BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
lllllllllllllllllllllllllllllllllll
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
N° 5
MARS-AVRIL 1971
ülli
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75-Paris, 5®
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : P”'® Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dobst.
Rédacteur général : D. Grmek-Guinot.
Secrétaire de rédaction : M™® P. Dupérier.
Le Bulletin du Muséum national d'Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la 1^'® série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2® série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
.4 partir de 1971, le Bulletin 3® série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Ecologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
-- pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His-
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75-Paris, 5® (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum
36, rue Geoffroy-Saint-Ililaire, 75-Paris, 5® (C.C.P., Paris 17591-12 —
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de Buffon, 75-Paris, 5®.
En 1971, deux sections sont représentées :
Zoologie (prix de l’abonnement ; France, 96 F ; Étranger, 110 F).
Sciences de la Terre (prix de l’abonnement : France, 24 F ; Étranger, 27 F).
En 1972, paraîtront également les sections suivantes : Botanique, Sciences
de l’Homme, Sciences physico-chimiques.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
3® série, n® 5, mars-avril 1971, Zoologie 5
SOMMAIRE
Th. Monod. — Sur quelques Isopodes marins d’Australie. IL Serolidae . 325
— Sur un Accalathura de l’océan Indien (Crustacés, Isopodes). 335
Sur quelques Isopodes marins d’Australie. II. Serolidae ^
Par Théodore Monod *
Résumé. — Notes systématiques sur une petite collection de Sérolidés (Crust., Isop.) est-austra¬
liens : Serolis minuta Beddard, S. yongei Haie, S. elongata Beddard.
Le Dr A. J. BnucE a bien voulu me communiquer un lot d’Isopodes provenant d’une
station située au large des côtes du (Queensland, région de Brisbane : F.V. « Nimbus », Cr.
1/68, Station 25, 27®00'S —■ 153o36'E, 136 m, à 19h56, fond : gravier fin.
Cette seconde étude ^ sera consacrée à la famille des Serolidae, dont trois espèces se
trouvaient représentées dans le matériel qui m’a été communiqué.
Serolis minuta Beddard, 1884
(Fig. 1-3)
1884 Serolis minuta Beddard : 337 (1 spécimen 4 X 4 mm. Port Philip, 38 fathoms).
1884a Serolis minuta Beddard : 77-79, pl. VU, fig. 2-7.
1901 Serolis minuta Whitelegge : 238 (le même spécimen a maintenant 6x5 mm) (1 spécimen,
au large de Gibbon, 44-55 fathoms).
1917 Serolis minuta Chilton : 397-398 (2 $, la plus grande : 8 X 7 mm, ofï Saint Francis Island).
1929 Serolis minuta Haie : 310, fig. 311 (d’après Beddard).
1933 Serolis minuta var. eugeniae Nordenstam : 44, 45, 46, 47, 48, 82-85, fig. 11 G et 20, pl. I,
fig. 3 (1 spéc. Ç, 7,2 X 5 mm. Port Jackson, 12 fathoms).
1933 Serolis minuta Sheppard : 332-333.
Une femelle, ovigère (n® 4), 4,8 X 3,7 mm, appartient évidemment au groupe lia
de Sheppard (1933 : 269) caractérisé par la disparition, sur la ligne médio-dorsale, de la
1. Sur quelques Isopodes marins d’Australie. I. Arcturidae. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2® sér., 42 (5),
1970 (1971) : 1127-1142, fig. 1-66.
* Laboratoire des Pêches Outre-Mer, Muséum national d’Histoire naturelle, 43, rue Cuvier, Paris, 5®.
5. 1
326
THÉODORE MONOD
Fig. 1. — Serolis minuta Beddard, 1884, n° 4, $ ov.
328
THÉODORE MONOD
limite entre les somites P 7 et PI 1 et représenté en Australie par S. minuta, S. bakeri et
S. yongei, tous trois de petite taille, inférieure à 10 mm.
Quant à la taille, ce serait plutôt de bakeri (Ç ov. = 6 mm) que de minuta, plus grande
($ ov. = 8 mm) ou de yongei (Ç non ov. =2,9 mm), que le spécimen se rapproche; mais
c’est sans doute davantage aux caractères morphologiques qu’il faut accorder la priorité.
