BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
268
N» 380 MAI'JUIN 1076
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon,
Comité directeur : Prs J. Dorst, C. Lévi et R. Laffitte.
Rédacteur général : Dr M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr N. Hallé.
Le Bulletin du Muséum national d'Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la 1^ série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2® série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3® série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His-
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum,
36, rue Geofihoy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
Crédit Lyonnais, agence Y-425) ;
— pour tout ce qui concerne la rédaction, au Secrétariat du Bulletin, 57, rue
Cuvier, 75005 Paris.
Abonnements pour l’année 1976
Abonnement général : France, 530 F ; Étranger, 580 F.
Zoologie : France, 410 F ; Étranger, 450 F.
Sciences de la Terre : France, 110 F ; Étranger, 120 F.
Botanique : France, 80 F ; Étranger, 90 F.
Écologie générale ; France, 70 F ; Étranger, 80 F.
Sciences physico-chimiques : France, 25 F ; Étranger, 30 F.
International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
3® série, n° 380, mai-juin 1976, Zoologie 268
La musculature peaucière péri-buccale des Primates ^
par Jean Rubinstenn *
Résumé. — Au cours de l’étude de la musculature péri-buccale chez les Primates, on observe
une simplification progressive des couches d’origine {platysma et sphincter colli profundus) compensée
à partir des Platyrrhiniens par la complication des dérivés du sphincter colli profundus. Il se dégage
de ce fait deux plans d’organisation : l’un, le plus simple, dans le([uel rentre la musculature extrin¬
sèque de l’oreille {depressor helicis et auriculü-lahialis), caractérise les Prosimiens ; l’autre, plus
dilîérencié, les Simiens. Ainsi le m. triangularis, qui représente le reliquat du faisceau croisé de
la pars mentalis du platysma myoïdes, constitue un muscle isolé chez les Anthropomorphes. Le
m. auriculo-lahialis des Prosimiens perd ses insertions auriculaires et constitue chez les Simiens
le m. zygomatico-labialis. Le m. buccinator d’un type constant dans l’ensemble des Primates com¬
prend deux couches, superficielle et profonde, sauf chez Daubentonia où il ne possède qu’une couche
longitudinale. Nous ne pouvons accepter l’interprétation de Sf.iler (1974) qui voit dans la mor¬
phologie sinq)lifiée du m. buccinator une morphologie de type Rongeur alors que Meixertz fl941 :
235-24.3) a démontré que le buccinateur, très comi)lexc, comi)rend, parmi les Rongeurs, jusqu’à
dix-sept couches chez le Lemming ipicroslonyx).
,4u cours de l’étude du muscle buccinateur et de la zone modiolaire — zone située
en arrière de la commissure des lèvres et qui doit être considérée plus comme une unité
physiologique que comme une aire anatomicpie — que nous nous étions proposé de faire
chez les Primates, il nous est vite apparu que cette dernière constitue une création artifi¬
cielle et que la compic.xité de l’enchevêtrement des fibres terminales d’une grande partie
des muscles oro-buccaux nécessitait une extension du sujet. Ainsi, il nous a semblé néces¬
saire d’envisager chez les Primates une étude comparative des muscles oro-huccaiix à inser¬
tion modiolaire.
Nous devons à l’obligeance du Pr. J. Anthony, Directeur du Laboratoire d’Anatomie
comparée du Muséum national d’Ilistoire naturelle, qui nous a largement donné accès à
ses riches collections, d’avoir pu mener à bien cette étude.
Matériel et méthode
Les animaux disséqués au Laboratoire d’Anatomie comparée comprennent soit des
pièces fraîches (pfr), soit des pièces formolées (pfo). Ils se répartissent comme suit ;
* Laboratoire d’Anatomie comparée. Muséum national d’Histoire naturelle, -55 rue Buffon, 75005 Paris.
1. Ce travail a fait l’objet d’une thèse de 3® cycle en Sciences odontologiques, Paris, 1974.
380, 1
JEAN RUBINSTENN
588
Prosimiens
Lemur L., 1758.
/j. macaco : deux mâles adultes (pfr).
Daubenlonia E. Geoffroy, 1795.
I). wadagascariemis : un mâle adulte (pfo), un jeune mâle (pfo).
Platyrrhiniens
Cehus Erxlehen, 1777.
C. flaviis : un mâle adulte (pfo).
(\ cirrifer : une femelle adulte (pfo).
Sainiiri Voight, 1831.
S. sciureus : deux mâles adultes, une femelle adulte (pfr).
Alouallu Lacepède, 1799.
.1. aenicidus : un mâle adulte (pfo).
Lagothrix E. Geoiri't)y, 1812.
L. lagoirica, : un mâle et une femelle adultes (pfr).
Aleles E. Geoffroy, 180(i.
.1. uier : un mâle adulte (pfo).
.1. belzehuth : une femelle adulte (])lo).
Catarrhiniens
Cynomorphes
Ccrcopithecus L., 1758.
C. aethiops : une femelle adulte (]>fr).
Er)/llirocebus Trouessart, 1897.
E. patas : deux mâles adultes (pfr).
Cercocebus E. Geoffroy, 1812.
C. alerrimus : deux mâles adultes, une femelle adulte (pfr).
Macaca Lacepède, 1799.
M. speciosa : une femelle mort-née, une femelle adulte (pfr).
Papio Erxlehen, 1777.
P. papio : une femelle adulte (pfr).
P. hamadryus : un mâle adulte, une femelle mort-née (pfr).
Mandrillus Uitgen, 1824.
Aï. sphinx : un mâle adulte (pfr).
Aï. leucophaeus : un mâle adulte (pfr).
Colohu.'i llliger, 1811.
C. semnopithecus : un mâle adulte (pfr).
Pan Oken, 1916.
P. troglodytes
Anthropomorphes
: un mâle adulte (pfo), un jeune mâle (pfr).
Sur certaines pièces fraîches, et sur toutes les pièces formolées, nous avons utilisé le
lugol, solution d’iodo-iodure de potassium qui nous a permis de mettre en évidence les fibres
musculaires difficilement visibles autrement, par suite de la gracilité des muscles étudiés.
MUSCULATURE PEAUCIÈRE PÉRI-BUCCALE DES PRIMATES
589
Historique
Les muscles péri-buccaux font partie de la musculature faciale superficielle innervée
par le nerf facial (VII) et dont l’origine reste encore controversée. D’après Saban (1970,
1971), trois conceptions principales de l’origine de cette musculature peuvent être envisa¬
gées à partir du platysma et du sphincter colli. Pour Ruge (1886), Boas et Paulli (1908)
et Lubosch (1938), il y aurait deux groupes de muscles : le groupe auriculaire dérivé du
platysma ; le groupe oro-buccal dérivé du sphincter colli profond. Pour Huber (1918, 1923,
1930), ScHREiRER (1928-29), Meinertz (1932 à 1972), Frick (1952), Nikolaï (1953), Klause
(1959) et ScniEFFER (1968), trois groupes musculaires se distinguent : le groupe rétro-
auriculaire, dérivé du platysma, les groupes pré-auriculaire et oro-buccal, tous deux dérivés
du sphincter colli profond. Edgewortii (1935) considère par contre la musculature peaucière
de la face comme une entité. Il adopte une classification en groupes musculaires apparte¬
nant aux régions avoisinantes : crâne, nez, œil, bouche. Au cours de cet exposé nous pren¬
drons en considération les idées de IIuuer.
Cette musculature, dont toutes les couches nt sont pas systématiquement représentées
chez les Mammifères, comprend :
— un sphincter colli superficiel ;
■— un platysma et ses dérivés (muscles rétro-auriculaires) ;
— un sphincter colli profond qui se subdivise en plusieurs parties ; pars ceroicalis,
pars auris, pars intermedia et ses dérivés (muscles pré-auriculaires et orbito-nasaux), pars
palpebralis, pars oris et ses dérivés (muscles oro-buccaux).
Le sphincter colli superficialis est très largement étendu chez les Monotrèmes oii il
recouvre le cou et une grande partie de la face. Ses fihres, à direction transversale, se rejoi¬
gnent ventralement pour former un sphincter complet qui atteint les régions oculaires et
auriculaires. Il disparaît totalement chez les Prosimiens et les Simiens.
Le platysma, présent chez tous les Mammifères, à l’exception des Cétacés, conserve
une direction longitudinale. 11 se compose de deux faisceaux : le platysma cervicalis et le
platysma myoides, mais seul ce dernier nous intéresse ici. 11 se divise en plusieurs parties ;
pars auricularis, pars zygomatica ou zygomatico-orbitalis, pars buccalis, pars mentalis.
Le sphincter colli profond, diversement représenté chez les Mammifères, est considéré
comme le dérivé le plus important du sphincter colli primitivus. Ses fibres montrent une
direction transversale et sont pratiquement perpendiculaires aux fibres du platysma myoides.
Il apparaît seulement chez les Prosimiens sous forme de reliquat.
Devant les grandes différences de nomenclature qui régnent entre les ouvrages d’ana¬
tomie humaine, les traités vétérinaires et les travaux d’anatomie comparée, avec bien sou¬
vent l’emploi d’un même terme pour désigner deux muscles ou des termes différents pour
un même muscle, il nous a paru indispensable, pour clarifier la question, de présenter des
tableaux donnant les synonymies et la classification des faisceaux musculaires selon les
différents auteurs (tahl. 1 et II). Au cours de ce travail nous adopterons la classification
de Meinertz, Frick, Nikolai et Klause. En effet, malgré l’absence de confirmation embryo¬
logique, cette classification complète et homogène permet une étude rationuelle de la mus¬
culature peaucière péri-huccale. Toutefois nous n’utiliserons dans la définition des muscles
590
JEAN RUBINSTENN
OU faisceaux musculaires (|ue leurs insertions (insertion d’origine et insertion terminale),
ce qui nous paraît logique et permet de situer immédiatement le muscle par son appella¬
tion. Ainsi, nous avons pu constater (|ue rien ne s’oppose, à ce que la désignation du muscle
incisif supérieur et du muscle incisif inférieur puisse être facilement renqilacée par celle
de leurs insertions, le preitder devenant alors un faisceau profond du tn. maxUlu-lahlalis
et le second le tn. mandUndo-lahialis.
Tableau L — PlaUjsma rnyoides.
Nomenclatuhe: ,
rTILISÉK »
Auteurs ^
P. amicularis
P. zygomatica
P. hnccalis P. inentalis
.Meinertz, Erick,
Nikolaï, Ki.ause
P. auricularis
P. zygomatica
P. hnccalis P. mentalis
■Vnatomistes
P.N.A.
