BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
93
N° 121 MARS-AVRIL 1973
111111111111111111111111111 i 11111 ! I ! 11111111111111111 1 !
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : P r M. Vachon.
Comité directeur : P rs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr. M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr. N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d'Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His¬
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum
36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
Crédit Lyonnais, agence Y-425) ;
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Cuvier, 75005 Paris.
Abonnements pour l’année 1973
Abonnement général : France, 360 F ; Etranger, 396 F.
Zoologie : France, 250 F ; Étranger, 275 F.
Sciences de la Terre : France, 60 F ; Étranger, 66 F.
Écologie générale : France, 60 F ; Étranger, 66 F.
Botanique : France, 60 F ; Étranger, 66 F.
Sciences physico-chimiques : France, 15 F ; Étranger, 16 F.
International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 121, mars-avril 1973, Zoologie 93
Ascidies abyssales récoltées
au cours de la campagne océanographique Biaçores
par le « Jean-Charcot »
par Claude Monniot et Françoise Monniot *
Résumé. — La collection d’Ascidies abyssales de la campagne Biaçores comprend 26 espèces
dont 10 nouvelles pour la Science. 9 familles sont représentées. Le nombre d’individus par station
est parfois très grand. L’abondance des animaux et la variété des espèces s’observent surtout
au-delà de 3 000 m de profondeur sur les boues calcaires de la plaine abyssale. La répartition géo¬
graphique de chaque espèce est donnée. Une discussion sur la diversité des Ascidies abyssales
dans l’Atlantique est ouverte.
Abstract. — Abyssal Ascidians collected during the cruise Biaçores include 26 species, of
which 10 are new. 9 families are represented. In some stations the specimen number is impor¬
tant. A great number of animais and a high spécifie variety are principally observed from depths
greater than 3 000 m in calcareous clay on abyssal plains. The géographie distribution of each
species is given. A discussion about the diversity of abyssal Ascidians in the Atlantic is ope-
ned.
SOMMAIRE
Liste des stations. 390
Répartition des espèces dans chaque station. 392
Etude des espèces
Polyclinidae . 394
Cionidae. 398
Octacnemidae. 402
Corellidae. 416
Agnesiidae. 418
Remarques sur les adaptations des Phlébobranches à une vie libre. 428
Styelidae . 429
Pyuridae. 445
Molgulidae. 455
Hexacrobylidae. 457
* Biologie des Invertébrés marins et Malacologie, Muséum national d'Hisloire naturelle, 57, rue Cuvier,
75005 Paris.
121 , 1
390
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
Répartition des Ascidies abyssales dans l’Atlantique . 462
Répartition mondiale des familles et des genres d’Ascidies abyssales.... 469
Abondance et diversité des Ascidies abyssales . 471
Annexe : Compléments à la clé mondiale des genres d’Ascidies. 473
Références bibliographiques . 474
Les Ascidies étudiées ont été récoltées au cours d’une campagne océanographique
du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris qui s’est déroulée du 29 septembre au
20 novembre 1971. Cette expédition essentiellement biologique avait plusieurs objectifs :
la récolte de la faune bentliique littorale et profonde, l’étude du plancton et la sédimen-
tologie.
Les animaux décrits ici ne comprennent que les Ascidies des stations benthiques pro¬
fondes. Les Tuniciers littoraux font partie d’une faune totalement différente et il nous
a paru préférable de les décrire dans une autre publication.
Tous les spécimens sont déposés au Muséum national d’Histoire naturelle, y compris
ceux qui ont été disséqués, colorés et montés en préparations permanentes. Les numéros
des lames sont indiqués pour chaque espèce.
Les stations contenant des Ascidies sont pour la plupart des fonds de boue calcaire.
Les apports volcaniques sont très importants à proximité des îles, sous forme de cailloutis
ou de cendres. Ils provoquent là où ils sont présents un appauvrissement marqué de la
faune, sauf pour quelques espèces qui trouvent un support sur les ponces.
La collection d’Ascidies de grande profondeur de la région des Açores a l’intérêt d’appor¬
ter un grand nombre d’espèces nouvelles, mais elle permet surtout une comparaison inté¬
ressante avec d’autres récoltes d’Ascidies aux mêmes profondeurs dans d’autres régions
et plus particulièrement au voisinage des Bermudes. La distribution biogéographique sera
discutée.
Liste des stations 1
(Fig. 1)
Cette liste ne comprend que les stations dans lesquelles des Ascidies ont été récoltées.
D’autres prélèvements effectués à une profondeur supérieure à 1 000 m ne contenaient
pas de Tuniciers en raison de la nature du fond ou du type d’engin utilisé. Il faut cependant
remarquer l’abondance et la diversité des Ascidies à grande profondeur.
St. 54 — 38°12'N et 28°15'W — profondeur 1 810 m — vase sableuse — drague épibenthique
Hessler et Sanders — 12 octobre 1971.
St. 64 — 38°43'N et 28°29'W — profondeur 1 240 à 1 200 m —- vase calcaire à Globigérines et
Ptéropodes (68 % calcaire, 15 % silicates, 17 % pélites) — drague épibenthique Hessler et
Sanders — 14 octobre 1971.
St. 113 — 39°29'N et 31°20'W — profondeur 850 à 780 m — cailloutis de ponces, coquilles et
coraux — drague à roche Boileau — 20 octobre 1971.
1. Pour certaines stations, les proportions de calcaire, silicates et pélites ont été communiquées par
J. P. Caulet que nous remercions. Les proportions élevées de silicates correspondent à des apports vol¬
caniques.
ASCIDIES ABYSSALES
391
Fig. 1. — Carte des stations profondes de la campagne Biaçores contenant des Ascidies.
St. 120 — 39°03'N et 32°43,5'W — profondeur 2 100 m— boue calcaire à coccolithes (95 % cal¬
caire, 1 % silicates, 4 % pélites) — drague épibenthique Hessler et Sanders — 22 octobre
1971.
St. 126 — 39°19,5'N et 33°47'W — profondeur 3 360 m — boue calcaire à coccolithes (97 %
calcaire, 1 % silicates, 2 % pélites) — drague épibenthique Hessler et Sanders — 23 octobre
1971.
St. 129 — 38°58'N et 33°26,5'W — profondeur 3 056 à 3 000 m — boue calcaire — chalut à dou¬
ble perche Blake — 23 octobre 1971.
St. 130 — 38°54,5'N et 33°22'W — profondeur 2 966 à 2 940 m — vase calcaire à Globigérines
(89 % calcaire, 1 % silicates, 10 % pélites) — drague épibenthique Hessler et Sanders —
24 octobre 1971.
St. 146 — 37°39,5'N et 25°35,5'W — profondeur 334 à 330 m — sable terrigène grossier à cail-
loutis de ponces — drague à roche Boileau — 30 octobre 1971.
St. 171 — 37°58,5'N et 26°07'W — profondeur 3 215 m — cailloutis de ponces et scories embal¬
lés dans de la vase calcaire à Globigérines (72 % calcaire, 20 % silicates, 8 % pélites) — cha¬
lut à une perche — 1 er novembre 1971.
St. 174 — 38°06'N et 26°15'W — profondeur 3 100 à 3 050 m — cailloutis de ponces et scories
emballés dans de la vase calcaréo-siliceuse à Globigérines (66 % calcaire, 24 % silicates, 10 %
pélites) — chalut à double perche Blake — 1 er novembre 1971.
St. 195 — 37°56'N et 24°49,5'W — profondeur 1 776 à 1 700 m — sable terrigène grossier à débris
de ponces — drague épibenthique Hessler et Sanders — 5 novembre 1971.
392
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
St. 202 — 37°26,5'N et 25°00'W — profondeur 2 900 m —- cailloutis de ponces emballés dans
de la vase calcaréo-siliceuse à Globigérines (60 % calcaire, 30 % silicates, 10 % pélites) —
chalut à une perche — 6 novembre 1971.
St. 235 — 37°18,5'N et 25°32,5'W — profondeur 2 115 à 2 085 m — cailloutis de ponces — chalut
à une perche — 11 novembre 1971.
St. 245 — 40°57'N et 22°16'W — profondeur 4 270 m — boue calcaire à coccolithes (94 % cal¬
caire, 1 % silicates, 5 % pélites) — chalut à une perche — 14 novembre 1971.
St. 249 — 42°50'N et 17°32,5'W — profondeur 4 690 à 4 620 m — boue calcaire à coccolithes
(87 % calcaire, 2 % silicates, 11 % pélites) — chalut à une perche — 16 novembre 1971.
St. 250 — 45°54,5'N et 17°29,5'W — profondeur 4 680 m — boue calcaire à coccolithes (94 %
calcaire, 1 % silicates, 5 % pélites) — drague épibenthique Hessler et Sanders — 16 novembre
1971.
St. 251 — 47°38'N et 08°56'W — profondeur 3 600 à 3 360 m —- mâchefer et cailloutis emballés
dans la vase — chalut à une perche — 17 novembre 1971.
St. 252 — 47°35,5'N et 08°47'W — profondeur 2 700 à 2 250 m — cailloutis, coraux et vase
— chalut à une perche — 18 novembre 1971.
RÉPARTITION DES ESPÈCES DANS CHAQUE STATION
(Tableau I)
Le tableau I indique les espèces d’Ascidies récoltées dans chaque station. Les stations
sont classées par profondeurs croissantes. Les résultats sont très variables ; ils dépendent
surtout de quatre facteurs : la configuration et la stabilité du fond (pente du talus conti¬
nental ou plaine abyssale), la composition granulométrique et chimique du fond, la pro¬
fondeur, l’engin de récolte utilisé.
Les stations effectuées sur la pente du talus continental où le fond est instable com¬
prennent une importante fraction de sédiments d’origine volcanique. Ces stations se sont
révélées pauvres quel que soit le moyen de prélèvement utilisé. Dans la plupart des cas,
ce sont des espèces fixées qui ont été récoltées : Styela similis et Situla lanosa. Ceci appa¬
raît dans les premières colonnes du tableau : St. 146 : 1 espèce fixée ; St. 113 : 1 espèce
fixée ; St. 195 : 1 espèce fixée et 1 libre ; St. 54 : 1 espèce libre ; St. 235 : 1 espèce fixée ;
St. 130 : 1 espèce libre.
En bas de la pente du talus continental, là où la profondeur est déjà importante mais
où les cendres volcaniques sont abondantes, les résultats ne sont guère meilleurs : St. 64 :
15 % de silicates, 4 espèces ; St. 202 : 30 % de silicates, 1 espèce ; St. 174 : 24 % de silicates,
1 espèce ; St. 171 : 20 % de silicates, 2 espèces. Pour ces trois dernières stations, l’engin
utilisé était un chalut à perche.
Les fonds de boue calcaire à coccolithes, de vases à Globigérines où la proportion de
silicates est faible (1 à 2 %) sont par contre très riches en Ascidies. Les silicates sont consti¬
tués par une part importante de Radiolaires. Le nombre d’espèces d’Ascidies peut alors
être considérable dans une même station, par exemple 15 pour la station 126.
Les résultats dépendent de l’engin utilisé. La drague épibenthique de type Ilessler
et Sanders, 1967, a permis de récolter le plus grand nombre d’espèces. Ceci doit être dû
surtout aux dimensions des mailles de la poche. En effet, des résultats à peu près compa¬
rables peuvent être observés lorsque les chaluts s’envasent (ex. : St. 245, St. 249), à condi-
ASCIDIES ABYSSALES
393
Tableau I.
Répartition des espèces par station.
■8 e
Cl, <ü
■P
o n3
S P
en
Polyclinidae
Aplidium enigmaticum n.sp.
Cionidae
Araneum sigma n.g., n.sp.
Agnesiidae
Proagnesia depressa
Agnesia atlantioa n.sp.
Adagnesia oharaoti n.sp.
Corellidae
Abyssasoidia millari
Octacnemidae
Situla lanosa n.sp.
Ootaonemus ingolfi
Styelidae
Polyoarpa pseudoalbatros si
Cnemidoaarpa bathyphila
Cnemidocarpa bythia
Styela looulosa
Styela similis
Styela ohaini
Styela oharaoti n.sp.
Styela orinita n.sp.
Bathystyeloides enderbyanus
Bathyonous herdmani
Pyuridae
Bathypyura oelata n.sp.
Pyurella hemia n.g., n.sp.
Bolteniopsis sessilis
Culeolus suhmi
Molgulidae
Molguloides n.sp.
Paraeugyrioides n.sp.
Hexacrobylidae
Hexaorobylus indicus
Gasterasaidia lyra n.sp.
Total
CN LT)
CO iH
CO 00
O CO
CN CO
cm i>
rH tH
O O
tH CD
CO O
tH CN
o lo
O CN
rH CO
CN CN
O CO
O LO
CD CD
CN CN
CO LD
CN C"-
O O
CO CO
LO O
iH CO
CN CO
CO CO
O O LO O
CN O LO CO
J CN CO CO
co d- =t
1142116111112 15 37 10 9
394
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
tion que le lavage ne soit pas trop important pendant la remontée. Un chalut ayant cor¬
rectement travaillé sur le fond, mais non envasé, est pauvre (ex. : St. 129, 1 espèce, Styela
similis fixée sur les cailloux).
La plupart des stations n’ont, été explorées qu’avec un engin de prélèvement. Pourtant,
pour les stations 249 et 250 faites au même point, explorées l’une avec une drague épibenthique,
l’autre avec un chalut à perche qui s’est envasé, une comparaison est possible. La faune
récoltée n’est pas la même dans les deux cas. Les grandes espèces de Situla, Octacnemus
et Culeolus ne sont qu’exceptionnellement capturées par la drague épibenthique (pour
leurs formes adultes). Les Ascidies de taille moyenne, de 5 à 15 mm, par exemple Araneum,
Hexacrobylus et Gasterascidia, sont retenues par le chalut en plus grande abondance. Celui-ci
traîné plus longtemps et muni de mailles plus grandes permet le passage dans sa poche
d’une quantité de sédiment bien supérieure. Le chalut permet alors la récolte d’espèces
moins abondantes. Mais pour les petites espèces, qui ont une taille de I à 4 mm et qui cons¬
tituent la majorité des Ascidies abyssales, la drague épibenthique semble être le moyen
de récolte le plus efficace actuellement.
L’association sur un même fond de la drague épibenthique et d’un chalut à une perche
avec une chaîne de ventre a permis la meilleure récolte pour une étude qualitative de la
faune benthique abyssale au cours de la campagne Biaçores.
Nous venons de voir que la variété spécifique croît avec la profondeur. Le nombre
d’individus récoltés augmente de façon encore plus nette avec cette profondeur pour les
espèces qui vivent libres sur le fond. Les quelques espèces fixées sont abondantes si le nom¬
bre de supports sur lesquels elles se fixent est suffisant. Dans certains cas (St. 245), Cne-
midocarpa bythia peut être présente sur plus de 10 % des cailloutis remontés, compte non
tenu d’un nombre d’individus au moins équivalent qui avaient été décrochés et qui ont
été trouvés en lavant et en filtrant la vase contenue dans le chalut. Il nous a semblé qu une
grande partie des supports disponibles était utilisée.
Nous n’avons pas indiqué dans le tableau I le nombre d’individus de chaque espèce
par station. Il est donné à propos des descriptions des espèces. La diversité des moyens
de prélèvement et le petit nombre de récoltes effectuées dans des conditions comparables
ne permettent pas de donner à ces chiffres une valeur quantitative, même à titre indica¬
tif.
ÉTUDE DES ESPÈCES
Ordre des APLOUSOBRANCHIATA
Famille des Polyclinidae
? Aplidium enigmaticum n. sp.
(Fig. 2 ; 3 ; 18, A)
Lames n° Al-401 à A1-426.
St. 64 : 1 240 à 1 200 m, quelques colonies ; St. 126 : 3 360 m, 260 colonies ; St. 130 : 2 966 à
2 940 m, quelques colonies ; St. 245 : 4 270 ni, quelques colonies.
<&' ■ uf
396
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
Les colonies sont toujours de petite taille, les plus grandes atteignent 10 mm de hauteur,
sans compter les rhizoïdes. Elles se présentent le plus souvent sous la forme d’une boule
ou d’un cylindre porté sur un pédoncule d’un diamètre un peu moindre qui se divise ou
non en plusieurs « pieds » (fig. 2, A et 18, A).
La tunique est entièrement incrustée de foraminifères entiers ou brisés, aussi bien
à sa surface que dans ses couches internes. Des rhizoïdes prennent naissance irrégulière¬
ment sur toute la surface de la colonie, sauf au niveau des siphons. Ils sont plus longs et
plus ramifiés au niveau des « pieds » de la colonie.
Les zoïdes sont disposés parallèlement les uns aux autres, le thorax dans la partie
élargie antérieure et l’abdomen dans les « pieds ». Quand les colonies ont des pieds bien
individualisés, à chacun correspond un zoïde. De très nombreuses colonies ne contiennent
qu’un zoïde.
Chaque colonie n’est jamais constituée que d’un système de zoïdes. Quand un sys¬
tème est constitué, le siphon cloacal est situé au milieu de la face supérieure de la colonie
et s’ouvre au sommet d’une élévation de la tunique. Son bord est entier et lisse. Les siphons
buccaux sont disposés en couronne sur le bord externe supérieur de la colonie. Ils ont une
forme de fente, surmontée d’une expansion membraneuse lobée ; selon les colonies, le nom¬
bre de ces lobes est variable de 3 à 9. A ce niveau, la tunique est tout à fait transparente,
très molle, et ne porte aucun élément incrusté (fig. 2, A). La plupart des colonies sont dans
un état de contraction extrême et les structures deviennent invisibles.
Les zoïdes sont faciles à extraire de leur tunique. Leur manteau opaque laisse très
difficilement discerner les différents organes par transparence. Toujours contractés, ils
présentent un étranglement important (sinon une cassure) entre le thorax et l’abdomen.
Une forte bande musculaire longe l’abdomen et le postabdomen. Il n’est pas possible
d’évaluer ce que serait normalement la longueur d’un zoïde. Elle est probablement à peu
près égale à la hauteur de la colonie.
Le siphon buccal est dissymétrique. Il est généralement bordé de 8 lobes mais les varia¬
tions sont grandes, y compris dans une même colonie. Il serait plus juste de dire qu’il existe
de 6 à 10 lobes buccaux, les lobes dorsaux étant toujours plus allongés que les lobes ven¬
traux (fig. 2, B et C).
Le siphon cloacal est situé nettement plus bas que le siphon buccal. Son ouverture
est marquée d’un fin bourrelet. Il est surmonté de 3 grands lobes dorsaux égaux qui for¬
ment une languette très large. Il existe ou non 3 petits lobes ventraux. Ici encore, le nombre
de lobes cloacaux n’est qu’une indication ; il peut y avoir presque aussi fréquemment 2
lobes dorsaux et 2 lobes ventraux. Parfois, le nombre de lobes dorsaux est multiplié : 5,
6 ou 7 ; les lobes ventraux ont alors tendance à disparaître.
La musculature thoracique (fig. 2, B et C) n’est pas forte. Il y a en moyenne 6 fais¬
ceaux musculaires de chaque côté, qui se réunissent à la base de l’endostyle en un ruban
ventral.
La branchie est extraordinairement variable (fig. 3, A, B, C). Dans la plupart des cas
(90 % des zoïdes), elle n’est développée que du côté gauche (fig. 3, A et B) ; pour les autres
individus, elle a un développement normal.
Dans le cas où la branchie n’est développée que du côté gauche, les deux parties du
manteau situées de chaque côté de l’endostyle sont égales. Des stigmates apparaissent
seulement du côté gauche avec les languettes du raphé. Du côté droit, le manteau est lisse.
ASCIDIES ABYSSALES
397
Fig. 3. — Aplidium enigmaticum n. sp. : A-C, thorax ouverts par la face ventrale ; A, zoïde à trois rangs
de stigmates et branchie décalée vers la gauche ; B, zoïde à quatre rangs et brancliie décalée vers la
gauche ; C, zoïde à cinq rangs et branchie symétrique ; D, zoïde entier, contracté avec réservoir sper
matique ; E, zoïde entier contracté, hermaphrodite.
Echelle = 1 mm.
398
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
Au niveau de l’entrée de l’œsophage, il existe un vélum aussi bien du côté gauche que
du côté droit. Le rectum est situé à gauche, derrière la branchie. Les languettes du raphé
sont déplacées sur la gauche par rapport à la ligne médiodorsale. On compte le plus souvent
beaucoup plus de stigmates à gauche du raphé qu’à droite.
Dans le cas où la branchie est développée des deux côtés du corps (fig. 3, C), le raphé
est quand même décalé à gauche. Le nombre de stigmates par rang est alors nettement
plus grand. Le nombre de rangs de stigmates varie de 3 à 5 (fig. 3, A, B, C). Le cas le plus
général est celui d’un animal qui a 3 rangs de stigmates à gauche du thorax seulement.
Mais toutes les combinaisons existent entre le nombre de rangs (3, 4 ou 5) et la symétrie
ou la dissymétrie de la branchie.
L’abdomen (fig. 2, B, C) est court, contracté. L’œsophage n’a pas pu être correctement
observé. L’estomac est cylindrique. Il présente 4 plis arrondis mais peu marqués. L’intestin
a une portion descendante élargie puis deux cæca à la base du rectum. L’anus débouche
au niveau du deuxième rang de stigmates.
L’ovaire (fig. 2, B, C ; fig. 3, D, E) est situé sous la boucle intestinale et ne comprend
que très peu d’ovocytes. Le testicule est généralement constitué de 2, 3 ou 4 lobules alignés.
Le spermiducte droit remonte le long du rectum. Dans les 4 zoïdes d’une même colonie,
le spermiducte était dilaté en ampoule au niveau de l’estomac (fig. 3, D).
Le cœur est situé à l’extrémité postérieure du postabdomen où il se distingue géné¬
ralement par un renflement prononcé chez les animaux contractés.
Les larves (fig. 2, D) sont très rares dans les colonies observées. Quand elles existent,
il n’y en a qu’une par zoïde, allongée dans la cavité cloacale.
La structure de la larve est banale (fig. 2, D). Cependant, il n’y a qu’un granule sen¬
soriel, l’otolithe. La queue de la larve est allongée ; elle fait plus d’un tour de l’embryon.
Il est difficile de placer cette espèce dans un genre bien défini. Il s’agit bien d’une
Polyclinidae puisqu’il y a un postabdomen contenant les gonades et le cœur. La présence
de 8 lobes buccaux (dans le cas le plus général) pourrait faire placer cette espèce dans le
genre Sidnyum. Mais le nombre de denticules du siphon buccal est trop variable pour que
ce seul caractère soit déterminant.
La présence de 3 rangs de stigmates seulement dans la plupart des colonies pourrait
faire penser au genre Pseudodistoma, mais, ici, il y a un cloaque commun.
Nous n’avons pas voulu faire de Aplidium enigmaticum un genre nouveau ; l’espèce
étant très variable, certains individus entrent parfaitement dans la diagnose du genre
Aplidium.
Ordre des PHLEBOBRANCHIATA
Famille des Cionidae
Araneum sigma n. g., n. sp.
(Fig. 4 ; 5 ; 18, B)
Lames n° Pl-11 à Pi-15.