Or, des trois « espèces » — si ce sont hien de bonnes espèces —-, seul S. minuta a des « thoracic
somites each with médian tubercle, and free somites each with a latéral tubercle on either
side, close to the jonction of the tergum with its coxal plate » (Sheppard, 1933 : 280).
C’est exactement ce que l’on observe sur le spécimen n° 4, en précisant toutefois que
le tubercule latéral ne se voit que sur les somites péréiaux 3-5 (avec une faible indication
sur le 2), alors que Beddard figure ce tubercule bien développé sur les somites 2 à 7.
La figure de Beddard (pl. VII, fig. 2) ne représente pas le tubercule conique céphalique
de notre spécimen qui n’a pas la dent médio-dorsale au 3® somite pléonal de la même figure.
La garniture du bord propodial du péréiopode 1 (fig. 3) n’est pas non plus identique
à la figure 7 (pl. VII) de Beddard : les écailles flanquant la série des épines trifides et des
soies simples m’ont paru apparemment soudées en une sorte de frange continue, à bord
libre d’ailleurs inerme, non pectiné, et ne laissant dépasser que le petit appendice apical
de chaque écaille.
Je ne pense cependant pas que ces petites différences soient plus importantes que ce
que l’on peut légitimement attribuer à une certaine variabilité intra-spécifique dont le
très petit nombre de spécimens connus empêche encore d’estimer l’ampleur.
Fig. 5-6. — Serolis yongei Haie, 1933. 5, n° 8 a, o non ov. ; 6, 11 ° 8 6, Ç non ov.
ISOPODES d’AUSTRALIE. II. SEROLIDAE
329
Serolis yongei Haie, 1933
(Fig. 4-8)
1933 Serolis yongei Haie : 560-561, 1 fig. n. num. (2 spéc. dont 1 Ç non ovig., 2,9 mm X 2,5 mm,
à l’extérieur du Trinity Opening, Low Isles, Great Barrier Reef, 16ol7'S — 146°2'E,
200 m).
1933 Serolis yongei Sheppard : 334-336.
2 spécimens $ : 8 a et 8 & non ovig. (3,2 X 2,7 mm et 2,3 X 1,6 mm).
Il s’agit encore d’une espèce du groupe minuta-bakeri-yongei. Ces deux exemplaires,
dont l’un au moins est, malgré sa très petite taille, adulte, étant totalement dépourvus
de tul)ercules médio-dorsaux, doivent être rapportés à S. yongei (cf. Sheppard, 1933 :
336), décrit sur deux petits spécimens dont l’un ($ non ovig.) mesure 2,9 X 2,5 mm. Mais
est-il certain que les caractères distinctifs de yongei sont bien ceux d’un adulte ? Il faut
Fig. 9.
Serolis elongala Beddard, 1884, n“ 11 a , (J.
ISOPODES d’AUSTRALIE. II. SEROLIDAE
331
évidemment attendre de plus nombreux spécimens pour pouvoir en décider. Le type pro¬
venait de la Grande Barrière, par IG^S : les présents exemplaires sont plus méridionaux
(270S).
Fig. 10-11. — Serolis elongata Beddard, 1884, n° 11 a, (J, gnathopoil- et son bord propodial.
Seroîis elongata Beddard, 1884
(Fig. 9-11)
1884 Serolin elongata Beddard : 335 (1 Ç ov., 10 X 6,5 mm, Port Jakson, Sydney, 30 fathoms).
1884a Serolis elongata Beddard : 71-72.
1901 Serolis elongata Whitelegge : 237 (1 spéc., 8x5 mm. Cape Tliree Points, 41-50 fathoms).
1917 Serolis elongata Chilton ; 393.
1933 Serolis elongata Sheppard : 357-358.
332
THÉODORE MONOD
3 spécimens (n° 11 o-c), 2 $, 1 $ non ov. (4,5 mm).