Itisnrius Peaucier du cou
IIUBER, ScilÜN
Platysma colli
et faciei
Sc H R E1B E R
Edgeworth
Platysma m
•yoidcs
Ltghtoller
Nolo-platysma
T rachelo-platysma
.Vyer
Noto-platysma T rachelo-platysma
Deniker
Peaucier
accessoire
Peaucier proprement dit
DISSECTION-TYPE : ERYTHROCEBVS RATAS
Platysma rnyoides (fig. l et 2)
Le plalj/.snia myoides est la couche musculaire la plus superficielle des muscles peaucicrs ;
elle naît postérieurement du raphé médian cervical (ligament nuchal) et d(^ l’épine de l'omo¬
plate, latéralement de l’acromion, antérieurement de la clavicule jusqu’au \ oisinage de l’ar¬
cade zygomatiijue. Elle atteint la zone modiolaire, la lèvre inférieure et le menton. Cette
vaste couche musculaire recouvre : postérieurement, hî muscle Irapezius (trapèze) ; laté¬
ralement, les muscles sterno-cleïdo-mastoïdien et masseter ; antérieurement, le muscle
huccinateur et le muscle inandibulo-labialis ; inférieurement les muscles sous et sus-hyoï¬
diens. Cette couche musculaire comprend trois parties : une pars zygomatica, une pars
hnccalis, une pars inentalis.
La pars zygomatica et la pars buccalis ont leur origine sur le raphé médian cervical
postérieur. Nous préférons ce terme de rajdié médian cervical postérieur à celui de ligamen-
lum nucchae (ligament nuchal ou ligament cer\ical postérieur) qui, d’après Sakka (1972),
380,
Tableau IL — Sphincter colli profond et ses dérivés.
Classification adoptée ^
Auteurs {
m. zygomatico-
labialis
m. auriculo-
labialis
m. oibito-
labialis
m. maxillo-
labialis
(faisceau
superficiel)
m. maxillo-
labialis
(faisceau
profond)
m. mandibulo-
labialis
m. bucciiiator
m. orbicularis-
orîs
MEINERTZ, FRICK, NIKO-
lAÎ. KLAUSE
m. zygomatico
labialis
m. auriculo-
labialis
m. mandibulo-
labialis
m. buccinator
m. orbicularis-
oris
Anatomistes P.NA
m. zygomaticus
major
m. zygomaticus
minor
m. caninus
m. incisif sup.
m. incisif inf.
m. buccinator
fibres intrinsèques
du m. orbiculaire
DENIKER
m. zygomaticus
major
m. zygomaticus
minor
m. canin
m. incisif
sup,
m. mentalis
m. buccinateur
-
HUBER
m. auriculo-labialis
m. maxillo-
naso-labialis
m. incisif
sup.
m. incisif
inf
m. buccinateur
-
LIGHTOLIER
m. zygomaticus major
Caput zygomaticum
du m. quadratus
labii superioris
m. caninus
m. incisi
superior
m. incisi
Inferior
m. buccinateur
-
EDGEWORTH, SCHON
couche zygomatigue
m. canin
m. incisif
sup.
m. incisif
inf.
m. buccinateur
-
SCHREIBER
m.
zygomatico-orbicularis oculi
Plane
m. caninus
triangularis
m. levator
labii
m. buccinateur
-
to
592
JEAN RUBINSTENN
Fig. 1. — Erijthrocebus patas. Muscles peauciers de la face, vue latérale gauche : A, couche superficielle :
B, couche profonde (noter la morphologie particulière du buccinateur en rapport avec la présence des
abajoues).
b, m. buccinator \ fsb, m. huccinalor, faisceau superficiel ; mis, m. maxillo-labialis, faisceau superficiel ; ol,
m. orbito-labialis : Ppb, platysma myoides, pars buccalis ; Ppm, plalysma myoides, pars mentalis ; Ppz,
platysma myoides, pars zygoinalica.
« n’a pas d’existence en soi et n’a de réalité que parce qu’il est le lieu de rencontre d’un certain
nombre de muscles dont les fi.bres entremêlées sur la ligne médiane le constituent » (p. 47).
L’insertion postérieure se fait par des fibres aponévrotiques qui se croisent avec celles de
l’antimère de part et d’autre de la ligne médiane. Du raphé médian cervical postérieur,
les fibres se dirigent en avant, vers l’arcade zygomatique pour la pars zygomatica et vers
la zone modiolaire pour la pars buccalis. Les fibres supérieures horizontales contournent.
MUSCULATURE PEAUCIÈRE PÊRI-BUCCALE DES PRIMATES
593
en haut, le pavillon de l’oreille et s’insèrent superficiellement dans la peau en dessous de
l’arcade zygomatique, sans jamais l’atteindre. Les fibres inférieures prennent une même
direction et convergent vers la zone modiolaire. Au cours de leur trajet, elles recouvrent
postérieurement le trapèze et le sterno-cleido-mastoïdien. Une partie des fibres s’insère
au niveau de la commissure et les plus inférieures dans la lèvre inférieure. Elles renforcent
ainsi la sangle labiale. Les fibres les plus inférieures de cette couche musculaire enserrent
par le haut l’orifice buccal des abajoues pour constituer avec la pars mentalis un sphincter,
comme nous le verrons par la suite lors de la description anatomique de ces poches.
Fig. 2. — Erythrocebus patas. Muscles peauciers de la face, vue ventrale. Noter le croisement d’une partie
des fibres les plus superficielles de la pars mentalis. mis, m. maxillo-labialis, faisceau superficiel ; Ppb,
plalysma myoides, pars buccalis ; Ppm, platysma myoides, pars mentalis.
La pars mentalis a une origine, superficielle, très basse, située dans une zone délimitée
vers l’avant par la clavicule, latéralement par l’acromion, et en arrière par l’épine de l’omo¬
plate. L’ensemble des fibres se dirige vers la lèvre inférieure et le menton pour constituer
une nappe musculaire continue qui recouvre toute la partie latérale et antérieure du cou.
Les fibres qui ont leur origine au niveau de l’épine de l’omoplate et de l’acromion se portent
en haut et en avant pour s’insérer dans la lèvre inférieure et le menton. La plus grande partie
des fibres (fig. 2) qui viennent de la clavicule se dirige vers la région mentonnière, tandis
594
JEAN RUBINSTENN
que l’autre s’individualise en un faisceau qui se croise sur la ligne médiane avec son antimère
pour atteindre la commissure opposée en avant des abajoues ; à ce niveau les fibres s’entre¬
croisent avec celles du m. maxillo-labialis (faisceau superficiel). Ce faisceau constitue, avec
les fibres supérieures de la pars rnentalis, la portion inférieure du sphincter de l’orifice
buccal de l’abajoue.
Dérivés du sphincter colli profond
M. orbito-labialis (fig. 1 et 3)
Mince bande musculaire à direction oblique en bas et en avant, le m. orbito-labialis
a pour origine les fibres les plus externes du m. orbicularis-oculi. Celles-ci s’échappent de
ce muscle, longent les fibres antérieures du m. zygomatico-labialis puis s’insèrent superfi¬
ciellement dans la lèvre supérieure, au-dessus du m. orhicularis oris, sans jamais atteindre
la partie rostrale des lèvres. Malgré tout, il semble peu probable que toutes les fibres pro¬
viennent de Ÿorbicularis-oculi. En effet, lors d’une dissection nous avons trouvé des fibres
s’insérant en éventail sur l’aponévrose temporale, en arrière du ni. orbito-labialis et au-dessus
de l’arcade zygomatique. Enfin, notons que quelques fibres de ce muscle se joignent aux
fibres les plus antérieures du m. zy gomatico-labialis pour passer avec lui sous le faisceau
superficiel du m. maxillo-labialis. A aucun moment nous n’avons trouvé d’insertion osseuse
malaire pour ce muscle.
M. zy gomatico-labialis (fig. 1 et 3)
Bande musculaire rubanée, oblique, sensiblement parallèle au m. orbito-labialis, mais
un peu plus importante sans être très puissante, le m. zy gomatico-labialis s’insère sur la
face externe de l’arcade zygomatique, au niveau de la suture temporo-malaire. Cette inser¬
tion osseuse se fait sur une faible surface, au niveau de cette suture. Les fibres se fixent
directement sur l’os sans l’intermédiaire d’un tendon. De là, elles se dirigent en bas et en
avant, passent sous le faisceau superficiel du m. maxillo-labialis et s’insèrent profondément
en arrière de la commissure et dans la lèvre supérieure.
AI. maxillo-labialis (fig. 1 A et 3 C)
Le m. maxillo-labialis comprend deux faisceaux :
a — Un faisceau superficiel : Chez le Patas c’est un muscle puissant qui a pour origine
le maxillaire, et pour terminaison la zone modiolaire qu’il déborde largement. Son insertion
maxillaire se fait directement sur l’os, en avant et au-dessus de la fosse canine, sur le pourtour
de la paroi externe des fosses nasales. L’insertion osseuse rectangulaire est orientée d’avant
en arrière et de haut en bas dans le prolongement de l’insertion du faisceau profond. De son
origine maxillaire, le faisceau superficiel gagne la zone modiolaire par un trajet curviligne
que l’on peut arbitrairement diviser en deux. Dans la première partie du trajet, de l’inser¬
tion sur le maxillaire jusqu’au niveau du m. zy gomatico-labialis, les fibres convergentes
orientées en bas et en arrière se rassemblent en un étroit faisceau qui s’insinue entre le maxil¬
laire et les mm. naso-labialis et orbito-labialis. Dans la deuxième partie du trajet, les fibres
MUSCULATURE PEAUCIÈRE PÉRI-BUCCALE DES PRIMATES
595
zl
I
Fig. 3. — Kryllirocehiis jxüas. Muscles peauciers de la face ; A, vue antérieure du crâne avec les insertions
musculaires ; H, vue latérale gauche du crâne avec les insertions musculaires ; C, vue latérale du crâne
montrant la musculature orale.
b, m. buccinaior ; ml. m. inandibulo-tabiaUs ; mlp, lu. iiiaxillo-labialis, faisceau profond : mis, m. iiiarillo-
labialis, faisceau superficiel ; oo, m. orbicularis-oris ; zl. ni. zygoinatico-labiatis.
musculaires, jusqu'alors cachées, étiiergeut et s’étalent en formant ttn \'aste éventail ati-
dessus de l’abajoue. L’insertion inférieure du faisceau superficiel est très étendtie. Les
fibres les plus antérieures s’insèrent sous la par.'! huccalis du platysma en arrière et en dessotis
de la commissure labiale, une partie s’entrecroise avec les fibres de la pars menlalis du pla-
tysma provenant du côté opposé. Les fibres moyennes s’insèrent en arrière de la commissure.
