 23 : dans le canal de Majorques ; n os 25,
26 : devant les côtes algériennes ; n os 24, 28 à 30 : entre la Corse et l’Italie ; n° 27 : dans le
détroit de Messine.
Diverses méthodes mathématiques peuvent être utilisées pour l’étude de la valeur
taxinomique des variations intra-spécifiques (Daget et IIdreau, 1968 ; Chardy, 1972
a et b). Nous avons choisi d’utiliser l’analyse factorielle des correspondances. Nous dispo¬
sons d’un tableau où sont indiquées, pour un certain nombre de poissons, des données numé¬
riques et biométriques. Il s’agit de reconnaître les groupements éventuels de poissons
d’une part, les rapports existant entre les données retenues pour étudier ces poissons d’autre
part.
On recherche d’abord, en fonction des données, les groupements de poissons. La meilleure
représentation plane de cet ensemble est fournie par une série d’axes rangés par ordre
décroissant d’importance (ou d’inertie expliquée), le premier axe exprimant souvent la plus
grande part de l’information, les axes suivants donnant des indications supplémentaires.
En même temps, la méthode permet d’évaluer le rôle de chaque poisson dans la détermi¬
nation des axes.
On peut, de la même façon, rechercher les groupements de données dont les valeurs
ont été préalablement codées.
Or, il y a correspondance entre les axes des deux types d’analyse et il est possible,
par une simple superposition, de faire une représentation simultanée du graphique « pois¬
sons » et du graphique « données » (fig. 2 à 4). La proximité de deux poissons peut alors
être expliquée par des valeurs voisines de certaines données dont la contribution aux axes
du plan des données sont suffisamment fortes.
Pour plus de détails, on pourra se référer aux publications suivantes : J. P. Benzecri
(1973), Lebart et Fenelon (1971), Binet et colI. (1972).
Analyse
Dans un premier temps, l’analyse porte sur 18 poissons pour lesquels les données sont
complètes : n os 3, 4, 5, 8, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 18, 19, 21, 22, 24, 25, 26. Quatorze données
ont éLé retenues : huit mesures (longueur standard LST, longueur de la tête LT, longueur
pré-pectorale LP, pré-dorsale LD, pré-anale LA, pré-fin dorsale LFD, pré-adipeuse LAD
longueur de la mâchoire LMA, longueur du rayon externe de la nageoire pelvienne LPE)
qui seront utilisées dans la première partie de l’analyse et cinq comptages (nombre d’écailles
sur la ligne latérale NE, nombre de vertèbres NV, nombre de rayons aux nageoires : dorsale
NRD, anale NBA, pectorale NBP) qui serviront dans la seconde partie.
456
MICHEL BANNOU ET MICHÈLE GABORIT-REZZOUK
1. Analyse des longueurs
a. — Recherche des groupements en fonction des longueurs
Une première analyse a été effectuée sur le tableau de données brutes 18 X 8 (18 pois¬
sons, 8 longueurs) (fîg. 2 ; annexe I).
Axe 1 Axe 2 Axe 3 Axe 4 Axe 5
% d’inertie expliquée 39,53 26,16 17,50 7,52 5,06
Les trois premiers axes expliquent 83,19 % de l’information totale et les quatre pre¬
miers 90,71 %. Le premier axe (fig. 2) est déterminé principalement par LMA et par LAD.
opposés sur cet axe. Ceci n’a rien d’étonnant, LMA étant une mesure d’ordre différent des
autres longueurs retenues. Cet axe sépare (LT), (LMA), et (LFD, LST LA, LD, LP). Le
deuxième axe sépare (LD), (LAD, LST LA, LP), et regroupe (LFD, LT, LMA). Le deuxième
axe est déterminé principalement par LD et LFD.
