BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
71
N» 92 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1972
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : P r M. Vachon.
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Rédacteur général : Dr. M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr. N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Ecologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
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toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
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BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 92, septembre-octobre 1972, Zoologie 71
Note sur une espèce rare
de Thomise de la savane de Lamto (Côte d’ivoire),
Runcinia ( Runciniopsis ) erythrina Jézéquel, 1964
(Araneae — Thomisidae)
par Patrick Blandin *
Abstract. — Runcinia ( Runciniopsis) erythrina Jézéquel, 1964, îs a rare Thonusid spider of
which only one specimen, a sub-adult female, was captured in Lamto sa vanna (Ivory Coast). Since
sonie other specimens hâve been discovered. The adult female and male are deseribed and obser¬
vations on the différences between sub-adult and adult epigync are presented. Some ecological
data are given : R. erythrina appears to be a very rare species, probably living in a very localised
type of biotope.
Dans l’étude écologique entreprise dans la savane de Lamto, en Côte d’ivoire ( 10 ),
Y. et D. Gillon ont dirigé la réalisation de nombreux relevés quantitatifs des Arthropodes
de la strate herbacée permettant la capture systématique des animaux présents sur une
surface donnée ( 3 , 4 , 11 ).
L’étude des Araignées, qui représentent près de la moitié de ces Arthropodes ( 2 ),
exige des travaux taxonomiques dont seules quelques familles ont jusqu’à présent fait
l’objet de la part de J. F. Jézéquel ( 5 , 6 , 7 , 8 , 9 ) ; aussi le peuplement n’a-t-il pu être
encore analysé au niveau des espèces, mais simplement à celui des familles (1).
Dans le cas des Thomisidae, les études de Jézéquel ont permis la description d’un
pourcentage élevé d’espèces nouvelles (environ 39 %), dont certaines sont très abondantes,
mais d’autres probablement très rares ou très localisées : c’est le cas de Runcinia ( Runci¬
niopsis j erythrina Jézéquel, 1964, espèce décrite à partir d’un seul exemplaire.
Le tri complet de Thomisidae récoltés au cours des relevés effectués en 1962 et 1963
m’a permis de trouver quatre autres exemplaires de R. erythrina : un immature, trop
jeune pour que son sexe soit déterminable, un immature (femelle), une femelle adulte
et un mâle. Ce matériel rend possible une étude plus précise de l’espèce, par comparaison
avec l’holotype qui est conservé au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris.
* Laboratoire de Zoologie de l’École Normale Supérieure, 46, rue d’Ulm, 75005 Paris et Laboratoire
de Zoologie (Arthropodes) du Muséum national d’Histoire naturelle, 61, rue de Bufjon, 75005 Paris.
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PATRICK BLANDIN
La femelle
La figure 1 représente en vue dorsale l’exemplaire décrit — mais non figuré —- par
Jézéquel ( 7 ). Il apparaît qu’il s’agit non d’une femelle adulte, mais subadulte : de fait,
son épigyne (fîg. 2) est plus petit et plus simple que celui de la femelle adulte trouvée par
la suite (fîg. 3). On sait que l’épigyne n’apparaît pas seulement à la mue imaginale, mais
qu’il est déjà présent, parfois sous une forme très différente, chez les femelles subadultes ;
du moins en est-il ainsi pour un certain nombre de Thomisidae, comme le signale Jézé¬
quel ( 7 ), notamment à propos de Proxysticus egenus (Simon, 1885) dont il a trouvé un
exemplaire prêt à muer, avec les deux types d’épigyne (subadulte et adulte) superposés.
Il est certain que ce fait, encore mal connu, a pu conduire à de nombreuses erreurs de déter¬
mination, d’autant qu’il pourrait être assez général, comme le suggèrent certaines obser¬
vations faites sur des Lycosidae (observations personnelles).
La véritable femelle adulte de R. erythrina est plus grande que l’holotype : 8,1 mm
au lieu de 7,3 mm. L’épigyne adulte est bien plus grand que celui de l'exemplaire de Jézé¬
quel et la fossette médiane est largement recouverte. La surface de l’épigyne, bien seléri-
fiée, n’est qu’assez peu transparente ; aussi distingue-t-on mal l’organisation interne.
