BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
61
N" 82 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1972
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : P r M. Vachon.
Comité directeur : P rs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr. M.-L. Baüchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr. N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d'Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Ecologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His¬
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum
36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
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Cuvier, 75005 Paris.
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BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 82, septembre-octobre 1972, Zoologie 61
SOMMAIRE
C. Monniot. — Ascidies phlébobranches des Bermudes. 939
F. Monniot. — Ascidies aplousobranches des Bermudes. Polyclinidae et Polycitoridae 949
82 , 1
Ascidies phlébobranches des Bermudes 1
par Claude Monxiot *
Résumé. — Huit espèces de Phlébobranches ont été trouvées aux Bermudes. L’une Ascidia
interrupta est signalée pour la première fois. L’étude porte surtout sur les formes exceptionnelle¬
ment nombreuses de Perophoridae aux Bermudes.
Abstract. — Eight species of Phlebobranchiata hâve been collected in Bermuda Islands.
This is the fîrst record there for Ascidia interrupta. The study principally concerns the exceptional
number of forms of Perophoridae in Bermuda Islands.
Les Phlébobranches des Bermudes appartiennent à deux familles seulement : les
Perophoridae et les Ascidiidae. Les Ascidiidae ne sont représentées que par trois espèces
communes dans le golfe du Mexique : Phallusia nigra, Ascidia curvata et Ascidia interrupta.
Elles ne sont jamais très abondantes. Par contre, les Perophoridae sont, elles, très abon¬
dantes dans l’archipel. Cinq formes sont présentes dont quatre ont leur type des Bermudes:
Ecteinascidia turbinata, E. conklini, E. conklini minuta , Perophora viridis et P. bermu-
densis.
Famille des PEROPHORIDAE Giard, 1872
L’abondance et la variété de cette famille sont extraordinaires aux Bermudes. C’est,
en effet, le seul point du monde où l’on puisse trouver dans le même milieu cinq formes
nettement différentes. L’abondance des spécimens est souvent considérable. Dans cer¬
taines zones, toutes les pierres immergées à basse mer ont leur face inférieure couverte
de Perophoridae. Les stolons des colonies des différentes espèces sont intimement mêlés.
Perophora viridis Verrill, 1871
Perophora viridis Verrill, 1871 : 359.
Perophora viridis Van Name, 1945 : 165, fig. 82D, 83.
Cette espèce est abondante dans la zone littorale. Elle est commune à St David, Coney
Island, Spanish point, sur le Causeway. Elle vit sur les racines dans la mangrove de Walshing-
* Muséum national d’Histoire naturelle, Biologie des Invertébrés marins et Malacologie, 57, rue Cuvier,
75005 Paris.
1. Les animaux étudiés dans ce travail ont été récoltés au printemps de 1970 grâce à une mission
du Centre national de la Recherche scientifique.
Contribution n° 543 from the Bermuda Biological Station for Research.
82 , 2
940
CLAUDE MONNIOT
ham pond. Dans tous ces milieux, elle se présente sous une forme verdâtre ou jaunâtre
transparente.
Par contre, dans les récifs extérieurs de la côte sud-est, au voisinage de la passe de Castle
Harbor, elle vit vers 20 m de fond sur les coraux. Dans ce milieu, l’espèce est rendue opaque
par des granules pigmentaires blanc crayeux ou jaune d’or selon les colonies. Nous n’avons
pu mettre en évidence aucune différence morphologique entre ces deux formes rendues
opaques par leurs pigments et les formes plus littorales transparentes.
Perophora viridis se distingue nettement des Perophora listeri des côtes européennes.
Cette dernière espèce ne possède dans la branchie que des papilles aplaties dans le sens trans¬
versal, papilles qui ne sont jamais liées par des sinus longitudinaux. Même lorsque les
zoïdes de P. viridis sont jeunes et les sinus non encore développés, la forme des papilles
est très différente dans les deux espèces.
Perophora bermudensis Berrill, 1932
Perophora bermudensis Berrill, 1932 : 78, 82, fig. 3, A.
Perophora bermudensis Van Name, 1945 : 167, fig. 81A, 82E et 84.
Cette espèce est moins commune que P. viridis ; nous ne l’avons trouvée qu’à St
David, Spanish Point et Walshingham pond. Dans les deux premières stations, elle est inti¬
mement mêlée aux colonies de P. viridis ; par contre, à Walshingham pond, nous l’avons
trouvée seule, fixée soit sur les roches à l’ombre, soit sur les colonies de Clavelina oblonga.
Sa maturité sexuelle semble plus tardive que celle de P. viridis et au 15 mai aucune trace
de gonade n’a été trouvée.
Le dédoublement du premier rang de stigmates est chez cette espèce le caractère fon¬
damental. Il se manifeste très tôt au cours du développement du blastozoïde par l’appa¬
rition de fragments de sinus parastigmatique. Il est donc possible de reconnaître un individu
immature, même très jeune, de cette espèce.
Ecteinascidia turbinata Herdman, 1880
(Kg- 1)
Ecteinascidia turbinata . Herdman, 1880 : 724.
Ecteinascidia turbinata Herdman, 1882 : 243, pi. 36, fig. 1-6.
Ecteinascidia turbinata Berrill, 1932 : 78, fig. 1.
Ecteinascidia turbinata Van Name, 1945 : 169, fig. 82A, 85, 86, pi. 20.
Cette espèce est très abondante aux Bermudes et c’est une des rares Ascidies que l’on
peut rencontrer dans tous les milieux, depuis la zone des marées (St David ou le Causeway),
jusqu’aux zones des récifs extérieurs (North Rock ou passe sud de Castle Harbor).
Les zoïdes sont groupés en paquets agrégés dont le volume peut atteindre plusieurs
litres. Les plus grands zoïdes atteignent 5 cm de long. La couleur orangée de cette espèce
est très caractéristique.
Le nombre de rangs de stigmates croît avec l’âge avant l’acquisition de la maturité
sexuelle. Il est de 20 environ pour des zoïdes d’un centimètre, il atteint 30 pour les plus
1. — Ecteinascidia turbinata Herdman, 1880. A, zoïde entier enrobé dans sa tunique face gauche
B, zoïde ouvert branchie enlevée ; G, zoïde vu par la face droite ; D, détail de la gonade.
(Échelles 1=1 cm : B ; 2 = 1 cm : A et C ; 2 = 2 mm : D.)
942
CLAUDE MONNIOT
grands adultes observés. La multiplication des rangées de stigmates ne s’opère que par
le dédoublement des rangées antérieure et postérieure. Le nombre maximal de rangées
de stigmates est probablement lié à des conditions géographiques. En effet, des exemplaires
adultes de la côte est des USA qui m’ont été confiés par le Dr Plough ne possèdent que
20 rangs de stigmates.
