BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
74
N° 95 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1972
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
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Le Bulletin du Muséum national d'Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
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A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
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générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
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BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 95, septembre-octobre 1972, Zoologie 74
Cycle larvaire de Physaloptera retusa Rudolphi, 1819
(Nematoda, Physalopteridae),
parasite d’un Lézard sud-américain 1
par G. 0. Poinar et Cl. Vaucher *
Résumé. — Les auteurs redécrivent Physaloptera retusa Rud., 1819, dont huit mâles et une
femelle ont été fixés après l’autopsie d’un Ameiva ameiva provenant de Belem (Brésil). Avec les
œufs embryonnés récoltés chez les autres femelles, ils infestent des Criquets et des Blattes ( Schis-
tocerca gregaria Forsk, Blatella germanica L.) chez lesquels ils obtiennent les larves I, II et III
qu’ils décrivent. Deux particularités de ce cycle sont intéressantes à signaler : d’une part, le fait
que la localisation des larves II et III à la surface externe de l’intestin de l’Insecte semble moins
précise que chez d’autres Physalopteridae ; d’autre part, la structure céphalique du deuxième
stade larvaire est identique à celle de l’adulte du genre Skrjabinoptera Schulz, 1927.
Deux Ameiva ameiva L., 1758 (Saurien Tégidé), rapportés de Belem (Brésil) par
M me Irène Landau en septembre 1970, sont parasités au niveau de l’estomac par plusieurs
spécimens mâles et femelles de Physaloptera. Les huit mâles et une femelle sont fixés pour
l’identification de l’espèce, tandis que les autres femelles sont gardées vivantes pour l’étude
du cycle.
Description
Mâles
Longueur 17-25 mm, diamètre au milieu du corps 570-580 p. Œsophage musculaire
380-590 p ; œsophage glandulaire 2,7-4,2 mm. Anneau nerveux, deirides (fig. 1 F) et pore
excréteur situés respectivement à 340-370 p, 420-600 p et 510-720 p de l’apex. Pseudo¬
lèvres avec deux grosses dents externo-latérales et trois dents interno-latérales de hauteur
identique. En vue apicale, deux amphides et quatre papilles céphaliques (fig. 1 C). Tête
entourée d’un bourrelet d’apparence papilleuse d’autant plus visible que les Vers sont
contractés (fig. 1 D, E).
Bourse caudale haute de 1,7-2,05 mm sur 0,97-1,17 mm, portant dix paires de papilles
dont quatre sont pédonculées (fig. 1 H) plus une papille impaire en avant du cloaque. Phas-
mides situées entre les papilles 6 et 7 (terminologie selon Chabatjd, 1956). Ornementation
1. Travail ayant bénéficié d’une subvention de l’OMS.
* Laboratoire de Zoologie (Vers) associé au CNRS, Muséum national d'Histoire naturelle, 57, rue
Cuvier, 75005 Paris.
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cuticulaire de la face ventrale de la bourse formée de stries plus ou moins interrompues
et d’alignements de tirets et de points (fig. 1 II) disposés en files parallèles. Spiculés inégaux :
le gauche (370-470 p.) élargi à l’extrémité en une palette lancéolée ; le droit (360-420 p.)
progressivement aminci en une pointe aiguë et recourbée en hameçon à son extrémité distale
(fig. 1 I).
Femelle
Longueur 26 mm, diamètre au milieu du corps 600 p,. Œsophage musculaire 450 p.,
œsophage glandulaire 3,05 mm. Anneau nerveux, deirides et pore excréteur situés respec¬
tivement à 370 p, 480 p et 600 p de l’apex. Ornementation céphalique identique à celle
du mâle. Vulve située à 5,07 mm de l’apex et anus à 600 p de l’extrémité postérieure. Utérus
didelphe, tronc commun réunissant les deux branches utérines à la chambre à œufs peu
différencié. Vagin mesurant 1,15 mm de long sur 80 p de diamètre. Chambre à œufs de
900 p sur 170 p. Œufs de 40-43 sur 25-28 p.
Discussion
La dentition céphalique de nos spécimens est typique du genre Physaloptera (groupe
VIII de Chabaud, 1956). Nos spécimens mâles possèdent un spiculé droit beaucoup moins
recourbé que ne l’indique la figure d’ORTLEPP (1922). Leur forme sinueuse (fig. 1 G) les
distingue cependant de ceux des autres espèces du même groupe qui possèdent un spiculé
droit rectiligne. Nous pensons donc pouvoir les attribuer à Physaloptera retusa Rud., 1819.
Cette détermination est confirmée par les caractères anatomiques de la femelle, notamment
ceux de la chambre à œufs qui correspondent bien à la redescription qu’en donne Ortlepp
(1922). Les autres critères de détermination s’accordent de manière très satisfaisante avec
les données d’OnTLEPP (1922, 1937) et Chabaud (1956). Nous avons d’autre pari revu le
matériel de Diaz-Ungria (1963) et constaté qu’il est identique au nôtre.