St. 126 : 3 360 m, 2 spécimens de 4 et 6 mm ; St. 245 : 4 270 m, 1 spécimen de 5 mm ; St. 249 :
4 620 à 4 690 m, 2 spécimens de 9 et 11 mm.
ASCIDIES ABYSSALES
399
Fig. 4. — Araneum sigma n. g., n. sp. : A, habitus ; B, fragment de branchie ; C, tube digestif et gonades
vus par la face interne ; D, tube digestif et gonades vus par la face externe.
Échelles : 1 = 2,5 mm (A) ; 2 = 500 p (B) ; 3 = 1 mm (C, D).
Ces Ascidies ont un corps extrêmement mou et forment à la sortie de la drague une
petite masse membraneuse repliée sur elle-même. Une fois les animaux étalés dans l’eau,
ils ont la forme d’un triangle aplati latéralement dont deux des angles sont occupés par
les siphons ; le troisième porte quelques prolongements de la tunique sous forme de rhi-
zoïdes fins qui attachent l’animal à des foraminifères ou des particules diverses (fig. 4,
A et 18, B).
La tunique peut être nue ou presque, elle est alors très transparente, finement granu¬
leuse, ou bien partiellement couverte de foraminifères et de particules calcaires diverses.
La tunique est toujours très fine et souple.
400
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
Le siphon buccal est irrégulièrement lobé, sa bordure paraît déchirée en lambeaux
mais ceci n’est qu’une impression. Il y a 1 ou 2 lobes dorsaux beaucoup plus longs que les
autres (fig. 4, A). Le siphon cloacal est lui aussi lobé et porte des expansions fdiformes.
Le corps de l’Ascidie est beaucoup moins grand que la tunique qui l’enveloppe et
il se trouve, ramassé, près d’un siphon. Cette situation peut facilement faire croire que la
Fig. 5. — Araneum sigma n. g., n. sp. : animal ouvert par la face ventrale.
A. anus ; C. n., complexe neural ; G., gonade ; M., muscles ; P.b., papilles branchiales ; R., raphé ; S.b.,
siphon buccal ; S.c ., siphon cloacal ; S.pc ., sillon péricoronal ; S.t ., sinus transverse ; T ., tentacule ;
T.d ., tube digestif.
Echelle = 2 mm.
ASCIDIES ABYSSALES
401
tunique est vide. Le manteau est très fin et transparent. La musculature y est peu déve¬
loppée et réduite, sur la face ventrale, à quelques faisceaux rubanés parallèles entre eux
et perpendiculaires à la ligne médio-ventrale (fig. 5, M.).
De plus, un faisceau musculaire court et large est situé sur la face dorsale perpendi¬
culaire à la ligne intersiphonale, à la base du siphon cloacal (fig. 5).
Le ganglion nerveux (fig. 5, C.n.) est situé à la base du siphon cloacal ; il se trouve
donc très éloigné du siphon buccal.
Une trentaine de tentacules coronaux filiformes sont disposés irrégulièrement sur un
seul cercle. Ils semblent être de 2 ordres (fig. 5, T.).
Le sillon péricoronal est extrêmement long et sinueux (fig. 5, S.pc.). Il dessine un
V très fermé. Le tubercule vibratile est bordé de 2 lobes membraneux.
La branchie est très réduite. L’endostyle est court, plat et étroit. Le raphé est cons¬
titué de 3 papilles seulement (fig. 5, R.).
Il y a 4 rangs de stigmates séparés par 3 sinus transverses qui portent des papilles
simples, longues, plates et molles. Les stigmates ne sont en réalité que des perforations
longitudinales très nombreuses, irrégulières, non ciliées. Il ne reste de la lame fondamentale
que de très fines travées cellulaires (fig. 4, B et fig. 5).
Chez les individus jeunes, les travées tissulaires entre les perforations sont un peu
plus larges. La présence de petites perforations triangulaires dont la base est située le long
des sinus transverses permet de penser qu’il s’agit de stigmates en développement, selon
le schéma général de croissance des stigmates droits longitudinaux des Phlébobranches.
La branchie de Araneum sigma forme un sac court, très largement ouvert dans sa
partie antérieure, dont les parois dorsale et ventrale sont très réduites.
Le tube digestif est entièrement situé sous la branchie sans que l’on puisse déterminer
s’il se place plus à gauche qu’à droite (fig. 5). Il est constitué d’un œsophage étroit, d’un
estomac peu dilaté qui n’a pas de limites précises (fig. 4, C, D). La partie stomacale est
allongée et constitue le fond de la boucle intestinale. L’intestin est rectiligne, isodiamé-
trique.
La gonade est située dans la boucle intestinale (fig. 4, C, D). L’oviducte est dilaté et
on y voit une accumulation d’œufs. Le spermiducte court le long du rectum.
C’est à la famille des Cionidae que nous rattacherons, au moins provisoirement, ce
genre.
Diagnose du genre Araneum
Phlébobranche à tube digestif situé sous la branchie ; branchie constituée de sinus
transverses portant des papilles digitiformes simples ; pas de stigmates ciliés, remplacés
par des perforations longitudinales.
Remarques
Les seules Ascidies qui possèdent à la fois des stigmates droits et des papilles simples
sont les Tylobranchion, mais le reste de leur structure interne ne présente aucune analogie
402
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
avec Araneum sigma. Cette espèce, par la forme de ses papilles, pourrait être rapprochée
des Agnesia de grands fonds ; mais là, la structure des stigmates est très différente.
D’autres Phlébobranches à branchie réduite et dépourvue de cils se rencontrent à
grande profondeur. Les Corynascidia ont des sinus longitudinaux complets et les stigmates
sont disposés irrégulièrement selon un plan qui suggère une spirale. C’est également le cas
de Corellopsis translucida Millar, 1970, qui, elle, ne possède que des papilles digitiformes.
La structure de Araneum sigma se rapproche davantage de celle de Ciallusia longa et de
Pterygascidia mirabilis, espèce voisine où les perforations branchiales se disposent longi¬
tudinalement. Mais, là encore, il existe des sinus longitudinaux qui, s’ils ne sont pas complets,
sont au moins représentés par des papilles bifides.
C’est pourtant à ces deux dernières espèces que Araneum sigma ressemble le plus.
La position du tube digestif situé sous la branchie, la tendance à la réduction de la muscu¬
lature radiaire et son remplacement par des bandes musculaires perpendiculaires à l’axe
du corps, les ornementations dissymétriques sur les siphons ( Ciallusia longa d’après Tokioka,
1967) sont communs aux trois espèces. Mais la forme générale du corps, la très grande
distance entre le siphon buccal et le complexe neural (fig. 5) et l’extrême réduction de la
branchie isolent Araneum de toutes les Phlébobranches connues.
Famille des Octacnemidae
Situla lanosa n. sp.
(Fig. 6 ; 7 ; 8 ; 9 et 18, E, F)
Lames n° P6-8 à P6-17.
St. 126 : 3 360 m, une vingtaine de spécimens jeunes mesurant de 1,5 à 5 mm ; St. 235 : 2 115
à 2 085 m, 1 spécimen complet ; St. 249 : 4 620 à 4 690 m, 1 spécimen complet et une tunique vide ;
St. 251 : 3 600 à 3 360 m. 18 spécimens complets, 11 masses viscérales isolées, 60 tuniques vides ;
St. 252 : 2 550 à 2 700 m, 2 spécimens complets, 1 masse viscérale isolée, 6 tuniques vides.
Seul un observateur prévenu et attentif peut reconnaître ces animaux qui mesurent
pourtant une dizaine de centimètres. Il est en effet difficile de les distinguer dans la masse
de vase et d’animaux divers à la sortie du chalut.
Les Situla se présentent sous la forme de masses allongées, molles, plus ou moins trans¬
parentes et enrobées de vase. On peut néanmoins distinguer la tunique villeuse et la masse
viscérale d’un blanc sale. Quelques exemplaires sont encore accrochés sur de petits cailloux
mais la plupart ont été arrachés. Beaucoup n’existent plus que sous la forme d’une tunique
vide.
Les Situla peuvent se confondre avec les Salpes en mauvais état capturées à la remon¬
tée du filet, mais la tunique de ces dernières est lisse et la masse viscérale (nucléus) est
colorée. 11 est difficile aussi de faire à première vue le partage entre les Situla et les coques
vides de Mollusques pélagiques ainsi que les tubes digestifs expulsés par les Holothuries
Fig. 6. — Situla lanosa n. sp. : à gauche, adulte vu par la face orale (reconstitution) ;
à droite, exemplaire jeune vu par la face droite.
Echelles = 2,5 cm à gauche et 0,5 cm à droite.
404
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
capturées en même temps. La méconnaissance de l’aspect de ces animaux explique pro¬
bablement le fait qu’ils n’aient pas été récoltés en abondance plus tôt.
Tous les exemplaires complets sont fortement contractés, ce qui leur donne l’aspect
d’une « cuillère » ou d’une « barque ». Même chez les animaux contractés, l’ouverture du
siphon buccal est presque aussi grande que le corps. Le corps est fixé au support par une
large base dont le diamètre atteint au moins 1 cm. Nous n’avons pas observé le rétrécisse¬
ment figuré par Vinogradova chez S. pelliculosa (p. 30, fig. 2), mais qui n’est pas visible
sur ses photographies (p. 28, fig. 1). Pour nos exemplaires, la distance qui sépare la surface
de fixation de la lèvre inférieure de l’ouverture buccale n’est guère plus grande que le dia¬
mètre de la surface de fixation (fig. 6 et 18, F).
La fixation ne s’effectue pas comme chez 5. pelliculosa par des rhizoïdes en forme de
racines, mais par une couronne de nombreux filaments fins dont la longueur peut atteindre
5 à 7 mm et qui forment chez l’adulte une sorte de « jupe » autour de la surface de fixation
(fig. 6 et 18, F). Ces filaments agglomèrent la vase fine et quelques tests de Foraminifères.
La tunique, à l’intérieur de la jupe, est en contact avec le substrat. Fine et transparente
elle ne présente que quelques rhizoïdes rares et nus. La tunique libre est couverte de très
petites villosités dispersées sur tout le corps et particulièrement abondantes autour du
siphon buccal (fig. 6 et 18, E, F). Quelques épibiotes se fixent sur la tunique : Hydraires,
pontes de Mollusques, Polychètes, mais ils ne sont jamais très abondants.
La tunique est bien vascularisée et reliée au manteau par de nombreux vaisseaux.
Sa face interne n’est pas nette comme c’est d’usage chez les Ascidies, do nombreux lam¬
beaux la relient au manteau. Autour de la bouche, la tunique prend la forme d’un bourrelet
pileux puis se raccorde par une partie très fine au manteau. Cette partie correspond à la
tunique réflexe des autres Ascidies. A l’intérieur du siphon cloacal, il existe aussi une tunique
réflexe d'aspect habituel.
Dans les animaux entiers frais, la tunique présente quelques épaississements, en par¬
ticulier au niveau de la partie tout à fait supérieure du « casque ». Par contre, les tuniques
vides sont minces et d’épaisseur uniforme. Une fois l’animal sorti de la tunique, ces épais¬
sissements disparaissent. Ils ont également tendance à disparaître dans le fixateur ; ils
semblent donc être constitués par des accumulations de liquide dans l’épaisseur de la tuni¬
que et assurer à l’animal vivant une certaine rigidité. L’épaississement supérieur surtout
semble jouer un rôle de flotteur pour maintenir l’animal dressé.
Comme chez Dicopia antirrhinum, on peut diviser la bouche en plusieurs secteurs.
La « corbeille antérieure » est très vaste (fig. 7, C.a.). Son bord libre avance et forme une
large voûte. La tunique réflexe pénètre dans cette voûte et recouvre toute la cavité ; la
tunique se termine au niveau des tentacules. La « corbeille postérieure » (fig. 7, C.p.) est
moins développée et son bord libre ne s’étend que peu vers l’avant. Toute la face interne
de cette corbeille est garnie de tunique réflexe qui s’étend loin vers l’avant jusqu’aux ten¬
tacules.
Dans la portion inférieure de la bouche (par rapport à la surface de fixation de l’ani¬
mal), entre les tentacules et la corbeille postérieure, se situe une vaste poche (fig. 7, P.p.).
Toute la cavité de cette poche est tapissée du manteau.
Le siphon cloacal est étroit, non lobé, situé aux deux tiers antérieurs de la face opposée
à la bouche (fig. 8, B).
Le corps n’est maintenu dans la tunique que par une sorte de lame ventrale qui prend
ASCIDIES ABYSSALES
405
B., branchie ; C.a., corbeille antérieure ; C.p., corbeille postérieure ; E., endostyle ; E.o., entrée de l’œso¬
phage ; G., gonades ; G.n., ganglion nerveux ; P.p., poche postérieure ; R., raphé ; S.pc., sillon péri-
coronal ; T., tentacules ; T.d., tube digestif ; T.v., tubercule vibratile.
naissance sous l’endostyle et pénètre dans la tunique. Les liaisons entre le manteau et la
tunique réflexe des siphons sont très faibles, et des déchirures ont été observées chez tous
les individus. Il semble qu’une contraction brusque puisse arracher l’Ascidie à sa tunique.
Sorti de la tunique, le corps ne se présente pas sous forme d’un disque comme chez
S. pelliculosa, mais sous forme d’une ellipse étranglée en son milieu (fig. 7 ; 8). La muscu¬
lature (fig. 8, A) est complexe. Elle est constituée de 5 types de muscles :
1. Une série de muscles circulaires fait le tour de la cavité orale, sous le bourrelet
labial. Ces muscles sont ininterrompus et non anastomosés. Ils se resserrent au niveau de
la jonction entre les deux poches antérieure et postérieure. Ces muscles circulaires envoient
121 , 2
406
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
des fibres qui s’étalent des deux côtés de la corbeille postérieure et sur la poche postérieure
(fig. 8). Vers l’avant, ils s’étendent sur la face externe de la corbeille antérieure.
2. Des muscles radiaires, perpendiculaires aux muscles circulaires tapissent les deux
« corbeilles ». Ils se ramifient au niveau des lèvres, se croisent mais ne s’anastomosent pas.
3. Sur la poche postérieure, se trouve un réseau de muscles anastomosés entre eux
mais non avec les muscles circulaires.
4. De part et d’autre de la masse viscérale se dispose un faisceau musculaire latéral.
Ces deux faisceaux sont dissymétriques. Le gauche (à droite sur la fig. 8, A) se divise en
3 parties : des fibres épaisses dirigées vers la masse viscérale, des fibres superficielles passant
Fig. 8. — Situla lanosa n. sp. Reconstitution : A, musculature vue par la face orale ;
B, face aborale.
A., anus ; A.f., appendice fixateur ; C., cœur ; C.a., corbeille antérieure ; C.p., corbeille postérieure ; C.t.,
cercle de tentacules ; E.o., entrée de l’œsophage ; P.p., poche postérieure ; S.c., siphon cloacal ; S.pc.,
sillon péricoronal ; T.d., tube digestif.
ASCIDIES ABYSSALES
407
sous le sillon péricoronal et le cercle de tentacules qui s’étalent sur les faces latérales de la
corbeille (les plus internes s’arrêtent, les plus externes forment des arceaux complets),
enfin une troisième série de fibres musculaires plus profondes qui recoupent la musculature
circulaire au niveau de contact entre les deux corbeilles.
Le faisceau musculaire latéral droit n’est pas relié à la masse viscérale.
5. Le siphon cloacal possède une musculature indépendante formée de fibres circu¬
laires et de bandes musculaires longitudinales puissantes (fig. 8, B).
L’appendice fixateur ne contient aucun muscle.
L’action des muscles latéraux peut certainement faire pivoter l’animal pour l’orienter
par rapport au courant.
Le plan général de la musculature est tout à fait homologue de celui de Dicopia antir-
rhinum Monniot C., 1972.
Les tentacules sont disposés sur une ligne qui pénètre légèrement dans la corbeille
antérieure, puis forme sur les côtés un repli à mi-chemin entre le ganglion nerveux et l’entrée
de l’œsophage (fig. 7). Ce décrochement est très caractéristique et s’observe sur tous les
exemplaires. Plus bas, les tentacules longent le bord de la poche postérieure. Les tentacules
sont aplatis, foliacés, plus ou moins laciniés. Ils s’enroulent souvent en cornet.
L’espace situé entre la ligne des tentacules et le sillon péricoronal est très étendu,
vers l’avant et vers l’arrière. Il est étroit latéralement. Vers l’avant, cet espace est recou¬
vert de crêtes irrégulières (fig. 9, A), non glandulaires, dont les bases sont généralement
transversales. Vers l’arrière, l’espace équivalent est lisse et constitue toute la face externe
de la poche postérieure.
Le ganglion nerveux est gros, triangulaire ; de gros nerfs partent de ses angles (fig. 7,
G.n.).
La glande hyponeurale a un contour peu net (fig. 8, A). Elle couvre la moitié posté¬
rieure du ganglion nerveux et s’étend largement à l’arrière. Son canal part de sa partie
antérieure et vient s’ouvrir au fond d’une cupule située à droite (fig. 8, A). Sur l’axe médio-
dorsal, le manteau émet un vélum qui recouvre la partie antérieure de la branchie. Le
sillon péricoronal se trouve sous ce vélum (fig. 8, A). Vers l’arrière, le sillon péricoronal
plonge dans la poche postérieure et en marque le fond. Il se raccorde à l’endostyle (fig. 7).
Partant du fond de la poche, l’endostyle se dirige vers l’entrée de l’oesophage. Sur
la première moitié de son trajet (fig. 7), il traverse un espace non perforé puis, sur une courte
distance, il divise la branchie avant de passer sur la masse viscérale.
Le raphé a la forme d’une large bande épaisse non proéminente.
La branchie se présente sous la forme d’un anneau disposé à plat (fig. 7) autour de la masse
viscérale. En réalité, le tissu branchial s’étend du sillon péricoronal à l’entrée de l’œsophage,
mais les perforations n’apparaissent qu’au niveau de la cavité cloacale. Celle-ci ne s’étend
ni sous le plancher de la poche postérieure ni au-dessus de la masse viscérale. La lame bran¬
chiale ne présente des perforations régulières que dans la zone du raphé ou zone dorsale
et la région de l’endostyle, postérieure ou ventrale. Latéralement, les perforations sont
très rares et irrégulières. Dans la partie dorsale, la portion perforée est divisée en quatre
bandes parallèles par des épaississements qui correspondent à des sinus transverses. Il
n’y a pas de véritables stigmates ciliés, mais des perforations irrégulières non ciliées.
Le tube digestif (fig. 9, B, C) est très concentré et situé sous le tissu branchial (fig. 7).
B
Fig. 9. — Situla lanosa n. sp. : A, complexe neural ; B, tube digestif et gonades vus par la face orale ;
C, tube digestif et gonades vus par la face aborale ; D, très jeune exemplaire dépouillé de sa tunique
vu par la face droite ; E, face interne gauche d’un très jeune spécimen.
G.hn., glande hyponeurale ; G.n., ganglion nerveux ; L.b., limite du tissu branchia 1; S.pc ., sillon
péric.oronal vu par transparence ; V., vélum.
Échelles : 1 = 500 [x (E) ; 2 = 1 mm (A, D) ; 3 = 1 cm (B, C).
ASCIDIES ABYSSALES
409
L’œsophage débouche dans un estomac volumineux qui s’étend en travers de droite à gauche.
L’intestin et le rectum sont très courts et l’anus lobé s’ouvre sous l’entrée de l’œsophage.
Les gonades sont situées dans la boucle intestinale (fig. 9, B, C). L’appareil mâle est
formé d’un gros testicule massif et non lobé, prolongé d’un spermiducte qui se termine
par une papille simple. L’ovaire était vide ou ne contenait que très peu d’œufs chez tous
nos exemplaires. Il semble un peu diffus. L’oviducte débouche avec l’anus et le spermi¬
ducte dans la cavité cloacale.
La cavité cloacale est très réduite. Partant du siphon cloacal, elle ne baigne pas la
masse viscérale. Elle se divise en deux culs-de-sac étroits sous la zone perforée de la bran-
chie.
Le cœur peu visible s’étend comme chez S. pelliculosa en direction du pédoncule à
partir de la masse viscérale.
Remarques
Situla lanosa n. sp. est très proche de l’espèce du Pacifique Nord, S. pelliculosa,
mais s’en distingue par trois points importants :
1. La présence d’une poche postérieure chez S. lanosa, ce qui n’est pas décrit chez
S. pelliculosa.
2. La forme très caractéristique de la ligne d’implantation des tentacules.
3. La présence de zones latérales imperforées dans la branchie alors que chez l’espèce
de Vinogradova, tout le tissu branchial situé en contact avec la cavité cloacale est régu¬
lièrement perforé.
De très jeunes Situla ont été trouvées à la station 126. Tous les exemplaires sont glo¬
buleux ; leur diamètre varie de 2 à 5 mm (fig. 18, E). La tunique est très transparente.
A l’extrémité postérieure se trouve un fin bouquet de petits rhizoïdes n’agglomérant pas
le sédiment. A l’opposé de ce bouquet s’ouvre le siphon cloacal entouré de petits poils
claviformes. La bouche, petite, est située aux deux tiers antérieurs. Elle s’ouvre sous la
forme d’une fente horizontale, percée au centre d’une zone de tunique plus épaisse. Des
« poils » analogues à ceux observés autour du siphon cloacal se trouvent au-dessus et sur
les côtés de la bouche (fig. 18, E).
Dans la tunique, le corps apparaît horizontal et suspendu à la région du siphon cloa¬
cal. Une fois la tunique enlevée, la structure caractéristique de Situla commence à appa¬
raître. On peut distinguer (fig. 9, D, E) l’ébauche des corbeilles antérieure et postérieure.
Les tentacules sont déjà en place et décrivent la courbe caractéristique. La poche posté¬
rieure commence à apparaître.
La branchie est en forme de coupe évasée et divise le corps en deux. Une fois l’animal
ouvert, on distingue le tubercule vibratile, le ganglion nerveux et la glande hyponeurale
dans la disposition de l’adulte (fig. 9, E). Les restes d’un organe sensoriel sont visibles sous
forme d’une tache noire. Le sillon péricoronal s’éloigne déjà de la branchie. Le raphé est
formé de trois languettes dont la taille décroît de l’avant vers l’arrière. De ces languettes
partent trois crêtes qui divisent la branchie en quatre bandes (fig. 9, E). Ces bandes sont
perforées par des stigmates irréguliers non ciliés dont certains sont en voie de recloisonne¬
ment.
410
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
Le tube digestif n’est pas collé à la branchie mais situé nettement au-dessous.
La persistance d’un organe sensoriel tend à prouver que ces individus viennent juste
de se métamorphoser. Il est probable que la larve de Situla possède quatre protostigma¬
tes.
Un exemplaire de 1,5 cm trouvé à la station 249 (fig. 6 à droite) possède des carac¬
tères intermédiaires entre le très jeune et l’adulte.
Remarques sur les genres Dicopia et Situla
Ces deux genres sont évidemment proches l’un de l’autre, mais d’importantes dilfé-
rences de structure montrent qu’ils proviennent de deux directions évolutives différentes.
Les Octacnemidae sont caractérisées par le développement considérable du siphon
buccal. Chez les Ascidies normales, l’espace entre la limite de la tunique réflexe et le sillon
péricoronal est très réduit. Ici, il prend souvent un développement considérable.
