BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
t
zoologie
336
N» 479 JUILLET-AOUT 1977
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : Prs J. Dorst, C. Lévi et R. Laffitte.
Conseillers scientifiques : Dr M.-L. Bauchot et Dr N. Hallé.
Rédacteur : M me P. Dupérier.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes J à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Ecologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His¬
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro à la Librairie du Muséum,
36, rue Geofîroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
Crédit Lyonnais, agence Y-425) ;
— pour tout ce qui concerne la rédaction, au Secrétariat du Bulletin, 57, rue
Cuvier, 75005 Paris.
Abonnements pour l’année 1977
Abonnement général : France, 530 F ; Étranger, 580 F.
Zoologie : France, 410 F ; Étranger, 450 F.
Sciences de la Terre : France, 110 F ; Étranger, 120 F.
Botanique : France, 80 F ; Étranger, 90 F.
Écologie générale : France, 70 F ; Étranger, 80 F.
Sciences physico-chimiques : France, 25 F ; Étranger, 30 F.
International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 479, juillet-août 1977, Zoologie 336
Faune des Acridiens du mont Ventoux (Vaucluse)
(Orthoptera, Caelifera) 1
par Gérard Chr. Luquet et Michel Donskoff *
Résumé. — L’étude de l’acridofaune du mont Ventoux (Vaucluse, ait. 400-1 912 m) a permis
de recenser 36 espèces sur ce massif montagneux. Des clefs de détermination sont proposées ;
de nouveaux caractères sont utilisés pour séparer les Oedipodinae des Acridinae.
Zusammenfassung. — Die Untersuchung der Acridier-Fauna des mont Ventoux (Südfran-
kreich : Vaucluse, Hohe 400-1 912 m) erbraclite den Nachweis von 36 Arten, die auf diesem Gebirge
gesammelt werden konnten. Bestimmungssehlüssel werden vorgesehlagen und neue Merkmale
benutzt, um die Oedipodinae von den Acridinae zu trerinen.
Abstract. — The study of the acridian fauna of mont Ventoux (South France : Vaucluse,
altitude 400-1 912 m) allowed the identification of 36 species on this mountain. Kevs areproposed.
New characters are described for separating the Oedipodinae from the Acridinae.
L’étude de l’entomofaune du mont Ventoux (Vaucluse), entreprise depuis plusieurs
années, a permis d’amasser d’assez solides connaissances sur les Acridiens et leur réparti¬
tion dans ce massif montagneux. Y ont été recensées 36 espèces (compte non tenu de deux
autres espèces observées à proximité immédiate), soit environ 40 % de la faune française
(90 espèces au total). Ce pourcentage n’est pas limitatif, car seule la face sud, et plus parti¬
culièrement la partie occidentale de ce versant, a été prospectée de façon très approfondie ;
les autres secteurs (versant nord et partie orientale de la face sud) n’ont généralement donné
lieu qu’à des sondages isolés dans le temps et dans l’espace. Il serait toutefois assez surpre¬
nant que la liste d’espèces doive être considérablement augmentée, les sondages en secteur
oriental ayant donné des résultats sensiblement comparables à ceux du secteur occidental.
L’écologie et la répartition des Acridiens du mont Ventoux devant faire l’objet d’une
publication ultérieure détaillée, nous n’aborderons pas cette question dans la présente note.
En revanche, il nous a paru utile d’établir dès maintenant des clefs de détermination per¬
mettant aux écologistes non spécialistes des Acridiens de reconnaître aisément les espèces
présentes au mont Ventoux.
Familles et sous-familles ont été distinguées suivant le système proposé par V. M. Dirsh
(1961), revu par B. P. Uvarov (1966) et adopté par M. Descamps (1972). Quant aux genres
et aux espèces, nous avons généralement suivi L. Chopard (1951), nous limitant volon-
1. Étude subventionnée par la DGRST dans le cadre du contrat « Équilibres biologiques » n° 74-70-
100. — Extrait de la thèse de doctorat de 3 e cycle de G. Chr. Luquet, Université Pierre et Marie Curie
(Paris VI), 1977.
* Laboratoire cïEntomologie du Muséum national d'Histoire naturelle , 45, rue de Bufjon , 75005 Paris.
479, 1
an.
Fig. 1. — Sphingonotus coerulans étalé.
Fig. 2. — Chorthippus biguttulus <$, élytre et aile (côté droit) ; les nervules n’ont été représentées que dans
les champs costal, sous-costal, médian et cubital.
an., antenne courte et filiforme, caractéristique des Caelifères ; Ax, nervures axillaires; b.c., bord costal ;
cli. co., champ costal ; ch. eu., champ cubital ; ch. m., champ médian ; ch.s.c., champ sous-costal ; Cu, ner¬
vure cubitale (antérieure) ; Cup, nervure cubitale postérieure ; l.b., lobe basal ; M, nervure médiane ; n.i.,
nervure intercalée ; R, nervure radiale ; Sc, nervure sous-costale.
Fig. 3-8. — Reconnaissance des sexes. Stenobothrus grammicus <$, à gauche, $, à droite : 3 et 6, vues de profil ;
4 et 7, vues de dessus ; 5 et 8, vues de dessous.
Les 6 figures ont été effectuées à la même échelle, c., cerque ; p.s.a., plaque sus-anale ; p.s.g., plaque
sous-génitale ; st. 5 à st. 11, stérilités abdominaux 5 à 11 ; t. 5 à t. 11, tergites abdominaux 5 à 11 ; v.i.,
valves inférieures ; v.s., valves supérieures.
956
GÉRARD CHR. LUQUET ET MICHEL DONSKOFF
tairement aux caractères les plus marquants afin de ne pas surcharger les clefs. Nous avons
tenu compte des travaux les plus récents concernant certains genres complexes comme
les Calliptamus (N. D. Jago, 1963 ; K. Harz, 1975), Omocestus (G. Ya. Beï-Bienko et
L. L. Michtcfienko, 1951), Chorthippus (J. -F. Voisin, 1974) et Euchorthippus (M. Descamps,
1968).
Prespue toutes les espèces citées le sont d’après nos captures. L’une d’entre elles,
Psophus stridulus, citée par Ph. Dreux (1951 : 53 et 1962 : 421), a échappé jusqu’à, présent
à nos recherches. L’examen des collections du Laboratoire d’Entomologie du Muséum nous
a par ailleurs permis d’enrichir notre liste de deux espèces ( Parapleurus alliaceus et Chor¬
thippus jucundus ) capturées par M. Descamps dans un biotope que nous n’avons pas eu
l’occasion d’explorer.
Comme nous l’avons indiqué plus haut, deux espèces figurant dans la liste ont été
trouvées à proximité du mont Ventoux, mais non dans le massif lui-même. Il s’agit d ’Ana-
cridium aegyptium, fréquent à Lafare, non loin de Beaumes-de-Venise (J. Carayon, commu¬
nication orale), et de Ramburiella hispanica, capturé à Suzette, à quelques kilomètres de
Lafare (M. Descamps). Ces deux espèces pourraient peut-être être découvertes au mont
Ventoux au cours de recherches ultérieures.
Le but de cette note étant d’offrir aux non-spécialistes un moyen pratique de déter¬
miner rapidement leurs récoltes, nous rappellerons ici brièvement quelques traits caracté¬
ristiques des Acridiens, nous référant plus particulièrement aux espèces rencontrées au
mont Ventoux.
Les Acridiens constituent une superfamille des Orthoptères (Acridoidea), et plus parti¬
culièrement des Orthoptères Caelifères (Criquets). Ces derniers se distinguent des Ensifères
(Sauterelles) entre autres par leurs antennes courtes et épaisses (fig. 1) 1 et par l’oviscapte
des femelles, constitué de valves courtes, ne se différenciant jamais en lame de sabre comme
chez les Ensifères (voir fig. 3-8, reconnaissance des sexes). Les Acridiens du mont Ventoux
sont le plus souvent normalement ailés (la majorité des espèces) ; quelques-uns sont bra-
chyptères ( Euthystira hrachyptera <$, Chorthippus parallelus Ç, Arcypterci kheili, par
exemple) ou microptères ( Podisma pedestris, Pezotettix giornai, Euthystira hrachyptera Ç).
Ce sont des Insectes thermophiles ; ils abondent dès la mi-juillet dans les prairies, les
friches, les endroits incultes, les garrigues ; ils affectionnent les terrains découverts et ne se
trouvent pour ainsi dire jamais dans les forêts, si ce n’est dans les grandes clairières. Fait
exception le cas de Chorthippus vagans, espèce typique des lisières et des petites trouées
ensoleillées. La plupart des espèces sont xérophiles, mais quelques-unes recherchent les
lieux plus ou moins humides ( Pezotettix giornai, Euthystira hrachyptera, Euchorthippus
declivus, Chorthippus parallelus, Ch. dorsatus...). La majorité des espèces se rencontre
à faible altitude ; certaines semblent plus ou moins étroitement liées aux biotopes plus
élevés ( Podisma pedestris, Myrmeleotettix maculatus, Stauroderus scalaris).
