BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
315
N* 452 MARS-AVRIL 1977
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : Prs J. Dorst, C. Lévi et R. Laffitte.
Conseillers scientifiques : Dr M.-L. Bauchot et Dr N. Halle.
Rédacteur : M me P. Dupérier.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 1 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His-
toire naturelle, 38, rue Geofîroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum,
36, rue Geofîroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
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Cuvier, 75005 Paris.
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Zoologie : France, 410 F ; Étranger, 450 F.
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International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 452, mars-avril 1977, Zoologie 315
Myriapodes Diplopodes nouveaux
ou peu connus des Pyrénées espagnoles,
des monts Cantabriques et de Galice
par Jean-Paul Mauhiès et Maria-Cristina Vicente *
Résumé. •— Description de six espèces nouvelles (dont trois récoltées dans des grottes) de
Diplopodes du nord de l’Espagne, appartenant aux genres Polydesmus, Cottodesmus (nouveau
pour l’Espagne), Mesoiulus et Protoglomeris. Mise à jour de la liste des Diplopodes des 23 provinces
du nord de l’Espagne.
Abstract. — Description of six new species (whose three gathered in caves) of millipeds from
north of Spain and belonging to the genus Polydesmus, Cottodesmus (new from Spain), Mesoiulus
and Protoglomeris. The autors bring up to date the list of the millipeds for the 23 northest pro¬
vinces of Spain.
Resumen. — Descripciôn de seis especies nuevas (de las cuales très recolec.tadas en cue-
vas) de Diplôpodos del norte de Espana, perteneciendo a los géneros Polydesmus, Cottodesmus (nuevo
para Espana), Mesoiulus y Protoglomeris. Los autores ponen al dia la lista de los diplôpodos de
as 23 provincias del norte de Espana.
La présente note est basée essentiellement sur un matériel récolté ou rassemblé par
Antonio Serra, collaborateur au Musée de Zoologie de Barcelone et animateur de la Sec¬
tion « Recherches souterraines » du « Centre Excursionista de Tarrasa », et provenant sur¬
tout de grottes du nord de l’Espagne.
Nous y décrivons quelques nouveautés intéressantes à divers titres :
—- soit parce qu’elles se rangent dans tel ou tel genre mais s’en distinguent par un
ou plusieurs caractères très remarquables ; c’est le cas de Polydesmus haroi n. sp., de Pro¬
toglomeris cantabrica n. sp. et de Cottodesmus breuili n. sp. (en outre, pour cette dernière,
le genre est nouveau pour l’Espagne) ;
— soit parce qu’apparentées à des formes cavernicoles dépigmentées et aveugles,
elles montrent des caractères propres aux formes de surface ; c’est le cas de Scutogona
oculinigrum n. sp. et Mesoiulus rusticanus n. sp.
Nous donnons aussi de nouvelles stations et des remarques sur d’autres espèces encore
peu connues.
Certains des matériaux étudiés ici ont été récoltés par l’un de nous (M.C.V.), par
H. Coiffait en Galice en 1959 et par L-. Deharveng en 1974.
* J.-P. Mauriès, Laboratoire de Zoologie (Arthropodes), Muséum national d'Histoire naturelle, 61, rue de
Bufjon, 75005 Paris, France.
M.-C. Vicente, Laboratoire de Zoologie de V Université Autonome de Barcelone, Bellaterra (Barcelona),
Espagne.
452 , 1
530
J.-P. MAURIÈS ET M.-C. VICENTE
POLYDESMIDA
POLYDESMIDAE
Polydesmus coriaceus Porat, 1879
Loc. : Prov. de Oviedo, Covadonga, Cueva Vega de Teon, 12-VIII-1973, coll. J. Centeli.es.
Polydesmus haroi n. sp.
(Fig. 1-4)
Loc. : Prov. de Zamora, Lago de Sanabria, 28-VIII-1968, coll. M.-C. Yicente, 4 (dont
un holotype et trois paratypes), une Ç j.
Longueur de l’holotype : 17 mm ; diamètre du prozonite : 1,2 mm ; largeur maxi¬
mum : 1,5 mm.
Coloration blanche ; absence de pigmentation.