Cycle larvaire
Conditions expérimentales : la culture d’œufs est réalisée avec les utérus des femelles
non fixées. Quinze Criquets ( Schistocerca gregaria Forsk) sont infestés individuellement
avec des œufs embryonnés. Quelques Blattes ( Blatella germanica L.) sont mises en présence
d’œufs embryonnés déposés sur un morceau de pain (le jour précis de l’infestation n’est
donc pas déterminable). Les infestations obtenues ont été faibles et nous n’avons disposé
que d’un petit nombre de larves pour l’étude morphologique.
Fig. 1. — Physaloptera retusa.
A, vue apicale d’un troisième stade larvaire chez le Reptile ; B, vue apicale d’un second stade larvaire
39 jours après l’infestation de Blatella germanica ; C, vue apicale du mâle ; D, tête en vue dorsale du mâle ;
E, tête en vue latérale du mâle ; F, détail d’une des deux deirides ; G, spiculés disséqués ; H, détail de l’orne¬
mentation de la bourse caudale du mâle représentant la disposition des papilles pré- et postcloacles et des
plis cuticulaires (le cadre délimite la partie gauche de la cuticule dont l’ornementation a été entièrement
figurée) ; I, détail de l’ouverture cloacale avec les spiculés sortis.
A, B : éch. 10 p. ; C, D, E : éch. 100 il ; F : éch. 50 [L ; G, H, I : éch. 200 p.
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Un Mabuia mabouya (Lacepède, 1788) (Saurien Scincidé) né au laboratoire reçoit
cinq larves infestantes du 3 e stade. Vingt-huit jours plus tard, l’autopsie révèle la présence
dans l’estomac de deux larves de Physaloptera retusa encore au 3 e stade.
Allure du développement
Le développement s’effectue chez les Blattes et chez les Criquets.
A la température de 23° C, les premières formes infestantes apparaissent au bout de
vingt-cinq jours chez les Criquets. Il n’est pas possible de préciser le moment de la mue I
et de la mue II ; les dissections effectuées à un jour (Criquet), huit jours (Blatte) et vingt
et un jours (Criquet) ont permis de récolter des larves I. Une larve II a été récoltée le
22 e jour chez un Criquet et le 39 e jour chez la Blatte.
La localisation des larves au stade I n’a pu être précisée, mais au stade II et au stade III,
les larves sont encapsulées au niveau de l’iléon, du colon et du début de l’ampoule rectale.
Morphogenèse larvaire
Premier stade
1. Un jour (fîg. 2 A) : la larve d’un jour a la morphologie de la larve à l'éclosion.
Les structures ne sont pas nettes. La tête porte un crochet terminal (?). L’œsophage, dont
l’axe cuticulaire est bien visible, présente un bulbe, un isthme et un corpus. L’intestin a la
forme d’un sac à parois minces. Le pore anal n’a pas été observé. La queue, dépourvue d'aspé¬
rités, est pointue.
Longueur 240 p, diamètre 13 p. Pore excréteur à 72 p de l’apex.
2. Huit jours : le rectum (cellules R 2 , R 3 , R 4 ) commence à se différencier ; la cellule
R x est volumineuse et située près de la face ventrale de l’intestin. Le sac intestinal renferme
des granules. L’œsophage est mieux délimité, mais le segment apical n’est pas encore très
net. L’ébauche génitale est située juste en avant de la cellule R x .
Longueur 210 p, diamètre 16 p. Pore excréteur à 65 p de l’apex. Ébauche de l’anneau nerveux
à 50 p de l’apex. Cellule R 4 à 70 p de l’extrémité postérieure.
3. La larve de la figure 2 B est à un stade I âgé. Elle est allongée et épaissie. L’œso¬
phage n’arrive pas au contact du pore buccal. L’intestin s’estrallongé et ses cellules se sont
multipliées. L’ébauche génitale est encore au stade de quatre cellules.
Longueur 375 p, diamètre 26 p. Anneau nerveux, pore excréteur et ébauche génitale situés
respectivement à 70 p, 100 p et 210 p de l’apex. Anus à 70 p de l’extrémité postérieure.
Deuxième stade
La tête de la larve au deuxième stade a une bouche aplatie latéralement (fig. 1 B).
Elle est renforcée par un cadre cuticulaire qui porte deux dents latérales simples ; les
amphides et les quatre papilles céphaliques sont volumineuses ; dix points réfringents autour
de la bouche pourraient correspondre à quatre papilles labiales externes et six labiales
Fig. 2. — Physaloptera retusa.