L’examen à la loupe binoculaire de cette terminaison laisse entrevoir un croisement avec les
596
JEAN RUBINSTENN
fibres de la pars buccalis du platysma. l^es fibres postérieures s’insèrent très en arrière au
niveau de la paroi externe de l’abajoue.
b — Un faisceau profond (fig. 3 C) : Comparable au faisceau superficiel, ce muscle
rubané et puissant, à direction longitudinale, s’insère directement sur le maxillaire, en
dedans du bord externe de la fossette myrtiforme et à la périphérie du bord de la paroi
externe des fosses nasales. Il longe le ni. orbicularis oris puis, au niveau du faisceau super¬
ficiel, s’incurve vers le bas pour s’insérer dans la zone modiolaire. Les fibres inférieures,
c’est-à-dire celles tpii longent les fibres les plus externes du m. orbicularis oris se terminent
en arrière de la commissure labiale, au-dessus du m. buccinalor et en dessous du rn. zygorna-
tico-labialis. Ijes fibres moyennes et supérieures passent sous le faisceau superficiel et s’insè¬
rent sous celui-ci, sans jamais dépasser, semble-t-il, la ligne d’occlusion. Tout au long
de son trajet ce muscle est recouvert d’avant en arrière par les mm. naso-lahialis, orhito-
labialis, zygomalico-lahialis et le faisceau superficiel.
M. mandibulo-labialis (fig. 3 C)
Situé profondément, ce muscle est mis en évidence en resséquant la pars mentalis
du platysma rnyoides. Il s’insère en bas, sur le bord iiderieur de la mandibule, en regard
de la canine, par deux chefs musculaires : un chef antérieur dont les fibres se dirigent obli¬
quement en haut et en arrière pour se terminer profondément sous les fibres du m. hucci-
nator, au niveau de la commissure labiale ; im chef postérieur dont les fibres plus obliques
s’insèrent sous les fibres horizontales et supérieures du m. buccinalor.
M. orbicularis oris (fig. 3 C)
Le m. orbicularis oris est un sphincter formé de fibres arciformes supérieures et infé¬
rieures. Les fibres siqiérieures se situent entre la partie rostrale des lèvres, qu’elles n’attei¬
gnent jamais, et le bord inférieur du faisceau profond du m. maxillo-labialis. Elles sont
recouvertes d’avant en arrière par les mm. naso-labialis, orbito-labialis, zygomatico-lahialis
et les fibres supérieures du m. buccinalor. Les fibres inférieures cheminent profondément
sous la pars mentalis du platysma myoides. Les fibres supérieures et inférieures, après s’être
entrecroisées, s’attachent à la peau et à la muqueuse de la commissure.
M. buccinalor (fig. 1 B et 3 B)
Ce muscle, (pii constitue la plus grande partie de la joue, s’insère sur la maxillaire
près du rebord alvéolaire des prémolaires jusqu’à la tubérosité, sur le crochet de l’aile interne
de l’apophyse ptérygoïde, sur le ligament ptérygo-mandibulaire (aponévrose buccinato-
pharyngée), enfin, sur la mandibule près du rebord alvéolaire des prémolaires à la dernière
molaire. Ces trois insertions visibles au cours de la dissection se complètent par l’insertion
d’une partie des fibres horizontales dans la sous-muqueuse jugale comme nous l’a révélé
l’étude histologique (fig. 4). Le muscle comprend deux couches ; une couche postérieure
superficielle et relativement étroite, une couche plus profonde, très vaste. La couche super¬
ficielle, postérieure, s’insère sur le crochet de l’aile interne de Tapophyse ptérygoïde et la
partie supérieure du ligament ptérygo-mandibulaire (fig. 4). Les fibres se dirigent d’abord
verticalement, puis en bas et en avant en parcourant un trajet oblique pour contourner
MUSCULATURE PEAUCIERE PERI-BUCCALE DES PRIMATES
597
Fig. 4. — Lagothrix lagotrica. Coupe horizontale il • la région postérieure du m. buccinator au niveau de la
ligne d’occlusion. Fi.x. liouin, paraffine (12 u), col. Trichrome de Rainon y Cajal X 33.
abzm, attache huccinato-zi/goinatico-mandihularis ; csp, m. constrieteur supérieur du pharyn.x ; fph, m. bucci¬
nator, faisceau profond ; l'sh, m. buccinalcr, faisceau superficiel ; gin, glandes muqueuses ; il), iiisert ion
du m. buccinator dans la sous-muqueuse jugale ; sj, sous-muqueus ■ jugale ; zrn, m. zygomatico-man-
dibularis.
598
JEAN RUBINSTENN
le bord antérieur de la branche montante de la niandibide, où elles constituent les parois
postérieures, inférieures et antérieures des abajoues. Elles se terminent au niveau de la
commissure. La couche profonde ou « jugale » est constituée par un groupe de fibres supé¬
rieures, moyennes et inférieures qui s’insèrent respectivement sur le maxillaire, le ligament
ptérygo-mandibulaire et la mandibule. Les fibres su|)érieures, à partir de leur insertion
maxillaire, suivent un trajet sigmoïde et se terminent (ui faisceau parallèle dans la zone
modiolaire. En arrière de la commissure, elles se croisent avec les fibres iid’érieures et moyen¬
nes, puis s’insèrent profondément dans la lèvre inférieure. Les fibres moyennes s’insèrent
sur presque toute la longueur du ligament ptérygo-mandibulaire et suivant un trajet recti¬
ligne atteignant le modiolus. Elles rejoignent ainsi les libres supérieures avec lesquelb's
elles renforcent le buccinateur. Cet épaississement du muscle se situe au voisinage du plan
prothétique d’occlusion (Huui.nste.n.n et Yai.e.xti.n, 1973). Après avoir croisé les fibres
inférieures et supérieures elles s’insèrent profondément au niveau de la commissure. Les
fibres inférieures ont un trajet complexe car elles entrent dans la constitution des parois
interne et externe des abajoues. Une moitié des fibres, à insertion postérieure (de la deu.xième
molaire au ligament ptérygo-mandibulaire), se dirige tout d’abord en bas et en avant jusqu’au
bord inférieur de l’abajoue pour constituer la paroi interne de la poche buccale ; puis, après
avoir atteint et dépassé le bord inférieur de l’abajoue, vers la zone modiolaire, pour s’insérer
profondément dans la lèvre supérieure. Ces fibres constituent une partie importante de la
paroi externe de l’abajoue, l/autre moitié des fibres, à insertion antérieure (des jirémolaires
à la deuxième molaire), s’oriente en bas et en arrière jusqu’au bord inférieur de l’abajoue
pour renforcer les précédentes. Après avoir atteint et dépassé le bord inférieur de l’abajoue,
elles se terminent profondément dans la lèvre supérieure et renforcent les fibres précé¬
dentes dans la constitution des parois exterjie et interne de l’abajoue.
ÉTUDE CHEZ LES PROSIMIENS
LEMUR MAC AC O
Platysma myoides (fig. 5 A, B)
Cette vaste nappe musculaire discontinue formée de paquets de fibres recouvre une
portion de la nuque, du cou et de la face. Elle se décompose classiquement en quatre parties :
auricularis, zygomatica, huccalis et rnentalis. I>es trois premières parties s’insèrent en retrait
du raphé médian cervical postérieur, en avant de celui-ci. A ce niveau, les fibres, Jioyées
dans un é])ais tissu cellulo-adipeux, s’ancrejit sur le tissu conjonctif qui recouvre cette zone.
La pars inentalis naît en arrière du bord antérieur du m. trapezius. L’insertion postérieure
de ces quatre parties offre une image en éventail, image accentuée par les solutions de con¬
tinuité entre les differents pacjuets de fibres. La pars auricularis et la pars zygomatica for¬
ment un tout difficilement dissociable. 11 nous paraît plus conforme à la réalité anatomique
de décrire la pars auricularis comme une portion de la pars zygomatica. En effet, un petit
nombre de fibres issues du bord inférieur de l’oreille rejoint la pars zygomatica, la renforce
MUSCULATURE PEAUCIÈRE PÉRI-BUCCALE DES PRIMATES 599
Fig. 5. — Lemur rnacaco. Muscles peauciers de la face : A, vue latérale gauche ; B, vue ventrale,
al, m. auriculo-labialis ; dh. in. depressor helicis ; ni, m. naso-lahialis ; ol, m. orhito-labialis ; Ppa, platysma
myoides, pars auricularis ; Ppb, platysma myoides, pars buccalis ; Ppm, platysma myoides, pars mentalis ;
Ppz, platysma myoides, pars zygomatica ; Pa (sep), sphincter colli profond, pars auris ; Piv (sep), sphinc¬
ter coin profond, pars intermedia ventralis ; Pp (sep), sphincter colli profond, pars palpebralis.
380, 3
600
JEAN RUBINSTENN
et se termine sur le bord postérieur du m. auriculo-labialis. La pars auricularis se présente
comme une extension auriculaire de l’attache postérieure de la pars zygomatica. Les pars
buccalis et zygomatica forment dans la zone rétro-commissurale avec les mm. auriculo-labialis
et orbito-labialis une couche musculaire uniforme. La pars buccalis se termine superficielle¬
ment dans la lèvre supérieure et la commissure. La pars mentalis en continuité avec la pars
buccalis dans sa partie supérieure suit, dans sa partie ventrale, le bord interne de la mandi¬
bule. Quelques fibres médianes se dirigent vers l’espace intermandibulaire resté libre, sans
jamais se croiser avec celles du côté opposé. La presque totalité des fibres de la pars mentalis
se termine essentiellement dans la lèvre inférieure, quelques-unes dans la région menton¬
nière, sans jamais atteindre son extrémité, contrairement à ce que nous observons chez
les Catarrhiniens et les Platyrrhiniens Ifig. 1, 8 A, fO, 14 A, 13, 15, 16 A).
Sphincter colli profond (fig. 5-6)
Il existe chez Lemur un reliquat des pars palpebralis, intermedia et auris du sphincter
colli profond. La pars palpebralis se compose de quelques fibres situées sous les pars zygo¬
matica et buccalis du platysma myoides et les mm. auriculo-labialis et orbito-labialis. Les
fibres situées au niveau de l’orbite s’orientent vers le bas et s’insèrent dans le tissu conjonc¬
tif dense rétro-commissural. Les fibres antérieures sont en continuité avec les fibres posté¬
rieures du rn. naso-labialis. De la pars intermedia, ne subsiste que la pars intermedia ventralis.
Elle constitue une couche musculaire de texture discontinue. L’insertion inférieure se fait
sur la ligne médiane dans l’espace intermandibulaire grâce à un entrelacement de ses fibres
avec celles du muscle opposé. La totalité des fibres se termine sous le platysma, suivant une
ligne allant de la commissure des lèvres au tragus. La pars auris représentée par un paquet
de fibres, située en arrière des fibres postérieures de la pars intermedia aentralis, s’insère
directement sur le tragus, en dessous du m. depressor helicis. Après un court trajet, ce paquet
de fibres rejoint le m. intermedia ventralis et se termine avec lui sur la ligne médiane ventrale.
Le m. naso-labialis, en éventail, occupe tout le museau et se termine superficiellement dans
la lèvre supérieure où il s’entrelace avec les fibres du m. orbito-labialis. Les mm. orbito-
labialis et auriculo-labialis forment une masse musculaire unique. Comme pour les autres
Primates disséqués l’insertion postérieure permet de les dissocier. Le m. auriculo-labialis,
bande musculaire rubanée, insérée sur l’oreille au niveau du bord antérieur du tragus,
se dirige en bas et en avant, rejoint la pas buccalis et zygomatica du platysma et s’insère
superficiellement dans la lèvre supérieure et la commissure. Le m. orbito-labialis, semblable
à Vauriculo-labialis, reste une dépendance du m. orhicularis-oculi par ses insertions supé¬
rieures. Ses fibres jointes à celles du m. auriculo-labialis se dirigent en bas et en avant et
s’entrecroisent dans la lèvre supérieure avec celles du m. naso-labialis.