Ecteinascidia conklini typica Berrill, 1932
(Fig. 2, A)
Ecteinascidia conklini typica Berrill, 1932 : 78, fig. 2a, 2c, 3b.
Ecteinascidia conklini typica Plough and Jones, 1939 : 53, fig. lb.
Ecteinascidia conklini typica Van Name, 1945 : 171, t.-fig. 81B, 82B, 87A, 87B.
Je n’ai trouvé cette espèce que sur le Causeway, sous forme de très jeunes colonies
de 5 à 7 zoïdes tous immatures. Elle se distingue nettement par sa taille, moins du centimètre,
et sa couleur jaune citron légèrement teintée de vert. Ses deux siphons sont bordés par
un cercle rouge vif.
Le nombre de rangs de stigmates dans tous les individus observés était de 17 à 19,
l’augmentation du nombre de rangs s’effectuant selon le même principe que chez E. tur-
hinata.
Bien que les têtards aient été décrits par Berrill, les gonades de cette espèce n’ont
jamais été ni décrites ni figurées ; il est donc impossible de porter un jugement sur la valeur
spécifique des différences entre E. conklini typica et E. conklini minuta.
Ecteinascidia conklini minuta Berrill, 1932
(Fig. 2, B, C, D, E et F)
Ecteinascidia conklini minuta Berrill, 1932 : 78, fig. 2b.
Ecteinascidia conklini minuta Van Name, 1945 : 172, t.-fig. 81C, 87C.
? Ecteinascidia tortugensis Plough and Jones, 1939 : 50, fig. IC, pl. 1-5.
? Ecteinascidia tortugensis Van Name, 1945 : 172, t.-fig. 82C, 88.
Cette forme est très abondante sur tout le littoral des îles. Nous ne l’avons jamais
trouvée au-delà de 2 m de profondeur. Elle est particulièrement représentée à St David,
sur le Causeway. Elle vit également en grande abondance sur les racines de palétuviers
à Walshingham pond.
Les colonies sont souvent de très grande taille, comprenant plusieurs milliers de zoïdes.
La coloration est jaune tirant sur l’ocre. De nombreux granules opaques blancs ou ocre
envahissent le manteau. Souvent le siphon buccal est marqué de six points rouges.
Sa disposition sur le substrat est très variable. Elle dépend à la fois de son orienta¬
tion, de la densité des zoïdes et de l’agitation de l’eau. Si les zoïdes sont très serrés et si
l’espèce vit en eau calme (Walshingham pond et sous les pierres à St David), les zoïdes
sont dressés, leur axe longitudinal perpendiculaire à la surface du substrat. Par contre,
si l’eau est agitée (sous les piles du Causeway), les zoïdes ont tendance à se coucher sur
le substrat en prenant l’aspect d 'E. tortugensis.
Fig. 2. — A : Ecleinascidia conklini typica Berrill, 1932. Zoïde ouvert branchie enlevée.
B à F : Ecleinascidia conklini minuta Berrill, 1932. B et C, deux zoïdes entiers vus par la face gauche ;
D, détail de la gonade ; E et F, deux zoïdes ouverts branchie enlevée.
(Échelles 1 = 2 mm ; A, B, C, E et F ; 2 = 500 u, : D.)
944
CLAUDE MONNIOT
La forme du corps est très variable et les siphons sont toujours éloignés l’un de l’autre.
Les tentacules sont peu nombreux, de 20 à 30, et toujours situés à une distance assez consi¬
dérable du sillon péricoronal. Le ganglion nerveux s’ouvre par un tubercule vibratile en
forme d’entonnoir. Le raphé est formé d’une série de longues languettes réunies entre elles
par une fine membrane.
Le nombre de rangs de stigmates est constant. Tl varie de 13 à 15 et la majorité
des individus en possède 14.
A Walshingham pond, la quasi totalité des zoïdes ne possède pas de sinus longitudi¬
naux ; les sinus transverses portent de courtes papilles en forme de bouton. Dans toutes
les autres stations, il existe des sinus longitudinaux bien développés.
Le tube digestif forme une boucle primaire fermée qui emprisonne les gonades. La
boucle secondaire est bien marquée. L’estomac sphérique est lisse mais s’il se contracte
au cours de la fixation, il peut sembler plissé, tel que le figure Berrii.l. L’intestin est très
nettement divisé en trois parties séparées par deux étranglements prononcés. Sa section
est cruciforme à la base de l’intestin postérieur. L’anus est lisse.
Les gonades ffig. 2, D) sont formées d’une masse ventrale globuleuse d’acini testicu¬
laires et d’un ovaire plus dorsal. Chaque acinus émet un fin spermiducte ; l’ensemble forme
un grand spermiducte qui, après être passé sur l’ovaire, accompagne le rectum. L’oviducte,
lui, se dirige vers la face droite du corps. Je n’ai pu observer l’incubation, les exemplaires
étant à peine adultes.
Remarque. — La ressemblance est frappante entre E. tortugensis et E. conklini minuta.
La forme du tube digestif est identique, l’estomac est lisse, les tentacules sont assez éloi¬
gnés du sillon péricoronal. Les gonades enfin sont identiques. Le nombre de rangées de
stigmates est de 18 chez E. tortugensis, mais nous avons vu que chez E. turbinata le nombre
de rangs de stigmates peut subir des variations géographiques.
Famille des ASCIDIIDAE Herdman. 1880
Phallusia nigra Savigny, 1816
Phallusia nigra Savigny, 1816 : 163, pi. 2, fig. 2, pl. 9, fig. 1.
Ascidia atra Lesueur, 1823 : 2, pl. 1, fig. 1.
Ascidia atra Van Name, 1902 : 398, pl. 63, fig. 138, 139.
Ascidia nigra Van Name, 1945 : 184, pl. 15, fig. 1, t.-fig. 98.
Phallusia nigra est une espèce à vaste répartition : mer Rouge (station type) et
l’ensemble des côtes atlantiques tropicales américaines. Elle est très largement distribuée aux
Bermudes. Elle a été trouvée dans tous les milieux ouverts, de la zone des marées aux récifs
extérieurs.
Les exemplaires américains ont été comparés à des échantillons en provenance du
canal de Suez. La seule différence notable entre les deux collections est la forme de l’anus,
lobé à Suez, lisse aux Bermudes.
Les ouvertures accessoires du canal de la glande hyponeurale dans la cavité cloacale
n’apparaissent que tardivement dans cette espèce ; les échantillons jeunes en sont toujours
dépourvus et, aux Bermudes, certains échantillons âgés ne possèdent pas ce caractère.