A, larve Lj un jour après l’infestation ; B, larve après un développement de 21 jours à 23°C chez
le Criquet ; C, larve L 2 récoltée après un développement de 22 jours à 23°C chez le Criquet ; C’, détail de
son extrémité caudale ; D, extrémité antérieure d’une larve L 3 obtenue après une évolution de 25 jours
à 23°C chez le Criquet ; E, détail de son ébauche génitale ; F, détail de son extrémité caudale.
A : éch. 20 (x ; B : éch. 20 p ; C et C’ : éch. 30 p ; D, E, F : éch. 100 p.
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internes. L’œsophage est différencié en œsophage musculaire à symétrie triradiée bien
visible d’après la disposition des noyaux et en œsophage glandulaire chargé de granules
de sécrétion (fig. 2 C).
Longueur 640 p, diamètre 50 p. Anneau nerveux, pore excréteur et ébauche génitale situés
respectivement à 70 [X, 120 p et 275 |X de l’apex. Anus à 70 p de l’extrémité postérieure. Œsophage
musculaire débutant à 15 [X de l’apex et se terminant à 10 p en avant de l’anneau nerveux. Extré¬
mité postérieure de l’œsophage glandulaire à 200 p de l’apex.
Troisième stade (chez l’Insecte)
L’exemplaire étudié provient d’un Criquet disséqué vingt-cinq jours après l’infestation.
La tète porte deux amphides et quatre papilles céphaliques entourant la bouche apla¬
tie latéralement. La dentition de chaque pseudolèvre comprend une dent externo-latérale
et trois interno-latérales à pointes très émoussées (fig. 1 A). Les quatre sacs cervicaux sont
mis en place. L’œsophage musculaire est formé de trois groupes de trois cellules (fig. 2 D).
L’œsophage glandulaire s’est considérablement allongé. L’ébauche génitale (fig. 2 E) est
constituée d’une vingtaine de cellules. Dans la région postérieure, la communication entre
les lumières intestinale et rectale n’est pas tout à fait réalisée (fig. 2 F).
Longueur 2,4 mm, diamètre 95 p. Anneau nerveux, pore excréteur et ébauche génitale situés
respectivement à 135 p, 230 p et 1,35 mm de l’apex. Sacs cervicaux de 60-80 p sur 13 p. Œso¬
phage musculaire 140 p, œsophage glandulaire 575 p. Anus à 120 p de l’extrémité postérieure.
Troisième stade (chez un Reptile)
L’anatomie des deux larves étudiées ne présente pas de différences appréciables par
rapport à celle des larves récoltées chez les Insectes. La taille des Nématodes a cependant
augmenté de moitié environ.
Longueur 3,5 mm, diamètre 150 p. Œsophage musculaire 200 p, œsophage glandulaire 1200 p.
Anneau nerveux, pore excréteur et ébauche génitale situés respectivement à 185 p, 325 p et 1,45 mm
de l’apex. Anus à 140 p de l’extrémité postérieure.
Conclusions
Deux remarques nous paraissent intéressantes à propos de ce cycle.
La localisation des capsules des deuxième et troisième stades est moins précise (même
au cours d’infestations modérées) qu’elle ne l’est chez d’autres espèces telles qn ’Abbreviata
caucasica et Physaloptera hispida (Poinar et Quentin, 1972 ; Schell, 1952).
La structure céphalique au deuxième stade larvaire est comparable à celle du genre
Skrjabinoptera (cf. Chabaud, 1956) ; mais dès le troisième stade, la structure céphalique
est comparable à celle de l’adulte.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Chabaud, A. G., 1956. — Essai de révision des Physaloptères parasites de Reptiles. Ann. Parasit.
hum. comp., 31 : 29-52.
Diaz-Ungria, C., 1963. — - Nematodes parasitos collectados por la mission Chauvancy en Guyana
Francesa. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 35 : 441-453.
CYCLE LARVAIRE DE PHYSALOPTERA RETUSA
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Ortlepp, R. J., 1922. — The nematodes genus Physaloptera Rud. Proc. zool. Soc. London , dec. :
999-1107.
— 1937. — Some undescribed species of the nematode genus Physaloptera Rud., together
witli a key to the sufhciently known forms. Onderstepoort J. of Vet. Sci. and Animal Ind.,
9 : 71-84.
Poinar, G. O., et J.-Cl. Quentin, 1972. — The development of Abbreviata caucasia (von Linstow)
(Physalopteridae : Spirurida) in an intermediate host. J. Parasit. (sous presse).
Schell, S. C., 1952. — Tissue réactions of Blatella germanica L. to the developing larva of Phy¬
saloptera hispida Schell, 1950 (Nematoda : Spiruroidea). Trans. Am. Micr. Soc., 71 : 293-
302.
Manuscrit déposé le 30 décembre 1971.
Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 95, sept.-oct. 1972,
Zoologie 74 : 1321-1327.
Achevé d’imprimer le 30 mai 1973.
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Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
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Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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