Le m. depressor helicis, situé entre le m. auriculo-labialis et la pars auris du sphincter
colli profond, se compose de quelques fibres présentant une disposition en éventail. Son
insertion, sur le bord antérieur du tragus, s’intercale entre celle de V auriculo-labialis et
celle de la pars auris. Les fibres terminales s’insèrent sur l’aponévrose temporale au voisi¬
nage de l’arcade zygomatique. Le m. orbicularis-oris, composé de fibres arciformes supérieures
et inférieures, présente un développement important. En effet, nous observons le croise¬
ment des fibres supérieures et inférieures très en arrière de la commissure, au niveau de
rorl)ite. Par contre, la disposition du muscle reste conforme à ce que nous a\’ions observé
MUSCULATURE PEAUCIÈRE PERI-BUCCALE DES PRIMATES
601
fsb
Fig. 6. — Lemur macaco. Muscles peauciers de la face ; A, vue latérale gauche des reliquats du sphincter
coin profond ; B, vue latérale gauche du in. orhicularis oris et du rn. buccinator.
al, m. auriculo-lahialis ; dh, m. depressor helicis ; fpb, m. buccinator (faisceau profond) ; fsb, m. buccinator
(faisceau superficiel) ; ni, m. masseter ; ol, m. orbito-labialis ; oo, m. orbicularis oris ; Pa (sep), sphincter
coin profond, pars auris ; Piv (sep), sphincter colli profond, pars intermedia ventralis ; Pp (sep), sphincter
coin profond, pars palpebralis.
précédemment. Le m. buccinator (fig. 6 B), constitué de deux couches comme chez les autres
Primates, montre par le développement important du m. orbicularis-oris, une réduction
sensible de sa couche profonde. D’ailleurs ses insertions maxillaires et mandibulaires se dépla*
602
JEAN RUBINSTENN
cent vers l’arrière et s’effectuent à partir du niveau des premières molaires. Le faisceau
superficiel, conforme à celui déjà décrit, se trouve malgré tout réduit. Il se termine dans la
région mentonnière sous la pars mentalis du platysma myoides.
A
aoc
Fig. 7. — Daubentonia madagascariensis. Muscles peauciers de la face, vue latérale gauche. A, couche super¬
ficielle ; B, couche profonde.
aoc, m. auriculo-occipitali» ; b, m. buccinator ; dhs, ni. depressor helicis siiperficialis ; ol, m. orbito-labialis ;
oo, m. orbicularis oris ; Ppa, platysma myoides, pars auricularis ; Ppb, platysma myoides, pars buccalis ;
Ppm, platysma myoides, pars mentalis ; Ppz, platysma myoides, pars zygomatica ; Piv (sep), sphincter
coin profond, pars intermedia oentralis ; Pp (sep), sphincter colli profond, pars palpebralis.
MUSCULATURE PEAUCIÈRE PÉRI-BUCCALE DES PRIMATES
603
DA UBENTONIA MAD A GASCAIilENSIS
La morphologie de type rongeur que présente le Dauhenlonia au niveau du crâne
(condyle très abaissé, adapté à des mouvements longitudinaux, fosse sigmoïde peu impor¬
tante, apophyse angulaire faible) et des dents (dents antérieures longues et à croissance
continue, absence de canine, barre importante entre incisives et prémolaires), ne se retrouve
pas dans la musculature faciale superficielle.
Platysma myoides (fig. 7)
Le platysma myoides, couche musculaire bien développée mais peu étendue, recouvre
la partie ventrale et latérale du cou. On lui reconnaît classiquement quatre partes : auri-
cularis, zygomatica, buccalis, mentalis. L’insertion des trois dernières se fait sur le bord anté¬
rieur de l’aponévrose du trapèze. Les partes auricularis et zygomatica paraissent confondues.
Comme chez le lémur, la pars auricularis représente une extension postérieure de la pars
zygomatica. Celle-ci se termine au niveau d’une ligne joignant le tragus à la commissure des
lèvres. L’insertion terminale de la pars buccalis, peu étendue, s’effectue par un petit nombre
de fibres dans la lèvre supérieure et la commissure. La pars mentalis n’atteint pas la ligne
médiane et laisse un espace intermandibulaire très réduit. Elle s’insère superficiellement
dans la région mentonnière et la lèvre inférieure.
Sphincter colli profond (fig. 7)
La pars palpebralis du sphincter colli profond se compose de quelques paquets de fibres
(dix à vingt) noyés dans le tissu conjonctif dense de la zone rétrocommissurale. Les fibres
sensiblement verticales font avec celles de la pars buccalis un angle de 70° à 80°. La pars
intermedia oentralis, formée de peu de fibres, occupe la partie ventrale du cou et une partie
de la joue. Située profondément par rapport au platysma, elle s’insère sur la ligne médiane
de l’espace intermandibulaire où ses fibres s’entrecroisent avec celles du muscle opposé et
se terminent un peu en dessous du plan d’occlusion prémolaires-molaires.
Dérivés du sphincter colli profond (fig. 7)
Le m. orbito-labialis, mince bande musculaire aplatie, a pour origine les fibres les plus
externes du m. orbicularis-oculi. Quelques fibres postérieures s’insèrent superficiellement
sur le m. depressor helicis superficialis. Il se termine dans la commissure des lèvres et dans
la lèvre supérieure où ses fibres s’entrecroisent avec celles du m. naso-labialis.
Chez Daubentonia, la musculature extrinsèque de l’oreille, débordant largement sur
la face, crée une modification de la musculature péri-buccale qui nous amène à décrire
quelques-uns de ces muscles.
Le m. depressor helicis super ficialis, bifasciculé, s’insère sur le bord antérieur du tragus.
De cette insertion partent deux faisceaux musculaires supérieur et inférieur qui se dirigent
vers l’orbite. Le faisceau supérieur, rubané, horizontal, s’ancre dans un tissu conjonctif
dense sur le bord postérieur de la pars palpebralis du sphincter colli profond en se mélan-
604
JEAN RUBINSTENN
géant avec les fibres du m. orhito-labialis. Le faisceau inférieur, rubané, légèrement incurvé
vers le haut, se termine sur le bord inférieur de l’apophyse zygomatique du malaire et
s’amarre sur l’os par un petit tendon qui se joint aux tendons du in. depressor helicis pro-
fundus et du masseter superficialis lamina prima. Le m. depressor helicis profundus, petite
bande musculaire, prend son origine sur l’aponévrose massétérine au niveau de l’arcade
zygomatique, en avant de la suture temporo-malaire. Situé sous le faisceau inférieur du m.
depressor helicis superficialis, il se dirige en avant cl s’insère avec ce dernier et la lamina
prima du masseter super ficialis, sur le bord inférieur de l’apophyse zygomatique. Le m. auri-
culo-occipitalis, attaché sur le bord antérieur du tragus, au-dessus du précédent, se dirige
en haut et en avant pour se terminer par une disposition en éventail sur l’aponévrose tem¬
porale. Quelques fibres antérieures croisent les fibres postérieures du m. orbito-labialis.
Le m. buccinator (fig. 7 B), épais, rubané, étroit, en raison de l’important développement
de la branche montante de la mandibule n’intervient pas dans la constitution de la joue.
A direction longitudinale, il s’insère sur le bord inférieur de l’aile interne de l’apophyse
ptérygoïde, le ligament ptérygo-mandibulaire et la gouttière rétro-molaire. De ces trois
insertions, le muscle, situé toujours en dessous du plan d’occlusion, se dirige en avant et
s’insère au niveau de la commissure où ses fibres s’entrecroisent avec celles du m. orbicu-
laris-oris. Ce dernier, très peu développé, présente une disposition classique.
ÉTUDE CHEZ LES PLATYRRLIINIENS
SAlMini SClUEEUS
Chez ce Singe de petite taille tous les muscles précédemment décrits sont présents,
mais la mise en évidence de toutes les couches musculaires est très délicate, aussi l’utilisation
du lugol pour identifier la morphologie du platysma par exemple nous a été d’un grand
secours.
Platysma myoides
Le platysma myoides représente une couche musculaire très ténue, adhérente à la peau.
11 est facilement arraché, si l’on n’y prend garde, en récli.nant la peau.
Les insertions postérieures et inférieures sont conformes à celles décrites chez le Patas.
En particulier les fibres supérieures partent du raphé médian cervical postérieur. Toutefois
la pars mentalis diffère sensiblement dans sa partie ventrale. Contrairement à ce que l’on
observe chez les Catarrhiniens, les fibres les plus médianes suivent, chez le Saimiri, le bord
inférieur de la mandibule et délimitent l’espace intermandibulaire.
Sphincter colli profond
Contrairement à l’opinion de Schreiber (1928), nous n’avons pas trouvé, sur les trois
individus disséqués, de reliquats du sphincter colli profond. En effet, cet auteur décrit une
couche musculaire située dans la partie ventrale du cou qui correspondrait au reliquat de
la pars intermedia aentralis du sphincter colli profond. Les mm. zygomatico-labialis et orbito-
MUSCULATURE PEAUCIÈRE PÉRI-BUCCALE DES PRIMATES
605
labialis représentent deux très minces ])an(les museiilaires diUlcilemeiit dissociables. Le
m. orbicularis oris, très réduit, forme avec le m. maxillo-labialis une unité morphologique.
Le m. dilator nasi, quoicpie ne faisant pas parlie de Jios recherches, nous a paru intéres¬
sant à décrire. Il faut rappeler (|ue ce muscle n’e.xiste ])armi les Primates que chez les singes
Platyrrhiniens et que, par rapport aux autres Mammifères, son insertion maxillaire a migré
vers le bas, au niveau de l’iiisertion supérieuie du buccinateur. C’est un muscle aplati,
triangulaire, à grande base antérieure et à direct ioji antéro-postérieure. L’insertion anté¬
rieure eji éventail se fait autour des orifices nasau.x dans la sous-mmpieuse nasale. Les fibres
se dirigent en arrière et légèrement en bas pour s’insérer sur le m i.xillaire, au-dessus du rebord
alvéolaire, au ni%eau des prémolaires. Dans son trajet antériinir h? muscle recouvre la partie
antérieure du muscle lua.rillo-labialis. Le faisceau superfmiel du iii. maxillo-labialis s’étend
profondément, de la région para-nasale à la région orale. Il a son origine sur les sutures
nasales et prémaxillo-maxillaires, donc très en a\ant de la fosse canimn Cette insertion se
fait suivant une ligne qui est en continuité avec celle du faisceau profond. Le muscle s'étend
profondément sous le tii. dilator nasi et fins nerfs infra-orbitaires. Toutes les lilires de ce
muscle, et en jiarticulicr les plus antérieure.s, suivent la même direction (pie colles de Vorbi-
cularis-oris et semblent former avec lui une im'mc bande musculaire. Les lilires musculaires
se terminent superficiellement en bas et en anière de la commissure labiale oii elles s’entre¬
croisent avec les fibres les plus antérieures du plalysma myoides pars bnccalis.