Fig. 1-4. — Polydesmus haroi n. sp., (J holotype : 1, gonopode droit, vue interne ; 2, gonopode gauche,
vue latérale externe ; 3, extrémité de la courte branche du gonopode ; 4, partie basale d’une patte
ambulatoire de la partie antérieure du corps.
DIPLOPODES DU NORD DE L’ESPAGNE
531
Habitus de Polydesmus, avec carènes tergales relativement courtes, à bords latéraux,
subparallèles et presque droits marqués seulement par 3-4 minuscules dents à peine visibles ;
angle antérieur des carènes droit et émoussé, angle postérieur légèrement saillant en arrière ;
sur le dos, on distingue trois rangs de tubercules très bas et difficiles à voir portant chacun
une minuscule soie.
Capsule céphalique courte; joues saillantes.
Pattes ambulatoires du mâle (fig. 4) remarquables par leur préfémur dont le bord
dorsal est très bombé, surtout aux pattes antérieures (P 1 et P 2 exceptées), et le bord
ventral est plan-concave ; sur la partie distale dorsale, se trouve une formation en bour¬
relet. La face ventrale du fémur est, comme au préfémur, plan-concave ; dans un cas comme
dans l’autre, ces surfaces plan-concaves sont garnies d’épines très courtes et très serrées.
Gonopodes (fig. 1-3) à télopodite du type Polydesmus, divisés en deux branches, une
longue, antérieure, grêle et arquée (tibiotarse des auteurs) et une petite, droite, postérieure
(fémur des auteurs) qui est parcourue par la rainure séminale.
La nette séparation entre les deux branches nous conduit à ranger l’espèce dans le sous-
genre Hormobrachiurn Attems.
Cependant, la position du pulvillum (p, coussinet pileux) qui marque le débouché de
la rainure séminale, l’en détache complètement. En effet, ce coussinet est situé non sur
la face postérieure de la courte branche, mais sur sa face antérieure, c’est-à-dire en regard
de la grande. Cette disposition est non seulement unique dans le sous-genre, mais aussi
dans le genre Polydesmus et même dans la famille des Polydesmidae ; on sait que le pul¬
villum, lorsqu’il existe, est situé sur la face postérieure de la branche séminale.
Cette remarquable espèce, pour laquelle nous pourrions créer un sous-genre nouveau
(au moins) est dédiée à M. le Pr. de Haro Vera, de l’Université Autonome de Barcelone.
Cottodesmus breuili n. sp.
(Fig. 5-6)
Loc. tip. : Prov. de Soria, Ucero, Cueva Galiana, 26-111-1975, coll. Serra et Vives, un çj
holotype, 1 <$, 8 Ç paratypes.
Loc. : Prov. de Soria, San Leonardo (partido de Burgo de Osma), Cueva de San Cristobal,
19-VI-1912, coll. Abbé Breuil, 1 1 $.
20 anneaux. Longueur : 10,5 mm ; diamètre du prozonite : 0,6 mm ; largeur maxi¬
mum : 1 mm.
Coloration blanche ; absence de pigmentation.
Capsule céphalique bombée surtout en arrière des fosses antennaires et couverte d’une
abondante pilosité ; labre tridenté ; joues bien apparentes latéralement, gnathochilarium
normal.
Longueur des antennes : 1,6 mm ; massue antennaire trois fois plus longue que large.
Collum en ovale transverse, à bord postérieur droit, à bord antérieur arqué, à bords
latéraux arqués et convergents en avant. Les bords latéraux et le bord antérieur sont bordés
par 16 petits cônes disposés régulièrement et portant chacun une soie en bâtonnet.
Anneaux moyens.
Prozonites lisses.
452, 2
532
J.-P. MAURIÈS ET M.-C. VICENTE
Fig. 5-6. — Collodesmus breuili n. sp.,
(J liolotype : 5, le gonopode droit isolé, vue interne ; 6, le même, en vue orale.
Métazonites à carènes médiocres dirigées vers le haut ; comme la partie postérieure
de la zone médiale du métazonite est également relevée vers le haut, la partie antéro-
médiane du métazonite est déprimée. Sur les anneaux moyens, l’angle antérieur des
carènes est effacé, le postérieur est droit. Sur les premiers anneaux, l’extrémité des
carènes est tirée vers l’avant.