2
0,040- 10
X
LFD
0,020-
» 11
x26 LA
n 1 3x
LT
4 X
16 x25 LMA
x x X 12
LP 8 5
„ LAD
14
x 24 Lst*
— X t
19 x15
18
x 3
-0,020-
-
• LD
-0,040-
x 21
i i i i i i i i i i i 1 i
-0,040 -0,020 0 0,020 0,040 0,060
Fig. 2. — Analyse des longueurs; axes 1-2.
1
Si on considère la disposition des poissons sur ce graphique, on voit que le poisson 24,
le plus grand, est opposé aux poissons 4 et 5, qui sont les plus petits. La plupart des poissons
sont rangés sur l’axe 1 selon leur taille (exceptions : 10, 11, 13, 25). L’axe 1 est donc un « axe
de taille », ce qui est fréquent dans ce type d’analyse.
BATHYPTEROIDAE DE L’ATLANTIQUE ET DE LA MEDITERRANÉE
457
On sait que si dans une analyse de ce type on eidève le caractère de taille, on obtient
sur le nouvel axe n° 1 des caractéristiques de forme de l’animal, liées à la taille. On a donc
fait une deuxième analyse en enlevant les caractères LST, LT, LMA. Les cinq caractères
restant sont dans un espace à quatre dimensions :
Axe 1 Axe 2 Axe 3 Axe 4
% d’inertie expliquée 57,94 21 11 9,98
Le premier axe sépare (LFD), (LA, LAD, LP), (LD) ; le deuxième axe sépare (LA,
LAD, LP) et (LFD, LD). Comme, cette fois, on a retiré les données LMA et LT, très forte¬
ment liées à LST, le premier axe de cette analyse correspond au second axe de l’analyse
précédente. Mais il y a de grandes modifications quant à l’emplacement des individus
sur le graphique : seuls les poissons les plus éloignés du centre de gravité (21, 3, 15, 18, 19)
conservent leur place et le rôle particulier du poisson 24 n’apparaît plus ; c’est donc qu’on
a perdu de l’information par rapport à l’analyse précédente ; la taille du poisson 24 n’est
pas liée à une forme spéciale puisque les caractéristiques de forme seules ne permettent pas
de le distinguer des autres poissons.
Le tableau suivant indique les contributions les plus importantes des poissons aux
deux premiers axes :
ISSON
Contribution
Contribution
Axe 1
Axe 2
5
0,789
—
3
0,357
0,297
4
0,359
0,231
8
0,615
—
10
0,014
0,459
13
0,675
—
18
0,103
0,773
21
0,048
0,772
22
0,692
0,068
24
0,952
—
25
0,422
0,238
26
0,496
0,035
Douze poissons sur 18 contribuent notablement au plan des deux premiers axes ;
on peut dire qu’on a l’essentiel de l’information sur ces deux axes.
Le poisson 24 joue un rôle important dans la détermination de Taxe 1 (contribution
0,952).
b. — Recherche des groupements géographiques
Pour savoir si un facteur géographique intervient dans le positionnement des poissons
sur les graphiques, on fait une analyse en ajoutant aux données celles des poissons 28 et
30^pêchés dans la même région que le n° 24.
Axe 1 Axe 2 Axe 3 Axe 4 Axe 5
% d’inertie expliquée 40,47 25,70 17,44 6,33 5,36
On voit que le tableau ci-dessus est presque identique à celui de l'analyse des longueurs.
Le graphique, non reproduit ici, est lui aussi pratiquement identique à celui de la figure 2 :
458
MICHEL RANNOU ET MICHÈLE GABORIT-REZZOUK
le poisson 24 continue d’avoir une position privilégiée ; il s’y ajoute bien entendu les pois¬
sons 28 et 30 : ils sont dans le plan 1-2, proches l’un de l’autre, mais éloignés du [poisson
24. Ce poisson est donc caractérisé par sa grande taille et il n’a pas de caractéristique liée
à une zone géographique.
2. Analyse des comptages
Les comptages ont des ordres de grandeur différents, mais le seul fait important est
la différence des A^aleurs et non la valeur elle-même ; nous avons transformé le tableau
initial par translation des données, chaque nombre ni (i = indice du poisson) étant remplacé
par ni - infi (ni).