Chez les Dicopia, les tentacules sont situés sur un court vélum très proche du sillon
péricoronal, et c’est l’espace situé entre la tunique réflexe et les tentacules qui est développé
et garni de papilles. Chez les Situla, les tentacules sont implantés juste à la limite de la
tunique réflexe, et c’est l’aire péricoronale qui acquiert un développement considérable.
Octacnemus ingolfi Madsen, 1947
(Fig. 10; 11 et 12)
Lame n° P6-18.
Octacnemus ingolfi Madsen, 1947 : 32-44, 1 pl.
St. 120 : 2 100 m, 1 jeune de 0,5 cm ; St. 249 : 4 620 à 4 690 m, 1 adulte de 15 cm.
C’est la première fois que Octacnemus ingolfi est retrouvé depuis sa description. Il
diffère nettement des espèces pacifiques du genre par la présence de pinnules sur les bras.
Pour de nombreux détails anatomiques de morphologie externe ou interne, nos observa¬
tions et nos interprétations diffèrent de celles de Madsen. Nous redécrirons donc cette
espèce.
Octacnemus ingolfi se présente sous la forme d’une masse membraneuse repliée sur
elle-même, transparente et molle.
La masse viscérale se trouve dans un sac hémisphérique (fig. 10, B, D) dont le fond
est couvert de fins rhizoïdes nus. Ce sac est visible sur la face aborale. Sur la face orale,
vers l’avant, on observe une vaste expansion ovale portant 8 bras symétriques. Vers l’arrière,
on trouve un très long appendice médian. Le siphon cloacal s’ouvre au cinquième de cet
appendice. De part et d’autre du siphon cloacal, implantés sur le sac contenant la masse
viscérale, se trouvent deux petits lobes pennés. La bouche s’ouvre à la base de l’expansion
orale (fig. 10, A ; 11). Les 8 lobes sont inégaux. Les plus grands sont antérieurs, les suivants
Fig. 10. — Octacnemus ingolfi Madsen, 1947 : A, face orale ; B, vue latérale droite ; C, détail des lobes
oraux antérieurs ; D, partie postérieure droite montrant les lobes cloacaux et la touffe de rhizoïdes.
412
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
sont les plus petits, la troisième paire a une taille intermédiaire entre les deux premières,
et les lobes de la paire postérieure sont peu allongés mais très larges. A la base de chaque
lobe se trouve un épaississement de la tunique (fig. 10, C) dont le rôle est inconnu. Cet orga¬
nite a été figuré par Herdman, 1888, pour O. bythius, mais il n’a jamais été étudié. Chaque
lobe porte latéralement une rangée de pinnules pointues.
La tunique très mince forme sur les bras des poches à contours mal définis (fig. 10, C).
Il en existe aussi sur la face aborale.
L’appendice cloacal médian est lui aussi garni de pinnules latérales (fig. 10, D), mais
beaucoup plus obtuses que celles des lobes oraux. Les deux lobes latéraux sont aussi pennés
et leurs pinnules sont identiques à celles des lobes oraux.
La surface portant les rhizoïdes est parfaitement délimitée (fig. 10, D). Les rhizoïdes
sont longs, fins et non ramifiés. Un seul foraminifère était fixé sur un des rhizoïdes. Sur
la face aborale, au niveau de la base des bras, se trouve un repli de la tunique. La tunique
ne semble adhérer au manteau qu’au niveau de la bouche, du siphon cloacal et sur la ligne
de pinnules sur tous les lobes. La tunique est très molle. Elle est constituée d’une couche
externe très mince. Sa couche interne est très peu nette. Entre les deux s’étend une couche
qui peut être épaisse, en particulier sur les lobes oraux. Sur l’animal frais, elle apparaît
turgescente. Elle le demeure un certain temps après fixation, puis elle tend à devenir extrê¬
mement mince tandis que des cavités se forment entre la couche externe et le manteau.
Une fois le manteau sorti de la tunique, elle perd peu à peu sa turgescence.
Un phénomène analogue a déjà été observé chez Situla. La jonction entre la tunique
et l’ouverture buccale semble très fragile et comme chez Situla la contraction brutale qui
s’opère au moment où l’animal est capturé doit être la cause de cette déchirure. A notre
sens, ce phénomène peut expliquer les interprétations diverses de la bouche des Octacne-
midae. En effet, la majorité des auteurs a décrit une bouche donnant accès à une vaste
cavité occupant tout le corps et séparée en deux par une « membrane horizontale ». La
cavité supérieure était interprétée comme une cavité buccale, l’inférieure comme la cavité
cloacale. Millar, 1959, ayant trouvé la cavité cloacale, niait l’interprétation de la « mem¬
brane horizontale ». Dans un schéma, C. Monniot (1972 : 15) figure une cavité orale se
prolongeant dans les bras. Cette interprétation est fausse et les bras comme le disque oral
sont pleins.
Une fois dépouillé de sa tunique, Octacnemus paraît plus simple à interpréter (fig. 11).
Toute la partie antérieure de la bouche (lobes plus membrane horizontale) est plate et
correspond au siphon buccal. La bouche s’ouvre par un orifice simple, assez petit par rap¬
port à la taille de l’animal (fig. 11, B).
La musculature (fig. 11, Ml, Mc) a été bien étudiée par tous les auteurs. Elle est cons
tituée au niveau du siphon buccal de fibres circulaires qui font le tour du disque sans s’inter¬
rompre, et de 8 faisceaux de muscles longitudinaux qui prennent naissance entre les bras
sur le disque, croisent les muscles circulaires et se prolongent dans les bras. Chacun des
bras porte de chaque côté un muscle formé d’1/2 faisceau longitudinal. De ces muscles
latéraux partent régulièrement des fibres qui traversent le bras et se joignent aux fibres
musculaires de l’autre côté. Il existe aussi quelques fibres longitudinales isolées dans chaque
bras. Il n’y a pas de muscles visibles dans les pinnules.
La musculature des lobes cloacaux est moins nette ; elle provient de la ramification de deux
faisceaux insérés sur la masse viscérale et passant de part et d’autre de l’ouverture cloacale.
ASCIDIES ABYSSALES
413
Fig. 11. — Octacnemus ingolf Madsen, 1947, dépouillé de sa tunique, vu par la face orale (face dorsale)
B, bouche ; Br., branchie ; D, déchirure accidentelle ; G.n., ganglion nerveux ; L.c., lobes cloaeaux ; L.o.
lobes oraux ; M.c., musculature circulaire ; M.I., musculature longitudinale ; O.c., ouverture cloacale
P, pinnules.
Échelle = 3 cm.
414
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
Le vélum buccal est garni de muscles circulaires.
Dorsalement, on trouve quelques bandes musculaires courtes et trapues.
La bouche s’ouvre tout à fait à la base du disque oral. Elle est entourée d’un fort vélum
buccal qui porte sur sa bordure de nombreux tentacules filiformes. Sous le vélum se trouve
dorsalement le complexe neural (fig. 12, A) composé d’un gros ganglion triangulaire, d’une
glande hyponeurale volumineuse et d’un entonnoir vibratile en forme de croissant ouvert
Fig. 12. — Octacnemus ingolfi Madsen, 1947 : A, branchie ouverte le long du tube digestif sur la face droite ;
B, détail de la branchie montrant les perforations irrégulières et les amas cellulaires.
A., anus ; B., branchie ; C.n., complexe neural ; En., endostyle ; E.o., entrée de l’œsophage ; Es., estomac ;
G.f., gonade femelle ; G.m., gonade mâle ; intestin ; R., raphé ; S.pc., sillon péricoronal ; T., tenta¬
cules ; V.b., vélum buccal.
Échelles 1 = 500 p. (B) ; 2 = 5 mm [A).
ASCIDIES ABYSSALES
415
à droite. Son aspect est identique à celui de Situla. Le sillon péricoronal est fin, difficilement
visible ; il se raccorde à un raphé lisse, épais, peu élevé. Dans la partie antérieure, le raplié
est marqué de quelques plis longitudinaux. L’endostyle est très peu développé (fig. 12, A),
il est en contact avec l’estomac sur la plus grande partie de son trajet.
La branchie est bien individualisée. Elle se compose (fig. 12, A) de deux aires perfo¬
rées, éloignées à la fois du raphé et de l’endostyle. Elle est formée (fig. 12, B) d’un réseau
de mailles irrégulières limité par de volumineux sinus sanguins. Aucune ciliature n'a été
observée. Il n’est plus possible de distinguer des sinus transverses ou longitudinaux. Il
n’y a pas non plus de sinus parastigmatiques. Des amas cellulaires vivement colorables
envahissent les sinus (fig. 12, B).
L’entrée de l’œsophage se présente comme un très grand entonnoir (fig. 12, A) dont
la paroi épaissie est parcourue de rides longitudinales. Un grand Copépode pélagique obs¬
truait l’œsophage. Il n’était pas inclus dans un cordon alimentaire.
L’estomac, rayé intérieurement, était vide ; il se dirige vers l’avant sous l’endostyle.
Il se prolonge par un intestin gonflé situé en partie sous l’estomac et en partie à gauche.
Le tube digestif se termine par un anus large à bord très légèrement ondulé. Les gonades
sont situées dans la boucle intestinale. Elles sont massives et s’ouvrent par deux canaux
à côté de l’anus.
Le cœur, très gros, est situé sous l’intestin.
La cavité cloacale est telle que l’avait décrite Millar (1969), très petite et située sous
la branchie, en contact seulement avec la partie perforée du tissu branchial.
Mais ce n’est pas la seule cavité que nous ayons observée. Le tube digestif, les gonades
et le cœur sont baignés dans une cavité qui n’est pas la cavité cloacale. Cette cavité se pro¬
longe en avant de la bouche. Son plancher est constitué par les fibres musculaires longitu¬
dinales des quatre lobes oraux postérieurs. En avant de la bouche, son plafond semble être
constitué par un tissu très mince.
Notre seul exemplaire adulte a une profonde déchirure qui prend naissance entre les
bras 2 et 3 à droite et qui se prolonge jusque sous la bouche. Cette partie du corps est donc
très abîmée, et la membrane fine que nous supposons continue était déchirée. Si cette cavité
est close, elle pourrait être l’homologue des sacs périviscéraux de Ciona et la membrane
serait l’équivalent du diaphragme que l’on observe chez cette espèce.
Remarques
Il est certain que l’exemplaire de la campagne Biaçores appartient à l’espèce insuffi¬
samment décrite par Madsen : O. ingolfi. Cette espèce semble très différente de ou des espè¬
ces du Pacifique. Les différences portent sur la morphologie externe (présence de lobes
cloacaux et de pinnules sur les lobes buccaux) et sur l’anatomie interne, en particulier
de la branchie.
Millar (1959) décrit la branchie de O. bythius comme un groupe de deux ou trois
fentes ovales situées de chaque côté de l’entrée de l’œsophage, alors que celle de O. ingolfi
est beaucoup plus développée.
Malgré leur aspect, les Octacnemus sont en réalité très peu déformés et seuls les lobes
des siphons sont hypertrophiés. Le corps n’a subi aucune modification structurale profonde ;
416
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
seul le tube digestif est venu se coller ventralement à l’endostyle si bien que l’estomac a
un trajet postéro-antérieur.
Les autres genres de la famille, Dicopia et Situla, ont acquis des modifications struc¬
turales beaucoup plus profondes.
Famille des Corellidae
Abyssascidia millari Monniot F., 1971
(Fig. 13 et 18, C)
Lames n° P4-14 à P4-23.
St. 126 : 3 360 m, 6 spécimens adultes de 2,5 à 4,5 mm et 16 jeunes mesurant de 1 à 2 mm.
L’habitus est très caractéristique, contrairement aux autres Phlébobranches de grande
profondeur. L’animal a un corps arrondi, aplati latéralement. Les deux siphons sont éloi¬
gnés l’un de l’autre. Il y a un bouquet latéro-ventral de rhizoïdes fins. Le siphon buccal est
bordé de lobes courts, filiformes, irréguliers. La tunique est entièrement transparente.
Sa surface est lisse et aucun élément n’y adhère. Seuls quelques foraminifères sont fixés
à la touffe de rhizoïdes.
Le corps visible par transparence est très dissymétrique. La face droite, où se trouve
le tube digestif, occupe les trois quarts du corps, la face gauche un quart seulement. Cette
dissymétrie est très apparente car l’endostyle large et épais est très visible à travers la tuni¬
que vitreuse.
La musculature est très peu développée. Elle se compose de 4 faisceaux musculaires
dorsaux anastomosés, peu ramifiés et rapidement interrompus sur les faces latérales. Il
n’y a pas de faisceaux musculaires visibles autour des siphons (fig. 13, A, C).
Les tentacules coronaux sont nombreux, disposés en bordure d’un vélum. Ils sont
courts, de 2 ordres. Le sillon péricoronal est large, rectiligne.
Le ganglion nerveux est proche du siphon buccal (fig. 13, A). Le tubercule vibratile
est petit, en bouton.
La branchie (fig. 13, D) est développée de façon variable dans les divers individus.
On a compté chez l’un des plus grands exemplaires 10 rangs de stigmates. Ces stigmates
sont droits, allongés, au nombre de un à un et demi par maille. Il y a environ 18 sinus lon¬
gitudinaux de chaque côté de la branchie, mais ces sinus ne portent pas de papilles. Il
n’existe pas de sinus parastigmatiques. De chaque côté de l’endostyle qui est aplati et large,
les perforations branchiales deviennent irrégulières et les sinus longitudinaux sont moins
développés que dans la partie dorsale. Cette partie de la branchie ne porte souvent que
des papilles en T (fig. 13, D).
Le raphé est formé de languettes (une vingtaine) reliées entre elles par une mem¬
brane d’élévation variable selon les individus. Les sinus transverses forment des contre-
forts à sa base, des deux côtés, mais plus marqués sur la face droite, et qui se prolongent
par des languettes bien développées. Entre ces languettes principales, on trouve toujours
au moins une, mais quelquefois 2 ou 3 languettes intermédiaires, généralement moins
développées que les principales ; elles sont également munies de contreforts plus faibles.
Le raphé débute nettement à droite du ganglion nerveux.
Fig. 13. — Abyssascidia millari Monniot F., 1971 : A, grand exemplaire vu par la face gauche ; B, face
droite ; C, un autre exemplaire ouvert, branchie enlevée ; D, partie moyenne de la branchie gauche
d’un individu jeune ; E, tube digestif et gonades vus par la face externe ; F, face interne.
Échelle : 1 = 2 mm (A, B), = 1 mm (C, E, F) ; 2 = 250 p (D).
418
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
Le tube digestif (fig. 13, C, F) forme une boucle très fermée. L’œsophage se rétrécit
brusquement sous la branchie où il forme un entonnoir ; il est ensuite cylindrique. L’esto¬
mac est arrondi à paroi lisse. L’intestin n’est pas divisé en chambres successives ; il se
retrousse à angle droit au niveau de l’œsophage (fig. 13, F). L’anus est lobé.
La gonade est logée dans la boucle intestinale (fig. 13, F). Le testicule forme une masse
lobée unique, placée au fond de la boucle digestive. Il est accolé à l’ovaire plus dorsal qui
occupe tout l’espace situé entre l’estomac et l’intestin. Les canaux génitaux sont superpo¬
sés et parallèles au rectum. Le spermiducte passe sur la face interne de l’ovaire, il se dilate
ensuite le long du rectum (fig. 13, F) et débouche par une papille au niveau de l’anus.
Remarques
Les échantillons des Açores ne correspondent pas exactement à la description ori¬
ginale. L’espèce a été décrite à partir de deux spécimens provenant de stations situées
au large des côtes brésiliennes sous l’équateur à 3 459 m de profondeur. L’éloignement
géographique est probablement à l’origine de ces différences qui affectent surtout la muscu¬
lature (dispersion des fibres musculaires à l’extrémité des 4 faisceaux dorsaux) et la cour¬
bure du tube digestif.
Chez deux spécimens des Açores, on observe également une dilatation du spermi¬
ducte qui n’existait pas chez les spécimens brésiliens au moment de leur fixation. Il est
fort possible que le développement des gonades mâle et femelle ne soit pas simultané et
que la dilatation du spermiducte ne soit qu’un phénomène transitoire.
En ce qui concerne la courbure de la boucle intestinale, elle varie avec le contenu du
tube digestif et l’état de maturation des gonades.
A l’heure actuelle, très peu d’espèces du genre Abyssascidia sont connues : A. wyvillii
Herdman, 1880, et A. pediculata Sluiter, 1904, qui sont de grandes espèces de plusieurs
centimètres de long. Par leur transparence et leur petite taille, les petites Abyssascidia
doivent fréquemment échapper au tri. Des récoltes ultérieures plus abondantes des deux
côtés de l’Atlantique permettront peut-être de fixer les limites de variabilité des espèces.
Famille des Agnesiidae
Proagnesia depressa (Millar, 1955)
(Fig. 14)
Lames P3-4 à P3-8.
Agnesia depressa Millar, 1955 : 223.
St. 126 : 3 360 m, 1 spécimen de 2,5 mm ; St. 250 : 4 680 m, 1 spécimen de 6 mm.
L’animal est arrondi, aplati latéralement. Les siphons écartés ne sont pas saillants
mais incrustés de vase fine. La tunique est transparente et porte de fins rhizoïdes où sont
attachés quelques foraminifères. Le corps est visible par transparence.
La face droite du corps est très réduite. La musculature n’est présente que sur la face
dorsale (fig. 14, A) et autour des siphons. Elle est très dissymétrique.
420
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
Les muscles circulaires siphonaux ne sont pas très forts et ils sont limités aux siphons
exclusivement. Les muscles radiaires, minces sur les siphons, se groupent en faisceaux
épais et courts sur la face dorsale (fig. 14, A). Il n’y a aucune musculature sur les faces
latérales et ventrale de l’animal. Le tube digestif paraît situé à droite du corps à cause
du développement important de la face gauche. Cependant, il est bien situé à gauche par
rapport à la branchie (fig. 14, A).
Le siphon buccal est irrégulièrement lobé ; il est très court. Les tentacules coronaux
se disposent sur un seul rang. Ils sont courts, très serrés (plus de 50) et apparemment dispo¬
sés en un seul ordre. Il n’y a pas de vélum.
Le sillon péricoronal rectiligne est situé très près du cercle de tentacules (fig. 14, A).
Le tubercule vibratile est petit; son ouverture est circulaire.
Le ganglion nerveux est situé près du siphon buccal, environ au quart de la distance
intersiphonale (fig. 14, A).
La branchie (fig. 14, B) n’occupe pas toute la cavité du corps ; elle est entièrement
située au-dessus du tube digestif. L’endostyle est large et plat et n’atteint pas l’œsophage.
Le raphé se compose d’une série de languettes triangulaires disposées irrégulièrement.
Cette disposition ne correspond pas exactement aux sinus transverses (fig. 14, B). On compte
chez le plus grand spécimen 10 rangs de stigmates et 10 stigmates environ par demi-rang.
Les sinus transverses ont un aspect tout à fait particulier (fig. 14, A). Au nombre de 4 seu¬
lement (1 sinus transverse tous les 2 rangs de stigmates), ils n’existent que sur la partie
dorsale de la branchie. Ils forment des lames minces membraneuses de hauteur inégale
près du raphé, qui s’abaissent vers l’endostyle jusqu’à disparition complète. Ces sinus
transverses incomplets ne portent aucune papille.
Il existe des sinus parastigmatiques fins sur chaque spirale stigmatique. Leur disposi¬
tion en X est toujours visible sur les spirales bien développées, mais il existe souvent d’autres
sinus parastigmatiques fins supplémentaires (fig. 14, B). Les stigmates sont eux-mêmes
très irréguliers, parfois découpés ; ils décrivent au maximum 2 tours 1/2 de spire. Il n’y
a pas d’infundibula. L’enroulement des spires est alterné selon le schéma habituel.
Le tube digestif (fig. 14, A) forme une boucle large mais fermée. L’œsophage est long
et mince. L’estomac est à peu près sphérique à paroi lisse. L’intestin n’a pas de caractères
particuliers. Le rectum court forme un angle droit avec la boucle intestinale. L’anus a 8 lobes.
La gonade (fig. 14, A) entièrement située dans la boucle digestive comprend un tes¬
ticule irrégulièrement lobé dans le fond de la boucle et un ovaire bien distinct, plus près
de l’œsophage. Le spermiducte passe sur la face interne de l’ovaire et de l’oviducte. Les
conduits génitaux débouchent au niveau de l’entrée de l’œsophage.
Diagnose du genre
Phlébobranche Agnesiidae dont la branchie ne porte que des sinus transverses sans
papilles. Les stigmates sont spiralés.
Remarques
Il nous a paru nécessaire de créer un genre nouveau pour l’espèce Agnesia depressa
Millar, 1955, dans laquelle nous plaçons les spécimens provenant des Açores. En effet,
ASCIDIES ABYSSALES
421
les distinctions génériques de la famille des Agnesiidae portent surtout sur la structure
des sinus transverses de la branchie.
— Chez Agnesia, il existe des papilles simples sur les sinus transverses et le raphé
est constitué de papilles isolées.
— Chez Adcignesia, les papilles branchiales ont une forme de T, le raphé est formé
de papilles.
— Chez Caenagnesia, les papilles sont également en T, mais le raphé est constitué
d’une lame membraneuse continue qui peut être plus ou moins dentelée.
— Proagnesia, avec l’absence de papilles sur les sinus transverses, nous a paru cons¬
tituer une division équivalente.
Nous avons placé les spécimens des Açores dans l’espèce de Millar. Cet auteur décrit
les sinus transverses « as tall narrow flanges. A few slight projections from the transverse
bars may represent rudimentary papillae ». Nous pensons que ces « projections », telles
qu’elles sont figurées (p. 224, fig. 1 C) sont comparables à ce que nous figurons ici (fig. 14,
B). Elles peuvent être interprétées comme des ondulations de la marge libre d’une mem¬
brane de hauteur constante.
Les autres caractères anatomiques concordent : 2 rangs de stigmates spiralés entre
2 sinus transverses consécutifs, le tube digestif, les gonades et la musculature du manteau
sont semblables.
Les exemplaires de Millar ont été également récoltés dans l’Atlantique à grande
profondeur mais les premiers aux Caraïbes, les seconds au large de l’Afrique du Sud. La
répartition des espèces de grands fonds étant généralement très étendue, la présence de
Proagnesia depressa au voisinage des Açores n’est pas surprenante.
Agnesia atlantica n. sp.
(Fig. 15)
Lames n° P3-9 à P3-12.
St. 250 : 4 680 m, 4 spécimens de 5 X 3,5 X 3 mm ; 5 X 3,5 X 3 mm ; 4 X 3 X 2 mm ; 5,5 X
5x4 mm.
Le corps est à peu près triangulaire, un peu plus haut que large, légèrement aplati
latéralement. Les siphons peu saillants sont situés à deux angles du triangle. Le siphon
buccal se prolonge par 6 lobes filiformes courts. Le siphon cloacal est irrégulièrement lobé.
La tunique molle et fine est plus ou moins recouverte de petits foraminifères. Elle
est mince et transparente, sauf dans la région des siphons où elle devient plus opaque.
Elle porte quelques courts et fins rhizoïdes qui cassent facilement. Le manteau, très trans¬
parent, laisse voir aisément l’anatomie interne.