Presque tous les Acridiens sont adultes vers le milieu ou la fin de l’été ; deux espèces
effectuent leur mue imaginale bien plus tôt que les autres, dès le mois d’avril au pied du
mont Ventoux ( Omocestus ventralis, Chorthippus brunneus ) ; plus fréquentes sont celles
qui, adultes en septembre-octobre, passent l’hiver à l’état imaginai et réapparaissent
1. Les figures ont été réalisées par Gilbert Hodebert, dessinateur au Laboratoire d’Entomologie
du Muséum ; nous le remercions ici bien vivement pour sa précieuse collaboration.
FAUNE DES ACRIDIENS DU MONT YENTOUX
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au printemps suivant (Anacridium aegyptium, Locusta migratoria, Aiolopus strepens, Acro-
tylus insubricus ...). Un dernier cas se présente, celui de Pyrgomorpha conica qui éclôt en
octobre, passe l'hiver aux stades juvéniles et accomplit sa mue imaginale en mai, disparais¬
sant à la fin de ce mois ou au début du mois de juin comme les espèces hivernant à, l’état
imaginai.
Liste des espèces rencontrées au mont Ventoux
Après les noms des familles et des sous-familles figure, entre parenthèses, le nombre de genres
et d’espèces que celles-ci renferment au mont Ventoux. Les nombres entre crochets comprennent les deux
espèces signalées uniquement à proximité du massif montagneux.
Pyrgomorphidae (1 genre, 1 espèce)
Pyrgomorpha conica (Olivier, 1791)
Acrididae (20 [22] genres, 35 [37] espèces)
Calliptaminae (1 genre, 3 espèces)
Calliptamus italicus (Linné, 1758)
C. barharus (Costa, 1836)
C. siciliae Ranime, 1927 (= C. subalpinus Jago, 1963)
Catantopinae (2 genres, 2 espèces)
Podisma pedestris (Linné, 1758)
Pezotettix giornai (Rossi, 1794)
Cyrtacanthacridinae ([1 genre, 1 espèce])
[Anacridium aegyptium (Linné, 1764)]
Oedipodinae (6 genres, 7 espèces)
Sphingonotus coerulans (Linné, 1767)
Oedipoda coerulescens (Linné, 1758)
üe. germanica (Latreille, 1804)
Acrotylus insubricus (Scopoli, 1786)
Psophus stridulus (Linné, 1758)
Oedaleus decorus (Germar, 1826)
Locusta migratoria Linné, 1758
Acridinae (2 genres, 2 espèces)
Parapleurus alliaceus (Germar, 1817)
Aiolopus strepens (Latreille, 1804)
Gomphocerinae (9 [10] genres, 21 [22] espèces)
Euthystira brachyptera (Ocskay, 1826)
Arcyptera kheili Azam, 1900.
Dociostaurus genei (Ocskay, 1832)
Myrmeleotettix maculatus (Thunberg, 1815)
[.Ramburiella hispanica (Rambur, 1838)]
Omocestus ventralis (Zetterstedt, 1821)
O. raymondi (Yersin, 1863)
O. petraeus (Brisout, 1855)
Stenobothrus grammicus Cazurro, 1888
S. fischeri (Eversmann, 1848)
S. lineatus (Panzer, 1796)
Euchorthippus chopardi Descamps, 1968
Eu. declivus (Brisout, 1848)
Eu. pulvinalus gallicus Maran, 1957
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GERARD CHR. LUQUET ET MICHEL DONSKOFF
Chorthippus jucundus (Fischer, 1853)
Ch. dorsatus (Zetterstedt, 1821)
Ch. longicornis (Latreille, 1804) [= Cli. parallelus (Finot, 1890)]
Ch. vagans (Eversmann, 1848)
Ch. brunneus (Thunberg, 1815) [= Ch. bicolor (Charpentier, 1825)]
Ch. mollis (Charpentier, 1825)
Ch. biguttulus (Linné, 1758)
Stauroderus scalaris (Fischer-Waldheim, 1846)
Glossaire des principaux termes spécialisés employés
La terminologie utilisée pour désigner divers organes ou particularités morphologiques chez
les Acridiens étant sujette à variation selon les ouvrages ou les travaux publiés, nous avons jugé
bon de définir ici les principaux termes spécialisés que nous employons le plus souvent dans la
présente note.
Aires latéro-apicales : expansions du vertex, situées en avant des yeux, contiguës sur leur ligne
médiane, caractéristiques des Pyrgomorphidae (fig. 9).
Angle fastigo-facial : angle formé par les tangentes au fastigium et à la face.
Angle fastigo-frontal : angle formé par les tangentes au fastigium et au front (fig. 17 et 18).
Brachyptère : se dit des espècs dont les organes du vol sont réduits, ne couvrant que les premiers
tergites abdominaux, mais en contact sur la ligne médio-dorsale (fig. 27 et 28).
Champs alaires : régions de l’aile limitées par deux nervures longitudinales. Le bord costal et la
nervure sous-costale limitent le champ costal ; la sous-costale et la radiale le champ sous-
costal ; la médiane et la cubitale le champ médian (ou discoïdal) ; les cubitales antérieure
et postérieure le champ cubital (fig. 2). Le champ médian peut présenter une nervure surnu¬
méraire importante, la nervure intercalée (fig. 1). Chez certaines espèces, divers champs peu¬
vent être considérablement élargis (spécialisation stridulatoire) : cette particularité morpholo¬
gique correspond en général à un renforcement de la stridulation. Le tableau ci-dessous
permet de comparer la nomenclature des nervures employées dans cette note (Comstock et
Snodgrass) avec les autres nomenclatures existantes.
Comstock
sous-costale (Sc)
Radiale (R)
secteur de la radiale (Rs)
médiane (M)
cubitale ( Cu )
cubitale postér Te (Cu p)
anale (An)
B R U N N F. R
médiastine
radiale antérieure
radiale moyenne
radiale postérieure
ulnaire antérieure
ulnaire postérieure
divisante
de Saussure
médiastine
humérale
médiane (discoïdale)
discoïdale (médiane)
ulnaire
ulnaire postérieure
anale
Côte frontale : terme impropre, mais malheureusement consacré, désignant la bande médiane
longitudinale limitée par deux carènes s’étendant des fovéoles temporales à la suture fronto-
clypéale (fig. 19 à 22).
Cerques : processus portés par le 10 e tergite, généralement courts et coniques, mais parfois très
développés, en forme de pinces (mâles de Calliptamus) (fig. 3, 4, 6, 7, 23 et 24).
Espace mésosternal : intervalle situé entre les lobes mésosternaux (voir cette expression) (fig. 13
et 14).
Face : partie antérieure de la tête, plus ou moins verticale (type orthognathe) ou oblique (transi¬
tion au type opisthognathe), limitée supérieurement par les fovéoles temporales et se termi¬
nant par le complexe buccal (fig. 17 à 22).
Fastigium : partie antérieure du vertex, limitée postérieurement par l’espace interoculaire et bor¬
dée antérieurement par le bord supérieur des fovéoles temporales (et par une courte carinule
interfovéolaire lorsque les fovéoles ne sont pas tout à fait contiguës antérieurement) ; lorsque
Fig. 9-16. — 9, Pyrgomorpha conica $, tête vue de dessus, 10, Pezotettix giornai <$, idem. 11, Anacridium
aegyptium $, prosternum. 12, Aiolopus strepens Ç, idem. 13, Pezotettix giornai méso- et métasternum
14, Anacridium aegyptium ?, idem. 15, Chorthippus biguttulus <$, fémur postérieur droit, face interne.
16, idem , détail de quelques tubercules stridulatoires.
a.i., angle interne du lobe mésosternal ; a.l.a., aire latéro-apicale ; a.p.a., articulations des pattes anté¬
rieures ; c.i.i., carène inféro-interne ; c.s.i., carène supéro-interne ; e.m., espace mésosternal ; fst., fastigium ;
l.g., lobes géniculaires (= genou) ; l.m., lobe mésosternal ; ms., mésosternum ; mt., métasternum ; œ.,
œil ; p.s., peigne stridulatoire ; s.f., sillon fastigial ; t.p., tubercule prosternai ; t.s., tubercules stridulatoires ;
v., vertex.
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GÉRARD CHR. LXJQUET ET MICHEL DONSKOFF
les fovéoles temporales sont absentes ou réduites, le fastigium peut se prolonger sans discon¬
tinuité par la côte frontale, ou se raccorder à celle-ci au niveau d’un étranglement subfovéo-
laire, plus ou moins marqué (fig. 19 à 22). Fastigial : qui se rapporte au fastigium.
Fovéoles temporales : chez certains groupes, petites dépressions latérales (fossettes) de forme variée
(ovale, triangulaire, quadrangulaire...), marquant généralement la limite entre la partie anté¬
rieure du vertex (fastigium) et le haut de la côte frontale (fig. 17 à 22).
Front : partie de la face limitée supérieurement par les fovéoles temporales, latéralement par les
sutures fronto-génales et inférieurement par la suture fronto-clypéale (fig. 17 à 22).
