BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
343
N° 494 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1977
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cu^^er, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : Prs J. Dorst, C. Lévi et R. Laffitte.
Conseillers scientifiques : Dr M.-L. Bauchot et Dr N. Hallé.
Rédacteur : M™® P. Dupérieh.
Le Bulletin du Muséum national d'IJistoire naturelle, revue bimestrielle, parait depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la 1^® série, et les tomes 1 à 42 (1929-1970),
constituant la 2® série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3® série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homrnc — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His-
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
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International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
3® série, n“ 494, novembre-décembre 1977, Zoologie 343
Ophidiaster reyssi^ nouvelle espèce d’Astéride
bathyale de l’océan Atlantique ^
par Myriam Sibuet *
Résumé. — Parmi les Astérides récoltées au large des Açores par 350 m de profondeur, une
espèce nouvelle est décrite. La présence de huit rangées d’aires papulaires a contribué à attribuer
la nouvelle espèce au genre Ophidiaster, mais il est à remarquer quelques caractères qui la rappro¬
chent des genres Hacelia et Tamaria, notamment la forme massive des bras à section triangulaire,
et les séries de plaques actinales subrectangulaires. D’autre part, la présence rare de pédicellaires
valvulaires dorsaux et de plus de 40 pores par aire papulaire sont des caractères propres à Ophi¬
diaster reyssi n. sp.
Abstract. — A new species was found among the Asteroids collected near the Açores at a
depth of 350 m. This species is described and attributed to the genus Ophidiaster according to
the presence of 8 sériés of pore areas. Some characters can be related to the genus Hacelia and
Tamaria mainly the massive shape of the triangular arms and the sériés of subrectangular actinal
plates. Besides, the valvula-pedicellarian are few and are situated dorsally, further the pore areas
contains more than 40 pores each, these characters are spécifie to Ophidiaster reyssi n. sp.
Dans la collection d’Astérides récoltées lors de la campagne Biaçores à bord du « Jean
Charcot » organisée par le Muséum national d’Histoire naturelle un individu possédant
les caractères typiques de la famille des Ophidiasteridae ne se situe pas aisément dans un
genre connu. L’exemplaire conservé à sec, remarquable par son assez grande taille, réunit
plusieurs caractères particuliers qui semblent suffisamment importants pour prendre en
considération cet échantillon, bien qu’il soit unique, et envisager la création d’une nouvelle
espèce. L’appartenance de cette espèce à un genre connu pose un problème, qui est d’autant
plus surprenant que la famille des Ophidiasteridae est considérée comme l’une des mieux
définies (Downey, 1973). L’existence d’une espèce réunissant des caractères rencontrés
jusqu’ici chez des genres distincts peut remettre en cause la classification adoptée jusqu’ici.
Néanmoins, cette espèce qui se situe à l’intermédiaire de deux genres possède un caractère
considéré comme déterminant permettant de la placer dans le genre Ophidiaster.
* Centre Océanologique de Bretagne. B.P. 337. 29273 BREST-Cédex (France).
1. Contribution n° 523 du Département Scientifique du Centre Océanologique de Bretagne.
2. Je remercie MM. Prs. Forest et Cherbonnier qui m’ont confié l’étude de la collection d’Astérides
provenant de la mission Biaçores.
494 , 1
1086
MYRIAM SIBUET
Ophidiaster reyssi n. sp. ^
Origine : L’holotype a été récolté le 20.X.1971 à l’aide d’une drague à roche à la station 110
de la campagne Biaçores par 39° 33’ N — 31° 17,5’ \V et 350 m de profondeur.
L’exemplaire est déposé dans les collections du Muséum national d’Histoire naturelle, au Labo¬
ratoire de Biologie des Invertébrés marins, Paris.
Description (fig. 1 et 2)
L’exemplaire a cinq bras et ses dimensions sont : R = 90 mm, r = 20 mm, R/r = 4,5.
L’individu a un aspect massif dû aux bras très renflés à la base. Le disque est assez
petit ; les bras, de section triangulaire et de surface ventrale plane, mesurent 25 mm dans
leur plus grande largeur, et s’amincissent progressivement vers l’extrémité pour se terminer
en pointe.
La face dorsale du disque présente des plaques inégales, disposées irrégulièrement.