La première analyse utilise les cinq comptages retenus. Le résultat oppose NRP aux
autres comptages avec 81,06 % d’inertie, et les poissons 24 et 26 à l’ensemble des autres.
Ce résultat était prévisible, car NRP prend la valeur 1 pour ces deux poissons et la valeur 0
pour tous les autres. On fait donc un second passage en enlevant NRP. On obtient un tableau
18 X 5 ; presque toute l’information est contenue dans les trois premiers axes :
Axe 1 Axe 2 Axe 3 Axe 4
% d’inertie expliquée 78,61 11,82 9,16 0,3
On remarque sur les figures 2 et 3 (et dans l’annexe) que chaque axe met en valeur
un caractère particulier : axe 1 : NE ; axe 2 : NRA ; axe 3 : NRD. Ceci indique que la valeur
de chaque comptage est indépendante des autres. Comme pour NRP de l’analyse précédente,
la prédominance de NE peut s’expliquer par le codage utilisé : NE prend sept valeurs alors
i i i i i i i i i i
-0,20 0 0,20 0,40 0,60
Fig. 3. — Analyse des comptages (NRP exclu) ; axes 1-2.
I
459
BATHYPTEROIDAE DE L’ATLANTIQUE ET DE LA MEDITERRANEE
3
-
NRD •
0 ,20-
14 >
15 x
0 -
26 x NE NV -
-,-X ■_y
v19 8 x 5 „* 13 J4
N RA
10 4 •
25
16 11
NPE
-
x 18
0,20 -
3»
Orig: 8 ’’ 2 '
22,24.
1 i 1 i i i i
- 0,20 0 0,20
Fig. 4. — Analyse des comptages (NRP exclu) ; axes 2-3.
que les autres caractères en prennent au maximum quatre. Par ailleurs, NV (nombre de
vertèbres) est très voisin de l’origine, ce qui indique qu’il est fortement corrélé aux autres
caractères.
3. Autres analyses
D’autres modes d’analyse ont été utilisés : regroupement de toutes les données en codant
les mesures, introduction des mesures en éléments supplémentaires aux données comptages,
etc. Ces différents essais ont seulement permis de préciser que les mesures ne sont pas liées
aux comptages, mais les résultats précédemment obtenus n’ont pas été modifiés.
4. Résumé et conclusion
Les données comptage varient indépendamment les unes des autres.
Les données comptage varient indépendamment des données longueurs.
Les poissons 3, 4, 8, 9, 10, 15, 16, 20, 25 et 26, tous capturés au large de l’Afrique du
Nord, ne sont regroupés dans aucune analyse. Nous avons donc analysé un lot homogène
de poissons ; il n’apparaît pas d’ « axe géographique » et il n’y a pas lieu de maintenir la
sous-espèce.
460
MICHEL RANNOU ET MICHÈLE GABORIT-REZZOUK
Remarques sur les espèces B. mediterraneus et B. dubius
La distinction des espèces B. mediterraneus et B. dubius repose sur un nombre très
restreint de caractères. La position relative du début de l’anale (PA) et de la fin de la dorsale
(FD), utilisée dans les clés, ne peut pas être considérée comme un bon critère ; en efFet,
on voit dans le tableau ci-dessous qu’on trouve dans les deux espèces, pour des longueurs
standard (LS) comparables, tous les cas intermédiaires entre le type mediterraneus (valeurs
FD et PA presque identiques) et le type dubius (valeurs FD et PA nettement différentes).