Le m. mandibulo-labialis, bande musculaire a.datie, s’insère au ni\e.au du rebord infé¬
rieur de la mandibule en regard de la canine, puis il se dirige en haut et en arrière, et se
termine sous le platysma, au-dessus du huccinat nir, dans la lè^Te inférieure et en arrière
de la commissure. Le m. bucciiialor présenti' deux faisceaux lamellaires superficiel et pro¬
fond et non trois comme rindiifue Sciireiuf. a (1P2S). Le faisceau superficiel prend naissance
très haut sur le ligament ptérygo-mandihulaire et le crochet de l’aile interne de l’apophyse
ptérygoïde, puis se dirige en bas et en avant, suixa'it un trajet curviligne, pour s’insérer
dans la lèx're inférieure en dessous de \’orbicularis-oris, de inaTiièrc à ro'iforcer la pars men-
lalis du platysma myoides. La couche profonde |)résente les mênn's (lispositions que chez
les Catarrhiniens dépourx us d’abajoues.
ALOL’A TT A SE.YK'UL l'S
(Fig. 8 et D)
Cette dissection présente un intérêt particulier l'ar il s’agit d’un Singe sauvage rapporté
par J. F. Gasc (1972) d’une mission en Guyane et n’ayant jamais séjourné dans un parc
zoologi([ue.
Le platysma myoides constitue une vaste et éjiaisso couche musculaire ({ui se dirige
vers la commissure labiale et le menton. Dans sa partie supérieure, elle passe en dessous
du pavillon de l’oreille. Dans sa partie ventrale, le bord interne suit à peu près parallèle¬
ment, un demi centimètre en dedans, le rebord inférieur de la mandiliule. La pars mentalis
ne recouvre donc pas la zone intermandibulaire et de plus, contrairement à l’opinion de
SciiHEiBER (1928), les deux muscles antimères ne se croisent pas dans cette zone. Le m. zy^o-
606
JEAN RUBINSTENN
-Ppb
Fig. 8. — Aloualla seniciihis. Muscles peauciers de la face, vue latérale gauche : A, couche superficielle ;
B, H), dilatator nani et faisceau superficiel du /». niaxillu-lahiali/s.
du, ni. dilatalor nasi ; mis, m. inaxillo-labialis, faisceau superficiel ; ol, ni. orhilo-labialis ; Ppb, platysnia
niyoides, par.s buccalis ; Ppm, platysnia myoides, pars nienlaUs ; zl, m. zygomalico-labialis.
malico-labialis s’insère sur la face externe de l’arcade zygomatique (suture temporo-malaire)
sur une très petite surface. Le m. orbito-labialis prend son origine par des fibres en éventail
sur l’aponévrose temporale, au-dessus de l’arcade zygomatique. Les fibres antérieures du
muscle semblent être une dépendance de la partie la plus externe du tn. orbicularis-oculi.
A partir de ces insertions supérieures, le m. zygomatico-labialis et le m. orbito-labialis for¬
ment une unique couche charnue qui se dirige en has et en avant et se termine dans la lèvre
supérieure, en arrière de la commissure.
MUSCULATURE PEAUCIÈRE PÉRI-BUCCALE DES PRIMATES
607
Le m. inaxillo-lahialis coiistiluc chez Alouatta une puissante bande musculaire dilLi-
cilement dissociable des muscles orhicularis-oris et le<.’alor-labii superioris.
Le muscle huccinator présente deux faisceaux, comme chez Saimiri. Nous avons noté
un développement particulièrement important du faisceau superficiel (jui recouvre plus
largement le faisceau profond que chez les Catarrhiniens.
Fig. 9. — Alouatta seniculus. Vue latérale gauche du m. huccinator. du, m. dilator nasi ; l'pb, m. huccinator,
faisceau profond ; l'sb, in. huccinator, faisceau superficiel ; oo, m. orhicularis oris.
ATELES ATER E'f ATELES BELZEBUTH
Ces deux tètes, formolées, sectionnées du tronc, ne permettent pas d’étudier les attaches
postéro-inférieures du platysma. Malgré tout, nous pouvons grâce à elles préciser quelques
particularités intéressantes.
Platysma myoides
Le platysma myoides, beaucoup moins développé que chez Alouatta, se situe dans sa
partie supérieure au voisinage du plan d’occlusion dentaire. Deux paquets de fibres muscu¬
laires se détachent de l’oreille au niveau du tragus et se joignent au platysma constituant
ainsi la pars auricularis du platysma myoides.
Sphincter colli profond
Seuls les dérivés subsistent et, parmi eux, le faisceau superficiel du m. maxillo-labialis
diminue d’importance. Cette réduction s’accompagne d’une insertion terminale superfi¬
cielle plus basse, très en dessous de la commissure labiale.
608
JEAN RUBINSTENN
LAGOTHRIX LAGOTRICA
La topographie des muscles disséqués est très setuI)lahlo à celle décrite clicz AloiiaUa
Platysma myoides
Le platysma myoides no constitue pas une couche musculaire uniforme car il est formé
de nond)reux patjuets de fibres accolés les uns aux autres. L’insertion d’origine est plus
antérieure que chez Aloualla, en particulier la pars zygomaticu s’insère en arrière du bord
postérieur du sterno-cleido-mastoïdien.
Sphincter colli profond
Le faisceau superficiel du m. maxillo-labialis, mince, rubané, prend son insertion autour
des orifices nasaux (dans leur partie supérieure) sous le m. dilalalor nasi. Le m. mandibulo-
labialis, mince couche musculaire, se compose d’un petit nombre de fibres. Ses insertions
osseuses se font sur la mandibule en avant du trou sous-mentonnier, légèrement au-dessus
du rebord mandibulaire. Le m. orhito-labialis est plus étendu ([ue chez les autres Platyrrhi
niens.
CE RU S FL AV U S LT G ERU S CI RR IF ER
(Fig. 10)
Sur ces deux pièces formolées, nous avons utilisé le lugol pour recolorer les muscles.
Nous avons pu ainsi préciser certains détails qui ne pouvaient être décelés sur les pièces
non traitées.
Fn;. 10. — Cehiis cirrifer. .Muscles peaucicrs de la i'acc, vue laléi'alc gauclic. rnis, m. niaxillo-labiali.s, faisceau
supei-ficiel ; ol, i/i. urbilo-lahialis ; l’pli, phtli/siiiii mijoides, pars bnccalis ; Ppiu, plalysina irnpiiiles, purs
tnentuUs ; Ppz, plali/siiiu iiifioides, pars zyguuialim ; zl, in. zygoniatico-labialis.
MUSCULATURE PEAUCIÈRE PÉRI-BUCCALE DES PRIMATES
609
Platysma myoides
La pars zygomatica se détache du platysma au niveau du pavillon de l’oreille pour se
diriger vers l’arcade zygomatique. Elle se termine en éventail suivant une ligne oblique
en bas et en avant à proximité de l’arcade zygomatique. Cette couche musculaire est cons¬
tituée d’un petit nombre de paquets de fibres qui s’individualisent dans sa partie terminale.
La pars buccalis forme une couche uniforme peu développée qui, de ses insertions posté¬
rieures, se dirige horizontalement vers la zone commissurale. Les fibres supérieures sont
toujours en dessous de la ligne d’occlusion dentaire. L’insertion terminale se fait sous le
m. maxillo-labialis, comme chez Alouatta, au niveau de la commissure.
La pars mentalis possède les mêmes caractéristiques que chez Alouatta, elle ne recouvre
pas l’espace intermandibulaire.
Sphincter colli profond
Le m. zygomatico-labialis s’étend de l’arcade zygomatique à la lèvre supérieure. Son
insertion supérieure n’est pas osseuse comme chez les autres Primates. Elle se fait sur
l’aponévrose temporale, légèrement au-dessus de l’arcade zygomatique, au niveau de la
suture temporo-malaire. De cette insertion supérieure, le muscle passe sous le faisceau
superficiel du m. maxillo-labialis et au-dessus du m. huccinator, il se termine dans la lèvre
supérieure. L’insertion supérieure, très superficielle et ayant perdu ses rapports osseux,
nécessiterait une modification de la dénomination de ce muscle ; malgré tout, nous préfé¬
rons lui garder le nom de m. zygomatico-labialis afin de ne pas compliquer inutilement
la nomenclature car sa disposition anatomique l’apparente à ses homologues chez les autres
Primates. Le buccinator est identique à celui de Alouatta et présente un faisceau superficiel
fort développé qui recouvre largement le faisceau profond.
ÉTUDE CHEZ LES CATARRHINIENS CYNOMORPHES
CERCOPITHECUS AETHIOPS
(Fig 11 A)
Le Platysma myoides ne diffère pas de celui du Patas et présente la même importance
et les mêmes insertions.
Il n’existe pas de m. orhito-lahialis ; par contre le m. zygomatico-labialis, présent, cons¬
titue une large bande musculaire qui s’insère sur l’arcade zygomatique. Le faisceau super¬
ficiel du m. maxillo-labialis, puissant, s’insère en haut dans la fosse canine, directement
sur l’os. Le faisceau profond du m. maxillo-labialis s’insère comme chez Erythrocebus patas ;
cependant les fibres antérieures, au lieu de se diriger parallèlement aux fibres les plus externes
du m. orbicularis oris, descendent verticalement sous ce dernier et s’insèrent dans la lèvre
supérieure.
610
JEAN RUBINSTENN
CERCOCEBUS ATERRIMUS
(Fig. 12)
Le Mangabey, dont nous avons disséqué quatre spécimens, trois adultes mâles et un
jeune mâle, présente les mêmes caractéristiques que chez Erythrocehus patas, à l’exception
du faisceau superficiel du m. maxillo-labialis qui s’insère dans la fosse canine. Les autres
muscles conservent la même disposition.
A -
FIGURE 11 FIGURE 12
Fig. 11. — A, Cercopithecus aethiops. Vue latérale gauche de la face montrant les particularités du m.
tnaxillo-labialis ; B, Papio hamadrias. Détails de ce même muscle,
mlp, m. maxillo-labialis, faisceau profond ; mis, m. maxillo-labialis, faisceau superficiel.
Fig. 12. — Cercocebus aterrimus. A, vue latérale gauche du crâne montrant les particularités du m. maxillo-
labialis ; B, vue cavalière du crâne montrant l’insertion osseuse de ces deux muscles,
mlp, m. maxillo-labialis, faisceau profond ; mis, m. maxillo-labialis, faisceau superficiel.