Cincj plaques de plus grande taille correspondent aux interradiales primaires ; les plaques
primaires se reconnaissent assez mal entre les aires porifères très étendues qui se rejoignent
parfois ou couvrent partiellement les plaques. L’oscule fermé par des plaques lancéolées
est entouré de quelques plaques proéminentes dénudées. La plaque madréporique, ornée
de sillons très fins rayonnants, est adossée au bord extérieur d’une interradiale.
La face dorsale des bras offre des rangées de plaques proéminentes convexes et juxta¬
posées, sans présenter un alignement parfait. La disposition irrégulière des plaques est peut-
être liée à la conservation à sec de l’échantillon (fig. 1 B, D). On distingue sept séries longi¬
tudinales de plaques polygonales à peu près identiques dont le diamètre est de 4 mm dans
la partie antérieure du bras et de 2 mm dans le dernier quart du bras. Parmi ces sept séries,
cinq sont dorsales et les deux autres situées latéralement constituent le bord marginal des
bras où une disposition transverse donne un aspect plus ordonné. Toute la surface dorsale
du disque et des bras est recouverte d’une granulation fine, certaines plaques sont partielle¬
ment dénudées. Entre les rangées de plaques, les aires porifères sont remarquables par leur
extension et leur grand nombre de pores (fig. 2 B). Presque toutes contiennent 40 à 50 pores
ou plus ; dans le dernier quart à l’extrémité des bras, les aires sont perforées par moins de 8
pores. On distingue 8 rangées d’aires porifères entre les plaques saillantes. Les deux rangées
externes sont situées chacune entre la série de plaques marginales et les plaques ventrales.
La face ventrale des bras est relativement plane et limitée sur ses bords externes par
une rangée latérale d’aires porifères. 11 y a 4 rangées de plaques ventrales (ou latéro-ventrales)
subrectangulaires bien alignées, jointives et recouvertes de très fins granules : la rangée
externe ne comprend que quatre plaques, les suivantes se prolongent successivement jus¬
qu’au 2/3 du bras, et seule la rangée la plus interne se poursuit jusqu’à la quasi-extrémité
du bras (fig. 2 A, C).
Les plaques adambulacraires sont étroites à en juger par la disposition des piquants.
Sur toute la longueur des bras, trois de ces plaques correspondent à deux plaques latéro-
1. Cette espèce est amicalement dédiée à Daniel Reyss.
OPHIDIASTER REYSSI N. SP.
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Fig. 1. — Ophidiaster reyssi ii. sp., .V el C : face ventrale ; B et I) : face dorsale.
ventrales. Chaque plaque adambulacraire comprend deux piquants internes identiques,
aplatis, de base rectangulaire, et un seul piipiant externe épais, court, de base arrondie.
Vers l’extrémité du bras (dernier tiers), un deuxième piquant externe apparaît sur certaines
plaques. La granulation de ces plaques s’arrête à la base des piquants du sillon (fig. 2 A).
Les podia, disposés en double série, sont renforcés au niveati de la ventouse par un
disque calcaire assez épais, visible après éclaircissement au toluène.
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MYRIAM SIBUET
Fig. 2. — A : détail d’un espace interradiaire ventral ;
mâchoire, plaques adambulacraires et actinales recouvertes de granules
B : détail d’une rangée d’aires papulaires. C : pédiccllaire valvulaire.
OPHIDIASTER REYSSI N. SP
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L’armature luiccale est senil)lal)le à celle des placjues adambulacraires. Les rares pédi-
cellaires, au nombre de quatre, sont situés dorsalement dans l’espace iiiterradiaire, et dirigés
parallèlement au grand axe du bras, près d’uue placpie latérale. Ils sont constitués de 2 valves
en forme de cuilleron où se loge une sorte de pince à deux mors spatulés (fig. 2 C).
Discussion
L’individu appartient à la famille des Ophidiasteridae Verrill, 1867, qui est considérée
(l)owNEY, 1973) comme l’une des familles d’Astérides les mieux caractérisées avec des
genres clairement définis par des caractères stables et valides, surtout depuis l’étude synthé¬
tique établie par 11. L. Cl.\rk (1921). Parmi ces caractères, le nombre de séries d’aires papil¬
laires est reconnu comme déterminant et permet de dissocier notamment trois genres voi¬
sins : Tamaria, Ophidiaster, llacelia ayant respectivement 6, 8 et 10 séries papillaires.