Les petits cônes porteurs de soies en bâtonnet que nous avons -s us sur le collum se
retrouvent sur les bords latéraux et postérieurs des carènes, en général au nombre de 5-6
sur les bords latéraux (mais seulement 3 sur les 2 e , 3 e et 4 e tergites), et au nombre de 4-5
sur les bords postérieurs.
Les pores répugnatoires existent sur les tergites 5, 7, 9, 10, 12, 13, 15, 16, 17, 18 et 19 ;
ils s’ouvrent sur un mamelon ovoïde peu ou pas saillant situé sur le bord externe des carènes.
19 e anneau sans carènes, avec une quinzaine de petits cônes porte-soies postérieurs.
Pygidium pourvu d’un prolongement dorsal émoussé à l’extrémité, au-dessous de
laquelle se trouvent 4 petites soies disposées en carré. La partie dorsale du pygidium porte
un rang de 4, puis plus en arrière un rang de 2 soies. On observe aussi 4-5 soies sur les bords
du prolongement dorsal.
Gonopodes (fig. 5 et 6) extrêmement semblables à ceux de Cottcdesmus crissolensis
Verhoeff, 1936, des Alpes Cottiennes ; ils s’en distinguent par l’absence de certaines épines ;
DIPLOPODES DU NORD DE L’ESPAGNE
533
ils possèdent également, vers le débouché de la rainure séminale, un épaississement de la
chitine qui ressemble à l’ampoule spermatique des Polydesmidae. C’est pour cette raison
que nous classons ici notre nouvelle espèce. Le Cottodesmus d’Espagne se distingue de son
congénère italien par d’autres caractères tirés de la morphologie externe, notamment
l’absence de pigmentation et surtout l’implantation des carènes tergales : celles-ci sont,
en effet, très courtes et assez basses dans les flancs (le dos paraît donc très bombé) chez
l’espèce italienne, tandis qu’elles sont plus longues, situées plus haut dans les flancs et
même relevées vers le haut (le dos, ici, paraît au contraire concave) chez notre nouvelle
espèce.
Celle-ci est dédiée à la mémoire du célèbre préhistorien l’Abbé Henri Breuil, qui
l’a récoltée pour la première fois.
C’est le premier Diplopode signalé dans la province de Soria.
Mastigonodesmus destefanii Silvestri, 1897
Loc. : Prov. Lérida, Prullans, Cueva d’Annes, 12-X-1973, coll. E. Vives, 1
Prov. Castellon de la Plana, Cabarres, Avenc Serenge, 16-III-1974, coll. E. Vives, 2 (J, 1 $.
CI1ASPEDOSOMIDA
Hispaniosomidae (Verhoeff, 1909)
Cantabrosoma serrai n. sp.
(Fig. 7-10)
Loc. : Prov. Burgos, Cornejo, Ojo Guarena, 28/30-111-1974, coll. Serra & autres collecteurs,
1 (J holotype, 2 Ç j. (28 anneaux).
Les caractères morphologiques externes sont ceux de Cantabrosoma rogeri Mauriès,
1970, à l’exception de quelques détails, de la pigmentation qui est plus forte et de la taille
qui est plus faible.
Longueur : 21 mm ; diamètre horizontal : 1,6 mm ; diamètre vertical : 1,5 mm (^ holo-
type).
Pigmentation plus poussée que chez rogeri, aussi prononcée que chez les Pyreneosoma
(coloration brune plus ou moins foncée).
Vertex plan chez le mâle. Yeux pigmentés dans un champ en forme de croissant :
17 ocelles chez le holotype, 16 chez les deux jeunes femelles. Antenne longue (3,5 mm)
et grêle, massue antennaire 12 fois plus longue que large.
Bourrelets tergaux latéraux très faiblement développés ; 3 -j- 3 macrochètes petits
et fins, formant entre eux un angle de 130-140° sur les anneaux moyens, de 160° sur les
DIPLOPODES DU NORD DE L’ESPAGNE
535
anneaux postérieurs ; la distance entre macrochète interne et macrochète moyen est égale
aux 2/3 de la distance entre macrochète interne et sillon dorso-médian.
Pattes longues : 2,5 mm ; fémur : 0,8 mm ; tarse : 0,7 mm.