Identifiée cependant plusieurs fois et connue par six exemplaires, cette espèce ne
semble pas avoir jamais été figurée. Je pense cependant que mon identification est jtisti-
fiée, bien que le somite péréial 6 soit ici entier, non interrompu médio-dorsalement et, par
conséquent, non soudé au 7, alors que Sheppard (1933 : 357) qui a examiné le type de
Beddard spécifie : « the hindmost sutures of the sixth and seventh thoracic somites are
obsolète for a sbort distance on eitber side of the middle line ».
Beddard (1884 a : 71-72) s’était contenté d’une diagnose comparative signalant les
différences avec S. australiensis ^ ; or, il ne dit rien, pour elongata, des somites péréiaux
qu’on doit donc tenir pour identiques à ceux d'australiensis chez lequel les 6 et 7 se trouvent
médio-dorsalement coalescents. Je reeonnais qu’il s’agit d’un caractère important (cf. la
clef de Sheppard, 1933 : 278-282, où elongata se trouve dans un groupe séparé précisément
par la disparition médio-dorsale de la suture postérieure du somite 6 du groupe minuta, etc.
où seule la suture postérieure du somite 7 se trouve médio-dorsalement abolie). Si l’un des
trois spécimens du « Nimbus » est endommagé dans la région en cause, sur les deux autres
on peut constater que le somite 6 n’est visible médio-dorsalement que sur une très faible
longueur mais que, même réduit en somme à son bord postérieur, ce dernier n’est pas inter¬
rompu. S’agit-il d’un cas-limite où la réduction du somite 6 est poussée à ce point qu’il
devient même difficile de déterminer s’il se trouve encore « visible » sur la ligne médio-
dorsale et où cette quasi-disparition entraîne une incertitude quant à la présence ou à
l’absence du somite en ce point ?
On doit d’ailleurs rappeler que pour australiensis, alors que Beddard (1884 a : 70)
signale la disparition du somite 6 (« 5 » dans sa nomenclature), ses figures (pl. VI, fig. 4 et 7)
ne montrent pas une disparition mais une extrême réduction de ce somite sur la ligne médio-
dorsale, exactement, en fait, ce que je trouve moi-même chez elongata (fig. 9).
Ni Beddard ni Sheppard ne mentionnent les 2 tubercules post-oculaires. Les 2 tuber¬
cules du telson sont bien développés et ne peuvent guère être qualifiés de « short spine »
(Beddard, 1884 a : 72). Enfin, je note au sternum des somites pléonaux du (J une épine sur
chaque somite, de tailles décroissantes, celle du somite 1 relativement forte ; chez la $ ces
épines paraissent absentes ou, au moins, à peine indiquées.
BIBLIOGRAPHIE
Beddard, Frank Evers, 1884. — Preliminary Notice of Isopoda collected during the Voyage of
H. M. S. ‘ Challenger ’. Part I. The Genus Serolis. Proc. Zool. Soc. Lond., 1884 : 330-341.
— 1884 a. — Report on the Isopoda. The Genus Serolis. Rept Sc. Res. Voyage H. M. S. Challen¬
ger, Zool., XI, Part XXXIII, 1884 : 85 p., 10 pl.
1j’E ditorial note de John Murray étant datée du 30th December 1884, il est un peu surprenant
que la date de la publication soit 1884.
Chilton, Chas, 1917. — Notes on Australian Isopoda. Trans. Roy. Soc. S. Australia, 41 : 391-404,
fig. 1-21.
Hale, Herbert M., 1929. — The Crustaceans of South Australia, Part H. Adelaide, August 30,
1929 : 201-380, fig. 202-364.
1. S. australienses Nordenstam (1933 : 39) est une err. typ.
ISOPODES d’AUSTRALIE. II. SEROLIDAE
333
Hale, Herbert M., 1933. — Tanaidacea and Isopoda collected by the Great Barrier Reef Expé¬
dition, 1928-1929. Ann. Mag. nat. Ilist., 10® sér., 11, 1933 : 557-565, 3 fig. (1 n. n. -j- 1-2).
Nordenstam, Âke, 1933. — Marine Isopoda of the Families Serolidae, Idotheidae, Pseudidothei-
dae, Arcturidae, Parasellidae and Stenetriidae mainly from the South Atlantic. Further
Zool. Res. Swed. Antarctic Exped. 1901-1903, III, No. 1, May 1933 : 284 p., 78 fig., II pl.