Interfovéolaire : situé entre les fovéoles temporales.
Lobe basal : dans certains genres, petite expansion élytrale située près de la base du bord costal,
et venant recouvrir le haut de l’orifice tympanique lorsque les élytres sont en position de repos
( fi g; 2).
Lobes géniculaires : expansions latéro-apicales des fémurs, protégeant l’articulation avec les tibias
(genoux) (fig. 15, 23 et 24).
Lobes mésosternaux : divisions postérieures du mésosternum, empiétant sur le métasternum, et
dont les angles internes peuvent être aigus ou arrondis (fig. 13 et 14).
Métazone : partie du pronotum située postérieurement au sillon typique (fig. 33 à 36).
Microptère : se dit des espèces dont les organes du vol sont extrêmement réduits, lobiformes ou
squamiformes, situés latéralement, et ne se touchent pas sur la ligne médio-dorsale (fig. 29
et 30).
Nervure intercalée : voir Champs alaires.
Opisthognathe : orientée très obliquement, presque parallèlement au substratum, en parlant de la
face. La verticale imaginaire traversant les yeux passe antérieurement à l’orifice buccal.
Orthognathe : orientée verticalement, en parlant de la face. La verticale imaginaire traversant
les yeux passe par l’orifice buccal.
Peigne stridulatoire : rangée linéaire de petits tubercules coniques, pourvus ou non de soies, située
sur une carinule parallèle à la carène inférieure de la face interne du fémur postérieur chez les
Gomphocerinae (fig. 15 et 16).
Prozone : partie du pronotum située antérieurement au sillon typique (fig. 33 à 36).
Serrulé : pourvu d’aspérités en dents de scie.
Sillon fastigial : chez les Pyrgomorphidae, étroite rainure linéaire divisant longitudinalement le
fastigium (ligne de contact des aires latéro-apicales) (fig. 9).
Sillon typique : le plus postérieur des 3 sillons transversaux du pronotum (fig. 33 à 36).
Subfovéolaire : situé sous les fovéoles.
Tectiforme : en forme de toit.
Tubercule prosternai : saillie élevée, digitiforme, parfois étranglée à la base, à sommet plus ou moins
acuminé, située au centre du prosternum, entre les articulations des membres antérieurs
(fig- 11)-.
Vertex : partie supérieure plus ou moins bombée de la tête, limitée postérieurement par l’occiput,
bordée latéralement par les tempes et les yeux. Sa partie antérieure prend le nom de fastigium
et s’arrête au niveau de la carène supérieure des fovéoles temporales (fig. 17 à 22).
Clef des familles et des sous-familles 1
1 (2) Sillon fastigial présent (fig. 9). Pyrgomorphidae
2 (1) Sillon fastigial absent (fig. 10). Acrididae (3)
1. La séparation traditionnelle entre les Oedipodinae et les Acridinae, fondée sur la valeur de l’angle
fastigio-facial (obtus chez les premiers, droit ou aigu chez les seconds), s’est révélée délicate, du fait que cet
angle est souvent légèrement obtus chez les Acridinae (ce qui peut entraîner des confusions consécutives
à une application stricte de la clef de détermination) d’une part, et en raison de la difficulté à situer la tan¬
gente à la face, d’autre part, cette dernière accusant généralement une convexité très marquée sous la suture
clvpéo-frontale. Aussi nous a-t-il paru plus opportun de parler d’angle fastigio-frontal et d’adjoindre un
caractère complémentaire (absence ou présence de séparation entre le fastigium et la côte frontale) en vue
d’une séparation plus aisée des deux sous-familles.
Fig. 17-22. — 17, Sphingonotus coerulans tête vue de profil. Les fovéoles temporales ont été noircies ;
la ligne brisée souligne l’angle fastigio-frontal. 18, Aiolopus strepens $, idem. 19, Sphingonotus coe¬
rulans (J, face en vue légèrement supérieure. 20, Aiolopus strepens r:, idem. 21, Acrotylus insubricus
idem. 22, Parapleurus alliaceus (J, idem.
c.f., côte frontale ; c.if., carinule interfovéolaire ; e.sf., étranglement subfovéolaire ; f., face ; fr., front ;
fst., fastigium ; f.t., fovéole temporale ; o.l., ocelle latéral ; o.m., ocelle médian ; s., scape (base de l'an¬
tenne) ; s.f.c., suture fronto-clypéale ; s.f.g., suture fronto-génale ; v., vertex.
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GÉRARD CHR. LUQUET ET MICHEL DONSKOFF
3 (8) Tubercule prosternai présent (fig. 11). 4
4 (7) Lobes mésosternaux à angle postéro-interne largement arrondi (fig. 13). 5
5 (6) Cerques des mâles très développés, en forme de pinces (fig. 23 et 24). . Calliptaminae
6 (5) Cerques des mâles peu développés, coniques (fig. 3 et 4). Catantopinae
7 (4) Lobes mésosternaux à angle postéro-interne aigu ou droit, jamais largement arrondi
(fig. 14). Cyrtacanthacridinae
8 (3) Tubercule prosternai absent (fig. 12). 9
9 (12) Face interne des fémurs postérieurs dépourvue de peigne stridulatoire. 10
10 (11) Face orthognathe ; angle fastigio-frontal largement obtus ; fovéoles temporales absentes
ou petites et ovoïdes ; fastigium se prolongeant sans discontinuité par la côte frontale ou
se raccordant à celle-ci au niveau d’un étranglement subfovéolaire plus ou moins marqué
(fig. 17, 19 et 21). Oedipodinae
11 (10) Face davantage opisthognathe ; angle fastigio-frontal voisin de 90° ; fovéoles temporales
présentes, grandes, en rectangle allongé, à bords émoussés ; fastigium semi-rhombique,
limité par le bord supérieur des fovéoles temporales, et parfois en outre par une courte
carinule interfovéolaire émoussée (cas de fovéoles temporales non tout à fait join¬
tives antérieurement, le demi-losange fastigial étant alors faiblement tronqué anté¬
rieurement) le séparant nettement de la côte frontale (fig. 18, 20 et 22).
. Acridinae
12 (9) Face interne des fémurs postérieurs pourvue d’un peigne stridulatoire (fig. 15 et 16)
. Gomphocerinae
Famille PYRGOMOR PHIDAE
Un seul genre en France, Pyrgomorpha, très caractéristique, à tête conique, allongée,
pourvue d’aires latéro-apicales ; le vertex est très saillant et le front régulièrement incurvé,
concave vu de profil. Antennes assez larges et aplaties.
P. conica, unique représentant français du genre, est de taille moyenne 1 ; mâle gris,
parfois varié de clair et de foncé ; femelle plus grande, grise ou verte. Ailes incolores ou lavées
de rose. Les jeunes éclosent en septembre-octobre ; l’espèce passe l’hiver à l’état juvénile ;
les adultes apparaissent en mai et ne subsistent guère après la première semaine de juin.
Dans les garrigues de basse altitude (400 m), mais a été trouvé jusqu’à 800 m.
Famille ACRIDIDAE
Sous-famille Calliptaminae
Un seul genre au mont Ventoux, Calliptarnus, regroupant des espèces de taille très
différente d’un sexe à l’autre (mâles petits ou moyens, femelles grandes), aux formes lourdes,
1. Dans un but pratique, nous avons réparti les espèces selon leur taille : petite (longueur du corps :
env. 11-17 mm), moyenne (env. 17-25 mm), grande (env. 25-40 mm) et très grande (40-65 mm et plus).
Il va sans dire que les mesures données sont tout à fait approximatives, les espèces pouvant varier indivi¬
duellement d’une part, et présentant souvent un dimorphisme sexuel affectant la taille (mâle plus petit que
la femelle), d’autre part. Par « taille » (ou « longueur du corps », les deux termes étant employés indifférem¬
ment dans cette note), nous entendons la longueur comprise entre le front et l’extrémité de l’abdomen, compte
non tenu des élytres. L’emploi de cette dimension, tout à fait discutable, a été malgré tout choisi par souci
d’uniformité, en raison de l’existence d’espèces brachyptères ou microptères.
FAUNE DES ACRIDIENS DU MONT VENTOUX
963
normalement ailées ou à organes du vol légèrement abrégés. Teinte variable, souvent cryp¬
tique (brun, jaunâtre, olivâtre, noirâtre...), mais jamais verte. Pronotum tectiforme ; fémurs
massifs, étranglés dans leur partie postérieure ; éperons tibiaux très développés.
Dans la région considérée, le genre est représenté par trois espèces très variables, extrê¬
mement proches les unes des autres et de détermination difficile. Les clefs publiées dans la
littérature sont souvent fort complexes, du fait que le genre est souvent considéré sur toute
son aire de répartition d’une part, et en raison précisément de la grande variabilité des
espèces du groupe, d’autre part.
11 est presque toujours possible d’identifier les mâles sans difficulté ; les femelles sont
en revanche beaucoup plus variables, et dans certains cas, en l’absence de mâles, il est pra¬
tiquement impossible de les déterminer avec certitude, en tout cas en ce qui concerne
Calliptamus italicus et C. barbarus.