Caractères sexuels q
P 7 pourvue d’un léger renflement sur le côté dorsal de la base du préfémur (un tel
renflement existe aussi, mais plus faible encore, aux P 6, P 5, P 4 et P 3) ; sur la face pos¬
térieure de la coxa, une courte digitation est dirigée postérieurement.
Aux P 10 et P 11, le prétémur porte également, ventralement et basalement, une digi¬
tation dirigée postérieurement.
Gonopodes (fig. 7-9) très semblables à ceux de C. rogeri, possédant notamment une
paire de prolongements en cupule antérieurs (a) libres et des lobes auriculiformes (b) « arti¬
culés » aux télopodites (T) ; ils se distinguent cependant par :
— le moindre développement en longueur des prolongements sternaux latéraux
(si) ;
— la soudure en un seul bloc, d’ailleurs presque aussi large que haut, des prolonge¬
ments coxaux distaux (c).
Paragonopodes (fig. 10) : article distal moins volumineux que chez rogeri.
C’est la deuxième espèce du genre Cantabrosoma, déjà connu de la province de San-
tander ; nous la dédions bien cordialement à son inventeur, Antonio Serra.
Anthogonidae Ribaut, 1913
Scutogona oculinigrum n. sp.
Loc. : Prov. de Lugo, Montoiïedo, Cueva del Rey Cintolo, l-VIII-1974, coll. E. Vives, 1 $
holotype, 2 1 $, 1 $ j. paratypes.
Caractères morphologiques externes
Longueur (^ : 12 mm ; diamètre vertical : 0,9 mm ; diamètre horizontal : 1,1 mm.
Coloration blanche du fait de l’absence de pigmentation.
Capsule céphalique à face bombée et pileuse ; labre tridenté ; antennes longues et
grêles ; massue antennaire 8 fois plus longue que large. Yeux de 9-10 ocelles à cornée peu
bombée inscrits dans un champ triangulaire pigmenté noir. Joues ovales, peu saillantes
latéralement.
Collum en demi-cercle, à 3 + 3 macrochètes.
Autres anneaux à bourrelets latéraux tergaux médiocres, situés haut dans les flancs ;
dos presque plan. De chaque côté, 3 macrochètes longs et forts, repoussés bien latérale¬
ment sur les bourrelets, forment entre eux un angle de 120-130° sur les anneaux moyens,
un peu plus (160°) sur les anneaux postérieurs. La distance entre le macrochète externe
et le macrochète moyen est la même qu’entre macrochète moyen et macrochète interne ;
DIPLOPODES DU NORD DE L’ESPAGNE
537
cette distance est égale aux 2/5 de la distance qui sépare le sillon dorso-médian du macro-
chète interne ; est elle égale au 1/3-1/5 de la longueur d’un macrochète.
Pattes ambulatoires assez longues (1,3 fois le diamètre du corps).
Caractères sexuels
P 4, P 5 et P 6 : le préfémur porte à son angle distal et ventral une lame angulaire
aiguë. De plus, le préfémur des P 5 porte, dorsalement et basalement, un petit lobule dirigé
vers l’avant.
P 11 avec seulement une digitation distale à la hanche.
Gonopodes (fig. 11-13) assez semblables à ceux de S. muticum, dont on ne peut les
distinguer que par quelques détails ; à signaler notamment la structure de la partie distale
du syncolpocoxite K qui n’est pas ici échancré sagittalement ni lobé sur les côtés.
Paragonopodes (fig. 141 différents de ceux des autres espèces par le plus grand déve¬
loppement de l’article distal du télopodite.
Caractères sexuels Ç
Vulves (fig. 15-17) petites et ramassées, assez semblables à celles des autres espèces,
mais s’en distinguant par une dissymétrie due au fait que la valve interne est plus longue
que l’externe. D’autre part, l’organe post-vulvaire, légèrement décalé vers l’extérieur est
pourvu d’une expansion érigée (e), couverte de spinulations, qui n’existe pas chez les
autres espèces.
S. oculinigrum est la seule espèce du genre pourvue d’ocelles.
Scutogona vivesi n. sp.
(Fig. 18-21)
Loc. tip. : Prov. Barcelona, Tarrasa, Sant Llorenç del Munt, Aven Carbonera, 19-1-1973,
coll. E. Vives, 1 £ holotype.