La musculature se dispose selon deux systèmes bien individualisés, centrés autour
des siphons (fig. 15, D). Chaque siphon est encerclé de fibres concentriques rubanées. De
chacun des orifices partent des faisceaux de fibres rayonnantes qui croisent les fibres con¬
centriques. Ces fibres ne se rejoignent pas sur la face ventrale.
Les tentacules buccaux sont disposés sur un rang. Ils sont de 3 ordres nettement dis¬
tincts. Les 8 plus longs sont vraiment très longs et très minces. Les petits ont une longueur
121, 3
Fig. 15. — Agnesia atlantica n. sp. : A, exemplaire ouvert, branchie enlevée ; B, partie postérieure et
dorsale de la branchie gauche ; C, tube digestif et gonades vus par la face externe ; D, face dorsale
d’un individu dépouillé de sa tunique ; E, le même vue ventrale.
Échelle : 1 = 1 mm (A, G) ; 2 = 1 mm (B) ; 3 = 1 mm (D, E).
ASCIDIES ABYSSALES
423
qui atteint 3 fois leur largeur. Ceux de taille intermédiaire sont 3 fois plus longs que les
petits, en moyenne. Les tentacules du 1 er ordre peuvent mesurer jusqu’à 10 fois la longueur
des moyens pour un diamètre équivalent.
Les tentacules sont insérés sur une crête mince qui se prolonge sur les tentacules eux-
mêmes. Leur base étant élargie, on peut avoir l’impression que les plus grands tentacules
s’insèrent plus postérieurement que les petits, mais ce n’est qu’une illusion d’optique.
Le sillon péricoronal (fig. 15, A), assez éloigné du cercle tentaculaire, est très nette¬
ment ondulé. Le ganglion nerveux allongé se situe à peu près à mi-distance des deux siphons
(fig. 15, A). Le tubercule vibratile de petite taille a une ouverture circulaire.
La branchie (fig. 15, B) ne possède pas de sinus longitudinaux. Les sinus transverses
portent des papilles simples, larges mais peu épaisses, dont la hauteur est égale à celle d’un
stigmate. Il y a 6 rangs de stigmates qui montrent un gradient d’évolution net de la partie
postérieure vers la partie antérieure (fig. 15, B). On compte 8 stigmates spiralés dans la
partie antérieure de la branchie. Les papilles branchiales ne correspondent pas très exacte¬
ment aux stigmates, elles sont plus nombreuses : 9 à 10 par demi-rangée. Deux stigmates
côte à côte sont enroulés en sens inverse et les extrémités de deux stigmates dans deux
rangs successifs s’opposent. Un stigmate compte au plus 3 tours de spire. Dans les zones où les
spirales sont bien formées, chacune d’elles est recoupée par quatre sinus parastigmatiques
formant un X sur le stigmate (fig. 15, B).
La lame branchiale est plane ; il n’y a pas d’infundibula.
Le raphé est constitué de 5 languettes. L’endostyle est peu élevé ; il n’atteint pas la
partie postérieure de la branchie.
Le tube digestif (fig. 15, A, E) est situé du côté gauche de la branchie mais l’estomac
est, lui, médioventral, sous la branchie. L’œsophage mince se recourbe sur lui-même. L’esto¬
mac est ovoïde, sa paroi est lisse mais marquée sur la face ventrale externe d’un sillon net
(fig. 15, E). L’intestin étroit décrit une boucle peu ouverte. Il débute par un rétrécissement
pylorique net (fig. 15, A). L’anus largement ouvert est lobé.
La gonade hermaphrodite (fig. 15, A, E) comprend un testicule massif qui occupe
la partie aveugle de la boucle intestinale, surtout du côté externe. Contre lui se développe
l’ovaire entre l’estomac et l’intestin. Spermiducte et oviducte sont extrêmement dilatés
par les produits génitaux ; ils forment deux bourrelets parallèles le long du rectum et
s’ouvrent côte à côte. Il semble que les spermatozoïdes et les ovocytes soient conservés
un certain temps dans les conduits génitaux avant leur évacuation. Nous n’avons pas observé
d’œufs embryonnés dans l’oviducte comme cela se produit chez A. glaciata.
Remarques
Si l’on excepte A. depressa Millar, 1953, qui à notre sens est le type d’un nouveau
genre, Proagnesia, une seule Agnesia s. str. est connue des grands fonds : A. orthenteron
Redikorzevv, 1941.
Agnesia atlantica n. sp. se distingue des espèces du groupe A. glaciata ( A. glaciata
antarctique, A. septentrionalis côte est du Pacifique Nord, A. himeboja et A. sabulosa du
Japon) par son tube digestif grêle en boucle fermée, par la présence d’un seul stigmate
spiralé entre deux sinus transverses et par la forme des papilles branchiales.
424
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
Agnesia atlantica semble très proche de A. orthenteron, mais cette dernière espèce pos¬
sède deux rangs de stigmates entre deux sinus transverses, un tube digestif en forme de
crosse et un testicule ramifié qui déborde sur les côtés de la boucle intestinale.
Adagnesia charcoti n. sp.
(Fig. 16 ; 17 ; 18, D)
Lames n° P3-13 à P3-21.
St. 120 : 2 100 m, 1 adulte de 3,5 mm de diamètre, 3 jeunes de 2,5 mm et 1 jeune de 2 mm ;
St. 126 : 3 360 m, 3 spécimens de 10, 4 et 5 mm ; St. 250 : 4 680 m, 1 jeune de 2,5 mm.
Les différents spécimens récoltés au cours de la campagne Biaçores n’ont pas toujours
le même habitus qui est fonction de l’état de contraction des animaux. Le spécimen repré¬
senté fig. 16, A et 18, D est le plus grand. Quand les animaux ne sont pas contractés, ils
ont une forme arrondie mais le corps est un peu aplati dorso-ventralement.
Fig. 16. — Adagnesia charcoti n. sp. : A, habitus ; B, partie moyenne et dorsale de la branchie gauche.
Échelles : 1 = 2,5 mm (A) ; 2 = 500 p (B).
Les deux siphons sont légèrement saillants et divisés en 6 lobes. Les lobes cloacaux
sont obtus, souvent redivisés en deux, mais les lobes buccaux sont digités. Le siphon cloa-
cal est un peu plus saillant.
La surface des siphons est finement plissée et les sillons retiennent la vase, ce qui
les rend opaques. La tunique est transparente sur le reste du corps ; elle porte à sa surface
quelques foraminifères et quelques rhizoïdes fins, surtout sur la face ventrale de l’animal.
25
426
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
Ces rhizoïdes portent eux-mêmes des foraminifères (fîg. 16, A et 18, D). Le manteau et
la musculature sont visibles par transparence.
Le manteau est transparent, mince. Deux systèmes de muscles sont centrés sur chaque
siphon (fîg. 17, A) : un système de muscles circulaires forts et réguliers et un système de
muscles radiaires. Les muscles radiaires se disposent en faisceaux dichotomisés à leurs
extrémités ventrales. Ces faisceaux ne se prolongent que sur la moitié des faces latérales
de l’animal ; la face ventrale est totalement dépourvue de musculature.
L’importance de la musculature est variable d’un individu à l’autre. La variation
concerne l’épaisseur des faisceaux musculaires mais non leur disposition.
Les tentacules sont très nombreux, 50 environ. Ils sont de 3 ordres ; ceux du 1 er ordre
sont très longs et très minces ; ils peuvent sortir du siphon buccal. A la base du rang de
tentacules s’élève un vélum court. Les tentacules sont insérés sur une crête étroite. Au
niveau des plus grands tentacules, cette crête forme une anse profonde pour atteindre la
base des tentacules. Ainsi, les trois ordres de tentacules paraissent s’insérer sur trois cer¬
cles concentriques, le plus court étant le plus antérieur. Il n’en est rien. Il existe quelques
papilles sur Faire supratuberculaire entre le ganglion nerveux et les tentacules coronaux.
Le tubercule vibratile est petit, en bouton. Le ganglion nerveux est allongé, situé à mi-
distance entre les deux siphons (fig. 17, A).
Le sillon péricoronal est épais, non ondulé. L’endostyle est large et bas, il n’atteint
pas la base de la branchie.
Le raphé est variable ; chez les jeunes spécimens, il est constitué de languettes trian¬
gulaires qui prolongent les sinus transverses. Chez les spécimens plus âgés (fig. 16, B),
entre les papilles principales, s’étend une crête longitudinale basse qui porte deux à trois
papilles obtuses. Cette disposition semble intermédiaire entre la structure typique de Ada-
gnesia et celle de Caenagnesia bocki.
D’après Kott (1969), chez Caenagnesia schmitti le raphé peut être constitué d’une
lame continue, les sinus transverses se prolongent sur cette lame par des papilles. Il semble
donc exister, malgré le petit nombre d’espèces connues, des espèces intermédiaires. Ceci
conduit à remettre en question la valeur de la division générique entre Adagnesia et Cae¬
nagnesia.
La branchie délicate est plane, il n’y a pas d’infundibula (fig. 17, B). Pour le plus
grand des individus, on a compté 12 rangs de stigmates et 14 stigmates par demi-rangée.
Chaque rangée de stigmates est séparée par un sinus transverse. Les sinus transverses
portent des papilles bifides en « lyre » en nombre supérieur au nombre des stigmates, presque
deux papilles par spirale. Leur disposition est irrégulière. Il existe des sinus parastigma-
tiques en X au-dessus de chaque stigmate. La branchie possède un gradient d’évolution
antéro-postérieur net. L’enroulement des stigmates montre la disposition des Agnesiidae :
les spires sont disposées par 4, leur enroulement étant régulièrement alterné (fig. 17, B).
Dans cette espèce, chaque stigmate possède au plus 2 tours de spire.
Fig. 18, A. — Aplidium enigmaticum n. sp. (hauteur 1 cm).
Fig. 18, B. — Araneum sigma n. g., n. sp. (diamètre 1,1 cm).
Fig. 18, C. — Abyssascidia millari Monniot F., 1971 (diamètre 3 mm).
Fig. 18, D. — Adagnesia charcoti n. sp. (diamètre 5 mm).
Fig. 18, E, F. — Situla lanosa n. sp. : E, exemplaire jeune (diamètre 2,5 mm) ; F, exemplaire adulte
(hauteur 10 cm).
428
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
Le tube digestif est placé sur la gauche de l’animal, l’estomac étant situé sous la bran-
chie (fig. 17, A). La face gauche est plus développée que la face droite en général. L’œso¬
phage est court et étroit. L’estomac ovoïde a une paroi lisse. L’intestin est isodiamétrique
et forme une boucle longue fermée. L’anus est lobé.
La gonade hermaphrodite est entièrement logée dans la boucle intestinale. Les élé¬
ments mâles et femelles sont indissociables. Les conduits génitaux n’ont pas pu être observés.
Remarques
L’espèce des Açores a une structure intermédiaire entre les genres Adagnesia et Cae-
nagnesia. Les grandes espèces de ces deux genres se distinguent à la fois par un raphé formé
de languettes et moins de papilles branchiales que de spirales chez Adagnesia , un raphé
membraneux et trois fois plus de papilles branchiales que de spirales chez Caenagnesia.
Adagnesia bifida Millar, 1970, trouvée de 3 503 à 5 841 m au large des côtes péruviennes
a un raphé en languettes et un nombre de papilles branchiales non précisé mais qui, sur
la figure (fig. 15 D, p. 119) semble égal ou légèrement supérieur au nombre de spirales.
Adagnesia charcoti a un raphé qui peut être complexe, et presque deux fois plus de
papilles que de spirales. Elle se rapproche donc des Caenagnesia.
Adagnesia charcoti n. sp. diffère de A. bifida Millar, 1970, par la forme du corps, la
structure des stigmates « represented by groups of wide triangular, rectangular and irre-
gulary shaped openings in which the spiral arrangement is not obvious », le nombre des
papilles et la structure du raphé.
Remarques sur les adaptations des Phlébobranches à une vie libre
Toutes les Ascidies sont fondamentalement dissymétriques et les Phléhobranches
plus que tout autre groupe. Or, aux grandes profondeurs, les Phlébobranches qui vivent
libres ou dressées sur le sédiment ont modifié la disposition de leurs organes par rapport
à la symétrie bilatérale.
La quasi-totalité des espèces de Phlébobranches vit fixée dans la zone littorale. La
plupart sont fixées sur des substrats durs par une face latérale, gauche ou droite selon la
famille. Dans ce cas, le tube digestif et les gonades sont disposés sur la surface de fixation.
La musculature disparaît souvent sur cette face et ne se développe que sur la face opposée
et autour des siphons.
Quelques espèces littorales fixées vivent dressées. Dans ce cas, elles retrouvent une
apparence de symétrie bilatérale. C’est le cas de Ciona pour laquelle la masse viscérale
glisse sous la branchie et la musculature se dispose également sur les deux faces du man¬
teau. Chez Phallusia mammillata souvent dressée, la face gauche devient beaucoup plus
longue que la face droite, ce qui permet à la masse viscérale de se rapprocher de la surface
de fixation, et de prendre une position opposée aux siphons. Pour les espèces qui vivent
à demi dressées comme Ascidiella aspersa , Ascidia virginea ou Corella parallelogramma,
le tube digestif est déplacé vers la partie postérieure du corps.
Tube digestif et gonades étant de densité plus grande que le reste du corps, une Asci¬
die libre sur le fond est obligée, sous peine de se renverser, de déplacer sa masse viscérale
dans une position opposée à celle du siphon buccal.
ASCIDIES ABYSSALES
429
Les Phlébobranches abyssales que nous avons observées ont toutes évolué dans ce
sens. Le tube digestif de Araneum est situé exactement sous la branchie. Les masses viscé¬
rales des Agnesiidae (fig. 15, E) sont toujours situées très postérieurement 1 . Abyssascidia
millari garde un tube digestif nettement à droite (fig. 13, C) mais réduit considérablement
sa face gauche, ce qui, en réalité, oppose les siphons au tube digestif.
Chez les Phlébobranches, une autre conséquence de la vie libre est le développement
de la musculature. Les muscles des Phlébobranches fixées sont presque exclusivement
disposés sur la face latérale du corps opposée au tube digestif et à la surface de fixation.
La face fixée ne pouvant se contracter, la face qui porte les muscles, elle, se contracte et
ce mouvement suffit à expulser l’eau contenue dans l’Ascidie. Au contraire pour une espèce
libre, si la musculature était disposée sur une face latérale seulement, sa contraction ne pour¬
rait suffire à expulser l’eau contenue dans l’animal. Si la musculature se disposait unique¬
ment sur les deux faces latérales du corps, sa contraction ne pourrait assurer seule le rap¬
prochement des deux faces latérales. Or, ce rôle semble joué chez les Ascidies des fonds
meubles par de fortes bandes musculaires perpendiculaires à la ligne médio-dorsale dont
la contraction rapproche les deux lames de la branchie (fig. 5 ; 14, A ; 15, A ; 17, A).
L’acquisition de cette musculature dorsale particulière est aussi l’apanage des Phlé¬
bobranches interstitielles (Monniot F., 1965), mais chez ces espèces la symétrie bilatérale
fonctionnelle n’est, pas respectée. Ces animaux, pompant l’eau dans les interstices du sédi¬
ment, ne sont pas obligés de dresser leur siphon buccal au-dessus du fond.
Les grandes Phlébobranches pédonculées, telles que Corynascidia, Pterygascidia, ont
elles aussi une musculature dorsale et un tube digestif situé sous la branchie.
A notre sens, les profondes modifications de l’aspect et de la musculature des Phlé¬
bobranches de grands fonds sont en grande partie dues à une adaptation fonctionnelle.
Ordre des STOLIDOBRANCHES
Famille des Styelidae
Polycarpa pseudoalbatrossi Monniot C. et F. Monniot, 1968
Lames n° Sl-359 à Sl-371.
Polycarpa pseudoalbatrossi Monniot C. et F. Monniot, 1968 : 14-17, fig. 3, A ; 6 et 7.
Polycarpa pseudoalbatrossi Monniot C. et F. Monniot, 1970 : 320-323, fig. 1, A et fig. 2.
St. 64 : 1 240 à 1 200 mm, 1 spécimen de 2 mm de diamètre ; St. 126 : 3 360 m, 17 exemplaires
de 1,5 à 3,5 mm de diamètre ; St. 250 : 4 680 m, 1 exemplaire de 4 X 2,5 X 2,5 mm.
Ces spécimens ne présentent pas de caractères particuliers. Ils ont un habitus très
constant, les siphons ne sont pas saillants et de ce fait très peu visibles. Généralement,
5 rhizoïdes ramifiés sont insérés sur la face ventrale de l’animal.
1. Certaines Agnesiidae antarctiques littorales sont fixées par la face postérieure gauche ; le tube diges¬
tif est alors à gauche. Chez Agnesia glaciata , libre sur le fond, la masse viscérale des adultes est située fran¬
chement à gauche mais un équilibre est réalisé par l’accumulation des larves dans l’oviducte sur la face
droite du corps.
430
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
L’anatomie interne est en tous points semblable à celle des animaux récoltés dans
l’Ouest Atlantique.
La branchie est toujours très contractée. L’un des petits exemplaires de la station
126 ne possédait qu’une seule gonade très grande à droite.
Cnemidocarpa bathyphila Millar, 1955 1
(Fig. 19 et 31, B)
Lames n° Sl-414 à Sl-425.
Cnemidocarpa bathyphila Millar, 1955 : 228-229, fig. 4.
St. 126 : .3 360 m, 3 spécimens ovales de 10, 7 et 5 mm de long ; St. 171 : 3 215 m, 1 spécimen
de 16 X 11 X 8 mm ; St. 174 : 3 100 à 3 050 m, 1 spécimen jeune de 2,5 mm ; St. 249 : 4 620 à
4 690 m, 1 spécimen de 14 mm de long très abîmé.
L’animal est libre sur le fond. Sa forme est ovoïde ; la face supérieure est nue et porte
les deux siphons sessiles. Les siphons sont très écartés l’un de l’autre, chacun étant situé
au quart de la longueur de l’animal. Toute la moitié ventrale du corps est couverte d’un
chevelu dense de rhizoïdes. La limite entre la partie nue supérieure et la partie couverte
de rhizoïdes est nette. L’habitus ressemble beaucoup à celui d’un Bathystyeloides. La tuni¬
que, surtout au niveau des rhizoïdes, porte de très nombreux foraminifères et des parti¬
cules de vase. Les rhizoïdes sont moins abondants chez les spécimens jeunes (fig. 13, B).
La tunique est mince mais très résistante. Le manteau fin laisse voir les organes par
transparence. Les tentacules coronaux simples sont de deux ordres, insérés sur un vélum
bien développé. Au nombre de 32, ils sont régulièrement alternés, un peu plus longs du côté
dorsal.
Le tubercule vibratile circulaire s’ouvre au sommet d’un bouton saillant.
Le raphé entier se présente comme une membrane ondulée de hauteur constante,
renforcée de contreforts saillants à sa base. Il se raccorde au 2 e pli gauche de la branchie.
La branchie n’est pas épaisse. Elle porte quatre plis de chaque côté, mais ceux-ci ne
sont pas nettement individualisés, surtout le premier pli de chaque côté de l’endostyle.
11 y a environ 18 rangs de stigmates droits recoupés de sinus parastigmatiques, sauf dans
la région tout à fait ventrale.
Un exemple de formule branchiale :
G. R. 7 9 5 15 6 12 3 6 3 E.
D. R. 5 15 3 9 3 8 7 5 3 E.
Il est intéressant de remarquer que chez plusieurs exemplaires les plis 2 et 4 dispa¬
raissent avant d’atteindre la partie postérieure de la branchie. De toutes façons, le déve¬
loppement des plis branchiaux est très variable d’un individu à l’autre pour cette espèce.
Le tube digestif (fig. 19, B) est situé à gauche, mais il est très ventral. L’œsophage
est court et large. L’estomac en olive porte 8 côtes longitudinales mais celles-ci sont apla¬
ties, séparées par des sillons très étroits et très peu profonds. Il y a un cæcum pylorique
développé. La boucle intestinale est très fermée. L’intestin, assez large en face du cæcum
1. Nous remercions le « Naturhistoriska Muséum de Gôteborg » (Suède) qui a bien voulu nous commu¬
niquer les exemplaires types de cette espèce.
ASCIDIES ABYSSALES
431
pylorique, diminue progressivement de diamètre jusqu’à l’anus. L’extrémité du rectum
croise l’œsophage (fîg. 19, B). L’anus est formé d’un bourrelet épais et lisse.
Il y a une gonade de chaque côté, très allongée, (fig. 19, B) qui comprend un ovaire
central bordé de lobules testiculaires. Les conduits génitaux sont longs. Ils sont parallèles
Fig. 19. — Cnemidocarpa bathyphila Millar, 1955 : A, exemplaire adulte (St. 171) ; B, exemplaire jeune.
Échelles : 1 = 2 mm (B) ; 2 = 5 mm (A).
entre eux, le spermiducte suit la face interne de l’ovaire. Les deux papilles mâle et femelle
sont jointives. La gonade est entourée de 2 ou 3 endocarpes.
Le siphon cloacal est bordé d’un cercle de tentacules cloacaux fins, simples et rares
(fig. 19, B).
432
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
Remarques
Dans la station 171 figurait un individu qui ressemble beaucoup extérieurement à
un Bathystyeloides de grande taille, 16 X 11 mm avec une épaisseur de 8 mm. L’écarte¬
ment des siphons est de 8 mm. L’anatomie interne (fig. 19, A) correspond à peu près exac¬
tement à celle de C. bathyphila. Il faut cependant signaler quelques différences : un cœur
très gros situé postérieurement à la gonade droite, l’estomac à 10 plis au lieu de 8, plus
allongé.
Les tentacules buccaux sont insérés sur un vélum, mais ici il existe de plus un vélum
interne développé seulement sur la face ventrale du siphon.
La taille très différente permet difficilement une comparaison rigoureuse. La bran-
chie possède également de chaque côté un seul pli vraiment marqué, les autres ne repré¬
sentant que des rassemblements de sinus.
R. G. 3 94664743 E.
D. 6 15 9 4 5 4 4 E.
Ceci peut être dû à une contraction moins grande de ce spécimen. Nous plaçons pour
le moment ce spécimen dans l’espèce Cnemidocarpa bathyphila.
Dans la station 249 se trouvait un spécimen très abîmé de 14 X 10 X 5 mm, sem¬
blable à l’exemplaire de la station 171. Son état de conservation ne peut permettre une
étude détaillée.
Dans l’ensemble, les exemplaires de C. bathyphila des Açores correspondent bien aux
types de l’espèce. Ils sont pour la plupart de taille inférieure. Les traits anatomiques essen¬
tiels sont semblables : habitus, plis branchiaux, forme et disposition du tube digestif et
gonades. Les récoltes de la « Swedish deep sea Expédition » se situent beaucoup plus au
sud dans l’Atlantique Est, mais à une profondeur équivalente à celle des récoltes de la
campagne Biaçores. Il s’agit sans aucun doute de la même espèce.
Cnemidocarpa bythia (Ilerdman, 1881) 1
(Fig. 20, B et 21, A)
Lames n° Sl-402 à Sl-413.
Styela bythia Ilerdman, 1881 : 63.