Sheppard, Edith M., 1933. — Isopod Crustacea. Part I. The Family Serolidae. Discovery Reports,
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246, 57 fig. (15 a-g, 16 a-h, 17 a-f, 18 a-g, 19 a-e, 20 a-f, 21 a-f, 22 a-e, 23 a-g).
Manuscrit déposé le 3 décembre 1970
Bull. Mus. Ilist. nat., Pans, 3® sér., n® 5, mars-avril 1971,
Zoologie 5 : 325-333.
Achevé d’imprimer le 25 février 1972.
Sur un Accalathura de l’océan Indien
(Crustacés, Isopodes)
Par Théodore Monod
Résumé. — Problèmes taxinomiques posés par l’étude d’un Accalathura (Crust., Isop.) pro¬
venant de Zanzibar et probablement identifiable à A. borradailei (Stebbing) Barnard.
Je dois à l’amabilité du Dr A. J. Bruce d’avoir pu étudier un Anthuridé récolté par
lui à Zanzibar, Nyange Reef, St. 77, 6ol4.0'S, 35®09.3'E, 27-IV-1970, drague, fond sablon¬
neux, 14-15m.
Il s’agit d’un spécimen unique, d’environ 18 mm de long, mais sans doute immature
et dont le sexe ne peut être précisé car il ne possède ni oostégites ni appendix mascidina.
Il me paraît inutile de donner une description détaillée du spécimen de Zanzibar puisque
je fournis une illustration assez complète. Je ne mentionnerai donc ici que deux caractères,
pigmentation et carènes ventrales.
En ce qui concerne la pigmentation dorsale, on note ; — céphalon : pas de marques foncées —
péréionite 2 (libre 1) : une bande sombre au bord antérieur et une bande latérale de chaque côté,
articulée sur la bande transversale antérieure, l’ensemble formant un dessin en 11 — péréionite 3 :
une tache sombre un peu étirée sur chaque angle antéro-latéral et une bande courte transversale
au milieu du bord postérieur, l’ensemble des trois points réunis en V par un chapelet peu marqué
de chromatophores — péréionite 4 : même dessin, mais la bande marginale postérieure transverse
est complexe et les branches du V effacées — péréionite 5-8 : dessin en U plus ou moins net, avec
une bande transversale postérieure et de chaque côté les traces d’une bande latérale.
Le D'' Bruce m’a communiqué une photographie en couleur ; on y voit que cette pigmentation
est en réalité brun-pourpre.
Quant aux carènes ventrales, on observe la disposition suivante : — péréionite 2 (libre 1) :
deux carènes parasagittales si rapprochées que l’on pourrait y voir une carène pourvue d’une gout¬
tière longitudinale — péréionite 3 : une seule carène, sagittale — péréionite 4 : deux carènes en A
à pointe antérieure et pas tout à fait fermée — péréionite 5 : deux carènes parallèles, écartées, subla¬
térales — péréionite (i : même disposition — péréionite 7 : deux carènes en V à pointe postérieure
et pas tout à fait fermée — péréionite 8 : deux carènes en V très resserré, à pointe fermée et même
légèrement étirée.
L’attribution générique ne saurait faire le moindre doute ; il s’agit évidemment à'Acca¬
lathura (Barnard, 1925, p. 147).
Au niveau spécifique, par contre, quelques dillicrdtés apparaissent.
Barnard accepte quatre espèces ; 1. A. crenulata (Richardson, 1901), Antilles, golfe
du Mexique, Brésil, îles du Cap-Vert —• 2. A. gigas (Whitelegge, 1901) (= Calathura
sladeni Stebbing, 1910), Australie et Seychelles — 3. A. borradailei (Stebbing, 1904),
Accalathura horradai
ACCALATHURA DE l’oCÉAN INDIEN
337
Maldives, Inde (Chilka Lake et Quilon) et Thaïlande — 4. A. crassa Bar nard, 1925, Antilles
Il faut reconnaître que les espèces typiques retenues par Barnard sont très proches
les unes des autres ; plusieurs sont, de plus, sommairement décrites et figurées. Les diagnoses
de Barnard, par exemple, sont très courtes et des caractères comme « pereopods slender »
sont peu diagnostiques.