Clef des males 1
1 (2) Pénis robuste, aigu, saillant, falqué, dirigé vers l’arrière ; élytres dépassant le genou posté¬
rieur, à bords subparallèles dans les 2/3 apicaux ; ailes postérieures jamais incolores (fig. 23)
. C. italicus
2 (1) Pénis émoussé, peu saillant, vertical ou recourbé vers l’avant. Ailes postérieures roses ou
incolores. 3
3 (4) Elytres à bords subparallèles dans les 2/3 apicaux, dépassant souvent le genou postérieur ;
ailes postérieures roses, mais souvent incolores chez les formes d’altitude. . C. barbarus
4 (3) Élytres à bords convergents dans les 2/3 apicaux, ne dépassant jamais le genou postérieur ;
ailes postérieures incolores ou à peine teintées de rose extrêmement pâle à la base ; longueur
inférieure à 17 mm ; insecte répandu de 400 à 1 250 m environ (fig. 24). C. siciliae
Clef des femelles 1
1 (2) Élytres ne dépassant jamais le genou postérieur, à bords convergents dans les 2/3 apicaux;
taille moyenne à grande (20-33 mm environ) ; ailes transparentes ou d’un rose extrêmement
pâle. C. siciliae
2 (1) Élytres atteignant ou dépassant le genou postérieur, à bords subparallèles dans les 2/3 api¬
caux ; taille généralement grande ; ailes rose vif. 3
3 (4) Face interne du fémur postérieur pourvue de trois taches noires de dimensions comparables
et très nettement indiquées ; élytres dépassant généralement à peine l’extrémité des lobes
géniculaires, de teinte très variable, unis ou mouchetés. C. barbarus
(3) Face interne du fémur postérieur dépourvue de taches foncées ou pourvue de taches (une
4 à trois) gris noirâtre, diffuses, indistinctivement marquées ; élytres dépassant généralement
nettement l’extrémité des lobes géniculaires, le plus souvent gris et ornés de mouchetures
et de stries obliques sombres. C. italicus
Seul Calliptamus italicus semble présenter des teintes à peu près constantes. La plu¬
part des individus sont gris foncé, ponctués de noirâtre sur l’abdomen et pourvus de stries
et de mouchetures élvtrales. Chez certains exemplaires, l’aire dorsale des élytres est blan¬
châtre ; les individus présentant une étroite bande claire le long des carènes latérales du
1. Ces clefs sont inspirées du travail de N. D. Jago (1963), mais modifiées et très simplifiées.
Fig. 23-26. — 23, Calliptamus italicus extrémité postérieure vue de profil. Remarquer les élytres à bords
subparallèles, dépassant le genou postérieur, et la forme falquée du pénis. 24, Calliptamus siciliae rj,
idem. Remarquer les élytres à bords nettement convergents dans le tiers postérieur, plus courts que les
fémurs postérieurs, et la forme émoussée du pénis. 25, Anacridium aegyptium $, individu juvénile,
organes alaires (ptérothèques) vus de dessus. Remarquer la position des élytres, en partie cachés par
les ailes et non encore retournés. 26, idem , vue de profil. Remarquer les ailes, en position externe et
non encore retournées, dressées au-dessus des premiers segments abdominaux comme chez les Ephémé-
roptères ou les Lépidoptères Rhopalocères.
a., aile ; b.c., bord costal ; c., cerque ; é., élytre ; l.g., lobes géniculaires (= genou) ; p., membrane ecto-
phallique couvrant les valves du pénis ; pnt., pronotum ; p.s.g., plaque sous-génitale ; st. abd., stérilité
abdominal ; t. abd., tergite abdominal ; t. 9 + 10, tergites abdominaux 9 et 10 soudés.
FAUNE DES ACRIDIENS DU MONT VENTOUX
965
pronotum et de la plicature élytrale sont assez fréquents ; beaucoup plus rares sont les
exemplaires (uniquement les femelles, semble-t-il) pourvus de taches ochracées.
Les deux autres espèces présentent en contrepartie une coloration très variable, même
au sein d’un même biotope ; nous avons donc généralement laissé de côté tous les caractères
se rapportant à la couleur et à l’ornementation, de même que ceux présentés par les valves
(cerques) des mâles, qui varient individuellement à tel point que l’on ne peut réellement
en tenir compte dans une clef simple et claire. La forme marginella, courante chez C. barba¬
rus, existe également chez C. siciliae mais se présente beaucoup plus rarement chez cette
dernière espèce. Comme l’a souligné N. D. Jago (1963), ces deux espèces semblent très étroite¬
ment apparentées.
jjLes caractères énoncés dans les clefs devraient normalement suffire à. déterminer les
mâles dans tous les cas ; pour ce qui est des femelles, on séparera facilement les C. siciliae
et C. barbarus de même taille en examinant les ailes ; quant aux femelles de C. italicus,
outre les caractères morphologiques évoqués plus haut, il est assez facile de les distinguer
des femelles de C. barbarus sur le terrain grâce à leur vol assez puissant, leur permettant
de couvrir plusieurs dizaines de mètres, alors que celles de C. barbarus effectuent des sauts
de quelques mètres au plus, ne déployant leurs ailes que pour se maintenir en vol et se rece¬
voir sur le substratum.
Sous-famille Catantopinae
Deux genres renfermant chacun une espèce ( Pezotettix et Podisma), très reconnais¬
sables à leurs formes lourdes et à leur aspect trapu ; se caractérisent en outre par leur microp-
térisme. Les mâles sont toujours plus petits que les femelles et les deux espèces se rencon¬
trent fréquemment in copula, surtout Pezotettix giornai. Les deux genres se distinguent
immédiatement l’un de l’autre par la taille, grande chez Podisma (femelles surtout), petite
chez Pezotettix.
Les Pezotettix, en raison de leur petite taille et de leur microptérisme, peuvent facile¬
ment être confondus avec des juvéniles (voir fig. 25, 26, 29 et 30).
Les Podisma présentent un pronotum de section arrondie et des fémurs massifs, mais
non étranglés près du genou, ce qui, outre le microptérisme marqué, les distingue des Callip-
tanius.
Clef des genres
1 (2) Une épine apicale supéro-externe au tibia postérieur (fig. 31). Pezotettix
2 (1) Pas d’épines apicale supéro-externe au tibia postérieur (fig. 32). Podisma
Chez Pezotettix giornai, les deux sexes sont gris brunâtre. Les juvéniles revêtent aussi
cette teinte, ou bien sont parfois vert vif, unicolores (teinte se rapprochant de celle de Tetti-
gonia viridissima) . Cet Acridien est très abondant sur les terrains humides (prairies méso-
philes au bord des ruisseaux ; fossés au bord des routes) ; dans les biotopes secs, il est beau¬
coup plus rare et toujours en petit nombre.
966
GÉRARD CHR. LUQUET ET MICHEL DONSKOFF
Podisma pedestris, jamais vert, présente un fort dimorphisme sexuel : en dehors de la
différence de taille, les mâles se distinguent des femelles par leurs couleurs vives, noir rayé
de jaune. Les femelles sont ternes, olivâtres, grises ou gris brunâtre, parfois jaunâtres.
L’espèce se rencontre généralement en altitude, mais descend jusqu’à 400 m sur les deux
versants du mont Ventoux.
Sous-famille Cyrtacanthacridinae
Sous-famille représentée par une seule espèce en France, Anacridium aegyptium. Le
genre Anacridium porte 3 sillons transversaux incisant profondément la carène médiane
du pronotum.
A la différence de Locusta migratoria, dont la taille est comparable, A. aegyptium est
relativement velu et de teinte assez peu variable, en tout cas jamais vert.
A. aegyptium pourrait éventuellement se trouver au mont Ventoux. Chopard (1951)
le mentionne du Vaucluse comme commun ; M. Carayon l’observe régulièrement à Lafare
(près de Beaumes-de-Venise), petite localité située à proximité du mont Ventoux.
Anacridium aegyptium est facilement reconnaissable ; c’est la plus grande espèce fran¬
çaise (32-66 mm). Elle est brun cendré, généralement ornée d'une étroite ligne jaune sur
la tête et la crête du pronotum. Fémurs postérieurs portant 3 taches brunes ; tibias velus,
gris légèrement bleuté, armés d’épines jaunes à pointe noire. Elytres dépassant largement
le genou postérieur, grisâtres avec de petites taches brunes. Ailes traversées par une bande
assez large, arquée, enfumée.
L’espèce est adulte au début d’août, hiverne puis reparaît au printemps, époque à
laquelle elle pond. Dans les garrigues, sur les buissons et les arbustes ; vol puissant, per¬
mettant à l’insecte de couvrir de longues distances.
Sous-famille Oedipodinae
Cette sous-famille, relativement homogène, renferme des espèces de grande taille, aux
ailes toujours colorées (vert pâle, jaune verdâtre, bleu-vert, rouge vermillon, rose vif,
très rarement jaune orangé) rehaussées ou non d’une bande noire ou enfumée. Une espèce
est de très grande taille (Locusta migratoria), une autre de taille moyenne (Acrotylus insu-
bricus ).