Styela bythia Herdman, 1882 : 151-152, pl. 18, fig. 1, 6 à 8.
Cnemidocarpa bythia Millar, 1957-1959 : 195-196, fig. 5.
St. 126 : 3 360 m, quelques spécimens ; St. 245 : 4 270 m, environ 350 spécimens ; St. 249 :
4 620 à 4 690 m, 10 spécimens ; St. 250 : 4 680 m, 1 spécimen.
Les animaux vivent normalement fixés sur des pierres, des coquilles ou n’importe
quel support dur. Ils se présentent sous la forme d’une demi-sphère (fig. 21, A). La partie
1. Nous remercions le « Universitets Zoologiske Muséum de Copenhagen » (Danemark) qui a bien
voulu nous communiquer les exemplaires de cette espèce déterminés par le Dr R. H. Millar.
ASCIDIES ABYSSALES
433
basale est plane. Les siphons s’ouvrent tous deux à l’opposé de la surface de fixation. Ils
sont assez éloignés l’un de l’autre (fig. 21, A). La surface de fixation est bordée d’une frange
de rhizoïdes, parfois accolés entre eux à leur base, qui agglomèrent quelques tests de fora-
minifères. La tunique s’étend parfois un peu sur le support autour de l’animal.
La taille des individus adultes de Cneinidocarpa bythia est assez constante ; ils ne
dépassent pas 5 mm de diamètre. Il n’y a généralement pas de gonades chez les animaux
de moins de 3 mm de diamètre.
434
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
La tunique est opaque, d’aspect velouté, très résistante sauf à l’endroit où elle est
fixée au support ; là, elle devient fine et transparente. La couleur dans le formol est gris
clair. Le manteau est également épais dans la région des siphons musculeux. Il est très
mince et transparent sur la partie ventrale du corps où il laisse voir le tube digestif et une
partie des gonades.
Les tentacules simples sont insérés sur la crête d’un fort vélum buccal. Leur nombre
est de 1, 4, 8 ou exceptionnellement 16. Lorsque le tentacule est unique, il est inséré dor-
salement.
Le tubercule vibratile est en bouton, peu saillant. Son ouverture est ovale, allongée
selon la ligne dorsale. Le ganglion nerveux est gros. Le raphé forme une lame élevée dont
la hauteur croît du tubercule vibratile vers l’entrée de l’œsophage. Son bord est découpé
en papilles longues, arrondies à leur extrémité libre. Le raphé se raccorde au deuxième
pli gauche de la branchie. Près de l’œsophage, son bord reste ondulé mais n’est plus découpé
en languettes.
La branchie possède quatre plis de chaque côté. Deux exemples de formules bran¬
chiales :
G. R. 3 11 6 6 7 10 5 6 2 E.
D. R. 4 9765 7652 E.
G. R. 2 9 4 7 4 10 4 7 1 E.
D. R. 3 11 6 8 3 10 3 5 1 E.
La hauteur des plis est supérieure à la distance entre les plis. 11 n’y a pas de différence
d’aspect entre les sinus situés sur les plis et ceux qui existent entre les plis.
Les stigmates sont droits, allongés, au nombre de 3 par maille. Ils sont régulièrement
recoupés d’un sinus parastigmatique.
L’aspect de la branchie est épais, les sinus sont ondulés et très nombreux. La dis¬
tinction des plis est difficile.
Le tube digestif (fig. 20, B) forme une boucle fermée. L’œsophage est court, large et
courbé. L’estomac a une forme d’olive, il porte 8 sillons réguliers. Le cæcum, nettement
détaché de l’estomac, est très gros et courbé en crosse. Son extrémité libre est un peu ren¬
flée en ampoule.
La paroi de l’intestin isodiamétrique est lisse. Le rectum est court et étroit. L’anus
est bordé d’un bourrelet lobé.
Il y a une gonade de chaque côté, de type Cnemidocarpa (fig. 20, B). L’ovaire est allongé,
droit, bordé de chaque côté de lobes testiculaires, mais qui ne font pas saillie hors de la
paroi de la gonade. L’oviducte est long, le spermiducte le suit sur sa face interne et les
deux papilles sont jointives.
Le manteau porte des endocarpes, en moyenne 7 de chaque côté. Ils sont grands,
foliacés (fig. 20, B).
Le siphon cloacal est bordé d’un cercle de tentacules minces, simples et longs, de taille
inégale. Ils sont situés assez loin de l’orifice du siphon. A partir de ce cercle large, débute
un grand vélum cloacal très fragile. Son aspect est caractéristique, sa surface est ornée de
mailles polygonales dans lesquelles la membrane se dilate et forme une cupule. De petits
tentacules filiformes se répartissent sans ordre sur la face externe du vélum. Cette struc¬
ture n’est guère visible sans coloration ; elle peut être facilement arrachée au cours de l’ouver-
ASCIDIES ABYSSALES
435
ture. Elle est constante chez tous les individus observés, même jeunes. Il est difficile de
déterminer s’il s’agit d’une partie de la tunique réflexe du siphon ou si ce tissu appartient
au manteau.
Il faut remarquer que le siphon buccal est tapissé du même revêtement à mailles poly¬
gonales, mais cette fois sans les « tentacules » fdiformes que l’on observe sur le siphon buc¬
cal.
Nous avons retrouvé dans les collections du Muséum national d’Histoire naturelle
de Paris un exemplaire de cette espèce (non déterminé), récolté par le « Talisman » : 42°19'N
et 21°16'W, 4 060 à 4 010 m.
Remarques
Cette espèce se distingue facilement par son raphé bordé de languettes des autres
espèces de Styela ou de Cnemidocarpa qui ont une gonade de chaque côté, 4 plis branchiaux
et des sinus parastigmatiques.
Nos exemplaires correspondaient assez exactement à la description de C. bytlùa don¬
née par Millar (1957-1959) pour des spécimens de la mer de Tasmanie. Nous avons exa¬
miné ces spécimens qui, malheureusement, sont en très mauvais état. L’habitus est très
semblable, le raphé, la branchie, le cæcum pylorique sont identiques dans les deux popu¬
lations. L’estomac des exemplaires de Millar possède 10 plis et les gonades sont plus allon¬
gées, ce qui peut être dû à la plus grande taille des spécimens. La disposition des endo¬
carpes, non cités par Millar, est identique. La seule différence porte sur l’anus, lisse pour
les exemplaires de Tasmanie, lobé dans l’Atlantique.
Malgré la très grande distance entre les deux points de récolte, nous pensons qu’il
s’agit de la même espèce.
Styela charcoti n. sp.
(Fig. 20, A ; 21, C)
Lames Sl-392 à Sl-401.
St. 245 : 4 270 m, 11 spécimens de 2 à 4,5 mm de diamètre ; St. 251 : 3 600 à 3 360 m, 1 spé¬
cimen de 4 mm.
Cette Ascidie présente une forme variable selon son état de contraction. Le corps
peut être sphérique ou au contraire aplati dorso-ventralement. Les siphons sont totale¬
ment effacés ou légèrement saillants ; assez éloignés l’un de l’autre, ils forment un angle
de 70 à 80°. La tunique est totalement recouverte de foraminifères et de fins débris coquil-
liers, sauf sur les siphons. Elle porte quelques rhizoïdes fins non ramifiés sur sa face ven¬
trale (fig. 21, C). Le nombre et la disposition des rhizoïdes sont très variables d’un individu
à l'autre. En moyenne, on en compte 5 à 6.
La tunique elle-même est très mince, semi-transparente et formée de plusieurs cou¬
ches.
Le manteau est mince, transparent, avec une musculature très faible. Il porte des
granulations pigmentaires brunes qui disparaissent dans le formol.
Fig. 21, A. — Cnemidocarpa bythia (Herdman, 1882) (diamètre 5 mm'
Fig. 21, B. — Styela similis Monniot C., 1970 (diamètre 1 cm).
Fig. 21, C. — Styela charcoti n. sp. (diamètre 3,5 mm).
Fig. 21, D. — Styela crinita n. sp. (diamètre 4 mm).
ASCIDIES ABYSSALES
437
Les tentacules coronaux au nombre de 16 sont insérés sur le bord d’un vélum buccal.
Ils sont de 3 ordres, assez courts et régulièrement alternés.
Le sillon péricoronal rectiligne est situé entre deux lames tissulaires de hauteur iné¬
gale ; la plus externe forme un véritable vélum.
Le tubercule vibratile, bas, s’ouvre par un orifice ovale.
Le raphé a une marge lisse. $a hauteur est égale à la distance qui le sépare du pre¬
mier pli branchial. Très haut dès le tubercule vibratile, sa hauteur croit peu vers l’œsophage.
L’endostyle est très long et atteint l’entrée de l’œsophage.
La branchie est formée d’un tissu moyennement épais. Les stigmates sont longitudi¬
naux, recoupés dans la partie antérieure de sinus parastigmatiques. Il reste des protostig¬
mates chez les individus jeunes dont les gonades sont déjà formées. Il existe des sinus lon¬
gitudinaux (une vingtaine de chaque côté chez les exemplaires les plus âgés). Souvent
ces sinus sont incomplets. Ils sont rassemblés en un pli à droite, assez net, et en deux plis
à gauche, moins nets et moins élevés.
Deux exemples de formes branchiales :
R. G. 1 5 1 3 2 E.
R. D. 2 6 4 E.
R. G. 2 7 2 3 3 E.
R. ü. 2 8 6 E.
Le tube digestif est très caractéristique (fig. 20, A). L’œsophage est long ; l’estomac,
à peu près sphérique, bien individualisé, est marqué de 4 ou 5 grosses côtes longitudinales.
Il porte un cæcum extrêmement long, enroulé sur lui-même, dilaté en ampoule à son extré¬
mité aveugle. L’intestin forme une seule boucle ouverte. Il est d’abord large et porte une
glande pylorique ramifiée assez visible, puis il se rétrécit pour former un rectum mince,
très long, presque rectiligne. Le rectum s’engage dans le siphon cloacal (fig. 20, A) et l’anus,
bordé d’un bourrelet lobé, est situé au-delà du cercle de tentacules coronaux. Ces derniers
sont simples, filiformes, disposés sur un seul rang.
Il y a une gonade de chaque côté, intermédiaire entre celles des genres Cnemidocarpa
et Styela. L’ovaire, en forme de boudin, est bordé dans sa partie distale et sur sa face ven¬
trale d’acini testiculaires. Si la gonade n’est pas très développée (fig. 20, A), les lobes testi¬
culaires s’étalent un peu sur le manteau. Si l’ovaire est très développé, il recouvre toute
la partie mâle. Si les testicules sont gros, ils ont tendance à s’étendre au-delà de l’ovaire
et à recouvrir celui-ci par ses côtés. Les canaux déférents se réunissent pour former un
spermiducte qui longe la face interne de l’ovaire. L’oviducte est long lui aussi ; sa papille
large possède des lobes obtus. Les deux canaux débouchent ensemble. Avant de s’ouvrir,
le spermiducte est dilaté en ampoule qui contient des spermatozoïdes.
Il y a un endocarpe de chaque côté du manteau placé dorsalement à la partie distale
de la gonade (chez un spécimen, il y a un endocarpe de chaque côté de la gonade droite).
Le caractère le plus marquant de l’espèce est sans aucun doute le grand cæcum pylo¬
rique qui occupe une partie importante de la boucle intestinale pourtant très ouverte.
Ce cæcum, comme tous les organes de l’animal, est facilement visible à travers le manteau
après avoir simplement enlevé la tunique.
121 , 4
438
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
Styela crinita n. sp.
(Fig. 21, D et 22)
Lames n° Sl-380 à Sl-391. *
St. 126 : 3 360 m, 2 spécimens, l’un de 10 X 8 X 6 mm, l’autre de 4 mm de diamètre ; St.
249 : 4 620 à 4 690 m, 2 spécimens de 2,5 et 3 mm de diamètre ; St. 250 : 4 680 m, 3 spécimens
de 1,5 mm environ, immatures, et 8 spécimens mesurant de 2,5 à 5 mm.
L’espèce est sphérique ou ovale. Les deux siphons écartés l’un de l’autre sont légère¬
ment saillants (fig. 21, D). Le corps est couvert de foraminifères fixés soit directement
sur la tunique, soit sur le chevelu de rhizoïdes qui entoure l’animal. Ces rhizoïdes sont
fins, minces, sinueux et longs. Ils sont surtout abondants à l’équateur de l’animal. Parfois,
le revêtement de foraminifères est moins dense sur la face ventrale, la tunique est alors
presque transparente.
Les siphons peuvent s’invaginer dans le corps quand l’animal est très contracté.
La tunique est mince, peu résistante.
Le manteau transparent permet de distinguer les organes de l’animal avant son ouver¬
ture.
Les tentacules coronaux, au nombre de 24, sont de 2 ordres, régulièrement alternés.
Ils ne sont pas très allongés, et s’insèrent par une base large. Le tubercule vibratile est en
bouton arrondi, très peu saillant ; le sillon péricoronal est droit mais les deux lames qui le
composent sont de hauteur inégale.
Le raphé est formé d’une lame à bord entier. Sa hauteur s’élève progressivement vers
l'œsophage. L’endostyle est court et n’atteint pas la partie ventrale de la branchie.
La branchie elle-même est formée d’un tissu mince. Les stigmates qui la perforent sont
extrêmement allongés (fig. 22, A) et recoupés, dans le cas général, de plusieurs sinus parastig-
matiques. Chez le plus grand des spécimens, on compte 7 sinus transverses de premier
ordre. Mais il reste quelques fragments de protostigmates à la base de la branchie. Les
deux côtés de la branchie sont légèrement dissymétriques. Il y a chez le plus grand des
spécimens, dans la partie moyenne, 85 sinus longitudinaux à droite et 80 à gauche. Chez
un individu de petite taille, il y a 43 sinus longitudinaux à droite et 37 à gauche.
On ne trouve aucun groupement des sinus en plis (fig. 22, A).
Le tube digestif forme une double boucle ouverte (fig. 22, D). L’estomac est sphéri¬
que, divisé longitudinalement en 6 secteurs séparés par des sillons étroits et profonds.
Le cæcum pylorique grand a une forme de virgule. L’intestin n’a pas de caractères parti¬
culiers. L’anus a deux lèvres bordées d’un bourrelet fin et chacune d’elles est marquée d’une
échancrure (fig. 22, E). Le manteau ne porte qu’une musculature très faible, visible seu¬
lement au niveau des siphons. Il n’y a qu’une gonade à droite (fig. 22, B, D) (sauf chez un
individu qui en a une de chaque côté). La gonade est très allongée et comprend un ovaire
central en boudin bordé de quelques acini testiculaires lobés qui s’étalent sur le manteau
(fig. 22, D). La différence avec une gonade de Cnemidocarpa est à vrai dire faible. Néan¬
moins, les lobules testiculaires font nettement saillie à l’extérieur de la gonade, surtout
chez les individus jeunes. Les conduits génitaux superposés sont longs et débouchent à
peu près au même niveau.
440
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
Il y a un grand endocarpe en coussin de chaque côté du corps (fîg. 22, B, C et D).
Le siphon cloacal est bordé d’un cercle de tentacules cloacaux fins, simples et nom¬
breux.
Styela chaini Monniot C. et F. Monniot, 1970
(Fig. 23, A, B, C)
Lames n° Sl-426 à Sl-428.
Styela gelatinosa ? non Traustedt, 1886 ; Monniot C. et F. Monniot, 1968 : 21-23, fig. 11.
Styela chaini Monniot C. et F. Monniot, 1970 : 321-323, fig. 4.
St. 250 : 4 680 m, 2 spécimens mesurant 6 X 5,5 X 5,5 mm et 5,5 X 5 X 5 mm.
Les deux exemplaires de la station Biaçores 250 sont de taille un peu plus élevée que
ceux qui avaient été décrits précédemment. Tous les caractères anatomiques correspon¬
dent bien aux descriptions antérieures. Certains points peuvent être précisés.
L'habitus est toujours le même. Le corps est à peu près sphérique, les siphons éloi¬
gnés l’un de l’autre, un bouquet de rhizoïdes minces s’insère ventralement. Le revêtement
de foraminifères n’est pas épais. Les siphons légèrement saillants étaient très nettement
visibles ; le siphon cloacal est ouvert en croix tandis que le siphon buccal n’a que deux
lèvres : une dorsale et une ventrale de taille légèrement inférieure (fig. 23, B, C).
Les tentacules sont longs et disposés en 2 ordres. Il faut remarquer ici encore, comme
chez les animaux de l’Atlantique Ouest, l’espace très grand qui s’étend entre la couronne
des tentacules coronaux et le sillon péricoronal.
Les caractères branchiaux sont toujours les mêmes : raphé entier peu élevé, stigmates
droits recoupés de sinus parastigmatiques, sinus longitudinaux rassemblés en 2 plis de
chaque côté et quelques protostigmates subsistant à la base de la branchie.
En ce qui concerne le tube digestif, il faut noter chez les individus de la région des
Açores un cæcum long et courbé, terminé en ampoule (fig. 23, A). Les tubules pyloriques
situés sur l’intestin en face de l’estomac se rassemblent en un canal bien visible qui vient
déboucher dans l’estomac à la base du cæcum.
Les gonades sont semblables à ce qui avait déjà été décrit. Cependant, les lobes testi¬
culaires sont ici plus séparés les uns des autres et plus éloignés de l’ovaire (fig. 23, A). Chez
l’un des deux exemplaires, on observe un dédoublement des gonades : à gauche, une gonade
normale et une gonade malformée et réduite, juste au-dessus de la première ; à droite,
une gonade de forme normale et, au-dessus, une gonade bien formée mais de taille réduite.
Ce dédoublement est probablement une monstruosité.
Il faut encore signaler la présence sur le manteau d’un seul endocarpe de chaque côté
(fig. 23, A). La musculature est fine et les fibres très régulièrement entrecroisées. Leur
dessin particulier nous semble un bon caractère spécifique.
Notons enfin le grand développement des vélums (buccal et cloacal) particulièrement
fermés chez cette espèce.
Styela similis Monniot C., 1970
(Fig. 21, B et 23, D)
Lames n° Sl-429 à Sl-438.
Styela similis Monniot C., 1970 : 1142-1144, fig. 4, a-d, pl. I.
St. 113 : 780 à 850 m, 7 spécimens ; St. 129 : 3 056 à 3 000 m, 4 spécimens ; St. 146 : 330 à
442
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
334 m, 1 spécimen ; St. 171 : 3 215 m, 3 spécimens ; St. 202 : 2 900 m, très nombreux spécimens ;
St. 245 : 4 270 m, 3 spécimens ; St. 249 : 4 620 à 4 690 m, 2 spécimens.
L’aspect de cette espèce est très caractéristique (fig. 21, B). Elle vit fixée, aplatie
sur des cailloux ou des blocs de mâchefer. Sa taille varie de 7 X 4 mm à 13 X 9 mm. L’épais¬
seur dorso-ventrale maximale notée pour un grand spécimen dont le tube digestif était
très gros est de 4 mm mais en général elle ne dépasse pas 2 mm. La tunique mince est cou¬
verte d’un revêtement de foraminifères.
La variabilité de cette espèce est assez grande. Le nombre des tentacules n’est pas fixe.
Il est quelquefois réduit à 2 ou 4 et peut atteindre une trentaine. Ces tentacules sont sou¬
vent assez trapus et s’insèrent à la base d’un vélum buccal mince et fragile. Le tubercule
vibratile, enfoncé dans une indentation du sillon péricoronal, s’ouvre selon une fente presque
verticale.
La branchie est formée de 4 plis de chaque côté. Les trois premiers sont un peu sail¬
lants, le quatrième n’est en général représenté que par une accumulation de 4 à 5 sinus.
Son développement n’est pas lié à la taille. Il peut quelquefois manquer. Nous n’avons
pas observé de stigmates disposés en oblique comme cela était le cas dans le type de l’espèce.
Le nombre des plis stomacaux est plus réduit chez les exemplaires de la campagne
Biaçores (10 à 15) que chez ceux de la région du cap Finisterre (15 à 20). Le cæcum est très
net, en virgule, souvent élargi à son extrémité aveugle.
Les gonades, une de chaque côté, sont souvent inégales. En règle générale, la droite
est plus développée (fig. 23, D) ; elle est toujours implantée plus antérieurement que la
gonade gauche. Lorsque l’oviducte est rempli d’œufs, le spermiducte peut être légèrement
séparé de l’oviducte (fig. 23, D).
Les endocarpes sont peu nombreux (fig. 23, D). Les plus grands sont dorsaux. En
outre, la face ventrale du manteau collée au substrat possède des accumulations cellulaires
lui donnant un aspect tacheté.
Remarques
Cette espèce possède une vaste répartition bathymétrique. Au cours de la campagne
Biaçores, elle a été trouvée de 330 à 4 690 m. Elle semble commune sur tous les éléments
rocheux du plateau continental ouest européen et ne peut vivre sur la plaine abyssale que
si des supports solides s’y rencontrent.
Styela loculosa Monniot C. et F. Monniot, 1968
Styela loculosa Monniot C. et F. Monniot, 1968 : 24-26, fig. 8c, 12 ; Monniot C. et F. Monniot,
1970 : 323, fig. 5, A ; Mii.lar, 1970 : 128-129, fig. 21.
St. 54 : 1 810 m, 1 spécimen immature de 1,5 mm de haut ; St. 120 : 2 100 m, 5 spécimens
de 2 à 3 mm de haut ; St. 250 : 4 680 m, 3 spécimens de 2,5, 5 et 6 mm de haut.
L’habitus de cette espèce est très caractéristique. La gonade est toujours nettement
séparée en deux parties mâle et femelle par un diaphragme tissulaire qui isole totalement
la partie postérieure du corps de l’animal. Le spermiducte le traverse.
ASCIDIES ABYSSALES
443
La morphologie interne de l’espèce est également très constante.
La répartition actuelle de Styela loculosa est réduite à l’Atlantique Nord, mais aussi
bien à l’ouest qu’à l’est, de 1 800 à 4 680 m de profondeur.
Bathystyeloides enderbyanus (Michaelsen, 4904)
(Fig. 31, A)
Lames n° Sl-372 à Sl-379.
Bathyoncus enderbyanus Michaelsen, 1904 : 226-228, pl. 10, fig. 1 ; pl. 13, fig. 45-48.
Bathystyeloides enderbyanus Hartmeyer, 1912 : 256.
Bathystyeloides atlantica Millar, 1955 : 229-231, fig. 5.
Bathystyeloides enderbyanus Millar, 1957-1959 : 197-198, fig. 9.
Bathyoncus enderbyanus Kott, 1969 : 125-126, fig. 172-173.
Bathystyeloides enderbyanus Monniot C. et F. Monniot, 1970 : 323-328, fig. 6-9.
St. 126 : 3 360 m, 5 spécimens dont le plus grand mesure 9x6 mm ; St. 250 : 4 680 m, 1 spé¬
cimen de 8 X 4,5 X 3 mm.
L’habitus de l’animal est toujours le même, ovale avec une couronne de rhizoïdes
denses autour du corps qui est aplati dorso-ventralement. Les siphons sont souvent rendus
invisibles par la densité des foraminifères incrustés sur la tunique.
La branchie est l’organe le plus caractéristique de cet animal. Elle est le plus souvent
composée exclusivement de protostigmates, mais elle est variable.