L’ornementation du corps est pratiquement identique à celle de l’holotype ; toutefois, la
partie céphalique médiane est plus fauve, la zone blanche étant réduite à une bande médiane
plus étroite.
Le mâle
La figure 4 représente en vue dorsale l’unique exemplaire mâle trouvé. Il montre
un certain nombre de différences avec la femelle, mais aussi de profondes similitudes qui
permettent de l’attribuer en toute certitude à la même espèce. Les proportions et l’orne¬
mentation de l’abdomen correspondent bien aux caractères de la femelle. Le céphalothorax
est plus rond et ne présente pas de contrastes de coloration aussi vifs que celle-ci ; il est
également plus plat. Les pointes latérales de la carène frontale ont la même forme émoussée,
mais sont un peu moins saillantes que chez la femelle. Les yeux ont une disposition analogue
dans les deux sexes ; toutefois les yeux médians postérieurs du mâle sont plus gros que ceux
de la femelle, et sont plus proches des yeux médians antérieurs. Les chélicères, les pièces
buccales et le sternum sont légèrement plus clairs et surtout d'une teinte jaune plus uni¬
forme que chez la femelle, où ce jaune est sali de gris et de brun-rouge, le sternum présen¬
tant de plus une tache blanche antérieure (ou du moins un éclaircissement), absente chez
le mâle.
Les pattes I et II sont proportionnellement bien plus longues et plus grêles que chez
la femelle et les épines des tibias et métatarses I et II sont plus longues et moins fortes.
Le tiers apical des tibias I et II est brun-rouge, ce qui n’est pas le cas chez la femelle, mais
le reste des pattes est également d’un jaune plus ou moins pommelé de gris.
Fig. 1-5. — R. erythrina Jézéquel, 1964.
1, femelle subadulte (holotype) ; 2, épigyne de l’holotype ; 3, épigyne de la femelle adulte ; 4, mâle
(néallotype) ; 5, extrémité de la patte-mâchoire gauche du mâle (vue ventrale). Longueur des échelles
exprimée en millimètres.
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PATRICK BLANDIN
La patte-mâchoire (fig. 5) est du même type que celles des autres Runcinia africains.
L’apophyse tibiale, d’un contour plus régulier que chez Runcinia aethiops (Simon, 1901),
se rapproche davantage de celle de Runcinia ( Runciniopsis ) sjoestedti Lessert, 1919, bien
qu’il n’y ait pas de tubercule à sa base, comme c’est le cas chez cette dernière espèce. Le
tarse, plus allongé que chez R. aethiops, a à peu près la même forme que celui de R. sjoestedti.
Le bulbe est du même type que celui de R. sjoestedti, mais le style naît peut-être un
peu plus postérieurement.
Dimensions : Corps : longueur : 5,3 mm
Céphalothorax : longueur : 1,9 mm
largeur : 1,6 mm
Abdomen : longueur : 3,4 mm
largeur : 1,4 mm
L’exemplaire ainsi décrit est désigné comme néallotype mâle et déposé au Muséum
national d’Histoire naturelle de Paris. Il a été capturé à Lamto, le 25 septembre 1963.
Les immatures
Le plus grand des immatures récoltés a une longueur totale de 5,4 mm. fl s’agit d’un
individu femelle : en effet un épigyne semblable à celui de l’holotype est présent, mais
moins sclérifîé ; ce fait, associé à la taille nettement inférieure à celle de l’holotype, permet
de penser qu’il s’agit peut-être d’un stade antérieur, ce qui signifierait que l’épigyne est
observable deux mues au moins avant l’état adulte ; le sexe pourrait donc être reconnu
assez tôt. Le deuxième immature est plus petit encore (4 mm), et rien ne permet de recon¬
naître son sexe. Il s’agit donc d’un individu plus jeune.
La décoration de ces deux exemplaires est analogue à celles de l’holotype et de la
femelle adulte. De même que chez celle-ci, la partie céphalique médiane est plus fauve,
la zone blanche étant moins étendue que celle de l’holotype, notamment chez le plus jeune
individu. On peut donc penser que ce caractère est soumis à des variations individuelles.