ASCIDIES PHLÉBOBRANCHES DES BERMUDES
945
Ascidia curvata (Traustedt, 1882)
(Fig. 3, A et B)
Phallusia curvata Traustedt, 1882 : 281, pl. 4, fig. 8-10, pl. 5, fig. 19.
Ascidia curvata Van Name, 1902 : 400, pl. 56, fig. 80-82, pl. 63, fig. 145, 146.
Ascidia curvata Van Name, 1945 : 186, t.-fig. 99.
A. curvata est une espèce très fragile qui vit collée sous les pierres par toute sa face
gauche et ses siphons. La tunique est très fine et agglomère le sédiment. En mars, seuls
quelques très grands exemplaires (8 à 10 cm) survivent, puis en avril on ne rencontre guère
que des juvéniles de 1 à 2 cm à tunique très fine ; en mai, ces exemplaires arrivent à matu¬
rité à une taille de 3 à 4 cm. L’espèce n’est jamais très abondante ; elle a été trouvée dans
le Ferry Reach à St David, Coot pound, sur le Causeway et dans les grottes situées près
de Blue Hole.
La musculature est peu développée et sur la face gauche on ne trouve de fibres lon¬
gitudinales qu’à l’extrémité du siphon buccal. La position des tentacules est variable.
Ils sont assez éloignés du sillon péricoronal. Dans certains cas, si le siphon est très long
(4 à 5 cm), ils peuvent se trouver à 1 ou 2 cm du siphon. Us sont nombreux, une centaine,
et subégaux. Le sillon péricoronal très large est situé tout contre la hranchie. Le tubercule
vibratile, de forme variable, est assez gros. Le raphé a un bord en général lisse. Il existe
parfois des denticulations mais elles ne sont pas liées aux contreforts. Il augmente très
vite de hauteur après le tubercule vibratile puis est minimal au niveau de l’entrée de l’œso¬
phage. Il atteint sa plus grande hauteur dans sa partie la plus postérieure. Au niveau de
l’entrée de l’œsophage, sur la face droite, se trouvent soit des papilles, soit une lame dentée.
L’endostyle est ventral.
La branchie est fine et régulière. Quelle que soit la taille des individus mûrs, on compte
une trentaine de sinus à gauche et une quarantaine à droite. Il n’y a pas de raccordement
de sinus au raphé dans les trois quarts antérieurs de la branchie. Il n’existe que des papilles
principales. Chaque maille contient de 3 à 5 stigmates. Les sinus parastigmatiques sont
absents.
Le tube digestif est petit, très concentré (fig. 3, A et B). Il débute par un œsophage
assez long qui débouche dans un estomac marqué de quelques épaississements. L’intestin
décrit une double boucle très prononcée et se termine par un anus à bord lisse.
L’ovaire ramifié et anastomosé (fig. 3, B) est surtout cantonné sur la face interne du
tube digestif ; sur la face externe, il apparaît dans les boucles intestinales primaire et secon¬
daire et sur tout le pourtour de la branche supérieure de la boucle primaire. Le testicule
déborde un peu plus sur la face externe.
Les vésicules rénales petites et peu visibles se limitent à la boucle intestinale.
CT- ^
ASCIDIES PHLÉBOBRANCHES DES BERMUDES
947
Ascidia interrupta Heller, 1878
(Fig. 3, C et D)
Ascidia interrupta Heller, 1878 : 89, pl. 2, fîg. 9.
Ascidia interrupta Van Name, 1945 : 182, pl. 12, fig. 4, t.-fig. 97.
Pour la synonymie, voir Van Name, 1945.
Cette espèce n’a été trouvée aux Bermudes qu’à partir du mois de mai, en grande
abondance sous les pierres à St David et sur les racines de palétuviers à Walshingham
pond. Elle se distingue aisément d’Ascidia curvata par sa tunique plus épaisse, plus ferme
et n’agglomérant qu’exceptionnellement le sédiment.
La musculature est plus développée que dans l’espèce précédente, en particulier sur
la face gauche. Les tentacules fins, très longs, sont à peu près égaux. Ils sont au nombre
d’une quarantaine. Le sillon péricoronal est fin, le tubercule vibratile petit et plat, sa forme
est variable. Le raphé est de hauteur moyenne avec des contreforts nets, mais dont tous
n’atteignent pas le bord. La marge est marquée par des dents au niveau des contreforts
et par 5 à 6 denticulations dans chaque intervalle. Il disparaît ou se réduit au niveau de
l’entrée de l’oesophage, puis reprend de la hauteur dans la partie postérieure. Le raphé
droit est formé d’une lame basse au niveau de l’entrée de l’œsophage.
La branchie est régulière et le gaufrage peu prononcé. On compte en moyenne 30
sinus à gauche et 40 à droite. Les sinus ne se raccordent pas au raphé dans la partie
antérieure de la branchie. Seules les papilles principales sont présentes. Les mailles carrées
comprennent 5 à 6 stigmates peu allongés, non recoupés par des sinus parastigmatiques.
Le tube digestif (fig. 3, C et D) est concentré. Les deux boucles primaire et secon¬
daire sont bien marquées. L’estomac est lisse, l’anus possède quelques lobes obtus et irré¬
guliers.
Vue de la face externe, la gonade femelle (fig. 3, D) est constituée par deux masses
compactes situées dans les deux boucles intestinales. Cet aspect concentré se retrouve
sur la face interne. Les acini testiculaires sont abondants sur les deux faces. Cet aspect
de gonade est constant et permet de la distinguer très facilement d’-A. curvata.
Cette espèce est connue dans une vaste zone géographique couvrant toute la zone
tropicale de l’Atlantique américain. Elle n’avait, jamais été signalée aux Bermudes ; son
implantation est probablement récente.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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77 (1) : 83-111.
Hf.rdman, W. A., 1882. — Report on the Tunicata collected during the Voyage of H.M.S. Chal¬
lenger during the years 1873-1876. Part I. Ascidiae Simpliees. Rep. Voy. Challenger , 6 :
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Monniot, C., 1972. — Ascidies Stolidobranches des Bermudes. Bull. Mus. Hist. nat., Paris , 3 e sér.,
n° 57, Zool. 43 : 617-643.
948
CLAUDE MONNIOT
Plough, H. H., et N. Jones, 1939. — Ecteinascidia tortugensis species nova. With a review of
the Perophoridae (Ascidiacea) of the Tortugas. Pap. Tortugas Lab., 32 : 47-60, 5 pl.
Traustedt, M. P. A., 1882. — Vestindiske Ascidiae simplices. Forste Afdeling (Phallusiadae).
Vidensk. Meddr dansk naturh. Foren., 1881 (1882) : 257-288, 2 pl.