La plupart des espèces sont assez trapues et pourvues de couleurs cryptiques ou dis-
ruptives ; le genre Sphingonotus se singularise par ses formes sveltes et par la conformation
du pronotum, nettement étranglé derrière la tête. Les genres d’Oedipodinae représentés
au mont Ventoux ne renferment chacun qu’une seule espèce, si ce n’est le genre Oedipoda,
qui en réunit deux.
Clef des genres
1 (2) Nervure intercalée dans le champ médian uniformément lisse. Forme svelte. Ailes bleu
très pâle, translucides, sans trace de bande enfumée. Sphingonotus
FAUNE DES ACRIDIENS DU MONT VENTOUX
967
2 (1) Nervure intercalée dans le champ médian finement serrulée (spécialisation stridulatoire).
Forme trapue, voire massive. Ailes de diverses couleurs (mais jamais bleu très pâle),
opaques ou translucides, avec ou sans trace de bande enfumée. 3
3 (4) Carène supérieure du fémur postérieur brusquement abaissée dans la moitié postérieure.
Ailes bleu turquoise ou rouge vif, opaques, rehaussées d’une bande marginale noire émet¬
tant un prolongement vers la base le long du bord costal. Oedipoda
4 (3) Carène supérieure du fémur postérieur sans ressaut médian (non brusquement abaissée
dans la moitié postérieure). Ailes rose vif, rouge vermillon, jaune orangé, jaune verdâtre
ou vert pâle, opaques ou translucides, avec ou sans trace de bande enfumée. 5
5 (6) Pronotum court, aussi long que large ; corps très pubescent. Ailes rose vif, translucides,
avec une bande médiane noirâtre. Acrotylus
6 (5) Pronotum un peu plus long que large ; corps presque glabre. Ailes soit rouges ou jaunes
et opaques, soit verdâtres ou jaune verdâtre et hyalines. 7
7 (8) Carène médiane du pronotum élevée, très faiblement arquée, indivise, jamais incisée
par le sillon typique ; organes du vol légèrement abrégés chez la femelle. Ailes rouges
(très rarement jaune orangé) et opaques à tache apicale noire. Psophus
8 (7) Carène médiane du pronotum élevée, indivise ou plus souvent finement incisée par le
sillon typique ; organes du vol normalement développés chez la femelle. Ailes verdâtres
ou jaune verdâtre, hyalines, avec ou sans bande enfumée. 9
9 (10) Grande taille. Pronotum marqué d’une ornementation en forme de croix blanche. Ailes
hyalines, jaune verdâtre, traversées d’une bande médiane noirâtre. Oedaleus
10 (9) Très grande taille. Pronotum dépourvu d’ornementation en forme de croix blanche.
Ailes hyalines, verdâtre pâle, dépourvues de bande noire. Locusta
Sphingonotus coerulans est le plus généralement gris blanchâtre (livrée cryptique) ;
les élytres dépassent très largement l’apex des fémurs postérieurs. C’est le seul Oedipodinae
du mont Ventoux à présenter des ailes translucides et bleu très pâle, dépourvues de bande
enfumée. Il se trouve sur les terrains chauds et secs, sablonneux ou pierreux (carrières, bords
des lacs, etc.) et s’harmonise avec la teinte du substrat sur lequel il vit.
Les deux Oedipoda sont d’aspect extérieur très semblable, revêtus de couleurs cryptiques
souvent beaucoup plus foncées que celles de S. coerulans. Ils sont présents sur les pierriers
et les éboulis (déblais et remblais des bords de route). Voici comment les distinguer :
1 (2) Ailes postérieures opaques, bleu turquoise avec une large bande marginale noire ; front
souvent pourvu d’une courte arête médiane verticale. Oe. coerulescens
2 (1) Ailes postérieures opaques, rouge vermillon avec une large bande marginale noire ; front
dépourvu d’arête médiane verticale ou ne présentant que de très faibles vestiges de celle-ci
. Oe. germanica
Acrotylus insubricus est plus petit que les autres espèces de la sous-famille (mais cer¬
taines femelles peuvent atteindre la taille des Oedipoda). On le reconnaît aisément à sa forme
très trapue, au bord postérieur du pronotum anguleux, à ses yeux très saillants. Les ailes
sont lavées de rose vif à la base, traversées par une large bande médiane brun-noir, hyalines
dans leur moitié apicale, avec quelques petites taches sombres près de l’apex. L’espèce
est adulte en automne, passe l’hiver à l'état imaginai et réapparaît au printemps. Elle
présente une livrée cryptique plus bariolée que celle des Oedipoda.
Psophus stridulus se distingue par sa teinte brun foncé, presque noirâtre ; le mâle
est robuste, la femelle très lourde. C’est le seul Oedipodinae à présenter des ailes rouges
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GÉRARD CHR. LUQUET ET MICHEL DONSKOFF
ou, très rarement, jaune orangé et pourvues d’une grande tache apicale noire. Le mâle pro¬
duit en s’envolant une stridulation intense.
Oedaleus decorus revêt des couleurs disruptives (alternance de bandes soit noires et
grises, soit noires et vertes ou jaune verdâtre) n’apparaisant chez aucune autre des espèces
étudiées ici. La femelle peut atteindre parfois une très grande taille. Le pronotum, plus ou
moins aplati, est dominé par une carène médiane étroite, faiblement élevée. Les tibias
postérieurs sont rougeâtres, annelés de jaune à la base. L’espèce vole aisément sur plusieurs
dizaines de mètres lorsqu’elle est dérangée. Déployées durant le vol, les ailes paraissent
jaune citrin. La présence d’une bande médiane noire aux ailes postérieures permet de la
distinguer facilement de la suivante.
Locusta migratoria (forme solitaire) ne présente pas de bandes disruptives sur les élytres,
qui sont uniformément gris noirâtre et mouchetés de foncé. Le corps est vert vif ou brun
clair. L’espèce est adulte en automne, passe l’hiver à l’état imaginai et reparaît au printemps.
Son vol soutenu lui permet de couvrir aisément de grandes distances. Au mont Ventoux,
L. migratoria monte jusqu’à 1 100 m et se présente uniquement sous la forme solitaire
(carène médiane du pronotum très convexe en vue latérale).
Sous-famille Acridinae
Les espèces de cette sous-famille se répartissent dans deux genres et sont assez proches
d’aspect des Oedipodinae, mais ne revêtent pas de couleurs cryptiques. Le vert n’est pas
rare (alors qu’il est peu fréquent chez les Oedipodes) et les ailes postérieures sont de couleur
bien moins vive, voire transparentes. Les mâles sont de taille moyenne, les femelles franche¬
ment grandes.
Clef des genres
1 (2) Nervure intercalée dans le champ médian finement serrulée, sinuée. Pronotum à bords paral¬
lèles. Antennes longues. Les adultes apparaissent en été. Parapleurus
2 (1) Nervure intercalée dans le champ médian uniformément lisse, non serrulée. Pronotum
s’amincissant antérieurement ; antennes courtes. Insectes adultes en septembre, passant
l’hiver à l’état imaginai et reparaissant au premier printemps. Farouches ; volent aisément
sur de grandes distances. Aiolopus
Parapleurus alliaceus est très caractéristique, vert tendre et lumineux, rehaussé de
bandes latérales noires. Les élytres sont jaunâtres ou jaune verdâtre, les ailes transparentes.
Espèce fréquentant les lieux humides.
Aiolopus strepens est allongé, mais assez fort. Coloration brune, parfois agrémentée
de vert assez vif. Fémurs postérieurs très larges ; ailes bleu verdâtre, à tache apicale enfumée
assez grande et nette. Dans les milieux xérophiles et mésophiles.
Sous-famille Gomphocerinae
Bien que certains caractères très constants aient permis de séparer au sein de cette
sous-famille un grand nombre de genres, la plupart des espèces qui en font partie présentent
Fig. 27-32. — 27, Chorthippus parallelus $, partie postérieure vue de dessus. 28, idem , élytres vus de pro¬
fil. Ces deux figures illustrent le type brachyptère (élytres jointifs sur la ligne dorsale médiane). 29,
Pezotettix giornai (J, partie postérieure vue de dessus. 30, idem , élytres vus de profil. Ces deux figures
illustrent le type microptère (élytres non jointifs sur la ligne dorsale médiane). 31, Pezotettix giornai
extrémité de la patte postérieure. 32, Podisma pedestris idem-.
a.p., articulation des pattes ; ar., arolium ; é., élytre(s) ; ép.e., épine apicale supéro-externe du tibia ;
ép.i., épine apicale supéro-interne du tibia ; épr., éperons apicaux du tibia ; g., griffes ; pnt., pronotum ; ta.,
tarse ; t. abd., tergites abdominaux ; th. 2, mésothorax ; th. 3, métathorax.