Caractères morphologiques externes
Longueur : 9 mm ; diamètre vertical 0,7 mm ; diamètre horizontal : 0,9 mm. Colo¬
ration blanche, du fait de l’absence de pigmentation.
Pas d’yeux.
Antennes longues, à massue antennaire 8 fois plus longue que large ; labre tridenté ;
joues globuleuses.
Collum en demi-cercle, avec 3 —J— 3 macrochètes.
Autres anneaux à sculptures tégumentaires en aréoles bien apparentes ; bourrelets
assez hauts dans les flancs, mais pas trop, laissant apparaître une arcature dorsale ; macro¬
chètes comme chez muticum et oculinigrum.
538
J.-P. MAURIÈS ET M.-C. VICENTE
Fig. 18-21. — Scutogona vivesi n. sp., holotype : 18, gonopode isolé, vue orale ;
19, le même, vue caudale ; 20, le même, vue latérale ; 21, paragonopodes.
Caractères sexuels $
P 1-P 7 sans particularités.
P 11 avec seulement une expansion digitiforme dirigée vers l’arrière, implantée sur
le rebord distal de la hanche.
Gonopodes (fig. J 8-20) se signalant par quelques détails :
— télopodites T particulièrement allongés ;
— lames angiocoxales (A) juxtaposées sagittalement sur les 2/3 de leur hauteur et
densément striées longitudinalement ;
DIPLOPODES DU NORD DE L’ESPAGNE
539
— syncolpocoxite (K) émettant sagittalement vers l’arrière une lame paire pectinée (k).
$ inconnue.
Nous dédions bien cordialement cette nouvelle espèce à son inventeur E. Vives.
Note. — Ces découvertes portent à quatre le nombre d’espèces connues du genre
Scutogona (si l’on n’exclut pas album, décrit sur une femelle).
Scutogona muticum Ribaut, 1913, (type du genre) est cavernicole dans la province
de Lérida.
Scutogona jeanneli Ribaut, 1913, est également cavernicole, mais dans l’Ariège (France) ;
cette espèce se signale par la réduction du nombre de macrochètes tergaux (2 -j- 2 au lieu
de 3 + 3).
Origmatogona catalonicum (?) Ribaut, 1913
Loc. : Prov. Barcelona, Tarrasa, Sant Llorenç del Munt, Avenc Falconera, 3-X11-1972, coll.
P. Ballbé.
Vandeleumidae Mauriès, 1970
Psychrosoma breuili Mauriès, 1970
Nous signalons ici une nouvelle récolte effectuée dans la station topotype : Prov.
Burgos, Ibeas de Juarros, Cueva Major de Atapuerca, date ?, coll. P. Plana, 2 <£, 1 Ç.
Psychrosoma fadriquei Mauriès et Vicente (à paraître)
Loc. : Prov. Oviedo, Covadonga, Sima de la Fuente Seca, 18-111-1975, coll. Serra, 1 Ç.
Cette remarquable espèce n’est connue que de grottes de la province d'Oviedo.
BLANIULIDEA
Trichoblaniulus terraconensis Mauriès et Vicente (à paraître)
Nous signalons ici une nouvelle récolte effectuée dans la grotte topotype : Prov. Barce¬
lona, Llaveria, Cova Janet, 12-X-1974, coll. E. Vives, 1
540
J.-P. MAURIES ET M.-C. VICENTE
IULIDEA
Mesoiulus stammeri (Verhoeff, 1938)
Loc. : Prov. Burgos, Cornejo, Ojo Guarena, 28-111-1975, coll. Belles & autres coll. et
30-111-1975, coll. A. Serra, ÇÇ.
Prov. Burgos, \ illamarlin de Sotos, Cueva del Cementerio, 29-111-1975, coll. A. Serra &
Vives, <$$, Ç$.
Prov. Burgos, Cornejo, Cueva de las Llanas, 28-III-1975, coll. A. Serra, Ç.
Prov. Burgos, Llorengoz, Cueva del Puente, 5-1-1975, coll. A. Serra, $.
Cette espèce n’était connue jusqu’à ce jour que des provinces de Guipuzcoa et San-
tander.
Mesoiulus drescoi Mauriès, 1970
Loc. : Prov. Oviedo, Covadonga, Cueva Vega de Teon, 12-VIII-1975, coll. J. Centelles.