Van Name, W. G., 1902. — The Ascidians of the Bermuda Islands. Trans. Conn. Acad. Arts Sri.,
11 : 325-412.
— 1945. — The North and South American Ascidians. Bull. Am. Mus. nat. Hist., 84 : 1-476,
31 pl.
Verrill, A. E., 1900. — Additions to the Tunicata and Molluscoidea of the Bermudas. Trans.
Conn. Acad. Arts Sri., 10 : 588-594.
Manuscrit déposé le 7 février 1972.
Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 82, sept.-oct. 1972,
Zoologie 61 : 939-948.
Ascidies aplousobranches des Bermudes
Polyclinidae et Polycitoridae
par Françoise Monniot *
Résumé. — Six espèces de Polyclinidae et huit espèces de Polycitoridae ont été récoltées
aux Bermudes dans la zone littorale. Toutes les Polycitoridae avaient déjà été signalées par Van
Name en 1902, mais des Polyclinidae sont apparues depuis, apportées sans doute grâce à l’impor¬
tant trafic maritime dans cette région.
Abstract. — Six species of Polyclinidae and eight species of Polycitoridae hâve been collec-
ted in the coastal waters of Bermuda islands. Ail the Polycitoridae had been previously recorded
by Van Name in 1902, but some Polyclinidae hâve since appeared, certainly carried by the impor¬
tant marine traffic in this région.
POLYCLINIDAE
Les Polyclinidae étaient jusqu’à présent la famille la moins bien représentée dans
la faune ascidiologique des Bermudes. En 1902, Van Name signalait deux espèces seule¬
ment : Aplidium bermudae et Aplidium exile. Mes récoltes effectuées du 15 mars au 15 mai
1970 permettent de signaler six espèces. Il me paraît très peu probable que toutes ces espèces
aient été présentes aux Bermudes au moment où Van Name fit ses récoltes. Il s’agit d’espèces
très littorales, très fréquentes sur l’ensemble des côtes de l’archipel et qui ne pouvaient
donc pas passer inaperçues. Je crois plutôt qu’il s’agit d’un changement de faune. Les
modifications de la faune d’Ascidies des Bermudes feront l’objet d’une publication ulté¬
rieure.
Aplidium bermudae (Van Name, 1902)
(Fig. 1)
Cette belle espèce est très commune sur toutes les côtes des Bermudes, aussi bien dans
les emplacements abrités (Ferry reach, Castle Harbor, St David ...) que sur les récifs exté¬
rieurs (Warwick long beach, Elys Harbor...). A. bermudae se développe à l’abri des coraux
ou des blocs calcaires aussi bien au niveau des basses mers qu’à une profondeur plus grande,
15 m environ. Plus les colonies sont éloignées de la zone agitée de surface, plus elles pren-
* Muséum national d’Histoire naturelle, Biologie des Invertébrés marins et Malacologie, 57, rue Cuvier,
75005 Paris.
1. Les animaux ont été récoltés au cours d’une .Mission accordée par le Centre national de la Recherche
scientifique.
Contribution n° 544 aux travaux de la station biologique des Bermudes.
950
FRANÇOISE MONNIOT
lient d’ampleur ; les zoïdes des colonies récoltées en scaphandre autonome peuvent atteindre
une très grande taille, jusqu’à 3 cm. De toutes façons, les zoïdes de plus de 2 cm de
long sont fréquents.
Sur le terrain, A. bermudae est facilement reconnaissable : la tunique cartilagineuse
est très transparente, opalescente. Les zoïdes présentent 4 points rouge vif au niveau du
sillon péricoronal, un de chaque côté du ganglion nerveux et un de chaque côté de l’extré¬
mité endostylaire. Cette pigmentation est moins visible chez les animaux contractés. Elle
disparaît presque totalement après fixation.
Fig. 1. — Aplidium bermudae (Van Name, 1902).
A, zoïde ; B, coupe transversale au niveau de l’estomac ; C, larve.
Le siphon buccal a 6 lobes, les 3 plus ventraux sont presque toujours plus longs que
les dorsaux. Le siphon est fermé par un puissant anneau musculaire (fig. 1, A). Le siphon
cloacal est souvent étiré en un tube court, sa bordure est dentelée. Il est surmonté d'une
languette simple, plus ou moins longue, mais toujours assez épaisse. Cette languette est
souvent rabattue sur le siphon cloacal et le ferme.
ASCIDIES APLOUSOBRANCHES DES BERMUDES
951
Il y a en moyenne 12 tentacules coronaux.
Le thorax est beaucoup plus long que l’abdomen, plus de deux fois quand les zoïdes
sont bien étendus (fig. 1, A). Pour des individus ayant atteint leur maturité sexuelle, j’ai
compté 15 à 17 rangs de stigmates. Il existe des fibres musculaires le long des sinus trans¬
verses.
La musculature du manteau n’est pas rassemblée en faisceaux bien individualisés
sur le thorax. On compte en moyenne 18 filets musculaires de chaque côté au niveau des
premiers rangs de stigmates.
L’abdomen a un diamètre inférieur à celui du thorax. Ceci est encore plus marqué
pendant la phase d’incubation, la base du thorax est alors nettement distendue (fig. 1, A).
La boucle intestinale présente une torsion : le rectum croise l’œsophage. L’œsophage
est aplati latéralement, dilaté juste au-dessus de l’estomac (fig. 1, A). L’estomac est cylin¬
drique, nettement plus long que large ; sa paroi est très variable selon les individus et selon
l’état de contraction des animaux. On compte le plus souvent 8 plis longitudinaux dont
certains sont interrompus. La paroi stomacale est parfois presque lisse. L’aspect des sections
d’estomac (fig. 1, B) montre qu’il n’y a pas de véritables plis.
Sous l’estomac, l’intestin moyen ne présente pas de différenciations nettes. On ne
voit ni élargissements (post-estomac) ni constrictions. La branche ascendante du tube diges¬
tif porte à sa base les deux caeca habituels des Polyclinidae. L’anus s’ouvre généralement
au niveau du 12 e rang de stigmates.
Le post-abdomen est très long. L’ovaire (fig. 1, A) est toujours situé à une assez grande
distance de la boucle intestinale, distance au moins égale à la longueur de l’abdomen. Les
testicules sont très nombreux, petits par rapport à la taille du zoïde, répartis au-delà de
l’ovaire, sans ordre apparent dans le post-abdomen.
Les larves (fig. I, C) sont incubées dans le thorax mais seulement dans sa moitié infé¬
rieure (fig. 1, A).
Les colonies étudiées pour ce travail correspondent bien à la description qu’en donnait
Van Name en 1902. Les caractères les plus marquants de cette espèce me paraissent être
le nombre de rangs de stigmates, la présence de fibres musculaires visibles le long des sinus
transverses et la structure de la paroi stomacale. Il faudrait ajouter à cela la présence des
4 points rouges à la base du siphon buccal, très visibles sur le matériel frais seulement.