970
GÉRARD CHR. LUQUET ET MICHEL DONSKOFF
un habitus très voisin ; en outre, elles varient individuellement dans de telles proportions
qu’il est difficile de caractériser les genres au moyen de critères pratiques (taille, colora¬
tion, dessin, etc.). Pour le non-initié, rien ne ressemble plus en effet à un Chorthippus qu’un
Stenobothrus, un Omocestus, voire un Dociostaurus ou un Stauroderus. La complexité de
ce groupe nous contraint donc à ne donner pour chaque genre que des indications d’ordre
très général, qui ne sauraient en aucun cas remplacer les caractères utilisés dans les clefs.
La plupart des genres regroupent des espèces de taille moyenne. Trois genres se compo¬
sent uniquement d’espèces de grande taille ( Arcyptera, Ramburiella et Stauroderus ), un
genre d’espèces franchement petites ( Myrmeleotettix ). Les autres genres rassemblent des
espèces de taille très constante (moyenne), rarement grande ( Chorthippus jucundus) ou
petite ( Dociostaurus genei, Omocestus petraeus).
Trois genres se distinguent en outre nettement des autres par des caractères très appa¬
rents : Euthystira, brachyptère dans les deux sexes (et même microptère chez la femelle)
et d’un vert vif à reflet scintillant unique dans la sous-famille, Arcyptera, également bra¬
chyptère 1 dans les deux sexes, mais plus grand, jaune et brun, et Myrmeleotettix, dont les
mâles sont pourvus d’antennes nettement renflées dans leur partie apicale. Stenobothrus
grammicus présente également un renflement antennaire apical, mais cette espèce est de
plus grande taille.
Les Omocestus, Stenobothrus et Chorthippus, très nombreux, présentent un habitus
assez voisin. Les premiers sont de forme plus trapue, de couleur généralement plus vive
(noir, vert...) ; les seconds sont souvent verts, mais pas toujours, relativement massifs
et, arrondis, sans être lourds ; quant aux Chorthippus, ils se divisent grossièrement en espèces
grises et espèces vertes, mais la couleur varie en fait individuellement dans de grandes
proportions. Les espèces de ce genre sont plus sveltes et plus allongées que celles du genre
précédent.
Les Stauroderus ressemblent à de gros Chorthippus foncés ; quant aux Euchorthippus,
ils présentent, tout en étant relativement sveltes, des traits plus arrondis que les Chorthippus
(grosse tête, en particulier), et sont souvent revêtus de couleurs ternes (mâles vert sale,
femelles brunâtres ou gris jaunâtre). Les organes du vol sont généralement plus courts que
chez les Chorthippus.
Clef des genres
1 (2) Fovéoles temporales absentes. Euthystira
2 (1) Fovéoles temporales présentes. 3
3 (4) Prosternum tectiforme, pourvu d’une légère élévation centrale épousant parfois la forme
d’un petit cône de faible pente 2 . Arcyptera
4 (3) Prosternum dépourvu d’élévation centrale ou de petite verrue conique. 5
5 (6) Fovéoles temporales subcarrées. Antennes ne présentant jamais de massue terminale.
Pronotum toujours marqué d’un signe en forme de croix ou de demi-croix blanche. Région
interantennaire du vertex plus élevée que le pronotum. Dociostaurus
6 (5) Fovéoles temporales rectangulaires. Antennes pourvues ou non d’une massue terminale.
Pronotum marqué ou non d’un signe en forme de croix blanche. Vertex et nuque dans le
prolongement du pronotum. 7
1. D’autres représentants du genre Arcyptera, absents du mont Ventoux, sont normalement ailés.
2. Cette formation, toujours de très faible hauteur, se distingue du tubercule prosternai qui forme la
plupart du temps une saillie digitiforme nettement allongée.
FAUNE DES ACRIDIENS DU MONT VENTOUX
971
7 (8)
8 (7)
9 (10)
10 (9)
11 (14)
12 (13)
13 (12)
14 (11)
15 (16)
16 (15)
17 (18)
18 (17)
Antennes se terminant par une massue chez les mâles (ampoule apicale formée de 5 articles),
très légèrement renflée chez les femelles. Pronotum souvent marqué d’un signe en forme
de croix blanche. Petite taille (11-16 mm). Myrmeleotettix
Antennes se terminant ou non par un renflement apical. 9
Antennes ne se terminant jamais par un renflement apical. Grande taille (17-36 mm) ;
ailes postérieures roses. Ramburiella
Antennes se terminant ou non par un renflement apical. Taille moyenne à petite. Ailes
postérieures jamais roses. 11
Antennes se terminant ou non par un renflement apical ; bord antérieur de l’élytre dépourvu
de lobe basal. 12
Antennes ne se terminant jamais par un renflement apical ; champ médian de l’élytre
mâle non élargi, formé de cellules petites et irrégulières ; valves dorsales de l’oviscapte
femelle dépourvues de dent préapicale. Omocestus
Antennes se terminant ou non par un renflement apical ; champ médian de l’élytre mâle
élargi; valves dorsales de l’oviscapte femelle pourvues d’une dent préapicale.
. Stenobothrus
Antennes ne se terminant jamais par un renflement apical. Bord antérieur de l’élvtre
pourvu d’un lobe basal bien marqué. 15
Carènes latérales du pronotum rectilignes, parallèles. Griffes internes des pattes médianes
et postérieures plus longues que les griffes externes. Euchorthippus
Carènes latérales du pronotum plus ou moins infléchies ou anguleuses ; griffes internes
des pattes médianes et postérieures aussi longues que les griffes externes. 17
Taille moyenne, très rarement grande (Ch. jucundus ) ; champ médian étroit et pourvu
de nervules irrégulières et peu nombreuses ; champs costal et sous-costal parfois élargis
chez le mâle ; ailes jamais enfumées. Insectes ne produisant pas de son strident en s’en¬
volant. Chorthippus
Grande taille. Champs costal, sous-costal et médian larges, ce dernier avec de nombreuses
nervules transverses (spécialisation stridulatoire). Ailes et élytres enfumés. Insecte pro¬
duisant un son strident en s’envolant. Généralement au-dessus de 1 000 m d’altitude, mais
descend jusqu’à 750 m au mont Ventoux. Stauroderus
Au mont Ventoux, les genres Euthystira, Arcyptera, Dociostaurus, Myrmeleotettix,
Ramburiella et Stauroderus ne sont représentés chacun que par une seule espèce. Les genres
restants, représentés par plusieurs espèces, feront l’objet de clefs.
Genre Euthystira
Espèce brachyptère ; valves de la femelle remarquablement allongées, très faiblement dentées.
Coloration vert brillant, parfois beige rosé ou gris saumoné brillant chez la femelle. Affectionne
les Genévriers nains et les taches de Brachypudium pinnatum à 1 500 m d’altitude ; descend vers
1 200 m et même parfois jusqu’à 1 000 m. E. brachyterci
Genre Arcyptera
Espèce moyenne (mâles) à très grande (femelles), brachyptère ; thorax brun chocolat, largement
bordé de jaune pâle ; élytres ne dépassant pas le 5 e tergite abdominal chez le mâle, le second chez
la femelle ; ailes extrêmement réduites ; abdomen jaune chez le mâle, beige chez la femelle ; dessous
des fémurs et tibias rouge vif. Par ses couleurs et son aspect trapu, rappelle vaguement Podisma
pedestris, mais de taille supérieure. A. kheili
972
GÉRARD CHR. LUQUET ET MICHEL DONSKOFF
Genre Dociostaurus
Petite espèce (10-19 mm) testaeé pâle varié de brun. Trois taches noires et une tache blanche
sur le bord supérieur de la face externe des fémurs postérieurs ; genou noirâtre. Élytres atteignant
à peine le genou postérieur. La femelle ressemble aux petits mâles d’Acrotylus insubricus, mais
s’en distingue par ses ailes transparentes ou à peine bleutées. D. genei
Genre Myrmeleotettix
Espèce de teinte très variable (noir, vert, violet, gris...), abondante dans les endroits secs sur les
pelouses écorchées entre 1 450 et 1 900 m ; champ médian large, formé de grandes cellules (étroit
et à petites cellules chez les Omocestus ressemblants) ; stridulation du mâle formée d’une phrase
assez longue, modulée, bourdonnante (le rythme et les modulations rappellent la stridulation de
Stenobothrus lineatus) . M. maculatus
Genre Ramburiella
Espèce brun roux ou olivâtre, rehaussée d’une bande médio-dorsale blanc jaunâtre s’étendant
du vertex à l’extrémité des élytres ; élytres atteignant le genou postérieur ; tibia bleuté, pourvu
d’un anneau basal jaune. Présente une vague ressemblance extérieure avec certaines femelles de
Calliptamus (espèce non rencontrée au mont Ventoux, mais présente à proximité : Suzette). . . .
. R. hispanica
Clef des espèces du genre Omocestus
1 (2) Carènes latérales du pronotum régulièrement arquées, simplement infléchies dans la prozone
dans les deux sexes. Fovéoles temporales femelles rectangulaires, 2,5 à 3 fois plus longues
que larges. Champ médian de l’élytre mâle étroit, 1 à 1,5 fois plus large que le champ cubital.