MUSCULATURE PEAUCIÈRE PÉRI-BUCCALE DES PRIMATES
611
Fig. 13. — A, vue latérale gauche du platysma myoides chez Papio hamadryas mort-né ; B, id., chez Macaca
speciosa mort-né ; C, détail de l’insertion nuchale chez le Macaque, vue dorsale.
Ppb, platysma myoides, pars buccalis ; Ppm, platysma myoides, pars mentalis ; Ppz, platysma myoides, pars
zygomatica.
JEAN RUBINSTENN
612
MACACA SPECIOSA
(Fig. 13 B et G)
Nous avons pu disposer d’un animal mort-né. La dissection a été mise en évidence
avec du lugol pour renforcer la coloration des masses musculaires charnues.
Platysma myoides
La pars buccalis et la pars zygomatica s’insèrent postérieurement dans une zone située
entre le bord antérieur du trapèze et le bord postérieur du sterno-cleïdo-mastoïdien. La
pars mentalis constitue une nappe musculaire plus importante, similaire à celle rencontrée
chez Patas.
Sphincter colli profond
Les mm. zygomatico-labialis et orbito-labialis ne semblent pas dissociés et forment une
même couche musculaire mince et aplatie. Les autres muscles sont présents, différenciés,
avec des insertions conformes à celles décrites dans la dissection-type.
PAPIO PAPIO
(Fig. 14)
Chez le Papio, il existe des différences notables sur trois muscles : le m. zygomatico-
labialis, le faisceau superficiel du m. maxillo-labialis et le m. mandibulo-labialis.
Le m. zy gomatico-labialis présente la même insertion supérieure et la même direction
que chez le Patas. Par contre, alors que dans la dissection-type l’ensemble des fibres s’insinue
sous le faisceau superficiel du m. maxillo-labialis, celles-ci se divisent à ce niveau en deux.
La moitié inférieure passe sous le faisceau superficiel du m. maxillo-labialis et s’insère
profondément au niveau de la commissure des lèvres. La moitié supérieure recouvre le
faisceau superficiel du m. maxillo-labialis et se joint aux fibres les plus postérieures du m.
orbito-labialis, pour s’intégrer totalement à lui.
Le faisceau superficiel du m. maxillo-labialis s’insère en avant de la fosse canine, par
une très large bande musculaire à fibres divergentes, pratiquement en continuité avec
l’insertion du faisceau profond. Nous trouvons dans ce cas un seul chef musculaire d’inser¬
tion.
Le m. mandibulo-labialis constitue chez cet animal une bande musculaire assez puis¬
sante qui s’insère sur la mandibule par deux chefs : l’un au-dessous du rebord alvéolaire
des incisives inférieures ; l’autre sur le bord inférieur de la mandibule en regard de la canine.
Les deux chefs musculaires se dirigent en haut et en arrière et fusionnent à la hauteur de la
canine pour former alors un seul muscle. La dissection du côté opposé confirme ce dispo¬
sitif.
MUSCULATURE PEAUCIERE PERI-BUCCALE DES PRIMATES
613
B
Fig. 14. — Papio papio. Le platysma myoides : A, vue latérale gauche ; B, vue dorsale. Ppb, platysma myoides,
pars huccalis ; Ppm, platysma myoides, pars mentalis ; Ppz, platysma myoides, pars zygomatica.
PAPIO HAMADRYAS
(Fig. 11 B et 13 A)
Nous avons pu disséquer deux spécimens, dont un adulte mâle et un mort-né femelle.
Les deux dissections présentent un intérêt particulier car elles vont nous permettre de
voir si toutes les structures musculaires oro-faciales sont en place à la naissance.
614
JEAN RUBINSTENN
Platysma myoides (fig. 13 A et 14)
Il est très développé chez les deux animaux et comprend les trois parties décrites
chez Patas. La pars mentalis reste conforme à la dissection-type. Les parles zygomatica
et buccalis s’insèrent sur le raphé médian cervical postérieur par des fibres aponévrotiques
qui se croisent de part et d’autre de la ligne médiane. Chez l’animal mort-né cette insertion
est beaucoup plus réduite. Les fibres se dirigent ensuite, chez l’adulte et le mort-né, vers
l’arcade zygomatique et la zone modiolaire conformément au schéma classique.
Sphincter colli profond
Il n’existe pas de sphincter colli profond. Nous retrouvons aussi bien chez l’adulte que
chez le mort-né les muscles dérivés décrits dans la dissection-type. Ils ont une morphologie
et des insertions en tout point semblables. La caractère non fonctionnel des abajoues expli
que leur faible développement chez le spécimen mort-né.
MANDRILLUS SPHYNX
N’ayant eu à notre disposition qu’une tète séparée du tronc, il nous a été impossible
de préciser les insertions inférieures de la pars mentalis du platysma myoides.
Platysma myoides
Les insertions postérieures du platysma myoides s’opèrent, par un petit nombre de fibres
musculaires noyées dans un tissu aponévrotique, sur le raphé médian cervical postérieur
Les fibres des deux muscles antimères se croisent sur la ligne médiane.
Sphincter colli profond
Le m. orbito-labialis, large bande musculaire, conserve sa situation classique en avant
du m. zygomatico-labialis. Par contre ses insertions supérieures diffèrent. En plus de l’inser¬
tion classique à partir des fibres les plus externes du m. orbicularis-oris, il existe une inser¬
tion en éventail sur l’aponévrose temporale par des fibres musculaires dans l’angle formé
par l’arcade zygomatique et le rebord orbitaire externe. De ces deux insertions les fibres
se dirigent en bas et en avant pour s’insérer profondément sous le m. orbicularis-oris. Quelques
fibres postérieures se joignent aux fibres antérieures du m. zygomatico-labialis pour passer
sous le m. maxillo-labialis. Ainsi apparaît chez Mandrillus une disposition inverse de celle
rencontrée chez Papio papio. Le faisceau superficiel du m. maxillo-labialis est une bande
musculaire assez puissante mais sans commune mesure avec l’importance de la tête et en
particulier de l’allongement du museau évoquant celui des Canidae. Ce muscle se montre,
quoiqu’on puisse en penser, moins puissant que chez Papio papio et Papio hamadryas.
Il s’insère par deux chefs musculaires très importants sur le maxillaire, directement sur l’os,
MUSCULATURE PEAUCIÈRE PÉRI-BUCCALE DES PRIMATES
615
en avant de la fosse canine, au niveau de la bosse canine, en dessous et en avant des trous
sous-orbitaires. Ces deux chefs ont des plages d’insertions sensiblement égales. Les deux
faisceaux musculaires se réunissent pour former un seul muscle un centimètre plus bas
et en arrière.
MANDRILLUS LEUCOPHAEUS
(Fig. 15)
Platysma myoides
La pars zygomatica du platysma myoides est plus développée chez le Drill que chez le
Patas. L’ensemble du muscle qui forme une nappe importante se termine en dessous de
l’arcade zygomatique, au-dessus du m. auriculo-labialis et du m. zygomatico-labialis.
Ppm Ppb Ppm
( droit ]
Fig. 15. — Mandrillus leuceophaeus. Muscles peauciers de la face, vue latérale gauche, al, m. auriculo-
labialis ; mis, m. maxillo-labialis, faisceau superficiel ; ol, m. orbito-labialis ; Ppb, platysma myoides,
pars huccalis ; Ppm, platysma myoides, pars mentalis ; Ppz, platysma myoides, pars zygomatica ; zl, m.
zygomatico-labialis.
Sphincter colli profond
Le m. auriculo-labialis est un muscle particulier au Drill. C’est une bande musculaire
mince qui s’insère superficiellement sur l’aponévrose temporale en avant de l’oreille. De là,
les fibres se dirigent en bas et en avant pour se glisser entre les fibres antérieures du m.
zygomatico-labialis et les fibres postérieures du m. orbito-labialis. 11 a une direction parallèle
à ces deux muscles et passe au-dessus du faisceau superficiel du m. maxillo-labialis, et se
616
JEAN RUBINSTENN
termine superficiellement dans la lèvre supérieure, légèrement en avant de la commissure.
L’ensemble de ces trois muscles, orbito-labialis, auriculo-labialis et zygomatico-labialis,
forme dans leur partie moyenne une sorte de lame musculaire unique. Seules leurs insertions
différentes et leurs terminaisons superficielle ou profonde dans la lèvre supérieure permettent
de les différencier nettement.
COLOB U S SEMNOPITllECUS
Contrairement au caractère cynocéphale des Papio et du Mandrill où la tête présente
un fort allongement, celle du Sémnopithèque devient globuleuse, avec un museau peu saillant.
Le massif facial se trouve plus développé en hauteur que dans le sens antéro-postérieur.
Le faisceau superficiel du m. maxillo-labialis s’insère chez Seinnopithecus au niveau
de la fosse canine. C’est nn muscle puissant dont les fibres se dirigent en bas et en arrière
pour se terminer en éventail sous la pars buccalis du platysma myoides en arrière et en dessous
de la commissure des lèvres. Le m. buccinator subit en raison de l’absence d’abajoues des
modifications importantes qui portent : au niveau de la couche profonde, sur le trajet des
fibres inférieures qui se simplifie et devient sigmoïde, symétrique à celui des fibres supé¬
rieures ; au niveau de la couche superficielle, sur le trajet des fibres qui descendent direc¬
tement jusqu’au voisinage du triangle rétro-molaire et s’incurvent vers la région menton¬
nière sans l’atteindre.
ÉTUDE CHEZ LES CATARRHINIENS ANTHROPOMORPHES
PAN TROGLODYTES
(Fig. 16)
Platysma myoides (fig. 16 A)
La pars mentalis présente les mêmes insertions que chez le Patas. Ses fibres se dirigent
vers la lèvre inférieure et le menton. On note comme chez Erythrocebus patas le croisement
du muscle dans l’espace intermandibulaire. A aucun moment nous n’avons trouvé, comme
il est décrit dans les divers traités d’anatomie humaine, d’attaches osseuses au niveau de la
mandibule. L’ensemble du muscle se termine snperficiellement dans la peau de la lèvre
inférieure et du menton. Lors de son trajet, elle croise par en dessous le muscle triangulaire
qui est spécifique des Anthropomorphes et de l’Homme. La pars zygomatica se montre
fortement régressée ; senles quelques fihres se détachent de la masse musculaire du platysma
et se dirigent vers l’arcade zygomatique. Elles se terminent superficiellement dans la peau
au niveau du bord postérieur du muscle zygomatico-labialis. La pars buccalis, également
régressée, se réduit à un petit nombre de fihres qui se terminent au niveau de la commis¬
sure. Les insertions postérieures de la pars zygomatica et de la pars buccalis du platysma se
MUSCULATURE PEAUCIÈRE PERI-BUCCALE DES PRIMATES
617
zl
I
I
I
I
fpb
Fig. 16. — Pan troglodytes. Muscles peauciers de la face, vue latérale gauche : .4, couche superficielle ; B,
m. buccinator ; C, son insertion terminale au niveau du m. orbicularis oris.
fpb, m. buccinator, faisceau profond ; fsb, m. buccinator, faiscean superficiel ; mis, m. maxillo-labialis, fais¬
ceau superficiel ; ol, m. orbito-labialis ; Ppb, platysma myoides, pars buccalis ; Ppm, platysma myoides,
pars mentalis ; Ppz, platysma myoides , pars zygomatica ; t, m. triangularis ; zl, m. zygomaticc-labialis.