(Longueurs en mm)
B. mediterraneus B. mediterraneus B. dubius
(selon Badchot) (campagnes Polvmède) (selon Bauchot)
LS
FD
PA
LS
FD
PA
LS
FD
PA
87
54
55
88
52
54
95
58
63
96
57
62
112
66,5
70
120
67
71
122
76,5
80
124
76
76
129
79
83
128
77
83
Le nombre de vertèbres et le nombre de rayons à la partie inférieure des pectorales
sont plus nettement différents :
Vertèbres
Pectorales
B. mediterraneus
B. dubius
52-55 59-61
8-9 10-11
mais on sait que les conditions locales peuvent influer fortement sur les caractères
méristiques pendant le développement. On peut penser que l’unique exemplaire de B. dubius
récolté en Méditerranée était un individu de l’Atlantique africain expatrié. Pourtant,
l’éventualité d’une variation individuelle ne peut être écartée. Cette dernière hypothèse
pose de façon encore plus aiguë le problème des relations entre ce que nous continuerons
de considérer comme deux espèces très voisines.
B. — Observations biologiques
1. Répartition bathymétrique
Pas plus cpie Bullis et Rivas (1970) qui étudiaient trois espèces américaines vivant
entre 250 et 900 m, nous n’avons observé de relation entre la taille des poissons et la profon¬
deur des récoltes.
2. Reproduction
Tous les Batbypteroidae dont les glandes sexuelles ont été observées sont hermaphro¬
dites (Mead, 1966 : 116). La première observation de gonades chez B. mediterraneus est
celle de Tortonese et Orsi (1970 : 186) : un poisson capturé en avril 1970 par 700 m de
fond (longueur standard 163 mm) avait dans son ovotestis des ovules d’un diamètre maxi-
BATHYPTEROIDAE DE L’ATLANTIQUE ET DE LA MEDITERRANÉE
461
mum de 400 p.. Les spécimens récoltés par le N.O. « Jean Charcot » sont tous plus petits :
LS de 61,5 à 130 mm. Les gonades constituent deux minces cordons subcylindriques de
diamètre 500 p environ, disposés dorsalement sur toute la longueur de la cavité générale.
La partie externe des gonades montre des ovules transparents de 40 à 100 p de diamètre.
La partie qui regarde l’axe du corps du poisson est hyaline. Nous avons noté quelques
particularités : le plus petit exemplaire a la gonade gauche entièrement hyaline, tandis
que la droite est remplie d’ovules de 40 à 60 p et ne semble pas comporter de région mâle.
Certains spécimens (n os 2 et 17) ont des ovules d’un blanc laiteux et non transparents,
alors que tous ont été lixés de la même façon au formol ; le diamètre de ces ovules est d’envi¬
ron 100 p et ils sont disséminés sur toute la longueur des glandes (n° 2).
IL B A TU Y PTEROIS DU GROUPE B. PHENAX
Mead (1966 : 139) a souligné les relations étroites qui unissent les espèces B. phenax
Parr, B. atricolor Alcok, B. atricolor indicus Brauer, B. ventralis Garman, B. antennatus
Gilbert, B. pectoralis Garman et B. duhius Vaillant. Ce sont pour la plupart des espèces
des océans Indien et Pacifique. Les seuls représentants de ce groupe dans l’océan Atlantique
sont B. dubius (Atlantique est) et B. phenax (Atlantique ouest).
Nous avons récolté un spécimen de B. phenax aux Açores. Bien plus surprenante est
la récolte, au fond du golfe de Guinée, de deux exemplaires semblant appartenir à l’espèce
B. pectoralis, connue seulement de l’océan Pacifique tropical est.
B. phenax (tabl. I)
Coloration très sombre. On connaissait six exemplaires, provenant tous de l’Atlantique
du Nord-Ouest. Le spécimen que nous avons récolté provient du nord-est do l’île Sao Miguel
(campagne Biaçores, station 185).
B. pectoralis (tabl. I)
On remarque que chez ces deux exemplaires (stations 32 et 36 de la campagne Walda)
la nageoire anale commence non pas en dessous, mais en arrière de la fin de la nageoire
dorsale. L’exemplaire de la station 32 peut être rapporté à B. pectoralis ; l’autre spécimen
est proche de B. pectoralis (océan Pacifique tropical est) et de B. indicus (Indo-Pacifique).