Il faut tenter la comparaison du spécimen est-africain avec la description des différentes
espèces.
Pour Accalathura borradailei, nous disposons, outre la diagnose originale {Calathura
horradailei Stebbing, 1904 : 700-701, pl. XLIX A), d’une note courte de Ciiilton [Calathura
borradailei, 1924 : 881-882, fig. 3 a-b), de cinq lignes de Barnard (Accalathura borradailei,
1925 : 149) et de quelques indications de Pillai (1966 : 157-158, fig. 3 A-H) En admet¬
tant qu’il s’agit bien, chaque fois, de la même espèce deux caractères au moins semblent
éloigner notre spécimen de cette espèce : le prolongement vers l’arrière des angles postéro¬
latéraux du dernier péréionite, qui atteignent latéralement le 2® pléonite * et la spinulation
propodiale du dernier péréiopode. Pillai signalant (p. 157) et figurant (fig. 3 G) 6 épines
alors que le spécimen de Zanzibar en montre 13 (fig. 23).
En ce qui concerne les prolongements postéro-latéraux du dernier péréionite, on peut
se demander s’il ne pourrait pas y avoir de variations avec la taille : le type de Stebbing
mesurait environ 10 mm, le spécimen de Zanzibar a presque 18 mm. Quant à la spinula¬
tion du dernier péréiopode, il est impossible d’après la description et les figures de Steb¬
bing de la préciser et il faudrait revoir le type.
Par contre, le telson de borradailei est postérieurement plus ou moins arrondi : Bar¬
nard dit bien (1929 : 149) : « Apex rounded or somewhat pointed » mais Stebbing (1904,
pl. XLIX A/T) le figure bien arrondi, et Pillai (1966 : 158) spécifie : « with broadly rounded
apex ».
Comme le telson de sladeni a un « acutely pointed telson » (Stebbing, 1910 : 91) il me
semble difficile d’en rapprocher celui du spécimen de Zanzibar.
Ce dernier devrait donc être considéré comme un borradailei ®.
Accalathura crenulata Richardson, 1901, se retrouverait sur les deux bords de l’Atlan¬
tique tropical (Barnard, 1925 : 148) ® et l’espèce serait très proche de gigas d’après Bar¬
nard (1925 : 148) : les deux espèces ont, en tous les cas, en commun la prolongation posté-
1. L’auteur ajoute (p. 149) : « This species will probably be transferred to another genus eventually
owing to the several diüerences noted above », c’est-à-dire contenus dans la diagnose : « Body stout. Eyes
absent. Postérolatéral angles of peraeon segment 7 not produced. Telson nearly parallelsided, specially
broadly rounded, dorsally nearly flat. Flagella of both antennae rudimentary. Inner plate of maxilliped
smaller than in typical Accalathura ».
2. A. borradailei est donc actuellement connu de l’atoll de Fadifïolu, îles Maldives (Stebbing, 1904),
du golfe de Siarn (Barnard, 1925) du Chilka Lake, Inde (Chilton, 1924 : 881) et de Quilon, Inde (Pillai,
1966 : 157).
3. Bien que certains détails puissent être assez différents, par exemple la forme du propode du gnatho-
pode I chez Stebbing (pl. XLIX A, fig. gn. 1) et Pillai (fig. 3 E).
4. Chez borradailei ces mêmes angles sont « scarcely produced backwards » (Barnard, 1925 : 149 ;
cf. Stebbing, 1904, pl. XLIX A, fig. PL). Les pleures du 5® pléonite sont, également, prolongés vers l’arrière
dans l’exemplaire de Zanzibar (fig. 2).
5. Le fait que Stebbing ait spécifié n’avoir pas trouvé de statocyste au telson est sans importance :
cet organe n’est pas toujours bien apparent.
6. Barnard a examiné plusieurs spécimens c? du «Talisman», provenant des îles du Cap-Vert et en a
figuré l’éventail caudal (pl. 4, fig 18) ; je n’ai pu examiner ces spécimens au Muséum car, si le tube
existe bien, je l’ai trouvé vide.