618
JEAN RUBINSTENN
font très en avant du raphé médian cervical postérieur. D’après notre dissection les insertions
de ces deux portions étaient noyées dans le tissu cellulo-adipeux du cou, au niveau du triangle
formé par le bord postérieur du muscle sterno-cleido-mastoïdien et le bord antérieur du
muscle trapèze. Si l’on compare l’importance de cette couche musculaire chez Erythrocebus
patas et Pan troglodytes, on est frappé par la diminution aussi hien en étendue qu’en puissance
de ce muscle. Chez le premier, le platysma est beaucoup plus étendu, partant du raphé
médian cervical postérieur, il recouvre la région nuchale, la région sterno-cleido-mastoïdienne,
la région massétérine et la région génienne, alors que chez le second la pars buccalis et la
pars zygomatica n’ont plus aucun rapport avec la région nuchale. Eu outre les surfaces recou¬
vertes par les parles buccalis et zygomatica sont très diminuées au niveau des autres régions.
Sphincter colli profond (fig. 16, A, B, C)
Le muscle zygomalico-labialis forme une hande musculaire plate et large. L’insertion
zygomatique s’effectue par un petit tendon au niveau de la suture temporo-malaire. Cette
insertion tendineuse paraît très spécifique au Chimpanzé ; en effet, nous ne l’avons pas
retrouvée chez les autres Primates. Le m. orbito-labialis a pour origine les fibres les plus
externes du m. orbicularis-oculi. Quelques libres postérieures divergentes s’insèrent super¬
ficiellement en arrière du m. orbicularis-oculi sur l’aponévrose temporale. Très rapidement,
après leurs insertions supérieures, ces deux muscles se rejoignent pour former une seule
bande musculaire. Seuls les rapports avee le faisceau superficiel du m. maxillo-labialis
permettent de les différencier réellement : il les sépare dans une zone située en arrière et
en haut de la commissure des lèvres.
Le faisceau superficiel du m. maxillo-labialis, hande musculaire assez large, à direction
presque verticale s’insère dans la fosse canine, sur le maxillaire en avant et en dessous des
trous sous-orbitaires. Cette insertion (|ui se fait directement sur l’os est la plus postérieure
que nous ayons rencontrée jusqu’à présent. Le paquet vasculo-nerveux issu des trous
sous-orbitaires s’étale en éventail et la recouvre en totalité. L’insertion au niveau de la
fosse canine confirme la verticalisation du muscle.
Le m. orbicularis-oris présente les mêmes caractéristiques que chez Erythrocebus patas.
Toutefois quelques fibres du buccinateur viennent le renforcer au niveau de la commissure
des lèvres. Il conserve malgré tout son entité morphologique.
Le m. triangularis est un muscle spécifique des Anthropomorphes et de l’Homme,
large, aplati, mince, triangulaire ; il s’étend entre la mandibule et les lèvres. Son insertion
s’effectue sur la partie antérieure de la ligne oblique externe. De là, les fibres se dirigent
vers la commissure des lèvres pour s’insérer dans la zone modiolaire où elles s’entrecroisent
avec les fibres des mm. zygomatico-labialis et de Vorbito-labialis.
Le m. bucc.inator présente une morphologie différente de celle décrite chez Patas, mais
voisine de celle que nous avons vue chez Semnopithecus. Il conserve deux couches muscu¬
laires : l’une longitudinale profonde, l’autre superficielle.
La couche profonde constitue le buccinateur proprement dit et comprend des fibres
inférieures, supérieures et moyennes s’insérant respectivement sur la mandibule, le maxillaire
et le ligament ptérygo-mandibulaire. Ces insertions osseuses et ligamentaires sont les mêmes
que chez le Patas. Les fibres inférieures, obliques en bas et en haut, et les fibres supérieures,
oblifjues en avant et en bas, parcourent un trajet en S, pour s’aligner parallèlement entre
MUSCULATURE PEAUCIÈRE PERI-BUCCALE DES PRIMATES
619
elles et se diriger vers le modiolus. Elles ne se croisent que plus tard en arrière de la commis¬
sure. Par contre les fibres moyennes suivent un trajet rectiligne jusqu’à la commissure.
La couche superficielle s’insère sur le crochet de l’aile interne de l’apophyse ptérygoide et
la partie supérieure du ligament ptérygo-mandibulaire. Les fibres se dirigent obliquement
en avant et en bas vers le menton, sans dépasser la zone commissurale. Afin de mettre en
évidence les rapports des fibres de la couche profonde au niveau de la zone rétro-commis-
surale, nous avons pratiqué des coupes macroscopiques frontales d’un centimètre d’épaisseur.
La coupe située à un centimètre en arrière de la commissure nous a permis d’effectuer une
dissection dans deux plans perpendiculaires. A un centimètre en arrière de la commissure,
les fibres supérieures croisent les inférieures, toutes deux recouvrant à ce niveau les fibres
moyennes. La coupe suivante passant au niveau prémolaires-molaires montre un épaississe¬
ment très net du muscle situé sensiblement au niveau du plan d’occlusion dentaire.
Ces coupes nous prouvent l’existence d’une bande musculaire en arrière du point de
convergence des fibres inférieures et supérieures, lieu de rassemblement de toutes les fibres
de la couche la plus profonde du buccinator. Cette bande correspond à un épaississement
du muscle dans le sens transversal, épaississement qui va jusqu’au lieu de croisement des
fibres.
DISCUSSION
Le platysma myoides, formé de quatre parties chez les Prosimiens, se simplifie progressi¬
vement chez les Platyrrhiniens et les Catarrhiniens cynomorphes qui ne présentent plus
que trois portions, la pars auricularis ayant disparu. De même, la pars zygomatica encore
rudimentaire chez les Antropomorphes ne se retrouve plus chez l’Homme. La pars buccalis
subit également une régression vers l’avant. Elle perd son insertion postérieure sur le raphé
cervical postérieur chez Pan troglodytes et s’insère dans le triangle formé par le chef clavi¬
culaire du muscle sterno-cleido-mastoïdien et le bord antérieur du muscle trapèze. La
pars mentalis, plus stable que les autres, envahit l’espace intermandibulaire, pour le cravater,
chez les Catarrhiniens. Ce dispositif qui ne se trouve pas chez les Platyrrhiniens s’ébauche
en partie chez les Prosimiens mais les fibres n’atteignent pas la ligne médiane. La présence
de ce faisceau dans l’espace intermandibulaire ainsi que les insertions mandibulaires de la
pars mentalis semblent en relation avec le passage du stade quadrupède au stade bipède.
La pars mentalis pourrait constituer une amarre pour les structures superficielles de la partie
ventrale du cou, particulièrement dans l’espace intermandibulaire comme le pense Ligh-
TOLLER (1928). La partie terminale de ce faisceau est à l’origine du ni. triangularis des Anthro¬
pomorphes et de l’Homme. En effet, l’existence et l’origine de ce muscle sont très contro¬
versées. Pour Ruge (1887) et Schreiber (1928) chez les Platyrrhiniens, Schon (1968)
chez Alouatta, Huber (1961) chez le Macaque rhésus, Ayer (1948) chez le Semnopithèque,
le m. triangularis est formé de fibres en continuité avec les fibres du faisceau superficiel
du m. maxillo-labialis tandis que Edgeworth (1935) chez le Tarsius et Deniker (1886-
87) le considèrent comme une expansion vers le bas et l’arrière des fibres les plus externes
du m. orbicularis-oris. Par contre Lightoller (1928) ne décrit ce muscle que chez les Anthro¬
pomorphes, ce que confirme nos dissections. En effet, nous avons cherché ce muscle très
620
JEAN RUBINSTENN
particulier chez les Platyrrhiniens et les Catarrhiniens ; seul Pan troglodytes le possédait
de manière indiscutable. Il semble donc que dans la plupart des cas, les auteurs aient pris
pour un muscle triangulaire isolé la simple extension inférieure du m. maxillo-labialis, en
particulier chez les Platyrrhiniens où ce dernier descend très bas. D’ailleurs Froriep (1877)
et Gasser (1967) considèrent que le ni. maxillo-labialis et le m. triangularis ont une origine
embryologique différente, le premier provenant de la lame sous-orbitaire, le second de la
lame mandibulaire. D’après nos dissections le m. triangularis représente une entité muscu¬
laire. Il provient du faisceau croisé opposé de la pars mentalis du platysma myoides qui aurait
contracté une attache mandibulaire.
Le sphincter colli profond est représenté chez Daubentonia par les reliquats de la pars
intermedia çentralis et de la pars palpebralis. Contrairement aux observations de Ruge
(1887) et Seiler (1974) chez le Daubentonia, et de Huber (1931) chez le Lepilemur, nous
trouvons en plus un reliquat peu important de la pars palpebralis. Celle-ci, située sous le
m. platysma et le m. orbito-labialis, se compose de quelques ffbres verticales. Le Lémur
possède en plus un reliquat de la pars auris. La pars intermedia oentralis, peu développée,
recouvre une partie de la région ventrale du cou. Les deux muscles antimères entrecroisent
leurs fibres sur la ligne médiane. La pars auris s’amarre solidement chez Lemur à la base
de l’oreille et se joint au reliquat de la pars intermedia çentralis pour former une nappe mus¬
culaire unique. La pars intermedia çentralis et la pars auris sont presque totalement recou¬
vertes par le platysma. La présence de reliquats du sphincter colli profond chez les Prosimiens
donne à ces Primates une position charnière. En effet, nous ne retrouvons plus trace du
sphincter colli profond chez les Platyrrhiniens et les Catarrhiniens alors qu’il est présent
et différencié chez les Marsupiaux (Huber, 1931), les Rongeurs (Meinertz, 1932-1941),
les Lagomorphes (Meinertz, 1935) et les Carnivores (Huber, 1917-18, 1924). D’après
Saban (1971), la régression du sphincter colli profond paraît en rapport avec la pression
exercée par le masséter sur la musculature sus-jacente. L’existence de ces reliquats est
conforme au caractère primitif des Prosimiens. La musculature extrinsèque de l’oreille en
corrélation avec le développement important du pavillon, en particulier chez Daubentonia,
nous semble ici en rapport avec une réduction très sensible de la musculature péri-buccale.