Observation des gonades
B. phenax
Les gonades de notre spécimen comportent une partie interne hyaline et une partie
externe volumineuse remplie d’ovules sphériques, de diamètre 500 à 700 p., de couleur
orangée. La récolte a eu lieu le 1 er novembre 1971.
B. pectoralis ?
Petit spécimen : gonades transparentes, minces (diamètre du cordon : 400 p). Une région
hyaline, une région granuleuse.
462
MICHEL RANNOU ET MICHÈLE GABORIT-REZZOUK
Grand spécimen : la partie femelle comporte dans sa région postérieure des ovules
blancs de 60 à 100 p et des ovules orangés de 700 p ; dans la région antérieure, des ovules
blancs de 60 à 100 p et des ovules orangés de 300 à 400 p.
III. BENTHOSAURUS GRALLATOR
Cette espèce n’a pas de nageoire adipeuse ; tous les rayons de ses pectorales sont sem¬
blables. B. grallator a été récolté à neuf reprises (Mead, 1966 : 121) : six lois dans l’Atlan¬
tique ouest, deux fois dans l’Atlantique est, une fois dans le canal de Mozambique. Il a été
photographié en Méditerranée. Toutes les récoltes furent effectuées entre 2 000 et 3 400 m.
L’exemplaire décrit ici (tabl. I) provient de la station 171 de la campagne Biaçores (ouest
de Sao Miguel, 3 215 m).
Observation des gonades
Les gonades sont deux filaments minces et transparents. L’observation microscopique
de fragments de gonades prélevés à différents niveaux ne montre aucun élément rappelant
des ovules ; les seuls éléments circulaires sont des hématies (10 à 15 p) éparses dans les vais¬
seaux sanguins. Notons que Mead (1960) a trouvé des ovotestis chez cette espèce comme
chez les autres Bathypteroidae.
Tableau I. — Mesures (en mm) et comptages des Bathypteroidae.
la
1I>
le
ta
le
2
3
st. 32
3
st. 36
4
Longueur standard.
90,5
108,5
112,5
120
122
166
93
177
125.
— de la tête.
23
25,5
28,5
31
31
32,5
22
35
32
— du museau .
11,5
7
11,5
Diamètre horizontal de l’œil.
3,5
Distance interoeulaire.
13
Hauteur à la dorsale.
11,5
14
15,5
15
15
24,5
12,5
23,5
Distance pré-ventrale .
38
45
47,5
50
49
65
37
64,5
— pré-dorsale .
41
52
53
57
57
70
39
70
pré-anale.
61,5
71
71,5
77
80
101
55,5
103,5
pré-lin-dorsale .
55
67
70
76
76
— pré-adipeuse.
71
85
87
98,5
106,5
— pré-pectorale.. -
31
— museau-anus.
50
60
00,5
67
66
— dorsale-adipeuse.
31
— adipeuse-caudale.
34
— anale-caudale.
50.5
-— ventrale-anale.
31
— anus-anale.
11,5
— anus-ventrale.
16
Longueur de la base de la dorsale.
30
15
23,5
— de la base de l’anale.
14,5
du premier rayon de la pectorale
64
88
117
100
— du rayon externe des ventrales. . . .
42
61
48
87
80
137
— du rayon inférieur de la caudale. . .
46
49
55
56,5
128
Hauteur minimale du pédoncule caudal. . . .
14,5
Longueur de la mâchoire.
14,5
18,5
19
20
20
23
15
24
23
Nombre de rayons branchiostèges.
12—12
— de branchiospines.
13—1—28
— d’écailles sur la ligne latérale.
56
54
53
53
59
55
55
60
— de rayons à la dorsale.
16
14
14
16
15
16
— de rayons à l’anale .
10
9
10
10
10
10
de rayons aux pectorales.
2+1+8
2+1+8
2 + 1+8
2+1+8
2 + 1+8
2+1+8
( partie
inf.)