11 est encore trop tôt pour se prononcer sur la validité de cette espèce. La dispersion
des stations de récolte peut laisser penser qu’il s’agit en réalité d’une « variation » appa¬
raissant çà et là dans l’aire de répartition de stammeri.
Mesoiulus rusticanus n. sp.
(Fig. 22-27)
Loc. : Prov. Tarragona, Plana de Picaraoixons, dans le sol, 7-11-1975, coll. M.-C. Vicente,
1 (J holotype, 1 5 Ç paratypes.
Autre loc. : Prov. Tarragona, Serra de Montsant, 8-11-1975, coll. M.-C. Vicente, 1
Caractères morphologiques externes
Nombre
Longueur
Diamètr
d’anneaux
(mm)
(mm)
$ holotype
60/?
22
1
S paratype
50/3
19
0,9
$ paratype
61/2
26
1.1
$ paratype
58/2
23
1,15
$ paratype
55/2
22
1,15
9 b paratype
46/5
17
0,95
Ç j. paratype
45/5
14,5
0,85
Coloration générale brun rosâtre clair avec des traces légères de pigmentation plus
foncée ; on observe notamment de*petites taches brunes claires sur les mandibules, sur le
pygidium et sur les prozonites.
DIPLOPODES DU NORD DE L’ESPAGNE
541
Capsule céphalique à profil régulièrement bombé ; pas de soies occipitales ; labre tri-
denté. Massue antennaire trois fois plus longue que large. Gnathochilarium comme chez
M. stammeri.
Anneaux moyens garnis sur leur bord postérieur par quelques soies très fines (6 H- G
au collum). Le pore répugnatoire touche presque le sillon zonital dans les premiers anneaux
porifères, puis il recule progressivement, d’une manière variable suivant les individus ;
le maximum de distance entre le pore et le sillon pouvant être atteint tantôt vers le milieu,
tantôt vers la moitié postérieure du corps ; cette distance maximum est égale au tiers de
la longueur du métazonite. Les stries métazonitales, longitudinales, sont fines et bien mar¬
quées ; leur écartement varie entre 1/5 et 1/9 de leur longueur, les plus serrées étant les
plus postérieures.
Pygidium à telson aigu (angle de 30° en vue dorsale) portant trois rangs de fines soies
assez longues. Chaque valve anale porte une dizaine de soies marginales postérieures et,
plus en avant, deux rangs paramarginaux de 4-5 soies.
Caractères sexuels $
P 1 (fig. 22) en crochets très ouverts (type Ophiulus), comme chez M. cavernarum.
Gonopodes (fig. 23-27) quasiment identiques à ceux de stammeri et de cavernarum ,
et ne s’en distinguant que par l’élargissement du côté interne (m) de la moitié inférieure du
mésomérite, élargissement qui n’existe pas chez les autres espèces, et qui est particulière¬
ment net chez les <$ de la Serra de Montsant (fig. 27).
Affinités
Les caractères tirés des gonopodes permettent manifestement de ranger cette nou¬
velle espèce dans le groupe des Mesoiulus cantabriques, dont une clé a été publiée par
Mauriès, 1970. On se rend compte dès le départ de cette clé, de l’originalité de notre nou¬
velle espèce, qui a des P 1 (J et un nombre d’anneaux correspondant à cavernarum, mais
a une striation métazonitale comme chez la plupart des autres espèces.
Mesoiulus rusticanus se signale aussi à l’attention par le fait qu’elle n’est pas tro-
globie, comme ses congénères ibériques, ce qui semble témoigner du fait que les Mesoiulus
sont des troglobies relativement récents.
Ommatoiulus bipartitus (Verhoeff, 1910)
Loc. : Prov. Pontevedra, environs de Pontevedra, juillet 1959, coll. H. Coiffait, gg , ÇÇ.