Palpes maxillaires et labiaux noirs avec l’apex clair ou blanc dans les deux sexes. Mâle brun
foncé ou noir avec l’extrémité abdominale rouge vif ; femelle uniformément grise et variée
de noirâtre, ou brun foncé, pourvue d’une bande dorsale vert soutenu. Ailes enfumées ;
élytres dépassant le genou postérieur. Stridulation du mâle constituée d’une phrase longue
(5-6 seconde et plus) aux accents réguliers, rapides et un peu mats. Espèces adulte très tôt,
dès le début d’avril ; taille moyenne (12-20 mm). O. ventralis
2 (1) Carènes latérales du pronotum convergentes et nettement anguleuses dans les deux sexes.
Fovéoles temporales femelles courtes et larges, deux fois plus longues que larges environ
. 3
3 (4) Élytres dépassant le genou postérieur dans les deux sexes, marqués d’une tache blanche
oblique au tiers apical. Palpes unicolores, non éclaircis apicalement. Mâle et femelle gris
noirâtre assez foncé, uniforme ; ailes assez fortement enfumées dans la partie apicale. Stridu¬
lation du mâle constituée d’une période courte (1 seconde environ) formée de quelques accents
bourdonnants et très rapprochés. Taille petite (mâles) à moyenne (femelles) (11-22 mm)
. O. raymondi
4 (3) Elytres atteignant ou dépassant à peine le genou postérieur dans les deux sexes ; champ
médian de l’élytre mâle large, 2 à 2,5 fois plus large que le champ cubital. Palpes unicolores,
clairs. Mâle et femelle très variables, le plus souvent testaeé ou brunâtre clair, tachetés,
parfois maculés de verts ; ailes transparentes. Stridulation du mâle formée d’une suite de
Fig. 33-38. — 33, Omocestus ventralis Ç, pronotum vu de dessus. Carènes infléchies, régulièrement arquées
( = carènes flexueuses = carènes subanguleuses). 34, Euchorthippus pulvinatus Ç, idem. Carènes
rectilignes, parallèles (= carènes subparallèles). 35, Chorthippus parallelus $, idem. Carènes légèrement
infléchies dans la prozone (= carènes simplement infléchies). 36, Stenobothrus grammicus Ç, idem.
Carènes nettement anguleuses dans la prozone. 37, Chorthippus vagcins orifice tympanal. 38, Chor¬
thippus biguttulus (J, idem.
a., aile ; abd. 1, premier segment abdominal ; c.l., carène latérale ; c.m., carène médiane ; é., élytre ;
o.t,., orifice tympanal ; p.m., patte médiane ; pnt., pronotum ; p.p., patte postérieure ; s.t., sillon typique ;
th. 2, mésothorax ; th. 3, métathorax.
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GÉRARD CHR. LUQUET ET MICHEL DONSKOFF
notes d’égale intensité (11 à 17 accents environ en 3 à 4 secondes), rappelant celle de Chor-
thippus vagans. Petite taille (11-17 mm). O. petraeus
Clef des espèces du genre Stenobothrus
1 (2) Antenne mâle se terminant par un renflement, graduellement élargie à l’apex sur 8 articles ;
épaississement antennaire apical quasiment nul chez la femelle. Extrémité du dernier article
des palpes noire. Tache blanche de l’élytre située très près de l’apex, éloignée du champ
médian. Mâle brun noirâtre, olivâtre, vert, gris verdâtre, gris blanchâtre ou gris bleuâtre,
avec l'extrémité de l’abdomen rouge vif ; fémurs postérieurs rouges au bord inférieur, à apex
noirâtre, tibias postérieurs rouges. Femelle brune, verte et gris-beige ou grise et noire, avec
l’extrémité abdominale rouge orangé et les élytres abrégés ; tibias postérieurs toujours rouge
vif. Certaines femelles vertes sont bariolées de violet. S. grammicus
2 (1) Antenne ne se terminant jamais par un renflement apical. Extrémité du dernier article des
palpes non tachée de noir, parfois — mais très rarement — rembrunie. Tache blanche de
l’élytre située loin de l’apex, se trouvant sur l’extrémité distale du champ médian. . 3
3 (4) Cu et Cup de l’élytre distinctes sur toute leur longueur. Champ médian étroit. Élytres étroits.
à bords très convergents dans le 1/3 postérieur, avec le bord costal très infléchi postérieure¬
ment à la tache blanche. Dent préapicale des valves supérieures femelles très saillantes
latéralement. Espèce ressemblant par l’habitus à la précédente ; mâle gris verdâtre avec le
dessous jaune verdâtre et l’extrémité de l’abdomen rouge orangé ; femelle le plus souvent
verte, maculée de gris noirâtre ou de violet, mais parfois grise et noire, ou encore jaune
paille, maculée de foncé. Dernier article des palpes clair, très rarement rembruni. Stridu¬
lation du mâle ressemblant à celle de Chortippus biguttulus, mais dépourvue de résonance
métallique. S. fischeri
4 (3) Cu et Cup de l’élytre entièrement réunies ou brièvement séparées à la base. Champ médian
large. Élytres à bords parallèles postérieurement à la tache blanche, larges, franchement
arrondis à l’apex. Dent préapicale des valves supérieures femelles très peu saillantes latéra¬
lement. Espèce se distinguant par l’habitus des deux précédentes. Mâle et femelle vert
soutenu avec une bande dorsale souvent grise ou beige ; certaines femelles sont maculées
de violet. Dernier article des palpes toujours clair. Tibias postérieurs jaune rougeâtre. Apex
de l’abdomen du mâle rouge. S. lineatus
Clef des espèces du genre Euchorthippus
1 (2) Élytres allongés, étroits, à bords parallèles (bord costal presque rectiligne), atteignant ou
dépassant le genou postérieur dans les deux sexes. Tache claire de l’élytre située loin de l’apex.
Ornementation constituée de couleurs très contrastées en bandes alternées, jaune pâle et
gris ou vert clair et gris verdâtre foncé chez le mâle, gris-beige ou gris foncé et jaune pâle
chez la femelle. Cuticule et élytres luisants dans les deux sexes. Plaque sous-génitale du mâle
en cône très court. Espèce xérophile. E. chopardi
2 (1) Élytres plus courts, plus élargis, à bords convergents (bord costal convexe), n’atteignant
pas le genou postérieur chez la femelle. Tache claire de l’élytre située près de l’apex. Couleur
vert sale ou testacé mêlé de verdâtre chez le mâle, beige clair ou gris brunâtre pâle chez la
femelle. Aspect général terne. Plaque sous-génitale du mâle en cône plus ou moins allongé
... 3
3 (4) Plaque sous-génitale du mâle longue et aiguë ; ailes au repos n’atteignant pas l’extrémité
des élytres ; élytre mâle n’atteignant généralement pas le genou postérieur ; élytre femelle
ne dépassant guère le milieu des fémurs postérieurs. Taille généralement plus grande ; insecte
des lieux mésophiles. E. declivus
4 (3) Plaque sous-génitale du mâle conique, mais plus courte ; ailes au repos atteignant l’extrémité
des élytres ; élytres femelles n’atteignant pas les lobes géniculaires. Taille généralement plus
petite ; insecte des milieux xérophiles. E. pulçinatus gallicus
FAUNE DES ACRIDIENS DU MONT VENTOUX
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8 (7)
9 (10)
10 (9)
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12 ( 11 )
Clef des espèces du genre Chorthippus
Carènes latérales du pronotum rectilignes ou légèrement infléchies dans la prozone, faible¬
ment divergentes dans la métazone. 2
Grande espèce, d’un vert uniforme ; tibias postérieurs rouges. Insecte affectionnant les
endroits humides à proximité des cultures. Ch. jucundus
Espèces de taille plus faible, à tibias postérieurs jaunâtres ou bleuâtres. 4
, l 1 ' A »
Elytres et ailes bien développés dans les deux sexes ; bord costal de l’élytre fortement
convexe chez le mâle. Fémurs postérieurs de la couleur du corps, non rembrunis à l’apex.
Carènes latérales du pronotum flexueuses. Vert, testacé ou brun foncé avec deux bandes
latérales foncées plus ou moins marquées ; partie antérieure de l’élytre le plus souvent
foncée. Prairies humides. Ch. dorsatus
Élyt res bien développés chez le mâle, abrégés et pointus à l’apex chez la femelle (il existe
une forme femelle macroptère rare, non rencontrée au mont Ventoux) ; ailes fortement
abrégées dans les deux sexes. Apex des fémurs postérieurs rembruni. Oviscapte de la femelle
à valves courtes. Prairies humides. Ch. parallelus
Carènes latérales du pronotum plus ou moins anguleuses dans la prozone, franchement
divergentes dans la métazone. 7
Orifice tympanal ovale, largement ouvert (fîg. 37). Espèce généralement brun jaunâtre
avec une bande dorsale gris bleuté ; parfois brun rougeâtre avec la bande dorsale crème.