Aplidium exile (Van Name, 1902)
(Fig. 2, A, B et C)
Cette espèce encroûtante en grandes plaques ou en petits coussinets a une couleur
extrêmement variable allant du rose pâle à un rouge extrêmement vif. On la trouve plutôt
dans les endroits abrités et à très faible profondeur seulement (Thrce hills shoals, St David,
Walshingham pond). La tunique est translucide mais beaucoup moins transparente que
chez A. bermudae ; elle est parfois incrustée de sable. Les zoïdes sont très proches les uns
des autres. Leur disposition en systèmes n’est pas apparente.
La taille des zoïdes varie entre 10 et 15 mm. Pour des animaux en extension, le thorax
est environ deux fois plus long que l’abdomen, le post-abdomen trois à quatre fois plus
long que l’abdomen.
952
FRANÇOISE MONNIOT
Le siphon buccal a 6 lobes réguliers. Il possède un sphincter musculaire, mais celui-ci
n’est pas disposé en anneau saillant comme chez A. bermudae.
Le siphon cloacal est lui aussi entouré d’un anneau musculaire (fig. 2, A) ; il est parfois
finement denté, jamais étiré en tube. Il est surmonté d’une languette, simple chez la plu¬
part des individus, mais parfois bi- ou trifide. La longueur de la languette varie énormé¬
ment.
Fig. 2. — A-C : Aplidium exile (Van Name, 1902). A, zoïde ; B, coupe transversale au niveau de l’estomac ;
C, larve.
D-F : Aplidium antillense (Gravier, 1955). D, larve ; E, coupe transversale du zoïde au niveau
de l’estomac ; F, détail du tube digestif.
ASCIDIES APLOUSOBRANCHES DES BERMUDES
953
Il y a 12 tentacules coronaux de 2 ordres.
La branchie (des zoïdes ayant des gonades) comprend 12 rangs de stigmates (fig. 2, A).
L’œsophage large et plat se dilate en anneau avant de déboucher dans l’estomac.
L’estomac ffig. 2, A et B) a une forme arrondie. Sa paroi est toujours finement plissée
(22 à 24 plis), les plis sont très saillants avec une arête aiguë à la partie supérieure de l’esto¬
mac. Ils sont parfois interrompus.
L’intestin moyen se compose de trois parties. La première, aplatie, est tordue à 90°
et marquée à ce niveau d’un élargissement. Il y a ensuite deux compartiments isolés par
des constrictions (fig. 2, A). La partie ascendante de la boucle intestinale est large et porte
deux cæca à sa base. L’anus débouche au niveau du 8 e rang de stigmates.
L’ovaire n’est pas situé immédiatement sous la boucle intestinale. Les testicules situés
au-delà de l’ovaire sont disposés en deux rangs (fig. 2, A).
Les larves (fig. 2, C) sont incubées dans la cavité cloacale.
A. exile est une espèce dont les colonies ont une forme très variable. Cependant, la
structure des zoïdes reste constante. La forme de l’estomac, surtout, est bien caractéris¬
tique, les plis étant extrêmement saillants du côté œsophagien.
Il existe plusieurs espèces d 'Aplidium voisines d’A. exile (voir Van Name, 1945). Il
me semble que la position de l’ovaire toujours assez éloigné de la boucle intestinale peut
être un caractère spécifique. La disposition des papilles épidermiques de la larve me paraît
difficile à utiliser : ces papilles sont assez souvent dédoublées ; d’autre part, elles n’appa¬
raissent nettement que chez les larves âgées sur le point d’être émises dans l’eau de mer.
La grande variabilité des colonies, la fréquence des espèces possédant à la fois
12 rangs de stigmates environ et une vingtaine de plis stomacaux laisse un doute sur la valeur
spécifique d ’A. exile. En l’absence de caractères anatomiques vraiment décisifs, je préfère
garder A. exile avec la diagnose ci-dessus. Une révision d’ensemble des Aplidium de l’Ouest
Atlantique serait nécessaire pour vérifier la valeur d’A. exile par rapport aux espèces voi¬
sines.
Aplidium antillense (Gravier, 1955)
(Fig. 2, D, E et F)
Cette espèce est très commune aux Bermudes, de 0 à 15 m. Il est difficile de la diffé¬
rencier sur le terrain d’A. exile.
Les colonies se présentent en coussinets plus ou moins pédonculés. La tunique inco¬
lore peut inclure un peu de sable. Elle est molle. Les zoïdes sont visibles par transparence.
Ils sont très allongés, leur longueur peut dépasser 15 mm. Le thorax est étroit. Le siphon
buccal a 6 lobes souvent marqués d’un pigment clair ; le siphon cloacal a une ouverture
simple plus ou moins large surmontée d’une languette simple. Les larves incubées dans
le thorax au nombre de 4 ou 5 restent dans sa partie inférieure ; la cavité incubatrice des¬
cend un peu sous le niveau de la branchie.
La branchie comprend 12 rangs de stigmates (parfois 13).
L’abdomen débute par un œsophage large et aplati. L’estomac est cylindrique et très
long ; il possède 10 à 12 cannelures longitudinales ininterrompues, parfois plus épaisses
dans la partie supérieure de l’estomac (fig. 2, E et F).
954
FRANÇOISE MONNIOT
L’intestin moyen est aplati et subit une torsion de 90° (fîg. 2, F). La portion ascen¬
dante du tube digestif débute par 2 cæca ; elle est couverte sur toute sa longueur de vési¬
cules pyloriques. Les canaux pvloriques courts se réunissent en un canal commun qui
débouche dans la partie supérieure de l’estomac entre 2 plis. La boucle intestinale dans
son ensemble n’est pas tordue.
Le post-abdomen est très long. Il contient l’ovaire dans sa partie supérieure, situé
un peu au-dessous de la boucle intestinale. Les testicules sont très régulièrement disposés
en deux rangées dans toute la partie du post-abdomen située au-delà de l’ovaire jusqu’au
cœur. Le spermiducte de faible diamètre dans le post-abdomen s’élargit dans l’abdomen
uji peu au-dessous du niveau de l’estomac (fig. 2, F).
La musculature, faible et peu visible sur le thorax et l’abdomen, se rassemble en deux
faisceaux bien distincts le long du post-abdomen.
Les larves sont pou différenciées (fig. 2, D).
Cette espèce est très proche <VA. exile par l’allure des colonies, le nombre de rangs
de stigmates, la languette cloacale, la dilatation du spermiducte au niveau de l’abdomen.