L’examen des gonopodes de plusieurs mâles, et notamment de la feuille hyaline para-
solénoméritale qui est très molle et peut présenter des aspects très variables suivant qu’elle
se présente à l’observation sur la tranche, sur la face, ou tout autrement, nous conduit
à nier la validité des deux espèces voisines créées par Verhoeff, 1921 et 1925 : fissum
et involutum. Ces deux espèces ne se distinguent en effet de bipartitum, si l’on en croit
542
J.-P. MAURIÈS ET M.-C. VICENTE
Fig. 22-27. — Mesoiulus rusticanus n. sp. $ : 22, P 1 du <§ holotype ; 23, Promérite (P 8) des gonopodes
du (J holotype ; 24, P 9 (gonopode) moitié droite, vue externe ; 25, mésomérite isolé, vue caudale ;
26, moitié gauche de la P 9, vue caudale ; 27, moitié droite de la P 9 du J de la Serra de Montsant,
vue externe.
Verhoeff, que par la forme de cette feuille parasolénoméritale ! Les autres caractères, notam¬
ment ceux tirés du nombre de dents au paracoxite, sont extrêmement variables.
Ommatoiulus bipartitus est donc une espèce dont les caractères gonopodiaux sont très
variables, qui a une aire de répartition plus vaste qu’on ne le pensait jusqu’à présent,
DIPLOPODES DU NORD DE L’ESPAGNE
543
puisqu’elle englobe involutum Verhoelï, 1925, du nord du Portugal, bipartitus Verhoefî,
1910, de Galice, fissum Verhoefî, 1921, d’Espagne centrale (Verhoeff, 1921, Maciiado,
1953), ainsi que des inédits (coll. Marcuzzi) de la vallée d’Ossau. Seule peut-être, la forme
licnhardti peut garder son statut de sous-espèce de bipartitus.
GLOMERIDIA
Glomeridae Leach, 1814
Protoglomerinae Brôlemann, 1913
Protoglomeris cantabrica n. sp.
(Fig. 28-34)
Loc. : Prov. Santander, environs de Santander, tourbière, coll. L. Deharveng, 1 holotype.
Caractères morphologiques externes
Mensurations : longueur, 7,5 mm ; largeur (au 5 e anneau), 4,2 mm ; largeur de la tête,
2,2 mm ; largeur du collum, 2 mm ; longueur de l’antenne, 2,5 mm ; 13 anneaux apparents
(le 12 e soudé au dernier).
Coloration noire uniforme, à l’exception d’une mince bande postérieure marginale à
chaque tergite et d’une assez large bande antérieure au corselet (fig. 28), de teinte jaune
orangée. A noter également la présence, sur les tergites T 4 à T 11, de 2 -(- 2 taches rondes
blanches très antérieures et de ce fait cachées, sur l’animal déroulé, par la partie postérieure
du tergite précédent.
Tête du type Glomeris, les côtés de la face un peu déprimés pour recevoir les antennes ;
organes de Tômôsvary 1,2 fois plus longs que larges, à axe perpendiculaire au plan sagittal.
Yeux de 6 ocelles alignés. Avant-dernier article antennaire 1,6 fois plus long que large ;
4 quilles sensorielles terminales.
Collum a deux stries transverses complètes.
Corselet (fig. 28) de constitution classique, à rainure (r) longue ; les stries latérales
sont au nombre de 4 dont seules la 2 e et la 3 e traversent la ligne médiane.
Autres anneaux (T 3, fig. 29) de constitution classique, sans butoirs.
Pygidium sans particularité, mais soudé au 12 e tergite ; celui-ci se présente comme
une bande assez régulière intimement soudée au pygidium ; la ligne de soudure n’est bien
visible que sur les côtés (fig. 30), c’est-à-dire là où le 12 e tergite n’est pas caché par le 11 e ;
dorsalement, la ligne de soudure, cachée sous le 11 e tergite n’est repérable que grâce à une
ligne non pigmentée.
Caractères sexuels $
P 17 (fig. 31) et P 18 (fig. 32) sans particularités notables.