En particulier le m. auriculo-labialis du Lemur que nous pouvons considérer comme faisant
partie de la musculature extrinsèque de l’oreille, prend chez les Platyrrhiniens, les Catarrhi¬
niens et l’Homme une insertion antérieure au niveau de la suture temporo-malaire où il
constitue alors le m. zygomatico-labialis. Cette migration pourrait être en rapport avec la
réduction du pavillon de l’oreille. Nous ne pouvons accepter l’interprétation de Seiler
(1974) qui, chez Daubentonia, décrit un m. zygomaticus dont l’insertion, la direction et la
morphologie, sans rapport avec l’arcade zygomatique, ne peuvent être que celles du m,
auriculo-labialis. De plus, chez Lemur fulçus, cet auteur confond la pars auricularis du pla¬
tysma myoides avec le m. auriculo-labialis, désignant de ce fait le m. auriculo-labialis comme
le m. zygomaticus. En outre pour ce qui concerne la musculature extrinsèque de l’oreille,
il n’est pas fait mention, chez Daubentonia, des mm. depressor helicis, profundus et superficialis.
A partir des Platyrrhiniens, la présence de muscles tels que les mm. maxillo-labialis
et mandibulo-labialis complique le schéma primitif de la musculature faciale.
Les dérivés du sphincter colli profond qui composent la plus grande partie de la muscu¬
lature péri-buccale présentent des variations homogènes, c’est pourquoi nous envisagerons
cette discussion muscle par muscle.
MUSCULATURE PEAUCIÈRE PÉRI-BUCCALE DES PRIMATES
621
Les mm. zygomatico-labialis et orbito-labialis forment pour Huber (1931), Schôn
(1968) et ScHREiBER (1928) une seule masse musculaire zygomatique, mais pour Deniker
(1886, 1887) et Huber (1933) les deux muscles zygomatiques sont bien distincts. Ehlers
(1881), Lightoller (1928), Ayer (1948), Schibata (1959), emploi^t une nomenclature
différente pour le m. orbito-labialis et font de ce muscle un chef zygomatique du m. quadralus
labii superioris. Au cours de nos dissections nous avons été frappé par l’unité morphologique
que forment ces deux muscles ; malgré tout, nous pensons, comme Casser (1967) l’a démon¬
tré embryologiquement, qu’il s’agit de deux muscles indépendants, le m. zygomatico-labialis
apparaissant le premier à partir de la lame infra-orbitaire (embryon humain de 20-23 mm).
N’ayant jamais rencontré, au cours de nos dissections, d’insertion malaire au m. orbito-
labialis, nous pouvons penser avec Deniker (1886-1887) que ce muscle pourrait provenir
des faisceaux les plus externes du m. orbicularis-oculi. Ainsi l’insertion malaire décrite chez
l’Homme serait une acquisition récente. Le Drill se singularise par la présence du m. auri-
culo-labialis situé entre le hord postérieur du m. orbito-labialis et le hord antérieur du m.
zygomatico-labialis. Il est possible dans ce cas qu’il s’agisse d’un chef d’insertion postérieur
du m. orbito-labialis.
Nous avons considéré le m. maxillo-labialis comme formé de deux faisceaux ; un fais¬
ceau superficiel correspondant au m. maxillo-labialis de la plupart des auteurs, le faisceau
profond correspondant au muscle incisif supérieur des anatomistes de l’Homme.
a — Faisceau superficiel
Pour ScHÔN (1968) et Schreiber (1928) le m. maxillo-labialis constitue chez les Pla-
tyrrhiniens une bande musculaire triangulaire et puissante, étendue de la région para-
nasale à la région orale. Chez le Gorille, Deniker (1886-1887) le divise en trois faisceaux
alors que Raven (1950) n’en reconnaît qu’un seul.
Chez les Platyrrhiniens nous sommes en accord avec tous les auteurs cités pour décrire
une insertion antérieure à ce muscle, insertion qui lui donne d’ailleurs cet aspect arciforme
caractéristique chez ces Singes. Chez les Catarrhiniens il semble bien, par contre, que l’inser¬
tion se fasse le plus souvent au niveau de la bosse canine, à l’exception de Cercocebus, Semno-
pithecus et Pan troglodytes où elle se situe dans la fosse canine. Parallèlement à cette migra¬
tion postérieure de l’insertion maxillaire s’effectue une verticalisation du muscle qui atteint
son maximum chez l’Homme.
b — Faisceau profond
Peu d’auteurs parlent de ce faisceau musculaire, certains même affirment qu’il n’existe
pas. Cette confusion est entretenue par les traités d’anatomie humaine qui décrivent le
m. orbicularis-oris comme étant composé de fibres extrinsèques et de fibres intrinsèques.
Les premières correspondent au faisceau profond du m. maxillo-labialis. A notre avis ce
faisceau est constant chez les Simiens, plus difficilement dissociable du m. orbicularis-oris
chez les Platyrrhiniens. Cette fusion partielle déjà signalée par Lightoller (1928) et Seiler
(1971) semble à l’origine de l’intégration par certains de ce faisceau à l’intérieur du m.
orbicularis-oris.
Le m. orbicularis-oris représente, d’après Huber (1961), Meinertz (1932-1972) et
Saban (1971), la partie antérieure du m. buccinator et lui donne ainsi la valeur d’une unité
622
JEAN RUBINSTENN
morphologique et fonctionnelle. Cette interprétation basée sur la dérivation du rn. orbicu-
laris-oris à partir de la pars oris du sphincter colli profond, nous paraît très discutable.
En effet, tous les animaux possèdent un m. orbicularis-oris toujours bien développé et bien
individualisé. Il semljerait donc que le in. orbicularis-oris constitue une partie du sphincter
colli profond, indépendant de la pars oris classiquement décrite et qui évolue chez les Mam¬
mifères sans donner de dérivés. Deniker (1887), Schreirer (1928), Eugeworth (1935),
Ayer (1948), Lightoller (1928), Sciiôn (1968) et Schib.4.t.4. (1959) le décrivent formé
de bbres arciformes supérieures et inférieures, ce que confirment nos dissections. Nous ne
partageons pas l’opinion de certains anatomistes de l’Homme qui voient l’insertion du
m. buccinator très en avant, venant ainsi renforcer la sangle labiale. Par contre nous sommes
en accord avec Testut (1921 i pour qui la continuité du m. buccinator au-Aelk de la commissure
n’est qu’apparente.
Le m. mandibulo-labialis (muscle incisif inférieur des anatomistes de l’Homme) n’est
mentionné que par Lightolleh (1928) qui l’observe chez le Babouin et l’Orang-outan.
Cet auteur décrit un ni. incisi inferior moins puissant que le m. incisi superior mais bien
développé, situé profondément sous le platysrna. Son origine mandibulaire peut être repré¬
sentée par un faisceau comme chez l’Orang (au niveau de la canine) soit par deux chefs
comme chez le Babouin, ainsi que nous l’avons observé.
Le rn. buccinator très simple chez Daubentonia on il présente une seule couche longi¬
tudinale se complique chez Lemur, les Platyrrhiniens et les Catarrhiniens. Dans un tout
récent article, Seiler (1974) décrit chez Daubentonia la présence d’un raphé situé au niveau
de la ligne d’occlusion. Nous ne pouvons souscrire à ce type de description, d’ailleurs très
imprécis aussi bien dans le texte que dans les dessins. Pour notre part, nous n’avons à aucun
moment rencontré de raphé, ni sur les deux exemplaires de Daubentonia ni chez aucun des
Primates disséqués. Chez le Lémur, les Platyrrhiniens et les Catarrhiniens, le tn. buccinator
présente deux couches : une couche superficielle transversale, une couche profonde longitu¬
dinale. De même, nous n’avons à aucun moment retrouvé le schéma proposé parScHREiBER
(1928) qui observe trois ou quatre couches. Le m. buccinator des Platyrrhiniens que nous
avons disséqué reste conforme au schéma-type des Catarrhiniens, schéma en accord, à
quelcjLies détails près, avec celui que donne Lightoller (1928) chez l’Orang et le Babouin.
Nos divergences avec Schreiber (1928) viennent en partie du fait que cet auteur donne
le nom de couche à des faisceaux musculaires se trouvant sur un même plan. Très fréquem¬
ment d’ailleurs, il décrit les fibres à insertions maxillaires et celles à insertions mandihu-
laires comme faisant partie de deux couches distinctes. Cette distinction nous paraît arln-
traire car la minceur et la gracilité extrême de ce muscle, en particulier chez Sairniri, nous
interdit cette différenciation. Nous ne partageons pas davantage l’opinion de Schôn (1968)
sur la couche superficielle antérieure qui, d’après nous, appartient au tn. inaxillo-labialis.
Ainsi, la morphologie du rn. buccinator, muscle situé profondément dans la musculature
faciale, reste relativement constante tout au long de l’évolution des Primates. Les abajoues
modifient la morphologie du muscle sans la bouleverser. La disposition des faisceaux
musculaires à son niveau accroît la résistance de cette poche. Le croisement des libres infé¬
rieures d’origine mandibulaire augmente en effet la puissance de la paroi interne. De même
le faisceau superficiel qui en constitue le bord postéro-inférieur permet de soutenir plus
solidement l’abajoue et facilite l’évacuation des aliments stockés. Ceci explique peut-être
l’intérêt de la connexion entre ce faisceau et le muscle zygomatico-mandibularis (Rubins-
MUSCULATURE PEAUCIERE PERI-BUCCALE DES PRIMATES
623
TENN, 1974). Il s’agit peut-être là d’un point d’amarrage fixe qui renforce son action lors
de la contraction des fibres musculaires.
Ce faisceau externe que nous retrouverons chez tous les Primates avec un développement
plus ou moins important n’a pas été observé chez l’Homme. Malgré tout, Casser constate
la présence d’une bande musculaire située au-dessus du buccinateur et sous le platysma
et le risorius. Malbeureusement, il ne donne pas la direction de cette bande et ne semble
plus l’observer par la suite. Peut-être s’agit-il là d’un reliquat de ce faisceau superficiel
qui aurait disparu chez l’Homme.
L’aire modiolaire ou modiolus, très dillicile à définir, représente pour la majorité des
auteurs le lieu de rassemblement d’un certain nombre de muscles oro-buccaux dans la zone
rétro-commissurale. Lightoller la décrit avec précision dans les trois dimensions. Cette
précision nous paraît tout à fait illusoire. En effet, au cours de nos dissections nous avons
observé un entrelacement tellement complexe des fibres des dilîérents muscles qu’il nous
a souvent été impossible de préciser leur terminaison exacte dans cette zone. Nous préférons
la considérer simplement comme le lieu de terminaison d’un certain nombre de muscles
oro-buccaux constituant un ensemble dynamique ; c’est le pivot de l’activité musculaire
des muscles oro-buccaux envisagés dans cette étude.
En définitive, la musculature péri-buccale des Primates montre des variations impor¬
tantes qui mettent en évidence à la fois la simplification progressive du platysma myoides
et la disparition des reliquats du sphincter colli profundus tandis que s’opère à partir des
Platyrrhiniens une complication soudaine et stable des dérivés de ce même sphincter.
Ainsi peut-on considérer un plan d’organisation de cette musculature de type simien
s’opposant à celui des Prosimiens plus simple et dans lequel semble s’intégrer une partie
de la musculature extrinsèque de l’oreille.
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Achevé d’imprimer le 30 juillet 1976
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