Mais ces caractères sont communs à bien des espèces. L’estomac est très différent de celui
d‘-4. exile. C’est surtout ce caractère qui m’a amenée à rapprocher l’espèce des Bermudes
d/l. antillense. La proximité géographique de cette espèce et la fréquence des liaisons mari¬
times entre les Antilles et les Bermudes m’y ont également incitée. La description d ’A.
antillense ne permet pas de discussion plus détaillée.
Sidnyum pentatrema n. sp.
(Fig- 3)
Cette espèce se présente en petites colonies dont les lobes sont incrustés de sable.
Elle n’a été récoltée qu’une seule fois en plongée à 20 mètres de profondeur sur la face
extérieure du récif situé devant l’entrée sud de Castle Harbor. Les conditions météorolo¬
giques très défavorables ont limité les récoltes sur la face externe du récif. S. pentatrema
couvert de sable est également difficile à voir. Il est donc fort possible que l’espèce soit
commune malgré sa rareté apparente.
Les colonies se présentent sous une forme très irrégulière en petites masses parfois
lobées. La dimension maximale est de 1 cm. La tunique est complètement et densément
incrustée de petits grains de sable corallien. Les colonies apparaissent donc blanches. La
tunique elle-même est assez molle. Les zoïdes semblent disposés en tous sens dans la colonie,
mais l’incrustation est telle qu’il est difficile de les localiser. Pour les zoïdes vivants,
la couronne tentaculaire et la partie supérieure de la branchie sont vivement colorées en
rouge orangé, le thorax est orange plus ou moins pâle. L’estomac est vert.
Le siphon buccal est presque toujours constitué de 8 lobes (fig. 3, A) (j’ai trouvé éga¬
lement 6, 7 et 9 lobes exceptionnellement). Les lobes peuvent être légèrement bifides, mais
ce n’est, pas net. Les lobes ventraux sont parfois plus développés que les lobes dorsaux.
Le siphon buccal présente un fort anneau musculaire en sphincter (fig. 3, A).
Le siphon cloacal est situé au niveau du premier rang de stigmates. Il est généralement
fermé par un vélum disposé en diaphragme (fig. 3, A). Il est bordé d’un bourrelet net. Par-
ASCIDIES APLOUSOBRANCHES DES BERMUDES
955
fois, il est allongé en tube court sous la languette cloacale. La languette cloacale est bien
développée, divisée en trois lobes pointus ; le lobe médian est généralement plus long que
les lobes latéraux (fig. 3, A).
Les tentacules sont très régulièrement disposés en 3 ordres sur un seul rang : on compte
4 grands tentacules, 12 moyens (3 dans chaque secteur), séparés par des tentacules beau¬
coup plus petits en boutons et en alternance avec eux. Les tentacules n’atteignent pas la
branchie.
Fig. 3. — Sidnyum pentatrema n. sp. A, zoïde, échelle 1 mm ; B, détail du tube digestif et des canaux
pyloriques, échelle 0,5 mm ; C, coupe transversale au niveau de l’estomac ; D, têtard, échelle 0,5 mm.
Le ganglion nerveux est nettement isolé de la glande neurale, bien visible, et du pavil¬
lon vibratile. Le sillon péricoronal est situé entre deux lames membraneuses hautes.
La musculature thoracique est faible, réunie en 8 ou 10 bandes musculaires de chaque
côté.
L’endostyle n’est pas très épais. Le raphé est constitué de 4 languettes courtes (1/4
de la hauteur d’un rang de stigmates), peu décalées sur la gauche.
FRANÇOISE MONNIOT
956
Il y a 5 rangs de stigmates minces et longs (fig. 3, A). On compte de 16 à 18 stigmates
par demi-rangée. Les rangées de stigmates sont interrompues sur la ligne médiodorsale
par un espace imperforé.
L’anus faiblement bilobé s’ouvre au niveau du 4 e rang de stigmates.
La longueur de l’abdomen est à peu près égale à celle du thorax. L’œsophage est très
long ; l’estomac porte 5 côtes très saillantes ininterrompues (fig. 3, G), le côté dorsal est
parfois un peu plus développé que le côté ventral (fig. 3, A), mais ce phénomène n’est pas
général. L’intestin se divise en 3 parties dues à des étranglements (fig. 3, A). La partie
ascendante du tube digestif débute par deux cæca bien marqués juste après la base de la
boucle intestinale. Le diamètre du rectum reste ensuite à peu près égal jusqu’à l’anus. La
glande pylorique se compose de nombreuses ampoules enserrant le rectum à un très haut
niveau, juste sous la branchie. Ces ampoules se réunissent pour former 6 canaux qui lon¬
gent la branchie ascendante de l’intestin (fig. 3, B) et se réunissent en un court canal com¬
mun qui se jette à la base de l’estomac entre deux plis.
Le post-abdomen a une longueur très variable, égale à plusieurs fois celle du thorax
ou parfois inférieure à celle-ci (fig. 3, A). Les testicules et l’ovaire ne se développent pas
simultanément. Il y a d’abord une phase mâle où les testicules sont bien développés dans
la plus grande partie du post-abdomen mais assez loin de la boucle intestinale : puis les
testicules disparaissent peu à peu à partir du niveau du cœur et l’ovaire apparaît immédia¬
tement sous la courbe de l’intestin. Quand les larves sont incubées dans la cavité cloacale
(généralement 4 ou 5), les testicules ont totalement disparu.
La figure 3, A représente un zoïde où les testicules ont déjà régressé.
Les larves (fig. 3, D) n’étaient que très peu développées dans les colonies observées
(avril). Il n’y avait que quelques têtards dans la cavité incubatrice et surtout des œufs
en segmentation.
Le têtard mesure environ 650 p, ; ocelle et otolithe sont présents. Les trois ventouses
de fixation sont peu visibles parmi les très nombreuses papilles épidermiques du têtard
(fig. 3, D).
Discussion
Je place cette espèce dans le genre Sidnyum en raison de la présence des 8 lobes buc¬
caux. Le petit nombre de rangs de stigmates éloigne Sidnyum pentatrema des autres espèces
du genre. Cependant, cette nouvelle espèce se rapproche beaucoup d 'Aplidium arenatum
(Van Name, 1945) de la côte pacifique des USA. Ces deux espèces ont en commun 5 rangs
de stigmates, 5 plis stomacaux, une languette cloacale trifide, une tunique très incrustée
de sable. Mais la forme des colonies d’Aplidium arenatum est caractéristique et cette espèce
n’a que 6 lobes buccaux.
D’autres récoltes permettront peut-être de déterminer si Sidnyum pentatrema est
synonyme d’ Aplidium arenatum. Le caractère qui les distingue étant un caractère consi¬
déré comme générique, il me paraît préférable de créer une espèce nouvelle. D’autre part,
l’habitat très différent des deux espèces peut laisser supposer une convergence.