Comme chez tous les individus provenant de l’Atlantique que nous avons déjà obser¬
vés, il existe dans la paroi branchiale un grand espace imperforé de chaque côté de l’endostyle
et tout le long de celui-ci.
Répartition de Bathystyeloides
Cette espèce a une très vaste répartition. Elle est connue de tout l’Atlantique : Ber¬
mudes, Açores, golfe de Guinée ; radiale Dakar-Récife et sud de Sainte-Hélène ; de l’océan
Indien : au large de Durban et au nord de Madagascar ; et des eaux antarctiques : Ender-
byland.
Elle n’a jamais été signalée dans le Pacifique. Sa répartition bathymétrique s’étend
de 2 760 à 5 042 m.
Bathyoncus herdmani ? Michaelsen, 1904
(Fig. 24)
Lame n° Sl-441.
Bathyoncus herdmani Michaelsen, 1904 : 228-231 ; pl. 10, fig. 3 ; pl. 13, fig. 49-51.
St. 251 : 3 600 à 3 360 m, 1 spécimen abîmé.
Le seul exemplaire est en très mauvais état : la quasi-totalité de la branchie et le tube
digestif étaient sortis par le siphon cloacal.
L’espèce se présente sous la forme d’une petite boule couverte de sédiment, de 1 cm
444
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
de diamètre environ, prolongée par un pédoncule court et large (1 X 0,5 cm) implanté
près du siphon buccal. Le corps était très contracté. Dépouillé de sa tunique, le manteau
apparaît alvéolé et forme des invaginations dans les mailles formées par les bandes mus¬
culaires. Le manteau assez épais est opaque. Il se prolonge dans le pédoncule.
Il y a au moins 25 tentacules simples de deux ordres, alternativement longs et courts.
Les plus grands sont étroits et très longs (6 à 7 mm) et sortent par le siphon buccal (fig. 24).
Les courts, de 1 à 2 mm, sont plus arqués. L’un d’eux est bifide à son extrémité. Le tuber¬
cule vibratile est élevé, en forme de C ouvert vers la gauche et vers l’arrière. Le sillon péri-
coronal est élevé. Le raphé est lisse et élevé.
La branchie est très endommagée. Il n’a pas été possible de compter les sinus avec
précision. 11 y a au moins trois plis, le plus marqué, situé près de l’endostyle groupe 4 à
5 sinus. Il y a environ 2 sinus entre les plis. Les stigmates sont absents et l’agencement
des sinus transverses et longitudinaux est identique à ce que l’on observe chez les Culeo-
lus. Les sinus longitudinaux sont très fins et se distinguent mal des sinus transverses.
Le tube digestif était détruit.
Fig. 24. — ? Bathyoncus herdmani Michaelsen, 1904 : exemplaire ouvert, branchie enlevée
(le tube digestif très endommagé n’a pas été figuré ; seule une partie des tentacules a été figurée).
Échelle = 5 mm.
Les gonades (fig. 24), une de chaque côté, sont allongées et sinueuses ; leur courbure
est peut-être due à la contraction. Les acini testiculaires sont externes et l’ovaire interne,
comme cela est de règle chez les Styelidae. Les canaux déférents se jettent dans un sper-
miducte commun qui court au milieu de la face interne de l’ovaire et qui se termine par
une papille dressée, située très en retrait de la papille femelle. Les papilles génitales gauches
étaient détruites.
Au-dessus des gonades se trouve de chaque côté un très gros endocarpe (fig. 24).
Le siphon cloacal est bordé d’un court vélum lobé dont les lobes se terminent par
des tentacules.
ASCIDIES ABYSSALES
445
Remarques
Kott (1969), à la suite de Huus (1937), réunit dans un seul genre les Bathyoncus et
les Bathystyeloides. La structure branchiale est très différente dans les deux genres que
nous considérons comme indépendants. La ressemblance dans l’aspect aussi bien que dans
la structure entre les branchies de Bathyoncus et de Culeolus est tout à fait remarquable.
C’est un très bel exemple de convergence morphologique entre deux lignées très différen¬
tes vivant dans le même milieu. Les ressemblances entre Bathyoncus et Culeolus s'arrêtent
d’ailleurs là, les autres organes étant typiques de leurs familles respectives.
Quatre espèces de Bathyoncus s. str. ont été décrites chaque fois d’après un exem¬
plaire unique.
B. discoideus Herdman, 1888 (35°41'N et 157°42'E, 2 300 fths), se distingue aisément
des autres espèces par la structure des gonades qui sont formées de plusieurs polycarpes
hermaphrodites de chaque côté du corps. L’auteur estime d’ailleurs que B. discoideus
pourrait être séparé du genre.
B. minutus Herdman, 1888 (38°9'N et 156°25'W, 3 125 fths), et B. mirabilis Herdman,
1882 (46°16'S et 48°27'E, 1 600 fths), sont sessiles et possèdent des siphons très écartés.
Ils diffèrent l’un de l’autre par le nombre des tentacules et les plis branchiaux : un pli net
à gauche et plusieurs autres petits de chaque côté pour B. mirabilis ; pas de plis chez B.
minutus. De plus, Herdman figure deux rangées de tentacules cloacaux chez B. mira¬
bilis et en constate l’absence chez B. minutus.
B. herdmani Michaelsen, 1904 (63°16,5'S et 57°51'E, 4 636 m), ressemble beaucoup
à notre échantillon. Il est pédonculé, possède 30 tentacules de deux ordres, quatre plis
de chaque côté, 1 à 3 sinus entre les plis, une gonade allongée de chaque côté avec des canaux
génitaux longs et un volumineux endocarpe. La seule différence notable que nous obser¬
vons est la présence chez l’exemplaire de Michaelsen de plus de 100 tentacules cloacaux.
L’état déplorable de notre échantillon et le peu de connaissances que nous possédons
sur le genre ne permettent pas de le déterminer avec certitude.
Famille des Pyuridae
Bathypyura celata n. sp.
(Fig. 25)
Lames n° S2-251 à S2-258.
St. 126 : 3 360 m, 7 spécimens mesurant de 0,5 à 1,5 mm, tous adultes.
L’animal se présente sous la forme d’une petite boule couverte de foraminifères. Chez
certains individus, 2 ou 3 rhizoïdes courts sont visibles. D’autres ne montrent aucune
expansion tunicale.
Les siphons ne sont pas saillants ni visibles avant que soit dégagé le revêtement de
foraminifères qui couvre tout le corps. Il est intéressant de remarquer que ce revêtement
446
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
Fig. 25. — Bathypyura celata n. sp. : A, exemplaire dépouillé de sa tunique vu par la face gauche ; B, face
droite ; C, le même ouvert, Franchie enlevée ; D, Franchie droite (reconstitution) ; E, face droite d’un
autre exemplaire ; F, face gauche.
Échelle = 500 p,.
comprend des foraminifères de petite taille, à peu près isodiamétriques. Il semble que l’Asci¬
die, elle-même très petite, établisse un certain choix des particules qui la revêtent. Les
autres espèces d’Àscidies se couvrent de foraminifères d’une taille supérieure.
La tunique n’est pas très épaisse et assez molle. Elle porte de très nombreux spinules,
particulièrement denses sur les siphons. Elle est constituée de plusieurs couches, ce qui
est le cas général des Pyuridae. Le corps est plus ou moins rétracté à l’intérieur de la tuni¬
que.
ASCIDIES ABYSSALES
447
Les deux siphons sont longs, le siphon buccal plus court que le siphon cloacal (fig. 25).
Le corps est ovale. Dans la plupart des individus, le tube digestif et la gonade sont visibles
par transparence (fig. 25). Le manteau n’est opaque que dans la région des siphons et la
partie dorsale. La partie ventrale du corps est gonflée, transparente. Elle ne contient pas
d’organes.
Le tube digestif se dispose dans un plan et partage la cavité générale de l’animal en
deux parties (fig. 25) : une partie postérieure vide et une partie antérieure qui contient
la hranchie et la gonade du côté droit. Cette disposition est bien visible chez tous les spé¬
cimens de Bathypyura celata.
La musculature générale du corps est très faible. Elle se compose surtout des systèmes
circulaires et radiaires des siphons. Quelques fibres s’étendent sur la partie dorsale du corps
en s’entrecroisant.
Les tentacules coronaux sont au nombre de 4 ou 8. Le sillon péricoronal n’est pas
sinueux mais forme un V très profond. Le ganglion nerveux est situé plus près du siphon
cloacal que du siphon buccal (fig. 25, C).
L’endostyle est court et large. Le raphé forme une lame brève et haute dont le bord
libre est entier. La hranchie est constituée de quelques protostigmates seulement (7 ou 8)
et de 2 sinus longitudinaux de chaque côté (fig. 25, D). Les sinus longitudinaux ne portent
aucune papille.
Le tube digestif forme une boucle largement ouverte. L’œsophage est assez long.
L’estomac (coloré en vert dans le formol) n’a pas une paroi très lisse mais il est grossière¬
ment arrondi. Il porte une seule papille hépatique en bouton (fig. 25, C). L’intestin est
isodiamétrique sauf en face de l’estomac où il présente un renflement peu net (fig. 25,
A, F). Le rectum court est situé sous le raphé. L’anus est bordé d’un bourrelet entier.
Il n’y a qu’une gonade hermaphrodite du côté droit (fig. 25, B, E). Elle se compose
d’un seul testicule et d’un ovaire qui l’entoure en partie dans sa portion postérieure. Le
spermiducte passe sur la face interne de l’ovaire pour rejoindre l’oviducte. Les deux papilles
mâle et femelle sont jointives.
Bathypyura celata est la deuxième espèce du genre. Elle se différencie de Bathypyura
asymetrica Monniot F., 1971 (provenant de l’Atlantique équatorial de 600 à 3 800 m de
profondeur), par la structure de sa branchie. Il n’y a ici que deux sinus longitudinaux de
chaque côté, au lieu de 4 et 5 chez B. asymetrica. Ces deux sinus ne portent pas ici les papilles
latérales que l’on rencontrait dans la première espèce.
La diagnose du genre reste valable :
— branchie constituée de protostigmates seulement, recoupés de sinus longitudinaux ;
— estomac nettement délimité portant des épaississement irréguliers.
Pyurella hernia n. g., n. sp.
(Fig. 26 et 27)
Lames n° S2-227 à S2-233.
St. 64 : 1 240 à 1 200 m, 2 spécimens mesurant 5x4 mm ; St. 195 : 1 700 à 1 776 m, 2 spéci¬
mens de 2,5 mm de diamètre, immatures.
448
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
Le corps de Pyurella hernia est ovale, couvert de foraminifères et de grains de sable
(fig. 26, A). Les siphons ne sont pas visibles. La tunique est mince et résistante. Elle est
couverte de spinules très denses surtout à proximité des siphons. Le bord des deux siphons
se prolonge en 4 lobes digitiformes.
Fig. 26. — Pyurella hernia n. g., n. sp. : A, habitus ; B, exemplaire immature vu par la face gauche ;
C, face droite.
Échelles : 1 = 1 mm (A) ; B = 300 p. (B, C).
Le manteau est fin et transparent ; il permet l’observation des organes par transpa¬
rence. Il porte des faisceaux musculaires longs et fins, très régulièrement entrecroisés, qui
couvrent l’ensemble du corps.
A l’intérieur du siphon buccal (fig. 27, C), on trouve un court vélum qui porte au milieu
de sa face interne des tentacules simples. Le cercle de tentacules coronaux est postérieur
à ce vélum. Les tentacules coronaux sont de 3 ordres, assez régulièrement alternés, au
nombre de 30 environ. Seuls les plus grands, 8, portent des ramifications du premier ordre
(fig. 27, C). Après coloration, les tentacules normaux et les tentacules simples implantés
sur le vélum n’ont pas le même aspect.
ASCIDIES ABYSSALES
449
Le ganglion nerveux (fig. 27, D) est particulièrement allongé ; il couvre plus du tiers
de la distance intersiphonale. Le tubercule vibratile est en forme de petit entonnoir porté
sur un pédoncule. Le sillon péricoronal implanté loin du cercle de tentacules présente de
larges indentations correspondant aux plis branchiaux.
Fig. 27. — Pyurella hernia n. g., n. sp. : A, partie moyenne de la branchie gauche ; B, gonade vue interne;
C, détail du siphon buccal ; D, exemplaire ouvert, branchie enlevée.
Échelles : 1 = 500 p (A) ; 2 = 2 mm (D) ; 3 = 1 mm (B) ; 4 = 500 p (C).
Le raphé est constitué d’une lame continue à bord entier dont la hauteur croît régu¬
lièrement du tubercule vibratile à l’entrée de l’œsophage.
La branchie (fig. 27, A) est formée de cinq plis nets.
G. R. 1625161514 E.
D. R. 1625060514 E.
450
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
G. R. 2 7 2 7 1 6 1 5 1 5 E.
D. R. 1 7 1 7 1 6 1 5 1 5 E.
La présence presque constante de deux sinus longitudinaux entre les plis 1 et 2 per¬
met de supposer qu’il s’agit d’un sinus isolé représentant le pli n° 2 vestigial comme chez
beaucoup de Pyuridae de petite taille, et du sinus le plus dorsal du pli suivant. Les stigmates
se disposent sur une lame plane et la lame fondamentale ne pénètre pas dans les plis. Il
y a six rangées de stigmates dont la taille décroît de l’avant vers l’arrière. Le premier rang,
plus ou moins en division, est recoupé par un sinus parastigmatique. Des sinus parastigma-
tiques fragmentaires recoupent aussi les deux rangées suivantes de stigmates. La quatrième
et la cinquième rangée sont formées de petits stigmates longitudinaux, et la rangée la plus
postérieure de fragments de protostigmates. Nulle part nous n’avons observé de traces
de spirales.
L’examen des jeunes spécimens (fig. 26, R, C) montre que la branchie passe directe¬
ment de l’état de protostigmates à celui de stigmates longitudinaux sans passer par le stade
spiralé. Une telle condensation du développement n’avait jusqu’à présent été observée
que chez de grandes Pyuridae littorales (Monniot C., 1965).
Le tube digestif décrit une longue boucle simple (fig. 27, D). L’œsophage est long et
mince ; l’estomac assez petit porte 3 plis irréguliers et obliques qui portent eux-mêmes
3 papilles hépatiques (2 -f- 1).
L’intestin, un peu après l’estomac, montre une dilatation en hernie présente chez
tous les individus récoltés (fig. 26, R et fig. 27, D). La paroi intestinale semble avoir une
structure particulière à cet endroit.
L’intestin n’est pas isodiamétrique mais irrégulièrement renflé. Un élargissement
plus important se situe immédiatement après la courbure. L’anus est large avec 5 petits
denticules.
La gonade hermaphrodite est allongée et située du côté droit. Elle comprend dans les
2 spécimens adultes 4 lobes testiculaires (fig. 27, R) périphériques et postérieurs, et un ovaire
central allongé. L’oviducte est long, dirigé vers le siphon cloacal. Le spermiducte est paral¬
lèle à l’oviducte et le suit sur sa face interne. Il existe un cercle de fins tentacules coronaux
simples.
Diagnose du genre Pyurella
— Branchie à gradient de développement antéro-postérieur, sans spirales, les protostig¬
mates transverses passant directement à des stigmates longitudinaux ;
— sinus longitudinaux formant des plis ;
— raphé lisse ;
— une seule gonade à droite.
Remarques
Seules quelques Pyuridae de petite taille présentent un gradient de développement
branchial : ce sont les genres Heterostigma et Bolteniopsis. Mais ces deux genres sont carac¬
térisés par la présence, dans la partie antérieure ou moyenne de la branchie, de spirales
ASCIDIES ABYSSALES
451
stigmatiques nettes. La condensation très poussée du développement branchial fait de
Pyurella hernia une espèce très évoluée. Par son raphé lisse, cette espèce se rapproche de
la lignée Hartmeyeria-Microcosmus. Or, toutes les espèces de petite taille appartenant
à ce groupe sont caractérisées par la permanence de spirales branchiales. Notre espèce se
rapproche donc des Microcosmus les plus différenciés.
Les Microcosmus sont, sans exception, caractérisés par la position très particulière
de la gonade gauche dont la partie aveugle se situe à l’intérieur de la boucle intestinale
et dont les conduits génitaux croisent et recouvrent la branche terminale de l’intestin.
Pyurella hernia ne possédant pas de gonade gauche, il ne nous est pas possible de l’inclure
dans le genre Microcosmus. S’il existe d’autres espèces de Pyurella possédant une gonade
gauche à disposition de Microcosmus, il faudrait inclure ce genre dans le genre Microcos¬
mus.
Le fait que la lame fondamentale de la branchie soit plate et ne pénètre pas dans les
plis semble un caractère commun à beaucoup de Stolidobranches de grands fonds, telles
que Molguloides immunda (Hartmeyer, 1909) ou Molgula platybranchia Monniot C., 1969.
Bolteniopsis sessilis Monniot C. et F. Monniot, 1970
(Fig. 28, C et 31, C)
Lames n° S2-234 à S2-249.
Bolteniopsis sessilis Monniot C. et F. Monniot, 1970 : 329-331, fig. 5.
St. 120 : 2 100 m, 3 spécimens de 2 mm ; St. 126 : 3 360 m, 4 spécimens de 2,5 à 5 mm de dia¬
mètre.
L’animal a une forme arrondie. Les deux siphons sont éloignés l’un de l’autre, le siphon
cloacal est un peu saillant. Quatre à cinq rhizoïdes ramifiés se situent sur la partie posté¬
rieure de l’animal. Une grande partie du corps est couverte de foraminifères (fig. 28, C et
31, C).
La tunique est mince mais très résistante. Sa couche la plus interne contient des gra¬
nules pigmentaires bruns. Il est très dilficile de sortir les spécimens de leur tunique sans
endommager le manteau particulièrement mince et fragile.
Les tentacules sont simples, de deux ordres. La branchie possède des stigmates spi¬
ralés et des protostigmates à sa base. Les sinus longitudinaux sont réunis en plis.
Le tube digestif est semblable à celui des spécimens des Bermudes, mais ici l’anus
est à 2 lèvres, non lobé.
Les gonades diffèrent de celles des spécimens récoltés précédemment : chez les exem¬
plaires açoréens, elles sont beaucoup plus massives, en forme de polycarpes. Mais les con¬
duits génitaux sont semblables.
Les endocarpes présentent également quelques différences. Dans l’exemplaire type,
les endocarpes (3 de chaque côté) sont petits, en anneau. Chez les exemplaires açoréens,
il y a seulement un endocarpe de chaque côté, globuleux.
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Imâ I
Fig. 28, A. — Culeolus suhmi Herdman, 1882 (longueur du corps 3 cm).
Fig. 28, B. — Molguloides sp. (diamètre 4 mm).
Fig. 28, C. — Bolteniopsis sessilis Monniot C. et F. Monniot, 1970 (diamètre 4 mm)
ASCIDIES ABYSSALES
453
Remarques
C’est probablement à cette espèce qu’il faut rapporter les deux Ascidies trouvées au
cours de la campagne de 1896 du Prince Albert de Monaco au sud-est de Santa Maria par
36°54'N et 20°46'15"W, 4 400 m et par 38°54'N et 21°06'45"W, 5 005 m et déterminées par
Harant (1925 et 1929) sous le nom de Molgula singularis (Van Name, 1912).
La description de Harant est inexistante ; il se contente de signaler des tentacules
simples et des plis branchiaux rudimentaires qui, à son avis, sont les « caractères essentiels »
de l’espèce de Van Name. Or, depuis, M. singularis a été reconnue comme une Pyuridae
par Ârnback-Christie-Linde en 1924 et est devenue le type du genre Cratostigma Mon-
niot C. et F. Monniot, 1961. C. singularis , espèce littorale américaine, ressemble superfi¬
ciellement au Bolteniopsis sessilis, mais s’en éloigne considérablement par la structure
de la branchie.
Culeolus suhmi Herdman, 1881 1
(Fig. 28, A et 29)
Lames n° S2-259 à S2-265.
Boltenia perlata Suhm, 1873.
Culeolus suhmi Herdman, 1880-81 : 86.
Culeolus perlcitus Herdman, 1882 : 115, pi. 11, lig. 8-9 ; pl. 13, fig. 1-2.
Culeolus tanneri Verrill, 1885 : 529, pl. 31, lig. 144.
Culeolus suhmi Van Name, 1945 : 364, t.-fig. 246-250.
Culeolus suhmi Millar, 1955 : 232, fig. 7.
St. 249 : 4 620 à 4 690 m, une trentaine de spécimens dont le corps mesure de 1 à 3 cm et le
pédoncule 6 à 15 cm.
Les Culeolus semblent préférer les supports solides : petits cailloux ou pédoncule d’un
autre individu. Cependant, certains grands exemplaires ont une grosse touffe de rhizoïdes
à la base du pédoncule et paraissent pouvoir se maintenir en s’ancrant dans la vase (fig. 28,
A) -
Tous les exemplaires étaient très contractés et la branchie dans tous les cas sort par
le siphon cloacal. Disséquée et étalée, cette branchie, chez un spécimen de 25 mm de dia¬
mètre, peut atteindre 80 mm de large. Il est donc probable que in situ le corps de Culeolus
atteint une taille nettement supérieure à celle des spécimens contractés.
La tunique est mince, molle et couverte de petites épines souples. La coloration
sur le vivant est gris jaunâtre pour le corps et brun pour le pédoncule.
Le manteau est mince mais la musculature est puissante et le couvre entièrement
d’un quadrillage régulier. Les siphons sont très largement ouverts et ne semblent pas pou¬
voir se fermer totalement.
1. Un petit problème de nomenclature se pose à propos de cette espèce. Herdman (1880-1881 : 86)
nomme cette espèce C. suhmi ; en 1882, il signale que l’espèce avait déjà été brièvement décrite par Suhm
en 1873 sous le nom de Boltenia perlata, mais il semble que cette description n’ait jamais été publiée. Herd¬
man, 1882, décrit donc l’espèce sous le nom de C. perlatus.
La majorité des auteurs ayant cité cette espèce l’ont fait en lui donnant le nom de C. suhmi et l’usage
s’en est peu à peu établi. Nous suivrons donc Hartmeyer, 1909-1911, Van Name et Millar en utilisant
le nom de C. suhmi.
121, 5
454
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
Les tentacules (16 environ) sont longs, disposés en 3 ou 4 ordres et ne portent que des
ramifications de premier ordre. Le sillon péricoronal est net, sa lèvre postérieure étant
plus développée que l’antérieure. Le tubercule vibratile saillant a la forme d’un fer à cheval
dont les extrémités sont enroulées vers l’intérieur.
Le raphé est formé de grandes languettes pointues, aplaties dans le sens transversal,
qui correspondent aux sinus transverses.
La branchie possède six plis de chaque côté. Pour un exemplaire de 3 cm, on compte :
D. R. 2 9 3 6 3 12 3 8-9 3 7 2 3 0 E.
La branchie est beaucoup plus grande que le corps et elle est toujours contractée.
Les plis sont peu élevés et ne représentent guère que des accumulations de sinus. Le tissu
branchial est réduit aux sinus transverses et longitudinaux. Les plus grandes mailles peu¬
vent atteindre 4 mm 2 . Nous n’avons pas trouvé de cils sur la branchie. Quelques spiculés
ramifiés ou simples sont présents dans les sinus sanguins.