10—11
10—10
de rayons aux ventrales.
2+6
2+6
2+6
2+6
2+6
9—9
9—9
9—9
la-le : Bathyplerois mediterraneus provenant de Méditerranée orientale ; 2 : Batliypterois phenax ; 3 : Bathypterois pecloralis ? du golfi
de Guinée (stations 32 et 36) ; 4 : Benthosaurus grallalor.
464
MICHEL RANNOU ET MICHELE GABORIT-REZZOUK
ANNEXES
Données relatives a la figure 2
Analyse des longueurs
Axe 1
Axe 2
Axe 3
Axe 4
Valeur propre
.37429387—03
.24776317—03
.16573194—03
.71228794—04
Inertie
.30796899+01
.20385953+01
.13636424+01
.58607052+00
% d’inertie expliquée
.39528755+02
.26165990+02
. 17502764+02
.75223929+01
F (LST)
— .00652
— .00511
— .00833
— .00407
F (LT)
.03671
— .02455
.03342
— .01733
F (LP)
.01004
.00004
— .00505
.00214
F (LD)
.00637
— .03224
.02071
.01032
F (LA)
— .00143
.00202
— .00327
— .00561
F (LFD)
—.01918
.02531
.00624
.01239
F (LAD)
— .01014
— .00526
— .00471
— .00488
F (LMA)
.07481
.00913
— .02893
.01535
G (3)
.01820
— .01661
.01254
— .00640
G (4)
.02553
.02048
.02034
— .00131
G (5)
.02347
.00062
.00173
.00147
G (8)
.01788
— .00075
— .00256
.00496
G (10)
— .00604
.03401
— .03251
— .01572
G (11)
.00245
.00748
.00532
.00392
G (12)
.01472
.00708
— .01926
.00328
G (13)
— .02192
.00203
— .00414
.00920
G (14)
.00489
.00064
— .01128
.00777
G (15)
.01092
— .01177
— .01240
.01687
G (16)
.00743
.00966
.01421
—.00551
G (18)
— .00399
— .01094
.00303
— .00101
G (19)
— .00034
—.01048
— .00267
.01071
G (21)
.01016
— .04059
— .00779
— .01701
G (22)
— .02181
.00686
— .00090
— .00556
G (24)
— .04592
— .00622
.00569
-.00059
G (25)
.01919
.01443
.01515
G (26)
— .01932
.00511
.01697
BATHYPTEROIDAE DE L+TLANTIQUE ET DE LA MÉDITERRANÉE
465
Données relatives aux figures 3 et 4
Analyse des comptages (NRP exclu )
Axe 1
Axe 2
Axe 3
Axe 4
.28351110—01
.39762763—02
. 30708569—02
.12331507—03
.28983519+02
.43659514+01
.33718009+01
.13539995+00
.78609806+02
.11861873+02
.91608608+01
.36786873+00
F (NE)
.07799
— .06731
— .00756
— .00083
F (NRD)
— .01273
— .00538
.30519
.00181
F (NRA)
.22009
.39537
— .00321
— .00307
F (NPE)
— .03301
— .00031
— .01444
.02846
F (NV)
— .04597
— .00749
— .00968
— .00478
G (3)
.05777
— .05939
— .18173
.00206
G (4)
— .08975
— .02764
.00652
.00277
G (5)
.01190
.06303
.00910
.01127
G (8)
.18779
.00338
— .00586
— .01272
G (10)
.17690
— .09262
— .00241
— .00207
G (11)
.19090
.00389
.08023
— .00372
G (12)
.19504
.00526
— .00326
— .00629
G (13)
— .13426
.09826
.01092
.00670
G (14)
.16545
.12567
.00342
.00398
G (15)
.15010
— .09210
.08637
.00721
G (16)
.00700
.06005
.00609
.00403
G (18)
.07682
.04395
— .08643
.00014
G (19)
— .23745
.00844
.01622
— .03943
G (21)
— .23605
.01044
.01471
.01309
G (22)
— .16208
— .01002
.00894
.00408
G (24)
— .23765
.00606
.00829
— .00195
G (25 )
— .08975
— .02764
.00652
.00277
G (26)
— .18323
-.11829
.01000
.00892
466
MICHEL RANNOU ET MICHÈLE GABORIT-REZZOUK
RÉFÉRENCES RIRLIOGRAPIIIQUES
Rauchot, M. L., (1962) 1963. — Description d’un nouveau Bathypterois méditerranéen. Affinités
et remarques sur plusieurs espèces du genre. Vie Milieu, 12 (4) : 613-647.