L’exemplaire décrit, d’une taille d’adulte, ayant 8 séries papillaires, se range essentielle¬
ment, par ce caractère, dans le genre Ophidiaster, car il ne présente pas d’autres ressemblances
avec les espèces du genre. Seul O. pinguis H. L. Clark, 1941, possède, a priori, un faciès
^•oisin. D’autres caractères rapprochent davantage ce spécimen du genre Hacelia. En effet,
comme chez Hacelia, les bras sont élargis à la base, se rétrécissent rapidement jusqu’à l’extré¬
mité, et ont une section triangulaire avec une surface ventrale plane. Les ventouses de chaque
podion sont entourées d’un disque calcaire assez dense qui a été remarqué pour la première
fois par Ludwig, 1897, sur Hacelia atlenuata (Gray, 1840), et signalé depuis sur H. superha
IL L. Clark, 1921, par Mortensen (1933), qui attribue à ce caractère une valeur géné¬
rique. Ce disque est peut-être une structure liée à l’âge des spécimens et peut exister chez
d’autres genres de la famille des Ophidiasteridae. L’observation, par exemple, d’échantillons
de grande taille de l’espèce Ophidiaster ophidianus (Lamarck), récoltés au cours de la même
mission, révèle effectivement une formation calcaire, mais liien plus fine et différente du
large disque d’O. reyssi.
Ophidiaster reyssi sp. n. possède, en outre, quelques caractères propres : la disposition
des plaques actinales (ou latéro-ventrales) subrectangulaires en trois rangées serrées, des
pores populaires en nombre particulièrement élevé dans chaque aire, des pédicellaires rares
et uniquement dorsaux. Cet ensemble de caractères différencie nettement O. reyssi de toute
espèce connue du genre Ophidiaster comme du genre Hacelia.
La difficulté de situer cette espèce dans l’un des deux genres soulève le problème de
l’importance taxinomique du nombre de rangées d’aires papulaires, caractère ipii a conduit
à lui seul à attribuer la nouvelle espèce au genre Ophidiaster.
Les genres Ophidiaster et Hacelia, de répartition essentiellement littorale et parfois
bathvale, sont assez peu représentés dans l’océan Atlantique où l’on compte jusqu’à présent
sept espèces d'Ophidiasler : O. alexandri, O. hayeri, O. guildingi, O. lyrnani, O. ophidianus
(la seule connue des Açores), O. pinguis, O. schisrnochilus, et trois espèces iVHacelia :
H. attenuata (connue des Açores), U. capensis, //. superha. Cette dernière espèce a été reclassée
dans le genre Ophidiaster [Ophidiaster superbus) par G. Cherbonnier (1975) et montre
la confusion ([ui règne encore dans cette famille.
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MYRIAM SIBUET
Remerciements
J’exprime mes remerciements an Pr. G. Cherhomnier et aux Drs A, M. Glark, .M. Downey
et L. Laurier qui ont lu et critiqué le manuscrit.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Cherbo.nnier, g., 1975. — Troisième contribution à la connaissance des Astérides de la cote
occidentale d’.Mrique. Bull. Mus. nain. Hist. nat., Paris, 3® sér., n® 311, Zool. 218. : 813-833.
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— 1941. — Reports on the Scientific Results of the Atlantis Expéditions to the West Indies,
under the Joint Auspices of the University of Havana and Harvard Ilniversity. The Echi-
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10 pl.
Downey, iM., 1973. — Starfishes from the Caribhean and the Golf of Mexico. Sniithson. Contr.
Zool., 126 : 111 p, 48 pl.
Gray, J. E., 1840. — A synopsis of the généra and species of the Class Hypostoma {Asterias L.).
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Lamarck, a., 1816. —■ Histoire naturelle des animaux sans vertèbres. III. Paris.
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Mortensen, Ph. D., 1933. — Papers from Dr. Th. Mortensen’s Pacific Expédition 1914-16. LXVI-
The Echinoderms of St Helena. Vidensk Meddr dansk naturh. Foren., 93 : 401-473.
Manuscrit déposé le 11 février 1977.
Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 3® sér., n® 494, nov.-déc. 1977,
Zoologie 343 : 1085-1090
Achevé d'imprimer le 28 avril 1978.
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Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2® sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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