En 1956, Brewin décrivait un Aplidium mernooensis de Nouvelle-Zélande avec 8 lobes
buccaux. Cette espèce me paraît devoir être rangée dans le genre Sidnyum. Elle possède
ASCIDIES APLOUSOBRANCHES DES BERMUDES
957
également 5 rangs de stigmates, 5 plis stomacaux et une languette trifide. Mais, contrai¬
rement à S. pentatrema, l’ovaire est situé assez bas dans le post-abdomen, les lobes testicu¬
laires remontant au-dessus de lui.
Fig. 4. — A, B : Polyclinum constellatum Savigny, 1816. A, têtard ; B, concrétions extraites des larves.
G : Distaplia bermudensis Van Name, 1902, larve.
D : Cystodytes dellechiajei (Délia Valle, 1877), zoïde jeune.
958
FRANÇOISE MONNIOT
? Polyclinum constellatum Savigny, 1816
(Fig. 4, A et B)
Les colonies (3 au total trouvées en marée à St David) se présentent en coussinets.
Les zoïdes sont disposés en systèmes très réguliers et très apparents. Chaque siphon buccal
est bordé de pigments jaunes, mais cette coloration n’est pas aussi marquée que chez les
individus de Suez par exemple. Il n’y a pas de différences plus grandes entre les zoïdes
de colonies différentes qu’entre des zoïdes éloignés d’une même colonie. Ceci est valable
également si l’on compare des P. constellatum provenant de Méditerranée, de la côte ouest
africaine ou des Bermudes. Je place donc le Polyclinum des Bermudes dans l’espèce constel¬
latum. Si cette position systématique s’avère exacte, l’espèce est probablement d’importa¬
tion récente à partir des côtes américaines.
Les têtards possèdent un caractère original. Je ne sais pas s’il s’agit d’un caractère
spécifique ou écologique. Chez tous les embryons où l’on distingue un début d’organogenèse,
il existe un corps cristallin de structure fibreuse radiée (fig. 4, B). Chez les têtards plus
âgés, ce cristal grossit. Il existe parfois 2 ou 3 cristaux dans chaque embryon, sans empla¬
cement défini. Les réactions physico-chimiques qu’ils montrent me font penser qu’il s’agit
d’urates. Chez les zoïdes adultes, je n’ai retrouvé aucun de ces organites.
Pseudodistoma saxicavum Gaill, 1972
Cette espèce a été récemment décrite par Gaill, 1972. La description de la glande
pvlorique se trouve dans un article de Gaill publié en 1972 aux Archives de Zoologie
expérimentale et générale.
La récolte, de cette espèce aux Bermudes étend beaucoup la répartition du genre Pseu¬
dodistoma qui n’avait jamais été signalé dans la partie ouest de l’Atlantique. P. saxicavum
est très fréquent aux Bermudes dans toutes les stations abritées. Son écologie est très par¬
ticulière, les colonies sont profondément enfoncées dans de petites fissures du corail. Elles
ont un aspect exactement semblable à celui des colonies A’Eudistoma claru-m, Polycitoridae.
La ressemblance se poursuit même après extraction des zoïdes. Dans les deux cas. il y a
3 rangs de stigmates. Chez Pseudodistoma saxicavum , le post-abdomen est très réduit quand
les animaux n’ont pas de gonades.
Il est donc possible que P. saxicavum ne soit pas une espèce importée depuis 1902,
mais qu’elle ait simplement été confondue avec Eudistoma clarum.
POLYCITORIDAE
La famille des Polycitoridae est très bien représentée aux Bermudes à la fois par la
variété des espèces rencontrées et l’abondance des colonies. Toutes les espèces que j’ai
récoltées en 1970 avaient déjà été signalées par Van Name en 1902. Je ne donnerai donc
que quelques détails morphologiques ou écologiques sans reprendre la description totale
des espèces.
ASCIDIES APLOUSOBRANCHES DES BERMUDES
959
Le genre Eudistoma
Il est très difficile de trouver des caractères morphologiques bien marqués pour isoler
les espèces A’Eudistoma. Les zoïdes et les colonies ont été décrits avec précision par Van
Name. La boucle du tube digestif me paraît être un bon caractère quand les animaux sont
fixés en extension. Il en est de même pour la glande pylorique. Les descriptions de ces
organes pour les espèces des Bermudes ont été faites par Gaill (1972).
Eudistoma obscuratum (Van Name, 1902)
Cette espèce est celle qui possède les colonies les plus grandes et les plus fréquentes
parmi les Eudistoma des Bermudes. On la trouve aussi bien sur les récifs extérieurs que
dans les zones très abritées. En plongée, il est très difficile de reconnaître E. obscuratum
que l’on confond très facilement avec une autre Polycitoridae : Cystodytes dellechiajei,
ou avec une Didemnidae : Trididemnum savignyi.
Le thorax des zoïdes est pigmenté et parfois entièrement noir comme l’avait remarqué
Van Name.
Eudistoma olivaceum (Van Name, 1902)
Les colonies de cette espèce sont généralement de plus petite taille que celles
d’E. obscuratum. La tunique est plus transparente et le pigment moins dense. La coloration
est généralement vert olive. Elle est parfois très pâle ou très sombre. Les zoïdes sont plus
petits et beaucoup moins pigmentés que ceux d’E. obscuratum. A l’état frais, l’estomac
et parfois toute la boucle intestinale sont pigmentés en orange.
L’espèce diffère d’E. obscuratum surtout par la structure de son tube digestif. L’esto¬
mac est plus arrondi chez E. olivaceum et le cardia et le pylore sont presque diamétrale¬
ment opposés. La portion de l’intestin comprise entre l’estomac et l’étranglement de l’intes¬
tin moyen est beaucoup plus courte que chez E. obscuratum. La glande pylorique a éga¬
lement une allure très différente dans les deux espèces (voir Gaill, 1972).
Eudistoma olivaceum n’a été récolté qu’à faible profondeur, dans des zones très abri¬
tées.
Eudistoma clarum (Van Name, 1902)
Les colonies ont une tunique très transparente à travers laquelle on voit très bien
les zoïdes. Ces colonies ressemblent beaucoup à celles de Pseudodistoma saxicavum, mais
chez cette espèce la tunique contient de nombreuses diatomées dans des vésicules, qui l’opa¬
cifient un peu.
Ici encore le tube digestif et la glande pylorique ont une morphologie constante et peu¬
vent servir de critères spécifiques. L’intestin moyen est divisé en 2 parties par une cons-
960
FRANÇOISE MONNIOT
triction et est lui-même nettement individualisé par rapport à la branche ascendante du
tube digestif. Ce seul caractère isole E. clavurn des 3 autres espèces d ’Eudistoma des Ber¬
mudes.