ACCALATHURA DE l’oCÉAN INDIEN
339
rieure des pleures du dernier péréionite. Une comparaison détaillée de crenulata et de gigas
(sensu Barnard) s’imposera tôt ou tard pour préciser les relations entre les deux espèces.
Pour le moment je dois évidemment me borner à tenir compte des formes indo-paci¬
fiques. Celles-ci posent plusieurs problèmes, dont le principal reste le statut de sladeni
[Calathura sladeni Stebbing, 1910 : 91-93, pl. 7 A) et de gigas [Calathura gigas Whitelegge,
1901 : 225-229, fig. 19 a-e).
Barn.-vrd en 1925 (p. 148-149) explique pourquoi il croit pouvoir regrouper sous le
nom à'Accalathura gigas : 1° les gigas anophthalmes de New South Wales décrits par Whi¬
telegge (p. 226 : « eyes undistinguishable, destitute of pigment ») — 2° les deux spécimens
oculés des Seychelles décrits par Stebbing sous le nom de Calathura sladeni — 3° des spé¬
cimens oculés de l’Australie du sud, golfe de Saint Vincent (Adelaide Muséum). Ces deux
derniers lots seraient certainement conspécifiques : « Stebbing’s description and figures
fit in admirably with the Adelaide specimens, even to the hairs on the antero- and postéro¬
latéral angles of the segments » (Barnard, 1925 : 148-149). L’auteur admet la conspéci-
licité des trois lots, sladeni devant devenir un synonyme de gigas. On note toutefois, de sa
part, une certaine hésitation car, si l’identité gigas-sladeni n’était pas certaine, « we must
admit the occurence of a smaller eyed form {sladeni) common to the Seychelles and S. Aus-
tralia which is replaced on the east coast of Australia by a larger blind form {gigas) » (p. 149).
Hale, en 1929, manifeste des incertitudes analogues car tout en appelant (p. 246) A. gigas
le spécimen sud-australien, il ajoute ; « our examples should possibly be referred to A. sla¬
deni (Stebbing) ».
Accepter l’identité gigas-sladeni c’est admettre dans une même espèce des spécimens
oculés et d’autres dépourvus de pigment oculaire. Ce dernier avait-il disparu, pour les
exemplaires de Whitelegge, dans le liquide conservateur ? Barnard n’écarte pas l’hypo¬
thèse tout en remarquant cependant que « as a rule black ocular pigment is fast », ce qui
est l’évidence. Hale (1929), on l’a vu plus haut, tout en faisant figurer A. gigas dans sa
faune carcinologique de l’Australie du sud, signale que les exemplaires sud-australiens sont,
eux, oculés et pourraient bien être, au fond, des A. sladeni.
Quant à la remarque, qui vient à l’esprit, qu’il est singulier de trouver par 65-70 m
une espèce aveugle, on notera : 1° que l’exemple n’est pas unique puisque VA. crassa de
Saint John, Antilles est certainement d’eau peu profonde, que des Leptanthura (anoph¬
thalmes ou microphthalmes) sont littoraux, qu’un Cyathura pris par 5-10 m est aveugle
et que les Anthuridés psammiques de la faune interstitielle littorale le sont également,
— 2° que nous ignorons à peu près tout de la biologie des Anthuridés.
Je suis donc porté à conclure qu’il est peut-être imprudent de mettre sladeni en syno¬
nymie de gigas et qu’il vaut mieux, en tous les cas, attendre que le genre soit mieux connu.
La taille n’est peut-être pas un caractère très important mais on notera cependant que gigas
atteint 42 mm, tandis que les exemplaires sud-australiens oculés mesuraient 18-25 mm et
que l’un des syntypes de sladeni, un avec appendix masculina, ne dépassait pas 10 mm.
Le nombre des articles aux flagelles antennulaires et antennaires serait de 19-19 pour
sladeni, de 28-34 pour gigas : le spécimen de Zanzibar, de 18 mm, a : 19-27 ; il y a donc un
rapport avec la taille et, dans ces limites, ce n’est sans doute pas un caractère spécifique.