Données écologiques
Elles sont évidemment très sommaires, étant donné le petit nombre d’exemplaires
capturés. Le tableau suivant les résume :
Exemplaires
Lieu de capture Date de capture Milieu
1 immature
1 immature (femelle)
1 mâle
1 femelle
Lamto
(Côte d’ivoire)
id.
id.
id.
Savane à Ilyparrhenia,
11 juin 1963 faciès ouvert, brûlée
en janvier 1963
25 septembre 1963 id.
id. id.
16 octobre 1963 id.
runcinia (runciniopsis) erythrina jézequel, 1964
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On n’a pas de certitude sur la date de capture de l’holotype, les indications données
par Jézequel (7) ne correspondant pas à celles que porte l’étiquette qui l'accompagne.
Les exemplaires ont tous été pris dans le même type de milieu, la savane à Hypar-
rhenia à faciès arbustif ouvert, et uniquement en zone brûlée pendant la grande saison
sèche 1962-1963. Malgré les nombreux relevés effectués à Lamto en 1962 et 1963, seuls
cinq exemplaires de B. erythrina ont été pris, alors que d’autres espèces, même parmi
les nouvelles, ont été capturées en grande abondance, ce qui montre la rareté —- ou l’ex¬
trême localisation — de cette espèce.
Les données sont insuffisantes pour caractériser son cycle ; on peut seulement dire
que l’hypothèse d’une génération annuelle, avec adultes en septembre-octobre, est com¬
patible avec elles.
RÉFÉRENCES RIRLIOGRAPHIQUES
1. Blandin, P., 1971. —- Recherches écologiques dans la savane de Lamto (Côte d’ivoire) : obser¬
vations préliminaires sur le peuplement aranéologique. La Terre et la Vie, n° 2 : 218-239.
2. Gillon, Y., et 1). Gillon, 1965. — Recherche d’une méthode quantitative d’analyse du peu¬
plement d’un milieu herbacé. La Terre et la Vie, 19 : 378-391.
3. Gillon, Y., et D. Gillon, 1967. — Recherches écologiques dans la savane de Lamto (Côte
d’ivoire) : cycle annuel des effectifs et des biomasses d’Arthropodes de la State herbacée.
La Terre et la Vie, 21 : 262-277.
4. Gillon, Y., et D. Gillon, 1967. — Méthodes d’estimation des nombres et des biomasses
d’Arthropodes en savane tropicale. In : Secondary productivity of terrestrial ecosystems.
Éd. K. Petrusewicz, Varsovie : 519-543.
5. Jézequel, J. F., 1964. — Araignées de la savane de Singrobo, Côte d’ivoire : I. Sicariidae.
Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 36 : 185-187.
6. Jézequel, J. F., 1964. — Araignées de la savane de Singrobo, Côte d’ivoire : II. Palpima-
nidae et Zodariidae. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 36 : 326-338.
7. Jézéquel, J F., 1964. — Araignées de la savane de Singrobo, Côte d’ivoire : III. Thomi-
sidae. Bull. IFAN, sér. A, 26 : 1103-1143.
8. Jézequel, J. F., 1965. — Araignées de la savane de Singrobo, Côte d’ivoire : IV. Drassidae.
Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 37 (3) : 294-307.
9. Jézéquel, J. F., 1966. — Araignées de la savane de Singrobo, Côte d’ivoire : V. Note com¬
plémentaire sur les Thomisidae. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 37 (4), 1965 (1966) :
613-630.
10. Lam otte, M., 1967. — Recherches écologiques dans la savane de Lamto (Côte d’ivoire) :
présentation du milieu et programme de travail. La Terre et la Vie, 21 : 197-215.
11. Lamotte, M., Y. Gillon, D. Gillon et G. Ricou, 1969. —- L’échantillonnage quantitatif
des peuplements d’invertébrés en milieux herbacés. In : Lamotte et Boulière, Problèmes
d’Écologie : l’échantillonnage des peuplements animaux des milieux terrestres. Masson,
Paris : 7-54.
Manuscrit déposé le 9 décembre 1971.
Achevé d’imprimer le 30 mai 1973.
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Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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