L’espèce est largement répartie aux Bermudes.
Eudistoma capsulatum (Van Name, 1902)
Les colonies sont toujours de petite taille, de forme très irrégulière, et densément
incrustées de sable. Chez cette espèce, la tunique est incolore mais les zoïdes ont des pig¬
ments foncés dans le thorax et le tube digestif est orangé.
La boucle intestinale est fermée sur elle-même. Sa structure est proche de celle
A’E. olivaceum. Les tubes pyloriques ont aussi une disposition similaire, mais là le canal
pylorique débouche au niveau de la jonction estomac-intestin alors que chez E. olivaceum
le canal commun débouche plus haut, dans l’estomac.
E. capsulatum est une espèce qui vit plus profondément que les autres espèces déjà
citées ; elle n’a jamais été récoltée en marée mais seulement en plongée. Elle est présente
tout autour des îles et surtout commune au-delà de 5 mètres de profondeur. Il est difficile
de la récolter, sa couverture de sable ne permet de la discerner qu’au toucher.
Cystodytes dellechiajei (Délia Valle, 1877)
Les colonies sont colorées en noir intense par une très grande abondance de grains
pigmentaires dans la tunique. Les spiculés ne sont pas visibles de l’extérieur. Les zoïdes
ne présentent pas de caractères permettant de les différencier de ceux des côtes d’Afrique
ou des Açores.
Il faut noter chez tous les Cystodytes dellechiajei, aussi bien en Méditerranée que sur
les côtes d’Afrique et aux Bermudes, la présence d’un diverticule en lame de la paroi du
manteau situé sur la face dorsale, à la jonction du thorax et de l’abdomen (fig. 4, D). Cette
expansion reste individualisée sous la poche incubatrice quand les embryons sont pré¬
sents dans la cavité cloacale. Ce repli du manteau n’est bien visible que chez des zoïdes
parfaitement étendus.
Cystodytes dellechiajei a été trouvé seulement en deux stations : à Three hills shoals
à 5 mètres de profondeur, et devant Flatts à 10 mètres de profondeur environ. Les colonies
étaient bien développées.
Van Name, en 1902, n’avait trouvé cette espèce qu’à Castle Harbor. Cette réparti¬
tion est curieuse ; elle ne correspond ni à des eaux particulièrement claires ou au contraire
turbides, ni à des faciès abrités ou très exposés.
Distaplia bermudensis Van Name, 1902
(Fig. 4, C)
Cette espèce correspond bien à la description qu’en donne Van Name. Les colonies
sont extrêmement variables, encroûtantes sur de larges surfaces ou en petits lobes capi-
ASCIDIES APLOUSOBRANCHES DES BERMUDES
961
tés, de couleur rose pâle, rouge ou violet foncé. La tunique peut être ou non incrustée de
sable. Les colonies situées sur des parois verticales sont plus intensément colorées que
celles qui se développent sur des parois horizontales. La taille des zoïdes varie aussi énor¬
mément selon les colonies.
L’espèce est extrêmement commune ; on la trouve partout mais à faible profondeur
(surtout de 0 à 2 m). Elle ne semble pas gênée par la lumière. Elle ne s’implante pourtant
que sur des surfaces minérales.
Les zoïdes sont disposés en systèmes de rosettes très réguliers.
Le siphon buccal a six lobes et chaque lobe présente souvent deux petites dents laté¬
rales. Il y a 12 tentacules de 2 ordres sur un seul rang.
Les 4 rangées de stigmates portent des sinus parastigmatiques. On compte au moins
25 stigmates par demi-rang. Van Name en signalait moins.
La boucle intestinale est très simple : l’estomac est lisse, ovoïde, l’intestin ne présente
aucune constriction.
L’ouverture cloacale peut être soit presque fermée, en tube court, c’est le cas des
individus jeunes, soit très largement ouverte sur la hauteur des 2 e et 3 e rangs de stigmates ;
il existe alors une languette simple ou dentée, plus ou moins longue et large selon la posi¬
tion du zoïde dans la colonie.
Les gonades sont situées dans la boucle intestinale et sont hermaphrodites. Cependant,
on trouve fréquemment des colonies uniquement mâles, la maturation des testicules étant
antérieure à celle des ovaires.
Les larves sont incubées par 3 dans un sac incubateur longuement pédonculé ; elles
aoesurent jusqu’à 1,25 mm de long. Les 4 rangs de stigmates sont déjà présents (fig. 4, C).
Clavelina picta (Verrill, 1900)
Les colonies bien développées sont abondantes dans de nombreuses stations. On les
rencontre toujours à une certaine profondeur dans des eaux très claires et peu agitées.
Les zoïdes sont colorés en violet. Ils sont généralement de taille inférieure à ceux de Cla¬
velina oblonga.
Certaines colonies atteignent un volume de plusieurs litres.
Clavelina oblonga Herdman, 1880
Aux Bermudes, Clavelina oblonga se développe préférentiellement dans les eaux très
peu profondes et dans des situations très abritées. Cette espèce tolère beaucoup plus que
C. picta des eaux troubles ou polluées.
Les zoïdes sont incolores.
L’espèce préfère certainement les eaux peu agitées. Elle n’a pas été récoltée sur les
récifs extérieurs, pas plus que C. picta.
962
FRANÇOISE MONNIOT
RÉFÉRENCES RIBLIOGRAPHIQUES
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Soc. N. Z., 84 (1) : 121-137.
Gaill, F., 1972. — Répartition du genre Pseudodistoma (Tuniciers) : description de deux espèces
nouvelles. Cah. Biol. mar. Paris, 13 : 37-47.
— 1972. —- Morphologie comparée de la glande pylorique chez quelques Aplousobranches
(Tuniciers). Arch. Zool. exp. gén., 113 (2) : 295-307.
Gravier, R., 1955. — Ascidies récoltées par le Président Théodor Tissier (Campagne de printemps
1951). Rec. Trav. Off. Pech. Marit., 19 : 611-631.
Van Name, W. G., 1902. — The Ascidians of the Bermuda Islands. Trans. Conn. Acad. Arts Sci.,
11 : 325-412.
— 1921. — Ascidians of the west indian région and south eastern United States. Bull. Am.
Mus. nat. Hist., 44 : 283-494.
— 1945. — The North and South American Ascidians. Bull. Am. Mus. nat. Hist., 84 : 1-476,
31 pl.
Manuscrit déposé le 13 mars 1972.
Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 82, sept.-oct. 1972,
Zoologie 61 : 949-962.
Achevé d’imprimer le 30 mai 1973.
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Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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