Fig. 29. — Culeolus suhmi Herdman, 1881 : A, exemplaire ouvert, branchie enlevée
(le pédoncule prend naissance en haut à gauche) ; B, gonade.
Échelles : 1 -= 1 cm (A) ; = 5 mm (B).
Le tube digestif forme une boucle ouverte (fig. 29) rendue sinueuse par la contraction.
L’œsophage court débouche dans un estomac non élargi, couvert d’une vaste glande hépa¬
tique formée de lobules pédonculés bien séparés. L’intestin isodiamétrique se termine
par un anus non rétréci multilobé.
ASCIDIES ABYSSALES
455
Les gonades (fig. 29, A, B), deux de chaque côté, sont situées à des emplacements
fixes sur le manteau mais leur forme et leur état de maturation sont très variables. A gau¬
che, la gonade postérieure se trouve dans la boucle intestinale, l’antérieure est située au-
dessus de la boucle ; à droite, les deux gonades sont situées l’une au-dessus de l’autre.
La gonade se présente comme un sac très saillant dans la cavité cloacale, formé d’une seule
masse parfois étranglée par des constrictions. L’ovaire est situé sur la face externe et est
surmonté d’un vaste testicule, l’ensemble est enrobé par un tissu très épais analogue à celui
des endocarpes. Les canaux génitaux courts s’ouvrent ensemble à l’extrémité postérieure
de chaque gonade. Généralement, les gonades possèdent en même temps ovules et sper¬
matozoïdes, mais il arrive que la gonade la plus antérieure soit entièrement femelle et la
gonade postérieure entièrement mâle. Dans certains cas, la gonade postérieure gauche
peut ne pas contenir de produits génitaux.
Il n’y a pas d’endocarpes indépendants des gonades.
Il existe un court vélum cloacal.
Remarques
De nombreuses espèces de Culeolus ont été décrites. Les distinctions spécifiques sont
surtout fondées sur l’ornementation de la tunique. Kott, 1969, réunit l’ensemble des espè¬
ces, à l’exception de C. littoralis, en une seule, C. murrayi Herdman, 1881, en se fondant
sur l’analogie de structure des ornementations de la tunique. Or, les descriptions don¬
nées pour les différentes espèces montrent d’importantes variations en ce qui concerne
le nombre de plis branchiaux, 5, 6 ou 7 et le nombre, la structure et la disposition des gonades.
Nous ne suivons pas Kott dans son interprétation.
Une seule espèce de Culeolus est connue de l’Atlantique Nord, C. suhmi ; nos spéci¬
mens correspondent aux descriptions de Herdman, 1882, Van Name, 1945, et Millar,
1955.
C. suhmi est surtout connu de la côte est des Etats-Unis. Van Name, 1945, a signalé
une seule fois cette espèce dans les eaux européennes, un groupe d’environ 25 spécimens
fixés sur un cable télégraphique relevé par 2 147 ftbs à 47°26'N et 07°53'W.
Famille des Molgulidae
Eugyra ou Pareugyrioides sp.
Lames n° S3-196 à S3-199.
St. 120 : 2 100 m, 4 spécimens immatures de 3 mm de diamètre.
Les animaux sont arrondis, couverts de foraminifères mais de façon assez irrégu¬
lière, ce qui laisse apercevoir la tunique transparente. Les siphons sont opaques, très peu
saillants ; ils sont écartés l’un de l’autre. Quelques rhizoïdes fins se disposent sur la face
ventrale du corps.
Les tentacules coronaux sont ramifiés. Une vésicule rénale est très apparente sur la
456
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
face droite du corps et la branchie porte des spirales formées de deux stigmates. La struc¬
ture interne est typiquement celle d’une Molgulidae.
Dans la branchie, les plis sont remplacés par des sinus isolés. Il n’y a aucune trace
de formation de sinus supplémentaire comme cela se produit chez les jeunes Molguloides
de même taille.
Il n’y a aucune trace de gonade gauche, pas même à l’état d’ébauche, nous n’avons
donc aucune idée de sa position. Il nous est donc impossible de décider à quel genre d’Eugy-
rinae cette espèce doit être rapportée.
Les seules Molgulidae abyssales connues dans l’Atlantique sont : Protomolgula bythia
Monniot F., 1971, de l’Atlantique tropical, qui ne possède que des protostigmates, Mol-
gula verrilli (Van Name, 1912) du bassin occidental de l’Atlantique Nord (pour cette der¬
nière espèce, le rein n’a pas pu être mis en évidence et ce pourrait être une Pyuridae) et
Pareugyrioides galatheae (Millar, 1959) de la côte ouest d’Afrique. P. galatheae est aussi
connue du bassin sud-est du Pacifique (Kott, 1969). Elle est caractérisée par la présence
de papilles sur les sinus parastigmatiques. Nos exemplaires sont trop jeunes pour qu’un tel
caractère puisse être mis en évidence.
Molguloides sp.
(Fig. 28, B ; 30 ; 31, D)
Lames n° S3-189 à S3-195.
St. 120 : 2 100 m, 5 exemplaires : 2 de 3,5 mm de diamètre, 2 de 3 mm et 1 de 1,5 mm ; St.
126 : 3 360 m, 3 exemplaires mesurant respectivement 4, 3 et 1 mm.
L’aspect externe est caractéristique (fig. 31, D). La tunique fine et transparente n’agglo¬
mère que très peu les foraminifères malgré une couverture de fins rhizoïdes. Les deux siphons
Fig. 30. — Molguloides sp. : A, exemplaire jeune ouvert, branchie enlevée ;
B, partie antérieure de la branchie gauche.
Échelles : 1 = 250 p (B) ; 2 = 1 mm (A).
ASCIDIES ABYSSALES
457
sont écartés et s’ouvrent latéralement par rapport à l’axe du corps. Ils sont munis de lobes
digitiformes inégaux (fig. 28, B).
Le corps est toujours plus petit que la tunique ; la musculature est très faible et le
manteau transparent.
On compte une dizaine de tentacules de deux ou trois ordres portant des ramifica¬
tions d’un seul ordre (fig. 30, A). Quelques tout petits tentacules simples s’insèrent entre
eux. Le sillon péricoronal très net est éloigné du cercle de tentacules ; il décrit de grandes
ondulations correspondant aux plis branchiaux. Le tubercule vibratile, petit, a une ouver¬
ture simple. Le raphé est formé de longues languettes. Toutes les espèces de Molguloides
ont normalement un raphé lisse.
Nos exemplaires sont très jeunes et leur branchie à peine formée. Monniot F., 1965,
a montré que le raphé lisse des jeunes Stolidobranches est constitué de papilles qui se sou¬
dent entre elles au cours du développement. C’est peut-être le cas des adultes des Molgu¬
loides des Açores.
Le tube digestif (fig. 30, A) décrit une boucle fermée, l’œsophage est long, l’estomac
en olive possède quelques tubercules hépatiques, le rectum long et rectiligne suit le raphé
et se termine par un anus simple.
La gonade gauche, non encore fonctionnelle, se trouve dans la boucle intestinale primaire.
Le rein globuleux est accolé à l’estomac.
Remarque
Les Molguloides sont toutes abyssales et se distinguent entre elles par la forme des
infundibula et celle des gonades. Le genre n’a jamais été signalé dans l’Atlantique.
Ordre des ASPIRACULATES
Famille des Hexacrobylidae
Hexacrobylus indicus Oka, 1913
Pour la synonymie, voir Monniot C. et F. Monniot, 1968.
St. 64 : 1 200 à 1 240 m, 1 spécimen de 4,5 X 3,5 mm ; St. 249 : 4 620 à 4 690 m, 1 spécimen
de 15 mm.
L’un des exemplaires est immature ; l’autre est conforme aux descriptions de l’espèce.
Gasterascidia lyra n. sp.
(Fig. 31, E, F ; 32 ; 33, A)
Lames n° Hl-12 et Hl-13.
St. 126 : 3 360 m, 2 spécimens de 8 et 2,5 mm de long ; St. 245 : 4 270 m, 2 spécimens de 10
et 15 mm ; St. 249 : 4 260 à 4 690 m, 3 spécimens de 15, 13 et 5 mm ; St. 250 : 4 680 m, 2 spécimens
de 2,5 et 4 mm.
ASCIDIES ABYSSALES
459
Les animaux récoltés au cours de la campagne Biaçores sont de taille extrêmement
variable puisqu’ils mesurent, d’un siphon à l’autre, de 2,5 à 15 mm. Les spécimens sont
adultes à une taille très réduite (4 mm).
L’habitus (fig. 31, E) est très caractéristique du genre. Le siphon buccal est développé
en 6 gros lobes portant chez G. lyra des digitations latérales (fig. 32). Il semble y avoir
une partie dévaginable mais sur une très courte longueur contrairement à ce qui existe
chez Gasterascidia sandersi. Ici, la partie interne du siphon buccal jusqu’au pharynx est
couverte d’une tunique assez épaisse qui porte quelques digitations courtes et fines (fig. 32,
A , B).
Le siphon cloacal est très petit. Court et mince, il est situé à l’opposé du siphon buccal.
Il est parfois très difficile de le distinguer sans enlever le revêtement de rhizoïdes et de
foraminifères qui le cache.
Le corps, excepté les siphons, est arrondi. Il est entièrement et densément recou¬
vert de rhizoïdes longs, très fins qui forment une sorte de fourrure. Ces filaments portent
de nombreux foraminifères et des débris divers, mais qui leur sont attachés de façon peu solide.
Le simple frottement arrache une partie de ce revêtement. Il n’est en tout cas pas possible
de distinguer l’anatomie interne de l’animal sans avoir enlevé les rhizoïdes et les parti¬
cules minérales bien que la tunique soit très mince et tout à fait transparente.
Au niveau du siphon buccal, la tunique ne porte pas de rhizoïdes, elle s’épaissit et
devient opaque par incrustation de vase (fig. 31, E).
Une fois la tunique enlevée, ce qui est assez difficile car elle est très mince et adhère
au corps, presque tous les organes de l’animal sont visibles par transparence (fig. 31, F).
On distingue très bien le ganglion nerveux, de taille importante, qui se divise vers le siphon
buccal en 6 gros troncs nerveux allant se ramifier dans chaque lobe buccal (fig. 32, C).
Vers l’arrière, le ganglion est brusquement rétréci et il en part un filet nerveux qui parcourt
toute la ligne dorsale jusqu’au siphon cloacal.
Les faisceaux musculaires sont régulièrement disposés (fig. 32, C, D). Il existe un
réseau de fibres circulaires et longitudinales le long de chaque siphon. De plus, un faisceau
de fibres latérales se situe de chaque côté du siphon buccal qui va de la région pharyngienne
vers la partie antéro-ventrale de l’estomac. Enfin, des fibres dorsales transversales sont
régulièrement disposées entre les 2 siphons (fig. 32, C). La face ventrale ne porte aucune
musculature.
Le pharynx très musculeux est aplati dorso-ventralement. Il débouche dans l’estomac
qui occupe la plus grande partie du corps (fig. 32, D). Un rectum court et mince sort de
l’estomac latéralement et se dirige vers la cavité cloacale ; il passe entre l’ovaire et les tes¬
ticules (fig. 33, A).
L’animal est macrophage ; l’estomac contient des morceaux d’éponges, des foramini¬
fères, de petits crustacés.
Comme chez G. sandersi, une formation en « haricot » entoure la partie ventrale de
Fig. 31, A. — Bathystyeloides enderbyanus.
Fig. 31, B. — Cnemidocarpa bathyphila, exemplaires jeunes.
Fig. 31, C. — Bolteniopsis sessilis Monniot C. et F. Monniot, 1970 (diamètre 4 mm).
Fig. 31, D. — Molguloides sp. (diamètre 4 mm).
Fig. 31, E, F. — Gasterascidia lyra n. sp. : E, habitus ; F, animal dépouillé de sa tunique (longueur 1 cm).
A
Fig. 33, A. — Gasterascidia lyra n. sp.
Fig. 33, B. — Gasterascidia sandersi Monniot G. et F. Monniot, 1968. Les deux espèces sont représentées
ouvertes par la face ventrale. L’estomac a été coupé en deux et rejeté sur les côtés, ses lambeaux sont
représentés en grisé. A., anus ; E., estomac ; /., intestin ; O., oesophage ; O.e., organe énigmatique ;
P.c.c., plafond de la cavité cloacale ; P.f., papille femelle ; P.m., papille mâle ; P.s., papilles siphonales ;
S.b., siphon buccal ; S.c., siphon cloacal ; T., tentacules ; T.v., tubercule vibratile.
Échelles : 1 = 1 mm (B) ; 2 = 5 mm (A).
462
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
l’œsophage. Elle contient un granule de taille importante mais moins volumineux et moins
régulier que chez G. sandersi.
Les gonades sont hermaphrodites. De chaque côté du corps, il y a deux masses testi¬
culaires lobées. Les canaux spermatiques de chaque lobe se réunissent en un spermiducte
mince et long (fig. 33, A). La papille mâle est arrondie ; elle s’ouvre dans la cavité cloacale
au niveau où le manteau se soude à l’estomac (fig. 33, A). L’ovaire est allongé en forme
de S. Sa partie distale est située entre les lobes des deux testicules. Les deux papilles femel¬
les sont très proches l’une de l’autre, largement ouvertes. Les oviductes sont très courts
(fig. 33, A). Les deux ovaires vus par la face dorsale dessinent une figure en forme de lyre
(fig. 32, C), d'où le nom de l’espèce.
La cavité cloacale est peu étendue et ne contenait aucune matière fécale pour les
individus observés.
L’animal ouvert par la face ventrale (fig. 33, A) n’apporte guère plus de renseignements.
Comme il n’est pas possible de séparer le manteau de la paroi de l’estomac, il nous a paru
plus simple d’ouvrir également l’estomac. Les dissections ont été faites également chez
G. sandersi de façon à avoir des figures comparables (fig. 32, B).
Chez les deux espèces, G. hjra et G. sandersi, il existe un bourrelet à l’entrée du pha¬
rynx au-dessus duquel sont insérés 4 tentacules. Sous ce bourrelet qui pourrait être assi¬
milé à un sillon péricoronal se trouve un petit bouton saillant, arrondi, médio-dorsal, percé
en son centre d’un orifice. Nous pensons qu’il peut être un tubercule vibratile.
PI us bas, le pharynx est extrêmement musculeux. Il est très épais. On y distingue
latéralement de chaque côté quelques perforations très petites. Il n’a pas été possible de
déterminer si ces perforations sont réellement des ouvertures faisant communiquer le pha¬
rynx avec une autre cavité, ou s’il ne s’agit à cet endroit que d’un amincissement du tissu
pharyngien.
L’étude de la région pharyngienne des deux espèces de Gasterascidia doit être reprise
en histologie et fera l’objet d’un travail ultérieur.
Les deux espèces G. sandersi et G. lyra ont une organisation très semblable. Il s’agit
cependant de deux espèces différentes. Les lobes buccaux, l’extension du siphon en trompe,
la forme de l’ovaire et la forme des testicules opposent les deux espèces.
RÉPARTITION DES ASCIDIES ABYSSALES DANS L’ATLANTIQUE
(Tabl. II ; fig. 34, 35)
Nos connaissances sur la faune ascidiologique profonde de l’Atlantique sont fragmen¬
taires. Quelques espèces ont été trouvées par le « Challenger » sur la pente du plateau con¬
tinental au large du Rio de la Plata, par les campagnes du Prince Albert de Monaco aux
Açores et par la « Valdivia » dans le golfe de Guinée. Des résultats plus importants ont
été obtenus par des expéditions américaines (Van Name, 1912), anglaises (Heruman, 1883)
et danoises (Hartmeyer, 1923). La faune de la pente du plateau continental du golfe de
Gascogne a été étudiée récemment à la suite des campagnes de la « Thalassa ».
Les grandes campagnes de dragage en mer profonde apportent des résultats plus
ASCIDIES ABYSSALES
463
intéressants encore. La Swedish Deep-sea Expédition (Millar, 1955) a prospecté les eaux
américaines vers 24°N et 63°W, la région des Açores vers 40°N et 35°W et le sud de la Côte
d’ivoire à 1°N et 18°W. La « Galathea » n’a récolté des Ascidies qu’au niveau du Liberia
et dans le golfe de Guinée. Le « Vema » a prélevé des Ascidies au nord du Labrador. Enfin,
les campagnes de 1’ « Atlantis II » et du « Chain » permirent une récolte intensive entre le
cap Cod et les Bermudes ainsi que sur une ligne reliant Dakar à Récife.
160 140 120 100 go 60 40 ?Q 0 20 40
O Bathyoncus
v Agnesia lilloralcs ▼ Agnesia abyssales
Molguloidcs
1£» 120 120 160 180
O Adagnesia littorales ■ Adagnesia abyssales
Fig. 34. — Carte de répartition des espèces des genres abyssaux nouveaux pour l’océan Atlantique.
Les limites des bassins abyssaux et leurs numéros sont imités de Vinogradova.
Les résultats obtenus par les différentes campagnes dépendent des engins utilisés.
Les chaluts ont permis de récolter un petit nombre d’individus de taille moyenne ou grande.
L’utilisation de dragues épibenthiques, suivie d’un tri minutieux après lavage sur tamis,
permet de récolter des centaines d’Ascidies adultes mais de petite taille (1 à 5 mm). Les
meilleures récoltes ont été évidemment obtenues en utilisant sur un même fond drague
épibenthique et chalut.
A la suite de Vinogradova (1956), il est d’usage de diviser les grands fonds atlanti¬
ques en trois provinces (fig. 34). La province Nord-Atlantique, ou zone B2a, est limitée
au nord par les hauts fonds de la crête Wyville-Thomson, et au sud par une ligne joignant
l’est du Labrador au sud-est de l’Irlande en passant par un point situé à 45°N et 30°W.
Cette ligne n’est pas marquée par un seuil.
Les provinces Ouest- et Est-Atlantique, ou zone B2b et B2c (fig. 34), sont séparées
l’une de l’autre par la dorsale médio-atlantique. Elles sont limitées vers le sud par la crête
du Bio Grande à l’ouest et la dorsale de Walvis bay à l’est.
Théoriquement, les stations profondes de la campagne Biaçores, situées de part et
d’autre de la dorsale atlantique devraient appartenir à des provinces différentes. Mais il
464
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
se trouve que les deux stations les plus riches en Ascidies (St. 126 : 15 espèces et St. 249-
250 : 17 espèces), situées la première à l’ouest et la deuxième à l’est de la dorsale possèdent
11 espèces communes. Une douzième, Culeolus suhmi, que nous avons dans la station 249,
a été signalée par Millar (1955) en un point très proche de notre station 126. La faune
ascidiologique peut donc être considérée comme équivalente dans ces deux stations ; la
dorsale ne semble pas constituer une barrière hiogéographique importante. Ceci est d’autant
plus sûr que nous pouvons comparer efficacement la faune des Açores avec celle de la « Gay
hcad Bermuda Transect » et constater là des différences importantes. Nous placerons donc
l’ensemble des stations de la campagne Biaçores dans la province B2c, c’est-à-dire Atlan¬
tique Est.
Dans le tableau II nous énumérons les 50 espèces d’Ascidies trouvées à plus de 1 000 m
de profondeur dans les trois provinces atlantiques, soit 11 espèces en B2a, 22 espèces en
B2b et 32 espèces en B2c.
Tableau II. — Répartition des Ascidies abyssales dans l’Atlantique.
B2a
B2b
B2c
Autres
Profondeurs et
Espèces
Atl.
Atl.
Atl.
BORÉAL
OUEST
EST
zones
REMARQUES
Polycitor profundus Mon-
niot F., 1971 .
+
587 à 3 806 m — Atlan¬
tique tropical
Didemnum albidum polare
(Hartmever, 1903) .
Leptoclinides faroensis Bjer-
+
B1
0 à 1 430 m — pente
kan, 1905.
+
+
0 à 2 847 m — espèce
* Aplidium emgmaticum n.
arctique de la pente
S P.
+
1 200 à 4 270 m
*Araneum sigma n. g., n.
sp.
+
3 360 à 4 690 m
Dicopia antirrhinum Mon-
niot C., 1972.
*Octacnemus ingolfl Madsen,
+
600 à 1 000 m — pente
1947 .
+
+
2 100 à 4 690 m
* Situla lanosa n. sp.
+
2 550 à 4 690 m
* Adagnesia charcoti n. sp. . .
+
2 100 à 4 680 m
* Agnesia atlantica n. sp. . . .
*Proagnesia depressa (Millar,
+
2 100 à 4 680 m
1955).
+
+
Cl
4 680 à 5 850 m
’ Abyssascidia millari Mon-
niot F., 1971 .
Corynascidia suhmi Herd-
+
+
587 à 3 459 m
man, 1882 .
Ascidia tritonis Herdman,
+
Cl-C2a
1 574 à 5 188 m
1883 .
+
+
B1
0 à 1 300 m — espèce
la pente
ASCIDIES ABYSSALES
465
Espèces
B2a
Atl.
BORÉAL
B2b
Atl.
OU EST
B2c
Atl.
EST
Autres
zones
Profondeurs et
REMARQUES
Namiella bistigmata Mon-
niot C. et F. Monniot,
1968 .+ 122 à 2 862 m
* Bathyoncus herdmani Mi-
chaelsen, 1904. + Cl 3 600 à 4 636 m
* Bathystyeloides enderbyanus
(Michaelsen, 1904). -)- + A2 2 760 à 5 042 m
* Cnemidocarpa bathyphila
Millar, 1955... + 3 050 à 5 250 m
*Cnemidocarpa bythia (Herd-
man, 1882) .. + C2a-Alb 3 050 à 7 000 m
Cnemidocarpa digonas Mon¬
niot C. et F. Monniot,
1968 . + 2 800 à 3 800 m
( 'nem idocarpa peruviana
Millar 1970 . + Aie 3 369 à 5 780 m
Uicarpa pacifica Millar,
1964 . + Ale 1 624 à 3 570 m —
Atlantique tropical
Uicarpa simplex Millar,
1955 . + Aie 2 470 à 4 600 m
Hemistyela pilosa Millar,
1955 . + 5 250 à 5 300 m —
Atlantique tropical
Kukenthalia borealis (Got-
tschaldt, 1894) . -)- 100 à 2 078 m —
espèce arctique —
pente
Polycarpa albatrossi (Yan
Name, 1912). + A2 2 400 à 4 300 m
Polycarpa delta Monniot C.
et F. Monniot, 1970 .... -)- 487 à 2 891 m
Polycarpa pseudoalbatrossi
Monniot C. et F. Mon¬
niot, 1968 . + + 1 200 à 4 750 m
*Styela charcoti n. sp. + 3 360 à 4 270 m
*Styela chaini Monniot C. et
F. Monniot, 1970. + + 1 102 à 4 680 m
* Styela crinita n. sp. 4- 3 360 à 4 690 m
*Styela loculosa Monniot C.
et F. Monniot, 1968 .... + + + 1 800 à 4 680 m
Styela minima Monniot F.,
1971 . + 3 806 à 5 200 m
Styela sericata Herdman,
1888 . + Alb-A2 3 510 à 5 850 m
* Styela similis Monniot C.,
1970 . + 300 à 4 690 m — pente
Bathypyura asymetricaMon-
niot F., 1971 . + 587 à 3 783 m —
Atlantique tropical
466 CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
Espèces
B2a
Atl.