Télopodes (P 19, fig. 33 et 34) remarquables par :
J.-P. MAURIES ET M.-C. VICENTE
Fig. 28-34. — Protoglomeris cantabrica n. sp., cj holotype : 28, collum (T 1) et corselet (T 2), vue latérale
29, lobe gauche du 3 e tergite ; 30, T 10, T 11, T 12 et Pygidium (T 13) en vue latérale ; 31, P 17 ; 32
P 18 ; 33, télopode isolé en vue caudale ; 34, P 19, vue orale.
la présence d’une petite expansion digitiformc porte-soie au préfémur (p) ;
la forme particulière, fortement élargie, mais peu individualisée de l’expansion
fémorale (f)
la présence d’une petite digitation tibiale postérieure (t)
DIPLOPODES DU NORD DE L’ESPAGNE
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Affinités
C’est manifestement du genre Protoglomeris que notre espèce se rapproche le plus,
notamment par la morphologie des télopodes du mâle. Elle s’en écarte pourtant par :
— le fait qu’un 12 e tergite (bien que très soudé au pygidium) existe ;
— le grand développement de la rainure du corselet ; nous rappellerons que cette
rainure est absente chez Eupeyerirnhoffia (et Trinacriomeris), très courte chez Glomerellina
et courte chez Protoglomeris vasconica (Brôl.) ;
— la présence, au télopode mâle, d’appendices (au préfémur et au tibia) qui n’existent
pas chez P. vasconica mais sont beaucoup plus développés chez les Glomerinae ; sous cet
aspect, notre nouvelle espèce apparaît comme intermédiaire entre Protoglomeris et Glo-
weris.
Compléments a la liste des Diplopodes du nord de l’Espagne
Pour rester à jour, la liste récapitulative publiée par Mauriès, 1975, doit comprendre
également :
— les espèces nouvelles suivantes :
Cottodesmus ibericus n. sp.
Cantabrosoma serrai n. sp.
Sculogona vivesi n. sp.
Mesoiulus ruslicanus n. sp.
Protoglomeris cantabrica n. sp.
— les stations de récolte nouvelles pour :
Polydesmus coriaceus Porat
Mastigonodesmus destefanii Silvestri
Origmatogona catalonicum Ribaut
Psychrosoma fadriquei Mauriès et Vicente
Mesoiulus stammeri Verhoefî
Mesoiulus drescoi Mauriès
En outre, pour être étendue géographiquement à la Galice (provinces de la Coruna
Pontevedra, Lugo el Orense) et aux provinces de Zamora et Valladolid, il suffit de rajouter
à cette liste des Diplopodes du nord de l’Espagne (Pyrénées espagnoles et monts Canta-
briqucs) les espèces suivantes :
Polydesmus liaroi n. sp. (Zamora)
Scutogona oculinigrum n. sp. (Lugo)
Cylindroiulus latestriatus (Curtis) ; Mauriès, 1964 (Pontevedra)
Omrnatoiulus corunnensis (Verhoefî) ; Verhoeff, 1910 (La Coruna)
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J.-P. MAURIÈS ET M.-C. VICENTE
Ommatoiulus bipartitus (Verhoeff) ; Verhoeff, 1910 (La Coruiia) ; présente note
(Pontevedra)
Ommatoiulus hispunicus (Verhoeff) ; Verhoeff, 1921 (Lugo)
A noter que parmi les vingt-trois provinces du nord de l’Espagne que nous considérons
ici, il y en a cinq pour lesquelles aucun Diplopode n’a encore jamais été signalé ;
il s’agit des provinces d’Orense, Valladolid, Léon, Palencia et Logrono.
AUTEURS CITÉS
Le lecteur trouvera une bibliographie complète sur les Diplopodes du nord de l’Espagne in Mauriès,
1975 ; il pourra la compléter par les titres suivants :
Mauriès, J.-P., 1975. — Diplopodes épigés et cavernicoles des Pyrénées espagnoles et des Monts
Cantabriques. VIII. Liste récapitulative, additions, corrections, conclusions. Bull. Soc.
Hist. nat. Toulouse, 111 (1-2) : 126-134.
Verhoeff, K. W., 1910. — Ueber Diplopoden. 11-15. Aufsatz (31.-35). Nova Acta, Halle, 92
(2) : 141-448.
— 1921. — Chilognathen-Studien. 91. Diplopoden-Aufsatz. Archiv. Naturgesch., Berlin, 86
(12) : 23-80.
— 1936. —- Chilognathen aus Nordwestitalien und über einige andere mediterrane Diplopoden.
128. Diplopoden-Aufsatz. Zool. Jb. ( Syst .), 68 (4-5) : 273-444.
Manuscrit déposé le 25 mai 1976.
Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 452, mars-avril 1977,
Zoologie 315 : 529-546.
Achevé d’imprimer le 30 juillet 1977.
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Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hisl. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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