Benzecri, J. P., 1973. — Analyse des données. Dunod. Paris.
Binet, D., A. Dessier, M. Gaborit et M. Roux, 1972. — Premières données sur les copépodes
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Bullis, II. R. jr, et L. R. Rivas, 1970. — Zoogeography of Bathypterois in tlie western Atlantic.
Symp. Investig. Resources Carribean Sea adj. Régions, UNESCO, 1971 : 369-373.
Chardy, P., 1972. — Étude biométrique des variations intraspécifiques chez l’Isopode Janirella
bonnieri Stephensen, 1915, par l’analyse canonique. Bull. Mus. nain. Ilist. nat., Paris,
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— 1972. — Le genre Acanthocope Beddard (Isopode Asellote). Description de deux espèces
nouvelles. Remarques taxinomiques et biogéographiques. Bull. Mus. natn. Ilist. nat., Paris,
3 e sér., n° 36, Zoologie 30 : 379-393.
Daget, J., et J. C. Hureau, 1968. — Utilisation des statistiques d’ordre en taxinomie numérique.
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dentale par le N.O. « Jean Charcot » (campagne Polymède). Bull. Mus. natn. Ilist. nat.,
Paris, 3 e sér., n° 25, Zoologie 19 : 101-110.
Lebart, L., et J. P. Féneron, 1971. —- Statistique et Informatique appliquées. Dunod, Paris,
426 p.
Mead, G. W., 1960. — Hermaphrodism in archibenthic and pelagic fishes of the order Iniomi.
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— 1966. — Family Bathypteroidae. In Fishes of the western North Atlantic. Mem. Sears
Fdn mar. Res., 1 (5) : 114-146.
Raimbault, R., 1963. •— Note sur certaines espèces ichthyologiques capturées au cours des cam¬
pagnes de l’Institut, des Pêches en Méditerranée (1957-61). Revue Trav. Inst, (scient, techn.)
Pêch. marit., 27 (1) : 161-176.
Tortonese, E., et L. R. Orsi, 1970. — üsservazioni intorno a un Bathypterois (Pisces) catturato
nel Golfo di Genova. Annali Mus. civ. Stor. nat. Giacomo Doria, 78 : 181-188.
Manuscrit déposé le 29 avril 1975.
Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 375, mars-avril 1976,
Zoologie 263 : 453-466.
Achevé d’imprimer le 30 juillet 1976.
Recommandations aux auteurs
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Muséum national d’Histoire naturelle, 57, rue Cuvier, 75005 Paris. Ils seront accompa¬
gnés d’un résumé en une ou plusieurs langues. L’adresse du Laboratoire dans lequel le
travail a été effectué figurera sur la première page, en note infrapaginale.
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et d’espèces soulignés d’un trait).
Il convient de numéroter les tableaux et de leur donner un titre ; les tableaux compli¬
qués devront être préparés de façon à pouvoir être clichés comme une figure.
Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
Les dessins et cartes doivent être faits sur bristol blanc ou calque, à l’encre de chine.
Envoyer les originaux. Les photographies seront le plus nettes possible, sur papier brillant,
et normalement contrastées. L’emplacement des figures sera indiqué dans la marge et les
légendes seront regroupées à la fin du texte, sur un feuillet séparé.
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