BORÉAL
B2b
Atl.
ouest
B2c
Atl.
EST
Autres
zones
Profondeurs et
REMARQUES
' Bathypyura celata n. sp. ... 3 360 m
* Bolteniopsis sessilis Mon-
niot C. et F. Monniot,
1970 . + + 2 100 à 3 806 m
Culeolus chuni (Michaelsen,
1904). -f- 4 990 m-—Atlantique
tropical
Culeolus suhmi Herdman,
1881 . + + + A2 3 310 à 5 330 m
'Pyurella hernia n. g., n. sp. . + 1 200 à 1 700 m
Anomopera ingolfiana Hart-
meyer, 1923 . + 2 000 m
Molgula verrillii (Van Na¬
ine, 1912). + 3 184 m
* Molguloides sp. -(- 2 100 à 3 360 m
Pareugyrioides galatheae
(Millar, 1959) . + C2 2 550 à 4 731 m
* Pareugyrioides sp. + 2 100 m -— peut-être
jeune de P. gala¬
theae
Protomolgula bythia Mon¬
niot F., 1971 . -j- 3 370 à 3 783 m
* Gasterascidia lyra n. sp. ... + 3 360 à 4 680 m
Gasterascidia sandersi Mon¬
niot C. et F. Monniot,
1968 . + 1 493 à 5 020 m
* Hexacrobylus indicus Oka,
1913 . . + + + Alc-Bl 900 à 4 800 m
A2
Les espèces précédées d’un astérisque proviennent de la campagne Biaçores.
Seules trois espèces sont communes aux trois zones (fig. 35) : Styela loculosa, Culeolus
suhmi et Hexacrobylus indicus, les deux dernières espèces ayant d’ailleurs une répartition
mondiale.
Leptoclinides faroensis commune aux zones B2a et B2b et Ascidia tritonis commune
aux zones B2a et B2c sont des espèces arctiques ou boréales qui vivent sur la pente du
plateau continental au sud et dans la zone littorale au nord de leur aire de répartition.
Neuf espèces sont communes aux bassins B2b et B2c (fig. 35). Proagnesia depressa,
Abyssascidia millari, Bathystyeloides enderbyanus, Culeolus suhmi et Hexacrobylus indicus ont
une répartition qui dépasse l’Atlantique. Polycarpa pseudoalbatrossi et Styela chaini sont
deux très petites espèces difficiles à repérer.
Sur les 16 espèces connues dans la province B2b au voisinage des côtes des Etats-
■ Polyoarpa pseudoalbatrossi
□ Styela loculosa
O Styela ahaini
® Styela sim -
O Culeolus si
O Bolteniops-
HexaevobyU
A Proagnesia depressa
A Oataanemus ingolfi
A Abyssasaidia millœei
□ Bathystyeloides enderbyanus
W\
468
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
Unis, 8 seulement ont été retrouvées au cours de la campagne Biaçores, soit la moitié.
Dans les deux cas, la prospection a été effectuée avec les mêmes engins et le tri du sédi¬
ment a eu lieu de façon totale. Les espèces communes sont : Abyssascidia millari, Bathys-
tyeloides enderbyanus, Culeolus suhmi, Hexacrobylus indicus, Polycarpa pseudoalbatrossi,
Styela loculosa, Styela chaini et Bolteniopsis sessilis. Les quatre premières ont une répar¬
tition très vaste, dépassant l’Atlantique, la dernière n’a été trouvée qu’à l’ouest des Aço¬
res.
La faune récoltée au cours de la campagne Biaçores est également assez différente
de celle prélevée dans la zone B2b mais sur la radiale Dakar-Récife. Sur 7 espèces connues
dans cette zone, nous n’en avons retrouvé que 3 aux Açores, toutes cosmopolites. Par con¬
tre, pour deux genres : Bathypyura et Gasterascidia, des espèces différentes mais voisines
se retrouvent dans les deux collections. La faune de la radiale Dakar-Récife possède par
contre des rapports plus étroits avec celle des Bermudes, quatre espèces étant communes
aux deux zones.
Il est intéressant de remarquer que la région des Açores diffère à la fois de la partie
nord et de la partie sud de la zone B2b alors que les faunes ascidiologiques du Brésil et
des Bermudes sont assez proches l’une de l’autre. Ceci confirme, pour les Ascidies, la vali¬
dité d’un bassin ouest-atlantique, tel qu’il a été défini par Vinogradova.
Les Ascidies de la zone B2c s’étendent à l’ouest de la dorsale médio-atlantique. Il
serait intéressant de connaître quelle est la limite entre la zone B2c et B2b puisque ce n’est
pas un relief. Pour l’instant, aucune Ascidie n’est connue entre les méridiens 35°W et 64°W
et les parallèles 20°N et 50°N.
Vinogradova (1959) estime que les différences biogéographiques entre les bassins
profonds sont liées aux possibilités d’extension verticale des espèces : une espèce eurybathe
a une très vaste répartition alors que les espèces sténobathes ont une aire de répartition
réduite, limitée à une seule province. D’après cet auteur, 49 % des espèces atlantiques
qui peuvent vivre à moins de 2 000 m sont connues des deux bassins Est et Ouest, 12,9 %
des espèces sont communes si elles vivent à une profondeur minimale située entre 2 000
et 3 000 m, 7,2 % seulement si leur profondeur minimale se situe entre 3 000 et 4 000 m.
Il n’y aurait pas d’espèces communes entre les deux bassins si elles ne vivent pas au-dessus
de 4 000 m de profondeur.
Beaucoup d’Ascidies sont eurybathes. Nous allons considérer les 50 espèces atlantiques
en fonction de leur répartition verticale, selon Vinogradova. 20 espèces peuvent remon¬
ter au-dessus de 2 000 m ; parmi elles, 9 ont une répartition plus large qu’une province
mais 5 seulement, soit 25 %, sont connues à la fois en B2b et B2c.
— 13 espèces d’Ascidies peuvent remonter entre 2 000 et 3 000 m ; parmi elles, 2 sont
communes aux deux bassins (14 %).
— 13 espèces sont inconnues au-dessus de 3 000 m ; une seule est présente dans les
deux bassins (7 %).
— 3 espèces n’ont pas été trouvées au-dessus de 4 000 m ; une vit en B2b et B2c.
Les chiffres que nous obtenons ne peuvent être significatifs, ils sont établis sur un
nombre d’espèces beaucoup trop petit. Cependant, ils correspondent très bien à ceux de
Vinogradova.
ASCIDIES ABYSSALES
469
La profondeur n’est sûrement pas le seul facteur limitant l’extension des espèces.
En effet, 25 % seulement des Ascidies qui peuvent vivre à moins de 2 000 m sont com¬
munes aux deux zones, et parmi celles-ci la plupart sont présentes sur les deux versants
de la dorsale médio-atlantique. La profondeur maximale ne peut entrer en ligne de compte
puisque la majorité des espèces peut vivre entre 3 500 et 5 000 m. Les conditions hydro¬
logiques (température et salinité) sont identiques en profondeur dans les zones considérées.
Les différences hydrologiques qui peuvent exister entre les Açores et la radiale cap Cod-
Bermudes sont très inférieures à celles qui différencient dans une même région les sta¬
tions très profondes des stations à 1 500 ou 2 000 m. Dans ces dernières, la faune est cepen¬
dant la même. Nous pouvons considérer que des variations aussi faibles de température
et de salinité sont hors de cause dans les différences de faune observées.
L’origine de la barrière biogéographique, qui est réelle, serait peut-être à rechercher
dans un domaine très mal connu, celui des courants au voisinage du fond. Localement,
on sait que ces courants peuvent être importants. Au voisinage des côtes américaines,
ils sont en certains endroits de l’ordre du décimètre/seconde et érodent la roche. Ailleurs,
des courants de l’ordre du centimètre/seconde ne seraient pas rares. Or, une larve d’Asci-
die est tout à fait incapable de remonter un tel courant. Les jeunes ne peuvent donc être
dispersés qu’en aval. Les œufs des Ascidies de grands fonds ont une taille égale ou infé¬
rieure à ceux des espèces littorales. On ne peut s’attendre à ce qu’ils nagent à une vitesse
supérieure. Même si les œufs sont d’une densité faible (ce qui est souvent le cas pour les
animaux littoraux), leur ascension sera très lente.
11 est classique de considérer qu’il existe en profondeur un courant de compensation
de direction opposée à celui du courant de surface.
Au voisinage de la côte américaine, le courant de fond porterait vers le sud-ouest,
en sens inverse du Gulf stream. Dans la région située entre Brest et les Açores, le courant
de surface s’oriente vers l’est ou le sud-est, il est alors faible. Le courant profond de com¬
pensation peut être nul ou porter au nord-ouest. En ce qui concerne la zone située à l’ouest
des Açores, elle est sur la ligne d’annulation du courant qui joint les Bermudes aux Açores
entre le Gulf stream et le courant nord-équatorial.
Il semble dans ces conditions que les masses d’eau baignant les deux régions Ouest-
et Est-Atlantique ne puissent se rencontrer. Malheureusement, les courants de fond et
l’évolution des masses d’eaux profondes sont très mal connus et leur étude est encore à
l’état d’hypothèses. La barrière biogéographique pourrait être constituée par la masse
d’eau profonde de la mer des Sargasses. L’absence de récoltes d’Ascidies entre les Açores
et les Bermudes ne permet pas d’hypothèses plus avancées.
RÉPARTITION MONDIALE DES FAMILLES
ET DES GENRES D’ASCIDIES ABYSSALES 1
Tous les ordres d’Ascidies sont présents dans les grands fonds, mais les familles y sont
très diversement représentées.
1. Pour les indications géographiques se reporter à la figure 34.
121 , 6
470
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
— Les Polycitoridae n’ont que 4 espèces dans l’Antarctique, 2 dans l’Est-Pacifique
et 1 dans F Ouest-Atlantique. La profondeur maximale est de 6 006 m.
— Aucune des Didemnidae connues à plus de 1 000 m n’est réellement une espèce
abyssale. La profondeur maximale est de 2 847 m, toutes les espèces sont connues dans
des zones arctiques ou antarctiques.
— Quelques espèces de Polyclinidae dépassent le plateau continental. Seules 4 espè¬
ces vivent sur la plaine abyssale en Cl, C2a, Aie et B2c (profondeur maximale 6 006 m).
— Les Cionidae sont peu nombreuses dans la zone littorale. La plupart des espèces
vivent sur la pente du plateau continental et de ce fait sont mal connues. Seules 2 espè¬
ces semblent abyssales : Ciona mollis en Aie, 1 980 m, et Araneum sigma en B2c, 4 690 m.
— Par contre, toutes les espèces d’Octacnemidae sont profondes. Certaines, comme
Dicopia et Megalodicopia, peuvent remonter la pente jusque vers 500 m. Situla pellicu-
losa est à l’heure actuelle la plus abyssale de toutes les Ascidies connues : 8 400 m. L’aspect
des Octacnemidae n’est pas celui d’une Ascidie ; elles ont certainement dû échapper sou¬
vent au tri. Leur répartition est probablement planétaire.
— Les Corellidae comme les Cionidae sont rares sur le littoral. 7 espèces sont connues
sur le talus continental et la plaine abyssale. La répartition de la famille est mondiale.
Deux genres : Abyssascidia et Corynascidia ne sont connus que des eaux profondes. La
profondeur maximale connue est de 5 857 m.
-— Les Ascidiidae sont très rares dans les grands fonds. Très diversifiées dans la zone
littorale, elles ne possèdent que 3 espèces qui dépassent 1 000 m. Toutes sont des espèces
arctiques ou antarctiques qui vivent sur la pente du plateau continental. La profondeur
maximale est de 1 980 m. Deux autres espèces abyssales ont été reliées aux Ascidiidae :
Namiella bistigmata dont la position systématique est intermédiaire entre deux familles
et Bathyascidia vasculosa connue par un seul exemplaire. Cette dernière espèce ne se dis¬
tingue d’une Abyssascidia (Corellidae) que par son tube digestif situé à gauche, mais dans
une position qui n’est pas celle des Ascidiidae. Le tube digestif est dans ce cas symétrique
de celui des Corellidae par rapport au plan médian. C’est pourquoi Herdman (1888) a
émis l’hypothèse d’un exemplaire gaucher.
A notre sens, les Ascidiidae n’ont pas réussi à coloniser la plaine abyssale.
— Les Perophoridae n’ont jamais été signalées dans les eaux profondes.
— Les Agnesiidae, récemment découvertes dans les grands fonds, y semblent abon¬
dantes. Cette petite famille est cantonnée dans la zone littorale à l’Antarctique et au Paci¬
fique arctique, avec des espèces de grande taille. Trois des quatre genres de la famille coexis¬
tent dans la même station aux Açores. Des Agnesiidae profondes sont connues pour le
moment en Alb, Aie, B2b, B2c et Cl. La petite taille, la fragilité et la transparence des
exemplaires abyssaux expliquent peut-être qu’ils n’aient pas encore été trouvés en abon¬
dance.
Plus de la moitié des espèces d’Ascidies abyssales sont des Stolidobranches. Cette
domination est encore plus écrasante en ce qui concerne le nombre d’individus. Les Stye-
lidae sont de beaucoup les mieux représentées et exclusivement par des formes solitaires.
La seule Styelidae coloniale connue en profondeur est Kukenthalia borealis, espèce arcti¬
que qui peut descendre la pente du plateau continental dans la zone Bl.
— Les trois grands genres de Styelidae littorales vivent sur la plaine abyssale. Styela
ASCIDIES ABYSSALES
471
et Cnemidocarpa se rencontrent dans tous les bassins. Polycarpa semble moins répandu ;
peut-être est-ce dû à la taille souvent très petite des espèces des grands fonds.
4 genres sont connus exclusivement sur la plaine abyssale. Dicarpa en Ale, B2b et
B2c est très proche du genre Polycarpa. Hemistyela rencontré une fois en B2c, Bathyoncus
connu par 5 exemplaires de 4 espèces différentes en Ala, Cl et B2c et Bathystyeloides , genre
monospécifique planétaire, se distinguent de toutes les Styelidae par de grandes modifi¬
cations de la branchie. Les Styelidae sont connues jusqu’à 7 000 m.
— Les Pyuridae ne sont représentées dans les grands fonds que par des genres très
particuliers. Culeolus, de répartition mondiale, groupe de grandes espèces pédonculées à
branchie aberrante et dont la biologie est probablement particulière. Les trois autres gen¬
res sont de petite taille. Ils ne sont actuellement connus que de l’Atlantique. Bolteniopsis
et Pyurella semblent dériver des genres littoraux Pyura et Microcosrnus par une extrême
réduction de taille s’accompagnant d’une simplification ; Bathypyura reste très petite,
1 à 2 mm, et sa structure branchiale est celle d’un têtard.
— Les Molgulidae sont peu nombreuses en profondeur. Quelques espèces littorales
ou de la pente qui vivent dans l’Arctique ou l’Antarctique peuvent descendre sur la plaine
abyssale : Molgula herdmani, Molgula setigera et Eugyrioides glutinans. Molgula verrillii,
de position systématique douteuse, vit dans l’Atlantique Nord.
Trois genres ne vivent que dans les grands fonds : Molguloides, très largement répandu
dans l’hémisphère Sud, Fungulus (Antarctique) et Protomolgula (Atlantique). Protomolgula
est la plus petite Ascidie connue (moins de 1 mm 3 ) ; elle a une structure parallèle à celle
de Bathypyura. Fungulus ressemble beaucoup aux genres Culeolus (Pyuridae) et Bathyoncus
(Styelidae).
Le genre Par eugyrioides qui n’est littoral que dans l’Antarctique et le Pacifique
arctique possède un représentant abyssal. Enfin, le genre Anomopera connu par un seul
exemplaire en B2a est rattaché aux Molgulidae.
— L’ordre des Aspiraculata est, comme la famille des Octacnemidae, exclusivement
connu des eaux profondes. Le genre Hexacrobylus , probablement monospécifique, est connu
des zones A2, Bl, B2b, B2c et Cl. Par contre, les Gasterascidia semblent plus diversifiées.
G. sandersi est connue seulement en B2b. En B2c, elle est remplacée par G. lyra. Une espèce
(peut-être différente) a été signalée par Millar (1970) en Cl. Oligotrema sp. de Kott (1969)
trouvé en Aie à 6 000 m pourrait appartenir à ce genre.
ABONDANCE ET DIVERSITÉ DES ASCIDIES ABYSSALES
Les zoologistes considèrent souvent que la diversité spécifique des invertébrés marins
et le nombre d’individus diminuent avec la profondeur et deviennent très faibles sur la
plaine abyssale. Le tri des prélèvements profonds s’est très longtemps effectué sur le pont
du navire et à l’œil nu. Dans ces conditions, seuls les grands animaux sont prélevés. Ils
sont effectivement assez rares. Il y a peu de temps que ces prélèvements de vases sont
récoltés par des engins spécialement adaptés, filtrés sur une série de tamis, et les refus de
chaque tamis examinés en totalité et sous microscope au laboratoire.
472
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
Parmi les très nombreuses petites espèces appartenant à tous les groupes zoologiques
qui ont été ainsi découvertes, très peu ont fait l’objet d’une étude suivie. Les spécialistes
de chaque groupe sont peu nombreux et la systématique de ces formes est difficile. On
comprend dans ces conditions que la biogéographie et l’écologie de ces animaux profonds
n’en soient encore qu’à leur début. Même les études récentes de la biogéographie des grands
fonds ne tiennent compte que d’un millier d’espèces de grande taille.
Les premières études quantitatives de la faune abyssale ont montré que le nombre
d’animaux peut s’élever à plusieurs centaines au m 2 (Sanders, Hessler et LIampson,
1965). D’autre part, le nombre d’espèces peut être considérable. Hessler et Sanders
(1967) analysent les résultats des cinq premiers prélèvements effectués avec leur drague
épibenthique. Le nombre d’individus capturés varie de 3 737 à 25 242 et le nombre d’espè¬
ces de 196 à 310. Là, le nombre et la diversité des Ascidies est relativement faible : 118
individus appartenant à 3 espèces. Ces résultats, déjà étonnants, seront largement dépas¬
sés. Au cours de prélèvements ultérieurs effectués dans la même zone, 697 Ascidies appar¬
tenant à 9 espèces ont été trouvées en une seule station. Or, nous voyons après la campagne
Biaçores que la diversité spécifique des Ascidies peut être beaucoup plus considérable :
15 espèces à la station 126 et 17 espèces à la station 249-250.
L’analyse de la diversité benthique faite par Sanders et Hessler (1969) selon la
méthode de raréfaction fait apparaître pour les Polychètes et les Bivalves la grande diver¬
sité spécifique de la plaine abyssale. Celle-ci, calculée pour des milieux sédimentaires homo¬
gènes dans différents environnements marins, montre que la diversité de la plaine abys¬
sale se place immédiatement après la diversité des eaux littorales tropicales et bien avant
celle du plateau continental et des eaux littorales boréales.
La diversité spécifique des Ascidies est considérable sur la plaine abyssale (compte
tenu de l’homogénéité des conditions écologiques) par rapport au littoral. Nous ne con¬
naissons aucun milieu sédimentaire côtier susceptible d’abriter un tel nombre d’espèces.
Dans les régions les plus riches en Ascidies, l’infralittoral rocheux, même prospecté durant
plusieurs années en plongée, ne permet de trouver qu’une cinquantaine d’espèces en un
point donné. Or, il faut compter avec la variété du milieu : orientation, éclairement, tem¬
pérature, composition minéralogique des supports, salinité, courants variables.
Ce ne sont pas les mêmes groupes qui se diversifient sur le littoral et sur la plaine
abyssale. Les Styelidae simples qui représentent un tiers de la faune profonde ne repré¬
sentent que 2 à 5 % des espèces côtières, alors que les Aplousobranches très peu nombreu¬
ses dans les grands fonds représentent 50 à 60 % de la faune littorale.
La faune ascidiologique de la pente du plateau continental est, elle aussi, assez variée
(une vingtaine d’espèces dans le golfe de Gascogne). Son origine semble composite. Plus
de la moitié des espèces sont des espèces littorales, boréales ou arctiques qui retrouvent
là des conditions de température analogues. Quelques espèces abyssales s’y trouvent aussi,
mais il n’existe que peu d’espèces spécifiques de la pente.
Par contre, sur la plaine, le renouvellement de la faune ascidiologique est total. Sa
composition n’a plus aucun rapport avec celle de la faune des terres les plus proches. C’est
une faune originale dont les affinités sont mondiales. Sa composition générique semble
à peu de chose près la même dans tous les océans. C’est ainsi que cinq genres abyssaux
qui n’étaient pas encore connus de l’Atlantique y ont été trouvés au cours de la campagne
Biaçores.
ASCIDIES ABYSSALES
473
La variété des groupes et des structures des Ascidies abyssales, liée à une répartition
mondiale des genres, tend à démontrer l’ancienneté du groupe en profondeur.
A notre sens, la diversité spécifique des Ascidies a de nombreuses causes.
L’ancienneté du groupe (connu depuis le Primaire) en est une. Elle a sans doute per¬
mis à plusieurs reprises une adaptation de populations littorales dans des bassins pro¬
fonds.
La deuxième est la stabilité des conditions écologiques des eaux profondes pendant
de longues périodes, ce qui laisse la possibilité à certaines directions évolutives de se fixer
en s’adaptant au milieu (grand nombre de genres) et de se répandre largement. Pour les
Stolidobranches, par exemple, on trouve à la fois les formes les plus simplifiées du groupe,
Bathypyura, Protomolgula, et des formes très évoluées, Bathyoncus , Pyurella, Culeolus,
Fungulus. Sur la plaine abyssale, la diversification des familles est plus importante que
dans la zone littorale. Chez les Pyuridae, surtout, l’éventail des directions évolutives des
formes littorales est inclus dans celui des représentants profonds.
Enfin, dans les grands fonds, les Ascidies ont acquis la possibilité de modifier leur
régime alimentaire. La totalité des espèces littorales appartient à la catégorie des fil-
treurs, microphages. Dans les grands fonds, certaines familles deviennent macrophages
(Hexacrobylidae), d’autres développent des organes de pêche spécialisés, Octacnemus,
Dicopia, Situla. La variété des possibilités alimentaires paraît d’importance capitale dans
les eaux abyssales.
Annexe
Compléments à la « Clé mondiale des genres d’Ascidies », Monniot C. et F. Monniot, 1973.
Genre Araneum KG 500 Cionidae
1 P00 S 0 Araneum Remarque : stigmates droits
Le genre Araneum prend place avec l’espèce Corellopsis translucida Millar, 1970, dont
il se distingue aisément par la structure branchiale spiralée chez l’espèce de Millar.
Genre Proagnesia KG 800 Ascidiidae Agnesiidae
C 0 S 1 0 Proagnesia
Genre Pyurella KG 1 100 Pyuridae
F S S 0 Pyurella
474
CLAUDE MONNIOT ET FRANÇOISE MONNIOT
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Manuscrit déposé le 9 octobre 1972.
Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 121, mars-avril 1973,
Zoologie 93 : 389-475.
Achevé cl'imprimer le 30 novembre 1973.
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« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
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