L’exemplaire de Zanzibar serait-il conspécifique de ceux des Seychelles et peut-il
donc être désigné sous le nom A"Accalathura sladeni (Stebbing, 1910) Hale, 1929 ? Il
correspond sans doute assez bien à la description et aux figures données par Stebbing
ACCALATHURA DE l’oCÉAN INDIEN
341
qui mentionne même le petit liseré aliforme externe de mx 1 (cf. fig. 9) ^ ; certaines diffé¬
rences sont minimes, par exemple cinq soies (fig. 11) au 2® article (libre) du mxp (Steb-
BiNG : 4), environ 25 soies spiniformes au 3® article du palpe mandibulaire (fig. 7-8) (Steb-
BiNG : 13) ; pour le lobe distal interne de l’article 1 (libre) du mxp, Stebbing décrit une
forte soie : sur un des deux appendices (fig. 11), je retrouve en effet ce détail^ mais sur
l’autre, il semble y avoir deux soies (fig. 12).
Par contre, on doit reconnaître que, sur deux points, les différences sont plus impor¬
tantes. D’abord le telson est postérieurement moins pointu que sur la figure originale de
sladeni et plus proche, par son arrondi, de celui de borradailei. D’autre part, les régions
pleurales du dernier péréionite sont notablement plus prolongées vers l’arrière que sur la
figuration du type. On a vu plus haut que le caractère du telson m’a paru devoir rappro¬
cher le spécimen zanzibarien plutôt de borradailei que de sladeni.
Notons enfin pour A. sladeni une petite inexactitude du dessin de Stebbing qui, sur
la figure d’ensemble représentant l’animal en vue dorsale, figure l’insertion du dernier
péréiopode à l’angle antéro-externe du somite ; il s’agit bien entendu de l’angle postéro-
externe (fig. 1).
Ajoutons que Barnard a été suivi en ce qui concerne la conspécificité gigas-sladeni
par Nierstrasz (1941 : 242) et par Thomson (1951 : 2, fig. 1 [appendix masculina]) dont
les exemplaires, provenant de Rottnest Island, Perth, Western Australia, avaient des
« weakly pigmented eyes » et une taille de 12-20 mm seulement.
Quant à VAccalathura gigas signalé par Barnard (1936 : 148) en Birmanie (à l’est
des Terribles, Arakan), s’il a les yeux «well developed», on n’oubliera pas que, pour l’auteur,
sladeni, qui est oculé, entre dans la synonymie de gigas.
En conclusion, je préfère, en attendant qu’une comparaison détaillée, avec dissection
et figuration des appendices, de tous les Accalathura disponibles ait pu être effectuée, uti¬
liser le nom de A. borradailei (Stebbing, 1904) Barnard, 1925, pour le spécimen du Dr A.
J. Bruce provenant de Zanzibar^.
BIBLIOGRAPHIE
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— 1936. —- Isopods collected by the R.I.M.S. “ Investigator Rec. Ind. Mus., 38, Part II,
June 1936 : 147-191, fig. 1-19.
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1929 : 201-380, fig. 202-364, 1 fig. n. num.
1. Ce liseré n’est cependant pas un caractère spécifique car on le retrouve chez borradailei : cf. Pillai,
1966, fig. 3 D.
2. Qui existe d’ailleurs peut-être chez d’autres Accalathura, sinon chez tous.
3. L’exemplaire et les préparations correspondantes sont conservés au Muséum (Arthropodes, Crus¬
tacés).
ACCALATHURA DE l’oCÉAN INDIEN
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Niebstrasz, h. F., 1941. — Isopoda genuina. III. Gnathiidea, Anthuridea, Valvifera, Asellota,
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(incl. sladeni) et borradailei].
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Whitelegge, Thomas, 1901. — Crustacea, Part IL In : Scient Res. Trawl. Exped. H.M.C.S.
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20 a-f, 21 a-f, 22 a-e, 23 a-g.
Manuscrit déposé le 3 décembre 1970
Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 3® sér., n° 5, mars-avril 1971,
Zoologie 5 : 335-343.
Achevé d’imprimer le 25 février 1972.
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lÎAUCHOT, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. llist. nat., Paris, 2® sér., 42 (2) : 301-304.
Ti.nbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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