Au pied des pins surtout, en lisière, et dans les clairières. Très rarement en terrain découvert
(dans ce cas, à proximité de buissons isolés). Ch. vagans
Orifice tympanal étroit, en forme de fente aux extrémités dilatées (fig. 38). Espèces de
couleur très variable, mais le plus souvent grises, variées de noirâtre. Affectionnent les
terrains découverts. 9
Espèce svelte et allongée ; élytres dépassant d’environ 1/4 à 1 /6 e de leur longueur les lobes
géniculaires. Tache élytrale blanche éloignée de l’apex de l’élytre (située aux 3/5 basaux
de la longueur de l’élytre). Vol aisé. Champ sous-costal non élargi, champ costal peu ou
pas élargi chez le mâle. Espace mésosternal (fig. 13 et 14) étroit, parfois quadrangulaire
chez la femelle. Stridulation du mâle constituée par une note vibrée très brève et répé¬
tée à intervalles réguliers. Adulte très tôt, dès le mois de mai. Ch. brunneus
Espèces plus fortes ; élytres dépassant d’environ 1 /6 e à 1 / 10 e de leur longueur (et souvent
même moins) les lobes géniculaires ; tache élytrale blanche assez rapprochée de l’apex
de l’élvtre (située aux 2/3 basaux de la longueur de l’élytre). Vol moins aisé que chez
l’espèce précédente. Champs costal et sous-costal la plupart du temps élargis chez les
mâles. Espace mésosternal en général large dans les deux sexes. 11
Sc et R divergeant régulièrement, mais faiblement, depuis la base de l’élytre, presque
rectilignes. Champ costal élargi, champ sous-costal faiblement élargi chez le mâle. Tète
généralement assez fine dans les deux sexes. Stridulation du mâle constituée par une phrase
très longue, débutant par des « déclics » presque imperceptibles, progressivement remplacés
sur le même rythme par une succession de notes bourdonnées dont l’intensité s’amplifie
graduellement. Lorsque les notes ont atteint leur intensité maximum, la période se termine
par quelques accents plus lents et de forte intensité ; cette dernière séquence peut manquer
. Ch. mollis
Sc et R divergeant d’abord très faiblement, puis s’écartant nettement au tiers basal de leur
longueur, présentant un tracé faiblement sinueux. Champ costal très élargi, champ sous-
costal élargi chez le mâle. Tête généralement massive dans les deux sexes. Stridulation du
mâle constituée par une phrase modérément longue, formée par une succession accélérée
de notes saccadées s’amplifiant progressivement avec émission d’une intense résonance
à timbre métallique. Lorsque les notes ont atteint leur intensité maximum, la période se
termine sur le même rythme par quelques accents dont la sonorité décroît brusquement
. Ch. biguttulus
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GÉRARD CHR. LUQUET ET MICHEL DONSKOFF
Note. — Il n’a pas été fait mention dans la clef qui précède de Chorthippus eisentrauti
Ramme. En effet, les caractères permettant de séparer cette espèce des Chorthippus du
groupe biguttulus-brunneus-mollis sont, selon Ramme (1931) lui-même, extrêmement
« relatifs », au point qu’il est pratiquement impossible de déterminer des exemplaires isolés
de leurs séries d’origine. L’auteur ajoute : « Sans indication de lieu, la détermination pour¬
rait bien se révéler totalement impossible dans de nombreux cas ». Les populations de Ch.
biguttulus (espèce la plus proche de Ch. eisentrauti, selon Ramme) du mont Ventoux
paraissant tout à fait homogènes, nous avons préféré ne pas tenir compte de l’espèce de
Ramme, si tant est qu’il s’agit bien d’une bona species.
Genre Stauroderus
Le genre Stauroderus ne comprend qu’une seule espèce française : S. scalaris. Sur le
terrain, la seule stridulation intense des mâles suffit déjà à reconnaître l'espèce. L’élargisse¬
ment des champs costal, sous-costal et médian, ce dernier pourvu de nombreuses nervules
transverses, forme chez le mâle des « miroirs » (spéculum) qui ne sont jamais aussi développés
chez les Chorthippus. Les petites femelles de S. scalaris se distinguent aisément des grandes
femelles de Chorthippus par leurs ailes enfumées (transparentes chez tous les Chorthippus).
L’espèce présente une couleur assez variable (vert clair, brun verdâtre, brun noirâtre),
mais tirant le plus souvent sur l’olivâtre, avec les élytres noirâtres. Certains petits mâles
ressemblent superficiellement aux mâles de Stenobothrus lineatus : ils s’en distinguent
immédiatement par l’élargissement des champs costal et sous-costal et par l’absence de
coloration rouge 5 l'apex de l’abdomen.
Remarque
Nous avons utilisé dans cette note le nom de Chorthippus parallelus (Zetterstedt, 1821), et
non celui de Chorthippus longicornis (Latreille, 1804) ; le nom de Zetterstedt apparaît dans tous
les ouvrages récents, sans toutefois que son emploi y soit justifié par une quelconque note expli¬
cative. Le Dr Kurt Harz, de Endsee (République Fédérale Allemande), que nous remercions vive¬
ment pour son obligeance, a bien voulu nous indiquer (in litteris : 22-VII1-1977) les précisions qui
suivent à propos de ce problème taxinomique.
Tous ies auteurs, K. Harz y compris, ont employé le nom de Latreii.i.e jusqu’en I960, année
au cours de laquelle K. McKevan proposa la suppression de celui-ci (« Proposed use of the plenary
powers to suppress the spécifie name longicorne Latreille, 1804, as published in the binomen Aery-
dium longicorne ». Bull. zool. Nom., London, 17, 1930 : 203-204). La Commission internationale de
Nomenclature zoologique statua l’année suivante, acceptant la proposition de K. McKevan [Opi¬
nion 609 : longicorne (Acrydium ) Latreille, 1804 (Insecta Orthoptera) ; suppressed under the plenary
powers. Bull. zool. Nom., London, 18, 1961 : 265*266].
FAUNE DES ACRIDIENS DU MONT VENTOUX
977
LISTE DES TRAVAUX CONSULTÉS
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Chopard, L., 1951. — Faune de France, Orthopteroïdes. Ed. Lechevalier, Paris, 56 : 359 p., 531 lig.
Descamps, M., 1968. — Notes sur le genre Euchorthippus (Orth. Acrididae). Sa répartition dans le
Vaucluse et les départements adjacents. Annls Soc. ent. Fr. (n. s.), 4 (1) : 5-25.
— 1972. — Sur quelques captures d’Acridiens du Massif central. Entomologiste, 28 (4-5) :
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Dirsh, V. M., 1961. — A preliminary révision of the families and subfamilies of Acridoidea (Orthop-
tera, Insecta). Bull. Br. Mus. nat., Hist., Ent., London, 10 : 351-419.
Dreux, Ph., 1962. — Recherches écologiques et biogéographiques sur les Orthoptères des Alpes
françaises. Thèse. Annls Sci. nat. Zool., Masson et C ie éd., Paris, 3 , : 323-766.
Dreux, Ph., et H. Saint Girons, 1951. — Écologie des Vipères. — IL Vipera ursinii Bon. Bull.
Soc. zool. Fr., 76 (1-2) : 47-54.
Hahz, K., 1975. — Die Orthopteren Europas IL In Sériés entornologica, Vol. 11, Dr. W. Junk
édit, ’s Gravenhage, 939 p., 3445 fig.
Jago, N. D., 1963. — A révision of the genus Calliptamus Serville (Orthoptera Acrididae). Bull.
Br. Mus. nat. Hist., Ent., London, 13 (9) : 287-350, 26 fig. dans le texte.
Ramme, W., 1931. — Beitràge zur Kenntnis der palaearktischen Orthopterenfauna (Tettig. et
Acrid.). Mitt. zool. Mus. Berl., 17 (1) : 190-191.
Uvarov, B. P., 1966. — Grasshoppers and Locusts. A handbook of general acridology. Vol. I,
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Anti-Locust Research Centre, Cambridge University Press : 481 p., 245 fig. dans le texte.
Voisin, J.-F., 1974. —- Sur la détermination des Chorthippus français du groupe de Ch. higuttulus
(Orth. Acrididae). Entomologiste, 30 (4-5) : 168-172.
Manuscrit déposé le 22 octobre 1976.
Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 479, juillet-août 1977,
Zoologie 336 : 953-977.
Achevé d’imprimer le 15 décembre 1977.
IMPRIMERIE NATIONALE
7 564 003 5
Recommandations aux auteurs
Les articles à publier doivent être adressés directement au Secrétariat du Bulletin du
Muséum national d’Histoire naturelle, 57, rue Cuvier, 75005 Paris. Ils seront accompa¬
gnés d’un résumé en une ou plusieurs langues. L’adresse du Laboratoire dans lequel le
travail a été effectué figurera sur la première page, en note infrapaginale.
Le texte doit être dactylographié à double interligne, avec une marge suffisante, recto
seulement. Pas de mots en majuscules, pas de soulignages (à l’exception des noms de genres
et d’espèces soulignés d’un trait).
Il convient de numéroter les tableaux et de leur donner un titre ; les tableaux compli¬
qués devront être préparés de façon à pouvoir être clichés comme une figure.
Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomic. Bull. Mus. Hist. nal., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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légendes seront regroupées à la fin du texte, sur un feuillet séparé.
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